Chapitre II: Mesures et
gestion des risques financiers
Section 1: Techniques de mesure de risques
1. Mesure de volume "impasses"
2. Mesure de valeur
3. Mesure de marge
Section 2: Outils de gestion et modalités de
couvertures des risques
1. Gestion du risque de liquidité
2. Gestion du risque de taux d'intérêt
3. Gestion du risque de change
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Section 1: Techniques de mesure de
risques
Les méthodes de mesure et de gestion des risques
financiers dépendent étroitement de la façon dont ces
risques affectent les comptes de l’établissement.
Toutefois, on peut distinguer pour les méthodes de
mesure des risques trois grandes familles : mesure de
marge, de valeur et de volume.
Les deux approches, mesure de marge et mesure de
valeur, qui correspondent respectivement à l’approche
des résultats courants et à l’approche patrimoniale,
sont donc déclinées pour la détermination de chacun
des risques, même si certains critères peuvent être
spécifiques à chacun d’entre eux.
Ces deux notions sont en général complétées par une
mesure de volume qui consiste à déterminer l’assiette du
risque.
1- Mesure de volume "impasses"
Cette méthode permet de mesurer l’incidence de la
variation des taux sur les grandes masses du bilan. Il
s’agit essentiellement de déterminer l’assiette du risque
(impasse ou gap).
Détermination de l’impasse de liquidité
Pour bien illustrer cette méthode, on va prendre un
exemple concernant la mesure du risque de liquidité par
la méthode des impasses.
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On a le profil d’échéance qui est un tableau qui classe
les actifs et les passifs selon leur durée restant à courir
selon la méthodologie suivante :
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La détermination de l’impasse de liquidité : pour une
maturité donnée, l’impasse de liquidité, appelée
également position de liquidité, est égale à la
différence entre les passifs et les actifs. Ainsi pour
notre tableau, en raison de discordances d’échéances,
la banque a une impasse de 600 d’ici à une semaine
qu’il lui faudra couvrir pour rester liquide. Il est
également possible de cumuler les impasses de chaque
classe pour obtenir le montant et la période de
survenance de besoin de trésorerie maximum (6800
dans notre exemple et qui est d’ici à 6 mois).
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On peut aussi calculer l’indice de liquidité, qui
consiste à pondérer les actifs et les passifs par la durée
moyenne de chaque classe puis à calculer l’indice qui
est égal à :
∑ des passifs pondérés
Indice de liquidité =
∑ des actifs pondérés
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Un indice supérieur à 1 signifie que la banque
emprunte plus long qu’elle ne prête et plus l’indice est
faible, plus la banque transforme des passifs courts en
actifs longs.
Détermination de l’impasse de taux
Date de nouvelle détermination des Passifs Actifs Ecart cumulatif de taux
taux d’intérêt d’intérêt
1 semaine ou moins 5100 4600 -500
8 jours à 1 mois 4500 4200 -800
1 à 3 mois 2100 2000 -900
3 à 6 mois 1700 1900 -700
6 à 12 mois 300 1400 +400
1 an à 3 ans 200 700 +900
Plus de 3 ans 1100 200 0
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Le profil d’échéances est un tableau qui classe les actifs
et les passifs selon la date à laquelle les conditions de
rémunération sont modifiées et non pas selon leur
maturité comme dans le cas des impasses de liquidité.
La détermination de l’impasse de taux : pour une
classe d’échéance donnée, on calcule par différence
entre les passifs et les actifs une impasse qui met en
évidence les défauts de concordances (mismatching)
des échéances. Le profil d’échéances permet aussi de
calculer :
Un ratio de sensibilité aux variations de taux, qui, pour
une échéance donnée est égal à :
Actifs sensibles aux variations de taux
Passifs sensibles aux
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Un RST égal à 1 indique pour l’échéance en question un
parfait adossement des actifs et passifs. Un RST inférieur à 1
correspond à une position courte et un RST supérieur à 1 à
une position longue.
Ainsi, selon notre tableau la banque est en position courte
sur les échéances inférieures à trois mois et sur celle
supérieure à 3 ans. Son RST à trois mois est :
=0.92 =
Si les taux des actifs comme des passifs augmentent de 1% en
points de base, le cout annualisé de cette hausse peut être
évalué à 5 millions d’euros pour la première semaine, puis 8
millions d’euros pour le premier mois et ainsi de suite.
