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Abel Touk Ridsp

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REVUE MENSUELLE

RIDSP

REVUE INTERNATIONALE DE DROIT


ET SCIENCE POLITIQUE
International Journal of Law and Political Science

ISSN : 2790 - 4830

R.I.D.S.P, Vol. 3, N°7 – Juillet 2023


R.I.D.S.P Revue Internationale de Droit et Science Politique

Revue Internationale de Droit et Science Politique


Une revue mensuelle dédiée à la recherche approfondie
ISSN : 2790-4830

COMITE SCIENTIFIQUE
Page | i
Pr Victor – Emmanuel BOKALLI
Agrégé des Facultés de Droit, Professeur, Université de Ngaoundéré ;

Pr. Najet BRAHMI


Professeur, Université de Tunis El Manar ;

Pr Athanase FOKO
Professeur, Université de Ngaoundéré ;

Pr. Eric DEWEDI


Agrégé des Facultés de Droit, Université de Parakou

Pr. Loth Pierre DIWOUTA AYISSI


Maître de Conférences, Université de Yaoundé II;

Pr. Thomas CLAY


Agrégé des Facultés de Droit, Professeur à l’école de droit de la Sorbonne, (Université Paris 1),
Avocat au barreau de Paris ;
Pr. MOKTAR ADAMOU
Agrégé des Facultés de Droit, Université de Parakou ;
Pr Maturin NNA
Professeur, Université de Ngaoundéré ;
Pr. Marie-Colette KAMWE MOUAFFO
Maître de Conférences, Université de Ngaoundéré ;
Pr. Jean Pierre CLAVIER
Professeur, Université de Nantes ;

Pr. Guy Florent ATANGANA MVOGO


Maître de Conférences, Université de Ngaoundéré ;

Pr. Victorine KAMGOUI KUITCHE


Maître de Conférences HDR, Université de Ngaoundéré ;

Pr. Nadège JULLIAN


Agrégé des Facultés de Droit, Professeur, Université Toulouse 1 Capitole ;

Pr Serge Patrick LEVOA AWONA


Agrégé des Facultés de Droit, Professeur, Université de Ngaoundéré ;

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Pr Emmanuel D. KAM YOGO


Professeur, Université de Douala ;

Pr Emilia ONYEMA
Professor, SOAS University of London;
Page | ii
Pr Aron LOGMO MBELECK
Professeur, Université de Douala ;
Pr Maurice KOM KAMSU
Maître de Conférences, Université de Maroua

Pr VOUDWE BAKREO
Agrégé des Facultés de droit, Université de Ngaoundéré ;

Pr Ramses AKONO ADAM


Agrégé des Facultés de Droit, Université de Ngaoundéré ;

Pr Michel Aristide MENGUELE MENYENGUE


Maître de Conférences, Université de Douala ;

Pr. Sandie LACROIX-DE SOUSA


Maître de Conférences HDR, Université d’Orléans ;

Pr Nicolas Junior YEBEGA NDJANA


Maître de Conférences, Université de Ngaoundéré ;

Pr Fred Jérémie MEDOU NGOA


Maître de Conférences, Université de Douala ;

Pr. MFEGUE SHE Odile Emmanuelle épouse MBATONGA


Maître de Conférences,Université de Yaoundé II ;

M. Maxime KALDJONBE
Magistrat, Juge et Juge d’instruction près le Tribunal de Grande Instance de la VINA ;

M. SABABA MAGAZAN
Magistrat, Juge et Juge d’instruction près le Tribunal de Grande Instance de la VINA et Juge
d’instruction près le Tribunal Militaire de l’Adamaoua ;

M. David YINYANG
Magistrat, Substitut du Procureur près les Tribunaux d’Instance du FARO à POLI ;

Mme Sandrine DATSE


Avocate au Barreau de Paris, Conseil Adjoint devant la Cour Pénale Internationale.

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COMITE DE REDACTION

Rédacteur en Chef Rédactrice en Chef Adjointe


Dr. Timothée MANGA BINELI Dr. Calice Cléopatre MAINIBE TCHIOMBE
Université de Yaoundé II. Université de Ngaoundéré.
Responsable en charge de la propriété intellectuelle : Dr. Job NZOH SANGONG
Coordonnateurs des rubriques
Coordonnateur rubrique Science Politique
Dr. Georges Francis MBACK TINA
Coordonnateur rubrique Droit Coordonnateur rubrique English Law
Dr. El-Kader Kadjoum ALI ABDEL Dr. Waraï Michael TAOYANG

Membres :
Dr. Josué DIGUERA Dr. Elie SAPITODEN
Dr. Alice TOUAIBA TIRMOU Dr. Franklin Kennedy ASSONJI FONGUE
Dr. Job Didier BAHANA Dr. WILLARBANG ZUINSSA
Dr. Eloi BAKARY Dr. YAOUBA HAMADOU A.
Dr. Gérard Müller MEVA’A Dr. Alexis BAAYANBE BLAMA
Dr. Sadjo ALIOU Dr. Ibrahima HALILOU
Dr. Joceline Gaëlle ZOA ATANGANA Dr. Raissa PAYDI
Dr. Deguia CHECK IBRAHIM Dr. Adama SALME
Dr. Issa Pave ABDEL NASSER Dr. Dieu-Ne-Dort BADAWE KALNIGA
Dr Prosper Hugues FENDJONGUE Dr. Bienvenu DOMBA
Dr ABOUKAR BANGUI AGLA Mme Mbissa Valérie HAMBOA ZONGA
Dr Ange MESSI MBALLA Dr. ARI HAMADOU GUY
Dr. Linda DJARSOUMNA Mme MOUANGA MOUSSENVOULA G.
Dr Djidjioua GARBA ISSA M. Jacob Israël FIRINA
Dr Norbert DOURGA M. Benjamin DIGUIR DABOLE
Dr. Josué Eric BOLNDO Dr. ALI BOUKOUN ABDOULAYE

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POLITIQUE DE REDACTION
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La Revue Internationale de Droit et Science Politique est publiée par une équipe dynamique
et professionnelle en la matière. Les articles sont disponibles sur le site internet de la Revue :
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Directives aux auteurs :

La Revue Internationale de Droit et Science Politique reçoit des textes en permanence pour
publication dans l’un de ses numéros mensuels. Les auteurs qui soumettent leurs contributions
doivent se conformer aux directives suivantes :

- Toute proposition d’article doit être rédigée en format Microsoft Word, en police
Times New Roman, caractère 12, et en interligne 1,5. Elle comportera un résumé en
français et en anglais, des mots clés en français et en anglais, une introduction, un
développement contenant un plan à deux parties (I- II- pour les parties ; A- B- pour
les sous-parties, et éventuellement des petits 1 et 2), une conclusion. L’ensemble de la
contribution doit tenir sur quinze (15) pages au minimum et trente-cinq (35) pages au
maximum.
- Chaque proposition d’article doit débuter, juste après l’intitulé de la contribution qui
doit être en français et en anglais, par une brève notice biographique précisant l’identité
du (des) auteur(s) : Noms et prénoms, titre ou grade universitaire ou profession pour
les praticiens non universitaires, l’affiliation institutionnelle.

Références (sources) :

Les références (sources) sont obligatoires dans une proposition d’article. Elles doivent être
présentées sur la base du modèle infrapaginale.

Dès lors les références (sources) doivent être présentées en bas de page (notes) selon le style
suivant :

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- Pour un ouvrage : Nom en Majuscule, Initiale du(es) prénom(s) du(es) auteur(s) entre
parenthèses, intitulé de l’ouvrage en italique, Ville d’édition, Maison d’Edition, Année,
page(s).

Exemples : Page | v

Un auteur : ONANA (J.), Gouverner le désordre urbain. Sortir de la tragique


impuissance de la puissance publique, Paris, L’Harmattan, 2019, p.6 ;
Deux auteurs : OST (F.) et VAN DE KERSHOVE (M.), De la pyramide au
réseau. Pour une théorie dialectique du Droit, Bruxelles, Presses de l’Université Saint
Louis, 2010, p. 103
Trois auteurs : BOUSSAGUET (L.) & al., Dictionnaire des politiques
publiques, Paris, Presses de Sciences Po, 2014, p.6

- Pour un article publié dans une revue : Nom(s) en majuscule, Initiales du(es) Prénom(s),
intitulé de l’article entre guillemets, nom de la revue ou de l’ouvrage collectif dans lequel
il est publié en italique, numéro de la revue, Année de parution, pages ;

Exemple : BOKALLI (V.E.), « la protection du suspect dans le code de procédure


pénale », R.A.S.J., vol. 4, n° 1, 2007, p.6

- Pour un chapitre d’ouvrage :

LEVÊQUE (A.), « Chapitre 2 : La sociologie de l’action publique », in JACQUEMAIN


(M.) & FRERE (B.), Epistémologie de la Sociologie. Paradigmes pour le XXIe siècle, De Boeck
Supérieur, Collection « Ouvertures sociologiques », 2008, p.6

- Pour un document internet :

Exemple :
Organisation Mondiale de la Santé, Global status report on violence prévention, 2014, disponible
en ligne sur [Link]

- Pour tout document non publié (mémoire, thèse…) :

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Exemple : MINKOA SHE (A.), Essai sur l’évolution de la politique criminelle au Cameroun
depuis l’indépendance, Thèse de Doctorat, Université des Sciences Juridiques, Politiques, Sociales
et de Technologie de Strasbourg, 1987, p.6

Langue et style de rédaction : Page | vi

- Chaque proposition d’article doit être rédigée en français ou en anglais


- L’usage des transitions et chapeaux est impérative

Soumission, examen des propositions et responsabilités :

- Les propositions d’articles doivent être soumises par courrier électronique à l’adresse
électronique suivante : redactionridsp@[Link] Tout texte soumis à la Revue Internationale
de Droit et Science Politique fait l’objet d’une double évaluation aveugle (sous anonymat).

- Les contributions soumises à la Revue Internationale de Droit et Science Politique doivent


l’être en toute exclusivité.

- Les opinions exprimées dans les contributions sont propres à leurs auteurs et n’engagent
aucunement la responsabilité de la Revue Internationale de Droit et Science Politique. Les
auteurs s’engagent, toutefois, à céder leurs droits à la Revue Internationale de Droit et Science
Politique.

Le Rédacteur en Chef
Dr. Timothée MANGA BINELI
Université de Yaoundé II.

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ISSN : 2790-4830
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Revue Internationale de Droit et Science Politique
Volume 3, Numéro 7, Juillet 2023
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Page | vii
SOMMAIRE

 Droit Public

La chambre des comptes de la cour suprême et les finances locales au Cameroun……………........1

NYETAM TAMGA André

Le délai raisonnable dans le système africain de protection des droits de l’homme………………24

GAZÉLÉ LEMBY Alban Paul

L’usage de drones dans la lutte contre le terrorisme dans l’espace CEDEAO : quelles perspectives

d’encadrement par le droit ?...........................................................................................................38

Songho Faye DIONE

La socialisation des relations entre l’administration et les administrés au Mali : une créativité au-

delà du droit positif……………………………………………………………………………….62

COULIBALY Alou & COULIBALY Youssouf Z & TOURE Omorou Zackaria

La publicité à l’épreuve du développement durable en Afrique : Regard du juriste………………83

Issaka COULIBALY & Seydou Idrissa KANTE

Le droit au développement et l’évasion fiscale internationale…………………………………..103

Yacine EL ISSA

La protection juridique des personnes handicapées en droit Malien…………………………...137

Fanta COULIBALY

La responsabilité des élus locaux en droit camerounais. Regards sur la loi n°2019/024 du 24

Décembre 2019 Portant Code Général des Collectivités Territoriales Décentralisées…………..161

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Mesmer BOBDA TAGNE

L’appréhension des obligations environnementales par les États du bassin du Congo………….193

NAIMÉ AITCHA IBNOU


Page | viii
Le crime contre l’humanité dans la jurisprudence des tribunaux pénaux internationaux ad hoc..219

DJALDOUDA CATHERINE

 Droit Pivé

Les clauses abusives dans le contrat d’assurance CIMA, l’expérience camerounaise…………240

Fodong Sonfack Valdès

La grève et le lieu du travail au Cameroun………………………………………………………274

NJIMO MOUTCHO Françoise

Réflexion sur la commercialité des établissements de microfinance dans l’espace CEMAC…..291

Hilarion KONTCHOP

Les exemptions dans le contrôle de la pratique anticoncurrentielle. Réflexion à partir du règlement

de l’UEMOA à la lumière du TFUE…………………………………………………………….309

Karamoko COULIBALY & Gabriel CAMARA

L’obligation de télécharger en droit camerounais……………………………………………….330

HACHIEM MOUAFO Caroline Linda

La célérité du procès pénal béninois……………………………………………………………347

Laurent HOUNKPE

A la recherche des nouveaux oripeaux du cautionnement sous le prisme de l’acte uniforme

OHADA sur les sûretés…………………………………………………………………………377

CHOUARUPOUO NDASSA Moussa Kallil

La répression de la contrefaçon des produits pharmaceutiques dans l’espace UEMOA………..406

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Oumar Baba CISSE

Le système de l’ouverture d’une procédure collective des sociétés transnationales dans l’espace

OHADA………………………………………………………………………………………...434
Page | ix
DIGUIR DABOLE Benjamin

La protection de la personne née d’une procréation médicalement assistée en droit camerounais

…………………………………………………………………………………………………..451

Bernard BELBARA

 Science Politique

Crise anglophone au Cameroun et codification des rapports de force au prisme de la consolidation

de la décentralisation……………………………………………………………………………469

Fred Jérémie MEDOU NGOA

Démocratisation et usages politiques de l’éthique et de la morale dans la résistance au changement

politique et institutionnel au Cameroun (1990-2023)…………………………………………...487

Abel TOUK

La coopération des forces de défense et de sécurité dans la lutte contre le terrorisme au Sahel : un

nécessaire recadrage…………………………………………………………………………….524

Modibo Mohamed & Hamadi DIALLO

Le Cameroun et l’adhésion aux mécanismes internationaux de lutte contre la corruption………558

KEMO MAFO STEVE

Phénoménologie de l’émigration clandestine dans la ville de Douala : Entre perception du

phénomène, théorie du danger et préparation psycho-physique des jeunes doualais……………583

Olivier Magloire MANGA

La fraude électorale en Afrique : une longue tradition de violence……………………………...610

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R.I.D.S.P
Nkeu Ebangue George Merlin

Les effets des récits de politiques publiques sur les coalitions d’acteurs des Grands projets

structurants des barrages de Lom Pangar Mekin et Memve’ele et leurs interactions au


Page | x
Cameroun……………………………………………………………………………………….633

BISSA EYA’ANE Frank-yves Stéphan

 English Law

Access to legal representation in cameroon’s criminal justice processes………………………..651

AGNES NGWENE-ANEWEH MBAH-FONGKIMEH

The African Continental Free Trade Area: implications for regional integration in the CEMAC
zone……………………………………………………………………………………………..682
Kwati Evelyn Baninjoyoh

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Démocratisation et usages politiques de l’éthique et de la morale dans la
résistance au changement politique et institutionnel au Cameroun (1990-
2023)
Democratization and political uses of ethics and morality in resistance to political and Page | 487
institutional change in Cameroon (1990-2023)
Par :
Abel TOUK
Doctorant en Science politique
Université de Douala

Résumé :

Comment se présentent les rapports entre l’éthique, la morale et la politique à l’aune des
projets et entreprises de verrouillage du changement ? Comment les enjeux de conservation
du pouvoir présidentiel voire de préservation du gouvernement perpétuel déterminent-ils le
rapport politique à l’éthique et à la morale ? Quels sont les usages politiques de l’éthique
démocratique, de la morale publique et religieuse dans la capture du changement politique et
institutionnel au Cameroun postcolonial ? En engageant une telle réflexion, le dessein est de
parvenir à relever les usages et les (més)usages politiques de l’éthique et de la morale dans la
campagne de verrouillage des mutations politiques et institutionnelles par les forces
conservatrices. À travers une approche constructiviste et interactionniste des emplois
disparates et stratégiques de l’éthique et de la morale dans la ferrure du changement, cette
réflexion contribue à rendre compte des jeux de promotion, d’affranchissement et
d’instrumentalisation politique de l’éthique démocratique, de la morale publique et religieuse
dans la construction et la consolidation de l’immobilisme au sommet de l’État. Mieux, elle
concourt à informer sur les ressorts, les modalités et les pratiques politiques inhérentes à la
socialisation au statu quo et à la pulvérisation du changement par le recours subtil et itératif à
l’éthique et à la morale.

