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30 Rid 3 4 1986

La Revue Ivoirienne de Droit, publiée par le Centre Ivoirien de Recherches et d’Études Juridiques, aborde des sujets juridiques variés, notamment la décolonisation du Sahara Occidental et la maîtrise foncière de l'État en Côte d'Ivoire. Le document présente des articles de plusieurs auteurs, tous affiliés à la Faculté de Droit d'Abidjan, et met en lumière les défis juridiques et historiques liés à ces thématiques. La revue est soutenue par des institutions judiciaires et académiques de la Côte d'Ivoire.
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abidjan université nationale de côte d'ivoire

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le Centre Ivoirien de Recherches et d’Études Juridiques (CIREJ) avec le concours : de la


Cour Suprême du Ministère de la Justice de l’Université Nationale de Côte d’ivoire
de la Faculté de Droit d’Abidjan.
SOUS LE IIAUT PATRONAGE DE
MM. le Président de la Cour Suprême le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice le
Ministre de l’Éducation Nationale le Recteur de l’Université Nationale le Doyen de la
Faculté de Droit.
CONSEIL DE GESTION
les Vicc-Prcsidcnts de la Cour Suprême le Secrétaire Général de la Cour Suprême
le Directeur des Études et de la Législation du Ministère de la Justice
les premiers Présidents des Cours d’Appel d’Abidjan et de Bouaké
le Doyen de la Faculté de Droit
le Directeur du CIREJ
le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats
les Présidents des Chambres Consulaires
(Commerce, Industrie et Agriculture)
le Président de la Chambre des Notaires
le Président de l’Association des Banques et Établissements Financiers le Président des
Assureurs de Côte d’ivoire COMITÉ DE RÉDACTION
M. S ARASSORO Hyacinthe, Maître de Conférences à la Faculté de Droit, Directeur du
CIREJ
Mme OBLE-LOHOUES Jacqueline, Doyen de la Faculté de Droit d’Abidjan Mme
TANO Yolande, Maître de Conférences agrégée à la Faculté de Droit d’Abidjan MM.
FADIKA Mamadou, Vice-Président de la Cour Suprême, Président de la Chambre
Judiciaire AGGREY Albert, Conseiller à la Cour Suprême WODIE VANGAH Francis,
Professeur à la Faculté de Droit d’Abidjan ZAHUI GAMA Ferdinand, Maître Assistant à
la Faculté de Droit d’Abidjan REDOUTEY Pierre, Principal Clerc à l’Étude de Mc
Cheickna SYLLA ANGBACOU Ignace, Assistant à la Faculté de Droit
COFFI Jean-Paul, Attaché de Recherche au CIREJ DIRECTEUR DE LA PUBLICATION,
RÉDACTEUR EN CIIEF M. SARASSORO Hyacinthe.
SECRÉTAIRE DE RÉDACTION :
Mme TANO Yolande, Maître de Conférences agrégée à la Faculté de Droit d’Abidjan
VENTE ET ABONNEMENTS : SERVICE DES PUBLICATIONS, UNIVERSITÉ
NATIONALE DE COTE D’IVOIRE - B.P. V 34 ABIDJAN.
. y
revue ivoirienne de
droit

3-4 1986

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abidjan université nationale de côte d'ivoire
1 bp 3811 abidjan 01 bp v 34 Abidjan
SOMMAIRE

I - DOCTRINE
L'O.U.À.et la décolonisation du Sahara Occidental
Par [Link] Doudou Emile, Maître-Assistant à la Faculté
de droit, Université d'Abidjan 11
La maîtrise foncière de l'État en Côte d'ivoire (1885-1985)
Par [Link]-N'DRE Paul, Docteur d'Etat, chargé de cours à la
Faculté de droit, Université dAbidjan 49
L'inaptitude Juridique de l'analphabète.
Par Mme TANO Yolande, Maître de conférences agrégée à la
Faculté de droit, Université d'Abidjan .73

II - JURISPRUDENCE………………………………………………124
DROIT CRIMINEL. Par Mr. ANGBACOU Ignace, Assistant
à la Faculté de droit, Université d'Abidjan 125
DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ par Mme TANO Yolande,
Maître de conférences agrégée, à la Faculté de droit,
Université d’Abidjan 199

IH TABLES DE LA JURISPRUDENCE ............................................ 247


Table analytique.................................................................................... 248
Table chronologique ............................................................................. 257
DOCTRINE
L'O.U.A. ET LA
DÉCOLONISATION DU
SAHARA OCCIDENTAL

BOGA DOUDOU ÉMILE 1

1 Mûtie-AssisUnt à U Faculté de Droit, B.P. V 34 Abidjan, Côte d'ivoire.


BOGADOUDOUEMILE
PLAN DÉTAILLÉ
INTRODUCTION 13
- LA COLONIE ESPAGNOLE DU SAHARA OCCIDENTAL UN
OUBLI COUPABLE DE L’O.U.A 15
A - Les causes de l'oubli 16
La notion de peuple selon l'O.U.A 16
Limitation de la notion de décolonisation 21
B - Les manifestations de l'oubli 24
les différents actes de l'[Link] de l’oubli 24
la substitution de l'O.N.U. à l'O.U.A 26
- LES DIFFICULTES DE L'O.U.A. DANS LA DECOLONISATION DU
SAHARA OCCIDENTAL
30
A - La complexité de la décolonisation du Sahara occidental 31
L’impuissance de l’O.U.A 31
a- les fondements juridiques des prétentions du Maroc et de la Mauritanie
32
b - la procédure consultative devant la C.I.J 35
Les accords de partage du Sahara Occidental 36
B - Ambiguïtés et insuffisances de la charte 38
Ambiguïtés de la charte 38
Les insuffisances de la charte 40
a - la qualité du postulant selon l’article 28 41
b - le rôle des organes de l’O.U.A. dans la procédure de l’article 28 al. 2.42

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L'O.U.A. ET LA DÉCOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 13

INTRODUCTION
L'O.U.A., dès sa création, fait de la décolonisation du continent
africain l'une de ses priorités. Il ne peut en être autrement; en effet, la
quasi-totalité des États membres fondateurs sont issus de la
décolonisation2. Son renforcement numérique provient également de ce
phénomène3. En outre, la question de la décolonisation avait déjà une
importance particulière dans les relations internationales avant même
l’apparition de l’O.U.A. sur la scène internationale. En réalité, cette
situation date de la fin de la deuxième guerre mondiale, comme le relève
un auteur qui écrit à ce propos qu'
après la deuxième guerre mondiale, l'idée de libre disposition a subi
d'importants changements... Décolonisation est devenue synonyme de
liberté, de justice, d'égalité, de biens [.. .]4.
Cette observation est confirmée par la charte constitutive de
l'O.N.U. signée à San Francisco le 26 juin 1945 et entrée en vigueur le 24
octobre 1945. Celle-ci consacre définitivement l'idée de décolonisation
comme principe général de droit international5. Pour signifier toute
l'importance qu'elle accorde à la question, l'organisation mondiale met en
place un comité spécial de décolonisation. Dans le sillage de ce
mouvement, intervient en 1955 la conférence de Bandoeng. Pour la
première fois, des peuples autrefois colonisés affirment sur la scène
internationale leur volonté commune de lutte contre le système colonial.
Au contraire de San Francisco où s'élève la voix de ceux qui n'ont pas subi
la colonisation, à Bandoeng s'élève la voix des colonisés d'hier. La
conférence de Bandoeng sert de détonateur aux États africains
indépendants, si bien qu'à chacune de leurs rencontres retentit l'écho de

^ Tous les États fondateurs de l'O.U.A. sont issus de la décolonisation sauf la République du
Libéria et à un degré moindre l'Éhiopie.
^ L'O.U.A. compte aujourd'hui 51 États membres contre 30 Etats en 1963. Il faut cependant
signaler le retrait du Maroc de l'Organisation au XXe Sommet de la Conférence des Chefs d'Etat
et de Gouvernement tenue à Addis-Abéba en 1983.
aJ
J.F. Guilhaudis "Le Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes" p. 19 P.U.G. 1976.
5
Définissant les buts des Nations-Unies, l'article 1er al. 2 dispose : il faut développer entre les
nations, des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des
peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes. Le chapitre XI de la charte relatif aux
territoires non autonomes dans son article 73 al b invite les membres des Nations-Unies qui
administrent des territoires non autonomes à développer leur capacité de s'administrer eux-
mêmes.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

Atteindre sommaire
14 BOGA DOUDOU EMILE

cette conférence sur la question coloniale. On comprend que le principal


point de rapprochement des deux groupes africains rivaux constitués en
1961 ait été la décolonisation du continent6 Lorsqu'ils surmontent leur
divergence pour préparer la création de l'O.U.A. à la conférence
ministérielle du 15 mai 1963 à Addis-Abeba, les responsables politiques
africains adoptent sans problème au point III de l'ordre du jour la
décolonisation7. Puis ils insèrent par la suite cette question dans la charte
constitutive de l’organisation panafricaine. L'article 2 de cette charte
définissant les objectifs de l'organisation précise ainsi dans son al 4 qu’il
faut "éliminer sous toutes ses formes le colonialisme de l'Afrique".
Les Chefs d'État et de Gouvernement africains ne se contentent
pas de cette proclamation de la charte. A cette même conférence
constitutive de l'O.U.A., ils adoptent une série de résolutions. La
première de ces résolutions est relative à la décolonisation. Elle contient
trois idées principales :
- Le devoir pour les États indépendants d'Afrique d'appuyer dans
leur lutte pour la liberté et l'indépendance, les peuples d'Afrique qui n'ont
pas encore accédé à l'indépendance.
- La rupture des relations diplomatiques et commerciales avec les
États colonisateurs.
- La mise sur pied d'un comité de coordination ayant pour siège
Dar Es Salam.
Pour le rendre plus opérationnel et plus efficace, ce comité de
coordination devient quelques années plus tard le comité de Libération de
l'O.U.A.. L'organisation panafricaine améliore ainsi son principal
instrument de lutte contre le colonialisme en Afrique. Elle fait germer
dans l'esprit des peuples d'Afrique encore colonisés un espoir illimité.
Elle suscite par contre inquiétude et désarroi chez les puissances
coloniales ayant encore des possessions sur le continent noir. Toutefois,
les dirigeants africains réunis à Addis-Abeba ne se préoccupent
nullement de certains peuples africains sous domination coloniale, ni de
certaines puissances coloniales. C'est notamment le cas du Sahara
Occidental sous domination espagnole. L'Espagne colonialiste n'est pas

^ En janvier 1961 les Etats progressistes indépendants d'Afrique se concertent à Casablanca au


Maroc pour dégager les bases de la construction de l'unité africaine, donnant ainsi naissance
au groupe de Casablanca composé de la Guinée, du Maroc, de la R.A.U., de la Tunisie, du
Mali et du G.P.R.A. En mai 1961 les Chefs d'Etats africains modérés se rencontrent à
Monrovia donnant naissance au groupe de Monrovia composé de vingt deux Etats.
® Actes de la conférence au sommet des pays indépendants d'Afrique reproduits par Boutros
Ghali in "L'organisation de l'Unité Africaine" p. 12 Armand Colin Paris 1968.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L'O.U.A. ET LA DÉCOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 15

mise au banc des accusés. La colonie espagnole d'Afrique du Nord


n'attire pas vraiment l'attention de la communauté africaine. Tout au long
de la première décennie de son existence, l'O.U.A. vit dans l'ignorance de
cette colonie, faisant ainsi preuve d'un oubli coupable à l’égard d'un
peuple africain humilié. Lorsqu'elle commence à se préoccuper de la
décolonisation de ce territoire, l'organisation panafricaine se heurte à de
sérieuses difficultés. L'examen de cette évolution conduit à l'étude de
l'aspect relatif à l'oubli de l'O.U.A. d'une part, et de l'autre aux difficultés
de l'organisation à contribuer à la décolonisation de cette partie de
l'Afrique.

I - LA COLONIE ESPAGNOLE DU SAHARA


OCCIDENTAL : UN OUBLI COUPABLE DE
L'O.U.A.
L'O.U.A. n'intervient directement et avec constance dans le
processus de décolonisation du Sahara Occidental qu'à partir de 1973,
soit une décennie après sa création8- Il est assez paradoxal que
l'organisation panafricaine qui entend contribuer à la libération du
continent en oublie une partie. Le paradoxe vient également du fait que le
Droit International connaît une évolution favorable à la décolonisation
depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Il a ainsi consacré le
principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes au rang d'une
norme de jus cogens. En outre l'O.N.U. dont on connaît l'inestimable
apport au développement du Droit International, réglemente l'évolution
des territoires non-autonomes c'est-à-dire des colonies9 Avant même la
création de l'O.U.A., l'assemblée générale de l'organisation mondiale a
adopté la résolution 1514 (XV) du 14 décembre 1960 relative à
l'autodétermination et à l'indépendance des pays et peuples sous
domination étrangère. L'O.U.A. dispose par conséquent d'un ensemble de
règles de droit qu'elle peut utiliser dans sa lutte contre le colonialisme sur
le continent noir. L'O.U.A. peut également servir de cadre d'élaboration
et de développement d'un droit international africain, contribuant ainsi à
enrichir le "droit international de la décolonisation".

n
C'est vrai que la question de cette colonie espagnole d'Afrique du Nord avait été évoquée déji en
1966. Mais il s'en est suivi un "temps moit".
® Le chapitre XI de la charte de l'organisation mondiale traite de la question des territoires
non autonomes.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

Atteindre sommaire
16 BOGA DOUDOU EMILE

Pour ce combat libérateur fondé sur le principe du droit des peuples à


disposer d'eux-mêmes, de leur droit à l'autodétermination, à la liberté et à
l'indépendance, aucun peuple africain ne devrait être ignoré. Et pourtant,
l'O.U.A. fera une application restrictive de tous ces principes
fondamentaux au peuple du Sahara Occidental pendant les dix premières
années de son existence. Ceci ressort de l'analyse des causes de l'oubli de
ce peuple par l’organisation panafricaine, ce qui permet de dégager les
différentes manifestations de cet oubli.

A - LES CAUSES DE L’OUBLI.


Dans la recherche des causes à l'origine de l'oubli de la question de
décolonisation du Sahara Occidental par l'O.U.A., il est possible de
dégager divers éléments d'importance variable. Mais tous ces éléments
apparemment variés ne recouvrent qu'une seule réalité à savoir la
conception restrictive qu’a l'O.U.A. du principe du droit des peuples à
disposer d'eux-mêmes, du droit des peuples à l'autodétermination. Cette
restriction repose d'une part sur une conception erronée de la notion de
peuple dégagée par l'O.U.A., et d'autre part sur une limitation du contenu
de la notion de décolonisation qui en découle.

1. La notion de peuple selon l'[Link]..


La charte de l'O.U.A. se réfère constamment à la notion de
peuple10. Il est vrai que c'est une notion consacrée par le Droit
International Public qui reconnaît au peuple des droits. Ainsi la charte de
l'O.N.U. dans son article 1er qui définit les buts de l'organisation
mondiale proclame à l'ai. 2 "le respect du principe de l'égalité de droits
des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes"... La résolution
1514 (XV) dite "Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays
coloniaux", proclame également que "tous les peuples ont le droit de
libre-détermination; en vertu de ce droit, ils déterminent librement leur
statut politique...", et la résolution 2625 de 1970 (soit dix ans après la
résolution 1514) énonce "le droit de tout peuple à déterminer son statut
politique, en toute liberté et sans ingérence extérieure". Mais qui est ce
peuple auquel il est reconnu tant de droits? La réponse du Droit

® On peut lire dans le préambule "Nous, chefs d'Etats et de gouvernements africains et


malgache... convaincus que les peuples ont le droit inaliénable...sachant que notre devoir est
de mettre les ressources naturelles et humaines de notre continent au service du progrès
général de nos peuples". Ce préambule se réfère également 1 la charte des Nations-Unies qui
emploie abondamment le terme peuple. Précisant les objectifs de l'organisation panafricaine,
l'article 2 al. b affirme qu'il faut offrir de meilleures conditions d'existence aux peuples
d'Afrique.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L'O.U.A. ET LA DÉCOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 17

International Public est certainement contenue dans l’affirmation du


professeur Soulier qui déclare que "le peuple n’est pas une notion
juridique", ce que reconnaissent ses collègues, les professeurs Gonidec et
Charvin qui disent "qu’il n’y a pas effectivement de notion juridique de
peuple, car pensent-ils, toutes les tentatives d’en donner une définition
ont échoué11". Voici une notion consacrée par le Droit International
Public à laquelle n’est cependant donné aucun contenu précis, pourrait-on
conclure, conclusion qui n’est que partiellement vraie. Dans le cas précis
du droit de la décolonisation, la notion de peuple ne manque pas de
précision. Le Droit International Public admet aujourd'hui l’assimilation
de toute population coloniale à la notion de peuple. Il a ainsi établi
l’équation population coloniale égale peuple, sans aucune autre
considération. Sur ce point il n’y a pas eu de véritables débat au sein de
l'O.N.U. pour aboutir à une telle conclusion. La charte a en effet tranché
le débat en affirmant le principe du droit des peuples à disposer d'eux-
mêmes, qui est complété et renforcé par les chapitres XI
- XII et XIII relatifs à l'évolution politique des territoires coloniaux. Dans
ces chapitres, elle emploie des termes qui se rapportent en réalité au
principe du droit de libre disposition. L'on peut ainsi lire "des territoires
dont les populations ne s’administrent pas encore complètement elles-
mêmes... de développer leur capacité de s'administrer elles-mêmes
(Chapitre XI).. favoriser le progrès politique économique et social des
populations sous-tutelle... leur évolution progressive vers la capacité à
s'administrer eux-mêmes (chapitre XII).." En rattachant ces différentes
dispositions au principe posé par l’article premier de la charte, la
conclusion est sans équivoque : les populations coloniales ont le droit de
disposer d'elles-mêmes ; elles ont droit à l'autodétermination. Ces
populations coloniales sont donc des peuples. En 1960, l'Assemblée
Générale de l’O.N.U. réaffirme cette équation population coloniale =
peuple dans la résolution 1514 (XV) précitée. Ainsi est-il écrit dans cette
résolution que l’Assemblée Générale "reconnaît le désir passionné de
liberté de tous les peuples dépendants et le rôle décisif de ces peuples
dans leur accession à l’indépendance...; des mesures immédiates seront
prises dans les territoires sous tutelles, les territoires non autonomes... qui
n’ont pas encore accédé à l’indépendance pour transférer tous pouvoirs
aux peuples de ces territoires sans aucune condition ni réserve,
conformément à leur volonté...". Pour tous ceux qui doutaient encore de
l’assimilation de la population coloniale à la notion de peuple en droit
international, la réponse de cette résolution est sans ambiguïté. Toute
population

P.F. Gonidec et R. Charvin, Relations Internationales Ed Montdirétien Paris 1981 p. 194. Le


professeur Soulier est cité par ces deux auteurs à cette même page.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

Atteindre sommaire
18 BOGA DOUDOU EMILE

coloniale est un peuple. A ce titre, elle bénéfice de tous les droits


reconnus au peuple par le Droit International Public. Est-ce à dire qu'il
existe un peuple Sahraoui ou au moins un peuple au Sahara occidental
encore colonie espagnole? Pour l'O.N.U. il n'y a aucun doute. Il existe
bien un peuple au Sahara Occidental sous domination espagnole qui a les
mêmes droits que tous les peuples d'Afrique sous domination coloniale.
C'est pourquoi le 16 décembre 1964, le comité de décolonisation de
l'organisation a voté une résolution pour déplorer le retard apporté par
l'Espagne à décoloniser ce territoire. Le 16 décembre 1965, l'Assemblée
Générale adopte la résolution 2072 qui invite Madrid à engager des
discussions immédiates en vue de régler la question de la souveraineté du
Sahara. Devant la lenteur de l'intimée à appliquer cette résolution,
l'O.N.U. adopte deux autres résolutions en décembre 1966 et en
décembre 1968 qui invitent l'Espagne à organiser un référendum
d'autodétermination au Sahara. Ces deux dernières résolutions de
l'organisation mondiale sont l'expression confirmée de l'existence d'un
peuple au Sahara Occidental auquel s’applique le principe de droit à la
libre disposition, de droit à l'autodétermination. Malheureusement,
l'O.U.A. ne suivra pas l'organisation mondiale dans cette voie de
reconnaissance de l'existence d'un peuple au Sahara Occidental. De 1967
à 1973, l'O.N.U. par son Assemblée Générale adopte six résolutions
relatives à la question de décolonisation de ce territoire. Pendant la même
période l'O.U.A. reste presque muette. La seule résolution de
l'organisation panafricaine émane de son comité des 24. Celui-ci qui n'est
qu'un organe ponctuel, non statutaire et sans pouvoir précis recommande
le 8 juin 1966 l'indépendance pour Ifni et le Sahara. Sans surprise, cette
recommandation est sans effet Cette intervention du comité des 24 n'est
pas innocente12. En effet, l'importance qu'une organisation internationale
accorde à un problème se manifeste de différentes manières. Très
souvent, celle-ci réunit son organe suprême en session extraordinaire
quand il s'agit d'un problème d'une grande importance. S’il n'y a aucune
urgence, ce même organe suprême est saisi de la question en session
ordinaire. Par contre, s'il s'agit d'un problème secondaire c'est l'organe
secondaire de l'organisation qui en est saisi. Toutefois, la complexité du
problème, source d'absence d'un consensus au sein de lorgane suprême
conduit souvent celui-ci à la création d'un organe ad hoc. Les pouvoirs de
ce dernier sont définis par son mandant. Dans tous les cas, ces pouvoirs
consistent à atténuer les

sur la question avant l'intervention tardive et constante de la conférence des chefs d'Etats et de
gouvernements. Ceci ne contredit pas notre analyse. Cest même au contraire une confirmation
de cette analyse.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
L'O.U.A. ET LA DÉCOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 19

divergences des États membres de l'organisation en vue de faciliter


l’aboutissement d'un consensus. Il ne peut émettre que des
recommandations à l'endroit de ce mandant qui, seul, est habilité à
trancher la question en session plénière. Lorsque le comité des 24 de
l'O.U.A. se saisit de la question de décolonisation du Sahara Occidental,
c'est la preuve que l'organisation panafricaine ne se préoccupe guère
encore de la décolonisation de ce territoire. Suite à l'échec de l'action de
ce comité, l'O.U.A. se saisit pleinement de la question pour la première
fois à la conférence des chefs d’États et de gouvernements de novembre
1966. Celle-ci adopte une résolution timide qui n'aura d'ailleurs pas de
suite, dans laquelle l'organisation accorde "son entier soutien à tout effort
tendant à une libération immédiate et inconditionnelle de tous les
territoires africains sous domination espagnole". Contrairement à
l'O.N.U. qui se préoccupe de façon précise de la décolonisation du
Sahara Occidental, la première intervention de l'O.U.A. concerne toutes
les colonies espagnoles d'Afrique : notamment de la Guinée Equatoriale,
de Fernando et Po, et enfin du Sahara. Cette attitude de désintérêt de la
question de cette colonie espagnole d'Afrique du Nord est en
contradiction avec la fermeté qui caractérise l'O.U.A. dans sa lutte contre
le colonialisme portugais et les régimes racistes d'Afrique Australe sur le
continent noir. Cette contradiction trouve son explication dans la
conception de la notion de peuple qu'adopte l'O.U.A..
L'organisation panafricaine semble lier la notion de peuple au
phénomène de la lutte armée de la population coloniale. En effet tous les
territoires coloniaux qui font l'objet d'attention particulière à cette époque
sont en ébullition. En Guinée-Bissau et au Cap-Vert, le P.A.I.G.C.
combat depuis le début des années 1960 le colonialisme portugais. Ces
mêmes colonialistes portugais affrontent l'armée de libération du Frelimo
au Mozambique depuis 1962, celle du M.P.L.A. et de ses alliés en
Angola. Quant au régime raciste de Rhodésie, il est harcelé par les
armées populaires de deux mouvements nationalistes (la Zanu et la
Zapu). L'autre régime raciste de l'Afrique du Sud est contraint de déclarer
hors la loi l'A.N.C. qui le combat en liaison avec la Swapo, mouvement
nationaliste de Namibie. Pour l'O.U.A., ces différentes populations
affirment leur existence à travers ces luttes armées sous la direction de
mouvements de libération nationale. Aucune population coloniale n'a
reçu nulle part sur le continent africain un appui ferme et constant de
l'O.U.A. avant d'avoir engagé la lutte de libération. La lutte est
considérée comme étant la pierre de touche de l'existence d’un peuple. Il
ne saurait y avoir de peuple dans une colonie, sans lutte de la part de sa
population, semble dire l'O.U.A.. Objectivement, elle épouse la
conception subjective de la notion de peuple. C'est une conception de la

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

Atteindre sommaire
20 BOGA DOUDOU EMILE

doctrine française qui met en avant des éléments subjectifs : "le vouloir-
vivre ensemble", le sentiment d'appartenir à une même communauté
ayant la même histoire etc. Cette conception tend à assimiler la notion de
peuple à celle de nation. Ce sont pourtant deux notions qui ne se
confondent pas. On ne saurait d’ailleurs les confondre sans nier à toute la
population du continent noir le caractère de peuple, la quasi totalité des
États africains ayant précédé la nation pour des raisons historiques. Ici la
nation est à construire comme l’affirment de nombreux dirigeants
africains. Dans cette optique, l’O.U.A. est en retrait par rapport à
l'O.N.U. Sa conception de peuple comporte des dangers que
l'organisation mondiale a perçu. C'est pourquoi cette dernière déclare que
"le manque de préparation dans les domaines politiques, économique ou
social ou dans l'enseignement ne doit jamais être pris comme prétexte
pour retarder l'indépendance13". En effet, il semble évident que tout
régime colonialiste n'a pas intérêt à favoriser l'émergence d'une
conscience nationaliste des populations coloniales. Mieux, il cherche à
étouffer autant que possible l'apparition de cette conscience nationaliste
qui est la base de la formation de tout mouvement de libération nationale.
Dans sa démarche, l'O.U.A. pénalise les populations coloniales qui n'ont
pas encore atteint un degré élevé de conscience nationaliste, se
préoccupant peu des causes qui sont à l'origine de cette situation. Du
coup, elle fait ainsi le jeu de colonisateurs habiles qui réussissent à
retarder cette inévitable étape. Si, par contre, elle avait assimilé toute
population coloniale à peuple comme le fait l'O.N.U., elle aurait participé
à la formation de la conscience nationaliste des populations africaines
sous domination coloniale. Une population coloniale qui bénéficie du
soutien politique et diplomatique sans condition d'une organisation
internationale prend certainement plus facilement conscience de son
existence et des droits attachés à cette existence. Contrairement à l'Asie
où le mouvement nationaliste a pris très tôt la forme de mouvement de
libération, en Afrique cet éveil a été tardif. Cette donnée historique aurait
dû inciter l'organisation panafricaine à élargir sa conception de la notion
de peuple. Ceci lui aurait évité une attitude discriminatoire à l'égard de
toutes les populations coloniales d'Afrique. Elle se serait certainement
préoccupée du peuple du Sahara Occidental. Malheureusement ce peuple
est victime de l'absence d'un mouvement de libération en lutte contre le
colonialiste espagnole sur son territoire. L'histoire nous informe pourtant
de la résistance de ce peuple à la pénétration coloniale. Pour l'O.U.A.,
cette lutte historique ne suffit pas pour justifier de l'existence d'un peuple.
Elle apprécie la situation non d'un point de vus historique, mais à parti
r

^ Résolution 1514 - 947 séance plénière 14 décembre 1960.

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L'O.U.A. ET LA DÉCOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 21

de son existence c’est-à-dire à partir de 1963. A cette période, pour des


raisons historiques, les populations de ce territoire manifestent très peu
de conscience. C'est une caractéristique de l'ensemble des colonies
espagnoles d'Afrique. L'absence de manifestation de la conscience
politique conduit l'O.U.A. à ignorer l'existence de ce peuple. Celui-ci ne
peut bénéficier des droits reconnus au peuple par le Droit International
Public. Ainsi, le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, le
droit à l'autodétermination ne peut lui être appliqué. Il en résulte
objectivement une limitation du contenu de la notion de décolonisation.

3 - Limitation de la notion de décolonisation


La question du Sahara Occidental ne révèle pas seulement la
conception restrictive de la notion de peuple de la part de l'O.U.A.. Elle
montre également l'importante limitation apportée au contenu de la
notion de décolonisation, deux faits complémentaires se trouvant à
l'origine de cette limitation. D'une part l'O.U.A. n'a pas appliqué au
Sahara Occidental le droit de la décolonisation - elle a ignoré les bases
théoriques qui ont permis la mise en place d'un droit de la
décolonisation-, et de l'autre, elle a procédé dans le cas d'espèce à une
déformation de ce droit, s'appuyant sur les caractères particuliers au
territoire du Sahara Occidental pour déformer ce droit
En effet, le droit de la décolonisation est principalement une
construction de l'O.N.U.. C'est l'organisation universelle qui en a dégagé
les bases juridiques lui conférant ainsi le caractère d’un véritable droit de
décolonisation. Outre, la charte, la première résolution importante de
l’organisation mondiale qui énonce les prémisses des règles devant régir
la décolonisation date de 1952. Elle est relative aux pactes
internationaux. L’article 76 al. b de cette résolution affirme le droit des
peuples à disposer d'eux-mêmes. Cest incontestablement un appel à la
décolonisation. Mais le texte juridique fondamental du droit international
est la résolution 1514 relative à la "Déclaration sur l'octroi de
l'indépendance aux pays et peuples coloniaux" précitée. Toute
inobservation de ce texte conduit à une limitation de la notion de
décolonisation. Dans le cas du Sahara Occidental, l'O.U.A. ne semble pas
l'avoir appliqué. La résolution présume le désir de liberté des populations
coloniales "Reconnaissant le désir passionné de liberté de tous les
peuples dépendants..." Pour l’O.U.A., ce désir ne peut être présumé. Pour
proclamer la décolonisation du Sahara Occidental, l’organisation
panafricaine estime que les populations de ce territoire doivent
manifester au préalable leur volonté contre le système colonial espagnol.
Le droit de la décolonisation appliqué par l'O.N.U. exclut cette exigence.
Ainsi en 1963, sans qu'aucune revendication

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Atteindre sommaire
22 BOGA DOUDOU EMILE

d’indépendance n'apparaisse, la commission de décolonisation de


l'O.N.U. invite la Grande Bretagne à "prendre sans délai des mesures
pour transférer tous les pouvoirs aux peuples des îles Fidji (colonie
britannique)14". L’application rigoureuse de cette "Déclaration" a parfois
conduit l'O.N.U. à contredire la volonté exprimée à travers les structures
coloniales de représentation des populations coloniales. C’est notamment
le cas de llle de Guam, colonie américaine. L'assemblée législative de
cette île avait adopté une résolution qui proclame l'attachement des
populations aux U.S. A. en des termes vifs : "Guam est partie intégrante
des U.S.A., que ses citoyens sont citoyens américains, que Guam n'a pas
d'autre désir que de rester associé aux U.S.A. et que toute allégation selon
laquelle Guam souhaiterait quelque autre statut est une injure au
loyalisme et à la fidélité du peuple de Guam"15. Malgré cette déclaration
qui ne souffre d'aucune ambiguïté, l'Assemblée Générale de l'O.N.U.
adopte la résolution 2357 (XXII) du 19 décembre 1967 qui exige
l'application de la résolution 1514. Pour l'O.N.U. il est invraisemblable
voire inadmissible qu'une population colonisée refuse la fin du système
colonial ; c'est ce qu'affirme cet autre paragraphe de la résolution 1514 -
"Convaincue que le maintien du colonialisme... entrave le développement
social, culturel et économique des peuples dépendants...", il est illogique
que la population qui en est victime ne soit pas favorable à la
décolonisation. Ce n'est pas la volonté des populations colonisées qui doit
servir de base à la construction des règles du droit de la décolonisation.
Le droit de la décolonisation doit au contraire être une arme au service de
la libération de ces populations, telle semble être la position de
l'organisation mondiale. Pour l'O.U.A. la décolonisation doit tirer ses
fondements juridiques de l'attitude des populations coloniales. Toute
règle de droit de la décolonisation doit être la consécration du
comportement des populations dépendantes. Dans ce cas la
décolonisation reste sans fondement juridique sans l'expression concrète
des populations à décoloniser. Cette expression est inexistante à cette
époque au Sahara Occidental. Mais l'absence de volonté de lutte de la
population est liée à la situation particulière du territoire. A ce niveau,
intervient le second élément qui renforce la construction de la base
juridique de la politique de décolonisation de l'O.U.A. Le Sahara
Occidental est un territoire moyen (266 000 km2) à faible population
difficile à chiffrer. Selon un auteur, pendant longtemps, la population de
la colonie espagnole du Sahara Occidental a été intentionnellement sous-
estimée. Le gouvernement espagnole a fourni successivement à l'O.N.U.
des chiffres qui étaient très inférieurs à la réalité". L'Espagne a

1
^ A.G. XVm annexes point 23 de l'ordre du jour A/5546 Rev. 1 chap. VII § 165.
15
A/5800/Rev. 1 chap. XVH § 35.

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L'O.U.A. ET LA DÉCOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 23

voulu minimiser l’importance de la population, poursuit l'auteur pour ne


pas attirer l'attention sur ce territoire. A cette volonté manifeste du
colonisateur espagnol, s'ajoute le caractère nomade d'une population qui
vit dans un désert peu hospitalier16, contexte défavorable à une
manifestation organisée de la volonté de la population. Or l'.O.U.A.
estime que l'absence de manifestation de volonté des populations
coloniales justifie le maintien de la colonisation. L'organisation ne parle
pas de la décolonisation de ce territoire parce que le droit de la
décolonisation ne peut lui être appliqué. Ce ne sont pourtant pas là l'esprit
et la lettre de la résolution 1514 comme l'exprime ce paragraphe
"Persuadés que le processus de libération est irrésistible et irréversible et
que, pour éviter de graves crises, il faut mettre fin au colonialisme et à
toutes pratiques de ségrégation...". Le droit de la décolonisation est ici
prévisionnel. L'histoire a confirmé ses prévisions. L'O.U.A. ignore cet
aspect de ce droit. Si elle avait saisi le caractère irréversible et irrésistible
de la décolonisation, elle n'aurait pas conditionné la décolonisation du
Sahara Occidental par d'autres facteurs. Et pourtant le droit de la
décolonisation se veut un droit inconditionné, comme l’exprime le
paragraphe suivant de la résolution "Proclame solennellement la
nécessité de mettre rapidement et inconditionnellement fin au
colonialisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations". La
Déclaration présente la colonisation comme un phénomène qui porte
gravement atteinte aux droits de l'homme, et qu'il faut par conséquent
détruire; c'est ce que précise ce paragraphe ci-dessous : "Déclare ce qui
suit : la sujétion des peuples à une subjugation, à une domination et à une
exploitation étrangères constitue un déni des droits fondamentaux de
l'homme, et est contraire à la charte des Nations-Unies". La
décolonisation apparaît ainsi comme un droit fondamental de l'homme.
Par son existence, la population colonisée du Sahara a droit à être
décolonisée. Seule son existence en tant que population coloniale justifie
l'action de décolonisation. C'est vrai qu'il y a des auteurs qui contestent
l'existence d'un véritable droit de la décolonisation. Selon eux, il ne
saurait exister de droit construit à partir des résolutions de l'O.N.U. car
celles-ci n'ont pas un caractère obligatoire. Cette analyse n'est que
partiellement vraie car il y a des résolutions qui ne sauraient avoir valeur
obligatoire. Il faut donc parler de l’autorité variable des résolutions de
l'organisation mondiale, comme le font Thierry, Combacau, Sur et

Maurice Barbier, "La population du Sahara Occidental d’après le recensement de 1974" in Le


Mois en Afrique n° 233-234 juin-juillet 1985. L'auteur donne les chiffres de 55 941 habitants
en
1967, de 76 425 habitants en 1970 et de 95 028 habitants en 1974. D précise que les chiffres
ne tiennent pas compte des réfugiés dans les pays voisins alors que la séchéresse et la
répression coloniale de 1958 ont obligé de nombreuses familles à se réfugier dans les pays
voisins.

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BOGADOUDOUEMILE

Vallée. Selon ces auteurs, écarter du droit international les dispositions


des résolutions, c'est écarter les aspects normatifs qui portent la marque
des pays nouveaux. Les résolutions peuvent dans certains cas avoir valeur
obligatoire. Elles peuvent en outre contribuer à l'expression ou à
l'élaboration des normes coutumières. Selon ces mêmes auteurs, on ne
saurait reconnaître une faible portée juridique à des résolutions qui sont
importantes en droit international, telles La Déclaration sur l'octroi de
l'indépendance... qui a été la base du droit de la décolonisation, la
résolution 2526 (XXV) intitulée Déclaration relative aux principes de
droit international touchant les relations amicales17 etc. Il ne s'agit pas
d'un simple droit moral mais d'un droit au sens juridique du terme pour
reprendre l'expression du professeur Gonidec. Ce n’est pas l’inexistence
du droit de la décolonisation qui a favorisé le silence de l’O.U.A., mais
plutôt sa conception restrictive, sa volonté manifeste d’ignorer ce droit.
Au lieu de se servir d'un arsenal de règles de droit favorable à la
décolonisation pour susciter l'émergence d'une conscience nationale chez
les populations du Sahara Occidental, l'organisation panafricaine a
préféré le silence, contribuant à retarder l'apparition des conditions
subjectives indispensables à toute lutte anticolonialiste. La démarche de
l'organisation est à l'origine des différentes formes de son attitude sur la
question du Sahara Occidental.

B - LES MANIFESTATIONS DE L’OUBLI


Il ne faut pas seulement voir dans les manifestations de l'oubli de
l'O.U.A., les actes de l'organisation qui en sont l'expression; il faut
également analyser les réactions de la communauté internationale,
africaine en particulier à la même période. Une telle approche permet
l'analyse du comportement de toutes les parties qui interviennent dans la
décolonisation du Sahara Occidental.

1 - Les différents actes de l'[Link]. - expression de l'oubli.


l'O.U.A. dès sa création, adopte une attitude contradictoire en
rapport avec la question de décolonisation du Sahara Occidental.
L'organisation affiche son intention ferme de mettre fin à la colonisation
sur le continent noir. Un auteur relève cette volonté de départ en ces
termes "La philosophie et les institutions de l'organisation sont

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Thierry, Combacau, Sur, Vallée. Droit International Public Ed Montchrétien Paris 1979 p. 9 et
10. On remarquera que les résolutions citées par les auteurs comme ayant force obligatoire
sont celles qui renforcent la construction du droit de la décolonisation.
L'O.U.A. ET LA DÉCOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 25

dominées par le souci de terminer la décolonisation du continent africain.


Y font référence le point 2 du préambule de la charte, le point 4 de
l'article 2 et le point 6 de l'article 3"18 Comme l'indique l'auteur, la charte
constitutive de l'organisation est en elle-même l'expression de cette
volonté d'en finir avec le système colonial en Afrique. Rien ne permet
alors de penser que le Sahara Occidental sous domination espagnole serait
oublié. Le caractère trop général des textes cités ne permet pas encore de
saisir l'attitude contradictoire de l'organisation. Dès que le texte devient
beaucoup plus précis; il révèle la contradiction. C'est le cas de la
résolution I relative à la décolonisation adoptée à la même conférence
constitutive d'Addis-Abeba. Les premiers termes de celle-ci sont
révélateurs de cet esprit contradictoire. En effet le premier paragraphe
stipule ce qui suit "Proclamation du devoir pour tous les États
indépendants d'Afrique d'appuyer dans leur lutte pour la liberté et
l'indépendance les peuples d'Afrique qui n'ont pas encore accédé à
l'indépendance". Ce texte renferme deux idées : la première fait de la
contribution des États africains indépendants à la lutte anticoloniale un
devoir. Les États africains qui ont déjà accédé à l'indépendance en 1963,
date de l'adoption de la résolution, doivent aider à la décolonisation des
autres États. La deuxième précise, elle, le contenu de ce devoir pour dire
qu'il s'agit d'un appui aux peuples d'Afrique en lutte pour leur
indépendance. Ce n'est pas un appui automatique mais plutôt conditionné.
La ferme volonté affirmée dans la charte se trouve ici atténuée. Ce ne sont
plus tous les peuples colonisés d'Afrique qui pourront bénéficier de l'aide
de l'Afrique indépendante. C'est ce que confirment deux autres
paragraphes de la même résolution :
- Rupture des relations diplomatiques et consulaires entre tous les
États africains et les gouvernements du Portugal et de l'Afrique du Sud.
- Boycottage effectif du commerce extérieur du Portugal et de
l'Afrique du Sud". Ces paragraphes précisent l'identité des puissances
coloniales combattues par les peuples africains pour accéder à
l'indépendance. Le caractère sélectif de la résolution contredit les
intentions déclarées de la charte. L'on ne peut vouloir décoloniser tout le
continent noir en procédant à une sélection des États colonialistes à
combattre. Une telle démarche conduit inévitablement à l'exclusion de

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18
Raoul Weexsteen. L'O.U.A. et la question saharienne in Annuaire de l'Afrique du Nord 1978
pp. 213-214. Le point 2 du préambule est ainsi libellé "Convaincus que les peuples ont le
droit inaliénable de déterminer leur propre destin", alors que le point 4 de l’article 2 précise
qu’il faut "éliminer sous toutes ses formes le colonialisme de l'Afrique" et le point 6 de
l'article 3 affirme le "Dévouement sans réserve à la cause de l'émancipation totale des
territoires africains non encore indépendants".
BOGADOUDOUEMILE

certaines puissances coloniales du champ de bataille de l'organisation,


bien que présentes sur le continent. C'est le cas de l'Espagne qui continue
d'administrer le Sahara Occidental. La décolonisation de ce territoire
n'intéresse pas l'O.U.A. au moment de sa création. Pour les peuples du
Sahara Occidental, la charte de l'organisation a un contenu démagogique.
Ses ambitions démesurées en matière de décolonisation sont atténuées par
les précisions de la résolution 1 précitée. Ces précisions expriment
l'attitude discriminatoire de l'organisation panafricaine à l'égard du Sahara
Occidental que certains auteurs tentent de justifier. Ces auteurs estiment
notamment qu'à la création de l'O.U.A., les graves préoccupations
africaines sont ailleurs : les coups d'États se succèdent, l'indépendance de
la Rhodésie est proclamée, la sécession du Biafra se développe à partir de
1967...Dans ce contexte, l'organisation africaine se contente de laisser se
dérouler à l'O.N.U. la bataille diplomatique... et d'en attendre l'issue119.
Cette explication n'est pas exactement conforme à la réalité de l'époque.
L'O.U.A. a toujours considéré la lutte anticolonialiste comme étant l'une
de ses priorités. Elle n'en a pas fait une préoccupation secondaire surtout
dans les premières années de sa création. Son hostilité ouverte au Portugal
et à l'Afrique du Sud est une marque de constance de ce choix. Les
problèmes évoqués par l'auteur n'ont jamais relégué au second plan
l'attitude anticolonialiste de l'O.U.A.. L'attitude discriminatoire de
l'organisation à l'égard du Sahara Occidental trouve son explication
ailleurs. Contrairement à ce qu'affirme l'auteur, ce sont plutôt le silence et
l'indifférence de l'O.U.A. qui ont favorisé la bataille diplomatique à
l'O.N.U.. L'O.N.U. a dû se substituer à l'O.U.A. carente.

2 - La substitution à l'[Link]. de l'O.N.U.


L'intervention directe de L'O.N.U. dans l'affaire du Sahara
Occidental date de septembre 1963, soit cinq mois après la création de
l'O.U.A.. En effet, c'est en septembre 1963 que le Comité des Nations-
Unies mis en place en 1962 pour étudier l'application de la résolution
1514 se saisit de la question du Sahara Occidental et de celle d'Ifni.
Auparavant, le litige restait circonscrit à l'Espagne et au Maroc. Dès
1956, le Maroc et l'Espagne engagent des discussions bilatérales relatives
à la décolonisation des possessions espagnoles d'Afrique du Nord. Ces
discussions aboutissent rapidement à la rétrocession au Maroc par
l'Espagne de la bande méridionale du Sahara Espagnol dite Maroc
méridional le 7 avril 1956 puis de Tekna le 1er avril 1958, enfin

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


19 ® Raoul Weexsteen, op. cité p. 217.
^ B. Fessard de Foucault, la question du Sahara Espagnol II in Revue Française d'Etudes
Politiques Africaines n° 120, décembre 1975, pp. 74-75.
Paul Dessens. Le litige du Sahara Occidental in Maghreb Machrek n° 71 janvier-février-mars
1975, p. 30.
L'O.U.A. ET LA DÉCOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 27

d'Ifni un peu plus tard en 196919. Que dire de cette générosité de


l'Espagne? Une puissance coloniale est-elle juridiquement fondée pour
rétrocéder à un autre État par voie de négociation ses colonies? L'intérêt
de la question tient à la démarche des deux États à propos de la
décolonisation du Sahara Occidental. Le Maroc compte sur cette
générosité espagnole pour "récupérer" le Sahara Occidental. C'est ce
qu'indique une note du roi du Maroc au roi d'Espagne". Nous attendons
maintenant de votre compréhension la remise du Sahara, ce prolongement
historique et géographique de notre territoire national... Bien entendu,
cette affaire peut et doit se régler pacifiquement entre vieux amis"20 La
réponse à la question au regard du droit international de la décolonisation
est contenue dans la résolution 1514 - (paragraphe 2 et 6) - Le paragraphe
2 stipule que "tous les peuples ont le droit de libre- détermination; en
vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique, et
poursuivent librement leur développement économique, social et
culturel". Il ressort du principe énoncé par ce paragraphe que toute action
de décolonisation doit associer la volonté des populations coloniales.
Celles-ci peuvent décider librement de se rattacher à un État déjà existant
et indépendant ou de se constituer en un État nouveau. Dès lors qu'elles
n'ont pu être consultées et n’ont pu exprimer librement leur volonté, la
rétrocession n'est pas un acte juridiquement fondé au regard de ce
paragraphe susvisé et ne peut par conséquent servir de fondement
juridique à la générosité espagnole sus-mentionnée. Le paragraphe 6,
intéressant pour la même situation, stipule que "toute tentative visant à
détruire partiellement ou totalement l'unité nationale ou l'intégrité
territoriale d'un pays est incompatible avec les buts et les principes de la
charte des Nations-Unies". Le principe contenu dans ce paragraphe vise à
défendre et préserver l'unité nationale et l'intégrité territoriale des États
contre toute action expansionniste. Il est incontestable que le principe ici
énoncé condamne toute action ou tout acte qui porterait atteinte à l'unité
nationale ou à l'intégrité territoriale d'un État. Que dire des situations
antérieures? En se référant aux termes mêmes du paragraphe, l'on serait
tenté d'affirmer qu'il ne concerne pas ces situations-là, si l'Assemblée
Générale de l'O.N.U. n'avait pas donné une réponse précise à la question
à l'occasion de l'affaire de Gibraltar. Dans la résolution 235 (XXII),
l'Assemblée Générale affirme que "toute situation coloniale qui détruit
partiellement ou totalement l'unité nationale et l'intégrité d'un pays est
incompatible avec les buts et les principes de la charte des

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


28 BOGA DOUDOU EMILE

Nations-Unies et d'une façon spécifique avec le paragraphe 6 de la


résolution 1514 (XV)". Cette précision de l'O.N.U. ne permet aucune
autre interprétation possible. Le paragraphe 6 ne condamne pas que les
situations futures mais également les situations déjà existantes. C’est une
invitation aux États à s'abstenir de porter atteinte à l'unité nationale et à
l'intégrité territoriale des autres États. Mais c'est également une invitation
aux États auteurs de tels actes à réparation. La seule réparation possible
dans ce cas, c'est le rétablissement de l'unité nationale détruite, de
l'intégrité territoriale démembrée. Une telle réparation ne se fait que par
la rétrocession des territoires abusivement occupés. C'est d'ailleurs ce
qu'a décidé l'O.N.U. en demandant à la Grande Bretagne de rétrocéder
Gibraltar à l'Espagne. Sur cette même base, l'Assemblée Générale de
l'O.N.U. a approuvé la rétrocession des territoires précités au Maroc par
l'Espagne. Juridiquement, une puissance coloniale est fondée à rétrocéder
à un État qu’elle a démembrée les parties de son territoire nécessaires au
rétablissement de son intégrité territoriale. Pourquoi l'O.N.U. a-t-elle
donné au paragraphe 6 un tel contenu ? Les termes "toute tentative visant
à..." laissent pourtant supposer que seules les situations futures sont
concernées. Il faut croire que l'interprétation faite par l'organisation
mondiale est liée à la situation du cas d'espèce. C'est vrai que la question
de Gibraltar ne se pose pas dans les mêmes termes que la décolonisation
des territoires d'Afrique. Généralement, l'O.N.U. est davantage favorable
à la décolonisation par la création de nouveaux États en Afrique. Ceci
tient à la situation historique du continent. Il ne faut pas exagérer la
position de l'organisation mondiale et croire qu'elle s'applique à toutes les
situations.
En effet, son attitude consiste à faire prévaloir un des principes de
la résolution 1514 sur les autres principes en fonction de la situation
présente. Dans tous les cas, l'esprit de générosité de l'Espagne a suscité
auprès des autorités marocaines beaucoup d'espoir. Celles-ci entendent
récupérer par le même procédé le Sahara Occidental; c'est ce qu'atteste la
note du roi du Maroc au roi d'Espagne, citée plus haut20 Malgré l'intensité
de ce ballet diplomatique, l'Espagne se maintient toujours au Sahara
Occidental. C'est vrai que ce territoire dispose d'un sous-sol qui recèle
d'importants gisements de phosphate. L'enjeu économique est par
conséquent sans rapport avec la situation des territoires déjà rétrocédés.
En désespoir de cause, le Maroc saisit les Nations-Unies de la question de
décolonisation du Sahara Occidental en 1963. En octobre 1964, le Comité
de décolonisation de l'O.N.U. dans une résolution déplore la présence
coloniale espagnole en Afrique du Nord. Puis en décembre

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

20
Paul Dessens, le litige du Sahara Occidental in Maghreb Machrek, op. cité p. 30
L'O.U.A. ET LA DÉCOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 29

1965, l'Assemblée Générale dans la résolution 2072 invite


l’Espagne à engager des négociations sur la décolonisation du Sahara.
Suite à 1 échec de cette résolution, dans une autre (2229) adoptée en
décembre 1966, elle invite l’Espagne à organiser un référendum
d'autodétermination au Sahara Occidental. D'autres résolutions
confirment en 1967 et 1968 cette position de l’organisation.
Contrairement à ce qu'elle a décidé pour Gibraltar, l'Assemblée Générale
fait prévaloir ici le paragraphe 2 de la résolution 1514. Ceci confirme
l'analyse qui considère que l'organisation mondiale accorde la primauté à
l'un des principes de la résolution 1514 en fonction de chaque situation.
Cependant, il faut relever l'attitude hésitante de départ de l'Assemblée
Générale. En effet, c'est seulement à partir de la 2e résolution qu'elle
adopte le principe dégagé par le paragraphe 2, la première ayant été plutôt
favorable au principe du paragraphe 6. Malgré l'insistance de l'O.N.U., le
principe de l'organisation du référendum d'autodétermination ne connaît
pas d'application. La lenteur de la bataille juridico-diplomatique des deux
protagonistes suscite d'autres prétentions. Suite aux rumeurs persistantes
de négociations secrètes entre Madrid et Rabat, parallèles au débat à
l'O.N.U., le gouvernement mauritanien fait son apparition dans l'affaire.
On peut penser que le silence de l'O.U.A. a favorisé, voire suscité les
prétentions mauritaniennes. Dans un communiqué en date du 30 juin
1964, le gouvernement mauritanien déclare que "la question du Sahara
Espagnol devra faire l'objet de négociations entre l'Espagne et la
Mauritanie". A partir de cet instant, la Mauritanie ne cesse de réaffirmer
ses prétentions sur ce territoire. Elle entreprend à cet effet des
négociations directes avec Madrid21. Parallèlement aux négociations
bilatérales, il s'engage à l'O.N.U. une bataille juridico-diplomatique entre
la Mauritanie et le Maroc. Les autorités mauritaniennes entendent faire
obstacle aux ambitions expansionnistes des marocains22 Quant aux
autorités espagnoles, elles maintiennent les contacts à divers niveaux
avec les deux prétendants. L'Espagne exploite ainsi la situation pour
retarder l'application des résolutions pertinentes de l'O.N.U. précitées.
L'organisation mondiale ne désarme pas pour autant; de 1967 à 1973, par
le biais de l'assemblée générale, elle adopte six résolutions qui reprennent
les termes de la résolution 2229 relatifs à l'organisation d'un référendum
d'autodétermination au Sahara Occidental. Malgré la confusion de
l'attitude du gouvernement espagnol, l'O.N.U. maintient à

Atteindre sommaire

21
B. Fessard de Fouccault, op. cité pp. 77 et suivantes. L'auteur précise que les premières
négociations datent de juillet 1964; elles ont été reprises en juillet 1965, puis aux Nations-
Unies en mars et sepembre 1966.
22 •
L'auteur Fessard de Fouccault signale à ce propos que la Mauritanie a réussi à faire repousser
tout texte mentionnant à un titre quelconque le Maroc dans la question saharienne en 1964 et
en 1965 à l'O.N.U. op. cité p. 77.
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30 BOGA DOUDOU EMILE

travers ses différentes résolutions la primauté du paragraphe 2 de la


Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et peuples coloniaux.
Quant à l'Espagne, elle tente de faire prévaloir le paragraphe 6 de cette
même déclaration, par ses contacts directs avec des Etats qui désirent
récupérer le territoire Sahraoui. La constance de l'action de l'O.N.U. a
pour objet de faire échec à cette démarche. Elle démontre ainsi que dans
le cas du Sahara Occidental, aucun autre principe ne doit primer le
principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. En dépit des
appels de l'O.N.U. en faveur de la décolonisation du territoire Sahraoui,
l'Espagne choisit de mettre en place à partir de 1967 une administration
coloniale locale. Elle prétend créer les conditions d'application du
principe d'autodétermination exigée par la communauté internationale, y
faisant en réalité, obstacle. Elle s'inspire en cela de l'expérience française
de 1956 à 1958 appliquée en Afrique Noire. En effet, la France à travers
des structures coloniales locales a réussi à mettre en place dans ses
colonies d'Afrique à partir de 1957 des équipes dirigeantes locales dociles
au régime colonialiste. L'Espagne espère à son tour former des agents
locaux de sa politique coloniale au Sahara Occidental. La volonté
conjuguée des parties en présence pour empêcher la décolonisation de ce
territoire aura raison des efforts déployés par l'O.N.U. L'organisation
mondiale, malgré ses actions inlassables en faveur de l'application du
principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ne réussit pas à
mettre fin à la colonisation au Sahara Occidental. C'est dans ce contexte
que l'O.U.A. se saisit de la question à partir de 1973. Mais l'échec de
l'O.N.U. augure déjà des difficultés de l'O.U.A. dans cette œuvre.

II - LES DIFFICULTÉS DE L'O.U.A. DANS LA


DÉCOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL

Avant d'analyser les origines des difficultés de l'O.U.A., il


convient de rechercher les raisons qui expliquent l'intérêt de
l'organisation panafricaine à agir à partir de 1973. En effet, sa conception
de la notion de peuple a conduit l'O.U.A. à ne se préoccuper de la
décolonisation d'un territoire africain sous domination coloniale qu'au
moment où les populations de ce territoire sont organisées en mouvement
de libération. Or dans les années 1972-1973 une telle organisation voit le
jour au Sahara Occidental. Il a pour nom le Front Populaire pour la
Libération de la Saguiat el hamra et du Rio de Oro (Le Front Polisario). Il
est issu de la fusion du Front de Libération Nationale

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L O.U.A. ET LA DECOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 31

du Sahara et du Mouvement de Libération du Sahara. Dix jours après sa


création, le 20 mai 1973, le Front Polisario engage sa première opération
militaire. Pour l'O.U.A., le peuple Sahraoui a désormais les capacités lui
permettant de s'autodéterminer librement. L’existence du Front Polisario
et sa volonté de lutte contre l'occupation coloniale en sont l'expression.
La décolonisation du territoire du Sahara Occidental est par conséquent
devenue une nécessité, un impératif. L'O.U.A. doit à présent agir et ne
plus attendre que cette question soit réglée uniquement par l'O.N.U..
Mais contrairement aux autres territoires coloniaux d'Afrique, la
décolonisation du Sahara Occidental soulève de sérieuses difficultés
jusqu'alors inconnues dans le processus de décolonisation sur le
continent. Ces difficultés résultent de deux phénomènes : la complexité
particulière de la décolonisation du territoire à laquelle s'ajoutent les
ambiguïtés et insuffisances de la charte de l'organisation panafricaine sur
la question.

A - LA COMPLEXITÉ DE LA DÉCOLONISATION DU
SAHARA OCCIDENTAL
La décolonisation du Sahara Occidental présente des
caractéristiques particulières jusqu'alors inconnues sur le continent noir.
En effet, jamais l'O.U.A. n'a rencontré dans son action décolonisatrice
une situation semblable à celle qui prévaut dans ce territoire. Pour la
première fois, des États membres de l'organisation revendiquent
l’exercice de la souveraineté sur un territoire à décoloniser. La fin de la
souveraineté espagnole se traduirait non par l'émergence de la
souveraineté interne et internationale Sahraoui mais marocaine ou
mauritanienne. Chacun des deux États entend étendre sa souveraineté sur
l'ensemble du territoire du Sahara Occidental à la fin de la présence du
colonisateur espagnol. En face de ces prétentions expansionnistes,
l'O.U.A. fait montre d'une impuissance qui conduit progressivement à un
partage de ce territoire par accord maroco-mauritanien.

I- L’impuissance de l’OUA
L’impuissance de l’OUA résulte d’une part des fondements juridiques
des prétentions du Maroc et de la Mauritanie et d’autre part de la
procédure engagée devant la Cour International de Justice.