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2- Mesure de valeur (risque de taux)
Le principal inconvénient du calcul des impasses tel qu’il
vient d’être exposé, est qu’il est centré sur la sensibilité de la
marge d’intérêts aux modifications de taux et qu’il ne tient
compte des variations de valeur des actifs et passifs bancaires
induites par les modifications de taux d’intérêt. Pour cela,
l’introduction de la sensibilité de la valeur de marché des
actifs et passifs bancaires peut se faire en introduisant la
duration.
La duration fournit une mesure de la maturité réelle d’un
actif financier car elle tient compte des dates et montants
d’encaissements des flux (les intérêts, par ex.) Elle permet
aussi d’évaluer la sensibilité de la valeur d’un actif financier
aux variations de taux d’intérêt. Elle est donc bien adaptée à
la mesure du risque de taux.
Duration des actifs et passifs bancaires
Le calcul de la duration des A et P, nous permet de
calculer l’écart de duration du bilan bancaire:
Ecart de duration = ED = (DA – λDP)
Avec:
DA: Duration de l’actif
DP: Duration du passif
λ: coefficient représentatif de la part des passifs
sensibles au risque de taux dans le total du bilan.
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Trois situations sont à distinguer à ce niveau :
Situation en cas de
Hausse des taux Baisse des taux
Duration actif > duration du passif Défavorable Favorable
Duration actif < duration du passif Favorable Défavorable
Duration actif = duration du passif Neutre Neutre
La baisse des taux est une situation favorable pour la
banque à écart de duration positif car l’actif s’apprécie
davantage que le passif et inversement en cas de hausse
de taux ;
La hausse de taux est une situation favorable pour la
banque à écart de duration négatif car l’actif se déprécie
moins que le passif ;
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Un écart de duration égal à 0 neutralise le risque de taux
puisque la valeur des actifs et passifs évolue dans les
mêmes proportions. Cette égalité est appelée
immunisation contre le risque de taux.
Estimations des pertes :
Comme tout actif financier, les fonds propres de la banque
ont une valeur de marché sensible à la variation des taux
et fonction de l’écart de duration du bilan selon la
formule :
FP ED i
TBilan (1 i )
La cellule GAP peut procéder à des simulations afin de
déterminer les pertes selon plusieurs hypothèses de
variation de taux.
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A propos de la duration
La duration correspond à la valeur actuelle pondérée
par la durée, de tous les flux engendrés par un actif
financier ou encore à la maturité moyenne de tous les
flux pondérés par leur valeur actuelle engendrés par
cet actif. N
nFn
(1 i ) n
Duration D nN1
Fn
Avec: n 1 (1 i ) n
n: durée de vie en année.
Fn: valeur du flux financier à l'année n.
i: taux d'intérêt.
3- Mesure de marge
Cette mesure permet d'apprécier, à travers la marge
d'intérêt, l'impact des variations adverses du risque de
change sur la rentabilité de la banque.
Pour bien illustrer cette méthode, on va présenter un
exemple qui concerne la mesure de marge du risque de
change. Cette mesure consistera donc dans ce cas à
donner l’incidence du risque de change sur la rentabilité
de l’établissement en évaluant la sensibilité de la marge
de transformation aux fluctuations des taux de change.
Supposons par exemple que l’établissement de crédit ait
à financer une opération dans une monnaie (la livre) à
partir de ressources empruntées dans une autre monnaie
(le franc). La marge est alors déterminée par le
différentiel de taux d’intérêt entre les deux devises sur la
durée de l’opération. De plus, elle sera affectée par le
différentiel de taux de change entre le cours appliqué à
l’initialisation de l’opération (pour la conversion du franc
en livre) et le cours appliqué à son dénouement (pour la
conversion de la livre en franc). Si le premier est figé à
l’origine de l’opération, le second dépendra de l’évolution
future des taux de change. La marge dépendra aussi des
taux de change qui s’appliqueront aux différentiels
d’intérêt entre les opérations en livres et celles en franc.
