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‘Hayé Sarah
‘Hayé Sarah
La vie de Sarah
(Discours du Rabbi, Chabbat Parchat ‘Hayé Sarah 5736-1985)
(Likouteï Si’hot, tome 15, page 145)
1. Comme on l’a maintes mort, mais, en outre, leur
fois souligné(1), le contenu de contenu est, à proprement
chaque Sidra apparaît en allu- parler, le contraire de la vie de
sion dans son nom et c’est Sarah.
bien le cas en l’occurrence. Le
nom ‘Hayé Sarah présente La première Paracha relate
effectivement, d’une manière de quelle manière Avraham
allusive, l’idée de l’ensemble acheta la grotte de Ma’hpéla
de cette Sidra. De fait, cette afin d’y enterrer Sarah. Le
affirmation peut surprendre, second point évoqué par la
car toute la Sidra relate des Sidra(3) est le mariage de
événements qui ne sont pas Its’hak et Rivka. A la fin de ce
passés du vivant de Sarah, récit, le verset constate que :
‘Hayé Sarah. Bien plus, tout ce “Its’hak se consola de sa
qui y est rapporté s’est dérou- mère”(4). En effet, “après sa
lé après sa mort(2). Plus encore, mort, il se consola grâce à son
non seulement ces événe- épouse”(5). De même, ou plus
ments furent postérieurs à sa encore, le troisième point de
(1) On verra, notamment, le Likouteï de Its’hak vint à Avraham après le
Si’hot, tome 5, à partir de la page 57. sacrifice, comme l’indiquent le
(2) On verra aussi le Likouteï Si’hot, Midrash Béréchit Rabba, chapitre 57,
tome 5, à partir de la page 338. au paragraphe 3 et le commentaire de
(3) 24, 1 et versets suivants. Rachi sur le verset Vayéra 22, 20. Or,
(4) Verset 24,67 et commentaire de c’est précisément la nouvelle du sacri-
Rachi. On verra aussi les Pirkeï de fice qui provoqua la mort de Sarah,
Rabbi Eliézer, au chapitre 32. comme le rappelle le commentaire de
(5) L’idée proprement dite du mariage Rachi sur le verset ‘Hayé Sarah 23, 2.
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la Sidra(6), “Avraham prit une D.ieu, Source de la vie et de
autre épouse” et la suite, l’éternité véritables, ainsi qu’il
“Voici les descendances est dit : “L’Eternel D.ieu est
d’Ichmaël” sont, à propre- Vérité. Il est un D.ieu de
ment parler, le contraire de la vie”(11) et : “Vous êtes attachés
vie de Sarah. En effet, lorsque à l’Eternel votre D.ieu,
celle-ci était vivante, elle lui vivants…”(12).
dit : “renvoie cette servante et
son fils”(7). Dès lors, comment Ainsi, il fut établi que la vie
dire que ‘Hayé Sarah exprime de Yaakov était une vie vérita-
le contenu de cette Sidra, ble, une vie éternelle, apparte-
encore plus, de l’ensemble de nant à la Sainteté, unique-
celle-ci ? ment quand on observa son
caractère immuable, de sorte
2. L’explication est la sui- que cette vie se poursuive
vante. On connaît(8) le sens de également après que son âme
l’affirmation de la Guemara(9) ait quitté son corps. Par la
selon laquelle : “notre père suite, en effet, sa descendance
Yaakov n’est pas mort. Tout resta encore en vie et son exis-
comme sa descendance est tence fut, à proprement par-
encore en vie, il est lui-même ler, celle de notre père Yaakov.
encore en vie”.
Il en est donc de même pour
La vie, au sens propre, est la vie de Sarah(13). Celle-ci se
éternelle et immuable(10). Elle révèle et apparaît à l’évidence
est concevable uniquement uniquement lorsque l’influen-
pour ceux qui sont attachés à ce des années qu’elle a vécues
(6) 25, 1 et versets suivants. traité Para, chapitre 8, à la Michna 9.
(7) Vayéra 21, 10. (11) Yermyahou 10, 10.
(8) On verra, à ce propos, le Likouteï (12) Vaét’hanan 4, 4.
Si’hot, tome 15, à partir de la page (13) Voir le Zohar, tome 1, à la page
427 et dans les références indiquées. 122b : “Sarah est venue, allée, partie,
(9) Traité Taanit 5b. sans s’attacher… elle a obtenu la vie
(10) Selon la Hala’ha, les “eaux vives” supérieure, pour elle et pour son
ne peuvent pas provenir des fleuves mari… elle s’est attachée à la vie et
qui se tarissent, comme l’établit le ceci était la vie”.
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se poursuit après qu’elle ait tente(15), fut maintenu, par la
quitté ce monde, lorsque ses suite, chez Rivka. C’est ainsi
accomplissements dans le que s’exprima la vie de Sarah,
domaine du bien et de la sain- véritable et éternelle(16).
teté se perpétuent par la suite.
C’est à cette condition que ses Néanmoins, tout cela n’est
cent vingt sept années peu- pas suffisant. Tout d’abord,
vent être qualifiées de “vie de cela n’explique qu’un aspect
Sarah”, une vie digne de ce de cette Sidra, mais non les
nom, la vie véritable de Sarah deux autres qui ont été cités
notre mère. ci-dessus. En outre, l’essentiel
de cette Paracha ne traite pas
Ceci nous permettra de du mariage proprement dit,
comprendre pourquoi une mais des divers événements
partie de la Paracha traite du et des propos tenus à l’occa-
mariage de Its’hak et de sion de la mission d’Eliézer, la
Rivka. Its’hak, le fils de Sarah, manière dont il rencontra
était sa descendance encore Rivka, son récit à Bethouel et
en vie, dont l’existence était à Lavan, comment il obtint
conforme à la vie de Sarah. leur accord à cette union.
