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L'ouvrage 'Banque et marchés financiers' de Guy Caudamine et Jean Montier présente un panorama complet du système bancaire français, des réglementations en vigueur et des évolutions récentes, notamment la déréglementation et l'impact de l'euro. Il s'adresse à un large public, incluant professionnels, étudiants et chefs d'entreprise, en expliquant les mécanismes bancaires et les défis auxquels les banques font face dans un environnement financier complexe. Les auteurs visent à démystifier la banque et à fournir des réponses aux questions courantes sur son fonctionnement et ses interactions avec les clients.

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L'ouvrage 'Banque et marchés financiers' de Guy Caudamine et Jean Montier présente un panorama complet du système bancaire français, des réglementations en vigueur et des évolutions récentes, notamment la déréglementation et l'impact de l'euro. Il s'adresse à un large public, incluant professionnels, étudiants et chefs d'entreprise, en expliquant les mécanismes bancaires et les défis auxquels les banques font face dans un environnement financier complexe. Les auteurs visent à démystifier la banque et à fournir des réponses aux questions courantes sur son fonctionnement et ses interactions avec les clients.

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B A N etQ U E

MARCHÉSFINANCIERS
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE
CENT CINQUANTE EXEMPLAIRES
HORS COMMERCE
NUMÉROTÉS DE I À CL
ET CINQ CENTS EXEMPLAIRES
NUMÉROTÉS DE 1 À 500
CONSTITUANT L'ÉDITION ORIGINALE
Guy CAUDAMINE Jean MONTIER

B A N Q U E
et
t

MARCHES FINANCIERS

Préface de Lucien D O U R O U X
Président de l'Association Française des Établissements de Crédit
et des Entreprises d'Investissement
et Directeur Général de la Caisse Nationale de Crédit Agricole

ECONOMICA
49, rue Héricart, 75015 Paris
En couverture : "Cubo a espacio ambiguo", 1968, SOTO. Photo : André Morain.
Jesus Rafael Soto est né en 1923 au Venezuela. Il pratique un "art-science", dont la
recherche artistique ne se distingue guère, dans l'esprit, de celle du savant. Sa créa-
tion est influencée par l'évolution technologique et se veut en rapport avec l'espace,
l'énergie, le mouvement, la lumière et la matière.
Ses oeuvres se retrouvent aussi bien au siège de la Deutsche Bundesbank à Frank-
furt, à la Banque Royale du Canada à Toronto, à la Régie Renault à Boulogne-
Billancourt, que dans les musées ou collections particulières à travers le monde.
Selon notre interprétation, les caractéristiques de l'œuvre choisie ne sont pas sans
rappeler celles de l'univers bancaire et financier : rigueur et solidité, complexité et
mobilité des réseaux et transparence supportant le voile de la discrétion.

@Ed. ECONOMICA, 1998


Tous droits de reproduction, de traduction, d'adaptation et d'éxécution
réservés pour tous les pays.
SOMMAIRE

La table des matières détaillée se trouve à la fin de l'ouvrage, page 709.

Sommaire V
Préface VII
Avant-propos .............................................................................................................. IX
Introduction ............................................................................................................. XI

Titre 1 - Système bancaire français, banque centrale et bilan des banques p 1


Chapitre 1. Le système bancaire français - Chapitre 2. Banque centrale et europe moné-
taire - Chapitre 3. La banque dans l'environnement monétaire et financier.

Titre n - Collecte et crédit p 71


Chapitre 4. La collecte des ressources - Chapitre 5. Le crédit.

Titre DI - La banque et les marchés de capitaux p 217


Chapitre 6. De l'utilité des marchés de capitaux - Chapitre 7. Les différents marchés de
capitaux.

Titre IV - Bourse et instruments de couverture p 309


Chapitre 8. La bourse - Chapitre 9. Instruments de couverture et gestion du risque.

Titre V - La banque et les moyens de paiement p 437


Chapitre 10. Les moyens de paiement nationaux - Chapitre 11. Les règlements interna-
tionaux.

Titre VI - Marketing bancaire p 493


Chapitre 12. Spécificités et généralités du marketing bancaire - Chapitre 13. L'analyse
marketing dans la banque - Chapitre 14. L'action marketing.

Titre VII - Fonctionnement interne d'une banque p 557


Chapitre 15 . Le fonctionnement interne d'une banque.

Titre VIH - Secteur bancaire français. Monographies des principales banques p 601
Chapitre 16. Le secteur bancaire français - Chapitre 17. Monographies des principaux
établissements de crédit.

Annexe : rappel sur les taux et indices utilisés et leur passage à l'Euro p 691
Bibliographie ................... p 701
Index p 705
Table des matières """"" ........................................................................................ p 709
Nous remercions,
Tous les collaborateurs du Crédit Agricole du Calvados qui, à des titres divers et
dans différents domaines, ont participé à cet ouvrage ou qui nous ont "supportés"
avec patience.
Relations humaines, Formation et Coordination :
Guy BAILLEHACHE, Pierre-Hugues DUTRAY, Cyrille de GENTILE.
Finances, Crédit, Risques, Contrôle général et Gestion :
Dominique de WIT, Jean-Yves OGIER, Bénédicte CONSTANT, Philippe
COUSIN, Jean-Claude DATIN, Bruno DEREN, Lydie DERENNE, Arnaud
DOUARD, Eric FAVRIE, Gérard GRIGNOLA, Bernard LEMOINE, Pierre
MARIE, Christiane NEUTRE, Didier ONFRAY, Pierre-Alain PÉGUY, Jean-Pierre
PÉRÉ, Hélène TABUTEAU*, Roch HÉRAUD*, Danièle LAVO L É * .
Marketing, Commercial, Assurances, Réseau, Services bancaires et informatiques :
Gérard MORALY, Gérard LEMPEREUR, Salvatore BELLOMO, Roland
FRANÇOISE, Jean-François BELLOT, Bernard BOULANT, Nicole BOULET,
Patrick de BRUYN, Jean DESFLACHES, Michel ÉCOBICHON, Yves
LECLERCQ, Lydo MOLINARO, Geneviève PRÉAUX, Jean-Marc ROTROU,
Pascal ROUZIN, Jean-Marc STÉFANI, Claude TABOURET, Michel de TARADE,
Jacques CLERC*.
Documentation, Secrétariat, Audiovisuel et Reprographie :
Jacqueline MALONIE, Clémentine BILY, Hélène DOLMAZON, Joëlle
LEFRANÇAIS, Annick RUNGETTE, Roger CASTEL.
Nous remercions Fabrice LEVIGOUREUX, enseignant à l'Institut d'Administration
des Entreprises de Caen.
Nous remercions spécialement :
e les dirigeants des banques qui ont bien voulu nous transmettre "les mots du
Président" : Yves BARSALOU, Lucien DOUROUX, Michel PÉBEREAU, Daniel
BOUTON, Jean PEYRELEVADE, André LÉVY-LANG, Philippe PONTET,
Jacques DELMAS-MARSALET, René BARBERYE, Etienne PFLIMLIN, Charles
de CROISSET,
• les correspondants des banques qui ont travaillé sur les monographies ainsi que
les correspondants de la Banque de France, du Conseil National du Crédit et du
Titre, de la Commission Bancaire et Robert FERRANDIER, Gérard MAAREK*,
Gérard TORLOTING*, Henri BERNARD et Franck LANOT pour la rigueur de
leur lecture et les remarques constructives et pertinentes dont ils nous ont fait part,
e la Caisse Nationale et la Fédération Nationale du Crédit Agricole et leurs
dirigeants qui nous font régulièrement partager la qualité de leurs informations et
de leurs analyses,
a le Président et les membres du Conseil d'Administration du Crédit Agricole du
Calvados qui nous font bénéficier en permanence de leur expérience, de leurs
réflexions et de leurs avis.
Nous remercions enfin notre éditeur, nos amis et nos familles pour leur patience et
leurs conseils.
* Les personnes dont les noms sont suivis d'un astérisque font partie des services de la Caisse Nationale de
Crédit Agricole, de l'Institut de Formation du Crédit Agricole Mutuel ou des filiales du Crédit Agricole.
Depuis une décennie, la sphère financière a connu dans notre pays
des changements d'une ampleur sans précédent.
La déréglementation voulue par les pouvoirs publics a consisté
d'abord dans la suppression de toute forme de contraintes quantitati-
ves. Avec la disparition de l'encadrement et de la sélectivité du crédit
et une fois aboli le contrôle des changes, les taux d'intérêt ont été ré-
habilités dans leur rôle de régulateur des marchés de l'argent.
La Loi Bancaire de 1984 a offert un cadre unifié où allait s'ins-
crire désormais l'activité de l'ensemble des activités de crédit. On a
assisté à la banalisation d'organismes naguère spécialisés et au dé-
cloisonnement entre métiers connexes. Le marché bancaire s'est ou-
vert aux banques européennes, qui peuvent désormais s'établir libre-
ment.
Parallèlement à ces évolutions dans l'ordre réglementaire, la fi-
nance française a été traversée par un fort courant d'innovations.
Celles-ci sont rendues possibles par les progrès spectaculaires du
traitement et de la transmission de l'information. L'innovation a été
aussi une réponse à la volatilité croissante des taux de change et des
taux d'intérêt. D'où la création de nouveaux produits (futures, op-
tions...) et l'ouverture de nouveaux marchés (MATIF, MONEP). Dans
le même temps, les marchés traditionnels étaient modernisés et mis
aux normes internationales (Bourse de valeurs, marché monétaire,
marché des valeurs du Trésor).
Les banques se voyaient concurrencer à la fois dans leur fonction
de collecte d'épargne et de dispensateur de crédit. Néanmoins, l'heu-
reuse surprise a été de constater que les marchés ne pouvaient fonc-
tionner sans une participation active des banques (par le pilotage des
émissions et l'animation des marchés secondaires) et que celles-ci ont
su, en se diversifiant, répliquer à la concurrence des OPCVM et de
l'assurance-vie.
Cette révolution financière est maintenant une donnée à laquelle
tous les acteurs ont dû s'adapter. Il était bon qu'un ouvrage offre un
panorama complet de ce nouvel environnement.
Tel est le mérite du livre de Guy Caudamine et Jean Montier.
Mais non contents de décrire les institutions et de rappeler la ré-
glementation en vigueur, les auteurs proposent une interprétation des
mécanismes à l'œuvre (pour les instruments de couverture par exem-
ple). Avec le regard du praticien, ils traitent également du fonction-
nement interne des banques. Les moyens de paiement font partie de
cette gestion quotidienne. Ils n'oublient pas non plus que la banque a
cessé d'être perçue comme un démembrement de l'administration.
C'est une entreprise, au sens plein du terme, qui doit se soucier de ses
résultats et de ses clients. On se reportera au chapitre bienvenu sur
les techniques de marketing bancaire.
Enfin, L'euro et les bouleversements qu'il ne manquera pas d'en-
traîner sont signalés à chaque pas. Ce qui montre qu'une révolution
financière peut en cacher une autre et que la faculté d'adaptation
reste la clé du succès.
Pour toutes ces raisons, je crois que Guy Caudamine et Jean
Montier auront rendu un grand service à tous ceux, étudiants et pro-
fessionnels, que les questions financières intéressent. Ceux-ci sont as-
surés de trouver dans cette somme une réponse, sinon un début de ré-
ponse, aux questions qu'ils se posent.
En ces temps où l'information est tellement parcellisée, cette réali-
sation ambitieuse mérite d'être saluée...

Lucien DOUROUX

Président de l'Association Française des Établissements de Crédit


et des Entreprises d'Investissement et Directeur Général de la Caisse
Nationale de Crédit Agricole
La banque est souvent perçue comme dotée d'un pouvoir mystérieux,
dans ses origines, dans ses décisions et dans ses actes qui paraissent sou-
vent inexpliqués. Mais le grand public, premier utilisateur de la banque, la
considère également comme une institution indispensable qui organise, ré-
gule et sécurise ses relations à l'argent.
Pour le chef d'entreprise, la banque est le partenaire. Il compte sur elle
pour le développement de son affaire, sur place ou à l'autre bout du monde.
Néanmoins, il estime souvent qu 'elle ne prend pas de risque, qu 'elle ne
prête qu 'aux riches et qu 'elle se retire lorsqu 'il en a besoin.
Pour l'Etat, si la banque est à surveiller au nom du principe fondamental
de sécurité de la monnaie et des transactions, il l'utilise trop fréquemment
comme un moyen d'intervention et de pouvoir sur l'économie.
Sur les marchés financiers, la banque est un opérateur essentiel. L'offre
et la demande de capitaux devenues aujourd'hui planétaires pour financer
le développement du commerce international, ont eu pour conséquence le
développement d'une activité importante, ayant sa propre logique, ses fluc-
tuations et ses risques, et conduisant la banque à s'y adapter.
Vue par les banquiers eux-mêmes, la banque est, avant tout, une grande
administration hiérarchisée, voire contraignante, qui doit servir des clients
aux besoins de plus en plus complexes ; elle a aussi pour objectifs de vendre
et de faire du profit. Dépositaires d'un pouvoir difficile à exercer et quel-
quefois contesté, les banquiers gèrent rigueur et ambiguïté : en effet, tra-
vaillant sur la matière première qu 'est l'argent, réalisant toutes les transac-
tions que lui demandent ses clients, la banque devient le vecteur de leurs
intentions.
Dans son rôle d'intermédiaire financier, elle est au centre de demandes
contradictoires : l'épargnant souhaite l'intérêt le plus élevé sur ses place-
ments ; quant à l'emprunteur, qui bien souvent est aussi épargnant, il désire
les taux les plus bas. La mission de la banque est d'apporter à ses clients les
moyens financiers de leur développement.
Cependant, la réalité économique, dont la banque doit tenir compte,
s'oppose souvent à des projets personnels, à des ambitions commerciales ou
à un optimisme créatif
Selon quels principes la banque répond-elle aux demandes de ses diffé-
rents interlocuteurs ? Quelle est la logique de ses décisions et de ses choix ?
Quels sont ses risques et comment sont-ils gérés ?
« Banque et marchés financiers », tel est le titre de cet ouvrage qui a
l'ambition d'apporter au lecteur les réponses à ces questions.
INTRODUCTION

Expliquer comment on ouvre un compte dans une agence bancaire et


comment s'établit la confiance dans la relation avec le client pour l'attribution
d'un crédit ou pour la gestion de son patrimoine, couvrir l'ensemble des activi-
tés et des techniques de la banque universelle à partir de ses fondements juri-
dique et économique, présenter les questions de fond qui se posent aux ban-
ques et à leurs clients dans le cadre des évolutions vers l'Euro et des réglemen-
tations en cours, comprendre l'utilisation d'un swap de taux sur les marchés
financiers et son intérêt dans le cadre de la gestion actif/passif, expliquer et
commenter avec bon sens, telle est l'ambition de cet ouvrage. Son objectif
peut sembler démesuré car aucun livre ne rassemble aujourd'hui autant de
compétences.
Cet ouvrage s'adresse aux professionnels de la banque : ils y retrouveront
leurs connaissances élargies, actualisées et organisées en un seul manuel, qui,
nous l'espérons, pourra rapprocher les marchés financiers de la banque à ré-
seaux.
Il concerne les étudiants qui découvriront, pourront apprendre, mais aussi
apprécier un monde complexe, considéré comme difficilement intelligible, si-
non mystérieux.
Les responsables d'entreprises et d'organisations professionnelles auront à
leur portée un recueil facilement accessible, leur permettant d'identifier les
questions bancaires auxquelles eux-mêmes ou leur mandant peuvent être con-
frontés.
Il devrait également intéresser un large public car la simplicité de sa ré-
daction ne nécessite pas une lecture de spécialiste.
Cet ouvrage est composé de 8 titres, de 17 chapitres et d'une annexe.
• La première partie "Système bancaire français, banque centrale et bilan
des banques" (chapitres 1, 2 et 3) aborde la réglementation bancaire qui a
considérablement évolué ces dernières années, le rôle de la Banque de France,
indépendante depuis 1993 ainsi que l'évolution vers l'Euro qui sera mis en
œuvre dès le 1er janvier 1999, et dresse un panorama financier de l'ensemble
des établissements de crédit.
• Les deux premières fonctions de base des banques "Collecte et crédit"
font l'objet de la deuxième partie. Il s'agit de la collecte des ressources
(dépôt, épargne) depuis l'ouverture d'un compte et les modalités de son fonc-
tionnement, jusqu'aux diverses catégories de placements (chapitre 4), et des
opérations de crédit (chapitre 5), le crédit étant l'essence même de la compé-
tence du banquier : depuis l'analyse qui rationalise la confiance, jusqu'aux
garanties bancaires qui la fortifient, tous les aspects et les diverses fonnes du
crédit seront traités, ainsi bien sûr, que son coût. Ces activités essentielles à
l'économie nécessitent des techniques, des procédures réglementaires et des
compétences que l'on décrira précisément.
e La troisième partie "La banque et les marchés de capitaux" analyse les
marchés financiers en débutant par le chapitre 6 "De l'utilité des marchés de
capitaux" qui identifie les besoins, le rôle des banques et l'utilité des marchés
financiers, aussi bien dans la recherche des équilibres ressources/emplois que
dans le financement direct de l'économie. Le chapitre 7 étudie les différents
marchés de capitaux depuis le marché interbancaire et le marché hypothé-
caire jusqu'au marché primaire des obligations et des actions.
e La quatrième partie "Bourse et instruments de couverture" s'intéresse à
"La Bourse" (chapitre 8), réservée à la négociation des titres sur le marché
secondaire, autrement dit à l'étude des marchés boursiers. C'est sans doute
dans ce registre que la banque remplit de la façon la plus visible son rôle
d'intermédiaire financier. Le chapitre 9 traite des instruments de couverture
et de la gestion du risque permettant à certains agents économiques de se
prémunir contre des risques de perte liés aux fluctuations de change, de taux
d'intérêt, ou encore de prix de certains actifs. Sur ces marchés, la banque in-
tervient naturellement pour son propre compte, car comme toute entreprise,
elle doit gérer au mieux ses intérêts. Mais plus qu'ailleurs, la banque participe
pleinement à l'ingénierie et à l'innovation financière tout en remplissant une
mission d'intermédiaire et de conseil pour le compte d'entreprises qui ne pos-
sèdent pas toujours de services financiers spécialisés.
. La cinquième partie concerne "La banque et les moyens de paiement" et
revient à l'une des activités premières des banques. Les moyens de paiement
mis à la disposition des clients et gérés par les banques facilitent la vie do-
mestique et commerciale ; de la pièce de monnaie au virement électronique,
c'est la partie industrielle de la banque chargée de traiter un grand nombre
d'opérations avec rapidité et sécurité. Le chapitre 10 considère les moyens de
paiements nationaux et le chapitre 11 traite des règlements internationaux et
du marché des changes.
e Le "Marketing bancaire" fait l'objet de la sixième partie. La relation
originelle de l'homme à l'argent et son évolution créent toutes les spécificités
du marketing bancaire (chapitre 12) où le client est aussi le fournisseur.
L'analyse marketing (chapitre 13) indique comment le client est placé au
cœur de la stratégie commerciale bancaire. Quant à l'action marketing
(chapitre 14) elle décrit ce qu'est une politique orientée client et non plus cen-
trée exclusivement sur les opérations.
a La septième partie est intitulée "Fonctionnement interne d'une banque".
Vue de l'intérieur, la banque est une organisation complexe et structurée qui
enregistre avec précision chacune de ses opérations. C'est aussi une entreprise
qui doit être gérée pour être rentable et pour résister au risque et dans laquelle
contrôle et déontologie sont fortement présents.
e Cet ouvrage s'achève par la huitième partie "Secteur bancaire français et
monographies des principales banques". Le chapitre 16 présente un diag-
nostic du secteur bancaire français, évaluant ses forces et ses faiblesses dans
un climat de restructuration. Le chapitre 17 est consacré aux monographies
des principales banques françaises, chacune d'entre elles étant conclue par
un mot de leur président. Il s'agit du Groupe Crédit Agricole Mutuel, de la
Banque Nationale de Paris, de la Société Générale, du Crédit Lyonnais, du
Groupe Paribas, du Groupe Caisse d'Epargne, de l'Union Européenne de CIC,
du Groupe Banques Populaires, du Crédit Mutuel et du Crédit Commercial de
France.
e Une annexe rassemble les principaux taux et indices utilisés, présente leur
évolution sur les 20 dernières années et leur passage à l'Euro.
La lecture de cet ouvrage qui, on l'aura compris, s'intéresse essentiellement
à la banque universelle, doit apporter au lecteur une connaissance approfondie
de l'ensemble des activités et des techniques bancaires ; elle doit lui permettre
d'obtenir une précision sur un point technique ou juridique classique ; elle
peut aussi lui donner la possibilité d'appréhender une situation entre une ban-
que et son client, ou encore d'apprécier le fondement des questions qui se po-
sent au système bancaire.
L'organisation des divers chapitres et l'existence de plusieurs parties lui
permettent de sélectionner simplement les passages recherchés.
Cet ouvrage, dont l'ambition est grande par le champ ouvert, est le résultat
d'une collaboration longue et studieuse entre une équipe bancaire et un uni-
versitaire qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes et dont les auteurs Guy Cau-
damine, pour la banque et Jean Montier pour l'Université acceptent les res-
ponsabilités pour les imperfections ou les manques qui subsistent nécessaire-
ment.
Les auteurs remercient Clémentine Bily qui a participé activement à la ré-
daction et à la mise en forme de cet ouvrage.
TITRE I

