Cours
Géopolitique et commerce
extérieur
Dr Franklin Kouassi
[email protected]
Juillet 2020
Objectifs
• Objectif général : Connaître les principales problématiques historique, économique et
organisationnelle liées à l'activité internationale de l'entreprise.
• Objectifs spécifiques :
1. Identifier les évolutions du commerce international et percevoir les tendances actuelles
2. Comprendre les fondements théoriques de la spécialisation internationale et connaître les
théories contemporaines liées à la multinationalisation des firmes.
3. Connaître les différentes organisations du commerce international dans leur dimension
institutionnelle et en apprécier l'importance et le rôle.
INTRODUCTION
Les échanges internationaux, notion moins restrictive que celle afférente au commerce
international (importations et exportations de biens physiquement identifiables), englobent
toutes les transactions portant sur les opérations d'achat et de vente de produits et de
services à l'étranger.
L'internationalisation (processus d'ouverture des économies nationales) est un processus
d'intégration économique irréversible et concerne aussi bien les opérations commerciales
que productives ou financières. Si la corrélation entre le commerce international et la
croissance économique est établie, elle n'en reste pas moins relative et a conduit les pays
industrialisés à mettre en place, après la Seconde Guerre Mondiale, un cadre institutionnel
pour favoriser les échanges. Cette tentative de développement de la coopération
internationale semblait donc mettre un terme à la vieille querelle opposant les partisans du
protectionnisme à ceux du libre-échangisme. Mais la mondialisation n'est pas neutre. Elle ne
profite pas équitablement à tous les pays et induit de nouvelles règles d'échange, comme le
montre l'analyse de l'évolution historique.
I. Approches définitionnelles
1. Géopolitiques?
C'est une méthode d'étude de la politique étrangère pour comprendre, expliquer et prédire le
comportement politique international à travers les variables géographiques. Il s'agit notamment
des études régionales, du climat, de la topographie, de la démographie et des
ressources naturelles.
1.1. Qu'est-ce qu'un enjeu géopolitique ?
Parfois, les enjeux géopolitiques sont stratégiques et militaires: contrôler une ligne de
montagne permet une vue sur la vallée du voisin, et donc voir venir le danger. Comme cette
“petite” crise entre Inde et Chine, au Bhutan (plateau du Doklam). ... La géopolitique est un des
aspect les plus importants dans un conflit.
I. Approches définitionnelles……
1.2. Pourquoi étudier la géopolitique ?
La géopolitique, ainsi informée par la géographie, impose un regard indispensable
pour compléter les analyses juridiques, psychologiques ou purement politiques.
Autrement dit elle éclaire les grands événement de la vie politique d'une façon
réaliste, ceci au plan international comme au plan national ou local.
I. Approches définitionnelles……
2. Commerce International
Le commerce international est l'échange de biens, de services et capitaux entre pays. Ce type de commerce
existe depuis des siècles (cf. route de la soie), mais il connaît un nouvel essor du fait de la
mondialisation économique.
.
3. Commerce extérieur
• Le commerce extérieur regroupe toutes les activités liées aux importations et aux exportations d'un pays. On peut y
inclure les différents stades des opérations d'import-export : étude pays, prospection, négociation, vente, logistique,
transport...
• Le solde du commerce extérieur est la différence entre la valeur des exportations et celle des importations entre deux
pays (ou deux zones). Il peut être relatif à un produit ou à l'ensemble des échanges de produits (biens et services
4. Regards
croisés entre
géopolitique et
commerce
extérieur
selon Laurence Daziano « Le commerce extérieur français ne peut plus se
réduire aux chiffres de la balance commerciale. Il doit prendre en compte
nos intérêts géopolitiques et les mutations à venir de notre politique
industrielle ».
Le développement des échanges
internationaux s'inscrit dans une
perspective historique au sein de
laquelle se succèdent des phases de
II. ÉVOLUTION libre-échangisme et des phases de
protectionnisme.
HISTORIQUE
DES ÉCHANGES 1. ÉMERGENCE DU COMMERCE
INTERNATIONA INTERNATIONAL
UX
Périodes de prospérité et de marasme
alternent jusqu'au XVIIIe siècle, période
à partir de laquelle l'activité économique
se développe.
