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These 9 Dec 08

La thèse de Mathieu Bensoussan explore les formes d'engagement des cadres à travers des pratiques collectives et des offres de représentation. Elle analyse les dynamiques syndicales, les territoires professionnels et les implications individuelles des cadres dans leur environnement de travail. L'étude met en lumière les enjeux de la représentation et de l'action collective au sein des organisations professionnelles.

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These 9 Dec 08

La thèse de Mathieu Bensoussan explore les formes d'engagement des cadres à travers des pratiques collectives et des offres de représentation. Elle analyse les dynamiques syndicales, les territoires professionnels et les implications individuelles des cadres dans leur environnement de travail. L'étude met en lumière les enjeux de la représentation et de l'action collective au sein des organisations professionnelles.

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UNIVERSITÉ PARIS I PANTHÉON-SORBONNE

ÉCOLE DOCTORALE D¶eCONOMIE

LES FORMES DE L¶ENGAGEMENT DES CADRES.


PRATIQUES COLLECTIVES ET OFFRES DE
REPRÉSENTATION
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Thèse pour le Doctorat en Sciences Sociales, soutenue publiquement le mercredi 5 novembre


2008 à la Maison des Sciences Économiques, Université Paris I Panthéon-Sorbonne

Par

Mathieu BENSOUSSAN

Sous la direction du Professeur Françoise PIOTET

Composition du JURY :

1RUEHUW$/7(53URIHVVHXUjO¶8QLYHUVLWp3DULV,;'DXSKLQHRapporteur

MaULH%86&$7723URIHVVHXUjO¶8QLYHUVLWp3DULV,3DQWKpRQ-Sorbonne. Présidente
du Jury

$QGUp +(59,(5 0DvWUH GH FRQIpUHQFH +G5 j O¶8QLYHUVLWp 3DULV , 3DQWKpRQ-


Sorbonne

)UDQoRLVH3,27(73URIHVVHXUjO¶8QLYHUVLWp3DULV,3DQWKpRQ-Sorbonne

Patrick WATIER, 3URIHVVHXUjO¶8QLYHUVLWp0DUFK-Bloch de Strasbourg. Rapporteur


AVERTISSEMENT

En dehors, évidemment, de certains personnages publics, du passé ou du présent,


comme Edmond Maire, Nicole Notat, Pierre Vanlerenberghe, Jean-Luc Cazettes
Henri Krasucki ou Bernard Thibault, tous les noms et prénoms des individus qui
figurent dans ce texte sont fictifs. En revanche, les noms des entreprises dans
OHVTXHOOHVVRQWLPSODQWpVOHVV\QGLFDWVHWOHVVHFWLRQVV\QGLFDOHVLQYHVWLJXpVQ¶RQW
pas été modifiés. Ces entreprises étant des pièces de choix du patrimoine
pFRQRPLTXH IUDQoDLV $LU )UDQFH (') %13 3DULEDV $*)«  OD PHQWLRQ GH
OHXU LGHQWLWp D pWp MXJpH XWLOH j O¶LQWHOOLJLELOLWp GHV DQDO\VHV SURSRVpHV 4XDQGOH
QRP GH O¶HQWUHSULVH HPSOR\DQW OH EpQpYROH DVVRFLDWLI LQWHUURJp SRXU O¶HQTXrWH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Q¶DSSRUWDLW DXFXQ pOpPHQW IDYRULVDQW OD FRPSUpKHQVLRQ GX SURSRV FH QRP Q¶D
SDV pWp SUpFLVp 0DLV SDU VRXFL G¶pTXLWp HQWUH OHV GLIIpUHQWV HQTXrWpV OHV QRPV
GHVDVVRFLDWLRQVpWXGLpHVQ¶RQWSDVpWpFKDQJps.

Toutes les informations dévoilées sur les groupements et les entreprises des
HQTXrWpV VRQW RIILFLHOOHV HW  RX DFFHVVLEOHV DX SXEOLF $XFXQH GRQQpH Q¶D pWp
UHFXHLOOLH j O¶LQVX GHV HQTXrWpV QL XWLOLVpH VDQV OHXU DXWRULVDWLRQ H[SOLFLWH /H
contenu de ce WH[WHQ¶HQJDJHG¶DXWUHVUHVSRQVDELOLWpVTXHFHOOHVGHVRQDXWHXUHW
du Directeur de thèse.
Table des matières

Introduction Générale 1

Les cadres en 2003 : des syndiqués ordinaires ? 6


Le problème O¶DPELJXwWpVpPDQtique des études statistiques 10
/HVFDGUHVHWO¶DFWLRQV\QGLFDOHGDQVO¶HQWUH-deux-guerres : un premier éclairage 14
Objet, problématique et hypothèses de la recherche 20

/DPpWKRGHHWOHVWHUUDLQVG¶HQTXrWH 30

1 ± Origines du questionnement et choix de la méthode monographique 32


1.1 - /¶LQYHVWLVVHPHQWGXFUpQHDX O¶DSSURFKHHPSLULTXHGHO¶DFWLRQ
collective des cadres 32
1.2 - Le recueil des données 36
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

2 ± 0RGHG¶DFFqVDXWHUUDLQHW© informations symptomatiques » 41


2.1 - /¶HQTXrWHjOD&)'7 : en quête du « spécifique cadre » 42
2.2 - /¶DFFqVjO¶XQLYHUVDVVRFLDWLI : le rôle-clef de la CFDT-cadres 49

3 ± /¶HQTXrWHjOD&*7 : le choix de terrains aux propriétés significatives 59


3.1 - La section syndicale UGICT PNC Air France 60
3.2 - Le syndicat UGICT BNPP Ile-de-France 64

Première Partie : Les offres de représentation : « formes » et « contenus ªGHO¶DFWLRQ


collective cadre 73

Chapitre I : La construction et la préservation de territoires professionnels 77

1 ± /¶DXWRULWpDVVRFLDWLYH 79
1.1 - 'HVDVVRFLDWLRQVGHSURIHVVLRQQHOVRXG¶HQWUHSULVH ?
/¶XVDJHFRPPRGHGXWHUPH« fonction » 80
1.2 - Savoir « expert » HWLQWpUrWGHO¶HQWUHSULVH 87
1.3 - Techniques et éthique de la profession : « distance » et
« savoirs coupables » 96

2 ± /DSURIHVVLRQQDOLVDWLRQG¶XQHPSORLGHFDGUHILQDQFLHU : le credit manager


HWVRQRUJDQLVDWLRQO¶$)'&& 100
2.1 - Un métier au confluent de plusieurs périmètres professionnels 101
2.2 - « Affirmer » la fonction pour un « tissu économique sain » 106
2.3 - La certification pour « asseoir » un métier mal identifié 110

Chapitre II : Cotation du diplôme et placement des diplômés O¶$,67HWO¶$,(16($ 118

1 ± Les associations VWUXFWXUHVUpGXLWHVHWPR\HQVG¶DFWLRQOLPLWpV 121


1.1 - Des écoles récentes et peu prestigieuses 122
1.2 - 'HVWDX[G¶DGKpVLRQGpULVRLUHV 129
1.3 - « Combien se vend un ingénieur ? » O¶REVHssion du « prix » de
O¶LQJpQLHXU 136
2 ± 1RPEUHGHJUpG¶LPSOLFDWLRQGHVGLSO{PpVHWYDOHXUGXWLWUH
VXUOHPDUFKpGHO¶HPSORL 141
2.1 - Enclencher le cercle vertueux du nombre et du prestige 142
2.2 - 5LWHVG¶LQWpJUDWLRQHWDGKpVLRQDXWRPDWLTXHDXVRUWLUGHO¶pFROH 146
2.3 - /¶RUJDQLVDWLRQGHO¶HQWUDLGH : annuaire, pôles emploi / carrière
HWpFKDQJHVG¶H[SpULHQFHV 150

Chapitre III : /¶DFWLRQV\QGLFDOHGHVFDGUHVGH%133HWGHV$*) : une participation


aux « règles du jeu » 157

1 ± &RQWULEXHUjODERQQHPDUFKHGHO¶HQWUHSULVH 159
1.1 - Le syndicalisme des cadres sur le lieu de travail : un rapport organique
jO¶HQWUHSULVH 160
1.2 - Revendications de pouvoir et accès à l¶LQIRUPDWLRQ 168
1.3 - La revendication du « droit de dire non » des cadres CFDT :
« GURLWG¶H[SUHVVLRQ » et « GURLWG¶RSSRVLWLRQ » 178

2 ± /DUHSURGXFWLRQG¶XQHIRUPHG¶HQWUDLGH 182
2.1 - Régler les rapports conflictuels à la hiérarchie directe 182
2.2 - &RQVHLOVGHFDUULqUHHWG¶RULHQWDWLRQSURIHVVLRQQHOOHDXQLYHDXGH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

O¶HQWUHSULVHHWGHODEUDQFKH 190
2.3 - « Équilibre vie professionnelle / vie privée » et « droit à
la déconnexion » : préserver le quant à soi du cadre 193

Conclusion de la Première Partie 200

Deuxième Partie : Les pratiques collectives VHQVGHO¶DFWLRQSURFHVVXV


HWPRGHVW\SLTXHVG¶LPSOLFDWLRQ 203

Chapitre IV /HVWUDMHFWRLUHVG¶DGKpVLRQV : raisons et sens GHO¶LPSOLFDWLRQ


Individuelle 206

1 ± Carrière individuelle et implication collective : reconnaissance


professionnelle, « talent » et pouvoir 208
1.1 - /¶LPSOLFDWLRQV\QGLFDOH : une « expérience professionnelle »
comme une autre 208
1.2 - 0LOLWDQWVDYDQWG¶rWUHFDGUH : connaissance de « O¶HQYHUVGXGpFRU »
HWFDUULqUHGDQVO¶HQWUHSULVH 215
1.3 - Mettre ses compétences au service du groupement O¶LPSOLFDWLRQ
associative comme soluWLRQjO¶pSUHXYHGXFK{PDJH 219
1.4 - /¶LQYHVWLVVHPHQWLQGLYLGXHOGDQVO¶DFWLRQSURIHVVLRQQHOOH : avoir un
métier ou faire carrière GDQVO¶HQWUHSULVH" 222

2 ± Au-GHOjGHO¶LQWpUrWFRQWLQJHQFHVGHVFKRL[G¶LPSOLFDWLRQHW
affirmation de soi 227
2.1 - /¶DGKpVLRQHIIHFWLYHHQWUHLQWpUrWPRUDOHHWKDVDUGGHVUHQFRQWUHV 229
2.2 - /¶DSSURSULDWLRQUpWURVSHFWLYHGHVYDOHXUVGXJURXSHPHQW G¶DGKpVLRQ
les militants de la section UGICT-CGT PNC Air France 236
2.3 - « Étoffer son réseau », « multiplier les contacts professionnels » :
les trajectoires associatives des jeunes diplômés 242
2.4 - /HPLOLWDQWLVPHGHVFDGUHVGHO¶8*,&7%133 Ile-de-France :
une logique distinctive ? 249
Chapitre V 7\SHVGHJURXSHPHQWVHWIRUPHVG¶LPSOLFDWLRQ : influences
réciproques et poly-engagement 257

1 ± Des implications multiples et non exclusives 258


1.1 - La taille critique du « portefeuille de relations » 259
1.2 - /¶DVVRFLDWLRQFRPPHUHVVRXUFHV\QGLFDOHO¶DFWLRQV\QGLFDOH
VXSSOpWLYHDX[OLPLWHVGHO¶DFWLRQDVVRFLDWLYH 265
1.3 - /HFDVVLJQLILFDWLIGXSDUFRXUVG¶XQSHUPDQHQW : Denis Cassin,
GXV\QGLFDOLVPHjO¶DFWLRQSURIHVVLRQQHOOH 273

2 ± Les différents groupements : pratiques, valeurs et revendications partagées 279


2.1 - La « valeur ajoutée » GHO¶DGKpVLRQ : quintessence associative
HWV\QGLFDOLVPHG¶DGKpUHQWV 280
2.2 - Logique de proximité, logique de convivialité 288
2.3 - /¶XVDJHV\QGLFDOGX© UpSHUWRLUHG¶DFWLRQ » associatif :
projet de dîner-débat au SECIF et rôle de la CFDT-cadres 293

Chapitre VI : Distinguer les cadres ou les assimiler ?


Le problème du syndicalisme confédéré inter-catégoriel 299
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

1 ± /HSUL[GHO¶DQFUDJHFDWpJRULHO GHO¶DFWLRQV\QGLFDOH
le cas du syndicat UGICT BNPP Ile-de-France 303
1.1 - Audience, syndicalisation et indépendance structurelle
GHO¶8*,&7%133,OH-de-France : un lien de cause à effet 305
1.2 - $XWRQRPLHVWDWXWDLUHHWV\QGLFDOLVPHG¶DGKpUHQWV :
ODILQG¶XQPLOLWDQWLVPH jO¶DQFLHQQH" 317

2 ± Les « vastes solidarités inter-professionnelles » : une orientation


surannée ? 324
2.1 - Mêler cadres et non-cadres au niveau local : le difficile pari de la
CFDT 325
2.2 - Corporatisme, développement syndical HW«PLOLWDQWLVPHLGpRORJLTXH
la section syndicale UGICT PNC Air France 334

Conclusion de la Seconde Partie 350

Conclusion Générale 354

Les cadres au crible de leurs pratiques collectives 355


Trois conceptions du syndicalisme-cadres : la CGC, la CFDT et la CGT 362
Les cadres sont-LOVFRQWUDLQWVjO¶LQGLYLGXDOLVPH ? 367

Bibliographie 372

Annexes 378

Liste des entretiens réalisés 379


Liste des observations effectuées 386
'RFXPHQWDWLRQUHFXHLOOLHHQVLWXDWLRQG¶HQTXrWH 387
« Mythes et réalités de la syndicalisation en France » 392
« Une personne sur deux est PHPEUHG¶XQHDVVRFLDWLRQHQ » 397
« Dans le cas où une étude concrète, inspirée
SDU XQ PRGqOH G¶LQWHOOLJLELOLWp HW D\DQW
reconstitué les paramètres nécessaires à
O¶LQWHOOHFWLRQGHODVLWXDWLRQHQSURSRVHXQH
théorie fondée, on doit penser que la
recherche atteint alors à une scientificité
FRPSDUDEOHjFHOOHTX¶DWWHLJQHQWOHVWKpRULHV
de la physique. »1
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

1
P. Ansart (1990), « Une sociologie du singulier », Les sociologies contemporaines, Paris, Seuil,
Coll. « Points ª  '¶DSUqV 5 %oudon, La place du désordre ; critique des théories du
changement social, Paris, PUF, 1984.
INTRODUCTION GÉNÉRALE

Depuis les années 1950 et la thèse de François Jacquin1, le groupe social


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

IRUPp SDU OHV FDGUHV HVW O¶REMHW GH GpEDWV DFDGpPLTXHV HW SROLWLTXHV TXL OH
GpSDVVHQW /¶LQFHUWLWXGH IRQFLqUH TXDQW j OD © position de classe » des cadres ±
« classe », ici comprise au sens marxiste2 ± FRQGXLW VRXYHQW j OLUH O¶pWDW GH OD
VRFLpWpIUDQoDLVHjWUDYHUVOHXUVLWXDWLRQDXWUDYDLOHWVXUOHPDUFKpGHO¶HPSORL3 :
en proie au « malaise », parfois même « prolétarisés » pendant les périodes de
marasme économique, mais point nodal de la croissance et du progrès lorsque
O¶pSRTXH HVW j O¶H[SDQVLRQ /HV DQQpHV  OHXU FRUWqJH GH FDGUHV OLFHQFLpV
GpFODVVpV RQW UDQLPp O¶LQWpUrW GHV VRFLRORJXHV HW GHV SURIHVVLRQQHOV GX GLVFRXUV
social (consultants, publicitaires, essayistes, journalistes, dirigeants patronaux et

1
F. Jacquin, /HVFDGUHVGHO¶LQGXVWULHHWGXFRPPHUFHHQ)UDQFH, Paris, Armand Colin, 1955.
2
Karl Marx défend une conception substantialiste des classes sociales. Les « classes » sont, au
sens marxiste, des « groupes réels ªGRQWO¶H[LVWHQFHLQGXLWXQVHQWLPHQWG¶DSSDUWHQDQFHFRPPXQH
entre leurs membres. Voir : K. Marx (1867), /H FDSLWDO&ULWLTXH GH O¶pFRQRPLH SROLWLTXH, Paris,
Éd. Sociales, 1971. Mais aussi : R. Aron (1967), Les étapes de la pensée sociologique, Gallimard,
Coll. « Tel », 1994 ; E. Mandel (1964), « Initiation à la théorie économique marxiste », Les cahiers
GX&HQWUHG¶eWXGHV6RFLDOLVWHV n°39 à 41, Études et Documentation Internationales, Édition revue
et augmentée, 1975 ; H. Mendras et J. Étienne, Les grands auteurs de la sociologie. Tocqueville,
Marx, Durkheim, Weber, Paris, Hatier, Coll. « Initial », 1996.
3
Voir, entre autres : G. Benguigui et D. Monjardet, « /¶XWRSLH JHVWLRQQDLUH /HV FRXFKHV
PR\HQQHVHQWUHO¶eWDWHWOHVUDSSRUWVGHFODVVH », Revue Française de Sociologie, XXIII, 1982, pp.
605-638 ; S. Pochic, « Chômage des cadres : quelles déstabilisations ? », P. Bouffartigue (dir.),
Cadres : la grande rupture, Paris, La Découverte, Coll. « Recherches », 2001.

1
syndicaux), plutôt éteints sur la question depuis les travaux de Luc Boltanski1 et
de Guy Groux2.
Parmi les productions scientifiques parues dernièrement, les ouvrages de
Paul Bouffartigue et de Charles Gadéa se singularisent par la volonté des auteurs
de proposer une analyse des cadres fondée sur leurs propriétés réputées objectives,
ici, au moyen du concept de « salariat de confiance »3, là, en mobilisant les
connaissances produites par les sociologues des professions4. Ce, après que Luc
Boltanski puis Guy Groux avaient indiqué les ressorts historiques de la « cohésion
G¶XQJURXSHIORX »5.

« /DSULVHGHGLVWDQFHGHVFDGUHVjO¶pJDUGGHVGLUHFWLRQVG¶HQWUHSULVHHW
les progrès de la conscience salariale des cadres ne font aucun doute » écrit Paul
Bouffartigue6 6HORQ O¶DXWHXU SOXVLHXUV pOpPHQWV DWWHVWHQW OHXU UDSSURFKHPHQW GH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

la condition salariale « ordinaire »7, plus exactement leur « crise de confiance » :


les « dérives du capitalisme financier »8, qui soumettent les salariés, sans
FRQVLGpUDWLRQ SRXU OHXU VWDWXW G¶HPSORL j O¶H[LJHQFH GH UHQWDELOLWp G¶XQ FDSLWDO
« parfaitement mobile »9 j O¶pFKHOOH PRQGLDOH  O¶DUFKDwVPH G¶XQH FRRUGLQDWLRQ
hiérarchique du travail dans un contexte de changement continuel O¶H[WHQVLRQGH

1
L. Boltanski (1982), Les caGUHV /D IRUPDWLRQ G¶XQ JURXSH VRFLDO, Paris, Éd. de Minuit, Coll.
« Le sens commun », 1999.
2
G. Groux, Le syndicalisme des cadres en France, 1963- 8Q HQMHX SURGXFWHXU G¶HQMHX[
'RFWRUDWG¶eWDW
3
P. Bouffartigue, /HVFDGUHV)LQG¶XQHILJXUH sociale, Paris, La dispute, 2001.
4
C. Gadéa, Les cadres en France. Une énigme sociologique, Paris, Belin, Coll. « Perspectives
sociologiques », 2003.
5
L. Boltanski (1982), op. cit.
6
P. Bouffartigue (2001), op. cit.
7
Le thème de la « banalisation » de la catégorie des cadres a été (re)lancé par Entreprise &
Progrès (« Cadres / non-cadres, une frontière dépassée », 1992), organisation patronale associée
au Medef. La « banalisation ª LFL GpFULWH UHQYRLH j O¶REVROHVFHQFH VXSSRVpH FRQVXEVWDQWLHOOH j
O¶LQWpJUDWLRQ pFRQRPLTXH PRQGLDOH G¶XQ VWDWXW FDGUH SUpVHQWp FRPPH V\PEROH G¶XQH DUFKDwTXH
rigidité. Mais la « banalisation » renvoie aussi à la thèse de Serge Mallet, qui dans les années 1960
parlait de « nouvelle aristocratie ouvrière » à propos des cadres.
8
M. Aglietta et A. Rébérioux, Les dérives du capitalisme financier, Albin Michel, 2004.
9
/¶H[SUHVVLRQHVWHPSUXQWpHDXPRGqOHPDFUR-économique de Mundell et Fleming (1962).

2
la « logique compétence »1 TXL VXSSRVH XQH SHUVRQQDOLVDWLRQ GH O¶pYDOXDWLRQ GX
WUDYDLO HW XQH LQGLYLGXDOLVDWLRQ GX UDSSRUW G¶HPSORL MXVTX¶DX[ QLYHDX[ OHV SOXV
subalternes de la production ; le nivellement de la hiérarchie des salaires, sous
O¶HIIHW QRWDPPHQW GHV UHYDORULVDWLRQV UpJXOLqUHV GX 6DODLUH 0LQLPXP ,QWHU-
professionnel de Croissance (SMIC)2&¶HVWWRXWHIRLVODILQGXTXDVL-monopole de
la Confédération Générale des Cadres (CFE-CGC) sur les suffrages exprimés par
les cadres aux élections professionnelles qui indique le plus clairement, selon Paul
%RXIIDUWLJXH O¶DIIHUPLVVHPHQW GH OHXU © conscience salariale » : « le déclin de
O¶DXGLHQFH GX V\QGLFDOLVPH FDWpJRULHO SHXW rWUH YX FRPPH O¶H[SUHVVLRQ GLUHFWH
G¶XQHPRQtée de cette conscience salariale »3.
'¶DSUqV &KDUOHV *DGpD OD PDvWULVH GH VDYRLUV WHFKQLTXHV VSpFLILTXHV
configure les cadres en une multitude de « segments professionnels ». Toute étude
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

VRFLRORJLTXHSUHQDQWOHVFDGUHVSRXUREMHWGRLWV¶DWWDFKHUjFRPSrendre chacun de
ces « segments », à défaut de saisir la spécificité des cadres comme groupe ou
catégorie sociale4. Cette approche trouve un écho certain dans la littérature
managériale, laquelle ne décrit plus les cadres comme des salariés ayant fait leurs
FODVVHVDXVHLQG¶XQHVHXOHHQWUHSULVHHQFRUHPRLQVFRPPHOHV © chefs » qui, au
VHLQG¶XQHRUJDQLVDWLRQS\UDPLGDOHSUHVFULYHQWHWHQFDGUHQWDXWLWUHGHOHXUVWDWXW
G¶HPSORLO¶H[pFXWLRQGXWUDYDLORXYULHURXHPSOR\p(QFDGUDQWVRXWHFKQLTXHVOHV
cadres y sont définis comme des « professionnels », dont la compétence est
VXVFHSWLEOHGHUHGpSORLHPHQWG¶XQHHQWUHSULVHRXG¶XQHEUDQFKHjO¶DXWUH/HFDGUH
LGpDOQ¶HVWGRQFSDVVHXOHPHQWDXWRQRPHGLJQHGH© confiance », responsable ou
capable de prendre des initiatives salutaires. Il est encore un « expert », exerçant
DYHFXQpJDOERQKHXUGDQVO¶LQGXVWULHRXOHVVHUYLFHVHWVRXVXQVWDWXWMXULGLTXHGX

1
F. Piotet (dir.), La révolution des métiers, Paris, PUF, Coll. « Le lien social », 2002 ; J. D.
Reynaud, « Le management par les compétences XQHVVDLG¶DQDO\VH », Sociologie du travail Vol.
43, n°1 ± 2001, pp. 7-31 ; C. Paradeise et Y. Lichtenberger, « Compétence, compétences »,
Sociologie du travail Vol. 43, n°1 ± 2001, pp. 33-48  ( 2LU\ HW $ G¶,ULEDUQH © La notion de
compétence : continuités et changements par rapport à la notion de qualification », Sociologie du
travail Vol. 43, n°1 ± 2001, pp. 49-66.
2
N. Bignon, « La hiérarchie des salaires entre 1996 et 2004 », DARES, Premières Synthèses,
septembre 2007 ± n° 39.1.
3
P. Bouffartigue (2001), op. cit.
4
A. Henni, « Deux contributions récentes à une sociologie des cadres », /¶$QQpHVRFLRORJLTXHn°2
/ 2003, pp. 548-555.

3
travail indistinctement libéral ou salarié1. Ces représentations peignant les cadres
en nomades inscrits dans une relation de service avec le monde des grandes
entreprises ont une évidente dimension normative2. Elles résistent en réalité très
PDOjO¶pSUHXYHVWDWLVWLTXH3.

Cette recherche doctorale propose de dépasser une divergence ici trop


succinctement évoqXpH SRXU QH SDV O¶rWUH GH PDQLqUH XQ EULQ VFKpPDWLTXH
'LVVHPEODQFHGHVDQDO\VHVTXLHQXQVHQVDFWXDOLVHO¶RSSRVLWLRQWUDGLWLRQQHOOHHQ
sociologie du travail et des organisations, entre syndicalisme et professionnalisme,
entre le « cosmopolite » et le « local »4. Marc Maurice a indiqué, dès la fin des
DQQpHVO¶HQWUHPrOHPHQWGHVORJLTXHVSURIHVVLRQQHOOHHWEXUHDXFUDWLTXHTXL
laissait apparaître de nouvelles acceptions de la « profession ªHWGHO¶RUJDQLVDWLRQ
autorisant ainsi à définir les cadres SDUO¶R[\PRUH© professionnels-salariés »5. Cet
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

HQFKHYrWUHPHQW DIIDLEOLVVDLW DXVVL G¶DSUqV O¶DXWHXU OHV YHUWXV KHXULVWLTXHV G¶XQH


appréciation de la « professionnalisation » des cadres selon le seul critère de

1
À ce titre, il est remarquable que la CGC ait redéfini, en 1998, son périmètre de représentation,
HQ V¶DGUHVVDQW GpVRUPDLV PRLQV DX[ FDGUHV FRPPH WLWXODLUHV OpJLWLPHV G¶XQ VWDWXW UHIOpWDQW OHXU
FRPSpWHQFH HW OHXU PpULWH TX¶DX[ FDGUHV HQ WDQW TXH « SURIHVVLRQQHOV GH O¶HQWUHSULVH » (Source :
« Valeurs et positions CFE-CGC », supplément à Encadrement Magazine, n°81, novembre-
décembre 1998. Cité par D. Andolfatto (dir.), Les syndicats en France, Paris, La Documentation
Française, Coll. « Études », 2004). La CFDT-cadres a mis en place, en mai 2000, un groupe de
travail dévolu à la question des « professionnels autonomes », cadres qui exercent « en solo » tout
HQ UHVWDQW OH SOXV VRXYHQW DFWHXU G¶XQH PrPH GLYLVLRQ WHFKQLTXH GX WUDYDLO O¶HQWUHSULVH Q¶pWDQW
SOXV O¶HPSOR\HXU PDLV OH FOLHQW 6RXUFH : Rapport d¶$FWLYLWp &RQJUqV &)'7-FDGUHV G¶$PLHQV
2001).
2
L. Boltanski et E. Chiapello (1999), Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, Coll.
« NRF / Essais », 2004.
3
Les cadres les plus diplômés sont les cadres du public. Même si la catégorie des cadres
G¶HQWUHSULVHHVWGHSOXVHQSOXVGLSO{PpHOHVSURILOVGHFDGUHVDXWRGLGDFWHVLVVXVGXUDQJpWDLHQW
encore majoritaires en 1998. Par ailleurs, leur mobilité professionnelle reste encore très souvent
circonscrite à une seule et même entreprise : diplômés du supérieur ou issus du rang, les cadres des
grands groupes industriels et financiers évoluent toujours dans des sphères de mobilité protégées.
(QILQ OD UpSRQVH DX[ RIIUHV G¶HPSORLV HW OHV FDQGLGDWXUHV VSRQWDQpHV VRQW OHV SULQFLSDX[ PRGHV
G¶DFFqVjO¶Hmploi des cadres au chômage.
Sources : T. Amossé, « Interne ou externe, deux visages de la mobilité professionnelle », INSEE
Première n°921, septembre 2003 ; M. Baraton, « De la difficulté à devenir cadre par promotion »,
INSEE Premières n°1062, janvier 2006 ; INSEE, Enquêtes Emploi (1998), exploitée par A.
Frickey et J. L. Primon, « 'X GLSO{PH j O¶HPSORL GHV LQpJDOLWpV FURLVVDQWHV », P. Bouffartigue
(2001), op. cit. ; « Emploi cadre : le fantasme du marché caché », Enquête APEC / IFOP, dossier
de presse APEC, juin 2006.
4
R. K. Merton, Social Theory and Social Structure, 2nde édition, 1957, pp. 387-420. Cité par M.
Maurice, « Professionnalisme et syndicalisme », Sociologie du Travail n°3 ± 1968, pp. 243-256.
5
M. Maurice, art. cit.

4
pratiques collectives typées : « le cadre se réfèrera tantôt à la communauté
SURIHVVLRQQHOOH SRXU JDUDQWLU O¶DXWRQRPLH HW O¶LQGpSHQGDQFH OLpHV j VHV
FRPSpWHQFHV FRQWUH OHV H[LJHQFHV FRQWUDGLFWRLUHV GH O¶HQWUHSULVH WDQW{W j OD
VROLGDULWp VDODULDOH SRXU PDQLIHVWHU j OD IRLV FH TXL O¶LGHQWLILH HW OH distingue des
autres salariés ». Le « professionnalisme » est une notion ambivalente, les modes
GHVWUXFWXUDWLRQGHO¶DFWLRQV\QGLFDOHQHVRQWSDVILJpVGHWRXWHpWHUQLWp(Q
Marc Maurice laisse « ouverte » la question de la capacité de « transformation »
GX V\QGLFDOLVPH IUDQoDLV TX¶LO WLHQW SRXU FRQGLWLRQ GH VRQ DGDSWDWLRQ © aux
exigences du professionnalisme »1.
/DSRUWpHGHFHVUpVXOWDWVVHPEOHDXMRXUG¶KXLLJQRUpH/HV© doctrines »2
PDQDJpULDOHVUpDFWLYHQWO¶LGpDOGXWUDYDLOLQGpSHQGDQWDXSRLQWG¶RXEOLHUTXH
GHODSRSXODWLRQDFWLYHHVWVDODULpHF¶HVW-à-dire subordonnée à un employeur3. Le
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

champ des sciences sociales du travail pêche parfois par ambition normative, en
laissant augurer que les cadres devraient comprendre que leur intérêt objectif est
G¶LQWpJUHU OHV IRUPHV RXYULqUHV G¶DFWLRQ FROOHFWLYH ¬ WRXW OH PRLQV O¶RUWKRGR[LH
néo-marxiste en fait toujours un genre de « ventre mou »4, voué à la partition entre
les classes « bourgeoise » et « ouvrière ª /HFWXUHVLPSOLVWHVLO¶RQV¶HQWient aux
écrits de Karl Marx, lequel, malgré ses ambiguïtés et un intérêt limité porté aux
« classes moyennes », ne soulignait pas moins leur effet d'atténuation des « lignes
de démarcation »5 entre les deux classes qui se disputent le surplus des entreprises.
entrepriVHVeOpPHQWVTXHO¶RQUHWURXYHDXVVLGDQVOHVDQDO\VHVGH*HRUJ6LPPHO
lesquelles saisissent sans doute le mieux le caractère « original » de la « classe
moyenne » : une classe « carrefour de mobilité »6IDLWHG¶© échanges permanents
avec les deux autres classes », à travers laquelle « les individus peuvent librement

1
Ibid.
2
F. Piotet, « 'HODSURSULpWpDXSRXYRLU«jODFDSDFLWpDXSRXYRLU », Éducation permanente n°114,
1993.
3
F. Piotet, « Nouveaux métiers, le grand malentendu », Projet n° 259, 1999, pp. 39-50.
4
H. Mendras et J. Étienne (1996), op. cit.
5
C. Gadéa (2003), op. cit. D¶DSUqV.0DU[  /HFDSLWDO&ULWLTXHGHO¶pFRQRPLHSROLWLTXH,
ébauche du Livre III.
6
C. Bidou, Les aventuriers du quotidien, Paris, PUF, 1984. Citée par C. Gadéa (2003), [Link].

5
FLUFXOHUGHKDXWHQEDVGHO¶pFKHOOHVRFLDOH »1. Cette « élasticité » de la société avec
« classe moyenne ª VHORQ OHV WHUPHV GH *HRUJ 6LPPHO  pFODLUH O¶DPELJXwWp
G¶H[SUHVVLRQV FRPPH © conscience collective » ou « conscience de classe ». Car
O¶DQWDJRQLVPHELQDLUHHQWUHERXUJHRLVLHHWSUROpWDULDWHVWDXVVLVXSSODQWpSDU© une
ULYDOLWp TXL V¶RUJDQLVH HQ MHX GH WULDGH » : « OD FODVVH PR\HQQH V¶DOOLH WDQW{W j OD
bourgeoisie, tantôt au prolétariat, en fonction du rapport de force dans une
situation historique et nationale donnée »2 /RJLTXH G¶DOOLDQFHV © polymorphes »
que Guy Groux, dans son étude minutieuse du syndicalisme-cadres, a rendu
intelligible3.

Les cadres en 2003 : des syndiqués ordinaires ?


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De récentes données statistiques indiquent la banalisation de la


syndicalisation des cadres4 (X pJDUG j O¶pWDW GX © rapport de force » dans la
« situation historique » qui est la nôtre, la « classe moyenne » pencherait donc vers
le « prolétariat ª/DYDULpWpHWO¶LQWpUrWLQWHOOHFWXHOGHVWkFKHVO¶DXWRQRPLHUHODWLYH
dans la détermination des modes opératoires et la « valeur sociale » qui est
accordée à ces « opérations techniques du travail »5 sont pourtant des facteurs qui,
qui, usuellement, servent à expliquer la faible propension des cadres à
O¶LQYHVWLVVHPHQWV\QGLFDO/HWpPRLJQDJHG¶XQFDGUHPLOLWDQWGHOD&RQIpGpUDWLRQ
Française Démocratique du Travail (CFDT), recueilli par Guy Groux voici déjà
vingt-cinq ans, est sans ambages :

« Le cadre a souvent une activité professionnelle enrichissante. Il y tient


HW \ DWWDFKH XQH JUDQGH LPSRUWDQFH TXL IDLW TX¶HQWUH OHV REOLJDWLRQV
syndicales et celles de la profession, il aura une tendance naturelle à

1
G. Simmel (1908), « /¶DXWRFRQVHUYDWLRQGXJURXSHVRFLDO », Sociologie. Études sur les formes de
la socialisation, Trad. L. Deroche-Gurcel et S. Muller, Paris, PUF, Coll. « Sociologies », 1999.
2
G. Simmel (1897), Sociologie et épistémologie, Paris, PUF, 1981. Cité par H. Mendras et J.
Étienne (1996), op. cit. et par M. Forsé, « les réseaux sociaux chez Simmel OHVIRQGHPHQWVG¶XQ
modèle individualiste et structural », L. Deroche-Gurcel et P. Watier (dir.), La sociologie de G.
Simmel (1908). Éléments de modélisation sociale, Paris, PUF, Coll. « Sociologies », 2002.
3
G. Groux (1986), op. cit. Tome 2, /¶HVSDFHGHVDOOLDQFHV
4
T. Amossé, « Mythes et réalités de la syndicalisation en France », DARES, Premières Synthèses,
octobre 2004 ± n° 44.2.
5
P. Naville, Essai sur la qualification du travail, Paris, Marcel Rivière, 1956.

6
choisir les secondes. Ça me paraît normal TXHO¶RQUHnde le travail des
RXYULHUV LQWpUHVVDQW HW RQ YHUUD TXH SRXU HX[ OH V\QGLFDOLVPH Q¶DXUD
plus la même importance. »1

/¶DFWLRQV\QGLFDOHGHVFDGUHVGHYUDLWDXVVLV¶pWLROHUjPHVXUHTXHFHX[-ci accèdent
j FH VWDWXW G¶HPSORL SDU OH ELDLV G¶XQ FDSLWDO VFRODLUH GRQW O¶DFTXLVLWLRQ VXSSRVH
HQWUHDXWUHVDVSHFWVO¶LQWpULRULVDWLRQGHVYDOHXUVYpKLFXOpHVSDUOH© nouvel esprit
du capitalisme »2 /H SDVVDJH SDU OHV *UDQGHV eFROHV OHV ULWXHOV G¶LQWpJUDWLRQ
O¶© LQVWLWXWLRQQDOLVDWLRQXQLYHUVLWDLUHGHO¶HQVHLJQHPHQWGH gestion »3, ou encore la
YDORULVDWLRQ GH O¶LPSOLFDWLRQ DVVRFLDWLYH HQ FRXUV GH VFRODULWp VXSpULHXUH 4,
favorisent a priori O¶DSSURSULDWLRQ GH YDOHXUV HW G¶DWWLWXGHV RSpUDWRLUHV SRXU OHV
HQWUHSULVHV /¶DFWLYLWp DVVRFLDWLYH DX FRXUV GX FXUVXV VXSpULHXU HQ pFole peut
procurer des points qui sont des adjuvants à ceux obtenus lors des examens. Les
professeurs en sciences de gestion connaissent les revues de leur spécialité (quand
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LOVQHSDUWLFLSHQWSDVjODUpGDFWLRQG¶DUWLFOHV TXLVRQWpGLWpHVSDUXQHDVVRFLDtion
professionnelle vers laquelle ils peuvent ponctuellement orienter leurs élèves5. Les
/HVDSSUHQWLVJHVWLRQQDLUHVVRQWG¶DLOOHXUVHQFRXUDJpVDXFRXUVGHOHXUVpWXGHVj
VHWRXUQHUYHUVO¶DVVRFLDWLRQTXLUHSUpVHQWHODIRQFWLRQTX¶LOVH[HUFHURQWXQHIRLVOH
diplôme obtenu6.
Le titre scolaire est encore supposé constituer la première source
G¶DFFXPXODWLRQGH© capital social »7, de liens relationnels « forts » ou « faibles »8,
« faibles »8 PDLV WRXMRXUV PRELOLVDEOHV SRXU OD FRQGXLWH RSWLPDOH G¶XQH FDUULqUH

1
G. Groux (1986), op. cit. Tome 2, /¶HVSDFHGHVDOOLDQFHV
2
L. Boltanski et E. Chiapello (1999), op. cit.
3
F. Pavis, 6RFLRORJLH G¶XQH GLVFLSOLQH KpWpURQRPH /H PRQGH GHV IRUPDWLRQV HQ JHVWLRQ HQWUH
universités et entreprises en France. Années 1960-1990. Thèse de doctorat, Université Paris I,
2003.
4
Voir, par exemple : « Ingénieurs et DRH GRQQHUWRXWHVDSODFHjO¶+RPPHSRXUODUpXVVLWHGH
O¶HQWUHSULVH », Revue 2005 des ingénieurs ÉCAM-ICAM.
5
&HWWH DVVHUWLRQ VH EDVH DXVVL VXU GHV IDLWV G¶Hxpérience personnelle, éprouvés en cursus de
0DvWULVHGHV6FLHQFHVGH*HVWLRQ 06* jO¶8QLYHUVLWp3DULV,;'DXSKLQH
6
H. Bommelaer, Trouver le bon job grâce au réseau. Les 10 facteurs clés de succès pour trouver
un emploi, Paris, Eyrolles, 2005.
7
P. Bourdieu, « Le capital social. Notes provisoires », Actes de Recherche en Sciences Sociales,
31 / 1980, pp. 2-3.
8
M. Granovetter, « The strength of weak ties », American Journal of Sociology, Vol. 78 / 1973,
pp. 1360-1380.

7
désormais préVXPpH SOXV GLVFRQWLQXH TXH OLQpDLUH /¶HQWUHWLHQ GH UHODWLRQV
amicales dans le giron professionnel apparaît également comme une ressource,
hypothétique mais tout aussi décisive. Les associations professionnelles et
G¶DQFLHQVpOqYHVIRQWDLQVLUDSLGHPHQWSDUWLHVGHO¶XQLYHUVGHVFDGUHVGpVLUHX[GH
cultiver leur « FDUQHW G¶DGUHVVHV » utiles et de « perfectionner » leur pratique
quotidienne. A priori XQ FDGUH Q¶D GRQF DXFXQH © bonne raison »1 GH V¶LQYHVWLU
dans le syndicalisme salarié, a fortiori V¶LO HVW GLSlômé du supérieur et que ce
diplôme lui a directement donné accès à un poste de cadre. La « communauté
SHUWLQHQWH GH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH »2 des cadres semble être moins, en effet, le
salariat que la confrérie des pairs, qui partagent une éthique de travail ou un même
parcours scolaire.
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(Q GpSLW GH WRXV FHV IUHLQV VXSSRVpV RX DYpUpV j O¶LQYHVWLVVHPHQW
V\QGLFDO GHV FDGUHV FHV GHUQLHUV VRQW HQ  HW G¶DSUqV OD 'LUHFWLRQ GH
O¶$QLPDWLRQ GH OD 5HFKHUFKH GHV eWXGHV HW GHV 6WDWLVWLTXHV '$5(6  © plus
syndiqués que les ouvriers »3. Les statisticiens du Ministère du Travail obtiennent
même le résultat selon lequel les cadres adhèrent « trois fois plus souvent à un
groupement syndical ou professionnel que les ouvriers ª '¶DSUqV FHWWH HQTXrWH
14,5 % des cadres et 10,1 % des salariés classés dans la catégorie « professions
intermédiaires ªHQVRQWPHPEUHVWDQGLVTXHFHVWDX[V¶pOqYHQWUHVSHFWLYHPHQWj
5,5 % et 6,1 % pour les employés et les ouvriers. Dans le secteur privé, ajoute
O¶DXWHXUGHO¶pWXGH© 7,5 % GHVFDGUHVVRQWPHPEUHVG¶XQJURXSHPHQWV\QGLFDORX
professionnel contre 5 % des ouvriers ». Si les cadres sont « plus syndiqués » que
les autres salariés, en particulier les ouvriers, ils sont cependant moins militants,
UHVWDQWVRXYHQWjO¶pWDWGHVLPSOHs cotisants. Le sens commun, qui décrit volontiers
les cadres comme « individualistes ª HW SHX GLVSRVpV j O¶HQJDJHPHQW G¶XQH YLH
V¶HQWURXYHFRQIRUWp
&HUpVXOWDWG¶XQHV\QGLFDOLVDWLRQSOXVIRUWHSDUPLOHVFDWpJRULHVG¶HPSORL
PR\HQQHVHWVXSpULHXUHVQ¶Hst, au reste, pas vraiment nouveau. En 1988, selon une

1
R. Boudon (1990), « Action », Traité de sociologie, Paris, PUF, 1993, pp. 21-53.
2
D. Segrestin, « /HV FRPPXQDXWpV SHUWLQHQWHV GH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH », Revue Française de
Sociologie, XXI, 1980, pp. 171-203.
3
T. Amossé, art. cit. p. 4.

8
HQTXrWHGX&HQWUHGH5HFKHUFKHVSRXUO¶eWXGHHWO¶2EVHUYDWLRQGHV&RQGLWLRQVGH
vie (CRÉDOC), les taux de syndicalisation comparés des cadres et des ouvriers
différaient dans des proportions déjà analogues : 14 % des cadres étaient alors
syndiqués, contre 8 % des ouvriers17KRPDV$PRVVpHQFRQYLHQWFLWDQWG¶DXWUHV
sources2 $X YX GX UHIOX[ FRQWLQX G¶XQH &*& DXWUHIRLV © hégémonique »3 parmi
OHVFDGUHVTXHFHVRLWHQWHUPHVG¶HIIHFWLIVDGKpUHQWVRXGHrésultats aux élections
professionnelles, le fait que les cadres sont plus enclins à se syndiquer et à voter
pour les centrales ouvrières est par ailleurs incontestable. De facto, la CFDT est
ELHQO¶RUJDQLVDWLRQV\QGLFDOHTXLSURILWHOHSOXVGHSXLVXQHYLQJWDLQHG¶DQQpHVGH
FHWWH UHGLVWULEXWLRQ GHV SDUWV GX PDUFKp GH O¶DGKpVLRQ V\QGLFDOH HW GX YRWH GHV
cadres aux élections professionnelles4 $X[ pOHFWLRQV SUXG¶KRPDOHV GH  OD
CFDT a dépassé pour la première fois la CGC dans la section Encadrement, y
obtenant 31,5 % des suffrages ± contre 21,88 % pour la CGC5. En 2002, cette
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WHQGDQFHV¶HVWFRQILUPpH : la CFDT drainait 28,64 % des voix de cadres, quand la


CGC plafonnait à 22,81 %6$X[pOHFWLRQVGHV&RPLWpVG¶(QWUHSULVHV &( FHWWH
même année, la CFDT (21,1 %) fut bien devancée par la CGC (23,2 %) dans le
troisième collège, mais la talonnait de près7.

1
G. Groux, « Le syndicalisme-FDGUHV GH O¶DSUès-guerre à nos jours. Légitimation sociale et
affirmation de soi », J. D. Reynaud, F. Eyraud, C. Paradeise, J. Saglio (dir.), Les systèmes de
UHODWLRQVSURIHVVLRQQHOOHV([DPHQFULWLTXHG¶XQHWKpRULH, Paris, Éd. du CNRS, 1990.
2
,O V¶DJLW G¶XQ UDSSRUW GX Bureau International du Travail (BIT) de 1998 (« Le travail dans le
monde »), et du numéro 10 995 (1991) de la revue Liaisons sociales, « Audience syndicale,
fonction des syndicats ».
3
G. Groux (1986), op. cit. Tome 1, Le temps des compromis.
4
Dès le début de la décennie 1990, Antoine Bevort et Dominique Labbé (1992) relèvent une
« marginalisation des ouvriers » à la CFDT : « alors que ceux-ci représentaient plus du quart des
GpOpJXpV HQ     LOV QH VRQW SOXV TX¶XQ FLQTXLqPH GRX]H DQV SOXV WDUG    >«@ ¬
O¶RSSRVp OHV FDGUHV PR\HQV ± notamment de la fonction publique ± et les cadres supérieurs, y
compris les enseignants, augmentent très fortement leur présence (de 25 à 39 % des délégués). On
assiste donc à un glissement rapide vers le haut de la pyramide sociale » (A. Bevort et D. Labbé,
La CFDT : organisation et audience depuis 1945, Paris, La Documentation française, 1992, p. 89).
5
Source : D. Andolfatto, « Élections prud'homales de décembre 1997 : la déception syndicale »,
Regards sur l'actualité n°239, mars 1998.
6
Source  ,16(( 5DSSRUW G¶$FWLYLWp GH OD &)'7-cadres, Congrès de Nantes, les 2, 3 et 4 juin
2005.
7
Source : C. Le Moigne et O. Jacod, « /HVpOHFWLRQVDX[&RPLWpVG¶(QWUHSULVHHQ », DARES,
Premières synthèses, janvier 2005 ± n°03.2.

9
Le problème O¶DPELJXwWpVpPDQWLTXHGHVpWXGHVVWDWLVWLTXHV

/¶pWXGH HVW SDUWLH G¶XQ TXHVWLRQQHPHQW DVVH] VLPSOH TXL VH VLWXH GDQV
O¶DFWXHO FRQWH[WH LQWHOOHFWXHO G¶XQH © banalisation » supposée de la catégorie des
cadres, en partie suggérée par les recherches indiquant une « crise de confiance »
HWSRVDQWODTXHVWLRQGHO¶pYHQWXHOOH© ILQG¶XQHILJXUHVRFLDOH »1. En dehors, peut-
être, de ceux qui sont dits « à haut potentiel », la conjoncture amènerait les cadres
jVHUHQGUHFRPSWHjHQFURLUH3DXO%RXIIDUWLJXHTX¶LOVQHVRQWSDVVLGLIIpUHQWV
des autres salariés, ce que corroboreraient les études statistiques. Cette lecture des
GRQQpHV SUpVHQWH O¶LQconvénient de ranimer le thème du « malaise des cadres »,
ainsi voués au tiraillement entre « O¶HQFOXPH GH OD SORXWRFUDWLH HW OH PDUWHDX GX
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prolétariat »2. En cherchant à déterminer sa position dans la structure sociale et


O¶pWDW GH VD © conscience salariale ª O¶DSSURFKH GH 3DXO %RXIIDUWLJXH UpLILH OH
groupe-FDGUHV IDLWSHXGHFDVG¶XQHKLVWRLUHPDUTXpHSDUXQHFHUWDLQHUpVLVWDQFH
au « procès de polarisation »3 entre travail et capital, ignore le sens que les cadres
eux-mêmes donnent à leur travail et aux SUREOqPHVTX¶LOV\UHQFRQWUHQW
6XUWRXWOHUpVXOWDWG¶XQSURJUqVGH© la conscience salariale » des cadres
V¶DSSXLHHQSDUWLHRQO¶DGLWVXUOHIDLWTXHOHVFDGUHVpWDLHQWQRQVHXOHPHQW© plus
syndiqués ª TXH OHV DXWUHV VDODULpV PDLV TX¶LOV DYDLHQW tendance, de surcroît, à
déserter la CGC au profit des syndicats inter-catégoriels, principalement la CFDT.
La question qui se pose est la suivante : est-on seulement certain que les cadres
sont « plus syndiqués que les ouvriers » ? En effet, et de même que les conclusions
GX &5e'2&   pWDLHQW DPELJXsV GX IDLW TX¶HOOHV FRQFHUQDLHQW O¶pWDW GX
« monde associatif », la définition du « groupement professionnel ª Q¶HVW MDPDLV
SUpFLVpHSDUOHVVWDWLVWLFLHQVGHOD'$5(62URQO¶DpYRTXpOHVFDGUHVVHPEOHQW
avoir accès, via leur cursus scolaire ou leur activité professionnelle, à des
ressources collectives méconnues des ouvriers comme des employés. Ils disposent
G¶XQH RUJDQLVDWLRQ V\QGLFDOH FRQIpGpUpH HW FDWpJRULHOOH OD &*& RX SHXYHQW

1
P. Bouffartigue (2001), op. cit.
2
H. Clerc, Pour sauver les classes moyennes, Paris, Tallandier, 1939. Cité par L. Boltanski (1982),
op. cit. p. 67.
3
G. Groux (1986), op. cit. Tome 1, Le temps des compromis.

10
adhérer à un syndicat ouvrier. Sur les lieux de travail, les centrales ouvrières les
organisent selon des modalités variables, entre intégration indiscriminée (CFDT)
HW DXWRQRPLHSOXV RXPRLQV JUDQGHjO¶pJDUGGHV DXWUHV V\QGLTXpV &*7 1. Mais
OHVFDGUHVSHXYHQWHQFRUHV¶LPSOLTuer dans de nombreux groupements aux statuts
divers, qui sont toujours en rapport direct avec leur activité professionnelle, leur
H[SpULHQFH GH WUDYDLO OHXU HQWUHSULVH RX OHXU IRUPDWLRQ  DPLFDOHV G¶HQWUHSULVH
DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV pOqYHV G¶XQH pFROH Dssociations professionnelles groupant
OHV WLWXODLUHV G¶XQ PrPH W\SH G¶HPSORL HW V\QGLFDWV FRUSRUDWLIV © maison ». La
vocation de ces groupements est circonscrite (un diplôme, une école, un type
G¶HPSORLRXXQHHQWUHSULVH HWjERQQHGLVWDQFHGHVHQMHX[SDUtisans.

&HWDVSHFWUHQGSUREOpPDWLTXHO¶LQWHUSUpWDWLRQGHVUpVXOWDWVREWHQXVSDUOD
DARES. Pourquoi ne pas distinguer entre le « professionnel » et le « syndical »2 ?
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/HVDVVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqYHVVRQW-elles des « groupements professionnels »3 ?


LHV FDGUHV TXL DGKqUHQW j XQH DVVRFLDWLRQ G¶DQFLHQV pOqYHV RX j XQH DVVRFLDWLRQ
SURIHVVLRQQHOOH GX W\SH GH O¶$VVRFLDWLRQ 1DWLRQDOH GHV 'LUHFWHXUV HW &KHIV GX
Personnel (ANDCP) par exemple, sont-ils comptabilisés ? Considère-t-on les
nombreux Directeurs ou Responsables des Ressources Humaines (DRH ou RRH)

1
La CFDT et la Confédération Générale du Travail (CGT) se distinguent, entre autres aspects, par
le mode de représentation des cadres pour lequel elles ont opté, la première ayant choisi de ne pas
différencier entre cadres et non-FDGUHVVXUOHVOLHX[GHWUDYDLOODVHFRQGHV¶DXWRULVDQWXQHSDUWLWLRQ
FDWpJRULHOOHGHODUHSUpVHQWDWLRQGHVVDODULpVG¶XQHPrPHHQWUHSULVH
2
$GKpUHUjXQV\QGLFDWUHSUpVHQWDWLIGHVDODULpVDXQLYHDXQDWLRQDOQ¶HVWSas exactement la même
FKRVHHQHIIHWTXHG¶rWUHPHPEUHG¶XQJURXSHPHQWTXLQ¶DG¶DXWUHVYRFDWLRQVTXHODGpIHQVHGHV
intérêts des seuls adhérents. Les cinq confédérations syndicales (CFDT, CFE-CGC, CGT, CFTC et
)RUFH 2XYULqUH  VRQW G¶LQWpUrW SXEOLF \ FRWLVHU RXYUH GURLW j XQH UpGXFWLRQ G¶LPS{W DX WLWUH GH
O¶$UWLFOHGX&RGH *pQpUDOGHV,PS{WV4XDQWDX[DVVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqYHVODTXHVWLRQ
des plus épineuses, a été tranchée par la Direction Générale des Impôts : elles ne sont pas
« G¶LQWpUrW Jpnéral » DX VHQV GHV $UWLFOHV  HW ELV GX &RGH VXVGLW OHV SUHVWDWLRQV TX¶HOOHV
RIIUHQWQ¶D\DQWSDV« YRFDWLRQjEpQpILFLHUjWRXWSXEOLFPDLVDX[VHXOVDGKpUHQWVGHO¶RUJDQLVPH
en contrepartie des versements effectués à son profit » (Source : Bulletin officiel des impôts, 5 B-
27-QƒGXRFWREUH 6XUFHSRLQWOH&RQVHLOG¶eWDWDDXVVLUHMHWpHQIpYULHU
XQH UHTXrWH SUpVHQWpH SDU WURLV DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV pOqYHV HVWLPDQW TX¶XQH DVVRFLDWLRQ GRQW
« O¶REMHWSULQFLSDOHVWODGpIHQVH des intérêts du cercle restreint de ses membres et la création de
OLHQVGHVROLGDULWpHQWUHHX[Q¶HQWUHSDVGDQVOHFKDPSGHVGLVSRVLWLRQVSUpFLWpHVGHVDUWLFOHV
et 238bis du Code Général des Impôts » (Source : arrêt N° 287949 du 7 février 2007).
3
Des enquêtes statistiques aux objets voisins peuvent utiliser la même terminologie, sans toujours
FRQIRQGUH JURXSHPHQWV SURIHVVLRQQHOV HW G¶DQFLHQV pOqYHV 0 )HEYUH HW / 0XOOHU RQW SDU
H[HPSOHSURGXLWXQHpWXGHGDQVODTXHOOHLOVFODVVHQWOHVWDX[G¶DGKpVLon des Français selon le type
G¶DVVRFLDWLRQ3DUPLFHVW\SHVOHVDVVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqYHVVRQWGLVWLQJXpHVGHV © syndicats
ou groupements professionnels » (M. Febvre et L. Muller, « Une personne sur deux est membre
G¶XQHDVVRFLDWLRQHQ », INSEE Première n° 920, septembre 2003).

11
investis, à titre professionnel et du fait même des caractéristiques du poste occupé
GDQV O¶HQWUHSULVH GH OD UHSUpVHQWDWLRQ GH FHOOH-ci au sein de son syndicat
professionnel de branche ? Est-il seulement question de « groupements » dans
OHVTXHOVO¶DGKpVLRQHVWQRPLQDWLYHHWSHUVRQQHOOH ? Si les statistiques proposées par
la DARES incluent ces cas, comment affirmer que « les cadres sont trois fois plus
syndiqués que les ouvriers » ? Ne seraient-ils pas, en fDLWPRLQV UpWLIVjO¶DFWLRQ
FROOHFWLYH TX¶LOV QH VRQW KRVWLOHV j VD IRUPH V\QGLFDOH LQWHU-catégorielle ? Dans
TXHOOHPHVXUHFHVIRUPHVG¶LPSOLFDWLRQSHXYHQW-elles être comparées ? Quant à la
progression de la « conscience salariale ªGHVFDGUHVTX¶LQGLTXerait leur confiance
croissante envers les centrales ouvrières, ne serait-FHSDVO¶LQIOH[LRQGHVSUDWLTXHV
syndicales desdites centrales, dans un sens plus en phase avec les attentes envers
OH V\QGLFDOLVPH SUrWpHV DX[ FDGUHV TXL H[SOLTXHUDLW FH UHJDLQ G¶Lntérêt pour
O¶DFWLRQFROOHFWLYHVDODULpH1 ? La « distance jO¶pJDUGGHVGLUHFWLRQVG¶HQWUHSULVH »,
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indiquée par Paul Bouffartigue (2001), ne renvoie-t-elle pas à la question de


O¶LQGpSHQGDQFH GDQV OH WUDYDLO " 1¶HVW-elle pas synonyme de revendication
« professionnelle », plutôt que « salariale » ?
Répondre à ces questions implique de dépasser la seule appréhension
TXDQWLWDWLYH GH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH GHV FDGUHV REOLJH j SORQJHU DX F°XU GH OD YLH
concrète de leurs organisations « syndicales » et « professionnelles ». On ne peut
V¶HQ WHQLU j OD VXUIDFH VWDWLVWLTXH GHV FKRVHV FRQVLGpUHU TXH O¶DXGLHQFH
des centrales « ouvrières ª SDUPL OHV FDGUHV LQGLTXH O¶pWDW GH OHXU © conscience
salariale ªHQV¶H[RQpUDQWG¶XQHDQDO\VHGHVSUDWLTXHVHWGHVRULHQWDWLRQVORcales
qui permettent cette audience. On ne saurait pas plus interpréter « la prise de
distance » des cadres sans questionner sa signification auprès des premiers
concernés.

Au-delà des débats portant sur « la montée de la conscience salariale des


cadres », le développement de leur syndicalisation est en réalité un enjeu qui
touche à la viabilité même de la forme confédérale inter-FDWpJRULHOOH G¶DFWLRQ
V\QGLFDOH '¶XQH SDUW OD SURSRUWLRQ GHV FDGUHV G¶HQWUHSULVH GDQV OD SRSXODWLRQ
active connaît une progrHVVLRQFRQVWDQWHGHSXLV GHO¶RUGUHGHjSDUDQ

1
Cette hypothèse est aussi évoquée par Georges Benguigui, en « postface » à P. Bouffartigue
(2001), op. cit.

12
entre 1954 et 1975 et de 2 à 3 % par an de 1975 à 1995), au contraire des ouvriers
dont les effectifs, en particulier non-qualifiés, ont commencé à refluer au milieu
des années 19701'¶DXWUHSDUW chaque nouvelle cohorte de cadres qui entre sur le
marché du travail est plus diplômée que la précédente G¶DSUqVO¶,16((SUqVGH
  GHV FDGUHV VXSpULHXUV G¶HQWUHSULVH HQ DFWLYLWp Q¶DYDLHQW SDV GH GLSO{PH GX
supérieur en 1968. Les salariés qui se déclaraient ingénieurs étaient aussi 30 % à
Q¶rWUHGLSO{PpVG¶DXFXQHpFROH(QSUqVGHODPRLWLpGHVFDGUHVG¶HQWUHSULVH
pWDLW WLWXODLUH G¶XQ GLSO{PH YHQDQW VDQFWLRQQHU DX PRLQV WURLV DQQpHV G¶pWXGHV
supérieures2. Des données plus récentes indiquent encore que le nombre de
personnes en emploi détenant un diplôme de niveau supérieur ou égal à Bac +3 a
augmenté de 64 % entre 1992 et 20023. Selon cette étude, ces diplômés « se
concentrent sur les emplois très qualifiés de cadres et de professions libérales »4.
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Les cadres sont donc plus nombreux et plus « professionnels », au sens où le


QLYHDX GH GLSO{PH UHTXLV SRXU O¶RFFXSDWLRQ G¶XQ SRVWH GH FDGUH DXJPHQWH j
PHVXUH GX QLYHDX JOREDO G¶LQVWUXFWLRQ IHUPDQW DLQVL O¶DFFqV j O¶HPSORL FDGUH j
FHX[TXL Q¶\VDWLVIRQW pas. Dès lors, si les ouvriers restent les plus nombreux en
termes absolus, les cadres ne peuvent pas, plus, jouer ce rôle auxiliaire que Lénine
DYDLW G¶DERUG FRQFpGp j OD ILQ GX ;,;è siècle en Russie, aux intellectuels qui
V¶HQJDJHDLHQW GDQV OHV OXWWHV sociales, conception que la tradition ouvriériste du
V\QGLFDOLVPHIUDQoDLVDG¶XQHFHUWDLQHPDQLqUHUHSULVjVRQFRPSWH&¶HVWTXHHQ
TXHOTXHVRUWHO¶DYHQLUGXPRXYHPHQWV\QGLFDOIUDQoDLVGpSHQGGHSOXVHQSOXVGX
UDSSRUWGHVFDGUHVGLSO{PpVjO¶DFWLRQ collective.

1
Source : B. Seys, « /¶pYROXWLRQVRFLDOHGHODSRSXODWLRQDFWLYH », INSEE Premières n°434, mars
1996. La catégorie des employés a connu une expansion moindre que celle des cadres mais
QpDQPRLQVVLJQLILFDWLYHMXVTX¶DXGpEXWGHVDQQpHVjSDUWLUGHVTXHOOHVVDSURJUHVVLRQUDOHQWLW
2
Sources : M. A. Estrade et C. Minni, « La hausse du niveau de formation », INSEE Premières
n°488, septembre 1996 ; Frickey et J. L. Primon, « 'X GLSO{PH j O¶HPSORL GHV LQpJDOLWpV
croissantes », P. Bouffartigue (2001), op. cit. ; T. Amossé et O. Chardon, « La carte des
professions (1982-1999) : le marché du travail par le menu », Données sociales ± la société
française 2002-2003 ; M. Baraton, « De la difficulté à devenir cadre par promotion », INSEE
Premières n°1062, janvier 2006.
3
O. Chardon, « Renouvellement des générations, concurrence des formations : un diplôme pour
quel métier ? », DARES, Premières Synthèses, juillet 2004 ± n° 31.1.
4
La progression du contingent des diplômés de niveau supérieur ou égal à Bac +3 parmi les
« cadres administratifs », les « cadres du transport » et les « cadres des banques et des assurances »
esW PrPH O¶XQH GHV SOXV VLJQLILFDWLYHV : « des jeunes diplômés [y] ont remplacé des générations
peu formées et promues en interne » (O. Chardon, art. cit. p. 2).

