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Benbih Mahjoub

L'étude des caractéristiques morphodynamiques de l'Oued Draa dans l'Oasis de Fezouata met en lumière l'impact significatif de la construction du barrage El Mansour Eddahbi sur le régime hydrologique et la morphologie du paysage fluvial. Les analyses révèlent des érosions sur la rive gauche et une sédimentation accrue sur la rive droite, influencées par des activités anthropiques telles que l'agriculture. La recherche souligne la complexité des interactions entre les facteurs géologiques, géomorphologiques et anthropiques dans cette région aride.

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Benbih Mahjoub

L'étude des caractéristiques morphodynamiques de l'Oued Draa dans l'Oasis de Fezouata met en lumière l'impact significatif de la construction du barrage El Mansour Eddahbi sur le régime hydrologique et la morphologie du paysage fluvial. Les analyses révèlent des érosions sur la rive gauche et une sédimentation accrue sur la rive droite, influencées par des activités anthropiques telles que l'agriculture. La recherche souligne la complexité des interactions entre les facteurs géologiques, géomorphologiques et anthropiques dans cette région aride.

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Caractéristiques morphodynamiques de l’Oued DRAA dans l’Oasis de

FEZOUATA, Maroc

Mahjoub Benbih1, Abderrahman Ouammou1, M’hamed Nmiss2, Hassan Nait-Si1


Abderrahman Boukdoun1
1
Equipe de Recherche Géographie, Aménagement, Démographie, Développement, FLSH Agadir,
Université Ibn zohr; 2 Equipe de Recherche : Milieux Naturels, Aménagement et Dynamique Socio-
Spatiales FLSH Saïs-Fès, USMBA, Maroc.

Résumé

L'étude du paysage fluvial de l'oued Draa dans l'oasis de Fezouata, révèle une dynamique
complexe façonnée par des facteurs géologiques, géomorphologiques, hydroclimatiques et
anthropiques. La construction du barrage El Mansour Eddahbi, bien qu'importante pour la
gestion des ressources en eau, a profondément modifié le régime hydrologique de l'oued Draa,
impactant la dynamique d'évolution du chenal principal et la morphologie du paysage fluvial.
L'analyse cartographique du chenal actif met en évidence des transformations significatives
consécutives à la construction du barrage El Mansour Eddahbi, qui a profondément modifié le
régime hydrologique naturel de l'oued. Ces modifications se traduisent par une érosion
marquée sur la rive gauche et une sédimentation accrue sur la rive droite. La présence de
barrages de déviation et d'activités anthropiques comme l'agriculture et l'exploitation des
carrières exerce également une influence sur la morphologie de l'oued et la gestion des
ressources en eau dans l'oasis de Fezouata.

Mot clés : paysage fluvial, Oued Draa, chenal actif, Oasis de Fezouata.

‫ المغرب‬،‫ درعة الوسطى‬،‫الخصائص المورفودينامية لواد درعة بواحة فزواطة‬

‫ملخص‬

‫تظهر دراسة المشهد النهري لواد درعة بواحة فزواطة دينامية مركبة بفعل تداخل عدة عوامل جيولوجية‬
‫ فقد أسهم بناء سد المنصور الذهبي بعالية درعة‬.‫وجيومورفولوجية وهيدرولوجية ومناخية وبشرية‬
‫ ال سيما القناة‬،‫الوسطى في احداث تغيرات جذرية في النظام الهيدرولوجي للواد وعناصره المورفولوجية‬
‫ مع تركز‬،‫ خاصة بعد بناء السد‬،‫ وقد كشفت الدراسة الخرائطية لهذه القناة عن تغيرات ملحوظة‬.‫الرئيسية‬
.‫ واالرساب على الضفة اليمنى‬،‫التعرية بشكل كبير على الضفة اليسرى‬

51
.‫ واحة فزواطة‬،‫ القناة الرئسية‬،‫ واد درعة‬،‫ المشهد النهري‬:‫الكلمات المفاتح‬

