CAT face à une Fracture de la
céramique
INTRODUCTION :
Les fractures de céramique cosmétique sur nos restaurations prothétiques sont
souvent assimilées à des échecs. Elle provoquent des consultations d’urgence
surtout si les secteurs antérieurs sont concernés et représentent la principale
cause d’échec des couronnes céramisées.
Le praticien doit alors gérer le problème sur le plan technique sans négliger
l’aspect relationnel encore plus crucial si la prothèse est récente. [ref]
Alors comment faire pour réparer une restauration prothétique dont la céramique
cosmétique est fracturée, sans exposition de son infrastructure ? Et que faire
lorsque celle-ci est exposée ?
EXAMEN CLINIQUE:
Avant d’envisager la réparation d’une fracture de céramique
cosmétique, il est essentiel de recueillir, par l’interrogatoire, les
circonstances ayant conduit à sa survenue.
Cette démarche permet d’établir un diagnostic différentiel
étiologique entre, d’une part, un défaut de la prothèse lié à une
erreur lors des étapes cliniques ou de laboratoire, et d’autre part,
une surcharge occlusale (prématurité ou interférence) ayant pu
engendrer des fêlures puis une fracture.
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Avant d’envisager la réparation d’une fracture de céramique
cosmétique, il est essentiel de recueillir, par l’interrogatoire, les
circonstances ayant conduit à sa survenue. Cette démarche
permet d’établir un diagnostic différentiel étiologique entre, d’une
part, un défaut de la prothèse lié à une erreur lors des étapes
cliniques ou de laboratoire, et d’autre part, une surcharge
occlusale (prématurité ou interférence) ayant pu engendrer des
fêlures puis une fracture.
L’objectif est d’éviter de reproduire la même erreur et, dans la
mesure du possible, de corriger les facteurs en cause afin de
prévenir toute récidive [14].
Etiologies possibles
L’occlusion : la présence d’une surcharge occlusale, telle une prématurité
ou une interférence, peut entrainer des fêlures puis une fracture.
La présence de parafonction : la crispation ou le bruxisme peuvent être
à l’origine de fractures. Le bruxomane peut développer des forces six fois
supérieures aux forces habituelles.
Les habitudes pernicieuses : les mordillements d’objets ou onicophagie
peuvent entrainer des fractures à répétition.
La préparation de la dent :
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- Une réduction dentaire insuffisante : il faut ménager l’espace nécessaire
pour l’infrastructure métallique et pour la couche de matériaux cosmétiques. Un
minimum de 0,8 mm d’épaisseur de céramique est nécessaire.
- Une forme inappropriée de la limite cervicale : les forces s’appliquant
sur la prothèse se transmettent principalement au niveau du collet des dents
supports, il faut donc ménager une épaisseur suffisante au niveau de la limite
cervicale.
L’armature métallique :
- Rigidité insuffisante de l’alliage : la fracture de la céramique peut être
due à une déformation de l’armature. Les alliages précieux et non précieux
peuvent être utilisés pour des reconstructions unitaires, alors que pour les
reconstructions étendues, les alliages Ni-Cr garantissant une rigidité accrue à
section égale.
- Architecture erronée de l’armature : il faut éliminer tous les angles vifs
car les formes douces augmentent la surface de liaison avec la céramique ce qui
permet une distribution plus uniforme des contraintes.
- Défaut de la liaison céramo-métallique : il faut que la céramique soit
parfaitement liée au métal. Cette liaison peut être affectée par la présence d’une
couche épaisse d’oxyde, une augmentation du coefficient de dilatation de la
céramique, la fusion des soudures sur les surfaces destinées à être recouvertes de
céramique au niveau des bridges.
- Imperfections de coulées : la présence d’inclusions gazeuses ou
soufflures est due à la solidité et à la concentration des gaz provenant de la
source de chaleur ou de l’atmosphère. Il peut y avoir également des inclusions
solides qui sont des hétérogénéités affectant le métal à certains endroits.
- Défauts liés à la solidification : ces défauts entrainent une altération de la
surface cristalline, ce qui peut engendrer des fissures ou même la destruction de
l’alliage, d’où l’intérêt du traitement thermique.
Fractures de céramique dues aux propriétés mécaniques médiocres
de la céramique feldspatique.
Les fractures de céramiques sont en relation directe avec les propriétés
mécaniques et thermiques de la céramique qui varient avec les conditions de leur
mise en œuvre.
