Entrepreneuriat Augmenté
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Mohamed Amine BENAYAD & Najia BEDOUI. Entrepreneuriat augmenté : modèle conceptuel du rôle de l’intelligence
artificielle dans la recherche, la reconnaissance et la concrétisation d’opportunités d’affaires.
Résumé
Cet article propose un modèle conceptuel visant à expliquer comment l’intelligence artificielle influence le
processus entrepreneurial, depuis la recherche jusqu’à la concrétisation des opportunités d’affaires. En mobilisant
la théorie des capacités dynamiques, la théorie de l’opportunité entrepreneuriale et la théorie cognitive de
l’entrepreneuriat, le modèle suggère que l’adoption de l’IA - sous ses formes analytique, générative et cognitive -
agit sur trois médiateurs : la capacité cognitive augmentée, la créativité entrepreneuriale et l’apprentissage
expérientiel numérique. Ces mécanismes favorisent la reconnaissance et la mise en œuvre des opportunités, dans
une logique d’entrepreneuriat augmenté. L’orientation entrepreneuriale joue un rôle modérateur, renforçant la
conversion des effets cognitifs en actions concrètes. Méthodologiquement, l’étude adopte une revue intégrative de
la littérature (Integrative Review), combinant des apports théoriques récents et classiques pour élaborer un cadre
conceptuel original et testable. Ce cadre propose une lecture renouvelée du rôle de l’IA dans l’entrepreneuriat, où
la technologie devient un partenaire cognitif plutôt qu’un simple outil d’automatisation.
Abstract
This paper proposes a conceptual model explaining how artificial intelligence influences the entrepreneurial
process, from opportunity recognition to implementation. Drawing on the Dynamic Capabilities Theory, the
Entrepreneurial Opportunity Theory, and the Cognitive Theory of Entrepreneurship, the model suggests that the
adoption of AI - through its analytical, generative, and cognitive forms - acts upon three key mediators: enhanced
cognitive capacity, entrepreneurial creativity, and digital experiential learning. These mechanisms foster both the
identification and realization of business opportunities within a logic of augmented entrepreneurship. Furthermore,
entrepreneurial orientation is proposed as a moderating factor that strengthens the conversion of cognitive potential
into entrepreneurial action. Methodologically, this study adopts an Integrative Review approach, combining
classical and recent theoretical contributions to build an original and testable conceptual framework. Overall, this
framework offers a renewed understanding of AI’s role in entrepreneurship, positioning technology as a cognitive
partner rather than a mere automation tool.
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1. Introduction :
L’entrepreneuriat connaît, depuis la dernière décennie, une mutation profonde, marquée par la
numérisation généralisée des processus économiques et l’émergence d’outils d’intelligence
artificielle (IA) capables de transformer les dynamiques de création et de capture de valeur.
Longtemps fondé sur l’intuition, la créativité et l’expérience, le processus entrepreneurial
s’ouvre aujourd’hui à de nouvelles formes d’intelligence augmentée, où la donnée,
l’apprentissage automatique et la simulation prédictive jouent un rôle déterminant. Cette
transition n’est pas seulement technologique : elle engage une reconfiguration des fondements
mêmes de l’action entrepreneuriale, redéfinissant la manière dont les individus identifient,
évaluent et concrétisent les opportunités d’affaires (George, Lakhani & Puranam, 2023).
Traditionnellement, la littérature académique décrit le processus entrepreneurial comme un
enchaînement logique allant de l’intention à l’action, en passant par la reconnaissance d’une
opportunité (Shane & Venkataraman, 2000 ; Ardichvili, Cardozo & Ray, 2003). Toutefois, les
transformations contemporaines introduites par l’intelligence artificielle bouleversent ce
schéma. L’accès massif à l’information, la capacité des algorithmes à détecter des signaux
faibles et l’automatisation de certaines tâches analytiques confèrent à l’entrepreneur des
moyens inédits pour explorer son environnement et anticiper les besoins du marché (Haefliger
et al., 2024). En d’autres termes, l’IA ne se contente plus de soutenir l’entrepreneur : elle
amplifie ses capacités cognitives, accélérant le passage du projet à l’action et redéfinissant les
contours de la recherche d’opportunité.