Mots clés : éthique, morale, changement politique et institutionnel

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Abstract :

What is the relationship between ethics, morality and politics in the context of projects
and enterprises designed to prevent change? How do the stakes involved in preserving
presidential power, or even perpetual government, determine the political relationship with Page | 488
ethics and morality? What are the political uses of democratic ethics, public and religious
morality in the capture of political and institutional change in post-colonial Cameroon? Our
aim is to identify the political uses and (mis)uses of ethics and morality in the campaign by
conservative forces to lock in political and institutional change. Through a constructivist an
interactionist approach to the disparate and strategic uses of ethics and morality in the ironing-
out of change, this reflection helps to account for the games of promotion, emancipation and
political instrumentalization of democratic ethics, public and religious morality in the
construction and consolidation of immobilism at the top of the State. Better still, it provides
information on the political motives, modalities and practices inherent in socialization to the
status quo and the pulverization of change through the subtle and iterative use of ethics and
morality.

Keywords: ethics, morality, political and institutional change

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Introduction

La question « Doit-on moraliser la politique ? » équivaut-elle à : « Doit-on purifier la


politique ? », et de quoi ? Quel serait le mal qui la ronge de l’intérieur ? Telles sont les épineuses
Page | 489
problématiques que soulève Myriam Revault d’Allonnes à l’issue de son inventaire du difficile
rapport entre l’éthique, la morale et la politique1. Loin d’être anodin, ce questionnement est
symptomatique de la décadence du pacte axiologique entre l’éthique et la politique. Ce trait de
vie du ménage instable entre l’éthique, la morale et la politique renseigne à suffisance sur le
seuil de prévalence de l’anormalité, du vice et du « politiquement incorrect2 » dans l’exercice
du jeu politique.

Dans le contexte camerounais, le rapport entre l’éthique, la morale et la politique est


complexe3, janusien et situationnel, qui plus – dans une société politique où la dynamique de
démocratisation est grippée. D’où le désenchantement sociopolitique et la circonspection de la
masse citoyenne à l’endroit des usages, des pratiques et des normes de la démocratie leurrée et
gauchie. Ce rejet est d’autant plus amplifié d’une part par l’expectative d’une alternance
présidentielle. Et d’autre part, par la prégnance du gouvernement perpétuel qui, ne cesse
d’inventer et de ré-inventer ses ressorts de restauration4.

Le fait est qu’à l’aune du changement politique sous le prisme de la transition démocratique
et de la libéralisation politique5, une frange des forces progressistes est parvenue à surenchérir
l’alternance politique, au point de l’envisager comme l’ultime et l’unique gage d’un véritable
changement6. Du moins, elle a réussi à entrevoir « l’alternance au sommet de l’État comme
l’objet primordial de la demande démocratique »7. À l’opposé de cet imaginaire démocratique,
le Renouveau leur a servi une démocratisation hybride et duale, faite d’ouverture et de
fermeture. Mais surtout, un processus de démocratisation progressivement réfractaire à

1
REVAULT D’ALLONNES (M.), Doit-on moraliser la politique ?, Paris, Fayard, 2002, pp. 5-81.
2
SALTYKOV (M.), « La formule politiquement incorrect dans le discours public : emplois, définitions discursives
et enjeux sociopolitiques et culturels », Revue de l’Institut des langues et cultures d’Europe, Amérique, Afrique,
Asie et Australie (ILCEA), n° 42, 2021, pp. 1-18.
3
MORIN (E.), Introduction à la pensée complexe, Paris, ESF, 1990, 345 p.
4
OWONA NGUINI (M.E.) et MENTHONG (H.-L.), « Gouvernement perpétuel » et démocratisation janusienne
au Cameroun (1990-2018), Politique africaine, vol. 2, n° 150, 2018, pp. 97-114 ; OWONA NGUINI (M.E.), « Le
gouvernement perpétuel en Afrique centrale : le temps politique présidentialiste entre autoritarisme et
parlementarisme au dans la Cemac », Enjeux, n° 19, 2004, pp. 9-14 ;
5
MENTHONG (H.-L.), « Mutation politique et champ scolaire : l’école aux politiciens », in SINDJOUN (L.)
(dir.), La révolution passive au Cameroun : État, société et changement, Dakar, CODESRIA, 1999, p. 9.
6
ONANA (J.) (dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le
Cameroun, (Lire la première de couverture), Paris, L’Harmattan, 2016, 211 p.
7
ONANA (J.), « Le changement politique dans l’analyse politique africaniste : objets, modes et modalités
d’objectivation », op. cit., p. 24.

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l’alternance politique. Malgré les mutations politiques et institutionnelles des trente dernières
décennies, la promotion de l’éthique et de la morale dans la construction du changement
politique et institutionnel va coproduire « la révolution passive8 » aux relents « conservateurs ».
L’État stationnaire9 apparait comme l’effet induit de cette campagne de promotion de l’éthique Page | 490
et de la morale dans la construction du changement. De ce fait, on assiste à une
institutionnalisation indéfinie du statu quo, situation qui constitue l’éthique de la démocratie
apaisée10 comme le socle du gouvernement perpétuel.

Sans faire l’économie de l’interdit en politique, les entrepreneurs de l’immobilisme


politique décomposent la morale. Ils s’investissent le plus souvent dans l’amoralisme en faisant
la part belle au machiavélisme politique dans la poursuite de leur projet et entreprise de
conservation du pouvoir – au grand dam des conceptions positivistes, normalistes, moralistes
et idéalistes de la politique – promues et défendues par les philosophes politiques classiques et
modernes. Mais aussi, au désavantage des principes qui encadrent le jeu politique de conquête
et de conservation du pouvoir. Jeu qui, malgré l’enjeu du pouvoir devrait se faire d’une part
dans et pour la préservation de la mitoyenneté partagée entre l’éthique et la politique et d’autre
part, pour la sauvegarde de la dépendance vitale de l’alliage entre l’éthique, la religion, la
démocratie et la politique11. Or, l’éthique et la morale sont mobilisées au gré des enjeux, des
contraintes, des contingences historiques, des conjonctures sociopolitiques et économiques et,
de manière utilitariste, conséquentialiste, instrumentale, rationnelle et maximaliste.

Réfléchir sur les usages politiques de l’éthique, de la morale publique et religieuse dans la
résistance du changement politique et institutionnel au Cameroun ne revient pas à moraliser, ni
à désavouer les modalités et les technologies de conservation du pouvoir exécutif au Cameroun.
Loin s’en faut, il s’agit strictement d’informer sur les « arts de faire12 » et les « manières13
d’employer » l’éthique et de la morale dans la ferrure du changement au Cameroun
postcolonial. Pour ce faire, il est judicieux de se poser quelques questions préparatoires

8
SINDJOUN (L.) (dir.), La révolution passive : État, société et changement, (Présentation générale), op. cit., p. 3.
9
EBOKO (F.) et AWONDO (P.), « L’État stationnaire : entre chaos et renaissance », Politique africaine, vol. 2,
n° 150, 2018, pp. 5-27.
10
POMMEROLE (M.-E.), « La démobilisation collective au Cameroun entre régime post-autoritaire et
militantisme extraverti », Critique internationale, vol. 3, n° 40, 2008, pp. 73-94.
11
GAUCHET (M.), « Religion, éthique et démocratie », Revue de Théologie et de Philosophie, 3e série, vol. 133,
n° 4, 2001, pp. 455-464 ; RICŒUR (P.), « Morale, Éthique et Politique », Morale et Politique, Pouvoir, n° 65,
1993, pp. 5-17 ; LAROUCHE (J.-M.), « Morale publique, lien social, lien religieux », Revue internationale
d’éthique sociale et gouvernementale, vol. 1, n° 2, 1999, pp. 1-10.
12
DE CERTEAU (M.), L’invention du quotidien : Arts de faire, Paris Gallimard, 1990, p. 45
13
REMY (J.) et FOUCART (J.), « La transaction sociale : une manière de faire de la sociologie », Pensée plurielle,
n° 33-34, 2013, pp. 35-51.

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notamment : Comment se présentent les rapports entre l’éthique, la morale et la politique à
l’aune des projets et entreprises de verrouillage du changement ? Comment les enjeux de
conservation du pouvoir présidentiel voire de préservation du gouvernement perpétuel
déterminent-ils le rapport politique à l’éthique et à la morale ? Quels sont les usages politiques Page | 491
de l’éthique démocratique, de la morale publique et religieuse dans la capture du changement
politique et institutionnel au Cameroun postcolonial ?

Du fait que depuis les luttes indépendances14 jusqu’aux grands actes politiques
d’institutionnalisation progressive de la démocratisation au Cameroun, les usages politiques de
l’éthique et de la morale oscillent entre la promotion, l’affranchissement et l’instrumentalisation
politique des principes du jeu politique. Nous concevons au gré des maniements et des
(re)maniements politiques de l’éthique et de la morale depuis l’ouverture du processus de
démocratisation que, « tous les moyens sont bons15 » (conventionnels ou non-conventionnels)
pour résister et/ou pour fermer le changement politique et institutionnel au Cameroun
postcolonial.

Pour rendre compte des usages hétéroclites, rationnels et graduels de l’éthique et de la


morale dans la résistance au changement politique et institutionnel au Cameroun, nous nous
proposons de mobiliser le constructivisme et l’interactionnisme stratégique. L’approche
constructiviste permet de concevoir les réalités, les tendances et les rapports (éthique, morale
et politique) comme des constructions historiques et quotidiennes des acteurs individuels et
collectifs16 qui, œuvrent coûte que coûte pour garder les commandes du pouvoir politique.
Quant à l’interactionnisme stratégique17, elle permet d’intégrer les usages disparates de
l’éthique et de la morale comme des stratégies mobilisées par les acteurs pour résister et
verrouiller le changement politique et institutionnel au Cameroun postcolonial. Le contexte
camerounais de libéralisation, de consolidation et de parachèvement du processus de
démocratisation est le cadre et l’espace temporel et géographique de l’étude puisque nous nous
proposons d’éclairer sur les usages de l’éthique et de la morale à partir de la session des libertés

14
Lire à ce sujet : SEGNOU (E.), Le nationalisme camerounais : histoire des luttes de libéralisation nationale au
Cameroun (1840-1971), Paris, L’Harmattan, 2020, pp. 111-204 ; DELTOMBE (T.), DOMERGUE (M.) et
TATSITSA (J.), La guerre du Cameroun : l’invention de la Françafrique 1948-1971, Paris, La Découverte, 2016,
pp. 5-140 ; JOSEPH (R.), Le mouvement nationaliste au Cameroun : les origines sociales de l’UPC, Paris,
Karthala, 1986, pp. 345-358.
15
SARTRE (J.-P.), « Scènes de les mains sales », Yale French Studies, n° 1 Existentialisme, 1943, p. 18.
16
CORCUFF (P.), Les nouvelles sociologies, Paris, Nathan, 1995, pp. 17 -18.
17
GOOFMAN (E.), La mise en scène de la vie quotidienne, Paris, Minuit, 1997, coll., « Le Sens commun », 1973,
26 p.

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du 19 décembre 1990. Période qui va révolutionner le jeu politique, les manières de résister au
changement et les arts de faire la politique au Cameroun.

Pour rendre compte des usages et (més)usages politiques de l’éthique et de la morale dans Page | 492
la campagne de résistance aux mutations politiques et institutionnelles par les forces
conservatrices, il convient dans un premier temps d’analyser les modulations de la dynamique
politique de modernisation de la démocratie (I), et dans un second temps, d’examiner à la fois
la campagne de moralisation de la gestion des finances publiques et la promotion du religieux
(II).

I- L’ETHIQUE DE LA MODERNISATION DE LA DEMOCRATIE A


L’EPREUVE DU DEFICIT D’ALTERNANCE POLITIQUE

Depuis les années 1990, l’amélioration qualitative du processus de démocratisation est une
préoccupation institutionnelle et gouvernementale constante. Comme cela a été revendiquée
durant les années 1990-199218, le Président Paul Biya s’est investi à sa manière à faire du
Cameroun un véritable laboratoire d’expérimentation19 et de socialisation aux valeurs
démocratiques. Malgré la réforme du système politique, le processus de démocratisation parait
plongé dans une inflation institutionnelle qui fait obstruction à son élan vital, libéral et
rénovateur. C’est précisément de ce type d’écueil dont parlent Luc Sindjoun20, Mathias Éric
Owona Nguini21, Hélène-Laure Menthong22 etc., lorsqu’ils présentent les changements
politiques et institutionnels des années 1990 et leurs continuités comme une révolution passive
et conservatrice23. Sous ce rapport, l’analyse diachronique et dialectique des mutations
politiques et institutionnelles, de leurs avatars et de leurs incidences commande deux axes

18
NGAYAP (P.F.), L’opposition au Cameroun : les années de braises, Paris, L’Harmattan, 1999, pp. 14-17 ;
EBOUSSI BOULAGA (F.), La démocratie de transit au Cameroun, Paris, L’Harmattan, 1997, pp. 63-133 ;
BANOCK (M.), Le processus de démocratisation en Afrique : cas du Cameroun, Paris, L’Harmattan, 1992, pp.
135-243.
19
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité
politique sous Paul Biya, Paris, Dianoïa-PUF, 2013, p. 22.
20
SINDJOUN (L.), « Éléments pour une problématique de la révolution passive », in Luc SINDJOUN (dir.), La
révolution passive : État, société et changement, (Présentation générale), op. cit., pp. 1-6.
21
OWONA NGUINI (M.E.) et MENTHONG (H.-L.), « Gouvernement perpétuel » et démocratisation janusienne
au janusienne au Cameroun (1990-2018) », op. cit., pp. 97-114 ; OWONA NGUINI (M.E.), « Crises de la politique
et de la démocratie au Cameroun : des dynamiques en lien avec les luttes sociales autour du changement
polyarchique » in ONANA (J.) (dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique subsaharienne : regards
croisés sur le Cameroun, op. cit., pp. 41-67.
22
BIGOMBE LOGO (P.) et MENTHONG (H.-L.), « Crise de légitimité et évidence de continuité politique »,
Politique africaine, n° 62, 1996, pp. 15-23 ; MENTHONG (H.-L.), « Vote et communautarisme politique au
Cameroun : un vote de cœur, de sang et de raison », Politique africaine, n° 69, 1998, pp. 40-52.
23
SINDJOUN (L.) (dir.), La révolution passive : État, société et changement, (Présentation générale), op. cit., p.
3 ; OWONA NGUINI (M.E.) et MENTHONG (H.-L.), « Gouvernement perpétuel » et démocratisation janusienne
au Cameroun (1990-2018) », op. cit., pp. 97-114.

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d’études qui, gravitent entre la mise en évidence de la dynamique de « rénovation
démocratique » via la mise en place progressive des institutions démocratiques, et la mise en
perspective de l’hypothèse de la révolution conservatrice.

A- L’enjeu de la « rénovation démocratique dans la mise en place progressive Page | 493

des institutions démocratiques

Depuis plus de trois décennies (1990-2023), l’État camerounais est engagé dans une
dynamique de construction et de consolidation de l’État de droit24. « Cet engagement politique
commande à la fois une orientation vers la démocratie libérale, une promotion de la
modernisation de la politique et une mise en place progressive de l’infrastructure juridico-
institutionnelle de l’usage par l’État camerounais de son autonomie constitutionnelle. C’est une
construction d’un « État moderne qui se déploie dans le cadre d’un ordre juridique – au sens du
système juridique – conçu comme ensemble ordonné et coordonné de normes, expression de la
volonté générale et fruit de l’imagination constitutionnelle et législative, donc normative de la
nation »25. Cette normativité légitime, régulatrice et continue justifie la dynamique politique
d’accélération du processus de décentralisation et la propension politique de consolidation des
institutions démocratiques.