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


32 BOGA DOUDOU EMILE

a- Les fondements juridiques des prétentions du Maroc et de


la Mauritanie.
Les revendications marocaines et mauritaniennes se fondent sur
des données à la fois historiques et juridiques. Mais l'analyse du juriste ne
doit se préoccuper des arguments historiques que dans la mesure où ils
expliquent ou éclairent les raisons juridiques. Le gouvernement marocain
estime que la décolonisation du Sahara Occidental doit aboutir à
l'intégration de ce territoire au Maroc pour rétablir son intégrité
territoriale. Ce n'est pas un territoire sans maître au moment de la
colonisation espagnole parce qu'il fait partie des provinces chérifiennes.
Devant la C.I.J., le gouvernement marocain tente d'apporter la preuve des
liens de souveraineté du royaume marocain sur le Sahara Occidental en
s'appuyant sur des textes juridiques des 18e et 19e siècles, notamment, un
traité de 1767 conclu avec l'Espagne et trois autres conclus
respectivement en 1838 avec la Grande-Bretagne, en 1856 avec l'Espagne
et en 1861 avec les U.S.A. qui contiennent des dispositions relatives à la
délivrance et à la protection des marins faisant naufrage sur les côtes du
Sahara. Ces différents traités sont la preuve de la reconnaissance de la
souveraineté marocaine sur le Sahara par ces États. Conscient de
l'insuffisance de ces éléments de preuve, il s'appuie également sur la
jurisprudence de la Cour Permanente de Justice Internationale en citant
l'affaire du Groenland Oriental. La cour a notamment affirmé dans cette
affaire qu'il n'était pas nécessaire d'exiger de nombreuses manifestations
d'un exercice de droits souverains dans les territoires faiblement peuplés
en l'absence de toute revendication concurrente23 Pour apporter la preuve
des actes internes de souveraineté le Maroc fait appel au droit musulman.
Un auteur qui développe cet aigument marocain écrit à ce propos que "le
pouvoir chérifien est double et indissociable; il est à la fois politique et
religieux. Suivant les principes musulmans et le Coran lui-même, il est
dit : obéissez à ceux parmi vous qui détiennent le pouvoir... Le sultan
Calife est Calife des seuls musulmans marocains depuis que le Maroc
s'est déclaré indépendant en 1145... Les tribus du Sahara Occidental n'ont
pas seulement fait acte d'allégeance religieuse mais également
politique"24 Les preuves juridiques des revendications marocaines
comportent des insuffisances qui devraient être exploitées par l'O.U.A.
pour freiner les prétentions de

^ Birame N'Diaye : Avis de la C.I.J. sur le Sahara Occidental 16 octobre 1975 in Revue
Sénégalaise de Droit, juin 1976.
24
Goudon Thomas : l'O.U.A. : Institution lacunaire et stratigraphique. Un exemple : l'admission
de la R.A.S.D. in Le Mois en Afrique, octobre-novembre 1982, p. 38. L'auteur est professeur
de droit à Rabat et 1 Fès.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
L O.U.A. ET LA DECOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 33

cet État qui s'appuie sur des traités passés avec des puissances coloniales
occidentales à une époque où celles-ci utilisent une telle méthode pour
conquérir l'Afrique. Le colonisateur français s'est par exemple fondé sur
un prétendu traité conclu entre le roi de France et le roi du royaume
Sanwi au Sud-Est de la Côte d'ivoire actuelle pour conquérir ce territoire.
Quelle valeur juridique doit-on accorder à de tels traités aujourd'hui,
quand son sait qu'à l'époque où ils sont conclus, ils n'ont même pas été
respectés par les puissances occidentales. Si de tels traités avaient eu une
valeur juridique, la conquête du Sahara par l'Espagne aurait été un acte
illégal. Il est connu que la colonisation n'a pas été considérée comme une
atteinte au droit international. Elle a même été réglementée à l'époque par
le droit international. Ceci est la preuve qu'elle invalide les actes
internationaux conclus entre puissance coloniale et population colonisée.
Les autorités à coloniser ne constituaient pas des puissances souveraines.
Lorsque le Maroc se réfère à la jurisprudence de la C.P.J.I. dans
l'affaire précitée, il ignore simplement les conditions fixées par cette
jurisprudence. En effet la Cour précise bien, que le critère dégagé
suppose l'inexistence de revendication concurrente. En l'espèce, ce n'est
pas le cas; il y a la revendication mauritanienne concurrente aux
prétentions marocaines. Quant aux arguments fondés sur le droit
musulman, ils paraissent inopportuns. La notion d'intégrité territoriale est
d'origine européenne. Si l'on veut fonder ses prétentions sur cette notion,
il faut s'inscrire dans la logique du droit occidental, à moins de montrer
son importance dans le système juridique invoqué. Les autorités
marocaines se contentent de s’appuyer sur le droit musulman pour relever
la particularité des preuves de leurs prétentions. Le principe du droit des
peuples à disposer d'eux-mêmes concerne l'avenir, le destin des
populations. Le siècle dernier a particulièrement été atroce pour ces
populations. On ne peut se fonder sur des particularités pour faire
obstacle à l'application de ce principe. Malgré la faiblesse des arguments
juridiques du Maroc, l'O.U.A. se montre hésitante, indécise. Elle ne
répond pas sur ces points au Maroc. Elle les ignore parce qu'elle espère
trouver une solution politique. Elle fait ainsi preuve d'une gêne, d'un
malaise amplifiant ses difficultés. Et pourtant la réserve marocaine au
principe de l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation aurait
dû être perçue par l'organisation panafricaine comme étant un
avertissement. Que dire de cette réserve? Le Maroc qui n'est pas membre
fondateur de l'O.U.A. émet des réserves sur le principe précité au

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


34 BOGA DOUDOU EMILE

moment de son adhésion à la charte constitutive de l'organisation25 Une


telle réserve est-elle acceptable? L'Avis de la C.I.J. de 1951 sur la
question énonce deux conditions nécessaires à l'admission des réserves :
l'une tient à la nature de la convention, l'autre à l'objet et au but de cette
convention. La réserve ne doit pas être incompatible avec l'objet et le but
du traité26. Le principe sur lequel porte la réserve est si fondamental pour
les membres de l'O.U.A., qu'il est affirmé chaque fois que cela paraît
nécessaire. Exprimé au Caire en juillet 1964, il est réaffirmé dans une
autre résolution du 24 juillet 1965 qui dit que "Tous les États membres de
l'organisation s'engagent à respecter les frontières existantes au moment
où ils ont accédé à l'indépendance"27. La réaffirmation successive de ce
principe est une réponse négative à la réserve marocaine parce
qu'incompatible avec le but et l'objet du traité. Le non-respect de ce
principe peut être contraire à l'objectif de l'article 2 al. 4. L'évolution de
l'attitude marocaine à l'égard de la Mauritanie doit être interprétée comme
un retrait de cette réserve qui du reste, n'a plus été confirmée. L'O.U.A.
est par conséquent en droit d'exiger du Maroc le respect des principes de
la charte. Malheureusement, les influences politiques apparaissent comme
un frein au respect de la règle de droit. Son impuissance n'est pas liée à la
force des arguments juridiques marocains mais plutôt à des
préoccupations extra-juridiques.
Toutefois le droit est utilisé parle Maroc pour couvrir ses activités
expansionnistes, conscient que l'O.U.A. n'attaquerait pas ses arguments
juridiques.
Quant aux prétentions mauritaniennes, elles sont d'ordre historique
et sociologique plutôt que juridique. La Mauritanie affirme l'existence
d'un ensemble qui englobe la Mauritanie et le Sahara Occidental. Selon
les dirigeants mauritaniens, le Maroc revendique le Sahara Occidental
parce qu'il fait partie de la Mauritanie autrefois revendiquée par cet État.
Ils n'apportent pas de preuves d'exercice de souveraineté si bien que leurs
prétentions ne peuvent être recevables au plan juridique. Des arguments
historiques et sociologiques ne doivent pas servir au rejet des principes de
l'O.U.A. . Les revendications

or
Le Maroc bien qu'ayant envoyé une délégation à la conférence constitutive de l'O.U.A. ne
participe pas aux travaux de la conférence parce que la Mauritanie dont il conteste le
caractère d'Etat est présente. Le Maroc revendiquait à cette période la Mauritanie comme elle
revendique aujourd'hui la R.A.S.D.
26
La convention de Vienne de 1969 relative au droit des traités stipule dans son art 20 al 3
"Lorsqu'un traité est un acte constitutif d'une organisation internationale et à moins qu'il n'en
dispose autrement, une réserve exige l'acceptation de l'organe compétent". C'est vrai que
cette convention est postérieure à la réserve marocaine qui date de 1964.
^ A.G.H./16-1 F. cité par Borella : Le système juridique de l'O.U.A. in A.F.D.I. 1971, p. 243.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
L O.U.A. ET LA DECOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 35

mauritaniennes sont une atteinte à la charte qui devrait engager sa


responsabilité. Elles ont l’avantage de nourrir la confusion qui entoure la
décolonisation du territoire convoité. Cette confusion engendrée par ces
deux États contribuent à renforcer l’impuissance de l’action
décolonisatrice de l’O.U.A.. Un autre facteur qui favorise l’impuissance
de l’organisation panafricaine est la procédure consultative engagée
devant la C.I.J.
b - La procédure consultative devant la C.I.J.
Cette procédure engagée à l’initiative de l’assemblée de l’O.N.U.
conformément à l’article 65 du statut de la C.I.J. est non seulement la
preuve que l’O.U.A. n’arrive pas à décoloniser le Sahara Occidental, mais
contribue à la rendre impuissante. Le souci qui a pourtant guidé
l’organisation mondiale consiste à favoriser cette décolonisation. Elle a
demandé des éclaircissements juridiques à la juridiction internationale en
vue d’une application conséquente du principe de droit des peuples à
disposer d'eux-mêmes au cas d’espèce. Des auteurs ont cependant relevé
l'ambiguïté de la démarche du juge international dans l’affaire28. Un des
auteurs note que l'affaire telle qu'elle a été portée devant les juges, les
embarrasse. Cet embarras écrit-il est perceptible, si l'on analyse les
réactions de la Cour à l'égard de plusieurs questionnaires préliminaires. Il
relève des "considérant qui se fondent sur des apparences... une
transposition fâcheuse de la procédure consultative à la procédure
contentieuse..."29. Les apparences signalées par l’auteur conduisent la
Cour à mettre parfois l’accent sur l’existence d’un différend qui oppose le
Maroc à l’Espagne. Une telle attitude met objectivement l'O.U.A. mal à
l'aise. Elle se voit exclue de la question. L'ambiguïté de la démarche de la
Cour favorise par contre les ambitions marocaines. Les autorités de ce
pays l'exploitent en faisant une interprétation mesquine de l’avis. Sans
considération de l'ensemble des arguments du juge international qui
prouve l'absence de souveraineté marocaine sur le territoire litigieux, ces
autorités retiennent seulement l'existence de liens mentionnés dans l'avis
pour conclure que la C.I.J. a reconnu le bien fondé de leurs
revendications. Quant à la Mauritanie, elle se montre moins ambitieuse.
Elle pose en réalité moins de problèmes à l'O.U.A. que ne le fait le
Maroc.

Atteindre sommaire

^ Birame N"Diaye : Avis de la C.I.J. sur le Sahara Occidental 16 octobre 1975 in Revue
Sénégalaise de droit, juin 1976; J.F. Prévost. Observation sur l'avis consultatif de la [Link].
relatif au Sahara Occidental in Journal du Droit International 1976; M. Flory : l'avis de la
C. I.J. sur le Sahara Occidental in A.F.D.I. 1975; Ch. Vallée : l'affaire du Sahara
Occidental devant la C.I. J. in Maghreb. Machrek n° 71 janvier-mars 1976.
Ch. Vallée, po. cité pp. 47-
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
36 BOGA DOUDOU EMILE

Les facteurs d’impuissance de l'organisation ne peuvent seuls


expliquer la complexité de la question. Il faut également retenir les
différents accords conclus par les trois États hostiles à une véritable
décolonisation du territoire.

2 Les accords de partage du Sahara Occidental


Le 21 novembre 1975, le ministère marocain de l'information fait
état de la conclusion d’un accord sur le Sahara Occidental. Cet accord
signé à Madrid le 14 novembre par l'Espagne, le Maroc et la Mauritanie
annonce le départ de l'administration espagnole et la mise en place d'une
administration intérimaire. Celle-ci se compose d'un gouverneur général
espagnol assisté d'un adjoint marocain en la personne du directeur de
cabinet royal et d'un adjoint mauritanien, le ministre de la fonction
publique30. Si un tel accord complique visiblement la politique de
l'O.U.A. parce que deux de ses membres en font partie, sa valeur
juridique paraît à l'évidence contestable. Le droit international positif
actuel déclare nulle toute convention qui est en conflit avec une norme
impérative (jus cogens) (art 53 convention de Vienne sur le droit des
traités). Or la communauté internationale considère les principes
fondamentaux de la résolution 1514 comme étant des normes
impératives. C'est notamment le cas du principe du droit des peuples à
disposer d'eux-mêmes. Toute convention contraire à ce principe est nulle.
L'Espagne, puissance coloniale est disqualifiée à conclure un accord qui
méconnaisse l'application de ce principe. L'O.U.A. aurait dû dénoncer un
tel accord avec fermeté. Elle a préféré ménager deux États membres. Son
silence a suscité l'accord bilatéral conclu le 14 avril 1976 par le Maroc et
la Mauritanie. Cet accord comporte deux parties : la première partie
relative au traité des frontières d'état entre les deux États consacre le
partage du territoire du Sahara Occidental. Le préambule de cette
convention la présente comme étant une mise en application de l'avis de
la [Link]. du 16 octobre 1975 et de l'accord de Madrid du 14 novembre
1975. L'al. 1er de ce préambule est ainsi rédigé : "se référant à l'avis
consultatif du 16 octobre 1975 de la C.I.J. reconnaissant l'existence de
liens juridiques d'allégeance entre le roi du Maroc et certaines des tribus
vivant sur le territoire du Sahara, et l'existence de droits, y compris
certains droits relatifs à la terre, qui constituaient des liens juridiques avec
l'ensemble mauritanien"31. Si la Cour relève l'existence de liens
d'allégeance ou de liens juridiques, elle en précise cependant les limites.
Elle affirme notamment que "les éléments et

Paul Dessens - Le litige du Sahara Occidental in Maghreb-Machrek n° 71 janvier-mars


1976p. 44.
cité par Birame op. cité p. 50.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
L O.U.A. ET LA DECOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 37

renseignements portés à sa connaissance n’établissent l'existence d'aucun


lien de souveraineté entre le territoire du Sahara Occidental d'une part, le
royaume du Maroc et l'ensemble mauritanien d'autre part. Elle n'a pas
constaté l'existence de liens juridiques de nature à modifier l'application
de la résolution 1514 quant à la décolonisation du Sahara Occidental et en
particulier, l'application du principe d'autodétermination grâce à
l'expression libre et authentique de la volonté des populations du
territoire"32- Cette précision est la preuve que l'avis n'autorise pas un
accord de partage du Sahara Occidental. Mieux, il condamne un tel
accord parce qu'il n'est pas "l'expression libre et authentique de la volonté
des populations". L'avis confirme l'importance du principe de la
résolution 1514 relatif au droit de libre détermination. L'al. 2 de ce même
préambule se réfère au traité de Madrid. Il est prouvé la nullité absolue de
ce traité. Il ne peut par conséquent produire d'effet juridique. Un accord
qui en est l'application n’a pas de valeur juridique. L'article 1er de cet
accord maroco-mauritanien réalise de façon effective le partage du
territoire du Sahara Occidental. Il modifie les frontières de ces deux États
héritées de la colonisation en attribuant une partie du territoire sahraoui
au Maroc et l'autre à la Mauritanie. Ce partage qui témoigne de l'attitude
inconséquente des deux États est une atteinte au principe de l’intangibilité
des frontières héritées de la colonisation admis par tous les États
membres de l'O.U.A.. Il est également une violation du principe de droit
de libre disposition des peuples de la résolution 1514 de l'O.N.U.. Il n'a
aucune valeur juridique pour l'O.U.A. parce que contraire à la charte de
l'organisation. Les deux États se montrent inconséquents dans la mesure
où chacun a jusque-là revendiqué l'exercice de la souveraineté sur
l'ensemble du territoire Sahraoui. Le Maroc prétendait rétablir son
intégrité territoriale. L'acte de partage n'est pas conforme à cette
prétention. En réalité, ces deux États concluent un traité de colonisation
du Sahara Occidental. L'O.U.A. a ignoré l'existence de ce traité en
rappelant dans ses résolutions postérieures au traité la nécessité de
négociation avec le Polisario en vue d'organiser un référendum
d'autodétermination. Il faut reconnaître que son existence a tout de même
embarrassé l'organisation. Cet embarras se traduit par son silence. Elle
aurait dû le dénoncer en réaffirmant les principes qui régissent le droit de
décolonisation en Afrique. En effet, la décolonisation signifie pour la
communauté africaine la naissance d'un État nouveau sur le continent. Le
cas d'espèce est un précédent dangereux. Va-t-on assister à la colonisation
d'un territoire africain par deux États africains? Il met à nu l'impuissance
de l'organisation

Atteindre sommaire

cité par Birame N'Diaye, op. cité p. 50.


REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
38 BOGA DOUDOU EMILE

panafricaine. Elle ne peut qualifier de colonisateur certains de ses


membres sans envisager des sanctions contre eux. La charte ne lui donne
pas un tel pouvoir. Son silence masque en réalité ses difficultés. Celles-ci
proviennent également du caractère ambigu et des insuffisances de la
charte constitutive de l'organisation.

B - AMBIGUITÉS ET INSUFFISANCES DE LA CHARTE.


La charte contient des dispositions relatives à la décolonisation et
aux conséquences qui en découlent. Certaines de ses dispositions sont
ambiguës ou souffrent de sérieuses insuffisances. Une telle situation est
aussi à l'origine des difficultés de l'O.U.A. dans l'affaire du Sahara
Occidental.

1 - Les ambiguïtés de la charte.


Une analyse superficielle qui s'attache aux apparences relèverait
des contradictions entre différents principes qui ont pour objet soit de
favoriser la naissance d'État africain par la décolonisation, soit de
renforcer ceux qui existent. Il faut citer à ce titre les dispositions de l'art
2 al 4, de l'art 3 al 3 qui peuvent contredire celles de la résolution du
caire de 1964.
L'article 3 al 3 affirme le respect de l'intégrité territoriale de chaque
État. Le Maroc estime défendre son intégrité territoriale par l'intégration
du Sahara Occidental au territoire marocain. L'intangibilité des frontières
énoncée par la résolution du Caire et annexée à la charte ne serait-elle pas
contraire à ce principe? Quelle en est la signification? La notion
d'intégrité territoriale est d'origine européenne observe un auteur qui
signale qu'elle est contenue dans la pensée des auteurs européens tels
Dubois, l'abbé Saint-Pierre, Rousseau..."33. Son origine européenne
s'explique par les données de l'histoire. En effet, cette notion est liée à
l'existence des frontières. Or les frontières, élément constitutif de l’Etat
sont apparues en même temps que l'État-Nation en Europe. Le professeur
Miaille précise que "le développement du capitalisme se réalise dans la
société féodale où n’existent pas de rapports nationaux... Les échanges du
capitalisme vont ainsi s'effectuer sans avoir à tenir compte du phénomène
national. Cependant, poursuit l'auteur, l'extension du capital va petit à
petit méconnaître cet "internationalisme"

A. Nkolombua : L'ambivalence des relations entre le droit des peuples à disposer d’eux-
mêmes et l'intégrité territoriale des Etats en droit international contemporain in Mélanges
offerts à Charles Chaumont éd. A. Pedone, Paris 1984, p. 438.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
L'O.U.A. ET LA DÉCOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 39

des débuts. La domination bourgeoise va se réaliser peu à peu "à l'ombre


de la nation"; tout se passe comme si les rapports capitalistes, faibles
dans leur émergence au sein du mode de production féodal, avaient
besoin d'une aide objective : la protection étatique... État et frontière sont
deux aspects de la même organisation politique..."34. L'auteur apporte ici
la preuve de l'apparition simultanée en Europe des frontières et de l'Etat
moderne. Il explique également la fonction économique des frontières
territoriales en parlant des différentes politiques protectionnistes des
pouvoirs publics de cette époque. Le principe de l'intégrité territoriale
résulterait de la nécessité de protéger politiquement les frontières
étatiques contre les agressions. En Europe, ce sont des frontières
stabilisées si bien que le principe de l'intégrité territoriale n'est pas en
conflit avec un autre principe qui concerne ces mêmes frontières. En
Afrique la situation est différente. Il ne peut par conséquent avoir le
même contenu. L'État moderne africain et ses frontières sont une création
artificielle. Cette donnée justifie la position du "Groupe de Monrovia" qui
préconise en mai 1963 à Addis-Abéba, une unité du continent qui
favorise le renforcement des États africains nés de la colonisation. Le
principe de l'intégrité territoriale est l'une des solutions qui consolidera
les frontières administratives de la période coloniale en frontières
d'États35. Quant au principe de l'intangibilité des frontières, il répond à
deux soucis : il renforce les frontières d'État, et complète avec insistance
l'idée du principe de l'intégrité territoriale. Il préconise en outre la
naissance de nouveaux États issue de toute décolonisation sur le
continent noir. Il affirme la fixité définitive des frontières des États
africains. Ce sont deux principes qui se complètent. Il faut reconnaître
que si l'on ne tient pas compte du contexte historique de la création de
l'O.U.A., il est possible d'opposer ces deux principes. Un État qui
conteste le tracé de ses frontières peut faire valoir le principe de l'intégrité
territoriale pour exiger une modification de ces frontières. Le principe de
l'intangibilité des frontières ne pourrait prévaloir dans un tel cas. C'est
l'attitude actuelle des autorités marocaines. Pour montrer la
complémentarité des deux principes, les rédacteurs de la charte auraient
dû les formuler par le même article 3 al 3.

Atteindre sommaire

34
Michel Miaffle : l'Etat du droit P.U.G./F.M. Grenoble 1978, pp. 180-181.
«
Le groupe de Casablanca propose cependant une unité africaine qui conduise à la disparition
de ces frontières artificielles en vue de la création d'un seul Etat sur le continent. Cette
proposition n'a pas été acceptée. Il faut signaler que la question des frontières se pose presque
en des termes identiques pour la plupart des Etats nouveaux, si bien qu'en matière de
succession d’Etats, de traité, si le principe de la table rase est admis sous la pression de ces
Etats nouveaux, il est par contre exclu dans les traités de frontières.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
40 BOGA DOUDOU EMILE

Il faut également se demander si le principe de l'intangibilité des


frontières ne contredit pas l'objectif affirmé à l'article 2 al 4 qui stipule
qu'il faut "éliminer sous toutes ses formes le colonialisme de l'Afrique".
L'histoire précoloniale africaine prouve l'existence d'État sur le continent
avant la conquête coloniale. L'on peut penser que la fin de la colonisation
aboutit à la reconstitution de ces États. L'élimination du colonialisme sous
toutes ses formes pourrait donner naissance aux États africains antérieurs
à l'acte de balkanisation décidé à Berlin en 1884- 1885. Dans cette
hypothèse, l'intangibilité des frontières ferait obstacle au principe du droit
des peuples à disposer d'eux-mêmes qui est le fondement de l'objectif
précité. Le Maroc s'appuie également sur cette contradiction apparente
pour exiger l'intégration du territoire sahraoui au territoire marocain. En
réalité, il n'y a pas contradiction. L'objectif de l'article 2 al 4 ne conduit
pas à la renaissance des États africains précoloniaux. L'application du
principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes se traduit en
Afrique par la naissance de nouveaux États issus de la décolonisation.
Elle doit se comprendre dans l'esprit et la lettre des deux principes
précités (intégrité territoriale, intangibilité des frontières). Ce sont des
principes complémentaires qui doivent être compris dans le contexte
historique de la création de l'O.U.A.. Le droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes a pour support l'intégrité territoriale de chaque État né de la
décolonisation fondé sur l'intangibilité des frontières. La difficile
expérience de la décolonisation du Sahara Occidental prouve que la
charte de l'organisation panafricaine présente des ambiguïtés. Lorsque le
roi du Maroc dans un discours prononcé le 20 avril 1975 annonce qu'il
rejette tout référendum qui conduirait à la naissance d'un État au Sahara
Occidental, il ne fait qu’exploiter ces ambiguïtés. Dans ses résolutions sur
la question, l'O.U.A. aurait dû préciser le caractère complémentaire des
principes fondamentaux de sa politique de décolonisation. Mais une telle
précision qui lève toute ambiguïté relatif au contenu des principes
précités, ne peut combler les insuffisances de la charte sur la question.

2 - Les insuffisances de la charte.


Les insuffisances de la charte participent au renforcement du
caractère complexe de la décolonisation du Sahara Occidental. Le Maroc
et ses alliés ont profité de ces insuffisances pour parler de violation de la
charte suite à l'invitation des autorités de la R.A.S.D. en conseil des
ministres de l'O.U.A. tenu à Addis-Abeba du 22 au 28 février 1982. C’est
l'article 28 relatif à l'admission des États au sein de l'organisation qui est
l'objet de la contestation. En effet, cet article stipule que "tout État
africain indépendant et souverain peut en tout temps notifier au

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L O.U.A. ET LA DECOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 41

Secrétaire Général son intention d'adhérer à la présente charte. Le


Secrétaire Général saisi de cette notification en communique copie à tous
les membres. L'admission est décidée à la majorité simple des États
membres. La décision de chaque État membre est transmise au Secrétaire
Général qui communique la décision à l'État intéressé, après avoir reçu le
nombre de voix requis". Deux éléments se dégagent de l'énoncé de
l'article. Le premier élément précise la qualité du postulant alors que le
second élément explique la procédure qui doit être suivie. La contestation
du Maroc et de ses alliés porte sur les deux éléments. Cependant, elle est
exposée en deux temps. En effet, le 27 février 1976, alors que se tient le
conseil des ministres qui prépare la conférence des chefs d'État et de
gouvernement prévue à l'Ile Maurice, le Front Polisario proclame la
création de la République Arabe Sahraoui Démocratique (R.A.S.D.). A la
veille du 19e sommet de l'organisation panafricaine prévu pour juillet
1980 à Freetown en Sierra Leone, les autorités de la R.A.S.D. saisissent
par une requête d'admission de cet État à l'O.U.A., le Secrétaire Général
de l'organisation. Celui-ci ne communique pas immédiatement cette
requête aux États membres. A l'ouverture du sommet, le Maroc informé
de l'existence de la requête invite le Secrétaire Général à surseoir à la
procédure de sa transmission et demande par une question préalable
l'examen de l'ai. 1 de l'article 28 relatif à la qualité du postulant.
a- La qualité du postulant selon l'article 28
Le Maroc conteste à la R.A.S.D. la qualité d'État et demande
l'application de l'article 27 qui stipule que "toute décision relative à
l'interprétation de la présente charte devra être requise à la majorité des
deux tiers des chefs d'État et de gouvernement des membres de
l'organisation". La demande marocaine est une invitation à préciser les
caractères d'État- africain indépendant et souverain. Sur quoi s'appuyer
pour dégager ces caractères ? Le professeur Bedjaoui relève à juste titre
que "la charte n'a pas indiqué les critères précis grâce auxquels on peut
identifier un État africain, indépendant et souverain"36. C'est une
insuffisance de la charte que le Maroc exploite dans sa démarche. Il faut
cependant avouer que les préoccupations des dirigeants africains en mai
1963 se dégagent des objectifs précisés à l'article 2 de la charte. Pour les
chefs d’État et de gouvernement réunis à Addis-Abeba, la décolonisation
qui signifie le départ de l'administration coloniale conduit
automatiquement à la naissance d'un État africain indépendant et

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^ Mohamed Bedjaoui : L'admission d'un nouveau membre à l'organisation de l'Unité Africaine


in Mélanges offerts à Ch. Chaumont op. cité. p. 48.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
42 BOGA DOUDOU EMILE

souverain. C'est dans cet esprit que les trois principes susvisés sont
adoptés. C'est également dans cet esprit que la Guinée-Bissau dès la
proclamation de son indépendance est admise à l'organisation alors
même qu'une partie de son territoire est encore sous l'administrations
coloniale. L'organisation ne s'est pas préoccupée de vérifier les(
caractères d'État indépendant et souverain de ce territoire. Le Maroc,
dans ce contexte, avait-il le droit d'exiger l'inteiprétation de l'ai. 1er de
l'art 28 qui correspond à l'art 4? La charte ne comporte aucune
restriction à l'application de l'article 27. Cest une de ses insuffisances.
L'absence de critères de définition des éléments de l'article 28 aller (ou]
de l'article 4) laisse à chaque État le droit de les apprécier pour son propre
compte. Dans ce cas, il aurait fallu soustraire ces articles à l'interprétation
de l'organisation. L'article 27 ne s'appliquerait pas au cas d'espèce. Son
application comme le précise l'article 3 al 5 du règlement intérieur de la
conférence des chefs d'État et de gouvernement, relève de la compétence
de l'organe suprême de l'organisation. On ne peut à la fois se référer à
l'appréciation souveraine de chaque État et à l'organisation elle-même.
Cette situation confuse, source de difficulté favorise le blocage de la
procédure d'admission par la mise en application de l'article 2737. La
manœuvre marocaine est rendue possible par la charte elle-même. Le
Maroc semble avoir tiré les leçons de son échec dans l'affaire
Mauritanienne. S'en tenant à l'esprit de la charte, les autorités marocaines
refusent de reconnaître l'État de Mauritanie au moment de la création de
l'O.U.A. Elles laissent à chaque État membre la liberté d'apprécier
souverainement la question sans se référer à l'organisation. La procédure
conduit à l'admission facile de la Mauritanie en qualité de membre
fondateur de l'organisation. Les autorités marocaines n'entendent plus
s'en tenir à l'esprit de la charte dans le cas d'espèce. Elles ont pris
conscience que celle-ci comporte des insuffisances qu'elles peuvent
exploiter. S'appuyant sur certaines de ces insuffisances, elles réussissent à
retarder la décolonisation du Sahara Occidental. Par la contestation du
rôle de certains organes dans la procédure d'admission prévue par l'article
28 al 2, elles réussissent à bloquer la tenue d'un sommet
b - Le rôle des organes de l'O.U.A. dans la procédure de
l'article 28 al 2
Conformément à l'article 28 al 2, le Secrétaire Général "communique
copie de la demande des autorités de la R.A.S.D. à tous

Le Professeur Bedjaoui montre dans son article précité comment la confusion créée a été
source de distorsion de la procédure régulière d'admission - op. cité, p. 45.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

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L'O.U.A. ET LA DÉCOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 43

les membres de l’organisation" non sans avoir vicié la procédure au


départ38. Une fois la demande transmise, qui décide de l'admission? La
charte ne reconnaît aucun pouvoir de décision ni aux organes spécialisés
de l'organisation, ni au conseil des ministres, ni même à l'organe suprême
qu'est la conférence des chefs d'États et de gouvernements. C'est une
innovation qui fait écrire au professeur Bedjaoui que "l'O.U.A. est l'une
des rares institutions inter-étatiques à avoir retenu une procédure
d'admission moins exigeante"39. Le droit des organisations internationale
confère en général à l'organe suprême le pouvoir de décision en matière
d'admission de nouveaux membres. L'article 4 al 2 de la charte des
Nations-Unies confirme cela en confiant à l'Assemblée Générale le
pouvoir de décision en la matière. Une telle procédure présente un double
intérêt : elle prouve que l'Organisation Internationale est un sujet de droit
international distinct des Etats qui la composent et qui sont à titre
individuel sujet de droit international. Elle établit en outre la distinction
entre la notion d'admission et la notion de reconnaissance.
L'administration relève du domaine des organisations internationales
alors que la reconnaissance concerne les États.
L'admission est organisée par la charte constitutive de
l'organisation. Les États membres de celle-ci sont soumis à la procédure
prévue à cet effet. Ils agissent en la matière dans le cadre de
l'organisation. Quant à la reconnaissance, elle relève de leur appréciation
souveraine et discrétionnaire. L'expression de cette souveraineté est
inconditionnée. La procédure de l'article 28 al 2 ne fait pas de différence
entre ces deux notions. Un auteur constate à ce propos que "l'adhésion à
l'O.U.A. constitue une véritable reconnaissance"40. L'admission d'un
nouveau membre apparaît relativement facile. Le seul organe qui
intervient à titre administratif est le Secrétaire Général. Il communique à
chaque État membre la demande d'admission. Cette notification peut se
faire en dehors des sessions. Chaque État lui communique à titre
individuel sa réponse. Il procède ensuite au décompte des différentes
réponses recueillies. Une fois la majorité simple acquise, il notifie à l'Etat
candidat l'admission ou le rejet de sa demande. C'est exactement ce qu'il a
fait dans le cas de la R.A.S.D. en notifiant aux autorités de cet État
l'accord de la majorité des États membres de l'organisation. Au

^ Le Secrétaire Général ne s'est pas confonné au texte en ne communiquant pas immédiatement


la demande d'admission de la R.A.S.D. à tous les membres de l'organisation. Bedjaoui et
Benouna relèvent à juste titre qu'il a outrepassé son pouvoir en bloquant la demande en
question. M. Benouna : l'admission d'un nouveau membre à l'O.U.A. A.F.D.I. 1980 p. 194 et
suites.
M. Bedjaoui, op. cité p. 35.
40
F. Borrela - Le système juridique de l'O.U.A. in A.F.D.I. 1971, p. 242.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

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44 BOGA DOUDOU EMILE

regard de la charte, la R.A.S.D devient membre de l'O.U.A. au sommet de


Nairobi en 1980. En pratique, le roi du Maroc fait obstruction à
l'application de la charte en proposant à ce sommet l'organisation d'un
référendum au Sahara Occidental. L'application de la charte n'autorise pas
la conférence des chefs d'État et de gouvernement à apprécier une telle
proposition. C'est pourquoi le Secrétaire Général qui est favorable à la
mise en application de l'article 28 al 2 précise que la question d'admission
d’un nouveau membre ne relève pas de la compétence de cet organe41. En
acceptant la proposition marocaine, la conférence des chefs d'État et de
gouvernement a objectivement suspendu l'admission de la R.A.S.D.. Elle
s'arroge des pouvoirs que la charte ne lui attribue pas. Elle prend une
décision politique en violation du droit. C'est vrai qu'elle agit en qualité
d'organe politique. Elle aurait pu le faire dans le respect du droit. La
décision de Nairobi favorise la crise de l'O.U.A. qui aboutit au report puis
à l'annulation du sommet de Tripoli en 1982. La R.A.S.D. en sa qualité de
nouveau membre est invitée par le Secrétaire Général au sommet de
Tripoli. Le Maroc et ses alliés contestent cette invitation au motif que le
Secrétaire Général a outrepassé ses pouvoirs. En réalité, il n'en est rien.
L'invitation de la R.A.S.D. est conforme à l'article 28 al 2. La contestation
de ce groupe a été rendue possible par l'attitude du sommet de Nairobi42.
La décision prise à ce sommet fait croire en la compétence de la
conférence des chefs d'État et de gouvernement en matière d'admission.
Le Maroc et ses alliés espéraient reconduire cette violation de droit faite à
Nairobi. Ils sont surpris par l'application rigoureuse de la charte de la part
du Secrétaire Général. L'attitude du Maroc et de ses alliés a cependant
l'avantage de montrer la nécessité de réviser l'article 28. L'O.U.A. devrait
se conformer au droit international positif en la matière. Elle devait
détacher la procédure d'admission qui relèverait de la compétence de
l'organisation de la question de reconnaissance laissée au pouvoir
discrétionnaire des États.

Citant l'article 28, le Secrétaire Général déclare que "la procédure d'admission d'un Etat de
l'O.U.A. est régie par l’article 28 de la charte qui en fait une affaire administrative du ressort
du Secrétaire Général. Consultés à domicile, les Etats répondent individuellement et lorsque
la majorité simple des Etats membres se prononcent favorablement, le Secrétaire Général
notifie l'admission à l'Etat concerné. Ceci veut dire en clair que la procédure d'admission ne
relève ni de la compétence des chefs d'Etats réunis en assemblée, ni de celle du conseil des
ministres, ni du président en exercicie de l'organisation. L'admission dans le libellé actuel de
notre charte demeure une procédure administrative, assortie d'un mécanisme automatique qui
ne laisse guère de place à l'interprétation même de la part du Secrétaire Général" cité par M.
Barbier : Le problème du Sahara Occidental et la crise de l'O.U.A. in Le Mois en Afrique,
avril-mai 1983, p. 33.
4
^ Le groupe se compose du Cameroun, de la Côte d'ivoire, de la Guinée, de la R.C.A., du
Sénégal, du Soudan, du Zaïre, de Djibouti, du Niger, de lUe Maurice, de la Guinée
Equatoriale, de la Gambie, de la Somalie, des Comores, du Gabon, de la Tunisie, de la Haute-
Volta et du Libéria.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

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L O.U.A. ET LA DECOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 45

L'admission ne serait ni complexe ni contraignante si la majorité simple


était maintenue dans ce nouveau contexte. Dans l'état actuel de la charte,
c'est avec raison que le 20e sommet a admis la présence des autorités de
la R.A.S.D. au sein de l'organisation. La charte est ainsi respectée. Le
départ marocain est aussi conforme à la charte qui prévoit dans son
article 32 la procédure de démission La suspension décidée par le Zaïre
n'est, en revanche, pas prévue par la charte. Les autorités zaïroises sont
par conséquent en situation irrégulière.
La participation de la R.A.S.D. au 21e sommet de l'O.U.A. met
ainsi fin à la plus longue décolonisation que l'organisation panafricaine
ait connue. Pour la première fois de son existence, l'organisation a connu
sa plus grave crise qui a abouti au retrait d'un de ses membres. Ce départ
n'a pas réellement affaibli l'O.U.A., ni terni son prestige. Au contraire,
l'intransigeance marocaine est désavouée par la communauté
internationale. Au cours de sa 40e session en novembre 1985,
l'Assemblée Générale de l'O.N.U. adopte à une majorité écrasante une
résolution présentée par les États africains qui demande aux autorités
marocaines de négocier directement avec le Front Polisario, autorité
politico-militaire de la R.A.S.D. Le Maroc tire les leçons de son échec et
décide de ne plus participer à tout débat relatif à la décolonisation de la
R.A.S.D. à l'O.N.U.. C'est une victoire de l'O.U.A.. Le conflit du Sahara
Occidental ne sera plus une question de décolonisation classique.
Il est une guerre qui oppose deux Etats. Le Maroc apparaît désormais
comme un État agresseur qui occupe illégalement le territoire de la
R.A.S.D.

BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE.
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octobre 1974, N° 83 janvier-février 1976, N° 105 septembre-octobre
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L O.U.A. ET LA DECOLONISATION DU SAHARA OCCIDENTAL 47

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LA MAITRISE FONCIÈRE DE
L'ÉTAT EN COTE D'IVOIRE
(1885-1985)

YAO-N'DRE PAUL43

43
Maître de conférences agrégé de Droit Public et de Science Politique, Faculté de Droit,
Université Nationale de Côte d'ivoire, B.P. V34, Abidjan, Côte d'ivoire.
30 YAO-NÏSÉ PAUL

PLAN
LA MAITRISE FONCIÈRE DE L'ÉTAT EN COTE
D'IVOIRE (1885-1985)………………………………………………...50
INTRODUCTION ........................................................................ 52
I - LA MAITRISE FONCIÈRE PRÉCOLONIALE ................. .53
A - La théorie des territoires sans maître………………………………53
a - Historique…………………………………………………………..54
b - Fondements…………………………………………………………54
B - L’inconséquence de la théorie des territoires sans maître…………55
a - De l'absence de souveraineté comme fondement de l'occupation…..55
b - Du caractère inaliénable ou collectif des terres comme
fondement de leur appropriation ……………………………………57
Du caractère inaliénable des terres comme obstacle au droit
de propriété ………………………………………………………….57
Du caractère collectif des terres comme obstacle au droit de propriété 58
II - LA MAITRISE FONCIÈRE COLONIALE .......................... 59
A - Les justifications……………………………………………………59
B - Les procédés de prise de possession des terres
et leur pertinence juridique ………………………………………..60
a - La théorie du domaine éminent de l'État…………………………...61
b - Les terres vacantes et sans maître…………………………………..62
c - Les terres non mises en valeur depuis plus de 10 ans………………63
III .............................................................................................. -
LA MAITRISE FONCIÈRE POST-COLONIALE ..................... 65
A - Sucession d'États et continuité en matière foncière………………..66
a - Le décret foncier de 1932 et la procédure
d'immatriculation……………………………………………...………..66

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


LA MAITRISE FONCIERE DE L’ÉTAT EN COTE D'IVOIRE (1885-1985) 51

b - Le décret domanial du 15 novembre 1935 67


B - Les propres initiatives de l'État depuis 1960 68
a - La loi non promulguée du 20 mars 1963 portant code domanial 68
Ses principales dispositions 68
Les motifs de non promulgation 69
b - Les pratiques administratives 70
Les procédés de maîtrise foncière étatique.. 70
De la constitutionnalité des instruments
administratifs de maîtrise foncière 71
CONCLUSION ............................................................................ 72

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


52 YAO-NT3RÉ PAUL

INTRODUCTION
Que d'aventures dans l’espace! La terre garde toujours son rôle
prépondérant de support de l'existence humaine.
Depuis la colonisation, les terres sont en partage. Au sens
étymologique du mot, la colonisation est la mise en valeur agricole d'une
contrée par des personnes venant d'une autre contrée44. Se présentant
comme une initiative de culture des hommes en vue de leur
revalorisation, pour se justifier devant l'histoire, également "la
colonisation est culture des terres en vue de leur rentabilité"45.
L'accession à l'indépendance, en Côte d'ivoire comme dans tout
État issu de la décolonisation, engendre une nouvelle fonction historique
du pouvoir politique : l'idéologie du développement prend la relève de
l'idéologie civilisatrice du temps colonial. Les problèmes fonciers sont
ainsi examinés dans la perspective de leur liaison avec le développement
économique et social.
Pour un pays essentiellement agricole comme la Côte d'ivoire, une
telle nécessité ne pouvait que s’imposer. Ainsi "la réglementation
domaniale et foncière, applicable en Côte d'ivoire, a toujours comporté
des éléments de droit de développement"46.
La réalisation des objectifs déterminés du développement est
tributaire du mode et des rapports sociaux de production déterminants
qui, nécessairement, conditionnent le régime juridique des moyens de
production.
Le problème fondamental posé est de savoir comment l'État s'y
prend pour avoir la maîtrise des terres aux fins du développement. En
d'autres termes quels sont les mécanismes ou instruments juridiques
d'appropriation étatique des terres en vue de la promotion économique et
sociale?

^ Cf. François Luchaire, Droit d'Outre-mer et de la coopération, P.U.F. Paris 1966, p. 11.
' Guy Adjété Kouassigan, Propriété foncière et développement, tendances générales et options
négro-africaines, cahiers de l'[Link]., n° 8 et 9, Genève 1978, p. 257.
46
Albert Ley, Le régime domanial et foncier et le développement économique de la Côte
d'ivoire, L.G.D.J., Paris 19/2, p. 2.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986

Atteindre sommaire
LA MAITRISE FONCIERE DE L’ÉTAT EN COTE D'IVOIRE (1885-1985) 53
L’examen de ces instruments juridiques commande une analyse du
passé. La condition la plus importante d'une étude scientifique, c'est de ne
pas oublier l'enchaînement historique fondamental, de considérer chaque
question du point de vue suivant : "Comment tel phénomène est apparu
dans l’histoire, quelles sont les principales étapes de son développement;
et d’envisager sous l’angle de ce développement ce que le phénomène est
devenu aujourd'hui" .
L'époque précoloniale servira donc de point de départ à cette
réflexion sur la maîtrise foncière de l'État. Elle amènera à l'explication de
la manière dont le droit consacre d'abord l'État précolonial, ensuite l'État
colonial et enfin l'État post-colonial comme propriétaire des terres en
Côte d'ivoire.

I - LA MAITRISE FONCIÈRE
PRÉCOLONIALE
Les revendications foncières ne peuvent se faire et se concrétiser
que sur une assise territoriale. Pour l'Etat colonial, le problème de la
maîtrise foncière se pose avant tout en termes de conquêtes territoriales.
L'Administration française, pour réclamer des droits fonciers en Côte
d'ivoire comme partout ailleurs, s'est assurée le contrôle du territoire au
préalable.
Ainsi convient-il de s'interroger d'abord sur le fondement de
l'acquisition dudit territoire avant d'évaluer les moyens juridiques de
transfert à l'État des propriétés foncières.

A - LA THÉORIE DES "TERRITOIRES SANS MAITRES"


L'acquisition de la souveraineté sur un territoire peut résulter d'une
succession d'États, d'une cession par traité ou de l'occupation. La théorie
des territoires sans maîtres est concomitante au phénomène de
l'occupation. Celle-ci est définie comme "la prise de possession d'un
territoire n'ayant encore appartenu à aucun Etat, à aucune Nation, ou

® V. LENINE, De l'État, (conférence à l'Université Sverdlov le 11 juillet 1919), Éditions en


langues étrangères, Pékin 1978, p. 4-5.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


54 YAO-NDRÉ PAUL

ayant cessé d'appartenir à d’anciens maîtres"6. Pour les pays africains, au


sens de l'acte final du Congrès de Berlin de 1885, il s’agit de l'occupation
de territoires sans maître ou res nullius.

a - HISTORIQUE

L’histoire de l'occupation des territoires sans maître se divise en


trois périodes :
- Jusqu'au XVIe siècle, c'est d'abord la papauté qui élève la
prétention d'attribuer des territoires. Les États catholiques estiment avoir
un droit absolu sur les terres occupées par des "peuples païens". Celles- ci
appartiennent ipso jure à la nation chrétienne qui en a fait la découverte7.
- Vers le milieu du XVIe siècle, les prétentions européennes sur les
"territoires sans maître", et notamment les territoires africains, deviennent
contradictoires. Les États protestants se refusent à reconnaître l'autorité
des bulles pontificales8.
- C'est ainsi qu'au XIXe siècle se réunit, sous l'influence de la
doctrine et des souverains européens, le Congrès de Berlin de février
1885 pour mettre un terme à ces rivalités. Il établit un règlement
international sur le partage et l'occupation des territoires africains.
L'occupation suppose un territoire inhabité ou abandonné. Mais
ces deux notions, quoique claires en apparence, recèlent des ambiguïtés.
Qu'est-ce qu'un territoire inhabité, abandonné ou sans maître et sur quelle
base juridique repose l'occupation d'un tel territoire?

b - FONDEMENTS

Pour Marcel SIBERT, les territoires sans maître sont "tous ceux
sur lesquels ne s'exerce encore aucune souveraineté organisée, qu'ils

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


LA MAITRISE FONCIERE DE L’ÉTAT EN COTE D'IVOIRE (1885-1985) 55

soient inhabités, déserts, ou même qu'on y rencontre une


population indigène, barbare ou sauvage, sans organisation suffisante"47.
Comme le confirme le Projet d'article de l'Institut du Droit
International sur les occupations territoriales, est considéré comme
"territorium nullius" toute région qui ne se trouve pas effectivement sous
la souveraineté ou sous le protectorat d'un des États qui forment la
communauté du droit des gens (les États européens), peu importe que
cette région soit oui ou non habitée48.
Cette théorie des territoires sans maître repose sur deux
fondements : la prise de possession de territoire du fait de l'absence de
souveraineté d'une part, et l'occupation de territoire en raison de
l'insuffisance de l'organisation politique locale d'autre part.
Mais y avait-il en réalité des territoires sans maître? Les Africains
qui habitent ces territoires depuis des milliers d'années ne connaissaient-
ils pas la notion de souveraineté et partant celle de droit de propriété
foncière?

B - L'INCONSÉQUENCE DE LA THÉORIE DES


"TERRITOIRES SANS MAITRE".
A la facilité des conquêtes militaires et de l'occupation en raison
du rapport de forces en présence s'opposent les difficultés juridiques de
consécration de la théorie des territoires sans maîtres.
Non seulement il est difficilement soutenable que les Africains,
dans la période précoloniale, n'avaient aucune notion de la souveraineté,
mais également indéfendable qu'ils ignoraient le droit de propriété
foncière.

a - DE L’ABSENCE DE SOUVERAINETÉ COMME


FONDEMENT DE L’OCCUPATION

Pour la doctrine européenne, les peuples ou "tribus barbares" n'ont


aucun droit sur les terres qu'ils occupent, ni droit de propriété, ni a

Atteindre sommaire

47
Marcel Sibeit, Traité de droit International public, Dalloz 1951, L 1, p. 864.
48
,Pr°jet d article présenté par de Martitz à la session de Lausanne de 1888. C.F. Annuaire de

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56 YAO-N*DRÉ PAUL

foritiori droit de souveraineté. Ils ne sont que de simples détenteurs de


fait, des possesseurs transitoires49.
Toutefois, une partie minoritaire de la doctrine européenne émet
déjà des réserves sur ce droit d'occupation. Ces auteurs font valoir que les
"puissances civilisées" n'ont pas plus le droit de s'emparer des territoires
des "sauvages", que ceux-ci n'ont le droit d'occuper le continent
européen.
Que ces peuples n'aient pas de la souveraineté une conception
identique à celle des Européens, précisent-ils, c'est logique du fait de
leurs spécificités, de leur système culturel de référence, de leur
cosmogonie. Mais dire qu'ils n'en ont aucune est inadmissible; la preuve
en est dans les traités qu'ils concluent avec les États européens aux fins
de protection des ressortissants explorateurs de ces derniers50.
De là résulte la contradiction. Comment peut-on conclure des trai-
tés avec des peuples présumés inorganisés en État et ignorant la
souveraineté? Comme l'observe WESTLAKE, "les traités de cession ou
de protectorat, consentis aux Européens par des chefs de tribus, des rois
nègres, n'ont aucune valeur et que les Européens ne peuvent acquérir la
souveraineté sur les territoires habités par les Indiens ou les nègres que
par l'occupation, toujours imposée et accompagnée de violence"51.
De même, l'occupation du fait de l'insuffisance de l'organisation
politique locale n'est pas fondée Qui est compétent pour juger du
caractère suffisant ou non de l'organisation politique et sociale d'un
peuple? Et si même l'on retient l'hypothèse du caractère insuffisant de
cette organisation politique, cela peut-il justifier juridiquement
l'occupation d'un territoire?
En pratique, comme l'écrit Georges SCELLE, "la seule loi fut celle
de la force"52. Elle a conduit à une violation de souveraineté et à une
méconnaissance des droits fonciers coutumiers.

l'Institut de droit international 1888 -1889.


*1 Henri Bonfils, manuel de droit international public, Op. Cit. p. 305.
^ Auteurs cités par Henri Bonfils, Op. Cit. p. 307. Parmi eux figurent Vittoria Las Casas,
Locke, Voltaire, Rousseau, MaimonteL
51
Westlake, le conflit anglo-portugais 1 propos de l'occupation de territoires sans maître,
RJD., T. 23, p. 247.
^^GeoT^eaSœüc, Précis du droit des gens, Sirey Paris 1932, T.l. p. 150.

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LA MAITRISE FONCIERE DE L’ÉTAT EN COTE D'IVOIRE (1885-1985) 57

b - DU CARACTÈRE INALIÉNABLE ET COLLECTIF DES TERRES


COMME FONDEMENT DE LEUR APPROPRIATION
Pour la doctrine européenne, dans les rapports de l'homme avec
la terre en Afrique, la notion de propriété n'existe pas.
Deux argumentations sont avancées pour en donner l'explication
: en Afrique, la terre est inaliénable et collective; alors que la propriété
s'analyse en une prérogative individuelle dont on peut disposer.

1. Du caractère inaliénable des terres comme obstacle au droit de


propriété
Il est soutenu que la terre n'est pas susceptible d'appropriation
en Afrique parce qu'elle ne permet pas l'exercice de l'abusus53.
Forts de cette conviction, nombre d'auteurs affirment : "il y a
des races qui ne sont jamais arrivées à établir chez elles la propriété
privée"54. La relation qui lie l'homme à la terre en Afrique, "ce n'est ni
la propriété, ni la négation de la propriété, c'est autre chose"55. La
coutume foncière trouvée sur place ne connaissait en général que "des
droits d'usage et non un droit de propriété"56*. Ainsi l'interdiction
d'aliéner la terre devient- elle une négation du droit de propriété.
Toutefois, comme l'observe Kouassigan, refuser la qualité de
propriétaire aux collectivités coutumières au seul motif que leurs
prérogatives ne comportent pas de droit de disposition procède d'une
interprétation trop large de l'abusus au regard de l'évolution générale
des idées à propos du concept de propriété57. Même appréhendée dans
la conception civiliste, la notion de propriété admet en droit français le
principe de l'inaliénabilité dans le cas des substitutions. Sous réserve
de leur limitation dans le temps et au profit d'une seule génération "les

Atteindre sommaire

53
L'article 544 du Code civil français définit la propriété comme "le droit d'user, de jouir
et de disposer des choses de la manière la plus absolue".
54
Fustel de Coulanges, la cité antique. Hachette, Paris 1963, p. 62.
55
Dareste, le régime de la propriété foncière en Afrique occidentale française, Penant H, 1908,
p.
1O

Albert Ley, le régime domanial et foncier et le développement économique de la Cl., Op., Cit.
p. 3.
57
Guy Adjété Kouassigan, la nature juridique des droits fonciers coutmiers. Encyclopédie

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58 YAO-NDRÉ PAUL

substitutions rendent inaliénables les biens qui en sont l'objet afin d'en
assurer la transmission aux appelés"58.
L'acquisition ou la possession d'un bien n'implique pas
nécessairement son aliénation. C'est la notion de conservation, mieux
que celle de disposition, qui exprime l'idée de propriété. L'abusus ne
fonde donc pas le droit de propriété. Il en est une modalité d'exercice.
L'Afrique, dans la période précoloniale est caractérisée par un système
d'échange et de transmission de tout bien et non de vente. En Afrique, la
terre est sacrée. Elle constitue le trait d'union entre les morts et les
vivants, et fait l'objet de dévolution successorale aux générations
nouvelles. L'existence n'a de sens qu'à l'intérieur de la communauté.
Toute l'organisation sociale et politique, toutes les institutions et les
moyens de production portent la marque de la prééminence de l'intérêt
collectif sur les particularismes.

2. Du caractère collectif des terres comme obstacle au droit de propriété


Il est aussi allégué que la propriété foncière ne peut être
qu'individuelle et privée.
Cette conception de la propriété n'exprime, cependant, que les
idées et les doctrines dominantes dans une séquence historique et dans
une civilisation données59.
La forme d'appropriation des biens, voire même des moyens de
production dans une société donnée, dépend de l'ensemble d'idées
propres à ce groupe, de sa conception de l'existence à une époque
déterminée. Aussi est-il excessif d'affirmer qu'il est de l'essence de la
propriété d'appartenir à un seul"60.
Le caractère collectif des terres ne peut impliquer la négation du
droit de propriété qui fonderait l'occupation d'un territoire prétendu sans
maître. La propriété peut être collective, individuelle, publique ou
privée61.
Il est visible que toutes "ces constructions juridiques reposaient
sur une série de fictions destinées à faciliter la conquête des pays

juridique de l'Afrique, T.5. 1982, p. 50.


2° Guy A. Kouassigan, la nature juridique des droits coutumiers fonciers, Op. cit.
p. 50. Kouassigan, Op. Cit., p. 51.
*y\
Mirabeau, cité par J. de Malafosse, in Histoire des Institutions et des régimes politiques, de
la révolution à la IV république, Montchrestien, Paris 1975, p. 21.
61 En Europe même, la révolution d'octobre 1917 consacre la propriété collective des
moyens de production. C.F.V. Lenine, l'Etat et la Révolution, Édit. en langues
étrangères, Pékin 1976.
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LA MAITRISE FONCIERE DE L’ÉTAT EN COTE D'IVOIRE (1885-1985) 61

africains"62. Cette acquisition de souveraineté territoriale entraînera les


revendications et l'utilisation des propriétés foncières coutumières dans la
phase coloniale.

II - LA MAITRISE FONCIÈRE COLONIALE


Avant les conquêtes européennes, les populations dans les États en
Afrique disposent de réserves pratiquement illimitées par rapport à l'étendue
des terres.
Le régime foncier précolonial s'analyse comme un régime de
propriété collective. Autrement dit, les rapports de l'homme avec la terre,
les titulaires des droits qui s'y exercent, les rapports de production et de
distribution des produits sont empreints de la marque communautaire63.

La colonisation en Afrique implique la transposition d'une nouvelle


échelle de valeurs. Celle-ci requiert une transformation structurelle des
sociétés africaines, une modification de leurs institutions et de leur mode de
régulation, notamment au plan foncier.
L'Administration française, dès son installation en Côte d'ivoire, se
proclame propriétaire des terres. Toute une série de justifications et
d'instruments juridiques sont mis en avant pour y procéder.

A - LES JUSTIFICATIONS

Tout exercice de force, en violation d'un ordre politique, juridique,


économique ou social, recourt systématiquement à une justification
Les motifs invoqués par l'Administration française pour revendiquer
la propriété de l'ensemble des terres sont d'ordre politique, économique et
juridique. Elle fait valoir que pour le développement de la colonie, il
importe que l'État ait la maîtrise foncière. Cette appropriation des terres va
permettre la création d'infrastructures et de marchés,

Atteindre sommaire

62 Pierre-François Gonidec. L'Afrique colonisée. Encyclopédie juridique de l'Afrique, T.2.,


N.E.A., 1982. p. 24.
Cf. Guy Adjété Kouassigan, l'homme et la terre, Paris 1966.
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60 YAO-NDKÉ PAUL

l'extension du rôle des fumes privées, le tout constituant l'amorce d'une


industrialisation. Celle-ci sera le vecteur essentiel des échanges
internationaux pour une interdépendance des économies de la métropole et
d'Outre-mer.
L'absence d'aménagement et d'investissement dans les colonies,
souligne l'Administration française, ne fait que justifier cette intervention
aux fins du développement. Les détenteurs coutumiers, qui n'ont qu'un
"droit d'usage" mais non un droit de propriété sur les terres, ne peuvent que
nuire à cette promotion économique et sociale.
De même, le droit foncier coutumier trouvé sur place est considéré
comme préjudiciable à une mise en valeur rationnelle des terres, voire
même comme un obstacle au développement. Cette dévaluation du système
foncier précolonial met en exergue l'opposition du droit importé et du droit
interne. Celle-ci prend la foime du conflit loi/coutume, qui devient
synonyme de l'antithèse évolution/stagnation64.
Ainsi le droit dit moderne, assuré de toutes garanties, l'emporte sur le
droit coutumier. Il consacre et atteste les prérogatives de l'Administration
française sur les terres.

B - LES PROCÉDÉS DE PRISE DE POSSESSION DES TERRES


ET LEUR PERTINENCE JURIDIQUE
Le législateur de droit commun dans les colonies est le
gouvernement. La matière foncière, en Côte d'ivoire comme dans les autres
colonies françaises, est régie par décret.
L'affirmation des droits fonciers de l'État va se manifester par
différents procédés successifs dont il faudra examiner la valeur juridique.

^ Raymond Verdier, acculturation juridique et dépendance en Afrique noire, in la dépendance de


l'Afrique et les moyens d'y remédier, Berger-Levnuilt, Paris 1980, p. 338.
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LA MAITRISE FONCIERE DE L’ÉTAT EN COTE D'IVOIRE (1885-1985) 61

a - LA THÉORIE DU DOMAINE ÉMINENT


Appliquée sans discontinuer au XIXe siècle par l'Administration
française , cette théorie est confirmée par la jurisprudence65.
Les chefs traditionnels africains sont considérés comme les
titulaires du domaine éminent. L'État français en hérite par la succession
d'États. En Côte d'Ivoire, c'est l'arrêté Binger du 10 septembre 1893 qui
fait application de cette théorie. D donne pouvoir à l'Administration pour
accorder des concessions sur l'ensemble des terres et lui permet de juger
de la validité des oppositions.
Toutefois, cette théorie de la succession de l'État français au
domaine éminent des chefs locaux paraît insoutenable juridiquement
En occupant l'Afrique, les États européens avancent qu'il s'agit de
"territoires sans maître", territoires où il n'existe aucune notion de
souveraineté. En d'autres termes ces collectivités africaines ne sont pas
des États.
Mais s'il n'existe pas d'État en Afrique, peut-il y avoir succession
d'États?
Si l'on admet l'hypothèse de l'existence d'États en Afrique, les
droits fonciers de l'Administration coloniale ne peuvent résulter que de la
succession d'États par conquête, ce qui implique une violation de
souveraineté, ou par traité. Or nulle part, il n'est fait allusion à une
succession d'États par traité. Sans chercher à fonder les droits de l'État
colonial sur des bases aussi précaires en doctrine et en droit, il suffît de
considérer, note Albert Ley, que ceux-ci résultent de la conquête. "Après
cette conquête, l'État occupant s'arroge, d'une manière unilatérale, tous
les droits qu'il veut, de sorte que les populations et les chefs autochtones
ne disposent que des droits qu'il veut bien leur laisser"66.
La thèse du domaine éminent de lÉtat est abandonnée au début du
XXe siècle. Les revendications de l'Administration se limiteront
désormais aux "terres vacantes et sans maîtres.

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Airêt célèbre de la Cour de Bordeaux du 24 juin 1903.


Albert Ley. Le régime domanial et foncier et développement de la Côte dTvoire, Op. Cil. p. 13.

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62 YAO-NTJRÉPAUL

b - LES TERRES VACANTES ET SANS MAITRE


Cette notion est appliquée en Côte d’ivoire par le décret du 30 août
1900 créant le régime foncier. Il dispose en son article 1er que les terres
vacantes et sans maître font partie du domaine de l'État.
Depuis le décret du 1er octobre 1897, les collectivités coutumières
doivent prouver, par écrit, que les terres revendiquées par l'Administration
coloniale leur appartiennent, contrairement à un principe juridique
élémentaire qui laisse la charge de la preuve au demandeur (article 1315
C. Civ. français).
L'appropriation des "terres vacantes et sans maître" par
l'Administration est à nouveau consacrée par le décret du 15 novembre
1935. Mais y avait-il vraiment des terres vacantes et sans maître ?
Cette thèse suscite beaucoup de difficultés qui révèlent en même
temps ses faiblesses. Il y a lieu de constater d'abord, au plan social, que si
les terres étaient vacantes et sans maître il n'y aurait pas eu d'opposition
permanente entre l'État colonial et les collectivités coutumières67.
Si cette théorie ne soulève aucun problème en France, c'est parce
qu'elle ne s'y applique que lorsque les particuliers ont eux-mêmes
définitivement renoncé à leurs droits de propriété.
Pour l'Afrique, il en va différemment. L'on avance que les droits
fonciers coutumiers ne sont pas des droits de propriété mais des "droits
d'usage". Cette assertion appelle deux remarques : l'ancien régime, qui
consacrait la propriété foncière en France, était un régime de droit
coutumier avec multiplicité de coutumes. Ce n'est qu'après la révolution
que l'une des coutumes, celle de Paris, a été transformée en Code civil qui
s'est imposé sur tout le territoire68. Il est donc inconséquent d'affirmer que
l'essence coutumière des droits fonciers en Afrique implique la négation
du droit de propriété.
De même, l'on ne peut parler de droit d'usage ou d'usufruit que
lorsqu’il existe un propriétaire. L'Administration coloniale, en affirmant
que les Africains n'exerçaient que des droits d'usage sur des "terres vacante
et sans maître" revendiquées par elle, se contredit. Des droits d’usage ne
peuvent être exercés sur des "terres vacantes et sans maître". Et comme
l'Administration coloniale n'arrive pas à établir une présomption

on
Sur les nombreux litiges relatifs à l'appropriation des "terres vacantes et sans maître”, C.F.
Raymond Verdier, l'ancien droit et le nouveau droit foncier de l'Afrique noire face au
développement, in le droit de la terre en Afrique (au sud du Sahara), Édit. maisonneuve et
Larose, Paris 1971, p. 77; Kéba M'Baye, le régime des terres au Sénégal, in droit de la trre en
Afrique, Op. Cit, p. 145; Albert Ley, le régime domanial et foncier, Op. Cit. p. 15.
^1 Etienne Le Roy, les objectifs de la colonisation française ou belge. Encyclopédie juridique de
l'Afrique, Édit. N.E.A. Dakar, Abidjan, Lomé. 1982. T. 5. p. 86.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
LA MAITRISE FONCIERE DE L’ÉTAT EN COTE D’IVOIRE (188S-198S) 63
irréfragable de propriété sur les terres coutumières, leurs détenteurs en
sont les propriétaires. En Afrique, "le coin le plus reculé de la brousse est
sous la juridiction d'un chef quelconque. Les autochtones ne peuvent
admettre qu'une terre n'ait aucun rapport avec un groupe humain69.
Face à l'opposition des détenteurs coutumiers, l'administration
française n'affirme plus ses droits fonciers que sur les "terres non mises en
valeur" depuis plus de 10 ans.

C - LES TERRES NON MISES EN VALEUR DEPUIS PLUS DE 10 ANS

Le décret du 15 novembre 1935, portant réglementation des terres


domaniales en Afrique Occidentale Française (A.O.F.), incorpore au
domaine de l'État les terres non mises en valeur depuis plus de 10 ans.
Ce texte donne toute latitude à l'Administration de classer dans sa
propriété ces terres dont les détenteurs coutumiers sont connus. Même
pour ceux qui peuvent disposer d'un titre écrit, étant donné le pouvoir
d'appréciation discrétionnaire de l'Administration en la matière,
l'intégration d'une terre au domaine de l'État peut intervenir à tout moment.
De sorte que la notion de propriété devient relative, c'est-à-dire soumise à
l'obligation du travail contrairement aux principes appliqués en métropole.
L'on fait valoir que selon maintes coutumes, le Chef de terre en
Afrique a un droit de reprise lorsque la terre est laissée en friche ou
retourne à l'état de brousse.
Il est à observer qu'en Afrique aucune terre n'était sans maître et
qu'il fallait tenir compte de la rotation des cultures, de l'usage intermittent
des pâturages70.
Au vu de ce qui précède, cette maîtrise foncière de l'État colonial ne
peut que susciter des réserves.

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69 Olowalé Elias, la nature du droit cutumier africain, présence africaine 1961, p. 193.
70 Raymond Verdier. L'ancien droit et le nouveau droit foncier de l'Afrique noire face au
développement, Op? Cit. p. 77.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986
64 YAO-WDRÉ PAUL

La première difficulté vient de l'introduction et de l'application du


code civil français en Côte d'ivoire sans en tirer toutes les conséquences.
L'Administration s'approprie les terres coutumières au mépris des règles et
principes dudit Code qui régissent et garantissent la propriété.
De même, cette maîtrise des sols ne procède ni de l'expropriation
pour cause d'utilité publique, ni de la nationalisation avec toutes leurs
conséquences. Ce qui fait dire à nombre d'auteurs que ces différents textes
de maîtrise foncière s'analyse en un ensemble de "procédés juridiques" ou
"artifices juridico-administratifs" destinés à légaliser la spoliation des
terres coutumières71.
En y procédant, l'État colonial poursuivait un double objectif en
Côte d'ivoire : "procurer des terres aux colons et du même coup asseoir la
propriété privée, substituée à la propriété collective coutumière"72.
Ainsi, du jour au lendemain "l'Administration a transformé les
terres coutumières en terres domaniales, propriété de l'État colonisateur ou
en propriétés privés des ressortissants métropolitains"73.
Il s'ensuit que la prise de possession des terres par l'Administration
ne repose sur aucune base juridique, ni sur le plan du droit privé et du droit
public de l'ordre juridique français, ni au regard du système juridique
foncier trouvé surplace que l'Administration coloniale invoque lorsque
cela peut l'arranger.
Les difficultés croissantes engendrées par cette maîtrise foncière
entraînent des changements corrélatifs de la position de l'Administration.
D'une revendication absolue de l'ensemble des terres (décrets de 1932 et
1935), l'administration coloniale en vient à une revendication partielle
avant de reconnaître les droits fonciers coutumiers (décret du 20 mars
1955).
Qu'en est-il de la maîtrise foncière de l'État dans la période post-
coloniale?

