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Urbanisme et logement en Algérie coloniale

Le document décrit l'évolution de l'architecture et de l'urbanisme en Algérie pendant la période de colonisation française entre 1830 et les années 1950, notamment le développement du style néo-mauresque, les premiers programmes de logements sociaux pour les musulmans dans les années 1920, et le passage vers une architecture moderne à partir des années 1930.

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Urbanisme et logement en Algérie coloniale

Le document décrit l'évolution de l'architecture et de l'urbanisme en Algérie pendant la période de colonisation française entre 1830 et les années 1950, notamment le développement du style néo-mauresque, les premiers programmes de logements sociaux pour les musulmans dans les années 1920, et le passage vers une architecture moderne à partir des années 1930.

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1830-1920

Les villes de l’Algérie (et l’habitat par conséquent) durant la colonisation Charles Jonnart est gouverneur général de l’Algérie à trois
française se sont constituées essentiellement de deux manières : la reprises (1900-1901 ; 1903-1911 ; 1918-1919). Il eut l’idée de construire
création des centres et périmètres de colonisation et l’extension des villes dans un style dont les « arabes » ont l’habitude afin de leur redonner
existantes (Alger, Tlemcen, Constantine, Oran..etc) par la destruction confiance face au conquérant européen venu avec une architecture qui
partielle ou totale des médinas. Quarante ans de conquête (1830-1870) leur était inconnue (le néo-mauresque). Il transforme ainsi l’image de la
ont provoqué la destruction de beaucoup de villes et la décadence de France de conquérante en protectrice, ce rapprochement avec les
l’économie et de la société urbaine et rurale traditionnelle « arabes » devait impérativement emprunter le chemin de la culture et du
Durant cette période, beaucoup de créations urbaines de l’Emir religieux d’où la référence aux mosquées et aux bâtiments du Maghreb et
Abdelkader T’aza, Tagdedempt et Boghar sont rasées pour toujours, de l’Andalousie. Jonnart publie une série d’ordonnance pour en faire le
Saida dans une moindre mesure. Médéa, Miliana et Mascara sont en style de l’Etat
grande partie incendiées. Alger, Tlemcen, Mascara et Miliana subissent La tendance orientaliste que prend l’architecture officielle en Algérie du début du
des démolitions et des transformations pour l’élargissement des voies, la siècle jusqu’à la fin des années 1920 est également encouragée par un contexte
création des places d'armes, et la consolidation des fortifications international, particulièrement l’exposition universelle de Paris de 1889.

l’architecture (Alger) s’est partagée entre le néoclassicisme européen


délibéré, les tendances orientalistes et l’expression populaire. En même
temps, il précise qu’il est quasiment impossible de séparer le discours sur
l’urbanisme de celui sur l’architecture et que cette
dernière est indissociable de la maison et de la ville. Les immeubles de
rapport à l’allure néo-classique sont en alignement sur les rues des
principales villes algériennes. Ils reflètent l’enrichissement colonial grâce
notamment au commerce du vin et sont destinés presque exclusivement à
une population européenne.
Le néo-mauresque ou style Jonnart que Deluz (1988) nomme
orientalisme est surtout appliqué pour les édifices publics et les bâtiments
de prestige.
L’expression populaire , couvre une production de
logements très diverse dans les quartiers musulmans et les quartiers
européens de chaque ville. Si les populations musulmanes vivent dans
des conditions matérielles différentes de celles des européens, ces deux
populations ne sont pas homogènes. A Alger, par exemple cette
ségrégation socio-spatiale suit le modèle du monde industriel : les
ouvriers (en majorité des italiens, des espagnols et des maltais) logent
d’abord à Bab El Oued, au quartier de la Marine dans la basse Casbah,
puis plus tard au Hamma, à Hussein Dey et à El Harrach, au moment où
la population européenne plus aisée et la classe dirigeante vivaient au
centre puis sur les collines ouest de la ville. Lorsque ce ne sont pas des
immeubles de rapports de moindre qualité (comparés à ceux des centres
des villes), les maisons des européens des premiers faubourgs de la
colonisation sont mitoyennes et alignées sur la rue avec un étage sur rezde-
chaussée et un percement sobre, elles évoluent en maisons isolées
dans un jardin en gardant toutefois des caractéristiques quasi identiques,
un plan carré avec une toiture à un, deux, ou quatre pans. La population
musulmane loge dans les médinas, les casbahs et les villages nègres ou
indigènes (Oran, sidi Bel Abbes). Dès la saturation de ces noyaux urbains
originels, elle s’installe dans les bidonvilles aux abords des villes qui
parfois se transforment en quartiers de maisons à un ou deux étages
construits sans avoir recours à un architecte et dont la configuration est à
mi-chemin entre la maison de la Casbah très simplifiée avec une cour et
la maison européenne (fenêtres sur rue).
1920
LOGEMENT SOCIAL POUR LES INDIGENES 1920
Jusqu’aux années 1920, il n’y a pratiquement pas de programmes de La première réalisation à Alger de cité indigène revient à François
logements sociaux pour les musulmans et même pour les européens. La Bienvenu qui réalise 64 logements au boulevard Verdun jouxtant la
situation en métropole n’est pas meilleure puisque dans l’histoire du Casbah et s’adossant au nord de ses remparts.
logement social en France, celui-ci ne devient une politique publique L'architecture des blocs du boulevard de Verdun offre une nouvelle
qu’entre 1920 et 1939 et que la naissance du droit au logement s’opère à image urbaine qui combine tradition et modernité. C’est un type de
la veille de la première guerre mondiale logements neufs qui répond aux coutumes des habitants musulmans tout
L’intérêt de l’administration française pour le logement des musulmans en leur donnant les commodités d'une habitation européenne
se manifeste aux alentours de 1930. C’est le centenaire de la colonisation
qui a été fêté avec faste, c’est aussi l’année de la publication de l’ouvrage
de Lespès sur Alger (celui d’Oran le sera en 1938). En 1933, se tient à
Alger le congrès d’architecture et d’urbanisme auquel participe le
Corbusier. Il visite la Casbah et y effectue des relevés, il est très
impressionnée par la ville ottomane
En dépit du peu d’intérêt pour les médinas algériennes en général et pour
la Casbah d’Alger en particulier et de la timide volonté de les protéger, il
n’en demeure pas moins qu’elles ont constitué un modèle pour des
projets urbanistiques et architecturaux de grande qualité. En témoignent
les nombreux immeubles à cours entourés de galerie construits depuis la
fin du XIXe siècle particulièrement pour les hôpitaux et les casernes et
que l’on trouve rarement à la même période en métropole. Le centenaire
de la colonisation est aussi l’occasion de faire un bilan et de penser à une
politique de logements des musulmans notamment le type de logements à
adopter. Ceci est également dû à la reprise démographique de la
population musulmane après le déclin observé depuis la conquête
S’il est clair que reconstruire une ville arabe (médians et Casbah) est
impensable, faire habiter les musulmans dans un logement totalement
européen l’est tout autant. Les architectes produisent études théoriques et
projets réalisés de logements pour musulmans en s’inspirant de la médina
mais en proposant des logements minimum conformes aux critères du
logement social.
LOGEMENT SOCIAL POUR LES EUROPEENS 1925