13
/HV TXHVWLRQV VRXOHYpHV LFL SUHQQHQW VHQV j O¶KHXUH R OD OpJLWLPLWp GX
syndicalisme confédéré est interrogée en termes de procès en représentativité
« réelle ». Partout, les centrales syndicales sont moquées pour leur faible nombre
G¶DGKpUHQWV /HV JUDQGHV FRQIpGpUDWLRQV QH UHSUpVHQWHUDLHQW TX¶XQH SDUW PLQLPH
de salariés et, en conséquence, ne seraient pas légitimes à demeurer instances de
UpJXODWLRQ GHV PDUFKpV GX WUDYDLO &H SURFqV V¶DSSXLH HVVHQWLHOOHPHQW VXU XQH
comparaison entre les taux de syndicalisation français et scandinaves, lesquels
sont pourtant incomparables. Mais, confrontées au problème du renouvellement de
leurs troupes militantes1 OD &)'7 HW SOXV UpFHPPHQW OD &*7 Q¶RQW SDV PRLQV
PLV HQ °XYUH FKDFXQH j OHXU IDoRQ GHV SROitiques de développement de la
syndicalisation, politiques qui ne sauraient ignorer les cadres. La CFDT et la CGT
empruntent également la voie, escarpée, du syndicalisme dit « G¶DGKpUHQWV » : le
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QRPEUH G¶DGKpUHQWV HVW FHQVp O¶HPSRUWHU VXU O¶LQWHQVLWp GH OHur engagement ; la
cotisation doit offrir une contrepartie individuelle ; les querelles partisanes ou
idéologiques sont reléguées hors du syndicat. On le verra tout au long des
développements qui suivent, ce type de syndicalisme sied parfaitement aux cadres,
a fortiori V¶LOV VRQW GLSO{PpV GX VXSpULHXU HW UpFHPPHQW HQWUpV VXU OH PDUFKp GH
O¶HPSORL

/HVFDGUHVHWO¶DFWLRQV\QGLFDOHGDQVO¶HQWUH-deux-guerres : un premier
éclairage

2Q VDLW O¶LPSRUWDQFH GHV DQQpHV  GDQV OD IRUPDWLRQ GX JURXSH-
cadres, époqXH GpFLVLYH TXL UHQVHLJQH DXVVL OH UDSSRUW GHV FDGUHV j O¶DFWLRQ
FROOHFWLYH HQ SDUWLFXOLHU O¶DFWLRQ V\QGLFDOH /D GpILDQFH GHV FDGUHV j O¶pJDUG GX
V\QGLFDOLVPHRXYULHUHVWXQHUpDOLWpKLVWRULTXHTX¶H[SOLTXHHQSDUWLHOHSRLGVGDQV
O¶HQWUH-deux-guerres, GH O¶KpULWDJH DQDUFKR-syndicaliste et de son corollaire, le
discours revendicatif anti-hiérarchique2 0DLV F¶HVW DXVVL HQ V¶RUJDQLVDQW HQ
syndicats, selon la loi de 1884, que les cadres ont pu devenir groupe social.

1
S. Béroud, $GKpUHU SDUWLFLSHU PLOLWHU /HV MHXQHV VDODULpV IDFH DX V\QGLFDOLVPH HW j G¶DXWUes
IRUPHVG¶HQJDJHPHQWFROOHFWLI, Éd. Vie Ouvrière, 2004.
2
R. Mouriaux, Les syndicats dans la société française, Paris, Presses de la Fondation Nationale
des Sciences Politiques, 1983.

14
/¶KLVWRLUH GX JURXSH-FDGUHV HVW O¶KLVWRLUH G¶XQH FRQTXrWH FRQWLQJHQWH
G¶DXWRQRPLH GDQV XQ HVSDFH SROLWLTXH VWUXFWXUp SDU OH FOLYDJH GH © classes », au
VHQV PDU[LVWH GXWHUPH &HWWH FRQTXrWH V¶RSpUD GDQV OH FRQWH[WH GHV $FFRUGV GH
Matignon (1936) et du Front Populaire (1936-1939), et se fit au PR\HQGHO¶DFWLRQ
syndicale catégorielle, favorisée à dessein par le patronat organisé 1  O¶DFFHSWLRQ
catégorielle du syndicalisme-cadres et son entrée dans le champ des relations
professionnelles embrassaient la stratégie de la droite française de « contre-feu »2
au mouvement ouvrier. La formation des ingénieurs et cadres en groupe social se
ILW G¶DERUGFRQWUHOH © péril collectiviste », « repoussoir »3 incarné par la CGT et
SDU OH 3DUWL &RPPXQLVWH )UDQoDLV 3&)  /¶LQJpQLHXU G¶LQGXVWULH DX[ FDSDFLWpV
G¶ppargne grevées par la crise de 1929 et vivant alors de plus en plus des revenus
de son travail, en constitua le noyau, le « S{OHG¶DWWUDFWLRQ »4, autour duquel allait
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graviter la kyrielle hétéroclite de « collaborateurs » : tous les appointés ayant


revendiTXpODUHFRQQDLVVDQFHODOpJLWLPDWLRQG¶XQU{OHVLQJXOLHUGDQVO¶HQWUHSULVH
et dont la fonction, hiérarchique, technique, administrative ou commerciale,
deviendra après-JXHUUH V\QRQ\PH GH VWDWXW G¶HPSORL 6WDWXW © cadre » qui, inséré
dans les ordres conventionnels de classification des qualifications au sein des
GLIIpUHQWHVEUDQFKHVGHO¶pFRQRPLHQDWLRQDOHIRUPHUDDXVVLDXFRXUVGHV© Trente
Glorieuses »5 (1946-1973), « O¶KRUL]RQSURPRWLRQQHOGXVDODULDW »6.

&RPPH VRQ QRP QH O¶LQGLTXH SDV O¶8QLRQ GHV 6\QGLFDWV G¶,QJpQLHXUV
)UDQoDLV 86,)  UHVWD MXVTX¶HQ  XQH DVVRFLDWLRQ 8QH DVVRFLDWLRQ TXL SDU
DLOOHXUVJURXSDLWSULQFLSDOHPHQWOHVLQJpQLHXUVGLSO{PpVGHO¶eFROHGH3K\VLTXH-
&KLPLH GH 3DULV (Q  O¶8QLRQ GHYLQW V\QGLFDW OH UpJLPH MXULGLTXH de la loi

1
I. Kolboom, « Patronat et cadres : la contribution patronale à la formation du groupe des cadres »,
Le Mouvement social n°121-1982, pp. 71-96.
2
R. Mouriaux, « Du Front Populaire à la rupture du tripartisme : le syndicalisme-cadres dans le
FUHXVHWGHO¶KLVWRLUH », M. Descostes et J. L. Robert (dir.), Clefs pour une histoire du syndicalisme-
cadres, Paris, Les Éditions ouvrières, 1984.
3
L. Boltanski (1982), op. cit.
4
Ibid.
5
J. Fourastié, Les Trente Glorieuses, Fayard, 1979.
6
R. Castel (1995), Les métamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat,
Gallimard, Coll. « Folio essais », 2002.

15
Waldeck-Rousseau (1901) ayant été explicitement abandonné en raison des trop
IDLEOHVPDUJHVGHPDQ°XYUHFRQIpUpHVSDUOHVWDWXWG¶DVVRFLDWLRQ$\DQWMXJpOHXUV
diplômes insuffisamment protégés, sans recours pour empêcher « O¶XVXUSDWLRQ » et
« O¶inflation »1 G¶XQ WLWUH G¶LQJpQLHXU RFWUR\p j OD GLVFUpWLRQ GHV HPSOR\HXUV VHV
porte-SDUROHUHQRQFqUHQWjODIRUPHDVVRFLDWLYHG¶DFWLRQFROOHFWLYHHQIDYHXUGHOD
IRUPH V\QGLFDOH TX¶LOV VXSSRVDLHQW PLHX[ DSSURSULpH 6L O¶DFWLRQ GHV ,QJpQLHXUV
Français dePHXUDIRFDOLVpHVXUODIHUPHWXUHGHODSURIHVVLRQHWO¶H[LJHQFHGXWLWUH
le statut juridique de syndicat permettait, en principe du moins, une meilleure
UHFRQQDLVVDQFH GH OD TXDOLWp G¶LQJpQLHXU GDQV OH FKDPS GHV UHODWLRQV
professionnelles :

« Les intérêts professionnels des ingénieurs ne peuvent être défendus que


SDU OHV 6\QGLFDWV G¶,QJpQLHXUV DX[TXHOV OD ORL GH  D GRQQp OHV
capacités nécessaires. La loi de 1901, qui régit les Associations
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

(Amicales, Sociétés Techniques) donne à celles-ci des pouvoirs


LQVXIILVDQWV 2U F¶HVW XQ IDLW G¶H[SpULHQFH TXH OD SRVLWLRQ GHV
LQWHOOHFWXHOVHQJpQpUDOHWGHVLQJpQLHXUVHQSDUWLFXOLHUDEHVRLQG¶rWUH
GpIHQGXHVpULHXVHPHQWDXMRXUG¶KXL : il ne suffit pas de cultiver la bonne
FDPDUDGHULH>«@LOIDXWIDLUHUHVSHFWHUOa profession, la maintenir à un
niveau social convenable en défendant les intérêts individuels et
collectifs, matériels et moraux des ingénieurs »2

Le système des conventions collectives, introduit par la loi de mars 1919, devint
plus contraignant en juin 1936, date à partir de laquelle ces conventions, selon
O¶H[SRVp GHV PRWLIV GH OD ORL GX  MXLQ  © font loi pour les rapports entre
HPSOR\HXUV HW HPSOR\pV GDQV OHV GLYHUVHV EUDQFKHV GH O¶DFWLYLWp pFRQRPLTXH ».
Dans un contexte historique de crise économique, où la lutte des classes atteignit
un niveau paroxystique, dans une société parfois jugée « jO¶pWDWODWHQW GHJXHUUH
civile »3, ce fut, en fait, tous les « collaborateurs » qui éprouvèrent le besoin de se
regrouper en syndicats catégoriels ou corporatifs. Syndicats pour la plupart bientôt

1
L. Boltanski (1982), op. cit.
2
Source : 1RWLFHVXUOHVV\QGLFDWVG¶LQJpQLHXUVIUDQoDLV  &LWpSDU50RXULDX[© Du Front
Populaire à la rupture du tripartisme : le syndicalisme-FDGUHV GDQV OH FUHXVHW GH O¶KLVtoire », M.
Descostes et J. L. Robert (1984), op. cit. p. 99.
3
A. Desqueyrat, Classes moyennes françaises, crise, programme, organisation, Paris, SPES,
1939. Cité par L. Boltanski (1982), op. cit.

16
dissous par le régime de Vichy, mais qui formèrent le terreau sur lequel la CGC
IXWFRQVWLWXpHjO¶DXWRPQH1.
En mai-juin 1936, les cadres étaient partagés entre crainte du mouvement
RXYULHUHWDPHUWXPHjO¶pJDUGG¶XQSDWURQDWGRQWO¶DWWLWXGHIXWYpFXHFRPPHXQH
lâche abdication face aux franges les plus radicales du prolétariat : « RQV¶DSHUoRLW
DORUVTXHOHSDWURQDWQ¶HVWHQFOLQjQHWUDLWHUTX¶DYHFOHVSOXVGpWHUPLQpVHWOHVSOXV
violents, les centrales ouvrières, et à négliger singulièrement les ingénieurs et
cadres ª DVVXUH 5RJHU 0LOORW DQFLHQ PLOLWDQW GH O¶8QLRQ 6RFLDOH GHV ,QJpQLHXUV
Catholiques (USIC) devenu premier Président de la CGC, en 19442. Mais, tandis
que les avancées sociales obtenues par la CGT (Accords de Matignon) et sa
stratégie de relative ouverture aux travailleurs non-ouvriers avaient attiré un
FRQWLQJHQWLPSRUWDQWGHWHFKQLFLHQVHWGDQVXQHPRLQGUHPHVXUHG¶LQJpQLHXUVDX
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

sein de sa population adhérente, ces derniers étaient aussitôt disqualifiés, dépeints


comme des « collaborateurs fourvoyés »3, égarés parmi leurs subordonnés. Le
patronat appuya rapidement, en effet, les ingénieurs qui, comme le personnage
SULQFLSDOGXURPDQG¶+HQUL/HVSqV4, /¶XVLQHVDQVkPH (1954), considéraient que,
« nous autres, cadres, ingénieurs, techniciens, devrions former un syndicat [parce

1
Les organisations de « collaborateurs ªHWG¶LQJpQLHXUV, éparpillées avant 1936, se sont peu à peu
UDVVHPEOpHVSRXULQWpJUHUOHV\VWqPHUpQRYpGHVFRQYHQWLRQVFROOHFWLYHV(QO¶8QLRQ6RFLDOH
des Ingénieurs Catholiques (USIC) créé le Syndicat des Ingénieurs Salariés (SIS) et la Fédération
des Associations 6RFLpWpV HW 6\QGLFDWV G¶,QJpQLHXUV )$66),  GRPLQpH SDU OH JUDQG SDWURQDW
G¶LQVSLUDWLRQ VDLQW-simonienne, initie la constitution du Syndicat Professionnel des Ingénieurs
Diplômés 63,'  /¶DQQpH VXLYDQWH HQ  OH 6,6 O¶86,) HW OH 63,' IRQGHQW OD )pdération
1DWLRQDOH GHV 6\QGLFDWV G¶,QJpQLHXUV )16,  /H *URXSHPHQW 6\QGLFDO GHV &ROODERUDWHXUV
Diplômés (GSCD), qui regroupe les diplômés non-ingénieurs, la Confédération Générale des
&DGUHVGHO¶eFRQRPLH)UDQoDLVH &*&() HWOD)16,IRUPHQWHQXQ&DUWHOVRXVO¶pJLGHGH
OD &RQIpGpUDWLRQ GHV 7UDYDLOOHXUV ,QWHOOHFWXHOV &7, FUppH j O¶LQVWLJDWLRQ G¶+HQUL GH :HQGHO HQ
1920). Ce Cartel, qui excluait tous les confédérés, y compris ceux de la Confédération Française
des Travailleurs Chrétiens (CFTC), était destiné, notamment, à la conquête de systèmes de
prévoyance et de retraites particuliers. En août 1944, la plupart de ces syndicats forment le Comité
G¶$FWLRQ 6\QGLFDOH GHV ,QJpQLHXUV HW &DGUHV &$6,&  TXL UHJURXSH WRXV OHV FDGUHV QRQ-
confédérés. La CGT et la CFTC y participent un temps, puis refusent le principe de la double
DIILOLDWLRQV\QGLFDOHHWV¶HQUHWLUHQW/H&RPLWpGHYLHQWOD&*&OHRFWREUH
Voir, entre autres : L. Boltanski (1982), op. cit. ; M. Descostes et J. L. Robert (1984), op. cit. ; G.
Groux (1986), op. cit. Tome 1, Le temps des compromis ; G. Grunberg et R. Mouriaux, /¶XQLYHUV
politique et syndical des cadres, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques,
1979.
2
R. Millot, « Les origines de la CGC », Positions et propositions de la CGC, Paris, 2nde édition,
1971. Cité par G. Groux (1990), op. cit.
3
H. Weber, Le parti des patrons. Le CNPF, 1946-1986, Paris, Seuil, 1986.
4
&DPDUDGH GH SURPRWLRQ GH 5RJHU 0LOORW j O¶eFROH GHV 0LQHV GH 3DULV pJDOHPHQW PHPEUH de
O¶86,&GHYHQXGpSXWpJDXOOLVWHjOD/LEpUDWLRQ

17
que] si nous restons isolés, nous serons sacrifiés les uns après les autres »1. De
facto OHV OLQpDPHQWV G¶LQVWLWXWLRQQDOLVDWLRQ GHV UDSSRUWV HW GHV FRQIOLWV
professionnels inscrits dans la loi du 24 juin 1936 profitèrent aux « travailleurs
intellectuels ª GH O¶HQWUH-deux-guerres, qui purent, ici et là, faire admettre leur
spécificité tout en bénéficiant des avancées ouvrières. La qualité de « cadre » fut
ainsi reconnue, pour la première fois, dans quelques accords locaux qui venaient
compléter « les accords patronat-ouvriers de 1936 »2.

'DQVO¶HQWUH-deux-guerres, le choix du syndicalisme catégoriel ne fut rien


GH SOXV TX¶XQH VROXWLRQ FRQWLQJHQWH j GHV SUREOqPHV QRQ PRLQV circonstanciés :
UHFRQQDLVVDQFH HW SURWHFWLRQ GX WLWUH VLQRQ G¶LQJpQLHXU G¶LQJpQLHXU diplômé ;
protection sociale et insertion spécifique dans le champ des rapports sociaux du
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

travail ; niveaux minima GHV DSSRLQWHPHQWV GDQV XQH SpULRGH G¶pURVLRQ GHV
valeurs patrimoniales.
&HWWHDFFHSWLRQV\QGLFDOHFDWpJRULHOOHGHO¶DFWLRQFROOHFWLYHVHUpYpODELHQ
RSpUDWRLUHSRXUODUHFRQQDLVVDQFHG¶XQJURXSHVRFLDO© ni chair, ni poisson »3 dans
OHV\VWqPHGHVUHODWLRQVSURIHVVLRQQHOOHV&DUjOD/LEpUDWLRQO¶eWDW aménagea une
existence institutionnelle au groupe formé par les « cadres » : représentativité
présumée irréfragable G¶XQH&*&SRXUWDQW© sans base réelle »4, sauf à Électricité
GH)UDQFH (') VWDWXWG¶HQFDGUHPHQWHWFROOqJHVpOHFWRUDX[VSpFLILTXHVDXVein
GHV HQWUHSULVHV DSUqV O¶LQWURGXFWLRQ HQ  GHV &RPLWpV G¶(QWUHSULVHV &( ;
régime de retraite complémentaire, excluant les seuls Voyageurs, Représentants,
Placiers (VRP). Le député gaulliste Henri Lespès joua un rôle de premier plan, en
ayant participé au compromis, accepté par la CGC et les pouvoirs publics, entre
représentativité présumée irréfragable de la CGC, immatriculation des cadres au
régime commun de la Sécurité Sociale et régime de prévoyance et de retraite
FRPSOpPHQWDLUH JpUp SDU O¶$Vsociation Générale des Institutions de Retraite des

1
H. Lespès (1954). Passage cité par R. Mouriaux, « Du Front Populaire à la rupture du
tripartisme : le syndicalisme-FDGUHV GDQV OH FUHXVHW GH O¶KLVWRLUH », M. Descostes et J. L. Robert
(1984), op. cit. p. 113.
2
G. Groux, « 'HV³FODVVHVPR\HQQHV´DX[³QRXYHOOHVFODVVHV´ », P. Bouffartigue (2001), op. cit.
3
G. Lamirand (1932), /H U{OH VRFLDO GH O¶LQJpQLHXU, Paris, Plon, 1954. Cité par L. Boltanski
(1982), op. cit. p. 67.
4
G. Groux (1986), op. cit. Tome 1, Le temps des compromis.

18
Cadres1 (AGIRC) et fondé sur la partie du salaire supérieure au plafond de la
Sécurité Sociale2.

Ce dernier point mérite une attention particulière. Affiliés au régime


commun de la Sécurité Sociale, fiQDQFpH SDU OD PLVH HQ SODFH G¶XQ V\VWqPH GH
UpDSSURSULDWLRQQDWLRQDOHG¶XQHSDUWLHGHVVXUSOXVGHVHQWUHSULVHVOHVLQJpQLHXUVHW
OHVFDGUHVVRQWSDVVpVFRPPHGXUHVWHO¶HQVHPEOHGHVVDODULpVGH© la sécurité-
propriété à la sécurité-droit du travail »3 /¶LGpDO OLEpUDO GH OD © République des
propriétaires »4 VHORQ OHTXHO OD SURSULpWp SDWULPRQLDOH HW O¶pSDUJQH SURWqJHQW GHV
YLFLVVLWXGHV GH O¶H[LVWHQFH FRQVWLWXDQW pJDOHPHQW O¶LQVWUXPHQW SULYLOpJLp GH OD
PRUDOLVDWLRQHWGHO¶pPDQFLSDWLRQGHV © classes laborieuses », a ainsi été dépassé.
/HVDODULDWHVWDORUVGHYHQXOHPRGHSULYLOpJLpG¶H[HUFLFHGXWUDYDLO5 et la condition
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

G¶DFFqV j OD VpFXULWp pFRQRPLTXH 0DLV OD VLWXDWLRQ RULJLQDOH GHV LQJpQLHXUV HW
cadres avait donc justifié, du moins aux yeux des pouvoirs publics et de tous les
anti-communistes, leur droit à la sécurité complémentaire, devenu effectif le 14
mars 1947. Or, cette possibilité de cotiser à un régime de retraite complémentaire,
GRQW OH VWDWXW FDGUH GpFRXOH UHVWH O¶XQLTXH FDUDFWpULVWLTXH REjective unissant les
FDGUHV &HV GHUQLHUV VRQW VHXOHPHQW XQH PDVVH G¶LQGLYLGXV GRQW OHV QLYHDX[ GH
revenu, le rapport à la distribution du pouvoir économique dans la société peuvent
être comparés6PDLV TXLQ¶RQW SDV QpFHVVDLUHPHQW FRQVFLHQFHG¶XQK\SRWKpWique
intérêt commun. Mieux, les cadres forment un groupe de « statut »7, ont les mêmes
PrPHV SUREDELOLWpV G¶DFFqV DX[ ELHQV GH FRQVRPPDWLRQ PDLV RQW HQFRUH GHV

1
Article 4 de la Convention Collective Nationale du 14 mars 1947.
2
R. Mouriaux (1984), « Entretien avec le député Henri Lespès, le 2 décembre 1980. Texte revu
par ses soins », M. Descostes et J. L. Robert (dir.), op. cit. p. 135.
3
H. Hatzfeld, Du paupérisme à la sécurité sociale. Essai sur les origines de la sécurité sociale en
France, Paris, Armand Colin, 1971.
4
R. Castel (1995), op. cit.
5
Ibid.
6
Source : INSEE. 7DEOHDXGHO¶pFRQRPLHIUDQoDLVH-2005.
7
Au sens de M. Weber. Voir : R. Aron (1967), op. cit. ; H. Mendras et J. Étienne (1996), op. cit.

19
penchants culturels similaires1, les pratiques culturelles variant en effet selon le
niveau de diplôme et de revenu2.
6¶LO H[LVWHGHV SUDWLTXHV GHFRQVRPPDWLRQ © de cadres », pourquoi alors
en serait-il différemment pour ce qui concerne leurs pratiques collectives en lien
DYHF O¶DFWLYLWp SURIHVVLRQQHOOH " 3UpFLVpPHQW OD SpULRGH GH O¶HQWUH-deux-guerres
VHPEOH PRQWUHU TXH OHV FDGUHV HQYLVDJHQW O¶DFWLRQ FROOHFWLYH GH PDQLqUH
singulière : selon le contexte et ses changements, la forme syndicale prise par
TXHOTXH JURXSHPHQW DVVRFLDWLI G¶LQJpQLHXUV RX GH FDGUHV HVW RX Q¶HVW SDV
appropriée  VL WDQW HVW TX¶HOOH OH VRLW FH FKRL[ GX PRGH V\QGLFDO G¶DFWLRQ
FROOHFWLYHQ¶DULHQG¶LUUpYRFDEOH

Objet, problématique et hypothèses de la recherche


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

/¶DFWLRQ FROOHFWLYH GHV FDGUHV DUWLFXOpH DX PDUFKp GX WUDYDLO FRQVWLWXH
O¶REMHW UHWHQX GDQV FHWWH pWXGH /¶K\SRWKqVH VHlon laquelle les cadres, jeunes
diplômés ou autodidactes issus du rang, « moyens » ou « supérieurs », conçoivent
O¶DFWLRQFROOHFWLYHVHORQGHVSULQFLSHVTXLVRQWLUUpGXFWLEOHVDX[PRGHVRXYULHUVHW
HPSOR\pVG¶LPSOLFDWLRQHVWPLVHjO¶pSUHXYH&DUSRXUOHV cadres, le syndicalisme
SDUDvWQ¶rWUHTX¶XQFKRL[SDUPLG¶DXWUHVVRXYHQWSRQFWXHOHWODUJHPHQWGpWHUPLQp
SDU OH FRQWH[WH GH WUDYDLO HW OD VLWXDWLRQ SURIHVVLRQQHOOH /¶REMHFWLI SRXUVXLYL HVW
G¶HQ pFODLUHU OHV UDLVRQV GH UHQGUH LQWHOOLJLEOH OH IDLW TX¶H[Lste pratiquement un
JURXSHPHQW SDU pFROH RX SDU W\SH G¶DFWLYLWp GH WUDYDLO j F{Wp GH SRVVLELOLWpV
G¶HQJDJHPHQWV V\QGLFDX[ SRXYDQW DXVVL ELHQ VH UpDOLVHU DXSUqV GHV VDODULpV
« ordinaires ª TX¶j O¶H[FHSWLRQ GH FHV GHUQLHUV VHORQ FH TXL V¶DSSDUHQWH j XQH
« logique de rang ».
/D ILQDOLWp GH FH WUDYDLO HVW G¶HVVD\HU GH FRPSUHQGUH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH
GHV FDGUHV HW G¶HQ H[SOLTXHU OH FDUDFWqUH SOXULHO HQ WHQDQW FRPSWH GX IDLW TX¶XQ
« groupement professionnel ª Q¶HVW SDV XQ © groupement syndical ». Autrement
dit, le syndicalisme-FDGUHVQ¶HVWSDVDSSUpKHQGpVRXVO¶DQJOHG¶XQFKDPSV\QGLFDO
EDONDQLVpPDLVjO¶DXQHGHVPXOWLSOHVSRWHQWLDOLWpVG¶LPSOLFDWLRQVFROOHFWLYHVTXL

1
O. Donnat, « Les pratiques culturelles des Français », Enquête 1997, La Documentation
française, 1998.
2
B. Lahire, La culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi, Paris, La
Découverte, Coll. « 7H[WHVjO¶DSSXLODERUDWRLUHGHVVFLHQFHVVRFLDOHV », 2004.

20
V¶RIIUHQWDX[FDGUHV HWUpGXLVHQW a prioriODSHUWLQHQFHGHO¶HQJDJHPHQWGHW\SH
syndical ± à plus forte raison O¶HQJDJHPHQWV\QGLFDOFRQIpGpUpHWLQWHU-catégoriel.
6L OD IRUPH V\QGLFDOH Q¶pSXLVH SDV OH UDSSRUW GHV FDGUHV j O¶DFWLRQ FROOHFWLYH HQ
OLHQDYHFOHWUDYDLOHWO¶HPSORLDORUVODTXHVWLRQHVWELHQGHVSpFLILHUOHVFRQGLWLRQV
qui peuvent motiver ces derniers à considérer le syndicalisme comme un mode
SHUWLQHQWG¶LPSOLFDWLRQ

Trois types de groupements sont analysés dans les développements


VXLYDQWV  OH JURXSHPHQW V\QGLFDO O¶DVVRFLDWLRQ SURIHVVLRQQHOOH HW O¶DVVRFLDWLRQ
G¶DQFLHQVpOqves. Cette offre de représentation des cadres est approchée à partir de
la problématique suivante : si la qualification et la compétence professionnelle
fondent la valeur sociale des membres de cette « classe sociale » (au sens de Max
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Weber), quel sens peuW UHYrWLU O¶LPSOLFDWLRQ LQGLYLGXHOOH G¶XQ FDGUH GX SULYp a
fortiori V¶LOHVWGLSO{PpGXVXSpULHXUDXVHLQG¶XQV\QGLFDWRXYULHUFRPPHOD&*7
RXG¶XQV\QGLFDWFRPPHOD&)'7TXLDSULVOHSDUWLVWUXFWXUHOHWLGpRORJLTXHGH
mêler localement cadres et non-cadres et qui, par le passé, dénonçait la hiérarchie
des salaires ? Quelles « bonnes raisons »1 de se syndiquer à la CGT peut pousser
OH FDGUH GLSO{Pp GH O¶HQVHLJQHPHQW VXSpULHXU Q¶D\DQW FRQQX TXH GHV SRVWHV GH
cadres et enclin à la mobilité professionnelle ou, au contraire, fortement intégré à
VRQHQWUHSULVH"3RXUTXRLVHV\QGLTXHUjOD&)'7DYHFOHULVTXHpYHQWXHOGHV¶\
retrouver noyé parmi ses subordonnés ? Pourquoi contribuer à la pérennisation du
groupe-cadres comme acteur collectif du champ des relations professionnelles,
SDUWLFLSHU j OD GpIHQVH G¶LQWpUrWV VDODULpV FRQQRWpV SDUWLVDQV DGKpUHU RX PLOLWHU
DYHF WRXW FH TXH FHOD SHXW HQWUDvQHU HW VSpFLDOHPHQW HQ WHUPHV G¶pYROXWLRQV GH
FDUULqUH  DX VHLQ G¶XQ V\QGLFDW GRQW OH VHQV GH O¶DFWLRQ V¶DSSXLH VXU O¶LGpH GH
confédéralisme, de solidarité inter-professionnelle dépassant le cadre du « travail
concret »2 ORUV PrPH TX¶H[LVWHQW GHV HVSDFHV GH VRFLDOLVDWLRQ HW G¶H[SUHVVLRQ
collective « spontanément »3 articulés à chaque réalité particulière du travail et de
O¶HPSORLFDGUHV ?

1
R. Boudon (1990), « Action », op. cit.
2
A. Supiot (1994), Critique du droit du travail, Paris, PUF, Coll. « Quadrige », 2002.
3
G. Groux (1986), op. cit. Tome 2, /¶HVSDFHGHVDOOLDQFHV

21
&¶HVW OD FRPSUpKHQVLRQ GX VHQV GH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH HW O¶DQDO\VH GHV
WUDMHFWRLUHV LQGLYLGXHOOHV G¶HQJDJHPHQW TXL GRLYHQW H[SOLTXHU FHWWH VLQJXODULWp
historique du groupe-cadres  OD P\ULDGH GH YRLHV FROOHFWLYHV VXVFHSWLEOHV G¶rWUe
empruntées par un cadre quelconque. Ce choix méthodologique fait écho au
paradigme de la « sociologie interactionniste »1 (ou « VRFLRORJLH GH O¶DFWLRQ »),
selon lequel un « phénomène social ª LFL OH FDUDFWqUH SURWpLIRUPH GH O¶DFWLRQ
collective des cadres, peut se lire comme « OHSURGXLWG¶DFWLRQVGHFUR\DQFHVRX
de comportements individuels »2 /¶DQDO\VH VL HOOH HPSUXQWH j OD VRFLRORJLH
« compréhensive ª GH 0D[ :HEHU V¶LQVSLUH SOXV HQFRUH GH OD VRFLRORJLH
« formelle » de Georg Simmel, fondée sur le principe selon lequel « le réel »,
FRQVWLWXpG¶XQH © rhapsodie »3 G¶DFWLRQV LQGLYLGXHOOHV GRLWrWUHPLV HQ © forme »
pour devenir intelligible O¶H[SOLFDWLRQG¶XQIDLWTXHOFRQTXHVRFLDORXKLVWRULTXH
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appelle une « modélisation » ; cette formalisation est toujours « reconstruction »,


« idéale et générale », qui remonte aux « actions et réactions des individus dans la
situation qui est la leur »4 /¶pWXGH HVW HQILQ UHGHYDEOH GH OD © série de ficelles
analytiques »5 TXL WUDYHUVH OHV HVVDLV G¶(YHUHWW & +XJKHs, lequel affirmait, par
ailleurs et « j O¶RFFDVLRQ »6 : « la société est interaction », soulignant par-là le
caractère « processuel » des phénomènes sociaux ; « OHV PHPEUHV G¶XQH VRFLpWp

1
R. Boudon, Les méthodes en sociologie, Paris, PUF, Coll. « Que sais-je ? », n°1334, 1969.
2
R. Boudon (1990), « Action », op. cit. Précisons ici que Raymond Boudon distingue entre la
« VRFLRORJLH GH O¶action » et « O¶LQWHUDFWLRQQLVPH V\PEROLTXH » : « la VRFLRORJLH V¶LQWpUHVVH non
VHXOHPHQWDX[VLWXDWLRQVG¶LQWHUDFWLRQGLUHFWHFDUDFWpULVpHV SDUXQH VLWXDWLRQGH IDFH-à-face entre
acteurs, mais aussi DX[ VLWXDWLRQV G¶LQWHUGpSHQGDQFH GDQV OHVTXHOOHV OHV DFteurs agissent les uns
sur les autres sans se connaître et sans se voir. La sociologie interactionniste ne doit donc pas être
FRQIRQGXHDYHFO¶LQWHUDFWLRQQLVPHV\PEROLTXH » (p. 23).
3
Selon les termes de la philosophie kantienne, qui inspire les principes épistémologiques de Georg
Simmel. Voir sur ce point : R. Boudon et F. Bourricaud (1982), « Simmel Georg », Dictionnaire
critique de la sociologie, Paris, PUF, Coll. « Quadrige », 2004.
4
Ibid.
5
H. S. Becker (1998), Les ficelles du métier. Comment conduire sa recherche en sciences sociales,
Trad. J. Mailhos, Paris, La Découverte, Coll. « Guides Repères », 2002.
6
J. M. Chapoulie, « E. C. Hughes et la tradition de Chicago », E. C. Hughes, Le regard
sociologique. Essais choisis. Textes rassemblés et présentés par Jean-Michel Chapoulie, Paris, Éd.
GHO¶(+(66

22
VRQW OLpV SDU XQ V\VWqPH G¶LQIOXHQFHV PXWXHOOHV TXL HQ UDLVRQ GH VHs propriétés,
doit être considéré comme un processus »1.
/¶HQMHXVRXOHYpQRWRQV-OHQ¶HVWSDVGHO¶RUGUHGHO¶pSLVWpPRORJLH,OQH
V¶DJLW DXFXQHPHQW GH UpKDELOLWHU XQH FRQFHSWLRQ © idiographique »2 des sciences
VRFLDOHV R O¶RQ FRQVLGqUH TXH OHV © choses ne sont que des gens qui agissent
ensemble »3, face à une conception plus « nomothétique », entre autres héritée
G¶ePLOH 'XUNKHLP /HV © actions individuelles » puisent en partie leur raison
G¶rWUH HW OHXU VLJQLILFDWLRQ GDQV OHV © structures sociales », F¶HVW O¶pYLGHQFH /H
FRPSRUWHPHQWG¶XQLQGLYLGXVLDQRGLQVRLW-il, ne peut pas, en effet, être sans lien
avec la « place ªTX¶LORFFXSHGDQVXQ© système des positions sociales »4, ni avec
les propriétés qui font la singularité de sa trajectoire dans ce « système de
positions » (ou « espace social »)5. Repousser toute forme de réduction de la
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GLYHUVLWpGHVLPSOLFDWLRQVFROOHFWLYHVGHVFDGUHVjXQHFRQMRQFWLRQG¶K\SRWKpWLTXHV
« forces socio-culturelles »6, pour mieux la ramener aux « actions individuelles »

1
Robert E. Park, « Sociology and the Social Sciences », The Collected Papers of Robert E. Park,
Vol. 3: Society: Collective Behavior, News and Opinions, Sociology and Modern Society, Free
Press of Glencoe, 1955, p. 221. Cité par J. M. Chapoulie, 1996, « E. C. Hughes et la tradition de
Chicago », op. cit. 'HX[UHPDUTXHVV¶LPSRVHQW/DSUHPLqUHHVWTXH5REHUW(3DUNTXLGLULJHDOD
WKqVHGHGRFWRUDWG¶(YHUHWW&+XJKHV PhD, soutenue en 1928), a VXLYLO¶HQVHLJQHPHQWGH6LPPHO
HQ$OOHPDJQHHWV¶HVWLQVSLUpGHVDFRQFHSWLRQGHO¶LQWHUDFWLRQ9RLUVXUFHSRLQW : J. M. Chapoulie
(1996), « E. C. Hughes et la tradition de Chicago », op. cit. ; J. M. Chapoulie, La tradition
sociologique de Chicago, Paris, Seuil, 2001 ; H. S. Becker (1998), op. cit. La seconde remarque
découle de la première : Hughes a grandement influencé la démarche des sociologues de
« O¶LQWHUDFWLRQQLVPH V\PEROLTXH » ± qui lui sont postérieurs ± PDLV VRQ WUDYDLO QH VDXUDLW V¶\
résumer, HQFHVHQVTX¶LOSDUWDJHDLWDYHF3DUNO¶LGpHTXH© O¶LQWHUDFWLRQ » est un processus « qui ne
peut être conçu seulement en termes de proximité spéciale ou physique » (Robert E. Park, 1955,
op. cit. Cité par J. M. Chapoulie, 1996, « E. C. Hughes et la tradition de Chicago », op. cit.).
2
J. Freund (1966), Sociologie de Max Weber, Paris, PUF, 1992 ; P. Bréchon, « Pierre Bourdieu »,
Les grands courants de la sociologie, PUG, Coll. « Le politique en plus », 2000.
3
H. S. Becker (1998), op. cit.
4
P. Ansart (1990), « Le structuralisme génétique », Les sociologies contemporaines, Paris, Seuil,
Coll. « Points », 1995.
5
&¶HVW OD SULQFLSDOH UDLVRQ SRXU ODTXHOOH O¶RSSRVLWLRQ VRXYHQW RSpUpH SHXW-être par commodité
pédagogique, entre la « VRFLRORJLH GH O¶DFWLRQ » et le « structuralisme génétique » est en partie
GpQXpH GH IRQGHPHQWV &DU VHXO O¶DQJOH G¶DSSURFKH GHV IDLWV VRFLDX[ DXWUHPHQW GLW O¶REMHWGH OD
VRFLRORJLH OHV VpSDUH &HUWHV FH Q¶HVW SDV ULHQ  0DLV LO Q¶HQ GHPHXUH SDV PRLQV TXH 3LHUUH
%RXUGLHX V¶LO PHW O¶DFFHQW VXU OHV © structures », ne considère pas le comportement individuel
comme la conséquence du plus complet des déterminismes. Raymond Boudon insiste sur les
« actions individuelles », mais sans jamais occulter le « système de contraintes » dans lequel elles
V¶LQVqUHQW © système » qui conditionne les « préférences ª GH O¶LQGLYLGX HW OH VHQV DIIHFWp DX[
« actions » qui en découlent.
6
R. Boudon, « Préface inédite à la 7è édition », R. Boudon et F. Bourricaud (1982), Dictionnaire
critique de la sociologie, Paris, PUF, Coll. « Quadrige », 2004.

23
TXL OD IRQW Q¶LPSOLTXH GRQF SDV TXH © ce qui est institué dans la société »1 soit
fatalement nié, ignoré ou négligé2. Ces « normes sociales établies » peuvent être
VLPSOHPHQW WHQXHV SRXU FH TX¶HOOHV VRQW F¶HVW-à-dire le produit de processus
historiques complexes, qui fourmillent de « causes prosaïques »3 et composites.
4X¶RQ OHV GLVH © établies » ou « instituées », ces « normes ª Q¶RQW SDV PRLQV
YDOHXUGHFRQWUDLQWHTXLSqVHVXUOHVGpFLVLRQVLQGLYLGXHOOHV&¶HVWSRXUTXRLO¶RQ
VH FRQWHQWHUD LFL G¶DGPHWWUH DYHF 5D\PRQG $URQ TX¶DX IRQG OHV UDSSRUWV HQWUH
« O¶LQGLYLGX HW OH PLOLHX ª VRQW IDLWV G¶© échanges incessants »4. Car, si le fait
G¶RSWHU SRXU XQH PpWKRGRORJLH LQGLYLGXDOLVWH QH YLVH SDV j QRXUULU OHV GpEDWV
pSLVWpPRORJLTXHVVXUFHTXHGRLWrWUHO¶REMHWGHODVRFLRORJLHF¶HVWTXHOHVDSSRUWV
théoriques de Max Weber et de Georg Simmel sont convoqués dans la seule
mesure où ils se sont montrés les plus utiles à déchiffrer la réalité observée. Les
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sociologies « compréhensive » et « formelle » ne sont rien de plus que les


FRQWULEXWLRQVWKpRULTXHVOHVSOXVRSpUDWRLUHVOHVSOXVSHUWLQHQWHVDXYXGHO¶REMHW
G¶pWXGH HW GHV TXHVWLRQV TXH SRVH FHWWH UHFKHUFKH TXL QH SUpWHQG QXOOHPHQW j
O¶H[KDXVWLYLWp &H WUDYDLO Q¶DVSLUH SDV HQ HIIHW j WUDLWHU GH WRXV OHV cadres, à
O¶pFKHOOH GX WHUULWRLUH QDWLRQDO PDLV ELHQ j FURTXHU OH UpHO VRXV VD © forme
individualisée »5F¶HVW-à-dire, plus précisément, à saisir le significatif que recèle le
le « singulier »6 : le « motif »7 GHO¶DFWLRQFROOHFWLYH ; les ressorts, le contexte et le
OHVHQVGHO¶LPSOLFDWLRQLQGLYLGXHOOH

1
J. M. Chapoulie (1996), « E. C. Hughes et la tradition de Chicago », op. cit.
2
« Penser que construire scientifiquement une sociologie des socialisations individuelles est
incompatible avec une théorie des FODVVHV VRFLDOHV VHUDLW DXVVL VXEWLO TXH G¶LPDJLQHU TXH O¶pWXGH
GHV DWRPHV RX GHV PROpFXOHV LPSOLTXH ORJLTXHPHQW OD QpJDWLRQ GH O¶H[LVWHQFH GHV FRUSV RX GHV
planètes ». B. Lahire (2004), op. cit. p. 19.
3
R. Boudon (1990), « Action », op. cit.
4
R. Aron (1959), « Introduction », M. Weber (1919), Le savant et le politique, Paris, Union
*pQpUDOHG¶(GLWLRQV&ROO« 10-18 », 1963, p. 12.
5
B. Lahire (2004), op. cit.
6
P. Ansart (1990), « Une sociologie du singulier », op. cit.
7
G. Simmel (1908), « Le problème de la sociologie », op. cit.

24
/¶© énigme sociologique »1 que les cadres représentent, désigne avant
tout leur irréductibilité à la structure de « classes ª HQWHQGXHV VHORQ O¶DFFHSWLRQ
PDU[LVWH&¶HVWOHUDSSRUWpTXLYRTXHGHVFDGUHVjOD relation de subordination qui
empêche de résumer le groupe-cadres à la position que les cadres occupent dans
les procès de production : quel que soit son niveau de classification / qualification,
fût-il « chef » ou « expert », le cadre salarié exerce toujours un pouvoir borné, qui
OXLHVWGpOpJXpPDLVTXLOHGpSDVVHHWTX¶LOVXELWDXVVL2/¶LQFHUWLWXGHHQYHORSSDQW
le vocabulaire de la DARES (« groupement syndical ou professionnel »3) illustre
parfaitement cette ambiguïté du rapport des cadres au pouvoir et à la domination,
DPELJXwWpGRQWO¶K\SRWKqVHH[SOLFDWLYHGHODN\ULHOOHGHIRUPHVEXWVHWOpJLWLPLWpV
GHO¶DFWLRQFROOHFWLYHGHVFDGUHVGpFRXOH&HWWHK\SRWKqVHWLHQWODVWUXFWXUDWLRQGHV
PRGHV G¶H[SUHVVLRQ FROOHFWLYH GHV FDGUHV SRXU FULVWDOOLVDWLRQ GH Fette relation
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problématique au rapport de subordination induit par le contrat de travail. Cette


DPELYDOHQFH FH SUREOqPH j O¶pJDUG GX OLHQ GH VXERUGLQDWLRQ VHUDLW j O¶RULJLQH
H[SOLTXHUDLW OD SURSHQVLRQ GHV FDGUHV DX SOXUDOLVPH FROOHFWLI FRQVWLWXHUDLW O¶Xne
des causes essentielles de la variété de leurs pratiques collectives.
&KDFXQGHVWURLVW\SHVGHJURXSHPHQWVUHWHQXVSRXUO¶HQTXrWH V\QGLFDO
SURIHVVLRQQHO HW G¶DQFLHQV pOqYHV  VHUDLW XQH UpSRQVH ad hoc j O¶pSUHXYH GH OD
subordination, autorisant à en desserrer « O¶pWDX »4. Selon cette hypothèse, une fin
analogue ± circonscrire la subordination à un employeur ± serait atteinte par des
PR\HQVGLIIpUHQWV&RUROODLUHO¶LPSOLFDWLRQLQGLYLGXHOOHGHVFDGUHVUHQYHUUDLWDX[
mêmes « bonnes raisons »5, quel que soit le type de groupement au sein duquel le
FDGUH HQ TXHVWLRQ DGKqUH RX V¶LQYHVWLW /¶K\SRWKqVH HVW LFL TXH FHV PRELOHV GH
O¶LPSOLFDWLRQ LQGLYLGXHOOH WRXFKHQW j O¶HQMHX GH OD UHFRQQDLVVDQFH G¶XQH YDOHXU
SURIHVVLRQQHOOHHW SHUVRQQHOOH /¶LPSOLFDWLRQLQGLYLGXHOOHGDQV O¶DFWLRQFROOHFWLYH
serait un moyen de faire valoir une qualité, définie selon des termes subjectifs qui
SHXYHQWYDULHUG¶XQFDGUHjO¶DXWUHPDLVTXLGDQVWRXVOHVFDVQHVHUpGXLWSDVj

1
C. Gadéa (2003), op. cit.
2
M. Bauer et E. Cohen, Qui gouverne les groupes industriels " (VVDL VXU O¶H[HUFLFH GX SRXYRLU
industriel, Paris, Seuil, 1981.
3
T. Amossé, art. cit.
4
S. Weil, La condition ouvrière, Paris, Gallimard, 1951. Citée par R. Castel (1995), op. cit. p. 553.
5
R. Boudon (1990), « Action », op. cit.

25
O¶pYDOXDWLRQKLpUDUFKLTXHGX© travail concret »1, ni même au poste occupé dans la
division technique du travail. Selon le contexte professionnel dans lequel évoluent
les cadres considérés et selon les caractéristiques de leurs parcours biographiques,
O¶LPSOLFDWLRQV\QGLFDOHV¶DYqUHUDLWDORUVVLPSOHPHQWSOus ou moins justifiée.

/D SURSRVLWLRQ WKpRULTXH FHQWUDOH GH FH WUDYDLO SHXW V¶H[SULPHU HQ FHV
termes, qui sont ceux de Georg Simmel2 : les syndicats ou sections syndicales
G¶HQWUHSULVHOHVDVVRFLDWLRQVSURIHVVLRQQHOOHVHWOHVDVVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqves
G¶pFROH G¶LQJpQLHXUV RX GH FRPPHUFH VRQW WURLV © formes ª G¶DFWLRQ FROOHFWLYH3.
Ces trois « formes ª G¶DFWLRQ FROOHFWLYH VRQW WURLV VROXWLRQV GLIIpUHQWHV DX PrPH
problème (ou « contenu »), celui de la subordination salariée et de la valeur sociale
individuelle. Aussi, ces trois espaces de socialisation (ou « IRUPHV G¶DFWLRQ
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réciproque », selon les mots de Simmel) que sont le groupement syndical, le


JURXSHPHQWSURIHVVLRQQHOHWOHJURXSHPHQWG¶DQFLHQVpOqYHVVHUHMRLQGUDLHQWVXU
les objectifs qui sont poursuivis, les « motifs » qui fondent le sens de leur action.

8Q HQVHPEOH GH SRVWXODWV SOXV FLUFRQVFULWV QDvW GH O¶K\SRWKqVH VHORQ
laquelle chacune des « formes ª GH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH GHV FDGUHV FRQVWLWXH XQH
réponse propre à la question de la subordination. Le premier de ces postulats est
celui-ci  OD VSKqUH G¶LPSOLFDWLRQ HW GH UHSUpVHQWDWLRQ GHV FDGUHV Q¶HVW SDV XQ
« champ de lutte »4GRQWO¶HQMHXVHUDLWOHXU© captation »5. Car, si les syndicats, les
les associations professionnelles et les associatioQV G¶DQFLHQV pOqYHV VRQW WURLV

1
A. Supiot (1994), op. cit.
2
G. Simmel (1908), « Le problème de la sociologie », [Link].
3
,O HVW QpFHVVDLUH GH SUpFLVHU O¶XVDJH TXL HVW IDLW LFL de la notion simmelienne de « forme ».
Raymond Boudon souligne que « 6LPPHO Q¶D SDV WRXMRXUV FKHUFKp j IDFLOLWHU OD WkFKH GH VRQ
lecteur, dans la mesure où il désigne indistinctement par le concept de forme, à la fois les
constructions mentales qui permetWHQWDXVRFLRORJXHHWjO¶KLVWRULHQG¶DQDO\VHUODUpDOLWpVRFLDOHHW
DXVVLOHVFRQVWUXFWLRQVTXLVRQWOHSURGXLWGHO¶LQWHUDFWLRQVRFLDOH » Ici, le terme « forme ªV¶HQWHQG
selon cette double définition OHVHQVGHFHWUDYDLORQO¶D GLW supra, consiste à essayer de rendre
LQWHOOLJLEOH OH FDUDFWqUH KpWpURFOLWH GHV SUDWLTXHV FROOHFWLYHV GHV FDGUHV F¶HVW-à-dire à tenter de
« modéliser », de mettre en « forme ª OHXU UDSSRUW j O¶DFWLRQ FROOHFWLYH HQ OLHQ DYHF OH WUDYDLO HW
O¶HPSORL  PDLVORUVTXH O¶RQpFULWTXH O¶DFWLRQV\QGLFDOHHVWXQH © forme ªG¶DFWLRQFROOHFWLYHOH
terme « forme ªGRLWrWUHFRPSULVVHORQODVHFRQGHDFFHSWLRQFHOOHTXLIDLWGHFHW\SHG¶DFWLRQXQH
« construction » qui résulte de « O¶LQWHUDFWLRQVRFLDOH ». Voir : R. Boudon et F. Bourricaud (1982),
« Simmel Georg », op. cit.
4
P. Bourdieu (1998), « Quelques propriétés des champs », op. cit.
5
L. Boltanski (1982), op. cit.

26
« formes ª DXVHQVGH*HRUJ6LPPHO G¶DFWLRQFROOHFWLYHLQGLTXDQWFKDFXQHXQH
issue dissemblable à un problème semblable, et si les implications individuelles y
revêtent une signification subjective comparable, alors ces trois « formes » de
O¶DFWLRQ FROOHFWLYH GHV FDGUHV QH SHXYHQW SDV rWUH YXHV FRPPH PXWXHOOHPHQW
exclusives. Non seulement le pluralisme collectif des cadres serait une propriété
VLQJXOLqUH GX JURXSH VRFLDO TX¶LOV IRUPHQW PDLV OHXUV JURXSHPHQWV VHUDLHQW
complémentaires. Aucun de ces groupements ne chercherait à imposer sa propre
FDUDFWpULVDWLRQGHVFDGUHVFRPPHGpILQLWLRQOpJLWLPHGHFHTX¶LOVVRQW RXGRLYHQW
rWUH  /¶DGKpVLRQ G¶XQ PrPH LQGLYLGX j GHV FROOHFWLIV PXOWLSOHV VHUDLW SDU
conséquent, concevable, probable même.
3DU DLOOHXUV OHV VWDWLVWLTXHV GX 0LQLVWqUH GX 7UDYDLO VXU O¶pWDW GH OD
syndicalisation des « cadres » et des « professions intermédiaires » sont sans doute
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VXUHVWLPpHVHQUDLVRQGHO¶DPELJXwWpGHVWHUPHVVRXOLJQpHPDLVTXHOTXHDW\SLTXH
paraisse cette pratique, nombre de cadres, diplômés comme autodidactes et issus
GXUDQJVRQWDGKpUHQWVHWPrPHPLOLWDQWVG¶RUJDQLVDWLRQVV\QGLFDOHVFRQIpGpUpHV
et inter-catégorielles. En particulier, le vote aux élections professionnelles en
faveur des lLVWHVSUpVHQWpHVSDUOD&*7O¶DGKpVLRQHWSOXVDVVXUpPHQWHQFRUHOH
PLOLWDQWLVPH j OD &*7 VRQW SRXU XQ FDGUH G¶HQWUHSULVH GHV SOXV LQFRQJUXV WDQW
FHWWH RUJDQLVDWLRQ D O¶LPDJH G¶XQ V\QGLFDW FRQWHVWDWDLUH HW UDGLFDO &HWWH
incongruité sert de fil conduFWHXUVRUWHG¶© hypothèse-zéro »1 grâce à laquelle le
UDSSRUW GHV FDGUHV j O¶DFWLRQ FROOHFWLYH GRLW SRXYRLU VH FRPSUHQGUH /D TXHVWLRQ
HVW DXVVL G¶LGHQWLILHU OHV IDFWHXUV TXL GpWHUPLQHQW O¶DXGLHQFH pOHFWRUDOH SDUPL OHV
FDGUHV G¶HQWUHSULVH PDLV HQFRUH GH cerner les raisons et la signification de
O¶LPSOLFDWLRQ GHV FDGUHV V\QGLTXpV HW PLOLWDQWV 6¶DJLW-il de cadres, diplômés ou
SURPXV DX[ RULJLQHV VRFLDOHV PRGHVWHV HW TXL DIILUPHQW QH O¶DYRLU SDV RXEOLp ?
Sont-ce des syndiqués qui le sont restés en dépit de leur promotion au statut
cadre HWTXLHQWHQGHQWWRXMRXUVSDUO¶LQYHVWLVVHPHQWPLOLWDQWSDUWLFLSHUjODERQQH
marche de leur entreprise ? Des jeunes diplômés dont la situation professionnelle ±
HWOHVOLHQVGHVRFLDELOLWpTXLO¶DFFRPSDJQHQW± active une disposition éventuelle à
O¶LPSOLFDWLRQV\QGLFDOH"4XLUHFUXWHOD&*& ? Des cadres autodidactes dépourvus

1
H. S. Becker (1998), op. cit.

27
de « portefeuille de relations »1 KRUVGHO¶HQWUHSULVHTXLOHVDSURPXV ? Des cadres
dont les espoirs de carrière ont été déçus et qui, dès lors, essaLHUDLHQWG¶DFTXpULUGX
pouvoir, du prestige, en un mot : du « poids »2 dans leur entreprise ? Eu égard aux
précédentes hypothèses, les variables explicatives, supposées discriminantes, de
O¶LPSOLFDWLRQV\QGLFDOHGHVFDGUHVDLQVLTXHGXFKRL[G¶XQV\QGLFDW SOXW{WTX¶XQ
DXWUH WLHQQHQW DX FRQWH[WH SURIHVVLRQQHO OH W\SH G¶HQWUHSULVH HW OD FRQILJXUDWLRQ
GHO¶LPSODQWDWLRQV\QGLFDOH DX[SURSULpWpVGHOHXUWUDMHFWRLUHVRFLDOHPDLVDXVVL
aux pratiques locales de syndicalisation des centrales syndicales.
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1
P. Bourdieu et M. de Saint-Martin, « Le patronat », Actes de Recherche en Sciences Sociales, 20-
21 / 1978, pp. 3-82.
2
L. Boltanski (1982), op. cit.

28
Le plan de la thèse est construit en deux parties. La première tente de
répondre à la question suivante : que font les trois types de groupements de cadres
UHWHQXVHWFRQFRPLWDPPHQWOHVFDGUHVTXLV¶\LQYHVWLVVHQW "/¶K\SRWKqVHRQO¶D
dit, est que les professionnels, les diplômés des grandes écoles et les syndicalistes
contestent, chacun à leur manière, leur subordination pleine et entière aux
dirigeants des entreprises : les professionnels groupés en association cherchent à
faire valoir une expertise irréductible aux injonctions hiérarchiques (Chapitre I) ;
OHVV\QGLFDOLVWHVDXVVLFHSHQGDQWDXQRPG¶XQHFRPSpWHQFHTXLQHWUDQVFHQGHSDV
les frontières du champ des entreprises mais qui, au contraire, est solidaire de
O¶HQWUHSULVH GDQV ODTXHOOH LOV IRQW RX entendent faire carrière (Chapitre III) ; les
GLSO{PpV FRQWHVWHQW O¶LQWUXVLRQ GLULJHDQWH GDQV OD GpWHUPLQDWLRQ GHV modus
operandi GXWUDYDLOPDLVRQYHUUDTXHO¶DFWLRQDVVRFLDWLYHDVXUWRXWWUDLWLFLjOHXU
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VXERUGLQDWLRQ DX SRXYRLU GH O¶HPSOR\HXU HQ PDWLqUH G¶DOORFDWLRQ GHV WUDYDLOOHXUV
aux postes de travail, pouvoir qui est discrétionnaire (Chapitre II).
/DVHFRQGHSDUWLHGHO¶pWXGHV¶HVVDLHjUpSRQGUHjODTXHVWLRQ : comment
HWSRXUTXRLOHVFDGUHVLPSOLTXpVjWLWUHLQGLYLGXHOGDQVO¶DFWLRQFROOHFWive le sont-
ils devenus, et quelle signification cette implication collective revêt-elle pour
eux " /¶K\SRWKqVH HVW G¶XQH SDUW TXH FHV FDGUHV UpVROYHQW XQ SUREOqPH
ontologique, le problème de leur valeur professionnelle et sociale (Chapitre IV),
HWG¶DXWUHSDUWTXHOHVYRLHVFROOHFWLYHVTX¶LOVHPSUXQWHQWVHFRPSOqWHQWELHQSOXV
V€UHPHQW TX¶HOOHV QH V¶RSSRVHQW &KDSLWUH 9  /H &KDSLWUH 9, V¶LQWpUHVVH DX[
SUDWLTXHV V\QGLFDOHV TXL HPSRUWHQW O¶DGKpVLRQ GHV FDGUHV HW TXL SUpFLVpPHQW VH
caractérisent par ce TXH O¶RQ SRXUUDLW TXDOLILHU GH SHQFKDQW © associationniste ».
&HVSUDWLTXHVFULVWDOOLVHQWOHUDSSRUWGHVFDGUHVjO¶DFWLRQFROOHFWLYHORUVTXHFHOOH-
ci est de type syndical. En ce sens, elles indiquent le chemin du développement de
la syndicalisation des cadres et, partant, de la syndicalisation de tous les salariés.

29
LA MÉTHODE ET LES TERRAINS D¶ENQUÊTE

&HWWH UHFKHUFKH QH EpQpILFLDQW G¶DXFXQ ILQDQFHPHQW1, elle est surtout le


fruit de ma propre histoire2 © /H FKRL[ GHV IDLWV O¶pODERUDWLRQ GHV FRQFepts, la
GpWHUPLQDWLRQ GH O¶REMHW GLVDLW 0D[ :HEHU VRQW PDUTXpV SDU O¶RULHQWDWLRQ GH
notre curiosité »3. Fils et petit-ILOV GH FDGUHV VXMHW G¶XQH WUDMHFWRLUH VFRODLUH
marquée par le rapide abandon du cursus de Maîtrise des Sciences de Gestion
(MSG) de l¶8QLYHUVLWp3DULV,;'DXSKLQHPD© curiosité ªjO¶pJDUGGHV© classes
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moyennes ª DX VHQV GH *HRUJ 6LPPHO  Q¶D ULHQ GH QHXWUH (OOH HVW XQH IRUPH
G¶LQWURVSHFWLRQ FH WUDYDLO pWDQW DXVVL QpFHVVDLUHPHQW XQH PDQLqUH GH UpJOHU OH
compte de mon parcours, qui a bifurqué vers la recherche, mais qui aurait tout
aussi bien pu être le même que celui des enquêtés trentenaires qui sont diplômés
du supérieur.
1¶D\DQW SDV QRQSOXV SURILWpG¶XQHDOORFDWLRQGHUHFKHUFKHXQHDFWLYLWp
alimentaire me fut indispensable, du moins pendant la période de neuf mois
(septembre 2004 ± PDL TXLSUpFpGDPRQLQWpJUDWLRQjO¶pTXLSHGHUHFKHUFKH

1
6HXOH O¶HQTXrWH j OD &*7 V¶LQVFULW GDQV XQ FDGUH IRUPHO TXL HVW FHOXL G¶XQH FRQYHQWLRQ GH
UHFKHUFKH FRQFOXH HQWUH O¶,QVWLWXW GH 5HFKHUFKH eFRQRPLTXH HW 6RFLDOH ,5(6  OD &*7 HW OH
Laboratoire Georges Friedmann. Les organisations de la CGT étudiées ont été en partie choisies en
IRQFWLRQGH O¶LQWpUrWTX¶HOOHV SRXYDLHQWSUpVHQWHUFRPSWHWHQXGHV K\SRWKqVHV IRUPXOpHVGDQVOH
cadre de cette recherche. Hors de la CGT, la conscription du teUUDLQG¶HQTXrWHDpWpWULEXWDLUHGHV
RSSRUWXQLWpVTXLVHVRQWSUpVHQWpHV /H PRGHG¶DFFqVjFHWHUUDLQUHFqOHG¶DLOOHXUVHQSURSUHXQ
FHUWDLQ QRPEUH G¶LQGLFDWLRQV TXL RQW LQIOXHQFp OD IRUPXODWLRQ GHV K\SRWKqVHV ± ce dont il est
question un peu plus loin&HFDGUH PDWpULHOGLIIpUHQFLp Q¶HVWSDVQRQSOXVVDQVLQFLGHQFHVXUOH
GpURXOHPHQWPrPHFRQFUHWGHO¶pWXGH6¶LPSUpJQHUGHVHQMHX[LQWHUQHVDXPLFURFRVPHpWXGLpDX
PR\HQG¶XQH LPSODQWDWLRQVXLYLHQ¶pTXLYDXWSDV HQHIIHW j \DYRLUDFFqVGH PDQLqUH ODcunaire,
SDU O¶LQWHUPpGLDLUH GX GLVFRXUV G¶HQTXrWpV TXL OHV GpFULYHQW j OHXU PDQLqUH ORUV G¶HQWUHWLHQV
abstraits de leur réalité quotidienne. À la CGT, les portes des syndicats et sections syndicales dont
les militants avaient accepté les contraintes de l¶HQTXrWHRQWpWpJUDQGHVRXYHUWHVOHVHQTXrWpVRQW
SXrWUHUHQFRQWUpVSOXVLHXUVIRLVHWGDQVGHVFRQWH[WHVGLIIpUHQWV3DUWRXWDLOOHXUVO¶HQWUHWLHQpWDLW
GpMj XQH IDYHXU DFFRUGpH TXL LQWHUGLVDLW GH WURS HQ GHPDQGHU SDU H[HPSOH G¶LQVLVWHU HQ FDV GH
refus de WUDQVPHWWUHFHUWDLQHVLQIRUPDWLRQVRXOHVFRRUGRQQpHVG¶DXWUHVDGKpUHQWVGXJURXSHPHQW
considéré.
2
&¶HVWO¶XQHGHVUDLVRQVSRXUOHVTXHOOHVMHP¶DXWRULVHLFLjHPSOR\HUOD ère personne du singulier.
3
R. Aron (1959), « Introduction », M. Weber (1919), Le savant et le politique, Paris, Union
*pQpUDOHG¶(GLWLRQs, Coll. « 10-18 », 1963, p. 8.