SYSTÈME BANCAIRE FRANÇAIS, BANQUE


CENTRALE ET BILAN DES BANQUES

On dit les banquiers prudents et conservateurs. Cependant, quand on con-


sidère l'évolution intervenue dans le secteur bancaire au sens large depuis
1984, on est frappé par l'accélération du changement.
Changement tout d'abord dans le système bancaire français lui-même : la
réglementation bancaire a été totalement renouvelée, notamment en 1984, puis
en 1996. Elle est aujourd'hui moderne, cohérente et concerne tous les métiers
de l'argent, tout en ayant renforcé son contrôle prudentiel sur la monnaie et les
établissements de crédit.
Changement également touchant à la Banque centrale elle-même : la Ban-
que de France a été dotée de nouveaux statuts en 1993. Un but clair et précis
lui a été fixé : la stabilité des prix. Ses missions sont définies et elle a les
moyens de les remplir grâce à l'indépendance que lui a enfin donnée le Pou-
voir politique. Son orientation vers l'Europe monétaire se poursuit sans relâ-
che.
Évolution enfin dans les banques françaises qui financent de moins en
moins l'économie mais qui opèrent de plus en plus sur les marchés financiers,
tout en amplifiant leur rôle majeur d'intermédiaire par la relation qu'elles ont
avec leurs clients ou par le contrôle qu'elles exercent sur les organismes fi-
nanciers non bancaires.
Ces évolutions se poursuivent et s'accélèrent. Le cadre établi a d'ailleurs
été étudié pour cela, pourvu que tous les organismes faisant métier de l'argent
y soient soumis.
La première partie de cet ouvrage fait le point sur ces évolutions à la fin de
l'année 1997.
• Le chapitre 1 est consacré au système bancaire français.
• Le chapitre 2 traite de la Banque de France, de la politique monétaire et de
l'Europe monétaire et fait une large place à la mise en place de la monnaie
unique.
e Le chapitre 3 situe l'activité des banques dans leur environnement moné-
taire et financier.
CHAPITRE 1

LE SYSTÈME BANCAIRE FRANÇAIS

La monnaie, l'argent et la banque ont, tout au long de l'Histoire, fait l'objet


de convoitises et, par conséquent, de contrôle. Les pouvoirs s'y sont exercés
et, en système démocratique, les États ont mis en place un ensemble de règles
de plus en plus cohérentes, de mieux en mieux organisées. Cette réglementa-
tion a été érigée en système, à la tête duquel se trouve la Banque Centrale,
elle-même devenant progressivement indépendante des pouvoirs politiques.
La première section considère l'histoire des banques, depuis leur origine,
jusqu'à la banque française d'aujourd'hui.
La deuxième section traite de la réglementation bancaire et, en particulier,
des lois bancaires de 1984 et 1996 qui ont modernisé le cadre juridique du
système bancaire français.
La troisième section décrit l'organisation de la profession bancaire.

SECTION 1 - L'HISTOIRE DE LA BANQUE : DE L'ORIGINE DES


BANQUES AUX BANQUES FRANÇAISES D'AUJOURD'HUI

1. L'origine des banques

Le plus ancien édifice bancaire connu est le Temple rouge d'Ourouk, en


Babylonie, daté de 3400-3200 av. J.-C. Ce temple recevait des dons réguliers
et des offrandes, possédait des domaines et faisait fructifier ses ressources en
consentant des prêts. C'est dans le code d'Hammourabi, roi de la première dy-
nastie babylonienne (1955-1913 av. J.-C) que l'on trouve la plus ancienne ré-
glementation du dépôt de marchandise et du prêt : pour éviter l'usure, tout
contrat de prêt devait être visé par des fonctionnaires royaux.
A partir du Ve siècle, la Grèce connaîtra de petits prêteurs d'argent et des
changeurs, dont les plus riches cesseront bientôt d'installer leur table de
compte sur les marchés et ouvriront boutique. Les temples se livraient égale-
ment à des prêts et, à partir du I V siècle, les États et les villes fondèrent des
banques publiques : Diogène fut associé à la direction de la Banque publique
de Sinope et son activité financière lui valut même le bannissement. Les ban-
quiers grecs découvrirent le chèque et Isocrate (436-338) fait l'éloge de cette
technique bancaire.
A Rome, Publicains et Argentarii exercent l'activité de banque, tandis que
des negotiatores, le plus souvent d'origine juive, sillonnent l'Empire jusqu'à
ses confins.
Après la rupture entre l'Empire romain d'Occident et l'Empire romain
d'Orient, le grand commerce et le crédit disparaissent : les multiples monnaies
en circulation sont pesées et changées par des spécialistes que l'on appelle
"banquiers", du mot banc sur lequel ils opéraient.
Dans l'économie du Moyen-âge (VIIe-Xr siècle), le crédit est fait par les
Syriens et les Juifs ou par les monastères qui prêtent aux seigneurs ou aux
exploitants du sol.
A partir du XIe siècle, le crédit se développe de nouveau, grâce à l'action
des Lombards et des Cahorsiens, qui jouissaient de la protection de la Papau-
té, tandis que les Templiers deviennent les plus grands banquiers internatio-
naux de l'époque, avant que Philippe le Bel n'obtienne, en 1313, la suppres-
sion de leur Ordre.
C'est dans les villes italiennes, à partir du XIIe siècle, que se crée la ban-
que de type moderne. Ces banques ne pratiquent pas seulement le prêt à la
consommation et le prêt aux Princes, mais s'adonnent au financement du
grand commerce maritime et aux opérations de change. L'histoire de Jacques
Cœur en France, des Médicis à Florence, des Fugger à Augsbourg, illustre
l'association étroite de la Banque et de la politique à cette époque.1
Les grandes banques de dépôts se créent dès le début du XVIe siècle :
Banque d'Amsterdam en 1609, Banque de Hambourg et Banque de Venise en
1619. Elles reçoivent les dépôts de métaux précieux, facilitent les opérations
et assurent pour leur clientèle les virements et les paiements. La Banque de

1 Sur ce sujet, on pourra lire avec profit l'ouvrage d'Hubert BONIN, La banque et les ban-
quiers en France : du Moyen-âge à nos jours, Larousse, 1992.
Venise délivrait à tout déposant des récépissés, de montant variable suivant le
dépôt. Ces récépissés, comportant intérêt, étaient payables à ses caisses à vue
et au porteur. Ainsi apparaissait une monnaie de papier que les "banques de
circulation" allaient développer.
A partir de 1650, la Banque de Suède va transformer le certificat de dépôt
d'espèces monnayées en billets ne produisant pas intérêt et circulant dans tout
le royaume. Vers la même époque, les Orfèvres (Goldsmiths) de Londres
fractionnent les certificats de dépôt en coupure d'un montant égal qui circulent
bientôt de main en main, "mieux que l'argent comptant". La faillite des Orfè-
vres entraîne la création en 1694 d'une Banque d'Émission privée : "The Go-
vernor and Company of the Bank of England". En 1695, la Banque d'Écosse
est fondée.
En France, John Law crée en 1716 la Banque Générale, qui reçoit un privi-
lège de vingt ans pour l'émission des billets et qui se livre à des opérations de
prêts et de change. Elle devint en 1718 Banque Royale, mais fit faillite par la
suite. En 1776, un nouvel Institut d'Émission, qui prit le nom de Caisse d'Es-
compte, fut créé : en 1793, Cambon ordonna, au nom de la Convention, sa
mise en liquidation. C'est le Consulat qui décidera la création de la Banque de
France en 1800 et Napoléon la réorganisera par la loi du 22 avril 1806.1

2. L'histoire récente

En 1818, la première Caisse d'Épargne et de prévoyance est créée. Il faut


attendre la deuxième moitié du XIXe siècle pour que naissent le Comptoir
National d'Escompte de Paris (1848), le Crédit Lyonnais en 1863 et la Société
Générale en 1864. A l'époque de la révolution industrielle, ces créations ac-
compagnent l'essor de l'industrie et du commerce.
D'autres préoccupations socio-économiques permettent la naissance de dif-
férents réseaux à vocation spécifique, comme le Crédit Agricole, le Crédit
Mutuel et les Banques Populaires. La loi du 14 juin 1941 établit une régle-
mentation relative aux conditions requises pour exercer le commerce de ban-
que. La loi du 2 décembre 1945 va véritablement codifier le système bancaire
français en établissant un classement des banques, en nationalisant certaines
d'entre elles et en mettant en place un contrôle bancaire. Elle sera revue en
1984 dans le cadre de la nouvelle loi bancaire.

1 On doit cet historique des banques à Raymond BARRE dans son ouvrage : Économie poli-
tique, Presse Universitaires de France, 1964.
2.1. L e s c l a s s i f i c a t i o n s d e 1 9 4 5 et de 1 9 8 4

L a classification de 1945 limite étroitement le rôle de chacune des catégo-


ries de banques :
e les banques de dépôts peuvent ouvrir des dépôts à vue, des dépôts à terme
de deux ans m a x i m u m et prêtent à court terme,
e les banques de crédit à m o y e n et long terme proposent des dépôts à plus de
deux ans et prêtent à moyen et long terme,
• les banques d'affaires, dont le rôle est de financer et de prendre des partici-
pations dans les entreprises, collectent des dépôts à plus de deux ans essentiel-
lement auprès des entreprises.

Enfin, les établissements financiers n'ont pas le droit de recevoir de fonds


en dépôt du public. Ils exercent leur activité en utilisant leurs propres ressour-
ces ou des c a p i t a u x empruntés sur des opérations d'intermédiation : crédit à la
consommation, courtage, change, crédit à court terme et escompte.
A partir de 1984 (loi bancaire, levée de l'encadrement du crédit, Acte Uni-
que Européen, etc.), les caractéristiques spécifiques du secteur bancaire fran-
çais (réglementations contraignantes ou protectrices, nationalisations, spécia-
lisation bancaire, cloisonnement des réseaux financiers, sélectivité et enca-
drement du crédit) vont peu à peu s'assouplir et s'harmoniser. L a loi bancaire
de 1984 a modifié celle de 1945 et a créé une nouvelle classification dévelop-
pée en détail en section 2.

2.2. N a t i o n a l i s a t i o n s et p r i v a t i s a t i o n s d e s b a n q u e s

A u cours du XXe siècle, un grand nombre d'entreprises industrielles ou fi-


nancières sont passées, p a r vagues successives, du secteur privé au secteur
public. L a fin des années 80 a v u u n retournement de ce mouvement, relayé
p a r une seconde série de privatisations à partir de 1993. Les trois grands
mouvements de nationalisations (en 1936, à la fin de la seconde guerre mon-
diale et en 1982) s'inscrivent dans une tradition d'emprise de l'État sur l'éco-
nomie, qu'il s'agisse de protéger le patrimoine industriel national ou d'orienter
l'activité économiquel.

2.2.1. Les n a t i o n a l i s a t i o n s de l ' a p r è s - g u e r r e : r e c o n s t r u c t i o n et moderni-


s a t i o n de l'économie n a t i o n a l e

P a r la loi du 2 décembre 1945, les grandes banques de dépôt françaises (le


Crédit Lyonnais, la Société Générale, la Banque Nationale p o u r le C o m m e r c e

1 Article de Nicole CHABANAS et Eric VERGEAU, Nationalisations et privatisations de-


puis 50 ans, Insee première, n0440 , Avril 1996.
et l'Industrie et le Comptoir National d'Escompte de Parisl) ont été nationali-
sées avec la Banque de France, dans le cadre de la mise en œ u v r e d'une con-
ception générale de l'économie dirigée p a r l'État. Ces banques étaient a priori
protégées du risque de faillite et le souci de rentabilité n'était pas exigé d'elles.
Il s'agissait de diriger l'épargne vers les lourds investissements des entreprises
nationalisées.

2.2.2. L e s n a t i o n a l i s a t i o n s de 1982 : un choix s t r a t é g i q u e

Les nationalisations complémentaires et les renationalisations de 1982,


dans u n contexte international de libéralisation interne des économies et
d'élargissement européen, renforcent la logique d'un paysage bancaire français
cloisonné, administré et fortement institutionnalisé. E n nationalisant simulta-
nément des segments clés de l'appareil p r o d u c t i f et du système financier, l'État
se donne les moyens d'intervenir massivement et directement dans le fonction-
nement de l'économie. Ainsi, la loi du 11 février 1982 transfère à l'État la
propriété de 5 sociétés industrielles p a r m i les plus importantes du pays, de 39
banques (Crédit Commercial de France, Crédit Industriel et Commercial,
Crédit du Nord, ...) et de 2 compagnies financières (Compagnie Financière de
Paris et des Pays-Bas et C o m p a g n i e Financière de Suez). P a r cette loi, la
quasi-totalité du système bancaire est nationalisée, à l'exception des établis-
sements mutualistes ou coopératifs (Crédit Agricole, Crédit Populaire, Caisse
d'Epargne) et des Sicomi (Sociétés immobilières p o u r le commerce et l'indus-
trie).

2.2.3. Les p r i v a t i s a t i o n s de 1 9 8 6

E n 1986, suite au changement de majorité politique, le gouvernement dé-


cide de dénationaliser l'ensemble des sociétés nationalisées en 1982 et une
partie de celles qui l'avaient été en 1945. Les premières privatisations ont été
réalisées dès la fin de l'année 1986 et elles se sont succédé j u s q u ' à l ' a u t o m n e
1987, où le krach boursier et l'état des marchés financiers ont contraint le
gouvernement à différer la mise en œ u v r e de nouvelles opérations.

2.2.4. Les p r i v a t i s a t i o n s de 1993 : r e p r i s e du m o u v e m e n t de 1 9 8 6

Une nouvelle période de privatisations s'ouvre en 1993 avec la loi du 19


juillet, dans la logique des textes de 1986. Les privatisations de 1986 et 1993
marquent l ' a m o r c e d ' u n e évolution capitale du système bancaire français, les

1 Ces deux dernières banques ont fusionné en 1966 pour devenir la Banque Nationale de
Paris (BNP).
banques devenant indépendantes des Pouvoirs publics, tout en restant sous le
contrôle des autorités de tutelle instaurées par la loi bancaire de 1984.
...............................................................................................................................................................................
Nationalisstîorts et privatisations depuis 1944 dans le secteur financier11
Les nationalisations d'après-guerre
• Décembre 1945 : la Banque de France est nationalisée ainsi que quatre banques de dépôts.
• Avril 1946 : réforme de l'assurance-crédit au commerce extérieur par la mise en place de
la Coface2 et de la Banque Française pour le Commerce Extérieur. Nationalisation de la
Caisse des Dépôts et Consignations.
a Mai 1946 : nationalisation du Crédit Foncier, du Crédit National, et du Crédit Populaire.
Les nationalisations de 1982 : loi du 11 février 1982
39 banques et 2 compagnies financières
Les privatisations de 1986 : loi du 6 août 1986
e 1987 : Banque du bâtiment et des travaux publics. Banque industrielle et mobilière privée,
Compagnie Financière de Paribas, Compagnie Financière de Suez, Compagnie Financière
du Crédit Commercial de France, Société Générale, Caisse Nationale du Crédit agricole
(mutualisation par cession des actifs aux Caisses Régionales).
* 1991-1993 : Crédit Local de France (privatisation partielle en 91, achevée en 93).
Les privatisations de 1993 : loi de privatisation de juillet 1993
Entreprise privatisée : BNP en octobre 1993
Entreprises non encore privatisées : Banque Hervet (privatisation prévue en novembre
1993 puis suspendue,) Crédit Lvonnais et Société Marseillaise de Crédit.