La question du logement social pour les européens trouve aussi un début


de réponse à partir de 1925 où sept ensembles de logements ont été
construits jusqu’en 1935 aux abords de la ville d’Alger dont la première
est la cité Bobillot (1925) et les HBM du Champ de Manœuvre, pâle
copie de la cité –jardin car le jardin est en réalité une cour intérieure
asphaltée. Les opérations patronales contribuent également à l’effort de
loger les ouvriers européens à l’image de la cité Altairac à Maison Carré
(El-Harrach). Lorsqu’il s’agit de construire pour les européens,
Guérineau et Bastelica changent radicalement de vocabulaire : les
maisons de la cité Altairac (1931) sont largement ouvertes sur la rue et
affichent une plastique moderne, et les pilotis qui tout en rappelant un
des points de l’architecture moderne protègent les maisons des crues de
oued El Harrach
DE L’ORIENTALISME A L’ARCHITECTURE MODERNE 1930
Au début des 1930, l’intérêt pour le style néo-classique et la tendance
orientaliste baisse au profit de bâtiments adoptant un vocabulaire
moderne. A ce titre, Deluz (1988, p.51)) résume bien un siècle et demi
d’architecture en Algérie « Pour la masse moyenne des architectes, la
clientèle de la grosse bourgeoisie coloniale voulait du néo-classique, le
promoteur de l’après-guerre veut du moderne, l’équipe de Chevallier
demandera du caractère, les technocrates du plan de Constantine du technique et
après l’indépendance le nouveau régime exigera du
social ». Il y a aussi le fait qu’au début du siècle, l’Algérie prospère
et s’organise. Le comité du Vieil Alger est créé en 1900, il rassemble de
nombreux intellectuels et notables et se donne pour tâche la préservation
de la ville turque. Après la succession de plusieurs générations de
français nés en Algérie, Une élite se forme à Alger (et dans la plupart des
villes algériennes) et réclame une identité propre à elle. Cette génération
d’intellectuels et d’architectes des années 1930 trouve dans l’architecture
moderne d’inspiration méditerranéenne voire arabe, mauresque ou
ottomane, une expression à cette identité. Cet emprunt à la fois au
vocabulaire moderne et à l’architecture des maisons traditionnelles
trouve déjà une expression dans les cités indigènes des années 1930.

Durant les années 1950, l’architecture moderne n’est plus une nouveauté
en Algérie et beaucoup d’immeubles de logements de standing ou HLM,
ou d’équipements publics adoptent ce vocabulaire. A Alger les
influences de Le Corbusier se lisent dans deux réalisations en particulier :
l’aéro-habitat de Miquel, Bourlier et Ferrer-Laloe (1955) et l’immeublepont Burdeau de
Pierre-Marie (1952).
Fernand Pouillon et Alger 1953
Jacques Chevallier élu maire d’Alger en 1953 est peu satisfait par ces
réalisations modernes. Conscient de l’état de crise de l’Algérie coloniale
et persuadé que la solution de l’Algérie n’existe que dans l’intégration
des communautés, il lance d’urgence de grandes opérations de logement
dont une partie importante est destinée aux populations musulmanes.
dont une partie importante est destinée aux populations musulmanes.
Méfiant vis-à-vis des architectes locaux (lents, pas d’envergure,
architecture chère), il était en quête d’idées nouvelles et fait appel à
Pouillon pour réaliser pas moins de 4000 logements sociaux dont une
bonne partie est réservée à la population musulmane. Pour Chevallier,
Pouillon est celui qui construit bien, vite et pas cher.

Envers et contre tous et grâce à l’appui de Chevallier, Pouillon réalise


Diar Es Saada (1953-1954), Diar El Mahçoul (1954-1956) et Climat de
France (1956-1958). Ces trois cités de logement social se distinguaient
par l’attention envers le paysage et la ville. Pouillon ne se préoccupait
pas uniquement d’offrir des logements mais des espace publics de grande
qualité en s’inspirant des villes précoloniales (Casbah, Ghardaia) et des
tracés urbains européens du XVIIe
et XVIIIe siècle
LES BIDONVILLES, LES CITES DE TRANSIT ET LE PLAN DE CONSTANTINE

Du recasement au transit
L’apparition des bidonvilles à Alger remonte aux années 1930 suite à la
Que soit à Alger, à Oran ou dans la plupart des villes algériennes, le
crise de l’agriculture. 1936 en particulier est une année de mauvaise Ne
problème des bidonvilles trouvera la même réponse, celle de la
trouvant plus où se loger, ils gonflent les quartiers de baraques
démolition et du relogement de sa population. La restructuration
appelés bidonvilles. La crise dans la campagne est exacerbée par la guerre
(viabilisation et équipements) de terrains devant recevoir un bidonville
d’Algérie où l’armée
n’a pas été retenue quoique Jean De Maisonseul (directeur départemental
française déclare les terres cultivées terres interdites pour pouvoir
de l'urbanisme) y ait songé (Deluz, 1988). S’agissant de gens pauvres,
contrôler la population et éviter qu’elle ne vienne en aide aux
n’ayant pas de revenus suffisants et stables, le problème se situe au
moudjahidines. Le paysan et sa famille qui migre vers la ville a toujours
niveau du financement des logements à construire, de la disponibilité de
un point de chute chez un parent qui lui permet de s’installer
terrains bon marché et du type de logement à adopter (disposition
provisoirement chez lui en attendant de louer, d’acheter ou de construire
spatiale, superficie, matériaux utilisés…etc). Plusieurs solutions ont été
une baraque selon ses moyens. En 1951, lors d’une visite du ministre de
tentées notamment à Alger, baraquements préfabriqués (Nador-Diar EL Mahçoul,
le Reconstruction et de l’urbanisme Claudius-Petit, le maire d’Alger
aujourd’hui démolis), cités de recasement semi-urbaines ou urbaines (Ouchaya,
Gazagne déclare « ..Alger souffrant plus que les autres villes d’Algérie
Djenan El Hassan, les Palmiers ou Diar Es Schems). Il y a eu aussi l’idée de
de la crise de l’habitat réclame au moins 20.000 logements…..tandis que
déplacer les habitants des bidonvilles vers des cités trop éloignées du centre-ville
la création de cités satellite s’impose pour faire face au problème
et ne trouvant pas preneurs. Devant l’échec de ces expériences, le relogement ou
tendant à décongestionner la Casbah et à supprimer les bidonvilles…..A
recasement sera remplacé par le transit ou l’hébergement provisoire. Cela se fait
titre d’information, de 1932 à 1947, il a été célébré 20.000 mariages et il
en trois phases. D’abord la construction d’immeubles d’hébergement (hôtels-
a été construit 800 logements….Les raisons de cette crise sont dues aussi
dortoirs familiaux), ensuite, après relogement des familles dans ces immeubles,
à l’afflux des population rurales sur les villes…. » (Deluz, 1988).
démolition du bidonville pour récupérer le terrain et y construire des logements
aux normes appropriées, et enfin occupation des familles de leurs habitation
définitives. Cela a donné naissance à ce qui est appelé les cités de transit à l’image
de Dar El Kef des carrières Jaubert d’Alger (1959)
Le plan de Constantine

