La plume rouge
Voici l'histoire d'une jeune fille orpheline du nom de Célestine. La mort brutale de ses
parents l'avait tellement bouleversée qu'elle s'était isolée, presque coupée du monde. Les enfants de
l'orphelinat en venaient presque à penser qu'elle était devenue folle... Elle passait ses journées à
sangloter ou bien à lire des enquêtes policières.
Un jour, alors qu'elle lisait comme à son habitude, son attention se posa sur un petit paquet
posé sur son lit. Il était plutôt léger et solidement ficelé comme si son contenu était d'une grande
valeur. Sur le dessus, on pouvait d'une écriture peu soignée : « Pour Célestine » . Célestine était
très étonnée car depuis qu'elle était orpheline elle n'avait jamais ni lettres ni colis. Elle déballa le
paquet et découvrit alors une plume rouge, couleur sang. Le nom de l'expéditeur n'était pas inscrit.
Célestine resta perplexe, se demandant ce que cela pouvait bien signifier. Elle voulut l'essayer et
écrivit donc dans son cahier le nom de ses parents.
Soudain, un souffle glacé remplit la pièce. Il lui sembla voir deux lueurs argentées flotter dans
le vide. Petit à petit les formes se précisèrent et elle reconnut ses parents, mais quelque chose dans
leur regard avait l'air différent... Elle ressentit alors une sorte de joie mêlée d'angoisse. Était-ce
vraiment eux ?ou était-ce son imagination ?
Mais lorsqu'elle voulut les serrer dans ses bras, tout disparut. Elle décida de les faire
réapparaître, en écrivant leurs noms à nouveau, car la joie qu'elle avait ressentie était plus grande
que sa peur. Le même phénomène se produisit mais elle ne perdit pas une seconde et leur demanda
comment les rejoindre. Les silhouettes transparentes lui confirmèrent qu'il existait bien un parallèle
où elle pourrait revoir ceux qu'elle avait le plus aimés. Mais pour cela, il lui faudrait prouver
l'amour qu'elle ressentait... en se sacrifiant. Ils lui précisèrent qu'il était inutile de s'inquiéter car si
elle criait le nom de ses parents avec assez de conviction, tout se passerait bien et elle les
rejoindrait.
Le lendemain, elle s'échappa de l'orphelinat avec une excitation extrême. Allait-elle enfin
retrouver ses parents ? De toute façon, cela ne pouvait pas être pire que la vie qu'elle menait ces
derniers temps. Elle avait décidé de se rendre sur une falaise des alentours. C'était un endroit calme,
paisible et peu fréquenté. Au-dessous, la mer se jetait contre la digue. Elle devait sauter. Les
spectres de ses parents lui murmuraient des encouragements et lui promettaient des choses
merveilleuses. Pourtant elle ressentit un certain malaise. Célestine se rendit compte de l'acte qu'elle
allait commettre et de son importance. Elle était terrorisée, les encouragements des spectres furent
de plus en plus forts, insistants. Leurs visages devinrent moins familiers, jusqu'à devenir effrayants.
Qu'est-ce qu'elle était en train de faire ? N'était-ce pas de la folie d'accorder une telle confiance à
des êtres qu'elle ne connaissait pas ? Soudain elle fut projetée en arrière et ressentit un violent choc
derrière la tête. La douleur l'envahit et elle sombra dans les ténèbres.
Il lui sembla entendre des appels qui devinrent de plus en plus distincts. Combien de temps
avait-elle été inconsciente ? Elle n'en savait rien...
« Mademoiselle, Mademoiselle ! » Elle était allongée sur un banc public non loin de la falaise.
« Je vous ai vue vaciller dangereusement vers le vide, alors je vous ai poussée à terre. Je ne vous ai
pas fait trop mal j'espère ?
- Non, merci, répondit-elle encore sous le choc, ces terribles créatures ne vous ont pas attaqué ?
- De quoi parlez-vous ? Ma parole je vous ai heurté un peu trop ! »
F. G.
Le retour
« Nous revenons Maman ! »
- OK, mais ne tardez pas, à vingt heures vous êtes rentrées ».
La porte claqua.
« Emilie, on peut jouer à cache-cache ?
- Si tu veux ».
Emilie se mit à compter.
Emma dévala une longue pente et arriva devant un pont délabré.