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Exemple : Supposons un prêt en livres sterling de 10 M£
de maturité 3 ans, accordé à un taux de 8%. Ce prêt est
refinancé par une ressource en francs français, à trois ans
elle aussi, sans opération de change associé. Le taux de
cette ressource est de 7%. Le taux de change livre contre
franc est de 8 (1£ = 8F) à l’origine. L’emprunt en franc est
donc de 80 MF. Nous supposons que l’établissement ne
fait pas de marge commerciale et que les opérations ne
comportent pas d’options cachées. Le tableau ci-dessous
présente la marge de transformation de ce portefeuille
avec un taux de change stable de 8, en hausse à 9 ou en
baisse à 7. On constate que la marge est très sensible.
Elle l’est surtout en année 3 du fait du poids du
remboursement du capital, qui prime sur les intérêts.
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Sensibilité de la marge de transformation aux variations de taux de change
Année 1 Année 2 Année 3
Intérêts Principal
Marges avec le F/£ à 9 1,6 1,5 1,6 10
Marges avec le F/£ à 8 0,8 0,8 0,8 0
Marges avec le F/£ à 7 0 0 0 -10
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Enfin, les avantages et les inconvénients des
différentes familles de mesure sont résumés dans le
tableau suivant :
Comparaison de différentes méthodes de gestion
Mesure de valeur Mesure de marge Mesure de volume
Avantages Synthétique Proche des Facilité de mise en
Intègre les options notions œuvre
comptables Outil de décision
Visualisation de Facilité de
la chronique des compréhension
flux
Inconvénient Difficulté de mise en Intègre mal les N’intègre pas les
s œuvre options options
Eloignée des notions Mise en œuvre Déconnecte du
comptables résultat
Complexité de
compréhension
Trop synthétique
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Section 2: Outils de gestion et modalités de couvertures
des risques
1- La gestion du risque de liquidité
Nous distinguerons deux aspects pour gérer le risque de
liquidité :
Liquidité stockée : il s’agit de cession d’actifs pour
obtenir des liquidités, dans ce sens le portefeuille titres
des banques constitue la principale source de liquidité
stockée, et principalement les titres de transactions qui
peuvent être céder rapidement.
Liquidité empruntée : soit auprès de la banque centrale
en répondant aux appels d’offre de celle-ci ou sur le
marché à travers les certificats de dépôts négociable.
Le choix de l’une ou de l’autre des deux solutions
dépend de plusieurs facteurs. En effet, le fait
d’emprunter sur le marché peut s’avérer plus risqués
que la cession d’actifs, de plus la plupart des banques
n’ont pas la même facilité d’accès au marché de
capitaux notamment la taille de l’établissement, sa
solidité financière … etc. D’où les petites banques non
adossées à des groupes financiers doivent être plus
attentives au risque de liquidité et doivent détenir dans
leurs bilans des actifs facilement transformables en
liquidité.
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2- Gestion du risque de taux d'intérêt
Pour gérer son risque de taux la banque doit réaliser
l’égalité de la duration de ses actifs et passif soit par la
technique d’immunisation totale, soit elle couvre les
positions de taux sur le marché dérivé.
La recherche de l’immunisation :
Si la banque décide d’augmenter la duration de son
passif en émettant des obligations pour faire face au
risque de taux.
La couverture du risque sur le marché dérivé :
Dans ce cas l’établissement peut choisir entre deux
modalités de couverture :
La macro couverture : qui vise à compenser la position
de taux global mesurée par l’écart de duration pour
une positon sur le marché dérivé, par exemple vendre
des contrats à terme sur bons de trésor ou obligation et
donc si elle prévoit une hausse du taux d’intérêt, elle
réalisera des plus values.
La micro couverture : elle est constitué ligne par ligne
et donc pour chaque élément du bilane la banque
choisit une couverture adaptée.
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3- La gestion du risque de change :
Elle repose sur le même principe de gestion de risque de
taux et de liquidité :
Soit la banque recherche l’adossement dans le cas des
positions de change qui sont susceptibles d’engendrer
des pertes trop élevées. Par exemple : « si une banque
est en position courte à un mois sur le dollar et qui
redoute une hausse du cours, elle peut acheter des titres
qui ont la même échéance et libellées en dollars ».
Soit la banque recours aux instruments de couverture
du risque de change par exemple « acheter des Dollars à
terme livrables dans un mois ».
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