Zineb
Zineb
Zineb Ouled-Ali
Doctorante, Université de Ouargla
Abstract: we are interested to locate the figure of the altruistic witch Zineb in his,
through whom we reveal the various stakes: sets of topics, ideological, historical
and social of the committed writer Victor Hugo. So, by transgressing the traditional
figure off the rural satanic witch, Hugo aspires to a scenic emancipation and his
restoration set of topics compared to the romantic drama, by reaffirming always his
ideological principles, all founded on the breath of freedom, and his historical and
social engagements which start from national History and the revolutionary shibboleth:
Freedom, Equality, and Fraternity.
Key words: Appear- witch- Stakes- transgression.
ﻓﻲ ﻣﻮﺿﻮﻉ ﺑﺤﺜﻨﺎ ﺍﻟﻤﻌﻨﻮﻥ " ﻭﺟﻪ ﺍﻟﺴﺎﺣﺮﺓ ﻓﻲ ﻫﻞ ﺳﻴﺄﻛﻠﻮﻥ؟ ﻟﻔﻜﺘﻮﺭ ﻫﻴﻘﻮ ﺭﻫﺎﻧﺎﺕ ﺍﻻﻧﺘﻬﺎﻙ" ﻧﻬﺘﻢ ﺑﺘﺤﺪﻳﺪ ﻭﺟﻪ ﺍﻟﺴﺎﺣﺮﺓ ﺍﻟﻐﻴﺮﻳﺔ ﺯﻳﻨﺐ:ﺍﻟﻤﻠﺨﺺ
ﺇﺫﻥ ﺑﺎﻧﺘﻬﺎﻛﻪ ﻟﻠﻮﺟﻪ. ﺍﻟﺘﺎﺭﻳﺨﻴﺔ ﻭﺍﻻﺟﺘﻤﺎﻋﻴﺔ ﻟﻠﻜﺎﺗﺐ ﺍﻟﻤﻠﺘﺰﻡ ﻓﻴﻜﺘﻮﺭ ﻫﻴﻘﻮ, ﺍﻷﻳﺪﻳﻮﻟﻮﺟﻴﺔ, ﺍﻟﻤﻮﺿﻮﻋﻴﺔ: ﻭﺍﻟﺘﻲ ﻣﻦ ﺧﻼﻟﻬﺎ ﻧﻜﺸﻒ ﻣﺨﺘﻠﻒ ﺍﻟﺮﻫﺎﻧﺎﺕ
ﻣﺆﻛﺪﺍ ﺩﺍﺋﻤﺎ ﻋﻠﻰ, ﺍﻟﺘﻘﻠﻴﺪﻱ ﻟﻠﺴﺎﺣﺮﺓ ﺍﻟﺮﻳﻔﻴﺔ ﺍﻟﺸﻴﻄﺎﻧﻴﺔ ﻫﻴﻘﻮ ﻳﻄﻤﺢ ﺇﻟﻲ ﺗﺤﺮﻳﺮ ﺧﺸﺒﺔ ﺍﻟﻤﺴﺮﺡ ﻭﺍﻟﺘﺠﺪﻳﺪ ﻓﻲ ﺍﻟﻤﻮﺍﺿﻴﻊ ﻣﻘﺎﺭﻧﺔ ﺑﺎﻟﺪﺭﺍﻣﺎ ﺍﻟﺮﻭﻣﺎﻧﻄﻴﻘﻴﺔ
, ﺍﻟﺤﺮﻳﺔ: ﻭﻋﻠﻰ ﺍﻟﺘﺰﺍﻣﺎﺗﻪ ﺍﻟﺘﺎﺭﻳﺨﻴﺔ ﻭ ﺍﻻﺟﺘﻤﺎﻋﻴﺔ ﺍﻟﻤﺴﺘﻠﻬﻤﺔ ﻣﻦ ﺍﻟﺘﺎﺭﻳﺦ ﺍﻟﻮﻁﻨﻲ ﻭﺍﻟﻌﻤﻠﺔ ﺍﻟﺘﻮﺭﻳﺔ,ﻣﺒﺎﺩﺋﻪ ﻷﻳﺪﻳﻮﻟﻮﺟﻴﺔ ﺍﻟﺘﻲ ﺗﻌﺘﻤﺪ ﻋﻠﻰ ﻧﻔﺤﺔ ﺍﻟﺤﺮﻳﺔ
.ﺍﻟﻤﺴﺎﻭﺍﺓ ﻭ ﺍﻹﺧﻮﺓ
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Dans un cadre qui ressemble à celui des contes des fées, Hugo représente un
roi à la fois jaloux, furieux et ridicule qui pourchasse sa fiancée (lady Janet)
et l’amant de celle-ci (lord Slada) ; les deux amants se réfugient alors dans le
cloître d’une forêt sur l’île de Man, où ils éprouvent la faim et la soif. Est-ce
qu’ils parviendront à manger ? C’est là toute l’intrigue de la pièce. Un voleur
nommé Aïrolo se charge de leur assurer la nourriture, mais il est arrêté par
les archers du roi ; donc c’est la sorcière centenaire et agonisante Zineb qui
prend la défense des pourchassés et de son ami Aïrolo à qui elle donne son
talisman juste avant qu’il ne soit arrêté. Le roi sur son chemin rencontre la
sorcière et lui demande une prédiction ; Zineb profite de l’occasion et trompe
le roi par une prédiction selon laquelle son sort sera lié à celui d’Aïrolo. Le roi
apeuré relâche son captif, et se soumet au chantage de ce gueux. À la fin le
roi abdique et cède son trône aux deux amants. Par là, la pièce semble avoir
comme personnage noyau : une sorcière.
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La figure de la Sorcière dans Mangeront-ils ? de Victor Hugo : « Enjeux d’une transgression »
une personne qui manipule les forces occultes6; et la sorcière est populairement
une vieille femme laide et méchante, à ne pas confondre avec la fée qui est un
