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Le rayonnement et l’ancrage du sport au sein de l’Éducation Physique et Sportive (EPS), ne font aucun doute.
Néanmoins, cette légitimation socioculturelle ne doit pas pour autant rejeter dans l’ombre les autres catégories
d’activités physiques (jeux traditionnels ou activités sportives de loisirs), qui peuvent également tenir un rôle
éducatif intéressant en fonction des objectifs pédagogiques visés. En fait, les résultats de différentes
recherches, menées sur le terrain de l’EPS, nous ont conduits à penser qu’il existerait trois types de logiques
dans lesquelles s’insère le choix des pratiques physiques à l’école : une logique institutionnelle (la référence
au sport) ; une logique de légitimation et/ou de prestige ; enfin, une logique pragmatique qui tient compte
des contraintes environnementales et pédagogiques des enseignants. Dans ce dernier cas de figure, nous
constatons que les enseignants transforment la logique interne de certains sports à des fins pédagogiques.
Nous nommerons jeux didactiques ces activités singulières qui supplantent le sport au cours des séances
d’EPS.
Mots-clés : éducation physique, logiques de scolarisation, pratiques sociales, pratiques scolaires, logique interne, jeu
didactique.
Des pratiques sociales aux pratiques scolaires en EPS : des logiques de scolarisation plurielles 7
Activités non institutionnalisées Activités institutionnalisées
– +
Pas de règles Règles fluctuantes Règles existantes Règles établies Règles établies
ni compétition auto-instituées non officielles par des instances par des instances
activités libres en milieu urbain maintes variantes régionales ou nationales internationales
de rue et les jeux traditionnels, d’une part, et les pra- ment des jeux de rue s’inspirant des sports collectifs
tiques institutionnelles d’autre part (quasi-sports et (basket-ball, football ou hockey) ou des « sports de
sports). Comme le montre la figure 1, la catégorisation roule » (Roller, skate, patins). Souvent, les sports de
de ces familles d’activités ludomotrices, se distin- référence sont désportifiés en transformant leurs
guant par leur degré d’institutionnalisation (c’est-à- traits de logique interne (rapport à autrui, au temps, à
dire par l’absence ou la présence de règles établies l’espace, au matériel et au système des scores). On
par des instances officielles), peut s’établir de façon joue donc sur les variables du sport car le jeu
opérationnelle en fonction du degré de codification. supplante l’enjeu. Pour exemple, l’observation des
joueurs de basket de rue (Bordes, 2000) montre que
Au sein des pratiques non institutionnelles, les quasi-
les équipes ne restent pas stables tout au long d’une
jeux représentent les activités dont les contraintes
partie, que l’équilibre numérique n’est pas toujours
institutionnelles et contractuelles sont absentes. On
respecté, ni d’ailleurs le système des scores car le
retrouve bon nombre de ces activités auto-organi-
résultat importe moins que la convivialité complice
sées et libres dans un milieu naturel ou plus urbain.
entre camarades.
Par exemple, des amis décident d’aller faire une virée
en roller ou à vélo dans les rues de Paris : dans ce cas Enfin, la dernière famille des activités physiques non
de figure, les participants ne s’affrontent pas, ils ne institutionnelles est représentée par « les jeux tradi-
recherchent pas la victoire et si l’un d’entre eux tionnels » (les barres, la balle assise, la passe à dix, le
décide de quitter le groupe dans leur épopée motrice, Quinet, la balle aux chasseurs…). Comme nous
aucune sanction ne sera prise à son égard car aucune l’avons observé précédemment, ces jeux sont souvent
sanction ni récompense ne sont prévues au préalable injustement dénigrés car on ne voit à travers eux que
au sein d’un contrat ludomoteur. En fait, ces activités des jeux du passé et de l’enfance ou des jeux infé-
informelles telles qu’une balade en VTT ou une des- rieurs aux sports. Or, les jeux traditionnels, s’ils mar-
cente de rivière en rafting se caractérisent par la quent en effet l’identité culturelle d’un village, d’une
recherche du lien social et le plaisir d’agir et ce, en région ou d’un pays, peuvent aussi évoluer, se trans-
dehors de toute concurrence ou de toute confron- former, accepter maintes variantes et surtout, ils lais-
tation interindividuelle (athlétisme ou gymnastique) sent la place à de nouveaux jeux tout aussi contempo-
ou intergroupale (sports collectifs). rains que les sports, ce qui est souvent ignoré.
