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Arret 1800

La Cour constitutionnelle a été saisie par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) pour contester l'inconstitutionnalité des arrêts du Conseil d'Etat concernant les élections des Gouverneurs et Vice-Gouverneurs de plusieurs provinces. La CENI argue que le Conseil d'Etat n'a pas la compétence pour proclamer les résultats définitifs des élections provinciales, en se basant sur des articles de la loi électorale qui stipulent que cette responsabilité revient à d'autres juridictions. La requête vise à faire annuler les décisions du Conseil d'Etat qui, selon la CENI, portent atteinte aux droits fondamentaux garantis par la Constitution.

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Arret 1800

La Cour constitutionnelle a été saisie par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) pour contester l'inconstitutionnalité des arrêts du Conseil d'Etat concernant les élections des Gouverneurs et Vice-Gouverneurs de plusieurs provinces. La CENI argue que le Conseil d'Etat n'a pas la compétence pour proclamer les résultats définitifs des élections provinciales, en se basant sur des articles de la loi électorale qui stipulent que cette responsabilité revient à d'autres juridictions. La requête vise à faire annuler les décisions du Conseil d'Etat qui, selon la CENI, portent atteinte aux droits fondamentaux garantis par la Constitution.

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=/JD/=

LA COUR CONSTITUTIONNELLE, SIEGEANT EN MATIERE DE CONTROLE


DE CONSTITUTIONNALITE, A RENDU L’ARRET SUIVANT :

[Link] 1800 PREMIER FEUILLET

AUDIENCE PUBLIQUE DU VINGT DEUX JUILLET DEUX MILLE VINGT DEUX

EN CAUSE
Requête de la Commission Electorale Nationale Indépendante, CENI en
sigle, en inconstitutionnalité des arrêts sous REA 183 du 27 mai 2022,
sous REA 189/182/190 du 02 juin 2022 et sous REA
179/188/180/184/185 rendus par le Conseil d'Etat en matière de
contentieux des résultats des élections des Gouverneurs et Vice-
gouverneurs respectivement des Provinces de la Mongala, du Maniema et
de la Tshopo.

Par requête signée, le 09 juillet 2022 et reçue au greffe de la Cour


constitutionnelle le 11/07/2022, Monsieur Dénis KADIMA KAZADI, Président
de la Commission Electorale Nationale Indépendante CENI en sigle, sollicite
l’inconstitutionnalité des arrêts sous REA
179/182/189/183/188/180/184/185/190 rendus par le conseil d’Etat en
matière de contentieux des résultats à l’élection des Gouverneurs et Vice-
Gouverneurs de Provinces en ces termes :
«
« A Monsieur le Président
« de la Cour Constitutionnelle,
« Madame et Messieurs les Juges
« de la Cour Constitutionnelle
« à KINSHASA/GOMBE
«
« Madame et Messieurs les Hauts Magistrats,
«
« La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), Institution
« d'appui à la démocratie, dotée de la personnalité juridique suivant l'article
« 211 de la Constitution de la République démocratique du Congo, telle que
« modifiée par la Loi n° 11/002 du 20 janvier 2011, ayant son siège à Kinshasa,
« sis Immeuble CENI, au n° 4471 du Boulevard du 30 juin, dans la Commune
« de la Gombe, poursuites et diligences de Monsieur Denis KADIMA KAZADI,
« son Président, agissant en vertu des dispositions des articles 25 et 26 de la
« Loi organique n° 10/013 du 28 juillet 2010 portant organisation et
« fonctionnement de la Commission Électorale Nationale Indépendante telle que
« modifiée et complétée par la Loi organique n° 13/012 du 19 avril 2013 et la
« Loi organique n° 21/012 du 03 juillet 2021 et de l'article 38 du Règlement
« intérieur de la CENI tel que déclaré conforme à la Constitution par l'Arrêt
« sous [Link].1722 du 1er mars 2022;
«
« A l'honneur de vous exposer respectueusement ce qui suit :
«

« I. OBJET DE LA REQUETE
«

1
« La requérante prie à votre auguste Cour de déclarer inconstitutionnelles
« les décisions judiciaires sous REA179/182/189/183/188/180/184/185/190
« rendues par le Conseil d'Etat.
[Link] 1800 DEUXIEME FEUILLET
«
« II. EXPOSE DES FAITS
«
« [Link] 06 mai 2022, la Commission Electorale Nationale Indépendante a, par sa
« décision n° 015/CENI/AP/2022, rendu publics les résultats provisoires de
« l'élection des Gouverneurs et Vice-gouverneurs de Province ;
«
« 2. Le 09 mai 2022, elle a également publié les résultats provisoires au second
« tour à l'élection des Gouverneurs et Vice-Gouverneurs dans les Provinces
« du Kongo-Central et de la Tshopo ;
«
« 3. Entre le 08 et le 15 mai 2022, saisies par requêtes en contestation des
« décisions susvisées, les Cours d'appel spécialement de la Tshopo, du
« Maniema et de la Mongala, faisant office de Cours administratives d'appel,
« ont rendu des décisions confirmant les résultats provisoires tels que publiés
« par la CENI pour les Provinces de la Mongala et du Maniema et annulant
« les scrutins du second tour pour la Province de la Tshopo ;
«
« 4. Le Conseil d'Etat, saisi en matière de contentieux issus des élections des
« Gouverneurs et Vice-Gouverneurs des Provinces de la Tshopo, de la Mongala
« et du Maniema, a rendu des arrêts par lesquels la candidate Madeleine
« NIKOMBA et le candidat Aimé BOKUNGU BUBU ont été proclamés
« définitivement élus, respectivement pour les deux premières Provinces et a
« annulé l'élection de monsieur KISHAMBO RADJABU en demandant à la
« CENI de reprendre dans les sept (7) jours ladite élection pour la dernière
« Province.
«
« Dans cet ordre, le Conseil d'Etat a non seulement annulé mais proclamé
« à titre définitifs, les résultats de l'élection des Gouverneurs et Vice-
« Gouverneurs dans les Provinces précitées suivant les dispositifs des arrêts
« libellés comme suit :
«
« 1) Pour la Tshopo sous REA 179/188/180/184/185 du 31 mai 2022
«

« « Reçoit les appels mais les dit non-fondés ;


Annule partiellement l'Arrêt sous RCE 096 de la Cour d’appel de la Tshopo,
faisant office de la Cour Administrative d'appel, rendu en date du 19 mai
2022, en matière du contentieux de l'élection des Gouverneur et vice-
gouverneur de Province ;
Statuant à nouveau et faisant ce qu'aurait dû faire le premier juge ;
Annule le vote exprimé par Monsieur Jean-Marie NGADILIKAKA en faveur de
la liste présentée par le Regroupement politique AFDC-A ;
Proclame définitivement élus Madame Madeleine NIKOMBA SABANGU et
Monsieur Paulin LENDONGOLIA LEBABONGA, respectivement Gouverneur
et Vice-Gouverneur de la Province de la Tshopo (...) ».
«
« 2) Pour la Mongala sous REA 183 du 25 mai 2022
« « Déclare recevables mais non fondés les moyens d'irrecevabilité soulevés par
l'intimé et les rejette ;
2
Déclare recevable et fondée la requête en appel de Monsieur Aimé
BOKUNGU BUBU ;
Annule, en conséquence, les arrêts sous RCE 029 et sous RCE 030 de la
Cour d'Appel de la Mongala, rendus en date du 21 mai 2022, statuant à