Rivka, qu’il épousa, avait la
même attitude qu’elle, ainsi 3. Nous comprendrons tout
qu’il est écrit : “Its’hak la cela en expliquant, au préala-
conduisit dans la tente de ble, pourquoi la première
Sarah, sa mère”, “et elle était Paracha de cette Sidra rappor-
Sarah, sa mère”(14) car tout ce te, par le détail, l’échange qui
que celle-ci avait accompli, la eut lieu entre Avraham, les fils
bougie allumée d’une veille de ‘Heth et Ephron, concer-
du Chabbat à l’autre, la pâte nant l’achat de la grotte de
qui était bénie, la nuée liée à la Ma’hpéla.
(14) ‘Hayé Sarah 24, 67 et commen- (16) On verra l’introduction du com-
taire de Rachi. mentaire de Rabbénou Be’hayé sur la
(15) Commentaire de Rachi, à la Parchat ‘Hayé Sarah.
même référence. Midrash Béréchit
Rabba, chapitre 60, au paragraphe 16.
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De fait, un autre point doit A) Si Avraham pouvait
être clarifié ici. Au début des prendre la grotte de Ma’hpéla
propos que Avraham adressa de plein droit(22), pourquoi
aux fils de ‘Heth, il dit : “Je consacra-t-il tant d’efforts à
suis un étranger et un résident les convaincre de la lui vend-
parmi vous”(17). A ce propos, re, d’autant qu’ils le firent “à
nos Sages expliquent(18) : “Si sa pleine valeur”(23) ? Et, pour-
vous le voulez(19), je serai un quoi dit-il : “Je suis un étran-
étranger. Sinon, je serai un ger” ?
résident(20) et je la prendrai de
plein droit, car le Saint béni B) Comment Avraham pou-
soit-Il m’a dit : ‘Je donnerai ce vait-il prendre cette grotte “de
pays à ta descendance’(21). A ce plein droit”, alors qu’elle ne
propos, on peut poser les lui appartenait pas encore,
questions suivantes : puisqu’il avait uniquement
reçu l’assurance selon laquel-
(17) 23, 4. commentateurs de Rachi, notamment
(18) Commentaire de Rachi sur ce le Réem, Rabbi Ovadya de Bartenora,
verset, d’après le Midrash Béréchit le Levouch Ha Ora, que l’on consul-
Rabba, chapitre 58, au paragraphe 10. tera, il possédait d’ores et déjà une
(19) La version du Béréchit Rabba partie de la terre. On verra, à ce pro-
parvenue jusqu’à nous dit : “Si vous le pos, la note 24. Il en est ainsi, au sens
voulez, je serai étranger. Sinon, je serai le plus simple, selon l’avis du traité
le maître de maison”. Dans différents Baba Batra 100a, qui parle d’une
manuscrits, notamment l’édition de acquisition. On consultera aussi le
Théodore Albeck, il est dit : “si je l’a- Likouteï Si’hot, tome 5, à la page 328,
vais voulu, un étranger, sinon le maît- dans la note 97, de même que le trai-
re de maison”. Un commentaire attri- té Avoda Zara 53b et le commentaire
bué à Rachi dit aussi : “Si vous le vou- de Rachi, à cette référence. On trou-
lez, je serai comme un étranger parmi vera un plus long développement
vous. Sinon, je serai le maître de mai- dans le Parchat Dera’him, neuvième
son, contre votre gré”. discours et l’on verra le Tsafnat
(20) Dans la première et la seconde Paanéa’h, lois des prélèvements agri-
édition, il est dit : “Si ce n’est pas le coles, chapitre 1, au paragraphe 1, à
cas, je la prendrai de plein droit”. partir de la page 3a.
(21) Le’h Le’ha 12, 7. (23) On verra le Sifteï Cohen sur la
(22) Au sens le plus simple, selon le Torah, à cette référence.
commentaire du ‘Hizkouni et les
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le : “Je donnerai cette terre à ta peut en déduire(28) que
descendance”(24) ? Ichmaël est parvenu à la
Techouva. De ce fait, il a
On peut aussi s’interroger conduit Its’hak devant lui”.
sur la fin de cette Sidra. Or, une question se pose ici :
Commentant le verset : pourquoi la Torah fait-elle
“Its’hak et Ichmaël l’enterrè- allusion à la Techouva
rent”(25), nos Sages disent(26), et d’Ichmaël précisément à l’oc-
Rachi les cite(27), que : “l’on casion de l’enterrement
(24) C’est ce que l’on peut déduire du pas lieu de se poser la question sui-
commentaire de Rachi, qui cite le ver- vante : au final, pourquoi Rachi ne
set : “Je donnerai cette terre à ta des- cite-t-il pas le verset : “J’ai donné à ta
cendance”, à la différence du descendance” ? En effet, on peut pen-
Midrash, lequel mentionne un autre ser que, selon le sens simple du verset,
verset : “J’ai donné cette terre à ta des- il n’est pas logique d’avancer
cendance” (15, 18), comme l’indique qu’Avraham ait rapporté aux fils de
le Yerouchalmi, traité ‘Hala, chapitre ‘Heth la Parole de D.ieu : “J’ai donné
2, au paragraphe 1. Le Midrash à ta descendance”, alors même qu’il
Léka’h Tov dit : “C’est à ta descen- n’avait pas encore d’enfant. Ceux-ci
dance que Je la donnerai, cette terre”. n’auraient pas pu admettre que Sa
Il semble qu’il fasse allusion au verset Parole doive être considérée comme
cité par Rachi. Par contre, le Sé’hel réalisée d’emblée. A fortiori en fut-il
Tov dit : “Je la donnerai à toi et à ta ainsi après la naissance d’Its’hak,
descendance”, ce qui correspond au lorsque les moqueurs de la génération
verset Le’h Le’ha 13, 15, avec des prétendirent qu’il n’était pas le fils
modifications. On verra aussi les d’Avraham, comme le rapportent le
commentateurs du Midrash, à cette traité Baba Metsya 87a et le Midrash
référence. Et, le Midrash Béréchit Tan’houma, au début de la Parchat
Rabba, chapitre 44, au paragraphe 22, Toledot. On verra aussi la longue
rappelle que : “la Parole du Saint béni explication du Likouteï Si’hot, tome
soit-Il est une action”, mention qui ne 15, à partir de la page 204.
figure pas dans le commentaire de (25) 25, 9.
