0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
12 vues71 pages

SN3 - Module 3 - Notes de Cours

physique

Transféré par

guillemthanhquach
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
12 vues71 pages

SN3 - Module 3 - Notes de Cours

physique

Transféré par

guillemthanhquach
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Cégep de Saint-Hyacinthe

Département de physique

Ondes et physique moderne

203-SN3-RE

Notes de cours

Module 3

Automne 2025
2
130
Chapitre 5

Bases de mécanique quantique

La physique classique considère que la lumière se dirige en ligne droite et qu'elle est
composée de rayons. On parle généralement de rayons lumineux, la notion d'un seul rayon
étant oue. Nous avons observé que la nature ondulatoire de la lumière avait des conséquences
assez spectaculaires dans le chapitre sur l'optique physique. Ces observations ne sont pourtant
que le pont qui mène à la mécanique quantique, où la physique d'une particule semble
totalement aléatoire, alors qu'elle reste précise à douze décimales.

Dans ce chapitre, nous présenterons les phénomènes qui ont historiquement mis la table
à la mécanique quantique : le corps noir et l'eet photoélectrique. Nous étudierons ensuite
des conséquences de la mécanique quantique : le modèle de Bohr et la quantication de
l'énergie des électrons dans les atomes, les ondes de matière, le principe d'indétermination
d'Heisenberg, l'expérience du chat de Schrödinger et l'eet tunnel.

5.1 Rayonnement du corps noir


Prenons un rond d'une cuisinière électrique fait d'un élément chauant (pas en vitrocéra-
mique). Lorsque l'élément est mis en fonction, celui-ci devient éventuellement rouge lorsque
sa température est assez élevée. Cet exemple montre le lien entre le rayonnement émis par
un objet et sa température. On appelle ce phénomène rayonnement du corps noir.

Lorsque vous observez un objet, la lumière que vous percevez ne provient pas nécessai-
rement du rayonnement lié à sa température (corps noir). Une grande partie de ce que nous
voyons des objets provient de la lumière rééchie par ceux-ci. Pour observer le rayonnement
d'un corps noir, celui-ci ne doit donc pas rééchir de lumière. Ainsi, la lumière émise provient
bien du rayonnement en tant que corps noir. Il est pratiquement impossible d'obtenir un ob-
jet qui ne rééchit aucunement la lumière. Toutefois, si la lumière rééchie par un objet est
petite par rapport à la lumière émise en tant que corps noir, l'objet peut alors être considéré
comme tel. Pour cela, un corps noir doit donc absorber la majeure partie de la lumière qu'il
reçoit. C'est pour cette raison qu'on fait référence à un corps noir, la couleur noire absorbant

131
CHAPITRE 5. BASES DE MÉCANIQUE QUANTIQUE

toutes les longueurs d'onde du spectre visible.

Il n'existe pas de corps noir parfait, mais il est possible de s'en approcher. Les étoiles sont
les corps noirs s'approchant le plus d'un corps noir parfait : la quantité de lumière rééchie
étant minime par rapport à la lumière émise par la température de surface de l'étoile.

La gure 5.1 montre un graphique de la radiance spectrale. Il s'agit de l'intensité lumi-


neuse émise par un corps noir pour diérentes longueurs d'onde. Les courbes pour trois corps
noirs ayant des températures de surface diérentes sont présentées. Chaque courbe possède
un pic d'émissivité, soit la longueur d'onde où l'intensité lumineuse est la plus élevée. Plus la
température de surface d'un corps noir est élevée, plus ce pic d'émissivité est décalé vers la
gauche (plus petite longueur d'onde). De plus, un corps noir ayant une plus grande tempé-
rature de surface peut émettre de la lumière plus énergétique (plus petite longueur d'onde)
et son intensité lumineuse pour chaque longueur d'onde est plus élevée.

5000 K
4000 K
3000 K

λ(µm)
0 0.5 1 1.5 2 2.5 3 3.5 4

Figure 5.1  Rayonnement du corps noir

Revenons à notre rond de cuisinière électrique. Lorsque sa température de surface aug-


mente, il émet un rayonnement de plus en plus énergétique. Au début, ce rayonnement n'est
pas assez énergétique pour être vu puisqu'il ne se situe pas dans le spectre visible. Lorsque
la température devient assez élevée, de la lumière dans le spectre visible est émise. Le rouge
étant la longueur d'onde la moins énergétique, c'est cette longueur d'onde qui est émise en
premier.

Si la température de notre rond de cuisinière électrique continue à augmenter, sa courbe


de radiance spectrale sera décalée vers la gauche et de la lumière de plus en plus énergétique
est émise. Sa couleur rouge deviendra orangée et de plus en plus pâle. Lorsque son pic
d'émissivité atteint le centre du spectre visible, l'ensemble des longueurs d'onde du spectre
visible sont présentes et la lumière émise devient blanche. L'expression chauer à blanc
provient de ce phénomène, c'est-à-dire chauer un objet à un tel point où la lumière qu'il
émet devient blanche. Si la température du rond de la cuisinière électrique continue encore
à augmenter, son pic d'émissivité se situera éventuellement dans des longueurs d'onde plus
petites que le spectre visible. Dans le spectre visible, la lumière bleue a une intensité plus

132
5.1. RAYONNEMENT DU CORPS NOIR

grande que les autres longueurs d'onde du spectre visible. Le rond de la cuisinière aurait à
ce moment une teinte bleuâtre.

Ce changement de couleur d'un rond de cuisinière n'est pas observable dans la réalité
car sa température n'augmente pas assez pour dépasser la couleur rougeâtre. Néanmoins, on
peut observer ce phénomène en observant les étoiles. Les étoiles peuvent avoir des couleurs
diérentes et leur couleur nous informe sur leur température de surface : une étoile bleue a
une grande température de surface tandis qu'une étoile rouge a une petite température de
surface.

Jusqu'à présent, nous avons principalement présenté le rayonnement dans le domaine


du spectre visible, mais le rayonnement d'un corps noir ne se limite pas à celui-ci. N'im-
porte quel objet ayant une température non-nulle (c'est-à-dire plus grande que 0 K) émet
un rayonnement de corps noir. Cependant, pour l'observer, il faut que celui-ci soit plus im-
portant que le rayonnement du milieu ambiant. Les caméras infra-rouges utilisent justement
ce principe. Prenons le corps humain comme exemple. Celui-ci a une température d'environ
37 °C. Cette température est plus élevée que la température ambiante (pour la plupart des
régions sur Terre) et son rayonnement en tant que corps noir est plus important que celui du
milieu ambiant. À 37 °C, le corps humain n'émet pas de lumière visible. Un rayonnement est
toutefois émis dans l'infra-rouge. Une caméra infra-rouge permet de détecter ces diérentes
longueurs d'onde et leur associe une couleur an d'en faire une image. C'est le même principe
utilisé par notre oeil pour le spectre visible, mais appliqué à un autre domaine du spectre
électromagnétique. Les photos astronomiques fonctionnent de la même manière. Une couleur
est associée à des longueurs d'onde qui ne se situent pas dans le spectre visible pour recons-
tituer une image. Ce qui est publié est la superposition de ces couleurs qui représentent les
diérentes longueurs d'onde observées. Dans la réalité, si on regardait à l'oeil nu le même
astre, on ne verrait pas toutes ces couleurs qui, pour une grande majorité, ne se situent pas
dans le spectre visible.

5.1.1 Explication classique


En 1896, Wilhelm Wien propose une relation empirique concordante avec la présence
d'un maximum du rayonnement selon la longueur d'onde.
2πc2 h −hc/λkT
RT (λ) = e (5.1)
λ5
Comme l'illustre la gure 5.2, cette relation est très semblable à l'observation expérimentale
à basse longueur d'onde. Cependant, le comportement du rayonnement à grandes longueurs
d'onde s'éloigne des données expérimentales. De plus, la relation de Wien prédit que l'in-
tensité totale du rayonnement est limitée avec une hausse de la température, ce que l'ex-
périmentation contredit. Enn, Wien ne propose pas d'explication sur la provenance de sa
relation.

Quelques années plus tard, en 1900, lord Rayleigh travaille à partir de la physique sta-

133
CHAPITRE 5. BASES DE MÉCANIQUE QUANTIQUE

R (logarithmique)

Données
Wien
Rayleigh-Jeans

λ(µm)
1 5 10 50 100

Figure 5.2  Catastrophe de l'ultraviolet et loi de Wien

tistique pour obtenir lui aussi une variation du rayonnement d'un corps noir en fonction
de la longueur d'onde. Son résultat, corrigé quelque peu par James Jeans en 1905, explique
très bien le comportement du rayonnement à grande longueur d'onde, mais aucunement le
comportement à faible longueur d'onde, comme l'illustre aussi la gure 5.2.

2πc2 h
RT (λ) = (5.2)
λ4

La divergence entre cette théorie et les résultats expérimentaux à basses longueurs d'onde
a été appelée catastrophe de l'ultraviolet, ce rayonnement ayant alors la longueur d'onde la
plus courte connue (les rayons X et γ n'étaient pas encore découverts).

5.1.2 Explication quantique


L'explication de ce phénomène sera le premier pas vers ce qui deviendra la mécanique
quantique. En eet, sans proposer un changement de paradigme, Max Planck propose en 1900
une explication du comportement observé expérimentalement. Le postulat de son explication
est qu'un corps noir est composé de multiples oscillateurs harmoniques. En eet, comme
la cavité a des dimensions limites, toutes les longueurs d'onde ne peuvent être présentes
dans la même proportion. L'énergie des diérents oscillateurs harmoniques étant reliées à
leur longueur d'onde, l'émission du rayonnement par un corps noir n'est pas un phénomène
continu, mais discret : le corps noir n'émet pas un rayonnement continu, mais une suite
de paquet d'énergie, appelé par la suite quanta (quantum au singulier). Chaque quantum
possède une énergie quantiée qui dépend de la longueur d'onde du rayonnement émis (et
donc de sa fréquence f )
c
Eλ = hf = h (5.3)
λ
134
5.1. RAYONNEMENT DU CORPS NOIR

La vitesse de la lumière dans le vide c ainsi que la constante de Planck h sont deux constantes
fondamentales de la physique moderne.

c = 3,00 × 108 m/s


h = 6,626 × 10−34 J·s = 4,136 × 10−15 eV·s

L'énergie est mesurée, dans le système international, en joule (J). Comme la constante de
Planck est très petite et qu'on calcule souvent des énergies très faibles (celles de particules
ou molécules par exemple), on utilise fréquemment l'électronvolt comme unité d'énergie. Par
dénition, un électronvolt est l'énergie acquis par un électron franchissant une diérence de
potentiel de 1 V.
1 eV = e × 1 V = 1,602 × 10−19 J (5.4)
Dans l'équation de la quantication de l'énergie (équation 5.3), si l'énergie considérée est en
joule, on doit utiliser la constante de Planck dans cette unité. Si l'énergie considérée est en
électronvolt, on peut utiliser la constante de Planck dans cette unité.

Si un rayonnement possède plusieurs particules de même fréquence (et donc de même


longueur d'onde), l'énergie du rayonnement sera simplement la somme de l'énergie de chaque
particules.
hc
En = nEλ = nhf = n (5.5)
λ

Les particules lumineuses émises par un corps noir, et plus généralement par n'importe
quel corps, sont appelés photons et sont symbolisés γ . Ces particules ont une énergie, dénie
par la relation 5.3, qui dépend de leur longueur d'onde (et de leur fréquence). Il est possible
que plusieurs photons avec la même énergie (et donc la même longueur d'onde) soient présents
en même temps dans le corps noir, ce qui modie l'exponentielle négative de la loi de Wien
par l'apparition du terme d'une distribution de Bose-Einstein.

Le rayonnement d'un tel corps noir a ainsi été calculé à partir de l'hypothèse prédécente
de Max Planck. On parle aussi de la radiance d'un corps noir. Elle dépend de plusieurs
constantes, dont la constante de Boltzmann k = 1,38 × 10−23 J/K.
2πc2 h 1
RT (λ) = (5.6)
λ5 ehc/λkT − 1
Cette loi correspond à l'observation du rayonnement selon la fréquence et la température
de manière très précise (gure 5.1). Chaque longueur d'onde n'est pas émise dans la même
proportion.

On remarque qu'aux petites longueurs d'onde, le terme -1 est négligeable devant l'expo-
nentielle au dénominateur. On obtient alors la formulation de Wien. Cette dernière est donc
le cas limite du rayonnement du corps noir à basses longueurs d'onde.
2πc2 h 1 2πc2 h −hc/λkT
lim RT (λ) = lim = e
λ→0 λ→0 λ5 ehc/λkT − 1 λ5

135
CHAPITRE 5. BASES DE MÉCANIQUE QUANTIQUE

De la même façon, si on prend la série de Taylor du terme en exponentielle pour les


grandes longueurs d'onde, on trouve

2πc2 h 1 2πc2 h 1 2πckT


lim RT (λ) = lim = hc
=
λ→∞ λ→∞ λ5 ehc/λkT − 1 λ5 1 + λkT
+ ... − 1 λ4

5.1.3 Loi de Stefan-Boltzmann


L'intensité totale émise (la puissance par unité de surface) est alors l'intégrale de la
radiance selon la longueur d'onde.
Z ∞
I= RT (λ)dλ = σT 4 (5.7)
0

Ces unités sont en watt par mètre carré (W/m2 ). La constante de cette relation est la
constante de Stefan-Boltzmann.
2π 5 k 4
σ= = 5,67 × 10−8 W/m2 ·K4
15c2 h3
On dénit également la luminosité (équivalent à la puissance lumineuse), mesurée en watts
(W)

L = IA (5.8)

5.1.4 Loi de Wien


La principale longueur d'onde émise est la longueur d'onde du maximum de la radiance.
Pour trouver la valeur de la longueur d'onde qui optimise la relation, on dérive le rayonnement
par rapport à la longueur d'onde et on pose cette dérivée égale à zéro.
dRT (λ)
=0

λmax T = 2,898 × 10−3 m·K (5.9)

Exemple 5.1
La longueur d'onde du pic d'émissivité du Soleil est de 501,6 nm.
a) Quelle est la température de surface du Soleil ?
b) Quelle est l'énergie du photon émis en plus grande quantité ?
c) Quelle est l'intensité totale qu'il émet ?

136
5.1. RAYONNEMENT DU CORPS NOIR

Solution
Le Soleil peut être considéré comme un corps noir.
a) La température du corps noir dépend de la longueur d'onde la plus émise.

λmax T = 2,898 × 10−3


2,898 × 10−3 2,898 × 10−3
T = = = 5778 K
λmax 501,6 × 10−9

b) L'énergie d'un rayonnement dépend de sa longueur d'onde.


hc 6,626 × 10−34 × 3 × 108
E = hf = = −9 = 3,96 × 10−19 J = 2,47 eV
λ 501,6 × 10

c) L'intensité totale émise est trouvée par la loi de Stefan-Boltzmann.

I = σT 4 = 5,67 × 10−8 × 57784 = 63,2 MW/m2

Exemple 5.2
Un grille-pain de 1000 W émet comme rayonnement le plus important des photons de
2740 nm.
a) Quelle est la température des laments du grille-pain lorsqu'ils sont chaués ?
b) Quelle est l'intensité lumineuse émise par ce grille-pain ?
c) En considérant que la résistance du grille-pain comme un l continu d'une lon-
gueur de 3 m et ayant un diamètre de 0,5 mm, quelle est sa luminosité ?
d) Quelle fraction de l'énergie électrique est transformée en énergie lumineuse ?

Solution
a) La longueur d'onde la plus émise dépend de la température du corps noir.

λmax T = 2,898 × 10−3


2,898 × 10−3 2,898 × 10−3
T = = = 1058 K
λ 2740 × 10−9

137
CHAPITRE 5. BASES DE MÉCANIQUE QUANTIQUE

b) L'intensité lumineuse est donnée par l'équation 5.7.

I = σT 4 = 5,67 × 10−8 × (1058)4 = 70,95 kW/m2

c) L'aire du l émettant la lumière est celle de sa surface, c'est-à-dire un cylindre.

A = 2πrℓ

Sa luminosité est donnée par

L = IA = I(2πrℓ)
L = (70,95 × 10 ) × (2π × 0,25 × 10−3 × 3) = 334,4 W
3

d) La luminosité étant la puissance lumineuse, il sut de faire le rapport des puis-


sances (lumineuse et électrique) an de déterminer la proportion de l'énergie
transformée en lumière.
L 334, 4
= = 0, 3344
P 1000

5.2 Eet photoélectrique


L'eet photoélectrique est l'absorption par un matériau d'un rayonnement photonique
qui libère des électrons. Il s'agit donc d'une transformation de l'énergie lumineuse en énergie
électrique.
I

∆V
∆V0
∆V
Figure 5.4  Intensité du courant de l'ef-
Figure 5.3  Montage pour l'eet photo-
fet photoélectrique. La ligne pointillée repré-
électrique
sente une intensité lumineuse incidente plus
petite que la ligne pleine.
Le montage permettant l'observation de ce phénomène est illustré à la gure 5.3. Une
plaque métallique (anode) est reliée à une cathode par une source de tension. Lorsque la
lumière est projetée vers la plaque métallique, elle libère des électrons. Ceux-ci sont libérés
avec des directions aléatoires. An de les utiliser dans un circuit électrique, une diérence de

138
5.2. EFFET PHOTOÉLECTRIQUE

potentiel ∆V est appliquée, de façon à forcer les électrons à se diriger vers la cathode. Un
ampèremètre placé dans le circuit permet de mesurer le courant générer par les électrons.

5.2.1 Explication classique


Classiquement, des électrons devraient être émis par le métal lorsque l'énergie accumu-
lée permet de briser le lien entre l'électron et le matériau (travail d'extraction). Si l'énergie
du rayonnement lumineux est faible, il sut d'attendre assez longtemps an que l'énergie
résultante soit assez grande. Le problème, c'est que l'observation ne concorde pas avec cette
explication. En eet, pour certains matériaux, même en attendant très longtemps, certains
rayonnement ne mènent à aucune émission d'électrons. L'explication classique de l'eet pho-
toélectrique semble donc problématique.

