Memoire de Master 1
Memoire de Master 1
1
Résumé du mémoire :
Pour mieux comprendre tout cela, 10 entretiens ont été réalisés, dont 8 auprès de
responsables ou de représentants de mouvements jeunes, et 2 auprès de
journalistes spécialistes de la question, ou qui réalisent un sujet sur cette question.
2
Déclaration d'originalité
Afin de valoriser le travail personnel, l’équité, la propriété intellectuelle et le droit d’auteur, il est rappelé que le
plagiat, qui consiste à « s’approprier les mots ou les idées de quelqu’un d’autre et de les présenter comme siens
», est interdit.
∎copier le passage d’un livre, d’une revue ou d’une page WEB ou encore du mémoire ou du rapport de stage
sans le mettre entre guillemets et /ou sans en mentionner la source ;
∎insérer dans un travail des données, des graphiques, des images en provenance de sources extérieures
non identifiées, non citées ;
∎traduire partiellement ou totalement un texte ou réutiliser un travail produit, sans avoir obtenu au préalable
l’accord de son auteur ;
∎il est possible de reprendre ponctuellement les idées d’un auteur (y compris d’un autre étudiant) ou ses
travaux mais il est obligatoire d’indiquer les références utilisées ;
∎emprunter textuellement aux autres est possible, sous réserve de placer les citations ou les extraits de textes
« entre guillemets » et d’en mentionner la provenance de manière précise y compris pour les images, les
tableaux et schémas. Les citations et emprunts doivent être de longueur raisonnable et adaptée aux propos du
travail personnel.
atteste avoir pris connaissance du contenu de cet engagement de « non-plagiat » et déclare m’y conformer dans
le cadre de la rédaction de ce mémoire. Je déclare sur l'honneur que le contenu du présent mémoire est original
et reflète mon travail personnel. J'atteste que les citations sont correctement signalées par des guillemets et que
les sources de tous les emprunts ponctuels à d'autres auteur-e-s, textuels ou non textuels, sont indiquées.
Lu et approuvé
Guillaume
3
Table des matières
Remerciements 5
1 Introduction 6
Méthodologie: 9
Conclusion: 72
Bibliographie : 76
Annexe : 80
4
Remerciements
Je tiens ensuite à remercier mes enquêtés, qui ont tous participé à rendre ce travail
possible et qui m’ont été d’une aide précieuse, grâce au temps qu’ils ont bien voulu
m’accorder.
Je tiens enfin à remercier mes parents qui m’ont accompagné tout au long de cette
année, et qui ont toujours été là pour me motiver et me guider.
5
1 Introduction
Selon un sondage réalisé par Ipsos le jour suivant le second tour de l’élection
présidentielle 2022, la tranche d’âge des 18-24 ans est celle qui s’est le moins
déplacée aux urnes, avec un taux de participation de 59%, et donc une abstention
de 41%. Concernant les français dans son ensemble, ce taux est de 28%, soit 13
points en dessous du taux des jeunes.
Ce chiffre de l’abstention est en constante augmentation depuis près de 20 ans, et
notamment chez les jeunes.
Le phénomène de l’abstention est caractérisé également par une forte crise de la
représentation aujourd’hui en France. On peut dors et déjà constater que cette
abstention à augmenter chez toutes les tranches d’âge, et pas seulement chez les
jeunes, même si ce sont eux les plus touchés. On peut ainsi dire que les français, de
manière générale, se sentent de moins en moins représentés par leurs
représentants politiques, et participent moins au vote et aux instances politiques
traditionnelles qu’avant.
Le dernier mandat n’a pas aidé à ce que les français se sentent mieux représentés,
avec de nombreuses affaires liées aux ministres et députés ( Dubost, Griveaux,
Benalla, Darmanin…). Selon un sondage paru en 2020 dans l’Express, “seul 1
1
MUXEL Anne, Sciences Po.
6
français sur 4 se sent bien représenté par Emmanuel Macron”. 2
Selon un autre
sondage réalisé par Ipsos, les français estiment que “les élus « ont trop de privilèges
par rapport aux citoyens ordinaires » (49%) et qu’ils « ne comprennent pas notre vie
et nos difficultés (38%, dont 45% chez les Français qui disent soutenir le
mouvement des Gilets Jaunes)»3”. Cette défiance vis-à-vis du monde politique en
France est ainsi visible et au cœur de mon sujet. Dans cette étude, nous allons ainsi
nous attacher à comprendre pourquoi cette défiance est arrivée, comment les partis
politiques ont réagi à cette crise, et pourquoi les manières de convaincre les jeunes
à se réinvestir dans la politique sont différentes entre les différents partis, de gauche
et de droite.
A leur manière, les partis politiques essaient de ramener la jeunesse vers eux avec
le développement d’une politique axée sur les revendications de la jeunesse, qui est
plus ou moins développée en fonction du parti, mais qui est quand même là. Tous
les partis développent également des mouvements de jeunesse, créés
spécifiquement pour toucher un public jeune, et présidé par des jeunes, pour que le
contact entre eux soit plus simple.
On à vu récemment des responsables jeunes de ces mouvements se montrer de
plus en plus, et faire des débats entre eux, que ce soit Stanisla Rigault chez les
jeunes avec Zemmour, ou bien Ambroise Méjean chez les jeunes avec Macron.
Les partis savent que l’électorat jeune est compliqué à mobiliser et à convaincre,
donc passer par des jeunes permet de leur parler plus directement, et fait partie
intégrante de la stratégie employée par les candidats.
Une autre analyse que nous pouvons observer est que les jeunes sont de moins en
moins engagés dans les partis politiques et les syndicats. Ainsi, pour faire de façon
argumentée le portrait des jeunes, l’Institut Montaigne nous révélait dernièrement
“qu’il existe une importante "désaffiliation politique d’une grande partie de la
jeunesse", et que 43 % des jeunes interrogés disent ne pas avoir d’idées assez
précises pour se positionner sur l’échelle gauche-droite et 55 % ne peuvent indiquer
2
L’EXPRESS, publié le 16/04/2020
3
IPSOS SOPRA STERIA, Une crise de la représentation plus forte que jamais, publié le 17 Avril 2020
7
de préférence partisane”4 Ainsi, le portrait de mon étude repose d’un côté sur une
jeunesse désabusée de la politique traditionnelle, et de l’autre des partis politiques
qui plaisent de moins en moins mais qui souhaitent, par le biais des mouvements
jeunes, les faire revenir et les inciter à aller voter aux élections.
Pourquoi y a-t-il une différence de stratégie politique entre les partis de gauche et de
droite pour convaincre les jeunes de voter pour eux ?
Nous verrons dans une première partie Le vote et la politique chez les jeunes,
histoire et engagement particulier. La deuxième partie sera intitulée La stratégie
politique employée par les partis, quand à la troisième et dernière partie, elle
concernera Le renouveau politique apporté par la jeunesse.
4
FRANCE INTER, 3 Février 2022, d’après une enquête de l’Institut Montaigne
8
Méthodologie:
Pour mener à bien cette enquête, je me suis basé tout d’abord sur la lecture
de nombreux ouvrages liés au sujet, comme Les jeunes d’Olivier Galland ou bien
Les citoyens qui viennent de Vincent Tiberj. Ensuite, j’ai également lu de nombreux
articles de presse qui traitent du sujet, ainsi que des podcasts.
La plus grande partie de mon étude réside dans les entretiens que j’ai menés. J’ai
ainsi mené 10 entretiens auprès de responsables dans des partis politiques, dans
les mouvements jeunes de ces partis, ou bien auprès de journalistes ayant pris part
au sujet d’une manière ou d’une autre.
Ces entretiens ont été très enrichissants et à mener, et m’ont vraiment permis de
comprendre les différentes politiques mises en place par les partis auprès des
jeunes. Ils m’ont également permis d’avoir une vue nouvelle sur ce sujet. Bien
qu’ayant essuyé de nombreux refus, j’ai pu obtenir des entretiens auprès de partis
politiques aussi nombreux que diversifiés, allant d’un bout à l’autre de l’échiquier
politique, ce qui me permet de caractériser les différences de communication auprès
des jeunes de ces partis en fonction de leur positionnement sur cet échiquier.
Nous retrouvons ainsi un représentant de La France Insoumise, un du Parti
Socialiste, un de La république en marche, un des Républicains, un du
Rassemblement National, un de Reconquête, ainsi qu’un représentant du Parti
Animaliste et un représentant de Allons Enfants.
Côté journalistes, on retrouve M. Vaillant, directeur d’un média nommé la ZEP (Zone
d’expression prioritaire), et Mme Tran Huy, journaliste à Public Sénat, qui fait une
émission spéciale sur les jeunes, nommée “20 ans en 2022”.
Mon objet d’étude concernant la différence entre les partis de gauche et les partis de
droite, il à fallu que j’établisse une liste des partis que je considère comme étant à
gauche et une liste des partis à droite.
J’ai également créé une troisième catégorie qui va concerner les partis qui ne
rentrent pas dans ce clivage entre la gauche et la droite.
9
Pour établir ce clivage, je me suis basé sur un article du Monde, daté du 2 Avril
2022, nommé Élections présidentielles 2022 : en un coup d'œil, visualisez les grands
clivages entre les candidats.
Cette étude du Monde montre donc les positions des différents candidats en fonction
de leurs programmes, sur les thématiques suivantes: “l’Europe, l’environnement, les
sujets de société, les institutions, les services publics, le droit du travail, la protection
sociale, la politique économique, la fiscalité, l’identité nationale, l’immigration et les
relations internationales5”.
L’article montre donc chaque candidat, par le biais d’un point de couleur, sur une
échelle allant de gauche à droite, et représentant deux visions opposées de la
société.
Sur ces 12 thématiques, nous pouvons observer un clivage droite-gauche bien
présent, et des candidats se plaçant à gauche ou à droite de l’échelle quasiment
systématiquement.
Le seul sujet qui ne fait pas consensus est la question de l’Europe. Sur les relations
internationales, ce n’est pas totalement clair, mais nous pouvons voir sur les 10
autres thèmes des différences marquantes.
Explications de ma classification
Tout d’abord, je place le Parti Animaliste et Allons Enfants sans clivage, car ce sont
des partis thématiques. Leur programme ne concerne pas tous les sujets, mais un
seul en particulier, les jeunes pour Allons Enfants, et la cause animale pour le Parti
Animaliste. Dans un entretien avec Antoine6, co-directeur du Campus Animaliste, il
me confiait ceci : “notre but est de convaincre toutes les personnes qui aiment les
animaux de voter pour eux, qu’ils se disent de droite ou de gauche7”.
5
LE MONDE, Élections présidentielles 2022 : en un coup d'œil, visualisez les grands clivages entre
les candidats, publié le 2 Avril 2022.
6
Nom modifié
7
Voir Annexe
10
Par conséquent, il est difficile de les classer d’un côté ou de l’autre de cet échiquier
politique. Pareil pour Marc8, représentant d’Allons Enfants dans mon étude, nous dit
également que “l’idée d’Allons Enfants c’est de ne pas se placer sur l’échiquier
politique9”.
Il paraît donc raisonnable que je classe ces deux partis thématiques dans un
troisième groupe, ne pouvant appartenir ni à la gauche ni à la droite.
Les autres partis font moins débat, et les positions sur les différents sujets le
montrent bien.
On peut observer pour la gauche, que Jean-Luc Mélenchon et Anne Hidalgo sont
assez proches sur 8 sujets sur les 12 proposés.
8
Nom modifié
9
Voir Annexe
10
LE MONDE, Élection présidentielle 2022 : en un coup d'œil, visualisez les grands clivages entre les
candidats. Publié le 2 Avril 2022.
11
Ibid
11
Marine Le Pen, Eric Zemmour, Emmanuel Macron et Valérie Pécresse partagent
sensiblement les mêmes opinions sur 9 des 12 sujets possibles.
L’écart entre la droite et la gauche est très représentatif sur le thème de la fiscalité,
où tous les partis de gauche se placent du côté de la redistribution, quand tous les
partis de droite se placent du côté de l’allègement.
Voilà comment j’ai procédé pour séparer en trois catégories les partis politiques que
j’ai analysé dans cette étude.
Ainsi, je placerai :
12
1 Le vote et la politique chez les jeunes, histoire et
engagement particulier
Le sujet de l’élection présidentielle et des jeunes n’est pas nouveau. Cet électorat à
déjà été étudié de nombreuses fois auparavant, car il est intéressant d’étudier le
rapport entre ces deux entités. Plusieurs ouvrages ont donc retenu mon attention
lors de cette étude, que je vais décrire et que je vais présenter en montrant le lien
direct avec mon étude.
Olivier Galland :
Le premier ouvrage qui m’a été nécessaire d’étudier est Les jeunes d’Olivier
Galland. Cet ouvrage, paru en 2009, tente d’examiner les rapports que les jeunes
entretiennent avec la société et distingue les tensions qui se manifestent par des
formes de révolte.
Il m’a été précieux pour ce qu’il m’a apporté, tout d’abord sur l’enjeu politique de la
jeunesse. On peut citer notamment le passage: “la jeunesse devient, à mesure que
s'accroît l'importance de l'éducation, qu'elle soit scolaire ou extra-scolaire, un enjeu
directement politique12”. Cela signifie que les jeunes, faisant de plus en plus d’études
et étant inscrits plus longtemps dans les universités que les générations
précédentes, sont de plus en plus pris en considération. Par la suite, Olivier Galland
nous expose les différents moments qui ont conduit à la prise en compte d’un
électorat jeune, comme la création de la JOC, Jeunesse Ouvrière Chrétienne en
1926, pour avoir un véritable mouvement de jeunes, et qui revendique sa jeunesse
dans son fonctionnement. C’est le premier mouvement de jeunesse à proprement
12
GALLAND Olivier, Les jeunes, 2009
13
parler, et qui va être le premier d’une longue série, ce qui revêt une importance
majeure.