Rachi : “la Parole du Saint béni soit-Il (26) Traité Baba Batra 16b. On verra
est considérée comme si elle avait été le Midrash Rabba, chapitre 62, au
accomplie”. Et, l’on notera que le paragraphe 3.
Targoum Yerouchalmi, à cette réfé- (27) A propos de ce verset.
rence, dit : “Je donnerai à ton fils”. (28) Selon les termes de Rachi, à cette
On verra aussi ce qu’explique le référence.
Ramban, à cette référence. Et, il n’y a
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d’Avraham, c’est-à-dire après Ichmaël et, comme le disent
son décès ? En effet, Ichmaël nos Sages(32), l’expression :
était déjà parvenu à la “ton fils, ton unique, que tu
Techouva de son vivant(29), ce aimes” s’applique à la fois à
qui fut : “la vieillesse agréable l’un et à l’autre. Bien plus,
qui avait été annoncée à concrètement, Ichmaël naquit
Avraham”(30). avant Its’hak.
4. Nous comprendrons tout Il en résulte que Avraham
cela en expliquant, au préala- est à l’origine, non seulement
ble, la différence qu’il y avait du peuple d’Israël, mais aussi
entre Avraham et Sarah(31), par des autres nations, au point
rapport à leur descendance. que D.ieu lui dit : “J’ai fais de
Avraham, au sens le plus sim- toi le père d’une foule de peu-
ple, était le père non seule- ples”(33) et même : “le père du
ment de Its’hak, mais aussi de monde entier”(34). A l’opposé,
(29) Comme le dit la Guemara, à chapitre 2 et le Likouteï Si’hot, tome
cette référence. On verra aussi le 5, à partir de la page 339.
Targoum Yerouchalmi, Parchat ‘Hayé (32) On verra, notamment, le traité
Sarah, verset 8, le Midrash Béréchit Sanhédrin 89b, les Pirkeï de Rabbi
Rabba, chapitre 59, au paragraphe 7 Eliézer, au chapitre 31, le Midrash
et le commentaire de Rachi sur les Tan’houma, le Béréchit Rabba et le
versets Le’h Le’ha 15, 15 et Vayéra 22, commentaire de Rachi sur le verset
1-3. Vayéra 22, 2.
(30) Selon la fin du commentaire de (33) Le’h Le’ha 17, 6.
Rachi, à cette référence. (34) Selon le commentaire de Rachi, à
(31) A ce propos, on verra, selon les cette référence, d’après le traité
termes de la Kabbala et de la Bera’hot 13a et l’on verra le Midrash
‘Hassidout, le Or Ha Torah, dans le Béréchit Rabba, chapitre 49, au para-
discours ‘hassidique intitulé : “Rabbi graphe 2, de même qu’à la fin du cha-
Benaa”, Parchat ‘Hayé Sarah, à partir pitre 51. Il semble qu’il soit bien fait
de la page 120a et à partir de la page allusion ici à l’ensemble des nations,
442b, le Torat ‘Haïm, Parchat ‘Hayé au sens le plus littéral. On verra aussi
Sarah, à partir de la page 125d et les le Yerouchalmi, traité Bikourim, cha-
Biyoureï Ha Zohar, de l’Admour pitre 1, au paragraphe 4, de même
Haemtsahi, Parchat ‘Hayé Sarah, à la que le Rambam, lois des prémices,
page 13b, le discours ‘hassidique inti- chapitre 4, au paragraphe 7.
tulé : “Vous êtes attachés” de 5686, Néanmoins, on peut trouver ici égale-
dans le Séfer Ha Maamarim 5711, au ment une allusion aux convertis. En
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Sarah donna naissance uni- son influence et révéla la
quement à Its’hak, ce qui veut Divinité uniquement en un
dire qu’elle est liée spécifique- endroit qui en était digne,
ment au peuple d’Israël(35). dans le domaine de la
Sainteté, comme le montre le
On trouve une même diffé- récit de Rabbi Benaa(38) et
rence entre le service de D.ieu comme l’explique longue-
d’Avraham et celui de Sarah. ment la ‘Hassidout(39).
Avraham fit connaître D.ieu à
toutes les catégories d’hom- Ceci se prolongea égale-
mes. “Notre père Avraham fit ment chez le fils d’Avraham,
invoquer le Nom de D.ieu par Ichmaël. Sarah dit et conclut,
tous les passants”(36), y com- à son propos : “renvoie cette
pris les arabes se prosternant servante et son fils, car le fils
devant la poussière de leurs de cette servante n’héritera
pieds(37), sans se demander pas avec mon fils, avec
s’ils resteraient par la suite Its’hak”, bien que : “la chose
sous son autorité ou non. était très mauvaise aux yeux
d’Avraham, à propos de son
Par contre, il n’en fut pas de fils”(40).
même pour Sarah qui, dès la
naissance de Its’hak, exerça
effet, un non-Juif ne prend pas lui- (36) On verra le traité Sotta 10a, le
même la décision de se convertir. Midrash Béréchit Rabba, à la fin du
Celle-ci lui est suggérée d’en haut et chapitre 54, à la fin du chapitre 39,
elle émane, en fait, d’Avraham, père dans le chapitre 43, au paragraphe 7
de tous les convertis, qui leur accorde et dans le chapitre 49, au paragraphe
son influence dans ce but, comme 4. On verra aussi le Likouteï Si’hot,
l’explique le Or Ha Torah, à cette tome 15, à partir de la page 122.
référence. (37) On consultera le traité Baba
(35) On notera que Essav, le fils Metsya 86b, cité par le commentaire
d’Its’hak, était un “Israël renégat”, de Rachi sur le verset Vayéra 18, 4.
selon le traité Kiddouchin 18a. Il n’en (38) Traité Baba Batra 58a.
est pas de même, en revanche, pour (39) On consultera les références
Ichmaël, qui était un non-Juif et l’on citées à la note 31.
verra, à ce sujet, la longue explication (40) Vayéra 21, 11.
de la première causerie de la Parchat
Toledot, dans le Likouteï Si’hot, tome
15, à partir de la page 191.