En second lieu, les jeux de rue regroupent les jeux Les résultats de l’enquête de Durali et al. (ibid,
sportifs qui utilisent l’espace urbain comme moyen 2002) sur la réalité du temps de pratique des activités
d’accomplissement. Parfois l’espace du jeu est spé- physiques au collège dans le département de la
cifiquement aménagé par la ville, et parfois l’espace Seine-Saint-Denis permettent d’ordonner dans
urbain du quotidien sert de terrain de jeu aux prati- l’ordre croissant les catégories d’activités physiques
quants (rue, mur, trottoir, rampe d’escaliers, etc). les plus pratiquées dans le secondaire et obtenir, de
Dans les deux cas de figure, on pratique principale- cette façon, le classement suivant :
Au regard de cette échelle, dans laquelle ne figurent de sport favorise l’implantation de l’ultimate au sein
pas les jeux de rue, car leur ancrage est lié de façon du secondaire vers la fin des années quatre-vingt.
spécifique et exclusive au paysage urbain de notre
environnement, nous obtenons un classement sans L’étude du nombre d’articles consacrés à l’ultimate
surprise qui laisse la part belle au sport. Là dans les deux revues EPS (second degré) et EPS 1
encore, les activités non institutionnelles ne semblent (premier degré), qui sont les revues les plus consul-
guère convenir à l’institution scolaire et à ses agents. tées par les professeurs d’EPS, vient à l’appui d’une
telle analyse. On y constate en effet que les spécia-
La comparaison des deux échelles précédentes, listes de l’EPS ne s’intéressent à l’ultimate qu’à partir
dans lesquelles les catégories de pratiques phy- des années 80, date à partir de laquelle l’ultimate
siques sont ordonnées selon le degré d’institutionna- devient un sport reconnu officiellement. La comparai-
lisation des règles établies (figure 1) et selon le temps son avec le handball, sport scolaire incontournable
de pratique en éducation physique (figure 2), se depuis des décennies, permet de mieux comprendre
révèle être riche d’enseignement pour appuyer nos le phénomène nouveau et progressant de l’ultimate,
constatations précédentes : nous observons de façon comme l’atteste le tableau 1.
très explicite qu’il existe un degré d’accord total entre
les deux échelles présentées. La corrélation obtenue On observe aussi que l’intérêt porté à l’ultimate
est maximale et positive (Indice de Kendall (2) = + 1). s’accroît vers la fin des années quatre-vingt-dix et ne
Ainsi, plus le degré d’institutionnalisation d’une acti- cesse d’augmenter, notamment dans le secondaire. A
vité est fort, plus la pratique physique correspon- contrario, les premiers articles s’adressaient plutôt
dante sera retenue dans la programmation annuelle aux enseignants du premier degré alors que ce n’est
des APSA mise en œuvre par les enseignants. La qu’à l’aube des années quatre-vingt-dix que les pro-
suprématie du sport à l’école semble bien se fonder fessionnels de l’éducation physique s’emploient à la
essentiellement sur le statut de pratique sociale dite pratique de l’ultimate au collège. De surcroît, la
« de référence », terme qu’affectionnent tout particu- médiatisation grandissante de ce sport (les repor-
lièrement les pédagogues proches du courant « cultu- tages à la télévision deviennent plus fréquents)
raliste ». augure sûrement d’une pratique scolaire plus assidue
dans les années à venir ainsi que d’un enseignement
à part entière à l’université auprès des futurs ensei-
L’exemple de l’ultimate gnants d’éducation physique.