L’auteur va ensuite nous exposer les révoltes datant du 15ème siècle, qui peuvent
être considérées comme des révoltes de la jeunesse et une affirmation politique de
leur part, notamment à l’université. On peut noter à la suite de cela la création de
l’UNEF en 1956, qui permet l’émergence d’un nouveau syndicalisme, le
syndicalisme étudiant. Olivier Galland note également “qu’au travers de cette
naissance d'un véritable syndicalisme étudiant, on assiste à l'affirmation progressive
d'une identité sociale autonome, les étudiants se sentant de plus en plus légitimés à
intervenir en tant qu'acteurs politiques.”13
Par la suite arrivera le mouvement social jeune le plus connu en France, Mai 68, qui
partira de l’université Paris Nanterre et de la révolte des étudiants contre l’ordre en
place. L’arrivée de ce mouvement social conclura l’arrivée de ce nouvel électorat aux
yeux de tous.
Au fil des années, les jeunes seront de plus en plus impliqués dans les mouvements
sociaux et dans une révolte contre le pouvoir en place. Ces dernières années, on
peut notamment citer le poids des jeunes aux manifestations contre la loi travail, ou
encore leur surreprésentation dans les manifestations pour le climat. Ils sont les
premiers représentants de cette marche et sont toujours mis en avant dans les
débats qui les concernent. On peut également citer les mobilisations de la jeunesse
contre les réformes voulues sur l’université, comme la loi Devaquet en 1986, la loi
sur le CIP en 1994, et la loi sur le CPE en 2006.
Toutes ces manifestations auxquelles les jeunes ont participé ont pris une grande
ampleur en France et ont été le symbole du mécontentement des jeunes, par rapport
à une politique qui ne leur ressemble pas.
Voilà ce qu’Olivier Galland m’a apporté sur le thème de la création puis l’affirmation
d’un électorat jeune en France.
Il m’a aussi permis de mieux comprendre comment les jeunes votent et sont
influencés : ainsi, il distingue le vote des jeunes en fonction de leur classe sociale
d’appartenance, et nous montre que “le modèle éducatif des classes populaires et
moyennes entre évidemment en tension avec la revendication croissante
13
Ibid, chapitre 3
14
d'autonomie des adolescents.”14 Il montre ainsi que l’éducation différenciée entre les
classes sociales amène les jeunes à se comporter différemment, et cela aura ainsi
une influence sur le vote futur de ceux-ci. La différence de classe sociale peut ainsi
être notre deuxième point qui montre l’influence du vote chez les jeunes générations.
L’école à une influence directe sur le vote des jeunes. En effet, toujours selon Olivier
Galland, “Avant 25 ans, on compte ainsi une très nette majorité de jeunes qui sont
élèves ou étudiants. L'école joue donc un rôle considérable, non seulement dans la
formation professionnelle des jeunes, mais plus largement dans la formation des
rapports qu'ils vont entretenir avec leur société d'appartenance”15. Ainsi, les jeunes
sont socialisés par l’école et leurs groupes de pair, et ainsi fortement influencés par
ces deux caractéristiques, que ce soit directement ou indirectement.
Cet ouvrage d’Olivier Galland à été le premier pas dans mon enquête, et à permis
de considérer les questions de formation d’un électorat jeune ainsi que la manière
dont le vote des jeunes est influencé, par qui et de quelle manière est-il justement
influencé.
Anne Muxel :
La deuxième auteure avec laquelle j’ai porté de l’intérêt pour mon étude est Anne
Muxel. Cette auteure, spécialiste de la question du vote de la jeunesse, à été
centrale dans la bibliographie que j’ai constituée. Je vais notamment citer les
ouvrages L’expérience politique des jeunes, paru en 2002, Des choix politiques en
héritage, paru également en mai 2002, Politiquement Jeune, paru en 2018, ainsi
qu’un article du monde paru en 2020, nommé le surcroît d’abstention des jeunes
accentue le problème posé à la démocratie, et un podcast sur Public Sénat, intitulé
Les jeunes votent ils encore comme leurs parents ?, et paru en Février 2022.
L’étude de ses ouvrages à été fondatrice dans la manière dont j’ai pensé et traité
mon sujet.
Ainsi, Anne Muxel, sur la manière dont les jeunes sont influencés par le vote, nous
dit que "l'importance du rôle de la famille dans la construction de l’identité politique
14
GALLAND Olivier, Les Jeunes, publié en 2009, chapitre 5
15
Ibid
15
des individus a été mesurée et vérifiée à plusieurs reprises”.16 Elle nous dit ensuite
que “La famille est un lieu d’inculcation mais aussi d’échanges où se façonnent et se
transmettent les valeurs et les modèles culturels entre les générations. Valeurs et
modèles, premiers repères ou absence de repères, premiers ancrages ou absence
d’ancrage, à partir desquels tout citoyen va établir ses liens élémentaires au monde
politique.”17
Cette phrase permet de comprendre que le jeune va se former d’abord au sein de sa
famille, et par rapport aux discours qu’il entend ou ce qu’il n’entend pas. Les prises
de position ou les non prises de position de la part des parents sont des éléments
importants à prendre en compte dans le vote des jeunes, car ils vont apporter des
explications concrètes au vote de ceux-ci ou à leur absence de vote lors des
élections. Même si selon les milieux sociaux, l’expérience n’est pas la même, et les
taux de vote et sensibilités politiques sont différents, cela ne change pas le fait que
la famille exerce une forte influence sur le vote des jeunes, car c’est la première
instance de socialisation.
Ainsi, le vote peut être considéré comme un héritage entre les parents et les jeunes.
Anne Muxel, cette fois dans son ouvrage Des choix politiques en héritage, nous
indique qu’en 1997, les deux tiers des français sont des affiliés, c’est à dire “des
individus qui déclarent reproduire les préférences d’au moins un de leurs parents, à
condition que les opinions de ces derniers ne soient pas opposées”.18 Ainsi, selon
les textes de l’auteure, la famille est centrale dans l’influence du vote des jeunes.
16
MUXEL Anne, L’expérience politique des jeunes, publié en 2002
17
Ibid
18
MUXEL Anne, Des choix politiques en héritage, publié dans Sciences Humaines, hors série numéro
36, mai 2002
19
MUXEL Anne, L’expérience politique des jeunes, publié en 2002
16
même central, et ce texte d’Anne Muxel me montre bien l'influence que peuvent
avoir les médias dans le vote des jeunes.
Vincent Tiberj :
L’ouvrage suivant est un ouvrage nommé Les citoyens qui viennent, écrit par Vincent
Tiberj en 2017. Il traite du renouvellement générationnel, et permet de comprendre
comment les citoyens, dont les jeunes, font de la politique aujourd’hui, différemment
que par le vote ou les moyens traditionnels.
Ainsi, il décrit les nombreux autres moyens d’action qui sont plébiscités par les
français. Dans son enquête, Vincent Tiberj nous dit “qu'en 1981, 50% des français
ont participé à une manifestation ou envisagent de le faire, contre 71% en 2008, soit
une augmentation de 21 points en 30 ans20.” Il fait la même remarque pour les
autres moyens d’action, comme la pétition qui augmente de 17 points, 16 pour le
boycott, 11 pour la grève sauvage, ou encore 6 pour l’occupation d’un bâtiment21”.
Vincent Tiberj apparaît ensuite dans un article de Ariane Ferrand pour nous
confirmer que “Si vous appréhendez les jeunes du point de vue des valeurs, des
préoccupations à l’égard des autres, d’intérêt pour des enjeux publics plus généraux,
typiquement les inégalités, le chômage, le racisme, l’écologie, vous avez un portrait
très, très, très différent de la caricature d’une jeunesse dépolitisée.22” Il nous dit
ensuite dans le même article que “Les manifestations, les pétitions, la vie associative
rattachée à des causes, le partage de contenus militants sur les réseaux sociaux
sont autant de visages d’un engagement politique multiforme, moins conventionnel,
où les jeunes ne sont pas en reste, martèle-t-il. Là où certains entendent « déclin »,
il faut voir « transformation ».”23 Ainsi, ces nouvelles formes d’engagement politique
des jeunes sont diverses, et sont loin de se résumer uniquement au vote, qui est une
manière de s’exprimer mais qui est relativement impersonnelle et qui ne témoigne
pas d’un réel engagement, contrairement à des notions comme les manifestations,
20
TIBERJ Vincent, Les citoyens qui viennent, chapitre 5: Participer moins, mieux, autrement ?, 2017
21
Ibid
22
FERRAND Ariane, Loin des élections, la jeunesse en quête de nouvelles formes d’engagement
publié le 10 Septembre 2021
23
Ibid
17
les pétitions ou les engagements associatifs, qui sont en hausse dans de
nombreuses enquêtes sur la jeunesse.
L’apparition de ces nouvelles formes de participation politique me permet de poser la
question dans mon enquête de l’importance prise par les formes de participation
démocratique, dans un environnement où l’abstention et les votes blancs et nuls
prennent de plus en plus de place. Cet ouvrage de Vincent Tiberj est donc important
pour la bonne réalisation de mon mémoire, car il traite de ces nouvelles manières de
faire de la politique, qui est une de mes hypothèses de départ sur la manière dont
nous devons comprendre l’abstention.
Vincent Tournier :
Il nous dit ensuite que “l’école s’impose comme un lieu central de la sociabilité
juvénile, à tel point que la socialisation scolaire et la socialisation par les pairs sont
fortement imbriquées. L’une et l’autre participent à la construction des identités
individuelles et collectives”25. Par là, l’auteur entend que l’école et les groupes de
24
TOURNIER Vincent, Comment le vote vient aux jeunes, publié dans L’apprentissage de la norme
électorale, Agora Débats/Jeunesse, 2009
25
Ibid
18
pair socialisent l’enfant jusqu’à l’âge adulte, et donc l’influence fortement dans son
devenir et dans ses choix futurs, dont le vote fait partie intégrante.
Ainsi, le fait que la famille et l’école jouent un rôle important dans la socialisation des
jeunes me permet de faire un parallèle avec l’étude de Anne Muxel et renforce la
vision de mon travail sur l’influence du vote des jeunes.
19
l’entrée plus tardive dans la vie active permet l’affirmation de cette tranche d’âge
comme un électorat à part entière.
Ainsi, l’électorat jeune est un électorat qui s’est construit petit à petit au 20ème
siècle, et qui désigne la façon de voter des jeunes générations, qui se se sont
distingués des autres générations par un vote particulier, et qui aujourd’hui
représente le groupe de vote le moins stable et le plus à gauche, mais également le
plus abstentionniste. Nous allons voir pourquoi dans la deuxième partie.
Anne-Cécile Broutelle :
30
BROUTELLE Anne-Cécile, La politique, une affaire de famille(s) ?, dans Idées économiques et
sociales, 2011
20
Articles de journaux :
31
SALTIEL François, Les réseaux sociaux peuvent-ils faire basculer une élection ?, dans l’émission
Le meilleur des mondes, 11 Mars 2022
32
LILLE ACTU, 26% des français se disent influencés par la presse locale lors d’une élection. Et vous
?, publié le 27 Janvier 2020
21
B Le point de vue des médias sur l’abstention des jeunes
Les médias jouent donc un rôle important dans l’information des jeunes, et
leur rôle est essentiel, car ils peuvent réagir différemment au phénomène de
l’abstention, et proposer d’autres solutions que les partis politiques.
Ainsi, Emmanuel Vaillant, directeur du média La Zone d’expression prioritaire, nous
explique la plus forte abstention des jeunes par : “ un rejet des responsables
politiques, une montée de la radicalité, une sorte d’agacement vis à vis des
responsables politiques et des institutions, et du coup une moindre allégeance
33
MINISTÈRE DE LA CULTURE, Les jeunes et l’information : une étude du ministère de la culture
vient éclairer les comportements des jeunes en matière d’accès à l’information, publié le 27 Juillet
2018.
22
partisane, c’est à dire qu’on est moins tentés de rentrer dans un parti politique. et
une plus grande défiance vis-à-vis du politique34”.
Une autre journaliste avec laquelle je me suis entretenu, Tâm Tran Huy, explique
quant à elle la forte abstention des jeunes par “ une explication multifactorielle, qui
veut dire quelque chose, qui est militante, elle veut dire quelque chose dans le fait
que les jeunes se retrouvent plus du tout dans l’offre politique actuelle35.”
Ce qui me frappe dans ces deux témoignages, c’est que les deux journalistes nous
expliquent, par des raisonnements différents, que la jeunesse n’est pas dépolitisée,
elle s’intéresse à la politique, mais cette abstention est dûe à une défiance vis à vis
de la politique d’une part, et à ce que les jeunes ne se retrouvent plus dans l’offre
politique de l’autre part.
M. Vaillant nous parle également d’un rejet des responsables politiques, en plus
d’une méfiance, ce qui implique donc que les représentants politiques, et les partis
de surcroît, ne jouent pas le rôle qu’ils devraient jouer et ne représentent pas
correctement les jeunes selon lui.
Les jeunes ne sont pas adeptes de la politique classique tout en étant quand même
politisés. Nous pouvons nous demander alors quelles sont leurs pratiques politiques,
selon les journalistes.
Pour Tâm Tran Huy, “les jeunes s'engagent par le biais d’associations, et ont
également des modes de mobilisation particuliers aux jeunes émanant quand même
des réseaux. C’est là que c’est spécifique par rapport à l’ensemble du reste de la
population.36”
Pour elle, l’utilisation des réseaux sociaux est donc centrale chez les jeunes, mais ils
s’engagent beaucoup aussi dans des associations, pour des causes plus concrètes
qui les concernent directement.
C’est un point que nous confirme Emmanuel Vaillant : “si il y a une défiance vis à vis
des représentants et des représentations politiques, il y aussi une aspiration forte
des jeunes qu’on voit participer au débat public, mais à travers des causes précises.
34
Voir annexe
35
Voir annexe
36
Voir annexe
23
C’est à dire qu’on ne s’engage pas en politique en général, mais on s’engage parce
que l’on soutient telle ou telle cause: la cause des violences faites aux femmes, la
cause écologique, la cause des violences policières, la cause des discriminations
racistes, etc37”.
