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Le Buffet 2

Dans le poème 'Le buffet', Rimbaud explore un meuble ordinaire pour évoquer des souvenirs et des vies humaines, transformant l'objet en une allégorie de la poésie. À travers des descriptions sensorielles et une structure narrative, il invite le lecteur à imaginer le passé et à ressentir la profondeur des histoires cachées. Ce poème, influencé par Baudelaire, souligne le pouvoir évocateur des objets du quotidien et leur capacité à susciter des réflexions poétiques.

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Le Buffet 2

Dans le poème 'Le buffet', Rimbaud explore un meuble ordinaire pour évoquer des souvenirs et des vies humaines, transformant l'objet en une allégorie de la poésie. À travers des descriptions sensorielles et une structure narrative, il invite le lecteur à imaginer le passé et à ressentir la profondeur des histoires cachées. Ce poème, influencé par Baudelaire, souligne le pouvoir évocateur des objets du quotidien et leur capacité à susciter des réflexions poétiques.

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Rimbaud, Cahiers de Douai.

« Le buffet »
Explication linéaire

Introduction
• Dans sa Lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871 (lettre du voyant) Rimbaud admire Baudelaire :
Baudelaire est le premier voyant, roi des poètes, un vrai Dieu.
• On retrouve chez Baudelaire cette capacité des objets et surtout des parfums, à nous faire voyager dans le temps.
• Mais Rimbaud veut aller plus loin que Baudelaire, sa démarche invite le lecteur à devenir lui-même capable de visions.
• Dans ce poème, Rimbaud part d’un meuble du quotidien, un buffet, dont l’exploration va faire surgir un passé à la fois charmant et inquiétant.
• Mais au-delà des souvenirs et d’une démarche quasiment archéologique, le poète nous invite à imaginer ces vies humaines, touchantes et
mystérieuses.
• Et si cette allégorie du passé pouvait se révéler être aussi une allégorie de la poésie ?
Comment ce poème, prenant pour sujet un meuble, nous invite à évoquer des souvenirs, mobiliser notre l’imagination, penser la création
poétique ?
Mouvements :Chaque mouvement du texte est marqué par un présentatif :
1) D’abord le meuble lui-même « c’est un large buffet », rapidement personnifié.
2) Puis, son contenu « c’est un fouillis » : d’abord, les linges et chiffons nous proposent une véritable démarche archéologique.
3) On entre alors dans l’imaginaire avec des objets plus personnels, médaillons et mèches de cheveux.
4) L’apostrophe finale confère au sonnet une profondeur inquiétante et inattendue parlant de la poésie elle-même.

Le buffet

– Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,


Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.

C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre, Premier mouvement : Un buffet personnifiant le passé
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre a-Une description
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;
• Présentatif « C’est un large buffet » : on nous le donne à voir.
• Le démonstratif est déictique « c’est » désigne la situation d’énonciation comme s’il était
sous nos yeux.
• Rimes croisées : dimension narrative à la description.
• Polysémie : « large » évoque aussi le voyage (au large des côtes). Inspiration

⇨ La description peut nous mener très loin.


baudelairienne : voyage par le parfum.

b- les perceptions

• Vue : chêne « sombre » rime avec « ombre ».


• Odeur : les « parfums » au pluriel.
• Goût : le « vin » évoque en même temps l’ivresse.
• Ouïe : allitérations F, V. Retour des mots « buffet » et « vieux ».

⇨ Les sensations débordent toujours vers le symbole + synesthésie « flot de vin vieux/
• Toucher : le liquide versé « flot de vin vieux » .

parfums »= vue , gout odorat


- Alliteration « flot de vin vieux, parfum » en « f » et « v »

c-Une allégorie du passé

• Le premier sujet n’est pas le buffet, mais le bois « le chêne sombre » matière qui est déjà
vivante.
• L’adjectif participe passé « sculpté » montre les conséquences d’une action passée. Le
travail de l’artisan qui a sculpté le bois.
• Répétition d’un mot sous des formes différentes (polyptote) « vieux … vieilles … vieux ».
• Polysémie : « l’air » = « l’allure » mais aussi l’air qu’on respire : prépare les parfums qui
viennent juste après.

