Syllabus d’Anthropologie politique |1
«Le pouvoir des vivants tient sa force du langage des morts.... »
(Georges Balandier).
« Le dynamisme social est le travail des forces dont résulte la vie
communautaire. La synergie totale que celle-ci représente est faite
et nourrie de l’activité des hommes. Or, cette énergie ne se déploie
pas librement. Elle se heurte à un milieu auquel elle doit s’adapter
faute de le dominer»
(Jean HAESAERT).
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PROLOGUE
1. ENJEUX SCIENTIFIQUES DU COURS.
Beaucoup parlent de politique, beaucoup rêvent de la
faire mais peu sont ceux qui ont la culture du terroir pour réussir
dans cette vocation difficile.
La vocation politique ne s’improvise pas. Elle se prépare
dans un long processus d’acquisition de l’intelligence sociale qui
convient à un bon chef.
L’homme, selon Aristote, est essentiellement un animal
politique dans la mesure où il ne peut bien se réaliser qu’en réalisant
avec les autres, un projet de société bien défini et bien planifié.
Ainsi, pour Hegel l’allemand « Rousseauiste » le « nous »
d’Héraclite, « l’esprit », « le feu toujours vivant » est personnifié par
1’Etat, lequel est la forme la plus haute de l’esprit.
Le « raisonnable en soi », la « réalisation complète de I’
esprit dans l’existence parce qu’il est synthèse dialectique suprême,
manifestation de l’Aufheben (verbe qui signifie transformer en
élevant) de deux termes antagonistes qui s’opposaient.
La synthèse entre autorité et liberté, individu et société
est donc cet Etat « Terrestre divin» en comparaison de quoi,
évidement, la personne humaine n’est exactement rien.
L’Etat qui personnalise l’esprit du peuple-race
(VOLKSGEIT) peut faire de l’individu ce qui lui plait. 1
Chaque communauté ethnique ou nationale a sa vision de
la politique qui reflète ses particularités sociales et sa vision de
l’homme. A notre époque où la culture politique est si pauvre, où
l’histoire est constamment falsifiée, il faut recourir à l’anthropologie
pour mener l’action politique sur des bases humanitaires et sociales
sûres et populairement crédibles. La vraie et la bonne politique est
1
Jean ROUVIER, Les grandes idées politiques de JEAN JACQUES ROUSSEAU à nos jours, Non, Paris, 1975 p.101.
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celle qui se fonde d’abord sur la vérité et la sagesse et non sur le
mensonge et la bassesse intellectuelle.
L’anthropologie politique rappelle à tous ceux qui rêvent
d’embrasser la carrière politique que la sagesse millénaire des
peuples (que les universitaires, ont tendance à négliger) est souvent
plus sage que la sagesse de dirigeants instruits dans les nouvelles
écoles.
Les bons dirigeants sont ceux qui incarnent et mettent en
pratique le génie culturel de leur peuple.
La politique ne marche bien que là où il y a une traçabilité
comportementale.
L’Anthropologie, dans cette perspective, est un
instrument de bonne gouvernance.
L’Anthropologie nous pousse à mener une réflexion sur la
société, car nous devons être en mesure de mettre en question les
systèmes idéologiques, politiques, économiques, sociaux ou culturels
qui tiennent le haut du pavé. Mettre fin au sentimentalisme de bien
pensant qui ne pense pas.
En rêvant de faire la politique, beaucoup oublient qu’on
ne peut bien faire la politique que si on a le don et la capacité de
gérer les hommes.
Rien n’est plus compliqué que la gestion des hommes. Il
faut un éclairage intellectuel, il faut une compétence spirituelle, il
faut avoir comme l’aigle, une longue et vaste vision pour mettre tout
un peuple sur la voie du développement national. Les vrais chefs
sont ceux, qui suivent à tout moment l’évolution des
comportements, des aspirations, et des opinions de leurs peuples.
Il ne faut pas être à la tète d’une nation pour se mettre à
bricoler des projets inadaptés à ses goûts et contraires à ses
attentes. Malheureusement, nos nations sont pleines de ces types
des chefs impopulaires et opportunistes.
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La marche positive de I histoire d’un peuple est le fruit de
la bonté du cœur.
L’anthropologie, comme outil de la civilisation lutte pour
donner aux hommes de bon cœur l’occasion de diriger positivement
la marche du monde. Tout ce qui aspire contre le bonheur collectif
est combattu. Notre espace commun de bonheur ne doit pas être
ruiné par un comportement destructeur et incivique. Nous sommes
appelés à développer notre génie culturel dans l’harmonie des
cœurs et des esprits. D’où le souci de ne pas polluer l’atmosphère
sociale par des conduites irresponsables et des actions farfelues.
Nous devons marcher doucement et sûrement sur cette « terre des
hommes » pour employer la célèbre formule d’Antoine de Saint
Exupéry.
Nous devons rentrer à la source de l’humanisme pour
bâtir un monde meilleur et prospère2.
2. MÉTHODOLOGIE
Il sera question ici de la démarche méthodologique pour
l’enseignement et la recherche en Anthropologie.
Tout en privilégiant des exposés magistraux, nous
donnerons chaque fois aux étudiants l’occasion d’enrichir et de
compléter le cours pendant les débats et les échanges d’opinions qui
seront organisés.
Des travaux de terrain seront un complément important
de formation. Car dit-on la recherche de terrains est à
l’anthropologie ce qu’est le sang de martyres à l’église. C’est sur les
terrains que le chercheur entre en contact avec différentes cultures
et sociétés.
3. ARTICULATIONS DU COURS.
Dans le chapitre premier qui est intitulé « l’anthropologie
politique dans le champ d’investigation scientifique de
l’anthropologie générale », il y sera question de montrer que le
2
Josaphat NGBELU MOYOKO E, L’Anthropologie dans notre vie de chaque jour, à paraitre.
Syllabus d’Anthropologie politique |5
projet de l’anthropologie est de revaloriser les valeurs de tous les
peuples du monde.
L’anthropologie a comme mission spécifique de souligner
que chaque groupe humain a ses règles et sa façon de gérer les
choses publiques ;
Le chapitre deuxième, qui planche sur la communauté,
les besoins et le pouvoir politique est le lieu où nous allons faire
ressortir les liens qui existent entre la communauté, les besoins de la
communauté et l’émergence du pouvoir politique.
Dans le chapitre 3 qui traitera des fondamentaux de
l’activité politique, il s’agira de montrer que l’engagement politique
éclairé suppose la maîtrise du programme d’action qu’on est appelé
à réaliser et aussi du génie et des attentes du peuple ;
Le chapitre 4 qui jettera un regard sur l’organisation
politique en Afrique noire aura pour souci majeur de présenter aux
étudiants quelques formes d’organisation sociopolitique de la RDC,
notre pays, en vue de leur permettre de découvrir et d’apprécier la
sagesse de nos ancêtres en matière de gestion de la vie
communautaire ;
Le chapitre 5 intitulé identité culturelle, technocratie et
réconciliation de l’Administration publique avec le milieu, va nous
interpeller sur les facteurs de la construction de l’identité culturelle
et l’adaptation de la politique à chaque milieu humain.
Ce chapitre pragmatique en raison des thèmes qu’il
aborde, met l’accent sur le devoir qui incombe aux dirigeants, de
quelque niveau que ce soit, de rechercher, à chaque occasion qu’ils
auront d’exercer leur mandat, en tenant compte des réalités
socioculturelles de chaque terroir.
Ce chapitre met un accent particulier sur la sagesse
anthropologique, technocratique et la réconciliation de
l’Administration publique avec le milieu socioculturel cas de la
République Démocratique du Congo.
Cette sagesse millénaire peut toujours contribuer,
aujourd’hui, à la consolidation de notre vie nationale et à la
recherche du bien - être de tous les citoyens.
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CHAPITRE I. L’ANTHROPOLOGIE POLITIQUE
DANS LE CHAMPD’INVESTIGATION
SCIENTIFIQUE DE L’ANTHROPOLOGIE
GENERALE
1. DÉFINITION DE L’ANTHROPOLOGIE
L’anthropologie c’est le terme le plus général, le plus
englobant, et qui reflète la complexité des objets possibles et toute
science humaine. Construit par référence au latin anthropologia,
emprunté au grec anthropologos (anthropos : être humain), cette
discipline a d’abord évoqué aux XVIeme siècle une perspective
allégorique ou une étude de l’âme et du corps. Mais on ne retrouve
pas ce terme dans l’un des premiers dictionnaires de la langue
française, celui de Furetière qui date de 1690. A la fin du XVIII eme
siècle, l’anthropologie prend plusieurs sens. Il y’a d’abord la
perspective naturaliste : ainsi Diderot qualifie l’anatomie
d’anthropologie dans l’encyclopédie en 1751et l’allemand F.
Blumenbach la définit en 1795 comme une science naturelle. C’est
d’ailleurs ce sens d’anthropologie physique qu’elle va acquérir en
France jusqu’au milieu du XXème siècle.
L’autre sens, plus synthétique (et qui va inclure une ethnologie),
remonte au théologien suisse A.C de Chavannes qui publie en 1788
une anthropologie ou une science générale de l’homme. La
même année, le philosophe allemand E. Kant intitule son dernier
ouvrage l’anthropologie du point de vue pragmatique.
Dans le monde anglo-saxon, le terme anthropologie va
recouvrir toutes les disciplines qui explorent le passé et le présent
de l’évolution de l’homme : les sciences naturelles, archéologiques,
linguistiques et ethnologiques.
Ce n’est qu’à la fin du XIXème siècle que le terme prend un
sens plus précis, lorsque le qualificatif de sociale est accolé en
Grande-Bretagne et celui de culturelle aux Etats-Unis. Il faut donc
bien distinguer l’usage courant d’anthropology en anglais, qui peut
désigner aussi bien un ensemble de sciences humaines, naturelles et
historiques qu’une discipline sociale ou culturelle plus ou moins
proche de l’ethnologie.
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Sous l’influence de son séjour aux Etats-Unis pendant la
dernière guerre mondiale, Claude Levis-strauss va, au cours des
années 1950, reprendre l’expression d’anthropologie dans le sens
d’une science sociale et culturelle générale de l’homme. De
plus, il lui adjoindra le qualificatif de structurale pour bien marquer
l’orientation théorique qui est la sienne.3
A la même époque, l’étude du changement social et
culturel conduira de son côté G. Balandier à préférer d’abord le
terme le terme de sociologie puis celui d’anthropologie à celui
d’ethnologie.
Selon une autre théorie, l’anthropologie, dont le nom fut
créé par l’anatomiste Paul Broca, doit se limiter à 1’histoire naturelle
du genre humain, c’est-à-dire à l’étude des hommes primitifs, à celle
des grandes races humaines disparues ou actuellement vivantes et à
celle de l’homme en tant qu’individualité morpho physico
psychologique, de sa naissance à sa mort.
L’environnement, les modes d’existence, la dynamique
des rythmes biologiques, leur périodicité, doivent être considérés
comme éléments modificatifs de l’être humain, dans la mesure où ils
favorisent, chez l’individu, l’apparition des phénomènes culturels et
parapsychologiques4.
L’anthropologie post - moderne dépasse le clivage entre
«Biologie » et “culture”. Actuellement, les spécialistes en sciences
humaines sont parvenus, presque unanimement, à définir
l’anthropologie comme science de l’homme dans sa globalité et
diversité. Les anthropologues étudient l’homme dans toutes les
sociétés sous toutes les latitudes, dans tous ses états et toutes les
époques. Tous les efforts classiques de compréhension de l’homme
sont donc pris en compte dans cette discipline nouvelle.
2. TÂCHES DE L’ANTHROPOLOGIE
Le but ultime de l’anthropologie, selon PANOFF’ et
PERRIN, consiste à connaître les propriétés générales de la vie
sociale de diverses sociétés humaines .Cette entreprise est très
ambitieuse, si on tient compte de la variété des sens que porte le
terme anthropologie à travers le monde.
3
LEVIS-STRAUSS C., Anthropologie structurale, Plon, Paris, 1958
4
MARTINY M. et alii, Corps à prodiges, Ed. Claude Thou, paris, P.11
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Mais, ce qui est constant et qui constitue le dénominateur
commun de tous les courants anthropologiques, c’est le souci, quasi
générale, des anthropologues, d’amener l’homme â se situer dans le
monde comme un microcosme dans le macrocosme, c’est-à-dire, à
tisser un réseau de relations avec l’ensemble de la création, de
montrer à 1’homme qu’il est au monde, non seulement pour vivre
mais aussi pour se réaliser. En clair, l’homme doit se fixer des
objectifs qu’il doit chercher à atteindre pour montrer sa puissance et
sa capacité de s’autogérer.
L’anthropologie a la tâche de lui signifier qu’il doit
améliorer sa vie en façonnant sa personnalité en fonction d’un projet
de société. Elle est tenue de promouvoir l’humanisme, pour que
chaque culture et chaque mode de vie soient respectés.
L’anthropologie, comme le souligne Edward SAPIR, est
appelée à améliorer la conduite humaine”. Et Jean de Dieu
YEWAWA5, prêtre centrafricain, renchérit en disant que
l’anthropologie fait sortir l’homme du chemin destructeur. La
capacité de l’homme à orienter l’histoire est décrite dans l’image de
l’abeille (lavu) et de la mouche (nzu). Les Ngbandi résument le
contenu de l’histoire en tirant les leçons de cette légende.
Les abeilles se vantent d’être supérieures aux mouches
parce qu’elles sont des êtres éminemment organisées et parce que
leur service aboutit à une nourriture très appréciée et comestible de
tous. Elles se moquent des mouches qui ne font que papillonner
auprès des déchets. Les abeilles, en se vantant, oublient qu’ils ont
un grand défaut: la colère. Elles produisent bien sûr du miel, chose
très délicieuse, malheureusement elles ont un mauvais cœur (siobe).
Tous les animaux les fuient à cause de ce mauvais cœur.
D’où cette leçon que la sagesse ngbandi donne à tous les enfants :
«chère progéniture, si vous avez beaucoup d’intelligence, mais
beaucoup de mépris pour vos semblables, tout ce que vous pourrez
faire avec cette intelligence ne sera jamais de qualité et ne sera pas
bien. Aimer habituellement vos semblables, cela est mieux que toute
forme d’intelligence tactique ou savoir - faire »6
5
J.D.D. YEWAWA NYI GB AKOTA, L’univers religieux Ngbandi et la foi en Jésus Christ, thèse de doctorat,
université des sciences humaines, Strasbourg, 1983, PP.26-27
6
Ibid
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Comme on le voit, l’anthropologie est un effort
d’harmonisation de la vie. Savoir vivre dans la paix et l’harmonie
avec les autres, c’est garantir la prospérité et le progrès dans ce
monde en construction permanente.
3. OBJET DE L’ANTHROPOLOGIE
L’objet de l’anthropologie, c’est la culture, c’est-à-dire
tout ce que l’homme fait et produit.
Aucune dimension de la vie n’est négligée. L’homme n’est
pas divisé mais étudié dans son unité physiologique et anatomique.
Ce qui est observé, constaté chez n’ importe quel homme et peuple
du monde est une matière à réflexion, un sujet d’interprétation et
d’analyse.
La culture qui est au centre des préoccupations de
l’anthropologie n’est pas entendue comme une simple érudition
mais comme un ensemble des valeurs que chaque peuple a
développées à travers l’histoire.
D’après Edward -SAPIR, trois paramètres régularisent ces
valeurs :
1. La tradition : c’est-à-dire les mœurs et les coutumes héritées
des ancêtres.
2. L’idéal cultivé : c’est la façon dont on s’écarte du
comportement du groupe pour adopter un comportement basé
sur une série des connaissances acquises et intériorisées.
3. Le génie d’un peuple, c’est-à-dire un ensemble des qualités
nationales qu’on observe et discerne chez ce peuple. Chaque
peuple a un mode de pensée, un type distinctif de réactions qui
se sont eux-mêmes imposées au cours de l’histoire.
Par exemple, il existe un génie français caractérisé par le souci
de la clarté, un génie anglo-saxon caractérisé par le souci de la
pratique, un génie russe caractérisé par le mépris de l’esprit
institutionnel. Chez nous, au Congo, nous avons, tous, la lourde
tache de forger un esprit national propre au peuple congolais.
Cet esprit, selon notre propre opinion, reste encore un mirage.
4. LES BRANCHES DE L’ANTHROPOLOGIE
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De nos jours, l’anthropologie est divisée en deux grandes
branches : l’anthropologie biologique et l’anthropologie mentale.
L’anthropologie biologique comporte les sous branches ci-
après:
A. L’anthropologie physique ou l’anatomie humaine comparée qui
étudie la morphologie externe (description) et interne
(ostéometrie, morphologie).
B. L’anthropologie physiologique qui se penche sur les
comparaisons entre croissances, métabolisme, groupes
sanguins, fécondité, etc.
C. L’anthropologie pathologique qui compare la réceptivité,
l’immunité raciale aux maladies.
D. L’anthropologie zoologique qui cherche les rapports entre
l’homme et les groupements animaux, les primates surtout.
E. La paléontologie ou la paléoanthropologie qui étudie les
rapports de l’homme actuel et de ses ancêtres présupposés
(préhommes).
L’anthropologie mentale reconnaît à la fois les individus
isolés et les productions culturelles du groupe. L’anthropologie
mentale depuis le 20ème siècle, développe plusieurs domaines de
spécialisation de l’anthropologie politique, économique, médicale,
religieuse, sexuelle, médiatique, etc.
5. L’ANTHROPOLOGIE FACE À LA PLURICULTURALITÉ
Ce qui caractérise l’unité de l’homme à laquelle
l’anthropologie est si attachée, c’est son attitude pratiquement
infinie à inventer des modes de vie et des formes d’organisations
sociales extrêmement diversifiées. Toutes ces formes de
comportement et de vie en société que nous tenons spontanément
pour innées sont en fait des produits de choix culturel.
Autrement dit, ce qu’ont en commun les êtres, c’est leur
capacité à se différencier les uns des autres, à élaborer des
coutumes, des langues, des modes d’organisations, des modes des
connaissances, des institutions profondément différentes : car s’il y a
bien quelque chose de nature dans cette espèce particulière qu’est
l’espèce humaine, c’est bien son aptitude à la variation culturelle.
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Le projet anthropologique consiste donc à la
reconnaissance puis à la compréhension d’une humanité plurielle.
Les sociétés non occidentales ne sont pas à ridiculiser. Elles ont leurs
visions de la vie que l’Occident doit respecter.
Tout en participant à une commune humanité, il faut
donner à chaque peuple le droit de façonner sa culture, selon son
échelle des valeurs.
La démarche anthropologique entraîne une véritable
révolution épistémologique qui commence par une révolution du
regard. Elle implique un décentrement racial, un éclatement de
l’idée qu’il existe un centre du monde. Et corrélativement, un
élargissement du savoir et une mutation de soi même. « Je sui mille
possibles en moi, dit Robert Bastide, mais je ne puis me résigner à
n’en valoir qu’un seul». La découverte de l’altérité, c’est-à-dire, de
l’autre, nous permet en anthropologie de ne plus identifier notre
petite province d’humanité avec l’humanité. Et corrélativement de
ne plus rejeter le présumé sauvage hors de nous-mêmes.
Penser la pluralité, c’est donner comme but de penser la
différence des façons d’exister et de faire exister les choses. La
pensée anthropologique estime que de même qu’une civilisation
adulte doit accepter que ses membres deviennent adultes, elle doit
également accepter la diversité des cultures pour permettre
différents peuples du monde de coexister en s’enrichissant
mutuellement.
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6. CIVILISATION ET BARBARIE. LA MÉFIANCE DE
L’OCCIDENT VIS À VIS DES PEUPLES DITS « PRIMITIFS
».
Les peuples du nouveau monde appartiennent-ils à
l’humanité?
La réflexion anthropologique a pris son essor à partir de la
découverte du nouveau monde par les explorateurs, les
missionnaires, etc. La grande question que ces derniers se posaient
était de savoir si ceux que l’on venait de découvrir (Indiens,
africains) appartenaient à l’humanité. Pour attribuer au sauvage un
statut humain, il fallait savoir s’il avait une âme ou s’il était concerné
par le péché originel. Question capitale pour les missionnaires parce
que de sa réponse dépendait ce que l’on devait connaître pour lui
faire bénéficier de la révélation chrétienne. Cette question a divisé
les intellectuels européens en deux camps représentés par deux
anthropologues : le dominicain LAS CASAS et le juriste SEPULVERA.
L’attitude de LAS CASAS était affirmative, tandis que celle
de SEPULVERA était ouvertement négative.
LAS CASAS trouve que les peuples primitifs ont une
civilisation qui mérite d’être respectée. Les Indiens que l’on
considère comme des barbares, d’après l’auteur, ont des villages,
des bourgs, des cités, des riches, des seigneurs et un régime
politique qui, en certains royaumes, est meilleur que celui des
occidentaux. Le peuple indien égale ou dépasse beaucoup de
nations du monde réputées pour policées et raisonnables. Ses
mœurs ne sont pas inférieures aux mœurs occidentales. Les Indiens
dépassent également les Grecs et les Romains en certaines
coutumes ; ils dépassent même l’Angleterre, la France, et certaines
régions d’Espagne, car la plupart de ces nations occidentales, si pas
toutes, furent bien perverties, irrationnelles et dépravées et furent
montre de beaucoup moins de prudence et de sagacité dans leur
façon de se gouverner et d’exercer les vertus morales.
L’Europe, à un certain moment de l’histoire, s’est illustrée
par la barbarie qui a entraîné la dépravation de ses coutumes.
SEPULVERA, le juriste, a eu une opinion très contraire à
celle de LAS CASAS. D’après lui, ceux qui devancent les autres par la
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prudence et par la raison, même s’ils ne l’emportent pas par la force
physique, ceux-là sont, par nature, les seigneurs ». Par contre, les
paresseux, les esprits lents7, même s’ils ont les forces physiques
pour accomplir toutes les tâches nécessaires, sont par nature des
serfs et cela est juste et utile.
C’est juste et utile qu’ils soient serfs et nous les voyons
sanctionnés par la loi divine elle-même. Telles sont les nations
barbares et inhumaines, étrangères à la vie civilisée et aux mœurs
paisibles.