71 Cf. Degni-Segui, Le diagnostic du droit foncier rural en Côte d'ivoire, actes de laTable Ronde (17-18
mai 1985) Faculté Droit Abidjan, p. 4; Jcan-Baptiste Mockey cité par Degni-Segui, Op. Cit. p.
33; obou Ouraga, le régime juridique de l'exploitation du sol et du sous-sol en Côte d'ivoire, D.E.A.,
Université Nice, 1978, p. 35.
Degni-Segui Op. Cit. p. 3.
73
Km est MandeL Initiation à la théorie économique marxiste. Études et documentations
internat. Paris 1973. p. 27.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986

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LA MAITRISE FONCIERE DE L'ÉTAT EN COTE D’IVOIRE (1885-1985) 67

III - LA MAITRISE FONCIÈRE POST-


COLONIALE
En Côte d'ivoire, la terre est le vecteur essentiel de la croissance et
du développement. Pour réaliser rapidement les travaux d'utilité générale
et les opérations de mise en valeur de grands ensembles agro-industriels, il
importe que l'État dispose de la maîtrise foncière sans que les intérêts
privés puissent s'opposer à l'intérêt public74.
Mais la lutte pour la sauvegarde des droits fonciers coutumiers
survit à l'indépendance. A l'époque coloniale, il était reproché au système
coutumier d'entretenir des "droits obscurs", incompatibles avec la propriété
privée et dangereux pour la sécurité des investissements. Aujourd'hui, c'est
l'État de Côte d'ivoire qui récusé les droits fonciers coutumiers. Il les
considère comme un frein au développement. Tenus pour de "simples faits
sociaux", les droits fonciers coutumiers sont abolis par le gouvernement75.
Désormais, il est établi en faveur de l'État une présomption de
propriété sur l'ensemble des terres. La méthode utilisée par
l'Administration a été de reconduire les textes antérieurs à l'indépendance
avant de prendre quelques initiatives propres76. C'est donc sur le sens et la
portée de ces instruments juridiques de transfert des terres à l'État qu'il
convient de s'interroger.

74
Cf. Aphing-Kouassi, - Directeur général du Domaine et de la conservation foncière -, "les
problèmes fonciers en milieu rural : la maîtrise foncière de l’État", actes de la table ronde sur le
droit foncier rural. (17 et 18 mai 1985), faculté de droit d'Abidjan, p. 11.
En ce qui concerne la loi non promulguée du 20 man 1963 portant projet de code domanial,
l'abolition des droits coutumiers (ait. 2) n'a aucun effet juridique. Dans les textes postérieurs,
notamment l'article 2 du décret du 16 février 1971 sur les procédures domaniales et foncières,
l'abrogation est beaucoup plus subtile, puisqu'il n'est reconnu aux détenteurs coutumiers que
des "droits d'usage" et non de propriété.
76 Sur la reconduction du droit foncier colonial en Côte dl voire, C.F. Albert Ley, l'évolution du
droit foncier ivoirien depuis l'indépendance du 7 août 1960, in dynamiques et finalités des droits
africains, Économica, Paris 1980, p. 99; Ouraga Obou, le régime juridique de l'exploitation du sol et du
sous-sol en Côte d'ivoire, D.E.A. Nice 1978, p. 64.

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66 YAO-N’DRÉ PAUL

A - SUCCESSION D'ÉTATS ET CONTINUITÉ EN


MATIERE FONCIÈRE
Les changements constitutionnels résultant de la proclamation
de l'indépendance, le 7 août 1960 en Côte d'ivoire, n'ont pas eu d'influence
sur le régime foncier préexistant77.
L'affirmation des droits de l'État ivoirien sur les terres se réalise
principalement par application des décrets fonciers de 1932 et domanial de
193578.

a - LE DÉCRET FONCIER DE 1932 ET LA PROCÉDURE D ’IMMA


TRI CUL A TION
L'immatriculation a pour objet d'établir les titres fonciers destinés à
prouver les droits fonciers et à identifier les titulaires de ceux-ci.
Mais l'article 5 dudit décret pose le principe du caractère facultatif
de l'immatriculation. Il est même dit que chacun est libre de maintenir ses
propriétés sous le régime foncier antérieur à l'indépendance79. Ce qui
signifie que l'immatriculation n'est pas le seul moyen de consolidation et
de constatation des droits fonciers. Ainsi, les propriétés foncières
coutumières n'ayant pas fait l'objet d'une immatriculation ont également
une existence juridique et sont reconnues comme telles.
Cependant, il est à observer que la pratique administrative foncière
présente est à l'antipode de la coutume. Les droits fonciers coutumiers sont
considérés comme de "simples faits sociaux". Toutes les terres non
immatriculées sont incorporées d'office au domaine de l'État, soit plus de
99 % de l'ensemble des terres80.

Albert Ley. Le régime foncier en Côte d'ivoire, revue ivoirienne de droitt, 1971, n° 3 p. 31.
4
* "Dans les pays comme la Côte d'ivoire, où nulle législation nouvelle n'est intervenue, ce sont
donc les principes des décrets fonciers de 1932 et de 1935 qui restent applicables", cf. Etienne
Le Roy, les objectifs de la colonisation française et Belge, Op. Cil. p. 89.
^ Benjamin d'Almedia, Procédures d'immatriculation et de constatation des droits fonciers, in
Encyclopédie juridique, T.5. N.E.A. Abidjan, Dakar, Lomé, 1982; p. 97.
Sur 322 000 km2 de terres en Côte d'ivoire, seulement 2 000 km2 (soit 0,8 %) sont
immatriculées.
Le professeur Granger souligne qu'en 1984, soit 84 ans après l'introduction du livre foncier en
Côte d'ivoire, moins de 1 % des terres sont immatriculées.
Ce pourcentage ne concerne essentiellement que les terrains urbains. Cf. Roger Granger, droit
rural, cours 3ème année de licence. Faculté de droit d'Abidjan 1984-1985 (Chap. III relations
du droit moderne et du droit foncier coutumier).

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

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LA MAITRISE FONCIERE DE L'ÉTAT EN COTE D’IVOIRE (1885-1985) 67

L'État, en procédant de cette manière pour entrer en possession des


terres, viole les dispositions du décret du 26 juillet 1932 qui pose le
principe du caractère facultatif de l'immatriculation.
D'ailleurs il n'en va pas autrement pour le décret domanial du 15
novembre 1935.

b - LE DÉCRET DOMANIAL DU 15 NOVEMBRE 1935


Il dispose en son article 1er que :
- les "terres vacantes et sans maître" appartiennent à lÉtat;
- les terres non mises en valeur pendant plus de 10 ans sont
incorporées au domaine de l'État;
- une expropriation pour cause d'utilité économique frappe les terres
coutumières indépendamment de l'usage qui en est fait.
Ces différents procédés de maîtrise foncière de l'Administration
suscitent de nombreuses réserves.
A propos de la théorie des terres vacantes et sans maître, les
nombreuses contradictions ayant déjà été relevées, il est inutile d'y
revenir81.
Concernant les terres non mises en valeur, il est à rappeler que
l'Administration dispose d'un pouvoir discrétionnaire d'appréciation.
Même pour les terres immatriculées, la propriété n'est jamais acquise
définitivement contrairement aux nouvelles règles foncières en vigueur
dans d'autres pays africains. Celui qui, dans ces pays, a mis en valeur la
terre sans discontinuer pendant un certain nombre d'années en devient
propriétaire. Ce droit est irréversible82.
En soumettant le droit de propriété foncière à l'obligation de travail,
en le relativisant ainsi, le décret domanial du 15 novembre 1935 entre en
contradiction avec le décret du 26 juillet 1932 qui institue une garantie au
bénéfice des titulaires des droits réels sur les immeubles.
Quant à l'expropriation administrative dans un intérêt économique,
il y a lieu de noter qu'elle apparaît inconséquente. Si l’État

81
Cf. 2ème partie, B (a et b) de cette étude.
Loi du 19 juillet 1961 sur la propriété foncière au Niger. Cf. Eliane de Latour Dejean,
Transformation du régime foncier : appropriation des terres et formation de la classe dirigeante
en pays Mawri (Niger), in Agriculture africaine et le capitalisme, Anthropos-idep, Paris 1975,
p. 192.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


68 YAO-NDRÉ PAUL

est propriétaire des terres en Côte d'ivoire, il n'est plus


juridiquement fondé à exproprier des bénéficiaires de "droits d'usage" que
sont les détenteurs coutumiers.
La mission de développement peut, politiquement, tout justifier.
Juridiquement il est beaucoup plus difficile d'y parvenir. Les propres
initiatives de l'État ivoirien depuis 1960, d'être propriétaire de l'ensemble
des terres, sont également caractéristiques de cette situation.

B - LES PROPRES INITIATIVES DE L'ÉTAT IVOIRIEN


DEPUIS 1960
La reconduction de la législation foncière coloniale n'a pu donner
entière satisfaction à l'État ivoirien. Les textes qui avaient fini par
reconnaître les propriétés foncières coutumières sont écartés83. Les conflits
entre l'Administration et les détenteurs coutumiers ne sont pas des
moindres. Ainsi se pose, depuis l'indépendance, le problème de l'existence
même d'un système juridique foncier qui soit à la satisfaction de l'État et
des masses rurales. Les initiatives prises, tant au niveau du législateur que
du pouvoir réglementaire, ne font qu'élargir davantage et conforter la
notion de maîtrise foncière étatique.

a - LA LOI NON PROMULGUÉE DU 20 MARS 1963


PORTANT CODE DOMANIAL
Cette première intervention du législateur consacre le principe de la
propriété de l'État sur l'ensemble des terres.

1. Les principales dispositions


Elles sont relatives à la maîtrise foncière de l'État.
L'article 3 al. 7. dispose que les terres et forêts non immatriculées à
la date d'entrée en vigueur de la présente loi appartiennent à l'État.
L'article 31 stipule également que les terres et forêts qui n'ont pas
fait l'objet d'une mise en valeur effective à la date du 1er janvier 1962,
compte tenu des temps de jachère exigés par les modes de culture
traditionnellement employés, sont immatriculées au nom de l'État

.
Atteindre sommaire

Le décret du 20 mai 1955 reconnût d'une façon nette l'existence des droits coutumiers et en
assure la protection
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986
LA MAITRISE FONCIERE DE L’ÉTAT EN COTE D'IVOIRE (1885-1985) 69

Cette immatriculation au nom de l'État fait disparaître tous les


droits coutumiers sur le sol (article 35). Ce qui intègre plus de 99 % de
l'ensemble des terres dans le domaine public .
Mais cette loi tant attendue n'a jamais été promulguée, bien que
dans ce domaine la compétence du Président de la République soit liée.

2. Les motifs de non promulgation


Faute de promulgation, la loi du 20 mars 1963 n'est pas applicable.
La promulgation ayant pour effet d'attester l'existence de la loi et de la
rendre exécutoire. Les causes de non promulgation ont été situés tant au
niveau technique que sur le plan politique.
- Pour Albert Ley, la procédure était trop compliquée pour les
particuliers comme pour l'Administration; l'opinion publique n'était pas
prête à suivre une procédure généralisée de définition des propriétés; la
distinction entre terres mises en valeur et non mises en valeur ressuscitait
l'ancienne querelle entre l'État et les détenteurs coutumiers en ce qui
concerne les terres vacantes et sans maître; le Code domanial et foncier
était trop ambitieux pour l'époque, car il abordait beaucoup de problèmes
à la fois et voulait les résoudre tous comme "ex cathedra"84.
- Obou Ouraga estime, au contraire, sans méconnaître ces
difficultés techniques, que les raisons politiques de non promulgation de
la loi du 20 mars 1963 ont été déterminantes.
Il précise que lors du "scénario du coup d'État manqué de 1963 en
Côte d'ivoire", pour se débarrasser de ses adversaires politiques, le
Président Houphouët s'était tourné vers les masses paysannes pour
s'assurer leur fidélité. Promulguer ladite loi signifiait déposséder les
paysans et perdre, par conséquent, le soutien de cette majeure partie de la
population85.
Ce point de vue est confirmé par le Professeur Granger. Il note que
les dispositions de la loi du 20 mars 1963 allaient à l'encontre des
conceptions coutumières. Ainsi avaient-elles déclenché des réactions et
provoqué sa non-promulgation86.

Albert Ley, le régime domanial et foncier et le développement économique de la Côte


d'ivoire, Op. Cit. p. 28-29.
85
Obou Ouraga. Le régime juridique de l'exploitation du sol et du sous-sol en Côte d'ivoire,
Op. Col. p. 71 à 75.
^®Roger Granger. Droit rural en Côte d'ivoire, Op. Cil. Cours 3ème année Licence 1984-85,
Faculté de Droit d'Abidjan.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


7O YAO-NDRÉ PAUL

Le gouvernement va se montrer, par la suite, prudent en procédant


par la pratique administrative que par de grands textes87.

b - LES PRATIQUES ADMINISTRATIVES


La défiance des collectivités locales à l'égard de la loi non
promulguée de 1963 amène le gouvernement à procéder par empirisme et
improvisation pour affirmer ses droits sur l'ensemble des terres.

1. Les différents procédés de maîtrise foncière étatique


Pour les pouvoirs publics, promouvoir le développement signifie
disposer des terres nécessaires à la réalisation de grands travaux.
Cette maîtrise foncière se réalise par les mécanismes suivants :
- Sanctions des absences totales de mise en valeur : les terrains
abandonnés pendant plus de 10 ans sont incorporés au domaine de l'État,
par simple arrêté ministériel au vu d'un constat de non mise en valeur (loi
des finances de 1971).
- Sanctions des insuffisances de mise en valeur :
l'État peut également reprendre les terrains ruraux insuffisamment
mis en valeur depuis 10 ans (loi n° 71-338 du 12 juillet 1971). Cette loi
organise une procédure simplifiée d'expropriation purement
administrative. Un arrêté ministériel prononce le transfert de la propriété
à l'État et fixe le montant de l'indemnité. Le juge supposé garant des biens
et libertés n'est pas compétent en la matière.
- Surveillance des transactions entre particuliers : la maîtrise du sol
est également obtenue par le contrôle des transactions immobilières entre
particuliers. Le décret du 16 avril 1971 soumet toutes les transactions
immobilières à une procédure domaniale et foncière obligatoire. Ainsi
l'Administration est informée de toutes les transactions par l'intermédiaire
des notaires. Les détenteurs coutumiers ne peuvent donc procéder à une
vente foncière88.
- Expropriation pour cause d'utilité publique : c'est une procédure
accélérée. La prise de possession du terrain par l'Administration

La loi du 20 mars 1963, n'étant pas applicable, il s'avère inutile de s'interroger sur la
pertinence juridique de l'appropriation étatique des terres coutumières qu'elle consacre.
^ Cf. arrêt Nikiema du 25 avril 1980. La cour d'Appel d'Abidjan annule la vente d'un terrain en
fondant sa décision sur le fait que Yagba ne bénéficiait que d’un "simple droit d'usage sur le
terrain litigieux". Cf. également l'arrêt du 5 novembre 1976.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

Atteindre sommaire
LA MAITRISE FONCIERE DE L'ÉTAT EN COTE D’IVOIRE (1885-1985) 71

intervient dès que le jugement d'expropriation est prononcé. En appel


n'est discuté que le montant de l'indemnité.
Ces pratiques constituent les principes généraux de la politique de
maîtrise foncière de l'État, faute d'une législation générale89. Il est avancé
qu'en attendant d'y pourvoir, il faut bien vivre et trouver sur le plan
administratif des solutions aux problèmes posés dans la pratique. Ces
solutions administratives, toutefois, posent le problème de leur
conformité à la constitution.

2. De la constitutionnalité des instruments administratifs d'appropriation


des terres
Une loi ou un règlement peut constituer une violation au texte
constitutionnel, notamment en ce qui concerne les garanties que celui-ci
apporte aux citoyens.
L'article 41 alinéa 2 paragraphe 3 de la constitution dispose, en ce
qui concerne les domaines respectifs de la loi et du règlement : "la loi
détermine les principes fondamentaux du régime de la propriété, des
droits réels et des obligations civiles et commerciales".
Il ressort de ce texte que c'est au législateur qu'il appartient,
également en matière foncière, de déterminer le domaine de l'État, les
propriétés des particuliers et de définir les règles qui régissent et
garantissent leurs rapports.
La loi du 20 mars 1963 portant code domanial, faute de
promulgation, n'est pas applicable et n'existe donc pas. Les différentes
mesures administratives, qui proclament l'État propriétaire de plus de 99
% des terres en Côte d'ivoire, ne sont pas l'objet d'une habilitation par
l'Assemblée Nationale (art. 45 de la Constitution ivoirienne).
D'autre part, l'article 76 de la Constitution ivoirienne en
reconduisant la législation coloniale, reconnaît par la même occasion
l'existence des droits fonciers coutumiers qu'elle consacrait. D'où le
problème du fondement juridique de l'appropriation de l'ensemble des
terres par l'État. le transfert de ces terres, notamment coutumières, ne
procède ni d'une mesure de nationalisation, ni de l'expropriation avec

On ne peut se fonder sur les décrets coloniaux de 1932 et de 1935 reconduits, et qui sont
contestés par la sociologie juridique, ni sur la loi non promulguée du 20 mars 1963, ni sur
quelques dispositions insérées dans des lois de finances pour dire qu'il existe un droit foncier
en Côte d'ivoire.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


72 YAO-NURÉ PAUL

toutes leurs conséquences. Tout simplement, il s'est établi en le matière


"une pratique administrative contra legen”90.
Ainsi, les pratiques administratives de maîtrise foncière étatique
non seulement ne sont pas juridiquement fondées, mais également sont
contraires à la Constitution
Celle-ci est la norme fondamentale qui s'impose à
l'Administration. Ce qui entraîne la nullité des actes administratifs
violant directement la constitution, c'est-à-dire le règlement empiétant sur
le domaine de la loi91.
Au terme de cette analyse, il est à souligner que la maîtrise
foncière de l'État dans la période précoloniale comme dans la période
coloniale n'est pas juridiquement fondée.
L'État de Côte d'ivoire, en succédant à l'ordre juridique colonial, se
trouve dans une situation d'illégalité d'appropriation des terres
coutumières. Il en est de même de ses propres initiatives depuis 1960 qui
n'ont fait qu'accentuer la spoliation des terres coutumières.
Les conflits engendrés par la "maîtrise" foncière de l'Etat par le
passé comme présentement ne peuvent donc surprendre.

CONCLUSION
Le contexte juridique foncier manque de rigueur et la situation
foncière reste très complexe, voire floue. En effet cohabitent un droit
foncier coutumier effectif mais affaibli et méconnu, et un droit moderne
inappliqué et ignoré. Les principaux textes, outre leur inadéquation à
l'organisation socio-économique du milieu rural, sont loin d'être
uniformes. Ils font de l'État de Côte d'ivoire, État ayant opté pour le
libéralisme, le propriétaire de l'ensemble du patrimoine national foncier.
Mais les communautés rurales réaffirment leurs droits sur ces mêmes
terres. Ce qui entraîne des conflits. Au total, les données politiques et
sociologiques actuelles plaident en faveur d'un nouvel ordre juridique
foncier qui soit à la satisfaction de tous.

Atteindre sommaire

^ René Degni-Segui : le diagnostic du droit foncier rural, op. cit. p. 8.


^ Cf. Maurice Bouijol, Droit Administratif (l'action administrative), Edit. Masson, Paris 1972,
p- 78;
Alain Bockel, Droit Administratif, Nouvelles Editions Africaines Abidjan, Dakar, Lomé, 1978.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L'INAPTITUDE
JURIDIQUE DE
L’ANALPHABÈTE

YOLANDE TANO *

Maître de conférences agrégé à la Faculté de Droit, B.P. V 34, Abidjan - Université Nationale
de Côte d'ivoire.
L’INAPTITUDE JURIDIQUE DE L’ANALPHABETE 75

PLAN
INTRODUCTION ....................................................................... .77
I - L'INAPTITUDE A LA LECTURE ........................................81
Section 1 - La présomption de connaissance du droit 81
A - Comment une telle connaissance est-elle possible? 81
a - La publication 81
b - Remède 82
B - L'adage traditionnel 83
a - L'infraction pénale 83
b - La loi civile 85
c - L'application de la maxime 85
Section 2 - Les limites de la présomption de connaissance 87
A - En matière pénale 87
a - Une première limite 87
b - L'attache aux circonstances 88
c - Une autre possibilité 89
B - En matière civile 90
a - La difficulté de connaître effectivement la loi 90
b - Un autre moyen d'aténuer la rigueur de la présomption irréfragable de
connaissance de la loi 53
1°) Dans les sociétés traditionnelles africaines rurales 93
A - Ces solutions classiques existantes l'analphabétisme va-t-il donner
une configuration particulière? .94
B - Une fois le contrat conclu, peut-on considérer que
les clauses reproduites sur le document contractuel sont toutes connues du
contractant et acceptées par lui? 97
2°) Même en matière extra-contractuelle la notion de bonne

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


YOLANDE TANO
foi est également utilisée 58
II - L'INAPTITUDE A L'ÉCRITURE 100
Section 1 - La rédaction des actes 101
A - L'analphabète qui ne sait pas écrire a nécessairement besoin des
services d'une tierce personne pour la rédaction d'un écrit 102
a - Le recours à un écrivain public 102
b - C'est toujours le fait de conférer l'authenticité aux conventions qu'il
rédige et reçoit 106
B - Mais pour certains actes, le recours à des tiers ne suffit plus 107
a - Lorsqu'un acte sous seing privé constate une promesse unilatérale à
remettre au créancier. 108
b - Compte tenu du taux d'analphatétisme et de l'inaction du législateur,
l'article 1326 al. 2 du Code civil devrait être interprété de la façon la plus
large possible 110
Section 2 - La perfection des actes 113
A - Les mécanismes légaux qui permettent de pallier l'impossibilité de
signer l'analphabète 113
a - L'analphabète est également considéré comme une personne juridique
capable 114
b - Dans certaines hypothèses 114
B - Plutôt que de faire appel à une tierce personne, l'analphabète ne
pourrait-il pas manifester sa volonté autrement? 115
a - La pratiqlue admise dans l'administration est de faire apposer une
croix au bas des documents 115
b - Une autre technique d'identification résulte de l'apposition des
empreintes digitales 116
CONCLUSION 119
BIBLIOGRAPHIE ..................................................................... 120

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L'INAPTITUDE JURIDIQUE DE L'ANALPHABETE 77

INTRODUCTION
Selon le petit Larousse est analphabète, celui qui ne sait ni lire, ni
écrire. La conférence générale de l'UNESCO réunie en 1958 définissait
l'analphabète comme une personne incapable de lire et d'écrire en le
comprenant un exposé simple et bref de faits en rapport avec sa vie
quotidienne.
L'analphabétisme est un fléau qui n'épargne aucun pays, même les
plus industrialisés. Les experts prévoient 900 millions d'analphabètes
pour l'an 2 000 dans le monde. L'Afrique détient un record peu enviable,
celui du plus fort taux d'analphabétisme; en dépit des progrès substantiels
accomplis ces dernières décennies le nombre des analphabètes ne cesse
de croître : 139 millions en 1970, 156 millions en 1980, les prévisions
pour 1990 s'élèvent à 168 millions1. En Côte d'ivoire le taux
d'analphabétisme chez les adultes était de 96 % en 1962, de 89 % en
1970, il atteint actuellement les 60 %
Il apparaît ainsi que pour toute une génération d'hommes et de
femmes l'oralité constitue et pour longtemps encore le lien privilégié de
la communication et de la vie sociale alors que l'évolution des systèmes
économiques d'organisation et de production entraîne un nombre de plus
en plus important de situations où la maîtrise de la lecture et de l'écriture
devient nécessaire.
L'analphabétisme ne posait pas un problème dans les sociétés
traditionnelles. Celles-ci constituaient dans leur grande majorité des
civilisations orales. La coutume, source fondamentale du droit
traditionnel, était essentiellement orale. Certes elle résultait du
comportement des individus, mais lorsqu'un problème d'application d'une
règle coutumière se posait, celle-ci était alors formulée par le langage et
devenait orale.
Il en est autrement dans le cadre d'une société fondée sur l'écrit.
L'analphabète devient alors un être dépendant qui a nécessairement
besoin de l'assistance d'autrui pour communiquer : par exemple pour la
rédaction de différents formulaires ou imprimés il a recours à des

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


78 YOLANDE TANO

écrivains publics qui sont installés aux abords des marchés, dans les
bureaux des postes...
Le système juridique moderne est aussi fondé sur l’écrit. Au
lendemain des indépendances, on a assisté dans les différents pays
africains à un véritable engouement pour le droit, conçu comme un mode
d'organisation de la vie en société. Cela s'est traduit par la mise en
vigueur lois et de règlements d’application générale. Du temps de la
colonisation la qualité des statuts instituée par la puissance colonisatrice
permettait, implicitement et parfois explicitement, de tenir compte de
l'état d'avancement social des populations, de l'analphabétisme également
par voie de conséquence92.
Les sociétés modernes sont dominées par l'écrit. On peut citer par
exemple tous les registres tenus par les autorités publiques pour constater
toute nouvelle situation qui se crée. Même dans les rapports entre
particuliers, l'écrit occupe aussi une place importance. Ainsi par exemple
dans le domaine contractuel, en dépit du principe du consensualisme, le
formalisme réapparaît pour assurer une certaine protection du
consentement de certains contractants ou pour des exigences de publicité,
de sécurité juridique...
Dès lors, il est évident que l'analphabète est désavantagé, au plan
juridique par rapport aux autres individus, en raison de son état. Faut-il
alors le classer dans une catégorie spéciale?
Selon l'article 1123 du code Civil seuls sont déclarés incapables,
les mineurs non émancipés et les majeurs protèges en raison de leur
prodigalité, de leur intempérance ou de leur oisiveté. Ils bénéficient alors
d'un régime de protection spéciale : administration légale, tutelle...
L'analphabète, n'entrant dans aucune de ces catégories, n'est pas
considéré comme un incapable. Autrement dit, l'analphabétisme ne prive
pas l'individu de la pleine capacité.
Mais alors l'analphabète ne sachant pas lire, comment pourra-t-il
avoir connaissance du droit qui va régir son existence? Ne sachant pas
écrire comment pourra-t-il mettre en œuvre les règles juridiques?
Le problème d'une protection organisée pour l'analphabète n'est
pas spécifique aux pays africains. Il s'est posé et se pose toutes les fois

Atteindre sommaire

9
H. Solus : La condition des indigènes en droit privé Paris Sirey 1927, p. BOUREL. Les
conflits de droits - Encyclopédie juridique de l'Afrique [Link]*. 423 et S. KOUASSIGAN.
Quelle est ma loi? Tradition et modernisme dans le droit privé de la famille en Afrique Noire
Francophone, CREDILA, DAKAR, 1974.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
L'INAPTITUDE JURIDIQUE IX L'ANALPHABETE 79

que dans une société on assiste à une coexistence entre un système de


droit écrit et l’analphabétisme d'une partie de la population
Ainsi, les jurisconsultes romains distinguaient certaines catégories
de personnes, notamment les rustici dont l'état de grossièreté juridique
faisait présumer l'ignorance du droit93. Mais malgré un analphabétisme
assez général à l'époque de la rédaction du code civil, celui-ci n'a pas
repris ces distinctions rationae personae, mais n'interdit nullement de
prendre l'analphabétisme en considération à titre d'exception94.
En Afrique le problème de la protection de l'analphabète prend une
dimension et une coloration particulières en raison de l'antagonisme entre
droit moderne et droit coutumier95. Les codifications au lendemain des
indépendances s'articulaient autour de l'idée fondamentale de la
substitution du droit moderne aux droits traditionnels. Mais ceux-ci vont
résister. Ces résistances proviennent pour la plupart des milieux ruraux,
c’est-à-dire 80 à 90 % de la population, toujours attachés aux systèmes de
valeurs traditionnels. "C’est défigurer la réalité humaine et sociale qui
s’exprime dans les systèmes juridiques que de n'en retenir qu'un besoin
d'ordre, de régularité partant de ponctuelle et totale effectivité des règles
de droit. Il s'y rencontre des instincts antagonistes...96 tels que la
résistance des droits traditionnels... à ceux-ci vient s'ajouter
l'analphabétisme. Et pourtant l'option des pays africains est prise en
faveur d'un droit écrit. Certains, ayant conscience de ne pas pouvoir
immédiatement surmonter ces obstacles, font des concessions provisoires
au droit coutumier97. D'autres au contraire écartent les données
traditionnelles98.
Qu'il s'agisse d'une rupture progressive ou immédiate l'objectif est
le même, l'instauration d'un droit écrit applicable à tous. Dans ces
perspectives les législateurs africains ont-ils suffisamment tenu compte

^ F. TERRE, Le rôle actuel de la maxime "nul n'est censé ignorer la loi”. Études de droit
contemporain, 1966, p. 91. - SZABO - Le rôle de la maxime "nul n'est censé ignorer la loi -
rapports généraux du VII Congrès international de droit comparé UPPSALA août 1966 : R.
DECOTTÏGNIES. L'erreur de droiL RID Civ., 19, p. 309.
94
PH. MALINVAUD, L'impossibilité de la preuve écrite, JCP, 1972 -1 - 2468 n° 12.
^ DEGNI-SEGUI, Codification et uniformisation du droit - Enclopidie juridique de l'Afrique ,
1.1, p. 453 eu.
96
CARBONNIER, Flexible droit LGDJ, Paris, 1979, p. 107.
97 Le Sénégal applique dans son code de la famille le système des options. Ainsi l'article
114 dispose que selon le choix des futurs époux le mariage peut être célébré par l'officier de
l'état civil ou constaté par lui ou son délégué, dans les conditions prévues par la loi. Le
mariage ne peut être constaté que lorsque les futurs époux observent une coutume
matrimoniale en usage au Sénégal".
® Loi ivoirienne n° 64-375 du 7 octobre 1964 relative au mariage.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986
80 YOLANDE TANO

de l’ordre social existant "pour empêcher le développement de l'esprit de


désobéissance à la loi qui selon le mot du doyen Ripert prend la figure
candide de l'ignorance"99.
La majorité des populations africaine étant analphabète, il aurait
fallu prendre en considération la faculté de réception de ce droit écrit. A
ce point de vue le code sénégalais des obligations constitue un exemple
heureux : tout en s'inspirant du modèle français, il présente un certain
particularisme notamment une simplification des mécanismes ou
institutions juridiques dans le but d'en faciliter la compréhension. Mais
ceci constitue "une tête d'épingle" dans tout l'ordonnancement juridique
auquel l'analphabète sera confronté.
L'analphabète qui ne sait ni lire, ni écrire est inapte à avoir une
connaissance du droit qui le régit, inapte à mettre en oeuvre les règles
juridiques dans les domaines juridiques les plus divers. Partant de la
définition de l'analphabète qui ne sait ni écrire, notre ambition se limite à
insister sur certains aspects de la situation juridique qui nous paraissent
assez importants pour poser le problème de la nécessité et de
l'opportunité d'une protection spécifique. Ajoutons que notre étude ne
concerne que le droit privé et plus précisément le droit civil. Mais l'angle
sous lequel l'étude sera abordée, celui des relations sociales, conduit à
l'analyse de certains aspects du droit pénal.
L'analphabète apparaît comme une personne juridique "dégradée",
mais ce n'est pas un incapable. On souhaiterait le protéger, mais sa
condition est ambiguë. "La pratique montre que certains illettrés sont
habiles à gérer convenablement un patrimoine, l"exemple des femmes
illettrées commerçantes et des paysans grands planteurs est éloquent. Et
pourtant il faut se garder de trop généraliser cet état de fait, car il existe
aussi des illettrés qui font preuve d'une incapacité notoire... Ils constituent
la majorité malheureusement"100. On ne peut pas alors présumer de
l'incapacité de l'analphabète. L'ambiguïté de sa condition se ressent au
niveau de sa protection. Si son inaptitude à la lecture laisse indifférent
dans la mesure où elle ne le prive pas de l'intelligence qui permet
d'apprécier l'acte qu'il doit faire, à l'inverse son inaptitude à l'écriture
prête à plus de (Compension) Compréhension.

Atteindre sommaire

^ G. KOUASSIGAN, Quelle est ma loi ? - éd. Pedone, 1974, p. 168.


OBLE-LOHOUES, Le droit des successions en Côte d'ivoire : Tradition et modernisme -
Abidjan NE A, 1984, n° 404.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
L'INAPTITUDE JURIDIQUE DE L'ANALPHABETE 81

I - L'INAPTITUDE A LA LECTURE :

- "N’avez-vous pas vu la pancarte placée à l’entrée du jardin et


selon laquelle il est interdit de marcher sur la pelouse?
- Désolé! Je ne le savais pas et je ne pouvais le savoir. Je suis
illettré, je ne sais pas lire".
L’illettré, n’ayant jamais été considéré comme synonyme
d’incapable au sens juridique et technique du terme, peut-il invoquer son
ignorance pour échapper à l’application de la règle de droit.
Admirons alors la sagesse du législateur qui, connaissant
l’obscurité, la complexité, l'ambiguïté de certaines de ses dispositions se
garde bien de décréter, que tout le monde connaît la loi, il se limite à
recourir à l’adage "nul n’est censé ignorer la loi" pour poser une
présomption de connaissance du droit
Mais les réalités sociales ont conduit à apporter des
assouplissements à la maxime dans les cas choquants pour l’équité, elle
n’apparaissait plus que comme une fiction.

SECTION 1 - LA PRÉSOMPTION DE CONNAISSANCE DU DROIT:

L’adage est traditionnel "nemo legem ignorare censetur”. La


présomption de connaissance des dispositions légales découle du
caractère obligatoire de la loi101. La présomption est générale : elle
s’applique à tous les citoyens d’un État, même aux moins initiés. L’adage
signifie que l’excuse d’ignorance ne peut être opposée pour faire échec
au caractère obligatoire de la loi.

A - COMMENT UNE TELLE CONNAISSANCE EST-ELLE


POSSIBLE?
a - La publication est destinée à porter le texte de loi à la
connaissance du public. La loi exécutoire dès sa promulgation n'est

101
Dans le cadre de cette étude nous utiliserons la définition matérielle de loi. C'est toute règle
de droit écrite formulée par un organe étatique compétent, dans l'exercice du pouvoir
législatif ou exécutif. En tant que règle de droit, la loi, au sens matériel, est générale,
permanente et abstraite. P. LOUIS-LUCAS : La loi - D - 1964, chr., p. 197.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
82 YOLANDE TANO

obligatoire pour les particuliers qu'après sa publication. Cette exigence


résulte de l'article 1er du code civil applicable en Côte d'ivoire102.
La publication du texte consiste dans son insertion au journal
Officiel. Ceci fait alors présumer de la connaissance matérielle du texte
par l'ensemble de la population, revêt donc une importance considérable.
Mais sur le Plan pratique, on constate que très peu de personnes
consultent les journaux officiels, à moins d'avoir un problème ponctuel à
résoudre "Mécaniquement la masse du droit applicable augmente sans
cesse (quatre kg annuels dans la bibliothèque de l'avocat minimum),
surtout dans les spécialités... mais plus encore que la masse, c'est la
complexité qui s’accroît : les règles ne viennent pas se ranger sagement
les unes à côté des autres; elles se recoupent, et il faut les concilier ou les
combiner, si bien que chaque cas demande une recherche préalable du
droit qui a vocation à le régir. C'est le métier du juriste que de se
reconnaître dans cette forêt. Mais le profane peut-il s'y aventurer103 ?
b - Pour remédier alors à l'insuffisance de la publication par le
journal officiel et pour que la loi soit portée effectivement à la
connaissance des intéressés les autorités ivoiriennes ont mis l'accent sur
les procédés de diffusion de masse104.
L'information des populations et des analphabètes en particulier,
passe par une utilisation intensive des mass-médias, notamment la radio
et la télévision. Différentes émissions sont programmées et pour mieux
faire passer les messages, on utilise de plus en plus les langues
vernaculaires . Des films et des sketches sont montés pour illustrer les
grands problèmes et pour donner à tout citoyen même analphabète un
idée sur l'étendue de ses droits et obligations. Toute cette politique
d'information est facilitée par le fait que le programme d'éducation
télévisée au niveau de l'enseignement primaire en cours à une certaine

* ^ A. BONI, La mise en pratique des lois dans les nations en voie de développement -
Penant, 1963, p. 449.
R. GRANGER, Problèmes d'application du droit moderne dans les pays en voie de
développement ■ Annales Malgaches H, 1965, p. 113.
103
CARBONNŒR, Flexible droit LGDJ, Paris, 1979, p. 128. A. SAYAG et F. TERRE -
Connaissance et conscience du droit, année sociologique, 1979.
104
R. GRANGER, option précitée, p. 115. L'auteur parle également de relais d'application du
droit. Il s'agit de professionnels par l'intermédiaire desquels les règles juridiques édictées sont
diffuées auprès des intéressés. Un de nos maîtres se demandait si on ne pouvait pas créer un
corps de fonctionnaires spéciaux ( un par sous-préfecture par exemple) voire d'auxiliaires de
justice charges d'éclairer les analphabètes en matière juridique tout en n'ayant pas le droit
d'exercer une activité de conseil juridique. Pourquoi pas ? Ceci permettrait en outre de
résorber le "chômage des intellectuels".

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
L'INAPTITUDE JURIDIQUE DE L’ANALPHABETE 83

époque, a permis l’installation de postes de télévision dans toutes


les écoles primaires du territoire ivoirien. Ainsi les populations rurales à
majorité analphabète s'y donnent rendez-vous pour s'informer. Il ne faut
pas omettre également toutes les campagnes de sensibilisation menées par
les sous-sections du partie... Si l'individu ne peut en raison de son état
d'analphabète aller à la règle de droit, celle-ci ne doit-elle pas aller à
l'individu?
Il est ainsi difficile d'affirmer que la seule publicité des textes
suffise à porter réellement ceux-ci à la connaissance des intéressés. Peut-
on alors accepter sans objection la maxime "nemo legem ignorare
censetur”?
B - L'adage traditionnel "nul n'est censé ignorer la loi”, s'il signifie
que l'excuse d'ignorance ne peut faire obstacle à l'application de la loi, ne
règle aucunement la question de savoir dans quelle mesure la loi a t-elle
pu ou non être connue. "La loi est un personnage semi-divin. On grave ce
nom, la loi sur les insignes des détenteurs de l'autorité. Et cette
symbolique comporte une vraie menace. La loi possède et déclenche
aussi le châtiment. Malheur à celui qui l'ignore"105. La présomption de
connaissance de la loi est alors irréfragable. Mais peut- on ignorer des
considérations de fait importantes telles que l'alphabétisme pour continuer
d'appliquer strito sensu la maxime sans la nuancer?
Le droit pénal semble rester indifférent à ces états de fait, quant au
droit civil il apparaît moins rigoureux dans l'application de la maxime.
a - L'infraction pénale est un fait nuisible, anti-social auquel la loi
attache une sanction qui frappe l'auteur responsable de ce fait.
Apparemment on peut considérer que celui, qui commet une infraction à
cause de son erreur sur le caractère répréhensible de son acte, peut
invoquer en sa faveur le principe fondamental en matière pénale selon
lequel la responsabilité doit être fondée sur la faute de l'auteur et qu'en
conséquence son erreur de l'illicite de son acte rend son comportement
non fautif106.
Or selon l'adage "nul n'est censé ignorer la loi" tout individu doit
connaître la loi. Ceci implique que chacun doit avant d'agir s'informer des
interdictions auxquelles il peut se heurter. S'abstenir de se renseigner
constitue une faute envers la société. Certains auteurs

^ R. fî[Link].N, "Nul n'est censé ignorer la loi”, mélanges Roubier, p. 257.


FRANCON, L'erreur en droit pénal - quelques aspects de l'autonomie du droit pénal. Éludes
de droit criminel, Paris, Dalloz 1956, p. 228.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


84 YOLANDE TANO

poussant plus loin l'analyse, y voient le manquement à une obligation,


contre partie de la règle nullum crimen sine lege, l'une et l’autre dérivant
du contrat social107.
La loi pénale revêt toujours un caractère d'ordre public et dans le
procès pénal, c'est la société qui demande des comptes au prévenu. On
conçoit mal dès lors, que ce dernier puisse pour sa défense invoquer son
ignorance de la loi; c'est-à-dire un manquement à un devoir social : celui
de s'informer des textes en vigueur. Selon les articles 96 du code pénal
ivoirien et 75 du code pénal camerounais l'ignorance de la loi pénale, est
sans conséquence sur l’existence de la responsabilité pénale. L'erreur de
droit n'est donc pas considérée comme exonératoire de responsabilité.
Cette rigueur pénale n'échappe cependant pas à la critique.
Le fondement de la présomption de connaissance de la loi réside
dans la nécessité de sauvegarder un bon fonctionnement de l'ordre
juridique. Mais l'évolution du droit dans un certain contexte social permet
de douter de la pertinence actuelle des solutions légales. On assiste en
effet de nos jours à un accroissement statistique fort important du nombre
des erreurs de droit commises par les particuliers. Les citoyens ne
connaissent pas, dans leur majorité les lois d'incrimination .Tout au plus,
peut-on admettre que nul n'ignore l'existence des grandes infractions de
droit commun, mais les contours exacts de celles- ci demeurent
insoupçonnés du plus grand nombre. Même les spécialistes les juristes -
ne peuvent pas dresser une liste exhaustive des qualifications légales.
Dans les pays africains le problème se pose avec une certaine
acuité. Une application rigoureuse de la loi pénale aboutit à protéger
l'ordre social abstrait. Les réalités africaines existent et ne peuvent
nullement être négligées. Comment peut-on oublier que plus de la moitié
des populations africaines est encore frappée, et pour longtemps encore
par le fléau qu'est l'analphabétisme?108 Comment peut-on condamner un
individu en sachant pertinemment que celui-ci ne pouvait pas avoir
connaissance de la loi d'incrimination?
A une époque où la personnalité du délinquant vient au premier
plan des préoccupations pénales, il semble que la répression soit

107
MERLE et VITU, Traité de droit criminel - 2ème édit. n° 437 - G. STEFANI, G.
LEVASSEIR? B. BOULOC .Droit pénal général - Dalloz llème édit., p. 348.
Le problème n'est pas spécifique à l'Afrique. D se pose aussi dans les pays développés, par
exemple le cas des travailleur! immigrés, souvent Ulettrés résidant en France. Paris 31 Mai
1949 JCP 1949.H.5163, Revue de Sciences criminelles, 1950, p. 53.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


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L'INAPTITUDE JURIDIQUE DE L’ANALPHABETE 85

singulièrement aggravée par la méconnaissance du droit lorsque l'on est


en présence d'un alphabète.
Certes on ne peut pas admettre que toute erreur de droit mette
obstacle à la constitution de l'infraction, ce serait nier le devoir de
s’informer qui pèse sur les sujets de droit. Mais dans l'hypothèse où
l'exercice du devoir de s'informer a été mis en échec, par exemple en
raison de l'analphabétisme, les textes de lois devraient faire l'objet d'une
application plus souples
b - La loi civile régit les rapports entre particuliers. L'adage
traditionnel"nemo legem ignorare censetur” est imposé pour des
nécessités pratiques. Personne ne peut invoquer son ignorance pour en
écarter l'application. Ce serait l'anarchie si l'application de la loi pouvait
dépendre de circonstances propres à ceux qui lui sont assujettis. En
matière civile la loi est avant tout protectrice d'intérêts privés. Si on
considère que c'est pour chacun un devoir social de connaître la loi; il
semble moins choquant de voir un citoyen tirer argument de son
ignorance du droit contre un autre citoyen. La difficulté de connaître
effectivement la loi rend alors la maxime sévère, d'autant qu'elle
avantage, en fait, ceux qui disposent des moyens de s'informer au
détriment des plus démunis. Aussi la maxime devrait-elle s'appliquer
avec moins de rigueur qu'en matière pénal109. Régissant les rapports
entre particuliers, la loi civile est souvent interprétative ou supplétive de
volontés, les dispositions légales conservent toute leur efficacité car elles
produisent leurs effets en dehors de toute manifestation de volonté de
celui qui se prévaut de son ignorance.
c - L'application de la maxime "nul n'est censé ignorer la loi" en
matière civile et pénale fait ressortir l'absence de sollicitude particulière
de la loi à l'égard de l'analphabète, qui est traité de la même manière
qu'un lettré. L'analphabète n'est pas un incapable juridique en raison de
la force de la présomption de connaissance du droit par tous.
On aboutit à des situations anormales, injustes. Destiné à
organiser la vie sociale, le droit doit évoluer avec celle-ci en prenant en
compte toutes ses composantes. A priori, cette adaptation incombe au
législateur qui exprime la volonté générale dans un régime
démocratique. Cependant, c'est le juge qui bien souvent sera confronté à
l'inadéquation

J. GHESTIN, Traité de droit civil - Introduction générale par J. CHESTTN et G. TERRE,


Le rôle actuel de la maxime "nul n'est censé ignorer la loi" Travaux de l'Institut de droit
comparé de l'Université de Paris, t 30, p. 91. J. CARBONNIER, Flexible droit LGDJ, Paris,
1976, p. 123.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


86 YOLANDE TANO

du droit avec le milieu récepteur. Que faire alors? Se borner à appliquer


purement et simplement les règles de droit ?
La protection légale de l'inaptitude de l'analphabète à la lecture est
inexistante; or il est évident que vu le taux élevé d'illettrés dans les pays
en développement, ceux-ci seront d'une manière ou une autre impliqués
dans un litige.
Le sieur X, grand planteur de son état, entre faire des courses dans
une grande surface de la place. Au rayon vêtements il choisit un pantalon
et passe à la caisse. La préposée à la caisse enregistre le prix de l'article et
l'indique à l'acheteur. Celui-ci refuse de payer prétextant qu'il ne pensait
pas que l'article coûterait si cher. Le chef de vente lui fait remarquer que
le prix était indiqué sur une étiquette agrafée au vêtement. A cela le Sieur
X répond qu'étant analphabète il n'avait pas pu lire le prix. Comment le
juge va-t-il réagir? Tenu de juger, à peine de déni de justice, va-t-il se
contenter d'appliquer purement et simplement les règles de droit à ceux
qui en ignorent l'existence? Le principe de l'égalité de tous les citoyens
devant la loi, consacré par les déclarations des droits de l'homme, conduit
tout naturellement à interdire à quiconque la faculté d'échapper à son
application pour des motifs tenant à sa personne, notamment son
ignorance des dispositions légales due à son analphabétisme : nul n'est
censé ignorer la loi .11 est évident que sans rigueur il ne peut y avoir ni
droit, ni droit, ni justice et il n'est pas moins évident qu'un manque de
souplesse risque de briser l'aspiration à la justice intrinsèque au droit,
faute de n'avoir pas su adapter le propos juridique aux circonstances
particulières de l'espèce.
Il s'agit alors pour le juge d'adapter les textes par une interprétation
souple, donnant ainsi un sens et une portée que les rédacteurs des textes
avaient sous-entendus ou n'avaient pas envisagés. Des tempéraments
seront ainsi apportés à la présomption de la connaissance de la loi.

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L'INAPTITUDE JURIDIQUE DE L’ANALPHABETE 87

SECTION 2 - LES LIMITES DE LA PRÉSOMPTION DE


CONNAISSANCE -

Les juges s’efforcent de corriger partiellement les abus qui peuvent


résulter de l’application rigoureuse de la présomption irréfragable de
connaissance de la loi. Ils vont poser certaines limites aussi bien en
matière pénale que civile
A - En matière pénale, l’adage nul n'est censé ignorer la loi est si
universellement admis qu’on hésite à l'attaquer de front. Il est alors plus
prudent de recouvrir à un biais pour s'y soustraire110.
a - Une première limite résulte du texte de l'article 96 du code
pénal ivoirien qui dispose que l’ignorance pénale est sans conséquence
sur l'existence de la responsabilité pénale .La disposition légal invite à
distinguer l'ignorance de la loi pénale de l'ignorance des textes extra
pénaux.
L'ignorance de la loi ou erreur de droit est considérée tantôt
comme l'ignorance des dispositions juridiques, tantôt comme la
compréhension erronée du droit Cette erreur de droit, peut concerner
aussi bien les dispositions pénales que les dispositions d'une autre
branche du droit, droit civil ou droit administratif.
La doctrine française cite souvent l’exemple de l'ouvrier qui, en
exécutant des travaux de terrassement, trouve un trésor et l'emporte ne
sachant pas qu'en vertu du droit civil français une moitié du trésor
découvert revient à celui qui l'a trouvé et l'autre moitié au propriétaire du
terrain où ce trésor était enfoui 111. La jurisprudence ivoirienne nous
donne l'exemple d'une femme poursuivie pour adultère; croyant que son
précédent mariage était dissous par l'existence d'une instance en divorce,
s'était mise en concubinage avec un autre individu112.
Pour la Cour d'Appel, l'instance en divorce ou en annulation du
mariage peut dispenser les époux du devoir de cohabitation, mais un des
autres obligations nées du mariage dont notamment le devoir de fidélité
jusqu'à l'intervention d'une décision judiciaire définitive relative au

110
Journées d'études de l'Association française de droit pénal : les causes d'irresponsabilité
pénale. Annales de l'Université des Sciences Sociales de Toulouse, [Link], 1982. Voir
notamment cf. M. PUECH : L'erreur en droit pénal, p.65.S. PLAWSKI, L'erreur de droit, p.
131.
111
BOUZAT et PINATEL, Traité du droit pénal et de criminologie, Paris. DALLOZ, 1970, n°
184..E. DASKAKIS, Réflexions sur la responsabilité pénale, P.U.F, 1975, p. 55 et suiv.
112
REVUE
Cour d'Appel d'Abidjan, 10 Nov 1970, RJD., 1971, IVOIRIENNE
n° 1971, n° 3, p. 75. DE DROIT, N° 3-4, 1986
88 YOLANDE TANO

divorce ou à l'annulation du mariage. En l'absence d'une telle décision se


rend coupable du délit d'adultère, la femme qui vit en concubinage avec
un homme autre que son mari en se fondant sur le seul fait de
l'introduction de l'instance en divorce ou en annulation du mariage.
En l'espèce il y a eu erreur sur un élément de droit, donc erreur de
droit, mais il s’agit en l'espèce d'une méconnaissance des dispositions
civiles sur le divorce, c'est-à-dire une erreur extra pénale. La Cour
d'Appel applique l'article 96 à la lettre, il y a une erreur de droit qui n'a
aucune incidence sur l'application de la loi pénale. La cour rejette ainsi
toute distinction entre erreur pénale et erreur extra-pénale23.
Que penser d'une telle position? Partant de la définition de l'erreur
de droit - erreur sur une règle juridique - nous ne comprenons pas
pourquoi on devrait adopter un régime différent en fonction de la nature
de la règle, objet de l'erreur. De prime abord rien ne justifie une
distinction entre erreur pénale et erreur extra-pénale. En réalité, il y a
seulement erreur de droit, mais les conditions dans lesquelles elle s'est
produite, incitent à la clémence. Telles sont les véritables données du
problème. Mieux vaut laisser l'adage nemo censetur... intact et rechercher
si les circonstances de l’espèce justifient une admission exceptionnelle de
l'erreur de droit
b - En s'attachant aux circonstances dans lesquelles s’est produite
l'erreur, les tribunaux ivoiriens pourraient retenir la théorie de l'erreur
invincible24. Il faut entendre par cette expression la situation dans laquelle
l'agent a fait tout ce qui était humainement possible pour s’informer mais
n’a pas pu y parvenir ou a obtenu des renseignements inexacts25. Sa
décision d’agir est faussée.
Ainsi par exemple pour la violation des règles concernant la
circulation ou le stationnement des véhicules, en l'absence de panneaux

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L'INAPTITUDE JURIDIQUE DE L’ANALPHABETE 89

de signalisation, comment savoir quelle était la règle applicable?


Comment dès lors la respecter?
Si en outre l'agent est analphabète; dans la mesure où il ne sait pas
lire, comment va-t-il avoir connaissance de l'interdiction? Pour un tel
individu même l'existence des panneaux de signalisation n'aurait rien
changé.
Mais il ne suffit pas pour se soustraire aux sanctions légales
d'alléger purement et simplement son ignorance des choses du droit;
sinon il est évident que l'immense majorité des justiciables ne
manqueraient pas de se prétendre en situation de bénéficier d'une telle
cause d'irresponsabilité. Il faut que l'erreur invoquée ait effectivement un
caractère invincible.
Comment apprécier l'invincibilité de l'erreur? Le Doyen PUECH
préfère une appréciation in abstracto : "il ne suffit pas que l'agent n'ait pas
pu éviter l'erreur, car bien qu'il n'ait pas pu, il aurait dû l'éviter dès lors
qu'un individu moyen placé dans les mêmes conditions l'aurait pu113.
Nous partageons entièrement cette position qui est rationnelle, par
conséquent guère humanitaire. Une appréciation in concreto du caractère
invincible de l'erreur, c'est-à-dire en fonction des aptitudes personnelles
du prévenu, aurait été la solution idéale pour l'analphabète. En effet, on
aurait pu alors considérer que son inaptitude à la lecture avait constitué un
handicap pour la connaissance du droit. On serait ainsi parvenu à
concilier les impératifs apparemment contradictoires de justice et d'une
nécessaire paix sociale. Mais alors ce serait la porte ouverte à toutes
sortes d'abus. Ce serait "accorder un brevet d'impunité à tous les rustres
qui par manque de curiosité ou du plus élémentaire bon sens n'ont aucune
idée des frontières du licite et de l'illicite, de ce qui se fait et de ce qui ne
se fait pas"114.
c - Une autre possibilité est offerte aux juges pour tenir compte des
capacités individuelles propres au prévenu : les circonstances atténuantes.
Selon l'article 117 du Code pénal sauf dans les cas où la loi les exclut
formellement, le juge peut, eu égard au degré de gravité des faits et de
culpabilité de leur auteur, accorder à ce dernier le bénéfice des
circonstances atténuantes sans qu'il y ait à motiver sa décision"2*.

113
M. PUECH, op. cit., 76
114
[Link],.[Link],p.75

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


90 YOLANDE TANO

Les circonstances atténuantes dont il est fait un si grand usage


aujourd’hui présentent l'avantage de permettre l'adaptation de la peine en
tenant compte de tous les éléments de faits qui accompagnent l'infraction
comme par exemple l'état d'analphabète du prévenu. Si celui-ci a ignoré
le caractère anti-social de son agissement, aucun reproche ne peut lui être
adressé. Or les circonstances atténuantes ont seulement pour effet de
limiter la peine et non d'exonérer l'analphabète de toute responsabilité.
Que doit-on alors en conclure? IL ressort qu'en matière pénale la
nécessité de la défense de la société va toujours prévaloir. Chaque citoyen
a le devoir de se renseigner sur les obligations que la loi lui impose et s'il
ne le fait pas il ne peut s’en prendre qu'à lui - même. Solution raisonnable
sur le terrain de l'intérêt général, mais qui paraît choquante dans certains
cas particuliers où il apparaît manifestement impossible de considérer
l'ignorance ou l'erreur de droit comme des fautes. Or de telles hypothèses
deviennent de plus en plus nombreuses à l'époque contemporaine. Que
pourra faire un analphabète devant l'inflation des lois pénales?
Il s'avère nécessaire d"'atténuer la rigueur de la règle nemo
censetur, face à un prévenu analphabète en lui permettant d'invoquer son
erreur de droit à qui conférer des effets plus complets que ceux des
circonstances atténuantes, sinon on aboutit à une "culpabilisation" de
l'analphabète.
A - En matière civile, différents moyens ont été mis en œuvre pour
écarter l'application de la règle selon laquelle nul n'est censé ignorer la
loi. Ces moyens sont de deux ordres :
a - La difficulté de connaître effectivement la loi rend l'adage
sévère d'autant qu'il avantage en fait ceux qui disposent des moyens de
s'informer au détriment des plus démunis.
Le législateur lui-même intervient de plus en plus pour imposer
l'information des individus. Ainsi selon l'article 8 de la loi du 28 Juillet
1978 relative au prix, à la poursuite et à la répression des infractions à la
législation économique, la publicité des prix est obligatoire par marquage,
étiquetage, écriteau, affichage115. De même, l'article 2 du décret du 6
mars 1985 relatif aux mesures de sécurité s'attachant aux conserves mises
en vente dans le commerce, prévoit que celles-ci doivent porter sur le
récipient ou emballage en caractères latins parfaite-

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115
Loi n° 78-633 du 28 juillet 1978 - RID, 1979-80, n° 1-2, p. 141 Décret n° 79-588 du 11
Juillet 1979 relatif à la réglementation de la concurrence et des prix.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L'INAPTITUDE JURIDIQUE DE L’ANALPHABETE 91

ment lisibles, indélébiles, la date de fabrication116 . L’article 3 du même


décret impose que l’étiquette soit rédigée dans la langue officielle de la
Côte d’ivoire.
Ces différentes réglementations, émanant des Ministères du
Commerce; de l’Économie et des Finances, et de l’Industrie permettent
au consommateur de rendre directement compte de l’état des produit,
d’avoir connaissance des prix des marchandises... Toutes ces mesures de
publicité des prix, de sécurité des produits, d’essence dirigiste, ne sont
d’aucune utilité pour l’analphabète qui ne peut pas les lire. Quand on se
rend sur les marchés africains, on voit rarement des pancartes indiquant
les prix des produits. On entre ici dans un domaine où les relations
juridiques ne font pas appel à la lecture, comment le droit protège-t-il de
ces différentes situations?
Les litiges qui peuvent naître de ces contrats de gré à gré conclus
quotidiennement sur les marchés sont résolus à l’amiable : c’est, par
exemple le cas de marchandises achetées et qui s'avèrent par la suite
avariées.
Afin d’informer le contractant la loi prévoit souvent que l'acte sous
seing privé doit comporter un certain nombre de mentions. Ainsi, par
exemple, pour la cession d’un fonds de commerce, il est utile que le
cessionnaire soit informé des éléments lui permettant de connaître la
valeur effective du fonds117.
Le droit positif s'efforce aujourd’hui de protéger le consentement
par des mesures préventives grâce aux techniques de l'ordre public de
protection118. Celles-ci jouent essentiellement en faveur de certaines
catégories de contractants qui sont jugés en état d'infériorité. Ces
dispositions tendent à imposer un certain formalisme visant à rendre le
consentement plus libre, plus réfléchi et plus éclairé: par exemple,
caractères apparents et gras des clauses essentielles dans les polices
d’assurances, mentions informatives sur les boîtes de conserves... Le
principe est admis aujourd’hui qu’il y a obligation d'informer celui qui ne
peut s'informer119. Dans la conception classique du contrat, celui-ci est
l'œuvre de deux parties égales en droit et discutant librement les clauses
de leur accord. La pratique moderne montre que de nos jours le contrat
est souvent l'œuvre exclusive de l'une des parties, plus puissante

Décret n° 85-174 du 6 mars 1985 relatif aux mesures de sécurité des conserves.
Loi du 29 juin 1935 : article 12 ^ [Link], L'ordre public de
protection. Études Flour, 1979, p. 95.
Loi du 13 juillet 1930 relatif au contrat d'assurance. Décret 6 mars 1985 relatif aux mésures de
sécurité s'attachant aux conserves.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


92 YOLANDE TANO

économiquement que l'autre. Celui-ci se trouve en situation de faiblesse,


surtout depuis l'apparition de contraintes nouvelles inhérentes à la société
de consommation Les rapports de force ont changé et le simple Citoyen
se voit imposer en tous domaines des contrats d'adhésion120. Un exemple
typique du contrat d'adhésion est le contrat d'assurances. Peut- on
considérer que les clauses reproduites sur le document contractuel sont
toutes connues du client et acceptées par lui?
Le défaut de connaissance peut résulter d’une impossibilité
objective en raison de la nature ou du caractère technique de l'objet.
L'impossibilité peut être subjective en raison de l'inaptitude personnelle
de l'une des parties. L'analphabétisme peut être considéré comme un cas
d'impossibilité subjective. Quelle sera alors d'attitude du juge? Toutes les
dispositions légales protectrices, mentions informatives, caractères
apparents, ne sont d'aucune utilité pour qui n'est pas en mesure de les lire.
Dans un arrêt de la Cour d'Appel d'Abidjan, le Sieur D souscrit une
police pour l'usage de son véhicule alors qu'en fait il utilise son véhicule
pour le transport public. Le contrat d'assurance a été annulé en première
instance. La Cour d'Appel d'Abidjan a estimé qu'il n'est pas contesté que
DIABY-MORY Tiemoko ne savait ni lire, ni écrire au moment de la
conclusion de la police d'assurance... cette allégation de renseignements
s'imposait d'autant plus qu'il était simplement porté dans la police qu'il
s'agissait d'un usage T1 et l'explication de la lettre T suivie du chiffre 1
n'était donné ni dans le contrat lui-même, ni dans les documents
annexes"121.
L'information de la partie défavorisée tend à rétablir un certain
équilibre entre les parties. Mais alors que l'analphabète n'est pas considéré
comme un incapable au sens de l'article l 123, il apparait que l'excès des
mesures préventives pour le non initié en général, et l'analphabète en
particulier conduit à reconnaître une certaine incapacité. Ceci ne
contribue nullement à lutter contre l'analphabétisme; l’illettré peut
impunément et sans raison sérieuse revenir sur la parole donnée122.

