Abel Touk Ridsp
Abel Touk Ridsp
RIDSP
COMITE SCIENTIFIQUE
Page | i
Pr Victor – Emmanuel BOKALLI
Agrégé des Facultés de Droit, Professeur, Université de Ngaoundéré ;
Pr Athanase FOKO
Professeur, Université de Ngaoundéré ;
Pr Emilia ONYEMA
Professor, SOAS University of London;
Page | ii
Pr Aron LOGMO MBELECK
Professeur, Université de Douala ;
Pr Maurice KOM KAMSU
Maître de Conférences, Université de Maroua
Pr VOUDWE BAKREO
Agrégé des Facultés de droit, Université de Ngaoundéré ;
M. Maxime KALDJONBE
Magistrat, Juge et Juge d’instruction près le Tribunal de Grande Instance de la VINA ;
M. SABABA MAGAZAN
Magistrat, Juge et Juge d’instruction près le Tribunal de Grande Instance de la VINA et Juge
d’instruction près le Tribunal Militaire de l’Adamaoua ;
M. David YINYANG
Magistrat, Substitut du Procureur près les Tribunaux d’Instance du FARO à POLI ;
Page | iii
COMITE DE REDACTION
Membres :
Dr. Josué DIGUERA Dr. Elie SAPITODEN
Dr. Alice TOUAIBA TIRMOU Dr. Franklin Kennedy ASSONJI FONGUE
Dr. Job Didier BAHANA Dr. WILLARBANG ZUINSSA
Dr. Eloi BAKARY Dr. YAOUBA HAMADOU A.
Dr. Gérard Müller MEVA’A Dr. Alexis BAAYANBE BLAMA
Dr. Sadjo ALIOU Dr. Ibrahima HALILOU
Dr. Joceline Gaëlle ZOA ATANGANA Dr. Raissa PAYDI
Dr. Deguia CHECK IBRAHIM Dr. Adama SALME
Dr. Issa Pave ABDEL NASSER Dr. Dieu-Ne-Dort BADAWE KALNIGA
Dr Prosper Hugues FENDJONGUE Dr. Bienvenu DOMBA
Dr ABOUKAR BANGUI AGLA Mme Mbissa Valérie HAMBOA ZONGA
Dr Ange MESSI MBALLA Dr. ARI HAMADOU GUY
Dr. Linda DJARSOUMNA Mme MOUANGA MOUSSENVOULA G.
Dr Djidjioua GARBA ISSA M. Jacob Israël FIRINA
Dr Norbert DOURGA M. Benjamin DIGUIR DABOLE
Dr. Josué Eric BOLNDO Dr. ALI BOUKOUN ABDOULAYE
POLITIQUE DE REDACTION
Page | iv
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Exemple :
Organisation Mondiale de la Santé, Global status report on violence prévention, 2014, disponible
en ligne sur [Link]
Exemple : MINKOA SHE (A.), Essai sur l’évolution de la politique criminelle au Cameroun
depuis l’indépendance, Thèse de Doctorat, Université des Sciences Juridiques, Politiques, Sociales
et de Technologie de Strasbourg, 1987, p.6
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auteurs s’engagent, toutefois, à céder leurs droits à la Revue Internationale de Droit et Science
Politique.
Le Rédacteur en Chef
Dr. Timothée MANGA BINELI
Université de Yaoundé II.
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SOMMAIRE
Droit Public
L’usage de drones dans la lutte contre le terrorisme dans l’espace CEDEAO : quelles perspectives
La socialisation des relations entre l’administration et les administrés au Mali : une créativité au-
Yacine EL ISSA
Fanta COULIBALY
La responsabilité des élus locaux en droit camerounais. Regards sur la loi n°2019/024 du 24
DJALDOUDA CATHERINE
Droit Pivé
Hilarion KONTCHOP
Laurent HOUNKPE
Le système de l’ouverture d’une procédure collective des sociétés transnationales dans l’espace
OHADA………………………………………………………………………………………...434
Page | ix
DIGUIR DABOLE Benjamin
…………………………………………………………………………………………………..451
Bernard BELBARA
Science Politique
de la décentralisation……………………………………………………………………………469
Abel TOUK
La coopération des forces de défense et de sécurité dans la lutte contre le terrorisme au Sahel : un
nécessaire recadrage…………………………………………………………………………….524
Les effets des récits de politiques publiques sur les coalitions d’acteurs des Grands projets
English Law
The African Continental Free Trade Area: implications for regional integration in the CEMAC
zone……………………………………………………………………………………………..682
Kwati Evelyn Baninjoyoh
*********************
**********
***
Résumé :
Comment se présentent les rapports entre l’éthique, la morale et la politique à l’aune des
projets et entreprises de verrouillage du changement ? Comment les enjeux de conservation
du pouvoir présidentiel voire de préservation du gouvernement perpétuel déterminent-ils le
rapport politique à l’éthique et à la morale ? Quels sont les usages politiques de l’éthique
démocratique, de la morale publique et religieuse dans la capture du changement politique et
institutionnel au Cameroun postcolonial ? En engageant une telle réflexion, le dessein est de
parvenir à relever les usages et les (més)usages politiques de l’éthique et de la morale dans la
campagne de verrouillage des mutations politiques et institutionnelles par les forces
conservatrices. À travers une approche constructiviste et interactionniste des emplois
disparates et stratégiques de l’éthique et de la morale dans la ferrure du changement, cette
réflexion contribue à rendre compte des jeux de promotion, d’affranchissement et
d’instrumentalisation politique de l’éthique démocratique, de la morale publique et religieuse
dans la construction et la consolidation de l’immobilisme au sommet de l’État. Mieux, elle
concourt à informer sur les ressorts, les modalités et les pratiques politiques inhérentes à la
socialisation au statu quo et à la pulvérisation du changement par le recours subtil et itératif à
l’éthique et à la morale.
What is the relationship between ethics, morality and politics in the context of projects
and enterprises designed to prevent change? How do the stakes involved in preserving
presidential power, or even perpetual government, determine the political relationship with Page | 488
ethics and morality? What are the political uses of democratic ethics, public and religious
morality in the capture of political and institutional change in post-colonial Cameroon? Our
aim is to identify the political uses and (mis)uses of ethics and morality in the campaign by
conservative forces to lock in political and institutional change. Through a constructivist an
interactionist approach to the disparate and strategic uses of ethics and morality in the ironing-
out of change, this reflection helps to account for the games of promotion, emancipation and
political instrumentalization of democratic ethics, public and religious morality in the
construction and consolidation of immobilism at the top of the State. Better still, it provides
information on the political motives, modalities and practices inherent in socialization to the
status quo and the pulverization of change through the subtle and iterative use of ethics and
morality.
Le fait est qu’à l’aune du changement politique sous le prisme de la transition démocratique
et de la libéralisation politique5, une frange des forces progressistes est parvenue à surenchérir
l’alternance politique, au point de l’envisager comme l’ultime et l’unique gage d’un véritable
changement6. Du moins, elle a réussi à entrevoir « l’alternance au sommet de l’État comme
l’objet primordial de la demande démocratique »7. À l’opposé de cet imaginaire démocratique,
le Renouveau leur a servi une démocratisation hybride et duale, faite d’ouverture et de
fermeture. Mais surtout, un processus de démocratisation progressivement réfractaire à
1
REVAULT D’ALLONNES (M.), Doit-on moraliser la politique ?, Paris, Fayard, 2002, pp. 5-81.
2
SALTYKOV (M.), « La formule politiquement incorrect dans le discours public : emplois, définitions discursives
et enjeux sociopolitiques et culturels », Revue de l’Institut des langues et cultures d’Europe, Amérique, Afrique,
Asie et Australie (ILCEA), n° 42, 2021, pp. 1-18.
3
MORIN (E.), Introduction à la pensée complexe, Paris, ESF, 1990, 345 p.
4
OWONA NGUINI (M.E.) et MENTHONG (H.-L.), « Gouvernement perpétuel » et démocratisation janusienne
au Cameroun (1990-2018), Politique africaine, vol. 2, n° 150, 2018, pp. 97-114 ; OWONA NGUINI (M.E.), « Le
gouvernement perpétuel en Afrique centrale : le temps politique présidentialiste entre autoritarisme et
parlementarisme au dans la Cemac », Enjeux, n° 19, 2004, pp. 9-14 ;
5
MENTHONG (H.-L.), « Mutation politique et champ scolaire : l’école aux politiciens », in SINDJOUN (L.)
(dir.), La révolution passive au Cameroun : État, société et changement, Dakar, CODESRIA, 1999, p. 9.
6
ONANA (J.) (dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le
Cameroun, (Lire la première de couverture), Paris, L’Harmattan, 2016, 211 p.
7
ONANA (J.), « Le changement politique dans l’analyse politique africaniste : objets, modes et modalités
d’objectivation », op. cit., p. 24.