[Link] 1800 TROISIEME FEUILLET

nouveau et faisant ce qu'elle aurait dû faire, radie de la liste des candidats


gouverneurs et vice-Gouverneurs de Province de la Mongala, l'a liste des
candidats indépendants César LIMBAYA MBANGISA et Biaise MONGO
BOSEKONZO, respectivement candidats Gouverneur et vice-Gouverneur de
ladite Province ;
Annule les votes émis par les 13 Députés provinciaux en faveur de César
LIMBAYA MBANGISA et Biaise MONGO BOSEKONZO ;
Proclame définitivement élus, en ordre utile, Monsieur Aimé BOKUNGU
BUBU et Madame Clémentine SOLE MONDONGA, respectivement
Gouverneur et vice-Gouverneur de Province de la Mongala (...) ».
«
« 3) Pour le Maniema sous REA 189/182/190 du 02 juin 2022
« « Reçoit les appels et les dits partiellement fondés ;
Annule l'arrêt sous RCE 066/067/068 de la Cour d'appel du Maniema,
rendu en date du 20 mai 2022, en matière de contentieux de l'élection des
Gouverneur et vice-Gouverneur de Province ;
Statuant à nouveau et faisant ce qu'aurait dû faire le premier juge, « reçoit
les requêtes originaires et les dit fondées ;
En conséquence, ordonne à la Commission Electorale Nationale
Indépendante d'organiser un nouveau scrutin des gouverneur et Vice-
gouverneur dans la province du Maniema (...) » .
«
« 5. Dès lors, deux opinions s'affrontent autour de deux lois de portée
« différente:
«
« a. La première opinion, celle du Conseil d'Etat, estime que l'article 86 de la loi
« organique susvisée, en exécution de l'article 155 alinéa 2 de la Constitution,
« consacre non seulement l'appel de tous les arrêts ou décisions pris au
« premier degré par les Cours administratives d'appel, mais également permet
« au Conseil d'Etat de proclamer les résultats définitifs, après avoir vidé le
« litige, lorsqu'il dispose ce qui suit :
«
« "La section du contentieux connaît de l'appel des arrêts ainsi que des décisions
« rendus au premier ressort par les Cours administratives d'appel".
«
« De ce fait, le Conseil d'Etat croit être compétent non seulement de
« connaître des appels des arrêts rendus par les Cours administratives d'appel
« en matière de contentieux des élections mais également de proclamer les
« résultats définitifs des élections législatives provinciales en l'occurrence celles
« des Députés provinciaux ainsi que celles des Gouverneurs et Vice-
« Gouverneurs de province et même de les annuler.
«
« b. La seconde opinion, celle de la Commission Electorale Nationale
« Indépendante affirme, sur pied des articles 74 alinéa 3 et 75 alinéa 1er de la
3
« loi dite électorale, que le Conseil d'Etat n'est pas le juge naturel du
« contentieux issu des élections provinciales, notamment celles des Députés
« provinciaux et celles des Gouverneur et Vice-gouverneur de Province.
«
« De ce fait, le Conseil d'Etat, juge du contentieux des élections provinciales
« au second degré, n'a pas compétence d'en proclamer les résultats définitifs.
[Link] 1800 QUATRIEME FEUILLET
« C'est ce qui ressort des articles 74 alinéa 3 et 75 de la loi dite électorale
« qui disposent ce qui suit :
« Article 74 alinéa 3 :
« "Si les recours sont déclarés irrecevables ou non fondés, la Cour
« constitutionnelle, la Cour administrative d'appel ou le Tribunal
« administratif, selon le cas, proclame les résultats définitifs des élections."
« Article 75 :
« "Si la juridiction saisie admet un recours pour erreur matérielle, elle rectifie
« le résultat erroné. Elle communique la décision à la Commission Electorale
« Nationale Indépendante.
« Dans tous les autres cas, elle peut annuler le vote en tout ou en partie
« lorsque les irrégularités retenues ont pu avoir une influence déterminante
« sur le résultat du scrutin. S'il n'y a pas appel, un nouveau scrutin est
« organisé dans les soixante jours de la notification. "
«
« III. MOYENS DE LA REQUETE
«

« A. DE LA FORME
« 1. De la compétence
«
« Tirée des articles 160 et 162 de la Constitution ainsi que 43 de la Loi
« organique précitée, la Cour constitutionnelle est compétente pour connaître
« du contrôle de constitutionnalité des traités et accords internationaux, des
« lois, des actes ayant force de loi, des édits, des Règlements intérieurs des
« Chambres parlementaires, du Congrès et des Institutions d'appui à la
« démocratie ainsi que des actes règlementaires des autorités administratives.
«
« Malgré les prescrits des dispositions ci-dessus évoquées, dans la
« poursuite de l'idéal de l'Etat de droit proclamé par l'article 1er de la
« Constitution, la Cour s'est plusieurs fois déclarée compétente pour connaître
« la constitutionnalité des actes qui ne relèvent pas de sa compétence à la
« double condition qu'ils ne soient de la compétence d'aucune autre juridiction
« en République démocratique du Congo et que le requérant allègue, contre ces
« actes, la violation d'un droit fondamental auquel la Constitution accorde une
« garantie particulière.
«
« Dans le cas d'espèce, les 'arrêts du Conseil d'Etat concernant l'élection
« des Gouverneurs et Vice-Gouverneurs des Provinces de la Tshopo, du
« Maniema et de la Mongala, ne peuvent être examinés par aucune autre
« juridiction en République démocratique du Congo. Le Conseil d'Etat statuant
« en dernier ressort, car il est la juridiction suprême de l'ordre administratif.
« Cependant, tel qu'il sera démontré dans les lignes qui suivent, les susdites
« décisions du Conseil d'Etat ont porté gravement atteinte aux droits et libertés
4
« fondamentales garantis aux particuliers, en l'occurrence le droit à l'éligibilité
« et à l'égale protection des lois, droits protégés par les articles 5 alinéa 4 et 12
« alinéa 2 de la Constitution.
«
« Partant, la Haute Cour est compétente de connaître la présente requête
«
« 2. De la recevabilité
[Link] 1800 CINQUIEME FEUILLET
«
« La recevabilité de toute requête par devant la Cour constitutionnelle est
« organisée par les articles 88 de la Loi organique n° 13/026 du 15 octobre
« 2013 portant organisation et fonctionnement de la Cour constitutionnelle et
« 27 du Règlement intérieur.
« Dans le cas d'espèce, la requête est signée par la requérante et reprend
« ces noms, qualité et adresse ainsi que l'objet et les moyens de la demande.
«
« Il plaira donc à la haute Cour de déclarer la présente requête recevable.
«
« B. DU FOND
«
« 1. Moyen tiré de la violation de l'article 12 de la Constitution
« Cette disposition de la Constitution visée au moyen dispose : « Tous les
« congolais sont égaux devant la loi et ont droit à une égale protection des
« lois...»
« En développant ce moyen, la requérante veut démontrer comment les
« décisions du Conseil d'Etat se sont écartées de la loi et de la volonté du
« peuple souverain qui s'est exprimé au travers ses représentants, à savoir les
« Députés provinciaux.
«

« En effet, l'article 150 alinéa 2 de la Constitution prévoit ce qui suit : « les


« juges ne sont soumis dans l'exercice de leur fonction qu'à l'autorité de la loi. »
«
« Pourtant, dans le cas de l'arrêt attaqué, le Conseil d'Etat s'est illustré
« dans un dol manifeste en s'écartant de la volonté de la loi, en l'occurrence les
« articles 170 et 75 de la loi électorale.
«
« En ce qui concerne particulièrement la Province de la Tshopo, l'article
« 170 de la Loi électorale a été violé en ce que le Conseil d'Etat a annulé la voix
« exprimée par Monsieur Jean-Marie NGADI LIKAKA et l'a attribuée à la liste de
« madame NIKOMBA SABANGU MADELEINE sans prouver que cette voix
« exprimée aurait profité à la liste présentée par le regroupement politique
« AFDC-A dont le candidat est KAPALATA MALOHA AKONDOKO TONY. Ceci
« amène une interrogation majeure : comment dans un scrutin à bulletin
« secret, une juridiction peut-elle déduire que tel électeur a forcément voté pour
« X candidat ?
«
« S'agissant de l'article 75 de la loi électorale, la violation est sans
« équivoque en ce qu'au lieu de procéder à l'annulation totale ou partielle des
« résultats du scrutin, comme l'exige cette loi, le Conseil d'Etat a annulé la voix
« exprimée par l'Honorable Jean-Marie NGADI LIKAKA, tout déduisant que ce
« dernier a voté en faveur de la liste de monsieur KAPALATA MALOHA
« AKONDOKO TONY et a enlevé ledit vote de son compte, pour proclamer
5
« définitivement élu madame NIKOMBA SABANGU MADELEINE, alors qu'il n'a
« pas été saisi pour cette demande.
«
« Il ressort du développement ci-haut, qu'en s'abstenant de se soumettre
« à l'autorité de la loi électorale, à l'occurrence les articles 75 et 170 de la Loi
« électorale, l'arrêt du Conseil d'Etat est dolosif en ce qu'il s'est écarté de la
« volonté de la loi et porte ainsi atteinte à l'égale protection devant la loi
« garantie par l'article 12 de la Constitution.
[Link] 1800 SIXIEME FEUILLET
«
« Par conséquent, la Cour dira que la décision attaquée a violé l'article 12
« de la Constitution qui assure l'égale protection devant la loi garantie à tout
« congolais.
«
« 2. Moyen tiré de la violation de l'article 114 de la Constitution
«
« Les arrêts rendus par le Conseil d'Etat sont en contradiction avec
« l'esprit et la lettre des dispositions de l'article 114 de la Constitution, lequel
« impose que l'installation des Institutions et assemblées délibérantes issues
« des élections le quinzième jour après la proclamation des résultats provisoires
« par la Commission Electorale Nationale Indépendante.
«
« Le constituant a réglementé les délais de l'installation des institutions
« issues des élections. En ce sens, l'installation du Président de la République,
« du Parlement, des Assemblées provinciales, des Conseils de ville, des Conseils
« municipaux, des Conseils de secteur et des Conseils de chefferie relèvent de la
« Constitution, particulièrement l'article 114, lequel dispose ce qui suit :
«
« "Chaque Chambre du Parlement se réunit de plein droit en session
« extraordinaire le quinzième jour suivant la proclamation des résultats des
« élections législatives par la Commission Electorale Nationale Indépendante
« en vue de (...)"
«
« Il ressort de l'article 114 ci-dessus que toutes les Institutions et
« Assemblées délibérantes issues des élections, à l'exception du Président de la
« République, sont installées le quinzième jour, suivant la proclamation des
« résultats des élections.
«
« Les articles 224 et 233 de la loi dite électorale qui s'appliquent à
« l'installation des Assemblées délibérantes ont été édictés en application de
« l'article 114 de la Constitution.
«
« Ils reflètent la volonté claire du constituant d'éviter le vide
« institutionnel, dès lors que les nouveaux animateurs desdites Institutions ont
« été élus.
«
« Devant cette volonté clairement affichée par le constituant,
« l'organisation de l'élection des Gouverneur et Vice-Gouverneur dans les
« Provinces de la Mongala, de la Tshopo et du Maniema pose problème.
«

