MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT REPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE
SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE
SCIENTIFIQUE
Année Académique : 2024-2025
DROIT INTERNATIONAL DES DROITS DE L’HOMME
EXPOSANTS ENSEIGNANT
BLEHI MOYABLE RODRIGUE
Dr NENE BI
DIARRASSOUBA HANTA EVE
TEA ABEL
GODE Ange Olivier
1
SOMMAIRE
INTRODUCTION ………………………………………………………. Page 2
I- Les fondements et mécanismes du système arabe de protection des droits de
l’homme ………………………………………………………………….. Page 3
A- Les instruments juridiques du système arabe…………... Page 3
B- Les organes et mécanismes de mise en œuvre …….…… Page 5
II- Les limites du système arabe au regard des standards internationaux… Page 9
A- Les insuffisances normatives et institutionnelles ...…….. Page 9
B- Les obstacles politiques et socio-culturels à l’effectivité des
droits de l’homme …………………………………….. Page 12
CONCLUSION …………………………………………………………. Page 15
BIBLIOGRAPHIE ……………………………………………………… Page 17
2
INTRODUCTION
Les droits de l’homme constituent le socle fondamental sur lequel repose la
dignité humaine et la justice universelle. Depuis l’adoption de la Déclaration
universelle des droits de l’homme en 1948, la communauté internationale s’est
dotée d’un ensemble de normes et de mécanismes destinés à garantir la protection
des libertés fondamentales et à prévenir les violations des droits humains. Cette
protection repose sur une responsabilité partagée entre les États et les
organisations internationales, lesquelles veillent à promouvoir et à faire respecter
ces droits. Si le système universel, incarné principalement par l’Organisation des
Nations unies (ONU), établit des principes applicables à tous, plusieurs systèmes
régionaux ont émergé afin d’adapter ces normes aux contextes spécifiques de
chaque région du monde. Ainsi, l’Europe, l’Amérique, l’Afrique et le monde
arabe se sont dotés de cadres juridiques et institutionnels visant à renforcer la
protection des droits de l’homme à l’échelle régionale.
C’est dans cette perspective qu’est apparu le système arabe de protection des
droits de l’homme, dont la création s’inscrit dans le cadre de la Ligue des États
arabes. Ce système repose principalement sur la Charte arabe des droits de
l’homme, adoptée en 1994 et révisée en 2004, qui vise à concilier les principes
universels des droits humains avec les particularités politiques, culturelles et
religieuses des pays arabes. L’adoption de cette Charte traduit une volonté des
États membres de renforcer la coopération en matière de droits humains et
d’assurer une protection adaptée aux réalités de la région. Elle énonce un certain
nombre de droits fondamentaux, tels que le droit à la vie, l’interdiction de la
torture, la liberté d’opinion et d’expression, ainsi que les droits économiques et
sociaux. Par ailleurs, un Comité arabe des droits de l’homme, également appelé
Comité de la Charte arabe, a été mis en place pour veiller au respect des
engagements des États parties.
Toutefois, malgré cette initiative régionale, le système arabe de protection des
droits de l’homme suscite de nombreuses critiques quant à son efficacité et sa
conformité aux standards internationaux. Plusieurs organisations de défense des
droits humains dénoncent notamment l’absence de mécanismes contraignants
permettant de sanctionner les violations des droits de l’homme, ainsi que le
manque d’indépendance des institutions chargées du suivi et de l’application de
la Charte. Contrairement aux systèmes régionaux africain, européen ou
interaméricain, qui disposent d’une Cour ayant compétence pour juger les affaires
relatives aux droits humains, le système arabe ne prévoit aucun organe
juridictionnel capable d’imposer des décisions contraignantes aux États membres.
De plus, certains principes consacrés par la Charte arabe semblent en décalage
3
avec les instruments internationaux majeurs tels que la Déclaration universelle
des droits de l’homme (DUDH), le Pacte international relatif aux droits civils et
politiques (PIDCP) et le Pacte international relatif aux droits économiques,
sociaux et culturels (PIDESC). Certaines dispositions de la Charte, notamment
celles relatives à la peine de mort, aux droits des femmes ou à la liberté
d’expression, font l’objet de controverses en raison de leur incompatibilité avec
les normes universelles de protection des droits de l’homme.