Réfléchir sur les usages politiques de l’éthique, de la morale publique et religieuse dans la
résistance du changement politique et institutionnel au Cameroun ne revient pas à moraliser, ni
à désavouer les modalités et les technologies de conservation du pouvoir exécutif au Cameroun.
Loin s’en faut, il s’agit strictement d’informer sur les « arts de faire12 » et les « manières13
d’employer » l’éthique et de la morale dans la ferrure du changement au Cameroun
postcolonial. Pour ce faire, il est judicieux de se poser quelques questions préparatoires
8
SINDJOUN (L.) (dir.), La révolution passive : État, société et changement, (Présentation générale), op. cit., p. 3.
9
EBOKO (F.) et AWONDO (P.), « L’État stationnaire : entre chaos et renaissance », Politique africaine, vol. 2,
n° 150, 2018, pp. 5-27.
10
POMMEROLE (M.-E.), « La démobilisation collective au Cameroun entre régime post-autoritaire et
militantisme extraverti », Critique internationale, vol. 3, n° 40, 2008, pp. 73-94.
11
GAUCHET (M.), « Religion, éthique et démocratie », Revue de Théologie et de Philosophie, 3e série, vol. 133,
n° 4, 2001, pp. 455-464 ; RICŒUR (P.), « Morale, Éthique et Politique », Morale et Politique, Pouvoir, n° 65,
1993, pp. 5-17 ; LAROUCHE (J.-M.), « Morale publique, lien social, lien religieux », Revue internationale
d’éthique sociale et gouvernementale, vol. 1, n° 2, 1999, pp. 1-10.
12
DE CERTEAU (M.), L’invention du quotidien : Arts de faire, Paris Gallimard, 1990, p. 45
13
REMY (J.) et FOUCART (J.), « La transaction sociale : une manière de faire de la sociologie », Pensée plurielle,
n° 33-34, 2013, pp. 35-51.
Du fait que depuis les luttes indépendances14 jusqu’aux grands actes politiques
d’institutionnalisation progressive de la démocratisation au Cameroun, les usages politiques de
l’éthique et de la morale oscillent entre la promotion, l’affranchissement et l’instrumentalisation
politique des principes du jeu politique. Nous concevons au gré des maniements et des
(re)maniements politiques de l’éthique et de la morale depuis l’ouverture du processus de
démocratisation que, « tous les moyens sont bons15 » (conventionnels ou non-conventionnels)
pour résister et/ou pour fermer le changement politique et institutionnel au Cameroun
postcolonial.
14
Lire à ce sujet : SEGNOU (E.), Le nationalisme camerounais : histoire des luttes de libéralisation nationale au
Cameroun (1840-1971), Paris, L’Harmattan, 2020, pp. 111-204 ; DELTOMBE (T.), DOMERGUE (M.) et
TATSITSA (J.), La guerre du Cameroun : l’invention de la Françafrique 1948-1971, Paris, La Découverte, 2016,
pp. 5-140 ; JOSEPH (R.), Le mouvement nationaliste au Cameroun : les origines sociales de l’UPC, Paris,
Karthala, 1986, pp. 345-358.
15
SARTRE (J.-P.), « Scènes de les mains sales », Yale French Studies, n° 1 Existentialisme, 1943, p. 18.
16
CORCUFF (P.), Les nouvelles sociologies, Paris, Nathan, 1995, pp. 17 -18.
17
GOOFMAN (E.), La mise en scène de la vie quotidienne, Paris, Minuit, 1997, coll., « Le Sens commun », 1973,
26 p.
Pour rendre compte des usages et (més)usages politiques de l’éthique et de la morale dans Page | 492
la campagne de résistance aux mutations politiques et institutionnelles par les forces
conservatrices, il convient dans un premier temps d’analyser les modulations de la dynamique
politique de modernisation de la démocratie (I), et dans un second temps, d’examiner à la fois
la campagne de moralisation de la gestion des finances publiques et la promotion du religieux
(II).
Depuis les années 1990, l’amélioration qualitative du processus de démocratisation est une
préoccupation institutionnelle et gouvernementale constante. Comme cela a été revendiquée
durant les années 1990-199218, le Président Paul Biya s’est investi à sa manière à faire du
Cameroun un véritable laboratoire d’expérimentation19 et de socialisation aux valeurs
démocratiques. Malgré la réforme du système politique, le processus de démocratisation parait
plongé dans une inflation institutionnelle qui fait obstruction à son élan vital, libéral et
rénovateur. C’est précisément de ce type d’écueil dont parlent Luc Sindjoun20, Mathias Éric
Owona Nguini21, Hélène-Laure Menthong22 etc., lorsqu’ils présentent les changements
politiques et institutionnels des années 1990 et leurs continuités comme une révolution passive
et conservatrice23. Sous ce rapport, l’analyse diachronique et dialectique des mutations
politiques et institutionnelles, de leurs avatars et de leurs incidences commande deux axes
18
NGAYAP (P.F.), L’opposition au Cameroun : les années de braises, Paris, L’Harmattan, 1999, pp. 14-17 ;
EBOUSSI BOULAGA (F.), La démocratie de transit au Cameroun, Paris, L’Harmattan, 1997, pp. 63-133 ;
BANOCK (M.), Le processus de démocratisation en Afrique : cas du Cameroun, Paris, L’Harmattan, 1992, pp.
135-243.
19
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité
politique sous Paul Biya, Paris, Dianoïa-PUF, 2013, p. 22.
20
SINDJOUN (L.), « Éléments pour une problématique de la révolution passive », in Luc SINDJOUN (dir.), La
révolution passive : État, société et changement, (Présentation générale), op. cit., pp. 1-6.
21
OWONA NGUINI (M.E.) et MENTHONG (H.-L.), « Gouvernement perpétuel » et démocratisation janusienne
au janusienne au Cameroun (1990-2018) », op. cit., pp. 97-114 ; OWONA NGUINI (M.E.), « Crises de la politique
et de la démocratie au Cameroun : des dynamiques en lien avec les luttes sociales autour du changement
polyarchique » in ONANA (J.) (dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique subsaharienne : regards
croisés sur le Cameroun, op. cit., pp. 41-67.
22
BIGOMBE LOGO (P.) et MENTHONG (H.-L.), « Crise de légitimité et évidence de continuité politique »,
Politique africaine, n° 62, 1996, pp. 15-23 ; MENTHONG (H.-L.), « Vote et communautarisme politique au
Cameroun : un vote de cœur, de sang et de raison », Politique africaine, n° 69, 1998, pp. 40-52.
23
SINDJOUN (L.) (dir.), La révolution passive : État, société et changement, (Présentation générale), op. cit., p.
3 ; OWONA NGUINI (M.E.) et MENTHONG (H.-L.), « Gouvernement perpétuel » et démocratisation janusienne
au Cameroun (1990-2018) », op. cit., pp. 97-114.
Depuis plus de trois décennies (1990-2023), l’État camerounais est engagé dans une
dynamique de construction et de consolidation de l’État de droit24. « Cet engagement politique
commande à la fois une orientation vers la démocratie libérale, une promotion de la
modernisation de la politique et une mise en place progressive de l’infrastructure juridico-
institutionnelle de l’usage par l’État camerounais de son autonomie constitutionnelle. C’est une
construction d’un « État moderne qui se déploie dans le cadre d’un ordre juridique – au sens du
système juridique – conçu comme ensemble ordonné et coordonné de normes, expression de la
volonté générale et fruit de l’imagination constitutionnelle et législative, donc normative de la
nation »25. Cette normativité légitime, régulatrice et continue justifie la dynamique politique
d’accélération du processus de décentralisation et la propension politique de consolidation des
institutions démocratiques.
Depuis plus de trois décennies (1990-2023), l’État camerounais est engagé dans une
dynamique de décentralisation relayée par les acteurs26. En effet, « consacrée par la
Constitution du 18 janvier 1996 qui fait du Cameroun un État unitaire décentralisé, la
décentralisation est une politique publique qui occupe une place importante dans la démarche
de consolidation démocratique de ce pays et d’atteinte de ses objectifs de développement
durable27. La loi fondamentale mentionnée dispose en effet en son article 22 (1) que les
Communes et la Région constituent les deux types de Collectivités Territoriales Décentralisées
(CTD). L’alinéa 2 du même article de cette loi précise par ailleurs les principes directeurs de la
décentralisation que sont l’autonomie administrative et financière, la libre administration par
24
CÔTÉ (L.) L’État démocratique : fondements et défis, Québec, PUQ, 2008, pp. 61-62 ; MOUELLE KOMBI
(N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité politique sous Paul Biya, op.
cit., p. 125.
25
Ibid., pp. 125-127.
26
NDOUMBE (R.A.), « Le processus de décentralisation au Cameroun : avancées, pesanteurs et perspectives »,
Sustainable Cities and Communities, n° 11, 2020, pp. 1-14.
27
Idem.
28
Idem.