Et il sera toujours juste et conforme aux droits naturels
que ces gens soient soumis à l’empire des princes et des nations
plus cultivées et humaines de façon que grâce à la vertu de ces
dernières, et à la prudence de leurs lois ils abandonnent la barbarie
et se conforment à une vie plus humaine et au culte de la vertu. Et
s’ils refusent cet empire, on peut le leur imposer par les moyens des
armées et cette guerre sera juste ainsi que le déclare le droit
naturel.
En conclusion, il est juste, normal, et conforme à la loi
naturelle que les hommes probes, intelligents, vertueux et humains
dominent tous ceux qui n’ont pas ces vertus.
L’idéologie prêchée par SEPULVERA, si on observe ce qui
se passe à travers le monde, tient sa route jusqu’aujourd’hui. Mais si
on cherche à l’examiner de très prés, on se rend compte qu’elle est
le fruit de l’esprit occidental façonné depuis plusieurs siècles par des
auteurs classiques qui se sont succédés à travers les âges :
- L’antiquité grecque désignait sous le terme « barbares », ceux
qui ne participent pas â la culture grecque.
- La renaissance (17ème et 18ême siècle) parlait des naturels ou
sauvages pour désigner les êtres de la forêt.
- Au 18ème siècle, c’est le terme « primitif » qui a triomphé dans
le langage des chercheurs en sciences humaines.
- Au 20ème siècle, le terme primitif est remplacé par « pays sous
équipés », «pays en voie de développement », « pays du sud »,
«pays émergeants » etc.
7
Allusion aux peuples dits « primitifs »
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Tout cela souligne que l’homme occidental n’a pas encore
cessé de clamer sa supériorité sur les autres hommes. Le « mauvais
sauvage » est toujours opposé au « bon civilisé ».
Parmi les critères utilisés, à partir du 19 ème siècle, par les
Européens pour juger s’il convient de conférer aux Indiens (et
pratiquement à autres peuples primitifs) les statuts humains, en plus
du critère religieux qui a été évoqué, on retiendra l’apparence
physique. Les primitifs (indiens) sont nus ou vêtus de peaux de bête.
- Les comportements alimentaires: ils mangent de la viande crue
et ils sont des cannibales.
- L’intelligence et le bon raisonnement. Ne croyant pas en Dieu,
n’ayant pas d’âme, n’ayant pas accès au langage, étant
effroyablement laid et se nourrissant comme une bête, le
sauvage est appréhendé comme un homme arriéré. Il est,
puisqu’il est sous-homme, sans morale, sans religion, sans loi,
sans écriture, sans Etat, sans conscience, sans raison, sans but,
sans art, sans passé, sans avenir.
CORNELIUS de PAUW qui adhère à cette thèse ajoutera
même qu’il est sans « barbe », « sans sourcils », « sans poils », «
sans esprit», « sans ardeur pour sa femelle ». Proposant ses
réflexions sur les Indiens d’Amérique du Nord, De PAUW renchérit en
déclarant qu’il y doit exister dans l’organisation des Américains une
cause quelconque qui hébète leur sensibilité et leur esprit. La qualité
du climat, la grossièreté des humeurs, le vice radical du sang, la
constitution de leur tempérament excessivement flegmatique
peuvent avoir diminué le ton et le trémoussement des nerfs de ces
hommes abrutis.
Ils ont, poursuit DE PAUW, un « tempérament quasi
humide que l’air et la terre où ils végètent et qui explique qu’ils
n’ont aucun désir sexuel ».
Bref, ce sont « des malheureux qui supportent tout le
poids de la vie agraire dans l’obscurité des forêts. Ils ressemblent
plus à des animaux qu’à des végétaux après la régénérescence liée
à « un vice de constitution physique ».
DE PAUW en vient à la déchéance morale. «
L’insensibilité, écrit notre auteur, est en eux un vice de leur
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constitution altérée; ils sont d’une paresse
impardonnable, n’inventent rien, n’entreprennent rien, et n’étendent
point la sphère de leurs conceptions au delà de ce qu’ils voient.
Pusillanimes, poltrons, inertes, sans noblesse dans
l’esprit, le découragement est le défaut absolu de ce qui constitue
l’animal raisonnable, les rendent inutiles à eux-mêmes et à la
société. Enfin, les Californiens végètent plutôt qu’ils ne vivent, et on
est tenté de leur refuser une âme.
Cette séparation entre un état de nature conclu par DE
PAUW comme irrémédiablement immuable, et l’état de civilisation
peut être visualisée sur une carte du monde au 18ème siècle.
L’encyclopédie opère deux tracés : un tracé longitudinal qui passe
par Londres et Paris situant d’un côté 1’Europe, l’Afrique et l’Asie, de
1’autre, l’Amérique, et un tracé latitudinal partageant ce qui se
trouve au nord et au sud de 1’Equateur.
Pour BUFFON, c’est la proximité ou l’éloignement de la
ligne équatoriale qui est explicative non seulement de la constitution
physique mais du moral des peuples. L’auteur des « Recherches
philosophiques sur les Américains » choisit, quant à lui, résolument
le critère latitudinal comme fondement à ses yeux de la distribution
de la population mondiale, distribution non pas culturelle, mais
naturelle de la civilisation et de la barbarie. La nature a ôté à un
hémisphère de ce globe la civilisation pour la donner à l’autre.
CONCLUSION ET QUESTIONNEMENT PRATIQUE
1. L’ANTHROPOLOGIE, COMME DISCIPLINE SCIENTIFIQUE
Elle est née à partir du comportement hautain affiché par
les Occidentaux, après tant des succès obtenus en matière sociale
(Cfr. Révolution Française) et industrielle (Cfr. la Révolution
industrielle d’Angleterre). Les bienfaits du progrès ont amené, les
Européens surtout, à mépriser d’autres peuples et à les considérer
carrément comme des barbares. HEGEL a même déclaré que ceux-ci
étaient «hors de l’histoire et de la culture », une position partagée
par CORNELIUS.
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2. L’ABANDON DU TERME « PRIMITIFS » « BARBARES »
L’évolution des peuples et des nations a amené les
stratèges du monde occidental à forger d’autres termes pour
désigner les peuples non occidentaux mais ces termes, après toute
analyse, cache toujours des intentions hégémonistes (tiers - monde,
pays sous - équipés, pays sous - développés, etc.).
3. L’ANTHROPOLOGIE POLITIQUE DEVANT CETTE SITUATION
Elle a une tâche énorme dans le champ d’investigation
scientifique de l’anthropologie générale : souligner la valeur et
l’importance du génie organisateur de chaque peuple du monde. Là
où il y a une société, il y a un ordre et là où il y a un ordre, il y a une
organisation. Chaque organisation sociale est au service d’une vision
de la vie et du bonheur. Les différentes cultures du monde
participent à une commune humanité universelle.
4. LE DÉBAT SUSCITÉ PAR LES ANTHROPOLOGUES SUR
L’HUMANITÉ OU LA NON HUMANITÉ DU PRIMITIF
Ce débat devrait, aujourd’hui, continuer à nous
interpeller, nous qui sommes appelés, chez nous, à être des leaders
de notre population.
a. Ne sommes-nous pas, par notre comportement irresponsables, en
train de donner raison à ceux qui nous considèrent comme des êtres
mineurs ?
b. Pourquoi nos pays, devenus indépendants, ne progressent- ils
pas?
c. Qu’est ce qui bloque l’homme africain ? Le congolais surtout?
Nous pensons sincèrement, à l’occasion de cet
important cours, que les Africains aiment plus se justifier que
prouver ce dont ils sont capables. Ils aiment les chantages, mais
concrètement, ils ne s’organisent pas comme il faut pour résoudre
les différents problèmes auxquels ils sont quotidiennement
confrontés.
Nous bloquons nous-mêmes notre évolution par nos
comportements qui n’honorent pas les pionniers de notre civilisation.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 17
A. Nous sommes d’ abord ignorants de notre tradition culturelle,
source de notre génie politique. Nous vivons comme si la vie
commençait avec nous.
B. Nous sommes, ensuite, de très mauvais héritiers. Les anciens
ont fourni plusieurs efforts et se sont limités à leur niveau, mais
notre indolence et notre extraversion ne nous permettent pas
de poursuivre leurs efforts, et au besoin, d’améliorer ce qui doit
être amélioré.
Toute culture est perfectible. Nous ne pouvons pas rejeter nos
ancêtres parce qu’ils ont commis des défauts.
Les défauts sur le chemin d’un peuple, sont nécessaires pour
l’inviter à s’améliorer.
C. Enfin, nous sommes faciles à manipuler, parce que nous ne
sommes pas fidèles à notre trajectoire historique. On ne se
modernise qu’à partir d’une position qu’on occupe et non à
partir du néant.
D. Nous sommes hostiles aux savoirs endogènes, d’où cette
manie que nous avons de plaquer des idéologies étrangères
sur la gestion de notre vie politique.
Résultats : inadéquation, superficialité, décalage avec les
réalités du terrain, non adhésion des masses populaires,
intellectualisme creux, etc.
E. Nous disons que nous sommes un pays démocratique, mais
nous sommes encore très attachés aux considérations tribales,
régionalistes. Les valeurs universelles de nos traditions ne sont
pas assez exploitées. Nous ne mettons pas les hommes qu’il
faut à la place qu’il faut.
F. Deux articles écrits par deux Blancs, en cette matière, ne sont
pas tendres envers les noirs en général, et les congolais en
particulier. Le premier article signé par DEE LEE intitulé « Les
Noirs ne lisent pas » (document en circulation sur Internet
2005), peint les mauvais comportements des noirs caractérisés
par trois grands défauts qui continuent à les maintenir dans
l’esclavage: l’ignorance, l’avidité, l’égoïsme.
Les noirs n’aiment pas lire. « La meilleure façon de cacher
quelque chose à un noir est de la mettre dans un livre .Les
livres écrits sur eux ne sont pas connus ».
Les noirs sont principalement des consommateurs. Ils ont
beaucoup d’argent, mais ils le dépensent sans calcul. Ils agissent par
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 18
avidité. Ils ne songent pas épargner pour la progéniture ou à investir
pour les générations futures. Au lieu de démarrer une entreprise, ils
pensent, de préférence, à s’acheter de nouvelles chaussures très
chères.
L’égoïsme est enraciné dans les cœurs des noirs. Leur
égoïsme ne leur permet pas de travailler ensemble sur des projets
pour atteindre des réalisations communes. Quand ils se mettent
ensemble ils laissent leur ego dominer leurs objectifs communs.
Donc leurs prétendues organisations d’aide et de charité
semblent seulement promouvoir leurs noms sans apporter des réels
changements au sein de la communauté. La seule culture qui prend
d’ascension chez eux, c’est la culture de ramassage et de cueillette
qui est nourrie par la semence de CAEN, frère d’ABEL « le
nivellement vers le bas ».
Le deuxième article, intitulé «Les Congolais » et dont le
nom de l’auteur n’a pas été mentionné, trace un portrait robot des
congolais, dans un langage qui n’emprunte pas des détours :
- Les Congolais, ce sont des fainéants qui ne rêvent que de
passer leur vie en Europe sans rien faire de bon.
- Ce sont eux-mêmes qui encouragent l’exploitation abusive de
leur pays par l’acceptation facile de la corruption.
- Ce sont des gens qui ne savent pas transformer eux-mêmes
leurs milieux. Ils veulent toujours que les Blancs viennent le
faire à leur place.
- Ce sont des grands détourneurs des fonds et de l’aide
extérieure.
- Ce sont des gens qui ne comptent que sur la charité extérieure.
- Bref, ce sont des gens incapables de se prendre en charge. Ils
sont des enfants permanents.
Les articles de ces deux Blancs, au lieu de nous agacer,
doivent plutôt nous pousser à nous remettre en question, pour rêver
de mettre sur pieds des organisations sociopolitiques susceptibles
d’honorer la personnalité africaine sur l’échiquier mondial.
L’anthropologie, comme science de base du développement, doit
nous aider à nous améliorer et à corriger notre vision de
l’engagement politique.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 19
Les nombreux problèmes que connaît, aujourd’hui, notre
pays, la RDC, sont en grandes parties liées à la
perte des valeurs humaines et sociales. L’égoïsme enraciné dans nos
cœurs a relégué l’altérité au second plan. L’amour et l’esprit de
service ont disparu. La recherche du bien-être collectif n’est plus
l’idéal visé par les cadres dirigeants et l’élite intellectuelle.
L’inhumanité a pris une grande dimension dans nos milieux, si bien
qu’on peut sans ambages se poser tout un tas de questions:
- Sommes-nous dans un pays ou une jungle?
- Sommes-nous réellement capables d’élaborer un projet de
société fondé sur la justice sociale ?
- Quel genre de nation sommes-nous en train d’édifier?
Pour bien répondre à toutes ces questions, il est très utile
de maîtriser les fondamentaux de l’activité politique. Il faut une
politique éclairée par la sagesse culturelle. Car les « fruits qu’on
cherche à cueillir dans l’obscurité risquent de n’être pas mûrs »,
comme le stigmatise un célèbre adage Ngbandi (moko bi moko
kuku).
La voix de l’anthropologie, c’est la voie de la lumière et
de la haute sagesse.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 20
CHAPITRE II. COMMUNAUTE, BESOINS ET
POUVOIR POLITIQUE
1. NOTION DE COMMUNAUTÉ
Partout et en tout cas, depuis des temps historiques, les
hommes vivent en collectivités plus ou moins vastes, durables et
indépendantes, qui se ressemblent par un trait essentiel : elles
unissent en des rapports, à la fois directs et indirects, leurs membres
les uns les autres, pour et par la satisfaction de tous leurs besoins du
moins essentiels, et puisent dans leurs seules ressources de quoi se
maintenir, s’accroitre et durer :
- Les associés vivent leur vie ;
- Ils s’alimentent ;
- Se défendent ;
- Se perpétuent ;
- Sympathisent entre eux ;
- Se divertissent ;
- Pensent ;
- Souffrent ;
- Meurent.
1.1. LA TAILLE D’UNE COMMUNAUTÉ
La taille d’une communauté peut être composée d’une
centaine d’individus, ou d’un million d’hommes.
1.2. PARTICULARITÉ D’UNE COMMUNAUTÉ
C’est le lien où les membres puisent leurs nourritures
spirituelles et matérielles. La communauté manifeste une existence
propre dont les fonctions sont agencées et coordonnées du point que
l’on ne pourra les diviser sans les détruire. Elles se présentent
comme des unités closes, presque comme des corps distincts.
1.3. FORMES DE LA COMMUNAUTÉ.
a. Forme originaire
La horde : communauté primitive dont les conditions de
vie et la constitution ne sont pas le résultat de transformation et
d’enchevêtrements spéciaux. La horde est menée par le besoin
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 21
d’apaiser la faim, la soif, par la nécessité de satisfaire l’instinct
sexuel. La construction n’est qu’un jeu (cfr. L .H. Morgan).
D’après Durkheim, la horde est une structure sociale qui
ne comporte en son sein aucune structure élémentaire mais qui se
résout immédiatement en individus : la famille est inconnue, les
rapports sexuels sont des accouplements fortuits.
- La famille
La famille, c’est le noyau et l’origine de la vie
communautaire. Nulle part la famille ne se présente sous forme du
groupe autarcique. La maisonnée est appelée à entretenir des
rapports avec les groupements similaires. Par exemple : pendant la
chasse, la pêche, la guerre, la famille a besoin d’autres personnes.
- La tribu
Certains auteurs tels que Vierkandt, W. Wundt, avancent
les arguments selon lesquels la communauté originelle est
normalement la tribu. Quelques milliers d’individus et parfois
moins, suffisent à la constituer. Ils ont une même habitation, mêmes
mœurs. Un esprit de corps vif les anime : ils sont ou se croient unis
par des liens naturels ou mystiques. L’étranger pour se faire
admettre, doit être assimilé à un parent grâce à une procédure
spéciale dont les types sont le contrat de sang et d’adoption. Si la
base est la parenté, la tribu ne résulte pas de l’extension d’une
famille unique mais de l’association de plusieurs familles l’une à
l’autre étrangère.
- Le congloméré
Le congloméré est une communauté constituée des
individus de souches diverses qui ont formé entre eux, au petit
bonheur, des communautés tout à fait allogènes au début, liées
seulement par les besoins de la vie sociale et agencées tant bien
que mal selon les circonstances. C’est le cas des métis pitcarmes.
En janvier 1790, le Bounty, petit trois-mâts anglais, était
envoyé en Océanie ; en pleine mer, neuf matelots s’emparent du
navire, puis arrivés en Tahiti, y débarquaient pour enlever six
hommes et six femmes dont l’une avait un enfant de onze mois.
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Tous ensembles, ils se fixèrent à Pitcarm, île déserte au Nord-est de
l’archipel Gambien ; ils y ont procréé, ils y ont vécu pendant
quelques générations, ayant fini par faire de leur mélange une sorte
de peuplade primitive.
En dehors de la horde, faisant allusion aux études de Jean
Jacques ROUSSEAU dans le contrat social sur « des premières
sociétés », la famille, le clan et la tribu forment la société naturelle.
Celle-ci est caractérisée par certaines structures fondatrices d’un
ordre social : la solidarité, la complémentarité et la réciprocité entre
les êtres. Ici la solidarité se limitait à ceux dont on connaissait le
visage et dont on éprouvait physiquement la présence, autrement
dit, au niveau de la famille, le village et du clan 8. Ces valeurs, sont
presque rares dans les communautés évoluées.
1.4. LES FORMES ÉVOLUÉES DE LA COMMUNAUTÉ.
- Le peuple
Le peuple est une association d’individus vivant de façon
permanente sous le même pouvoir. La communauté de sang ne joue
plus guère de rôle : l’union est constituée par la dépendance
politique commune.
Un peuple comprendra peut-être encore des tribus, des
familles étendues, toutes soumises à ce principe supérieur de
coordination qui affaiblit, jusqu’à les rompre, les liens originaire.
Ceux-ci perdent leur vertu condescente ; les individus ne sont plus
vraiment liés que par l’intermédiaire d’un seul facteur : l’autorité
suprême qui les embrasse en une même subordination.
- La nation
L’esprit de la nation est celui de la tribu car elle est aussi
établit sur la croyance effective en un principe qui lie naturellement
l’individu. La nation suppose entre ses membres un air de famille,
qui ne s’acquiert que par une longue communauté de vie. Il se
manifeste non seulement dans l’aspect physique mais aussi dans
l’idéologie dans tous les traits de la culture et jusque dans les
fortunes.
2. L’INDIVIDUALITÉ DE LA COMMUNAUTÉ.
8
Jean Jacques ROUSSEAU, cité par, Jean ZIEGLER, Les nouveaux maitres du monde et ceux qui leur résistent,
fayard, paris, 2002, PP.350-351
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 23
La communauté est une individualité. Elle en présente les
caractères principaux : la limite et l’organisation. La limite se
manifeste dans l’espace, par le confinement qui oppose et isole, et
se traduit, dans les âmes, par une inadversion innée contre
l’étranger : les communautés ne s’aiment pas. Les plus souvent elles
vivent entre elles à l’état d’hostilité. On a cherché à expliquer cette
antipathie par des motifs bien compliqués. Le sentiment religieux est
fréquemment incivique. L’étranger, dit-on, passe souvent pour
maléfique chez les sauvages.
Aussi, le compatriote qui revient du voyage est-il parfois
soumis à des rites purificatoires avant d’être réintégré dans la tribu.
Dès que les communautés s’assistent, la distance sociale s’organise
en frontière. Celle-ci n’est pas une simple notion géographique. Elle
matérialise la répulsion réciproque des ethnies voisines.
L’organisation comporte l’instauration de la paix publique
entre les communautés et l’intégration des éléments du groupe. La
paix publique repose sur une manière d’entente tacite en vue de
protéger les intérêts vitaux d’un chacun et de l’ensemble : la
sécurité du groupe, l’intégrité physique, la propriété privée, l’ordre
des familles, la bonne foi, les devoirs envers les puissances occultes
seront par tous respectés.
Mais la paix publique n’est jamais à l’abri d’une
alternative fortuite. Si solide que soit son organisation, elle
n’empêchera pas absolument les meurtres, les haines de famille, les
vendettas, les adultères, les sacrilèges. En pareil cas, la société
réagit avec rigueur. Pour mieux y réussir, elle établit des organismes
spécialisés et permanents qu’elle considère comme son armature
essentielle. Elle s’applique à réparer le désordre par châtiment,
compensation, réconciliation, l’entente est ainsi restaurée de gré ou
de force.
3. BESOINS COMMUNAUTAIRES ET ORGANISATION
POLITIQUE.
L’organisation politique résulte du souci que les membres
d’une communauté ont de se coaliser pour satisfaire les besoins de
la vie. Quand une communauté s’organise pour la poursuite de ses
fins collectives, elle devient une société politique. Un tel agencement
se nomme aujourd’hui Etat. La société politique demande un bâti qui
lui sert de support : la structure politique. Celle-ci suppose une
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 24
direction qui conçoit et décide : le gouvernement, un appareil
technique qui fait exécuter les décisions prises et les pousse à leur
terme : l’administration, enfin, une masse de gouvernés qui sont les
communautaires considérés sous l’espèce de sujets.
De cette façon, de degré en degré, les éléments du
groupe sont saisis et mis un à un et tous ensembles, aux tâches
communes, par l’assujettissement à une discipline générale. Celle-ci
est le trait décisif, c’est par elle que les Rubroek et les Romanoff ont
fait la Russie, les capétiens la France, les Hohenzollern l’Allemagne
et les Habsbourg l’Autriche. C’est encore que librement acceptée fit
l’empire britannique.
C’est par son amollissement enfin que débutera la
décadence de la Grèce, de Rome et de la plupart des démocraties
modernes grâce à cet ordre, le système non seulement fonctionne
dans la concordance de ses parties, non seulement est mû d’un seul
rythme, mais semble pénétré, dans ses visées et sa façon d’agir,
d’un esprit unanime.
a. L’origine de la communauté politique est
différemment commentée par les anthropologues.
Les débuts de l’organisation politique sont occasionnels
chez bien des peuples, chez les Tallensi de la Côte d’or, chez les
Tasmaniens, les Papous, les Bochimans, les Deir, les fonctions
politiques n’existent pas. Ils vivent en anarchie ou plutôt en
ethnocratie. Car l’opinion au demeurant, dépourvue d’organes, et les
usages dictent seuls les décisions communes auxquelles chacun se
soumet. Les Tallensi disent que le pouvoir appartient à tous.
