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Droit Civil (L1)

Le document traite du droit civil, en définissant la notion de droit objectif et en explorant les caractéristiques et le fondement de la règle juridique. Il présente également les différents systèmes juridiques, l'évolution du système juridique français, ainsi que les sources du droit, notamment la hiérarchie des lois. Enfin, il distingue le droit public et le droit privé, ainsi que le droit international.

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Droit Civil (L1)

Le document traite du droit civil, en définissant la notion de droit objectif et en explorant les caractéristiques et le fondement de la règle juridique. Il présente également les différents systèmes juridiques, l'évolution du système juridique français, ainsi que les sources du droit, notamment la hiérarchie des lois. Enfin, il distingue le droit public et le droit privé, ainsi que le droit international.

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Droit civil

Partie 1 : Les droits objectifs

Titre 1 : La définition de la notion de droit objectif

Le terme « droit » a deux sens. Dans un premier sens, le droit désigne l'ensemble des règles
imposées par l'autorité publique en vue de gouverner l'organisation de al société et les rapports
entre les hommes. C'est donc un terme général, abstrait et impersonnel. C'est le droit objectif qui
existe dans toutes les sociétés. Dans le second sens, les droits sont l'ensemble des prérogatives
juridiques qui sont données à une personne déterminée. C'est le droit subjectif qui est déterminé,
particulier et concret.

Chapitre 1 : La règle juridique.

I. Les caractères de la règle juridique

A. Identification des caractères de la règle de droit :

La règle de droit a à un caractère général. La règle juridique n'est pas faite pour régir les
cas particuliers, au contraire, c'est un gage de généralité et d'impartialité. La règle juridique est à
caractère abstrait et permanent. Le caractère permanent n'induit pas le caractère définitif puis
les lois peuvent changer, néanmoins, les lois présentent une forme de stabilité, elles sont prévues
pour durer. Le caractère permanent est un gage de sécurité juridique.
La règle a ensuite un caractère obligatoire. L'intensité du caractère obligatoire peut varier. Il y a
deux types de règles. Les règles impératives qui imposent un impératifs, une force absolue que
l'on ne peut écarter. La règle est d'ordre public. Ensuite, il y a les règles supplétives, suppléant la
volonté des parties, elle est applicable si les parties ne décident pas autre chose.

B. La distinction de règle juridique et d'autres types de règles :

Il est possible de confronter la règle de droit et la règle modale. Ces deux règles ont des
points communs, ce sont des règles et les deux recherchent la justice. Néanmoins, les différences
entre la règle de droit et la règle morale sont présentes et il existe plusieurs critères de distinction.
D'abord, la morale détermine les devoirs envers Dieu alors que le droit détermine les devoirs entre
les hommes eux-mêmes. La morale condamne toutes formes de tromperie alors que le droit
condamne la véritable tromperie. La morale a un caractère interne, elle s'intéresse aux intentions
même en l'absence de réalisation, alors que le droit a un caractère externe qui ne prend en
compte que les actes extériorisés. La faute morale est condamnable uniquement s'il y a intention.
Ainsi, s'il n'y a pas l'acte mais l'intention, c'est condamnable alors que s'il y a faute sans intention, ce
n'est pas condamnable. La faute dans la règle de droit est condamnable si l'acte est intentionnel
ou non, et s'il y a l'intention mais pas l'acte, en revanche ce n'est pas condamnable. La règle de
droit est sanctionnée par l'autorité étatique alors que la règle morale est sanctionnée par la
conscience, par Dieu. Enfin, les deux règles ont deux finalités différentes. Le but de la morale est
le perfectionnement de l'individu alors que la finalité du droit est la paix et l'ordre social.

II. Le fondement de la règle juridique


A. Le classement des pensées extrêmes :

1. La réponse idéaliste :

La réponse des idéalistes part de l'idée qu'il y a autre chose au-dessus du droit positif : le
droit idéal. Selon le courant idéaliste rationnel, il existe quatre catégories de lois : la loi divise
seulement connue de Dieu, la lex aeternam, la loi divine révélée aux hommes, la lex divina, la loi
naturelle, reflet de la raison divine que l'homme découvre grâce à sa propre raison, lex naturalis
et la loi humaine, créée par l'homme sans raison divine, la lex humana. La question est alors de
savoir comment découvrir la raison divine. Il y a deux approches : soit on se contente d'observer
la nature, la nature étant l'oeuvre du créateur, soit on fait une lecture des écritures saintes.

2. La réponse positiviste :

Selon le courant positiviste, il n'y a pas de droit au-dessus du droit positif, le droit positif
constitue tout le droit. On ne s'interroge pas sur le fondement de la règle. Le droit n'a pas à être
justifié, il puise sa légitimité dans le fait qu'il émane de l'État. C'est un positivisme étatique défendu
par Kelsen qui crée un système normatif et présente le droit en pyramide hiérarchique avec au
bas les contrats puis les lois et au sommet la Constitution. Chaque norme trouve son fondement
dans le respect de la règle supérieure.
Le positivisme sociologique considère le droit comme un phénomène social, le droit est un produit
social.

B. Les réponses modérées :

Ces réponses modérées consistent à atténuer la rigueur de la doctrine positiviste. La


première tentative de réponse considère qu'un droit naturel existe mais de nature variable. Le
problème c'est qu'on ne peut pas parler de droit naturel s'il est variable. La seconde tentative
considère qu'il y a un droit naturel mais qui se réduit à quelques principes généraux.

Chapitre 2 : Le système juridique.

Il existe quatre grands systèmes juridiques : le système romano-germanique, le système de


common law, le système socialiste et le système religieux. Le système romano-germanique puise
ses racines dans le droit romain et dans les coutumes germaniques. La base du droit se trouve
dans la loi, c'est-à-dire dans le législateur. C'est un système de droit écrit. Dans ce système, on
crée une loi à partir de généralités et on l'applique à des cas particuliers. Ce modèle est appliqué
en France et dans la plupart des pays d'Europe. Dans le modèle de la common law, la base du
droit ne trouve pas son fondement dans la loi mais dans la jurisprudence, dans l'ensemble des
décisions rendues par le juge qui forge le droit. Cela est possible grâce au principe du
précédent, ce que le juge a jugé à un moment donné l'oblige à juger à nouveau un cas similaire
de la même manière. C'est un système de droit jurisprudentiel, la loi n'intervient que pour combler
les manques de la jurisprudence. Dans ce système, on part d'un cas concret puis on en fait un
règle générale. Ce modèle est appliqué dans les pays anglo-saxons. Le système socialiste est basé
sur les soviétiques et le système religieux est caractérisé par le droit islamique ou le droit hindou.

I. L'évolution du système juridique français

A. L'ancien droit :
Avant la chute de l'empire romain, il y avait une unité de droit. Cette unité va éclater suite
aux invasions barbares car ces derniers ont leur propre droit. Un système de personnalité des loi
est mis en place, le droit d'une personne est déterminé par ses origines. Un problème se pose à
l'occasion d' un conflit entre deux personnes soumises à différents droits. Quel est le droit
applicable ?
Par la suite, le système de personnalité des lois va se transformer en territorialité des droits, le droit
dépend du lieu où l'on se trouve. Dès le XIIIe siècle, la France est divisée en deux grands systèmes
avec au sud un droit écrit hérité du système romain, et au nord le droit coutumier hérité du droit
germanique. À l'intérieur de chaque division, il y a encore des divisions.
À l'époque de la renaissance, la diversité va s'atténuer et on va redécouvrir le droit romain au
XIVe XVe siècles. Ce droit romain va être enseigné au XIIIe siècle par les glossateurs puis par les
post-glossateurs dans toute l'Europe.
Au XVe siècle, Charle VII va imposer la rédaction de toutes les coutumes françaises, le droit
coutumier devient alors un droit écrit. Au moment de la rédaction, on va s'apercevoir de
l'insuffisance et des contradictions des coutumes. On tente alors de dépasser les divergences en
élaborant un droit commun en s'inspirant du droit romain.
Certains pans du droit dépendent du droit canonique. La jurisprudence du Parlement 1 s'applique
pour tous les cas proches. L'ordonnance royale s'applique dans tout le royaume, c'est également
une source d'unification. Malgré tous ces efforts, la situation reste complexe car une personne
peut être soumise au droit canonique pour son mariage, à l'ordonnance royale pour ses
donations, au droit coutumier pour son statut matrimonial et au droit romain pour ses contrats.

B. Le droit intermédiaire, 1789-1804 :

Durant cette période, on observe la primauté de l'individu et de la loi. On va interdire les


arrêts de règlement car les parlements résistent aux tentatives d'unification nationale. La
jurisprudence n'est plus une source de loi, le juge est la bouche de la loi mais il n'est pas créateur.
La jurisprudence ne peut être une source de loi sinon c'est reconnaître le gouvernement des
juges, et cela porte atteinte au gouvernement des lois.

