Article Gerson
Article Gerson
RESUME
Cet article a pour objectif d’étudier la configuration actuelle des communes rurales et
des villes du Grand Nord-Kivu en analysant leur connectivité et accessibilité aux
infrastructures de transport (route nationale, aéroport et port lacustre).
La route est la voie de transport qui convient pour connecter les communes rurales et
les villes du Grand Nord-Kivu.
L’indice d’accessibilité de Shimbel nous a permis de dégager la ville de Beni et celle de
Butembo comme ayant une bonne accessibilité.
Sans un réseau ferré, mais avec un transport aérien et lacustre moins importants ainsi
qu’une surpopulation, la région du Grand Nord-Kivu est, dans l’ensemble, enclavée. Son
indice gamma est de 0,33, et de manière particulière, 0,88 en Territoire de Beni, 0,44 en
Territoire de Lubero.
Les infrastructures de transport du Territoire de Lubero et de Beni restent délabré et
insuffisant au regard du poids démographique et de l’urbanisation de plusieurs
agglomérations.
Pour une meilleure connectivité des communes rurales et des villes du Grand Nord-
Kivu, ce travail a incité l’opinion et relevé quelques pistes de solution pour désenclaver la
zone.
ABSTRACT
This article aims to study the current configuration of rural communes and cities in Greater
North Kivu by analyzing their connectivity and accessibility to transport infrastructure
2
(national road, airport and lake port). It has been observed that for several years, the road
and air communication network, the only existing routes in the region, has not increased
while, according to Dupriez, "the economy is movement" (WOOT & Dupriez, 1992-3). The
intensity of transport infrastructure does not evolve with the strong demography, growing
urbanization, foreign trade with the East (China, Dubai) or the exploitation of natural
resources. It is appropriate to question whether these factors influence the construction of
transport infrastructure in the localities of Greater North Kivu, their distribution as well as the
transport policy adapted for better connectivity of the communes. The road is the transport
route that is suitable for connecting rural communes and cities in Greater North Kivu. The
Shimbel accessibility index allowed us to identify the cities of Beni and Butembo as having
good accessibility. Without a rail network, but with less significant air and lake transport as
well as overpopulation, the Greater North Kivu region is, overall, landlocked. Its gamma
index is 0.33, and in particular, 0.88 in Beni Territory, 0.44 in Lubero Territory. The transport
infrastructure of the Lubero and Beni Territory remains dilapidated and insufficient in view of
the demographic weight and the urbanization of several agglomerations. For better
connectivity of rural communes and cities in Greater North Kivu, this work has encouraged
opinion and identified some possible solutions to open up the area.
1 INTRODUCTION
De nos jours, il est encore difficile de vérifier de façon empirique les liens entre le
territoire et l’infrastructure de transport. La principale difficulté réside dans l’identification du
rôle que cette infrastructure peut jouer dans la modification de la structure, le fonctionnement
et la dynamique du territoire. La réponse n’est donc pas aussi nette et tranchée dans le
domaine des sciences sociales (ABDILLAHI GUIRREH & NOUR AYEH, 2023).
2 LITTERATURE
2.1 Accessibilité
En géographie, l’accessibilité exprime au sens large la plus ou grande facilité avec
laquelle on peut atteindre un lieu ou une opportunité localisée (un objet, un service).
L’accessibilité correspond généralement à une mesure de l’effort-ou la facilité-à la franchir
les séparations spatiales. (GLEYZE, J.-F., 2001, p.10). La notion d'accessibilité est apparue
dans les années 1950 avec des auteurs comme Hansen (1959), qui a défini l'accessibilité
comme l’ensemble des opportunités d'interactions potentielles. Linneker et Spence (1992)
soulignent que la notion d'accessibilité est généralement utilisée pour englober les
possibilités offertes aux individus et aux entreprises d'atteindre les lieux où ils peuvent
réaliser les activités qui sont importantes pour eux (GARCÍA-PALOMARES, 2023).