A l’origine, le gouvernement demeure donc diffus dans le
groupe. Il se concentre quand le besoin s’en fait sentir et tant qu’il
dure, aux mains de quelques personnalités, celles-ci gardent
néanmoins le contact avec leurs commettants et ne tranchent pas à
leur guise. L’intérêt collectif semble dominer.
D’ailleurs, la durée de la fonction est trop courte et son
empire trop restreint pour prêter à de bien grands abus.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 25
Ces données révèlent néanmoins d’emblée que trois
catégories de personnes sont prédestinées à assumer la haute
direction de l’organisation : le guerrier, le sorcier, le sage. Le sage se
trouve pourtant réduit en général à un rôle consultatif.
La pensée importe moins que la peur. Le sage est juge,
réconciliateur, gardien des mœurs, il agit par persuasion. C’est le
prudent homme par excellence. On le respecte. Mais le chef de
guerre qui est l’homme fort est craint, il finit par décrépir. Les tribus
belliqueuses accordent plus d’importance aux guerriers. Chez les
tribus paisibles, le prudent cède le pas au sorcier, comme en
Australie où le vocabulaire même atteste l’origine magique de la
royauté. Les Abounas ont à côté d’un roi laïc un roi-prêtre. Ce pape
est souvent plus puissant que le chef. Car le magicien appelle à la
rescousse les influences occultes dont il dispose et qui viennent
appuyer ses injonctions si bien que le fondement du pouvoir
suprême se réduit au fait à la seule force, sous son aspect profane et
sacré.
b. La violence est à l’origine du pouvoir politique.
Dans beaucoup des sociétés, ce sont les vainqueurs qui
tiennent les commandes de la vie publique. C’est le cas de Chaca
chez les Zoulou. Chaca s’est imposé par les conquêtes et il tuait les
gens selon ses humeurs. Au Katanga, M’siri a instauré un empire sur
l’intimidation et la peur.
b. Le sacré
Le sacré est souvent utilisé pour remédier aux
défaillances de la violence. Elle en appelle à l’au-delà. Tout pouvoir
ne vient-il pas de Dieu ? La force et le sacré finissent souvent par se
fondre dans le pouvoir politique. Par exemple, au Japon, les
empereurs sont des personnes sacrées. En Egypte pharaonique, les
pharaons s’identifiaient aux divinités.
c. Le pouvoir
La démocratie repose sur la lutte des classes et des
partis. Ceux-ci sont des groupes organisés qui désirent conduire
l’Etat. Pour recruter des partisans, ils leur proposent des
programmes de gouvernement, lesquels suivant les circonstances,
inspirent de considérations les plus diverses. Il y a des partis
confessionnels rabbiniques, nationaux, de gouvernement et
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d’opposition, de classes, d’ordres et de castes, de modérés et
d’ultras. Ces éthiques cachent fréquemment la poursuite d’intérêts
plus sordides et toujours le goût d’exercer l’autorité.
Les partis sont mus par le mythe de la bataille et
organisés sur le type de l’armée. Ils ont leurs états-majors, leurs
cadres, leur stratégie et leur tactique. Leur idéologie se réduit à des
antithèses. Ils raisonnent en de termes d’amis et d’ennemis
emportés par leur ardeur, ils ne s’arrêtent ni à la morale ni à la
justice. Qui n’est pas pour eux, est contre eux et ils le font bien voir :
à les entendre, quand l’adversaire n’est pas la pire des contraires, il
est le plus sombre des imbécile.
4. POLITIQUE DE L’ETAT
Chaque Etat s’inspire dans ses démarches, de quelques
conceptions particulières qui le caractérisent. Il développe dans le
sens exact du terme une politique qui est une fin et une façon de
gérer les affaires publiques.
a) L’Etat polémotropique (p.ex. la Rome antique, l’Assyrie) est
tourné vers l’attaque et la défense. Il y voit sa raison d’être.
Dans la belligérance, il trouve son assiette véritable, la paix ne
lui sert qu’à préparer des nouvelles expéditions.
b) La science est exploitée pour la destruction et orientée pour les
besoins de la stratégie.
c) L’Etat théo tropique (ex. Mélanésie, Polynésie, Egypte, Tibet…)
organise comme un accessoire terrestre de l’au-delà. Le prince
est le truchement, le chainon qui lie le monde aux puissances
occultes et qui finit par les représenter. L’ordre dans l’Etat est
fonction du sacré.
d) L’Etat Timotopique (p.ex. Les Etats Unis d’Amérique) est dirigé
vers l’acquisition et l’accroissement plausibles des richesses.
L’armée a pour mission d’assurer des débouchés et pour les
garder. Les citoyens demandent à l’Etat de maintenir une
discipline favorable aux négoces. L’élite se consacrant aux
affaires attend du gouvernement qu’il la laisse tranquille, à
moins de la servir, elle a les moyens de le forcer et le dominer
de ses influences ouvertes ou occultes.
Le pays prend aspect d’une société anonyme qu’il
importe de gérer avec bénéfice et profit. Les administrateurs n’ont
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d’yeux que pour les échanges, la balance des comptes, la
production.
Leur programme est économique d’abord ; leur
diplomatie trafique. Ils comptent beaucoup sur l’argent.
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CHAPITRE III. LES FONDAMENTAUX DE
L’ACTIVITE POLITIQUE
L’exercice de l’activité politique présuppose :
- la connaissance de la finalité sociale de la politique;
- la détention et la gestion du pouvoir;
- l’attachement à un territoire (un sol);
- l’appartenance à un peuple organisé
- la promotion d’un projet de société bien défini.
Parler de politique, c’est envisager des principes et des
attitudes devant guider la marche globale de toute une
collectivité humaine. L’adhésion unanime de tous les membres
de la collectivité est très exigée pour que le bien - être
commun soient promus.
1. FINALITÉ SOCIALE DE LA POLITIQUE
La politique a une haute portée sociale. Elle est, selon
Aristote, dans son traité « le Politique », une science architectonique,
en ce sens qu’elle dirige toutes les autres sciences, elle est la
première des sciences.
Polis, terme grec qui désigne à la fois la ville et l’Etat, est
en effet la forme la plus haute que prend la vie en communauté des
hommes par rapport aux autres formes (famille, village, etc.).
Aristote justifie la différence qu’il y a entre l’homme, la vertu et le
vice : l’un doit commander absolument l’autre, même s’il n’est pas
de leur nature intrinsèque d’être définitivement une vertu que
l’autorité de l’homme libre s’exerce de façon absolue sur l’esclave,
l’autorité de l’état sur les hommes libres repose sur la capacité de
ces derniers de savoir commander et obéir.
Aristote a analysé une soixantaine de constitutions pour
rédiger son livre et c’est ce qui lui confère un très grand intérêt
historique. Ils distinguent trois formes de gouvernement tous trois
fondés rationnellement :
A. Monarchie, c’est-à-dire gouvernement d’un Etat par un seul
chef.
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B. Aristocratie, c’est - à- dire gouvernement d’une classe
d’individus.
C. Démocratie, c’est-à-dire gouvernement où le peuple exerce sa
souveraineté.
Et, pour chacune d’elles il existe une perversion qui est
respectivement, la tyrannie (gouvernement autoritaire qui ne
respecte pas les libertés des individus, l’Oligarchie (gouvernement
des quelques individus), la démagogie (politique qui flatte la
population).
Cet ouvrage a une importance fondamentale dans la
pensée politique occidentale.
La politique, comme on s’en aperçoit, permet aux
membres d’un groupe social de quitter les affaires privées pour
gérer collectivement les affaires publiques (Cf. HATZFELD et
DARMESTER).
Le citoyen a le droit de participer aux affaires publiques.
L’autre finalité de la politique, selon Littré, c’est la direction des
relations avec d’autres Etats. Partant de là, on peut comprendre
l’importance que prend aujourd’hui « la science politique ». Celle-ci,
selon la Grande Encyclopédie, est définie comme « l’étude des
principes qui constituent le gouvernement et souvent le dirigent
dans leurs rapports avec les citoyens et les autres Etats ». Ces
principes envisagés dans une perspective anthropologique doivent
être regardés comme un genre de savoir, qui a pour objet la
conduite humaine considérée du point de vue de gouvernement
intérieur et extérieur des sociétés et l’administration des Etats en
fonction des doctrines définies.
Le pouvoir, l’autorité, le commandement sont des réalités
qui sont gérées d’une manière théorique et pratique par toutes les
sociétés humaines, sans exceptions du plus petit au plus grand, du
plus éphémère au plus stable. Il y a ceux qui commandent et ceux
qui obéissent, ceux qui donnent des ordres et ceux qui supplient,
ceux qui prennent des décisions et ceux qui les subissent.
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Cette différenciation constituerait le phénomène
fondamental qui devrait être étudié de façon comparable à tous les
niveaux dans toutes les sociétés. Elle permet de considérer les
institutions relatives à l’autorité comme des sortes de modèles de
relations qui servent de moule à des rapports concrets. Et la
politique, eu égard à tout ce qui vient d’être dit est chargée
d’humaniser, de socialiser et de rentabiliser les rapports du pouvoir.
Elle a la mission de consolider et de faire respecter le
contrat social. La raison d’être du contrat social, c’est la défense et
la promotion du bien - commun.
Selon saint Thomas l’homme est par nature un animal
social. Seule un monstre ou un saint peut vivre dans l’isolement. La
politique, dans cette perspective, est le cadre normal du
développement communautaire. La recherche du bien commun est
la finalité de tout engagement politique authentique.
Le leader d’une communauté ne peut prétendre exercer
la souveraineté populaire que s’il interprète le bien commun par le
moyen des lois que le contrat social a permis d’établir. S’il s’écarte
du bien commun, son autorité devient illégitime.
Les lois véhiculent un esprit que MONTESQUIEU dans son
très célèbre ouvrage « L’esprit des lois » a magnifiquement
commenté. Dans cet ouvrage MONTESQUIEU a constitué une science
de la société. Le but de MONTESQUIEU n’est pas de tracer un plan de
gouvernement a la façon d’Aristote et de Platon par exemple ; il est
plus modeste, il se propose d’indiquer et d’expliquer ce qui fut et ce
qui est juste d’étudier dans leurs principes et leurs conséquences,
les principales institutions politiques et les différentes formes
sociales, d’examiner les diverses raisons et les circonstances qui ont
donné lieu à tant d’institutions, des coutumes, des lois, de faire en
sorte enfin « qu’on puisse mieux sentir son bonheur, dans chaque
gouvernement, dans chaque poste, où l’on se trouve ».
L’homme, dit MONTESQUIEU, comme être physique, est
ainsi que les autres corps, gouverne par des lois invariables. Comme
être intelligent, il viole sans cesse les lois que Dieu a établies, et
change celles qu’il établit lui-même ... Comme créature sensible, il
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est sujet à milles passions. Un tel être pouvait à tous les instants,
s’oublier lui -même. Les philosophes l’ont averti, par les lois, la
morale. Fait pour vivre dans la société, il y pouvait oublier les autres.
Les législateurs l’ont rendu à ses devoirs par les lois politiques et
civiles (Esprit des lois, Notice biographique, p10).
2. DÉTENTION ET GESTION DU POUVOIR POLITIQUE
Avant d’explorer à fond ce sujet, mettons-nous d’abord à
examiner les contours du terme « pouvoir ». Pouvoir vient du latin
populaire « potere ». Et du latin classique « posse ». Ces verbes
veulent dire :
1. Avoir la capacité.
2. En parlant de quelqu’un avoir la possibilité, les moyens
physiques, matériels, techniques intellectuels, psychologiques,
etc., de faire quelque chose par exemple, je viendrai dès que
je le pourrai.
3. Avoir la possibilité (exemple, ce médicament peut vous
soulager).
4. Avoir l’influence (sociale, économique, religieuse...)
5. Avoir la puissance. Par exemple, une puissance magique.
6. La dépendance, l’autorité.
Le pouvoir, en sciences humaines et en anthropologie, en
particulier, c’est un ensemble des droits attachés à certaines
fonctions. Par exemple, le pouvoir d’un ambassadeur. L’émergence
d’un pouvoir parait comme un phénomène naturel dans toute
société que la pensée humaine a essayé de justifier (théorie de la
légitimité et de la souveraineté) et d’expliquer, en invoquant la
nécessite de passer par un contrat d’ un état de nature à un Etat des
sociétés (Hobbes, LOCKE, Rousseau), où bien en faisant appel
comme le marxisme, à un matérialisme historique, le pouvoir
politique étant considéré alors comme la dénomination économique
d’ une classe. En celte matière il y a lieu de faire une distinction
entre « pouvoir » « pouvoir politique » et «institution politique ».
Le pouvoir, c’est une action qu’un individu exerce sur un
autre. Il peut s’agir du degré personnel ou du rang. C’est en vertu
d’une force qu’un individu maintient le pouvoir sur un autre.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 32
Le pouvoir politique, c’est l’ensemble des pressions que les
individus détenteurs d’un pouvoir politique exercent sur
d’autres individus qui doivent obéir. Il y a donc deux pôles
d’individus détenteurs d’un pouvoir politique d’un coté et les
individus qui obéissent. Il y a un élément de contrainte par les
moyens coercitifs, amoraux, psychologiques, physiques, il y a
un élément d’obéissance par l’acte de subir le pouvoir.
Les institutions politiques sont des lois, des coutumes écrites
ou non écrites sur lesquelles les détenteurs du
pouvoir légitiment et exercent leur pouvoir par une série de
mécanisme social approuvé collectivement. Les institutions
politiques définissent la voie à suivre pour exercer le
pouvoir et quelle est la voie à suivre pour obéir au pouvoir.
George BALANDIER, dans son livre “Le détour Pouvoir et
modernité” (Paris, Fayard ,1985), s’emploie à décrire et à
commenter la nature du pouvoir politique. L’idéologie politique figée
use de la langue de bois. Elle dit pour ne rien dire. Le pouvoir
politique se désigne par le langage auquel il recourt, par lequel il
tente d’obtenir le consentement des sujets. Il doit
effectuer un marquage linguistique. Il agit non seulement par les
images et les symboles mais aussi par les mots qui lui sont
propres. II s’empare du pouvoir des mots. La parole politique renvoie
à la transposition symbolique d’un passé plus proche. Le pouvoir des
vivants tient sa force du langage des morts. Le
pouvoir, partout et toujours parle d’ailleurs (P.96-97). Pour le
camoufler et renforcer sa puissance, les acteurs politiques exploitent
soit le silence soit la dramatisation cérémonielle.
Le silence (ou le non dit du pouvoir) ne s’inscrit pas en
creux dans son langage. Il en figure plutôt les reliefs, les points
saillants.
L’art du silence fait partie de l’art politique. J.JAMIN
après une recherche conduite chez les SENOUFO de Côte d’Ivoire
a publié une série d’essais ayant un titre commun « Les lois du
silence ».Il y constate fort justement que le chef est certes le maître
des mots mais il est en même temps celui des silences et des
secrets.
La dramatisation cérémonielle insère le pouvoir politique
dans l’ambiance du rituel. Le pouvoir politique affectionne le détour
pour affirmer certaines réalités d’intérêt commun. Le travers de
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 33
l’imaginaire actualise à la fois une négation et une affirmation. Il nie
la société réelle, souvent jusqu’au point d’annoncer sa destruction
apocalyptique prochaine. Il fait paraitre la certitude d’une société
autre, plus dispensatrice des richesses et génératrice de fraternité
par le fait de la participation mythique. Après le détour, il y a le
retour. Le mystère par lequel un pouvoir politique se constitue et se
subordonne reste entre la rationalité qui y fonctionne, étend son
champ d’action au de là du monde visible, parce qu’elle s’établit sur
d’autres assises intellectuelles les symboles, les pratiques
religieuses, les règles rituelles, etc. et c’est par ces artifices que
s’effectue la maîtrise de la société.
La démonstration du pouvoir recourt toujours à la
manifestation de puissance. Il produit l’effet du pouvoir en faisant
appel à l’imaginaire, à l’irrationnel, au symbolique, au piégeage des
attentes des gouvernés. Le pouvoir se tient là où s’opère la
dramatisation et là où il y a l’image. La gestion symbolique du
pouvoir politique étend son influence et son rayonnement.
3. L’ATTACHEMENT À UN SOL (TERRITOIRE)
La vocation politique surgit lorsque l’homme politique
manifeste son attachement indéfectible à un sol. L’homme politique
n’est pas quelqu’un qui vit dans l’abstrait. Il défend une terre qu’il
considère comme sacré, la terre de ses ancêtres ou la terre des gens
qui l’ont adopté à l’aube de sa carrière. Il existe pour lui avant tout,
un sol où il est né, un pays où il a passé sa jeunesse, dont les
contours et les horizons lui sont familiers, et les gens connus, un
pays qui est quelque chose de lui-même, dont il est parti, par ce que
sa sensibilité, ses émotions, ses rivières, et le premier éveil de sa
pensée lui sont étroitement liés.
Avoir ainsi un pays à soi auquel on rattache tant de
souvenirs de son enfance, un pays que l’on aime et que l’on connaît
bien, c’est déjà se mettre sur la trajectoire du patriotisme. Le milieu
naturel renforce la personnalité de l’homme politique et lui donne le
fond de stabilité. Dans cette logique, et pour appliquer ce principe à
notre propre situation, les politiciens du Congo avant d’aller, par
exemple, en Belgique, contempler les plages de la mer du nord où
les forêts des ARDENNES , feraient mieux d’apprendre à connaître et
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 34
à admirer les eaux poissonneuses de nos rivières et de nos lacs, les
impénétrables forêts équatoriales avec tout ce qu’ il y a de plus
sauvage et de plus naturel, les plaines fertiles et les immenses
palmerais de notre beau Kasaï, les montagnes de l’EST et les
savanes du beau Congo qui constituent le patrimoine que nous ont
légué nos ancêtres. Les politiciens du Congo peuvent sortir des
horizons étroits afin de parfaire leur formation et de pousser plus loin
leur curiosité, par des voyages au- de là de nos frontières.
Les politiciens qui restent sur leur terre parce qu’ils
l’aiment du fond de leur cœur et dont la vie publique est tissée des
coutumes de leur milieu natal, développent le génie de leur peuple
en l’enrichissant des apports extérieurs.
4. L’APPARTENANCE À UN PEUPLE (UNE FAMILLE
NATIONALE)
L’appartenance à une famille nationale, constitue ce qu’il
y a de plus fort et plus cher pour l’homme politique. L’homme
politique ne tombe pas du ciel. Il appartient à un peuple qui l’a vu
naître et grandir. Il appartient à tous ceux qui lui ont transmis les
valeurs qu’il est appelé à incarner dans son engagement politique
(ses parents, ses éducateurs, ses concitoyens etc..).
Ceux qui ont lu la vie de grands hommes politiques tels
que Jules CESAR, NAPOLEON, STALINE, MAO, SENGHOR, MANDELA,
GANDHI, pour ne citer que ceux là, savent comment les valeurs
culturelles qu’ils ont reçues dans leur processus d’intégration sociale
ont beaucoup influencé leurs actions politiques. La conscience
d’appartenir à un peuple, donne à l’homme politique des réflexes
psychologiques qui lui puissent à tout moment d’être à l’écoute des
aspirations du peuple gouverné. Les hommes politiques qui ne
connaissent pas les aspirations de leurs peuples réussissent
difficilement à trouver des solutions à leurs problèmes.
5. LA PROMOTION D’UN PROJET DE SOCIÉTÉ
La vraie politique est la politique qui veut s’éloigner de la
sauvagerie et le bricolage pour fonder son action sur un projet
humanitaire bien pensé et bien orienté. Il s’agit ici, plus clairement
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 35
de savoir d’ où on vient et où on va. L’action politique nécessite une
vision de la société et une permanence dans la poursuite d’un idéal
national très élevé.
Le projet de société c’est la boussole qui guide une nation
à travers les péripéties de l’histoire ou pour employer une autre
image, c’est son tableau de bord. « L’histoire, d’ après AHMED
SEKOU-TOURE, ce n’est pas une accumulation d’intentions.
L’histoire, ce sont les faits, les faits concrets et leurs connexions.
L’histoire est une continuité d’actes/d’actions des relations entre ces
actes et ces actions.
Elle obéit partout et toujours à la loi de continuité,
n’admettant aucun vide dans son déroulement, aucune rupture dans
son processus. Même quand il y a des sauts qualitatifs, c’est toujours
dans le cadre de ce processus historique. Comme ce développement
se déroule indépendamment de la volonté de l’homme, celui-ci au
sein du peuple, doit autant que possible en maîtriser les lois. Cette
attitude vis-à-vis du déterminisme objectif des lois historiques doit se
traduire en constance du peuple dans l’accomplissement de son
devoir envers lui-même, tout comme elle doit se traduire dans la
détermination de l’homme face à son devoir. Et cette attitude n’est
possible que si par surcroît, l’on a la volonté de réaliser vaille que
vaille l’objectif que l’on a décidé d’atteindre.
Un tel programme requiert, des principes sans lesquels
évidemment il n’y a tout au plus qu’un ramassis d’hommes mais
évidemment pas de peuple. Forgés au cours de l’histoire, ces
principes fondent la personnalité d’un peuple spécifient son rôle
dans la domination de la nature et dans la maîtrise des faits de
l’histoire. Ce sont ces principes qui permettent l’identification d’un
peuple responsable »9.
6. LE CHARISME ET L’AURA
Faire la politique, sans en avoir le charisme, c’est
s’aventurer sur un terrain social très glissant. Un adage Ngombe
nous instruit là-dessus : « moto na moto na mandé », « à chaque
homme son charisme ». Ne risque pas de faire la politique si tu n’as
9
AHMED SEKOU TOURE, Notre conception des Etats-Unis d’Afrique, Conakry, R.D.A n°136, 1979 p.5.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 36
pas ce charisme. La politique est une activité qui est faite des gens
qui ont une vision, une spiritualité, et un sens d’engagement
pragmatique. Il ne faut pas aller la forcer, la nature. Il ne faut pas
aller la tâtonner
L’homme politique aguerri et confirmé est un homme qui
a une aura exceptionnelle qui attire les sympathisants et dissuade
les détracteurs et les ennemis. Le bon batteur de tam-tam, qu’on
l’aime ou qu’on ne l’aime pas, fait danser tout le monde. Les chiens
aboient, la caravane passe. Le rythme emballe et les danseurs n’ont
qu’à danser sans chercher à spéculer sur le sexe idéologique du
batteur. L’essentiel, c’est de vibrer, pour donner satisfaction au
peuple qui attend des réponses aux problèmes qui se posent dans
son milieu. Le politicien véritable, c’est l’homme d’influence
mobilisatrice et d’action régénératrice.