1- La dynamique d’accélération du processus de décentralisation : une volonté


politique discontinue

Depuis plus de trois décennies (1990-2023), l’État camerounais est engagé dans une
dynamique de décentralisation relayée par les acteurs26. En effet, « consacrée par la
Constitution du 18 janvier 1996 qui fait du Cameroun un État unitaire décentralisé, la
décentralisation est une politique publique qui occupe une place importante dans la démarche
de consolidation démocratique de ce pays et d’atteinte de ses objectifs de développement
durable27. La loi fondamentale mentionnée dispose en effet en son article 22 (1) que les
Communes et la Région constituent les deux types de Collectivités Territoriales Décentralisées
(CTD). L’alinéa 2 du même article de cette loi précise par ailleurs les principes directeurs de la
décentralisation que sont l’autonomie administrative et financière, la libre administration par

24
CÔTÉ (L.) L’État démocratique : fondements et défis, Québec, PUQ, 2008, pp. 61-62 ; MOUELLE KOMBI
(N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité politique sous Paul Biya, op.
cit., p. 125.
25
Ibid., pp. 125-127.
26
NDOUMBE (R.A.), « Le processus de décentralisation au Cameroun : avancées, pesanteurs et perspectives »,
Sustainable Cities and Communities, n° 11, 2020, pp. 1-14.
27
Idem.

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des conseillers élus, l’exercice de la Tutelle de l’État dans les conditions définies par la loi et le
développement harmonieux de toutes les CTD sur la base de la solidarité nationale, des
potentialités régionales et de l’équilibre interrégional. Le processus d’accélération de la
Page | 494
décentralisation occupe une place de choix dans la gouvernance démocratique, il connait
une « véritable » accélération notamment depuis les années 2018-2019 »28.

En effet, si cette politique publique du local était embryonnaire depuis la Constitution du 4


mars 196029, toutefois, il est important de reconnaitre que c’est avec « la Constitution du 18
janvier 1996 que la décentralisation a été véritablement cotée à la bourse des valeurs
démocratiques tant sur le plan normatif que sur le plan institutionnel. Les avancées du processus
de la décentralisation au Cameroun sur le plan normatif sont en pleine évolution depuis 1996 à
2021. Le cadre normatif qui encadre la décentralisation, avec en toile de fond la promotion du
développement local, a connu ces dernières années un important saut qualificatif. Tout
commence par constitutionnalisation de la décentralisation en 1996 qui a fait du pays un État
unitaire décentralisé »30. Par la suite, il y a eu les lois de 2004, principalement la loi N° 2004-
17 du 22 juillet 2004 d’orientation de la décentralisation, la loi N° 2004-18 du 22 juillet 2004
fixant les règles applicables aux communes31 et la loi N° 2004-19 du 22 juillet 2004 fixant les
règles applicables aux régions. Suivront les lois de 2009, en l’occurrence la loi N° 2009/019 du
15 décembre 2009 portant fiscalité locale32.

Plus révélatrice de cette volonté politique d’accélération du processus de décentralisation


est la promulgation du 24 décembre 2019, la loi N° 2019/024 portant Code Général des
Collectivités Territoriales Décentralisées qui encadre « la libre administration des Collectivités
Territoriales Décentralisées » non sans garantie, « le transfert des compétences aux collectivités
territoriales » (Titre II). Cette Loi institue par ailleurs le « Maire de la Ville » qui, aux termes

28
Idem.
29
NGANE (S.), La décentralisation au Cameroun : un enjeu de gouvernance, Yaoundé, Afrédit, 2008, p. 180 ;
HAMADOU AMADOU (Y.), « Réflexions sur la dualité de la décentralisation territoriale camerounaise »,
International Multilingual Journal and Technology (IMJST), vol. 6, n° 2, 2021, pp. 2366-2367.
30
NDOUMBE (R.A.), « Le processus de décentralisation au Cameroun : avancées, pesanteurs et perspectives »,
op. cit., p. 3.
31
NOUAZI KEMKENG (C.V.), « Le cadre juridique de la décentralisation au Cameroun », in ZELAO (A.) (dir.),
Décentralisation au Cameroun : dynamiques institutionnelles et logiques des acteurs, Paris, L’Harmattan, coll.,
« Études africaines », 2018, pp. 129-149 ; ARREY (W.H.) et FOUTEM (T.M.), « Decentralized cooperation :
analysis of the opportunities and challenges of a new form of external support for Cameroon’s Local developement
(1996-2019) », Journal of Law and Global Policy, vol. 6, n° 1, 2021, p. 12 ; ZENÛ NETWORK, « La
décentralisation au Cameroun : processus de recomposition des pouvoirs locaux : les grands moments du colloque
de Yaoundé : synthèse, parole aux acteurs, leçons et perspectives », Journal de la décentralisation, vol. 13, n° 43,
2012, pp. 56-79.
32
NDOUMBE (R.A.), « Le processus de décentralisation au Cameroun : avancées, pesanteurs et perspectives »,
op. cit., p. 4.

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des dispositions pertinentes de l’article 246 al. 1, « est une personnalité autonome de la Région
de rattachement de la Communauté urbaine ». Bref, tout ou presque tout indique que la décennie
qui s’achève (2013-2023) s’est avérée décisive en matière d’accélération de la
décentralisation33. À la faveur de la loi N° 019/024 du 24 décembre 2019 portant Code Général Page | 495
des Collectivités Territoriales Décentralisées, inspirée des conclusions du Grand dialogue
national instruit par le Chef de l’État et qui s’est tenu du 30 septembre au 04 octobre 2019, une
nouvelle ère s’ouvre dans le champ de la gouvernance locale au Cameroun 34. « Les
changements apportés à l’architecture de la décentralisation, d’une ampleur inédite, concernent
aussi bien l’échelon communal déjà effectif que les régions, encore futures à cette époque. Ces
importantes réformes touchent des sujets divers que les droits et obligations de l’élu local,
l’essence de la tutelle sur les collectivités territoriales décentralisées, la participation citoyenne
ou le financement de la décentralisation »35.

À partir de là, « les CTD sont désormais dotées de plus d’autonomie, de ressources, la tutelle
est relativement amenuisée, la gouvernance plus élargie et participative, et un statut spécial est
accordé aux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest36. Cet ordonnancement
normatif a été magnifié par les six décrets du 28 décembre 2021 portant notamment sur
l’Organisation-type de l’administration territoriale, la Répartition de la Dotation Générale de la
Décentralisation au titre de l’exercice budgétaire 2021, les modalités d’exercices de certaines
compétences transférées par l’État aux Régions en matière d’urbanisme, d’organisation et de
gestion des transports publics interurbains, de protection de l’environnement, du tourisme et du
loisir37. En 2021, le gouvernement a reversé une enveloppe globale de 590 milliards de FCFA
à la décentralisation soit environ 18% des recettes de l’État. Les communes et villes unies du
Cameroun soulignent qu’entre 2019 et 2020, cette dotation a connu une évolution de 17% »38.
« Selon les prévisions, cette enveloppe consacrée au financement de la décentralisation
connaitra une augmentation progressive afin de poursuivre le transfert des ressources aux

33
Appel à communication : « La décentralisation au Cameroun : état des lieux, défis et perspectives », du 07 au 09
juin au Campus II de l’Université de Douala, 2023, pp. 1-2.
34
Ministère de la décentralisation et du développement local, 2019, Dé[Link], N° 003, Édition
Spéciale, Yaoundé, 2005, p. 5 ; NDOUMBE (R.A.), « Le processus de décentralisation au Cameroun : avancées,
pesanteurs et perspectives », Sustainable Cities and Communities, op. cit., p. 4.
35
Idem.
36
Idem ; ESSIMI (F.O.), « Contribution à l’étude de la collectivité à statut spécial : cas des régions du Nord-Ouest
et du Sud-Ouest du Cameroun », in ABANE ENGOLO (P.E.) (dir.), La décentralisation : (re)présentation,
financement et évolutions récentes, Paris, L’Harmattan-Cameroun, 2022, pp. 349-351.
37
NDOUMBE (R.A.), « Le processus de décentralisation au Cameroun : avancées, pesanteurs et perspectives »,
Sustainable Cities and Communities, op. cit., p. 4.
38
Appel à communication : « La décentralisation au Cameroun : état des lieux, défis et perspectives », du 07 au 09
juin au Campus II de l’Université de Douala, 2023, p. 1.

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Collectivités Territoriales Décentralisées39. Ces dotations d’émanation présidentielle, même
s’ils confirment le pilotage de l’État qui conserve ainsi le rôle d’opérateur40, consacrent par
ailleurs la décision des pouvoirs publics d’allouer plus de ressources notamment financières
aux fonctionnements des conseillers régionaux au cours de l’exercice 2022. Ces textes et Page | 496
dotations devraient permettre à la décentralisation de franchir un palier important et aux CTD
en général de mieux se déployer dans la perspective, d’apporter un coup accélérateur au
développement local »41.

Si la décentralisation subit un coup accélérateur sur le plan normatif et financier, toutefois,


cette dynamique est aussi accompagnée par un élan politique d’accroissement des institutions
démocratiques, des instances de suivi et de mise en place opérationnelle de la décentralisation42.

2- La consolidation des institutions républicaines : entre prolongement et


parachèvement de l’architecture démocratique

La réforme introduite par la Constitution du 18 janvier 1996 a largement impacté sur la


structure macro-politique de l’État au Cameroun43. De nouvelles institutions sont apparues,
notamment le Sénat, Elections Cameroon, le Conseil constitutionnel et le bloc des collectivités
territoires décentralisées dont la région et la commune. D’autre part, ont vu leurs rôles
renforcés, en occurrence, le Parlement avec l’institutionnalisation d’une seconde chambre, le
Sénat44 dont la Constitution stipule à l’article 20 qu’il « représente les collectivités territoriales
décentralisées45. « L’affermissement des pouvoirs du Parlement a été relativement affirmé dans
la Constitution du 18 janvier 1996. Par ses pleines dispositions en matière de consolidation du
pouvoir législatif, cet organe impacte dans le champ institutionnel. En effet, qu’il s’agisse du
pouvoir de légiférer ou celui du contrôle de l’action du gouvernement, le Parlement
camerounais apparait, à bien des égards, comme un véritable acteur en la matière. D’autant plus
que, son alinéa 1, de l’article 14 de la loi constitutionnelle du 1996 dispose que le pouvoir

39
ABANE ENGOLO (P.E.), La décentralisation : (re)présentation, financement et évolutions récentes, La
décentralisation : (re)présentation, financement et évolutions récentes, op. cit., 440 p.
40
BRISSON (J.-F.), « Les compétences des collectivités territoriales », RFDA, 2002, p. 291.
41
NDOUMBE (R.A.), « Le processus de décentralisation au Cameroun : avancées, pesanteurs et perspectives »,
op. cit., pp. 4-5.
42
Idem ; MBIDA ONAMBELE (M.Z.S.), « vers la reconfiguration de l’État ? État des lieux de la décentralisation
au Cameroun », in Janvier ONANA (dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique subsaharienne : regards
croisés sur le Cameroun, op. cit., pp. 208-210.
43
Idem.
44
TEME (A.A), La mise en place du Sénat au Cameroun, Paris, L’Harmattan, 2015, 262 p.
45
MBIDA ONAMBELE (M.Z.S), « vers la reconfiguration de l’État ? État des lieux de la décentralisation au
Cameroun », in ONANA (O.) (dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique subsaharienne : regards
croisés sur le Cameroun, op. cit., p. 208.

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législatif est exercé par le Parlement qui comprend (2) chambres : l’Assemblée nationale et le
Sénat. Du monocaméralisme au bicaméralisme, telle est la mutation qui s’opère. L’alinéa 2 du
même texte précise que le Parlement légifère et contrôle l’action du Gouvernement »46.
Page | 497
Au Cameroun, « la seconde chambre est appelée à devenir une pièce maitresse des
institutions politiques prévues par la Constitution révisée en 1996. En assurant la représentation
des collectivités territoriales décentralisées (art. 20 al. 1 de la Constitution), elle permet d’une
part, de garantir l’existence de la démocratie locale au niveau national, d’autre part, d’assurer
la représentation de la nation par les corps intermédiaires territoriaux. Les Conseillers régionaux
et les Conseillers municipaux sont les deux catégories des collectivités territoriales
décentralisées (Régions-Communes) que compte le Cameroun, ils officient dont entant que
grands électeurs des sénateurs47. Le Sénat permet également de pondérer la démocratie
camerounaise dans laquelle le Parlement ne doit pas, mécaniquement, refléter les pulsions
politiques du moment, en forçant la majorité à l’Assemblée nationale à tenir compte du vote
sénatorial48. Il permet également de sécuriser l’intérim à la tête de l’État par le renforcement de
la légitimité de l’intérimaire qu’est le président du Sénat »49. Toute chose qui permet
d’opérationnaliser de façon plus effective encore la rationalisation du présidentialisme
camerounais dans un contexte de consolidation de l’État et des libertés publiques50. En mars
2023, le chef de l’État a convoqué le Corps électoral le 12 mars 2023 par le décret n° 2023/023
du 13 janvier 2023 en faveur de l’organisation de la troisième législature sénatoriale (2013-
2018-2023).

Par ailleurs, l’adoption du Code électoral unique participe également au prolongement


qualitatif 51 du cadre politique et normatif de la démocratie. Au Cameroun, l’ensemble du droit
électoral a été longuement inscrit dans les textes disparates. Pour s’en tenir à la période post
1990, les différents scrutions politiques étaient encadrés et régis par un corpus de textes
législatifs comprenant une batterie de lois52. Ces dispositions, élaborées à la suite de la loi n°

46
C’est l’article 35 qui consigne les compétences du Parlement en matière de contrôle de l’action du gouvernement.
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité politique
sous Paul Biya, op. cit., pp. 107-111.
47
Ibid., p. 112.
48
Idem.
49
MOUBITANG (E.), « La succession constitutionnelle du Président de la République du Cameroun : Entre
intérim et dauphinat », Revue libre de Droit, 2019, pp. 16-40.
50
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité
politique sous Paul Biya, op. cit., p. 120.
51
Ibid., pp. 185-197.
52
La loi n° 91-20 du 16 décembre 1991 fixant les conditions d’élection des députés à l’Assemblée nationale
(modifiée et complétée par la loi n° 97-13 du 19 mars 1997 et par la loi n° 2006/009 du 29 décembre 2006) ; la loi
n` 92-002 du 14 août 1992 fixant les conditions d’élection des conseillers municipaux (modifiée et complétée par

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90/05 du 19 décembre 1990 relative au retour du multipartisme dans le convoi de l’ouverture
démocratique et de l’avènement du pluralisme politique dans le pays, avaient pour certains
d’entre elles été remplacées, en abrogeant, des dispositions antérieures dont le contenu n’était
manifestement pas adapté aux exigences de la démocratisation53. Les « instruments législatifs Page | 498
susmentionnés (en note de bas de page) auxquels il convient d’ajouter plusieurs actes
règlementaires vont être remplacés en avril 2012 par un Code électoral unique. Ce texte apporte
en effet une grande accessibilité aux normes électorales ainsi que les changements notables
dans les processus de consultations par le suffrage universel au Cameroun. Le Code électoral
unique, objet de la loi n° 2012/001 du 19 avril 2012 modifiée et complétée par la loi n° 2012/017
du 21 décembre 2012, dont la conception et l’élaboration ont fait l’objet de débats très animés
n’est pas seulement une compilation savante des lois électorales éparses alors en vigueur. Il
recèle aussi un grand nombre d’avancées aussi majeures que remarquables, même s’il demeure
perfectible »54. Parmi celles-ci, l’on retiendra : l’introduction de la biométrie55 dans le processus
d’inscription sur les listes électorales et l’encadrement du financement des partis politiques afin
d’écarter les aventuriers et autres chevaliers d’industries de la sphère politique et de sanctionner
ceux qui viendront à détourner le financement public des activités politiques à des fins
d’enrichissement personnel en les obligeant à restituer les sommes indument perçus56, etc.

Outre, « un processus électoral démocratique suppose également l’existence de mécanismes


aptes à assurer : une compétition électorale ouverte, une pluralité de candidatures, des chances
égales pour tout candidat, un vote libre, sécurisé et transparent, la répartition équitable des
moyens de campagnes et d’accès équitable aux médias publics. Mieux encore, des garanties
doivent être apportées quant à la prise en compte fidèle et sincère du contenu d’orientation des
suffrages exprimés par les électeurs. D’où l’avènement au Cameroun d’un organe indépendant

la loi n° 95/24 du 11 décembre 1995 et par celle n° 2006/010 du 29 décembre 2006) ; la loi n° 92-10 du 17
septembre 1992 fixant les conditions d’élection et de suppléance à la Présidence de la République (modifiée et
complétée par la loi n° 97/20 du 9 septembre 1997 et par la loi n° 2011/002 du 6 mai 2011) ; la loi n° 97/06 du 10
janvier 1997 fixant les conditions de révisions et refontes des listes électorales etc.
53
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité
politique sous Paul Biya, op. cit., pp. 197-198.
54
Idem.
55
AMOUGOU MBARGA (A.B.), « Le passage à la biométrie au Cameroun : analyse des enjeux, des logiques et
de la portée politique d’une technologie électorale », in ONANA (J.) (dir.), Leçons sur le changement politique en
Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit., pp. 69-92.
56
TAMBA (E.) Nouveau Code électoral au Cameroun : analyse de Maurice Kamto, Scribd compagny, 9 mai 2012,
pp. 1-10.

