Chapitre 0
Généralités sur le stockage de l’énergie
3ème année
SAKLY MZALI Ahlem
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I. Introduction sur le stockage de l’énergie
La transition écologique et énergétique à l’échelle mondiale vise à satisfaire
les besoins d’une population mondiale en croissance tout en respectant les
contraintes environnementales. Cette démarche est fondée sur un mix
énergétique où l’utilisation des énergies renouvelables devrait s’accroitre
dans les prochaines décennies pour satisfaire les besoins de plus en plus
croissants d’énergie électrique à l’échelle mondiale. Ainsi, l’AIE (Agence
Internationale de l’Energie) envisage que 35 % de l’électricité serait à
l’origine des énergies renouvelables avant 2050.
L’inconvénient majeur de ces énergies renouvelables réside dans leur
production irrégulière et intermittente. Pour remédier à ces contraintes, le
stockage d’énergie s’avère une solution pertinente et incontournable pour
accroître leur intégration au sein d’un réseau électrique efficace et assurer la
bonne gestion des ressources disponibles.
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II. Energies concernées par le stockage et utilité du stockage
le stockage de l’électricité ;
le stockage de la chaleur.
L’utilité du stockage de l’électricité s’approprie à répondre à quatre nécessités principales :
Sur un site isolé du réseau électrique (où un raccordement au réseau est impossible ou trop
coûteux), la nécessité du stockage de l’énergie s’impose si l’on veut pouvoir disposer
d’électricité (fourniture) même si la production est nulle.
Le stockage au niveau des sites isolés de production à partir des ressources renouvelables
très fluctuantes (vent, soleil), permettrait la récupération d’énergie excédentaire produite
par rapport à la demande instantanée et donc une meilleure gestion du réseau.
Au niveau des consommateurs raccordés au réseau, le stockage permettrait d’assurer la
continuité en cas de coupure, d’une défaillance d’une installation électrique ou de
mauvaise qualité du réseau local. Le stockage permet aussi la fourniture de l’appoint
d’énergie à la demande d’un pic occasionnel ;
Pour les applications embarquées (ordinateurs portables, mobiles,…) et aussi dans le
domaine de transport.
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Site isolé /sources d’énergie Site isolé + sources d’énergie
renouvelables intermittentes renouvelables
Fourniture de l’électricité si la Récupération de l’énergie
production est absente excédentaire
Utilités du stockage de
l’énergie électrique
Site raccordé au réseau
- Assurer la continuité Applications embarquées
(coupure, défaillance,…) (appareillages portables +
- Fourniture d’appoint (pic transport)
occasionnel)
Le stockage de la chaleur est essentiellement destiné au chauffage et à la
climatisation des bâtiments individuels ou collectifs ainsi que dans des procédés
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industriel.
III. Classification et caractéristiques générales des technologies de stockage
1. Classification des technologies de stockage
La nature du stockage de l’énergie est variée et peut être classée en se basant sur
plusieurs paramètres tels que :
la durée requise pour le stockage et le temps de décharge mis en jeu : en se
basant sur ces critères, le stockage peut être soit :
à usage fixe ou centralisé, impliquant des durées importantes: on parle alors de
stockage stationnaire,
À courte durée, notamment le stockage mobile, il est alors qualifié d’embarqué
(moyens de transport et appareils électroniques, ordinateurs portatifs,…)
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L’échelle de stockage : ce classement peut se faire en regroupant le stockage selon deux catégories :
Techniques de stockage à grande échelle : Ces techniques renferment le stockage : sous
forme d’énergie gravitaire (systèmes hydrauliques), d’énergie de pression (air comprimé),
d’énergie chimique (batteries chimiques).
Techniques de stockage à moyenne et faible échelles : l’usage de ces technologies peut
également servir le réseau. D’autre part elles assurent la production décentralisée pour des
applications diverses. Ces technologies regroupent le stockage sous la forme mécanique
(volants d’inertie, énergie cinétique), électrochimique (accumulateurs et
supercondensateurs), magnétique, air comprimé ou hydrogène (piles à combustible).
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2. Caractéristiques générales des technologies de stockage
a. La capacité énergétique Wstoc : elle est définie comme étant l’énergie maximale
stockable (en Wh ou J), elle peut être notée également par Wmax. Ce paramètre est
crucial pour le dimensionnement. Cette énergie est supérieure à celle exploitable.
b. L’énergie utile Wutile : c’est l’énergie réellement exploitable. Elle dépend du
rendement de charge et de décharge.
c. L’énergie massique : c’est le rapport entre l’énergie maximale stockable Wmax et la
masse du système de stockage (Wh/kg).
d. L’énergie volumique : c’est le rapport entre l’énergie maximale stockable Wmax et le
volume de la batterie (Wh/m3).