SECTION n - RÉGLEMENTATION ET SURVEILLANCE DU SYS-


TÈME BANCAIRE ET DES ENTREPRISES D'INVESTISSEMENT

Le secteur bancaire a le privilège d'être probablement le plus réglementé de


tous les secteurs économiques. Utilisant la monnaie, "le médiateur universel"
(voir La relation de l'homme à l'argent dans Le marketing bancaire, p 496),
comme matière première, il est nécessaire d'établir les règles de son utilisa-
tion. La Banque de France a réglementé l'exercice de la profession afin de ga-
rantir la solidité d'un système pour qu'il puisse honorer ses engagements vis-à-
vis de ses utilisateurs. Cependant, l'État est souvent allé plus loin que cette
réglementation de l'argent ; il a imposé des charges d'activité, d'intérêt public,
et a pris le pouvoir dans les banques par le biais des nationalisations. Un re-
tour de balancier vers plus de libéralisme est en cours et devrait aller de pair
avec un renforcement de l'éthique et de la déontologie.

1D'après un tableau des Notes bleues de Bercy, n°87, Mai 1996.


Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur.
1. Des lois de 1941 et 1945 à la loi bancaire de 1984

Partant de l'effort pour organiser l'économie sous forme coopératiste, la loi


du 13 juin 1941, modifiée en 1945, a régi pendant 40 ans le système bancaire
français. Il comprenait alors les banques, les établissements financiers et les
établissements à statut légal spécial. A la suite de la loi du 2 décembre 1945,
le Conseil National du Crédit et la Commission de Contrôle des Banques sont
créés, tous deux chargés de veiller au respect de la réglementation bancaire et
de son application.

1.1. Les réformes de 1966 et 1967

Les réformes de 1966 et 1967 ont eu trois objectifs principaux :


• Atténuer les contraintes liées à la spécialisation des banques ;
• Stimuler la concurrence entre les banques ;
* en interdisant la rémunération des comptes de dépôts à vue des particu-
liers (jusqu'en 1967, les dépôts à vue étaient rémunérés à 1 %),
* en unifiant la fixation de la rémunération de certains produits et la
création des livrets d'épargne des banques,
* en instaurant la liberté d'ouverture des guichets (jusqu'en 1972),
* et en développant la liberté de variation des taux de prêts.
. Perfectionner les techniques financières ;
* en organisant le marché hypothécaire,
* en développant le marché interbancaire sans intervention directe de la
Banque de France,
* en libéralisant les émissions obligataires.

1.2. Les éléments de cette organisation pour les années 80


1.2.1. Au niveau juridique
La législation bancaire était devenue désuète et elle restait trop hétérogène.
Chaque réseau avait sa propre réglementation datant de 1885 pour les Caisses
d'Épargne, 1894 et 1920 pour le Crédit Agricole, 1917 pour les Banques Po-
pulaires, 1941 et 1945 pour les banques inscrites1.

1Les banques constituent la première catégorie d'établissements de crédit mentionnée par la


loi bancaire. Autrefois appelées "banques inscrites" (sur une liste tenue par le Conseil Na-
tional du Crédit), il est maintenant d'usage de les nommer "banques AFB" par référence à
leur adhésion à l'Association Française des Banques, ce qui les distingue des banques mu-
tualistes ou coopératives ou des établissements dits "bancaires".
On pouvait d'ailleurs comparer le système bancaire français, comme l'a dit
un ancien Directeur du Trésor, à une véritable "balkanisation".

1.2.2. Au niveau technique


Cette inadéquation de la législation avec le fonctionnement du système
bancaire était d'autant plus accentuée qu'apparaissaient de nouvelles techni-
ques financières, de nouvelles activités bancaires, liées aux évolutions techno-
logiques (monétique, cartes de paiement, banque à domicile) ainsi que le déve-
loppement des opérations internationales. Des marchés de capitaux cloisonnés
et des réseaux privilégiés ne pouvaient coexister dans ce contexte. Cette hété-
rogénéité rendait évidemment délicate la tâche des autorités de tutelle, puisque
la réglementation et le contrôle des établissements relevaient d'autorités diffé-
rentes : la Direction du Trésor ou le Conseil National du Crédit pour la ré-
glementation, la Commission de Contrôle des Banques, le Trésor ou même les
organes centraux des réseaux mutualistes pour le contrôle.

2. La loi bancaire du 24 janvier 1984 : définition, activité et réglemen-


tation des établissements de crédit
Cette loi, fondamentale, relative à l'activité et au contrôle des établisse-
ments de crédit, se substitue aux lois de 1941 et 1945. Elle s'inspire d'un
principe d'universalité, comme dans nombre d'autres pays, et elle est d'appli-
cation générale pour l'ensemble du système financier français.
. Définition des établissements de crédit et des conditions d'exercice de
leur activité
Son titre premier définit les établissements de crédit et les conditions
d'exercice de leur activité. On y trouve notamment, au chapitre premier, les
définitions fondamentales des établissements de crédit et des opérations de
banque. L'article premier définit les établissements de crédit comme suit : "les
établissements de crédit sont des personnes morales qui effectuent à titre de
profession habituelle des opérations de banque. Les opérations de banque
comprennent la réception de fonds du public, les opérations de crédit ainsi que
la mise à disposition de la clientèle ou la gestion de moyens de paiement".
• Réglementation et contrôle des établissements de crédit
Les deux titres suivants concernent la réglementation et le contrôle des
établissements de crédit. Le titre IV concerne la protection des déposants et
des emprunteurs.
. Les innovations de la loi bancaire de 1984
La loi crée un ordre juridique commun (principe d'universalité) à tous les
organismes financiers, appelés désormais "établissements de crédit" et soumis
aux mêmes autorités de réglementation et de contrôle. Elle régit l'existence de
trois catégories d'organismes financiers dont l'activité est liée à celle des éta-
blissements de crédit : il s'agit des maisons de titres, des intermédiaires en
opérations de banque et des compagnies financières.
Seuls le Trésor, la Banque de France, la Caisse des dépôts et consigna-
tions, les services financiers de la Poste et les Instituts d'Émission d'Outre-mer
restent en dehors du champ d'application de la loi. La loi bancaire précise
néanmoins que ces services ou institutions peuvent effectuer les opérations de
banque prévues par les dispositions législatives et réglementaires qui les ré-
gissent.
Cette uniformisation des statuts s'est accompagnée d'une uniformisation
fiscale. Auparavant, certains réseaux mutualistes et les Caisses d'Épargne
étaient exonérés d'impôt sur les sociétés et de taxe professionnelle. Aujour-
d'hui, le Crédit Agricole et le Crédit Mutuel sont soumis à la taxe profession-
nelle depuis 1971 et à l'impôt sur les sociétés depuis le début des années 80.
Les Caisses d'Épargne ont été fiscalisées par étapes jusqu'en 1992. Une évo-
lution analogue touche les Caisses de Crédit Municipal.
En 1984, afin notamment de maîtriser la croissance de la masse monétaire
et de protéger les dépôts et l'épargne des clients des banques, l'État a confirmé
les organismes mis en place en 1945, chargés de la réglementation bancaire et
du contrôle de son application : le Conseil National du Crédit, le Comité de la
Réglementation Bancaire, le Comité des Établissements de Crédit, la Com-
mission Bancaire et enfin la Banque de France, laquelle est un des piliers de
l'activité financière et bancaire, et joue un rôle essentiel en ce qui concerne la
monnaie et le crédit en tant que Banque Centrale.

3. La loi de modernisation des activités financières de juillet 1996 : dé-


finition et réglementation des services d'investissement, des instru-
ments et des marchés financiers
La loi du 2 juillet 1996 de modernisation des activités financières, transpo-
sant la Directive Européenne sur les Services d'Investissement (DSI), a mo-
difié certains points de la loi du 24 janvier 1984 et l'a complétée pour les ac-
tivités et services d'investissement. Cette loi définit de nouvelles conditions
d'activité des établissements qui doivent leur permettre de s'engager dans le
défi que représente l'instauration de la monnaie unique le 1er janvier 1999.
• Les services d'investissement
Le titre I est consacré aux services d'investissement. Il définit les instru-
ments financiers et les organismes de placement collectif (art. 1er, 2 et 3), les
services d'investissement et les services connexes (art. 4 et 5) puis les presta-
taires de services d'investissement (art. 6 à 9).1
• Les prestataires de services d'investissement
Les prestataires de services d'investissement sont définis de la façon sui-
vante : ce sont "les entreprises d'investissement et les établissements de crédit
ayant reçu un agrément pour fournir des services d'investissement" (art. 6).
L'article 7 précise que "les entreprises d'investissement sont des personnes
morales, autres que les établissements de crédit, qui ont pour profession habi-
tuelle et principale de fournir des services d'investissement."
L'agrément est délivré par le Comité des Établissements de Crédit et des
Entreprises d'Investissement après l'approbation du programme d'activité par
la Commission des Opérations de Bourse. "L'entreprise d'investissement qui
exerce, à titre principal, la gestion de portefeuille pour le compte de tiers est
agréée par la Commission des Opérations de Bourse et prend le nom de socié-
té de gestion de portefeuille" (art. 15).
• L'organisation des marchés financiers
Le titre II (chapitre 1 j s'attache à l'organisation des marchés financiers et
crée, par l'article 27, le Conseil des Marchés Financiers, autorité profession-
nelle chargée, entre autres, de veiller aux règles de bonne conduite des inter-
venants sur les marchés financiers (prestataires de services d'investissement,
entreprises de marché et chambres de compensation), de déterminer les condi-
tions d'exercice des services d'investissement, les principes généraux d'organi-
sation et de fonctionnement que doivent respecter les marchés réglementés. Le
chapitre 2 définit les entreprises de marché qui, d'après l'article 40, "sont des
sociétés commerciales qui ont pour activité principale d'assurer le fonction-
nement d'un marché réglementé d'instruments financiers".
• Les normes de gestion et les règles de bonne conduite
Le titre III développe les normes de gestion et les règles de bonne conduite
applicables aux prestataires de services d'investissement. Ainsi, l'article 54
indique que "les prestataires de services d'investissement sont tenus, pour ce
qui concerne leurs activités de services d'investissement, de respecter les nor-
mes de gestion destinées à garantir leur liquidité, leur solvabilité et l'équilibre
de leur structure financière définies par le Comité de la Réglementation Ban-

1 Se rapporter, à ces sujets, aux définitions données au chapitre 4, section 4 de cet ouvrage.
caire et Financière. (...) Ils doivent en particulier respecter des ratios de cou-
verture et de division des risques."
• Le libre établissement et la libre prestation de services
Le titre IV (chapitre 1er) instaure le libre établissement et la libre prestation
de services sur le territoire des États membres de la Communauté européenne
par son article 74 : "dans la limite des services qu'elle est autorisée à fournir
sur le territoire de son État d'origine et en fonction de l'agrément qu'elle y a
reçu, toute personne morale ou physique agréée pour fournir des services
d'investissement peut, (...), sur le territoire de la France métropolitaine et des
départements d'Outre-mer, établir des succursales pour fournir des services
d'investissement et des services connexes, et intervenir en libre prestation de
services dans des conditions fixées par le Conseil des Marchés Financiers,
notamment en ce qui concerne la protection des fonds des clients."
En somme, si l'architecture de la loi s'inspire largement de celle du 24
janvier 1984 sur l'activité bancaire, son esprit est novateur puisqu'elle adopte
une approche par "métiers" et non plus par statut. Désormais, les intermédiai-
res financiers, quel que soit leur statut, sont soumis à un même cadre institu-
tionnel dès lors qu'ils assurent des services d'investissement. L'article 10 de la
loi modifie d'ailleurs les dénominations des autorités pour harmoniser le cadre
réglementaire : ainsi, le Comité de la Réglementation Bancaire, le Comité des
Établissements de Crédit et le Conseil National du Crédit se nomment respec-
tivement, depuis juillet 1996, le Comité de la Réglementation Bancaire et Fi-
nancière, le Comité des Établissements de Crédit et des Entreprises d'Investis-
sement et le Conseil National du Crédit et du Titre.

Le schéma synthétique qui suit fait état de la situation de la profession


avant et après la transposition de la Directive sur les services d'investissement
dans le dispositif juridique national.
Tableau synthétique dé l'organisation de la profession de prestataire de services d'investisseme

(1) A compter du 1er janvier 1998, les maisons de titres devront avoir opté entre le statut d'établissement de cré
AFSB Association Française des Sociétés de Bourse ; AFSGP Association Française des Sociétés de Gestio
sionnelle des Agents des Marchés Interbancaires ; ASF Association des Sociétés Financières ; AFEC Assoc
CBV Conseil des Bourses de Valeurs ; CEC Comité des Établissements de Crédit ; CECEI Comité des Établi
sement ; CMF Conseil des Marchés Financiers ; CMT Conseil du Marché à Terme ; COB Conunission des O
mentation Bancaire ; CRBF Comité de la Réglementation Bancaire et Financière. Source : Dictionn
4. Les organismes de réglementation et de surveillance
En fonction des différentes dispositions législatives et selon les périodes
(notamment de 1945 à 1996), les différentes instances de réglementation et de
surveillance ont vu leur pouvoir d'action ou leurs compétences s'élargir ou au
contraire se restreindre.

4.1. Le Conseil National du Crédit et du Titre

Déjà prévu au programme du Conseil National de la Résistance, le Conseil


National du Crédit est créé au lendemain de la seconde guerre mondiale. C'est
une assemblée consultative et une instance d'étude en matière de politique mo-
nétaire et de crédit. La loi du 2 juillet 1996 élargit son champ de compétences
aux questions du titre. "Le Conseil National du Crédit et du Titre étudie les
conditions de fonctionnement du système bancaire et financier dans ses rela-
tions avec la clientèle et dans la gestion des moyens de paiement. Il peut dans
ces domaines émettre des avis (...) et faire procéder aux études qu'il estime
nécessaires." (Art. 24 de la loi bancaire modifiée). Le Conseil National du
Crédit et du Titre est présidé par le ministre chargé de l'Économie et des Fi-
nances. Le Gouverneur de la Banque de France en est le vice-président (art.
25).

4.2. Le Comité des Établissements de Crédit et des Entreprises


d'Investissement

La loi Le Chapelier de 1791 posant le principe de la liberté du Commerce


et de l'Industrie ne s'appliquant pas à l'activité bancaire, il a été nécessaire
d'assurer la protection des déposants et des épargnants. Le Comité des Éta-
blissements de Crédit et des Entreprises d'Investissement, présidé par le Gou-
verneur de la Banque de France, a été institué par la loi bancaire de 1984 (art.
29 et 31) et est chargé de "prendre les décisions ou d'accorder les autorisa-
tions ou dérogations individuelles prévues par les dispositions législatives et
réglementaires applicables aux établissements de crédit et aux entreprises
d'investissement à l'exception de celles relevant de la Commission Bancaire."
L'entrée dans la profession doit être agréée ; pour cela, le Comité prend en
compte les caractéristiques techniques, économiques et financières, juridiques
et humaines du projet. Son rôle est aussi d'évaluer la compétence et l'hono-
rabilité des dirigeants ainsi que la viabilité commerciale et financière du pro-
jet. Si les conditions requises ne sont plus remplies par un établissement de
crédit, le Comité peut retirer son agrément.
4.3. Le Comité de la Réglementation Bancaire et Financière
Placé sous la présidence du ministre chargé de l'Économie et des Finances,
le Comité de la Réglementation Bancaire et Financière a pour mission de fixer
"dans le cadre des orientations définies par le gouvernement les prescriptions
d'ordre général applicables aux établissements de crédit et aux entreprises
d'investissement" (art. 29 et 33).
En outre :
. il définit les conditions d'exercice de l'activité bancaire (montant minimal
du capital, conditions d'ouverture de guichets, etc.) ;
. il fixe les caractéristiques des opérations effectuées par les établissements
de crédit (conditions de rémunération des comptes créditeurs, conditions ap-
plicables en matière de relations avec la clientèle ainsi que les instruments et
les règles du crédit) ;
. il est chargé de l'organisation du marché interbancaire et des marchés de
titres de créances négociables ;
. il établit les règles comptables relatives aux établissements de crédit et aux
entreprises d'investissement ;
. il élabore les normes de gestion des établissements de crédit afin de garan-
tir leur liquidité, leur solvabilité et leur équilibre financier, par le contrôle de
différents indicateurs de gestion (ratios, coefficients, etc.).
La compétence du Comité a été étendue à d'autres domaines comme la
prévention des difficultés liées au surendettement des particuliers et des fa-
milles (loi du 31/12/1989) et la lutte contre le blanchiment des capitaux pro-
venant du trafic de stupéfiants ou d'activités criminelles (loi du 2/07/1990).