« C’ est pas avec mes trente-six kilos que ce machin va céder ! ».
Elle s’avança.
« J’arrive ! annonça Emilie ».
Au loin, la voix d’Emilie résonnait. Elle allait la trouver. Emma se mit à courir sur le pont.
Elle se retourna pour voir si elle apercevait la tête de sa sœur. Elle reculait. Soudain, Emma perdit
pied. Le poids de son corps l’entraîna dans un trou, où auparavant se tenait une planche en bois.
Malgré ses un mètre cinquante, le bruit se fit sourd. A huit ans, Emma ne savait pas nager. Ses
efforts étaient vains. Une panique d’un degré immodéré se faisait sentir dans le plus profond de son
âme. Elle était incapable de crier. Elle poussa son dernier souffle dans le plus grand secret.
A vingt heures, Emilie rentrait comme convenu. Elle avait cherché sa petite sœur mais ne
l’avait pas retrouvée. La famille habitait un petit village : Emma reviendrait bien à un moment, se
sentant seule dans sa cachette.
Trois mois s’écoulèrent …
Emma n’était toujours pas revenue. La police avait fait des recherches sans succès. Elle avait
donné son verdict. Emma les avait quittés, peut-être était-elle allée au paradis ? Bien sûr, seule Emilie
pensait l’inverse. Elle voulait montrer à tous qu’Emma était toujours vivante.
Une nuit, elle sortit. Un sixième sens l’avait poussée hors de son lit : elle était comme
somnambule. Sans le savoir, elle avançait en direction du fameux pont où sa sœur avait laissé sa vie.
Elle évita tous les trous et se posta sur le bord du pont. Soudain, une lumière l’aveugla. Une
silhouette descendait lentement d’une éclatante pleine lune. Emilie reçut une vive décharge. Plus la
silhouette avançait, plus elle distinguait le beau et joyeux visage de sa petite sœur. Sans aucun mot
les deux sœurs se prirent dans les bras. Emilie était tellement soulagée !
Lorsqu’Emilie ouvrit les yeux, elle était dans son lit. Elle se souvenait très bien de la veille. Elle
passa sa main sur son visage et sentit un roulement lui frotter les joues et le nez.
Non, elle ne rêvait pas : c’était bien le bracelet que sa sœur avait fait avec des perles.
A. M.
La traversée du livre
Je vais vous conter l’étrange histoire de Leslie Pitman, une jeune romancière.
Tout commença après un rendez-vous chez son éditeur. Ce dernier ayant refusé de
publier son livre, elle repartit bredouille chez elle. Sur le chemin du retour, elle fut
victime d’un terrible accident de voiture.
Quand elle ouvrit les yeux, elle avait la tête qui tournait, elle était allongée sur
l’herbe.
Leslie avait l’impression de distinguer une vague silhouette qui se tenait au-dessus d’elle.
La personne l’aida à se relever et l’assit sur un banc et lui demanda :
« Est ce que tout va bien Mademoiselle ?
- Oui, oui bégaya-t-elle. Que s’est-il passé ?
- Je ne sais pas trop, je me baladais dans mon jardin quand soudain vous avez atterri à
quelques mètres de moi, expliqua la silhouette qui en fait était un jeune homme.
- La seule chose dont je me souviens c’est d’avoir été victime d’un accident de voiture !
- C’est bizarre, rétorqua-t-il. Au fait, je m’appelle Jack.
- Moi, c’est Leslie ; je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’impression de vous avoir déjà vu
quelque part, déclara-t-elle.
- Ah bon !? Ça ne me dit rien, voulez-vous venir boire un verre chez moi pour vous
remettre de vos émotions?
- Volontiers, répondit Leslie. »
Quand elle arriva dans la maison de jack, celui-ci lui servit un verre d’eau ; elle
admira les lieux, la décoration… qui lui sembla encore une fois familière. Une photo attira
son attention
« C’est vous sur la photo ?
- Effectivement, c’est moi, accompagné de… mon… frère qui a disparu il y a un an…
- Je suis navrée.
- Ce n’est pas votre faute.
- Vous n’avez jamais retrouvé son corps ?
- Non.