Les fondamentaux de la politique qui viennent d’être
présentés sont vécus et appliqués par chaque peuple, selon son
génie culturel propre, et selon ses préoccupations existentielles. Les
peuples d’Afrique en général, et du Congo en particulier recèlent en
leur sein des formes d’organisations politiques qui attestent leur
maturité. En matière de gestion communautaire des biens communs,
il est très intéressant pour nous, qui sommes appelés à guider ces
peuples, de revisiter ce patrimoine pour nous inspirer de lui dans nos
projets d’engagement politique.
CHAPITRE IV.
REGARD SUR L’ORGANISATION POLITIQUE
EN AFRIQUE
Evans PRINTCHARD, en tant qu’anthropologue, a mené
des très sérieuses recherches sur l’organisation politique en Afrique
et a consigné ses recherches dans un ouvrage collectif intitulé « The
African political système, Oxford University Presse, London, 1940 ».
Les chercheurs qui ont participé à ces recherches sont:
- M GLUCKMAN
- I.S. CHAPERA
- A.I. RICHARDS
- K. OBEROS
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- F OBEROS
- G. WAGNER
- FORTES
Les sociétés étudiées, (les Zoulous, les Ngwato, les
Kedes ; les Bemba, les Tallensi, les Nuer, les Bantus Kavirondo) sont
représentatives des sociétés négociatrices en général. Un constat
unanime a été fait : en Afrique, il y a une organisation politique
basée sur les coutumes, les traditions et qui a réglementé la vie
publique des Africains avant la colonisation. C’est l’indépendance du
peuple africain qui a accentué la déculturation politique de l’Afrique.
Et, la démocratie préconisée par les africains d’aujourd’hui, s’adapte
très difficilement à l’esprit des traditions politiques africaines, qui,
pourtant, renferment des idéaux et des valeurs très nobles pour la
recherche du bien- être collectif des populations.
Faute de temps, et dans le souci d’être plus proches de
nos réalités, nous allons épingler, en RDC, quelques formes
ethniques d’organisation politique pour amener les étudiants à
mener des recherches personnelles dans ce vaste champ de
recherche.
L’Afrique ancienne a connu toutes les formes
d’organisations politiques : chefferies, démocraties rurales,
monarchies électives, grands empires féodaux. Le pouvoir a
rarement été absolu et le chef est le symbole de l’unité,
l’intermédiaire entre les vivants et les ancêtres morts, le symbole de
la force et de la prospérité du groupe «censé incarner la beauté, la
divinité, et pour cela thaumaturge, c’est-à- dire faiseur de miracles, il
est responsable de la prospérité et de la fécondité, donc régulateur
de la nature. Il est 1’ homme seul de par sa nature et pour cela
projeté au sommet de la société et qui
puise sa puissance hors d’elle » .10
Pour bien comprendre l’organisation politique en Afrique,
nous allons analyser les écrits du père Ngenzhi Mwene Malamby
contenus dans l’ouvrage, de la sorcellerie à la mystique. Le père
connaissant bien la culture Pende et Luba a mené les études sur la
sorcellerie. Ce qui nous intéresse ce n’est pas la sorcellerie mais
c’est plutôt le niveau politique de ces écrits. Pour l’auteur, vous ne
10
NDINGAMBO A., histoire de l’Afrique précoloniale, cours, université Marien Ngouabi, PP.78-79
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pouvez pas étudier les organisations socio-politiques africaines sans
maitriser la sorcellerie. En référence à ces études, voici certaines
caractéristiques fondamentales du pouvoir politique en Afrique :
a. Le pouvoir du chef est un pouvoir emblématique
Le chef en afrique;
- Représente la divinité
- Il est ambivalent : il est capable de sauver, de punir et de tuer
- Il appartient à la sphère de la sorcellerie et de la médecine
b. Le pouvoir du chef en Afrique est un pouvoir
cosmique et transcosmique :
Une fois vous êtes chef, la nature tout entière doit vous appuyer, la
forêt, les animaux, les astres, le vent et les eaux. Le chef doit puiser
les énergies dans tous les objets de la nature. Tous les esprits
doivent l’obéir. Ainsi il existe trois sortes d’esprits qui collaborent
avec le chef:
- Les esprits tutélaires : les ancêtres ;
- Les esprits de la nature : l’importance accordée à l’animisme ;
- Les esprits célestes
c. Le pouvoir du chef se fonde sur un savoir
(connaissance)
La connaissance du chef justifie l’importance qu’on accorde à
l’initiation. Le savoir du chef est un savoir qui doit grandir, on ne
peut pas la fermer ou la bloquer. Deux types de sciences forment la
connaissance du chef.
- Les sciences fondées sur l’expérimentation ;
- Les sciences expérientielles
C’est pourquoi l’existence de deux types de chefs : les chefs
viscérotoniques ; qui agissent selon que leur corps demande. Il y’a
aussi les chefs cerébrotoniques ; qui réfléchissent qui utilisent leur
cerveau pour décider. Le peuple doit faire attention pour ne pas
façonner un chef en utilisant très mal nos valeurs traditionnelles.
L’impression générale qui se dégage lorsqu’on étudie
la démocratie traditionnelle africaine est la suivante celle-ci se
présente plus comme une position que comme une « opposition »,
ici il y a lieu de méditer sur cette réponse donnée par MOBUTU à
JEAN - LOUIS REMILLEUX dans « Dignité pour l’Afrique »11 : « Chez
nous, le peuple rejette la notion de majorité et de minorité qui
s’affronte. Un tel système correspond aux spécificités culturelles
négro africaines et je ne prétends pas vous le faire adopter en
11
Paris, Edit Alain Michel, 1989, P.98
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Occident où fonctionne un
système de gestion conflictuelle du pouvoir avec des élections
affrontements et des parlements affrontements ». Les quelques
traditions politiques congolaises que nous allons étudier vont nous
permettre de vérifier le bien fondé de cette affirmation
1. LA VIE POLITIQUE CHEZ LE PHENDE
L’ouvrage du professeur MUDIJI MALAMBA12 consacré
essentiellement à l’étude culturelle des masques MBUYA dans la
société pende est une grande source d’informations sur la gestion
des activités politiques chez les PHENDE. Ce peuple dont la créativité
en matière artistique est mondialement connue, a magnifiquement
structuré sa vie politique autour de l’idée de « parenté ».
La situation géographique du peuple PHENDE, son
histoire, ses croyances religieuses, ses valeurs culturelles, etc.
influent énormément sur la conception, l’exercice et l’organisation
de la vie politique.
1. L’HABITAT GÉOGRAPHIQUE PHENDE
L’habitat des Aphende ainsi qu’ils se nomment eux-
mêmes en leur propre langage giphende, c’est le Phende. C’est une
contrée qui se situe à cheval sur deux régimes du sud du Congo,
plus de ¼ du territoire sont dans la région du Bandundu entre le
bassin du Kwilu’ à l’ouest et la rivière Loange à l’Est.
La partie qui s’étend dans la région du Kasaï forme une
bande relativement étroite allant de la rivière Kasaï, limitée par la
Muleleshi en aval et les abords de la Tshikapa en amont.
Il s’agit, en l’occurrence d’un immense haut plateau qui s’étend à
une altitude moyenne de 800 m d’ouest en zone de
Gungu, qui s’étend vers le nord dans la zone d’Idiofa, vers le sud est
dans la Zone des Tshikapa au Kasaï.
Le climat est tropical. Le réseau hydrographique est très
dense et se resserre vers le nord du territoire. Il est formé par trois
grandes rivières issues de l’Angola et par leurs nombreux affluents.
Ce sont le Kwilu, la Loange et la limite orientale du Kasaï.
12
MUDIJI MALAMBA GILOMBE, Le langage des masques africains, FCK, 1989.
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2. LES POPULATIONS PHENDE
Dans leurs ensembles, les populations Phende se
localisent de préférence le long des cours d’eau, sur les versants, les
replats en bordures des vallées. Au demeurant tout en restant unis
par la langue et des traditions ethniques communes ; les Phende se
distinguent entre eux en AKWA THUNDA (habitants d’amont / AKWA
MBONGO (aval) et ENYAMU SAMBWA (ceux qui ont traversé de
l’autre coté de la rivière Loange) désignés parfois du nom d’un
groupe AKUR NZUDILA.
3. HISTOIRE ET ÉTABLISSEMENT
Toutes les traditions s’accordent pour affirmer que les
Phende sont partis du sud est aux sources du Zambèze pour s’établir
sur la cote de Luanda.
Les Phende, selon la tradition, sur leur passage ont eu à
vaincre des peuplades lunda qui s’opposaient à eux.
4. ORGANISATION SOCIO - POLITIQUE
a. Sur le plan clanique, la société Phende appartient aux sociétés à
dimensions réduites dans lesquelles les relations de parenté
modèlent et inspirent largement toute activité de nature sociale
économique et politique. On est en présence d’une société
matrilinéaire à mariage virilocal composé de nombreux clans
(parental).
Ces clans forts hétéroclites n’occupent pas un territoire
homogène, ils essaiment plusieurs chefferies administratives.
b. Le pouvoir suprême sur la terre et les hommes (ufùmùwambanji)
est détenu héréditairement par un chef du lignage cheffal (manda
gifumu). Pour être clan cheffal avec droit de régner, il est nécessaire
de posséder depuis le Kwango terre d’indépendance Phende,
immédiatement antérieur, des attributs et symboles d’autorité
notamment un petit panier de terre d’exode ; en second lieu d’être
effectivement premier occupant sur la nouvelle portion de terre.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 41
c. L’intronisation du chef de terre et ses funérailles donnaient
autrefois lieu à des rites sanglants dans lesquels l’ennemi étranger,
symbolisé plutard par un chien était capturé et immolé violement
par un bourreau Ngunza travesti en masque Mbuyaphumbu ou en
Munganji lors de son investiture (gubingana).
Le chef reçoit une épouse cheffale( mùkhétuya manda
mwadi) et un adjoint (gaphungi) issu d’ un clan autre que le sien.
Son pouvoir lui donne droit au tribut de chasse de
pêche et de prémices. Il ordonne le feu de brousse et avec sa femme
cheffale préside au rite des semailles et de la récolte. La chefferie
est comprise de villages c’est-à-dire de quelques segments de clans
(phuta) vivant ensemble. Le village est gouverné tour à tour par un
chef du village (fumuya dimbo) issu des clans cheffaux locaux.
A ce chef comme au chef de chefferie on donne un
adjoint (gaphungu) une épouse cheffale (mukhetuya manda)
n’appartenant jamais en principe au clan cheffal et un conseil de
notables.
Tout clan ou segment de clan (giphuta) autonome du
village, possède à sa tête un tutélaire appelé Lemba pouvant être un
simple Lemba dia chuwji c’est-à-dire avec table d’offrandes aux
ancêtres ou Lemba dia mbito, chef de la graine et principe de
fécondité pour les cultures et des hommes du clan.
Le Lemba est présenté par les anciens de son clan, il
est agréé par ses pairs du village ainsi que par le chef de sa
chefferie. Chef de terre qui lui frotte le kaolin d’investiture. Chez lui
se tient l’assemblée mortuaire (munango) pendant laquelle on
cherche à établir les causes probables d’un décès dans le clan.
Le maintien de 1’ordre et le pouvoir judiciaire pour les
matières graves (conflit armé par exemple) relèvent de la
compétence du chef de la chefferie et des chefs des clans mais pour
les matières considérées comme ne portant pas atteinte à l’ordre
public, la victime choisit librement son Ngambi, c’est-à-dire un
orateur versé en jurisprudence coutumière.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 42
Un clan prestigieux et bien outillé ne manque jamais de
son propre NOAMBI pour plaider en sa faveur en cas de grande
palabres(milonga) concernant les litiges de propriété de succession
cheffale, de disparition ou de mort.
Les ngambi sont nécessaires aussi dans les
conciliabules réglant les causes (thondo) mineurs. Ils forment entre
eux une forme de confrérie .Un proverbe dit du Ngambi qu’il joue
pour 1’ homme sans parents ni membres de clan, le rôle de Lemba
protecteur et parent: muhengalemba die Ngambi.
L’Aspects du pouvoir vécu socialement basé sur l’idée et la réalité de
parenté et de solidarité.
La société traditionnelle Phende place son critère
général d’édification dans la recherche de leur renforcement et de
leur resserrement sur le plan plus strictement politique.
Son organisation en chefferies, clans et familles
composant les lignages, se fonde sur une connivence collective
immanente qui réprouve comportementalement le tour dominateur
et asservissant.
Le refus délibéré d’un monde administré, axé sur une
centralisation inégalisatrice, n‘est pas seulement une oblitération
active de la volonté et des risques présagés par un tel monde.
En positif, il s’accompagne de la création d’un système
sociopolitique vécu et sur mesures.
Ce projet en quelque sorte incessant mais réel est
compréhensible grâce à l’action humaine qu’il engendre et dont il
est le résultat à la fois apparaît mieux être évoquée, dans une
contexture institutionnelle plus vaste à travers les symboles et les
rites entourant la personne, la fonction et le cadre d’existence du
chef, de son investiture au décès.
e. Election et présentation du candidat chef
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Le candidat chef est saisi par force et il subit un sort que
lui-même n’avait pas envisagé (cfr le terme Gukwata = saisir,
attraper, tenir, garder).
Il est saisi sous la dictée des ancêtres et il a pour rôle à
son tour de saisir le principe de vie des êtres et du monde et de se
relier à leur source. C’est peut être en cela qu’il faut placer l’origine
sacrée et sociale du pouvoir chez les phende.
Ce pouvoir recherche le maintien et le renforcement de
l’étreinte cosmique et communautaire entre le monde des êtres
visibles et invisibles, le passé et le présent. L’acte de saisir l’héritier
par force le met à part. L’héritier est désigné par les mots
Ufumuuwatha (terme emprunté au lunda) et Ulamba.
Ce dernier vocable peut trouver un dérivé dans le
substantif malamba qui signifie « souffrance ». Le pouvoir est une
souffrance car elle est une charge (honor onus). Un chant du masque
fumu par ailleurs le suggère: «mhaymalamba (bis)
luséléiwagutagenambayimalamba”: « compagnon malamba
(littéralement souffrance), la manille cheffale attribut du pouvoir
héréditaire te sied bien ».
Le premier creuset du façonnage est constitué par la
couvade pendant trois semaines ou un mois. C’est un temps
d’initiation intense aux secrets cheffaux comportant des restrictions
éducatives et des soins corporels particuliers. On peut y voir de
manière générale un moyen public de confirmer, de nier ou de créer
des relations classificatoires, de réarranger l’univers cognatique
dans l’idiome des substances. Le chef prend le pouvoir avec une
épouse cheffale qui gouverne les femmes et toutes leurs activités,
décide des semailles et des récoltes, des jachères, etc.
- Investi après une bonne chasse augurale, le chef préside à la
multiplication et à la capture du gibier considéré comme un
bétail des ancêtres .Quant à la fécondité des humains et leur
heureux accouchement, ils requièrent de la part du chef des
actes stricts et spécifiques qui soulignent sa responsabilité.
f. Les attributs du chef phende sont nombreux:
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- Inspirer l’autorité sacrée en sauvegardant les valeurs
permanentes la vie, l’ordre l’harmonie, la justice, etc. En
conséquence, il acquiert des prérogatives exclusives. Lui
reviennent ainsi les honneurs du transport triomphal avec sa
femme chéffale parfois, il est transporté dans une pirogue ou
bien une caisse sculptée ou encore sur un typoyi à travers son
territoire, le jour de l’investiture.
- Exercer l’autorité sur les hommes et les choses par le tribut en
prémices et en parties spécifiques (tête et cuisse) de gibier avec
droit spécial et rite cheffal dit Guhàlâ sur les dépouilles
d’animaux cheffaux (léopard, buffle, lion). Droit aussi sur le tribut
humain perçu prétendument sous la forme animale par le
ministre gaphhùngu investi du droit de regard sur les affaires de
sorcellerie, incompatibles d’ office avec la fonction naturelle du
chef lui-même , droit aussi de décréter les ordonnances cheffale
(ifayàfùmù) qui avec leurs sanctions “amendes “ sont proclamées
par le ministre gaphhùngù tandis que les intérêts laissés par les
ancêtres ou shigu jà malemba, sont sanctionnés par eux au
moyen de la foudre ou la maladie.
- Les insignes du chef phende (qui soulignent l’importance de sa
fonction) sont :
le tambour du chef
les trompes d’ivoire
les cloches de fer
les peaux des léopards
les peaux des buffles
les peaux des crocodiles
les os des ancêtres
les crânes d’ennemis tués à la guerre
le kaolin d’investiture
la lance
l’herminette
la hache cheffale
l’exécution à deux tranchants, etc.
Le chef porte certaines de ces insignes à certaines
circonstances, en plus d’un chapeau caractéristique de ses attributs
qui apparaissent en partie sur la scène portés par les masques
Mbuya du pouvoir.
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2. DJALELO, HYMNE DÉDIÉ AUX BONS CHEFS CHEZ LES
BALUBA DU KATANGA
Il y a des qualités que les populations africaines aiment
retrouver dans la personnalité du chef: l’accueil, l’humilité le sens de
l’écoute, l’impartialité, le courage. Une fois que le chef ces qualités
là, le peuple n’hésite pas a lui exprime son attachement indéfectible
par des louanges publiques. C’est le cas du peuple luba du Katanga
qui d’habitude aime chanter le Djalelo pour vénérer tout chef qui
œuvre pour son bonheur.
1. HISTORIQUE DU DJALELO
L’histoire du Djalelo, selon les informations recueillies par
KAYEMBE BUBA, et consignées dans son livre « Histoire et
signification du Djalelo » se deroule dans la province du Katanga,
district du Haut-Lomami, commune de MALEMBA – NKULU, Butombe
et plus précisément à plus ou moins quinze kilomètres du Sud Ouest
de Kasulwa et à environs deux kilomètres de la NYANGE. Au XV ème
siècle existait, dans l’actuel BUTOMBE, une jeune femme KABELA et
sa tante MUKOLO. Un jour elles se rendirent dans la brousse voisine
du village chercher des papyrus. KABELA précédait MUKOLO. Ayant
aperçu ce qu’elles cherchaient, elle s’en approcha et se servit. Elle
s’écarta de l’endroit, fit un bon tas de papyrus et les lia
soigneusement.
Sollicitée soudain par un besoin souverain pressant, elle
déposa le tas de papyrus et se déplaça en quête d’une bonne place
pour se soulager. MUKOLO s’approcha des papyrus et se mit en
devoir d’en prélever pour sa part. KABELA qui était partie aperçut à
un endroit une pierre qui libérait de la fumée, elle retourna
précipitament vers sa tante lui rapporta qu’elle venait de voir
quelque chose d’épouvantable : une pierre d’où sortait de la fumée.
Prise de curiosité, MUKOLO décida d’aller voir à son tour
Elle arriva à 1’endroit où se trouvait la pierre qui fumait.
MUKOLO proposa d’examiner le dessous de la pierre dans le but de
vérifier s’il y avait du feu. Elle se sentit glissée et tomba dans une
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 46
source thermale. Elle ignorait que la pierre se trouvait dans le marais
d’une source chaude. . En voyant sa tante disparaître, KABELA fut
prise de panique. Elle oublia même ses papyrus et courut en
pleurant à chaudes larmes au village.
Elle rapporta à son père SUMBA le malheur qui venait
d’arriver. SUMBA proposa à ses grands pères MPIANA, KIPANGA,
KIBAYA, KIPANZULA d’aller consulter un devin. Le devin s’occupa du
problème et demanda au peuple de dormir en brousse pour procéder
à certaines cérémonies et de chanter les chants des jumeaux
(Nyimbo ya mapasa) pour honorer les dieux, solliciter leur grâce,
leur intervention afin de mettre fin à la souffrance.
Le peuple suivit les directives du devin et alla vers 18
h00’ en retraite. Au milieu de la nuit tout le monde se mit à penser à
la disparue. C’est alors que KIPANGA qui, en fait, était le père de
MUKOLO décida d’aller à l’écart pour satisfaire un besoin pressent,
Kwendalala, en ciluha.
Dans sa recherche pour trouver un endroit convenable, il
entendit du coté des eaux chaudes des bruits semblables au
grondement du tonnerre et au rugissement du lion .Voulant
découvrir la cause des bruits il aperçut s’avancer vers lui sa propre
fille MUKOLO vivante transfigurée et métamorphosée. Tout son corps
était entouré d’un halo resplendissant. A la vue de ce spectacle
hallucinant, devant cette vision apocalyptique KIPANGA esquissa un
mouvement de fuite. Il arriva au milieu du groupe qu’il avait fui et
rapporta à 1’ assemblée très attentive qu’il venait d’apercevoir sa
fille vivante. Lorsque ils ont terminé de rapporter toutes les
circonstances de sa rencontre ; on vit la femme disparue s’approcher
au milieu du groupe émerveillé.
MUKOLO racontera qu’elle était en fait tombée dans la
demeure d’une divinité qui s’appelait « NKULU A MANYING-A ». Cette
divinité allait être à l’origine de l’intronisation des chefs au sein du
peuple. Elle rapporta aussi les préceptes et les commandements de
la divinité. Ses directives en ce qui concerne son culte. Elle précisa
que NIKULU A MANYINGA vivait clans la source thermale avec sa
femme KOLOSHO et son frère YUMBA sous forme d’un BOA géant. Le
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 47
peuple baptisa cette divinité du nom de MULOPWE MOMA.
Le peuple aimant les charmes de la divinité composa sur
place le chant « Djalelo tubanjilanga ye MULOPWE MOMA » en
remerciement au dieu qui avait bien fait en leur rendant l’enfant qui
était perdu et déclaré irrécupérable.
Par ces paroles, le peuple voulait simplement dire que
revoir MUKOLO vivante équivalait à voir les manifestations de la
puissance du BOA géant et par conséquent le BOA lui-même à
travers ces manifestations visibles car comme cela est de notoriété
publique on ne voit jamais un dieu, voir un dieu revient à voir ses
manifestations, sa gloire. A l’origine, «Le Djalelo » fut un chant de
circonstance pour célébrer le MULOPWE MOMA
2. LES CHEFS QUI ONT DROIT AU DJALELO
Les chefs qui ont droit au Djalelo sont, ceux qui sont
puissants, bons et qui réalisent de bonnes œuvres pour leurs
peuples.