Dans ce contexte, une question essentielle se pose : le système arabe de
protection des droits de l’homme garantit-il une protection effective des
droits fondamentaux au regard des standards internationaux ? Autrement dit,
cette approche régionale constitue-t-elle un véritable instrument de promotion et
de défense des droits de l’homme, ou bien demeure-t-elle un cadre juridique limité
par des contraintes politiques et culturelles qui en réduisent l’efficacité ?
Afin d’apporter des éléments de réponse à cette problématique, nous analyserons
dans un premier temps les fondements et les mécanismes du système arabe de
protection des droits de l’homme (I). Puis, dans un second temps, nous
examinerons les limites de ce système par rapport aux standards internationaux
(II).
I-LES FONDEMENTS ET MECANISMES DU SYSTEME ARABE DES
DROITS DE L’HOMME
A-LES INSTRYMENTS JURIDIQUES DU SYSTEME ARABE
Le système arabe de protection des droits de l’homme repose sur plusieurs
instruments juridiques, dont la Charte arabe des droits de l’homme, ainsi que
d’autres engagements régionaux et internationaux des États arabes. L’articulation
entre le droit arabe et le droit international des droits de l’homme soulève
également des questions quant à la compatibilité des normes et leur effectivité.
1- La charte arabe des droits de l’homme
Adoptée en 1994 par la Ligue des États arabes et révisée en 2004, la Charte arabe
des droits de l’homme constitue le principal texte régional encadrant la protection
des droits fondamentaux dans le monde arabe. Elle reflète les spécificités
culturelles et juridiques des États membres tout en s’inspirant des instruments
internationaux des droits de l’homme.
a-Principes généraux de la charte
4
La Charte repose sur plusieurs principes fondamentaux : Respect de la dignité
humaine : Affirmation du caractère sacré des droits de l’homme. Égalité et non-
discrimination : Engagement en faveur de l’égalité entre les individus,
indépendamment de la race, la couleur1, le sexe, la langue, la religion ou l’opinion
politique. Protection des libertés fondamentales : Garantie des libertés publiques
et des droits civils et politiques
b- droits garantis par la charte
La Charte consacre plusieurs droits, parmi lesquels : Droits civils et politiques :
Droit à la vie, interdiction de la torture, protection contre la détention arbitraire,
droit à un procès équitable. Droits économiques, sociaux et culturels : Droit au
travail, droit à l’éducation, droit à la protection sociale. Droits spécifiques :
Protection des femmes et des enfants, droits des personnes en situation de
handicap. Cependant, malgré ces garanties, la Charte présente des lacunes,
notamment dans l’absence de mécanismes de mise en œuvre contraignants et une
reconnaissance limitée de certains droits, comme la liberté d’expression.
2. Les autres engagements régionaux et internationaux des États arabes
Les États arabes, bien que parties à la Charte arabe des droits de l’homme, ont
également adhéré à divers instruments internationaux et régionaux.
a- Adhésion aux conventions des Nations Unies
La plupart des pays arabes sont signataires des principaux traités internationaux
relatifs aux droits de l’homme, notamment : Le Pacte international relatif aux
droits civils et politiques (PIDCP) et le Pacte international relatif aux droits
économiques, sociaux et culturels (PIDESC). La Convention contre la torture
(CAT) et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à
l’égard des femmes (CEDAW). La Convention relative aux droits de l’enfant
(CDE).
Toutefois, de nombreux États arabes émettent des réserves sur certains articles,
invoquant des considérations religieuses ou culturelles, ce qui limite
l’applicabilité effective de ces conventions.
b- Influence du droit islamique sur les engagements
internationaux
1
la Charte arabe des droits de l’homme (2004), articles relatifs à la liberté d’expression et
aux limitations imposées.