personnage imaginaire, qui hante les contes d’autrefois, connu pour sa bonté
et aussi sa beauté. Traditionnellement le sorcier (ère) a longtemps occupé la
fonction de médecin ou de prêtre dans les sociétés surtout antiques et rurales
moyenâgeuses7. Et d’après Michelet :
« La sorcière n’a ni père, ni mère ni fils, ni époux, ni famille. C’est un monstre, un
aérolithe venu on ne sait d’où. Qui oserait, grand Dieu ! En approcher? Où est-elle ? Aux
lieux impossibles, dans la forêt des ronces, sur la lande où l’épine, le chardon emmêlé,
ne permettent pas le passage. La nuit, sous quelque vieux dolmen. Si on l’y trouve,
elle est encore isolée par l’horreur commune ; elle a autour comme un cercle de feu. »8
Donc, la sorcière est une femme sans famille, venue de l’Inconnu, qui suscite la
terreur de tout le monde. Nul ne peut aborder cette femme errante qui habite
les bois inaccessibles, comme les animaux et les démons inabordables. Elle erre
dans cette Nature, ennemie de l’Église, méprisée par la société à cause de son
satanisme. La sorcière reste une créature énigmatique, insaisissable et parfois
mythique.
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maux qui accablent le monde moyenâgeux, dans lequel l’homme croit encore
au merveilleux.
Au long de cette histoire de chasse aux sorcières, toute prétendue sorcière doit
subir au tribunal un procès où on cherche sur son corps la marque du diable, en
utilisant la méthode des Piqueurs10, ou celle du bain11. Ces procès contribuent
souvent à une mise en accusation ; par la suite la sorcière sera punie devant
tout le monde et son corps sera livré au bûcher enflammé. Durant toute cette
longue chasse, des milliers de femmes ont péri à cause d’une simple rumeur
qui a couru de leur pratique de la sorcellerie ; le phénomène a touché non
seulement les paysannes, mais aussi les filles de grandes familles et même les
religieuses entourées par les hautes murailles des couvents. De cette chasse
effrénée contre les sorcières a résulté une instabilité sociale : « Chaque séance
de torture provoquait des dizaines de dénonciations, qui provoquaient autant
d’arrestations. Ainsi, on en arriva parfois à ne plus avoir assez de juges pour
juger les affaires de sorcellerie. »12
Mais, avec l’évolution des mentalités dans les siècles qui suivirent, l’image
satanique de la sorcière fut de plus en plus affaiblie, et le déséquilibre social
réparé à la fin du XVIIe siècle par les efforts collectifs de l’État et de l’Église :
on assista à la réforme avec la publication de la bulle Pro formandis en 1657 par
le pape Alexandre VII, et aussi par l’édit du roi Louis XIV en 1665 qui mit fin aux
persécutions des sorcières, en affirmant que la sorcellerie n’était qu’illusion et
tromperie.