C. La codification napoléonienne :

En 1800, Napoléon charge une commission de quatre juristes : Bigot Préameneu, magistrat
à la Cour de cassation, Tranchet, Président de la Cour de cassation, Maleville, magistrat du
tribunal de cassation, et Portalis de la codification du droit. Les deux premiers sont des juristes de
droit coutumier alors que les deux autres sont juristes de droit romain. La commission est donc un
compromis entre droit coutumier et droit romain. Le projet des quatre juristes va être élaboré en
quatre mois mais va être contesté. En 1804, le code civil est promulgué sous le Ier Empire et se
nomme « code Napoléon ». À la restauration, il s'appellera « code civil des français » avant d'être
à nouveau nommé « code Napoléon » sous le Second Empire. Le code civil est d'abord une
œuvre de compromis entre le droit coutumier et le droit romain, et un compromis entre l'ancien
droit et et le droit intermédiaire. Sur un plan technique, c'est une œuvre pratique. On s'en remet
au juge pour interpréter et compléter les manques du code. Sur le plan idéologique, c'est une
œuvre de liberté et d'autorité.

D. L'après code civil :

1. De 1804 à 1880 :

1 Le Parlement est la Cour de justice


Cette période est caractérisée par l'apogée du code civil. Il y a un respect quasi religieux,
on ne touche pas aux textes. Le travail d'interprétation est moderne. C'est l'école de l’exégèse, on
applique et enseigne la loi telle qu'elle est écrite. Le code civil connaît un succès immense dans le
monde entier, soit par la force soit par choix.

2. De 1880 à 1940 :

Cette période constitue un double tournant. Un tournant politique puisqu'un nouveau


régime met fin à la domination de la grande bourgeoisie. Mais également un tournant
sociologique. Le code civil a vieilli et n'apparaît plus en adéquation avec la France industrielle. Il
ne prévoit rien pour les contrats de travail par exemple. Un certain nombre de réformes vont
avoir lieu. Il y a une crise du code civil car il est dépassé.

3. De 1945 à nos jours :

Durant cette période apparaît une volonté de réactualiser le code civil. À partir des
années 1960, certaines matières du code civil vont être réformées par le doyen Carbonnier. Le
code civil fait face à une nouvelle crise : l'éclatement du droit. Le droit se spécialise de plus en
plus et se développe en marge du code civil.

II. L'organisation du système juridique français actuel

A. Le droit interne :

1. Les critères de distinction entre droit public et droit privé :

Le droit public exerce son pouvoir dans le domaine administratif, à travers la relation entre
l'État et les citoyen, dans le domaine de l'État, à travers le droit constitutionnel, et dans le domaine
du droit budgétaire. Le droit privé exerce son pouvoir dans les relations entre les particuliers, dans
les relations horizontales. Le droit public recherche le bien général, l'intérêt général prime sur le
bien être particulier. Alors que le droit privé cherche à préserver les intérêts particuliers. De plus,
le droit public est un droit autoritaire, constitué de lois impératives alors que le droit privé est un
droit supplétif. Enfin, la compétence juridictionnelle n'est pas la même, il y a des juridictions
administratives pour le droit public et les juridictions judiciaires pour le droit privé.

2. Les limites de la distinction :

La premier limite de la distinction réside dans l'empiètement du droit public sur le droit
privé et inversement. La second limite réside dans l'existence de disciplines mixtes. Le droit pénal,
par exemple, relève du droit privé car il s'applique à des rapports horizontaux, mais également du
droit public lorsque l'intérêt général et l'ordre public sont menacés.

B. Le droit international :

Le droit international est utilisé lorsqu'il existe un élément d'extranéité. Le droit international
est également divisé en droit public organisant les relations entre les États et le droit privé qui gère
les relations entre les individus.
Titre 2 : Les sources du droit

Chapitre 1 : Les sources formelles.

I. La source écrite : la loi

Le terme « loi » a deux sens. Le premier sens est formel et étroit, la loi désigne une règle
permanente formulée par le pouvoir législatif. Le deuxième est un sens matériel et large, la loi
désigne toute règle écrite, qu'il s'agisse de la loi au sens stricte mais également de la Constitution.
Dans ce chapitre, on va s'intéresser à la loi au sens large.

A. La hiérarchie des lois :

1. Le contenu de la hiérarchie :

Dans la pyramide de Kelsen, il est habituel de mettre au somme la Constitution, et plus


largement le bloc constitutionnel. Au-dessous, on trouve les traités internationaux. Un traité
international n'est appliqué en France qu'à condition qu'il soit ratifié par le Président de la
République et appliqué de manière réciproque entre les États. En dessous des traités, on trouve la
loi et les règlements, puis les arrêtés et enfin les textes hors hiérarchie tels que les circulaires
ministérielles, les réponses ministérielles, les rescrits et les avis.
Du point de vue international, le droit international prime sur le droit national, y compris sur la
Constitution. Du point de vue interne, la Constitution a une valeur supérieure aux traités
internationales sur le fondement des articles 54 et 55 de la Constitution. L'article 54 prévoit qu'un
traité international contraire à la Constitution ne peut être ratifié sans révision constitutionnelle. Il y
a des règles particulières, et notamment les règles communautaires et les règles issues de la
Convention européenne des droits de l'Homme. Les règles communautaires se distinguent deux
catégories : le droit primaire et le droit dérivé. Le droit primaire est caractérisé par les traités
fondateurs à l'origine de la constitution européenne. On retrouve donc dans le droit primaire le
traité de Paris du 23 juillet 1952, fondateur de la CECA, les traités de Rome du 25 mars 1957
instituant la CEEA et la CEE, le traité de Maastricht intégrant les trois communautés à l'Union
européenne, le traité d'Amsterdam de 1997 et le traité de Lisbonne de 2008. Le droit dérivé
comprend, quant à lui, trois catégories de normes : les règlements, les directives et les décisions.
Le règlement communautaire est une règle générale, abstraite et obligatoire. Il est directement
applicable dans les États membre sans qu'il ne soit nécessaire de le transposer dans le droit
interne. La directive communautaire est également une règle générale, abstraite et obligatoire.
Elle fixe un but à atteindre mais laisse aux États la compétence de définir les moyens d'y parvenir.
C'est pourquoi la directement applicable, elle doit faire l'objet d'une loi de transposition dans le
droit interne dans laquelle les États définissent les moyens d'action. Les décisions sont des règles qui
n'intéressent que les personnes qu'elles désignent.
La Convention européenne des droits de l'Homme a été adoptée en 1950 et ratifiée en 1974 par
la France. Elle prévoit sa propre juridiction : la Cour européenne des droits de l'Homme. Elle peut
être saisie par toute personne qui s'estime victime de violation des droits garantis par la
Convention.

2. Le respect de la hiérarchie :

a. Le contrôle a priori :
Dans le contrôle de constitutionnalité, on s'interroge sur le fait de savoir si le niveau
inférieur à la Constitution lui est conforme. Le contrôle de constitutionnalité peut concerner les
traités internationaux. Dans l'ordre juridique communautaire, le droit primaire et le droit dérivé
priment sur l'ensemble des droits nationaux, y compris sur les Constitutions. Cette solution résulte de
l'arrêt de la CJCE de 1964, Costa contre Enel. Un principe constitutionnel peut être contrarié par
une règle communautaire sauf si cette règle de valeur constitutionnelle est commune à tous les
États membres de l'Union européenne.
Dans l'ordre juridique national, le Conseil constitutionnel estime que le droit communautaire
dérivé n'entre pas dans son contrôle de constitutionnalité. En revanche, lorsqu'une loi nationale
vient transposer une directive communautaire, le Conseil va s'estimer compétent pour vérifier la
constitutionnalité de la loi de transposition. Il estime qu'il peut censurer une loi de transposition
lorsqu'elle porte atteinte à des principes inhérents à l'identité constitutionnelle de la France. Or, en
contrôlant la loi de transposition, le Conseil constitutionnel vérifie indirectement la
constitutionnalité de la directive.

b. Le contrôle a posteriori :

En ce qui concerne le contrôle de constitutionnalité, en principe, le Conseil constitutionnel


exercice un contrôle a priori, avant que la loi ne soit promulguée. Mais il y a deux tempérament à
ce principe. Le Conseil s'arroge le pouvoir de contrôler la constitutionnalité d'une loi à sa
modification. De plus, le Conseil constitutionnel considère que lorsqu'il contrôle une loi a priori, il
peut contrôler la loi antérieure et dans ce cas il s'agit d'un contrôle a posteriori.
Le contrôle de conventionnalité est un contrôle de la conformité de la loi aux traités
internationaux. L'article 55 de la Constitution reconnaît la supériorité des traités internationaux sur
les normes nationales. À partir de là, deux hypothèses sont à envisager. Dans le premier cas, un
traité international est ratifié puis une loi nationale contraire intervient postérieurement. Le Conseil
constitutionnel, dans l'arrêt IVG de 1975, s'estime incompétent pour contrôler la conformité d'une
loi nationale avec un traité antérieur. La Cour de cassation en 1975 et le Conseil d'État en 1989
vont se prononcer sur la question et le juge national fait primer le traité sur la loi nationale. Le
second cas apparaît lorsqu'un traité international est ratifié alors qu'une loi nationale antérieure
dispose du contraire. Dans ce cas encore, le juge national fait primer le traité sur la loi nationale.