Ainsi, si les jeunes s’engagent peu dans les partis politiques et dans la vie politique
traditionnelle, ils vont quand même participer à la vie démocratique à travers des
causes très précises, qu’ils jugent plus concrètes à leurs yeux.
Cet investissement pour des causes concrètes à également été perçu par la
journaliste de Public Sénat. Elle nous dit : “je trouve que l’engagement associatif
c’est un truc assez fort, et on a pu voir notamment autour de la lutte contre la
précarité étudiante, c’est quand même un truc qui émane du covid et qui est en train
de rester, et je suis quand même frappée, moi, tu vois l’initiative comme la cité des
chances, ou avec vaulx académia, y’a quand même une faculté d’investir les
associations, quelque chose plus au niveau local, qui ne se veut pas politisé, pour
s’engager, et puis surtout il y a d’une part l’idée de transformer en acte
l’engagement, et je pense que vraiment côté concret, actif, est quand même super
important38”.
Pour elle également, cet engagement concret est plébiscité par la jeunesse car il
comporte du sens, et l’engagement dans une association est donc quelque chose
qui permet aux jeunes de s’investir dans une cause qui leur tient à cœur et de
participer à la vie politique.
M. Vaillant nous dit également quelque chose sur cet engagement associatif. Il nous
dit ainsi “qu' il y a des nouvelles formes de citoyenneté, qui sont hors des institutions
politiques traditionnelles. Il y a des nouvelles expressions alternatives, il y a des
nouveaux modes d’inclusion démocratique qui sont intéressants, de nouvelles
manières de faire de la politique qui sont plus des manières qui se traduisent parfois
par du faire, de l’agir plutôt que du dire, c’est à dire que je vais, je sais pas, travailler
dans un collectif, pour, par exemple je vais travailler à utopia 56 pour aider des
migrants à se loger, plutôt que de m’engager dans un parti politique traditionnel, qui
va avoir un discours sur l’immigration. Je vais être dans le faire, agir quoi39.”
37
Voir annexe
38
Voir annexe
39
Voir annexe
24
La notion importante ici est d’être selon lui dans l’agir, le concret, le réel plutôt que
s’engager dans un parti, qui est plus en dehors des réalités des jeunes.
Selon lui, l’engagement dans une association de la part des jeunes comporte du
sens, et c’est en cela qu’il est important. Le jeune faisant partie d’une association va
pouvoir observer des changements concrets dans la vie de tous les jours,
concrètement à un engagement politique auprès d’un parti traditionnel, dont la
portée va être plus limitée.
Ainsi, du point de vue des médias, les jeunes s’engagent beaucoup à travers les
associations et moins vers le politique, ce qui permet de donner un sens réel à leur
engagement.
En faisant ce constat sur l’abstention, il nous dit vraisemblablement qu’elle est créée
par le manque de considération des populations de la part des responsables
politiques. Pour remédier à cette situation, il serait donc nécessaire que les
responsables politiques prennent plus en considération l’avis de la population.
40
Voir annexe
25
Mme Tran Huy comprend quant à elle une partie de l’abstention par “ne pas vouloir
voter parce qu’on ne se reconnaît pas dans l’offre politique et qu’on veut pousser un
coup de gueule, et je pense qu’il y a quand même une part de l’abstention qu’il faut
essayer de comprendre comme ça, mais ce qui est malheureux c’est que ça passe
par l’abstention, et jamais par un vote positif, donc ça veut dire qu’ils ne se
reconnaissent nul part quoi.41”
Une solution qui pourrait être proposée pour réduire cette abstention serait donc
d’offrir un plus grand horizon politique, et motiver les jeunes en proposant plus de
mesures concrètes concernant ceux-ci.
Toujours selon Mme Tran Huy, il reste du travail à faire chez les politiques pour que
les jeunes s’intéressent davantage à leurs propositions. En effet, elle nous dit que :
“il y a quand même un gros travail à faire, hein, et puis le sujet c’est que c’est un
cercle vicieux, moins ils se sentent concernés, moins ils votent, moins ils intéressent
les politiques, ça c’est évident, les politiques, vous voyez très bien, entre Emmanuel
Macron, entre deux tours, il est en train de promettre de raser gratis à gauche, parce
que c’est là où se retrouve son électorat42”.
Ainsi, pour que l’abstention vienne à baisser, les politiques auraient intérêt à plus
s’intéresser aux jeunes, pour stopper ce cercle vicieux et que la confiance des
jeunes soit à nouveau garantie, si tenté qu’elle l’est été à un moment.
Nous pouvons nuancer cet important phénomène d’abstention chez les jeunes
grâce aux travaux de Vincent Tournier et Anne Muxel. Vincent Tournier nous dit ainsi
que “l’abstention des jeunes découle d’abord de leur situation sociale. Elle s’explique
d’abord par un effet du cycle de vie et augmente avec l’insertion sociale43”
Les travaux de ces deux auteurs nous permettent de comprendre que la plus forte
abstention des jeunes s’explique par d’autres phénomènes que uniquement le
manque de représentation dans la sphère politique. On doit cependant dire que cette
abstention à beaucoup progresser depuis les années 2000, et la seule explication de
la situation sociale des jeunes n’est pas suffisante pour expliquer cette hausse
significative.
41
Voir annexe
42
Voir annexe
43
TOURNIER Vincent, MUXEL Anne, Comment le vote vient aux jeunes, dans Agora
Débats/Jeunesse, publié par Tournier en 2009 + expression tirée de Anne Muxel, 2001
26
La participation politique des jeunes et leur reconnaissance en tant que
catégorie d’âge à part entière n’est pas nouvelle. Cependant, la récente montée de
l’abstention témoigne d’une baisse de participation à l’appareil démocratique qu’est
le vote. Cette baisse de participation dans les élections ne peut être ramenée à une
baisse d’engagement et d’intéressement dans la politique de la part des jeunes.
D’autres formes d’engagement politique et démocratique sont usés par les jeunes,
dont nous verrons les ressorts dans la troisième partie.
Dans le traitement de cette abstention, les médias ont un pouvoir important, car en
donnant la parole aux jeunes et en les laissant s’exprimer, on comprend clairement
leurs revendications et leur écart par rapport au vote et à la politique traditionnelle.
Pour convaincre les jeunes de voter pour eux, les partis de gauche et de droite ainsi
que les partis thématiques doivent prendre en considération cet écart par rapport à
la politique traditionnelle pour toucher de la meilleure manière possible les jeunes, et
ainsi les inciter à voter pour eux.
27
2 La stratégie politique employée par les partis
Pour faire face à l’abstention et inciter les jeunes à voter pour eux, la
communication auprès des jeunes est une étape incontournable pour les partis
politiques. Qu’elle se passe de manière traditionnelle, comme avec les tracts sur les
marchés, ou bien avec les réseaux sociaux, la communication leur permet de
toucher une audience importante, de diffuser leurs idées et d’être présents sur tous
les terrains.
Les partis politiques ont donc naturellement recours à la communication auprès des
jeunes, notamment aussi car nous avons vu précédemment que les jeunes sont les
plus concernés et réceptifs par les médias, et les réseaux sociaux en particulier.
Nous pouvons constater que cette communication des partis envers les
jeunes est assez différente entre les partis qui sont classés à droite et ceux classés
à gauche de l’échiquier politique, mais qu’il y a tout de même des processus de
communication semblables dans certains domaines.
Concernant les actions menées sur le terrain, les partis de gauche vont être plus
actifs sur les manifestations que ceux de droite. Ainsi, Thibault44, responsable des
jeunes insoumis dans son département, nous dit: “concernant les manifs, on est
dans toutes les manifs climat. On est dans toutes les manifs contre la précarité
étudiante, tout le temps, également.45” Naël46, jeune socialiste, nous fait part
également de la part importante des manifestations dans la stratégie du parti: “on
essaye d’aller à ce genre de manifestations qui sont en accord avec nos valeurs et
44
Nom modifié
45
Voir annexe
46
Nom modifié
28
nos idées, et on se rejoint aussi dans les meetings47”. Antoine48, du campus
animaliste, nous parle également des manifestations comme quelque chose de très
important dans le campus: “Il y a des manifs, les manifs auxquelles moi j’ai été,
c’était avant le campus, comme les manifs contre la fourrure, mais c’était avant que
le campus naisse; mais typiquement c’est le genre de manifs où on irait49”.
Les représentants des partis de gauche que j’ai ainsi interrogés insistent sur
l’importance des manifestations dans leur stratégie de communication auprès des
jeunes. Les partis thématiques, représentés ici par le Parti Animaliste, utilisent ce
mode d’expression de manière importante afin de sensibiliser la population autour
de leur thème.
A droite, la communication par le biais des manifestations est plus rare, voire
inexistante. En effet, quand j’interroge Matthieu50, jeune avec Marine, sur les
éventuelles manifestations dont son parti prend part, il me répond : “Pas de
manifestation, non51”.
Alexandre52, qui fait parti de Reconquête, nous dit quand à lui qu’ils ne prennent pas
part aux manifestations au sens classique du terme, mais “ On a des banderoles
qu’on met au-dessus des autoroutes, avec des slogans comme “votez Zemmour'', et
des petits drapeaux français qu’on agite, donc ça, ça marche plutôt bien53”.
La communication concernant les modes d’action de la droite se fait plus par actions
ponctuelles comme la banderole de Reconquête, que par une réelle participation
aux manifestations, comme c’est le cas dans les partis de gauche que j’ai pu
rencontrer. Cela marque une différence majeure entre ces deux types de partis.
47
Voir annexe
48
Nom modifié
49
Voir annexe
50
Nom modifié
51
Voir annexe
52
Nom modifié
53
Voir annexe
29
Cependant, on peut voir que c’est un moyen utilisé plus en profondeur par certains
partis que d’autres. En effet, la France Insoumise, par exemple, tracte beaucoup par
thèmes et pas toujours sur le programme général: “on a des tracts programmatiques
sur un peu tout. Évidemment en fonction de là où tu tractes, bah tu tractes le
programme général, mais tu tractes aussi des choses différentes. Par exemple,
quand tu vas tracter, je vais caricaturer: quand tu vas à la sortie d’une usine, tu vas
plutôt mettre en avant les thèmes liés à l’industrie, quand tu vas tracter devant une
école, c’est plutôt les thèmes liés à l’enfance, à l’éducation, et quand tu vas tracter
dans une fac c’est plutôt les thèmes liés à la jeunesse54.”
Concernant le parti socialiste, “nos tracts sont globaux, et pas que sur les jeunes.
Mais ils font en sorte d’être clairs, et de pas partir dans tous les sens.55” Pas de
tracts spécifiques comme chez la France insoumise, mais des tracts globaux sur le
programme. Concernant le Rassemblement national, le tractage auprès de la
population occupe aussi une place importante: “Ouais, toutes les semaines on est
sur le terrain pour le tractage56.”
Le tractage et le collage sont deux activités militantes qui sont partagées par à la fois
les partis de gauche et les partis de droite, qui les rassemblent dans leur manière de
communiquer auprès de la population, et des jeunes également.
On peut cependant voir que certains partis tractent leur programme de manière
globale un peu à tout le monde, quand d’autres partis arrivent à cibler les jeunes en
particulier, et proposent des tracts en fonction des endroits où ils se trouvent.
Pour convaincre les jeunes d’aller voter pour leur candidat, les militants vont
passer principalement par les réseaux sociaux numériques, puisque ce sont des
plateformes qui sont utilisées principalement par les jeunes, et où ils sont
particulièrement attentifs à ce qui s’y fait.
En effet, Franceinfo, dans un article publié en Mars 2021, nous informait que “les
réseaux sociaux sont un moyen de "véhiculer une image de modernité" mais aussi
54
Voir annexe
55
Voir annexe
56
Voir annexe
30
de s’adresser à des publics jeunes. Des publics qui ont en général entre 18 et 24
ans, qui sont très souvent peu politisés57".
Ainsi, passer par les réseaux sociaux est devenu une étape incontournable dans la
communication des mouvements jeunes des partis politiques, car c’est le moyen le
plus efficace de trouver son public à moindre coût.
Cette étape incontournable est bien vue par Thibault58, responsable France
insoumise: “notre gros point de communication de manière générale j’ai envie de
dire, mais encore plus avec les jeunes c’est les réseaux sociaux.59”
Ce constat d’une prédominance de la communication par les réseaux sociaux est fait
également par Benjamin60, responsable départemental des jeunes républicains :
“Les réseaux sociaux ont une place prédominante qui fait que les actions un peu
plus classiques sont totalement différentes. Et, à l’époque, mais ça c’est tous les
partis confondus, on pouvait avoir une armée de militants, ce qui était le cas aussi
pendant un moment, là du coup on va plus travailler sur une certaine
segmentation.61”
On peut ainsi observer que la stratégie des partis passe non seulement par une forte
présence sur les réseaux sociaux, mais aussi par cette volonté d’être présents sur
57
FRANCE INFO, Réseaux sociaux: un moyen pour les politiques de communiquer avec les jeunes,
publié le 11/03/2021
58
Nom modifié
59
Voir annexe
60
Nom modifié
61
Voir annexe
62
Nom modifié
63
Voir annexe
64
Voir annexe
31
tous les réseaux sociaux, même les plus récents, comme Tiktok, pour être sûr de
toucher un public le plus large possible et affirmer sa présence comme un parti qui
s’intéresse aux jeunes.
Les mouvements jeunes des partis politiques ne se contentent pas de relayer les
propositions qui sont faites par leur parti auprès des jeunes, mais innovent et créent
de nouveaux concepts, qui leur permettent de se démarquer des autres partis.
Ainsi, Arthur65, des jeunes avec Macron, nous expose ces nouveaux concepts de la
manière suivante : “c’est de la communication qui est assez intelligente, dans le
sens où elle essaye toujours de faire sortir de nouveaux concepts, de nouvelles
idées, il y a par exemple eu un peu le pari d’Ambroise et Arthur, qui s’occupent de la
communication, de faire comme si Emmanuel Macron est une sorte de série Netflix,
et qu’on lui demandait de faire 5 saisons de plus, donc un quinquennat en plus66”.