L’essor des technologies d’intelligence artificielle générative, telles que ChatGPT, Midjourney
ou Copilot, illustre cette dynamique de transformation. Ces outils participent à un phénomène
que certains auteurs qualifient d’entrepreneuriat augmenté (Obschonka & Audretsch, 2023),
c’est-à-dire une forme d’entrepreneuriat dans laquelle l’humain et la machine coconstruisent
les décisions, les idées et les opportunités. Dans ce nouveau paradigme, l’entrepreneur ne se
limite plus à mobiliser son expérience ou son intuition : il interagit avec des systèmes
intelligents capables de proposer, de tester et d’affiner des hypothèses stratégiques. Ce
phénomène bouleverse la temporalité du processus entrepreneurial, en rendant la phase
exploratoire plus rapide, plus itérative et souvent plus efficace (George et al., 2023).
Cependant, malgré l’abondance croissante des travaux sur la digitalisation et la transformation
numérique de l’entrepreneuriat, la littérature scientifique demeure fragmentée lorsqu’il s’agit
de comprendre le rôle précis de l’IA dans la recherche et la création d’opportunités. Il existe un
manque d’études holistiques articulant la séquence complète du processus entrepreneurial, de
la recherche à la reconnaissance puis à la concrétisation des opportunités d’affaires. La plupart
des recherches se limitent encore à décrire des outils ou des cas d’usage sans proposer de cadre
théorique intégrateur. Or, l’IA agit à plusieurs niveaux : elle influence la perception des signaux
du marché (niveau cognitif), facilite l’apprentissage expérientiel (niveau comportemental) et
restructure la prise de décision stratégique (niveau organisationnel). Ces interactions multiples
appellent la construction d’un modèle conceptuel unifié permettant d’expliquer comment
l’adoption de l’IA transforme la capacité de l’entrepreneur à détecter et exploiter les
opportunités dans un environnement incertain et concurrentiel.
De plus, les travaux existants accordent encore peu d’attention aux spécificités contextuelles,
notamment dans les pays émergents, où les écosystèmes entrepreneuriaux se caractérisent par
des ressources limitées, une digitalisation inégale et une forte dépendance institutionnelle. Peu
d’études examinent la manière dont les médiateurs cognitifs influencés par l’IA, tels que la
vigilance, la créativité ou l’apprentissage numérique, façonnent le comportement
entrepreneurial dans ces contextes. Ces dimensions sont pourtant cruciales pour comprendre la
diversité des dynamiques entrepreneuriales à l’échelle mondiale et les conditions de réussite de
l’intégration de l’IA dans des environnements socioéconomiques contrastés.
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artificielle dans la recherche, la reconnaissance et la concrétisation d’opportunités d’affaires.
Enfin, le cadre conceptuel existant offre une lecture souvent réductrice de l’intelligence
artificielle, la considérant principalement comme un simple outil d’automatisation ou
d’optimisation des processus décisionnels. Une telle approche occulte la dimension cognitive
et stratégique de l’IA, qui agit comme un véritable partenaire de raisonnement, de créativité et
d’apprentissage. Comprendre cette évolution exige une approche intégrative, articulant les
mécanismes cognitifs et comportementaux dans une vision globale du processus
entrepreneurial à l’ère de l’intelligence artificielle.
Sur le plan théorique, ce travail s’inscrit dans la continuité des approches de l’opportunité
entrepreneuriale (Shane & Venkataraman, 2000) et des capacités dynamiques (Teece, 1997 ;
Eisenhardt & Martin, 2000), en y intégrant la dimension cognitive de l’intelligence artificielle.
Ces cadres permettent d’envisager l’entrepreneur comme un acteur capable de reconfigurer en
permanence ses ressources et ses routines décisionnelles grâce aux outils d’IA, afin d’exploiter
de nouvelles opportunités émergentes. Dans cette perspective, l’intelligence artificielle devient
une ressource stratégique à part entière, augmentant la flexibilité, la rapidité d’adaptation et la
capacité d’innovation de l’entrepreneur.
