Correcton de la dissertaton concertée 1ère 6
Figure transgressive et emblématque du mouvement symboliste, le poète Arthur Rimbaud
s’afranchit par l’écriture en rédigeant son premier recueil Les Cahiers de Douai en 1870, pendant la
guerre franco prussienne. Il y aborde de nombreux thèmes tels que la politque, la guerre, l’amour, la
religion et la nature avec un point de vue juvénile suscitant une oppositon entre ses idées modernes et
les idées conservatrices en vigueur à cete époque. Nous nous demanderons si chez le jeune poète
l’émancipaton par l’écriture n’est due qu’au désir de choquer ou bien de faire passer un message de
révolte. C’est pourquoi nous étudierons dans un premier temps l’infuence de la jeunesse et de
l’adolescence sur son œuvre puis nous verrons en quoi la société dans laquelle il évolue infuence aussi
cete œuvre.
Nous percevons d’emblée l’infuence de l’adolescence de Rimbaud dans cete première
œuvre.
Dans les poèmes des Cahiers de Douai, les émois amoureux et de les premières expériences du
poètes avec les femmes occupent une place importante. Nous pouvons le remarquer dès le début de
l’œuvre à travers le poème « Première soirée » où il évoque une scène sensuelle et remplie de désir
comme dans le souligne le vers « Elle était fort déshabillée ». L’amour n’y est pas idéalisée mais vécu de
façon spontanée tel un adolescent qui découvre de nouvelles expériences. Dans « Roman » également le
poète évoque un dialogue de séducton amoureuse qui débute avec le célèbre vers « On n’est pas
sérieux » quand on a dix-sept ans. Aussi on a une vision plus prosaïque de l’amour avec le sonnet « La
Maline » comme le souligne avec malice le vers « Et la servante vint fchu moité défait malinement
coifée » ou « bien sûr pour avoir un baiser ». Enfn, le sonnet « Rêvé pour l’hiver » évoque encore le désir
notamment avec le vers « Un pett baiser comme une folle d’araignée ».
Comme l’évoque son célèbre surnom « l’homme aux semelles de vent », Rimbaud est connu pour
ses nombreuses fugues et ses désirs d’évasion mus par son désir de s’émanciper d’une mère trop stricte.
Ainsi, le sonnet « Ma Bohème » évoque le besoin de liberté du poète et son amour pour la nature. Le vers
« Pett Poucet rêveur » montre bien ce désir d’indépendance et de découverte du monde. De plus le
poème « Sensaton » met en avant son amour pour la nature et son goût pour l’aventure : « J’irai loin,
bien loin comme un bohémien» écrit-il. Enfn, le sonnet « Rêvé pour l’hiver » exprime encore son goût
pour les voyages « L’hiver nous irons dans un pett wagon rose ».
Nous verrons maintenant que le jeune prodige ne craint pas non plus de transgresser les
conventons poétques de son temps. Il est d’ailleurs le précurseur de la poésie en prose. Ici, il n’hésite pas
à s’afranchir des règles du sonnet comme dans « Venus anadyomène » avec la présence de quatre rimes
diférentes dans les quatrains. De plus la multplicaton des enjambements est aussi une nouveauté
comme dans « Ma Bohème » avec les vers « Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou/Et je les
écoutais, assis au bord des routes ». Les néologismes sont aussi très présents car Rimbaud invente ses
propres mots. Ainsi les néologismes ou les régionalismes comme « malinement » ou « une froid » dans
« La Maline » et « robinsonne » dans le poème « Roman ». De plus, il « casse » le rythme de l’alexandrin
classique en évacuant les césures à l’hémistche au proft d’un rythme irrégulier, plus audacieux. Ainsi
dans « Le forgeron » il rompt volontairement l’équilibre du vers « Eh bien, n’est-ce pas, vous tous ? ».
Pour fnir il s’amuse à détourner les codes du blason avec le contre-blason « Venus anadyomène » qui loin
de metre en valeur la femme comparée à la Vénus tableau de Botcelli, souligne ici ainsi sa vieillesse et
sa laideur de façon prosaïque avec les termes : « anus », « ulcères » ou « horriblement étrange ». Enfn,
les termes enfantns sont courants chez Rimbaud comme le terme « dada » évoqué dans le poème
« L’éclatante victoire de Sarrebruck » pour se moquer de l'empereur.
En plus de l’infuence qu’a eu la jeunesse de Rimbaud sur son premier recueil on
remarque que la société au sein de laquelle il évolue l'afecte tout autant son œuvre.
En efet, il méprise la société dans laquelle il évolue, la guerre, la bourgeoisie et la misère qu’elle
engendre le révoltent, tout comme le pouvoir et l’hypocrisie du clergé. D’abord le poète dénonce les
horreurs de la guerre à travers des poèmes tels que « Morts de quatre-vingt-douze », « L’éclatante
victoire de Sarrebruck » ou encore le « Dormeur du val ». Ainsi la chute déchirante de ce dernier poème
et inatendue « Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine tranquille, il a deux trous rouges au côté droit »
souligne toute l'horreur de l'innocence fauchée dans une guerre absurde.
Nous pouvons aussi constater une critque de la bourgeoisie, du pouvoir politque et de la misère
qu’elle engendre sont très présents dans l’œuvre. Il apparait clairement que Rimbaud s’ofusque des
agissements de la bourgeoisie dans de nombreux poèmes tels que « Les Efarés » où il oppose la misère
des enfants à la richesse indiférente des adultes comme le souligne le vers « Les pauvres petts pleins de
givre » qui présente une image frappante de l’injustce sociale. D’autre part, il condamne le pouvoir
politque complice de ces inégalités dans « Le Forgeron » où il dénonce la trahison des idéaux
révolutonnaires et l’aveuglement du roi : « Pâle comme un vaincu qu’on prend pour le gibet ». Ce vers
met en exergue un monarque impuissant face à la soufrance de son peuple. Également, dans « Rage de
Césars » il s’en prend violemment à Napoléon III qu’il décrit comme un dirigeant débauché et corrompu :
« Car l’empereur est saoul de ses vingt ans d’orgie ». Ainsi le poète exprime une révolte lucide contre la
société bourgeoise et le pouvoir dépravé qui gouverne alors.
Pour fnir le poète se moque de l’hypocrisie du clergé qui pense surtout à s’enrichir. Ainsi les
poèmes « Le châtment de Tartufe » et « Le Mal ». dans le premier, dans un clin d’œil à Molière il se
moque de la malhonnêteté des prêtres qui prétendent montrer l’exemple et se comportent à l’opposé de
de ce qu’ils prêchent : « Oremus Saint Tartufe » et « Peuh ! Tartufe est nu du bas jusques en haut ».
Dans « Le Mal » il dénonce malicieusement l’obsession de l’argent : « il est un dieu qui rit aux nappes
damassées ».
En conclusion nous avons vu que Rimbaud s'émancipe à travers l'écriture dans ce premier recueil
comme l'évoquent les thèmes qu'il privilégie : la fugue, les premiers émois amoureux, la révolte contre les
injustces sociales et l'absurdité du pouvoir politque et religieux. Mais ce recueil n'est pas seulement dicté
par le désir de choquer mais aussi d'inventer un nouveau langage poétque. En 2019 le poète Joseph
Ponthus fait également preuve d'une écriture singulière et nouvelle à travers son œuvre À la ligne à
travers laquelle il critque un aspect révoltant de la société contemporaine, les conditons de travail des
ouvriers, dans un texte très original par son style composé de retours systématques à la ligne.