⇨ La personnification déploie des symboles.


• Les parfums eux-mêmes sont personnifiés « engageants ».

Un symbole ambivalent
• La rime signifiante « sombre … ombre » inquiétante.
• La bonté est un « air de bonté » ce n’est qu’une apparence.
• L’adjectif attribut « ouvert » est déjà « engageant », mais peut cacher une séduction
inquiétante.
• Comme un personnage de conte qui « verse » un philtre.

⇨ Profondeur du sujet qui nous invite à continuer la lecture…


• Métaphore des « flots » où l’on pourrait se noyer.

Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,


De linges odorants et jaunes, de chiffons Deuxième mouvement :Un désordre qui cache des souvenirs
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries, Effet de débordement
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ;
• L’adverbe « tout » insiste sur « plein » : plus que plein.
• L’enjambement « chiffons // de femmes ».
• Hyperonyme : « vieilles vieilleries » = toutes sortes de choses, le pluriel est envahissant à

⇨ Propose au lecteur de fouiller ce buffet.


partir de ces deux mots.

Envie de fouiller ce buffet

• Énumération : « vieilleries, linges, chiffons, dentelles, fichus… ».


• Accumulation d’articles indéfinis « de linges, de chiffons ».
• Allitération en F très présente « fouillis … chiffons … femmes … enfants … flétries … fichus
… griffons » = le buissement de ces tissus qu’on manipule
• Expression intéressante « vieilles vieilleries » : ce n’est pas seulement vieux, demodé ,
d’une autre époque⇨ Le désordre a un certain charme.
• Pas d’ordre d’âge « femmes, enfants, grand mères ». toutes les generations confondues.

une démarche archéologique

• Adjectifs qui témoignent du passé « odorants et jaunes ».

⇨ Fouiller le buffet nous met en contact avec un passé vécu.


• La conj de coo « et » insiste sur les perceptions (odeur et son).

dimension humaine du passé


• L’humain apparaît au détour de l’enjambement avec les compléments du nom « de
femmes ou d’enfants ».
• Le dernier élément de l’énumération « grands mères » ne sont pas seulement des vieilles
femmes, mais suppose l’existence de petits enfants.
• Les « fichus » couvrent les cheveux, mais on nous laisse deviner l’usage des « chiffons » et

⇨ Passé pas entièrement révélé, laisse place au mystère.


« dentelles ».

passé mystérieux voire inquiétant

• Adjectif « flétries » participe passé du verbe « flétrir » : linge chiffonné, voire abîmé.
• L’adjectif « flétries » déteint sur tout ce qui l’entoure (hypallage). Ce sont les êtres vivants
qui sont flétris, peut-être morts aujourd’hui.
• Homophonie du mot « fichu » qui évoque aussi le participe passé : objets inutilisables car

⇨ Le mystère nous invite à combler par l’imagination


« fichus ».

• Les « griffons » sont des créatures imaginaires.


• Rime riche « chiffons … griffons »

⇨ Le poète nous invite dans une véritable vision.


• La phrase n’est pas terminée avec le point-virgule final.

– C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches Troisième mouvement :Donner vie au passé par l’imagination
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs
sèches Moment de basculement dans le sonnet .
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits. • Intention du tiret long qui marque un changement.
• Le 3e présentatif « C’est » est maintenant accompagné du déictique « là » : le poète nous
montre du doigt le fond du tiroir.

⇨ Une véritable invitation à poursuivre une démarche.


• Le pronom indéfini « on » inclut le lecteur.

La fouille devient un véritable effort d’imagination

• Apparition du mode conditionnel « trouverait ».


• L’objet « médaillon » laisse aussitôt la place à ce qu’il pourrait contenir « mèches de
cheveux ».
• L’enjambement, progression « mèches … de cheveux ».

⇨ Les objets sont surtout une porte ouverte vers l’humain.


• Les « portraits » : élément court de l’énumération.

La vie humaine et mort

• Les cheveux « blancs » sont recueillis à la mort.