Etant donné que les SIG actuels sont équipés de fonctionnalités d’analyses
topologiques de base, notamment Network Analyst d’ArcGIS (ULLÈS & CHAPELON, 2023),
4
la cartographie a été faite avec le logiciel Arcmap 10.8 sur le « shapefile » du Référentiel
Géographique Commun et le calcul des indices avec Excel 2016. L’analyse de réseau prend
en compte les routes nationales (RN2, RN4 et RN 44).
Les distances en kilomètres de routes et à vol d’oiseau entre les communes rurales
et les villes ont été obtenu à parti de googlemaps le 07/02/2024 à partir de ces positions :
Grand Rond-point Beni, cité de Mangina, Bulongo, HotelKasindiLubiriha, Lume,
Kyondokwetu, Centre Oicha, Nziapanda (Butembo), Peage routeLubero, Kirumba (centre
d’Accueil La Charité), Rond PointKisima (Kayna), Rond Point Central (Kanyabayonga).
Parmi les itinéraires possibles, ce travail n’a retenu que ceux qui permettent aux
voyageurs (transporteur) de maximiser sa satisfaction en termes de praticabilité et de temps
(cohérence ou optimisation).
Grace aux formules de M. Frémond & J.P. Antoine (2011), nous avons calculé la
densité et la sinuosité des différents axes routiers.La densité du réseau (d) est le rapport
entre la longueur totale du réseau (L) et la superficie du territoire (s) alors que la Sinuosité
(Si)= sachant Dvol,iest la distance en vol d’oiseau et Dréel,ila distance réelle.Le tronçon
est plutôt sinueux (s=0,49) et rectiligne (s=0,99). Le flux entre deux villes est directement
proportionnel à leur masse (produit) et inversement proportionnel au carré de leur distance.
Poids démographique, économique.
Ensuite, Sécar Ducruet (2010) fourrnit les calculs de Koinig, l’indice de Shimbel et
d’accessibilité.
Indice de Shimbel : somme des longueurs des plus courts chemins permettant de
relier tous les autres sommets. Ai= .
A(G)=
A(P)=
Dc(v) =
CB(i)=gjk(i)/gjk
5
**Dans un graphe valué (ex : distance kilométrique pour les liens ; population ou
richesse pour les sommets) ((Ducruet, 2010)
Nombre des classes K1 (de Huntsberger) et K2 (deBrooks-Carruthers) a été calculé par les
formules suivantes (Groupe Chadule, 1974) : K1=1+3,3log10n et K2 5 log10n (BUKOME
ITONGWA & KINGOMA MUNGANGA, 2002).
Connexité simple
Connexité pondéré
Graphe du
Grand
Nord-Kivu 91% 85%
(S-C) /(S-1) IC2=[(S1)2+(S2)2+…(Sk)2] / S2
L=nombre de sommets. S=Nombre de liens(arrêtes), C=nombre de composantes connexes.
L’analyse topologique du réseau routier et des méthodes Land Use and Transport
Infrastructure (LUTI) telles que l’indice de Shimbel ont permis d’étudier la configuration du
réseau de transport routier du Grand Nord-Kivu.
La présente étude a été menée dans les territoires de Beni et Lubero, situés à
l’extrême Nord de la province du Nord Kivu. Désignés souvent par « Grand Nord », cette
6
région couvre environs 25.580 km², soit 42,9% de la superficie de la province - dont 18.096
km² pour le territoire de Lubero et 7.484 km² pour Beni (Archives Mairie de Butembo, 2000),
deux tiers des villes provinciales (Butembo et Beni), soit 66,6%, 9 des communes rurales
(Kanyabayonga, Kayna, Kiruma, Lubero, Mangina, Kyondo, Bulongo et Lume).
