Réglementation Anti-Blanchiment
Réglementation Anti-Blanchiment
7 juin 2012
PRAM module 3, partie 3
Anne-Lise Couaillac
Nom de l’Intervenant,
Fonction de l’Intervenant
2
SOMMAIRE
1 Le cadre juridique
1.1 Définitions
1.1 Définitions
> Le délit de blanchiment est une infraction générale, distincte et autonome qui ne nécessite pas
une plainte préalable de l’administration fiscale, il suffit que soient établis les éléments
constitutifs de l’infraction principale ayant procuré les sommes litigieuses.
> C’est une infraction punie de 5 ans d’emprisonnement et de 375.000 euros d’amende.
> Les peines sont doublées si le blanchiment est aggravé (blanchiment commis de façon
habituelle, ou utilisant les facilités de l’exercice d’une activité professionnelle ou en bande
organisée). La responsabilité pénale des personnes morales mais également de l’ensemble
des collaborateurs de l’établissement peut être engagée en cas de blanchiment. La
tentative de blanchiment est punie des mêmes peines que le délit lui-même.
7
1.2 Le cadre international
Le Comité de Bâle, composé des gouverneurs des banques
centrales de 13 pays de l’OCDE ont publié une déclaration de
principe visant à prévenir l’utilisation du système bancaire pour le
blanchiment de fonds. (12 décembre 1988)
Documents de référence posant le principe « Connaissance
Client » ou « Know Your Customer » :
« Devoir de diligence des banques au sujet de la clientèle »
« Prévention de l’utilisation du système bancaire »
> Sur la base des résultats des analyses réalisées par le Groupe d’examen de la coopération
internationale (ICRG), les juridictions à haut risque et/ou non coopératives peuvent être
publiquement identifiées dans l'un des deux documents publiés par le GAFI trois fois par an.
> Le premier document, la Déclaration publique du GAFI, identifie:
1) Les juridictions présentant des défaillances stratégiques en matière de LBC/FT et qui font
l’objet d’un appel du GAFI à ses membres et aux autres juridictions à appliquer des contre-
mesures.
2) Les juridictions présentant des défaillances stratégiques en matière de LBC/FT qui n’ont pas
fait de progrès suffisants ou qui ne se sont pas engagées à suivre un plan d’action élaboré avec
le GAFI, afin de remédier à leurs défaillances.
11
1.2 Le cadre international
Juridictions présentant des défaillances stratégiques en matière de LBC/FT et qui n’ont pas
réalisé de progrès suffisants ou qui ne se sont pas engagées à suivre un plan d’action élaboré
avec le GAFI afin de corriger leurs défaillances**. Le GAFI appelle ses membres à tenir compte
des risques que représentent les défaillances de chacune des juridictions ci-dessous.
Cuba**
Bolivie
Éthiopie
Ghana
Indonésie
Kenya
Myanmar
NigériaPakistan
Sao Tomé-et-Principe
Sri Lanka
SyrieTanzanie
Thaïlande
Turquie
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1.3 Le cadre européen
Directive du Conseil 91/308/CEE du 10/06/91 et Directive modificative
2001/97/CE du 04/12/2001 abrogée par la Directive 2005/60/CE et
directive d’application 2006/70/CE du 1er août 2006
Le renforcement progressif et permanent de la réglementation
Evolution législative :
Extension du champ de déclaration de soupçon à de
nouvelles professions et de nouveaux domaines
- Loi n° 90-614 du 12 juillet 1990 :
Fondatrice du système français de lutte contre le blanchiment
Deux types d’obligations mis à la charge des organismes visés (banques,
établissements financiers, Banque de France, sociétés d’assurance et courtiers,
mutuelles) :
- Obligation générale de vigilance
- Obligation de déclaration de soupçon de certaines sommes ou opérations
- Décret du 9 mai 1990 portant création de la cellule TRACFIN, rattachée au
Ministère de l’Economie et des Finances
- Loi n° 93-122 du 29 janvier 1993 :
Elargit le champ de la déclaration de soupçon à la criminalité organisée
(►transposition de la première directive)
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1.4 Le cadre français
- Loi n° 96-392 du 13 mai 1996 :
Elargit le dispositif aux courtiers d’assurances
Renforce le contrôle des bureaux de change
Facilite la coopération internationale
Insère dans le code pénal (article 324-1) le délit général de blanchiment du
produit de tous crimes et délits
- Loi n° 98-546 du 2 juillet 1998 :
Etend le dispositif aux intermédiaires immobiliers
- Loi n° 2001-450 du 15 mai 2001 (Loi NRE / Article L562-6 du COMOFI) :
Intègre des professions non financières au dispositif (casinos, marchands
d’objets d’art, antiquités, pierres précieuses, commissaires priseurs)