120
BERLIOZ, Le contrat d'adhésion LGDJ, 1976, 2ème édiL KOUASSIGAN, op. cit., p. 280 -
propose que la traduction des contrats, surtout des contrats d'adhésion,dans les idiomes parlés
par les contractants soit considérée comme une condition de validité de leur engagement.
C. A. Abidjan 25 avril 1980 - Annonces Hebdo n° 21 - J. CHESTIN - Traité de droit civil,
le contrat LGDJ, 1980, n° 462 et suiv. LUCAS DE LEYSSAC, L'obligation de
renseigenmenrs dans les contrats in l’Information en droit privé LGDJ, 1978, p. 305 et suiv.
Contre une reconnaissance généralisée de l'obligation de renseiger, jugée moralement
souhaitable, mais contraire i l'état de nos moeurs. C.F. GHESTTN, "La notion d'erreur dans le
droit positif actuel. LGDJ, 1971,2ème édit, p. 93.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986 Atteindre sommaire


L'INAPTITUDE JURIDIQUE DE L’ANALPHABETE 93

b - Un autre moyen d’atténuer la rigueur de la présomption


irréfragable de connaissance de la loi consiste à reconnaître à l'erreur de
droit les effets reconnus à l'erreur de fait. Il ne s'agit pas d'appliquer une
loi, mais de se prononcer sur une question de fait : par exemple le sujet
aurait-il contracté s’il avait connu la réalité telle qu'elle résultait de la loi ?
Le droit romain validait déjà les actes accomplis sous l'empire
d'une erreur commune : error communis facit jus. Quand l'erreur a été
presqu'universellement commune, on peut supposer qu'elle était
inévitable. Le fait que l'erreur était communément partagée crée donc une
présomption d'invincibilité123. Avec l'erreur commune, on prend en
considération l'erreur commise par la masse; mais, un sujet considéré, peut
avoir de bonnes raisons de se tromper : son erreur est alors légitime.
Le droit civil retient également l'erreur de droit en faisant jouer la
notion de bonne foi à laquelle le droit positif attache d'importantes
conséquences, pour en déduire un vice du consentement justifiant
l'annulation d'un acte juridique. Le code des obligations Sénégalais
n'hésite pas à proclamer que "l'erreur de droit est vice du consentement
dans les mêmes conditions que l'erreur de fait"124. Différentes applications
ont été faites aussi bien en matière contractuelle qu'extra- contractuelle.
1°) Dans les sociétés traditionnelles africaines rurales, milieux où le
taux d'analphabétisme est le plus élevé, la forme et la solennité confèrent à
l'acte juridique davantage que la volonté. L'introduction de l'économie
monétaire a exigé la formation d'un droit contractuel assurant les
transactions; les dispositions de droit écrit se sont multipliées, les contrats
se sont développés. Selon la doctrine classique, c'est à chacun qu'il revient
de défendre ses intérêts dans les contrats qu'il passe, il ne s'agit pas de
révéler à son partenaire les inconvénients du contrat qu'il envisage de
conclure. Mais des perspectives ont changé; des lois spéciales de plus en
plus nombreuses ont créé des obligations d'informer125. La jurisprudence
les a étendues à diverses situations126. On est passé d’une conception
purement négative et individualiste (à chacun

123
H. MAZEAUX, La maxime error communis fact jus RTD civ. 19824 - 938. DECO l'l
1GNIES, L'erreur de droit - Rev [Link] civil, 1951 p. 309.
oo
Ait. 62 al. 3 Code des obligations sénégalais - Il légalise ainsi une position jurisprudentielle
admise depuis fort longtemps.
^ Loi du 13 juillet 1930 sur les assurances, loi du 27 juillet 1978 relatice aux prix, décret du 6
mars 1985 sur l'étiquetage des boîtes de conserves...
Cour d'Appel d'Abidjan, 25 avril 1980, op. précit.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


94 YOLANDE TANO

de se défendre soi-même) à une conception positive, solidariste et


concrète (obligation d'informer, considération de la qualité des
partenaires127.
L'élément essentiel du contrat est constitué par la volonté de
s'engager, volonté qui doit être exprimée librement et éclairée dans son
intelligence. Une telle volonté existe-t-elle chez l'analphabète ?
Le consentement n’oblige que si la volonté de celui qui l'a donné est
saine. Si le consentement a été vicié, le contrat n'est pas valable : la loi a
entendu protéger celui dont le consentement a été altéré en lui permettant
de demander la nullité des contrats. Les codes civils africains déclarent
qu'"il n'y a point de consentement valable, si le consentement n'a été
donné que par erreur, ou s'il a été extorqué par la violence ou surpris parle
dol"128.
A ces solutions classiques existantes l'analphabétisme va-t-il donner
une configuration particulière? Un examen de la jurisprudence va nous
permettre de répondre à cette question.
Dans un arrêt de la Cour d'Appel d'Abidjan, l'acte juridique dont
l'annulation était demandée était une transaction. En 1975 un individu
avait été victime d'un accident de la circulation occasionnée par un
véhicule assuré par la SACRA. A la suite d'un rapport d'expertise
constatant l'incapacité permanente partielle de la victime, celle-ci accepte
et signe une transaction proposé par la Compagnie d'Assurance en 1978.
En 1980 ayant fait constaté l'aggravation de son préjudice et souhaitant
par conséquent une indemnité complémentaire, la victime demande au
tribunal de première Instance d'annuler la transaction signée par elle parce
qu'étant illettré elle n'a pas perçu toutes les conséquences de l'acte auquel
elle a participé. Le tribunal de première Instance d'Abidjan la déboute de
sa demande129. La victime fait appel en soutenant que la transaction est
intervenue au moment où elle était traumatisée par l'accident. La Cour
d'Appel d'Abidjan va confirmer le jugement, elle estime que le plaignant
n'évoque aucune cause sérieuse de nullité, l'analphabétisme n'en étant pas
une, puisqu'un illettré n'est pas un incapable, qu'il ne démontre pas avoir
perdu le sens du raisonnement au moment où il contractait, que bien au
contraire puisque la transaction a été signée près de trois ans après
l'accident, il était parfaitement

Atteindre sommaire

127
G. FARJAT, Droit privé de l'économie, L 2. PUF, 1975, p. 152.
128
Art. 1109 C. civil en droit ivoirien, art. 75 Code des obigations sénégalais.
4
^ Tribunal Première Instance d'Abidjan, n° 11, ADD du 5 janv. 1983, inédit.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
L'INAPTITUDE JURIDIQUE DE L’ANALPHABETE 95

conscient de ses actes... il a accepté en toute connaissance de cause"130. Il


apparaît bien qu'en l'espèce, l'état d'analphabète n'a pas infléchi la solution
de la Cour. Pour celle-ci l'analphabète n'est pas un incapable, par
conséquent, il peut valablement passer un contrat. Une telle position est
conforme à la jurisprudence ivoirienne naissante qui ne considère pas
l'analphabétisme comme un handicap légal131. Par ailleurs la cour a rejeté
la demande en annulation de la transaction litigieuse au motif que cette
convention n'était entachée d'aucun vice du consentement.
La victime soutenait que la transaction était intervenue au moment
où il était traumatisé par l'accident. Pourrait-on alors considérer que la
transaction a été passée sous l'empire de la nécessité?
L'état de nécessité équivaut à la violence visée par le code civil132.
La doctrine moderne est favorable à la reconnaissance de l'état de
nécessité comme vice du consentement133. Juridiquement il n'y a aucune
raison de ne pas admettre la contrainte extérieure, on tient déjà compte de
la violence d'un tiers, c'est-à-dire d'une violence à laquelle n'a pas
participé le contractant134.
Mais dans l'espèce soumise à la Cour d'Appel d'Abidjan, nous
estimons qu'un tel vice ne pouvait nullement être invoqué dans la mesure
où la transaction est intervenue trois ans après l'accident. La victime en
l'espèce ne pouvait pas prétendre avoir subi une violence morale
constitutive du vice du consentement prévu aux articles 1109 et 1111 du
code civil.
La position de la Cour d'Appel d'Abidjan sera différente dans
l'arrêt du 23 février 1981135. Un individu est grièvement blessé à
l'occasion d'un accident de la circulation par une voiture de la SOTAVIV
assurée par la Sécurité ivoirienne. Celles-ci sont déclarées responsables et
condamnées in solidum à indemniser la victime. Postérieurement à

130
Cour d'Appel d'Abidjan 3 février 1984 inédiL
131
Cour d'Appel d’Abidjan 5 février 1982 inédit : référence citée par OBLE-LOHOUES n° 403.
Le droit des successions en Côte d'ivoire : tradition et modernisme; il s'agissait en l'espèce des
frères et steurs d un défunt qui voulaient priver la femme de celui-ci de son droit d'administrer
les biens de ses enfants mineurs parce que la mère était illettrée. La Cour a rejeté leurs
prétentions : la mère est investie de plein droit du droit d'exercer la puissance paternelle au
décès du père. L'analphabétisme n'est pas une cause de déchéance.
132 T
Le consentement peut être vicié par les circonstancees extérieures dans lesquelles a été passé
le contrat.
ân
WEILL et Terre-Droit civil des obligations - Dalloz, 1971, n° 194 MAZEAUD et JUGLART
- Droit civil, t. II, volume 1, Montchretien, 1978, n° 203.
[Link], op. ci t., p. 157 et suiv.
135
Cour d'Appel d'Abidjan, 23 février 1981 inédit.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


96 YOLANDE TANO

cette décision la compagnie d'assurances et la victime vont, à l'insu de


l’Avocat de cette dernière, transiger sur la somme à payer. Cette
transaction a été annulée par la Cour parce qu'elle "constitue
manifestement un dol d'autant plus que la victime qui est analphabète
n'était pas à même d'en apprécier raisonnablement la portée".
L'article 63 du code des obligations Sénégalais définit
parfaitement le dol: c'est une tromperie provoquée par des manœuvres
que l'un des contractants a pratiquées à l'encontre de l'autre pour l'amener
à donner son consentement. Le dol n'est autrement qualifié que par les
manœuvres. Le droit ne protège ni la sottise, ni la naïveté; mais en
l'espèce il est évident que transiger avec la victime à l'insu de son conseil
en sachant qu'elle ne serait pas en mesure d'apprécier la portée de son
acte révèle les manœuvres de la compagnie d'assurances. Certains auteurs
estiment, et à juste titre, que profiter en connaissance de cause de l'erreur
de son contractant ne constitue pas un dol, mais un cas de mauvaise foi
dans la conclusion du contrat136.
Dans l'espèce analysée la solution de la Cour d'Appel est fondée.
La volonté de l'analphabète avait certes été exprimée librement, mais elle
n'avait pas été éclairée dans son intelligence, la transaction ayant été
conclue à l'insu de l'avocat de la victime.
En effet, le fait de traiter avec un analphabète ne constitue pas à lui
seul une manœuvre, tel le cas de ce commerçant qui se plaint de ce qu'on
a profité de l'absence de son fils et du fait qu'il est illettré137.
Dans l'espèce du 30 Avril 1976, le seul fait qu'un individu ne
sache pas lire, ne suffit pas à établir que le consentement donné n'a pas
été éclairé pour justifier l'annulation de l'acte. Le fait pour un vendeur de
faire signer un contrat rédigé en français à un acheteur ignorant cette
langue et illettré, après avoir discuté de la convention dans sa langue
maternelle ne peut pas entrainer la nullité de la convention. Un
commerçant même illettré, qui a fait toute une carrière dans les affaires a
prouvé par là même qu'il est apte à défendre ses intérêts dans le domaine
contractuel. Cette décision applique tout simplement les solutions
classiques en la matière. Le consentement n'a pas été vicié. Le vendeur
n'a pas abusé de la situation de l'analphabète pour lui extorquer son

BONASSIES - Le dol dans la conclusion du contrat - thèse LILLE 1955. L’expression


abus de situation a été utilisée s'agissant de la formation des actes juridiques pour
designer le comportement du contractant qui par l'utilisation de manoeuvres déloyales
et l'exploitation de l'infériorité de l'autre partie, a conduit cette dernière à la conclusion
d'un acte juridique dont ce contractant retire un avantage.
Cour d'Apple d'Abidjan 30 avril 1976,RID, 1988, n°3 -4, p. 31.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

Atteindre sommaire
L'INAPTITUDE JURIDIQUE DE L’ANALPHABETE 97

consentement. Le contrat a été discuté, en toute loyauté semble-t-il dans


la langue maternelle du commerçant qui savait ainsi à quoi il s’engageait
Par l'expression "en tant que commerçant il connaissait la nature de son
engagement" la cour exclut toute erreur de droit
B - Une fois le contrat conclu, peut-on considérer que les clauses
reproduites sur le document contractuel sont toutes connues du
contractant et acceptées par lui? C'est poser ainsi le problème de
l'opposabilité des clauses du contrat.
En principe le consentement doit porter sur l'ensemble du contrat.
Mais la part du consentement peut être réduite à peu de choses si ce n'est
à rien dans certaines situations comme le contrat d'adhésion. Le moins
que l'on puisse exiger c'est que l'adhérent ait pu avoir connaissance des
conditions du contrat. L'expérience prouve que les polices d'assurance,
contrat d'adhésion par excellence, sont rarement lues par les assurés qui
attestent avoir pris connaissance des conditions générales du contrat dont
ils ignorent tout. L'analphabète qui ne sait pas lire, ne peut avoir
connaissance des clauses que son partenaire entend lui imposer. Quelle
sera alors la portée de son engagement? Prenons des exemples dans la
jurisprudence :
Un assureur de responsabilité automobile, ayant dû indemniser le
tiers victime d'un accident, alors qu'il n'avait reçu de son client aucune
déclaration de sinistre, se retourne contre celui-ci pour se faire
rembourser les sommes payées, au nom de la déchéance encourue par
l'assuré. Ce dernier invoqua comme moyen de défense qu'il ignorait en
raison de son manque d'instruction l'obligation de déclarer le sinistre. Le
tribunal saisi a prononcé la déchéance qui est seulement écartée pour cas
fortuit ou force majeure. Or le fait d'être analphabète ne constitue pas un
cas fortuit ou un cas de force majeure138.
En l'espèce les juges ont appliqué strictement la loi du 13 Juillet
1930 relative aux assurances qui ne tient pas compte du manque
d'instruction .Pour le Doyen VEAUX qui commente cette décision, la
déchéance est une sanction rigoureuse pour une personne peu avertie de
la pratique des assurances et qui de surplus est de bonne foi. Prenant
exemple sur la loi allemande du 7 novembre 1939 qui fait une distinction
entre assuré de mauvaise foi et assuré de bonne foi et qui permet à ce
dernier de soustraire se à la déchéance en cas de non déclaration du

-*2 Tribunal de Première Instance d'Abidjan 29 novembre 1973 - R.I.D., 1976, n° 3 - 4,


p.32, note
D. VEAUX.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


98 YOLANDE TANO

sinistre, le Doyen VEAUX estime qu'une telle solution aurait été très
utile en Afrique.
La présence de nombreux conducteurs illettrés rend beaucoup plus
plausible la bonne foi. Il en est autrement pour les clauses insérées dans
le contrat d'assurance. L'arrêt de la Cour d'Appel139. d'Abidjan du 25
Avril 1980 nous donne un exemple. Le Sieur D souscrit une police
d'assurance pour l'usage de son véhicule auprès de la Nationale
d'Assurance ; peu de temps après, ledit véhicule entre en collision avec
une autre voiture alors qu'il transporte à titre payant des passagers qui
sont blessés au cours de l’accident. Pour le tribunal de Première Instance,
le Sieur D ayant utilisé son véhicule pour le transport public de personnes
alors qu'il est assuré pour promenade et affaires, la Compagnie
d'Assurances pouvait user de son droit de résiliation et demander la
nullité du contrat d'Assurance. Un appel est interjeté. Les appelants
allèguent que la modification de l'objet du contrat d'assurance ainsi que la
fausse déclaration intentionnelle ne sont pas établies, que la Compagnie
d'Assurances n'a pas pu ignorer que D ne sachant ni lire, ni écrire de sorte
qu'elle aurait dû lui expliquer que la police souscrite ne garantissait que
l'usage promenade à l'exclusion de tout usage commercial. La Cour
d'Appel a refusé l'annulation du contrat d'assurances, d'autant plus que la
compagnie d'Assurances ne démontre ni la mauvaise foi de l'assuré, ni
l'existence d'une faute commise par lui au regard des énonciations de la
déclaration qui lui incombait. En outre la profession de l'assuré, qui était
celle de transporteur, aurait dû inciter l'assureur à être plus explicite sur le
contenu des différentes mentions de la police. Il apparaît ainsi qu'en
l'espèce la bonne foi de l'assuré a prévalu sur toute autre considération
2°) Même en matière extra-contractuelle la notion de bonne foi est
également utilisée. Selon l'article 1384 alinéa 5 les commettants sont
responsables du fait de leurs préposés dans l'exercice de leurs
fonctions140. La protection de la victime est ainsi bien assurée, en raison
de la solvabilité du commettant. Mais l'attitude de la victime a des
conséquences sur la responsabilité; la faute de la victime, si elle ne
présente pas les caractères de la force majeure, exonère partiellement le
défendeur141. Lorsque la victime savait que le préposé agissait en dehors
de ses fonctions, elle ne peut mettre en jeu la responsabilité du
commettant; on considère alors que la victime a accepté de considérer

Cour d'Appel d'Abidjan 25 avril 1980, Annonces hebdomadaires, 1981 p.2.


Cour d'Appel d'Abidjan 6 juin 1969 - RID, 1970, n° 2, p. 46.
^ C. LAPOYADE DESCHAMPS, La faute de la victime - thèse Bordeaux 1,1977 - dactyl.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

Atteindre sommaire
L'INAPTITUDE JURIDIQUE DE L'ANALPHABETE 99

que des rapports juridiques se nouent entre elle et le préposé


personnellement. Ceci signifie donc qu'en l'absence d'une telle
connaissance le préposé engage la responsabilité du commettant142. Le
préposé d'une société de la place est en mission à l'intérieur du pays .11
prend à bord de son véhicule de service sa petite amie. Au cours du trajet
ils ont un accident, l'amie est blessée. La société est reconnue comme
seule responsable dans la mesure où c'est à l'occasion de l'exercice de ses
fonctions que le préposé a eu l'accident en compagnie de sa maîtresse.
Pour tenter de dégager sa responsabilité la société invoque le fait que ses
véhicules sont interdits aux personnes étrangères au service. La
juridiction suprême n'a cependant pas permis au commettant de
s'exonérer de sa responsabilité.
Lorsque la victime a cru que le chauffeur ne contrevenait pas aux
ordres de son patron, en la prenant à bord du véhicule du service, sa
bonne foi lui permet de poursuivre le commettant quelle que soit la
gravité de l'abus de fonctions143. Celui-ci prétendait que ses véhicules
étaient "interdits aux personnes étrangères au service"; ceci doit donc se
traduire par des inscriptions figurant sur les véhicules telles que
"passagers interdits" "accès interdit à toute personne étrangère
l'entreprise"... Encore faut-il pourvoir lire ce qui est inscrit.
Matériellement l'analphabète ne le peut pas. Dans l'espèce la victime était
illettrée, le chauffeur ne l'avait pas mise en garde contre l'interdiction; la
bonne foi de la victime ne faisait pas de doute et constituait la meilleure
justification de la responsabilité imputée au commettant.
Selon les articles 147 et 148 du Code des obligations sénégalais la
responsabilité du commettant est également engagée au cas où l'acte du
préposé a été "apparemment" accompli dans l:'exercice des fonctions ou
se rattache à cet exercice par un lien de "causalité ou de connexité”.
Autrement dit pour délimiter l'abus de fonction susceptible de rendre le
commettant responsable, le législateur admet deux critères entre lesquels
la victime peut choisir : l'apparence et la connexité. Il en résulte que la
victime de mauvaise foi peut invoquer la responsabilité du commettant. Il
lui suffit d'établir l'existence d'une connexité entre les fonctions de
préposé et l'acte dommageable. Inversement à défaut d'un tel lien de
connexité, le commettant est responsable lorsque la victime a pu croire
que le préposé agissait dans l'exercice de ces fonctions. Ainsi, le droit
sénégalais admet très largement la responsabilité du commettant au cas

«7STARCK, Droit civil, obligatios n° 614. Cour Supême, 21 janvier 1972 - RID, 1974, 3 -
4, p. 19.
L'abus de fonctions voir Malaurie - Droit civil - théorie des obligations Fasc. I Cours de
Droit ,1983-1984, p. 121.
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
100 YOLANDE TANO

d'abus de fonction144. Le principe de connaissance irréfragable du droit se


heurte de plus en plus à la critique de la doctrine, les juges également
essaient de découvrir les remèdes satisfaisants pour réparer l'injustice qui
résulte de l'application stricte de l'adage "nemo censetur legum ignorare".
L'inaptitude à la lecture constitue un handicap sérieux pour la
connaissance du droit. Et pourtant, l'analphabète ne bénéficie pas d'une
protection particulière pour cause d'analphabétisme. Il est soumis au
même régime que le profane lettré. L'analphabétisme de l'individu ne lui
permet pas la lecture du droit, mais ne lui retire pas son intelligence; or il
existe des moyens autres que la lecture pour appréhender le droit.
L'inaptitude à la lecture ne donne pas à l'analphabète le droit d'être
protégé différemment; en est-il de même pour l'inaptitude à l'écriture,
autre aspect de l'analphabétisme?

II - L'INAPTITUDE A L'ÉCRITURE
" - Ne savez-vous pas qu'en tant qu'employeur, il vous est fait
obligation de délivrer au travailleur un bulletin de paie?
- Je ne nie pas le défaut de bulletin de paie, mais étant
analphabète, je croyais être dispensé de l'établissement d'un tel document
: je ne sais pas écrire".
Notre vie quotidienne est tissée d'une série d'obligations que nous
contractons. Comment s'oblige-t-on? L'expérience quotidienne nous
montre que c'est essentiellement par l'échange des consentements, sans
qu'il soit nécessaire de recourir a des formes spécifiques pour transcrire
l'engagement. C'est le principe du consensualisme145.

Atteindre sommaire

144
G. RIVES, Théorie gnérale des obigations en droit sénégalais - Revue Sé[Link] Droit ,1971,
n° 10, IVOIRIENNE
REVUE p. 36. ABDEL
DEKADER
DROIT, N°BOYE, Responsabilités légales, dispensant de la preuve
3-4, 1986
d'une faute - Encyclopédie juridique de l'Afrique, L IX, p. 336 et suiv.
145
Le consensualisme a pour conséquence que le contrat est formé par le seul consentement;
en
L'INAPTITUDE JURIDIQUE DE L'ANALffiABEIE 101

Mais, avec le développement de la "civilisation de papier"®, on


assiste à un développement des formes. Désormais, l’absence de forme
porte atteinte à la validité et à l'efficacité de l'acte juridique, de même
l'absence de forme en tant qu'exigence de preuve empêchera ou rendra
difficile la preuve d'un droit par le plaideur. Formalisme de validité ou
formalisme de preuve, tout concourt à assurer la protection des
contractants, notamment des faibles incapables de se protéger146.
L'expérience nous informe de l'importance de la forme la plus
élémentaire: l'écrit147. Mais il ne suffit pas d’affirmer de l'importance de
l'écrit, encore faut-il que cela soit possible. Or, dans certaines
circonstances il y a impossibilité matérielle de se procurer un écrit148.
L'analphabète qui ne sait pas écrire, ne peut pas rédiger un écrit149. Il est
ainsi handicapé pour la rédaction des actes. Malgré cet écrit, le sentiment
que rien n'a été fait que l'on n'est pas engagé- notamment pour les actes
juridiques importants - tant que l'on n'a pas signé est un sentiment
populaire, d'où l'angoisse de la signature qui assure la perfection de
l'engagement.

SECTION 1 - LA RÉDACTION DES ACTES


A l'exception des contrats quotidiens, l'immense majorité des actes
est passée sous la forme d'acte sous seing privé. Seuls quelques types de
contrats particulièrement importants , tels les contrats patrimoniaux
comme la donation, la constitution d'hypothèque, la vente d'immeuble
doivent revêtir la forme authentique150. Ces actes sont des écrits que
l'analphabète ne peut pas réaliser lui-même, il est obligé de recourir à des
tiers.
En outre pour s'assurer que celui qui s'oblige a donné son
consentement en connaissance de cause, la loi exige des mentions
manuscrites, ce qui signifie que l'analphabète ne pourra pas
matériellement accomplir ces formalités.

1 avantage de la simplicité, de la rapidité et de l’économie, mais a l'inconvénient


d'entraîner des '
consentements donnés à la légère ou dont l’existence est incertaine .Art. 41 C; des
obigations .Sénégalais : "Aucune forme n’est requise pour la formation du contrat".
Expression empruntée à J. CARBONNIER.
J. FLOUR, Quelques remarques sur l'évolution du formalisme. Études Ripert 1955,1.1,
p. 93 et suiv. GUERRIERO, L'acte juridique solennel, LGDJ, 1975. [Link],
L'évolution du droit des contrats en France - Journées de la société de législation
comparée, 1979.
^ Ordonnance de Moulins de 1566 - Marty et Raynaud - Droit civil 1.1 n° 262 et suiv.
Art. 1341 du code civil ^Art. 1348 du code civil.
149
PH. MAUNVAUD, L'impossibilitfé de la preuve REVUE
écrite,IVOIRIENNE DE2468,
JCP, 1972,1, DROIT, 12.3-4, 1986
n° N°
^ AET. 26 loi n° 64-380 du 7 Octobre 1964 relative aux donations entre vifs et aux
testaments/ Décret du 26 Juillet 1932.
102 YOLANDE TANO

A - L'analphabète qui ne sait pas écrire a nécessairement besoin des


services d'une tierce personne pour la rédaction d'un écrit. Il peut s'agir
d'un écrit simple, par exemple remplir un imprimé ou un formulaire; la
pratique révèle qu'aux abords des marchés, des bureaux des postes et
Télécommunications, des écrivains publics se sont installés et proposent
leurs services à toute personne incapable d'écrire. Mais en plus de la
rédaction proprement dite, l'analphabète, voudrait être éclairé sur la portée
de l'acte, il faut donc qu'il s'adresse à une personne ayant une certaine
connaissance juridique.
a - Le recours à un écrivain public pose un problème pratique, celui
de la nature de la convention passée avec l'analphabète. Afin de qualifier
l'opération il faut disséquer et rechercher ce que les parties ont voulu.
L'analphabète qui ne sait pas écrire, veut que l'écrivain lui rédige un
document en tenant compte de ses informations et instructions. En
contrepartie, il le rémunérera pour la tâche accomplie. L'écrivain public
doit donc établir le document en fonction des instructions reçues, en
fonction des volontés du sollicitant illettré sachant qu'il sera payé pour le
travail effectué.
Il s’agit donc d'un contrat par lequel un écrivain public s'engage à
effectuer un acte matériel pour une autre personne conformément à ses
instructions moyennant rémunération.
La convention conclue entre les deux parties apparaît ainsi comme
faisant partie des contrats de prestations de services Grosso modo, ces
prestations de services correspondent à des obligations de faire151. Dans
cet ensemble très divers s'opère une distinction suivant la nature du
service attendu de l'autre partie. L'intervention de l'homme ou le pouvoir
sur la chose d'autrui peut constituer la considération principale dans un
contrat de service152. Seules les prestations du fait de l'homme retiendront
notre attention dans le cadre de cette qualification .Les contrats de
prestations de services humains sont par grands types, le contrat de travail,
le mandat et le contrat d'entreprise. Auquel de ces contrats peut-on
rattacher la convention conclue entre l'analphabète et l'écrivain public?
Est-ce un contrat de travail ?

Art 1101 du code civil. <


REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
152 MALAURIE, Contrats spéciaux - Maîtrise 1984-85 - Les Cours de Droit
.MAZEAZUD-DE JUGLART- Leçons de Droit civil ni Montchretien, 6 édiL, 1984
(Vente ), 5 édit. 1981 (autres contrats).
L'INAPTITUDE JURIDIQUE DE L'ANALPHABETE 103

Le contrat de travail est le contrat conclu par un travailleur avec un


employeur dans le but d'exercer une activité professionnelle, sous la
direction et l'autorité de cet employeur, moyennant rémunération6®.
L'exécution d'une prestation de travail, le versement d'un salaire se
retrouvent également dans la convention à qualifier, mais peut-on dire que
l'écrivain public est subordonné à l'analphabète sollicitant? Le qualificatif
"public" traduit le fait que l'écrivain offre ses services à toute personne
éventuellement intéressée en dehors de tout cadre de relations antérieures,
d'amitié ou d'affaires; en outre il est toujours installé dans un lieu public,
c'est-à-dire accessible à tous. Pour parler de subordination juridique,
critère essentiel du contrat de travail, il aurait fallu que l'analphabète fût
en mesure de contrôler l'accomplissement et vérifier les résultats du
travail demandé. Or ne sachant ni lire, ni écrire cela lui est matériellement
impossible. L'écrivain n'a pas de patron, mais des clients.
La subordination juridique faisant défaut, on ne peut pas qualifier la
convention en question de contrat de travail.
Est-ce un contrat de mandat?
En s’inspirant de l'article 1984 du code civil, on peut définir le
mandat comme un contrat par lequel une personne appelée mandant
donne à une autre appelée mandataire le pourvoir d'accomplir en son nom
et pour son compte un ou plusieurs actes juridiques. Il faut ajouter que le
développement du commerce, la professionnalisation contemporaine des
relations humaines, le recul de l'amitié dans les relations juridiques font
que le mandat, de nature gratuit, est devenu salarié.
L'accomplissement d'un travail pour autrui moyennant
rémunération peut être constaté dans la convention à qualifier. Mais il
existe une différence quant à la nature du travail à effectuer. L'écrivain
public accomplit un acte matériel, tandis que le mandataire effectue des
actes juridiques (acte de disposition, d'administration ou acte purement
conservatoire)153. En outre le mandat est un acte de confiance. La
formation, l'exécution, le maintien du mandat postulent qu’un courant de
confiance passe du mandant au mandataire. Le mandat est conclu dans la
considération des aptitudes personnelles, de la compétence pro-

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

H n'est pas exclu qu'accessoirement le mandataire soit amené à accomplire certains


actes matériels. D'ailleurs quel acte est matériel? Quel acte juridique ? Il est des cas
marginaux sur lesquels on peut hésiter (démarches, [Link].).
104 YOLANDE TANO

fessionnelle, des qualités morales du mandataire. C’est le type de contrat


conclu intuitu personae. Le mandataire est toujours un peu l'ai ter ego du
mandant. Dans la convention à qualifier, l'écrivain est public.
L'analphabète s'adresse à lui parce qu'il a besoin de ses services pour la
rédaction de l'acte. C'est seulement sa compétence matérielle qui
l'intéresse, peu importent ses qualités morales et autres.
La qualification du mandat ne peut pas être retenue pour la
convention en question.
Est-ce un contrat d'entreprise? Le contrat d'entreprise ou louage
d'entreprise est généralement défini comme le contrat par lequel une
personne nommée entrepreneur s'engage, moyennant rémunération, à
exécuter de manière indépendante un travail matériel au profit d'une autre
personne. L'écrivain public accomplit également pour l'analphabète un
acte matériel. Mais il s'agit de savoir si le critère essentiel du contrat
d'entreprise - l'indépendance - se retrouve dans la convention à qualifier.
L'analphabète voudrait l'établissement d'un écrit; il indique donc à
l'écrivain l'orientation générale du travail et le but à atteindre. L'exécution
de l'acte devra être conforme à la volonté du client. Mais il n'en demeure
pas moins que l'écrivain conserve une liberté d'exécution, l'analphabète
n'attendant substantiellement, avec espoir que des services de l'écrivain
public. On peut donc conclure en affirmant que la convention passée par
l'analphabète avec l'écrivain public constitue un contrat d'entreprise. Ceci
ne correspond guère à la position du Doyen SAVATIER.
Pour lui l'entreprise doit être entendue comme étant l'unité
économique de production du monde d'aujourd'hui, dans la continuité de
son équipe et de son équipement. Le mot vente paraît le plus adapté pour
désigner l'échange de services contre une certaine somme de monnaie.
On parle alors de vente de service154. Même la réglementation
contemporaine, par exemple celle qui assure la protection du
consommateur notamment la loi du 28 juillet 1978 relative aux prix, à la
poursuite et à la répression des infractions à la législation économique,
traite d’une manière identique la vente et les prestations de service155.
Le Professeur MALAURIE estime que pour qu’il y ait vente, il
doit y avoir une chose au sens juridique du terme, c'est-à-dire tout ce qui,
tombant sous les sens, peut être de quelque utilité aux hommes. La

154
SAVATIER : Méumprphosci économiques et sociales du droit privé d'aujourd'hui t. 13
éd. Dalloz, 1964, n° 29 et suiv. La vente des services D, 1971, Chr. 223.
155
ART. 2, Loi n° 78-633 du 28 Juület 1978 - RID 19879 - 80. n° 1-2, p. 141 parles de
refus et des conditions discriminatoires de vente et de prestations de service

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L’INAPTITUDE JURUMQtlE DE L'ANALPHABETE 105

chose est alors synonyme de bien. Le service porte sur une activité. Et ce
n'est que par un abus de langage qui est celui des économistes que l'on
parle d'une vente de services156. Nous l'approuvons totalement. La
différence entre un contrat d'entreprise et une vente est nette; faire un
travail pour autrui ne constitue pas une vente : on ne vend pas ses
services, mais des choses.
En cas d'abus de la part de l'écrivain public comment pourrait-on
le sanctionner? Sur le plan civil, l'écrivain public engage sa responsabilité
contractuelle s'il n'exécute pas le travail demandé conformément à ce qui
a été demandé par l'analphabète. Celui-ci n'aura pas à prouver une faute,
il devra seulement établir l'inexécution. En outre, le document n'ayant pas
été établi correctement en fonction du but poursuivi, l'analphabète aura
pu subir un préjudice en n'ayant pas obtenu ce qu'il désirait. Si l'écrivain
public comment une indiscrétion au préjudice de l'analphabète, à
l'occasion de sa mission, cette faute étrangère au contrat engage sa
responsabilité délictuelle.
En droit sénégalais, la responsabilité civile n'est jamais qualifiée
de contractuelle ou délictuelle157. Une personne n'est responsable de son
fait personnel que si celui-ci constitue une faute qui est définie comme le
"manquement à une obligation préexistante". Peu importe par conséquent
que la faute résulte ou non de l'inexécution d'un contrat .11 suffit qu'une
obligation de quelle nature qu'elle soit, ait été violée. La loi du 28 Juillet
1978 prévoit également une réduction du prix en cas de modification
défavorable à l'acheteur158.
Sur le plan pénal, la loi du 28 juillet 1978 incrimine le refus et les
conditions discriminatoires de prestation de service. Est considéré comme
un refus de vente159 :
- le refus par un individu de satisfaire dans la mesure de ses
possibilités les demandes de prestations de service assorties de paiement
comptant lorsque ces demandes émanent d'un acheteur de bonne foi et ne
présentent aucun caractère anormal.
- la limitation sans raison valable des heures de la prestation de
service à partie de la journée.

156
PH. MALAURIE, Contrats spéciaux, Fasc. I, Les cours de Droit 1984 -1985, p. 89.
ART. 118 et s du code des obligations sénégalais.
158
Art. 18-2 - loi 28 juillet 1978.
159
ART. 18-2- loi 28 juillet 1978.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

Atteindre sommaire
106 YOLANDE TANO

- toute majoration discriminatoire du prix qui n’est pas justifiée


par une augmentation correspondante du service.
Le refus de prestation de service constitue une infraction de
pratique de prix illicite punie d'un emprisonnement et d'une amende160.
Le recours à l'écrivain public se limite à l'établissement d'un écrit.
Mais parfois, l'analphabète peut avoir besoin d'être informé, d'être
conseillé ou encore la nature de l'acte à accomplir exige un spécialiste, il
a alors recours en pratique à un notaire.
b - C'est toujours le fait de conférer l'authenticité aux conventions
qu'il rédige et reçoit, ou qu'on lui dépose pour être placées au rang de ses
minutes ou de son protocole qui, dans toutes les lois des pays de droit
écrit, caractérise la fonction du notaire.
Le notaire exerce à la fois une fonction publique de donner une
forme authentique aux contrats ou autres affaires juridiques non
contentieuse et une profession juridique privée.
Ainsi par exemple un décret n° 64-164 du 16 Avril 1964 a interdit
l'utilisation des actes sous seing privé en matière immobilière et a rendu
obligatoire l'intervention des notaires à peine de sanctions161.
Il ne s'agit pas pour le notaire d'être un témoin passif, mais d'avoir
une participation dynamique, surtout si son client est de surcroît
analphabète. En ce qui concerne le rôle à tenir par le notaire, la
jurisprudence française nous offre quelques exemples dont les solutions
pourraient valablement inspirer les juges ivoiriens qui seraient confrontés
à un tel problème. Les juges français ont eu à répondre à la question de
savoir si un sourd-muet illettré est capable de faire une donation entre vifs
.La donation est un acte qui doit être passé devant notaire.
La capacité de disposer entre vifs appartient en principe au sourd-
muet mais pour que la donation soit valable il est indispensable que toutes
les formalités auxquelles est assujetti l'acte aient été régulièrement
observées, notamment la lecture du document par le notaire. Or le sourd-
muet illettré ne peut ni entendre, ni comprendre la lecture de l'acte. Et
pourtant les juges ont admis qu'un sourd-muet même illettré puisse faire

160
ART. 37 -1 et 50 juillet 1978.
161
Décret n° 64-164 du 16 avril 1964 - JORCI, 1964, p. 566. Décret n° 71-74 du 16 avril
1971 relatif aux procédures domaniales et foncières, JORC3, 1971, p. 344. C. Suprême,
20 juin 1975 - RID, 1976, n°3-4, p. 7.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


LtNAPimJDE JURIDIQUE 1* L’ANALTHABETE 107

une donation entre vifs7*. Pour le juge, la parole et l'écriture ne sont que
des signes conventionnels auxquels il peut être, en certains cas, suppléé
par d'autres signes propres à exprimer d'une manière suffisamment claire
et précise la volonté de la personne qui est obligée de recourir à ce mode
de manifestation. Ainsi, on admet le langage des signes comme une
expression fidèle de la pensée d'un sourd-muet illettré. Le notaire utilise
les services de la personne qui a l'habitude de converser avec le sourd-
muet illettré pour lui faire comprendre la portée de l'acte162. Ainsi, dans
les rapports avec un analphabète le notaire aura à remplir de multiples
tâches qui s'apparentent souvent aux fonctions d'écrivains publics, de
certificateurs, d'auxiliaires de justice. Mais, il faut surtout mettre l'accent
sur l'obligation de conseil qui pèse sur le notaire. Ce dernier a pour
mission soit d'éclairer ses clients sur les conséquences de leurs
engagements et de suppléer par son initiative à leur inexpériences, soit de
les renseigner utilement, s'il est à même de le faire à l'occasion des actes
projetés, afin d'éviter dans la mesure du possible que leurs intérêts ne
viennent à être compromis. C'est seulement après s'être assuré que l'acte a
été compris, par la lecture ou un autre moyen équivalent que le notaire va
conférer l'authenticité par le dépôt à ses minutes ou à son protocole, dudit
document163.
Le rôle du notaire en tant que conseiller est important dans les
sociétés contemporaines où les rapports juridiques de type collectif, sous
la forme des contrats d'adhésion ou de type réglementaire prennent le pas
sur les rapports contractuels, le recours à un spécialiste devenant une
nécessité.
Mais force est de constater que les populations analphabètes ont
très peu recours aux notaires, en raison des lenteurs, mais surtout des
frais élevés.
B - Mais pour certains actes, le recours à des tiers ne suffit plus, le
législateur exige des mentions manuscrites de l'auteur de l'acte : par
exemple l'établissement d'un testament olographe. Celui-ci constitue le
type d'acte sous seing privé qui doit être écrit tout entier de la main du
testateur164. C'est une garantie de sincérité et de spontanéité, faisant
apparaître une volonté bien arrêtée et non une velléité de formuler des

162
Selon, l'art. 30 de la loi fur les libéralités, le sourd-muet qui ne sait pas écrire verra son
acceptation d'une libéralité homologuée parle juge *0 SAVATIER : Traité de la
responsabilité civile L 2 - n° 814 suiv. Les contrats de conseil professionnel en droit privé -
D. 1972 P. 137 L L LCHAINE : L'authenticité et le notariat - JCP net, p. 125.
164
ART. 54, Loi du 7 oct 1964 sur les donations entre vifs et les testaments

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986

Atteindre sommaire
108 YOLANDE TANO

dernières volontés. En Côte d’ivoire, pays dont la majorité de la population


est analphabète, cm peut d'ores et déjà affirmer que peu de personnes auront
recours à ce type de testament.
L'analphabète ne pourra pas recourir également au testament
mystique*3. Il lui est toujours possible de recourir au testament par acte
public . On rencontre dans certains pays comme la Guinée, le testament
oral. L'auteur rassemble tous les membres présents de sa famille pour leur
faire connaître ses dernières volontés*3, c'est une forme de testament,
typiquement africaine.
Pour certains actes sous seings privé certaines formalités
supplémentaires sont imposées parle législateur :
- la formalité du double dans les actes constatant une convention
synallagmatique165.
- la formalité du "bon pour" dans les actes constatant une obligation
unilatérale ayant pour objet une somme d'argent166.
Comment peut-on demander à une personne qui ne sait pas écrire de
porter des mentions manuscrites sur l'acte juridique? C'est matériellement
impossible. Aussi s'agissant de la mention du bon pour l'article 1326 al. 2
du Code civil dispense-t-il certaines catégorie d'individus présumés illettrés.
Étant une des rares dispositions légales à prendre en considération
l'analphabétisme à titre d'exception, l'article 1326 al. 2 mérite une analyse
approfondie. Quel est le domaine de l'exception ? Comment est -elle mise
en œuvre par les tribunaux?
a - Lorsqu'un acte sous seing privé constate une promesse unilatérale
à remettre au créancier, on peut craindre que ce dernier s'il est malhonnête,
profite pour porter sur l'acte revêtu de la signature du débiteur des mentions
accroissant les obligations de celui-ci. Pour parer à cette fraude appelée
"abus de blanc seing” des déclarations royales du 30 Juillet 1730 et du 22
septembre 1733 avaient déclaré nul, billets, autres promesses ou quittances,
sous signature privée si le corps de l'écriture n'était pas de la main du
signataire ou si au moins la somme ou la quantité de denrées, des
marchandises ou effets n'était pas écrite de toutes lettres de sa main. La
déclaration de 1733 exemptait cependant de

165
ART.1325 du C. civiL
166
ART. 1326 du Code civil

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L'INAPTITUDE JURIDIQUE M L'ANALPHABETE 109

cette exigence "les actes nécessaires pour le commerce ou faits par des gens
occupés aux arts et métiers ou à la culture des terres qu'il serait difficile et
souvent impossible d'assujettir à l'observation de cette nouvelle formalité".
Les dernières personnes visées étaient celles, nombreuses à l'époque, qui ne
savaient pas écrire. Mais souvent elles ne savaient pas lire non plus .
L'article 1326 alinéa 2 du code civil a repris cette disposition167.
Cette exception s'explique donc par le défaut d'instruction dans les
classes pauvres. La catégorie des personnes citées est constituée des petites
gens souvent illettrées, exemptées de la formalité du bon pour parce que la
loi les présume illettrées. Estimant que l'accomplissement de la formalité du
bon pour présenterait trop de difficultés pour elles, le législateur n'a pas
voulu les écarter indirectement d'une partie du commerce juridique par le
jeu des règles de preuve. C'est pourquoi, l'exception à l'exigence du bon
pour tient à la qualité du souscripteur et non à la nature de l'obligation. La
dispense prévue par l'article 1326 alinéa 2 est " une disposition de classe qui
est fonction de la qualité des citoyens, de leur état"168.
L'article 1326 alinéa 2 a été repris tel quel par le code civil ivoirien
.En raison de l'importance du taux d'analphabète, cela ne surprend guère;
ces personnes illettrées ne peuvent bien souvent que tracer une croix ou
apposer une marque personnelle. Par conséquent, exiger "un bon pour ou
approuvé pour la somme de ..."aurait obligé ces personnes à recourir à un
notaire (habitude nullement entrée dans les moeurs) pour dresser un acte
qu'elles 169 auraient été incapables d'établir; ceci occasionnerait des lenteurs
et surtout des frais.
L'article 1326 alinéa 2 constitue ainsi l'une des rares dispositions
législatives protectrices des analphabètes. Le taux de l'analphabétisme étant
élevé, on peut s'étonner de l'absence de textes en la matière : ceci provient
du fait que le droit ivoirien est en grande partie une reprise d'un droit
étranger qui ne correspondait pas forcément à nos réalités et à nos besoins,
puisque ce droit importé était élaboré dans un contexte étranger.
En France, cette exception en faveur des illettrés a été supprimée par
une loi du 12 Juillet 1980170. La doctrine dans son ensemble s'était

AUBY et RAU, Cours de droit civil t. XII parag. 756 note 66.
LE TOURNEAU, Contre le bon pour D. 1976, p. 189.
Ceci aurait constitué une hypothèse où le notaire aurait joué son rôle de conseiller : faire
comprendre la portée de son engagement & un analphabète.
^ Loi n°80 relative à la preuve des actes juridiques GP 1980-11-Législ.P. 413/JORF du 13
juillet 1980.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

Atteindre sommaire
110 YOLANDE TANO

élevée contre le maintien d'une telle règle à l'époque actuelle171. Pour


elle, certaines dispositions du code civil comme celle contenue dans
l’article 1326 doivent être adaptées ad usum temporis nostris.
"L'article 1326 alinéa 2 du code civil suppose que les marchands
ainsi que les artisans, laboureurs, vignerons, gens de journée et de service
sont analphabètes ! Cette disposition correspond à un état de société
dépassé. Depuis, le niveau des connaissances s'est élevé et une telle
conception est devenue quasi-injurieuse. Aussi la commission des lois
vous propose-t-elle la suppression de la disposition"172. Et pourtant, en
analysant de près la situation, on se rend compte qu'un siècle après
l'instauration de l'école laïque, publique et obligatoire qui fit pendant des
décennies la renommée du système éducatif français dans le monde, se
trouvent encore dans l'hexagone nombre d'adultes qui ne savent pas lire
et écrire, qui se comptent en millions. Un rapport gouvernemental retient
le chiffre de 10% de la population173. Ce sont les vieux vivant dans les
régions les plus rurales et les plus déshéritées du pays, des jeunes issus
du sous-prolétariat des grandes villes, les travailleurs immigrés venant en
grande majorité d'Afrique.
Un autre argument contre la suppression de l'exception est qu'elle
enlève toute son utilité réelle au principe en laissant sans protection ceux
qui en raison de leur inexpérience ont le plus besoin d'être protégés
contre les surprises. En effet, la formalité prévue par l'article 1326 alinéa
1 tendait à protéger contre les abus de blanc seing il était alors paradoxal
d'en dispenser ceux qui risquaient d'être le plus des victimes de telles
fraudes.
Mais comment peut-on demander à une personne qui ne sait ni
lire, ni écrire de porter la mention bon pour sur l'acte juridique?
Matériellement cela ne se peut pas. Aussi en Côte d'ivoire, l'exception de
l'article 1326 alinéa 2 a-t-elle été maintenue. Il convient d'en déterminer
les modalités de mise en œuvre par les tribunaux.
b - Compte tenu du taux d'analphabétisme et de l'indication du
législateur, l'article 1326 alinéa 2 du code civil devrait être interprété de
la façon la plus large possible. Est-ce le cas? Il n'existe pas de décisions
ivoiriennes en la matière; la jurisprudence française antérieure à
l'indépendance, et par conséquent applicable en Côte d'ivoire qui était

^ PH. LE TOURNEAU, op. préc., p. 1980/Travaux préparatoires sur la loi n° 80-525 -


Rapport de Mr. CELLARD au nom de la Commission des lois. ASS. Nat. 24 juin 1980.
Q-l
Rapport Cellard op. prec. p. 2189.
^ Rapport de P. Bérégovoy - Ministre des Affaires Sociales Janvier 1984-cité in
Fraternité-Matin 13 janvier 1984.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L'INAPTITUDE JURIDIQUE I* L’ANALPHABETE 111
colonie française à l’époque, peut nous donner une idée de l'interprétation
qui a été faite du texte.
Dans la mesure où la dérogation établie au profit des personnes
précitées trouve son fondement dans leur présumé analphabétisme, la Cour
de Cassation a estimé qu'il fallait prendre en considération les habitudes et
la situation personnelle du souscripteur. Ainsi , a-t-il été jugé que la
disposition de l'article 1326 alinéa 2 est applicable à la personne qui fait du
labourage sa profession habituelle alors surtout qu’elle est illettrée174.
Apparemment il semble que pour pouvoir bénéficier de la dispense il
faut deux conditions :
- la qualité personnelle: faire partie des catégories énumérées par
l'article 1326 alinéa 2 (artisan, laboureur, vignerons, gens de journée et de
service).
- l'instruction sommaire.
Mais pour certains juges le seul fait d'entrer dans la catégorie des
travailleurs cités à l'article 1326 alinéa 2 suffisait à écarter la formalité du
bon pour, qu'on soit illettré ou non, le texte ne faisant pas de distinction
entre ceux qui savent lire et écrire et ceux qui ne le savent pas. Ainsi une
femme occupant les fonctions de caissière chez un commerçant n'entre- t-
elle pas dans la catégorie des gens de service dispensées de la formalité du
bon pour175.
Une telle position méconnaît la tendance jurisprudentielle à prendre
pour ligne directrice la situation personnelle du souscripteur, notamment
son degré d'instruction. A quoi servirait une telle dispense pour des
personnes sachant écrire?
Pour montrer que le fondement de la dispense était bien
l'analphabétisme, la jurisprudence a décidé que celui qui cessait d'exercer
l'une des professions visées par l'article 1326 alinéa 2 du Code civil,
continuait à bénéficier de la dispense prévue pour les actes établis
postérieurement à cette perte de qualité176. Discutable au regard de la lettre
du texte, cette solution trouvait justification au regard de son fondement : un
illettré qui abandonne son métier ne devient pas lettré pour autant.

Atteindre sommaire

174 [Link]. 13 janv. 1904 DP 1904 - 1 - 367.


Trib. civil Versailles 7 août 1890 - Repertoire Dalloz - Voir à Obligations n° 1717.
176
Grenoble 19 mars 1881 DP 1881 - 2- 188.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


112 YOLANDE TANO

Est-il possible d’aller plus loin? Nous pensons qu'il est possible de
généraliser l'exception à touts les illettrés, "artisans, laboureurs, vignerons,
gens de journée ou de service sont "des termes qui n'appartiennent pas au
langage juridique, mis au vocabulaire courant; ils sont volontairement
imprécis pour pouvoir englober une large fraction de la population... ce qui
compte aux yeux du code, c'est qu'ils fassent partie du vulgaire inculte, ne
sachant pas même lire ou écrire"98.
Contrairement au droit français, le droit ivoirien a conservé la
dispense de l'article 1326 alinéa.2. Les juges devraient aménager
l'exception légale pour mieux tenir compte des réalités, c'est-à-dire une
population à majorité analphabète . Sans être forcément commerçant,
artisan, laboureur..., on pourrait être dispensé de la formalité du bon pour
parcequ'on est illettré. Dans le cadre de l'aménagement visant à supprimer
cette énumération catégorielle qui peut sembler limitative, il faudrait
admettre que tout individu ne sachant ni lire, ni écrire serait dispensé de
l'accomplissement de la formalité99.
Mais il ne faut pas oublier que la formalité de l'article 1326 alinéa
1 est une faveur, une règle protectrice. L'alinéa 2 étant une exception à cette
règle, un moyen pour assurer la protection des intérêts de l'analphabète doit
être prévu .La solution pourrait être trouvée dans l'institution d'une
assistance, d'une "tutelle" de l'analphabète : exiger pour les actes contenant
une promesse unilatérale portant sur une somme d'argent et souscrits par un
illettré, le recours à un notaire. Sans doute l'acte instrumentaire doit-il
contenir les clauses et les conditions de l'acte, mais cela ne sert qu'à préciser
la volonté et la portée d'un engagement. Seule l'apposition de la signature
confère une certaine valeur à l'engagement.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L'INAPTITUDE JURIDIQUE I* L’ANALPHABETE 113

SECTION 2 - LA PERFECTION DES ACTES


Un acte atteint la perfection lorsqu'il est authentifié par un officier
public ou lorsque tout simplement il contient la signature de la partie qui
s'engage.
Les rédacteurs d'un acte sous seing privé dispose et d'une certaine
liberté, c'est-à-dire que les parties établissent l'acte comme elles l'entendent;
le seul élément indispensable est la signature. L'acte sous seing privé doit
être signé, cela résulte de la définition : c'est la signature qui donne à l'acte
toute sa valeur juridique.
Même pour les actes authentiques, la présence du notaire par
exemple, ne dispense nullement de l'apposition de la signature de celui qui
s'engage.
Que ce soit pour l'établissement d'un acte sous seing privé ou d'un
acte authentique, le droit exige une signature. Que faut-il entendre par
signature. La signature peut se définir comme un signe spécifique et
identifiable, contemporain de la présence du signataire et apposé par un
moyen quelconque sur un acte pour l'approuver"100. La signature apparaît
ainsi comme un signe graphique permettant d'identifier l'auteur d'un acte
juridique. Elle constitue une condition de forme et de fond attestant de la
présence à l'acte de celui qui s'engage et marquant ainsi son intention de
faire un acte définitif. Deux éléments sont essentiels dans la signature177:
- Un élément matériel qui est une marque personnelle identifiant le
signataire. Celle-ci est constituée habituellement par un des attributs
nominaux du signataire,
- un élément intentionnel, l'animus signandi ou l'intention de signer.
Le passage du simple projet à l'acte se marque par l'apposition de la
signature.
Face à cette exigence de signature, condition de validité de l'acte
juridique, comment va procéder une personne qui ne sait pas ou ne peut pas
signer? Le législateur prévoit certaines hypothèses qui malheureusement
sont très limitées. La pratique essaie de remédier à cette carence en utilisant
différents procédés.
A - Les mécanismes légaux qui permettent de pallier l'impossibilité
de signer de l'analphabète sont très épars. Il s'agit soit de

Atteindre sommaire

177 GUERR1KRO, L'acte juridique solennel - Paris LGDJ. 1975

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


114 YOLANDE TANO

techniques générales de protection, comme la procuration notariée, soit des


techniques spécifiques à la protection de l'analphabète.
a - L'analphabète est également considéré comme une personne
juridique capable, mais en fait, l'impossibilité d'écrire ne favorise pas sa
participation effective à l'activité juridique. L'inaptitude à l'écriture ne
permet pas à l'analphabète de mettre en œuvre ses droits.
Un mandataire peut être ainsi désigné avec procuration notariale
spéciale, pour signer les actes de l'analphabète. Certes ce dernier est
intellectuellement apte à admettre un consentement, mais il n'a pas la
possibilité de matérialiser ce consentement, par une signature. Rien par
exemple ne s'oppose à ce qu'un compte en banque soit ouvert pour
l'analphabète : l'opération est ordinairement faite par un mandataire ayant
une procuration notariée. Rien dans la théorie générale des obligations ne
s'opose à ce que l'analphabète, incapable de fait, ne prenne connaissance de
ses devoirs et droits par une personne de son choix, éventuellement par un
agent de la banque. Cette façon de procéder est généralement acceptée par
les établissements bancaires178.
Malheureusement, en pratique tout n'est pas aussi simple. Le
jugement de la section de Dabou en est une illustration179. Un analphabète
confie à son frère lettré la gestion des revenus de sa plantation. Celui-ci
s'ouvre un compte d'épargne dans une banque de la place, compte alimenté
par l'analphabète sans aucun écrit précisant l'origine des fonds. Le frère
lettré décède et sa veuve réclame la propriété du compte d'épargne et les
fonds qui s'y trouvent. Par en enquête ordonnée par le Tribunal, il ressort
des différents témoignages que le défunt n'était qu'un gestionnaire des fonds
provenant de la vente des produits de la plantation qui appartient à
l'analphabète. Le Tribunal a rejeté au profit de l'analphabète grâce à la
vigilance des juges qui ne se sont pas fiés à l'apparence.
Il apparaît alors que le recours à une tierce personne peut être parfois
préjudiciable à l'analphabète, si lui-même ne prend pas les précautions
nécessaires pour se prémunir contre d'éventuels abus.
b - Dans certaines hypothèses, le législateur protège directement
l'analphabète en adoptant des mesures spéciales prenant en compte son
inaptitude à l'écriture, et par conséquent, son impossibilité à apposer une
signature au bas de tout document juridique.

178
GAVALDA et STOUFFLET-Droit de U banque - Thémis 1974 n°299.
^ Section du Tribunal de Dabou 11 décembre 1980, inédit, référence .citée par OBLE-
LOHOUES, Le droit des successions en Cfite d'ivoire NE A. 1984, n° 473.

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L’INAPTITUDE JURIDIQUE C* L'ANALPHABETE 115

Ainsi par exemple, le décret du 26 Juillet 1932 portant


réorganisation de la propriété foncière en Afrique Occidentale française,
comporte quelques dispositions relatives à l'illettré ne sachant pas la
forme d'une déclaration écrite remise contre récépissé au conservateur de
la propriété foncière. Celui-ci est autorisé à signer la déclaration en lieu et
place du requérant si ce dernier ne peut ou ne sait signer, ce fait devant
être , par les soins du conservateur, certifié au bas de la déclaration. Il en
est de même pour la notification de l'immatriculation d'un immeuble sur
les livres fonciers à la partie intéressée analphabète180.
La loi n° 64-380 du 7 octobre 1964 relative aux donations entre
vifs et aux testaments impose, pour certains actes que l'auteur n'a pas pu
signer, une mention relative à la cause qui l'empêche de signer .S'il n'est
pas nécessaire que l'auteur de l'acte notarié le signe et si la signature peut
être remplacée par la mention de la déclaration de l'impossibilité de
signer émanant de la personne empêchée, il n'est pas utile en principe
d'indiquer la cause de l'impossibilité. Mais, pour certains actes juridiques
solennels, la loi exige ad solemnitatem l'énoncé de la cause de
l'impossibilité de signer : par exemple le testament authentique ou
mystique181.
B - Plutôt que de faire appel à une tierce personne, l'analphabète ne
pourrait-il pas manifester sa volonté autrement?
a) La pratique admise dans l'administration est de faire apposer une
croix au bas des documents, ainsi par exemple au moment du vote,
pendant les élections, une croix de l'électeur analphabète devant son nom
sur les listes récapitulatives tient lieu de signature. Il en est de même lors
de la perception des pensions ou allocations familiales par des personnes
ne sachant ni écrire, ni signer. Quelle est la valeur d'une telle
croix. ge^Qn ja doctrine française et la jurisprudence française, la croix
apposée au bas d'un billet ou d'un acte ne saurait tenir lieu de signature182;
même lorsqu’elle est accompagnée de la signature des témoins. La
signature doit être manuscrite et reproduire le nom du signataire183.
En effet, la croix constitue une marque quelconque qui peut
difficilement identifier son auteur. Comment différencier la croix

Atteindre sommaire

180
Art. 117 décret 26 juillet 1932.
Art. 56 in fine et ait. 57 in fine loi sur les libéralités.
1
®^ Aury et RAU, Droit civil français. Librairies tech., 1958, 6ème édit., t. XII, parg.756.
HAMEL, LAGARDE et JAUFFRET, Traité de droit commercial, t. H, n° 1391, Dalloz, 1966.
183
Rep.8 juillet 1903, DP 1907 -1507.

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116 YOLANDE TANO

opposée par X de celle apposée par Y? La signature désigne tout signe


matériel quelconque servant, selon les usages du pays, à identifier sur des
papiers ou effets, la personnalité de celui qui l'appose. Mais, il est
pratiquement impossible de découvrir la personnalité d'un individu à
travers une croix, celle-ci n'ayant aucune valeur puisqu'elle ne peut pas
tenir lieu de signature , le document sur lequel elle est apposée n'a alors
aucune valeur.
b - Une autre technique d'identification résulte de l'apposition des
empreintes digitales. Lors de l'établissement des cartes d'identité
nationale par les services de police on a recours à cette technique. Elle
demeure le seul procédé pour les personnes illettrées; l'empreinte digitale
devrait donc pouvoir jouer le rôle de signature.
Que ce soit en matière de police administrative ou judiciaire,
l'empreinte digitale constitue une méthode d'identification absolue. La
valeur de la méthode dactylaire d'identification réside :
- dans l'immutabilité de l'empreinte : elle se constitue dès le
quatrième mois de la vie intra utérine et persiste après la mort tant que la
putréfaction n'est pas complète; il est toujours possible de relever des
empreintes sur un cadavre.
- dans l'inaltérabilité de l'empreinte,
- dans l'individualité de l'empreinte : il est impossible de
rencontrer deux empreintes identiques provenant de doigts différents.
Leur immutabilité, leur inaltérabilité, leur individualité font ainsi
des empreintes digitales un moyen primordial de signalement et
d'identification.
Pourtant s'agissant de l'établissement des actes sous seing privé, les
juridictions civiles dans leur grande majorité se refusent à considérer
l'empreinte digitale comme une signature. Prenons un exemple dans la
jurisprudence française184. Le débiteur d'une dette commerciale n'ayant
pu à l'échéance payer son créancier, celui-ci a assigné en paiement la
caution de ce débiteur. Celle-ci ayant nié s'être portée caution, le
créancier produisit un acte écrit d'où résultait le cautionnement, acte non
écrit par la caution mais au bas duquel figuraient une croix et deux
empreintes digitales. Le créancier attribuant ces empreintes digitales à la
prétendue caution (qui le conteste) a demandé que cet acte fut reconnu
comme un commencement de preuve par écrit rendant vraisemblable le
fait allégué. Le tribunal saisi a débouté le créancier de sa demande contre

184
Civ. 15 mai 1934, S, 1935,1, p. 9.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L'INAPTITUDE JURIDIQUE I» L'ANALPHABETE 117

la caution aux motifs que l'acte litigieux ne constitue ni une preuve, ni un


commencement de preuve par écrit. Ce jugement fut infirmé en appel par
un arrêt de la Cour d'Alger du 18 Novembre 1931, arrêt selon lequel une
empreinte digitale est assimilable à un écrit ou à une signature pouvant
servir de commencement de preuve par écrit. La Cour, sur dénégation de
la caution, donna mission à des experts de vérifier si les empreintes
émanaient bien de cette dernière.
Quelle était la motivation de la Cour d’Appel? "Les rédacteurs du
code civil n'ont pas pu prévoir tous les modes de représentation de la
pensée que peuvent engendrer les progrès de la science... Il faut donc
interpréter le mot écrit dans un sens large et compréhensif... Dans le
langage courant, le terme d'écrit désigne un ou des mots tracés sur le
papier, mais que la notion d'écriture est plus large et englobe tous les
signes quels qu'ils soient... Ces signes peuvent être non seulement des
mots, mais aussi des images... Il n'existe aucune raison de refuser à des
signes de cette nature le caractère d'écrits pouvant servir de
commencement de preuve pourvu que l'origine en soit certaine et le sens
non douteux..."
Malgré cette motivation habile l'arrêt fut cassé. Pour la Cour de
Cassation, "on ne saurait attribuer la signification et l'effet probant d’une
signature à de simples marques et spécialement aux empreintes digitales
qu'un individu aurait laissées plus ou moins nettes et apparentes sur la
pièce dont il est fait plus tard usage contre lui...". L'argumentation de la
Cour Suprême est fondée essentiellement sur l'article 1347 du code civil.
Ce texte exige un acte par écrit émanant de celui contre qui la demande
est formée. Et si à défaut de l'acte il suffit de la signature, encore faut-il
que ce soit une signature écrite. Or, écrire ne consiste pas à tracer ou à
apposer une marque quelconque et arbitrairement choisie. C’est par
définition "l'art de figurer la parole ou les idées par des signes convenus".
Il ne peut donc pas être supplée à la signature écrite par des empreintes
digitales.
Et pourtant, la position de la Cour d'Alger - si elle ne se justifie pas
par un texte légal - est néanmoins beaucoup plus réaliste et colle de près a
la situation quotidienne vécue dans nos pays où la grande majorité de la
population est analphabète et pour qui, il est plus facile d'apposer des
empreintes digitales que de confectionner un écrit. En effet, pour ne pas
écarter toute une partie de la population du commerce juridique, le
recours aux empreintes digitales se répand de plus en plus dans la
pratique des affaires : les notaires, les banquiers et les commerçant y
voient une garantie sérieuse contre la mauvaise foi, ils y voient surtout un
mode facile d'identification des contractants. La dactyloscopie tend

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

Atteindre sommaire
118 YOLANDE TANO

plus en plus à être employée comme un procédé d'identification non


seulement pour des délinquants, mais aussi pour les titulaires de pensions
qui ne savent ou ne peuvent signer185. Face à une population analphabète,
il convient que la signature soit entendue dans un sens large pour que les
empreintes digitales soient assimilées à une signature dans l'établissement
des actes sous seing privé. L'apposition des empreintes digitales constitue
une marque personnelle et sûre qu'on ne peut pas contrefaire.
L'identification de l'empreinte digitale ne laisse pour ainsi dire aucune
place à l'erreur.
A priori, en l'état actuel de la technique de l'expertise judiciaire,
empreinte digitale offre plus d'authenticité qu'une écriture proprement
dite; en outre même en cas de contestation, il y a possibilité de la vérifier
scientifiquement. On peut donc reconnaître aux empreintes digitales le
caractère d'une signature.
La position de la Cour de Cassation dans l'arrêt précité s'attache
essentiellement aux éléments constitutifs de la signature, notamment
l'animus signandi: la signature doit être apposée volontairement dans
l'intention de signer. S'agissant de l'empreinte digitale, on pourrait
craindre qu'elle n'ait pas été apposée volontairement ou que celui qui l'a
apposée n'ait pas compris le motif pour lequel il l'a fait. Devant un tel
doute, et pour couper court à tout risque d'abus possible, on comprend
que la Cour de Cassation ait condamné de façon formelle toute tentative
de mettre sur le même plan la signature et l'empreinte digitale ; elle n'a
pas voulu qu'une incertitude existât sur l'origine de l'écrit sur lequel le
juge aura à fonder son ultime conviction. Mais dans un pays marqué par
un aussi fort taux d'analphabètes, on ne saurait s'enfermer dans des
conditions strictes. Un certain assouplissement est souvent nécessaire, à
peine d'écarter la majorité de la population des activités juridiques et ceci
durant des années, dans la mesure où l'analphabétisme ne sera pas vaincu
de si tôt, quelle que soient les mesures adoptées.
Il faut tenir compte des réalités du pays. Comment alors remédier à
d'éventuels abus?
La solution pourrait consister dans l'analyse du contexte de l'acte :
il s'agit de rechercher selon les circonstances entourant la conclusion de
l'acte, si l'analphabète a été contraint ou a volontairement apposé ses
empreintes au bas d'un document.

