Pouvoirs Du Conseil de La Concurrence Version Finale
Pouvoirs Du Conseil de La Concurrence Version Finale
FACULTE POLYDISCIPLINAIRE
Beni Mellal
Département Droit Privé Section Française
À mon père et ma mère, pour leur amour, leur soutien inébranlable et leurs encourageme nts
constants.
À mes sœurs, pour leur présence et leur complicité, qui m'ont toujours inspiré à donner le
meilleur de moi-même.
À mes amis, pour leur amitié précieuse et leur soutien moral tout au long de ce parcours.
À mes professeurs du master, pour leur enseignement, leurs conseils avisés et leur encadrement
tout au long de mes études.
Remerciements
Je tiens également à remercier les membres du jury pour le temps qu'ils consacreront à évaluer
mon travail.
Je souhaite exprimer ma profonde gratitude à tous les professeurs (es) de droit de la Faculté
Polydisciplinaire de l'Université Sultan Moulay Slimane. Leur enseignement rigoureux et leur
passion pour le droit ont non seulement enrichi mes connaissances, mais ont aussi nourri ma
curiosité et mon désir de contribuer au domaine juridique. Leur soutien, leur disponibilité et
leurs précieux conseils ont joué un rôle déterminant tout au long de mon cursus universitaire.
Un grand merci à mes parents, pour leur amour et leur soutien indéfectible, et à mes sœurs, pour
leur encouragement constant.
Enfin, je remercie toutes les personnes qui, de près ou de loin, ont contribué à la réalisation de
ce mémoire.
Résumé
L'étude met en lumière les défis auxquels le Conseil de la concurrence est confronté, notamme nt
la complexité croissante des enquêtes en raison de l'émergence de l'économie numérique. Elle
souligne l'importance d'adopter des approches analytiques innovantes et de renforcer les
compétences des membres du Conseil pour répondre efficacement à ces défis.
This thesis examines the mechanisms for preventing and deterring anticompetitive practices in
Morocco. It explores various forms of anticompetitive behavior, such as cartels and abuse of
dominant positions, and their negative impact on competition, consumers, and businesses. Law
104-12 on freedom of prices and competition, as well as Law 20-13 on the Competitio n
Council, have strengthened the Moroccan legal and institutional framework in the field of
competition, aligning its practices with the best international standards.
The Competition Council, initially an advisory body, has evolved into an independent decision-
making institution following the constitutional reform of 2011. It now has extensive control and
sanctioning powers, enabling it to regulate anticompetitive behavior more effectively. The
thesis also analyzes the crucial role of the Council in controlling economic concentratio n
operations, aiming to prevent the formation of monopolies and maintain a healthy level of
competition in the market.
The study highlights the challenges faced by the Competition Council, particularly the
increasing complexity of investigations due to the emergence of the digital economy. It
emphasizes the importance of adopting innovative analytical approaches and enhancing the
skills of Council members to respond effectively to these challenges.
Preventing anticompetitive practices in Morocco requires not only a solid legal framework but
also rigorous implementation by effective institutions. The Competition Council must continue
to evolve and adapt to new economic realities to protect the interests of consumers and
businesses, and ensure a fair and competitive market environment.
Liste des abréviations
La concurrence désigne le processus par lequel les entreprises rivalisent entre elles sur le
marché pour satisfaire au mieux les attentes des clients, entreprises comme consommate urs.
Cette dynamique peut prendre différentes formes : les entreprises peuvent s’affronter sur le
terrain des prix ; elles peuvent aussi tenter de se différencier les unes des autres par l’innova tio n
ou la différenciation des produits (qualité, variété).
1
transparentes et responsables, et doivent être liées par des règlements et procédures adéquats et
obligatoires.2
Le développement du droit des affaires au Maroc s'inscrit dans une stratégie plus large visant à
améliorer le climat des affaires et à attirer les investissements. Dès le début des années 1990, le
Maroc s'est engagé dans des réformes juridiques importantes pour moderniser et renforcer son
cadre légal. Parmi les premières mesures figurent la révision du Code de commerce, l'adoption
de la Charte des investissements, et la mise en place de lois spécifiques sur la propriété
intellectuelle et la privatisation.
La finalité du droit de la concurrence est de garantir que la concurrence est libre et non faussée
sur le marché commun. Un objectif auxiliaire lui est également assigné : il doit se faire
l’instrument de la création du marché unique en instaurant les règles nécessaires au
décloisonnement des marchés nationaux. Car, si l’ouverture des frontières est fondamenta le
pour assurer l’émergence d’un marché unique, il convient aussi de supprimer les barrières
artificielles et de favoriser les échanges intercommunautaires. 4
Progressivement s'est constituée la plateforme qui va initier l'élaboration de la loi 06-99 relative
à la liberté des prix et de concurrence. Cette plateforme semble annoncer le commenceme nt
d'une révision profonde de l'arsenal des lois économiques au Maroc en direction d'une meille ure
2 Stratégie de développement du climat des affaires, Dimension: Droit des Affaires et Résolution des Litiges
Commerciau x, p:04
3 Auguet Yvan ,Galokho, Cheik, Riéra, Alexandre. Droit de la concurrence, édition Ellipses 2020,p:06.
4 Fahri, Emmanuel ,Lambert, Nicolas, les entreprises face à la politique européenne de la concurrence.
2
concordance avec la philosophie de la législation en vigueur dans l'espace nord méditerra née n
d'une part, et avec l'esprit de lois réglementant les affaires au niveau international, d'autre part. 5
Ainsi, le législateur a instauré une autorité pour veiller à l'application de la loi ci-dessus, il s'agit
du conseil de la concurrence. Depuis sa réactivation en 2009. Le Conseil de la concurrence
marocain a amorcé une campagne active de sensibilisation au droit de la concurrence et a rendu
plus d'une quarantaine d'avis en matière de pratiques anticoncurrentielles. Mais il ne pouvait
intervenir de son propre chef et n'exerçait de fait qu'un rôle consultatif sans aucun pouvoir de
sanction.
Toutefois, le débat sur la réforme de la loi 06-99 sur la concurrence s'est intensifié. Le statut
consultatif du Conseil en charge de la question inquiète aussi bien la direction du conseil que
les opérateurs économiques et partenaires étrangers du Maroc. Se doter d'une autorité capable
de garantir le plein fonctionnement d'une concurrence saine et honnête sur le marché nationa l
et d'assurer le libre jeu des forces sur ce marché, demeure encore un idéal au Maroc sous le
cadre de la loi ci-dessus.
5 Mohamed El Merghadi SG du CC :la régulation de la Concurrence au Maroc :Evolu tion du cadre au Maroc
Evolution du cadre législatif et réglementaire .Article trouvé dans:
https://www.academia.edu/7554319/ La%20r%C3%A9gulat ion%20de%20la%20concurrence_auadre_l%C3%A 9
gislatif%20et%20r%C3%A9glementaire.
6 http://www.entreprendre.ma/Conseilde-la-Concurrence-La-quete-du-pouvoir-decisionnel-a3930.ht ml.consulté le
30/05/2024 à 22h04min.
7 Article 166 du Dahir n° 1-11-91 du 27 chaabane 1432 (29 juillet 2011) portant promulgation du texte de la
Constitution (BO n° 5964 bis du 30 juillet 2011) : Le Conseil de la concurrence est une institution indépendante
chargée, dans le cadre de l’organisation d’une concurrence libre et loyale, d’assurer la transparence et l’équité dans
les relations économiques, notamment à travers l´analyse et la régulation de la concurrence sur les marchés, le
3
sensible du droit de la Concurrence au Maroc. Cette consécration constitutionnelle des autorités
de régulation contribuera ainsi à renforcer leur légitimité et à les responsabiliser davantage. 8
Dans le même sens, la déclaration gouvernementale de 2012 souligne que la consolidation de
la gouvernance économique implique : « le renforcement des prérogatives du Conseil de la
concurrence et de son rôle en matière de promotion de la transparence et de la compétition et
de la mise à sa disposition des moyens nécessaires pour l’accomplissement de ses missions ». 9
L'évolution a été confirmée par la publication de deux lois le 7 août 2014 : la loi n°104-12
relative à la liberté des prix et de la concurrence et la loi n°20-13 relative au Conseil de la
concurrence, lesquelles consacrent les missions du Conseil de la concurrence marocain et
l'érigent en véritable organe régulateur de la concurrence au Maroc. 10
Ainsi, les cas de saisine du Conseil de la concurrence ont été élargis. En Conseil de la qualité
d'institution administrative indépendante, le conseil de la concurrence dispose également de
nouveau pouvoirs de contrôle et de sanction. 12
Suite à cette réforme, le Conseil de la concurrence a acquis les prérogatives d'une véritable
autorité de la concurrence. Cependant, le législateur a choisi de conserver l'appellation "Conseil
de la concurrence".
contrôle des pratiques anticoncurrentielles, des pratiques commerciales déloyales et des opérations de
concentration économique et de monopole.
8 DE MONTALIVET Pierre, « Constitution et autorités de régulation », Revue du droit public et de la science
général, se saisir d'office de toutes les pratiques susceptibles d'affecter le libre jeu de la concurrence.
11 El BAZZIM Rachid, Conseil de la concurrence au Maroc: De la recherche de l'indépendance à la régulation du
4
Après cinq ans d'arrêt, une réactivation cruciale pour la démocratie13 a eu lieu. Le « redémarrage
» de cette institution en 2018 s'est traduit par la production de plusieurs rapports et avis sur des
questions économiques centrales, marquant une nouvelle ère d'activité et d'influence accrue du
Conseil de la concurrence dans la régulation du marché marocain.
En 2022, la loi 104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence a été modifiée et
complétée par la loi 40.21 tandis que la loi 20-13 relative au conseil de la concurrence a été de
sa part modifiée et complétée par la loi 41.21 dans la même année.
L'intérêt de cette recherche est d'étudier les différentes interventions ainsi que les défis du
Conseil de la concurrence dans la dissuasion des pratiques anticoncurrentielles au Maroc. Pour
ce faire, nous analyserons les pouvoirs consultatifs, décisionnels et de contrôle du Conseil, tels
que définis par la loi n° 20-13 relative au Conseil de la Concurrence et la loi n° 104-12 relative
à la liberté des prix et de la concurrence. Nous nous pencherons sur divers indicateurs et
éléments organiques et fonctionnels, en mettant l'accent sur les procédures d'instructio n,
d'enquête et de sanction, ainsi que sur les mécanismes de recours disponibles contre les
décisions du Conseil.
Cette étude nous permettra de démontrer comment le Conseil de la concurrence utilise ses
prérogatives pour prévenir et réprimer les comportements anticoncurrentiels, et dans quelle
mesure il parvient à maintenir une concurrence loyale sur le marché.
13 https://www.cfcim.org/wp-content/uploads/2019/05/Conseil-de-la-concurrence.pdf
5
En tenant compte de ce qui précède, il nous paraît pertinent d'exposer la problématique de cette
recherche qui guidera notre analyse et notre réflexion.
3. Problématique :
1. L'impact des sanctions imposées par le Conseil de la concurrence sur le marché et sur le
comportement des entreprises est significatif, mais pourrait être renforcé par une meille ure
communication et des mesures de transparence.
2. Malgré ses pouvoirs étendus, le Conseil de la concurrence rencontre des défis significatifs,
qui entravent son efficacité.
Cette recherche présentera deux grands volets : le premier consistera à dresser une typologie
intégrale du cadre légal et institutionnel de la régulation des pratiques anticoncurrentielles,
tandis que le second se concentrera sur les actions menées par le Conseil de la Concurrence et
les défis à surmonter pour renforcer son efficacité.
Cette démarche permettra de cerner à la fois les aspects théoriques et pratiques de l'interventio n
du Conseil de la concurrence dans la protection de la justice économique.
6
Partie I: Cadre légal et institutionnel de la régulation des pratiques anticoncurrentielles
Dans le contexte économique actuel, les pratiques anticoncurrentielles représentent une menace
majeure pour l’équilibre et la santé des marchés. Le Maroc, en tant qu'économie en
développement et marché émergent, a progressivement mis en place un cadre juridique et
réglementaire visant à lutter contre ces pratiques et à promouvoir une concurrence loyale.
Cette première partie de notre étude se concentre sur l'analyse du système qui réglemente les
pratiques anticoncurrentielles au Maroc, en examinant à la fois la réglementation des pratiques
anticoncurrentiels (chapitre 1) et le contrôle de ces comportements (chapitre 2).
Ces pratiques sont des agissements prohibés, lorsqu’ils ont pour effet de limiter le niveau de la
concurrence au sein d’un marché. A cet effet, le droit de la concurrence consacre une grande
partie de ses dispositions à déterminer la nature de ces comportements qui peuvent présenter un
grand danger à la concurrence et aux opérateurs économiques. 14 A cet égard, on distingue les
principaux comportements constitutifs d’une véritable menace à la libre concurrence, à savoir
: les ententes anticoncurrentielles (Section 1),les abus de domination(Section 2).
u 14 Halmaoui loubna , les différentes menaces à la libre concurrence, revue de droit civil économique et comparé
,édition 2020, p:55
15 Frison-Roche, Marie-Anne • Roda, Jean-Christophe. Droit de la concurrence,édition Dalloz 2022, p:300.
7
La loi nationale ne définit pas l’entente, comportement prohibé, que par des catégories
juridiques impliquant toutes une certaine idée de concertation ou de concours de volonté, ayant
pour objet ou pour effet d’empêcher, de fausser ou de restreindre la concurrence. 16
L’article 6 de loi n°104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence interdit tout accord
ou pratique concertée quel que soit sa forme (les actions concertées, conventions, ententes ou
coalitions expresses ou tacites), dès lors qu’il a pour objet ou peut avoir pour effet de restreindre
la concurrence sur le marché, notamment en :
Les ententes anticoncurrentielles sont prohibées car elles sont préjudiciables aux
consommateurs (finaux et intermédiaires) et à la collectivité. En effet, ces pratiques se
traduisent souvent par une hausse artificielle des prix et une détérioration de la qualité et de
l’innovation.
Les accords sont les actes juridiques exprès (contrats, lettres, recommandations, circulaires,
directives…) ou tacites qu’ils aient force obligatoire ou non, ainsi que les pratiques concertées
visant à substituer aux nécessaires incertitudes liées au marché une prévisibilité accrue quant
au comportement des parties impliquées.
Il peut s’agir d’un simple engagement moral tel le gentlemen's agreement, parfois traduit par «
convention de groupement préliminaire verbal », qui est un accord informel ou un ensemble
d'arrangements pouvant porter notamment sur des objectifs de prix, de volumes de vente, ou
encore sur des dates et lieux de réunions périodiques.
Un accord peut exister même lorsqu’un comportement semble unilatéralement imposé par une
entreprise à une autre entreprise, à partir du moment où l’autre entreprise y consent et/ ou y a
un intérêt notamment lorsqu’une entreprise renonce, soit par contrat soit à la suite de menaces
8
ou sur la base d’une promesse incitative, à adopter un certain comportement sur le marché (par
exemple concéder des rabais, s’approvisionner auprès d’un autre fournisseur). 17
Pour qu’il y ait accord entre entreprises, il faut que deux entreprises au moins participent à
l’accord. À cet égard, les accords entre des sociétés appartenant à un même groupe échappent
en règle générale au droit de la concurrence, l’ensemble des sociétés d’un groupe étant en
principe assimilées, en droit de la concurrence, à une seule et même entreprise.
Pour sanctionner ce type de pratiques, il n’est pas nécessaire d’établir l’existence d’un accord
formel et écrit. L’instruction menée par le Conseil de la Concurrence et l’analyse de pièces
demandées ou saisies par suite d’une enquête de concurrence, peuvent suffire à établir
l’existence d’une entente anticoncurrentielle à partir de l’existence d’indices sérieux, graves et
concordants : documents écrits, témoignages, échanges d’information ou des hauss es
successives et identiques.
S’agissant des ententes horizontales, elles sont des comportements collusifs exercés au sein du
même marché, (par exemple : deux producteurs concurrents du même produit ou bien deux
distributeurs qui commercialisent le même type de produits) et elles sont qualifiées d’ententes
horizontales anticoncurrentielles lorsque trois éléments fondamentaux pour l’exercice de la
libre concurrence sont affectés qui sont l’autonomie de décision de l’opérateur sur le marché,
l’incertitude sur le comportement du concurrent et les barrières artificielles à l’entrée du
marché.
La CNUCED19 donne une liste d’actes ou de comportements dont les entreprises devraient
s’abstenir quand elles se livrent sur le marché à des activités qui sont concurrentes ou peuvent
l'Assemblée générale des Nations Unies, créée en 1964. Elle a pour but d'aider les pays en développement à
s'intégrer dans l'économie mondiale pour favoriser leur croissance. En gros, la CNUCED sert de plateforme pour
discuter des problèmes économiques et commerciaux, tout en fournissant des analyses, des données et des conseils
pour aider ces pays à élaborer et appliquer des politiques économiques efficaces.
9
le devenir. Si par des accords ou arrangements officiels, non officiels, écrits ou non écrits, elles
limitent l’accès aux marchés ou de toutes autre manière, restreignent indument la concurrence
portant ou risquant de porter préjudice au commerce international, en particulier au commerce
des pays en développement économique.
De même, l’article 101 du TFUE20 , paragraphe 1, indique que : « Sont incompatibles avec le
marché intérieur et interdits tous accords entre entreprises, toutes décisions d'associations
d'entreprises et toutes pratiques concertées, qui sont susceptibles d'affecter le commerce entre
États membres et qui ont pour objet ou pour effet d'empêcher, de restreindre ou de fausser le
jeu de la concurrence à l'intérieur du marché intérieur, et notamment ceux qui consistent à:
Fixer de façon directe ou indirecte les prix d'achat ou de vente ou d'autres conditions de
transaction,
Limiter ou contrôler la production, les débouchés, le développement technique ou les
investissements,
Répartir les marchés ou les sources d'approvisionnement,
Appliquer, à l'égard de partenaires commerciaux, des conditions inégales à des prestations
équivalentes en leur infligeant de ce fait un désavantage dans la concurrence,
Subordonner la conclusion de contrats à l'acceptation, par les partenaires, de prestations
supplémentaires qui, par leur nature ou selon les usages commerciaux, n'ont pas de lien avec
l'objet de ces contrats.
En effet, ces pratiques comprennent des comportements qui perturbent le marché, comme fixer
les prix, organiser des remises, augmenter les prix de manière coordonnée, ou diviser les
marchés entre entreprises. Elles peuvent aussi viser à exclure les nouveaux concurrents, par
exemple en imposant des boycotts ou en créant des obstacles pour empêcher leur entrée sur le
marché.
Les accords verticaux concernent des restrictions impliquant des acteurs situés à différents
niveaux économiques : par exemple, un fabricant et un grossiste, ou un fabricant et un
20 L’article 101 et 102 de la TFUE ou traité sur le fonctionnement de l’union européenne, qui remplace l’article 81
et 82 du traité européen, et qui interdit les ententes et autres accords qui pourraient perturber la libre concurrence
dans le marché intérieur de l'Espace économique européen.
10
distributeur. Le droit de la concurrence dans ce cadre a pour objet la détection des pratiques au
sein des réseaux de distribution.
Le législateur intervient dans cette situation pour interdire et sanctionner les procédés
commerciaux anormaux qui mettent en péril la liberté du commerce et de l’industrie. Les règles
édictées sont destinées à accroitre « la transparence verticale » dans les relations
interprofessionnelles. 21 Généralement, ces accords prennent plusieurs formes :
Les accords entre producteurs (ou importateurs) et distributeurs qui fixent les prix de revente
que doit pratiquer le distributeur sont absolument interdits. Cette interdiction s’applique aussi
bien à la détermination de prix fixes que de prix minimaux, de rabais, de composantes du prix
et d’autres conditions de vente.
b. Le monomarquisme :
-Clauses de non-concurrence qui ne signifient pas que l'acheteur soit tenu de s'approvisio nner
uniquement directement auprès du fournisseur, mais qu'il n'achètera et ne revendra pas ou
n'intégrera pas dans ses produits des biens ou services concurrents.
-Quotas d'achat, l’acheteur réalisant l'essentiel de ses achats auprès d'un seul fournis se ur
conformément à des mesures d'incitation ou à des engagements convenus avec celui- ci.
L'imposition de quotas d'achat peut par exemple prendre la forme d’une obligation d'achat
minimal ou de constitution de stocks, ou d'une tarification non linéaire comme notamment des
rabais conditionnels ou un prix à double composante (redevance fixe plus prix à l'unité).
-La clause dite « anglaise », en vertu de laquelle l'acheteur doit déclarer toute offre plus
avantageuse et ne peut l'accepter que si le fournisseur ne s'aligne pas sur elle, produira
vraisemblablement le même effet qu'une obligation de monomarquisme, surtout lorsque
l'acheteur est tenu d'indiquer l'origine de l'offre.
11
Ils ont pour effet de fermer l'accès du marché pour des fournisseurs concurrents ou potentiels,
d'atténuer la concurrence, faciliter la collusion entre fournisseurs en cas d'utilisation cumulative
et, lorsque l'acheteur est un détaillant vendant aux consommateurs finals, d'affaiblir la
concurrence intermarques22 à l'intérieur du point de vente.23
c. La distribution exclusive :
La position détenue par le fournisseur et ses concurrents peut avoir une double signification:
On trouve aussi la distribution exclusive multiple, à savoir le fait pour différents fournisse urs
de désigner le même distributeur exclusif sur un territoire donné, peut encore accroître le risque
de collusion et/ou d'atténuation de la concurrence. Si un distributeur se voit accorder le droit
exclusif de distribuer deux produits concurrents importants ou plus sur le même territoire, la
concurrence intermarques peut se trouver sensiblement restreinte pour ces marques. 25
22 La concurrence intermarques est la situation dans laquelle la concurrence a lieu entre des opérateurs qui
proposent à la clientèle des produits différenciés en recourant, pour ce faire, à des marques ou signes distinctifs.