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Avraham transmit la 5. Tel est donc le lien qui
Divinité à chacun et, de ce peut être fait entre les trois
fait, “la chose était très mau- passages, les trois récits de
vaise… à propos de son fils”, notre Sidra. C’est dans la grot-
“car, elle lui demandait de le te de Ma’hpéla qu’étaient
renvoyer”(41). Bien plus, il enterrés Adam et ‘Hava(45), qui
implora(42) et il parvint à obte- sont à l’origine de tout le
nir que : “Puisse Ichmaël genre humain. De ce fait, cette
vivre devant Toi”(43). grotte n’aurait pas dû concer-
ner uniquement les Juifs.
Du point de vue de Sarah(44), Malgré cela, Avraham s’effor-
Ichmaël n’était nullement ça d’en faire l’acquisition afin
comparable à Its’hak et c’est d’y enterrer Sarah. C’est donc
pour cela qu’elle dit : “renvoie là que se trouvent les trois
cette servante et son fils, car le Pères et les trois mères
fils de cette servante n’hérite- d’Israël, de sorte que l’endroit
ra pas avec mon fils”, n’étant appartient uniquement aux
pas digne de recevoir l’in- Juifs. C’est bien la preuve que
fluence d’Avraham en même les Juifs sont les descendants
temps que Its’hak, un Juif. essentiels d’Adam et ‘Hava(46),
que toutes les autres nations
ne leur sont nullement com-
parables.
(41) Selon le commentaire de Rachi
sur ce verset.
(42) Le’h Le’ha 17, 18.
(43) Voir le Zohar, tome 1, à la page (45) Traités Erouvin 53a et Sotta 13a.
205b, qui dit : “Nous ne connaissons Pirkeï de Rabbi Eliézer, à la fin du
pas Avraham. Nous ne prions pas chapitre 2, cité dans le commentaire
pour nous comme lui-même pria de Rachi sur le verset ‘Hayé Sarah 23,
pour Ichmaël, en ces termes : Puisse 2.
Ichmaël vivre devant Toi”. On consul- (46) On verra le Likouteï Torah du
tera aussi le tome 2, à la page 32a, le Ari Zal sur le Tehilim 32 et le Séfer
Or Ha Torah, Parchat Le’h Le’ha, aux Ha Likoutim, à cette référence, qui
pages 17 et 19, qui précise : “après dit : “Quand le Saint béni soit-Il créa
que Sarah ait enfanté… on peut enco- Adam, le premier homme, les âmes
re dire”. qu’il portait en lui étaient celles
(44) On consultera le Or Ha Torah, à d’Israël. S’il n’avait pas fauté, les
cette référence. En effet, sa source nations du monde n’auraient donc
céleste est bien celle d’Avraham. jamais existé.”
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Puis, la Sidra relate la mis- maudit. Or, celui qui est mau-
sion confiée à Eliézer et elle dit ne peut pas se lier à celui
introduit ainsi une idée enco- qui est béni”(49).
re plus forte. La grandeur des
Juifs se manifeste non seule- Il en résulte que Eliézer,
ment par rapport aux peuples malgré toutes ses qualités,
qui sont sans rapport avec était non seulement d’un
Avraham, mais aussi par rap- niveau inférieur à Its’hak,
port à ceux qui lui sont liés, mais, plus encore, il était
d’une certaine façon. “maudit” par rapport à lui,
qui était “béni”.
Ainsi, il est dit que Eliezer,
le serviteur d’Avraham : “pui- 6. Puis, à la fin de la Sidra
sait l’enseignement de son est décrite une élévation enco-
maître et en abreuvait les aut- re plus grande : la grandeur
res”(47). Relatant la mission qui des Juifs est établie également
lui fut confiée, la Torah mont- par rapport aux “descendan-
re les nombreux miracles que ces d’Avraham”, au point que
D.ieu accomplit pour lui, ces descendances n’occupent
quand il s’acquitta de la tâche pas la moindre place, en com-
qui lui avait été confiée par paraison avec eux.
Avraham. Bien plus, nos
Sages déduisent(48) de ce long Après avoir dit que :
récit que : “la discussion des “Avraham prit une autre
serviteurs de la maison des femme, qui s’appelait
Pères est préférable à l’ensei- Ketoura” et : “elle enfanta
gnement des fils”. Malgré pour lui”, un verset de la
tout cela, Its’hak n’aurait pas Torah(50) ajoute que :
pu épouser la fille d’Eliézer, “Avraham donna tout ce qu’il
car “mon fils est béni et tu es possédait à Its’hak. Aux fils
(47) Traité Yoma 28b. Commentaire (49) Commentaire de Rachi sur le
de Rachi sur le verset Le’h Le’ha 15, 2. verset ‘Hayé Sarah 24, 39, d’après le
(48) Midrash Béréchit, chapitre 60, Midrash Béréchit Rabba, chapitre 59,
au paragraphe 8. Commentaire de au paragraphe 9.
Rachi sur le verset ‘Hayé Sarah 24, (50) ‘Hayé Sarah 25, 5-6. On verra
42. aussi le Kéli Yakar, à cette référence,
qui précise : “C’est ce que voulut
Sarah”.