- Ça me fait penser au dernier roman que j’ai écrit ; c’est à peu près la même histoire
sauf qu’à la fin le héros retrouve son frère. »
Tout d’un coup, Leslie comprit tout, l’air familier de Jack, le frère disparu, les lieux
qu’elle semblait reconnaître. C’était le même décor et la même histoire que dans son
livre !
Soudain elle fut prise de vertiges et s’évanouit.
Quand elle se réveilla, elle se trouvait dans un lit d’hôpital avec un mal de tête
horrible. Quand elle mit sa main sous son oreiller, elle sentit quelque chose : c’était la
photo de Jack et de son frère ! Elle ne comprenait plus rien ! Est-ce que c’était un rêve
? La réalité?
Si oui, comment se faisait-il qu’elle soit passée de la maison de Jack à un lit
d’hôpital? Est-ce que Jack avait finalement retrouvé son frère ?
M. R.
L’ombre obscure
Leila était dans sa chambre avec sa meilleure amie. Elles jouaient aux cartes depuis un long
moment. Quand la partie fut terminée, elles décidèrent d’arrêter et de discuter un peu.
Vers dix-huit heures, Leila passa devant son miroir et remarqua qu’elle était habillée tout en noir. Or,
elle ne se souvenait pas s’être vêtue de noir le matin même.
Le lendemain après sa journée de cours épuisante, au moment d’enlever sa montre, elle fut
surprise qu’elle n’était pas blanche mais noire. Elle pensa qu’elle avait dû échanger de montre avec une
de ses camarades pendant le cours de sport mais elle regarda l ’objet avec attention et elle remarqua qu’il
y avait ses initiales dessus. Elle appela son amie au téléphone pour lui expliquer le problème mais celle-ci
ne comprenait pas et lui certifia que sa montre avait toujours été noire et non blanche. Elle raccrocha,
non satisfaite de la réponse de son amie.
Au bout d’une semaine, elle s’inquiéta car des marques noires apparaissaient sur sa peau et
ses cheveux commençaient à devenir sombres.
Elle en parla à sa mère qui lui affirma qu’à l ’adolescence, le stress pouvait apparaître des marques sur
la peau.
Dans sa chambre, sur son miroir, elle découvrit des taches noires couler. Elle courut dans la chambre de
sa sœur pour lui demander ce qu’elle avait fait mais quand elle arriva devant la porte, elle se souvint que
celle-ci était en voyage scolaire. Mais alors, qui avait bien pu tacher son miroir ?
Sa mère, voyant que sa fille n’était pas en grande forme, lui proposa d’inviter deux amies à
dormir ce vendredi. Quand ses amies furent enfin là, elles montèrent dans sa chambre. A peine arrivée sur
son lit, Leila poussa un cri en voyant ses cheveux qui étaient devenus tout noirs, ainsi que ses bras. Ses
deux amies lui demandèrent pourquoi elle avait tant changé en un mois de temps, pourquoi elle s’habillait
tous les jours en noir, et pourquoi elle était agressive dès qu’une chose ne lui plaisait pas ou quand elle
n’avait pas raison. Elle pleura, s’énerva, leur dit de partir et de ne plus l ’approcher. Elle les menaça et
les insulta.
Le week-end passa et le lundi, personne ne voulait l ’aborder. Elle se demanda si ce n’était
pas un coup monté. Même ses parents ne lui parlaient plus, ne riaient plus avec elle. Au bout d’une
semaine, elle était devenue toute noire, sombre, obscure. Elle ne pensait qu’à faire du mal.
Plus personne ne la considérait, ne lui parlait. Elle décida de casser son miroir avec un marteau mais elle
eut beau frapper sur la vitre, celle-ci ne se brisa pas. Elle tapa plus fort, en vain.
Le lendemain, elle se rendit au bord de la colline pour regarder une dernière fois le beau et
sombre paysage qu’elle avait tant regardé durant toutes ces longues années de bonheur.
N. P.
« Mathéo, viens manger ! C’est la quatrième fois que je t’appelle. cria sa mère.
- Oui, c’est bon, je finis juste ma partie ! répliqua Mathéo.
- Ça fait trois semaines que tu me dis ça ! Tous les soirs tu es scotché à ton écran depuis que tu as ce
jeu, lâche-le un peu ! Et puis, comment l’as-tu acheté ? Il coûte cent-vingt euros. C’est pareil pour
cette console, six-cent cinquante euros et…
- C’est bon, c’est bon, gronda Mathéo, j’arrive. »
Mathéo descendit les escaliers et s’installa à table puis mangea :
« Comment s’est passée ta journée ? questionna la mère de Mathéo. Tu as réussi ton contrôle ?