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en matière de supervision des opérations électorales en lieu et place de l’administration qui,
pendant de longues années, avait le monopole de cette supervision »57.

Dans la perspective de « revalorisation du suffrage universel, le Président Paul Biya a


entouré le pouvoir de suffrage de garanties particulières, adaptées à sa fonction. Il s’est agi au Page | 499
préalable de l’émanciper progressivement et méthodiquement de l’emprise de l’administration.
Aussi est-t-on passé de « scrutins organisés par le ministère de l’administration territoriale
(MINAT) assisté de commissions dont la composition était laissée à la discrétion du préfet, aux
élections organisées par le MINAT, mais sous le contrôle de diverses Commissions mixtes
présidées par des personnalités indépendantes à partir de 1991, puis à des élections organisées
par le MINAT, sous le contrôle et la supervision d’un organisme dédié, l’Observatoire national
des élections (ONEL) dès 2000, avant d’en venir à l’étape actuelle des élections confiées d’un
bout à l’autre du processus à un organe indépendant : Elections Cameroon qui renforcent son
autonomie et l’indépendance de ses membres au fil des réformes et des nominations de ses
membres, depuis 2008, mais aussi au gré de la succession des scrutions à coefficient local et
national » 58.

« Le gouvernement a créé, par la loi n° 2006/011 du 29 décembre 2006, Elections Cameroon


(ELECAM), une formule de synthèse « des institutions étrangères et le reflet du génie propre
du Cameroun. En un sens, la création de cet organe s’inscrit dans le cadre de la modernisation
et de la consolidation du processus de démocratisation commencé le 19 décembre 1990. Mais,
cette création répond surtout au souci de renforcer la crédibilité interne et externe du système
électoral et de garantir les élections transparentes59. ELECAM est un organe « indépendant »
dont la principale fonction est d’assurer désormais la gestion de l’ensemble du système électoral
à travers un Conseil Électoral (CE) et une Direction générale des Élections (DGE). Le Conseil
électoral a pour mission de veiller au respect de la loi électorale par tous de manière à assurer
la régularité, l’objectivité, la transparence et la sincérité des scrutins »60.

Par ailleurs, l’un des actes politiques majeurs en rapport avec la consolidation de l’État de
droit au Cameroun promu par la Constitution du 18 janvier 1996 est l’instauration d’un Conseil
constitutionnel. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le contrôle de la constitutionnalité

57
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité
politique sous Paul Biya, op. cit., p. 202.
58
Ibid., pp. 193-194.
59
Ibid., pp. 207-208.
60
Idem.

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fait « figure d’élément essentiel de la démocratie »61. Dans l’entre-deux des années 1961-1972
le contrôle de la constitutionnalité des lois est affecté à la Cour fédérale de justice62 (art. 33 et
suiv63.), puis à la Cour suprême (art. 14-1064). En effet, l’expertise constitutionnelle des années Page | 500
postcoloniales tendait, pour une grande part, à adouber la présidence impériale 65 et la
personnification du pouvoir66. Elle a pu aider le parti unique à organiser juridiquement le primat
de l’unité de la nation et de la lutte contre le sous-développement au détriment de la démocratie.
« L’idéologie […] de la construction nationale67 », « l’idéologie du rassemblement68 » et
« l’idéologie développementaliste69 » justifiaient alors, dans le meilleur cas, ce
« constitutionnalisme rédhibitoire70 », dénoncé par le professeur Joseph Owona, et dans le pire
des cas, l’écriture des constitutions était fermement hostile au pluralisme, à la séparation des
pouvoirs et à la dévolution concurrentielle du pouvoir politique71. Avec les mutations politiques
et institutionnelles des années 1990, on va observer un léger renversement du paradigme
autoritaire au profil de la démocratisation et de la libéralisation. L’institutionnalisation du
Conseil constitutionnel au Cameroun est un fait politique et juridique d’une importance majeure
dans le processus de démocratisation engagé par ce pays depuis les années 199072.

61
MASSIAS (J.-P.), Justice constitutionnelle et transition démocratique en Europe de l’Est, Paris, LGDJ, 1998,
p. 9 ; ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), « La constitutionnalisation du droit en Afrique : l’exemple de la création
du Conseil constitutionnel camerounais », Annuaire internationale de justice constitutionnelle, n° 19, 2003, p. 45.
62
Cette opinion est discutée et réfutée par le Professeur MODERNE (F.) qui pense que la Cour Fédérale de Justice
camerounaise n’était pas investie de la mission de contrôle constitutionnel, « Les juridictions constitutionnelles en
Afrique », in CONAC (G.) (dir.), Les cours suprêmes en Afrique, t., 2, Paris, Economica, 1989, p. 13.
63
LEKENE DONFACK (E.C.), L’expérience du fédéralisme camerounais : les causes et les enseignements d’un
échec, Thèse de Doctorat d’État en Droit public, Université de Clermont I, 1979, p. 124.
64
OWONA (J.), « La nouvelle Constitution camerounaise du 20 mai 1971-De l’État fédéral à l’État unitaire », n°
27, R.J.P.I.C, 1973, pp. 3-33.
65
HOLO (T.), « La présidence impériale : du Potomac au Sahel », RBSJA, n° 9, 1987, pp. 1-9.
66
TIXIER (G.), « La personnification du pouvoir dans les États de l’Afrique de l’Ouest », Revue de Droit public,
n° 6, 1965, pp. 1120-1150.
67
KAMTO (M.), Pouvoir et droit en Afrique noire : essai sur les fondements du constitutionnalisme dans les États
d’Afrique noire francophone, Thèse de Doctorat d’État en Droit public, Université de Nice, 1983, p. 326.
68
PROUZET (M.), Le Cameroun, Paris, LGDJ, 1974, p. 293.
69
Cette conception s’incarna parfaitement dans « le pragmatisme » de Léon Mba et « le progressisme
démocratique et concerté » d’Omar Bongo Ondimba au Gabon. KOMBILA-IBOANGA (F.), Les institutions et le
régime politique de la République gabonaise, Doctorat/Ph.D., en Droit public’ Université de Nantes, 1985, pp.
60-119.
70
OWONA (J.), « L’essor du constitutionnalisme rédhibitoire en Afrique noire », in L’État moderne. Horizon
2000, Mélangées en l’honneur de Pierre-François Gonidec, Paris, LGDJ, 1995, pp. 235-243.
71
KONTCHOU KOUOMEGNI (A.), « Idéologie et institution politique : impact de l’unité nationale sur les
institutions politiques de l’État camerounais », in CONAC (G.) (dir.), Dynamiques et finalités des droits africaines,
Paris, Economica, 1980, pp. 443-464 ; AÏVO (F.J.), « Les constitutionnalistes et le pouvoir politique en Afrique »,
Revue français de droit constitutionnel, vol. 4, n° 104, 2015, pp. 771-800.
72
ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), « La constitutionnalisation du droit en Afrique : l’exemple de la création du
Conseil constitutionnel camerounais », Annuaire international de justice constitutionnelle, n° 19, 2003, pp. 45-50.

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Reflet de l’une des « novation[s] fondamentales et institutionnelles parmi tant d’autres »73,
le Conseil constitutionnel apparait pour la première fois dans le paysage institutionnel au travers
de la loi constitutionnelle du 18 janvier 199674. Reflet de l’autonomisation organique de la
justice constitutionnelle »75, la juridiction constitutionnelle, instance compétente en matière Page | 501
constitutionnelle devant statuer sur la constitutionnalité des lois et réguler le fonctionnement
des institutions de la République – est mise en place en 2018 où est intervenu le décret
présidentiel n° 2018/105, du 07 février 2018 portant nomination des membres du Conseil
constitutionnel et par la suite la prestation de serment de ceux-ci, marquant ainsi le
parachèvement institutionnel organique de l’œuvre constituante en cette manière76.

De ce qui précède, l’essentiel des institutions propices à la promotion et à la consolidation


de la démocratisation ont été constitutionnalisées et institutionnalisées, toutefois, force est de
constater que, ces changements n’ont véritablement pas pu renverser l’ordre politique et
institutionnel conservateur.

B- L’hypothèse de la révolution conservatrice : la modernisation de la


démocratie comme forme de restauration du statut quo

« Le cheminement politico-normatif et politico pragmatique de l’ordre politique


camerounais s’est orienté vers la réification de dynamiques néo-autoritaristes et néo-
hégémonistes de capture de l’expérience de « démocratisation passive » conduite depuis le
début des années 9077. Le groupe central hégémonique contrôlant les commandes de la
machinerie étatique de domination est parvenu à contenir la capacité de relève dirigeante et de
rotation gouvernante potentiellement associée à l’intériorisation des « règles du jeu » de l’ordre
démocratico-représentatif et démocratico-pluraliste de la politique au Cameroun, réussissant à

73
WANDJI KEMAJOU (J.F.), « Le contrôle de la constitutionnalité au Cameroun et le modèle africain
francophone de justice constitutionnelle », Revue juridique et politique des États francophones, vol. 61, n° 4, 2007,
pp. 415-446.
74
ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), « La constitutionnalisation du droit en Afrique : l’exemple de la création du
Conseil constitutionnel camerounais », op. cit., pp. 45-50. L’une des nouvelles institutions créées par la loi n°
96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 2 juin 1972 (modifiée et complétée par la loi n°
2008/001 du 14 avril 2008.
75
OLINGA (A.D.), La Constitution de la République du Cameroun, 2e éd., revue t corrigée, Yaoundé, Presses de
l’UCAC, 2013, p. 117.
76
VOUFFO (P.), « Réflexions succinctes sur les entraves à l’effectivité des institutions constitutionnelles au
Cameroun : l’exemple du Conseil constitutionnel », RAMReS, n° 2, 2019, pp. 166-168 ; LEKENE DONFACK
(É), et al., « Chronique de jurisprudence du Conseil constitutionnel camerounais (2018 à 2020) », Revue française
de droit constitutionnel, vol. 1, n° 129, 2022, pp. 207-241.
77
Idem ; MENTHONG (H.-L.), « Vote et communautarisme politique au Cameroun : un vote de cœur, de sang et
de raison », op. cit., pp. 40-52.

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canaliser les chances d’activation effective de l’alternance polyarchique »78. Sous ce rapport,
on peut considérer que la rénovation démocratique promue par la nouvelle Constitution du 18
janvier 1996 a d’une part débouché à la perpétuation de l’hégémonie du parti dominant, et
Page | 502
d’autre part, à la promotion du gouvernement à durée indéterminée.

1- La rénovation démocratique et perpétuation de l’hégémonie du parti dominant

« L’expérience camerounaise de la modernisation de l’État doit gérer les effets pervers


associés à la démarche de « récupération agressive de la conjoncture libérale » par les réseaux
hégémoniques associés au groupe gouvernant du Renouveau national. L’un des défis des
opérateurs et acteurs de l’espace public79 est de mettre fin au « blocage de l’ingénierie
démocratique » au sein des processus politico-polyarchiques et socio-polyarchiques
camerounais80. Les configurations sociales entrantes dans la construction et la composition du
jeu politique et démocratique au Cameroun sont confrontées à l’exigence de relancer leur
activité de remise au placard du « pluralisme fermé » associé aux manœuvres autoritaires
d’affichage démocratique à travers l’option pour le « pluralisme ouvert »81. Il s’agit d’une
matérialisation de la démocratisation en tant qu’« utopie postcoloniale »82.

En pleine situation démocratique, « les opérateurs et entrepreneurs politiques autant que


sociaux de la relance et de la remobilisation du process démocratico-polyarchique au Cameroun
sont confrontés aux démarches hégémoniques et hégémonistes persistantes de la mise en
anesthésie et en asphyxie des capacités politiques de compétition et de concurrence politique
dont la densification aurait pu compromettre la « nasse du monopole de fait » qui caractérise
encore le système politique et institutionnel camerounais configuré en « démocratie

78
BAILEY (F.G.), Les règles du jeu politiques : études anthropologiques, trad., de COPAINS (J.), Paris, Presses
Universitaires de France, coll., « Bibliothèque de sociologie contemporaine », 1971, pp. 13-15 ; OWONA
NGUINI (M.E.), « Crises de la politique et de la démocratie au Cameroun : des dynamiques en lien avec les luttes
sociales autour du changement polyarchique » in ONANA (J.) (dir.), Leçons sur le changement politique en
Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit., p. 65.
79
ABÉ (C.), « Espace public et recompositions de la pratique politique au Cameroun », Polis/ECSP/CPSR, 2006,
pp. 29-59.
80
ABÉ (C.), « Opposition politique, société civile et reconstruction de l’ordre - politique démocratique au
Cameroun », in EBOUSSI BOULAGA (F.), TALLA (J.B.), ABÉ (C.) et OWONA NGUINI (M.E.) (coordination
éditorial), Repenser et reconstruire l’opposition camerounaise, Repenser et reconstruire l’opposition
camerounaise, Yaoundé, Terroirs, Samory / La grande Palabre, 2014, p. 399 ; OWONA NGUINI (M.E.), « Crises
de la politique et de la démocratie au Cameroun : des dynamiques en lien avec les luttes sociales autour du
changement polyarchique », in Janvier ONANA (dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique
subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit., p. 66.
81
LEKA ESSOMBA (A.), « Les relations Opposition-Majorité au Cameroun : brèves considérations sur la
construction inachevée du face à face démocratique », in EBOUSSI BOULAGA (F.), TALLA (J.B.), ABÉ (C.) et
OWONA NGUINI (M.E.) (coordination éditorial), Repenser et reconstruire l’opposition camerounaise, Yaoundé,
Terroirs, Samory / La grande Palabre, 2014, p. 210.
82
Idem.

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autoritaire » 83 et « présidentialiste ». Bien entendu, une part considérable de cette situation
tient aux structures et stratégies institutionnelles ou mobilisationnelles de routinisation
prématurée de la parlementalisation par l’usage des technologies politiques du présidentialisme
posé comme forme renouvelée de « totémisme », forme freinant de la consolidation des figures Page | 503
pertinentes de l’État constitutionnel de la démocratie polyarchique au Cameroun84. La centralité
de l’institution présidentielle comme axe monocratique d’organisation de la puissance étatique
et ses effets sur l’économie promeuvent une forme tropicalisée de société de cour85.

En réinventant le processus démocratique, le principal dirigeant de l’État du Cameroun,


contribue à la consolidation de ce que Tessy Bakary a appelé l’État-Président86. Voilà pourquoi,
le Président de la République à lui seul dans cette organisation institutionnelle est un État. Sa
volonté seule prime. Dès lors, la force institutionnelle du leader du RDPC pèse sur l’équilibre
politique et institutionnel au point de mettre en question la structure étatique que constitue la
division ternaire du pouvoir (exécutif/législatif/judiciaire)87. En effet, le poids des structures
politiques patrimoniales a noyauté les institutions souveraines en les dépossédant de leur sens
légal-rationnel. Dans le système monopolistique dominé par un État-Président, les logiques
dominantes de pouvoir favorisent la domestication patrimonialo-bureaucratique des institutions
d’arbitrages républicains (Elections Cameroon, Sénat, Assemblée nationale, Conseil
constitutionnel, Commission nationale anticorruption, Commission nationale des droits de
l’homme, Conseil national de la communication, etc.)88.

En capturant le système libéral et pluraliste, le Renouveau joue de sa fonction et de ses


attributs pour se maintenir ad vitam æternam au pouvoir depuis le 6 novembre 1982.

