COURS DE
DROIT ADMINISTRATIF DES BIENS
Le domaine des personnes publiques
Licence 3
1
Quelques références bibliographiques
- Norbert FOULQUIER, Droit administratif des biens, Paris, LexisNexis, 5e éd.,
septembre 2019, 924 pages.
- Philippe YOLKA, Droit des biens publics, Paris, Librairie Générale de Droit et de
Jurisprudence, 1re éd., novembre 2018, 160 pages.
- Philippe GODFRIN, Michel DEGOFFE, Droit administratif des biens : domaine,
travaux, expropriation, Paris, Sirey, 12e éd., août 2018, 488 pages.
- Jacqueline MORAND-DEVILLER, Pierre BOURDON et Florian POULET, Droit
administratif des biens, Paris, Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence, 11e éd., octobre
2020, 896 pages.
- René CHAPUS, Droit administratif général, Tome 2, Paris, Montchrestien, 15e éd.,
2001.
- Caroline CHAMARD-HEIM, Fabrice MELLERAY, Rozen NOGUELLOU, Philippe
YOLKA, Les grandes décisions du droit administratif des biens, Paris, Dalloz, 3e éd.,
septembre 2018, 1010 pages.
- Pierre-Claver KOBO, Droit et ville en Afrique : essai sur le droit de l’urbanisme en
Côte d’Ivoire, thèse de droit, Nice, octobre 1984.
- Paterne Y. MAMBO, Droit et ville en Afrique : étude de la décentralisation ivoirienne
en matière d’urbanisme, thèse de droit, soutenue en novembre 2008 à Nantes, et publiée aux
éditions L’Harmattan, in coll. Etudes africaines, Paris, juin 2009.
- Jean-François TRIBILLON, Villes africaines, Nouveau manuel d’aménagement
foncier, ADEF, Paris, 1993.
- Albert LEY, Le régime domanial et foncier et le développement économique de la Côte
d’Ivoire, thèse publiée chez LGDJ, Paris, 1972.
- Assémian FIAN, Le droit foncier de l’Etat ivoirien, thèse, 2 tomes, Paris 1, 1991.
Objectifs du cours
Double objectif :
Théorique : Faire acquérir aux apprenants les éléments théoriques de
compréhension du DAB.
Distinction domaines public et privé.
Travaux publics.
Les modes de cession forcée des biens, expropriation pour cause d’utilité
publique notamment.
Droit privé des biens, droit administratif des biens.
Pratique : maîtriser les techniques de gestion des biens publics ainsi que les
institutions chargées de la gestion du domaine des personnes publiques.
SOMMAIRE
PREMIERE PARTIE : LES DOMAINES DES PERSONNES PUBLIQUES
TITRE 1 : LE DOMAINE PUBLIC
TITRE 2 : LE DOMAINE PRIVE
DEUXIEME PARTIE : L’EXPROPRIATION
CHAPITRE 1 : LES CONDITIONS GENERALES DE L’EXPROPRIATION
CHAPITRE 2 : LA PROCEDURE NORMALE DE L’EXPROPRIATION
CHAPITRE 3 : LES MODES DE CESSION FORCEE SPECIFIQUEMENT
IVOIRIENS
CONCLUSION
INTRODUCTION
Le Droit administratif des biens a pour vocation d’étudier l’ensemble des règles de Droit
public applicables aux meubles et aux immeubles.
Ainsi définie, la matière englobe non seulement le Droit des biens des personnes
publiques, mais aussi le Droit administratif des biens privés, c’est-à-dire les règles par
lesquelles la personne publique limite, au nom de l’intérêt général, la propriété privée. Dit
autrement, le Droit administratif des biens ne se résume pas à l’étude des régimes juridiques
applicables aux biens de l’Administration, c’est-à-dire le Droit des biens administratifs ; il
s’intéresse également à l’ensemble des opérations de l’Administration portant sur des biens
matériels, y compris ceux des personnes privées.
PREMIÈRE PARTIE
LES DOMAINES DES PERSONNES PUBLIQUES
Le domaine est constitué par l’ensemble des biens immobiliers et mobiliers appartenant aux
personnes publiques. C’est l’ensemble des biens publics. On parle généralement des biens ou
du domaine de l’Administration. Cette expression, même si elle est consacrée par l’usage, est
juridiquement inexacte, car l’Administration en tant que telle n’est pas une personne et, en
Droit, seules des personnes peuvent détenir des biens. De plus, quand on parle du domaine de
l’Administration, on sous-entend surtout l’Administration de l’État, alors que, en dehors de
l’État, les collectivités territoriales et les établissements publics nationaux ont des domaines
propres. La reconnaissance des domaines aux établissements publics a été pendant longtemps
contestée en France et consacrée seulement avec l’arrêt Mansuy (Conseil d’État français, 21
mars 1984, Revue du droit public, 1984, p. 59 ; AJDA 1985, p. 347).
