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Léon Zitrone

Léon Zitrone, reporter de télévision depuis 1956, partage ses expériences marquantes, notamment les obsèques de Winston Churchill et le mariage du roi des Belges. Il évoque les défis du métier, tels que la préparation minutieuse et les difficultés administratives rencontrées lors de reportages. Zitrone souligne l'importance de la passion et de la persévérance dans le journalisme, tout en exprimant son respect pour les personnalités qu'il a rencontrées.

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Léon Zitrone

Léon Zitrone, reporter de télévision depuis 1956, partage ses expériences marquantes, notamment les obsèques de Winston Churchill et le mariage du roi des Belges. Il évoque les défis du métier, tels que la préparation minutieuse et les difficultés administratives rencontrées lors de reportages. Zitrone souligne l'importance de la passion et de la persévérance dans le journalisme, tout en exprimant son respect pour les personnalités qu'il a rencontrées.

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Les reportages de Léon

— ZITRÔNE
l Un grand reportage, à la télé— l‘homme et la grandeur britanni— que je prépare un reportage,
vision, qu‘est—ce que c‘est ? Pour que. Les Anglais sont les plus j‘avais une très abondante et
beaucoup de téléspectateurs, un proches alliés de la France, et, très sérieuse documentation. Plu—
film comme un autre que l‘on sans leur résistance, il n‘y aurait sieurs fois, à mes frais, j‘étais
vous sert au moment du repas. pas eu de France libre. D‘autre allé reconnaître le parcours du
C‘est aussi (l‘a—t—on assez sou— part, avant fait une partie de mes cortège et me familiariser avec
vent dit), le monde qui frappe à études en Angleterre, je suis très les monuments de Bruxelles dont
votre porte, une ftenêtre ouverte sensible à tout ce qui est anglais. je devais être, à l‘antenne, le
sur la vie — ou la mort — des La mort de Ghurchill était le deuil « quide ». Photos à l‘appui, le chef
autres. Mais pour préparer ce de tout un peuple, un peuple qui, du protocole m‘avait appris à
film, pour le commenter, des soudain, se trouvait en état de reconnaître les différentes per—
hommes ont suivi, pour vous, les « moindre résistance ». Pour être sonnalités qui seraient présentes
événements minute par minute. moi aussi en état de moindre ré— et une altesse royale m‘avait af—
Ce sont les reporters. Ils es— sistance nerveuse, j‘ai erré dans franchi sur toutes les altesses,
saient chaque jour, avec leur les rues de Londres ; je n‘ai pas ducs, etc, qui devaient faire par—
cœur, avec leur talent, de nous dormi pendant 72 heures. tie du cortège. J‘avais aussi ache—
ouvrir les veux sur tout ce qui se té de nombreux livres pour revoir
passe, très près ou très loin de mes connaissances en histoire
nous. CINQ HEURES ET UN TROU sur la Belgique depuis 120 ans et
Le deuxième reportage dont je sur la dynastie régnante. Grâce
Nous avons demandé à Léon à ce dossier, je pouvais « tenir »
Zitrone, qui depuis 1956 a assuré me souviens est le mariage du
roi des Belges, le 15 décembre cinq heures et demie d‘antenne.
de nombreux reportages pour la
télévision, de nous parler de ceux 1960. C‘était au début de l‘Euro— J‘ai aussi fait le reportage des
qui l‘ont particulièrement « mar— vision et je devais. seul (alors que funérailles du maréchal Juin, en
qué ». les autres télévisions avaient dé— 1967 aux Invalides. J‘avais un
placé plusieurs iournalistes) com— respect particulier pour le maré—
Le reportage qui m‘a le plus menter pendant quatre heures et chal Juin car, pendant la querre,
ému fut certainement celui des demie les images qui m‘étaient j‘avais été l‘un de ses officiers.
obsèques de Winston Churchill, transmises de la cérémonie (1). Il me fallait rendre son dû à la
le 30 janvier 1965. Churchill est En fait, le mariage dura près de galoire du soldat, sans oublier que
un géant qui a marqué le monde cinq heures et il y eut un « trou » ses prises de positions n‘avaient
de son extraordinaire présence. de 35 minutes pendant lequel la pas touiours été bien accueillies.
Pour ce reportage, il fallait ren— reine Fabiola saluait la foule. Heu— Mais on n‘est jamais assez pru—
dre à la fois la garandeur de reusement, comme chaque fois dent, ni assez renseigné. Ce jour—