En République Démocratique du Congo, le réseau routier compte 152 400 km dont
7 400 km de voies urbaines (5%), 58 129 km de routes d’intérêt général (38%) et 8 687 km
de routes d’intérêt local ou de desserte agricole (57%) (ANAPI, 2022). Sur les 58 129 km de
routes d’intérêt général, le grand Nord représente ainsi 0,6%.
L’Etat congolais avait le monopole de routes. Ce n’est qu’en 2012 que le secteur a été
libéralisé, surtout pour les routes locales. En 2013, l’Etat décide de créer des nouvelles villes
et communes1. En 2024, une zone économique spéciale (ZES) est créée à Musienene, en
Territoire de Lubero, sur la Route Nationale N°22
1
Les communes rurales du territoire de Lubero : Kanyabayonga, Kayna, Kirumba, Mighobwe, Kaseghe,
Kitsombiro, Kipese, Lubero, Masereka, Luotu. La ville de Luholu regroupe les communes rurales de Kayna,
Kirumba, Mighobwe. En Territoire de Beni : Bulongo, Kasindi, Kyondo, Lume, la ville d’Oicha, Mangina.
2
La Zone Économique Spéciale de Musienene a été dotée de son statut de ZES depuis le 13 mars 2023 par
l’Agence des zones économiques spéciales (AZES)
7
km bitumés de Beni à Luna, jusqu’à Kisangani via Komanda, 1 700 km de voie fluviale entre
Kisangani et Kinshasa et 400 km macadamisée de route entre Kinshasa et Matadi (KASAY
KATSUVA, 1988).
Avant la seconde guerre mondiale, la plupart des échanges étaient effectuées par route,
et dans une mesure inférieure, la contrebande se faisait par voie lacustre (MUMBERE
MISUGHO, 2015-2016).
Dans le Grand Nord-Kivu, les transactions ont constitué la richesse initiale de la région et
se sont effondrées avec le délabrement des infrastructures routières qui ne permettent plus
la viabilité du marché. Ce commerce a connu son expansion la plus florissante dans
l’importation des divers produits manufacturés du Moyen-Orient et de l’Extrême-Orient
depuis la fin des années 80 jusqu’au milieu des années 90. Après le blocage des routes
intérieures, le marché extérieur a d’abord fonctionné avec l’exportation du café marchand. La
filière café a décliné à cause de la trachéomycose (KAMBALE MIREMBE, O., 2005).
Les précipitations sont régulières à Beni (1 716 mm) et à Lubero (1 528 mm) où
aucun ne reçoit une moyenne inférieure à 75 mm. On y observe deux saisons des pluies
australes (septembre-octobre) et boréales (mars-avril). Le climat équatorial classique de type
guinéen s’étend sur les basses terres occidentales et septentrionales. Un climat équatorial
d’altitude sur les hautes terres. Dans la partie orientale, il y a le Lac Edouard (altitude 912m)
couvrant 2 250 km, profondeur 60 à 110 m (MUMBERE MISUGHO, 2015-2016).
Par ces essences figurent les légendaires bois tropicaux, bois précieux tels que
Khayaanthothea (Linzo), Markhamialutea (Musevere). La foret ombrophile stricosensus se
trouvent en lambeaux résiduels loin des axes routiers entre Zakaria et Itendi, sur la piste
Manguredjipa (KASAY KATSUVA, 1988).
Sur la partie orientale se trouve le parc national des Virunga. L’agriculture reste la
principale activité économique de la région ; 80%de la population active, excepté les localités
de lacustres de Kyavinyonge, Muramba, Kisaka, Musenda, Katundu, Lunyasenge, Kamandi
où la pêche est prépondérante (MUMBERE MISUGHO, 2015-2016).
Le réseau routier national au Grand Nord-Kivu est long d’environ 370 km, sur les axes
Kanyabayonga-Eringeti et Matongo-Kasindi. Elle goudronné en ville de Butembo sur 9 km et
sur l’axe Beni-Eringeti sur 65 km. Ainsi, la densité est 176hab/km au carré, 1 km de route
nationale par 69 Km au carré.