4.4. La Commission Bancaire

La Commission Bancaire, instituée par la loi bancaire de 1984 (art. 37 et


suivants) et présidée par le Gouverneur de la Banque de France (ou son repré-
sentant) est "chargée de contrôler le respect par les établissements de crédit
des dispositions législatives qui leur sont applicables et de sanctionner les
manquements constatés. Elle examine les conditions de leur exploitation et
veille à la qualité de leur situation financière. Elle veille au respect des règles
de bonne conduite de la profession."
Son autorité s'étend aussi aux entreprises d'investissement, sous réserve de
la compétence du Conseil des Marchés Financiers et de la Commission des
Opérations de Bourse.
La Commission Bancaire dispose de pouvoirs administratifs : dans l'exer-
cice de sa mission de surveillance et de contrôle, elle peut faire effectuer des
contrôles sur pièces et sur place et se faire communiquer tout document et in-
formation utiles. A la suite de ces contrôles communiqués aux organes de di-
rection et de gestion ainsi qu'aux commissaires aux comptes des établisse-
ments de crédit, des décisions administratives peuvent être prises : soit une
mise en garde auprès des établissements, soit une injonction pour qu'ils met-
tent en œuvre les mesures destinées à conforter leur équilibre financier ou
corriger leurs méthodes de gestion.
La Commission Bancaire dispose de pouvoirs disciplinaires : en cas d'in-
fraction à une disposition législative ou réglementaire, de refus de se plier à
une injonction ou de prendre en compte une mise en garde, elle peut prononcer
des sanctions qui sont l'avertissement, le blâme, l'interdiction d'effectuer cer-
taines opérations, la limitation d'activité, la suspension temporaire des respon-
sables, le retrait d'agrément de l'établissement ou une sanction pécuniaire.

Le schéma ci-dessous résume les rôles et fonctions des autorités de régle-


mentation et de contrôle des établissements de crédit.
............................................................................................................................................................................
.............................................................................................................................................................................
Les autorité» de réglementation et de contrôle des établissements de crédit
......................................................................................................................................................................
SECTION ffl - L'ORGANISATION DE LA PROFESSION BANCAIRE
ET LA CLASSIFICATION DES ÉTABLISSEMENTS DE CRÉDIT

Tout établissement de crédit est tenu d'adhérer à un organisme profession-


nel (tel que l'Association Française des Banques, AFB) ou à un organe cen-
tral affilié à l'Association Française des Etablissements de Crédit et des En-
treprises d'Investissement (AFECEI)1.

1. L'Association Française des Établissements de Crédit


et des Entreprises d'Investissement

L'AFECEI est une structure de concertation instaurée par la loi bancaire


de 19842. Elle regroupe les associations professionnelles et les réseaux dotés
d'un organe central, (la Caisse Nationale pour le Crédit Agricole, la Chambre
Syndicale pour les Banques Populaires, la Confédération Nationale pour le
Crédit Mutuel, etc.).
Ses missions sont les suivantes :
• la représentation des intérêts collectifs des établissements de crédit et des
entreprises d'investissement, notamment auprès des Pouvoirs publics,
a l'information de ses adhérents et du public, l'étude des questions d'intérêt
commun et l'élaboration des recommandations s'y rapportant en vue de favori-
ser la coopération entre réseaux, ainsi que l'organisation et la gestion de servi-
ces d'intérêt commun". 3

L'AFECEI est présidée par un bureau composé des dirigeants des princi-
paux adhérents et dispose de commissions dont les domaines d'étude concer-
nent les affaires juridiques et fiscales, la communication, l'évolution de la
technologie, la réglementation et l'exploitation bancaire et, enfin, les affaires
financières.

2. L'Association Française des Banques

Tout à la fois organisme professionnel et syndicat patronal, l'Association


Française des Banques regroupe tous les établissements de crédit agréés
comme banques au titre de la loi de 1984. L'AFB a été créée par la loi du 13
juin 1941, relative à la réglementation et à l'organisation de la profession
bancaire, sous le nom d'Association Professionnelle des Banques (APB).

1Article 23. Loi bancaire de 1984.


2 Dénommé AFEC avant la loi de modernisation des activités financières de juillet 1996.
3 Article 23 de la loi n° 84-46 du 24 janvier relative à l'activité et au contrôle des établisse-
ments de crédit, modifiée par la loi du 2 juillet 1996 de modernisation des activités financiè-
res.
Régie par la loi du 1er juillet 1901 sur les associations, et par les disposi-
tions légales et réglementaires concernant les banques, l'APB change de dé-
nomination en 1976 pour devenir "Association Française des Banques". Les
établissements de crédit agréés comme banques par la loi bancaire de 1984,
sont adhérents de droit à l'AFB quelles que soient leurs activités (spécialisées
ou à vocation générale), leur implantation (internationale, nationale, régionale
ou locale), la répartition de leur capital (banques nationalisées, banques pri-
vées ou banques sous contrôle étranger). L'AFB ne comprend pas en revan-
che, sauf exception, d'autres établissements de crédit qui se regroupent dans
différents organismes professionnels (par exemple les Caisses d'Épargne ou
les Sociétés Financières) ou au sein d'organes centraux.
L'AFB remplit de nombreuses fonctions : lieu de concertation, porte-
parole de la profession, acteur patronal du paritarisme social, réalisation
d'études, mise en œuvre de la communication, information de ses adhérents
des décisions législatives, réglementaires, etc.

3. La classification des établissements de crédit1

Les établissements de crédit sont définis par la loi bancaire de 1984 en


fonction de six catégories (art. 18) : les banques AFB, les banques mutualis-
tes et coopératives, les Caisses d'Épargne, les Caisses de Crédit Municipal,
les sociétés financières et les institutions financières spécialisées.

3.1. Les banques AFB


Leurs actes professionnels sont nombreux et divers :
• elles reçoivent des fonds du public, quelle que soit la durée du dépôt,
• elles effectuent des opérations de crédit en faveur des entreprises et des
particuliers, quelle que soit leur durée,
• elles mettent à la disposition de la clientèle des moyens de paiement,
• elles sont chargées également d'opérations dites "connexes" que sont :
* les opérations de change,
* les placements, souscription, achat, gestion, garde et vente de valeurs
mobilières (actions, obligations...) et de tout produit financier,
* le conseil et l'assistance en matière de gestion de patrimoine et en ma-
tière de gestion financière des entreprises.
Cette nouvelle définition des banques ne tient plus compte des distinctions
opérées naguère entre banques de dépôts, banques d'affaires et banques de
crédit à moyen et long terme. Les banques AFB disposent soit d'un réseau na-

1 Voir également la huitième partie sur les monographies.


tional comme la BNP, la Société Générale, le Crédit Lyonnais par exemple,
soit d'un réseau régional voire local comme la Société Marseillaise de Crédit
ou la Banque Martin Maurel.

3.2. Les banques mutualistes et coopératives


Elles peuvent accomplir les mêmes actes professionnels que les banques
AFB, mais se trouvent soumises à des contraintes spécifiques émanant de
leurs organes centraux respectifs. Parmi elles, on peut citer le Groupe Ban-
ques Populaires, le Groupe Crédit Agricole, le Crédit Mutuel. Les organes
centraux représentent les établissements de crédit qui leur sont affiliés, auprès
de la Banque de France, du Comité des Établissements de Crédit et des Entre-
prises d'Investissement, et sont chargés de veiller à la cohésion de leur réseau
et de s'assurer du bon fonctionnement des établissements qui leur sont affiliés.

3.3. Les Caisses d'Épargne et de Prévoyance


Les Caisses d'Épargne et de Prévoyance sont des établissements de crédit,
à but non lucratif, affiliés à un organe central, le Centre National des Caisses
d'Épargne et de Prévoyance (loi spécifique du 1er juillet 1983 modifiée par la
loi du 10 juillet 1991).

3.4. Les Caisses de Crédit Municipal


Rattachées à l'organe central des Caisses de Crédit Municipal, elles ne
proposent pas tous les services d'une banque (pas d'épargne-logement par
exemple). Leur image est marquée par leur vocation première : les prêts sur
gages, effectués auprès des "Monts de Piété", qui constituent encore aujour-
d'hui une part significative de leur activité. Ils permettent à des emprunteurs
d'obtenir des fonds contre remise d'objets précieux ou de valeur qui leur seront
restitués lors du remboursement de l'emprunt effectué.

3.5. Les Sociétés Financières

Leurs opérations de banque sont réglementées par un cadre qui dépend :


* soit de leur statut législatif et réglementaire :
* les SICOMI : Sociétés immobilières pour le commerce et l'industrie
(financement de l'immobilier pour les entreprises),
* les sociétés de caution mutuelle (intervention dans les crédits d'investisse-
ment des professionnels),
* les sociétés de financement des télécommunications,
* les sociétés de crédit différé (financement de l'immobilier des particuliers),
• les sociétés de crédit immobilier.
. soit de leur agrément pour une activité précise :
• les organismes de crédit à la consommation,
• les établissements de crédit immobilier,
• les sociétés d'affacturage (financement des professionnels),
• les établissements de location avec option d'achat.

3.6. Les Institutions Financières Spécialisées


Ce sont des organismes auxquels l'État a confié une mission permanente
d'intérêt public. Ils ne peuvent, en règle générale, effectuer d'autres opérations
que celles entrant dans le cadre de leur mission définie.
Parmi les principales Institutions Financières Spécialisées, on peut citer :
• la Banque du Développement des PME (BDPME créée le 14 juillet 1996),
qui coiffe dans un holding le CEPME et la Sofaris, est opérationnelle depuis
le 1er janvier 1997, la création de la BDPME a été décidée par les Pouvoirs
publics dans le cadre du "Plan PME pour la France". Cette banque est
"destinée à être l'instrument privilégié du soutien apporté par l'État aux peti-
tes et moyennes entreprises" et doit fournir des crédits à moyen et long terme
en cofinancement avec des banques, des apports en fonds propres et enfin, des
garanties de financement ;
a le Crédit National, apparu en 1919, au lendemain de la première guerre
mondiale pour "faciliter la réparation des dommages causés par la guerre". En
1996, le Crédit National a acquis le contrôle de la Banque Française du
Commerce Extérieur (BFCE) et indirectement celui de sa filiale, la Société de
Banque Française et Internationale. Le Groupe porte aujourd'hui le nom de
Natexis et a pour vocation principale le financement des grandes entreprises ;
e le Crédit Foncier de France, créé en 1852 et spécialisé dans le financement
du logement au profit principalement des particuliers ;
e les Sociétés de Développement Régional orientées vers les financements
régionaux ;
a le Crédit Local de France spécialisé dans les opérations de crédit en faveur
du développement local, qui depuis 1996 s'est rapproché du Crédit Commu-
nal de Belgique par la création du Groupe Dexia ;
a la CCIFP (Chambre de Compensation du Marché à Terme d'Instruments
Financiers de Paris) ;
a la SBF (Société des Bourses Françaises).
Le schéma qui suit présente l'organisation du système bancaire et financier
français au 31 décembre 1996 :
......................................................
......... -ibn. d t e s y & t è i t t f c b a n c a i r e « t f h t a i t c k s r

Source: AFECEI, 1996.


CHAPITRE 2

BANQUE CENTRALE
ET EUROPE MONÉTAIRE

Ce chapitre est consacré à la Banque de France, banque centrale et pilier


du système bancaire français.
La première section aborde les organes directeurs et le statut de la Banque
de France qui, par son indépendance récente, témoigne de l'autonomie de plus
en plus grande de la monnaie par rapport au pouvoir politique.
La deuxième section s'attache à décrire l'organisation de la Banque de
France et les services qu'elle rend à l'État et à la profession bancaire.
La troisième section examine le rôle éminent de la Banque de France dans
la conduite de la politique monétaire.
Enfin, la quatrième section est consacrée à l'Europe monétaire.

SECTION 1 - HISTOIRE ET STATUT DE LA BANQUE DE FRANCE

1. La création de la Banque de France


Créée en 1800 par le Consulat pour stimuler la reprise économique après
la forte récession de la période révolutionnaire et les liquidations des banques
d'émission qui l'ont précédée, la Banque de France est chargée d'émettre des
billets payables à vue et au porteur, en contrepartie de l'escompte d'effets de
commerce. C'est pour rétablir la confiance dans la monnaie que les rédacteurs
des statuts ont confié la mise en circulation du papier-monnaie à une autorité
indépendante des Pouvoirs publics. La Banque de France était donc organisée
sous la forme d'une société par actions, au capital de 30 millions de francs,
dont une partie a été souscrite par le Premier Consul et plusieurs membres de
son entourage. Les 200 actionnaires les plus importants constituaient
l'Assemblée générale.
En 1803, la Banque de France a obtenu le privilège exclusif d'émission de
la monnaie pour Paris. Des succursales appelées "comptoirs d'escompte" se
sont ouvertes dans certaines villes de province à partir de 1808. Le privilège
d'émission accordé à la Banque de France s'est généralisé en 1848 à l'ensem-
ble du territoire français, après l'absorption des banques départementales
d'émission. Ensuite, l'implantation de la Banque de France en province s'est
développée à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle.
Parallèlement à cette extension géographique, le volume des opérations
s'est accru et diversifié. La Banque de France prit une part active au maintien
de la valeur de la monnaie par les achats et ventes d'or et, en contrepartie de
son privilège d'émission, elle dut assurer gratuitement le service de caisse des
comptables du Trésor et consentir des avances à l'État lorsque la situation des
finances publiques l'exigeait.

2. De 1936 à 1973

Après sa victoire électorale en 1936, le gouvernement du Front Populaire a


estimé contraire à l'intérêt général que la Banque de France conserve plus
longtemps le statut juridique de droit privé qui était le sien. La banque a ainsi
été mise sous le contrôle direct de l'État. La loi du 24 juillet 1936 donne aux
Pouvoirs publics des moyens d'intervention plus directs dans la gestion de la
Banque et l'Assemblée générale est désormais ouverte à tous.
Cette réforme s'est accompagnée d'une codification des textes régissant
l'Institut d'Émission. Elle marque un renforcement de l'autorité des Pouvoirs
publics mais n'est qu'un prélude à la nationalisation, qui intervient après la
Libération, avec la loi du 2 décembre 1945. Celle-ci prévoit que le capital de
la Banque sera transféré à l'État le 1er janvier 1946 et que les actionnaires re-
cevront des obligations, en remplacement de leurs actions, à raison de quatre
obligations remboursables en vingt ans pour une action.
Si les réformes de 1936 et de 1945 ont retiré aux intérêts privés toute part
dans la gestion de l'Institut d'Émission et renforcé le contrôle de l'État, elles
n'ont pas pour autant diminué le rôle du gouverneur vis-à-vis des Pouvoirs
publics ni réduit l'autonomie de gestion reconnue à la Banque.
3. La refonte des statuts de 1973

L'évolution de la Banque de France depuis 1945 a rendu nécessaire une


mise à jour des statuts de 1936, notamment dans le domaine de l'organisation
et du contrôle du crédit. Par conséquent, les dispositions législatives et régle-
mentaires de 1973 réorganisent les statuts de la Banque de France en préci-
sant qu'elle est "l'institution qui reçoit de l'État la mission générale de
veiller sur la monnaie et le crédit. A ce titre, elle veille au bon fonctionne-
ment du système bancaire". Allégés et mis à jour, les statuts régissant
l'organisation et l'activité de la Banque définissent alors ses missions essen-
tielles et réglementent les opérations et les interventions de la Banque de
France de manière suffisamment souple pour permettre toutes les évolutions
éventuelles.

4. L'indépendance de la Banque de France : un tournant décisif


La loi du 4 août 1993 marque un tournant décisif dans l'histoire de la
Banque. Le souhait de doter l'Institut d'Émission d'un statut d'indépendance
s'explique par la volonté d'assurer la continuité et la permanence de l'action
de la politique monétaire, dégagée des préoccupations de court tenne, et de
conforter ainsi sa crédibilité.

4.1. Le cadre juridique de l'indépendance


La loi du 4 août 1993 relative aux statuts de la Banque de France et à
l'activité et au contrôle des établissements de crédit, modifiée par la loi du 31
décembre 1993, organise l'indépendance de la politique monétaire française à
partir des dispositions principales suivantes :
Le titre premier de la loi s'attache au statut de la Banque de France et dé-
veloppe dans son premier chapitre les cinq missions fondamentales de la Ban-
que de France.
"La Banque de France définit et met en œuvre la politique monétaire dans
le but d'assurer la stabilité des prix. Elle accomplit sa mission dans le cadre
de la politique économique générale du Gouvernement. Dans l'exercice de ces
attributions, la Banque de France (...) ne peut ni solliciter ni accepter
d'instructions du Gouvernement ou de toute personne." (art. 1 el
"La Banque de France régularise les rapports entre le franc et les devises
étrangères." (art. 2). "A cet effet, la Banque de France détient et gère les ré-
serves de change de l'État en or et en devises".
"Il est interdit à la Banque de France d'autoriser des découverts ou
d'accorder tout autre type de crédit au Trésor public ou à tout autre orga-
nisme ou entreprise publics." (art. 3).
"La Banque de France veille au bon fonctionnement et à la sécurité des
systèmes de paiement". (art. 4).
"La Banque de France est seule habilitée à émettre les billets reçus comme
monnaie légale sur le territoire de la France métropolitaine (...). et veille à la
bonne qualité de la circulation de la monnaie fiduciaire." (art. 5).
Le chapitre II décrit l'organisation de la Banque de France en stipulant
dans l'article 6 qu'elle est une institution dont le capital appartient à l'État.
Les articles suivants (de 7 à 13) définissent les rôles du Conseil de la Politi-
que Monétaire, du Conseil Général, du gouverneur et des sous-gouverneurs
(voir Organisation et structure de la Banque de France, p 28). L'article 14
précise que le personnel de la Banque est tenu au secret professionnel.
Le chapitre III expose les autres missions et activités d'intérêt général de
la Banque de France et, notamment, l'établissement de la balance des paie-
ments et de la position extérieure de la France. Ces prestations sont rémuné-
rées afin de couvrir les coûts engagés par la Banque (art. 15 et 16).
L'article 17 énumère les organismes et personnes pouvant être titulaires de
comptes à la Banque de France. Quant à l'article 18, il précise les opérations
que peut effectuer la Banque de France.
Le chapitre IV précise que "le gouverneur de la Banque de France adresse
au Président de la République et au Parlement, au moins une fois par an, un
rapport sur les opérations de la Banque de France, la politique monétaire et
ses perspectives." (art. 18).
Quant au chapitre V, il mentionne le fait que la Banque de France est
"habilitée à se faire communiquer par les établissements de crédit et les éta-
blissements financiers tous documents et renseignements qui lui sont nécessai-
res pour exercer les missions définies au chapitre 1er.
L'indépendance de la banque centrale dans l'exercice de sa mission exige,
en contrepartie, une cohérence vis-à-vis des autorités chargées des autres
composantes de la politique économique et une transparence envers les insti-
tutions démocratiques. Cette disposition ne porte pas préjudice à
l'indépendance de la politique monétaire puisqu'elle est garantie par la souve-
raineté du nouveau Conseil de la Politique Monétaire dans l'exercice de ses
fonctions.
4.2. Le nouveau statut de la Banque de France : une étape vers l'Union
économique et monétaire
Le changement de statut de la Banque de France a été principalement mo-
tivé par des raisons politiques qui tiennent à l'application du traité de Maas-
tricht et à la volonté de poursuivre la construction européenne en utilisant le
levier de la monnaie unique. Le traité prévoit en effet la création du Système
européen de banques centrales (SEBC), fédérant les banques centrales natio-
nales indépendantes autour de la Banque centrale européenne, elle-même in-
dépendante.