- consulter les rapports des Nations Unies sur l’impact de la charia sur les droits humains dans les États
membres de la Ligue arabe
5
L’influence de la charia dans les législations nationales est un facteur important
dans l’interprétation et l’application des droits de l’homme dans les pays arabes.
Certains États adoptent une lecture restrictive de certains droits fondamentaux en
raison de leur compatibilité avec la loi islamique. Par exemple, des restrictions
peuvent exister concernant la liberté de religion, les droits des femmes (comme
l’égalité successorale) ou encore les sanctions pénales (peine de mort, châtiments
corporels). Cette influence juridique crée un écart entre les normes internationales
et leur application dans certains pays arabes.
3. L’articulation entre le droit arabe et le droit international des droits de l’homme
L’un des défis majeurs du système arabe est l’harmonisation entre les instruments
régionaux et les normes internationales des droits de l’homme.
a- Complémentarité et contradictions entre les deux systèmes
La charte arabe des droits de l'homme reprend certains principes des conventions
onusienne, mais avec différents majeurs
Exemple de divergence : alors que le droit international prohibe la peine de mort
pour les mineurs, certains États arabes la maintiennent en se référant à des
interprétations de la charia. Certains droits sont formulés de manière plus vague
que dans les traités internationaux, ce qui laisse place à des interprétations
restrictives.
b- L’impact du régionalisme juridique sur l’effectivité des droits
La primauté du droit interne et des spécificités culturelles réduit souvent
l’influence des normes internationales. L’absence d’un mécanisme contraignant
au niveau arabe affaiblit la protection des droits de l’homme. Contrairement à la
Cour européenne des droits de l’homme, la Commission arabe des droits de
l’homme (organe de suivi de la Charte) n’a pas de pouvoir coercitif.
B-LES MECANISMES DE LA MISE EN ŒUVRE DU SYSTEME ARABE
DE LA PROTECTION DES DROITS DE L’HOMME
Le système arabe de protection des droits de l’homme repose sur plusieurs
organes et mécanismes ayant pour objectif d’assurer le respect des droits
fondamentaux dans les États membres de la Ligue des États arabes. Cependant,
ce système présente d’importantes faiblesses structurelles et politiques, limitant
son efficacité. Il convient donc d’examiner tout d’abord le
6
rôle et les limites de la Commission arabe des droits de l’homme, avant d’analyser
la contribution des institutions nationales et des ONG, puis de s’interroger sur
l’influence de la Ligue des États arabes dans la garantie des droits fondamentaux
1-La commission arabe des droits de l’homme : un mécanisme sans pouvoir
contraignante
a- Une institution chargée du suivi des engagements des États
Créée en 2009 sous l’égide de la Ligue des États arabes, la Commission arabe des
droits de l’homme a pour mission principale de veiller à l’application de la Charte
arabe des droits de l’homme, adoptée en 2004. L’article 45 de cette Charte précise
que cet organe est chargé de « surveiller les engagements des États parties » et de
formuler des recommandations afin d’améliorer la protection des droits humains
dans le monde arabe.
Dans ce cadre, la Commission exerce plusieurs fonctions essentielles. Tout
d’abord, elle examine les rapports périodiques soumis par les États membres
conformément à l’article 48 de la Charte. Ces rapports permettent d’évaluer la
situation des droits de l’homme dans chaque pays et de formuler des
recommandations. Par exemple, en 2019, l’Arabie saoudite a présenté un rapport
mettant en avant des avancées sur les droits des femmes, notamment l’autorisation
de conduire. La Commission a alors souligné la nécessité d’aller plus loin en
matière d’égalité des sexes.
Ensuite, la Commission joue un rôle de veille et d’encouragement. Elle publie des
observations générales et incite les États à aligner leur législation sur les normes
internationales. En 2021, elle a ainsi recommandé aux Émirats arabes unis de
mieux protéger les travailleurs migrants, en s’inspirant des conventions de
l’Organisation internationale du travail (OIT).
b- Une institution limitée par son absence de pouvoir coercitif
Malgré son rôle fondamental dans la surveillance des engagements des États, la
Commission arabe des droits de l’homme souffre de faiblesses majeures qui
réduisent considérablement son efficacité.