En urbanisme et en architecture, le Plan de Constantine opère une rupture


Il a été appelé ainsi car De gaulle président de la France l’a annoncé sur
avec la plupart des réflexions et des réalisations antérieures. C’est une
le balcon de la préfecture de Constantine, le 3 septembre 1958. Il s’agit
phase de gestion administrative où la ville et l’architecture sont vues du
d'un plan de développement économique et social visant à rattraper le
point de vue des normes uniquement : pratique de zonage, classement
retard de l’Algérie, malgré une démographie galopante, et à la porter
des densités, règlement de répartition des surfaces, rapport population
après quelques quinquennats à un niveau européen. Politiquement et
équipements, modèle de développement urbain ségrégatif. Ceci avec la
quatre après le 1r novembre 1954, c’était une riposte au FLN et une
volonté d’application de la même répartition des fonctions à travers tout
tentative de récupération de la population musulmane algérienne en lui
le territoire et toutes les villes de l’Algérie : zones industrielles, cités des
faisant miroiter une amélioration de sa situation qui serait atteinte grâce
fonctionnaires, cités administratives, quartiers semi-urbain. L’urgence a
aux efforts de la France. Le plan de Constantine, s’inspire de la
été invoquée pour cacher la volonté de simplifier les problèmes et de
planification mise en place pour la reconstruction après-guerre en
gommer les difficultés notamment foncières et de manipuler les
métropole. Il prévoit des investissements à la fois publics et privés, à
populations et le cadre bâti afin de pouvoir appliquer des chiffres et des
hauteur de 50% chacun. Les principaux objectifs fixés par ce plan sont la
grilles normatives. Au nom de l’efficacité, de l’économie et de a rapidité
construction de 200.000 logements permettant d’héberger 1 million de
on balaya « La recherche de l’espace à l’échelle humaine, de la poésie
personnes, la redistribution de 250.000 hectares de terres agricoles, le
des silhouettes dans le paysage, des tracés et des perspectives » (Deluz,
développement de l’irrigation, la création de 400.000 emplois industriels.
1988), en somme la quantitatif l’emporta sur le qualitatif. D’une manière
générale toutes les opérations réalisées entre 1958 et 1962 l’ont été dans
le cadre du Plan de Constantine à travers tout le territoire national
LES OPTIONS DE L’ALGERIE INDEPENDANTE
EN MATIERE D’HABITAT

Le plan triennal 1967-1969 :


Reconstruction des villages détruits par la guerre et achèvement des
chantiers abandonnés (20 000 logements ruraux et 20 000 urbains
achevés).

Premier plan quadriennal 1970-1973 :


40 00 logements réalisés en zone urbaine. La part de l’habitat dans Ces plans quinquennaux on tendance a se reproduire
l’investissement est de 5,48 % correspondant à 1,52 millions de Da. Au même tous les quatres ans , ils on donné naissance a de
moment la part de l’industrie est 36, 5 soit 10.12 millions de dinars et l’agriculture
12,1% soit 3.360 millions de Da. nouvelles stratégies tels que :
Le plan sectorielle de developpement (psd)
Deuxième plan quadriennal 1974-1977 : L’habitat reçoit 13,25 % de tous les Les plan locaux de developpement (pmu-pcd)
investissements nationaux (14.610 millions de dinars).

Premier plan quinquennal 1980-1984 : L’habitat reçoit 16,5 % de tous les


investissements nationaux soit 92,5 millions de dinars.

Plan quinquennal 2005-2009


Consistance globale de 1 010 000 logement repartis par segment comme suit :
32% logement promotionnel et autoconstruction , 27% logement rural , 21%
lsp , 12% logement social locatif , 8% logement location vente
La charte de l’habitat 1977
La question du logement ne se pose avec acuité qu’au lendemain du recensement
de 1977 qui dévoile des chiffres alarmants.
Si aucune politique de logement social urbain n’a été entreprise depuis
l’indépendance, le changement d’attitude et de priorité se traduit par la création
du Ministère de l’Habitat et de la Construction en 1977 avec comme slogan «
l’habitat est l’affaire de tous », et par la décision de réaliser 700 000 logements
durant le premier plan quinquennal 1980-1985 . Dans le journal officiel du 9
février 1977, la note de présentation relative à l’habitat trace les grandes lignes de
la politique de ce secteur et les actions à mener pour lutter contre la situation
critique de l’habitat et inverser les tendances (réduire les TOL et TOP et rajeunir le
parc-logement). Il y question de poursuivre et d’intensifier les efforts consacrés
à la réalisation des villages socialités et de réaliser des ensembles résidentiels
dans le sillage des usines. Un vaste programme est prévu pour atteindre à partir
de 1980 le chiffre de cent mille logements par an. Les nouvelles constructions
doivent être insérées dans des ensembles aménagés selon des conceptions
modernes et les logements vétustes doivent être rénovés. Enfin la note insiste sur
le fait d’aider tout citoyen désireux de construire un logement individuel et
d’accompagner tous les logements d’équipements collectifs
Financement des logements urbains à partir de 1979 :
A partir de 1979, des changements sont introduits dans les modes de
financement vu que l’habitat a capté l’attention des pouvoirs publics
Les zones d’habitat urbain nouvelles ZHUN suite à la situation alarmante révélé par le recensement de 1977.
Les ZHUN ont pour objectifs d’éviter la réalisation des cités
-Logements réalisés par des organismes publics de promotion tels les OPGI ; le
dortoirs en programmant dès le départ, les équipements
Trésor public finance la réalisation du logements avec un délai de remboursement
nécessaires et de limiter la ségrégation en intégrant la ZHUN aux
de 40 ans et un taux d’intérêt de 1%. Si ces logements destinés à la location (les
quartiers voisins et en prenant en compte leurs déficits en
loyers remboursent le Trésor), s’ils sont destinés à la vente, le bénéficiaire
équipements. contracte un prêt CNEP qui rembourse le Trésor.
L’objectif des 100 000 logements publics par an est réalisé à
Logement individuel auto-construit et les logements construits au sein d’une
travers la procédure des ZHUN (Zone d’Habitat Urbain Nouvelle).
coopérative immobilière : 80 % au maximum du coût de la construction est
Tout programme de plus de mille logements doit impérativement financé par un prêt CNEP (durée de remboursement inférieure à 25ans et le taux
faire l’objet d’une ZHUN laquelle procédure peut être engagée dès d’intérêt entre 3 à 4 %). Ce prêt est consenti à condition de respecter les
le seuil de 400 logements. La ZHUN a pour principaux objectifs de
conditions suivantes : avoir un titre de propriété d’un terrain constructible, un
mettre en œuvre les PUD et de fournir aux autorités un cadre permis de construire, et un carnet d’épargne. En outre, il ne faut pas être déjà
d’action pour mener à bien le programme de logements, et
propriétaire d’un logement. Le droit au prêt est calculé sur la base d’un montant
d’éviter l’erreur de livrer des logements sans équipements
des intérêts cumulés servis à l’épargnant (drainer l’épargne). Le montant du prêt
d’accompagnement, des « cités-dortoirs ». Bien au contraire, la
et le taux d’intérêt sont proportionnels au revenu, le délai de remboursement est
ZHUN doit être en principe un quartier entièrement équipé dont en relation avec l’âge du demandeur et les annuités de remboursement sont liées
la mission est de pallier au manque éventuel d’équipements des
au revenu La coopérative immobilière est une association de personnes
quartiers voisins.
désireuses de construire collectivement un logement familial, elle bénéficie d’un
terrain (cédé par l’APC) et d’un prêt pour chacun des coopérateurs pour la
construction lesquels doivent néanmoins disposer d’une certaine épargne. Elle
incite à l’épargne qui est mobilisée dans le bâtiment, cette participation des
capitaux privés qui relaye l’effort de l’Etat en la matière a des retombées non
négligeables sur le développement de la petite entreprise de bâtiment et favorise
donc la création d’emplois. Posséder son logement implique son utilisation
optimale, une meilleure conservation et un entretien permanent. C’est ainsi que
les chefs de famille et les travailleurs isolés ou groupés au sein de coopératives
sont invités à participer à l’effort d’édification de l’habitat, l’Etat affiche clairement
la volonté de faciliter l’accession à la propriété du logement familial.
L’AADL et la CNL depuis 1991 :
Au moment où est prédit que l’Etat se désengagerait vis-à-vis
du logement social au vu de la situation de crise économique et
sécuritaire que connait le pays, les modes de financement se
diversifient et de nouveaux organismes sont créés pour mettre
en œuvre cette gamme d’offres. Ce sont l’AADL et la CNL.