30
GX /DERUDWRLUH *HRUJHV )ULHGPDQQ FRQVWLWXpH SRXU O¶HQTXrWH j OD &*7 1. Cette
DFWLYLWpFRQVLVWDHQO¶RFFXSDWLRQjWHPSV SDUWLHOG¶XQHmploi de guichetier dans
XQH DJHQFH IUDQFLOLHQQH GH %13 3DULEDV 2U GDQV OH FDGUH GH O¶HQTXrWH GX
/DERUDWRLUH*HRUJHV)ULHGPDQQjOD&*7MHIXVHQFKDUJHG¶pWXGLHUO¶DFWLYLWpGX
syndicat UGICT-CGT BNP Paribas Île-de-France, étude qui se déroula ainsi après
TXH M¶HXV GpPLVVLRQQp GH PRQ SRVWH GH JXLFKHWLHU  /¶KRQQrWHWp FRPPDQGH GH
SUpFLVHU TXH FHWWH H[SpULHQFH GH WUDYDLO j %13 3DULEDV QH SXW TX¶DIIHFWHU PRQ
MXJHPHQW HW GRQF OD QDWXUH GHV UpVXOWDWV REWHQXV VXU OH WHUUDLQ G¶HQTXrWH &*7
BNP Paribas.

Ce chDSLWUH SUpOLPLQDLUH Q¶D SDV SRXU VHXO REMHFWLI OD GHVFULSWLRQ GX
WHUUDLQ G¶HQTXrWH GRQW OHV FRQWRXUV FLUFRQVFULYHQW pYLGHPPHQW OH GRPDLQH GH
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YDOLGLWp GHV UpVXOWDWV /H UpFLW GX SDUFRXUV G¶HQTXrWH VHUW DXVVL j H[SOLFLWHU OH
UDSSRUW HQWUH O¶REMHW G¶pWXGH HW OD PpWKRGH G¶HQTXrWH XWLOLVpH HW j PRQWUHU
FRPPHQW OH SDUFRXUV G¶HQTXrWH HQ OXL-même, contribue à la production de ces
UpVXOWDWV (Q HIIHW O¶DFFqV DX[ GRQQpHV VXU OHVTXHOOHV UHSRVHQW OHV FRQQDLVVDQFHV
produites ici a astreint à tisser un « UpVHDX G¶LQWHr-FRQQDLVVDQFH HW G¶LQWHU-
reconnaissance »2, ayant par conséquent obligé à se soumettre aux règles morales
qui sous-WHQGHQWjO¶HIILFDFLWpGHVDPRELOLVDWLRQ : « confiance » et « réciprocité »3.
Au terme de chacun des entretiens accordés, les enquêtés se virent promettre un
accès privilégié au manuscrit final.

1
F. Piotet (dir.), M. Bensoussan, A. Henni, Y. Siblot, A. C. Wagner, La CGT : une configuration
PLOLWDQWH GDQV VD GLYHUVLWp /¶DGKpVLRQ V\QGLFDOH : dynamique de groupe, contrainte et
individualisme ? Laboratoire Georges Friedmann, Rapport de recherche IRES, mai 2007, 606 p.
2
P. Bourdieu, « Le capital social. Notes provisoires », Actes de Recherche en Sciences Sociales,
31 / 1980, pp. 2-3.
3
M. Lallement, « Capital social et théories sociologiques », A. Bevort et M. Lallement (dir.), Le
capital social. Performance, équité et réciprocité, Paris, La Découverte, Coll. « Recherches »,
2006.

31
1) Origine du questionnement et choix de la méthode
monographique

Les pratiques collectives des cadres, tout au moins celles qui sont en
UDSSRUW DYHF OH WUDYDLO HW O¶HPSORL IRUPHQW O¶REMHW GH cette recherche. Le but
poursuivi se résume à ces quelques mots : rendre raison de la diversité de ces
pratiques, en revenant aux « actions individuelles »1 qui la composent.
Les présupposés épistémologiques de la « VRFLRORJLH GH O¶DFWLRQ »
impliquent a priori XQH SUpGLOHFWLRQ SRXU OHV PpWKRGHV G¶HQTXrWH TXDQWLWDWLYHV
PDLVQ¶H[FOXHQWHQULHQO¶XVDJHGHPpWKRGHVSOXVTXDOLWDWLYHV2. Tout dépend de la
QDWXUHGXSKpQRPqQHjpWXGLHUHWGHFHVXUTXRLO¶DQDO\VHHVWFHQWUpH 3F¶HVW-à-dire
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ici : les processus pDU OHVTXHOV O¶LPSOLFDWLRQ LQGLYLGXHOOH V¶HIIHFWXH ; le contexte


ORFDO TXL FRQIqUH VD VLJQLILFDWLRQ j O¶LPSOLFDWLRQ  OH IRQFWLRQQHPHQW G¶XQ
« groupement syndical ou professionnel »4 ; la ou les missions qui motive(nt) et
MXVWLILH QW OHXUH[LVWHQFH/¶RXWLOVWDWLVWLTXHQHSUrWHJXqUHjO¶LQWHOOLJLELOLWpGHFHV
éléments.

1.1) /¶LQYHVWLVVHPHQW GX FUpQHDX  O¶DSSURFKH HPSLULTXH GH O¶DFWLRQ


collective des cadres

&H WUDYDLO UpVXOWH GH GHX[ LQVDWLVIDFWLRQV PDMHXUHV 'DQV OH FDGUH G¶XQ
VpPLQDLUHGH'($M¶DYDLVSURGXLWHQXQHILFKHGHOHFWXUHVXUO¶RXYUDJHGH
Luc Boltanski5. Le livre de Paul Bouffartigue venait de paraître et une lecture

1
R. Boudon (1990), « Action », Traité de sociologie, Paris, PUF, 1993, pp. 21-53.
2
R. Boudon, Les méthodes en sociologie, Paris, PUF, Coll. « Que sais-je ? », n°1334, 1969.
3
Voir sur ce point : R. Boudon (1969), op. cit. ; P. Champagne, « Statistique, monographie et
groupes sociaux », Études dédiées à Madeleine Grawitz, Genève, Dalloz, 1982 ; P. Ansart (1990),
Les sociologies contemporaines, Paris, Seuil, Coll. « Points », 1995.
4
T. Amossé, « Mythes et réalités de la syndicalisation en France », DARES, Premières Synthèses,
octobre 2004 ± n° 44.2.
5
L. Boltanski (1982), /HV FDGUHV /D IRUPDWLRQ G¶XQ JURXSH VRFLDO, Paris, Éd. de Minuit, Coll.
« Le sens commun », 1999.

32
FRPSDUDWLYH P¶DYDLW pWp FRQVHLOOpH1 &H Q¶HVW TXH SHX DSUqV PRQ LQVFULSWLRQ HQ
Doctorat (décembre 2003), et tandis quHMHQ¶DYDLVHQFRUHDXFXQHLGpHDUUrWpHVXU
OHVXMHWGHPDWKqVHTXHMHP¶\DWWHODLSUHVTXHSDUDFTXLWGHFRQVFLHQFH3UHPLqUH
insatisfaction : nulle trace, dans cet ouvrage, des jeunes cadres que je connaissais
ou avais connu, formés en Grande École ou à Dauphine et que je savais plutôt
rompus aux valeurs managériales. Même les cadres « à haut potentiel », à propos
GHVTXHOV3DXO%RXIIDUWLJXHFRQFqGHSRXUWDQWTX¶LOVVRQWOHVGHUQLHUVjQHSDVrWUH
concernés par la résurgence du « malaise des cadres »2, sont condamnés à
« O¶REOLJDWLRQ GH UpXVVLWH »3 &HWWH OHFWXUH GH OD UpDOLWp FDGUH P¶DSSDUXW WUqV YLWH
partielle et partiale, en un mot : militante. Par expérience, je savais mes anciens
FDPDUDGHV GDXSKLQRLV pWUDQJHUV DX IDLW V\QGLFDO PDLV DXVVL TX¶LOV pWDLHnt très
VRXYHQWPHPEUHVG¶DVVRFLDWLRQVpWXGLDQWHVRXG¶DQFLHQVpOqYHVHWHQFRXUDJpVSDU
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le corps professoral à entretenir leur réseau relationnel. Un tout autre monde, au


VHLQGXTXHOMHIXVG¶DLOOHXUVDVVH]PDUJLQDO4.
Aussi, je commençais par supposer qu¶DX PLHX[ © la grande rupture »
concernait une seule et même cohorte de cadres, celle des quinquagénaires promus
DX VWDWXW FDGUH DX FRXUV GH OD SpULRGH G¶H[SDQVLRQ pFRQRPLTXH G¶DSUqV-guerre,
F¶HVW-à-dire les franges qui, hier déjà, incarnaient la « représentation dominée » du
groupe-cadres5. Cette appréciation de sa réalité, que je jugeais, au mieux,
incomplète, justifiait ma première ambition, qui était déjà de comprendre
O¶LQFRPSUpKHQVLEOH a priori  SRXUTXRL XQ MHXQH FDGUH GLSO{Pp G¶eFROH GH
Commerce et exerçant dans le secteur privé se syndiquerait-il " '¶XQH SDUW
O¶H[LVWHQFH LQVWLWXWLRQQHOOH GX JURXSH-FDGUHV D SURFpGp GH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH
corporative puis syndicale catégorielle. Les pratiques collectives des cadres, et
plus particulièrement la question de leur syndicalisation, ne peuvent donc être

1
P. Bouffartigue (dir.), Cadres : la grande rupture, Paris, La Découverte, Coll. « Recherches »,
2001.
2
Voir aussi : P. Bouffartigue, « Le malaise des cadres », Manière de voir n°66, « Le défi social »,
novembre-décembre 2002.
3
C. Falcoz, « ³&DGUHVjKDXWSRWHQWLHO´ RXO¶REOLJDWLRQGHUpXVVLWH », P. Bouffartigue (2001), op.
cit.
4
-¶pWDLV O¶XQ GHV UDUHV pWXGLDQWV j WURXYHU pWUDQJH TX¶XQH LQLWLDWLRQ DXx Ressources Humaines
Q¶DERUGHMDPDLVOHGURLWV\QGLFDORXTXHGHVSURIHVVHXUVHQpFRQRPLHV¶H[FXVHQWDXSUqVGHOHXUV
pOqYHVGHGHYRLUWUDLWHUO¶°XYUHGH.DUO0DU[ !
5
L. Boltanski (1982), op. cit.

33
prises à la légère ± pensais-je alors ± car elles éclairent peut-être bien plus que la
profondeur du « malaise des cadres ª'¶DXWUHSDUWUHFRXYUHUOHVHQVGHFKDFXQH
des « décisions antérieures » ayant cRQGXLW XQ FDGUH G¶HQWUHSULVH GLSO{Pp GX
supérieur à la décision « ultime »1 GH VH V\QGLTXHU PH SDUXW G¶LQWpUrW SXEOLF (Q
HIIHW FHWWH DPELWLRQ SRXYDLW DLGHU OHV RUJDQLVDWLRQV V\QGLFDOHV j V¶DGUHVVHU DX[
cadres diplômés, qui forment une population de plus en plus conséquente parmi
les salariés et dont, par conséquent, la syndicalisation représente un élément
VWUDWpJLTXHGHO¶LQIOH[LRQGXUDSSRUWGHIRUFH2.

-¶DYDLV FRQIXVpPHQW pSURXYp j OD IDYHXU GH PRQ FXUVXV j 'DXSKLQH


O¶H[LVWHQFH G¶XQH VSKqUH G¶H[SUHssion collective hors champ syndical. Cette
DOWHUQDWLYHQ¶pWDLW-elle pas de nature à affaiblir la syndicalisation des cadres et le
mouvement syndical en général ? Prisonnier du « paradigme de classes »3M¶HQIXV
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G¶DERUGSHUVXDGpD\DQW DORUVFRQVLGpUpO¶Xnivers syndical et le monde associatif


SURIHVVLRQQHO VXU OH PRGH GH O¶DOWpULWp UDGLFDOH /HV FDGUHV V\QGLTXpV OXWWHUDLHQW
SRXUO¶DFFqVDXSRXYRLUGDQVO¶HQWUHSULVHHWODVRFLpWpOHVFDGUHVLQVpUpVGDQVOHV
UpVHDX[SURIHVVLRQQHOVV¶LGHQWLILHUDLHQWDXJUDQG patronat et ne feraient jamais que
reproduire ses pratiques collectives. Telles étaient, avant toute investigation
empirique, mes premières hypothèses de travail.
'¶R OD VHFRQGH LQVDWLVIDFWLRQ UHVVHQWLH j O¶pJDUG GHV GRQQpHV
statistiques sur la syndicalisation proposées par Thomas Amossé, qui, rappelons-

1
H. S. Becker (1998), Les ficelles du métier. Comment conduire sa recherche en sciences sociales,
Trad. J. Mailhos, Paris, La Découverte, Coll. « Guides Repères », 2002.
2
Ayant travaillé pendant près de deux ans consécutifs (entre 2000 et 2002) comme enquêteur
vacataire et chargé de saisie des questionnaires dans plusieurs instituts de sondages, je sais
O¶LPSRUWDQFHGHODUHSUpVHQWDWLRQV\QGLFDOHGHVVDODULpVVXUOHVOLHX[GHWUDYDLO¬GHX[UHSULVHVPD
« collaboration » avait cessé sur décision unilatérale de mon supérieur hiérarchique direct, sans
TX¶DXFXQPRWLIQH P¶DLWMDPDLVpWpLQGLTXp3DUDLOOHXUVFHWWHH[SpULHQFHP¶DSHUPLVG¶pSURXYHU
OHVOLPLWHVGHVHQTXrWHVG¶RSLQLRQHWQRWDPPHQWOHVELDLVTXLV¶LQVLQXHQWHQWUHODFRQVWUXFWLRQGX
questionnaire, le recueil des réponses auprès des sondés, leur exploitation et, enfin, leur
LQWHUSUpWDWLRQ  O¶HQTXrWp GRLW VRXYHQW H[SULPHU XQ DYLV VXU XQH TXHVWLRQ TX¶LO QH V¶pWDLW MDPDLV
posé OHVLWHPVSURSRVpVjO¶HQTXrWp Q¶pSXLVHQWMDPDLVODGLYHUVLWpGHVUpSRQVHVSRVVLEOHV ; deux
enquêtés peuvent formuler la même réponse à une question pour des raisons opposées. La
GLIILFXOWpjFRQYDLQFUHO¶LQGLYLGXVROOLFLWpGHUpSRQGUHDXTXHVWLRQQDLUHSHXWFRQGXLUHO¶HQTXrWHXUj
vieillir ou à rajeunir sensiblement un enquêté, de façon à ce que celui-ci intègre les quotas imposés
SDUO¶HQTXrWH9DOLGHU XQTXHVWLRQQDLUH VXSSRVH DXVVL SRXUO¶HQTXrWHXUTXH WRXWHVOHV TXHVWLRQV
DLHQWpWpSRVpHVjO¶HQTXrWpPDLVLODUULYHSDUIRLVTXHFHOXL-ci mette brutalement fin à la relation
G¶HQTXrWHHQSOHLQPLOLHXGXTXHVWLRQQDLUH'DQVFHFDVLOIDXWELHQDYRXHUTX¶LOHVWIUpTXHQWTXH
O¶HQTXrWHXUOHFRPSOqWHVHXOVXUWRXWV¶LOHVWUpWULEXpDXTXHVWLRQQDLUH !
3
C. Gadéa, Les cadres en France. Une énigme sociologique, Paris, Belin, Coll. « Perspectives
sociologiques », 2003.

34
OH QH GLVWLQJXHQW SDV j SURSRV GHV FDGUHV HQWUH O¶DGKpVLRQ j XQ © groupement
syndical ª HW O¶DGKpVLRQ j XQ © groupement professionnel »1. Las de lire les
sociologues qui mobilisaient ces statistiques pour étayer le résultat selon lequel
plus rien ne différenciait les cadres des autres salariés, je considérai alors
O¶RSSRUWXQLWp G¶XQH pWXGH TXL YLHQGUDLW WDPLVHU © les choses qui sont sous les
mots »2.
3UpFLVRQV TXH O¶DPELJXwWp GX YRFDEXODLUH XVLWp Sar Thomas Amossé
Q¶LQYDOLGHSDVOHVUpVXOWDWVDX[TXHOVLOSDUYLHQW(QGpSLWGHVpFXHLOVLQpYLWDEOHV
GH WRXWH pWXGH VWDWLVWLTXH FHV GRQQpHV RQW O¶LQWpUrW LQGpQLDEOH GH VDLVLU GHV
WHQGDQFHVjO¶pFKHOOHQDWLRQDOHTXLUHVWHQWWRXWjIDLWUHFHYDEOHVHWTXL par ailleurs,
SHUPHWWHQW GH UHVLWXHU O¶HQTXrWH GH WHUUDLQ GDQV XQ FDGUH SOXV ODUJH $XFXQH
recherche de sociologie empirique ne peut ignorer les ressources statistiques en
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UDSSRUWDYHFO¶REMHWTX¶HOOHVHGRQQHVRXVSHLQHGHFRQILQHUjXQH[RWLVPHTXLQH
SHXWTX¶DIIDLEOLUODSRUWpHGHVUpVXOWDWVREWHQXV&HWUDYDLOSUHQGMXVWHPHQWDSSXL
sur ces ressources : il doit être compris comme une contribution venant pallier les
LQVXIILVDQFHV LQKpUHQWHV j O¶DSSURFKH VWDWLVWLTXH GH OD V\QGLFDOLVDWLRQ GHV FDGUHV
non comme une (illusoire) tentative de démonstration de son incapacité
LQWULQVqTXH j HQ UHQGUH FRPSWH /H SUREOqPH WLHQW j O¶XVDJH TXL HVW IDLW GHV
données statistiques. Sans examen critique préalable, leur mobilisation relève du
jugement de valeur.

Ce sont ELHQOHVUpVHUYHVjO¶pJDUGGHVWUDYDX[VXUOHVFDGUHVTXLGpFqOHQW
GDQV O¶DJUpJDWLRQ VWDWLVWLTXH GH OHXUV FRPSRUWHPHQWV GpFODUpV  YLV-à-vis de
O¶DFWLRQV\QGLFDOHODSUHXYHTXHOHXUYLVLRQGXPRQGHFRUUHVSRQGGHSOXVHQSOXV
à la réalité de leur conditLRQ TXL RQW RULHQWp OD GpILQLWLRQ GH O¶REMHW HW O¶DQJOH
G¶DSSURFKH : le groupe-cadres, au révélateur, au crible de ses pratiques collectives
concrètes. Cette entrée permet de dépasser le « paradigme de classes », qui irrigue
incontestablement les recherches de Paul Bouffartigue3, tout en offrant une vision,

1
T. Amossé, art. cit.
2
É. Durkheim (1895), Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, 1983.
3
Voir aussi : C. Gadéa (2003), « Échos et avatars du paradigme de classes », op. cit. pp. 145-149.

35
sinon « représentative », la plus « significative »1 possible de la réalité du groupe.
&¶HVW SRXUTXRL HOOH HVW RSpUDWRLUH : en prêtant attention au regard que portent les
LQWpUHVVpVVXUFHTX¶LOV VRQWHW VXUFHTX¶LOV IRQWHQV¶DWWDFKDQW jFRPSUHQGUHFH
TXLPRWLYHO¶DFWLRQSURIHVVLRQQHOOHVFRODLUHHWV\QGLFDOHOHVUHVVRUWVHWOHVHQVGH
O¶LPSOLFDWLRQLQGLYLGXHOOHGDQVO¶DFWLRQFROOHFWLYHO¶RQpYLWHOHVSLqJHVGXGLVFRXUV
récurrent sur le « malaise des cadres ».

1.2) Le recueil des données

Apprécier ce que les termes « groupement professionnel » et « syndical »


renferment, indiquer les pratiques collectives dans lesquelles les cadres se
reconnaissent et disposer, in fine G¶pOpPHQWV DXWRULVDQW j VH prononcer sur leur
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

FRPSDWLELOLWpDYHFODIRUPHWUDGLWLRQQHOOHFRQIpGpUpHG¶DFWLRQV\QGLFDOH là réside
O¶REMHFWLI GH FH WUDYDLO < VDWLVIDLUH VXSSRVH GH FRPSUHQGUH FH TXH IRQW OHVGLWV
« groupements ªO¶HQMHXpWDQWGHGpWHUPLQHUVLOHVHQVGHOHXUDFWLRQV¶DUWLFXOHj
un même principe, lequel, dès lors, structurerait une aire de représentation propre
DX[ FDGUHV /¶REMHFWLI REOLJH pJDOHPHQW j VDLVLU OHV SURFHVVXV LQGLYLGXHOV GH
O¶LPSOLFDWLRQ FROOHFWLYH GH PDQLqUH j HQWUHYRLU OHV GLVVHPEODQFHV HW OHV
ressemblances pouvant exister entre un cadre bénévole associatif et un cadre
militant syndical.
Cette ambition présume de ramener les pratiques collectives des cadres
DX[FRQWH[WHVTXLOHXUGRQQHQWVHQV6¶HVVD\HUjUHQGUHLQWHOOLJLEOHODVLJQLILFDWLRQ
de chaFXQGHVW\SHVG¶DFWLRQpWXGLpV SURIHVVLRQQHOVFRODLUHHWV\QGLFDO VXSSRVH
G¶DFTXpULUXQHFRQQDLVVDQFHSUHVTXHLQWLPHG¶RUJDQLVDWLRQVSUpDODEOHPHQWFLEOpHV
(Q SDUWLFXOLHU OH SDUWL D pWp SULV G¶DSSUpKHQGHU OH WHUUDLQ V\QGLFDO DX[ QLYHDX[
professionnel eW ORFDO VXU OHV OLHX[ GH WUDYDLO HW GDQV OH FRQWH[WH G¶XQH EUDQFKH
G¶DFWLYLWp6HXOOHWUDLWHPHQWORFDOGHODTXHVWLRQGHODV\QGLFDOLVDWLRQGHVFDGUHV
permet de sonder la variété des formes structurelles associées à leur prise en
charge et, partant, les HIIHWV GX FKRL[ GH O¶LQWpJUDWLRQ &)'7  HW GX FKRL[ GH OD
différenciation (CGT), effets dont on a supposé, en introduction générale de ce
WUDYDLO TX¶LOV UpIOpFKLVVDLHQW HQ SDUWLH OH UDSSRUW GHV FDGUHV j O¶DFWLRQ FROOHFWLYH

1
G. Michelat, « Sur l'utilisation de l'entretien non-directif en sociologie », Revue Française de
Sociologie, XVI, 1975, pp. 229-247.

36
De même, la modélisation des reVVRUWVGHO¶HQJDJHPHQWSDVVHQpFHVVDLUHPHQWSDU
une approche empirique : elle suppose de cerner les propriétés des trajectoires
G¶LPSOLFDWLRQ LQGLYLGXHOOH REOLJHDQW GRQF DX UHFXHLO GH UpFLWV GH YLH OHV SOXV
complets possible.

Les données sur lesquelles reposent les développements qui suivent sont
formées de soixante-neuf entretiens semi-GLUHFWLIV HW G¶XQH VpULH G¶REVHUYDWLRQV
dont les plus importantes sont indiquées infra &HV GpYHORSSHPHQWV V¶DSSXLHQW
DXVVLVXUO¶DQDO\VHDSSURIRQGLHGHWRXVOHVGRFXPHQWVFROOHFWpVDYHFO¶DVVHQWLPHQW
GHV HQTXrWpV HQ VLWXDWLRQ G¶HQTXrWH1: revues associatives et syndicales, bulletins
G¶LQIRUPDWLRQGHVDGKpUHQWVVWDWXWVGHVJURXSHPHQWVSURFqV-verbaux ou comptes-
rendus des réunions de leurs organes directeurs2. Les entretiens se déclinent
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comme suit &*7  &)'7  &*&  DVVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqYHV  HW


associations professionnelles (13)3 /D JULOOH G¶HQWUHWLHQ IXW FRQVWUXLWH HQ GHX[
parties ODSUHPLqUHFRQFHUQDLWOHVRULJLQHVVRFLDOHVGHO¶HQTXrWpVRQSarcours et
OHV FLUFRQVWDQFHV GDQV OHVTXHOOHV V¶HVW RSpUpH VRQ LPSOLFDWLRQ HW OD VHFRQGH FH
TX¶LO VDYDLW GX JURXSHPHQW GRQW LO pWDLW PHPEUH HW OHV UDLVRQV TXL IDLVDLHQW TX¶LO
O¶pWDLWHQFRUHDXPRPHQWGHO¶HQWUHWLHQ
Les entretiens furent néanmoins conduits de manière sensiblement
GLIIpUHQWH VHORQ OHV SURSULpWpV GH O¶HQTXrWp $XSUqV GHV EpQpYROHV GH OD VSKqUH
DVVRFLDWLYHHWGHVV\QGLTXpVGRQWO¶LPSOLFDWLRQV¶HIIHFWXDLWDXSODQGHO¶HQWUHSULVH
MH FRQVDFUDLV SOXW{W O¶HQWUHWLHQ j OHXUV WUDMHFWRLUHV ELRJUDSKLques (âge, origines
VRFLDOHV GLSO{PH W\SH G¶HPSORL RFFXSp FDUDFWpULVWLTXHV GH O¶DFWLYLWp GH WUDYDLO

1
Précisons que les données recueillies sur les sites Internet des associations professionnelles et
G¶DQFLHQVpOqYHVTXLVRQWWUqVULFKHVRQWpJDOHPHQWFRQVWLWXpXQHUHVVRXUFHLPSRUWDQWe pour cette
HQTXrWH/HVLWH,QWHUQHWHVWODYLWULQHGHO¶DVVRFLDWLRQHWSDUWDQWXQPR\HQHIILFDFHSDUOHTXHOVHV
UHVSRQVDEOHVSHXYHQWHVSpUHUFRQYDLQFUHG¶DGKpUHUOHVQRQ-adhérents qui viendraient le visiter. Le
VLWH ,QWHUQHW GH O¶DVVRFLDWLRQ HVW DXVVi le vecteur privilégié de la communication auprès des
DGKpUHQWV FHV GHUQLHUV SRXYDQW HQ HIIHW DFFpGHU j O¶LQIRUPDWLRQ YRXOXH VDQV SHUWH H[FHVVLYH GH
WHPSV&HWDVSHFWQ¶DULHQG¶DQRGLQOHVFDGUHVIRUPDQWODFDWpJRULHGHVDODULpVTXLXWLOLVHOHSOXV
les UHVVRXUFHV RIIHUWHV SDU OHV 1RXYHOOHV 7HFKQRORJLHV GH O¶,QIRUPDWLRQ HW GH &RPPXQLFDWLRQ
(NTIC). Sur ce point, voir : T. Amossé et V. Delteil, « /¶LGHQWLWp SURIHVVLRQQHOOH GHV FDGUHV HQ
question », Travail et Emploi n°99, 2004, pp. 63-78.
2
Assemblées GénéUDOHVGHVDGKpUHQWVHWUpXQLRQVGHV&RQVHLOVG¶$GPLQLVWUDWLRQGHVDVVRFLDWLRQV
G¶DQFLHQVpOqYHVHWSURIHVVLRQQHOOHV&RQJUqV6\QGLFDX[UpXQLRQVGHV&RPPLVVLRQV([pFXWLYHVHW
/ ou des Conseils Syndicaux.
3
Tous ces entretiens ont été exploités, mais huit des soixante-QHXI HQTXrWpV Q¶RQW SX rWUH FLWpV
dans les différents chapitres qui forment le corps de cette thèse.

37
pYROXWLRQV GH FDUULqUH GDWH UDLVRQV HW FRQWH[WH GH O¶DGKpVLRQ DX JURXSHPHQW
GHJUpG¶LPSOLFDWLRQ« DX[SUREOqPHVTXRWLGLHQVTX¶LOVUHQFRQWUDLHQWDXWravail, à
leur rôle dans le groupement et à la nature de leur relation aux autres membres.
$XSUqV GHV 'pOpJXpV *pQpUDX[ G¶DVVRFLDWLRQ SURIHVVLRQQHOOH ± très souvent
HPSOR\pV SDU O¶DVVRFLDWLRQ ± HW GHV GLULJHDQWV V\QGLFDX[ TXL V¶pWDLHQW H[WUDLWV GH
leur entUHSULVHM¶LQVLVWDLVVXUOHVGRQQpHVUHODWLYHVDXJURXSHPHQW considéré : son
KLVWRLUHVHVEXWVHWOHVPR\HQVPLVHQ°XYUHSRXUOHVDWWHLQGUHVRQRUJDQLVDWLRQ
formelle et son mode concret de fonctionnement, le rapport aux adhérents,
O¶pYROXWLRQGHVHIIHFWLIVHWODSROLWLTXHpYHQWXHOOHGHGpYHORSSHPHQWGHO¶DGKpVLRQ
O¶pWDWGHVHVUHVVRXUFHVILQDQFLqUHV
&HWWH GLVWLQFWLRQ HQWUH GHX[ W\SHV G¶HQTXrWpV UHVWH DVVH] JURVVLqUH OHV
questions posées ayant aussi varié selon les informations obtenues au cours de
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l¶HQWUHWLHQHQSDUWLFXOLHUVHORQTXHO¶HQTXrWpVHUpYpODLWrWUHHQGpEXWRXHQILQGH
carrière professionnelle, diplômé du supérieur ou issu de la promotion interne1. Il
arrivait fréquemment, en effet, que je ne susse rien des enquêtés avant de les voir2,
FHTXLWLHQWDX[PRGDOLWpVG¶DFFqVDX[GLIIpUHQWVWHUUDLQV ± développées plus bas.
&¶HVW WRXMRXUV GH SURFKH HQ SURFKH SDU OD PpGLDWLRQ G¶XQ HQTXrWp TXH MH SXV
HQWUHUHQUHODWLRQDYHFG¶DXWUHV$SUqVFKDTXHHQWUHWLHQTXLP¶DYDLWpWpDFFRUGpMH
demandais jO¶LQWpUHVVpG¶DSSX\HUPDGpPDUFKHG¶LQYHVWLJDWLRQ7RXVQHPHILUHQW
SDVSDUYHQLUOHVFRRUGRQQpHVG¶DXWUHVDGKpUHQWVGHOHXUJURXSHPHQWPDLVFHUWDLQV
P¶RQWLQWpJUpjOHXUV© contacts ªHWP¶RQWUHFRPPDQGpjTXHOTXHV-unes de leurs
relations. Les enquêtés sollicités de la sorte ne correspondaient pas toujours,
FHSHQGDQW j OD UHTXrWH TXH M¶DYDLV IRUPXOpH DXSUqV GH O¶HQTXrWp TXL PH
recommandait. Sur les terrains syndicaux notamment, je requérais, chaque fois
TX¶LO pWDLW SRVVLEOH GH OH IDLUH O¶RSSRUWXQLWp Ge rencontrer les plus jeunes et
GLSO{PpVGHVFDGUHVDGKpUHQWV2UHQFHFDVM¶REWHQDLVSUHVTXHWRXMRXUVFHOOHVGH

1
/RUVTXH O¶HQTXrWp pWDLW XQ WUHQWHQDLUH GLSO{Pp GHYHQX SHUPDQHQW G¶XQH VWUXFWXUH V\QGLFDOH
dépassant le champ de son entreprise, je privilégiais ainsi le récit de vie. Lorsque le syndicaliste
pWDLW WRXMRXUV HQ SRVWH GDQV O¶HQWUHSULVH PDLV TX¶LO pWDLW HQ ILQ GH WUDMHFWRLUH SURIHVVLRQQHOOH HW
PLOLWDQWH M¶DWWDFKDLV XQH LPSRUWDQFH G¶DXWDQW SOXV IDLEOH DX[ FDUDFWpULVWLTXHV GH VRQ SDUFRXUV
individuHOTXHOHVGRQQpHVV¶DYpUDLHQWUHGRQGDQWHVDYHFFHOOHVTXLDYDLHQWpWpUHFXHLOOLHVSOXVW{W
DXSUqV G¶HQTXrWpV GX PrPH SURILO )DFH j XQ 3UpVLGHQW EpQpYROH  G¶DVVRFLDWLRQ SURIHVVLRQQHOOH
kJpG¶XQHWUHQWDLQHG¶DQQpHVMHSUpIpUDLVjFKRLVLU OHWHPSVjPH consacrer étant parfois compté),
UHFXHLOOLU OHV GRQQpHV UHODWLYHV j VD WUDMHFWRLUH 0DLV IDFH j XQ EpQpYROH KLVWRULTXH G¶XQH
association professionnelle, si le temps était limité, je privilégiais a contrario sa mémoire de
O¶RUJDQLVDWLRQ
2
À plus forte raison : si le rendez-vous avait été convenu par message électronique.

38
FDGUHVGRQWM¶DOODLVGpFRXYULUTX¶LOVpWDLHQWHQILQGHWUDMHFWRLUHSURIHVVLRQQHOOHHW
issus du rang 4X¶LOV¶DJLVVHGHPHPEUHVG¶XQHDVVRFLDWLRQRXG¶XQV\QGLFDWOHV
HQTXrWpV TXL P¶DSSRUWDLHQW OHXU VRXWLHQ SUpIpUDLHQW GH ORLQ PH WUDQVPHWWUH OHV
coordonnées de leurs « liens » les plus « forts »1, qui avaient donc leur confiance,
SOXW{WTXHGHPHGRQQHUFHOOHVG¶DGKpUHQWVGRQWOHSURILOFRUrespondait peut-être à
mes préférences, mais dont ils ne savaient pas grand-chose.

Les entretiens ont duré deux heures en moyenne, avec toutefois un écart à
la moyenne assez important  OH SOXV FRXUW GXUD PRLQV G¶XQH KHXUH HW OHV SOXV
longs, plus de trois heures. La longueur de la plupart des entretiens provient
HVVHQWLHOOHPHQWGXIDLWTX¶DX-delà du recueil des informations les plus essentielles
HQSDUWLFXOLHUFHOOHVLQWpUHVVDQWODWUDMHFWRLUHELRJUDSKLTXH M¶HQMRLJQDLVWRXMRXUV
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O¶HQTXrWpjGpYHORSSHU OHVDVSHFWVGHVRQSURSRVTX¶LOMXJHDLWLQVLJQLILDQWVG¶XQH
EDQDOLWp FRQIRQGDQWH RX TXL V¶pORLJQDLHQW GHV WKqPHV TXH M¶DYDLV LQLWLDOHPHQW
SUpYXG¶pYRTXHU3DUH[HPSOHORUVTXHO¶HQTXrWpP¶DSSDUDLVVDLWSUpRFFXSpSDUXQH
question tout à fait contingente, a priori VDQV UDSSRUW DYHF FH TXH M¶DYDLV GLW GH
PRQHQTXrWHMHGpEXWDLVO¶HQWUHWLHQHQO¶LQFLWDQWjP¶H[SOLTXHUHQGpWDLOO¶REMHWGH
sa préoccupation, ce qui ne manquait pas de le surprendre O¶HQTXrWppWDLWHQFOLQj
penser que le contenu des questions était arrêté ex-ante, que ces questions se
SRVDLHQWLQGpSHQGDPPHQWGXFRQWH[WHGHO¶HQWUHWLHQ-HP¶DWWDFKDLVGRQFjOHIDLUH
GXUHUHQODLVVDQWOHSOXVSRVVLEOHODSDUROHjO¶HQTXrWpHWHQPHFRQWHQWDQWGHOD
resituer dans son contexte. En laissant libre FRXUVjO¶H[SUHVVLRQGHO¶HQTXrWpMH
Q¶HVSpUDLV SDV VHXOHPHQW DFFpGHU j XQH LQIRUPDWLRQ ILDEOH HW P¶DSSURFKHU GHV
FLUFRQVWDQFHV UpHOOHV ORFDOHV TXL DYDLHQW SX PRWLYHU OD GpFLVLRQ G¶DGKpUHU DX
JURXSHPHQW-¶HVSpUDLVHQFRUHP¶LPSUpJQHUGHVRQTXRWLGLHQGe façon à pouvoir
le « comprendre ª DX VHQV ZHEHULHQ GX PRW ,FL O¶DEVHQFH GH FDGUH IRUPHO
HQFKkVVDQWO¶HQTXrWHHWHQSDUWLFXOLHUOHIDLWTXHO¶REWHQWLRQG¶XQUHQGH]-vous ne
IXW MDPDLV UHGHYDEOH GH O¶DVVHQWLPHQW GHV VXSpULHXUV KLpUDUFKLTXHV GHV HQTXrWpV
facilita, sans doute, leur confiance à mon égard et libéra leur parole.
%LHQTX¶LOVQHODVLWXHQWSDVDXPrPHQLYHDXG¶DQDO\VH3LHUUH%RXUGLHX
et Raymond Boudon reprennent tous deux la conception weberienne de la
« compréhension » : « comprendre » un individu, « pour un sociologue ª F¶HVW

1
M. Granovetter, « The strength of weak ties », American Journal of Sociology, Vol. 78 / 1973,
pp. 1360-1380.

39
« FRPSUHQGUH TXH V¶LO pWDLW FRPPH RQ GLW j VD SODFH LO VHUDLW HW SHQVHUDLW VDQV
doute comme lui » écrit Pierre Bourdieu1 ; « FRPSUHQGUH>«@F¶HVWrWUHFDSDEOHGH
conclure  VL M¶DYDLV pWp GDQV ODPrPHVLWXDWLRQM¶aurais sans doute fait la même
chose » écrit, pour sa part, Raymond Boudon23UpFLVpPHQWSRXUP¶LPSUpJQHUGHV
VFKpPDV GH SHQVpH GHV HQTXrWpV GX VHQV TX¶LOV DIIHFWDLHQW j OHXUV VLWXDWLRQV
TXRWLGLHQQHVGXFRQWH[WHGDQVOHTXHOLOVJUDYLWDLHQWM¶DLDXVVLWHnu à maintenir le
GLDORJXHDSUqVDYRLUGpFODUpO¶HQWUHWLHQDFKHYpHWFHVVpGHO¶HQUHJLVWUHU&¶HVWELHQ
VRXYHQWHQDSDUWpTXHO¶RQSHXWDFFpGHUDX[LQIRUPDWLRQVOHVSOXVXWLOHVFHOOHVTXL
SURFqGHQWGHODFRQVFLHQFHSURIRQGHTXHO¶HQTXrWpDGHVRQHQYLURQQement le plus
concret et qui, justement, ne sont pas directement accessibles au regard profane.
/¶HQTXrWp y précise son propos et le relativise, en indiquant les raisons pratiques
TXLIRQWTX¶LOO¶DWHQX8QHIRLVODFRQILDQFHLQVWDXUpHRQSHXWHQFRUHYLViter les
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ORFDX[GXJURXSHPHQWHQTXrWpHQUHQFRQWUHUG¶DXWUHVPHPEUHVHWDVVLVWHUjOHXUV
échanges. Sur les terrains syndicaux, je fus régulièrement témoin de conversations
LQIRUPHOOHVHQWUHPLOLWDQWV DX[TXHOOHV MHSDUWLFLSDLV FKDTXH IRLVTXHO¶XQG¶HQWUH
HX[V¶HQTXpUDLWGH © O¶DYLVG¶XQVRFLRORJXH » (fût-ce un apprenti !). Si je donnais
SDUIRLVPRQRSLQLRQM¶HQSURILWDLVVXUWRXWSRXUPHIDLUHH[SOLTXHUOHVHQMHX[VRXV-
jacents à la discussion, ayant obligé les présents à un effort didactique auquel, par
aLOOHXUV MDPDLV LOV QH UHFKLJQqUHQW (W O¶HQTXrWp QR\p GDQV OH SHWLW JURXSH PH
UHQYR\DLWDORUVjFHTX¶LO P¶DYDLWFRQILpORUVGHO¶HQWUHWLHQFHTXL DYDLWWRXMRXUV
pour effet de susciter la réaction des personnes présentes, soit pour marquer un
désaccord DYHF O¶HQTXrWp VRLW SRXU FRUURERUHU VHV GLUHV PDLV WRXMRXUV SRXU
apporter son propre éclairage. Tous ces échanges, tous les détails relevés avant,
SHQGDQWHWDSUqVOHVHQWUHWLHQVIXUHQWFRQVLJQpVGqVO¶LQVWDQWRM¶DYDLVTXLWWpOHV
enquêtés, ayant ainsi notablement enrichi les transcriptions.

1
P. Bourdieu (1993), « Comprendre », P. Bourdieu (dir.), La misère du monde, Paris, Seuil, Coll.
« Points », 1998.
2
R. Boudon et F. Bourricaud (1982), « Action », Dictionnaire critique de la sociologie, Paris,
PUF, Coll. « Quadrige », 2004.

40
2) $FFqVDX[WHUUDLQVG¶HQTXrWHHW© informations symptomatiques »1

/H FKRL[ GH OD PpWKRGH G¶HQTXrWH PRQRJUDSKLTXH DSSHOOH OH VDFULILFH
G¶XQ WHPSV SUpFLHX[ DX[ HQTXrWpV LPSOLTXH XQH SDUWLFLSDWLRQ PLQLPDOH GH leur
part. Les entretiens sont censés être assez longs, les observations autorisées. En
GHKRUV GX FDUDFWqUH JUDWLILDQW GH O¶pFRXWH © compréhensive ª O¶DFFHSWDWLRQ G¶XQ
°LOH[WpULHXUSUpVHQWHDXVVLXQLQWpUrWWUqVOLPLWpYRLUHLQH[LVWDQWSRXUO¶HQTXrWp
&H VRQW Oj OHV UDLVRQV SRXU OHVTXHOOHV OHV RUJDQLVDWLRQV FLEOpHV LFL VRQW G¶DERUG
FHOOHVGRQWOHVUHVSRQVDEOHVpWDLHQWOHVPLHX[GLVSRVpVjO¶pJDUGGHO¶HQTXrWH7ULHU
OHV DVVRFLDWLRQV SURIHVVLRQQHOOHV OHV DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV pOqYHV HW OHV
organisationVV\QGLFDOHVGHOD&)'7SDUH[HPSOHHQIRQFWLRQGHO¶LQWpUrWTX¶HOOHV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

pouvaient présenter a prioripWDLWXQOX[HTXHMHQHSRXYDLVP¶DXWRULVHU0DLVVL


la difficulté à choisir, à partir de critères définis ex-ante VRQ WHUUDLQ G¶HQTXrWH
idéal oblige en TXHOTXHVRUWHjVHODLVVHUJXLGHUOHSRLQWG¶DUULYpHQHO¶HVWMDPDLV
LQFLGHPPHQW/HIDLWG¶HQTXrWHUODGpPDUFKHG¶DFFqVDX[WHUUDLQVUHQIHUPHQWGHV
« informations symptomatiques », qui sont un résultat en soi et qui, en ce sens,
incitent à de constanteV UHIRUPXODWLRQV DX FRXUV GH O¶pWXGH GH VRQ REMHW GH VD
problématique et de ses hypothèses2. Les questions qui se posaient début 2004
Q¶pWDLHQWSOXVH[DFWHPHQWOHVPrPHVjODILQGHO¶DQQpHDSUqVDFKqYHPHQWGH
O¶HQTXrWH GH WHUUDLQ : « FH Q¶HVW TX¶j O¶XVDJH TXH O¶RQ SHXW VpSDUHU OD PDXYDLVH
herbe de la bonne »3¬IRUFHG¶HQWUHWLHQVHWG¶REVHUYDWLRQVG¶RFFXUUHQFHVTXLQH
VRQWSDVWRXMRXUVSUpYXHVODFRPSUpKHQVLRQV¶DLJXLVHOHVSUpMXJpVV¶HVWRPSHQW
/HV FLUFRQVWDQFHV GH O¶HQTXrWH j OD &)'7 PH PHnèrent ainsi tout droit
aux structures professionnelles de la CFDT les plus pourvues en cadres syndiqués,
et en particulier à une entreprise, les Assurances Générales de France (AGF), où
les sections syndicales CFDT sont dominées par des cadres, et où les listes CFDT
supplantent, de longue date, les listes CGC présentées aux suffrages des cadres de
O¶HQWUHSULVH /H FKRL[ G¶XQH UHSUpVHQWDWLRQ LQGLIIpUHQFLpH GHV VDODULpV GDQV
1
G. Michelat (1975), art. cit.
2
O. Schwartz, « /¶HPSLULVPHLUUpGXFWLEOH », postface à N. Anderson, Le hobo, sociologie du sans-
abri, Paris, Nathan, Coll. « Essais et recherches », pp. 265-305.
3
P. Bréchon, « Pierre Bourdieu », Les grands courants de la sociologie, PUG, Coll. « Le politique
en plus », 2000.

41
O¶HQWUHSULVHODEUDQFKHHWODUpJLRQ1RSpUpSDUOD&)'7jO¶DXEHGHVDQQpHV2,
Q¶\ HVW SDV pWUDQJHU /H PRGH G¶DFFqV DX[ DVVRFLDWLRQV SURIHVVLRQQHOOHV HW
G¶DQFLHQV pOqYHV VWLJPDWLVPH DXVVL O¶HQWUHPrOHPHQW GHV RIIUHV GH UHSUpVHQWDWLRQ
des cadres, révèle la contiguïté entre les « groupements professionnels » et
« syndicaux », spécialement entre la CFDT et les ingénieurs diplômés.

2.1) /¶HQTXrWHjOD&)'7 : en quête du « spécifique cadre »

/¶HQTXrWHGHWHUUDLQGpEXWDDXPRLVGHMXLQSDUODVROOLFLWDWLRQG¶XQ
Secrétaire Fédéral de la Fédération CFDT Chimie-Énergie (FCE-CFDT), depuis
UHWUDLWp TXL DYDLW DSSRUWp XQ FRQFRXUV SUpFLHX[ j OD UpDOLVDWLRQ G¶XQH HQTXrWH
antérieure pour partie consacrée à cette branche3/DGHPDQGHIXWFHOOHG¶XQHPLVH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

en relation avec des cadres syndiqués à la CFDT, de préférence jeunes et diplômés


du suSpULHXU/HVFRRUGRQQpHVG¶XQSHUPDQHQWGHFHWWHIpGpUDWLRQDORUVHQFKDUJH
du développement de la syndicalisation et issu du Groupe Électricité de France
(')  3DXO $TXHW  DQV FDGUH GLSO{Pp G¶eFROH GH &RPPHUFH  IXUHQW
REWHQXHVGHODVRUWH/¶HQWUHtien avec Paul Aquet, qui eut lieu le 21 juillet 2004,
GpERXFKD RSSRUWXQpPHQW VXU XQH DXWUH SRVVLELOLWp G¶HQWUHWLHQ DXSUqV GH O¶XQ GH

1
La structure spécifique aux FDGUHVGH OD&)'7O¶8QLRQ &RQIpGpUDOH GHV &DGUHV&)'7 8&&
devenue CFDT-cadres en 2001) est un « autre regroupement », un « organisme de liaison » entre
tous les cadres syndiqués du territoire (Article 5bis des statuts confédéraux), qui les « regroupe
pDUO¶LQWHUPpGLDLUHGHVRUJDQLVDWLRQVFRQIpGpUpHV » (Article 1er des statuts de la CFDT-cadres). La
CFDT-FDGUHVHVWGLUHFWHPHQWUDWWDFKpHDX&RQVHLO1DWLRQDOGHOD&)'7HWQ¶DSDVGHOLHQVIRUPHOV
avec les sections, syndicats, fédérations et unions régionales inter-professionnelles (URI). Aucun
syndicat estampillé « CFDT-cadres ªQHOXLpWDQWDIILOLpOHVFDGUHVQ¶\DGKqUHQWSDV/H V\QGLFDW
auquel adhère un cadre quelconque est seulement tenu de le déclarer, afin que la CFDT-cadres
puisse lui adresser ses communications spécialisées et percevoir une partie du montant de sa
FRWLVDWLRQjOD&)'7&HSHQGDQWGHSXLVO¶DGRSWLRQHIIHFWLYHGHOD&KDUWHILQDQFLqUHFRQIpGpUDOH
(1998), la CFDT-cadres ne perçoit plus une part de la cotisation versée par chacun des cadres
déclarés, mais une part du montant global des cotisations collectées par tous les syndicats. Cette
part est censée être indexée sur la proportion de cadres parmi les syndiqués de la CFDT. Or, depuis
2002, le montant affecté à la CFDT-cadres est plafonnéFHSODIRQQHPHQWUpVXOWDQWG¶XQHGpFLVLRQ
du Bureau National Confédéral (BNC).
2
8QHH[FHSWLRQQRWDEOHjFHSULQFLSHTXLV¶H[SOLTXHG¶DLOOHXUVWUqVELHQ : le secteur de la Santé,
où existe un syndicat national dévolu aux seuls cadres de direction (DireFWHXUV G¶K{SLWDX[
'LUHFWHXUVG¶pWDEOLVVHPHQWVVDQLWDLUHVHWVRFLDX[SXEOLFV« 
3
M. Bensoussan, /¶HQJDJHPHQWSDWURQDOGDQVO¶DFWLRQV\QGLFDOH/HVSURSULpWpVGXPLOLWDQWLVPH
G¶HQWUHSULVH : Medef, organisations adhérentes et adhérents, Mémoire de DEA, Université Paris I
Panthéon-Sorbonne, novembre-décembre 2003.

42
ses « liens forts »1 à la CFDT, Damien Louger (34 ans, ingénieur diplômé,
permanent syndical). Ce dernier était alors resSRQVDEOHGHO¶DFWLRQUHYHQGLFDWLYHHW
GHODFRPPXQLFDWLRQGHO¶XQGHVYLQJW-sept syndicats affiliés à la FCE-CFDT, le
Syndicat Énergie-Chimie Île-de-France (SECIF)2.
'DPLHQDVRXWHQXVDQVUpVHUYHVOHVSUHPLHUVEDOEXWLHPHQWVGHO¶HQTXrWH
GH WHUUDLQ -H O¶ai rencontré à deux reprises, une première fois en mars 2005, la
seconde en juin de cette même année. Lors de notre première entrevue, Damien
P¶D DFFRUGp XQ HQWUHWLHQ ORQJ GH SOXV GH WURLV KHXUHV JXLGp GDQV OD YLVLWH GHV
locaux du SECIF, présenté chacun des militants présents et, enfin, introduit auprès
du Secrétaire Général de son syndicat (Max Belain). Sa recommandation autorisa
aussi quatre rendez-YRXVXOWpULHXUVDYHFO¶XQGHVHVDQFLHQVFROOqJXHVGHWUDYDLO
Brice Murat (33 ans, ingénieur diplômé), avec Marie Vidal (51 ans, cadre,
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

promotion interne), Claude Géraud (56 ans, cadre, promotion interne) et Christine
Giron (44 ans, cadre, promotion interne), la responsable de la section syndicale
&)'7GXVLqJHG¶(')&HVTXDWUHHQTXrWpVIXUHQWWRXVHQWUHWHQXs sur leurs lieux
de travail, sur une période comprise entre le 27 avril 2005 (Brice) et le 6 juin 2005
(Christine).

6L 'DPLHQ /RXJHU UHQGLW SRVVLEOH j O¶LVVXH GH QRWUH SUHPLHU HQWUHWLHQ
quatre entretiens auprès de cadres syndiqués toujours en poste dans leur entreprise,
cette requête ne lui avait pas moins posé problème. Car, sur les lieux de travail, les
cadres et les non-FDGUHVGHOD&)'7VRQWPHPEUHVG¶XQH© section unique »3. Le
SECIF mêle également ses adhérents sans considération pour leur statuWG¶HPSORL
et formule une politique revendicative censée dépasser les clivages catégoriels.
Les cadres y sont bien répertoriés comme tels dans le fichier des adhérents du

1
M. Granovetter (1973), art. cit.
2
Le SECIF rassemble les sections syndicales franciliennes implantées dans les entreprises de huit
branches : Caoutchouc, Pétrole, Verre, Plasturgie, Pharmacie, Industries Électriques et Gazières
,(* 3DSLHUHW&KLPLH(QSULQFLSHFHW\SHGHVWUXFWXUHLQWHUPpGLDLUHUpJLRQDOHQWUHO¶HQWUHSULVH
HWOHVHFWHXUG¶DFWLYLWpIRUPHOD© structure de base ªGHOD&)'70DLVGHIDLWHWPrPHV¶LOH[LVWH
quelques syndiFDWV GH FH W\SH GDQV G¶DXWUHV IpGpUDWLRQV OHV VHXOHV )pGpUDWLRQV &KLPLH-Énergie
(FCE) et des Mines et Métallurgie (FGMM) sont exclusivement organisées en syndicats
SURIHVVLRQQHOVUpJLRQDX['HPrPHVLOHV\QGLFDWG¶HQWUHSULVHQ¶HVWSOXVFHQVpH[LVWHUjOa CFDT,
certains subsistent, comme à EDF (Industries Électriques), à Air France ou à la RATP.
3
A. Bevort et D. Labbé, La CFDT : organisation et audience depuis 1945, Paris, La
Documentation française, 1992.

43
syndicat1, mais Damien Louger, résolu à favoriser le bon déroulement de la
recherche, MXJHDDXWHUPHGHO¶HQWUHWLHQGXPRLVGHPDUVTXHOH6(&,)pWDLW
trop peu avancé en matière de « spécifique cadre »2 pour constituer un terrain
G¶HQTXrWH SHUWLQHQW3. Damien, avant même notre premier rendez-YRXV P¶DYDLW
G¶DLOOHXUV LQGLTXp TX¶LO pWDLW VXU OH SRLQW GH P¶REWHQLU XQ HQWUHWLHQ DYHF XQH
SHUPDQHQWHGHO¶8QLRQ'pSDUWHPHQWDOH&)'7GH3DULV 8' GRQWOHVORFDX[
sont situés dans le même bâtiment que ceux du SECIF. À ses yeux, le degré
G¶DYDQFHPHQW GHV WUDYDX[ SRUWDQW VXU OHV FDGUHV DX VHLn de cette structure, le
MXVWLILDLW &HWWH UpVROXWLRQ QH UpVXOWDLW SRXUWDQW G¶DXFXQH GHPDQGH GH PD SDUW :
'DPLHQ V¶HVW VXEVWLWXp j PRL SRXU GpWHUPLQHU OHV FULWqUHV GH OD FRQVFULSWLRQ GX
WHUUDLQG¶HQTXrWHjOD&)'7HWMHO¶DLODLVVpIDLUHWURSKHXUHX[G¶DFcroître la taille
GHPRQSDQHOSRXUO¶HQGLVVXDGHU
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

$LQVL SHQVDQW P¶DLGHU FHW HQTXrWp P¶RULHQWD GH VRQ SURSUH FKHI YHUV
OHVVWUXFWXUHVGHOD&)'7GRQWLOVDYDLWTX¶LOSRXYDLW\DYRLUPDWLqUHjHQTXrWHUVXU
les seuls syndiqués cadres. Comprenez : des structures de facto dominées par des
FDGUHV RX VXVFHSWLEOHV GH PHWWUH HQ °XYUH XQH SROLWLTXH FDGUH VDQV QpDQPRLQV
TXHFHWWHSROLWLTXHVLJQLILkWMDPDLVODUHPLVHHQFDXVHGXSULQFLSHVWDWXWDLUHG¶XQLWp
formelle entre les cadres et les non-cadres aux échelons professionnel et local de la
représentation syndicale CFDT.

Animée, à mon égard, des mêmes préoccupations que Damien Louger


6(&,) ODSHUPDQHQWHGHO¶8'PHFRQILDOHVFRRUGRQQpHVGHTXHOTXHV-unes
de ses relations militantes issues du secteur des Assurances. Les raisons invoquées
étaient des plus explicites : si je tenais à étudier la syndicalisation des cadres à la
&)'7MHGHYDLV QpFHVVDLUHPHQWP¶RULHQWHU HQGLUHFWLRQG XQVHFWHXUG¶DFWLYLWpj
forte concentration de cadres et dans lequel les réussites de la CFDT parmi cette
catégorie ne souffraient aucune discussion.

1
Parmi les 6 200 adhérents que compte le SECIF en 2003, un peu moins de 1 000 sont répertoriés
comme cadres. Ces cadres du SECIF sont surtout des ingénieurs, beaucoup sont issus du rang
technicien. Seulement 5 % de ces adhérents cadres ont moins de 35 ans (Source : fichier des
adhérents 2003, épluché lors du second entretien avec Damien Louger, le 15 juin 2005).
2
Selon le jargon employé par tous les militants de la CFDT rencontrés.
3
4XDQGELHQPrPH'DPLHQSURMHWkWG¶RUJDQLVHUGDQVOHFDGUHGHVSUpURJDWLYHVTXLpWDLHQWDORUV
les siennes au SECIF, qXHOTXHVDFWLRQVSRQFWXHOOHVjO¶HQGURLWGHVVHXOVFDGUHVLODYDLWHVWLPpVRQ
LQLWLDWLYHLQVXIILVDQWHDXUHJDUGGHFHTX¶LOVDYDLWGHPHVREMHFWLIV

44
'qV OD ILQ GX PRLV GH PDUV  O¶HQTXrWH V¶HVW GRQF GLULJpH YHUV OH
secteur des Assurances, plus particulièrement vers le Syndicat des Assurances
CFDT Transrégional et Île-de-France (ACTIF)1 et la section syndicale du siège
GHV $VVXUDQFHV *pQpUDOHV GH )UDQFH $*)  /D SHUPDQHQWH GH O¶8' &)'7 GH
3DULV P¶DYDLW RIIHUW OD SRVVLELOLWp GH P¶HQWUHWHQLU avec la responsable de cette
section du siège des AGF, Claudine Tivrel (50 ans, caGUHGLSO{PpHG¶8QLYHUVLWp
permanente syndicale)2DYHFODUHVSRQVDEOHGHODVHFWLRQV\QGLFDOH&)'7G¶XQH
VRFLpWp G¶DVVXUDQFHV PXWXHOOHV ± OD 0XWXHOOH G¶$VVXUDQFHV GX &RUSV GH 6DQWp
Français (MACSF) ±, Marion Genêt (50 ans, cadre, promotion interne)3, et enfin
avec Michèle Soher4OD6HFUpWDLUH*pQpUDOHGHO¶$&7,)
0DULRQ TXL V¶HVWLPDLW WURS IDLEOHPHQW UHSUpVHQWDWLYH GHV FDGUHV SRXU
P¶rWUH G¶XQH TXHOFRQTXH XWLOLWp DIILUPD GH PDQLqUH UpLWpUpH SHQGDQW O¶HQWUHWLHQ
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

TXHM¶DYDLVWRXWLQWpUrWjP¶HQWUHWHQLU avec son homologue de la section syndicale


&*& PLWR\HQQH 0DUF /HJUDQG  DQV FDGUH SURPRWLRQ LQWHUQH  TX¶HOOH
connaissait par ailleurs très bien ± et pour cause : tous deux ont un parcours
V\QGLFDODQDORJXHKRUVGXIDLWTX¶LOVQ¶DGKqUHQWSDVDXPrPH syndicat5. Aussi ai-

1
Le syndicat ACTIF relève de la Fédération CFDT des Services et regroupe une centaine de
sections syndicales, essentiellement situées en Île-de-France et en Champagne-Ardenne et
FRXYUDQW VL[ EUDQFKHV G¶DFWLYLWp GRQW OHV $VVXUDQFHV WUDGLWLRQQHOOHV HW PXWXHOOHV FRQYHQWLRQ
FROOHFWLYH GX  PDL   O¶$VVLVWDQFH FRQYHQWLRQ FROOHFWLYH GX  DYULO   O¶,Qspection
G¶DVVXUDQFHV FRQYHQWLRQFROOHFWLYHGXMXLOOHW OD5pDVVXUDQFHRXHQFRUHOH&RXUWDJH
2
&ODXGLQH 7LYUHO HVW WLWXODLUH G¶XQH PDvWULVH GH GURLW SULYp (OOH HVW GHYHQXH FDGUH DX GpEXW GHV
années 1980, peu après son entrée dans la vie active. Adhérente de la CFDT depuis la fin de la
décennie 1980, cette enquêtée a attendu les élections professionnelles de 1999 pour solliciter son
SUHPLHU PDQGDW GH 'pOpJXpH GX 3HUVRQQHO '3  &¶HVW VHXOHPHQW GHSXLV FHWWH GDWH TX¶HOOH
collectionne les mandats aXVHLQGXVLqJHGHV$*) &RPLWpG¶eWDEOLVVHPHQW &RPLWp+\JLqQHHW
Sécurité et Délégation du Personnel), devenant permanente syndicale en 2002.
3
/DVHFWLRQV\QGLFDOH&)'7GHOD0$&6)FRPSWHXQHTXDUDQWDLQHG¶DGKpUHQWVGRQWXQHSHWLWH
quinzaine de cadres, sur un effectif total de 1 100 salariés.
4
0LFKqOH6RKHUHQWUHWHQXHOHPDLP¶DLQWURGXLWDXSUqVG¶XQDXWUHFDGUHPLOLWDQWV\QGLFDO
*pUDOG&RWXDQVFDGUHGLSO{PpG¶8QLYHUVLWp HWDXSUqVGH5RJHU9DUUD SHUPDQHQWIpGpUDO
en charge du pôle Assurances de la Fédération CFDT des Services).
5
Marion Genêt et Marc Legrand ont tous deux été des élus du personnel de leur entreprise sans
étiquette syndicale. Ils ont aussi fondé leurs sections respectives dans des circonstances et pour des
raisons similaires : leur entreprise était un désert syndical ; en 1997, deux cadres de direction sur le
SRLQW G¶rWUH OLFHQFLpV DXUDLHQW REWHQX XQ PDQGDW V\QGLFDO SRXU O¶pYLWHU O¶XQ DXSUqV GH OD &*&
O¶DXWUHDXSUqVGHOD&)'7 XQHWURLVLqPHSHUVRQQHDSSDUHPPHQW concernée par le licenciement,
aurait aussi sollicité un mandat auprès de la CGT) ; les sections CGC et CFDT étaient des sections
« fantômes » (Marc), sans adhérents. Marion et Marc se sont alors décidés à « riposter » (Marion) :
aussitôt syndiqués, Marion à la CFDT, Marc à la CGC, ils se sont présentés aux élections du
personnel, sous ces étiquettes, et ont été élus. Chacun a alors entrepris de « faire le ménage »
(Marc) dans sa section, dès lors que les deux cadres de direction avaient bien été licenciés.

45
MH DSSHOp 0DUF j O¶LVVXH GH O¶HQWUHWLHQ DYHF 0DULRQ HW DORUV TXH MH Q¶DYDLV SDV
HQFRUHTXLWWpOHORFDOGHODVHFWLRQV\QGLFDOH&)'73DUFKDQFHO¶HQWUHWLHQOXLIXW
SURSRVpOHDYULOVRLWODYHLOOHGHO¶$VVHPEOpH*pQpUDOHGHVadhérents du
syndicat dont relève sa section syndicale, et auprès duquel il avait obtenu le
PDQGDW GH 'pOpJXp 6\QGLFDO '6  O¶D\DQW DXWRULVp j OD UH IRQGHU OH 6\QGLFDW
1DWLRQDO &*& GH O¶$VVLVWDQFH $VVXUDQFHV HW 3UpYR\DQFH 61&$3$ 1. Marc
P¶D\DQW LQYLWp à y assister, il me présenta aussi à la Présidente du syndicat,
0LUHLOOH6WHLQ DQVFDGUHGLSO{PpHG¶8QLYHUVLWp /HSUHPLHUIXWHQWUHWHQXHQ
juillet 2005, sur son lieu de travail, la seconde en mars 2006, au siège du
SNCAPA, dans le VIIIè arrondissement de Paris.

