Sociologue américain majeur du XXᵉ siècle, Howard S.
Becker a profondément marqué les sciences sociales en
proposant une nouvelle manière d’étudier les
comportements humains et les mondes professionnels.
Ses œuvres les plus célèbres, comme Outsiders (1963),
Les Mondes de l’art (1982) ou encore Tricks of the
Trade (1998), montrent comment les normes sociales,
les interactions et les pratiques collectives façonnent
nos actions.
Dans la continuité de ses recherches sur les normes et
les comportements, Becker présente Outsiders, son
œuvre majeure
Howard Becker voulait comprendre les comportements
dits “déviants” sans juger, juste en observant comment
les choses se passent vraiment.
En regardant de près la vie de certains groupes
(musiciens de jazz, fumeurs de marijuana, jeunes
marginalisés…), il s’est rendu compte d’une chose
importante :
👉 Ce n’est pas l’acte qui fait la déviance, mais le
regard des autres.
Autrement dit : on devient “déviant” parce que quelqu’un
nous colle cette étiquette.
Avant lui, beaucoup de sociologues classaient les
comportements en “bons” ou “mauvais”, “normaux” ou
👉
“anormaux”.
Becker, lui, dit :
« Pour comprendre les gens, il faut regarder comment
ils vivent, avec qui ils interagissent, et comment les
autres réagissent à leurs actions. »
Cette idée devient centrale dans Outsiders, son ouvrage
le plus connu.
En effet, dans son ouvrage, Becker s’intéresse au
processus de transgression des normes dans la société.
Pour cela, il s’inspire de la sociologie du travail et utilise
la notion de carrière déviante, qu’il décrit en trois étapes.
1. La transgression de la norme
La transgression peut être volontaire ou involontaire :
c’est simplement un acte qui ne respecte pas un
ensemble de normes.
Pour Becker, respecter une norme est lié à la notion
d’engagement.
Il considère qu’un individu « normal » s’investit
progressivement dans les institutions et les
comportements conventionnels. Mais lorsqu’il
transgresse les normes de cette sphère conventionnelle,
il commence peu à peu à s’en détacher et à s’engager
dans une sphère déviante.
2. Être reconnu comme déviant
Becker s’intéresse ensuite au processus de
reconnaissance de la déviance.
👉
Pour lui, un acte n’est pas déviant par nature.
C’est le fait que les autres le considèrent comme
déviant qui fait naître la déviance.
Lorsqu’un individu est étiqueté comme « déviant », cette
étiquette modifie la manière dont il est perçu.
Ainsi, la déviance est le résultat d’une interaction entre
un groupe social et un individu accusé d’avoir
transgressé une norme.
3. L’entrée dans un groupe déviant organisé
Enfin, l’individu peut intégrer un groupe déviant, ce qui
influence la perception qu’il a de lui-même et de ses
pratiques.
Par exemple, si une personne consomme de la drogue
et que son cercle d’amis fait la même chose, elle
remettra moins en question sa pratique : elle se sentira
appartenir à un même groupe.
Ces groupes créent de véritables sous-cultures
déviantes, avec leurs propres valeurs et leurs propres
codes.
Cela contribue à construire une nouvelle identité
déviante.
En entrant dans un groupe déviant, la personne
renforce sa déviance, apprend à éviter les difficultés et
développe un système de justification qui l’encourage à
continuer.
À travers ses recherches sur la déviance, l’art ou encore
les méthodes sociologiques, Becker a développé une
approche originale fondée sur l’observation du réel et la
compréhension des processus sociaux plutôt que sur le
jugement moral. Ses travaux constituent aujourd’hui des
références incontournables pour saisir la complexité des
comportements sociaux.
Les Mondes le l'art
Dans Les Mondes de l’art, publié en 1982, Howard
Becker propose une nouvelle manière de comprendre la
création artistique. Il montre que l’art n’est pas
seulement le produit d’un artiste isolé et inspiré, mais le
résultat d’un travail collectif.
Selon lui, une œuvre ne peut exister que grâce à tout un
ensemble de personnes qui collaborent : les artistes
eux-mêmes, mais aussi les techniciens, les galeristes,
les critiques, les institutions, et même le public. Becker
appelle cet ensemble un “monde de l’art”.
Dans Les Mondes de l’art, Becker explique que la
création d’une œuvre n’est possible que grâce à des
conventions, c’est-à-dire des règles et des façons de
faire connues et acceptées par tous ceux qui participent
au monde de l’art. Ces conventions permettent à chacun
de savoir comment travailler, quel rôle jouer et comment
coopérer efficacement : elles organisent la fabrication
d’une œuvre, sa diffusion, son exposition ou encore sa
critique. Par exemple, les artistes, les techniciens, les
galeristes ou les musées suivent tous des méthodes
communes qui rendent la production d’art possible et
fluide. Ces conventions influencent même ce que l’on
reconnaît comme étant “de l’art”, car elles fixent les
normes, les critères de qualité et les pratiques admises
dans un domaine artistique. Ainsi, pour Becker, une
œuvre n’existe pas seulement grâce à l’artiste, mais
grâce à tout un ensemble de règles partagées qui
rendent l’activité artistique possible.
Becker insiste aussi sur le fait que la valeur artistique
d’une œuvre dépend de la reconnaissance qu’elle
reçoit. Ce n’est pas seulement l’objet qui fait l’art, mais
les interactions entre ceux qui le produisent et ceux qui
le valident.
Ainsi, une œuvre n’existe vraiment comme art qu’à
travers ce réseau de personnes, de pratiques et de
règles.
Avec Les Mondes de l’art, Becker montre donc que l’art
est un phénomène social, fondé sur la coopération, les
conventions et la reconnaissance collective, et non
simplement sur le talent individuel.
Ce livre change notre façon de penser l’art : ce n’est pas
seulement un acte individuel ou inspiré, mais un
processus social complexe qui dépend de multiples
acteurs et interactions.