Ce contexte ouvre la voie à une interrogation centrale : dans quelle mesure l’intelligence
artificielle agit-elle comme catalyseur de la recherche, de la reconnaissance et de la
concrétisation d’opportunités entrepreneuriales ? Autrement dit, comment l’adoption de
l’IA transforme-t-elle le passage du projet de création à l’action entrepreneuriale ? Cette
problématique soulève des enjeux épistémologiques et pratiques majeurs : elle invite à repenser
la notion même d’opportunité, à redéfinir les capacités cognitives de l’entrepreneur, et à
interroger la complémentarité homme-machine dans la création de valeur.
L’objectif de cet article est donc de proposer un modèle conceptuel original décrivant les
mécanismes à travers lesquels l’IA influence le processus de découverte et d’exploitation
d’opportunités. Ce modèle repose sur l’idée que l’intelligence artificielle agit à la fois comme
amplificateur cognitif, accélérateur d’apprentissage et outil de décision stratégique, favorisant
la transition de l’intention à l’action. Ce travail contribue ainsi à la littérature en entrepreneuriat
numérique en offrant un cadre théorique intégré et en ouvrant de nouvelles perspectives de
recherche sur la coévolution entre intelligence humaine et intelligence artificielle dans les
processus entrepreneuriaux. Enfin, cet article s’articule en cinq grandes sections : la première
introduit la problématique et les fondements conceptuels du sujet ; la deuxième présente une
revue de littérature détaillée sur les liens entre IA et entrepreneuriat ; la troisième élabore le
modèle conceptuel proposé et ses hypothèses ; la quatrième discute les implications
managériales et scientifiques ; et la dernière conclut par les limites et les pistes de recherche
futures.
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découvrir, d’évaluer et d’exploiter des occasions de création de valeur (Shane & Venkataraman,
2000). Ardichvili, Cardozo et Ray (2003) proposent un modèle canonique articulé en trois
phases : la recherche d’informations et de signaux environnementaux ; la reconnaissance de
motifs ou de combinaisons nouvelles perçues comme opportunes ; et l’exploitation, c’est-à-dire
la concrétisation de l’idée en action entrepreneuriale et en modèle d’affaires viable. Ce
processus, autrefois linéaire, est désormais perçu comme itératif, dynamique et interactif :
chaque phase nourrit la suivante, dans un cycle d’apprentissage et de réévaluation permanente
(Shepherd & Gruber, 2021).
L’intégration de l’intelligence artificielle dans ce processus vient reconfigurer la nature même
des interactions entre l’entrepreneur, la donnée et la décision. Dans la phase de recherche,
l’entrepreneur doit traiter un volume d’informations exponentiel : signaux de marché,
innovations technologiques, comportements des consommateurs. L’IA analytique, en
automatisant la fouille de données, permet d’extraire des régularités ou des signaux faibles
impossibles à repérer par la seule observation humaine (Haefliger et al., 2024). Dans la phase
de reconnaissance, l’IA générative aide à reformuler, combiner et tester des idées, tandis que
l’IA cognitive assiste le raisonnement hypothético-déductif. Enfin, dans la phase d’exploitation,
ces technologies facilitent le prototypage rapide, la simulation de business models et la
personnalisation de produits, favorisant un passage accéléré de l’idée à l’action. Ces évolutions
conduisent à un processus entrepreneurial augmenté, où la cognition humaine et l’intelligence
artificielle coopèrent pour transformer les intentions en opportunités tangibles.
2.3.Apports de l’intelligence artificielle à chaque phase du processus entrepreneurial
L’impact de l’IA sur le processus d’opportunité se manifeste différemment selon les phases,
mais son effet transversal réside dans l’amplification cognitive de l’entrepreneur. Dans la phase
de recherche, les outils d’analyse prédictive offrent une capacité inédite de veille intelligente.