Alors la figure de la sorcière satanique prend d’autres sens : elle devient une
superstition avec le discours rationaliste du XVIIIe siècle, notamment avec
la publication de De la recherche de la vérité (1674-1675) par le théologien
français Nicolas Malebranche et celle, au XVIIIème siècle, de l’Encyclopédie
qui réaffirment que la sorcellerie n’est qu’une illusion ou une tromperie faite
par des gens qui ne cherchent que la célébrité au-delà de toutes ces histoires
imaginaires ; ils définissent la sorcellerie comme étant « une opération magique
honteuse ou ridicule attribuée stupidement par la superstition à l’invocation
et au pouvoir des démons. »13. Ils affirment également que Satan n’existe pas et
que, s’il existait, ce ne serait qu’un être vaincu et faible qui ne pourrait jamais
manipuler l’homme.
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La figure de la Sorcière dans Mangeront-ils ? de Victor Hugo : « Enjeux d’une transgression »
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Étymologiquement Zineb est un nom propre d’origine arabe, en lien étroit avec
la nature puisque c’est le nom d’« un arbrisseau aux fleurs parfumées qui
pousse dans le désert »17. Ce nom est lié aussi à la bénédiction : « … toute
bénédiction, […] anagramme de « bénis » »18. Et les présentateurs de la pièce
soulignent que d’après les ressources de Hugo Zineb est le prénom de la
fille de Mahomet, le prophète honoré par les musulmans, et par Victor Hugo
également dans sa Légende des Siècles19: « Selon une des sources de Hugo, il
[Mahomet] aurait eu pour fille une certaine Zineb.»20, Zineb est une femme qui
est depuis longtemps dans l’histoire de l’Islam le symbole de sa tolérance face
aux païens21. Le portrait moral de la sorcière d’Hugo est en lien avec tous ces
éléments puisqu’il évoque la bénédiction, l’altruisme, la Nature.
Pour le roi, c’est une femme cruelle et sanguinaire, qui n’a rien du tendre sexe
féminin quand elle fréquente les cimetières pour voler la chair humaine ; une
vieille perverse qui se livre aux plaisirs charnels :
« Les filles vont aux prés et cueillent les bleuets;
Tu [à Zineb] vas dans les tombeaux, toi, la voleuse d’âmes,
Et, parmi les rois noirs, parmi les sombres dames,
Tu rôdes dans l’horreur nocturne des sabbats. »
Malgré cela, le roi ridicule s’adresse à elle pour savoir son destin :
« Et j’aimerais la [Zineb] consulter un peu
Avant de la mêler aux braises d’un bon feu. »
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La figure de la Sorcière dans Mangeront-ils ? de Victor Hugo : « Enjeux d’une transgression »
Aïrolo le bandit, lui, perçoit dans la sorcière la femme la plus respectable qui soit,
parce qu’elle se révolte contre l’ordre politique et religieux établi, que déteste
l‘anarchiste : « Elle est démon du bois dont je suis farfadet. »22. C’est la mère
tendre des monstres du bois, qui se charge de lui assurer la protection ; Aïrolo se
hâte pour protéger la sorcière mourante et lui permettre de mourir en paix :
« J’ai fui...Tu m’as sauvée, et maintenant ici,
Je vais mourir paisible et farouche, merci! »
Zineb, enfin, est la sorcière érudite qui connaît les secrets de la végétation et
dont il apprend le sens de l’Existence et de la Mort :
« Elle est hideuse; mais elle a
De la science autant que feu Campanella »
Quand il la fait parler, l’auteur peint une sorcière farouche, vivant dans la
forêt : « Zineb ! La vieille des forêts. », qui vénère la grande Nature comme
tous les animaux et les peuples primitifs et qui prend cette immense forêt
comme le seul lieu digne de sa vie et de sa mort attendue :
« Ces vieux arbres en fleur embaument leur aïeul.