Crée un comité de liaison de la lutte contre le blanchiment du produit des
crimes et délits
Organise les possibilités de recueil d’information de TRACFIN auprès des
administrations, collectivités territoriales et établissements publics
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1.4 Le cadre français
- Loi n° 2001-450 du 15 mai 2001 (suite)
Instaure un dispositif de déclarations systématiques d’opérations auprès de
TRACFIN pour certaines opérations sensibles :
- Toute opération dont l’identité du donneur d’ordre ou du bénéficiaire
reste douteuse malgré les diligences effectuées
- Aux opérations effectuées pour le compte de tout instrument de gestion
d’un patrimoine d’affectation dont l’identité des constituants ou des
bénéficiaires n’est pas connue
- Loi n° 2003-706 du 1er août 2003 (Loi de sécurité financière) :
Soumet aux régimes de la déclaration de soupçon les OPCVM, les sociétés de
gestion, les personnes habilitées au démarchage, les CIF et reconnaissance
du pouvoir disciplinaire de l’AMF sur les sociétés de gestion, les
démarcheurs et les CIF
- Loi n° 204-130 du 11 février 2004 :
Etend le champ d’application de la déclaration de soupçon à la corruption et à
la fraude aux intérêts financiers des communautés européennes
Etend le dispositif de la déclaration de soupçon aux professions du chiffre et du
droit
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1.4 Le cadre français
> Brunei,
> Montserrat,
> Le Botswana
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1.4 Le cadre français
2 Le processus de blanchiment et de FT
Vise à brouiller les pistes pour supprimer tout lien entre les capitaux et
leur origine
> Phase 3: l’intégration ou l’essorage
Vise à investir dans un circuit légale afin de lui donner l’apparence d’avoir
été obtenu de manière licite
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2 Le processus de blanchiment et de FT: 3 phases
Solde = 0
2.2 Le processus de blanchiment et de FT, exemples
• Exemple de dissimulation
• Un collaborateur d’une société de gestion A procède, dans le cadre de son activité, à des opérations de vente pour le compte de
portefeuilles gérés par A, sur un marché obligataire peu liquide
• Son intermédiaire est un courtier B, qui opère de manière plutôt occasionnelle
• Les négociations sont effectuées à des cours inhabituels. Cependant, en raison du caractère peu liquide du marché, les écarts
apparaissent peu significatifs
• De connivence avec le salarié de la société de gestion A, B achète les titres obligataires vendus par A, pour le compte d'un client
offshore D. Le même jour, il revend ces titres, avec plus-value, à un autre intermédiaire C, grâce à une nouvelle complicité d'un
salarié de celui-ci
• Ainsi, l'opération engendre, au préjudice des intermédiaires A et C, des profits pour le client D. Ces profits sont discrètement
partagés entre les salariés impliqués de A et C et le client de B. Le courtier B a, quant à lui, perçu d’importantes commissions
d'intermédiation, réglées à l’aide de fonds illicites
Opérations de vente pour compte Opérations d’achat pour compte
propre sur un marché obligataire propre sur le même marché obligataire
Salarié d’une peu liquide peu liquide Salarié d’une
société de gestion Contrepartie :
entreprise
A courtier B
d’investissement D
Achats des titres obligataires peu Ventes des titres obligataires peu
liquides liquides, avec plus-value
Donneur d’ordres :
client offshore D
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3 Le rôle de TRACFIN
> Service à compétence nationale depuis 2006 rattaché aux ministres chargés
de l’économie et du budget
4.4 Contrôles
C1 C2 C3 C4
Distributeurs ou
Apporteurs
d’affaires
Passif
La société de
Marché gestion et ses
collaborateurs
Opcvm Opcvm
mandats
1 2
Portefeuilles gérés Actif
39
Les obligations des SGP
- La politique d’investissement
A retenir : « Société cotée dont les titres sont admis à la négociation sur
au moins un marché réglementé en France ou dans un Etat partie à
l’accord sur l’EEE ou dans un pays tiers imposant des exigences de
publicité compatibles avec la législation communautaire, figurant sur
une liste arrêtée par le ministre chargé de l’économie »
Un cadre normatif adapté
>La société de gestion veille à ce que des mesures équivalentes soient appliquées dans ses filiales et succursales
situées à l’étranger
>Lorsque le droit applicable localement ne lui permet pas de mettre en œuvre ces mesures équivalentes, elle en
informe Tracfin et l’AMF