Article 1, Loi 5, sept. 1919, DP 1921 - 4 - 284/ Rev. Sirey - Lois annotées, 1923, p. 866, col.
2 et 3.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L'INAPTITUDEJURIDJQUEDEL'ANALPHABETE 119

CONCLUSION GÉNÉRALE
A quels résultats sommes-nous parvenu au terme de l'étude sur
l’inaptitude juridique de l'analphabète ?
Q apparaît que malgré son inaptitude flagrante, l'analphabète qui
ne sait ni lire, ni écrire, n'est pas considéré comme une personne
incapable au même titre que le mineur non émancipé ou le majeur
protégé. Mais en fait, tout démontre qu'il est une personne juridique
dégradée qui ne peut pas user de la pleine capacité qui lui est reconnue
par la loi : d'une part il est difficile de lui appliquer purement et
simplement les règles de droit sans créer une certaine injustice, d'autre
part il n'est pas en mesure d'exercer lui-même certaines prérogatives
légales.
En outre un constat s'impose le droit ne tient pratiquement pas
compte de cet état de fait important dans nos sociétés en développement,
mis à part quelques très rares dispositions légales et des efforts de la
jurisprudence pour y remédier. Cela aboutit à des solutions imprécises,
incertaines. Tout ceci
correspond au souci d'éliminer toutes les exceptions rationae
personae, mais cela entraîne en fait une certaine inégalité, un certain
déséquilibre dans les relations.
Il se pose alors un problème au juriste, celui d'élaborer un droit
adapté à cette personne juridique dégradée. La définition d'instruments
juridiques nouveaux ou tout au moins l'aménagement des règles et des
procédures en vigueur qui contribueront à assurer ou à accroître sur le
plan juridique la protection de l'analphabète et sa participation effective
au commerce s'avère nécessaire :
- la réglementation des conditions générales et particulières
proposées à l'analphabète lors de la conclusion d'engagements
contractuels,
- la mise en place effective des structures rendant possible
l'assistance véritable à l'analphabète,
- les mécanismes d'information, de consultation et d'éducation à
promouvoir en vue de veiller à la connaissance et à la compréhension des
règles juridiques par l'analphabète.
La réglementation spéciale doit constituer l'axe majeur pour établir
les conditions sinon d'une plus grande égalité, tout au moins d'une
moindre inégalité. Pour y parvenir, il faudra parfois s'écarter

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT. N° 3-4, 1986


120 YOLANDE TANO

sensiblement des principes classiques en dénonçant l'illusion de


protection que peut en espérer l'analphabète.
Pour le professeur Alliot "depuis quelques années les sociologues
se sont attachés à analyser la naissance de la civilisation de masse en
Europe. On entend par civilisation de masse, une civilisation dans
laquelle il y a plus de communication entre l'élite proche du pouvoir et le
reste de la société. Apparemment, l'Afrique doit vivre une évolution
semblable et passer d'une civilisation bourgeoise à un civilisation de
masse. Mais, il y a des difficultés particulières qui tiennent au faible
développement de... l'écriture en Afrique. Les pays africains sont guettés
par le danger que s'y constitue une élite d'individus plus activés que la
masse, séparée d'elle et agissant pour son compte. La véritable
démocratie n'est pas celle où l'élite agit pour le bien des autres, mais celle
dans laquelle s’estompent les distinctions entre l'élite et la masse. Pour
les juristes, cela pose dans tous les pays africains, un problème identique.
Il s'agit de faire connaître les lois à des peuples en majorité analphabètes
et souvent ignorant la langure dans laquelle elles sont rédigées... Il s'agit
bien entendu de faire en sorte que ces lois soient adaptées aux besoins de
tous et pas seulement pour l'élite186.

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122 YOLANDE TANO
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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


L'INAPTITUDE JURIDIQUE DE L’ANALPHABETE 123

TABLE DES MATIÈRES

Introduction générale .77


- L’inaptitude à la lecture .81
Section 1 - La présomption de connaissance du droit 81
Section 2 - Les limites de la présomption de connaissance 87
- L’inaptitude à l’écriture 100
Section 1 - La rédaction des actes 101
Section 2 - La perfection des actes 113
Conclusion générale ....................................................................... 119
Bibliographie 120

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


JURISPRUDENCE
1- DROIT CRIMINEL

par

ANGBACOU IGNACE *

Assistant à la Faculté de Droit, Université Nationale de Côte d'ivoire, B.P. V. 179 Abidjan,
Côte d'ivoire.
126 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

PLAN

- DROIT CRIMINEL ………………………………………………...125

1 - Droit pénal général.......................................................................... 127

2 - Droit pénal spécial .......................................................................... 149

3 - Procédure pénale ............................................................................. 161

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


DROIT PÉNAL GÉNÉRAL 127

DROIT PÉNAL GÉNÉRAL

1. VIOL - RÉPRESSION - CORRECTIONNALISATION


JUDICIAIRE LÉGALE - ART. 214, AL. 3 C.P.P.
En raison des circonstances de la cause, il convient de renvoyer
devant le tribunal correctionnel l'inculpé contre lequel existent des
charges suffisantes de viol.
1ère espèce : Cour d'Appel d’Abidjan, Chambre d'Accusation Arrêt
n° 37 du 27 février 1980. Ministère Public C/Mamadou Touré.
2ème espèce : Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre d'Accusation,
Arrêt n° 222 du 17 septembre 1980. Ministère Public C/Diabagaté
Morifing

1ère espèce

LA COUR
Vu le dossier de la procédure instruite au Tribunal de Première
Instance de Bouaké contre le nommé Mamadou Touré, né en 1943 à
Oussoukola S/Préfecture de Mankono, de Ladji Touré et de Mariam
Touré, de nationalité ivoirienne, manœuvre demeurant à Bodoko,
célibataire sans enfant, déjà condamné pour coups et blessures
volontaires, non recensé militaire; détenu (M.D. du 10/1/1979) inculpé de
chef de viol...
Après en avoir délibéré conformément à la loi, hors la présence du
Ministère Public et du Greffier,
Considérant que le 7 janvier 1979, le Sous-Préfet de Bodokro
conduisit Mamadou Touré à la brigade de gendarmerie de Botro pour viol
commis sur la personne de Dame Djoman, née Bongba Amon Jeanne,
épouse du chauffeur de la Sous-Préfecture;
Les gendarmes se transportèrent sur les lieux, où ils relevèrent des
traces de lutte et découvrirent un pied de chaussure de fabrication locale;

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


128 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

Considérant qu'à la suite de ces constatations une information fut


ouverte, qui a établi les faits suivants :
Dans la nuit du vendredi 5 janvier 1979, dame Djoman, née
Bongba Amon Jeanne se rendit dans une brousse sise à une centaine de
mètres de son domicile, pour y faire ses besoins; quelques instants plus
tard, elle vit venir Mamadou Touré, un ex-ouvrier de la Sous-Préfecture
de Bodokro, individu qu'elle connaissait bien pour être leur fournisseur
habituel de bois;
Comme dame Djoman lui posait la question de savoir la raison de
sa présence dans les lieux, Mamadou Touré lui répondit qu'il venait lui
remettre un remède à administrer à son époux, remède qui aura pour effet
d'amener Monsieur Djoman à répudier sa seconde épouse; mais, contre
toute attente, Mamadou Touré se saisit de dame Djoman et la contraignit à
entretenir des relations sexuelles avec lui;
A l'enquête préliminaire, l'inculpé a reconnu les faits et en a décrit
les circonstances avec force détails. Suivant ses explications, la victime
l'avait invité à lui remettre le remède susmentionné, hors la présence de
tout témoin; pour respecter ce désir, il suivit dame Djoman sur la route de
Béoumi; parvenu dans un lieu désert, son attention avait été attirée par la
tenue légère de la dame et, dès ce moment, il avait été pris de vif désir
d'entretenir des relations sexuelles avec elle; celle-ci ayant rejeté ses
offres, il a été contraint de satisfaire ses désirs par la force.
Au cours de l'interrogatoire de première comparution, il réitéra ses
aveux. Mais, entendu sur le fond, il variait, en soutenant que c'était sur
l'invitation et le consentement de Djoman qu'il eut des rapports avec elle.
Il précisa que les choses en seraient restées là, s'il avait été en mesure de
remettre à sa partenaire, la somme de 5 000 francs, qu'elle lui avait
réclamée pour se libérer d'une dette.
Si le bulletin n° 1 du casier judiciaire de l'inculpé ne porte mention
d'aucune condamnation, les renseignements recueillis sur lui ne lui sont
cependant pas favorables; car, il passe pour un garçon dangereux, de
mauvaise réputation et ayant, par deux fois déjà, tenté de commettre un
viol; son examen psychiatrique ne révèle chez lui aucune anomalie;
Considérant qu'il résulte de ce qui précède, qu'il y a charges
suffisantes contre Mamadou Touré d'avoir à Bodokro, le 5 janvier
1979, en tout cas dans l'arrondissement judiciaire de Bouaké et depuis
temps non prescrit, commis un viol sur la dame Bongba Amon Jeanne;

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


DROIT PÉNAL GÉNÉRAL 129

Considérant que ces faits sont un crime prévu et puni par l'article
332 du Code Pénal; qu'il échet de déclarer suffisamment établie à
rencontre de Mamadou touré, la prévention ci-dessus spécifiée;
Considérant que cependant, compte tenu des circonstances de la
cause, il y a lieu, en application des dispositions de l'article 214 alinéa 3
du Code de Procédure Pénale, d'ordonner son renvoi devant le tribunal
correctionnel de Bouaké, pour y être jugé conformément à la loi;
Vu les articles 194,197 et 214 du Code de Procédure Pénale,
Ensemble les réquisitions écrites de Monsieur le Procureur
Général;

PAR CES MOTIFS

Statuant en Chambre du Conseil, en matière d'instruction du second


dégré, en dernier ressort;
Déclare suffisamment établie à l'encontre de Mamadou Touré, la
prévention de crime de viol ci-dessus spécifiée;
Cependant, en application des dispositions de l’article 214 alinéa 3
du Code de Procédure Pénale, ordonne son renvoi devant le Tribunal
Correctionnel de Bouaké, pour y être jugé conformément à la loi...
Président : M. Hoguié
Conseillers : MM. Bouaffon et Yapi
Avocat Général : M. Folquet
Greffier : Me. N'Dah Koffi Pierre

2ème espèce

LA COUR
Vu le dossier de la procédure instruite à la Section de tribunal de
Bondoukou contre le nommé Diabagaté Morifing, détenu (M.D. du 6
septembre 1979) inculpé de viol...
Après en avoir délibéré conformément à la loi, hors la présence du
Ministère Public et du Greffier,
Considérant que de l'information résultent les faits suivants :

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


130 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

Le 3 septembre 1979, vers quatre heures du matin, la nommée


Mariam Diabagaté, presque nue, les cheveux défaits, se présentait à la
brigade de Gendarmerie de Bondoukou et déposait plainte contre le
nommé Diabagaté Morifing pour viol. Elle expliquait que le 2 septembre
1979 vers 21 heures elle cheminait dans une des rues de la ville en
compagnie de sa camarade Rokia Touré, lorsque le mis en cause se
proposa de les déposer toutes deux chez elle; ce qu'il fit très rapidement
pour Rokia, mais s’agissant d'elle, Morifing devait la faire promener
jusque tard dans la nuit avant de lui proposer une conjonction sexuelle
qu'elle refusa aussitôt. Néanmoins, c'est bon gré mal gré qu'elle fut
conduite sur un terrain vague en dehors de toute habitation et là, sous la
menace de la manivelle de son véhicule, en plein air et à l'issue d'une
lutte épouvantable de plusieurs heures, Morifing la viola après avoir mis
ses vêtements en lambeaux.
Peu de temps après cette déposition, le mis en cause certainement
impatient de savoir son sort, ayant vu la victime se diriger vers la Brigade
de Gendarmerie, se présentait de lui-même aux forces de l'ordre qui
l'appréhendaient aussitôt.
Une enquête fut ouverte et dès le matin le Commandant de la
Brigade de Gendarmerie assisté de deux Gendarmes se transportèrent sur
les lieux des faits. Ils relevèrent les traces de lutte qui jonchaient le sol et
qui établissaient le caractère vraisemblable des faits évoqués par la
victime;
Interpellé à l'enquête préliminaire, Diabagaté Morifing n'hésita pas
à passer aux aveux. Il avait même relaté les circonstances des faits avec
une bien naïve prolixité en essayant toutefois de faire croire que le coït
avait eu lieu à l'intérieur de son véhicule;
Les faits s'étant produits sans témoin, les enquêteurs n'avaient pu
contrôler cette allégation du mis en cause; mais la victime avait maintenu
ses précédentes déclarations, en insistant sur le fait que le coït avait eu
lieu en plein air et après toutes sortes de violences;
Devant le magistrat instructeur, l'inculpé tenta de se disculper, en
niant les faits qui lui sont reprochés. Il déclara qu'il n'avait fait que
promener la jeune fille à travers la ville et qu'après que celle-ci ait rejeté
sa proposition de rapport sexuel il l'avait sagement déposée chez elle.
Mais à l'interrogatoire sur le fond, l'inculpé repassa aux aveux, en
précisant encore que le coït avait eu lieu dans son véhicule et que le
pagne de la victime était resté dans ses mains parce qu'il avait tenté de la
retenir pour ne pas qu'elle se rende à la Gendarmerie. L'inculpé ne nia

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


DROIT PÉNAL GÉNÉRAL 131

pas avoir lutté avec la victime plusieurs heures durant avant le rapport
sexuel;
Les faits de viol sont caractérisés; le certificat médical délivré par
le Docteur Bema Assandé qui a examiné la victime a conclu en ces
termes : "Mariam Diabagaté présente des lésions traumatiques par
sévices corporels perpétrés sur la victime, avant d'être violée par
l'agresseur, coït effectif par la présence dans le vagin à l'examen
microscopique des prélèvements de spermatozoïdes; ITT trente (30) jours
sauf complications".
Interrogé par le Juge d'instruction sur sa constitution de partie
civile, la victime a déclaré : "actuellement je ne me porte pas très bien,
car après les violences qu'il a exercées sur moi, je constate que la
grossesse évolue très difficilement alors que je suis à ma quatrième
grossesse. Par conséquent j'attends mon état pour savoir si je maintiens
ma plainte et si je dois demander réparations du préjudice que j'ai subi".
Quant au père et à la mère de la victime, ils ont déclaré qu'ils
n'éprouvent aucune animosité à l'égard de l'inculpé mais qu'ils réclament
pour lui la clémence de la justice et notamment sa mise en liberté
provisoire;
Les renseignements de personnalité recueillis sur l'intéressé ne
justifient en rien, loin s'en faut, cette attitude qui ne tient finalement et
visiblement qu'au seul lien de parenté existant entre les deux familles en
cause. En réalité, Diabagaté Morifing est considéré comme un jeune
homme fier, presque orgueilleux et fainéant, un peu trop conscient des
privilèges que lui procure l'aisance matérielle de son père dont il serait le
fils unique.
L'expertise psychiatrique effectuée par le Docteur Bama Assandé
Médecin Chef de l'Hôpital de Bondoukou conclut que Morifing
Diabagaté est un sujet sain d'esprit et de corps qui n'était pas en état de
démence au moment de son acte au sens de l'article 64 du Code Pénal;
Son bulletin n°l du casier judiciaire ne comporte pas de
condamnation;
Considérant que de ce qui précède, résultent des charges
suffisantes contre Morifing Diabagaté d'avoir à Bondoukou, le 2
septembre 1979, en tout cas depuis temps non couvert parla prescription
commis un viol sur la personne de Mariam Diabagaté;
Que ce fait constitue le crime prévu et puni par l'article 332 du
Code Pénal;

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


132 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

Mais considérant que M. le Procureur Général a requis verbalement à


l'audience de ce jour le renvoi de l'inculpé devant le Tribunal Correctionnel
de Bondoukou, conformément aux dispositions de l'article 214 alinéa 3 du
code de Procédure Pénale;
Considérant qu'il existe en la cause des circonstances atténuantes;
qu'il convient d'ordonner le renvoi de l'inculpé devant le Tribunal
Correctionnel de Bondoukou pour y être jugé conformément à la loi :
Vu les articles 194,197 et suivants, article 214 alinéa 3 et suivants du
Code de Procédure Pénale;
Vu les réquisitions orales de M. le Procureur Général,
En conséquence
Déclare suffisamment établie la prévention de viol imputée à
Diabagaté Morifing;
Ordonne le renvoi de l'inculpé devant le Tribunal Correctionnel pour
y être jugé conformément à la loi.
Président : Me KABA
Conseillers : MM. Yapi et Koffi
Avocat Général : M. Abaka
Greffier : Me. N'Da Koffi Pierre

2 - INFANTICIDE - RÉPRESSION - CORREC- TIONALISATION


JUDICIAIRE LÉGALE - ART. 214, AL. 3 C.P.P.
En raison des circonstances de la cause, il convient de renvoyer
devant le Tribunal Correctionnel l'inculpée contre laquelle existent des
charges suffisantes d'infanticide.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre dAccusation Arrêt n° 118 du 7 mai 1980
Ministère Public C/Epekou M'Bouafoue Christine.
Comparer : espèces précédentes, Abidjan 27-2-1978 et 17-9-1980, ibidem.

LA COUR
Vu le dossier de la procédure instruite à la Section de Tribunal de
Tiassalé contre la nommée Epekou M'Bouafoué Christine, née vers 1959 à
Sahuyé (Sikensi) de Djapa Epékou et de Yao Brahoua,

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


DROIT PÉNAL GÉNÉRAL 133

nationalité ivoirienne, sans profession, domiciliée à Sahuyé (Sikensi)


célibataire sans enfant.
(M.D. du 5 mai 1978)
(L.P. du 11 décembre 1978)
Inculpée d'infanticide
Après en avoir délibéré conformément à la loi hors la présence du
Ministère Public et du Greffier,
Considérant que le 28 avril 1978, le nommé Akadjé N'Guessan,
chef de village de Sahuyé (S/Préfecture de Sikensi) informa la Brigade de
Gendarmerie de Dabou de ce qu'une jeune fille de son village venait de
donner volontairement la mort à son nouveau-né;
Considérant que les Gendarmes se transportèrent sur les lieux et
apprirent que le corps était déjà inhumé; qu'ils firent alors procéder à son
exhumation et découvrirent un cadavre en putréfaction habillé d'un tricot
bleu à rayures blanches et enveloppé dans un morceau de pagne;
Considérant que commis en qualité d'expert, le Médecin-Chef de
l'hôpital de Dabou délivra un certificat médical libellé comme suit :
A l'examen du cadavre
Il s'agit d'un nouveau-né de sexe masculin, âgé d'environ 15 à 20
jours, enveloppé dans un pagne de couleur roussâtre contenant des
morceaux de tissus ça et là; un tricot bleu à rayures blanches appartenant
probablement à la mère et quatre bananes plantains.
L'examen physique du cadavre ne révèle pas d'anomalie de
constitution (pas de malformation-congénitale)
- on note l'absence du cordon ombilical, sectionné à la naissance et
déjà cicatrisé;
- pas de placenta;
- cadavre en putréfaction, le corps recouvert d'asticots;
- pas de lésions organiques.
En conclusion :
Il s'agit d'un nouveau né de sexe masculin, né à terme, et ayant
vécu quelques jours. La mort de ce nouveau-né serait dûe soit à une
inhibition, soit à une asphyxie par suffocation.
La mort serait survenue il y a environ une semaine

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


134 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

.
Considérant qu’une information fut ouverte qui a établi les faits suivants:
Courant avril 1978 demoiselle Epekou M'Braffoué Christine,
porteuse d'une grossesse, rejoignit ses parents dans son village natal,
après un séjour à Abidjan; après avoir été soumise à un interrogatoire sur
le point de savoir qui était l'auteur de cette grossesse, demoiselle Epekou
M'Braffoué Christine s'imposa un mode de vie consistant à s'enfermer
dans sa chambre le jour et à n'en sortir que la nuit, mais le 26 avril 1978,
son oncle Kassi Joseph, qui revenait d'un voyage, ayant senti une odeur
désagréable dans la maison entreprit des investigations qui conduisirent à
la découverte du cadavre d'un nouveau-né en putréfaction et dissimulé
dans l'appartement; demoiselle Epekou M'Braffoué Christine s'étant
trouvée concomitamment libérée de sa grossesse, tous les soupçons se
portèrent sur elle.
Entendue, l'inculpée a reconnu les faits, mais précisa n'avoir pas
tué le nouveau né.
A en croire ses explications, le dimanche 23 avril 1978, vers 16
heures, ayant été prise d'une forte douleur au ventre, elle accoucha d'un
enfant dans la baignoire. L'enfant étant mort-né, dit-elle, elle prit peur et
dissimula le corps dans un coin de la maison.
Les renseignements recueillis sur l'inculpée lui sont défavorables;
elle est présentée comme une personne nerveuse, capable de porter la
main sur ses parents.
Son examen mental n'a révélé chez elle aucune anomalie.
son bulletin n° 1 du casier judiciaire ne porte mention d'aucune
condamnation.
Considérant en conséquence, qu'il résulte de l'information et des
pièces du dossier, charges suffisantes contre demoiselle Epekou
M'Braffoué Christine d'avoir à Sahuyé, Sous-Préfecture de Sikensi, le 23
avril 1978, en tout cas dans la circonscription judiciaire de Tiassalé et
depuis temps non prescrit, volontairement donné la mort à son nouveau-
né.
Considérant que ces faits constituent le crime d'infanticide prévu et
puni par les articles 300 et 304 du Code Pénal; qu'il convient donc de dire
établie la prévention des faits ci-dessus spécifiés à rencontre de la
susnommée; que cependant, compte tenu des circonstances de la cause, il
y a lieu, en application des dispositions de l'article 214 al. 3 du Code de
Procédure Pénale, de ne lui appliquer qu'une peine correctionnelle et

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


DROIT PÉNAL GÉNÉRAL 135

d'ordonner son renvoi devant le Tribunal Correctionnel de Tiassalé, pour


y être jugée conformément à la loi.
Vu les articles 214 al. 3 et 216 du Code de Procédure Pénale.
Ensemble les réquisitions de Monsieur le Procureur Général;

PAR CES MOTIFS

Statuant en Chambre du Conseil, en matière d'instruction du second


degré et en dernier ressort
Déclare suffisamment établie à rencontre de demoiselle Epekou
M'Braffoué Christine, la prévention de crime d'infanticide ci-dessus
spécifiée.
Dit cependant, en application des dispositions de l'article 214 al. 3
du Code de Procédure Pénale, qu'il y a lieu de ne lui appliquer qu'une
peine correctionnelle.
Ordonne en conséquence son renvoi devant le Tribunal
Correctionnel de Tiassalé, pour y être jugée conformément à la loi...
Président : M. Hoguié Conseillers : MM. Bouaffon et Yapi Avocat Général : M.
Folquet Greffier : Me NDa Koffi Pierre

3 - RESPONSABILITÉ PÉNALE

3.1. RESPONSABILITE PENALE - BLESSURES


INVOLONTAIRES - FAUTE EXCLUSIVE DE LA VICTIME -
EXCLUSION DE TOUTE FAUTE DU PREVENU
Lorsque, dans un accident de la circulation, le comportement de la
victime a été la cause exclusive des blessures involontaires à lui
occasionnées, aucune faute ne peut être retenue à l'encontre du conducteur
du véhicule.
Cour d'Appel d Abidjan, Chambre Correctionnelle
Arrêt n° 1774 du 27 octobre 1980
Ministère Public C/Sangaré Adama

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


136 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

LA COUR
Vu les pièces du dossier,
Après avoir délibéré conformément à la loi, statuant publiquement
en matière correctionnelle et en appel par arrêt de défaut

EN LA FORME
Considérant que les appels du prévenu du civilement responsable,
de l’assureur et de la partie civile sont recevables pour avoir été interjetés
dans les forme et délai de la loi.

AU FOND
Considérant qu’il est constant que le 26 octobre 1975 vers 19hl5, la
jeune Mariam Zabsore était heurtée au village de Rubino par la remorque
Séria immatriculée n° 109 CI-1 attelée à un tracteur de marque Unie
immatriculé n° 5099 CI-1; que la victime était atteinte de plusieurs
fractures et blessures diverses lui occasionnant 120 jours d'I.T.T.
Considérant que le Tribunal Correctionnel d'Agboville par jugement
n° 15 du 18 janvier 1978 a déclaré Sangaié Adama coupable du délit de
blessures involontaires; l’a condamné à trois mois d’emprisonnement, 80
000 francs d’amende; lequel jugement a ordonné une expertise médicale
en ce qui concerne la victime et lui a alloué une indemnité provisionnelle
de 100 000 francs.
Considérant que le prévenu, le civilement responsable, l’assureur et
la partie civile ont régulièrement interjeté appel de ce jugement
Considérant que le prévenu qui sollicite sa relaxe fait plaider que
l’accident est dû à la faute exclusive de la victime qui s’est jetée sur le
véhicule.
Considérant que la partie civile appelante sollicite la confirmation
du jugement entrepris.
Mais considérant que le jugement entrepris n’a pas pris en
considération les constatations matérielles et les propres déclarations de la
victime démontrant qu’en réalité aucune faute ne peut être reprochée à
Sangaré Adama.
Considérant en effet que la victime a elle-même déclaré que le
véhicule était bien éclairé, ce qui l’avait incitée à s’arrêter sur la partie
droite de la route pour lui laisser le passage; que cependant elle n’y est

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


DROIT PÉNAL GÉNÉRAL 137

pas restée pendant toute la durée du dépassement; que, ignorant qu'il


s'agissait d'un grumier et voulant continuer sa route", elle a été heurtée par
la roue arrière de la remorque".
Considérant dans ces conditions que Sangaré Adama n'a commis
aucune faute; qu'il y a lieu d'infirmer le jugement entrepris, le relaxer des
fins de la poursuite et se déclarer incompétent pour statuer sur les intérêts
civils.

PAR CES MOTIFS

En la forme : Reçoit les appels du prévenu, du civilement


responsable, de l'assureur et de la partie civile.
Au fond : infirme le jugement entrepris.
Déclare Sangaré Adama non coupable des faits mis à sa charge.
Le renvoie des fins de la poursuite...
Se déclare incompétente pour statuer sur les intérêts civils.
Président : M. Ahizi
Conseillers : MM. Bouedi etTurkson
Avocat Général : M. Barry
Greffier : M. Coulibaly
Avocat : Me. Bertheau.

3.2. RESPONSABILITÉ PÉNALE - ACCIDENT DE LA


CIRCULATION - BLESSURES INVOLONTAIRES ET DEFAUT DE
MAITRISE - DEFAILLANCE MECANIQUE - CAUSE D’EXONERATION
DE LA FAUTE PENALE (NON)
La défaillance mécanique, à savoir la rupture de la rotule d'une roue
est sans incidence sur l'existence de la faute pénale du conducteur prévenu
de blessures involontaires et de défaut de maîtrise.
Cour dAppel dAbidjan, Chambre Correctionnelle Arrêt n° 2145 du 15 décembre 1980
Ministère Public C/Touré Vassiriki

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


138 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

LA COUR
Après avoir délibéré conformément à la loi, statuant publiquement
en matière correctionnelle et en appel par arrêt de défaut à l'égard du
prévenu seulement.

EN LA FORME
Considérant que l'appel commun du prévenu, du civilement
responsable et de l'assureur est recevable pour avoir été interjeté dans les
forme et délai de la loi.
Considérant qu'il est constant que le 30 mars 1978 Traoré
Vassiriki conduisait le véhicule Renault Saviem immatriculé B. 9342 CI-
2 appartenant à Issiaka Traoré sur la route Daloa-Seguéla en direction de
cette dernière localité lorsque, parvenu au PK. 15 de son itinéraire, au
sommet d'une côte il perdit le contrôle de son véhicule qui se renversa sur
le côté gauche de la chaussée par rapport à son sens de marche blessant
quatre passagers qui avaient pris place à bord de son véhicule.
Considérant que le prévenu soutient qu'il n'a commis aucune faute,
que l'accident est dû à une défaillance mécanique à savoir la rupture de la
rotule d'une roue.
Mais considérant qu'il appartenait au prévenu de vérifier le bon
fonctionnement de son véhicule avant de le mettre en circulation; qu'en
s'abstenant de le faire, le prévenu a commis une négligence qui est en
relation causale avec l'accident.
Considérant en conséquence que c'est à bon droit que le premier
juge a retenu le prévenu dans les liens de la prévention et lui a fait une
application bienveillante de la loi pénale; qu'il échet de confirmer sa
décision sur ce point.

SUR L'ACTION CIVILE


Considérant que le premier juge n'a pas été saisi d'une action
civile; que c'est à tort qu'il a déclaré Traoré Vassiriki civilement
responsable de son préposé et dit que la compagnie d'assurances U.A.P.
lui doit sa garantie; qu'il y a lieu d'annuler les dispositions civiles du
jugement querellé.

Atteindre sommaire
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986
DROIT PÉNAL GÉNÉRAL 139

PAR CES MOTIFS

EN LA FORME

Reçoit l'appel conjoint du prévenu, du civilement responsable et de


l'assureur.

AU FOND

Confirme le jugement entrepris en ses dispositions pénales.


Annule les dispositions civiles du jugement entrepris.
Président : M. Hamza Conseillers : MM. Koffi et Turkson Avocat Général : M.
Barry Greffier : Me Coulibaly Avocat : Me Mariani

33. RESPONSABILITÉ PÉNALE - ACCIDENT DE LA CIRCULATION


- BLESSURES INVOLONTAIRES - DÉFAILLANCE MÉCANIQUE - CAS DE
FORCE MAJEURE EXCLUANT TOUTE RESPONSABILITÉ (NON) -
DÉFAUT DE VÉRIFICATION - NÉGLIGENCE - ÉLÉMENT CONSTITUTIF
DU DÉLIT
L’incident mécanique ne peut constituer un cas de force majeure
exclusive de toute responsabilité pénale, car prévisible.
Le défaut de vérification de l'état du véhicule révélé par l'incident
mécanique est constitutif, de la part du conducteur, d'une négligence qui est
l'un des éléments constitutifs du délit de blessures involontaires.
Cour d’Appel d’Abidjan, Chambre Correctionnelle Arrêt n° 586 du 10 mars 1980
Ministère Public C/Bamba Dounanou

LA COUR
Vu les pièces du dossier,
Après avoir délibéré conformément à la loi, statuant publiquement ai
matière correctionnelle et en appel par arrêt contradictoire.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


140 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

EN LA FORME
Considérant que l’appel commun du prévenu, de son civilement
responsable et de l'assureur de celui-ci est recevable pour avoir été interjeté
dans les formes et délai de la loi;

AU FOND
Considérant qu'il est constant que par jugement en date du 26 juillet
1978, le Tribunal Correctionnel de Daloa a condamné le prévenu Bamba
Dounanou à trois mois d'emprisonnement avec sursis et à 40 000 F
d'amende en répression du délit de blessures involontaires mis à sa charge;
que la même juridiction, statuant sur l'action civile a alloué à la partie civile
N'Guessan N'Guessan Nestor les sommes de 25 000 F et de 150 000 F, la
première à titre personnel et la seconde pour le compte de sa fille mineure
N'Guessan Monique, ordonné une expertise médicale de la victime
Kouakou Adjoua, tout en allouant à l'intéressé une indemnité
provisionnelle de 100 000 F.
Considérant que le prévenu, le civilement responsable et l'assureur
ont relevé appel de cette décision.

SUR L'ACTION PÉNALE


Considérant qu'il résulte des pièces du dossier et des débats qu'à la
suite d'un incident mécanique, imprudence totale, le véhicule conduit par le
prévenu a quitté la chaussée pour se renverser sur le côté gauche de la
chaussée; que les faits se sont produits au P.K. 32 de la route Daloa-
Duékoué, le six décembre 1974 vers 8h30; que cet accident de la
circulation a fait plusieurs blessés.
Considérant que le prévenu, par l'intermédiaire de son conseil,
Maître Bertheau, Avocat à la Cour, sollicite sa relaxe au motif que
l'accident dont il s'agit est dû à un incident mécanique.
Mais considérant que même s'il était établi, cet incident mécanique
ne saurait constituer un cas de force majeure, car prévisible; que par
ailleurs, il appartenait au conducteur de vérifier l'état de son véhicule avant
de prendre la route; que ne l'ayant pas fait, il a commis une négligence qui
est l'un des éléments prévus par l'article 319 du Code pénal, qui constituent
les éléments constitutifs du délit de blessures involontaires reproché à
Bamba Dounanou; qu'enfin l’accident dont ont

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


DROIT PÉNAL GÉNÉRAL 141

été victimes les nommés N'Guessan N’Guessan Nestor, N’Guessan


Menique et Adjoua Menique est dû manifestement à un défaut de
maîtrise de la part du conducteur, que dès lors c'est à bon droit que le
premier juge a maintenu Bamba Dounanou dans les liens de la
prévention et l'a condamné à trois mois d'emprisonnement avec sursis et
à 45 000 F d'amende; qu'il échet donc de confirmer le jugement entrepris
en toutes ses dispositions pénales.

SUR L'ACTION CIVILE :

PAR CES MOTIFS :

EN LA FORME :
Reçoit le prévenu, le civilement responsable et l'assureur en leur
appel commua

AU FOND :
Réformant partiellement le jugement entrepris, alloue à la partie
civile N’Guessan N'Guessan Nestor la somme de 75 000 F à titre de
dommages-intérêts pour le compte de sa fille mineure Monique.
Confirme ledit jugement pour le surplus.
Président : M. Hamza Conseiller : MM. KAMA et Bouedy Avocat Général : M.
Bany Greffier : Me Djouka Avocat : Me Bertheau

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


142 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

3.4. RESPONSABILITÉ PÉNALE - HOMICIDE INVOLONTAIRE -


DÉCÈS PAR ÉLECTROCUTION PAR UN FIL ÉLECTRIQUE DÉNUDÉ
DE SA PARTIE PROTECTRICE PENDANT UNE TORNADE - TORNADE
CAUSE EXCLUSIVE DE L’ACCIDENT
Lorsqu'un jeune enfant décède d’électrocution en touchant un fil
électrique dénudé de sa partie protectrice par une tôle soulevée par la
tornade, l'accident est dû à la tornade et par suite le propriétaire de la
concession ne saurait être recherché pour homicide involontaire.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Correctionnelle Arrêt n° 569 du 5 mars 1980
Ministère Public C/DiarTasouba Moriba

LA COUR

Vu les pièces du dossier,


Après avoir délibéré conformément à la loi,
Statuant publiquement en matière correctionnelle et en appel par
arrêt contradictoire à l'égard du prévenu et des parties civiles.

EN LA FORME
Considérant que l'appel commun du prévenu et du civilement
responsable est recevable pour avoir été interjeté dans les forme et délai
prévu par la loi.
Considérant qu'il est constant que Diarrassouba Moriba, chef
d'arrondissement à l'[Link]. a été affecté à Koihogo le 20 janvier 1972;
qu'avant son arrivée, un branchement confort a été effectué au domicile de
Mamadou Soumahoro; que dans la nuit du 3 au 4 avril 1973 une tornade
s'abattit sur la ville; qu'un fil fut endommagé, et dénudé de sa partie
protectrice par une tôle enlevée par le vent du toit d'un hangar construit
dans sa concession par Mamadou Soumahoro; que le matin 4 avril 1973 le
jeune Kassoum Soumahoro, touchant au fil qui s'est enroulé à un poteau
près de la cuisine, est décédé d'électrocution
Considérant que le premier juge a retenu la responsabilité pénale de
Diarrassouba Moriba.
Considérant que le prévenu et le civilement responsable, appelants,
concluent à la relaxe estimant qu'aucune faute n'a été commise.

Atteindre sommaire
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986
DROIT PÉNAL GÉNÉRAL 143

Considérant que les parties civiles concluent à la confirmation de la


décision entreprise, reprochant au prévenu de ne pas avoir procédé au
changement du poteau en fer, placé près de la cuisine; que le père de la
victime lui avait fait part de ses inquiétudes.
Considérant qu'il est constant que l'accident est dû à la tornade,
soulevant une tôle qui endommagea un fil électrique; qu'aucune faute
prévue à l'article 319 du code pénal ne peut être relevée à la charge de
Diarrassouba Moriba;
Considérant qu'il ne résulte pas des faits de la cause que le prévenu
ait commis une faute; qu'il échet dès lors d'infirmer le jugement de
condamnation et de débouter les parties civiles Mamadou Soumahoro et
Fatoumata Binaté de leur demande.

PAR CES MOTIFS

EN LA FORME
Reçoit l'appel commun du prévenu et du civilement responsable.

AU FOND
Le dit bien fondé Infirme le
jugement entrepris
Déclare Diarrassouba Moriba non coupable du délit d'homicide
involontaire.
Le renvoie des fins de la poursuite.
Président : M. Tonian Conseillers :
M. Turkson et Mme Gnamessou
Avocat Général : M. Tirera Greffier :
Me Yao Avocat : Me Bertheau

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


144 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

4 - CONFISCATION - MISE SOUS SEQUESTRE - REVENDICA-


TION DE BIENS N'APPARTENANT PAS AU CONDAMNÉ -
RESTITUTION
Lorsque des biens ont été compris à tort dans ceux mis sous
séquestre à la suite d'une condamnation à la confiscation de tous les biens
du prévenu, il convient, sur requête des légitimes propriétaires, d'en
ordonner la restitution à leur profit
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Correctionnelle Arrêt n° 1161 du 13 mai
1980.

LA COUR
Vu les pièces du dossier.
Après en avoir délibéré conformément à la loi et statuant,

EN LA FORME
Considérant que la requête présentée par Maître Banny-Kacou et
Gounougo, Conseils des héritiers de feu Jean Koffi est régulière et
recevable;

AU FOND
Considérant qu'il est constant que par arrêt n° 628 en date du 14
août La Cour de céans a confirmé en toutes ses dispositions le jugement n°
1034 du 14 mars 1973 du Tribunal Correctionnel d'Abidjan qui avait
condamné le prévenu Koffi Mamadou à 20 ans d'emprisonnement, 1 500
000 francs d'amende, 5 ans d'interdiction de séjour et de privation de droits
civiques, en répression du délit de détournement de deniers publics qui lui
était reproché; que la même juridiction a ordonné la confiscation de tous
ses biens mis sous séquestre;
Considérant qu'il est non moins constant que par requête en dates
des 27 novembre 1977 et 16 février 1978 les nommés Koffi Yacouba et
Kouassi Aya Fatouma, respectivement frère et mère de Koffi Mamadou
sollicitent qu'il plaise à la Cour de céans d'ordonner la restitution des biens
immobiliers leur revenant soit par succession (biens de feu Koffi Jean,
père de Koffi Yacouba), soit leur appartenant en propre (villa de Kouassi
Aya Fatouma veuve Koffi Jean);

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


DROIT PÉNAL GÉNÉRAL 145
Considérant que les requérants produisent au dossier et aux débats
d’abondants documents prouvant que les biens revendiqués ont été compris
à tort dans ceux mis sous séquestre à la suite de la condamnation de Koffï
Mamadou, à savoir une villa sise en zone 4/C, type 2, objet de la lettre
d'attribution du Ministre de la Construction et de l'Urbanisme n° 00 24 du 8
janvier 1969, un lot n° 160 A/B d’Abidjan N- E, appartenant à feu Koffi
Jean, et une maison construite sur le lot 262 d'Adjamé-Nord, appartenant à
la dame Kouassi Aya Fatouma;
Considérant dès lors, qu'il échet de faire droit à la demande des
requérants :

PAR CES MOTIFS

EN LA FORME

Réçoit le sieur Koffi Yacouba et la dame Kouassi Aya Fatouma en


leurs requêtes respectives;

AU FOND

Dit ces requêtes bien fondées;


Ordonne la restitution des biens immobiliers appartenant aux
requérants et mis à tort sous séquestre à la suite de la condamnation de
Koffi Mamadou poursuivi pour détournement de deniers publics.
Met les dépens à la charge du Trésor Public.
Président : M. Kama
Conseillers : MM. Ahizi et Koffi
Substitut du Procureur Général : M. Tirera
Greffier : Me Gnasset
Avocat : Me Banny-Kacou et Gounougo

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146 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

5 - PEINE - INFRACTIONS MULTIPLES - CONTRAVENTION


CONNEXE A DELIT - RÈGLE DE NON-CUMUL DES PEINES
(INAPPLICA-TION)

Lorsque le prévenu a été déclaré coupable du délit de blessures


involontaires et de la contravention de défaut de maîtrise, connexe au
délit, la règle du non-cumul des peines ne joue pas. C’est donc à tort que
le juge a prononcé une peine unique.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Correctionnelle Arrêt n° 697 du 24 mars 1980
Ministère Public C/Adou Kouassi René

LA COUR,
Vu les pièces du dossier,
Après avoir délibéré conformément à la loi, statuant publiquement
en matière correctionnelle et en appel par arrêt contradictoire,

EN LA FORME
Considérant que l'appel du Procureur Général est recevable pour
avoir été interjeté dans les formes et délai de la loi;

AU FOND
Considérant que par jugement en date du 21 février 1979 le tribunal
correctionnel d'Abengourou, Adou Kouassi René a été déclaré coupable
du délit de blessures involontaires et de la contravention de défaut de
maîtrise et condamné en conséquence à une peine unique de 30
0 francs d'amende;
Considérant que les faits reprochés au prévenu constituant une
contravention connexe à un délit, la règle du non cumul des peines
édictées par l'article 5 du code pénal ne peut s'appliquer, que c'est donc à
tort que le premier juge a prononcé une peine unique; qu'il échet en
conséquence de réformer sa décision,

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


DROIT PÉNAL GÉNÉRAL 147

PAR CES MOTIFS

EN LA FORME
Reçoit l'appel du Procureur Général;

AU FOND
Réformant les dispositions pénales du jugement entrepris;
Condamne Adou Kouassi René à 30 000 francs d'amende pour le
délit de blessures involontaires et à 10 000 francs d'amende pour la
contravention de défaut de maîtrise;
Confirme pour le surplus le jugement entrepris...
Président : M. Hamza
Conseillers : MM Kama Yao et
Bouedy Avocat Général : M.
Barry Greffier : Me Djouka
Léon Avocat : Me Mondon

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT PÉNAL SPÉCIAL

1 - ABANDON DE FAMILLE - CONDITIONS - NÉCESSITE D'UNE


DÉCISION EXÉCUTOIRE - JUGEMENT DE NON-CONCILIATION
ORDONNANT DES MESURES PROVISOIRES
L'exécution provisoire des jugements ordonnant des mesures
provisoires ayant lieu de plein droit, le jugement de non-conciliation qui, au
titre des mesures provisoires, a condamné un époux à verser à l'autre une
pension alimentaire, peut servir de base à une poursuite pour abandon de
famille. Il en est ainsi alors même que le jugement de divorce qui a
confirmé lesdites mesures provisoires a été frappé d'appel.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Correctionnelle
Arrêt n° 430 du 19 février 1980
Ministère Public C/Kouakou N'Guessan Martin.

LA COUR
Vu les pièces du dossier;
Après en avoir délibéré conformément à la loi, statuant
publiquement en matière correctionnelle et en appel par arrêt de défaut et
contradictoire;

EN LA FORME

Considérant que l'appel de la partie civile est recevable pour avoir


été interjeté dans les forme et délai de la loi;

AU FOND :

Considérant qu'il est constant que, par jugement du 26 juin 1979, le


Tribunal de Bouaké a prononcé le divorce entre le prévenu et son épouse et
confirmé les mesures provisoires du jugement de non- conciliation du 27
février 1976 du même Tribunal qui condamnait N'Guessan Martin à verser
mensuellement à son épouse 10 000 et 5000 francs pour sa part
contributive à l'entretien des deux enfants;

Atteindre sommaire
150 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

Considérant qu'appel a été interjeté par Dame Amoin Jeanne contre


le jugement du 26 février 1976; que cependant cette dernière, par exploit en
date du 20 août 1978 citait Kouakou N'Guessan Martin devant le Tribunal
Correctionnel de Bouaké pour abandon de famille, lui reprochant de
n’avoir pas payé la pension alimentaire à laquelle il avait été condamné;
Considérant que, par jugement n° 818 du 26 juin 1978, le Tribunal
Correctionnel de Bouaké a relaxé le prévenu, estimant que le jugement de
divorce du 25 juillet 1976, n'ayant pas expressément ordonné l'exécution
provisoire de l'attribution de la pension alimentaire, demeure soumis à
l'effet suspensif de l'appel et ne saurait servir de base à une poursuite
quelconque;
Considérant que la partie civile a régulièrement interjeté appel de
cette décision;
Considérant que l'appelante, reprenant ses conclusions d'instance,
fait plaider que les parties se trouvent dans la situation créée entre elles par
le jugement de non-conciliation du fait de l'appel interjeté contre le
jugement de non conciliation du fait de l'appel interjeté contre le jugement
du 25 juillet 1976;
Considérant en effet que le jugement de divorce du 25 juillet 1976 a
confirmé les mesures provisoires du jugement de non-conciliation;
Considérant qu'aux termes de l'article 6 de la loi du 7/10/64
l'exécution provisoire des jugements ordonnant des mesures provisoires a
lieu de plein droit et que la juridiction n'a pas à l'ordonner;
Considérant par ailleurs que la Cour ne peut, sur appel de la seule
partie civile modifier dans un sens qui soit défavorable à celle-ci, les
mesures provisoires ordonnées par le jugement de non-conciliation et
confirmées par le jugement entrepris;
Considérant en conséquence, que c'est à tort, que le premier juge a
renvoyé Kouakou N'Guessan Martin des fins de la poursuite et qu'il échet
de le déclarer coupable du délit mis à sa charge;
Mais considérant qu'en l'absence d'appel du Ministère Public, aucune
peine ne peut être prononcée contre lui.
Considérant, sur l'action civile, qu'il y a lieu de faire droit aux
conclusions de la victime qui sollicite 110 000 francs pour le préjudice
matériel et 25 000 francs pour le préjudice moral

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


DROIT PÉNAL SPÉCIAL 151

PAR CES MOTIFS :

EN LA FORME

Reçoit l’appel de la partie civile

AU FOND

Le dit bien fondé


Déclare Kouakou N'Guessan Martin coupable du délit d’abandon
de famille mis à sa charge. Dit n'y avoir lieu à condamnation pénale;
SUR LES INTÉRÊTS CIVILS
Condame Kouakou N’Guessan Martin à payer à la partie civile
1) 110 000 francs en réparation du préjudice matériel
2) 25 000 francs en réparation du préjudice moral...
Président : M. Kama
Conseillers : MM. Ahizi et Koffi
Avocat Général : M. Tirera
Greffier : Me MBengue
Avocat : Me Alexandre

2 - BLESSURES INVOLONTAIRES

V. Arrêt n° 586 du 10 mars 1980


de la cour d'Appel, Chambre Correctionnelle
reproduit supra, p. 33.

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


152 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

3 - ÉMISSION DE CHÈQUE SANS PROVISION - MONTANT DE


CHÈQUE CRÉDITÉ FERMÉ SUR LE COMPTE DU BÉNÉFICIAIRE
- INSUFFISANCE DE PROVISION DU TIREUR - DÉLIT
CONSTITUÉ (NON) ACTION CIVILE - COMPÉTENCE DE LA
JURIDICTION RÉPRESSIVE - PREVENUE EN VOIE DE RELAXE -
COMPÉTENCE - (NON)

Lorsque la banque du bénéficiaire de chèques a crédité ferme le


compte de celui-ci des montants desdits chèques, il n'y a pas de délit
d'émission de chèque sans provision s'il apparaît que le compte du tireur ne
contient pas de provision suffisante pour permettre le paiement de ces
chèques.
La prévenue de délit d'émission du chèque sans provision étant en
voie de relaxe, la juridiction répressive est incompétente pour statuer sur
l'action civile.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Correctionnelle Arrêt n° 1477 du 24 juin 1980
Ministère Public C/Dame Deignan née Aollo

LA COUR
Vu les pièces du dossier;
Après en avoir délibéré conformément à la loi, statuant
publiquement en matière correctionnelle et en appel par arrêt
contradictoire;

EN LA FORME
Considérant que l'appel de Maître Goffri, Conseil de la dame
Deignan née Aollo Cathérine est recevable pour avoir été interjeté dans les
forme et délai de la loi;

AU FOND
Considérant qu'il est constant que par jugement n° 352 en date du 26
janvier 1979 le Tribunal Correctionnel d'Abidjan a condamné la dame
Deignan, née Aollo Cathérine à 8 mois d'emprisonnement et à 150 000
francs d'amende en répression du délit d'émission de chèques sans
provision mis à sa charge; que la même juridiction, statuant sur l'action

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


DROIT PÉNAL SPÉCIAL 153

civile, a condamné la prévenue à payer à la partie civile, en l’espèce la


BIAO, 2 150 000 francs à titre de dommages-intérêts;

SUR L’ACTION PUBLIQUE


Considérant qu'il résulte des débats et des pièces du dossier que les
13 et 29 juin et 30 juillet 1974, la dame Deignan, a remis à la Sotexi, trois
chèques d'un montant respectif de 650 000 francs, 958 100 francs et 958
100 francs tirés sur la BIAO, agence de Gagnoa;
Considérant que ces chèques ont été déposés à la BIAO Abidjan, qui
a crédité de leur montant le compte de la Sotexi.
Considérant cependant qu'il est apparu, que le compte de Madame
Deignan à Gagnoa ne contenait pas de provisions suffisantes pour
permettre le paiement de ces trois chèques;
Considérant que la Sotexi, contactée, se refuse catégoriquement à
être débitée de ces chèques; ayant été créditée ferme;
Considérant que compte tenu de ce qui précède et désireuse de
recouvrer sa créance par toutes voies de droit, la BIAO a sollicité et obtenu
du Tribunal Correctionnel d'Abidjan la condamnation pour émission de
chèques sans provisions de Madame Deignan;
Considérant qu'en décidant ainsi, le premier juge n'a pas fait une
juste application de la loi; les chèques remis à la Sotexi ayant été
régulièrement et fermement crédités de leur montant; qu'au surplus la
procédure en l'espèce, a été engagée par la BIAO et non la Sotexi qui avait
une créance envers la dame Deignan; qu'il en aurait été autrement si dans la
présente instance, la partie civile était constituée par la Sotexi;
Qu'il y a lieu de dire que le délit d'émission de chèque sans
provisions mis à la charge de la dame Deignan n'est pas constitué et
d'infirmer par conséquent la décision du premier juge;

SUR L'ACTION CIVILE


Considérant que la BIAO, par son Conseil, s'est constituée partie
civile et a sollicité la somme de 2 150 000 francs à titre de dommages-
intérêts; que le premier juge a déclaré cette constituation régulière et
recevable et y a fait droit;

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


154 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

Considérant que la prévenue étant en voie de relaxe, il échet de se


déclarer incompétent pour statuer sur l'action civile;

PAR CES MOTIFS

EN LA FORME
Reçoit la dame Deignan en son appel;

AU FOND
Le dit bien fondé;
Infirme le jugement entrepris en toutes ses dispositions tant pénales
que civiles;
Déclare Mme Deignan non coupable du délit d'émission de chèques
sans provisions mis à sa charge et la renvoie des fins de la poursuite;
Se déclare incompétente pour statuer sur l’action civile.
Président : M. Kama Conseillers : MM. Ahizi et Koffi Avocat Général : M. Tirera
Greffier : Me Gnasset Avocat : Me Dogue-Elghozi

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


DROIT PÉNAL SPÉCIAL 155

4 - OUTRAGE A MAGISTRAT DANS L'EXERCICE DE SES


FONCTIONS - FAIT MATÉRIEL - CONSTITUTION DE PARTIE
CIVILE - RECEVABILITÉ - CONDITION - QUALITÉ DE PARTIE AU
PROCÈS (NON) - IRRECEVABILITÉ

Constitue le délit d'outrage à magistrat dans l'exercice de ses


fonctions, le fait, pour un individu, de refuser de prendre une convocation
du Parquet et de déclarer publiquement "Je ne suis pas là pour prendre les
convocations de la Justice".
Dans un procès d’outrage à magistrat dans l'exercice de ses
fonctions, ne saurait être accueillie la constitution de partie civile d'une
personne dont les intérêts à cet égard ne sont nullement en cause.
Cour d'appel d'Abidjan, Chambre Correctionnelle
Arrêt n° 1408 du 10 juin 1980 Ministère
Public C/Allou N'Da

LA COUR
Vu les pièces du dossier;
Après en avoir délibéré conformément à la loi, statuant
publiquement en matière correctionnelle et en appel par arrêt réputé
contradictoire;

EN LA FORME
Considérant que l'appel du Procureur Général est recevable pour
avoir été interjeté dans les forme et délai de la loi;

AU FOND
Considérant qu'il est constant que par jugement n° 12 en date du 8
janvier 1980, le Tribunal des flagrants délits de Bongouanou a condamné
Allou N'Da à un mois d'emprisonnement en répression du délit d'outrage à
magistrat dans l'exercice de ses fonctions mis à sa charge; que la même
juridiction statuant sur l'action civile a condamné le prévenu Allou N'Da à
verser à la dame Akoua Fofoué la somme de 20 000 francs à titre de
dommages-intérêts;

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


156 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

Considérant qu'il résulte des débats et des pièces du dossier que sur
une plainte de la dame Akoua Fofoué, le parquet de Bongouanou a dressé
le 26/12/79 une convocation à Allou N'Da pour l'entendre sur le différend
qui l’oppose à cette dernière et procéder à son règlement; qu'Allou N’Da
non seulement a refusé de prendre ladite convocation, mais encore
manifesté publiquement son indifférence en déclarant notamment : "je ne
suis pas là pour prendre les convocations de la Justice";
Considérant qu'interrogé, Allou N'Da a reconnu les faits et déclaré
pour sa défense qu'il aurait agi sous l'empire de l'alcool; que vu les
circonstances dans lesquelles ils ont été proférés, ces propos constituent le
délit d'outrage au magistrat dans l'exercice de ses fonctions retenu à juste
titre contre lui;
Considérant que la dame Akoua Fofoué s'est constituée partie civile
à l'audience et a réclamé la somme de 20 000 francs à titre de dommages-
intérêts; que recevant cette constitution, le premier juge l'a déclarée
régulière en la forme et a fait droit à sa demande;

SUR L'ACTION PUBLIQUE


Considérant que par acte du Greffe en date du 11 mars 1980, le
Procureur Général a relevé appel du jugement entrepris, aux motifs que la
dame Akoua Fofoué n'étant pas partie au procès ne pouvait bénéficier de
dommages-intérêts.
Considérant qu'il est constant en effet qu'il résulte du dossier de la
procédure suivie contre Allou N'Da que celui-ci a non seulement refusé la
convocation à lui adressée par le juge de la section du tribunal de
Bongouanou, mais encore tenu des propos de nature à atteindre l'honneur
et la délicatesse dudit magistrat, déclarant publiquement "je ne suis pas là
pour prendre les convocations de la Justice", que les faits ainsi établis
constituent le délit d'outrage à magistrat dans l'exercice de ses fonctions;
que c'est au titre dudit délit qu'il a été, à la requête du Ministère Public,
poursuivi et condamné à la peine d'emprisonnement d'un mois; qu'il échet
de confirmer, sur ce point, la décision du Premier Juge;

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


DROIT PÉNAL SPÉCIAL 157

SUR L’ACTION CIVILE

Considérant qu’il a été alloué la somme de 20 000 francs à la dame


Akoua Fofoué déclarée recevable en sa constitution de partie civile par le
premier juge; qu'étant donné les éléments de la cause, pareille décision ne
peut procéder que d'une confusion dans l'esprit de son auteur, qu'en effet la
décision sanctionnant la commission par Allou N'Da du délit d'outrage à
magistrat, objet du procès dont s’agit, ne saurait être applicable à la dame
Akoua Fofoué dont les intérêts à cet égard ne sont nullement en cause;
Considérant qu'il y a lieu de déclarer la dame Akoua Fofoué
irrecevable en sa constitution de partie civile et d'infirmer sur ce point le
jugement du 8 janvier 1980;

PAR CES MOTIFS

EN LA FORME

Reçoit le Procureur Général en son appel;

AU FOND

Le dit bien fondé;


Confirme le jugement entrepris en ses dispositions pénales;
Déclare irrecevable la dame Akoua Fofoué en sa constitution de
partie civile;
Condamne en outre Allou N'Da aux entiers dépens liquidés à la
somme de 15 735 francs;
Président : M. Kama Conseillers : MM . AHIZI et KOFFI Avocat Général : M.
TIRERA Greffier : Me Gnasset

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


158 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

5 VIOLENCES ET VOIES DE FAIT

V. Arrêt n° 967 du 23 avril 1980 de la Cour d'Appel d'Abidjan


Reproduit ci-dessous, p. 172

6 - VOL- CHOSE TROUVÉE - APPREHENSION AVEC ACCORD


DU PRÉFET AUX FINS DE CONSERVATION - USAGE COMME
PROPRIÉTAIRE - INSTRUCTION - INTENTION FRAUDU-LEUSE
(NON) - NON-LIEU A SUIVRE

Il n'y a pas charges suffisantes du délit de vol contre la personne qui,


ayant trouvé en pleine forêt un engin, le déplace dans son garage avec
l'accord du Préfet, le remet en état de marche et en fait, plus tard, usage
comme propriétaire
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre d'accusation Arrêt n° 276 du 24 décembre
1980 Affaire Trevisan Henri

LA COUR
Vu la procédure suivie au Tribunal de Première Instance de Man
contre le nommé Trevisan Henri, né le 14 octobre 1935 à Chembery
(Savoie-France) de feu Trevisan Ange et de Bollin Alba, de nationalité
française, exploitant-forestier, domicilié à Toulépleu, marié, un enfant, se
dit jamais condamné, recensé classe 56 1B;
Inculpé de vol, non détenu;
Après en avoir délibéré conformément à la loi, hors la présence du
Ministère Public et du Greffier,
Considérant que selon acte daté du 13 mars 1979 du greffe du
Tribunal de Première Instance de Man, le nommé Boucher Daniel, partie
civile dans l'information suivie contre Trevisan Henri, a déclaré interjeté
appel de l'ordonnance de non-lieu intervenue le 28 décembre 1978, dans
ladite procédure;
Considérant qu'aucune pièce du dossier ne porte mention de la
signification de cette ordonnance à la partie civile régulièrement constituée
le 18 décembre 1978; qu'il y a lieu de recevoir cet appel;
Considérant qu'il apparaît de l'information les faits suivants :

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT PÉNAL SPÉCIAL 159

Courant 1976, l'inculpé se présentait au Préfet de Guiglo et


l'informait de la découverte par lui, en pleine forêt, d'un engin qui, selon
lui, pouvait être la propriété d'une société en faillite qui exploitait il y a
quelque temps, des bois d'œuvre dans cette zone de forêt. Le Préfet, pour la
conservation de ce bien, conseillait à Trevisan Henri d'enlever ledit engin,
de le déposer dans son garage et de se renseigner pour en découvrir le
propriétaire. Trevisan revoyait le Préfet quelques jours après cet entretien,
pour dire que l'engin, composé d'un tracteur et d'un véhicule sans moteur,
se trouvait à son garage comme convenu.
Début janvier 1978, le nommé Boucher Daniel, ancien employé de
la société dite Sattam, propriétaire du tracteur et de la semi-remorque dont
il s'agit, ne retrouvait pas cet ensemble de véhicule dans la forêt qu'il
exploitait alors; il se rendait au garage de l'inculpé qui utilisait des
véhicules de la même marque et y découvrait effectivement les véhicules
en cause. L'inculpé avait réparé et repeint la remorque et démonté des
pièces sur le tracteur. Il aurait même attelé la remorque "Atlomex-B-320-
CI-2 munie d'une plaque de fabrication "SERIA", sous le numéro
minéralogique M. 6063-CI-l du tracteur Fiat lui appartenant. Trevisan
Henri, tout en constatant ce dernier fait, demandait à la partie civile, en
présence du Préfet de Guiglo, de lui vendre les engins; mais les parties
n'étant pas d'accord sur le prix, la vente n'a pu être conclue.
Considérant qu'il ne résulte pas des pièces du dossier que l'inculpé
ait eu, au moment du déplacement de l'objet de l'infraction qui lui est
reprochée, l'intention de se l'approprier; que tout au contraire, il est
suffisamment démontré qu'il a appréhendé la chose trouvée avec l'accord
du Préfet du département de Guiglo; que toutefois de 1976 à janvier 1978,
il a usé de cette chose comme un propriétaire;
Considérant donc que c'est à bon droit que le premier juge a dit qu'il
n'y avait pas charges suffisantes contre Trevisan Henri Joseph d'avoir
commis le délit de vol, et a déclaré par application de l'article 177 du code
de procédure pénale, qu'il n'y a pas lieu à suivre en l'état et ordonner le
dépôt de la procédure au Greffe; qu'il échet de confirmer l'ordonnance du
28 décembre 1978; et de condamner la partie civile appelante aux dépens;
En conséquence;

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


160 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

Vu les réquisitions de Monsieur le Procureur Général, ensemble,


les articles 212,216 du code de procédure pénale,
Reçoit l'appel de la partie civile Boucher Daniel,
L'y déclarant mal fondé, l'en déboute,
Confirme l'ordonnance entreprise.
Président : M. Tonian Conseillers : MM. Bouedy et Sylla Roux Avocat Général :
Yao Gérard Greffier : Me Djédjé Dca.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE

1- ACTION CIVILE

1.1- ACTION CIVILE - PRESCRIPTION - SOLIDARITÉ DE


PRESCRIPTION AVEC ACTION PUBLIQUE (NON) -
DISSOCIATION DES DEUX ACTIONS

Lorsqu'il a été définitivement statué sur l'action publique, l'action


civile se trouve dissociée de celle-ci; elle ne peut donc être atteinte par la
prescription triennale. En conséquence, l'action civile dont est saisie la
Cour d'Appel plus de trois ans après la date du jugement de 1ère instance
n'est pas prescrite.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre
Correctionnelle Arrêt n° 1345 du 9 juin
1980 Ministère Public C/Kadjo Amoi.