D’une part, elle ne dispose d’aucun pouvoir contraignant. Contrairement à la Cour
européenne des droits de l’homme (CEDH) ou à la Cour africaine des droits de
l’homme et des peuples, la Commission ne peut ni imposer de sanctions, ni rendre
des décisions exécutoires. En 2017, alors que des ONG internationales
7
dénonçaient des cas de torture en Égypte, la Commission s’est limitée à formuler
des recommandations, sans aucun impact réel2.
D’autre part, elle est fortement dépendante de la Ligue des États arabes, ce qui
limite son indépendance. En effet, l’article 45 de la Charte stipule qu’elle
fonctionne sous l’autorité de la
Ligue, réduisant ainsi sa capacité à critiquer ouvertement les violations des droits
humains. Cette situation s’est illustrée en 2011, lors de la répression du
soulèvement à Bahreïn : bien que des rapports aient fait état de graves exactions,
la Commission n’a pas pris de position ferme, par crainte d’un conflit avec les
États membres.
Enfin, un autre obstacle majeur réside dans l’absence d’un mécanisme de plainte
individuelle. Contrairement au Comité des droits de l’homme de l’ONU, qui
permet aux citoyens de déposer des recours contre leur État lorsqu’ils estiment
que leurs droits ont été violés, la Commission arabe n’offre aucune possibilité aux
victimes d’obtenir justice. Ainsi, une personne
Emprisonnée arbitrairement en Tunisie ne peut pas saisir cette instance,
contrairement à ce qui est possible devant la Cour africaine des droits de l’homme.
2-Les institutions nationales et les ONG : des acteurs essentiels mais fragilisés
a) Des institutions nationales aux pouvoirs limités
Dans plusieurs pays arabes, des institutions nationales des droits de l’homme
(INDH) ont été mises en place afin de promouvoir et de protéger les droits
fondamentaux. Ces organismes, inspirés des Principes de Paris (1993), sont
chargés de recevoir les plaintes des citoyens et de conseiller les autorités sur les
réformes législatives.
Le Conseil national des droits de l’homme au Maroc, par exemple, est souvent
cité comme un modèle dans la région. Il dispose d’un certain degré
d’indépendance et intervient régulièrement pour recommander des modifications
2
La charte arabe des droit de l’HOMME, article 45, la ligue des états arabe, adopté en 2004, disponible sur le
site officiel de la ligue des états arabe.
- RAPPORT périodique de l’Arabie saoudite a la commission arabe des droits de l’homme parue en
2019, disponible sur le site de la commission arabe des droits de l’homme
- Recommandation de la commission arabe des droits de l’homme aux Etats Emirats arabe unis, 2021.
Rapport disponible après la Ligue Arabe, relatif aux droits des travailleurs migrants.
8
législatives. En 2021, il a proposé des amendements au Code pénal marocain pour
renforcer la protection des détenus.
Cependant, dans d’autres pays, ces institutions sont fortement dépendantes du
pouvoir politique. L’Instance nationale des droits de l’homme en Égypte, bien que
censée être autonome, ne critique pas ouvertement les arrestations massives
d’opposants politiques. Cette absence d’indépendance compromet leur crédibilité
et leur efficacité
b- Les ONG face aux restrictions étatiques
En parallèle des institutions publiques, les organisations non gouvernementales
(ONG) jouent un rôle crucial dans la documentation des violations des droits de
l’homme et le plaidoyer international. Amnesty International et Human Rights
Watch, par exemple, publient régulièrement des rapports dénonçant les abus
commis dans les pays arabes.