J’amalgame à mes os la terre qui les fit;
L’ensevelissement des feuilles me suffit; »
Il en fait une sorcière anarchiste qui montre une ferme obstination devant les offres
du roi quand il lui demande d’ouvrir les portes closes du destin ignoré par l’homme :
« Tu [le roi] perds tes clameurs.
Tu ne peux rien pour moi ni contre moi. Je meurs. »
C’est aussi une sorcière rusée qui réussit à tromper le roi afin de faire triompher
les impuissants opprimés par la tyrannie de ce roi ridicule :
« ZINEB, laissant retomber la main du roi et le regardant fixement
Le premier, ô roi, que tu verras
Passer avec les mains derrière le dos, Sire…
Sa voix, d’abord ferme, s’affaiblit.
« LE ROI
Achève !
ZINEB
Tu vivras autant que lui.- j’expire.-
Quand cet homme mourra, tu mourras. »
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Sa vigilance et l’érudition en font une sorcière très particulière, qui porte une
vision du monde différente de celle des hommes, une sorcière visionnaire qui
s’indigne de la tromperie de la vie, des conflits du pouvoir :
« Elle, jamais. Elle a pour loi d’être à distance.
Elle tâche de voir dans l’invisible, et pense,
Et dédaigne… »
C’est une sorcière philosophe qui porte un langage spirituel sur la Mort :
« Salut, ô mort! Salut, profondeur! Salut voile!
Ce que tu caches plaît à mon sinistre amour
Salut! La mort est aigle, et la vie est un vautour.
Salut, réalité fantôme! Viens je t’aime. »
Elle arrive à comprendre le sens de la liberté : «Tu meurs. Te voilà libre » et celui
de l’existence : « Tout vaut mieux que la vie. Adieu, terre. » Hugo, donc, poursuit
dans sa comédie la réhabilitation de la sorcière, inaugurée par Jules Michelet,
en revêtant la sienne de qualités exceptionnelles. Quelles sont ses motivations ?
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La figure de la Sorcière dans Mangeront-ils ? de Victor Hugo : « Enjeux d’une transgression »
« N’est-ce pas,
Nature, que tu hais les semeurs de trépas
Qui dans l’air frappent l’aigle et sur l’eau la sarcelle,
Et font partout saigner la vie universelle ! »
Pour elle, à travers le monde parfait et organisé, se dessine la figure d’un Dieu
consolateur et énigmatique :
«Dieu, c’est le sphinx. Les bois, les monts, sont les pilastres
Les porches et les tours du grand temple inconnu.»
Elle est aussi la Nuit salvatrice que choisit la sorcière pour mourir calmement
dans son obscurité : «Ainsi qu’eux, on se cache, et l’on rend à la nuit / Son âme.»
A travers cette sorcière rêveuse, Hugo invente un monde féerique où tout est
possible, même de braver le plus puissant des humains et faire triompher les
plus faibles. Le sens de la rêverie s’infléchit vers les questions existentielles
les plus importantes : «Tâche de voir dans l’invisible, et pense». Il s’agit de
chercher l’essence et la finalité de vivre et de mourir.
Elle l’aime comme gage de liberté : «Tu meurs. Te voilà libre» et comme voie
qui rapproche de Dieu : « L’âme qui se met nu en présence de Dieu.»
Zineb est en attente de cette mort bénie au sein de la grande Nature. La question
traditionnelle de la Mort est posée autrement par cette sorcière, qui manifeste
enfin que tout être humain, même le plus grotesque, est concerné par elle.