Une autre caractéristique importante est observée : la présence d'une tension d'arrêt
(∆V0 ). Cette tension est celle de la source sur notre montage expérimental, mais branchée en
inverse par rapport à la gure 5.3. À ce moment, la cathode repousse les électrons plutôt que
de les attirer. Les électrons sont ralentis et, comme ils se déplacent plus lentement, le courant
mesuré par l'ampèremètre diminue. En augmentant graduellement la tension de la source, les
électrons se déplacent de moins en moins rapidement et le courant diminue, jusqu'à atteindre
la tension d'arrêt, tension à laquelle aucun électron n'est assez énergétique pour traverser
la barrière de potentiel créée par la source. La gure 5.4 illustre la relation entre le courant
mesuré et la tension appliquée à la source. Une tension positive est une tension appliquée
dans le même sens que représenté à la gure 5.3 alors qu'une tension négative représente une
tension dans le sens inverse (comme pour la tension d'arrêt). La tension d'arrêt ne dépend
pas de l'intensité de la lumière utilisée, ce qui est bizarre, parce qu'une plus grande intensité
devrait être plus énergétique et ainsi permettre la libération de plus d'électrons. Encore une
fois, l'explication classique est problématique.
∆V0
Enn, lorsqu'on varie la fréquence du rayon-
nement sur la plaque métallique, on remarque
qu'il y a une fréquence de seuil en-deçà de la-
quelle l'eet photoélectrique ne se matérialise pas
(voir gure 5.5). Aucune argumentation classique
ne permet d'expliquer une telle observation, car
en laissant longtemps le matériau face à n'im-
f porte quel rayonnement, l'énergie nécessaire de-
f0
vrait permettre un jour de libérer un électron.
Figure 5.5  Fréquence seuil
5.2.2 Explication quantique
La clé de l'explication de l'eet photoélec-
trique est la quantication de l'énergie lumineuse, comme postulée par Planck pour expliquer

139
CHAPITRE 5. BASES DE MÉCANIQUE QUANTIQUE

le rayonnement du corps noir. En eet, chaque photon, individuellement, peut briser ou non
le lien entre l'électron et le noyau, selon son énergie propre (et donc sa longueur d'onde).
Un rayonnement d'une grande longueur d'onde, correspondant à une petite énergie, pourrait
alors ne pas avoir l'énergie susante pour briser le lien ionique ou covalent avec le reste
de l'élément. L'envoi d'une deuxième particule n'aiderait en rien, car chaque quantum de
lumière (chaque photon) brise individuellement ou non le lien.

De la même façon, l'énergie d'un rayonnement étant précise, l'énergie maximale des élec-
trons libérés, par la conservation de l'énergie, est aussi une constante. C'est la raison pour
laquelle une tension d'arrêt (un niveau de répulsion précis) permet de freiner les électrons
dans leur mouvement vers la cathode.

Mathématiquement, il s'agit d'une application simple de la conservation de l'énergie.


Ainsi, l'énergie du photon incident, si elle est susante pour extraire un électron, est trans-
férée dans son entièreté à l'électron. Cette énergie permet de briser le lien entre l'électron et
le noyau (travail d'extraction de l'électron), puis de donner une énergie cinétique à l'électron.

Ei = Ef
hf = ϕ + Kmax (5.10)

où ϕ est le travail d'extraction nécessaire pour la libération de l'électron et Kmax , l'énergie


cinétique maximale restante de l'électron. Ce ne sont pas tous les électrons qui ont cette
énergie car ils peuvent en perdre à la suite de collision. C'est pour cette raison que le terme
énergie cinétique maximale est utilisé.
Si une tension est donnée entre l'anode et la cathode, elle permet de mesurer l'énergie
cinétique maximale des électrons libérés. En eet, à la tension d'arrêt ∆V0 , l'énergie cinétique
et l'énergie électrique sont identiques.

Kmax = e∆V0 (5.11)

Enn, la fréquence de seuil d'un rayonnement menant à l'eet photoélectrique correspond à


l'énergie minimale permettant l'émission d'un électron. C'est donc le travail d'extraction.

hf0 = ϕ (5.12)

Exemple 5.3
Un rayonnement lumineux de 525 nm est dirigé vers un matériau inconnu. L'énergie
cinétique maximale des électrons émis est de 1,7 eV.
a) Quel est le travail d'extraction du matériau ?
b) Quelle est la longueur d'onde seuil ?

140
5.3. MODÈLE DE BOHR

Solution
a) L'énergie initiale est celle d'un photon du rayonnement :
hc 6,626 × 10−34 × 3 × 108
E = hf = = = 3,78 × 10−19 J = 2,36 eV
λ 525 × 10−9
Le travail d'extraction est simplement la diérence entre cette énergie et l'énergie
restante que les électrons auront, l'énergie cinétique maximale.

hf = ϕ + Kmax
⇒ ϕ = hf − Kmax = 0,662 eV

b) La longueur d'onde seuil est la longueur d'onde maximale permettant l'extraction


d'un électron. C'est la longueur d'onde correspondant au travail d'extraction.
hc
ϕ=
λ
−15
hc 4,136 × 10 × 3 × 108
λ= = = 1,87 µm
ϕ 0,662

5.3 Modèle de Bohr


Une lampe à décharge permet de produire un rayonnement relativement constant en
couleur (longueur d'onde) et en intensité. Une telle lampe est composée de deux plaques
métalliques, les électrodes (anode et cathode), entourées d'un gaz, le tout étant scellé. Le
fonctionnement est pas mal le contraire de l'eet photoélectrique : l'énergie électrique est
transformée en énergie lumineuse ! Les électrodes sont reliés à la source de courant par des
ls traversant les parois, comme l'illustre la gure 5.6.

Les électrons émis par la cathode se dirigent vers l'anode


en gagnant de la vitesse. Avant d'atteindre l'anode, ils entrent
souvent en collision avec les atomes du gaz. Ils transfèrent ainsi
une partie de leur énergie aux atomes gazeux, plus particuliè-
rement aux électrons dans les orbitales. Les électrons stockent
cette énergie potentielle en changeant de niveau électronique
(en changeant d'orbitales), selon l'énergie obtenue des élec- Figure 5.6  Lampe à dé-
trons. Les électrons sont alors dans des états excités, un état charge
instable.

Le rayonnement de la lampe à décharge se produit lorsque les électrons des atomes gazeux
retournent vers leur état fondamental à partir de leur état excité. Ce retour peut se faire
en un ou plusieurs sauts, selon l'énergie des électrons et le hasard du parcours de chacun. Il
est important de noter que les transitions électroniques sont aléatoires : il est impossible de

141
CHAPITRE 5. BASES DE MÉCANIQUE QUANTIQUE

prédire les transitions suivies par un électron précisément. Mais on sait qu'il complétera son
parcours à l'état fondamental (orbitale s ), car c'est là qu'est la situation d'équilibre. Cette
explication est correcte pour l'atome d'hydrogène, ne comptant qu'un électron.

Lors du retour à l'état fondamental, l'électron perd de l'énergie potentielle. Cette énergie
n'est pas perdue, car ce saut quantique électronique amène la production d'un photon ayant
l'énergie du saut eectué. L'énergie mécanique est donc conservée. Ainsi, l'énergie et la
longueur d'onde du photon émis sont quantiées selon les diérents niveaux d'énergie du gaz
de la lampe à décharge.

5.3.1 Atome d'hydrogène


Neils Bohr présenta son modèle de l'atome d'hydrogène, l'atome le plus simple par sa
composition, en 1913. Son modèle est le dernier élément que nous étudierons qui mènera
à la mécanique quantique qui révolutionnera la physique à partir de 1925. Il est basé sur
trois postulats et amène comme conséquence la quantication des niveaux d'énergie et donc
l'existence des orbitales électroniques. Voici ces trois postulats.

États stationnaires
Les électrons se déplacent sur des orbites circulaires précises. On peut d'ailleurs lier
l'énergie sur une telle orbite à son rayon. L'électron est en mouvement circulaire uniforme
autour du proton, la deuxième loi de Newton est alors
X
Fc = mac
2
ke v2
=m
r2 r

L'énergie mécanique est la somme de l'énergie cinétique et de l'énergie potentielle électrique.

1 ke2
E = K + U = mv 2 −
2 r

Si on insère le premier résultat dans le deuxième, on trouve

ke2 ke2 ke2 ke2


 
1 1
E = mv 2 − = − =−
2 r 2 r r 2r

Plus le rayon est petit, plus l'énergie de l'électron est petite, car elle est plus grande néga-
tivement. Un électron veut ainsi généralement minimiser son énergie, donc être au rayon le
plus petit possible.

142
5.3. MODÈLE DE BOHR

Émission de rayonnement
Il y a émission de lumière lorsque l'électron de l'atome passe d'un niveau de plus haute
énergie vers un niveau de plus basse énergie. L'énergie du rayonnement est celle de l'écart
entre les deux niveaux d'énergie. Cette équation est expliquée un peu plus loin.

Quantication du moment cinétique


Le moment cinétique (quantité de mouvement en rotation) de l'électron est quantiée en
fonction de la constante de Planck.

L = nℏ
h
mrv = n (5.13)

Cette équation équivaut aux diérentes longueurs d'onde de résonance sur une orbite
circulaire, comme l'illustre la gure 5.7.

Figure 5.7  Diérents modes de résonance (n = 2 à 4) d'une onde le long d'une orbite
circulaire

Conséquences des postulats


En remplaçant l'équation de la deuxième loi de Newton dans celle du troisième postulat,
on trouve que le rayon des électrons est quantié.
n2 ℏ2
rn =
mke2
Et comme le rayon est directement relié à l'énergie de l'électron par le premier postulat,
l'énergie des électrons est aussi quantiée. On parle alors de niveaux d'énergie n.
mk 2 e4 −13,6 eV
En = − = (5.14)
2ℏ2 n2 n2

Pour le deuxième postulat, lorsqu'il y a émission de lumière par une transition électro-
nique, l'énergie est conservée. L'énergie initiale de l'électron dans son état excité se divise :

143
CHAPITRE 5. BASES DE MÉCANIQUE QUANTIQUE

une partie pour l'énergie nale de l'électron dans un nouvel état excité ou dans l'état fonda-
mental et l'énergie du photon émis.
Ei = Ef + Eγ (5.15)
Ainsi, pour trouver l'énergie d'un photon émis, il sut d'utiliser l'énergie initiale et nale
de l'atome selon le saut quantique (par l'équation 5.14).

Il est clair par cette démarche que la lampe E (eV)


à décharge (ou plus généralement n'importe 0 ionisation n=∞
quel gaz) ne peut émettre toutes les longueurs −0,378 n=6
d'onde, mais seulement certaines longueurs −0,850 n=4
d'onde précises selon ces niveaux d'énergie −1,51 n=3
(qui sont reliées aux orbitales). Plusieurs tran- Paschen
sitions entre les niveaux d'énergie de l'hydro- −0,544 n=5
gène sont illustrées en exemple à la gure 5.8. −3,40 n=2
Diérents noms sont donnés à dié- Balmer
rentes transitions électroniques, selon le ni-
veau d'énergie nal de l'électron dans l'atome.
Ces noms sont souvent reliés à l'observation
historique de ces raies spectrales. Ainsi, les
quatre raies visible du spectre de l'hydrogène
composent la série de Balmer, ayant comme
niveau d'énergie nal le deuxième. Les autres
raies (de Lyman et de Paschen) existent et
sont observées, mais pas avec la lumière vi-
sible.

Un atome est considéré ionisé lorsque


l'électron n'a plus de lien avec le noyau. Ainsi,
l'énergie reliant le noyau (de charge positive)
et l'électron (charge négative) n'est plus néga-
tive, mais au moins nulle. L'énergie d'ionisa-
tion d'un électron dans son état fondamental −13,6 n=1
est donc la valeur absolue de l'énergie de cet Lyman
état fondamental.
Figure 5.8  Transitions de l'hydrogène

5.3.2 Généralisation aux autres atomes ayant un seul électron


Cette démarche avec l'hydrogène peut être généralisée à partir de l'énergie des diérents
niveaux. Pour un atome de numéro atomique Z (contenant Z protons), mais avec un seul
électron (donc ionisé Z − 1 fois), l'énergie de chaque niveau est
−13,6 eV 2
En = Z (5.16)
n2
144
5.3. MODÈLE DE BOHR

Les diérents niveaux d'énergie varient selon les éléments, mais ils sont toujours quan-
tiés, peu importe le gaz présent (et le fait qu'il soit ionisé ou non). Comme les diérentes
transitions électroniques amènent la production de photons de diérentes énergies et lon-
gueurs d'onde, le spectre d'émission de chaque élément est une caractéristique de sa com-
position. Il est donc possible d'identier un élément par la lumière qu'il produit (ou qu'il
absorbe comme nous le verrons dans la suite de cette section).

Exemple 5.4
Un atome d'hydrogène est excité au deuxième niveau excité. Des photons de quelles
longueurs d'onde pourront être émis ?

Solution
Comme l'atome est au deuxième niveau excité, il est troisième niveau d'énergie, l'état
fondamental n'étant pas excité. De ce niveau, toutes les transitions permettant à l'élec-
tron de revenir au niveau fondamental seront possibles : donc 3 à 2 suivi de 2 à 1, ainsi
que 3 directement à 1. Il y a donc trois longueurs d'onde diérentes possibles. Com-
mençons par la transition du troisième au deuxième niveau d'énergie.

E3 = E2 + Eγ3−2
−13,6 −13,6 hc
2
= 2
+
3 2 λ3−2
hc −13,6 −13,6
= − = 1,89 eV
λ3−2 32 22
hc 4,136 × 10−15 × 3 × 108
λ3−2 = = = 656 nm
1,89 1,89
Poursuivons par la transition du deuxième niveau d'énergie au fondamental.

E2 = E1 + Eγ2−1
−13,6 −13,6 hc
= +
22 12 λ2−1
hc −13,6
= − −13,6 = 10,2 eV
λ2−1 22
hc 4,136 × 10−15 × 3 × 108
λ2−1 = = = 122 nm
10,2 10,2

145
CHAPITRE 5. BASES DE MÉCANIQUE QUANTIQUE

Complétons par la transition directe du troisième à l'état fondamental.

E3 = E1 + Eγ2−1
−13,6 −13,6 hc
2
= 2
+
3 1 λ3−1
hc −13,6
= − −13,6 = 12,1 eV
λ3−1 32
hc 4,136 × 10−15 × 3 × 108
λ3−1 = = = 103 nm
12,1 12,1

5.3.3 Types d'excitation


Deux types d'excitation permettent à un électron d'augmenter son énergie et d'atteindre
un état excité : radiative et collisionnelle.

Un photon est en cause lors d'une excitation radiative. Le photon incident est absorbé par
l'atome seulement si son énergie correspond exactement à la diérence entre deux niveaux
d'énergie. Si l'énergie du photon est diérente, il ne peut être capté par l'électron dans
l'atome, car ce dernier se retrouverait entre deux niveaux d'énergie, ce qui est impossible.
Et l'énergie doit être conservée. Le photon incident ne peut pas donner une partie de son
énergie à l'électron pour l'exciter, car il ressortirait alors de la collision avec une nouvelle
énergie, et donc une nouvelle longueur d'onde. Ce ne serait alors pas le même photon. Ainsi,
si un photon se dirige vers un atome, il peut être absorbé ou non par l'atome seulement.

Dans le cas d'une excitation collisionnelle, c'est un électron libre qui entre en collision
avec l'atome. Dans ce cas, il est possible que l'électron incident donne seulement une partie
de son énergie cinétique à l'atome, pour l'exciter, puis qu'il poursuive son chemin avec le reste
de son énergie cinétique. Ainsi, il existe souvent plusieurs transitions énergétiques possibles
pour les électrons dans les atomes qui subissent une excitation collisionnelle, contrairement
à une excitation radiative où une seule transition est possible au maximum.

Exemple 5.5
Un atome d'hélium avec un seul électron est bombardé par des électrons possédant
une énergie de 45 eV.
a) Quelles longueurs d'onde émises seront observés ?
b) Est-ce que l'observation reste la même si des photons de 45 eV frappent l'atome
d'hélium ionisé une fois ?

146
5.3. MODÈLE DE BOHR

Solution
Pour un atome d'hélium avec un seul électron, l'énergie dans l'état fondamental est :
−13,6 eV × 22
E1 = = −54,4 eV
12
a) Lorsque l'atome subit une collision, l'électron peut gagner jusqu'à 45 eV s'il capte
toute l'énergie du bombardement. Son énergie possible est donc

E = −54,4 eV + 45 eV = −9,4 eV.

Calculons le niveau d'énergie correspondant à cette énergie.


−13,6 eV × 22
E=
sn2
r
−13,6 eV × 22 −13,6 eV × 22
n= = = 2,41
E −9,4 eV

Les niveaux d'énergie devant prendre des valeurs discrètes, le niveau d'énergie
maximal que l'atome peut prendre est n = 2.
S'il le fait, l'électron reviendra par la suite à son état fondamental, en émettant
un photon dont l'énergie correspond à la diérence entre les niveaux d'énergie
de l'électron lors de la désexcitation.

Eγ2−1 = E2 − E1
hc −13,6 eV × 22
= − (−54,4)
λ2−1 22
hc
= −13,6 − (−54,4) = 40,8 eV
λ2−1
hc 4,136 × 10−15 × 3 × 108
λ2−1 = = = 30,4 nm
40,8 40,8
b) Si ce sont des photons qui bombardent les atomes à l'état fondamental, toute
l'énergie d'un photon doit être absorbée, contrairement à un électron qui peut
transférer seulement une partie de son énergie. Nous avons calculé que l'ab-
sorption de toute cette énergie amène l'atome entre deux niveaux d'énergie
(n = 2,41), ce qui n'est pas possible. Les photons ne seront donc pas absor-
bés et passeront tout droit. Les atomes resteront dans l'état fondamental et
n'émettront pas de photons.