La formation et la sensibilisation du personnel
procédures et modalités de
les mesures de mise en œuvre des
obligations
prévention et de d’identification, de
détection contrôle, de déclaration de
soupçon et d’archivage
La formation et la sensibilisation du personnel
L’obligation d’alerte
» L’attitude à suivre en cas de suspicion
Emargement et archivage
53
Une information régulière concernant les résultats des contrôles doit être
communiquée à:
Le reporting peut être intégrer dans le rapport annuel de contrôle interne
Il peut également faire l’objet d’une remontée au groupe d’appartenance.
5. Exemple d’indicateurs dans un reporting
6 Les sanctions
En outre, des dossiers retrouvés lors de perquisitions dans les services commerciaux ont montré
que le problème des chèques volés remis à l'encaissement était connu de la Société Générale.
Ainsi, une note non signée, adressée le 15 novembre 2000 au conseil d'administration de la
banque, était intitulée "Affaire du Sentier : risque de mise en examen de la Société Générale
pour blanchiment". La banque n'a pourtant décidé de suspendre provisoirement le traitement
des chèques remis pour encaissement par les banques israéliennes que le 10 janvier 2002.
Elle se défend depuis d'avoir "sciemment ou intentionnellement participé" à des opérations de
blanchiment.
Relaxe : les mouvements de fonds, retraits d'espèces ou encaissement de chèques en Israël,
"n'étaient pas révélateurs de fonctionnements anormaux" à même de servir "d'alerte" pour le
personnel de la banque. Alors qu'il a été reproché par les enquêteurs de la banque un contrôle
insuffisant des chèques, le représentant du ministère public a estimé que la réglementation en
la matière n'était "pas particulièrement claire".
Exemples de sanctions – AMF Société EGP
Acteurs Griefs Décision Sanction
Manquements aux obligations en matière de LAB/LAT :
La Commission a établi que :
• Absence de vigilance telle qu’imposée par le RG AMF au titre de la LAB
• Absence d’organisation des contrôles internes sur la LAB
• EGP Fonds et Gestion ne disposait
• Absence d’identification des clients pas de traces écrites des mesures
mises en place pour veiller au Les sanctions sont
• Absence de formation du personnel
respect des exigences en matière de les suivantes :
LAB/LAT. Les contrôles n’étaient
pas formalisés
Sanction Défense d’EGP Fonds et Gestion par communiqué de presse :
contre la • avertissement
• Sanction trop sévère : elle concerne des défaillances dans le dispositif
Société EGP
anti-blanchiment au cours des exercices 2005 et 2006, corrigées dès 2007 • EGP Fonds et Gestion ne disposait
Fonds et
pas des éléments relatifs à l’identité • sanction pécuniaire de
Gestion • Aucun cas de blanchiment n’a été relevé, seulement des imperfections
de ses clients 50 000 €
dans les procédures en vigueur et dans la formation du personnel
• Les 4 collaborateurs non formés étaient une secrétaire, 2 agents du BO
15 janvier
peu concernés par le dispositif et le RCCI • EGP Fonds et Gestion n’a pas • publication de la
2009
assuré de formation à ses salariés en décision au BALO,
• L’opération visée concerne un fonds des Bahamas, localisation ne
matière de LAB/LAT. La dernière sur le site Internet et
figurant pas sur une liste sous surveillance (non GAFI…)
formation dispensée datait de juin dans la revue de
2005, avant agrément de l’AMF. 4 l’AMF
salariés de la société, dont le RCCI
• EGP Fonds et Gestion souhaite une concertation de place, visant à
n’avait pas reçu de formation,
définir précisément les obligations des sociétés de gestion en matière de
aucun document de formation
prévention du blanchiment de capitaux, à l’occasion de la publication
continu n’avait été remis aux
prochaine des décrets d’application de la troisième directive européenne
salariés
sur la lutte anti-blanchiment
Décision de principe : pour la première fois, une société est sanctionnée pour un manquement lié à un défaut de formation LAB/LAT (même si ce grief n’est pas
le seul concernant les manquements aux obligations en matière de LAB/LAT)
Les éléments suivants sont réaffirmés
1. Tous les salariés (dont le RCCI) doivent participer à la formation annuelle. La société doit donc prévoir une ou plusieurs session(s) de rattrapage en
cas d’absence de salarié(s)
2. La formation doit être fournie à chaque employé sur un support durable (du type support papier) soit lors de la formation, soit à l’embauche
Sanctions – ACAM – Blanchiment de capitaux 14/11/
2011
Société Oddo de Courtage en Assurance
Acteurs .
