République Algérienne Démocratique et Populaire
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique
Université de Constantine
Faculté de Médecine
Département de Médecine Dentaire
Service d’orthopédie dentofaciale
Cours d’ODF destiné aux étudiants de 3ème année :
ETIOLOGIE DES ANOMALIES DENTO
MAXILLAIRES
Dr. AYACHI E.
Année universitaire : 2025/2026
Etiologie des anomalies dento-maxillaires
Introduction
1. Les anomalies dento-maxillo-faciales
2. Etiologies des anomalies dento-maxillo-faciales :
2.1 . Causes primaires :
2.1.1 Hérédité
2.1.2 Causes congénitales
2.1.3 Causes pathologiques et métaboliques
2.1.4 Causes carentielles
2.1.5 Traumatismes
2.2 . Causes secondaires :
2.2.1 Troubles fonctionnels
2.2.2 Causes dentaires
2.2.3 Troubles muqueux
2.3 . Causes iatrogènes
Conclusion
Bibliographie
Introduction :
L'étiologie des anomalies dento-maxillo-faciales est un sujet fascinant sur lequel il y a
encore beaucoup à élucider et à comprendre. À la base, l’anomalie dento-maxillo-faciale peut
résulter de facteurs génétiquement déterminés, qui sont hérités, ou de facteurs
environnementaux, ou plus communément d'une combinaison de facteurs héréditaires et
environnement aux agissant ensemble.
La recherche de la cause d'une anomalie est un temps important de la démarche
diagnostique en orthopédie dentofaciale car seule la connaissance de l’étiologie permet de
concevoir un traitement adapté.
1. Les anomalies dento-maxillo-faciales :
Les anomalies orthodontiques ne sont pas des maladies propres. Elles constituent un
ensemble de variations morphologiques et/ou fonctionnelles par rapport à la moyenne des
individus, entraînant un préjudice esthétique et/ou fonctionnel.
On distingue :
Les anomalies morphologiques :
- Les anomalies des structures osseuses : réduction ou augmentation de volume de l'un des
deux maxillaires dans les trois sens de l'espace (exemple : la classe II squelettique par brachy-
mandibulie ou la classe III squelettique par prognathie mandibulaire).
- Les anomalies dento-alvéolaires (exemple : la rétro-alvéolie supérieure).
- Les anomalies des relations d'arcades dans les trois sens de l'espace (exemple : l’infra et
la supraclusion).
- La dysharmonie entre la taille des dents et la taille des maxillaires par défaut ou par
excès.
- Les anomalies dentaires : telles que l’inclusion dentaire.
Les anomalies fonctionnelles :
-Les anomalies des fonctions oro-faciales (exemple : déglutition atypique, ventilation
buccale).
-Les anomalies cinétiques des relations d'arcades (exemple : la classe III fonctionnelle par
proglissement mandibulaire).
Remarque :
A ces anomalies orthodontiques, s'ajoutent les malformations congénitales (fentes labio-
palatines), les séquelles orthodontiques des grands syndromes crânio-faciaux et les séquelles
des traumatismes faciaux.
2. Etiologies des anomalies dento-maxillo-faciales :
La détermination de l'étiologie ou des étiologies des anomalies observées est, quand elle
est possible, un élément essentiel pour une meilleure prise en charge du patient.
Selon (DOCKRELL – 1952), toutes les anomalies dento-maxillo-faciales suivent
l’équation suivante :
Une Un temps Un tissu : Des conséquences :
caus d’application :
1. Tissu 1. Dyskinésie
e 1. Continu, intermittent, neuromusculaire.
ou une seule fois 2. Dent. 2. Troubles de
3. Os. l'occlusion
2- En fonction de l’âge
4. Cartilage.
3. Dysplasies
(pré-, postnatal). 5. Tissus mous en
osseuses
dehors des muscles.
[Link] primaires :
2.1.1. Hérédité :
- La génétique joue un rôle prépondérant dans les phénomènes de croissance et dans le
développement des dysmorphoses.
- De nombreux gènes intervenant lors du développement, de la morphogenèse et de la
croissance cranio-faciale ont été identifiés ces dernières années. Ainsi, les mutations de ces
gènes sont responsables d'anomalies cranio-faciales : craniosténoses (gènes MSX2, TWIST),
fentes labio-palatines (gènes MSX1, FGFR1, IRF6), agénésies dentaires (gènes MSX1,
PAX9), etc.