147
CHAPITRE 5. BASES DE MÉCANIQUE QUANTIQUE

5.4 Laser
Le principe de la lampe à décharge peut être utilisé et concentré pour produire un laser.
Dans la situation d'une lampe à décharge, le processus d'émission d'un photon est appelé
émission spontanée (voir gure 5.9). Il faut d'abord qu'un photon (ou un électron) excite
un atome, comme nous l'avons étudié à la section précédente. Par la suite, l'atome excité
redescend de niveau d'énergie et émet un photon. Toutefois, ce photon peut être émis dans
n'importe quelle direction. Le principe du laser est de pouvoir orienter le photon émis an
qu'il aille dans une direction précise. En donnant la même orientation à tous les photons
émis, un faisceau dirigé dans un seule direction est formée. Pour cela le principe d'émission
stimulée est utilisé.
absorption émission spontanée émission stimulée
E2 E2 E2

E1 E1 E1

Figure 5.9  Processus d'émission

Dans l'émission stimulée, un photon est envoyé vers un atome excité (voir gure 5.9).
L'énergie du photon correspond à la diérence d'énergie entre les niveaux d'énergie de l'atome
(E1 et E2 dans notre situation). Le passage de ce photon force la désexcitation de l'atome
en émettant un photon identique à celui incident (direction, phase, énergie) ! À partir d'un
photon, on se retrouve avec l'émission de deux photons identiques (voir gure 5.9). Ces
mêmes photons créeront eux-mêmes d'autres émissions spontanées à la rencontre d'autres
atomes excités et une réaction en chaîne se produit. Un tel processus d'émission stimulé
permet donc de multiplier les photons avec la même énergie, la même direction et la même
phase. C'est le principe d'un laser (light amplication by stimulated emission of radiation ) :
l'émission de beaucoup de photons avec les mêmes caractéristiques an d'avoir un faisceau
lumineux assez intense, cohérent et monochromatique.

Pour que l'émission simultanée crée une réaction en chaîne, En


la situation initiale doit avoir beaucoup d'atomes excités. On
parle alors d'une inversion de population, comme le montre la E0
gure 5.10. Une des techniques utilisées pour réaliser cette in-
version de population est appelée pompage optique. Lors d'un Figure 5.10  Inversion de
pompage optique, un faisceau de lumière polarisée très in- population
tense est envoyé vers le gaz an d'amener une grande quantité
d'atomes dans un niveau excité.

Dans le but d'amplier le faisceau de lumière, un laser possède un miroir à une extrémité,
an de garder les photons dans le tube, et un miroir semi-transparent à l'autre extrémité.

148
5.5. DUALITÉ ONDE-CORPUSCULE

Les photons sont donc rééchis par le miroir et le miroir semi-transparent, avant d'être émis
par le laser à travers le miroir semi-transparent.

L'émission lumineuse résultante d'un laser est : fortement monochromatique (une seule
longueur d'onde présente), fortement cohérente (aucun déphasage entre les diérents pho-
tons), fortement directionnelle (le rayonnement est dans une direction précise) et nettement
focalisé (le rayonnement provient du même point).

5.4.1 Types de laser

Laser à trois niveaux Laser à quatre niveaux


En En
Laser Radiation rapide
Em Em
Pompe Pompe Laser
Radiation rapide Em′
Radiation rapide
E0 E0

Figure 5.11  Deux types de laser

Dans la section précédente, la notion d'émission stimulée à la base des lasers a été pré-
sentée. Toutefois, un laser à deux niveaux, tel que présenté à la gure 5.9, est dicile à
développer d'un point de vue technologique. Le pompage optique ne permet pas une impor-
tante inversion de population.

Pour réaliser une inversion de population, des lasers à trois ou quatre niveaux d'énergie
sont utilisés. La longueur d'onde du laser est dénie par la transition entre deux niveaux
d'énergie précis. Les matériaux utilisés pour la construction du laser sont choisis en fonction
de ces transitions d'énergie et des longueurs d'onde qui y sont associées.

5.5 Dualité onde-corpuscule


Nous l'avons observé avec la lumière : elle se comporte par moment comme une particule
(optique géométrique et photon) et par moment comme une onde (optique physique). La
question normale est alors : est-ce que la lumière est une particule (le photon) ou une onde ?

La réponse que nous apporte la mécanique quantique est que la lumière est autant une
onde qu'une particule. Lorsqu'elle est détectée, c'est son comportement de particule qui est
observé. Entre deux mesures, la lumière évolue comme une onde.

Dans le présent chapitre, nous avons présenté l'énergie d'un photon, E = hc


λ
. Nous avons
également vu dans le cadre de la relativité restreinte que la quantité de mouvement d'une

149
CHAPITRE 5. BASES DE MÉCANIQUE QUANTIQUE

particule sans masse est représentée par p = Ec . En combinant ces deux équations, on trouve
hc
E= = pc
λ
h
λ= (5.17)
p
En 1924, le physicien Louis de Broglie se questionna sur l'application de l'équation 5.17 à
des particules ayant une masse. Une particule ayant une masse et qui est en mouvement
possède une quantité de mouvement. Selon l'équation 5.17, on pourrait ainsi associer une
longueur d'onde à cette particule. Les particules ayant une masse auraient alors également
un caractère ondulatoire !

Cette conclusion est contre-intuitive et a pris beaucoup de temps avant d'être acceptée.
Un des premiers problèmes est de savoir que représente le caractère ondulatoire d'une par-
ticule. Prenons le cas d'un électron lié à un atome, comme dans le modèle de Bohr. Si on
substitut l'équation 5.17 dans celle de la quantication du moment cinétique (équation 5.13,
en prenant p = mv ), on obtient
2πr
λ=
n
On observe alors que la longueur d'onde est une fraction de la circonférence d'une orbitale.
Ainsi, les longueurs d'onde possible dans le cas d'un électron dans l'atome sont reliées aux
modes de résonance le long de la circonférence d'un cercle. La gure 5.7 illustre quelques
modes de résonance.

En mécanique quantique, sans faire d'observation, il n'est pas possible de savoir où se


trouve une particule, on connaît uniquement son onde de probabilité, c'est-à-dire la proba-
bilité que la particule se retrouve à tel ou tel endroit. Les modes de résonance d'un atome
représente cette onde de probabilité et c'est également l'origine du caractère ondulatoire de
la lumière.

Ainsi, toutes les particules massives sont aussi des ondes, et les ondes comme la lumière
sont aussi des particules. Cette caractéristique double est nommée dualité onde-corpuscule
et est à la base de la mécanique quantique.

5.5.1 Interférence avec des électrons


Comme les particules ayant une masse ont également un caractère ondulatoire, les phé-
nomènes d'interférence et de diraction s'appliquent également à celles-ci.

Reprenons l'expérience de Young en remplaçant la lumière par des électrons. Un canon à


électrons est utilisé an de projeter des électrons vers les deux fentes de Young et on observe
sur l'écran l'endroit où chaque électron est détecté. Si l'électron agit comme une particule,
celui-ci devrait traverser une fente et continuer son trajet en ligne droite. Ainsi, on devrait

150
5.5. DUALITÉ ONDE-CORPUSCULE

observer sur l'écran deux pics, un vis-à-vis chaque fente. Un patron d'interférence est alors
observé, les maxima étant les endroits où il y a beaucoup d'électrons détectés et les minima
les endroits où il y en a peu.

Déjà que ce phénomène peut être perturbant, ce n'est toutefois que le début. Plutôt que
d'envoyer plusieurs électrons simultanément, regardons la situation où le canon à électrons
envoie un électron à la fois. Le canon à électrons est laissé en fonction an qu'un grand
nombre d'électrons arrivent à l'écran. Comme l'interférence est créée par deux ondes, on
s'attendrait à ce que le patron d'interférence disparaisse lorsqu'un seul électron est envoyé,
puisqu'il ne peut plus interférer. Toutefois, après qu'un grand nombre d'électrons aient été
détectés, on retrouve encore la même gure d'interférence que si on avait envoyé plusieurs
électrons simultanément !

La conclusion de cette observation est que l'électron interfère avec lui-même ! Lorsque
l'électron quitte le canon à électrons, il n'est pas possible de prédire à travers laquelle des
deux fentes il traverse. Tout ce qu'on peut dénir est l'onde de probabilités qu'il traverse
l'une ou l'autre des fentes. Comme la probabilité est aussi grande qu'il passe par l'une que
par l'autre, il passe à travers les deux fentes ! En passant par les deux fentes, les ondes de
probabilité peuvent alors interférer et créer le patron d'interférence observé.

Reprenons cette même expérience et tentons de déterminer si un électron passe par la


fente du haut ou du bas. Pour cela, un détecteur est positionné à une des deux fentes. Si
l'électron est détecté, c'est qu'il est passé par cette fente, s'il ne l'est pas, c'est qu'il est passé
par l'autre fente. Dans cette situation, après avoir envoyé un grand nombre d'électrons, il n'y
a plus de patron d'interférence. On observe plutôt deux pics alignés avec les fentes, comme
si l'électron n'avait pas de caractère ondulatoire. La raison de ce phénomène est la présence
du détecteur. En faisant une observation, on vient de changer la fonction d'onde. L'électron
ne passe pas par les deux fentes mais par une seule (celle du détecteur s'il est détecté, l'autre
s'il ne l'est pas). Ce phénomène est appelé l'eondrement de la fonction d'onde. En faisant
une observation (détecteur), on vient de déterminer la position de l'électron et la probabilité
qu'il soit ailleurs devient nulle. Il n'y a donc plus de fonction d'onde et plus de caractère
ondulatoire.

Même si les électrons atteignent l'écran un à un, de manière aléatoire, lorsqu'un grand
nombre d'électrons est observé, la gure des franges sombres et brillantes est toujours obser-
vée. Voulant toujours tester la nature, les physiciens ont tenté de mettre un détecteur devant
une des deux fentes, an de pouvoir mesurer par quelle fente passe chaque électron. Dans ce
cas, la gure d'interférence disparaît pour laisser sa place à deux franges brillantes, en ligne
droite devant chaque fente, comme nous l'attendions classiquement.

En mécanique quantique (dont les phénomènes ondulatoires sont l'inspiration), toute


observation expérimentale équivaut à une intervention dans la situation mesurée. Cette in-
tervention perturbe le système, ce qui explique le changement d'observation de la gure
d'interférence sur l'écran si on mesure le passage ou non des particules par une fente. Nous
y reviendrons dans le chapitre sur les bases de la mécanique quantique.

151
CHAPITRE 5. BASES DE MÉCANIQUE QUANTIQUE

5.5.2 Principe d'indétermination de Heisenberg


Les orbitales électroniques sont des régions dans l'espace où se trouvent les électrons. En
fait, il est impossible de connaître à un moment précis l'emplacement exact d'un électron ou
de connaître sa vitesse précise. C'est une réalité totalement diérente de la physique classique
connue jusqu'au début du 20e siècle.

La physique classique de Newton partait du fait qu'en connaissant les position et vitesse
initiales de n'importe quel corps, comme un électron, il était possible de déterminer précisé-
ment sa position et sa vitesse (ou sa quantité de mouvement) à tous les temps subséquents
par l'analyse des forces agissant dans l'espace. C'est d'ailleurs ce que nous avons fait dans le
cours de mécanique.

Le principe d'indétermination, mis de l'avant par Werner Heisenberg en 1927, stipule


plutôt qu'il est impossible de connaître simultanément la position et la quantité de mou-
vement d'un objet quelconque de manière totalement précise, même si les instruments de
mesure étaient parfaits. Si une variable est connue précisément, l'autre perd son sens (est
indéterminée), alors qu'il est possible de connaître les deux variables, mais de manière toute
deux imprécises.

∆x∆p ≥ (5.18)
2

Cette impossibilité n'est pas expérimentale, liée à la limite de précision de nos appa-
reils, mais théorique, liée à l'eet d'une mesure sur un système. Toute mesure aecte le
système étudié, car il est nécessaire d'interagir avec celui-ci pour avoir son information.
Par exemple, pour mesurer la température d'un bol de liquide, on y insère un thermomètre.
Celui-ci échangera de l'énergie avec le liquide jusqu'à ce que les deux éléments voient leurs
molécules bouger à la même vitesse, bref jusqu'à ce que les températures du thermomètre
et du liquide soient identiques. Ainsi, pour mesurer la température d'un liquide, on modie
celle-ci. Il est évident que cette modication est petite si la quantité de liquide est très grande
par rapport à la grandeur du thermomètre et si la température initiale des deux éléments
n'est pas trop éloignée, mais il y a toujours une modication par la mesure, aussi petite soit-
elle. Le but d'une mesure ecace est justement de la faire en modiant le moins possible la
situation à l'étude.

Regardons un autre exemple, plus près de la réalité quantique de courte distance : l'uti-
lisation d'un microscope. C'est assez simple à la base : on envoie de la lumière sur l'élément
observé et un système optique nous permet d'observer le tout. C'est donc dire qu'on ajoute
des photons au système observé et que ce que nous voyons est le résultat de l'interaction des
photons avec l'élément biologique étudié. Si l'énergie de l'élément est faible, l'énergie des pho-
tons modiera de manière importante le comportement de l'élément observé et l'observation
réalisée sera donc modiée.

C'est ce phénomène que nous avions présenté lors de l'étude de l'interférence électronique
par deux fentes. La gure d'interférence était visible si les deux fentes étaient libres, mais

152
5.5. DUALITÉ ONDE-CORPUSCULE

elle disparaissait si un détecteur était inséré dans une des deux fentes. On voit donc que
la mesure aecte l'observation physique. L'interprétation de ces observations par le
principe d'indétermination est que si la position de l'onde lumineuse ou électronique est
inconnue (aucun détecteur devant les fentes), la longueur d'onde de l'onde (ou sa quantité de
mouvement) est connue précisément (la gure d'interférence est donc présente). Par contre,
si la position de l'onde est mesurée pendant l'expérience (présence d'un détecteur devant
une fente), le concept même de longueur d'onde ne s'applique plus et la gure d'interférence
disparaît, car l'onde devient une superposition de toutes les longueurs d'onde.

5.5.3 Principe d'indétermination temps-énergie


Le principe d'indétermination possède une variante énergétique équivalente : il est im-
possible de connaître précisément l'énergie d'un système pendant un laps de temps inni.

∆E∆t ≥ (5.19)
2

Par conséquent, il est possible que le vide produise de l'énergie, mais pendant un laps de
temps très court. C'est ainsi qu'en physique des particules, il est possible que des particules
apparaissent du vide, de  nulle part , si leur durée d'existence est très courte. Il leur aura
été possible d'interagir avec d'autres particules pendant ce court laps de temps. Ainsi, il n'y
a rien de moins vide que le vide quantique !

5.5.4 Eet tunnel


Une conséquence du principe d'indétermination énergétique est l'eet tunnel. Dans plu-
sieurs situations, des particules sont prises au piège dans une région de l'espace sans avoir
assez d'énergie pour sortir de cette région (comme si une personne était entourée par quatre
hauts murs). On parle de barrière de potentiel autour des particules, comme l'illustre la
gure 5.12.
E
C'est par exemple le cas d'un noyau ra-
dioactif dans un atome. Si le noyau radioac-
tif possède une énergie négative, il ne pourra
se désintégrer. C'est la situation en bas du
pointillé sur la gure 5.12.

Par contre, si son énergie est positive,


il est possible que le noyau se désintègre y
et s'échappe du puits de potentiel. Com-
ment est-ce possible ? Par le principe d'in-
détermination temps-énergie. En eet, il est
possible que certaines particules augmentent Figure 5.12  Eet tunnel

153
CHAPITRE 5. BASES DE MÉCANIQUE QUANTIQUE

pendant un laps de temps très court leur


énergie. Elles auront alors assez d'énergie pour franchir la barrière d'énergie, si celle-ci est
assez mince (sinon, le temps nécessaire serait trop grand). On illustre souvent cette réalité
par le fait qu'il est possible pour une particule de traverser la barrière de potentiel si le temps
nécessaire à cette traversée est faible. C'est pourquoi on parle d'eet tunnel, car c'est comme
si la particule creusait un tunnel à travers la barrière de potentiel et ressortait de l'autre
côté de celle-ci. La gure 5.12 illustre le tout.

Il n'y a aucune possibilité de savoir si une particule précise franchira une barrière de
potentiel pour s'extraire d'un puits énergétique. Par contre, la probabilité qu'elle réussisse
dépend de la largeur de la barrière et de l'énergie de la particule : plus la barrière est large,
moins il est probable que la particule subisse l'eet tunnel. C'est en fait une exponentielle.
Le temps de demi-vie que nous étudierons au chapitre suivant est une caractéristique de cet
eet tunnel et de la largeur de la barrière de potentiel.

Ainsi, il est possible de connaître la proportion exacte de particules qui utiliseront l'eet
tunnel dans une situation particulière, mais sans savoir quelles particules précises s'échap-
peront. C'est une des conséquences de la mécanique quantique : le déterminisme individuel
newtonien n'est plus, mais un déterminisme probabiliste apparaît. C'est pourquoi il est im-
possible, dans l'expérience des fentes de Young avec les électrons, de prédire où un électron
précis se retrouvera sur l'écran, mais qu'il est possible de prédire précisément la distribution
d'une gure composée d'un grand nombre d'électrons. Ainsi, à première vue, la physique
semble devenir totalement arbitraire, aléatoire, alors que sur un grand nombre de particules,
la précision de la mécanique quantique est énorme : plus de dix chires signicatifs !

Une objection importante d'Albert Einstein envers la mécanique quantique à ses débuts
est qu'il ne pouvait croire que  Dieu joue aux dés . Cette vision est maintenue comme fon-
dement de la mécanique quantique, mais on oublie souvent son corollaire : en présence d'un
très grand nombre de particules, ce qui est pas mal tout le temps le cas dans le monde quan-
tique microscopique, les prédictions probabilistes sont observées expérimentalement. C'est
donc un changement important de paradigme, de type de déterminisme, mais la mécanique
quantique n'est pas une théorie disant que tout est possible en tout temps : elle prédit plu-
tôt des probabilités d'observations de chaque possibilité. Et ces probabilités sont mesurées
et vériées, comme par l'alternance des franges sombres et brillantes dans l'expérience des
fentes de Young, avec la lumière et les électrons.

5.5.5 Superposition des états


En mécanique quantique, toute observation expérimentale équivaut à une intervention sur
la situation mesurée. Cette intervention perturbe le système, ce qui explique le changement
d'observation de la gure d'interférence sur l'écran si on mesure le passage ou non des
particules par une fente.