23 Guide du conseil de la concurrence op.cit., p:38-39.
24 https://www.captaincontrat.com/contrats -commerciaux-cgv/contrats-commerciau x/le -contrat-de-distribution-
exclusive-le-guide-me
berberian#:~:text=Enfin%2C%20le%20contrat%20de%20distribution,services%20sur%20un%20terr itoire%20d
onn%C3%A9. Consulté le : 29/05/2024 à 18h37min.
25 Guide du conseil de la concurrence op.cit., p:40.
12
d. La distribution sélective :
La distribution sélective est définie par le droit communautaire comme celle par laquelle le
fournisseur s'engage à ne vendre les biens ou les services contractuels, directement ou
indirectement, qu'à des distributeurs sélectionnés sur la base de critères définis, et dans lequel
ces distributeurs s'engagent à ne pas vendre ces biens ou ces services à des distributeurs non
agréés dans le territoire réservé par le fournisseur pour l'opération du système de distributio n
sélective.
Il appartient donc au fournisseur dont les produits ou services se prêtent à une distributio n
sélective, de mettre en place des critères objectifs, en principe qualitatifs, tenant aux biens ou
services concernés, et appliqués de manière non discriminatoire, sans exclure a priori une forme
de commercialisation. Tout distributeur répondant à ces critères devra en principe pouvoir
accéder au réseau du fournisseur. 26
-Elle risque d'affaiblir la concurrence intra-marque27 et, surtout s'il y a effet cumulatif, d'évincer
un ou plusieurs types de distributeurs, d'atténuer la concurrence et de faciliter les collus io ns
entre fournisseurs ou acheteurs.
- La distribution sélective purement qualitative consiste à agréer les revendeurs sur la seule base
de critères objectifs requis par la nature du produit tels que la formation du personnel de vente,
le service fourni dans le point de vente, l'assortiment des produits vendus. L'application de tels
critères n'impose pas de limitation directe au nombre de revendeurs agréés.
Dans le cas d'un accord d'exclusivité de clientèle, le fournisseur s'engage à vendre ses produits
exclusivement à un distributeur unique, destiné à les revendre à une clientèle spécifiq ue.
Parallèlement, ce distributeur se voit souvent interdire de vendre activement à d'autres
clientèles, ces dernières étant réservées de manière exclusive à d'autres distributeurs.
de ce même produit qui vont le proposer à des prix différents et/ou accompagnés de services différents.
13
de clientèle peut conduire à fermer le marché aux autres distributeurs et, ce faisant, réduire la
concurrence à ce niveau.28
Les redevances d'accès payables d'avance sont des redevances fixes versées par les fournisse urs
aux distributeurs dans le cadre d'une relation verticale, au début d'une certaine période, pour
pouvoir accéder à leur réseau de distribution et rémunérer les services que leur assurent les
détaillants. Cette catégorie recouvre diverses pratiques, telles que les primes d'allocatio n
d'espace («slotting allowances»), les redevances dites «de maintien» («pay-to-stay fees»), les
paiements pour avoir accès aux campagnes de promotion d'un distributeur, etc.
- Elles peuvent parfois conduire à une éviction anticoncurrentielle d'autres distributeurs si elles
incitent le fournisseur à écouler ses produits par l'intermédiaire d'un seul distributeur ou d'un
nombre limité de distributeurs.
- Elles peuvent aussi conduire à une éviction anticoncurrentielle d'autres fournisseurs, si leur
utilisation répandue renforce les barrières à l’entrée pour les nouveaux entrants de petite taille. 29
g. La vente liée :
La vente liée est une pratique commerciale où la vente d'un produit ou service est conditio nnée
à l'achat simultané d'un autre produit ou service. Elle est interdite par le droit de la concurrence.
Dans ce cadre l’article 61 alinéa 3 de la loi 104/12 dispose "Il est interdit à tout producteur,
importateur, grossiste ou prestataire de services : de subordonner la vente d’un bien ou d’un
produit ou la prestation d’un service pour une activité professionnelle, soit à l’achat concomita nt
d’autres biens ou produits, soit à l’achat d’une quantité imposée, soit à la prestation d’un autre
service". Au Maroc la vente liée peut en outre être constitutive de pratique anticoncurrentie lle,
d’abus de position dominante tel qu’il ressort de l'alinéa 2 de l’article 7 de la loi 104-12.30
Ainsi elle est interdite par le droit de la consommation, la loi 31-08 relative à la protection du
consommateur prévoit dans l'article 57 ce qui suit : " Il est interdit de:
ainsi que dans la rupture de relations commerciales établies, au seul motif que le partenaire refuse de se soumettre
à des conditions commerciales injustifiées. Il peut consister également à imposer directement ou indirectement un
caractère minimal au prix de revente d’un produit ou d’un bien, au prix d’une prestation de service ou à une marge
commerciale.
14
Subordonner la vente d’un produit ou d’un bien à l’achat d’une quantité imposée ou à
l’achat concomitant d’un autre produit ou d’un autre bien ou d’un autre service ;
Subordonner la prestation d’un service à celle d’un autre service ou à l’achat d’un produit
ou d’un bien".
D’une manière générale, les ententes verticales sont jugées plus favorablement que les ententes
horizontales, surtout lorsque ces dernières portent sur des pratiques de prix. Cela étant, le propos
doit être relativisé : certains accords horizontaux sont pleinement bénéfiques pour les
consommateurs (ex. : accords de recherche et développement ou accords de coopération), tandis
que certaines pratiques mises en œuvre dans le cadre de rapports verticaux sont particulière me nt
nocives pour le consommateur (ex. : des pratiques de prix imposés ou d’interdiction de ventes
parallèles dans un réseau de distribution).32
Même si la distinction est classique, il n’est pas toujours aisé de déterminer la nature verticale
ou horizontale d’une entente. Un exemple permet d’illustrer cette difficulté. Aux États-Unis,
les autorités fédérales ont stigmatisé les pratiques des accords de pré-installation conclus entre
la société Google et la société Apple. Celle-ci, en échange de paiement, se serait engagée à faire
apparaître sur les écrans, via les navigateurs installés par défaut, le moteur de recherche de
Google, ce qui empêcherait les moteurs concurrents d’émerger sur le marché. L’entente est-elle
horizontale ou verticale ? Apple et Google sont des concurrents directs sur le marché des
systèmes d’exploitation, mais lorsqu’ils traitent dans un rapport de concepteur de système
d’exploitation à fabricant de téléphone, la relation est plutôt horizontale. Or, dans l’affaire en
cause, la qualification d’entente horizontale ou verticale n’a même pas été retenue : les autorités
ont préféré voir dans la conclusion du contrat l’expression d’un comportement unilatéral de
Google, susceptible d’être poursuivi sous l’angle de la monopolisation. 33 En effet, l'impact de
31 Droit du marché, Claude Lucas de Leyssac et Gilbert Parleani, Thémis Droit privé, édition 2002,p 510.
32 Frison-Roche, Marie-Anne , Roda, op.cit , p:303.
33 Ibid.
15
l'accord sur la concurrence et le marché est plus important que la nature de la relation entre les
deux entreprises dans ce cas.
L’abus de position dominante a pour objet ou pour effet de nuire au libre jeu de la concurrence.
Elle peut viser par exemple à éliminer un concurrent ou à empêcher l’entrée de nouveaux
concurrents sur le marché.35
En droit marocain est prohibée, lorsqu’elle a pour objet ou peut avoir pour effet d’empêcher,
de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence, l’exploitation abusive par une entreprise
34 Arrêt du 23 mai 1978, Hoffmann-Laroche and co.AG contre, CentrafarmVertriebsgesellschaft Pharmazeut ischer
Erzeugnisse mbH, affaire n° 1.
35 https://www.justifit.fr/b/guides/abus -de-position-dominante/, consulté le 30/05/2024 à 02h09min.
16
ou un groupe d’entreprises d’une position dominante sur le marché intérieur ou une partie
substantielle de celui-ci.36
Dans ce cadre, en 2019, la Commission européenne a infligé à Google une amende de 1,49
milliard d'euros pour abus de position dominante sur le marché de la publicité liée aux
recherches en ligne. Google a été reconnu coupable d'avoir imposé des clauses restrictives dans
ses contrats avec des sites web tiers, empêchant ainsi ses concurrents de placer leurs annonces
sur ces sites.38
36 L’article 7, alinéa 1 du Dahir N°1-14-116 du 2 Ramadan 1435 (30 juin 2014) portant promulgation de la loi 104-
12 relative à la liberté des prix et de la concurrence.
37 Marie-Anne Frison-Roche, Marie-Stéphane Payet, Droit de la concurrence, éd. Dalloz, coll. Précis droitprivé,
17
disparu toute concurrence effective, mais seulement d’une puissance relative qui rend ses
partenaires vulnérables.39
L’article 7 de la loi 104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence prohibe l’abus de
dépendance économique : « Est prohibée, lorsqu'elle a pour objet ou peut avoir pour effet
d’empêcher, de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence, l’exploitation abusive par une
entreprise ou un groupe d’entreprises:
D'une position dominante sur le marché intérieur ou une partie substantielle de celui-ci ;
D'une situation de dépendance économique dans laquelle se trouve un client ou un
fournisseur ne disposant d’aucune autre alternative équivalente. »
En droit français de la concurrence, l’abus de dépendance économique dit aussi exploita tio n
abusive d’une situation de dépendance économique est prévu depuis 1986 afin de tenir compte
des évolutions que la grande distribution a provoqué, par imitation du droit allemand. Il
concerne exclusivement des relations verticales, une relation entre un fournisseur et un
distributeur.41
Il est vrai que la dépendance économique peut être invoquée sans qu'il n'y a de position
dominante sur le marché. Cependant, les deux concepts peuvent parfois se recouper. Une
39 Zahraoui Naima, la franchise et les pratiques anticoncurrentielles, revue de droit et des affaires édition 2017,
p:119.
40 Halmaoui loubna , op.cit. p:59
41 Daniel Mainguy- Jean-louis Respaud, Malo Depincé ; Droit de la Concurrence, édition 2010, p: 291
18
entreprise qui domine son marché peut plus facilement placer ses concurrents dans une situatio n
de dépendance économique.
Dans ce sens, il existe des exemples dans la pratique française de cumul des deux qualificatio ns.
Ce fut le cas des abus commis par l’Office d’annonces français (O.D.A). En qualité de régisseur
exclusif de la publicité dans les pages jaunes des annuaires de France Télécom : le conseil de
la concurrence et la cour d’appel ont reconnu que ce segment du marché publicitaire était
spécifique, qu’aucun support ne lui étant substituable, que l’ODA jouissait d’un monopole et
donc d’une position dominante sur ce marché et que la société plaignante était en situation de
dépendance économique vis-à-vis de ce monopole.42
Au Maroc, en 2020, Maroc Telecom a été condamné par l'Agence Nationale de Réglementa tio n
des Télécommunications (ANRT)43 pour cumul d'abus de position dominante et de dépendance
économique. L'entreprise détenait une part de marché largement majoritaire dans le secteur des
télécommunications au Maroc, lui permettant de contrôler une grande partie du marché
(position dominante). En parallèle, les fournisseurs et distributeurs de services téléphoniques et
internet se trouvaient dans une situation de dépendance économique vis-à-vis de Maroc
Telecom, qui imposait des conditions contractuelles désavantageuses, comme des tarifs
discriminatoires et des obligations de vente exclusive. Cette situation a conduit l'ANRT à
infliger à Maroc Telecom une amende de 3,3 milliards de dirhams (environ 300 millio ns
d'euros) et à obliger l'entreprise à revoir ses pratiques contractuelles pour se conformer aux
règles de concurrence équitable. 44 Cet exemple illustre comment une entreprise peut, par sa
position dominante, mettre ses partenaires dans une situation de dépendance économique,
cumulant ainsi les deux abus.
19
pour le consommateur que dans des conditions de concurrence et, en fin de compte, une
diminution du surplus du consommateur. 45
L'abus peut notamment consister en refus de vente, en ventes liées ou en conditions de ventes
discriminatoires ainsi que dans la rupture de relations commerciales établies, au seul motif que
le partenaire refuse de se soumettre à des conditions commerciales injustifiées. Il peut consister
également à imposer directement ou indirectement un caractère minimal au prix de revente d’un
produit ou d’un bien, au prix d’une prestation de service ou à une marge commerciale. 46
Le refus de vente est le fait de refuser la vente d’un produit ou la prestation d’un service à un
professionnel ou un consommateur. Cela constitue une infraction qui est sanctionnée
pénalement. Le professionnel peut déroger au principe s’il a un « motif légitime (comporteme nt
insultant du consommateur, etc.) ». Cependant, La jurisprudence a permis de dégager quelques
catégories de motifs légitimes :
Le refus de certains moyens de paiement : le professionnel n’est pas tenu d’accepter les
paiements par chèque ou par carte bancaire dès lors qu’il en a averti le consommateur au
préalable ;
Les interdictions légales : par exemple, il ne peut être reproché au professionnel de refuser
de vendre de l’alcool à un mineur ;
Les ventes discriminatoires sont le fait de pratiquer à l'égard d'un partenaire économique ou
d'obtenir de lui des prix, des délais de paiement, des conditions de vente ou des modalités de
vente ou d'achat discriminatoires et non justifiés par des contreparties réelles en créant, de ce
fait, pour ce partenaire, un désavantage ou un avantage dans la concurrence. 47
45 Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale
africaine, p:185.
46 Article 7, alinéa 2 du Dahir N°1-14-116 du 2 Ramadan 1435 (30 juin 2014) portant promulgation de la loi 104-
20
En conclusion, nous sommes conscients que la concurrence est un moteur pour l'économie et
présente de nombreux avantages pour les consommateurs. Elle favorise des prix compétitifs,
une offre riche et variée, l'émergence de services innovants. Elle dope la compétitivité des
entreprises qui doivent se montrer toujours plus inventives, ce qui stimule la croissance et
l'emploi. Au final, tout le monde est gagnant. Pour que le système fonctionne bien, il faut un
arbitre fort et indépendant qui régule les rapports de force entre les acteurs économiques, donne
une chance aux nouveaux entrants et empêche les ententes et les monopoles. 48 C'est ce que nous
allons traiter dans le chapitre suivant.
21
d'ensemble de la manière dont le Conseil est structuré pour remplir ses missions de régulatio n
et de promotion de la concurrence.
49 Nada Slimani, thèse pour l'obtention du doctorat en droit privé sous le thème: Autorité de la concurrence au
Maroc: Le conseil de la concurrence: Pouvoirs et Défis, année universitaire :2019, p:86.
50 M. Ahmed Rahhou nommé le 22 mars 2021, par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, président du conseil de la
concurrence.
51 Article 9 du Dahir n ° 1-14-117 du 2 ramadan 1435 (30 juin 2014) portant promulgation de la loi n ° 20-13
suit: un président nommé en raison de ses compétences dans les domaines juridiques et économiques, et un collège
de 17 membres (art. 1 461-I) est ainsi composé de 6 membres ou ancien membres du conseil d'Etat , de la cour de
cassation, de la cour des comptes ou des autres juridictions administratives ou judiciaires (au lieu de 8 auparavant),
22
Selon l'article 10 de la loi 20-13 relative au conseil de la concurrence, le président est nommé
par dahir, pour une durée de cinq (5) ans renouvelable une seule fois. Les autres membres du
conseil sont nommés, pour une durée de cinq ans renouvelable une seule fois, par décret, sur
proposition:
Le conseil de concurrence a gardé le même nombre des membres qui a été établit dans
l'ancienne loi 06-9954 . Cependant il a entrepris des changements au niveau des compétences.
D'après l'article 11 de la loi 20-13, Le président et les vice-présidents exercent leurs fonctio ns
à plein temps. Ils doivent pendant la durée de leur fonction, suspendre toute activité
professionnelle ou commerciale dans le secteur privé, notamment leur participation dans les
organes de direction, de gestion et d'administration des entreprises privées poursuivant un but
lucratif, avec pour objectif de les éloigner de toute influence extérieure et de garantir leur
impartialité dans la prise de décisions. Ainsi, contrairement à l'ancienne loi 06-99 qui a parlé
des cas d'incompatibilité d'une manière général et vague, la nouvelle loi 20-13 a précisé
formellement les activités et les missions dont l'exercice est interdit au président. 56
23
A l'instar de la France, le législateur a bataillé pour l'introduction des magistrats dans la
composition du conseil. L'inclusion de deux membres représentant le pouvoir judiciaire en tant
que vice-présidents au sein du Conseil de la Concurrence illustre clairement la volonté du
législateur de renforcer le pouvoir décisionnel de l'institution.
Ce changement dans la composition du conseil de concurrence est le fruit d'un long parcours
de revendications et de critiques des chercheurs juridiques dans le domaine économique pour
renforcer le rôle du conseil de concurrence dans la lutte des pratiques anticoncurrentielle de
manière effective. Cependant, la seule critique qui peut être relevé, c'est le nombre de ces
magistrats, vu que le pouvoir décisionnel et sanctionnateur dont jouit le conseil dorénavant
exige un nombre suffisant des représentants du pouvoir judiciaire pour trancher les litiges,
traiter les dossiers et rendre les décisions dans un délai raisonnable. 57
Les fonctions du membre de conseil prennent fin selon les dispositions de l'article 12 de la loi
20-13 relative au conseil de la concurrence par :
Il convient d'ajouter que le gouvernement est représenté auprès du conseil par un commissa ire
du gouvernement nommé par décret sur proposition de l'autorité gouvernementale chargée de
la concurrence. Le commissaire du gouvernement assiste aux séances du conseil sans voix
délibérative. II peut demander l'inscription d'une gestion à l'ordre du jour des réunions du
conseil.58 Alors que la loi 20-13 était encore projet de loi, les dispositions concernant la
présence du représentant du gouvernement a suscité plusieurs interrogations lors de son étude
24
par la chambre des députés à propos du rôle du représentant du gouvernement dans le conseil
et sa relation avec le principe d'indépendance de celui-ci d'une part et des effets résultant de du
fait de bloquer son rôle décisionnel d'autre part. Par conséquent, le gouvernement a affirmé que
le rôle du représentant du gouvernement auprès du conseil de concurrence est de suivre de près
les activités du conseil d'un côté, et de faciliter l'étude des affaires de caractère urgent d'un autre
côté et qu'il est loin d'atteindre l'indépendance du conseil vu son rôle consultatif. 59
a. L'organisation financière :
En recettes :
Une dotation du budget de l'Etat ;
Les revenus de ses biens meubles et immeubles ;
Les dons et legs qui ne sont pas susceptibles d'affecter son indépendance ;
Les revenus divers.60
En dépenses
Les dépenses de fonctionnement ;
Les dépenses d'équipement.
Le Président est ordonnateur des recettes et des dépenses du budget du conseil. Il peut instituer
des sous ordonnateurs conformément à la réglementation relative à la comptabilité publique.
Un comptable détaché auprès du conseil par décision de l'autorité gouvernementale chargée des
finances, assume auprès du président du conseil les attributions dévolues aux comptables
publics par les lois et règlements en vigueur.
L'exécution du budget du conseil est soumise au contrôle de la cour des comptes, assurant ainsi
une gestion transparente et rigoureuse.
25
Cette nouveauté qui a permis au conseil de multiplier ses ressources a aussi fait l'objet de
critiques concernant son effet sur l'indépendance du conseil en proposant de se contenter pour
le financement du conseil des ressources de l'Etat et d'annuler la clause de "revenus divers", ce
qui laisse une ambigüité dans l'interprétation. Toutefois, le gouvernement lors de sa réponse
aux réserves des députés a affirmé que les ressources affectées au conseil sont soumises au
contrôle de 'Etat et toute annulation d'autres sources de financement peut avoir un impact
négatif et priver le conseil des dons et legs pouvant émaner des organisations mondiales ou
continentales.61 Ainsi, il est difficile d'envisager une institution indépendante financièrement et
qui dépend en même temps du financement d'autres parties étrangères, mis à part celui de l'Etat
dont il ne peut s'en passer vu que le conseil est une partie intégrante de sa sphère institutionne lle.
En outre, il y a aussi des contestations refusant ce financement de l'Etat et le considérant comme
une atteinte à l'indépendance financière du conseil, donc se contenter de ressources privés et
suffisantes.62
b. L'organisation administrative :
26
Selon l'article 17 de la loi 20-13 relative au conseil de la concurrence, les services administratifs
sont dirigés par un secrétaire général sous l'autorité du président. Le secrétaire général gère
l'enregistrement des saisines et requêtes, la transmission des décisions et avis, et la gestion des
services administratifs et financiers. Le secrétaire général peut recevoir délégation du président
du conseil pour signer tous actes et décisions d'ordre administratif. Il prépare le projet de budget
qui est approuvé par le conseil. Le secrétaire général est nommé par dahir.
En outre, les rapporteurs et les enquêteurs des services d'instruction sont des composantes
importantes du corps administratif du conseil, ils sont nommés par décision du président, sur
proposition du rapporteur général après avis du conseil. Ils peuvent être détachés de l'
administration auprès du conseil, mis à la disposition de celui-ci par l'administration ou recrutés
par le conseil65 et doivent jouir de leurs droits civils et politiques, disposer d'un haut niveau
d'enseignement et de la qualification exigible et être connus pour leur intégrité et probité. Les
travaux des rapporteurs et des enquêteurs sont suivis par le rapporteur général et les rapporteurs
généraux adjoints.
