LE VIRUS DE LA MOSAIQUE DU TABAC (TMV)
Fig 1: La maladie de la mosaïque du tabac
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Introduction
Le virus de la mosaïque du tabac a été le premier virus identifié. Dès 1883, Adolf Mayer décrit une
maladie du tabac qui provoque des mosaïques, marbrures et décoloration de feuilles chez cette
plante de la famille des Solanaceae. Plus tard, un chercheur russe, Dimitri Ivanovsky, montre que
l’agent infectieux qui provoque cette maladie est capable de traverser des filtres poreux en
porcelaine, appelés bougies de Chamberland : ces filtres ne permettent pas le passage des bactéries.
Finalement, Martin Beijerinck met en évidence le caractère contagieux du fluide filtré, en spécifiant
que celui-ci n’est nullement contaminé par des bactéries. M. Beijerinck utilise le terme « virus » qui
signifie poison en latin...
I/ Intérêt d’étudier le Virus de Mosaïque du Tabac
L’étude du virus de la mosaïque du tabac (Nicotiana tabacum L.) marque le début de l’histoire de la
virologie. Elle est utile en biologie fondamentale, dans la compréhension de la biologie des virus,
l’étude des interactions hôtes-pathogènes, la biologie cellulaire. Elle présente également un intérêt
en biotechnologie, plus précisément dans l'accroissement de capacité des batteries. Il est possible de
l'observer en coloration négative avec une microscopie électronique.
Le virus de la mosaïque du tabac (VMT/TVM) sera à la source de bien des découvertes sur le plan
scientifique, comme :
la première cristallisation d’une protéine virale qui vaudra à W. Stanley un prix Nobel ;
la découverte que le virus est constitué d’une nucléoprotéine par F. Bawden ;
la première image en microscopie électronique d’un virus (Kausche et al., 1939) ;
l’hypothèse, vérifiée depuis lors, posée par Rosalind Franklin qu’une seule molécule d’ARN
simple brin était associée avec le virus et le modèle qu’elle prépara pour l’exposition universelle
de Bruxelles en 1958 ;
la compréhension de l’assemblage de la capside virale ;
la résistance au virus de tabac modifié génétiquement par l’introduction d’une séquence du
génome viral ;
la compréhension de la manière dont le virus se déplace de cellules à cellules.
II/ Description et systématique du TVM
Le virus de la mosaïque du tabac est une particule cylindrique, qui a la forme d’un bâtonnet de 300
nm de long e t 15 nm de diamètre. La capside est formée de 2130 capsomères, chaque capsomère
étant formé d’un seul type de protéine, constituée de 158 acides aminés. L’ARN monocaténaire est
enroulé en hélice à l’intérieur de cette capside. Le génome comporte 6400 nucléotides. Ce virus est
visible en microscopie électronique et a une structure sous forme de tuyaux creux.
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Fig 2 : Enveloppe protéique du TMV, vue de dessus.
Fig 3: Morphologie du TVM
Fig 4 : Marbrure de la VMT
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III/ Systématique du TVM
Tableau 1 : Systématique du virus de la mosaïque du tabac (VMT)
Type Virus
Groupe Groupe IV
Famille Virgaviridae
Genre Tobamovirus
Espèce
Tobacco mosaic virus
TMV
IV/ Symptômes de la maladie
Mosaique : ce sont des alternances de plages colorées en jaune, vert-clair, et vert foncé qui se
dessinent sur le limbe foliaire.
Le virus de la mosaïque du tabac, comme son nom l' indique, est un virus qui survient souvent dans
les cultures de tabac.
Les plantes souffrant du VMT se reconnaissent facilement. Les feuilles seront torsadées et pliées
d'une manière peu naturelle pour une plante. Elles arboreront également des rayures jaunes, des
tâches et un étrange schéma semblable à une mosaïque ou une marbrure.
Les symptômes peuvent être vus sur plusieurs ou quelques feuilles. Certaines plantes ne font
office que d'hôte et ne révèlent pas leurs symptômes. Il est également plus simple de remarquer
les marbrures de la feuille si la plante affectée est en partie placée dans une zone d' ombre.