83
OWONA NGUINI (M.E.), « Pourquoi un système démocratique a-t-il besoin des alliances des acteurs
politiques ? De l’utilité et de la persistance politiques des alliances et des coalitions », in Friedrich Ebert Stiftung,
L’impératif des alliances en démocratie, Yaoundé, Presses Universitaires d’Afrique, 2013, p. 43.
84
EBOUSSI BOULAGA (F.), « L’opposition, immobile à grands pas » (Préface), in EBOUSSI BOULAGA (F.),
Jean B. TALLA, ABÉ (C.) et OWONA NGUINI (M.E.) (coordination éditorial), Repenser et reconstruire
l’opposition camerounaise, op. cit., p. 25 ; OWONA NGUINI (M.E), « Crises de la politique et de la démocratie
au Cameroun : des dynamiques en lien avec les luttes sociales autour du changement polyarchique », in ONANA
(J.) (dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op.
cit., p. 67.
85
Ibid., p. 51.
86
BAKARY (T.), Côte-D’ivoire : la succession impossible, Paris, L’Harmattan, 1991, 205 p.
87
OWONA NGUINI (M.E.), « Crises de la politique et de la démocratie au Cameroun : des dynamiques en lien
avec les luttes sociales autour du changement polyarchique », in ONANA (J.) (dir.), Leçons sur le changement
politique en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit., p. 52.
88
Ibid., pp. 52-67.

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2- La transition politique et la promotion du gouvernement perpétuel

Entre les années 1990 et 2010, la démocratisation au Cameroun a été déterminée par la
stratégie dirigeante du gouvernement perpétuel89. Cette « démarche de pérennisation du
Page | 504
pouvoir central étatique, contrôlé par le Président Paul Biya et son régime du Renouveau
national, a restreint les possibilités de libération et de démocratisation de fond au Cameroun.
L’État camerounais est engagé depuis 1990 dans une dynamique de démocratisation
ambivalente. Cette dynamique est biaisée et inachevée du fait de la capture par l’ordre
gouvernant conduit par le Président Paul Biya depuis 1982. Au finish, la démocratisation a été
phagocytée par le « gouvernement perpétuel », c’est-à-dire un gouvernement à durée
indéterminée, mieux, un gouvernement qui s’implante et se renouvelle en prolongeant son
mandat de manière itérative et cyclique comme dans un système monopartisan à choix unique.
Le régime a pu jusqu’ici imposer un tempo politique fondé sur sa capacité à garder le contrôle
sur les commandes centrales de l’État90. Il a développé un art de survie gouvernante à travers
lequel il confine les formes de la démocratisation au régime peu compétitif de la
« démocratisation passive » comme cas limite de la transition démocratique hypothéquée par
des persistances autoritaires. Contrairement aux attentes de nombreuses personnes, l’ordre
gouvernant conduit par le Président Biya est parvenu à résister aux pressions visant à lui
imposer un dispositif de transition démocratique dont il n’aurait pas le contrôle, s’arcboutant
devant l’expérience d’une Conférence nationale souveraine portée par le mouvement social qui
avait organisé les opérations dites des « villes mortes » et du « Cameroun mort » entre avril et
octobre 1991 »91.

Il est parvenu « à neutraliser les potentialités concurrentielles des différentes entreprises


politiques d’opposition et à dominer celles-ci lors des différents scrutins électoraux
présidentiels (1992-2018). L’ordre gouvernant et son leader M. Paul Biya ont eu recours à des
« technologies de pouvoir92 » à la fois démocratiques et monarchiques93 - permettant de différer
l’alternance démocratique et la consolidation du système polyarchique de droit et de l’espace

89
OWONA NGUINI (M.E.) et Hélène-Laure MENTHONG (H.-L.), « Gouvernement perpétuel » et
démocratisation janusienne au Cameroun (1990-2018) », op. cit., p. 97 ; « Le gouvernement perpétuel en Afrique
centrale : le temps politique présidentialiste entre autoritarisme et parlementarisme au dans la Cemac », op. cit.,
pp. 9-14.
90
Idem.
91
Ibid., pp. 97-98.
92
FOUCAULT (M.), Dits et écrits, Paris Gallimard, 1994, 577 p.
93
WARNIER (J.-P.), « Corps, technologie du pouvoir et appropriation de la modernité au Cameroun », Politique
africaine, vol. 3, n° 107, 2007, pp. 23-41.

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public, qui auraient pu remettre en question leur présence au pouvoir »94. Les acteurs
institutionnels et gouvernants associés au régime ont exploité les structures et les formes
politiques relevant des expressions locales de « l’État néo-patrimonial95 » en Afrique96.
Page | 505
En effet, le gouvernement éternel a pu se maintenir et se reproduire en s’appuyant sur un
ensemble de mécanismes et procédures à même de le promouvoir -, ceci en canalisant les
formes institutionnelles, normatives, transactionnelles, rétributives, coercitives et
contraignantes97 nécessaire à la capture de la démocratisation et au maintien du statut quo ante.
Les acteurs de la coalition dirigeante du Renouveau national conduite par le Président Biya ont
toujours utilisé et mobilisé leur contrôle sur les commandes centrales du pouvoir étatique pour
canaliser la Constitution institutionnelle et politique d’une concurrence démocratique. Dans
cette optique, les acteurs du « centre étatique » contrôlant « l’opérateur historique sur le marché
politique98 » qu’est le RDPC ainsi que les dispositifs administratifs de l’État, ont usé de cette
situation et de ces mécanismes pour canaliser les cadres institutionnels et normatifs de
production du droit à la transition et/ou à la consolidation démocratique99.

Les acteurs centraux de la coalition dirigeante ont pour rétablir un « certain degré de
césarisme100 », « pulvérisé la limitation des mandats présidentiels qui avait été introduite par la
Constitution révisée du 18 janvier 1996 en supprimant la clause inscrite dans l’article 6, alinéa
2, à l’occasion de la révision d’avril 2008101. Ce faisant, ils ont restauré les bases de la
domination politique et institutionnelle présidentialiste constituées dans le cadre de l’État de
parti unique. Le choix institutionnel de restaurer la non limitation du mandat présidentiel en
avril 2008, conduit par le président Biya et ses soutiens institutionnels ou politiques, démontre
leur capacité à agir dans le sens de « l’exploitation néo-autoritaire ou crypto-autoritaire du

94
OWONA NGUINI (M.-E.) et MENTHONG (H.-L.), « Gouvernement perpétuel » et démocratisation janusienne
au Cameroun (1990-2018) », op. cit., p. 98.
95
MÉDARD (J.-F.), « L’État sous-développé en Afrique noire : clientélisme politique ou patrimonialisme ? »,
Travaux et documents, n° 1, Bordeaux, CEAN, 1982 ; États d’Afrique noire : formation, mécanisme et crises, Paris
Karthala, 1991, pp. 323-352.
96
OWONA NGUINI (M.E.) et Hélène-Laure MENTHONG (H.-L.), « Gouvernement perpétuel » et
démocratisation janusienne au Cameroun (1990-2018) », op. cit., p. 99.
97
Idem.
98
OWONA NGUINI (M.), « La politique et l’opposition au Cameroun : une socio-analyse d’une relation
complexe », in EBOUSSI BOULAGA (F.), TALLA (J.B.), ABÉ (C.) et OWONA NGUINI (M.E.) (coordination
éditorial), Repenser et reconstruire l’opposition camerounaise, op. cit., pp. 61-72.
99
OWONA NGUINI (M.E.) et MENTHONG (H.L.), « Gouvernement perpétuel » et démocratisation janusienne
au Cameroun (1990-2018) », op. cit., p. 102.
100
MICHEL (R.), Les partis politiques, Paris, Champs-Flammarion, 1971, 309 p.
101
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Le rapport de forces dans la question de la limitation des mandats
présidentiels au Cameroun », Revue Africaine de Sciences Politiques et Sociales, n° 18, 2018, pp. 266-280.

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temps de la démocratisation102 »103. À l’occasion de la visite officielle au Cameroun de son
homologue français en juillet 2015, le Président Paul Biya, réputé secret et peu disert, a bien
exprimé l’horizon politique de sa pratique gouvernante en déclarant que « Ne dure pas au
Page | 506
pouvoir qui veut mais qui peut104 »105. Ce propos révèle comment « l’exercice concret du
pouvoir central étatique camerounais et le processus de démocratisation, tels qu’ils ont été
conçus tout au long des mandats présidentiels de Paul Biya, ont favorisé une phagocytose de la
démocratisation par « la présidence perpétuelle106 ». Dans un tel contexte politico-systémique,
la capacité du régime à assurer la persistance du « bloc présidentialiste au pouvoir » a réussi,
des années 1990 aux années 2018, à « contrer les virtualités démocratiques de rotation
gouvernante107 ». Afin de garantir l’« inamovibilité gouvernante108 », les acteurs du bloc
hégémonique, qui détiennent et conservent le pouvoir central étatique camerounais depuis
1982, ont non seulement entravé les dispositifs d’une démocratisation effective ; mais aussi,
perverti tout le système éthique et moral de régulation de la vie publique et religieuse – pour
restreindre les possibilités d’alternance au sommet de l’État.

II- LE VERROUILLAGE DE L’ALTERNANCE PAR LA


MORALISATION DE LA GESTION DES FINANCES PUBLIQUES ET
LA PROMOTION DU RELIGIEUX

Dans la perspective de rétrécissement des conditions de production de l’alternance politique


au Cameroun, la dynamique de conservation continue du pouvoir et de neutralisation du
potentiel politique et social d’aspiration au changement promue par la coalition dirigeante
camerounaise - combine des stratégies politico-juridiques ou judiciaires et religieuses pour
entretenir, maintenir et tenir depuis 1982, les commandes centrales du pouvoir exécutif.

102
OWONA NGUINI (M.E.), « Le gouvernement perpétuel en Afrique centrale : le temps politique
présidentialiste entre autoritarisme et parlementarisme au dans la Cemac », op. cit., p. 11.
103
OWONA NGUINI (M.E.) et MENTHONG (H.-L,), « Gouvernement perpétuel » et démocratisation janusienne
au Cameroun (1990-2018) », op. cit., p. 102.
104
Cette déclaration a été faite le 4 juillet 2015.
105
Idem.
106
OWONA NGUINI (M.E.), « La construction et la déconstruction de la paix et de la guerre en Afrique
subsaharienne : entre présidence perpétuelle, centralismes principataires et cultures de la démocratie », African
Prospective, n° 2, 2008, pp. 64-78 ; OWONA NGUINI (M.E.) et MENTHONG (H.L.), « Gouvernement perpétuel
» et démocratisation janusienne au Cameroun (1990-2018) », op. cit., p. 112.
107
OWONA NGUINI (M.E.), « Crises de la politique et de la démocratie au Cameroun : des dynamiques en lien
avec les luttes sociales autour du changement polyarchique », in Janvier ONANA (dir.), Leçons sur le changement
politique en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit., p. 64
108
OWONA NGUINI (M.E.), « Le gouvernement perpétuel en Afrique centrale : le temps politique
présidentialiste entre autoritarisme et parlementarisme au dans la Cemac », op. cit., p. 12 ; OWONA NGUINI
(M.E.) et MENTHONG (H.-L.), « Gouvernement perpétuel » et démocratisation janusienne au Cameroun (1990-
2018) », op. cit., pp. 112-113.

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L’opérationnalisation effective du verrouille du changement est à certains égards envisageable
sous deux angles, d’une part, à travers la résurgence contemporaine de la politique de
« rigueur » et de « moralisation » sous fond de lutte contre l’enrichissement illicite, et d’autre
part, via la propension de manipulation politique du religieux. Page | 507

A- La nécessité contemporaine de redynamisation de la lutte contre les crimes


économiques : entre politisation de la sanction et la ferrure du changement

La moralisation de la vie politique fait partie des axes prioritaires et primordiaux du projet
de société du Président Paul Biya109. D’ailleurs, il considère que la lutte contre les fléaux que
sont la corruption et les détournements de derniers publics devrait être l’une « des
concrétisations de sa grande option de la triple maitrise politique, économique et éthique qui
implique entre autres la rationalisation de l’action et la moralisation110. Plus spécifiquement, la
maitrise éthique, faite d’honnêteté, de probité, d’intégrité, de conscience professionnelle et de
justice doivent tendre à faire du Cameroun une société saine, harmonieuse, solidaire dans ses
luttes comme dans la jouissance des fruits du développement »111. Toutefois, au gré des
contraintes et des enjeux de conservation du pouvoir politique, la campagne de moralisation de
vie politique sous fond de répression de la délinquance économique va se voir infléchir, orientée
et dévoyée dans le sens de la préservation de M. Paul Biya comme hégémon central du
gouvernement perpétuel. Renseigner sur ce glissement éthique et politique revient à informer
sur des facteurs associés à l’accroissement de la lutte contre la corruption et les détournements
de derniers publics d’une part, et d’éclairer sur les usages politico-stratégiques de l’opération
d’assainissement de la gestion de la chose publique d’autre part.

1- Les facteurs d’intensification de la lutte contre la corruption et les détournements


de derniers publics

La sonnette d’alarme de la dénonciation de l’accroissement de la corruption et des


détournements de derniers publics au Cameroun part de la perception négative exprimée par
l’ONG Transparency International dans son ranking annuel de classification des États les plus
corrompus au monde112. En effet, après avoir occupé la 1ère et la 7ème position dans le classement

109
Voir le Discours d’ouverture du cinquième Conseil de l’UNC, Yaoundé, le 19 novembre 1982 ; MOUELLE
KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité politique sous Paul
Biya, op. cit., p. 331.
110
BOISVERT (Y.), Institutionnalisation de l’éthique gouvernementale : quelle place pour l’éthique ? Québec,
PUQ, 2011, pp. 9-218.
111
Discours du cinquième Conseil national de l’UNC., Yaoundé, le 19 novembre 1982. Idem.
112
VALLÉE (O.), « La construction de l’objet corruption en Afrique », Afrique contemporaine, vol. 4, n° 220,
2006, p. 141.

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de l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) respectivement en 1998 et 1999, le Cameroun
a engagé d’importantes réformes, en vue de circonscrire ce fléau113.
Cette opération va se matérialiser par la création des structures normatives et
Page | 508
institutionnelles de lutte contre la corruption114 considérée comme des instruments
d’accélération du processus d’institutionnalisation de la lutte contre la corruption et les
détournements de derniers publics115. Ainsi, l’Observatoire de lutte contre la corruption (OLC)
a vu le jour en l’an 2000, à la suite d’un arrêté du Premier ministre116. Elle était complétée par
l’activité des Cellules Ministérielles de Lutte contre la Corruption (CMLC), Créées en 2001117.
OLC sera remplacée en 2006 par la Commission nationale anti-corruption (CONAC), créée par
décret présidentiel et chargée, entre autres, de suivre et d’évaluer l’application effective du plan
gouvernemental de lutte contre la corruption, de recueillir, de centraliser et d’exploiter les
dénonciations et informations relatives à la corruption118. La mise en application de cette
institution a été précédée par la création, le 31 mai 2005, toujours par décret présidentiel de
l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF), cet organe chargé essentiellement de
recevoir, de traiter et, le cas échéant, de transmettre aux autorités judiciaires compétentes tous
les renseignements propres à établir l’origine des sommes ou la nature des opérations faisant
l’objet de la déclaration de soupçon au titre de la lutte contre le blanchissement des capitaux119.
Par ailleurs, la chambre des comptes de la Cour suprême a été créée par l’article 38 de la
Constitution du 18 janvier 1996. Régie par la loi n° 2003/005 du 21 avril 2003, la Cour des
comptes est juge des comptes des comptables publics assermentés et des comptables de fait.
Elle réalise des audits de conformité. Cette armada d’instruments et d’institutions de lutte contre
la corruption et les détournements des fonds publics est également associée à d’autres organes

113
SINDJOUN (L.), La politique de l’affection en Afrique : société de parenté, société d’État et libéralisation
politique au Cameroun, Groupe de recherches sur l’Afrique francophone, Boston, Boston University, 1998, p. 4 ;
TCHOUPIE (A.), « L’institutionnalisation de la lutte contre la corruption et contre les phénomènes apparentés au
Cameroun », Revue canadienne de science politique, vol. 40, n° 4, 2007, pp. 861-862.
114
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité
politique sous Paul Biya, op. cit, p. 335.
115
TCHOUPIE (A.), « L’institutionnalisation de la lutte contre la corruption et la criminalité financière au
Cameroun », op. cit., pp. 859-881.
116
Arrêté n° 001/PM du 4 janvier 2000 portant création d’un observatoire de lutte contre la corruption. TCHOUPIE
(A.), « L’institutionnalisation de la lutte contre la corruption et contre les phénomènes apparentés au Cameroun »,
op. cit., p. 873.
117
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité
politique sous Paul Biya, op. cit, p. 335.
118
Article 2, alinéa 2, du Décret n 2006/088 du 11 mars 2006 portant création d’une commission nationale
anticorruption.
119
TCHOUPIE (A.), « L’institutionnalisation de la lutte contre la corruption et contre les phénomènes apparentés
au Cameroun », op. cit., p. 874. L’ANIF a été créé par le Décret n° 2005/087 du 31 mai 2005. MOUELLE KOMBI
(N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité politique sous Paul Biya, op.
cit, p. 337.