6
là, j‘avais reconnu toutes les per— malgré tout déposé ma demande.
sonnalités qui tenaient les cor— Un samedi matin, vers 10 heures,
dons du poêle. Toutes sauf une. le téléphone sonne. Phillip te te—
C‘était Henri Trovat. I! avait mai— Léon Zitrone, grâce à
son métier de reporter,
mande, dit ma femme (jie crovais
gri de 25 kilos. Quelqu‘un m‘a que c‘était Philippe, mon fils, qui
ensuite écrit pour me demander a rencontré de nom—
breuses personnalités : est dans un collège des Pères
si j‘avais reçu —des ordres Oratoriens). —C‘était P hillip
pour « oublier » Henri Trovat ici” avec _ M. Kossy—
guine, — le — président
d‘Édimbourq.
(un homme et un écrivain que
j‘admire). Voyez comme il faut Johnson et le fameux — D‘accord, me dit—il, pour
être circonspect ! couple Richard Burton l‘interview. Si vous me posez des
et Elizabeth Taylor... questions personnelles je veux
J‘étais aussi à Toulon, le 14 bien ; des questions intimes, non.
juillet 1958, lorsque le président
de la République passa la flotte z"Ê..,’æ', Pr— Au départ de cette entrevue,
en revue. La veille avec Pierre qui durait douze minutes, j‘ai
Et je suis passé. 11 m‘avait pris commencé par énumérer tous ses
Sabbagh, nous suivions l‘étape du pour l‘un des « gorilles » fran— titres.
Tour de France dans le mont Ven— çais.
toux. Un hélicoptère devait nous — Donnez—moi — une — chance
déposer le soir même à Toulon. —— Décidément, vous passez d'enumer_er tous les vôtres, me
Et c‘est ainsi que le 13 juillet je partout, m‘a dit Couve de Mur— répondit—il...
ville.
commentais l‘arrivée de Charly ...Voilà les quelques reporta—
Gaul et le 14 la visite de Charles Comme je parle le russe, j‘ai qes qui reviennent à la mémoire
de Gaullc. également ou interviewer M. Kos— de Léon Zitrone. II y en eut bien
syquine en décembre 1966 à Lyon, d‘autres. Mais, pour le journa—
ALORS MON PETIT PÔTE ! dans le petit salon vert de la liste, que représentent tous ces
préfecture (quelques années au— rendez—vous avec le monde ?
J‘ai également suivi le général
paravant j‘avais interviewé —M.
de Gaulle lors de sa visite à
Kroutchev). L‘ambassade d‘Union
Moscou, le 21 juin 1966. Grâce à LA CONDAMNATION D‘HITLER
soviétique voulait me donner des
ma connaissance du russe, je
interprètes, mais j‘ai refusé, et
devais rendre compte de l‘atmo— — Un reportage ou une inter—
M. Kossyquine a accepté de se
sphère de cette visite alors que view ne se font pas en soufflant
laisser interviewer directement,
mes camarades Georges Bortoli, dessus. l faut énormément de
sans connaître auparavant les
Charles Finalteri et Jean Lanzi travail, beaucoup de connaissan—
assuraient le reportage politique. questions que j‘allais lui poser. ces personnelles, des qualités de
Alors que nous passions dans un
Mais à Moscou, les consignes cœur et ...de l‘argent. Car si on
couloir, nous avons rencontré M.
données aux policiers étaient très n‘appliquait” seulement que les
Gromyko. M. Kossyquine l‘invita à
sévères. En France les qens me règles administratives, il n‘y au—
se joindre à nous.
connaissent et me laissent pas— rait pas de grands reportages.
ser. Mais en Russie les « gorilles » — Non, dit M. Gromyko, je suis On dit qu‘à la télévision il v a des
n‘ont pas voulu me laisser pas— fatiqué. difficultés d‘ordre politique. Je ne
ser. Je suivais à ce moment là — Venez, lui répondit M. Kos— sais pas, je ne m‘occupe pas de
M. Couve de Murville qui s‘en— syquine, je vais peut—être lui dire politique. Mais les difficultés ad—
gouffrait dans un des ascenseurs des choses que vous ne savez ministratives, les réglementations
de l‘Université. Un gorille m‘a ar— pas... sont nombreuses. Or pour faire
rêté : Défense de passer. quelque chose de bon, il faut
J‘ai également interviewé, en toujours sortir du cadre étroit de
— Alors mon p‘tit pote, lui dis— novembre 1966, le prince Phillip ces règles et apporter son « pol—
je en russe... d‘Édimbourg. A l‘ambassade de len » personnel. Si je comptais
— Vous êtes des nôtres ? Grande—Bretagne, on m‘avait dit
que j‘avais très peu de chances TOURNEZ LA PAGE S.V.P.
— Oui mais de l‘autre côté... de réussir ce reportage. J‘avais
au hasard

cette semaine...