29
NGANE (S.), La décentralisation au Cameroun : un enjeu de gouvernance, Yaoundé, Afrédit, 2008, p. 180 ;
HAMADOU AMADOU (Y.), « Réflexions sur la dualité de la décentralisation territoriale camerounaise »,
International Multilingual Journal and Technology (IMJST), vol. 6, n° 2, 2021, pp. 2366-2367.
30
NDOUMBE (R.A.), « Le processus de décentralisation au Cameroun : avancées, pesanteurs et perspectives »,
op. cit., p. 3.
31
NOUAZI KEMKENG (C.V.), « Le cadre juridique de la décentralisation au Cameroun », in ZELAO (A.) (dir.),
Décentralisation au Cameroun : dynamiques institutionnelles et logiques des acteurs, Paris, L’Harmattan, coll.,
« Études africaines », 2018, pp. 129-149 ; ARREY (W.H.) et FOUTEM (T.M.), « Decentralized cooperation :
analysis of the opportunities and challenges of a new form of external support for Cameroon’s Local developement
(1996-2019) », Journal of Law and Global Policy, vol. 6, n° 1, 2021, p. 12 ; ZENÛ NETWORK, « La
décentralisation au Cameroun : processus de recomposition des pouvoirs locaux : les grands moments du colloque
de Yaoundé : synthèse, parole aux acteurs, leçons et perspectives », Journal de la décentralisation, vol. 13, n° 43,
2012, pp. 56-79.
32
NDOUMBE (R.A.), « Le processus de décentralisation au Cameroun : avancées, pesanteurs et perspectives »,
op. cit., p. 4.
À partir de là, « les CTD sont désormais dotées de plus d’autonomie, de ressources, la tutelle
est relativement amenuisée, la gouvernance plus élargie et participative, et un statut spécial est
accordé aux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest36. Cet ordonnancement
normatif a été magnifié par les six décrets du 28 décembre 2021 portant notamment sur
l’Organisation-type de l’administration territoriale, la Répartition de la Dotation Générale de la
Décentralisation au titre de l’exercice budgétaire 2021, les modalités d’exercices de certaines
compétences transférées par l’État aux Régions en matière d’urbanisme, d’organisation et de
gestion des transports publics interurbains, de protection de l’environnement, du tourisme et du
loisir37. En 2021, le gouvernement a reversé une enveloppe globale de 590 milliards de FCFA
à la décentralisation soit environ 18% des recettes de l’État. Les communes et villes unies du
Cameroun soulignent qu’entre 2019 et 2020, cette dotation a connu une évolution de 17% »38.
« Selon les prévisions, cette enveloppe consacrée au financement de la décentralisation
connaitra une augmentation progressive afin de poursuivre le transfert des ressources aux
33
Appel à communication : « La décentralisation au Cameroun : état des lieux, défis et perspectives », du 07 au 09
juin au Campus II de l’Université de Douala, 2023, pp. 1-2.
34
Ministère de la décentralisation et du développement local, 2019, Dé[Link], N° 003, Édition
Spéciale, Yaoundé, 2005, p. 5 ; NDOUMBE (R.A.), « Le processus de décentralisation au Cameroun : avancées,
pesanteurs et perspectives », Sustainable Cities and Communities, op. cit., p. 4.
35
Idem.
36
Idem ; ESSIMI (F.O.), « Contribution à l’étude de la collectivité à statut spécial : cas des régions du Nord-Ouest
et du Sud-Ouest du Cameroun », in ABANE ENGOLO (P.E.) (dir.), La décentralisation : (re)présentation,
financement et évolutions récentes, Paris, L’Harmattan-Cameroun, 2022, pp. 349-351.
37
NDOUMBE (R.A.), « Le processus de décentralisation au Cameroun : avancées, pesanteurs et perspectives »,
Sustainable Cities and Communities, op. cit., p. 4.
38
Appel à communication : « La décentralisation au Cameroun : état des lieux, défis et perspectives », du 07 au 09
juin au Campus II de l’Université de Douala, 2023, p. 1.
39
ABANE ENGOLO (P.E.), La décentralisation : (re)présentation, financement et évolutions récentes, La
décentralisation : (re)présentation, financement et évolutions récentes, op. cit., 440 p.
40
BRISSON (J.-F.), « Les compétences des collectivités territoriales », RFDA, 2002, p. 291.
41
NDOUMBE (R.A.), « Le processus de décentralisation au Cameroun : avancées, pesanteurs et perspectives »,
op. cit., pp. 4-5.
42
Idem ; MBIDA ONAMBELE (M.Z.S.), « vers la reconfiguration de l’État ? État des lieux de la décentralisation
au Cameroun », in Janvier ONANA (dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique subsaharienne : regards
croisés sur le Cameroun, op. cit., pp. 208-210.
43
Idem.
44
TEME (A.A), La mise en place du Sénat au Cameroun, Paris, L’Harmattan, 2015, 262 p.
45
MBIDA ONAMBELE (M.Z.S), « vers la reconfiguration de l’État ? État des lieux de la décentralisation au
Cameroun », in ONANA (O.) (dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique subsaharienne : regards
croisés sur le Cameroun, op. cit., p. 208.
46
C’est l’article 35 qui consigne les compétences du Parlement en matière de contrôle de l’action du gouvernement.
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité politique
sous Paul Biya, op. cit., pp. 107-111.
47
Ibid., p. 112.
48
Idem.
49
MOUBITANG (E.), « La succession constitutionnelle du Président de la République du Cameroun : Entre
intérim et dauphinat », Revue libre de Droit, 2019, pp. 16-40.
50
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité
politique sous Paul Biya, op. cit., p. 120.
51
Ibid., pp. 185-197.
52
La loi n° 91-20 du 16 décembre 1991 fixant les conditions d’élection des députés à l’Assemblée nationale
(modifiée et complétée par la loi n° 97-13 du 19 mars 1997 et par la loi n° 2006/009 du 29 décembre 2006) ; la loi
n` 92-002 du 14 août 1992 fixant les conditions d’élection des conseillers municipaux (modifiée et complétée par
la loi n° 95/24 du 11 décembre 1995 et par celle n° 2006/010 du 29 décembre 2006) ; la loi n° 92-10 du 17
septembre 1992 fixant les conditions d’élection et de suppléance à la Présidence de la République (modifiée et
complétée par la loi n° 97/20 du 9 septembre 1997 et par la loi n° 2011/002 du 6 mai 2011) ; la loi n° 97/06 du 10
janvier 1997 fixant les conditions de révisions et refontes des listes électorales etc.
53
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité
politique sous Paul Biya, op. cit., pp. 197-198.
54
Idem.
55
AMOUGOU MBARGA (A.B.), « Le passage à la biométrie au Cameroun : analyse des enjeux, des logiques et
de la portée politique d’une technologie électorale », in ONANA (J.) (dir.), Leçons sur le changement politique en
Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit., pp. 69-92.
56
TAMBA (E.) Nouveau Code électoral au Cameroun : analyse de Maurice Kamto, Scribd compagny, 9 mai 2012,
pp. 1-10.
Par ailleurs, l’un des actes politiques majeurs en rapport avec la consolidation de l’État de
droit au Cameroun promu par la Constitution du 18 janvier 1996 est l’instauration d’un Conseil
constitutionnel. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le contrôle de la constitutionnalité
57
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité
politique sous Paul Biya, op. cit., p. 202.
58
Ibid., pp. 193-194.
59
Ibid., pp. 207-208.
60
Idem.
61
MASSIAS (J.-P.), Justice constitutionnelle et transition démocratique en Europe de l’Est, Paris, LGDJ, 1998,
p. 9 ; ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), « La constitutionnalisation du droit en Afrique : l’exemple de la création
du Conseil constitutionnel camerounais », Annuaire internationale de justice constitutionnelle, n° 19, 2003, p. 45.
62
Cette opinion est discutée et réfutée par le Professeur MODERNE (F.) qui pense que la Cour Fédérale de Justice
camerounaise n’était pas investie de la mission de contrôle constitutionnel, « Les juridictions constitutionnelles en
Afrique », in CONAC (G.) (dir.), Les cours suprêmes en Afrique, t., 2, Paris, Economica, 1989, p. 13.
63
LEKENE DONFACK (E.C.), L’expérience du fédéralisme camerounais : les causes et les enseignements d’un
échec, Thèse de Doctorat d’État en Droit public, Université de Clermont I, 1979, p. 124.
64
OWONA (J.), « La nouvelle Constitution camerounaise du 20 mai 1971-De l’État fédéral à l’État unitaire », n°
27, R.J.P.I.C, 1973, pp. 3-33.
65
HOLO (T.), « La présidence impériale : du Potomac au Sahel », RBSJA, n° 9, 1987, pp. 1-9.
66
TIXIER (G.), « La personnification du pouvoir dans les États de l’Afrique de l’Ouest », Revue de Droit public,
n° 6, 1965, pp. 1120-1150.
67
KAMTO (M.), Pouvoir et droit en Afrique noire : essai sur les fondements du constitutionnalisme dans les États
d’Afrique noire francophone, Thèse de Doctorat d’État en Droit public, Université de Nice, 1983, p. 326.