Par contre, entre les mesures, toutes les possibilités (respectant les lois de la physique)

154
5.5. DUALITÉ ONDE-CORPUSCULE

existent de manière parallèle, chacune avec une probabilité relative d'être observée. Ainsi,
lorsqu'un électron est envoyé vers deux fentes, il passe par celle du haut et par celle du bas.
Ces deux possibilités interagissent pour donner les probabilités que l'électron touche chaque
point de l'écran.

Il va s'en dire que plusieurs lms utilisent cette façon d'expliquer la mécanique quantique
de manière romancée pour notre divertissement, dont l'existence de mondes parallèles. Cette
évolution parallèles des possibilités s'illustre plus précisément par une célèbre expérience de
pensée : celle du chat de Schrödinger. Elle est aussi au coeur de la recherche présente visant
le développement de l'ordinateur de demain : l'ordinateur quantique.

5.5.6 Chat de Schrödinger


L'expérimentation de pensée proposée par Erwin Schrödinger en 1935 a fait de son chat
l'animal le plus mutilé de l'histoire. La situation est la suivante : un chat est enfermé dans
une boîte avec un élément radioactif qui déclenche un mécanisme le tuant s'il se désintègre.
L'élément radioactif a une demi-vie d'une heure, ce qui signie qu'il a une chance sur deux
de se désintégrer en une heure. Alors, après une heure, dans quel état est le chat ?

La réponse instinctive, classique, à cette question est que le chat est soit mort, soit
vivant. Les deux possibilités existent, et chacune possède une probabilité de 50 % de se
réaliser. Par contre, la mécanique quantique amène une réponse quelque peu diérente :
jusqu'à ce que la boîte soit ouverte, le chat est à la fois mort et vivant. Ce n'est que par
la mesure de l'état du chat, c'est-à-dire en ouvrant la boîte, qu'on saura quel état est celui
du chat de notre situation. Tant qu'une mesure n'est pas réalisée, les deux états du chat se
superposent et interagissent.

Les deux façons de voir dièrent sur un point précis. Dans la pensée classique, le chat
est vivant au début, puis mort si l'élément radioactif se désintègre, ou toujours vivant sinon.
Dans la pensée quantique, le chat est vivant au début, puis son état évolue dans le temps
selon les circonstances (dont la désintégration ou non de l'élément radioactif). Cette évolution
maintient les deux états (mort, vivant) en parallèle, avec une probabilité variable selon le
temps écoulé. C'est seulement une mesure qui permet de trancher entre les deux états. La
question de connaître l'état du chat sans ouvrir la boîte est une question sans fondement
pour la mécanique quantique, car l'état du chat est une observation expérimentale et non
une réalité objective. C'est pourquoi les physiciens présentent souvent le célèbre chat sous la
forme d'une personne recherchée :  Wanted dead or alive, or dead and alive .

5.5.7 Ordinateur quantique


Cette propriété d'enchevêtrement d'états quantiques lors de leur évolution en parallèle
entre les mesures est à la base de la recherche pour la réalisation d'un ordinateur quantique.
Actuellement, pour accélérer les calculs, on les fait en parallèle. Cela signie que plusieurs

155
CHAPITRE 5. BASES DE MÉCANIQUE QUANTIQUE

opérations sont eectuées en même temps par diérents microprocesseurs, et que les résultats
de chaque ligne logique sont utilisées pour obtenir le résultat nal attendu. Cela permet
d'accélérer grandement les calculs.

Le même genre de processus pourrait se faire  naturellement  avec un ordinateur


quantique, mais avec un seul microprocesseur. S'il était possible d'utiliser les états quantiques
parallèles entre les mesures pour réaliser diérentes opérations logiques, la vitesse de calcul
de ces ordinateurs serait extrêmement plus rapide que celle de nos ordinateurs présents. Ce
domaine de recherche est en explosion depuis le début du 21e siècle et de petit ordinateur
quantique ont déjà été réalisés. Il a, par exemple, été possible de factoriser le nombre 15 par
une telle réalisation en 2001 (par IBM, avec un ordinateur de 7 qubits - un qubit est un bit
quantique).

Cette capacité de faire des calculs à partir des diérents états quantiques qui évoluent
en parallèle a permis à Google de faire un calcul en 3 minutes et 20 secondes, alors qu'il
prendrait une dizaine de milliers d'année avec un ordinateur classique. L'ordre de grandeur
du résultat est questionné, mais pas la robustesse du résultat, car certains disent que ledit
calcul pourrait être réalisé en quelques jours par des ordinateurs classiques. Ça reste pas mal
plus long que 3 minutes et 20 secondes.

Il est prédit qu'un ordinateur quantique pourrait décrypter les scripts les plus sécuritaires,
comme ceux des banques, assez aisément et rapidement. Ceux-ci sont basées sur les chires
premiers, mais ne pourraient résister à la puissance quantique. L'avenir nous dira si cette
prédiction tient la route et si nos transactions électroniques resteront sécuritaires !

156
Chapitre 6
Les phénomènes radiatifs et
énergétiques
Dans ce chapitre on discutera de bilan énergétique pour une planète, abordant ainsi la
physique des entrées et sorties d'énergie d'une planète puis la science climatique planétaire.
Une planète est un système physique ni et fermé : la Terre reçoit de l'énergie et elle en
émet, toujours via des mécanismes physiques que vous avez vu à un moment donné dans
votre parcours. Un déséquilibre et ou des résonances peuvent avoir des conséquences consi-
dérables. En utilisant des concepts physiques, pour certains déjà présentés dans les chapitres
ou des cours précédents, nous modéliserons dans celui-ci les gains, les pertes et les transferts
d'énergie d'une planète an de permettre une analyse des conditions permettant à la Terre
de se trouver dans un état d'équilibre ou de déséquilibre énergétique thermique.
En particulier, nous rappellerons les mécanismes de transfert de chaleur (conduction,
radiation, convection) pour ensuite déterminer les apports en énergie reçus par la Terre. En
1re approximation nous obtiendrons la température d'équilibre d'une planète, en utilisant
les mécanismes d'émission de radiation par les objets chauds (corps noir).
Les divers échanges d'énergie entre les diérentes constituantes de l'environnement seront
détaillés pour ensuite inclure les eets d'un déséquilibre des gaz à eet de serre (GES) sur la
température de la Terre : notamment, une augmentation du CO2 dans l'atmosphère entraîne
un réchauement par forçage radiatif : une augmentation lente et graduelle de la température
jusqu'à l'atteinte d'un nouvel équilibre.

Ensuite nous évaluerons l'eet de serre produits par divers gaz (CO2 , O3 , vapeurs d'eau,
méthane), dits "gaz à eet de serre" (GES) et présenterons brièvement les mécanismes de
rétroaction agissant entre eux.

Enn, nous présenterons un historique de l'évolution du CO2 dans le passé géologique


récent en soulignant les impacts historiques de ces cycles sur le climat terrestre.

Ce chapitre ne contient pas d'exemples résolus car la plupart des calculs découlent de
matière couverte dans d'autres chapitres, ou encore sont susamment simples, mais vous
ferez tous les calculs dont il est question dans les exercices recommandés pour ce chapitre.

157
CHAPITRE 6. LES PHÉNOMÈNES RADIATIFS ET ÉNERGÉTIQUES

6.1 Énergie, puissance, intensité et transferts d'énergie


La chaleur correspond à de l'énergie thermique. Dans cette section nous rappellerons les
concepts de puissance et d'intensité puis nous détaillerons les façons de déplacer cette énergie
d'un endroit à un autre.

6.1.1 Énergie, puissance et intensité


Si Q est l'énergie thermique (en J), P la puissance en (W = J/s) et I l'intensité en
(W/m2 ), rappelons les liens entre Q, P et I :
Q
P = , (6.1)
∆t

P
I= . (6.2)
A
La puissance est une "concentration" de l'énergie dans le temps alors que l'intensité est une
"concentration" de la puissance dans l'espace. Simplement présenté, à la question "une éner-
gie thermique de 1000 J, est-ce que ça brûle ?", il faut nuancer par la puissance et l'intensité :
"oui ça peut brûler dangereusement si cette énergie est transférée en un temps relativement
petit, disons une seconde, et sur une surface assez petite comme le bout d'un doigt". Par
contre le même 1000 J peut à peine réchauer son humain s'il est transféré uniformément en
une plus longue durée, disons 1 min, et sur la surface du corps en entier.

On peut donc quantier les transferts d'énergie thermique selon "Q", "P" ou "I", selon
le contexte. Dans tous les cas, il n'existe que 3 façons de déplacer cette énergie d'un endroit
à un autre : la conduction, la radiation et la convection.

La conduction correspond à la chaleur qui se propage dans un milieu, sans qu'il n'y ait de
mouvement global de matière. Par exemple, une tige de métal immobile dont une extrémité
serait maintenue dans le feu alors qu'on tient l'autre extrémité à la main : la partie touchant
le feu chaue et la chaleur se transmet dans la tige jusqu'à être ressentie par la main.

La radiation correspond à la chaleur transportée par des ondes électromagnétiques : elle


est ressentie quand notre main est mise devant une lumière intense, ou par notre peau quand
on est assis au Soleil. Tout corps chaud émet de la radiation comme nous l'avons vu au
chapitre prédécent dans la section sur le corps noir.

La convection correspond à la chaleur transportée par de la matière en mouvement : de


l'eau chaude qui monte dans une casserole d'eau bouillante ou de l'air chaud qui monte au
dessus d'un feu. En se déplaçant ainsi, la matière transporte sa chaleur.

La gure 6.1 illustre ces trois processus, que nous détaillerons dans les sous-section sui-
vantes.

158
6.1. ÉNERGIE, PUISSANCE, INTENSITÉ ET TRANSFERTS D'ÉNERGIE

Figure 6.1  Transfert de chaleur : Conduction, radiation et convection.

6.1.2 La conduction
Considérons une tige métallique placée de façon à être en contact d'un côté avec un bassin
d'eau chaude et de l'autre dans un bassin d'eau froide, tel qu'illustré sur la gure 6.2.

Figure 6.2  Conduction : La tige métallique conduit la chaleur du bassin chaud vers le
bassin froid sans transport de matière.

La tige transportera de la chaleur du côté chaud vers le côté froid à un taux donné par la
loi de Fourier donnant une puissance P. À l'échelle atomique, la conduction est un transfert
d'énergie cinétique vibratoire des atomes, qui se transmet progressivement par collision entre
les atomes. Plus la tige est longue, plus ce transfert sera lent, mais plus la tige a un grand
diamètre, plus le transfert sera ecace.

kA
P = ∆T, (6.3)
l

où A est l'aire transversale de la tige, l est la longueur de la tige et k est une constante de
proportionnalité en W/K·m, nommée conductivité thermique et qui dépend du matériau. Un
métal comme le cuivre a une conductivité thermique plus élevée que le bois. Plus l'écart de
température est élevé entre les deux objets, plus la puissance de conduction sera grande.

En combinant (6.3) et (6.2), on peut obtenir un équivalent pour l'intensité transférée par

159
CHAPITRE 6. LES PHÉNOMÈNES RADIATIFS ET ÉNERGÉTIQUES

conduction
∆T
Iconduction = k , (6.4)
l
qui pourrait à son tour s'écrire innitésimalement comme
dT
Iconduction = k . (6.5)
dx

6.1.3 La radiation
L'émission de chaleur radiative par un corps chaud a été couverte au chapitre précédent
dans la section sur le corps noir. Rappelons les lois du déplacement spectral de Wien :
2, 898 × 10−3 [Km]
T = (6.6)
λmax
et la loi de Stefan-Boltzmann :
W
I = σT 4 ; σ = 5, 670 × 10−8 (6.7)
m2 K 4
Vous pouvez revoir ces lois en détails avec exemples dans les sections concernées. Notez que
(6.7) est souvent écrite I = ϵσ(T 4 − T04 ) où ϵ correspond à l'émissivité, prenant des valeurs
entre 0 et 1, et T0 à la température de l'environnement du corps chaud. Pour les étoiles
et planètes, l'émissivité vaut pratiquement 1 et la valeur de T0 dans l'espace vaut environ
3K , comparativement à T qui est considérablement plus grande (centaines de degrés pour
une planète et milliers de degrés pour une étoile). Les approximations dans (6.7) sont donc
valides pour des calculs à 3 chires signicatifs.

6.1.4 La convection
La dynamique des uides étant assez complexe, nous ne traiterons pas davantage de
transport de chaleur par convection dans ce cours. Il est par contre à noter qu'en première
approximation la convection n'a pas d'inuence considérable dans les processus thermiques
planétaires ayant un impact signicatif sur le réchauement global. Insistons néanmoins
sur la diérence entre la radiation et la convection : la radiation consiste en un transport
de chaleur par la lumière, sans déplacement de matière (la lumière du Soleil voyage dans
l'espace où il n'y a pas de matière) alors que la convection est précisément, à l'opposé, un
déplacement de masse chaude qui transporte sa chaleur avec elle.

6.2 Énergie radiative solaire absorbée par la Terre


Une grande part de l'énergie thermique ayant un impact sur la température terrestre
moyenne provient du Soleil. Dans cette section vous utiliserez les notions d'émission de cha-
leur par un corps noir du chapitre précédent ainsi que les notions de puissance et d'intensité

160
6.2. ÉNERGIE RADIATIVE SOLAIRE ABSORBÉE PAR LA TERRE

du premier module an de déterminer l'apport énergétique provenant du Soleil qui est in-
tercepté par la Terre. Nous utiliserons le concept d'albédo pour déterminer les proportions
de cette énergie qui sont absorbées et rééchies par la Terre.

6.2.1 Intensité de l'énergie lumineuse émise par le Soleil


Les lois de Wien et de Stefan-Boltzmann nous donnent la température puis l'intensité
I émise par un corps noir idéal. Sachant que le pic d'émission de notre étoile le Soleil se
trouve à 502 nm, vous pourrez ainsi utiliser (6.6) et (6.7) pour montrer que le Soleil a une
température d'environ TSol = 5772K et une intensité

ISol = 62, 9 × 106 W/m2 = 62, 9M W/m2 . (6.8)

6.2.2 Puissance solaire totale et proportion interceptée par la Terre


Connaissant l'intensité lumineuse et le rayon du Soleil de RS = 696 × 106 m, vous pourrez
calculer la puissance lumineuse totale du Soleil à partir de (6.2) et obtenir PSol = 3, 83 ×
1026 W . Les astrophysiciens appellent cette puissance la "luminosité" solaire et la notent

LS = 3, 83 × 1026 W (6.9)

Cette puissance étant émise par le Soleil relativement uniformément dans l'espace, toujours
avec (6.2) vous pourrez calculer que l'intensité lumineuse solaire à la distance où se trouve
la Terre, environ DT S = 149, 7 × 109 m, correspond à I = 1360W/m2 . Les astrophysiciens
nomment cette quantité la "constante solaire" et la notent

S = 1360W/m2 . (6.10)

Bien que dans les calculs précédents nous utilisions l'aire d'une sphère A = 4πr2 dans (6.7)
car il était eectivement question de la sphère solaire émettant une sphère de lumière qui se
propage dans l'espace, pour calculer la puissance solaire interceptée par le disque terrestre,
vous devrez utilisez l'aire d'un cercle avec le rayon terrestre de RT = 6371km pour obtenir
Pintercept = 173, 5 × 1015 W . Ensuite, si vous cherchez à répartir cette puissance sur l'entièreté
de la surface (sphérique) de la Terre, vous obtiendrez une intensité moyenne incidente sur la
Terre de
I inc = 340W/m2 . (6.11)

Il s'agit enn de l'intensité moyenne répartie sur la totalité de la surface (sphérique) de la


Terre de l'intensité solaire interceptée par le disque terrestre. Notez qu'il s'agit du quart de
la constante solaire I¯inc = S/4, simplement dû au rapport entre l'aire d'un disque et celle
d'une sphère. Comprenez que le côté nuit de la Terre ne reçoit pas de lumière et que les
régions polaires en reçoivent beaucoup moins que les régions équatoriales du côté jour.
161
CHAPITRE 6. LES PHÉNOMÈNES RADIATIFS ET ÉNERGÉTIQUES

6.2.3 L'albédo de la Terre et l'intensité lumineuse qu'elle absorbe


De cette intensité moyenne reçue par la Terre provenant du Soleil, une partie est absorbée
et une partie est rééchie (on n'a qu'à voir une image de la Terre prise de l'espace pour
comprendre que la Terre rééchit une partie de la lumière qui lui provient du soleil, puis en
touchant une voiture au Soleil on comprend que les surfaces en absorbent aussi une partie).
C'est ce concept que les astrophysiciens appellent "albédo", noté α sans unité : c'est une
valeur entre 0 et 1 qui quantie justement la proportion de lumière rééchie par un objet
céleste. Un objet ayant un albédo de 1 agit comme un réecteur parfait.

Dans le cas de la Terre, l'albédo varie selon les saisons étant donné, entre autres, que la
glace et les nuages rééchissent davantage que le sol mais si on prend une moyenne annuelle
on observe que la Terre a un albédo αT = 0, 3 : la Terre rééchit dans l'espace 30% de
l'intensité incidente moyenne provenant du Soleil alors qu'elle absorbe le 70% restant :
I¯abs = (1 − αT )I¯inc = 238W/m2 . (6.12)
Nous avons ainsi nalement obtenu l'intensité provenant du Soleil qui est absorbé par la
Terre. On peut noter ici que ce 238W/m2 est absorbé en partie par l'atmosphère et la
surface terrestre : 77W/m2 est absorbé par l'atmosphère et 161W/m2 est absorbé par la
surface.

6.2.4 Énergie provenant de l'intérieur de la Terre par conduction


Si on veut déterminer l'apport en intensité provenant de la chaleur interne de la Terre,
transmis par conduction on doit utiliser l'équation (6.5) et donc connaitre le coecient
de conduction thermique moyen des roches constituant la croute terrestre, estimé à k =
3W/(mK), ainsi que le gradient de température dans la croute terrestre, estimé à environ
30K/km = 0, 03K/m. Un calcul simple donne l'intensité de conduction de la chaleur interne
de la Terre transmise en surface :
Ic = 0, 09W/m2 , (6.13)
nous permettant de conclure que cet apport est somme toute presque négligeable, malgré
que nous verrons sous peu qu'en comparaison avec le déséquilibre énergétique terrestre, il
vaut quand même presque 10%.