En application des articles 166 et 171 de la constitution, la loi n° 20-13 relative au Conseil de
la concurrence en tant qu’instance indépendante lui a conféré dans le cadre de l’organisa tio n
d’une concurrence libre et loyale, comme missions : d’assurer la transparence et l’équité
dans les relations économiques, notamment à travers l’analyse et la régulation de la
27
concurrence sur les marchés, le contrôle des pratiques anticoncurrentielles, des pratiques
commerciales déloyales et des opérations de concentration économique et de monopole.
Dans ce cadre, Michel Rousset affirme que « les pouvoirs du Conseil de la concurrence ont été
renforcés de façon à lui permettre d’exercer effectivement la mission que lui confie le
législateur... À cet effet, “le conseil a un pouvoir décisionnel en matière de lutte contre les
pratiques anticoncurrentielles et de contrôle des opérations de concentration économique ",
pouvoir dont ne disposait pas le Conseil dans la constitution initiale que lui avait donné la loi
du 5 juin 2000.67
En bref la fonction du conseil de la concurrence peut s’associer aux pouvoirs publics dans
l’élaboration de la politique de la concurrence (fonction consultative, études, relations avec le
parlement, etc.) comme il jouit d’une fonction répressive (fonction décisionnelle) à l’égard des
pratiques faussant le libre jeu du marché. 68
1) Pouvoir consultatif :
Le Conseil de la Concurrence marocain joue un rôle essentiel en tant qu'organe consultatif dans
la régulation des pratiques de marché. Doté de la capacité de rendre des avis et des
recommandations sur des questions relatives à la concurrence, il conseille les autorités
publiques, les entreprises, et d'autres acteurs économiques sur les moyens d'assurer une
concurrence loyale et efficace.
67 ROUSSET Michel et GARAGNON Jean, Droit administratif marocain, Rabat , Publications de la Revue
Marocaine D’Administration Locale et de Développement, série « thèmes actuels », 2017, p. 409.
68 Rachid EL BAZZIM, op.cit. p:26.
69 HERVIEU Merryl, Les autorités administratives indépendantes et le renouvellement du droit commun des
28
D'une part le conseil peut prendre l'initiative de donner un avis sur toute question concernant la
concurrence. Cet avis est publié au « Bulletin officiel » pour être accessible au public. Le conseil
peut également recommander à l'administration de mettre en œuvre les mesures nécessaires à
l'amélioration du fonctionnement concurrentiel des marchés. 70
Son droit d’initiative prévu par l’article 17 de l’ancienne loi n° 06-99 lui permet de mener des
études sur la « concurrentiabilité » de certains secteurs et d’enrichir le rapport annuel adressé
au Premier ministre et publiable par celui-ci. Parmi les études sur la « concurrentiabilité »
menées par le conseil de la concurrence, on cite celle du bilan général du secteur bancaire au
Maroc. Il a été question de définir les parts de marché de chaque établissement de crédit tout
en mettant le point sur l’ensemble de l’activité bancaire, allant d’une analyse du marché selon
le taux de dépôt auprès des banques à une autre analyse se basant sur la question de l’octroi des
crédits. Dans ce cadre, l’ancien conseil de la concurrence à caractère consultatif et par
l’initiative de son président a mené plusieurs monographies sectorielles dans le cadre de sa
mission d’études portant le néologisme « concurrentiabilité ». Étude sur la concurrentiabilité
du marché du secteur pharmaceutique, étude sur la concurrentiabilité du marché de la téléphonie
mobile, étude sur la concurrentiabilité du secteur des huiles de table.
En fait, l’avis est l’expression cohérente d’opinions diverses, destinée à éclairer une autorité sur
le principe ou les modalités de l’exercice de sa compétence. Il est le principal moyen d’exercice
des attributions purement consultatives des autorités administratives indépendantes et selon M.
Gentot, c’est le « minimum vital » de ces institutions71 .
D'autre part, il peut publier des études sur le climat général de la concurrence, que ce soit au
niveau sectoriel ou national. Ces études visent à analyser les dynamiques concurrentielles et à
proposer des pistes de réflexion pour améliorer le fonctionnement du marché.
29
Le Conseil peut également être sollicité par le gouvernement, des institutions, des entreprises,
ou d'autres acteurs économiques pour fournir son avis ou formuler des recommandations sur
des questions spécifiques de concurrence. Cela permet de répondre à des préoccupations
concrètes exprimées par les parties prenantes.
En examinant les lois n°20-13 et n°104-12, on peut déduire qu'il existe deux formes de
consultation : facultative et obligatoire. La consultation facultative se produit lorsque le conseil
est sollicité sans obligation légale, tandis que la consultation obligatoire est imposée par la loi
dans certaines situations précises.
Consultation facultative :
Dans le cadre d'une consultation facultative, le conseil peut être consulté par les commiss io ns
permanentes du Parlement sur les propositions de loi ainsi que sur toute question concernant la
concurrence.
Il donne son avis sur toute question relative à la concurrence à la demande du gouvernement. Il
peut également donner son avis72 , sur toute question de principe concernant la concurrence, à
la demande des conseils des collectivités territoriales, des chambres de commerce, d'industr ie
et de services, des chambres d'agriculture, des chambres d'artisanat, des chambres des pêches
maritimes, des organisations syndicales et professionnelles, des instances de régulatio n
sectorielle ou des associations de consommateurs reconnues d'utilité publique, dans la limite
des intérêts dont ils ont la charge.
L'article 6 de la même loi ajoute que le conseil peut être consulté par les juridictions sur les
pratiques anticoncurrentielles relevées dans les affaires dont elles sont saisies. Il ne peut donner
un avis qu'après une procédure contradictoire. Toutefois, s'il dispose d'informations déjà
recueillies au cours d'une procédure antérieure concernant la même pratique, il peut émettre son
avis sans avoir à mettre en œuvre la procédure prévue par ladite loi.
Consultation obligatoire :
72 Le Conseil doit donner son avis ou fournir sa consultation, selon le cas, dans un délai n'excéd ant pas soixante
(60) jours courant à compter de la date de sa saisine. Ce délai est ramené à trente (30) jours lorsque l'urgence et
ses motifs sont signalés dans la lettre de saisine du Conseil. Lorsque le conseil estime qu'une demande d'avis ou
de consultation n'est pas précise ou qu'elle est incomplète, il peut demander qu'elle soit rectifiée ou complétée.
Dans ce cas, le délai de soixante (60) jours prévu au 4ème alinéa ci-dessus commence à courir à compter de la
réception de la demande d'avis ou de consultation complète. Le Conseil peut à titre exceptionnel, demander la
prorogation des délais prévus ci-dessus en indiquant les motifs de sa demande s'il s'avère impossible pour lui, de
formuler l'avis dans les délais précités. Toutefois, la prorogation ne peut dépasser la moitié du délai initial (Article
5 de la loi 20-13 relative au conseil de la concurrence).
30
Aux termes de l'article 7 de la loi 20-13 relative au conseil de la concurrence, le conseil est
obligatoirement consulté par le gouvernement sur les projets de textes législatifs ou
réglementaires instituant un régime nouveau ou modifiant un régime en vigueur ayant
directement pour effet :
En principe, cette faculté de consultation est fondamentale dans la mesure où elle permet à
l'Autorité de se faire l'avocat de la concurrence auprès des acteurs publics et des décideurs
économiques et d'exercer un rôle de conseil et d'alerte, bien en amont de la mission répressive
qui est aussi la sienne.73
2) Pouvoir décisionnel :
31
a. Le pouvoir d'enquête :
Le premier pouvoir est le pouvoir d’enquête qui lui permet d’enquêter sur toute pratique
anticoncurrentielle et de contrôler les opérations de concentration économique. En tant que
professionnels, les enquêteurs et les rapporteurs peuvent effectuer les enquêtes nécessaires
après autorisation de l’autorité chargée de la concurrence. 74 Il s’agit principalement de la
possibilité de poser de demander des renseignements, de recueillir des déclarations et de
procéder à des perquisitions.
La notion de mesures conservatoires comporte une grande importance dans le droit économique
en général et dans le droit de la concurrence en particulier. En effet, les opérateurs économiq ues
sont rarement en mesure d’endurer la traditionnelle lenteur de la justice, car si des pratiques
suspectées d’être anticoncurrentielles se poursuivent durant l’exercice des poursuites au fond,
elles peuvent générer des conséquences importantes et irréparables sur le marché en cause. 75
Ces mesures ne peuvent intervenir que si la pratique dénoncée porte une atteinte grave et
immédiate à l’économie du pays, à celle du secteur intéressé, à l’intérêt des consommateurs ou
à l’entreprise plaignante".
En effet, l’infraction économique est complexe, d’où l’incertitude qui pèse sur ses réels dangers
pour les personnes concernées et le marché. Ces considérations poussent l’autorité de régula tio n
74 https://www.village-justice.com/articles/les-ententes-faussant-jeu-concurrence-maroc,47331.ht ml , consulté le
03/06/2024 à 04h28min.
75 GUILLOTIN Alain, « Les mesures conservatoires en droit de la concurrence », Revue de Jurisprudence
d'industrie et de services, les chambres d'agriculture, les chambres d'artisanat, les chambres des pêches maritimes ,
les organisations syndicales et professionnelles, les instances de régulation sectorielle ou les associations de
consommateurs reconnues d'utilité publique,
32
de la concurrence à prendre des mesures temporaires dans l’attente de données complémenta ires
pour se conforter dans son opinion ou au contraire à la remettre en cause. Il s’agit bien du
pouvoir de prendre des décisions temporaires ou intérimaires qui s’approche de celui que
possèdent les tribunaux. Et cela réside dans le fait d’ordonner des mesures conservatoires,
comme solutions d’attente pour préparer une décision éventuelle et finale. 77
En pratique, l'entreprise qui réclame les mesures doit établir l'existence d'un préjudice grave et
irréparable à l'économie générale, à celle du secteur intéressé, à l'intérêt du consommateur ou à
l'entreprise plaignante. Dans ce cadre l'entreprise contre laquelle les mesures sont requises doit
être probablement contrevenante. Ce n'est qu'après avoir déterminé les éléments illégaux de
cette pratique que l'autorité définit les mesures les mieux adaptées pour rétablir la concurrence,
l'autorité peut agir d'office en cas d'urgence justifiée.
De plus, les dispositions du 4ème alinéa de l'article 35 de la loi 104-12 relative à la liberté des
prix et de la concurrence prévoient que ces mesures peuvent aller jusqu'à la suspension de la
pratique concernée ainsi qu'une injonction aux parties de revenir à l'état antérieur.
Concrètement, les autorités peuvent imposer la suspension de la pratique concernée, voire une
injonction de se comporter d’une certaine manière. Si les entreprises ne jouent pas le jeu, et
alors même qu’une décision au fond n’a pas été rendue, elles s’exposent à de lourdes sanctions.
Dans une affaire Google78 opposant la plateforme aux éditeurs de presse, l’Autorité de la
concurrence a infligé une amende de 500 millions d’euros au géant qui avait refusé de se plier
à des injonctions prononcées préalablement, tout en assortissant celles-ci d’une astreinte de 300
000 par jours pour s’y conformer. Les mesures conservatoires deviendraient donc un outil de
droit de la régulation entre les mains des autorités de concurrence. 79
Le caractère conservatoire de la mesure impose qu'elle soit limitée dans le temps. Aussi
certaines législations prévoient que l'octroi des mesures conservatoires doit être limité dans le
temps et ne doit pas dépasser un an en droit allemand, quatre-vingt-dix jours en droit portugais,
33
espagnol et bulgare. En revanche les droits marocain et français ne font pas référence à ce critère
temporaire.80
c. Le pouvoir sanctionnateur :
L’injonction se caractérise essentiellement par son aspect correctif des pratiques illicites en
matière du droit de la concurrence, alors que la sanction pécuniaire a ou au moins aspire à un
caractère dissuasif. Elle incarne de cette façon le pouvoir répressif du Conseil de la concurrence.
Par l’exercice de ce pouvoir, il ne vise pas qu’à punir, mais cherche aussi à restaurer un certain
équilibre en tenant compte de la situation propre à chaque partie délinquante concernée, au
regard des incidences sur le marché des pratiques contraires aux dispositifs de la loi n° 104-12
relative à la liberté des prix et la concurrence. Dans ce cadre, la sanction pécuniaire de la
concurrence s’apparente à la sanction pénale au sens strict. D’autres auteurs estiment même
que le pouvoir de sanction d’une autorité administrative indépendante peut s’avérer
beaucoup plus efficace, voire douloureux que la répression exercée par le juge pénal. 81
Amendes :
D'après la lecture des dispositions de l'article 39 de la loi 104-12 relative à la liberté des prix et
de la concurrence, le conseil de la concurrence peut infliger une sanction pécuniaire applicable
soit immédiatement, soit en cas d'inexécution des injonctions, soit en cas de non-respect des
engagements qu'il a acceptés. Les sanctions sont proportionnées à la gravité des faits reprochés,
à l’importance du dommage causé à l'économie, à la situation ou la position de l’organisme ou
de l’entreprise sanctionnée dans le marché, et à l’éventuelle réitération de pratiques prohibées.
Dans ce cadre, Si le contrevenant n’est pas une entreprise 82 , le montant maximum de la sanction
est de quatre millions (4.000.000) de dirhams. Donc, la sanction pécuniaire n’est pas calculée
sur un pourcentage : c’est un montant maximum fixé par le législateur.
Le montant maximum de la sanction est, pour une entreprise, de 10% du montant du chiffre
d’affaires mondial ou national, pour les entreprises n’ayant pas une activité à l’internatio na l,
syndicats.
34
hors taxes le plus élevé réalisé au cours d'un des exercices clos depuis l’exercice précédant celui
au cours duquel les pratiques ont été mises en œuvre.
Si les comptes de l’entreprise concernée ont été consolidés ou combinés en vertu des textes
applicables à sa forme sociale, le chiffre d’affaires pris en compte est celui figurant dans les
comptes consolidés ou combinés de l’entreprise consolidante ou combinante. Cela signifie que
les résultats financiers de plusieurs entreprises liées sont regroupés dans un seul ensemble pour
présenter une vue d'ensemble de la situation financière du groupe. Dans ce cas, le chiffre
d'affaires pris en compte pour déterminer la sanction est celui des comptes consolidés ou
combinés de l'entreprise mère (consolidante) ou du groupe (combinant). Cela permet d'évaluer
la sanction sur la base de l'activité économique totale du groupe, plutôt que sur celle d'une seule
entité.
En cas de récidive dans un délai de cinq (5) années, le montant maximum de la sanction
pécuniaire applicable peut être porté au double. C’est un signal du législateur aux entreprises,
qui doivent prendre au sérieux le droit de la concurrence et un appel à l’autorité de concurrence
pour que les sanctions économiques soient significatives pour être efficaces. Les sanctions
doivent devenir plus dissuasives.83
Astreintes :
Selon l'article 40 de la loi 104-12 le conseil de la concurrence peut infliger aux intéressés des
astreintes dans la limite de 5 % du chiffre d’affaires journalier moyen hors taxes, par jour de
retard à compter de la date qu’il fixe, pour les contraindre: à exécuter une décision les ayant
obligés à mettre fin aux pratiques anticoncurrentielles, à exécuter une décision ayant imposé
des conditions particulières ou à respecter une décision ayant rendu un engagement obligato ire
ou à respecter les mesures prononcées en application de l’article 35 (en cas d'inexécution des
mesures conservatoires ou des injonctions).
Le chiffre d’affaires pris en compte est calculé sur la base des comptes de l’entreprise relatifs
au dernier exercice clos à la date de la décision. Pour les organismes qui n’ont pas d’activité
déclinant un chiffre d’affaires l’astreinte est fixée dans la limite de cinq mille (5.000) dirhams
par jour de retard.
35
L’astreinte est liquidée par le conseil de la concurrence qui en fixe le montant définitif. La
décision du conseil de la concurrence est précédée de l'établissement d'un rapport évaluant le
montant définitif de l'astreinte. Ce rapport est adressé par lettre recommandée avec accusé de
réception ou par un huissier de justice à l'entreprise en cause et au commissaire du
gouvernement, qui disposent d'un délai d'un mois pour présenter leurs observations écrites. 84
Sanctions complémentaires :
Outre les sanctions pécuniaires qu'il prononce, l'alinéa 4 de l'article 39 de la loi 104-12 relative
à la liberté des prix et de la concurrence dispose que le conseil de la concurrence peut ordonner
la publication, la diffusion ou l’affichage de sa décision ou d’un extrait de celle- ci selon les
modalités qu'il précise. Il peut également ordonner l’insertion de la décision ou de l’extrait de
celle-ci dans le rapport établi sur les opérations de l’exercice par les gérants, le conseil
d’administration ou le directoire de l'entreprise.
Le conseil peut ordonner que les décisions prises soient publiées intégralement ou par extraits
dans un ou plusieurs journaux habilités à publier les annonces légales, ou publications qu’il
désigne, et affichées dans les lieux qu’elle indique, les frais sont supportés par le contrevena nt
ou par le demandeur des mesures s’il s’agit de mesures conservatoires.
Le conseil peut également prescrire l’insertion du texte intégral de sa décision dans le rapport
de gestion établi par les gérants, le conseil d'administration ou le directoire sur les opérations
de l’exercice.85
Quant à l'intérêt d'une telle sanction, elle vise d'abord la réputation de l'entreprise et de ses
dirigeants: la réputation de l'entreprise a en effet une valeur patrimoniale qui du fait de la mesure
de publication de la décision, risque d'être entachée.
84 Article 27 du décret n ° 2-14-652 du 8 sa far 1436 (1 er décembre 2014) pris pour l'application de la loi n ° 104-
12 sur la liberté des prix et de la concurrence.
85 Article 42 de la loi 104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence.
36
Ainsi, si la publication des décisions du conseil de la concurrence constitue une sanction à
l'égard des entreprises, elle participe également, et surtout, à la mission de prévention qui lui
est attribuée dans la défense de l'ordre public économique. 86
En effet, les sanctions prononcées par l’autorité de la concurrence demeurent des décisions
administratives unilatérales qui constituent, selon André de Laubadère, un pouvoir « très
exorbitant et constituent une forme extrême des prérogatives susceptibles d’être reconnues à
l’administration »87 . L’absence de fonction purement juridictionnelle exercée par le conseil de
la concurrence confirme cette analyse. Elle s’inscrit dans cette tendance du nouveau droit
administratif, qui contribue à l’élargissement de la matière pénale, mais sans l’intervention du
juge et entre les mains d’une autorité indépendante de régulation.88
37
Toutefois la saisine du conseil de la concurrence nécessite le respect de plusieurs conditio ns
préalables. Ces conditions sont conçues pour garantir que seules les affaires présentant un
intérêt suffisant et répondant à des critères spécifiques soient examinées par le conseil. Elles
incluent notamment la démonstration de l'intérêt à agir, la qualité des requérants, et la capacité
juridique des parties impliquées. Ce paragraphe explore les différentes conditions nécessaires
pour saisir efficacement le conseil de la concurrence (1) et le processus pour résoudre le litige
(2).
En principe, des exigences procédurales et des délais stricts doivent être respectés pour assurer
la recevabilité des demandes par le conseil de la concurrence à savoir :
La prescription:
Aux termes de l'alinéa 1 de l'article 23 de la loi 104-12 relative à la liberté des prix et de la
concurrence le conseil de la concurrence ne peut être saisi ou se saisir d’office de faits remontant
à plus de cinq (5) ans s’il n’a été fait au cours de cette période aucun acte tendant à leur
recherche, leur constatation ou leur sanction.
La compétence :
Les pratiques dont le conseil est saisi doivent relever de la compétence du conseil et être soumis
à son pouvoir décisionnel. De surcroit, ces pratiques doivent concerner la compétence
territoriale du conseil à savoir tout ce qui peut avoir un effet sur la concurrence touchant le
marché national. Par ailleurs, ces pratiques dont le conseil peut être saisi doivent correspondre
aux dispositions des articles 6,7,889 de la loi 104-12 pour pouvoir y voir et déterminer s'ils sont
des faits pouvant porter atteinte à la concurrence. 90
38
Lorsque les faits lui paraissent de nature à justifier l’application de l'article 7591 de la présente
loi, le conseil de la concurrence adresse le dossier au procureur du Roi près le tribunal de
première instance compétent aux fins de poursuites conformément audit article.
S'agissant des personnes ou des parties qui peuvent saisir le conseil de la concurrence, elles
doivent remplir les conditions ci-après :
Qualité :
Il s'agit du plaideur qui est le demandeur ou son représentant ou mandataire qui porte devant le
conseil de la concurrence ses prétentions. Autrement dit, c'est le titre juridique en vertu duquel
une personne a le pouvoir de figurer dans une procédure. C'est l’autorité juridique requise pour
faire valoir un intérêt légitime à l’encontre d’un adversaire. 92
Intérêt :
Généralement, la personne ou la partie qui agit doit justifier ou démontrer qu'elle a un intérêt
légitime à saisir le conseil. Cela signifie qu'elle doit être directement affectée ou concernée par
les pratiques anticoncurrentielles qu'elle dénonce. La personne qui agit doit donc prouver qu'elle
a subi une atteinte à un droit qui lui est propre.
Capacité:
Pour être recevable, l'action en justice doit être exercée par une personne ayant la capacité d'agir
en justice.
- La capacité de jouissance : C'est le droit pour une personne ou une entité de saisir le conseil
de la concurrence. Cela signifie qu'elle possède le droit légal de faire valoir ses intérêts
devant cette instance.