6
« En effet, par sa décision n° 015/CENI/AP/2022 du 06 mai 2022, la
« Commission Electorale Nationale Indépendante a publié les résultats
« provisoires de ces élections.
«
« A la date du 08 juillet 2022, les Gouverneur et Vice-Gouverneur de
« Province proclamés provisoirement élus, n'ont pas encore été investis par le
« Chef de l'Etat parce que le contentieux des résultats desdites élections
« demeure encore pendant devant le Conseil d'Etat.
«
« Ceci résulte de l'application par le Conseil d'Etat des délais de recours
« et de traitement issus de la loi organique portant organisation, compétences
« et fonctionnement des juridictions de l'ordre administratif.
[Link] 1800 SEPTIEME FEUILLET
«
« En ce sens, les délais et procédures issues de la loi précitée tendent à
« retarder l'installation des Institutions et Assemblées délibérantes issues des
« élections, en contradiction avec l'esprit et la lettre de l'article 114 de la
« Constitution. Cette disposition accorde un délai court de 15 jours pour
« l'installation des Institutions (Parlement) et Assemblées délibérantes
« (Assemblées provinciales, des Conseils de ville, des Conseils municipaux, des
« Conseils de secteur et des Conseils de chefferie).
«
« C'est suivant cette même exigence de délais pré rappelés que le
« Président de la République élu entre en fonction dans les dix (10) jours qui
« suivent la proclamation des résultats définitifs de l'élection présidentielle
« (article 223 de la loi électorale).
«
« 3. Moyen tiré de la violation de l'article 5 alinéa 4 de la Constitution
«
« S'agissant particulièrement de la Province de la Tshopo, l'arrêt du
« Conseil d'Etat, sous REA 179/188/180/184/185 du 31 mai 2022, a violé le
« secret du vote en ce qu'il attribue une voix à la candidate NIKOMBA
« SABANGU MADELEINE sans démontrer que le Député contesté a porté son
« choix sur le candidat KAPALATA MALOHA AKONDOKO TONY ;
«
« De ce fait, cet arrêt a violé le principe du secret de vote consacré à
« l'article 5 alinéa 4 de la Constitution qui dispose ; "Le suffrage est universel,
« égal et secret. Il est direct ou indirect. "
«
« 4. Moyen tiré de la violation de l'article 211 de la Constitution
«
« La CENI est revêtue du pouvoir organisateur des élections en ce qu'elle
« est l'unique Institution chargée d'assurer la régularité du processus électoral,
« conformément à l'article 211 de la Constitution qui dispose :
« " I l est institué une Commission Electorale Nationale Indépendante dotée
« de la personnalité juridique.
«

« La Commission électorale nationale indépendante est chargée de


« l'organisation du processus électoral notamment de l'enrôlement des
« électeurs, de la tenue du fichier électoral, des opérations de vote, de
« dépouillement et de tout référendum.
«

7
« Elle assure la régularité du processus électoral et référendaire. Une loi
« organique fixe l'organisation et le fonctionnement de la Commission Electorale
« Nationale Indépendante."
«
« Sur base de cette disposition constitutionnelle, la CENI publie les listes
« provisoires et définitives des candidats aux élections, procède au calcul relatif
« à l'attribution des sièges et rend publics les résultats provisoires desdites
« élections.
«
« Au-delà de la violation des dispositions constitutionnelles précitées, ces
« arrêts du Conseil d'Etat dont question, remettent en cause le système de la
« proportionnelle pour les scrutins directs tel que consacré à l'article 5 de la
« Constitution.
«
[Link] 1800 HUITIEME FEUILLET
«
« En effet, lorsque le Conseil d'Etat procède lui-même à la proclamation
« des résultats, sur pied de l'article 86 de sa loi organique, agit-il dans l'intérêt
« et dans la régularité du processus électoral et èdans l'esprit et la lettre de
« l'article 211 de la Constitution ?
«
« Le faisant, le Conseil d'Etat viole sans nul doute l'article 211 de la
« Constitution précité.
«
« A la lumière de ce qui précède, il appert clairement que la matière du
« contentieux des élections est spéciale, en ce qu'elle obéit à des règles
« techniques fondées sur les systèmes électoraux en vigueur en République
« démocratique du Congo, notamment la proportionnelle des listes ouvertes à
« une seule voix préférentielle avec application de la règle du plus fort reste (les
« articles 119,144,146,193 et 209 de la loi n° 06/006 du 09 mars 2006 portant
« organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines,
« municipales et locales telle que modifiée par la loi n°11/003 du 25 juin 2011,
« la loi n° 15/001 du 12 février 2015 et la loi n° 17/013 du 24 décembre 2017)
« En ce sens, le Conseil d'Etat n'est pas outillé pour procéder au calcul et à la
« répartition des sièges après rectification du résultat erroné. Ce pouvoir est
« exclusivement dévolu à la seule CENI tel que voulu par le constituant à son
« article 211 précité.
«
« Par conséquent, la Cour dira que les décisions ici décriées ont été prises
« en violation des dispositions constitutionnelles susvisées.
«
« Par ces motifs,
« Plaise à la Cour constitutionnelle de :
« - Se déclarer compétente ;
« - Dire recevable et fondée la présente requête en inconstitutionnalité ;
« - Déclarer inconstitutionnels les arrêts sous REA 179/182/189/183/
« 188/180/184/185/190 rendus par le Conseil d'Etat, pour violation des
« articles 5 alinéa 4, 12,114 et 211 de la Constitution.
« -Frais comme de droit.
«
« Fait à Kinshasa, le 09 juillet 2022
«
« Pour le requérant,
8
« Sé/Dénis KADIMA KAZADI
« Président
-------------------------------------------------------------------------------------------------

Ce recours fut enregistré et enrôlé dans le registre du greffe


constitutionnel sous [Link] 1800.
Par ordonnance signée le 12 juillet 2022, Monsieur le Président de
cette Cour désigna le juge BOKONA en qualité de rapporteur et par celle du 22
juillet 2022, il fixa la cause à l’audience publique du même jour.
A l’appel de la cause à cette audience, aucune des parties
ne comparut ni personne pour elles.
Vérifiant l’état de la procédure, la Cour déclara la cause en état d’être
examinée.
Elle accorda la parole :
[Link] 1800 NEUVIEME FEUILLET
- D’abord au juge BOKONA, qui donna lecture de son rapport sur
les faits, la procédure, l’objet de la requête et les moyens des
parties.
- Enfin, au Procureur général représenté par l’Avocat général
BONANE MUONA Emmanuel qui donna lecture de l’avis écrit par le
Procureur général MUKOLO NKOKESHA Jean-Paul tendant à ce
qu’il plaise à la Cour de :
- Se déclarer incompétente quant à la demande d’annulation
des arrêts entrepris ;
- En sa qualité de régulateur de la vie politique et gardienne
des droits et libertés fondamentales des citoyens, se déclarer
compétente ;
- Dire la présente requête recevable et non fondée en ce qui
concerne la Province de la Tshopo et dire par conséquent que
Madame NIKOMBE SABANGU Madeleine a été légalement et
régulièrement élue Gouverneur dans la Province de la Tshopo ;
- Dire la requête de la CENI recevable et fondée pour la
Province de Mongala et dire par conséquent que Monsieur
César LIMBAYA MBANGISA a été régulièrement élu
Gouvernement de Province de Mongala ;
- Dire la requête de la CENI recevable et non fondée en ce qui
concerne la Province du Maniema.
- Dire par conséquent que personne n’a été élu Gouverneur
dans la Province du Maniema ;
- Dire qu’il n’y a pas lieu à paiement des frais d’instance.

