Pr Mohammed BEJJAJ
TEL : 0707872977
Introduction au Cours de Gestion de Trésorerie
La gestion de trésorerie est un aspect essentiel de la gestion financière d’une
entreprise. Elle consiste à optimiser les flux de liquidités pour assurer la stabilité
financière à court et long terme. Une gestion efficace de la trésorerie permet de
garantir que l’entreprise dispose de suffisamment de liquidités pour honorer ses
obligations financières, comme le paiement des salaires, des fournisseurs ou des
remboursements de dettes, tout en maximisant la rentabilité.
Dans un environnement économique où les ressources sont limitées, la gestion de
trésorerie devient cruciale pour la survie de l’entreprise. Elle repose sur plusieurs
principes clés, tels que l’analyse des entrées et sorties de fonds, la prévision des
besoins de financement et la gestion des risques financiers. Une gestion optimale de
la trésorerie permet de réduire les coûts financiers et d’augmenter la flexibilité de
l’entreprise face à des opportunités ou des crises.
En plus des principes comptables et financiers traditionnels, la gestion de trésorerie
implique également la prise en compte des théories économiques contemporaines,
telles que la théorie de la décision, la théorie de l’agence, et la théorie des coûts de
transaction. Ces théories aident à comprendre comment les entreprises prennent des
décisions concernant leurs liquidités et leurs investissements, en tenant compte des
risques, des coûts et des intérêts des différents acteurs (actionnaires, dirigeants,
créanciers).
En somme, la gestion de trésorerie n’est pas seulement une question de suivre les flux
d’argent, mais aussi de prendre des décisions stratégiques basées sur des
informations financières précises et une analyse approfondie des risques. Ce cours a
pour objectif de vous fournir les outils et les concepts nécessaires pour maîtriser cette
fonction essentielle et ainsi contribuer à la pérennité et à la performance de
l’entreprise.
1 : Les Fondements de la Gestion de Trésorerie
Définition et Objectifs : La gestion de trésorerie consiste à piloter les flux monétaires
entrants et sortants d'une entreprise afin de maintenir un niveau de liquidité optimal.
Ses objectifs principaux sont :
Solvabilité à court terme : Assurer le paiement des obligations courantes (moins d'un
an). Exemple : Payer les salaires, les factures des fournisseurs, les impôts, les loyers.
Rentabilité : Optimiser les placements des excédents de trésorerie pour générer des
revenus financiers. Exemple : Placer des fonds sur un compte à terme, investir dans
des titres de créance négociables (TCN), ou des placements monétaires.
Maîtrise des risques : Minimiser les risques financiers liés aux fluctuations des taux
d'intérêt, des taux de change, des défaillances de clients (risque de crédit) et du risque
de liquidité (incapacité à transformer rapidement un actif en argent). Exemple : Utiliser
des instruments de couverture de change (options, contrats à terme) pour se protéger
contre les variations des devises, mettre en place une politique de crédit client stricte.
Principes Clés :
Prévision : Établir des prévisions de trésorerie (budgets de trésorerie) pour anticiper
les besoins de financement et les excédents potentiels. Exemple : Établir un budget
prévisionnel des encaissements (ventes, remboursements clients) et des
décaissements (achats, salaires, charges) sur les 12 prochains mois.
Gestion du cycle d'exploitation (BFR – Besoin en Fonds de Roulement) : Optimiser la
rotation des stocks, les délais de paiement clients et les délais de paiement
fournisseurs pour minimiser les besoins de financement à court terme. Exemple :
Négocier des délais de paiement plus longs avec les fournisseurs tout en incitant les
clients à payer plus rapidement (escompte pour paiement anticipé).
Gestion des risques : Identifier, évaluer et gérer les risques financiers (taux, change,
crédit, liquidité). Exemple : Diversifier les sources de financement pour réduire le risque
de dépendance à un seul prêteur.
Lien avec la Stratégie d'Entreprise : La gestion de trésorerie doit être cohérente avec
la stratégie globale de l'entreprise. Exemple : Une entreprise qui poursuit une stratégie
de croissance rapide par acquisition aura besoin d'une gestion de trésorerie très
rigoureuse pour financer les acquisitions et gérer l'intégration des nouvelles entités.
2 : Théories Économiques et Prise de Décision en Trésorerie
Théorie de la Décision (Herbert Simon) : La rationalité limitée : les décideurs ne
peuvent pas analyser toutes les informations disponibles et optent pour des solutions
satisfaisantes plutôt qu'optimales. Exemple : Face à plusieurs offres de financement,
le trésorier peut choisir celle qui lui semble la plus avantageuse en fonction des critères
principaux (taux d'intérêt, durée), sans forcément comparer toutes les offres du marché
de manière exhaustive.