- La capacité d'exercice : C'est la capacité de mettre en œuvre ce droit de saisine. Les
personnes ou entités qui en sont dotées peuvent agir en justice par elles-mêmes. En
revanche, celles frappées d'incapacité juridique (par exemple: les mineurs et les incapables
91 Sera punie d'un emprisonnement de deux (2) mois à un (1) an et d'une amende de dix mille (10.000) à cinq cent
mille (500.000) dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement toute personne physique qui, frauduleusement
ou en connaissance de cause, aura pris une part personnelle et déterminante dans la conception, l’organisation, la
mise en œuvre ou le contrôle de pratiques visées aux articles 6 et 7 de la présente loi. Le tribunal peut ordonner
que sa décision soit publiée intégralement ou par extraits dans les journaux qu’il désigne, aux frais du condamné.
92 https://cours-de-droit.net/procedure-civile-marocaine-a130779992/, consulté le 05/06/2024 à 19h46min.
39
majeurs) doivent passer par leur représentant légal pour engager une action devant le conseil
de la concurrence.
Les formalités de la saisine
Les saisines adressées au Conseil doivent être accompagnées au minimum des données
suivantes :
De plus, selon l'article 48 du règlement intérieur du conseil de la concurrence, les saisines et les
pièces annexées sont adressées, soit par lettre recommandée avec accusé de réception, soit par
dépôt au siège du Conseil, contre délivrance d’un récépissé, sous format papier, en deux
exemplaires.
Enfin, il est important de noter que Le conseil peut déclarer dans le même délai, par décision
motivée, la saisine irrecevable pour défaut d'intérêt ou de qualité à agir de l'auteur de celle- ci
ou si les faits sont prescrits au sens de l'article 23 ci-dessus, ou s'il estime que les faits invoqués
n'entrent pas dans le champ de sa compétence. Le délai de deux mois, cité ci-dessus, est
93 L'article
49 de la décision du Conseil de la concurrence n° 67/D/2023 du 8 ramadan 1444 (30 mars 2023) portant
révision du règlement intérieur du Conseil de la concurrence.
40
suspendu en cas de mise en demeure adressée par le président du conseil à l'auteur de la saisine
afin de régulariser sa demande dans un délai qu'il lui fixe. 94
Toutefois si le Conseil constate que toutes les conditions de recevabilité sont remplies, il décide
l'ouverture de la procédure pour évaluer les faits et prendre les mesures appropriées. En cas de
désistement des parties, il en est donné acte par décision du président ou d’un vice-préside nt.
Toutefois le conseil peut poursuivre l’affaire qui est alors traitée comme une saisine d’office.
Dans ce paragraphe, nous examinerons les mesures adoptées par le Conseil au cours de
l'instruction et de l'enquête de l'affaire (a), ainsi que le déroulement des séances devant le
conseil de la concurrence (b).
L'instruction de l'affaire :
La procédure d'instruction au sein du conseil de la concurrence, telle que régie par les articles
27, 28 et 29 de la loi 104-12, le rapporteur général désigne un rapporteur pour l'instruction de
chaque affaire. Le rapporteur général ou un rapporteur général adjoint peut, à son initiative ou
à la demande des parties ou du commissaire du gouvernement, procéder à la jonction de
l'instruction de plusieurs affaires. A l'issue de leur instruction, le conseil de la concurrence peut
se prononcer par une décision commune. Le rapporteur général ou un rapporteur général adjoint
peut également procéder à la disjonction de l'instruction d'une saisine en plusieurs affaires.
41
La mission et le délai imparti à l'expert sont précisés dans la décision qui le désigne. Le
déroulement des opérations d'expertise se fait de façon contradictoire. Le financement de
l'expertise est à la charge de la partie qui la demande ou à celle du conseil dans le cas où elle
est ordonnée à la demande du rapporteur. Toutefois, le conseil peut, dans sa décision sur le
fond, faire peser la charge définitive sur la ou les parties sanctionnées dans des proportions qu'il
détermine.
Le rapporteur général notifie les griefs aux intéressés ainsi qu’au commissaire du
gouvernement, qui peuvent consulter le dossier sous réserve des dispositions de l'article 31 95 et
présenter leurs observations dans un délai de deux (2) mois. Les entreprises destinataires des
griefs signalent sans délai au rapporteur chargé du dossier, à tout moment de la procédure
d’instruction, toute modification de leur situation juridique susceptible de modifier les
conditions dans lesquelles elles sont représentées ou dans lesquelles les griefs peuvent leur être
imputés. Elles sont irrecevables à s’en prévaloir si elles n’ont pas procédé à cette informat ion.
Si des griefs sont notifiés à une société faisant appel public à l'épargne, cette dernière est tenue
d'en informer sans délais l'autorité marocaine du marché des capitaux.
Le rapporteur peut demander, sous peine d’astreinte, aux parties en cause ou à toute personne
physique ou morale, la communication des documents et informations qu’il juge nécessaires à
l’instruction. Sous peine de nullité, les auditions auxquelles procède le rapporteur donnent lieu
à des procès-verbaux, signés par les personnes entendues. En cas de refus de signer, il en est
fait mention par le rapporteur
Par la suite, un rapport est notifié aux parties et au commissaire du gouvernement. Il doit
contenir l’exposé des faits et, le cas échéant, les infractions relevées, ainsi que les éléments
d’information et les documents ou leurs extraits, sur lesquels se fonde le rapporteur et des
observations faites, le cas échéant, par les intéressés. Ce rapport constitue une étape essentielle
avant la prise de décision, garantissant que toutes les informations pertinentes ont été
correctement prises en compte.
L'enquête :
95Sauf dans les cas où la communication ou la consultation de ces documents est nécessaire à l’exercice des droits
de la défense d'une partie mise en cause, le président du conseil de la concurrence peut refuser à une partie la
communication ou la consultation de pièces ou de certains éléments contenus dans ces pièces mettant en jeu le
secret des affaires d’autres personnes...
42
Lorsqu’ « un cas » semble devoir faire l’objet de poursuites, la suite logique est le
déclenchement d’une enquête. La phase est essentielle, car c’est à cette étape que les principaux
éléments de preuves vont être réunis. 96 Avant de traiter les mesures d'enquête nous devons citer
en premier lieu la nature des personnes ayant la qualité d'exercer la mission d'enquêteur du
conseil de la concurrence.
- Les enquêteurs :
Ils doivent être assermentés et porteurs d’une carte professionnelle délivrée par le président du
conseil de la concurrence ou par l'administration. Les cartes professionnelles sont délivrées aux
enquêteurs par le chef du gouvernement ou l'autorité gouvernementale déléguée par lui à cet
effet, ou par le président du conseil de la concurrence selon le cas .98
Dans le cadre de leur mission les enquêteurs sont astreints au secret professionnel sous peine
des sanctions prévues à l’article 446 du code pénal.99
Dans le cadre d'une enquête, l'article 71 de la loi 104-12 prévoit que les enquêteurs peuvent
accéder à tous locaux, terrains ou moyens de transport à usage professionnel, demander la
communication des livres, des factures et tous autres documents professionnels quel que soit
leur nature ou support, et en prendre copie, recueillir sur convocation ou sur place les
renseignements et justifications.
femmes ou toutes autres personnes dépositaires, par état ou profession ou par fonctions permanentes ou
temporaires, des secrets qu'on leur confie, qui, hors le cas où la loi les oblige ou les autorise à se porter
dénonciateurs, ont révélé ces secrets, sont punis de l'emprisonnement d'un mois à six mois et d'une amende de
mille deux cent à vingt mille dirhams.
43
L'action des enquêteurs s'exerce également sur les marchandises ou les produits transportés. A
cet effet, ils peuvent requérir pour l'accomplissement de leur mission l'ouverture de tous colis
et bagages lors de leur expédition ou de leur livraison en présence du transporteur et soit de
l'expéditeur, soit du destinataire ou en présence de leur mandataire.
Les entrepreneurs de transport sont tenus de n'apporter aucun obstacle à ces opérations et de
présenter les titres de mouvements, lettres de voiture, récépissés, connaissements et déclarations
dont ils sont détenteurs. Les enquêteurs peuvent demander au conseil de la concurrence ou à
l'administration de désigner un expert agréé auprès des tribunaux pour procéder à toute
expertise contradictoire nécessaire.
Toutefois, les enquêteurs ne peuvent procéder aux visites en tous lieux ainsi qu'à la saisie de
documents, quel que soit leur nature ou suppo11, que dans le cadre d'enquêtes demandées par
le président du conseil de la concurrence ou par l'administration sur autorisation motivée du
procureur du Roi dans le ressort duquel sont situés les lieux à visiter. Lorsque ces lieux sont
situés dans le ressort de plusieurs juridictions et qu'une action simultanée doit être menée dans
chacun de ces lieux, une autorisation unique peut être délivrée par l'un des procureurs du Roi
compétent. Le procureur du Roi du ressort doit en être avisé.
La visite et la saisie s'effectuent sous l'autorité et le contrôle du procureur du Roi qui les a
autorisées. Il désigne un ou plusieurs officiers de police judiciaire, et au besoin une femme
fonctionnaire de la police judiciaire lors des visites des locaux à usage d'habitation, chargés
d'assister à ces opérations. La visite, qui ne peut commencer avant six heures ou après vingt et
une heures, est effectuée en présence de l'occupant des lieux ou de son représentant. Les
enquêteurs, l'occupant des lieux ou son représentant ainsi que l'officier de police judicia ire
peuvent seuls prendre connaissance des pièces et documents avant leur saisie.100
44
La loi 104-12 interdit à toute entreprise ou personne physique de s’opposer à l’enquête initiée
par le conseil de la concurrence, de communiquer ou falsifier des documents ou de fournir de
fausses informations audit conseil. À défaut d’abstention, le fautif risque une peine
d’emprisonnement de 2 mois à 2 ans et d’une amende de 5 000 à 20 000 DHS ou l’une de ces
deux peines seulement.102
Le conseil peut siéger soit en collège, soit en commission permanente, soit en sections:
Le collège est constitué de tous les membres du Conseil prévus par l'article 9 ci- dessus, le
collège ne peut valablement siéger et délibérer que si au moins huit (8) membres dont un
membre magistrat sont présents. Si le quorum prévu pour le collège n'est pas atteint, le
Président appelle à une deuxième réunion, dans un délai de huit (8) jours suivants. Dans ce
cas, la réunion est considérée régulière lorsque cinq (5) membres au moins sont présents
dont un membre magistrat. A défaut de ce quorum, le Collège est convoqué dans un délai
de cinq (5) jours pour une troisième réunion qui est considérée valable quel que soit le
nombre des membres présents. Lorsqu'il y a des saisines urgentes, le président du Conseil
mentionne dans la convocation adressée aux membres le caractère urgent de la saisine et le
collège peut siéger valablement si au moins quatre (4) membres dont un membre magistr at
sont présents.
La commission permanente est composée du président et des quatre (4) vice-présidents, la
commission permanente ne peut valablement siéger et délibérer que si au moins trois (3) de
ses membres sont présents.
Le président du conseil de la concurrence fixe le nombre et la composition des sections et
affecte les dossiers qui seront examinés par chacune d'entre elles. Le règlement intérie ur
détermine pour les sections les règles de quorum applicables. 103
45
Les séances du conseil de la concurrence, régies par l'article 33, se déroulent à huis clos,
garantissant la confidentialité des débats. Seules les parties en cause et le commissaire du
gouvernement sont autorisés à y assister. Les parties peuvent se faire assister ou représenter par
des conseillers juridiques de leur choix. Elles ont également le droit de demander à être
entendues par le conseil, ce qui leur offre l'opportunité de présenter directement leurs arguments
et leur défense.
Le conseil de la concurrence peut également convoquer toute personne dont l'audition pourrait
contribuer à éclairer le dossier. Le rapporteur général ou le rapporteur général adjoint, le
rapporteur de la saisine et le commissaire du gouvernement peuvent présenter des observations
orales., enrichissant ainsi les débats par leurs analyses et leurs perspectives.
Après avoir entendu les parties et les personnes visées à l'article 33 ci-dessus et lorsque le
conseil estime que l'affaire est prête, le président fixe la date à laquelle elle sera mise en
délibéré.104
La décision du conseil :
La décision du conseil doit être rendue dans un délai d'un mois qui suit la date de clôture des
débats du conseil. Le Conseil de la concurrence est tenu donc de statuer dans un délai
raisonnable, sous peine de déni de justice. Cependant, ce n’est qu’une fois que le rapport du
rapporteur établit qu’il est obligé de statuer définitivement sur l’affaire qui lui est soumise, et
dans la limite des griefs qui ont été notifiés.105
Enfin, les décisions du conseil de la concurrence sont publiées sur le site électronique du
conseil. Leur publicité peut être limitée pour tenir compte de l'intérêt légitime des parties et des
personnes citées à ce que leurs secrets d'affaires ne soient divulgués.
Les décisions se diffèrent selon les résultats de la procédure d'instruction et d'enquête. Et d'après
l'article 24 de la loi 104-12 on peut déduire les types de décisions du conseil qui peut prononcer:
46
mesures conservatoires, les astreintes, les injonctions et les sanctions prévues par la loi 104-12.
106 Ces différents types de décisions, déjà détaillés dans le paragraphe relatif aux pouvoirs
décisionnels du Conseil, sont adaptés aux spécificités de chaque cas et visent à garantir une
concurrence loyale et équitable sur le marché.
1) La juridiction compétente :
Le premier est représenté par la Cour d'appel de Rabat, qui exerce un contrôle judiciaire sur les
décisions du Conseil de la concurrence relative aux pratiques anticoncurrentielles. Cette
intervention se fait selon des règles de procédure spéciales, ce qui conduit finalement à une
décision de la cour qui peut soit annuler, modifier ou confirmer la décision contestée. Le second,
représenté par la Chambre administrative de la Cour de cassation, elle intervient pour exercer
un contrôle judiciaire sur les décisions du Conseil de la concurrence concernant les opérations
de concentration économique.107
Nous nous concentrerons donc sur la procédure devant la Cour d'appel de Rabat qui est seule
compétente en cas de recours contre les décisions relatives aux pratiques anticoncurrentielles,
qui sont au cœur de notre sujet.
47
2) La procédure devant la cour d'appel de Rabat :
Le recours, est encadré par les articles 44 à 57 bis de la loi 104-12 relative à la liberté des prix
et de la concurrence. Ces dispositions légales établissent les procédures à suivre, les délais à
respecter et les conditions à remplir pour contester une décision du Conseil de la concurrence,
présentées comme suit :
Le recours doit être formé dans le délai de trente (30) jours, par les parties en cause et/ ou le
commissaire du gouvernement. Ce délai court du jour de réception de la notification. Le recours
est formé au conseil de la concurrence. Il en est délivré un récépissé. Une copie de la requête
portant le timbre du conseil tient lieu de récépissé. Le dépôt de la requête est constaté sur un
registre spécial.
La requête doit contenir les noms, prénoms, qualités ou professions, domicile ou résidence des
parties en cause. E1le indique, s'il s'agit d'une société, la dénomination, la nature et le siège de
cette société. Elle doit énoncer l'objet, les faits et les moyens invoqués. Les pièces dont le
requérant entend se servir sont jointes à la requête. Il doit être annexé à cette requête autant de
copies qu'il y a de parties en cause.
Ensuite, la requête est transmise, dans les dix (10) jours à compter de la date de dépôt du recours,
ainsi que les pièces qui y sont jointes et le dossier de l'affaire qui comporte les procès-verbaux
et rapports d'enquête, les griefs, les observations, le rapport et les documents, sans frais, au
greffe de la cour d'appel. Dans les dix (10) jours qui suivent la réception du dossier par la cour
d'appel, celle-ci adresse une copie de la requête aux parties et au commissaire du gouverneme nt.
La cour d'appel fixe les délais dans lesquels les parties à l'instance doivent se communiq uer
leurs observations écrites et déposer copie au greffe de ladite cour. Elle fixe également la date
des débats. De sa part, le greffe notifie ces délais aux parties et au commissaire du
gouvernement et les convoque à l'audience prévue pour les débats.
Si le recours porte sur les mesures conservatoires, la cour d'appel dispose de trente (30) jours
pour statuer. Le recours n'est pas suspensif. Toutefois la cour d'appel peut ordonner le sursis à
exécution, si les mesures conservatoires et les décisions émises par le conseil de la concurrence
sont susceptibles d'entraîner des conséquences irréparables pour les entreprises concernées.
48
Les décisions de la cour d'appel sont rendues publiquement., la cour d'appel doit, lorsqu'elle
annule ou infirme la décision, évoquer sans renvoi. A l'exception du cas prévu à l'article 26108
de la loi 104-12.
Concernant le recours contre l'arrêt de la cour d'appel de Rabat ayant confirmé, annulé ou
réformé une décision du conseil, celui-ci peut être formé devant la cour de cassation, selon le
cas, par les parties en cause, par le président du conseil et/ ou le commissaire du gouverneme nt.
Concrètement, la Cour de cassation sera appelée à examiner, lorsqu’elle est saisie sur une
décision rendue par la Cour d’appel de Rabat en matière de concurrence, si les règles de droit
ont été correctement respectées. Si la décision résulte d’une bonne application de la loi, le
pourvoi en cassation est rejeté, dans le cas contraire, la décision est cassée et annulée en tout
ou en partie, et elle sera renvoyée devant la Cour d’appel, juridiction de fond. 109
La loi 104-12 sur la liberté des prix et de la concurrence vient de rapprocher le régime marocain
de la concurrence des meilleures pratiques en droit comparé, et renforcer la sécurité juridiq ue
des acteurs économiques.110
108 Le conseil se prononce, dans un délai de deux mois de sa saisine, sur les éléments de sa recevabilité visés au 2
ème alinéa ci-dessous. Dans le cas où il considère que la saisine est recevable, il en informe l'auteur de la saisine
et le commissaire du gouvernement. Le conseil peut déclarer dans le même délai, par décision motivée, la saisine
irrecevable pour défaut d'intérêt ou de qualité à agir de l'auteur de celle-ci ou si les faits sont prescrits au sens de
l'article 23 ci-dessus, ou s'il estime que les faits invoqués n'entrent pas dans le champ de sa compétence. Le délai
de deux mois, cité ci-dessus, est suspendu en cas de mise en demeure adressée par le président du conseil à l'auteur
de la saisine afin de régulariser sa demande dans un délai qu'il lui fixe. Le conseil peut é galement rejeter la saisine,
par décision motivée, lorsqu'il estime que les faits invoqués ne sont pas appuyés d'éléments suffisamment probants.
Cette décision est transmise à l'auteur de la saisine et aux personnes dont les agissements ont été examinés au
regard des articles 6, 7 et 8 de la présente loi. Le conseil de la concurrence peut également décider de clore, dans
les conditions visées au présent article, une affaire pour laquelle il s'était saisi d'office....
109 Halmaoui loubna , Op.cit , p:65.
110 Nada Slimani, Op.cit , p:204.
49
entreprises d’où l'intervention du conseil de la concurrence provient pour la dissuasion et le
contrôle de ces comportements.
Le premier chapitre s'intéressera aux interventions et aux sanctions prononcées par le Cons eil
de la Concurrence et les principaux défis auxquels le Conseil de la Concurrence est confronté .
Le deuxième proposera des perspectives d'amélioration pour renforcer son efficacité dans la
régulation des pratiques anticoncurrentielles.
50
Chapitre 1: Les actions du conseil de la concurrence
Dans ce premier chapitre nous examinerons, dans la première section les différents contrôles
par le conseil de la concurrence et selon une deuxième section l'exercice des pouvoirs
consultatifs et décisionnels du Conseil, en mettant en lumière les différents types de décisions
rendues et les sanctions imposées.
Dans cette section, nous allons d'abord traiter la procédure de notification des opérations de
concentration économique (A) et par la suite, aborder les mécanismes de contrôle (B).
1) Définition
112 L'Ordonnance française du 1er décembre 1986 est un texte juridique fondamental qui a marqué une étape
importante dans le droit de la concurrence en France. Cette ordonnance, officiellement intitulée "Ordonnance n°86-
1243 du 1er décembre 1986 relative à la liberté des prix et de la concurrence," a réformé le cadre législatif en
introduisant des principes de libre concurrence et de régulation des pratiques anti-concurrentielles.
113 GERADIN Damien et PETIT Nicolas, revue internationale de droit économique, « Règles de concurrence
51
ou achat d'éléments d'actifs, contrat ou tout autre moyen, le contrôle de l'ensemble ou d'une
partie d'une autre entreprise ou de l'ensemble ou de parties de plusieurs autres entreprises.
Lorsqu'une ou plusieurs entreprises acquièrent, directement ou indirectement, que ce soit
par prise de participation au capital ou achat d'éléments d'actifs, contrat ou tout autre moyen,
le contrôle de l'ensemble ou d'une partie d'une autre entreprise ou de l'ensemble ou de parties
de plusieurs autres entreprises.
La création d'une entreprise commune accomplissant de manière durable toutes les fonctio ns
d'une entité économique autonome constitue une concentration au sens du présent article.