Sur ce, la Cour clôt les débats, prit la cause en délibéré et séance
tenante prononça l’arrêt suivant :

***************************************ARRET***********************************

9
Par requête du 09 juillet 2022, déposée au greffe de la Cour
constitutionnelle le 11 du même mois, la Commission Electorale Nationale
Indépendante, CENI en sigle, poursuites et diligences de son Président,
Monsieur KADIMA KAZADI Denis, agissant conformément aux dispositions des
articles 25 et 26 de la loi organique n°10/013 du 28 juillet 2010 portant
organisation et fonctionnement de la Commission Electorale Nationale
Indépendante telle que modifiée à ce jour et l'article 38 du Règlement intérieur
de cette institution, sollicite de la Cour de déclarer inconstitutionnels les arrêts
sous REA 183 du 27 mai 2022, sous REA 189/182/190 du 02 juin 2022 et
sous REA 179/188/180/184/185 rendus par le Conseil d'Etat en matière de
contentieux des résultats des élections des Gouverneurs et Vice-Gouverneurs
respectivement des Provinces de la Mongala, du Maniema et de la Tshopo.

La requérante expose que le 06 mai 2022, elle a, par sa décision


n°015/CENI/AP/2022, rendu publics les résultats provisoires de l'élection des
Gouverneurs et Vice-Gouverneurs des provinces. Et, par celle
n°017/CENI/AP/2022 du 09 mai 2022, elle a publié les résultats provisoires
au second tour de l'élection des Gouverneurs et Vice-Gouverneurs dans les
provinces du Kongo-Central et de la Tshopo.
[Link] 1800 DIXIEME FEUILLET
Après la publication des résultats provisoires susmentionnés,
poursuit-elle, qu'entre le 08 et le 15 mai 2022, les Cours d'appel du Maniema,
de la Mongala et de la Tshopo, faisant office de Cours administratives d'appel,
ont été saisies par des requêtes en contestation des résultats des élections sus
vantées.
Elle argue en outre qu'après avoir statué sur les contentieux leur
soumis, les Cours d'appel du Maniema et de la Mongala ont rendu des
décisions confirmant les résultats provisoires tels que publiés par elle pour
leurs Provinces respectives, tandis que la Cour d'appel de la Tshopo a rendu la
décision annulant les scrutins du second tour pour la susdite Province.
La requérante ajoute que le Conseil d'Etat, saisi en appel contre les
décisions rendues par les Cours d'appel des Provinces précitées, a rendu les
arrêts par lesquels les nommés Madeleine NIKOMBA SABANGU et Aimé
BOKUNGU BUBU, respectivement candidats Gouverneurs des Provinces de la
Tshopo et de la Mongala ont été proclamés définitivement élus et il a annulé
l'élection de Monsieur Hubert KISHABONGO RADJABU en demandant à la
CENI de reprendre dans les sept jours ladite élection.

Pour elle, en annulant et en proclamant, à titre définitif, les résultats


de l'élection des Gouverneurs et Vice-Gouverneurs dans les Provinces précitées,
le Conseil d'Etat s'est attribué les compétences qui ne lui sont dévolues ni par
la Constitution, ni par la loi organique portant organisation, compétence et
fonctionnement des juridictions de l'ordre administratif, ni par la loi dite
électorale, contrairement à son affirmation selon laquelle l'article 86 de la loi
organique susvisée, en exécution de l'article 155 alinéa 2 de la Constitution,
consacre non seulement l'appel de tous les arrêts ou décisions pris au premier
degré par les Cours administratives d'appel, mais également permet au Conseil
d'Etat de proclamer les résultats définitifs, après avoir vidé le litige.

10
La requérante soutient que sur pied des articles 74 alinéa 3 et 75
alinéa 1erde la loi dite électorale, le Conseil d'Etat n'est pas le juge naturel du
contentieux issu des élections provinciales, notamment celles des députés
provinciaux et celles des Gouverneurs et Vice-Gouverneurs de Provinces.

Qu'ainsi, renchérit-elle, le Conseil d'Etat, juge du contentieux des


élections provinciales au second degré, n'a pas reçu compétence d'en proclamer
les résultats définitifs. Conformément aux dispositions de la loi précitée, le juge
du contentieux des résultats n'a que deux possibilités qui s'offrent à lui :
La première, selon elle, a trait aux irrégularités avérées ou de
correction d'erreurs matérielles lui permettant de rectifier le résultat erroné et
de communiquer la décision à la CENI car, le législateur a voulu, s'agissant des
élections organisées selon le système proportionnel des listes, que
l'administration électorale se charge de tirer les conséquences des décisions des
juridictions saisies, lesquelles peuvent modifier l'attribution des sièges dans la
circonscription électorale concernée. La seconde voudrait qu'au cas où les
recours enregistrés sont déclarés irrecevables ou non fondés, la Cour
administrative d'appel proclame les résultats définitifs des élections.

Par ailleurs, pour chacun des arrêts qu'elle soumet à la censure de la


Cour constitutionnelle, la requérante retient divers griefs.
[Link] 1800 ONZIEME FEUILLET

Pour le cas de l'arrêt sous REA 183 du 27 mai 2022, elle reproche au
Conseil d'Etat d'avoir annulé les résultats provisoires publiés par elle et d'avoir
déclaré élus Monsieur Aimé BOKUNGU BUBU et sa colistière, Madame
Clémentine SOLE MONDONGA, alors qu'ils n'avaient obtenu que six voix lors
du scrutin, au motif que l'élection des Gouverneur et Vice-Gouverneur de la
Province était entachée d'irrégularités dès la campagne électorale du fait que le
candidat César LIMBAYA MBANGISA avait utilisé la corruption et les moyens
de l'Etat pour sa campagne.

S'agissant de l'arrêt sous REA 189/182/190 du 31 mai 2022 pour la


Province du Maniema, le fait pour le Conseil d'Etat d'annuler l'élection du
Gouverneur et du Vice-Gouverneur dans cette Province et d'ordonner à la
requérante d'organiser un nouveau scrutin, alors qu'il n'existait aucune raison
qui pouvait justifier l'annulation totale de cette élection.

Concernant l'arrêt sous REA 179/188/180/184/ 185 du 27 mai


2022 pour la Province de la Tshopo, le fait pour le Conseil d'Etat d'avoir annulé
le vote exprimé par Jean Marie NGANDI, qui avait pris part à l'élection sans
qualité et d'avoir proclamé la liste de Madame Madeleine NIKOMBA SABANGU
et Monsieur Paulin LENDONGOLIA LEBABONGA, respectivement comme
Gouverneur et Vice-Gouverneur de Province.

En conclusion, la requérante demande à la Cour de dire que les


arrêts attaqués portent atteinte aux dispositions des articles 5 alinéa 4, 12, 114
et 211 de la Constitution.

En appui à sa requête, la requérante a joint les pièces ci-après : la loi


organique n°10/013 du 28 juillet 2010 portant organisation et fonctionnement
de la Commission Electorale Nationale Indépendante telle que modifiée à ce
11
jour, le Règlement intérieur de cette institution, la décision n°015 et 017
respectivement du 06 et 09 mai 2022 de la CENI portant publication des
résultats provisoires de l'élection des Gouverneurs et Vice-Gouverneurs des
Provinces, l'arrêt de la Cour d'appel de la Mongala sous RCE 029 et 030 du 21
mai 2022, l'arrêt du Conseil d'Etat sous REA 183 du 25 mai 2022 et enfin
l'ordonnance n°21/84 du 22 octobre 2021 portant investiture des membres de
la CENI.

Examinant sa compétence, la Cour relève qu'il ressort des articles


160 alinéa 1er, 162 alinéa 2 de la Constitution, 43 et 48 de la Loi organique
n°13/026 du 15 octobre 2013 portant organisation et fonctionnement de la
Cour constitutionnelle, qu'elle est chargée du contrôle de constitutionnalité des
traités et accords internationaux, des lois, des actes ayant force de loi, des
édits, des Règlements intérieurs des Chambres parlementaires, du Congrès et
des Institutions d'appui à la démocratie ainsi que des actes règlementaires des
autorités administratives.