Fig.2 : Configuration des communes rurales et des villes du Grand Nord-Kivu (source de
données Shapefile : Référentiel Géographique Commun RDC 2010).
9
La probabilité que deux sommets tirés au hasard puissent être reliés par un chemin (i.e.
appartiennent à la même composante connexe) (IC2=85%). Il montre que le graphe est
moins découpé en deux composantes).
Centralité d'éloignement
Centralité de degré (Cd)
Somme des écarts (Se)
Kibanda village
Kanyabayonga
Maximal (CM)
Butembo
Beni ville
Mangina
Kirumba
Bulongo
Lubero
Kayna
Oicha
Lume
(Ce)
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
Kanyabayongaayonga
0 1 2 3 4 5 6 6 6 7 8 48 7,6 1 4,8 8
Kayna 1 0 1 2 3 4 5 5 5 6 7 39 9,3 2 3,9 7
Kirumba 2 1 0 1 2 3 4 4 4 5 6 32 11,4 2 3,2 6
Lubero 3 2 1 0 1 2 3 3 3 4 5 27 13,5 2 2,7 5
Butembo 4 3 2 1 0 1 2 2 2 3 4 24 15,2 2 2,4 4
Beni ville 5 4 3 2 1 0 1 1 1 2 3 23 15,8 4 2,3 5
Oicha 6 5 4 3 2 1 0 2 2 3 4 32 11,4 1 3,2 6
Mangina 6 5 4 3 2 1 2 0 2 3 4 32 11,4 1 3,2 6
Bulongo 6 5 4 3 2 1 2 2 0 1 2 28 13,0 2 2,8 6
Kibanda village7 6 5 4 3 2 3 3 1 0 1 35 10,4 2 3,5 7
Lume 8 7 6 5 4 3 4 4 2 1 0 44 8,3 1 4,4 8
TOTAL 364
La ville de Beni présente l’indice de Shimbel le plus élevée (Shi=5,8) suivi de la ville
de Butembo (Shi=15,2). De leur côté, les communes rurales de Kanyabayonga et de Lume
présentent des indices de Shimbel les moins élevés, soit respectivement 7,6 et 8,3. Les
communes rurales de Kirumba, Oicha et de Mangina, situées elles aussi aux extrêmes du
réseau, ont chacune un indicede Shimbel de 11,4.
Distance de
Distance en
Sommet km en vol Sinuosité
km de route
oiseau
Kanyabayonga-Kayna 17,2 10,5 61%
Kayna-Kirumba 7,4 5,3 72%
Kiruma-Lubero 83,1 44,7 54%
Lubero-Butembo 41,3 30,2 73%
Butembo-Kyondo 0,0 0,0
Butembo-Beni 59,1 47,9 81%
Beni-Oicha 26,7 23,2 87%
Beni-Mangina 28,6 22,0 77%
Beni-Bulongo 36,9 29,1 79%
Bulongo-Kibanda 9,4 7,7 82%
Kibanda-Lume 7,0 5,2 74%
Totaux 316,7 225,9 71%
Fig. 5 : Sinuosité des tronçons routiers du Grand Nord-Kivu sur la Route Nationale 2, 4 et 44
(Googlemaps, nos calculs)
Globalement, le tronçon Kirumba-Lubero et Kanyabayonga-Kayna sont plus sinueux (54
à 61%) alors que celui de Beni-Oicha est assez rectiligne (87%). Par contre, les tronçons
Kayna-Kirumba, Lubero-Butembo, Beni-Mangina, Beni-Bulongo et Kibanda-Lume sont assez
rectiligne (72 à 79%). Les tronçons Butembo-Beni et Bulongo-Kibanda présente une très
faible sinuosité (81 à 82%).