- Ouais, je suis trop fier, annonça Mathéo.
- Oh génial, tu as eu quelle note ? s’enquit sa mère.
- Un trois sur vingt.
- Comment ? Trois sur vingt ! Tu es censé être fort en histoire ! s’indigna sa mère.
- Oui mais c’est la prof, ses contrôles sont trop durs. ronchonna-t-il.
- Ce n’est pas une excuse, tu as dix-sept ans. Va me chercher ta copie que je voie ce désastre ! »
Mathéo monta dans sa chambre, prit sa copie et la rapporta à sa mère. Sur la feuille il était
écrit : « Mathéo est un élève très dissipé, il n’est pas concentré, s’endort en cours et est constamment
fatigué, il est parfois violent et très émotif. J’espère qu’il changera de comportement au plus vite. »
Elle lut l’annotation et, furieuse, envoya son fils dans sa chambre. Il fit semblant de dormir, attendit
impatiemment jusqu’à tard dans la nuit et sa mère se coucha.
Après quelques minutes, il se remit à jouer à sa console. Dehors, il faisait très sombre, dans le
ciel, les nuages couvraient les étoiles et la lune, les arbres étaient à peine distinguables et il n’y avait
pour lumière que les lampadaires de la rue qui éclairaient faiblement la route. Il jouait, jouait,
débloquait toutes sortes de niveaux, d’objets comme une dague du Moyen-Age ou une cape
d’invisibilité. Après avoir fait plus de treize parties, l’adolescent était fatigué, il commençait à voir
flou, il se posa sur son lit et s’endormit.
Quelque chose le réveilla ; il ne savait pas quoi mais par réflexe il regarda l’heure et vit que son
sommeil n’avait duré que quelques heures. Tout à coup un énorme bruit le fit sursauter, il se tourna et
découvrit avec effroi une sorte de golem en pierre avec une énorme massue. Effrayé, il sortit de son lit
d’un bond et essaya de s’échapper, il ne pouvait malheureusement pas. Sa chambre était devenue une
grande salle où se trouvaient des tables de banquet, une cheminée avec des braises chaudes et des
décorations somptueuses. Il courait mais au fur et à mesure qu’il avançait, il y avait de plus en plus de
créatures et d’obstacles. Mathéo ne savait pas pourquoi mais la situation lui paraissait familière. Il
était de plus en plus faible et terrifié, à chaque fois, il ratait ses tentatives de s’échapper ; il se résigna
donc à se défendre. C’est alors que le garçon découvrit dans sa poche une énorme seringue avec des
sachets de poudre. Etourdi, il tapait au hasard et quand il touchait un monstre avec cette « arme », le
monstre disparaissait : la poudre lui servait comme un fumigène blanc, toxique. Mathéo prit un sachet
et l’envoya sur un molosse qui l’attrapa et le renvoya sur lui ; aveuglé, il reçut un coup de massue qui
l’assomma. Il entendit alors une alarme, se réveilla, prit son petit-déjeuner et partit au lycée en se
disant que ce n’était qu’un mauvais rêve.
Après une longue journée d’ennui et de sommeil, le jeune rentra chez lui. Des policiers
l’attendaient avec sa mère qui pleurait. Ils lui montrèrent une seringue, des sachets de poudre et… une
vieille dague.
R. A.
L’autre monde
Un jeune garçon, Christophe, treize ans, rejoignit ses amis, François et Arthur.
Ils se promenaient dans la rue et ils atteignirent un vieil immeuble qui, d’après les légendes,
appartenait à un fou. Elles disaient aussi qu’il s’était passé des choses inexplicables et que
ceux qui entraient dans ce bâtiment n’en ressortaient plus.
Chris n’en croyant pas un seul mot, décida de se rendre à l’intérieur et de
monter sur le toit pour s’amuser et se moquer de vieilles légendes comme celle de
l’immeuble. Mais tout à coup, une force invisible poussa Christophe du toit.