&ODXGLQH 7LYUHO HVW OD VHXOH FDGUH PLOLWDQWH GH OD &)'7 TXL ILW O¶REMHW
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

G¶XQ HQWUHWLHQ DSSURIRQGL OH  PDUV   PDLV OHV $*) RFFXSHQW OD PDMHXUH
SDUWLHGHO¶HQTXrWHHQPLOLHXV\QGLFDOTXLQ¶HVWSDVILQDQFpH O¶HQTXrWHjOD&)'7
et à la CGC), pour deux raisons. La première tient à la taille des effectifs adhérents
HW j O¶DXGLHQFH GRQW SHXYHQW VH SUpYDORLU OHV PLOLWDQWV GH OD &)'7 DX[ $*)
spécialement parmi les cadres. Aux AGF, les statistiques nationales qui indiquent
OHGpFOLQGHO¶DXGLHQFHGHOD&*& HWO¶HVVRUGHOD&)'7WURXYHQWXQHUpVRQDQFH
significative2. La seconde raison est strictement pratique. Pour satisfaire les
exigences de la méthode, qui impose une présence suivie dans les sections et
V\QGLFDWV M¶DL SDUWRXW FKHUFKp j UHFueillir le plus grand nombre possible de
documents auprès des enquêtés. Cet inventaire devait permettre de déduire la

1
Contrairement à la CFDT, où une Fédération des Services intègre un pôle « Assurances » se
déclinant en syndicats territoriaux couvrant chacun les différentes branches du secteur (assurances
traditionnelles et mutuelles, courtage, assistance, inspection«  OD &*& V¶HVW GRWpH G¶XQH
Fédération spécifique aux Assurances et constituée de syndicats nationaux couvrant une ou
plusieurs branches du secteur. Les adhérents du SNCAPA dépendent ainsi de deux conventions
collectives différentes, la convention collectLYH GHV $VVXUDQFHV HW FHOOH GH O¶$VVLVWDQFH /D
Fédération CGC des Assurances compte cinq autres syndicats nationaux : le Syndicat National des
,QVSHFWHXUV G¶$VVXUDQFHV 61,$  OH 6\QGLFDW 1DWLRQDO GHV 7HFKQLFLHQV (PSOR\pV HW $JHQWV GH
Maîtrise (SNAETAM), FHOXL GHV &RQVHLOOHUV 6DODULpV G¶$VVXUDQFHV 61&6$  GHV VDODULpV GHV
cabinets de courtage (SNECAA) et celui des cadres de direction (UDAP). En 2004, le SNCAPA
recensait 1 130 adhérents « comptables », i.e. qui se sont acquittés des quatre timbres trimestriels
(Source  $VVHPEOpH *pQpUDOH GX  DYULO   /¶DQQpH VXLYDQWH LO HQ FRPSWDLW  GH SOXV
(Source : Assemblée Générale du 16 mars 2006. Compte-rendu disponible sur le site Internet du
SNCAPA).
2
&¶HVWODUDLVRQSRXUODTXHOOHM¶DLpJDOHPHQWUHQFRQWré, fin août 2005, un militant de la CGC des
$*)HQO¶RFFXUUHQFH-HDQ/X\DW DQVFDGUHGLSO{PpG¶8QLYHUVLWp &RPPH&ODXGLQH7LYUHO
VHFWLRQ &)'7 GX VLqJH GHV $*)  -HDQ /X\DW HVW WLWXODLUH G¶XQH 0DvWULVH GH GURLW SULYp ,O HVW
cadre classe 6 et militant de la CGC depuis 1975.

46
politique syndicale conduite dans les entreprises enquêtées. Déduction nonobstant
imparfaite, eu égard aux contraintes matérielles enserrant cette recherche. Mais il
se trouve que quelques-unes de mes relations personnelles travaillent aux AGF. Ce
VRQW FHV UHODWLRQV TXL RQW IDFLOLWp O¶pEDXFKH G¶XQ VXLYL ORQJLWXGLQDO GH O¶DFWXDOLWp
syndicale aux AGF. Mes proches ont recueilli les tracts CFDT et CGC distribués
aux salariés des AGF dans le contexte des élections professionnelles de janvier
 P¶RQW SURFXUp XQ H[HPSODLUH GH OD FRQYHQWLRQ FROOHFWLYH GHV 6RFLpWpV
G¶$VVXUDQFHV OHV ELODQV VRFLDX[  HW  GH O¶HQWUHSULVH DLQVL TXH OHV
coordoQQpHV SURIHVVLRQQHOOHV GH -HDQ /X\DW UHVSRQVDEOH GH O¶XQH GHV VHFWLRQV
syndicales de la CGC aux AGF.

La CFDT aux AGF : une « institution »1


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

/¶DFWLYLWpDX[$*)VHGpSORLHGDQVOHVPpWURSROHVSURYLQFLDOHVPDLVVRQF°XUUHVWH
condensé en région parisienne. La CFDT y est organisée en dix-sept sections
V\QGLFDOHVUHOHYDQWFKDFXQHG¶XQpWDEOLVVHPHQW,OQ¶H[LVWHSDVGHV\QGLFDW&)'7DX[
AGF, ni de section centrale, mais seulement une Délégation Syndicale Centrale (DSC)
KDELOLWpHjVLJQHUOHVDFFRUGVG¶HQWUHSUise2. Toutes ces sections syndicales CFDT des
AGF sont affiliées au Syndicat des Assurances CFDT Transrégional et Île-de-France
(ACTIF)3.
/¶$&7,)GpQRPEUH 220 adhérents, dont 1 042 cadres (chiffres  '¶DSUqVOHV
recoupements opérés entre la comptabilité tenue par la Trésorière du syndicat,
O¶HQWUHWLHQDYHF0LFKqOH6RKHUHWFHOXLDYHF&ODXGLQH7LYUHOLODSSDUDvWTXHSOXVG¶XQ
TXDUWGHVDGKpUHQWVGHO¶$&7,)VRQWV\QGLTXpVDX[$*)3LVGHVTXHOTXH 000
FDGUHV UHFHQVpV j O¶$&7,) VRQW GHV FDGUHV de cette entreprise. La CFDT compte en
effet 1 200 adhérents aux AGF (dont 600 cadres), ce qui représente un taux de
V\QGLFDOLVDWLRQGHO¶RUGUHGH/DVHFWLRQGXVLqJHGHV$*)GRQW&ODXGLQH7LYUHO
est responsable permanente, est dominée par des cadres : elle compte une petite
FHQWDLQHG¶DGKpUHQWVSDUPLOHVTXHOVRQGpQRPEUHHQWUHHWFDGUHV/HFRQWLQJHQW
des cadres des AGF qui adhèrent à la CFDT est surtout composé de cadres techniques
des classes 5 et 6 de la convention collective, qui compte sept classes4. La CGC des
$*)HVWFRPSRVpHG¶DGKpUHQWVGHVPrPHVFODVVHVGHVRUWHTXH&)'7HW&*&VRQWHQ
FRQFXUUHQFHGLUHFWHSRXUODUHSUpVHQWDWLRQGHVFDGUHVGHO¶HQWUHSULVH
/D &)'7 HVW GHYHQXH DX FRXUV GHV DQQpHV  O¶RUJDQLVDWLRQ V\QGLFDOH OD SOXV
représentative des salariés des AGF, quelle que soit la catégorie du personnel
FRQVLGpUpHHWTXHFHVRLWHQWHUPHVG¶DXGLHQFHpOHFWRUDOHRXG¶HIIHFWLIVDGKpUHQWV$X[

1
Dixit la responsable de la section CFDT du siège des AGF, Claudine Tivrel.
2
/¶$&7,)GpVLJQHWRXVOHV'pOpJXpV6\QGLFDX[ '6 &)'7GHVHQWUHSULVHVTXLUHOqYHQWGHVRQ
aire professionnelle et géographique. Le Délégué Syndical Central (DSC) est mandaté par la
Fédération CFDT des Services, son champ de responsabilité étant national.
3
5DSSHORQVLFLTXHG¶XQSRLQWGHYXHMXULGLTXHOHVV\QGLTXpVGHV$*)DGKqUHQWjFHV\QGLFDWHW
non à leur section syndicale.
4
Le nombre exact G¶DGKpUHQWVGHVWDWXWFDGUHHWOHXUSURILOVRQWWRXWHIRLVGLIILFLOHVjFHUQHUDYHF
SUpFLVLRQHQUDLVRQGHO¶DEVHQFHGHGLVWLQFWLRQFDWpJRULHOOHDXVHLQGHVVHFWLRQVHWV\QGLFDWV&)'7

47
élections DP / CE de janvier 2006, six cadres votants sur dix portèrent leurs suffrages
sur ses listes1 /HV FDGUHV V\QGLTXpV Q¶\ VHPEOHQW SDV SOXV VRXYHQW WLWXODLUHV G¶XQ
mandat syndical que les autres adhérents mais en revanche, ils occupent les postes les
plus stratégiques au sein des instances de représentation du personnel et des sections
V\QGLFDOHV G¶pWDEOLVVHPHQW 3HQGDQW GHX[ GpFHQQLHV O¶DFWXHO 6HFUpWDLUH *pQpUDO GH
O¶2EVHUYDWRLUHGHO¶eYROXWLRQGHV0pWLHUVGHO¶$VVXUDQFH 2(0$ 2 fut le DSC de la
CFDT aux AGF. Depuis 2000, ce mandat de DSC est détenu par un ancien Directeur
de service (classe 6). Ce militant quinquagénaire, syndiqué depuis 1996, est aussi le
6HFUpWDLUH*pQpUDOGX&RPLWp&HQWUDOG¶(QWUHSULVH &&( HWVLqJHjFHWLWUHDX&RQVHLO
de Surveillance du Groupe Allianz, principal actionnaire des AGF depuis 19983. Il est
encore le Secrétaire Général adjoint du syndicat ACTIF.

3DUDOOqOHPHQWjFHVLQYHVWLJDWLRQVF¶HVWHQFRUHXQHUHODWLRQSHUVRQQHOOH 4,
commune avec Francis Faubert, le Secrétaire Général de la CFDT-cadres, qui
DXWRULVDO¶HQWUHWLHQDYHFFHOXL-FLHWGRQFO¶HQWUpH à la CFDT-cadres. Un Secrétaire
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

National de la CFDT-cadres (Luc Mirard, 46 ans, ingénieur diplômé, issu de la


RATP) et la Secrétaire Générale adjointe de la CFDT-cadres (Akhram Kata)
IXUHQWpJDOHPHQWLQWHUURJpVFHWWHGHUQLqUHO¶D\DQWPrPHpWpjWURLVUHSrises, mais
dans une perspective plus exploratoire. Francis Faubert donna accès à tous les
GRFXPHQWVUHTXLVHWPrPHjFHX[TXLQHO¶DYDLHQWSDVpWpFRPPHOHV5pVROXWLRQV
HWOH5DSSRUWG¶$FWLYLWpGX&RQJUqV&)'7-FDGUHVG¶$PLHQV  &¶HVWJUkFHj
sa bienveillance que je pus assister, tous frais payés, au Congrès de la CFDT-
cadres de Nantes, les 2, 3 et 4 juin 2005 et, par voie de fait, que les coordonnées
GH FDGUHV SUpVHQWV IXUHQW REWHQXHV GRQW FHOOHV G¶$GULHQ %RXLQ  DQV FDGUH
GLSO{Pp G¶eFROH GH &ommerce), alors membre du groupe de travail « Jeunes
cadres CFDT ».

1
Source : RH Groupe.
2
0LVHQSODFHHQVRXVO¶pJLGHGHOD)pGpUDWLRQ)UDQoDLVHGHV6RFLpWpVG¶$VVXUDQFHV ))6$ 
HWGX*URXSHPHQWGHV(QWUHSULVHV0XWXHOOHVG¶$VVXUDQFHV *(0$ 
3
Les AGF sont très récemment devenues la propriété exclusive du Groupe allemand Allianz
Société Européenne (Allianz SE).
4
,OV¶DJLWGX 6HFUptaire du Groupe CESI (depuis décédé), organisme paritaire de formation dont
Francis Faubert est Président depuis juin 2006.

48
Si certains détails du Congrès de Nantes, en apparence insignifiants,
révélèrent a posteriori leur importance1O¶HVVHQWLHOHVWDLOOHXUVUpVLGHGDQVOHIDLW
TXH F¶HVW SDU O¶LQWHUPpGLDLre de la CFDT-cadres, et plus particulièrement de sa
6HFUpWDLUH *pQpUDOH DGMRLQWH $NKUDP .DWD TXH MH SXV DFFpGHU j O¶XQLYHUV
associatif, scolaire et professionnel, et y enquêter. Ici se situe sans doute la
principale « information symptomatique ª FDU F¶est cette « information » qui
P¶REOLJHDjUHFRQVLGpUHUPHVSUHPLqUHVK\SRWKqVHVGHWUDYDLOFHOOHVTXLWHQDLHQW
OD VSKqUH DVVRFLDWLYH HW OD VSKqUH V\QGLFDOH SRXU SDUIDLWHPHQW pWUDQJqUHV O¶XQH j
O¶DXWUH

2.2) /¶DFFqVjO¶XQLYHUVDVVRFLDWLI : le rôle-clé de la CFDT-cadres


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

/¶HQTXrWHDVVRFLDWLYHHQPLOLHX[SURIHVVLRQQHOVHWVFRODLUHVV¶DSSXLHVXU
de nombreuses observations et vingt-deux entretiens, obtenus auprès de cadres
PHPEUHVGHJURXSHPHQWVTXLQ¶RQWSDVpWpFKRLVLVHQIRQFWLRQGHO¶LQWpUrWTX¶LOV
pouYDLHQW SUpVHQWHU SRXU O¶HQTXrWH $XFXQH GHV DVVRFLDWLRQV HQTXrWpHV QL DXFXQ
HQTXrWp QH O¶D pWp DSUqV XQH VpOHFWLRQ TXHOFRQTXH -H PH VXLV SOXW{W HQJRXIIUp
FKDTXHIRLVTX¶XQHRSSRUWXQLWpG¶HQWUHWLHQDSSDUDLVVDLWGHVRUWHTXHM¶DLWRXMRXUV
appelé les futurs enquêtés sans rien savoir a priori de leurs organisations, profitant
seulement des circonstances.

$NKUDP.DWDQ¶HVWSDVSRXUULHQGDQVO¶DSSDULWLRQGHVGLWHVRSSRUWXQLWpV
/RUVGHQRWUHSUHPLHUHQWUHWLHQ OHQRYHPEUH HWDORUVTXHM¶DYDLVDYRXé
PHVGLIILFXOWpVjGpILQLUXQWHUUDLQG¶HQTXrWHTXLVHUDLWFRPSRVpGH© groupements
professionnels »2, la Secrétaire Générale adjointe de la CFDT-cadres suggéra de
PH WUDQVPHWWUH TXHOTXHV FRRUGRQQpHV GH UHVSRQVDEOHV G¶DVVRFLDWLRQV GH FDGUHV
1
La teneur des débats ayant touché au rejet, par voie référendaire (29 mai 2005), du Traité pour
une Constitution Européenne (TCE), stigmatisa ainsi de manière saisissante le décalage entre les
permanents de la CFDT-cadres et de nombreux congressistes. Alors que les premiers dénonçaient,
notamment dans la « 0RWLRQG¶DFWXDOLWp » du Congrès, « les populismes de droite et de gauche »,
les seconds, eussent-LOVG¶DLOOHXUVYRWp© Oui » ou « Non » au référendum, aimaient à se réclamer,
ironiquement, du « populisme de gauche »&HWDVSHFWV¶LOFULVWDOOLVDLWOHVSRVLWLRQVPDMRULWDLUHVHW
« oppositionnelles » au sein de la CFDT, indiquait aussLSRXUFHTXLQRXVLQWpUHVVHO¶LPSRUWDQFH
toute relative, aux yeux des congressistes, de la CFDT-FDGUHV VD SODFH G¶vORW FDWpJRULHO VDQV
DXWRQRPLH QLUpHOSRXYRLUDXVHLQG¶XQH &RQIpGpUDWLRQTXLD SULVOHSDUWLGH JURXSHUOHVVDODULpV
sans distinguer entUHOHXUVVWDWXWVG¶HPSORL
2
T. Amossé, art. cit.

49
dont celles dH 'HQLV &DVVLQ OH 'pOpJXp *pQpUDO GH O¶$VVRFLDWLRQ 1DWLRQDOH GHV
Directeurs et Chefs du Personnel (ANDCP), qui avait aussi été, entre 1984 et
OH6HFUpWDLUH*pQpUDOGH«O¶8QLRQ&RQIpGpUDOHGHV&DGUHV 8&&-CFDT) !
Parmi ces coordonnées, figuraient égaOHPHQWFHOOHVG¶XQSHUPDQHQWGX&HQWUHGHV
Jeunes Dirigeants (CJD). La Secrétaire Générale adjointe de la CFDT-cadres
YHQDLWG¶DFKHYHUODUpGDFWLRQG¶XQManifeste, le Manifeste pour la Responsabilité
Sociale des CadresDXTXHOOH&-'DSDUWLFLSpHWTX¶LOD co-signé1. Ce responsable
GX &-' IXW OH SUHPLHU j DYRLU pWp VROOLFLWp PDLV MH QH O¶DL MDPDLV UHQFRQWUp 2.
Cependant me fit-LOSDUYHQLUXQHOLVWHG¶DVVRFLDWLRQVGHFDGUHV © professionnels »
GHODJHVWLRQG¶HQWUHSULVHDORUVUpXQLHVHQSDUWHQDULDWSRQFWXHO(« INTERCLUB »).
&HWWH OLVWH FRPSUHQDLW RXWUH O¶$1'&3 O¶$VVRFLDWLRQ 1DWLRQDOH GX Marketing
$'(7(0  O¶DVVRFLDWLRQ GHV 'LUHFWHXUV )LQDQFLHUV HW GH &RQWU{OH GH *HVWLRQ
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

')&*  O¶$VVRFLDWLRQ )UDQoDLVH GHV Credit Managers et Conseils (AFDCC),


O¶DVVRFLDWLRQdes Directeurs Commerciaux de France (DCF) et la Compagnie des
Acheteurs de France (CDAF). Elle indiquait également les coordonnées de leurs
Secrétaires ou Délégués Généraux.
Seuls ces derniers purent être rencontrés assez facilement, leur fonction
étant DXVVLGHSRSXODULVHUO¶H[LVWHQFHGHO¶DVVRFLDWLRQDXSUqVGXSXEOLF/¶HQTXrWH
V¶HVW WRXWHIRLV DYpUpH PRLQV GLIILFLOH j O¶$VVRFLDWLRQ 1DWLRQDOH GHV 'LUHFWHXUV HW
&KHIVGX3HUVRQQHO $1'&3 HWjO¶$VVRFLDWLRQ)UDQoDLVHGHVCredit Managers et
Conseils (AFDCC TX¶HOOHQHO¶DpWpGDQVG¶DXWUHVDVVRFLDWLRQVOD&RPSDJQLHGHV
$FKHWHXUV GH )UDQFH &'$)  RX O¶DVVRFLDWLRQ GHV 'LUHFWHXUV )LQDQFLHUV HW GH
Contrôle de Gestion (DFCG) par exemple. Le Secrétariat de la DFCG diligenta le
responsable marketing / communication du groupement (Frédéric Marcan, salarié
GH O¶DVVRFLDWLRQ  TXL P¶DYDLW SUpSDUp XQ SHWLW GRVVLHU OD SUpVHQWDQW /¶HQWUHWLHQ
enregistré, fut le plus court de tous, ayant duré moins de cinquante minutes, dont
GL[SDVVpHVjHQH[SOLTXHUOHEXWHWO¶XWLOLVDtion. Le Délégué de la CDAF (retraité,
EpQpYROH UHIXVDQRQVHXOHPHQWO¶HQUHJLVWUHPHQWGHO¶HQWUHWLHQPDLVDXVVLGHPH
laisser contacter quelques adhérents de son association. La Déléguée Générale de
O¶DVVRFLDWLRQGHV'LUHFWHXUV&RPPHUFLDX[GH)UDQFH '&)), Élise Digard, si elle
1
&¶HVWDXVVLOHFDVGHO¶8*,&7-&*7RXHQFRUHGHO¶DVVRFLDWLRQ,QJpQLHXUV6DQV)URQWLqUHV ,6) 
dont le Président, qui est aussi un adhérent de la CFDT, figure parmi les enquêtés. Sa trajectoire
est analysée au Chapitre V ± 1.2.
2
Je me suis néanmoins entretenu, le 8 juin 2005, avec la Secrétaire Générale du CJD (Nicole
Carré).

50
P¶DYDLW DFFRUGp XQ HQWUHWLHQ DVVH] ORQJ Q¶DLGD JXqUH j O¶REWHQWLRQ G¶HQWUHWLHQV
VXSSOpPHQWDLUHV/¶HQWUHWLHQDYHF'DQLqOH6RXWLQOD'pOpJXpH*pQpUDOH VDODULpH 
GHO¶$VVRFLDWLRQ1DWLRQDOHGXMarketing (ADETEM), dura plus de deux heures et
GHPLH $ORUV TXH FHWWH HQTXrWpH P¶DYDLW IRXUQL XQH DERQGDQWH GRFXPHQWDWLRQ
GRQW O¶DQQXDLUH  GHV PHPEUHV HQ UHQFRQWUHU pWDLW SUDWLTXHPHQW LPSRVVLEOH
'DYLG%ORW DQVFDGUHGLSO{PpG¶8QLYHUVLWp D\DQWHQHIIHWpWpOHVHXOPHPEUH
sollicitp j DYRLU DFFHSWp GH PH UHFHYRLU VXU SUqV G¶XQH YLQJWDLQH 'DYLG UHIXVD
O¶HQUHJLVWUHPHQW G¶XQ HQWUHWLHQ VHXOHPHQW DFFRUGp HQ UDLVRQ GH O¶DSSXL GH OD
'pOpJXpH *pQpUDOH GH O¶$'(7(0 GRQW MH EpQpILFLDLV /H 'pOpJXp *pQpUDO GH
O¶$1'&3 'HQLV&DVVLQ HWOH6HFUpWDLUH*pQpUDOGHO¶$)'&& -HDQ-Luc Daniel),
WRXVGHX[VDODULpVGHOHXUDVVRFLDWLRQP¶DYDLHQWELHQUHFRPPDQGpDXSUqVGHKXLW
DGKpUHQWVTX¶LOVFRQQDLVVDLHQWSHUVRQQHOOHPHQWPDLVDXILQDOVHXOVWURLVG¶HQWUH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

HX[ DFFHSWqUHQW OH SULQFLSH G¶XQ HQWUHWLHQ ,O V¶DJLW GH 0XULHO 0DQVHW  DQV
FDGUH GLSO{PpH G¶eFROH GH &RPPHUFH $1'&3  GH 6pEDVWLHQ *DUG  DQV
GLSO{Pp G¶8QLYHUVLWp 3UpVLGHQW EpQpYROH GH O¶$)'&&  HW GH -XOLHQ 0DLVRQ 
DQV FDGUH LVVX GX UDQJ 3UpVLGHQW G¶+RQQHXU GH O¶$)'&&  &HV WURLV HQTXêtés,
interrogés entre juillet et août 2005, le furent sur leurs lieux de travail (Muriel
0DQVHW6pEDVWLHQ*DUG RXGDQVOHVORFDX[GHO¶DVVRFLDWLRQ -XOLHQ0DLVRQ 
¬O¶LVVXHGXSUHPLHUHQWUHWLHQDYHFOH'pOpJXp*pQpUDOGHO¶$1'&3HQ
juillet 2005, la responsable de « O¶$1'&3 -XQLRU » et moi-même échangeâmes
DXVVLQRVFRRUGRQQpHV$\DQWILJXUpXQDQHWGHPLGDQVOHILFKLHUGHO¶$1'&3HW
UHoXWRXWHVOHVLQYLWDWLRQVMHSXVP¶LQVFULUHDX[PDQLIHVWDWLRQVTX¶DORUVMHMXJHDLV
LQWpUHVVDQWHVHQO¶RFFXUUHQFH : deux réunions de « O¶$1'&3-XQLRU », « Négocier
quand on est jeune » (20 septembre 2005) et « Syndicalisme et Ressources
Humaines : un avenir à inventer ? » (24 octobre 2006) ; deux réunions du Cercle
des paradoxes ANDCP, « Contrat Nouvelle Embauche : flexibilité sans
sécurité ? » (11 octobre 2005) et « Faut-il de la vertu pour bien traiter les
stagiaires ? » (14 mars 2006) ; un « apéro ANDCP Junior » (31 mars 2006). Ces
observations ont bien évidemment permis de renseigner le « credo »1 de
O¶$1'&3 (OOHV recelaient aussi diverses informations sur les propriétés de
O¶DXGLWRLUH  OH QRPEUH G¶LQVFULWV HW OH QRPEUH GH SUpVHQWV O¶kJH PR\HQ HVWLPp 
GHV SDUWLFLSDQWV OHXUV UpDFWLRQV LQGLYLGXHOOHV DX[ LQWHUYHQWLRQV O¶HPSORL GpFODUp

1
M. Rodinson, De Pythagore à Lénine. Des activismes idéologiques. Paris, Fayard, 1993. Cité par
F. Piotet (2007), op. cit.

51
par ceux qui prenaient la parole lors de la séance de questions qui succède
généralement aux interventions. Ces manifestations étaient invariablement suivies
G¶XQPRPHQWGHVRFLDELOLWp OH« cocktail » ORUVGXTXHOM¶HQWUDLVHQUHODWLRQDYHF
quelques participants, pour tenter de les FRQYDLQFUH GH P¶DFFRUGHU XQ HQWUHWLHQ
Mais, sur la dizaine de présents sollicités en chacune de ces occasions, Arnaud
Lefrot (27 ans, psychologue), intervenant lors de la manifestation du 14 mars
HW+pOqQH2OLYLHU DQVFDGUHGLSO{PpHG¶8QLYHUVLté)1, rencontrée lors de
la réunion du 20 septembre 2005, furent les seuls à avoir accepter de se prêter au
MHXGHO¶HQWUHWLHQ/HVUDLVRQVLQYRTXpHVSDUOHVDXWUHVSRXUMXVWLILHUOHXUUHIXVVRQW
éclairantes LOVQ¶pWDLHQWSDVGHVDGKpUHQWVHIIHFWLIVGHO¶DVVRFLDWLRQ2.

« All bridges are weak ties » écrit Mark S. Granovetter3. Tous les « liens
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

faibles » (weak ties) ne sont pas des « ponts » (bridges) entre différentes
« cliques » (cliques), mais les « liens forts » (strong ties) ne le sont jamais : un
« pont » entre deux réseaux disjoints est nécessairement un « lien faible ª '¶R
« la force des liens faibles » (the strentgh of weak ties) : ce sont ces liens qui
SHUPHWWHQWjO¶LQGLYLGXG¶DFFpGHUDX[LQIRUPDWLRQVTX¶LOQHVDXUDLWWURXYHUDXVHLQ
de son seul groupe, où les contacts sont « redondants »4. La Secrétaire Générale
adjointe de la CFDT-cadres, Akhram Kata, entretient ce type de « liens » avec
FHUWDLQV UHVSRQVDEOHV G¶DVVRFLDWLRQV SURIHVVLRQQHOOHV HW G¶LQJpQLHXUV GLSO{PpV5.
Ce sont ces « liens faibles » entretenus avec ces individus occupant une position-
clé dans la sphère associative qui ont rendu possible une partie de cette enquête.

1
/¶HQWUHWLHQDYHF$UQDXG/HIURWV¶HVWGpURXOpGDQVVRQEXUHDXHQDYULOGXUDQWXQHKHXUHHW
GHPLH /¶HQWUHWLHQ DYHF +pOqQH 2OLYLHU HXW OLHX GDQV XQ FDIp VLWXp j SUR[LPLWp GH VRQ OLHX GH
WUDYDLOXQVRLUG¶RFWREUH,OGXUDSUqVGHGHX[KHXUHV
2
Je PHVXLVYLWHUHQGXFRPSWHTXHWUqVSHXO¶pWDLHQW0rPH$UQDXG/HIURWQHO¶pWDLWSDVORUVTX¶LO
HVW LQWHUYHQX j OD UpXQLRQ GX  PDUV  &H IDLEOH QRPEUH G¶DGKpUHQWV HIIHFWLIV SDUPL OHV
SDUWLFLSDQWVDX[PDQLIHVWDWLRQVDVVRFLDWLYHVHWOHIDLWTXHM¶DLPRL-même été inscrit dans le fichier
GHO¶$1'&3QHVRQWSDVDQRGLQVRQOHYHUUDWRXWDXORQJGHO¶pWXGH&HVpOpPHQWVLQGLTXHQWTXH
O¶RQSHXWIDLUHSDUWLHGXFHUFOHSURIHVVLRQQHOVDQVHQrWUHXQDGKpUHQWHIIHFWLIFHTXLUHQGG¶RUHVHW
déjà insuffisante la seXOHH[SOLFDWLRQXWLOLWDULVWHGHO¶DGKpVLRQDXJURXSHPHQW
3
M. Granovetter (1973), art. cit. p. 1364.
4
R. Burt, « /H FDSLWDO VRFLDO OHV WURXV VWUXFWXUDX[ HW O¶HQWUHSUHQHXU », Revue Française de
Sociologie XXXVI, n°4-1995, pp. 599-628.
5
Akhram Kata est devenue Secrétaire Nationale lors du Congrès Confédéral CFDT de Grenoble
(juin 2006), notamment « en charge des relations avec le monde associatif » (Source : Compte-
rendu du Congrès de Grenoble, disponible sur le site Internet de la CFDT).

52
La Secrétaire Générale adjointe de la CFDT-FDGUHV P¶DDXWRULVpjHPSUXQWHUOHV
« ponts » qui la reliaient à ces différentes « cliques ». Certaines des « relations »
qui composaient son « portefeuille »1 sont venues étoffer le mien.

Les associations professionnelles : des associations de professionnels ?


Le terrain associatif comprend plusieurs groupements professionnels de cadres
RFFXSDQWOHVPrPHVW\SHVG¶HPSORLV O¶$VVRFLDWLRQ1DWLRQDOHGHV'LUHFWHXUVHW&KHIV
GX 3HUVRQQHO $1'&3  O¶$VVRFLDWLRQ 1DWLRQDOH GX Marketing (ADETEM),
O¶DVVRFLDWLRQ GHV 'LUHFWHXUV )LQDQFLHUV HW GH &RQWU{OH GH *HVWLRQ ')&* 
O¶$VVRFLDWLRQ)rançaise des Credit Managers HW&RQVHLOV $)'&& O¶DVVRFLDWLRQGHV
Directeurs Commerciaux de France (DCF) et la Compagnie des Acheteurs de France
&'$) /DSOXSDUWGHFHVDVVRFLDWLRQVGDWHQWGHO¶pSRTXHGX3ODQ0DUVKDOOHWIXUHQW
créées par une poignée d¶KRPPHV GLUHFWHXUV VDODULpV D\DQW pSURXYp OH EHVRLQ GH
FRPSDUHU G¶pYDOXHU OHXUV H[SpULHQFHV HW SUDWLTXHV GH UpVRXGUH HQVHPEOH OHV
SUREOqPHVFRQWLQJHQWVDX[TXHOVLOVpWDLHQWFRQIURQWpVGDQVOHXUHQWUHSULVHO¶$1'&3
HVWQpHHQOD&'$)HQO¶$'ETEM en 1954. En revanche, la DFCG est de
FUpDWLRQSOXVUpFHQWHDSSDUDLVVDQWHQ&UppHHQO¶$)'&&HVWO¶DVVRFLDWLRQ
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OD SOXV MHXQH GH WRXWHV &HWWH DVVRFLDWLRQ VHUD G¶DLOOHXUV O¶REMHW G¶XQ H[DPHQ SOXV
attentif, du fait que le procès de professioQQDOLVDWLRQGH O¶DFWLYLWpGH credit manager
HVWOHPRLQVDYDQFpHWTX¶LODSUDWLTXHPHQWSXV¶DSSUpFLHUHQWHPSVUpHODXFRXUVGH
O¶HQTXrWH
Toutes ces associations professionnelles sont organisées de la même manière. Une
structure permanente salariée est FRPSRVpHG¶XQHGL]DLQHGHSHUVRQQHVVXERUGRQQpHV
DX'pOpJXpGHO¶DVVRFLDWLRQTXLUpSRQGGX3UpVLGHQWpOXHQ$VVHPEOpH*pQpUDOH/HV
adhérents sont rassemblés sur une base géographique, en groupes locaux relativement
autonomes. Des commissions ponctuelles HWJURXSHVWKpPDWLTXHVDX[TXHOVQ¶LPSRUWH
TXHOYRORQWDLUHSHXWV¶LQVFULUHVRQWGpILQLVDXSODQQDWLRQDO/HQRPEUHG¶DGKpUHQWVGH
FHVDVVRFLDWLRQVHVWFRQQXSRXUTXDWUHG¶HQWUHHOOHV : le dénombrement des adhérents
UpSHUWRULpV GDQVO¶DQQXDLUH  GH O¶$DETEM indique, sauf erreur, 1 241 membres
LQGLYLGXHOVVHORQOHPrPHSURFpGpHWSRXUODPrPHDQQpHRQREWLHQWSRXUO¶$)'&&
un nombre de 884, mais les adhérents sont ici des personnes morales ± on verra au 1er
chapitre si cela fait ou non une différence. 4XDQWjOD')&*HWjO¶$1'&3GRQWOHV
adhérents sont des personnes physiques, seules les données revendiquées sont à
GLVSRVLWLRQ O¶DQQXDLUH GHV PHPEUHV QH O¶D\DQW SDV pWp  O¶$1'&3 UHYHQGLTXH  300
adhérents, dont 200 « Juniors » (moins de 35 ans)2 ; la ')&* GpQRPEUH G¶DSUqV OH
UHVSRQVDEOHGHODFRPPXQLFDWLRQGHO¶DVVRFLDWLRQ 800 adhérents (Chiffre : 2005).

/H WHUUDLQ FRQVWLWXp G¶DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV pOqYHV IXW FLUFRQVFULW GH


manière tout aussi aléatoire que le terrain associatif professionnel. Là aussi,
O¶HQWUHPLVHG¶$NKUDP.DWD &)'7-FDGUHV V¶DYpUDGpFLVLYH/RUVGHO¶HQWUHWLHQGX

1
P. Bourdieu et M. de Saint-Martin, « Le patronat », Actes de Recherche en Sciences Sociales, 20-
21 / 1978, pp. 3-82.
2
Source LQWHUYHQWLRQGHOD3UpVLGHQWHGHO¶$1'&3ORUVGHODUpXQLRQ « ANDCP Junior » du 20
septembre 2005, intitulée « Négocier quand on est jeune ».

53
PRLV GH QRYHPEUH  TX¶HOOH P¶DYDLW DFFRUGp OD 6HFUpWDLUH *pQpUDOH DGMRLQWH
de la CFDT-cadres ne se contenta pas de me recommander auprès du dirigeant du
CJD évoqué supraP¶D\DQW DXVVLHQMRLQW jHQWUHUHQUHODWLRQ DYHF&RULQQH'LDO
UHVSRQVDEOHG¶pWXGHVDX&RPLWpG¶eWXGHVVXUOHV)RUPDWLRQVG¶,QJpQLHXUV &(), 
DYHFODTXHOOHHOOHV¶DIILUPDLWHQUHODWLRQUpJXOLqUH
/H &(), HVW O¶XQH GHV DVVRFLDWLRQV SDUWHQDLUHV Gu Conseil National des
Ingénieurs et Scientifiques de France (CNISF), lequel, héritier de la Société des
,QJpQLHXUV&LYLOVGH)UDQFHFUppHHQIpGqUHOHVDVVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqYHV
G¶pFROHV G¶LQJpQLHXUV1 /H  PDUV  SDU O¶LQWHUPpGLDLUH GH &RUinne Dial, la
UHVSRQVDEOH GX &(), SURFKH G¶$NKUDP .DWD &)'7-cadres), je pus entretenir le
'pOpJXp *pQpUDO GX &1,6) 'LGLHU $VVHUW  DXSUqV GXTXHO MH Q¶RVDL FHSHQGDQW
UHTXpULUO¶HQUHJLVWUHPHQWGHO¶HQWUHWLHQ'LGLHU$VVHUWPHFRQILDO¶DQQXDLUH  
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

qui rHFHQVH OHV DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV pOqYHV PHPEUHV GX &1,6) VXU OD EDVH
GXTXHO GHV SURSRVLWLRQV VSRQWDQpHV G¶HQWUHWLHQV IXUHQW HQVXLWH IRUPXOpHV SDU
H[HPSOHDXSUqVGHO¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVGH&HQWUDOH3DULV7RXWHVVDQVDXFXQH
exception, sont restées lettres mortes.
Si les Délégués / Secrétaires Généraux des groupements professionnels
VHPRQWUqUHQWWRXVSHXRXSURXGLVSRQLEOHVFHX[GHVDVVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqYHV
GHVpFROHVG¶LQJpQLHXUVOHVSOXVLOOXVWUHVOHVSOXVFRQQXHVGXJUDQGSXEOLFOHVSOXs
YLVLEOHV &HQWUDOH3DULVeFROHGHV0LQHVGH3DULV$UWVHW0pWLHUV683(/(&« 
ne donnèrent jamais suite, ni ne précisèrent aucune raison pour justifier leur refus
GH P¶DFFRUGHU XQ HQWUHWLHQ 6DQV PpGLDWLRQ LQVWLWXWLRQQHOOH &(),-CNISF), ni
recommandatioQ &RULQQH'LDO LOpWDLWGpMjLPSRVVLEOHGHIUDQFKLUODSRUWHG¶XQH
TXHOFRQTXH DVVRFLDWLRQ G¶DQFLHQV pOqYHV 0DLV SRXU REWHQLU QH VHUDLW-ce que
O¶DWWHQWLRQ GHV UHVSRQVDEOHV GH FHV DVVRFLDWLRQV-là, la conjugaison de ces deux
éléments était, manifestementHQFRUHWUqVORLQG¶rWUHVXIILVDQWH&¶HVWGLUHTXHOHV
DVVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqYHVHQTXrWpHVO¶RQWG¶DERUGpWpIDXWHGHPLHX[
7KRPDV 0RWWHW HVW PHPEUH GH O¶$VVRFLDWLRQ GHV ,QJpQLHXUV GH O¶eFROH
1DWLRQDOH 6XSpULHXUH GH O¶eOHFWURQLTXH HW GH VHV $SSOLFations (AI ENSEA) et
6\OYDLQ 3RUWDO GH O¶$VVRFLDWLRQ GHV ,QJpQLHXUV GHV ,QVWLWXWV 6XSpULHXUV GH

1
La SICF devint Société des Ingénieurs et Scientifiques de France (ISF) en 1978, après avoir
IXVLRQQp DYHF O¶8QLRQ GHV $VVRFLDWLRQV HW 6RFLpWpV ,QGXVWULHOOHV )UDQoDLVHV 8$6,) FUppH HQ
1948). En 1992, ISF, la Fédération des Associations et Sociétés )UDQoDLVHVG¶,QJpQLHXUV'LSO{PpV
(FASFID, créée en 1929) et le Conseil National des Ingénieurs Français (CNIF, créé en 1957) se
groupèrent pour former le CNISF (décret du 19 mars 1992).

54
Technologie1 (A2IST). Ces deux ingénieurs diplômés, qui connaissaient bien (et
DSSUpFLDLHQW  OD UHVSRQVDEOH GX &(), TXL P¶DYDLW WUDQVPLV OHXUV FRRUGRQQpHV
profHVVLRQQHOOHV HW GRQW M¶DYDLV LQYRTXp OD UHFRPPDQGDWLRQ IXUHQW OHV VHXOV j
avoir accepté de me rencontrer2.

Thomas Mottet est un ingénieur de trente-KXLWDQVGLSO{PpGHO¶(16($


HW 6HFUpWDLUH GH O¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV $, (16($  ,O HVW DXVVL WLWXODLUH G¶XQ
'LSO{PHG¶eWXGHV6XSpULHXUHV6SpFLDOLVpHV '(66 HQ&RPPXQLFDWLRQREWHQXj
OD)DFXOWpGH%RUGHDX[¬O¶pSRTXHGHO¶HQWUHWLHQ OHPDUV LOQ¶H[HUoDLW
SDVODSURIHVVLRQG¶LQJpQLHXUPDLVFHOOHGHFRPPXQLFDQW2XWUHVDUHVSRQVDELOLWp
de SecUpWDLUHGHO¶$,(16($LOV¶RFFXSHG¶DLOOHXUVDXVVLGHODFRPPXQLFDWLRQHW
de la promotion de son association. Là réside peut-être la véritable raison de sa
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ELHQYHLOODQFHjPRQpJDUG/¶(16($Q¶HVWSDVXQHpFROHILJXUDQWSDUPLOHVSOXV
importantes, les pluVUHFRQQXHVGXFKDPSGHVpFROHVG¶LQJpQLHXUVWDQWV¶HQIDXW
Toute publicité, même improbable (Thèse de Doctorat), pRXYDLWWRXMRXUVV¶DYpUHU
utile.
6\OYDLQ 3RUWDO GLSO{Pp GH O¶,67 GH 7RXORXVH kJp GH YLQJW-cinq ans au
PRPHQW GH O¶HQWUHWLHQ OH  IpYULHr 2005), est administrateur et membre du
%XUHDX GH O¶$,67 6RQ pFROH FUppH DX PLOLHX GHV DQQpHV  HVW PRLQV
SUHVWLJLHXVH HQFRUH TXH O¶(16($ 'pEXW  O¶$,67 YHQDLW G¶DGKpUHU DX
&1,6)SDUOHELDLVGXTXHOM¶DYDLVREWHQXVHVFRRUGRQQpHVSURIHVVLRQQelles. Peut-
être est-ce là la raison pour laquelle Sylvain accepta de me recevoir. En tout état
GH FDXVH LO VHPEOH ELHQ TXH PRLQV O¶pFROH HVW SUHVWLJLHXVH HW SOXV VHV DQFLHQV
sont accessibles !
/¶XQ HW O¶DXWUH HQILQ P¶RQW IRXUQL XQH GRFXPHQWDWLRQ DVsez riche, se
VRQWPRQWUpVWUqVGLVSRQLEOHVHWP¶RQWSHUPLVGHP¶HQWUHWHQLUDYHFOH3UpVLGHQWGH

1
Quatre de ces Instituts existent en France métropolitaine  O¶,67 1RUG /LOOH  O¶,67 0LGL-
3\UpQpHV 7RXORXVH  O¶,67 9HQGpH /D 5RFKH-sur-<RQ  HW O¶,67 %UHWDJQH 9DQQHV  9RLU infra
Chapitre II ± 1.1.
2
¬ O¶$,67 6\OYDLQ 3RUWDO HVW UHVSRQVDEOH GHV UHODWLRQV DYHF OH &1,6) /H &1,6) HW OH &(),
produisent des enquêtes biennales sur la rémunération des ingénieurs diplômés et Thomas Mottet
sollicite régulièrement Corinne Dial pour obtenir les données statistiques relatives aux seuls
diplômés de son école.

55
leur association, François Cosquet (A2IST) et Simon Richet (AI ENSEA) 1. Le
SUHPLHU H[HUoDQW HQ 3URYLQFH O¶HQWUHWLHQ V¶HVW GpURXOp SDU WpOpSKRQH OH  MXLOOHW
2005), ce qui eut pour effet de rendre inaudible la bande de son enregistrement. Le
second a été entretenu un midi du mois de juin 2005, dans une brasserie située non
ORLQGHVRQOLHXGHWUDYDLO3HQGDQWO¶HQWUHWLHQFHVGHX[HQTXrWpVH[SULPqUHQWWUqV
fraQFKHPHQWOHXUVUpWLFHQFHVjPHIRXUQLUOHVFRRUGRQQpHVG¶DXWUHVDGKpUHQWV

/HV DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV pOqYHV HQTXrWpHV  GHV GLSO{PpV G¶pFROHV © de


second rang »
/HV DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV pOqYHV G¶pFROHV G¶LQJpQLHXUV HQTXrWpHV VRQW O¶$VVRFLDWLRQ
des IngéQLHXUV GHV ,QVWLWXWV 6XSpULHXUV GH 7HFKQRORJLH $,67  HW O¶$VVRFLDWLRQ GHV
,QJpQLHXUV GH O¶eFROH 1DWLRQDOH 6XSpULHXUH GH O¶eOHFWURQLTXH HW GH VHV $SSOLFDWLRQV
(AI ENSEA). Ces groupements sont tous deux adhérents du Conseil National des
Ingénieurs et Scientifiques de France (CNISF) et comptaient respectivement 117 et
SUqVGHDGKpUHQWVHQ/¶$,67IXWFHSHQGDQWFUppHHQDORUVTXHO¶$,
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

(16($ IrWD OH FLQTXDQWHQDLUH GH VRQ H[LVWHQFH HQ  /¶RUGUH G¶LPPDWULFXODWLRQ
GDQV O¶DQQXDLUH GX &1,6) GHV DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV pOqYHV LQJpQLHXUV TXL HQ VRQW
PHPEUHVHVWFKURQRORJLTXHHWO¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVGHO¶eFROH&HQWUDOHGHV$UWVHW
Manufactures de Paris y figure en première position, ce qui atteste leur rôle fondateur.
/H QXPpUR G¶LPPDWULFXODWLRQ GH O¶$,67 HW GH O¶$, (16($ UHVSHFWLYHPHQW  HW
 LQGLTXHGRQFTX¶LOV¶DJLWG¶DVVRFLDWLRQVJURXSDQWOHVGLSO{PpVG¶pFROHVUpFHQWHV
GDQVOHFKDPSGHVpFROHVG¶LQJpQLHXUV

Dans le milieu associatif, professionnel et scolaire, peut-être plus


TX¶DLOOHXUVODUHFRPPDQGDWLRQHVWXQpOpPHQWSULPRUGLDO3URQRQFHUOHQRPG¶XQ
responsable associatif permet de lever quelques barrières, le nom faisant office de
caution morale. Caution nécessaire quoique souvent insuffisante, seulement douze
des vingt-deux entretiens obtenus dans la sphère associative concernant des
EpQpYROHV RX GH VLPSOHV DGKpUHQWV G¶DVVRFLDWLRQV SURIHVVLRQQHOOHV HW G¶DQFLHQV
élèves : David Blot (ADETEM), Sébastien Gard et Julien Maison (AFDCC),
Arnaud Lefrot, Hélène Olivier et Muriel Manset (ANDCP) ; Chantal Cervat

1
6\OYDLQ3RUWDOP¶DHQFRUHSHUPLVG¶DVVLVWHUjXQHPDQLIHVWDWLRQUpXQissant diplômés et étudiants
GHV,67HQO¶RFFXUUHQFHODSUHPLqUHUpXQLRQGX« Club M2I »TXLV¶HVWGpURXOpHOHMXLQj
/LOOH7KRPDV0RWWHWP¶DSURFXUpTXHOTXHVIDVFLFXOHVGHSUpVHQWDWLRQGHO¶$,(16($0DLVF¶HVW
sur le site Internet de ces deux DVVRFLDWLRQVTXHM¶DLUHFXHLOOLOHSOXVG¶LQIRUPDWLRQV3DUFHELDLV
M¶DLSXDFFpGHUjWRXWHVOHV/HWWUHVG¶LQIRUPDWLRQGHVPHPEUHVHWDX[FRPSWHV-rendus des réunions
GH%XUHDXHWG¶$VVHPEOpH*pQpUDOH

56
(anciens de HEC)1 ; Sylvain Portal et François Cosquet (A2IST), Simon Richet et
Thomas Mottet (AI ENSEA)2.
Presque tous ces enquêtés ont les mêmes origines sociales que ceux du
champ syndical3. Ce constat, inconnu avant que chacun des entretiens ne se
déroule, indique que, si tous les enquêtés ont les mêmes racines, si tous sont
extraits de milieux sociaux plutôt populaires, la diversité des offres de
représentation des cadres autorise les pratiques collectives les plus hétéroclites. Il
DFRQWULEXpjO¶pYROXWLRQGXTXHVWLRQQHPHQWLQLWLDOFDUDORUVIDOODLW-il comprendre
et expliquer ces « variations inter-individuelles »4V¶LQWHUURJHUVXUOHVUDLVRQVTXL
IDLVDLHQWTXHOHVXQVpWDLHQWV\QGLTXpVOHVDXWUHVPHPEUHVG¶XQHDVVRFLDWion.
Par ailleurs, les entretiens ont révélé que tous les ingénieurs et cadres
GLSO{PpVV\QGLTXpVjOD&)'7pWDLHQWDXVVLPHPEUHVG¶XQJURXSHPHQWG¶DQFLHQV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

pOqYHV RX ELHQ O¶DYDLHQW pWp HW FRQVLGpUDLHQW DYHF VpULHX[ O¶pYHQWXDOLWp G¶XQH
inscription dans le cercle professionnel en rapport avec leur emploi. Les liens entre
la CFDT-FDGUHV HW OHV DVVRFLDWLRQV SURIHVVLRQQHOOHV HW G¶DQFLHQV pOqYHV TXL RQW
SHUPLV FHWWH HQTXrWHFRQILUPHQW O¶LQVFULSWLRQ GHSODLQ-pied des cadres cédétistes
(et en particulier de la Secrétaire Générale adjointe de la CFDT-cadres) dans la
nébuleuse des réseaux relationnels. Ils expriment aussi le fait que la CFDT-cadres,
GpSRXUYXHG¶H[LVWHQFHSURSUHHQGHKRUVGXQLYHDXFRQIpGpUDOGHO¶RUJDQLVDWLRQD
EHVRLQGHFRQWDFWVDYHFO¶H[WpULHur pour exister à la CFDT. Le Schéma 1 conduit
PrPH j VH GHPDQGHU VL FHV FRQWDFWV DYHF O¶H[WpULHXU QH SULPHQW SDV VXU FHX[
QRXpV DYHF OD &RQIpGpUDWLRQ 3RXU OH GLUH G¶XQH DXWUH PDQLqUH : la CFDT-cadres

1
Chantal Cervat, ancienne élève de HEC qui travaille DX[$*)IXWVROOLFLWpHSDUOHELDLVGHO¶XQ
GHPHVSURFKHV,OIDXWDXVVLQRWHULFLTX¶XQDXWUHHQTXrWpILJXUHGDQVOHSDQHODVVRFLDWLIVFRODLUH,O
V¶DJLW GH /DXUHQW 0RXOLQ VDODULp GH O¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV pOqYHV G¶$GYDQFLD pFROH GH
commerce) dont *X\ *URX[ P¶DYDLW IRXUQL O¶DGUHVVH pOHFWURQLTXH DSUqV QRWUH UHQFRQWUH j
O¶RFFDVLRQ GH OD è -RXUQpH G¶pWXGHV GX *URXSH GH UHFKHUFKH *'5  © Cadres, dynamiques,
représentations, entreprises et sociétés », le 15 décembre 2005.
2
Le douzième enquêté (Gérald Passet) est un ami de Thomas Mottet, cotisant intermittent de
O¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV pOqYHV GX '(66 HQ &RPPXQLFDWLRQ TXH 7KRPDV D REWHQX XQ DQ DSUqV
V¶rWUHYXGpOLYUpOHGLSO{PHG¶LQJpQLHXU(16($*pUDOG3DVVHWQ¶HVWMDPDLVFLWpGDQVFHTXLVXLW
3
Leurs trajectoires respectives seront disséquées dans les développements suivants, principalement
DX[&KDSLWUHV,9HW9PDLVO¶RQSHXWGqVPDLQWHQDQWLQGLTXHUTXHVHXOV$UQDXG/HIURWHW0XULHO
Manset ne sont pas issus de milieux populaires.
4
B. Lahire, La culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi, Paris, La
Découverte, Coll. « 7H[WHVjO¶DSSXLODERUDWRLUHGHVVFLHQFHVVRFLDOHV », 2004.

57
est-elle une organisation syndicale, ou est-elle le « groupement professionnel » des
cadres syndiqués à la CFDT ?

/HPRGHG¶DFFqVDX[WHUUDLQV : un plan réticulaire1 (Schéma 1)

Terrains syndicaux :

Sections Section
syndicales CFDT
FCE SECIF G¶HQWUHSULVH siège AGF
(Aquet) (Louger) (3) (1)
Section
UD CFDT Section CGC SNCAPA
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Paris (1) CFDT MACSF (1)


MACSF (Legrand)
(Genêt)
Fédération
Syndicat CFDT des
ACTIF Services
(Soher) (1)

Terrains associatifs :

« INTERCLUB »
CJD (1) (13)

CFDT-
cadres
(Kata) A2IST (2)
CEFI ±
CNISF
AI ENSEA
(Dial)
(2)

1
Entre parenthèses, figure le pseudonyme du « contact ª RX OH QRPEUH G¶HQTXrWpV TXL OH VRnt
GHYHQXVSDUO¶HQWUHPLVHGXGLW© contact ».

58
3) /¶HQTXrWHjOD&*7 : le choix de terrains aux propriétés
significatives

/HV SURFpGXUHV G¶HQTXrWHV j OD &*7 VRQW UDGLFDOHPHQW GLIIpUHQWHV GH


FHOOHVGRQWLOYLHQWG¶rWUHIDLWpWDWO¶HQTXrWHjOD&*7V¶LQVFULYDQWGDQVXQFDGUH
différent de celui de cette seule recherche doctorale. La convention de recherche
FRQFOXH HQWUH O¶,QVWLWXW GH 5HFKHUFKHV eFRQRPLTXHV HW 6RFLDOHV ,5(6  OH
/DERUDWRLUH*HRUJHV)ULHGPDQQHWOD&*7SRXUjODTXHOOHM¶DLpWpDVVRFLp
DYDLWSRXUREMHWO¶pWXGHGHODPLVHHQ°XYUHGX3ODQ1DWLRQDOGH6\QGLFDlisation
(PNS), décidé au Congrès Confédéral de Montpellier (2003) 1. La méthodologie
UHWHQXHpWDLWWRXWHIRLVODPrPHTXHFHOOHTXLSUpVLGHjFHWWHHQTXrWH/¶REMHFWLIGH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

cette recherche, dirigée par Françoise Piotet, était également de rendre compte, au
mo\HQG¶pWXGHVPRQRJUDSKLTXHVGHV SURFHVVXV GHV\QGLFDOLVDWLRQDXSODQORFDO
au plan des « bases syndicales ».
-¶DL UpGLJp GHX[ GHV KXLW PRQRJUDSKLHV TXL FRPSRVHQW OH UDSSRUW GH
UHFKHUFKH O¶XQH FRQFHUQDQW OD VHFWLRQ V\QGLFDOH 8*,&7 GX 3HUVRQQHO 1DYLJDQW
&RPPHUFLDOG¶$LU)UDQFH 31& K{WHVVHVGHO¶DLUHWVWHZDUGV O¶DXWUHLQWpUHVVDQW
le syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France26¶LOIDOOXWFRQYDLQFUHOHVPLOLWDQWV
GH FHV GHX[ HQWUHSULVHV GH P¶RXYULU OHV SRUWHV GH OHXU VHFWLRQ V\QGLFDOH $LU
France) et de leur syndicat (BNP Paribas), ces deux terrains furent choisis en
UDLVRQGHOHXULQWpUrWHXpJDUGDX[REMHFWLIVFRQVWLWXWLIVGHO¶DSSHOG¶RIIUHPDLVHX
pJDUGDXVVLjO¶REMHWGHPDSURSUHHQTXrWH

Les cadres syndiqués ne sont pas organisés ni représentés de la même


manière selon le syndicat auquel ils adhèrent. Hors du niveau national, confédéral,
OD&)'7QLHWRXWHVSpFLILFLWpDX[FDGUHVOHVLQWqJUHVDQVGLVFHUQHPHQWjO¶DFWLRQ
syndicale. La CGT fait le choix inverse, qui consiste à grouper les ingénieurs,
cadres, techniciens et agents de maîtrise (ICTAM) dans des « organisations

1
F. Piotet (2007), op. cit.
2
M. Bensoussan, « /DWDLOOHFULWLTXH/DUHFRPSRVLWLRQG¶XQV\QGLFDOLVPHGH31& » ; « Comment
être militant CGT dans une grande banque privée ? », F. Piotet (2007), op. cit.

59
spécifiques »1 /¶$UWLFOH  GHV VWDWXWV GH OD &*7 UHFRQQDvW j O¶8QLRQ *pQpUDOH
des Ingénieurs, Cadres et Techniciens (UGICT-&*7 XQHFDSDFLWpG¶LPSODQWDWLRQ
DXSODQGHO¶HQWUHSULVHGHO¶pWDEOLVVHPHQWHWPrPHGXVHUYLFH2, sous la forme de
VHFWLRQV V\QGLFDOHV HW GH V\QGLFDWV G¶HQWUHSULVH3. La CFDT-cadres est une union
confédérale dépourvue de « base », agrégeant seulement les cadres du territoire
qui sont syndiqués à la CFDT. /¶8*,&7-CGT est une petite confédération dans la
Confédération, à laquelle des syndicats sont affiliés.
Aussi, la CGT se réservant la possibilité statutaire de distinguer entre
cadres et non-cadres sur les lieux de travail, un syndicat UGICT et un syndicat
&*7SHXYHQWFRH[LVWHUDXVHLQG¶XQHPrPHHQWUHSULVHHWGDQVFHFDVGHILJXUHOH
V\QGLFDW 8*,&7 SHXW rWUH LQWpJUp DX V\QGLFDW &*7 RX j O¶LQYHUVH HQ rWUH
LQGpSHQGDQWHWUHOHYHUGLUHFWHPHQWHWFRPPHWHOGHO¶RUJDQHIpGpUDO/HSUHPLHU
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

FDVV¶HVWUHQFRQWUpj$LU)UDQFHROHVK{WHVVHVGHO¶DLUHWVWHZDUGVDGKpUHQWVGHOD
&*7VRQWJURXSpVHQVHFWLRQV\QGLFDOHVSpFLILTXHUHOHYDQWG¶XQV\QGLFDW8*,&7
affilié à un syndicat CGT, le second à BNP Paribas en Île-de-France. Ce sont là les
premières raisons pour lesquelles ces deux terrains furent choisis.

3.1) La section syndicale UGICT PNC Air France

/HVFDWpJRULHVGH3HUVRQQHODX6ROG¶$LU)UDQFHVRQWGHVILHIVKLVWRULTXHV
de la CGT4. Aux élections professionnelles de mars 2005, les sections CGT du Sol
drainèrent encore près de 28 % des suffrages, tous collèges confondus, ce qui
VXIILWjPDLQWHQLUOD&*7DXUDQJGHSUHPLqUHRUJDQLVDWLRQV\QGLFDOHG¶$LU)UDQFH
devant la CFDT et FO5. Mais son influence, qui tient au rôle de premier plan

1
« L¶8*,&7UHJURXSHOHV,QJpQLHXUV&DGUHVHW7HFKQLFLHQVHQYXHG¶DVVXUHUDYHFHX[ODGpIHQVH
GH OHXUV GURLWV HW LQWpUrWV PDWpULHOV VRFLDX[ HW pFRQRPLTXHV LQGLYLGXHOV HW FROOHFWLIV >«@
/¶8*,&7 HVW O¶RUJDQLVDWLRQ VSpFLILTXH j FHV FDWpJRULHV » (Article 1er dHV VWDWXWV GH O¶8*,&7-
CGT).
2
Source $UWLFOHGHVVWDWXWVGHO¶8*,&7-CGT.
3
/HV\QGLFDWG¶HQWUHSULVHQ¶HVWSDVFHQVpQHSOXVH[LVWHUjOD&*7FRPPHF¶HVWHQSULQFLSHOHFDV
à la CFDT depuis le milieu des années 1970.
4
P. Rozenblatt et L. M. Barnier, Ceux qui croyaient au ciel. Enjeux et conflits à Air France, Paris,
Syllepse, Coll. « Présent Avenir », 1996.
5
Source &RPPLVVLRQeFRQRPLTXHGX&RPLWp&HQWUDOG¶(QWUHSULVH &&( $LU)UDQFH

60
TX¶HOOH MRXD j OD /LEpUDWLRQ GDQV OD QDWLRQDOLVDWLRQ GH O¶$YLDWLRQ &LYLOH HW OD
FRQVWLWXWLRQ G¶$LU )UDQFH HQ PRQRSROH SXEOLF V¶DUUrWH WUDGLWLRQQHOOHPHQW DX[
SRUWHV GH O¶DYLRQ  OHV PpWLHUV QDYLJDQWV Q¶HXUHQW ORQJWHPSV GH UHSUpVHQWDWLRQ
syndicale que corporative, les syndicats confédérés en ayant été encore absents à
O¶DXEHGHV DQQpHV  (W HQFRUHVRQW-ils depuis seulement implantés parmi les
navigants commerciaux1. Le simple fait de ne pas faire partie des « rampants »
mais des « volants », les attributs symboliques de l¶DFWLYLWpQDYLJDQWHFRPPHUFLDOH
(costume, bonne présentation), mais aussi un rôle en cabine longtemps reconnu
HVVHQWLHO DX ERQ GpURXOHPHQW GHV YROV O¶DXWRQRPLH GDQV O¶DFWH GH WUDYDLO HW
O¶H[WUrPH LQGLYLGXDOLVDWLRQ GH OD UHODWLRQ G¶HPSORL2 O¶H[SOLTXHQW VDns doute. Ils
FRQVWLWXHQWOHVLQJUpGLHQWVG¶XQHGLVVRFLDWLRQWUqVQHWWHHQWUH © vérité subjective »
et « vérité objective »3 du travail : la « vérité objective ªHVWFHOOHG¶XQSHUVRQQHO
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

dont le travail, du fait même de la pauvreté des savoirs à mettre en °XYUHSRXUVD


réalisation effective4, est un travail de techniciens faiblement professionnalisés ; la
construction historique du PNC en profession, la reconnaissance contingente de
son tribut à la sûreté des vols et à la sécurité en cabine, le rapport organique des
K{WHVVHVHWVWHZDUGVDX[SLORWHVVRQWDXWDQWG¶pOpPHQWVG¶XQH© vérité subjective »
du travail qui, a priori, peuvent donner à comprendre la longue absence du
syndicalisme confédéré. Le syndicat UGICT Air France connut pourtant un afflux
très soXGDLQG¶DGKpUHQWV31&DXFRXUVGHVDQQpHVHWTXHOTXHVDQQpHV
après la constitution, en 1996, de la section syndicale UGICT PNC Air France.

1
En 1945, Air France est une entreprise à reconstruire, administrée par le Ministère (communiste)
des Transports de concert avec une CGT représentant alors la quasi-WRWDOLWpGXSHUVRQQHO-XVTX¶HQ
OD&*7pWDLWOHVHXOV\QGLFDWGHO¶HQWUHSULVHHQIpGpUDLWWRXVOHVPpWLHUV/HVSLORWHVRQWpWp
les premiers à s¶HQ pPDQFLSHU FRQVWLWXDQW FHWWH DQQpH-là le Syndicat National des Officiers de
O¶$YLDWLRQ 0DUFKDQGH 612$0  DQFrWUH GH O¶DFWXHO 6\QGLFDW 1DWLRQDO GHV 3LORWHV GH /LJQHV
(SNPL). Trois ans durant, les hôtesses et stewards, dont le statut avait été promulgué en 1946, ont
vu leurs intérêts catégoriels pris en charge par le SNOAM. En 1950, ces hôtesses et stewards du
SNOAM ont rejoint le Syndicat National Indépendant (SNI), qui regroupait essentiellement du
personnel au sol. Ils y ont fondé une section spécifiqXHPHQW31&ODTXHOOH V¶HVWDXWRQRPLVpHHQ
1954 pour devenir le Syndicat National du Personnel Navigant Commercial (SNPNC), le seul
V\QGLFDW GX 31& G¶$LU )UDQFH MXVTX¶j OD ILQ GHV DQQpHV  9RLU : P. Rozenblatt et L. M.
Barnier (1996), op. cit.
2
Les équipages ne sont jamais les mêmes et il est exceptionnel de voler deux fois avec le même
31&/DSODQLILFDWLRQGHVWHPSVGHYROVHVWLQGLYLGXHOOHHWUHOqYHG¶XQVHUYLFHWHFKQLTXHDXVRO
3
P. Bourdieu, « La double vérité du travail », Méditations pascaliennes, Paris, Seuil, 1997.
4
/ 0%DUQLHU ©3HUVRQQHO QDYLJDQWFRPPHUFLDOG¶XQVDYRLULQWXLWLI j XQVDYRLUG¶H[SHUWLVH »,
Formation Emploi n°67, 1999, pp. 25-46.