Mais ce qui se constitue comme l’ultime enjeu de la création de cette figure,
c’est la puissance des faibles : dans Mangeront-ils ? Ceux-ci arrivent à une
victoire marquante sur le roi, grâce à l’amour altruiste que la sorcière Zineb
porte à son prochain, et qui, bien au-delà de l’amour romantique traditionnel,
résulte des profondeurs de cette Nature adorée : «Les faibles sont puissants
des seules valeurs qui n’aient pas de prix, l’amour, dans toutes ses dimensions,
amour charnel ou filial, amour du prochain ou de la grande nature.».
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Avec cette mise en scène particulière de la sorcière, Hugo fait primer l’amour
de la grande Nature sur l’amour charnel romantique qui est souvent malheureux;
mais grâce à la sorcière, cet amour malheureux se retourne en bonheur quand
les amants triomphent de l’impossibilité de s’aimer : « Puissance des faibles qui
pourrait mener à « la Victoire des Petits ».
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La figure de la Sorcière dans Mangeront-ils ? de Victor Hugo : « Enjeux d’une transgression »
Par la peinture de cette sorcière savante, Hugo véhicule également ses réflexions
religieuses et philosophiques. Il réaffirme le rôle de la sorcière d’autrefois qui, en
maîtrisant la végétation, maîtrisait le corps et l’esprit des paysans analphabètes
et se révoltait contre le spiritualisme de l’Église. A travers cette sorcière
pourchassée, il laisse entendre un discours accusateur de l’intégrisme religieux
qui enveloppait le Moyen-Âge, qui s’élevait contre l’humanité, au nom de Jésus-
Christ. Il rappelle le sort que réservaient aux sorcières l’Eglise et l’Etat :
«Être saisie, avec d’affreux éclats de rire!
Ma chair vue à travers mes haillons qu’on déchire,
Et le bûcher, le prêtre, et le glas du beffroi,»
Cet intégrisme contamine encore son siècle. Hugo ressent un vil complot entre
l’État et l’Église contre le pauvre peuple. Au-delà de cette critique du pouvoir
religieux il propage un libéralisme religieux et philosophique inspiré de cet
Orient charmant, la terre originaire de la sorcière Zineb, le berceau d’une
immense variété religieuse qui puise tout dans le grand livre de la Nature. Alors
Hugo adopte le panthéisme qui laisse entrevoir Dieu à travers ses manifestations
dans la Nature :
« L’oubli plein de tombeaux est sous le ciel plein d’astres.
Dieu est le sphinx. Les bois, les monts, les pilastres
Les porches et les tours du grand temple inconnu.»
Il évoque également la métempsycose qui pense une vie après la mort durant
laquelle l’âme humaine se purifie graduellement de ses péchés, en animant
plusieurs corps (du plus vil jusqu’au plus aérien) pour enfin arriver à Dieu :
« Aujourd’hui, défaillante, et comprenant la chose,
Voulant sans trouble entrer dans la métempsycose.»
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Ou encore lorsqu’elle se hâte pour délivrer Aïrolo de sa captivité par les archers
du roi et trompe le roi par un destin en assurant la survie de son cher ami :
« Ô mon fils, sache
Que ni le gibet, ni le bûcher, ni la hache,
Jusqu’au jour où cent ans seront passés sur toi,
Ne peuvent entamer ce talisman. Sa loi
C’est de te protéger toujours, quoi qu’il advienne.
Même pris, tu verras la gueule de l’hyène
Et la main du bourreau s’ouvrir pour te lâcher.
Tu te riras du roi, tu braveras l’archer. »
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La figure de la Sorcière dans Mangeront-ils ? de Victor Hugo : « Enjeux d’une transgression »
Le deuxième enjeu social qui occupe l’esprit d’Hugo est celui de la Fraternité : la
sorcière bénie croit en une fraternité qui englobe toutes les espèces ; ce sentiment
noble qu’elle ressent provient de son amour pour la grande Nature qui lui enseigne
la familiarité avec les bêtes des bois, la solidarité avec les proscrits qui s’exilent
loin de la tromperie humaine, la fraternité même avec les herbes mortelles qui
poussent dans cette forêt empoisonnée : «Les poisons sont nos frères.»