Dans le cas sous examen, la requérante poursuit


l'inconstitutionnalité des arrêts sous REA 183 du 27 mai 2022, sous REA
189/182/190 du 02 juin 2022 et sous REA 179/188/180/184/185 rendus en
appel par le Conseil d'Etat, en matière de contentieux des résultats des
élections des Gouverneurs et Vice-Gouverneurs des Provinces de la Mongala,
du Maniema et de la Tshopo, ce, pour violation des articles 5 alinéa 4, 12, 114
et 211 de la Constitution.
[Link] 1800 DOUZIEME FEUILLET

Elle constate que les actes attaqués sont des décisions de justice. Dès
lors, cette requête ne rentrera pas en principe dans le champ de ses
compétences.

Cependant, la Cour rappelle que, se fondant sur l'idéal de l'Etat de


droit découlant de l'article 1er de la Constitution et du fait que l'article 150
alinéa 1er attribue au pouvoir judiciaire, dont la Cour constitutionnelle fait
partie, la charge de garantir les droits et libertés individuels, elle a étendu sa
compétence pour connaître de la constitutionnalité de tout acte d'assemblée
politique délibérante, à la double condition que l'acte déféré ne relève de la
compétence matérielle d'aucun autre juge, et que le requérant invoque la
violation d'un droit fondamental auquel la Constitution accorde une protection
particulière.

Elle relève que cette position est justifiée par le fait que dans tous les
systèmes juridiques, les Constitutions ont toujours porté en elles des valeurs et
des idéaux sur lesquels le juge constitutionnel, comme un gendarme, est
appelé à veiller. Dans le contexte congolais, la Constitution garantit, tant dans
son préambule que dans son dispositif, entre autres valeurs : l'Etat de droit, la
démocratie pluraliste et les droits humains. La Cour constitutionnelle s'est
aussi fondée sur cette position, afin de préserver le règne du droit qu'incarne
l'Etat de droit, lequel repose sur trois piliers, à savoir : un ordre juridique
relativement centralisé et hiérarchisé ayant pour clé de voûte la loi
fondamentale, la soumission de tous, personnes privées et organes publics au
droit et la sanction de toute violation du droit.

12
La Cour rappelle que l'Etat de droit est paré des vertus aptes à
réaliser la démocratie et à protéger les libertés, en tant qu'ils impliquent que la
liberté de décision des organes de l'État est, à tous les niveaux, limitée par
l'existence de normes juridiques supérieures, dont le respect est chaque fois
garanti par l'intervention d'un juge.

Pour assurer la cohérence et la stabilité de l'ordre juridique à la tête


de laquelle trône la Constitution, note la Cour, les normes de rang inférieur
doivent être conformes aux normes hiérarchiquement supérieures. Cet
impératif de cohérence qu'incarne le principe de légalité se métamorphose en
principe de constitutionnalité lorsqu'il s'applique au rapport entre les normes
infra-constitutionnelles et la Constitution. Il s'agit là de la condition matérielle
de la validité de la norme inférieure ou de la hiérarchie des normes qui est
conçue comme réalisant l'État de droit dont la Cour constitutionnelle constitue,
dans le système de la Constitution du 18 février 2006, le dernier rempart.

Pour la Cour, affirmer le primat de la Constitution sur toutes les


autres règles juridiques matérielles dérivées ne va pas sans que certains
mécanismes de contrôle soient mis en œuvre pour que ce principe de
suprématie de la loi fondamentale ne demeure pas lettre morte, d'où, le
mécanisme de contrôle de constitutionnalité, facteur limitatif des excès de
pouvoir de tous les pouvoirs institués, donne la possibilité d'écarter les actes
inconstitutionnels de l'ordre juridique, la Constitution étant l'alpha et l'oméga,
le commencement et la fin de ce dernier.

[Link] 1800 TREIZIEME FEUILLET

Elle note en outre, que sans un contrôle efficace et effectif de


constitutionnalité, une Constitution n'est plus qu'un simple parchemin sur
lequel on peut raturer et même dénaturer le contenu sans crainte d'une
quelconque sanction.

La Cour fait observer, que conformément à l'article 149 alinéa 2 de la


Constitution, le pouvoir judiciaire est dévolu aux Cours et Tribunaux et
rappelle à ce niveau que celui-ci doit inspirer confiance et il en serait
autrement s'il inspirait les sentiments de méfiance.

Elle relève que telle que conçue, la Constitution du 18 février 2006 ne


permet à aucun pouvoir organisé par elle de porter atteinte ni aux droits
fondamentaux, ni à l'équilibre du système démocratique ou à l'équilibre des
pouvoirs, ni à l'Etat de droit, sinon son écriture même ne serait qu'une farce
absurde et qu'elle serait vide de sens et d'essence. Si, conformément à la
Constitution, il n'appartient ni au législateur ni au Gouvernement de censurer
les décisions des juridictions, d'adresser à celles-ci des injonctions et de se
substituer à elles dans le jugement des litiges relevant de leur compétence, il
est évident que le constituant n'a pas entendu laisser libre champ aux organes
juridictionnels de porter atteinte aux valeurs fondamentales de l'Etat moderne
telles que garanties par la Constitution de la République. Et la Cour, comme
garde-frontière, a été instituée pour placer des digues afin d'éviter les
débordements dans l'œuvre normative de toute autorité publique. A ce titre,
elle est un instrument de réalisation et de garantie de l'Etat de droit, le dernier

13
rempart, l’ultima ratio pour la préservation de l'Etat de droit qui emporte la
soumission de tous, particuliers et Institutions publiques, aux seuls règne et
autorité du droit.

Il appert qu'un acte juridictionnel, à l'instar des arrêts attaqués, est


une norme juridique comme le serait un acte administratif, au-dessus de
laquelle, dans la hiérarchie des normes, se trouvent le Règlement et la loi et
donc susceptible d'être déférée à sa censure afin d'en contrôler la
constitutionnalité, dès lors que le juge est tenu de se conformer au principe de
la subsomption applicable à toute règle.

En effet, si les actes juridictionnels sont considérés comme des


normes juridiques, créateurs des droits et obligations et donc susceptibles de
modifier l'ordonnancement juridique existant, leur validité dépend des actes
législatifs, voire règlementaires qui conditionnent leur existence. Un système
juridique ne peut, en tant que système normatif, fonctionner qu'à cette
condition.

De plus, la démocratie pluraliste et l'Etat de droit, condition de


l'inaliénabilité des droits fondamentaux dans le système constitutionnel
congolais, les décisions des organes de l'État, à tous les niveaux, doivent être
limitées par l'existence de normes juridiques supérieures, dont le respect est
garanti par l'intervention d'un juge. Même indépendantes d'autres organes de
l'Etat, les juridictions, comme tout autre organe, tirent leur compétence du
droit et de ce fait, leurs actes doivent être contrôlés afin de garantir le respect
par eux de la loi o fortiori de la Constitution, particulièrement lorsque leurs
décisions ont des effets déconsolidants de la démocratie et déconstructeurs de
l'Etat de droit.
[Link] 1800 QUATORZIEME FEUILLET

Il s'en suit que le contrôle des actes juridictionnels étend le champ de


sa supervision afin de parachever la soumission des Institutions publiques aux
normes constitutionnelles, et assure que, dans leurs litiges courants, les
justiciables bénéficient de l'applicabilité directe qui caractérise les constitutions
contemporaines. En effet, dans la hiérarchie des normes, la Constitution est la
norme supérieure et la source fondamentale d'où découle la raison, voire le
fondement même de toutes les autres normes légales, règlementaires,
juridictionnelles et à laquelle doivent se conformer, pour leur légitimité et
régularité, toutes les autres sources inférieures.

Cette construction permet non seulement à la juridiction


constitutionnelle de veiller à ce que les juridictions appliquent la Constitution
telle qu'elle-même la détermine, mais aussi permet d'unifier l'interprétation
constitutionnelle et d'affermir l'autorité de la volonté du pouvoir originaire sur
tous les pouvoirs constitués ou institués.

Dans ce sens, l'immunité qui couvre les décisions de justice saute


devant le juge constitutionnel lorsque les décisions de justice sont attentatoires
à l'Etat de droit, aux droits de l'homme, aux principes de la démocratie
pluraliste et à toutes les autres valeurs supérieures consacrées par la
Constitution, en l'occurrence celles protégées par l'article 220 de la
Constitution. Dans ce cas, une décision de justice redevient un « acte »
susceptible de recours devant elle en tant que dernier rempart, même en
14
dehors de toute prévision textuelle claire et univoque. Car, il lui appartient de
déterminer l'étendue de ses pouvoirs pour censurer, en cas de contrariété avec
une disposition constitutionnelle, l'acte incriminé.

La Cour, investie de la mission essentielle de protéger la Constitution


contre les excès de pouvoir de tous les organes de l'Etat, se veut le censeur
suprême, l'ultime recours en cas de violation grave. Elle est un instrument de
pacification et de stabilisation de la vie socio-politique du pays. Car, la lutte
pour la démocratie pluraliste est inséparable du respect et de la sécurisation
juridique, de la primauté du droit et des droits fondamentaux.