Toutefois, ces organisations rencontrent de nombreuses difficultés. Dans certains
États, des restrictions légales empêchent leur bon fonctionnement. L’Égypte, par
exemple, a adopté en
2019 une loi sur les ONG qui interdit le financement étranger sans autorisation
gouvernementale, limitant ainsi les actions de la société civile. De plus, la
répression des militants des droits de l’homme est une pratique courante. En
Arabie saoudite, la militante
Loujain Al-Hathloul a été emprisonnée pour avoir défendu le droit des femmes à
conduire, illustrant ainsi la vulnérabilité des défenseurs des droits humains.
3- L’influence limitée de la Ligue des États arabes dans la protection des droits
fondamentaux
a-Des initiatives régionales en faveur des droits humains
La Ligue des États arabes a tout de même pris certaines initiatives importantes,
notamment l’adoption de la Charte arabe des droits de l’homme en 2004 et la
création de la Commission arabe des droits de l’homme en 2009.
b-Une absence de mécanisme coercitif
9
Cependant, ces avancées restent largement symboliques. La Ligue ne dispose
d’aucun pouvoir de sanction, ce qui rend ses initiatives peu efficaces.
Contrairement à l’Union européenne, elle
Ne peut ni imposer des sanctions économiques, ni suspendre un État membre en
cas de violations graves.
De plus, la région ne dispose d’aucune Cour arabe des droits de l’homme, ce qui
empêche les citoyens de saisir une instance juridictionnelle. Une victime de
torture en Irak, par exemple, ne peut pas porter plainte devant une juridiction
régionale. En somme, le
système arabe de protection des droits de l’homme souffre de graves lacunes
institutionnelles et d’un manque de volonté politique des États membres. Tant que
la Ligue des États arabes refusera d’instaurer un véritable pouvoir contraignant,
la protection des droits fondamentaux restera largement théorique.
II - LES LIMITES DU SYSTÈME ARABE AU REGARD DES
STANDARDS INTERNATIONAUX
A-LES INSUFFISANCES NORMATIVES ET INSTITUTIONNELLES
Le système arabe, à travers ses organisations et ses cadres juridiques, présente
plusieurs limites lorsqu’il est confronté aux exigences et standards internationaux.
Ces insuffisances peuvent être abordées sous deux angles complémentaires : les
lacunes normatives et les défaillances institutionnelles.
1-Les insuffisances normatives
Le système juridique arabe, dans le cadre de ses diverses conventions et accords
régionaux, souffre d’un manque d’harmonisation et d’une faiblesse normative par
rapport aux standards internationaux, notamment ceux promus par des institutions
comme l’ONU ou l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Plusieurs
éléments illustrent ces insuffisances :
• Des normes juridiques fragmentées :
L’absence d’une législation commune ou d’un cadre normatif unifié au sein du
monde arabe rend difficile l’harmonisation des législations nationales avec les
normes internationales. En effet, de nombreux États arabes conçoivent leurs
propres systèmes juridiques souvent influencés par des facteurs culturels,
10
politiques et religieux qui ne correspondent pas nécessairement aux principes
universels des droits de l’homme ou du droit international.
• Une faible intégration des droits de l’homme :
Bien que la Charte arabe des droits de l’homme ait été adoptée en 2004 par la
Ligue arabe, son application reste souvent défaillante et ses dispositions sont
parfois en contradiction avec les standards internationaux, notamment ceux de la
Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH). L’absence de
mécanismes effectifs de surveillance et de sanction limite l’impact de cette charte.
Par ailleurs, certains droits fondamentaux, comme la liberté d’expression ou les
droits des femmes, ne sont pas pleinement garantis dans plusieurs pays de la
région.
• Non-conformité avec les normes commerciales et
économiques internationales :
Le monde arabe, bien qu’il ait adopté plusieurs accords régionaux de libre-
échange, souffre encore de certaines barrières commerciales internes, de pratiques
protectionnistes et de réglementations économiques qui ne sont pas alignées avec
les principes du libre-échange international promus par l’OMC. Par exemple, les
règles de concurrence et les normes de propriété intellectuelle sont souvent peu
développées ou appliquées de manière inégale.