Introduction
Les contrastes géologiques, géomorphologiques et hydro climatiques font du Maroc
un pays aux paysages fluviaux impressionnants. Issus des montagnes atlasiques et rifaines,
les cours d’eaux ont façonné durant les temps quaternaires des vallées aux formes diverses.
Celles-ci ont conservé des paysages morphologiques magnifiques, avec des terrasses
alluviales étagées et parfois des gorges célèbres. Aujourd'hui, le climat méditerranéen du
pays, qui est influencé par l'Atlantique et le Sahara, renforce les richesses et les diversités
paysagères de ces vallées (TAOUS, 2013).
Depuis le protectorat, le Maroc a établi une politique pour la gestion des paysages fluviaux,
basée sur la construction hydraulique. Malgré son importance, cela a profondément influencé
l'équilibre morpho dynamique des vallées et des oueds, comme c'est le cas de l'oued Draa,
entraînant des modifications tant au niveau des variables de contrôle que des variables de
réponse. Cela met en péril les activités de la population oasienne qui s'est établie le long du
fond de la vallée de l'oued.

Dans cet article, nous allons essayer de démontrer les caractéristiques physiques et
anthropiques du paysage de l'oued Draa, afin de mieux comprendre son fonctionnement et sa
dynamique d’évolution.

1. Description géographique de la zone d’étude


La zone d'étude se trouve dans la partie Moyen de la vallée du Draa. Située entre les
parallèles 30.9 º et 30.19º de latitude Nord et 5.30º et 5.50º de longitude Ouest (Fig 1), elle
fait partie de la zone climatique aride, caractérisée par une pluviométrie faible et irrégulière,
des températures extrêmes et une évaporation relativement forte.
Le Moyen Draa est situé dans le domaine géologique de l'Anti-Atlas et de la chaîne de Bani;
les formations géologiques qui le constituent sont d’âges variés allant du Précambrien
jusqu’au Quaternaire. Les horizons précambriens y affleurent en faveur de multiples massifs
et boutonnières constituées de terrains granitisés, magmatismes et métamorphisés
(choberet,1963, Michard, 1976, chamayou, 1996, Robert-Charrue, 2006). La chaîne de l’Anti-
Atlas se présente sous la forme d’un vaste bombement anticlinal comportant en son cœur des
affleurements de socle appelés boutonnières, elles-mêmes bordées par une couverture

52
sédimentaire paléozoïque L’axe de cet anticlinal suit une orientation ENE-WSW. (Charles
Robert-Charrue,2006). Quant à la chaîne de Bani, elle présente une structure monoclinale
séparée du noyau anti-aplasique par deux larges Feijas dans les schistes (Bentaleb, 2008).
Le Quaternaire est composé de dépôts qui se distinguent principalement par leur degré de
cimentation et leur taille de grain, notamment des conglomérats, des alluvions détritiques et
des limons argilo-sableux, comme l'a décrit (CHAMAYOU, 1996), son façonnement et sa
dynamique liée étroitement à oued Draa (action hydrodynamique, creusement et
sédimentation), ce qui favorise la formation des formes et formations morphologiques
différentes.

Figure 1. Localisation de Fezouata dans les oasis du Moyen Draa


À l’échelle stratigraphie du Quaternaire on peut distinguer les épisodes suivants : L’amirien;
qui correspond les terrasses anciens calcaires probablement glaciaires ou lacustres souvent
conglomératiques consolide. Le Tensiftien; Cette période comprend les terrasses moyennes et
les cônes de déjection, les conglomérats, les alluvions détritiques et parfois des grès à ciment
calcaires (CHAMAYOU, 1996). Le Soltanien; qui ne concerne que les terrasses les plus basses
Elle commence par une importante phase de dépôt détritique et se poursuit avec des limons