En Côte d’Ivoire, la question ne s’est jamais posée véritablement, puisque la loi du 13
septembre 1980, modifiée par celle du 2 juillet 1998 (Loi n° 98-383 sur les établissements
publics nationaux) a toujours reconnu que les établissements publics avaient un patrimoine
propre. Il en va de même des communes et des régions depuis que ces dernières sont devenues
en 2013 des collectivités territoriales sous la forme de conseils régionaux. Au total, on doit
parler plutôt des domaines que du domaine, puisque les biens domaniaux constituent des
patrimoines distincts selon les personnes publiques auxquelles ils appartiennent. A cela, on
ajoutera le fait que le patrimoine de toute personne publique est constitué de deux domaines :
public et privé.
CHAPITRE INTRODUCTIF
DE QUELQUES PRINCIPES DE LA THÉORIE
DOMANIALE
La théorie domaniale est marquée par une distinction fondamentale : domaine public et
domaine privé. Le domaine public est soumis à un régime de Droit public destiné à lui assurer
une protection efficace. Le domaine privé est régi par le Droit privé. Le domaine est défini
comme l’ensemble des biens appartenant aux personnes publiques. On peut se poser la question
de savoir si le terme appartenance fait référence au Droit de propriété, Droit réel par excellence.
Les personnes publiques exercent-elles sur les biens domaniaux les mêmes droits que les
particuliers, selon la définition que le Code civil donne au concept de propriété ? Quelle est la
nature exacte des rapports entre une personne publique et son bien domanial ?
Section 1. La dualité domaniale : la distinction
domaine public-domaine privé
Paragraphe 1. L’origine de la distinction
Paragraphe 2. La valeur de la distinction
A. La remise en cause de la distinction
B. Les théories de remplacement
Paragraphe 3. Le maintien de la distinction
Section 2. La nature du droit détenu par les personnes publiques sur les
biens domaniaux
Paragraphe 1. La négation du droit de propriété sur le domaine public
Paragraphe 2. La reconnaissance du droit de propriété
Paragraphe 3. La particularité du droit de propriété
sur le domaine public : la propriété publique
A. Le rapprochement entre la propriété du domaine public et
la propriété privée
B. La particularité de la propriété du domaine public
TITRE 1
LE DOMAINE PUBLIC
CHAPITRE 1
LA DÉTERMINATION DU DOMAINE PUBLIC
Qualifier un bien de l’Administration de dépendances du domaine public aboutit à
appliquer à ce bien un régime juridique particulier, qui le rend indisponible, et à conférer aux
particuliers des prérogatives et des sujétions exorbitantes du droit commun. En dépit de cet
intérêt, il importe de souligner que la définition du domaine public n’est pas toujours simple.
On sait, par exemple, que la notion de domaine public recouvrait des réalités différentes en
France et en Côte d’Ivoire avant 2006 ; puis, à partir de cette date, la définition de la notion a
dévoilé des similitudes entre les deux pays.
Par ailleurs, pour cerner véritablement la notion de domaine public, il faut analyser sa
substance ou sa consistance et déterminer également la façon dont un bien entre dans le
domaine public, c’est-à-dire l’incorporation.
Section 1. La définition du domaine public en droit français
Paragraphe 1. Une définition d’abord jurisprudentielle
A. L’appartenance du bien à une personne publique
B. L’affectation du bien : le bien, propriété d’une personne
publique, doit être affecté
1. L’affectation à l’usage du public
2. L’affectation au service public
Paragraphe 2. Une définition ensuite codifiée
A. La méthode énumérative pour définir le domaine public mobilier
B. La méthode conceptuelle pour définir le domaine public
immobilier
Section 2. Le domaine public en droit ivoirien
Paragraphe 1. La définition du domaine public par la méthode
énumérative (ou définition énumérative du domaine
public)
Paragraphe 2. La définition du domaine public par la méthode
synthétique (ou définition synthétique du domaine
public)
Section 3. La consistance du domaine public
Paragraphe 1. Le domaine public naturel (D. P. N.)