Cette parodie de série est un bon exemple de ces nouveaux concepts qui servent à
parler aux jeunes, puisque la plateforme netflix est très connue de ceux-ci, et faisant
partie intégrante de leur imaginaire, elle représente un bon moyen de les convaincre.
65
Nom modifié
66
Voir annexe
67
Nom modifié
68
Voir annexe
32
premier slogan de la campagne, avant la force du peuple, ça émanait d’un vote sur
le site internet de la France Insoumise69”.
Ainsi, faire participer les militants et les citoyens ordinaires permet de mieux les
inclure dans la campagne, et permet au parti de la France Insoumise de gagner en
popularité, notamment auprès des jeunes, car tout cela passe par les réseaux
sociaux, qui sont plébiscités par ceux-ci.
La communication par les réseaux sociaux se fait également par le biais de
signatures et pétitions en ligne. En effet, Marc70, d’Allons Enfants, nous dit la phrase
suivante : “La communication sur les réseaux sociaux, on essaye de la faire le plus
constamment possible, on essaye de réagir à l’actualité sur twitter, on poste des
tribunes, aussi, on cosigne des tribunes qui sont publiées dans les médias71”.
On constate donc que même pour un parti qui n’a pas pu présenter un candidat aux
élections présidentielles, les réseaux sociaux ont leur importance, car ils permettent,
surtout pour un parti fait par, et pour les jeunes, de se faire connaître, entendre, et
pouvoir inciter son électorat à aller voter pour eux.
Pour Naël72, jeune socialiste, les réseaux sociaux sont également importants pour
diffuser les idées de leur parti, en l’occurrence le Parti Socialiste. La méthode
qu’utilise son parti est la suivante: “avec les jeunes socialistes, sur les réseaux
sociaux, on explique avec des posts, de manière vraiment générale, et un peu plus
vulgarisée les notions du socialisme. C’est à dire qu’on explique simplement qui on
est, on explique quelles sont nos ambitions, ce qu’on aimerait avoir, etc73”.
La méthode utilisée par le mouvement des jeunes socialistes est ainsi de vulgariser
des notions liées à leur courant de pensée, le socialisme, pour que les jeunes
comprennent mieux ce qui ressort de cette notion concrètement, et puissent
s’intéresser un peu plus au mouvement, au parti. Cette méthode d’utiliser des
courtes vidéos expliquant des notions complexes ou bien le programme du parti
permet aux jeunes de s’approprier le programme, et également d’avoir une meilleure
image du parti, ce qui est essentiel dans la communication de chaque parti.
69
Voir annexe
70
Nom modifié
71
Voir annexe
72
Nom modifié
73
Voir annexe
33
Cette volonté de parler directement aux jeunes en expliquant ce qui ressort du
programme est utilisée par les partis pour communiquer directement de jeunes à
jeunes, sans intermédiaire, et ainsi pour les mettre en confiance et que le discours
passe mieux.
Les réseaux sociaux prennent ainsi une place de choix dans la communication des
partis. On a pu voir citer précédemment des réseaux comme twitter, facebook ou
instagram, qui sont des réseaux aujourd’hui connus de tous, et fréquentés par les
jeunes en particulier. Mais s' il y a bien un réseau récent qui n’est fréquenté
quasiment exclusivement par les jeunes, c’est bien tiktok. En effet, nous avons pu
voir que les plus jeunes sont très sensibles aux courtes vidéos qui sont publiées sur
ce réseau, et cela fait de lui un atout principal pour les partis qui souhaitent
intéresser la jeunesse. J’ai notamment pu constater des vidéos virales, comme
celles de Jean-Baptiste Djebbari, ministre des transports, qui recueille des vidéos à
plusieurs millions de vues, ainsi que plus d’un million d’abonnés sur sa chaîne. On
peut penser également à Emmanuel Macron, qui à près de 3 millions d’abonnés sur
sa chaîne personnelle, ou encore celle de Jean-Luc Mélenchon, qui en a 2 millions
et qui poste régulièrement des vidéos à plusieurs millions de vues.74
Cette réserve de jeunes électeurs est ainsi plébiscitée, avec des vidéos parfois
humoristiques, ou reprenant les tendances du moment, pour montrer que les
politiques sont également proches des jeunes, et surtout qu’ils s’intéressent à eux.
Lors de la création de mouvements jeunes, cette donnée est bien prise en compte,
et l’utilisation de réseaux sociaux parlant aux jeunes est au cœur de la stratégie.
C’est le cas du Campus Animaliste, mouvement jeune du Parti Animaliste, qui s’est
créé récemment, à la fin de l’année 2021, et dont un des co-présidents nous disait
que “un des objectifs de la création du campus c’était justement d’investir les
réseaux considérés comme jeunes, comme TikTok par exemple.75”
La volonté d’investir des réseaux sociaux numériques considérés comme jeunes
permet aux mouvements jeunes de pouvoir cibler concrètement leur cible, c'est -à
74
TIK TOK, comptes de Jean-Baptiste Djebbari, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon
75
Voir annexe
34
-dire les jeunes, et leur parler directement de jeunes à jeunes, sans autre
intermédiaire.
Nous venons ainsi de voir que les réseaux sociaux représentent une part importante
de la communication des partis politiques vers les jeunes, car ceux-ci sont
particulièrement présents et attentifs sur ces réseaux.
Tout d’abord, on peut observer le partage et la vente des programmes politiques, qui
sont la base des actions futures du candidat. Jean-Luc Mélenchon, par exemple, à
sorti son programme en papier à prix coûtant, et à également fait circuler un pdf,
gratuit, où tout son programme est détaillé.
Ensuite, cela peut passer par des vidéos tournées qui vont permettre de présenter le
programme du candidat, comme c’est le cas de Arthur76, jeune avec Macron, qui
était chargé de réaliser certaines de ces vidéos-là. Par exemple, il nous dit “ moi
mes vidéos, c’est un peu personnel, j’essaye de les amener sur des réformes très
sociétales en fait, c'est-à-dire des choses qui sont pas du tout faites encore en
France et que je trouve intéressant d’aborder. Par exemple, l’euthanasie, la gpa, la
légalisation du cannabis…77”
Arthur78, par ses vidéos, essaie ainsi de convaincre les jeunes par le biais d’une
nouvelle sorte de communication, qui permet aux jeunes de mieux comprendre les
propositions du candidat, en détail, et présenté par un jeune, pour des jeunes, ce qui
76
Nom modifié
77
Voir annexe
78
Nom modifié
35
fait toute la différence. Cette “vulgarisation” est une méthode intéressante, qui
permet aux jeunes d’être plus familiers avec ces notions, et d’avoir un contact direct
avec un jeune.
Nous nous devons également de parler des événements qui peuvent être créés à
l’initiative des partis et qui permettent aux jeunes de participer. Nous pouvons
notamment citer Antoine79, du Campus Animaliste, qui réalise de nombreux
évènements susceptibles d’intéresser les jeunes, ici à la cause écologique.
En effet, il nous dit “on a un événement début février: on va faire une table ronde au
hasard ludique avec les jeunes écolos, sur la cause animale et l’écologie.”
Il y a également d’autres évènements qui ont été faits sur la cause animale, principal
thème du parti, et ces évènements permettent aux jeunes de découvrir ou bien
d’être plus familiers avec ces thèmes là, et ainsi de pouvoir mieux comprendre le
programme du parti, et c’est donc un pas important qui est fait par le parti envers les
jeunes.
Avec toutes ces différentes formes de communication, on voit que c’est un élément
essentiel dans ce rapport entre les jeunes et les partis politiques.
La communication des partis politiques auprès des jeunes est essentielle car elle
permet aux partis de convaincre l’électorat qui participe le moins aux élections de
manière générale. Il est donc très important pour eux d’essayer un maximum de
capter cet électorat, ce qui est en partie réalisé par les mouvements jeunes, qui
servent à redonner une dynamique aux partis. Ces mouvements basent donc leur
communication sur de nombreuses actions sur le terrain ainsi que par l’utilisation
massive des réseaux sociaux numériques. La communication est différente entre les
partis de gauche et de droite, les partis de gauche utilisant plus les manifestations
ainsi que les tracts thématiques auprès des jeunes, tandis que la droite va plus être
encline à utiliser des banderoles, des slogans et des tracts également. La
communication par les tracts est également plébiscitée par les partis thématiques,
79
Nom modifié
36
ce qui leur permet de montrer concrètement pourquoi voter pour eux et comment
agir pour défendre leur cause.
La communication par le biais des réseaux sociaux rassemble tous les partis
politiques, car les jeunes sont nombreux sur ces plateformes et qu’ils sont facile à
approcher dessus.
Ainsi, nous allons traiter dans cette sous-partie de la façon dont les partis politiques
voient l’abstention, et pourquoi, selon eux, cette abstention est aussi haute.
Comprendre comment les partis politiques, ainsi que les mouvements jeunes parlent
de l’abstention permet de comprendre comment ce phénomène est traité aujourd’hui
par ces entités qui peuvent faire changer les choses de l’intérieur.
Nous avons vu dans une première partie comment les médias voyaient l’abstention,
et quelles étaient selon eux les solutions pour la réduire. Nous allons maintenant
nous intéresser au traitement de cette abstention dans les partis politiques.
37
Nous allons commencer par analyser le traitement de cette abstention au sein des
partis dits à gauche de l’échiquier politique.
80
Nom modifié
81
Voir annexe
82
L’AVENIR EN COMMUN, Programme La France Insoumise, 2022
83
L’AVENIR EN COMMUN, Livret Ruralité du programme, 2022
38
Ces livrets thématiques présentent le programme précisément sur un thème, en
donnant plus d’indications sur un thème en particulier.
On retrouve cette notion d’abstention également dans le livret de la constituante, “le
dégoût conduit à l’abstention massive, qui arrange la concentration du pouvoir et des
richesses84.”
On retrouve aussi l’abstention sur les livrets suivants: laïcité, quartiers populaires
ainsi que le livret centré sur la paix. Chaque thématique revient sur l’abstention avec
des mesures en particulier, et expliquant comment la combattre, et ces mesures sont
censées convaincre les abstentionnistes d’aller finalement voter, car ce sont des
mesures qui sont censées apporter plus de démocratie.
Naël87 nous montre ici que l’abstention, en grandissant, inquiète mais aussi intéresse
les différents partis politiques, car cela représente une base importante de
personnes qui peuvent basculer d’un côté ou de l’autre si l’on arrive à les
convaincre. L’abstention étant notamment forte chez les jeunes, cela représente un
défi pour chaque parti de pouvoir amener le plus de jeunes à les rejoindre, car c’est
une forte base électorale.
Comme pour tous les candidats, j’ai analysé le programme d’Anne Hidalgo pour les
présidentielles, mais je n’ai rien trouvé concernant l’abstention. Il y a des mesures
sur les jeunes, sur l’éducation, mais rien de concret sur comment faire baisser
84
L’AVENIR EN COMMUN, Livret Constituante du programme, 2022
85
Nom modifié
86
Voir annexe
87
Nom modifié
39
l’abstention des jeunes, ou sur les mesures à prendre pour inciter les jeunes
abstentionnistes à voter pour son programme.
Je n’ai pas réalisé d’entretiens avec des jeunes issus d’europe écologie les verts
ainsi que du parti communiste, mais j'ai tout de même pu analyser de près leurs
programmes respectifs.
Concernant le programme de Yannick Jadot, je n’ai pas trouvé mention de
l’abstention sur les plus de 130 pages que composent son programme.
Cette volonté de redonner plus de pouvoir et de place aux citoyens est également
partagée par le programme l’Avenir en Commun, que nous avons analysé plus tôt.
C’est donc une mesure mesure phare des partis de gauche,
88
FABIENROUSSEL2022, La France des jours heureux. Programme de Fabien Roussel pour la
présidentielle
89
FABIENROUSSEL2022, Mesures 133, 134 et 135
40
Le traitement de l’abstention dans les partis de droite :
41
Du côté des Républicains, l’abstention est également une préoccupation importante.
Benjamin94, responsable jeune du mouvement des jeunes républicains, nous en
parle en disant que “l’abstention aussi progresse énormément, et nous on va vouloir
convaincre et être un minimum efficace.95”
Il souhaite ainsi, dans la stratégie du parti, convaincre le maximum de personnes, en
un temps limité, mais surtout avec des actions concrètes et rapides, car cette
progression de l’abstention est inquiétante.
Il nous dit également qu’il “a des cercles perso de personnes qui sont pas du tout
engagées, qui disent ouais bon, je vais voter, mais sans grande conviction quoi, et
qui y vont pour le geste, en se disant c’est bien comme ça y’aura pas trop
d’abstention96”.
Cela atteste bien du manque de motivation des jeunes par rapport à la politique
traditionnelle, qui ne vont pas voter pour certains, et qui, pour d’autres, vont voter
plus par devoir que par plaisir. Ils ne sont pas très intéressés par l’élection mais
souhaitent tout de même participer à la vie démocratique de leur pays et faire une
bonne action en allant voter.
En consultant attentivement le programme de Valérie Pécresse, je n’ai
malheureusement rien trouvé sur l’abstention, dans les seize pages que composent
celui-ci.
Les Jeunes avec Marine sont aussi préoccupés par l’abstention, comme la grande
majorité des partis politiques que nous avons pu observer depuis le début de cette
enquête.
Matthieu97, jeune avec marine, nous dit ainsi : “On l’a vu, le taux d’abstention chez
les jeunes aux régionales était à plus de 90%.C’est énorme ! Alors, est ce qu’on a
raté, est ce que tous les partis ou les médias, est ce que niveau communication ils
ont raté la communication auprès des régionales, ou des départementales.98”
94
Nom modifié
95
Voir annexe
96
Voir annexe
97
Nom modifié
98
Voir annexe
42
Il fait le même constat que nous avons pu observer, à savoir que l’abstention des
jeunes est énorme, et encore plus forte dans les élections autres que les
présidentielles.