Les formules de financement de l’habitat depuis 1991 :


Le logement socio-participatif LSP
Le Logement Public Locatif (LPL)
Le Logement Promotionnel Aidé (LPA)
Le logement rural
Le logement promotionnel public LPP
Le 14 Juin 1830, une force de 37612 Français débarqua sur la plage de Sidi Ferruch, juste au nord de
la ville. Les Français ont affirmé qu'ils n'avaient pas de plan initial visant à établir une colonie, mais
en 1834 ils ont officiellement annexé une grande partie de l'Algérie du Nord, faisant d'Alger la
capitale de leur nouvelle colonie.
La ville a été reconstruite sous la domination française. La citadelle, avec sa position stratégique, a été
renforcé pour assurer la sécurité et une grande zone de la basse Casbah a été démoli pour faire place à
de nouvelles routes. Après l'empereur français Napoléon III et son épouse, l'impératrice Eugénie, a
visité la ville en 1860, elle décida l'aménagement de la région au sud de la Casbah comme Ville
Nouvelle, avec de larges boulevards et de grands bâtiments.
La Casbah, résidence du gouverneur qui impose au pays la loi du sultan
de Constantinople.
Ce gouverneur s'appelle le Dey. Comme en Égypte, il domine un pays de
cultivateurs et d'éleveurs nomades, avec une poignée de fonctionnaires
et une petite armée de cavaliers. La ville blanche, ancien repaire de
pirates, est entourée d'une muraille continue, et dispose de portes bien
défendues.

Depuis le XVIe siècle les commerçants français payaient au Dey le droit


de faire du négoce dans les « concessions d'Afrique » qui trafiquaient
surtout du corail. Ces concessions avaient été renouvelées en 1818.
Depuis le Congrès de Vienne, le Dey n'avait plus le droit de réduire les
chrétiens à l'esclavage et d'en faire commerce. Il avait dû rendre, en
1816, mille captifs chrétiens sous la menace d'une flotte anglaise. Mais
il continuait à pratiquer en Méditerranée des raids de corsaires, la
course, comme on disait.

Les premiers colons arrivent et défrichent, sous la protection de


l'armée. L'Algérie française est née. Sous un drapeau qui n'est
pas tricolore, et sans aucune volonté politique des gens de
Paris.
Louis-Philippe se borne d'abord à une occupation restreinte.
Les généraux Clauzel, Savary, Berthezène, Voirol et Drouet
d'Erlon, qui se succèdent pendant cinq ans, sans grands
moyens ni directives, se contentent d'occuper Alger et ses
environs, Pour augmenter ses effectifs, le commandement met
sur pied des formations nouvelles : zouaves, légion, spahis,
tirailleurs, chasseurs, etc., tandis que les bureaux arabes
établissent le contact avec les populations.
L’occupation restreinte
Contrairement à la question de l’urbanisme algérois durant le Second Empire et la
Troisième République, qui a fait l’objet d’un intérêt permanent chez les historiens, architectes
et urbanistes, les travaux sur la construction et l’architecture de cette période sont à la fois
rares et récents et ne permettent pas encore de produire des synthèses significatives.
Les premières manifestations de l’architecture française sont perceptibles dans les
transformations , remaniements et adaptations opérés sur les édifices de prestige d’époque
ottomane occupés par les différents corps militaires français
les maisons des européens des premiers faubourgs de la colonisation sont mitoyennes et
alignées sur la rue avec un étage sur rez de-chaussée et un percement sobre, elles évoluent en
maisons isolées dans un jardin en gardant toutefois des caractéristiques quasi identiques , un
plan carré avec une toiture à un, deux, ou quatre pans.
Durant les premières décennies de la présence française, les architectes explorent et étudient
les villes et les architectures algériennes mais ne construisent que très peu. Ce sont
en général les ingénieurs du génie militaire qui ont la tâche d’organiser le territoire et la
construction des villes et infrastructures pour l’accueil des troupes armées et des populations
européennes.