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des concubines, Avraham Ceci nous permettra de
offrit des cadeaux, puis il les comprendre pourquoi la
renvoya de devant son fils, Torah fait allusion à la
Its’hak”(51). Il en fut de même Techouva d’Ichmaël, en rela-
envers les fils d’Ichmaël, bien tion avec l’enterrement
qu’ils aient été : “les descen- d’Avraham, par le fait que : “il
dances de Ichmaël, fils fit passer Its’hak devant lui”.
d’Avraham”. Puis, la Torah La faute d’Ichmaël, justifiant
ajoute et souligne aussitôt : qu’il ait été renvoyé de chez
“qu’enfanta Hagar l’égyptien- Avraham, avec Hagar, était
ne, servante de Sarah”(52). essentiellement sa prétention
L’existence d’Ichmaël et de d’être l’aîné et de “recevoir
ses “descendances”, jusqu’à double part”(54). Il refusait de
la fin des générations, dépend reconnaître la vérité, son état
donc de la “servante de de fils de servante et non
Sarah”(53) et elle est, de ce fait, d’héritier. Car, l’héritier véri-
sans aucune commune mesu- table était Its’hak, “fils de la
re avec Its’hak, le fils de maîtresse”(55). De ce fait, Sarah
Sarah(53). dit : “renvoie cette servante et
son fils, car le fils de cette ser-
vante n’héritera pas avec mon
fils, avec Its’hak”.
(51) On verra le traité Sanhédrin 91a
et le Or Ha ‘Haïm sur ce verset. `
(52) Selon le sens simple du verset, il (53) On verra le commentaire du
est difficile d’en comprendre les ter- Rachbam sur le verset 25, 12, de
mes, car la précision qu’il apporte même que le commentaire du
semble superflue, puisque l’on comp- Ramban et du Rachbam sur le début
rend simplement qu’il soit dit : “Voici de la Parchat Toledot.
les descendances d’Ichmaël”, ce qui (54) Commentaire de Rachi sur le
atteste de la réalisation de la promesse verset Vayéra 21, 10. On verra le
qui avait été faite par le Saint béni Midrash Béréchit Rabba, chapitre 53,
soit-Il à Avraham, selon le verset Le’h au paragraphe 11 et la Tossefta du
Le’ha 17, 20 : “Concernant Ichmaël, traité Sotta, chapitre 6, au paragraphe
Je t’ai entendu” et l’on verra le com- 3.
mentaire du Ramban sur le verset 17, (55) On peut penser que c’est la cause
18. En revanche, l’ajout du verset : et l’origine de tout le reste et de sa
“qu’enfanta Hagar l’égyptienne, ser- mauvaise conduite. On verra aussi le
vante de Sarah”, est superflu, d’autant commentaire de Rachi sur les versets
que tout cela est déjà connu. 9 et 11.
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De ce fait, sa Techouva fut Juifs et les non-Juifs, qui sont
mise en avant : sans aucune commune mesu-
re les uns avec les autres.
A) précisément à l’occasion
d’un enterrement, après le 7. On peut donner, à ce pro-
décès d’Avraham, quand il pos, une explication plus pro-
apparut à l’évidence qu’il ne fonde. L’existence des cieux,
se considérait plus comme un de la terre et de tout ce qu’ils
héritier, contiennent, y compris les
nations du monde, est “pour
B) lorsqu’il fit passer Its’hak Israël”(58). Tout cela n’a été créé
devant lui, reconnaissant que pour les Juifs. Or, si ceux-
ainsi la vérité et admettant ci n’assument pas leur mis-
que Its’hak était bien l’héri- sion, s’ils ne remplissent pas
tier, chargé de cet enterre- le rôle qui leur est confié, ils
ment, alors qu’il n’était lui- n’ont plus aucune raison
même que le fils de la servan- d’exister.
te(56).
Ceci nous permettra peut-
Telle est donc, de façon être d’expliquer le contenu et
générale, la relation qui existe la définition des sept Mitsvot
entre les sujets évoqués dans des descendants de Noa’h(59).
cette Sidra et son nom, ‘Hayé Ces Mitsvot, en effet, ne sont
Sarah. Tous, en effet, définis- pas un but en soi. Elles sont
sent ce que fut le service de accomplies uniquement pour
D.ieu de Sarah(57), sa véritable Israël et pour la Torah, afin
“vie”, puisqu’elle souligna la que les Juifs puissent mettre
différence qui existe entre en pratique la Torah et les
Its’hak et Ichmaël, entre les Mitsvot, révélant, de cette
(56) On verra le Midrash Béréchit intimé l’ordre. Mais, pratiquement,
Rabba, chapitre 62, au paragraphe 3, c’est bien Avraham qui le fit.
qui dit : “Ici le fils de la servante ren- (58) Selon le commentaire de Rachi,
dit hommage au fils de la maîtresse”. au début de la Parchat Béréchit. On
(57) Certes, concrètement, tout ceci verra aussi le Midrash Vaykra Rabba,
fut accompli par Avraham. chapitre 36, au paragraphe 4.
Néanmoins, il agit sous l’influence de (59) On verra, à ce propos, notam-
Sarah. C’est ainsi qu’il renvoya ment, le Likouteï Si’hot, tome 5, à
Ichmaël parce que Sarah lui en avait partir de la page 159.
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Likouteï Si’hot
façon, la Lumière de D.ieu qui Telle est donc leur vie et ceci
transcende le monde. Il est devait apparaître à l’évidence
nécessaire, pour cela, que ce dès le premier Juif, Avraham.
monde soit habitable, apte à Cette idée est également
une telle révélation. C’est ce exprimée dans la Parchat
que doivent permettre ces ‘Hayé Sarah, en les trois pas-
sept Mitsvot des descendants sages précédemment cités.
de Noa’h, qui instaurent un C’est ce que nous montrerons.
ordre, dans un monde civilisé.