En effet, au-delà de son rôle de gardienne de la suprématie de la


Constitution et du règne du droit et de garante ultime des libertés
fondamentales, elle tire aussi son pouvoir et sa légitimité des prérogatives lui
reconnues par la Constitution dans le but de protéger le pacte national
fondateur de l'Etat moderne ayant pour socles l'Etat de droit, la démocratie
pluraliste, l'inaliénabilité des droits fondamentaux et la séparation des
pouvoirs, principes qui, au regard de la Constitution congolaise, ont prétention
à l'intangibilité et à l'irrévocabilité, même par voie de révision constitutionnelle.

D'ailleurs, dans la longue tradition des juridictions constitutionnelles,


et particulièrement depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, ces principes
sont devenus des standards internationaux de bonne gouvernance et donc des
valeurs qui constituent l'essence même de tout système constitutionnel
moderne, consacrant ainsi une globalisation des valeurs constitutionnelles.

La Cour rappelle que conçu à ses débuts comme élément modérateur


et pondérateur des excès de pouvoir du législateur et de l'exécutif en les
cadrant et recadrant dans les bornes posées par le constituant, le contrôle de
constitutionnalité a , depuis peu, étendu son champ d'action aux actes
[Link] 1800 QUINZIEME FEUILLET

juridictionnels par la limitation de toute prépondérance des auteurs de ces


actes par rapport aux compétences leur reconnues par la Constitution,
particulièrement lorsque le débordement porte atteinte au fondement de l'Etat
de droit, à la soumission de tous les pouvoirs publics à la Constitution et aux
lois, aux principes de la démocratie pluraliste, au caractère sacré des droits
fondamentaux ou à la séparation des pouvoirs.

La théorie de contrôle universel de constitutionnalité veut qu'aucun


acte d'une autorité publique, quelle qu'elle soit, susceptible de créer des
normes juridiques opposables, ne puisse être exempt de la censure du juge
constitutionnel, s'il a prétention à entamer les dispositions de la Constitution
en rapport avec les valeurs précitées et lorsqu'il n'existe plus aucune autre
instance à même de rétablir le règne du droit.

La Cour juge que, l'omission de sa part à agir devant pareille violation


de la Constitution créerait un vide du droit, une carence dans l'ordre juridique,
mieux, une négation de sa raison d'être même et, partant, de la loi
fondamentale. Ce qui aurait des conséquences préjudiciables importantes sur
les équilibres constitutionnels globaux en l'occurrence sur les valeurs et
principes à valeur constitutionnelle prérappelés. C'est à juste droit qu'elle est
appelée à jouer d'une part un rôle de répression de tout acte attentatoire à ces

15
valeurs fondamentales et fondatrices de la République, piliers indispensables
pour l'équilibre de l'édifice normativo-institutionnel établi par la Constitution
de la République et, de l'autre, une fonction de purification de l'ordre juridique
en ce que par son intervention, elle nettoie ce dernier de toute impureté
d'inconstitutionnalité, quel qu'en soit l'auteur.

Par ailleurs, le fait que cette compétence ne soit pas explicitement


prévue par la Constitution ne laisse aucunement carte blanche aux juridictions
de franchir le rubicon de l'inconstitutionnalité. En effet, elle rappelle que dans
sa tradition jurisprudentielle, elle a étendu sa compétence aux actes
d'assemblée chaque fois que l'Etat de droit était menacé. C'est notamment en
cas de négation des droits de la personne humaine fondamentalisés et
constitutionnalisés par le constituant du 18 février 2006 et en l'absence de
toute autre juridiction à même de les rétablir. A ce jour, elle s'appuie aussi sur
les législations et la jurisprudence constitutionnelle comparées, en ce qu'elles
reconnaissent au juge constitutionnel la compétence de protéger l'Etat de droit
incarné par la Constitution, volonté du peuple, seul détenteur de la
souveraineté, même en l'absence de texte. En outre, se fondant sur la
combinaison des articles premier et 168 de la Constitution qui, pour le premier,
consacre la primauté du droit en proclamant la République démocratique du
Congo un Etat de droit et, pour le second, reconnaît la suprématie des
décisions de la Cour constitutionnelle à l'égard de toutes les Institutions, en ce
compris celles juridictionnelles, la Cour se déclarera compétente pour examiner
les décisions lui déférées, dès lors qu'elles ne sont susceptibles d'aucun autre
recours.

Quant à la recevabilité, la Cour note que toute requête déposée


devant elle par une personne autre que le Procureur général est subordonnée
aux conditions fixées par l'article 88 alinéa 2 de la Loi organique n° 13/026 du
15 octobre 2013 portant organisation et fonctionnement de la Cour
constitutionnelle aux termes duquel :
[Link] 1800 SEIZIEME FEUILLET
« Sauf lorsqu'elle émane du Procureur général, la requête mentionne,
sous peine d'irrecevabilité, les nom, qualité et adresse du requérant ainsi que
l'objet et les moyens de la demande ».

Elle relève aussi qu'aux termes de l'article 91 alinéa 2 de son


Règlement intérieur, la requête doit être dactylographiée et signée par le
requérant lui-même ou par son Avocat dûment mandaté.

Dans le cas sous examen, la Cour note qu'il ressort des articles 25 et
26 de la Loi organique n°10/013 du 28 juillet 2010 portant organisation et
fonctionnement de la CENI, telle que modifiée et complétée par la loi organique
n°13/012 du 19 avril 2013 et la loi organique n° 21/012 du 03 juillet 2021,
que le Bureau est l'organe de gestion de cette Institution d'appui à la
démocratie, il est dirigé par le Président. Et c'est ce dernier qui introduit,
soutient et défend les actions en justice au nom de la CENI.

La Cour constate que la présente requête a été introduite par le


Président de la CENI, Monsieur Denis KADIMA KAZADI, en conformité avec les
dispositions légales susvisées. Ce dernier a prouvé qu'il a été investi en cette
16
qualité par l'ordonnance présidentielle n°21/084 du 22 octobre 2021 portant
investiture des membres de la Commission Electorale Nationale Indépendante.

Bien plus, ladite requête renseigne le nom et l'adresse de la


requérante ainsi que l'objet et les moyens de la demande. En outre, elle est
dactylographiée et signée par une personne dûment mandatée.

La Cour relève que la requérante se fonde sur les articles 162 alinéa 2
de la Constitution et de la combinaison des articles 43 et 48 de la loi sur la
Cour constitutionnelle pour la saisir.

En effet, la CENI, instituée par l'article 211 de la Constitution, est


incontestablement pourvue de la personnalité juridique. A ce titre, celle-ci est
titulaire des droits et des obligations comme il le serait pour toute autre
personne physique ou morale, aussi bien de droit privé que de droit public. La
CENI, comme personne morale de droit public, tel qu'il appert de l'article 2 de
la Loi organique n°10/013 du 28 juillet 2010 telle que modifiée et complétée à
ce jour, portant son organisation et son fonctionnement, est pourvue d'une
possibilité d'expression pour la défense de ses intérêts licites et juridiquement
protégés.

Vue sous cet angle, la CENI est fondée à initier des actions judiciaires
devant n'importe quelle instance notamment lors que ses droits sont mis en
cause. Elle peut, en outre, se fondant sur l'article 162 alinéa 2 de la
Constitution, saisir la Cour constitutionnelle en inconstitutionnalité de tout
acte législatif ou règlementaire en vertu de la haute qualification politique qui
résulte de son mandat constitutionnel d'autorité indépendante, pouvoir
organisateur des élections et d'unique institution chargée d'assurer la
régularité du processus électoral, conformément à l'article 211 de la
Constitution. La subjectivité juridique de la CENI la fonde à rechercher la
moralité électorale et l'incorruptibilité des mécanismes légaux de dévolution de
pouvoir par voie électorale, mais aussi d'assurer le respect du suffrage ou de la
volonté électorale du peuple souverain, ce qui constitue son but, voire sa raison
d'être, mieux, le principe même de sa légitimité.
[Link] 1800 DIX-SEPTIEME FEUILLET

Dans le cas d'espèce, le ius agendi de la CENI repose sur son droit à
poursuivre la sauvegarde de l'intérêt général et la suprématie de la
Constitution, et partant de l'Etat de droit, dans le déroulement du processus
électoral, pour la désignation des Gouverneurs et vice-Gouverneurs de
Provinces.

Par conséquent, la Cour dira que la CENI a qualité à venir en


inconstitutionnalité dans la présente cause.

Dès lors, la présente requête sera déclarée recevable.