LA COUR
Vu les pièces du dossier;
Après avoir délibéré conformément à la loi, statuant publiquement
en matière correctionnelle et en appel par arrêt de défaut.

EN LA FORME
Considérant que l’appel conjoint du prévenu, du civilement
responsable et de l'assureur est régulier et recevable pour avoir été
interjeté dans les forme et délai prévus par la loi;

AU FOND
Considérant qu'il est constant que la dame Kouaho Adjoba a été
victime d'un accident de la circulation occasionné par Kadjo Amoi alors
chauffeur au service de Eno Koutouan;

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


162 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

Considérant que statuant à fins civiles le premier juge a reçu la


constitution de partie civile de dame Kouaho Adjoba et a condamné le
prévenu solidairement avec le civilement responsable sous la garantie de
l'assureur à lui payer la somme de 4 150 000 francs à titre de dommages-
intérêts, toutes causes de préjudices confondues, déduction faite de la
provision de 150 000 francs.
Considérant que les appelants, invoquent la nullité du jugement
entrepris aux motifs que le premier juge n'a pas statué sur la question de
prescription de l'action qu'ils ont relevée en première instance;
Considérant que les appelants demandent par ailleurs à la cour de
déclarer l'action civile éteinte par prescription du fait que du 11 avril
1975 à la date de la saisie de la cour d'appel il s'est écoulé plus de trois ans;
Considérant que par jugement en date du 26 février 1975 le tribunal
correctionnel d'Aboisso a statué sur l'action publique;
Considérant que cette décision était devenue définitive;
Considérant, en conséquence que l'action civile était dissociée de
l'action publique et ne peut être atteinte par la prescription triennale;
Considérant que c'est à bon droit que le premier juge a reçu la
constitution de partie civile de Kouaho Adjoba et a statué sur ses intérêts
civils après expertise médicale;
Considérant qu'en allouant la somme globale de 4 150 000 francs à
la victime, le premier juge a fait une juste appréciation de ces préjudices;
Qu'il convient de confirmer le jugement entrepris.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 163

PAR CES MOTIFS

EN LA FORME

Reçoit l'appel conjoint du prévenu, du civilement responsable et de


l'assureur,

AU FOND

Les déclare mal fondés


Confirme le jugement entrepris en toutes ses dispositions...
Président : M. Hamza
Conseillers : MM. Kama et Ahizi
Avocat Général : M. Barry
Greffier : Mo Gbahou Victor
Avocat : Mo Dogue - Elghozi

0.1. ACTION CIVILE - CONSTITUTION DE PARTIE CIVILE -


CONDITION DE RECEVABILITÉ - QUALITÉ DE PARTIE AU PROCÈS
Voir Arrêt, n° 1408 du 10 juin 1980, Cour d'Appel d'Abidjan,
Chambre Correctionnelle,(voir supra p. 155).

1 - ACTION PUBLIQUE

1.1. ACTION PUBLIQUE - PRESCRIPTION - INTERRUPTION -


ACTES INTERRUPTIFS REQUISITOIRE INTRODUCTIFS (OUI) -
COMMISSION ROGATOIRE INTERNATIONALE (OUI) - LETTRE DE
RAPPEL DU PROCUREUR GÉNÉRAL IVOIRIEN AU PROCUREUR
GÉNÉRAL DU MALI (NON)
Seuls les actes à caractères juridictionnel tels que le réquisitoire
introductif et la commission rogatoire internationale sont susceptibles
d'interrompre la prescription de l'action publique. C'est à bon droit que

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


164 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

le juge n'a pas tenu compte des lettres de rappel du Procureur Général
Ivoirien à son homologue malien et de la réponse de ce dernier comme
actes interruptifs de la prescription.
Cour d'Appel d'Appel d'Abidjan, Chambre Correctionnelle Arrêt n°10 du 7
janvier 1980 Ministère Public C/N’Guessan Kouakou Bertin et Adama N'Diaye.

LA COUR
Après en avoir délibéré conformément à la loi statuant publiquement
en matière correctionnelle et en appel par arrêt de défaut envers les
prévenus et la Caisse Nationale d'Assurances et de Réassurances et
contradictoire à l'égard des autres parties;

EN LA FORME

Considérant que l'appel commun des parties civiles par l'organe de


leur conseil Maître Alexandre est recevable pour avoir été interjeté dans les
forme et délai de la loi.

AU FOND

Considérant que les parties civiles ont relevé appel du jugement n°


949 du 23 novembre 1977 du tribunal correctionnel de Bouaké qui a
déclaré l'action publique éteinte par prescription.
Considérant que dans leurs conclusions, les parties civiles
appelantes font remarquer que c'est à tort que le premier juge n'a pas tenu
compte des lettres de rappel du Procureur Général Ivoirien à son
homologue malien et de la réponse de ce dernier qui ont pour effet
d'interrompre la prescription;
Mais considérant que c'est à bon droit que le premier juge a estimé
que seuls les actes à caractère juridictionnel sont susceptibles d'entraîner la
prescription de l'action publique;
Considérant en effet, qu'il est constant qu'à compter du 1er
septembre 1971, jour de la commission des faits délicieux, la prescription
de l'action publique a été successivement interrompue le 7 septembre 1971
par le réquisitoire introductif et le 4 janvier 1973 par la commission
rogatoire internationale du Juge d'instruction; qu'à compte
r

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 165

de cette dernière date, un nouveau délai de prescrition de trois ans a


commencé à courir pour expirer le 4 janvier 1976;
Considérant que l'ordonnance de renvoi en Police Correctionnelle
a été prise le 16 novembre 1976;
Considérant en conséquence que le jugement entrepris doit être
confirmé;
Considérant que les appelants succombent;
Qu'il y a lieu de les condamner aux dépens d’appel;

PAR CES MOTIFS

EN LA FORME
Reçoit les appels des parties civiles;

AU FOND
Déclare Coulibaly Tiémoko et Cissé Mariam mal fondés en leur
appel; les déboute;
Confirme en conséquence le jugement entrepris.
Président : M. Kama
Conseillers : MM. Ahizi et Bouedy
Avocat Général : M. Barry
Greffier : Me Djouka
Avocat : Mo Alexandre - Me Dogue - Elghozi.

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


166 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

2.2. ACTION PUBLIQUE ET ACTION CIVILE -


EMISSION DE CHEQUE SANS PROVISION -
IDENTIFICATION DU PRÉVENU DEFENDEUR A L’ACTION
- CITATION DIRECTE PAR LA PARTIE CIVILE -
OBLIGATION DE FOURNIR ELEMENTS
D'IDENTIFICATION DES PRÉVENUS - SANCTION -
IRRECEVABILITÉ

Lorsque la partie civile assigne directement devant le Tribunal


Correctionnel des individus pour répondre du délit d'émission de chèque
sans provision, il lui appartient de fournir tous éléments nécessaires à
l’identification précise des prévenus faute de quoi, elle doit être déclarée
irrecevable.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Correctionnelle Arrêt n° 1008 du 29 avril 1980
Ministère Public C/Robert Saints Jours Mme B. St. Jours.

LA COUR
Après en avoir délibéré conformément à la loi, statuant publiquement
en matière correctionnelle et en appel par arrêt contradictoire à l'égard de la
partie civile et par défaut envers les prévenus et le civilement responsable;

EN LA FORME
Considérant que les appels respectas de la partie civile et du
Ministère Public sont recevables pour avoir été interjetés dans les forme et
délai de la loi;

AU FOND
Considérant que par exploit en date du 23 juillet 1976 de Maître
Kablan Sébastien, Huissier à Abidjan, Maître Mariani, Conseil de J.
Chenevier a cité directement devant le Tribunal Correctionnel de céans,
Robert Saints Jours et Mme B. Saints Jours pour répondre du délit
d’émission de chèque sans provision;
Considérant que l’affaire appelée à l’audience du 21 septembre
1976 a été renvoyée à plusieurs reprises pour payer la consignation de

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 167

20 000 francs et production de l'identité complète des prévenus par la partie


civile; qu'à l'audience du 6 octobre 1978, l'affaire a été retenue sans que la
partie civile ait produit l'identité des prévenus, nécessaire pour solliciter les
B1 du casier judiciaire les concernant; qu'en conséquence de quoi, le
tribunal a renvoyé ces derniers des fins de la poursuite en déclarant
irrécevable l'action de poursuite engagée contre eux.
Considérant que par acte du Greffe en date des 11 et 24 octobre 1978
la partie civile et le Ministère Public relevaient appel de cette décision;
Mais considérant que le premier juge n'avait en l'état du dossier ni
l'identité, ni la filiation, ni le lieu de naissance des prévenus; bref toutes
informations utiles les concernant; qu'il appartenait à la partie civile, vu la
procédure de saisine engagée en l'espèce, de lui fournir en somme tous
éléments nécessaires à une identification précise des prévenus; que faute de
tels éléments il ne pouvait faire aboutir l'action tant publique que civile
engagée; que c'est à juste titre qu'il l'a déclarée irrécevable;

PAR CES MOTIFS

EN LA FORME

Reçoit la partie civile et le Ministère Public en leurs appels


respectifs;

AU FOND

Les dit mal fondés;

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


168 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

Confirme dans toutes ses dispositions le jugement entrepris.


Président : M. Kama Yao Conseillers : MM. Turkson et Koffi Avocat Général : M.
Tirera Greffier : Me Gnasset

3 - COMPÉTENCE DES JURIDICTIONS REPRESSIVES

3.1. COMPÉTENCE DES JURIDICTIONS


REPRESSIVES - COMPÉTENCE MATÉRIELLE DU
TRIBUNAL CORRECTIONNEL - DISQUALIFICATION D’UN
DELIT EN UNE CONTRAVENTION - COMPÉTENCE (OUI)

En vertu du principe "qui peut le plus, peut le moins", le Tribunal


Correctionnel qui disqualifie un délit en contravention reste compétent
pour statuer sur l'affaire.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Correctionnelle Arrêt n° 1476 du 24 juin 1980
Ministère Public C/Adama Bonkoungou

LA COUR
Vu les pièces du dossier
Après en avoir délibéré conformément à la loi, statuant
publiquement en matière correctionnelle et en appel par arrêt de défaut;

EN LA FORME
Considérant que l'appel du Ministère Public est recevable pour avoir
été inteijeté dans les forme et délai de la loi;

AU FOND
Considérant que par jugement n° 573 en date du 27 février 1978, suivant
citations à prévenus des 15 et 18 février 1978 de Maître Konan Tao
Théodore, Huissier de Justice, le Tribunal Correctionnel d'Abidjan,
disqualifiant le délit de détention de substances vénéneuses prohibées en

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDUREPÉNALE 1»
contravention de détention de substances vénéneuses, a condamné les
prévenus Adama Bonkoungou et Coulibaly Seydou à 2 mois
d'emprisonnement chacun;
Considérant que par acte du Greffe en date du 13 mars 1978, le
Ministère Public a relevé appel de cette décision, au motif que le Président
du Tribunal Correctionnel ayant disqualifié le délit dont il s'agit en
contravention n'était plus compétent pour en juger, qu'il devait au contraire
se déclarer dès lors incompétent et renvoyer le Ministère Public à se mieux
pourvoir, que faute par lui d'avoir ainsi agi, la décision intervenue doit être
considérée comme nulle;
Considérant qu'en vertu du principe "qui peut le plus, peut le moins"
le Tribunal Correctionnel est bien compétent pour statuer sur les affaires de
Simple Police, c'est donc à bon droit que le Premier Juge a rendu la
décision entreprise; qu'il échet de confirmer en toutes ses dispositions le
jugement du 27 février 1978 rendu par le Tribunal Correctionnel d'Abidjan;

PAR CES MOTIFS:

EN LA FORME :

Reçoit l'appel du Ministère public;

AU FOND

Le déclare mal fondé;


Confirme le jugement entrepris en toutes ses dispostions pénales;
Condamne en outre Adama Bonkoungou aux entiers dépens liquidés
à la somme de 16 330 francs.
Président : M. Kama Yao
Conseillers : MM. Ahizi et Koffi
Avocat Général : M. Tirera
Greffier : Me Gnasset

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


170 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

3.2. COMPÉTENCE DES JURIDICTIONS


REPRESSIVES - COMPÉTENCE PERSONNELLE - PRÉVENU
MINEUR DE 18 ANS - INCOMPÉTENCE DU TRIBUNAL
CORRECTIONNEL DE DROIT COMMUN
Le prévenu de violences et voies de fait étant âgé de moins de 18
ans, le Tribunal Correctionnel de droit commun est incompétent pour
statuer sur la cause.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Correctionnelle Arrêt n° 722 du 20 mars 1980
Ministère Public C/Yao Ettien Kouassi Georges

LA COUR
Vu les pièces du dossier,
Après en avoir délibéré conformément à la loi, statuant publiquement
en matière correctionnelle et en appel par arrêt de défaut;

EN LA FORME

Vu l'arrêt avant dire droit n° 102 du 27 janvier 1976 ordonnant une


expertise médicale aux fins de déterminer l'âge du prévenu;
Considérant qu'à ce jour le prévenu ne s'est pas présenté à l'expert
commis qui de ce fait n'a pu exécuter la mission qui lui a été confiée ainsi
que l'atteste son rapport négatif daté du 7 avril 1978; qu'il échet de passer
outre à la mesure d'information dont il s'agit;
Considérant qu'il est reproché au prévenu, d'avoir courant novembre
1973, volontairement exercé des violences et voies de fait sur la personne
de N'Da Marie Madeleine;
Considérant qu'il résulte des pièces du dossier que le prévenu est né
vers 1955; qu'en conséquence, par application de l'article 760 alinéa 2 du
code de procédure pénale, il était mineur de 18 ans justiciable du tribunal
pour enfants;
Considérant donc, que c'est à tort, qu'il a été traduit devant le tribunal
correctionnel de droit commun, qu'il échet d'annuler le jugement entrepris
et de renvoyer le Ministère Public à se pourvoir, ainsi qu'il avisera;

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 171

PAR CES MOTIFS

EN LA FORME
Vu l’arrêt susvisé;

AU FOND
Annule le jugement déféré, et renvoie le Ministère Public à se
pourvoir ainsi qu'il avisera...
Président : M. Président Conseillers : M. Turkson et Mme Gnamessou Avocat
Général : M. Tirera Greffier : Me Degny

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


172 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

3.3. COMPÉTENCE DES JURIDICTIONS


REPRESSIVES - POUVOIR DU JUGE CORRECTIONNEL
- ARRET DE RENVOI DE LA CHAMBRE D’ACCUSATION
- POUVOIR DE DISQUALIFICATION DES FAITS (NON) -
COMPÉTENCE DE LA COUR D’APPEL - POUVOIR
D’ÉVOCATION - CAS - ANNULATION DU JUGEMENT
POUR DÉCISION SUR LES FAITS DONT LE JUGE N’EST
PAS SAISI.

VIOLENCES ET VOIES DE FAIT - FAIT MATÉ RIEL


Le Tribunal Correctionnel ayant été saisi par arrêt de renvoi de la
Chambre d'Accusation pour faits de violences sur une fille, ne peut juger les
prévenus pour crime de viol. En conséquence sa décision doit être annulée.
Lorsque la Cour d'Appel annule un jugement aux motifs que le
premier juge a statué sur des faits dont il n'était pas saisi, elle peut évoquer
et statuer sur le fond de l'affaire.
Le fait de jeter une fille sur le lit, de lui écarter les jambes en vue de
rapport sexuel et d'y renoncer parce que la fille avait ses règles est
constitutif du délit de violences et voies de fait.
Cour d'Appel d’Abidjan, Chambre Correctionnelle Arrêt n° 967 du 23 avril 1980
Ministère Public C/N'Cho Abouchou et Indou Bodje Jean

LA COUR
Vu les pièces du dossier.
Après avoir délibéré conformément à la loi, statuant publiquement en
matière correctionnelle et en appel contradictoire à l'égard de la partie civile
et de défaut envers les prévenus.

EN LA FORME
Considérant que l'appel de Monsieur le Procureur Général est
recevable pour avoir été interjeté dans les forme et délai légaux;

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 173

AU FOND
Considérant que par arrêt en date du 26 juin 1976 de la Chambre
d'Accusation d'Abidjan, N'Cho Abouchou a été renvoyé devant le Tribunal
Correctionnel d'Adzopé sous la prévention d'avoir à Yakassé- Mé (Sous-
Préfecture d'Agou) le 5 avril 1969, en tout cas depuis temps non prescrit,
volontairement commis les violences sur la personne de Marcelline Aile
Assemian, ledit délit est réprimé par l'article 311 aliné 1 du code pénal;
Considérant que le Tribunal Correctionnel d'Adzopé méconnaissant
les dispositions de l'arrêt précité, a, par le jugement attaqué, déclaré N'Cho
Abouchou coupable du crime de viol sur une mineure de moins de quinze
ans et Indou Bodje Jean à l'égard de qui la chambre d'accusation par arrêt
précité, avait déclaré qu'il n'y avait pas lieu à suivre, coupable de crime de
complicité du crime de viol sur une mineure de moins de quinze ans et les a
tous deux condamnés à deux ans d'emprisonnement;
Considérant que le premier juge ayant statué sur les faits dont il
n'était pas saisi, il y a lieu d'annuler le jugement entrepris, d'évoquer et de
statuer sur le fond;
Considérant qu'il résulte du dossier et des débats que le 5 avril 1969
N'Cho Abouchou avait entraîné dans sa chambre Marceline Allé Assémian,
venue lui apporter une boisson qu'il lui avait demandé d'acheter pour lui, et
après l'avoir jetée sur le lit, avait écarté ses jambes en vue d'avoir des
rapports sexuels avec elle; que Marcelline Allé Assemian, ayant ce jour-là
ses règles, il a dû renoncer à son projet;
Considérant que ces faits étant constitutifs des violences et voies de
fait prévues et réprimés par l'article 311 alinéa 1 du code pénal il y a lieu de
déclarer NCho Abouchou coupable de ce délit;
Considérant qu'en raison des circonstances atténuantes existant en
faveur du prévenu, il convient de condamner celui-ci à 9 mois
d'emprisonnement ferme;
Considérant que N'Depo Allé Lambert père de la victime Marceline
Allé Assémian s'est constitué partie civile au nom et pour le compte de
celle-ci; qu'il sollicite la somme de 150 000 francs à titre de dommages-
intérêts;
Considérant qu'il échet de déclarer cette action recevable et compte
tenu des éléments d'appréciation dont dispose la Cour de fixer à la somme
de 120 000 francs le montant des dommages-intérêts :

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


174 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 175

PAR CES MOTIFS

EN LA FORME
Reçoit Monsieur le Procureur Général en son appel;

AU FOND
Annule le jugement n° 107 du Tribunal Correctionnel d'Adzopé en
date du 1er février 1977;
Evoquant et statuant à nouveau;
Déclare N’Cho Abouchou coupable de violences volontaires sur la
personne de Marceline Allé Assémian, délit prévu et réprimé par l'article
311 alinéa 1 du code pénal;
Le condamne à la peine de 9 mois d'emprisonnement
Reçoit N*Depo Allé Lambert agissant ès-qualité de représentant
légal de sa fille mineure Marceline Allé Assémian en sa constitution de
partie civile;
Condamne N'Cho Abouchou à lui payer la somme de 120 000
francs à titre de dommages-intérêts...
Président : M. Turkson
Conseillers : M. Sylla et Mme Gnamessou
Avocat Général : M. Tirera
Greffier : Me Degny

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


176 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

3.4. COMPÉTENCE DES JURIDICTIONS


REPRESSIVES IVOIRIENNES - ENLÈVEMENT DE MINEUR
- CRIME COMMIS A L 'ÉTRANGER PAR UNE ÉTRANGÈRE
ARRETÉE EN COTE D'IVOIRE - COMPÉTENCE (NON)
Le crime d'enlèvement de mineur, ne figure pas sur la liste des
infractions limitativement énumérées par l'article 663 C.P.P.
En conséquence, les juridictions répressives ivoiriennes sont
incompétentes pour connaître de ce crime commis hors du territoire de la
République par une étrangère arrêtée en Côte d'ivoire.
Cour d'Appel d’Abidjan, Chambre
dAccusation An-êt n° 207 du 6 août
1980 aff. Margaret Acheampong

LA COUR
Vu le dossier de la procédure instruite au Tribunal de Première
Instance d'Abidjan contre la nommé Margaret Achéampong, né vers 1949
à Accra (R. Ghana), de Akwassi Acheampong et de Ashabia Amma,
ménagère domiciliée à Abobo Gare, célibataire sans enfant, jamais
condamnée, ni recensée, de nationalité Ghanéenne;
Inculpée d'enlèvement de mineur, placée sous mandat de dépôt le
13 avril 1978 et mise en liberté provisoire le 17 avril 1980;
Vu le dépôt du dossier au Greffe de la Chambre d'Accusation
conformément aux dispositions de l'article 197;
Vu le dépôt des pièces;
Oui Monsieur le Conseiller Bouaffon en la lecture de son rapport;
Oui Monsieur l'Avocat Général en ses réquisitions orales
conformes à celles écrites;
Après en avoir délibéré conformément à la loi, hors la présence du
Ministère Public et du Greffier,
Considérant qu'il résulte des pièces du dossier de la procédure
suivie du chef d'enlèvement de mineur à rencontre de Margaret
Achéampong, les faits suivants :
Le 7 mars 1978, au marché de Dorma-Ahinkro, en République du
Ghana, Margant Achéampong, une nationale Ghanéenne réussissait à
l'aide de mensonge, à tromper la vigilance de Béatrice Kwassi Aboidje,

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 177

une autre nationale Ghanéenne et à se faire remettre Richard Kablan


Aboidje, enfant de celle-ci âgé d'un an environ, pour disparaître ensuite
avec ledit enfant.
Celui-ci ne sera découvert que le 30 mars 1978 à Abobo-Gare
(Sous-Préfecture de Bingervillè), grâce à Badu Yaw, Chef des Ghanéens à
Adjamé et restitué à sa mère Béatrice Kwassi Aboidje le 4 avril 1987 par
les fonctionnaires de la Police du troisième arrondissement d'Adjamé.
Après avoir ainsi obtenu la restitution de son enfant, Béatrice
Kwassi Aboidje arrivée à Abidjan le 2 avril 1978 en provenance du
Ghana, regagnait son pays, non sans avoir auparavant déposé plainte
contre Margaret Acheampong.
Celle-ci, arrêtée par la police d'Adjamé, inculpée d'enlèvement de
mineur par le Juge d'instruction du 2ème Cabinet d'Abidjan le 15 avril
1978, reconnut son forfait.
Considérant qu'il s'évince des données qui précèdent, que le crime
d'enlèvement de mineur imputé à Margaret Acheampong, arrêtée à
Adjamé, a été commis hors du territoire de la République par une
étrangère, crime qui ne figure pas sur la liste des infractions
limitativement énumérées par l'article 663 du code de procédure pénale;
Considérant dès lors que les juridictions répressives ivoiriennes,
notamment la Chambre d'Accusation, sont incompétentes à connaître
dudit crime et qu'il convient de les déclarer telles, par interprétation à
contrario des dispositions de l'article 663 susvisé et 52 du même code;
Vu les réquisitions écrites de Monsieur le Procureur Général,
ensemble l'article 216 du code de procédure pénale;

EN CONSÉQUENCE

Déclare incompétentes à connaître de la cause concernant Margaret


Acheampong les juridictions répressives ivoiriennes, notamment la
Chambre d'Accusation de la Cour d'Abidjan;
Renvoie le Ministère Public à se mieux pourvoir...
Président : M. Hoguié
Conseillers : MM. Bouaffon et Ado
Avocat Général : M. Folquet
Greffier : Me Djedje Dca

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


178 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

3.5. JURIDICTIONS REPRESSIVES


COMPÉTENCES - QUALITÉ DE GENDARME DE
L’AUTEUR DES FAITS - INCOMPÉTENCE DES
JURIDICTIONS DE DROIT COMMUN

Les juridictions répressives de droit commun sont incompétentes


pour connaître du fait d'un gendarme qui, au volant d'un véhicule de
service et étant en service commandé, renverse et blessé un
cyclomotoriste.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre
Correctionnelle Arrêt n° 413 du 18
février 1980 Ministère Public C/Bleu
Edouard

LA COUR
Vu les pièces du dossier;
Après en avoir délibéré conformément à la loi, statuant
publiquement en matière correctionnelle et en appel par arrêt
contradictoire;

EN LA FORME
Considérant que l'appel du Ministère Public est recevable pour
avoir été interjeté dans les forme et délai de la loi;

AU FOND
Considérant qu'il est constant que par jugement en date du 28
février 1978, le Tribunal Correctionnel de Bouaké s'est déclaré
incompétent pour statuer sur l'affaire Ministère Public contre Bleu
Edouard et a renvoyé le Ministère Public à se mieux pourvoir comme il
appartiendra;
Considérant qu'il résulte des pièces du dossier et des débats que le
13 février 1978 le prévenu Bleu, Gendarme de son état, au volant d'un
véhicule de service, a renversé et blessé un cyclomotoriste à M'bahiakro,
aux environs de 12 H 30; qu’au moment des faits le prévenu se trouvait en
service commandé;
Considérant que dans ces conditions, c'est à bon droit que le
premier juge s’est déclaré incompétent pour connaître de cette affaire;
qu'en effet, aux termes de l'article 9 alinéa 3 de la loi n° 74-350 du 24

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 179

juillet 1974 seules les juridictions militaires connaissent des infractions


commises par des militaires dans l’exercie ou à l'occasion du service;

PAR CES MOTIFS

EN LA FORME

Reçoit le Ministère Public en son appel

AU FOND

Le déclare mal fondé


Confirme en toutes ses dispositions le jugement entrepris...
Président : M. Hamza Conseillers : MM. Kama et Bouedy Avocat Général : M.
Barry Greffier : Me Djouka

4 - COOPÉRATION EN MATIÈRE DE JUSTICE - EXTRADITION


Avis favorable est émis à la demande d'extradition conforme aux
principes de droit public ivoirien et satisfaisant aux conditions exigées par
la loi du 10 mars 1927 et l'accord de coopération en matière de Justice
entre la République française et la République de Côte d'ivoire du 21 avril
1961.
Cour d’Appel d'Abidjan,
Chambre dAccusation
Arrêt n° 260 du 26 novembre 1980 Aff. May Philippe Félix.

LA COUR
Vu le télégramme en date du 9 janvier 1979 de Monsieur le
Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Fort-
de-France, demandant aux Autorités Judiciaires compétentes de la
République de Côte d'ivoire l'arrestation provisoire, en vue de son
extradition de May Philippe Félix, né à Strasbourg le 2 novembre 1930,

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


180 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

de May René et de Scheurer Marguerite, Cadre Commercial, Gérant du


Bar l'Etna, domicilié à Abidjan, au quartier Treichville, Carrefour France-
Amérique, déjà condamné, de nationalité française, objet du mandat
d’arrêt en date du 21 octobre 1977, décerné par le Tribunal Correctionnel
de Fort-de-France.
Vu l'interrogatoire de May Philippe Félix en date du 19 novembre
1980 par le Procureur de la République près le Tribunal de Première
Instance d'Abidjan;
Vu l'interrogatoire du susnommé en date du 20 novembre 1980 au
Parquet Général d'où il résulte qu'il refuse d'être extradé;
Vu la loi du 11 mars 1927;
Vu l'accord en matière de Justice, entre la République Française et
la République de Côte d'ivoire, ratifié par le décret n° 61-253 du 5 août
1961;
Vu I'âVlS (/'audience adressé au conseil de l'inculpé, Maître
Goffri Lawson, pour l'audience de ce jour conformément aux
dispositions de l'article 197 du code de procédure pénale;
Vu la procédure d'extradition diligentée contre May Philippe
Félix, né le 2 novembre 1930 à Strasbourg (France), de May René et de
Scheurer Marguerite, divorcé, employé de commerce ayant demeuré à
l'habitation Darite chez Monsieur Lofredy à Carbet (Martinique) et
antérieurement à 5, rue du Docteur Monisset à Lyon 6ème; demeurant
actuellement à Abidjan - Treichville, Carrefour France-Amérique
(République de Côte d'ivoire), de nationalité française, condamné pour
émission de chèques sans provision et d'interdiction (délit assimilé aux
banqueroutes) à deux ans d'emprisonnement avec mandat d'arrêt à
l'audience, par le Tribunal de Grande Instance de Fort-de-France le 21
octobre 1977;
Considérant que par télégramme en date du 9 janvier 1979, le
Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Fort-
de-France, a demandé l'arrestation provisoire de May Philippe Félix aux
Autorités Judiciaires de la République de Côte d'ivoire; que par lettre en
date du 26 février 1979, transmise régulièrement, l'extradition de May
Philippe Félix a été demandée, avec à l'appui, un dossier comprenant
notamment, le jugement de condamnation n° 2307, du 21 octobre 1977,
le mandat d'arrêt du même jour décerné contre lui, l'exposé des faits
imputés à May Philippe Félix et les textes de loi appliqués;
Considérant qu'il apparaît des pièces du dossier, que les faits
imputés à May Philippe Félix constituent des infractions prévues et

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 181

punies par les lois ivoiriennes; que l'extradition n'est pas demandée dans un
but politique; que l'intéressé poursuivi pour émission de chèques sans
provision à Abidjan, n'a été ni recherché ni condamné sur le territoire
ivoirien pour les infractions commises en Martinique, objet de l'extradition;
Considérant en définitive que la demande d'extradition de la
République française est régulière et conforme aux principes de droit public
ivoirien; que sont réunies les conditions exigées par la loi du 10 mars 1927
et l'accord de coopération en matière de justice entre la République
Française et la République de Côte d'ivoire du 21 avril 1961 ratifié par le
décret n° 61-253 du 5 août 1961 ;
Vu les réquisitions écrites de Monsieur l’Avocat Général;

PAR CES MOTIFS


Statuant publiquement, contradictoirement, en matière d’extradition,
donne acte à May Philippe Félix de sa comparution;
Emet un avis favorable à l'extradition de May Philippe Félix;
Dit toutefois que l'intéressé, poursuivi pour émission de chèques sans
provision devra être très prochainement jugé par le Tribunal de Première
Instance d'Abidjan;
Met les dépens à la charge de la République Française, Etat
requérant, conformément à l'article 62 de l'accord susvisé;
Ordonne l'exécution du présent arrêt à la diligence de Monsieur le
Procureur Général;
Président : M. Tonian
Conseillers : MM. Bouedy et Sylla Roux
Avocat Général : Yao Gérard
Greffier : Me Djédjé Dca
Avocat : Me Goffri Lawson

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 182
5 - DÉTENTION PRÉVENTIVE
5.1. DÉTENTION PRÉVENTIVE - DEMANDE DE MIS E
EN LIBERTÉ PROVISOIRE - OBLIGATION DE FOURNIR
CAUTIONNEMENT - POUVOIR DU JUGE D'INSTRUCTION -
CONTROLE - POUVOIR DE LA CHAMBRE D’ACCUSATION -
ORDONNANCE EXIGEANT UN CAUTIONNEMENT -
CONFIRMATION
Est juste en son principe et en son montant le cautionnement de
20000.0 F auquel le juge d'instruction a subordonné la mise en liberté
provisoire d'un inculpé en détention préventive, de nationalité étrangère,
n'ayant aucun domicile certain en Côte d'ivoire, n'offrant pas de garanties
suffisantes de représentation et contre lequel existent des présomptions
graves de culpabilité.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre d'Accusation
Arrêt n0 18 du 30 janvier 1980
Ministère Public C/Malick Derwiche

LA COUR

Après en avoir délibéré conformément à la loi, hors la présence du


Ministère Public et du Greffier,
Considérant que par déclaration faite au Greffe du Tribunal de
Première Instance d'Abidjan le 3 janvier 1980, Malick Derwiche a relevé
appel de l'ordonnance du Juge d'instruction d'Abidjan (1er Cabinet), qui a
subordonné sa mise en liberté provisoire sollicitée le 24 décembre 1979, au
versement d'un cautionnement de 20 000 000 de francs CFA;
Que cet appel, relevé en conformité des articles 186 et 97 du code de
procédure pénale, est régulier et recevable;
Considérant sur le mérite de cet appel qu'il apparaît à l'examen des
pièces de la procédure, que l'instruction est loin d'être complète; que
l'inculpé, de nationalité étrangère et n'ayant pas un domicile certain en Côte
d'ivoire, n'offre pas de garantie suffisante de représentation; qu'enfin des
présomptions graves de culpabilité existent à son encontre pour les faits
également graves à lui imputés;
Que le cautionnement de 20 000 000 de francs CFA, auquel le Juge
d'instruction a subordonné sa mise en liberté provisoire, est juste en son
principe et en son montant; que dès lors sa décision du 28

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 183

décembre 1979 est fondée et qu'il convient de la confirmer purement et


simplement;
Vu les articles 207 et 216 du code de procédure pénale, ensemble les
réquisitions écrites de Monsieur le Procureur Général;

EN CONSÉQUENCE

Reçoit Malick Derwiche en son appel du 3 janvier 1980 relevé de


l'ordonnance du 28 décembre 1979;
Le déclare mal fondé et l’en déboute;
Confirme l'ordonnance entreprise...
Président : M. Hoguié
Conseillers : MM. Bouaffon et Yapi
Avocat Général : M. Folquet
Greffier : Me N'Da Koffi Pierre
Avocat : Me NTakpé

5.2. DÉTENTION PRÉVENTIVE - DEMANDE DE MISE


EN LIBERTÉ PROVISOIRE - OBLIGATION DE FOURNIR
CAUTIONNEMENT - POUVOIR DU JUGE D’INSTRUCTION
- CONTROLE - POUVOIR DF LA CHAMBRE D’ACCUSATION
- ANNULATION ORDONNANCE EXIGEANT UN
CAUTIONNEMENT
L'inculpé, de nationalité ivoirienne, n'offrant pas moins de garantie
de représentation que son coïnculpé et contre lequel n'existent pas plus de
charges qu'à rencontre de son coïnculpé qui, lui, jouit de sa liberté, c'est à
tort que le Juge d'instruction a subordonné sa mise en liberté provisoire au
versement d'un cautionnement.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre d'Accusation
Arrêt n° 15 du 23 janvier 1980
Affaire N'Dey Alla

LA COUR
Vu la procédure suivie au Tribunal de Première Instance d'Abidjan
contre le nommé

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


184 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

N'Dey Alla, né vers 1955 à Akoupé, de Akibé N’Dey et de Ahouty


Affoué, Manipulateur à la BICICI de Cocody, B.P. 432 Abidjan 11,
domicilié à Port-Bouët Sogefiha Bloc 315 porte n° 15, célibataire sans
enfant, jamais condamné, exempté, de nationalité ivoirienne.
Inculpé de faux, usage de faux et complicité d'escroquerie; placé
sous mandat de dépôt le 17 mars 1979...
Après en avoir délibéré conformément à la loi, hors la présence du
Ministère public et du Greffier,
Considérant que par déclaration faite au Greffe du Tribunal
d’Abidjan le 12 décembre 1979, N'Dey Alla a relevé appel de l'ordonnance
du Juge d'instruction (Sème Cabinet) qui le 3 décembre 1979, avait
accueilli sa demande de mise en liberté provisoire du 24 novembre 1979
sous condition de versement d'un cautionnement de
21 000 000 de francs CFA;
Que cet appel conforme aux prescriptions des dispositions
combinées des articles 186 et 497 du code de procédure pénale, est
recevable;
Considérant sur le mérite de cet appel qu'il ressort des pièces du
dossier de la procédure que l'inculpé est de nationalité ivoirienne et
domicilié à Abidjan (Port-Bouët); qu'il n'offre pas moins de garantie de
représentation que son coïnculpé DOH Fulbert, qui, lui, jouit de sa liberté,
et alors que les investigations effectuées à ce jour tant à son égard qu'à celui
de son coinculpé n'ont permis, au bout de dix mois, de mettre en évidence
l'existence à son encontre de plus de charges qu'à rencontre de ce coinculpé;
Que c'est donc, à tort, que la juridiction d'instruction a subordonné la
mise en liberté provisoire de N'Dey Alla au versement d'un cautionnement
et qu'il y a lieu d'infirmer sa décision, en application des articles 137 et 207
du code de procédure pénale;
Vu les réquisitions écrites du 16 janvier 1980 de Monsieur le
Procureur Général et l'article 216 du code de procédure pénale;

EN CONSÉQUENCE

Reçoit en la forme N'Dey Alla en son appel du 12 décembre 1979


relevé de l'ordonnance du 3 décembre précédent;
Le déclare bien fondé;

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 185

Infirme ladite ordonnance et prescrit la mise en liberté provisoire


pure et simple de N'Dey Alla, s'il n'est retenu pour autre cause...
Président : M. Hoguié
Conseillers : MM. Bouaffon et Bouedy
Substitut Général : M. Abaka
Greffier : Me Djédjé Dca
Conseil : Me Allepot

5.3. DÉTENTION PRÉVENTIVE - PROLONGATION


- DELAI - ORDONNANCE DE PROLONGATION HORS
DELAI - NULLITÉ DÉTENTION PRÉVENTIVE - POUVOIR
DE LA CHAMBRE D'ACCUSATION - ANNULATION
ORDONNANCE DE PROLONGATION - POUVOIR DE
DECERNER A NOUVEAU MANDAT DE DEPOT

Selon l'article 139 C.P.P., la détention préventive doit faire l'objet


d'une prolongation au terme de 4 mois. Est donc nulle l'ordonnance de
prolongation entreprise après 4 mois.
Lorsqu'elle annule une ordonnance de prolongation de la détention
préventive, la Chambre d'Accusation peut décerner à nouveau un mandat de
dépôt si elle estime indispensable que le prévenu comparaisse devant ses
juges en état de détention.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre d'Accusation Arrêt n° 27 du 20 février 1980
Affaire Gbeuli Gabriel

LA COUR
Vu la procédure suivie au Tribunal de Première Instance d'Abidjan
contre le nommé Gbeuli Gabriel, né en 1932 à Grand- Bassam, de feu
Goulianémi Gaston et de Zepre Sahi, Inspecteur Principal de Trésor,
domicilié à Abengourou, marié, 18 enfants jamais condamné, récensé
classé 2ème portion, de nationalité ivoirienne;
Inculpé de détournement de déniers publics et placé sous mandat de
dépôt le 31 janvier 1979...
Après en avoir délibéré conformément à la loi, hors la présence du
Ministère Public et du Greffier,

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


186 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

Considérant en la forme que l'appel interjeté par l'inculpé Gbeuli


Gabriel le 29 décembre 1979, est intervenu dans les forme et délai prévu
par la loi;
Que cet appel est régulier et recevable.

AU FOND

Considérant que l'inculpé Gbeuli Gabriel a été placé sous mandat de


dépôt le 31 janvier 1979;
Que depuis cette date, la détention préventive de l'inculpé n'a été
prolongée que trois fois le 31 mai 1979, le 11 octobre 1979 et le 2 janvier
1980.
Considérant que la détention préventive devait faire l'objet d'une
prolongation au terme de 4 mois, en vertu de l'article 139 du code de
procédure pénale;
Considérant que l'ordonnance de prolongation de détention entreprise
le 11 octobre 1979 est nulle et de nul effet, pour être intervenue hors délai;
Que par voie de conséquence, l'ordonnance entreprise le 2 janvier
1980 est également nulle et de nul effet;
Qu'il échet d'ordonner d'office la main levée de l'écrou contre Gbeuli
Gabriel;
Considérant que les faits qui sont reprochés à l'inculpé sont graves;
qu'il est indispensable qu'il comparaisse devant ses juges en état de
détention;
Qu'il convient de décerner à nouveau mandat de dépôt contre
l'inculpé et de dire que la signification qui lui sera faite du présent arrêt
vaudra ordre de l’incarcération;
Considérant par voie de conséquence qu'il y a lieu de débouter
l'appelant;
Considérant par ailleurs, que les deux ordonnances de prolongation
susvisées sont les mêmes, qui servent de support à la détention de Gbeuli
Lambert;
Que dès lors, et pour les mêmes raisons, Gbeuli Lambert à l'instar de
Gbeuli Gabriel, doit bénéficier d'une main levée de son écrou

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 187

formé le 31 janvier 1979, mais que concomitamment à son encontre doit


également être décerné un nouveau mandat de dépôt;
Vu les articles 201,206 et 216 du code de procédure pénale et les
réquisitions de Monsieur le Procureur Général;

EN CONSÉQUENCE

Reçoit en la forme Gbeuli Gabriel en son appel interjeté le 29


décembre 1979 contre l’ordonnance du 28 décembre 1979;

AU FOND

Annule d'office les ordonnances de prolongation entreprises les 11


octobre 1979 et 2 janvier 1980;
Ordonne leur classement au Greffe de la Cour d'Appel d'Abidjan;
Prescrit la main levée de l'écrou formé le 31 janvier 1979 à
l'encontre tant de Gbeuli Gabriel, appelant que de Gbeuli Lambert non
appelant;
Toutefois, décerne à nouveau mandat de dépôt contre chacun des
deux inculpés...
Président : M. Hoguié
Conseillers : MM. Bouaffon et Bouedy
Avocat Général : M. Folquet
Greffier : Me Djédjé Dca
Avocat : Me Mondon

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 188

5.4. DÉTENTION PRÉVENTIVE - MANDAT DE DEPOT


DU PROCUREUR DE LA RÉPUBLIQUE - MAIN LEVÉE -
MANDAT DE DEPOT DU JUGE D’INSTRUCTION -
CONDITION - NÉCESSITÉ SURVENANCE DE
CIRCONSTANCES NOUVELLES OU GRAVES (NON)
En l'absence de toute circonstance nouvelle ou grave, l'inculpé en
liberté par suite de la main-levée du mandat de dépôt décerné contre lui par
le Procureur de la République dans une procédure de flagrant délit, peut à
nouveau faire l'objet d'un mandat de dépôt de la part du Juge d'instruction
saisi par le Procureur de la République pour information et mandat de dépôt
après que le Tribunal Correctionnel se soit déclaré incompétent dans la
procédure de flagrant délit.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre d'Accusation Arrêt n° 30 du 20 février 1980
Affaire Diallo Bakary

LA COUR
Vu la procédure suivie au Tribunal de Première Instance d'Abidjan
contre le nommé Diallo Bakary, né vers 1942 à Irikiry (Guinée) des feus
Diallo Samba et Coulibaly Diaba, Directeur du Collège Seny Fofana 09 BP
979 Abidjan 09, domicilié aux 220 logements, villa n° 295, marié, 3
enfants, jamais condamné, recensé en 1963, de nationalité Guinéenne;
Inculpé de faux et usage de faux certificats et placé sous mandat de
dépôt le 4 janvier 1980...
Après en avoir délibéré conformément à la loi, hors la présence du
Ministère public et du Greffier,
Considérant que par déclaration faite au Greffe du Tribunal
d'Abidjan le 14 janvier 1980, Diallo Bakary, inculpé de faux certificats et
usage et détenu en vertu d'un mandat de dépôt du 4 janvier 1980 du Juge
d'instruction d'Abidjan, a relevé appel de l'ordonnance du 11 janvier 1980,
qui a rejeté sa demande de mise en liberté provisoire formée le 7 précédent;
Qu'il soutient en substance à l'appui de sa demande et de son appel
qu'un précédent mandat de dépôt contre lui décerné par le Procureur de la
République le 4 octobre 1979 pour les mêmes faits a été

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 189

suivi d'une main levée ordonnée le 6 octobre 1979 par le Tribunal des
flagrants délits, qui s'était déclaré incompétent et avait renvoyé le Ministère
Public à se mieux pourvoir, qu'en l'absence de faits nouveaux intervenus
postérieurement au 6 octobre, ajoute t-il, aucun nouveau mandat ne pouvait
être contre lui décerné; qu'il conclut à sa mise en liberté provisoire;
Considérant en la forme que l'appel de l'inculpé est régulier et
recevable comme relevé conformément aux articles 186 et 497 dû code de
procédure pénale;
Considérant sur le mérite de cet appel qu'il résulte des pièces du
dossier de la procédure que le 4 octobre 1979, le Procureur de la République
d'Abidjan a en vertu de l'article 70 du code de la procédure pénale. Interrogé
Diallo Bakary sur son identité et sur des faits de faux certificats et usage,
décerné mandat de dépôt contre lui et saisi le Tibunal Correctionnel; que le
6 octobre 1979 celui-ci s'est déclaré incompétent et, a renvoyé le Ministère
Public à se mieux pourvoir et ordonné la mainlevée du mandat de dépôt le 4
octobre 1979; que suite à ce jugement devenu définitif en l'absence d'appel,
le procureur de la République a, en vertu de l'article 78 alinéa 1 et 2 du code
de procédure pénale, régulièrement requis le 11 octobre 1979 l'information
et mandat de dépôt contre Diallo Bakary des chefs de faux certificats et
usage, prévus et punis par l'article 161 du code pénal; que le 4 janvier 1980,
le Juge d'instruction (1er Cabinet) d'Abidjan a, en conformité des articles
112 alinéa un, 113 alinéa un, in fine, et 120 alinéa un du code de procédure
pénale implicitement visés, notamment constaté l'identité de Diallo Bakary,
notifié à lui les faits imputés et décerné à son encontre un mandat de dépôt,
exécuté à la diligence du Procureur de la République.
Que les actes ainsi accomplis en particulier le mandat de dépôt du
4 janvier 1980, support de la détention préventive encore inférieure à 4
mois, ne sont en rien contraires aux règles légales en vigueur et aux mesures
protectrices de la liberté individuelle;
Que sans doute et aux termes de l'alinéa 2 de l'article 144 du code de
procédure pénale à rencontre d'un inculpé détenu en vertu d'un mandat de
dépôt décerné par un Juge d'instruction et ensuite mis en liberté provisoire
par ce dernier ne peut être par ce même juge d'instruction ou, après lui, par
la juridiction de jugement saisie, décerné un nouveau mandat de dépôt qu'en
cas de survenance de circonstances nouvelles ou graves;
Que toutefois, tel n'est pas le cas en l'espèce puisque le mandat de
dépôt litigieux décerné le 4 janvier 1980 par le Juge d'instruction

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


190 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

d'Abidjan contre Diallo Bakary est le premier émanant de lui et


possédant encore sa force exécutoire;
Que dès lors, les moyens développés par l'inculpé à l'appui de sa
demande et de son appel des 7 et 14 janvier 1980 sont inopérants et qu'il
convient de le débouter en application de l'article 207 du code de
procédure pénale;
Considérant que l'inculpé succombe en son appel; qu'il doit
supporter les dépens d'appel; en application de l'article 216 du code de
procédure pénale;

EN CONSÉQUENCE

Reçoit en la forme Diallo Bakary en son appel du 14 janvier 1980


relevé de l'ordonnance du 11 janvier 1980;
Le déclare mal fondé et l'en déboute;
Confirme l'ordonnance appliquée, qui recevra son plein effet..
Président : M. Hoguié

Conseillers : MM. Bouaffon et Bouedy


Avocat Général : M. Folquet
Greffier : Me Djédjé
Avocat : Me Goffroy Lawson

5.5. DÉTENTION PREVENTIVE - MISE EN


LIBERTE PROVISOIRE - POUVOIR DU JUGE
D’INSTRUCTION - CONTROLE - POUVOIR DE LA
CHAMBRE D’ACCUSATION - ORDONNANCE DE MISE EN
LIBERTÉ PROVISOIRE - INFIRMAT ION -MOTIFS
En raison de la gravité des faits et de la personnalité du délinquant,
c'est à tort que le juge d'instruction a fait droit à la demande de mise en
liberté provisoire de l'inculpé.
Cour d'appel d'Abidjan, Chambre d'Accusation
Arrêt n° 204 du 6 août 1980
Ministère Public C/Lamad Moussa

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


191 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

LA COUR
Vu la procédure suivie au Tribunal d'Abidjan contre le nommé
Lamad Moussa, né le 1er janvier 1960 à N'Zérékoré (Guinée), de Lamad
Cissé et de LOUA Mawa, photographe-reporter, domicilié à Attiécoubé 1,
célibataire sans enfant, déjà condamné, non recensé, de nationalité
Guinéenne;
Inculpé de vol, tentative de vol, de détention et usage de cannabis et
placé sous mandat de dépôt le 2 novembre 1979...

EN LA FORME

Considérant que le présent appel est régulier et recevable comme


intervenu dans les forme et délai de la loi;

AU FOND

Considérant que compte tenu de la gravité des faits et de la


personnalité du délinquant, il apparaît opportun que celui-ci comparaisse
devant la juridiction de jugement en état de détention; que dans ces
conditions c'est à tort que le premier juge a fait droit à la demande de mise
en liberté provisoire de l'inculpé; qu'il convient donc d'infirmer l'ordonnance
entreprise;
Vu les articles 186, 207 216 et 494 et suivants du code de procédure
pénale;
Ensemble les réquisitions conformes de Monsieur le Procureur
Général;

EN CONSÉQUENCE

EN LA FORME

Reçoit Monsieur le Procureur de la République en son appel;

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


192 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

AU FOND

L'y déclare bien fondé, infirme l'ordonnance du 6 juin 1980 en ce


qu'elle a ordonné la mise en liberté provisoire de l'inculpé.
Président : M. Hoguié
Conseillers : MM. Bouaffon et Ado Mathurin
Avocat Général : M. Folquet
Greffier : Me Djédjé Ika

5.6. DÉTENTION PRÉVENTIVE - MISE EN LIBERTÉ


PROVISOIRE - POUVOIR DU JUGE D’INSTRUCTION -
CONTROLE - POUVOIR DE LA CHAMBRE D’ACCUSATION
- ORDONNANCE DE MISE EN L IBERTÉ PROVISOIRE -
INFIRMATION - MOTIFS
L'information n'étant pas complète, l'inculpé n'offrant pas de
garanties suffisantes de représentation et l'intérêt d'une bonne
administration de la justice commandant que l'inculpé comparaisse devant
ses juges en état de détention, c4est à tort que le Juge d'instruction a
accueilli la demande de mise en liberté provisoire de l'inculpé.
Cour d'appel d'Abidjan,
Chambre d'Accusation
Arrêt n° 198 du 23 juillet 1980
Ministère Public C/Diallo Bakary

LA COUR
Après en avoir délibéré conformément à la loi, hors la présence du
Ministère Public et du Greffier,
Considérant que l’appel relevé le lundi 9 juin 1980 par le Procureur
de la République de l’ordonnance du samedi 7 juin 1980 est régulier et
recevable comme fait dans les conditions prescrites par les articles 185 et
497 du code de procédure pénale;
Considérant au fond, que l'information n'est pas encore complète que
l'inculpé n'offre pas de garanties suffisantes de représentation et qu'une
bonne administration de la justice commande qu'il comparaisse en état de
détention devant ses juges;
Que c'est donc à tort que le juge d'instruction a accueilli la demande
de mise en liberté provisoire de l'inculpé le 7 juin 1980 et qu'il convient
d'infirmer sa décision;
Vu les articles 207 et 216 du code de procédure pénale, ensemble les
réquisitions écrites du 17 juillet 1980 de Monsieur le Procureur Général;

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

Atteindre sommaire
PROCÉDURE PÉNALE 193

EN CONSÉQUENCE

Reçoit le Procureur de la République en son appel du 9 juin 1980;


L'en déclare bien fondé;
Infirme l’ordonnance du 7 juin 1980 entreprise;
Maintient Diallo Bakary en détention préventive...
Président : M. Hoguié
Conseillers : MM. Bouaffon et Kama
Avocat Général : M. Folquet
Greffier : Me N'Da Koffi Pierre
Avocat : Me Benoît NGoh

5.7. DÉTENTION PRÉVENTIVE - DEMANDE DE MIS E


EN LIBERTÉ PROVISOIRE - SAISINE DIRECTE DE LA
CHAMBRE D’ACCUSATION - CONDITION -
IRRECEVABILITÉ

DÉTENTION PRÉVENTIVE - DEMANDE DE MISE EN


LIBERTÉ PROVISOIRE - ORDONNANCE DE REJET - APPEL
- CONFIRMATION
Une demande de mise en liberté provisoire présentée par des inculpés
et sur laquelle le juge d'instruction n'a pas statué dans les cinq jours de sa
réception, fait double emploi avec une précédente demande qui a donné lieu
à une ordonnance de rejet, laquelle, frappée d'appel, reste pendante devant
la chambre d'accusation. En conséquence, les inculpés sont irrecevables à
présenter requête directement à la Chambre d'Accusation aux fins de leur
mise en liberté provisoire.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 194

Des présomptions graves de culpabilité existant à la charge des


inculpés qui, par ailleurs, non originaires de l'arrondissement judiciaire où
s'effectue l'instruction n'offrent pas des garanties suffisantes de
représentation, c'est à raison que le juge d'instruction a rejeté leur demande
de mise ai liberté provisoire.
Cour d'Appel d'Abidjan,
Chambre d'Accusation
Arrêt n° 158 du 4 juin 1980
Ministère Public C/Amani Kouassi et autres.

LA COUR
Vu la procédure suivie à la Section du tribunal de Divo contre les
nommés Amani Kouassi, Lozo-Yao, Koffi Kan Robert, Kouakou Kouadio,
détenus (M.D. du 24/11/1977) des chefs d'homicide
volontaire et complicité;
Vu l'ordonnance en date du 26 décembre 1979 par laquelle le Juge
d'instruction a rejeté la demande de mise en liberté provisoire présentée par
Maître Banny;
Après en avoir délibéré conformément à la loi, hors la présence du
Ministère Public et du Greffier,
Considérant qu'il résulte des justifications produites aux débats que
des inculpés Amani Kouassi, Lozo Yao, Koffi Kan Robert et Kouakou
Kouadio Michel ont par l'entremise de leurs conseils Maîtres Banny, Kacou
et Gounougo, relevé appel de l'ordonnance de rejet du 26 décembre 1979 du
juge des enfants de Divo et ce, par voie, de télégramme du 3 janvier 1980
régularisé le même jour au greffe du tribunal d'Abidjan;
Considérant par ailleurs que les mêmes inculpés, par l'entremise de
Maître N'Dia Koffi Yves, leur autre conseil, ont par écrit du 30 mai
1980 présenté requête tendant à leur mise en liberté provisoire, au motif
que le juge des enfants de Divo n'aurait pas donné, dans le délai de cinq
jours requis, suite à leur demande de mise en liberté provisoire du 16
janvier 1980 réceptionnée par ce magistrat le 21 janvier 1980;
Considérant qu'ils fondent implicitement cette requête directe sur
l'alinéa 5 de l'article 141 du code de procédure pénale;
Sur ce,
Considérant, s'agissant de la requête du 30 mai 1980 qu'il est
constant, comme résultant des pièces du dossier, que le juge des enfants de
Divo a bien réceptionné le 21 janvier 1980 la demande de mise

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986

Atteindre sommaire
PROCÉDURE PÉNALE 195

en liberté provisoire du 16 précédant à lui présentée par les inculpés Amani


Kouassi, Lozo Yao, Koffi Kan Robert et Kouakou Kouadio Michel et qu'il
n'y a, jusqu'à ce jour, pas statué;
Mais considérant, que le 12 décembre 1979 une demande de mise en
liberté provisoire présentée par les mêmes inculpés au même juge des
enfants a donné lieu à une ordonnance de rejet du 26 décembre suivant non
encore Définitive, en raison de l’appel que les dits inculpés en avaient
relevé le 3 janvier 1980, appel au demeurant soumis seulement ce jour à la
cour,
Que dans ces conditions les inculpés, dont la demande du 16 janvier
1980 fait double emploi avec celle du 12 décembre 1979 encore
normalement pendante devant la cour d'appel, sont irrécevables sur le
fondement de l'alinéa 5 de l'article 141 du code de procédure pénale à
présenter directement à ladite cour requête le 30 mai 1980 à fins de leur
mise en liberté provisoire; qu'il convient dès lors de les déclarer tels;
Considérant s'agissant de l'appel du 3 janvier 1980 qu'il est régulier
en la forme, pour avoir été relevé dans les conditions prescrites par les
articles 186 et 497 du code de procédure pénale; qu'il y a lieu de le déclarer
tel;
Considérant sur le mérite de cet appel que les présomptions de
culpabilité pesant sur les quatre inculpés poursuivis pour assassinat sont
graves; que non originaires du département de Divo arrondissement
judiciaire où s’effectue l’instruction, ils n'offrent pas de garanties suffisantes
de représentation et sont capables de se soustraire à l’action de la justice,
s'ils sont mis en liberté provisoire;
Que c'est dès lors avec raison que le juge des enfants de Divo a rejeté
la demande de mise en liberté provisoire du 12 décembre 1979 de Amani
Kouassi, Lozo Yao, Koffi Kan Robert et Kouakou Kouadio Michel et qu'il
convient de les débouter de leur appel, en application des articles 207 et 216
du code de procédure pénale;
Vu les réquisitions écrites du 30 mai 1980 de Monsieur le Procureur
général;

EN CONSÉQUENCE
Déclare Amani Kouassi, Lozo Yao Koffi Kan Robert et Kouakou
Kouadio Michel irrecevables en leur requête du 30 juin 1980;

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


196 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

Reçoit en la forme les mêmes inculpés en leur appel conjoint


relevé le 3 janvier 1980 de l'ordonnance du 26 décembre 1979;
Les déboute;
Confirme l'ordonnance entreprise, qui sortira son plein effet;
Condamne les appelants aux dépens d'appel...
Président : M. Hoguié
Conseillers : Bouaffon et Yapi
Avocat Général : M. Folquet
Greffier : Me NDa Koffi Pierre
Avocat : Me NDia Yves

5.8. DÉTENTION PRÉVENTIVE - MANDAT DE


DEPOT - MAIN-LE VÉE - POUVOIR DU JUGE
D’INSTRUCTION - EXCÈS DE POUVOIR - SANCTION

DÉTENTION PRÉVENTIVE - MISE EN LIBERTÉ


PROVISOIRE - POUVOIR DE LA CHAMBRE
D’ACCUSATION - DÉTENTION ILLICITE - MISE EN
LIBERTEÉ PROVISOIRE D’OFFICE

Doit être déclarée nulle pour excès de pouvoir l'ordonnance du


Juge d'instruction ordonnant la main-levée d'office d'un mandat de dépôt
malgré l'avis défavorable du Procureur de la République.
La Chambre d'accusation peut, le Ministère Public entendu,
prononcer d'office la mise en liberté de l'inculpé dont la détention est
illicite faute pour le Juge d'instruction de l'avoir prolongée.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre d'Accusation Arrêt n° 9 du 16 janvier 1980
Ministère Public C/Moumouni Konaté

LA COUR
Vu la procédure suivie au Tribunal de Première Instance d'Abidjan
contre le nommé Moumouni Konaté, détenu (M.D. du 29/12/1978)
inculpé du chef de vol...
Après en avoir délibéré conformément à la loi, hors la présence du
Ministère Public et du Greffier,

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


PROCÉDURE PÉNALE 197

Considérant en la forme que l'appel du Procureur de la République


relevé le 22 novembre 1979 de l'ordonnance rendue le même jour est
régulier et recevable comme l’ayant été dans les délai et forme des articles
185 et 497 du code de procédure pénale;
Considérant sur le mérite de cet appel, que la main-levée d'office du
mandat prévue par l'alinéa premier de l'article 140 du code de procédure
pénale exige nécessairement et impérativement l'avis conforme du
Procureur de la République.
Considérant qu'au projet formé le 19 novembre 1979 par le juge des
enfants d'Abidjan d'ordonner la main-levée d'office du mandat de dépôt
décerné le 29 décembre 1978 contre Moumouni Konaté, le Procureur de la
République a expressément manifesté son opposition en émettant par
réquisition du 19 décembre 1979, un avis défavorable;
Considérant qu'en dépit de cet avis, une ordonnance de mai-levée
d'office du mandat de dépôt du 29 décembre 1978 a été rendue le 22
novembre 1979 par le Juge des Enfants; que ce faisant celui-ci a
manifestement excédé son pouvoir, en sorte que sa décision est nulle et de
nul effet et qu'il convient de la déclarer telle, en application de l'article 206
du Code de Procédure Pénale;
Mais considérant aux termes de l'article 201 alinéa 2 du même code
que la Chambre d'Accusation peut, le Ministère Public entendu, prononcer
d'office la mise en liberté de l'inculpé;
Considérant en l'espèce que le mandat de dépôt du 29 décembre 1978
de Moumoni Konaté a perdu sa force exécutoire depuis le 29 avril 1979,
faute de prolongation de la détention au plus tard le 28 avril 1979 à minuit;
en sorte que la détention actuelle de l'inculpé est illicite et qu'il convient d'y
mettre immédiatement un terme, en ordonnant la mise en liberté provisoire
d'office de cet inculpé, en application des dispositions combinées des
articles 201 alinéa 2,136,139 et 206 alinéa 1 du Code de Procédure Pénale;
Et considérant que Monsieur le Procureur Général a été entendu;
Vu l'article 216 du Code précité;

EN CONSÉQUENCE

Reçoit en la forme le Procureur de la République près le Tribunal de


Première Instance d'Abidjan en son appel du 22 novembre 1979 relevé de
l'ordonnance du Juge des enfants rendue le même jour.

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PROCÉDURE PÉNALE 198

Déclare nulle et de nul effet ladite ordonnance;


Prononçant d'office,
Ordonne la mise en liberté provisoire de Moumouni Konaté, s'il n'est
régulièrement détenu pour autre cause;
Président : M. Hogué
Conseillers : MM. Bouafon et Y api
Substitut Général : M. Abaka
Greffier : Me ND» Koffi Pierre.