Parmi les facteurs visuels pour reconnaître si votre plante est infectée du VMT, il y a :
Une étrange couleur « marron » de la feuille avec des bordures comme « brûlées » ;
des rayures blanchâtres ou jaunes sur les nouvelles et anciennes pousses et finalement des zones
violet foncé ou noires sont clairement des signes.
Le jaunissement des feuilles entre les veines.
Une stagnation de la croissance Si vos plantes ne grandissent pas comme elles le devraient, il se
pourrait que le VMT soit en train de les ralentir.
Le flétrissement et l'enracinement anormalement lent.
Des tiges bizarres : les tiges peuvent soit être significativement affaiblies soit substituer leur
couleur normale par quelque chose de rouge ou violet.
NB : La marque principale du virus est son propre nom, soit une marbrure en forme de
mosaïque.
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V/ Le cycle du virus dans la plante
Dès l’entrée dans la cellule, des ribosomes d’origine cytoplasmique s’associent avec l’extrémité 5’
de l’ARN viral et facilitent ainsi le processus de désencapsidation. Le complexe réplicase entre en
action pour permettre la synthèse des ARNs subgénomiques. Ceux-ci vont permettre la synthèse
assez rapidement de la protéine de mouvement, qui permet au virus de bouger de cellules à cellules
sous la forme d’un complexe nucléo-protéinique. La protéine 30 kDa exerce un effet sur la taille
d’exclusion limite des plasmodesmes pour faciliter le passage du virus d’une cellule à l’autre, et est
associée avec le cytosquelette cellulaire, pour diriger le virus vers les plasmodesmes : cette
protéine est produite rapidement durant le cycle viral, mais est dégradée ultérieurement. Plus tard, le
virus va produire la protéine de capside en abondance et le virion sera assemblé. la protéine de
capside est impliquée dans le mouvement « longue distance », par opposition au mouvement de
cellule à cellule, du virus. On a montré que la réplication virale était efficace dans les cellules
épidermiques, dans le mésophylle ainsi qu’au niveau de poils racinaires et de trichomes. la
localisation du virus est principalement cytoplasmique, mais on a montré une présence dans les
chloroplastes.
Fig 5 : Cycle de vie du virus
de la mosaïque du tabac
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VI/ Comment le virus de la mosaïque du tabac est-il transmis d’une plante à
l’autre ?
Le virus est transmis d’une manière très efficace par voie mécanique. On le trouve facilement
associé à des vêtements ou des structures de serres, par exemple. Des débris de végétaux peuvent
servir la transmission via le sol. le virus peut être transmis par insectes (type buccal de type
broyeur), vraisemblablement par contacts mécaniques. le virus est souvent associé avec des tissus
externes à la graine et peut donc permettre une infection précoce par blessure de l’embryon lors de
la germination. Des transmissions par cuscutes ont été répertoriées, mais le virus est incapable de se
répliquer dans ce type de plantes.
VII/ Comment contrôler le virus
Le meilleur moyen pour contrôler le virus est d’adopter une prophylaxie poussée. Eviter toute
infestation et travailler avec des plantes saines au départ, limiter les infections potentielles par des
mesures de prudence simples, comme par exemple demander aux travailleurs de se laver les mains
au savon ou d’éviter de fumer (le tabac manufacturé est une source d’infection). Le virus est aussi
inactivé avec de l’hypochlorite de sodium à 1 %. Le trempage des mains des travailleurs dans du
lait à 1% a été également utilisé pour limiter l’infection virale, sur un plan expérimental.
L’usage de cultivar de tabac résistant au virus a permis de limiter les pertes en rendement à environ
1%. C’est avec le TMV que l’on a démontré pour la première fois le concept de « résistance déri-
vée du pathogène », en clonant un gène du virus dans une plante de Nicotiana. Plusieurs plantes
transgéniques expriment une résistance au virus. Il est aussi possible de protéger la plante en
l’inoculant « préventivement » à l’aide d’une souche du TMV peu virulente : c’est ce qu’on appelle
la prémunition. Cette technique, bien qu’effective, présente plusieurs limitations qui ont empêché
son utilisation sur une large échelle, comme par exemple la possibilité de synergisme avec des
infections par d’autres espèces virales.
La semence suspectée d’infection peut être traitée à la chaleur ou trempée dans une solution de
sodium triphosphate.
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