1- Les insuffisances institutionnelles
En parallèle aux lacunes normatives, le système institutionnel arabe présente
également plusieurs faiblesses structurelles qui limitent son efficacité par rapport
aux exigences internationales :
• Fragmentation institutionnelle :
La Ligue arabe, qui constitue l’un des principaux organes régionaux, manque de
pouvoirs exécutifs solides pour faire appliquer ses décisions. Son rôle reste
11
principalement consultatif et diplomatique, ce qui empêche une coopération
régionale plus coordonnée et une réponse unifiée face aux enjeux mondiaux. En
outre, plusieurs autres organisations régionales, comme le Conseil de coopération
du Golfe (CCG), sont perçues comme trop limitées dans leur scope géographique
et leurs pouvoirs, freinant ainsi l’intégration politique et économique de la région.
• Manque de mécanismes d’application efficaces :
Les institutions arabes, notamment dans les domaines des droits de l’homme ou
de la gouvernance économique, souffrent de l’absence de mécanismes juridiques
contraignants. Par exemple, les décisions de la Cour arabe des droits de l’homme,
qui devrait superviser la mise en œuvre des droits fondamentaux, ne sont pas
exécutées de manière systématique, et de nombreux États membres choisissent de
ne pas reconnaître la compétence de cette cour.
• Absence de coordination entre les instances régionales et
internationales :
Les institutions arabes ont souvent du mal à se coordonner avec les organisations
internationales comme l’ONU, l’OMC ou encore la Banque mondiale, en raison
de divergences politiques ou de priorités internes. Cette déconnexion entre les
instances locales et internationales empêche une participation effective aux
discussions globales sur la paix, la sécurité, le développement durable ou les droits
de l’homme.
• Des structures politiques et administratives rigides :
Le caractère autoritaire de certains régimes politiques dans la région, associé à
un manque de démocratie et de transparence dans la gestion des affaires
12
publiques, conduit à une institutionnalisation d’un pouvoir centralisé et peu ouvert
à la réforme. Ce manque de flexibilité dans les structures politiques limite la
capacité des institutions arabes à adopter des réformes nécessaires pour répondre
aux normes internationales modernes.
B-LES OBTACLES POLITIQUES ET SOCIAOCULTURELS A
L’EFFECTIVITE DES DROITS DE L’HOMME
Le système arabe, bien qu’ayant pris des engagements importants envers les droits
de l’homme, notamment à travers des traités régionaux comme la Charte arabe
des droits de l’homme, fait face à plusieurs obstacles qui limitent l’effectivité de
ces droits.
L’un des principaux obstacles à la protection des droits de l’homme dans le monde
arabe réside dans le contexte politique de la région. En effet, plusieurs facteurs
contribuent à entraver l’effectivité des droits de l’homme
De nombreux pays arabes sont gouvernés par des régimes autoritaires ou semi-
autoritaires où les droits politiques et civils sont souvent restreints. La liberté
d’expression, la liberté de la presse, ainsi que le droit de manifester sont
régulièrement bafoués. Les opposants politiques sont souvent réprimés,
emprisonnés ou harcelés. Par exemple, en Égypte, après le renversement de
Mohamed Morsi en 2013, le gouvernement dirigé par Abdel Fattah al-Sissi a
intensifié la répression contre les voix dissidentes, y compris des journalistes, des
militants des droits de l’homme, et des défenseurs de la société civile. Ces
pratiques compromettent l’effectivité des droits de l’homme dans ces pays, en
raison du manque de mécanismes démocratiques pour protéger ces droits.
La guerre en Syrie, les conflits au Yémen, en Libye et les tensions permanentes
entre Israël et les pays arabes ont également exacerbé la situation des droits de
l’homme dans la région. Les conflits armés ont conduit à des violations massives
des droits de l’homme, comme les attaques ciblant des civils, les exécutions
sommaires, les enlèvements et les violences sexuelles. Ces conflits rendent
pratiquement impossible la mise en œuvre des engagements en matière de droits
humains, en raison de la désorganisation, de la destruction des institutions et de
la mobilisation de la guerre pour justifier des abus.