8. Dans la première Paracha,
C’est la raison pour laquelle cette idée apparaît dans les
un descendant de Noa’h propos d’Avraham : “un
transgressant l’une de ses étranger et un résident : si
Mitsvot, quelle qu’elle soit, est vous le voulez, je serai un
passible de mort(60) et il perd étranger. Sinon…”. D.ieu créa
son existence. En effet, l’objec- Erets Israël avec l’intention
tif et la raison d’être de sa vie que celle-ci soit donnée aux
ne sont pas “pour lui-même”, Juifs. Dans un premier temps,
mais bien “pour Israël”. Celui “Il la leur donna”(61), aux aut-
qui ne les assume pas perd, de res nations, de sorte que(61*),
ce fait, la base même de sa par la suite, “Il la leur reprit et
place dans le monde. nous la donna”. De la sorte,
chaque partie d’Erets Israël
(60) La condamnation peut être pro- pas été la part et le domaine du Saint
noncée soit par le tribunal des hom- béni soit-Il”. On verra la longue expli-
mes soit par le tribunal céleste. On cation du Likouteï Si’hot, tome 5, à
verra, à ce propos, le traité Sanhédrin partir de la page 11. La raison, selon
58b, le Rambam, lois des rois, à la fin le sens simple du verset, pour laquelle
du chapitre 9, le commentaire du le Saint béni soit-Il la donna, tout d’a-
Ramban sur la Torah, concernant le bord, à Canaan, est expliquée par la
verset Vaychla’h 34, 13 et le Likouteï causerie de l’issue du Chabbat
Si’hot, tome 5, page 158, à la note 61. Béréchit 5739. En effet, il ne fallait
(61) Selon le commentaire de Rachi pas que la terre soit abandonnée et
au début de la Parchat Béréchit. que les bêtes sauvages s’y multiplient,
(61*) Ainsi, le Zohar, tome 1, à la comme l’indique le verset Michpatim
page 83a, dit : “Si la Terre Sainte n’a- 23, 29 jusqu’à l’installation du peuple
vait pas été donnée à Canaan, au pré- d’Israël. On consultera cette longue
alable, qui la dominait, elle n’aurait explication.
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‘Hayé Sarah
reçut son moyen spécifique et Sarah et, pour cela, il devait
sa manière propre de parvenir l’acheter aux fils de ‘Heth(64).
aux Juifs(62). De fait, l’ensemble
de la Terre Sainte aurait dû C’est ce qu’Avraham voulait
leur appartenir depuis l’é- dire quand il déclara : “si
poque de Yochoua, puisque, vous le voulez, je serai un
auparavant, “les bêtes sauva- étranger. Sinon, je la prendrai
ges du champ seraient trop de plein droit, car le Saint béni
nombreuses pour toi”(62*). Une soit-Il m’a dit : ‘C’est à ta des-
conquête était donc nécessaire cendance que Je donnerai
pour cela(63). La grotte de cette terre’”. En d’autres ter-
Ma’hpéla devait revenir à mes, s’ils accomplissent la rai-
Avraham afin qu’il y enterre son d’être et la finalité pour
(62) Ceci permet de préciser le sens set Vaychla’h 33, 19 et l’on verra le
de l’explication du Tsafnat Paanéa’h, Midrash Béréchit Rabba, chapitre 79,
dans ses lois des prélèvements agrico- au paragraphe 4 , qui précise que :
les, qui a été citée à la note 22 et selon “c’est un des trois endroits à propos
laquelle : “après la conquête, ils l’ac- desquels les nations du monde ne
quirent rétroactivement”. Bien peuvent pas tromper Israël et préten-
qu’Erets Israël était considérée comme dre que les Juifs l’ont volé. Il s’agit du
ayant d’ores et déjà un propriétaire, Temple, de la grotte de Ma’hpéla et de
une acquisition pleine et entière n’en la tombe de Yossef ”. On consultera
était pas moins nécessaire. Puis, il fut l’enseignement de nos Sages, dans les
établi que cette propriété était la leur, Pirkeï de Rabbi Eliézer, au chapitre
d’emblée. 26, dans le Midrash Ha Gadol sur les
(62*) Ekev 7, 22. versets Vaygach 46, 34 et 47, 11 et
(63) Les Kini, Knizi et Kadmoni Rabboténou Baaleï Ha Tossafot sur le
deviendront une part de l’héritage verset Vaygach 46, 29, selon lequel le
dans le monde futur, comme l’expli- Pharaon donna le pays de Gochen à
quent le commentaire de Rachi sur le Sarah. Le Radak, sur le verset Yochoua
verset Le’h Le’ha 15, 19 et le Midrash 11, 16 précise : “le Midrash dit…
Béréchit Rabba, à la fin du chapitre Cette région est insérée parmi les
44. Pour autant, tout cela fut d’ores et villes d’Israël”. On verra Rabboténou
déjà donné à Avraham, lors de l’al- Baaleï Ha Tossafot, à cette référence,
liance entre les parts du bélier. le Radal sur les Pirkeï de Rabbi
(64) Il en fut de même également Eliézer, à la même référence et le
pour la part de champ dont Yaakov fit Likouteï Si’hot, tome 15, Parchat
l’acquisition à Che’hem, selon le ver- Vaygach, à partir de la page 407.
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Likouteï Si’hot
lesquelles D.ieu a placé la leur propriété provisoire n’a
grotte de Ma’hpéla sous leur plus aucune raison d’être et,
autorité, en d’autres termes dès lors, cette grotte doit leur
s’ils acceptent de la vendre à être reprise de plein droit.