4.2.1. La mise en place de la Banque centrale européenne


En ratifiant le traité de Maastricht, les douze pays membres de la commu-
nauté ont posé la première pierre de l'Union économique et monétaire destinée
à être effective le 1er janvier 1999. L'Institut monétaire européen (IME), qui
s'est installé à Francfort le 1er janvier 1994, est le premier acte institutionnel
marquant le début de la deuxième phase de processus d'Union économique et
monétaire (UEM). Ce nouvel organisme européen est le précurseur de la fu-
ture Banque centrale européenne.

4.2.2. Les conséquences pour les États membres


En termes de fonctionnement, la mise en œuvre effective d'une politique
monétaire cohérente à l'échelon communautaire se traduit par l'interdiction de
principe posée à toutes les banques centrales adhérentes à l'UEM de financer
les déficits publics. Cette interdiction se traduit très concrètement par
l'impossibilité pour chaque État membre de procéder à la création monétaire,
ou de faire des avances au Trésor pour compenser temporairement ou sur le
plus long tenne les désajustements budgétaires.
SECTION n - ORGANISATION, STRUCTURE ET SERVICES RENDUS
PAR LA BANQUE DE FRANCE

1. Organisation et structure de la Banque de France


1.1. Les organes directeurs de la Banque de France
Les organes directeurs de la Banque de France sont le Conseil de la Politi-
que Monétaire, le Conseil Général, le gouverneur et les sous-gouverneurs.

1.1.1. Le Conseil de la Politique Monétaire


Il est chargé de définir la politique monétaire ainsi que les obligations
qu'elle peut conduire à imposer aux établissements de crédit. Il surveille éga-
lement l'évolution de la masse monétaire. Le Conseil de la Politique Moné-
taire comprend le gouverneur, les deux sous-gouverneurs et six autres mem-
bres nommés en Conseil des ministres pour six ans.

1.1.2. Le Conseil Général

Il est composé des membres du Conseil de la Politique Monétaire et d'un


représentant élu des salariés de la Banque de France. Un censeur, nommé par
le ministre de l'Économie et des Finances, assiste aux réunions du Conseil
avec un droit de veto. Le Conseil Général traite des questions relatives à
l'administration de la Banque de France, définit les conditions des opérations
et délibère sur les statuts du personnel.

1.1.3. Le gouverneur et les sous-gouverneurs


Le gouverneur et les deux sous-gouverneurs sont nommés par décret en
Conseil des ministres. Le gouverneur assure la direction de la Banque de
France et préside le Conseil de la Politique Monétaire et le Conseil Général. Il
prépare et met en œuvre les décisions qui y sont prises, assisté par les deux
sous-gouverneurs.

1.2. Les structures de la Banque de France


Le Comité de Direction suit le développement des projets mis en œuvre par
les différents secteurs d'activité de la Banque de France, dont la coordination
est assurée par des comités. La mise en place des mesures prises par la direc-
tion et la gestion quotidienne de la Banque de France sont confiées à des ser-
vices spécialisés.
Les succursales sont organisées au sein de 22 régions correspondant au
découpage administratif national. Chacune d'elles est placée sous l'autorité
d'un directeur nommé par le gouverneur.
............................................................................
Organigramme 4e la Banque de France
..........................................................................................
(Sotirçe de Ftanûê - Internet 1996)

2. Les services rendus à la profession bancaire et à l'État


2.1. Les services de la Banque de France rendus à la profession ban-
caire

Banque des banques, la Banque de France a développé une offre de servi-


ces collectifs qui leur sont destinés. En raison de sa compétence, elle est à
même de recueillir de multiples informations et de diffuser des renseignements
après les avoir exploités.

2.1.1. Le service central des Risques


Créé en 1946 et régi actuellement par un règlement du Comité de la Ré-
glementation Bancaire du 27 février 1986, le service central des Risques as-
sure le recensement périodique des crédits consentis au-delà d'un certain seuil
par les établissements de crédit à chacun de leurs clients ainsi que celui des
créances arriérées de cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales.
Cette centralisation permet aux établissements déclarants de connaître l'endet-
tement total, par catégorie de crédits, de leur clientèle. Ils fournissent égale-
ment aux autorités monétaires des informations utiles sur la distribution du
crédit par établissement déclarant (nature de crédits, secteur d'activité éco-
nomique et région).

2.1.2. Le Fichier central des chèques (FCC)


Le FCC centralise, conformément au dispositif de prévention créé par la
loi n° 91-1382 du 31/12/1991 sur la sécurité des chèques et des cartes de
paiement, les incidents de paiement de chèques, les interdictions bancaires
d'émettre des chèques décidées à la suite d'incidents de paiement ainsi que les
interdictions bancaires d'émettre des chèques prononcées par les tribunaux
(dites "interdictions judiciaires"). Ce fichier assure également la centralisation
des décisions de retrait des cartes bancaires prises par les établissements
adhérents au Groupement des cartes bancaires. La consultation de ce fichier
est réservée aux établissements de crédit dans le cadre de la délivrance de
formules de chèques mais est également autorisée préalablement à l'octroi d'un
crédit.
Au 31 décembre 1996, 2,2 millions de personnes étaient recensées dans le
FCC au titre d'une interdiction d'émettre des chèques. Au cours de cette même
année, 5,8 millions de déclarations d'incidents de paiement ont été enregistrées
et 197 000 décisions de retraits de cartes bancaires.1

2.1.3. Le Fichier national des chèques irréguliers (FNCI)


La loi du 30 décembre 1991 a également confié à la Banque de France le
soin d'informer tout bénéficiaire d'un chèque remis en paiement de la régulari-
té de son émission. Ce fichier centralise l'ensemble des incidents affectant la
régularité de l'émission d'un chèque sur un compte bancaire : opposition pour
perte ou vol de chéquier, clôtures de comptes, coordonnées de tous les comp-
tes ouverts au nom d'une personne frappée d'une interdiction d'émettre des
chèques.
La Banque de France peut également interroger le Fichier des comptes
bancaires (Ficoba), géré par la direction générale des Impôts, afin d'identifier
l'ensemble des comptes détenus par un interdit de chèque.
Au 31/12/1996, le fichier recensait 13,43 millions d'opérations dont :
• 3,58 millions de comptes d'interdits bancaires ou judiciaires ;
• 4,29 millions de comptes clôturés ;
• 5,56 millions d'oppositions sur formules de chèques.

1 Source : CNCT, rapport 1996.


A fin décembre 1996, 33 000 commerçants ou prestataires de services
étaient abonnés au système et 64,5 millions d'appels ont été enregistrés sur
l'ensemble de l'année 19961.
Un centre d'appel permanent permet aux titulaires de chéquiers de signaler
la perte ou le vol de leur formule et déclenche une alerte sur le compte en
cause dans le FNCI.

2.1.4. Le Fichier national des incidents de remboursement des crédits aux


particuliers (FICP)
Le FICP a été créé par la loi n° 89-1010 du 31 décembre 1989 relative au
surendettement des particuliers. Ce fichier enregistre, outre les incidents de
paiement survenus à l'occasion du remboursement des crédits accordés à des
particuliers, les mesures conventionnelles et judiciaires prises dans le cadre du
traitement des situations de surendettement. Le FICP offre ainsi aux établis-
sements de crédit et aux services financiers de La Poste des éléments d'appré-
ciation sur les difficultés de remboursement rencontrées par les emprunteurs.
A fin décembre 1996, le fichier recensait 1,2 million de débiteurs2.

2.1.5. Les Commissions de surendettement des particuliers


Depuis le 1er mars 1990, la Banque de France est chargée du secrétariat
des commissions de surendettement instituées par la loi du 31 décembre 1989
modifiée par la loi du 8 février 1995. Ces commissions s'attachent à la pré-
vention et au règlement des difficultés liées au surendettement des particuliers
et des familles, en tentant de trouver des solutions amiables et en négociant
des plans de recouvrement du passif acceptables aussi bien par le débiteur,
que par ses principaux créanciers. En cas d'insuccès des négociations, les
commissions ont la mission d'élaborer, à la demande du débiteur, un plan de
réaménagement auquel le juge de l'exécution est chargé de conférer force exé-
cutoire après en avoir contrôlé la régularité juridique.
En 1996, 87 000 dossiers ont été déposés auprès des commissions.
Une réflexion en cours prévoit d'élargir le pouvoir des commissions. Dans
les cas où l'impossibilité de rembourser est quasi-certaine, les commissions
pourraient faire des propositions au juge, allant d'un moratoire de trois ans à
l'effacement des dettes des surendettés, sans toutefois retenir le principe de la
faillite civile comme cela existe dans certains pays.

1et2 Source : CNCT, rapport 1996.


2.2. Les services de la Banque de France rendus à l'État
Même si le rôle de la Banque de France n'est plus celui de banque de
l'État, elle est chargée par la loi d'effectuer différentes missions d'intérêt gé-
néral au service de l'État et de l'économie.

2.2.1. La tenue du compte du Trésor public


La Banque de France tient le compte courant du Trésor public et recouvre
les valeurs émises par celui-ci. Les prestations qu'elle offre à l'ensemble des
comptables publics font l'objet de rémunérations fixées par conventions. Elle
s'occupe principalement des prélèvements de billets destinés à l'alimentation
des Caisses publiques ou des versements de leurs excédents. Elle gère aussi
l'encaissement des chèques correspondant au règlement d'impôts et de taxes.

2.2.2. La participation à la gestion de la dette publique


Au moyen des adjudications qu'elle organise (vente au plus offrant), la
Banque de France participe à la gestion de la dette publique. En faisant jouer
la concurrence, cette procédure permet d'émettre les titres (bons et obligations
assimilables du Trésor) dans des conditions optimales. Son emploi régulier
permet d'échelonner dans le temps les appels de fonds de l'État et d'en modu-
ler l'importance en fonction des besoins et de la situation du marché.

2.2.3. La tenue des comptes courants de Bons du Trésor


Une ordonnance de 1945 a confié à la Banque de France la gestion en
compte courant des Bons du Trésor détenus par les banques, les établisse-
ments financiers et les sociétés d'assurance. Depuis 1988, la Banque utilise à
cet effet le système automatisé Saturnel, auquel les principaux titulaires de
comptes sont reliés par télétransmission, système conçu avec un double ob-
jectif : renforcer la sécurité des transactions en assurant la simultanéité des
mouvements de titres et d'espèces (règlement contre livraison) et permettre le
traitement de toutes les variétés d'opérations (dénouement des adjudications,
achats/ventes sur le marché secondaire, prêts/emprunts de titres, pensions li-
vrées conclues de gré à gré ou dans le cadre des interventions de la Banque de
France sur le marché monétaire.

2.2.4. L'élaboration de la balance des paiements


La balance des paiements et la position extérieure de la France sont éta-
blies par la Banque de France pour l'État. Chaque année, la Banque de

1 Système Automatisé de Traitement Unifié des Règlements de Créances Négociables.


France et le Ministère de l'Économie publient conjointement un document
analysant l'évolution de la balance des paiements, de la position extérieure et
les états de règlements par rapport à chaque pays. L'activité des marchés in-
ternationaux de capitaux est également suivie de manière spécifique : risques-
pays, marchés de l'écu et de l'eurofranc, ou encore produits dérivés.

SECTION m - LA BANQUE DE FRANCE ET LA POLITIQUE MONÉ-


TAIRE

1. Les objectifs de la politique monétaire


La première mission de la Banque de France est la définition et la mise en
œuvre de la politique monétaire, dans le but d'assurer la stabilité des prix,
dans le cadre de la politique économique générale du gouvernement (art. 1er de
la loi relative au statut de la Banque de France du 4 août 1993).
Dans un environnement profondément modifié par la libéralisation des
marchés de capitaux et par le poids des anticipations des agents économiques,
la politique monétaire, au-delà de son rôle traditionnel consistant à fournir à
l'économie les liquidités nécessaires à son bon fonctionnement, s'est donc con-
centrée sur l'objectif de stabilité des prix. Les Pouvoirs publics, convaincus de
favoriser le processus de désinflation et d'améliorer la compétitivité structu-
relle de l'économie, ont inscrit cet objectif dans le texte de la loi.
Pour garantir la stabilité des prix, deux objectifs intermédiaires sont défi-
nis : la stabilité de la valeur externe du franc et la maîtrise de la croissance de
la masse monétaire.
La Banque de France vérifie également que l'économie française dispose
des moyens de financement nécessaires à sa croissance.
L'application de ces principes est parfaitement illustrée ci-dessous dans le
dispositif de politique monétaire arrêté par le Conseil de la Politique Moné-
taire pour l'année 1997 (source : Rapport Banque de France 1996, points 1.1
à 1.4).

1.1. L 'objectiffinal : la stabilité des prix


"L'objectif final du Conseil de la Politique Monétaire est, comme le veut la
loi, la stabilité des prix. L'objectif du Conseil est que la hausse des prix, me-
surée par l'indice des prix à la consommation, ne devrait pas dépasser 2 % en
1997 comme à moyen terme.
1.2. Les objectifs intermédiaires externe et interne
Afin d'atteindre cet objectif final, la Banque de France se réfère à deux
objectifs intermédiaires, l'un externe, l'autre interne :
a l'objectif de stabilité de la valeur externe de la monnaie : comme c'est le
cas depuis maintenant dix ans, la stabilité du franc sera assurée vis-à-vis du
groupe des monnaies les plus crédibles participant au mécanisme de change
européen ;
• l'objectif interne de croissance de la masse monétaire appréciée par
l'évolution des agrégats monétaires étroits et larges : cette croissance devrait
pouvoir s'inscrire en 1997 dans une tendance de moyen terme de 5 %, com-
patible avec une hausse des prix qui n'excède pas 2 % et une croissance du
PIB non inflationniste d'environ 2,5 % en volume, qui pourrait être dépassée
compte tenu du potentiel de rattrapage de la croissance à moyen terme. Le
Conseil de la Politique Monétaire a décidé de suivre simultanément les princi-
paux agrégats étroits et larges de manière à procéder à une estimation de
synthèse de l'ensemble de nos évolutions monétaires.

1.3. Le suivi de l'endettement intérieur total

L'endettement intérieur total est par ailleurs un indicateur important : il


permet à la Banque de France de vérifier que notre économie dispose des
moyens de financement nécessaires à sa croissance ; il facilite le suivi simul-
tané de l'évolution des financements des entreprises, des ménages et des ad-
ministrations publiques (voir aussi L'endettement intérieur total, p 40).

1.4. Les autres indicateurs

Enfin, le Conseil de la Politique Monétaire, parmi d'autres indicateurs,


suivra attentivement l'évolution de l'ensemble des indicateurs précurseurs de
l'évolution des prix, notamment le taux d'utilisation des capacités de produc-
tion, les coûts de production, l'évolution des revenus et le cours des matières
premières. Le Conseil, par ailleurs, suivra l'évolution des taux d'intérêt à long
terme et de la balance des paiements courants."

2. Définition et décomposition de la masse monétaire


2.1. La mesure de la quantité de monnaie
Une telle démarche a pour objectif "d'essayer de déterminer la capacité
potentielle de dépense des agents économiques dont l'activité principale est
d'intervenir sur le marché des biens et services, de produire, d'acquérir, de
vendre et d'épargner, c'est-à-dire ceux dont l'action joue un rôle majeur sur la
croissance économique et l'inflation. C'est en fonction de cette recherche que
l'on se fixe des critères de recensement pour, d'une part, choisir les détenteurs
et les formes de monnaie à retenir et, d'autre part, établir une distinction entre
actifs financiers monétaires et non monétaires. ,,1

2.2. Définition de la masse monétaire


La masse monétaire peut être définie comme l'ensemble des moyens de
paiement qui sont en circulation dans un pays à un moment donné. Elle repré-
sente donc la quantité globale de monnaie dont disposent les différents agents
économiques pour financer leur activité. Grandeur économique d'une extrême
importance, la masse monétaire fait naturellement l'objet d'une décomposition
très précise et très détaillée donnant lieu à la construction de plusieurs agré-
gats.
La définition et la mise en œuvre de la politique monétaire par la Banque
de France supposent que celle-ci dispose d'une information statistique fiable
sur la capacité globale de dépense des agents économiques. A cette fin, elle
recense l'ensemble des liquidités détenues par les agents non financiers rési-
dents au moyen d'agrégats de monnaie, sur le fondement d'une distinction en-
tre actifs monétaires et actifs non monétaires. La masse monétaire est appré-
hendée à l'aide d'indicateurs statistiques que sont les agrégats monétaires.

2.3. Les principes de la construction des agrégats monétaires


Les agrégats monétaires recensent les moyens dont disposent les sociétés et
les ménages pour intervenir sur les marchés des biens et des services. La
composition des agrégats monétaires s'est modifiée en fonction de l'évolution
des actifs dits monétaires, c'est-à-dire susceptibles d'alimenter les transactions
sur biens et services (par opposition aux actifs financiers qui sont de vérita-
bles instruments d'épargne longue).
Avant 1986, étaient considérés comme monétaires, outre les moyens de
paiement immédiats, les actifs gérés ou émis par des institutions financières
dont la conversion rapide et facile en moyens de paiement, sans prélèvement
sur les moyens de paiement d'un autre agent économique non financier, est
sans risque de perte en capital. Les placements dont la liquidation avant
échéance ne peut se faire que par négociation sur un marché, avec un risque
de perte en capital, étaient exclus des agrégats monétaires.