68
PROUZET (M.), Le Cameroun, Paris, LGDJ, 1974, p. 293.
69
Cette conception s’incarna parfaitement dans « le pragmatisme » de Léon Mba et « le progressisme
démocratique et concerté » d’Omar Bongo Ondimba au Gabon. KOMBILA-IBOANGA (F.), Les institutions et le
régime politique de la République gabonaise, Doctorat/Ph.D., en Droit public’ Université de Nantes, 1985, pp.
60-119.
70
OWONA (J.), « L’essor du constitutionnalisme rédhibitoire en Afrique noire », in L’État moderne. Horizon
2000, Mélangées en l’honneur de Pierre-François Gonidec, Paris, LGDJ, 1995, pp. 235-243.
71
KONTCHOU KOUOMEGNI (A.), « Idéologie et institution politique : impact de l’unité nationale sur les
institutions politiques de l’État camerounais », in CONAC (G.) (dir.), Dynamiques et finalités des droits africaines,
Paris, Economica, 1980, pp. 443-464 ; AÏVO (F.J.), « Les constitutionnalistes et le pouvoir politique en Afrique »,
Revue français de droit constitutionnel, vol. 4, n° 104, 2015, pp. 771-800.
72
ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), « La constitutionnalisation du droit en Afrique : l’exemple de la création du
Conseil constitutionnel camerounais », Annuaire international de justice constitutionnelle, n° 19, 2003, pp. 45-50.
73
WANDJI KEMAJOU (J.F.), « Le contrôle de la constitutionnalité au Cameroun et le modèle africain
francophone de justice constitutionnelle », Revue juridique et politique des États francophones, vol. 61, n° 4, 2007,
pp. 415-446.
74
ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), « La constitutionnalisation du droit en Afrique : l’exemple de la création du
Conseil constitutionnel camerounais », op. cit., pp. 45-50. L’une des nouvelles institutions créées par la loi n°
96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 2 juin 1972 (modifiée et complétée par la loi n°
2008/001 du 14 avril 2008.
75
OLINGA (A.D.), La Constitution de la République du Cameroun, 2e éd., revue t corrigée, Yaoundé, Presses de
l’UCAC, 2013, p. 117.
76
VOUFFO (P.), « Réflexions succinctes sur les entraves à l’effectivité des institutions constitutionnelles au
Cameroun : l’exemple du Conseil constitutionnel », RAMReS, n° 2, 2019, pp. 166-168 ; LEKENE DONFACK
(É), et al., « Chronique de jurisprudence du Conseil constitutionnel camerounais (2018 à 2020) », Revue française
de droit constitutionnel, vol. 1, n° 129, 2022, pp. 207-241.
77
Idem ; MENTHONG (H.-L.), « Vote et communautarisme politique au Cameroun : un vote de cœur, de sang et
de raison », op. cit., pp. 40-52.
78
BAILEY (F.G.), Les règles du jeu politiques : études anthropologiques, trad., de COPAINS (J.), Paris, Presses
Universitaires de France, coll., « Bibliothèque de sociologie contemporaine », 1971, pp. 13-15 ; OWONA
NGUINI (M.E.), « Crises de la politique et de la démocratie au Cameroun : des dynamiques en lien avec les luttes
sociales autour du changement polyarchique » in ONANA (J.) (dir.), Leçons sur le changement politique en
Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit., p. 65.
79
ABÉ (C.), « Espace public et recompositions de la pratique politique au Cameroun », Polis/ECSP/CPSR, 2006,
pp. 29-59.
80
ABÉ (C.), « Opposition politique, société civile et reconstruction de l’ordre - politique démocratique au
Cameroun », in EBOUSSI BOULAGA (F.), TALLA (J.B.), ABÉ (C.) et OWONA NGUINI (M.E.) (coordination
éditorial), Repenser et reconstruire l’opposition camerounaise, Repenser et reconstruire l’opposition
camerounaise, Yaoundé, Terroirs, Samory / La grande Palabre, 2014, p. 399 ; OWONA NGUINI (M.E.), « Crises
de la politique et de la démocratie au Cameroun : des dynamiques en lien avec les luttes sociales autour du
changement polyarchique », in Janvier ONANA (dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique
subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit., p. 66.
81
LEKA ESSOMBA (A.), « Les relations Opposition-Majorité au Cameroun : brèves considérations sur la
construction inachevée du face à face démocratique », in EBOUSSI BOULAGA (F.), TALLA (J.B.), ABÉ (C.) et
OWONA NGUINI (M.E.) (coordination éditorial), Repenser et reconstruire l’opposition camerounaise, Yaoundé,
Terroirs, Samory / La grande Palabre, 2014, p. 210.
82
Idem.
83
OWONA NGUINI (M.E.), « Pourquoi un système démocratique a-t-il besoin des alliances des acteurs
politiques ? De l’utilité et de la persistance politiques des alliances et des coalitions », in Friedrich Ebert Stiftung,
L’impératif des alliances en démocratie, Yaoundé, Presses Universitaires d’Afrique, 2013, p. 43.
84
EBOUSSI BOULAGA (F.), « L’opposition, immobile à grands pas » (Préface), in EBOUSSI BOULAGA (F.),
Jean B. TALLA, ABÉ (C.) et OWONA NGUINI (M.E.) (coordination éditorial), Repenser et reconstruire
l’opposition camerounaise, op. cit., p. 25 ; OWONA NGUINI (M.E), « Crises de la politique et de la démocratie
au Cameroun : des dynamiques en lien avec les luttes sociales autour du changement polyarchique », in ONANA
(J.) (dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op.
cit., p. 67.
85
Ibid., p. 51.
86
BAKARY (T.), Côte-D’ivoire : la succession impossible, Paris, L’Harmattan, 1991, 205 p.
87
OWONA NGUINI (M.E.), « Crises de la politique et de la démocratie au Cameroun : des dynamiques en lien
avec les luttes sociales autour du changement polyarchique », in ONANA (J.) (dir.), Leçons sur le changement
politique en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit., p. 52.
88
Ibid., pp. 52-67.
Entre les années 1990 et 2010, la démocratisation au Cameroun a été déterminée par la
stratégie dirigeante du gouvernement perpétuel89. Cette « démarche de pérennisation du
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pouvoir central étatique, contrôlé par le Président Paul Biya et son régime du Renouveau
national, a restreint les possibilités de libération et de démocratisation de fond au Cameroun.
L’État camerounais est engagé depuis 1990 dans une dynamique de démocratisation
ambivalente. Cette dynamique est biaisée et inachevée du fait de la capture par l’ordre
gouvernant conduit par le Président Paul Biya depuis 1982. Au finish, la démocratisation a été
phagocytée par le « gouvernement perpétuel », c’est-à-dire un gouvernement à durée
indéterminée, mieux, un gouvernement qui s’implante et se renouvelle en prolongeant son
mandat de manière itérative et cyclique comme dans un système monopartisan à choix unique.
Le régime a pu jusqu’ici imposer un tempo politique fondé sur sa capacité à garder le contrôle
sur les commandes centrales de l’État90. Il a développé un art de survie gouvernante à travers
lequel il confine les formes de la démocratisation au régime peu compétitif de la
« démocratisation passive » comme cas limite de la transition démocratique hypothéquée par
des persistances autoritaires. Contrairement aux attentes de nombreuses personnes, l’ordre
gouvernant conduit par le Président Biya est parvenu à résister aux pressions visant à lui
imposer un dispositif de transition démocratique dont il n’aurait pas le contrôle, s’arcboutant
devant l’expérience d’une Conférence nationale souveraine portée par le mouvement social qui
avait organisé les opérations dites des « villes mortes » et du « Cameroun mort » entre avril et
octobre 1991 »91.
89
OWONA NGUINI (M.E.) et Hélène-Laure MENTHONG (H.-L.), « Gouvernement perpétuel » et
démocratisation janusienne au Cameroun (1990-2018) », op. cit., p. 97 ; « Le gouvernement perpétuel en Afrique
centrale : le temps politique présidentialiste entre autoritarisme et parlementarisme au dans la Cemac », op. cit.,
pp. 9-14.
90
Idem.
91
Ibid., pp. 97-98.
92
FOUCAULT (M.), Dits et écrits, Paris Gallimard, 1994, 577 p.
93
WARNIER (J.-P.), « Corps, technologie du pouvoir et appropriation de la modernité au Cameroun », Politique
africaine, vol. 3, n° 107, 2007, pp. 23-41.