Théorie de l'Agence (Jensen & Meckling) : Conflits d'intérêts potentiels entre les
différents acteurs de l'entreprise (actionnaires, dirigeants, créanciers). Exemple : Un
dirigeant peut être incité à prendre des risques excessifs avec la trésorerie pour
atteindre des objectifs de performance à court terme et obtenir des bonus, même si
cela met en danger la pérennité de l'entreprise.
Théorie des Coûts de Transaction (Williamson & Coase) : Analyse des coûts liés aux
échanges (recherche de fournisseurs, négociation, contrôle, exécution des contrats).
Influence les décisions d'internalisation ou d'externalisation. Exemple : Une entreprise
de logistique doit décider si elle achète ses camions ou si elle les loue. Si les coûts de
transaction liés à l'achat (recherche, négociation, entretien, revente) sont élevés, la
location peut être plus avantageuse.
Théorie du Signal (Spence & Akerlof) : Cette théorie explique comment les acteurs
économiques transmettent des informations crédibles en présence d'asymétrie
d'information. Exemple : Une entreprise qui publie régulièrement des informations
financières transparentes et détaillées envoie un signal de bonne gestion et de fiabilité
aux investisseurs et aux créanciers, ce qui peut faciliter l'accès au financement à des
conditions plus avantageuses.
3 : Les Acteurs, le Contexte, le Temps et la décision rationnelle en Gestion de
Trésorerie
Les Acteurs et l'Asymétrie d'Information :
Acteurs clés : Actionnaires, Dirigeants, Créanciers, Fournisseurs, Clients, Salariés.
Asymétrie d'information : Les dirigeants ont une meilleure connaissance de la situation
financière de l'entreprise que les autres parties prenantes. Exemple : Les dirigeants
peuvent connaître des difficultés de trésorerie imminentes avant que cela ne soit
reflété dans les états financiers publics.
Le Contexte et le Risque (Organique vs. Sous-Traitance) :
Contexte organique : Production en interne. Avantages : Meilleur contrôle de la qualité,
des délais et des informations. Inconvénients : Coûts potentiellement plus élevés,
rigidité.
Contexte Sous-traitance : Externalisation de certaines activités. Avantages : Réduction
des coûts potentielle, flexibilité. Inconvénients : Perte de contrôle sur la qualité, les
délais et l'information, dépendance vis-à-vis des sous-traitants. Exemple : Une
entreprise de construction peut sous-traiter les travaux de plomberie ou d'électricité
pour se concentrer sur son cœur de métier, mais elle doit gérer les risques liés à la
qualité du travail des sous-traitants et au respect des délais.
Le Temps et les Décisions d'Investissement : Le timing est crucial. Exemple : Investir
dans un nouveau projet avant une récession économique majeure peut entraîner des
pertes importantes si la demande chute brutalement.
4 : Choix d'Investissement et Cycle PDCA
Décision d'Investissement : Rentabilité et Risque :
Rentabilité : Mesurée par des indicateurs tels que le ROI, la VAN, le TRI, le délai de
récupération du capital investi (DRCI ou Payback period).
Risque : Évalué par des analyses de sensibilité, des simulations de Monte-Carlo, des
analyses de scénarios (optimiste, pessimiste, probable).
Profils de risque :
Risquophile : Accepte un risque élevé pour des gains potentiels importants.
Risquophobe : Préfère les investissements sûrs avec des rendements plus faibles.
Rationnel : Recherche un équilibre entre le risque et la rentabilité, en fonction de son
aversion au risque.
Le Cycle PDCA (Roue de Deming) : Une méthode d'amélioration continue applicable
aux décisions d'investissement et à la gestion de trésorerie en général :
Plan (Planifier) : Définir les objectifs de l'investissement, les ressources nécessaires,
les indicateurs clés de performance (KPI), les risques et les plans d'action pour les
gérer. Exemple : Pour un investissement dans une nouvelle machine, définir l'objectif
d'augmentation de la production de 20%, le budget, les indicateurs de suivi (taux
d'utilisation de la machine, taux de rebut), les risques (panne, obsolescence) et les
plans d'action pour les gérer (maintenance préventive, assurance).
Do (Réaliser) : Mettre en œuvre le plan à petite échelle (test, phase pilote) pour valider
les hypothèses et identifier les problèmes potentiels avant un déploiement à grande
échelle. Exemple : Tester la nouvelle machine dans un atelier pilote pendant quelques
semaines avant de l'installer dans toute l'usine. Cela permet d'identifier les problèmes
techniques ou d'organisationnels et de les corriger avant le déploiement complet.