Dans de nombreux pays arabes, le système judiciaire est soumis à des pressions
politiques et manque d’indépendance. Les juges, souvent nommés par le pouvoir
exécutif, peuvent être
13
Influencés par des intérêts politiques, ce qui entraîne une mise en œuvre sélective
des droits de l’homme. Les lois et les décisions judiciaires peuvent être utilisées
pour réprimer des groupes politiques ou des minorités, plutôt que de garantir une
justice équitable pour tous. Ce manque d’indépendance est particulièrement
évident dans des pays comme l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis, où les
jugements sur les cas de dissidence sont souvent favorables aux autorités en place.
Outre les défis politiques, des obstacles socioculturels significatifs entravent
l’effectivité des droits de l’homme dans la région arabe. Ces obstacles, bien ancrés
dans les traditions et les structures sociales, créent un environnement hostile à la
pleine jouissance des droits de l’homme.
Les femmes dans de nombreux pays arabes continuent de faire face à des
discriminations profondes, tant au niveau législatif qu’au niveau de la pratique
sociale. Bien que des avancées aient été réalisées dans certains pays, comme en
Tunisie, où les réformes récentes ont permis de promouvoir l’égalité des genres,
dans d’autres pays, comme l’Arabie saoudite ou le Soudan, les femmes sont
encore soumises à des restrictions sévères en matière de liberté personnelle et
professionnelle. Le système de tutelle en Arabie saoudite, où une femme doit
obtenir la permission d’un homme de sa famille pour voyager ou travailler, illustre
les limitations graves imposées aux droits des femmes. Ces traditions sociétales
continuent de favoriser une vision patriarcale qui limite l’autonomie des femmes
et leur accès égal aux droits civiques et politiques
Dans plusieurs sociétés arabes, les minorités religieuses et ethniques rencontrent
des difficultés considérables pour exercer leurs droits fondamentaux. Les
chrétiens, les chiites, les kurdes et d’autres minorités religieuses ou ethniques sont
parfois persécutés, discriminés ou victimes de violence. En Irak, les attaques
contre les minorités chrétiennes et yézidies par l’État islamique en sont un
exemple tragique. En Égypte, la communauté copte chrétienne subit encore des
Discriminations sociales et des violences, malgré les efforts pour garantir la
liberté religieuse. Ces inégalités sociales et religieuses rendent l’effectivité des
droits de l’homme difficile à atteindre, en raison de la tolérance limitée pour la
diversité au sein de certaines sociétés arabes.
Les normes culturelles et religieuses jouent également un rôle important dans la
limitation des droits de l’homme dans de nombreuses sociétés arabes. Les
interprétations conservatrices de l’Islam influencent les lois et les pratiques
sociales, ce qui peut entraver la liberté individuelle. Par exemple, les lois relatives
à l’homosexualité sont très répressives dans de nombreux pays arabes, où
l’homosexualité est souvent criminalisée et considérée comme immoral, en
violation des droits des personnes LGBTQ+. Dans certains pays, comme
14
l’Algérie, des lois et des pratiques sociétales limitent également la liberté
d’expression, en particulier concernant les discussions sur la religion et la culture.
15
CONCLUSION
Le système arabe de protection des droits de l’homme, bien qu’il démontre des
avancées significatives, notamment à travers la Charte arabe des droits de
l’homme et les engagements pris par les États membres, reste néanmoins
confronté à de nombreuses limites structurelles et pratiques. La Charte constitue
un cadre juridique de référence pour la reconnaissance et la promotion des droits
fondamentaux dans la région. De plus, la participation des États membres à divers
instruments internationaux témoigne d’un certain engagement envers des
principes universels de droits humains. Ces progrès reflètent une volonté, au
moins théorique, d’aligner les pratiques régionales avec les normes
internationales.