Avraham, dès lors, “je suis un
étranger”, qui la leur achètera. Tout ceci est effectivement
Il en est de même également lié à “la vie de Sarah”, à sa
pour la raison d’être et la fina- force et à son service de D.ieu,
lité du monde, “pour la comme le verset le précise,
Torah”. De ce fait, la grotte de tout d’abord : “Avraham se
Ma’hpéla fut, tout d’abord, la leva de devant son mort et il
propriété des fils de ‘Heth. parla aux fils de ‘Heth en ces
Puis, Avraham l’acheta et ceci termes : je suis étranger”,
fut consigné dans la Torah(65), comme nous l’expliquerons.
en constitua une Paracha, une
étude, permettant, notam- 9. L’existence des nations
ment, d’établir la définition “pour Israël” est précisée éga-
d’une acquisition, par identité lement par le second passage,
de terme, en prenant pour le mariage d’Its’hak, premier
référence le champ d’Efron(66). Juif de naissance et de Rivka.
La longueur de ce passage
En revanche, s’ils ne veulent décrivant les miracles qui
pas la vendre, “je la prendrai furent réalisés pour Eliézer,
de plein droit”, car s’ils n’ac- qu’il raconta à Betouel et à
complissent pas la raison Lavan, lesquels admirent
pour laquelle la grotte de ainsi que : “ceci vient de
Ma’hpéla leur a été confiée, D.ieu”, puis signifièrent leur
(65) On verra l’enseignement du raison que Lavan poursuivait Yaakov,
Maguid de Mézéritch, qui est cité et afin qu’il lui donne les lettres restant
commenté par le Or Ha Torah, chez lui. Ces lettres servirent à ajouter
Parchat Vayetsé, tome 5, à la page une Paracha dans la Torah”. On verra,
869a, selon lequel : “notre père à ce propos, le Likouteï Si’hot, tome
Yaakov laissa après lui des lettres de la 15, à partir de la page 260.
Torah, qu’il n’avait pas encore reprises (66) Selon le début du traité
à Lavan, quand celui-ci les avait Kiddouchin.
conduites chez lui. C’est pour cette
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‘Hayé Sarah
accord à l’union de Its’hak et ment, que Ichmaël est un “fils
de Rivka, “voici Rivka est de servante”, le fils de “la ser-
devant toi, prends-la et va, vante de Sarah”, mais, bien
comme D.ieu l’a dit”, tout ceci plus, que son existence même
établit clairement la finalité et dépend du fait qu’il admette
le but de tout ce qui arriva, en ce qu’il est réellement.
l’occurrence Avraham et
Its’hak, “pour Israël”(67). Commentant un verset de la
fin de ce récit, “il tomba
Bien plus, lorsque Betouel devant tous ses frères”, nos
voulut s’interposer, il en per- Sages constatent(70) : “Avant la
dit l’existence(68), car le but de mort d’Avraham, il résidait.
sa vie était : “Betouel enfanta Après sa mort, il tomba”. On
Rivka”(69). Il devait lui donner peut penser que la significa-
naissance afin qu’elle puisse tion profonde de tout cela est
épouser Its’hak. Aussi, quand la suivante :
il voulut l’en empêcher, il
disparut aussitôt. Le Techouva d’Ichmaël, qui
lui fit admettre qu’il était le
10. Il en est de même égale- fils d’une servante, comme on
ment pour le troisième point l’a indiqué, était l’effet de la
qui est évoqué par la Paracha. prière d’Avraham. “Puisse
La Torah souligne, non seule- Ichmaël vivre devant Toi”,
(67) Il en est de même pour la secon- effet, la Paracha d’Eliézer est répétée
de finalité de la création, “pour la deux fois dans la Torah”, comme on
Torah”. Tout d’abord, parce qu’il l’a indiqué dans la note 48.
devait recevoir l’accord de Betouel et (68) On verra, notamment, le
de Lavan, il en résulta une Paracha Midrash Béréchit Rabba, chapitre 60,
supplémentaire dans la Torah, en l’oc- au paragraphe 12 et le commentaire
currence tout le récit qu’Eliézer leur de Rachi sur le verset 24, 55.
rapporta. En outre, ceci introduisit un (69) Vayéra 22, 23.
principe général et un commentaire : (70) Commentaire de Rachi à la fin
“la discussion des serviteurs de la mai- de la Parchat ‘Hayé Sarah, d’après le
son des pères est préférable pour Midrash Béréchit Rabba, à la fin du
D.ieu à l’enseignement des fils. En chapitre 62.
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“Puisse-t-il vivre dans Ta ce fait, elle est le point central
crainte”(71). D.ieu exauça cette de l’ensemble de cette Parchat
prière, comme on l’a précisé ‘Hayé Sarah. La Torah dit que
et c’est à ce propos qu’il est Avraham portait ce nom parce
écrit : “Concernant Ichmaël, Je que : “J’ai fait de toi le père
t’ai entendu”. (Av) de nombreuses nations”.
Ainsi, agissant dans le monde
C’est le sens de l’affirmation en tant que “père”, il était éga-
selon laquelle : “avant la mort lement lié(72) à ces nombreuses
d’Avraham, il résidait. Après nations. De ce fait, précisé-
sa mort, il tomba”. Tant que ment, à cause de l’influence
Avraham vivait en Ichmaël, qu’il exerçait dans le monde,
dans son comportement, tant les nations n’avaient pas le
que Ichmaël se maintenait sentiment d’être dépourvues
dans la prière d’Avraham, de toute existence indépen-
“puisse Ichmaël vivre devant dante. Elles ne ressentaient
Toi”, “dans Ta crainte”, pas qu’elles vivaient “pour
Ichmaël avait effectivement Israël”.
conscience que son existence
véritable était celle d’un fils Sarah, en revanche, est de la
de servante et il pouvait donc même étymologie que Serara,
“résider”, car son existence l’aristocratie. Elle était ainsi
était concevable. Après la “la princesse de tous”(73). De
mort d’Avraham, par contre, son point de vue, les nations
il se détacha de lui et, dès lors, comprenaient donc que les
“il tomba”, au point d’en per- Juifs dominent leur existence,
dre l’existence. qu’ils sont donc les serviteurs
de Sarah et de ses héritiers, les
11. Cette idée, l’existence enfants d’Israël.
des non-Juifs “pour Israël”
concerne, précisément, le ser- 12. Toutefois, une question
vice de D.ieu de Sarah et, de se pose encore. Il est vrai que
(71) Commentaire de Rachi sur ce (73) Commentaire de Rachi sur le
verset. verset Le’h Le’ha 17, 15, selon le trai-
(72) On consultera le traité Chabbat té Bera’hot 13a. On verra aussi le
105a. commentaire de Rachi sur le verset
Noa’h 11, 29.