6.3 Température de la Terre : équilibre et eet de serre


Dans cette section nous débuterons en déterminant quelle température aurait la Terre
sans son atmosphère pour ensuite comparer à la température réelle mesurée sur Terre : cette
diérence s'explique par les facteurs isolants qu'apporte la présence de l'atmosphère terrestre
appellée l'eet de serre.

Nous utiliserons ensuite la température réelle pour déterminer le 2e apport énergétique


terrestre important : la radiation infrarouge provenant de l'intérieur de la Terre (à ne pas
confondre avec l'apport par conduction).

162
6.3. TEMPÉRATURE DE LA TERRE : ÉQUILIBRE ET EFFET DE SERRE

Il sera enn possible par la suite de faire un bilan énergétique de l'atmosphère et de la


surface terrestre pour constater le déséquilibre énergétique de la Terre (EEI pour l'anglais
"Earth Energy Imbalance ") puis de faire un petit historique des hypothèses concernant l'eet
de serre. Nous terminerons la section en fournissant les résultats d'un modèle en couche de
l'atmosphère qui permet de calculer assez précisément la température de surface de la Terre
en considérant l'atmosphère.

6.3.1 Température si la Terre était à l'équilibre, sans atmosphère


Si on suppose que la Terre est à l'équilibre thermique, c'est à dire qu'elle émet autant
de radiation qu'elle en absorbe, soit 238W/m2 selon (6.12), on peut utiliser la loi de Stefan-
Boltzmann (6.7) pour calculer la température qu'elle devrait avoir :

I 238W/m2
Teq = ( )1/4 = ( )1/4 = 255K, (6.14)
σ 5, 67 × 10−8 W/K 4 m2

ce qui correspond à −18 °C. C'est un peu froid : 33 degrés au dessous de la réalité, mais c'est
bien la température qu'aurait la Terre si elle n'avait pas d'atmosphère. On peut donc dire
qu'en ce moment l'eet de serre contribue à réchauer confortablement notre planète de 33
degrés pour l'amener à 15 °C. Ce n'est donc pas trop désagréable, mais on verra qu'un léger
déséquilibre peut être lourd de conséquences.

6.3.2 Émission radiative de la Terre


Utilisons pour la suite la température globale moyenne de 15 °C, ce qui équivaut à 288 K,
mesurée en 2024 et visible sur la gure 6.3 (températures entre 13 °C et 17 °C).

Puisque nous avons ici la température moyenne réelle observée de la Terre, protons-en
pour calculer l'intensité qu'elle émet à titre de corps chaud selon (6.7) et la longueur d'onde
qui correspond à son pic d'émission (ces informations deviendront utiles pour la suite) :

W W
Iemis,T = σT 4 = 5, 670 × 10−8 × (288K)4
= 390 , (6.15)
m2 K 4 m2

2, 898 × 10−3 [Km]


λmax,T = = 10062nm, (6.16)
T
ainsi on constate que l'émission radiative de la Terre est centrée dans l'infrarouge moyen
(bande entre 3µm et 50µm) alors qu'elle reçoit surtout de la lumière visible provenant du
Soleil (entre 400nm et 700nm). Cette information est pertinente puisque l'atmosphère est
plutôt transparente pour la lumière visible, n'absorbant qu'une faible proportion de l'intensité
solaire, alors qu'au contraire il absorbe presque entièrement la radiation infrarouge : c'est ce
qui fait de l'air un bon isolant thermique, et ce qui cause l'eet de serre global !

163
CHAPITRE 6. LES PHÉNOMÈNES RADIATIFS ET ÉNERGÉTIQUES

Figure 6.3  Évolution des températures dans l'année depuis 1940. Source : https://
[Link]/

6.3.3 Bilans énergétiques pour l'atmosphère et la surface terrestre


Pour illustrer ceci numériquement, nous avions déjà mentionné lorsque nous avons pré-
senté l'albédo que des 340W/m2 reçus du Soleil (majoritairement en lumière visible), 102W/m2
étaient rééchis par l'albédo et 77W/m2 étaient absorbés par l'atmosphère : c'est donc 23%
de l'énergie radiative solaire qui est absorbée par l'atmosphère et ainsi seulement 47% de
l'intensité solaire (le 161W/m2 restant) qui est absorbée par la surface. En revanche, du
390W/m2 qui est émis en infrarouge par la surface terrestre, il ne s'en échappe que 20W/m2
directement dans l'espace : c'est donc dire que les 370W/m2 restants, soit 95%, est absorbé
par l'atmosphère ! C'est pourquoi on dit que l'atmosphère est plutôt transparente dans le
visible mais presque opaque à l'infrarouge.

L'atmosphère ayant absorbé au total 77W/m2 du Soleil en plus de ces 370W/m2 en


provenance de la surface terrestre, auquel se rajoute un 24W/m2 par les mouvements de
convection et un 90W/m2 causé par l'évaporation de l'eau et la transpiration des plantes,
une part de 217W/m2 est réémis vers l'espace alors que 344W/m2 est réémis vers la surface.
C'est précisément ce retour vers la surface à partir de l'atmosphère qui constitue
l'eet de serre. Vous pouvez vérier que le bilan pour l'atmosphère est nul : il reçoit
561W/m2 et émet 561W/m2 .

Par contre, si on fait le bilan pour la surface terrestre, elle reçoit 161W/m2 du Soleil et
344W/m2 pour un total de 505W/m2 alors que si on complile l'émission de 390W/m2 par
radiation additionnée du 24W/m2 associé à la convection et au 90W/m2 d'évapotranspira-
tion, on arrive seulement à 504W/m2 . C'est ainsi qu'on arrive au déséquilibre énergétique de

164
6.3. TEMPÉRATURE DE LA TERRE : ÉQUILIBRE ET EFFET DE SERRE

la Terre (noté EEI)


EEI = 1W/m2 (6.17)

Vous trouverez facilement des images et/ou des vidéos montrant les détails de ce bilan,
avec des valeurs parfois légèrement diérentes dépendant des années et des sources mais le
constat est toujours le même : c'est précisément ce déséquilibre qui est la cause du réchauf-
fement de la surface terrestre, entrainant la fonte des glaciers qui cause ensuite la hausse
des niveaux de la mer etc. C'est un très léger déséquilibre si on compare au total des inten-
sités impliquées mais il est à noter qu'on estime que l'EEI se situait à 0, 6W/m2 en 2009 :
une rapide progression, surtout causée par l'augmentation de la proportion de CO2 dans
l'atmosphère qui entraîne un forçage radiatif comme nous le verrons plus tard.

Pour valider l'odre de grandeur de cet EEI on peut comparer l'impact de cet EEI =
1W/m2 réparti sur la surface de la Terre, qui correspond à un gain d'énergie thermique au
taux de
Pgain = EEI × Asurf = 1W/m2 × 4πRT2 = 5, 1 × 1014 W ∼ 500T W, (6.18)
à l'énergie absorbée par les océans. La température des océans est mesurée régulièrement à
divers endroit et les données sur le gain en chaleur global moyen sont accessible, montrant un

Figure 6.4  Évolution des températures dans l'année depuis 1940

gain d'environ 20 × 1022 J sur 20 ans, soit 1022 J par année, ou par 3, 16 × 107 s, correspondant
à une puissance d'environ 316T W absorbée par les océans en moyenne, la balance de presque
200T W devant être absorbée par les surfaces continentales et l'atmosphère, les proportions
étant du même ordre et plausibles.

6.3.4 Historique des hypothèses concernant l'eet de serre


On observe une augmentation de la température globale moyenne sur Terre d'un peu plus
de 1 °C depuis les derniers 150 ans, ce que l'on peut voir sur la gure 6.5.

165
CHAPITRE 6. LES PHÉNOMÈNES RADIATIFS ET ÉNERGÉTIQUES

Figure 6.5  Variation récente de température moyenne à la sur-


face de la Terre. Source : [Link]
temperatures-moyennes-sur-terre-rechauffement-climatique/

La température à la surface de la Terre est plus élevée que ce que prévoit le calcul (6.14) dû
à l'eet de serre. Cet eet est causé par l'atmosphère qui absorbe une partie du rayonnement
émis par la Terre (et un peu du rayonnement arrivant du Soleil). Cela réchaue l'atmosphère
qui émet alors aussi un rayonnement d'objet chaud qui va réchauer à son tour la surface
de la Terre.

L'idée a été formulée dès 1824 par Joseph Fourier (d'après qui les lois (6.3) et (6.4)
sont nommées), mais ce dernier ne fait pas d'hypothèses sur ce qui absorbe précisément le
rayonnement dans l'atmosphère : il observe simplement en quelque sorte que l'air est un bon
isolant et que ça doit s'appliquer aussi à la couche d'atmosphère. Il ne publie pas non plus
de calculs pour déterminer l'ampleur du réchauement qu'un tel mécanisme peut engendrer.
En 1857, Eunice Newton Foote, une femme, publie dans la revue American Journal of
Science une expérience dans laquelle elle mesure la température interne de cylindres de verre,
exposés au Soleil et remplis de diérents mélanges gazeux. Elle découvre que le CO2 retient
particulièrement bien la chaleur et conclut que  une atmosphère constituée de ce gaz don-
nerait à notre Terre une haute température . Ignorée autant par ses pairs contemporains
que par l'histoire scientique, sa contribution est redécouverte en 2011. À noter que l'inter-
valle de temps pendant lequel on a ignoré ses travaux est précisément l'intervalle de temps
pendant lequel l'humanité à vécu ce qu'on appelle communément l'ère industrielle et a fait
passer la concentration de CO2 dans l'atmosphère de 280ppm à 420ppm.

Le mécanisme s'est précisé avec les mesures de l'absorption du rayonnement infrarouge


par les gaz par John Tyndall en 1859 et avec les calculs de température par Svante Arrhenius
en 1896.

On peut facilement reproduire ce type d'expérience avec une camera à imagerie ther-
mique : dans cette vidéo du Perimeter Institute on montre ce phénomène directement à

166
6.4. FORÇAGE RADIATIF ET HISTORIQUE DU DIOXYDE DE CARBONE

l'écran, l'image ayant été lmée avec une camera infrarouge : [Link]
watch?v=Cpz9Md9buVQ&list=PLaLvSxPpI1c2DNkAZA_g_cvBJZXC5O3Sc&index=9

6.3.5 Température de la surface terrestre incluant l'eet de serre


La température réelle à la surface de la Terre est de 288 K (15 °C) alors que la température
de l'atmosphère vaut 218 K (−55 °C). Une modélisation simple de l'atmosphère en une seule
couche d'air permet de calculer une température de surface de 284 K et de l'atmosphère de
239 K. Il s'agit simplement de traiter l'atmosphère et la surface terrestre comme des corps
chaud (l'atmosphère ayant par contre une émissivité ϵ) alors qu'une modélisation plus réaliste
de l'atmosphère en un très grand nombre de couches minces donne 287 K pour la température
de surface et de 214 K pour l'atmosphère.

Pour éviter certaines lourdeurs, nous ne donnerons pas les détails de ces développements
algébriques ici, hormis mentionner qu'on peut calculer la température de la surface avec
l'équation suivante pour un modèle à nombre inni de couches atmosphériques avec cette
équation : √
T 4 = T 4 (1 − ln 1 − ϵ),
surf eq (6.19)
où ϵ est ici le coecient d'absorbtion totale de l'atmosphère, évalué à environ 0, 71.

6.4 Forçage radiatif et historique du dioxyde de carbone


Le forçage radiatif, noté ∆F et ayant les unités d'une intensité en W/m2 correspond à
l'écart qu'il y aurait entre l'intensité reçue et émise par la Terre si elle avait gardé la même
température qu'elle avait en 1850. C'est donc un peu une mesure du déséquilibre énergétique
actuel mais pondéré en comparant au niveau de CO2 et à la température terrestre de l'ère
préindustrielle.
Notamment, le forçage radiatif total en ce moment est évalué à 2, 7W/m2 . Cela signie
que l'atmosphère absorbe 2, 7W/m2 de plus qu'en 1850 si la Terre n'avait pas changé de
température. Toutefois, la Terre s'est réchauée depuis ce temps de sorte que le rayonnement
émis par la Terre a augmenté. Il a en fait augmenté d'environ 1, 7W/m2 . C'est pourquoi le
EEI actuel est de 1W/m2 et donc que la Terre continuera son réchauement jusqu'à atteindre
un nouvel équilibre (si l'EEI demeurait stable, ceci dit il est en augmentation assez rapide).
En calibrant le modèle de forçage radiatif à l'ère pré-industrielle, on peut valider le
modèle en s'assurant qu'il concorde avec la hause de température moyenne observée depuis
1850, permettant ensuite de faire des hypothèses ables sur les températures futures en
utilisant le même modèle. Nous comparerons donc les niveaux de concentration de CO2
actuels à ceux de l'ère pré-industrielle, l'année de référence étant habituellement 1850 : on
mesure directement la concentration de CO2 dans l'atmosphère depuis 1958 à l'observatoire
du Mauna-Loa à Hawai et on peut obtenir l'information pour des périodes antérieures en
carottant les glaciers, tel que le montre les observations compilées à la gure 6.6.

Ces observations montrent que la concentration de CO2 était relativement stable à


280ppm entre l'an 1000 et 1850, avant la révolution industrielle. À noter que les données
mesurées plus récemment conrment que la concentration atmosphétique en CO2 a dépassé

167
CHAPITRE 6. LES PHÉNOMÈNES RADIATIFS ET ÉNERGÉTIQUES

Figure 6.6  Concentration en CO2 dans l'atmosphère pour les derniers 1000 ans. Source :
[Link]

420ppm en 2024, tel que le montre un rapprochement sur les données mesurées au Mauna
Loa jusque janvier 2025, illustrées en gure 6.7 :

Figure 6.7  Mesures récentes de la concentration en CO2 dans l'atmosphère mesurées dans
l'air (Mauna Loa)

On calcule donc le forçage radiatif séparément pour chaque type de GES. Dans le cas du
CO2 on a C
∆FCO2 = (5, 35W/m2 )ln( ), (6.20)
Cpi
où C correspond à la concentration actuelle (ou future) de CO2 et Cpi , à la concen-

168
6.4. FORÇAGE RADIATIF ET HISTORIQUE DU DIOXYDE DE CARBONE

tration pré-industrielle de 280ppm. On obtient avec la concentration actuelle de CO2 un


∆FCO2 = 2, 2W/m2 . En procédant ainsi pour les GES les plus importants on obtient les
valeurs compilées à la gure 6.8.

Figure 6.8  Mesures récentes de la concentration en CO2 dans l'atmosphère mesurées dans
l'air (Mauna Loa)

L'augmentation de température causée par le forçage radiatif se calcule empiriquement


selon

∆T = 0, 55°Cm2 /W × ∆F = 0, 55°Cm2 /W × 2, 7W/m2 = 1, 48°C, (6.21)

ce qui correspond assez justement aux observations jusqu'à présent et permet de faire des
calculs prédictifs ables sur l'avenir de la température en surface de la Terre selon la concen-
tration en CO2 futures.

Notez que dans 6.20 et 6.21, on inclue le forçage global de tous les GES. Une modélisation
plus ranée incluerait un détail de chacun des gaz et idéalement ceux des rétroactions
entre les diérents gaz. Par exemple, une augmentation du CO2 entraîne une augmentation
de la température, ce qui augmente la quantité en vapeurs d'eau dans l'atmosphère qui
joue aussi un rôle à titre de GES mais l'augmentation en température a aussi d'autres
eets percinieux : la fonte des glaciers fait diminuer l'albédo et donc augmente l'EEI alors
que la fonte des pergélisols entraîne la libération de méthane qui lui est un GES ayant
un potentiel de réchauement planétaire 25 fois plus élevé que le CO2 (bien que pour le
moment le forçage radiatif associé au méthane soit plus faible que le CO2 compte tenu de sa
concentration considérablement plus faible, pour le moment. Bref, les équations présentées
incluent normalement toutes ces rétroactions car elles ont été calibrées sur les températures
réelles observées.

Il est intéressant d'observer la concentration de CO2 sur une échelle de temps plus longue :
la gure 6.9 montre que cette concentration dans le dernier million d'années semblait osciller
entre 180ppm et 280ppm, ainsi la hausse récente ayant lieu depuis 1850 qui nous a mené à
dépasser 420ppm est donc historiquement nettement hors de l'ordinaire.

On y voit aussi, juste en dessous de la concentration de CO2 , la variation de la tempéra-


ture qui suit assez directement la précédente, et on peut aussi voir des cycles de glaciation

169
CHAPITRE 6. LES PHÉNOMÈNES RADIATIFS ET ÉNERGÉTIQUES

Figure 6.9  Concentration de CO2 et température pour les 800000 dernières années.
Source : https ://[Link]/changement-climatique

sur une échelle de 100000ans qui font passer le climat à une température d'ère glaciale à
celle de l'ère pré-industrielle en alternance.

170
Chapitre 7

Physique nucléaire

La chimie est grandement basée sur l'étude des liens entre les atomes. En changeant les
liens entre les atomes, on change la nature des molécules présentes. En physique nucléaire,
le même principe général est appliqué, mais à une plus petite échelle. Plutôt que d'étudier
les liens entre les atomes qui forment des molécules, nous étudierons les liens présents dans
un noyau atomique. L'aspect nucléaire est d'ailleurs l'adjectif faisant référence au noyau.

Dans ce chapitre, nous étudierons d'abord la composition du noyau atomique pour ensuite
aborder diérents phénomènes nucléaires.

7.1 Le noyau de l'atome


La taille d'un atome est d'environ 1 × 10−10 m et il est composé d'un noyau entouré
d'électrons (gure 7.1).

Figure 7.1  Atome. L'atome possède un petit noyau par rapport à la taille de l'atome,
composé de protons et de neutrons. Les électrons gravitent autour du noyau dans des orbitales
qui sont des nuages où les électrons ont une grande probabilité de se retrouver.