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dont les plus importants sont : le Tribunal Criminel Spécial (TCS120), crée par la Loi n°
2011/028 du 14 décembre 2011, le Conseil de Discipline Budgétaire et Financier (CDBF), la
COBAC et le Conseil Supérieur de l’État (CONSUPE)121. À côté, le Cameroun a ratifié
Page | 509
plusieurs conventions et accords internationaux de lutte contre la corruption notamment : la
Convection des Nations Unies contre la Corruption (CNUCC), le 6 février 2006, qu’il avait
déjà signé à Mérida ; l’initiale EITI122 au cours de la conférence de Londres qui s’est tenue le
17 mars 2005 et le processus de Kimberley relative à la transparence des industries extractives ;
l’initiative CHOC (Changer d’Habitude s’Opposer à la Corruption lancée en mars 2008123, etc.
La dynamique de durcissement de la lutte contre la corruption a connu une remarquable
accentuation d’une part via le lancement en 2006 de « l’opération épervier » entendue comme
une campagne de lutte contre les infractions de corruption et de détournements de fonds
publics »124. De 1997 à 2009, on a enregistré près de 250 interpellations pour environs 100
incarcérations. Et de 2009 à 2012, près d’une cinquantaine d’autres interpellations ont été
actées125.
S’il est vrai qu’on observe une prévalence contemporaine des pratiques de corruption et de
détournements de derniers publics au Cameroun, toutefois, la lutte contre ces phénomènes est
mue par des rationalités multiples et parfois contradictoires qui ne sont pas étrangères à la
politisation de la sanction126. Car, elle s’opère dans un cadre où s’affrontent et s’ajustent des
enjeux et des intérêts multiples127.

120
MONEBOULOU (H.M.), « Le Tribunal Criminel Spécial au Cameroun et les grands principes de la justice
criminelle : étude comparative des lois de 1961-2011 », Juridis Périodique, n° 93, 2013, pp. 93-63 ; YIMKA (Y.),
« La lutte contre le détournement des biens publics à la lumière de la loi n° 2011/028 du 14 décembre 2011 portant
création d’un tribunal criminel spécial modifiée par la loi n° 2012/011 du 16 juillet et de ses décrets d’application »,
Juridis Périodique, n° 101, 2015, pp. 77-94.
121
Ibid., pp. 339-340 ; RAYÉ NGOULOURE (J.), « Le complice et la restitution du corps du délit de détournement
des biens publics au Cameroun », International Multilingual Journal of Science and Technology (IMJST), vol. 6,
n° 9, 2021, p. 4093 ; MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité
et modernité politique sous Paul Biya, op. cit, p. 343.
122
The Initiative for Transparency in Extrative Industries (EITI).
123
MOUELLE KOMBI (N.), La démocratie dans la réalité camerounaise : libertés, légitimité et modernité
politique sous Paul Biya, op. cit, pp. 243-247.
124
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « De l’usage politique de la sanction : essai sur la politisation de la lutte
contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun », op. cit., p. 113.
125
Ibid., p. 117.
126
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Jusqu’où peut-on aller dans la lutte contre la corruption ? », Lignes
d’horizon, n° 26-janvier, 2023, p. 10.
127
TCHOUPIE (A.), « L’institutionnalisation de la lutte contre la corruption et contre les phénomènes apparentés
au Cameroun », op. cit., p. 878.

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2- La répression de la délinquance économique : une stratégie de conservation du
pouvoir et de renouvellement de l’élite politique

« C’est concrètement sur le terrain de la sanction proprement dite que « l’opération


Page | 510
épervier » a montré ses plus grandes marges de politisation128. La première phase de cette
campagne de répression va véritablement commencer avec l’arrestation et l’inculpation de
quelques personnalités de la République, en occurrence, celle de Titus Edzoa (condamné à 15
ans d’emprisonnement ferme). En effet, dès l’interpellation du ministre Titus Edzoa, les
tendances de politisation de la campagne de lutte contre l’enrichissement illicite et notamment
les détournements de fonds publics se sont manifestés129. Le fait est qu’avant son arrestation
pour détournements de fonds publics, Titus Edzoa avait démissionné de ses fonctions de
ministre de la santé pour se porter candidat du Parti des Ouvriers et des Paysans Camerounais
(POPC) à l’élection présidentielle du 12 octobre 1997, année de son arrestation »130.

« C’est pourquoi l’opinion publique, les sympathisants de son parti politique, une certaine
opposition politique et une partie de ses frères du même groupe ethnique – les béti considèrent
son arrestation comme une stratégie de conservation du pouvoir et de promotion du statut quo
au sommet de l’État131. Dans le même ordre d’idées, le limogeage, l’arrestation ad litem et
l’inculpation de l’ex Directeur général de la CNPS, Ango Pierre Désiré a donné lieu à des
interprétations semblables. Alors qu’officiellement on le disait condamné pour détournements
de fonds publics, il s’est aussi répandu la version officielle selon laquelle « cette sanction serait
due aux velléités politiques qu’il commençait à exprimer. Dans le même fief du Président Biya,
sa tentative de positionnement personnel et politique constituait une obstruction pour le pouvoir
en place », comme l’explique Pélagie Chantale Bélomo Essono132. La campagne de lutte contre
les détournements de fonds publics au Cameroun est travaillé par une espèce de path-

128
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « De l’usage politique de la sanction : essai sur la politisation de la lutte
contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun », op. cit., p. 113.
129
Idem ; NGANDO (B.A.), L’Affaire Titus EDZOA, Paris, L’Harmattan, 2000, 338 p.
130
Lire la déclaration de Titus Edzoa dans le Journal L’Indépendant Hebdo n° 020 du 07 octobre 1997, p. 03.
131
Lire les quotidiens L’Expression, n° 1999, du 14 novembre, 1997, p. 4 ; Le Messager, n° 636, du 09 Juillet
1997, p. 6 ; La Détente, n° 158, du 07 août 1997, p. 2.
132
BÉLOMO ESSONO (P.C.), L’ordre et la sécurité publics au Cameroun, Thèse de Doctorat/Ph.D., en Science
politique, L’Institut d’Études Politiques de Bordeaux, Université de Montesquieu, Bordeaux, 2007, p. 317 ;
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « De l’usage politique de la sanction : essai sur la politisation de la lutte
contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun », op. cit., p. 113.

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dependency133 puisque même la seconde phase, c’est-à-dire l’acte II de « l’opération épervier »
s’est trouvée biaisée par une interprétation similaire ».

D’autant plus qu’on considère toujours et davantage la politique de lutte contre


Page | 511
l’enrichissement illicite comme une stratégie d’« épuration politique »134. De ce fait, le second
acte de « l’opération épervier » commence par une déclaration forte du Président de la
République par ailleurs président national du RDPC parti au pouvoir. Lors du discours général
du Congrès extraordinaire du RDPC en Juillet 2006, le président national du RDPC a profité de
la tribune pour avertir que ceux qui se sont enrichis au détriment de la fortune publique vont
« rendre gorge »135. De même, au plus fort des scandales de prévarications financières des
gestionnaires de la fortune publique, de détournements de derniers publics de l’élite politico-
administrative, le Président Paul Biya, lors de son traditionnel message à la nation le 31
décembre 2021, il va annoncer que « tous ceux qui sont coupables de malversations financières
ou d’enrichissement illicite en assumeront les conséquences devant les juridictions
compétente ». Et le 31 décembre 2022, le Chef de l’État réitère : « tous ceux qui s’enrichissent
illicitement, en spoliant l’État, à quelque niveau que ce soit, vont rendre des comptes »136. Or,
dans l’opinion publique, la théorie du complot postule depuis le début de ce qui devait en réalité
être le deuxième et dernier septennat du Président Paul Biya que, les détournements de derniers
publics sont une stratégie mobilisée par le G. 11 (Génération 2011) « pour s’emparer du pouvoir
suprême en 2011 »137.

Le rapport de l’ONG International crisis group intitulé « Cameroun : État fragile ? » relève
que « la campagne anti-corruption nommée « opération épervier » est la dernière arme du
Président Paul Biya contre l’émergence des courants rivaux au sein de son parti, puisqu’elle lui
permet d’imposer un principe absolu de loyauté à travers des procès hautement médiatisés des
caciques du régime »138. Cette interprétation sera ou est souvent mobilisée pour des arrestations
et des condamnations anciennes et récentes des grandes personnalités comme Emmanuel

133
BONOLI (P.B.), « Phénomènes de « path dependence » et réformes des systèmes de protection sociale », Revue
française de science politique, vol. 49, n° 3, Juin 1999, pp. 399-420 ; PIERSON (P.), « Increasing returns path
dependency and the study of politics », American political science review, vol. 94, n° 2, Juin 2000, pp. 251-267.
134
ATEBA EYENE (C.), Le Cameroun sous la dictature des loges, des sectes, du magico-anal et des réseaux
mafieux, de véritables freins contre l’émergence en 2035, Yaoundé Éditions Saint-Paul, 2012, p. 149.
135
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « De l’usage politique de la sanction : essai sur la politisation de la lutte
contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun », op. cit., pp. 113-114.
136
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Jusqu’où peut-on aller dans la lutte contre la corruption ? », op. cit.,
pp. 10-11.
137
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « De l’usage politique de la sanction : essai sur la politisation de la lutte
contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun », op. cit., pp. 113-114.
138
International Crisis Group, Cameroun : État fragile ? Rapport Afrique, n° 160, 25 mai 2010, p. 19.

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Gérard Ondo Ndong, ancien Directeur général du Fonds d’Équipement et d’Intervention
Intercommunale (FEICOM)139, condamné à 50 ans de prison ferme en première instance et à
20 ans de prison en appel ; Etonde Ekotto, ex-président du conseil d’administration du Port
Autonome de Douala (PAD)140, condamné à 15 ans de prison ; Gilles Roger Belinga, ex- Page | 512
Directeur général de la Société Immobilière du Cameroun (SIC), condamné à 35 ans de prison
ferme ; Joseph Edou, ex-Directeur général du Crédit Foncier du Cameroun condamné à 40 ans
de prison ferme ; Booto à Ngon condamné à 40 ans d’emprisonnement et Siyam Siewe141
subitement limogé de ses fonctions de ministre de l’énergie et de l’eau par décret présidentiel
du 24 février 2006. Traduit immédiatement devant la justice et condamné à perpétuité142. C’est
en 2008 que l’interprétation selon laquelle « l’opération épervier apparait comme un instrument
d’épuration politique et de règlement de compte »143 s’est vraisemblablement enrichie en
arguments avec l’arrestation et la condamnation des ex-ministres Polycarpe Abah Abah, ex-
ministre de l’Économie et des Finances144, Urbain Olanguena Owono, ex-ministre de la Santé
Publique, Jean Atangana Mebara, ex-ministre d’État secrétaire général à la présidence de la
République et Paulin Abono Moampamb, ex-secrétaire d’État au ministère des travaux publics.

Dans ses récents déploiements, « l’opération mains propres » a démontré davantage son fort
relent de politisation145, dans le cadre de l’arrestation de M. Edgar Alain Mebe Ngo’o. Partant
des travaux d’investigation du Journaliste Jules Koum Koum146, sur les origines de la fortune
de l’ex-ministre de la Défense, Edgar Alain Mebe Ngo’o en détention depuis 2019, a écopé
d’une condamnation de 30 ans de prison ferme avec confiscation de son patrimoine pour des
faits de détournements de 23 milliards de FCFA, de blanchissement aggravé de capitaux, de
prise d’intérêt et de corruption147. Il se dit qu’il aurait surtout été neutralisé juste pour avoir
d’autre part nourrit des ambitions présidentielles. Si l’« l’opération épervier » présente des
relent de politisation et des d’instrumentalisation de la justice à des fins de neutralisation des

139
Lire Mutations, du 28 juin 2007, La Nouvelle Expression du 21 décembre 2006.
140
Le Messager, du 24 juin 2007.
141
Lire le quotidien Cameroon-Tribune du 27 février 2006.
142
TCHOUPIE (A.), « L’institutionnalisation de la lutte contre la corruption et la criminalité financière au
Cameroun », op. cit., pp. 859-881.
143
Le Messager, n° 4453, du mardi 10 novembre 2015, p. 5.
144
Libération : Grand angle prisonnier du Président, par, du 2 novembre 2010.
145
PIGEAUD (F.), « Au Cameroun, une opération « mains propres » à fort relent politique », Mediapart, du 4 août
2021.
146
Après avoir subi plusieurs tentatives d’intimidations provenant de l’ancien ministre Mebe Ngo’o, le Journaliste
Jules Koum Koum, Directeur de publication du bimensuel Le Jeune Observateur et correspondant de Reporters
sans frontières décède le 4 novembre 2011 de suite d’un accident de circulation à quelque jet de pierre de la cité
Capitale Yaoundé. Lire Reporters Sans frontières, du 05 novembre 2011.
147
FOUTE (F.), « Fin de partie pour Edgard Alain Mebe Ngo’o, ancien ministre de Paul Biya », Jeune-Afrique,
du 01 février 2023.

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adversaires politiques du Président Biya, toutefois, la lutte contre l’enrichissement illicite au
Cameroun se révèle aussi être un argument de campagne qui, a des effets-induits en matière de
marketing politique, de renouvellement de l’élite politique148 et de positionnement
politique »149. En effet, « avec la perspective de l’échéance électorale d’octobre 2011, consacrée Page | 513
à l’élection présidentielle, l’« opération épervier » était devenue un puissant argument de
campagne. Plusieurs motions de soutien ont été mises à contribution pour demander au
Président Paul Biya de se porter « candidat naturel »150 à l’élection présidentielle et avoir ainsi
le temps matériel pour continuer la campagne d’assainissement de la moralité publique qu’il a
commencée »151. L’observation de Thierry Amougou est donc pertinente : « présenter
l’opération épervier comme une opération mains propres, équivaut à transformer un échec
mémorable en argument de campagne pour la continuité d’un régime responsable lui-même de
ce qu’il dit combattre »152. En outre, « il faut relever que les effets de renouvellement de l’élite
politico-administrative que produit l’opération considérée expliquent en partie sa popularité et
sa légitimation auprès d’une certaine catégorie sociale. En fait, elle entretient l’espoir d’une
possible promotion ou nomination de certains thuriféraires aigris dont l’activisme n’a pas été
récompensé jusque-là et dont l’impatience frise la frustration. Leur soutien mordicus à la
campagne de lutte contre la corruption et les détournements de deniers publics s’explique aussi
par l’espoir qu’ils entretiennent de se voir nommer à la place des personnalités incriminés »153.

« Confondu à une sorte de spoil system, la campagne d’assainissement des mœurs publics
est aussi populaire parce qu’elle entretient l’espoir de renouvellement du personnel politico-
administratif. C’est pourquoi cette opération est autant populaire tant au niveau de classe
moyenne, des catégories sociales intermédiaires qu’au niveau des acteurs du « bas » qui ne
cessent par divers moyens, - mais aussi surtout par voie de medias de régler des comptes avec
les acteurs du « haut » qu’ils accusent à hue et à dia d’indélicatesse avec la fortune publique à
tort ou à raison154 ». Cela permet de comprendre les dernières effervescences autour du

148
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « De l’usage politique de la sanction : essai sur la politisation de la lutte
contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun », op. cit., p. 116.
149
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), L’intrigue de l’alternance présidentielle au Cameroun : entre jeux de
simulation, d’exclusion et de positionnement politique, Verlag, Éditions Universitaire Européenne, 2016, p. 189.
150
Lire la motion de soutien de l’ « Union nationale des jeunes musulmans du Cameroun », in BIYA (P.), L’appel
du peuple, vol. 4, Yaoundé, SOPECAM, 2011, p. 102.
151
Lire la collection des motions de soutien publiée par la Société de Presse d’Éditions du Cameroun (SOPECAM)
en 5 volumes et intitulé BIYA (P.), L’Appel du peuple, Yaoundé, SOPECAM, 2011,
152
AMOUGOU (T.), Biyaïsme, le Cameroun au piège de la médiocrité politique, de la libido accumulative et de
la (dé)civilisation des mœurs, Paris, L’Harmattan, coll., « Pensée Africaine », 2011, p. 181 ; MENGUELE
MENYENGUE (A.M.), « De l’usage politique de la sanction : essai sur la politisation de la lutte contre la
corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun », op. cit., p. 116.
153
Idem.
154
Idem.