Le lac Edouard se situe entre 0°04' et 0°39' de latitude Sud et 29°30' et 30°05' de
longitude Est avec 2/3 de sa superficie dans la partie congolaise et seulement 1 /3 en
Ouganda. Il fait partie du rift albertin et du bassin du fleuve Nil. Il est bordé par un complexe
transfrontalier d’aires protégées.
Le Lac Edouard a une superficie est de 2.240 km2 avec 1 .630 km2 en RDC (73%) et
600 km2 en Ouganda (27%). Il a une forme ovale avec une longueur maximale de 90 km et
une largeur maximale de 40 km. Sa profondeur maximum est d’environ 117 m avec une
profondeur moyenne estimée à 33 m (17 m dans les eaux ougandaises et 40 m dans les
eaux congolaises) (BALOLE-BWAMI LUBALA & al., 2018).
Les principaux marchés sont Butembo et Beni au Nord, desservi par la pêcherie de
Kyavinyonge et Goma au sud desservi par les pêcheries de Nyakakoma et Vitshumbi. Toutes
les autres cités (Kibirizi, Kanyabayonga, Kirumba, Miriki, Luofu, Kitsombiro, Kipese,
Masereka, Lubero, Kasindi, Mutwanga, Kiwanja) s’approvisionnent auprès de différentes
pêcheries légales et illégales. L’écoulement du poisson se fait par motos (appartenant en
grande partie aux pêcheurs). Sur la côte ouest, faute de route, des transporteurs gravissent
la montagne en portant le poisson sur le dos (BALOLE-BWAMI LUBALA & al., 2018).
12
Nombre de
nombre de Nombre de pirogues
pirogues pirogus avec
Territoire Pêcherie Total %
avec sans uméro
numéro numéro hors
pêcherie
Kyavinyong
Beni 1190 26 228 1444 36,6
e
Beni Kasindi Port 91 0 0 91 2,3
Kamandi&K
Lubero 102 0 8 110 2,8
iserera
Lubero Talihya 0 0 63 63 1,6
Lunyaseng
Lubero 66 0 67 133 3,4
e
Lubero Katundu 0 0 91 91 2,3
Lubero Kisaka 234 0 13 247 6,3
Lubero Musenda 26 0 8 34 0,9
Rutshuru Nyakakoma 468 65 47 580 14,7
Rutshuru Vitshumbi 908 20 220 1148 29,1
TOTAL 3085 111 745 3941 100,0
Pourcentag
78,3 2,8 18,9 100,0
e
Fig. 6 : Répartition des pirogues par pêcherie sur le Lac Edouard, côté RDC en 2013
(Balole-Bwami Lubala & al., 2018, nos calculs).
43,8 38,9
17,2
Fig.7 :Répartition des pirogues par pêcherie et par territoire sur le lac Edouard
13
Nos résultats ont montré que, de manière décroissante, les agglomérations les plus
accessibles se présentent comme suit : Beni, Butembo, Lubero, Bulongo, Kirumba, Oicha,
Mangina, Village de Kibanda, Kayna, Lume et Kanyabayonga. Ces résultats sont confirmés
par MUMBERE MISUGHO, qui fait remarquer que la densité moyenne du Grand Nord-Kivu
est estimée à 78,8 habitant/km2. La forte concentration des populations est d’abord
manifeste le long des voies de communication, sur l’axe routier de Kanyabayonga à Eringeti
(MUMBERE MISUGHO, 2015-2016). De même, « L’Afrique équatoriale est traversée par de
voies ferrées. La richesse minière a donné naissance, en pleine forêt, à des villes
industrielles ; au Katanga, Lubumbashi et Likasi sont parmi les meilleures villes les mieux
aménagées du monde » (Grand Atlas, 1983).