- Les études familiales et les observations de jumeaux permettent de justifier l'héritabilité
des dysmorphoses. De manière générale, les variables squelettiques ont une héritabilité
élevée. C’est le cas de la base antérieure du crâne alors que celle des données alvéolaires et
occlusales est faible.
L’hérédité peut intervenir sur :
Les structures osseuses : l’influence génétique sur le développement osseux peut
intervenir sur : les dimensions des os, la forme des os et des bases maxillaires, la position des
pièces osseuses (exemple : les micro ou macrognathies, les prognathies mandibulaires, les
béances squelettiques, la classe II squelettique...).
Le système neuromusculaire : l’influence des facteurs héréditaires sur le tissu
musculaire va entraîner des modifications sur le volume, la position, le tonus, la contractilité
et la coordination musculaire des muscles oro-faciaux (exemple : macroglossie ou
microglossie).
Le système dentaire : nombreux caractères dentaires sont génétiquement déterminés :
la taille des dents (macrodontie, microdontie), la forme et la structure (la gémination,
amélogénèse imparfaite...), le nombre (l’agénésie dentaire, les dents surnuméraires), la
position (la transposition dentaire).
Les tissus mous : les fentes faciales, les anomalies des freins labiaux et jugaux…
2.1.2. Causes congénitales :
Les anomalies crânio-faciales d'origine congénitale ont des étiologies multifactorielles
avec souvent une participation génétique. Les principaux facteurs tératogènes au niveau
crânio-facial sont l'alcool, les médicaments, le tabac, les radiations et l'hyperthermie.
Exemple : les fentes labio-palatines, les craniosténoses, le syndrome de Crouzon.
2.1.3. Causes pathologiques et métaboliques :
Certaines maladies peuvent avoir des répercussions sur la croissance et donc l’apparition
d’anomalies dento-maxillo-faciales. Exemple : maladies endocriniennes (hypo ou
hyperthyroïdie, retard d’éruption des dents chez les patients qui présentent un retard de
croissance), maladies infectieuses (syphilis, tuberculose…).
2.1.4. Causes carentielles :
Les carences en Calcium ou en vitamine A, C et D s’expriment également au niveau dento-
maxillaire par leur rôle important dans le mécanisme de l’ostéogénèse, de l’odontogenèse et
de l’éruption dentaire. Exemple : Hypominéralisation des incisives et molaires (MIH)
d’origine nutritionnelle (manque de vitamine D, hypocalcémie).
2.1.5. Traumatismes :
Les traumatismes postnataux peuvent survenir à tout âge et à tous les niveaux du complexe
crânio- facial (osseux et dentaire).Exemple : les traumatismes directes ou indirectes sur les
ATM peuvent distaler les condyles et provoquer une classe II squelettiques, un traumatisme
survenant sur les incisives temporaires peut entraîner une inclusion des incisives définitives.
[Link] secondaires :
2.2.1. Troubles fonctionnels :
Ils sont généralement assez fréquents et ont des conséquences directes sur la sphère oro-
faciale.
Les déséquilibres musculaires : les déséquilibres musculaires entre des groupes
antagonistes s'expriment au repos et en fonction. Au repos, même si les forces générées sont
faibles, ces déséquilibres ont une action morphogénétique importante en raison de leur durée
d'application. Ils concernent essentiellement :
- La posture céphalique : un déséquilibre en faveur d'une posture céphalique en extension
favorise, par la tension des tissus mous et les tractions exercées, le développement vertical de
la face alors que la flexion tend plutôt à le limiter.
- L’équilibre mandibulaire vertical et antéropostérieur : Plus les muscles élévateurs
sont forts par rapport aux abaisseurs, plus ils limitent la divergence mandibulaire.
Dans le sens antéropostérieur, le déséquilibre musculaire propulseurs–rétropulseurs
contribue au développement d'une classe II ou d'une classe III.
- Le déséquilibre labio-lingual / linguo-jugal (couloire neutre de Château) : Ce sont
principalement les anomalies de posture, de volume ou de tonus des différents muscles de la
sangle externe (lèvres et buccinateur) et surtout de la langue qui peuvent déplacer cet
équilibre avec des répercussions majeures sur les arcades dentaires.