Les acteurs centraux de la coalition dirigeante ont pour rétablir un « certain degré de
césarisme100 », « pulvérisé la limitation des mandats présidentiels qui avait été introduite par la
Constitution révisée du 18 janvier 1996 en supprimant la clause inscrite dans l’article 6, alinéa
2, à l’occasion de la révision d’avril 2008101. Ce faisant, ils ont restauré les bases de la
domination politique et institutionnelle présidentialiste constituées dans le cadre de l’État de
parti unique. Le choix institutionnel de restaurer la non limitation du mandat présidentiel en
avril 2008, conduit par le président Biya et ses soutiens institutionnels ou politiques, démontre
leur capacité à agir dans le sens de « l’exploitation néo-autoritaire ou crypto-autoritaire du
94
OWONA NGUINI (M.-E.) et MENTHONG (H.-L.), « Gouvernement perpétuel » et démocratisation janusienne
au Cameroun (1990-2018) », op. cit., p. 98.
95
MÉDARD (J.-F.), « L’État sous-développé en Afrique noire : clientélisme politique ou patrimonialisme ? »,
Travaux et documents, n° 1, Bordeaux, CEAN, 1982 ; États d’Afrique noire : formation, mécanisme et crises, Paris
Karthala, 1991, pp. 323-352.
96
OWONA NGUINI (M.E.) et Hélène-Laure MENTHONG (H.-L.), « Gouvernement perpétuel » et
démocratisation janusienne au Cameroun (1990-2018) », op. cit., p. 99.
97
Idem.
98
OWONA NGUINI (M.), « La politique et l’opposition au Cameroun : une socio-analyse d’une relation
complexe », in EBOUSSI BOULAGA (F.), TALLA (J.B.), ABÉ (C.) et OWONA NGUINI (M.E.) (coordination
éditorial), Repenser et reconstruire l’opposition camerounaise, op. cit., pp. 61-72.
99
OWONA NGUINI (M.E.) et MENTHONG (H.L.), « Gouvernement perpétuel » et démocratisation janusienne
au Cameroun (1990-2018) », op. cit., p. 102.
100
MICHEL (R.), Les partis politiques, Paris, Champs-Flammarion, 1971, 309 p.
101
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Le rapport de forces dans la question de la limitation des mandats
présidentiels au Cameroun », Revue Africaine de Sciences Politiques et Sociales, n° 18, 2018, pp. 266-280.
102
OWONA NGUINI (M.E.), « Le gouvernement perpétuel en Afrique centrale : le temps politique
présidentialiste entre autoritarisme et parlementarisme au dans la Cemac », op. cit., p. 11.
103
OWONA NGUINI (M.E.) et MENTHONG (H.-L,), « Gouvernement perpétuel » et démocratisation janusienne
au Cameroun (1990-2018) », op. cit., p. 102.
104
Cette déclaration a été faite le 4 juillet 2015.
105
Idem.
106
OWONA NGUINI (M.E.), « La construction et la déconstruction de la paix et de la guerre en Afrique
subsaharienne : entre présidence perpétuelle, centralismes principataires et cultures de la démocratie », African
Prospective, n° 2, 2008, pp. 64-78 ; OWONA NGUINI (M.E.) et MENTHONG (H.L.), « Gouvernement perpétuel
» et démocratisation janusienne au Cameroun (1990-2018) », op. cit., p. 112.
107
OWONA NGUINI (M.E.), « Crises de la politique et de la démocratie au Cameroun : des dynamiques en lien
avec les luttes sociales autour du changement polyarchique », in Janvier ONANA (dir.), Leçons sur le changement
politique en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit., p. 64
108
OWONA NGUINI (M.E.), « Le gouvernement perpétuel en Afrique centrale : le temps politique
présidentialiste entre autoritarisme et parlementarisme au dans la Cemac », op. cit., p. 12 ; OWONA NGUINI
(M.E.) et MENTHONG (H.-L.), « Gouvernement perpétuel » et démocratisation janusienne au Cameroun (1990-
2018) », op. cit., pp. 112-113.
La moralisation de la vie politique fait partie des axes prioritaires et primordiaux du projet
de société du Président Paul Biya109. D’ailleurs, il considère que la lutte contre les fléaux que
sont la corruption et les détournements de derniers publics devrait être l’une « des
concrétisations de sa grande option de la triple maitrise politique, économique et éthique qui
implique entre autres la rationalisation de l’action et la moralisation110. Plus spécifiquement, la
maitrise éthique, faite d’honnêteté, de probité, d’intégrité, de conscience professionnelle et de
justice doivent tendre à faire du Cameroun une société saine, harmonieuse, solidaire dans ses
luttes comme dans la jouissance des fruits du développement »111. Toutefois, au gré des
contraintes et des enjeux de conservation du pouvoir politique, la campagne de moralisation de
vie politique sous fond de répression de la délinquance économique va se voir infléchir, orientée
et dévoyée dans le sens de la préservation de M. Paul Biya comme hégémon central du
gouvernement perpétuel. Renseigner sur ce glissement éthique et politique revient à informer
sur des facteurs associés à l’accroissement de la lutte contre la corruption et les détournements
de derniers publics d’une part, et d’éclairer sur les usages politico-stratégiques de l’opération
d’assainissement de la gestion de la chose publique d’autre part.
109
Voir le Discours d’ouverture du cinquième Conseil de l’UNC, Yaoundé, le 19 novembre 1982 ; MOUELLE
KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité politique sous Paul
Biya, op. cit., p. 331.
110
BOISVERT (Y.), Institutionnalisation de l’éthique gouvernementale : quelle place pour l’éthique ? Québec,
PUQ, 2011, pp. 9-218.
111
Discours du cinquième Conseil national de l’UNC., Yaoundé, le 19 novembre 1982. Idem.
112
VALLÉE (O.), « La construction de l’objet corruption en Afrique », Afrique contemporaine, vol. 4, n° 220,
2006, p. 141.
113
SINDJOUN (L.), La politique de l’affection en Afrique : société de parenté, société d’État et libéralisation
politique au Cameroun, Groupe de recherches sur l’Afrique francophone, Boston, Boston University, 1998, p. 4 ;
TCHOUPIE (A.), « L’institutionnalisation de la lutte contre la corruption et contre les phénomènes apparentés au
Cameroun », Revue canadienne de science politique, vol. 40, n° 4, 2007, pp. 861-862.
114
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité
politique sous Paul Biya, op. cit, p. 335.
115
TCHOUPIE (A.), « L’institutionnalisation de la lutte contre la corruption et la criminalité financière au
Cameroun », op. cit., pp. 859-881.
116
Arrêté n° 001/PM du 4 janvier 2000 portant création d’un observatoire de lutte contre la corruption. TCHOUPIE
(A.), « L’institutionnalisation de la lutte contre la corruption et contre les phénomènes apparentés au Cameroun »,
op. cit., p. 873.
117
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité
politique sous Paul Biya, op. cit, p. 335.
118
Article 2, alinéa 2, du Décret n 2006/088 du 11 mars 2006 portant création d’une commission nationale
anticorruption.
119
TCHOUPIE (A.), « L’institutionnalisation de la lutte contre la corruption et contre les phénomènes apparentés
au Cameroun », op. cit., p. 874. L’ANIF a été créé par le Décret n° 2005/087 du 31 mai 2005. MOUELLE KOMBI
(N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité politique sous Paul Biya, op.
cit, p. 337.
120
MONEBOULOU (H.M.), « Le Tribunal Criminel Spécial au Cameroun et les grands principes de la justice
criminelle : étude comparative des lois de 1961-2011 », Juridis Périodique, n° 93, 2013, pp. 93-63 ; YIMKA (Y.),
« La lutte contre le détournement des biens publics à la lumière de la loi n° 2011/028 du 14 décembre 2011 portant
création d’un tribunal criminel spécial modifiée par la loi n° 2012/011 du 16 juillet et de ses décrets d’application »,
Juridis Périodique, n° 101, 2015, pp. 77-94.
121
Ibid., pp. 339-340 ; RAYÉ NGOULOURE (J.), « Le complice et la restitution du corps du délit de détournement
des biens publics au Cameroun », International Multilingual Journal of Science and Technology (IMJST), vol. 6,
n° 9, 2021, p. 4093 ; MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité
et modernité politique sous Paul Biya, op. cit, p. 343.
122
The Initiative for Transparency in Extrative Industries (EITI).
123
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité
politique sous Paul Biya, op. cit, pp. 243-247.
124
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « De l’usage politique de la sanction : essai sur la politisation de la lutte
contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun », op. cit., p. 113.
125
Ibid., p. 117.
126
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Jusqu’où peut-on aller dans la lutte contre la corruption ? », Lignes
d’horizon, n° 26-janvier, 2023, p. 10.
127
TCHOUPIE (A.), « L’institutionnalisation de la lutte contre la corruption et contre les phénomènes apparentés
au Cameroun », op. cit., p. 878.