171
CHAPITRE 7. PHYSIQUE NUCLÉAIRE

7.1.1 La composition du noyau


Les électrons se répartissent sur des niveaux d'énergie et forment un nuage électronique
autour du noyau. Le noyau est petit par rapport à l'atome et il a une taille d'environ
1 × 10−15 m (un fermi). Il est composé de neutrons et de protons qui forment les nucléons.
Les protons possèdent une charge électrique positive, alors que les neutrons sont neutres
électriquement.

Le noyau d'un atome peut être décrit par diérents nombre. Le numéro atomique Z
correspond au nombre de protons dans le noyau, qui détermine la nature de l'élément. N
correspond au nombre de neutrons dans le noyau et le nombre de masse A est le nombre
total de nucléons dans le noyau. Le lien entre ces trois nombres est alors
Z + N = A. (7.1)
La nomenclature d'un nucléide prend la forme suivante :
A
ZX

où X correspond à l'élément (par exemple, O pour l'oxygène).

Le rayon R, en mètres, du noyau est 5 ordres de grandeur plus petit que la taille de
l'atome. Celui-ci dépend du nombre de nucléons et peut être approximé à
R = 1, 2A1/3 × 10−15 (7.2)

7.1.2 Les diérents isotopes d'un même élément


     
La nature d'un noyau est déterminé
par son numéro atomique Z , soit par
le nombre de protons qu'il possède. Si
deux noyaux ont le même nombre de
protons (le même numéro atomique Z )   
mais un nombre de neutrons N dié-   
rents (et donc un nombre de masse dif-   
férent A), ces deux noyaux sont des iso-   

topes diérents du même élément. Les 


 
 

isotopes du carbone sont présentés en
exemple à la gure 7.2 Figure 7.2  Isotopes du carbone. L'isotope
le plus courant du carbone dans la nature est le
carbone-12, qui possède 6 protons et 6 neutrons.
7.1.3 Les quarks On retrouve aussi le carbone-13, qui a un neutron
de plus, et le carbone-14, qui a 2 neutrons de plus.
Au coeur des nucléons se trouvent
les quarks. Il y a six types de quarks

172
7.1. LE NOYAU DE L'ATOME

dans la nature : up, down, strange, charmed, top et bottom. Ces quarks forment aussi d'autres
particules que les nucléons. Le proton est composé de deux quarks up et d'un quark down,
alors que c'est l'inverse pour le neutron. La gure 7.3 illustre le tout.

   

 

  

Figure 7.3  Quarks. Les nucléons sont composés de quarks ; le proton est composé de
deux quarks up et d'un quark down alors que le neutron est composé de deux quarks down
et d'un quark up.

Les quarks sont reliés par la force nucléaire forte, aussi nommée interaction forte. Cette
interaction grandit avec la distance entre les diérents quarks (ceux-ci étant très rapprochés),
ce qui explique pourquoi il est impossible d'observer un quark seul dans la nature. En eet,
ils sont toujours en trios ou en duos, selon le type de particules constituées. Les particules
responsables de l'interaction forte sont les gluons, qui collent les diérents quarks entre eux.

7.1.4 La stabilité du noyau


Le noyau est composé de plusieurs protons et neutrons. La force de répulsion électrique
entre les protons tend à faire éclater le noyaux. An d'assurer la stabilité du noyau, une
autre force doit être présente : la force nucléaire forte. C'est en eet la même interaction
qu'entre les quarks qui lie les diérents nucléons les uns aux autres. Cependant, une des
caractéristiques de la force forte est d'avoir une portée limitée, c'est-à-dire qu'elle est ecace
sur une courte distance. La force forte relie des nucléons ou quarks à des distances d'environ
2 × 10−15 m ou 2 fm.

Pour que les petits noyaux soient stables, il faut que les nombres de neutrons et de
protons soient sensiblement les mêmes. Ainsi, les forces électromagnétique et nucléaire forte
se compensent pour assurer la stabilité de ces noyaux. Dans le cas d'atomes qui ont plus
de protons, la force électrique augmente considérablement puisqu'elle a une portée innie.
De son côté, la force nucléaire forte possède une portée limitée, après laquelle elle diminue
rapidement. Ainsi, à grande distance, elle diminue plus rapidement que la force électrique et
il doit y avoir plus de neutrons que de protons pour assurer la stabilité des gros noyaux. C'est
pourquoi plus le numéro atomique Z d'un noyau augmente, plus l'écart entre le nombre de
neutrons et de protons augmente. La gure 7.4 présente le nombre de protons et de neutrons
pour diérents nucléides.

173
CHAPITRE 7. PHYSIQUE NUCLÉAIRE

     


  
 
 
 

      
       

Figure 7.4  Composition des noyaux naturels. On présente les nucléides de l'oxygène-
16, du calcium-40, du krypton-82, de l'iode-127, de l'or-197 et de l'uranium-238. On note
que la diérence entre le nombre de protons et le nombre de neutrons est de plus en plus
importante au fur et à mesure que le nombre de protons augmente.

7.1.5 L'énergie de liaison


Comme mentionné précédemment, les particules responsables de l'interaction nucléaire
forte sont les gluons. Ces particules relient autant les quarks entre eux que les nucléons entre
eux.

Pour avoir une idée de la stabilité d'un noyau, on peut calculer son énergie de liaison. En
eet, la somme des masses des nucléons individuels est supérieure à la masse d'un noyau ; la
diérence −∆m est nommée défaut de masse et est reliée à l'énergie de liaison EL du noyau.
Cette équation est obtenue à partir de l'équivalence masse-énergie.

X  X 
2
mi c = mf c2 + EL
X X 
EL = −∆mc2 = − mf − mi c2 (7.3)

Les masses initiales (ou individuelle) et nale doivent être celles des noyaux, alors que
ce sont plutôt les masses des atomes qui sont connues. Comme les atomes considérés sont
neutres par dénition, il est important de soustraire le nombre d'électrons pour trouver la
masse seulement des noyaux.

En calculant l'énergie de liaison par nucléon pour diérents isotopes, on remarque que
l'élément le plus stable est le fer-56 : son énergie de liaison par nucléon est la plus grande de
tous les isotopes.

174
7.2. LE RAYONNEMENT NUCLÉAIRE

Équivalence entre unité de masse atomique et énergie


L'énergie correspondant à une unité de masse atomique est donnée par :
E = mc2
E = (1 u)(2,997 924 58 × 108 m/s)2
E = (1,660 54 × 10−27 kg)(2,997 924 58 × 108 m/s)2
E = 1,492 42 × 10−10 J = 931,5 MeV

Plutôt que de faire ce changement d'unités à chaque calcul, il est plus aisé d'utiliser la
transformation suivante :
E = (1 u)c2 = 931,5 MeV (7.4)
1 u = 931,5 MeV/c2 (7.5)

Exemple 7.1
Quelle est l'énergie de liaison par nucléon du fer-56 ?

Solution
Le fer-56 est composé de 26 protons (c'est du fer) et de 30 neutrons (pour un total
de 56 nucléons). En cherchant dans votre annexe, vous trouvez la masse de cet atome
(donc le noyau avec 56 électrons an qu'il soit neutre).

mF e−56 = 55,934 939 u

On peut alors calculer l'énergie de liaison de cet isotope.


X X 
2
EL = −∆mc = mi − mf c2 = (26mp + 30mn − (mF e−56 − 26me ) c2
EL = (26 × 1,007 276 + 30 × 1,008 665 − (55,934 939 − 26 × 0,000 549))c2
EL = 0,528 461 u c2 = (0,528 461 × 931,5 MeV/c2 )c2 = 492 MeV

Pour trouver l'énergie de liaison par nucléon, il reste à diviser par le nombre de nu-
cléons.
EL 492
= = 8,79 MeV
A 56

7.2 Le rayonnement nucléaire


Henri Becquerel a découvert la radioactivité en 1896 alors qu'il observait que l'uranium
émettait des particules de manière naturelle. Marie Curie découvrit quelques années plus tard

175
CHAPITRE 7. PHYSIQUE NUCLÉAIRE

que le thorium et le polonium émettaient aussi un rayonnement. Elle découvrit nalement


le radium, qui marqua la n de sa vie par les eets néfastes sur sa santé.

La radioactivité est le phénomène par lequel un noyau instable se désintègre, c'est-à-dire


qu'il se transforme en un noyau diérent. Ces transformations nucléaires sont accompagnées
de rayonnement, c'est-à-dire que des particules et de l'énergie sont émises. La majorité des
éléments naturels sont instables et ils émettent naturellement diérents rayonnements. Cette
instabilité est expliquée par l'eet tunnel, comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent.
On étudie dans cette section les trois types de désintégrations naturelles.

7.2.1 La désintégration alpha


La désintégration α se produit lorsqu'un atome expulse de son noyau une particule α,
qui est en fait un noyau d'hélium-4 ayant deux protons et deux neutrons, tel qu'illustré à la
gure 7.5.


Figure 7.5  Désintégration α. Lors d'une telle désintégration, le noyau émet une par-
ticule α, qui est composés de deux protons et deux neutrons. Le nouveau noyau a donc 4
nucléons en moins.

Le noyau initial d'un élément AZ X , en perdant deux protons et deux neutrons, change de
nature et devient un nouvel élément A−4
Z−2 Y , ce qui se traduit par la réaction

A A−4
ZX → Z−2 Y +42 α.

Un exemple de désintégration α est la désintégration du radium-226 en radon-222 et en une


particule alpha. Cette désintégration émet une énergie de 4,87 MeV (nous verrons à la section
suivante comment calculer cette énergie de réaction) et est donnée par
226 222
88 Ra → 86 Rn +42 α.

Il est à noter que la quantité de protons et de neutrons pour l'ensemble de la désintégration


est la même avant et après cette dernière, c'est leur combinaison qui est modiée. De plus,
cette désintégration est peu énergétique et une particule α peut être arrêtée par une feuille
de papier ou par 5 cm d'air. Les particules α sont des particules chargées positivement, car
elles sont ionisées deux fois.

176
7.2. LE RAYONNEMENT NUCLÉAIRE

Exemple 7.2
Quel est le produit de la désintégration-alpha du 237
93 N p ?

Solution
Par la désintégration α, une particule α est émise qui est constituée de 2 neutrons et
2 protons. Comme 2 protons sont émis, il ne reste plus que 91 protons dans le noyau.
Un noyau contenant 91 protons est du protactinium (Pa). Le nombre de masse étant
initialement de 237 et 4 nucléons étant perdus, il n'en reste plus que 233. Le produit
91 P a).
de la désintégration est donc du protactinium-233 (233
237 233
93 N p → 91 P a +42 α.

7.2.2 La désintégration bêta


La désintégration β se produit lorsqu'un nucléon du noyau d'un atome est converti en
l'autre type de nucléon et qu'une particule β est émise, soit un électron e− ou un positron
e+ . L'électron a une charge négative alors que le positron a une charge positive. Le positron
est l'anti-particule de l'électron, il a donc exactement les mêmes caractéristiques (masse,
grandeur de la charge, spin, etc.), sauf le signe de sa charge.

Les désintégrations β sont fréquentes et moyennement énergétiques. Les électrons e− et


les positrons e+ sont arrêtés par une plaque d'aluminium.

Désintégration β −
Lors d'une désintégration β − , un neutron est converti en proton tel qu'illustré à la gure
7.6.

 

Figure 7.6  Désintégration β − . Lors d'une telle désintégration, un neutron du noyau est
converti en proton et il y a émission d'un électron et d'un antineutrino. Le nouveau noyau
représente un nouvel élément.

177
CHAPITRE 7. PHYSIQUE NUCLÉAIRE

Le noyau d'élément AZ X , en gagnant un proton et en perdant un neutron, change de


nature et devient un noyau d'élément AZ+1 Y , tout en conservant son nombre de masse. Lors
de cette désintégration, il y a émission d'un électron e− et d'un antineutrino ν̄ , soit

n → p + e− + ν̄,
A
ZX →A −
Z+1 Y + e + ν̄. (7.6)

Pour un neutron isolé, cette réaction est exothermique, car la masse du neutron est supérieure
à la masse combinée d'un proton et d'un électron. Plus généralement, la réaction à l'intérieur
d'un noyau peut être exothermique ou endothermique, selon les congurations nucléaires
initiale et nale. Un exemple de désintégration β − est la désintégration du cobalt-60 en
nickel-60, soit
60 −
27 Co →60
28 N i + e + ν̄.

Exemple 7.3
Un noyau de francium-223 (22387 F r ) se désintègre selon un mode de désintégration β .

Quel est le produit de la désintégration ?

Solution
Selon le mode de désintégration β − , un neutron du noyau se transforme en proton.
Initialement, il y a 87 protons et 136 neutrons. Après la désintégration il y aura donc
88 Ra). L'équation de
88 protons et 135 neutrons, ce qui correspond à du radium-223 (223
désintégration s'écrit sous la forme suivante :
223 −
87 F r →223
88 Ra + e + ν̄

Désintégration β +
Lors d'une désintégration β + , c'est un proton du noyau qui est converti en un neutron,
tel qu'illustré à la gure 7.7.

 

Figure 7.7  Désintégration β + . Lors d'une telle désintégration, un proton du noyau est
converti en neutron et il y a émission d'un positron et d'un neutrino. Le nouveau noyau
représente un nouvel élément.

178
7.2. LE RAYONNEMENT NUCLÉAIRE

Le noyau d'élément AZ X , en perdant un proton et en gagnant un neutron, change de


nature et devient un noyau d'élément AZ−1 Y , tout en conservant son nombre de masse. Lors
de cette désintégration, il y a émission d'un positron e+ et d'un neutrino ν (la masse du
neutrino étant six ordres de grandeur plus petite que celle de l'électron, elle sera négligée
dans les calculs), soit

p → n + e+ + ν,
A
ZX →A +
Z−1 Y + e + ν. (7.7)

Le proton ayant une masse inférieure à la masse du neutron, sa désintégration, s'il est isolé,
est endothermique. Plus généralement, comme pour la désintégration bêta-moins, la réaction
à l'intérieur d'un noyau peut être exothermique ou endothermique, selon les congurations
nucléaires initiale et nale. Un exemple de désintégration β + est la désintégration du uor-18
en oxygène-18, soit
18
9 F →18 +
8 O + e + ν.

Exemple 7.4

6 C?
Quel est le produit de la désintégration β + du 11

Solution
Dans le mode de désintégration β + , un proton du noyau se transforme en neutron.
Initialement, il y 6 protons et 5 neutrons dans le noyau. Après la désintégration, un
proton s'est transformé en neutron et il y aura donc 5 protons et 6 neutrons, ce qui
correspond au 115 B . L'équation de la désintégration s'écrit

11
6 C →11 +
5 B +e +ν

7.2.3 La désintégration gamma


De la même façon que l'atome, l'énergie du noyau est quantiée. La désintégration γ
est reliée au changement de niveau d'énergie du noyau d'un atome. Suite à une réaction
nucléaire, il est courant que le noyau de l'atome soit dans un état dit excité qui le rend
instable. Pour se rendre à son niveau d'énergie le plus bas et le plus stable, le noyau émet
des rayons γ qui sont des photons de haute énergie. C'est un peu le même phénomène que la
transition électronique des électrons entre les niveaux d'énergie, mais pour le noyau et non
pour les électrons dans les orbitales.

Ce rayonnement très énergétique est arrêté seulement par une feuille de plomb. Le photon
ne possède pas de charge électrique. L'exemple du radon est illustré à la gure 7.8, où deux
états excités du radon sont possibles à partir d'une désintégration α du radium.

179
CHAPITRE 7. PHYSIQUE NUCLÉAIRE

radium

0,6 MeV

0,2 MeV
0,0 MeV
radon

Figure 7.8  États excités du radon. Suite à la désintégrations du radium, le noyau du


radon peut être dans trois états, soit l'état fondamental (0 MeV), un premier état excité (0,2
MeV) ou un second état excité (0,6 MeV). Le radon dans un état excité émet un rayonnement
γ pour se diriger vers son état fondamental.

Le noyau ne change pas de nature lors d'une désintégration gamma, car il se désexcite.
La composition de son noyau est donc invariable.

7.3 Les réactions nucléaires


En plus des trois désintégrations naturelles possibles, deux autres phénomènes naturels
peuvent modier le noyau : la fusion et la ssion.

7.3.1 La ssion nucléaire


La ssion se produit lorsqu'un noyau lourd se scinde en deux noyaux qui ont généralement
aussi une masse importante, tel qu'illustré à la gure 7.9.

Ce processus est particulièrement utilisé dans les centrales nucléaires alors qu'on utilise
l'énergie de la ssion de l'uranium ou du plutonium. Un exemple de ssion est celle de
l'uranium-235, soit

235
92 U +10 n →92 141 1
36 Kr +56 Ba + 3 0 n. (7.8)

La ssion libère généralement beaucoup d'énergie. La majorité des ssions sont induites et
non spontanées, c'est-à-dire qu'elles ont besoin d'un déclencheur, généralement un neutron.
Alors que la ssion libère normalement plus d'un neutron, il est alors possible de faire des
réactions en chaîne comme dans une bombe atomique.

180
7.3. LES RÉACTIONS NUCLÉAIRES

Figure 7.9  Fission nucléaire. Lors d'une ssion, un noyau lourd se défait en deux
autres noyaux lourds. Il faut souvent qu'un neutron entre en collision avec le noyau pour
initier la ssion. Suite à la ssion, d'autres neutrons sont souvent émis, ce qui peut produire
des réactions en chaîne.

7.3.2 La fusion nucléaire


La fusion se produit lorsque deux noyaux légers s'assemblent pour former un seul noyau,
tel qu'illustré à la gure 7.10.

Figure 7.10  Fusion nucléaire. Lors d'une fusion, des noyaux légers s'unissent pour
former un autre noyau léger.