Cependant, ces ambitions sont souvent contrecarrées par des insuffisances
notoires, notamment l’absence de mécanismes véritablement contraignants pour
garantir la mise en œuvre des droits
Énoncés. En l’état actuel, le système repose principalement sur des approches non
Contraignantes, ce qui limite fortement son efficacité et son impact réel. Par
ailleurs, une interprétation restrictive de certains droits fondamentaux par certains
États affaiblit encore davantage l’application universelle et équitable des
principes contenus dans la Charte. Ces limitations sont exacerbées par des
obstacles sociopolitiques et culturels propres à la région arabe, tels que des
tensions politiques internes et une certaine résistance à intégrer pleinement des
standards perçus comme issus de contextes étrangers.
Lorsque l’on compare ce système aux autres régimes régionaux de protection des
droits de l’homme, tels que ceux d’Europe ou d’Afrique, le cadre arabe apparaît
marqué par un déficit institutionnel et normatif important. Les mécanismes
européens, notamment à travers la Cour européenne des droits de l’homme, ou
africains, avec la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, offrent des
garanties judiciaires bien plus robustes et des recours effectifs pour les individus.
Cette comparaison met en lumière les lacunes structurelles du système arabe, qui
ne dispose pas d’un organe juridictionnel contraignant équivalent.
Pour pallier ces insuffisances, une réforme profonde du cadre institutionnel et
juridique est indispensable. Cela pourrait inclure la création d’un organe
juridictionnel doté de pouvoirs contraignants, afin de renforcer la responsabilité
des États membres et de garantir une meilleure mise en œuvre des principes
énoncés dans la Charte. De plus, une harmonisation accrue avec les standards
internationaux des droits de l’homme serait essentielle pour renforcer la
crédibilité et l’efficacité du système. Cependant, toute réforme devrait être conçue
16
en tenant compte des réalités spécifiques aux contextes politiques et culturels des
États arabes, afin de garantir une intégration pragmatique et durable.
En somme, bien que le système arabe de protection des droits de l’homme possède
des fondations prometteuses, il doit surmonter des défis structurels, normatifs et
politiques majeurs pour devenir un véritable garant des droits fondamentaux dans
la région. Cela exige un engagement collectif et une volonté de réforme à la fois
ambitieuse et respectueuse des spécificités locales.
17
BIBLIOGRAPHIE
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a New Jus Gentium, 2nd edn (Brill 2013). Malcolm N. Shaw, International Law,
9th edn (Cambridge University Press 2021). Jean-François Akandji-Kombé,
Cours de droit international des droits de l’homme, 2nd edn (Éditions du Conseil
de l’Europe 2017). Bruno Genevois et Claire Landais, Droit international des
droits de l’homme, (LGDJ 2019).
2. Ouvrages spécifiques
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University Press 2022). Mashood A. Baderin, International Human Rights and
Islamic Law, 2nd edn (Oxford University Press 2021).
Habib Slim, Les droits de l’homme et le monde arabe (Éditions L’Harmattan
2018).
Abdelwahab Biad, Les systèmes régionaux de protection des droits de l’homme
(Bruylant 2017).
3-Conventions et instruments juridiques
Charte arabe des droits de l’homme, adoptée en 1994 et révisée en 2004.
Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), adoptée par l’Assemblée
générale des Nations Unies en 1948.
Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), adopté en 1966.
18
Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC),
adopté en 1966.
Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des
femmes (CEDAW), adoptée en 1979.
Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants (CAT), adoptée en 1984.
Statut de la Ligue des États arabes, adopté en 1945.
4-Jurisprudence
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périodiques universels des États arabes.
Cour internationale de Justice, Avis consultatif sur les conséquences juridiques de
la construction d’un mur en territoire palestinien occupé (ICJ Reports 2004).
Cour européenne des droits de l’homme, Refah Partisi (Parti de la prospérité) et
autres c. Turquie [2003] ECHR 48.
Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, décisions relatives aux
réserves des États aux conventions internationales.
5-Articles
Ayman Shabana, ‘Islam and Human Rights: Between Universalism and Cultural
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Annalisa Ciampi, ‘The Arab Charter on Human Rights: A Missed Opportunity?’
(2018) 24 International Journal of Human Rights 305.
Ligue arabe des droits de l’homme article 45