L’exemple de l’ultimate, sport collectif composé de Un entretien recueilli auprès d’un membre (3) de la
deux équipes de neuf joueurs qui s’affrontent par fédération française d’ultimate nous a fourni de pré-
l’intermédiaire d’un frisbee, appuie notre démonstra- cieux renseignements qui vont dans le même sens.
tion précédente. En effet, l’analyse diachronique ré- Dans les années quatre-vingt, la FFDF a développé la
vèle que l’ultimate passe du statut de jeu sportif non pratique de l’ultimate essentiellement au sein de
institutionnel (1968-1972) au statut de quasi-sport l’école primaire en sensibilisant les enseignants des
(1979) et ne devient un sport légitimé par les ins- écoles normales (notamment en région parisienne).
tances internationales qu’à partir de 1983. Or, durant Jusqu’en 1986, aucun contact n’est établi avec le
les années 70 et 80, l’ultimate était pratiqué essentiel- secondaire. Les premières formations officieuses et
lement à l’école primaire, et ce jeu sportif ne fera son ponctuelles avec les enseignants du second degré ne
intrusion de façon marquante dans les collèges et ly- débutent qu’à partir de 1993. Ce n’est qu’à partir de
cées qu’à l’aube des années 90 jusqu’à nos jours. Le 1995, suite au championnat d’Europe d’ultimate
jeu aux enfants et le sport aux plus grands ? Il semble organisé en France (Vendée), que la communication
bien en effet que le passage du statut de jeu à celui vers le monde scolaire et principalement vers les
Des pratiques sociales aux pratiques scolaires en EPS : des logiques de scolarisation plurielles 9
Tableau 1. – Comparaison du nombre d’articles parus entre l’ultimate et un sport collectif,
le handball, bien implanté et très populaire en EPS
Ultimate Handball
1997-2004 (7 ans) 11 25
collèges, se construit officiellement. Enfin, depuis ces comme le souligne de façon fort judicieuse T. Terret
dernières années, des sessions de formations régu- (1999), ces activités étaient déjà bien implantées en
lières, destinées notamment à des professeurs d’EPS EP avant même de posséder le statut de « sport ».
se dessinent et, depuis 2003, l’ultimate se développe Quant à l’athlétisme, si à cette époque, on court, on
au lycée. saute et on lance, on ne fait pas pour autant de l’ath-
létisme : « l’école s’oppose, notamment pour l’athlé-
À l’appui de ces constats, nous pouvons admettre tisme, à toute utilisation de ces pratiques d’Outre-
que le sport, jeu sportif institutionnel par excellence, manche peu sérieuses pour l’esprit et dangereuses
est la figure de proue des pratiques scolaires en EPS. pour l’organisme » (Terret, ibid., p.128).
Le rayonnement institutionnel d’une pratique sociale
doublé d’une aura médiatique grandissante semble Bien entendu, l’accession au statut de sport, ou la
être le garant du processus de scolarisation des acti- reconnaissance de ces pratiques par l’école, a
vités physiques. consolidé la présence de ces activités dans le giron
éducatif. Toutefois, plus que la logique institution-
Toutefois, si cette logique institutionnelle est indis-
nelle, c’est la logique de prestige et/ou de légitima-
cutablement un atout dans le choix des pratiques
tion qui perdure : au cours du siècle, elles deviennent
physiques à l’école, elle montre quelques limites et
ainsi des pratiques physiques de base incontour-
certains contre-exemples ne permettent pas de tenir
nables en EPS : d’ailleurs, savoir nager permet, d’une
un discours aussi tranché.
part, de pratiquer d’autres activités aquatiques en
élargissant ainsi le choix des pratiques physiques, et
d’autre part, de garantir la sécurité des élèves et des
LA LOGIQUE DE LÉGITIMATION futurs citoyens par le réinvestissement ludomoteur
ET/OU DE PRESTIGE dans la vie quotidienne. Dans cette perspective,
l’athlétisme et la gymnastique possèdent des exer-
cices physiques liés au bien-être corporel, à l’esthé-
L’histoire de l’Éducation Physique (EP) nous révèle tique et à la santé qui, de nos jours, justifient le bien-
que, dès la fin du XIXe siècle, des activités telles que fondé et l’attirance pour ces activités olympiennes.