1. Avant la Révolution industrielle
1.1. Des échanges limités jusqu'au XVIIIe siècle
II. ÉVOLUTION Le commerce lointain est peu développé et ne concerne
qu'une part tout à fait minime des économies nationales
HISTORIQUE DES (vin, sel, grains, épices, étoffes). Les voies de
ÉCHANGES communication entre pays sont rares et ne sont pas
entretenues. Les commerçants doivent s'acquitter de
INTERNATIONAUX nombreuses taxes et autres droits de péage. La situation
……. économique est, par ailleurs, peu favorable. Les
économies nationales, à vocation essentiellement
agricole, ne parviennent pas toujours à satisfaire les
besoins de leur propre population. Elles ne créent donc
pas le surplus de production nécessaire au
développement du commerce lointain (Document 1). La
tendance est au repli sur soi, au protectionnisme
1.2. Naissance du commerce international au XVIIIe
siècle
Il faut attendre le XVIIIe siècle pour voir l'échange
moderne se généraliser et le commerce extérieur se
II. ÉVOLUTION développer. Les ports de la côte Atlantique, Nantes et
Bordeaux principalement, connaissent à cette époque,
HISTORIQUE DES grâce au commerce colonial et à la traite des esclaves
noirs, une grande prospérité. A l'intérieur du royaume,
ÉCHANGES le commerce s'intensifie grâce à l'amélioration et
INTERNATIONAUX l'extension du réseau routier [Création de l'École et du
corps des ingénieurs des Ponts et Chaussée par Daniel
……. Charles Trudaine (1703-1769)]. Devant les marchés de
plus en plus larges qui s'ouvrent devant eux, les
négociants pressent les industriels d'accroître leur
production. De nouveaux moyens d'échange et de
paiement sont introduits et de grandes compagnies par
actions sont créées [Compagnie des mines d'Anzin,
Fondations Royales du Creusot].
II. ÉVOLUTION HISTORIQUE DES
ÉCHANGES INTERNATIONAUX…….
• 2. Après la Révolution industrielle
2.1. Le protectionnisme du début du XIXe siècle
La Révolution industrielle est un bouleversement qui touche à la fois l'industrie, l'agriculture, la population, les transports, le
commerce. Elle a lieu d'abord à la fin du XVIIIe siècle en Grande-Bretagne et au début du XIXe siècle en France et en
Allemagne, dans un climat protectionniste assez marqué (Document 2). Ainsi, la Grande-Bretagne avait-elle institué des
monopoles commerciaux (les Compagnies à chartes) et de navigation (les Actes de navigation britanniques) et mis en place
une législation pour réguler le commerce des grains, protéger les propriétaires fonciers et encourager les exportations de
blé par des primes [Corn Laws : lois protectionnistes concernant la production céréalière britannique]. En France, on trouve
surtout des taxes sur les produits industriels et agricoles. En Allemagne, List Friedrich (1789-1846), économiste allemand
théoricien du protectionnisme éducateur, se fait le théoricien de la protection des industries naissantes dans le cadre d'une
union douanière de 39 états, le Zollverein [Créé en 1834 sous l'impulsion de la Prusse, a un rôle déterminant dans la
formation de l'unité Allemande.], qui abolissent entre eux toute forme de protection tarifaire et qui érigent un tarif
extérieur commun (Document 3). Les Etats-Unis n'échappent pas à cette tendance et accentuent même cette politique
durant tout le XIXe siècle arguant de la protection des industries naissantes et de la nécessité d'imposer des droits qui
constituent l'essentiel des recettes publiques
II. ÉVOLUTION HISTORIQUE DES
ÉCHANGES INTERNATIONAUX…….