Les premières rues commandées par le génie


militaire devaient être en premier lieu
fonctionnelles. De plus, le règlement général de la
voirie ainsi que les servitudes militaires ne
laissèrent guère d’autre choix aux particuliers que
celui de priver les façades de leurs maisons de tout
type d’ornements.
Avenement du second empire
Les percements de voies et de places dans le tissu de la ville d’époque
1848 : révolution de napoleon 3 et sa prise de pouvoir , Sa politique extérieure vise à restaurer ottomane ainsi que les plans d’alignement et rectification de la structure
la puissance française en Europe et dans le monde. urbaine opérés dès 1832, avec leurs lots de destructions, dessinent
progressivement une nouvelle forme urbaine par la force d’un processus de
Les transformations de Paris sous le Second Empire constituent une modernisation d'ensemble « substitution immobilière, justifié autant par des considérations militaires
de la capitale française, menée à bien de 1852 à 1870 par Napoléon III et le préfet Haussmann. et pratiques de circulation qu’hygiénistes appuyées sur les décrets du préfet
Napoléon III souhaite réaliser de grandes percées, c'est-à-dire créer de nouvelles rues ou Haussmann relatifs aux rues de Paris » Alger se construit comme « un
avenues en démolissant quand c'est nécessaire toutes les constructions qu'il y a sur leur archétype de la ville française hors de France, selon un modèle d’urbanisme
emplacement. Les objectifs sont : de style militaire fondé sur le principe d’accessibilité »
assainir la ville :
améliorer l’éclairage naturel ; En ce début de présence française en Algérie, les architectes du service des
faciliter la circulation et les échanges industriels et commerciaux ; bâtiments civils, institution au « statut d’exception sous la tutelle du
élever des monuments prestigieux ; ministère de la Guerre », sont aussi les protagonistes d’une architecture
rénover l’habitat adaptée au contexte algérois qui accompagnent, entre 1843-1872, les
donner du travail de manière à résorber le chômage (menace d’instabilité politique) ; militaires dans la transformation et la construction de la ville.
construire des casernes de manière à réprimer les éventuelles émeutes, empêcher à tout
jamais que ne puissent se reconstituer des barricades. « la structure de la ville s’est dessinée dans la dialectique de l’offensive
libérale portée par le projet civil des promoteurs et spéculateurs de
l’immobilier et du foncier
Rapport de force et la résistance et l’opposition, d’autre part, des militaires qui ont le plus
souvent joué le rôle
Alger était un laboratoire d’experimentation urbain et architectural pour la France
de défenseurs du principe de la conservation du domaine immobilier, aussi
Les plans de villes qu’ils conçoivent découlent d’une démarche issue
bien dans un esprit
de « l’école de la fortification permanente », mais également
d’utilité pratique favorisant l’utilisation de l’existant, que dans celui d’un
« du principe de la régularité et de l’ordre géométrique propices aux conditions d’hygiène,
respect de la propriété
de fonctionnalité et de sécurité »
indigène »
Ces principes trouvent leurs applications, avec des adaptations à la spécificité du lieu, dans le
cas des premières interventions militaires sur la structure de la ville précoloniale d’Alger. La
vieille Casbah, héritée de la période médiévale et ottomane, est en l’espace de trois décennies
(de 1830 à 1860) phagocytée par le nouvel Alger européen aux allures d’un « Paris très chaud »
L’architecture des premiers immeubles français construits dans la Dès septembre 1830, à sa nomination comme chef
partie basse de la du gouvernement militaire d’Alger, le Général Clauzel
ville, le long des rues et places créées ou transformées par le génie met fin au projet de Gallice (octobre 1830)
militaire a été, quant à pour faire appel à l’architecte François Luvini, un
elle, étudiée sous l’angle de la reconnaissance des courants et des proche de ses amis Corses qui sont installés à la
styles architecturaux qui nouvelle mairie d’Alger.
la caractérisent. Les désignations stylistiques attribuées aux édifices de Luvini a pratiqué à Ajaccio et étudié à Milan, et son
la première moitié du seul projet réalisé à Alger montre une sensibilité
xixe néo-classique exacerbée :
siècle sont associées, par la majorité des auteurs, aux courants Le bâtiment de la santé du port est un signal clair
académiques de l’architecture pour introduire le langage architectural classique
métropolitaine. Ils identifient des variantes d’écritures néo-classiques Arrivé en janvier 1831 à Alger, Luvini dévoile rapidement le plan de la place du
et éclectiques adoptées par Gouvernement en février, et il démontre la claire volonté de Clauzel et de ses
les acteurs de la construction qui se réfèrent à la position de amis civils, de faire table rase de l’existant pour recréer un nouvel espace avec sa
l’Académie des beaux-arts de Paris, propre rationalité néo-classique.
« lieu de la haute autorité architecturale française » C’est le chef du Génie, le Lieutenant-Colonel Lemercier qui arrête les travaux de
Luvini et commande au Capitaine Davoux un autre plan qui respecterait les autres
monuments
Un point sur la profession du bâtiment à Alger:
Le Génie est évidemment incontournable et il accompagne
toutes les entreprises militaires, mais également celles qui ont D’une manière générale, jusqu’à la construction
un caractère de défense publique, comme les fortifications d’une nouvelle enceinte vers 1840, la construction se La plus importante décision prise vers 1845 est
des villes et (on le verra) le front de mer d’Alger limite à Alger aux transformations de l’existant, celle de l’aménagement d’un front de mer sur cet
Néanmoins, dès 1831, le corps des Ponts et Chaussées est faisant du Quartier de la Marine un espace hybride, axe, présentant une façade à la mer qui structure,
appelé (par Berthezène) pour veiller aux travaux du port de structure mauresque mais de physionomie ou architecture l’image traditionnelle de la ville
(ingénieur Noël) et aux travaux urbains (l’ingénieur Prus quasiment européenne.
s’adjoindra de l’architecte P.-A. Guiauchain) Il faudra attendre 1843 pour voir la création d’un
Service des Bâtiments Civils, dirigé par P.-A.
Les immeubles de
Dès 1833, Prus et Noël sont remplacés par Victor Poirel qui
se consacrera travaux du port, alors que Guiauchain Guiauchain, qui accompagne la création des rapport à l’allure néo-classique sont en
s’occupera de l’aménagement urbain nombreux villages de la colonisation ainsi que les alignement sur les rues des
équipements publics principales villes algériennes
La période coloniale est caractérisée par l’apparition de trois formes de logement
collectif :
-Habitat à bon marché (HBM): Il s’agit des logements sociaux destinés à la classe
ouvrière, mis en place en France à partir de 1894, et remplacés en 1950 par les
habitations à loyer modéré (HLM). Le premier bilan est cependant très modeste: 3000
logements à bon marché sont construits de 1895 à 1903, par 109 sociétés (L’union social
pour l’habitat) .en Algérie, ce type d'habitat était destiné à loger la population rurale
attirée par la ville, à la recherche d'un travail rémunéré et de la sécurité.