Quant au fond, la Cour indique que dans sa requête, la requérante


postule quatre moyens d'inconstitutionnalité, tirés respectivement de la
violation des articles 5 alinéa 4, 12, 114 et 211 de la Constitution.

La Cour n'examinera pas les moyens liés à la violation des articles 5


alinéa 4, 114 et 211. En effet, loin de protéger les droits fondamentaux, comme

17
allégué par la requérante, l'article 5 alinéa 4 décrit le caractère secret du
suffrage lors d'une élection. L'article 114 quant à lui, impose le délai et les
conditions d'installation des Institutions et Assemblée délibérante issues des
élections. Tandis que l'article 211 institue la CENI et précise les missions
assignées à celle-ci.

Dès lors, elle n'examinera que le moyen d'inconstitutionnalité tiré de


la violation alléguée de l'article 12 de la Constitution.

Développant ce moyen, la requérante soutient que la violation de


l'article 12 de la Constitution, tient de ce que les décisions du Conseil d'Etat se
sont écartées de la loi et de la volonté du peuple souverain qui s'est exprimé au
travers ses représentants, à savoir les Députés provinciaux.

Pour le cas de l'arrêt sous REA 183 du 27 mai 2022, la Cour constate
que le Conseil d'Etat a annulé les résultats provisoires publiés par la CENI et a
déclaré élus Monsieur Aimé BOKUNGU BUBU et sa colistiere, Madame
Clémentine SOLE MONDONGA, lesquels n'avaient obtenu que six voix, lors du
scrutin, au motif que l'élection des Gouverneur et Vice-Gouverneur de
Province de la Mongala était entachée d'irrégularités dès la campagne
électorale, parce que Monsieur César LIMBAYA MBANGISA, le candidat
proclamé élu par la CENI, avait utilisé la corruption et les moyens de l'Etat
pour sa campagne.

Examinant ce moyen, la Cour note que la disposition de la


Constitution visée sous le moyen dispose : « Tous les congolais sont égaux
devant la loi et ont droit à une égale protection des lois... ».

Elle constate que dans le cas de l'arrêt attaqué, le Conseil d'Etat a


proclamé élu le candidat Aimé BOKUNGU BUBU, ayant obtenu six voix qui
l'avait saisi en appel pour dénoncer des cas de « corruption et des fraudes »
ayant entaché l'élection remportée par le candidat César LIMBAYA MBANGISA
avec treize voix.

Pourtant, l'article 36 de la loi électorale, qui a fondé l'argumentaire du


Conseil d'Etat pose deux conditions, dont la première exige que l'abus des
biens publics, pouvant aboutir à la radiation d'un candidat de la liste électorale
[Link] 1800 DIX-HUITIEME FEUILLET
par la CENI, soit constaté soit par cette dernière soit par un magistrat, officier
du ministère public. La deuxième commande à ce que les faits constatés soient
établis dans le cadre du contentieux des candidatures devant le seul juge
électoral à qui il revient exclusivement de se prononcer sur la radiation d'une
candidature. Or, il n'y avait aucune pièce du dossier qui démontrait qu'une
action pénale était ouverte pour corruption ou détournement des agents
publics à charge de Monsieur César LIMBAYA MBANGISA, candidat proclamé
élu par la CENI.
La Cour précise que la décision de la Cour d'appel de la Mongala qui,
elle seule, devrait servir de point de départ de l'appel, ne portait que sur le
contentieux des résultats et le Conseil d'Etat, en tant que juge d'appel, devrait
circonscrire sa saisine uniquement sur le mal jugé éventuellement commis par

18
le premier juge, en vertu du principe de l'effet dévolutif et donc délimitatif de
l'appel.
En effet, la loi impose une limite infranchissable entre les deux types
de contentieux tant en ce qui concerne leurs objets que le temps de leur mise
en branle. Elle considère que, reposant sur les articles 74 ter, quater et
quinquies de la loi dite électorale, le contentieux des résultats porte
essentiellement sur la régularité des résultats des élections tels qu'exprimés
par les électeurs en faveur des candidats en lice et intervient bien après celui
des candidatures qui, lui, a pour base l'article 27 de la même loi et ne concerne
que la régularité des candidatures de ceux qui veulent concourir au suffrage.

Ainsi, un requérant qui vient devant le juge du contentieux des


résultats, bien plus en appel, en invoquant un moyen ayant trait au
contentieux des candidatures, ne peut être entendu au risque de violer les
dispositions précitées de la loi dite électorale et, par voie de conséquence
l'article 150 alinéa 2 de la Constitution qui prévoit que : « Les juges ne sont
soumis dans l'exercice de leur fonction qu'à l'autorité de la loi ».

Il se dégage que le Conseil d'Etat n'a pas tenu compte de la spécificité


du contentieux des résultats qui l'oblige à respecter le choix des électeurs et à
rester dans les limites des conclusions et réclamations qui lui sont présentées
et à réunir les éléments d'investigation indispensables à la manifestation de la
vérité électorale, lesquelles sont nécessaires pour éviter d'aboutir à des
conclusions sans preuve, comme c'est le cas dans la présente cause. C'est
aussi au nom de cette spécificité que le juge du contentieux des résultats doit
veiller à ce que ses décisions soient conformes à la loi.

C'est au mépris des prescrits constitutionnels et légaux


susmentionnés que le Conseil d'État, statuant en appel, est arrivé à radier le
candidat César LIMBAYA MBANGISA de la liste électorale, alors que celui-ci
était proclamé élu et confirmé par la Cour d'Appel de la Mongala, pour le seul
motif prétendu de la violation par lui de l'article 36 de la loi électorale, en ce
qu'il aurait employé des moyens de l'État pour battre campagne et qu'il aurait
corrompu les électeurs.

Par conséquent, la Cour dira que la décision du Conseil d'Etat,


contenue dans l'arrêt sous REA 183 du 27 mai 2022 opposant Monsieur Aimé
BOKUNGU BUBU à Monsieur César LIMBAYA MBANGISA, a violé les articles
12 et 150 alinéa 2 de la Constitution qui assure à tous les congolais l'égale
[Link] 1800 DIX-NEUVIEME FEUILLET

protection de la loi, pour le premier et soumet les juges à l'autorité de la loi,


pour le second.

Surabondamment, la Cour fait observer qu'il ressort des articles 159


et 170 alinéas 1er et 2 de la loi dite électorale que le Gouverneur et le Vice-
Gouverneur de Province sont élus au scrutin majoritaire à deux tours. Si la
majorité absolue n'est pas atteinte au premier tour, il est procédé dans les trois
jours à un second tour de scrutin.

19
En effet, la CENI avait enregistré, pour cette élection, neuf listes de
candidatures et que l'Assemblée provinciale comptait vingt votants. Sur les
vingt voix possibles, la liste du candidat Aimé BOKUNGU BUBU n'avait obtenu
que six voix. Ce qui revient à dire que, dans l'hypothèse de la radiation de la
liste de Monsieur César LIMBAYA MBANGISA, la liste du candidat Aimé
BOKUNGU BUBU n'ayant pas atteint la majorité absolue, soit onze voix, le
Conseil d'Etat devrait plutôt ordonner à la CENI d'organiser un second tour de
ladite élection, au lieu de proclamer ce dernier élu. Une fois de plus, le Conseil
d'Etat ne s'est pas soumis à la volonté de la loi, violant ainsi l'article 150 alinéa
2 de la Constitution.

Outre la violation des articles 12 et 150 alinéa 2 de la Constitution, la


Cour retient aussi comme grief, la violation de l'article 5 alinéas 1er et 5 de la
Constitution.

L'article 5 alinéa 1er de la Constitution dispose que : « ... Tout pouvoir


émane du peuple qui l'exerce directement par voie de référendum ou d'élections
et indirectement par ses représentants [...] »

S'agissant de cet article, la Cour constate qu'il se dégage de l'arrêt


attaqué que le Conseil d'Etat a radié de la liste électorale Monsieur César
LIMBAYA MBANGISA, ce, au mépris de l'article 36 de la loi électorale, avec
pour conséquence l'annulation des votes émis en sa faveur par les Députés
provinciaux et la proclamation d'un candidat qui n'avait obtenu que six voix.

Pour elle, le Conseil d'Etat ne s'est pas soumis à l'autorité de la loi


électorale et a biaisé la volonté du souverain primaire, seul détenteur du
pouvoir aux termes de l'article 5 alinéa 1er de la Constitution.

Concernant l'article 5 alinéa 5 de la Constitution, la Cour rappelle


qu'aux termes de cette disposition, « sont électeurs et éligibles, dans les
conditions déterminées par la loi, tous les Congolais de deux sexes... ». Il s'en
dégage que l'éligibilité comme droit de l'homme est aussi la possibilité juridique
d'être élu à une élection. Et, à la lecture de cette disposition constitutionnelle, il
est reconnu à tous les congolais le droit, non seulement de se présenter comme
candidat à une élection, mais aussi d'être proclamé élu par l'autorité
compétente.