Il s’interroge également sur les raisons de cette si forte abstention, en se demandant
qui en est le responsable, est-ce que ce sont les médias, les partis politiques, la
5ème république, ou peut être que chacun à sa part de responsabilité ?
Le parti Reconquête quant à lui, est également soucieux des problèmes d’abstention
qui se posent.
Quand j’interroge Alexandre99, responsable reconquête, sur le taux d’abstention des
jeunes au 1er tour de l’élection présidentielle, il me répond la phrase suivante : “je
pense que l’abstention va être forte chez les jeunes, car les partis politiques sont en
train de s’effondrer, ça devient un peu difficile.100”
Selon lui, donc les partis politiques classiques sont de plus en plus faibles, et
menacent de ne plus tenir, ce qui expliquerait la faible participation des jeunes.
Il dit par la suite qu’il a “l’impression que ceux pas encartés, ils sont un peu
désespérés des politiques français, et quand déjà on est motivé, ça reste une forte
abstention chez les jeunes, parce que les partis sont en train de mourir sous nos
yeux, ils font plus venir personne, à part reconquête qui a fait venir plein de monde
en même temps, les partis sont un peu plus en déliquescence quoi.101”
Il semble ainsi pessimiste quant au taux d’abstention qu’on constatera au 1er tour de
la présidentielle.
Ayant analysé les 73 pages du programme, comme j’ai fait pour chaque candidat, je
n’ai malheureusement pas trouvé une ligne sur l’abstention directement, comme
99
Nom modifié
100
Voir annexe
101
Voir annexe
43
c’était le cas pour les programmes de Mmes Valérie Pécresse et Marine Le Pen
précédemment en ce qui concerne les programmes de droite.
Pour Allons Enfants, Marc102, membre et représentant pour mon enquête du parti,
nous explique comment il comprend l’abstention. Il explique cette abstention des
jeunes par un manque d’écoute de la part des représentants politiques : “Comme ils
ne sont plus écoutés, le vote n’est plus une solution.” Il nous dit ensuite qu'il pense
cependant que “les jeunes s’engagent. Alors pas forcément en politique, mais dans
les associations, on a constaté que les chiffres du bénévolat ne baissent pas, au
contraire, ils progressent. Ils s’engagent dans des causes qui leur tiennent à
cœur.103”
102
Nom modifié
103
Voir annexe
44
que dans des partis politiques, sans être pour autant moins politisés que les
anciennes générations.
Dans le programme du parti Allons Enfants, on ne parle pas concrètement
d’abstention comme Marc104 à pu le faire, mais quelques propositions sont à noter
comme “le droit de vote à 16 ans et une véritable démocratie participative, pour un
référendum d’initiative partagée, ainsi que la révocabilité des élus à mi-mandat.105”
Toutes ces propositions sont des propositions qui ont déjà été traitées auparavant, et
qui permettraient de redonner plus de pouvoir aux citoyens, selon les dires de ses
partisans.
Hélène Thouy, candidate pour le parti, effectue ainsi un parallèle entre son
programme centré sur la protection des animaux et l’abstention, qui est un
phénomène massif de rejet des représentations politiques actuelles.
Le parti animaliste explique cette forte abstention actuelle par “l’ignorance dans
laquelle est maintenu l’ensemble des citoyens français concernant le fonctionnement
de notre République et de nos institutions, et la volonté de les en écarter.107” Dans
les propositions faites par le Parti Animaliste pour réduire l’abstention, on retrouve
notamment “le référendum d’initiative citoyenne, la reconnaissance du vote blanc, ou
104
Nom modifié
105
ALLONS ENFANTS, Programme du parti
106
PARTI ANIMALISTE, Mesure 14 du programme pour les présidentielles de 2022
107
Ibid
45
encore mettre en place des mesures de transparence et faciliter l’accès aux
données administratives.108”
Toutes ces mesures sont des mesures qui sont censées permettre de réduire
l’abstention.
La place des animaux est donc toute trouvée dans ces mesures, car l’absence de
volonté de la part des représentants politiques à prendre en considération les
demandes du parti, malgré le soutien de nombreux citoyens, serait permis si ces
mesures étaient en vigueur.
Cette différence de stratégie politique peut s’inscrire dans le fait que l’abstention
profite plus aux partis de droite qu’aux partis de gauche. En effet, France Culture,
dans un article du 25 Mars 2022, nous dit que “Jean-Luc Mélenchon, par exemple,
pourrait en pâtir plus que d'autres. Parce que les jeunes et les classes populaires
constituent une grande part de son électorat. Or on sait depuis des années, les
analyses des différents scrutins l’ont montré, que les jeunes et les classes
populaires sont les segments de l’électorat les plus abstentionnistes.109” Ils montrent
de l’autre côté que “En revanche, Valérie Pécresse et surtout Emmanuel Macron
n’ont pas grand-chose à craindre d’une forte abstention. Leurs électeurs, pour
beaucoup, sont des personnes âgées ou bien appartiennent aux catégories aisées
108
Ibid
109
FRANCE CULTURE, A qui profite l’abstention ?, 25 Mars 2022
46
de la population.110” Ainsi, s’il existe une différence de stratégie politique, et que les
partis de droite sont moins enclins à proposer de nombreuses alternatives pour
réduire l’abstention, c’est que ça leur profite plus qu’aux partis de gauche, qui ont
leur électorat justement dans les populations qui s’abstiennent de plus en plus.
Les mouvements jeunes des partis sont, par définition, liés à leurs partis
respectifs. Mais leur liberté est plus ou moins élevée, en fonction des accords
passés entre le parti et le mouvement, et également de l’ancienneté du mouvement.
Premièrement, pour intégrer un mouvement jeune d’un parti politique, il faut définir
ce qu'est un jeune. Selon l’INSEE, c’est une catégorie d’âge qui peut aller “de 18 à
110
Ibid
47
29 ans111”. Cependant, chaque parti décide s' il souhaite respecter cette tranche
d’âge ou bien l’élargir ou la raccourcir. Par exemple, Benjamin112 nous disait que
chez les républicains, “le parti à des statuts, et les jeunes républicains sont
considérés comme jeunes républicains s' ils ont entre 16 et 35 ans.113”
Dans ce parti, on à donc décidé d’élargir cette tranche d’âge, pour ouvrir l’accès aux
personnes de 16 ans révolus. On est ainsi considéré comme jeune jusqu’à 35 ans et
non 30 ans.
Au campus animaliste, également, l’âge pour faire parti du mouvement est différent.
Antoine114, co-président du mouvement, nous dit que “L’âge pour appartenir au
campus c’est entre 15 et 25 ans.115” Le parti s’axe donc sur une tranche d’âge plus
courte et plus jeune que les républicains.
Ces mouvements ont un lien avec le parti, mais sont plus ou moins libres de leurs
actions. En effet, s' ils reconnaissent tous être financés en haut par le parti, la
question de la liberté des actions qu’ils vont mener et des comptes rendus ou non
auprès des dirigeants est une question qui se pose et qui permet de mieux
comprendre ces mouvements.
111
INSEE, catégorie jeune
112
Nom modifié
113
Voir annexe
114
Nom modifié
115
Voir annexe
116
Nom modifié
117
Voir annexe
48
Ainsi, même si le mouvement jeune fait des actions de son côté, et permet aux
jeunes de s’organiser entre eux, pour être libres de leurs actions militantes, ils sont
quand même sous la responsabilité de leurs supérieurs de parti.
Du côté des républicains, Benjamin118 nous parlait de l’autonomie du mouvement en
nous disant que : “on à déjà une autonomie financière, ce qu’on avait pas avant, ça
à été modifié l’année dernière, ça nous permet de mener des actions
indépendamment du parti; donc ça nous a aussi permis de nous développer
beaucoup.119”
Concernant la liberté des actions, il ajoute que “ tant que ça reste dans l'ADN du
parti, tout en restant sérieux, oui il n’y a aucun problème. D’ailleurs, à droite, on a
aussi l’esprit d’initiative, et toutes les initiatives sont généralement encouragées,
donc il n'y a aucun souci.120”
Ainsi, pour Les Républicains, une autonomie financière récente leur a permis de
beaucoup se développer et de pouvoir gérer leur budget de la manière qui leur
convient le mieux. Les actions menées doivent tout de même rester fidèles au parti
et à ses valeurs. Ce parti assez ancien dans l’horizon politique, à donc décidé
récemment de donner sa liberté financière au mouvement, ce qui à eu des effets
directs sur le nombre de jeunes. Ils ont ainsi décidé de “développer une école de
formation décentralisée”, et sont passés de “1 500 jeunes à plus de 14 000 jeunes,
donc c’est pas rien121”.
A travers cet exemple, on voit les changements que peut apporter l’autonomie des
jeunes dans un mouvement politique.
118
Nom modifié
119
Voir annexe
120
Voir annexe
121
Voir annexe
122
Nom modifié
49
Eric Zemmour un candidat qui les représente. C’est parce que les jeunes étaient là,
que ça a motivé les gens, et que le parti s’est créé par la suite.123”
Olivier Galland, dans son ouvrage Les jeunes, nous montrait la formation des
mouvements jeunes à travers les partis, leur émergence et l’apport des jeunes
pendant le 20ème siècle, à travers notamment ces mouvements de jeunesse.
123
Voir annexe
124
Nom modifié
125
Voir annexe
126
Nom modifié
127
Voir annexe
128
Nom modifié
50
Il nous dit également à la fin de son ouvrage : “les jeunes, comme une sorte de
syndicat de classe d'âge, veillent jalousement à tout ce qui semble pouvoir porter
atteinte à leur droit à l'éducation et à la valeur de leurs diplômes129.” Par les
mouvements de jeunesse, ces jeunes vont se constituer une base qui leur permettra
de défendre plus facilement leurs intérêts, ainsi que par les syndicats étudiants, par
exemple, comme lors de la création de l’Unef dans les années 50.
Les mouvements jeunesses des partis politiques fonctionnent différemment, ils sont
plus ou moins libres de leurs actions, et plus ou moins rattachés au parti.
Cependant, on peut dire qu’ils sont toujours financièrement dépendants du parti, et
que l’arrivée de nouveaux partis misant sur la jeunesse à contraint des partis
traditionnels, comme les Républicains, à s’aligner et à donner plus de pouvoir à son
mouvement jeunesse.
Parler à la jeunesse n’est pas simple pour un parti politique, c’est pour cette raison
que passer par un mouvement jeune, qui irait directement parler à cette tranche
d’âge, est souvent la solution la plus simple pour un parti d’être présent sur tous les
terrains, y compris celui de la jeunesse.
Si l’on est d’accord pour dire que les mouvements de jeunesse ont été créés pour
parler plus facilement aux jeunes, il est alors légitime de se demander si les jeunes
sont réceptifs à ces mouvements, si leur présence est bénéfique pour inciter les
jeunes à aller voter.
En Février dernier, deux mouvements de jeunes, les jeunes avec Macron et ceux
avec Jadot, ont lancé une campagne de communication, pendant la saint Valentin,
avec des messages sur les applications de rencontre tels que “Adopte un vert” ou
“Match avec la démocratie130”. Dans un article du 18 Février publié par carenews,
Pascal Perrineau, politologue et professeur à Sciences Po, nous dit à propos de ces
129
GALLAND Olivier, Les jeunes, 2009
130
Campagne de communication des jeunes avec Macron et des jeunes écolos
51
actions que “cela ne suffit pas pour que les jeunes aillent voter. Ils ne sont pas idiots,
ils savent très bien que tout cela est du théâtre131.” Ainsi, il est dubitatif sur certains
coups de communication, comme celui-là, qui sont censés parler aux jeunes et les
inciter à aller voter.
Les jeunes ne se retrouvent pas dans l’offre politique proposée, et les inciter à aller
voter n’est pas une tâche aisée, car la crise de la représentativité est importante
dans toutes les classes d’âges, et pas seulement chez les jeunes.
Les partis politiques essaient donc un maximum de mettre en avant les jeunes dans
les élections, de présenter des candidats jeunes aux législatives, d’avoir une partie
de programme spécialement réservée aux jeunes, tout est fait pour les attirer et les
inciter à voter, en dépit d’une abstention de plus en plus forte. A ces dernières
élections, les présidentielles, celles d’habitude où tout le monde vote beaucoup,
même les jeunes, l’abstention était au plus fort depuis de nombreuses années, et les
18-30 ans sont la catégorie d’âge qui s’abstient le plus, à plus de 40% à ces
dernières.
La stratégie politique employée par les trois groupes de partis est donc très
importante, car elle permet de mieux comprendre la manière dont les partis
communiquent auprès des jeunes, dont est traitée l'abstention ainsi que la manière
dont ces partis fonctionnent.
Cela nous permet de mieux comprendre également la différence de stratégie
politique entre les partis de droite, de gauche et les partis thématiques.
Les partis de droite vont moins communiquer sur l’abstention, qui ne leur est pas
défavorable, mais plus à travers leurs mouvements de jeunesse, et grâce aux
réseaux sociaux ou banderoles, tracts, etc.
Les partis de gauche, quant à eux, vont plus tabler sur l’abstention, car elle concerne
plutôt des jeunes qui seraient susceptibles de voter pour eux, et vont communiquer à
travers des réseaux sociaux et des tracts, actions.
Les partis thématiques vont aussi être très présents sur le terrain pour expliquer leur
démarche et convaincre les jeunes du bien fondé de leurs actions. Cela passe aussi
par une forte mobilisation contre l’abstention, qui peut être considérée comme un
131
CARE NEWS, Présidentielle : Doit on craindre un fort taux d’abstention chez les jeunes ?, publié
en 2022
52
rejet des partis politiques traditionnels, et non pas un rejet de ce que ces nouveaux
partis proposent.
La jeunesse, c’est l’espoir. C’est une phrase qu’on entend souvent, et qui
apparaît vraie quand on pense au renouveau. Les jeunes, par leur optimisme et leur
volonté de transformer le monde, peuvent représenter un espoir dans le renouveau
politique, quand on sait qu’aujourd’hui les institutions sont de plus en plus
vieillissantes et que les citoyens se sentent de moins en moins proches de la classe
politique. Cependant, ce renouveau peut prendre différentes formes, que nous allons
décrire dans cette troisième partie.