B. L'application des lois :

1. L'application de la loi dans le temps :

L'application d'une loi suppose deux formalités : sa promulgation et sa publication. La


promulgation est l'acte par lequel le Président de la République constate que la loi a été
régulièrement votée et ordonne sa publication et sa mise en exécution. La publication est
l'insertion dans le journal officiel du texte qui a été promulgué par le Président de la République.
La publication est importante car elle permet la connaissance de la loi par l'ensemble des
citoyens. Elle se fait de manière écrite ou électronique. Une fois publiée, la loi peut entrer en
vigueur.
Il est possible que l'on se trouve devant un conflit de loi, un problème d'application de la loi
dans le temps. Une loi nouvelle succède une loi ancienne sur le même sujet, deux lois ayant le
même objet se succèdent dans le temps. La question est alors de savoir jusqu'à quand s'applique
la loi ancienne et à partir de quand s'applique la loi nouvelle. Le droit transitoire gère la
cohabitation entre loi ancienne et loi nouvelle. Ce droit transitoire est par nature provisoire. Le
législateur ne prévoit pas systématiquement une loi transitoire. Lorsque le législateur n'a rien prévu,
l'article 2 du code civil prévoit que la loi dispose que pour l'avenir, elle n'a point d'effet rétroactif.
Il faut différencier les droits acquis et les expectatives de droit. Les droits acquis sont les droits qui
appartiennent déjà à leur titulaire le jour où la nouvelle loi entre en vigueur. Le principe de non
rétroactivité s'applique aux droits acquis. La nouvelle loi ne peut régir les droits acquis
antérieurement. Les expectatives de droit sont, en revanche, des espérances de droit, des droits
éventuels. Ils ne sont pas encore dans le patrimoine de leur titulaire. La loi nouvelle s'applique
donc expectatives de droit.

a. Le principe de non rétroactivité de la loi nouvelle :

Ce principe s'exprime à travers deux règles : la loi nouvelle ne s'applique pas à la


naissance et à la mort des situations juridiques nées antérieurement, et la loi nouvelle ne
s'applique pas aux effets déjà produits d'une situation née antérieurement.
Il existe néanmoins des exceptions au principe de non rétroactivité. La première limite à ce
principe intervient lorsque la loi nouvelle déclare expressément qu'elle est rétroactive. Le principe
de non rétroactivité en matière civile a une valeur législative donc le législateur peut décide d'y
renoncer dans certains cas. En revanche, le principe de non rétroactivité en matière pénale a
une valeur constitutionnelle et ne peut donc être levé. Une deuxième limite au principe de non
rétroactivité concerne les lois interprétatives. Il s'agit de lois qui viennent interpréter des lois
antérieures qui ne seraient pas claires. L'assemblée plénière, dans un arrêt du 23 janvier 2004,
limite la possibilité de retenir la rétroactivité d'une loi interprétative. Le législateur peut prévoir la
rétroactivité de la loi interprétative sauf si elle influence le déroulement d'un litige. Enfin, la
dernière exception concerne la loi de validation, loi qui vient valider quelque chose de passé qui
n'était pas valide, elle purge l'acte de son vis.

b. Le principe d'effet immédiat de la loi nouvelle :

Le principe d'effet immédiat implique que la loi nouvelle va s'appliquer immédiatement en


ce qui concerne la constitution ou l'extinction de situations juridiques nées postérieurement à la loi
nouvelle. De plus, la loi nouvelle s'appliquera immédiatement aux effets futurs d'une situation née
antérieurement. Ce principe reçoit une exception qui reçoit elle-même une exception. Le
principe de l'application immédiate de la loi nouvelle aux effets futurs d'une situation née
antérieurement ne s'applique pas en ce qui concerne les contrats en cours car cela porterait
atteinte à la sécurité juridique. Ainsi, le contrat reste soumis à la loi en vigueur lorsqu'il a été
conclu. Cette exception ne s'applique pas dans certains cas et les effets du contrat seront soumis
à la loi nouvelle lorsque le législateur le décide, lorsque la loi est d'ordre public.

2. L'application dans l'espace :

La loi française s'applique, en principe, sur tout le territoire français. Le principe est simple
mais le problème de l'application dans l'espace va se poser lorsqu'il y a un élément d'extranéité.
Par exemple, lorsqu'un ressortissant étranger est sur le territoire français ou lorsqu'un ressortissant
français est sur le territoire étranger. Quel droit appliqué ? La loi français ou la loi étrangère ? La
résolution du conflit de loi dans l'espace relève du droit international privé. D'une manière
générale, pour résoudre le conflit, deux systèmes sont possibles : la territorialité des lois ou la
personnalité des lois. Selon la territorialité des lois, la loi s'applique à tous ceux qui sont situés sur un
territoire, alors que pour le système de personnalité des lois, la loi d'un État s'applique à tous les
ressortissants de cet État. L'article 3 du code civil s'inspire de ces deux systèmes, il prévoit la
territorialité et la personnalité. Il prévoit les deux systèmes dans le but de soumettre le plus de
situations possible au droit français.

II. La source formelle non écrite : la coutume

A. La notion de coutume :

La coutume est traditionnellement définie par la réunion de deux éléments, l'un matériel et
l'autre psychologique. Pour l'élément matériel, la coutume est une habitude, un usage, une
pratique constante. C'est la répétition d'un comportement qui s'inscrit dans le temps. En ce qui
concerne l'élément psychologique, la coutume est caractérisée par la croyance dans le
caractère obligatoire de ce comportement, c'est l'opinio necessitatis.
La coutume présente des avantages mais également des inconvénients en tant que source de
droit. Elle a pour avantage de s'adapter aux comportements, elle est plus souple que la loi et elle
est évolutive. L'inconvénient réside dans la longueur de son élaboration. Parfois, il faut évoluer
rapidement et seule la loi peut le faire. Le droit coutumier est plus adapté aux sociétés moins
avancées. Un autre inconvénient de la coutume réside dans la difficulté d'apporter sa preuve.

B. Le rôle de la coutume :

Lorsque la coutume est établie, elle est une source de droit, elle a une force obligatoire qui
lui est propre lorsqu'elle est avérée. Pour autant, la force normative de la coutume est, en
principe, inférieure à la loi car nous somme dans un système légaliste dans lequel la loi est au
sommet. Malgré cela, la coutume peut occuper trois fonctions par rapport à la loi. D'abord, elle
peut seconder la loi, secundum legem. En effet, une loi peut renvoyer à la coutume
expressément. Ensuite, la coutume peut suppléer la loi, praeter legem. Dans ce cas, la coutume
intervient dans le silence de loi pour combler les lacunes. Enfin, la coutume peut contredire la loi,
contra legem. Le législateur tolère qu'une coutume contredise la loi.

Chapitre 2 : Les sources informelles.

Ces sources sont discutées. La jurisprudence et la doctrine ne créent pas de véritables


règles de droit. Pour certains, il ne s'agit pas d'une source de droit mais seulement une source
interprétative du droit.

I. La jurisprudence

La jurisprudence représente l'ensemble des décisions rendues par les juges dans les litiges
qui leurs sont soumis. Dans un sens plus précis, la jurisprudence est l'ensemble des décisions qui, sur
une question donnée, apporte une solution là où la loi est insuffisante.

A. La formation de la jurisprudence :

Lorsqu'un litige est porté devant les juges, il faut déterminer le tribunal compétent. Il y a
d'un côté les institutions administratives chargées des litiges relatifs à l'Administration composées
des tribunaux administratifs, des cours administratives et du Conseil d'État. Il y a ensuite, d'un autre
côté, les juridictions civiles chargées des litiges entre les particuliers. Enfin, il existe également des
juridictions répressives qui statuent sur les infractions pénales. Les juridictions pénales comptent
trois juridictions : le tribunal de police, le tribunal correctionnel et la Cour d'assise. Ce sont trois
juridictions de premier degré, saisies en fonction de la gravité des infractions.
1. L'institution judiciaire :

a. Les juridictions de premier degré :

La juridiction de droit commun est le tribunal de grande instance (TGI). Il est saisi par
défaut sauf si une autre juridiction est spécialement compétente dans le domaine. Chaque
département compte au moins un tribunal de grande instance. Le TGI est composé d'un
président, deux juges et un procureur de la République. Le président du TGI dispose d'un certain
nombre d'attributions, il peut rendre des ordonnances sur requête, une mesure d'urgence
demandée par une personne sans débat contradictoire, ou des ordonnances en référé, mesures
d'urgence demandée par une personne avec un débat contradictoire. Le TGI connaît les
affaires civiles et commerciales. Pour qu'il soit compétent, le montant du litige doit être supérieur
à 10 000€ . Le TGI est également compétent en premier et dernier ressort lorsqu’il est saisi, à titre
exceptionnel, pour des litiges inférieurs à 4 000€ .
Le tribunal de grande instance est le tribunal judiciaire de droit commun mais il existe des
juridictions d'exception. Parmi ces tribunaux d'exception, on retrouve d'abord le tribunal
d'instance. Il est composé d'un ou plusieurs juges appartenant au TGI, détaché au tribunal
d'instance pour trois ans. Le tribunal d'instance statue à juge unique, et il est compétent pour les
actions personnelles ou mobilières lorsque le litige est compris entre 4 000 et 10 000€ . De plus, il
dispose d'une compétence exclusive, quel que soit le montant du litige, pour les locations
d'immeubles et les querelles de voisinage. Le juge d'instance est également le juge des tutelles et
le juge du tribunal de police.
Les juges de proximité sont également des juges d'exceptions. Ils sont créés en 2002 pour
désengorger les tribunaux d'instance. Il y a un juge de proximité dans le ressort de chaque Cour
d'appel. Il s'agit d'un juge unique qui statue en premier et dernier ressort. Il a une compétence de
principes pour les actions réelles, sur les choses, ou personnelles lorsque le litige est inférieur à
4000€ . Il est également compétent pour l'homologation des accords de conciliation et pour les
procédures d'injonction de payer ou de faire.
Les tribunaux de commerce sont composés de magistrats non professionnels. Les juges de ces
tribunaux sont élus par des commerçants parmi des commerçants. Ces tribunaux sont compétents
pour tous les litiges opposant les commerçants entre eux et pour toutes les procédures judiciaires
telles que les faillites ou les liquidations judiciaires. Pour les litiges inférieurs à 4 000€ , les tribunaux
de commerce sont compétents en premier et dernier ressort. Pour les litiges supérieurs à 4 000€ ,
l'appel est possible.
Le conseil de prud'homme est compétent pour les litiges opposant les employeurs aux salariés. Il
est compétent en premier et dernier ressort pour les litiges inférieurs à 4 000€ .
Les tribunaux paritaires des baux ruraux traitent des litiges relatifs aux baux ruraux. Ils sont
compétents en premier et dernier ressort pour les litiges jusqu'à 4 000€ .
Le tribunal des affaires de la sécurité sociale règle les litiges relatifs à la législation de la sécurité
sociale. Il juge en premier et dernier ressort les litiges jusqu'à 4 000€ .