Dans le cas d'espèce, alors que Monsieur César LIMBAYA MBANGISA


était proclamé élu par la décision de la CENI et cette élection était confirmée
par la Cour d'appel de la Mongala, le Conseil d'Etat a radié sa candidature en
violation de l'article 36 de la loi électorale, portant au même moment atteinte à
son élection régulière, publiée par la CENI et confirmée par la Cour d'appel de
la Mongala, conformément à la loi.
[Link] 1800 VINGTIEME FEUILLET

Dès lors, la Cour déclarera l'arrêt sous REA 183 du Conseil d'Etat
contraire à l'article 5 alinéa 5 de la Constitution.
S'agissant du cas de l'arrêt sous REA 189/182/190 du 31 mai 2022 pour la
Province du Maniema, il ressort de la requête de la CENI que le Conseil d'Etat a
annulé l'élection du Gouverneur et du Vice-Gouverneur dans cette Province et
a ordonné à la CENI d'organiser un nouveau scrutin.

20
Cependant, bien que repris sur l'inventaire des pièces déposées, la
requérante n'a pas versé l'arrêt entrepris au dossier, ce qui ne lui permet pas
d'assurer le contrôle de l'acte attaqué.

Dès lors, la Cour déclarera cette demande irrecevable.

Pour ce qui est de la Province de la Tshopo, la Cour retient que par


son arrêt du 27 mai 2022 sous REA 179/188/180/184/185, dont le dispositif
est repris dans la requête lui déposée, le Conseil d'Etat a annulé le vote
exprimé par Jean Marie NGANDI, qui avait pris part à l'élection sans qualité. Il
a ainsi proclamé la liste de Madame Madeleine NIKOMBA SABANGU et
Monsieur Paulin LENDONGOLIA LEBABONGA, respectivement comme
Gouverneur et Vice-Gouverneur de Province.

Néanmoins, quoi que repris sur l'inventaire des pièces déposées au


dossier, la requérante n'a pas pris soin de verser au dossier de la Cour l'arrêt
attaqué, mettant ainsi la Cour dans l'impossibilité matérielle d'apprécier le
bien-fondé de la violation alléguée.

La Cour déclarera irrecevable ce chef de demande.

Enfin, la Cour rappelle qu'ayant déjà affirmé sa compétence de


régulateur de la vie politique, du fonctionnement des Institutions et de l'activité
des pouvoirs publics, elle est fondée à mettre de l'ordre, chaque fois qu'il
apparaît des situations de blocage réel ou imminent dans le fonctionnement
régulier des Institutions de l'Etat.

Ainsi, intervenant comme lubrifiant institutionnel, ses décisions et


injonctions n'ont pour seul but que de faire échec à une situation de paralysie
imminente ou réelle d'une ou de plusieurs Institutions de la République ou de
conflit entre Institutions, en l'occurrence l'opposition d'entendement entre le
Conseil d'Etat, et la CENI, sur la suite du processus électoral des Gouverneurs
et vice- Gouverneurs de Province, ce qui risquerait de retarder davantage la
désignation des animateurs des exécutifs des Provinces en cause.

Le processus électoral étant vital pour un Etat de droit démocratique


dont la Cour constitutionnelle est la gardienne, quoi de plus normal qu'elle soit
appelée à mettre en mouvement son rôle de régulateur chaque fois que ce
processus est menacé de blocage, remettant en cause l'ordre constitutionnel.

Par conséquent, usant de son pouvoir de régulation, la Cour


ordonnera à la CENI :

- Pour la Province de la Mongala, de considérer les résultats proclamés


par la Cour d'appel comme définitifs pour l'élection du Gouverneur et du
Vice-Gouverneur de cette Province.
[Link] 1800 VINGT ET UNIEME FEUILLET

- Pour la Province du Maniema, d'appliquer l'acte de la dernière autorité


compétente.
- Pour la Province de la Tshopo, de constater comme élus Gouverneur et
Vice-Gouverneur de Province les bénéficiaires du dernier acte pertinent.

21
La procédure étant gratuite, conformément à l'article 96 alinéa 2 de la loi
organique portant organisation et fonctionnement de la Cour constitutionnelle,
elle dira n'y avoir pas lieu à paiement des frais d'instance.

C’EST POURQUOI,

Vu la Constitution de la République démocratique du Congo du 18


février 2006, telle que révisée à ce jour, spécialement les articles 1er, 5 alinéas
1er et 5, 12, 149, 150 alinéa 2, 160 alinéa 1er, 162 alinéa 2, 168 et 211 ;

Vu la Loi organique n°13/026 du 15 octobre 2013 portant


organisation et fonctionnement de la Cour constitutionnelle, spécialement les
articles 43, 48, 88 et 96 alinéa 2 ;

Vu le Règlement intérieur de la Cour constitutionnelle, spécialement


les articles 54 et 91 alinéa 2 ;

La Cour constitutionnelle, siégeant en matière de contrôle de


constitutionnalité ;

Après avis du Procureur général ;


- Se déclare compétente ;
- Dit la requête recevable ;
- Déclare l'arrêt sous REA 183 du 27 mai 2022, prononcé par le Conseil
d'Etat pour l'élection du Gouverneur et du Vice-Gouverneur de la
Province de la Mongala, contraire à la Constitution et partant nul et de
nul effet ;
- Dit irrecevable la demande relative à l'inconstitutionnalité de l'arrêt sous
REA 189/182/190 du 31 mai 2022, prononcé par le Conseil d'Etat pour
l'élection du Gouverneur et du Vice-Gouverneur de la Province du
Maniema ;
- Dit irrecevable la demande relative à l'inconstitutionnalité de l'arrêt du
27 mai 2022 sous REA 179/188/180/184/185, prononcé par le Conseil
d'Etat pour l'élection du Gouverneur et du Vice-Gouverneur de la
Province de la Tshopo.

Par conséquent, usant de son pouvoir de régulation, la Cour ordonne


à la CENI :
- Pour la province de la Mongala, de considérer les résultats proclamés par
la Cour d'appel comme définitifs pour l'élection du Gouverneur et du
Vice-Gouverneur de cette Province ;
- Pour la Province du Maniema, d'appliquer l'acte de la dernière autorité
compétente.
- Pour la Province de la Tshopo, de constater comme élus Gouverneur et
Vice-Gouverneur de province les bénéficiaires du dernier acte pertinent.

[Link] 1800 VINGT DEUXIEME FEUILLET

Dit n'y avoir pas lieu à paiement des frais d'instance ;

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Dit que le présent arrêt sera signifié à la requérante, au Conseil
d'Etat, au Président de la République, au Président de l'Assemblée Nationale,
au Président du Sénat, au Premier ministre et aux Présidents des Assemblées
provinciales de la Mongala, du Maniema et de la Tshopo. Il sera publié au
Journal officiel de la République démocratique du Congo et au Bulletin des
arrêts de la Cour constitutionnelle ;

La Cour a ainsi délibéré et statué à son audience publique de ce


22 /07 /2022 à laquelle ont siégé Madame et Messieurs KAMULETA
BADIBANGA Dieudonné Président, WASENDA N'SONGO Corneille, MAVUNGU
MVUMBI di-NGOMA Jean-Pierre, NKULU KILOMBO MITUMBA Norbert,
BOKONA WIIPA BONDJALI François, KALUME ASENGO CHEUSI Alphonsine,
YUMA BAHATI JALAR Christian, LUMU MBAYA Sylvain et MANDZA ANDIA
Dieudonné, juges, en présence du Procureur Général représenté par l’Avocat
général BONANE avec l’assistance de Madame Viviane NGALULA, greffière du
siège.

Le Président,
Sé/KAMULETA BADIBANGA Dieudonné

Les juges
Sé/WASENDA N'SONGO Corneille ;
Sé/MAVUNGU MVUMBI di-NGOMA Jean-Pierre ;
Sé/NKULU KILOMBO MITUMBA Norbert ;
Sé/BOKONA WIIPA BONDJALI François ;
Sé/KALUME ASENGO CHEUSI Alphonsine ;
Sé/YUMA BAHATI JALAR Christian ;
Sé/LUMU MBAYA Sylvain ;
Sé/MANDZA ANDIA Dieudonné ;

Greffière du siège
Sé/Viviane NGALULA

Pour copie certifiée conforme à l’original,


Fait à Kinshasa, le
Le Greffier en Chef,
François AUNDJA-ISIA WA BOSOLO.-
Secrétaire Général

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