la natation, la gymnastique ou encore l’athlétisme
étaient déjà très largement pratiquées dans les À un degré moindre, cette logique de légitimation
séances d’EP, soumises à une logique de légitimation peut rendre compte de l’expansion de l’activité ulti-
non institutionnelle. En effet, pour les deux premières, mate dans la sphère éducative, dans laquelle elle se
Des pratiques sociales aux pratiques scolaires en EPS : des logiques de scolarisation plurielles 11
risent les relations de communication, de coopération jouent-ils réellement dans la pertinence du sport pra-
et de solidarité qui sont des axes privilégiés par les tiqué ? En fin de compte, nous observons plutôt
instances éducatives (4) (Programmes officiels de durant les phases de jeu « en situation réelle », que le
1996 à 2002). Enfin, ces pratiques informelles ne de- sport pratiqué à l’école se transforme en un « jeu
mandent pas une démarche didactique très appuyée didactique » au cours duquel certains traits de
de la part de l’enseignant (Dugas, 2004) ; le plaisir logique interne du sport pratiqué sont modifiés.
d’agir et la convivialité sont autant de valeurs ajou-
tées pour ces activités qui, de surcroît, peuvent se Les exemples du tableau 2, concernant les sports
pratiquer en dehors de l’école et à tous les âges de collectifs, mettent en évidence les transformations
l’existence. didactiques opérées sur ces situations motrices par
les enseignants.
L’exemple du badminton et des activités non institu-
tionnelles conduit également à la prise en considé- On s’aperçoit ici que la transformation d’un sport
ration d’une troisième logique de scolarisation : la en un jeu didactique s’étend sur une échelle allant de
logique pragmatique qui tient compte des contraintes la dénaturation à la modification légère du jeu sportif
environnementales et pédagogiques des enseignants. de référence. Dans le cas du volley-ball, nous obser-
vons souvent que sa pratique s’accomplit dans un 3
contre 3 ou encore au sein d’un 4 contre 4. Cette
situation est rencontrée fréquemment au lycée car
LA LOGIQUE PRAGMATIQUE ET PÉDAGOGIQUE l’évaluation certificative du baccalauréat est effec-
tuée dans ces conditions. On évalue ainsi des élèves
dans un sport dont la logique interne et la pertinence
Cette troisième logique peut parfois être confondue ne sont pas respectées. Autrement dit, ils ne sont
avec la précédente. Cependant, elle se distingue sur pas véritablement évalués en volley-ball. Même si la
un point bien précis qui laisse songeur : si le sport est structure de duel symétrique est respectée, le rapport
tant valorisé par les enseignants, pourquoi alors est-il à autrui est changé et le rôle du « libéro » n’est que
si souvent transformé au cours de sa pratique à très rarement pris en compte. En somme, lors de
l’école ? En d’autres termes, fait-on réellement du matchs 3 contre 3, on se rapproche davantage de la
sport dans les enceintes scolaires ou se sert-on pratique du beach-volley que du volley-ball ! Les
davantage de l’image et du prestige du sport ? interactions motrices entre les joueurs sont donc sim-
Généralement, les séances d’EPS sont jalonnées plifiées et adaptées, dans une démarche didactique
d’une succession d’exercices éducatifs qui permet- pertinente, aux caractéristiques des élèves afin de
tront aux élèves de posséder une plus grande aisance favoriser leurs progrès moteurs. Comme l’illustre le
motrice au sein de l’activité physique appréhendée. tableau 2, nous pouvons faire les mêmes constats
Cette démarche didactique qui s’appuie sur des dans de nombreux sports collectifs pratiqués à
savoir-faire spécifiques est loin de toujours privilégier l’école : on y transforme les règles institutionnelles
l’action dans les conditions réelles de jeu. En effet, le liées à l’espace, au temps, aux joueurs ou/et au maté-
temps consacré à la réalité de la pratique n’est géné- riel pour atteindre les objectifs visés. L’exemple du
ralement situé qu’en fin de séance. Dans notre Base-ball est, à ce titre, très révélateur : la différence
enquête sur les sports collectifs (Dugas, 2002), le principale entre la thèque (jeu traditionnel) et le base-
temps consacré au jeu réel est considérablement ball (sport), se situe dans le rapport entre le lanceur et
réduit : en moyenne trois heures effectives pour dix le batteur : à la thèque, contrairement au base-ball, le
séances d’éducation physique. Au regard de ces lanceur est en coopération motrice avec le batteur.