b. Les juridictions de second degré :

Les cours d'appel sont composées de magistrats, de conseillers. La cour d'appel siège
habituellement avec trois conseillers pour les audiences ordinaires mais peut se réunir en
audience solennelle avec cinq conseillers lorsqu'elle est saisie sur renvoie. La cour d'appel est
compétente dès lors que la première juridiction a jugé en premier ressort. L'arrêt de la cour
d'appel est confirmatif ou infirmatif.
La Cour de cassation est gardienne du respect de la loi par les juges du fond. Elle ne juge
pas le fond, elle juge qu'en droit. Au-delà de cette fonction, la Cour de cassation a une fonction
d'unification de la jurisprudence. Elle est divisée en plusieurs chambres : trois chambres civiles 2,
une chambre commerciale, une chambre sociale et une chambre criminelle. Chaque chambre
dispose d'un président et il y a un président pour l'ensemble de la Cour de cassation. Depuis 1997,
un filtre a été instauré afin de rejeter, avant examen, les pourvois. À l'issu de ce filtre, les trois
magistrats distribuent les pourvois en fonction d'une nomenclature particulières : « F » le pourvoi
va être traité par une formation restreinte de trois magistrats, « F.S », par une formation par
section, et « F.P » par une formation plénière. Depuis 1979, la Cour de cassation peut siégrer en
plusieurs formations. La première est en chambre ordinaire, avec une seule chambre. Cette
chambre peut être en formation restreinte, par section ou plénière. Ensuite, la Cour peut siéger
en chambre mixte, c'est-à-dire avec des conseillers appartenant à plusieurs chambres, et au
minimum trois. Et enfant, en assemblée plénière, composée de conseillers de toutes les chambres.

2. Le personnel judiciaire :

Parmi le personnel judiciaire, on retrouve les magistrats. Les magistrats du siège jugent,
sont nommés par le ministre de la justice et sont inamovibles. Les magistrats du parquet ne jugent
pas. Il s'agit du ministère public, des avocats généraux. Ils sont placés sous l'autorité du garde des
sceaux et ne sont pas inamovibles. À côté des magistrats, on retrouve les auxiliaires de justice. Il
s'agit des officiers ministériels. Ils sont titulaires d'une charge, d'un droit patrimonial qu'ils peuvent
négocier et ils peuvent céder leurs charges. Ils sont nommés par le ministre de la justice. Parmi les
auxiliaires de justice on retrouve les avoués, qui représentent les parties devant la Cour d'appel,
les avocats à la Cour de cassation et au Conseil d'État car il y a un monopole de représentation
devant ces juridictions, les greffiers qui assistent le magistrat et conservent les archives, les huissiers
qui ont le monopole de la signification, de la notification des actes judiciaires, ou encore les
notaires qui n'interviennent pas dans le cadre d'un litige mais délivrent des actes authentiques.
Enfin, à côté des magistrats et des auxiliaires de justice il y a d'autres personnels judiciaires. Parmi
lesquels on retrouve le secrétaire greffier. Il s'agit de greffier qui ne sont pas au tribunal. Ils ont la
même fonction mais ne sont pas titulaire d'une charge. On retrouve également les avocats, les
administrateurs judiciaires ou les mandataires administrateurs ou encore les experts. Ces derniers
apportent des informations techniques pour éclairer une affaire lorsque le juge leur demande.

B. La fonction de la jurisprudence :

1. Les fonctions incontestées :

a. L'interprétation de la loi :

L'interprétation suppose un manque de clarté de la loi. Il y a deux méthodes


d'interprétation : la méthode exégétique et la méthode extrême. À travers la méthode
exégétique, l'objectif est de découvrir la volonté du législateur au moment de l'élaboration de la
loi. Dans la méthode extrême, c'est une libre recherche qui dépasse la volonté du législateur. Le
résultat de cette interprétation peut être de trois types. D'abord, le juge peut compléter la loi
lorsqu’il vient préciser le sens de dispositions générale. Ensuite, le juge peut adapter la loi aux
besoin de la société. Enfin, le juge peut suppléer la loi. La loi ne peut pas tout prévoir, il se
présente des cas nouveaux auxquels il n'y a pas de solution et le juge décide alors de prendre
une solution de droit qu'il crée de toute pièce et qui peut ensuite est reprise par le législateur.

2 Civ I, Civ II et Civ III


b. L'incitation législative :

Dans ce cas, le juge met en lumière les insuffisances de la loi et incite le législateur à
légiférer. La Cour de cassation dispose de deux armes pour inciter le législateur à agir. La
première arme est ce que l'on appelle les arrêts de provocation. Il s'agit de décision de la Cour
de cassation qui ont un caractère profondément injuste et provocante afin d'inciter le législateur
à corriger le tir. La deuxième arme est le rapport annuel de la Cour de cassation. La Cour va
proposer des réformes législatives, souligne les imperfections de certains textes et proposer des
modifications. Il y a une coopération entre le juge et le législateur car le juge est bien placé pour
identifier les lacunes.

c. Le dépassement de la loi :

Il s'agit d'une fonction plus discutable. Les juges n'hésitent plus à écarter l'application d'une
loi au profit d'une norme supérieure.

2. Une fonction discutée, la fonction de source de droit :

a. Les arguments contre :

Le premier argument contre cette fonction de source de droit est issu du principe de
séparation des pouvoirs. Ce principe interdit au juge de s'immiscer dans la fonction législative, le
juge ne doit que juger. Ainsi, reconnaître le juge comme source de droit signifie qu'il crée des loi,
ce qui porterait atteinte au principe de séparation des pouvoirs.
Le second argument est relatif au principe d'autorité de la chose jugée. Ce principe, posé à
l'article 1351 du code civil, a pour conséquence que le jugement donné par la Cour de cassation
n'a d'autorité qu'à l'égard des parties au procès, les tiers ne sont pas concernés. La décision du
juge ne peut être une règle générale car elle n'intéresse que les parties au litige.
Enfin, le dernier aspect est la précarité et l'incertitude de la jurisprudence. Le principe de
l'autorité relative de la chose jugée signifie également que les juges ne sont pas liés par leurs
précédentes décisions, même si l'affaire est similaire. Il y a une précarité fondamentale de
jurisprudence puisque rien n'oblige le juge a répéter une solution. Il peut procéder à un
revirement de jurisprudence, revirement qui a toujours un caractère rétroactif.

b. Les arguments pour :

Selon l'article 4 du code civil, le juge a l'obligation de juger or si on lui impose cette
obligation alors qu'un texte est insuffisant, c'est qu'on lui reconnaît un rôle de créateur de droit. De
plus, si en droit, le juge n'est tenu par la jurisprudence, dans les fait on observe une continuité. On
évoque à ce propos deux lois d'ordre sociologique : la loi d'imitation et la loi de continuité. Selon la
loi d'imitation, les juges du fond ont tendance à suivre le jugement de la Cour de cassation. Ils ont
intérêt à le faire puisqu'au final, la solution de la Cour de cassation prime toujours. Avec la loi de
continuité, la Cour de cassation aura tendance à répéter dans le futur ce qu'elle a décidé dans
le passé. Rien ne l'y oblige mais les revirements sont assez rares.

Si la jurisprudence est une source de droit, il faut encore dégager le fondement suivant
lequel la jurisprudence édicte des règles de droit obligatoires. Ici, deux fondements ont été
proposés. Marcel Waline, constitutionnaliste, considère que la jurisprudence tire sa force d'une
délégation implicite du législateur. Ce dernier délègue le pouvoir d'édicter des règles obligatoires
aux juges. Le législateur peut, à tout moment briser une jurisprudence, s'il ne le fait pas cela
signifie qu'il l'approuve implicitement. Dès lors, la jurisprudence tire sa force obligatoire du fait
que le législateur la laisse vivre. Le second fondement est amené par Planiol et Josserand. Ils
considèrent que la jurisprudence est une sorte de coutume, une coutume jurisprudentielle.
Autrement dit, une décision isolée n'a pas de force obligatoire mais la répétition de la décision
devient une coutume et donc détient la force obligatoire.