Toutefois, si deux ou plusieurs opérations, visées au présent article, ont lieu au cours d'une
période de deux années entre les mêmes personnes ou entreprises entrainant un changement de
contrôle, elles sont considérées comme une seule concentration réalisée à la date de la dernière
opération.115
Cette notion englobe les processus par lesquels des entreprises auparavant indépendantes
fusionnent ou lorsqu’une entreprise ou une personne acquiert le contrôle déterminant sur une
autre entreprise. La fusion peut résulter de la création d’une nouvelle entité ou de l’absorption
d’une entreprise par une autre. L’acquisition de contrôle peut, quant à elle, se faire par la prise
de participation au capital, l’achat d’éléments d’actifs, entre autres. 116
À la différence du régime des pratiques anticoncurrentie lles, dont certaines demeurent encore
pénalement sanctionnées, le système de contrôle des concentrations se situe ex-ante et n’a
pas de valeur répressive. Toutefois, l’arsenal répressif en matière des concentrations a
été considérablement amélioré par la loi n° 104-12, incitant les parties au respect de ses
règles.117
2) Conditions de notification
Cette surveillance a un caractère anticipatif. Les autorités de concurrence doivent prévoir les
conséquences de l'opération de concentration sur la concurrence sur le marché, en évaluant son
impact attendu.
115 Cette approche vise à empêcher les entreprises de contourner la réglementation par des opérations successives
qui, prises individuellement, pourraient ne pas déclencher de contrôle réglementaire.
116 https://www.lebrief.ma/le-role-du-conseil-de-la-concurrence-dans-la-gestion-des-concentrationseconomiques
52
Généralement, la plupart des concentrations ne présentent aucun risque pour la concurrence, et
le cadre légal impose des seuils de contrôlabilité afin de permettre aux micro-opérations de se
réaliser.118
En fait, pour que l’opération de concentration puisse faire l’objet d’un contrôle, il falla it
qu’elle réponde à la définition légale posée par la loi n° 104-12, qui émane voir se calque de
celle donnée par le législateur français. En étant de nature à porter atteinte à la concurrence, et
d’atteindre l’un des seuils quantitatifs fixés par ladite loi. 119
Dans ce cadre, la loi exige trois conditions alternatifs, il suffit qu'une seule des trois conditio ns
soit remplie pour que l'obligation de notification de l'opération de concentration économique
s'applique. à savoir :
Le chiffre d’affaires total mondial, hors taxes, de l’ensemble des entreprises ou groupes de
personnes physiques ou morales parties à la concentration doit être supérieur à 1,2 millia rds
de dirhams et le chiffre d’affaires, hors taxes, réalisé au Maroc individuellement par
au moins une des entreprises ou groupe de personnes physiques ou morales parties à
la concentration doit être supérieur à 50 millions de dirhams ;
Le chiffre d’affaires total, hors taxes, réalisé au Maroc par l’ensemble des entreprises ou
groupes de personnes physiques ou morales parties à la concentration doit être supérieur à
400 millions de dirhams et le chiffre d’affaires, hors taxes, réalisé au Maroc
individuellement par au moins deux des entreprises ou groupe de personnes physiques ou
morales parties à la concentration doit être supérieur à 50 millions de dirhams.120
Les entreprises qui sont parties à l'acte, ou qui en sont l'objet, ou qui lui sont
économiquement liées ont réalisé ensemble, durant l'année civile précédente, plus de 40%
des ventes, achats ou autres transactions sur un marché national de biens, produits ou
services de même nature ou substituables, ou sur une partie substantielle de celui-ci.121
3) Sanction pour défaut de notification
Aux termes du premier alinéa de l'article 19 de la loi 104-12, si une opération de concentratio n
a été réalisée sans être notifiée, le conseil de la concurrence enjoint sous astreinte, dans la limite
118 VOGEL Louis, Droit de la concurrence et concentration économique, Études comparatives, Paris, Economica,
1988, p. 7.
119 Rachid EL BAZZIM, op.cit. p:333.
120 Article 8 du décret n° 2-23-273 du 2 kaada 1444 (22 mai 2023) modifiant et complétant le décret n° 2-14-652
pris pour l’application de la loi n° 104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence.
121 Article 12 de la loi 104-12.
53
prévue à l'article 40122 de la présente loi, aux parties de notifier l'opération, à moins de revenir
à l'état antérieur à la concentration.
Le même article prévoit qu'à moins de revenir à l'état antérieur à la concentration, les parties
sont alors tenues de notifier de nouveau l'opération dans un délai d'un (1) mois à compter du
retrait de la décision, sauf à encourir les sanctions prévues aux premier et deuxième alinéas ci-
dessus.
S'il estime que les parties n'ont pas exécuté dans les délais fixés une injonction, une prescription
ou un engagement figurant dans sa décision ou dans la décision de l'administration ayant statué
sur l'opération, le conseil de la concurrence constate l'inexécution et il peut selon les cas soit:
122 Selon l'article 40 de la loi 104-12, le conseil de la concurrence peut infliger aux intéressés des astreintes dans
la limite de 5 % du chiffre d'affaires journalier moyen hors taxes, par jour de retard à compter de la date qu'il fixe...
123 En cas de nécessité particulière dûment motivée, les parties qui ont procédé à la notification peuvent demander
au conseil de la concurrence une dérogation leur permettant de procéder à la réalisation effective de tout ou partie
de la concentration sans attendre la décision du conseil ou celle de l'administration.
54
En outre, le conseil de la concurrence peut infliger aux personnes physiques ou morales
auxquelles incombait l'obligation non exécutée une sanction pécuniaire telle que prévue au
deuxième alinéa du présent article.
En somme, bien que l'intervention du Conseil de la concurrence soit principale ment axée sur le
volet préventif des concentrations économiques, le volet curatif n'est pas négligé. Ce dernier
aspect permet au Conseil de sanctionner les situations de non-notification ou de non-respect
des engagements pris dans le cadre d'un projet de notification.
Dans ce cadre, pour assurer une concurrence loyale et prévenir les abus de position dominante,
il est essentiel de mettre en place des mesures rigoureuses de contrôle des opérations de
concentration économique. Ce paragraphe traite des procédures spécifiques de ce contrôle ainsi
que de l'importance de ces mesures pour maintenir l'équilibre du marché.
1) La procédure de contrôle
7189).Le domaine du contrôle des concentrations économiques en droit de la concurrence (The field of merger
control in competition law). El Mostafa AMMAS Département de Droit, Université Hassan II, Faculté des sciences
juridiques économiques et sociales Ain-Sebaâ, Casablanca, Maroc, p:776.
55
A cet égard, le Conseil de la concurrence effectue un examen initial de la concentration, connu
sous le nom de Phase I. Cette phase comprend l’évaluation de la probabilité d’atteinte à la
concurrence et implique l’examen des dossiers de notification complets. Le Conseil dispose de
60 jours pour se prononcer sur l’opération, pouvant solliciter l’avis de tiers et réaliser des tests
de marché. En fonction de l’évaluation, le Conseil peut autoriser, imposer des conditions, ou
engager un examen plus approfondi (Phase II). Les décisions du Conseil sont publiées et
communiquées aux autorités gouvernementales concernées. 127
Bilan concurrentiel
op.cit, p:776.
56
semble que le législateur s'est largement inspiré du droit européen en la matière. Dans une
première étape, le Conseil examine si la concentration est de nature à porter atteinte à la
concurrence en renforçant la position dominante d’une entreprise dans un marché comme le
prévoit l'article 16130 de la loi marocaine de la concurrence. Il n'est nullement « nécessaire
qu'une opération de concentration ait pour conséquence un éventuel abus de position dominante
pour qu'elle soit interdite : il suffit qu'elle aboutisse au renforceme nt d'une position dominante
de nature à porter atteinte à la concurrence ». 131
Plusieurs paramètres sont généralement utilisés pour apprécier l'opération sous l'angle du
renforcement d'une position dominante. On tient compte de la position sur le marché des
entreprises concernées par l'opération, de leur puissance économique et financière, des
possibilités de choix offertes aux fournisseurs et aux utilisateurs, de leur accès aux sources
d'approvisionnement ou aux débouchés, de l'existence en droit ou en fait de barrières à l'entrée
qui doit être mise au passif de l'opération, de l'évolution de l'offre et de la demande des produits
et services concernés, des intérêts des consommateurs. Dans une seconde étape, le Conseil
mesure le caractère significatif et effectif d’une éventuelle entrave à la concurrence et ce, dans
la mesure où la position dominante, qui repose essentiellement sur les parts de marché, est de
plus en plus rejetée par la doctrine économique. 132
En bref, la méthode du bilan concurrentiel consiste à dresser un bilan entre les effets positifs
et les effets négatifs de la concentration au seul regard de son impact sur la concurrence
s’exerçant sur les marchés pertinents.133
Le bilan économique
Par le biais de l’article 16, que le Conseil « apprécie si l’opération apporte au progrès
économique une contribution suffisante pour compenser les atteintes à la concurrence ». Encore
une fois, la rédaction marocaine n’est que la reprise pure et simple de celle française. Dans les
deux régimes, le bilan économique n’est nécessaire qu’une fois l’atteinte à la concurrence
caractérisée. Fondamentalement, il reflète une idée similaire qui se traduit par une dérogation à
130 Article 16 de la loi 104-12 : lorsqu'une opération de concentration fait l'objet, en application du paragraphe 4
du septième alinéa de l'article 15 ci-dessus, d'un examen approfondi, le conseil de la concurrence examine si elle
est de nature à porter atteinte à la concurrence, notamment par création ou ren forcement d'une position dominante
ou par création ou renforcement d'une puissance d'achat qui place les fournisseurs en situation de dépendance
économique. Il apprécie si l'opération apporte au progrès économique une contribution suffisante pour compenser
les atteintes à la concurrence...
131 GLASER Emmanuel, « Actualité du droit de la concurrence et de la régulation. Concentration - Compétence
op.cit, p:776.
133 BERTILE Véronique, LE QUINIO Alexis et MAGNON Xavier, « Jurisprudence du Conseil constitutionnel.
1er septembre-31 décembre 2006 », Revue française de droit constitutionnel, n° 70, 2007, pp. 297-333.
57
l’interdiction des opérations qui assurent un certain développement de l’économie en dépit des
restrictions qui peuvent en découler. En effet, la concurrence n’est envisagée ici qu’en tant que
moyen permettant d’acquérir le progrès économique, et ce dans l’intérêt général. L’impératif
d’intérêt général se voit donc doté d’une fonction conciliatric e en ce qu’il permet de mettre en
balance les résultats d’un bilan concurrentiel exprimés en gains ou pertes d’efficacité avec les
gains plus larges dont bénéficie l’économie. De cette manière, différentes voies d’acquisitio n
du progrès économique coexistent.134
Cette vision se distingue sensiblement de celle des modèles marocain et français. Ces derniers
distinguent entre le bilan concurrentiel et celui économique de sorte que le bilan économique
ne soit mis en œuvre que si le premier s’avère négatif. Il s’agit d’une démarche séquentielle qui
ouvre, au nom du progrès économique, la voie à l’intégration de considérations extra-
concurrentielles. À la différence de l’article 9 alinéa 2 qui cite l’emploi comme un exemple de
progrès économique en matière de pratiques anticoncurrentielles, aucun exemple ne permet ici
d’expliciter le sens à donner à cette notion de progrès économique telle qu’utilisée en matière
de contrôle des concentrations. Toutefois, cette différence reste à notre sens purement
formelle. 135 En effet, il faut se rappeler que la notion n’est pas nouvelle en droit marocain des
concentrations. L’article 42 de l’ancienne loi n°06-99 précisait déjà que : « Le Conseil de la
concurrence apprécie si le projet de concentration ou l’opération de concentration apporte au
progrès économique une contribution suffisante pour compenser les atteintes à la concurrence.
Le conseil tient compte de la compétitivité des entreprises en cause au regard de la concurrence
internationale ». Cet article retient d’abord l’exemple de la compétitivité des entreprises qui est
étranger aux considérations purement concurrentielles. La pratique décisionnelle du Conseil a
de son côté permis d’appuyer cette affirmation en intégrant dans le bilan économique une
grande variété de considérations telles que la compétitivité des opérateurs nationaux ou encore
la préservation de l’emploi. D'autres facteurs peuvent également entrer en ligne de compte pour
apprécier les avantages d'une opération de concentration : on peut citer l’amélioration de la
qualité des produits et services offerts, l’amélioration des moyens de recherche et
développement, les gains d'efficacité économique, la contribution de l'opération à
l’amélioration des conditions de travail, au développement de l'emploi, l'impact sur le
développement de régions défavorisées et l’aménagement du territoire, la protection de
134 El Mostafa AMMAS, Le domaine du contrôle des concentrations économiques en droit de la concurrence (The
field of merger control in competition law), 6 (November-2023), p:777-778.
135 Ibid.
58
l’environnement, sans oublier la contribution de l'opération à la consolidation de la position
concurrentielle des petites et moyennes entreprises sur le marché.136
En effet, il est impératif pour le Conseil de la concurrence d'être informé de toutes les opérations
de concentration afin d'évaluer celles qui pourraient affecter la concurrence sur le marché et
d'approuver uniquement celles qui n'y portent pas atteinte.
Si les entreprises qui unissent leurs forces et réalisent des concentrations ou créent des
entreprises communes peuvent agrandir les marchés et apporter des bénéfices à l’économie
marocaine, certaines concentrations peuvent avoir pour effet de réduire la concurrence sur le
marché. À ce titre, le contrôle des concentrations économiques vise à empêcher celles qui
présentent une forte probabilité de générer un impact négatif significatif sur la concurrence sur
les marchés au Maroc.139
59
concurrence, en augmentant les barrières à l'entrée et en consolidant des positions dominantes.
Le Conseil de la Concurrence joue un rôle vital en surveillant et régulant ces opérations afin de
prévenir et sanctionner toute dérive anticoncurrentielle.
Dans ce sens, l'article 20 de la loi 104-12 ajoute que le conseil de la concurrence peut, en cas
d'exploitation abusive d'une position dominante ou d'un état de dépendance économique,
enjoindre, par décision motivée, à l'entreprise ou au groupe d'entreprises en cause de modifier,
de compléter ou de résilier, dans un délai déterminé, le cas échéant sous astreinte et dans la
limite prévue à l'article 40 de la présente loi, tous accords et tous actes par lesquels s'est réalisée
la concentration de la puissance économique qui a permis les abus même si ces actes ont fait
l'objet de la procédure prévue ci-dessus.140
Cet article confère donc au Conseil de la concurrence le pouvoir de prendre des mesures
correctives en cas d'abus de position dominante ou de dépendance économique découlant d'une
opération de concentration économique.
140 C'est à dire la procédure de notification et de contrôle des opérations de concentration économique.
60
Le Conseil de la Concurrence a été créé par la loi n° 20.13 relative au Conseil de la Concurrence
en date du 30 juin 2014. Il a commencé à fonctionner le 19 décembre 2018, moins d'une semaine
après la nomination de ses membres. 141
La réactivation du Conseil de la Concurrence et des autres Instances Constitutionnelles de
gouvernance et de régulation vise à consolider la construction démocratique dans notre pays.
En s’appuyant sur un équilibre entre ses institutions, cette construction se trouve, de facto, au
cœur de l’émergence de contre-pouvoirs nouveaux dans la société. Ceux-ci sont appelés à
contribuer à une régulation positive des dysfonctionnements et des déviances qui peuvent
émaner d’acteurs de la scène institutionnelle nationale.
Si les mois de novembre et décembre 2018 ont été consacrés à l’installation du Conseil de la
Concurrence, à la mise en place de ses instances décisionnelles et au renforcement des capacités
de ses organes de fonctionnement administratif, l’année 2019 a été marquée par une intense
activité ayant trait à la régulation des marchés, à travers l’examen de l’état de la concurrence
dans les secteurs de l’activité économique nationale. Cette régulation porte sur la notifica tio n
des opérations de concentration économique, l’examen des demandes d’avis et l’instruction des
saisines contentieuses.
141 https://www.unescwa.org/sites/default/files/event/materials/competition_forum_2020_hassan_abouabdelmajid
_morocco_session_2_2.pdf , p:06
142 Rapport annuel du conseil de la concurrence 2019, soumis à Sa Majesté Le Roi Mohammed VI que Dieu
61
Permanente144 , 106 décisions et avis. Ce bilan couvre les différents champs de compétences du
Conseil, telles que prévues par l’article 166 de la Constitution, les dispositions de la loi n°
104.12 relative à la liberté des prix et de la concurrence et de la loi n° 20.13 relative au Conseil
de la Concurrence, ainsi que les textes pris pour leur application. Il s’agit de 53 décisions
rendues en matière du contrôle des concentrations économiques, 50 décisions relatives à des
saisines contentieuses et 3 avis rentrant dans le cadre de son activité consultative. 145
Le projet du Gouvernement a été jugé par le Conseil de la Concurrence, d’une part, comme ne
remplissant pas les conditions légales fixées par l’article 4 de la loi n° 104.12 relative à la liberté
des prix et de la concurrence, et d’autre part, comme non judicieux du point de vue de la
protection du pouvoir d’achat des citoyens et des segments vulnérables du secteur et ne
répondant pas aux dysfonctionnements de nature structurelle que connait le marché des
carburants liquides depuis sa libéralisation mal préparée en décembre 2015. 146
En ce qui concerne l’activité contentieuse, Les saisines objet des décisions rendues par le
Conseil ont porté, aussi sur des questions qui ont trait à des litiges de concurrence déloyale qui
ne relèvent pas, dans leur grande majorité, de la compétence du Conseil de la Concurrence,
avec 24%, et dans des proportions variées sur des problématiques d’abus de position dominante
avec 22%, et d’ententes anticoncurrentielles avec 6%.
ramadan 1442 (22 avril 2021) BO. N° 7044 du 26 Rabii II 1443 (2 Décembre 2021), La formation plénière est
composée du Président, des Vice-présidents et des membres Conseillers... La formation plénière délibère et décide
sur ce qui suit : 1. Les demandes d’avis, et qui sont confiées à une commission spéciale composée d’au moins trois
membres. Les membres de cette commission, ainsi que le coordinateur de ses travaux sont désignés par le Président
; 2. Les saisines contentieuses jugées comme remplissant les conditions de recevabilité par la commissio n
permanente; 3. Les concentrations économiques dans certains cas; 4. Le rapport annuel, dont la préparation est
confiée à la section en charge du rapport annuel, conformément aux dispositions de l'article 34 ci-dessous. 5. Le
budget du Conseil ; 6. Les études menées sous forme d’auto -saisines.
144 Selon l'article 28 du règlement intérieur du conseil de la concurrence, la commission permanente est composée
du Président et des quatre (4) Vice-présidents. La commission permanente peut être chargée des travaux préparatifs
des réunions des formations plénières. Elle délibère et décide sur ce qui suit : Les c oncentrations économiques
lorsque le chiffre d’affaires cumulé additionnel des parties concernées est compris entre 10% et 30% ; • Le non -
lieu de poursuivre la procédure ; • L’irrecevabilité des saisines contentieuses conformément aux dispositions de
l’article 26 de la loi n°104.12. La commission permanente examine également les dossiers qui lui sont soumis par
la formation plénière.
145 Rapport annuel du conseil de la concurrence 2019, op.cit , p:13-14
146
Rapport annuel du conseil de la concurrence 2019, op.cit , p:17
62
En référence à leur nature, la plupart des décisions prises par le Conseil en matière de saisines
contentieuses durant l’année 2019 ont été motivées soit par l’irrecevabilité (45 cas), soit des
non-lieu147 (2 cas) ou par un désistement de la partie saisissante (3 cas) ; aucune décision au
fond en matière contentieuse n’a été par conséquent prise par le Conseil de la Concurrence
durant cette année.
La conjoncture économique liée à la pandémie de la Covid-19 a créé des tensions sur l’équilibre
de l’offre et de la demande de certains produits et services, menant à une pénurie temporaire
de ces derniers. Certaines de ces tensions sont susceptibles de générer une extrême volatilité
des prix et un risque 149 inflationniste.150
Les entités publiques, comptant dans leurs prérogatives la protection des consommateurs et le
contrôle des prix, se sont trouvées confrontées au défi de distinguer entre les variations de prix
provoquées par de véritables chocs d’offre et de demande de celles émanant de comportements
abusifs.
147 Celasignifie qu'après examen des faits et des éléments disponibles, il est décidé qu'il n'y a pas suffisamment de
preuves ou de motifs pour poursuivre l'affaire en justice ou pour engager des actions administratives. En d'autres
termes, c'est une décision de ne pas entamer de poursuites ou de sanctions dans une affaire spécifique.
148 Rapport annuel du conseil de la concurrence 2019, op.cit , p:18.
149 Un risque inflationniste désigne la menace ou la possibilité d'une augmentation soutenue et significative des
niveaux généraux de prix dans une économie. Cela peut résulter de divers facteurs tels que la hausse des coûts de
production, une demande accrue par rapport à l'offre disponible, des politiques monétaires expansionnistes, des
chocs d'offre (comme des perturbations dans la chaîne d'approvisionnement), ou d'autres facteurs économiques et
sociaux. Ce risque est surveillé de près par les autorités économiques pour éviter des impacts négatifs sur la stabilité
économique et le pouvoir d'achat des cons ommateurs.
150 Rapport Annuel du conseil de la concurrence 2020 soumis à Sa Majesté Le Roi Mohammed VI que Dieu
63
Dans ce dernier cas de figure, la mise en place de prix plafonds et de mesures coercitives à
l’encontre des opérateurs en situation d’abus a souvent été rendue nécessaire.
Face à la diversité des outils juridiques disponibles, les autorités en charge de la concurrence
et de la protection des consommateurs ont adopté des approches différentes pour contrôler les
pratiques d’exploitation de profit.