5.9. DÉTENTION PRÉVENTIVE - MISE EN LIBE RTÉ


PROVISOIRE - POUVOIR DU JUGE D’INSTRUCTION -
CONTROLE - POUVOIR DE LA CHAMBRE D’ACCUSATION -
DÉTENU ATTEINT D'UNE TUBERCULOSE ÉVOLUTIVE -
INFIRMATION DE L’ORDONNANCE DE REFUS DE MISE
EN LIBERTÉ PROVISOIRE.
L'état de santé du prévenu atteint d'une tuberculose évolutive étant
incompatible avec une détention préventive prolongée, c'est à tort que le
juge d'instruction a rejeté la demande de mise en liberté provisoire.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre d'Accusation Arrêt n° 66 du 19 mars 1980
Affaire Kassi Kassi Paul

LA COUR
Vu le dossier de la procédure suivie au Tribunal de Première
Instance d'Abidjan contre le nommé Kassi Kassi Paul, né en 1947 à
Tiassalé, de feu N'Guessan Kassi et de Kpandjé Amoin, Agent des Douanes
B.P. V 25 Abidjan, domicilié à la Sogefiha, Vridi, célibataire 6 enfants,
jamais condamné, ni recensé, de nationalité ivoirienne.
Inculpé d'abus de confiance et complicité et placé sous mandat de
dépôt le 16 janvier 1980...
Après en avoir délibéré conformément à la loi, hors la présence du
Ministère Public et du greffier,

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199 JURISPRUDENCE - DROIT CRIMINEL

EN LA FORME

Considérant qu'il résulte d'un certificat médical en date du 3 mars


1980 versé au dossier et délivré par le docteur Hamad, Médecin-Chef de la
prison civile d'Abidjan que l'inculpé Kassi Kassi Paul est atteint d'une
tuberculose évolutive;
Considérant que cet état de santé est incompatible avec une détention
préventive prolongée en milieu carcéral; qu'il convient donc de mettre fin à
la détention de l'inculpé, d'autant que ce dernier, qui est ivoirien
régulièrement domicilié à Abidjan, offre des garanties suffisantes de
représentation; que dès lors, c'est à tort que le Juge d'instruction a rejeté sa
demande de mise en liberté provisoire, qu'il convient donc d'infirmer
l'ordonnance entreprise;
Vu les articles 137, 207 et 216 du code de procédure pénale,
ensemble les réquisitions de Monsieur le Procureur Général;

PAR CES MOTIFS

EN LA FORME
Reçoit Kassi Kassi Paul en son appel

AU FOND
L'y déclare bien fondé. Infirme l'ordonnance du Juge d'instruction en
date du 15 février 1980, en ce qu'elle a rejeté la demande de mise en liberté
provisoire de l'inculpé;
Ordonne la mise en liberté provisoire de Kassi Kassi Paul s'il n'est
détenu pour autre cause...
Président : M. Hoguié
Conseillers : MM. Bouafon et Bouedy
Avocat Général : M. Folquet
Greffier : Me Djédjé Dca
Avocat : Me Kacou Maurice

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2 - DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ

MME TANO YOLANDE *

Mme TANO Yolande, Maître de conférences agrégé i la Facuhé de Droit d'Abidjan, B.P.
V34 ABIDJAN.
DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 201

I - ORGANISATION JUDICIAIRE.
JURIDICTION - COMPÉTENCE - ACTION

1°) LES POUVOIRS DU JUGE DES RÉFÉRÉS EN MATIÈRE DE


BAUX D’HABITATION ET À USAGE COMMERCIAL.

Selon l'article 221 du code de procédure civile, le référé est une


procédure d'urgence ou de règlement provisoire des difficultés d'exécution
d'une décision de justice ou d'un titre exécutoire. Le référé ne doit pas
porter préjudice au principal. Mais depuis les lois n° 77 995 du 18
décembre 1977 et n° 80-1069 du 13 septembre 1980 relatives aux baux
d'habitation et à usage commercial, la compétence du juge des référés a été
étendue. Les textes précités permettent au juge des référés de connaître du
fond du litige. Désormais, il ne peut pas se prévaloir de l'existence d'une
contestation sérieuse pour se déclarer incompétent.
(cf. M. Fadika. Revue Ivoirienne de Droit 1981/3-4 p. 36).
Apparemment l'arrêt du 26 novembre 1982 semble ignorer les
dispositions légales spécifiques aux baux d'habitation.
JURIDICATIONS DES RÉFÉRÉS - INCOMPÉTENCE - BAIL-
CONTESTATION SÉRIEUSE - PRÉJUDICE AU PRINCIPAL.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale 26 novembre 1982.
(Arrêt n° 861)
ZAGO Roger contre BABO Paul.

LA COUR
Oui le Ministère public;
Vu les pièces du dossier de la procédure,
Ensemble l'exposé des faits, procédure prétentions des parties et
motifs ci-après;
DES FAITS, PROCÉDURE ET PRÉTENTIONS DES PARTIES:
Par exploit du 19 août 1982, ZAGO Roger a interjeté appel de
l'ordonnance de référé numéro 1674 rendue le 25 mai 1982 par la

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REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


202 JURISPRUDENCE

juridiction présidentielle d'Abidjan qui, sur demande de BABO Paul, a


prononcé son expulsion du local occupé;
Aux termes de son appel, il a sollicité l'annulation ou l'infirmation
de l’ordonnance déférée;
Par écritures du 12 octobre 1982, il expose que depuis 1972 il est
locataire de l'appartement n° 511 sis à Koumassi-Sogefiha où il cohabitait
cependant avec sa cousine madame Dja épouse Seikpa Zohon au profit de
qui ce local avait été originairement donné en location simple par le
propriétaire, la SOGEFIHA;
Il ajoute que dans le courant de la même année suite au mariage et
au départ de sa cousine des lieux, il en devint le seul occupant et en
acquittait les loyers régulièrement contre remise de quittances libellées
toujours au nom de madame Dja;
Or, dit-il le 17 avril 1982, suite à un litige de famille l'opposant à sa
cousine Mme Dja, celle-ci pour se venger l'assigna en validité de congé
devant la juridiction du fond où l'affaire est encore pendante;
Il ajoute par ailleurs que pour atteindre son objectif sa cousine, par
l’entremise, de BABO Paul le fit également assigner en expulsion par
devant le juge des référés qui a ordonné son déguerpissement des
lieux;
Il estime que dans les conditions la juridiction des référés qui, dans sa
décision a pris acte de ce que le juge du fond était déjà saisi, aurait dû se
déclarer incompétente vu qu'il y avait contestation sérieuse, le litige
opposant trois parties relativement au même logement;
Il fait valoir que pour ne l'avoir pas fait, sa décision a préjudicié au
principal et doit être annulés; car à la suite et en conséquence de cette
ordonnance, il vient d'être expulsé de ce local dont il est pourtant
attributaire en tant qu'occupant réel et pour lequel il vient de lui être
consenti un contrat de location simple; alors que par contre l'intimé n'a pu
nullement justifier qu'il détient les quittances de loyers relatives aux lieux;
Il sollicite par conséquent outre l'annulation de la décision attaquée
et l'évocation du litige sa réintégration dans les lieux;
Il produit des pièces;
Pour sa part l'intimé par écriture du 21 octobre 1962 expose que
Madame Dja attributaire originaire de ce logement avait autorisé son
cousin ZAGO Roger à y résider gratuitement avec elle et qu'après le
mariage et le départ de celle-ci l'appelant est resté seul dans ce logement
dont pourtant les loyers étaient toujours à la charge de Madame Dja;

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 203

Il ajoute que par exploit du 7 février 1982, Mme Dja notifia congé
à l'appelant à l'effet de libérer les lieux au plus tard le 7 mai 1987.
Et début mars 1982, dit-il, Madame Dja lui céda son bail, à lui
l'intimé, et ce en présence de la bailleresse SOGEFIHA laquelle passe un
contrat avec lui à la date du 1er avril 1982;
Or, dit-il malgré le congé, l'appelant s'étant maintenu dans les lieux
et l'empêchant de payer les loyers il a dû l'assigner en expulsion devant le
juge des référés et qu'ainsi il a pu obtenir son déguerpissement;
Par ailleurs fait-il observer ZAGO Roger bien qu'expulsé
effectivement de ce logement le 30 juin 1982, n'a pas hésité à conclure
avec la SOGEFIHA un contrat de location concernant ce local;
Il estime que dans ces conditions le juge des référés n'avait pas à se
déclarer incompétent puisque ZAGO Roger a toujours été un occupant
sans droit ni titre et qu'en outre il n'a pas rapporté la preuve de son
allégation d'avoir payé les loyers à la place de Mme Dja; car il n'a pas
produit des reçus de loyers à lui délivrés par celle-ci;
Il fait valoir que l'action de l'appelant procède de l'esprit de
vengeance parce que ne pouvant tolérer que sa cousine refuse de
continuer à le loger gratuitement, sa famille et lui;
S'expliquant sur le congé donné par Mme Dja avec préavis de trois
mois à ZAGO Roger, il fait observer que cela a été fait par humanisme.
Enfin il souligne que devant le juge des référés il avait, lui intimé,
produit sa déclaration d'occupation des lieux ainsi que son contrat de
location signé avec la SOGEFIHA et que devant de telles preuves le
premier juge ne pouvait pas hésiter à prononcer l'expulsion sollicitée;
Il estime donc qu'en la cause, il n'existe aucune difficulté sérieuse
pour motiver une décision d'incompétence; et que les documents produits
à présent par l'appelant ont été obtenus postérieurement à l'avènement de
l'ordonnance querellée;
Il estime par conséquent que le contrat passé entre l'appelant et la
SOGEFIHA est nul et de nul effet; et que les quittances afférentes aux
mois d'août et de septembre 1982 et produites par ZAGO Roger ont été
obtenues en fraude des droits du locataire en titre qu'il est lui l'intimé,
puisque la SOGEFIHA a refusé de recevoir les loyers proposés par lui
intimé par suite de l'intervention injustifiée de l'Administration;

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REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ

Il estime qu’en tout état de cause, seules des manœuvres


frauduleuses ont permis à l'appelant de se constituer des semblants de
preuve dont il se prévaut à présent;
Pour toutes ces raisons, il sollicite la confirmation de l'ordonnance
attaquée et qu'il soit constaté la nullité du contrat de location en date du
1er septembre 1982 signé par l'appelant avec la SOGEF1HA;
Il produit des pièces;
DES MOTIFS:
D s'évince des énonciations non contestées de la décision attaquée
et également des écritures de l'appelant que devant le juge des référés
saisi par BABO Paul d'une demande tendant à l'expulsion de ZAGO
Roger de l'appartement par lui occupé, il a été expressément allégué et
non démenti qu'une action en validation de congé relative au même local
était pendante devant le juge du fond et ce suite à la demande de Madame
Dja épouse SERIKPA Zohon dirigée contre le même ZAGO Roger,
Dès lors il y avait en la cause une contestation manifestement
sérieuse puisqu'en faisant état de cette procédure pendante devant le juge
du fond ZAGO Roger entendait implicitement mais de manière non
équivoque denier à BABO Paul toute qualité de proriétaire ou
d'attributaire du local dont s'agit;
Face à une telle contestation et alors surtout que la juridiction du
fond se trouvait déjà saisie du principal, à l'effet d'ordonner l'expulsion de
ZAGO Roger prétendument occupant sans droit ni titre le juge des référés
saisi d'une demande parallèle ayant les mêmes objet et cause - aurait dû
décliner sa compétence;
Pour ne l'avoir pas fait, la juridiction des référés, à compétence
résiduaire a excédé ses pouvoirs et sa décision viciée de ce fait doit être
annulée et ce alors surtout qu'il est à présent établi en référence aux
productions de l'appelant que celui-ci tout comme l'intimé a conclu avec
la SOGEFIHA un contrat de location simple concernant l'appartement
considéré;
En l'espèce il s'évince en outre des écritures des deux parties qu'en
exécution de l'ordonnance entreprise ZAGO Roger a été effectivement
expulsé des lieux le 30 juin 1982;
Or, aux termes de l'article 183 du code de procédure civile
lorsqu'une décision exécutoire par provision est infirmée en tout ou en
partie -"a fortiori, lorsqu'elle est annulée comme en l'occurrence"- la

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


JURISPRUDENCE

juridiction d'appel doit ordonner la restitution de ce que l'appelant a payé


ou livré ai exécution de la décision attaquée;
Il s'ensuit que c'est à bon droit que ZAGO Roger sollicite sa
réintégration dans les lieux et il échet de l'ordonner,
Par ailleurs, l'intimé succombant, il échet de le condamner aux
entiers dépens;

CONSÉQUEMMENT

Déclare ZAGO Roger bien fondé en son appel relevé de


l'ordonnance de référé numéro 1674 rendue le 25 mai 1982 par la
juridiction présidentielle d'Abidjan;
Dit qu'en l'espèce il y a contestation sérieuse et que c'est à tort que
le premier juge s'est déclaré compétent et a ordonné l'expulsion de ZAGO
Roger de l'appartement considéré;
Annule purement et simplement la décision déférée;
Ordonne la réintégration, de ZAGO Roger dans les lieux;
Condamne l'intimé, aux dépens distraits à Maître N'TAKPE
Avocat à la Cour et ce à sa demande et sur son affirmation d'avoir
effectué la plus grande partie des avances;
Président : Lanciné Bamba
Conseiller : Turkson Robert
Avocat Général : Gue Tchétché
Greffier : Ettien N'Guessan

2°) LES MOYENS DE DÉFENSE = L'EXCEPTION DE


COMMUNICATION
Les règles de compétence se déterminent en fonction de la
demande introductive d'instance. Mais tout au long de l'instance vont
apparaître des éléments qui - s’ils avaient existé ou avaient été connus à
l'origine - auraient pu modifier le choix de la juridiction à saisir. C'est le
problème des questions litigieuses qui posent les limites dans lesquelles
s'exerce le pouvoir de statuer d'une juridiction.
Comme question litigieuse, on peut citer à titre d'exemple les
moyens de défense. Les articles 115 et suivants du code de procédure

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 205

civile donnent un aperçu des différents moyens de défense = exception


fin de non recevoir...
L'arrêt du 15 juillet 1983 est relatif à l'exception de
communication de pièces qui selon l'article 120 du code de procédure "a
pour but d'exiger que soient communiquées à la partie qui la soulève, les
pièces sur lesquelles la partie adverse entend fonder sa demande ou sa
défense".
MOYEN DE DÉFENSE - EXCEPTION DE COMMUNICATION
DES PIECES. ART. 120. CODE DE PROCÉDURE CIVILE.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile
et Commerciale 15 juillet 1983 (Arrêt n° 792) Assurances Zurich contre
Ayants droit de N’Guessan Kan an et N'Guessan NGoran.

LA COUR
Ouï les parties en leurs conclusions;
Le Ministère public entendu;
Vu les pièces du procès;
Après en avoir délibéré conformément à la loi;
Statuant publiquement, contradictoirement à l'égard des ayants
droit de Konan NGuessan et de la Compagnie d'Assurances Zurich, et par
défaut à l'égard de N’Guessan NGoran, en matière civile et en dernier
ressort, sur les appels de la compagnie d'assurances Zurich, par exploit en
date du 19 novembre 1982, et des ayants droit de feu Konan N'Guessan,
par exploit en date du 1er décembre 1982, tous deux régulièrement
interjetés contre le jugement n° 2881, signifié le 12 novembre 1982 et
rendu le 1er juillet 1982 par le Tribunal de Première Instance d'Abidjan,
qui a :
- déclaré nulle l'assignation délivrée à N’Guessan N'Goran,
- reçu les ayants droit de feu Konan N'Guessan en leur action
contre la Compagnie d'Assurance Zurich,
- rejeté l'exception de non communication de pièces soulevée par
ladite compagnie,
- condamné cette compagnie d'Assurance Zurich à payer à titre de
dommages-intérêts;
A Yao Amoin, épouse de la victime : 2 000 000 de francs;

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REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


206 JURISPRUDENCE

- A Kramo Yobouet, autre épouse la somme de 2 000 000 de


francs pour elle-même, et celle de 10 220 000 francs pour le compte de
ses cinq enfants mineurs;
- A Yao Konan, père de la victime, et Oura Assé, sa mère, la
somme de 1 000 000 de francs chacun,
- A Konan Kouadio et Konan Affoué ses frères et sœurs :
500.0 francs chacun, le tout avec exécution provisoire à concurrence du
quart des sommes allouées;
Considérant qu'il résulte des documents produits au dossier que le
12 juillet 1977, un autocar de marque Renault Saviem, immatriculé B
8320 CI.2, conduit par Konan Kouakou, appartenant à N'Guessan
N’Goran et assuré par la Compagnie Zurich a occasionné un grave
accident de la circulation qui a provoqué la mort de plusieurs passagers
dont le chauffeur lui-même et le sieur Konan N'Guessan que par exploit
introductif d'instance en date du 13 novembre 1981, les ayants droit de ce
dernier, ont assigné le gardien et l'assureur du véhicule en cause devant le
tribunal de première Instance d'Abidjan en réparation du préjudice qu'ils
ont subi; qu'ils ont affirmé que par arrêt civil contradictoire n°446 du 22
mai 1981, la Cour d'Appel d'Abidjan a définitivement retenu la
responsabilité civile de N'Guessan NGoran des conséquences de
l'accident précité et dit que la Compagnie d'Assurances Zurich était tenue
à garantie;
Considérant que, toujours devant le Premier Juge, la Compagnie
d'Assurance Zurich a soutenu que l'assignation servie à Konan Kouakou a
été remise à l'étude de Maître Carlton, Conseil de la Compagnie Zurich,
où Konan Kouakou n'avait pas élu domicile, que cette assignation était
par conséquent nulle, qu'en outre, l'arrêt dont se prévalaient les ayants
droit de Konan NGuessan ne lui avait pas été communiqué, que dès lors,
a-t-elle affirmé, l'instance introduite par les demandeurs constitue une
action directe contre l'assureur sans la présence de l'assuré, alors qu'il n'a
pas été statué sur la responsabilité dudit assureur, qu'à titre subsidiaire, la
Compagnie Zurich a sollicité la réduction des sommes demandées;
Considérant que les ayants droit de feu Konan N'Guessan ont
répondu qu'ils ont assigné non pas Konan Kouakou qui est décédé au
cours de l'accident, mais NGuessan N'Goran; que cette assignation a été
faite à l'Etude de Maître Carlton, Conseil de Zurich par ce que celle-ci est
subrogée dans les droits de son assuré, et que les intérêts de l'assuré et de
l'assureur sont solidaires; qu'en ce qui concerne l'exception de non
communication de pièce, ajoutent les ayants droit de la victime, l'arrêt

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ

dont il est question a été communiqué plusieurs fois à la Compagnie


d'Assurance Zurich, notamment à l'occasion de l’exécution dudit arrêt et
d’une tentative de règlement de l'affaire;
Considérant que le premier juge pour statuer comme il l'a fait, a
estimé:
1° ) que l'assignation, était entachée de nullité parce que N'Guessan
N'Goran, qui est domicilié à Issia, a été cité à Mairie, après que la
Compagnie Zurich ait refusé de recevoir l'exploit;
2°) que l'action des demandeurs devient une action directe contre la
Compagnie Zurich, sans la présence de l'assuré, que cette action était
recevable compte tenu de l'existence d'un arrêt n° 4461 rendu le 22 mai
1981 par la Cour d'Appel d'Abidjan, qui a dit que la responsabilité de
l'accident incombait à NGuessan N'Goran et que Zurich était tenu à
garantie;
Considérant qu'en cause d'appel, la Compagnie d'assurances Zurich
sollicite, à titre principal la confirmation de cette décision en ce qu'elle a
déclaré nulle l'assignation délivrée à N'Guessan N'Goran et son infirmation
en ce qu'elle a rejeté l'exception de non communication de pièce, et, à titre
subsidiaires, la réduction des sommes allouées aux ayants droit de Konan
N'Guessan; qu'elle fait valoir, par la voix de son conseil, Maître Carlton;
1°) en ce qui concerne l'assignation de N'Guessan N'Goran : que ce
dernier n'avait jamais élu domicile en l'étude du conseil de la Compagnie
Zurich, et que ce conseil n'était jamais constitué pour ce prétendu assuré,
que c'est à juste titre que cette assignation a été déclarée nulle,
2°) en ce qui concerne la non-communication de l'arrêt n°446 de la
Cour d'Appel en date du 22 mai 1981 : que les demandeurs et le Tribunal
ont estimé que la Compagnie d'Assurances Zurich connaissait
abondamment la teneur de cet arrêt parce qu'il lui avait été signifié maintes
fois; que ce faisant, les demandeurs et le Tribunal ont confondu la
connaissance que peut avoir un plaideur d'un document et la communication
de ce document au conseil du défenseur, que le principe de la
communication des pièces est un principe essentiel à la sauvegarde des
droits de la défense et à la loyauté du débat juridique; que dès lors, la totalité
de la procédure doit être déclarée nulle et la communication de l'arrêt du 22
mai 1981 ordonnée;
Considérant que les ayants droit de Konan N'Guessan, représentés
par leur conseil Maître Fangman, sollicitent la confirmation

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


206 JURISPRUDENCE

du jugement en ce qu'il a rejeté l'exception de communication de pièce et


déclaré leur action recevable contre Zurich; qu’ils sollicitent ensuite la
réformation de la même décision en ce qu'elle n'a pas fait droit à la totalité
de leur demande; que sur ce point, ils s'en rapportent aux conclusions
déposées devant le premier juge;
Considérant qu'il est constant que N'Guessan N'Goran, pourtant
domicilié à Issia, ayant la boîte postale n° 75, a été cité à Abidjan et à
l'étude de Maître Carlton, où à aucun moment, il n'avait élu domicile; que
d'habitude, Maître Carlton Avocat à la Cour, se constitue pour la défense
des intérêts de Zurich, mais qu'en tout état de cause, il n'a jamais été celui
de N'Guessan N'Goran; que l'assignation étant un tout indivisible, ne peut
être nulle pour certaines cités, et valable pour d'autres, qu'elle est valable,
ou nulle dans sa globalité; que dès lors, dans le cas d'espèce, le premier juge
aurait dû déclarer nulle l'assignation datée du 13 novembre 1981;

PAR CES MOTIFS

Déclare la Compagnie d'Assurance Zurich d'une part, et d'autre par


les ayants droit de Konan N'Guessan recevables en leurs appels;
Annule l'exploit introductif d'instance en date du 13 novembre
1981 introduite par lesdits ayants droit, et toute la procédure subséquente;
Condamne les ayants droit de Konan N'Guessan aux dépens dont
distraction au profit de Maître Caiiton Avocat aux offres de droit;
Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement par la Cour d'Appel
d'Abidjan, les jours, mois et an que dessus;
Président : Lanciné Bamba Conseillers : Turkson Robert et Claon Denis

3°) LES CONDITIONS D'ADMISSION DU SURSIS À


STATUER : LES QUESTIONS PRÉJUDICIELLES.
La juridiction saisie de la demande principale a-t-elle une
compétence suffisante pour connaître des moyens de défense ?
Traditionnellement, on applique la règle "le juge de l'action est juge
de l'exception". Ainsi le juge saisi de la demande principale est compétent
pour statuer sur les moyens de défense alors que ceux-ci

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 209

soulèvent des question qui en tant qu'objet d'une demande principale


auraient été de la compétence d'une autre juridiction. Mais cette règle
subit certaines dérogations avec les questions préjudicielles.
La compétence exclusive d'une juridiction fait échec à la règle "le
juge de l'action est juge de l'exception" la question relevant de la
compétence exclusive constitue une question préjudicielle.
On sait par exemple, que seule la juridiction de travail a
compétence pour connaître du contentieux du contrat de travail. On doit
en conséquence, admettre que la juridiction de droit commun ne peut pas,
même à titre de moyen de défense, se prononcer sur une question qui
relève de la compétence du Tribunal de travail. Ainsi dans l'arrêt du 29
octobre 1982 les responsables de l'accident ont espéré obtenir le sursis à
statuer en prétendant que l'accident a constitué pour la victime un
accident de travail. Faute de preuve, leur demande de sursis à statuer a été
rejetée.
Par contre lorsque la juridiction civile est saisie d'une action
résultant d'une infraction pénale, elle doit surseoir à statuer tant qu'il n'a
pas été prononcé définitivement sur l'action publique. C'est l'application
de la règle "le criminel tient le civil en état". C'est ainsi que dans un arrêt
du 6 mai 1983, la Cour d'Appel, estimant que la décision de la Chambre
Correctionnelle peut influencer le procès civil, ordonne le sursis à statuer.
SURSIS A STATUER - CONDITION D'ADMISSION -
EXPERTISE EN MATIERE CIVILE - DEFAUT DE CONVOCATION
DES PARTIES PAR LETTRE RECOMMANDEE - NULLITE
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale 29 octobre
1982 (Arrêt n° 750)
Assa Kouassi, Pederson Hans Christian contre Kouadio Yao et autres, Sodeci,
M.G.F.A., C.N.P.S.

LA COUR
Oui les parties en leurs conclusions;
Le Ministère Public entendu;
Vu les pièces du procès;
Après en avoir délibéré conformément à la loi;
Statuant publiquement, contractoirement, en matière civile et en
dernier ressort, sur les appels régulièrement relevés les 21 juillet, 30
juillet et 5 août 1982 respectivement par la Nationale d'Assurances,
Kouadio Yao et Kouakou Kouadio d'une part, d'autre part, les sieurs Assa
Kouassi et Pederson Hans, enfin, la SODECI et la Mutuelle

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REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


210 JURISPRUDENCE

Générale Française Accidents, contre le jugement n° 1515, signifié le 19


juillet 1982, rendu le 15 avril 1982 par le Tribunal de Première Instance
d'Abidjan, qui statuant après expertise, a condamné in solidum Kouadio
Yao, la Nationale d’Assurance, la SODECI et la Mutuelle Générale
Française Accidents à payer à titre de dommages intérêts, toutes causes
confondues, les sommes suivantes :
- 3 050 000 francs à Pederson Hans Christian;
- 16 050 000 francs à Assa Kouassi;
Considérant qu'à la suite de l'accident de la circulation survenu le 19
novembre 1976, au PK 1 de la route Daloa-Vavoua, et au cours duquel Assa
Kouassi et Pederson Hans ont été grièvement blessés, les susnommés ont
assigné en responsabilité sur le fondement de l'article 1384 al 1 du code
civil, les deux gardiens des véhicules en causes à savoir Kouadio Yao et la
SODECI ainsi que leurs assureurs respectifs, devant le Tribunal de Première
Instance d'Abidjan;
Que par jugement préparatoire n° 2468 du 18 juin 1981, cette
juridiction a fait droit à l'action en responsabilité, ordonné une expertise
médicale, le Professeur Cornet étant désigné pour y procéder et alloué à
chacune des victimes une indemnité provisionnelle de 500 000 francs;
Considérant que le Professeur Cornet a déposé ses rapports le 20
juillet 1981, rapports desquels il résulte ce qui suit :

I - EN CE QUI CONCERNE ASSA KOUASSI.


Considérant que pour cette victime, l'expert a évalué à 90 jours la
durée de l'incapacité totale temporaire (I.T.T.), à 40 %, le taux de
l'incapacité permanente partielle (I.P.P.) qualifié d'important le prétium
doloris et de léger le préjudice esthétique, estiment que les préjudices
professionnels et d'agrément n'étaient pas démontrés.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 211

II - EN CE QUI CONCERNE PEDERSON HANS CHRISTIAN.


Considérant que l'homme de l'Art a évalué à 120 jours le taux de
l'incapacité totale temporaire, à 5 % de l’incapacité permanente, partielle, et
qualifié de modéré le pratium doloris, et de léger le préjudice esthétique;
Considérant qu'au vu des conclusions de l'Expert, les victimes, par
l'entremise de Maître BOAH leur conseil, ont sollicité diverses sommes
d'argent;
Que les défenseurs quant à eux, ont conclu à la réduction du quantum
de la réparation;
Que c'est dans ces circonstances qu'intervint le jugement déféré;
Considérant qu'en cause d'appel la Nationale d'Assurance et Kouadio
d'une part, la SODECI et la Mutuelle Générale Française Accidents d'autre
part, demandent à la cour de surseoir à statuer sur la demande du sieur
ASSA Kouassi comme il est dit à l'article 129 du code de Prévoyance
Sociale, l'accident dont il s'agit soutiennent-ils, constituant pour cette
victime un accident de travail.
Qu'ils font valoir en outre que les expertises auxquelles a procédé le
Professeur Cornet ne sont pas contradictoires ayant été diligentée hors la
présence de leurs représentants;
Qu'ils concluent subsidiairement à la réduction du montant des
sommes allouées;
Considérant que ASSA Kouassi et Pederson Hans sollicitent quant à
eux, l'adjudication de l'entier bénéfice de leurs précédents écrits;

EN LA FORME :
Considérant que l'appel de la SODECI et de son assureur la Mutuelle
Générale Française Accidents, et les appels des autres parties, enrôlés
respectivement sous les numéros 634 et 658 et 678/82 concernant la même
cause;
Que dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, il convint
d'en ordonner la jonction;

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REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


212 JURISPRUDENCE

Que par ailleurs, ces appels principaux, interjetés conformément à la


loi, sont réguliers et recevables en la forme;

AU FOND
SUR LA DEMANDE DU SURSIS A STATUER :
Considérant que dans leurs écritures respectives, la SODECI et la
Mutuelle Générale Française Accidents d'une part, et d'autre part, Kouadio
Yao et la Nationale d'Assurance demandent à la Cour de surseoir à statuer
sur la demande du sieur ASSA Kouassi, au motif que l'accident dont il
s'agit, revêt pour ce dernier, le caractère d'un accident du Travail;
Mais considérant qu'il n'est nulle part démontré au dossier que
l'accident dont il s'agit revêt effectivement ce caractère à l'égard de cette
victime;
Qu'en effet le véhicule dans lequel avait pris place ASSA Kouassi,
infirmier de son état, en service à la Caisse Nationale de Prévoyance
Sociale, appartient à la SODECI, qui n'est pas l'organisme employeur du
susnommé;
Qu'en outre il n'est produit au dossier aucun ordre de mission
attestant que l'intéressé était, au moment de l'accident en service commandé;
que dans ces conditions la demande de sursis à statuer est dénuée de tout
fondement;
SUR LA NULLITE DE L'EXPERTISE :
Considérant qu'aux termes de l'article 74 du code de procédure civile
et commerciale, l'expert procède à ses opérations les parties dûment
appelées par lettre recommandée avec demande d'avis de réception";
Que cette formalité confère à l'expertise, le caractère contradictoire,
qui est obligatoire en matière civile;
Or considérant qu'il n'apparaît pas au dossier que le Professeur
Cornet, l'expert désigné, a observé cette prescription légale;
Que dans ces conditions, il convient d'annuler les rapports d'expertise
en cause et de désigner pour y procéder à nouveau le Professeur KEBE
MEMEL, lequel aura pour mission d'examiner les nommés les nommés
ASSA Kouassi et PEDERSON Hans Christian à l'effet de:

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N°3^,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 213

- décrire leurs blessures


- en fixant la date de consolidation;
- déterminer les taux de l'incapacité temporaire totale (I.T.T.), de
l'incapacité permanente partielle (I.P.P.)
- évaluer l'importance du prétium doloris, du préjudice esthétique et,
le cas échéant, du préjudice d'agrément et du préjudice professionnel;

PAR CES MOTIFS

EN LA FORME :
Ordonne la jonction des procédures n° 634,698 et 678/82;
Déclare :
- d'une part la Nationale d'Assurance et Kouadio Yao
- d'autre part les sieurs ASSA Kouassi et PEDERSON Hans,
- enfin, la SODECI et la Mutuelle Générale Française Accidents
recevables en leurs appels principaux respectifs;

AU FOND :
Dit qu'il n'y a pas lieu de surseoir à statuer sur la demande d'ASSA
Kouassi, l'accident le concernant n'étant pas un accident de Travail;
- Annule les rapports d'expertise du Professeur Cornet;
- Ordonne une nouvelle expertise médicale;
- désigne pour y procéder, le Professeur MEMEL Kébé, qui aura pour
mission d'examiner ASSA Kouassi et PEDERSON Hans Christian à l'effet
de:
- Décrire leurs blessures
- Et fixer la date de consolidation;
- Déterminer le taux de l'incapacité temporaire totale, celui de
l'incapacité permanente partielle;

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REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


214 JURISPRUDENCE

- Evaluer l'importance du prétium doloris, du préjudice esthétique,


- dire s'il en résulte un préjudice professionnel et d'agrément;
Dit que l'Expert désigné déposera ses rapports dans le délai de 2 mois
à compter de la notification du présent arrêt :
Réserve les dépens;
Renvoie la cause et les parties à l'audience du 14 janvier 1983;
Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement par la Cour d'Appel
d'Abidjan, les jours, mois et an que dessus;
Président : Bamba Lanciné
Conseillers : CLAON Denis et TURKSON Robert
HOMICIDE INVOLONTAIRE - ACTION PUBLIQUE EN COURS -
ACTION CIVILE FONDÉE SUR ART 1384 AL 1 CODE CIVIL. SURSIS
À STATUER. RÈGLE.
"Le criminel tient le civil en état".
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale 6 mai 1983 (Arrêt n°
ADD/510)
Koreki Mian Richard contre ayants droit de Moïse Oyediran

LA COUR
Ouï les parties en leurs conclusions;
Le Ministère Public entendu;
Vu les pièces du procès;
Après en avoir délibéré conformément à la loi;
Statuant publiquement, contradictoirement, en matière civile et en
dernier ressort, sur l'appel régulièrement interjeté le 9 décembre 1982 par
Koreki Mian Richard et la "Société Nouvelle d'Assurances de Côte d'ivoire"
dite S.N.A.C.I. du jugement n° 1896, signifié le 29 novembre
1982 et rendu le 6 mai 1982 par le Tribunal de Première Instance
d'Abidjan qui a ;
- dit que la responsabilité de l'accident dont l'enfant Yacob Oyededj
âgé de 8 ans a été victime le 14 novembre incombe exclusivement à Koreki
Mian,
- Condamné in solidum Koreki Mian et la S.N.A.C.I. son assureur à
payer à :

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 215

1°) Abioye Elijan, père de la victime et Alice Adere Waju sa mère, la


somme de 800 000 francs chacun
2°) Abioye Elijan, pour le compte de chacun de ses enfants mineurs,
frères et soeurs de la victime, savoir Oieloyin Maria, Emilia Oyeronke,
Oyeronke, Abioye Oyédeji Jacob, Félicia Foyeke, Obi Oye Emmanuel,
Philippe Kayode, Oyerike Elisabeth, Jonsin Abioudun Aderemi, Oyesola
Sangoniran, Abiran Bye Tola, confort Oyenole Dokace Oyendayo, Juliana
Oyerinola, 300 000 francs chacun;
Considérant qu'il résulte des pièces produites que le 14 septembre
1979, vers 20 heures, dans l'agglomération de Sikensi, l'enfant Yacob
Oyedji a été renversé et mortellement blessé par un véhicule de marque
Mercedès conduit par son propriétaire Koreki Mian Richard et assuré par la
S.N.A.C.I.;
Que par exploit en date du 26 août 1980, les ayants droits de la
victime ont assigné le gardien du véhicule en cause et son assureur devant le
tribunal de première Instance d'Abidjan en réparation du préjudice qu'ils ont
subi, sur la base de l'article 1384 al. 1 du code civil; que devant le premier
juge, Koreki Mian et son assureur ont conclu au débouté des demandeurs au
motif que l'accident était dû à la faute exclusive, imprévisible et
insurmontable de la victime qui aurait selon eux, surgi derrière un véhicule
en stationnement sur la partie gauche de la chaussée par rapport au sens de
marche de la voiture de Koreki Mian;
Considérant qu'il convient de signaler que le Tribunal correctionnel
de Tiassalé, par jugement en date du 4 août 1981, a déclaré Koreki Mian
Edouard coupable du délit d'homicide involontaire l'a condamné à 60 000
francs d'amende avec sursis; que statuant sur les intérêts civils, il a estimé
qu'il y avait lieu à partage de responsabilité dans la proportion de 1/4 à la
charge de la victime;
Qu'il a condamné Koreki Mian Richard et son assureur à payer à
Elijan Abioye père de la victime, la somme de 400 000 francs à titre de
dommages et intérêts compte tenue du partage de responsabilité;
Considérant que quoiqu'il en soit, le juge civil a estimé que la cause
réelle de l'accident n'a pu être établie par le gardien; que le véhicule roulait à
une allure (60 km/h) supérieure à la vitesse autorisée dans cette
agglomération (55 km/h), que les circonstances de temps (20 heures) et de
lieu (agglomération) obligeaient le conducteur à plus de prudence;
Considérant que Koreki Mian et son assureur la S.N.A.C.I.,
représentée par leur conseil Maître Fadika, soutiennent qu'ils ont

REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986

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216 JURISPRUDENCE

interjeté appel de la décision du Tribunal correctionnel de Tiassalé,


que le premier juge n'ayant pas sursis à statuer, sa décision doit être
infirmée;

Considérant que les ayant droit de Yacob Oyededji sollicitent en ce


qui les concerne, la confirmation du jugement entrepris; qu'ils font valoir,
par l'organe de leur conseil Maître DAGO Djiriga, qu'ils avaient renoncé à
l'instance pénale, qu'ils s'étonnent de ce que le Tribunal de Tiassalé n'en a
pas tenu compte; qu'ils affirment par ailleurs, que Koreki Mian et son
assureur n'ont pas demandé au juge civil de surseoir à statuer, et qu'ils ne
peuvent le faite maintenant; qu'en tout état de cause, l'action civile étant
fondée sur les dispositions de l'article 1384 al.l du code civil, alors que
l'action pendante devant le Tribunal correctionnel est basée sur les articles
319 et 320 du code pénal, la matière énoncée par les appelants peut recevoir
application;
Considérant qu'il résulte des documents produits aux débats que
Koreki Mian Richard et son assureur ont interjeté appel du jugement du
tribunal correctionnel de Tiassalé; que l'une des parties au présent procès, à
savoir le père et la victime étant également partie au procès pénal, la
décision de la chambre correctionnelle de la Cour d'Appel peut avoir une
influence sur le procès civil; que pour cette raison, il y a lieu de surseoir à
statuer,

PAR CES MOTIFS

Déclare Koreki Mian Richard et la S.N.A.C.I. recevable en leur


appel,
Avant dire droit, surseoit à statuer jusqu'à la décision de la Chambre
Correctionnelle saisie du Justice Pénal;
Réserve les dépens
Renvoie la cause au 8 juillet 1983;
Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement par la Cour d'Appel
d'Abidjan, les jorus, mois et an que dessus;
Président : Lanciné Bamba
Conseillers : TURKSON Robert et CLAON Denis

REVUE tVODUENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 217

II - PROCÉDURE DE L'INSTANCE.
JUGEMENTS ET VOIES DE RECOURS.
VOIES D'EXÉCUTION ET MESURES
CONSER-VATOIRES

1. L'AUTORITÉ DE LA CHOSE JUGÉE

Dire qu'un jugement ou un intérêt a autorité de la chose jugée,


signifie que ce qui a été décidé est désormais incontestable. Cette autorité
résulte du pouvoir conféré au juge de mettre un terme au litige.
En principe la chose jugée a une autorité relative; mais, il existe
des dérogations en raison de la nature du litige ou en raison du
contentieux.
INTERVENTION FORCÉE. ART 103 AL 2 CODE DE
PROCÉDURE CIVILE. CONDITIONS DE RECEVABILITÉ REGLE
"NON BIS IN IDEM"
Cours d'Appel dAbidjan, Chambre Civile et Commerciale 26 novembre 1982
(Arrêt n° 879)
Maflani KONE, YAYA Doumbian, SEYDOU Doumbia contre la Société
PAULLETUVEE.

LA COUR
Ouï les parties en leurs conclusions;
Le Ministère public entendu;/
Vu les pièces du procès;
Après en avoir délibéré conformément à la loi;
Considérant qu'il résulte des productions des parties et du dossier
que le 5 mai 1969, vers 12 heures 10, 5 camions se trouvaient sur le parc
à billes au chantier de la société scierie de Sinfra" sise à Tehiri (Sous-
Préfecture de Ouragahio), dans l'attente de charger des grumes de bois;
Que le camion benne, immatriculé H.5.000 CI 1. appartenant à la
société "PAUL LETUVEE" était garé à l'entrée du parc à billes et gênait
le passage d'un tracteur Caterpillar,

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REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


218 JURISPRUDENCE

Que Vame Koné, conducteur du camion benne, confia, à Soumaïla


Samaké, préposé d'Abdoulaye Cissé préposé de la Société PAUL
LETUVEE, le soin de déplacer son véhicule;
Que Soumaïla Samaké effectuait alors une manœuvre de marche
arrière lorsqu'il écrasa Aboubakar Sidi Bey, autre préposé de la société
PAUL LETUVEE, qui dormait sous le camion benne précité;
Considérant que poursuivi en correctionnelle, le Tribunal
Correctionnel relaxait Soumaïla Samaké;
Que sur appel des parties civiles, en l'occurrence la dame Maflani
Koné, les nommés Yaya Doumbia et Seydou Doumbia, tous ayants droit
de la victime, la cour d'Appel d’Abidjan, Chambre Correctionnelle, a, par
arrêt en date du 8 novembre 1971, confirmé le jugement querellé;
Considérant que les ayants droit de feu Aboubakar Sidi Bey
reprenaient leur action sur le fondement de l’article 1384 al. 1 du code
civil devant le Tribunal de Premidère Instance d'Abidjan contre la Société
Paul LETUVEE et la Mutuelle Agricole de Côte d'ivoire;
Que par jugement n°1249 du 5 mai 1977, cette juridiction déclarait
l'action irrecevable, au motif que l'auteur des faits et la victime étaient les
préposés du même employeur,
Que par exploit d'huissier en date du 3 novembre 1977, les ayants
droit de feu Aboubakar Sidi Bey relevaient, appel de cette décision non
seulement contre la MACI mais encore, contre, Soumaïla Samaké et
Cissé Abdoulaye, qui n'avaient pas été parties à la procédure de première
instance;
Que par arrêt n°314/ADD en date du 14 avril 1978, la Cour
d'Appel déclarait irrecevable l'appel dirigé contre Soumaïla et Cissé
Abdoulaye, et recevable l'appel dirigé contre la Mutuelle Agricole de
Côte d'ivoire;
Que toutefois, la cour demandait la mise en cause de la "Société
Paul LETUVEE" au motif que celle-ci a été citée par les demandeurs en
première instance et que par ailleurs, le délai d'appel n'avait pas
commencé à courir, le jugement querellé n'ayant pas encore été signifié;
Considérant que par exploit d'huissier en date du 4 juillet 1978, la
dame Maflani Koné, et les nommés Yaya Doumbia et Seydou Doumbia,
assignaient en intervention devant la Cour d'Appel de céans la Société
"Paul LETUVEE";

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 219

Que par arrêt n°654 en date du 1er décembre 1978, la Cour d'appel
de céans infirmait le jugement du 5 mai en ce qu'il a déclaré l'appel
irrecevable, mais déboutait les appelants;
Qu'apparemment, aucun recours n'a été exercé contre ledit arrêt
Considérant cependant, que par exploit en date du 22 avril 1982,
les ayants droit susnommés assignaient à nouveau en intervention devant
la cour d'Appel de céans la Société "Paul LETUVEE" et la "Mutuelle
Agricole de Côte d'ivoire" et sollicitaient que leur soit adjugé l’entier
bénéfice de leurs conclusions du 20 janvier 1978 à savoir, la somme de
3 500 000 francs pour la dame Maflani Koné mère de la victime et celle
de 500 000 francs pour chacun de ses deux frères susnommés;
Considérant que, par écrits en date du 22 mai 1982 de Maître
Bertheau leur conseil, la Société Paul LETUVEE et son assureur
concluent à l'irrecevabilité de cette demande en intervention; que les
défenderesses font valoir qu'en vertue de l'autorité de la chose jugée et de
l’adage "non bis in idem”, la Cour ne peut à nouveau examiner une
demande qu'elle a rejetée sur le fond le 1er décembre 1978;
Considérant qu'il résulte des éléments de la cause que par arrêt
n°654 en date du 1er décembre 1978, la Cour d'Appel de céans a
définitivement statué, sur la présente cause; que ledit arrêt a acquis
l'autorité de la chose jugée;
Que c'est donc à juste titre que les défenderesses concluent à
l'irrecevabilité de la présente demande en intervention, ainsi qu'en
dispose l'article 1350 du code civil;
Considérant que les demandeurs succombent à l'incident; qu'ils
devront en supporter les dépens;

PAR CES MOTIFS


Statuant publiquement, contradictoirement, en matière civile et en
dernier ressort;
Déclare irrecevable l'action en intervention des ayants droit de feu
Aboubakar Sidi Bey;
Les condamne aux entiers dépens de l'incident, dont distraction au
profit de Maître Bertheau, Avocat, aux offres de droit;

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REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


220 JURISPRUDENCE

Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement par la Cour d’Appel


d'Abidjan, les jours, mois et an que dessus;
Président : Camille Hoguié
Conseillers : Kama Yao et Koui Mamadou

AUTORITÉ DE LA CHOSE JUGÉE- ART 1350 DU CODE CIVIL-


CARACTERE ABSOLU DE LA CHOSE JUG1EE AU PENAL A
L'EGARD DE LA JURIDICTION CIVILE.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale 15 juillet 1983 (Arrêt
n°800)
Gnaoulé Yobo Etienne et autres contre Koffi Brou Clémentine.

LA COUR
Ouï les parties en leurs conclusions;
Le Ministère public entendu;
Vu les pièces, du procès;
Après en avoir délibéré conformément à la loi;
Statuant publiquement, contradictoirement, en matière civile et en
dernier ressort, sur l'appel régulièrement interjeté le 8 mars 1983, par
Gnaoulé Yobo Etienne, la Société FENWICK de la Nationale d'Assurances
contre le jugement numéro 1296/ADD du 1er avril 1982 du Tribunal de
Première Instance d’Abidjan, qui a :
- retenu la responsabilité exclusive de Gnaoulé Yobo Etienne, sous
la responsabilité civile de la Société FENWICK et la garantie de la
Nationale d'Assurances, de l'accident de la circulation survenu le 13
décembre 1975 et dont la jeune Koffi Brou Clémentine a été victime;
- ordonné une expertise médicale de la victime, le Professeur Cornet
étant commis à cet effet;
- condamné Gnaoulé Yobo Etienne à payer, sous la responsabilité
civile de la Société FENWICK et la garantie de la Nationale d'Assurances,
à la dame N'Goran Akissi pour le compte de sa fille mineure une indemnité
provisionnelle de 600 000 francs CFA;
Considérant qu'il est constant que par exploit du 26 mars 1981, la
dame N'Goran Akissi, agissant pour le compte de sa fille mineure Brou
Koffi Clémentine, a assigné Gnaoulé Yobo Etienne, conducteur du véhicule
en cause, la société FENWICK, propriétaire dudit véhicule et la Nationale
d'Assurances, en réparation du préjudice subi par sa fille mineure sur le
fondement des articles 1382 et 1384 du code civil;
Qu'elle a sollicité la désignation d'un expert et l'allocation d'une
indemnité provisionnelle de 800 000 francs;

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 221

Qu'elle a exposé à l'appui de sa demande que le 13 décembre 1975 le


véhicule de marque Renault conduit par Gnaoulé Yobo Etienne et
appartenant à la Société FENWICK, circulant dans l'agglomération de
Yopougon, heurtait et blessait la Jeune Koffi Brou Clémentine; que les
blessures subies par la victime lui ont occasionné une incapacité temporaire
de travail de 6 mois;
Considérant que les défenseurs ont conclu au débouté de la dame
N'Goran Akissi de son action aux motifs que l'accident est dû à la faute
exclusive, imprévisible et irrésistible de la victime qui, selon eux, a
imprudemment traversé la chaussée de la droite vers la gauche en courant,
sans s'assurer qu'elle pouvait le faire sans danger, qu'à titre subsidiaire; ils
ont sollicité un partage de la responsabilité dans la proportion de 1/4 à la
charge du conducteur et de 3/4 à la charge de la victime; qu'ils ont indiqué
que l'accident étant très ancien - remontant à 1975 - il n'y a pas lieu à
expertise médicale dans la mesure où aucun certificat médical récent ne
prouve l'aggravation des blessures de la victime qu'en tout état de cause,
ont-ils ajouté; qu'il y aura lieu d'accorder à la victime, toutes causes de
préjudice confondues, la somme de 10 000 francs;
Considérant que la demanderesse, a fait valoir en réplique, que par
arrêt du 23 avril 1979, la chambre correctionnelle de la cour d'Appel a
retenu la responsabilité entière du conducteur; que cette décision s'imposant
au juge civil au nom de l'autorité de la chose jugée, elle a sollicité
l'adjudication des fins de son exploit introductif d'instance;
Considérant que le premier juge faisant droit à la demande de la
dame N'Goran Akissi a rendu la décision dont le dispositif est ci-dessus
rappelé;
Considérant qu'en cause d'appel, les appelants ne concluent pas;
qu'ils se bornent à produire les conclusions produites devant le premier
juge;
Considérant que l'intimée, pour sa part, demande à la cour de rejeter
des débats toutes pièces ou conclusions qui n'auront pas été communiquées
et de confirmer le jugement déféré;
Considérant que pour statuer comme il l'a fait, le premier juge a
relevé qu'il est constant que par arrêt correctionnel n°824 du 28 avril 1979,
la Cour d'Appel, reformant le jugement qui avait relaxé le prévenu, a retenu
la responsabilité exclusive de Gnaoulé Yobo Etienne,

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


222 JURISPRUDENCE

à la suite de l'accident au cours duquel la jeune Brou Koffi Clémentine a été


blessée; et que cette décision s’impose au juge civil au nom de l'autorité de
la chose jugée; qu'en ce qui concerne la mesure d'expertise sollicitée, il a
estimé que la victime a subi des blessures graves et que malgré l'ancienneté
de l'accident, celle-ci continue de souffrir des séquelles;
Qu'il s'ensuit que la décision du premier juge procède d'une saine
appréciation des faits de la cause et une exacte application de la loi; qu'il
échet de la confirmer :
Condamne que les appelants succombent; qu'ils doivent supporter les
dépens;

PAR CES MOTIFS


Déclare Gnaoulé Yobo Etienne, la Société FENWICK et la
Nationale d'Assurances, recevables, mais mal fondés en leur appel;
Les en déboute;
Confirme en toutes ses dispositions, le jugement numéro 1296/ADD
du 1er avril 1982 du Tribunal de Première Instance d'Abidjan;
Condamne les appelants aux dépens distraits à Maître Moriba Kaba,
Avocat à la Cour et ce, à sa demande et sur son affirmation d'avoir effectué
la plus grande partie des avances;
Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement par la Cour d'Appel
d'Abidjan, les jours, mois et an que dessus;
Président : Lanciné Bamba
Conseillers : Turkson Robert et Claon Denis

2. L'EXÉCUTION PROVISOIRE : LES CONDITIONS


D'ADMISSION

Les diverses décisions rapportées se prononcent sur les conditions


d'admission de l'exécution provisoire dans le cadre des articles 145 et
suivants du Code de procédure civile. Bien que se réclamant des textes
légaux, les jugements négligent bien souvent de respecter les exigences
légales. En conséquence la cour d'appel d'Abidjan, soucieuse d'appliquer
strictement les conditions imposées par le code de procédure

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 223

civile pour que l'exécution provisoire d'un jugement soit régulièrement


ordonnée, va prononcer la suspension de l'exécution provisoire.
cf - Revue Ivoirienne de Droit 1976/3-4 p. 74
- Sarassoro Hyacinthe. L'exécution provisoire - Annales de
l'Université Nationale. 1985 Série A n°7
EXÉCUTION PROVISOIRE - DOMAINE - CONDITIONS -
ARTICLES 145 ET 146 DU CODE DE PROCÉDURE CIVILE -
ABSENCE D'URGENCE - SUSPENSION DE L'EXéCUTION
PROVISOIRE FONDEE.
L'exécution provisoire ordonnée par le premier juge n'est pas motivée
alors qu'elle devait l'être, ainsi que le prévoient les articles 145 et 146 du
code de procédure civile qui énumèrent les conditions exigées pour que
cette mesure soit prise.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale
20 août 1982 (Arrêt n° 692)
Aissatou Coulibaly contre Dieng Abdourhamane.

LA COUR
Vu les conclusions des parties et du Ministère Public;
Vu les pièces de la procédure;
Ensemble l'article 181 du code de procédure civile;
Il en résulte que :
Ai'ssata Coulibaly, condamnée, avec exécution provisoire, à payer à
Abdourhamane Dieng la somme totale de 3 1000 000 francs, en vertu d'un
jugement n° 2801 du 24 avril 1982 du Tribunal d'Abidjan, a relevé appel le
26 juillet 1982 de ce jugement à elle signifié le 14 juillet 1982, avec
ajournement au vendredi 7 octobre 1982 (SIC) et à la suite d'une
autorisation en date du 6 août 1982 du Président de la Cour de ce siège, a
régulièrement saisi cette dernière d'une demande de suspension de
l'exécution dudit jugement entamée les 7 et 9 août 1982, en arguant de ce
que l'exécution provisoire avait été ordonnée hors des cas prévus par les
articles 145 et 146 du code de procédure civile, commerciale et
administrative, puisqu'il n'y avait eu en aucun moment, avec de sa part ni
promesse reconnue et qu'il ne s'agissait ni d'un jugement nommant
séquestre, ni d'une condamnation à pension, ni d'une contestation entre
hôtelier et voyageur, ni d'une provision sur dommages-intérêts, en
réparation d'un préjudice non évalué et qu'enfin, il n'y avait pas une
urgence; elle a produit des pièces, notamment l'acte d'appel, une expédition
du jugement attaqué, deux procès-verbaux de saisie-

REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986

Atteindre sommaire
224 JURISPRUDENCE

exécution des 7 et 9 août 1982 et l'exploit de la signification en date du


13 août 1982 de l'ordonnance de suspension provisoire;
Le Tribunal, pour ordonner l'exécution provisoire a considéré
exclusivement et sans autres précisions qu’il y avait urgence;
Or, un Tribunal, qui entend ordonner l'exécution provisoire, doit
faute de s'appuyer sur aucune des circonstances des articles 145 et 146 1°,
2° et 3° du code de procédure précité, se fonder à tout le moins sur
l'extrême urgence et motiver sa décision, en décrivant les faits et
circonstances particulières, d'où résulterait cette extrême urgence, ce qui en
l'espèce, n'a pas été, puisqu'une simple urgence a été prise en considération,
sans qu'au surplus aient été énoncés des faits spécifiques, d'où pourrait
s'induire cette urgence, seule circonstance légalement requise
conformément à l'article 146-4° du même code sur lequel le Tribunal s'est
implicitement fondé;
Dès lors et compte tenu de ce qui précède, il convient d’accueillir la
demande de suspension de l'exécution du jugement du 24 avril 1982 formée
par Aïssata Coulibaly, en application, de l'article 181 du code de procédure
civile et administrative et ce, sans qu'il soit besoin de prendre en
considération les prétendues promesses reconnues et aveu aujourd'hui
allégués par le défenseur dans son mémoire du 19 août 1982, car c'était
devant le premier juge qu'il s'en servît comme support de sa décision grave
de déroger à la règle du double degré de juridiction, en prescrivant à bon
escient l'exécution anticipée de ladite décision;

CONSÉQUEMMENT
Accueille la demande de suspension de l'exécution du jugement n°
2801 du 24 avril 1982 du Tribunal d'Abidjan formée par Aïssata Coulibaly;
Prescrit la discontinuation des poursuites;
Met les dépens de cet arrêt à la charge de Abdourhamane Dieng,
défenseur à l'incident;

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 225

En foi de quoi le présent arrêt prononcé publiquement,


contradictoirement, en matière civile et en dernier ressort par la Cour
d'Appel (1ère Chambre Civile) a été signé par son Président et le Greffier.
Président : Camille Hoguié
Conseillers : Toucha Banhi et Koffi Kouassi
Greffier : Ahoua Francis
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale 29 octobre 1982; (Arrêt n°
759)
La Nationale d'Assurance contre Bittar Mohamed, Mme Sam ira Abouk.

LA COUR
Vu les parties en leurs conclusions
Le Ministère Public entendu Vu les
pièces du procès
Et après en avoir délibéré conformément à la loi;
Statuant publiquement, contradictoirement, en matière civile et en
dernier ressort, sur la demande introduite par la Nationale d'Assurance
relative à la suspension de l'exécution provisoire ordonnée par le jugement
n° 33 du 4 juin 1982 du Tribunal civil de Tiassalé lequel, saisi par Bittar
Mohamed Ismail d’une action en responsabilité fondée sur les dispositions
de l'article 1384 al 1 du code civil, a condamné in solidum Dame Samira
Abouk et la Nationale d'Assurances, a lui payer, avec exécution provisoire,
la somme de 5 391 236 francs à titre de dommages-intérêts;
Considérant que la Nationale d'Assurance qui a interjeté appel du
jugement précité le 19 septembre 1982, expose tant dans sa requête
adressée à Monsieur le Premier Président que dans ses conclusions datées
du 24 septembre 1982 par le canal de son conseil Me Cowpli que la
décision de première Instance a été qualifiée à tort de jugement
contradictoire alors qu'il s'agissait d'un jugement de défaut qui pour cette
raison, ne devait pas être assorti de l'exécution provisoire; qu'en plus sa
garantie n'est pas acquise parce que les lieu, date et circonstances de
l’accident sont douteux de sorte qu'il s’agit de fait complaisamment montés
par Bittar, prétendue victime et Dame Samira; que l'expertise a d'ailleurs
montré qu'il n'y a pas eu de choc entre le camion Berliet de Samira et le
véhicule citerne de marque DAF appartenant à Bittar Mohamed. Que la
Nationale d'Assurances court de gros risques en payant à Bittar la somme à
laquelle elle a été condamnée;

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


226 JURISPRUDENCE

Considérant que Bittar Mohamed Ismail répond par l'organe de ses


conseils Mes Dogue -Elghozi, qu'il s'agissait bien d'un jugement
contradictoire; qu'il est exact que le procès-verbal de constat dressé par le
fonctionnaire huissier de Tiassalé comporte une erreur de date qui est une
simple erreur de dactylographie; que cependant les documents produits
ne laissent aucun doute sur la réalité de l'accident et de ces conséquences
dommageables; que compte tenu de la situation économique difficile qui
affecte tous les secteurs, il était juste que l'exécution provisoire soit
ordonnée, par ce que, ainsi que l'a précisé le premier juge "il y a extrême
urgence à voir le demandeur rentrer dans ses fonds afin de poursuivre ses
activités professionnelles";
Mais considérant que, contrairement à cette opinion, l'extrême
urgence n'est nullement établie; que la mesure d'exécution provisoire est
d'autant moins fondée que le préjudice justifiant l'allocation de la somme
de 5 391 236 francs est, en l'état, insuffisamment démontré; qu'il y a lieu
d'ordonner la discontinuation des poursuites;

PAR CES MOTIFS


Déclare La Nationale d'Assurances bien fondée en sa demande de
sursis à l'exécution du jugement rendu le 4 juin 1982 par le Tribunal civil
de Tiassalé;
Ordonne la discontinuation des poursuites;
Condamne Bittar Mohamed et Dame Sarira Abouk aux dépens,
dont distraction au profit de Me Cowpli Bony, Avocat aux offres de
droit;
Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement par la Cour d'Appel
d'Abidjan les jours, mois et an que dessus;
Président : Bamba Lanciné
Conseillers : Claon Denis et Turkson Robert
Greffier : N'Guessan Ettien
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale 21 janvier 1983. (Arrêt n°
88)
Egny Ossohou contre BICICI.