61
6HVHIIHFWLIVRQWFU€GDQVOHFRQWH[WHG¶XQFRQIOLWFDWpJRULHOjO¶RFFDVLRQGXTXHOOD
majorité des militants enquêtés a adhéré.
&¶HVW Oj O¶LQWpUrW GH FHWWH VHFWLRQ V\QGLFDOH SRXU O¶HQTXrWH TXL QRXV
RFFXSHLFL/D&*7HVWSDUYHQXHjV¶LPSODQWHUSDUPLOHVQDYLJDQWVFRPPHUFLDX[
FRQWUH WRXWH SUpGLFWLRQ /¶pWXGH GH OD VHFWLRQ V\QGLFDOH 8*,&7 31& $LU )UDQFH
V¶LPSRVH GDQV OD PHVXUH R O¶DPELWLRQ GH FH WUDYDLO HVW DXVVL GH UHQGUH FRPSWH
GHV IDFWHXUV TXL SUpVLGHQW j O¶DGKpVLRQ V\QGLFDOH GH VDODULpV WUDGLWLRQQHOOHPHQW
extérieurs au champ du recrutement de la CGT.

/¶HQTXrWH j $LU )UDQFH TXL RFFXSD XQH ERQQH SDUWLH GH O¶DQQpH 
V¶DSSXLHVXUGL[HQWUHWLHQV1, parfois simultanés, avec les militants les plus actifs de
la section UGICT PNC Air France : Reda Chakib, Fouad Bassim, Henri Maire,
Éric Thiais, Maxime Aubertan, Erwan et Cécile Janot, Maurice Biret 2, Joëlle
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Avron et Pierrick Batrier3. Ces entretiens ont été réalisés entre le 21 juillet 2005
(Reda, Fouad, Henri et Éric) et le 5 janvier 2006 (Joëlle). Presque tous eurent lieu
dans le local syndical ou dans une salle de réunion vide du Roissy Pole, située au
sommet de ce grand immeuble donnant sur les tarmacs et dans lequel une foule de
navigants, tous de retour de vol ou en instance de départ, se croise anonymement.
7URLV MRXUQpHV G¶REVHUYDWLRQ GX IRQFWLRQQHPHQW GH OD VHFWLRQ OHV  HW
21 novembre 2005, le 1GpFHPEUH HWO¶REVHUYDWLRQGXVWDJHG¶DFFXHLOGHV
DGKpUHQWV RUJDQLVp VRXV O¶pJLGH IpGpUDOH RFWREUH   VRQW YHQXHV FRPSOpWHU
ces entretiens. Éric Thiais, Fouad Bassim et Reda Chakib avaient été rencontrés en
DYULO  ORUV G¶XQH IRUPDWLRQ V\Qdicale générale (1er niveau) ayant eu lieu à
O¶8QLRQ /RFDOH &*7 GX ;,;è arrondissement parisien. Ils forment le noyau dur
des enquêtés. Les liens avec ces trois enquêtés ont été très soutenus, ayant parfois
débouché sur de longues discussions, dans des cafés ou au domicile de deux
G¶HQWUHHX[ )RXDGHWeULF 

1
8QDXWUHHQWUHWLHQSOXVH[SORUDWRLUHDDXVVLpWpHIIHFWXpDXSUqVG¶XQHpFRQRPLVWHGX&&E Air
France.
2
0DXULFH pWDLW OH 6HFUpWDLUH GH OD VHFWLRQ 8*,&7 31& DX PRPHQW GH O¶HQTXrWH GH WHUUDLQ HQ
2005. Il a depuis quitté la CGT et le poste de Secrétaire de section est dorénavant occupé par un
autre enquêté, Erwan Janot.
3
Cet enquêté est un permanent du syndicat UGICT Air France.

62
La section syndicale UGICT-CGT PNC Air France  O¶XQH GHV VHFWLRQV
UGICT les plus étoffées du territoire
La section syndicale UGICT Personnel Navigant Commercial (PNC) Air France est
O¶XQH GHV TXHOTXHV  VHFWLRQV DIILOLpHV DX V\QGLFDW &*7 $LU )UDQFH (OOH O¶HVW SDU
O¶LQWHUPpGLDLUHGXV\QGLFDW8*,&7-CGT Air France, qui est intégré au syndicat CGT.
Cette section UGICT PNC est la seule section UGICT de la Compagnie réellement
constituée, avec organes formels (Commission Exécutive, Bureau, Secrétariat). Le
syndicat UGICT auquel la section PNC est affiliée est intégré au syndicat CGT Air
France, mais cette configuration statutaire date seulement du Congrès de la CGT Air
)UDQFH GH  TXL V¶pWDLW WHQX j 5LVRXO $YDQW FHWWH GDWHO¶8*,&7 HW OD &*7 $LU
)UDQFHpWDLHQWGHX[V\QGLFDWVLQGpSHQGDQWVO¶XQGHO¶DXWUH¬O¶8*,&7$LU)UDQFHOHV
PNC se mêlaient aussi au Personnel au Sol des niveaux supérieurs de qualification,
desquels ils sont désormais distingués. EQGpSLWG¶XQHRULHQWDWLRQVWDWXWDLUHFRQVDFUDQW
la prééminence du syndicat CGT Air France sur le syndicat UGICT Air France, la
section UGICT PNC reste très largement autonome, principalement en raison de la
spécificité du métier navigant commercial et du poids de ses effectifs adhérents. Plus
G¶XQTXDUWGHVTXHOTXHDGKpUHQWVGXV\QGLFDW&*7$LU)UDQFH\VRQWUHFHQVpV 1.
Avec 1 000 adhérents en moyenne (sur environ 15 000 navigants commerciaux), cette
VHFWLRQ HVW O¶XQH GHV VHFWLRQV 8*,&7-CGT les plus étoffées de France, qui permet
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

mécaniquement au syndicat UGICT-&*7 $LU )UDQFH G¶rWUH O¶XQ GHV V\QGLFDWV


UGICT-CGT les plus pourvus en adhérents du territoire national. Il faut cependant
QRWHU TXH OD VHFWLRQ 8*,&7 31& $LU )UDQFH UHJURXSH OHV K{WHVVHV GH O¶DLU et les
VWHZDUGVjO¶H[FOXVLRQGHIDLWGHV31&&DGUHV ,QVWUXFWHXUV&KHIVK{WHVVHVHW&KHIV
PNC), lesquels volent par ailleurs ponctuellement, et seulement pour évaluer le travail
G¶XQPHPEUHG¶pTXLSDJHTXLUHOqYHLQGLYLGXHOOHPHQWGHOHXUFKDPSGHUHVSRQVabilité2.
/HV HQTXrWpV GH O¶8*,&7 31& $LU )UDQFH VRQW SUHVTXH WRXV LVVXV GH IDPLOOHV
RXYULqUHVHWHQJDJpHVGDQVO¶DFWLRQV\QGLFDOH&HUWDLQVRQWPrPHXQSDWURQ\PHFRQQX
de tous les chercheurs en histoire sociale. Ces militants ont des niveaux de diplômes
disparates (trois sont diplômés du supérieur3) et des parcours professionnels assez
cahotiques, même si quelques-uns ont connu le statut de fonctionnaire à Air France :
Fouad Bassim (47 ans, Chef de Cabine) a travaillé dans une école véliplanchiste, au
Club Med HWGDQVODUHVWDXUDWLRQjO¶pWUDQJHU eWDWV-Unis et Amérique Centrale), mais
aussi comme commercial dans une agence publicitaire ; Reda Chakib (43 ans, Chef de
Cabine) a cumulé divers petits boulots, dont employé de banque en intérim, et a
également travaillé dans la restauration aux États-Unis ; Henri Maire (34 ans,
6WHZDUG  D WUDYDLOOp FRPPH 0DvWUH G¶+{WHO GDQV OD 0DULQH SXLV GDQV XQ FOXE
G¶LQGXVWULHOV HW GH QRWDEOHV ORFDX[ ; Éric Thiais (34 ans, Steward) a débuté comme
ouvrier électricien du bâtiment et a par la suite été steward dans les wagons-lits.
(UZDQ-DQRW DQV6WHZDUG H[HUoDSHQGDQWXQDQHWGHPLOHPpWLHUG¶LQIRUPDWLFLHQ
DX VHLQ G¶XQH SHWLWH VWUXFWXUH VRXV-WUDLWDQWH G¶XQH ILOLDOH G¶$LU )UDQFH 6D IHPPH

1
Source : Secrétariat Général de la CGT Air France.
2
/DVHFWLRQQ¶HVWSDVPRLQVUHSUpVHQWDWLYHGHODSURIHVVLRQQDYLJDQWHFRPPHUFLDOHGDQVODPHVXUH
où, en 2004, seulement 3 % du PNC est Cadre. 74 % des navigants commerciaux sont des hôtesses
HW VWHZDUGV F¶HVW-à-dire du personnel du 1er niveau de qualification. 18 % sont des Chefs de
Cabine (CC) et 5 % sont des Chefs de Cabine Principaux (CCP), classifications intermédiaires
formant la Maîtrise PNC et parmi laquelle on retrouve quelques enquêtés. Source : Bilan social
2005. Document obtenu auprès de la Commission Économique du CCE Air France.
3
/H 6HFUpWDLUH GH OD VHFWLRQ DX PRPHQW GH O¶HQTXrWH   0DXULFH %LUHW HVW GLSO{Pp GH
sciences économiques, niveau Bac (UZDQ-DQRW DFWXHO6HFUpWDLUH HVWWLWXODLUHG¶XQ'(66HQ
Systèmes électroniques (Bac +5) et Maxime Aubertan possède une Licence en Langues Orientales
(Bac +3).

63
&pFLOH  DQV +{WHVVH GH O¶DLU Q¶D SDV GH GLSO{PHV HW D DOWHUQp SHWLWV ERXORWV HQ
LQWpULP DYDQW GH GHYHQLU K{WHVVH GHO¶DLU 3UHVTXHWRXV RQW XQH H[SpULHQFH V\QGLFDOH
DFTXLVHGDQVG¶DXWUHVV\QGLFDWVQRWDPPHQWGDQVOHVV\QGLFDWVFRUSRUDWLIVTXLIXUHQW
ORQJWHPSV OHV VHXOV GHO¶XQLYHUV PNC (SUNAC et UNAC, deux syndicats dissidents
du SNPNC)1.

3.2) Le syndicat UGICT-CGT BNP Paribas Île-de-France

La structuration du syndicalisme à BNP Paribas est particulière. Toutes


OHV DFWLYLWpV GH O¶HQWUHSULVH VRQW FRQFHQWUpHV HQ UpJLRQ SDULVLHQQH seules les
activités de front et de back office ± O¶DFWLYLWpFRPPHUFLDOHHQDJHQFHTXLUHOqYH
du pôle Banque De Détail en France (BDDF) ± FRXYUHQWO¶HQVHPEOHGXWHUULWRLUH
national2'XIDLWGHFHGpVpTXLOLEUHJpRJUDSKLTXHHWTXHOOHTXHVRLWO¶RUJDQLVDWion
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

syndicale en question ± ici : la CFDT, le Syndicat National des Banques (SNB-


CGC), la CFTC, la CGT et Force Ouvrière ±LOQ¶H[LVWHDXFXQ© syndicat national
BNP Paribas », seulement une Délégation Syndicale Centrale (DSC) ou Nationale
(DSN).
La CFDT HVWFRQVWLWXpHG¶XQHQVHPEOHGHVHFWLRQVV\QGLFDOHVDIILOLpHVDX
V\QGLFDW &)'7 GHV %DQTXHV HW eWDEOLVVHPHQWV )LQDQFLHUV G¶ÌOH-de-France et,
FRPPH OH YHXOHQW OHV VWDWXWV FRQIpGpUDX[ Q¶RSqUH DXFXQH GLVWLQFWLRQ IRUPHOOH
entre cadres et non-cadres3. En Île-de-France, la CGT se scinde a contrario en
GHX[V\QGLFDWVG¶HQWUHSULVH %133DULEDV GLVWLQFWVGHX[V\QGLFDWVDX[VWDWXWVHW
organes directeurs propres qui se partagent la représentation des salariés selon le
critère catégoriel : le syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France, qui intéresse les
ingénieurs, cadres et techniciens ; le syndicat CGT BNP Paribas Île-de-France, qui

1
Le SUNAC a eu une existence très brève, au tournant des années 1990. La plupart de ses
PLOLWDQWVVRQWDXMRXUG¶KXLPHPEUHVGHOD&)'731&TXLH[LVWHGHSXLV4XDQWjO¶81$&
ex-V\QGLFDW6131&GHOD&RPSDJQLH87$HOOHHVWDXMRXUG¶KXLXQV\QGLFDWDIILOLpjOD&)(-CGC.
2
/H *URXSH %13 3DULEDV HVW VWUXFWXUp HQ WURLV S{OHV G¶DFWLYLWp RX « métiers » : la Banque De
'pWDLOHQ)UDQFHHWjO¶,QWHUQDWLRQDO %'') TXLSURSRVHGHVJDPPHVGHSURGXLWVHWVHUYLFHVTXL
vont de la gestion de comptes courants à la gestion patrimoniale ; la Banque de Financement et
G¶,QYHVWLVVHPHQW %),  O¶DFWLYLWp OD SOXV OXFUDWLYH G¶DSUqV OH 5DSSRUW $QQXHO    GX
SURGXLW QHW EDQFDLUH HW   GX UpVXOWDW EUXW G¶H[SORLWDWLRQ OXL VRQW GXV HQ  ; ASSET
Management & Services (AMS), « métier » G¶H[SHUWLVHGpYROXjODSURGXFWLRQHWjODGLVWULEXWLRQ
de produits lipV j O¶pSDUJQH HW DX SDWULPRLQH /¶DFWLYLWp GH back office GpVLJQH O¶HQVHPEOH GHV
VXSSRUWVWHFKQLTXHVHWDGPLQLVWUDWLIVGHO¶DFWLYLWpHQDJHQFH GLWHGHfront office).
3
À BNP Paribas, la CFDT a mis en place un « collectif cadres », qui organise des réunions
ponctuelles de cadres « venus du terrain ». Une militante de la CFDT à BNP Paribas en est
responsable (Source : &DGUHVSOXV/DOHWWUHG¶LQIRGHOD&)'7-cadres, n°6, mars 2005).

64
V¶DGUHVVH SULQFLSDOHPHQW DX[ HPSOR\pV GH EDQTXH1. Ces deux syndicats CGT de
BNP Paribas relèvent séparément de la Fédération CGT des Personnels des
Secteurs Financiers (Banque / Assurances), où existe aussi un Groupe Fédéral
« Cadres »2. Chacun de ces syndicats gère le montant des cotisations collectées
auprès de ses adhérents et désigne ses Délégués Syndicaux selon les termes de
O¶$UWLFOH L. 412-11 du Code du Travail. Seules les listes présentées aux élections
professionnelles franciliennes (DP / CE) sont communes à la CGT BNP Paribas
Île-de-)UDQFHHWjO¶8*,&7%133DULEDVÌOH-de-France.

Les deux syndicats CGT de BNP Paribas en Île-de-France sont en conflit


ouvert, les responsables du syndicat CGT militant pour une réunification à
ODTXHOOH VH UHIXVHQW WRXV OHV HQTXrWpV GH O¶8*,&7 /HV SUHPLHUV HVWLPHQW TXH OH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

PDLQWLHQ VXU OD PrPH ]RQH JpRJUDSKLTXH GH GHX[ V\QGLFDWV G¶HQWUHSULVH &*7
complLTXH OD FRRUGLQDWLRQ GH O¶DFWLRQ V\QGLFDOH HW EURXLOOH OD SHUFHSWLRQ GH VRQ
sens par les salariés. Les seconds, arguant de leur audience dans le collège
« cadres », pensent que le développement de la syndicalisation appelle une
reconnaissance de leur spéciILFLWp/HVPLOLWDQWVGHO¶8*,&7%133DULEDVÌOH-de-
)UDQFHHQWHQGHQWDXVVLJDUGHUODOLEHUWpG¶DFWLRQTX¶RIIUHO¶H[LVWHQFHDXWDUFLTXHHW
F¶HVWVXUWRXWOjTXHOHEkWEOHVVH&DUVLOD&*7DIDLWOHFKRL[GHGLVWLQJXHUHQWUH
cadres et non-cadres sur les lieux de travail, la coexistence de deux syndicats
pWUDQJHUV O¶XQ j O¶DXWUH FRQVWLWXH HQ XQ VHQV XQH OHFWXUH PD[LPDOLVWH GH VHV
statuts3.
La convention collective du 1er janvier 2000, qui remplace celle qui fut
conclue en août 1952, exacerbe les tensions entre les deux syndicats CGT de BNP

1
Le syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France, créé dans les années 1970, est le seul syndicat
UGICT du secteur bancaire. Le syndicat CGT BNP Paribas Île-de-France est né de la fusion, en
2001, de trois syndicats CGT : le syndicat francilien des Employés Centres, Directions et filiales
de la BNP, le Syndicat National du Personnel de Paribas et le Syndicat des Employés des Agences
BNP de la Région Parisienne.
2
&HWWH)pGpUDWLRQV¶HVWUHFRPSRVpHHQHQLQWpJUDQWOHFRQWLQJHQWGHV© déçus » cédétistes de
2003. Dans le secteur bancaire, les relations entre les Fédérations CFDT, FO et CGT sont
WUDGLWLRQQHOOHPHQWERQQHV3DUDLOOHXUVOD)pGpUDWLRQ&*7GHV%DQTXHVHWGHV$VVXUDQFHVV¶LQVFULW
de longue date dans la démarche du « syndicalisme rassemblé » défendue par Bernard Thibault,
GRQWHOOHVRXWHQDLWVDQVUpVHUYHVO¶DFFHVVLRQDX poste de Secrétaire Général de la CGT en 1999.
3
Le syndicat UGICT pourrait être intégré au syndicat CGT, selon le modèle adopté à Air France
en 2001.

65
Paribas, en ne connaissant plus que les « techniciens » et les « cadres »1.
/¶pYROXWLRQVXUODGpFDGH-2005, de la morphologie socio-professionnelle du
VDODULDWGH%133DULEDVDpJDOHPHQWSRXUHIIHWG¶LQWHQVLILHUOe conflit : correction
faite de la nouvelle nomenclature des emplois et des qualifications dans la banque,
les effectifs de la catégorie des « techniciens ªV¶pWLROHQWWDQGLVTXHOHFRQWLQJHQW
« cadres ªWHQGjV¶pSDLVVLU2. La question de la syndicalisation des « techniciens »
IUDQFLOLHQVOHXUUpSDUWLWLRQHQWUHOHV\QGLFDW&*7HWOHV\QGLFDW8*,&7HVWO¶REMHW
G¶XQ DFFRUG LQIRUPHO DX[ WHUPHV IORXV3, entre les militants des deux syndicats,
accord dont le respect conditionne pour partie la taille de leurs effectifs adhérents
et, par conséquent, le niveau de leurs ressources financières.

/¶HQTXrWH j O¶8*,&7 %13 3DULEDV ÌOH-de-)UDQFH V¶HVW GpURXOpH WRXW DX


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ORQJGXVHFRQGVHPHVWUHDSUqVTXHO¶HQTXrWHjOD&)'7HXWWRXFKpjVDILQ
BNP Paribas et les A*) VRQW GHX[ HQWUHSULVHV j O¶KLVWRLUH HW j O¶DFWLYLWp
comparables4. La CFDT des AGF mêle cadres et non-cadres, la CGT les distingue

1
Les « techniciens » sont classés en sept niveaux de qualification (du niveau A au niveau G),
fusionnant les anciennes catégories « employés » (niveaux A et B) et « gradés » (niveaux C, D, E,
F et G). Quant aux « cadres », leur situation a peu varié : à chaque classe / coefficient de la grille
de classification des emplois de 1952, correspond désormais un niveau de qualification (de H à K).
2
Source : RH Groupe BNP Paribas (2005).
3
/HVHQTXrWpVGXV\QGLFDW8*,&7QHV¶DFFRUGHQWSDVVXUOHVHXLOGHTXDOLILFDWLRQHQGHojGXTXHO
O¶DGKpUHQWSRWHQWLHOGRLWHQSULQFLSHrWUHUHYHUVpjOD&*7ÌOH-de-France. PouUFHUWDLQVO¶8*,&7
V\QGLTXHOHVVDODULpVIUDQFLOLHQVGHO¶HQWUHSULVHjFRPSWHUGXQLYHDXGHTXDOLILFDWLRQ*DXWUHPHQW
dit : les plus qualifiés des « techniciens » (G) et les « cadres ª3RXUG¶DXWUHVSOXVQRPEUHX[F¶HVW
le niveau E qui constitue ce seuil minimal. De fait, les adhérents du syndicat CGT Île-de-France
sont essentiellement des « techniciens » des niveaux A, B, C et D, les « techniciens » syndiqués à
O¶8*,&7pWDQW PDMRULWDLUHPHQWFODVVpVDX[QLYHDX[GH TXDOLILFDWLRQ()HW* 6RXUFH : Congrès
Syndical UGICT BNP Paribas Île-de-France des 1er et 2 juin 2006, Participants au 9è Congrès
UGICT CGT. Document distribué aux congressistes).
4
&¶HVWSRXUTXRLODVHFWLRQFHQWUDOH&*7*URXSH$*)IXWDXVVLO¶REMHWG¶XQHHQTXrWHVXSHUILFLHOOH
mais à viséH FRPSDUDWLYH /¶HQWUHWLHQ DYHF VRQ 6HFUpWDLUH *X\ 6HUUD  OH  GpFHPEUH 
SUpFpGDLWODWHQXHG¶XQHUpXQLRQGHV\QGLTXpVSUpYXHGHSXLVXQHVHPDLQHHWDGRQFpWpVXLYLGH
GLVFXVVLRQVLQIRUPHOOHVDYHFSOXVLHXUVPLOLWDQWV GRQWDXFXQQ¶pWDLWFDGUH *uy Serra est aussi le
Délégué Syndical Central (DSC) de la CGT aux AGF. Les organisations CGT de Province
relèvent de sa responsabilité formelle, même si, dans les faits, les structures provinciales de la
CGT sont autonomes. La CGT compte aux AGF environ deux cents adhérents, dont une petite
quarantaine de cadres. Elle est la troisième organisation syndicale pour laquelle ces derniers
votent, mais ne recueille en moyenne que 8 % de leurs suffrages. La section centrale comprend
enfin une sous-section UGICT, la plupart des cadres des AGF syndiqués à la CGT travaillant en
région parisienne. La distinction entre CGT et UGICT est toutefois informelle : Guy Serra est le
Secrétaire des deux sections (CGT et UGICT) et leurs locaux sont les mêmes. Par ailleurs,
O¶HQWUHWLHQDYHF*X\6HUUD D SHUPLVO¶DFFqVDX[UpVXOWDWVpOHFWRUDX[DX[ $*)GHSXLVPDLV
HQFRUHOHUHFXHLOHQGpDPEXODQWORQJXHPHQWGDQVOHVFRXORLUVGXVLqJHGHO¶HQWUHSULVHGHTXHOTXHV
communications syndicales.

66
à BNP Paribas en Île-de-)UDQFH &H WHUUDLQ IXW GRQF FKRLVL DXVVL SDUFH TX¶LO
autorisait à isoler la composante structurelle. Il permettait de déterminer les
formes de représentation syndicale dans lesquelles les cadres se reconnaissent, à
FRQGLWLRQ GH IDLUH DEVWUDFWLRQ GHV IDFWHXUV SDU DLOOHXUV VXVFHSWLEOHV G¶H[SOLTXHU
O¶DGKpVLRQ j O¶XQ GH FHV V\QGLFDWV SOXW{W TX¶j O¶DXWUH F¶est-à-GLUH O¶RULHQWDWLRQ
LGpRORJLTXHUpIRUPLVWHGHOD&)'7HWO¶LPDJHG¶XQV\QGLFDOLVPH© de refus » qui
colle à la CGT.
Pour faire abstraction de ces facteurs, autrement dit pour accéder à la
dimension « significative » que recèlent ces modes opposés de représentation des
FDGUHV GDQV O¶HQWUHSULVH OH SDUWL D pWp SULV GH PHWWUH HQ H[HUJXH GHV VLWXDWLRQV
paradoxales : les difficultés engendrées par le choix de la CFDT de ne pas
distinguer entre cadres et non-FDGUHVVXUOHVOLHX[GHWUDYDLOORUVPrPHTX¶Hlle est
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la première organisation syndicale en termes de suffrages cadres obtenus aux


élections professionnelles au plan national et, plus encore, dans les Assurances et
aux AGF OHVUpXVVLWHVpOHFWRUDOHVGHO¶RSWLRQFDWpJRULHOOHGDQVXQHHQWUHSULVHR
O¶Dudience de la CGT est la plus improbable a priori. De ce point de vue, la
première banque de la zone euro en termes de capitalisation boursière, une banque
GRQWOHVUpVXOWDWVVRQWLPSUHVVLRQQDQWVHWGRQWO¶DFWLYLWpFRQQDvWXQHFURLVVDQFHHW
un développement continus1VHPEODLWOHWHUUDLQG¶HQTXrWHLGpDO

/¶pWXGHGXV\QGLFDW8*,&7%133DULEDVÌOH-de-)UDQFHV¶DSSXLHVXUXQH
MRXUQpHG¶REVHUYDWLRQGHODYLHGXV\QGLFDW OHMXLQ DXFRXUVGHODTXHOOH
les permanents (Viviane Giordano et Martin Silvano, principalement) furent suivis
GDQVOHXUVGpSODFHPHQWVHWVXUO¶REVHUYDWLRQGX&RQJUqV6\QGLFDOGHV er et 2 juin
2006. Ces observations complètent onze entretiens, dont trois, cependant, ne
purent être enregistrés : Marcel Chaîli, Riccardo Pietro, Viviane Giordano, Jean-

1
/HSURGXLWQHWEDQFDLUHF¶HVW-à-dire O¶pTXLYDOHQWLQWDQJLEOHGHVPDUJHVFRPPHUFLDOHVGpJDJpHV
V¶HVWDFFUXGHHQHWOHUpVXOWDWEUXWG¶H[SORLWDWLRQGH/H*URXSH%133DULEDVD
enregistré en 2005 ses meilleurs résultats financiers depuis 2000, année de la fusion entre la BNP
et Paribas. La rentabilité de ses capitaux propres, en croissance constante depuis 2002, se chiffre à
SOXVGH/HUpVXOWDWQHWSDUDFWLRQHVWSURFKHGH¼HWODYDOHXUVWDELOLVpHGXWLWUHGHSURSULpWp
est passée, entre janvier 2003 et décembre 2005, dH¼ jSUqVGH¼/HGLYLGHQGHSDUDFWLRQD
FU€VDQVGLVFRQWLQXHUGHSXLVO¶DQQpHSDVVDQWGH¼HQj¼HQ HQPRQQDLH
FRQVWDQWH 'HDQQpHGHODSULYDWLVDWLRQGHOD%13jODILQGHO¶DQQpHO¶LQYHVWLVVHPHQW
initial a été multiplié par 5,88 ± ce qui représente une progression de la valeur actionnariale de plus
de 15 % par an (Source : Rapport Annuel 2005, Groupe BNP Paribas).

67
Bernard Renaud, Fernand Guérin1, Florent Hérouet, Aurélia Adilmar, Irène
Pasquale, Didier Benoît, Valérie Busseau et Lucas Gabriel. Ces entretiens se
GpURXOqUHQWHQWUHODILQGXPRLVG¶DYULO 9LYLDQH HWOHMXLOOHW -HDQ-
Bernard), et eurent lieu soit dans le bâtiment regroupant les locaux des
organisations syndicales de BNP Paribas ± construction située DXF°XUGXTXDUWLHU
Barbès, à Paris, et ayant jadis abrité un centre administratif de plus de quatre mille
salariés ±, soit sur les lieux de travail des adhérents / militants enquêtés, soit
encore dans un café adjacent à ces lieux, aux heures de pause déjeuner.
/¶LPSODQWDWLRQ JpRJUDSKLTXH GX ORFDO V\QGLFDO j O¶pFDUW GHV OLHX[ GH
travail des salariés franciliens de BNP Paribas (le pôle Valmy à Montreuil et le
centre historique de la BNP, les beaux quartiers du IIè arrondissement parisien), ne
IDFLOLWH JXqUH O¶H[HUFLFH V\QGLFDO HW FRQGLWLRQQH HQ SDUWLH OHV SUDWLTXHV GHV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

PLOLWDQWVHWGHVSHUPDQHQWV0DLVO¶HQTXrWHV¶HQHVWDXVVLWrouvée compliquée : en
dehors du Secrétaire, de quelques autres permanents et des militants qui cumulent
VXIILVDPPHQWG¶KHXUHVGHGpOpJDWLRQSRXUQHSOXVH[HUFHUSURIHVVLRQQHOOHPHQWOHV
militants occupant toujours un poste de travail se rendent rarement au local
syndical.

Le syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France : une approche catégorielle


du syndicalisme-cadres CGT
Le contingent adhérent du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France est dominé par
des techniciens des niveaux supérieurs de qualification, les « gradés » de la convention
collective des banques de 1952. Le syndicat compte, en 2006, 175 adhérents parmi
lesquels figure une petite cinquantaine de cadres2. Le type idéal du syndiqué UGICT
est une technicienne quinquagénaire travaillant soit en front (agences), soit en back
office XQLWpVDGPLQLVWUDWLYHVHWWHFKQLTXHVVXSSRUWVGHO¶DFWLYLWpHQDJHQFH : les trois
TXDUWVGHVDGKpUHQWV  VRQWWHFKQLFLHQVG¶HQWUHHX[VRQWGHVDGKpUHQWHVHW
une proportion comparable (59 %) a au moins la cinquantaine3 ; près des deux tiers
 GHVDGKpUHQWVVRQWGHVVDODULpVGXS{OHG¶DFWLYLWp%DQTXH'H'pWDLOHQ)UDQFH
(BDDF), pôle encore très largement composé de techniciens4. A contrario, très peu
G¶DGKpUHQWV GX V\QGLFDW SURYLHQQHQW GHV VWUXFWXUHV RSpUDWionnelles (BFI, AMS) et

1
Fernand Guérin est un « transfuge » de la CFDT. Il y milita vingt-cinq ans durant, avant de
rejoindre le syndicat UGICT en 2000.
2
Source : Congrès Syndical des 1er et 2 juin 2006.
3
Source : Participants au 9è Congrès UGICT CGT. Document distribué aux congressistes de juin
2006.
4
Source : Répartition des syndiqués par Pôle ou Fonction. Document distribué aux congressistes
de juin 2006.

68
fonctionnelles centrales, dominées par les effectifs cadres1. Ce déséquilibre décuple
encore les problèmes engendrés par la division du champ de la représentation CGT à
BNP Paribas en Île-de-France : la majorité des membres du syndicat CGT BNP
Paribas Île-de-France est également composée de techniciens du segment BDDF2,
certes des niveaux de qualification plus inférieurs, mais on a indiqué supra que les
PLOLWDQWV GHV GHX[ V\QGLFDWV IUDQFLOLHQV QH V¶DFFRUGDLHQW SDV VXU OH VHXLO GH
quaOLILFDWLRQ HQGHoj GXTXHO OH WHFKQLFLHQUHOqYH GHOD &*7 SOXW{WTXH GH O¶8*,&7
7RXWHIRLV VL OH 6HFUpWDLUH GH O¶8*,&7 SHUPDQHQW GHSXLV  HVW OXL-même un
WHFKQLFLHQ OHV TXHOTXHV FDGUHV PHPEUHV GH O¶8*,&7 QH VRQW SDV GH VLPSOHV
adhérents. Ces cadres comptent parmi les militants les plus actifs du syndicat UGICT,
HQIRUPHQWODP°OOHpSLQLqUH/DSOXSDUWG¶HQWUHHX[VRQWLVVXVGXUDQJGHVHPSOR\pV
Les parcours syndicaux des enquêtés « gradés » (ou techniciens supérieurs) et cadres
GHO¶8*,&7%133DULEDV Île-de-France qui en forment la structure permanente et / ou
le tissu militant historique3 ont presque toujours débuté peu après leur embauche à la
BNP et souvent dans le contexte des grandes grèves que le secteur des banques connut
HQWUHHW/¶engagement syndical de ces militants trouvait régulièrement un
SURORQJHPHQW SROLWLTXH TXDQG O¶HQJDJHPHQW SROLWLTXH QH SUpFpGDLWSDVO¶LPSOLFDWLRQ
syndicale : le Secrétaire du syndicat, Marcel Chaîli (53 ans, technicien, permanent
syndical), adhère au PCF GHSXLV O¶kJH GH  DQV HW V¶HVW HQJDJp j OD &*7 DXVVLW{W
entré à la BNP ; Didier Benoît (49 ans, cadre, promotion interne), salarié de la BNP
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GHSXLVGHYHQXFDGUHFODVVH+HQDDGKpUpjOD&*7HQGqVO¶LQVWDQW
où il fut titularisé à son premier poste de travail. Didier a un passé de militant du PCF,
dont il devint adhérent à 16 ans. Viviane Giordano (56 ans, technicienne, permanente
syndicale), dont le père fut résistant au franquisme puis militant de la Confédération
Nationale du Travail (CNT), a adhéré à la CGT dès son entrée dans la vie active et
milita activement à la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) entre 1972 et 1977.
Jean-Bernard Renaud (54 ans, technicien) gravitait dans les mouvements libertaires
bien avant de travailler et FerQDQG *XpULQ  DQV FDGUH SURPRWLRQ LQWHUQH  V¶HVW
syndiqué à la CFDT en 1973, un an seulement après avoir été recruté. Cet engagement
LGpRORJLTXHHWRXSROLWLTXHQ¶HVWFHSHQGDQWSDVO¶DSDQDJHGHVVHXOVHQTXrWpVTXLVRQW
j O¶DXEH GH OD UHWUDLWH )ORUHQW +pURXHW  DQV FDGUH GLSO{Pp G¶8QLYHUVLWp  IXW XQ
DGKpUHQWGHO¶8QLRQ1DWLRQDOHGHVeWXGLDQWVGH)UDQFH 81() HWPLOLWDSHQGDQWFLQT
ans (1993-1998) au Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS).

1
Source : Bilan social 2005, RH Groupe BNP Paribas.
2
Source : intervention du Secrétaire du syndicat CGT Île-de-France, invité au Congrès Syndical
UGICT, le 2 juin 2006.
3
Le syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France compte une dizaine de permanents. On prendra
donc soin, dans ce qui suit, de préciser si le militant cité est un permanent ou un militant, le terme
« militant ªVXJJpUDQWTXHO¶HQTXrWpRFFXSHWRXMRXUVXQSRVWHGHWUDYDLO

69
/HPDWpULDXVXUOHTXHOUHSRVHFHWWHpWXGHQ¶DSDVpWpUecueilli de manière
uniforme. Les données concernant les organisations CGT investiguées sont les
plus exhaustives, leurs militants ayant été longuement fréquentés. Partout ailleurs,
les données sont parfois lacunaires. Enquêter en dehors de tout cadre formel et
VDQV HQWUDYH H[WpULHXUH TXDQW j OD GpILQLWLRQ GH O¶REMHW HW GH O¶DQJOH DX UHJDUG
duquel cet objet est appréhendé, oblige par ailleurs à des choix tant contraints
TX¶DUELWUDLUHV 0D FRQGLWLRQ VRFLDOH P¶D ELHQ DFFRUGp FHUWDLQV DFFqV &)'7-
cadres, AGF), PDLVLOQ¶HQUHVWHSDVPRLQVTXHSpUpJULQHUVHXOGDQVOHVPpDQGUHV
GHODFRQVWHOODWLRQGHVRIIUHVGHUHSUpVHQWDWLRQTXLV¶DGUHVVHQWDX[FDGUHVUHYLHQW
jDOOHUDXERXWGHODORJLTXHG¶© intrusion » évoquée par Pierre Bourdieu1. Sorti de
nulle part aux yeX[GHWRXVOHVHQTXrWpVTXLQ¶pWDLHQWSDVGHVDGKpUHQWVGHOD&*7
interrogeant ce qui va de soi (souvent avec une candeur non dissimulée), je les
obligeais à constamment justifier la « légitimité » de leur « quotidien »2. Les
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

contacts obtenus, la manière GRQW LOV O¶RQW pWp OHV UHIXV FH TX¶LO P¶D pWp GRQQp
G¶REVHUYHUHWFHTXLQHO¶DSDVpWpULHQGHWRXWFHODQ¶HVWLQQRFHQW&HVpOpPHQWV
UHFqOHQW QRPEUH G¶LQIRUPDWLRQV TXL DIIHFWHQW OD SURGXFWLRQ GH FRQQDLVVDQFHV ¬
FRQGLWLRQELHQHQWHQGXG¶DFFHSWHUGHUHYRLUHQFRXUVG¶HQTXrWHVHVK\SRWKqVHV
HWGHVHUHIXVHUjWRUGUHODUpDOLWpREVHUYpHGHPDQLqUHjFHTX¶HOOHHQWUHGDQVGHV
cases théoriques et conceptuelles préétablies.

1
P. Bourdieu (1993), « Comprendre », op. cit.
2
J. Favret-Saada (1977), Les mots, la mort les sorts. La sorcellerie dans le bocage, Gallimard,
Coll. « Folio essais », 1985.

70
Tableau 1 : OHVSULQFLSDX[WHUUDLQVG¶HQTXrWH

Nom du Type de Effectifs PCS des Nombre


groupement groupement membres G¶HQTXrWpV

A2IST Association 117 (en Cadres et 2


G¶DQFLHQV 2004) Techniciens
élèves

AI ENSEA Association Env. 900 Cadres et 2


G¶DQFLHQV (en Techniciens
élèves 2004)

ANDCP Association 4 300 (en Cadres 4


professionnelle 2005)
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

ADETEM Association 1 241 (en Cadres 2


professionnelle 2005)

DFCG Association 2 800 (en Cadres 1


professionnelle 2005)

AFDCC Association 884 (en Cadres 3


professionnelle 2005)

DCF Association Inconnu Cadres et 1


professionnelle Chefs de
moyenne
entreprise

ACTIF- Syndicat 4 220 Cadres, 21


CFDT professionnel dont Maîtrise et
territorial (Île- 1 042 Employés
de-France et cadres
Champagne- (en
Ardenne) 2003)

CFDT Section Env. 40 Cadres, 1


MACSF G¶HQWUHSULVH dont 15 Maîtrise et
cadres Employés
(en
2005)

1
Les deux enquêtées des AGF et de MACSF ne sont pas comptabilisées.

71
CFDT siège Section Env. 100 Cadres, 1
des AGF G¶pWDEO dont 60 à Maîtrise et
70 cadres Employés
(en
2005)

SNCAPA- Syndicat 1 152 (en Cadres et 3


CGC professionnel 2006) Maîtrise
national

SECIF- Syndicat 6 200 Cadres, 51


CFDT professionnel dont env. Techniciens,
régional 1 000 Maîtrise,
cadres employés et
(en ouvriers
2003)
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

CFDT siège Section Inconnu Cadres, 1


G¶(') G¶pWDEO Techniciens,
Maîtrise et
Employés

CFDT- Union 70 0002 Cadres 3


cadres Confédérale (en
2005)

UGICT Section 975 (en Techniciens 10


PNC Air syndicale 2005) et Maîtrise
France

UGICT Syndicat 175 (en Cadres et 11


BNP G¶HQWUHSULVH 2006) Techniciens
Paribas Île-
de-France

6 52

1
1¶HVWSDVFRPSWDELOLVpHO¶HQTXrWpHGXVLqJHG¶(')
2
Les cadres de la CFDT adhérant à la CFDT-cadres « SDU O¶LQWHUPpGLDLUH GHV RUJDQLVDWLRQV
confédérées » (Article 1er des statuts de la CFDT-cadres), ce chiffre est le chiffre revendiqué par la
structure permanente de la CFDT-cadres. Il repose sur le nombre de cadres syndiqués à la CFDT
effectivement déclarés par lesdites « organisations confédérées »DXTXHO V¶DMRXWH XQH HVWLPDWLRQ
des cadres syndiqués qui ne sont pas déclarés.

72
PREMIÈRE PARTIE
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

LES OFFRES DE REPRÉSENTATION : « FORMES » ET


« CONTENUS » DE L¶ACTION COLLECTIVE CADRE

73
Les ingénieurs et les cadres enquêtés sont tous des salariés qui sont
LPSOLTXpV SOXV RX PRLQV DFWLYHPHQW GDQV O¶DFWLRQ FROOHFWLYH HQ OLHQ DYHF OH
travail et O¶HPSORL0DLVWRXVQHVRQWSDVPHPEUHVG¶XQV\QGLFDW&HUWDLQVOHVRQW
G¶DXWUHVVRQWPHPEUHVG¶XQ© groupement professionnel »1 RXG¶DQFLHQVpOqYHVA
priori, tout les distingue. Quel rapport, en effet, entre le cadre militant syndical et
le cadre « professionnel », le cadre « expert ªG¶XQHVSpFLDOLWpJHVWLRQQDLUH ? Quoi
GH SOXV LQFRPSDUDEOH TXH O¶HQJDJHPHQW V\QGLFDO G¶XQ FDGUH TXLQTXDJpQDLUH LVVX
GXUDQJV\QGLTXpGDQVOHFRQWH[WHGHO¶DJLWDWLRQVRFLDOHSRVW-PDLHWG¶XQLRQ
GHODJDXFKHHWO¶LPSOLFDWLRQSURIHVVLRQQHOOHEpQpYROHG¶XQWUHQWHQDLUHGLSO{PpGH
Grande École, rompu aux thèses du management anglo-saxon, envisageant la
carrière au-GHOjGHVIURQWLqUHVG¶XQHVHXOHHQWUHSULVHHWOHPDUFKpFRPPHXQPRGH
indépassable de régulation des échanges économiques ? Quels points communs
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

HQWUH O¶LQJpQLHXU IRUPp GDQV XQH eFROH KDELOLWpH SDU OD &RPPLVVLRQ GHV 7LWUHV
G¶,QJpQLHXU &7,  j HQ FHUWLILHU O¶DSWLWXGH SURIHVVLRQQHOOH HW OH © cadre non-
ingénieur »2 DXWRGLGDFWH RX GLSO{Pp PHPEUH G¶XQ © groupement syndical ou
professionnel », selon les termes de Thomas Amossé ?
Cette partie ambitionne de démêler les « communautés pertinentes de
O¶DFWLRQFROOHFWLYH »3 des cadres et tente de prouver que ce qui les rassemble prime
sur ce qui les distingue. Cette démonstrDWLRQV¶DSSXLHVXUO¶DQDO\VHGHFHTXLIRQGH
O¶DFWLRQGHV DVVRFLDWLRQVSURIHVVLRQQHOOHV &KDSLWUH , GHV DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV
pOqYHV G¶pFROH G¶LQJpQLHXUV &KDSLWUH ,,  HW GHV V\QGLFDWV RX VHFWLRQV V\QGLFDOHV
G¶HQWUHSULVH &KDSLWUH,,, 

Le premier chapitre met en scène cinq associations professionnelles,


recouvrant chacune une spécialité de la pratique gestionnaire  O¶$VVRFLDWLRQ
Nationale des Directeurs et Chefs du Personnel (ANDCP), qui regroupe les
professionnels de la « fonction Personnel »4 ; O¶$VVRFLDWLRQ )UDQoDLVH GHV Credit

1
T. Amossé, « Mythes et réalités de la syndicalisation en France », DARES, Premières Synthèses,
octobre 2004 ± n° 44.2.
2
F. Jacquin, /HVFDGUHVGHO¶LQGXVWULHHWGXFRPPHUFHHQ)UDQFH, Paris, Armand Colin, 1955.
3
D. Segrestin, « /HV FRPPXQDXWpV SHUWLQHQWHV GH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH », Revue Française de
Sociologie, XXI, 1980, pp. 171-203.
4
J. Fombonne, 3HUVRQQHO HW '5+ /¶DIILUPDWLRQ GH OD IRQFWLRQ 3HUVRQQHO GDQV OHV HQWUHSULVHV
(France, 1830-1990), Paris, Vuibert, 2001.

74
Managers et Conseils (AFDCC), qui réunit les professionnels de la gestion du
poste-client (credit management)  O¶$VVRFLDWLRQ 1DWLRQDOH GX Marketing
(ADETEM), qui rassemble des Directions Marketing de grandes entreprises ;
O¶DVVRFLDWLRQ GHV 'LUHFWHXUV )LQDQFLHUV HW GH &RQWU{OH GH *HVWLRQ ')&*  j
laquelle peuvent cotiser cadres financiers et contrôleurs de gestion O¶DVVRFLDWLRQ
des Directeurs Commerciaux de France (DCF), qui mêle cadres commerciaux de
grandes entreprises et dirigeants de Petites et Moyennes Entreprises (PME)
spécialisées dans le commerce. Ce sont cependant les deux premières qui occupent
O¶HVVHQWLHO GX FKDSLWUH GX IDLW TX¶HOOHV IXUHQW OHV SOXV DFFHVVLEOHV OHV PRLQV
IHUPpHV &¶HVW G¶DLOOHXUV XQH FKDQFH TXH OHV HQTXrWpV GH O¶$)'&& DLHQW pWp
GLVSRVpVjSHUPHWWUHOHERQGpURXOHPHQWGHO¶pWXGH : association la plus jeune de
WRXWHV LQWpUHVVDQWXQHSURIHVVLRQWUqV UpFHQWHVXUOHWHUULWRLUHQDWLRQDO O¶$)'&&
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

HVWFHOOHGRQWOHVHQVGHO¶DFWLRQIXWOHSOXVYLVLEle.
/HVUpVXOWDWVGXVHFRQGFKDSLWUHUHSRVHQWVXUO¶pWXGHGHGHX[DVVRFLDWLRQV
G¶DQFLHQV pOqYHV G¶pFROH G¶LQJpQLHXUV  O¶$VVRFLDWLRQ GHV ,QJpQLHXUV GHV ,QVWLWXWV
6XSpULHXUV GH 7HFKQRORJLH $,67  HW O¶$VVRFLDWLRQ GHV ,QJpQLHXUV GH O¶eFROH
Nationale SupérLHXUH GH O¶eOHFWURQLTXH HW GH VHV $SSOLFDWLRQV $, (16($  &HV
GHX[ DVVRFLDWLRQV RQW HQ FRPPXQ OD UHSUpVHQWDWLRQ G¶DQFLHQV pOqYHV TXL OH VRQW
G¶XQHpFROHD\DQWGLIILFLOHPHQWREWHQXO¶KDELOLWDWLRQjGpOLYUHUOHWLWUHG¶LQJpQLHXU
diplômé. « Dans les objets sociaux de moindre prestige, il peut être plus facile
G¶DFFpGHUjO¶HVVHQWLHO », écrit Everett C. Hughes1/¶LQWpUrWTXHSUpVHQWHO¶DQDO\VH
GHVPRWLIVGHO¶DFWLRQGHFHVGHX[DVVRFLDWLRQVWLHQWHIIHFWLYHPHQWDXSUHVWLJHGHV
plus réduit dont sont affectées, on verra pourquoi, les écoles dont elles relèvent.
1RQTX¶LO\DLWHXFKH]OHVHQTXrWpVGH© tendance à maintenir une façade », selon
OHVPRWVGH+XJKHVjO¶pJDUGGHO¶°LOH[WpULHXU6¶LOHVWSOXVLQVWUXFWLIG¶HQTXrWHU
jO¶$,67RXjO¶$,(16($TX¶j&HQWUDOH3DULVF¶HVWSDUFHTX¶HQTXHOTXHVRUWH
OHV GLSO{PpV GH FHV DVVRFLDWLRQV IRQW DXMRXUG¶KXL FH TXH OHV FHQWUDOLHQV IDLVDLHQW
KLHU2EVHUYHUOHVDFWLRQVTXLYLVHQWjDPpOLRUHUODYDOHXUG¶XQGLSO{PHQ¶HVWSDVOD
PrPH FKRVH TX¶REVHUYHU FHOOHV TXL YLVHQW DX PDLQWLHQ j OD SUpVHUYDWLRQ G¶XQH
valeur déjà acquise : les premières sont permanentes, les secondes plus
SRQFWXHOOHV3UpVHUYHULPSOLTXHXQHSDUWG¶LQHUWLHDFTXpULUVXSSRVHO¶DFWLRQ

1
E. C. Hughes (1951), « Le travail et le soi », Le regard sociologique. Essais choisis. Textes
rassemblés et présentés par Jean-Michel Chapoulie3DULVeGGHO¶(+(66

75
Le dernier chapitre de cette première partie concerne les organisations
V\QGLFDOHV GH GHX[ VHFWHXUV G¶DFWLYLWp SUDWLTXHPHQW MXPHDX[ : la Banque et les
Assurances, et plus particulièrement BNP Paribas et les Assurances Générales de
)UDQFH $*)  /HXU KLVWRLUH SDUWLFXOLqUH GDQV O¶pFRQRPLH IUDQoDLVH REOLJH GpMj j
préciser que les résultats obtenus dans ce chapitre ne valent que pour le terrain
étudié, encore que la plupart se retrouvent ailleurs, notamment à Électricité de
France, (EDF), Air France ou Saint-Gobain. Plusieurs organisations syndicales
occupent le chapitre : le syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France ; les sections
CFDT des AGF, et en particulier celle du siège, qui est dominée par les cadres ;
OHV VHFWLRQV &*& GHV $*) TXL WHQWHQW G¶H[LVWHU IDFH j XQH SXLVVDQWH &)'7
véritable institution dans cette entreprise ; les sections syndicales CFDT et CGC
GH OD 0XWXHOOH G¶$VVXUDQFHV GX &RUSV GH 6DQWp )UDQoDLV 0$&6)  5DSSHORQV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

enfin que le syndicat UGICT étudié est, à BNP Paribas, « partenaire » (pour
paraphraser un enquêté) du syndicat CGT Île-de-France, mais concurrent de ce
même syndicat au sein de la Fédération CGT des Personnels des Secteurs
Financiers. Les tensions qui caractérisent les relations entre ces deux syndicats
VHURQWpYRTXpHVFKDTXHIRLVTX¶LOVHUDTXHVWLRQGHO¶8*,&7%133DULEDVFDUHOOHV
expliquent en grande partie le sens des actions engagées par ses militants.

76
CHAPITRE I : LA CONSTRUCTION ET LA PRÉSERVATION
DE TERRITOIRES PROFESSIONNELS

1RPEUHX[ VRQW OHV VRFLRORJXHV D\DQW GpMj VRXOLJQp O¶DSRULH G¶XQH


transposition directe des analyses de la sociologie des professions à la réalité
française. Le modèle canonique de la « profession » est celui des « professions
établies ª DXVHQV G¶(YHUHWW&+XJKHV1. « Établies », les « professions » recèlent
XQPRQRSROHG¶H[HUFLFHGHO¶DFWLYLWpO¶DXWKentification par le titre et leur contrôle
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

par la communauté organisée des pairs. La différenciation entre profession et


occupation GRQQH VHQV DX PRGqOH GLVWLQFWLRQ TXL HQ )UDQFH Q¶D JXqUH GH
signification : le salariat y est le mode très nettement domiQDQW G¶H[HUFLFH
professionnel2. Les concepts de la sociologie des professions doivent donc être
UDPHQpVDXFRQWH[WHIUDQoDLVOHXUXVDJHSRQGpUpjO¶DXQHGXIDLWVDODULDO
Le groupe social formé par les cadres rassemble des « professions
hétéroclites »3 TXL QH VRQW SDV UpJOHPHQWpHV ¬ O¶H[FHSWLRQ QRWDEOH GHV H[SHUWV-
FRPSWDEOHVO¶DFFqVjFHV © professions » et la détermination des modus operandi
du travail ne relèvent pas, en effet, des « gens de métier ªPDLVGHO¶RUJDQLVDWLRQ
qui les emploie. Si le niveau de diplôme fait de plus en plus office de
« parchemin »4 SRXUO¶DFFqVjO¶HPSORL5, les modalités de cet accès restent réglées
SDUO¶RUGUHFRQYHQWLRQQHO TXL UpVXOWHGHV QpJRFLDWLRQV FROOHFWLYHV VHFWRULHOOHV /D
qualification du cadre comme du salarié G¶H[pFXWLRQ VH GpGXLW DLQVL PRLQV GX
contenu du travail et des capacités individuelles, formalisées par un diplôme,

1
E. C. Hughes (1963), « Les professions établies », Le regard sociologique. Essais choisis. Textes
rassemblés et présentés par Jean-Michel Chapoulie3DULVeGGHO¶(+(66 1996.
2
F. Piotet, « Nouveaux métiers, le grand malentendu », Projet n° 259, 1999, pp. 39-50.
3
G. Groux, Le syndicalisme des cadres en France, 1963- 8Q HQMHX SURGXFWHXU G¶HQMHX[
'RFWRUDWG¶eWDW7RPH/¶HVSDFHGHVDOOLDQFHV, 1986.
4
R. Boudon et F. Bourricaud (1982), « Professions », Dictionnaire critique de la sociologie, Paris,
PUF, Coll. « Quadrige », 2004.
5
F. Piotet (dir.) La révolution des métiers, Paris, PUF, Coll. « Le lien social », 2002.

77
VXVFHSWLEOHV G¶\ rWUH DVVRFLpHV TX¶HOOH Q¶HVW LQGLTXpH SDU OH SRVLWLRQQHPHQW GX
poste occupé dans les grilles conventionnelles de classification des emplois. De ce
IDLWVHORQOHVHFWHXUG¶DFWLYLWpXQHPrPHRFFXSDWLRQQ¶HVWSDVWRXMRXUVFODVVpHDX
même niveau de qualification, ni ne requiert toujours le même niveau ou type de
diplôme. Théoriquement, un même poste de travail de statut cadre, supposant un
contenu identique, peut être indifféremment occupé par un Bac +2, un Bac +5, un
GLSO{Pp G¶pFROH G¶LQJpQLHXUV GH FRPPHUFH G¶XQLYHUVLWp RX SDU XQ DXWRGLGDFWH
SURPXjO¶DQFLHQQHWp(QG¶DXWUHVWHUPHVSDU© Q¶LPSRUWHTXL » O¶RFFXSDWLRQGX
poste de travail fait le « professionnel ».
Très peu de professions satisfont les standards typiques mis en exergue
par les auteurs anglo-saxons et plus particulièrement, les auteurs fonctionnalistes.
0DLV (YHUHWW & +XJKHV VRXOLJQH TXH O¶LPSRUWDQW Q¶HVW Sas de savoir si une
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

profession quelconque répond ou non aux critères permettant de la définir ainsi.


/¶LPSRUWDQW HVW GH TXHVWLRQQHU OHV VWUDWpJLHV GH SURIHVVLRQQDOLVDWLRQ PLVHV HQ
°XYUH SDU OHV DFWHXUV GX WUDYDLO SRXU © établir » leur activité en profession,
accessible sous réserves. « /H FRQFHSW GH SURIHVVLRQ Q¶HVW SDV WDQW XQ WHUPH
GHVFULSWLITX¶XQMXJHPHQWGHYDOHXUHWGHSUHVWLJH >«@(QFRQVpTXHQFH le terme
de profession est un symbole de la conception du travail qui est revendiquée »1.
&¶HVW TXH DX-delà des particularités nationales, un processus de
SURIHVVLRQQDOLVDWLRQ WRXFKH WRXMRXUV DX[ FRQGLWLRQV TXL SHUPHWWHQW O¶DFFqV j
O¶DFWLYLWp GH WUDYDLO FRQVLGpUpH HW DX FRQWU{OH GHV UqJOHV GH VRQ H[HUFLFH 7RXW
mouvement de professionnalisation renvoie à la segmentation du marché du
WUDYDLOHWjODGLFKRWRPLHHQWUHOHSURIHVVLRQQHOHWO¶DPDWHXU RXSLVOHFKDUODWDQ 
TXL HQ GpFRXOH &RUROODLUH O¶H[SHUWLVH O¶HPSRUWH LGpDOHPHQW GX PRLQV VXU
O¶LQMRQFWLRQ KLpUDUFKLTXH OD FRPSpWHQFH ERUQH O¶HPSULVH GH O¶HPSORyeur sur la
GpILQLWLRQGHVPDQLqUHVGHSUDWLTXHU/DUHYHQGLFDWLRQSURIHVVLRQQHOOHORUVTX¶HOOH
V¶HQWHQG DX F°XU GX IDLW VDODULDO H[SULPH XQH © lecture critique du travail et de
O¶RUGUHGHODSURGXFWLRQGDQVXQHpFRQRPLHGHPDUFKp »2.

/¶DPELWLRQ GH FH FKDSLWUH HVW GH GpPRQWUHU TXH O¶DFWLRQ DVVRFLDWLYH
professionnelle est une forme de contestation du rapport de subordination, à

1
E. C. Hughes (1951), « Le travail et le soi », op. cit. p. 77
2
F. Piotet (2002), op. cit. p. 5.

78
ODTXHOOHO¶HQWUHSULVHDODUJHPHQWLQWpUrW3RXULOOXVWUHUFHWWHDQDO\VHRQV¶DSSXLHUD
VXU O¶H[HPSOH G¶XQH DFWLYLWp GH FDGUH ILQancier, la « gestion du poste-client »
(Credit management  /¶$VVRFLDWLRQ )UDQoDLVH GHV Credit Managers et Conseils
(AFDCC), créée en 1970, est la plus récente des organisations professionnelles
enquêtées. La professionnalisation de cette activité de travail, sa construction en
« juridiction »1 GRQW OHV FRQILQV HW OHV UqJOHV G¶H[HUFLFH YLHQGUDLHQW OLPLWHU OH
SRXYRLU GH O¶HPSOR\HXU HW GpILQLU XQ PDUFKp GX WUDYDLO SURIHVVLRQQHO V¶HVW SRXU
O¶HVVHQWLHOHIIHFWXpHSHQGDQWO¶HQTXrWHGHWHUUDLQ

1) /¶DXWRULWpDVVociative
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Dans les années 1950- FDGUHV HW GLULJHDQWV G¶HQWUHSULVH IUDQoDLV


furent incités, par les « experts » américains intervenus en France dans le cadre du
3ODQ 0DUVKDOO GH O¶LPPpGLDW DSUqV-guerre, à « professionnaliser » leur approche
des affaires, à se familiariser avec les techniques « modernes » du management.
/¶RUJDQLVDWLRQ GX WUDYDLO GHYDLW GpVRUPDLV FRQGXLUH j PHWWUH HQ °XYUH GLYHUV
LQVWUXPHQWVGHPRELOLVDWLRQGHVVDODULpV DLQVLTX¶jRSWLPLVHUFKDFXQHGHVpWDSHV
des cycles de production, GHO¶DSSURYLVLRQQHPHQWHQPDWLqUHVSUHPLqUHVjO¶DUWGH
commercialiser le produit fini. La reconstruction et la modernisation de
O¶pFRQRPLH IUDQoDLVH VXSSRVDLHQW pJDOHPHQW O¶DPpOLRUDWLRQ GHV HQVHLJQHPHQWV
prodigués dans les Grandes Écoles ± en y incorporant, en particulier, les
connaissances produites par les psycho-sociologues du travail américains ± et
O¶LQWURGXFWLRQGHODIRUPDWLRQjODFRQGXLWHGHVDIIDLUHVjO¶XQLYHUVLWp
Le perfectionnement des cadres en activité passait par leur inscription
ponctuelle à divers séminaires, conférences et groupes de réflexion, à des cycles
GHIRUPDWLRQSUDWLTXHPLVHQSODFHVXUO¶LQLWLDWLYHGHV\QGLFDWVSURIHVVLRQQHOVGH
FDELQHWV GH FRQVHLO HQ RUJDQLVDWLRQ RX G¶RUJDQLVPHV SULYpV GH IRUPDWLRQ /D
Commission Générale d¶2UJDQLVDWLRQ6FLHQWLILTXH &(*26 IXWSDUWLFXOLqUHPHQW

1
A. Abbot, « Écologies liées : à propos du système des professions », P. M. Menger (dir.), Les
professions et leurs sociologies. Modèles théoriques, catégorisations, évolutions, Paris, Éd. de la
MaisoQGHVVFLHQFHVGHO¶KRPPH&ROO© Colloquium », 2003.

79
active en la matière1. Ce mouvement de professionnalisation des cadres praticiens
GH OD JHVWLRQ V¶DFFRPSDJQDLW HQILQ G¶XQ UHJURXSHPHQW HQ DVVRFLDWLRQV UHOHYDQW
chacune de leurs spécialités respectives, suivant le modèle anglo-saxon des
professions2&¶HVWGDQVFHFRQWH[WHTXHO¶Association Nationale des Directeurs et
&KHIVGX3HUVRQQHO $1'&3 O¶$VVRFLDWLRQ1DWLRQDOHGXMarketing (ADETEM)
HW GDQV XQHPRLQGUHPHVXUHO¶DVVRFLDWLRQ GHV 'LUHFWHXUV)LQDQciers et Contrôle
de Gestion (DFCG) furent constituées.

1.1) 'HVDVVRFLDWLRQVGHSURIHVVLRQQHOVRXG¶HQWUHSULVH "/¶XVDJH


commode du terme « fonction »

+RUV GHV FDUDFWpULVWLTXHV GH O¶DFWLYLWp GH WUDYDLO TXL IRUPHQW OHV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

« fonctions ª TX¶HOOHV UHSUpVHQtent (Ressources Humaines, Marketing«  HW ELHQ


TX¶HOOHV SRXUVXLYHQW GHV REMHFWLIV DQDORJXHV OHV DVVRFLDWLRQV SURIHVVLRQQHOOHV
enquêtées se démarquent par deux aspects OHVWDWXWG¶HPSORL VDODULpHPSOR\HXU
indépendant) et la personnalité juridique (physique, morale) du membre de droit.
/¶$1'&3(Ressources Humaines) et la DFCG (Finance et Contrôle de Gestion)
sont des associations de personnes physiques, dont le membre typique est un
salarié3 /¶$'(7(0 (Marketing) '&) &RPPHUFLDX[  HW O¶$)'&& Credit
managers VRQWjO¶LQYHUVHGHVDVVRFLDWLRQVG¶HQWUHSULVHV

« /¶DVVRFLDWLRQ UHSUpVHQWH XQH IRQFWLRQ RQ HVW D[p VXU OHV WHFKQLTXHV
F¶HVWG¶DLOOHXUVSRXUoDTX¶XQGLUHFWHXUcredit G¶XQHHQWUHSULVHSHXWGLUH
jXQGHVHV FROODERUDWHXUV ³LO\DXQHUpXQLRQ Lmportante sur le thème
VXU OHTXHO RQ WUDYDLOOH FH VHUDLW ELHQ TXH YRXV \ DOOLH]´ >«@ on ne fait
pas de différence, on a aussi bien des chefs de services que des
FROODERUDWHXUV RX GHV FDGUHV GLULJHDQWV F¶HVW O¶HQWUHSULVH TXL DGKqUH
donc peu importe qui elle nous envoie. » (Jean-Luc Daniel, Secrétaire
*pQpUDOGHO¶$)'&&

1
/D &(*26 IXW FUppH HQ  j O¶pSRTXH GH O¶LQWURGXFWLRQ GX WD\ORULVPH HQ )UDQFH SDU OD
Confédération Générale de la Production Française (CGPF) et sous le nom de Commission
*pQpUDOH G¶2UJDQLVDWLRQ Scientifique du Travail, (CGOST). La CGPF, devenue Confédération
Générale du Patronat Français en 1936, avait elle-même été créée le 1er MXLOOHWjO¶LQVWLJDWLRQ
GX0LQLVWUHGHO¶,QGXVWULHHWGX&RPPHUFHGHO¶pSRTXHeWLHQQH&OpPHQWHO
2
L. Boltanski, « America, america... Le plan Marshall et l'importation du management », Actes de
la Recherche en Sciences Sociales, 38 / 1981, pp. 19-41.
3
/HV FRQVXOWDQWV VRQW IURLGHPHQW DFFXHLOOLV j O¶$1'&3 GX IDLW G¶XQH GpPDUFKH MXJpH WURS
ouvertement « commerciale » (Denis Cassin, Délégué Général).