1Didier BRUNEEL, La monnaie, La Revue BANQUE ÉDITEUR, 1992.


La ventilation des actifs contenus dans l'agrégat monétaire le plus large re-
posait sur deux principes :
e les moyens de paiement immédiatement utilisables dans les transactions
é t a i e n t r e g r o u p é s d a n s l ' a g r é g a t M I ( " d i s p o n i b i l i t é s m o n é t a i r e s " ) ;

• pour les autres actifs monétaires ("placements liquides ou à court terme"),


un critère institutionnel conduisait pour l'essentiel à distinguer les placements
gérés par les institutions bancaires (dans M2 - MI "quasi-monnaie") de ceux
gérés par les Caisses d'Épargne (dans M3 - M2 "autres placements liquides
ou à court terme"). Ce critère institutionnel reflétait le cloisonnement adminis-
tratif et juridique du système financier français.
La réforme de 1986, accompagnant le processus d'innovations financières
et plus particulièrement le développement des OPCVM et la création des titres
de créances négociables, a rendu plus floue la frontière entre monnaie et actif
financier non monétaire. En effet, la liquidation d'une valeur négociable sur un
marché peut très bien intervenir sans prélèvement sur les moyens de paiement
d'un autre agent économique, rendant alors ce critère désuet. Les liquidités
détenues par les SICAV et les FCP1 ont donc été intégrées dans les agrégats
monétaires.
La ventilation en sous-ensembles qui est entrée en vigueur en 1986 et qui a
été modifiée en 1991, n'est plus fondée sur un critère institutionnel mais sur la
nature des placements et leurs fonctions essentielles (critère fonctionnel).
D'autre part, depuis 1991, le champ de l'analyse a été élargi avec la défini-
tion d'agrégats de placement intégrant les placements correspondant à une
volonté d'épargne stable.

2.4. Les agrégats de monnaie2


Les agrégats de monnaie sont construits par intégration successive de pro-
duits, du plus étroit au plus large, et sont au nombre de quatre.

2.4.1. L'agrégat M 1
Il recense la monnaie dans son acception la plus étroite et englobe les
moyens de paiement, c'est-à-dire :
e la monnaie dite fiduciaire : billets émis par la Banque de France sur le
territoire métropolitain et monnaies divisionnaires (ou pièces métalliques)
émises par le Trésor et mises en circulation par la Banque de France ;

Sociétés d'investissement à capital variable et Fonds communs de placement.


2 Pour des chiffres détaillés, se rapporter au chapitre 3, section 2.
. la monnaie scripturale : elle correspond aux dépôts à vue en francs placés
principalement sur les comptes ordinaires créditeurs ouverts auprès des éta-
blissements de crédit ( et assimilés), du Trésor et de La Poste. L'utilisation de
ces dépôts pour des règlements se fait au moyen d'instruments prévus à cet
effet (chèques, virements, cartes de paiement, etc.).

2.4.2. L'agrégat M 2
L'agrégat M 2 comprend, en plus de M 1, les placements à vue en francs
sur des comptes sur livrets auprès des établissements de crédit, de La Poste et
du Trésor. Ces fonds, disponibles sans préavis, sont rémunérés à des taux ré-
glementés et, non mobilisables par chèques, ne peuvent servir directement
pour effectuer des règlements.

2.4.3. L'agrégat M 3
L'agrégat M 3 inclut, outre M 2 :
. les placements en devises sous la forme de dépôts à vue, comptes à terme,
titres de créances négociables émis par les établissements de crédit et détenus
par les agents non financiers résidents ;
e tous les placements à terme non négociables sur un marché et gérés par les
établissements de crédit, le Trésor et La Poste ;
e les titres de créances négociables émis par les établissements de crédit et
détenus par les agents non financiers résidents ;
e les titres d'OPCVM' monétaires détenus par les agents non financiers rési-
dents ;
e les parts de fonds communs de créances à moins de cinq ans détenues par
le public.

2.4.4. L'agrégat M 4
L'agrégat regroupe, en plus de M 3, les titres de créances négociables émis
par les agents non financiers résidents, c'est-à-dire :
• les b o n s d u T r é s o r n é g o c i a b l e s ;

• les billets de trésorerie et les bons à moyen terme négociables émis par les
entreprises.

1Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières.


Les principaux agrégats de monnaie fin décembre 1996
(données brutes en milliards de francs). Source : B a n q u e de F r a n c e

2.5. Les agrégats de placement


La modification du contexte financier dans lequel est mise en œuvre la
politique monétaire demande le suivi, non seulement des agrégats de monnaie,
mais aussi d'indicateurs représentatifs des autres catégories de placements fi-
nanciers détenus par les agents non financiers résidents.
Les actifs qui correspondent à une intention d'épargne durable sont ainsi
répertoriés dans les agrégats dits de placements, classés selon leurs caracté-
ristiques et par ordre de proximité décroissante avec les avoirs monétaires.

2.5.1. L'agrégat P 1
L'agrégat P 1 rassemble les placements stables et non négociables sur un
marché qui constituent l'épargne contractuelle, c'est-à-dire :
• les plans d'épargne-logement ;
• les plans d'épargne populaire ;
• les bons de capitalisation émis par les entreprises d'assurance ;
• les comptes espèces associés aux plans d'épargne en actions ;
• les livrets d'épargne-entreprise ;
• les contrats d'épargne auprès des sociétés de crédit différé ;
• les titres d'OPCVM "garantis".

2.5.2. L'agrégat P 2
L'agrégat P 2 regroupe les placements obligataires ou à forte composante
obligataire, c'est-à-dire :
• les obligations ;
• les titres d'OPCVM "obligations et autres titres de créances" ;
a les placements d'assurance-vie.

2.5.3. L'agrégat P 3
L'agrégat P 3 comprend les placements en actions ou à dominante actions,
c'est-à-dire :
• les actions ;
• les titres d'OPCVM "actions", "diversifiés" et "autres titres".

3. La mise en œuvre de la politique monétaire


Comme il a déjà été dit, afin d'atteindre l'objectif final de stabilité des prix,
la Banque de France se réfère à deux objectifs intermédiaires :
• un objectif de stabilité de la valeur externe de la monnaie vis-à-vis des
principales monnaies participant au mécanisme de change européen ;
• un objectif interne moyen de 5 % pour la croissance de l'agrégat monétaire
M 3 avec une hypothèse de hausse des prix inférieure à 2 %\

3.1. Les contreparties de M 3


Les opérations qui ont contribué à la formation de la masse monétaire me-
surée au niveau M 3 en représentent les contreparties. Celles-ci sont établies,
comme l'agrégat M 3, à partir des bilans consolidés de la Banque de France2
et des autres établissements situés en métropole, auxquels sont ajoutés les
éléments de l'activité du Trésor et de La Poste. Le passif permet de calculer la
masse monétaire, l'actif contribue à la détermination des contreparties.
On distingue trois contreparties :
• l'or et les devises (ou contrepartie extérieure) ;
• les créances sur l'État (pouvant être considérées comme des avances de la
Banque centrale à l'État) ;
. les créances sur l'économie (crédits aux entreprises et aux particuliers con-
sentis par les établissements de crédit, titres de placement et billets de tréso-
rerie détenus par les établissements de crédit).
La contrepartie "créances sur l'économie" constitue la principale des con-
treparties de la masse monétaire. Elle forme avec la contrepartie "créances sur
l'État" le crédit interne. Deux contreparties regroupant des ressources non
monétaires viennent en déduction. Il s'agit des ressources stables nettes des
établissements de crédit (emprunts et capitaux propres nets) et les placements
d'épargne contractuelle (essentiellement plans d'épargne-logement).

1Données de la Banque de France, Mars 1995.


2 Voir tableau p 43.
3.2. L 'endettement intérieur total1

Indépendamment des agrégats de monnaie, les autorités monétaires suivent


un agrégat de financement global : l'endettement intérieur total. En plus du
crédit interne, cet agrégat tient compte des financements obtenus sur les mar-
chés de capitaux internes ou par emprunts réalisés avec l'étranger. Il regroupe
ainsi l'endettement total des agents non financiers résidents.
Le suivi de cet agrégat est d'autant plus important que, depuis quelques
années, la déréglementation et les innovations financières ont rendu plus faci-
les les substitutions entre les différentes formes de financement.
L'endettement intérieur total est un indicateur grâce auquel la Banque de
France analyse les conditions de réalisation de son objectif interne et vérifie
que l'économie dispose des moyens de financement nécessaires pour accom-
pagner la croissance, tout en prévenant l'inflation.

3.3. L 'action s u r les t a u x d'intérêt 2

Dans le cadre de la politique monétaire et dans les limites fixées par les
Pouvoirs publics, la Banque de France intervient sur le marché interbancaire
afin de fournir aux banques les liquidités dont elles ont besoin, lorsque les
compensations opérées entre les établissements sont insuffisantes. Comme le
montrera le chapitre 7 de la troisième partie, la Banque centrale bénéficie d'un
pouvoir extrêmement important, car c'est elle qui, en fonction des objectifs
qu'elle assigne à la politique monétaire, détermine les taux d'intérêt associés à
ses interventions. L'évolution des taux d'intérêt exerce une influence directe
sur la parité du franc par rapport aux autres devises. Par conséquent, la com-
paraison des conditions de rémunération des placements en francs par rapport
aux autres devises joue un rôle très important dans les arbitrages que sont
amenés à opérer les différents agents économiques (résidents et surtout non-
résidents) dans la gestion de leurs portefeuilles. Pour ces deux raisons asso-
ciées, la politique des taux d'intérêt est devenue l'instrument principal de la
politique monétaire (plus de détail seront donnés dans les développements
traitant de l'action de la Banque de France sur le marché interbancaire).

3.4. Les relations internationales

Le gouvernement détermine le régime de change et la parité du franc. Pour


le compte de l'État et dans le cadre des orientations de la politique de change
émises par le Ministère de l'Économie et des Finances, la Banque de France

1Pour les chiffres détaillés, voir Chapitre 3, Section 2, p 59 et suivantes.


2 Source : Banque de France, Internet.
régularise les rapports entre le franc et les devises étrangères. Ainsi, elle as-
sure la surveillance quotidienne du marché des changes. Elle détient et gère les
réserves de change de l ' É t a t en or et en devises.
Les relations extérieures de la Banque de France sont particulièrement im-
portantes dans le cadre du système monétaire international et de la construc-
tion monétaire européenne. Elle est amenée à contribuer largement a u x études
et décisions concernant la coopération européenne.

4. L e s a u t r e s missions d e la B a n q u e d e F r a n c e

4.1. L a collecte et l ' i n t e r p r é t a t i o n des i n f o r m a t i o n s n é c e s s a i r e s à la p o l i -


tique monétaire

Bien que la loi n ' a i t pas fait mention de cette activité a u titre de sa mission
fondamentale, il est évident que, p o u r m e n e r à bien son action dans le do-
maine de la politique monétaire, la Banque de France a besoin d'informations
statistiques fiables. Elle collecte directement de nombreuses statistiques moné-
taires, financières et économiques, qu'elle utilise p o u r ses propres analyses et
qu'elle met à la disposition des décideurs économiques et du g r a n d public. Il
s ' a g i t p o u r l'essentiel de la masse monétaire et de ses contreparties, de la ba-
lance des paiements et des comptes nationaux financiers. E n plus des études
conduites sur l'économie française, la Banque de France suit très attentive-
ment l'évolution économique et financière de n o m b r e u x pays.
P a r ailleurs, grâce a u x contributions de son réseau de succursales (211 en
1996) et à sa politique de "présence de place", la B a n q u e de France exerce le
rôle d ' u n véritable observatoire de l'économie réelle dont les analyses consti-
tuent des éléments d'appréciation particulièrement utiles p o u r la conduite de
la politique monétaire. Ainsi, la B a n q u e de France réalise chaque mois des
enquêtes de conjoncture économique et des enquêtes financières qui analysent
les comportements et les variations d ' o p i n i o n de plusieurs milliers de chefs
d'entreprises ou de responsables d'établissements bancaires.

4.2. L 'émission et l ' e n t r e t i e n d e l a m o n n a i e f i d u c i a i r e

L a loi du 4 août 1993, reprenant les textes antérieurs, précise que la Ban-
que de France est seule habilitée à émettre les billets reçus comme monnaie
légale sur le territoire métropolitain. L a loi précise également qu'elle veille à la
bonne qualité de la circulation fiduciaire. Très tôt, la Banque de France s ' e s t
dotée d ' u n outil industriel capable d ' a s s u r e r la conception et la production des
billets. A u j o u r d ' h u i encore, elle figure parmi les rares banques centrales qui
assurent toutes les étapes du processus de production, de la fabrication du
papier à l'impression des billets. La répartition des billets et des pièces sur
tout le territoire est assurée par le siège à Paris et les succursales en province.
L'Institut d'Émission des départements d'Outre-mer et l'Institut d'Émission
d'Outre-mer, alimentés en coupures par la Banque de France, assurent cette
distribution dans les départements d'Outre-mer ainsi que dans les collectivités
territoriales de Saint-Pierre-et-Miquelon et Mayotte.
Après avoir circulé, les billets rentrent dans les caisses de la Banque de
France où ils sont reconnus à l'unité. On vérifie leur nombre et leur authen-
ticité et les soumet à un triage destiné à éliminer ceux qui ne peuvent pas être
remis en circulation en raison de leur mauvais état.
La circulation fiduciaire connaît des fluctuations qui suivent un rythme
mensuel et un rythme saisonnier (sortie importante de coupures lors du paie-
ment des salaires à la fin du mois, augmentation de la circulation au moment
des départs en vacances et à l'occasion des achats de fin d'année, contraction
au mois de janvier et lors des principales échéances fiscales). Ces fluctuations
peuvent être prévues avec suffisamment d'exactitude sur une brève période de
temps. Il est en revanche difficile d'évaluer de façon précise l'évolution pro-
bable de la monnaie fiduciaire sur une moyenne ou une longue période. La
Banque de France doit donc tenir compte de ces éléments pour ses prévisions
et l'approvisionnement de ses succursales.

4.3. La gestion des moyens de paiement scripturaux et la surveillance


des systèmes d'échange
Le rôle de la Banque de France dans l'administration des moyens de paie-
ment scripturaux et dans l'organisation du système d'échange résulte de la
conjugaison de plusieurs facteurs :
• les missions légales et spécifiques qui lui sont confiées pour veiller sur la
monnaie, le crédit et le bon fonctionnement du système bancaire ;
a l'influence déterminante qu'elle exerce, par ses opérations sur la liquidité
bancaire et la place centrale qu'elle occupe au sein du système de paiement,
en ses qualités de gestionnaire de services collectifs pour le compte de la pro-
fession bancaire et d'opérateur, du fait de l'importance des opérations qu'elle
exécute pour le compte du Trésor et de la clientèle institutionnelle ;
e l'intérêt particulier qu'elle porte à la solidité du système de paiement et à
la lutte contre la fraude.

La Banque de France approvisionne les établissements bancaires en numé-


raire et assure la réalisation de leurs opérations réciproques. Pour cela, elle
gère un compte au nom de chacune des banques représentées sur la place. Ces
comptes enregistrent les prélèvements et les versements de billets et monnaies
effectués par les établissements. En revanche, les mouvements de fonds entre
établissements de crédit, ainsi que les règlements issus des systèmes
d'échange automatisés, sont imputés dans le système de règlement brut en
temps réel TBF (Transfert Banque de France), géré par la Banque de France.
L'exercice de leur activité conduit en effet les banques à avoir entre elles di-
verses créances et dettes constituées notamment par des virements de la
clientèle, par des chèques ou effets de commerce à l'encaissement. Le solde
des échanges est déterminé à l'issue des séances de compensation et enregistré
au compte dont dispose chaque établissement de crédit sur les livres de la
Banque de France.
Le tableau ci-dessous reproduit le bilan de la Banque de France au 31 dé-
cembre 1996 :

Bilan de la B a n q u e de F r a n c e
ACTIF (en milliards) 1996 %
Avoirs en or 159,5 29,0
Avoirs et placements en devises 70,4 12,8
Avoirs en écus 52,0 9,5
Avances au Fonds de stabilisation des changes au titre des relations avec le Fonds mo- 19,4 3,5
nétaire international
Créances sur le Trésor public 18,5 3,4
Avances à l'Institut d'Émission des départements d'Outre-mer et à l'Institut d'Émission 10,7 2,0
d'Outre-mer
Titres achetés dans le cadre de la mise en oeuvre de la politique 21,1 3,8
Concours aux établissements de crédit 142,5 25,9
Valeurs reçues à l'encaissement 8,3 1,5
Opérations bancaires 26,6 4,8
Autres actifs 14,4 2,6
Valeurs immobilisées 6,8 1,2
TOTAL 550,2 100,0
PASSIF (en milliards) 1996 %
Billets en circulation 270,5 49,2
Comptes des établissements de crédit résidents 9,6 1,7
Comptes des autres institutions financières résidentes 1,3 0,2
Reprises de liquidité 24,0 4,4
Compte du Trésor public 20,2 3,7
Compte spécial du Fonds de stabilisation des changes 8,2 1,5
Comptes de non-résidents 3,5 0,7
Opérations bancaires 13,4 2,4
Autres passifs 14,2 2,6
Provisions pour risques et charges 1,4 0,3
Réserve de réévaluation des réserves en or de l'État 155,3 28,2
Réserve de réévaluation des réserves en devises de l'État 13,1 2,4
Capital 3.0 0,5
Autres réserves 11,3 2,0
Report à nouveau ns ns
Résultat de l'exercice 1,2 0,2
TOTAL 1 550,2 100,0
Source : Banque de France. Rapport 1996.
S E C T I O N IV - L'EUROPE MONÉTAIRE

Depuis la fin des années 60, la création d'une Union économique et moné-
taire ( U E M ) est une ambition récurrente de l'Union européenne, car elle est un
gage de stabilité monétaire et d'avancées sensibles dans l'intégration du conti-
nent. D e la C o m m u n a u t é économique européenne, créée p a r le traité de R o m e
en 1957, à l'Union européenne, instauré p a r le traité de M a a s t r i c h t en 1992,
un long processus juridique a été développé, p o u r aboutir à un marché com-
m u n caractérisé p a r la libre circulation des capitaux et p a r la liberté de l'ac-
tivité des établissements de crédit. Le traité de M a a s t r i c h t sur l'Union euro-
péenne prévoit de p a r a c h e v e r l'Union économique et monétaire p a r la création
a v a n t la fin du siècle d'une monnaie unique. Cette monnaie, appelée euro,
remplacera définitivement les monnaies nationales en juillet 2002.