53
A L’émergence de nouveaux thèmes dans la campagne
électorale par la jeunesse
Pour convaincre les jeunes, on a dit plus tôt que les candidats usent
beaucoup de propositions en leur faveur.
Les thèmes comme l’écologie, comme le logement, ou encore comme l’emploi sont
des thèmes très importants pour les jeunes, et constituent une véritable bataille
entre les partis politiques pour déterminer qui représente le mieux ces sujets là.
Donner la parole aux jeunes est quelque chose de fondamental pour gagner la
présidentielle, et ça les candidats à l’élection présidentielle l’ont bien compris.
Emmanuel Macron, pendant son mandat, à réuni une convention citoyenne sur le
climat, avec beaucoup de jeunes présents, pour pouvoir prendre plus en
considération l’avis de la population sur une thématique précise. Même si
finalement, il n’en a adopté que quelques-unes sur la centaine présentée, l'arrivée
d’un mouvement comme celui-ci est encourageant. Il permet de plus donner le
pouvoir aux citoyens, ce qui représente un blocage pour beaucoup de jeunes
abstentionnistes, qui auraient plus de facilités à voter s'ils étaient assurés de pouvoir
participer plus directement à la vie politique de leur pays.
Dans un sondage réalisé pour l’Institut Montaigne sur 8 000 jeunes, “34 % estiment
que voter ne sert pas à grand-chose car les responsables politiques ne tiennent pas
compte de la volonté du peuple.132”
Ce décalage entre les politiques traditionnelles et la volonté des jeunes explique en
partie cette forte abstention chez ceux-ci.
Donner la parole aux jeunes permettrait peut-être plus efficacement d’intéresser les
jeunes à la politique, malgré le fait qu’ils soient toujours plus nombreux à s’engager
dans des associations et à la vie de la cité, pour des causes qui les touchent plus
directement.
Olivier Galland, dans son dernier ouvrage, Vingt-ans, le bel-âge ? , avait tristement
prédit cette forte abstention chez les jeunes à l’élection présidentielle : “Dans la
132
HARRIS INTERACTIVE, sondage pour l’Institut Montaigne, auprès de 8 000 jeunes âgés de 18 à
24 ans.
54
perspective du second tour, la partie la plus radicalisée de cette jeunesse pourrait
s'abstenir133”.
Le CESE à été saisi par le premier ministre dernièrement suite au fort taux
d’abstention constaté chez les jeunes pour les élections départementales et
régionales, l’année dernière, en 2021. Il a rendu par la suite un avis sur cette
abstention intitulé “Engagement et participation démocratique des jeunes”. Dans cet
avis, le constat du CESE est le suivant : “si rien n’est fait, la faible participation des
jeunes actuels risque de perdurer au-delà de leur jeunesse, ce qui réinterroge notre
système134”. Outre le bilan, le CESE émet un avis sur les solutions à apporter pour
permettre de faire baisser l’abstention chez les jeunes : les recommandations sont
les suivantes : “renforcer l’apprentissage de la démocratie dès le plus jeune âge,
droit de vote à 16 ans, reconnaissance du vote blanc, revitaliser la pratique de la
démocratie et renouveler les instances politiques, ainsi que mettre les jeunes au
centre des politiques publiques qui les concernent, notamment en généralisant les
dispositifs du type « dialogue structuré » pour leur permettre de s’investir dans la
conception, la mise en œuvre et le suivi des politiques publiques.135”
Toutes ces mesures préconisées par le CESE pour faire baisser l’abstention des
jeunes sont des mesures qui permettent un plus grand investissement de ceux-ci
dans la prise de décision politique, ou bien qui leur donnerait une possibilité
d’exprimer leur désaccord par les urnes, comme avec la reconnaissance du vote
blanc. Donner la parole aux jeunes est ainsi un moyen efficace selon le CESE de
retrouver plus de participation démocratique.
133
GALLAND Olivier, 20 ans, le bel âge ?, Avril 2022
134
CESE, avis sur le thème engagement et participation démocratique des jeunes
135
Ibid
55
ramener la démocratie dans leur quotidien. Cela peut paraître paradoxal, mais seule
une démocratie du quotidien pourra rendre aux citoyens la confiance nécessaire
dans les institutions pour les représenter. Une plus grande place à la démocratie
participative, chère à John Rawls et à Jürgen Habermas, ne peut que nourrir et
renforcer la démocratie représentative.”136 Ainsi, la fondation Jean Jaurès est en
accord avec le rapport remis par le CESE, qui préconisait également plus de
démocratie dans le quotidien des citoyens, ainsi que plus de participation des
citoyens à la vie démocratique, et ne pas réduire cette participation à un vote tous
les cinq ans. La fondation Jean Jaurès préconise également d’avoir plus de
représentants jeunes dans l’assemblée, car ils sont mal représentés et trop peu face
au nombre de jeunes présents dans la population.
Pour remobiliser les jeunes à aller voter et lutter contre l’abstention, il est ainsi
conseillé d’adopter des mesures allant vers plus de responsabilités politiques pour
les jeunes. Leur redonner la parole est ainsi essentiel selon plusieurs comités.
Les jeunes sont intéressés par de nombreux thèmes, qui ne sont pas toujours les
mêmes que ceux des autres tranches d’âge. Leur jeunesse et le fait qu’ils ne sont
pas toujours entrés dans la vie active font que les thématiques considérées comme
importantes pour cette tranche d’âge peuvent être différentes.
Un sondage représentatif sur les jeunes âgés de 16 à 25 ans à été réalisé par Harris
Interactive, avec l’aide de L’étudiant. Ce sondage souhaite montrer comment les
jeunes se situent par rapport à la politique, à l’aube des élections présidentielles.
Concernant les thèmes plébiscités par les jeunes, il nous répond que “De manière
générale d’abord, la santé (36%), l’emploi (33%) et l’égalité femmes/hommes (30%)
sont les 3 thèmes qui vont le plus compter dans leur choix de vote, avec la lutte
contre les inégalités (27%), le pouvoir d’achat et la sécurité (25% chacun).137”
136
FONDATION JEAN JAURÈS, L’abstention : analyse et propositions, Rapport pour l’Assemblée
Nationale, 2022
137
HARRIS INTERACTIVE et L'ÉTUDIANT, Les jeunes et l’élection présidentielle 2022, publié le 4
Février 2022
56
Une autre enquête menée par Ipsos Sopra Steria, avec la FAGE, à été réalisée cette
année pour la présidentielle 2022, et se demande si la jeunesse à été oubliée par
les candidats. Pour cela , l’enquête, comme celle de Harris Interactive, à questionné
les jeunes pour voir quels sont les cinq thèmes centraux pour eux à l’aube de cette
élection présidentielle. Les résultats sont les suivants : “37% des jeunes considèrent
que le pouvoir d’achat est important, pour 32% le climat et l’environnement, dont
39% chez les étudiants, et en troisième position la santé est importante pour 30%
des jeunes.138”
A travers ces deux enquêtes, nous pouvons estimer que la santé, l’emploi, le pouvoir
d’achat et l’écologie sont les thèmes les plus plébiscités par les jeunes, et qu’un
programme cohérent d’un candidat sur ces mesures précises pourrait leur permettre
de voter pour l’un plutôt qu’un autre.
J’ai également posé la question à mes enquêtés sur les thèmes qui étaient
importants pour les jeunes selon eux, et quels étaient les thèmes qu’ils avaient le
plus développés par leur argumentation pour convaincre les jeunes de voter pour
eux.
Selon Thibault139, animateur de la France Insoumise, les thèmes les plus importants
pour les jeunes sont “l’écologie, la précarité, et la question démocratique140”.
Il est ainsi à peu près raccord avec les jeunes, puisque l’écologie et le pouvoir
d’achat figurent parmi les thèmes principaux.
Pour Naël141, des jeunes socialistes, les thèmes sont sur trois axes, “la question
sociale, la question écologique et la question de la démocratie142”.
On retrouve à peu près les mêmes thèmes que chez les jeunes insoumis.
Pour Benjamin143, des jeunes Républicains, il fait la différence entre les étudiants et
les autres jeunes, en nous disant que “il y a l’étudiant qui va se dire comment je vais
financer mes études, il y a aussi l’éducation, qui est très importante, et pour un jeune
qui commence dans la vie active, c’est aussi comment je vais m’en sortir à la fin du
138
IPSOS SOPRA STERIA et FAGE, Elections 2022: Vers une jeunesse oubliée ?, réalisée début
2022
139
Nom modifié
140
Voir annexe
141
Nom modifié
142
Voir annexe
143
Nom modifié
57
mois, donc c’est aussi les questions du pouvoir d’achat. La sécurité est aussi
importante, on sort aussi d’un quinquennat avec un président qui a totalement
abandonné sur la sécurité.144”
On retrouve donc les mesures de pouvoir d’achat chez les républicains, mais
également la question de l’éducation et de la sécurité.
Marc145, d’Allons Enfants, penche plus sur le climat, en disant que ce qui préoccupe
le plus les jeunes est “l’avenir de leur planète146”.
En plus du pouvoir d’achat, Matthieu147, des jeunes avec Marine, nous dit que “Dans
notre mouvement, les thèmes importants depuis Jean marie sont la sécurité et
l’immigration. Bon maintenant c’est plus repris par Zemmour, mais ces deux thèmes
restent tout de même un enjeu pour notre parti.148”
L’enjeu de la sécurité et l’immigration chez Eric Zemmour est bien repris par
Alexandre149, de Reconquête, qui nous dit que selon lui, “les thèmes c’est vraiment
le problème de l’immigration, par exemple le niveau scolaire, le futur de la france,
quelle france on va avoir dans 20 ans, dans 50 ans, c’est des choses comme ça qui
les inquiètent, et ils ont trouvé des réponses chez Zemmour qui leur convient150”.
Avec les thèmes qui ressortent de ces entretiens, nous pouvons mettre en évidence
la différence entre les partis de gauche et les partis de droite en ce qui concerne leur
approche auprès des jeunes. De ce que nous avons pu voir, les partis de gauche
vont plutôt axer leurs programmes sur les questions de pouvoir d’achat, d’écologie et
de démocratie, tandis que les partis de droite vont parler plutôt de sécurité, voire
d’immigration. On peut cependant voir plus de pluralité dans les partis de droite,
comme en marche qui ne va pas s’associer aux autres partis sur la sécurité et
l’immigration, bien que M. Darmanin, ministre dans le gouvernement de Macron, a
jugé Marine Le Pen “trop molle” sur cette question. On peut voir également que le
pouvoir d’achat est un des arguments des jeunes républicains ainsi que des jeunes
144
Voir annexe
145
Nom modifié
146
Voir annexe
147
Nom modifié
148
Voir annexe
149
Nom modifié
150
Voir annexe
58
avec marine. Ils rejoignent les partis de gauche sur cette question, et s'éloignent de
génération z ou bien les jeunes avec Macron.
Malgré ces quelques divergences à droite, on peut voir clairement cette différence
entre ces deux groupes. Cette différence de stratégie politique sur les thèmes de la
campagne sont inhérents aux deux courants de pensée que représentent la droite et
la gauche, même dans la diversité, mais montrent également une manière différente
d’approcher les jeunes. Au-delà du pouvoir d’achat, qui est le thème de la campagne
et qui est partagé par la plupart des mouvements politiques, la droite propose aux
jeunes de renforcer la sécurité, tandis que la gauche leur propose plutôt de faire des
changements au niveau de la question sociale et de la précarité.
Sur le climat, les marches pour le climat organisées tous les vendredis en France et
dans le monde entier, initiées par Greta Thunberg, en sont la preuve. Ces marches
ont réussi à instaurer le climat dans le débat public et à prendre plus en
considération les problématiques et préoccupations initiées par les jeunes.
59
B Les nouvelles formes d’engagement politique chez les jeunes
Dans un article du Monde sur l’abstention et les jeunes, où Anne Muxel est
interrogée sur cette question, elle nous dit : “Le vote est l’outil par excellence de «
faisabilité » de la vie démocratique. Si les jeunes continuent de se désengager de
cette action citoyenne, alors cela peut effectivement mettre en péril la solidité de la
démocratie elle-même. Il faut cependant nuancer car il existe d’autres formes
d’implication dans la vie démocratique que la participation aux élections.151”
Anne Muxel, sociologue, termine cette analyse en nous parlant “d’autres formes
d’implication dans la vie démocratique que la participation aux élections”. Si
effectivement, l’élection, notamment la présidentielle, marque un moment important
de la vie politique en France sous la 5ème République, il existe d’autres formes
d’implication démocratique que la seule participation aux élections. Ainsi, si les
jeunes s’investissent moins dans la participation aux élections, nous allons voir dans
cette partie qu’ils ne s’investissent pas moins dans la vie démocratique de la France.
151
LE MONDE, Le surcroît d’abstention des jeunes accentue le problème posé à la démocratie,
publié le 2 Juillet 2020
152
TIBERJ Vincent, Les citoyens qui viennent, publié en 2017, chapitre 5 : Participer mieux, moins,
autrement ?
60
L’engagement associatif est ainsi privilégié par les jeunes, parce qu’il leur permet,
contrairement à un engagement politique traditionnel, d’agir concrètement pour une
cause qui leur tient à cœur. Que ce soit l’écologie, la précarité ou encore le bien-être
des animaux, les associations uni thématiques permettent aux jeunes de savoir pour
quelles raisons ils s’engagent, et de voir des effets concrets de cet engagement par
la suite.
Pour voir cela concrètement, j’ai pu assister à l’émission 20 ans en 2022 réservée à
l’abstention des jeunes sur Public Sénat, avant de pouvoir échanger avec Mme Tran
Huy, présentatrice et initiatrice de cette émission. Cette émission opposait tout
d’abord un jeune qui était allé voter au premier tour et un autre qui n’était pas allé
voter, mais ensuite faisait intervenir des initiatives d’engagement associatif comme la
cité des chances ou vaulx académia.