A. Refrain du Djalelo original.
Refrain « Djalelo tubanjilanga ye mulopwemoma ».
B. Quelques strophes
1. Mwenze wa nkulu wakusebwa musebo ne yumba
2. Shimu bamumone mu baji lei Mulopwe moma
3. Mwenze wakunvenwca ye kasha kanyemene kwa muntu.
4. Lumpu , moma mwenze wa kasanzwe minonga mingi
5. Bamusanza wa ntanda wa nye mema wa luwi.
C. Spécificité du chant
La spécificité du chant est dans l’idéologie politique qu’il
reflète dans les strophes 1, 3, 4,5.
D. Traduction
1ère strophe
C’est lui « Mwenze wa Nkulu» pour qui on débroussaille le
chemin conduisant aux sources thermales, c’est-à-dire la divinité
Nkulu est la seule pour laquelle on réalise l’opération Kuseba
musebo
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2ème strophe
C‘est lui Mwenze chez qui on se réfugie, lui ne se réfugie
jamais chez quelqu’un, «c’est-à-dire en cas de guerre ou d’hostilité
brutale, le peuple ne fuit jamais ailleurs pour y chercher refuge. Ce
sont plutôt les autres qui se réfugient chez Nkulu ».
3ème et 4ème strophes (résumé)
C’est lui Lumpu Moma Mwenze qui était en forêt et qui,
maintenant, habite dans les eaux thermales. Ces lieux indiquent la
provenance de Mulopwe Moma.
6ème strophe
C’est lui Mwenze Nkulu capable de marcher sur des épines
en chantant. Ici, le peuple est convaincu que Nkulu ne connait pas
de problème sans solution. Cela explique les raisons des cérémonies
aux sources chaudes.
7ème Strophe
C’est lui l’homme au doigt qui donne à manger. Il suffit que
son doigt indique les fruits verts pour qu’ils mûrissent à l’instant
même. Cette strophe se rapporte à la bienfaisance du dieu Nkulu.
Nkulu est pour le peuple un dieu bienfaisant qui fait la pluie et le
beau temps. Ici le peuple est convaincu que Nkulu ne connaît pas de
problème sans solution. Cela explique les raisons des cérémonies
aux sources chaudes.
3. L’anthropologie politique du Djalelo actualisée dans le
cadre de la vie nationale.
On se rappelle que pendant la Deuxième République le
Djalelo a été adopté comme hymne au chef de l’Etat de l’époque.
Sans vouloir expliquer les raisons politiques de cette adoption, nous,
peuple Congolais, nous devons maîtriser 1’esprit qui poussait
autrefois nos ancêtres à vénérer ensemble leurs dirigeants.
La grandeur d’un chef est liée à certaines valeurs
permanentes que le chef doit promouvoir à tout moment pour
assurer le bonheur de son peuple. Ces valeurs sont toujours
d’actualité quelques soient les changements des régimes politiques :
La puissance
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Le peuple doit sentir que le chef est puissant pour l’aider
à faire face à des nombreux problèmes qu’il rencontre sur cette terre
compliquée. Un chef impuissant rend le peuple amorphe et
l’insécurise. Un chef puissant le renforce et lui donne confiance. Le
peuple admire l’héroïsme du chef.
La bonté
La grandeur du chef est liée à la bonté de son cœur, c’est-
à-dire à sa générosité. Un chef méchant avare, finit toujours par être
vomi par son peuple.
La capacité d’amener la paix, la tranquillité, la joie.
Ces qualités sont la démonstration de la puissance du
chef et de son rayonnement personnel. Le peuple luba à travers le
Djalelo montre que la source de toute autorité, c’est DIEU. En
admirant le chef et ses merveilles il remercie Dieu qui lui a permis
d’avoir tel ou tel individu à sa tête.
Le Djalelo, dans l’anthropologie politique luba fait sentir
l’importance, la nécessité d’avoir un chef sage, juste et puissant à la
tête d’un pays. Car un tel chef peut sécher les larmes des yeux des
opprimés.
3. RELIGION, ÉVOLUTION DE L’HISTOIRE ET MISSION
COMMUNAUTAIRE DU CHEF CHEZ LES NGBANDI
A. SITUATION GÉOGRAPHIQUE DES NGBANDI
Le peuple Ngbandi qui, du point de vue de la civilisation,
appartient à la race soudanaise, se situe au Nord de l’Equateur. Une
bonne partie de ce peuple se retrouve en RCA.
B. HISTORIQUE
Les Ngbandi descendent du Soudan, en direction de la
République Centrafricaine et du Congo probablement au 16 ème siècle.
Le point de départ: DARFOUR, KORDOFAN. Ils ont traversé les
régions centrafricaines de Mbari et Shinko avant d’arriver à
Kpakpagbombigbo dans l’actuel espace occupé par les populations
de Yakoma. Leur ancêtre le plus connu est BALANGALAPUMBA. Ce
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 50
dernier a eu plusieurs enfants qui ont dispersé leurs descendants
dans plusieurs coins de la province et du pays: Ngalongu, Gboma,
Kulengenge, Vungara, Mbembo, Dunga, etc.
C. ORGANISATION SOCIO – POLITIQUE
- le contenu de l’histoire retenu par le peuple ngbandi pour sa
progéniture, c’est l’amour avec un grand A.
- la deuxième image traduisant ce que le peuple Ngbandi aime
et ce qu’il n’aime pas. Il aime le Nzobe (bon cœur). Il déteste le
siobe (mauvais cœur). L’abeille (NZU), qui produit le miel mais
s’illustre par sa grande colère, est détestée. La mouche qui se
pose sur les ordures est tolérée, malgré sa saleté. L’histoire
prend une direction positive si elle est orientée par des
dirigeants qui sont animés d’un bon cœur.
- Le chef (gbia) incarne au pays ngbandi les qualités du cœur
attribuées à Nzapa (Dieu) Les Ngbandi élisent leurs chefs dans
l’amour, le sérieux, le mérite, la responsabilité pour faire les
bonnes choses (à nzoli-ye) et refusent les mauvaises choses (a.
sioli-ye), au nom des lois dites naturelles par d’autres peuples
mais dites divines par eux. Le choix du chef se fait non selon
des critères individuels mais « naturels » : l’aîné étant le
premier qui a été normalement envoyé par la providence pour
être le premier en expérience, en humanité, en amour, en
justice etc., pour initier les autres, est celui qui naturellement,
doit diriger parce que c’est lui qui connaît et qui a eu la mission
d’être dans ce rôle. Il ne peut être écarté que par indignité et
donc infidélité à une mission par essence spécifique. Etant
infidèle à sa mission, il est hors jeu et par conséquent tombe
sous la loi de la justice. Car il devrait être fidèle à l’image
exacte de la chaîne de solidarité, dans un ordre précis : Dieu, la
vie, les ancêtres.
Le chef doit obligatoirement détenir la première source du
bien social en lui-même et dans sa lignée qu’il devra obligatoirement
éduquer par la Force des choses s’il veut continuer à avoir l’honneur
de rester digne de cette charge. La qualité du cœur est donc le
premier critère d’élection du chef. La société qui est première en
présence pour l’appréciation de la vue d’ensemble de l’organisation
politique fixe sagement les limites entre les différents niveaux de
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 51
responsabilité à l’intérieur desquels les groupes et les individus
trouvent leurs cadres de manœuvres et d’initiation. L’organisation
politique part du gbia (chef) descend à la base et remonte de la base
au chef quand il s’agit de traiter les problèmes de niveau général.
Ainsi chez les Ngbandi, il y a:
1. le responsable du pays « gbia ti kodro».
2. Ses porte -paroles « àwà- gbegnon - gbia ».
3. Les hommes mûrs des maisonnées «àkangba-da» qui
représentent les membres de leurs maisonnées.
4. Les membres des maisonnées « àwà-dà » hommes, femmes,
enfants qui apprécient et délèguent les « Kangba — da ». Le
métier du responsable (chef, de son entourage et de
représentants des maisonnées) est très précis: rendre parfaites
les affaires du Pays : justice, organisation militaire, économie,
culture etc. Chacun est donc responsable (chef d’une manière
ou d’autre. Cela se dit en Ngbandi « Zo zu gbia » (tout le
monde est responsable). Gbia étant pris au sens profond de
celui qui agit juste » à bon escient selon son rang qui peut
varier au cours de la vie selon ses capacités, son degré de
conscience et selon 1’ évolution de sa maturation.
L’ensemble des expériences accumulées par les
générations successives qui ont mis en lumière et pratiqué ces
institutions fournit l’héritage des « ndia ti kodro » (les lois du pays)
au sens des choses éternelles qui reviennent toujours pour le bien de
la postérité.
4. CLASSES SOCIALES ET FONCTIONNEMENT DE LA
DÉMOCRATIE DE POSITION CHEZ LES NGOMBE13
1. PRÉSENTATION DU PEUPLE NGOMBE
Le groupe ethnique Ngombe se situe principalement en
RDC, dans la région de l’Equateur. On retrouve d’autres
ressortissants Ngombe au Cameroun, au Gabon, au Congo
Brazzaville, etc.
Les Ngombe sont éparpillés. L’espace géographique qu’ils
occupent n’est pas homogène. On les retrouve dans la savane
13
NGBELU MOYOKO, La rationalité médicale NGUMBA (Thèse de doctorat), F.C.K, 1999-2000.
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boisée du nord dans la forêt équatoriale, enfin le long du fleuve
Congo et d’autres affluents importants. Le lingombe est leur langue.
2. CLASSES SOCIALES NGOMBE
La société ngombe est organisée en classes. Chaque
classe est appelée à jouer pleinement son rôle dans la marche de la
vie collective
1. Bondongo (ou bonzou) : classe des notables (Bankùmù).
2. Bokula: classe de devins -thérapcutes (banganga).
3. Bokônga (bonangi) classe des maîtres des eaux, des riverains.
4. Lingongo; classe des grands juges, des grands sages, des
grands paroliers.
5. Mbonza: classe des grands guerriers (bilombe ba bila) et des
forgerons (bato ba liboma).
6. Makata : classe des distributeurs des biens collectifs.
7. Mbowa: classe des propriétaires des chiens de chasse.
La préséance revient à la classe «bondongo», car c’est
celle-ci qui a le rôle de garantir la paix et le bien-être de toute la
communauté. Le Nkumu est un haut dignitaire qui veuille sur la
bonne marche de toutes les activités.
Et la classe Bokula vient directement après la classe
bondongo à cause de l’importance des nganga dans la survie de la
communauté. Les nganga sont des hommes sacrés, car ils ont la
mission d’éclairer (Bokula) les autres membres de la communauté.
La lumière du Soleil augmente leur influence et leur richesse. Les
nganga savent lire et interpréter les événements qui arrivent dans la
communauté.
- Les bokonga (ou bonangi) gèrent les espaces aquatiques et
transmettent la volonté des esprits qui les peuplent aux
habitants du monde terrestre.
- Les lingongo tranchent publiquement ou en privé les palabres,
règlent les conflits, donnent des conseils.
- Les mbonza défendent la collectivité au cas de guerre contre
les ennemis.
- Les makata veillent sur la bonne distribution des biens ( de la
chasse, agricoles, de pêche).
- Les mbowa sont chargés de nourrir la communauté de façon
permanente, car les Ngombe, peuple gastronome, parfois
gourmand, n’aime pas mourir de faim.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 53
3. MISSION DU CHEF (NOTABLE) CHEZ LES NGOMBE
Le Bokumu « Bokonzi » vient du mot « likonzi » qui veut
dire pieu. Le Nkumu (chef) est appelé à incarner les valeurs de la
civilisation ngombe, à éclairer le chemin, à garantir la paix, la
justice, la sécurité, la joie de vivre.
Face à toutes ces responsabilités il doit chaque jour éviter
de tomber dans les défauts que la tradition ngombe condamne dans
la chanson « Nkumu » (chef) : qu’il ne soit pas voleur (tada na yuba)
qu’il ne soit pas avare (posa enene, y’ eleka te) qu’ il ne soit pas
méchant (Kanda te), qu’ il ne soit pas craintif (itabangé bato), qu’il
ne commette pas l’adultère (itaduka mwadi wa moto), qu’il respecte
les lois de Dieu (atosé mitindo mà Akongo).
4. SPÉCIFICITÉ DE LA DÉMOCRATIE COUTUMIÈRE NGOMBE
La démocratie coutumière Ngombe n’est pas une
démocratie d’opposition mais de position .Les individus se posent
dans leurs classes sociales pour compléter ce que les autres
individus appartenant à d’autres classes sont incapables de faire. On
brandit la différence non pour s’opposer à des individus mais pour
renforcer la ligne idéologique de la gestion de la chose publique
tracée par les ancêtres. Le Nkumù (chef) n’est Nkumu que parce que
le peuple existe et le soutient (Bonkumu dénga).
5. LE POUVOIR POLITIQUE AU COEUR DE LA VIE CHEZ LES
BAYAKA DU KWANGO
Les Bayaka, connus pour leur courage et leur héroïsme
légendaires, sont un peuple particulier au cœur de l’Afrique noire. Ils
sont particuliers dans leur organisation sociopolitique, dans leur
langue, dans leur culture, dans leur composition ethnique, dans leurs
croyances, dans la solidarité entre individus, dans leur hospitalité,
etc.
Avant d’aller plus loin, il est important de souligner quelques
traits de caractère de ce groupe ethnique bantou.
1. SITUATION GEOGRAPHIQUE
De manière ramassée, nous disons que les Bayaka, avant
l’arrivée de l’envahisseur européen en 1880 au cœur du royaume
Kongo, occupaient un pays très étendu qui comprend une grande
partie de l’actuel district du Kwango, en incluant les Territoires de
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 54
Kasongo-Lunda, de Kenge, de Popo kabaka et une partie de Feshi et
de Kahemba, en République Démocratique du Congo et sur la rive
gauche de la rivière Kwango, la partie attenante à la RDC du coté
angolais dans les provinces de Uiji et de Lunda Norte. C’est ce qui
fait que le Kwango soit appelé le pays de Bayaka même si on y
trouve aussi les Basuku, les Baholo, les Batsamba, les Bapindi, les
Bangongo, les Batshioko, les Bazombo, les Bambala, les Balunda
(aruund), les Bahungana, etc.
2. LE KIYAKA, LANGUE DES BAYAKA
Dialecte carrefour, le kiyaka est la langue que parlent les
bayaka. Comme le peuple locuteur, elle est un trait d’union entre
plusieurs langues bantoues dont principalement le kikongo, le
kilunda (ki-ruund) ainsi que le tshiluba; le tout complété par des
vocables des dialectes des peuples locaux du Kwango d’avant la
conquête de la région par des seigneurs Baluwa-alunda venus du
Nkhalan de Koola (Kool) dans le Territoire de Kapanga, chez le Mwat
Yav, au Katanga actuel.
C’est cette particularité qui fait du Muyaka un congolais à
cheval entre les peuples qui l’avoisinent comme les Bakongo, les
Baluba et les Barund à l’exception des Bateke, des Bayansi, des
Babund, des Batshioko, pour ne citer que ceux-là
En outre, le kiyaka, se parle de plusieurs manières qui sont des
nuances en quelque sorte, que chaque yaka peut comprendre, cela
est dû aux influences des dialectes des autochtones. Ainsi quand on
se déplace à travers le pays des Bayaka, on change constamment de
kiyaka parlé, en parlée de ki-banda quand on est en aval des
grandes rivières ou de ki-thandu lorsqu’on se trouve en amont. On a
le kipelendi, le kitsamba, le kikasa, le kipanzi, le kingaanga, kilonzu,
le kiyaka ndiinga, le kipuna.
Il faut souligner que la nomenclature des Bayaka trahit
clairement le mixage entre les peuples Luwa-luba dont les Baluba et
les Balunda, les peuples autochtones ainsi que les substrats
Bakongo. C’est ce qui explique que les noms chez les Yaka sont ceux
de Baluba, Balunda (Mutombo, Kabongo, Kabula, Ilunga, Kabila,
Ngunza, Kabeya, Kasongo, Nzimbu, etc), Bakongo (Nsoni, Lukeni,
Nzinga, Kiadi, Nzadi, etc) et d’autres langues locales (Nzamba,
Ngete, Nguunga).
Par exemple, pour dire « moi, je ne pars pas », on dira : Me’, yi
kweendako, Mene yi kweenda ko, Mene yi kweendaka, Monu, yi
kweenda ku, Meeni, yi kweenda ku, Mene, a yikwenda ku, Monu,
khweenda ku, Munu, yi kwenda ko, Meni, yi kweendo ko, tandis que
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pour « non ! », on dit : khatu, loo, khatu ku, a kwaama, looni, hum
hum, etc.
3. LE PAYS DE BAYAKA
Situé entre les longitudes Est 16°5ř17 et qui va au-delà de
19°58ř15řř dans lř
L’Angola, le pays (tsi, n’totu) de Bayaka est caractérisé des
vastes plaines herbeuses, boisées ou semi-boisées, ainsi que des
forêts qui couvrent les vallées profondes des grandes rivières sur le
plateau de Lunda qui culmine après de 1800 m dans le sud alors que
des altitudes de 650 m, 820 m sont souvent observés.
Le pays des Bayaka a un réseau hydrographique plus ou moins
dense avec des grandes rivières qui coulent du Sud vers le Nord où
leurs eaux se déversent dans le fleuve Congo par la Kasaï et leurs
affluents. Ainsi on a les grandes rivières Kwango, Wamba, Inzia,
Twana, Mbwa khadi (Bakali), Lubishi, Lonzo, Lukala, la Kwenge,
Nganga, Peshi, Fufu.
Le sol très riche, est fait de gré blanc, d’argile, de latérite, etc.
… bref les sols sont aussi bien riches que variés, appropriés à
l’agriculture en grande partie mais propice à l’élevage.
Cette diversité de la flore a atteint le foisonnement d’une
forme extraordinaire et très variée ainsi que des richesses abiotiques
incommensurables.
Le pays Yaka où il fait beau vivre est situé entièrement dans la
zone intertropicale, t° > à 18°c, deux saisons (saison sèche (courte)
et saison de pluie (longue) respectivement de mi-mai à août et
d’août à juin14.
4. LE PEUPLE YAKA
Le nom que les yaka actuel porte est une forme dérivée du
nom de Giachas, Giaques, Giachis, Giaki, Giapas, Aiaccki, Aiaca,
yaka, Jaga, etc. cependant la dorme la plus ancienne chez Pigaffetka
est Giaki tandis que Gavazzi, l’informateur le plus averti, leur donne
pour nom primitif celui de Aiacka15.
En effet, le peuple yaka actuel est le fruit d’une évolution
marquée par un brassage continu mais maîtrisé des peuples qui ont
14
OMASOMBO J., sous la direction, Le Kwango, pays de bana lunda,...
15
PLANCQUAERT M., « Les Yaka, Essai d’histoire », in sciences humaines, annales, series 8e, n°71, Musée de
l’Afrique centrale-Tervuren, Belgique, 1972, PP. 32, 33, 38, 95.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 56
successivement dominé le plateau du Kwango où ils établirent tour à
tour leurs royaumes ou chefferies (Kimfumu).
Cependant, les Kyaamvu sont les seuls à marquer de leur
empreinte cette zone où ils fondent le royaume yaka (Ikyaamvu), le
ciment de l’unité des Bayaka des tous bords.
5. LE ROYAUME YAKA DES BYAAMVU
A l’arrivée des hommes blancs au cœur du continent africain,
ils furent connaissance avec un royaume dirigé par le Kiaamvu à
partir de Kasongo-Lunda où l’autorité politique était quasi
omniprésente jusque dans le village.
5.1. LE POUVOIR POLITIQUE ET ADMINISTRATIF
Le pouvoir politique et administratif est exercé par le kyaamvu
directement et indirectement par tous les chefs qui constituent la
pyramide politico-administrative des chefs de toutes les entités
coutumières et traditionnelles du royaume yaka des byaamvu dont
le chef-lieu est Kasongo-Lunda où se situe le Musumba, la Cour du
grand Chef Kiaamvu Kasongu-Lunda.
C’est à partir de ce centre que partent les ordres, les
instructions, les inspections, les envoyés pour prélever les impôts
sous formes de tributs, les expéditions guerrières ou punitives, etc.
c’est aussi le lieu de convergence de toutes les tributs payées au
souverain, le kyaamvu.
5.2. LA STRUCTURE DU POUVOIR
La structure est pyramidale : le sommet étant occupé par le
kyaamvu, la base est constituée des chefs des villages sans
envergure quand bien même tout chef est un parent à quelque
degré des premiers souverains venus de Koola, du Musuumba
Kapanga, du Katanga.
Ainsi, nous avons le Kyaamvu, le Mbaangi, le Ngoowa, le Swa
Teenda, le Kabeemba, le Maziinda, le Paanzi, le Kabaka, le Mulopo
Ndindi, le Kassa, le swa Ikoomba, le Munene, le Mwaaku, le Tsakala,
le Khobo, le Ndiinga, le Menjila, le Kaluumbu, Swa Yaamvu, le
Kwaamba, le Pelende ndala, le Muni Maziaamu , le Kalawa Yiinda, le
Manzengele, le Kidima, le Ngete, le Muni Ngunda, le Matamba, le
Nzofu, le Mongu-Mbaamba, le Musaka, pour ne citer que ceux-là.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 57
Les rôles sont très séparés à la Cour du Kiaamvu, on a un
détenteur des fétiches et autres magies (mfumu baloki), un chef de
guerre (Mwari Zita ou mwadi Vita), un chef du Protocole, une reine
(la kha Mwaadi), …
a. La transmission
Le pouvoir du kyaamvu se transmet de père en fils sauf
exception due à une désorganisation. Il est donc de type
patrilinéaire. La désignation d’un kyaamvu se fait généralement par
celui qui est au pouvoir en adoptant un dauphin parmi ses fils ou ses
neveux, fils de ses frères, sinon lorsqu’il n’y en a pas eu, il sera
choisi parmi les prétendants par le collège des (grands) électeurs qui
sont au nombre de trois dont Ikoomba, Mbaangi, Mazeembe, …
Etant donné le caractère familial et unitaire du pouvoir chez les
Bayaka, il est normal de voir, lors d’une succession que le
successeur vienne de très loin (300 km, par exemple), voire même
de l’autre bout du pays yaka, où on peut trouver des éléments d’un
même clan, d’une même famille, dispersés lors des conquêtes en
harmonie avec les dédoublements ou triplement des dénominations
des lieux, des villages, des rivières, des plaines ou des forêts.
b. Les attributs du pouvoir
Les attributs du pouvoir que tout kyaamvu devra avoir sont le
kazekele ou lukhanga (anneau à la jambe en cuivre couvrant un
intestin d’un aïeul) qui se transmet avec la succession reste l’insigne
majeure, le couteau (mbeela p’oku), la couronne (pewa, pwa, pu), le
chasse-mouche en que de buffle ou de lion (m’pungu) ainsi que le
pagne cheffale (m’koonzu) sont les effets inséparables du chef yaka
à partir desquels il est reconnaissable.