Il tenta de se rattraper sur des balcons ou des rebords de fenêtres mais il n’y arriva pas :
quelque chose l’en empêcha. Il ferma donc les yeux pour ne pas voir sa chute mais d’un
coup, il sentit le sol sous ses pieds, sans heurt. Il ouvrit les yeux et il se rendit compte qu’il
était dans un autre univers.
Tout était exactement pareil : l’immeuble, les maisons mais en haut du
bâtiment, il ne vit plus ses amis. Il regarda autour de lui et il aperçut des silhouettes qui
marchaient : il courut en espérant que ce soit ses amis mais … ce n’était pas eux, ce n’était
pas ce qu’il espérait ; c’était des êtres sans visage, sans émotion, ils étaient tout noirs,
mais ils n’étaient pas humains.
Tout à coup il distingua une autre silhouette qui était vêtue de rouge qui
courait. Il la rattrapa. C’était une petite fille qui paraissait avoir neuf ans mais en réalité elle
en avait cent de plus car, d’après ce qu’elle expliqua à Christophe, dans cet univers, le
temps s’arrêtait, si bien que les individus ne pouvaient pas vieillir. Elle s’appelait Kaïna.
Elle ajouta que le seul moyen de sortir de ce monde était de prendre une faille temporelle.
Celle-ci apparaissait tous les cent ans. Le problème était que cette faille apparaissait aussi
vite qu’elle disparaissait donc, elle était quasiment impossible à prendre. De plus, nul ne
savait où elle apparaissait.
Le garçon eut une vision qui lui montra un endroit familier, un endroit vraiment
étrange et sombre : c’était l’immeuble ! Donc il s’y rendit avec Kaïna et ils furent témoins
d’un phénomène tout à fait extraordinaire mais qui faisait tout aussi peur ! La petite cria :
« C’est la faille ! » Le garçon sauta dedans mais… trop tard ! Celle-ci disparut avant !
Christophe n’avait donc plus de choix : il devait attendre cent ans pour pouvoir retourner
dans le monde des mortels et retrouver sa famille et ses amis.
L. S.
Un lundi, le 13 Octobre dans les années deux-mille.
Émilie Caliet était une enfant de l ’âge de neuf ans, une jolie orpheline : calme, discrète,
aux yeux bleus et aux cheveux bruns mais pourtant au regard constamment perdu … Une
enfant perdue depuis un an . Ce jour-là, cela faisait une année que la souffrance la rongeait.
Émilie avait perdu ses parents dans un accident de voiture ; ses grands-parents
morts de vieillesse et ses oncles décédés à la guerre, elle n’avait plus aucune famille. Un seul
objet lui restait d’eux . Un appareil photo, offert par son oncle Robert pour son sixième
anniversaire.
Dans la vie, sa seule distraction était l ’école, le travail, les cours, surtout le
français. Elle avait vingt sur vingt de moyenne : une élève excellente, très brillante. Elle s’était
attachée à son professeur de littérature qui lui prêtait régulièrement des livres sur différents
thèmes.
En ce lundi, Mme Valiste, enseignante en littérature, devait lui choisir un
livre. Son choix se porta sur La photo familiale un roman auquel elle semblait tenir
particulièrement. Quelques heures après, Émilie était assise dans son lit au milieu de sa petite
chambre, prête à commencer ce livre plein de mystère.
« Chapitre Un : Une jeune fille… », elle avait à peine débuté son livre qu’elle
se retrouva dans un monde immaculé : du blanc partout ! Il s’agissait peut-être d’une
immense pièce sans mur. Personne aux alentours, mais il lui semblait entendre des murmures, à
quelques mètres d’elle. Elle n’avait aucune connaissance du temps.
Plus Émilie avançait dans cet espace, plus elle apercevait des ombres. Elle se
mit à marcher de plus en plus rapidement jusqu’à courir comme une gazelle.
Mais d’un coup, elle fut stoppée par les visages familiers de ses oncles, grands-parents et
parents, tous réunis autour d’une table.
Ils avaient l ’air heureux, à tous rire dans cette pièce infinie. Alors qu’Émilie
allait prendre la parole, toutes les têtes de ses proches se tournèrent vers elle. Sa mère, émue,
la prit dans ses bras en lui demandant : « Mais ma chérie qu’est-ce que tu fais là… que
t’est - il arrivé pour que tu sois ici!? »
Émilie déboussolée, perdue, mais heureuse, leur raconta toute son aventure.