Notes
1
Arnaud Laster, Préface in Hugo, Le Théâtre en liberté, 2002, p .XXV.
2
Ibid., XXV.
3
Ibid., [Link].
4
Voir, « Sorcellerie », [Link]é[Link], mise à jour le : 16 mars 2007.
(
Voir, « Sourcier », Dictionnaire de L’Académie française, 6th Edition (1832-5), [Link].
[Link], consulté le : 216/05/2007.
6
Voir « Sorcière », Encyclopédie le Petit Larousse, Dictionnaire multimédia, CD-ROM PC.
7
« Le Moyen Age une époque bénie », [Link], consulté le : 20 février 2007.
8
Jules Michelet, La sorcière, p XVI, [Link], consulté le : 09/05/2007.
9
« L’image de la femme », in « La chasse aux sorcières », [Link], consulté le : 10/05/2007.
10
Méthode appliquée par des spécialistes chargés de piquer tout le corps de la prétendue sorcière
jusqu’à ce qu’ils trouvent la zone insensible à la douleur, qui constitue la marque du Diable.
11
Méthode selon laquelle, l’accusée est mise dans un récipient plein d’eau, les mains liées derrière le
dos ; si elle succombe elle est libérée ; sinon elle est accusée parce qu’on croit que les forces occultes
l’ont aidée à ne pas succomber)
12
« La fin des persécutions », in « La chasse aux sorcières », www. [Link], consulté le :
28/06/2007.
13
« Histoire de la sorcellerie », [Link] consulté le : 29/06/07.
14
Ibid.
15
Jules Michelet, La Sorcière, chap. IX, « Satan médecin » in Christian Biet et al., XIXe siècle, op.
cit, p . 256.
16
Jean-Philippe Miraux, Le personnage de roman : genèse, continuité, rupture, 1997, p. 58.
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17
« Zineb », [Link], consulté le : 08/ 08/2007.
18
Agnès Spiquel, « La bohémienne de Hugo », op. cit.
19
Voir le chapitre III qui s’intitule l’Islam dans La Légende des Siècles de Victor Hugo.
20
Victor Hugo, Mangeront-ils ? , op. cit, I, 6, p. 79.
21
À l’âge de dix ans Zineb fut parmi les premiers à croire à la révélation divine faite à son père avec
sa mère Khadîdja ; son époux était parmi les commerçants les plus notables durant l’époque païenne,
il refusa la conversion à l’Islam ; alors, elle se sépara de lui par un ordre divin qui interdit le mariage
avec un idolâtre ; malgré cela, elle lui resta fidèle. Elle donna sa précieuse parure héritée de sa
mère défunte comme rançon contre sa liberté lors de sa captivité par les troupes musulmanes ; ce
spectacle toucha l’honorable prophète qui ordonna à ses troupes de relâcher le mari captif.
22
Christian Jambet, article « Sohrawardi », Encyclopaedia Universalis, 1996, tome 21, p. 242b, Régis
Poulet : « La Naissance de l’Orient », p.3, [Link], consulté le : 18/ 12/2007.
23
Avant même son exil Hugo avait adopté les idées des républicains qui réclament une France laïque
où chaque individu est libre de son appartenance ou sa non-appartenance religieuse.
Bibliographie
Achour, C., Rezzoug, S. 1990. Convergences critiques : Introduction à la lecture du
littéraire, Office des publications universitaires, Alger.
Biet, C., Brighelli, J., Rispail J. 1981. XIXe siècle, coll. Textes et Contextes, Paris :
Magnard, Paris.
Collectif et al. (sous la dir. De : Delcroix, M., Hallyn, F). 1995. Méthodes du texte :
introduction aux études littéraire, Paris : Duculot.
Huard, R. 2002. « Victor Hugo, écrivain engagé », Envol, Bulletin de la Fédération des
Œuvres Laïques de l’Ardèche, n° 21, [Link].
222
La figure de la Sorcière dans Mangeront-ils ? de Victor Hugo : « Enjeux d’une transgression »
Tadie, J. 1987. La critique littéraire au XIXe siècle, Paris : Belfond, coll. « Agora ».
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