II. La doctrine

La doctrine correspond à l'ensemble des opinions émises par les acteurs du droit, à savoir
les professeurs de droit, les avocats ou les magistrats. La doctrine jouait un rôle considérable dans
le droit romain, elle constituait une véritable source de droit. Le système légicentriste a réduit petit
à petit le rôle de la doctrine. Si bien qu'aujourd'hui on ne peut pas dire que la doctrine est une
source directe de droit. Néanmoins, elle influence l'élaboration de la loi et son interprétation. Son
rôle n'est pas normatif mais scientifique. La doctrine d'abord le législateur. Elle critique les lois
votées par le Parlement en soulignant les imperfections et en portant un jugement de valeur,
voire en suggérant une interprétation pour combler les lacunes. De plus, la doctrine peut
proposer des réformes. La doctrine influence également le juge. En amont d'une décision, le juge
est amené à interpréter la loi et pour cela il va s'appuyer sur les travaux de la doctrine. En avant
de la décision, la doctrine interprète et systématise la solution.
Partie 2 : Les droits subjectifs

Titre 1 : La classification des droits subjectifs

Traditionnellement, les droits subjectifs se distinguent selon qu'ils appartiennent ou non au


patrimoine de leur titulaire. Le patrimoine est l'ensemble des droits et charges d'une personne
appréciable en argent, en actif (bien, créance) et en passifs (charge, dette).

Chapitre 1 : Les droits extra-patrimoniaux.

I. La notion

Ce qui caractérise les droits extra-patrimoniaux est qu'ils n'ont aucune valeur pécuniaire
en eux-même, ils ne sont pas évaluables en argent. C'est pourquoi ils ne font pas partie du
patrimoine. Les droits extra-patrimoniaux sont incessibles, intransmissibles et s'éteignent donc à la
mort de leur titulaire, et imprescriptibles, c'est-à-dire qu'ils ne se perdent pas par le non-usage.

II. L'identification des droits extra-patrimoniaux

Pour l'essentiel, les droits extra-patrimoniaux intéressent les droits de la personnalité. Ce sont
des droits attachés à la qualité de la personne humaine, ils apparaissent à la naissance et
disparaissent à la mort. Les droits de la personne est une catégorie de droits reconnue
récemment, au XXe siècle. Ils visent à protéger la personnalité de l'individu. Ces droits sont
regroupés autour de deux objets : l'intégrité physique et l'intégrité morale.

A. L'intégrité physique :

1. Le corps :

L'article 16-1 du code civil pose deux principes : l'inviolabilité et la non patrimonialité du
corps.

a. L'inviolabilité :

Le principe d'inviolabilité du corps humain permet de protéger l'individu contre des


atteintes provenant d'autres individus. Le principe d'inviolabilité ne s'applique pas dans les relations
avec lui-même, ainsi les mutilations et les suicides ne sont pas condamnés.
L'article 16-3 prévoit des exceptions au principe. La première est l'intérêt médical ou l'intérêt
thérapeutique d'autrui. L'alinéa 2 de l'article pose le principe de consentement de l'intéressé
néanmoins avec une limite lorsque l'intéressé n'est pas à même de prendre la décision.

b. La patrimonialité :

Selon l'alinéa 3 de l'article 16-1 du code civil « le corps humain, ses éléments et ses produits
ne peuvent faire l'objet d'un droit patrimonial ». Jusqu'à la loi bioéthique de 1994, on parlait
d'indisponibilité du corps humain, aucune convention n'était possible lorsqu'elle avait pour objet le
corps humain, que ce soit à titre gratuit ou onéreux. La solution est plus souple aujourd'hui. Il s'agit
d'un principe de non patrimonialité et seule les conventions ayant pour objet de conférer une
valeur patrimoniale au corps sont nulles. Les conventions à titre gratuit sont licites. Toutes ces
conventions son placées sur le principe de l'anonymat comme garantie de gratuité, selon l'article
16-8 du code civil. En dehors de toute convention à titre gratuit, le corps ne peut faire l'objet d'un
droit patrimonial.
Il existe des exceptions au principe. D'abord certaines conventions onéreuses sont autorisées.
C'est le cas des produits que le corps produit de manière régulière, comme les cheveux ou les
ongles. Une fois prélevés, ces produits peuvent entrer dans le commerce, ils peuvent faire l'objet
de convention qui donneront lieu à une indemnisation. De même, on admet certaines thérapies
basées sur des matières biologiques humaines tels que les hormones de croissance par exemple.
Ensuite, certaines conventions à titre gratuit sont interdites. C'est le cas des convention de mères
porteuses. Selon l'article 16-7, toutes conventions sur les mères porteuses, même gratuites, sont
interdites.

2. La vie :

a. Le droit à la vie :

Le principe de droit à la vie pose deux difficultés. Quand commence-t-il ? Quel est le
contenu de ce droit à la vie, signifie-t-il le droit à la vie normale ? L'affaire Perruche du 17
novembre 2002 jugée par l'assemblée plénière répond à cette dernière question. En l'espèce,
une femme enceinte amène sa première fille chez le médecin qui lui diagnostique la rubéole. La
femme enceinte a les même symptômes que sa fille et le médecin lui prescrit donc un test. La
mère avait manifester le désir d'avorter en cas de maladie. Le test est négatif. La mère accouche
et l'enfant est handicapé. Les parents agissent contre les médecins pour le préjudice subit par les
parents mais également au nom de l'enfant handicapé. Pour le premier aspect, il n'y a pas de
difficulté, il y a un préjudice moral et matériel pour les parents causé par la faute du médecin, à
savoir l'erreur de diagnostic. La question qui soulève des difficultés est de savoir s'il y a un
préjudice pour l'enfant. La faute du médecin est l'erreur de diagnostic et le préjudice de l'enfant
est le syndrome de Gregg. En principe, il n'y a pas de lien de causalité, ce n'est pas l'erreur de
diagnostic qui entraîne le syndrome. Il y aura un lien de causalité si l'on considère que le préjudice
de l'enfant est vivre. Ceci renvoi à la question de savoir si le droit à la vie signifie le droit à une vie
normale. Dans cet arrêt, les juges admettent l'indemnisation du préjudice subit par l'enfant. Cette
jurisprudence est combattue par la loi qui pose comme règle : « nul ne peut se prévaloir d'un
préjudice du seul fait de sa naissance. » Le droit à la vie ne signifie donc pas le droit à une vie
normale.
Deux exceptions limitent le droit à la vie : la peine de mort, interdite en France, et le droit à
l'avortement.

b. Le droit à la mort :

Depuis la révolution française, le suicide n'est plus pénalement sanctionné. En revanche, il


est interdit de provoquer le suicide selon l'article 223-1-3 du code pénal.
La question qui fait débat dans le domaine du droit à la mort est celle de l'euthanasie.
L'euthanasie passive consiste à refuser l'acharnement thérapeutique, refuser les soins. Le code de
la santé prévoit la possibilité pour le patient de s'opposer préalablement à l'acharnement
thérapeutique. Donc l'euthanasie passive est accueillie favorablement. L'euthanasie active
consiste à donner la mort à un patient qui le demande. Elle est interdite en France. Le problème
réside dans la frontière mince entre l'euthanasie passive et active. Le débat tourne autour de
deux principes contradictoires : le principe de mourir dans la dignité, favorable à la
reconnaissance de l'euthanasie active, et le respect de la vie empêchant cette reconnaissance.
La loi du 22 avril 2005 instaurant les articles L1111-10 et suivants du code de la santé ne légalisent
pas l'euthanasie active mais on observe, de fait, une certaine indulgence des juges.

3. L'espèce humaine :

L'article 16-4 du code civil prévoit que « nul ne peut porter atteinte à l'intégrité de l'espèce
humaine ». Comment ce principe de respect de l'espèce humaine se concrétise-t-il ? Par
l'interdiction de la modification génétique. La loi interdit en principe l'utilisation des données
génétiques. L'article 16-10 autorise l'examen génétique mais seulement à des fins médicales ou de
recherches scientifiques.

B. L'intégrité morale :

Il s'agit d'un droit à la dignité. Le droit à la dignité est un concept difficile à définir.
L'intégrité morale est protégée à la fois par le droit pénal, le civil et la Convention européenne
des droits de l'Homme.