Chez lui, et partout dans son entité, le chef yaka est assis sur
un trône (kiti kya kimfumu) avec les pieds sur une peau de léopard
(iketa kya ngo, isuupa) tandis qu’un orchestre des musiciens jouent
des airs propres à la chefferie pendant qu’un poète ou griot
psalmodie les hauts faits du chef et de ses aïeux.
Les manières (bikalulu, habitudes) à la cour (ku ngaanda) sont
un art à part entier. La façon de parler (ki-nzoonzi, ku ditandumuna,
ku-disasa), de marcher (mweendu), de boire (ku-nwa), de manger
(ku-dia), de courtiser les dames (ku-moka), d’exécuter la danse
cheffale (mussangu), de prier les ancêtres, de s’assoir ou de
s’accoutrer (ku-wandama) s’apprennent et se transmettent aux
générations qui montent.
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Leurs origines remontent, sans doute, à l’Egypte pharaonique
d’où tout pouvoir nègre bantou tire ses origines.
c. Le Kyaamvu
Le kyaamvu, titre que porte le roi des bayaka est dérivé du
titre que porte l’empereur lunda de l’Empire Lunda qui réside à
Kapanga, au Katanga d’où est partie la famille régnante yaka.
d. La généalogie des Byaamvu
A ce jour, nous sommes d’accord avec le père H. van Roy 16,
que la dynastie des kyaamvu compte près de 29 souverains, tous
d’essence lunda. Le premier de byaamvu est SaKavuunda Mutoombo
Leenga-leenga qui fut suivi de Muni Putu Kasongo Lunda 17, alors que
l’actuel Kyaamvu s’appelle Inana Masuku Panzu Jean Mélange. Si la
logique et les traditions liées à la succession ont toujours été
observées, seuls les byaamvu sont venus sur le trône par la volonté
du colon belge et n’ont pas pu s’y maintenir faute de légitimité. Le
problème est survenu lors de la succession du Kyaamvu Kuumbu
Mukelenge Mukyewa lorsque l’arrêté ministériel désignant le
successeur a, plutôt, été octroyé à Ibalabala au lieu d’Inana Masuku
Panzu Jean Mélange. Tous deux, princes de la famille royale yaka.
Voici, ci-dessous, la liste des byaamvu de bayaka 18:
1. Sa Kavuunda Mutoombu Mwaaku Lenge-Lenge ;
2. Muni Putu Kasoongo Luunda ;
3. Mukelenge Mutombu Yibanda;
4. Muteeba Nziimbu ;
5. Mbaala-zi-Mazeza ;
6. Lwaula Mwaaku sr ;
7. Mutoombu Yibaanda ;
8. Lwaula Mwaaku Jr ;
9. Muteeba Yiinda ;
10. Mteeba Tsiimba ;
11. Muteeba Kassa ;
12. Mbaala Mukadi ;
16
VAN ROY H., cité par MATADI WAMBA KAMBA MUTU, Espace lunda et identité culturelle en Afrique centrale,
….
17
Ibid
18
Ibid, P. 58
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 59
13. Diwulu ;
14. Muteeba Kali (Khaadi) ;
15. Kasaanga :
16. Muteeba Nzusi ;
17. Naweshi ;
18. Tsiimba Nřkumbi ;
19. Lukhookisa Mangaanda ;
20. Muloombu ;
21. Khodi Pwanga ;
22. Mřluma Mbisi ;
23. Kabeya ;
24. Bivwiila ;
25. Khoodi Pwaanga (2e mandat) ;
26. Kabaamba ;
27. Mřkulu ;
28. Phaanzu Pfumu khulu ;
29. Kuumbu Mukelenge ;
30. Ibala Bala Nřteeba Khadi
31. Inana Masuku Phaanzu JM.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 60
6. LA NAISSANCE, LE MARIAGE ET LA MORT
La naissance (kubuta, kuvwaala) d’un enfant (mwaana),
pécédé d’une période de grossesse (zimi, kifuundu) conçue
(kuyimita), est un événement glorieux chez les Bayaka, car l’enfant
est non seulement une bénédiction des ancêtres (bakhaka) et un
autre ancêtre qui renait mais aussi le continuateur de la lignée
familiale et clanique. Ce sont les sages-femmes qui en assurent la
fonction d’encadreurs des jeunes femmes engrossées. Le premier né
d’une famille est nommé Tsomi et le cadet, Tsuka.
Le mariage (loongu) qui est généralement monogamique finit
parfois par une polygamie (khongu, mbaandi) dont les causes sont
diverses. Le mari (yakala) est le chef de la famille, tandis que la
femme (mukhetu, mukasi) reste la mère (ngudi) de famille. Pour
acquérir une femme, il faut verser une dot (m’teta, nziimbu) à la
famille (ki-ko= belle-famille) de la femme qui peut être jeune
(mwana nduumba), divorcée(cas exceptionnel) ou veuve (m’fuudi),
sinon la femme peut être héritée d’un frère, d’un parent (kiwutu) ou
d’un ami (nduku) proche décédé dans le but de protéger la
progéniture ou carrément de continuer de jouir du droit que confère
la dot car la femme mariée appartient à sa belle-famille. Les familles
des mariés se doivent respect profond et entraide et les uns sont les
Ma-ko des autres et vice-versa.
La dot (m’teta, n’teta) est constituée des objets de valeur dont
des boissons (malafu) les étoffes (milele), les bêtes cornues
(khoombu), les pièces de monnaie nziimbu (cories), les poules (ba-
khoku), les noix de cola (makaasu) et ntendi, les piments et le sel.
En cas de polygamie, la première femme est appelée kha
mwaadi, la seconde, kha themuni, la troisième ….et elles se
partagent une cour commune.
La mort (lufwa), bien que compréhensible, reste un mystère
accepté car considérée comme un moment de changement de vie
pour les êtres de chair qui deviennent des esprits (bamvuumbi,
banzaambi) dans le kalunga, l’au-delà. Elle est annoncée (kusamuna
musamu lufwa) par des coups de feu (m’zoongu), des battements de
lokole (moondu) pour avertir les habitants non lointains, et des
envoyés vont au loin pour annoncer aux parents éloignés.
En attendant la veillée (khoondu) est organisée à la résidence
du défunt (mvuumbi) dont le corps est placé, pour exposition, sur un
étalage (thala), là où il est pleuré (ku-mudila) par tous avec des
chansons funèbres ponctuées des versets (makana).
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 61
Durant toute la durée des obsèques, on ne mange pas, on ne
se réjouit pas, de quelque manière que ce soit au sein du clan
(kikanda) et du village (hata) éprouvé.
Selon son rang, le mort est enterré un à deux jours après sa
mort dans un cercueil (khela) en bois ou en bambous dans le
cimetière (nduumba, maziaamu) dans un trou dont la profondeur est
suffisante dès lors quřon atteint le latérite rouge (luundu), niveau
souterrain correspondant au séjour invisible des morts, le kalunga, la
tête tournée vers l’Est, vers Koola, la direction des origines, surtout
pour les nobles, parmi ses ancêtres qu’il rejoint naturellement après
des cérémonies et autres palabres (fundu) pour déterminer les
causes (bikuma) spirituelles du décès et prévenir d’autres surprises
dans le clan.
7. LA CULTURE DES BAYAKA
Comme le témoigne la multitude des œuvres de toutes sortes
bien conservées dans les musées les plus renommés du monde dont
le musée de Tervuren à Bruxelles, le Musée de l’homme à New York,
le Musée du Louvres à Paris, le peuple yaka a une culture très riche.
De tradition orale, aucune forme dans ce domaine culturel n’a
été oubliée par ce peuple. Les Yaka sont des musiciens, des
danseurs, des chanteurs, des compositeurs, des artisans, des
artistes, des féticheurs, des guérisseurs avérés, des gastronomes,
des cuisiniers, des chasseurs, des pécheurs, des potiers, des
constructeurs, des guerriers, des stratèges, des tisserands, des
voyageurs, des sages et des inventeurs hors pairs.
La société yaka a connu une organisation de plus harmonieuse,
ce qui explique en partie, sa stabilité (longévité).
Si tout muyaka qui se respecte reconnait volontiers être sujet
du Kyaamvu, le grand chef, il croit par-dessus tout au Dieu créateur,
Nzaambi Mpungu, il croit aussi aux esprits bienfaisants et
malfaisants (banzaambi, mifu, bitsutsu, kapfumbudi nkhenge), il
croit enfin aux ancêtres (bakhaaka) qui sont allés au Kalunga (l’au-
delà) par le chemin de la mort et qui ont changé tout simplement de
forme de vie.
Les mânes des ancêtres, Miyombo mia bakhaka, constituent les
sanctuaires, le lieu qui ne manque jamais dans la configuration de
chaque village ou ville yaka et se situe au Ngaanda (la cour Royale,
cheffale) où le Chef est le grand prêtre de la religion des ancêtres.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 62
Les prières sont appelées « Misaasu » et sont prononcées à chaque
circonstance de la vie, chaque fois selon une formule spéciale à
chaque événement.
En outre les ngaanga ngoombo et ngaanga buka (guérisseurs,
voyants et devins) sont autant des prêtres et des détenteurs aussi
bien de la magie, de l’art divinatoire ainsi que des secrets des
plantes, poissons, insectes et autres substances médicinales ainsi
que les formules magiques spéciales pour la santé aussi bien
physique et mentale des populations.
Agriculteurs, les Bayaka ont la maîtrise des saisons (tsuungi),
ils savent très bien alterner les cultures par rapport aux saisons. Ils
ont la connaissance des périodicités des différents produits de la
chasse (buyaanga), la cueillette (mbingu) et de la pêche: gibiers,
rats, oiseaux, chenilles, sauterelles, champignons, fougères, lianes,
racines, fruits et grains sauvages et de verger, poissons, crabes,
sauterelles, larves diverses, légumineux, feuilles gastronomiques,
etc.
7.1. LA MAGIE, LE CULTE DES ANCETRES ET LE MONDE DES
ESPRITS OU BA-KHAKA
Les magiciens (ba-ngaanga) sont une caste très importante
chez les Bayaka car ils sont les seuls à produire l’impossible lorsque
tout le monde semble bloqué. Les seigneurs (bamfumu) font recours
à eux lors des affrontements (kumekana, kunwaana) car ils leurs
viennent en aide pour leur permettre, dans certaines conditions,
d’être invisibles (lupipita), d’opérer des voyages astrales (ku-vuuka),
de renverser des situations, par exemple.
Les ancêtres (ba-khaaka) sont vénérées et font l’objet des
cultes, car ils restent l’ultime recours lorsque les humains ne
peuvent plus rien.
Par conséquent les vieux (ba-mbuta), ceux qui ont vécu, sont la
référence pour les générations, leur expérience est toujours
recherchée en toute situation. Ils restent les premiers conseillers
dans tous les domaines de la vie traditionnelle. Ainsi, le soir, toute la
crème de la jeunesse montante se retrouve autour du feu (ziku,
mbaawu).
C’est à cette occasion que la sagesse est transmise, les
histoires sur les clans, les aïeux, le passé sont racontées aux jeunes,
qui à leur tour, les raconteront à leurs enfants et petits-enfants, ainsi
de suite. En général, chaque clan se retrouve autour d’un ziku, le
feu, autour duquel les hommes se retrouvent pour causer (ku-
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 63
yambila) et discuter et même décider après avoir mangé, ensemble,
les plats des différentes femmes, tout en dégustant les bonnes
boissons tirées des palmiers. C’est en bref un lieu de palabre où les
décisions sont prises après concertation.
7.2. LA MUSIQUE
La musique est une expression de l’émotion profonde chez les
yaka. Elle exprime le bonheur, la joie (kiessi), la tristesse (kiadi), la
satisfaction, etc.
Ainsi, une gamme très variée de musique accompagne la vie des
yaka :
- La musique cheffale est celle qui accompagne tout chef yaka à
quelque niveau que ce soit. Elle est produite par un orchestre
spécialement lié au chef et donc à la cour. Elle accompagne les
cérémonies où le chef est en vue (M’saangu). Elle est populaire,
privée, restreinte ou publique ;
- La musique funéraire accompagne les décès et autres funérailles
(Makana ma kudidila) ;
- La musique des berceuses : pour calmer les petits bébés
pleurnichards (Ndési) ;
- La musique initiatique est celle des jeunes initiés (Kandangi) ;
- La musique de ballet est pratiquée par des groupes professionnels
qui se déplacent d’un lieu à un autre pour offrir leur spectacle sous
formes de ballet avec des danseurs masqués (M’khanda) mweelo ;
- La musique vespérale (Ngoma, autour du feu en pleine lune) est
celle des plus populaires, où les villageois se trémoussent autour des
batteurs de tambours, tamtams, chanteurs et autres musiciens.
C’est la forme la plus prisée des jeunes et la plus répandue qui
permet les rencontres entre jeunes gens (filles et garçons) ;
- La liste est exhaustive
Les différents instruments des musiques ont créé des
musiciens spécialisés qui les manient et les jouent de manière
séculaire ; on distingue des instruments à vent, à corde, à
membrane, à percussion, à lamelles, ressors, etc.
C’est dire combien cette musique est riche. Ainsi, elle donne
lieu à l’existence d’une classe sociale des musiciens, des fabricants
d’instruments de musique, des compositeurs, des danseurs, etc.
Voici un proverbe qui a trait à la musique :
- Mangoma kalembi, hunini m’nguungi !
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 64
Lorsque le batteur principal est fatigué, il prend prétexte sur son
accompagnateur. C’est qui explique que la faute revient toujours à
l’adjoint.
7.3. LA SCULPTURE, LA POTERIE ET LA PEINTURE, LA
VANNERIE
Elle fait partie de la vie quotidienne chez les yaka ; le bois
(m’ti, n’ti, muti, miti), la pierre (tadi, matadi), les défenses
d’éléphants (meeno ma ndjoku), les dents des bêtes, les os (bihisi),
les carapaces ainsi que les autres noix sont façonnables à perfection
pour être transformés en divers objets sculptés dont les figurines
(biteki), les pendentifs, les ustensiles comme les mortiers
(mayaanda), les malaxeurs (miiku) qui servent à préparer le foufou,
les instruments divers de musique, de chasse, de pêche, d’apparat,
les cannes des notables (kooka) et des chefs, etc.
L’argile (tuma), dont les carrières sont légion, est bien présente
car elle est malléable à souhait pour être transformé en pots,
assiettes, cruches (miloondu, objet d’art diverses, marmites
(nzuungu), pendentifs, animaux, poissons, insectes et pourquoi pas
en représentations des esprits des ancêtres (bisiimbi). Quant aux
vanniers, ils produisent des paniers (bitunga) à dot pour le transport
par les femmes des récoltes et autres produits de la cueillette
(miyenda), les paniers tamis (m’swaalu, miswaalu), les paniers
bassins (kolu) pour recueillir la farine (mfuba), etc.
Les yaka pratiquent la peinture murale, sur les nattes, les
tables, les poteries et autres pagnes et étoffes en représentant tout
ce qui peut l’être.
7.4. LA N’KHANDA
Pour parer à l’impréparation, une institution a été mise à jour
pour former et préparer les jeunes à assurer la relève des ainés et à
aider ceux-ci à organiser, à administrer la société. C’est cette
institution qu’on appelle n’khanda.
Le terme est polysémique en ce sens qu’il signifie, d’abord, la
circoncision soit l’acte par lequel un garçon se voit couper le prépuce
qui couvre le bout de son pénis, ensuite, la période durant laquelle le
jeune yaka subit l’initiation à la vie d’adulte et au cours de laquelle il
est circoncis et enfin le ballet populaire consécutive à la présentation
des circoncis au grand public ou tout autre ballet dont les danses, la
musique et les acteurs font allusion à la n’khanda.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 65
L’initiation qui est le passage obligatoire de la puberté à l’âge
adulte se fait d’abord dans la chair (physiquement) et ensuite
mentalement par des enseignements spécifiques.
Les jeunes, amenés à l’écart du village pendant quelques
semaines, voire des mois, se font instruire par des instructeurs dans
la sagesse, les gestes des adultes, les tâches essentiels, la self
défense, l’artisanat, etc.
C’est à cette occasion qu’on circoncit les jeunes en leur
coupant le prépuce du pénis sans anesthésie en signe d’endurance
et de persévérance afin de le doter d’une verge prêt à la besogne.
Partis enfants, liés aux mamans, peureux, ignorants presque,
incirconcis, ils rentrent de la N’khanda adultes, hommes, pleins des
nouvelles connaissances et responsables en plus, prêts à affronter la
vie des adultes dont le mariage, une fonction, etc.
Ils partent en ignorants (Kandangi) et reviennent initiés, pleins
de connaissances (Mbaala) et portent pour la dance qui accompagne
leur fête de sortie, un masque ; Nduemba, Tsekedi dont le visage
présente un type au nez long et crochu qui renvoit au phallus (pénis)
et donc à la fécondité et à la virilité du circoncis.
Désormais le jeune circoncis peut parler, discuter et séjourner
parmi les hommes adultes avec qui il doit se familiariser pour
acquérir leur expérience19.
7.5. LA TECHNOLOGIE
Telle que nous la connaissons aujourd’hui, la technologie est le
produit de l’évolution et de la sommation des différentes techniques
propres à tous les peuples du monde.
Le peuple yaka n’est pas en reste sur ce chapitre. En effet,
chaque fois qu’il a rencontré une difficulté pour accomplir une tache,
il a cherché à employer une technique propre.
Ainsi pour atteindre des cibles éloignés, dangereux, comme le
cas des animaux (ba-mbisi, gibiers) ou des ennemis pendant la
guerre, ils ont fait recours aux arcs (buta bwa lukasi) pour tirer des
19
Cfr Racine : Film d’Alex Huxleys avec KUNTA KINTE,
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 66
flèches (ku ta matoma). Ils ont inventés des pièges (mitaambu) de
toutes les sortes et dimensions pour capturer (ku-kwaata) toutes les
sortes de bêtes terrestres, volants ou aquatiques. Ils ont maîtrisé le
feu (mbaawu) qu’ils peuvent produire à volonté et entretenir avec un
souffle (muzakasu) pour des travaux d’envergures comme la forge
des métaux pour fabriquer les outils et les armes par les forgerons
(bangangula). Ils ont leurs boissons de palme (malafu ma tsaamba)
et de raphia (malafu ma yiimba) propres à eux. Pour traverser les
rivières et les canions, ils ont inventé leurs ponts (bilalu)en lianes et
en bois si cela n’est pas possible avec la pirogue (m’diimba) dont
l’usage est courant. La cuisine générale, la gastronomie,
l’élaboration des produits pharmaceutiques sont des domaines dont
les yaka ont la maîtrise.
Les mathématiques théoriques n’existent comme telles,
cependant le dimensionnement est présent dans la vie au quotidien.
Le pas (lutaambi), le coudé, la main (yikaanzu), le bras (kooku), la
jambe (kuulu) ainsi que les autres bâtons servent pour mesurer la
longueur (kuleya), la largeur (kutooka), la distance (kiaana), la
profondeur (nziinga) et servent des unités de mesure incontestables
chez les Bayaka, tandis que, le poids (zitu), le volume et les autres
intensités sont plutôt comparatifs.
La construction (kutuunga) des cases (nzwa za kheke), (cuisine
(kikuuku), des maisons (nzwo, nzwa mbuta), grainiers (khila),
paillottes (kyota), et autres édifices se fait de manière écologique et
adaptée au climat car utilisant des matériaux disponibles, facilement
biodégradables, et il règne un microclimat très agréable à l’intérieur.
7.6. LES CORPS DE METIERS CHEZ LES YAKA
Les Bayaka, dans leur société, distinguent plusieurs corps de
métiers équivalents aux spécialisations professionnelles, de telle
sorte que toutes les activités connues devaient être exercées par
des spécialistes :
- les biloolo sont des courtisants et se retrouvent dans toutes les
cours de tous les chefs quel que soit leur rang ;
- les mayaanga sont les chasseurs ;
- les bitapas sont les spécialistes en circoncision des jeunes ;
- les mangoma sont les batteurs de tambours ;
- les ndesi sont les berceuses, gardiens des bébés ou des plus
petits ;
- les ba-baangu sont les piroguiers spécialisés en navigation en
pirogue ;
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- les mweelu ou kandanzi sont des danseurs masqués des ballets
nřkhanda ;
- les ngaanga ngoombu sont des devins, les ngaanga buka sont des
guérisseurs connaisseurs des secrets de la médecine et de la
pharmacopée tandis que les ba-ngaanga nřkisi sont des féticheurs et
les ba-loki sont des sorciers ;
- les ba-ngaanzi sont les juges ;
- les bihadi-bi-teki, sculpteurs ;
- les m’sadi bi-tunga, miyeendi, miswaalu, bioonu, makolu,
mbaangu, mafukala, (vaniers) les bi-tuungi ma-lwaandu (nattes),
ma-waba, bilaamba (sacs à main en raphia) ;
- les ba-hika sont des esclaves ;
- les ngema sont les tireurs de boissons de palmier à raphia (surtout)
ou de palmier à noix de palme ;
- les ngangula sont les forgerons qui fabriquent les ustensiles
essentiels les plus variés; la liste n’est pas exhaustive.
A propos, un proverbe yaka dit : « kisalu, bakwa kyawu, ba
nganzi, lukuku ! » pour dire, « une tâche n’est bien exécutée que par
des spécialistes, les bricoleurs n’ont pas qualité ».