Pour réduire davantage les zones de fragilité, il faut que la chape métallique
ménage une épaisseur uniforme à la céramique. Pour ce faire, on compense la
perte de substance par le métal de la chape (dent pulpée) ou par la reconstitution
(dent dépulpée)
Classification des fractures de céramique
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o Fractures Cohésives
Type III : fracture dans la masse de la céramique
Type VI : fracture dans la masse du métal
o Fractures adhésives :
Se produisent à la jonction métal-céramique. Elles rassemblent quatre types :
Type I : fracture entre le métal et la céramique
Type II : fracture entre la couche d’oxydes et la céramique
Type IV : fracture entre le métal et la couche d’oxydes
Type V : fracture au sein de la couche d’oxydes.
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REPARATION DES FRACTURES DE CERAMIQUE
L’identification de la cause de fracture est primordiale avant d’entamer toute
procédure de réparation. Une fois la cause corrigée, le praticien décidera ou bien
de réparer la prothèse ou bien de la refaire. Le coût, le délai de réparation, la
technique, le matériel nécessaire ainsi que le confort du patient et les risques
encourus par les piliers dentaires, sont les facteurs à considérer. Plusieurs
techniques de réparation existent.
Traitement d’urgence :
Le traitement d’urgence est de répondre au motif de consultation du patient.
La réparation intra-buccale :
1/ Réparation par collage de composite
Avantages :
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- Restauration immédiate du défaut esthétique lié à la fracture
- Suppression des risques de fracture d’un élément plural lié à une tentative
de dépose
- Simple, rapide et peu onéreuse
Inconvénients :
- Modification de la teinte du composite dans le temps
- Difficulté lors de l’élaboration du composite pour le faire rivaliser sur un
plan esthétique avec la céramique existante
- Résistance à l’usure inférieure à la céramique
- Recul clinique insuffisant.
Indications :
- Réparation à court voire à moyen terme
- Patients pas très exigeants sur le plan esthétique
Protocole :
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Céramique feldspathique sans exposition du métal
1. Isoler le champ opératoire
2. Eliminer la céramique fracturée puis biseauter
3. Sabler à l’alumine
4. Mordancer à l’HF avec beaucoup de précautions
5. Rincer et sécher
6. Déposer le silane
7. Appliquer le système de collage
8. Mettre en place et polir le composite
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Céramique feldspathique avec une petite exposition du métal
1. Isoler le champ opératoire
2. Eliminer la céramique fracturée puis biseauter
3. Sabler à l’alumine le métal et la céramique
4. Mordancer à l’HF
5. Rincer et sécher
6. Déposer le silane sur la céramique
7. Appliquer le système de collage
8. Placer une couche de composite opaque sur le métal
9. Mettre en place et polir le composite
Grande exposition du Métal : Non précieux ou titane
1. Isoler le champ opératoire
2. Sabler à l’alumine
3. Rincer et sécher
4. Appliquer le Cojet® si non l’Alloy-Primer® *
5. Appliquer le système de collage
6. Placer une couche de composite opaque sur le métal
6. Mettre en place et polir le composite
Grande exposition du Métal : Métal précieux
1. Isoler le champ opératoire
2. Sabler à l’alumine
3. Rincer et sécher
4. Appliquer le V-Primer® ou le cojet-sand®
5. Etamer si c’est la seule possibilité (pas de V-PRIMER ni le COJET) **
5. Appliquer le système de collage
6. Placer une couche de composite opaque sur le métal
7. Mettre en place et polir le composite
NB :
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* Système Cojet : L’application tribochimique d’une couche de silice, par
l’intermédiaire d’un jet de particules d’aluminium oxydées et modifiées
par de l’acide silicique.
La pression du sablage permet l’incorporation des particules de silice au
sein de la surface traitée et la rend donc plus réactive aux composites via
le silane.
** En 1989, LACY (49) a constaté que l’adhésif Panavia (contenant du 4
META et conçu pour adhérer sur le métal) était plus efficace sur des
alliages non précieux (Nickel-Chrome) que sur des alliages d’or ou
d’argent.
Pour améliorer l’adhérence de la résine composite sur métal
précieux, on peut réaliser son étamage ; on se retrouve alors dans la
situation d’un alliage non précieux.
L’étamage consiste à déposer une couche électrolytique d’étain qui est
ensuite superficiellement oxydée, avant que l’on applique l’agent de
couplage
Aujourd’hui, l’étamage peut être réalisé directement en bouche grâce à des
artifices telle la Micro Tin (Kerr). Toutefois, il est recommandé de sabler le
métal à l’oxyde d’alumine ou mieux, aux silices avant l’étamage.
2/ Réparation par recollage du fragment fracturé
Ce type de réparation n’est possible que si le morceau cassé est retrouvé intact et
qu’il se réadapte parfaitement dans son logement. Il est important de rappeler
que ce type de réparation ne constitue pas la « solution miracle » mais plutôt une
solution transitoire en attendant une intervention ultérieure.