53
fins, présentant une transition vers des matériaux limono-graveleux. (CHAMAYOU, 1996). Le
Rhrbien; qui impliquant principalement le remaniement des limons des basses plaines
d'épandage et des glacis, Elle est localisée le long de l'oued Draa. L’actuelle et sub actuelle ;
est forme essentiellement par des terrasses de lit majeur, chenaux de Drainage, limons actuels,
des ergs et des valles alluviales.
L’alternance des épisodes de creusement et sédimentation au cours des périodes de ces
favorisé la morphogénèse des formes et formation morphologique diversifies selon l’intensité
des facteurs de contrôles (exogènes), et le degré de réponse des facteurs d’interne (réponses).
Le réseau hydrographique du Moyen Draa se caractérise par une densité importante, une
discontinuité marqué, une organisation bien définie en termes de hiérarchie, mais il est mal
réparti (Benmouhammdi, 2001 et Benbih et al 2023) (Fig 2b). Il est principalement contrôlé
par les apports du Haut Atlas, qui constitue la source des affluents qui se jettent dans l'oued
Draa (Akdim et al, 1996).
La zone d’étude, Fezouata qui fait partie du bassin du Moyen Draa et de ses affluents, se
caractérise par la rareté et l'irrégularité des écoulements dans le temps et dans l’espace.
(Figure 22). Dans ce contexte de rareté, l’homme a tenté de mobiliser ces ressources à partir
des techniques locales dont l’ingéniosité est l’outil de la résilience.
Le cours d'eau le plus important est l’Oued Draa ; qui joue le rôle de collecteur principal des
eaux drainées par Dadès et Ouarzazate. Il termine son cours un peu plus à L'ouest dans la
dépression semi-endoréique du Lac Iriqui. Le tracé du cours d'eau se prolonge ensuite sur 750
km jusqu'à l'Atlantique, près de Tan-Tan cependant son cours est aujourd'hui entièrement
contrôlé par le barrage Mansour Ed Dahbi, ce qui évite les plus fortes crues. Actuellement
l’oued a un écoulement pérenne jusqu’à la ville d’Agdz et, durant les années humides, il peut
parfois même atteindre Zagora (Ouhajou, 1996). À côté de l'Oued Draa, on trouve l'Oued
Feija: situé au milieu des reliefs de Bani, et qui se jette dans le Draa du côté droit à Foum
Takkat. Il s'agit d'un cours d'eau secondaire mis en eau pendant les précipitations extrêmes.
Actuellement son lit majeur occupe par des champs agraires irrigués en raison de la fertilité
du sol.
De point de vue altimétrique, la zone d’étude situe à l’aval de deux grandes unités
montagneuses ; d’une part Jebel Tadartat 1210m et d’autre part jebel Bani 1096m. Ces
chaines montagneuses distinguent par des pentes fortes et raides avec des versants semi-

54
accidentés ; pente moyenne 8,0% et -7,8%, pente maximale 13,5% et perte d’élévation 0,5m -
234m(Fig 2a).
En ce qui concerne la topographie de la vallée, on observe une élévation allant d'environ 204
mètres à 277 mètres de l'amont vers l'aval. Les pentes moyennes varient entre 0,9% et 1,0%.
L'altitude maximale atteint environ 722 mètres, tandis que l'altitude minimale est d'environ
642 mètres.
Pour caractériser en détail la topographie locale, nous avons effectué quatre profils différents
de l'amont vers l'aval, en passant par les Douars (1) d'Amazraou, (2) Beni Khalouf, (3) Zaouit
Bounou et (4) Beni Ali. Ces profils révèlent que l'oasis de Fezouata présente une topographie
généralement modérée (Fig 2c).

c
a
1

Figure 2. Profil transversal de l’oasis de Fezouata (a). Carte des réseaux hydrographies de
l’oasis de Fezouata, Source : Carte topographique de Zagora 1/ 1000 modifiée et simplifiée
(b). Profils transversaux de l’oued Draa dans l’oasis de Fezouata (source : Catre topographie
1986, géologique 1.1000 et croquis morphologique de bahani in 1990 (c).

55
2. Un paysage fluvial oasien aride dynamique
L'Oued Draa constitue l'un des cours d'eau du pré-Sahara marocain (Fig 3). Il prend sa source
dans le Haut Atlas oriental et traverse un milieu semi-aride à aride.
L’Oued Draa peut être divisé en trois principales sections : le Haut Draa, le Moyen Draa et le
Bas Draa.
La zone d’étude s’inscrit dans le Moyen Draa, c’est la partie qui connut une concentration
importante de la population, de même la plus touchée par le phénomène de l’ensablement. En
effet, L’oued Draa est la source d’alimentation des oasis localisant dans les Feija et les
terrasses agricoles (Fig 3).