A ce sujet, Malcom, G., montre que les entreprises et les industriels préfèrent
s’installent près de villes. Selon cet auteur, « Si les couts d’expédition des produits pèsent
lourdement sur les coûts d’une entreprise et, en particulier s’ils dépassent les coûts de
transport des facteurs de production, elle sera poussée vers les villes. Cet attrait est
particulièrement fort dans les pays en développement, où les réseaux de transport
interurbains et entre zone rurale et les villes sont clairsemés ou couteux. Dans les pays
avancés, qui possèdent des réseaux de transport denses et efficaces, l’industrie
manufacturière tend à avoir les coudées plus franches et recherche des avantages comme
une main d’œuvre à bon marché, en s’intéressant moins aux coûts de transport (Malcolm,
1998)».
Il poursuit en concluant que « Dans les villes, les pouvoirs publics fournissent à des
prix qui traduisent d’importantes économies d’échelles les infrastructures, et notamment les
sites industriels, l’électricité, l’eau, le tout-à-l’égout, les routes, les chemins de fer et, dans de
14
nombreux cas, les ports. Les infrastructures sanitaires et éducatives sont également plus
perfectionnées en ville » (Malcolm, 1998).
A part la sécurité de leurs biens due à la présence d’un grand nombre des agents de
l’ordre et de sécurité, les entreprises trouvent à proximité des villes des banques avec
lesquelles elles traitent accèdent facilement aux crédits pour financer les transactions.
Dans le cas où la présence des matières premières n’attire pas les industriels, ils
seront poussés aux alentours des grandes agglomérations urbaines. Bien que non encore
opérationnelle, la zone économique spéciale à Musienene, près de la ville commerciale de
Butembo, en est une illustration.
Comme la densité du réseau routier n’a pas évolué depuis 2000, nos résultats sont
confirmés par D. BUKOME ITONGWA et J.-P. KINGOMA MUNGANGA (2002) qui notait le
cas inquiétant du Nord-Kivu où α=0,04 seulement, ce qui apparait comme une entité
exceptionnellement enclavée. Le Grand Nord-Kivu a été subdivisé le Nord-Kivu 4 zones
d’accessibilité. La zone avec une très bonne accessibilité (Indice de Shimbel =25-
30) comprend la ville de Goma, le territoire de Masisi, Rutshuru et de Lubero. Le Territoire
de Walikale est une zone avec une bonne accessibilité (IS=30-35). En plus, l’accessibilité du
territoire de Beni est moins bonne (IS=35-40) et dans la périphérie de la province, elle
devient médiocre (IS=40-45).
Aux Etats-Unis, 20% du PNB sont consacrés à des dépenses de transport. Rien
étonnant : c’est avec le chemin de fer que les Américains ont maitrisé leurs immenses
espaces et peuplé le pays. C’est un réseau de pipe-lines qui a fait d’eux le premier pays
pétrolier, en tant que le pays de l’automobile. L’essence, longtemps bon marché et la
concurrence entre le chemin de fer, la route et l’avion maintenant assez bas les prix des
transports. » (FROMENT, R. et ali, 1980, p. 202). Stanley, s’inspirant du modèle américain,
conclut que « sans chemin de fer, le Congo ne vaut pas un penny ».
Comme l’a fait remarquer P. Chauleur (1979), « Les transports représentent pour
l’Afrique un élément fondamental du développement et les pays africains y attachent tant
d’importance qu’ils consacrent en moyenne le quart du montant total des crédits prévus dans
leurs plans de développement nationaux ; plus de 60 % de l’allocation en faveur du transport
étaient consacrés à la construction, à l’aménagement et à l’entretien des routes » (BUKOME
ITONGWA & KINGOMA MUNGANGA, 2002).
15
« Le choix de la localisation d’un individu (un ménage) ou d’une entreprise dépend des
coûts de transport. La formation des villes dépend de deux facteurs :
« Dans les pays économiquement retardés d’Amérique, Asie et Afrique le réseau ferré
est tellement simplifié qu’il est inadmissible de parler d’un réseau. En effet, on observe de
simples lignes de pénétration qui relient les cotes océaniques à certains coins à l’intérieur du
continent mais non très éloignés de la côte (TAAFFE, 1960) ».