Après un long moment d’attention, elle s’assit à la table, napée d’un drap rouge sang orné d’
une dentelle à la blancheur cadavérique, et décorée d’un vase rempli de fleurs fanées.
Après avoir passé de délicieux instants avec sa famille, son père lui demanda :
« Mais comment vas-tu revenir dans le monde où les gens sont tristes et en colère ?
Comment vas-tu franchir la frontière de ces deux mondes ? Elle eut à peine le temps d’ouvrir
la bouche que son oncle Robert, lui fit remarquer son appareil photo.
Elle s’exclama : « Oui ! Je ne m’en suis jamais séparée ! C’était le meilleur
anniversaire que j’aie jamais passé avec toute la famille, le meilleur moment de ma vie sans
aucun doute ! » Puis elle se retourna vers son père et lui répondit : « Avant de descendre, je
veux faire une photo avec vous tous et je l ’encadrerai.
Je la poserais sur ma table de chevet pour ne jamais vous oublier. » Ils se
serrèrent les uns contre les autres puis l ’appareil photo afficha : 3,2,1…
Émilie se réveilla alors dans son lit avec le livre entre les mains. Elle le posa
sur sa table de nuit et vit la photo la représentant, entourée de sa famille dans un décor
blanc neigeux.
N.L.
C’était le 21 janvier ; comme d’habitude j’allais au
collège. Je partis de la maison à 7h 15. Il faisait nuit.
Arrivé au collège, je ne trouvai personne. Nous étions
jeudi et pourtant ni les professeurs ni les élèves
n’étaient présents. Je regardai mon téléphone : il était
7h 15 !
Je rentrai chez moi, mais rien ne bougeait, tout était
silencieux même mon chien, qui d’ habitude était si
bruyant, n’aboyait pas. Je n’avais pas remarqué, à force de
regarder mon téléphone, que sur les routes et dans les
airs, les voitures, les camions, les vélos, les motos, les
gens !… plus rien ne roulait ni ne marchait sur la terre.
Tout était à l’arrêt. Dans les airs, idem, les avions, les
oiseaux, même les étoiles filantes ; rien ne volait non
plus ! Je commençai à presser le pas, j’étais inquiet.
Je compris ce qui se passait seulement au moment, où,
devant chez moi, notre vieille voisine qui tenait en
équilibre sur un demi-pied et cette expression
d’épouvante sur son visage laissait penser qu’elle avait
trébuché et s’était arrêtée net. Ses fruits et légumes qui
flottaient comme par magie ou plutôt par maléfice me
firent paniquer. Je compris que tout s’était arrêté.
Ce temps que j’aimais, que je voulais accélérer pour
découvrir la vie s’était arrêté ! Je me mis à paniquer au
moins pendant une heure, mais cela ne changea rien. Je
savais bien qu’un dixième de seconde ne s’était pas
écoulé. Il ne se passa rien durant cette heure. Rien. Ni
accélération, ni retour, ni reprise du temps.
« Le temps n’existe plus sur Terre. », je me le répétai
sans cesse pendant longtemps ou plutôt aucun temps. Et
tout ce silence, ce froid ; ni vent, ni pluie pour me
donner espoir. Je réfléchis et pensai que si je
m’endormais, je pourrais revenir à mon Temps.
Vous devez vous demander comment m’est venu cette
Idée ? En réalité, je ne sais pas ! Mais je m’endormis,
pendant ce qui aurait pu être plusieurs heures dans ce
non-monde ; ce non-Temps.
Quand je rouvris les yeux, j’étais dans mon lit, dans
ma chambre, dans ma maison, dans ma ville, dans mon
monde, dans mon Temps. Enfin c’est ce que je pensais ! je
regardai mon réveil : il était 7h 15, le 21 janvier. « C’est
la que tout a commencé ! », me dis-je. Je relevais la tête,
je me cognai ! Sur quoi ? Vous allez le savoir ! C’était
sur une chose poilue, à quatre pattes et une queue : mon
chien, flottant, qui ne bougeait pas. Aucune narine ne
frémissait, aucun poil ne bougeait. Il était au-dessus de
moi, prêt à me tomber dessus après un grand saut.
Il était comme arrêté dans le Temps…
M. R.