La cité des chances se définit comme “une association née pour promouvoir
l'engagement citoyen des jeunes de banlieues, en leur donnant des outils et en les
accompagnant dans la vie citoyenne.153”
Vaulx Académia, quant à elle, est une association qui “vient en aide aux jeunes
invisibles, et qui souhaite offrir des opportunités à des jeunes caractérisés d’isolés,
comme un logement, un travail…154”.
Ces deux associations, implantées dans des milieux défavorisés, se sont données
comme objectif d’aider les jeunes et de les accompagner concrètement dans la vie
quotidienne.
Ces initiatives, lancées par des jeunes et pour des jeunes, permettent de donner du
sens à leur engagement, et leurs permettent d’avoir des retours concrets sur les
actions qu’ils mènent, ce qui est valorisant. La cité des chances, tout d’abord, par
l’organisation d’ateliers débats, de projets orientation, va apporter une aide concrète
aux jeunes pour les aider dans la vie quotidienne. Vaulx Académia, également, par
le biais d’aides concrètes, permet aux jeunes de Vaulx en Velin d’obtenir les aides
nécessaires pour leurs démarches.
153
CITÉ DES CHANCES, Accueil, rubrique Qui sommes nous ?
154
VAULX ACADEMIA, L’association qui vient en aide aux jeunes invisibles, par Lyon Capitale.fr
61
Ces deux associations sont le symbole d’une déconnexion de la politique
traditionnelle à convaincre les jeunes, et la volonté pour ces jeunes voulant
s’engager d’aller vers davantage de concret.
Tâm Tran Huy, présentatrice de l’émission, avec qui je me suis entretenu à la suite
de l’émission, me disait la chose suivante : “je trouve que l’engagement associatif
c’est un truc assez fort, et on a pu voir notamment autour de la lutte contre la
précarité étudiante, c’est quand même un truc qui émane du covid et qui est en train
de rester, et je suis quand même frappée, moi, tu vois l’initiative comme la cité des
chances, ou avec vaulx académia, y’a quand même une faculté d’investir les
associations, quelque chose plus au niveau local, qui se veut pas politisé, pour
s’engager, et puis surtout il y a d’une part l’idée de transformer en acte
l’engagement, et je pense que vraiment côté concret, actif, est quand même super
important155”.
Elle nous confirme ainsi le côté concret de ces actions qui sont menées par des
jeunes, et la volonté de trouver du sens à leur engagement, qui passe autrement
que par un engagement politique traditionnel, mais qui fait tout de même participer à
la vie démocratique du pays.
J’ai ressenti cette vision de l’associatif également lors de mon entretien avec
Emmanuel Vaillant, directeur de la ZEP. Il m’a ainsi exposé sa vision des choses par
la phrase suivante : “il y a des nouvelles formes de citoyenneté, qui sont hors des
institutions politiques traditionnelles. Il y a des nouvelles expressions alternatives, il y
a des nouveaux modes d’inclusion démocratique qui sont intéressants, de nouvelles
manières de faire de la politique qui sont plus des manières qui se traduisent parfois
par du faire, comme travailler à utopia 56 pour aider des migrants à se loger, plutôt
que de m’engager dans un parti politique traditionnel, qui va avoir un discours sur
l’immigration156”.
Ce rejet des partis politiques traditionnels pour aller vers des associations qui leur
tiennent à cœur est également palpable chez lui. Les jeunes ne sont donc pas moins
politisés que leurs aînés, ils font de la politique autrement, à travers des causes
concrètes, et surtout avec des moyens d’actions directs, qui ne nécessitent pas de
155
Voir annexe
156
Voir annexe
62
passer par de nouvelles lois, de nouveaux votes, et beaucoup d’attente afin d’obtenir
ce qu’ils veulent.
Avec tous ces éléments, on comprend ainsi mieux le sens de la citation faite plus
haut de l’ouvrage de Vincent Tiberj. La crise de la représentation, faisant que les
jeunes se sentent de moins en moins représentés par la classe politique
traditionnelle, préfèrent se tourner et s’engager dans l’associatif, car ils vont trouver
plus de sens dans leur engagement en se tournant vers cette voie là.
Selon une étude de la fondation Jean Jaurès sur les français et l’engagement qui
date de 2021, “80% des jeunes considèrent que l’engagement dans une association
est efficace pour défendre ses convictions ou s’engager pour une cause, quant 41%
de ceux-ci considèrent l’engagement politique comme efficace157”. Ainsi, deux fois
plus de jeunes considèrent l’engagement associatif efficace plutôt que l’engagement
politique.
On peut relever cependant que seuls “28% du total des français trouvent
l’engagement politique efficace, contre 41% pour les jeunes158”, ce qui montre que
les jeunes restent plus optimistes que la moyenne de la population sur l’engagement
de manière générale.
Ces chiffres sur l’engagement des jeunes aujourd’hui nous montrent bien cette
tendance que nous avons décrite plus en avant, et décrivent bien le sentiment de
157
ZULFIKARPASIC Adélaïde Les français et l’engagement, enquête de la fondation Jean Jaurès, le
22 Juillet 2021.
158
Ibid
159
IFOP et RECHERCHES ET SOLIDARITE, Baromètre du bénévolat 2010 - 2019, pour France
Bénévolat, en 2019.
63
crise de la représentativité que subissent les jeunes aujourd’hui par rapport à la
politique traditionnelle.
La première forme d’engagement nouvelle que nous avons pu constater est appelée
la désobéissance civile.
Ce n’est pas une pratique nouvelle, mais elle est de plus en plus répandue et utilisée
par les jeunes générations.
On pourrait d’abord définir la désobéissance civile comme le fait que “lorsque des
citoyens, mus par des motivations éthiques, transgressent délibérément, de manière
publique, concertée et non violente, une loi en vigueur, pour exercer une pression
visant à faire abroger ou amender ladite loi par le législateur (désobéissance civile
directe) ou à faire changer une décision politique prise par le pouvoir exécutif
(désobéissance civile indirecte).160”
160
Définition tirée de l’encyclopédie Universalis
64
Ainsi, nous remarquons de plus en plus d’actions de ce genre parmi les associations
telles que Sea Shepherd, Extinction Rébellion, ou encore Greenpeace. On voit
également de nombreux jeunes récemment qui bloquent l’entrée à des assemblées
générales comme celle de Total dernièrement, ou qui investissent quelques euros
pour devenir actionnaires et posent des questions embarrassantes à ces
associations dans leurs assemblées d’actionnaires.
Ces formes sont de plus en plus plébiscitées par les jeunes générations, qui voient
que le militantisme classique ne fonctionne pas ou peu, et qui décident de trouver un
autre mode d’action dans ce sens.
Ces nouvelles formes d’engagement ont été formalisées par Pierre Martinot Lagarde
: il à montrer trois formes de militantisme, “le militant professionnel, le militant libéral
et le militant pragmatique161”.
Ce sont les deux dernières formes qui vont nous intéresser. En effet, selon Anaïs
Fley, ces deux nouvelles formes de militantisme “ s’entrecroisent au sein des
nouvelles générations militantes162”.
Si l’on veut expliquer concrètement la différence entre ces deux formes de
militantisme, on peut dire que “la militance libérale met la réalisation individuelle au
premier plan de l’engagement, tandis que la militance pragmatique s’intéresse avant
tout à l’action, en partant d’une expérience affective personnelle.163”
Le militantisme libéral est surtout marqué à travers l’engagement personnel dans
une association : “La vie associative, surtout, est ainsi marquée par la primauté des
choix individuels, dans une perspective consumériste (l’association offre des
services) ou avec le désir de développer ses potentialités164”.
En ce qui concerne le militantisme pragmatique, “ Il part toujours d’une expérience
qui le touche affectivement. Il se laisse émouvoir par une situation, il commence à
s’impliquer, il découvre ensuite la complexité des situations, il fait des dossiers, il
accompagne des gens... Sa militance répond à une urgence.165”
161
HERIARD DUBREUIL Bertrand et MARTINOT LAGARDE Pierre, De nouvelles formes
d’engagement, dans Revue Projet, 1er Juillet 2008.
162
FLEY Anaïs, Nouvelles formes d’engagement, nouveaux outils militants ? dans Cause Commune,
septembre/octobre 2019
163
Ibid
164
MARTINOT LAGARDE Pierre, Revue Projet, chapitre Le militant libéral, 2008
165
MARTINOT LAGARDE Pierre, Revue Projet, chapitre Le militant pragmatique, 2008
65
Si on pense aux manifestations climatiques, qui sont de plus en plus présentes
dernièrement, on peut les classer dans ce deuxième militantisme. Le climat est
considéré par ses défenseurs comme une situation d’urgence, à laquelle il n’est plus
possible de répondre en s’engageant simplement dans une association, de manière
classique.
Si l’on pense également à la désobéissance civile ou aux formes d’action un peu
plus fortes et engageantes, elles seront reliées également au militantisme
pragmatique.
A l’inverse, les formes associatives, que nous avons traité dans la première
sous-partie, vont plutôt faire référence à la première forme de militantisme, libérale,
car le choix de l’association est un choix personnel, fait selon nos situations
respectives et nos consciences.
Ces deux formes de militantisme sont ainsi très présentes chez les jeunes
générations, et partagées entre eux.
166
DELEPINE Justine, L’engagement post-it est il au goût des jeunes, dans Alternatives
Économiques, Décembre 2017
66
Ces manifestations, qui font beaucoup participer les jeunes, sont plus connotées à
gauche, mais des mouvements comme cela existent aussi à droite, comme la manif
pour tous, à travers laquelle beaucoup de jeunes de droite ont participé. On peut
citer plus récemment la défense des statues face au déboulonnage voulu par
certains, qui regroupe des jeunes classés plutôt à droite, et qui souhaitent la
conservation du patrimoine.
67
Le Parti Animaliste à été fondé en 2014, et à pour but “d’inclure dans les politiques
publiques la prise en compte des intérêts des animaux ainsi que du respect de leurs
ressources, de leurs territoires, de leurs habitats et de leurs mobilités167”.
Le Parti Allons Enfants, quant à lui, à aussi été créé en 2014, et “résulte de la
volonté de jeunes habitants de St Cloud de rajeunir le vieillissant conseil municipal
de leur ville168”.
Ces deux partis thématiques, comme je les appelle, résument bien, selon moi,
l’arrivée de ces nouveaux partis politiques. Ils sont, pour la plupart, nés après un
constat, qui est que leurs intérêts ne sont pas ou plus défendus par les politiques de
manière générale, et que seule une action de leur part dans la politique permettra
une meilleure représentation, et de pouvoir véhiculer leurs idées correctement.
Ces partis politiques ont ainsi le même constat que les jeunes qui s’engagent dans
les associations, comme nous avons pu le voir plus tôt. La stratégie est cependant
différente, puisqu’ils ont choisi de s’investir dans la politique pour que leurs intérêts
soient représentés, plutôt que de s’y détourner et de militer par le biais des
associations.
167
Site du Parti Animaliste, rubrique Le projet
168
Site du Parti Allons Enfants, rubrique Notre histoire
169
Nom modifié
170
Voir annexe
68
partis traditionnels à plus axer leur politique vers ces sujets là, ou au moins les
prendre plus en considération.
Le même type de discours est tenu par Marc171, mon interlocuteur pour le parti
Allons Enfants. Il m’expliquait ainsi que “l’idée d’Allons Enfants c’est de ne pas se
placer sur l’échiquier politique, parce que notre ambition c’est de rabibocher la
jeunesse avec la politique172”.
Leur stratégie politique est donc de rester un parti thématique, et d’axer leur combat
sur la représentation en politique des jeunes, pour que cette catégorie d’âge soit
mieux représentée dans les mairies ou à l’assemblée : Marc173 me disait ainsi que “si
on regarde certains partis qui se targuent de représenter la jeunesse comme le parti
socialiste, ils n’ont pas un seul député de moins de 30 ans.174”
Les partis politiques traditionnels ne présentant pas de jeunes aux différentes
élections ont décidé que c’était à eux de présenter leurs candidats jeunes, à travers
la création d’un parti thématique comme Allons Enfants.
Si l’on évoque ces nouveaux partis politiques qui ont réussi à imposer leurs volontés
grâce à une nouvelle représentation politique, nous nous devons d’évoquer comme
exemple un parti comme Podemos, en Espagne. Ce parti à vu le jour également en
2014, avec comme slogan “Avancer ses pions : convertir l’indignation en
changement politique175”. L’objectif de ce parti était de “faire de la politique en partant
des conditions de la vie quotidienne, et de tenter de mobiliser au-delà des clivages
traditionnels.176”
171
Nom modifié
172
Voir annexe
173
Nom modifié
174
Voir annexe
175
NEZ Héloïse et DUFOUR Pascal, Un renouvellement de la démocratie par le bas ? Les
mouvements Indignés et Occupy, publié dans la revue Politique Étrangère en 2017
176
Ibid
69
France, et dont ils considèrent que les partis classiques en sont responsables et ne
tentent pas d’améliorer la situation.
Dans ce chapitre, nous avons vu que le renouveau politique amené par les jeunes
peut se faire par les formes associatives dans un premier temps, ou par la création
de partis thématiques qui défendent leurs intérêts et leurs idées dans un second
temps. Nous pouvons cependant observer que d’autres manifestations d’un
renouveau politique peuvent passer par différentes formes.
Je me dois donc d’évoquer ces formes, qui expliquent mieux cette difficulté qu’ont
les partis traditionnels à convaincre les jeunes de voter pour eux. La crise de la
représentation est la principale cause de ce désintéressement par les jeunes de la
politique et du vote, et donc cette abstention si haute, notamment de la part des
18-30 ans.
177
DELLA SUDDA Magali et GUIONNET Christine: Nouvelle sociologie politique de la France,
Chapitre 15. Nuit Debout, Gilets jaunes : quoi de neuf à l’horizon des mouvements sociaux ? publié
en 2021
70
Ces deux mouvements sont intéressants à observer, parce qu’ils partent d’un même
constat : cela part de citoyens qui ne se sentent pas correctement représentés par
les politiques, qui ne se sentent pas écoutés, et qui décident de protester et de se
réunir pour essayer de faire changer les choses. Les mouvements sont cependant
opposés par la composition de leur mouvement, l’un étant plus jeune et citadin,
l’autre plus âgé et rural.