Le « biais urbain » [Lipton, 1977] semble toutefois limité. L’urbanisation africaine, dont
les formes sont variées, n’entraîne généralement pas une rupture des liens villes/campagnes
; les agglomérations urbaines sont liées à leur hinterland rural et elles ont une population
flexible. Les agglomérations urbaines sont des lieux d’intensification des échanges ; la ville
n’est pas seulement un lieu de ponction d’un surplus agricole, elle est également un espace
de création de richesse par la division du travail et le marché, et de constitution d’une
demande solvable. Il y a, en ville, diversité et non-uniformité des modes de consommation
notamment alimentaires, à la fois superposition, confrontation et dynamique propre [Cour,
1992 ; Dubresson, Raison, 1998 ; Requier-Desjardins, 1989]. Ainsi, à l’inverse des fausses
évidences, ce sont les pays les moins urbanisés d’Afrique qui sont relativement les plus
dépendants alimentairement sous forme d’importation ou d’aide alimentaire et ceux qui ont la
plus faible valeur ajoutée agricole par rural [Hugon, Coussy, Sudrie, 1989]. Les réseaux de
commerce, de stockage et de transport constituent ainsi un élément essentiel de l’articulation
spatiale (HUGON, 2003).
17
M. Kama Funzi (1971, 1983 et 1989), de son côté, évoque l’influence de la route sur
l’économie du pays. Selon lui, « Les voies de communication et les moyens de transport sont
insuffisants en pays sous-développés. Généralement, ils sont conçus pour permettre
l’exportation des matières premières vers les pays industrialisés. Les voies de
communication vont souvent des régions minières ou des plantations vers les ports
maritimes. Il y a peu de voies favorisant les échanges intérieurs ou des échanges entre Etats
du même continent. Les zone qui ne possèdent pas d’activités organisées pour l’exportation
sont souvent isolées » (BUKOME ITONGWA & KINGOMA MUNGANGA, 2002) .
Il convient aux Etats d’investirdans des projets d’amélioration des pistes rurales pour
réduire les coûts de transport et favoriser les échanges locaux. Le projet dans ce domaine
permettrait aussi de créer des emplois dans le milieu rural. Pendant le traçage de la route,
on engage des populations locales comme des journaliers. Après, on laisse la route à une
coopérative agricole locale qui s’occupe de l’entretien au moyen de péages (MATHIEU &
WILLAME, 1999).
Outre que les routes construites dans la forêt brésilienne ombrophile et ailleurs détruisent
l’habitat naturel le long des axes, elles encouragent la surexploitation de la forêt et des
superficies environnantes. Dans la mesure du possible, l’inclusion des coûts externes et le
recours à l’analyse coûts-bénéfices pour décider des investissements publics permettraient
d’éviter des opérations néfastes pour l’environnement ou d’en modifier la conception et d’en
réduire les coûts externes. Cependant, nombre de coûts externes à l’environnement ne se
prêtent pas facilement à quantification, en depuis de tentative en cours (Malcolm, 1998). Un
cas de figure, c’est les troncons kasindi-Beni et Lubero-Butembo où les patrouilles des
écogardes permettent de minimiser les dégats causés par les passagers sur les aires
protegées, notamment le PNVi et la Réserve à Faune de Lubero tranversées respectivement
par la RN2 et la RN 4.
En cas de construction d’un canal ou d’une route, les avantages majeurs qui en
résulte prennent la forme de rendements accrus sur les sols proches du canal ou d’un accès
plus facile au marché pour les produits cultivés sur les terres proches de la route. Les terres
ou les habitants éloignés en tirent un profit moindre ou totalement nul. Depuis la révolution
18
Grace à la présence d’une route nationale en bon état (asphaltée de Bukavu à Kavumu)
qui lie la zone d’étude au centre urbain (Bukavu), le commerce est la seconde activité
pratiquée par les ménages et favorise ainsi une forte concentration de la population le long
de cette route (FURAHA, MASTAKI, & LEBAILLY, 2013).