Les dysfonctions :
- La déglutition primaire (atypique) : les anomalies provoquées par cette dysfonction
dépendent essentiellement de la position et du comportement de la langue :
La pulsion linguale antérieure entraîne une vestibulo-version des incisives avec ou
sans infraclusion incisive.
Une déglutition avec une langue distale et en position haute associée à une
hyperactivité labiale est responsable d'une birétro-alvéolie incisive.
L’interposition linguale latérale favorise l'infraclusion molaire et, par suite, la
supraclusion incisive.
Le rôle de la déglutition dysfonctionnelle sur le développement squelettique est faible,
limité à un facteur aggravant ou favorisant.
La déglutition ne peut être isolée des autres fonctions. C'est l'ensemble des comportements
linguaux et labiaux, au repos et lors des fonctions et des parafonctions, qui contribue au
développement des malocclusions.
- La respiration buccale ou mixte :
- L'insuffisance fonctionnelle de l’étage nasal entraîne une moindre pneumatisation des
sinus, une réduction des dimensions transversales des fosses nasales et une diminution des
stimuli de croissance exercés par le flux aérien et la musculature périnasale sur les
maxillaires. Il en résulte une insuffisance de développement maxillaire principalement dans la
dimension transversale.
- Une posture basse de la langue qui ne stimule plus ni la croissance transversale des
maxillaires ni le développement transversal de l'arcade dentaire maxillaire et favorise la
croissance mandibulaire entraînant, dans les cas prédisposés, le développement d'une
prognathie mandibulaire.
- La mastication dysfonctionnelle :
On distingue deux types de mastication dysfonctionnelle qui induisent des troubles de
croissance de l'appareil masticateur :
La mastication unilatérale dominante où le sujet mastique le plus souvent du même
côté, induisant une croissance maxillo-mandibulaire asymétrique.
La mastication verticale bilatérale, effectuée essentiellement avec des mouvements
d'ouverture et de fermeture favorise donc les blocages occlusaux de la croissance
mandibulaire et la rétrognathie mandibulaire.
Les parafonctions :
Elles sont fréquentes et nombreuses, succion digitale, interposition linguale, bruxisme.
Elles participent au déséquilibre fonctionnel et peuvent traduire une certaine immaturité
psycho-affective. De plus, elles créent des conditions anatomiques favorables aux
dysfonctionnements linguaux et entraînent des déplacements dentaires indésirables (béance,
augmentation du surplomb incisif...).
2.2.2. Causes dentaires :
- La persistance des dents temporaires, la présence des germes surnuméraires (des
odontomes) ou les traumatismes en denture temporaire peuvent provoquer l'inclusion ou
l’évolution dystopique des dents permanentes correspondantes.
- La perte prématurée des dents temporaires ou les caries non traitées s'accompagnent
parfois de migrations des dents adjacentes avec, en particulier, mésio-version des premières
molaires induisant une perte d'espace sur l'arcade.
2.2.3. Troubles muqueux :
Ce sont essentiellement :
Un frein hypertrophique de la lèvre s'opposant au rapprochement des incisives.
Une brièveté du frein de la langue entraînant une absence d’élévation du muscle lingual.
Une fibrose gingivale qui peut constituer un obstacle à l'éruption dentaire.
2.3. Causes iatrogènes :
Ce sont des troubles causés par le praticien :
Extractions précoces et non justifiées (intempestives) des dents temporaires qui
causent des troubles de l’éruption et des pertes d’espace sur l’arcade dentaire.
Restaurations dentaires défectueuses qui causent des déplacements dentaires parasites
avec perte d’espace.
Utilisation et indication inadéquate d’appareils orthodontiques, l’emploi exagéré ou
mal conduit des élastiques intermaxillaires de classe III peuvent entraîner l’installation de la
classe II.
Conclusion :
La prise en charge de nos patients passe avant tout par un bon diagnostic qui doit aboutir à
un plan de traitement adéquat dont l'objectif principal est la suppression de l'étiologie dans la
mesure du possible avant de passer au traitement des différents symptômes.
Bibliographie :
1. Bassigny.F : Manuel d’Orthopédie Dento-faciale ; Masson ; Paris 1983.
2. Boilau.M-J : Orthodontie de l’enfant et du jeune adulte : Principes et moyens thérapeutiques.
Elsevier Masson 2011.
3. Rakosis.T , Jonas.I : Atlas de médecine dentaire – Orthopédie Dento-Faciale diagnostic ;
Flammarion Médecine- Sciences. Paris 1992