Figure 3. Présente les plans du paysage de l’oued Draa dans l’oasis de Fezouata. Premier
plan; le plus proche de nous avec de nombreux détails (c). Deuxièmes plans ; médiane avec
des détails assez visibles (b). Arrière plans ; le plus éloigné avec une perception floue du
paysage (a).

2.1 Style fluvial

De l'amont jusqu'à l'aval, l’oued Draa dans l’oasis de Fezouata, constitue une transition des
sections encaissées, appelées cluses, dépassant 110m d’altitude, et des sections plus larges à
faible pente appelées Feija. Dans les cluses (foums) l’oued traverse une topographie
accidentée, dessinant un lit étroit. En revanche, au niveau des Feija l’oued traverse une
topographie aux pentes modérées, le lit c’est cette fois-ci se trouvait très aéré (Fig 4a).

À l’échelle de la zone d’étude, l’oued Draa présent un style en tresse. Sa largeur varie autour
de 100 mètres et peut atteindre jusqu'à 500 mètres dans certaines zones, tandis que sa
profondeur reste généralement limitée. Se manifeste par la présence de plusieurs chenaux,

56
comprenant un chenal principal avec une sinuosité parfois modérée à faible, ainsi que des
chenaux secondaires qui sont instantanément immergés en fonction de la capacité
d'écoulement (Fig 4b). L'origine de ce style dans la zone d'étude est le résultat de l'interaction
de divers facteurs, en particulier la situation géographique de Fezouata, qui se trouve entre
deux formations géographiques distinctes : le Jebel Bani et le Jebel Tadraart. De plus, les
pentes des versants, comme mentionné précédemment, sont assez raides, ce qui favorise un
écoulement important lors de précipitations extrêmes.

a
b

Figure 4. Croquis morphologique présentant le style fluvial en tressage de l’oued Draa dans
l’oasis de Fezouata (a). Morphologie et style de l’oued Draa au niveau de l’oasis de Fezouata :
1- chenaux mis en eaux, 2-chenaux secs, 3- bande active, 4- barres alluviales (b).

2.2 Diversité des unités du paysage fluvial

On peut diviser le paysage fluvial de l’oued Draa dans l’oasis de Fezouata en trois unités,
composées des structures et des éléments morphologiques bien visibles. L’homogénéité
d’aspect au niveau de la lithologie et l’occupation du sol et la topographie locale sont les
principaux critères mis en tête dans la création de ces unités.
D’abord, la première unité se situe dans la partie amant ; elle commence à Foum
Zagour et s’étale sur 13 km à Tamgrout. Les pentes maximales peuvent atteindre 3.0% et la
pente moyenne d’environ 0.6% à 0.7%, elle se caractérise par un style fluvial en tresse avec
des chenaux moins importants ; le lit de cette unité traverse des formations fluviatiles actuelle
et subactuelle (Fig 5).

57
La deuxième unité se situe dans la partie médiane de Fezouata ; elle commence à
Tamgrout jusqu’au talus de Bani Ali, le fond de vallée, cette fois, présente un style en tresse
bien visible avec de nombreux chenaux secondaires qui se trouvent noyés pendant les cas
pluviométriques extrêmes. La sinuosité, dans ce style fluvial de cette unité, est assez
importante, la bonde active y est très large. Par rapport à la première, la deuxième unité se
caractérise par la présence de barrages de déviation. Généralement, la pente moyenne est
d’environ 0,6% à 0,5%.
La troisième unité s’étale sur 6 km, elle se situe dans la partie aval de Fezouata. Elle se
caractérise par la confluence de l’oued Draa et l’oued faija dans la rive droite, ainsi que l’oued
Draa et l’oued el Miyt dans la rive gauche, ce qui favorise l’augmentation des débits. La pente
atteint un maximum de 4,8 %, tandis que la pente moyenne est d'environ 1,0 %.