2.2. Le libre-échange de la seconde moitié du XIXe siècle
Le commerce international reste donc fortement contrôlé jusqu'au milieu du XIXe siècle. Cependant,
les limites qu'implique le protectionnisme vis-à-vis du développement anglais sont nettes. Les droits
de douanes, trop importants, handicapent le développement d'une économie dominante. Dans le
même temps, les coûts du blé, trop élevés, sont cause de troubles sociaux et politiques. Peu à peu, La
Grande-Bretagne s'écarte des pratiques protectionnistes et les idées libre-échangistes s'étendent. Le
tournant libéral est amorcé lorsque cette grande puissance exportatrice abolit les lois sur le blé (1846)
et les lois de navigation (1849) avant de conclure un traité de libreéchange avec la France (1860). La
France est alors la deuxième puissance économique et le développement des échanges entre les deux
pays est aussi décisif en termes commerciaux qu'en termes psychologiques. La dynamique libre-
échangiste gagne le Zollverein, la Hollande, la Belgique, la Suisse, et la Russie qui prennent à la suite
des mesures visant à intensifier les échanges
III. DÉVELOPPEMENT DU COMMERCE
INTERNATIONAL
1. Le repli protectionniste de la période 1880-1945
1.1. Le retour du protectionnisme à la fin du XIXe siècle
A partir des années 70, l'Europe Occidentale est envahie de produits en
provenance des États-Unis, d'Europe Orientale et de Russie (céréales,
laines, viande grâce aux premiers bateaux frigorifiques, oléagineux). Les prix
s'effondrent. Les revenus fonciers et la valeur de la terre diminuent. La
croissance mondiale semble moins assurée et chacun se replie sur ses
positions. La loi douanière allemande de 1879 est considérée comme le
point de départ d'une nouvelle ère protectionniste. Pour répondre aux
pressions des agrariens bavarois, menacés par les céréales russes, et des
industriels rhénans qui souhaitent protéger leurs entreprises naissantes,
Bismarck [Homme d'état prussien (1815-1898) qui réalisa l'unité allemande]
rompt la politique d'ouverture en remontant les taux de taxation de
l'Allemagne. La France ne tarde pas à suivre cet exemple et met en place, en
1881, une loi douanière inspirée du modèle allemand. En 1892, Méline
[Homme politique français (1838- 1925) représentant des intérêts agrariens
et partisan du protectionnisme] abolit l'ensemble des traités commerciaux
et impose un tarif visant à protéger l'agriculture française. La Russie
s'engage elle aussi, dans la voie protectionniste en triplant pratiquement
ses tarifs douaniers [Tarif Mendeleiev qui augmente les prélèvements en les
portant de 12 % en 1876 à 33% en 1891] au cours du dernier quart de
siècle.
III. DÉVELOPPEMENT DU COMMERCE
INTERNATIONAL…..
Généralisation du protectionnisme après la crise de 29 Après la Première Guerre Mondiale, la Grande-
Bretagne, contestée dans son rôle de puissance dominante par les États-Unis, abandonne à son tour le
libre-échange. La crise des années 20, par sa soudaineté et sa brutalité, contribue à l'aggravation des
mesures protectionnistes. Pour protéger des entreprises fragilisées et un marché national récessif, la
France rétablit les contingentements, bientôt imitée par l'ensemble des pays. La généralisation du "
nationalisme économique " provoque l'effondrement des échanges et entraîne une contraction du
volume de la production industrielle qui atteint son minimum en 1932. Celui-ci a baissé d'un tiers en
quantité et de deux tiers en valeur par rapport à 1929 (Document 4). La fin des années 30 se caractérise
par une reprise timide des échanges dans le cadre d'accords bilatéraux adoptant le troc ou le clearing
[Règlement par compensation des balances commerciales de 2 pays pour réduire les mouvements de
devises], ou dans des zones monétaires farouchement protégées comme le bloc sterling, le bloc dollar,
le bloc franc. 2. De 1945 à nos jours : reprise et explosion des échanges a. L'internationalisation des
échanges Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, le volume des échanges mondiaux est revenu
à son niveau d'avant 1914.