1. L a lente c o n s t r u c t i o n d e l ' E u r o p e m o n é t a i r e

Les États européens a y a n t mis en place le M a r c h é c o m m u n lors du Traité


de R o m e (1957) éprouvaient à cette époque plus le besoin d'une coordination
entre les politiques monétaires que la mise en place d'une monnaie unique.
Les années 70-80 ont été marquées p a r des périodes d'instabilité et des dé-
valuations à la suite de la décision de R i c h a r d N i x o n de mettre fin à la con-
vertibilité du dollar en or. C'est dans ce contexte que le rapport W e r n e r
(1970) préconisa la mise en place sur 10 ans d'une Union économique et mo-
nétaire avec p o u r objectif de parvenir à une convertibilité irréversible des
monnaies et à la fixation irrévocable des rapports de parité. Il évoquait même
le remplacement des monnaies nationales p a r une monnaie unique ainsi que la
mise en place d'un système communautaire ou b a n q u e centrale. T o u s ces ef-
forts de création d'une zone de stabilité monétaire ont abouti à la mise en
place du Système monétaire européen ( S M E ) en 1979 auquel participaient
tous les États membres s a u f la Grande-Bretagne et à la création de l'écu, unité
de compte européenne correspondant à la moyenne pondérée des monnaies des
États membres de l'Union européenne. Le S M E est en place jusqu'en 1999 ;
certains éléments, comme les marges de fluctuation, ayant été modifiés depuis
sa création. L'écu disparaîtra a u profit de l'euro dès le 1er janvier 19991.

1 L'écu, est un panier de douze monnaies des pays membres de l'Union européenne (Franc
belge, couronne danoise, deutschemark, drachme grecque, peseta espagnole, franc français,
franc luxembourgeois, livre irlandaise, lire italienne, florin néerlandais, escudo portugais,
livre sterling). Il est composé d'une quantité fixe de chaque monnaie, cette quantité reflétant
l'importance économique de chaque Etat membre dans l'ensemble de l'Union européenne. Le
traité de Maastricht a gelé la composition de l'écu qui ne comprend donc pas les monnaies
des nouveaux Etats membres de l'Union européenne, c'est-à-dire l'Autriche, la Finlande et la
Suède.
C'est en 1988 que le Comité pour l'étude de l'Union économique et moné-
taire confirme que l'objectif de l'Union monétaire est de parvenir au rempla-
cement des monnaies nationales par une monnaie unique en coordonnant
mieux les politiques économiques et monétaires des États membres et de créer
une Banque centrale européenne.
En décembre 1991, lors du Conseil européen de Maastricht, il est décidé
de doter l'Europe, avant la fin du siècle, d'une monnaie unique forte et stable.
Le Conseil de Madrid de décembre 1995 a confirmé de manière définitive le
calendrier et le scénario du passage à la monnaie unique, ainsi que le nom de
cette monnaie : l'euro.

2. Harmonisation bancaire et Banque centrale européenne


L'harmonisation bancaire européenne s'est faite notamment en termes d'ac-
cès à la profession bancaire, de règles prudentielles et d'instauration d'une
Banque centrale européenne.

2.1. L'accès à la profession bancaire


En 1977, la directive du 12 décembre établit les grands principes
d'harmonisation et une définition commune de l'établissement de crédit. Les
dispositions fondamentales de cette première directive européenne se retrou-
vent dans les lois bancaires des principaux pays européens tant en ce qui con-
cerne les définitions des termes principaux (établissements de crédit, agré-
ment, fonds propres) que ce qui touche les conditions d'accès à l'activité ban-
caire proprement dite.
La deuxième directive de coordination bancaire du 15 décembre 1989
constitue, avec la liberté totale des mouvements de capitaux, la pièce maî-
tresse du dispositif de construction du marché unique bancaire dans la Com-
munauté européenne. Elle pose, en effet, les principes essentiels de ce mar-
ché : reconnaissance mutuelle des agréments et contrôle des établissements de
crédit par le pays d'origine en contrepartie d'une harmonisation minimale des
conditions d'activité.
Depuis le 1er janvier 1993, tout établissement de crédit agréé dans un État
membre peut s'établir sous forme de succursale (liberté d'établissement) ou
offrir des services correspondants (libre prestation de services) dans toute la
Communauté, sans agrément ni dotation spécifiques. Le principe du contrôle
prudentiel par le pays d'origine est le pendant logique de ce mouvement vers
la disparition des frontières bancaires internes.
2.2. Les règles prudentielles harmonisées
Cette coordination bancaire européenne s'est façonnée notamment grâce à
la mise en place de directives ayant pour objet l'harmonisation des règles pru-
dentielles. Les principales directives ont été les suivantes (voir Les ratios
prudentiels, p 578) :
• directive concernant le ratio de solvabilité des établissements de crédit ;
• directive relative à la surveillance et au contrôle des grands risques des
établissements de crédit (1992) ;
e directive concernant la garantie des dépôts (1994).

2.3. Système européen des banques centrales et Banque centrale euro-


péenne
2.3.1. L'Institut monétaire européen
Créé le 1er janvier 1994, à l'entrée en phase 2 du processus d'Union éco-
nomique et monétaire, l'Institut monétaire européen (IME) précède la mise en
place de la future Banque centrale européenne. Il a notamment pour missions
de veiller au renforcement de la coordination des politiques monétaires en vue
d'assurer la stabilité des prix, de préparer le cadre organisationnel du futur
SEBC (Système européen de banques centrales), composé de la Banque cen-
trale européenne et des banques centrales nationales et de superviser le fonc-
tionnement du Système monétaire européen (SME).

2.3.2. Création de la BCE et du SEBC et principes généraux


Au 1er janvier 1999, l'Institut monétaire européen disparaît pour laisser la
place à la Banque centrale européenne (BCE). L'ensemble formé par la BCE
et les banques centrales nationales (BCN) constitue le Système européen de
banques centrales (SEBC). La BCE et le SEBC sont créés "le plus tôt possi-
ble" en 1998.
Le SEBC regroupe la BCE et les banques centrales des États membres de
l'Union économique et monétaire. Sa compétence porte plus particulièrement
sur les questions réglementaires et les problèmes de sécurité des différents
systèmes bancaires, tandis que la politique monétaire relève de la BCE.
La BCE a pour actionnaires les banques centrales nationales des États
participant à l'UEM, leur part dans le capital étant déterminée pour moitié par
le PIB, et pour l'autre par la population.
Le point fondamental est l'indépendance tant de la BCE que du SEBC qui
est garantie par la législation de tous les États de l'Union européenne ; les
quinze États membres de l'Union européenne doivent donc avoir accordé l'in-
dépendance à leur banque centrale avant la mise en place de la monnaie uni-
que, même s'ils n'y sont pas partie prenante.

2.3.3. Composition de la BCE et du SEBC


Les organes de la BCE sont le Conseil des gouverneurs, le Directoire et le
Conseil général.
Le Conseil des gouverneurs est composé des gouverneurs des banques
centrales nationales, d'un président et d'un vice-président qui président égale-
ment le Directoire, et des autres membres du Directoire. Il a pour mission de
définir la politique monétaire, et notamment les objectifs monétaires intermé-
diaires et les taux directeurs.
Le Directoire, dirigé par le président et le vice-président de la BCE, com-
prend quatre autres membres désignés par le Conseil européen des Chefs
d'État et de gouvernement. C'est l'instance exécutive de la BCE, mettant en
œuvre la politique monétaire décidée par le Conseil des gouverneurs et don-
nant, le cas échéant, les instructions nécessaires aux banques centrales natio-
nales.
Le Conseil général est l'organe qui regroupe, au sein de la BCE, les gou-
verneurs de l'ensemble des pays de l'Union économique, qu'ils participent ou
non à l'Union monétaire.

2.3.4. Rôle et fonctions de la BCE et du SBCE


La BCE a le contrôle total sur l'émission de billets en euro. Grâce à ses
50 milliards d'euros de réserves officielles de change (apportés par les États
proportionnellement à leur part dans le capital), la BCE conduit les opérations
de change. Ses bénéfices sont distribués aux banques centrales nationales au
prorata de leur détention dans le capital.
Selon le traité de Maastricht, il appartient à la Banque centrale européenne
de prendre toutes les décisions en matière de politique monétaire, et aux ban-
ques centrales nationales de les appliquer. En d'autres termes, la définition de
la politique monétaire est du ressort exclusif de la BCE, relayée par les ban-
ques centrales nationales pour l'application dans les différents États.
La BCE s'attache spécifiquement à la maîtrise des prix, à l'exemple de la
Bundesbank ou de la Banque de France.
Dans le cadre de sa lutte contre l'inflation, la BCE doit avoir recours à la
détermination d'objectifs intermédiaires tel que le rythme de croissance de la
masse monétaire, ce qui nécessite la définition délicate d'un indice harmonisé
à l'échelle de l'ensemble des États participants.
La politique de change, dont dépendent notamment les interventions éven-
tuelles de la BCE sur le change, au moyen de ses réserves officielles, reste
bien sûr de la compétence de l'échelon politique, et donc du Conseil européen
(ou d'Écofin).

3. La monnaie unique : le couronnement du marché unique et le pas-


sage à l'euro
Le Traité de Maastricht prévoit une marche progressive vers l'irré-
vocabilité des parités de change, puis la monnaie unique. Cette entrée doit être
précédée par la convergence des caractéristiques économiques et monétaires
des différents pays, mesurée par quelques critères connus. S'agissant des pays
respectant les critères de convergence, la décision est prise de fixer les parités
irrévocables pour chaque monnaie nationale par rapport à l'euro à la date du
1erjanvier 1999.
Le Système européen des banques centrales conduit la politique monétaire
de manière à maintenir la stabilité des prix dans l'Union. Les monnaies natio-
nales disparaissent le 1er juillet 2002 après une coexistence de six mois maxi-
mum entre les devises nationales et la monnaie européenne.

3.1. Les objectifs de la monnaie unique


Le premier objectif de la monnaie unique est de renforcer l'intégration des
économies européennes rendue aujourd'hui difficile en raison de la fluctuation
des monnaies et des taux d'intérêt. Pour ne pas compromettre la stabilité de
l'ensemble, chaque politique monétaire nationale devra nécessairement s'ins-
crire dans une discipline et une coordination communautaires. Il s'agit de fa-
ciliter et d'augmenter les échanges entre les pays adhérents puisque les biens
et les services des pays membres de l'euro s'exprimeront dans la même mon-
naie. En conséquence, le risque de change et les coûts associés (commissions
de change, coûts des instruments de couverture) n'existeront plus entre pays
de la zone. Cette situation favorisera le développement, entre pays membres,
des investissements et la comparaison des prix, donc le développement de la
concurrence, cela au bénéfice de tous. L'euro sera également le pôle d'un sys-
tème monétaire international stable. L'euro sera à terme la monnaie de plus de
370 millions d'Européens, soit un chiffre à peu près égal à la population cu-
mulée des États-Unis d'Amérique et du Japon. Après la mise en place de la
monnaie unique européenne, le système monétaire international devrait s'or-
ganiser autour de trois pôles : l'Euro, le Dollar et le Yen. Enfin, la création de
l'euro et la mise en place d'une Banque centrale européenne permettront de
stabiliser les prix au niveau communautaire.
Le changement de monnaie nationale et l'introduction d'une monnaie uni-
que est un événement majeur dans la vie des hommes. En effet, il faut se rap-
peler (voir La relation de l'homme à l'argent, p 496) que l'argent et la mon-
naie résultent d'une très longue histoire, mettant en jeu la capacité des hom-
mes à communiquer et à échanger, et emprunts d'une forte connotation sym-
bolique puisqu'ils sont notamment vecteurs du pouvoir.

3.2. Le calendrier de l'Union économique et monétaire


Le tableau ci-dessous rappelle les différentes étapes de la construction de
l'Union économique et monétaire. Les rapports émanant de la Commission
européenne, de l'Institut monétaire européen ou de groupes de travail concer-
nés par le passage à la monnaie unique ont une influence directe sur les scé-
narios envisagés. Ainsi, l'idée d'un big bang (changement de l'unité moné-
taire en une seule fois) a été définitivement abandonnée, comme celle de la
détermination des États respectant les critères de convergence dès 1996.
Ce calendrier pourrait donc être modifié, même si les grandes étapes en se-
ront probablement respectées.
.......................................................................................................................................
Les événements clés tfe F Union économique et monétaire
......................................................................................................................................
...................................................................................................................................
.............. et do passage à la monnaie unique ..........
Rappel des dates importantes dans le processus qui a conduit à la création
de l'Union économique et monétaire
* 1958 : entrée en vigueur du Traité de Rome. Création de la Communauté écono-
mique européenne (CEE) comprenant l'Allemagne, la Belgique, l'Italie, la France,
le Luxembourg et les Pays-bas.
• 1969 : sommet des Chefs d'État et de Gouvernement de La Haye, qui envisagent,
au terme du développement de la CEE, la création d'une Union économique et mo-
nétaire (UEM).
• 1971 : adoption du rapport Werner qui propose la création d'une UEM par étapes
en 10 ans, avec notamment la convertibilité irréversible des monnaies nationales
après la fixation définitive des parités, ou la création d'une monnaie unique.
• 1972 : création du Système européen de change ou "Serpent monétaire européen".
• 1973 : la CEE passe à 9 membres avec l'entrée du Danemark, de l'Irlande et du
Royaume-Uni.
• 1979 : entrée en application du Système monétaire européen (SME). Création de
l'écu (European Currency Unit), nouvelle unité de compte européenne.
* 1981 : entrée de la Grèce dans la CEE.
* 1986 : entrée de l'Espagne et du Portugal. La CEE compte 12 membres.
* 1987 : entrée en vigueur de l'Acte Unique Européen qui prévoit la réalisation du
marché unique au 1erjanvier 1993 et fixe l'objectif de la construction d'une UEM.
• 1989 : Rapport Delors qui envisage la mise en place d'une UEM en 3 étapes avec
la création d'une monnaie unique et préconise de ce fait l'instauration d'une autorité
monétaire communautaire.
PHASE I de l'UEM : du 1er juillet 1990 au 31 décembre 1993
libre circulation des capitaux dans les États membres
•♦ élaboration d'un "programme de convergence" par État
début de coordination des politiques monétaires
* 1" juillet 1990 : la première phase de l'UEM débute avec la libération des
mouvements de capitaux.
• 27 et 28 octobre 1990 : le Conseil européen de Rome I permet de dégager
l'accord de 11 pays membres sur la conception d'ensemble de l'UEM.
• 14 et 15 décembre 1990 : le Conseil européen de Rome II rappelle l'objectif de
ratification des modifications au Traité avant la fin de 1992.
• 1991 : négociation du traité.
• 9 et 10 décembre 1991 : sommet de Maastricht.
• 7 février 1992 : signature du Traité de Maastricht sur l'Union européenne qui
fixe notamment un calendrier de l'UEM et élabore les critères de convergence.
a 1" janvier 1993 : achèvement du marché unique (liberté d'établissement et de
prestation de services).
• novembre 1993 : entrée en vigueur du Traité de Maastricht.
PHASE H : du 1er janvier 1994 au 31 décembre 1998
-+ interdiction de financer les déficits publics par création monétaire
indépendance des banques centrales
extension de la coordination des politiques économiques et monétaires
création de l'Institut monétaire européen
.ler janvier 1994 : entrée en phase 2 de l'UEM. L'Institut monétaire européen
(IME) est créé. La composition de l'Écu, c'est-à-dire le nombre d'unités de chaque
monnaie) est définitivement gelée.
•janvier 1995 : entrée de l'Autriche, de la Finlande et de la Suède dans l'Union eu-
ropéenne.
• 16 décembre 1995 : les chefs d'État et de gouvernement européens (Conseil eu-
ropéen) réunis au sommet de Madrid ont donné un nom à la monnaie européenne
qui s'appellera "euro" et ont adopté à l'unanimité le scénario de référence. Ils ont
aussi confinné que sa date d'introduction sera le 1er janvier 1999.
e décembre 1996 : les ministres des Finances, réunis à Dublin lors du Conseil eu-
ropéen, ont signé un accord concernant le pacte de stabilité et de croissance qui
consiste à faire garantir le respect d'une stricte discipline budgétaire par des sanc-
tions pécuniaires pour les pays qui ne respecteraient plus les normes de Maastricht,
une fois leur intégration dans l'Union monétaire effectuée.
*juin 1997 : le Conseil européen d'Amsterdam a permis de finaliser la plupart des
préparatifs institutionnels de l'UEM et entérine l'accord sur les éléments du "pacte
de stabilité et de croissance".
e septembre 1997 : Conseil Écofïn de Mondorf-les-Bains (Luxembourg). Fixation
définitive dès mai 98 des taux de change bilatéraux des monnaies de la zone euro
en même temps que la liste des premiers États membres participant à la monnaie
unique.
,a 1998 : le Conseil européen détermine les États qui sont prêts à entrer en phase 3
et fait rapport aux chefs d'État et de gouvernement. Ce rapport examine notamment
le respect des 5 critères de convergence. Création de la Banque centrale européenne
(BCE) et du Système européen de banques centrales (SEBC). Nomination du Prési-
dent de la Banque centrale européenne. Les chefs d'État et de gouvernement déci-
dent quels États membres sont en mesure de passer en phase 3.
PHASE m : à partir du 1er janvier 1999 : entrée en Union monétaire
du 01/01/99 au 31/12/2001 : période transitoire
(principe du "ni interdiction, ni obligation")
Création de l'euro, conversion de l'écu en euro avec la parité de 1 contre 1
-+ à parti du 01/01/2001 : l'euro remplace les billets et pièces en unités
monétaires nationales
* 1er janvier 1999 : entrée en Union monétaire. Fixation irrévocable des taux de
conversion des monnaies des pays participants. Fonctionnement en euro des mar-
chés financiers, des systèmes de paiement de gros montant, conduite de la politique
monétaire et de change en euro par la BCE et émission de la dette publique négo-
ciable en euro. L'écu cesse d'exister en tant que monnaie-papier officielle (tous les
contrats se référant à l'écu sont convertis en euro).
• 1" janvier 2002 : généralisation à toutes les transactions de l'utilisation de l'euro
à l'ensemble des acteurs économiques. Mise en circulation des billets et des pièces
en euro. Retrait progressif des billets et pièces en unités monétaires nationales.
• 1" juillet 2002 : suppression du cours légal des billets et pièces libellés en unités
monétaires nationales (échange possible auprès des banques centrales nationales).