Figure 5. Unités du paysage fluvial de l’oued Draa dans l’oasis de Fezouata.

La morphogenèse des systèmes fluviaux est contrôlée par une diversité de facteurs,
parmi lesquels les unités hydro-morphologiques jouent un rôle déterminant. Ces unités
représentent les expressions géométriques du lit fluvial, reflétant les différentes étapes de son
évolution dynamique. Elles constituent donc des indicateurs clés des processus hydrologiques
et géomorphologiques qui façonnent le cours d'eau (Fig 6a) :

58
Le lit mineur ou le chenal principal correspondent au chenal actif de l’oued. Les eaux
y’occupent une partie de surface très réduite, de même bien délimitée et se caractérise
par des sédiments bien tries (Fig 6b).
Le lit majeur ; qui représente la plaine d'inondation. C’est l’espace submergé par l’eau en
moments des crues exceptionnelles. Dans la zone étudiée, cette zone inondable est très vaste
et particulièrement développée dans la partie médiane, atteignant généralement une largeur
variable de plus de 700 m dans le Feija.
Le lit majeur exceptionnel ; Sur les deux rives de lit majeur, on note la présence d’un lit
majeur exceptionnel qui se caractérise par un matériel argilo-limoneux, des sables, des gales
et des blocs de taille hétérogène.

Figure 6. Croquis des lits fluviaux de l’oued Draa au niveau de l’oasis de Fezouata (a). Les
unités hydro morphologiques de l’oued Draa dans l’oasis de Fezouata : le lit mineur 1. Le lit
majeur 2. Le lit majeur exceptionnel 3 (b).

2.3 Dynamique spatio-temporelle du chenal actif de l’oasis de Fezouata

L’oued Draa dans l’oasis de Fezouata présente un chenal principal mobile et


dynamique, sa dynamique d’évolution est largement très marquée, en particulier avant la
construction du barrage El Mansour Eddahbi, surtout lors des crues exceptionnelles
enregistrées en 1994, 1950 et 1955 qui mis en jeu dans le changement des débits de l’oued et
dans le fonctionnement hydro géomorphologique. Cependant, après la construction du barrage
dans la région d’Ouarzazate en 1971 (amant du bassin versant du Moyen Draa), la

59
dynamique d’évolution du chenal principal a été fortement contrôlée par les lâchers du
barrage ou les crues exceptionnelles comme les évènements de 2010, 2012 et 2014.

La cartographie de la dynamique du chenal actif mette l’accent sur deux traçons essentiels,
tout d’abord dans la partie amant de l’oasis de Fezouata et dans la partie médiane (Fig 7). Les
images satellitaires de Google Earth de 2002, 2009, 2016, 2018, ainsi que celles de Sasplanète
de 2015, constituent la principale source pour cette cartographie de l'évolution du chenal.

Cette dynamique résulte de l'interaction complexe de multiples facteurs physiques et


anthropiques, incluant les pratiques agricoles et exploitation des Carrières. Spatialement, elle
se manifeste par une modification des variables de réponse du système fluvial.

60
Figure 7. Tronçons d’étude de la dynamique fluviale de l’oued Draa dans l’oasis de Fezouata

Source ; carte géologique Zagora 1/1000 et, image sasplanet.

L'analyse cartographique du tronçon amont (première tronçon) révèle une dynamique fluviale
notable, particulièrement manifeste au niveau du chenal principal. Cette dynamique se
caractérise par une érosion significative de la rive gauche et une sédimentation observée sur la
rive droite. La morphologie de ce tronçon est de type anastomosé, avec un lit mineur bien
individualisé et la présence de multiples chenaux, en raison de sa situation dans le feija et de
l'effet des crues torrentielles (Fig 8).

L’évolution du chenal principal s’est faite dans les formations lithologiques fluviatiles de la
basse terrasse du Soltanien et du Présoltanien (issue du remaniement du matériel déjà mis en

61
place dans le Tensiftien, du matériel limoneux et argilo-sableux), de même dans les
formations de l’actuel et subactuel qui se caractérisent par leur hétérogénéité

Figure 8. Évolution du chenal principal dans le premier tronçon entre 2002-2019.