Paragraphe 2. Le domaine public artificiel (D. P. A.)
Section 4. L’incorporation au domaine public
Paragraphe 1. L’incorporation au domaine public de l’État :
l’automaticité
Paragraphe 2. L’incorporation au domaine
public des collectivités territoriales
A. L’incorporation automatique
B. L’incorporation par affectation
CHAPITRE 2
LES RAPPORTS DE VOISINAGE DU DOMAINE
PUBLIC
Les biens composant le domaine public sont à proximité d’autres biens. Il faut donc que
les voisins du domaine public sachent quelles sont les limites géographiques du domaine public
afin d’éviter les empiètements. Par ailleurs, ses voisins doivent savoir les droits et sujétions
qu’ils subissent du fait du domaine public.
Section 1. La délimitation du domaine public
Paragraphe 1. La délimitation du D. P. N.
Paragraphe 2. La délimitation du D. P. A.
Section 2. Les charges de voisinage
Paragraphe 1. Les charges de voisinage au profit du domaine public
A. Les servitudes de droit privé
B. Les servitudes administratives
Paragraphe 2. Les charges grevant le domaine public
A. L’inapplication des servitudes de droit privé
B. Les droits des riverains des voies publiques : les aisances de
voirie
CHAPITRE 3
LA PROTECTION DU DOMAINE PUBLIC
Le régime de protection du domaine public occupe une place centrale dans la
domanialité publique, c'est-à-dire le régime juridique applicable aux biens faisant partie du
domaine public. A certains égards, on peut soutenir qu’il y a un domaine public distinct du
domaine privé en ce que ces biens faisant partie du domaine public font l’objet d’une protection
spéciale. C’est en effet le souci de protéger certains biens publics qui est à l’origine de la
création du domaine public. La protection vise à ce que les biens domaniaux répondent toujours
et le mieux possible aux besoins auxquels ces biens sont affectés, la protection doit donc tendre
à assurer le maintien des dépendances domaniales à leur affectation et à garantir leur
conservation. Une telle finalité suppose que l’utilisation des différentes dépendances
domaniales ne soit pas entravée par des charges ou servitudes consenties à des propriétés
privées riveraines mais au contraire que celles-ci subissent des servitudes au profit du domaine
public.
Mais abstraction faite des rapports de voisinage exorbitants avec les propriétés privées,
la protection du domaine public impose qu’il soit matériellement entretenu par la personne
publique propriétaire afin que son usage ne soit pas compromis. Mais plus encore que
l’obligation d’entretien, au travers de son indisponibilité assurée par les principes
d’inaliénabilité et d’imprescriptibilité, protéger le domaine public, c’est aussi empêcher et au
besoin punir ceux qui l’utilisent mal, ceux qui le dégradent. A cet objectif répond la protection
pénale.
Section 1. L’entretien du domaine public
Paragraphe 1. Le principe de l’obligation d’entretien
Paragraphe 2 : L’entretien du domaine public communal
Section 2. L’indisponibilité du domaine public : l’inaliénabilité et
l’imprescriptibilité du domaine public
Paragraphe 1. L’inaliénabilité du domaine public
A. Le principe de la règle d’inaliénabilité
B. Les conséquences de la règle de l’inaliénabilité
1. La nullité des aliénations sur le domaine public
2. L’impossibilité d’exproprier le domaine public
3. L’interdiction de constituer des droits réels sur le domaine
public
a. Les limites jurisprudentielles
b. Les limites légales
Paragraphe 2. L’imprescriptibilité
Section 3. La protection pénale
Paragraphe 1. La police de la conservation
Paragraphe 2. Les contraventions de voirie
CHAPITRE 4
L’UTILISATION DU DOMAINE PUBLIC
Elle revêt des formes variées qui sont soumises à des régimes juridiques différents. Le
principe général qui gouverne le régime de l’utilisation du domaine public est que celle-ci doit
être conforme ou au moins compatible avec son affectation. Si les utilisations collectives du
domaine public affecté à l’usage de tous sont conformes, les occupations privatives ne le sont
pas.