-Habitation à loyer modéré (HLM): c’est un logement social destiné à remédier à la


dégradation du parc immobilier causée par la Seconde Guerre mondiale, puis à améliorer les
conditions de logement des populations défavorisées. La perception de la population de
l’HLM est tout aussi défavorable, car on a associé la dégradation des lieux à la délinquance,
au manque de civisme et à la ruralité des habitants

. Plan de Constantine (1958-1962) et les grands ensembles:


Il s’agit d'un plan de développement économique et social visant à rattraper le retard de
l’Algérie, malgré une démographie galopante, et à la porter après quelques quinquennats à un
niveau européen. Le plan de Constantine, s’inspire de la planification mise en place pour la
reconstruction après-guerre en métropole. Il prévoit des investissements à la fois publics et
privés, à hauteur de 50% chacun. Les principaux objectifs fixés par ce plan sont la construction
de 200.000 logements permettant d’héberger 1 million de personnes, la redistribution de
250.000 hectares de terres agricoles, le développement de l’irrigation, la création de 400.000
emplois industriels. Il y a également la scolarisation de tous les enfants en âge d’être scolarisés
à l’horizon de 1966, l’emploi d’une proportion accrue de Français musulmans d’Algérie dans la
fonction publique (10%), et enfin l’alignement des salaires et revenus sur ceux de la métropole
(Centre documentation historique sur l’Algérie).
En ce qui concerne grands ensembles en Algérie, son apparition est liée à la fois à la croissance
du phénomène urbain, au développement de l’approche urbaine et instruments d’urbanisme,
qui ont permis leur élaboration et mise en œuvre, et enfin à l’adoption de techniques de
préfabrication et d’industrialisation du bâtiment. Durant la période coloniale, leur apparition
coïncide essentiellement avec le lancement du plan de Constantine en 1958, et l’introduction
de la pensée urbaine moderniste en Algérie.
Extensions de la ville

Les projets de certains professionnels, ingénieurs,


entrepreneurs ou architectes, présentés en 1858,
au nouveau Ministre de l’Algérie,
le Prince Napoléon, reflètent ce basculement.
Ce sont des plans géométriques, en damier ou
réguliers, qui rejettent désormais le principe de la
“fusion” pour celui d’une co-habitation ordonnée.
Le temps n’est plus à l’éclectisme et au saintsimonisme des
années 1830, mais à celui d’une
néo-renaissance qui s’accompagne de l’esprit
autoritaire caractéristique de l’haussmanisme.
De ce fait, le centre de gravité des réalisations
algéroises va se déplacer sensiblement vers les
faubourgs, avec l’axe de symétrie que dessine le
front de mer entre ville nouvelle et ville ancienne

Napoleon-ville
(Frederic Chassériau -
1858)
plans d’extension
sur Mustapha
(Vigouroux-Caillat
- 1858
le modèle
haussmannien à l’épreuve (1860-1930)
Au lendemain de la première guerre mondiale, et plus encore de la deuxième
guerre, le problème de l’habitat devient crucial et se présente sous son aspect
quantitatif en crise de logement. Il convenait alors de créer les bases de
redéveloppement des villes, car on assistait à une nouvelle phase
d’industrialisation avec pour corollaire une immigration et un exode de la
population vers les villes, avec la mise en place d’une législation ainsi que
d’instrument de planification spatiale, qui prouveront plus tard leurs limites.

Des nouvelles règles d'intervention sont alors présentées comme une alternative contre le
désordre urbain, et ce sont les Congrès Internationaux d’Architecture Moderne (C.I.A.M) qui les
forgèrent dés 1928. En effet « l’architecture est mise en demeure de créer pour l’homme un
milieu viable avec des données nouvelles que lui fournit la révolution industrielle »43 . Les
travaux des C.I.A.M se sont alors naturellement portés vers la réflexion urbanistique. Du
quatrième congrès tenu en 1933, sortit un document publié par Le Corbusier en 1942 sous le
titre « La Charte d’Athènes ».
Si immédiatement après la colonisation, la ville européenne s’est d’abord construite sur
les ruines de la Casbah, du quartier de la Marine et le long des remparts, ses extensions urbaines extra-
muros ont été bien plus tardives. En effet avec l’intensification de l’immigration européenne à partir de 1841, de nouveaux faubourgs voient le jour et s’étendent. Bab el Oued au Nord devint
rapidement un quartier de manufactures et d’ateliers dévolu à la main d’œuvre d’origine italienne, espagnole ou maltaise
. Au Sud, la ville de Mustapha s’étendit sur la route
de Blida, tandis que ce qui allait devenir une bourgeoisie assise prenait ses quartiers sur le plateau Bab Azzoun, migrant progressivement vers les nouveaux immeubles bourgeois de la
rue d’Isly, de la rue Michelet, du boulevard Saint Saëns, et sous la forme pavillonnaire vers les hauteurs du Telemly, de Mustapha

. Ainsi, la ville, malgré les tentatives faites pour disciplineret diriger sa croissance, se construisit un peu au hasard dans les limites imposées par le site

Son noyau étant saturé, la ville a donc suivi un schéma de croissance rayonnante et s’est étendule long des voies de sortie. Les villages d’El Biar, de Kouba, de Birmandreis devenus au fil du
temps des faubourgs, seront rattachés à la ville qui restera toutefois hermétique aux indigènes.
En 1946, Alger s’étendait sur 1.310 hectares dont seulement 310 hectares (soit 23,26%des terrains) étaient consacrés à l’habitat

. Ce dernier accusait une densité de 1.120 habitants à


l’hectare bâti sur quatre étages, al
ors que la densité souhaitable était de 660 habitants à
l’hectare. A la Casbah, le constat était bien plus critique car la densité y atteignait alors prés de3.100 habitants à l’hectare. Dans de pareilles conditions, de nouvelles constructions à
usaged’habitations ne pouvaient guère être envisagées dans la zone agglomérée, de même qu’ildevenait évident que les problèmes de l’habitat ne pouvaient être résolus que dans le cadre du
Grand Alger et de sa région.
Dés 1930 les pouvoirs publics confieront à MM. Danger frères l’établissement du Plan d’Embellissement et d’Aménagement de la ville d’Alger
; par la suite MM. Rotival et Prostfurent chargés des seconds et troisièmes plans
. De complexes études qui aboutirent en application du décret-loi du 25/07/1915, au décret du 06/11/1937 constituant la Région
Algéroise d’Urbanisme et regroupant Alger ainsi que les dix
-huit communes avoisinantes
. La R.A.U s’étendait donc du littoral du Cap Matifou à Zéralda et était
limitée au sud par les
communes de Birkhadem, de Maison Blanche et de Maison Carrée. Les zones d’habitation y
furent divisées en secteurs qui correspondaient aux différentes fonctions urbaines et aux
différents modes d’habitat
:1-Les secteurs agglomérés furent limités à leur périmètre actuel. Une affectation qui devait
tendre à exclure l’habitat au profit des affaires et de l’administration
;2-Les secteurs résidentiels furent également limités le plus possible au périmètre des lotissements existants ;3-
Un effort particulier fut reporté sur les secteurs de l’habitat nouveau
: secteur périphérique et secteur à statut spécial

Un plan qui tend à démontrer que dans un pays en constant développement démographique et
migratoire comme l’Algérie, les problèmes déjà complexes de l’habitat présentaient une acuitéet une importance qui retinrent l’attention des autorités publiques. Car c’est
vraisemblablement
au lendemain du centenaire, que le pouvoir colonial prend conscience du retard apporté à
l’amélioration
des conditions de vie des populations autochtones
64
. Une attention qui jusque là se limitait aux maux des populations européennes. Il faudra pour constater un réel changement
d’échelle dans cette réflexion, attendre l’élaboration selon le programme de Pros
t, du Plan
Régional d’Urbanisme par Jacques Wattez et Jean de Maisonseul en 1948.
 