Ainsi donc, la pluie, le vent, la foudre, bref les éléments,
peuvent faire l’objet des manipulations à souhait et cela était un jeu
d’enfant à l’époque :
- un chasseur acculé par une bête sauvage peut s’en tirer en se
transformant soit en une autre bête, en tronc d’arbre, etc.
- un voyageur peut rester tout à fait étanche en marchant sous une
pluie battante, etc.
CHAPITRE V : IDENTITE CULTURELLE,
TECHNOCRATIE ET RECONCILIATION DE
L’ADMINISTRATION PUBLIQUE AVEC LE
MILIEU.
Les thèmes abordés dans les précédents chapitres nous
ont montré que les formes d’organisation politique l’on rencontre ici
et là sont connues à partir de l’identité culturelle spécifique de
chaque peuple qui est marqué par son histoire, sa langue et sa
psychologie sociale. Ces déterminants culturels doivent être pris en
compte dans la promotion d’une Administration publique plus
humain et plus proche des réalités de chaque milieu.
L’histoire de notre pays montre que la poursuite des
valeurs sociales n’a pas toujours été l’idéal suivi par les dirigeants.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 68
D’où la résurgence des conflits de tout genre et les disparités
ethniques souvent nuisibles au bon fonctionnement de l’appareil
étatique.
En humanisant notre Administration publique, nous
mettons celle-ci au service de la satisfaction des vrais besoins de
notre peuple et nous donnons ainsi à chaque société l’occasion
d’être elle-même dans la poursuite du bonheur collectif. Car
l’adhésion volontaire à un programme national de vie est un grand
atout pour le développement intégral.
La bonne Administration publique est celle qui évite de
gérer les populations en allant à contre courant de leur conscience
et en les poussant à agir par force là où leur cœur n’est pas. La
flamme du développement d’une nation est d’abord une flamme
intérieure. Le retour à l’humanisme et le respect des identités
culturelles des peuples sont recommandés pour une bonne gestion
administrative plus efficace et plus rentable.
L’Administration publique, ne doit pas se confondre avec
une simple technocratie, une simple bureaucratie. L’esprit de terrain
doit prendre le dessus, car chaque milieu social a son visage.
L’identité culturelle, nous le soulignons, est une réalité complexe qui
doit pousser les acteurs politiques soucieux de bien gérer les intérêts
de nos peuples à s’adapter sur terrain, en respectant leurs mœurs,
au lieu de se contenter de brandir orgueilleusement leurs titres
universitaires ou scolaires, si non ils seront mal compris et
finalement rejetés violemment.
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5.1. LA DEFINITION DE L’IDENTITE CULTURELLE
L’identité culturelle se construit toujours autour des activités
multiformes d’une communauté humaine qui poursuit des objectifs
particuliers.
La culture est partout puisqu’elle est synonyme de civilisation, dans la
mesure où la culture est à la fois un ensemble de survivances et de possibilités,
de choses mortes et des choses vivantes, d’objets et d’expressions verbales 20.
E.B. Taylor écrivait dans Primitive Culture : « le mot culture pris dans son sens
ethnographique le plus étendu, désigne ce tout complexe comprenant les
sciences, les croyances, les arts, la morale, les lois, les coutumes, et les autres
facultés et habitudes acquises par l’homme dans l’état social »(1871)
La culture englobe la littérature, la musique, la danse, l’art, la sculpture,
le théâtre, le cinéma et le sport… Toutes ces activités sont, naturellement, une
source de joie pour n’importe quel groupe social. Mais la culture est beaucoup
plus que les arts. Il s’agit des modèles d’identité communs. Il s’agit de la
manière dont les valeurs sociales sont transmises et dont les personnes sont
intégrées dans une société. La culture est la manière dont le passé interagit
avec le futur21.
La culture objet de l’anthropologie, joue un rôle très important dans la
construction de l’identité culturelle d’un peuple. S’agit-il d’un individu, son
identité culturelle est fonction de celle de son peuple. Par conséquent, pour
définir l’identité culturelle, dans une large mesure, il faut analyser les
composantes de la personnalité collective. On sait que trois facteurs
concourent à la formation de celle-ci. Il s’agit des facteurs historique,
linguistique, et psychologique22.
Toute tentative visant à renforcer ou à modifier la personnalité
culturelle doit donc consister à étudier avec soin un mode d’action appropriée
à ces trois facteurs. L’identité culturelle parfaite correspond à la pleine
présence simultanée de ceux-ci chez l’individu. Mais il s’agit là d’un cas idéal.
Dans la réalité, on rencontre toutes les transitions, depuis ce cas normal
20
Jean COPANS, Introduction à l’Ethnologie et à l’Anthropologie, 3eme Ed. Armand Colin, paris, 2012, P.80
21
« Pour l’Afrique contre l’indifférence et le cynisme », Rapport de la commission FOR AFRICA, La
documentation française, 2005, PP. 33-34
22
CHEIKH ANTA DIOP, civilisation ou barbarie, présence africaine, paris, 1981, PP. 271-281
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 70
jusqu’au cas extrême de la crise d’identité par suite de l’atténuation des
facteurs, distinctifs précités. Les combinaisons spécifiques de ceux-ci donnent
tous les cas possibles, individuels ou collectifs ; tel facteur agit pleinement,
tandis que tel autre n’a plus qu’un effet très faible ou même nul, comme on le
verra lors de la perte de l’expression linguistique, de la langue maternelle, dans
la diaspora.
On pourrait se demander lequel des trois est le plus important,
autrement dit, lequel suffirait de caractériser la personnalité culturelle en
l’absence des deux autres. Cette question a-t-elle un sens ? Pareil cas est-il
possible ? Répondre revient à passer en revue l’importance relative de chacun
des facteurs dans une analyse brève.
5.1.1. Le facteur historique :
Le facteur historique est le ciment culturel qui unit les éléments
disparates d’un peuple pour en faire un tout, par le biais du sentiment de
continuité historique vécu par l’ensemble de la collectivité. C’est la conscience
historique ainsi engendrée qui permet au peuple de se distinguer d’une
population dont les éléments, par définition, sont étrangers les uns aux autres.
Exemple : la population d’un marché par sa composition par des touristes
étrangers sans lien culturel entre eux.
La conscience historique, par le sentiment de cohésion qu’elle crée,
constitue le rempart de sécurité culturelle le plus sûr et le plus solide pour un
peuple. C’est la raison pour laquelle chaque peuple cherche seulement à bien
connaitre et à vivre sa véritable histoire, à transmettre la mémoire de celle-ci à
sa descendance.
L’essentiel, pour le peuple, est de retrouver le fil conducteur qui le relie
à son passé ancestral le plus lointain possible. Devant les agressions culturelles
de toutes sortes, devant tous les facteurs désagrégeant du monde extérieur,
l’arme culturelle la plus efficace dont puisse se doter un peuple est le
sentiment de continuité historique. Aussi l’effacement, la destruction de la
conscience historique a fait partie de tout temps des techniques de la
colonisation, d’asservissement et d’abâtardissement des peuples.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 71
Ce sont ces possibilités d’agression culturelle, liées à l’importance vitale
de cette matière, qui ont amené les pays en développement qui sortent de la
nuit coloniale, à faire de l’enseignement de l’histoire une activité nationale.
Exemple du Maroc, de l’Algérie, actuellement le Rwanda, avec l’aspect du
génocide. Un tel enseignement doit retenir l’attention de l’Etat.
Ce qui est important pour un peuple donné, ce n’est pas le fait de
pouvoir se réclamer d’un passé historique plus ou moins grandiose, mais plutôt
d’être seulement habité par le sentiment de continuité si caractéristique de la
conscience historique. Comme le soutient Léopold Sedar Senghor que les
peuples sont les fils de la géographie et de l’histoire (1974, P.20). Pour dire
qu’aucun peuple de quelle taille qu’il soit ne peut envier le passé historique
d’un autre peuple, brillant soit-il. La connaissance de son vrai passé, quel qu’il
fût, voilà le fait important. Cela suppose une activité de recherche qui se
déploie entièrement sur le terrain scientifique, à l’abri de toute interférence
d’idéologie. Les Africains sont capables de se livrer à une pareille activité car
plusieurs organismes, comme l’UNESCO possède des archives des documents
probants à ce sujet.
Un peuple sans conscience historique est une population qui risque de
périr par l’absence d’un lien culturel. La perte de la souveraineté nationale et
de la conscience historique par suite de l’occupation étrangère prolongée
engendre la stagnation ou même parfois la régression, la désagrégation et le
retour partiel à la barbarie.
Tel fut le cas de l’Egypte sous les Romains. Pourquoi ? Parce que du fait
de la perte continue de la souveraineté nationale depuis l’arrivée des Perses en
525 Av JC, l’Egypte qui avait civilisé le monde, et qui dès 1600 Av JC sous la
règne de HATCHEPSOUT, sillonnait les mers avec des bateaux de haut bord,
vers le pays de Pount,23 ne savait plus construire que des barques en argile,
sous les romains au IIème siècle Ap JC. C’est dire que sous l’occupation romaine
l’Egypte était amputé de tout moyen pour développer sa technologie qui était
pourtant avancée avant l’occupation.
23
Egalement appelé Ta Nétjer qui signifie « pays du dieu », est un site commercial qui apparait dans les récits
de l’Egypte antique dont la localisation se situe sur le site de la cote africaine de la mer rouge allant des confins
érytréo-soudanais au nord de l’actuelle somalie.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 72
Une grande énigme de l’histoire s’éclaire d’un jour nouveau : à savoir
pourquoi des peuples responsables de grandes civilisations sont-ils tombés
bien bas par la suite, en particulier les peuples africains ? Le facteur historique
est d’une importance capitale dans la définition de la personnalité culturelle
d’un peuple.
Il devient évident que le sentiment d’unité historique, et partant
d’identité culturelle que la recherche scientifique est capable de faire vivre à
l’heure actuelle à la conscience culturelle africaine, est non seulement
qualitativement supérieur à tous ceux connus jusqu’ici, mais joue aussi un rôle
protecteur de premier ordre dans ce monde caractérisé par la généralisation de
l’agression culturelle. Ainsi se dégage une direction de recherche
recommandable en vue du renforcement du sentiment d’identité culturelle des
peuples négro-africains. C’est en se livrant à une telle activité investigatoire
que nos peuples découvriront, un jour, que la civilisation égypto-nubienne a
joué le même rôle vis-à-vis de la culture africaine que l’antiquité gréco-latine à
l’égard de la civilisation occidentale.
On peut dire qu’un peuple est sorti de la préhistoire dès l’instant qu’il
prend conscience de l’importance des événements historiques au point
d’inventer une technique – orale ou écrite – de sa mémorisation et de son
accumulation.
5.1.2. Le facteur linguistique
Contrairement à Montesquieu qui soutient le facteur linguistique, en
déclarant, « tant qu’un peuple vaincu n’a pas perdu sa langue, il peut garder
l’espoir…. ». Il est difficile de dire, entre le facteur historique et le facteur
linguistique, lequel des deux est le plus important sous l’angle qui nous
intéresse. Montesquieu, en soulignant de cette façon, soutient que la langue
est l’unique dénominateur commun, le trait d’identité culturelle par excellence.
Mais que signifie l’unité linguistique africaine ? L’Afrique est un tour de
Babel, dira-t-on. Pas plus que l’Europe, qui compte elle aussi plus de 360
langues et dialectes. L’unité linguistique apparente n’existe pas à l’échelle
d’aucun continent. Les langues suivent les courants migratoires, les destins
particuliers des peuples, et la fragmentation est de règle jusqu’à ce qu’un effort
officiel, une volonté politique essaie d’étendre une expression au détriment
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 73
d’autres : ainsi le parler de l’Île-de-France, celui des rois de France, a été
privilégié par rapport aux autres dialectes, picard, provençal, breton, etc.
L’Europe aujourd’hui a comme langue mère l’indo-européen. C’est
l’ancêtre dont dérivent tous les rameaux actuels et passés, suivant une
évolution très complexe. Mais la recherche linguistique africaine de ces
dernières années a permis d’atteindre un degré où la parenté, l’unité
linguistique africaine au sens génétique, est aussi évidente que celle de la
grande famille linguistique indo-européen. Et nous voyons les voies qui sont
ouvertes à l’affirmation et raffermissement de l’identité culturelle africaine.
De même, c’est la recherche linguistique, et uniquement elle, qui a
permis tout récemment aux européens du XX ème siècle de vivre le sentiment de
leur unité linguistique. Avant les recherches de grammaire comparée de
l’allemand BOPP au XIXème, il n’existait aucun sentiment d’unité linguistique
européenne. L’Afrique n’aura accusé dans ce domaine qu’un peu plus d’un
siècle de retard par rapport à l’Europe. Il faut donc qu’une recherche
linguistique africaine dûment menée amène nos peuples à vivre profondément
leur unité linguistique, au même titre que l’Europe malgré l’apparente
hétérogénéité de surface. Les résultats obtenus permettent déjà
d’entreprendre l’éducation culturelle de la conscience africaine dans ce sens.
Ces deux facteurs passés en revue comme éléments constitutifs de la
personnalité culturelle mettent en évidence la nécessité d’une refonte totale
des programmes africains d’enseignement dans ces domaines. Pour Cheikh
Anta Diop par exemple, ces programmes doivent être axés radicalement sur les
antiquités égypto-nubiennes au même titre que l’enseignement occidental
s’appuie sur les antiquités gréco-latines. Il n’existe pas un moyen sûr, plus
radical, plus scientifique, plus sain et plus salutaire de renforcer la personnalité
culturelle africaine et partant l’identité culturelle des Africains.
5.1.3. Facteur Psychologique
Le facteur psychologique est saisissable au premier abord par tous. Le
médecin grec GALIEN, qui vécut au IIème siècle Ap JC ramenait les traits
caractéristiques du Nègre à deux, qui lui paraissaient fondamentaux
longueur démesurée du sexe ;
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 74
hilarité : forte propension au rire.
Le Nègre est un être hilare au sexe démesurément long. Pour Galien, ces deux
traits; l’un physique, l’autre moral, suffisaient à caractériser le type générique
du noir.
Bien que Galien fût un habitué de la bibliothèque, du temple de
Memphis où il fut le dernier savant grec, six siècles après Hippocrate, à
consulter les annales d’Imhotep, le rayonnement de la civilisation égyptienne
était en passe d’être oublié et Rome dominait le monde. Galien est né trois ans
après la mort de Juvénal. Nous assistons à la genèse de l’imagerie du noir dans
la littérature occidentale. Ces identifications caricaturales du noir à partir de
quelques traits psychologiques plus ou moins mal dégagés seront poursuivies
jusqu’à nos jours par des auteurs en mal de définitions, en passant par le comte
de GOBINEAU, ancêtre idéologique du nazisme. Pour celui-ci, «tout art résulte
du mariage de la sensibilité végétative du nègre, qualité inferieure, et d’une
rationalité apollonienne blanche, qualité supérieur». Gobineau dans le livre
« Essaie sur l’inégalité des races humaines », trace un tableau sombre du Nègre
en faisant apologie de l’homme blanc au niveau de l’art : pour l’auteur, « l’art
à l’origine est nègre, mais il a manqué au nègre d’y placer la réflexion et la
science(…). Ainsi le nègre possède au plus haut degré la faculté sensuelle sans
laquelle il n’ya pas d’art possible et d’autre part l’absence des aptitudes
intellectuelles le rend complètement impropre à la culture de l’art, même à
l’appréciation de ce que cette noble application de l’intelligence des humains
peut produire d’élevé. Pour mettre ses facultés en valeur, il faut qu’il s’allie avec
une race différemment douée »(…)24
La civilisation égyptienne, avec son art grandiose, entièrement dû à un
peuple noir, est le démenti le plus formel des niaiseries savantes de Gobineau.
Les climats, intellectuel et psychologique, créé par tous les écrits de ce genre
avaient fortement conditionné les premières définitions que les penseurs
négro-africains, d’entre les deux guerres mondiales, ont essayé de donner de
leur culture
Les poètes de la négritude n’avaient pas à l’époque les moyens
scientifiques de réfuter ou de remettre en question de pareilles erreurs. La
24
GOBINEAU, cité par CHEIKH ANTA DIOP, Op cit, P. 278
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 75
vérité scientifique était devenue depuis si longtemps blanche que, les écrits de
Lévy-Bruhl (La Mentalité primitive 1922), aidant toutes ces affirmations faites
sous couleurs scientifiques devraient être acceptées comme telles par nos
peuples soumis. La négritude accepta donc cette prétendue infériorité et
l’assuma crânement à la face du monde. Les écrits comme ceux-ci les
prouvent :
CESAIRE s’écria : « ….ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel »
SENGHOR : « l’émotion est nègre et la raison hellène »
On était donc ainsi amené, de proche en proche, à trop spécifier, à
privilégier, peut-être, ce troisième facteur, psychique, constitutif de la
personnalité, et que tous les autres peuples appellent simplement le
tempérament national, et qui varie du slave au germain, du latin au papou. La
pente était trop glissante et on l’a suivie. Cela était dû au fait que ce dernier
facteur est traditionnellement appréhendé de façon qualitative à partir de la
littérature, et de la poésie en particulier : tous les peuples ont chanté leurs
vertus, tandis que les deux autres facteurs, historique et linguistique, ne sont
susceptibles que d’une approche scientifique rigoureuse.
Mais aujourd’hui, pour mieux cerner l’identité culturelle des peuples,
on peut tenter une approche scientifique également du facteur psychique. Il
faudrait pour cela, dans le cadre d’une démarche socio-historique, essayer de
répondre à la question suivante : quels sont les invariants psychologiques et
culturels que les révolutions politiques et sociales, même les plus radicales,
laissent indemnes, non seulement chez le peuple, mais chez les chefs même de
la révolution ? Si l’on essaie de répondre à pareille question à partir de
l’analyse du conditionnement historique d’un peuple donné et des peuples
africains en général, on arrive déjà à des résultats relativement mieux élaborés
qu’au paravant. On s’aperçoit que cette gaité communicative, qui remonte à
l’époque de GALIEN, au lieu d’être un trait psychique permanent dû seulement
au soleil, est une conséquence des structures sociales communautaires
sécurisantes qui enlisent nos peuples dans le présent et l’insouciance du
lendemain, l’optimisme, etc. tandis que les structures sociales individualistes
engendrent chez les Indo-européens l’inquiétude, le pessimisme, l’incertitude
du lendemain, la solitude morale, la tension vers le futur et toutes ses
incidences bénéfiques sur la vie matérielle etc.…
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 76
Aujourd’hui avec l’éclatement partout dans le monde de ces structures
héritées du passé, nous assistons à une nouvelle naissance morale et spirituelle
des peuples. Ces traits culturels que l’Afrique a hérités du passé sont la bonté,
la gaité, l’optimisme, le sens social etc. cet exposé montre qu’ils n’ont rien de
figé ou de permanent mais qu’ils changent avec les conditions. L’Afrique
commence à connaitre des consciences fortement individualistes, avec toutes
les conséquences habituelles. Comment donc expliquer le sentiment d’identité
culturelle à travers ce changement permanent ? Quels sont les invariants
culturels dont nous parlions tout à l’heure ? On ne peut répondre en détail ici à
cette question, mais on peut rappeler, au moins que les facteurs historiques et
linguistiques constituent des coordonnées, des repères quasi absolus par
rapport au flux permanent des changements psychiques.
Et les Noirs de la diaspora ? Le lien linguistique est rompu, mais le lien
historique demeure plus fort que jamais, perpétué par le souvenir ; de même
que l’héritage culturel de l’Afrique, qui est patent dans les trois Amériques,
atteste la continuité des habitudes culturelles. On a même dit, nous croyons,
que la différence entre l’Américain blanc et son ancêtre européen anglais, en
tout cas européen, est le rire nègre, si sympathique, hérité de la domestique
esclave qui élève les enfants.
5.2. Technocratie et réconciliation de l’Administration
publique avec le milieu. Cas de la R.D.C
5.2.1. Savoir technocratique et savoir culturel
L’Administration publique éclairée, efficace et
véritablement sociale, ne s’emploie pas seulement à revaloriser le
savoir technocratique, elle s’emploie aussi, et surtout, à revaloriser
le savoir culturel, car comme l’a dit Léopold Sédar Senghor, « la
culture est au début et à la fin de tout ». La culture donne à la
politique et à l’Administration publique les moyens anthropologiques
de son rayonnement populaire. L’Administration publique doit
dépasser la sécheresse technocratique pour aller s’abreuver
régulièrement à la source du génie organisateur de chaque peuple.
Chaque peuple a des valeurs qui sont appelées à être respectées
dans la recherche de son bien-être. Les agents de l’Administration
publique doivent faire comme les lamantins qui ont l’habitude d’aller
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 77
boire à la source. Ils doivent aller au-delà des chiffres et des
prévisions pour regarder dans les visages des gens et pénétrer dans
leurs cœurs.
5.2.2. L’éthique de la vie politique
La source de la politique, c’est la volonté de vivre
ensemble et de s’organiser pour jouir continuellement des bienfaits
de la vie. Le mot « volonté» vient du latin « voluntas » qui signifie
faculté de se déterminer à accomplir certains actes, intention
déterminée d’accomplir ou de taire, exécuter quelque chose,
énergie, fermeté morale, disposition à l’égard de quelqu’un ou de
quelque-chose. Vivre, c’est être en vie, habiter dans un espace,
exister. Vivre ensemble, c’est exister en coexistant avec les autres
hommes et en créant avec eux une communauté de destin.
Bénéficier des bienfaits de la vie, c’est tirer profit de tout ce que la
vie offre comme délices.
La voie politique amène les citoyens d’une nation à
développer l’idée de l’unité. L’unité dit Ahmed Sekou-Toure c’est la
volonté de ‘vivre ensemble, de réaliser des objectifs communs,
d’être et de demeurer solidaires ‘face aux exigences de l’histoire ». 25
L’unité conduit le peuple à la solidarité, au partage et au
soutien mutuel. C’est sur la base ‘de l’unité qu’un peuple peut
construire un avenir harmonieux et prospère. L’éthique de la vie
politique produit spontanément le social. L’enjeu de la
transformation, exigé par la volonté politique, ‘c’est la gestion de la
totalité de la vie d’un peuple. La technocratie administrative doit
donc s’ouvrir aux réalités du milieu.