Check (Contrôler) : Mesurer les résultats obtenus et les comparer aux objectifs fixés.
Analyser les écarts et les causes. Utiliser des indicateurs de performance pour suivre
l'efficacité de l'investissement. Exemple : Après la phase pilote, mesurer
l'augmentation réelle de la production, le taux de rebut, les coûts de maintenance et
les comparer aux objectifs prévus. Analyser les raisons des éventuels écarts (par
exemple, problèmes de formation du personnel, réglages de la machine).
Act (Agir) : Apporter les corrections nécessaires au plan en fonction des résultats de
la phase de contrôle. Standardiser les bonnes pratiques et corriger les erreurs.
Déployer l'investissement à grande échelle une fois les ajustements effectués.
Exemple : Ajuster les paramètres de la machine, améliorer la formation du personnel,
modifier les procédures de maintenance en fonction des résultats de la phase pilote,
puis déployer la machine dans toute l'usine.
5 : Comptabilité et Analyse Financière en Gestion de Trésorerie
Rôle de la Comptabilité : La comptabilité est le système d'information qui enregistre,
classe, synthétise et interprète les transactions financières d'une entreprise. Elle
fournit une base d'informations cruciale pour la gestion de trésorerie et l'analyse
financière.
États financiers :
Bilan : Présente la situation patrimoniale de l'entreprise à une date précise, en listant
ses actifs (ce qu'elle possède), ses passifs (ce qu'elle doit) et ses capitaux propres (la
valeur appartenant aux actionnaires). Exemple : Un bilan indique la valeur des stocks,
des créances clients, des immobilisations, des dettes fournisseurs, des emprunts
bancaires et des fonds propres.
Compte de Résultat : Détaille les revenus et les dépenses de l'entreprise sur une
période donnée, permettant de calculer le bénéfice ou la perte nette. Exemple : Le
compte de résultat montre le chiffre d'affaires, les coûts des marchandises vendues,
les charges de personnel, les charges financières et le résultat net.
Objectif : Fournir une image fidèle, pertinente et comparable de la situation financière
de l'entreprise, en respectant les normes comptables (CGNC).
Règles fiscales et comptables : Les règles fiscales peuvent influencer certaines
options comptables, mais les normes comptables visent à donner une image sincère
et fidèle du patrimoine et du résultat de l'entreprise. Il est important de noter que les
objectifs de la comptabilité financière (information des investisseurs) et de la
comptabilité fiscale (calcul de l'impôt) peuvent diverger. Exemple : L'amortissement
dégressif est une méthode d'amortissement accéléré autorisée fiscalement, mais la
comptabilité peut utiliser l'amortissement linéaire pour refléter plus fidèlement la
consommation de l'avantage économique du bien.
Analyse Financière : L'analyse financière utilise les données issues de la comptabilité
pour évaluer la performance financière, la rentabilité, la solvabilité et les risques d'une
entreprise.
Objectif : Aider à la prise de décision en fournissant des diagnostics financiers et en
formulant des recommandations.
Méthodes d'analyse :
Analyse des ratios financiers : Calcul et interprétation de ratios permettant d'évaluer
différents aspects de la situation financière (par exemple, ratio de liquidité générale,
ratio de rotation des stocks, ratio d'endettement, ratio de marge brute, ratio de
rentabilité des capitaux propres). Exemple : Le ratio de liquidité générale (Actif circulant
/ Passif circulant) permet d'évaluer la capacité de l'entreprise à faire face à ses dettes
à court terme.
Analyse des flux de trésorerie : Analyse de la structure et de l'évolution des flux de
trésorerie opérationnels, d'investissement et de financement. Exemple : Identifier si
l'entreprise génère suffisamment de trésorerie grâce à son activité principale pour
financer ses investissements.
Analyse comparative : Comparaison des performances de l'entreprise avec celles de
ses concurrents ou avec les moyennes du secteur. Exemple : Comparer le ratio de
marge brute d'une entreprise avec la moyenne du secteur pour évaluer sa
compétitivité.
Approches d'analyse :
Analyse verticale : Exprime chaque poste du bilan ou du compte de résultat en
pourcentage du total (par exemple, chaque poste de l'actif en pourcentage du total de
l'actif). Utile pour identifier la structure du bilan ou du compte de résultat.
Analyse horizontale : Compare les données financières sur plusieurs périodes pour
identifier les tendances et les évolutions (par exemple, évolution du chiffre d'affaires,
des bénéfices, des ratios).