Le Plan Régional d’Urbanisme de la ville d’Alger
La particularité de ce nouveau plan de la région algéroise résidait dans le fait qu’il faisait apparaître qu’Alger ne
pouvait plus être étudiée et aménagée séparément de la région qui
l’entourait

; à fortiori si l’on devais tenir compte des bidonvilles qui ceinturaient la ville et de la pression démographique qui s’y opérait. Le projet du Plan Régional d’Urbanisme eut donc
pour
objectif de coordonner l’extension de l’agglomération sur le territoire des communes limitrophes en fonction de l’accroissement et des besoins de la population
; une solution qui comportait trois mesures parmi lesquelles nous citons
pour le sujet qui nous intéresse:a-
L’aménagement de la région, dont les principes directeurs étaient les suivants
:-Décongestionner la ville en limitant son périmètre à celui existant alors.-
Conserver la ceinture verte des coteaux en limitant l’occupation des sols.
-Favoriser l’habitat nouveau sur les crêtes.
-Déterminer l’emplacement des zones industrielles.
-Relier les nouvelles zones d’habitation à l’agglomération.
-Urbaniser un territoire de 30.128 hectares pour recevoir une population de 950.000 habitants. b-Le zoning, qui prévoyait pour les points a, b, c, d, six zones de construction
:-Zone à statut spécial (habitat nouveau). Immeubles construits dans la verdure. Pour dix étages,
une densité de 238 habitants à l’hectare et une occupation au sol de 7,9%
-Zone résidentielle périphérique
: groupement d’immeubles et de villas. Densité 125 habitants àl’hectare, soit 25 mètres carrés par habitant.
 -Zone résidentielle : maintient des lotissements existants avec un T.O.S de 30% et une densité de 123 habitants à
l’hectare.
 
La fin de 1948 coïncidera donc avec une nouvelle phase dans l’urbanisation d’Alger et la
structuration de son habitat
. Une tendance qui se confirmera tout au long des années 1950 et qui sera orchestrée notamment par deux hommes : Claudius Petit et Jacques Chevallier. La nomination du
premier en métropole au poste de Ministre de la Reconstruction et de
l’Urbanisme, coïncidera aussi bien avec le programme des mille logements sociaux implantés au Champs de Manœuvres, qu’avec le Congrès National de l’Habitation et
de l’Urbanisme d’Alger
Le Congrès National de l’Habitation et de l’Urbanisme d’Alger 1952:
A l’occasion du Congrès National de l’Habitat et de l’Urbanisme d’Alger, organisé parl’UNFOHLM
 et par la CFHU en 1952, ont été débattues les solutions à la crise du logement
qui touchaient alors Alger comme les grandes villes de l’Hexagone. Une problématique avec
une particularité certaine, car à Alger cette crise se doublait de la question du logement des populations musulmanes. Dés lors,
deux solutions s’opposèrent lors des débats
 
:-Une ségrégation libérale qui séparerait Musulmans et Européens logés dans du Collectif ou de
l’individuel.
 -
Une modernisation de l’architecture volontariste, fondée sur la construction de logements
collectifs
 permettant d’assimiler Musulmans et Européens.
 La question de la forme des constructions, leur mixité était ainsi posée ; à fortiori dans une ville où étaient distingués les « Musulmans évolués », les « Musulmans non-évolués » et les« Musulmans restés au milie
Européens qui eux étaient classés selon leurappartenance sociale
. De la même manière, se posera la question de la forme du logement que
l’espace public permettra de construire en individuel de type indigène ou en collectif.
  
Lathuillière, architecte au Gouvernement Général de l’Algérie, y développa la «
 Question del’habitat des Musulmans dans les villes d’Algérie» en exposant le point de vue de
l’administration, énuméra les nombreuses difficultés accumulées par cette dernière et discuta
des différentes conceptions de l’habitat musulman. De même que le Dr Montaldo qui y
développa une thèse établissant un distinguo entre les immeubles de type vertical quiconviendraient aux populations européennes et musulmanes évoluées, et les constructions de
type horizontal dont devaient s’accommoder les populations musulmanes moins évoluées. Demême que M. Lambert qui préconisa l’adoption d’un modèle simplifié de maisons de
recasement.
Les décisions de ce congrès revêtiront la forme d’une fine ségré
gation des formes et desfinancements qui devait offrir une gamme variées de solutions aux deux populations. Ainsi,
l’Habitat Bon Marché sera réservé aux classes laborieuses de la population européenne et à la
frange « évoluée » de la population musulmane. Au reste de la population autochtone qui loge pour la majeure partie dans les bidonvilles, on proposera les cités de recasements. Un parti prissous-
tendu par l’idée que l’unification des conditions d’habitat doit permettre l’unification des
modes de vie
et de rapprocher les communautés sous l’égide de l’architecte car le «
 
…logisexerce une grande influence dans le comportement familial,…le logement collectif impose desdisciplines qui façonnent l’homme civilisé…Le collectif donne le sens à la vie en comm
unauté,la standardisation des conditions de logement fait disparaitre les distinctions sociales »
71
.Une révolution urbaine et sociale qui, si elle était prônée depuis les années 1920 en Europe, prenait à Alger
 – 
compte tenu de la ségrégation ethnique- un relief différent de celui qu’elle avait alors en métropole.
I-2 La contribution du groupe CIAM Alger :
Alors que les quartiers européens suivaient une croissance urbaine de modèle occidental, les populations musulmanes qui n’ont pu trouver refuge à la Casbah, se voient refoulées
–compte tenu du contrôle policier effectué sur le sol urbain- à la périphérie urbaine [1]. Ce type d’habitat issu de la paupérisation des campagnes, qualifié de spontané, s’est densifié
dés les années 1920 sur les coteaux de Belcourt et du Ruisseau à l’Est, de la Consolation-Notre
Dame d’Afrique à l’Ouest, et dans les différents terrains résiduels de ravins tels que la zone Beau-Fraisier, la zone Fontaine Fraîche, Frais Vallon, la zone Ouchayah,
ainsi que sur le plateau du Clos Salembier et derrière le Champ de Manœuvres, donnant ainsi naissance aux bidonvilles.