Remarque : Ces deux dernières grandeurs trouvent leur importance comme critère
de choix surtout dans les applications embarquées tels que les systèmes portables et
les moyens de transport. Cependant, il est également possible de se référer à
l’énergie utile Wutile pour caractériser l’énergie massique et volumique. 7
e. La puissance maximale Pmax (W) : C’est la puissance maximale qui peut être
fournie, donc c’est un débit d’énergie. On peut définir la puissance maximale de
charge (P<0) ou de décharge (P>0) et qui peuvent être différentes.
f. La constante de temps (en s) : notée τ = Wutile / Pmax : cette caractéristique traduit
le type de besoin auquel devra répondre le moyen de stockage :
Si τ est faible (de qq secondes à qq minutes) cela correspond à un besoin en
puissance (une énergie convertie en un temps bref) ; exemple l’accélération
d’un véhicule.
Si τ est grand (de l’heure à qq jours) cela correspond à un besoin en
autonomie ; exemple les batteries stationnaires et les batteries des véhicules
électriques.
g. Le rendement η : C’est le rapport de l’énergie restituée sur l’énergie emmagasinée
dans le système de stockage. Ceci prend en considération les pertes en charge, les
pertes à vide et aussi le phénomène d’autodécharge.
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h. La cyclabilité ou nombre maximal de cycles : c’est le nombre maximal de
cycles de charge-décharge que peut assurer un système de stockage. Les valeurs
fournies par les fournisseurs représentent uniquement un ordre de grandeur. Cette
caractéristique dépend essentiellement du processus de fatigue et de l’usure fortement
liées à l’amplitude des cycles et/ou l’état de charge moyen du système de stockage.
i. Le coût : Le coût d’un système de stockage de l’énergie englobe le coût
d’investissement pour l’acheteur et celui de fonctionnement (relatif à la maintenance,
aux pertes, à l’usure et le vieillissement…). Le coût d’investissement est généralement
indiqué en €/(kW.h) pour les systèmes dimensionnés en énergie (à grande constante de
temps) et donné en €/kW pour les systèmes dimensionnés en puissance (faible
constante de temps).
j. La sécurité du système de stockage : relativement au risque d’explosion, à la
sécurité, à la présence de rejets nocifs…..
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Objectifs visés: questions fréquemment posées ?
Est-il aisé d’avoir des stocks d’énergie disponibles à l’image d’avoir un
réservoir d’essence plein ?
Est-ce que l’énergie électrique peut être stockée directement ?
Non, l’électricité est convertie en d’autres formes d’énergie stockables :
on parle de stockage indirect moyennant un convertisseur électrique qui
permet d’assurer une double conversion au stockage puis au niveau de la
restitution.
Quelles sont les technologies de stockage (électrique et thermique), les
types d’énergie mises en question et leurs différentes caractéristiques ?
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Chapitre 1
Technologies de stockage stationnaire de l’électricité
Station de Transfert d’Energie par Pompage
Stockage hydraulique par pompage (STEP);
Stockage d´énergie sous forme d´air comprimé (CAES);
Stockage stationnaire électrochimique.
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I. Stockage impliquant l’énergie mécanique (potentielle)
1. Stockage sous forme d’énergie gravitaire (système hydraulique)
Ces installations sont connues sous le nom de Station de transfert d’énergie par pompage (STEP) ou
Pumped Storage Plant (PSP).
Ce système de stockage représente la technologie dominante pour le stockage à grande
puissance (près de 90 % du stockage massif de l’énergie, réparti sur des centaines (400) de STEP
dans le monde pour une capacité totale couvrant plus que 100 GWh).
Cette technologie repose sur le pompage et le turbinage cycliques (système réversible) de la
même quantité d’eau entre deux retenues d’eau (naturelles ou artificielles) situées à des
hauteurs différentes.
Pendant les périodes où l’électricité est abondante et la demande est modérée (heures creuses
généralement la nuit), l’installation en consomme pour pomper l’eau depuis la retenue inférieure
via une conduite forcée vers la bassine supérieure. Cette phase est la phase de recharge. Lorsque
la demande de l’électricité est importante (heures de pointe pendant la journée) et que le réseau
est en déficit énergétique, l’eau s’écoule par gravité pour vider en partie le réservoir supérieur et
la turbine permet de générer l’électricité. C’est la phase de décharge.