Les Deux Approches de la Finance :
École Francophone (Approche Temporelle) : Met l'accent sur la distinction entre les
décisions à court terme (CT) et long terme (LT). Cette approche est souvent plus axée
sur la gestion du bilan et l'équilibre financier global de l'entreprise.
École Anglo-Saxonne (Approche Spatiale) : Distingue l'analyse interne (optimisation
des ressources, contrôle de gestion, rentabilité) et l'analyse externe (relations avec les
marchés financiers, les investisseurs, les créanciers, création de valeur pour
l'actionnaire). Cette approche est plus orientée vers la performance financière et la
valeur actionnariale.
Analyse Financière (Approche Francophone) : L'achat de la machine est un
investissement LT qui nécessite un financement (emprunt). On analyse l'impact de cet
emprunt sur l'équilibre financier de l'entreprise (ratios d'endettement, capacité de
remboursement).
Analyse Financière (Approche Anglo-Saxonne) : On évalue la rentabilité de
l'investissement en calculant la VAN, le TRI et le DRCI. On analyse également l'impact
de l'investissement sur la valeur actionnariale.
Décision : L'entreprise décide d'acheter la machine si l'analyse financière montre que
l'investissement est rentable et qu'elle peut supporter l'endettement supplémentaire.
Elle négocie les conditions du prêt avec une banque (approche externe).
6 : positionnement du trésorerie au sein de l’entreprise
1. Petites Entreprises (PE) ( absent )
• Direction Générale : Dans une petite entreprise, la direction générale a
souvent une vue directe sur la gestion de la trésorerie.
• Trésorerie : La gestion de la trésorerie peut être simplifiée et gérée par
une ou deux personnes au sein de l’entreprise, souvent avec un rôle polyvalent
(comptable et trésorerie).
• Relations bancaires et flux de trésorerie : La gestion des flux de trésorerie
et des relations bancaires est souvent centralisée, sans division spécifique.
2. Petites et Moyennes Entreprises (PME)
• Direction Financière : La PME a souvent une direction financière dédiée.
Cette structure est plus organisée qu’une PE, avec des responsabilités partagées
entre la direction financière et la gestion de la trésorerie.
• Département Trésorerie : La trésorerie est gérée de manière plus
systématique, avec des processus de gestion des flux de liquidités, des paiements,
des encaissements, et des relations bancaires. La gestion des risques peut également
être abordée dans cette structure.
3. Grandes Entreprises (GE)
• Direction Générale et Direction Financière : La direction générale est plus
éloignée de la gestion quotidienne des flux financiers, mais conserve un rôle
stratégique. La direction financière est plus élaborée avec des départements
spécialisés pour chaque fonction.
• Département Trésorerie : La trésorerie est structurée, souvent avec une
équipe dédiée, divisée par des fonctions (gestion de la liquidité, investissements,
gestion des risques, relations bancaires). La gestion des flux de trésorerie est plus
complexe et intégrée à la gestion de trésorerie à l’échelle mondiale dans les grandes
entreprises.
4. Multinationales (MN) ou Groupes
• Direction Générale et Direction Financière : Les multinationales ont une
direction générale globale et une direction financière qui supervise plusieurs entités
régionales et locales.
• Département Trésorerie : Au sein des groupes, la trésorerie est souvent
décentralisée et gérée selon les entités régionales. Un département central supervise
la stratégie de trésorerie globale, la gestion des risques financiers internationaux, les
financements et les investissements transnationaux.
• Gestion des risques et des flux internationaux : La gestion des risques
financiers est sophistiquée, avec des outils pour la gestion de la liquidité, des devises
et des taux d’intérêt sur des marchés mondiaux.
Le positionnement de la trésorerie varie selon la taille et la structure de l’entreprise.
Dans les petites entreprises, la trésorerie est généralement gérée de manière simple
et centralisée, tandis que dans les grandes entreprises et les multinationales, elle
devient plus spécialisée et décentralisée, avec des processus sophistiqués et une
coordination entre différentes entités.
Conclusion :
La gestion de trésorerie est un processus dynamique et complexe qui nécessite une
compréhension approfondie des principes financiers, des théories économiques, des
outils d'analyse et des informations comptables. Une gestion efficace contribue de
manière significative à la pérennité et à la performance de l'entreprise en assurant sa
solvabilité, en optimisant sa rentabilité, en maîtrisant les risques et en permettant de
saisir les opportunités de croissance. La comptabilité et l'analyse financière sont des
outils indispensables pour prendre des décisions éclairées en matière de gestion de
trésorerie et pour piloter la performance financière de l'entreprise.
La pratique, l'étude de cas concrets et l'utilisation d'outils informatiques sont essentiels
pour maîtriser pleinement cette discipline