Figure 9. Évolution du chenal principal dans le deuxième tronçon entre 2009-2018.

Le deuxième tronçon se caractérise par une dynamique très intense et bien visible par rapport
au premier, en raison de sa position au sein de l'oasis de Fezouata, où la plaine alluviale est
très étendue. Le cours d’eau présente un tressage marqué par l’abondance des chenaux
multiples mouillés et non mouillés (Fig 9 et 10).

62
Figure 10. Évolution du chenal principal entre 2009 et 2018 dans le deuxième

De façon générale, le système fluvial de 2009 est dominé par un chenal principal étroit où
l’action érosive est limitée dans les seuils et mouillé de dimensions assez importantes.
Cependant, les situations 2016 et 2018 montrent une évolution très importante dans le chenal
actuel de l’oued. Cette évolution s’explique en grande partie par les crues exceptionnelles que
connut le bassin versant de l’oued Draa en 2010 et 2012. Ainsi, cette évolution se traduit par
la multiplication des chenaux secondaires mis en eaux pendant les crues, et l’érosion des
barres alluviales et le sapement de berge. La dynamique fluviale tend généralement vers
l’érosion de la rive gauche et de la sédimentation de la rive droite et l’évolution de chenal vers
le tressage à chenaux multiples.

2.4 Paramètres contrôlant la dynamique du chenal actif dans l’oasis de Fezouata

Les transformations observées dans le lit de l'oued Draa à Fezouata sont le résultat de
l'influence conjuguée de divers facteurs et paramètres qui interagissent à différentes échelles
spatiales et temporelles. Parmi ces éléments, on peut mentionner le débit d'écoulement, la
lithologique, la pente longitudinale, la présence du barrage El Mansour Eddahbi, ainsi que les
barrages de déviation qui jalonnent le cours de l'oued, notamment à l'intérieur de l'oasis de
Fezouata.

63
Le débit d’écoulement est l’un des paramètres importants mis en jeu dans le processus de la
dynamique du chenal principal, du fait de son rôle primordial dans la détermination de
l’énergie d’écoulement. En règle générale, l’énergie d’écoulement augment lors des crues et
diminué lors de la décrue ce qui influe sur la morphologie de l’oued.

Pour comprendre comment ce paramètre agit et son effet sur la dynamique d’évolution du
chenal principal, nous avons essayé de faire une comparaison de débit de l’oued Draa entre
deux périodes différentes, l’une avant la construction du barrage et l’autre après la
construction de barrage dans la partie amont. L’oued Draa avant la construction du barrage El
Mansour Eddahbi s’est caractérisé par un régime d’écoulement non régularisé lié intimement
aux apports d’eaux venant des versants sud du Haut Atlas et les affluents de l’Anti-Atlas.
Généralement, les apports d’eaux que reçoit l’oued Draa sont très variables d’une année à
l’autre. Or, l’année la plus arrosée est celle de 1967 où le débit a pu atteindre 44216m3 /s (Fig
11).

50000

40000

30000

20000

10000

0
1937 1939 1941 1943 1945 1947 1949 1951 1953 1955 1957 1959 1961 1963 1965 1967 1969 1971

Figure 11. Les apports moyens annuels de l’oued Draa avant la construction du barrage El
Mansour Eddahbi.

L’artificialisation de l’oued Draa (Construction du barrage El Mansour Eddahbi) avait


influencé la dynamique du cours d’eau d’une part et modifié le travail hydrologique et
morphologique d’autre part. En 1989, le débit moyen annuel enregistré dans la station El
Mansour Eddahbi est de 45,104m3/s, en 2007 le débit moyen annuel était de 1,436m 3/s ce qui
confirme l’hypothèse de l’impact de l’irrégularité du régime d’écoulement sur la quantité des
sédiments transportés, et par conséquent sa morphologie et fonctionnement hydro
géomorphologique (Fig 12).

64
50000

40000

30000

20000

10000

0
1972197419761978198019821984198619881990199219941996199820002002200420062008

Figure 12. Variation du débit moyen annuel après la construction du barrage El Mansour
Eddahb.