Des autorités appliquent les lois existantes sur la protection des consommateurs afin de contrer
l’usage des prix abusifs ou la publicité trompeuse. D’autres s’appuient sur la législation relative
à la concurrence interdisant les pratiques de prix abusives des entreprises dominantes alors que
d’autres recourent aux lois portant sur les prix abusifs s’appliquant en temps de crise. 151
les pratiques anticoncurrentielles, par les entreprises ou, pour toute affaire qui concerne les intérêts dont ils ont la
charge, par les organismes mentionnés au troisième alinéa de l'article 5 ci-dessous. Il peut également être saisi par
l'administration de toute pratique anticoncurrentielle. ou de faits susceptibles de constituer une telle pratique, ainsi
que des manquements aux engagements pris par les parties à une opération de concentration économique lorsque
l'administration a évoqué la décision relative à ladite opération conformément à la loi sur la liberté des prix et de
la concurrence."
64
Par nature des décisions émises, la totalité des saisines clôturées au cours de l’année 2020 ont
été déclarées irrecevables pour cause de défaut de la qualité d’agir de la partie saisissante ou
d’incompétence du Conseil quant à l’objet de la saisine.
Les saisines reçues et traitées par le Conseil de la concurrence en 2020, ont concerné à hauteur
de 74% du contentieux à l’encontre de l’Administration, et de présumés abus de position
dominante ou concurrence déloyale dans une proportion de 26% du total des saisines. 154
Dans ce sens, le Conseil de la concurrence a reçu une demande d’avis, émanant de la Fédération
Nationale du E-Commerce au Maroc (FNEM), en septembre 2013 au sujet de la situation de la
concurrence dans le commerce électronique au Maroc (L’Avis du Conseil de la concurrence
n° A.3.2020 relatif à la situation de la concurrence sur les marchés du paiement en ligne
par carte bancaire).
L’examen de cette demande d’avis a permis de constater que le marché du paiement par carte
bancaire en ligne se caractérise par divers obstacles à l’entrée et des barrières juridiq ues
prudentielles (procédure de certification afin de lutter contre la fraude et garantir la protection
des données à caractère personnel), ainsi que des barrières structurelles et techniques. Du point
de vue de la politique de concurrence, ce sont les comportements relatifs aux obstacles à l’entrée
qui suscitent le plus de préoccupations, tels que les obstacles à l’accès aux systèmes de paiement
pouvant résulter de l’exploitation abusive d’une position dominante, notamment d’un réseau
dominant.
Dans le cas de la présente demande d’avis, les éléments examinés par le Conseil de la
concurrence conduisent à penser que le Centre Monétique Interbancaire155 dispose à ce jour
d’une position fortement dominante sur le marché du e-paiement (marché de l’acquisition et de
la prestation de service de paiement).
65
Cette position dominante n’est pas condamnable en soi. Seul l’exercice abusif d’un tel pouvoir
de marché pourrait être sanctionné comme les possibles abus d’éviction, destinés à décourager,
retarder ou éliminer les concurrents, en l’occurrence les établissements de paiement non
bancaire, par des procédés ne relevant pas d’une compétition par le mérite et les éventuels abus
d’exploitation, par lesquels des commissions exorbitantes seraient subies par les e-
commerçants.156
Cet avis met en évidence les risques d'abus de position dominante sur le marché du paiement
en ligne, soulignant l'importance de surveiller et de réguler ces pratiques conformément aux
dispositions légales en vigueur, afin de garantir une concurrence loyale et de protéger les acteurs
économiques, en particulier les nouveaux entrants et les e-commerçants.
Par nature des décisions émises, mis à part deux cas de désistement des parties saisissantes, la
totalité des saisines clôturées courant de l’année 2021 ont été déclarées irrecevables pour cause
de défaut de la qualité et d’intérêt d’agir de la partie saisissante ou d’incompétence du Conseil
par rapport à l’objet de la saisine.158 Cela signifie que dans la plupart des cas, les parties qui ont
saisi le Conseil n'avaient pas la légitimité nécessaire pour agir, ou bien les affaires soumises ne
relevaient pas de la compétence du Conseil de la Concurrence.
66
Dans le cadre de son pouvoir consultatif, le Conseil de la concurrence a rendu 4 avis en 2021
parmi lesquels on trouve: l’examen du respect des règles d’une concurrence libre et loyale par
les producteurs et importateurs des huiles de table au Maroc.159 Le Conseil de la concurrence a
été saisi, d’une demande d’avis émanant de la chambre des Représentants sur demande de la
commission permanente des secteurs productifs, dans laquelle elle a sollicité l’avis du Conseil
de la concurrence sur le respect des règles d’une concurrence libre et loyale par les producteurs
et importateurs des huiles de table suite aux dernières augmentations des prix de vente
constatées sur le marché national de ces produits.
Cette demande d’Avis s’inscrit dans le cadre des dispositions de l’article 5 de la loi n°20.13
relative au Conseil de la concurrence qui dispose dans son 1er alinéa que : « Le Conseil peut
être consulté par les commissions permanentes 160 du Parlement sur les propositions de loi
ainsi que sur toute question concernant la concurrence, conformément aux règlements
intérieurs des Chambres du Parlement… ».
Cette demande s’inscrit dans le cadre des compétences consultatives et non contentieuses du
Conseil de la concurrence : le Conseil ne s’est pas prononcé sur l’aspect comportemental des
opérateurs du marché des huiles de table ou la qualification juridique de leurs pratiques au
regard du droit de la concurrence.
Les résultats de l’étude menée dans le cadre du présent avis ont permis de conclure que les
augmentations des prix de vente des huiles de table enregistrées sur le marché nationa l
s’expliquent par la conjonction de facteurs objectifs liés à la structure du marché lui-même et
aux évolutions du marché extérieur duquel il est dépendant. 161
En somme, l'étude a révélé que les hausses des prix des huiles de table sur le marché nationa l
ne sont pas le résultat de pratiques anticoncurrentielles ou de manipulations de prix par les
producteurs ou importateurs. Au contraire, ces augmentations sont attribuées à des facteurs
objectifs et externes.162
table. Près de 98,7% des besoins domestiques sont importés, sous forme d’huiles brutes et seuls 1,3% sont couverts
par les graines produites localement.
67
En outre, le Conseil a reçu deux demandes d’avis qui pour défaut de la qualité et de l’intérê t
d’agir, ont été déclarées irrecevables. Il s’agit en l’occurrence de :
La régulation des marchés est au cœur des missions du Conseil de la Concurrence, visant à
promouvoir un environnement économique sain et concurrentiel au sein de l'économie
nationale. Grâce à cette régulation, il est possible d'éviter les pratiques anticoncurrentie lles
telles que la collusion, la fixation concertée des prix, la répartition de marché, l'abus de position
dominante et d'autres formes de comportements nuisibles à la concurrence. Ces pratiques, si
elles ne sont pas contrôlées, peuvent fausser les prix et nuire aux consommateurs ainsi qu'à
l'économie dans son ensemble.
163 L’Association des Intermédiaires et Entrepreneurs en Assurances au Maroc (AIEA) est une organisation
professionnelle marocaine qui regroupe les intermédiaires et entrepreneurs actifs dans le secteur des assurances.
Cette association vise à représenter, défendre et promouvoir les in térêts de ses membres auprès des autorités
publiques, des compagnies d'assurances et des autres parties prenantes du secteur. Elle travaille également à la
formation continue et à l'amélioration des compétences professionnelles de ses membres, tout en veillant au respect
de la déontologie et des bonnes pratiques dans le domaine des assurances.
164 Rapport Annuel du conseil de la concurrence 2021, p:95.
165 Rapport Annuel du conseil de la concurrence 2022 soumis à Sa Majesté Le Roi Mohammed VI que Dieu
68
en 2022. Le reste est constitué des décisions rendues en termes de pratiques
anticoncurrentielles, représentant 19% du total, ainsi que de l’activité consultative, qui
représente 2%. Dans l’ensemble, cette répartition correspond à ce qui est d’usage dans les
autorités de concurrence au niveau comparé. 166
Le Conseil de la concurrence s’est saisi d’office pour avis afin d’analyser les récentes
fluctuations des prix de vente de certains produits et matières et l’impact de la flambée des prix
sur le fonctionnement concurrentiel des marchés nationaux dans un contexte économique
national marqué par une hausse des prix de vente des carburants (gasoil et essence) à la pompe
sur le marché national qui ont atteint des niveaux records au cours des premiers mois de 2022.
L’analyse du Conseil portant sur le fonctionnement concurrentiel des marchés, la structure des
prix de vente et les marges réalisées par les opérateurs a montré que le marché du gasoil et de
l’essence est rigoureusement encadré par une règlementation obsolète, ainsi que totaleme nt
dépendant des importations de l’étranger. Elle a montré également que les marchés du stockage
et de l’importation sont fortement concentrés et que le réseau de distribution est en forte
croissance avec un niveau de concentration élevé. 167
A titre d'exemple, le Conseil a pris une décision, par laquelle il a infligé une sanction pécunia ire
de trois millions de dirhams (3.000.000) à l’encontre de l’Ordre des Experts Comptables.
Cette sanction a été prononcée, en raison de la violation par ledit Ordre, des dispositions de
l’article 6 de loi précitée, qui interdit les ententes, sous quelque forme et pour quelque cause
que ce soit, qui ont pour objet ou peuvent avoir pour effet d’empêcher, de restreindre ou de
fausser le jeu de la concurrence sur un marché, notamment lorsqu’elles tendent à:
Faire obstacle à la formation des prix par le libre jeu du marché en favorisant artificielle me nt
leur hausse ou leur baisse ;
69
Limiter l’accès au marché ou le libre exercice de la concurrence par d’autres entreprises. 169
La mise en œuvre par les membres de l’Ordre d’une entente, relative à la fixation et la
diffusion d’un prix minimum moyen ne devant pas être inférieur à 500 dirhams l’heure hors
taxes, qui a été rendu obligatoire pour l’ensemble des experts comptables exerçant sur le
marché national de l’audit financier et comptable légal ou contractuel. L’Ordre est interve nu
également auprès de certains établissements publics pour faire respecter ce prix minimum
dans les appels d’offres qu’ils ont conclus. Ces pratiques de l’Ordre des experts comptables
faussent le libre jeu libre de la concurrence sur le marché concerné et limitent l’accès des
entreprises, notamment les petites et moyennes, au marché des services d’audit comptable
et financier à des prix concurrentiels ;
L’insertion par l’Ordre des Experts Comptables dans un certain nombre de ses documents,
des dispositions anticoncurrentielles, en fixant un prix minimum dans un marché libre à la
concurrence, alors que la fixation des prix ne relève pas des missions confiées par le
législateur à l’Ordre, telles que définies par la loi n°15-89 régissant la profession d’expert-
comptable et instituant un ordre des Experts Comptables.
En outre, le Conseil a enjoint dans sa décision citée ci-dessus , à l’Ordre des Experts Comptables
d’introduire les amendements nécessaires en vue de purger tous ses documents des dispositio ns
anticoncurrentielles et ce, dans un délai de 60 jours à compter de la date de réception de la
présente décision. Passé ce délai, une astreinte journalière fixée à quatre milles dirhams (4000)
sera infligée à l’Ordre des Experts Comptables. 170
169 Communiqué du Conseil de la Concurrence relatif à la décision n°80/D/2022 rendue à l’encontre de l’Ordre
des Experts Comptables , 28 juillet 2022. Disponible sur le lien suivant: https://conseil-concurrence.ma/wp-
content/uploads/2023/12/1-Communique-de-Presse-Francais-SANCTION-OEC1-3-8.pdf, consulté le 27/06/ 2024
à 20h39min.
170 https://conseil-concurrence.ma/wp-content/uploads/2023/12/1-Communique-de-Presse-Francais-SANCTIO N-
70
cette fonction pour réguler le marché. En 2022, le domaine de surveillance des opérations de
concentration économique a constitué plus de 78% de l'ensemble des décisions et avis rendus,
montrant une continuité dans l'accent mis sur le contrôle des concentrations économiques. Les
activités contentieuses et consultatives ont également joué un rôle important, bien que moins
prédominant en termes de volume décisionnel.
D'ailleurs, certaines décisions ont fait l'objet de critiques, notamment après l'activation de son
pouvoir de sanction en 2022. Plusieurs observateurs ont jugé des sanctions comme insuffisa ntes
pour compenser les dommages économiques causés par les pratiques anticoncurrentielles et ont
été perçues comme manquant de fermeté, remettant en question la capacité du Conseil à
dissuader efficacement les comportements anticoncurrentiels. C'est ce que nous traiterons dans
le paragraphe suivant.
71
Faisant l'objet d'une instruction pour pratiques anticoncurrentielles, l'Ordre national des
architectes a souhaité bénéficier de la procédure de non-contestation des griefs171 , donnant lieu
à un accord de transaction entre le rapporteur général du Conseil de la concurrence et l'Ordre. 172
Conformément aux dispositions de l’article 33 de la loi 104-12 relative à la liberté des prix et
de la concurrence telle que modifiée et complétée, le Conseil de la Concurrence, siégeant en
collège, a tenu le 23 février 2023 une séance pour statuer sur la saisine émanant de l’Associatio n
des Lotisseurs Promoteurs Immobiliers de Meknès, et examiner la proposition de transaction
conclue entre les services d’instruction du Conseil et l’Ordre National des Architectes. 173
L'accord de règlement stipule que l'Ordre national des architectes, dans toutes ses composantes,
y compris le conseil national et les conseils régionaux, doit mettre fin aux pratiques consistant
à fixer un seuil minimal des honoraires et à répartir les commandes de services fournis par les
architectes selon un système de quotas.
Il prévoit également la modification et la mise à jour de tous les documents et décisions émanant
de l'Ordre et incluant les pratiques susmentionnées, ainsi que l'adoption et la mise en œuvre
d'un programme de conformité avec la loi sur la concurrence, conformément aux dispositio ns
du guide pratique élaboré par le Conseil de la concurrence à cet égard, afin d'éviter la répétition
des mêmes pratiques.174
Une décision qui s'inscrit parmi les procédures négociées prévues par la loi, est néanmoins,
critiquable pour diverses raisons.
Avant d’aborder amplement ces critiques il est à rappeler qu’il existe à côté des procédures
contentieuses ordinaires consacrées par la loi des procédures négociées qui présentent
l’avantage de parer à la lourdeur des procédures contentieuses en vue de pallier à la diffic ulté
d’apporter les preuves de commission des pratiques anticoncurrentielles. Au Maroc la loi 104-
171 La procédure de non-contestation des griefs. Encadrée par les dispositions de l’article 37 de la loi n°104.12
relative à la liberté des prix et de la concurrence, cette procédure permet aux organismes et/ou entreprises mis en
cause dans le cadre d’un contentieux relatif à des pratiques anticoncurrentielles de renoncer volontairement à
contester les griefs notifiés par le Conseil de la concurrence, et éventuellement de prendre des engagements pour
l’avenir, en contrepartie d’une réduction d’amende.
172 https://lematin.ma/express/2023/conseil-concurrence-lordre-architectes-ecope-amende/387176.ht ml, consulté
le 16/06/2024 à 02h25min.
173 Communiqué Relatif à l’accord de transaction conclu entre le Conseil de la Concurrence et l’Ordre National
%A7%D8%AA%D9%85%D9%86%D8%A 7%D9%81%D9%8A%D8%A9%D9%84%D9%84%D9%82%D9%
88%D8%A7%D8%B9%D8%AF%D9%85%D8%A C%D9%84%D8%B3%D8%A 7%D9%84%D9%85%D9%86
%D8%A7/, consulté le 16/06/2024 à 02h18min.
72
12 consacre les différentes procédures négociées, de clémence de transaction et d’engageme nt,
en attribuant au conseil de la concurrence la compétence de les mettre en œuvre.175
Le rôle ainsi poursuivi par les autorités à travers l’introduction des procédures négociées en
matière de régulation de la concurrence, est de permettre aux autorités de régulation de se doter
d’outils flexibles associant davantage les acteurs du marché à leur processus décisionnel et de
renforcer ainsi leur rôle de régulateur en dehors des contraintes procédurales de la régulatio n
contentieuse.176
Les nouvelles procédures négociées ainsi introduites dans le dispositif légal de la régulation de
la concurrence, constituent une rupture avec le droit imposé, qui a perduré sous l’impulsion de
l’ancienne loi 06-99, et un outil permettant au Conseil de la concurrence d’engager de véritables
négociations avec les acteurs du marché, en vue de lutter efficacement contre les pratiques
anticoncurrentielles.
Faire l’éloge de l’intérêt apporté par ces nouvelles procédures n’est pas contestable compte tenu
de leurs avantages évoqués plus haut. Cependant dans le cadre de l’entente relevée dans le
secteur des prestations architecturales tout récemment il nous parait que le montant de
transaction conclu entre le conseil et l’Ordre national des architectes reste insignifiant. Ce
dernier ne peut nullement compenser le dommage causé à l’économie en général et aux
consommateurs en particuliers, et atteste d’un abandon par le régulateur du rôle prioritaire de
dissuasion dont il doit faire preuve. Dans le traitement de cette affaire, il semblerait que le
175 Youssef Oubejja, Docteur en Droit Economique, Regards critiques sur la décision du conseil de la concurrence
relative aux pratiques anticoncurrentielles entre architectes, 14 mars 2023.
176 https://maroc-diplomatique.net/regards -critiques-sur-la-decision-du-conseil-de-la-concurrence/, consulté le
18/06/2024 à 19h44min.
73
régulateur ait préféré inopportunément la célérité en abandonnant son rôle de dissuasion qui se
doit avant tout d’être efficace.177
De même si la loi autorise les opérateurs victimes de ces pratiques de saisir la justice pour la
réparation de leur dommage en dépit de la conclusion de l’accord, celle-ci consacre à l’opposé
des restrictions de saisine inutiles pour les associations de consommateurs, en maintenant le
critère de l’utilité publique.179 Il convient de souligner que l'obtention du statut d'association
reconnue d'utilité publique est particulièrement difficile. Cette situation prive le Conseil de la
Concurrence d'une source précieuse d'informations susceptibles de révéler des
dysfonctionnements sur les marchés. De plus, elle empêche les consommateurs de faire valoir
leurs droits et de se défendre contre les pratiques anticoncurrentielles, alors qu'ils sont les
premiers à en subir les conséquences.
Suite à des modifications législatives majeures régissant la concurrence au Maroc, neuf sociétés
opérant dans le secteur des hydrocarbures ont été soumises à une enquête approfondie du
177 Youssef Oubejja, Docteur en Droit Economique, Regards critiques sur la décision du conseil de la concurrence
relative aux pratiques anticoncurrentielles entre architectes, 14 mars 2023.
178 Ibid.
179 Ibid.
74
Conseil de la concurrence. Après des négociations complexes, des accords transactionnels ont
été conclus, mettant fin aux procédures contentieuses et entraînant des amendes d'un montant
total de 1,84 milliard de dirhams.180
L'association souligne que cet accord, qui n'a pas été rendu public dans sa totalité, ne précise
pas les critères utilisés pour déterminer les amendes individuelles, violant ainsi les principes de
transparence et d'équité.182
Malgré les dispositions légales, le Conseil de la concurrence n'a pas publié les détails de
l'accord, ce qui soulève des préoccupations quant à l'efficacité de sa supervision des pratiques
commerciales déloyales et anticoncurrentielles.
Transparency Maroc demande donc à la Cour des comptes d'enquêter sur cette affaire et de
prendre les mesures nécessaires pour garantir la transparence et la légitimité des décisions prises
dans le domaine de la concurrence. 183
Qualifiée de « ni juste ni équitable », cette sanction, attendue pendant huit longues années,
semble davantage servir les intérêts des entreprises de distribution que de protéger les droits
des consommateurs et les intérêts des professionnels. Selon la CDT, les retards et
a été créée le 6 janvier 1996 par un groupe de citoyens pour faire face à une situation alarmante de corruption et
de manque de transparence, d’éthique et de bonne gouvernance.
182 https://telquel.ma/instant-t/2024/03/21/transparency-maroc-critique-un-manque-de-transparence-dans-laccord-
représenter et défendre les intérêts de la classe ouvrière du pays. Sa formation est le résultat d'un développement
historique objectif qui répondait aux besoins des travailleurs marocains de s'organiser et d'occuper une place
significative dans les luttes sociales, politiques et culturelles. La CDT vise à accomplir des tâches importantes aux
niveaux national, régional et international.
75
atermoiements dans la prise de décision ont causé un tort considérable au grand public. Les
conséquences de cette lenteur sont loin d’être négligeables, avec des pertes directes estimées à
environ 60 milliards de dirhams depuis 2016. Cette somme astronomique souligne l’ample ur
des préjudices subis par les consommateurs marocains, victimes d’une inertie institutionne lle
déconcertante.185
Enfin, cette déclaration de la CDT met en lumière une réalité amère : la justice tardive est
souvent synonyme de justice incomplète, surtout lorsqu’elle concerne des enjeux aussi cruciaux
que la gestion des ressources énergétiques. La décision du Conseil, bien qu’elle représente un
pas en avant, semble insuffisante pour répondre aux attentes légitimes des consommateurs et
des professionnels du secteur. Elle soulève au contraire des questions profondes sur la nécessité
d’une réforme plus ambitieuse et plus courageuse dans la régulation du secteur énergétiq ue
marocain.186
En effet, le Conseil de la Concurrence a pris des décisions controversées dans plusieurs cas
récents, notamment contre l'Ordre National des Architectes et dans le marché des
hydrocarbures. Dans le premier cas, l'Ordre National des Architectes a été accusé de pratiques
anticoncurrentielles et a opté pour une procédure de non-contestation des griefs, menant à un
accord de transaction. Cet accord, bien qu'ayant mis fin aux pratiques telles que la fixation d'un
seuil minimal des honoraires et la répartition des commandes par quotas, a été critiqué pour le
montant jugé insuffisant de l'amende, qui ne compense pas adéquatement le dommage causé
aux consommateurs et à l'économie.