80
« dDIDLWVL[PRLVTXHQRXVDGKpURQVPDLVMHQ¶DLHQFRUHDVVLVWpjULHQ
3DU FRQWUH M¶DL GpMj HQYR\p XQ FROODERUDWHXU j GHV UpXQLRQV GRQW OH
thème nous intéressait. Il me fait un compte-UHQGX MH YRLV FH TXL V¶HVW
dit. » (David Blot, 37 ans, cadre diplômé, ADETEM)

« dD Q¶D SDV G¶LQWpUrW GH GLVWLQJXHU HQWUH QRV DGKpUHQWV &H TXL QRXV
LQWpUHVVH LFL F¶HVW OD IRQFWLRQ FRPPHUFLDOH » (Élise Digard, Déléguée
Générale de DCF)

Ces trois associations acceptent néanmoins employeurs et salariés au sein du


FRQWLQJHQW DGKpUHQWHWGHIDLWHOOHVVRQWDXVVLGHVDVVRFLDWLRQVG¶LQGLYLGXVGRQW
O¶REMHW HVW GH « favoriser le professionnalisme »1 ¬ O¶$)'&& F¶HVW O¶HQWUHSULVH
qui adhère, mais cette adhésion est incarnée par son credit manager TXL O¶\
représente statutairement2. Dans les faits, ce dernier « approche » le groupement
et doit convaincre sa hiérarchie du bien-IRQGpGXSDLHPHQW SDUO¶HQWUHSULVHGHOD
cotisation :
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

« &¶HVW XQH DVVRFLDWLRQ GH SURIHVVLRQQHOV -¶DL IDLW OD GpPDUFKH GH
SURSRVHURQP¶DGLW³G¶DFFRUGDOOH]-\´HWoDQ¶DMDPDLVpWpUHPLVHQ
FDXVH4XDQGM¶DLFKDQJpG¶HQWUHSULVHM¶DLGLWTXHM¶pWDLVjO¶$)'&&HW
PHV HPSOR\HXUV Q¶RQW SDV GLVFXWp ! » (Julien Maison, 51 ans, cadre,
promotiRQLQWHUQH3UpVLGHQWG¶+RQQHXUGHO¶$)'&&

« &¶HVW O¶HQWUHSULVH TXL HVW PHPEUH HW TXL SDLH OD FRWLVDWLRQ« LFL LO D
IDOOXTX¶LOVDFFHSWHQWGHSUHQGUHHQFKDUJHPDFRWLVDWLRQTXHM¶H[SOLTXH
O¶LQWpUrW GH O¶DVVRFLDWLRQ » (Sébastien Gard, 34 ans, cadre diplômé,
3UpVLGHQWGHO¶$)'&&

« Le credit manager DSSURFKH O¶DVVRFLDWLRQ PDLV F¶HVW O¶HQWUHSULVH TXL


SDLH OD FRWLVDWLRQ &¶HVW HQ FH VHQV TXH O¶RQ HVW XQH DVVRFLDWLRQ
G¶HQWUHSULVHV« ELHQ VRXYHQW O¶LQGLYLGX IDLW OD GpPDUFKH HW VROOLFLWH
O¶DFFRUGGHVRQHQWUHprise. » (Jean-Luc Daniel, AFDCC)

A contrario GHO¶$)'&&ROHcredit manager est un salarié qui adhère au nom de


O¶HQWUHSULVH FRWLVDQWH O¶$'(7(0 SURSRVH GLYHUVHV FRQILJXUDWLRQV G¶DGKpVLRQV :
FHOOHG¶XQHVHXOHSHUVRQQHGRQWODFRWLVDWLRQHVWLQGLIIpUHPPHnt versée par elle ou
par son entreprise O¶DGKpVLRQGLWH« entreprise »DYHFVHORQOHFKLIIUHG¶DIIDLUHV
GHO¶HQWUHSULVHFRQVLGpUpHVL[QHXIRXTXLQ]HFDGUHVLQVFULWV/DSOXSDUWGXWHPSV
SOXVLHXUV PHPEUHV G¶XQH PrPH 'LUHFWLRQ Marketing adhèrent à l¶$'(7(0 VXU

1
Source  $UWLFOH  GHV 6WDWXWV GH O¶$)'&& 'RFXPHQW ILJXUDQW GDQV O¶DQQXDLUH GHV PHPEUHV
 REWHQXDXSUqVGX6HFUpWDLUH*pQpUDOGHO¶DVVRFLDWLRQ-HDQ-Luc Daniel.
2
Source $UWLFOHGHV6WDWXWVGHO¶$)'&&

81
GpFLVLRQ GX 'LUHFWHXU 0DLV O¶DQQXDLUH GH O¶DVVRFLDWLRQ UHFHQVH FKDFXQ GHV
individus qui adhèrent au titre de leur entreprise :

« 2QHVWVL[DGKpUHQWVGHO¶$'(7(0GDQVPRQVHUYLFHF¶HVWPDFKHIOD
Directrice Marketing, qui un jour a décidé qu¶LOIDOODLWDGKpUHU(OOHP¶D
VROOLFLWpHWM¶pWDLVG¶DFFRUG-HVXLVGRQFDGKpUHQWGHO¶DVVRFLDWLRQM¶DL
UHPSOLXQHILFKHG¶DGKpVLRQHWM¶DLPDFDUWHGHPHPEUH » (David Blot,
ADETEM)

/¶HQWUHSULVH SDLH OD FRWLVDWLRQ GH FKDFXQ GH FHV PHPEUHV HW QRQ XQH Fotisation
SRXU O¶HQVHPEOH GHV FROODERUDWHXUV GH OD 'LUHFWLRQ Marketing /¶DGKpVLRQ UHVWH
GRQF LQGLYLGXHOOH HW QRPLQDWLYH SHUVRQQHOOH PrPH ORUVTXH F¶HVW VXU O¶LQLWLDWLYH
G¶XQH GLUHFWLRQ G¶HQWUHSULVH TX¶HOOH GHYLHQW HIIHFWLYH $X UHVWH O¶DQQXDLUH GHV
membUHV GH O¶$'(7(0 FRPPH FHOXL GH O¶$)'&& HVW VFLQGp OHV DGKpUHQWV \
pWDQWUpSHUWRULpVSDUHQWUHSULVHHWSDUSHUVRQQHSK\VLTXH$XPRPHQWGHO¶HQTXrWH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

O¶$'(7(0 « réfléchit » j OD PLVH HQ SODFH G¶XQH %RXUVH G¶HPSORL 'DQLqOH
6RXWLQ 'pOpJXpH *pQpUDOH GH O¶ADETEM), qui existe non seulement pour les
DGKpUHQWV GH OD ')&* HW GH O¶$1'&3 PDLV DXVVL SRXU OHV credit managers de
O¶$)'&&/¶$)'&&HQWHQGpJDOHPHQWVXLYUHO¶H[HPSOHGHO¶$1'&3TXLDPLV
en place une structure dite « Junior » SRXU GpYHORSSHU O¶DGKpVLRn des jeunes
« professionnels » du credit management, en raison du profil vieillissant des
PHPEUHV SK\VLTXHV  GH O¶DVVRFLDWLRQ  XQ WLHUV G¶HQWUH HX[ D SOXV GH  DQV HQ
20041.
$VVRFLDWLRQ G¶HQWUHSULVH RX GH SHUVRQQHV F¶HVW HQ UpDOLWp WRXMRXUV
O¶HQWUHSULVHTXLKDELWXHOOHPHQWV¶DFTXLWWHGHODFRWLVDWLRQ/¶$1'&3HWOD')&*
VRQW GHV DVVRFLDWLRQV GH SHUVRQQHV SK\VLTXHV PDLV G¶DSUqV OHV HQTXrWpV GH OHXU
VWUXFWXUH SHUPDQHQWH LO HVW HQWHQGX TXH O¶HQWUHSULVH SUHQG HQ FKDUJH OH FR€W
ILQDQFLHU GH O¶DGKpVLRQ sous réserve que le salarié la déclare. Par ailleurs, un
FROODERUDWHXUGHO¶DGKpUHQWSHXWDXVVLjODGHPDQGHGHFHGHUQLHUSDUWLFLSHUjXQH
manifestation organisée par le groupement : Arnaud Lefrot (ANDCP) est membre
G¶XQH pTXLSH GH 5HVSRQVDEOHV 5HVVRXUces Humaines (RRH) subordonnée au
Directeur des Ressources Humaines (DRH) du siège de son entreprise. Ce DRH
GXVLqJHUHQGFRPSWHDX'5+)UDQFHTXLHVWXQDGKpUHQW HIIHFWLIGHO¶$1'&3
Arnaud est intervenu à la réunion du Cercle des Paradoxes ANDCP du 14 mars
jO¶LQVWLJDWLRQGHFH'5+)UDQFHVDQVOXL-PrPHDGKpUHUjO¶DVVRFLDWLRQ :
1
Source : Enquête biennale 2004, Le profil du credit manager, partenariat AFDCC / Accountemps
et R.H.I. Management resources. Document obtenu auprès de Jean-Luc Daniel.

82
« /H'5+)UDQFHTXLDWRXMRXUVpWpSURFKHGHO¶$1'&3P¶DVROOLFLWp
SRXUTXHM¶LQWHUYLHQQHjODUpXQLRQGX Cercle de mars dernier. Mais ce
Q¶pWDLWSDVXQSUREOqPHTXHMHQHVRLVSDVDGKpUHQWGHO¶DVVRFLDWLRQMH
O¶pWDLV HQ TXHOTXH VRUWH j WUDYHUV OXL GLVRQV SDU PRQ HQWUHSULVH »
(Arnaud Lefrot, 27 ans, cadre diplômé, ANDCP)

/¶$1'&3 PHW VXU OH PrPH SODQ VWDWXWDLUH OH '5+ *URXSH G¶XQH ILUPH PXOWL-
nationale et le cadre opératLRQQHOFKDUJpGHUHFUXWHPHQWGDQVOHVHUYLFH5+G¶XQH
ILOLDOHGX*URXSHHQTXHVWLRQ/HPRGHG¶DIILOLDWLRQ\HVWWHUULWRULDOHWO¶DGKpUHQW
« cadre de la fonction RH »O¶HVWGXJURXSHORFDOTXLFRUUHVSRQGjO¶LPSODQWDWLRQ
géographique de son lieu de travail1. Jean Fombonne, lui-même ancien DRH de la
&RPSDJQLH%DQFDLUHHW3UpVLGHQWGHO¶$1'&3HQWUHHW présente cette
ouverture comme « un choix militant »2 ayant engendré la désertion des Directeurs
de Personnel de grandes entreprises, qui avaient pRXUWDQWFRQVWLWXpO¶DVVRFLDWLRQHQ
/D')&*VHPEOHXQHDVVRFLDWLRQSOXVIHUPpHO¶DGKpUHQW\pWDQWWRXMRXUVXQ
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

'LUHFWHXU GX PRLQV G¶DSUqV OH SHUPDQHQW HQ FKDUJH GH OD FRPPXQLFDWLRQ GH
O¶DVVRFLDWLRQHWGXGpYHORSSHPHQWGHO¶DGKpVLRQ)UpGpULF0DUFDQ :

« Ce sont des personnes qui adhèrent, mais généralement, leur entreprise


SDLH OD FRWLVDWLRQ ,O IDXW rWUH XQ FDGUH GH OD IRQFWLRQ 5+ &¶HVW OH
minimum pour adhérer. >«@0DLVRQHVWHQWUDLQG¶HVVD\HUGHVHJPHQWHU
notre public, parce que les préoccupations G¶XQ '5+ G¶XQ JUDQG
JURXSH FH QH VRQW SDV OHV PrPHV TXH FHOOHV G¶XQ GpEXWDQW &¶HVW SRXU
FHODTXHO¶RQDFUppO¶$1'&3-XQLRU » (Denis Cassin, Délégué Général
GHO¶$1'&3

« (QJpQpUDOO¶HQWUHSULVHSDLHODFRWLVDWLRQDVVRFLDWLYHPDLVFHVRQWGHV
directeXUV ILQDQFLHUV TXL DGKqUHQW >«@ 0RL MH VXLV VDODULp GH
O¶DVVRFLDWLRQ HQ FKDUJH GX marketing M¶HVVDLH DXVVL GH GpYHORSSHU
O¶DGKpVLRQ 7RXV OHV PDWLQV M¶pSOXFKH OD SUHVVH pFRQRPLTXH HW
financière, je relance les personnes dont les nominations sont publiées, je
les cible comme adhérents potentiels pour les contacter. » (Frédéric
Marcan, salarié de la DFCG)

/¶XVDJH GX WHUPH © fonction ª SRXU GpVLJQHU O¶REMHW GH O¶DFWLYLWp DVVRFLDWLYH
masque les différences de personnalité juridique et nivelle, de façon plus ou moins
1
¬O¶$1'&3OH« membre actif » est un « FDGUHG¶HQWUHSULVHTXLDODUHVSRQVDELOLWpSDUWielle ou
WRWDOHGHODGLUHFWLRQGXSHUVRQQHORXTXLSDUWLFLSHjO¶XQHSOXVLHXUVRXO¶HQVHPEOHGHVIRQFWLRQV
de personnel » (Source  6WDWXWV GH O¶$1'&3  6L OH &RQVHLO G¶$GPLQLVWUDWLRQ GH O¶DVVRFLDWLRQ
H[DPLQH FKDFXQH GHV FDQGLGDWXUHV j O¶DGKpVLRQ 'LUHFWeurs et Responsables des Ressources
Humaines (DRH et RRH), Chargés de recrutement, Responsables-formation, Chefs de service RH,
FDGUHV PR\HQV HW VXSpULHXUV GH JUDQGHV HW SHWLWHV HQWUHSULVHV WRXV HQ SULQFLSH V¶\ IUpTXHQWHQW
sans discrimination.
2
J. Fombonne, 3HUVRQQHO HW '5+ /¶DIILUPDWLRQ GH OD IRQFWLRQ 3HUVRQQHO GDQV OHV HQWUHSULVHV
(France, 1830-1990), Paris, Vuibert, 2001.

83
nette, les rangs hiérarchiques des membres de la communauté professionnelle.
Mais au-GHOj GHV GLIIpUHQFHV GH VWDWXW G¶HPSORL HW GH SHUVRQQDOLWp MXULGLTXH GH
rang hiérarchique et / ou de spécialité entre praticiens, la « fonction » identifie les
frontières et le contenu du « pré carré » revendiqué (Danièle Soutin, ADETEM),
O¶DLUH OpJLWLPH G¶LQWHUYHQWLRQ GX © métier ». Car, si le terme « fonction » souffre
O¶LQGLIIpUHQFLDWLRQGHVSODFHVTX¶RFFXSHQWOHVPHPEUHVGDQVO¶RUJDQLVDWLRQGHOHXU
entreprise, le « professionnel » accompli reste celui qui, à défaut de toutes les
SUDWLTXHU PDvWULVH O¶HQVHPEOH GHV WkFKHV FRQVWLWXWLYHV GX © métier » comme
O¶DVVRFLDWLRQHQHQYLVDJHOHU{OHGDQVO¶HQWUHSULVH

Les contours des professions de cadre gestionnaire sont flous et, outre
TXH FHV SURIHVVLRQV VRQW OLEUHPHQW DFFHVVLEOHV OHXUV SURSULpWpV YDULHQW G¶XQH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

HQWUHSULVHjO¶DXWUHHQIRQFWLRQGHVWHUPHVG¶XQHGLYLVLRQWHFKQLTXHGXWUDYDLOTXH
les cadres et leurs associations professionnelles ne maîtrisent pas : les tâches
appariées à la « fonction » par le groupement professionnel sont divisées et
DJHQFpHVDXJUpGHVGpFLVLRQVGLULJHDQWHVHQPDWLqUHG¶RUJDQLVDWLRQGXWUDYDLO&HV
tâches peuvent être dispersées ou groupées en entité « centrale » (Denis Cassin,
ANDCP) et, en ce cas, la « fonction » est incarnée par un individu, la figure idéale
du « professionnel », le « DRH Groupe » par exemple. Même « centrale », le
degré de parcellisation des tâches, la division technique du travail au sein du
WHUULWRLUH UHVWH O¶DSDQDJH GHV 'LUHFWLRQV *pQpUDOHV G¶HQWUHSULVH 0DLV O¶RSWLRQ
selon laquelle les tâches, les spécialités relevant idéalement de la fonction sont
organisées en structure homogène plus ou moins autonome et représentée au
« gouvernement privé »1 VLJQLILH O¶© affirmation »2 de la profession, la
UHFRQQDLVVDQFH GH VRQ FDUDFWqUH VWUDWpJLTXH SRXU O¶HQWUHSULVH /¶DVVRFLDWLRQ TXL
évalue régulièrement sa progression3 VH YRXH j SURXYHU O¶HIILFDFLWp GH FHWWH

1
M. Bauer et E. Cohen, Qui gouverne les groupes industriels " (VVDL VXU O¶H[HUFLFH GX SRXYRLU
industriel, Paris, Seuil, 1981.
2
J. Fombonne (2001), op. cit.
3
Le n°460 (juin 2005) de la revue Personnel propose un dossier « DRH et organisations », qui
traite du degré de reconnaissance du caractère stratégique de la fonction RH par les entreprises. Le
rédacteur en chef de la revue HQ IDLW O¶REMHW GH VRQ pGLWRULDO GDQV OHTXHO LO VH IpOLFLWH GX U{OH
devenu « incontournable » GHODIRQFWLRQ/¶$'(7(0SXEOLHGDQVOHQƒ PDUV-avril 2005) de
sa revue Marketing à la uneOHUpVXOWDWG¶XQHpWXGHPHQpHSDUOHFDELQHWYoung & Rubicam selon
lequel « le marketing est un des métiers les moins outsourcés » H[WHUQDOLVpV  TX¶HOOH WLHQW SRXU
indicateur de son apport stratégique.

84
orientation où les spécialités, au-delà des termes contingents de leur subdivision
au sein du périmètre qui, de fait, revient à la « fonction », relèvent, in fine, du
« professionnel » typique :

« '5+F¶HVWXQYUDLPpWLHU ,OV¶HVWFRQVWUXLWSHXjSHXRQV¶HVWDSHUoX
que pour recruter, former etc. il fallait une UpIOH[LRQ VRXWHQXH« GHV
professionnels, les dirigeants ne peuvent pas tout faire >«@0DLVRQHQ
HVW HQFRUHjGpPRQWUHU O¶XWLOLWpGHOD IRQFWLRQ LO\DGHV HQWUHSULVHVR
HOOH HVW UpGXLWH 1RXV YRXORQV SURXYHU TX¶LO IDXW XQH IRQFWLRQ FHQWUDOH
avec des professionnels impliqués dans la stratégie, un DRH qui ait son
mot à dire au Comité de Direction. » (Denis Cassin, ANDCP)

« Les missions opérationnelles, de conseil, de définition de systèmes


G¶LQIRUPDWLRQGHJHVWLRQHWGHOHXUVXLYLQHVDXUDLHQWrWUHGLVVociées au
SOXV KDXW QLYHDX GH O¶HQWUHSULVH HW GRLYHQW rWUH FRQILpHV j XQ VHXO
dirigeant responsable des fonctions financières et de contrôle de gestion,
membre du Comité de Direction. »1
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

/¶DXWRULWp DVVRFLDWLYH SUHQG DFWH GHV GLIIpUHQWHV FRQILJXUDWLRQV GH O¶RUJDQLVDWLRQ


GX WUDYDLO TXL SHXYHQW LFL FRQVDFUHU O¶pFODWHPHQW GHV WkFKHV GH OD IRQFWLRQ HQ
différents territoires professionnels, là, leur regroupement en structure centrale.
Derrière les difficultés engendrées par « O¶RSDFLWpGXFKDPS GHO¶HQWUHSULVH »2, la
« fonction ªGpFULWXQSpULPqWUHSURIHVVLRQQHOjO¶pWDWSXUGpILQLLQGpSHQGDPPHQW
GHV IRUPHV FRQWLQJHQWHV GH O¶RUJDQLVDWLRQ WHFKQLTXH GX WUDYDLO &H WHUULWRLUH GRLW
rWUH DX[ PDLQV G¶XQ « professionnel », dont la définition du rôle fait valoir une
certaine idée de la place du « métier » et de ses techniques dans la division sociale
du travail  OD JHVWLRQG¶XQHHQWUHSULVHHVW XQH FKRVHELHQWURSVpULHXVH SRXUrWUH
ODLVVpHjO¶DSSUpFLDWLRQGHVVHXOVGLULJHDQWVTXL« ne peuvent pas tout faire ».
Ce WUDYDLOGHGpILQLWLRQG¶XQFKDPS FLUFRQVFULW G¶H[HUFLFHSURIHVVLRQQHO
SHXWrWUHO¶REMHWGHFRQIOLWVHQWUHGLIIpUHQWVVHJPHQWVDX[SURSULpWpVSURFKHV&¶HVW
le cas du credit management, on le verra plus loin, mais aussi de la fonction
Personnel ou Marketing. La traduction du mot marketing FULVWDOOLVH G¶DLOOHXUV j
elle seule le rapport ambigu aux « professionnels » du commerce, qui disposent de
leur propre groupement associatif, DCF :

« Le marketing IDLWSDUWLHGXFRPPHUFH«>«@0DLVOHmarketing Q¶DSDV


la mrPHVLJQLILFDWLRQHQ)UDQFHTX¶DX[eWDWV-8QLVROjF¶HVW³PHWWUH
VXUOHPDUFKp´GHODFRQFHSWLRQGXSURGXLWjVDFRPPHUFLDOLVDWLRQ«HQ
1
Source : fascicule de présentation de la DFCG. Document obtenu auprès de Frédéric Marcan.
2
L. Boltanski (1982), /HV FDGUHV /D IRUPDWLRQ G¶XQ JURXSH VRFLDO, Paris, Éd. de Minuit, Coll.
« Le sens commun », 1999.

85
)UDQFHRQDXQHYLVLRQSOXVUpGXFWULFH«HWYRXVSRXYH]WUqVELHQDYRLU
XQSURGXLWJpQLDOPDLVV¶LOQ¶\DSDVGHPDUFKpV¶LOQ¶\DSDVGHVJHQV
qui sont prêts à acheter, vous pourrez utiliser toutes les techniques
commerciales que vous voulez, il ne se vendra pas. » (Danièle Soutin,
ADETEM)

/¶KLVWRLUH GH © O¶DIILUPDWLRQ de la fonction Personnel », minutieusement retracée


SDU -HDQ )RPERQQH SURFqGH G¶XQ UHJURXSHPHQW GH WkFKHV SDLH UHFUXWHPHQW
IRUPDWLRQ OLFHQFLHPHQW«  GLVVpPLQpHV HQWUH GLIIpUHQWV DFWHXUV GX WUDYDLO /H
terme « fonction » signifie que les tâches élémentaires de la gestion du personnel,
qui est aussi ancienne que la production manufacturière1, sont regroupées en un
ensemble spécifique dédié à ces seules questions. À une époque où la coordination
hiérarchique du travail était encore incongrue, la gestion du personnel était
G¶DERUGOHIDLWGHVRXYULHUVGHmétier, et plus exactement de leurs représentants les
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

plus émérites (maîtres-ouvriers, tâcherons puis contremaîtres), sous le contrôle de


&RQVHLOVG¶$GPLQLVWUDWLRQUDWLILDQWOHXUVGpFLVLRQV2'DQVO¶HQWUH-deux-guerres, la
gestion du personnel ouvrier devint prérogative des ingénieurs. Georges Lamirand
YLWG¶DLOOHXUV O¶DSSDULWLRQGH © chefs du personnel ªFRPPHFHOOHG¶XQHFDWpJRULH
LOOpJLWLPHFDUFKHYDXFKDQWODVSKqUHGHUHVSRQVDELOLWpGHO¶LQJpQLHXUG¶XVLQH3. Les
traces de cette concurrence sont encore viVLEOHVORUVTXHOHVHQTXrWpVGHO¶$1'&3
pYRTXHQWOHXUU{OHG¶« arbitre » des relations professionnelles dans leur entreprise
ou leur rapport aux encadrants opérationnels :

« 'DQV O¶HQWUHSULVH RQ HVW FRPPH GHV DUELWUHV /H '5+ VDLW TXHOOHV
mesures pourraient ruiner la paix sociale, il connaît le personnel. Il a un
U{OHHVVHQWLHOGDQVO¶HQWUHSULVHSRXUoD » (Muriel Manset, 56 ans, cadre
diplômée, ANDCP)

« Les managers ont leur mot à dire sur la carrière de leurs subordonnés,
ils travaillent sur notre matériDX 1RWUH U{OH G¶H[SHUW HVW GH OHV
accompagner : ils sont en première ligne de sa gestion, mais ils ne sont
pas des professionnels de la ressource humaine. » (Arnaud Lefrot,
ANDCP)

1
« En simplifiant, on peut dire que le XIXè siècle est celui de la fonction Personnel sans service de
personnel, le premier XXè siècle celui de la fonction Personnel avec services de personnel et le
second celui des dirigeants professionnels des ressources humaines » (J. Fombonne, op. cit. p. 1).
2
P. Lefebvre, /¶LQYHQWLRQGHODJUDQGHHQWUHSULVH7UDYDLOKLpUDUFKLHPDUFKp)UDQFHILQ;9,,, è
± début XXè siècle, Paris, PUF, Coll. « Sociologie », 2003.
3
G. Lamirand (1932), /H U{OH VRFLDO GH O¶LQJpQLHXU, Paris, Plon, 1954, p. 116. Cité par L.
Boltanski (1982), op. cit. p. 131.

86
La « fonction » autorise la relégation des différences de qualité entre les
individus qui y exercent, le directeur et son subordonné y étant en particulier
affectés du même titre (officieux) de « professionnel ». Elle traduit une conception
idéale de la division sociale du travail, qui transcende les multiples formes
techniques par lesquelles celle-FL VH UpDOLVH GDQV OH FKDPS GH O¶HQWUHSULVH /HV
DVVRFLDWLRQVSURIHVVLRQQHOOHVQ¶RQWSDVHQHIIHWOHSRXYRLUGHUpJOHPHQWHUO¶DFFqV
DX[SURIHVVLRQVQLG¶HQUHSUpVHQWHUWRXVOHVSUDWLFLHQVRXGHGpFHUQHUGLUHFWHPHQW
un titre scolaire qui ferait office de certification professionnelle et qui, de surcroît,
GRQQHUDLWOpJDOHPHQWDFFqVjFHUWDLQVW\SHVG¶HPSORLV(OOHVV¶DWWqOHQWQpDQPRLQVj
produire un savoir qui fonde et légitime le territoire professionnel, mais aussi la
position et l¶DXWRQRPLHUHODWLYHGXSURIHVVLRQQHOGDQVO¶DFWHGHWUDYDLO
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

1.2) Savoir « expert » HWLQWpUrWGHO¶HQWUHSULVH

Toutes les associations investiguées avaient été créées pour favoriser la


formation et le perfectionnement de cadres en activité qui, eussent-ils été diplômés
du supérieur, ne disposaient pas de repères académiques formels. La confrontation
de pratiques tâtonnantes et contingentes, des échecs et succès, heurs et malheurs
des uns et des autres, était alors la seule modalité du perfectionnement. '¶DSUqV
Jean Fombonne, ces cadres « ont inventé des méthodes, des styles de relations, des
politiques, élaboré des principes de conduite, des techniques de gestion
spécialisée »1. « Techniques » et « méthodes » qui, au reste, ont constitué le
canevas des programmes de formation en École ou en Instituts public et semi-
public2. Manifestement, les savoir-faire de ces pionniers commençaient déjà, à
O¶pSRTXHjV¶REMHFWLYHUHQVDYRLUVSpFLDOLVp :

« /HV pFROHV HW OHV IDFV V¶DGUHVVDLHQW j O¶$1'&3 SRXU GLUH ³HQYR\Hz-
QRXV GHV SUDWLFLHQV SRXU GRQQHU GHV FRXUV j GHV MHXQHV´« PRL M¶DL
débuté dans les RH vers 1972-HWM¶DLFRPPHQFpjHQVHLJQHUHQ
1
J. Fombonne (2001) op. cit. p. 595.
2
« 7RXWG¶DERUGOHV,87SUpSDUHQWHQ70 un nouveau cursus dont le programme, défini avec la
SDUWLFLSDWLRQGHO¶$1'&3SRUWHVXUODJHVWLRQGXSHUVRQQHOHQHQWUHSULVHHWGDQVOHVFROOHFWLYLWpV
SXEOLTXHV >«@ (Q RFWREUH  OH SURIHVVHXU 1LFROH &DWDOD FUpp HQ OLDLVRQ DYHF O¶$1'&3 OH
Centre Interdisciplinaire de Formation à la Fonction Personnel (CIFFOP), qui offre un cycle de
spécialisation de neuf mois à des titulaires de maîtrise de droit ou de sciences économiques et à des
diplômés de grandes écoles de cadres (HEC, Sciences politiques). C¶HVWVDQVOHQRPOHSUHPLHU
DESS de gestion du personnel » (J. Fombonne, op. cit. p. 622).

87
jO¶,$(VRLWjGHVLQJpQLHXUVHQDFWLYLWpVRLWjGHVpWXGLDQWVHQpFROHGH
FRPPHUFH« M¶DSSUHQDLV HQFRUHF¶HVW YUDL« -¶DL IDLW 6XSGH&RPDLV
OHV5+Q¶pWDLHQWSDVHQVHLJQpHV>«@¬O¶$1'&3LO\DYDLWGHVDQFLHQV
TXL FRQQDLVVDLHQW OH PpWLHU SXLVTX¶LOV OH SUDWLTXDLHQW LO Q¶\ DYDLW SDV
G¶DXWUHVHQGURLWVRWURXYHUO¶LQIRUPDWLRQPRLMHQ¶\FRQQDLVVDLVULHQ
M¶DL Sas mal improvisé  >«@ &RPPHQW RQ SDVVH G¶DPDWHXU j
professionnel ? En faisant. Et en échangeant avec les confrères. »
(Muriel Manset, ANDCP)

Toute activité de travail qui se professionnalise doit souffrir un savoir « expert »,


un savoir technique formel eW VWDELOLVp TXL OD GpILQLW j O¶H[FOXVLRQ GH WRXWHV OHV
DXWUHVSURIHVVLRQVGpWHUPLQHOHFKDPSGHVRQH[HUFLFHHWOpJLWLPHO¶DXWRQRPLHGX
SURIHVVLRQQHOGDQVO¶DFWHGHWUDYDLO1. Mais, du fait de son caractère « utilitaire »2,
le savoir qui fonde les scienceV GH JHVWLRQ SHXW GLIILFLOHPHQW V¶DSSOLTXHU GH OD
PrPH IDoRQ G¶XQH RUJDQLVDWLRQ HQWUHSULVH RX DXWUH  RX G¶XQH pSRTXH j O¶DXWUH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

« Certains métiers deviennent des professions établies en développant la théorie,


G¶DXWUHVHQVHWRXUQDQWYHUVODSUDWLTXH » écrit Everett C. Hughes3. Ce dernier cas
est incontestablement celui des professions gestionnaires. Aucun « standard ªQ¶\
est définitivement stabilisé, ni pleinement dissocié du contexte de son édiction :
les techniques financières les plus élémentaires changent avec la récente
apparition des normes comptables dites « normes IFRS » (International Financial
Reporting Standards) ; le droit du travail est un « droit vivant »4, tout DRH doit
V¶HQDFFRPPRGHU
'qV ORUV RQ FRPSUHQG TXH HQ GpSLW GH O¶H[LVWHQFH Ge certifications
VFRODLUHVVSpFLDOLVpHVOHMXJHPHQWGHVSDLUVTXDQWjODYDOHXUSURIHVVLRQQHOOHG¶XQ
confrère porte toujours sur le nombre, la variété et la qualité de ses expériences de
WUDYDLO/¶H[SpULHQFHLQGLTXHO¶H[SHUWLVHF¶HVWG¶DLOOHXUVOjO¶pW\mologie du terme5.
La myriade de « profils » qui mènent à la profession ou, pour le dire autrement,
O¶DEVHQFHGHUpJOHPHQWDWLRQGHVRQDFFqVHVWPrPHWHQXHSRXU« richesse », et les

1
C. Paradeise, « Rhétorique professionnelle et expertise », Sociologie du travail, Vol. 27, n°1 ±
1985, pp. 17-31.
2
F. Pavis, 6RFLRORJLH G¶XQH GLVFLSOLQH KpWpURnome. Le monde des formations en gestion entre
universités et entreprises en France. Années 1960-1990. Thèse de doctorat, Université Paris I,
2003.
3
E. C. Hughes (1963), « Les professions établies », op. cit. p. 113.
4
J. E. Ray (1991), Droit du travail : droit vivant, Liaisons, 2004.
5
« Expert » vient du latin expertus, qui signifie « qui a éprouvé » (définition du Grand Larousse
Universel).

88
HQTXrWpV VRQW SURPSWV j VRXOLJQHU O¶LPSRUWDQFH GHV « qualités personnelles » du
« professionnel » :

« ,OQ¶\DSDVGHSURILO-W\SHM¶HQDLPrPHUHQFRQWUpTXLDYDLWXQGLSO{PH
GH NLQpVLWKpUDSHXWH >«@ OHV JHQV OHV SOXV LQWpUHVVDQWV RQW VRXYHQW GHV
formations qui ne sont pas des formations en marketing«FHTX¶LOIDXW
F¶HVWrWUHFXULHX[« » (Danièle Soutin, ADETEM)

« Avec les formations en RH, les jeunes sont plus formatés, ça ne veut
SDVGLUHTX¶LOVQ¶RQWSDVGHSHUVRQQDOLWpPDLVTXDQGLOQ¶\DYDLWSDVGH
formation, vous aviez des gens qui venaient de partout et les échanges à
O¶ANDCP étaient plus riches. >«@ ,O \ D XQH SDUW GX PpWLHU TXL UHOqYH
toujours de qualités personnelles, savoir écouter etc. » (Muriel Manset,
ANDCP)

Le « professionnel ªHVWG¶DERUGFHOXLTXLVDQVFRQVLGpUDWLRQSRXUVRQQLYHDXGH
diplôme, sait pour avoir « fait », « pratiqué », éprouvé, échoué, appris de ses
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

erreurs et de celles des « confrères » (Muriel Manset, ANDCP). À la DFCG, tout


SRVWXODQW j O¶DGKpVLRQ GRLW MXVWLILHU WURLV DQV G¶DQFLHQQHWp SURIHVVLRQQHOOH DX
minimum. Aucune donnée chiffrée ne permet dHO¶pWD\HUPDLVOHVDXWRGLGDFWHVQH
semblent nulle part quantité négligeable. La pratique prime sur le diplôme, les
diplômés en conviennent mais, précisément, leur implication associative répond
G¶XQHVWUDWpJLHLQGLYLGXHOOHG¶DVFHQVLRQVRFLDOH1.
En matiqUH GH JHVWLRQ O¶DSSUHQWLVVDJH HVW SHUPDQHQW HW O¶pFKDQJH GH
pratiques au sein du cercle associatif, une modalité de formation à part entière.
/¶DVVRFLDWLRQSURIHVVLRQQHOOHVHQRXUULWGHV H[SpULHQFHV GHWUDYDLOYpFXHV SDUOHV
praticiens, leur occurrence pHUPHWWDQW SDU DLOOHXUV O¶DFWXDOLVDWLRQ UpJXOLqUH GHV
programmes de formation initiale. Mais le savoir gestionnaire « expert ªQ¶HVWSDV
OHIUXLWGHO¶DJUpJDWLRQGHVbest practices, qui transcenderait les vicissitudes de la
vie des affaires et les évolutions de son cadre juridique. À la différence du
« standard » qui, on le verra à propos des credit managersSURFqGHG¶XQSURFHVVXV
VpOHFWLI FH VDYRLU HVW GHV SOXV H[KDXVWLIV &¶HVW TX¶« LO Q¶\ D ULHQ j SHUGUH j
écouter les confrères » :

« Dans les réunions associatives, on partage nos expériences et parfois,


M¶HQ YLHQV PrPH j PH SRVHU GHV TXHVWLRQV TXH MH Q¶DXUDLV PrPH SDV
envisagées ! Les autres font part de leurs expériences mais aussi de
O¶DQDO\VH TX¶HX[-mêmes en font, les difficultés auxquelles ils ont été
FRQIURQWpVHWGRQWMHQ¶LPDJLQDLVSDVIRUFpPHQWO¶H[LVWHQFH«FHQ¶HVWSDV
toujours transposable à votre réalité, mais vous avez du recul, et vous
1
Voir infra Chapitre IV ± 2.3.

89
êtes meilleur, plus riche si vous avez accès à quelque chose même
G¶LPSDUIDLWTXHVLYRXVQ¶DYH]ULHQLOQ¶\DULHQjSHUGUHjpFRXWHUOHV
confrères. » (Arnaud Lefrot, ANDCP)

Le savoir « expert ªV¶pFKDQJHV¶DFFXPXOHHWV¶DQQXOHVHGpSDVVHVHFRQWUHGLWVH


UHQRXYHOOHHWV¶DFWXDOLVHVRXWHQDQWXQIDLEOHGHJUpG¶LQGLIIpUHQFLDWLRQGHVUpDOLWpV
propres à une enWUHSULVH RX j XQH EUDQFKH /¶DVVRFLDWLRQ RUJDQLVH UpJXOLqUHPHQW
différents types de confrontations entre praticiens1 FRQIURQWDWLRQV j O¶LVVXH
GHVTXHOOHVVDVWUXFWXUHSHUPDQHQWHV¶DWWDFKHjGLJpUHUpYDOXHUV\QWKpWLVHUSXLVj
mettre en commun les expériences locales, dont auront témoigné les participants :

« Tout ce qui est produit dans les groupes de travail me revient, soit on
en fait un article dans la revue Credit, soit on le met dans nos fiches
techniques [sur le site Internet], soit on fait un dîner-GpEDW« RQ PHW
DXVVLjMRXUQRWUHRIIUHGHIRUPDWLRQ«>«@-HQHSUDWLTXHSOXVGRQFMH
P¶RFFXSHGHWRXWFHTXLHVWMXULGLTXHHWMHUHoRLVWRXVOHVFRPSWHV-rendus
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

GHV JURXSHV GH WUDYDLO oD PH SHUPHW GH UHVWHU j OD SRLQWH GX PpWLHU«
ensuite, je diffuse aux adhérents. » (Jean-Luc Daniel, AFDCC)

« On publie des études, on fait aussi un cahier, qui sort chaque mois. Le
GHUQLHU F¶HVW VXU O¶DEVHQWpLVPH F¶HVW OH UpVXOWDW GX WUDYDLO G¶XQ GHV
JURXSHVGHUpIOH[LRQ>«@2QDOH&(',32oDQ¶HVWSDVXQRUJDQLVPHGH
formation qui attribue des diplômes, mais il organise des débats, des
IRUPDWLRQV G¶XQH MRXUQpH« oD SHUPHW G¶DFWXDOLVHU VHV FRPSpWHQFHV GH
V¶LQIRUPHUGHVGHUQLqUHVpYROXWLRQVGXPpWLHU » (Denis Cassin, ANDCP)

/¶LQVWUXFWLRQPXWXHOOHODFRQIURQWDWLRQHQtre pairs lors des différentes « actions »


que recèle le « répertoire »3 associatif, produit un socle syncrétique et mouvant de
FRQQDLVVDQFHVSUDWLTXHVGRQWOHFDUDFWqUHRSpUDWRLUHHVWLQGLVVRFLDEOHG¶XQHPLVH
HQ °XYUH FRQWLQJHQWH PDLV TXL IRUPH ELHQ OH savoir « expert », devant fonder
O¶DFWLYLWpGHWUDYDLOHQSURIHVVLRQ&DUWRJUDSKLHGHPRGHVRSpUDWRLUHVjXQPRPHQW
GRQQp GH O¶pWDW GH OD SUDWLTXH FH VDYRLU HVW GLIIXVp j GHV DGKpUHQWV PRUDOHPHQW
WHQXVG¶DSSRUWHUOHXUSLHUUHjO¶pGLILFH4. Les membres de la structure permanente

1
Conférences, Colloques, Tables rondes, ateliers benchmark et « groupes de réflexion », « Clubs »
hebdomadaires, petits-déjeuners et soirées-GpEDWVF\FOHVGHIRUPDWLRQG¶XQHMRXUQpH«
2
&HQWUH G¶eWXGHV SRXU OD 'LUHFWLRQ GX 3HUVRQQHO /H &(',3 HVW O¶RUJDQLVPH GH IRUPDWLRQ GH
O¶$1'&3
3
C. Tilly, La France conteste de 1600 à nos jours, Paris, Fayard, 1986.
4
&H TX¶LOV IRQW VDQV TX¶LOV QH VRLHQW QpFHVVDLUHPHQW GHV DGKpUHQWV HIIHFWLIV  XQH IRLV DFKHYpH
O¶LQWHUYHQWLRQ GH O¶© expert ª LQYLWp GDQV OH FDGUH G¶XQH PDQLIHVWDWLRQ TXHOFRQTXH ORUVTXH
O¶DQLPDWHXU HQ DSSHOOH DX[ « questions de la salle ». Dans les manifestations observées, rares
furent les questions posées, chacun y étant plutôt allé de son expérience du thème ayant motivé la
rencontre.

90
GH O¶DVVRFLDWLRQ TXL QH SUDWLTXHQW SDV SOXV RQW EHVRLQ GH FH « zèle » (Denis
Cassin, ANDCP), ne serait-ce que pour être en mesure de tenir ce rôle de
« référence », « à la pointe du métier » (Jean-/XF 'DQLHO $)'&&  &¶HVW SHXW-
êtUH O¶XQH GHV UDLVRQV SRXU OHVTXHOOHV OH GpYHORSSHPHQW GH O¶DGKpVLRQ TXL VHORQ
tous les responsables des structures permanentes, est un aspect essentiel de
O¶DFWLYLWp GH OHXU DVVRFLDWLRQ DSSDUDvW VL LQGLVSHQVDEOH &DU O¶DXWRULWp DVVRFLDWLYH
HVWO¶LQVWDQFH qui norme, sinon la pratique, la « bonne » pratique de la profession,
celle qui consiste, précisément, à ne pas rester « le nez dans [son] poste », à
demeurer au fait des « dernières évolutions du métier » :

« (Q V¶HQJDJHDQW >GDQV O¶DVVRFLDWLRQ@ RQ IDLW PLHX[ VRQ PpWLHU« SRXU
être un bon DRH, il faut actualiser ses connaissances. Mais la plupart
SHQVHQW TX¶LOV Q¶RQW SDV EHVRLQ GH QRXV  $GKpUHU F¶HVW XQH IRUPH GH
zèle. » (Denis Cassin, ANDCP)
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

« 1HSDVrWUHjO¶DVVRFLDWLRQYRXVSULYHG¶pFODLUDJHH[WpULHXU, ça fait des


professionnels le nez dans leur poste. » (Arnaud Lefrot, ANDCP)

« /HV LGpHV TXH O¶RQ SHXW WURXYHU DLOOHXUV F¶HVW LPSRUWDQW SDUFH TXH si
O¶RQ QH YRLW SDV FH TXL VH IDLW j O¶H[WpULHXU RQ Q¶DSSRUWH ULHQ j
O¶HQWUHSULVH » (Julien Maison, AFDCC)

/¶DGKpVLRQDXJURXSHPHQWQ¶HVWSDVQpFHVVDLUHSRXUH[HUFHUOHPpWLHU « RQQ¶HVW
pas en Angleterre ! » GLVHQWWRXVOHVSHUPDQHQWV PDLVO¶DVVRFLDWLRQSURSRVHXQH
définition du « bon » professionnel qui lui assure un rôle essentiel. Repue de
O¶H[SpULHQFe de ses membres, « référence » en un domaine spécialisé, sa structure
SHUPDQHQWHHVWDXVVLHQPHVXUHGHSHVHUVXUOHVGpFLVLRQVGHO¶eWDWHQPDWLqUHGH
régulation économique et sociale  O¶$1'&3 VH SURQRQFH VXU OD 5pGXFWLRQ GX
Temps de Travail (RTT), exprLPDQWXQSRLQWGHYXHTXLV¶DSSXLHVXU« FHTX¶LOHVW
SRVVLEOH RX SDV GH PHWWUH HQ °XYUH GDQV O¶HQWUHSULVH » (Muriel Manset) ;
O¶$)'&& PHW HQ JDUGH « sur les lois qui peuvent nous compliquer le travail »
(Jean-Luc Daniel). Mise en garde indispensable, « compliquer le travail » des
credit managers revenant en effet, du point de vue associatif, à fragiliser le tissu
économique national1.

Formé des « dernières évolutions du métier » (Denis Cassin, ANDCP),


F¶HVW-à-dire des derniers modes opératoires portés à la connaissance de la structure

1
Voir infra Chapitre I ± 2.2.

91
DVVRFLDWLYHSHUPDQHQWHGDQVOHFDGUHG¶pFKDQJHVG¶H[SpULHQFHVFLUFRQVWDQFLpHVOH
savoir gestionnaire « expert ª Q¶D DXFXQH YRFDWLRQ j OD VWDELOLVDWLRQ &¶HVW
tautologique VLO¶H[SHUWLVHHVWH[SpULHQFHHWVLO¶H[SpULHQFHV¶pFKDQJHO¶H[SHUWLVH
VH FRQVWUXLW SDU YRLH GH SURFXUDWLRQ /¶LQYDULDQW HVW DORUV PpWKRGH XQH FHUWDLQH
IDoRQ G¶HQYLVDJHU O¶DFWLYLWp XQH © mentalité » dirait Max Weber1. La distinction
HQWUHOHSURIHVVLRQQHOHWOHGLOHWWDQWHRXO¶LPSRVWHXUHVWDIIDLUHG¶esprit, la gestion
pWDQWPRLQVXQHVFLHQFHTX¶XQDUW&¶HVWODFDSDFLWpj« VDYRLUV¶\SUHQGUH »2 qui
FRPSWH O¶DUW G¶DERUGHU DYHF OD PrPH ULJXHXU PpWKRGRORJLTXH O¶HQVHPEOH pSDUV
des situations qui font le quotidien du « professionnel » et pour lesquelles le
rapport hiérarchique est inopérant ou réputé tel.
&DXWLRQ G¶XQH IDPLOLDULVDWLRQ UpXVVLH DX[ SUREOpPDWLTXHV GX © métier »,
OH GLSO{PH LQGLTXH VXUWRXW OD FDSDFLWp UpIOH[LYH GX GLSO{Pp PRQWUH TX¶LO a
« appris à apprendre plus facilement »3. A priori, toXWWLWXODLUHG¶XQGLSO{PHG¶XQH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

spécialité quelconque de la gestion saura appréhender toutes les situations de


WUDYDLO TXL V¶\ UDSSRUWHQW LQpGLWHV RX LPSUpYXHV LQVROLWHV RX LQFRQJUXHV TXHOOH
TXHVRLWDXVVLO¶HQWUHSULVHTXLO¶HPSORLH/HVPRGXOHVGHIRUPation organisés par
FKDTXHDVVRFLDWLRQSURIHVVLRQQHOOHGHVWLQpVDX[FDGUHVDGKpUHQWV TX¶LOOHVRLWHQ
OHXUQRPSURSUHRXHQFHOXLGHO¶HQWUHSULVH RQWWRXVSRXUREMHFWLIMXVWHPHQWOH
développement de la réflexivité du stagiaire4 :

« On propose des formations spécialisées, qui sont reconnues par le


PDUFKp SDU OHV HQWUHSULVHV SDUFH TX¶LO IDXW WRXMRXUV VH IRUPHU SRXU
DVVXUHU OD PDLQWHQDQFH GHV FRPSpWHQFHVHW V¶DGDSWHUDXFKDQJHPHQW »
(Jean-Luc Daniel, AFDCC)

« On organise des séminaires de formation spécialisés, pour que les


PHPEUHVSXLVVHQWDFWXDOLVHUOHXUVVDYRLUV>«@3RXUOHVPHPEUHVLOIDXW
rester connecté aux évolutions de la profession, de manière à pouvoir
HQVXLWH rWUH SOXV HIILFDFH >«@ 2Q D DXVVL OHV ³&OXEV GX MHXGL´ R RQ

1
M. Weber (1920), /¶pWKLTXHSURWHVWDQWHHWO¶HVSULWGXFDSLtalisme, Paris, Plon, Coll. « Agora »,
1994.
2
Selon les termes utilisés par le Centre des Jeunes Dirigeants (CJD) pour décrire la pédagogie qui
SUpVLGHDX[IRUPDWLRQVSURSRVpHVSDUO¶,QVWLWXW&RSHUQLFFUppSDUOH&-'HQ
3
)UDJPHQWVG¶HQWUHWLHQV enregristrés par J. Kahl, « Common man boys », A. H. Halsey, J. Floud
et A. Anderson, Education, Economy and Society, New York, The Free Press, 1961. Cités par R.
Boudon, Les méthodes en sociologie, Paris, PUF, Coll. « Que sais-je ? », n°1334, 1969, p. 36.
4
,O VHUDLW LQWpUHVVDQW GH VDYRLU TXHO QLYHDX GH GLSO{PH RQW OHV FDGUHV TXL V¶LQVFULYHQW VXU OHXU
initiative ou sur celle de leur hiérarchie directe, aux cycles de formation organisés sur une journée
par les associations. Peut-être peut-RQVXSSRVHUTX¶LOV¶DJLW SULQFLSDOHPHQWG¶DXWRGLGDFWHV

92
invite des gens de O¶H[WpULHXU GHV FRQVXOWDQWV GHV SDUWHQDLUHV« F¶HVW
une conférence à vocation formatrice. » (Frédéric Marcan, DFCG)

« Le CEDIP, notre organisme de formation, organise des formations, des


réunions, sur différents thèmes, avec des experts, des intervenants
H[WpULHXUVHWQRVPHPEUHV«F¶HVWXQDSSXLSRXUTX¶HQVXLWHLOVSXLVVHQW
être le plus efficace possible dans leur entreprise. » (Denis Cassin,
ANDCP)

&HGpYHORSSHPHQWV¶HIIHFWXHDXPR\HQG¶XQHLQVWUXFWLRQ dite « active » : étude de


cas, travail en groupe, PLVHHQVLWXDWLRQpFKDQJHVGHSUDWLTXHV«/¶$)'&&TXL
UHSUpVHQWH XQ W\SH GH FDGUH GRQW OD SUDWLTXH Q¶D pWp IRUPDOLVpH HQ FHUWLILFDWLRQ
VFRODLUH TXH WRXW UpFHPPHQW HVW ORJLTXHPHQW O¶DVVRFLDWLRQ LQYHVWLJXpH OD SOXV
investie dans la formation au credit management. Les cycles sont proposés par
O¶,QVWLWXW GX credit management, organisme privé de formation émanant de
O¶$)'&& HW VRQW FHUWLILpV SDU O¶2IILFH 3URIHVVLRQQHO GH 4XDOLILFDWLRQ GHV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

RUJDQLVPHV GH )RUPDWLRQV 234)  /¶$)'&& SURSRVH GHX[ W\SHV GH F\FOHV Ge
IRUPDWLRQ OH SUHPLHU pWDQW XQ F\FOH G¶LQLWLDWLRQ /H VHFRQG F\FOH TXL GXUH VL[
jours répartis sur trois semaines, est constitué de « VpDQFHV G¶HQWUDvQHPHQW
pratique » GHYDQW SHUPHWWUH O¶DFTXLVLWLRQ GH « réflexes et automatismes »1 pour
une gestion optLPDOHGHO¶DOpD
3DUPL OHV GLYHUVHV IRUPDWLRQV SURSRVpHV SDU O¶$)'&& HQ  HW HQ
2006, nombreuses sont celles dites « sur-mesure ». Les contenus de ces stages de
IRUPDWLRQFRXUWHUpSRQGHQWGHFDKLHUVGHVFKDUJHVSUpFLVGpILQLVSDUO¶HQWUHSULVH
qui éprRXYH OH EHVRLQ G¶\ LQVFULUH VHV FDGUHV VDQV TXH O¶RQ SXLVVH GpWHUPLQHU VL
O¶LQVFULSWLRQ V¶HIIHFWXH VXU O¶LQLWLDWLYH GX FDGUH RX GH VD KLpUDUFKLH  /¶XQ GHV
stages est intitulé « organiser un service credit management GDQV O¶HQWUHSULVH »,
un autre doit apprendre au stagiaire à mettre en place des procédures pour
« évaluer les risques clients et fournisseurs » &¶HVW GLUH TXH FHV PRGXOHV GH
IRUPDWLRQ YLVHQW TXHOTXHIRLV PRLQV O¶DGDSWDWLRQ GX FDGUH j VRQ SRVWH GH WUDYDLO
TX¶LOVQHYLVHQWODGpILQLWLRQPrPHGHses modes opératoires. Les « experts » qui
OHVGLVSHQVHQWVRQWG¶DLOOHXUVWUqVVRXYHQWGHVFRQVXOWDQWV(QG¶DXWUHVWHUPHVOHV
SURJUDPPHV GH FHV IRUPDWLRQV WUDKLVVHQW DXVVL OD QpFHVVLWp SRXU O¶HQWUHSULVH GH
GLVSRVHUG¶XQDSSXL H[WpULHXUSRXUODGpILQLWLon du contenu de certains postes de

1
Source : Formations AFDCC. Techniques de credit management (2005 et 2006). Documents
obtenus auprès de Jean-Luc Daniel.

93
WUDYDLO/¶DGKpVLRQDXJURXSHPHQWSHUPHWSUpFLVpPHQWGHEpQpILFLHUG¶LQVFULSWLRQV
aux divers modules de formation à des conditions tarifaires privilégiées :

« &HQ¶HVWSDVREOLJDWRLUHG¶DGKpUHUSRXUYHQLUDX[IRUPDWLRQV mais ça
SHUPHW G¶DYRLU GHV IUDLV G¶LQVFULSWLRQ DX UDEDLV RQ IDLW HQ VRUWH GH
IpGpUHUTX¶DXERXWGHGHX[MRXUVGHIRUPDWLRQLOYDLOOHPLHX[DGKpUHUHW
les inscrits adhèrent en général. » (Jean-Luc Daniel, AFDCC)

/¶LPSOLFDWLRQO¶LQVHUWLRQGDQV OH « réseau » associatif, démultiplie également les


possibilités pour le « professionnel » de se voir « chassé » et, partant, de mettre les
FRQQDLVVDQFHVDFTXLVHVGDQVOHFDGUHDVVRFLDWLIDXVHUYLFHG¶XQHHQWUHSULVHTXLQH
V¶HVWSDVDFTXLWWpHGHODFRWLVDWLRQ :

©« F¶HVWjGRXEOHWUDQFKDQWPHVVXSpULHXUV\RQWLQWpUrWSDUFHTXHMH
YDLVHQUHWLUHUTXHOTXHFKRVHTXLSURILWHUDjPRQHQWUHSULVH«PDLVF¶HVW
XQULVTXHTXHMHPHIDVVHFKDVVpDSUqVODUpXQLRQGXPRLVGHPDUVM¶DL
eu des échos, comme quoi il y aurait un jeune RH de vingt-FLQTDQV M¶HQ
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

ai vingt-VHSW TXLpWDLWYUDLPHQWERQ«PDLVF¶HVWDXVVLOHULVTXHTXHSDU
inexpérience ou naïveté, je donne des informations que je ne devrais pas,
LO \ D XQ ULVTXH GDQV OD PLVH HQ FRPPXQ F¶HVW XQ SHX FRPPH GDQV XQ
syndicat patronal. » (Arnaud Lefrot, ANDCP)

$UQDXG/HIURWQ¶HVWSDVOHVHXOHQTXrWpFRPSDUDQWOHJURXSHPHQWSURIHVVLRQQHOj
XQ V\QGLFDW SURIHVVLRQQHO GH EUDQFKH OLHX G¶XQH FRRSpUDWLRQ HQWUH HQWUHSULVHV
FRQFXUUHQWHV SRXU O¶XQLIRUPLVDWLRQ PLQLPDOH GHV FRQGLWLRQV G¶H[HUFLFH GH
O¶DFWLYLWp SURGXFWLYH /HV HQWUHSULVHV \ GpILQLVVHQW HQWUH DXWUHV OH SUL[ PLQLPDO
DXTXHO V¶\ DFKqWH OH IDFWHXU WUDYDLO HW OHXUV UHSUpVHQWDQWV V¶DGRQQHQW j XQ MHX
consistant à apprendre le plus possible du concurrent tout en dévoilant le moins
possible la réalité de son entreprise1 ¬ O¶LQYHUVH GX V\QGLFDW HPSOR\HXU
O¶DVVRFLDWLRQSURIHVVLRQQHOOHWUDQVFHQGHOHVVHFWHXUVG¶DFWLYLWp$XFXQHUpJXODWLRQ
GHVPDUFKpVGXWUDYDLOVHFWRULHOVQ¶\HVWSRVVLEOHPDLVFHWWHFRRSpUDWLRQa minima
peut toutefois motiver certaines des manifestations organisées par sa structure
permanente :

« /HV HQWUHSULVHV VH GLVSXWHQW GHV SDUWV GH PDUFKp PDLV V¶RUJDQLVHQW
SRXUTX¶RQOHVODLVVHVHOHVSDUWDJHU 4XDQGXQHORLV¶DSSOLTXHjWRXVOj
RQGLWTX¶LOIDXWODFRPSUHQGUe, comprendre son esprit, et voir comment
RQ SUDWLTXH OH PpWLHU HQ IRQFWLRQ GH oD« SDUIRLV RQ IDLW GHV UpXQLRQV
VHFWRULHOOHVODGHUQLqUHF¶pWDLWOHVWUDQVSRUWHXUVVXUODORL3HUEHQ«RQ
OHXUGLW³ODORLFKDQJHFRPPHQWRQIDLWOHPpWLHU "´/¶DVVRFLDWLRQF¶HVW

1
M. Bensoussan, /¶HQJDJHPHQWSDWURQDOGDQVO¶DFWLRQV\QGLFDOH/HVSURSULpWpVGXPLOLWDQWLVPe
G¶HQWUHSULVH : Medef, organisations adhérentes et adhérents, Mémoire de DEA, Université Paris I
Panthéon-Sorbonne, novembre-décembre 2003.

94
un espace de neutralité et je fais signer une convention au début des
réunions, je suis tenu de le faire par rapport aux règles de la
concurrence. » (Jean-Luc Daniel, AFDCC)

« Nos formations durent deux jours maximum, on forme en fonction de


O¶DFWualité récente, pour tenir nos membres au courant des évolutions
MXULGLTXHV VXVFHSWLEOHV G¶DYRLU XQH LQFLGHQFH VXU OHXU DFWLYLWp SDU
H[HPSOHOHVQRXYHOOHVQRUPHVFRPSWDEOHVRXO¶LQIOXHQFHGHWHOOHRXWHOOH
loi sur la pratique de la gestion financière. » (Frédéric Marcan, DFCG)

6L OHV UpXQLRQV DVVRFLDWLYHV VRQW GRQF SDUIRLV O¶RFFDVLRQ G¶XQH DSSURFKH
FRQFHUWpH GHV UpSHUFXVVLRQV GHV pYROXWLRQV GH O¶HQYLURQQHPHQW HQFKkVVDQW OD
SURGXFWLRQO¶KDUPRQLVDWLRQ GHV SUDWLTXHV GH JHVWLRQDXVHLQ GHFHV « espaces de
neutralité » (Jean-Luc Daniel, AFDCC), dans lesquels « la compétition
commerciale reste au vestiaire » (Danièle Soutin, ADETEM), a pour mérite, plus
HVVHQWLHO HQFRUH GH UpGXLUH O¶pFXHLO GX © désavantage comparatif »1 entre les
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

entreprises :

« On définit HQVHPEOHGHVIDoRQVGHIDLUHRQV¶HQWHQGVXUGHVWHFKQLTXHV
et après, chacun les met à la sauce de son entreprise. On a par exemple
XQ JURXSH GH WUDYDLO TXL SDUW GH OD TXHVWLRQ ³FRPPHQW MH IDLV SRXU
numéroter mon numéro client avec une clientèle internationale alors que
je veux centraliser mon risque-client "´ /j XQPHPEUH GX JURXSH GLW :
³PRL M¶XWLOLVH OH QXPpUR GH 'XQ´ HW Oj RQ IDLW LQWHUYHQLU TXHOTX¶XQ GH
FHWWHHQWUHSULVH³$KRXLPDLVjF{WpLO\DOHQXPpURGH&RIDFHTXLHVW
SDV PDO´ HW Oj RQ IDLW LQWHUYHQLU TXHOTX¶XQ GH &RIDFH » (Jean-Luc
Daniel, AFDCC)

« Quand le DRH a les 35 heures à mettre en place, avec qui va-t-il


confronter ça ? Si ça se trouve, le voisin a mis en place un plan 35
KHXUHV TXL O¶LQWpUHVVH EHDXFRXS HQ WHUPHV GH PpWKRGHV« SDUFH que le
DRH est isolé dans son entreprise. » (Denis Cassin, ANDCP)

« -¶DLUHoXGHVPHVVDJHVDSUqVODUpXQLRQRO¶RQV¶HVWUHQFRQWUpHWR
MHVXLVLQWHUYHQXGHVRFLpWpVTXLYRXODLHQWVDYRLUFHTXHO¶RQ\DGLWTXL
voulaient des renseignements sur ce que O¶RQ PHWWDLW HQ SODFH LFL GDQV
mon entreprise. » (Arnaud Lefrot, ANDCP)

Rompre « O¶LVROHPHQW » (Denis Cassin, ANDCP) du praticien de la


JHVWLRQ UHYLHQW j FRPPXQDOLVHU FH TXH FKDFXQ VDLW G¶H[SpULHQFH FH TXL D SRXU
HIIHW GH GLPLQXHU OHV SRVVLELOLWpV G¶Lnnovation technique, mais aussi les risques
G¶HUUHXUV dans le travail. Si le « bon » SURIHVVLRQQHOHVWO¶RSSRVpGXURQGGHFXLU
O¶HQWUHSULVH D LQWpUrW j FHW « éclairage extérieur » (Arnaud Lefrot, ANDCP),

1
3RXUUHSUHQGUH HQOHGpWRXUQDQW OHFRQFHSWG¶© avantage comparatif » proposé par la théorie de
O¶pFKDQJHLQWHUQDWLRQDOGHO¶pFRQRPLVWHFODVVLTXHDQJODLV'DYLG5LFDUGR -1823).