1. La vie privée :

L'article 9 du code civil prévoit que « chacun a droit au respect de sa vie privée. »

a. Le contenu de la vie privée :

La distinction entre vie privée et vie publique repose sur deux critères cumulatifs : un
critère matériel et un critère intentionnel. Selon le critère matériel, être dans un lieu privé, non
ouvert, non accessible au public, relève de la vie privée. Tout ce qui se passera dans ce lieu privé
est donc protégé, ne peut faire l'objet ni d'investigation, ni de divulgation. Il y a un principe
d'inviolabilité du domicile en droit pénal. En revanche, plus l'événement est notoire, connu de tous,
moins il a de chance de relever de la vie privée.
Le critère intentionnel consiste à tenir compte de la volonté de l'intéressé. Certaines personnes se
placent délibérément sous le regard du public, il est donc naturel que le domaine de leur vie
privée s'en trouve restreint. Certaines personnes vont rendre publiques certaines informations,
celles-ci ne sont donc plus privées. L'article 226-14 du code pénal interdit de révéler une
information lorsque la personne dépositaire de l'information l'est « soit par étapes, ou par
profession, soit en raison d'une fonction ou d'une mission temporaire. »
La détermination du caractère privé ou public peut présenter des difficulté dans deux
aspects : le patrimoine et la vie au travail. En ce qui concerne le patrimoine, on peut considérer
qu'il relève du domaine privé. Si l'on retient cette analyse, la divulgation relative au patrimoine
d'une personne correspond à une violation de la vie privée. Les choses ont évolué depuis 1990
puisque l'on est dans l'ère du règne de la transparence et de l'information. Dans un arrêt de 1990,
la Cour de cassation a considéré que les informations sur le patrimoine, ne comportant aucune
allusion à la vie et à la personnalité de l'intéressé, ne relève pas de sa vie privée. Cette évolution
s'explique par la nécessité de concilier le respect de la vie privée et le droit à l'information. En ce
qui concerne le domaine de la vie professionnelle, la question est de savoir si un élément de la vie
prive peut être invoqué dans le cadre des relations de travail. Il faut rappeler qu'un salarié ne
peut être licencié pour des motifs personnels qu'en cas de cause réelle et sérieuse de
licenciement. Donc, en principe, un élément de la vie prive ne peut être invoqué dans le cadre
d'une relation de travail, sauf si le contrat de travail a été conclu en considération d'un élément
de la vie privée. Par exemple, si une école catholique embauche une institutrice, peut-elle la
licencier au motif qu'elle a divorcé et s'est remariée civilement ? Dans le cadre d'une école
publique, cela serait impossible mais le fait d'enseignant dans une école religieuse implique de
partager les mêmes convictions que celles développées dans l'école en question. C'est en
considération de cette donnée religieuse que le contrat de l'institutrice a été conclu, or le divorce
porte atteinte au principe d'indissolubilité du mariage issu du droit canonique. Il est donc justifié
que le divorce de l'institutrice donne lieu à un licenciement, dans ce cas-là.

b. L'étendue de la protection :

La question est de savoir par quels moyens est-il possible d’obtenir le respect de sa vie
privée. L'article 9 alinéa 2 du code civil fournit des moyens pour que la vie privée soit respectée.
On peut imaginer toutes sortes de moyens : la suppression d'un article, d'une photo, de passages
d'un livre, le floutage d'une photo, la saisie pour prévenir ou réparer une atteinte. L'article 9 alinéa
2 prévoit un mécanisme de prévention et de réparation. Par exemple, si une information privée
est diffusée dans une revue people, la prévention sera de faire supprimer l'article ou d'interdire
sa publication. La réparation intervient si l'article a été publié, on demande réparation sur le
fondement de l'article 1382 du code civil en dommages et intérêts. La difficulté sera alors
d'évaluer le préjudice moral. Face à cette difficulté, les juges peuvent condamner à l'euro
symbolique. Ce type de condamnation n'est pas dissuasive mais en toute rigueur juridique, cette
condamnation s'impose lorsqu'on ne parvient pas à évaluer un préjudice moral.
La protection de la vie privée connaît des limites. Elle s'arrêt où commence la vie publique.
On va accepter la divulgation d'une information car elle a pour finalité l'information. La difficulté
est de trouver la frontière entre le domaine de la protection de la vie privée et le droit à
l'information. Ce droit à l'information est conforté par la liberté d'expression et la liberté de la
presse. Comment le juge apprécie-t-il le conflit entre le droit au respect de la vie privée et le droit
à l'information ? Tout va dépendre de l'objectif de l'information, c'est une appréciation
casuistique. Le juge regarde si ce qui a été divulgué de la vie privée est strictement nécessaire à
l'information. Pour apprécier la légitimité de l'information, il faut se demander si elle a été
divulguée dans une finalité d'interêt général. Par exemple, la divulgation de l'état de santé d'une
personne est, en principe, une violation de la vie privée mais si cette divulgation répond à un souci
d'actualité, le droit à l'information va primer. L'état de santé d'un Président de la République
relève par exemple de l'actualité et sa divulgation ne porte donc pas atteinte à la vie privée. C'est
ce qu'a jugé la Cour européenne des droits de l'Homme dans un arrêt de 2004 à propos du libre
publié par le médecin de Mitterand, révélant son cancer.

2. L'image :

L'atteinte à la personnalité peut résulter de la diffusion d'images de la personne ou de sa


voix ; Cette protection se fait au titre de la vie privée. C'est en tant qu'atteinte à la vie privée que
l'image est protégée. Dans quels cas y a-t-il atteinte à la vie privée ? Lorsque l'image intervient à
l'occasion d'un événement public, le droit à l'information va primer. C'est le cas, par exemple d'un
policier photographie de manière individuelle lors de l'expulsion de sans-papiers d'une église.
Cette image éclaire un fait de société et ne porte donc pas atteinte au respect de la vie privée. Il
y a néanmoins des limites. La première est que l'image doit être en relation avec le fait qu'elle
illustre et la second est que l'image ne doit pas porter atteinte à la dignité, elle ne doit pas être
dégradante.

3. L'honneur :
L'honneur est la dignité. Quelle est la frontière entre la simple critique et une véritable
atteinte à l'honneur ? Elle est difficile à observer. Par exemple, l'appréciation portée sur le
Beaujolais nouveau dans un magazine, « vin de merde » ne va pas constituer une atteinte au droit
à l'honneur mais la qualification, dans un autre magazine, de « picrate à peine buvable » sera
considéré d'atteinte à l'honneur pour un autre juge.
L'honneur est protégée d'une manière générale mais également d'une manière spéciale. Dans le
cadre de la protection générale, en droit pénal, il faut citer une loi sur les infractions de la presse,
loi de 1881. L'article 29 de cette loi sur la liberté de la presse réprime la diffamation qui désigne
toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur d'une personne. Un même
terme peut relever de la diffamation ou de l'injure selon les faits.
En matière de protection spéciale, l'article 9-1 du code civil prévoit le droit à la présomption
d'innocence. C'est un droit de l'Homme garanti par l'article 6 de la Convention européenne des
droits de l'Homme. Constitue une atteinte à la présomption d'innocence le fait de présenter une
personne, qui n'a pas été condamnée, comme coupable.

Chapitre 2 : Les droits patrimoniaux.

I. La notion

Les droits patrimoniaux sont évaluables en argent et peuvent faire l'objet d'un contrat.

A. Le droit réel :

Un droit réel est un droit que l'on a directement sur une chose, c'est un pouvoir, au sens
juridique, direct et immédiat sur une chose. Parmi les droits réels, on distingue les droits réels
principaux et les droits réels accessoires. Parmi les droits réels principaux, le premier est le droit de
propriété prévu à l'article 554 du code civil. C'est le droit réel le plus complet car le propriétaire
dispose de trois types de prérogatives : l'usus, le droit d'utiliser la chose, le fructus, le droit de
percevoir les fruits de la chose, et l'abusus, le droit de disposer de la chose. On peut avoir un
démembrement de droit de propriété avec d'un côté l'abusus (la nue-propriété) et de l'autre
l'usus et le fructus (l'usufruit). C'est le cas, par exemple du viager. Une personne vend sa maison
mais se réserve l'usufruit. La personne reste dans sa maison mais n'en est plus propriétaire.
Les droits réels accessoires sont les sûretés, ce sont des droits réels qui viennent garantir une
créance. Il s'agit par exemple du gage ou de l'hypothèque.

B. Le droit personnel :

Le droit personnel est un droit que l'on a sur une personne, c'est ce que l'on appelle le
rapport d'obligation. Une personne, le créancier, peut obtenir de l'autre, le débiteur, une certaine
abstention ou une prestation.

II. Le régime

Les droits patrimoniaux sont cessibles, ils peuvent être céder à titre gratuit à travers la
donation ou onéreux à travers la vente. Les droits patrimoniaux sont saisissables, le créancier peut
faire saisir la chose pour se faire payer, et transmissibles. Ils sont également prescriptibles, on peut
les perdre par le non usage, c'est ce que l'on appelle la prescription extinctive. L'article 2224 du
code civil prévoit que le titulaire d'une action la perd s'il n'agit pas pendant cinq ans dans le
domaine personnel ou mobilier. La prescription extinctive est de 30 ans pour les biens immobiliers.
Titre 2 : La réalisation des droits subjectifs

Un droit se réalise lorsque son titulaire peut exercer les prérogatives attachées à ce droit.
Pour exercer ses droits, il faut prouver leur existence. Lorsque la preuve est établie, la relation
s'effectue sans litige. Lorsque le droit ne s'effectue pas spontanément, il faut s'interroger sur la
sanction du droit, sur la manière dont on sanctionne la non-réalisation d'un droit.

Chapitre 1 : La preuve des droits subjectifs.

Ce n'est pas tout d'être titulaire d'un droit, encore faut-il pouvoir le prouver. C'est la même
chose de ne pas avoir de droit que de ne pas pouvoir le prouver.