• La croissance du commerce mondial pendant cette période a été
quasi nulle et largement inférieure à celle de la production. Les États-
Unis, devenus grande puissance exportatrice (22 % du commerce
mondial) cherchent à réamorcer la pompe des échanges
internationaux pour soutenir leur industrie. Sous leur pression, la
signature des accords de Bretton-Woods [Création, en 1944, d'un
III. nouveau système monétaire international sur la base des thèses
américaines.] instituant le dollar comme devise universelle unique, et
DÉVELOPPEMEN celle des accords du Gatt [General Agreement on Tariffs and Trade ;
accord général sur les tarifs douaniers et le commerce signé en 1947]
T DU COMMERCE favorisant le multilatéralisme et le libéralisme, visent à donner un
cadre institutionnel favorable au commerce international. Le
INTERNATIONAL développement des échanges est la conséquence majeure de ces
accords. Ainsi, pendant la deuxième moitié du XXe siècle, le
….. commerce mondial est-il multiplié par 100 en valeur, et l'excédent
des exportations mondiales sur la production de richesses est-il en
moyenne de 4 points (Document 5). On illustre souvent, de ce point
de vue, la tendance à la mondialisation de l'économie par l‛excédent
de la croissance du commerce (biens et services) sur celle de la
production et par une augmentation plus rapide de l‛IDE
(investissement étranger direct) que de l‛investissement en capital
fixe au niveau mondial.
III. DÉVELOPPEMENT DU COMMERCE
INTERNATIONAL…..
• Le début du XXIe siècle a d'abord été marqué par un ralentissement, temporaire, du
processus de mondialisation (éclatement de la bulle des technologies de l‛information
et crise boursière de 2001), puis par une hausse assez sensible, en valeur, des
échanges de biens et de services, imputable pour une bonne part (2/3 de la hausse) à
la variation des prix en dollars. On estime qu‛en 2003 le commerce mondial des
marchandises a progressé de 16 pour cent, atteignant 7,3 billions de dollars, et celui
des services commerciaux de 12 pour cent, atteignant 1,8 billion de dollars.
L‛évolution du commerce en valeur nominale, au cours de ces dernières années, a
donc été fortement marquée par des évolutions très divergentes en matière de prix et
de taux de change
IV. LES FONDEMENTS THEORIQUES DES ECHANGES
ET DES INVESTISSEMENTS INTERNATIONAUX
1. L’ANALYSE TRADITIONNELLE DE LA SPECIALISATION INTERNATIONALE
1.1 – RICARDO ET LA THEORIE DES AVANTAGES COMPARATIFS
La théorie des avantages comparatifs de Ricardo montre que les pays ont intérêt à échanger dès lors que chacun se
spécialise dans les productions où il possède des avantages de coûts relatifs (productivité du travail). On traduit l’esprit de
la démarche de Ricardo par la boutade suivante : un médecin qui est meilleur jardinier que son jardinier a néanmoins
intérêt à garder celui-ci, car il gagne plus, en consacrant une heure à la médecine, qu’en consacrant une heure au
jardinage. On montrera ainsi que le gain dû à la spécialisation est assuré à partir du moment où l’échelle des prix diffère
dans les divers pays qui se spécialisent.
• Critiques : Faut-il considérer les avantages comparatifs comme un phénomène « naturel », avec lequel on ne peut que
s’accommoder, ou faut-il voir en eux le résultat (complexe) des choix passés et présents des Etats, choix qui ont pu
porter sur l’éducation, la formation, la mise en place d’infrastructures et de secteurs d’activité aux multiples effets
d’entraînement, avec d’importantes externalités positives ? Tous ces facteurs sont aussi importants que la « nature »
proprement dite. Les coûts comparatifs ne sont plus une variable explicative, mais une variable qui doit elle-même être
expliquée.
1. L’ANALYSE TRADITIONNELLE DE LA SPECIALISATION
INTERNATIONALE……..
1.2 - LES DOTATIONS DE FACTEURS DETERMINANTS DES ECHANGES : LE MODELE HOS (HECKSHER, OHLIN, SAMUELSON)
Pour ces trois auteurs, chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les productions utilisant les facteurs (terre, travail, capital)
qu’il possède en abondance par rapport à d’autres pays, à exporter de telles productions, et à importer des biens et services
« renfermant » des facteurs qui lui manquent. Les pays développés, riches en capital, en technologies avancées, en main
d’œuvre qualifiée, exporteront des produits élaborés. A l’inverse, les pays moins développés exporteront des marchandises
incorporant leur facteur le plus abondant, le travail peu qualifié.
Au centre de l’analyse se trouve l’idée de substitution du capital au travail (ou vice versa). Pour que cette substitution ne se
poursuive pas jusqu’à ce que toute différence disparaisse entre les pays , le modèle HOS postule la fixité des facteurs de
production (ou du moins leur insuffisante mobilité). C’est cette imperfection qui est à l’origine du commerce international.