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 227

LA COUR
Vu les conclusions des parties et du Ministère Public;
Vu les pièces du dossier de la procédure,
Ensemble l'exposé des faits, procédure, prétentions des parties et
motifs ci-après;
DES FAITS, PROCÉDURE ET PRÉTENTIONS DES PARTIES;
Par exploit en date du 16 décembre 1982, la Banque Internationale
pour le Commerce et l'Industrie de la Côte d'ivoire, dite BICICI, a assigné
Monsieur Egny Ossohou devant la Cour ce siège, en vertu d'une
ordonnance n° 282 en date du 13 décembre 1982 du Président de la Cour de
céans, aux fins de défenses à exécution provisoire;
Il convient de rappeler que par exploit en date du 16 novembre 1982,
comportant ajournement au 14 janvier 1982, BICICI a relevé appel du
jugement n° 25 du 28 avril 1982 rendu par la section de Tribunal
d'Agboville qui, saisi par elle sur tierce opposition a déclaré mal fondée
cette tierce opposition formée contre le jugement n° 40 du 9 juillet 1980 du
Tribunal Civil qui avait annulé l'aval donné par Egny Ossohou au profit de
Mohamed Mahmoud et condamné in solidum De Souza Augustin et
Mohamed Mahmoud à payer à Egny Ossohou la somme de 848 875 francs
représentant les prélèvements opérés sur son compte, et celle de 200 000
francs à titre de dommages et intérêts, ordonné l’arrêt immédiat des
prélèvements de sommes d'argent sur ledit compte ouvert à la BICICI
d'Agboville pour le remboursement du crédit privé accordé à Mohamed
Mahmoud, et ordonné l'exécution provisoire de ce jugement;
Dans ces écritures en date du 21 décembre 1982 la BICICI,
représentée par Maîtres Dogué et Elghozi, Avocats à la Cour, expose les
faits de la cause comme suit : Monsieur Mohamed Mahmoud a sollicité un
crédit de 1 500 000 francs auprès de son agence d'Agboville dirigée par
Monsieur De Souza Augustin; en garantie de ce concours Mahmoud a
offert la caution de Monsieur Egny Ossohou François, Médecin de son état,
et une assurance de 2 000 000 de francs; le crédit a été accordé pour
18 mensualités de 94 319 francs; échelonnées du 1er novembre 1978 au 1er
avril 1980; par acte en date du 15 septembre 1978 signé à Agboville, Egny
accordait sa caution solidaire et indivisible à concurrence de 1 500
0 francs en principal, outre tous les intérêts, frais, commission et
accessoires, à Mahmoud;
Le bénéficiaire du crédit n'ayant pas tenu ses engagements, elle fut
contrainte de faire jouer la caution; Monsieur Egny, mécontent de

REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


228 JURISPRUDENCE

l'exécution de l'aval, initia devant le tribunal civil d'Agboville une


procédure tendant à voir annuler son engagement, et pour ce faire assigna
De Souza seul et personnellement; cette juridiction le condamnait,
solidairement avec Mahmoud, au remboursement des sommes prélevées sur
le compte de la caution, soit 848 845 francs;
La B.I.C.I..C.L, en faveur de laquelle l'acte d'aval a été signé par
Egny, forma alors tierce opposition contre cette décision et sollicitait un
nouvel examen de l'affaire; par jugement n° du 28 avril 1982, le tribunal
d'Agboville a maintenu sa précédente décision en toutes ses dispositions, la
BICICI devait en outre garantir De Souza Augustin en sa qualité de
commettant;
La BICICI soutient qu'en la déboutant de sa demande, la juridiction
saisie a violé les dispositions de l'article 116 du code civil Napoléonien. Et
prévoit pour demander la nullité de la convention signée par Egny ne se
présume pas et doit être prouvé, ce qui n'est pas le cas en l'espèce; la
BICICI souligne que De Souza, dans un mémoire détaillé produit en
Première Instance, a expliqué les circonstances de la signature de la
convention de prêt, lequel mémoire est en contradiction avec celui présenté
par Egny Ossohou; elle sollicite donc la suspension des poursuites par la
Cour, les motifs de réformation du jugement entrepris étant sérieux; elle
produit des pièces.
L'intimé, ayant pour conseil Maître Adam, Avocat à la Cour, ne
produit ni conclusions, ni mémoire, ni pièces;
DES MOTIFS :
Le dispositif du jugement querellé est ainsi libellé :
"Reçoit la tierce opposition formée par la BICICI contre le jugement
n° 40 du 9 juillet 1980 du Tribunal civil d'Agboville; L'y déclare mal
fondée;
Ordonne l'exécution provisoire dudit jugement selon sa forme et
teneur...";
Ni dans les motifs du jugement entrepris, ni dans ceux du jugement
n° 40 susvisé, il n'est fait mention de l'exécution provisoire de ces deux
décisions; seuls les dispositifs en font état. Il résulte dès lors de ce qui
précède que l'exécution provisoire ordonnée par le premier juge n'est pas
motivée, alors qu'elle devait être ainsi que le prévoient les articles 145 et
146 du code de procédure civile qui énumèrent les conditions exigées pour
que cette mesure soit prise;

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3^*,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 229

Les conditions des deux articles précités n'étant pas remplies il échet
d'ordonner la suspension des poursuites;

CONSÉQUEMMENT
Reçoit en la forme les défenses à exécution provisoire du jugement
n° 25 du 28 avril 1982 du Tribunal Civil d'Agboville, présentées par
BICICI;
Au fond les y déclare bien fondées;
Ordonne la suspension des poursuites;
Condamne Egny Ossohou aux dépens de cet arrêt;
Président : Camille Hoguié
Conseillers : Kama Yao et Koui Mamadou.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale
25 février 1983 (Arrêt n° 228)
Aka Kangou Pierre contre Société GEBACI

LA COUR
Ouï le Ministère public;
Vu les pièces du dossier de la procédure;
Ensemble l'exposé des faits, procédure prétentions des parties et
motifs ci-après;
Par exploit du 27 janvier 1983, Aka Kangou Pierre, a régulièrement
interjeté appel du jugement civil de défaut numéro 1545 rendu le 15 avril
1982 par le Tribunal d'Abidjan, qui sur demande de la société Générale de
Bâtiments en Côte d'ivoire dite GEBACI l'a condamné avec Ahobaut Jean
Baptiste à payer à celle-ci en principal la somme de 95 120 francs et à titre
de dommages et intérêts celle de 1 500 000 francs CFA et a ordonné
l'exécution provisoire du jugement;
Aux termes de son appel, il a sollicité l'infirmation de la décision
déférée;
Suite à sa requête aux fins de défense à exécution provisoire
présentée le 27 janvier 1983, il a obtenu par ordonnance n° 13/83 du 28
janvier 1983 de Monsieur le Premier Président de la Cour d'Appel de ce
siège, la suspension provisoire des poursuites et a été autorisé à citer la
G.E.B.A.C.I., défenderesse à l'incident de défense pour l'audience du
4 février 1983;

REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


230 JURISPRUDENCE

Par exploit du 31 janvier 1983, il donne citation à la GEBACI à


comparaître devant la cour et à l'audience du 4 février 1983 pour qu'il soit
statué sur le mérite de sa demande incidente;
Il n'a développé aucun moyen au soutien dudit exploit d'assignation
sauf à indiquer que dans sa requête susvisée, il a fait valoir que c'est en
surprenant la religion du Tribunal que la GEBACI a obtenu le jugement du
15 avril 1982 assorti de l'exécution provisoire de sorte qu'il sollicite de la
cour la discontinuation des poursuites;
La défenderesse bien que régulièrement citée à son siège social et à
la personne de sa directrice n'a pas comparu ni personne pour elle;
En sorte qu'il échet de statuer sur pièces et contradictoirement à son
égard;
Il importe cependant d'indiquer qu'en première celle-ci a expliqué
que suite à la signification qui lui a été faite le 10 juillet 1981 par Maître
Aka Kangou Pierre d’un arrêt social numéro 318 de la Cour d'Appel de ce
siège, une saisie-arrêt et une saisie conservatoire ont été pratiquées le
14 août 1981 la première sur son compte bancaire ouvert à la SGBCI,
agence d'Abidjan-Plateau et la seconde sur son véhicule automobile de
marque TOYOTA HELUX immatriculé V. 5014 CI.l et qu'il lui a été
notamment notifié qu'elle devait payer 620 120 francs CFA pour reprendre
son véhicule;
elle a fait valoir que bien qu'ayant payé l'intégralité de la créance
réclamée avec honoraires et frais, son véhicule a été cependant gardé du
3 au 14 octobre 1981 soit pendant onze jours par maîtres Ahobaut Jean-
Baptiste, commissaire-priseur et Aka Kangou Pierre, huissier
instrumentaire;
En sorte que sur demande de ceux-ci, elle a dû encore payer la
somme de 95 120 francs le 12 octobre 1981 à titre de frais de gardiennage
alors que ce surplus de frais a été occasionné par la mauvaise foi de ces
deux officiers ministériels qui, malgré la correspondance qui leur avait été
adressée par son conseil Maître Dago Djiriga, ont indûment conservé ledit
véhicule;
Elle a donc sollicité la condamnation de ceux-ci à lui payer outre ses
95 120 francs CFA à titre de réparation pour l'immobilisation de ce
véhicule de fonction; et également sollicité l'exécution provisoire de la
décision à intervenir,

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 231

DES MOTIFS;
En l'espèce le premier juge, qui a fait droit à l'ensemble des
prétentions de la GEBACI au motif que celle-ci justifie sa demande en
référence à ses écritures et productions, a également assorti sa décision de
l'exécution au motif que les conditions exigées par la loi pour qu'elle soit
ordonnée étaient remplies;
Or ne constitue guère un motif suffisant pour ordonner l'exécution
provisoire de sa décision le fait par le juge de déclarer de manière évasive
que les conditions légales exigées pour que soit prescrite cette mesure se
trouvent réunies sans indiquer avec précision si l'on se trouve en présence
des cas où l'exécution provisoire est prescrite par la loi ou bien s'il y a titre
authentique ou privé non contesté, aveu ou promesse reconnue pour qu'elle
soit ordonnée d'office conformément à l'article 145 du code de procédure
civile; ou si l'on se trouve en face des trois cas limitatifs ou d'un cas
présentant un caractère d'extrême urgence pour qu'elle puisse sur demande
être ordonnée pour tout ou partie avec ou sans constitution de garantie
conformément à l'article 146 du code précité;
Il s'en suit que c'est à tort que le premier juge, qui n'a nullement
précisé en quoi se trouvait justifiée l'exécution provisoire, l'a pourtant
ordonnée.
Il échet par conséquent d'accueillir la demande de Aka Kangou
tendant à faire défense à la GEBACI de procéder à l'exécution provisoire
prescrite par le jugement numéro 1545 du 15 avril 1982, et par voie de
conséquence d'ordonner la discontinuation des poursuites entreprises en
exécution dudit jugement;
Il convient par ailleurs de condamner le GEBACI aux dépens;

CONSÉQUEMMENT

Accueille la demande incident de Maître Aka Kangou Pierre tendant


à faire défense à la Société GEBACI de procéder à l'exécution provisoire du
jugement civil numéro 1545 du 15 avril 1982 rendu par le Tribunal de
Première Instance d'Abidjan;
Ordonne la discontinuation des poursuites;
Condamne la GEBACI aux dépens de cet arrêt;
Président : Camille Hoguié
Conseillers : Kama Yao et Koui Mamadou.

REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


232 JURISPRUDENCE

3. LA PROCÉDURE DE RECOUVREMENT
SIMPLIFIÉE : LES CONDITIONS D'APPLICATION.
La procédure de recouvrement simplifiée a été instituée par la loi n°
70-484 du 3 août 1970 pour certaines créances civiles et commerciales, loi
modifiée par une loi n° 83-795 du 2 août 1983.
Cette procédure simplifiée est subordonnée à des conditions strictes
relatives à la créance elle-même.
Ainsi selon l'article 1 de la loi de 1970 le montant de la créance ne
doit pas excéder trois cent cinquante mille francs en principal. L'arrêt de la
Cour d'appel, Chambre Civile et Commerciale du 6 mai 1983 est une
illustration de la condition de montant.
La réforme de 1983 supprime toute limitation quant au montant de
la somme à payer. Désormais toute demande en paiement d'une somme
d'argent ayant une cause civile et commerciale peut être soumise à la
procédure simplifiée.
L'ordonnance du Président du Tribunal rendue sur requête du
créancier n'est pas susceptible d'appel. Elle peut être frappée d'opposition,
tout comme le jugement rendu sur opposition susceptible d'appel dans un
délai de 15 jours à compter de sa signification. A titre d'exemples on peut
citer les arrêts de la Cour d'Appel du 26 novembre
1982 (Arrêt n° 863), du 21 janvier 1983 (Arrêt nO 89) et du 25 février
1983 (arrêt n° 257)
PROCÉDURE DE RECOUVREMENT SIMPLIFIÉE - LOI 3
AOUT 1970 - CRÉANCE - NATURE - MONTANT
APPEL - VIOLATION DE L'ARTICLE 11 LOI 1970.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale 6 mai 1983 (Arrêt n°
516)
Meunier contre Gosso Alphonse.

LA COUR
Vu les conclusions de l'appelant et du Ministère Public;
Vu les pièces du dossier de la procédure;

Bul pour l'intimé, non comparant, ni concluant, quoique cité à sa


personne;
Ensemble l'exposé des faits, procédure, prétentions des parties et
motif ci-après;

Atteindre sommaire
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 34,1986
DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 233

DES FAITS, PROCÉDURES ET PRÉTENTIONS DES PARTIES:


Par exploit du 6 janvier 1983, Meunier a relevé appel du jugement
civil contradictoire numéro 5138 du 21 décembre 1982 du Tribunal
d'Abidjan, qui a déclaré irrecevable son opposition du 2 mars 1982 formée
contre l'ordonnance de condamnation numéro 1367 du 11 octobre 1979
rendue par la juridiction présidentielle d'Abidjan sur requête présentée par
Alphonse Gosso, sur le fondement de la loi numéro 70-484 du 3 août 1970;
Aux termes de son appel, il a sollicité la mise à néant du jugement,
son infirmation, le débouté de l'intimé et sa condamnation à tous les dépens,
en arguant de ce que la créance de cet intimé n'est pas justifiée et de ce
qu'elle n'est pas non plus de nature cambiaire, pour permettre la mise enjeu
de la loi numéro 70-484 du 3 août 1970, du moment que son montant
excédait 350 000 francs;
Dans ses écritures du premier janvier 1983, il fait valoir que son
appel est recevable, le délai n'étant pas encore écoulé, il soutient au fond
qu'il ne doit pas la somme de 419 210 francs réclamée par l'intimé, ayant
acquitté ce qu'il devait avant son départ des lieux loués le 30 juin 1979;
Il soutient que de toute manière, la procédure de la loi du 3 août 1970
est inapplicable, la facture dont se prévaut l'intimé étant d'un montant
supérieur à 350 000 francs;
Il conclut à la recevabilité d"e son appel, au débouté de l'intimé et à
sa condamnation à tous les dépens;
DES MOTIFS
Il résulte des pièces du dossier de la procédure que l'appel de
Meunier a été émis contre le jugement civil contradictoire du 21 décembre
1982 seulement le 6 janvier 1983, soit plus de quinze jours après le
prononcé de ce jugement;
Cet appel ainsi émis en violation de l'article 11 de la loi numéro 70-
484 du 3 août 1970 est irrecevable comme tardif et il y a lieu de le déclarer
tel;

REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


ronsncDDencE
CONSÉQUEMMENT
Déclare Meunier irrecevable en son appel du 6 janvier 1983 relevé
du jugement civil contradictoire numéro 5 138 du 21 décembre 1982
rendu par le Tribunal d'Abidjan;
Le condamne à tous les dépens
En foi de quoi le présent arrêt prononcé publiquement,
contradictoirement, en matière civile, en dernier ressort par la Cour
d’Appel (première Chambre Civile) a été signé par son Président et le
Greffier.
Président : Camille Hoguié
Conseillers : Kama Yao et Koui Mamadou

PROCÉDURE DE RECOUVREMENT SIMPLIFIEE - CONDITIONS DE


RECEVABILITE DE L’APPEL - DELAI - ARTICLE 11 LOI DU 3 AOUT
1970.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale
26 novembre 1982. (Arrêt n° 863)
Société S.O.M.O.C.I. contre C.F.A.O. Structor.
Vu les conclusions

LA COUR
Ouï le Ministère Public;
Vu les pièces du dossier de la procédure;
Ensemble l'exposé des faits, procédure, prétentions des parties et
motifs ci-après;
DES FAITS, PROCÉDURE ET PRÉTENTIONS DES PARTIES:
Par exploit en date du 28 juillet 1982, comportant ajournement du
22 octobre 1982, la Société SOMOCI a relevé appel du jugement n° 2043
du 14 mai 1981 rendu par le Tribunal de première Instance d’Abidjan qui,
saisi par la Société C.F.A.O. structor, l'a déboutée de son opposition
formée le 7 février 1981 contre l'ordonnance d'injonction de payer rendue
par le Président dudit tribunal qui l'avait condamné à payer à la C.F.A.O.
la somme de 1 250 000 francs, outre les intérêts de droit et les frais, et a
confirmé l'ordonnance susvisée;
Aux termes de son appel, la SOMOCI sollicite de la cour de céans
l'infirmation du jugement entrepris au motif que le premier juge n'a pas
fait droit à ses conclusions;

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 235

Dans ses écritures en date du 15 octobre 1982, la CFAO-Structor,


représentée par maître Mondon, Avocat à la Cour, sollicite qu'il plaise à la
Cour de déclarer la SOMOCI irrecevable en son appel interjeté hors délai, la
recevoir en sa demande de dommages et intérêts pour procédure abusive;
DES MOTIFS
n est constant que le jugement entrepris a été rendu le 14 mai 1981 et
l'appel interjeté le 28 juillet 1982; or l'article 11 de la loi n° 70-484 du
3 août 1970 relatif au recouvrement simplifié des créances civiles et
commerciales stipule en son alinéa 4 que "l'appel des jugements rendus sur
opposition doit être interjeté dans un délai de quinze jours à compter de leur
prononcé";
Manifestement l'appel de la SOMOCI est tardif; il échet donc de la
déclarer irrecevable comme relevé hors délai;
SUR LA DEMANDE DE DOMMAGES ET INTÉRÊTS POUR
PROCÉDURE ABUSIVE :
La C.F.A.O. par l'intermédiaire de son conseil, sollicite de la cour la
condamnation de la SOMOCI à lui payer la somme de 500 000 francs à titre
de dommages et intérêts pour procédure abusive;
Manifestement, la demande de la CFAO est fondée et justifiée en son
principe; en effet devant le premier juge, la SOMOCI n'a pas comparu pour
justifier son opposition formée contre l'ordonnance de condamnation rendue
par le Président du Tribunal d'Abidjan; devant la cour de céans, elle ne
comparait pas non plus pour justifier son appel;
La C.F.A.O. ayant subi un préjudice du fait des manœuvres dilatoires
de la SOMOCI, il échet de faire droit à sa demande en application de
l'article 175 du code de procédure civile;
Cependant, la cour estime devoir fixer à 200 000 francs le montant
des dommages et intérêts auxquels elle peut prétendre;

REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


236 JURISPRUDENCE

CONSÉQUEMMENT
Déclare irrecevable comme tardif l'appel relevé par SOMOCI du
jugement n° 2043 rendu le 14 mai 1981 par le Tribunal de Première
Instance d'Abidjan qui a confirmé l'ordonnance de condamnation n° 3320
du 30 décembre 1980 rendue par le Président dudit Tribunal;
Reçoit la C.F.A.O.-Structor en sa demande de dommages et intérêts
pour procédure abusive;
L'y déclare bien fondée - condamne SOMOCI à lui payer la somme
de 200 000 francs au titre des dommages et intérêts;
La condamne en outre aux entiers dépens distraits au profit de Maître
Mondon, Avocat à la Cour à sa demande et sur son affirmation d'avoir
effectué la plus grande partie des avances;
En foi de quoi le présent arrêt prononcé publiquement,
contradictoirement, en matière civile, en dernier ressort par la Cour d'Appel
(Première Chambre Civile) a été signé par son Président et le Greffier.
Président : Lanciné Bamba
Conseillers : Turkson Robert et Claon Denis.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale
21 janvier 1983 (Arrêt n° 89)
Ben Soumahoro contre B J.A.O.
Vu les conclusions

LA COUR;
Vu les conclusions des parties et du Ministère Public;
Vu les pièces du dossier de la procédure;
Ensemble l'exposé des faits, procédure, prétentions des parties et
motifs ci-après;
DES FAITS, PROCÉDURE ET PRÉTENTIONS DES PARTIES.
Par exploit en date du 28 octobre 1982 Monsieur Ben Soumahoro a
relevé appel du jugement n° 528 du 11 février 1982 rendu par le Tribunal de
Première Instance d'Abidjan qui, saisi par la Banque Internationale Pour
l'Afrique Occidentale en Côte d'ivoire, dite
B.I.A.O., a prononcé la jonction des procédures d'opposition respectivement
introduites par les nommés Bamba Sékou et Ben

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 237

Soumahoro les a déclarées recevables mais mal fondées, a confirmé


purement et simplement les ordonnances d'injonction de payer entreprises
et ordonné que celles-ci sortiront leur plein et entier effet, pour être
exécutées selon leur forme et teneur,
Dans son acte d'appel et dans ses écritures en date du 22 décembre
1982 Ben Soumahoro, représenté par Maître Dago Djiriga, Avocat à la
Cour, sollicite de la Cour de ce siège l'infirmation pure et simple du
jugement entrepris;
Dans ses écritures en date du 22 décembre 1982 B.I.A.O.,
représentée par Maîtres Dogue et Elghozi, Avocat à la Cour, sollicite de
la Cour la confirmation dudit jugement;
DES MOTIFS;
Il est constant que le jugement querellé a été rendu le 11 février
1982 par le Tribunal d’Abidjan; il est non moins constant que cette
décision a été signifiée à Ben Soumahoro le 5 octobre 1982; enfin ce
dernier a relevé appel du jugement le 28 octobre 1982;
Cet appel doit être déclaré irrecevable comme ayant été interjeté
hors délai; en effet l'article 11 de la loi n° 70-484 du 3 août 1970 stipule
en son alinéa 4 que "l'appel des jugements rendus sur opposition doit être
inteijeté dans un délai de quinze jours à compter de leur prononcé";
Or, en l'espèce le jugement entrepris a été rendu le 11 février 1982
et l'appel n'est intervenu que le 28 octobre 1982, soit plus de huit mois
après;
Il échet en conséquence de déclarer Ben Soumahoro irrecevable ai
son appel;

CONSÉQUEMMENT
Déclare Monsieur Ben Soumahoro irrecevable en son appel relevé
du jugement n° 528 du 11 février 1982 rendu par le Tribunal de Première
Instance d'Abidjan, cet appel ayant été interjeté hors délai;
Condamne l'appelant aux entiers dépens;

REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


238 JURISPRUDENCE

En foi de quoi le présent arrêt prononcé publiquement,


contradictoirement en matière civile, en dernier ressort par la Cour
d'Appel (Première Chambre Civile) a été signé par son Président et le
Greffier.
Président : Camille Hoguié
Conseillers : Kama Yao et Koui Mamadou
Greffier : Ettien N’Guessan
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale 25 février 1983
(Arrêt n° 257)
Djedjé Mamadou contre EQUIP - CONFORT

LA COUR
Ouï les parties en leurs conclusions;
Le Ministère Public entendu;
Vu les pièces du procès;
Après en avoir délibéré conformément à la loi;
Considérant que par jugement n° 4056 en date du 17 décembre
1981, le Tribunal de Première Instance d'Abidjan a débouté Djédjé
Mamadou de son opposition à une ordonnance de condamnation n°
1562/81 prise à son encontre le 1er septembre 1981 en application des
dispositions de la loi n° 70-484 du 3 août 1970 relative au recouvrement
simplifiée des créances civiles et commerciales;
Considérant que par exploit d'huissier en date du 18 septembre
1981, Djedjé Mamadou a relevé appel dudit jugement à l'effet d'obtenir
de la Cour un délai de grâce, étant entendu qu'il ne conteste pas la
créance de la Société EQUIP-CONFORT;
Que par voie de conclusions de son conseil en date du 9 novembre
1982, cette société a relevé appel incident;
Que tout en soulevant l'irrecevabilité de l'appel du sieur Djédjé
Mamadou, interjeté selon elle, hors délai, la société EQUIP-CONFORT
sollicite la somme complémentaire de 350 000 francs à titre de
dommages et intérêts, estimant que le caractère dilatoire de l'action
entreprise par le susnommé lui a causé un préjudice moral qui doit être
réparé;
SUR L'APPEL PRINCIPAL;
Considérant qu'aux termes de l'article 11 in fine de la loi n° 70-
484 du 3 août 1970 précitée, l'appel des jugements rendu sur opposition
doit être interjeté dans un délai de 15 jours à compter de leur prononcé;

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986 Atteindre sommaire


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 239

Qu'il en résulte que l'appel du sieur Djédjé Mamadou, relevé près


de 9 mois après le jugement précité, est irrecevable;
SUR L'APPEL INCIDENT;
Considérant qu'aux termes de l'article 170 du code de procédure
civile, à l'appel incident suit le sort de l'appel principal, sauf le cas où
l'appel principal a fait l'objet d'un désistement;
Qu'il en résulte que l'irrecevabilité de l'appel principal, entraîne
celle de l'appel incident;
D'autant plus que la société EQUIP-CONFORT n'était plus dans le
délai, pour relever appel principal;

PAR CES MOTIFS

Statuant publiquement, contradictoirement, en matière


commerciale et en dernier ressort;
Déclare Djédjé Mamadou et la Société EQUIP-CONFORT
irrecevables en leurs appels principal et incident;
Condamne Djédjé Mamadou aux dépens dont distraction au profit
de Maître Mondon, Avocat, aux offres de droit;
Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement par la Cour d'Appel
d'Abidjan, les jours, mois et an que dessus;
Président : Camille Hoguié
Conseillers : Kama Yao et Koui Mamadou
Greffier : Ettien N’Guessan

4. LES CONDITIONS DE RECEVABILITÉ DE


L'APPEL
Voie de réformation, l’appel permet à la partie qui a succombé en
première instance de demander à la juridiction hiérarchiquement
supérieure de juger l'affaire à nouveau.
Les conditions de recevabilité de l'appel varient sensiblement selon
les contentieux.

REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


240 JURISPRUDENCE

S'agissant des délais d'exercice de l'appel, on note que ceux-ci sont


très brefs. Il importe que l'on soit rapidement fixé sur le caractère
irrévocable ou non de la décision.
APPEL - CONDITION DE RECEVABILITÉ ART. 166 ET 171
DU CODE DE PROCÉDURE CIVILE.
Cour cf Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale 20 août 1982 (Arrêt n°
690)
Djédjé Joachim contre Société LD.

LA COUR
Vu les conclusions de l'intimée et du Ministère Public;
Nul pour l'appelant, cité à son domicile et non
comparant Vu les pièces du dossier de la procédure;
Ensemble l'exposé des faits, procédure, prétentions des parties et
motifs ci-après;
DES FAITS, PROCÉDURES ET PRÉTENTIONS DES PARTIES
Par exploit du 23 juin 1982, comportant ajournement au 6 août
1982, réitéré par une citation du 9 août 1982 servie à la diligence de la
Société de Presse et d'Edition de la Côte d'Ivoire ou ID au domicile de
Joachim Djédjé, celui-ci a relevé appel du jugement civil n° 3213 du 15
octobre 1981 au Tribunal d'Abidjan, signifié le 26 mai 1982 à son
domicile professionnel, tribunal qui l'avait condamné à payer la somme
de 876 655 francs CFA et aux dépens;
Au terme de son appel, il a sollicité l'annulation ou l'infirmation du
jugement et la condamnation de société ID aux dépens;
Quant à la Société ID, elle a, aux termes de sa citation, sollicité la
cour de déclarer rappel irrecevable, en arguant de ce que le 6 août 1982
n'était pas un jour d'audience utile et de ce que la réduction du délai
d'ajournement opérée par l'appelant porte atteinte à ses droits de défense;
Dans ses écritures du 29 juin 1982, elle a réitéré ses mots
précédents et conclusions;
DES MOTIFS
Q s'évince des pièces de la procédure que la Société ID à laquelle
l'appel de Joachim Djédjé a été signifié le 23 juin 1982 pour une
audience de la Cour fixée au 6 août 1982, qui n'est pas un jour d'audience
utile, ne s'est au surplus vu concéder qu'un délai réduit de

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE IX DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 241

quarante trois jours, au lieu de deux mois impérativement fixé par


l'article 166 du code de procédure civile;
Il est hors de doute que cette contraction illicite de ce délai préfixe
de deux mois, indispensable à une bonne administration de la justice, non
seulement n'a pas permis au greffier en chef du Tribunal d'Abidjan dont
la décision a été attaquée de satisfaire aux exigences de l'article 171 du
code précité, mais encore a privé l'intimée de conditions normales de sa
mise en état; à cette anomalie s'ajoute la fixation anormale par l'appelant
d'une date d'audience non utile, ayant amené l'intimée à faire les frais
d'une citation pour une nouvelle audience utile.
Cet appel ainsi émis au mépris et de l'intérêt général du service
public de la justice et des droits de la défense ne saurait demeurer sans
sanction; aussi est-ce à juste raison que la Société ID sollicite la Cour de
déclarer ledit appel irrecevable.

CONSÉQUEMMENT
Rejette comme irrecevable l'appel de Joachim Djédjé relevé le 23
juin 1982 du jugement civil numéro 3213 du 15 octobre 1981 du Tribunal
d'Abidjan;
Condamne l'appelant à tous les dépens;
En foi de quoi le présent arrêt prononcé publiquement
contradictoirement, en matière civile et en dernier ressort par la Cour
d'Appel (1ère Chambre Civile) a été signé par son Président et le Greffier.
Président : Camille Hoguié
Conseillers : Toucha Banhi et Koffi Kouassi

REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


242 JURISPRUDENCE

APPEL - CONDITION DE RECEVABILITÉ - DÉFAUT DE


NOTIFICATION DE L'ACTE D'APPEL A TOUS LES
INTERESSES ,Cour D’Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale
24 décembre 1982 (Arrêt n° 987)
Compagnie d'assurances "Zurich" contre les ayants droit de feu Sea Zogbe.

LA COUR
Ouï les parties en leurs conclusions;
Le Ministère Public entendu;
Vu les pièces du procès;
Après en avoir délibéré conformément à la loi;
Statuant publiquement, contradictoirement, en matière civile et en
dernier ressort, sur l'appel régulièrement interjeté le 19 avril 1982 par la
compagnie d'Assurance Zurich, du jugement n° 3474, signifié le 22 mars
1982 et rendu le 5 novembre 1981 par le Tribunal de Première Instance
d'Abidjan, qui a :
- déclaré Zogbe Sadia, Mariam Zogbe, Lidie Zogbe, Dobo Zogbe et
Doro Gabriel irrecevables en leur action pour défaut de qualité.
- dit que la responsabilité de l'accident dont la victime Sea Zogbe
incombe à Gbadjui Sane Joseph, et que Zurich lui doit sa garantie,
- condamné in solidum Gbadjui Sane Joseph et son assureur précité
à payer à titre de dommages et intérêts;
1°) A Bih Madeleine : pour elle même la somme de 1 800 000
francs
pour son fils mineur Sea Innocent la somme de 3 100 000 francs
2°) A Biagui Emilienne ; pour elle même la somme de 1 800 000
francs;
pour sa fille mineure ZOGBE Ivette celle de 1.300.000 francs;
Considérant que l'acte d'appel n'a été signifié qu'aux ayants droit de
feu Sea Zogbe et jamais à Gbadjui Sane Joseph, pourtant partie au procès
de première instance, en tant que gardien du véhicule en cause;
Qu'il est de jurisprudence constante que l'appelant doit intimer tous
ceux qui sont intéressés à l'appel, faute de quoi ledit appel est irrecevable;

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 243

PAR CES MOTIFS


Déclare la Compagnie d'Assurances Zurich irrecevable en son
appel;
La condamne aux dépens, dont distraction au profit de Maître BOAH
KACOU, Avocat aux offres de droit;
Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement par la Cour d'Appel
d'Abidjan, les jours, mois et an que dessus;
Président : Lanciné Bamba
Conseillers : Turicson Robert et Claon Denis
APPEL - APPEL INCIDENT - DÉLAI D'EXERCICE EXPIRE -
NON PRODUCTION DU JUGEMENT- QUERELLE.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale
24décembre 1982 (Arrêt n° 988)
La sécurité ivoirienne contre Abialy Gbomene Prosper et consorts.

LA COUR
Ouï les parties en leurs conclusions;
Vu les pièces du procès;
Après en avoir délibéré conformément à la loi;
Statuant publiquement, contradictoirement, en matière civile et en
dernier ressort, tant sur l'appel relevé le 26 avril 1982 par la Sécurité
Ivoirienne, que sur l'appel incident principal de Abialy Gbomene et trois
autres formé par voie de conclusions, contre le jugement numéro 55 du 7
janvier 1982 du Tribunal de première instance d'Abidjan, qui a condamné
un solidum Kanté Dramane et la Sécurité Ivoirienne à payer divers
dommages et intérêts aux ayants droit de Gbomene Nanzeko René, victime
d'un accident de la circulation survenu le 15 août 1979 sur la route N'Douci-
Abidjan;
SUR L'APPEL PRINCIPAL;
Considérant qu'il s'induit des termes des articles 168 et 325 du code
de procédure civile, commerciale et administrative, que le délai pour
interjeter appel d'un jugement est de un mois à compter du jour de sa
signification;
Qu'en l'espèce, le jugement attaqué a été signifié par exploit du 26
mars 1982 à Sécurité Ivoirienne à son siège, aux ayants droit du service
sinistre et au Secrétaire Général; que l'appel en a été relevé le 26 avril
1982, soit plus d'un mois après sa signification; qu’en plus, l'appellante

REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


244 JURISPRUDENCE

n’a pu produire la décision frappée d'appel que l'article 166 du code de


procédure civile et commerciale fait obligation aux parties, en premier
lieu, à la partie appelante, de produire les pièces dont elles entendent se
prévaloir en cause d'appel en particulier le jugement querellé;
Que cet appel est, dès lors, irrecevable; qu'il y a lieu de le déclarer,
tel en application des articles 168,325 et 166 du code susvisé;
SUR L'APPEL INCIDENT;
Considérant que l'appel incident est intervenu par voie de
conclusions prises le 15 octobre 1982; que cet appel est également
irrecevable en application de l'article 170 du code de procédure civile et
commerciale;

PAR CES MOTIFS


Déclare la Sécurité Ivoirienne et les ayants droit de Gbomene
Nazeko René, irrecevables en leurs appels, principal et incident;
Condamne l'appelante principale aux dépens;
Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement par la Cour d'Appel
d’Abidjan, les jours, mois et an que dessus;
Président : Lanciné Bamba
Conseillers : Turkson. Robert et Claon Denis.
APPEL - ACTE D'APPEL NON DATE - NULLITÉ - ARTICLE
246 CODE DE PROCÉDURE CIVILE.
Cour d'Appel d'Abidjan, Chambre Civile et Commerciale
25 février 1983 (Arrêt n° 241)

LA COUR
Ouï les parties en leurs conclusions;
Le Ministère Public entendu;
Vu les pièces du procès;
Après en avoir délibéré conformément à la loi;
Considérant que par jugement n° 1874, apparemment non signifié,
rendu le 6 mai 1982, le Tribunal de Première Instance d'Abidjan a
condamné Codi Zoma Félix à payer au sieur Nohone Bouazo la somme
de 275 000 francs;

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986
DROIT JUDICIAIRE PRIVÉ 245

REVUE IVOIRIENNE DE DROrT, N° 3-4,1986


246 JURISPRUDENCE

Considérant que par exploit d'huissier non daté, mais comportant


ajournement au 5 novembre 1982, Zoma Félix a relevé appel de cette
décision;
Considérant qu'aux termes de l'article 246 du code de Procédure
Civile, Commerciale et Administrative, les exploits dressés par les
huissiers de Justice contiennent notamment, la date avec indication des
jours, mois an et heure etc;
Qu'il résulte que l'acte d'appel précité, dressé par Maître Bouah
Kamon, Huissier de Justice à Abidjan, est nul et de nul effet;
Considérant que la nullité de l’acte est imputable à l'huissier
instrumentaire;
Qu'il y a lieu de mettre à la charge de celui-ci, tous les frais de la
présente instance et ce, conformément à l'article 9 al. 3 de la loi n° 69-
242 du 9 juin 1969 portant statut des huissiers;

PAR CES MOTIFS


Statuant publiquement, contradictoirement, en matière civile et en
dernier ressort;
Annule l'acte d'appel sans date mais comportant ajournement au 5
novembre 1982 et les tais de la présente instance à la charge de Maître
Bouah Kamon, Huissier instrumentaire;
Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement par la Cour d'Appel
d'Abidjan, les jours, mois et an que dessus;
Président : Camille Hoguié
Conseillers : Kama Yao et Koui Mamadou.

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REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


TABLES DE LA
JURISPRUDENCE
248 TABLE DE
JURISPRUDENCE

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


249 TABLE DE JURISPRUDENCE

TABLE ANALYTIQUE

ABANDON DE FAMILLE

Conditions - Nécessité d'une décision Exécutoire - Jugement de


non conciliation ordonnant des mesures provisoires
C. appel Abidjan, ch. corr.
19 février 1980 (arrêt n° 430)

ACTION CIVILE

- Prescription - Solidarité de prescription avec action publique


(non) - Dissociation des deux actions
C. appel Abidjan, ch. corr.
9 juin 1980 (arrêt n° 1345) .............................................................
- Constitution de partie civile - Condition de recevabilité - Qualité
de partie au procès.
C. appel Abidjan, ch. corr.
10 ..................................................................................................j
uin 1980 (arrêt n° 1408) ........................................................................

ACTION PUBLIQUE

Prescription - Interruption - Actes interruptifs - Réquisitoire


introductif (oui) - Commission rogatoire internationale (oui) -
Lettre de rappel du procureur général ivoirien à celui du Mali
(non).
C. appel Abidjan, ch. corr.
7 janvier 1980 (arrêt n° 10) .............................................................
Action publique et action civile - Émission de chèque sans
provision - Identification du prévenu défendeur à l'action - citation

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


TABLE DE LA JURISPRUDENCE

directe par la partie civile - oblication de fournir éléments


d'identification des prévenus - Sanction - Irrecevabilité.
C. appel Abidjan, ch. corr.
29 avril 1980 (arrêt n° 1008)...........................................................

APPEL

- Acte d'appel non daté - Nullité - Art - 246 du C.P.C.


C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
19 février 1983 (arrêt n° 241) .............................................................
- Appel incident - Délai d'exercice expiré - Non production du
jugement querellé.
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
24 décembre 1982 (arrêt n° 988) ....................................................
- Condition de recevabilité - art. 166 et 171 du C.P.C.
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
20 août 1982 (arrêt n° 690) .............................................................
- Défaut de notification de l'acte d'appel à tous les intéressés -
Condition de recevabilité.
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
24 décembre 1982 (arrêt n° 987) ....................................................

AUTORITÉ DE LA CHOSE JUGÉE

- Art. 1350 du c. civ. - caractère absolu de la chose jugée au pénal


à l'égard de la juridiction civile
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
15 juillet 1983 (arrêt n° 800)...........................................................
- Interdiction forcée - art. 103 al. 3 du C.P.C. - Condition de
recevabilité - Règle "non bis in idem".
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
20 novembre 1982 (arrêt n° 879) ..................................................

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT. N° 3-4, 1986


250 TABLE DE JURISPRUDENCE

CHÈQUE
Emission du chèque sans provision - Montant de chèque crédité
ferme sur le compte du bénéficiaire - Insuffisance de provision du
tireur - Délit Constitué (non) - action civile - Compétence de la
juridiction répressive - Prévenue en voie de relaxe - Compétence
(non).
C. appel Abidjan, ch. corr.
24juin 1980 (arrêt n° 1477).............................................................

COMPÉTENCE DES JURIDICTIONS RÉPRESSIVES


- Compétence matérielle du tribunal correctionnel - Disqualification
d'un délit en une contravention - Compétence (oui).
C. appel Abidjan, ch. corr.
24juin 1980 (arrêt n° 1476).............................................................
- Compétence personnelle - Prévenu mineur de 18 ans -
Incompétence du tribunal correctionnel de droit commun.
C. appel Abidjan, ch. corr.
26 mars 1980 (arrêt n° 722) ............................................................
- Enlèvement de mineur - Crime commis à l'étranger par une
étrangère arrêtée en Côte d'ivoire - Compétence (non).
C. appel Abidjan, ch. acc.
6 août 1980 (arrêt n° 207) ...............................................................
- Pouvoir du juge correctionnel - arrêt de renvoi de la chambre
d'accusation - Pouvoir de disqualification des faits (non) -
Compétence de la Cour d'Appel - Pouvoir d'évocation - Cas -
Annulation du jugement pour décision sur les faits dont le juge n'est
pas saisi -
C. appel Abidjan, ch. corr.
23avril 1980 (arrêt n° 967)..............................................................

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


TABLE DE LA JURISPRUDENCE

- Qualité de gendarme de l'auteur des faits - Incompétence des


juridictions de droit commua
C. appel Abidjan, ch. corr.
18 février 1980 (arrêt n° 413) .......................................................

CONFISCATION
Mise sous séquestre - Revendication de biens n'appartenant pas au
condamné - Restitution.
C. appel Abidjan, ch. corr.
13 mai 1980 (arrêt n° 1161) ............................................................

DÉFENSE
Moyen - Exception de communication des pièces, art. 120 du
C.P.C.
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
15 juillet 1983 (arrêt n° 792)...........................................................

DÉTENTION PRÉVENTIVE
- Mandat de dépôt - Main levée - Pouvoir du juge d'instruction -
Excès de pouvoir - Sanction - Détention préventive - Mise en
liberté provisoire - Pouvoir de la chambre d'accusation - Détention
illicite - Mise en liberté provisoire d'office.
C. appel Abidjan, ch. acc.
15 janvier 1980 (arrêt n° 9) .............................................................
- Mandat de dépôt du procureur de la République - Main levée -
Mandat de dépôt du juge d'instruction - Condition - Nécessité
survenance de circonstances nouvelles ou graves (non).
C. appel Abidjan, ch. acc.
21 février 1980 (arrêt n° 30) ............................................................
- Prolongation - Délai - Ordonnance de prolongation hors délai -
Nullité détention préventive - Pouvoir de la Chambre d'accusation

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT. N° 3-4, 1986


252 TABLE DE JURISPRUDENCE

- Annulation ordonnance de prolongation - Pouvoir de décerner


à nouveau mandat de dépôt
C. appel Abidjan, ch. acc.
20 février 1980 (arrêt n° 27).............................................................

EXÉCUTION PROVISOIRE

Domaine - Conditions - Art. 145 et 146 du C.P.C. - Absence


d’urgence - Suspension de l'exécution provisoire fondée.
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
20 août 1982 (arrêt n° 692) et..........................................................
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
29 octobre 1982 (arrêt n° 759) ........................................................
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
21 janvier 1983 (arrêt n° 88) et .......................................................
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
25 février 1983 (n° 228) ..................................................................

EXTRADITION

Coopération en matière de justice - Extradition - Condition.


C. appel Abidjan, ch. acc.
26 novembre 1980 (arrêt n° 260) ....................................................

HOMICIDE INVOLONTAIRE

Action publique en cours - action civile fondée sur art. 1384 al. 1 c.
civ. - sursis à statuer - Règle - C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
6 mai 1983 (N° ADD/510) ............................................................

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


TABLE DE LA JURISPRUDENCE 253

INFANTICIDE

Répression - Correctionnalisation judiciaire légale - art. 214 al. 3


du C.P.C.
C. appel Abidjan, ch. acc.
7 mai 1980 (arrêt n° 118) ............................................................... 132

LIBERTÉ PROVISOIRE

- Obligation de fournir cautionnement - Pouvoir du juge


d'instruction - Contrôle - Pouvoir de la chambre d'accusation -
Annulation ordonnance exigeant un cautionnement.
C. appel Abidjan, ch. acc.
23 janvier 1980 (arrêt n° 15) ........................................................... 182
- Obligation de fournir cautionnement - Pouvoir du juge
d'instruction - Contrôle - Pouvoir de la Chambre d'accusation -
Ordonnance exigeant un cautionnement.- Confirmation.
C. appel Abidjan, ch. acc
30 janvier 1980 (arrêt n° 18) ........................................................... 181
- Pouvoir du juge d'instruction - Contrôle - Pouvoir de la
Chambre d'accusation - Ordonnance de mise en liberté provisoire
- Infirmation - Motifs.
C. appel Abidjan, ch. acc.
23 juillet 1980 (arrêt n° 198). et ...................................................... 191
C. appel Abidjan, ch. acc.
6 août 1980 (arrêt n° 204) ............................................................... 189
- Pouvoir du juge d'instruction - Contrôle - Pouvoir de la
Chambre d'accusation - Détenu atteint d'une tuberculose évolutive
- Infirmation de l'ordonnance de refus de mise en liberté
provisoire.
C. appel Abidjan, ch. acc.
18 mars 1980 (arrêt n° 66) ............................................................. 197
- Saisine directe de la chambre d'accusation - Condition -
Irrecevabilité de rejet - Appel - Confirmation.

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

Atteindre sommaire
C. appel Abidjan, ch. acc.
4 juin 1980 (arrêt n° 158) ............................................................... 193

OUTRAGE À MAGISTRAT

Fait matériel - Constitution de partie civile - Recevabilité -


Condition - Qualité de partie au procès (non) - Irrécevabilité
C. appel Abidjan, ch. corr.
10 juin 1980 (arrêt n° 1408) ........................................................... 155

PEINE

Infractions multiples - Contravention connexe à délit - Régie de


non-cumul des peines (inapplication).
C. appel Abidjan, ch. corr.
23 mars 1980 (arrêt n° 697) ........................................................... 146

RECOUVREMENT SIMPLIFIÉ

- Conditions de recevabilité de l'appel - Délai - Art. 11 de la loi du


3 août 1970.
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
novembre 1982 (arrêt n° 863) et 234
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
janvier 1983 (arrêt n° 89) 236
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
février 1983 (arrêt n° 257) 238
Procédure - Loi du 3 août 1970 - Créance - Nature - Montant - appel - Violation de
l'art. 11 de la loi du 3 août 1970.
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
mai 1983 (arrêt n° 516) 232

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4,1986


TABLE DE LA JURISPRUDENCE

RÉFÉRÉS
Incompétence - Bail - Cçntestation sérieuse - Préjudice au principal.
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
23 novembre 1982 (arrêt n° 861) ...................................................

RESPONSABILITÉ PÉNALE
- Blessure involontaire
. Accident de la circulation - Défaut de maîtrise - Défaillance mécanique -
Cause d'exonération de la faute pénale (non).
C. appel Abidjan, ch. corr.
15 décembre 1980 (arrêt n° 2145) ..................................................
Accident de la circulation - Défaillance mécanique - Cas de force majeure
excluant toute responsabilité (non) - Défaut de vérification - Négligence -
Elément constitutif du délit.
C. appel Abidjan, ch. corr.
10 mars 1980 (arrêt n° 586) ............................................................
Faute exclusive de la victime - Exclusion de toute faute du prévenu
C. appel Abidjan, ch. corr.
23 octobre 1980 (arrêt n° 1774) ......................................................
- Homicide involontaire
Décès par électrocution par un fil électrique dénudé de sa partie protectrice
pendant une tornade - Tornade, cause exclusive de l’accident.
C. appel Abidjan, ch. corr.
5 mars 1980 (arrêt n° 569) .............................................................

SURSIS A STATUER

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT. N° 3-4, 1986


256 TABLE DE JURISPRUDENCE

Condition d’admission - Expertise en matière civile - Défaut de


convocation des parties par lettre recommandée - Nullité.
C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.
29 octobre 1982 (arrêt n° 750) ....................................................... 209

VIOL

Répression - Correctionnalisation judiciaire légale - art. 214 al. 3


du C.P.C.
C. appel Abidjan, ch. corr.
février 1980 (arrêt n° 37) et 127
C. appel Abidjan, ch. acc.
septembre 1980 (arrêt n° 222) 172
VIOLENCES ET VOIES DE FAIT

C. appel Abidjan, ch. corr.


avril 1980 (arrêt n° 967) 127
VOL

Chose trouvée - appréhension avec accord du préfet aux fins de


conservation - Usage comme propriétaire - Instruction - Intention
frauduleuse (non) - Non - lieu à suivre.
C. appel Abidjan, ch. acc.
23 décembre 1980 (arrêt n° 276) ................................................... 158

Atteindre sommaire

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


1ABLE DE LA lUAlil'RUUKNLH

TABLE CHRONOLOGIQUE

1980

7 janvier C. appel Abidjan, ch. corr. (n° 10)

Ministère Public c/N'guessan Kouakou Bertin


16 janvier
et Adama N'diaye 164
C. appel Abidjan, ch. acc. (n° 9)
23 janvier Ministère Public c/Moumouni Konaté 195
C. appel Abidjan, ch. acc. (n° 15)
Affaire Ndey Alla 182
30 janvier C. appel Abidjan, ch. acc. (n° 18)
Ministère Public c/Malick Derwiche 181
C. appel Abidjan, ch. corr. (n° 413)
18 février Ministère public c/ Bleu Edouard 177
C. appel Abidjan, ch. corr. (n° 430)
Ministère public c/Kouakou N’guessan Martin.. 149
19 février C. appel Abidjan, ch. acc. (n° 27)
Affaire Gbeuli Gabriel 184
C. appel Abidjan, ch. acc. (n° 30)
20 février Affaire Diallo Bakary 187
C. appel Abidjan, ch. acc. (N° 37)
Ministère public c/Mamadou Touré 127
21 février C. appel Abidjan, ch. corr. (n° 569)
Ministère public c/Diarrassouba Moriba 142
C. appel Abidjan, ch. corr. (n° 586)
27 février

5 mars

10 mars

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

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258 TABLE DE JURISPRUDENCE

Ministère public c/Bamba Dounanou.............................. 139


mars C. appel Abidjan, ch. acc. (n° 66)
Affaire Kassi Kassi Paul 197
[Link] Abidjan, ch. corr. (n° 697)
Ministère public c/ Adou Kouassi Réné 146
mars C. appel Abidjan, ch. corr.(n° 722)
Ministère public c/Yao Ettien 170
avril C. appel Abidjan, ch. corr.(n° 967)
Ministère public c/N'cho Abouchou 172
29 avril C. appel Abidjan, ch. corr. (n° 1008)
Ministère public c/Robert Saints Jours 166
mai [Link] Abidjan, ch. acc. (n° 118)
Ministère public c/Epekou M'bouafoué
Christine 132
13 mai C. appel Abidjan, ch. corr. (n° 1161)
Koffi Yacouba c/Ministère public 144
juin C. appel Abidjan, ch. acc. (n° 158)
Ministère public c/Amani Kouassi et autres 193
juin C. appel Abidjan, ch. corr. (n° 1345)
Ministère public c/Kadjo Amoi 161
juin C. appel Abidjan, ch. corr. (n° 1408)
Ministère public c/Allou Nda 155
juinC. appel Abidjan, ch. corr. (n° 1476)
Ministère public c/Adama Bonkoungou 168
24 juin C. appel Abidjan, ch. cou. (n° 1477)
Ministère public c/Dame Deignan née Aollo 152
juillet C. appel Abidjan, ch. acc. (n° 198)
Ministère public c/Diallo Bakaiy 191

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


^ 259^

6 août C. appel Abidjan, ch. acc. (n° 204)


Ministère public c/Lamad Moussa ............................... 189
6 août C. appel Abidjan, ch. acc. (n° 207)
Affaire Margaret Acheampong 175
17 septembre C. appel Abidjan, cb. acc. (n° 222)
Ministère public c/Diabagaté Morifing 129
octobreC. appel Abidjan, ch. corr. (n° 1774)
Ministère public c/Sangaré Adama 135
26 novembre C. appel Abidjan, ch. cc. (n° 260)
Affaire May Philippe Félix 178
15 décembre C. appel Abidjan, ch. corr. (n° 2145)
Ministère public c/Touré Vassiriki 137
décembreC. appel Abidjan, ch. acc. (n°276)
Affaire Trevisan Henri 158
1982

août C. appel Abidjan, ch. civ. et comm. (n°690)


Djédjé Joachim c/Société I.D 240
août C. appel Abidjan, ch. civ. et comm. (n°692)
Aïssatou Coulibaly c/Dieng Abdourhamane.. 223
29 octobre C. appel Abidjan, ch. civ. et comm. (n°750)
Assa Kouassi c/Kouadio Yao 209
29 octobre C. appel Abidjan, ch. civ. comm. (n° 759)
La Nationale d'Assurance c/Bittar Mohamed.. 225
novembre Abidjan, ch. civ. et comm. (n° 861)
Zago Roger c/Bado Paul 200
26 novembre C. appel Abidjan, ch. civ. et comm. (n° 863) Société
[Link]. c/C.F.A.0. -
STRUCTOR 234
novembre C. appel Abidjan, ch. civ. et comm. (n°879)
Maflani Koné c/Société Paul Létuvée 217
décembre C. appel Abidjan, ch. civ. et comm. (n° 987)
Cie Zurich c/Les Ayants droit de Séa Zogbé... 242
décembre C. appel Abidjan, ch. civ. et comm. (n° 988)
La Sécurité Ivoirienne c/Abialy Gboméné Prosper 243
1983
janvier C. appel Abidjan, ch. civ. et comm. (n° 88)
Égny Ossohou c/BICICI 226
janvier C. appel Abidjan, ch. civ. et comm. (n° 89)

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986

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260 TABLE DE
BenJURISPRUDENCE
Soumahoro c/BIAO 236
février C. appel Abidjan, ch. civ. et comm. (n°228)
Aka Kangou Pierre c/Société Gébaci 229
février C. appel Abidjan, ch. civ. et comm. (n° 241)
Zoma Félix c/Nohoué Bouazo 243
février C. appel Abidjan, ch. civ. et comm. (n° 257)
Djédjé Mamadou c/Equip - Confort 238
appel Abidjan, ch. civ. et comm. (N° ADD/510)
Koreki Mian c/A.D Moïse Oyediran 214
mai C. appel Abidjan, ch. civ. et comm. (n° 516)
Meunier c/Gosso Alphonse 232
15 juillet C. appel Abidjan, ch. civ. et comm.(n° 792) Assurances
Zurich c/Ayants droits
N'guessan Konan .................................................. 205
15 juillet C. appel Abidjan, ch. civ. et comm. (n° 800) Gnaoulé Yabo
Étienne c/Koffi Brou Clémentine ......................... 220

ANNALES DE DROIT TOME 8,1987


DROIT PRIVÉ
De la nécessité d'une réforme du système d'indemnisation des victimes de la
circulation en Droit Ivoirien A.-J. Oblé-Lohoues 9

DROIT PUBLIC
Analyse critique de la notion du droit africain. Élément
d'illustration : la constitution ivoirienne du 3 novembre 1960 E.D. Boga 41
Le code de l'indigénat et les droits de l'homme en Afrique Occidentale
O. Ouraga 73

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT, N° 3-4, 1986


A PARAITRE

RID N° 1-2,1986
ÉDITORIAL
I - DOCTRINE
La réorganisation du secteur public en Côte d'ivoire.
La réforme du 13 septembre 1980
Christianc DJE-BI-DJE 13
n - JURISPRUDENCE Droit civil
1- Personnes et famille par Mme TANO Yolande 91
2- Obligations et Contrats spéciaux par
Alla Yao Kouamé et Kakou Alain 133
ni - LÉGISLATION
IV - TABLES DE LA JURISPRUDENCE
- Table analytique 237
- Table chronologique 241

RID numéro hors-série 1986


Les attributions juridictionnelles de la Chambre des Comptes de la Cour Suprême de
Côte d'ivoire,
par Mme le Professeur Agrégé Christianc Djé-Bi-Djé

ANNALES DE DROIT TOME 9,1988


DROIT PUBLIC
Droit public international
Les nouveaux concepts du Droit de la mer René DEGNI SEGUI
Relecture du Droit international Public à la lumière de la situation de l'Afrique
depuis le XVIIIe siècle jusqu'à nos jours Paul YAO N'DRÉ
Droit constitutionnel
Faut-il supprimer la Chambre Constitutionnelle de la Cour Suprême de la Côte
d'ivoire ? Requiem pour une juridiction en agonie Alexandre TAGRO
GBOHAZAUD
Droit administratif et Droit de l'urbanisme
Les tribunaux ivoiriens et le droit applicable à l'administration :
le contentieux de la responsabilité publique (constats, analyses et
propositions)
A PARAITRE
Alexandre TAGRO GBOIIAZAUD
La protection juridique des sites, monuments et paysages urbains en Côte d'Ivoire
Pierre Claver KOBO
DROIT PRIVÉ
Droit international privé
L'incidence de la réforme du 2 août 1983 sur la loi applicable au régime
matrimonial en Droit Ivoirien Alexandre AYIE AYIE
Droit civil
Le mineur et la responsabilité civile délictuelle en Droit Ivoirien Alain Claude
KAKOU
Droit commercial
Les pouvoirs du Président du conseil d'administration de la société anonyme
depuis la loi du 2 août 1983 en Côte d'Ivoire Mathurin BROU
KOUAKOU
A PARAITRE

REVUE IVOIRIENNE DE DROIT


N° 1-2,1987
I - DOCTRINE

Le contrôle sur l'administration ivoirienne par la voie du recours pour excès


de pouvoir René DEGNI-SÉGUI Le régime disciplinaire des
fonctionnaires en Côte d'ivoire Alice DEGNI-SÉGUI La chambre
administrative de la Cour Suprême de Côte d'ivoire Martin
BLÉOU DJÉZOU

II - CHRONIQUES DE JURSIPRUDENCE
1- Droit patrimonial de la famille Laurence IDOT

IH - JURISPRUDENCE
1 - Droit civil
2 - Droit du travail
3 - Droit commercial
4 - Droit judiciaire privé

IV - TABLES DE LA JURISPRUDENCE
- Table analytique
- Table chronologique
REVUE IVOIRIENNE DE DROIT
N° 3-4, 1987
I - DOCTRINE

Droits de l'homme et procès pénal en Afrique de l'Ouest Hyacinthe


SARASSORO

Le statut des conventions de droit maritime commercial de Bruxelles Afrique


Francophone Xavier GHELBER

II - JURISPRUDENCE
A PARAITRE
1 - Droit Pénal général
2 - Droit Pénal spécial
3 - Procédure Pénale

IH - TABLES DE JURISPRUDENCE

- Table Analytique
- Table Chronologique
REPUBLIQUE DE MINISTERE DE
COTE DTVOIRE L'EDUCATION NATIONALE
CHARGE DE LENSEGNEKENT
IMKM - D8CFINE • TRAVAl SECONCWRE El SUPEREUR

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mmmrnu m
SERViCHdesPU
BL

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□ Mandat postal à l'ordre de M. Gilles V1LASCO, Chef du Service des Publications,
Univereité Nationale de Côte d’ivoire, BP V 34 ABIDJAN

SERVICE DES PUBLICATIONS - UNIVERSITÉ NATIONALE DE COTE D'IVOIRE BP V 34


ABIDJAN - RÉPUBLIQUE DE COTE D’IVOIRE © (225) 44 56 49 - Télex 26138 RECTUCI

V )
r

PUBLICATIONS JURIDIQUES DE L’UNIVERSITÉ NATIONALE


DE COTE D’IVOIRE

1. - LES ANNALES DE L’UNIVERSITÉ D’ABIDJAN, Scric A : DROIT


Volume 1(1972) : Paul Ahizi AKOI, L'administration du travail en Côte d Ivoire, préface Daniel VEAUX.
Volume 2 (1973 ) : Dieudonné ESSIENNE, Le Ministère des Affaires Etrangères de Côte d'ivoire, préface Hugues TA Y.
Volume 3 (1974) : Marc DUMETZ, Le droit du mariage en Côte d’ivoire, préface Jean-Bemard BLAISE.
Volume 4 (1975) : Jacqueline DUTIIEIL DE LA ROCIIERE, L’État et le développement économique de la Côte d'ivoire.
Volume 5 (1979) : Hyacinthe SARASSORO, La corruption des fonctionnaires en Afrique, étude de droit pénal comparé,
préface de Georges LEVASSEUR.
Volume 6 (1981) : Francis WODIE et D. Martin BLÉOU, La chambre administrative de la cour suprême et sa
jurisprudence (commentaires d! arrêts).
Volume 7 (1985) : Hyacinthe SARASSORO, L’exécution provisoire en droit ivoirien (Étude de droit
judicaire privé) - Zogbelemou TOGBA, Le droit des conventions internationales dans la constitution ivoirienne de I960 -
Zogbelemou TOGBA, Répertoire des conventions internationales ratifiées par la Côte d'ivoire.
Volume 8 (1987) : A.-J. OBLÉ, De la nécessité d' une réforme du système dT indemnisation des victimes I de la
circulation en droit ivoirien - E.D. BOGA, Analyse critique de la notion du droit africain. Élément d'illustration : la constitution
ivoirienne du 3 novembre I960 - O. OURAGA, Le code de l'indigénat et les droits de l'homme en Afrique Occidentale.

2. - LES PUBLICATIONS OCCASIONNELLES


Lois et Décrets de Côte d'ivoire, par J.-B. Biaise et J. Mourgeon. Ouvrage édité par Librairies Techniques, Paris,
honoré d’une subvention de l’Université d’Abidjan, 1970.
Institutions internationales régionales en Afrique Occidentale et Centrale, Francis Wodic. Ouvrage édité par la
Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence, honoré d’une subvention de l’Université d’Abidjan, 1970.
Association des Etats Africains et Malgache à la Communauté Economique Européenne, N. De- lorme. Ouvrage
édité par la Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence, honoré d’une subvention de l’Université d’Abidjan, 1972.
Législation Ivoirienne, index chronologique 1958-1972, Robert Olivier, Paris, Librairies Techniques, 1974.
Le droit administratif ivoirien, Alain Serge Mescheriakoff, publié avec le concours de l’Université d’Abidjan,
Economica, 1982, 247 p.
Les attributions juridictionnelles de la Chambre des Comptes de la Cour Suprême de Côte d'ivoire, Christiane
Djé-Bi-Djé, 1988, !42 p, RID 1986, préface J. TADJO ÉIIOUÉ, Président de la chambre des comptes.

La diffusion des publications juridiques de l’Université est assurée par le Service des
Publications. Pour tous renseignements concernant les publications de l’Université, s’adresser à
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Toute reproduction, même partielle, des publications juridiques de l’Université Nationale de Côte
d’ivoire est subordonnée à l’autorisation préalable du Centre ivoirien de recherches et d’études
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11 mars 1957.
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V )
Achevé d'imprimer le 8 juillet 1988

Dépôt légal n° 102 840 .


ISBN 2-7166-0316-2
1
1 Cest vrai que le conseil des ministres de l’O.U.A. a également adopté une série de résolutions
1. L'impuissance de l'O.U.A..
L'impuissance de l'O.U.A. résulte d’une part des fondements juridiques des
prétentions du Maroc et de la Mauritanie et d'autre part de la procédure engagée devant
la Cour Internationale de Justice.
^ Henri Bonfïls, Manuel de droit International Public, 3ème édition Rousseau, Paris 1901, p.300.
n
Par la bulle du 14 mai 1493, Alexandre VI octroie aux Portugais les terres des côtes d'Afrique et des Indes
orientales. Aux Espagnols, il réserve les terres à l'occident ou au midi d'une ligne idéale, tracée à cent lieues à
l'Ouest des Açores. CF. Henri Bonfils, Op. Cit., p. 301.
* Pour Grotius, les bulles pontificales ont un effet relatif limité aux États bénéficiaires et inopposables aux États
tiers. Cité par Charles Rousseau, Droit international public, Dalloz, Paris 1973, p. 149.
27
Cf. arrêtés du 15 mai 1822, du 28 février 1862, du 11 mars 1862 et du 13 août 1889.
47
Cf. 3ème partie (A.a) de cette étude.
* Fraternité-Matin, 1 Juillet 1982, Conférence des Ministres africains de l'Education et de la Planification à
Harare (ZIMBAWE). Fraternité-Matin 8 Septembre 1984 - Journée Internationale de l'alphabétisation.
Les partisans de cette distinction estiment que celle-ci s'explique par l'assimilation de l'erreur extra-pénale k
l'erreur de fait, ce qui justifierait son effet exonérateur. Sur le fondement de la distinction cf. LEGAL Revue de
sciences criminelles , 1952, p.314. DASKALAKIS, [Link]., p.59 et suiv.
** COUTURIER, L'erreur de droit invincible en matière pénale - Revue de Science criminelle, 1968, p. 547.
[Link], De l'effet justificatif de l’erreur en droit pénal. Revue de droit pénal et de criminologie, 1977, pp.
353-354.
" LEGAL, Obervations, Revue Sciences criminelles, 1966-889 .La Commission de révision du code pénal
français a adopté un article 42 qui dispose "n'est pas punissable, celui qui justifie avoir cru, par une erreur de
droit qu’il n'était pas en mesure d'éviter, pouvoir légitimement accomplir l'acte. "Ce texte a pour objet de
couper court à toute discussion sur le caractère exonératioire de responsabilité attaché 1 l'erreur invincible. Cf.
[Link], L'infraction et la responsabilité dans l'avant-projet de code pénal. JCP, 1979,1, 2926.
CH. LAZERGES - ROTHE, L'individualisation de la sanction par le juge Encyclopédie juidique de l'Afrique,
L 10, p. 10S.
principe, aucune formalité légale n'est donc imposée pour qu'il soit valable. Principe qui a
ART 1, Loi du 1er aoû 1964 relatice au code du travail. B. TEYSSIE, Droit du travail, Litec, 1980, n°
305 et suiv.
78
CM». 30 janvier 1844 S. 1844 - P. 102/Req 17 déc. 1878 - D. 1879 P. 409.
82
OBLE-LOHOUES, [Link]éciL, n° 7 et 8.
83
ART.59 -Loi du 7 oct 1964 «ur Ici donations entre vifi et Ici testaments.
ART. 56 al. 3 Loi du 7 oct 1964 sur les donations entre vifs et les testaments.
8
^ S. GlUNCHARD, Droit patrimonial de la famille au Sénégal, LGDJ, 1980, p. 312.
LE TOURNEAU, op. Précit., p. 189.
^ Telle semble avoir été la position de la jurisprudence française postérieure à l'[Link].
10 avril 1962, Bull. civ. I, n° 20 Civ .17 janv. 1979
JCP 1979 IV 100 Civ. 4 avril 1979 JCP 1979 IV 204
1®® [Link], Réflexions sur la signature GP 1976 - Doc. 74

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