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« Covid-Gate155 », de la « Can-Gate », les acharnements médiatiques tant sur Ferdinand Ngoh
Ngoh, secrétaire général à la présidence de la République, que sur le ministre des Sports,
Narcisse Mouelle Kombi, et également sur Malachie Manaouda, ministre de Santé, sur
Madeleine Tchuente, ministre de la Recherche scientifique et sur la personne de Mohamadou Page | 514
Dabo, homme d’affaires ; mais aussi et surtout sur les soupçons de détournements sur les Lignes
65 et 94, avec l’ « Affaire Amougou Bélinga » et les supposées implications du ministre des
Finances, Louis Paul Motazé, de Alamine Ousmane Mey, ministre de l’Économie, etc.,
respectivement pour les milliards qui auraient été détournés au Cameroun dans le cadre des
fonds allouer par les bailleurs de fonds pour la lutte contre l’épidémie à Covid-19 ; pour le
« détournement » des fonds propres au chantier de la Can TotalEnergies organisée au
Cameroun en 2021 ; et enfin sur les dépenses calamiteuses et douteuses en raison de l’absence
de transparence, d’observation des prescriptions réglementaires dans gestion des chapitres
budgétaires 65 et 94 durant les douze exercices de 2010 à 2021156. De ce qui précède, la lutte
contre l’enrichissement illicite se trouve dévoyée à des fins de restauration du statu quo au
sommet de l’État, situation aussi largement promue par les propensions politiques
d’instrumentalisation de la foi et des préceptes religieux. Le mal est si préoccupant et si profond
qu’on assiste en matière de lutte contre l’immoralité publique à une sorte de « désir politique
de Dieu ». Dieu et la morale religieuse sont ainsi convoqués dans les arts de faire la lutte contre
ce fléau qui gangrène l’ordre politique au Cameroun dans la mesure où selon le rapport de la
CONAC, « la corruption prend ses sources dans les esprits et c’est dans les esprits qu’il faut
aller la combattre ». En effet, les rapports entre l’éthique, la politique et la religion sont des
rapports de coproduction. En réalité, la religion coproduit l’ordre politique. Il ne saurait
d’ailleurs en être autrement dans un contexte de banalisation du « mal », de « l’immoralité » et
de l’indécence. Si on assiste à une prolifération des lieux de culte et de prières, si «
l’effervescence religieuse » bénéficie d’une tolérance politico-administrative manifeste, c’est
bien parce que la morale religieuse consolide la domination politique in situ. D’où la
généralisation des pratiques d’instrumentalisation politique du religieux.

155
Lire DOUGUELI (G.), « Covid-gate » au Cameroun : Ferdinand Ngoh Ngoh visé par un mandat d’arrêt
d’amener », Jeune-Afrique, du 24 octobre 2022.
156
MBODIAM (B.R.), « Ministère des Finances pourquoi 1790 agents sont invités à justifier leurs missions
engagées sur la ligne « 65 », Investir au Cameroun, du 06 octobre 2022 ; OTTOU (A.), « Lignes 65 et 94 :
révélation sur plus de 5 400 milliards de dépenses publiques réalisées entre 2010 et 2021 », Investir au Cameroun,
du 21 octobre 2022.

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B- Crise morale et « désir politique de Dieu : les pratiques d’instrumentalisation
politique du religieux dans la consolidation du statut quo

Si l’avènement de l’État moderne et laïc157 marque le début de la fin du religieux en Page | 515
politique158, du moins sa désacralisation159, toutefois, le « retour du religieux et du sacré » tant
à l’honneur de nos jours ne correspond pas vraiment à la résurgence de la foi160 en politique ;
mais bien au contraire, à un recyclage, une ancienne manière de faire la politique conservatrice
en capturant et en instrumentalisant le religieux. Au Cameroun, la prolifération des lieux de
culte et de prière a forcément partie liée avec la question du changement et aux modes alternatifs
de résistance consciente ou inconsciente au changement161. Si l’État camerounais est laïc162,
force est de constater que la religion circule profondément dans la vie politique. Au Cameroun,
« les rapports entre l’Églises et l’État sont de nature politique et à bien des égards
institutionnels », comme l’appréhende Bayart163. D’autant plus que « le religieux, le politique
et la politique entretiennent des relations fondées principalement sur le principe de don et de
contre-don. C’est-à-dire que, leurs rapports sont entretenus par un ensemble de transactions et
d’échanges politiques et symboliques164. Il apparait qu’en temps de crise politique, le recours à
la piété, voire à la religion est généralement un réflexe qui amène le politique à solliciter l’aide
du religieux, à instrumentaliser la prière, on parle alors de : « surinterprétation religieuse du
politique »165. Les périodes de crises politiques sont des moments favorables pour la
ritualisation du politique notamment à travers le recours à la prière et à la piété. Les troubles

157
BOUDON (J.-J.), Religion et politique en France : Paris Armand Colin, 2007, pp. 9-265.
158
DUMOUNCHEL (P.), « La politique comme problème politique », in CAILLÉ (A.) (Dir.), Qu’est-ce que le
religieux ? : Religion et politique, Paris, La Découverte/Poche, 2003, pp. 231- 241.
159
SIRONNEAU (J.P.), Sécularisation et religions politiques, De Gruyter, Religion and Society 17, La Haye,
Mouton, 1982, pp. 72-80.
160
MICHEL (P.), Politique et religieux : la grande mutation, Paris, Albin Michel, 1994, pp. 9-149.
161
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « On ne développe pas une nation par miracle. Le business de l’onction,
l’exploitation de la vulnérabilité sociale et le sous-développement au Cameroun (1990-2021) », in TSAFACK
NANFOSSO (R.A.P.) et ONGO NKOA (B.E.) (dir.), Économie de la religion en Afrique : développements récents
et trajectoires durables, Paris, L’Harmattan, 2022, pp. 387-413.
162
MOMO (B.), « La laïcité et l’État dans l’espace public camerounais », Les cahiers de droit, vol. 40, n° 4, pp.
821-847 ; MBALLA ELANGA ([Link]), « Le Cameroun à l’épreuve du pluralisme religieux ou comment les
associations religieuses et l’État s’approprient la laïcité », Revue internationale des Science Humaines et Sociales,
vol. 8, n° 9, 2019, pp. 251-272 ;
163
BAYART (J.-F.), L’État en Afrique : la politique du ventre, Paris Fayard, 1989, p. 528 ; MANDJACK (A.) et
NDONGMO (M.), « L’Église catholique dans les changements démocratiques au Cameroun : analyse des logiques
d’actions politiques des clergés de Douala et Yaoundé », in ONANA (J.) (dir.), Leçons sur le changement politique
en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, Paris, L’Harmattan, Cameroun, 2016, p. 224.
164
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun »,
op. cit., p. 234.
165
GRUÉNAIS (M-E), et al., « Messies, fétiches et lutte de pouvoir entre « les grands hommes » du Congo
démocratique », Cahiers d’Études Africaines, 1995, p. 169.

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des années d’indépendances166, la crise de succession présidentielle des années 1982-1984167,
celle des années dites de « braise »168 ou encore la crise anglophone en cours169 se gèrent aussi
par un recours assidu à la prière170. C’est dans cette perspective que « le religieux s’impose Page | 516
comme ultime recours quand le politique a échoué »171. En contrepartie, les entrepreneurs
religieux obtiennent des hommes politiques certaines faveurs ou « passe-droit »172. Certains
entrepreneurs religieux obtiennent l’autorisation du Président de la République et d’autres
bénéficient de la tolérance administrative qui leur permet de mener leurs activités même sans
autorisation expresse173. Sous ce rapport, prier pour les autorités politiques, pour la longévité
au pouvoir du Renouveau apparait comme un échange, une stratégie de survie et de sécurité des
obédiences religieuses formelles et clandestines, d’où la politisation de la prière et des
entrepreneurs de la foi à des fins de consolidation de l’immobilisme. De même, le divin et ses
lois comme préalables éthiques et garants de la sacralité du pouvoir politique - tendent à être
instrumentalisés dans le cadre de la relation incestueuse qui lie la politique à la religion ; « la
religion à l’économie ». Cela permet de voir jusqu’où le God’s Market sert à enrichir les uns et
à appauvrir les autres. Aussi, comment l’économie de Dieu permet de nourrir son homme par
la création et la prolifération des églises et, par l’instrumentalisation des miracles174.

L’apologie du messianisme politique et la manipulation de la conception paulienne du


pouvoir politique s’affirment à la fois comme une arme et une stratégie de conservation

166
MBEMBE (A.), La naissance du maquis dans le Sud-Cameroun, 1920-1960 : histoire des usages de la raison
coloniale, Paris, Karthala, 1996, pp. 225-377.
167
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les rites de la gestion de la crise de succession présidentielle des
années 1980 au Cameroun », op. cit., pp. 77-94.
168
NGAYAP (P.F.), L’opposition au Cameroun : les années de braises, op. cit., pp. 51-52.
169
BOUOPDA KAMÉ (P.), La crise anglophone au Cameroun, Paris, L’Harmattan, 2018, 190 p.
170
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun »,
op. cit., p. 226 ; MACHIKOU (N.), « Utopie et dystopie ambazoniennes : dieu, les dieux et la crise anglophone au
Cameroun », Politique africaine, vol. 2, n° 150, 2018, pp. 115-138.
171
CHEVALLIER (P.) et DEBRAY (R.), « Le religieux comme ultime recours quand le politique a échoué »,
Philosophie magazine, n° 17, 2008, pp. 44-46.
172
BAYART (J.-F.), « Les Églises chrétiennes et la politique du ventre : le partage du gâteau ecclésial », Politique
africaine, 1989, p. 5 ; MBEMBE (A.), Afriques indociles : christianisme, pouvoir et État en société postcoloniale,
Paris, Karthala, 1988, p. 176 ; ÉLA (J.-M.), « Des prêtres clochards : de l’obsession de l’argent à la hantise de
l’évangélisation », L’Effort camerounais, 1971, p. 3.
173
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun »,
op. cit., p. 226.
174
Lire ADILLY A SIADE (G.P.), « Marché de Dieu et pièges à l’argent : au cœur du mercantilisme religieux,
socioanalyse à partir de l’expérience de l’église catholique romaine du Cameroun », in TSAFACK NANFOSSO
(R.A.P.) et ONGO NKOA (B.E.) (dir.), Économie de la religion en Afrique : développements récents et trajectoires
durables, op. cit., pp. 295-332 ; MBOG IBOCK (M.R.W.) et KETCHA TANTCHOU (R.), « Mythanalyse de la
prostitution chez/vers le dieu et les dieux de miracles des églises de réveil au Cameroun », », in TSAFACK
NANFOSSO (R.A.P.) et ONGO NKOA (B.E.) (dir.), Économie de la religion en Afrique... op., cit., pp. 465-486.

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perpétuelle du pouvoir présidentiel – en dépit de l’engagement de l’Église catholique à
promouvoir le changement et les valeurs de la démocratie175 notamment, l’alternance politique.

1- Par la politisation de la prière et des entrepreneurs de la foi : le rite et le corps


Page | 517
clérical aux services de l’immobilisme

Le principe de la morale religieuse omnis potestas est a deo, c’est-à-dire, tout pouvoir, toute
autorité vient de Dieu explique les collusions entre le sacré et le pouvoir politique. Cette
conception paulienne du pouvoir légitimise les interférences politiques du religieux 176. Ces
interférences s’accentuent à mesure que l’on assiste à la crise morale et éthique au Cameroun.
« La prière est à certain égard mobilisée comme un mécanisme politique de légitimation et de
consolidation du pouvoir politique. Dans les modalités pratiques de modulation politique de la
prière d’intercession, les prières pour le Président de la République occupent une place de
choix177. Elle est d’autant plus qu’entre les hommes politiques et les entrepreneurs religieux, la
prière est un instrument, un moyen d’échange et de transaction : d’où les prières
transactionnelles dites pour implorer la grâce divine, voire la bénédiction du Chef de l’État en
échange des avantages et privilèges qu’il leur offre en contrepartie. Les prières transactionnelles
peuvent prendre plusieurs formes. Mais, le plus souvent, elles se réalisent soit à travers les
motions de soutien178 soit via des appels à candidature »179.

En effet, « l’observation montre que, lorsqu’un groupe ethno-régional a bénéficié de la


magnificence présidentielle, notamment lorsqu’un décret présidentiel promeut un des leurs à
un poste de pouvoir stratégique au sein de la haute administration de l’État, le groupe ainsi
honoré offre en retour des contre dons symboliques. Les prières d’intersession en font partie.
Généralement, les promues du décret présidentiel arrivent souvent à organiser des services
œcuméniques des cultes religieux ou des marches de soutien pour mettre en scène ces liturgies
politiques qui permettent d’élever des prières en faveur du détenteur du pouvoir de
nomination ». Par exemple, « suite à sa nomination au poste de ministre de la fonction publique

175
CALVEZ (J.-Y.).) et TINCQ (H.), L’Église pour la démocratie, Paris, PUF, 1992, p. 7 ; Église catholique et
processus de démocratisation au Cameroun : une analyse de la participation politique dans les archidiocèses de
Douala et de Yaoundé, Paris, L’Harmattan, 2016, 226 p.
176
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), Forces occultes, religion et politique au Cameroun, préface Pr Ibrahim
Mouiche, Verlaag, Presses Universitaires Francophones, 2014, p. 345.
177
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun »,
op. cit., p. 235.
178
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), Forces occultes, religion et politique au Cameroun, Nordestedt, Presses
académiques francophones, 2014, pp. 442-453.
179
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun »,
op. cit., p. 237-239.

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et de la réforme administrative à la faveur du réaménagement gouvernemental du 02 mars 2018,
M. Joseph Anderson Le a organisé une messe d’actions de grâce le samedi 7 avril 2018 à la
cathédrale Sainte-famille de Bertoua »180. Celle-ci s’est vite transformée en meeting politique
de soutien et de remerciement au Président de la République. Le promu a profité de ce service Page | 518
religieux pour inviter l’assistance à prier pour le Chef de l’État pour « lui retourner
l’ascenseur »181.

Prier « devient un contre-don dans la mesure où les rédacteurs des motions de soutiens
expriment, par ce canal, leur reconnaissance et leur gratitude au détenteur du pouvoir suprême
de nomination au sein de l’État. Il en est ainsi lorsque ce dernier procède à un remaniement
ministériel pour redistribuer les portefeuilles ministériels après une consultation électorale. La
rétribution du soutien électoral et le militantisme politique qui se réalisent souvent à travers le
remaniement ministériel apparaissent comme un échange, mieux une transaction que les prières
d’intercession viennent souvent sceller. Quelques morceaux choisis des motions de soutien
publiées après des décrets présidentiels portant promotions à certains postes de la haute
administration publique montrent bien que les prières d’intercession sont une modalité de
soutien symbolique que bénéficie celui qui nomme dans ses rapports politiques avec les groupes
identitaires et d’autres entrepreneurs politiques. À titre d’exemple, les chefs de délégation du
comité central pour le Ndé-Ouest ont organisé des rituels avec motions de soutien adressées au
Chef de l’État en avril 2009, à l’occasion des nominations »182.

En 2004, « au plus fort du suspens généralisé du fait de l’incertitude au sujet d’une


éventuelle candidature du Président Paul Biya, ses militants et sympathisants ont eu recours aux
appels à candidature pour « le supplier » de se porter candidat à sa propre succession. Des
meetings ont été organisés dans cette perspective à l’instar du « Grand meeting du RDPC » tenu
à Ébolowa dans la région du Sud le 06 novembre 2004 en marge de la célébration du 22
anniversaire de l’accession à la magistrature suprême de M. Paul Biya. En recourant à ces mises
en scène, ils ont profité pour lui apporter un soutien symbolique en priant Dieu Tout puissant
de lui accorder sagesse, protection et grâce divine pour mener à bien la mission qu’il lui a été
confiée pour le Cameroun »183. Dans la perspective de construction de l’immobilisme politique
au sommet de l’État camerounais, la frontière est mince entre la laïcité prônée,

180
Ibid., pp. 235-236.
181
Lire Le Messager, n° 5047 du mardi 10 mars 2018, p. 5 ; General News, du mardi 10 avril 2018.
182
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun »,
op. cit., p. 236.
183
Idem.