Toutefois, une certaine différence se dégage quand on compare le milieu rural du milieu
urbain, on trouve que les distances pour atteindre les institutions sociales diverses sont
relativement longues pour les milieux ruraux en comparaison aux villes. Ce qui, d’après les
spécialistes de l’urbanisation (LaVigne Delville, 1998 ; Massiah et al., 1987) encourage la
fuite de la main d’œuvre vers les centres urbains, l’exode rural (BALOLE-BWAMI LUBALA &
al., 2018).
Pour une bonne organisation de l’espace congolais, il serait indispensable de développer les
réseaux de communication en fonction de trois grandes orientations, tout en tenant compte
de la topographie, du relief et de l’hydrographie.On développerait plus le réseau routier à
l’Est du pays, le réseau ferroviaire au Sud et le réseau fluvial au Nord et à l’Ouest du Congo
(BUKOME ITONGWA & KINGOMA MUNGANGA, 2002).
Les marchés qui sont utilisés pour l’approvisionnement et l’écoulement sont un peu
plusdistants des villages atteignant en moyenne 4 kilomètres pour Kyavinyonge-
Tshiabirimu.Ilfaut par ailleurs noter que certains villages parcourent plus de 36 kilomètres
pour atteindre lesmarchés organis. (Kujirakwinja, Bashong, & Plumptre, 2007)
(BUKOME ITONGWA & KINGOMA MUNGANGA, 2002) pensent que c’est par la
restructuration du réseau routier congolais qu’on pourra mieux répondre aux besoins réels
du pays en matière de développement économique. A eux d’affirmer qu’il est difficile
d’asseoir une économie prospère si l’espace géographique, à la fois élément et support des
activités économiques, n’est pas bien structuré au départ.
Ces auteurs ajoutent que le Congo a hérité de la colonisation d’un réseau routier
extraverti, non adapté à un État souverain. Les principales voies de communication avaient
essentiellement pour rôle l’acheminement des matières premières minières et agricoles vers
l’extérieur du pays. Ce réseau ne privilégiait pas les échanges intérieurs et la mise en valeur
des potentialités locales. Les grandes difficultés à surmonter sont donc celles de
l’approvisionnement des milieux urbains en produits agricoles provenant des campagnes et
des milieux ruraux en produits manufacturés provenant des villes.
19
C’est pourquoi, Hugue Bertrand (1975) a observé que, dans les pays d’Afrique noire
les choix économiques ne se sont pas effectués en fonction des nécessités intérieures, des
besoins réels des populations, d’une construction nationale cohérente et viable, ils répondent
20
L’aménagement des routes, les métiers non agricoles et la création des marchés sont
parmi des solutions importantes pour les problèmes de ces milieux d’étude (Kujirakwinja,
Bashong, & Plumptre, 2007)
Il existe, au Nord, dans la ville de Beni, un aéroport nation accessible aux petits
porteurs des personnes et une piste en ville de Butembo. Ce qui est insignifiant au regard du
poids économique de la zone. Il existerait plusieurs zones habitées et riches en ressources
naturelles, mais non privées des routes. Le Lac Edouard serait moins connecté aux routes et
tout transport des marchandises vers l’extérieur via le lac serait considéré comme une fraude
douanière.
Les routes et les aéroports restent les moyens à mettre en œuvre pour désenclaver
le grand Nord-Kivu en le reliant aux autres provinces à différents niveaux. (Bandulu-
Kisangani, Kasugho-Lindi, Bingi-Kisangani, ne fut-ce respecter même la carte belge dont le
plan reste en vigueur à jour).
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