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b. Principe de fonctionnement d’une STEP: S’il ne stocke pas directement l’électricité, ce concept la
transforme en force motrice à travers l’eau
Principe de fonctionnement d’une STEP (associée à une éolienne)
N.B: Consulter le lien suivant pour détecter les différences entre centrale hydraulique et
STEP : https://youtu.be/8vspgKIMHHQ
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La STEP qui nécessite un contexte géographique appropriée, est considérée comme l’une des
technologies de stockage matures, caractérisée par la rapidité de son temps de réponse
(quelques minutes) et par une durée de vie longue (> un siècle).
Elle est en développement perpétuel notamment dans les régions montagneuses du monde
entier. Ces installations sont installées en Asie, au Japon et en Europe où des projets en cours de
développement visent à convertir des barrages existants en STEP.
Des perspectives géographiques sont en cours d’investigation pour installer des STEP en bord de
mer (la plupart des STEP sont installées en montagnes) en aménageant le réservoir supérieur au-
dessus d’une falaise.
En Tunisie, un projet de Station de Transfert d’Energie par Pompage (Step) à Oued El Melah
(Zagua) de puissance 400 MW est en cours d’exploration, et ce, dans le cadre de l’étude intitulée
«Etude de développement du stockage de l’énergie électrique en Tunisie».
Lien:https://lapresse.tn/73967/perspectives-de-production-delectricite-integration-des-technologies-des-energies-
renouvelables/
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2. Contraintes et inconvénients des STEP
L’énergie potentielle de l'eau emmagasinée dans le réservoir supérieur est
proportionnelle à la masse d'eau stockée et à la dénivellation entre les deux
retenues. Réunir ces deux conditions dans un cadre naturel entraine un cout
très important et des dommages environnementales.
La puissance d’un système de stockage hydraulique est déterminée par celle
des groupes réversibles (turbines/machines électriques) ainsi que de la taille
et forme des conduites.
Toute défaillance pouvant affecter l’un des deux réservoirs pourrait entrainer
des conséquences très considérables.
La durée de la construction de ces installations est importante et un cadre
réglementaire et législatif appropriés sont exigés. 15
3. Caractéristiques globales des STEP
Une installation de stockage de l’énergie par pompage peut être caractérisée de façon globale par :
a. L’énergie maximale qui peut être stockée : cette énergie est stockée sous forme d’énergie potentielle
de gravité. Un volume d’eau V existant à une certaine altitude h au-dessus de la mer correspond en
effet à une énergie potentielle :
[J]
Où :
ρ est la masse volumique de l’eau en kg/m3
V est le volume d’eau en m3
g la constante de gravitation g= 9.81 m.s-²
h est le dénivelé entre le bassin supérieur et le bassin inférieur, en m.
b. La puissance électrique installée pour le pompage ;
c. La puissance électrique installée pour le turbinage ;
d. Le rendement global de décharge.
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Exercice d’application
Le principe d’une station hydraulique de stockage est le suivant : l’eau d’un réservoir aval est pompé vers un
réservoir amont pendant les périodes creuses (ou excédentaires), permettant ainsi de stocker l’énergie sous forme
gravitaire. Lors des périodes de pointe, l’électricité est réinjectée sur le réseau par l’opération inverse qui est le
turbinage.
La centrale hydraulique suivante utilise les chutes d’eau depuis une grande hauteur pouvant être localisée en
montagne. La puissance électrique P(en W) mise en jeu par la chute d’eau (de masse volumique ρ= 10 3m3.kg), de
hauteur h(m) et de débit q (m3/s), est égale à 1,1 MW. La turbine présente un rendement . L’alternateur présente un
rendement .
1. Déterminer les puissances perdue et absorbée par la turbine.
2. Déterminer le rendement de la station de stockage hydraulique lors de la décharge.
3. Calculer la hauteur h de la chute d’eau pour un débit d’eau égal 0.3 m 3/s.
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4. La retenue d’eau présente une réserve d’eau telle que l’on
puisse turbiner sans arrêt avec un débit de 0.3 m3/s pendant un
intervalle de temps de durée t1.
En faisant le bilan des quantités d’eau entrante et sortante
de la retenue d’eau, déterminer la durée t1 pendant
laquelle on peut turbiner sans arrêt dans ces conditions.
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