I. La charge de la preuve

La question de la charge de la preuve se pose en procès. Est-ce au juge ou aux parties de


rechercher la preuve ? Dans un système inquisitoire, le juge dirige le procès, c'est donc lui qui
ordonne toutes recherches en matière de preuve. Ce système est adopté en France pour le droit
pénal et administratif. Dans un système accusatoire, le procès reste l'affaire des parties. Ce sont
les plaideurs qui doivent apporter la preuve, le juge n'est présent que pour arbitrer. C'est le
système retenu en droit civil français.

A. Le principe de la charge de la preuve :

Selon l'article 1315 du code civil, celui qui se prétend titulaire d'un droit doit le prouver.
L'article ne précise pas la partie qui perd le procès si la prétention n'est pas démontrée. À qui
profite le doute ? C'est celui qui avait la charge de la preuve qui perd le procès si cette preuve
n'est pas apportée.

B. Exceptions, les présomptions légales :

Au principe, il y a des exceptions que l'on nomment présomptions. La présomption permet


d'inverser la charge de la preuve, à partir d'un fait connu on déduit l'existence d'un fait inconnu. Il
existe plusieurs types de présomptions. Les présomptions simples sont des présomptions qui
peuvent être renversées par tout moyen. Les présomptions mixtes peuvent être renversées que
par certains modes de preuves. Enfin, les présomptions irréfragables ne peuvent être renversées
sauf par l'aveu et le serment.

II. Le mode de preuve

A. La diversité des modes de preuve :

Dans les sociétés primitives, les modes de preuve avaient quelque chose d'irrationnel. Il
s'agissait d'épreuves où on s'en remettait au jugement de Dieu : les ordalies. Les choses ont
changé aujourd'hui et les différents modes de preuve sont énoncés à l'article 1315-1 du code civil.

1. Les preuves pré-constituées :

Ce sont les preuves qui pré-existent au litige.


a. Définition de la preuve littérale :

La preuve littérale se caractérise par deux éléments : l'écrit et la signature. L'écrit est en
principe un document papier sur lequel il y a des signes particuliers. Mais l'écrit n'est plus
aujourd'hui seulement le support papier, il peut s'agir d'un support électronique. L'article 1316 du
code civil prévoit que « la preuve littérale, ou preuve par écrit, résulte d'une suite de lettres, de
caractères, de chiffres ou de tous autres signes ou symboles dotés d'une signification intelligible,
quels que soient leur support et leurs modalités de transmission. » Il s'agit donc d'un message
graphique compréhensible. Cela ne signifie pas que le message doit être compris par tous.
L'article 1316-4 du code civil définit la signature. Elle permet d'abord de parfaire un écrit, elle est
« ce qui est nécessaire à la perfection d'un acte juridique. » Si l'écrit n'est pas signé, il ne vaut pas
comme une preuve littérale, il vaut comme un commencement de preuve par écrit. L'alinéa 2 de
l'article 1316-4 définit la signature électronique. On admet de manière générale la signature
électronique à condition qu'elle soit un procédé fiable d'identification. Le texte ajoute que sous
certaines conditions, la fiabilité du procédé est présumée.

b. La diversité des preuves littérales :

• L'acte authentique :
L'acte authentique est prévu à l'article 1317 du code civil : « l'acte authentique est celui qui a été
reçu par officiers publics ayant le droit d'instrumenter dans le lieu où l'acte a été rédigé, et avec
les solennités requises. » Il existe plusieurs types d'officiers publics, donc plusieurs types d'actes
authentiques. Certains ont un caractère purement administratif, comme les actes d'état civil,
d'autres ont un caractère judiciaire, les actes d'un huissier, et d'autres ont un caractère notarié.
L'acte authentique est rédigé par un officier public qui respecte un certain formalisme. Ce
formalisme, qui va à l'encontre du principe du consensualisme, est le prix de la sécurité et de
l'efficacité de l'acte authentique. Cet acte authentique a deux caractéristiques : il a une très forte
valeur probatoire et il est directement exécutoire. La contrepartie cette efficacité est un
formalisme assez lourd.

• L'acte sous seing privé :


L'acte sous seing privé est rédigé par les parties à l'acte, sans officier public. Cet acte est rédigé
par les parties, quel que soit le support (papier, peau, mur, support numérique) et quel que soit le
moyen de rédaction utilisé (crayon, stylo, sang), la seule exigence étant la signature des auteurs.
Les contrats synallagmatiques font tout de même l'objet d'un certain formalisme. Le contrat doit
être rédigé autant de fois que de parties au contrat, c'est ce que l'on appelle la formalité du
double. Si jamais cette formalité n'est pas remplie, l'acte ne vaudra que comme commencement
de preuve par écrit. Dans certains actes unilatéraux, dans lesquels une seule partie s'engage, la
signature et la mention écrite par la partie qui s'engage en toute lettre et en chiffre est
nécessaire.
Quelle est la valeur probatoire dans l'hypothèse où les conditions de l'acte sous seing privé sont
remplies ? Cela varie selon les éléments. Concernant l'identité de celui a signé l'acte, l'acte n'a
aucune force probante si celui à qui on l'oppose prétend que ce n'est pas sa signature. Le
demandeur va procéder à une expertise, une procédure de vérification de l'écriture.
Concernant le contenu de l'acte, l'acte fait foi jusqu'à preuve du contraire. La preuve contre un
acte de seing privé ne peut se faire que par un écrit ou par l'aveu de son auteur. Concernant la
date de l'acte, il faut distinguer les contractants et les tiers. Entre les parties, la date de l'acte fait
foi jusqu'à preuve du contraire, pour les tiers, la date n'a aucune valeur probatoire.
• Les autres actes :
Parmi les autres actes on trouve les lettres missives. Il s'agit de la correspondance épistolaire, des
cartes postales. Elles n'ont pas été rédigées à des fins probatoires mais peuvent servir de preuves.
Quelle est la force probatoire ? Il faut qu'elle soit détenue régulièrement par celui qui s'en
prévaut. Il ne faut pas qu'elle heurte le principe de la confidentialité de la correspondance. Si
jamais ces conditions sont remplies, la force probante est la même que celle d'un acte sous seing
privé. Ensuite, on trouve les copies. Le régime juridique des copies a varié avec le temps. Avant
1980, la copie d'un acte n'a aucune valeur probante autonome. La copie n'a de valeur que si
l'original peut être présenté. Les choses ont changé en 1980. La loi du 12 juillet 1980 permet la
reconnaissance, dans certains cas, d'une valeur autonome à la copie. Il faut distinguer deux
hypothèses. Si l'original existe toujours et peut être présenté, dans ce cas, l'article 1334 du code
civil prévoit que la copie n'a aucune valeur probatoire et on peut exiger la présentation de
l'original. Si l'original n'existe plus, alors la règle est posée à l'article 1348 alinéa 2 du code civil. La
copie fidèle, qui reprend les termes de l'original, et durable a une valeur probante. Quelle est la
valeur probante de la copie ? Si l'original est un acte sous seing privé, la copie ne joue que
comme commencement de preuve par écrit. Si l'original est un acte authentique, il existe deux
types de copie, la grosse et l'expédition. La grosse est la première copie de l'acte authentique
remise au moment où l'acte authentique est élaboré. Cette première copie a la même force
probante que l'original. Les autres copies (expéditions) ont généralement la même force
probante que les actes sous seing privé.

2. Les preuves a posteriori :

a. Les preuves directes :

• Les procédés de preuve parfaits :


Ces preuves sont dites parfaites dans la mesure où elles lient le juge. Il y a d'abord l'aveu
judiciaire. L'aveu est une déclaration par laquelle une personne reconnaît l'exactitude d'un fait
de nature à produire contre elle des conséquences juridiques. L'aveu judiciaire est l'aveu réalisé
devant le juge. Quelle est la valeur probante de l'aveu judiciaire ? L'article 1356 alinéa 2 du code
civil précise que l'aveu judiciaire fait pleine foi contre celui qui l'a fait, il a pleine valeur probante.
Ce qui signifie que le fait avoué est considéré comme établi, il n'est plus discutable. L'alinéa 4
précise qu'on ne peut revenir sur son aveu au motif qu'on aurait commis une erreur de droit. En
revanche, il est possible de révoquer son aveu au motif d'une erreur de fait. L'alinéa 3 précise
que l'aveu est indivisible.
Le serment décisoire, prévu à l'article 1357 du code civil, est également une preuve dite parfaite.
D'une façon générale, le serment est un fait favorable à celui qui le fait. À l'origine, le serment est
un fait religieux mais progressivement, le caractère religieux disparaît. Le serment est utilisé car le
faux serment est sanctionné pénalement. Le serment décisoire est le fait de demander à
quelqu'un de jurer que sa prétention est fondée. Soit la personne prête serment, soit elle refuse et
dans ce cas, le juge en tire les conclusion.

• Les procédés de preuve imparfaits :


Ces preuves ne lient pas le juge. Il y a en a trois : l'aveu extra-judiciaire, le serment supplétoire et
le témoignage.

b. Les preuves indirectes, les présomptions de fait :

Ces preuves ne sont pas spécifiquement faites pour prouver l'existence d'un fait mais elle
vont permettre de le prouver. La présomption de fait vise à établir un fait. À partir d'un indice, le
juge va déduire un certain nombre de choses.