Les analyses ricardienne et HOS ont leur « part de vérité », mais il faut les aménager en modifiant certaines de leurs
hypothèses de base. La spécialisation internationale repose sur un avantage comparatif mais également sur la demande
mondiale. Ces analyses traditionnelles doivent être renouvelées car la technologie se diffuse, les capitaux se transportent, les
hommes émigrent.
2. LE RENOUVELLEMENT DES THEORIES
DU COMMERCE INTERNATIONAL
2.1 – LA TECHNOLOGIE, FACTEUR D’ECHANGE INTERNATIONAL
2.1.1 – La thèse de l’écart technologique
Posner en 1961 remarque que des pays à dotations relatives factorielles proches commercent néanmoins ensemble. Ceci apporte un
démenti aux conclusions du modèle HOS et s’explique par l’innovation.
En créant des procédés et/ou des produits nouveaux, certains pays peuvent devenir exportateurs, indépendamment de leurs avantages de
dotations. L’avance technologique acquise dans un secteur confère un monopole d’exportation pour les produits du secteur. Un commerce
d’écart technologique naît si les consommateurs des pays étrangers expriment une demande pour les biens nouveaux, ce qui nécessite un
certain délai. Il disparaît progressivement lorsque les producteurs des pays étrangers s’engagent dans la fabrication des mêmes biens, ce
qui demande aussi un certain délai. Dès que la nouvelle technologie est connue à l’étranger, une concurrence potentielle existe.
Néanmoins, le monopole de l’innovateur peut se maintenir si son avantage de coût est suffisamment net. Cet avantage peut être lié aux
économies d’échelle nées de l’existence d’un vaste marché , le pays répondant seul à la demande interne ou externe.
Pour Krugman, le monopole technologique des pays développés est continuellement érodé par les transferts technologiques et ne peut
être maintenu que par des innovations constantes dans de nouveaux produits.
2.1 – LA TECHNOLOGIE, FACTEUR D’ECHANGE INTERNATIONAL ……..
2.1.2 – La concurrence internationale par l’innovation
Pour apprécier le caractère explicatif de la thèse de l’écart technologique, on peut mettre en relation l’intensité
en recherche/développement (R/D) par branche, avec un indice de performance à l’exportation. Plusieurs
études aux Etats-Unis ont montré que les branches industrielles les plus dynamiques à l’exportation étaient
celles qui embauchaient un nombre élevé de scientifiques et d’ingénieurs dans la R/D.
L’intensité de R/D suffit-elle à un pays pour lui garantir un excédent commercial ? Les Etats-Unis restent dans
les années 1980 le pays qui investit le plus en dépenses de R/D (en niveau et en part de PNB). Ils connaissent
cependant un déficit commercial industriel, y compris pour les produits de haute technologie.
Le niveau d’effort technologique n’est pas le seul élément à prendre en compte. Sa répartition sectorielle et sa
capacité à se transformer en produits concurrentiels sont également à prendre en considération.
2.1 – LA TECHNOLOGIE, FACTEUR
D’ECHANGE INTERNATIONAL………
2.1.3 La thèse du cycle du produit
Cette thèse formulée par Vernon (1966) prolonge la théorie de l’écart technologique en analysant les causes de l’innovation et les modalités de sa diffusion
internationale. Pour Vernon la période d’existence d’un produit peut être découpée en 4 phases : naissance, croissance, maturité, déclin (cf. Document 1,
tableau 2.3).
Dans sa 1 ère phase, le produit est intensif en technologie; puis son développement et sa production de masse nécessitent une forte intensité en capital (I);
enfin les phases de maturité et de déclin correspondent à un produit banalisé, intensif en main d’œuvre qualifiée et devenant peu à peu obsolète.
Chaque phase de la vie d’un produit est associée à une phase d’échange.
• La 1 ère phase du cycle n’engendre pas de commerce international : le produit est fabriqué et consommé dans le pays d’origine de l’innovation.
• Lors de la 2 ème phase, les exportations du pays innovateur vers ses partenaires développés apparaissent et se multiplient. Le produit se stabilise en termes
technologiques; les prix diminuant, le producteur va chercher à étendre son marché. La balance commerciale du pays innovateur, pour le nouveau produit ,
devient de plus en plus excédentaire; celle des autres pays est fortement déficitaire.