95
V\QRQ\PH G¶DFFqV j FH TXL VH IDLW KRUV G¶HOOH 6RQ LQWpUrW pWDQW ORLQ G¶pSXLVHU OD
seule problématique du perfectionnement de ses cadres, le paiement de la
FRWLVDWLRQ SkWLW UDUHPHQW GX UHPSODFHPHQW G¶XQH SHUVRQQH SDU XQH DXWUH VXU XQ
PrPHSRVWHGHWUDYDLOTXHOOHTXHVRLWO¶DVVRFLDWLRQ

1.3) Techniques et éthique de la profession : « distance » et « savoirs


coupables » 1

Jean Fombonne rapporte que « OHVSURIHVVLRQQHOVUHJURXSpVjO¶$1'&3


dans les années 1950-1960 se présentaient souvent comme des techniciens des
problèmes de personnel, précisément poXUFRPEDWWUHO¶LGpHTXHWRXWOHPRQGHHVW
compétent en la matière »2 1RQ VHXOHPHQW QH V¶LPSURYLVH-t-on pas « technicien
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

des problèmes de personnel ªPDLVODPLVHHQ°XYUHGH© techniques » transcende


OH UDSSRUW KLpUDUFKLTXH HW OH FRQWH[WH G¶XQH HQWUHSULVe particulière. Pour les
SUDWLFLHQV RUJDQLVpV OH SUREOqPH Q¶pWDLW SDV XQLTXHPHQW GH VH IRUPHU HQ VH
sensibilisant aux expériences des confères, ni même de se cultiver à propos de
TXHVWLRQV JpQpUDOHV UHOHYDQW G¶XQ W\SH G¶HQVHLJQHPHQW GLGDFWLTXH HW DXWRULVant
une fine appréhension des enjeux économiques et sociaux de la pratique
gestionnaire. Le développement de leurs « capacités techniques individuelles »3
pWDLWDXVVLO¶LQVWUXPHQWG¶XQHUHODWLYHPDLVOpJLWLPHLQGpSHQGDQFHGDQVOHWUDYDLO
La revendicatioQ SURIHVVLRQQHOOH HVW WHQWDWLYH G¶© affirmation » de la
fonction, résolution à édifier une « aire juridictionnelle »4 dont les frontières
viendraient idéalement circonscrire, « précisément ªDXQRPGHO¶H[SHUWLVHFHQVpH
OHVIRQGHUO¶LPPL[WLRQGHO¶HPSOR\Hur dans la définition des modes opératoires et
finalités du travail. Car, écrit Everett C. Hughes, « les professionnels professent.
,OV SURIHVVHQW TX¶LOV FRQQDLVVHQW PLHX[ TXH OHV DXWUHV OD QDWXUH GH FHUWDLQHV
TXHVWLRQV HW TX¶LOV VDYHQW PLHX[ TXH OHXUV FOients ce qui ne va pas chez eux ou
dans leurs affaires »5. Le DRH ou le Directeur Financier doivent donc, du point de

1
E. C. Hughes (1958), Men and their work, Chapitre 6, « Licence and mandate », op. cit. p. 100.
2
J. Fombonne (2001), op. cit. p. 325.
3
P. Naville, Essai sur la qualification du travail, Paris, Marcel Rivière, 1956.
4
A. Abbot (2003), op. cit.
5
E. C. Hughes (1963), « Les professions établies », op. cit. p. 108.

96
vue de leurs associations respectives, « avoir [leur] mot à dire au Comité de
Direction » (Denis Cassin, ANDCP), influencer la conduite du dirigeant sur ce qui
concerne leur matériau. Le Directeur fonctionnel est réputé « le mieux placé »
SRXU DSSUpFLHU OHV UpSHUFXVVLRQV HW O¶HIILFDFLWp GHV GpFLVLRQV SULVHV GqV ORUV
TX¶HOOHVWRXFKHQWjO¶REMHWPrPHGHVRQDFWLYLWp professionnelle :

« On déIHQGO¶LGpHG¶XQHFODXVHGHFRQVFLHQFHGHV'LUHFWHXUVILQDQFLHUV
TXL GRLW OHXU SHUPHWWUH G¶rWUH HQ UpVHUYH GH OHXU VRFLpWp HW G¶DYRLU OHXU
mot à dire sur les orientations stratégiques de leur entreprise. Le
Directeur financier est le mieux placé pour juger de la bonne santé et de
O¶pYROXWLRQGHVRQHQWUHSULVH » (Frédéric Marcan, DFCG)

« Le DRH doit être membre du Comité de Direction de son entreprise, ça


YDXWPLHX[SRXUHOOHWRXWVLPSOHPHQWSDUFHTX¶LOHVWFHOXLTXLHVWFHQVp
rWUH OH SOXV DX IDLW G¶R HQ sont les salariés, collectivement et
LQGLYLGXHOOHPHQW« F¶HVW j OXL G¶LQWHUYHQLU HW GH IDLUH GHV SURSRVLWLRQV
SRXUGLUH³oDQHSDVVHUDSDVYRWUHWUXFLOIDXWIDLUHDXWUHPHQWFRPPH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

FHFLRXFRPPHFHOD´ » (Denis Cassin, ANDCP)

Le « professionnel » de la gHVWLRQTX¶LOVRLWGLSO{PpGXVXSpULHXU $UQDXG/HIURW


+pOqQH 2OLYLHU 6pEDVWLHQ *DUG  RX TX¶LO DLW « appris » le métier dans le giron
DVVRFLDWLI 0XULHO0DQVHW-XOLHQ0DLVRQ HVWO¶DQWLWKqVHGHO¶KRPPHGHFRQILDQFH
du PDG, prisonnier du carcan domestique de la domination personnelle. En
PHWWDQW HQ °XYUH GHV © techniques » même largement issues de pratiques
pionnières plus ou moins heureuses, il dépasse la relation de subordination qui
donne sens à son travail. Affilié au groupement associatif, le « professionnel » est
DXVVL OH GpSRVLWDLUH G¶XQH pWKLTXH TXL LQWHUGLW FHUWDLQV FRPSRUWHPHQWV TXDQW j OD
PDQLqUHG¶H[HUFHUFHTX¶LOIDLW© profession de connaître ªVHORQO¶H[SUHVVLRQG¶(
C. Hughes. Cette idée fonde le rapport au travail des enquêtés trentenaires qui sont
WLWXODLUHV G¶XQ '(66 HQ 5HVVRXUFHV +XPDLQHV +pOqQH 2OLYLHU  RX GX WLWUH GH
psychologue (Arnaud Lefrot). Hélène Olivier et Arnaud Lefrot associent en effet
GLUHFWHPHQW GLSO{PH HW SURIHVVLRQ 'H OHXU SRLQW GH YXH HW ELHQ TX¶LOV H[HUFHQW
leur prRIHVVLRQDXVHLQG¶XQHRUJDQLVDWLRQGDQVODTXHOOHODFRRUGLQDWLRQGXWUDYDLO
UHVWHKLpUDUFKLTXHODFHUWLILFDWLRQUHFRQQXHSDUO¶eWDWLQVWLWXHGpMjO¶H[FOXVLRQGH
SULQFLSHGXSURIDQHHWOpJLWLPHGXPrPHFRXSO¶DXWRQRPLHGDQVO¶DFWHGHWUDYDLO
de quiconque en est titulaire :

« -¶DLIDLWXQVWDJHGHILQG¶pWXGHVHQFRPSOHWGpFDODJHDYHFPRQ'(66
où je devais recruter, avec une demi-heure par personne pour expliquer
OH SRVWH OHV FRQGLWLRQV GH UpPXQpUDWLRQ HWF &¶pWDLW GX WUDYDLO j OD

97
chaîne, un BTS suffisaiW DPSOHPHQW 1RQ VHXOHPHQW F¶pWDLW GpELOH HW
LQJUDWFRPPHMREPDLVHQSOXVF¶pWDLWLQHIILFDFHRQQHSHXWSDVUHFUXWHU
TXHOTX¶XQ HQ XQ TXDUW G¶KHXUH oD QH YHXW ULHQ GLUH  -H Q¶DYDLV QL OHV
moyens ni le temps nécessaires pour mobiliser mes connaissances.
1¶LPSRUWHTXLPrPHVDQVDXFXQGLSO{PHDXUDLWSXOHIDLUH >«@0RLFH
TXH MH YHX[ F¶HVW QH SDV rWUH REOLJpH GH SUHQGUH GHV GpFLVLRQV HQ
aveugle. » (Hélène Olivier, 27 ans, cadre diplômée, ANDCP)

« -H PH VHQV SOXV SURIHVVLRQQHO GHV 5+ TXH FDGUH %RQ F¶est facile à
dire, je suis diplômé ! Mais je suis quand même une sorte de consultant
LQWHUQDOLVp PrPH VL MH UHVWH GpSHQGDQW GH OD SROLWLTXH GH O¶HQWUHSULVH
>«@¬ODIRLVMHIDLVFHTX¶RQPHGLWPDLVLOIDXWDXVVLQpFHVVDLUHPHQW
que ce soit en harmonie avec ce que demande mon client (sic), parce que
les managers RQWSDUIRLVGHVEHVRLQVTXLQHVRQWSDVQpJRFLDEOHV«PRQ
ERXORWF¶HVWGHPHWWUHGHO¶KXLOHGDQVOHVURXDJHV«>«@HWVLMHQHVXLV
pas compétent pour répondre à mon opérationnel, je ne dis rien, juste
TXHMHUHYLHQGUDLYHUVOXL0DLVVLF¶HVWQRQF¶HVWQRQª(Arnaud Lefrot,
ANDCP)
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Ces enquêtés on le voit, ont un rapport ambigu au travail (professionnel) et à


O¶HPSORL VDODULp  /DSRVVHVVLRQ GXGLSO{PHHVW QpDQPRLQV FHTXL GRLWOpJLWLPHU
les maUJHV GH PDQ°XYUH GX GLSO{Pp TXDQW DX[ PDQLqUHV GH SUDWLTXHU PrPH VL
Q¶LPSRUWH TXHO VDODULp SHXW WKpRULTXHPHQW RFFXSHU OH PrPH SRVWH TXH OXL /H
GLSO{Pp HQ HIIHW Q¶HQ SDVVH SOXV SDU OHV HUUHXUV GH VHV DvQpV WRXW Q¶HVW SOXV j
UpLQYHQWHU/RUVTX¶LOH[HUFH le métier pour lequel il est certifié, le diplômé se voit
presque comme un mandataire, qui investit moins ses qualités personnelles dans le
WUDYDLOTX¶LOQHPHWHQSODFHGHVSURFpGXUHVUDWLRQQHOOHVFHQVpHVrWUHHIILFDFHVHQ
elles-mêmes, indépendamment de TXLOHVPHWHQ°XYUH
/HWKqPHHWOHFRQWHQXGHO¶LQWHUYHQWLRQG¶$UQDXG/HIURWjODUpXQLRQGX
Cercle des Paradoxes ANDCP GXPDUVVRQWVLJQLILFDWLIVG¶XQH« certaine
manière de faire le métier » (Arnaud Lefrot). En réponse à la question de savoir
V¶LO« faut de la vertu pour bien traiter les stagiaires »OHSURSRVGHO¶HQTXrWpILW
consensus : la « vertu » étant une qualité morale a priori inégalement possédée par
OHV GLULJHDQWV G¶HQWUHSULVH HOOH QH VDXUDLW FRQVWLWXHU XQ SULQFLSH XQLIRUPH GH
gestion ; la « vertu » fait écho à la dimension discrétionnaire du pouvoir dirigeant,
exprime la subordination à son bon vouloir, son humeur ; tandis que la mise en
place de « processus rationnels » de gestion des stagiaires, étrangers à toute forme

98
de « passiRQ HW G¶LQWpUrW »1 URPSW OH OLHQ GH GpSHQGDQFH j O¶pJDUG G¶XQH
hypothétique philanthropie patronale :

« /¶$1'&3 F¶HVW VH UHWURXYHU HQWUH JHQV TXL RQW XQH FHUWDLQH pWKLTXH
sur les manières de pratiquer notre métier, par exemple aller expliquer
TX¶LO Q¶\ D SDV EHVRLQ GH FRPSWHU VXU OD ³JpQpURVLWp´ SDWURQDOH SRXU
ELHQ WUDLWHU OHV VWDJLDLUHV HW TX¶DYHF XQ SURFHVVXV UDWLRQQHO WRXW OH
PRQGHV¶\UHWURXYH » (Arnaud Lefrot, ANDCP)

0RUDOH GH WUDYDLO HW PLVH HQ °XYUH GH WHFKQLTXHV TXL WUDQVFHQGHQW OHV LQWpUrWV
parWLFXOLHUV YRQW GH SDLU 6HORQ O¶DXWRULWp DVVRFLDWLYH F¶HVW GpMj XQH TXHVWLRQ
G¶pWKLTXH TXH GH FRQVLGpUHU TXH OD UDWLRQDOLWp VFLHQWLILTXH SDOOLH OD IDLOOLWH
pYHQWXHOOHG¶XQGLULJHDQWTXLDSUqVWRXWHVWXQKRPPHFRPPHXQDXWUHDYHFVHV
forces et ses faiblesses. Si le facteur humain est tenu pour ressource productive, et
si des « professionnels ª VRQW DSSHOpV j OD JpUHU F¶HVW ELHQ SRXU QH SDV DYRLU j
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

compter sur sa « vertu » ou à regretter son vice. De la même façon, licencier un


salarié suppose un « plan G¶DFWLRQ » (Hélène Olivier, ANDCP). Le « plan
G¶DFWLRQ » JDUDQWLW O¶pTXLWp GH OD GpFLVLRQ UHQIRUoDQW OHV FKDQFHV TX¶HOOH VRLW
FRPSULVHSDUOHVDODULp PDOKHXUHX[PDLV DXVVLSDUFHX[TXL UHVWHQW &¶HVW DXWDQW
XQHTXHVWLRQG¶HIILFDFLWpTXHGHPRUDOH/¶DXWorité associative norme la « bonne »
SUDWLTXHGHODSURIHVVLRQRQO¶DGLWPDLVFHWWH© bonne ªSUDWLTXHQ¶HVWGRQFSDV
seulement une question technique. Elle est encore jugement de valeur :

« Il y a une manière de faire, certaines pratiques sont intoléraEOHV«LO\


D XQ UHVSHFW GH OD SHUVRQQH j DYRLU HW LO IDXW O¶H[SOLTXHU HW OH Up-
expliquer 2QQHFRQYRTXHSDVTXHOTX¶XQGDQVVRQEXUHDXSRXUOXLGLUH
³WXHVYLUp´«LOIDXWXQSODQG¶DFWLRQTXHODSHUVRQQHVDFKHFHTX¶HOOH
ULVTXH TXH O¶RQ SXLVVH OXL GRQQHU XQH FKDQFH F¶HVW XQ ORQJ SURFHVVXV.
/H OLFHQFLHPHQW F¶HVW OH GHUQLHU UHFRXUV F¶HVW XQ DFWH WUqV ORXUG GH
FRQVpTXHQFHV LO IDXW DYRLU FKHUFKp j O¶pYLWHU TXH O¶RQ VDFKH ELHQ
SRXUTXRL HW FRPPHQW« PrPH VL WX DV HVVD\p GH IDLUH HQ VRUWH TXH OD
personne se redresse. » (Hélène Olivier, ANDCP)

« 'HV'5+³VDODXGV´MHQ¶HQDLSDVFRQQXHWLOVVHUDLHQWGHWRXWHVOHV
IDoRQV GpVDYRXpV SDU OD SURIHVVLRQ« LFL LO \ D GHV YDOHXUV ! » (Denis
Cassin, ANDCP)

0rPH ORUVTXH F¶HVW O¶HQWUHSULVH TXL DGKqUH HW  RX V¶DFTXLWWe de la cotisation
associative, les « professionnels », assujettis volontaires à une éthique de travail,

1
Termes empruntés à A. O. Hirschman (1977), Les passions et les intérêts. Justifications
politiques du capitalisme avant son apogée. Trad. P. Andler, Paris, PUF, 1980.

99
incarnent « O¶KRQQHXUGHODSURIHVVLRQ »1, « honneur » qui donne la mesure de la
GLVWDQFH j O¶pJDUG GHV RULHQWDWLRQV GH OD VSKqUH GLULJHDQWH 7RXWH DWWeinte à cet
« honneur » VXIILW j SURYRTXHU O¶H[FOXVLRQ GH O¶DGKpUHQW 'LYXOJXHU TXHOTXH
information « coupable »2 sur une entreprise concurrente est ainsi chose prohibée3.
Le « collectif de producteurs » prime sur le « collectif de production »4, même
dans OHVDVVRFLDWLRQVG¶HQWUHSULVHVOHVUqJOHVPRUDOHVTXHSDUWDJHQWOHVPHPEUHV
SK\VLTXHVGHO¶DVVRFLDWLRQYRQW« au-delà des obligations qui découlent du contrat
de travail »5 &HWWH pWKLTXH SHXW WRXWHIRLV Q¶rWUH SDV SDUWDJpH SDU O¶HPSOR\HXU
Dans ce cas de figure, le credit manager doit, « spontanément », démissionner de
O¶DVVRFLDWLRQ6.
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2) /D SURIHVVLRQQDOLVDWLRQ G¶XQ HPSORL GH FDGUH ILQDQFLHU : le credit


manager HWVRQRUJDQLVDWLRQO¶$)'&&

/D VSpFLDOLVDWLRQ O¶DXWRULWp DVVRFLDWLYH JDUDQWH GH « O¶KRQQeur de la


profession » et la construction de certifications formalisant les « UqJOHV GH O¶DUW »
VRQW OHV SULQFLSDX[ pOpPHQWV GH OD SURIHVVLRQQDOLVDWLRQ G¶XQH DFWLYLWp GH WUDYDLO7.
/H UHJURXSHPHQW G¶HPSORLV DX[ SURSULpWpV VLPLODLUHV HQ IRQFWLRQ © affirmée »
VXSSRVH OD GpWHUPLQDWLRQ SDU O¶DXWRULWp DVVRFLDWLYH G¶XQH PLVVLRQ TXL GpOLPLWH OH
GRPDLQH G¶LQWHUYHQWLRQ GHV © professionnels » dans les procès de production.
0DLVRQO¶DpYRTXpjSURSRVGHODWUDGXFWLRQGXPRWmarketing, la détermination
du rôle du métiHU HVW O¶REMHW GH OXWWHV HQWUH FRPPXQDXWpV SURIHVVLRQQHOOHV TXL

1
Source  6WDWXWV GH O¶$1'&3 GRFXPHQW REWHQX DXSUqV GH 'HQLV &DVVLQ  HW « déontologie » de
O¶$)'&&GRFXPHQWILJXUDQWGDQVO¶DQQXDLUHGHVPHPEUHV  
2
E. C. Hughes (1958), « Licence and mandate », op. cit.
3
Sources : Articles 1e, 2a, 2c, 2f et 3b de la « déontologie » GHO¶$)'&& ; Articles 15 des Statuts
GHO¶$1'&3
4
F. Piotet (2002), op. cit.
5
Source : préambule à la « déontologie » GHO¶$)'&&
6
Idem.
7
K. Vasselin, « Faire le ménage : de la coQGLWLRQ GRPHVWLTXH j OD UHYHQGLFDWLRQ G¶XQH
professionnalité », F. Piotet (2002), op. cit. '¶DSUqV $ 0 &DUU-Saunders, P. A. Wilson, The
professions, London, Oxford Clarendon Press, 1933.

100
mobilisent des « UpSHUWRLUHV G¶DFWLRQV » similaires, destinés à convaincre
O¶DXGLHQFH O¶HQWUHSULVHHWO¶eWDW GHOHXUOpJLWLPLWp
Cette mission est aussi « mandat », en vertu duquel le professionnel
entend « fixer les termes selon lesquels il convient de penser un aspect particulier
de la société »1/DFRQVWUXFWLRQG¶XQHFHUWLILFDWLRQad hocPHQWLRQQDQWO¶LQWLWXOp
credit management, sert enfin à circonscrire un marché du travail professionnel,
PDLVDLGHVXUWRXWjODYLVLELOLWpG¶XQPpWLHUHQFRUHPpFRQQXGHVHQWUHSULVHVHOOHV-
PrPHV,OV¶DJLWG¶HQSURSRVHUXQHOHFWXUHXQLYRTXHTXLFODVVHHWKLpUDUFKLVHOHV
spécialités qui le composent : la certification vient « asseoir » la profession (Jean-
/XF'DQLHO DSUqVpGLFWLRQGHVRQU{OHSDUO¶DVVRFLDWLRQ

2.1) Un métier au confluent de plusieurs périmètres professionnels


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Le rôle du credit manager GDQV O¶HQWUHSULVH VHORQ O¶DVVRFLDWLRQ HW VHV


PHPEUHV FRQVLVWH HQ O¶RSWLPLVDWLRQ GH OD UHODWLRQ financière aux clients et
IRXUQLVVHXUV 6D PLVVLRQ HVW UHFKHUFKH G¶pTXLOLEUH HQWUH OD PDUJH SRWHQWLHOOH OH
GpODL GH SDLHPHQW HW OH ULVTXH G¶LQVROYDELOLWp GH O¶HQWUHSULVH SDUWHQDLUH GH OD
relation commerciale. Le credit manager construit une typologie des risques pour
FKDTXHW\SHGHFOLHQWqOHGpILQLWOHPRQWDQWDFFHSWDEOHGHO¶HQFRXUVHWOHVPR\HQV
devant le garantir, participe aux conditions financières du contrat commercial
(prix, délai de livraison, délai et moyens de paiement) et veille enfin au respect des
délais au moyen de procédures de recouvrement. Son but étant la maîtrise du délai
G¶HQFDLVVHPHQW GX FKLIIUH G¶DIIDLUHV OH credit manager arbitre entre les intérêts
FRPPHUFLDX[ HW OHV H[LJHQFHV ILQDQFLqUHV GH O¶HQWUHSULVH FRQWULEXDQW DLQVL j VRQ
autRQRPLH ILQDQFLqUH /¶H[SUHVVLRQ XQ ULHQ WULYLDOH HPSOR\pH SDU OHV HQTXrWpV
pour désigner le credit manager H[SUHVVLRQ TXH O¶RQ UHWURXYH GDQV WRXV OHV
fascicules de présentation et de promotion de la fonction Credit) résume à elle
seule le caractère conflictuel de la définition de son territoire professionnel :

« On dit souvent entre nous que le credit manager est le plus commercial
des financiers et le plus financier des commerciaux. » (Sébastien Gard,
Président)

1
E. C. Hughes (1963), « Les professions établies », op. cit. p. 109.

101
&¶HVW FHSHQGDQW O¶DVSHFW MXULGLTXH GH O¶DFWLYLWp FRPPHUFLDOH GH O¶HQWUHSULVH TXL
fonde le métier de credit manager. Les premiers credit managers étaient, aux dires
GX 6HFUpWDLUH *pQpUDO GH O¶DVVRFLDWLRQ -HDQ-Luc Daniel), des juristes, plus
exactement des « Directeurs contentieux de grandes entreprises » qui se
côtoyaient régulièrement au Tribunal de Commerce. Ces Directeurs auraient jugé
nécessaire de « prévenir » les défaillances des clients et / ou fournisseurs,
défaillances qui obéraient la viabilité financière de leur propre société :

« En 19 O¶DVVRFLDWLRQ D pWp FUppH SDU GHV 'LUHFWHXUV FRQWHQWLHX[ GH


grandes entreprises, notamment des filiales de boîtes américaines. Ils se
UHWURXYDLHQW VRXYHQW DX WULEXQDO SRXU UDPDVVHU OHV PRUFHDX[ G¶XQH
HQWUHSULVHTXLV¶pWDLWFDVVpODILJXUHSDUFHTX¶HOOH Q¶DYDLWSDVUpXVVLjVH
faire payer ou parce que son plus gros client avait mis la clef sous la
porte« >«@SHXjSHXDpWpLQWURGXLWHODQRWLRQGHcredit management,
RXYHUWH VXU O¶DPRQW« RQ V¶HVW GLW ³ERQ faire du contentieux, être
efficace auprès du trLEXQDO FH Q¶HVW SDV VXIILVDQW LO IDXW IDLUH GH OD
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

prévention et pour ça, il existe des techniques anglo-saxonnes, il faut


relancer, suivre la comptabilité-FOLHQW HWF´ $X[ 86$RQGLWFODLUHPHQW
³SOXW{W TXH G¶DOOHU FKHUFKHU OHV FRPPDQGHV Q¶LPSRUWH FRPPHQt,
RUJDQLVRQV O¶DPRQW´ /H UpIOH[H GX ODWLQ F¶HVW G¶DOOHU FKHUFKHU OHV
commandes et de réfléchir après à comment on va se faire payer >«@
Le credit management F¶HVW LQYHUVHU OD GpPDUFKH : on ne fait pas de
FRPPHUFH VL O¶RQ Q¶D SDV GpILQL DYHF TXL HW FRmment on va traiter. »
(Jean-Luc Daniel, Secrétaire Général)

/¶LPSpUDWLIG¶« RUJDQLVDWLRQGHO¶DPRQW » GHO¶DFWLYLWpFRPPHUFLDOHVLWXHOHPpWLHU


de credit manager au confluent de plusieurs périmètres professionnels, à mi-
chemin entre le commerce, la financHG¶HQWUHSULVHODFRPSWDELOLWpHWOHGURLW :

« Dans le credit managementLO\DO¶DVSHFWILQDQFLHUO¶DVSHFWMXULGLTXH


HW O¶DVSHFW FRPPHUFLDO ,O IDXW GRQF WURLV W\SHV GH FRPSpWHQFHV : des
compétences de nature financière, comment on évalue, à partir des
FRPSWHVGHO¶HQWUHSULVHODVROYDELOLWpG¶XQHHQWUHSULVHVLHOOHHVWVDLQH«
un second volet de la compétence que doit avoir le credit manager, ce
VRQWGHVFRPSpWHQFHVGHQDWXUHMXULGLTXHHWFRPPHUFLDOHSDUFHTX¶RQYD
traiter en matière de contrats, que FHVRLWHQ)UDQFHRXjO¶LQWHUQDWLRQDO
FRQWUDWV GH YHQWH« HW DXVVL HQ PDWLqUH GH IDLOOLWHV HW GH SURFpGXUHV
contentieuses. Et puis, troisième type de compétences, des compétences
en matière de communication : le credit manager VRQ REMHFWLI F¶HVW OD
sécurité financière de la relation client. Ça ne se décrète pas dans un
EXUHDX oD VH IDLW DX FRQWDFW GHV GLIIpUHQWV DFWHXUV GH O¶HQWUHSULVH »
(Jean-Luc Daniel)

/H SDUFRXUV SURIHVVLRQQHO GX 6HFUpWDLUH *pQpUDO GH O¶$)'&& HVW FDUDFWpULVWLTXH
G¶XQWHUULWRLUHGpfini à partir du regroupement de disciplines existantes. Titulaire

102
G¶XQ '87 REWHQX j O¶,QVWLWXW GH *HVWLRQ GH 5HQQHV ,*5  -HDQ-Luc Daniel
pFKRXH j DFTXpULU OH 'LSO{PH G¶eWXGHV &RPSWDEOHV HW )LQDQFLqUHV '(&)  6D
carrière débute en 1973, Jean-Luc occupanW DORUV XQ SRVWH G¶HPSOR\p GDQV XQH
société de négoce en matériau de construction. Il en devient cadre commercial
moins de trois ans plus tard. Au sein de cette société, il « fait tous les métiers et
grimpe tous les échelons » MXVTX¶j \ DFKHYHU VRQ SDUFRXrs comme Directeur
adjoint. Au début des années 1980, Jean-Luc, après avoir suivi une formation de
FRQVXOWDQW HQ FRXUV GX VRLU LQWqJUH XQ FDELQHW G¶H[SHUWLVH-comptable. Dix ans
DSUqV GHYHQX GLUHFWHXU G¶XQLWp DX VHLQ GH FH FDELQHW O¶HQTXrWp V¶RULHQWH YHUs le
credit management :

« Pinault créait la fonction Credit, en matière de risque-client, son


entreprise était dans une situation catastrophique, les commerciaux
IDLVDLHQW Q¶LPSRUWH TXRL SRXUYX TX¶LOV IDVVHQW OHXUV FKLIIUHV ! Il fallait
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

organiser ça et Pinault a embauché quatre personnes, dont moi : je


FRUUHVSRQGDLV DX SURILO TX¶LO UHFKHUFKDLW SDUFH TXH M¶DYDLV IDLW GX
commerce et de la comptabilité à un niveau assez élevé. » (Jean-Luc
Daniel)

Le métier de credit manager empruntant les éléments constitutifs de sa


PLVVLRQ j GHV VHJPHQWV SURIHVVLRQQHOV H[LVWDQWV O¶© affirmation » de la fonction
Credit GDQV XQH HQWUHSULVH TXHOFRQTXH QH SHXW VH IDLUH TX¶DX GpWULPHQW GHV
« professionnels ªGHODILQDQFHG¶HQWUHSULVHGXFRPPHUFHHWGXGURLWGHVDIIDLUHV
Cette « affirmation » suppose une redistribution des rôles professionnels, plus
H[DFWHPHQW O¶DPSXWDWLRQ G¶XQH SDUWLH GHV UHVSRQVDELOLWpV TXL UHOqYHQW j XQ
PRPHQW GRQQp G¶DXWUHV MXULGLFWLRQV /D PrPH DFWLYLWp GH WUDYDLO OD JHVWLRQ GHV
implications juridiques et financières de la relation aux clients / fournisseurs de
O¶HQWUHSULVH SUpH[LVWH H[LVWH LQGpSHQGDPPHQW GH O¶© affirmation » éventuelle de
la fonction Credit &HWWH DFWLYLWp SHXW GRQF UHVWHU j O¶pWDW G¶pSDUSLOOHPHQW HQWUH
différents acteurs de la geVWLRQG¶HQWUHSULVHRXUHOHYHUG¶XQVHXOW\SHGHFDGUHOH
« spécialiste du poste-client » :

« $YDQWFHWWHIRQFWLRQQ¶H[LVWDLWSDVODFRPSWDELOLWp-FOLHQWpWDLWO¶DIIDLUH
des comptables, pas des credit managers(QILQVLO¶RQYHXWrWUHSUpFLV
la fonction existait, mais elle était en quelque sorte répartie entre
SOXVLHXUV SHUVRQQHV LO Q¶\ DYDLW SDV XQ VSpFLDOLVWH GX SRVWH-client. Ce
VSpFLDOLVWH F¶HVW OH credit manager. » (Julien Maison, Président
G¶+RQQHXU

103
Le rôle du credit manager GDQV O¶HQWUHSULVH HVt en partie le même que celui
TX¶HQYLVDJHOD')&*SRXUOHV'LUHFWHXUVILQDQFLHUVHWO¶DVVRFLDWLRQ'&)SRXUOHV
Directeurs commerciaux : « OHFRPPHUFLDOF¶HVWO¶LQWHUIDFHHQWUHO¶HQWUHSULVHHWOH
client », affirme ainsi la Déléguée Générale de DCF, Élise Digard. La mission des
Directeurs financiers, selon Frédéric Marcan, consiste à optimiser la maîtrise de la
UHQWDELOLWpGHO¶HQWUHSULVHFHjTXRLFRQWULEXHDXVVLOHcredit manager. Les groupes
de travail de la DFCG, qui organisent la réflexion commune sur O¶pYROXWLRQ GX
métier, de ses techniques et du contexte juridique de leur application, chevauchent
parfois la « juridiction » des credit managers/¶XQG¶HQWUHHX[LQWLWXOp« gestion
des risques » V¶HPSDUH H[SOLFLWHPHQW GH OD SUREOpPDWLTXH MXVWLILDQW O¶Hxistence
PrPHGHO¶$)'&&HQO¶RFFXUUHQFHOH« poste-client »1.
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Les credit managers UDVVHPEOpV j O¶$)'&& HQWHQGHQW VH SUpYDORLU GX


PRQRSROH G¶H[HUFLFH GH FHUWDLQHV WkFKHV TXL UHOqYHQW G¶HPSORLV GH FDGUHV
financiers, celles qui touchent aux implications financières des relations
FRPPHUFLDOHV GH OHXU HQWUHSULVH /H PpWLHU pPHUJH j O¶LQWHUVWLFH GH MXULGLFWLRQV
mieux constituées, avec lesquelles il est en concurrence. Cette concurrence forme
une « écologie des professions »2 de cadre financier.
Dans les faits, le credit managerSRXUSHXTX¶LOH[LVWHGDQVO¶HQWUHSULVH
est fréquemment subordonné à un Directeur financier : deux tiers des répondants à
O¶HQTXrWHELHQQDOHSUpFpGHPPHQWFLWpH HWGRQWO¶REMHFWLIpWDLWGHFHUQHUOH« profil
du credit manager » qXLDGKqUHjO¶$)'&& VHGpFODUHQWVXERUGRQQpVjFHW\SHGH
Directeur3ORUVPrPHTX¶LOVWUDYDLOOHQWGDQVXQHHQWUHSULVHRa priori, leur métier
HVWSOXW{WUHFRQQX2QSHXWOHSHQVHUFDUVLFHODQ¶pWDLWSDVOHFDVO¶HQWUHSULVHHQ
TXHVWLRQQHV¶DFTXLWWHUDLWSDVGHODFRWLVDWLRQjO¶DVVRFLDWLRQ6HXOHPHQWGHV
UpSRQGDQWV j O¶HQTXrWH GH O¶$)'&& VRQW SRXUWDQW GLUHFWHPHQW UDWWDFKpV j OHXU
'LUHFWLRQ*pQpUDOHVLJQHG¶XQH© affirmation » accomplie de la fonction Credit :

1
Source : fascicule de présentation de la DFCG. Exemples de groupes de réflexion illustrant la
vocation de la DFCG, « faciliter le perfectionnement professionnel de ses membres ». Document
obtenu auprès de Frédéric Marcan.
2
A. Abbot (2003), op. cit.
3
Source : Enquête biennale 2004, Le profil du credit manager, partenariat AFDCC / Accountemps
et R.H.I. Management resources'RFXPHQWREWHQXDXSUqVGHO¶$)'&&

104
« Il faut savoir que credit manager, F¶HVWXQPpWLHUH[WUrPHPHQWUHFRQQX
et même renommé aux États-Unis et en Angleterre, à tel point que, bien
souvent, le credit manager HVWPHPEUHGX&RPLWpGH'LUHFWLRQ«FHTXL
Q¶HVWSDVOHFDVHQFRUHHQ)UDQFH » (Sébastien Gard)

Le credit manager est généUDOHPHQWVXERUGRQQpjXQW\SHGHFDGUHTXLUHOqYHG¶XQ


DXWUH JURXSHPHQW SURIHVVLRQQHO HQ O¶RFFXUUHQFH OD ')&* &HWWH DVVRFLDWLRQ
SURIHVVLRQQHOOH FHSHQGDQW pWDLW j O¶RULJLQH O¶DVVRFLDWLRQ GHV FRQWU{OHXUV GH
gestion et non des Directeurs financiers : elle HVW O¶KpULWLqUH GH O¶$VVRFLDWLRQ
Nationale des Contrôleurs de Gestion (ANCG), créée en 1964 et devenue DFCG
cinq ans plus tard, en 1969. Frédéric Marcan précise toutefois que la population
adhérente de la DFCG est surtout composée de Directeurs financiers, visiblement
du fait que les contrôleurs de gestion sont rarement affublés du titre de
« Directeur ªGDQVO¶HQWUHSULVH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

« On a un petit peu de contrôleurs de gestion, mais pas beaucoup, en


général, ce sont quand même des personnes qui ont des postes de
management GH UHVSRQVDELOLWpV G¶HQFDGUHPHQW G¶pTXLSHV » (Frédéric
Marcan, DFCG)

6pEDVWLHQ*DUG3UpVLGHQWGHO¶$)'&&HQFRQQDvWELHQOD')&*2XWUHOH
SDUWHQDULDWSRQFWXHODXWUDYHUVGXTXHOOHWHUUDLQG¶HQTXrWHDVVRFLDWLIDpWpGpOLPLWp
(« INTERCLUB »)1OD')&*HWO¶$)'&&IRQWWRXWHVGHX[SDUWLHGX*URXSHPHQW
GHV $VVRFLDWLRQV 3URIHVVLRQQHOOHV GH OD )LQDQFH *3)  0DLV ORUVTX¶LO O¶pYRTXH
OD ')&* HVW VSRQWDQpPHQW GpFULWH FRPPH O¶DVVRFLDWLRQ JURXSDQW OHV VHXOV
contrôleurs de gestion :

« Je dis aux jeunes qui veulent faire du marketing G¶DOOHUjO¶$'(7(0j


FHX[TXLYHXOHQWIDLUHGXFRQWU{OHGHJHVWLRQG¶DOOHUjOD')&*HWFdD
vous donne une ouverture sur votre réseau, qui va vous aider dans votre
UHFKHUFKHG¶HPSORLTXLYDYRXVDLGHUGDQV [La DFCG, ce ne sont pas
les Directeurs financiers ?] Si aussi, oui. » (Sébastien Gard)

(Q DIIHFWDQW OD ')&* G¶XQ WHUULWRLUH SURIHVVLRQQHO SOXV UpGXLW TX¶LO QH O¶HVW
réellement, Sébastien Gard trace une « frontière défensive »2 MXVWLILH O¶LGHQWLWp
professionnelle doQW LO VH UpFODPH HW TX¶LO FRPSWH ELHQ HQ WDQW TXH 3UpVLGHQW GH
O¶$)'&&IDLUHUHFRQQDvWUH

1
Voir supra ODSUpVHQWDWLRQGHVWHUUDLQVG¶HQTXrWH
2
L. Deroche-Gurcel, « Préface », G. Simmel (1908), Sociologie. Études sur les formes de la
socialisation, Trad. L. Deroche-Gurcel et S. Muller, Paris, PUF, Coll. « Sociologies », 1999.

105
2.2) « Affirmer » la fonction pour un « tissu économique sain »

/HVGpFLVLRQVFULWLTXHVDUUrWpHVSDUODVSKqUHGLULJHDQWHGHO¶HQWUHSULVHDX
service de laquelle le « professionnel » estime mettre ses « capacités techniques
individuelles »1 peuvent, de son point de vue, en grever la pérennité à plus ou
PRLQVORQJWHUPH&¶HVWFHTXLGRLWMXVWLILHURQO¶DYXSOXVKDXWO¶© affirmation »
de la fonction et corollaLUH OD SRVVLELOLWp G¶« avoir son mot à dire au Comité de
Direction » (Denis Cassin, Frédéric Marcan) mais aussi, en certains cas, de « se
mettre HQUpVHUYHGDQVO¶HQWUHSULVH » (Frédéric Marcan).
/D SURPRWLRQ GX FDUDFWqUH VWUDWpJLTXH G¶XQH IRQFWLRQ YLVH bien à faire
DGPHWWUHODQpFHVVLWpG¶XQHXWLOLVDWLRQRSWLPDOHGHVWDOHQWVTXLV¶\H[SULPHQWPDLV
que les entreprises emploient selon des modalités diverses, qui ne sont donc pas
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

QpFHVVDLUHPHQWHIILFDFHV/DSpUHQQLWpGHO¶HQWUHSULVHQ¶HVWFHSHQGDQWSDVXQH fin
en soi : la contribution professionnelle à sa performance est un enjeu plus large,
TXLLQWqJUHOHWLVVXpFRQRPLTXHGDQVVRQHQVHPEOH(QG¶DXWUHVWHUPHVHPSUXQWpV
j 3KLOLS 6HO]QLFN O¶HQMHX D WUDLW j © O¶LQVWLWXWLRQQDOLVDWLRQ »2 GH O¶DFWLYLWp
professionnelle. Dans tous les cas, et en particulier dans celui du credit
management OD UHYHQGLFDWLRQ G¶XQH PLVVLRQ GHYDQW UHOHYHU G¶XQ FHUWDLQ W\SH
G¶HPSORLV¶DSSXLHVXUODPRELOLVDWLRQGHYDOHXUV PRUDOHVTXLIRQWpFKRjFHTXH
OHVFDWKROLTXHVVRFLDX[G¶DSUqV-guerre appelaient le « bien commun national »3 : la
légitimité professionnelle est aussi légitimité à « indiquer ce qui est bon et juste
SRXUO¶LQGLYLGXHWODVRFLpWp »4.

Les credit managers GRQW O¶HQWUHSULVH FRWLVH j O¶$)'&& WUDYDLOOHQW


principalement GDQV OHV VHFWHXUV GH O¶LQGXVWULH GX FRPPHUFH HW GH OD JUDQGH
distribution5. Credit manager est un « métier » de « niche », au sens où la mission
TXLOHIRQGHHVWG¶XQHLPSRUWDQFHVWUDWpJLTXHYDULDEOHVHORQOHVHFWHXUG¶DFWLYLWpGH

1
P. Naville (1956), op. cit.
2
P. Selznick, Leadership in administration. A sociological interpretation. New York, Row,
Peterson & Co, 1957.
3
H. Weber, Le parti des patrons. Le CNPF, 1946-1986, Seuil, 1986.
4
E. C. Hughes (1958), « Licence and mandate », op. cit. p. 100.
5
Source $QQXDLUH/LVWHGHVPHPEUHVSDUFRGHVG¶DFWLYLWp

106
O¶HQWUHSULVH FRQVLGpUpH, selon que la relation commerciale aux clients et
fournisseurs est déjà, en elle-PrPHDXF°XUGXSURFqVGHFUpDWLRQGHYDOHXU

« Un credit manager F¶HVW XQ FDGUH ILQDQFLHU TXL VH WURXYH HQ JpQpUDO
GDQV XQH JUDQGH HQWUHSULVH HW TXL GRLW V¶RFFXSHU GHV UHlations
financières clients, comment faire payer les clients, comment faire en
VRUWHTXHOHVFOLHQWVUHVSHFWHQWOHVGpODLVQpJRFLpV«FRPPHQWpYLWHUTXH
les clients deviennent des mauvais payeurs, repérer les clients qui sont
dans des situations financières fragiles pour continuer à commercer avec
HX[ VDQV SHUGUH G¶DUJHQW &¶HVW XQ PpWLHU GH QLFKH TXL FRQFHUQH
quelques entreprises, notamment les plus grosses. » (Jean-Luc Daniel)

Le credit management est une activité de « niche » PDLV O¶DVVRFLDWLRQ


professionnelle ne se donne pas moins vocation à promouvoir la fonction auprès
GHWRXWHVOHVHQWUHSULVHVGHPDQLqUHjOHVLQFLWHUjVHGRWHUG¶XQHIRQFWLRQCredit :

« On voudrait que toutes les entreprises aient une fonction Credit,


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

comme une fonction qui va de sRL TXHOOH TXH VRLW OHXU EUDQFKH« F¶HVW
OHXULQWpUrWoDF¶HVWV€U 7RXWHVOHVHQWUHSULVHVGqVO¶LQVWDQWRHOOHVRQW
un client ou un fournisseur, ont intérêt à avoir une fonction Credit parce
que mieux elles minimisent le risque client, optimisent les délais, mieux
F¶HVW SRXU HOOHV ! 1RWUH REMHFWLI F¶HVW GH PRQWUHU HQ TXRL OH PpWLHU HVW
XWLOHjO¶HQWUHSULVH » (Jean-Luc Daniel)

« /¶DVVRFLDWLRQVDSUHPLqUHPLVVLRQF¶HVWODUHFRQQDLVVDQFHGXPpWLHU
H[SOLTXHUHQTXRLLOVHUWjO¶HQWUHSULVH«RQIDLWDXVVi du lobbying auprès
GHVSRXYRLUVSXEOLFVRQH[SOLTXHDX0LQLVWqUHGHV30(GHO¶pFRQRPLH
aux députés, quelle est son utilité publique. » (Sébastien Gard)

Les credit managers, en concourant à la pérennité financière des entreprises,


FRQWULEXHjO¶DVVDinissement de la sphère des échanges économiques : le métier est
G¶« utilité publique ». Invoquer la viabilité du tissu économique est entreprise de
justification du « lien de nécessité », réputé « absolu et permanent », qui
« attache »1 certaines tâches à la profession, qui en revendique alors le monopole
G¶H[HUFLFH0DLVSUpFLVH$QGUHZ$EERWFHOLHQHVWSDUHVVHQFHYHUVDWLOHHWFHWWH
YHUVDWLOLWp SURFqGH VRXYHQW G¶pOpPHQWV H[WpULHXUV TXL REOLJHQW OHV SURIHVVLRQV j
redéfinir leurs rapports réciproques2. Le contexte dans lequel les techniques anglo-
saxonnes de la gestion du poste-client furent importées sur le territoire national par
TXHOTXHV SLRQQLHUV HVW j FH WLWUH SDUWLFXOLqUHPHQW pFODLUDQW &¶HVW OH FRQWH[WH
économique des années 1980 qui justifia la prise en charge spécifique, spécialisée

1
P. M. Menger (2003), « Introduction », P. M. Menger (dir.), op. cit.
2
A. Abbot (2003), op. cit.

107
ou, pour le dire encore autrement, « professionnelle », de la gestion du risque-
client, encore partagée entre commerciaux, juristes et financiers. La conjoncture
DYDLWUHQGXLPSpUDWLYHODFUpDWLRQG¶XQSRVWHGRQW Oa mission était de garantir ce
qui, en langage marxiste, pourrait être nommé « la réalisation monétaire du taux
de profit ªGHVHQWUHSULVHV/H6HFUpWDLUHGHO¶DVVRFLDWLRQTXLpWDLWOXL-même cadre
FRPPHUFLDOjO¶pSRTXHGHVIDLWVUHVWHFHOXLTXLO¶H[SOLTXe le mieux :

« En 1980-LO\DHXO¶HQFDGUHPHQWGXFUpGLWGRQFOHVHQWUHSULVHV
ont obtenu des financements de plus en plus difficilement, ce qui a
démultiplié le recours au crédit inter-entreprises. Les entreprises
SUpIpUDLHQW V¶DUUDQJHU HQWUH HOOHV HQ TXHOTXH VRUWH V¶DFFRUGDQW GHV
GpODLV GH SDLHPHQW SOXV ORQJV« PDLV ORUVTXH OHV HQWUHSULVHV ILQDQFHQW
OHXUVFOLHQWVHOOHVOHXUIRQWFUpGLWHOOHVIRQWOHPpWLHUGHODEDQTXHF¶HVW-
à-GLUH TX¶HOOHV QH VDYHQW SDV OH IDLUH FH Q¶HVW SDV OHXU PpWLHU FH Q¶Hst
pas organisé et on ne sait pas forcément inclure le délai de paiement
GDQVOHSUL[GHUHYLHQW«F¶HVWSRXUoDTXHOHFUpGLWLQWHU-entreprises est
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

SRUWHXU G¶XQ WDX[ GH GpIDLOODQFHV LPSRUWDQW HW RQ V¶HVW DSHUoX HQ 
TXH GH SOXV HQ SOXV G¶HQWUHSULVHV GHYenaient défaillantes, on en était à
près de quatre-YLQJW PLOOH GpS{WV GH ELODQ F¶pWDLW FDWDVWURSKLTXH >«@
&¶HVWjFHWWHpSRTXHTXHOHVHIIHFWLIVGHO¶$)'&&RQWH[SORVpSDUFHTX¶LO
y avait une sinistralité très forte et il fallait réfléchir ensemble. » (Jean-
Luc Daniel)

Pour que le métier remplisse sa mission « G¶XWLOLWpSXEOLTXH » (Sébastien


Gard), encore faut-il, du point de vue associatif, que la gestion du poste-client
relève du « professionnel ª W\SLTXH VRLW G¶XQ credit manager dont le champ
G¶DFWLRQHWGHUHVSRQVDELOLWpHPEUDVVHO¶HQWUHSULVHGDQVVRQHQVHPEOH&¶HVWTXH
une fois encore, la nécessité de « réfléchir » DX[PR\HQVjPHWWUHHQ°XYUHSRXU
« prévenir » O¶pYHQWXHOOH GpIDLOODQFH GH O¶HQWUHSULVH FOLHQWH QH VH WUDGXLW SDV
obligatoirement, aX VHLQ GH O¶HQWUHSULVH FRQVLGpUpH SDU O¶© affirmation » de la
fonction. Toutes les entreprises sont confrontées au risque-client, mais toutes ne
définissent pas de politique credit2UV¶LO IDXW TXH « toutes les entreprises aient
une fonction Credit, comme une fonction qui va de soi » (Jean-/XF'DQLHO F¶HVW
que la professionnalisation de cette activité de travail est la meilleure garantie
G¶XQH UHFRQQDLVVDQFH GH OD « déontologie » TXH O¶DXWRULWp DVVRFLDWLYH YpKLFXOH
Autorité qui défend effectivement unH FRQFHSWLRQ SURSUH GH O¶H[HUFLFH GH OD
profession de credit manager (« on ne tue pas un fournisseur » ; « RQQ¶DVVDVVLQH
pas un client »), mais à laquelle les adhérents seuls sont assujettis (volontaires) :

« On voudrait que la fonction Credit soit bien structurée dans les


HQWUHSULVHV ELHQ V€U PDLV oD YHXW DXVVL GLUH TX¶HOOHV QH IRQW SDV

108
Q¶LPSRUWH TXRL YLV-à-vis du débiteur. Le credit manager recouvre les
FUpDQFHVPDLVFHQ¶HVWSDVVHXOHPHQWREWHQLUVRQDUJHQW«LOIDXWDXVVL
garder le client, avoir une relation de confiance avec lui, ne pas
O¶DVVDVVLQHU 'DQVOHPpWLHURQSRXUUDLWDXVVLGLUH³VLMHYHX[RSWLPLVHU
ma trésorerie, il faut que je fasse payer mes clients le plus vite possible et
TXHMHSDLHPHVIRXUQLVVHXUVOHSOXVWDUGSRVVLEOH´HKELHQça, déjà, ce
Q¶HVWSDVFLWR\HQPDLVFHQ¶HVWSDVQRQSOXVYLDEOHjWHUPHHWQRXVRQ
GLW ³OD ORL GLW TXH OH GpODL GH SDLHPHQW F¶HVW  MRXUV RQ O¶DSSOLTXH
TXDQGRQUHODQFHPDLVDXVVLTXDQGRQHVWFOLHQW´&¶HVWXQHTXHVWLRQGH
déontologie, on doit défendre ça en tant que professionnels parce que
GHUULqUH RQ DVVDLQLW O¶HQVHPEOH GH O¶pFRQRPLH FH Q¶HVW SDV OH SURILW
LPPpGLDWTXHO¶RQGRLWFKHUFKHU WXHUXQIRXUQLVVHXUF¶HVWSURILWDEOHWRXW
de suite mais après, ça devient plus compliqué. » (Jean-Luc Daniel)

'X IDLW TXH OH SRVWH RFFXSp SHXW VXIILUH j RFWUR\HU j O¶RFFXSDQW OD TXDOLWp GH
« professionnel », une fonction Credit « affirmée », dont est reconnu le caractère
VWUDWpJLTXH SRXU O¶HQWUHSULVH HVW WHQXH SDU XQ © professionnel » de la gestion du
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poste-client :

« Ceux qui sont recrutés comme credit manager sont de fait des
SURIHVVLRQQHOV VDQV TXRL LOV Q¶DXUDLHQW SDV pWp UHFUXWpV« DORUV DSUqV
TXLGHODSRXOHRXGHO¶°XI« » (Jean-Luc Daniel)

Dès lors, et idéalement, le Directeur credit Groupe, « professionnel » typique, a


légitimité à participer aux orientations stratégiques de son entreprise, mais aussi à
H[HUFHUVRQPpWLHUG¶XQHPDQLqUHLUUpGXFWLEOHDX[LQMRQFWLRQVGLULJHDQWHV'DQVOD
mesure où le savoir « expert » se construit dans la confrontation entre pairs au sein
GHO¶HVSDFHDVVRFLDWLIOH© professionnel ªHQTXHVWLRQGHYUDDGKpUHUjO¶$)'&&
GXPRLQVV¶LOVRXKDLWHELHQIDLUHVRQPpWLHU0DLVV¶LODGKqUHDXJURXSHPHQWDORUV
le « professionnel » répond de « O¶KRQQHXUGHODSURIHVVLRQ », « O¶adhésion valant
approbation à ce code de déontologie »1 3RXU FHWWH UDLVRQ O¶DVVDLQLVVHPHQW GX
tissu économique ne suppose pas seulement de rationaliser le rapport aux clients et
aux fournisseurs. À ce stade, la sphère dirigeante peut très bien considérer TX¶LOHVW
GDQVVRQLQWpUrWG¶« assassiner un client », de « tuer un fournisseur » RXTX¶LOHVW
QXLVLEOH G¶HVVD\HU GH SHUPHWWUH DX GpELWHXU « malheureux, mais de bonne foi, de
rétablir ses affaires »2 &HW DVVDLQLVVHPHQW SUpVXPH HQFRUH TX¶LO VRLW ODLVVp WRute
latitude au « professionnel » du credit management pour la détermination de ce

1
Source : « déontologie » GHO¶$)'&&
2
Source : Article 2c de la « déontologie » GHO¶$)'&&

109
TXH GRLW rWUH XQH UHODWLRQ FRPPHUFLDOH HQ PDWLqUH GH ODTXHOOH O¶DVVRFLDWLRQ IDLW
autorité.

2.3) La certification pour « asseoir » un métier mal identifié

« On souhaite SOXV G¶LQGpSHQGDQFH XQH PHLOOHXUH UHFRQQDLVVDQFH XQ


statut plus élevé, une ligne de partage plus nette entre les membres de la
SURIHVVLRQ HW OHV DXWUHV HW SOXV G¶DXWRQRPLH GDQV OH FKRL[ GHV FROOqJXHV HW GHV
successeurs. Pour que ces changements de statut soient reconnus dans notre
société, il faut que soit créée une formation universitaire préparant à la
profession »1. Le premier entretien avec Jean-Luc Daniel, le Secrétaire Général de
O¶$)'&&GDWHGXPDL/HVHFRQGGXDYULO(QWUHFHVGeux dates,
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

le métier de credit manager a évolué vers une reconnaissance accrue.


(Q PDL  OD VWUXFWXUH SHUPDQHQWH GH O¶$)'&& HQ pWDLW HQFRUH j
« rassembler les pratiques » existantes, à les classer aussi, en vue de produire un
« référentiel formation » (Jean-/XF'DQLHO F¶HVW-à-GLUHGHGpILQLUOHFRQWHQXG¶XQ
enseignement ouvrant droit à certification. En avril 2006, cette « course au
statut »2 pWDLW VXU OH SRLQW G¶rWUH DFKHYpH /H 0DVWHU %DF   HQ credit
management GpOLYUp SDU O¶eFROH 6XSpULHXUH Ge Commerce et de Management
(ESCEM) Tours-Poitiers, accrédité par la Conférence des Grandes Écoles et dès
lors, inscrit au Répertoire National des Certifications Professionnelles3, devait
RXYULUHQPDUVGHO¶DQQpHVXLYDQWH  7RXWHVOHVIRUPDWLRQVQRQ-diplômantes
GpOLYUpHVSDUO¶$)'&&OHVTXHOOHVMXVTXH-là, étaient seulement « reconnues par le
marché » (Jean-Luc Daniel), y sont intégrées, si bien que le Master peut être suivi
HQIRUPDWLRQLQLWLDOHRXFRQWLQXHHWSDUWLFLSHDXVVLG¶XQHGpPDUFKHGH9DOLdation
GHV $FTXLV GH O¶([SpULHQFH 9$(  GHV FDGUHV HQ DFWLYLWp &¶HVW HQ FH VHQV TX¶LO
vient « asseoir » (Jean-Luc Daniel) un métier encore mal identifié.

1
E. C. Hughes (1963), « Les professions établies », op. cit. p. 113.
2
Ibid. p. 115.
3
/D&RPPLVVLRQ1DWLRQDOHGHOD&HUWLILFDWLRQ3URIHVVLRQQHOOHV¶HVWVXEVWLWXpHGDQVOHFDGUHGHOD
/RLGHPRGHUQLVDWLRQVRFLDOH  jOD&RPPLVVLRQ7HFKQLTXHG¶+RPRORJDWLRQ &7+ TXLDYDLW
vocation à valider les titres scolaires délivrés dans le cadre de la formation continue.

110
Toutes les associations ont initié, et initient encore, la mise en place de
certifications en partHQDULDW DYHF OHV eFROHV O¶eGXFDWLRQ 1DWLRQDOH RX OHV
0LQLVWqUHVGX7UDYDLOHWGHO¶,QGXVWULH1, participant toujours, de près ou de loin, à
ODGpILQLWLRQGHVFRQWHQXVGHO¶HQVHLJQHPHQW/HGLSO{PHHVWO¶pOpPHQWSUHPLHUGH
la « dignité »2 GH O¶DFWLYLWp GH WUDYDLO TX¶LO V¶DJLW GH WUDQVIRUPHU HQ SURIHVVLRQ
mais aussi de la légitimité de la place du territoire professionnel dans la division
VRFLDOHGXWUDYDLO/DUHFRQQDLVVDQFHGHO¶DFWLYLWpGHcredit manager en « métier »
HVWFRQGLWLRQQpHSDUO¶H[LVWHQFHG¶XQe certification, qui en cristallise les frontières
HWO¶RIILFLDOLVH

« 1RXVVRPPHVVXUGHODILQDQFHTXLHVWSHXHQVHLJQpHSDUFHTXHFHQ¶HVW
SDV³QREOH´FHQHVRQWSDVOHVIXVLRQV-acquisitions, les rapprochements
inter-entreprises, monter un LBO3, tous les instruments financiers qui
existent par la banque etc. Nous sommes plutôt sur de la finance
G¶H[SORLWDWLRQ DYHF OHV PDLQV GDQV OH FDPERXLV  ,O Q¶\ D SDV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

G¶HQVHLJQHPHQWGHW\SHVXSpULHXUF¶HVWFHTXHQRXVVRPPHVHQWUDLQGH
UDWWUDSHU«SRXUDVVHRLUOD SURIHVVLRQ>«@,O\DXQ'(66HQmarketing,
oD VLJQLILH TXH F¶HVW XQ PpWLHU TXH O¶RQ SHXW H[HUFHU VL O¶RQ D IDLW XQH
IRUPDWLRQ%DFF¶HVWUHFRQQXSDUO¶eWDWoDSDVVHSDUOD&RPPLVVLRQ
des Titres et ça, ça veut dire que le diplômé a des compétences, et que le
PpWLHU F¶HVW PHWWUH FHV FRPSpWHQFHV-Oj DX VHUYLFH GH O¶HQWUHSULVH TXL
YHQG TXHOTXH FKRVH« ERQ HK ELHQ SRXU QRXV F¶HVW SDUHLO : pour faire
H[LVWHUOHPpWLHUHQWDQWTXHWHOLOIDXWTXHO¶RQSDVVHGDQVOHUpSHUWRLUH
GHV WLWUHV HW GHV GLSO{PHV« >«@OH UpSHUWRLUH QRXV LPSRVH GH GpILQLU ±
SXLVTXHO¶RQFUpHXQPpWLHUHQIDLWF¶HVWoDRQFUpHXQPpWLHU«VLO¶RQ
est reçu, on valide le métier de credit manager. » (Jean-Luc Daniel, mai
2005)

Pour « créer le métier » O¶DXWRULWp DVVRFLDWLYH « rassemble », centralise les


WHFKQLTXHVHWOHVSUDWLTXHVGHWUDYDLOH[LVWDQWHV&¶HVWODUpFXUUHQFHGHVSUREOqPHV
HW O¶RFFXUUHQFH GHV H[SpULHQFHV UpXVVLHV TXL SHUPHWWHQW O¶REMHFWLYDWLRQ OD
formalisation de la pratique en un socle de connaissances de base, dont la maîtrise
est alors retenue comme condition indispensable à la pratique du métier. La base
cognitive de chaque spécialité gestionnaire est, au moins en partie, une sélection
1
La DFCG, entre autres exemples, a tout récemment initié la création des Masters « Audit interne
et contrôle de gestion » et « Banque et ingénierie financière ª j O¶(6& 7RXORXVH PDUV  
/¶DVVRFLDWLRQ '&) FRPPHUFLDX[  VL O¶RQ HQ FURLW eOLVH 'LJDUG OD 'pOpJXpH *pQpUDOH GH
O¶DVVRFLDWLRQ D pJDOHPHQW « impulsé la création du BTS Force de Vente » et « participé aux
référentiels » du diplôme. Des membres font enfin « partie du jury de certaines écoles » (Élise
Digard).
2
Expression empruntée à Axel Honneth, A. Honneth, La lutte pour la reconnaissance, Paris, Le
Cerf, 2000.
3
Le Leverage Buy-Out (LBO HVWXQHRSpUDWLRQGHUDFKDWG¶XQHVRFLpWpSDUUHFRXUVjO¶HPSUXQW

111
GHSUDWLTXHVSLRQQLqUHVUHWHQXHVSRXUV¶rWUHUpYpOpHVHIILFDFHVjGLIIpUHQWVpWDWVGX
FKDPS GH O¶HQWUHSULVH HW GH SURGXFWLRQ GH OD QRUPH GH GURLW /H JURXSHPHQW
professionnel repère et met en forme théorique les pratiques identifiées comme
occurrentes et opératoires, en déduit un « référentiel » technique qui devient
O¶REMHW GHO¶HQVHLJQHPent. La création du diplôme associé à la pratique du credit
management impose en effet de définir le contenu du métier et les capacités TX¶LO
requiert :

« 2Q HVW O¶LQVWLWXWLRQ UpIpUHQFH GX PpWLHU O¶LQVWLWXWLRQ TXL FHQWUDOLVH


O¶HQVHPEOH GHV ERQQHV SUDWLTXHs professionnelles qui font le métier de
credit manager. En tant que professionnels du credit management, on sait
TXDQGPrPHFHTXHF¶HVWTXHFHPpWLHU ! Nous, la structure permanente,
on rassemble toutes les techniques, notamment celles qui sont produites
GDQVOHVJURXSHVGHWUDYDLORQUHJDUGHDXVVLFHTXLVHIDLWjO¶H[WpULHXU
>«@RQHVWHQYHLOOHVXUWRXWFHTXLERXJHQRWDPPHQWDXQLYHDXGHVORLV
TXLRQWXQHLQIOXHQFHVXUOHPpWLHULO\DGHVUqJOHVTX¶LOIDXWFRQQDvWUHVL
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

O¶RQ YHXW ELHQ IDLUH VRQ PpWLHU« DYHF oD RQ SURGXLW XQ UpIpUHQWLHO«
SRXUIDLUHO¶HQVHLJQHPHQWLOIDXWGpMjTXHO¶RQDLWGpILQLFHTXLVHIDLWGH
mieux au niveau du métier ! (WSRXUoDRQIDLWDXVVLGHO¶DXGLWRQYLHQW
GH O¶HQWDPHU F¶HVW GLUH  ³MH YDLV GDQV XQH HQWUHSULVH MH regarde
comment existe sa fonction Credit´«WRXWoDSRXUHQVXLWHSRXYRLUGLUH :
³YRLOjOHVFRPSpWHQFHVTX¶LOIDXWSRXUIDLUHOHPpWLHUYRLOjODIRUPDWLRQ
TXHOHVJHQVGRLYHQWDYRLU´ » (Jean-Luc Daniel, mai 2005)

/¶REMHFWLYDWLRQ GHV SUDWLTXHV GHV FRQWenus du travail associé à la mission du


credit manager, est ce qui détermine le contenu des formations qui préparent à la
pratique du métier. Théoriquement, la « licence »1 est un titre dont la possession
DXWRULVH O¶H[HUFLFH GH OD SURIHVVLRQ  O¶DVVRFLDWLRn met en place des certifications
TXL GpOLPLWHQW OH SpULPqWUH G¶H[HUFLFH GX PpWLHU HW GpILQLVVHQW OHV UqJOHV TXL OH
sous-tendent. Typiquement, seuls les titulaires de la « licence » sont habilités à
H[HUFHU O¶DFWLYLWp j DFFRPSOLU OH © mandat » qui correspond à la « licence »
REWHQXH0DLVLFLF¶HVWDXFRQWUDLUHO¶HQWUHSULVHGHFRQVWUXFWLRQG¶XQH© licence »
TXLSHUPHWODIRUPDOLVDWLRQHWODOpJLWLPDWLRQG¶XQ© mandat » accompli jusque-là
par des professionnels sans titre.
Le diplôme permet la transformaWLRQRIILFLHOOHGHO¶DFWLYLWpHQPpWLHU,O
DXWRULVHDXVVLODOLPLWDWLRQGHO¶DFFqVjFHOXL-ci GXSRLQWGHYXHGHO¶$)'&&OH
credit manager doit, en principe, être diplômé en credit management, et
O¶HQWUHSULVHGHYUDLWQRPPHUjFHSRVWHOHVVHXOVFHUWLILpV'¶XQHHQWUHSULVHjO¶DXWUH

1
E. C. Hughes (1958), « Licence and mandate », op. cit.

112
cependant, la profession que chacun des membres déclare au groupement ne
renvoie pas aux mêmes contenus, ni aux mêmes titres ou intitulés de poste1. Et
dans la mesure où le titre vient « asseoir » la profession, aucun professionnel,
DXFXQH[SHUWQHOHSRVVqGHGHVRUWHTX¶LOV¶DJLWDXVVLjWUDYHUVODFHUWLILFDWLRQGH
FUpHUGHVFULWqUHVG¶pYDOXDWLRQjSDUWLUGHVTXHOVOHV© confrères » pourront se juger
et se reconnaître.
Dans une entreprise, le credit manager peut être désigné par le terme
« responsable crédit », « analyste crédit » ou « chargé de recouvrement », mais
ces trois intitulés peuvent, dans une autre, correspondre à une sous-spécialité du
credit management, le spécialiste étant alors subordonné à un credit manager. Ici,
le credit manager VHUD VXERUGRQQp j XQ 'LUHFWHXU ILQDQFLHU HW Q¶HIIHFWXHUD TXH
FHUWDLQHVGHVWkFKHVTXLGXSRLQWGHYXHGHO¶DVVRFLDWLRQUHOqYHQWGHODIRQFWLRQ
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

OjLOVHUDOH'LUHFWHXUG¶XQHIRQFWLRQ© affirmée ». Ce même Directeur peut encore


être affecté du titre de « responsable credit »WDQGLVTX¶DLOOHXUVOHcredit manager
HVW HQIDLWVXERUGRQQpjXQ'LUHFWHXUILQDQFLHU RX« credit. Autre configuration
possible, le Directeur credit, membre de la Direction Générale, peut être affecté du
titre de credit manager, titre qui dans une autre entreprise décrit un poste de
VXERUGRQQp&¶HVWGLUHTXHO¶LQWLWXOpGXSRVWHPDVTXHOHFRQWHQXUpHOGXWUDYDLOHW
OHQLYHDXKLpUDUFKLTXHGHVRQRFFXSDQWHWTX¶XQPrPHLQWLWXOpVRXIIUHGLIIpUHQWHV
situations de travail. Or, les credit managers VH GpFODUHQW j O¶DVVRFLDWLRQ HQ
IRQFWLRQGHODGpQRPLQDWLRQXVLWpHGDQV O¶HQWUHSULVHSRXUGpVLJQHUOHVWkFKHV TXL
relèvent de leur responsabilité et selon le rang hiérarchique qui y est associé.
3UpFLVpPHQWO¶$)'&&DGPHWTX¶« LOHVWGLIILFLOHSRXUFHWWHFDWpJRULHG¶LGHQWLILHU
un rattachement hiérarchique-type »2. Dans ces conditions, créer une certification
VROLGDLUHGHO¶H[HUFLFHGXPpWLHUF¶HVW\PHWWUHGHO¶RUGUHSURSRVHUXQHIRUPHGH
division technique du travail devDQWV¶DSSOLTXHUSDUWRXWGHODPrPHIDoRQ

« /DSUDWLTXHQ¶D\DQWMDPDLVpWpHQVHLJQpHHQeFROHRXHQ)DFOHVJHQV
qui se revendiquent de la qualification de credit manager ont du mal à se
SRVLWLRQQHUGDQVO¶HQWUHSULVHLOQ¶\DYDLWULHQTXLGLVHTXHYRXVpouviez
SUpWHQGUH j WHO RX WHO SRVWH« PDLV MXVWHPHQW OHUpSHUWRLUH GHV WLWUHV HW
des diplômes nous impose de définir exactement la fonction, de réécrire
OHVGpILQLWLRQVGHIRQFWLRQVTX¶LOIDXWOLHUjGHVHQVHLJQHPHQWV'RQFRQ

1
Source : enquête biennale 2004, Le profil du credit manager, partenariat AFDCC / Accountemps
et R.H.I. Management resources'RFXPHQWREWHQXDXSUqVGX6HFUpWDULDWGHO¶$)'&&
2
Ibid.