La pente est un autre paramètre clé qui contrôle d’une manière directe la dynamique
du chenal principal et par conséquent le paysage fluvial dans l’ensemble. Ainsi, la pente
détermine la vitesse d’écoulement et sa compétence sur l’action érosive.

À l’échelle du bassin du Draa, la pente est très forte de l’amont vers l’aval, ce qui
favorise un écoulement rapide parfois torrentiel pendant les moments des crues. À l’échelle
du bassin de moyen Draa, la pente est moins importante. La zone d’étude se caractérise par
une pente modérée, voire même faible, ne dépassant pas 0,9% à une distance d’environ 38 km
(figure 38) On note également que la nature lithologique est importante dans la dynamique du
chenal principal et les phénomènes qui en résultent.

27/03/20 27/03/2019 27/03/20


19 19

a b c

Photo 1. Vue d’un berger de l’oued Draa dans l’oasis de Fezouata ; Hétérogénéité lithologique
avec un conglomérat au sommet du Talus (a). La détérioration des infrastructures Hydro
Agricole en fonction de l’action érosive dans la partie aval de l’oasis de Fezouata (b).
L’érosion des berges dans la rive droite de l’oued Draa au niveau de l’oasis de Fezouata (c).

65
En premier lieu, la zone d’étude se caractérise par une richesse au niveau des facies
lithologiques d’âge quaternaire ancien, moyen et récent. Ces faciès sont de répartition, de
dimension et de résistance variables d’un site à l’autre : certains sont très attaque par l’érosion
et sapement de berge (Photo 1), à l’inverse d’autre sont plus résistants

Enfin, la construction du grand barrage hydraulique dans la partie amant de l’oued


Draa (El Mansour Eddahbi) et les barrages de déviation (photo 2) le long de l’oued ont un
impact direct sur l’équilibre morpho dynamique de l’oued et par conséquent sur son
fonctionnement qui devient majoritairement artificiel.

Depuis la construction du barrage, la dynamique d’évolution du paysage de l’oued


Draa deviennent liée aux lâchés du barrage et les crues exceptionnelles au moment des
précipitations que reçoivent les versants sud-est du Haut Atlas et les affluents de l’Anti-Atlas.
Cette modification dans le système de drainage, la quantité des sédiments transportés, le
débit ; journalière, mensuelle, et annuelle, la vitesse du transport des matériaux, de même que
la qualité des eaux de surfaces et des eaux souterraines ; traduisent dans l’espace par des
réponses influant le système paysager oasien dans l’ensemble. À cette fin, les populations
locales essaient toujours de se réadapter à toutes les nouvelles modifications par de nouveaux
modes plus ou moins différente et plus ingénieuse.

Photo 2. Barrage de déviation dans l’oasis de Fezouata (douar de Inkizat).

Conclusion
En conclusion, l’étude du paysage fluvial de l’oued Draa dans l’oasis de Fezouata met en
évidence une dynamique complexe, résultant de l’interaction de facteurs géologiques,
géomorphologiques, hydroclimatiques et anthropiques. L’alternance des phases de
creusement et de sédimentation au cours du Quaternaire a conduit à la formation de paysages
variés, incluant des terrasses alluviales étagées et des gorges.

66
La construction du barrage El Mansour Eddahbi, bien qu’essentielle pour la gestion des
ressources en eau, a profondément transformé le régime hydrologique de l’oued Draa,
modifiant ainsi la dynamique d’évolution du chenal principal et la morphologie globale du
paysage fluvial. L’étude cartographique montre une érosion marquée sur la rive gauche et une
sédimentation notable sur la rive droite, reflétant l’adaptation du cours d’eau à un écoulement
régulé.

De plus, la présence de barrages de déviation et les activités anthropiques, telles que


l’agriculture intensive et l’exploitation des carrières, influencent significativement la
morphologie de l’oued et la gestion des ressources hydriques dans l’oasis de Fezouata.

Références et bibliographie

Aafir M., (2006). Les contraintes hydrauliques de l’aménagement du bassin versant du Dadès
: une approche géopolitique du développement durable. Thèse de doctorat en géographie,
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