• Les cheveux « blonds » sont recueillis dans l’enfance..
• Fleurs sèches du côté de la mort, fruits du côté de la vie.
• Chiasme (structure en miroir) : « fleurs, parfum … parfums, fruits ». Illustre ce médaillon

⇨ Les objets évoquent des vies humaines entières.


dont le couvercle se ferme.

Un passé qui reprend vie


• Subordonnée relative qui ouvre un monde à partir des parfums
• La voix pronominale « se mêle » leur donne une vie propre.
• Le singulier « le parfum » devient pluriel et indéfini « des parfums » : envahissement de
l’allégorie.
• Allitération en F qui a changé de sens : le bruissement du tissu est devenu un
frémissement de vie.

⇨ On atteint pratiquement le registre fantastique.


• Le conditionnel laisse place au présent « se mêle ».

– Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires, Quatrième mouvement : Pouvoir de la parole poétique
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires. Une parole directe

• Le tiret long indique ici un changement de parole.


• Apostrophe « Ô » élevée et lyrique, s’adresse au buffet.
• La 2e personne du singulier (tutoiement) revient deux fois : nouvelle proximité avec
l’objet.
• Prosopopée (on rend vivant en s’adressant à une chose ou à un mort). Figure qui fait
revivre les morts.
⇨ La parole fait vivre ce qu’elle évoque.

Le buffet, un être vivant

• Verbe psychologique « savoir » : le buffet = vieux conteur.

⇨ La voix du poète donne vie au buffet sur le point de parler.


• Le 2e verbe « tu voudrais » donne une volonté à ce buffet.

La parole est empêchée

• Conditionnel « tu voudrais » cruel : il veut mais ne peut pas.


• On ne saura pas exactement quelles sont ces histoires comme l’indique l’article indéfini et
pluriel « des histoires ».
• Répétition de conjonctions de coordination « Et tu voudrais … et tu bruis » qui illustre
justement l’impossibilité de s’exprimer.
• Le verbe de parole est remplacé par le verbe « bruire ». Voix inaudible du buffet,

⇨ La parole empêchée donne le relais à l’imagination.


chuchotement grinçant ?

Une parole poétique qui libère l’imagination

• Figure de style : la prétérition (dire en affirmant qu’on ne dit pas). Tout le poème n’est-il
qu’une prétérition ? Le poète en dit assez pour laisser le lecteur imaginer ce que le buffet ne
dit pas.
• Les portes sont « noires » profondeur et mystère inquiétant.
• Ces « grandes portes noires » peuvent aussi bien évoquer un tombeau, un cimetière, les

⇨ Originalité de Rimbaud qui laisse le lecteur interpréter.


enfers eux-mêmes.

Une allégorie de la poésie

• Pointe du sonnet : le CC de temps « Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires
».
• Insiste sur la longue méditation poétique « lentement » adverbe long avec en plus
l’adjectif « grandes ».
• Ouvrir des portes = ouvrir le recueil de poèmes ?
• Le verbe « ouvrir » renvoie à l’attribut « est ouvert » V3 : effet de clôture et de boucle.
• Verbe à la voix pronominale « s’ouvrir » évoque le geste même du lecteur qui ouvre le

⇨ un poème qui parle des Cahiers de Douai ?


recueil.

La fin d’un recueil de jeunesse


Avant-dernier poème du recueil : portes = couverture. Véritable choix dans l’ordre des

⇨ Pointe du sonnet = pointe du recueil ? « Ma Bohème » en serait l’épilogue.


poèmes des Cahiers de Douai.

• Présent de vérité générale « quand s’ouvrent » pratiquement la morale du sonnet ou du


recueil lui-même.

En ouvrant les portes de ce simple meuble du quotidien, le poète fait surgir par la magie des perceptions et de la poésie, des souvenirs réels et
imaginaires.
On retrouve l’influence de Baudelaire dans ce pouvoir donné à l’odorat. Le rapport avec l’objet ordinaire qui devient objet poétique sera repris
avec Francis Ponge dans Le parti pris des choses, ou Laforgue dans son poème « la Cigarette ».

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