2.1.3 La thèse du cycle du produit (suite)
• Lors des 2 ème et 3 ème phase, les flux des échangent s’inversent. Le pays innovateur devient importateur et
les pays développés imitateurs deviennent exportateurs car le produit s’est banalisé. La firme innovatrice
l’abandonne progressivement pour se consacrer à de nouveaux produits; la demande nationale devient
saturée et la demande résiduelle est satisfaite par des importations, tandis que qu’une nouvelle demande
pour des produits d’une nouvelle génération apparaît. Le produit banalisé devient intensif en main d’œuvre
peu qualifiée et les coûts de production sont déterminants dans un marché globalisé et concurrentiel.
Progressivement, la fabrication de ces produits va se délocaliser vers des pays en développement répondant
à ces caractéristiques de coûts.
• Le 1er tableau du document 2 montre que sur la période 1970-1985, le Japon et Singapour perdent leurs
avantages comparatifs dans les produits intensifs en travail non qualifié, et les autres pays voient ces
avantages régresser nettement.
2.2 – Echange international et économies
d’échelle
Des économies d’échelle apparaissent lorsque l’accroissement de la production réduit le coût unitaire de fabrication d’un bien ou d’un service.
2.2.1 – Economies d’échelle externes et effets d’agglomérations
Elles concernent les économies d’échelle spécifiques à une branche : plus la taille de la branche sera grande et plus les coûts se réduiront pour toutes les
firmes appartenant à cette branche.
Si les pays partenaires sont identiques en termes de technologie et de dotations de facteurs, la différence de taille de leurs industries peut leur conférer des
avantages comparatifs et les inciter à une spécialisation inter-industrielle. Cette explication (Graham) met en évidence les avantages géographiques liés à
l’agglomération des activités.
Les effets d’agglomération correspondent aux explications que Marshall (1920) donnait à la concentration géographique pour une même industrie :
La concentration de l’activité permet de créer un marché du travail spécialisé et « partagé ».
Un site géographique peut développer des inputs spécialisés qui améliorent la productivité des entreprises et, ainsi, augmentent l’attractivité territoriale
(fourniture de biens publics, d’infrastructures de communication, achat en commun de machines onéreuses).
La concentration géographique d’un secteur est susceptible d’entraîner des effets de retombées technologiques et de diffusion des connaissances.
2.2.1 Economies d’échelle externes et effets d’agglomérations….
• La spécialisation en fonction des économies d’échelle externe peut provenir de deux sources principales :
La demande locale liée à la taille du marché national et aux goûts locaux aura une importance particulière car les entreprises
produiront d’abord en grande quantité pour satisfaire la demande intérieure. En obtenant des économies d’échelle, le pays obtiendra
de surcroît un avantage comparatif (« Effet du marché national » de Linder).
Les effets d’agglomération provoquent des économies d’échelle. L’agglomération d’une industrie dans un même site géographique (cf.
la Silicon Valley) génère des externalités positives dans la mesure où cette concentration pourra améliorer la diffusion des
connaissances, favoriser le marché du travail et le marché des inputs. Le pays qui réussit à générer des effets d’agglomération (cf. les
districts industriels) dans une branche peut obtenir des avantages comparatifs dans celle-ci.
• Rappel sur les externalités (effets externes) : La conséquence bénéfique pour un agent économique de l’action d’un autre agent. La
conséquence défavorable ou nuisible est une désoconomie externe (le bruit, la pollution entraînent des dépenses médicales et
d’insonorisation pour ceux qui en sont victimes). Marshall donne l’exemple d’économies externes réciproques avec le cas du voisinage
d’un apiculteur et d’un horticulteur. L’Etat est un producteur volontaire d’économies externes (santé, défense nationale, sécurité,
éducation …).
2.2.2 L’échange avec économies d’échelle
internes et marchés contestables
• Les économies d’échelle internes existent lorsque le coût par unité dépend de la dimension des firmes individuelles mais pas
nécessairement de la dimension de la branche. Plus la firme sera grande et produira en masse et plus son coût moyen baissera. Ex. : Le
doublement des machines engendre le triplement de la production.