Toutefois, elles doivent être compatibles. Elles doivent donc être contrôlées afin que
leur compatibilité soit vérifiée. Le fait est que l’utilisation du domaine public ne doit pas
entraîner sa dégradation, ni même constituer une menace pour sa conservation. Pour faire
respecter ces principes, l’administration dispose de deux types de prérogatives. Elle peut
utiliser son pouvoir général de police. Le domaine public, lorsqu’il est ouvert au public, est par
excellence le lieu où devrait être assuré l’ordre public. Mais, l’administration, parce qu’elle est
propriétaire, dispose également d’un pouvoir de gestion. Le domaine public est en effet un bien
économique, une richesse, pour lequel l’administration doit rechercher la meilleure
exploitation, tirer le meilleur parti possible des différentes dépendances du domaine public. Il
n’est pas toujours aisé de déterminer si l’administration met en œuvre ses pouvoirs de police
ou ses pouvoirs de gestion dans l’utilisation du domaine public. Le domaine public connaît
deux catégories d’utilisateurs : les services publics d’une part et le public d’autre part.
L’utilisation du domaine public par le public revêt deux modalités : les utilisations
collectives ou communes et les utilisations privatives ou individuelles.
Section 1. De la nature des compétences exercées
par l’administration sur le domaine public
Paragraphe 1. La conception originaire : le principe de
l’exclusivité des pouvoirs de police
Paragraphe 2 : Le dépassement des pouvoirs de police : le
pouvoir de gestion
Paragraphe 3. La problématique de l’exploitation du
domaine public
A. Reconnaissance et étendue du pouvoir de gestion
B. La domanialité publique, obstacle à l’exploitation économique du
domaine public
Section 2. L’utilisation du domaine public affecté au service public
Paragraphe 1. L’affectation des dépendances domaniales au
service public par la collectivité propriétaire
A. L’utilisation du domaine public affecté au service relevant des
collectivités publiques
B. L’utilisation des dépendances du domaine public affecté à un service
public concédé
Paragraphe 2. L’affectation des dépendances domaniales au
service public par une personne publique autre
que le propriétaire : les mutations domaniales
A. Exposé de la théorie
B. Critique de la théorie de la mutation domaniale
Section 3. L’utilisation commune ou collective du domaine public
Paragraphe 1. La signification de la notion d’utilisation
collective
Paragraphe 2. Le régime des utilisations communes
A. La liberté d’utilisation
B. Le principe d’égalité
C. Le principe de gratuité
Section 4. L’utilisation privative du domaine public
Paragraphe 1. Les formes d’occupation
privative du domaine public
A. L’autorisation unilatérale : La permission de voirie
B. Les autorisations contractuelles : La concession de voirie
Paragraphe 2. Les principes régissant les utilisations privatives
A. La subordination à autorisation
B. La redevance
C. Le principe de précarité
Paragraphe 3. L’occupation privative sans titre
TITRE 2
LE DOMAINE PRIVÉ
Le principe de la distinction domaine public-domaine privé a été étudié antérieurement
au début du cours. On rappellera seulement que la distinction repose sur les éléments ci-après.
Le domaine privé comporterait une fonction patrimoniale ou financière. Il serait destiné à
procurer à l’Administration des revenus et s’opposerait ainsi au domaine public affecté à une
destination d’intérêt général. Le domaine privé est soumis à un régime juridique de droit privé.
Cette distinction, si elle est maintenue par le droit positif, doit être relativisée. Il n’existe
pas une opposition fonctionnelle tranchée parce que la gestion du domaine privé obéit à des
considérations d’intérêt général, tandis que le domaine public fait l’objet d’une exploitation
économique. Il n’y a pas d’opposition tranchée entre les régimes applicables qui combinent
tous deux, dans des proportions variables, le droit public et le droit privé. Aujourd’hui, la
doctrine classe tous les biens publics (ceux du domaine public et ceux du domaine privé) dans
la propriété publique. La propriété publique, définie de manière organique, regroupe l’ensemble
des biens publics. Toutefois, dans la propriété publique, il importe de distinguer le domaine
public et le domaine privé.
L’existence et la pérennité des deux domaines reposent sur des faits juridiques et
pratiques. Ainsi, contrairement à ceux du domaine public, les biens du domaine privé ne sont
ni inaliénables ni imprescriptibles. Le domaine privé est même susceptible d’expropriation :
CE, 27 novembre 1970, Bizières, Rec., p. 1050.
L’existence de deux domaines reflète à bien d’égards la double dimension de
l’institution étatique (comme puissance publique et comme puissance patrimoniale). Si le
domaine public apparaît comme la partie noble, regroupant les biens qui justifient l’existence
des personnes publiques, il n’en reste pas moins que le domaine privé est indispensable à toute
personne publique.