L’entrepreneur peut détecter des tendances émergentes à partir de données hétérogènes : réseaux
sociaux, brevets, publications scientifiques, signaux macroéconomiques. L’étude de Nambisan
et al. (2023) montre que ces outils renforcent la proactivité et la réactivité entrepreneuriale en
réduisant la dépendance à l’intuition seule. L’IA permet également de surmonter l’asymétrie
d’information propre aux contextes émergents : les petites structures peuvent désormais accéder
à une qualité d’analyse équivalente à celle des grandes entreprises (George et al., 2023).
Dans la phase de reconnaissance et d’évaluation, l’IA devient un véritable partenaire cognitif.
L’étude de Kang et al. (2023) démontre que l’intégration de l’IA dans le bricolage
entrepreneurial accroît la capacité de reconnaissance d’opportunités en enrichissant la mémoire
organisationnelle et la créativité heuristique. Les modèles génératifs comme ChatGPT ou
Gemini permettent de tester rapidement des hypothèses, de reformuler des concepts, voire de
générer de nouveaux segments de marché à explorer. En parallèle, les modèles cognitifs et
symboliques soutiennent la prise de décision multicritère et la simulation des scénarios
d’affaires (Eisenhardt & Martin, 2000). L’entrepreneur bénéficie alors d’une extension de ses
capacités de raisonnement, traduisant une symbiose entre intelligence naturelle et artificielle.
La phase d’exploitation marque la concrétisation de l’action. L’IA agit ici comme un
accélérateur d’apprentissage expérientiel : elle aide à tester les produits, à ajuster les offres selon
le comportement des consommateurs, et à automatiser les opérations répétitives (Obschonka &
Audretsch, 2023). Les IA génératives permettent la création de prototypes fonctionnels en un
temps record, tandis que les algorithmes analytiques mesurent en continu la performance des
initiatives. L’étude de George et al. (2023) souligne que l’intégration de l’IA dans cette phase
favorise la scalabilité, la personnalisation et la résilience du modèle d’affaires. Le cycle
entrepreneurial devient ainsi plus court, plus agile et fondé sur des boucles de rétroaction
immédiates, permettant à l’entrepreneur de corriger et d’améliorer sa stratégie en temps réel.
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compétitif comme la faculté d’orchestrer, reconfigurer et renouveler les ressources pour faire
face à l’incertitude. Dans notre contexte, l’intelligence artificielle (IA) n’est pas qu’un outil ;
elle devient une ressource stratégique et, plus encore, un mécanisme d’augmentation des
capacités de perception, de saisie et de transformation des opportunités (sensing, seizing,
transforming). L’intégration de l’IA alimente donc directement ces microfondations : elle élargit
le « sensing » par la fouille de données et la détection de signaux faibles, accélère le « seizing
» via la simulation et la décision assistée, et renforce le « transforming » par l’automatisation
et l’apprentissage expérientiel continu. Ce positionnement s’ancre dans le cadre fondateur de
Teece, Pisano & Shuen (1997), régulièrement mobilisé pour analyser des environnements
technologiques turbulents.
Deuxièmement, la théorie de l’opportunité entrepreneuriale précise que l’entrepreneuriat est le
nexus entre l’existence d’opportunités et l’action d’individus capables de les reconnaître et de
les exploiter. Notre modèle inscrit l’IA à tous les stades du processus : exploration/recherche,
reconnaissance/évaluation et exploitation/concrétisation, prolongeant la trame canonique de
Shane & Venkataraman (2000) et l’opérationnalisation d’Ardichvili, Cardozo & Ray (2003).
Concrètement, l’IA analytique élargit le scanning (exploration de données et veille intelligente),
l’IA générative soutient l’idéation et la recombinaison (reformulation d’hypothèses, scénarios),
et l’IA cognitive outille le raisonnement séquentiel et la planification ; la boucle d’exploitation
bénéficie ensuite d’un feedback accéléré (mesures, itérations). Ainsi, l’IA densifie les liens entre
la découverte et l’action, potentiellement en réduisant les « frictions cognitives » historiques
qui freinaient le passage du projet à l’exécution.