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l’instrumentalisation de la prière et la politisation des hommes d’églises, notamment
catholiques.

En fait, on observe « certains clercs catholiques qui de par leur posture religieuse tendent
Page | 519
en fonction de leur proximité et de leur sensibilité politique à promouvoir la continuité du
Renouveau et de sa politique184. Peuvent être rangés dans ce registre Mgrs Jean Zoa et Tonye
Bakot. En 1990, face à la pression de l’opposition qui exigeait l’organisation d’une conférence
nationale souveraine, le Chef de l’État Paul Biya y voyait une menace, car, cette conférence
s’inscrivait dans la foulée des bouleversements sociopolitiques qui ont caractérisé l’entrée du
pays dans la vague de démocratisation. En ce sens, le discours politique de Mgr Jean Zoa
constituait un soutien politique et religieux au pouvoir. Voulant participer à la pérennisation du
régime, celui-ci affirma à la télévision nationale : « le terme conférence nationale n’existe nulle
part dans le dictionnaire français »185. Ce soutien du prélat au refus de la conférence nationale
par le régime s’inscrivait dans la suite de ses multiples soutiens qui l’avaient historiquement
opposé à ses pères anglo-bamiléké de la CENC : à savoir Mgrs Albert Ndongmo, André
Wouking, le Cardinal Christian Tumi, Samuel Kléda, tous favorables à l’alternance
démocratique au Cameroun »186.

Aussi, « le cas de Mgr Tonye Bakot est similaire lorsqu’en 2004, à l’issue des élections il
félicitait le Président vainqueur malgré toutes les controverses post électorales sur les conditions
de déroulement du scrutin, il s’inscrivait dans une logique de sauvegarde des rapports de
collaboration entre l’Église et l’État par la légitimation religieuse de la victoire du Président
sortant à la présidentielle de 2004. C’est pourquoi il a fait fi des pratiques de fraudes grâce
auxquelles le RDPC a pu obtenir la victoire de son candidat187 ». Par ailleurs, « au cours des
multiples controverses qui ont eu lieu après la présidentielle de 2011 sur le rôle de l’église dans
le processus démocratique camerounais, Mgr Tonye Bakot a produit un opuscule sous le titre
« Quel aréopage pour l’Église catholique », une approche des rapports Église-État ». L’auteur,

184
MANDJACK (A.) et NDONGMO (M.), « L’Église catholique dans les changements démocratiques au
Cameroun : analyse des logiques d’actions politiques des clergés de Douala et Yaoundé », in Janvier ONANA
(dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit.,
pp. 227-228.
185
MAROLLEAU (J.-L.), L’Église catholique : État et société civile au Cameroun de 1884 à nos jours, Yaoundé,
PUCAC, 2010, p. 86.
186
MANDJACK (A.) et NDONGMO (M.), « L’Église catholique dans les changements démocratiques au
Cameroun : analyse des logiques d’actions politiques des clergés de Douala et Yaoundé », in Janvier ONANA
(dir.), Leçons sur le changement politique en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit.,
pp. 227-228.
187
Idem.

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faisait intervenir ici la doctrine de l’Église, n’en mobilise que les exemples favorables à la bonne
collaboration que le Concile Vatican II préconise entre l’Église et la communauté politique »188.

Si cet acte solidaire envers le conservatisme renseigne sur l’abstraite frontière partagée entre
Page | 520
la politique et le religieux, mieux sur rôle politique d’un autre type de politiciens, ceux en
vêtements sacerdotaux, toutefois, l’immixtion du religieux dans la consolidation du statu quo
débouche souvent à la mobilisation du prophétisme politique et idéologique d’une part, et, à la
manipulation des dogmes religieux d’autre part.

2- Par l’apologie du messianisme politique et l’instrumentalisation de la conception


paulienne du pouvoir

Au Cameroun, on note une collusion consubstantielle construite sur la base du militantisme


et du fanatisme politique à l’endroit du Renouveau ou tout simplement du pouvoir en place
depuis 1982 – où le messianisme189, au-delà de son acception religieuse, occupe une place de
choix dans le champ politique190 et surtout dans les entreprises de verrouillage du changement.
Les « tendances messianiques des « appels à candidature » ont été exprimées dès 2007 pour
anticiper sur l’élection présidentielle de 2011. En effet, en prélude à l’élection présidentielle du
11 octobre 2011, des militants et sympathisants du parti au pouvoir se sont fait écho d’un certain
nombre d’« appels à candidature » publié pour inviter le Président Paul Biya à se porter
candidat à sa propre succession. Ces « appels à candidature » ont d’ailleurs fait l’objet d’une
compilation publiée en cinq volumes sous le titre : Paul Biya, L’appel du peuple191. « L’Appel
du peuple » est une compilation d’« appels à candidature » qui entretient la propagande192 du
messianisme politique autour de la personne du Président de la République Paul Biya, qu’on
invite à se porter candidat à sa propre succession et pour qui on prie « inlassablement » Dieu
Tout-puissant afin qu’il « le comble de bénédictions pour qu’il continue à diriger le Cameroun
avec autant d’engagement, de sagesse et de succès »193. Lorsque ce n’est pas dans le cadre des

188
Idem.
189
GOURDIN (P.), Géopolitiques : manuel pratique, Paris, Choiseul, 735 p ; NGONG (B.), « Le messianisme ou
de la légitimité politique : une lecture de En attendant le vote des bêtes sauvages d’Ahmadou Kourouma », Rocky
Montain Review, 2012, p. 1 ; GAUTIER (J.-F.), Le sens de l’histoire : une histoire du messianisme en politique,
Paris, Ellipses, coll., « Études africaines », 2013, 236 p.
190
NGONG (B.), « Le messianisme ou de la légitimité politique : une lecture de En attendant le vote des bêtes
sauvages d’Ahmadou Kourouma », op. cit., p. 1.
191
BIYA (P.), L’appel du peuple, vol. 5, Yaoundé, SOPECAM, 2011, 470 p ; MENGUELE MENYENGUE
(A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun », op. cit., p. 238.
192
AGENOR (C.) et al., « Paul Biya, l’appel du peuple : émergence d’une nouvelle forme de propagande politique
en contexte camerounais : cryptage énonciatif et inculturation », Revue Mosaïques, n° 4, 2018, pp. 45-58.
193
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Les enjeux et usages politiques des lieux de prières du Cameroun »,
op. cit., pp. 238-239.

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« appels à candidature », c’est dans le registre des messes d’actions de grâces ; des célébrations
d’anniversaires du Président Paul Biya que, des propos exaltants le messianisme politique de
ce dernier « aliènent » les masses populaires.

En effet, dans le cadre de l’ « Organisation par le Saint-Esprit de l’investiture du Président- Page | 521
Élu Paul Biya au Tabernacle de Liberté en novembre 2018 », le révérend pasteur Caleb Ngoa
Atangana, sous un registre de prophétisme politique fit six actes de prière parmi lesquelles il va
consacrer le dernier, c’est-à-dire la sixième prière à l’ « acte de consécration du Président-Élu
Paul Biya, Président de la République du Cameroun, selon la formule biblique du livre de
Zacharie, chapitre 4, versets 6 et 7 » où il professe « […], dans deux jours, le Président Biya
posera la pierre au milieu des acclamations. Paul Biya est le choix divin ! Il est positionné dans
ce pays pour défendre les intérêts de Dieu, qui l’y a placé pour accomplir cette tâche (…) »194.
Des religieux actifs en « politique » à l’élite politico-administrative, les discours messianiques
ne désemplissent pas.

Par ailleurs, le 13 février 2023, lors de la cérémonie de célébration du quatre-vingt-dixième


(90e) anniversaire de Son Excellence Paul Biya, Président de la République du Cameroun,
organisée au Palais polyvalent des Sports de Yaoundé, devant les membres du gouvernement
et la jeunesse, M. Ferdinand Ngoh Ngoh déclare : « Je vous invite à accompagner le Chef de
l’État dans sa grande œuvre de modernisation de notre pays. Paul Biya est un véritable don du
ciel pour le Cameroun… »195. Ce discours idéologique et apologétique de la figure mythique
du « Messie »196 politique incarnée par la personne du Chef de l’État, Paul Biya, promue par le
Secrétaire Général à la Présidence de la République – renseigne davantage sur la propension
politique de l’élite à instrumentaliser le religieux pour légitimer le pouvoir du Renouveau et
restaurer le statu quo.

L’interprétation que Benjamin Ngong fait du messianisme politique197 est qu’il est une
imposture, qui renvoie essentiellement à la manipulation et à l’endoctrinement des masses.
D’autant plus que ce fétichisme politique convoque métonymiquement l’image du sauveur
rédempteur, celle du père ou du guide en même temps elle procède « de la démagogie, du culte

194
Lire Le tabernacle de la liberté, du 08 décembre 2018.
195
Lire [Link], du 13 février 2021.
196
NGONG (B.), « Le messianisme ou de la légitimité politique : une lecture de En attendant le vote des bêtes
sauvages d’Ahmadou Kourouma », op. cit., p. 2
197
Pour le professeur Achille Mbembe, le messianisme politique observé en Afrique postcolonial se définit
spécifiquement par « une économie des signes dans lesquels le pouvoir s’imagine », ce levier politique est une
imposture légitime. MBEMBE (A.), « Notes provisoires sur la postcolonial », Politique africaine, n° 60, 1995, pp.
75-109.

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de la personnalité et aussi de l’habitude créée chez le peuple de l’ovation, de la louange, de
l’encensement politique, du psittacisme, de l’adulation, de la flagornerie et de l’hypocrisie »198,
surtout il participe à légitimation et à la docilisation sociopolitique des masses. Fonctionnant
comme des faux slogans politiques, toute cette phraséologique politique sélective et stratégique Page | 522
démontre, à n’en douter, le caractère absurde de l’exercice et surtout de l’accaparement du
pouvoir par une infime frange de la société qui n’entend pas le partager199, ni y « renoncer » en
cas d’avènement d’un messianisme nouveau, concurrent ou alternatif. Toutes les épithètes qui
juxtaposent leurs noms renforcent le fétichisme politique qui ne s’avère être, en fin de compte,
qu’une imposture200. De la rhétorique politique de promotion du messianique à la manipulation
de la pensée paulinienne et/ou calviniste du pouvoir201, les adeptes du Renouveau mobilise tout
pour garder les rênes du pouvoir.

Au Cameroun, la perspective paulienne et calviniste est mutatis mutadis mobilisée par les
responsables politiques dans l’optique de légitimer le pouvoir en place, d’enrayer les
mouvements de protestation et d’éviction du Renouveau. À titre d’illustration, lors de sa
descente en zone anglophone, à la suite de la tuerie des enfants de Kumba, le samedi 24 octobre
2020 – en lien avec la contestation « anglophone » sur la forme de l’État au Cameroun et aussi
sur la longévité au pouvoir d’un francophone, en occurrence Paul Biya, le ministre de
l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji va déclarer devant les populations de cette
localité présentes dans la salle de la Mairie de la ville « ouvrez vos bibles vous lirez dans
Romain 13, verset 1 et 5 que tout pouvoir vient de Dieu ; le Président Paul Biya est Chef de
l’État parce que Dieu a décidé qu’il soit Chef de l’État »202 ; « il y restera le plus longtemps
possible jusqu’à 150 ans, par la volonté de Dieu »203, aurait-il ajouté.

Aussi, on se souvient de la sortie du président du parti des Patriotes Démocrates pour le


Développement du Cameroun (PADDEC). L’opposant repenti204 Jean de Dieu Momo qui,
faisant son mea culpa politique à l’endroit du Chef de l’État, disait « Vous direz ce que vous
voudrez, mais je vous dis que cet homme est oint, Paul Biya est oint par Dieu lui-même. […] ;

198
NGONG (B.), « Le messianisme ou de la légitimité politique : une lecture de En attendant le vote des bêtes
sauvages d’Ahmadou Kourouma », op. cit. p. 14.
199
Idem.
200
Idem.
201
« Qu’est-ce qu’un pouvoir légitime pour Calvin », Rives nord-méditerranéennes, n° 19, 2005, pp. 41-73 ;
TARDIVEL (E.), Tout pouvoir vient de Dieu : un paradoxe chrétien, Paris, Ad Solem, 2015, 208 p.
202
Miminfo, du 28 octobre 2020.
203
237online, du 11 novembre 2020.
204
JUOMPAN-YAKAM (C.), « Cameroun : Jean de Dieu Momo, truculent ministre de Paul Biya et opposant
repenti », Jeune-Afrique, du 25 août 2021.

R.I.D.S.P, Vol. 3, N°7– Juillet 2023


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il tient sa charge du bon Dieu… Je ne veux pas être du camp de ceux qui ont crucifié le fils de
l’Homme ! »205. Autant de stratégies de verrouillage et de résistance au changement par la
mobilisation du religieux qui, vont déboucher à un cycle de perpétuation au pouvoir long d’une
quarantaine d’années. Page | 523

Conclusion

Certaines entreprises et dynamiques politiques axiologiques ; certaines mesures de


facilitation de la circulation du religieux dans la sphère politique et publique, de correction et
de moralisation de la gestion du bien public – ne semblent contribuer à aucune fin d’intérêt
général, ne paraissent souscrire à la nécessité de promotion d’une éthique publique
incontestable, d’une démocratie authentique et cohérente. Elles se ramènent au strict besoin
d’apaisement, de détente sociopolitique, elles se contentent d’aider le Renouveau à s’établir ad
vitam aeternam au pouvoir. « Elles se servent du pouvoir pour le reproduire206 ». Dès lors,
l’exigence morale et éthique cesse d’être consubstantielle à la question de la politique, surtout
de la démocratie207. Toujours est-il que le « polythéisme des valeurs208 » et le biotope politique
conditionnent « l’éthique et la politique à entretenir des rapports particulièrement ambigus209 ».
« Si la première a vocation à servir de code de conduite, de médiateur et de régulateur210 dans
la pratique de la seconde, cette dernière tente souvent de s’affranchir de la première lorsqu’elle
ne l’instrumentalise pas simplement » 211. Bien que « le rapport à l’éthique soit à géométrie
variable212 », la raison politique du Renouveau reste et demeure la même : celle de la logique
du pouvoir, voire de la conservation du pouvoir présidentiel coûte que coûte. Dès lors, les
propensions politiques de promotion, d’affranchissement et d’instrumentalisation politique de
l’éthique et de la morale s’avèrent être des armes redoutables et déterminantes dans la ferrure
du changement – d’où l’urgence de re-moralisation du jeu politique et de promotion d’une
éthique immaculée dans les processus politiques avenirs.

205
Lire Le Journal du Cameroun, du 27 juillet 2021.
206
DE JASAY (A.), L’État : logique du pouvoir politique, Paris, Les Belles Lettres 1994, p. 558
207
BANOCK (M.), Le processus de démocratisation en Afrique : cas du Cameroun, op. cit., p. 231.
208
FREUND (J.), « Polythéisme des valeurs chez Max Weber », Archives de Sciences Sociales des Religions, vol.
61, n° 1, 1986, pp. 51-61.
209
AERNOUDT (R.), « Éthique et politique : un couple infernal », Pyramides, vol. 1, n° 16, 2008, pp. 169-190.
Lire aussi : ATEBA (B.), « L’aide internationale à la démocratisation de l’Afrique subsaharienne : entre intentions
vertueuses et rémanences néocoloniales et autoritaires », in ONANA (J.) (dir.), Leçons sur le changement politique
en Afrique subsaharienne : regards croisés sur le Cameroun, op. cit., pp. 179-180.
210
RICŒUR (P.), Philosophie, éthique et politique, Paris, Seuil, coll., « La couleur des idées », 2017, pp. 51-64.
211
MENGUELE MENYENGUE (A.M.), « Construire le changement politique à partir des symboles et considérer
l’éthique du pouvoir : le cas de la réhabilitation des (ex) terroristes au Cameroun », Revue Camerounaise de Droit
et de Science politique, n° 7, 2019, pp. 11-28.
212
Idem.

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