Ce qui est intéressant à travers ces deux mouvements, c’est qu’il n’y a pas qu’une
seule catégorie de la population qui ne se sent plus représentée, mais bien une
grande partie de celle-ci.
Nuit Debout est ainsi un parfait exemple d’un renouveau politique amené par la
jeunesse. Les jeunes qui ne se sentent plus représentés par les représentants
politiques à l’heure actuelle peuvent ainsi se réunir par le biais de ces manifestations
ponctuelles, bien que moins fréquentes.
Ces mouvements doivent donc leur réussite à cette volonté de reconstruire la
démocratie à travers une restructuration de la politique, en témoignent Magali Della
Sudda et Christine Guionnet : “le plaisir de participer aux forums démocratiques est
réel et profond, parce qu’il permet, au-delà des gratifications liées à la possibilité de
témoigner, une forme d’expérimentation démocratique concrète de la nouvelle
société à construire, selon une logique proche de la « politique préfigurative »178”.
La réussite de mouvements comme Nuit Debout tient donc aussi au fait qu’une
nouvelle expérience démocratique est créée par ces jeunes qui viennent réinventer
la démocratie, et proposer de nouvelles solutions à la classe politique pour permettre
de mieux prendre en compte leurs revendications et ainsi mieux les représenter
dans le futur.
Le renouveau politique apporté par la jeunesse ces dernières années est très
significatif de la situation actuelle de crise de la représentation.
178
Ibid
71
En effet, si les partis traditionnels de gauche et de droite doivent développer de plus
en plus une stratégie axée sur les jeunes, ils doivent prendre en considération ces
nouvelles formes de faire de la politique plébiscitées par ceux-ci.
Ces nouvelles manières de faire de la politique par les jeunes peuvent donc passer
par des associations, qui servent à défendre les causes qu’ils souhaitent défendre et
militer pour celles-ci, les partis thématiques, qui leur permettent de rivaliser avec la
classe politique en essayant de se faire entendre directement sur le terrain, ou bien
les mouvements de citoyens, qui permettent à des jeunes de se réunir pour inventer
de nouveaux principes démocratiques et de faire pression auprès des partis
politiques pour inclure leurs revendications dans leurs programmes.
Conclusion:
La stratégie des partis de gauche, de droite et des partis thématiques pour faire
baisser ce phénomène est bien différente, mais elles peinent toutes les trois à
convaincre les jeunes, puisqu’aux dernières élections présidentielles, nous avons pu
constater que “41% des 18-24 ans ne se sont pas déplacés aux urnes au deuxième
tour179”.
Cet échec n’est pas dû uniquement à la stratégie des partis, mais désigne plutôt le
rejet des politiques traditionnelles et l’absence de prise en compte de la part de la
classe politique des revendications des jeunes dans sa généralité. Le fait qu’il y ai
peu de jeunes à l’assemblée nationale et que les jeunes ne soient pas pris au
sérieux joue grandement dans cet échec final.
179
Présidentielles : les plus jeunes sont ceux qui ont le moins voté au second tour, article de BFM TV
publié le 25 Avril 2022
72
La stratégie des partis de gauche, pendant ces élections présidentielles, à été plutôt
de parler aux jeunes sur des thèmes comme l’écologie, la précarité étudiante ou la
question de la représentation démocratique. L’utilisation massive des réseaux
sociaux et des nouvelles technologies à aussi peser dans la balance. Pour
contrebalancer l’échec de la participation des jeunes, on peut néanmoins montrer
que Jean-Luc Mélenchon est celui qui à le mieux réussi à parler aux jeunes, “en
obtenant 36% de suffrages des 18-24 ans, ce qui le fait arriver en tête pour cet
électorat180”. Il est également “crédité dans les sondages, par le biais de la NUPES,
à plus de 59% de suffrages pour le premier tour des prochaines élections
législatives181”, ce qui en ferait le premier rassemblement de partis pour les 18-24
ans. On peut cependant relativiser ces chiffres, car la gauche est souvent plébiscitée
par les jeunes et arrive de manière générale en tête dans cet électorat. Vincent
Tiberj, dans son ouvrage Les citoyens qui viennent, nous dit en effet que “plus les
générations sont récentes, plus elles ont des valeurs de gauche182”. Il a néanmoins
réussi à les faire se déplacer dans les urnes.
La stratégie des partis de droite à été moins uniforme que celle des partis de
gauche. En effet, des partis comme Les Républicains ou le Rassemblement National
misent sur quelques mesures de pouvoir d’achat pour les jeunes, quand la
République en marche et Reconquête vont moins sur ce terrain. Cependant, ils se
rejoignent sur des thèmes communs comme la sécurité et l’immigration, et
communiquent ainsi auprès des jeunes sur ces thèmes, qui les différencient des
partis de gauche. Leur communication se base également beaucoup sur les réseaux
sociaux, mais les jeunes ne sont pas toujours leur électorat roi, contrairement à la
gauche. Cependant, ils ont réussi à arriver “deuxième et troisième dans l'électorat
des 18-24 ans, puisque Marine Le Pen arrive en deuxième position avec 26% des
voix au premier tour, et Emmanuel Macron 20%183”. On se doit également de noter
que le parti Reconquête d’Eric Zemmour, parti d’une mobilisation de la jeunesse
avant que sa candidature ne soit officialisée, à réussi à mobiliser une partie de la
jeunesse, qui ne trouvait pas leur place dans les autres partis de droite.
180
Présidentielles 2022 : Pour qui ont voté les jeunes ? publié sur cidj le 25 Avril 2022
181
Le vote des jeunes : clé des prochaines élections législatives ? publié le 18 Mai 2022 par la
Fondation Jean Jaurès
182
Vincent Tiberj, Les citoyens qui viennent. Comment le renouvellement générationnel transforme la
politique en France, 2017
183
Cidj, Présidentielles 2022 : Pour qui ont voté les jeunes ? le 25 Avril 2022
73
La stratégie des partis de gauche et de droite est donc différente, car la gauche
compte plus sur l’électorat jeune pour l’emporter que la droite. Il y a plus de moyens
et de débauche d’énergie qui sont faits de leur côté pour remobiliser la jeunesse.
L’écologie, thème majeur pour les plus jeunes, est également un thème très présent
dans les partis de gauche, et moins à droite, ce qui est également une explication.
Cette différence de stratégie politique s’explique donc par des intérêts différents de
la part de ces deux groupes, et une sympathie différente de la part des jeunes. Les
jeunes étant toujours synonyme de renouveau, les partis de gauche sont donc les
plus susceptibles de leur plaire, car une politique de droite à été menée lors des cinq
dernières années.
La grande différence de stratégie que j’ai pu apercevoir entre la stratégie de droite et
de gauche pour convaincre les jeunes dans mon étude est la question des thèmes.
A gauche, c’est le social, l’écologie et la question démocratique qui sont les thèmes
qui priment à travers les témoignages que j’ai pu avoir.
Les marches pour le climat, manifestations pour le droit du travail, ou tractage
devant les universités sont donc le meilleur moyen pour les partis de gauche de
convaincre les jeunes.
A droite, à l’inverse, c’est plutôt la question de la sécurité et de l’immigration, et pour
certains partis le pouvoir d’achat qui prime.
La communication par le biais de banderoles plutôt que la participation à des
manifestations, ou des actions militantes sur le thème de la sécurité sont donc
légions pour convaincre les jeunes.
Cette différence de thèmes explique donc cette différence de stratégie de la part des
différents partis politiques.
Les deux partis thématiques que j’ai suivi pour cette étude n’ont malheureusement
pas pu se présenter à l’élection présidentielle, faute de parrainages suffisants. Cette
limite d’un nombre important de parrainage plutôt qu’avoir recours à des parrainages
citoyens peut être également une des causes de l’abstention, puisque l’on observe
qu’Anne Hidalgo et Valérie Pécresse ont obtenues chacunes en quelques jours leurs
500 parrainages mais ont fait des scores très faibles, quand Jean-Luc Mélenchon et
74
Marine Le Pen ont eu des difficultés à les réunir, mais sont arrivés respectivement
3ème et 2ème au 1er tour, à quelques centaines de milliers de voix.
Cependant, ces deux partis thématiques vont présenter des candidats aux élections
législatives, et il sera alors intéressant d’observer les scores réalisés pour voir si les
citoyens sont réceptifs aux partis thématiques ou non.
Enfin, le scrutin des législatives étant relancé avec l’arrivée des alliances, la
participation des jeunes va être une donnée majeure dans l’issue de cette élection.
Les jeunes sont d’habitude très peu enclins à participer à celle-ci, et il faut voir si les
récentes alliances arriveront à remobiliser ou non les jeunes dans ce scrutin.
Mon enquête ne se veut pas exhaustive, et dix entretiens ne suffisent peut-être pas
à capter l’ensemble des opinions et des stratégies des partis politiques pour cette
élection présidentielle. Je n’ai pas eu la possibilité d’interroger tous les mouvements
jeunes de partis politiques, et seulement deux journalistes, ce qui nous donne une
enquête qui ne rend pas forcément compte de l’exacte réalité des choses.
Cependant, elle permet de donner une vision d’ensemble des stratégies des partis
de gauche, de droite et des partis thématiques, et tente d’expliquer pourquoi la
stratégie de ces partis est différente pour convaincre les jeunes à aller voter.
L’abstention est un phénomène plurifactoriel, qui ne peut être expliqué par une seule
voie, surtout concernant les jeunes, qui sont les premiers concernés et les plus
nombreux. Cependant, cette abstention ne cesse de progresser avec le temps, et
c’est un phénomène qu’il convient d’endiguer au plus vite si nous voulons que les
élections aient un sens et soient de nouveau représentatives. Pour cela, l’écart entre
la politique et la vie quotidienne doit rétrécir sans plus tarder, et le pouvoir doit être
redonné aux citoyens.
75
Bibliographie :
BFM TV Présidentielles : Les plus jeunes sont ceux qui ont le moins voté au second
tour, publié le 25 Avril 2022
CARE NEWS, Présidentielle : Doit on craindre un fort taux d’abstention chez les
jeunes ?, publié en 2022
CIDJ, Présidentielles 2022 : Pour qui ont voté les jeunes ? le 25 Avril 2022
DELEPINE Justine, L’engagement post-it est il au goût des jeunes, dans Alternatives
Économiques, Décembre 2017
76
ENCYCLOPÉDIE UNIVERSALIS
Fondation Jean Jaurès : Le vote des jeunes : clé des prochaines élections
législatives ? publié le 18 Mai 2022
77
HERIARD DUBREUIL Bertrand et MARTINOT LAGARDE Pierre, De nouvelles
formes d’engagement, dans Revue Projet, 1er Juillet 2008.
IPSOS SOPRA STERIA, Une crise de la représentation plus forte que jamais, publié
le 17 Avril 2020
IPSOS SOPRA STERIA et FAGE, Elections 2022: Vers une jeunesse oubliée ?,
réalisée début 2022
LILLE ACTU, 26% des français se disent influencés par la presse locale lors d’une
élection. Et vous ?, publié le 27 Janvier 2020
78
MINISTÈRE DE LA CULTURE, Les jeunes et l’information : une étude du ministère
de la culture vient éclairer les comportements des jeunes en matière d’accès à
l’information, publié le 27 Juillet 2018.
MUXEL Anne, Des choix politiques en héritage, publié dans Sciences Humaines,
hors série numéro 36, mai 2002
ROUDET Bernard, Les jeunes en France, publié dans les Presses de l’université de
Laval, coll. Regards sur la jeunesse du monde, 2009
SALTIEL François, Les réseaux sociaux peuvent-ils faire basculer une élection ?,
dans l’émission Le meilleur des mondes, 11 Mars 2022
TOURNIER Vincent, MUXEL Anne, Comment le vote vient aux jeunes, dans Agora
Débats/Jeunesse, publié par Tournier en 2009 + expression tirée de Anne Muxel,
2001
TOURNIER Vincent, Comment le vote vient aux jeunes, publié dans L’apprentissage
de la norme électorale, Agora Débats/Jeunesse, 2009
79
VAULX ACADEMIA, L’association qui vient en aide aux jeunes invisibles, par Lyon
Capitale.fr
Annexe :
J’ai effectué pour ce mémoire 10 entretiens, qui vont être résumés ici :
Les prénoms utilisés ont été modifiés pour préserver l’anonymat de mes enquêtés
en ce qui concerne les représentants politiques.
Marc est un membre du parti Allons Enfants. Il exerce le métier de professeur dans
un collège. Il à rejoint le parti 1 an auparavant, après avoir fait la campagne
d’Emmanuel Macron en 2017.
80
3ème entretien : Réalisé en Janvier 2022
Naël est membre depuis 1 an du Parti Socialiste ainsi que du mouvement des
Jeunes Socialistes, et étudiant. Il à déjà participé aux élections régionales et
départementales avec le Parti.
Arthur est membre des Jeunes avec Macron. Il agit en électron libre dans la
campagne. Il fait partie d’une stratégie d’influence initiée par Ambroise Méjean,
président des Jeunes avec Macron, qui consiste à faire des posts et des vidéos sur
les réseaux sociaux numériques, dans lesquels il présente les mesures et les
propositions, qui permettent de faire valoir le bilan du gouvernement. Il est
également étudiant dans la vie de tous les jours.
81
7ème entretien : Réalisé en Mars 2022
Matthieu est coordinateur départemental des jeunes avec Marine pour l’Essonne. Il
est en même temps étudiant en droit.
Tâm Tran Huy est journaliste présentatrice sur la chaîne Public Sénat. Elle présente
entre autres l’émission “20 ans en 2022”, et à consacré une émission sur l’abstention
des jeunes à la présidentielle, à laquelle j’ai eu l’honneur d’assister.
82