Troisièmement, la théorie cognitive de l’entrepreneuriat rappelle que les structures de
connaissance, les scripts d’expertise et les biais/heuristiques déterminent la manière dont les
fondateurs perçoivent, interprètent et décident. Dans notre proposition, l’IA agit comme
amplificateur cognitif : elle étend la capacité d’encoder l’information (veille élargie), de la
transformer (raisonnement assisté) et de la rappeler/utiliser (mémoire externe outillée). Elle
peut, de fait, moduler l’alerte entrepreneuriale, la créativité, l’apprentissage expérientiel et la
perception du risque - en cohérence avec les appels à formaliser la « people side » de
l’entrepreneuriat (Mitchell et al.). Cette lecture cognitive est également soutenue par des
synthèses récentes montrant comment l’IA reconfigure les décisions sous incertitude et les
trajectoires d’adoption entrepreneuriale.
Sur cette base, nous proposons un modèle conceptuel intégré illustrant comment l’adoption de
l’intelligence artificielle - déclinée sous ses trois formes principales, analytique, générative et
cognitive - influence la dynamique du processus entrepreneurial. L’IA, considérée ici comme
une ressource stratégique et cognitive, agit sur trois médiateurs essentiels qui traduisent la
manière dont les entrepreneurs transforment la donnée, l’expérience et la créativité en
opportunités exploitables. Le premier médiateur, la capacité cognitive augmentée, reflète la
faculté d’un individu à percevoir, filtrer et interpréter des signaux complexes de
l’environnement grâce aux technologies d’IA. En élargissant le champ d’attention et en
améliorant la qualité du raisonnement, l’IA renforce l’alerte entrepreneuriale et la capacité de
détection des tendances émergentes. Le second médiateur, la créativité entrepreneuriale,
renvoie à la génération et à la recombinaison d’idées nouvelles issues de l’interaction entre
l’humain et la machine. Les outils d’IA générative (comme ChatGPT, Midjourney ou Gemini)
permettent d’explorer des combinaisons inédites et de matérialiser rapidement des concepts ou
prototypes, favorisant ainsi la transition entre imagination et faisabilité. Enfin, le troisième
médiateur, l’apprentissage expérientiel numérique, désigne la capacité de l’entrepreneur à
expérimenter, tester et améliorer ses initiatives à travers des boucles rapides d’essai-erreur et
d’ajustement fondées sur les données.
Ces trois médiateurs interagissent et convergent vers deux résultats complémentaires : la
reconnaissance puis la concrétisation des opportunités d’affaires. La reconnaissance traduit la
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4. Discussion et implications
4.1. Implications théoriques : vers une reconfiguration cognitive du processus
entrepreneurial
L’intégration de l’intelligence artificielle dans le champ de l’entrepreneuriat ouvre un
renouvellement profond des cadres théoriques existants, en particulier ceux centrés sur la
cognition, les opportunités et les capacités dynamiques. Le modèle conceptuel proposé
contribue d’abord à la théorie de l’opportunité entrepreneuriale (Shane & Venkataraman, 2000)
en redéfinissant la manière dont les entrepreneurs identifient et exploitent les opportunités dans
un environnement fortement digitalisé. Là où les approches traditionnelles soulignent la
dimension individuelle et intuitive du repérage d’opportunités, notre cadre suggère que la
technologie devient un co-acteur cognitif, capable d’élargir les capacités perceptives et
heuristiques de l’entrepreneur. L’IA n’est plus une simple source d’information, mais une
ressource cognitive augmentée, modifiant la structure même de la vigilance et du raisonnement
entrepreneurial.