B. La recevabilité des modes de preuve :

1. La preuve des actes juridiques :

a. Le principe :

Le principe est posé à l'article 1341 du code civil. Ce texte distingue deux situations : la
preuve de l'acte et la preuve contre et outre l'acte. En ce qui concerne la preuve de l'acte, il faut
un écrit. L'écrit n'est exigé qu'à titre de preuve, même en l'absence d'écrit l'acte existe mais il est
plus difficile à prouver. Dès lors que la valeur pécuniaire dépasse 1 500€ , l'acte doit être passé à
l'écrit. En ce qui concerne la preuve outre et contre, le témoignage est exclu lorsque l'on entend
contester l'exactitude de l'acte. Celui qui prétend que l'acte est inexact ne peut le prouver par un
témoignage.

b. Les exceptions :

On admet, dans certains cas, que la preuve de l'acte ne soit pas écrit. L'aveu ou le
serment décisoire sont toujours recevables. La preuve de l'acte ou le contre et outre peuvent se
faire par l'aveu ou le serment décisoire.

2. La preuve des faits juridiques :

Le principe est celui de la liberté de la preuve selon l'article 1348 du code civil. Il y a
néanmoins une exception concernant les faits les plus graves dont la naissance, le mariage et le
décès. Pour prouver ces faits, il faut un acte de l'état civil, la preuve n'est pas libre.

Chapitre 2 : La sanction des droits subjectifs.

I. La nature de la sanction

A. Les sanctions pénales :

Les sanctions pénales concernent les atteintes les plus graves. Il y a trois catégories de
sanctions avec une hiérarchie : les contraventions, avec une peine contraventionnelle, qui relève
du tribunal de police, les délits, avec une peine correctionnelle, relevant du tribunal correctionnel
et les crimes, avec une peine criminelle, qui relèvent de la cour d'assises.

B. Les sanctions civiles :

Les sanctions civiles peuvent avoir trois fonctions. La première est une fonction préventive,
le but est de prévenir une atteinte en saisissant l'objet du litige par exemple. La deuxième est une
fonction répressive, le but est de contraindre au respect du droit, en prévoyant une astreinte par
exemple. Enfin, la dernière est une fonction réparatrice dont le but est de réparer le préjudice
causé.

II. Le déclenchement judiciaire de la sanction


L'action en justice est, de manière générale, le moyen pour le titulaire d'un droit de faire
reconnaît son droit en justice. Elle vise à demandeur au juge de consacrer l'existence de son droit
afin de le faire respecter par autrui.

A. L'action en justice :

L'action en justice est le droit pour l'auteur d'une prétention d'être entendu sur le
fondement de celle-ci, afin que le juge l'a considère bien ou mal fondée. Le droit d'action est un
pouvoir juridique grâce auquel une personne peut obtenir en justice le respect du droit dont elle
se prétend titulaire. L'exercice de l'action en justice suppose trois conditions : la capacité, l'intérêt
et la qualité. La capacité juridique est l'aptitude à être titulaire d'un droit et à pouvoir l'exercer.
Cela signifie la capacité d'agir en justice. Par exemple, le mineur non émancipé ou le majeur
sous protection n'ont pas la capacité d'agir en justice. La deuxième condition est l'intérêt à agir.
L'intérêt doit être légitime et il doit être né et actuel. Légitime, cela signifie qu'il ne doit pas être
contraire à la loi et aux bonnes mœurs. Enfin la dernière condition est la qualité. Le principe est
que toute personne a la qualité pour agir lorsqu'il s'agit de défendre ses intérêts.
La question est alors de savoir comment le défendeur peut se défendre. Il dispose de plusieurs
moyens : la défense au fond, l'exception et la fin de non-recevoir. Avec la défense au fond, le
défendeur nie l'existence du droit dont se prétend titulaire le demandeur. Avec l'exception, le
défendeur ne conteste pas le droit invoqué mais conteste l'action en justice, il conteste la
procédure. Il y a trois types d'exception : l'exception d'incompétence, le tribunal saisi n'est pas
compétent, l'exception dilatoire, le défendeur prétend qu'il avait un certain délai pou s'exécuter,
et l'exception de nullité, les actes de procédure accomplis par le demandeur sont irréguliers. Ces
exceptions sont invoquées avant toute défense au fond ou toute fin de non-recevoir. Enfin, la fin
de non-recevoir est prévue à l'article 122 du code de procédure civile. C'est un moyen par lequel
le défendeur veut faire déclarer la demande irrecevable car selon lui, le demandeur n'aurait
pas le droit d'agir, il n'a pas la qualité ou un intérêt légitime à agir.

B. Les principes directeurs de l'instance :

Les principes directeurs de l'instance sont dès règles générales qui gouvernent l'instance.
Le premier principe est que les parties sont les seules à avoir l’initiative du procès. Le juge doit
trancher seulement ce qui lui est soumis selon l'article 5 du code de procédure civile. Ensuite, on
retrouve le principe du contradictoire à l'article 14 du code de procédure civile. La violation de
ce principe peut être sanctionnée par l'article 6 de la Convention européenne des droits de
l'Homme. Enfin, le dernier principe est le principe de loyauté. Ce principe se traduit par la loyauté
de la preuve.

C. Le jugement :

Au sens strict, le jugement est la décision qui émane d'une juridiction de premier degré.
Ici, on entend jugement au sens large, c'est-à-dire un acte par lequel une juridiction met fin à
l'instance qui est engagée devant elle.

1. Le prononcé du jugement :

a. La classification des jugements :

On retrouve une distinction entre les jugements de premier ressort à l'occasion desquels un
appel est possible et les jugements en premier et dernier ressort pour lesquels l'appel est
impossible. Ensuite on a une distinction entre un jugement contradictoire, lorsque les deux parties
ont accompli tous les actes de la procédure, et le jugement réputé contradictoire, lorsqu'une
partie, dans un premier temps a comparu devant les juge mais par la suite a abonné les actes de
procédure, et le jugement par défaut, lorsque le défendeur n'a jamais comparu. Enfin, on a une
distinction entre un jugement définitif et un jugement avant dire droit. Le jugement définitif
tranche le litige, le juge qui a rendu le jugement n'a plus à se saisir de l'affaire. Le jugement
avant-dire droit intervient au cours du procès et un jugement ponctuel rendu par le juge avant
que le jugement définitif soit prononcé.

b. Les voies de recours :

• Les voies de recours ordinaires :


Parmi les voies de recours ordinaires, on retrouve l'appel. Celui qui interjette appel est l'appelant
et l'autre est l'intimé. L'appel doit être interjeté au maximum un mois après le jugement. L'appel a
un effet suspensif, ce qui signifie qu'il suspend le jugement rendu en premier ressort. Il a
également un effet dévolutif, l'appel transmet l'affaire au deuxième degré qui juge à nouveau
en droit et en fait.
Ensuite, l'opposition est un voie de recours de droit commun par laquelle celui n'a pas comparu
au cours de la première instance tente d'obtenir la rétractation du jugement rendu par défaut.
L'opposition doit être exercée dans un délai d'un mois, sinon le jugement a la force de la chose
jugée. L'opposition produit un effet dévolutif et suspensif. La différence avec l'appel c'est que
l'opposition s'effectue devant les mêmes juges, on demande à une juridiction de se rétracter.

• Les voies de recours extraordinaires :


La première est la tierce opposition. Il s'agit d'une opposition exercée par un tiers au litige, une
personne qui n'était pas partie au litige. Ce tiers va estimer que le jugement rendu porte atteinte
à ses droits. Cette voie de recours s'exerce dans les trente ans qui suivent le jugement. Une fois le
délai dépassé, on considère que le jugement est devenu irrévocable.
La deuxième est le recours en révision. Il est exercé par l'une des parties au litige. Il vise à obtenir
la révision du jugement et donc la rétractation des juges lorsque le jugement a été obtenu par
fraude de la partie adverse. Ce recours doit s'exercer dans les deux mois qui suivent la
connaissance de la fraude par la partie. Une fois le délai dépassé, le jugement est déclaré
irrévocable.
Enfin, le dernier recours extraordinaire est le pourvoi en cassation. Il doit s'exercer dans les deux
mois qui suivent la notification attaquée. En principe, c'est l'une des parties qui forme un pouvoir
en cassation mais il faut quand même évoquer le pourvoi exercé par le ministère public. En
principe, le pourvoi n'a pas d'effet suspensif, l'arrêt de la cour d'appel est directement
exécutoire. Il y a néanmoins des exceptions, en matière de divorce, le pourvoi est suspensif. Le
pourvoi n'a pas d'effet dévolutif, les magistrats ne jugent pas en fait.

2. Les effets du jugement :

Le jugement est doté de l'autorité de la chose jugée. L'autorité de la chose jugée ne


concerne que les jugements définitifs rendus en matière contentieuse et ne concerne que le
dispositif, la conclusion que les magistrats tirent de leurs motifs. Le motif n'a pas l'autorité de la
chose jugée. L'autorité de la chose jugée signifie qu'un litige qui aurait le même objet, les mêmes
parties et fondé sur la même cause ne pourrait être porté en justice.
Le jugement a, sous certaines conditions, force exécutoire, ce qui signifie que le jugement se
suffit en lui-même pour donner lieu à une exécution forcée. La force exécutoire suppose que le
jugement ne soit plus susceptible de recours suspensif. À ce principe, il y a une exception : le juge
peut décider que le jugement aura une force exécutoire.

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