« C’est pourquoi l’opinion publique, les sympathisants de son parti politique, une certaine
opposition politique et une partie de ses frères du même groupe ethnique – les béti considèrent
son arrestation comme une stratégie de conservation du pouvoir et de promotion du statut quo
au sommet de l’État131. Dans le même ordre d’idées, le limogeage, l’arrestation ad litem et
l’inculpation de l’ex Directeur général de la CNPS, Ango Pierre Désiré a donné lieu à des
interprétations semblables. Alors qu’officiellement on le disait condamné pour détournements
de fonds publics, il s’est aussi répandu la version officielle selon laquelle « cette sanction serait
due aux velléités politiques qu’il commençait à exprimer. Dans le même fief du Président Biya,
sa tentative de positionnement personnel et politique constituait une obstruction pour le pouvoir
en place », comme l’explique Pélagie Chantale Bélomo Essono132. La campagne de lutte contre
les détournements de fonds publics au Cameroun est travaillé par une espèce de path-
128
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « De l’usage politique de la sanction : essai sur la politisation de la lutte
contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun », op. cit., p. 113.
129
Idem ; NGANDO (B.A.), L’Affaire Titus EDZOA, Paris, L’Harmattan, 2000, 338 p.
130
Lire la déclaration de Titus Edzoa dans le Journal L’Indépendant Hebdo n° 020 du 07 octobre 1997, p. 03.
131
Lire les quotidiens L’Expression, n° 1999, du 14 novembre, 1997, p. 4 ; Le Messager, n° 636, du 09 Juillet
1997, p. 6 ; La Détente, n° 158, du 07 août 1997, p. 2.
132
BÉLOMO ESSONO (P.C.), L’ordre et la sécurité publics au Cameroun, Thèse de Doctorat/Ph.D., en Science
politique, L’Institut d’Études Politiques de Bordeaux, Université de Montesquieu, Bordeaux, 2007, p. 317 ;
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « De l’usage politique de la sanction : essai sur la politisation de la lutte
contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun », op. cit., p. 113.
Le rapport de l’ONG International crisis group intitulé « Cameroun : État fragile ? » relève
que « la campagne anti-corruption nommée « opération épervier » est la dernière arme du
Président Paul Biya contre l’émergence des courants rivaux au sein de son parti, puisqu’elle lui
permet d’imposer un principe absolu de loyauté à travers des procès hautement médiatisés des
caciques du régime »138. Cette interprétation sera ou est souvent mobilisée pour des arrestations
et des condamnations anciennes et récentes des grandes personnalités comme Emmanuel
133
BONOLI (P.B.), « Phénomènes de « path dependence » et réformes des systèmes de protection sociale », Revue
française de science politique, vol. 49, n° 3, Juin 1999, pp. 399-420 ; PIERSON (P.), « Increasing returns path
dependency and the study of politics », American political science review, vol. 94, n° 2, Juin 2000, pp. 251-267.
134
ATEBA EYENE (C.), Le Cameroun sous la dictature des loges, des sectes, du magico-anal et des réseaux
mafieux, de véritables freins contre l’émergence en 2035, Yaoundé Éditions Saint-Paul, 2012, p. 149.
135
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « De l’usage politique de la sanction : essai sur la politisation de la lutte
contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun », op. cit., pp. 113-114.
136
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Jusqu’où peut-on aller dans la lutte contre la corruption ? », op. cit.,
pp. 10-11.
137
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « De l’usage politique de la sanction : essai sur la politisation de la lutte
contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun », op. cit., pp. 113-114.
138
International Crisis Group, Cameroun : État fragile ? Rapport Afrique, n° 160, 25 mai 2010, p. 19.
Dans ses récents déploiements, « l’opération mains propres » a démontré davantage son fort
relent de politisation145, dans le cadre de l’arrestation de M. Edgar Alain Mebe Ngo’o. Partant
des travaux d’investigation du Journaliste Jules Koum Koum146, sur les origines de la fortune
de l’ex-ministre de la Défense, Edgar Alain Mebe Ngo’o en détention depuis 2019, a écopé
d’une condamnation de 30 ans de prison ferme avec confiscation de son patrimoine pour des
faits de détournements de 23 milliards de FCFA, de blanchissement aggravé de capitaux, de
prise d’intérêt et de corruption147. Il se dit qu’il aurait surtout été neutralisé juste pour avoir
d’autre part nourrit des ambitions présidentielles. Si l’« l’opération épervier » présente des
relent de politisation et des d’instrumentalisation de la justice à des fins de neutralisation des
139
Lire Mutations, du 28 juin 2007, La Nouvelle Expression du 21 décembre 2006.
140
Le Messager, du 24 juin 2007.
141
Lire le quotidien Cameroon-Tribune du 27 février 2006.
142
TCHOUPIE (A.), « L’institutionnalisation de la lutte contre la corruption et la criminalité financière au
Cameroun », op. cit., pp. 859-881.
143
Le Messager, n° 4453, du mardi 10 novembre 2015, p. 5.
144
Libération : Grand angle prisonnier du Président, par, du 2 novembre 2010.
145
PIGEAUD (F.), « Au Cameroun, une opération « mains propres » à fort relent politique », Mediapart, du 4 août
2021.
146
Après avoir subi plusieurs tentatives d’intimidations provenant de l’ancien ministre Mebe Ngo’o, le Journaliste
Jules Koum Koum, Directeur de publication du bimensuel Le Jeune Observateur et correspondant de Reporters
sans frontières décède le 4 novembre 2011 de suite d’un accident de circulation à quelque jet de pierre de la cité
Capitale Yaoundé. Lire Reporters Sans frontières, du 05 novembre 2011.
147
FOUTE (F.), « Fin de partie pour Edgard Alain Mebe Ngo’o, ancien ministre de Paul Biya », Jeune-Afrique,
du 01 février 2023.
« Confondu à une sorte de spoil system, la campagne d’assainissement des mœurs publics
est aussi populaire parce qu’elle entretient l’espoir de renouvellement du personnel politico-
administratif. C’est pourquoi cette opération est autant populaire tant au niveau de classe
moyenne, des catégories sociales intermédiaires qu’au niveau des acteurs du « bas » qui ne
cessent par divers moyens, - mais aussi surtout par voie de medias de régler des comptes avec
les acteurs du « haut » qu’ils accusent à hue et à dia d’indélicatesse avec la fortune publique à
tort ou à raison154 ». Cela permet de comprendre les dernières effervescences autour du
148
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « De l’usage politique de la sanction : essai sur la politisation de la lutte
contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun », op. cit., p. 116.
149
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), L’intrigue de l’alternance présidentielle au Cameroun : entre jeux de
simulation, d’exclusion et de positionnement politique, Verlag, Éditions Universitaire Européenne, 2016, p. 189.
150
Lire la motion de soutien de l’ « Union nationale des jeunes musulmans du Cameroun », in BIYA (P.), L’appel
du peuple, vol. 4, Yaoundé, SOPECAM, 2011, p. 102.
151
Lire la collection des motions de soutien publiée par la Société de Presse d’Éditions du Cameroun (SOPECAM)
en 5 volumes et intitulé BIYA (P.), L’Appel du peuple, Yaoundé, SOPECAM, 2011,
152
AMOUGOU (T.), Biyaïsme, le Cameroun au piège de la médiocrité politique, de la libido accumulative et de
la (dé)civilisation des mœurs, Paris, L’Harmattan, coll., « Pensée Africaine », 2011, p. 181 ; MENGUELE
MENYENGUE (A.M.), « De l’usage politique de la sanction : essai sur la politisation de la lutte contre la
corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun », op. cit., p. 116.
153
Idem.
154
Idem.
155
Lire DOUGUELI (G.), « Covid-gate » au Cameroun : Ferdinand Ngoh Ngoh visé par un mandat d’arrêt
d’amener », Jeune-Afrique, du 24 octobre 2022.
156
MBODIAM (B.R.), « Ministère des Finances pourquoi 1790 agents sont invités à justifier leurs missions
engagées sur la ligne « 65 », Investir au Cameroun, du 06 octobre 2022 ; OTTOU (A.), « Lignes 65 et 94 :
révélation sur plus de 5 400 milliards de dépenses publiques réalisées entre 2010 et 2021 », Investir au Cameroun,
du 21 octobre 2022.
Si l’avènement de l’État moderne et laïc157 marque le début de la fin du religieux en Page | 515
politique158, du moins sa désacralisation159, toutefois, le « retour du religieux et du sacré » tant
à l’honneur de nos jours ne correspond pas vraiment à la résurgence de la foi160 en politique ;
mais bien au contraire, à un recyclage, une ancienne manière de faire la politique conservatrice
en capturant et en instrumentalisant le religieux. Au Cameroun, la prolifération des lieux de
culte et de prière a forcément partie liée avec la question du changement et aux modes alternatifs
de résistance consciente ou inconsciente au changement161. Si l’État camerounais est laïc162,
force est de constater que la religion circule profondément dans la vie politique. Au Cameroun,
« les rapports entre l’Églises et l’État sont de nature politique et à bien des égards
institutionnels », comme l’appréhende Bayart163. D’autant plus que « le religieux, le politique
et la politique entretiennent des relations fondées principalement sur le principe de don et de
contre-don. C’est-à-dire que, leurs rapports sont entretenus par un ensemble de transactions et
d’échanges politiques et symboliques164. Il apparait qu’en temps de crise politique, le recours à
la piété, voire à la religion est généralement un réflexe qui amène le politique à solliciter l’aide
du religieux, à instrumentaliser la prière, on parle alors de : « surinterprétation religieuse du
politique »165. Les périodes de crises politiques sont des moments favorables pour la
ritualisation du politique notamment à travers le recours à la prière et à la piété. Les troubles
157
BOUDON (J.-J.), Religion et politique en France : Paris Armand Colin, 2007, pp. 9-265.