De plus, en Afrique et singulièrement en Côte d’Ivoire, plus encore que le domaine
public assez méconnu, c’est le domaine privé, en particulier les terres ou le régime foncier, qui
monopolise l’attention du plus grand nombre et suscite les convoitises les plus brûlantes.
CHAPITRE 1
LA CONSISTANCE ET LE RÉGIME JURIDIQUE DU
DOMAINE PRIVÉ
Section 1. La constitution du domaine privé
Paragraphe 1. Définition et composition du domaine privé
Paragraphe 2. Les modes d’acquisition du domaine privé
Section 2. Le régime juridique du domaine privé : un régime mixte
Paragraphe 1. La gestion du domaine privé n’est pas
assimilable à une gestion privée
Paragraphe 2 : Le domaine privé n’est pas soumis
exclusivement au droit privé
CHAPITRE II
LA GESTION DES TERRAINS DOMANIAUX
Est-il nécessaire d’insister sur l’importance des enjeux fonciers dans un pays comme la
Côte d’ivoire, pays essentiellement agricole et de forte urbanisation et où se trouve posé,
conséquemment, avec une acuité brûlante, le problème de la disponibilité des sols ? Les enjeux
fonciers qui sont d’ordre économique, politique et socio-culturel en font des espaces disputés.
Naguère perçu comme un bien collectif, inaliénable, la terre est, aujourd’hui, avant tout, un
instrument de production, une source d’enrichissement, mais aussi un lien d’affirmation de son
identité culturelle et ethnique. La Côte d’Ivoire, à l’instar de tous les Etats africains, a, au
lendemain des indépendances, voulu organiser le régime foncier, laquelle réforme devenait une
exigence du développement. L’Etat va donc développer un droit foncier moderne avec des
mécanismes juridiques à même de réguler la question foncière. Mais, force est de constater que
ce cadre juridique officiel est marginalisé, concurrencé, voire éclipsé par des pratiques
administratives ou populaires. Les droits coutumiers, condamnés à disparaître, renaissent de
leurs cendres et viennent hanter et déstabiliser les droits fonciers modernes. Il en résulte une
certaine confusion sur la scène foncière, avec la superposition et les conflits des "propriétaires".
La volonté des uns d’accéder à la terre, la détermination des autres pour les accaparer ou pour
marquer leur identité ethnique ou lignagère, engendrent des conflits complexes qui voient
s’affronter des revendications puisées à des sources ou légitimités diverses. La recherche du
tribut foncier transforme la moindre parcelle en forteresse à prendre ou à défendre. Pour ce
faire, on recourt à la généalogie, à l’histoire, aux arguments juridiques si possible, à la force
sinon. Face à cela, le législateur est intervenu avec une importante loi, la loi du 23 décembre
1998 qui veut solutionner les problèmes fonciers en milieu rural.
Section 1. Le cadre juridique de la gestion foncière
Paragraphe 1. La maîtrise de l’Etat sur les terres
A. L ’Etat, propriétaire des terres non immatriculées
B. L’Etat, contrôleur de l’utilisation des terres : l’importance de la mise
en valeur
Paragraphe 2. L’Etat, distributeur foncier
A. La concession avec transfert de propriété
1. Avant 2013
a. La lettre d’attribution
b. La concession provisoire
c. La concession définitive
2. A partir de 2013
a. L’arrêté de concession définitive
b. La délivrance de l’arrêté de concession définitive
B. La concession avec bail emphytéotique
Paragraphe 3. La garantie des droits fonciers
A. L’immatriculation ou l’individualisation des droits fonciers
1. La condamnation des droits traditionnels
2. La portée de l’immatriculation
B. L’encadrement des transactions foncières des
particuliers
1. L’interdiction des actes sous seing privé
2. La soumission des transactions immobilières à des procédures
domaniale et foncière
Section 2 : Les mésaventures de la gestion foncière : incertitude et
insécurité sur la scène foncière
Paragraphe 1. La renaissance des droits coutumiers
Paragraphe 2 : L’incompréhension et le détournement des outils
du droit foncier moderne
Section 3. La solution législative des conflits fonciers en milieu rural : la
loi n° 98-750 du 23 décembre 1998
Paragraphe 1. La procédure d’adoption et les objectifs de la loi
Paragraphe 2. Le contenu de la loi
A. La définition du domaine foncier rural
B. La reconnaissance et la consolidation des droits coutumiers
C. Les personnes ayant vocation à être propriétaires des terres du
domaine foncier rural