Dans le cas des hydrocarbures, neuf sociétés ont été enquêtées pour entente illicite, aboutissant
à des amendes totalisant 1,84 milliard de dirhams. Cependant, la transparence et l'équité de ces
décisions ont été mises en question, notamment par Transparency Maroc et la Confédératio n
Démocratique du Travail (CDT). Ces critiques soulignent le manque de clarté dans la
détermination des amendes et les retards dans la prise de décision, causant des pertes
économiques significatives et un manque de confiance dans le processus de régulation. Ces
controverses mettent en lumière la nécessité d'une réforme plus rigoureuse et transparente de la
régulation de la concurrence au Maroc.
185 Sara DIALO, la décision du Conseil de la Concurrence sur les sociétés pétrolières : Une justice tardive et
incomplète, publié le 1 décembre 2023. Lien vers l'article : https://maroc-diplomatique.net/la-decision-du-conseil-
de-la-concurrence-sur-les-societes-petrolieres-une-justice-tardive-et-incomplete/, consulté le 18/06/2024 à
18h24min.
186 Ibid.
76
Ces critiques mettent en lumière les défis persistants que le Conseil doit relever pour assurer
une régulation efficace et transparente des marchés.
Bien que le texte de la loi 104-12 et son esprit vont vers une séparation des fonctio ns
d'instruction et de décision pour préserver les droits des entreprises à un procès équitable,
certains détails faussent l'indépendance de l'instruction de toute influence du collège. Nous
regrettons que c'est le président du conseil qui nomme le rapporteur général ainsi que les
rapporteurs généraux adjoints, il aurait été préférable que le rapporteur général soit nommé par
décret (à l'instar des autres membres du conseil et du commissaire du gouvernement), pour
éviter toute influence sur l'institution de l'instruction qui doit exercer son travail en toute
indépendance.187 Pour le cas de la France, Le rapporteur général est nommé par arrêté du
ministre chargé de l'économie après avis du collège.188
D'ailleurs, il est illogique que la nomination du secrétaire général du conseil est faite par le biais
d'un dahir, alors qu'il est uniquement chargé des actes et services administratifs et financiers du
77
conseil189 , alors que la nomination du rapporteur général qu'on peut le considérer comme le
juge d'instruction, est faite par une simple décision du président du conseil.190
Le conseiller auditeur peut aussi agir de sa propre initiative. S'il l'estime utile, il peut alors faire
part de conseils ou de propositions au rapporteur général sur la suite de la procédure.
Le conseiller auditeur ne prend pas de décision. C'est donc par la rédaction d'un rapport adressé
au Président de l'Autorité de la concurrence, en prévision de la séance, que le conseiller auditeur
clôt son intervention.191
A l'origine, son rôle se limitait à organiser l'audition, la présider et en assurer le bon dérouleme nt
dans le cadre des procédures en matière d'ententes et d'abus de positions dominantes. Par la
189 Selon les articles 17 et 18 de la loi 20-13, le secrétaire général du conseil de la concurrence est chargé de
l'enregistrement des saisines et des requêtes en matière de concurrence et de la transmission des dé cisions et des
avis du conseil. Il est responsable des services administratifs et financiers ainsi que de la tenue et de la conservation
des dossiers et des archives du conseil. Le secrétaire général peut recevoir délégation du président du conseil pour
signer tous actes et décisions d'ordre administratif. Il prépare le projet de budget qui est approuvé par le conseil.
Le secrétaire général est nommé par dahir.
190 Nada SLIMANI, op.cit. p:222
191 https://www.autoritedelaconcurrence.fr/fr/organigramme, consulté le 19/06/2024 à 15h16min.
78
suite, ce rôle a été étalé aux procédures de contrôle des concentrations économiq ues.
Ultérieurement, son mandat a été devu et étendu en 1994 et puis en 2001 afin de garantir une
prosta revuette des droits des parties, notamment en ce qui concerne la protection de La
confidentialité des documents et des secrets d'affaires ainsi que l'accès approprié aux dossiers
de la Commission Européenne.192
En effet, le conseiller auditeur occupe un rôle très essentiel dans la préservation des droits de la
défense, tels que le droit d'être entendu et d'accéder au dossier. Agissant en tant qu'expert
procédural, sa mission principale est de renforcer la protection des droits de la défense, en
assurant une intervention qui respecte rigoureusement le principe du contradictoire.
Il est regrettable de constater que ni la loi 104-12 sur la liberté des prix et de la concurrence, ni
la loi 20-13 sur le conseil de la concurrence n'ont même pas consacré un article au conseiller
auditeur qui est qualifié par le droit comparé comme un expert procédural.
Comme on vient de le voir ci-haut, non seulement le conseiller auditeur peut jouer un rôle
d'expert dans la garantie d'un bon déroulement du contradictoire en matière de concurrence,
mais aussi il peut être un bon négociateur pour tenter d'obtenir que les droits des parties soient
79
exercés et protégés de manière satisfaisante avant même que le collège n'ait à trancher
d'éventuelles difficultés.
Certes, l'introduction d'un expert procédural tel qu'un conseiller auditeur au sein du Conseil de
la concurrence pourrait significativement renforcer la légitimité de ses décisions et améliorer la
confiance des acteurs économiques dans le processus de régulation concurrentielle.
c) Un conseil jeune
Toutefois, cette tâche est d’autant plus difficile que le Conseil, en raison de sa jeunesse, doit
encore renforcer son autorité et ses capacités.
Dans ce sens, il convient de préciser que le conseil de la concurrence marocain était inactif
depuis longtemps197 , ce qui a entravé sa capacité à surveiller et réguler efficacement le marché.
80
Cette inactivité a laissé un vide réglementaire à un moment où l'environnement concurrentie l
subissait de profondes mutations et l'émergence de nouvelles pratiques anticoncurrentielles.
Le « redémarrage » de cette institution en 2018 198 a marqué une tentative de rattrapage, mais le
retard accumulé a posé des défis importants. La réactivation du Conseil après des années de
dormance a nécessité non seulement une mise à jour des cadres juridiques et institutionne ls,
mais aussi une adaptation rapide aux nouvelles réalités du marché. Pendant cette période
d'inactivité, les pratiques anticoncurrentielles ont pu se développer sans entrave, augmentant la
concentration de marché et le pouvoir de certaines entreprises.
En outre, les jeunes Autorités de la Concurrence, comme celle de notre pays, rencontrent des
difficultés croissantes pour mettre en place une ingénierie efficace de la gouverna nce
économique afin de réguler les principales pratiques de concurrence déloyale. Ces défis sont
multiples et variés.
D'une part, les ententes, où les entreprises se concertent illégalement pour fixer les prix ou se
partager les marchés, nécessitent des outils sophistiq ués de détection et de répression, souvent
encore en développement dans les jeunes autorités. D'autre part, les concentratio ns
économiques, résultant de fusions ou acquisitions, demandent une surveillance rigoureuse pour
éviter la formation de monopoles.199
d) Conflit de compétences
198 Le Conseil de la concurrence marocain a été opérationnel de janvier 2009 à octobre 2013 par la suite il a entré
dans une période d'inactivité jusqu'à sa réactivation en 2018.
199 Rapport annuelle du conseil de la concurrence de 2019: les difficultés croissantes pour les jeunes Autorités
Nationales de la Concurrence, comme la nôtre, à se doter d’une véritable ingénierie de la gouvernance économique
des principales pratiques de la concurrence déloyale, notamment les ententes, les concentrations économiques et
l’instruction de nouvelles formes digitalisées de comportements anticoncurrentiels.
81
constituent des violations des dispositions des articles 6, 7 et 8 de la loi n°104-12 et prononce
les sanctions nécessaires.
D'un autre côté, l'article 2 de la loi 20-13 relative au Conseil de la concurrence confère au
Conseil un pouvoir décisionnel similaire en matière de lutte contre les pratiques
anticoncurrentielles dans les différents secteurs en se conformant aux dispositions de la loi
n°104-12.
La coexistence de ces compétences crée un terrain propice aux conflits entre la compétence du
Conseil de la concurrence et celle de l’ANRT. Les données montrent que le Conseil de la
concurrence peut sanctionner toute violation des règles de la concurrence par les entreprises de
télécommunications, conformément aux dispositions constitutionnelles et à la loi régissant son
fonctionnement. Parallèlement, l’ANRT, en tant que régulateur sectoriel, détient également un
pouvoir d’intervention, comme en témoigne la sanction infligée contre Maroc Telecom en
2020.
En outre, d'après l'article 88bis de la loi n°24-96, l’ANRT informe le Conseil de la concurrence
des décisions prises, ce qui limite le rôle du Conseil à être informé postérieurement des
décisions de l’ANRT, réduisant ainsi ses prérogatives initiales. En Grande-Bretagne, la loi
attribue cette compétence aussi bien au Conseil de la concurrence qu’à l’autorité sectorielle, ce
qui nécessite une collaboration entre les deux instances. Toutefois, la décision finale revient au
Conseil de la concurrence.200
Il est donc impératif de clarifier les compétences et de garantir une collaboration efficace avec
les régulateurs sectoriels tout en assurant que la décision finale en matière de concurrence
revienne au Conseil qui doit avoir l'avis dominant.
Après avoir traité les défis structurels et législatifs du conseil, nous explorerons dans le
paragraphe suivant les véritables défis auxquels le Conseil de la concurrence est confronté face
à l'économie numérique, en mettant en lumière les obstacles spécifiques qui entravent son
efficacité.
200https://lematin.ma/journal/2016/les -nouvelles-prerogatives-de-l-anrt-mecontentent--le-president-du-conseil-
de-la-concurrence/248150.html, consulté le 28/06/2024 à 04h11min.
82
manière secrète. Ces pratiques complexes et souvent opaques exigent des compétences
avancées en technologie et en analyse de données.
Tandis que l'économie numérique perturbe et réorganise les marchés, les autorités en matière
de concurrence partout dans le monde font face à un nouvel ensemble de défis. 201
Les défis posés au droit de la concurrence par le développement de l’économie digitale sont
nombreux en raison de son caractère dynamique, du fait qu’il suscite l’émergence d’innovatio ns
de rupture qui mettent en cause la définition traditionnelle des marchés, qu’il permet aussi
l’émergence de formes organisationnelles très nouvelles qui rendent quelque peu caduque notre
conception de l’entreprise centralisée et hiérarchique, qu’il autorise également le
développement de nouveaux modes de gestion fondés sur l’exploitation, par des platefor mes
numériques opérant sur des marchés multifaces, ainsi qu’il favorise les effets de réseau et qu’il
rend, enfin, possible le traitement de très vastes quantités de données fournies volontaire me nt
ou involontairement par les internautes et, par là même, d’une part, permet une personnalisa tio n
des prix et des prestations qui n’est guère possible sur les marchés classiques, et, d’autre part,
pose le problème de l’appropriation des données personnelles et de leur utilisation».203
Assurer la libre concurrence exige de réglementer l'accès aux données personnelles, leur
utilisation et leur valorisation, car elles constituent une source de pouvoir et de domination sur
le marché. Ces données sont au cœur d'un système économique en pleine croissance, et il est
donc impossible pour la loi de prévoir toutes ses évolutions, mais qu'elle doit évoluer en même
temps que le marché. De même, la séparation stricte entre les différents régimes juridiques ne
permet pas de traiter efficacement les défis juridiques complexes posés par l'interaction de ces
domaines, qui prennent souvent des dimensions multiples.204
AA%D8%AF%D8%A7%D8%B1%D8%B3%D9%88%D9%86%D9%86%D9%82%D8%A7D8%B7%D8%A7
%D9%84%D8%AA%D9%85%D8%A7%D8%B3%D8%A8%D9%8A%D9%86%D8%A7%D9%84%D9%85%
D9%86%D8%A7%D9%81/%D8%A7%D9%84D8%A 7%D9%82%D8%AA%D8%B5%D8%A7%D8%AF%D9
%88%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%A7%D9%84/, consulté le 27/06/2024 à 02h48min.
83
Par exemple, des questions relatives à la protection des données personnelles peuvent surgir
dans le contexte de la concurrence sur le marché, nécessitant une coordination entre les lois sur
la protection des données et les lois sur la concurrence pour garantir une application juste et
efficace des lois. De plus, les questions de consommation peuvent interférer avec les aspects de
la protection des données personnelles et de la concurrence, ce qui exige une approche intégrée
et globale pour traiter ces défis. La séparation stricte entre les lois peut entraîner des conflits
dans les applications juridiques et des complications supplémentaires, entravant ainsi l'atteinte
de solutions efficaces et équilibrées qui protègent tous les intérêts en jeu.
En fait, le Conseil de la Concurrence se trouve confronté à des défis importants dans un monde
de plus en plus digitalisé. La transformation numérique modifie profondément les structures de
marché et les comportements des acteurs économiques. Avec l'émergence de platefor mes
numériques, la vente en ligne et le développement de produits et services basés sur l'intellige nce
artificielle (IA), les pratiques anticoncurrentielles prennent de nouvelles formes, souvent plus
complexes à détecter et à réguler. Cette transformation numérique bouleverse les modèles
économiques traditionnels et introduit des problématiques nouvelles et complexes.
Toutefois le droit de la concurrence actuel est confronté à des difficultés certaines pour
sanctionner de tels abus. Ces difficultés tiennent notamment dans le fait que:
205 Les plateformes structurantes peuvent recourir à des tactiques telles que l'exclusivité des contrats avec des
fournisseurs ou des clients, l'utilisation de leur pouvoir de marché pour imposer des conditions contractuelles
défavorables aux concurrents, ou encore le recours à des stratégies de prédat ion par les prix, où elles baissent
temporairement les prix pour éliminer la concurrence avant de les augmenter à nouveau une fois la menace
disparue.
206 Par exemple, en centralisant l'accès aux données des utilisateurs, ces plateformes peuvent renforcer le ur position
dominante, car les données sont une ressource essentielle pour améliorer les produits, cibler la publicité, et
comprendre les comportements des consommateurs.
84
La caractérisation d’une situation de domination sur le marché est réalisée par la
détermination d’un marché pertinent, au travers d’une grille d’analyse qui n’est pas toujours
adaptée aux spécificités des marchés numériques ;
La longueur des enquêtes aboutit à des sanctions de pratiques déjà dépassées, en raison de
la rapidité d’évolution du numérique, les autorités de concurrence peuvent se voir reprocher
une absence de réactivité face aux pratiques digitales. En effet, le marché du numérique se
caractérise par la vitesse des comportements et par le fait les dommages qui y sont causés
peuvent être rapidement irréversibles, en particulier lorsqu’ils prennent la forme d’un abus
d’éviction.209 De telles caractéristiques nécessitent une grande réactivité de la part des
autorités, si elles veulent que leurs décisions aient une portée utile. 210
Les sanctions prononcées, quoique importantes, sont peu dissuasives pour les très grandes
plateformes et ne permettent pas de réparer l’atteinte portée à la concurrence 211 car
l’intelligence artificielle - Les réponses du droit, édité par Alexandra Mendoza-Caminade, Presses de l’Universit é
Toulouse Capitole, 2022,,p:541.
209 Bettoni, Lucas. « Les autorités de concurrence face au défi de l’intelligence artificielle ». L’entreprise et
l’intelligence artificielle - Les réponses du droit, édité par Alexandra Mendoza-Caminade, Presses de l’Universit é
Toulouse Capitole, 2022,,p:541.
210 L'abus d'éviction c'est le cas où une entreprise dominante réduit temporairement ses prix en dessous du coût
pour éliminer les concurrents. Si les autorités de concurrence ne réagissent pas rapidement, les concurrents peuvent
être éliminés du marché, et la position dominante de l'entreprise peut être consolidée de manière irréversible. Une
action rapide est nécessaire pour prévenir ces dommages et maintenir un marché compétitif.
211 https://info.haas-avocats.com/droit-digital/le-droit-de-la-concurrence-a-lassaut-du-numerique, consulté le
20/06/2024 à 21h16min.
85
considérées par les entreprises comme relevant du " cost of doing business", c’est-à-dire
d’une prise de risque rationnelle pour acquérir, maintenir ou étendre une position
dominante.212
En bref, La lenteur ou l'inaction peut conduire à des situations où la concurrence est graveme nt
affaiblie, au détriment des consommateurs et de l'économie dans son ensemble. Par conséquent,
le conseil doit adapter ses stratégies et ses ressources pour répondre aux défis spécifiques posés
par la numérisation de l'économie. A cet égard, le président du conseil de la concurrence a mis
en avant que le nouveau modèle de développement se concentre sur la numérisation pour
encourager le développement et la croissance, ce qui nécessite de travailler à exploiter
pleinement les potentialités de la numérisation, à travers l'élaboration d'un plan stratégique axé
sur la formation des ressources humaines, l'amélioration des infrastructures 213 , le soutien des
catégories vulnérables sur le plan numérique, ainsi que le soutien et l'encouragement de
l'innovation et de l'intelligence artificielle. 214
212 V. S. Harnay, F. Marty et J. Toledano, « Concurrence et risque algorithmique : quelle régulation des
algorithmes ? », GovReg Notes de la Chaire Gouvernance et Régulation 2020, spéc. p. 19.
213 Le développement d'infrastructures numériques modernes facilitera la collecte et l'analyse de données,
essentiels pour détecter rapidement les pratiques anticoncurrentielles. Des infrastructures avancées permettro nt
également de surveiller les marchés en temps réel, améliorant ainsi la réactivité du Conseil face aux violations de
la concurrence.
214 Intervention du président du conseil de la concurrence Ahmed RAHHOU lors de l'ouverture de la conférence
internationale organisée sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à Marrakech, sur le thème «
La transformation numérique entre régulation et compétitivité ».
86
A- Conventions et partenariats nationaux : Stratégie du Conseil pour une
meilleure performance
Pour étendre son influence et améliorer sa capacité de réaction, le Conseil de la Concurrence a
développé des partenariats stratégiques avec divers organismes nationaux, renforçant ainsi sa
collaboration dans la surveillance et la répression des pratiques anticoncurrentielles sur le
territoire.
Les relations entre l’Institution et les régulateurs sectoriels sont encadrées par l’article 8 de la
loi n°20.13 relative au Conseil de la concurrence.
D'après cet article, le conseil recueille l'avis des instances de régulation sectorielle concernées
sur les questions de concurrence relatives aux secteurs d'activité dont elles ont la charge, dans
un délai qu'il fixe, sans que ce délai soit inférieur à trente (30) jours. Le conseil peut, le cas
échéant, faire appel à leurs compétences et expertises pour les besoins de l'enquête ou de
l'instruction dans un cadre conventionnel.
L'intégration des avis et de l'expertise des instances de régulation sectorielle représente une
étape importante pour le renforcement des pouvoirs du Conseil de la concurrence. En sollicita nt
ces entités spécialisées, le Conseil bénéficie de connaissances approfondies et d'une expertise
technique pointue, ce qui lui permet d'évaluer les questions de concurrence avec une précision
accrue. Chaque régulateur étant spécialisé dans la régulation et la supervision d'un secteur
économique spécifique, tel que les télécommunications, l'énergie ou les transports, il dispose
de compétences spécifiques à son domaine d'activité.
Cette spécialisation permet aux régulateurs de fournir des avis bien fondés et détaillés,
enrichissant ainsi la diversité des perspectives et des analyses disponibles pour le Conseil. De
plus, le fait de fixer un délai minimal de consultation garantit une réponse rapide et coordonnée,
ce qui renforce la réactivité et l'efficacité du Conseil dans ses missions. Cette collaboratio n
améliore la qualité des enquêtes et des décisions prises par ledit conseil.
87
marchés et sur leur fonctionnement concurrentiel. C’est dans ce cadre qu’une convention de
coopération a été signée, le 7 octobre 2021, avec l’ACAPS. 215
Cette convention vise à impulser une dynamique de coopération, fondée sur une base
formalisée garantissant l’effectivité et la pérennité des actions communes des deux institutio ns
pour une bonne gouvernance, conformément au cadre légal régissant les deux entités. Ainsi, la
convention porte en particulier sur l’échange d’informations et de documents nécessaires à
l’exercice des missions des deux régulateurs, ainsi que sur l’organisation d’actions de
sensibilisation et d’échange d’expertises.216
Autrement dit, celle-ci permettra l’instauration d’un cadre de concertation autour des
problématiques de régulation concurrentielle dans le secteur des assurances. Cette coopération
visera également l’échange et le partage permanent d’informations et d’expertise entre les deux
institutions concernant les sujets d’intérêt commun. En outre, le rapprochement entre l’ACAPS
et le Conseil de la Concurrence donnera lieu à la co-organisation de manifestations d’envergure
nationale et internationale, permettant d’asseoir des visions communes sur les problématiq ues
touchant les règles de la concurrence et la protection du consommateur dans les secteurs soumis
au contrôle de l’ACAPS.217
le lien : https://conseil-concurrence.ma/wp-content/uploads/2021/10/Cooperation-CC-et-ACAPS-francais.pdf,
consulté le 28/06/2024 à 20h44min
218 En tant qu’autorité de régulation du marché des capitaux, l'AMMC a été instituée par la loi n° 43-12 et a pour
88
Les deux parties escomptent, dans le cadre de cette convention, organiser des actions de
sensibilisation et d’accompagnement des opérateurs du secteur du marché des capitaux en vue
de favoriser le respect des meilleures normes et pratiques concurrentielles. Par ailleurs, le
Conseil de la concurrence a signé, le 27 décembre 2021, une convention de coopération avec la
Présidence du Ministère Public qui traduit la volonté des deux instances d’unifier leurs efforts
à travers la coordination et la concertation pour une application efficiente de la loi, afin de
protéger les marchés vis-à-vis des pratiques anticoncurrentielles citées dans les articles 6, 7 et
8 de la loi n°104.12 relative à la liberté des prix et de la concurrence. L’accord porte
principalement sur la coopération en matière juridique et procédurale ainsi que sur le
renforcement des capacités institutionnelles à travers la capitalisation des acquis et du capital
humain.219
Dans l’optique de nouer des relations de coopération transverses avec les instances
administratives, en interaction directe ou indirecte avec les acteurs économiques, le Conseil de
la concurrence a signé plusieurs conventions de coopération avec des institutions nationales de
grande envergure. Le but est de garantir un climat propice aux investissements, tant pour les
investisseurs marocains qu'étrangers, en soulignant la collaboration entre les institutio ns
partenaires pour une meilleure transparence et fluidité des données. 220
L’objectif ultime étant la garantie d’une bonne gouvernance des marchés. C’est dans ce cadre
qu’une convention de coopération a été signée en février 2022 avec l’ADII (Administration des
Douanes et Impôts Indirects). Cette convention souligne la volonté des deux institutions de
créer une synergie, basée sur un cadre formel assurant l’effectivité et la pérennité de leurs
actions communes, pour une bonne gouvernance, en concordance avec le cadre réglementa ire
des deux instances. Elle porte essentiellement sur l’échange d'informations, de données et de
documents, ainsi que l’organisation d'actions de sensibilisation et d'échange d'expertises. Et de
veiller à une application efficiente de la loi, à la protection des marchés et des consommate urs,
de l'éducation financière des épargnants ;Assister le gouvernement en matière de réglementation du marché des
capitaux.