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‘Hayé Sarah
les idées de cette Sidra expri- On peut faire, à ce propos, la
ment l’accomplissement et comparaison suivante. On
l’apport de Sarah. Pour sait(74) que les âmes, dans le
autant, elles font bien référen- Gan Eden, reçoivent l’éclaira-
ce à la période qui suivit son ge de la Présence divine, qui
décès. Elles ne peuvent donc est : “à proprement parler, le
pas correspondre à la “vie de reflet de leur étude de la
Sarah”, c’est-à-dire aux cent Torah et de leur service de
vingt-sept années qu’elle D.ieu”, de ce qu’ils ont accom-
passa dans ce monde, en pli dans ce monde. Ainsi, l’ef-
lequel elle mena une action fet ne leur en est révélé que
concrète. par la suite, quand ils se trou-
vent dans le Gan Eden.
L’explication est la suivante.
Ces événements de la vie de Or, le stade le plus parfait
Sarah se déroulèrent, certes, du service de D.ieu est obtenu
après son décès. Pour autant, lorsque son effet se révèle
ils furent obtenus grâce à ce enfin, dans le monde futur.
que Sarah réalisa pendant les Comme on l’a, une fois, lon-
cent vingt-sept années de son guement expliqué(75), cette
existence ici-bas, quand elle récompense que l’on obtient à
fit comprendre au monde l’évidence dans le monde
qu’il vit : “pour Israël”. futur n’est pas un aspect
Néanmoins, quand elle accessoire et secondaire, mais
accomplit tout cela, le résultat bien la finalité véritable de la
en resta caché et il apparut à pratique des Mitsvot dans ce
l’évidence uniquement après monde, à l’origine de la révé-
son décès. lation du monde futur. Il en
résulte que les idées d’une
(74) Tanya, chapitre 39, à la page 52b. plus que de son vivant”, selon le
Certes, le Tanya fait allusion à la Zohar, tome 3, à la page 71b. Et, le
récompense, plus précisément à celle Tanya, Iguéret Ha Kodech, au chapit-
qui est accordée à l’âme dans le Gan re 27, précise : “y compris en ce
Eden. Toutefois, la récompense expri- monde de l’action”.
me clairement une perfection qui est (75) Likouteï Si’hot, tome 5, à partir
encore plus grande. En outre, “un de la page 243.
Juste qui quitte ce monde s’y trouve
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Likouteï Si’hot
Sidra exprimant la révélation concerné par la grotte de
de ce qui a été obtenu par Ma’hpéla, puisque Avraham
Sarah, sont bien “la vie de en fit l’acquisition dans le but
Sarah”, la perfection véritable d’y enterrer Sarah. Or, comme
des cent vingt-sept années qui on l’a montré, Ichmaël n’était
la constituèrent. pas l’héritier d’Avraham,
encore moins celui de Sarah.
13. Chaque aspect de la L’endroit appartenait donc au
Torah délivre un enseigne- fils de Sarah, à Its’hak et à sa
ment et celui que l’on découv- descendance, mais non à l’en-
re ici concerne, d’une façon semble de celle-ci(77), c’est-à-
simple et évidente, la présente dire, précisément, à Yaakov.
époque, depuis le commence-
ment de la Sidra jusqu’à sa Bien plus, la conclusion de
conclusion. la Sidra nous enseigne que les
Juifs ne doivent pas avoir
Si les enfants d’Ichmaël pré- peur, ce qu’à D.ieu ne plaise,
tendent que la grotte de quand Ichmaël devient “sau-
Ma’hpéla leur appartient, car vage” et qu’il avance de bien
ils sont les descendants curieux arguments. Ils ne doi-
d’Avraham, la présente vent pas s’en affecter, mais
Paracha fournit la réponse la uniquement lui rappeler la
plus claire qui peut leur être vérité, son origine, le fait qu’il
faite. Tout d’abord, la majeure fut : “enfanté par Hagar l’é-
partie des arabes se trouvant gyptienne, servante de Sarah,
dans les pays voisins d’Erets pour Avraham” et lui dire
Israël, de même qu’en Erets que, s’il pense posséder une
Israël et à ‘Hévron, ne sont existence personnelle et cesse
pas les descendants de se considérer comme le fils
d’Ichmaël, cela est bien de la servante de Sarah, “il
connu(76). En outre, Ichmaël tombe devant tous ses frères”.
lui-même n’est nullement
(76) Voir la fin du commentaire de (77) Traité Nedarim 31a.
Rabbi Avraham Ibn Ezra sur le verset
Toledot 27, 40.
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‘Hayé Sarah
Les non-Juifs ont également d’Ichmaël, ceux-ci cesseront
foi en la Loi écrite et, quand d’exercer des pressions sur
les Juifs seront convaincus de eux et ils comprendront égale-
tout cela, de la manière qui ment, d’autant que : “leur
convient, quand ils transmet- Mazal le voit”(78), que de cela
tront le message aux autres dépend leur bien, que la grot-
nations d’une façon adaptée, te de Ma’hpéla, au sein
avec un contenu clair et tran- d’Erets Israël en toutes ses
ché, sans être convaincus de frontières, doit appartenir
leur infériorité, ce qu’à D.ieu pleinement aux Juifs, d’une
ne plaise, face aux peuples du manière évidente, y compris
monde et, a fortiori, face à pendant le temps de l’exil,
ceux qui se considèrent “aux yeux des fils de ‘Heth”.
comme les descendants
(78) Traité Meguila 3a.
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