3.3. Les critères de convergence


Les cinq critères de convergence auxquels les pays devront se soumettre
sont les suivants :
. participation à la marge étroite (± 2,25%) du mécanisme de change du
SME pendant deux ans au moins sans dévaluation ;
• inflation ne dépassant pas de plus de 1,5 % la performance moyenne des
trois meilleurs États membres ;
e taux d'intérêt à long terme ne dépassant pas de plus de 2 % la moyenne
des taux d'intérêt des trois États ayant la meilleure performance en matière
d'inflation ;
• déficit des administrations publiques inférieur à 3 % du PIB ;
• dettes des administrations publiques inférieures à 60 % du PIB.
Sur les quinze pays, il semble, d'après la Commission européenne1, que
quatre ne devraient pas participer à l'Union économique et monétaire en jan-
vier 1999 : il s'agit de la Grèce qui ne remplira vraisemblablement aucun des
critères, le Danemark, qui ne souhaite pas participer à l'Union dès 1999, la
Suède et la Grande-Bretagne qui ne souhaitent pas non plus faire partie du
"premier wagon". De plus, ne participant toujours pas au Système monétaire
européen, ces deux derniers pays ne pourront pas satisfaire au critère du taux
de change (2 années minimum de participation au SME).

1Dossier de La lettre : Monnaie unique, juillet 1997, Crédit Agricole.


3.4. Le scénario de référence du passage à la monnaie unique1
Ce scénario, arrêté à Madrid, fixe la date d'entrée en Union monétaire le
1erjanvier 1999 et se fonde sur la chronologie suivante :
Le 3 mai 1998, le Conseil européen indiquera quels États membres réunis-
sent les conditions nécessaires pour adopter la monnaie unique. Cette décision
marquera le début d'une "période intérimaire" de quelques mois et précédera
la nomination du Directoire de la Banque centrale européenne par les États
membres. Par décision de l'ÉCOFIN2 des 12/13 septembre 1997 réuni à
Mondorf (Luxembourg), les taux de conversion bilatéraux des monnaies par-
ticipant à l'euro' seront connus dès la désignation des participants (ces taux ne
s'appliqueront qu'à partir du 1er janvier 1999, lorsque les monnaies nationales
cesseront d'être cotées sur les marchés des changes.
Le 1er janvier 1999, la troisième phase de l'UEM débute et l'Union moné-
taire est effective. Dès cette date :
e les taux de conversion des monnaies des pays participants entre elles et par
rapport à l'euro sont fixés irrévocablement et entrent en application,
• un règlement du Conseil entre en vigueur et fixe le cadre juridique pour
l'utilisation de l'euro, lequel deviendra à partir de cette date la monnaie légale
de chacun des pays participants,
• la politique monétaire et de change est conduite en euro,
• les systèmes de paiement de gros montants fonctionnent en euro,
• la dette publique négociable est émise en euro.
Dès le 1er janvier 1999, les éléments qui permettront le fonctionnement en
euro des marchés financiers des pays de l'Union européenne seront donc ré-
unis. Le 1er janvier 2002, les billets et pièces en euro commenceront à circuler
parallèlement aux pièces et billets nationaux. Le 1er juillet 2002 au plus tard,
les unités monétaires nationales auront été remplacées par l'euro. Ce scénario
renforce la crédibilité et l'irréversibilité de l'Union monétaire. En même
temps, il prend en compte les contraintes techniques, la nécessité de préparer
le public à cette nouvelle monnaie, et il assure la sécurité juridique des con-
trats passés, en cours et à venir.

1 D'après un article de Jean-Claude TRICHET, Gouverneur de la Banque de France, paru


dans La Revue des Ingénieurs, n0364, Septembre 1996.
2 ÉCOFIN : Conseil économique et financier, réunissant les quinze ministres des Finances
concernés et la Commission de Bruxelles.
3 Mais pas les taux entre monnaies nationales et euro.
3.5. L'impact de l'euro sur la politique monétaire et les opérations rele-
vant de la Banque de France (voir également section suivante)
Dès le 1er janvier 1999, la comptabilité de la Banque de France, le compte
central du Trésor à la Banque de France et les comptes des établissements de
crédit dans les livres de la Banque de France sont convertis et tenus en euro.
Les opérations de politique monétaire sont conduites en euro selon des
modalités arrêtées en 1998 dès la création du Système européen de banques
centrales (SEBC) et de la Banque centrale européenne (BCE)..
L'organisation des opérations de politique monétaire et de change est dé-
centralisé. La Banque centrale européenne prend les décisions mais les opé-
rations sont mises en œuvre par chaque Banque centrale nationale.
La Banque de France opère sur le marché des changes pour les besoins
éventuels d'intervention sur le taux de change de l'euro contre des monnaies
tierces. La Banque de France continue de gérer des réserves de change, pour
le compte de la Banque centrale européenne s'agissant des réserves transférées
à cette dernière et pour son propre compte s'agissant des réserves qu'elle a
conservées.
Dès le 1er janvier 2002, la Banque de France met en circulation les billets
et pièces en euro qui ont cours légal dans l'ensemble des pays de l'Union éco-
nomique et monétaire. Les billets et les pièces en francs sont progressivement
retirés de la circulation à partir du 1er janvier 2002, sur une période maximale
de six mois. Pendant 10 ans, les billets en francs pourront être échangés con-
tre des euros aux guichets de la Banque de France.

3.6. Présentation du schéma de place


Selon le principe de subsidiarité, chaque pays choisit son évolution son
évolution vers la monnaie unique. Le schéma national de Place a été élaboré
dans plusieurs pays, résultant d'une concertation entre banques, administra-
tions, entreprises et associations de consommateurs.
Le schéma de place bancaire et financier de Paris vise à préparer l'envi-
ronnement financier à l'introduction de la monnaie unique. Décomposé en
douze thèmes, il recense les conséquences de l'euro pour la Place ainsi que les
actions à entreprendre par les différents acteurs. Il s'en tient à des dispositions
incitatives sans envisager des mesures contraignantes.
Les objectifs du schéma de Place sont les suivants :
. préciser les modalités de mise en œuvre des principes contenus dans le
scénario de Madrid ;
0 définir le cadre pour une conduite efficace de la politique monétaire en eu-
ro ;
e assurer la crédibilité et la sécurité du processus de basculement en deux
temps (le 1er janvier 1999 et le 1erjanvier 2002) ;
e permettre aux établissements de crédit de programmer leurs investisse-
ments et de s'organiser efficacement pendant la période de coexistence entre
les flux exprimés en euro et en franc.
Le schéma de place bancaire et financier a été élaboré par le groupe de
concertation sur le passage à l'euro présidé par la Banque de France en liaison
avec l'Association française des établissements de crédit et des entreprises
d'investissement (AFECEI)1.

4. Les conséquences techniques du passage à l'euro pour les banques2


La complexité du passage à la monnaie unique tient, comme le souligne
Lucien Douroux dans une intervention effectuée en septembre 19963, "à la
synchronisation nécessaire entre un nombre et une variété d'acteurs sans pré-
cédent : les instances communautaires, les autorités politiques nationales, les
administrations, les banques centrales, les banques commerciales et tous les
autres agents économiques privés, des grandes entreprises aux simples ci-
toyens".
Le livre vert sur les modalités pratiques du passage à la monnaie unique,
présenté par la Commission européenne en 1996 a introduit le concept de
"masse critique" qui consiste à faire basculer dès le début de la phase 3,
l'ensemble de l'activité "banque de gros" des établissements, c'est-à-dire les
activités interbancaires et celles liées au marché monétaire. L'objectif est de
créer un volume décisif d'opérations traitées en monnaie unique afin de cré-
dibiliser le processus et d'en assurer l'irréversibilité dès la fixation des pari-
tés. Cette première bascule serait suivie, trois ans plus tard, de celle de
l'activité bancaire de détail, liée aux entreprises et aux particuliers.
La contribution du secteur bancaire est essentielle à l'introduction de
l'euro comme monnaie unique. Entre le 1er janvier 1999 (marchés financiers)
et le 1er janvier 2002 (entreprises et particuliers), les banques disposeront

1 Le schéma de place a été établi par un Groupe de concertation (Banque de France,


AFECEI, Direction du Trésor du Ministère de l'Économie et des Finances, etc.) sur des dé-
cisions prises et des travaux menés au niveau européen (scénario général adopté par les
chefs d'Etat en décembre 1995, conseil des chefs d'Etat et de gouvernement de Dublin en
décembre 1996, rapport de 1TME en 1997) et national (diffusion par la Banque et France et
les établissements d'un rapport d'étape en juillet 1996, travaux interministériels de prépara-
tion des administrations publiques à l'euro, etc.).
2 Voir également Chapitre 11 Les règlements internationaux, p 477 et suivantes.
3 Lucien DOUROUX, Directeur Général de la Caisse Nationale de Crédit Agricole, Allocu-
tion le 24 septembre 1996 à Saint-Pétersbourg.
donc d'un délai pour assurer l'adaptation de leurs systèmes informatiques et
étaler le coût engendré par le passage à la monnaie unique.

4.1. Les systèmes de paiement de gros


La conduite de la politique monétaire unique en euro par le SEBC et la
formation d'une masse critique d'activités en euro impliquent la mise en place
d'un système européen de règlement de gros en temps réel pour les paiements
de gros montant. Le système de transfert express automatisé transeuropéen à
règlement brut en temps réel (TARGET)1 a été conçu par l'Institut monétaire
européen pour l'application de la politique monétaire unique. Il relie les sys-
tèmes de règlement de gros en temps réel nationaux existants au SEBC (voir
L'évolution des systèmes de paiement, p 471).

4.2. Les systèmes de paiements de détail et de petits montants


Le problème de la conversion en euro est plus complexe pour les systèmes
qui effectuent des paiements de détail ou de faible montant, en raison du nom-
bre beaucoup plus élevé de paiements qu'ils traitent et de la plus grande di-
versité de leurs clients. Il paraît difficile pour ces systèmes automatisés de
masse de fonctionner en deux monnaies en même temps. Le secteur bancaire
choisira donc vraisemblablement de maintenir ces systèmes en monnaie natio-
nale jusqu'au basculement définitif.

4.3. L'adaptation des systèmes informatisés


L'automatisation croissante des divers types d'opérations bancaires
(dépôts, crédits, change, titres) ainsi que les systèmes de paiement par vire-
ment, chèque, carte bancaire ou autres ont conduit les banques à mettre en
place des systèmes informatisés de traitement et de paiement de plus en plus
sophistiqués. Le remplacement de la monnaie nationale par l'euro impose aux
banques l'adaptation de chacun de ces systèmes afin qu'ils puissent fonction-
ner en euro. Pendant la phase transitoire, deux unités monétaires circuleront
dans chacun des États membres : l'une nationale et l'autre européenne. Deux
solutions, alternatives ou complémentaires se présentent pour faire face à
cette double circulation : paramétrer les applications pour leur permettre de
fonctionner en plusieurs devises ou mettre en place des "convertisseurs de
flux" entre applications de régime monétaire, solution privilégiée à l'heure
actuelle. Le double affichage (à l'écran et sur les relevés) va accompagner la
double gestion pendant la phase de transition. Il faudra, par ailleurs, passer si

1 Trans-european Automated Real-time Gross settlement Express Transfer system.


possible automatiquement d'une devise à une autre. Le principe d'un
"convertisseur" qui gérerait les flux entre applications et comporterait un al-
gorithme de transfert, pourrait régler notamment les problèmes de décimales
dus aux différences entre monnaies.

4.4. Le coût estimé du passage à l'euro


La facture de l'euro pour les banques françaises est très lourde : selon la
profession bancaire, elle est de l'ordre de 20 milliards de francs (dont la moitié
pour les adaptations informatiques), soit 2 à 3 % de leurs frais généraux pen-
dant quatre ou cinq ans1.
Le coût du passage à l'euro est constitué d'éléments de natures diverses2 et
notamment :
e restructuration d'activité, résultant notamment de la disparition des diffé-
rents services liés aux monnaies européennes offerts par les établissements de
crédit à leur clientèle,
• adaptation des matériels informatiques, acquisition de systèmes puissants,
• adaptation et développement des logiciels et des chaînes de traitement,
• coût de mise au rebut de matériel ou logiciels informatiques,
• coût de stockage et de traitement pendant la période de transition,
• formation du personnel nécessaire à la réalisation du projet,
• mise à jour, rédaction de la documentation interne (manuel de procédures),
• élaboration de nouveaux supports de communication avec les clients.

5. Conséquences de l'euro sur la stratégie des banques


Une monnaie unique pour les pays de l'Union européenne modifie totale-
ment le positionnement de chaque banque. Sur le plan monétaire, nombre de
banques nationales qui exercent un rôle important sur la monnaie de leur pays
vont se retrouver avec un rôle faible sur le marché européen de l'euro. Les
opérations de change entre les monnaies de l'Union vont être supprimées. Les
conditions de banque et les services bancaires vont naturellement se rappro-
cher, donnant de multiples choix aux clients. Les émissions et la négociation
des titres et valeurs mobilières s'effectueront désormais au niveau européen.

1Source : La Tribune, Hors-série Euro, novembre/décembre 1997.


2 Les dépenses diverses sont recensées par Brigitte DREME dans son article : Coûts de pas-
sage à l'euro, Banque n0574, Octobre 1996.
Les états majors de toutes les banques d'Europe travaillent à répondre à
trois questions :
e Quelle taille minimum (et dans quels secteurs) faut-il avoir, pour exercer
une influence au niveau de l'euro et pour s'assurer une pérennité ?
e Faut-il, et si oui, comment, conserver la clientèle acquise sur nos mar-
chés ?
e Faut-il, et si oui, comment, profiter de l'euro pour se développer dans les
autres pays de l'Union ?
Les prochaines années enregistreront des disparitions de banques, mais
aussi des acquisitions, des fusions, des rapprochements de banques et d'insti-
tutions financières, d'abord dans les pays concernés, et très rapidement, au-
delàl. Le secteur de l'assurance est aussi concerné par les mêmes questions
stratégiques. Enfin, des intervenants non européens (notamment américains)
participeront au nouveau paysage.

1Voir Concentration et restructuration du secteur bancaire, p 611 et suivantes.


N Guy CAUDAMINE
est Directeur Général de la Caisse
BANQUE
Régionale de Crédit Agricole du et
Calvados à Caen, administrateur
de la Banque de Financement et
de Trésorerie à Paris, du GIE de
MARCHÉS FINANCIERS
gestion des titres, du GIE informa-
tique Synergie et membre titulaire
de la Chambre de Commerce et
d'Industrie de Caen. Avant d'oc- La banque et les marchés financiers occupent
cuper ces fonctions, il a acquis une place majeure dans l'économie du pays et
une expérience bancaire du dans les échanges entre les hommes. Pour cha-
Crédit puis de l'International (à
Londres). Ingénieur et scientifique
cune des activités bancaires et financières, cet
de formation, il est aussi diplômé ouvrage en présente clairement les aspects éco-
de l'Institut d'Études Politiques de nomiques, juridiques, les techniques et leurs
Paris et de l'Université de évolutions.
Stanford (Californie).
Un nouveau système bancaire français s'est
construit dans la perspective de l'Euro. Les acti-
vités traditionnelles évoluent : la collecte de
l'épargne se diversifie, le crédit s'adapte au plus
M J e a n MONTIER près des besoins des clients. Quant aux nou-
est Directeur-associé de l'Institut velles techniques financières et aux produits
d'Administration des Entreprises dérivés, ils accompagnent l'essor de la Bourse
(IAE) de Basse-Normandie à et des marchés financiers sur lesquels les
Caen, responsable du Certificat banques interviennent massivement. Les
d'Aptitude à l'Administration des moyens de paiement, avec le développement
Entreprises, de la Maîtrise en
Sciences et Techniques Compta- des échanges et des technologies, deviennent
bles et Financières et d'un DESS une véritable industrie. Les modifications des
de reporting. Ses enseignements comportements ont conduit les banques au mar-
à l'université et au groupe ESC keting bancaire qui réintroduit le client au cœur
Normandie (Sup-Europe) portent
sur l'analyse financière, les mar-
de leur 'stratégie. Le fonctionnement interne
chés financiers et la consolida- d'une banque est également étudié, tant par les
tion des comptes. De formation aspects comptables, de contrôle et de gestion,
littéraire et économique, docteur que par son système informatique et ses res-
en sciences de gestion, il est sources humaines. Enfin, la dernière partie fait le
l'auteur de Techniques de Conso-
lidation, chez le même éditeur. point des forces et faiblesses du secteur ban-
caire français à la veille des restructurations :
elle contient une monographie des dix princi-
paux groupes bancaires.
Cet ouvrage présente simplement l'état de l'art en matière bancaire : il inté-
resse les professionnels de la banque qui y retrouvent en un seul manuel leurs
connaissances allant de la banque à réseau aux marchés financiers. Les
responsables d'entreprises et d'organisations professionnelles disposent
d'un recueil facilement accessible permettant de répondre aux questions ban-
caires auxquelles ils sont confrontés. Il s'adresse bien sûr aux étudiants qui
découvrent ou approfondissent les techniques d'un monde complexe et rigou-
reux. Il concerne enfin un large public par la simplicité de sa rédaction.
Participant d’une démarche de transmission de fictions ou de savoirs rendus difficiles d’accès
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