158
DUMOUNCHEL (P.), « La politique comme problème politique », in CAILLÉ (A.) (Dir.), Qu’est-ce que le
religieux ? : Religion et politique, Paris, La Découverte/Poche, 2003, pp. 231- 241.
159
SIRONNEAU (J.P.), Sécularisation et religions politiques, De Gruyter, Religion and Society 17, La Haye,
Mouton, 1982, pp. 72-80.
160
MICHEL (P.), Politique et religieux : la grande mutation, Paris, Albin Michel, 1994, pp. 9-149.
161
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « On ne développe pas une nation par miracle. Le business de l’onction,
l’exploitation de la vulnérabilité sociale et le sous-développement au Cameroun (1990-2021) », in TSAFACK
NANFOSSO (R.A.P.) et ONGO NKOA (B.E.) (dir.), Économie de la religion en Afrique : développements récents
et trajectoires durables, Paris, L’Harmattan, 2022, pp. 387-413.
162
MOMO (B.), « La laïcité et l’État dans l’espace public camerounais », Les cahiers de droit, vol. 40, n° 4, pp.
821-847 ; MBALLA ELANGA ([Link]), « Le Cameroun à l’épreuve du pluralisme religieux ou comment les
associations religieuses et l’État s’approprient la laïcité », Revue internationale des Science Humaines et Sociales,
vol. 8, n° 9, 2019, pp. 251-272 ;
163
BAYART (J.-F.), L’État en Afrique : la politique du ventre, Paris Fayard, 1989, p. 528 ; MANDJACK (A.) et
NDONGMO (M.), « L’Église catholique dans les changements démocratiques au Cameroun : analyse des logiques
d’actions politiques des clergés de Douala et Yaoundé », in ONANA (J.) (dir.), Leçons sur le changement politique
en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, Paris, L’Harmattan, Cameroun, 2016, p. 224.
164
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun »,
op. cit., p. 234.
165
GRUÉNAIS (M-E), et al., « Messies, fétiches et lutte de pouvoir entre « les grands hommes » du Congo
démocratique », Cahiers d’Études Africaines, 1995, p. 169.
166
MBEMBE (A.), La naissance du maquis dans le Sud-Cameroun, 1920-1960 : histoire des usages de la raison
coloniale, Paris, Karthala, 1996, pp. 225-377.
167
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les rites de la gestion de la crise de succession présidentielle des
années 1980 au Cameroun », op. cit., pp. 77-94.
168
NGAYAP (P.F.), L’opposition au Cameroun : les années de braises, op. cit., pp. 51-52.
169
BOUOPDA KAMÉ (P.), La crise anglophone au Cameroun, Paris, L’Harmattan, 2018, 190 p.
170
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun »,
op. cit., p. 226 ; MACHIKOU (N.), « Utopie et dystopie ambazoniennes : dieu, les dieux et la crise anglophone au
Cameroun », Politique africaine, vol. 2, n° 150, 2018, pp. 115-138.
171
CHEVALLIER (P.) et DEBRAY (R.), « Le religieux comme ultime recours quand le politique a échoué »,
Philosophie magazine, n° 17, 2008, pp. 44-46.
172
BAYART (J.-F.), « Les Églises chrétiennes et la politique du ventre : le partage du gâteau ecclésial », Politique
africaine, 1989, p. 5 ; MBEMBE (A.), Afriques indociles : christianisme, pouvoir et État en société postcoloniale,
Paris, Karthala, 1988, p. 176 ; ÉLA (J.-M.), « Des prêtres clochards : de l’obsession de l’argent à la hantise de
l’évangélisation », L’Effort camerounais, 1971, p. 3.
173
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun »,
op. cit., p. 226.
174
Lire ADILLY A SIADE (G.P.), « Marché de Dieu et pièges à l’argent : au cœur du mercantilisme religieux,
socioanalyse à partir de l’expérience de l’église catholique romaine du Cameroun », in TSAFACK NANFOSSO
(R.A.P.) et ONGO NKOA (B.E.) (dir.), Économie de la religion en Afrique : développements récents et trajectoires
durables, op. cit., pp. 295-332 ; MBOG IBOCK (M.R.W.) et KETCHA TANTCHOU (R.), « Mythanalyse de la
prostitution chez/vers le dieu et les dieux de miracles des églises de réveil au Cameroun », », in TSAFACK
NANFOSSO (R.A.P.) et ONGO NKOA (B.E.) (dir.), Économie de la religion en Afrique... op., cit., pp. 465-486.
Le principe de la morale religieuse omnis potestas est a deo, c’est-à-dire, tout pouvoir, toute
autorité vient de Dieu explique les collusions entre le sacré et le pouvoir politique. Cette
conception paulienne du pouvoir légitimise les interférences politiques du religieux 176. Ces
interférences s’accentuent à mesure que l’on assiste à la crise morale et éthique au Cameroun.
« La prière est à certain égard mobilisée comme un mécanisme politique de légitimation et de
consolidation du pouvoir politique. Dans les modalités pratiques de modulation politique de la
prière d’intercession, les prières pour le Président de la République occupent une place de
choix177. Elle est d’autant plus qu’entre les hommes politiques et les entrepreneurs religieux, la
prière est un instrument, un moyen d’échange et de transaction : d’où les prières
transactionnelles dites pour implorer la grâce divine, voire la bénédiction du Chef de l’État en
échange des avantages et privilèges qu’il leur offre en contrepartie. Les prières transactionnelles
peuvent prendre plusieurs formes. Mais, le plus souvent, elles se réalisent soit à travers les
motions de soutien178 soit via des appels à candidature »179.
175
CALVEZ (J.-Y.).) et TINCQ (H.), L’Église pour la démocratie, Paris, PUF, 1992, p. 7 ; Église catholique et
processus de démocratisation au Cameroun : une analyse de la participation politique dans les archidiocèses de
Douala et de Yaoundé, Paris, L’Harmattan, 2016, 226 p.
176
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), Forces occultes, religion et politique au Cameroun, préface Pr Ibrahim
Mouiche, Verlaag, Presses Universitaires Francophones, 2014, p. 345.
177
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun »,
op. cit., p. 235.
178
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), Forces occultes, religion et politique au Cameroun, Nordestedt, Presses
académiques francophones, 2014, pp. 442-453.
179
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun »,
op. cit., p. 237-239.
Prier « devient un contre-don dans la mesure où les rédacteurs des motions de soutiens
expriment, par ce canal, leur reconnaissance et leur gratitude au détenteur du pouvoir suprême
de nomination au sein de l’État. Il en est ainsi lorsque ce dernier procède à un remaniement
ministériel pour redistribuer les portefeuilles ministériels après une consultation électorale. La
rétribution du soutien électoral et le militantisme politique qui se réalisent souvent à travers le
remaniement ministériel apparaissent comme un échange, mieux une transaction que les prières
d’intercession viennent souvent sceller. Quelques morceaux choisis des motions de soutien
publiées après des décrets présidentiels portant promotions à certains postes de la haute
administration publique montrent bien que les prières d’intercession sont une modalité de
soutien symbolique que bénéficie celui qui nomme dans ses rapports politiques avec les groupes
identitaires et d’autres entrepreneurs politiques. À titre d’exemple, les chefs de délégation du
comité central pour le Ndé-Ouest ont organisé des rituels avec motions de soutien adressées au
Chef de l’État en avril 2009, à l’occasion des nominations »182.
180
Ibid., pp. 235-236.
181
Lire Le Messager, n° 5047 du mardi 10 mars 2018, p. 5 ; General News, du mardi 10 avril 2018.
182
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun »,
op. cit., p. 236.
183
Idem.
En fait, on observe « certains clercs catholiques qui de par leur posture religieuse tendent
Page | 519
en fonction de leur proximité et de leur sensibilité politique à promouvoir la continuité du
Renouveau et de sa politique184. Peuvent être rangés dans ce registre Mgrs Jean Zoa et Tonye
Bakot. En 1990, face à la pression de l’opposition qui exigeait l’organisation d’une conférence
nationale souveraine, le Chef de l’État Paul Biya y voyait une menace, car, cette conférence
s’inscrivait dans la foulée des bouleversements sociopolitiques qui ont caractérisé l’entrée du
pays dans la vague de démocratisation. En ce sens, le discours politique de Mgr Jean Zoa
constituait un soutien politique et religieux au pouvoir. Voulant participer à la pérennisation du
régime, celui-ci affirma à la télévision nationale : « le terme conférence nationale n’existe nulle
part dans le dictionnaire français »185. Ce soutien du prélat au refus de la conférence nationale
par le régime s’inscrivait dans la suite de ses multiples soutiens qui l’avaient historiquement
opposé à ses pères anglo-bamiléké de la CENC : à savoir Mgrs Albert Ndongmo, André
Wouking, le Cardinal Christian Tumi, Samuel Kléda, tous favorables à l’alternance
démocratique au Cameroun »186.