Cette recherche enrichit également la théorie des capacités dynamiques (Teece, 1997) en
montrant que l’IA agit comme un levier transversal des trois microfondations : sensing, seizing
et transforming. Par son pouvoir analytique et prédictif, elle améliore la détection des signaux
faibles (sensing), facilite la prise de décision rapide et informée (seizing), et soutient la
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5. Conclusion
Cette recherche a proposé un modèle conceptuel original visant à comprendre comment
l’intelligence artificielle transforme le processus entrepreneurial, de la recherche d’opportunités
à leur concrétisation. En s’appuyant sur les théories des capacités dynamiques (Teece, 1997),
de l’opportunité entrepreneuriale (Shane & Venkataraman, 2000) et de la cognition
entrepreneuriale (Mitchell et al., 2007), l’étude a montré que l’IA agit comme un catalyseur
cognitif et un amplificateur comportemental. L’adoption de l’IA - sous ses formes analytique,
générative et cognitive - influence positivement la capacité cognitive augmentée, la créativité
entrepreneuriale et l’apprentissage expérientiel numérique, trois mécanismes centraux
favorisant la reconnaissance et la concrétisation d’opportunités d’affaires.
Le modèle élaboré établit ainsi une séquence explicite : IA → cognition augmentée →
créativité/apprentissage → action entrepreneuriale, modérée par l’orientation entrepreneuriale.
Il met en lumière une conception renouvelée de l’entrepreneur comme acteur cognitif
augmenté, capable de collaborer avec la technologie pour explorer, apprendre et agir dans un
environnement incertain et saturé d’informations. Cette approche contribue à une meilleure
compréhension des logiques de création de valeur à l’ère numérique, en proposant une
articulation cohérente entre innovation technologique, cognition humaine et dynamique
d’action.
Sur le plan scientifique, ce modèle ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche sur
l’entrepreneuriat digital. Il invite à dépasser les approches instrumentales de l’IA pour adopter
une lecture processuelle et cognitive de son intégration dans l’action entrepreneuriale. Il met
également en évidence la nécessité de revisiter les fondements du concept d’« opportunité », en
le replaçant dans un cadre où la technologie n’est plus externe à l’entrepreneur, mais constitue
un élément constitutif de sa capacité à percevoir et agir. Ce repositionnement théorique permet
d’inscrire la recherche dans un paradigme plus large, celui de l’entrepreneuriat augmenté, où la
frontière entre l’humain et la machine devient un espace de cocréation plutôt qu’une ligne de
séparation.
Cependant, cette proposition comporte certaines limites inhérentes à sa nature conceptuelle.
D’abord, le modèle, bien qu’intégratif, n’a pas encore été validé empiriquement. Sa mise à
l’épreuve nécessiterait des études quantitatives basées sur des méthodes de médiation et
modération (PLS-SEM ou PROCESS), ou des approches mixtes combinant analyses de
trajectoires et études de cas. Ensuite, la conceptualisation des variables - notamment la
cognition augmentée et l’apprentissage expérientiel numérique - reste à opérationnaliser à
travers des instruments de mesure validés et adaptés aux contextes entrepreneuriaux. Enfin, la
portée du modèle peut varier selon les environnements culturels, technologiques et
institutionnels : ce qui s’observe dans les écosystèmes numériques développés peut différer
dans les contextes émergents, où les contraintes d’accès à la technologie et aux compétences
peuvent moduler l’impact de l’IA sur le comportement entrepreneurial.
Ces limites ouvrent la voie à de nombreuses perspectives de recherche. À court terme, il serait
pertinent de conduire des études empiriques comparatives entre entrepreneurs utilisant
intensivement l’IA et ceux qui s’en tiennent à des approches traditionnelles, afin de mesurer
l’impact réel sur la reconnaissance et la concrétisation d’opportunités. À moyen terme,
l’intégration de variables contextuelles - telles que la culture numérique, la maturité
technologique ou le niveau de confiance envers les systèmes intelligents - permettrait de mieux
comprendre les conditions de réussite de l’entrepreneuriat augmenté. Enfin, sur le plan
théorique, il conviendrait d’approfondir la réflexion sur les interactions homme–machine dans
la création de valeur entrepreneuriale, en mobilisant des approches issues de la psychologie
cognitive, de la sociologie de l’innovation et de la théorie des systèmes ouverts. En guise de
conclusion, cette recherche s’inscrit dans une perspective de renouvellement du paradigme
entrepreneurial, où l’IA n’est plus une simple technologie d’automatisation, mais un partenaire
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