constats, nous pouvons nous demander si les objec- Ce trait distinctif est fondamental sur le plan des
tifs poursuivis dans la spécificité de l’activité traitée applications pédagogiques. En effet, pour obtenir un
sont atteints. De fait, une telle conduite didactique minimum d’actions ludomotrices de la part des parti-
est-elle toujours pertinente sur des cycles aussi cipants, les enseignants préfèrent utiliser la règle de
courts ? coopération de la thèque ou bien ils apportent
d’autres modifications au règlement officiel du base-
Par ailleurs, en situation de pratique « réelle » de ball : par exemple, ils changent la batte de base-ball
tels ou tels sports, les professeurs d’EPS transfor- par un engin plus accessible (raquette, batte de cric-
ment souvent la nature de ces activités afin de ket…) ou demandent une opposition raisonnée au
répondre aux objectifs éducatifs et de s’adapter aux lanceur. Dans ce cas de figure, les structures de ce
capacités des élèves. Dans ces conditions, ceux-ci sport sont modifiées au sein d’une logique qui aboutit
Jeux sportifs
Basket-ball Volley-ball Base-ball
Traits Basket-ball Volley-ball Base-ball
(jeu (jeu (jeu
majeurs de (sport) (sport) (sport)
didactique) didactique) didactique)
logique interne
Limites spatiales *** Limites spatiales * Limites spatiales *
réglementaires réglementaires réglementaires
Rapport La raquette ** Ligne des avants ** 27,40 m entre *
à l’espace et des arrières les bases du diamant
Une ligne à 3 points * Aire du service *** Ligne de « home run » *
et rôle associé
Pression temporelle * Temps limité *
du demi-terrain à franchir pour le service (8 sec.)
Rapport Pression temporelle *
au temps pour tirer
Pression temporelle **
dans la raquette
Ballon de basket ***** Ballon de Volley ***** Batte de Base-balll **
Rapport Panier de basket ***** Filet + hauteur ***** Équipement du receveur *
au matériel réglementaire (catcheur)
Balle de base-ball ***
1 point par lancer franc ** Coup gagnant : 1 point ***** Score du match *
(jusqu’à 3 lancers) sur 9 manches
Rapport Ligne du tir à 3 points * 2 points d’écart **** Atteinte du « marbre » : *****
au système par manche 1 point
du score
Panier à 2 points ***** 5 manches possibles * Passage de défenseurs à ***
attaquants : 3 attaquants
éliminés
Duel 5 contre 5 **** Duel 6 contre 6 * Duel 9 contre 9 *
Équilibre numérique **** Equilibre numérique **** Équilibre numérique ***
stable, respecté tout stable, respecté tout au stable, respecté tout au
au long de la partie long de la partie long de la partie
Rapport
à autrui
Duel symétrique ***** Duel symétrique ***** Duel dissymétrique *****
entre deux équipes entre deux équipes entre deux équipes
(effectif numérique
+ structure relationnelle Pas de permutation *** Pas de permutation *** Statut et rôle particulier : **
entre partenaire ou de changement de ou de changement de joueur « Receveur »
et adversaires) joueurs entre les 2 équipes joueurs entre les 2 équipes ou « catcheur »
Pas de statut et de rôle ***** Statut et rôle particulier : * Contre-communication **
particulier pour la totalité joueur « libéro » motrice (opposition
des joueurs entre le batteur
et le lanceur)
Toujours : ***** ; Très souvent : **** ; Souvent : *** ; Quelquefois : ** ; Très rarement, voire jamais : *
Des pratiques sociales aux pratiques scolaires en EPS : des logiques de scolarisation plurielles 13
à le rapprocher du jeu traditionnel. De fait, loin de singularise par son implantation dans l’espace scolaire
séparer le sport du jeu, la logique scolaire semble ici et par les effets pédagogiques qui en sont attendus.
les confondre. Par ailleurs, le jeu didactique est marqué parfois par
l’empreinte plus ou moins grande de l’enseignant dans
la codification du jeu. C’est le cas notamment des jeux
sportifs inventés librement par les élèves eux-mêmes
SPORT OU JEU DIDACTIQUE EN EPS ? ou inventés avec la complicité de l’enseignant.