Aussi, « le cas de Mgr Tonye Bakot est similaire lorsqu’en 2004, à l’issue des élections il
félicitait le Président vainqueur malgré toutes les controverses post électorales sur les conditions
de déroulement du scrutin, il s’inscrivait dans une logique de sauvegarde des rapports de
collaboration entre l’Église et l’État par la légitimation religieuse de la victoire du Président
sortant à la présidentielle de 2004. C’est pourquoi il a fait fi des pratiques de fraudes grâce
auxquelles le RDPC a pu obtenir la victoire de son candidat187 ». Par ailleurs, « au cours des
multiples controverses qui ont eu lieu après la présidentielle de 2011 sur le rôle de l’église dans
le processus démocratique camerounais, Mgr Tonye Bakot a produit un opuscule sous le titre
« Quel aréopage pour l’Église catholique », une approche des rapports Église-État ». L’auteur,
184
MANDJACK (A.) et NDONGMO (M.), « L’Église catholique dans les changements démocratiques au
Cameroun : analyse des logiques d’actions politiques des clergés de Douala et Yaoundé », in Janvier ONANA
(dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit.,
pp. 227-228.
185
MAROLLEAU (J.-L.), L’Église catholique : État et société civile au Cameroun de 1884 à nos jours, Yaoundé,
PUCAC, 2010, p. 86.
186
MANDJACK (A.) et NDONGMO (M.), « L’Église catholique dans les changements démocratiques au
Cameroun : analyse des logiques d’actions politiques des clergés de Douala et Yaoundé », in Janvier ONANA
(dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit.,
pp. 227-228.
187
Idem.
Si cet acte solidaire envers le conservatisme renseigne sur l’abstraite frontière partagée entre
Page | 520
la politique et le religieux, mieux sur rôle politique d’un autre type de politiciens, ceux en
vêtements sacerdotaux, toutefois, l’immixtion du religieux dans la consolidation du statu quo
débouche souvent à la mobilisation du prophétisme politique et idéologique d’une part, et, à la
manipulation des dogmes religieux d’autre part.
188
Idem.
189
GOURDIN (P.), Géopolitiques : manuel pratique, Paris, Choiseul, 735 p ; NGONG (B.), « Le messianisme ou
de la légitimité politique : une lecture de En attendant le vote des bêtes sauvages d’Ahmadou Kourouma », Rocky
Montain Review, 2012, p. 1 ; GAUTIER (J.-F.), Le sens de l’histoire : une histoire du messianisme en politique,
Paris, Ellipses, coll., « Études africaines », 2013, 236 p.
190
NGONG (B.), « Le messianisme ou de la légitimité politique : une lecture de En attendant le vote des bêtes
sauvages d’Ahmadou Kourouma », op. cit., p. 1.
191
BIYA (P.), L’appel du peuple, vol. 5, Yaoundé, SOPECAM, 2011, 470 p ; MENGUELE MENYENGUE
(A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun », op. cit., p. 238.
192
AGENOR (C.) et al., « Paul Biya, l’appel du peuple : émergence d’une nouvelle forme de propagande politique
en contexte camerounais : cryptage énonciatif et inculturation », Revue Mosaïques, n° 4, 2018, pp. 45-58.
193
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun »,
op. cit., pp. 238-239.
En effet, dans le cadre de l’ « Organisation par le Saint-Esprit de l’investiture du Président- Page | 521
Élu Paul Biya au Tabernacle de Liberté en novembre 2018 », le révérend pasteur Caleb Ngoa
Atangana, sous un registre de prophétisme politique fit six actes de prière parmi lesquelles il va
consacrer le dernier, c’est-à-dire la sixième prière à l’ « acte de consécration du Président-Élu
Paul Biya, Président de la République du Cameroun, selon la formule biblique du livre de
Zacharie, chapitre 4, versets 6 et 7 » où il professe « […], dans deux jours, le Président Biya
posera la pierre au milieu des acclamations. Paul Biya est le choix divin ! Il est positionné dans
ce pays pour défendre les intérêts de Dieu, qui l’y a placé pour accomplir cette tâche (…) »194.
Des religieux actifs en « politique » à l’élite politico-administrative, les discours messianiques
ne désemplissent pas.
L’interprétation que Benjamin Ngong fait du messianisme politique197 est qu’il est une
imposture, qui renvoie essentiellement à la manipulation et à l’endoctrinement des masses.
D’autant plus que ce fétichisme politique convoque métonymiquement l’image du sauveur
rédempteur, celle du père ou du guide en même temps elle procède « de la démagogie, du culte
194
Lire Le tabernacle de la liberté, du 08 décembre 2018.
195
Lire [Link], du 13 février 2021.
196
NGONG (B.), « Le messianisme ou de la légitimité politique : une lecture de En attendant le vote des bêtes
sauvages d’Ahmadou Kourouma », op. cit., p. 2
197
Pour le professeur Achille Mbembe, le messianisme politique observé en Afrique postcolonial se définit
spécifiquement par « une économie des signes dans lesquels le pouvoir s’imagine », ce levier politique est une
imposture légitime. MBEMBE (A.), « Notes provisoires sur la postcolonial », Politique africaine, n° 60, 1995, pp.
75-109.
Au Cameroun, la perspective paulienne et calviniste est mutatis mutadis mobilisée par les
responsables politiques dans l’optique de légitimer le pouvoir en place, d’enrayer les
mouvements de protestation et d’éviction du Renouveau. À titre d’illustration, lors de sa
descente en zone anglophone, à la suite de la tuerie des enfants de Kumba, le samedi 24 octobre
2020 – en lien avec la contestation « anglophone » sur la forme de l’État au Cameroun et aussi
sur la longévité au pouvoir d’un francophone, en occurrence Paul Biya, le ministre de
l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji va déclarer devant les populations de cette
localité présentes dans la salle de la Mairie de la ville « ouvrez vos bibles vous lirez dans
Romain 13, verset 1 et 5 que tout pouvoir vient de Dieu ; le Président Paul Biya est Chef de
l’État parce que Dieu a décidé qu’il soit Chef de l’État »202 ; « il y restera le plus longtemps
possible jusqu’à 150 ans, par la volonté de Dieu »203, aurait-il ajouté.
198
NGONG (B.), « Le messianisme ou de la légitimité politique : une lecture de En attendant le vote des bêtes
sauvages d’Ahmadou Kourouma », op. cit. p. 14.
199
Idem.
200
Idem.
201
« Qu’est-ce qu’un pouvoir légitime pour Calvin », Rives nord-méditerranéennes, n° 19, 2005, pp. 41-73 ;
TARDIVEL (E.), Tout pouvoir vient de Dieu : un paradoxe chrétien, Paris, Ad Solem, 2015, 208 p.
202
Miminfo, du 28 octobre 2020.
203
237online, du 11 novembre 2020.
204
JUOMPAN-YAKAM (C.), « Cameroun : Jean de Dieu Momo, truculent ministre de Paul Biya et opposant
repenti », Jeune-Afrique, du 25 août 2021.
Conclusion
205
Lire Le Journal du Cameroun, du 27 juillet 2021.
206
DE JASAY (A.), L’État : logique du pouvoir politique, Paris, Les Belles Lettres 1994, p. 558
207
BANOCK (M.), Le processus de démocratisation en Afrique : cas du Cameroun, op. cit., p. 231.
208
FREUND (J.), « Polythéisme des valeurs chez Max Weber », Archives de Sciences Sociales des Religions, vol.
61, n° 1, 1986, pp. 51-61.
209
AERNOUDT (R.), « Éthique et politique : un couple infernal », Pyramides, vol. 1, n° 16, 2008, pp. 169-190.
Lire aussi : ATEBA (B.), « L’aide internationale à la démocratisation de l’Afrique subsaharienne : entre intentions
vertueuses et rémanences néocoloniales et autoritaires », in ONANA (J.) (dir.), Leçons sur le changement politique
en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit., pp. 179-180.
210
RICŒUR (P.), Philosophie, éthique et politique, Paris, Seuil, coll., « La couleur des idées », 2017, pp. 51-64.
211
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Construire le changement politique à partir des symboles et considérer
l’éthique du pouvoir : le cas de la réhabilitation des (ex) terroristes au Cameroun », Revue Camerounaise de Droit
et de Science politique, n° 7, 2019, pp. 11-28.
212
Idem.
R.I.D.S.P
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REVUE INTERNATIONALE DE DROIT ET SCIENCE POLITIQUE
Une revue mensuelle dédiée à la recherche approfondie
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N°7– Juillet 2023
ISSN : 2790-4830
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