5.2.3. La technocratie au service de la politique
Le savoir-faire technocratique dont font preuve les agents
de l’Administration publique est au service de l’organisation
politique. Les technocrates connaissent mieux que les autres
citoyens les principes de l’organisation de la chose publique. Ils
maîtrisent !es techniques d’encadrement de l’action politique.
Ils ont, dans ce sens, un rôle irremplaçable, à jouer. Mais.
Ils doivent éviter de croire que la politique ne se nourrit que des
25
A. SEKOU-TOURE, « Notre conception Etats-Unis d’Afrique », in RDA, n° 136. décembre 1979, Conakry.
Guinée.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 78
prévisions technocratiques. Il y a une dimension au-delà de la
technocratie: la sagesse de connaître les hommes pour les orienter
sur le chemin du bonheur et de la prospérité. Il y a un charisme
culturel qu’il faut détenir pour aller dans la profondeur
des choses et qui nous permet de toucher le problème de la
responsabilité des autorités nationales dans l’humanisation de
l’Administration publique sans laquelle, il n’y a pas de politique
efficace et constructive.
La politique est au service de la joie intégrale de vivre. De
ce fait, elle doit pousser tout citoyen d’une nation à ne pas se
dégouter de vivre dans son milieu. La politique doit faire en sorte
que le séjour de l’homme sur la terre ne soit pas un enfer, mais la
le prélude du paradis. Rien n’est à négliger dans l’ascension de
l’homme au bien-être intégral.
En politique, enseigne le penseur sapientiel malien
Amadou Hampaté Bâ, « il ne faut pas seulement se complaire dans
le bain de foule. Le politicien qui n’aime que le bain de foule est
homme de la multitude, car une fois au pouvoir, il n’a que l’idée de
rester au pouvoir, une fois qu’on est monté très haut et qu’on
regarde en bas, surtout si on est monté très haut, on a le vertige,
alors on s’accroche là-haut et on perd de personnalité ; il faudra que
celui qui a pris le pouvoir qu’il soit président ou roi, ait surtout à
cœur l’exploitation rationnelle des compétences dans l’intérêt des
pays ».
Pour être au service de la joie de vivre, l’homme politique
doit s’appesantir sur la chose la plus importante en politique:
l’Action. L’action est au commencement, car elle est source de
progrès. Mais pour agir il doit se fonder sur le génie culturel du
peuple.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 79
5.2.4. Anomalies sociales et culturelles de
l’Administration publique en R.D.C., hier,
aujourd’hui et perspectives d’aménagement.
Les principales idées que nous développons dans ce
point, sont puisées dans l’article très édifiant du Professeur
MUKOKO N’SENDA intitulé «Administration publique zaïroise et
évolution de sa fonction sociale»26.
L’éminent chercheur s’interroge sur l’Administration
publique congolaise depuis l’époque précoloniale jusqu’à nos jours.
A l’époque précoloniale, explique-t-il, « la fonction sociale
de l’autorité dans nos traditions consistait prioritairement à
maintenir la cohésion sociale et à assurer le bonheur du peuple ».
Mais la colonisation a instauré, chez nous, un régime
étranger de domination politique et d’exploitation économique. Le
passage de la période précoloniale à la période coloniale s’est
traduit par une altération profonde de la fonction sociale de
l’administration, fonction qui a cessé d’être positive pour devenir
négative.
On notre administration publique postcoloniale est
l’héritière de cette évolution. La rupture brutale des premiers jours
de l’indépendance et des troubles qui l’accompagnèrent n’a pas
permis la mise en place d’un corps de fonctionnaires bien formés et
orientés. Il était difficile pour ces fonctionnaires, dont la plupart
avaient été recrutés ou promus anarchiquement de comprendre et
de respecter le sens et te principe du service public qu’ils n’avaient
guerre intériorisés. D’où l’exercice d’une fonction sociale négative et
un mode de relations hégémoniques avec les usagers.
Pour sortir de l‘ornière, l‘auteur précise de «faire en sorte
que l’Administration publique congolaise puisse se réconcilier avec
son milieu » et ainsi opérer l’indispensable humanisation des
rapports administration-administrés.
Ainsi l’Administration retrouverait sa fonction sociale
positive et pourrait jouer le rôle d’agent de développement qui
26
Cfr Congo-Afrique n°212.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 80
devrait être le sien. L’auteur, dans son étude, nous renvoie à
différentes époques de l’histoire du pays. Voici comment il présente
son analyse, qui va nous permettre de clore le cours.
5.2.4.1. La fonction sociale de l’administration publique
pendant la période précoloniale.
Dans les sociétés congolaises traditionnelles, comme
dans d’autres sociétés traditionnelles africaines, ii était difficile de
distinguer les activités politiques avec les activités administratives
proprement dites, de sorte que la frontière entre le politique et
l’administratif n’était pas très étanche. Celte situation s’explique par
le fait que la notion occidentale de séparation du pouvoir était
méconnue.
Tout chef à quelque niveau que ce fût, cumulait divers
pouvoir (politique, militaire, administratif, religieux, etc...), bien que
dans les grandes chefferies, plus que dans les sociétés patriarcales,
il prévalait un certain partage des pouvoirs au profit de grands
dignitaires que l’on peut aujourd’hui comparer à des hauts
fonctionnaires. Et le concept d’administration tel que nous le
connaissons maintenant était dépourvu de toute signification dans
les sociétés traditionnelles. C’est autant dire que l’Administration
publique, dans ses pouvoirs et son organisation actuelle, est un fait
d’importation en Afrique.
Dans les sociétés africaines précoloniales, tout comme
dans toutes les sociétés primitives, il n’y avait pas de rapport de
domination politique et d’exploitation économique, sauf peut-être à
l’égard des esclaves. Le chef était perçu d’abord comme un gardien
de l’ordre, de la paix et un protecteur des divers groupes sociaux.
Ainsi donc, dans l’exercice de différents pouvoirs, le but ultime visé
n’était au départ que le bonheur total que le chef devait assurer à
son peuple: chez les Luba et les Kongo, il y a des proverbes qui
soulignent cet aspect du pouvoir coutumier.
Quelques proverbes Luba:
P1.: Mukalenga wa bantu, bantu wa mukalenga.
T1. : Le chef est au service de son peuple, et le peuple obéit à son
chef.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 81
P2. : Bukalenga badi babùdia ne bantu, ki ne mitshi to.
T2. : Le pouvoir, on l’exerce avec et pour les hommes (tout
pouvoir est au service du peuple).
Quelques proverbes Kongo:
P1.: Mfumu, fulu batudila bitoto biakula.
U.: Le chef est comme la poubelle où l’on jette tout. Le chef
encaisse tout de la part de son peuple,
Pi,:Mfumu ufua ye n’kangw’ani
U. : Le chef meurt avec son peuple.
La sagesse contenue dans ces différents dictons
populaires fait ressortir clairement que, dans ses multiples fonctions,
le chef était tenu notamment de vivre en paix avec ses sujets,
d’endurer leurs critiques, et d’assurer leur prospérité. C’est dire que
la fonction sociale de l’autorité dans nos traditions consistait
prioritairement à assurer la cohésion sociale et le bonheur du
peuple.
5.2.4.2. Altération de la fonction sociale de l’administration
pendant la période coloniale.
a) Caractéristiques de l’administration coloniale
Elles sont trois :
1. Son omniprésence : c’est-à-dire sa présence partout dans la
brousse comme en vivre. Partout où l’autochtone se trouvait, il
sentait qu’il était administré.
2. Sa caporalisation: c’est-à-dire sa grande capacité à exercer
un pouvoir coercitif et un contrôle policier.
3. Son paternalisme et sa centralisation puisés dans la
philosophie de la politique indigène contenue dans le « Recueil
à l’usage des fonctionnaires et des agents du service territorial
». D’après ce fameux recueil « le but de la présence belge au
Congo était de répandre la civilisation et de développer les
débouchés et l’action économique de la Belgique. Et la
Belgique devait y parvenir avec les noirs et par les noirs» en
dégageant du Congo sa magnifique puissance de richesses.
Et quand bien même l’administration coloniale s’est engagée dans
certaines activités de bien-être social au profit des colonisés,
l’objectif dernier était de mieux les dominer et les exploiter.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 82
b) Altération de la fonction sociale de l’Administration.
L’altération profonde de la fonction sociale de
l’administration pendant la colonisation s’explique par le fait que le
pouvoir colonial était avant tout un pouvoir conquérant, despotique
et exploiteur.
Ensuite, et dans la même logique, l’Administration
coloniale a parfaitement joué son rôle d’instrument du pouvoir
politique surtout qu’ elle était en allégeance avec les missions et les
grandes sociétés, qui elles aussi récupérées, par le colonisateur, ne
pouvaient exercer une influence contradictoire sur l’appareil
administratif, surtout que l’action des forces sociales internes (les
chefs, les notables, les sectes religieuses, etc) était insignifiante, soit
inefficace à cause de leur manipulation ou de leur noyautage par le
système colonial.
5.2.4.3. L’Administration publique après la colonisation
Il y a des jeux d’interaction qui ont influé tantôt
positivement tantôt négativement sur l’Administration publique.
a. Juste après l’indépendance
Les multiples crises que le pays a connues ont décapité
l’Administration centrale, à la suite du départ massif des cadres
belges. Abandonnée à elle-même, l’Administration qui vivait aussi
hors du champ de subordination étatique ne pouvait que se
compenser, d’après sa propre logique qui était une logique
bureaucratique, d’un corps Isolé de la société et hanté par ses
propres intérêts.
b. A partir de l965.
Le régime militaire de Mobutu a mis en place un système
politique monolithique caractérisé par l’exigence du Pati-Etat qui a
pour conséquence la politisation de l’Administration. Cette
politisation s’est traduite par un déséquilibre fonctionnel du fait que
l’on a constaté que les activités et autres tâches politiques ou les
idéologiques prennent souvent le pas sur les tâches administratives
et les autres activités socio-économiques.
Le transfert des technologies établi par différentes
coopérations (envoi des experts) a abouti à une marginalisation de
l’administration locale (indifféremment des projets une fois que les
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 83
experts étaient partis). Ainsi, la dépendance ou la marginalisation
locale par rapport à son milieu Interne et externe ne peut que
contribuer à confronter les relations tracassières qu’entretiennent
les fonctionnaires avec les usagers et jouer un rôle négatif dans la
réalisation des actions socio-économique soient profitables aux
populations.’
5.2.5. La revalorisation du génie administratif autochtone:
voie pour réconcilier l’Administration publique avec
son milieu
Le recours à l’authenticité préconisé par les autorités de
la seconde République aurait pu rendre beaucoup des services
sociaux au peuple congolais, malheureusement, il n’a été utilisé que
pour renforcer le pourvoir en place et détourner l’attention du
peuple des vrais problèmes du développement.
L’oubli du social et la manipulation idéologique ont été les
grandes causes de l’échec de cette politique qui pourtant avait des
grands atouts pour indigéniser le savoir technocratique des agents
de notre Administration publique.
Les congolais ont des compétences. Personne ne peut en
douter. Mais, ce qui ruine ces compétences, c’est l’absence dune
bonne politique pour les revaloriser et pour les utiliser. Les
intellectuels congolais expatriés dans es pays bien organisés
étonnent par leur savoir-faire. Pourquoi ne pas mettre tout en œuvre
pour qu’ils restent sur place et contribuent au progrès du pays.
L’Administration publique congolaise qui très souvent,
paraît déracinée par rapport à notre génie administratif ancestral, a
tout intérêt à s’indigéniser pour se réconcilier avec les vraies
aspirations de nos population. La sagesse administrative ancestrale,
avons-nous vu, met la cohésion sociale et le bonheur intégral de
l’homme au-dessus des simples considérations technocratiques et
scientifiques.
On ne peut envisager le développement d’un peuple que,
si l’on a la capacité de le dévisager.
Le peuple congolais a un visage anthropologique que
l’Administration publique doit regarder pour connaître ses vraies
attentes. L’unité du peuple congolais est une marche ascensionnelle
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 84
à organiser, doublée de la nécessité de rester fidèle au génie
organisateur des fondateurs de nos sociétés ethniques.
Ceci dit, et puisqu’il faut à tout prix combattre la
superficialité, l’artificialité, etc., nous, peuple congolais, nous devons
tout faire pour maîtriser très bien notre espace territorial, le mettre
en valeur, car, personne ne le fera convenablement à notre place,
par siml5le humanisme ou simple charité.
Nous devons également utiliser le temps qui s’écoule, qui
n’attend personne, parce qu’il est le contenant même de la vie, car
l’utiliser c’est l’employer à des œuvres utiles, à la conquête des
valeurs du progrès.
Cette conquête, que nous considérons comme un « projet
de société », devra s’appuyer sur trois grandes révolutions (27):
- La révolution religieuse (pour permettre à chaque citoyen
congolais d’améliorer sa façon d’être);
- La révolution culturelle (pour permettre au peule de combler le
vide anthropologique qui l’appauvrit chaque jour);
- La révolution socio-politique (pour permettre à la nation de
s’organiser de façon juste et équitable et de rechercher le bien-
être de tous dans la fraternité et l’amour véritables).
La Renaissance du Congo et celle de l’Afrique comme l’a
très bien souligné notre estimé collègue Pierre Q. LOHOHOLA (28), est
un devoir d’organisation. La politique est un service et non un
métier. Par conséquent, I1heure est venue pour nous de « corriger la
mauvaise habitude qui a élu domicile en Afrique et qui consiste à
confondre métier et service. Chacun de nous doit avoir son métier
qui lui permet de vivre en dehors de la politique, et qu’il doit
honorer.
Chacun doit aussi savoir faire une distinction nette entre sa
poche et la caisse de l’Etat, entre bien privé et bien commun. Et
pour y arriver, il nous faut nous engager pour non seulement
contrôler les gestionnaires de la société mais aussi proposer et
mettre en pratique nos idées, Car, nous n’aurons rien fait pour nous
mêmes et pour notre société, si nous continuons uniquement à nous
plaindre sans mouiller le maillot comme les joueurs, sans travailler
dur, sans donner notre propre contribution, sans faire profiter nos
27
NGBELU M.E. Je suis l’élève d’un petit oiseau, Ed. KOKOMEDI, Gbadolite, 1993, p. 19.
28
Pierre O. LOHOHOLA, Devoir d’organisation, Ed. MIIC-RDC. Kinshasa. 2003.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 85
pays et notre mère l’Afrique de nos compétences »29.
5.3. Mise au point critique, programmatique et
prospective
Les politiciens et les administrateurs publics sont
généralement enclins à croire que les « institutions font les mœurs».
Autrement dit, qu’il suffit de décréter pour que la réalisation s’en
suive...
Pour qu’une institution politique puisse modifier les
mœurs, les idées et les sentiments, conformément à sa destination,
deux conditions doivent être remplies:
1) Il faut que les hommes d’élite, de volonté forte et dévoués à
l’intérêt public, possèdent les aptitudes et les vertus requises
pour organiser cette institution et la faire fonctionner comme il
convient.
2) Il faut, en outre, que ces hommes d’élite s’attachent à
former, intellectuellement et moralement, d’abord le personnel
de l’institution puis l’opinion publique, selon le but de celle-ci.
Tant valent les chefs, tant valent les institutions sociales,
politiques, etc. des peuples et formatrices des mœurs publiques.
Parfois, des faits avertissent des réformateurs sociaux, des hommes
politiques que des institutions, des droits, sont-ils, sont des
propagandistes ardents, ne peuvent pas être établis
inconditionnellement sans désastres pour leur projet.
Dans une conférence donnée à Bruxelles, en 1922 à la
communauté des ingénieurs et des industriels intitulée « La
mentalité indigène et son influence sur les méthodes d’éducation au
Congo-belge », le Colonel Alex BERTRAND fit la déclaration suivante
dont on saisira aisément l’intérêt anthropologique capital: « Pendant
longtemps, les noirs me furent à peu près incompréhensibles. Je
n’avais qu’une conscience vague des distances qui me séparaient
d’eux à l’échelle sociale, à l’échelle sentimentale. Sachant qu’en
dernière analyse, la richesse d’un peuple se mesure à sa capacité de
travail, j’étais tout disposé à solliciter pour eux dés conditions de vie
familiale, administrative, économique et hygiéniques conçues dans
le sens européens. Je n’allais pas plus loin. Peu à peu, je compris que
29
Ibid, PP.121-122.
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 86
d’autres choses devraient passer en premier plan qui intéresse les
croyances, les coutumes, les impondérables spécifiquement
indigènes»30. (L’œuvre civilisatrice de la Belgique au Congo de
1885 à 1948, Bruxelles, 1954, p.502).
Quiconque aspire exercer la carrière politique ou
administrative ne peut pas minimiser l’étude des impondérables
indigènes spécifiques que l’anthropologie politique a la mission de
faire connaître.
30
L’œuvre civilisatrice de la Belgique au Congo de 1885 à 1948, Bruxelles, 1954, P. 502
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 87
CONCLUSION GENERALE
La politique existe partout où les hommes s’organisent
pour promouvoir les raisons communes de vivre et d’espérer. Ce qui
est différent, c’est la manière que chaque peuple adopte pour la
théoriser et la mettre en pratique.
Le fruit qu’on cueille dans l’obscurité risque d’être non
mûr, disent les sages ngbandi (Moko bi moko kuku). Tout politicien,
conscient de ses responsabilités a besoin d’une lumière pour mener
à bien sa mission.
L’anthropologie, comme instrument de guidance
politique, pousse l’homme politique à fonder son action sur la
trajectoire du génie du peuple qu’il dirige pour lui permettre de
vivre, de survivre et de consolider son espace commun de bonheur.
La politique est une activité hautement sociale. En partant de
l’humanisme qu’elle développe, elle a l’obligation de canaliser toutes
les aspirations de peuples vers la construction d’un monde meilleur
et respectueux de toutes les traditions positives.
Ceci nous permettra, comme le disait le Pape Paul VI, de
nous habituer à penser d’une manière nouvelle l’homme ; d’une
manière nouvelle aussi, la vie en commun des hommes ; d’une
manière nouvelle en fin, les chemins de l’histoire et les destins du
monde31.
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S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 91
TABLE DE MATIERES
PROLOGUE.........................................................................................2
1. Enjeux scientifiques du cours......................................................2
2. Méthode d’Enseignement............................................................4
3. Articulations du cours..................................................................4
CHAPITRE I. L’ANTHROPOLOGIE POLITIQUE DANS LE CHAMP
D’INVESTIGATION SCIENTIFIQUE DE L’ANTHROPOLOGIE GENERALE. .6
1. Définition de l’Anthropologie.......................................................6
2. Tâches de l’anthropologie...........................................................6
3. Objet de l’anthropologie..............................................................8
4. Les branches de l’anthropologie..................................................9
5. L’anthropologie face à la pluriculturalité.....................................9
6. Civilisation et barbarie. La méfiance de l’occident vis à vis des
peuples dits « primitifs »...............................................................10
Conclusion et questionnement pratique........................................14
1. L’anthropologie, comme discipline scientifique......................14
2. L’abandon du terme « primitifs » barbares.............................14
3. L’anthropologie politique devant cette situation.....................15
4. Le débat suscité par les anthropologues sur l’humanité ou la
non humanité du primitif............................................................15
CHAPITRE II. COMMUNAUTE, BESOINS ET POUVOIR POLITIQUE.......19
1. Notion de communauté.............................................................19
1.1. La taille d’une communauté................................................19
1.2. Particularité d’une communauté..........................................19
1.3. Formes de la communauté..................................................19
1.4. Les formes évoluées de la communauté..............................21
2. L’individualité de la communauté..............................................21
3. Besoins communautaires et organisation politique...................22
4. Politique de l’Etat......................................................................25
CHAPITRE III. LES FONDAMENTAUX DE L’ACTIVITE POLITIQUE.........26
1. Finalité sociale de la politique...................................................26
2. Détention et gestion du pouvoir politique.................................29
3. L’attachement à un sol (territoire).............................................31
4. L’appartenance à un peuple (une famille nationale).................32
5. La promotion d’un projet de société..........................................33
CHAPITRE IV.....................................................................................35
REGARD SUR L’ORGANISATION POLITIQUE EN AFRIQUE..................35
1. La vie politique chez le Phende.................................................36
1. L’habitat géographique Phende..............................................37
2. Les populations Phende..........................................................37
3. Histoire et établissement........................................................37
4. Organisation socio - politique..................................................38
S y l l a b u s d ’ A n t h r o p o l o g i e p o l i t i q u e | 92
2. Djalelo, hymne dédié aux bons chefs chez les Baluba du Katanga
......................................................................................................42
1. Historique du Djalelo...............................................................43
2. Les chefs qui ont droit au Djalelo............................................45
3. Religion, évolution de l’histoire et mission communautaire du
chef chez les Ngbandi....................................................................47
A. Situation géographique des Ngbandi......................................47
B. Historique...............................................................................47
c. Organisation socio – politique.................................................47
4. Classes sociales et fonctionnement de la démocratie de position
chez les Ngombe...........................................................................49
1. Présentation du peuple Ngombe.............................................49
2. Classes sociales Ngombe........................................................49
3. Mission du chef (Notable) chez les Ngombe............................50
4. Spécificité de la démocratie coutumière chez les Ngombe.....51
CHAPITRE V. SAGESSE ANTHROPOLOGIQUE, TECHNOCRATIQUE, ET
RECONCIUATION DE L’ADMINISTRATION PUBLIQUE AVEC LE MILIEU
SOCIOCULTUREL, LE CAS DE LA RDC...............................................52
1. Le savoir technocratique et le savoir culturel............................52
2. L’éthique de la vie politique......................................................53
3. La technocratie au service de la politique.................................53
4. La sagesse anthropologique, la technocratie et réconciliation de
l’administration publique avec le milieu socioculturel, cas de la
RDC...............................................................................................54
1) La fonction sociale de l’Administration publique pendant la
période précoloniale...................................................................56
2) Altération de la fonction sociale de l’administration pendant la
période coloniale.........................................................................57
3) L’Administration publique après la colonisation.....................58
4) La revalorisation du génie administratif autochtone: voie pour
réconcilier l’Administration publique avec son milieu.................59
CONCLUSION ET MISE AU POINT CRITIQUE, PROGRAMMATIQUE ET
PROSPECTIVE.................................................................................61
CONCLUSION GENERALE..................................................................63
BIBLIOGRAPHIE................................................................................64
TABLE DE MATIERES.........................................................................66