La typologie de cet habitat se distingue par un caractère plus ou moins urbain ou rural, dont les modèles sont les maisons à toit-terrasses et à patio d’un coté,
généralement simplifiées et réduite à un niveau, et la maison extensive aux corps de bâtiment entourant une cour.

Le bidonville Mahieddine, situé au cœur de la ville est l’un des plus anciens. Construit dans les jardins d’une ancienne villa ottomane, il est également le plus grand et
le plus dense des habitats précaires, avec en 1954, une population de 7398 habitants. Ces caractéristiques lui vaudront d’être d’abords sommairement étudié par l’équipe
Reverdy et Descloitres dans les années 1940, puis de manière plus approfondie durant la décennie suivante par le groupe CIAM Alger.
Le groupe CIAM-Alger a été fondé en 1951 par plusieurs architectes d’Alger parmi lesquels Jean de Maisonseul, Louis Miquel, Jean Pierre Faure et Roland Simounet.
Tous ont le même objectif : « …retrouver dans l’habitant du bidonville l’homme lui-même et le connaître profondément …» afin de considérer le problème du logement « …dans
son entière réalité : ses formes, ses expressions multiples et sa propre vie », car selon ces architectes l’abri précaire montre la relation fondamentale entre l’homme et son
architecture.
là que réside la créativité des CIAM-Alger : voir au delà de la pauvreté, d’importantes leçons d’architecture, matérialisées par une étude couvrant cinq thèmes principaux :
urbanisme, législation, construction, arts plastiques et questions sociales. Cette démarche analytique appliquée aux expressions architecturales et plastiques révèle l’importance
extraordinaire des aspirations instinctives et profondes des populations musulmanes, en faisant le lien entre les arts plastiques et les domaines sociaux, voire éthiques. Car en
étudiant l’expression sociale (incluant croyances, usages et coutumes), ces architectes soutiennent et démontrent le rôle que joue la vie quotidienne dans l’organisation de l’habitat.
Ainsi, une recherche interdisciplinaire est conduite, d’une part, les architectes analysent au fur et à mesure de leurs recherches, les facteurs économiques et démographiques, les
questions légales et sociales, la production culturelle et artistique, et y associent les principes urbanistiques, les formes architecturales, les possibilités d’agencement, les
techniques de construction et la réponse à l’environnement ; d’autre part, ils donnent une certaine place aux questions relatives à la constitution de la cellule familiale et de la
structure sociale dans la conception et l’aménagement des espaces. En définitive, la présentation de l’étude suit la ‘grille’ standardisée prescrite par les CIAM , et constitue un
ensemble artistique agencé de façon précise afin d’évoquer l’esprit du bidonville Mahieddine, à l’instar du saisissant panneau qui superpose les plans, le mobilier, les ustensiles,
ainsi que la disposition du couchage Ibid.
II-1- Durant l’entre-deux guerres
Les premières réalisations de logements sociaux concernèrent la classe laborieuse d’origine
européenne ; à savoir un immeuble rue Rochambeau à Bab el Oued en 1923, la cité Bobillot au
tournant de l’actuelle avenue de l’indépendance en 1925, la cité de Picardie derrière l’hôpital
militaire de Bab el Oued en 1927, et finalement le groupe HBM du champ de Manœuvres qui à
lui seul, devait regrouper 500 logements .
Dés les années 1930, sous l’impulsion de l’Office d’Habitation à Bon Marché de la ville d’Alger ,
certains architectes locaux se penchèrent sur la typologie de l’habitat pour musulmans en en
recherchant les caractères typiques, aussi bien relatifs à son esthétiques (jeu des volumes dans
les pentes, des ouvertures, des claustras…) qu’à sa conception interne (espaces, disposition,
affectations…). Ainsi, l’O.H.B.M lance en 1935 Une opération qui constitua la seule tentative
d’avant-guerre de loger délibérément des Musulmans dans des logements collectifs. Ce
premier type d’habitat HBM pour indigènes, constitué de 03 immeubles regroupant 62
habitations, fut édifié au boulevard de Verdun à la limite de la Casbah en 1935 . Les
appartements de type banal et de petite surface y furent regroupés autour d’une cour étroite
et desservis par des galeries. Un traitement particulièrement sobre fut réservé aux façades ;
austères, percées de fenêtres étroites comportant très peu de modénatures, elles tentaient
néanmoins de reprendre certains éléments de l’architecture locale parmi lesquels les
moucharabiés cachant les trous de ventilation et les portes d’entrée mauresques.
II-2 Aprés la Seconde guerre mondiale :
Répercussion du conflit armé, la construction au niveau mondial n’entamera un essor progressif qu’à partir de 1948. Cette reprise de l’activité dans le secteur
du bâtiment à Alger, sera favorisée par l’élection de Jacques Chevallier, et aura pour moteur la croissance
démographique de la population musulmane. Le nouveau Maire d’Alger après son élection en 1953, dessine nouvelle tendance quant à la politique
urbaine et sociale à adopter. Prenant conscience de l’existence d’une population musulmane longtemps marginalisée et dont les conditions de vie sont
alarmantes, Chevallier fait de l’édification de logements sociaux le pilier de son action municipale. Ainsi sera lancée la plus grande opération d’urbanisme
social qu’ait connue l’Algérie, avec deux objectifs : le premier de raser les bidonvilles et de recaser les habitants en cités ; le second de construire de
grands ensembles pour la classe moyenne vivant en habitat dégradé, et y faire vivre –éventuellement- côtes à côtes Musulmans et Européens.

A cette époque, des records sont établis. Un immeuble de dix étages est construit en six semaines, une tour de dix-huit étages en trois mois. Mais au-
delà des prouesses technologiques, le problème du relogement des familles souvent déshéritées, évacuées des quartiers de la Marine et des bidonvilles, se
posait en termes complexes. Loger les gens le mieux possible, prés des lieux de leurs attaches traditionnelles et de leur travail, allait donc entrer en
compromis avec le fait de loger ces mêmes gens à moindre coût, sur des terrains difficiles et éloignés de la ville, ce qui permettrait également de circonscrire
ces populations dont la présence en ville présentait un danger.
Les logements sociaux réalisés par Sebag et Zehrfuss au Champ de Manœuvres, bien qu’ils aient été destinés aux populations européennes, représentent
le premier résultat de la politique d’état mise en place par la Métropole pour produire dans un contexte d’urgence de grandes quantités de logements. Suivra un
vaste programme entrepris par la Compagnie Immobilière Algérienne, cette fois-ci destiné exclusivement aux populations indigènes
1860 Génie militaire = immeubles de rapport austere
1860-1925 Prefet d’haussman = immeubles bourgoies
1925=hbm
1930=hlm
1930-1958=grands ensembles
HBM

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