Ce processus se produit particulièrement dans les étoiles puisque la fusion demande d'im-
portantes températures et pressions. La fusion permet généralement l'émission d'une grande
quantité d'énergie (pensons par exemple au Soleil qui nous chaue chaque jour). De nom-
breuses recherches sont en cours, depuis plusieurs décennies, pour tenter de réaliser un proces-
sus de fusion de manière articielle, mais les conditions de hautes pressions et températures
n'ont pas encore permis de réaliser une réaction exothermique. Un exemple de fusion est
celle du tritium et du deutérium qui s'unissent pour former de l'hélium, soit

2
1H +31 H →42 He +10 n. (7.9)

181
CHAPITRE 7. PHYSIQUE NUCLÉAIRE

7.3.3 Les principes de conservation dans les réactions nucléaires


Les phénomènes de désintégrations nucléaires respectent plusieurs principes de conser-
vation : de la charge électrique, du nombre de nucléons, de l'énergie, de la quantité de
mouvement et du moment cinétique. Ces principes de conservation sont les outils des phy-
siciens pour trouver de nouvelles particules ou pour tester des théories. Ainsi, c'est grâce à
ces principes et leur application dans des détecteurs très précis que le boson de Higgs a été
 observé  en 2013 en Europe.

Pour calculer l'énergie Q d'une réaction, que ce soit une désintégration quelconque ou
une ssion ou une fusion, il sut de calculer le défaut de masse, comme nous le faisions dans
le cas de l'énergie de liaison.
X  X 
2
mi c = mf c2 + Q
X X 
Q = −∆mc2 = mi − m f c2 (7.10)
La réaction est exothermique si l'énergie calculée est positive, et endothermique si elle est
négative.
Exemple 7.5
Complétez les réactions ou désintégrations nucléaires suivantes.
a) 234 Th → 234 Pa + ?
b) 234 U → ? + α
c) 2 H + 3 H → ? + n

Solution
Pour compléter les réactions ou désintégrations nucléaires, il faut d'abord identier le
type de réaction ou de désintégration. Il reste alors à comparer avec l'équation-type.
a) Les noyaux initial et nal ont le même nombre de nucléons. C'est donc une
désintégration bêta. Le thorium possède 90 protons, alors que le protactinium en
possède 91. La désintégration bêta est donc négative, car un neutron est converti
en proton, en émettant un électron et un antineutrino. Les inconnus sont donc
l'électron et l'antineutrino : e− + ν̄ .
b) Nous sommes en présence d'une désintégration alpha, car elle est présente dans le
résultat. Pour équilibrer la relation nucléaire, il faut donc équilibrer le nombre de
protons et de nucléons. Comme l'uranium possède 92 protons et que la particule
alpha en possède 2, notre inconnu doit en avoir 90. C'est donc du thorium. Pour
le nombre de nucléons, l'uranium en possède 234 et la particule alpha, 4. Notre
inconnu doit donc en avoir 230. Le résultat est donc 230 Th.
c) La dernière réaction en est une de fusion. Il faut encore une fois équilibrer le
nombre de protons et de nucléons. Les deux hydrogènes initiaux ont un proton,
le neutron n'en possède aucun, donc notre inconnu doit en avoir deux. C'est donc

182
7.3. LES RÉACTIONS NUCLÉAIRES

de l'hélium. Pour les nucléons, il y en a cinq initialement (deux dans le deutérium


et trois dans le tritium), et un par le neutron à la n. Notre inconnu doit donc
en avoir quatre. L'inconnu est donc l'hélium-4 4 He ou une particule α.

Exemple 7.6
Complétez la relation suivante et calculez l'énergie de réaction.
6
3 Li + α → p+?

Solution
Pour compléter la réaction, il faut reconnaître le type de désintégration ou de réaction
en cause. Il faut ensuite analyser le nombre de protons et de neutrons initiaux et naux.

Dans notre cas, nous avons une réaction de fusion suivie d'une émission d'un proton.
Il n'y a donc pas de changement de nucléons (c'est seulement le cas dans une
désintégration bêta). Ainsi, les nombres totaux de protons et de neutrons doivent
être conservés par la réaction (ou le nombre de protons et le nombre total de nucléons).

Au début, nous avons 5 protons (3 dans le lithium et 2 dans la particule alpha).


Comme nous en avons un seul en produit, il en manque 4. Notre élément est donc
du béryllium. Pour les nucléons, nous en avons 10 initialement (6 pour le lithium et
4 pour la particule alpha), nous en avons un seul à la n, il en manque donc 9. La
réaction équilibrée est
6
3 Li + α → p +94 Be

Pour calculer l'énergie de réaction, on calcule le défaut de masse, qu'on transforme en


énergie par l'équivalence masse-énergie d'Einstein.
X X 
Q = −∆mc2 = mi − m f c2
Q = − ((mp + (m9 Be − 4me )) − ((m6 Li − 3me ) + (m4 He − 2me ))) c2
Q = −((1,007 276 + (9,012 182 − 4 × 0,000 549))
−((6,015 121 − 3 × 0,000 549) + (4,002 603 − 2 × 0,000 549)))c2
Q = −0,002 283 u c2 = −(0,002 283 × 931,5 MeV/c2 )c2 = −2,13 MeV

Exemple 7.7
Quelle est l'énergie libérée lors de la désintégration β + du 11
6 C?

183
CHAPITRE 7. PHYSIQUE NUCLÉAIRE

Solution
Dans l'exemple 7.4, l'équation de désintégration a déjà été déterminée :
11
6 C →11 +
5 B +e +ν

L'énergie de désintégration est donnée par l'équation 7.10.


X X 
Q = −∆mc2 = mi − m f c2
Q = ((m11 C − 6me ) − ((m11 B − 5me ) + me ))c2
Q = (m11 C − m11 B − 2me ))c2
Q = (11,011 433 − 11,009 305 − 2 × 0,000 548 480)c2
Q = (0,001 031 04 u)c2 = (0,001 031 04 × 931,5 MeV/c2 )c2 = 0,960 MeV

7.4 La radioactivité
Nous avons étudié dans les sections précédentes les diérents types de désintégrations et
les réactions nucléaires. Nous avons alors présentés les façons qui peuvent modier le noyau.
Dans cette section, nous analyserons le rythme de désintégrations : la proportion de noyaux
radioactifs qui se désintégrera dans un certain temps. Les particules émises traversent la
barrière de potentiel dans des proportions précises. Cette proportion dépend de la forme de
la barrière de potentiel. Le temps de demi-vie que nous présenterons dans cette section est
la mesure de cette réalité.

7.4.1 Rythme de désintégrations


Tous les processus nucléaires sont aléatoires. Cela signie qu'il est impossible de savoir
dans combien de temps un noyau précis se désintégrera ou subira une réaction : ça peut
être immédiatement comme jamais. Par contre, nous connaissons la probabilité qu'un noyau
quelconque se désintègre dans un laps de temps donné. Ainsi, si nous avons un grand nombre
de noyaux radioactifs (ce qui est généralement le cas, rappelons qu'il y a 6,022 × 1023 atomes
dans une mole d'un élément), nous pouvons savoir combien d'atomes se désintégreront dans
un laps de temps précis.

En fait, le nombre d'atomes qui se désintégrera dans un temps précis dN (t)


dt
est propor-
tionnel au nombre d'atomes radioactifs N (t) :
dN (t)
= −λN (t) (7.11)
dt
où λ est la constante de désintégration, qui dépend de l'élément en cause et du type de
désintégration qu'il subira. Le signe négatif est relié au fait que les noyaux qui se désintègrent

184
7.4. LA RADIOACTIVITÉ

diminuent la quantité de noyaux radioactifs restants.

Pour trouver l'évolution du nombre d'atomes radioactifs dans le temps, il faut résoudre
cette équation diérentielle. La première chose à faire est de séparer nos variables, puis
d'intégrer.
Z Z
dN (t)
= − λdt
N (t)
ln N (t) = −λt + K

Comme nous avons réalisé une intégrale indénie, une constante d'intégration K doit être
prise en compte. Cette constante d'intégration dépend des conditions initiales de notre si-
tuation. Considérons que le nombre initiale d'atomes radioactifs était N0 , on trouve alors à
0s

ln N (t) = −λt + K
ln N0 = 0 + K

On peut remplacer la constante d'intégration dans notre équation initiale.

ln N (t) = −λt + K = −λt + ln N0 (7.12)

On peut alors isoler le nombre d'atomes radioactifs, en regroupant d'abord les logarithmes
du même côté de l'équation 7.12.

ln N (t) = −λt + ln N0
ln N (t) − ln N0 = −λt
 
N (t)
ln = −λt
N0

On prend l'exponentielle de part et d'autres :


 
N (t)
ln = −λt
N0
N (t)
= e−λt
N0
pour trouver l'expression recherchée,

N (t) = N0 e−λt (7.13)

185
CHAPITRE 7. PHYSIQUE NUCLÉAIRE

La relation (7.13) est illustré sur la -


gure 7.11. Le nombre de noyaux toujours N
radioactifs après une constante de temps N0
τ = λ1 est une constante relative de 37 %
du nombre initial d'atomes radioactifs. On
remarque que plus la constante de désinté-
gration λ est grande, plus la désintégration
0,37N0
sera rapide. Cette constante est une caracté-
ristique d'un isotope, elle dépend des forces
entre les nucléons. Une autre notion est ce- t
τ
pendant utilisée de manière plus courante
an de caractériser le rythme de désintégra- Figure 7.11  Noyaux radioactifs Après
tion, il s'agit du temps de demi-vie. une constante de temps, 37 % des noyaux sont
toujours radioactifs.
7.4.2 Temps de demi-vie
Le temps de demi-vie T1/2 est le temps nécessaire pour qu'un échantillon voit la moitié
de ses noyaux se désintégrer, comme l'illustre la gure 7.12. Il est possible de relier ce temps
directement à la constante de désintégration.
N
N0

0,5N0

0,25N0

t
T1/2 2T1/2

Figure 7.12  Courbe de désintégration Après un temps de demi-vie T 12 , il ne reste que


la moitié des noyaux initiaux N0 alors qu'après deux demi-vie 2T 12 , il n'en reste que le quart.

Mathématiquement, on peut trouver une expression pour le temps de demi-vie.

N (t) = N0 e−λt
0, 5N0 = N0 e−λT1/2
0, 5 = e−λT1/2
ln 0, 5 = −λT1/2

Le temps de demi-vie dépend donc seulement de la constante de désintégration. Il est

186
7.4. LA RADIOACTIVITÉ

aussi une propriété caractéristique d'un isotope.


ln 0, 5 ln 2
T1/2 = − = (7.14)
λ λ

On remarque dans le tableau 7.1 que le temps de demi-vie varie de manière très impor-
tante selon les isotopes, de quelques fractions de seconde à plusieurs milliers d'années. Un
long temps de demi-vie signie que l'échantillon sera radioactif longtemps, mais avec une
faible activité. Regardons justement ce concept qu'est l'activité d'un échantillon radioactif.
Isotope Désintégration (s) Temps de demi-vie
Uranium-238 α 4 500 000 000 années
Thorium-234 β, γ 24,1 jours
Proactium-234 β, γ 60 secondes
Uranium-234 α, γ 245 000 années
Thorium-230 α, γ 76 000 années
Radium-226 α, γ 1600 années
Radon-222 α 3,8 jours
Polonium-218 α 3 minutes
Plomb-214 β, γ 27 minutes

Tableau 7.1  Temps de demi-vie de quelques nucléides. Les temps de demi-vie de


quelques nucléides ainsi que leur types de désintégration sont présentés. Ces nucléides ne
se retrouvent pas tous dans la nature et certains sont des produits de désintégration d'un
élément plus lourd.

7.4.3 Activité
L'activité R d'un échantillon radioactif est le nombre de désintégration par seconde.
dN
R=− = λN0 e−λt = λN = R0 e−λt (7.15)
dt
R0 = λN0

On remarque, comme dit précédemment, que plus la constante de désintégration est grande
(donc plus la demi-vie est petite), plus l'activité est grande. Ainsi, un échantillon ayant une
courte demi-vie se désintègre rapidement. Son nombre de noyaux radioactifs est donc faible
après un court moment.

L'unité du système international de l'activité radioactive est le becquerel Bq qui repré-


sente une désintégration par seconde. De manière plus courante, on utilise le curie Ci.

1 Ci = 3,70 × 1010 Bq

187
CHAPITRE 7. PHYSIQUE NUCLÉAIRE

Exemple 7.8
L'iode-123 est un isotope utilisé en imagerie médicale qui permet d'établir certains
diagnostics reliée à la thyroïde. Son temps de demi-vie est de 13,2 h. L'activité d'un
échantillon est de 5 mCi après une journée.
a) Combien de noyaux radioactifs étaient présents initialement ?
b) Quelle sera l'activité de l'échantillon après deux jours (donc une journée après
la mesure de 5 mCi) ?

Solution
Le temps de demi-vie nous permet de calculer la constante de désintégration. On peut
le faire dans deux unités, celle du système international et dans les unités reliée à la
demi-vie.
ln 2
T1/2 =
λ
ln 2 ln 2
λ= = = 5,25 × 10−2 h−1
T1/2 13,2
ln 2 ln 2
λ= = = 1,46 × 10−5 s−1
T1/2 13,2 × 3600

a) Avec l'activité connue à un temps précis, on peut calculer l'activité initiale.

R = R0 e−λt
−2 ×24
R0 = Reλt = 5 × 10−3 × 3,70 × 1010 e5,25 × 10 = 6,52 × 108 Bq

Avec cette activité initiale, on peut calculer le nombre de noyaux initialement


radioactifs. Dans ce cas, il faut absolument utiliser la constante de désintégration
en secondes pour avoir les bonnes unités.

R0 = λN0
R0 6,52 × 108
N0 = = = 4,47 × 1013
λ 1,46 × 10−5

Il y avait donc 4,47 × 1013 noyaux radioactifs initialement.


b) Pour calculer l'activité après deux jours, on peut utiliser l'activité initiale qu'on a
calculé en a). On peut aussi utiliser directement l'activité donnée dans l'énoncé,
en utilisant la diérence de temps. C'est cette deuxième possibilité que nous
suivrons.
−2 ×24
R = R0 e−λt = 5 × 10−3 e−5,25 × 10 = 1,42 mCi = 5,25 × 107 Bq

188
7.4. LA RADIOACTIVITÉ

7.4.4 Datation au carbone-14


Le carbone-14 est un isotope très utile, car il permet de donner une idée de l'âge d'un
fossile. En eet, pendant la durée de vie des vivants, le corps échange du carbone-14 avec
son environnement. La concentration de carbone-14 dans notre corps correspond à celle de
l'environnement. À la mort, il n'y a plus d'échanges de carbone-14 avec l'environnement, la
concentration de noyaux de carbone-14 radioactifs diminue.

La concentration de carbone-14 de l'environnement est relativement stable dans le temps,


par le bombardement de la Terre par des rayons cosmiques. Nous faisons donc l'hypothèse
de la constance, même s'il existe des variations sur de petites périodes. D'ailleurs, l'activité
humaine aurait une inuence sur la concentration du carbone-14 dans notre environnement
naturel, ce qui rend l'utilisation de cette méthode plus dicile maintenant.

L'étude du carbone-14 permet donc de dater l'âge d'un élément composé de carbone. Le
temps de demi-vie du carbone-14 est de 5730 années et le rapport entre le nombre d'atomes
de carbone-14 et de carbone-12 est de f = 1,3 × 10−12 (c'est pourquoi nous avons parlé de
traces précédemment). Comme indiqué dans votre annexe, la concentration du carbone-12
dans les isotopes de carbone est de 98,9 %.
Exemple 7.9
Une datation importante dans l'histoire scientique est celle du suaire de Turin. Un
linceul a été trouvé à Turin. L'Église catholique arme qu'il s'agit du linceul ayant
recouvert Jésus lors de sa mort. Un échantillon de 60 µg de carbone a été extrait. Son
activité était de 13,77 µBq. Quel âge a ce linceul ?

Solution
Le nombre d'atomes initialement radioactifs (donc de carbone-14) dans l'échantillon
est relié à la masse prélevée. Cette masse est un mélange des diérents isotopes du
carbone. Pour calculer la part du carbone-14 dans cet échantillon, il faut d'abord
calculer la partie de cet échantillon qui contient du carbone-12, en tenant compte de
l'abondance de cet isotope dans la nature.
m012 C = 0,989m0C = 0,989 × 60 × 10−6 = 59,34 µg
Avec cette masse de carbone-12, il est possible de calculer le nombre d'atomes de
carbone-12 contenu dans l'échantillon.
m012 C 59,34 × 10−6
N 12 C = × NA = × 6,023 × 1023 = 2,978 × 1018 atomes
M C
12 12
Le nombre d'atomes de carbone-14, initialement, est directement relié au nombre
d'atomes de carbone-12. À la mort du linceul, le nombre d'atomes radioactifs de
carbone-14 était donc
N14 C = f N12 C = 1, 3 × 10−12 × 2,978 × 1018 = 3,872 × 106 atomes

189
CHAPITRE 7. PHYSIQUE NUCLÉAIRE

Ce nombre d'atomes correspond au nombre de noyaux initialement radioactifs N0 de


notre échantillon.
Avec le temps de demi-vie, on trouve la constante de désintégration.
ln 2 ln 2
λ= = = 1,21 × 10−4 a−1 = 3,83 × 10−12 s−1
T1/2 5730

Avec ces deux calculs et l'activité mesurée, on peut calculer le temps écoulé entre la
mort du linceul et l'activité mesurée aujourd'hui.

R = R0 e−λt = λN0 e−λt


 
R
−λt = ln
λN0
3,83 × 10−12 × 3,872 × 106
   
1 λN0 1
⇒ t = ln = ln = 620 a
λ R 1,21 × 10−4 13,77 × 10−6

Dans le dernier calcul, il est important d'utiliser, pour la constante de désintégration


dans le logarithme, la valeur en s−1 , car l'activité est donnée en Bq. Pour les unités
de la constante de désintégration multipliant le temps (donc devant le logarithme),
celles utilisées seront reliées aux unités du temps. Dans notre cas, nous avons utilisé
la constante de désintégration en a−1 , le temps calculé est donc trouvé en a.
Le linceul a donc été fabriqué au Moyen-Âge et non pendant l'Antiquité. Ce tissu n'est
donc pas celui qui couvra la tête de Jésus à son décès.
Il y a bien sûr une incertitude sur la mesure de l'activité, particulièrment pour un si
petit échantillon, et une propagation de cette incertitude sur le résultat. Néanmoins,
l'ordre de grandeur trouvé ne concorde clairement pas avec ce que l'Église arme.