• La théorie des marchés contestables (Baumol, Panzar, Willig, 1982) a pour ambition de fournir un cadre d’analyse des marchés pour
lesquels il existe des concurrents potentiels susceptibles d’entrer sans délai dans le marché (et d’en sortir), cela parce que les firmes
établies n’ont pas d’avantages sur les entrants potentiels. Condition : Il ne doit pas y avoir de coûts irrécupérables, c’est à dire que les
capitaux investis doivent pouvoir être redéployés dans une autre activité. Un marché est contestable quand les firmes entrantes
potentielles peuvent venir contester les positions des firmes déjà installées.
• La présence d’économies d’échelle internes avec des marchés contestables, se traduit souvent par l’émergence de monopoles au
niveau mondial. Le monopole qui se maintient sur chaque marché étant celui qui possède le coût moyen le plus bas. A cause des
économies d’échelle, l’accroissement de production du monopole qui se maintient engendre une diminution de prix dont bénéficient
tous le consommateurs. A l’inverse, de nombreuses firmes sont contraintes de cesser leur activité.
2.3 – LES ECHANGES DE
DIFFERENCIATION
• Lorsque la spécialisation se fait selon le principe de l’avantage comparatif, les produits sont homogènes. Dans la réalité, la concurrence est souvent
imparfaite, les produits sont différents. L’existence de produits différenciés engendre des courants d’échanges internationaux, alors même que les pays
peuvent être proches, en termes d’avantages comparatifs.
• 2.3.1 – Le commerce intrabranche
• L’échange intrabranche est généralement défini comme le commerce croisé de grandeurs comparables (exportations et importations) de produits
appartenant à une même branche. L’échange croisé de produits proches (mais différenciés comme des automobiles contre des automobiles) entre le
pays et le reste du monde est un phénomène qui traduit la recherche de diversité, donc concerne davantage les pays développés où les besoins
élémentaires sont satisfaits.
• L’échange interbranche fondé sur l’avantage comparatif porte sur des biens complémentaires, rendant des services non comparables, comme par ex. le
blé et les automobiles.
• L’indicateur le plus utilisé pour mesurer l’intensité de l’échange intrabranche est l’indicateur de Grubel et Lloyd :
2.3.1 – Le commerce intrabranche ……..
I = Somme des valeurs absolues des soldes commerciaux par branches x 100
Exportations totales + importations totales
• Plus le ratio tend vers 100 (ou 1 s’il n’est pas exprimé en %) et plus le % d’échange intrabranche par rapport au commerce total est
important. Le 2 ème tableau du Document 2 montre que les nations européennes, en particulier la France et le Royaume-Uni,
possèdent des indicateurs d’intensité intrabranche nettement supérieurs à ceux des Etats-Unis et du Japon.
• Le commerce intrabranche représente environ 50 % du commerce entre pays développés. Le phénomène qui s’est fortement accru
entre 1960 et la fin des années 1970 connaît une croissance moindre depuis.
• La recherche par des consommateurs de pays différents de biens différenciés est considérée comme la cause principale de
l’échange intrabranche (cf. Linder)
2.3.2 – La théorie de la demande représentative
de LINDER
• Pour Linder (1961), l’échange croisé de produits manufacturés entre pays développés ne s’explique pas par les dotations factorielles (modèle HOS) mais
par les comportements de demande. Son approche s’appuie sur 3 principes :
Les conditions de production ne sont pas indépendantes des conditions de la demande. La production est d’autant plus efficiente que la demande est
grande.
Les conditions de la production domestique sont principalement influencées par la demande intérieure. C’est la demande domestique représentative
qui est le support de la production et la « condition nécessaire mais non suffisante » pour qu’un bien devienne exportable.
Le marché extérieur n’est que le prolongement du marché national et l’échange international n’est que l’extension des échanges internationaux.
• Linder montre que les ventes à l’étranger sont possibles et intenses dès lors que les pays importateurs ont des comportements de demande proches de
ceux du pays producteur. L’échange croisé de biens manufacturés sera d’autant plus fort que les pays auront des niveaux de développement comparables
(Rev./hab. semblables).