219 https://conseil-concurrence.ma/partenariat-national-decembre-2021/, consulté le 28/06/2024 à 20h34min.
220 Rapport annuel du conseil de la concurrence de 2022, op.cit. p:143.
89
à la lutte contre les pratiques anticoncurrentielles et à l’application des mesures antidump ing
édictées par les autorités compétentes.221
En juillet 2022, le Conseil a également signé une convention de coopération avec la CNSS,
soulignant l'importance de leurs rôles respectifs dans la modernisation de l'économie du pays.
Cette convention vise à permettre l'accès aux informations et études produites par les deux
institutions dans le cadre de leurs missions respectives, ainsi que l'échange d'expérience et le
développement des compétences des collaborateurs des deux institutions en matière de droit et
économie de la concurrence.222 Et à l’application stricte de la loi, pour la régulation des
marchés, la protection des consommateurs et l’égalité concurrentielle ainsi que la lutte contre
les avantages indus générés par le manquement aux charges sociales, pouvant ainsi, impacter
la concurrence dans le monde économique. 223
Toujours dans cet esprit de coopération transverse avec ses partenaires. En octobre 2022,
l'Office des Changes224 et le Conseil de la Concurrence ont signé, au siège du Conseil à Rabat,
une convention de partenariat portant sur l’instauration d’un cadre de concertation et de
coordination dans les domaines d'intérêt commun. 225
Le fondement de ce partenariat repose sur le rôle crucial des deux institutions, dans le
développement et la modernisation de l’économie de notre pays. Il reflète leur ambitio n
221 Convention de coopération entre le conseil de concurrence et l'ADII. Lien vers la convention : https://conseil-
concurrence.ma/wp-content/uploads/2023/10/Communique-conjoint-convention-Conseil-concurrence-ADII-
Final-Fr.pdf, consulté le 28/06/2024 à 21h27min.
222 Rapport annuel du conseil de la concurrence de 2022, op.cit. p:143.
223 Convention de coopération entre le conseil de la concurrence et la CNSS. Lien vers la convention :
https://conseil-concurrence.ma/wp-content/uploads/2023/10/COMMUNIQUE-DE-PRESSE-CONJOINT-
Convention-de-cooperation-Conseil-de-la-Concurrence-et-CNSS-FR.pdf, consulté le 28/06/2024 à 21h21min.
224 L’Office des Changes est un établissement public à caractère administratif. Il est placé sous la tutelle du
Ministère chargé des Finances, lequel détermine les modalités générales de sa gestion, de son contrôle et arrête
son budget annuel. Les missions de l’Office des Changes consistent en la réglementation et le contrôle des
opérations de change et la publication des statistiques des échanges extérieurs.
225 https://www.oc.gov.ma/fr/actualites/loffice-des-changes-et-le-conseil-de-la-concurrence-signent-une
90
commune et leur ferme volonté à contribuer à l’amélioration du climat des affaires au Maroc,
dans un contexte de concurrence mondiale de plus en plus ardue. Cette convention de
partenariat favorisera des actions en faveur de la régulation concurrentielle des marchés et in
fine, la protection des consommateurs, en luttant contre les pratiques non concurrentielles, à la
lumière des informations concernant les flux des échanges extérieurs des produits, des services
et des capitaux.226
Le but étant de garantir une saine lecture et une bonne application des textes législatifs relatifs
à la concurrence dans les marchés.
226 Communiqué conjoint, Signature d’une convention de coopération entre le Conseil de la Concurrence et
l’Office des Changes, fait à Rabat, le mardi 04 octobre 2022. Lien vers le communiqué :
https://www.oc.gov.ma/sites/default/files/202210/C%D9%90o mmuniqu%C3%A9%20conjo int%20Conseil%20d
e%20la%20concurrence%20et%20Office%20des%20Changes%20fr%20final_1.pdf, consulté le 26/06/2024 à
15h57min.
227 https://conseil-concurrence.ma/15869/, consulté le 26/06/2024 à 04h04min.
91
la décision finale revient à la justice228 , comme pour tout droit. Les décisions du Conseil sont
passibles de recours en justice et devant la Cour d’appel de Rabat pour les pratiques
anticoncurrentielles et devant la chambre administrative de la Cour de cassation pour les
concentrations économiques.229
En effet, le législateur marocain a opté pour une approche de complémentarité entre le pouvoir
judiciaire et les autorités de la concurrence pour protéger l'ordre public économique. D'une part,
la justice statue sur les affaires relatives à l'application des règles de la concurrence, qu'elles
soient de nature civile, commerciale ou pénale ; d’autre part, son rôle apparaît dans l'exécutio n
des décisions des autorités de la concurrence et dans le contrôle de ces décisions en examina nt
les recours introduits contre elles.230
Dans ce contexte, trois ateliers de formation ont été organisés conjointement pour les magistra ts
en juin, octobre et décembre 2022. Les juges spécialisés ont eu l'opportunité d'échanger avec
leurs homologues européens ainsi qu’avec des experts du Groupe de la Banque mondiale et de
la CNUCED/UNCTAD. L'objectif était d'examiner certaines problématiques liées aux aspects
procéduraux, aux recours, au contrôle judiciaire, au pouvoir d'investigations et au système de
défense en matière de pratiques non concurrentielles et de concentrations économiques.231
228 Le rôle du pouvoir judiciaire dans l’application du droit de la concurrence et les interactions entre le système
judiciaire et l’autorité de concurrence ont été mis en avant lors d’un atelier de formation organisé à l’initiative du
Conseil de la Concurrence, du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et de la Présidence du ministère public.Le
Président du Conseil de la Concurrence, Ahmed Rahhou a tenu lors de cette rencontre à rappeler que le Conseil de
la Concurrence a pour mission principale d’appliquer les règles induites par la loi sur la liberté des prix et de la
concurrence. Toutefois, les décisions sont passibles de recours auprès des tribunaux et donc le dernier mot
appartient à la justice en la matière.
229 Rapport annuel du conseil de la concurrence de 2022, op.cit. p:143.
230 https://www.cspj.ma/fr/actualites/details?idact=11220, consulté le 26/06/2024 à 04h14min.
231 Rapport annuel du conseil de la concurrence de 2022, op.cit. p:144.
92
L’accord de services signé avec la Société financière internationale IFC/SFI 232 (Groupe de la
Banque mondiale) et le Conseil de la concurrence en janvier 2020 pour une durée de trois ans
repose sur les trois composantes suivantes :
1. Renforcer le cadre antitrust pour lutter contre les pratiques anticoncurrentielles et limiter
les effets négatifs des concentrations économiques ;
2. Promouvoir la concurrence dans les politiques sectorielles pour renforcer la dynamiq ue
concurrentielle dans les secteurs clés de l’économie ;
3. Développer un écosystème institutionnel pour soutenir la mise en œuvre efficace de la
politique de concurrence.233
Dans ce cadre, le Conseil et le Groupe de la Banque mondiale ont organisé conjointement, avec
la CNUCED/UNCTAD, un atelier d’échange avec les médias en mars 2022. Cette rencontre
s'inscrit dans l'approche pédagogique du Conseil de la concurrence, qui vise à associer les
médias dans le processus de sensibilisation aux vertus d’une concurrence auprès des acteurs de
l’écosystème concurrentiel et de l’opinion publique, dans un but ultime de valoriser l'action du
régulateur des marchés en faveur d'un climat concurrentiel sain et de la protection du
consommateur. En outre, des experts du Groupe de la Banque mondiale ont animé un atelier de
formation au profit des rapporteurs du Conseil de la concurrence et les deux institutions ont
poursuivi leurs actions relatives au renforcement du cadre antitrust par révision et
perfectionnement de procédures internes. 234
Les rapporteurs ont eu donc l'opportunité de se former sur les méthodes d’investigatio n,
d’interrogatoire et de perquisition en matière de pratiques anticoncurrentielles. En acquérant
ces compétences spécifiques, les rapporteurs deviennent plus efficaces dans la collecte de
preuves et l'identification des infractions aux règles de concurrence. Cela permet au Conseil de
mener des enquêtes plus approfondies et rigoureuses, d'améliorer la qualité des dossiers soumis
pour décision, et d'augmenter ainsi l'efficacité globale du Conseil dans la détection et la sanction
des pratiques anticoncurrentielles.
Le Conseil de la Concurrence a conclu en décembre 2021, pour une durée de deux ans, un
jumelage institutionnel avec un consortium regroupant la Commission de la Concurrence de
232 En vertu de cet accord, l’IFC contribuera au renforcement des capacités institutionnelles du Conseil de la
Concurrence à travers des activités arrêtées en commun accord entre les parties, selon un communiqué du Conseil.
233 Rapport annuel du conseil de la concurrence de 2022, op.cit. p:146.
234 Ibid.
93
Grèce, l’Autorité de Protection de la Concurrence et des Consommateurs de Pologne et
l’Autorité de la Concurrence d’Italie. 235
Le projet de jumelage a pour but le soutien du processus de convergence avec l’UE dans le
domaine de la concurrence en contribuant au renforcement des capacités du Conseil de la
Concurrence et participant à la sensibilisation des tous acteurs et cibles concernés. Il contribuera
à ce que le CdC: renforce les capacités de ses membres et cadres en s’inspirant des exigences
de l’acquis européen et des bonnes pratiques internationales, promeuve une culture de la
concurrence dans l’économie marocaine et fasse face au flux grandissant des saisines qui lui
sont soumises et des notifications de projets de concentrations économiques.236
235 Jumelage institutionnel Maroc-UE, un succès en matière de droit et économie de la concurrence, disponible sur
le lien: https://fr.hespress.com/343645-jumelage-institutionnel-maroc-ue-un-succes-en-matiere-de-dro it -et -
economie-de-la-concurrence.html, consulté le 26/06/2024 à 16h58min.
236 Renforcement des capacités institutionnelles du Conseil de la Concurrence, Projet financé par l’Union
comportements anticoncurrentiels. Elle offre un cadre interprétatif des lois et règlements relatifs à la concurrence,
permettant ainsi de clarifier et de spécifier les normes applicables. Les échanges d’expertise entre différe ntes
juridictions, comme mentionné dans la collaboration entre les institutions marocaine et hellénique, enrichissent
cette jurisprudence en intégrant les bonnes pratiques et les méthodologies efficaces adoptées dans d'autres
contextes juridiques.
238 https://conseil-concurrence.ma/partenariat-international-mars-2022/, consulté le 26/06/2024 à 17h40min.
94
formation destinés aux rapporteurs qui instruisent les dossiers au sein du Conseil, ainsi qu'aux
magistrats devant lesquels les parties peuvent contester les décisions du Conseil, il est essentiel
d'étudier et de s'inspirer des jurisprudences des pays avancés en la matière. Dans cette optique,
le Conseil a sollicité la Commission hellénique de la concurrence pour créer une base de
données de jurisprudences européennes. 239
Cette collaboration vise à renforcer les liens dans les domaines politique et juridique de la
concurrence entre le Maroc et la Grèce. En promouvant une coopération accrue, les deux
institutions s'engagent à améliorer leur compréhension mutuelle et leurs compétences en
matière de régulation de la concurrence.
Conscientes que le manque de concurrence bride la croissance tirée par le secteur privé et
entrave le développement économique, les autorités marocaines ont entrepris de mettre en place
un environnement plus favorable aux entreprises. 240 Cependant, ces efforts ne se concentrent
pas uniquement sur les entreprises. Ils visent également à protéger les consommate urs,
considérés comme des acteurs essentiels du marché. En garantissant une concurrence juste, les
autorités cherchent à prévenir les pratiques monopolistiques, à offrir un choix plus large aux
consommateurs et à garantir des prix compétitifs. Ainsi, la politique de concurrence au Maroc
vise à équilibrer les intérêts des entreprises et des consommateurs, dans le but de promouvo ir
un développement économique durable et inclusif.
L'esprit en est aussi simple que marxiste : la centralisation du capital peut conduire à
l'anéantissement de la concurrence sur un ou plusieurs marchés. Il s'agit donc de conserver un
95
certain degré d'atomicité ou d'éclatement afin de préserver un niveau minimal de compétitio n
économique.241
En analysant les données fournies par le Conseil de la Concurrence, il est évident que la majorité
des décisions prises après sa réactivation se concentrent principalement sur les opérations de
concentration économique. Cela signifie que le Conseil a été particulièrement vigilant et actif
dans l'examen et la régulation des fusions et acquisitions d'entreprises pour s'assurer qu'elles ne
nuisent pas à la concurrence sur le marché.
Cette différence notable dans le nombre de décisions peut être interprétée de plusieurs façons :
Soit le Conseil pourrait donner la priorité à la prévention des monopoles et des situations de
domination de marché qui pourraient découler des opérations de concentration, considérant ces
actions comme des menaces plus immédiates et tangibles à la concurrence soit les entreprises
peuvent être plus dissuadées de s'engager dans des pratiques anticoncurrentielles en raison des
sanctions prévues par la loi ou bien les contentieux relatifs aux pratiques anticoncurrentie lles
impliquent souvent des situations complexes nécessitant des enquêtes approfondies et des
procédures longues.
Cette complexité est exacerbée par l'émergence de l'économie numérique, qui introduit de
nouveaux défis dans la détection de ces pratiques. Face à cette évolution rapide du marché, il
est important d'adopter des approches analytiques et des outils innovants pour répondre
efficacement à ces défis tout en préservant les intérêts des entreprises et des consommateurs à
la fois. C'est pourquoi le Conseil de la concurrence travaille activement à établir des
conventions et des partenariats avec divers organismes nationaux et internationaux.
Afin de se consacrer pleinement à sa mission primordiale qui consiste à sauvegarder le libre jeu
de la concurrence, le conseil de la concurrence doit se construire une vision, définir une feuille
de route et se fixer des priorités. La définition des priorités suppose la mise en place des plans
stratégiques à long, moyen et court terme, allouer des ressources entre différents champs de
compétence.242
241 Tristan GIRARD-GA YMARD. Enseignant-Chercheur @UCLy / Avocat associé @Bruzzo Dubucq, article sur
le contrôle des concentrations et guerre économique. 19 décembre 2023.
242 Nada SLIMANI, op.cit. p:355.
96
Conclusion générale
Le droit de concurrence constitue les différentes mesures et régulations mises en place pour
garantir un marché fonctionnant sans distorsion, favorisant ainsi une allocation optimale des
ressources économiques. Ce droit englobe divers aspects, notamment l’interdiction des
ententes, la prohibition des abus de position dominante et le contrôle des concentratio ns
économiques. À travers ses différentes composantes, il organise l'environnement concurrentie l
et s'attaque à des pratiques spécifiques qui pourraient fausser la concurrence et nuire à
l'efficacité économique.
Pour assurer que cette lutte entre entreprises se déroule à armes égales et selon les mérites
propres de chacun, il est nécessaire de fixer des règles du jeu. Tel est précisément le rôle de la
politique de concurrence qui vise à garantir les conditions d’une concurrence libre et non
faussée entre les entreprises sur les marchés afin de protéger les intérêts des consommateurs. 243
97
Il est désormais investi d'un pouvoir décisionnel, lui permettant de gérer l'intégralité du
processus relatif aux pratiques anticoncurrentielles, depuis leur détection jusqu'à l'instruction et
la prise de décisions. En matière de contrôle des concentrations économiques, Cette évolutio n
renforce l'autorité du Conseil, lui permettant d'agir de manière autonome pour réguler les
pratiques de marché, et d'assurer une concurrence loyale.
Le pouvoir d'adopter des mesures d'urgence renforce encore davantage cette autorité,
permettant au Conseil de réagir rapidement face à des situations qui pourraient menacer l'ordre
public économique.
Pour relever ces défis et renforcer son rôle essentiel dans la promotion d'une concurrence
équitable au Maroc, le Conseil de la Concurrence devrait envisager d'autres mesures
stratégiques en complément de celles déjà mises en œuvre dans le cadre de ses partenariats
nationaux et internationaux.
98
A titre d'exemple, le Conseil de la concurrence marocain ne comprend aucun membre ayant
une compétence spécifique en matière numérique, ce qui limite sa capacité à analyser les
pratiques commerciales dans l'économie numérique et à utiliser les technologies pour renforcer
ses efforts en matière de régulation et de promotion de la concurrence. Pour remédier à cette
lacune et s'inspirer des bonnes pratiques adoptées par le Bureau de la concurrence au Canada
qui adopte dans le cadre de son organisation une Direction de l’application numérique de la loi
qui fournit des analyses et des conseils sur l’utilisation des données, des technologies et des
outils numériques sur les marchés, ainsi que sur la façon dont l’analytique et les solutio ns
numériques émergentes peuvent être intégrées dans les efforts d’application de la loi et de
promotion de la concurrence du Bureau244 , il serait donc pertinent d'intégrer une entité ayant
des compétences en matière numérique parmi les membres du Conseil. Ce membre spécialisé
pourrait se concentrer sur l'analyse des données, l'utilisation des technologies numériques et
l'implémentation d'outils numériques pour soutenir les initiatives du Conseil. En adoptant cette
mesure, le Conseil de la concurrence marocain pourrait améliorer significativement ses
capacités à réguler le marché dans l'économie numérique, assurant ainsi une concurrence plus
équitable et efficace.
D'ailleurs, afin de garantir l'efficacité du Conseil de la Concurrence dans la lutte contre les
pratiques anticoncurrentielles, il est nécessaire d'augmenter le nombre de magistrats au sein du
Conseil. Le renforcement de la capacité décisionnelle et sanctionnatrice du Conseil nécessite
un effectif judiciaire suffisant. Cela permettra de traiter les dossiers de manière approfondie, de
rendre des décisions équitables et rapides, et de trancher les litiges dans des délais raisonnab les
Enfin, il convient de noter que la concurrence joue, pour les entreprises, un rôle essentiel en
stimulant la créativité et l'innovation, en encourageant l'investissement, en éliminant les
244https://bureau-concurrence.canada.ca/comment-nous-favorisons-concurrence/notre-organisme/notre-structure,
consulté le 27/06/2024 à 03h35min.
99
barrières artificielles à l'accès aux marchés, en améliorant le climat des affaires et en renforçant
la compétitivité. De plus, elle a un impact économique significatif, en renforçant l'attractivité
du pays pour les investissements, en améliorant la productivité et la croissance, en stimula nt
l'activité économique et en renforçant l'efficacité et l'efficience des achats publics.
En outre, la concurrence bénéfice directement aux consommateurs en offrant une plus grande
diversité de produits et services à des prix compétitifs, améliorant ainsi leur pouvoir d'achat et
leur satisfaction.
100
Bibliographie
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- Rapport annuel du conseil de la concurrence 2019, soumis à Sa Majesté Le Roi Mohammed
VI que Dieu L’assiste par Driss Guerraoui.
- Rapport Annuel du conseil de la concurrence 2020 soumis à Sa Majesté Le Roi Mohammed
VI que Dieu L’assiste par Ahmed Rahhou Président du Conseil de la concurrence.
- Rapport Annuel du conseil de la concurrence 2021 soumis à Sa Majesté Le Roi Mohammed
VI que Dieu L’assiste par Ahmed Rahhou Président du Conseil de la concurrence.
- Rapport Annuel du conseil de la concurrence 2022 soumis à Sa Majesté Le Roi Mohammed
VI que Dieu L’assiste par Ahmed Rahhou Président du Conseil de la concurrence.
Webographies
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contrat-de-distribution-exclusive- le-guide-me.
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concentrationseconomiques 112494/
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petroliers.
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maroc,47331.html
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concentrationseconomiques 112494/
104
Table des matières
Dédicaces .....................................................................................................................................
Remerciements .............................................................................................................................
Résumé .........................................................................................................................................
Abstract ........................................................................................................................................
Sommaire .....................................................................................................................................
Introduction ................................................................................................................................ 1
105
Section 1: Surveillance des concentrations économiques : une action préventive contre les
pratiques anticoncurrentielles ............................................................................................... 51
106