Le collage sur la céramique glacée par un traitement de surface favorise
l’ancrage à la céramique.
Parmi ces traitements, on peut citer :
- Des préparations à la fraise
- Un microsablage à l’aide d’une microsableuse buccale
- Un traitement chimique par mordançage intrabuccal à l’acide
fluorhydrique.
L’utilisation intrabuccale de cet acide est dangereuse vu le risque
d’intoxication par les vapeurs d’acide. Cela représente l’inconvénient majeur de
cette technique
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- L’utilisation d’un nouveau produit de collage à la céramique : le Porcelain
Liner M qui est un agent de couplage de type silane qui se lie chimiquement à la
céramique. Par combinaison avec le Super-Bond, cet agent permet un collage à
la céramique sans recourir au mordançage à l’acide fluorhydrique. Cette
association augmente les valeurs d’adhérence de 8MPa à 20MPa selon les
données du fabricant.
D’autres possibilités de réparation :
En présence d’un patient exigeant sur la fiabilité esthétique et mécanique du
traitement, il sera préférable de lui proposer d’autres traitements.
Et la technique de collage permet de réhabiliter rapidement d’anciennes
restaurations afin de programmer sans précipitation les étapes thérapeutiques
ultérieures.
Réparation Semi-Directe
Couronnes télescopiques.
Cette technique de réparation dite par chemisage consiste en la réalisation de
coiffes, échancrées en proximal qui viennent remplacer la céramique de
l’élément fracturé.
Elles peuvent être réalisées en céramo-métallique ou entièrement en céramique
(In-Ceram)
S’adresse plus particulièrement (pour éviter les surcontours) aux pontics de
bridge, mais peut aussi servir à réparer une couronne type RICHMOND unitaire
ou pilier de bridge.
Réparation au moyen de facettes
La réparation des fractures de céramique au moyen de facettes, constitue une
solution élégante, peu invasive et plus récente. Elles ne peuvent être réalisées
que sur dents antérieures, en l’absence de parafonctions, pour restaurer des
fractures de céramique supra-gingivales et sans large exposition métallique, afin
d’optimiser le collage et l’esthétique.
Réparation au laboratoire.
Dans le cas où la prothèse peut être descellée, le praticien l’adresse au
laboratoire qui effectuera sa réparation. Avant de desceller la prothèse, le
praticien doit rechercher et éliminer l’étiologie de la fracture
Nb : Si le bridge est soudé secondairement, ceci réduit à néant tout espoir de le
réparer par descellement et recuisson car si le bridge est descellé, la première
cuisson aurait fait fondre les soudures.
La reprise de la prothèse :
Si la préparation dentaire est insuffisante, la fracture trop volumineuse (cuspide
vestibulaire), s’il existe un problème de conception de l’armature ou s’il s’agit
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de prothèse céramo-céramique, la prothèse doit être refaite après avoir repris les
préparations ou découvert l’origine du défaut lié aux étapes de laboratoire,
même si cette solution est risquée pour les piliers dentaires (lors de la dépose),
couteuse et qui rallonge le temps de traitement.
CONCLUSION :
Les patients consultant en urgence pour une fracture de céramique. La
prévalence de cet échec en prothèse conjointe est significative, d’où la nécessité
de connaître les différentes solutions à cette problématique.
Nous pouvons retenir :
La réparation intra-buccale : généralement au composite, ou
utilisant le fragment fracturé dans certains cas.
- Cette technique est simple, rapide et peu onéreuse.
- Solution non pérenne, vu le faible recul clinique des matériaux mis en
œuvre.
La réparation semi-directe : utilisant de couronnes télescopiques ou des
facettes :
- une solution plus durable et plus fiable.
- un investissement plus important du patient au niveau du coût et au niveau de
la durée du traitement
La réparation au laboratoire :
- la technique la moins avantageuse des trois techniques proposées.
- Elle engendre des risques importants aussi bien au niveau des organes
dentaires qu’au niveau des prothèses, lors du descellement.
- Le résultat esthétique obtenu n’est généralement pas de grande qualité.
Aussi, plusieurs auteurs considèrent, lorsque le descellement de la prothèse est
effectué, qu’il est plus raisonnable de la refaire entièrement.
Le rôle du praticien consiste à choisir la solution la mieux adaptée à la
situation clinique et au profil psychologique du patient.
Toutefois, la prévention constitue le moyen le plus efficace pour éviter cet
échec. Celle-ci passe par un examen clinique rigoureux, une bonne indication,
une technique méticuleuse et une bonne communication praticien-prothésiste.
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