4319NV3G
SUITE

ce que tous les reportages m‘ont


coûté en nerfs, en « enqueula—
des », en argent, en temps pris
sur ma vie de famille, si je le
comptais mais je ne sais pas
compter, je dirais à mon fils de
faire un autre métier.
Tant que ces difficultés admi—
nistratives me feront encore de
la peine, tant que je me hérisse—
rai de toutes mes forces contre
ces choses démentielles, je sau—
rai que je suis encore jeune. Mais
j‘aime trop ma Maison pour
m‘étendre. sur un point qui n‘est
qu‘un aspect d‘un très grand mé—
tier qui consiste à apporter et à « Quand je chante, je deviens chanson. »
apprendre le monde aux autres.
— Quelle est l‘anecdote la Conte de fées moderne ? non.
plus « étonnante » que vous ayez CHANSON De la chance bien sûr. mais sur—
rapporté de vos reportages ? tout beaucoup de persévérance.
—— Je rentrais du concours hip— Née en 1935 au Caire, de pa—
pique d‘Aix—la—Chapelle. Je me Yolande Gigliotti rents calabrais — de Serrastretta
suis arrêté pour dîner à Liège. 15 millions de disques exactement — émigrés en Egvp—
Lorsque je suis rentré, j‘ai pré— te, la petite Yolande Gigliotti
senté une note de frais en francs « Télé—Dimanche ». Dimanche chante comme tous les gosses,
belges. On me l‘a refusée. On n‘a 3 nov. Chaîne 1. 14 h 30. en jouant avec les soldats de
pas voulu me rembourser. Sous plomb de son frère Orlando. Les
prétexte que mon ordre de mis— # Dans un bar de la rue Caumar— soldats de plomb passionnent
sion était fait pour la France et tin, deux hommes, dés en main, beaucoup plus les filles que les
pour l‘Allemagne, mais pas pour se penchaient sur une petite piste garçons comme chacun sait. Jo—
la Belgique. Voilà. J‘aurais pu al— verte de 421. Eddie Barciay, le lie fille, elle devient Miss Ondine,
ler dîner à Berlin. Mais en Bel— lanceur de disques, voulait aller quelque —chose comme —Miss
aique, non. à Saint—Germain—des—Prés, Lucien Éavypte ! avec une couronne en
— Quels reportages auriez— Morisse, directeur des program— carton. Un début. Le cinéma
vous aimé ou aimeriez—vous fai— mes d‘Europe N° 1 préférait écou— l‘emballe, elle rêve, abandonne
re ? ter un concours de jeunes nou— son travail de sténodactylo et
veaux talents à l‘Olympia—Music— s‘embarque pour Paris comme
— J‘aurais voulu effectuer le Hall. Lucien Morisse aagna. Ils ça, parce que Paris c‘est la qloi—
reportage des obsèques du pré—
allèrent à l‘Olympia. re, Paris c‘est la réussite et tout.
sident Kennedy. Et dans l‘absolu, Sur scène une grande jeune Elle ne connaît personne, et ne
la condamnation à mort d‘Hitler
par un tribunal.
fille aux longs cheveux . noirs parle pas dix mots de français,
chante un succès de Gloria Las— qu‘importe. Mama Gigliotti n‘est
Propos recueillis par so en roulant les « r » avec un pas contente, contente...
Claude CARREY W bel accent italien. On applaudit.
Pour cette jeune inconnue, dont Puis c‘est la tournée des :
le nom, Dalida, sonne comme des Revenez — plus — tard — on — vous—
(1) Les grandes Eurovisions se font
notes de musique, une carrière écrira et des « bouche—trous »
toujours en studio. Le reporter ne pou—
vant être dans tous les endroits en commence. Les disques et la ra— dans les cabarets, —pendant
même temps commente l‘événement à dio s‘en emparent... Et bientôt l‘entracte. — Starlette parmi les
partir des images qui lui sont trans— toute la France « bambinote ». starlettes, elle attend sa chance
mises de différents points. Bambino... Bambino... avec ténacité et bonne humeur,

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