• Limite : Il s’attache plus à l’explication de l’intensité des échanges croisés entre pays également développés qu’à la nature des biens échangés et à leurs
caractéristiques intrinsèques. L’analyse demeure imprécise pour expliquer l’intérêt que les partenaires trouvent dans une diversification conduite à
l’échelle internationale plutôt qu’à l’échelle nationale pour répondre à la demande de variété.
2.3.3 La concurrence monopolistique
• Pour Chamberlin (1933), le commerce intrabranche apparaît comme un échange de produits similaires mais non
identiques, c’est à dire différenciés. Les différenciations sur des biens à peu près comparables vont permettre aux
consommateurs de satisfaire une demande de différence pour reprendre une expression de Lassudrie-Duchêne.
La concurrence monopolistique est obtenue par la
différenciation réelle ou imaginaire
Différenciation du produit Différenciation des conditions de vente
Commodité d’emplacement, réputation
Qualité, modèle, couleur, style,
du vendeur, liens personnels,
forme, brevet, marque, emballage,
conditions générales de vente,
image du produit donné par la
conditions de paiement,
publicité ….
de livraison, de service après-vente
2.3.3 – La concurrence monopolistique ……..
Chaque entrepreneur détient le monopole d’un produit (chemise Lacoste, dentifrice à rayure rouge …) et
subit la concurrence d’entrepreneurs qui fabrique des produits substituables.
Pour Chamberlin, la différenciation va engendrer l’échange. Dans une 1 ère approche, les produits sont
différenciés horizontalement, c’est à dire essentiellement par la qualité. Pour les consommateurs, l’ouverture
à l’échange sera motivée par la possibilité d’augmenter le nombre de variétés et qualités possibles pour un
même bien.
Dans une seconde approche, on considérera que chaque individu désire un seul type de produit différencié
en fonction de ses goûts. Du fait de la grande diversité des goûts individuels et des préférences, une
demande de variété pour les produits apparaît au niveau global. Cette demande sera également mieux
satisfaite par l’ouverture des frontières.
2.3.4 Concurrence oligopolistique et échange
intrabranche
• Rappel : Oligopole : situation de marché avec un petit nombre d’offreurs face à une multitude de demandeurs.
• Pour Brander et Krugman (1983), le commerce intrabranche est perçu comme le résultat d’échanges de biens strictement identiques.
• Les échanges intrabranches seront appelés verticaux lorsque les importations et exportations concerneront des produits appartenant
à une même industrie ou activité mais se situant à des stades différents du processus de production. Ex. : la France importera des
parties et pièces d’Airbus d’Espagne, de Grande-Bretagne et d’Allemagne pour réexporter des Airbus assemblés.
• Les échanges intrabranches seront appelés horizontaux lorsqu’il s’agira de commerce de produits ayant atteint des stades de
fabrication semblables comme produits finis (automobiles contre automobiles) ou intermédiaires (machines-outils contre machines-
outils).
• Pour les échanges intrabranches horizontaux, soit les produits ont à peu près la même valeur unitaire (ils sont donc relativement
semblables mais différenciés par leur marque, couleur, forme …), soit les valeurs unitaires des produits importés et exportés sont très
différents et alors il y a un commerce intrabranche horizontal de gamme (importation d’automobiles haut de gamme et bas de
gamme).
• Pour le commerce extérieur français, les échanges intrabranches représentent entre 55 et 65 % du commerce total. Le tableau 3 du
document 2 montre que les échanges intra-industriels étaient plus marqués par le commerce vertical qu’horizontal. Par ailleurs, le
commerce horizontal est constitué pour environ les ¾ par des échanges de gamme.
2.3.5 – Echanges intrabranches et échanges
interbranches
• On constate, en observant la structure réelle des échanges de marchandises que le commerce entre deux
pays est constitué à la fois d’échanges inter et intrabranches, du moins dans le cas de pays à niveau de
développement assez proche.
• Ceci montre que la thèse des dotations factorielles et les thèses fondées sur la recherche par les
consommateurs de produits différenciés doivent être considérées comme complémentaires plutôt
qu’alternatives.
• Conclusion : Les dotations relatives en facteurs primaires restent un élément important pour expliquer les
échanges de biens complémentaires, tandis que les comportements de demande et les économies d’échelle
déterminent le commerce de produits différenciés.