7.5 Radioactivité et santé


Les processus radioactifs peuvent avoir des eets sur la santé. Nous présentons rapidement
dans cette section les sources de rayonnements naturels dans notre environnement et l'échelle
de mesure des eets sur la santé des radiations nucléaires.

7.5.1 L'exposition à des rayonnements naturels


Une première source d'exposition à un rayonnement naturel provient des rayons cos-
miques. Les rayons cosmiques sont composés de particules de haute énergie qui proviennent
du soleil et d'autres phénomènes du cosmos lointain. En entrant dans l'atmosphère, ces
rayons cosmiques peuvent aussi produire des particules secondaires. Nous sommes alors ex-
posés à ces rayonnements qui sont de plus en plus important avec l'altitude, alors que l'eet
protecteur de l'atmosphère diminiue.

190
7.5. RADIOACTIVITÉ ET SANTÉ

L'écorce terrestre contient des éléments radioactifs ayant une très grande demi-vie, soit le
thorium-232, l'uranium-235 et l'uranium-238. Les matériaux de construction peuvent ainsi
contenir de ces éléments provenant du sol de la Terre, ce qui fait que l'exposition à ce
rayonnement peut être plus important à l'intérieur des bâtiments qu'à l'extérieur.

Le corps humain est constamment soumis à un rayonnement qui provient de particules


qu'il a ingérées ou inhalées. Naturellement, notre corps reçoit du potassium-40 qui se retrouve
dans les bananes, les avocats, les noix et le chocolat, ainsi que du carbone-14 produit dans
l'atmosphère et consommé par les plantes que nous mangeons. D'autres éléments radioactifs
plus lourds comme le plomb-210, diérents isotopes de l'uranium, du thorium et du radium
se retrouvent aussi dans notre alimentation et dans l'air que nous respirons.

 


 



  

Figure 7.13  Sources naturelles de rayonnement. L'être humain est exposé au rayon-
nement découlant des rayons cosmiques, au rayonnement du radon radioactif dans les maisons
provenant de la désintégration de l'uranium du sol, au rayonnement des éléments radioactifs
lourds du sol qui se retrouvent aussi dans les matériaux de construction et au rayonnement
provenant du corps humain.

Finalement, la principale source naturelle de rayonnement est l'exposition au radon-222


qui se retrouve dans nos maisons. Le radon, qui est gazeux et inerte, vient de la désintégra-
tion de l'uranium du sol et des matériaux de construction. On cherche donc à connaître et
contrôler la présence de radon dans l'air d'une maison pour ne pas inhaler ces particules qui
se collent à nos bronches.

7.5.2 Les eets sur la santé


Les particules chargées des désintégrations α et β peuvent ioniser les atomes et les mo-
lécules des matériaux qui se trouvent sur leur chemin. De plus, les rayons γ , compte tenu
de leur énergie importante, peuvent aussi aecter les corps touchés par ce rayonnement. Les
eets directs et indirects de ces rayonnement ionisants ne sont pas connus précisément et ils
sont toujours au coeur de recherches scientiques. Les consensus du milieu scientique sur
les conséquences des rayonnements nucléaires sont peu fréquents, sauf dans les cas extrêmes

191
CHAPITRE 7. PHYSIQUE NUCLÉAIRE

(comme l'explosion de Tchernobyl).

Tout rayonnement n'est pas nécessairement néfaste pour les vivants, cela dépend de la
dose transmise. L'unité de dose radioactive équivalente aectant la santé humaine est le
sievert Sv. Un Sv équivaut à l'absorption d'une énergie de 1J de rayonemment dans 1kg
de tissus humain. Une dose d'un sievert est immense en termes d'impact sur la santé d'un
organisme vivant. Par exemple, la Terre, avec les composantes radioactives décrites plus tôt,
émet naturellement environ 50 µSv = 50 × 10−6 Sv par année. Le tableau ci-bas présente les
doses émises par diérents phénomènes physiques ainsi que diérentes doses nocives ayant
des impacts sur la santé humaine.

D'ailleurs, une des questions les plus importantes qui divise la communauté scientique
est la linéarité sans seuil (linear no-treshold model ) ou avec seuil des probabilités de cancers
selon l'accumulation de doses nucléaires dans le corps humain. Les tenants de la linéarité
sans seuil arment que toute absorption de radiations nucléaires augmente la possibilité
d'avoir un cancer, peu importe le temps pendant lequel cette absorption est réalisée. Ainsi,
si en 20 ans, une personne accumule 100 µSv annuellement, les tenants de la linéarité sans
seuil arment que c'est l'équivalent d'une absorption en un jour de 2000 µSv.

De leur côté, les adversaires de la linéarité sans seuil arme que le temps d'exposition
à des radiations est très important en lien avec les dangers potentiels. Ils conçoivent géné-
ralement que le corps humain peut supporter une certaine dose annuelle de radiation, mais
ce seuil est ou. Ce serait les doses excédentaires à ce seuil qui comporteraient des risques
pour la santé. De plus, les facteurs aectant ce niveau d'absorption sans risque ne sont aucu-
nement connus scientiquement. Pour les partisans de l'importance du temps d'absorption,
il importe donc de pouvoir s'entendre sur une dose annuelle maximale saine pour le corps
humain.
Radioactivité annuelle des éléments de la Terre 50 µSv
Radioactivité annuelle provenant du soleil (en haute altitude) 2 mSv
Voyage international en avion 80 µSv
Radiographie des poumons 300 µSv
Mammographie 3 mSv
Imagerie par résonance magnétique (nucléaire) 15 mSv
Limite annuelle pour la population 1 mSv
Limite annuelle pour les travailleurs nucléaires 50 mSv
Nagasaki et Hiroshima : limite d'exposition ayant mené à des cancers 100 mSv
Dose maximale par heure observée à Fukushima 400 mSv
Stérilité masculine temporaire 150 mSv
Stérilité féminine permanente 2,5 Sv
Dose mortelle à 50 % 4,5 Sv
Destruction de la moelle osseuse 6 Sv
1 minute à côté du noyau de Tchernobyl (à l'époque) 5 Sv

Tableau 7.2  Doses radioactives. Quelques doses provenant de diérentes sources et


impacts sur la santé d'autres doses.

192
Table d'isotopes des éléments

Note : C.E. est pour capture électronique, un mode de désintégration non vu en classe.
Masse atomique Abondance Demi-vie
Z Symbole Élément A
(u) (%) (mode de désintégration)
- e− électron 0 0,000 548 480 -
0 n neutron 1 1,008 664 915 - 10,3 min (β − )
1 p proton 1 1,007 276 466 -
hydrogène 1 1,007 825 035 99,985
1 H (deutérium) 2 2,014 101 779 0,015
(tritium) 3 3,016 049 27 - 12,32 a (β − )
3 3,016 029 31 0,000 137
2 He hélium
4 4,002 603 24 99,999 863
6 6,015 121 4 7,5
3 Li lithium
7 7,016 003 92,5
7 7,016 929 - 53,28 jr (C.E.)
4 Be béryllium
9 9,012 182 2 100
10 10,012 936 9 19,9
5 B bore
11 11,009 305 80,1
11 11,011 433 - 20,364 min (β + , C.E )
6 C carbone 12 12 98,90
13 13,003 354 826 1,10
14 14,003 241 982 - 5730 a (β − )
12 12,018 613 - 11,00 ms (β + )
13 13,005 738 6 - 9,97 min (β + )
7 N azote
14 14,003 074 002 99,634
15 15,000 108 97 0,366
14 14,008 596 7 - 70,621 s (β + )
16 15,994 914 63 99,762
8 O oxygène
17 16,999 131 2 0,038
18 17,999 160 3 0,2000
9 F uor 19 18,998 403 22 100
20 19,992 435 6 90,48
10 Ne néon
22 21,991 383 1 9,25
22 21,994 437 - 2,605 a (β + , C.E.)
11 Na sodium
23 22,989 767 7 100
24 23,985 041 9 78,99
12 Mg magnésium 25 24,985 837 0 10,00
26 25,982 593 0 11,01
13 Al aluminium 27 26,981 538 6 100
28 27,976 927 1 92,23
14 Si silicium 29 28,976 494 9 4,67
30 29,973 770 7 3,10

193
Masse atomique Abondance Demi-vie
Z Symbole Élément A
(u) (%) (mode de désintégration)
30 29,978 314 - 2,50 min (β + )
15 P phosphore
31 30,973 762 0 100
32 31,972 070 70 95,02
16 S soufre 33 32,971 458 54 0,75
34 33,967 866 65 4,21
35 34,968 852 721 75,77
17 Cl chlore
37 36,965 902 62 24,23
36 35,967 545 52 0,337
18 Ar argon 38 37,962 732 5 0,063
40 39,962 383 7 99,600
39 38,963 707 4 93,2581
19 K potassium 40 39,963 999 2 0,0117 1,26 × 109 a (β − )
41 40,961 825 4 6,7302
40 39,962 590 6 96,941
20 Ca calcium 42 41,958 617 6 0,647
44 43,955 480 6 2,086
21 Sc scandium 45 44,955 910 0 100
46 45,952 629 4 8,0
22 Ti titane 47 46,951 764 0 7,3
48 47,947 947 3 73,8
50 49,947 160 9 0,250 > 1,4 × 1017 a (C.E.)
23 V vanadium
51 50,943 961 7 99,750
50 49,946 046 4 4,345
24 Cr chrome 52 51,940 509 8 83,789
53 52,940 651 3 9,501
25 Mn manganèse 55 54,938 047 1 100
54 53,939 612 7 5,8
26 Fe fer 56 55,934 939 3 91,72
57 56,935 395 8 2,1
59 58,933 197 6 100
27 Co cobalt
60 59,933 817 - 5,271 a (β − )
58 57,935 346 2 68,077
60 59,930 788 4 22,223
28 Ni nickel
62 61,928 346 1 3,634
64 63,927 969 0,926
63 62,929 598 9 69,17
29 Cu cuivre 64 63,929 768 - 12,701 h (β − , β + , C.E.)
65 64,927 792 9 30,83
64 63,929 144 8 48,6
30 Zn zinc 66 65,926 034 27,9
68 64,927 792 9 30,83

194
Masse atomique Abondance Demi-vie
Z Symbole Élément A
(u) (%) (mode de désintégration)
69 68,925 580 60,108
31 Ga gallium
71 70,924 700 5 39,892
70 69,924 249 7 21,23
32 Ge germanium 72 71,922 078 9 27,66
74 73,921 177 35,94
33 As arsenic 75 74,921 594 2 100
76 75,919 212 0 9,36
34 Se sélénium 78 77,917 307 6 23,78
80 79,916 519 6 49,61
79 78,918 336 1 50,69
35 Br brome
81 80,916 289 49,31
82 81,913 482 11,6
84 83,911 507 57,0
36 Kr krypton
86 85,910 616 17,3
89 88,917 64 - 3,15 min (β − )
85 84,911 794 72,165
37 Rb rubidium
87 86,909 187 27,835 4,88 × 1010 a (β − )
86 85,909 267 2 9,86
38 Sr strontium 87 86,908 884 1 7,00
88 87,905 618 8 82,58
90 89,907 727 9 - 28,9 a (β − )
39 Y yttrium 89 88,905 849 100
90 89,904 702 6 51,45
40 Zr zirconium 92 91,905 038 6 17,15
94 93,906 314 8 17,38
41 Nb niobium 93 92,906 377 2 100
95 94,905 841 15,92
42 Mo molybdène 96 95,904 678 5 16,68
98 97,905 407 3 24,13
43 Tc technétium 98 97,907 215 - 4,2 × 106 a (β − )
101 100,905 581 9 17,0
44 Ru ruthénium 102 101,904 348 5 31,6
104 103,905 424 18,7
45 Rh rhodium 103 102,905 500 100
105 104,905 079 22,33
46 Pd palladium 106 105,903 478 27,33
108 107,903 895 26,46
107 106,905 092 51,839
47 Ag argent
109 108,904 757 48,161
111 110,904 182 12,80
48 Cd cadmium 112 111,902 758 24,13
114 113,903 357 28,73

195
Masse atomique Abondance Demi-vie
Z Symbole Élément A
(u) (%) (mode de désintégration)
113 112,904 061 4,3
49 In indium
115 114,903 880 95,7 4,4 × 1014 a (β − )
116 115,901 747 14,53
50 Sn étain 118 117,901 609 24,23
120 119,902 199 1 32,59
121 120,903 821 2 57,36
51 Sb antimoine
123 122,904 216 0 42,64
126 125,903 314 18,95
52 Te tellure 128 127,904 463 31,69
130 129,906 229 33,80 2,5 × 1021 a (β − )
123 122,905 590 - 13,22 h (β + )
53 I iode
127 126,904 473 100
129 128,904 780 26,4
54 Xe xénon 131 130,905 072 21,2
132 131,904 144 26,9
133 132,905 429 100
55 Cs césium
137 136,907 089 - 30,08 a (β − )
136 135,904 553 7,854
137 136,905 812 11,23
56 Ba barium
138 137,905 232 71,70
144 143,922 94 - 11,4 s (β − )
138 137,907 105 0,0902 1,06 × 1011 a (β − , β + )
57 La lanthane
139 138,906 347 99,9098
138 137,905 985 0,25
58 Ce cérium 140 139,905 433 88,48
142 141,909 241 11,08
59 Pr praséodyme 141 140,907 647 100
142 141,907 719 27,13
60 Nd néodyme 144 143,910 083 23,80 2,1 × 1015 a (α)
146 145,913 113 17,19
61 Pm prométhium 145 144,912 743 - 17,7 a (C.E.)
147 146,914 895 15,0 1,06 × 1011 a (α)
62 Sm samarium 152 151,919 729 26,7
154 153,922 206 22,7
151 150,919 846 47,8
63 Eu europium
153 152,921 225 52,2
156 155,922 118 20,47
64 Gd gadolinium 158 157,924 019 28,84
160 159,927 049 21,86
65 Tb terbium 159 158,925 342 100

196
Masse atomique Abondance Demi-vie
Z Symbole Élément A
(u) (%) (mode de désintégration)
162 161,926 795 25,5
66 Dy dysprosium 163 162,928 728 24,9
164 163,929 171 28,2
67 Ho holmium 165 164,930 319 100
166 165,930 290 33,6
68 Er erbium 167 166,932 046 22,95
168 167,932 368 26,8
69 Tm thulium 169 168,934 212 100
172 171,936 378 21,9
70 Yb ytterbium 173 172,938 208 16,12
174 173,938 859 31,8
175 174,940 770 97,41
71 Lu lutécium
176 175,942 679 2,59 3,8 × 1010 a (β − )
177 176,943 217 18,606
72 Hf hafnium 178 177,943 696 27,297
180 179,946 545 7 35,100
180 179,947 462 0,012 > 1,2 × 1015 a (β − , C.E.)
73 Ta tantale
181 180,947 992 99,988
182 181,948 202 26,3
74 W tungstène 184 183,950 928 30,67
186 185,954 357 28,6
185 184,952 951 37,40
75 Re rhénium
187 186,955 744 62,60 4,2 × 1010 a (β − )
189 188,958 137 16,1
76 Os osmium 190 189,958 436 26,4
192 191,961 467 41,0
191 190,960 584 37,3
77 Ir iridium
193 192,962 917 62,7
194 193,962 655 32,9
78 Pt platine 195 194,964 766 33,8
196 195,964 926 25,3
79 Au or 197 196,966 543 100
199 198,968 254 1,87
80 Hg mercure 200 199,968 300 23,10
202 201,970 617 29,86
203 202,972 320 29,524
81 Tl thallium
205 204,974 401 70,476
206 205,974 440 24,1
82 Pb plomb 207 206,975 872 22,1
208 207,976 627 52,4
83 Bi bismuth 209 208,980 374 100

197
Masse atomique Abondance Demi-vie
Z Symbole Élément A
(u) (%) (mode de désintégration)
209 208,982 404 - 102 a (α)
84 Po polonium
210 209,982 857 - 138,38 jr (α)
85 At astate 210 209,987 126 - 8,1 h (α, C.E.)
86 Rn radon 222 222,017 570 - 3,8235 jr (α)
87 Fr francium 223 223,019 733 - 21,8 min (β − )
88 Ra radium 226 226,025 402 - 1599 a (α)
89 Ac actinium 227 227,027 750 - 21,77 a (β − ,α)
232 232,038 054 100 1,4 × 1010 a (α)
90 Th thorium
234 234,043 601 - 24,10 j (β − )
91 Pa protactium 231 231,035 880 - 3,25 × 104 a (α)
234 0,0055 2,45 × 10 a (α)
5
234,040 946 8
235 0,7200 7,04 × 10 a (α)
8
235,043 924 2
92 U uranium 236 236,045 561 - 2,34 × 107 a (α)
237 237,048 730 2 - 6,752 jr (β − )
238 238,050 784 7 99,2745 4,46 × 109 a (α)
239 239,054 293 3 - 23,459 min (β − )
93 Np neptunium 237 237,048 167 8 - 2,1 × 106 a (α)
239 239,052 157 - 2,411 × 104 a (α)
94 Pu plutonium
244 244,064 199 - 8,2 × 107 a (α)
95 Am américium 243 243,061 375 - 7,37 × 103 a (α)
96 Cm curium 245 245,065 483 - 8,5 × 103 a (α)
97 Bk berkélium 247 247,070 300 - 1,4 × 103 a (α)
98 Cf califormium 249 249,074 844 - 251 a (α)
99 Es einsteinium 254 254,088 019 - 276 jours (α)
100 Fm fermium 253 253,085 173 - 3 jours (α, C.E.)
101 Md mendélévium 255 255,091 081 - 27 min (α, C.E.)
102 No nobélium 255 255,093 260 - 3,1 min (α. C.E.)
103 Lw lawrencium 257 257,099 480 - 0,65 s (α, C.E.)
104 Rf rutherfordium 261 261,108 690 - 0,4 s (α)
105 Db dubnium 262 262,113 760 - 34 s (α)
106 Sg seaborgium 266 266,122 - 21 s (α)
107 Bh bohrium 264 264,125 - 0,4 s (α)
108 Hs hassium 269 269,134 - 9 s (α )
109 Mt meitnerium 268 268,1388 - 0,06 s (α)

198

Vous aimerez peut-être aussi