Nous pourrions ainsi multiplier les exemples ; la Enfin, nous avons dit que bon nombre de péda-
réalité des pratiques scolaires en EPS met parfois en gogues prétendent que les jeux traditionnels collec-
lumière l’existence d’une autre catégorie d’activités tifs sont inférieurs et préparatoires aux sports collec-
physiques : les « jeux didactiques », comme le montre tifs ; mais qu’en est-il alors des sports didactisés
la figure 3 ci-dessous. dans le milieu scolaire ? Le « basket-didactique », le
« volley-didactique » ou le « rugby-didactique » ne
Les jeux didactiques puisent généralement leur sont-ils pas, au regard de leur forme jouée, très sou-
logique interne dans les autres catégories d’activités vent simplifiée, des jeux didactiques préparatoires et
ludomotrices et notamment dans le sport. Nous pou- « inférieurs » à leur sport de référence ? Pourtant, les
vons ainsi les définir par l’« ensemble des situations enseignants ne cessent de les utiliser, fort logique-
motrices codifiées par les enseignants selon des ment d’ailleurs. En d’autres termes, la légitimité d’une
normes éducatives et à des fins pédagogiques » activité physique au sein de l’éducation physique ne
(Dugas, 2003). Autrement dit, cette nouvelle famille se se réduit pas à son statut socioculturel, aussi glorieux
JEUX DIDACTIQUES
Des pratiques sociales aux pratiques scolaires en EPS : des logiques de scolarisation plurielles 15
NOTES
(1) Le concept de logique interne se définit par le « système des (3) Verzeaux Grégory, joueur de l’équipe de France d’ultimate et
traits pertinents d’une situation motrice et des conséquences chargé du développement au sein de la FFDF (Fédération Fran-
qu’il entraîne dans l’accomplissement de l’action motrice corres- çaise De Freesbee).
pondante » (Parlebas, 1981).
(4) Programmes officiels de la classe de sixième (Arrêté du 18 juin
(2) Indice de Kendall (k) = 1 – 2d/D ; avec d = nombre de désaccords 1996) ; trois finalités : « Le développement des capacités néces-
effectifs et D = le nombre de désaccords possibles (n(n – 1)/2. Ici saires aux conduites motrices. L’acquisition, par la pratique, des
d = 0 et D = 6 ; donc K = 1 – 2 × 0/2 = +1. compétences et connaissances relatives aux activités physiques,
– Remarque : + 1 représente un accord total ; – 1 représente un sportives et artistiques. L’accès aux connaissances relatives à
désaccord total ; et 0 l’indifférence. l’organisation et à l’entretien de la vie physique. »
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Recherches de terrain (1998 à 2004) sur le phénomène du transfert d’apprentissage au sein des séances d’EPS
(étude sur les effets dus aux apprentissages moteurs de certaines pratiques physiques) :
– Expérience sur les jeux collectifs réalisée auprès de 4 classes de cours moyens à l’école primaire (Parlebas &
Dugas, 98).
– Expérience sur les jeux collectifs réalisée auprès de 10 classes de cours moyens à l’école primaire (Dugas,
2001).
– Expérience sur des activités de parcours d’obstacle auprès de 7 classes de CM1 et de CM2 (Dugas, 2004).
Ces trois expériences ont été planifiées et réalisées à l’aide d’un protocole expérimental rigoureux (groupes
homogènes, lieu identique, grille d’observation, méthode des juges, évaluation chiffrée, tests statistiques).
Enquête menée en 2002 auprès de 70 enseignants du premier et deuxième degré, et relative aux pratiques phy-
siques choisies au sein de leur programmation d’APSA. Cette étude a été effectuée à l’aide d’un questionnaire
sociologique classique et d’un questionnement indirect (la technique du différenciateur sémantique) (Dugas, 2002
et 2005).
Observation des éventuelles transformations opérées par les enseignants du secondaire dans certains sports col-
lectifs en EPS (2002 à 2004). Cette étude a été réalisée d’une part, à l’aide d’une grille d’observation qui s’ap-
puie sur les éléments de la logique interne des sports collectifs (cf. tableau 2) et, d’autre part, à l’aide d’entre-
tiens avec une dizaine d’enseignants d’EPS (Dugas, 2003).
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