Griefs Décision Sanction
• Manquement à la réglementation en
matière de lutte anti-blanchiment
Au moment du contrôle de l’ACAM, la
Sanction de l’ACAM SOCA était dépourvue des procédures
adaptées à son activité ainsi que de tout
• L’ensemble des griefs a été retenu
11 février 2009 dispositif de contrôle interne. Elle n’a
pas été en mesure d’identifier ni de
déclarer les sommes et opérations
• L’ACAM a tenu compte, dans sa • L’ACAM a prononcé un
pouvant constituer des soupçons à
contre sanction, des efforts menés par la SOCA avertissement assorti d’une
déclarer à Tracfin
pour remédier aux manquements sanction pécuniaire de 50
constatés 000 €
• Rétrocession de commissions à des
la Société ODDO de
intermédiaires d’assurance non
Courtage et d’Assurance immatriculés
(SOCA)
La SOCA a également fait appel à des
intermédiaires non immatriculés, et leur
a versé des commissions sans procéder
aux vérifications d’usage
Sanction – AMF – Société de Gestion de Portefeuille
Fininfor et Associés Multigestion
Griefs
Acteurs Décision Sanction
• Manquement lié aux fonds propres
réglementaires négatifs et inférieurs au seuil
requis
• non-respect par la société de l’exigence d’un niveau minimal
de fonds propres et de l’insuffisance de ses moyens financiers
• Manquement relatif au fait de ne pas avoir
Sanctions à l’égard disposé de moyens financiers suffisants et
de la société adaptés à son activité, compte tenu des • Le manquement relatif tirés de l’absence de contrôle des
FININFOR ET déficits en fonds propres risques et du fait que l’AMF, qui avait subordonné son
agrément à la présence d’un contrôleur des risques, n’a pas été
ASSOCIES avisée de la démission de ce dernier, intervenue en novembre • Blâme et sanction
MULTIGESTION • Manquement relatif au fait de ne pas avoir 2006. A partir de cette date, les constatations de l’enquête, que pécuniaire de
informé l’AMF de la démission de son la société n’a pas été en mesure de contredire, ont révélé un
50 000 € à
contrôleur des risques en novembre 2006 défaut de contrôle jugé d’autant plus préoccupant que la
l’encontre de la
alors que l’agrément délivré avait gestion alternative indirecte pratiquée par FININFOR, «
2 octobre 2008 société
précisément été subordonné à la présence de décorélée » des indices de marché, présentait pour les
ce dernier; ainsi qu’au fait ne pas avoir, investisseurs un risque particulier exigeant une surveillance • Publication de la
jusqu’en novembre 2006, procédé à un accrue. décision
contrôle suffisant sur « les risques • Le manquement relatif l’obligation faite aux sociétés de
spécifiques liés au fonds alternatif sous gestion d’évaluer le risque de blanchiment de capitaux et de
jacent », puis, à compter de la démission de
financement du terrorisme, ce que la société, qui n’a pas mis
son contrôleur, de ne plus avoir assuré en place de procédures permanentes de contrôle des choix
aucun contrôle des risques d’investissement, a reconnu ne pas avoir fait.