113
GLW³OHcredit managerF¶HVWQLYHDX%DF´HWoDYDFRUUHVSRQGUHjGHV
enseignements, des compétences et des savoir-IDLUH«RQDGpFOLQpDLQVL
tous les métiers du credit management«YRXVDYH]OHcredit manager, le
UHVSRQVDEOHUHFRXYUHPHQW O¶DQDO\VWHFUpGLWOH FKDUJpGHUHFRXYUHment
HWO¶DVVLVWDQWcredit manager, voilà en gros les quatre ou cinq métiers du
credit management« OH credit manager F¶HVW OH SDWURQ HW HQVXLWH RQ
GpFOLQHOHVIRQFWLRQVGHVHVVXERUGRQQpV«OHGLSO{PHOD9$(oDQRXVD
REOLJp j VWUXFWXUHU O¶DSSURFKH PpWLHU HW DSUqV O¶pWDSH VXLYDQWH F¶HVW
DOOHU YRLU O¶$13( O¶$3(& GH IDoRQ j FH TX¶LOV FKDQJHQW OHXUV
GpILQLWLRQVGHODIRQFWLRQSDUFHTXH«MHQHVDLVSDVFRPPHQWHOOHVRQW
été faites, mais bon, à partir du moment où, nous, on les re-FDOLEUH« »
(Jean-Luc Daniel, avril 2006)

/¶LQYHVWLVVHPHQW GDQV OHV SDUFRXUV GH 9DOLGDWLRQ GHV $FTXLV GH O¶([SpULHQFH
9$( TXLVXSSRVHO¶H[LVWHQFHG¶XQGLSO{PHjSDUWLUGXTXHOYDOLGHUO¶H[SpULHQFH
HVW DLQVL FH TXL SHUPHW G¶RUGRQQHU OD SURIHVVLRQ HW OHV WHUPHV GH OD GLYLVLRQ Gu
WUDYDLOHQVRQSURSUHVHLQ&¶HVWDXVVLDFWHUXQH[HUFLFHTXLGRUpQDYDQWQHVDXUDLW
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

relever du premier venu, mais encore « débarrasser le métier de ceux qui ne sont
pas assez mobiles pour suivre le changement »1. À partir du moment où existe une
certifLFDWLRQ OLpH DX PpWLHU Q¶LPSRUWH TXL QH SHXW SOXV O¶H[HUFHU HW O¶DVVRFLDWLRQ
UHQIRUFH VRQ U{OH PrPH LQIRUPHO G¶LQVWDQFH UpJXODWULFH GX PDUFKp GX WUDYDLO
professionnel :

« Notre démarche de VAE permet de cadrer les gens  VL TXHOTX¶XQ GLW
³MHSUpWHQGVrWre un credit manager´QRXVRQYDSRXYRLUGLUH³DKRXL ?
HK ELHQ YHQH] GRQF YDOLGHU YRWUH H[SpULHQFH´ RQ IDLW SDVVHU GHV
pYDOXDWLRQVHWRQGLW³oDoDYDoDoDYDDKQRQOjoDQHYDSDVLO
IDXWSDVVHUWHOPRGXOH´«QRVIRUPDWLRQVSURIHVVLRQQHOOHVYRQWV¶LQWpJUHU
DXUpIpUHQWLHO0DVWHU«QRVF\FOHVF¶HVWFRPPHGHVEULTXHVTXHO¶RQPHW
DX QLYHDX GX 0DVWHU TXHOTX¶XQ TXL D VXLYL GHV IRUPDWLRQV FKH] QRXV
DFFXPXOH GHV 8QLWpV GH 9DOHXUV GHV 89« XQ H[HPSOH : je prends
TXHOTX¶XQTXLDWUDYDLOOpFLQTDQVGDQV un poste, qui a un niveau Bac +2
HW TXL GLW ³M¶DL WUDYDLOOp FLQT DQV GDQV XQ SRVWH HW M¶HVWLPH TXH M¶DL XQ
vrai savoir-IDLUH´RQYDOXLIDLUHSDVVHUXQH9$(HWRQYDOXLGLUH³YRXV
avez Bac +2, compte tenu de votre expérience, vous êtes maintenant à
Bac +3, donc si vous voulez accéder à la formation, il faut être Bac +4,
GRQF LO YRXV UHVWH XQ QLYHDX j SDVVHU VRLW YRXV OD UHSDVVH] j O¶eFROH
GDQVOHFDGUHG¶XQHIRUPDWLRQDGDSWpHVRLWYRXVYHQH]SDUO¶DVVRFLDWLRQ
VRLWLOYRXVIDXWG¶DXWUHVH[SpULHQFHVSOXs enrichissantes et vous repassez
XQH 9$( GDQV XQ DQ RX GHX[´« GRQF GDQV OH FDGUH GH OD 9$( RQ YD
SRXYRLU GLUH ³VRLW YRXV DYH] DVVH] G¶H[SpULHQFH SRXU SRVWXOHU j WHO
QLYHDX VRLW YRXV QH O¶DYH] SDV PDLV HQ VXLYDQW WHOOH HW WHOOH IRUPDWLRQ
chez nous, vous SRXUUH] HQWUHU GDQV O¶eFROH j WHO QLYHDX /D 9$( QH

1
E. C. Hughes (1951), « Le travail et le soi », op. cit. p. 77.

114
GRQQH TX¶XQ ERXW GX WLWUH SDUFH TX¶LO IDXW XQH WKqVH SURIHVVLRQQHOOH HW
oDO¶H[SpULHQFHQHOHUHPSODFHSDV » (Jean-Luc Daniel, mai 2005)

/DPLVHHQSODFHG¶XQ« label formation » (Sébastien Gard) apparié à la pratique


du credit management O¶LGHQWLILHHWODVWUXFWXUHHQPpWLHUHQIRUPDOLVHOHVUqJOHV
G¶H[HUFLFHHWLQVWDXUHXQHEDUULqUHjO¶HQWUpH/HIDLWTXHOHVSURIHVVHXUVVRQWGHV
praticiens introduit enfin une parcelle de contrôle quant aux conditions auxquelles
sont décernées les certifications. De même que Muriel Manset (ANDCP)
HQVHLJQDLWXQHSUDWLTXHTX¶HOOHGpFRXYUDLWHQFRUHHQ6pEDVWLHQ*DUGTXLD
débuté en 1998 comme assistant credit manager et qui est devenu credit manager
en 2000, donQHGqVO¶DQQpHVXLYDQWHGHVFRXUVSRQFWXHOVG¶LQLWLDWLRQDX[pWXGLDQWV
GHO¶,QVWLWXWGH*HVWLRQGH5HQQHV ,*5 
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Conclusion :

/HV FDGUHV j O¶LQYHUVH GHV LQJpQLHXUV GLSO{PpV VRQW LGHQWLILpV FRPPH


WHOV SDUFH TX¶LOV RFFXSHQW RX RQW RFFXSp  GDQV OD GLYision technique du travail
salarié, des postes authentifiés, classés « cadres ª HW QRQ SDUFH TX¶LOV VRQW
WLWXODLUHVG¶XQWLWUHVFRODLUHGRQWO¶DWWULEXWLRQVHUDLWHQFDGUpHSDUODORLHWFRQWU{OpH
par la communauté de métier. La valeur accordée aux actes techniques qui
FRQVWLWXHQWOHSRVWHGHWUDYDLOHQQLYHDXGHTXDOLILFDWLRQLPSOLTXHO¶H[LJHQFHG¶XQ
FHUWDLQ QLYHDX GH GLSO{PH SRXU O¶RFFXSHU PDLV VHORQ OHV EUDQFKHV OHV PrPHV
actes de travail peuvent relever de postes accessibles avec un niveau de diplôme
différent. Un même contenu de travail renvoie à des titres de postes et des niveaux
KLpUDUFKLTXHV YDULDEOHV G¶XQH HQWUHSULVH j O¶DXWUH HW LQYHUVHPHQW /H 'LUHFWHXU
Marketing TXL Q¶DXUDLW DXFXQ GLSO{PH GH IRUPDWLRQ LQLWLDOH QL QH FRQQDvWUDLW
aucune des organisations représentant les « professionnels » de son activité, peut,
FRPPHOHVLPSOHHPSOR\pG¶XQVHUYLFHmarketing dont il aurait la responsabilité,
se revendiquer « professionnel » du marketing.
La professionnalisation « jO¶DQJOR-saxonne » des cadres fonctionnels se
heurte donc aux spécificités du système français des relations professionnelles.
« Professionnalisation » y est en effet un terme ambigu1, qui recèle plusieurs

1
M. Maurice, « Propos sur la sociologie des professions », Sociologie du travail numéro spécial
Les professions, n°2, juin 1972.

115
VLJQLILFDWLRQV WRXFKDQW WDQW{W DX[ FDSDFLWpV GX WUDYDLOOHXU WDQW{W j O¶DFWLYLté de
travail. La « professionnalisation ªSHXWGpFULUHO¶DVFHQVLRQOLQpDLUHG¶XQVDODULpj
O¶LQWpULHXU G¶XQH KLpUDUFKLH FRQYHQWLRQQHOOH GH SRVWHV FRQoXV DX VHLQ G¶XQH
EUDQFKHG¶DFWLYLWpjSDUWLUGXIUDFWLRQQHPHQWGXSURFHVVXVGHSURGXFWLRQHWF¶HVW
en cHVHQVTXH3LHUUH1DYLOOHO¶HQWHQGDLW1. Mais la « professionnalisation » désigne
pJDOHPHQW O¶DFFqV G¶XQH DFWLYLWp GH WUDYDLO TXHOFRQTXH j XQ VWDWXW HQFDGUp HW
protégé : mieux reconnue, elle devient aussi accessible sous conditions auparavant
inexistantes. 1RPEUH G¶DFWLYLWpV GH WUDYDLO PDQXHO HW  RX WUDGLWLRQQHOOHPHQW SHX
valorisés accèdent à la « dignité » par voie de certifications2. Ces certifications ont
les limites de leurs avantages : elles sont plus directement associées à un type
G¶HPSORL GX PRLQV en principe, mais sont généralement dépourvues de sens en
dehors des branches ou même des entreprises ayant initié leur création. La
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professionnalisation des emplois de cadre « fonctionnel » a, au contraire, vocation


à transcender la segmentation du marché GXWUDYDLOHQVHFWHXUVG¶DFWLYLWpPDLVOH
IDLW G¶rWUH WLWXODLUH GH OD FHUWLILFDWLRQ DVVRFLpH j OD SUDWLTXH GH OD SURIHVVLRQ TXL
UHOqYHGHO¶HQVHLJQHPHQWVXSpULHXUQ¶RXYUHSDV PpFDQLTXHPHQWVXUO¶RFFXSDWLRQ
GHGURLWG¶XQFHUWDLQW\SHGHSRVWH

Le regURXSHPHQW DVVRFLDWLI GH VDODULpV RFFXSDQW GHV W\SHV G¶HPSORLV


similaires, la convergence de leurs pratiques au sein de cet « espace de neutralité »
(Jean-Luc Daniel, AFDCC) et la mise en place de certifications scolaires restent
les supports privilégiés de O¶H[FOXVLRQ GX SURIDQH GH O¶XQLYHUV © professionnel ».
,OVVRXIIUHQWODOpJLWLPLWpjH[HUFHUXQHDFWLYLWpVXERUGRQQpHG¶XQHPDQLqUHTXLQH
se réduit pas aux « RUGUHV YHQXV G¶HQ KDXW » : les « professionnels » défendent
« une certaine manière de concevoir le métier » (Arnaud Lefrot, ANDCP), qui les
fonde en « communauté pertinente »3 3DU VRQ H[LVWHQFH PrPH O¶DVVRFLDWLRQ
SURIHVVLRQQHOOH LQVFULW O¶H[HUFLFH G¶XQH DFWLYLWp GH WUDYDLO GDQV XQH GLPHQVLRQ
FRPPXQDXWDLUH TXL WUDQVFHQGH OHV IURQWLqUHV G¶XQH HQWUHSUise particulière,
participe à la régulation des marchés du travail et des produits. Mouvement de
UHVWDXUDWLRQ QpFHVVDLUHPHQW LPSDUIDLWH GH O¶LGpDO GX WUDYDLO LQGpSHQGDQW TXL
1
P. Naville (1956), op. cit.
2
F. Piotet (2002), op. cit.
3
D. Segrestin, « /HV FRPPXQDXWpV SHUWLQHQWHV GH O¶DFWLRQ FROOHFtive », Revue Française de
Sociologie, XXI, 1980, pp. 171-203.

116
repose sur une division sociale du travail et se construit dans le rapport sans cesse
UHQRXYHOpDX[JURXSHVFRQFXUUHQWVG¶XQHSDUWHWG¶DXWUHSDUWjO¶DFWHXUGLULJHDQW
TXLFRQWU{OHOHVSURFqVG¶DOORFDWLRQHWG¶RUJDQLVDWLRQGXWUDYDLO
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117
CHAPITRE II : COTATION DU DIPLÔME ET PLACEMENT
DES DIPLÔMÉS : L¶$,67 ET L¶$, ENSEA

Les ingénieurs se distinguent des « cadres non-ingénieurs »1, du fait que


le terme « ingénieur » désigne à la fois une situation professionnelle et une
FHUWLILFDWLRQ VFRODLUH WDQGLV TX¶LO Q¶H[LVWH SDV GH GLSO{PH GH © cadre », qui
donnerait accès à la « profession de cadre ». Une multitude de professions,
presque toutes accessibles sans certification, sont classées, catégorisées au statut
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FDGUHSDUPLOHVTXHOOHVODSURIHVVLRQG¶LQJpQLHXU© Cadre ªHVWXQVWDWXWG¶HPSORL


(salarié) mais « ingénieur », une profHVVLRQ 8QH SURIHVVLRQ TXL Q¶HVW FHSHQGDQW
SDVUpJOHPHQWpH6HXOOHWLWUHG¶LQJpQLHXUGLSO{PpHVWSURWpJpGHSXLVODORLGX
MXLOOHWHWVHORQO¶H[SUHVVLRQGH*HRUJHV5LEHLOO© les autodidactes sont de la
partie »2 Q¶LPSRUWHTXHOVDODULpSHXWVHSUpYDORLUGXWLWUHG¶LQJpQLHXURXRFFXSHU
XQ SRVWH G¶LQJpQLHXU VDQV rWUH GLSO{Pp G¶DXFXQH pFROH /¶HPEDUUDV GX &RQVHLO
National des Ingénieurs et Scientifiques de France3 (CNISF) pour décrire les
critères à partir desquels un salarié peut se réclamer de la SURIHVVLRQG¶LQJpQLHXU
et, partant, intégrer son Répertoire des Ingénieurs Français 4, éclaire les termes du
problème : « OH IDLW GH WHQLU XQ SRVWH FRUUHVSRQGDQW j XQ PpWLHU G¶LQJpQLHXU
SHUPHWGHFRQVLGpUHUTXHFHOXLTXLWLHQWFHSRVWHPpULWHG¶rWUHFRQVLGpré comme
ingénieur »5. En effet, le système français des relations professionnelles est tel que

1
F. Jacquin, /HVFDGUHVGHO¶LQGXVWULHHWGXFRPPHUFHHQ)UDQFH, Paris, Armand Colin, 1955.
2
G. Ribeill, « /HV DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV pOqYHV G¶pFROHV G¶LQJpQLHXUV GHV RULJLQHV j 
Approche comparative », Revue Française de Sociologie, XXVII, 1986, pp. 317-338.
3
Le CNISF, auquel les deux associations investiguées (A2IST et AI ENSEA) sont affiliées parmi
XQHFHQWDLQHGXPrPHW\SHHVWO¶KpULWLHUGHOD6RFLpWpGHV,QJpQLHXUV&LYLOVGH)UDQce (voir supra
OHGHVFULSWLIGXWHUUDLQG¶HQTXrWH 
4
Répertoire créé le 22 mars 1997 par le CNISF.
5
Source : /D &KDUWH G¶(WKLTXH GH O¶,QJpQLHXU HQWpULQpH SDU O¶$VVHPEOpH *pQpUDOH GX  PDL
2001. Document obtenu auprès de Didier Assert, Délégué Général du CNISF, le 30 mars 2005.

118
« ODFODVVLILFDWLRQF¶HVWODTXDOLILFDWLRQ »1 : du poste de travail occupé se déduit la
TXDOLILFDWLRQ GH O¶RFFXSDQW /H SRVWH GH WUDYDLO IDLW OH FDGUH © professionnel », il
IDLWpJDOHPHQWO¶LQJpQLHXU
2QO¶DpYRTXpHQLQWURGXFWLRQGXFKDSLWUHSUpFpGHQWODWUDGXFWLRQG¶XQH
IRUPDWLRQ GH GHJUp VXSpULHXU HQ QLYHDX TXDOLILFDWLRQ HW VWDWXW G¶HPSORL HVW
tributaire des termes de la négociation collective entre les instances régulatrices
GHV PDUFKpV GX WUDYDLO /¶eWDW OD EUDQFKH HW O¶HQWUHSULVH V¶LQWHUSRVHQW HQWUH OD
IRUPDWLRQ HW O¶HPSORL SRXU GpILQLU OD © valeur sociale » donnée aux « opérations
techniques du travail »2 PDLV DXVVL OH QLYHDX HW OH W\SH GH GLSO{PH TX¶il est a
priori QpFHVVDLUHGHGpWHQLUSRXUV¶HQDFTXLWWHUFRQYHQDEOHPHQW$XFXQHUqJOHQH
régit de manière formelle et permanente la relation entre un titre scolaire et une
IRQFWLRQRXXQSRVWHGHWUDYDLOGDQV O¶HQWUHSULVH36L OHVpFROHVG¶LQJpQLHXUV VRQW
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FODVVpHV VXU XQH pFKHOOH GH SUHVWLJH FHWWH pFKHOOH Q¶D MDPDLV pWp GLUHFWHPHQW
DVVRFLpH j GHV QLYHDX[ G¶HPSORL HW GH TXDOLILFDWLRQ /HV DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV
pOqYHV OHV SOXV SXLVVDQWHV Q¶RQW FHUWHV SDV PRLQV VX pULJHU OH SODFHPHQW GH OHXUV
diplômés à cerWDLQHV SODFHV GX PDUFKp GH O¶HPSORL DX UDQJ GH QRUPH DX PRLQV
tacite4. Mais, quoique les anciens élèves des écoles parmi les plus anciennes et
prestigieuses soient, de facto, parvenus à obtenir, et à conserver, des « chasses
gardées » sur le marché du travail, la « relation formation-emploi » reste en
principe « introuvable »5, même pour les diplômés des meilleures écoles.

1
A. Lyon-Caen, « Les systèmes de classifications professionnelles », Travail et Emploi, n°38,
décembre 1988. Cité par F. Piotet, La révolution des métiers, Paris, PUF, Coll. « Le lien social »,
2002.
2
P. Naville, Essai sur la qualification du travail, Paris, Marcel Rivière, 1956.
3
L. Boltanski et P. Bourdieu, « Le titre et le poste : rapports entre le système de production et le
système de reproduction », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 2, mars 1975, pp. 95-
108.
4
,O IDXW GLVWLQJXHU LFL OHV LQJpQLHXUV GHV &RUSV G¶eWDW GHV DXWUHV LQJpQLHXUV 7RXW GLIIpUHQFLH
O¶LQJpQLHXU GX &RUSV GHV 0LQHV GH O¶LQJpQLHXU FLYLO GHV 0LQHV TXL Q¶HVW SDV SDVVp SDU
Polytechnique. Le premier passe par la « grande porte », le second par la « petite » (selon
O¶H[SUHVVLRQG¶(OLH&RKHQ F¶HVWGDQVOHV&RUSVTXHVRQWHQFRUHDXMRXUG¶KXLVpOHFWLRQQpV
et formés les dirigeants des grands groupes industriels et financiers. Voir, entre autres : E. Cohen,
« )RUPDWLRQ PRGqOHV G¶DFWLRQ HW SHUIRUPDQFH GH O¶pOLWH LQGXVWULHOOH  O¶H[HPSOH GHV GLULJHDQWV
issus du corps des Mines », Sociologie du travail, Vol. 30, n°4 ± 1988, pp. 587-614.
5
L. Tanguy (dir.), /¶LQWURXYDEOH UHODWLRQ IRUPDWLRQ-emploi, un état des recherches en France,
Paris, La Documentation française, 1986.

119
/¶REMHW GH FH FKDSLWUH HVW G¶pWD\HU O¶K\SRWKqVH VHORQ ODTXHOOH O¶DFWLRQ
associative des ingénieurs diplômés est une forme de dénégation de la
subordination inhérente au contrat de travail. Le savoir qui fonde la profession
G¶LQJpQLHXU Q¶HVW SDV FRQWUDLUHPHQW DX[ FDGUHV © professionnels » étudiés au
Chapitre I, le « SURGXLW REMHFWLYp G¶XQH SUDWLTXH »1. Les ingénieurs diplômés
contestenWDXVVLO¶LQWUXVLRQGLULJHDQWHGDQVODGpILQLWLRQGHOHXUVPRGHVRSpUDWRLUHV
F¶HVW PrPHOjOHXUSOXV DQFLHQQHUHYHQGLFDWLRQ2 PDLV LOVOHIRQWDXQRPG¶XQH
H[SHUWLVH VFLHQWLILTXH HW SDUIRLV PrPH G¶XQ FHUWDLQ SRVLWLYLVPH3. Revendication
qui ne sera toutefois pas traitée dans ce qui suit. Car, à la différence des cadres
« professionnels », qui créent des titres pour identifier, circonscrire et ordonner
OHXU U{OH GDQV O¶HQWUHSULVH OHV LQJpQLHXUV SHXYHQW GpIHQGUH OHXU © qualité » à
O¶LQWpULHXUG¶XQHVSDFHGHVWLWUHVHQFDGUpHWUHFRQQXSDUO¶eWDW&HWWHSURWHFWLRQGH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

O¶DSSHOODWLRQ © ingénieur diplômé ª GpSODFH O¶HQMHX GH O¶DFWLRQ DVVRFLDWLYH GHV


anciens élèves ingénieurs, dont les termes intéressent plutôt la subordination des
diplômés à « O¶RUGUHFROOHFWLILQstitué de la carrière et de la professionnalisation au
VHLQGHO¶LQVWLWXWLRQ »4.
Au-delà de la norme qui ressortit à la négociation collective de branche,
O¶HPSOR\HXU GpFLGH VHXO GH TXL SHXW RX QRQ RFFXSHU XQ SRVWH G¶LQJpQLHXU dans
O¶HQWUHSULVH,OHVWDXVVLHQPHVXUHG¶DIIHFWHUXQLQJpQLHXUGLSO{PpjXQSRVWHGH
WUDYDLO TXL QH FRUUHVSRQG TX¶LPSDUIDLWHPHQW DX SRVWH TXH FHOXL-ci estime devoir
RFFXSHUGXIDLWGHODYDOHXUTX¶LODFFRUGHDXGLSO{PHTX¶LOSRVVqGH/¶HPSOR\HXU
DODSRVVLELOLWpG¶HPSOR\HUXQLQgénieur diplômé à un poste de technicien, ce que
SUpYR\DLHQWG¶DLOOHXUVGpMjOHVSUpPLFHVGHGLVSRVLWLRQVFDWpJRULHOOHVLQWURGXLWVDX[
conventions collectives conclues dans la foulée des Accords de Matignon (1936)5.
(1936)5. Or, un ingénieur diplômé qui occupe un poste de technicien est classé
avec les techniciens dans la nomenclature des emplois, et non parmi les

1
L. Boltanski (1982), /HV FDGUHV /D IRUPDWLRQ G¶XQ JURXSH VRFLDO, Paris, Éd. de Minuit, Coll.
« Le sens commun », 1999.
2
P. Lefebvre, /¶LQYHQWLRQGHODJUDQGHHQWUHSULVH7UDYDLOKLpUDUFKLHPDUFKp)UDQFHILQ;9,,, è
± début XXè siècle, Paris, PUF, Coll. « Sociologie », 2003.
3
¬ FHW pJDUG O¶RXYUDJH GH 5REHUW *HUPLQHW 5 *HUPLQHW /¶LQJpQLHXU DX FKHYHW GH OD
démocratie, Paris, Odile Jacob, septembre 2004, préface de G. Charpak) est une bonne illustration.
4
F. Piotet (dir.) La révolution des métiers, Paris, PUF, Coll. « Le lien social », 2002.
5
L. Boltanski (1982), op. cit.

120
LQJpQLHXUV &¶HVW VXU FH SRLQW TXH VH VLWXH O¶DFWLRQ DVVRFLDWLYH GHV GLSO{PpV
G¶pFROHVG¶LQJpQLHXUVFRQFXUUHQWHV : optimiser la cotation du diplôme et obtenir le
PHLOOHXUSODFHPHQWSRVVLEOHGHVGLSO{PpVVXUOHPDUFKpGHO¶HPSORL

1) Les associations VWUXFWXUHVUpGXLWHVHWPR\HQVG¶DFWLRQ


limités

/HVGHX[DVVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqYHVD\DQWpWpO¶REMHWG¶XQHHQTXrWHGH
WHUUDLQ O¶$VVRFLDWLRQ GHV ,QJpnieurs des Instituts Supérieurs de Technologie
$,67  HW O¶$VVRFLDWLRQ GHV ,QJpQLHXUV GH O¶eFROH 1DWLRQDOH 6XSpULHXUH GH
O¶eOHFWURQLTXH HW GH VHV $SSOLFDWLRQV $, (16($  Q¶RQW SDV H[DFWHPHQW OHV
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mêmes statuts, ce qui peut éclairer la hiérarchie de leurs priorités. Contrairement à


O¶$, (16($ O¶$,67 VH GRQQH SRXU REMHW VWDWXWDLUH « la défense des intérêts
matériels et moraux des ingénieurs IST »1  O¶$,67 HVW SOXV RXYHUWHPHQW © un
syndicat de défense des droits et avantages que vaut le diplôme sur le marché du
travail »2. Les deux associations ont néanmoins en commun la représentation de
GLSO{PpV G¶pFROHV j O¶KLVWRLUH VLQJXOLqUH HW GRQW OD YDOHXU GDQV OH FKDPS GHV
pFROHV G¶LQJpQLHXUV HVW IDLEOH &¶HVW VXUWRXW OH FDV GHV ,67 TXL VRQW GH FUpDWLRQ
très rpFHQWH HW TXL j O¶LQYHUVH GH O¶(16($ UHFUXWHQW OHXUV pOqYHV GLUHFWHPHQW
après le baccalauréat.
&HVVWUXFWXUHVDVVRFLDWLYHVUHSRVHQWSDUDLOOHXUVVXUO¶DFWLRQGHTXHOTXHV
LQGLYLGXV TXL Q¶RQW GH FHVVH GH GpSORUHU OD IDLEOH SURSHQVLRQ j O¶LQYHVWLVVHPHnt
DVVRFLDWLIGHVGLSO{PpV'DQVFHFRQWH[WHO¶DIILOLDWLRQDX&1,6)HVWFHTXLSHUPHW
O¶DFFqV DX[ LQIRUPDWLRQV UHODWLYHV j OD VLWXDWLRQ SURIHVVLRQQHOOH GHV GLSO{PpV OD
SOXVLPSRUWDQWHG¶HQWUHHOOHVpWDQWOH© prix »3 du diplôme sur le marché du travail.

1
Source 6WDWXWVGHO¶$,67$UWLFOHer.
2
G. Ribeill (1986), art. cit. ; « Profils des ingénieurs civils au XIXè siècle: le cas des centraux »,
Les ingénieurs dans la société française (XIXè ± XXè siècle), Paris, Éd. Ouvrières, 1985.
3
E. C. Hughes (1951), « Le travail et le soi », Le regard sociologique. Essais choisis. Textes
rassemblés et présentés par Jean-Michel Chapoulie, Paris, eGGHO¶(+(66

121
1.1) Des écoles récentes et peu prestigieuses

/HV FDGUHVVRQWOHSURGXLWKLVWRULTXHGXGpYHORSSHPHQWGHO¶LQGXVWULHHW
GHV VHUYLFHV /HXU DFFURLVVHPHQW QXPpULTXH D UpVXOWp G¶XQ FKRL[ FRQWLQJHQW HQ
IDYHXUG¶XQHRUJDQLVDWLRQKLpUDUFKLTXHHWEXUHDXFUDWLTue du travail, en particulier
GDQV O¶LQGXVWULH GX GpEXW GX ;;è VLqFOH 0DLV O¶LQJpQLHXU HVW XQH FUpDWLRQ GX
pouvoir royal ayant constitué, pendant un siècle (1750-1850), une profession
scientifique de fonctionnaire, civil et militaire, dont « les responsabilités et les
préoccupations [étaient] très éloigné[e]s des problèmes industriels »1 -XVTX¶j OD
fin du XIXè VLqFOHO¶DSSOLFDWLRQGXVDYRLUVFLHQWLILTXHDX[EHVRLQVGHO¶LQGXVWULH
IUDQoDLVH QH YD SDV GH VRL HW VHORQ 7HUU\ 6KLQQ O¶LQJpQLHXU Q¶HVW SDV WHQu pour
figure essentielle, acteur de la production industrielle avant 1890 2. Aux débuts de
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la IIIè 5pSXEOLTXHO¶LQGXVWULHHVWHQFRUHXQHH[WHQVLRQGHODSURGXFWLRQDUWLVDQDOH
qui repose sur une hiérarchie nobiliaire de métiers3. Les premiers recensements
DUWLFXOpVjO¶DFWLYLWpGHWUDYDLOH[HUFpHRSpUDLHQWXQHSDUWLWLRQHQWUHG¶XQHSDUWOHV
ingénieurs du secteur privé, embauchés « à dose homéopathique »4 et classés avec
les « patrons ª HW G¶DXWUH SDUW OHV LQJpQLHXUV G¶eWDW UHOHYDQW GHV © professions
libérales ªF¶HVW-à-dire « intellectuelles »5/DILJXUHGHO¶LQJpQLHXUGHIDEULFDWLRQ
VDODULpGHVRFLpWpVDQRQ\PHVQ¶DSDVHQFRUHVXSSODQWpO¶LQJpQLHXUGHFRQFHSWLRQ
« sous-patron »6 G¶XQHHQWUHSULVHSHUVRQQHOOH
La Société des Ingénieurs Civils de France (SICF), qualifiée par Georges
Ribeill de « machine de guerre dressée contre le monopole des ingénieurs

1
T. Shinn, « 'HV&RUSVGHO¶eWDWDXVHFWHXULQGXVWULHO JHQqVHGHODSURIHVVLRQG¶LQJpQLHXU-
1920 », Revue Française de Sociologie, XIX, 1978, pp. 39-71.
2
Ibid.
3
G. Noiriel, Les ouvriers dans la société française. XIXè ± XXè siècle, Seuil, 1986.
4
G. Ribeill (1986), art. cit.
5
¬ O¶pSRTXH OHV © professions libérales » désignaient en effet les professions « intellectuelles ».
Voir : M. Descostes et J. L. Robert, « Un groupe social ambigu », M. Descostes et J. L. Robert
(dir.), Clefs pour une histoire du syndicalisme-cadres, Paris, Les Éditions ouvrières, 1984.
6
I. Kolboom, « Patronat et cadres : la contribution patronale à la formation du groupe des cadres
(1936-1938) », Le Mouvement social n°121, octobre-décembre 1982, p. 72.

122
G¶eWDW »1, avait pourtant été constituée dès 1848, par une minorité de centraliens.
6LO¶eFROH&HQWUDOHIRUPDLWHQFRUHHQPDMRULWpOHVKpULWLHUVG¶LQGXVWULHOV2, quelques
FHQWUDOLHQVVHFRQVDFUqUHQWGRQFW{WjODTXHVWLRQGHO¶HPSORLLQGXVWULHOGHVVDYRLUV
VFLHQWLILTXHV SUrFKDQW DORUV HW G¶DERUG GDQV OH GpVHUW HQ IDYHXU GH FH TXL VHUD
plus tard, la « mission prométhéenne »3 GH O¶LQJpQLHXU &H VRQt les mutations de
O¶LQGXVWULH IUDQoDLVH j O¶pSRTXH GH OD © Grande Dépression » (1873-1896), qui
conduisirent les industriels et les pouvoirs publics à investir dans la recherche en
VFLHQFH DSSOLTXpH &¶HVW TX¶DORUV © LO Q¶>pWDLW@ SOXV SRVVLEOH GH VH FRQWenter de
simples techniciens, si compétents [fussent]-ils »4. Arts et Métiers avait durci les
FRQGLWLRQVG¶DGPLVVLRQGHVpOqYHVGqVMXVTX¶jFHTXHI€WLQVWLWXpHQ
OH EUHYHW G¶,QJpQLHXU $UWV HW 0pWLHUV 8QH FLQTXDQWDLQH G¶pFROHV VSpFLDOLVpHV HW
UHFRQQXHVSDUO¶eWDWIXUHQWFUppHV HQWUHHW5, créations ayant aiguisé la
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concurrence sur le marché des diplômes, mais donnant aussi la mesure des besoins
LQGXVWULHOV G¶DORUV HQ PDWLqUH G¶DSSOLFDWLRQ GHV VDYRLUV VFLHQWLILTXHV QRWDPPHQW
dans les VHFWHXUVHQH[SDQVLRQ FDRXWFKRXFFKLPLHpOHFWULFLWp« 
Les écoles dont les ingénieurs représentés par les associations étudiées
sont diplômés auraient pu intégrer ce champ statistique (1900-1940), à quelques
DQQpHV SUqV /¶,QVWLWXW &DWKROLTXH GHV $UWV et Métiers (ICAM), dont relèvent les
,QVWLWXWV6XSpULHXUVGH7HFKQRORJLH ,67 IXWFUppj/LOOHHQjO¶LQVWLJDWLRQ
GHMpVXLWHVHWG¶LQGXVWULHOVGX1RUG/HVGRQQpHVjGLVSRVLWLRQTXRLTXHODFXQDLUHV
LQGLTXHQWTXHO¶,&$0REWLQWWUqVGLIILFLOHPHQWHQO¶KDELOLWDWLRQjGpOLYUHUOH
WLWUH G¶LQJpQLHXU GLSO{Pp DXSUqV GH OD &RPPLVVLRQ GHV 7LWUHV LQVWDXUpH O¶DQQpH
précédente6 /¶eFROH 1DWLRQDOH 6XSpULHXUH G¶eOHFWURQLTXH HW GH VHV $SSOLFDWLRQV
(16($ KpULWLqUHG¶XQpWDEOLVVHPHQWWHFKQLTXHTXLIXWFUéé en 1941, célébra le
FLQTXDQWHQDLUHGHVRQKDELOLWDWLRQjGpOLYUHUOHGLSO{PHG¶LQJpQLHXUHQ

1
G. Ribeill (1986), art. cit.
2
P. Bourdieu et M. de Saint-Martin, « Le patronat », Actes de Recherche en Sciences Sociales, 20-
21 / 1978, pp. 3-82.
3
G. Groux, Revue CFDT-cadres n°409, avril 2004.
4
T. Shinn (1978), art. cit.
5
Source : La Documentation Française, « /HV pFROHV G¶LQJpQLHXUV », Notes et études
documentaires (4045-4047), décembre 1973. Cité par L. Boltanski (1982), op. cit. p. 121.
6
Source : +LVWRULTXHGHO¶,&$0'RFXPHQWOLEUHPHQWDFFHVVLEOHVXUOHVLWH,QWHUQHWGHO¶eFROH

123
/¶$,67H[LVWHGHSXLVHWJURXSHOHVGLSO{PpVGHV,67TXLVRQWDX
nombre de quatre sur le territoire métropolitain  O¶,67 1RUG /LOOH  O¶,67 0LGL-
3\UpQpHV 7RXORXVH  O¶,67 9HQGpH /D 5RFKH-sur-<RQ  HW O¶,67 %UHWDJQH
9DQQHV /HSUHPLHU,67jYRLUOHMRXUIXWO¶,67/LOOHFUppHQjO¶LQVWLJDWLRQ
FRQMRLQWH G¶XQH RUJDQLVDWLRQ SURIHVVLRQQHOOH OD ),0 )pGpUDWLRQ GHV ,QGXVWULHV
Mécaniques), et des GLULJHDQWV GH O¶,&$0 /H 3UpVLGHQW GH OD ),0 V¶pWDLW
UpJXOLqUHPHQW SURQRQFp GX PRLQV j O¶HQ FURLUH1 HQ IDYHXU G¶XQH IRUPDWLRQ GHV
LQJpQLHXUVSDUYRLHGHO¶DSSUHQWLVVDJHTX¶LOWHQDLWSRXUPLHX[DGDSWpHDX[EHVRLQV
des Petites et Moyennes Entreprises (PME) mandantes de son organisation
SURIHVVLRQQHOOH &HWWH LQLWLDWLYH V¶LQVFULYLW GDQV OH FRQWH[WH GX UDSSRUW 'HFRPSV
  KDXW IRQFWLRQQDLUH GX 0LQLVWqUH GH O¶eGXFDWLRQ 1DWLRQDOH IDYRUDEOH j OD
IRUPDWLRQ GHV LQJpQLHXUV SDU O¶DSSUHQWLVVDJH ¬ FHWWH PrPH ppoque, apparurent
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aussi les ,QVWLWXWV7HFKQLTXHVG¶,QJpQLHXUGHO¶,QGXVWULH ,7,,GLWV,7, 


Ces Instituts, estampillés « 1RXYHOOHV)RUPDWLRQVG¶,QJpQLHXUV »2, sont le
SURGXLW GH SDUWHQDULDWV UpJLRQDX[ HQWUH OHV RUJDQLVDWLRQV WHUULWRULDOHV GH O¶8QLRQ
des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM) et différentes universités ou
pFROHV/¶,679HQGpHQDvWDLQVLHQG¶XQSDUWHQDULDWHQWUHO¶8,009HQGpH
GRQW OHV GLULJHDQWV DVVXUHQW DXMRXUG¶KXL DYRLU pWp VpGXLWV j O¶pSRTXH SDU OH
système des Fachhochschulen DOOHPDQGHV TX¶LOV YHQDLHQW GH YLVLWHU3 HW O¶,&$0
Nantes. Dans ces Instituts, la formation se déroule exclusivement en alternance,
VRLW GDQV OH FDGUH GH O¶DSSUHQWLVVDJH VRLW GDQV FHOXL GH OD IRUPDWLRQ FRQWLQXH
Sylvain Portal et François Cosquet, OHVGHX[HQTXrWpVGHO¶$,67VRQWWRXVGHX[
GLSO{PpVGHO¶,670LGL-Pyrénées, le premier en apprentissage (2003), le second en
IRUPDWLRQ FRQWLQXH   DSUqV GL[ DQV G¶XQH FDUULqUH GH WHFKQLFLHQ GDQV OH
VHFWHXUDpURQDXWLTXH'¶DSUqV)UDQoRLV&RVTXHW3UpVLGHQWGHO¶$,67DXPRPHQW

1
Source  LQWHUYHQWLRQ GX 3UpVLGHQW GH OD ),0 ORUV GH OD 7DEOH G¶pFKDQJHV GX © Club M2I »,
observée le 16 juin 2005 à Lille.
2
/HV,67QHVRQWSDVVRXPLVDXPrPHUpJLPHTXHO¶(16($O¶DXWUHpFROHHQTXrWpH « Nouvelles
)RUPDWLRQV G¶,QJpQLHXUV » O¶KDELOLWDtion qui leur est délivrée est renouvelable tous les cinq
exercices : « dans le cas des NFI, dont le caractère non pérenne a été souvent souligné, en raison
GHO pYROXWLRQGXPDUFKpGHODIRUPDWLRQFRQWLQXHOD&RPPLVVLRQGHV7LWUHVG¶,QJpQLHXUDSULVOH
parti de délivrer des habilitations pour une durée de cinq promotions » (Source : « CTI.
Références et orientations. La nouvelle doctrine de la CTI », juin 1995).
3
Source : (QWUHS¶,67, n°13, « Spécial dix ans GH O¶,67 9HQGpH », janvier 2005. Document
dispRQLEOHVXUOHVLWH,QWHUQHWGHO¶$,67

124
GHO¶HQTXrWHOHV,7,YHQDLHQWHIIHFWLYHPHQWSDOOLHUXQPDQTXHHQ« ingénieurs de
terrain » :

« /HV,7,oDDpWpFUppSDUO¶8,00LOVVHVRQWUHQGXVFRPSWHTX¶LOQ¶\
DYDLWSDV DVVH]G¶LQJpQLHXUV GHWHUUDLQ OHV,&$0HW OHV$rts et Métiers
faisaient trop de théorie et pas assez de pratique » (François Cosquet, 45
DQVLQJpQLHXU,673UpVLGHQWGHO¶$,67

/HSDWURQDWLQGXVWULHODSSHODLWGRQFGHVHVY°X[ des ingénieurs ayant faculté à ne


SDV V¶pJDUHU « dans les méandres de leurs concepts abstraits ou leurs équations
mathématiques »1, des ingénieurs plus proches du « terrain » que les ingénieurs
LVVXV G¶$UWV HW 0pWLHUV RX GH O¶,&$0 GLSO{PpV G¶pFROHV GLWHV © classiques ».
Mais, si les ingénieurs des IST conquirent le droit à se revendiquer « ingénieurs
diplômés ªFHIXWDXSUL[G¶XQWUDYDLOGHFRQYLFWLRQ GHSOXVLHXUV PRLV HQWUHSULV
auprès de la Commission des Titres. Car, entre mars et juillet 1994, les membres
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GHOD&RPPLVVLRQVHUHIXVqUHQWjGpOLYUHUjO¶,679HQGpHO¶KDELOLWDWLon à décerner
OHWLWUHG¶LQJpQLHXUGLSO{Pp2. Un « édito »3 de François Cosquet (A2IST) évoque
OHVWHUPHVGHO¶HQMHX :

« $YHFXQUHFXOGHSOXVGHGL[DQVHWO¶pYROXWLRQGHVLQJpQLHXUV,67LOHVW
clair que la formation par alternance ne peut que se développer. Les
mentalités et les clichés évoluent pour laisser place à la reconnaissance
de nos compétences. » (François Cosquet, A2IST)

On voit bien, ici, ce à quoi renvoient les « mentalités et les clichés » : la formation
proposée par les IST, axée sur la pratLTXHLQGXVWULHOOHHWO¶HQFDGUHPHQWWHFKQLTXH
HVWWURSSHXDEVWUDLWHSRXUrWUHGLJQHG¶XQLQJpQLHXUGLSO{Pp0DLVOHVFULWqUHVGH
cette dignité sont jugés surannés, cette formation étant une demande des
employeurs, dont la satisfaction est régulièrement scandée par les responsables de
O¶RUJDQHGHFRPPXQLFDWLRQGHO¶DVVRFLDWLRQ
'DQV FH FRQWH[WH O¶DGKpVLRQ GH O¶$,67 DX &1,6) HIIHFWLYH GHSXLV
2003, est indispensable : elle institue une sorte de brevet de noblesse. Figurer au
répertoire des associations PHPEUHV GX &1,6) DX PrPH WLWUH TXH O¶DVVRFLDWLRQ
GHV DQFLHQV GH O¶eFROH &HQWUDOH GHV $UWV HW 0DQXIDFWXUHV GH 3DULV SDU H[HPSOH

1
Source : Reportage France 3 région (Nord), mardi 10 avril 2007. Interview de F. Demeyere,
Directeur industriel des Meubles Demeyere (750 salariés). Extrait diffusé sur le site Internet de
O¶$,67
2
Source : EntreS¶,67, n°13, janvier 2005.
3
Source : (QWUHS¶,67 n°14, mai 2005.

125
nivelle les différentiels de prestige entre toutes les écoles PrPHVLQ¶LPSRUWHTXHO
autodidacte « PpULWHG¶rWUHFRQVLGpUpFRmme ingénieur »1 V¶LOHQRFFXSHOHSRVWH
O¶LQVFULSWLRQ GH O¶DVVRFLDWLRQ DX &1,6) HQWpULQH OD TXDOLWp G¶LQJpQLHXU GHV
diplômés des IST, du fait que cette inscription implique celle de tous les diplômés
au Répertoire Français des Ingénieurs. Cet aspect est très important car, on le verra
plus loin, les diplômés des IST qui ne sont pas employés comme ingénieurs mais
FRPPH WHFKQLFLHQV VRQW UHODWLYHPHQW QRPEUHX[ '¶DSUqV O¶HQWUHFRXSHPHQW GHV
quelques données à disposition, 4 % des diplômés « IT2I » (dont les IS7  Q¶RQW
pas non plus le statut cadre en 20012 /¶LQVFULSWLRQ DX UpSHUWRLUH GX &1,6) HVW
donc affirmation du fait que le « titre ª,67HVWELHQXQWLWUHG¶LQJpQLHXUTXLGRLW
légitimement donner accès à des « postes »3 G¶LQJpQLHXUV
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/¶(16($HVW XQHpFROe publique placée sous la tutelle du Ministère de


O¶eGXFDWLRQ 1DWLRQDOH ¬ O¶RULJLQH FHWWH pFROH Q¶pWDLW FHSHQGDQW SDV XQH pFROH
G¶LQJpQLHXUVFRPPHXQHDXWUH O¶pFROHHVWO¶KpULWLqUHGHODVHFWLRQ« ingénieurs »,
QpH HQ  GH O¶eFROH 1DWLRQDOH GH 5DGLRWHFKQLTXH HW G¶eOHFWULFLWp $SSOLTXpH
(ENREA) O¶(15($DSSDUXHHQHVWILOOHGX&HQWUH5pJLRQDO3URIHVVLRQQHO
G¶eOHFWURPpFDQLTXHHWG¶(OHFWURPpWDOOXUJLH &53(( IRQGpHQHWGHYHQXHQ
 VRXV O¶pJLGH GH O¶eGXFDWLRQ 1DWLRQDOH O¶,QVWLWXW G¶eOectromécanique et
G¶eOHFWURPpWDOOXUJLH GH 3DULV ,((3  &HW ,QVWLWXW pWDLW YRXp j OD IRUPDWLRQ DX[
PpWLHUVG¶RXYULHUVHWGHWHFKQLFLHQVGHFHVVHFWHXUVG¶DFWLYLWp/RUVTXHODVHFWLRQ
« ingénieurs » fut créée, ses élèves côtoyèrent les élèves des filières ouvrière et
technicienne :

« /¶eFROHHVWQpHVXUO¶LQLWLDWLYHG¶XQHSHUVRQQHTXLYRXODLWGRQQHUGHV
FRXUV G¶pOHFWURWHFKQLTXH j GHV RXYULHUV« HQILQ LO YRXODLW PpODQJHU
RXYULHUV WHFKQLFLHQV HW LQJpQLHXUV GDQV OD PrPH pFROH« F¶pWDLW DVVH]
UpYROXWLRQQDLUH«PDLVO¶pFROHHVWUHVWpHORQJWHPSVSOXVFRQQXHSRXUVHV
IRUPDWLRQV GH WHFKQLFLHQV TXH SRXU VHV IRUPDWLRQV G¶LQJpQLHXUV ! »
7KRPDV0RWWHWDQVLQJpQLHXU(16($6HFUpWDLUHGHO¶$,(16($

Les diplômés de la section « ingénieurs » GH O¶(15($ QH O¶pWDLHQW SDV G¶XQH
*UDQGH eFROH PDLV G¶XQ pWDEOLVVHPHQW G¶HQVHLJQHPHQW WHFKQLTXH /HXU GLSO{PH

1
Source : CNISF, /D&KDUWHG¶(WKLTXHGHO¶,QJpQLHXU.
2
Voir en particulier : Enquête sur le devenir des ingénieurs des ITII. Réalisée en 2001 par le CEFI
pour la Conférence des ITII. DispRQLEOHVXUOHVLWH,QWHUQHWGHO¶8,00HWGHOD&RQIpUHQFH,7,
3
P. Bourdieu et L. Boltanski (1975), art. cit.

126
pWDLW QpDQPRLQV UHFRQQX SDU OD &RPPLVVLRQ GHV 7LWUHV DX WHUPH G¶XQ « combat
qui avait été âpre »1, mais ces ingénieurs étaient souvent embauchés à des postes
de techniciens : « OH WLWUH G¶LQJpQLHXU HW OH VDODLUH FRUUHVSRQGDQW Q¶pWDLHQW SDV
acquis, face aux Grandes Écoles qui avaient pignon sur rue » dit Paul Quiret2
GLSO{PpHQ jO¶RFFDVLRQGHODFpOpEUDWLRQGXFLQTXDQWHQDLUHGHO¶DVVRFLDWLRQ
(2005) ; « nous avons souvent été embauchés dans des entreprises qui employaient
DYHF VDWLVIDFWLRQ GHV WHFKQLFLHQV GH O¶,QVWLWXW G¶pOHFWURPpFDQLTXH G¶R OD
tendance pour elles de nous considérer comme des sous-ingénieurs », confirme
Pierre Loiret, également diplômé en 19543. LeVLQJpQLHXUVGLSO{PpVGHO¶(15($
Q¶pWDLHQW SDV QRQ SOXV MXJpV GLJQHV G¶LQWpJUHU GLUHFWHPHQW OHV ILOLqUHV G¶RIILFLHUV
lors du service militaire, note, lors de cette même manifestation, Patrick Haudart,
co-IRQGDWHXUGHO¶DVVRFLDWLRQ
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Entre 1964 et 1974, cHV LQJpQLHXUV IRQGDWHXUV GH O¶DVVRFLDWLRQ GHV


DQFLHQV pOqYHV HQTXrWpH °XYUqUHQW j O¶LQGpSHQGDQFH VWDWXWDLUH GH OD VHFWLRQ
pSRQ\PH GH O¶(15($ VD WUDQVIRUPDWLRQ HQ eFROH G¶,QJpQLHXUV GpEDUUDVVpH GHV
VHFWLRQV RXYULqUHHW WHFKQLFLHQQHHW DYHFHOOHV GHO¶Hsprit « révolutionnaire » du
fondateur. En 1968, des élèves de la section « ingénieurs » firent même grève de
la faim « SRXUO¶REWHQWLRQGX³6´G¶eFROH1DWLRQDOH6XSpULHXUH »4 ! Cette section
« ingénieurs » GH O¶(15($ GHYLQW O¶(16($ HQ  /¶KLVWRLUH GH O¶pFROH HVW
alors marquée par « la naissance de la recherche »5 et, depuis cette date, les
PHPEUHV GH O¶DVVRFLDWLRQ GHV GLSO{PpV GH O¶(16($ LQVLVWHQW VXU « la qualité de
ses travaux scientifiques », et non plus seulement sur « la qualité de ses
formations »6. Le spectre de la dévalorisation du diplôme réapparut pourtant dès
 ORUVTXH OD 'LUHFWLRQ GH O¶pFROH RXYULW OH F\FOH GH IRUPDWLRQ FRQWLQXH OD
filière « Fontanet »  /¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV pOqYHV \ pWDLW IDYRUDEOH 0DLV
1
Source  WpPRLJQDJH GH 3DXO 4XLUHW GLSO{Pp HQ  HW 3UpVLGHQW GH O¶$, (16($ GH  j
1963, /DOHWWUHGHO¶$,(16($ n°14, novembre 2002.
2
Les noms des individus ayant témoigné dans La Lettre GHO¶DVVRFLDWLRQRQWWRXVpWpPRGLILpV
3
Source : /DOHWWUHGHO¶$,(16($ n°23, janvier 2005, « 50 ans G¶HVSULWDVVRFLDWLIª
4
Sources : /DOHWWUHGHO¶$,(16($ QƒQRYHPEUHWpPRLJQDJHG¶$lain Sonnet (Président
GHO¶DVVRFLDWLRQGHj Lettre n°23, janvier 2005.
5
Source WpPRLJQDJHG¶<YRQ%HUQDUG'LUHFWHXUG¶pWXGHVGHO¶(16($GHjLa lettre
GHO¶$,(16($ n°23, janvier 2005.
6
Source : témoignage de Jean Milon, admiQLVWUDWHXUGHO¶DVVRFLDWLRQHQHWLa lettre de
O¶$,(16($ n°23, janvier 2005.

127
G¶DSUqVVRQDFWXHO3UpVLGHQW 6LPRQ5LFKHW HQWUpjO¶eFROHHQHWGLSO{PpHQ
1986, il était aussi prévu que les diplômés de cette filière eussent le même titre que
FHX[TXLO¶pWDLHQWGXFXUVXVFODVVLTXH1. Aussi la filière « Fontanet » mettait-elle à
mal « O¶LQWpJULWpGXGLSO{PHG¶LQJpQLHXU(16($ »2. Il fallait, de ce fait, affirmer la
GLIIpUHQFHFHQVpHH[LVWHUHQWUHOHGLSO{PpGHO¶(16($TXL était un ingénieur, et
O¶DYDWDUTXLOXLOHdevenait par la formation continue :

« /¶pFROHV¶HVWODQFpHGDQVODIRUPDWLRQFRQWLQXHHn 1980 et au début, ils


DYDLHQWOHPrPHGLSO{PHPDLVSDVODPrPHIRUPDWLRQ«GRQFLOVpWDLHQW
VHSWPLOOHJXJXVVHVjGLUH³LOIDXWTX¶LOVDLHQWODPrPHIRUPDWLRQVLQRQ
oDOHVVXUYDORULVHHW oDQRXV GpYDORULVH´« O¶pFROHDWHQXFRPSWHGHFH
que nous disions. » (Simon Richet, 46 ans, ingénieur ENSEA, Président
GHO¶$,(16($

/HVpFROHVG¶LQJpQLHXUVVRQWG¶DXWDQWSOXVSUHVWLJLHXVHVTXHOHVGLSO{PpV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

y ont arpenté les « méandres des concepts abstraits » HW TX¶XQH ORQJXH KLVWRLUH
parsemée de traditions, atteste la vitalité  O¶DQFLHQQHWp SURFXUH XQH UHQWH GH
VLWXDWLRQ VXU O¶pFKHOOH GX SUHVWLJH TXL VH FRQMXJXH j OD © noblesse » de
O¶HQVHLJQHPHQWSRXULQGLTXHUODYDOHXUGXGLSO{PH3. Cette valeur est un pré-requis
qui conditionne, au moins en partie, la qualité des parcours professionnels des
GLSO{PpVPrPHVLOHUDSSRUWHQWUHODIRUPDWLRQHWO¶HPSORLQ¶HVWO¶REMHWG¶DXFXQH
règle formelle. Les deux associations investiguées représentent donc les diplômés
G¶pFROHVDIIHFWpHVG¶XQSUHVWLJHWUqVOLPLWpTXHGRLWFRPSHQVHUODSURPRWLRQG¶XQH
DGDSWDWLRQSOXVJUDQGHGHO¶HQVHLJQHPHQWDX[EHVRLQVGHVLQGXVWULHOV

1
(Q  OD &7, D DXWRULVp O¶(16($ j GpOLYUHU SDU YRLH GH O¶DOWHUQDQFH DSSUHQWLVVDJH RX
formation continue), le titre « ingénieur des techniques de l'industrie de l'ENSEA ». Ce titre diffère
VHQVLEOHPHQWGH FHOXLFODVVLTXHPHQWGpOLYUp SDUO¶pFROHLQWLWXOp « GLSO{PH G¶LQJpQLHXU(16($ ».
(Source : /D OHWWUH GH O¶$, (16($ Qƒ QRYHPEUH   /H  QRYHPEUH  O¶LQWLWXOp GH
GLSO{PH REWHQX DX WLWUH GX F\FOH GH O¶,QVWLWXW 6XSpULHXU G¶eWXGHV GH O¶eOHFWURQLTXH HW VHV
Applications (ISEEA) est devenu « LQJpQLHXU GLSO{Pp GH O¶(16($ VSpFLDOLWp pOHFWURQLTXH HW
informatique industrielle » (Source : /DOHWWUHGHO¶$,(16($n°23, janvier 2005). La mention de
la spécialité indique donc que le diplôme ISEEA certifie des capacités techniques qui ne sont pas
H[DFWHPHQWOHVPrPHVTXHFHOOHVSUpVXPpHVGpWHQXHVSDUO¶LQJpQLHXU(16($
2
Source : témoignage de Jean-/RXLV&ROLQ 3UpVLGHQWGHO¶$,(16($GHj La lettre
GHO¶$I ENSEA, n°23, janvier 2005.
3
(QGpSLWGHODIXVWLJDWLRQGHO¶LQDGDSWDWLRQGHVIRUPDWLRQVSRO\WHFKQLFLHQQHVMXJpHVDEVWUXVHVj
O¶DSSOLFDWLRQ LQGXVWULHOOH WRXWHV FHV pFROHV Q¶RQW SDV PRLQV WHQWp G¶HQQREOLU OH FRQWHQX GH OHXU
enseignement. Voir A. Grelon, « Les universités et la formation des ingénieurs en France, (1870-
1914) », Formation Emploi n°27-28, 1989.

128
1.2) 'HVWDX[G¶DGKpVLRQGpULVRLUHV

/HV WDX[ pOHYpV G¶DGKpVLRQV TXH FRQQXUHQW OHV DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV


pOqYHVG¶pFROHVG¶LQJpQLHXUVMXVTX¶HQV¶H[pliquent en grande partie par leur
qualité de société de secours mutuel, ayant pallié les insuffisances de la protection
VRFLDOHGHO¶pSRTXHPDLVDXVVLGXIDLWGHSURPRWLRQVDXQRPEUHG¶pOqYHVUpGXLW 1.
/HFRQWH[WHQ¶HVWpYLGHPPHQWSOXVOHPrPHDXMRXUG¶KXLPrPHVLO¶HQWUDLGHHQWUH
GLSO{PpVUHVWHXQHDFWLYLWpHVVHQWLHOOHGHO¶DVVRFLDWLRQTXL YDORULVHDXVVL ± on le
verra plus loin ± le diplôme :

« 3RXU OHV DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV pOqYHV OHV FKLIIUHV VRQW WRXMRXUV


inquiétants  DORUV TXH O¶RQ FRQVWDWH XQH DXgmentation importante du
QRPEUHG¶LQJpQLHXUVGLSO{PpVGRQWOHIOX[DQQXHOHVWSDVVpGHHQ
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

1990 à plus de 25 000 en 2000, le nombre des adhérents aux associations


stagne ou tend à diminuer. Actuellement, toutes associations confondues,
le pourcentagHG¶DGKpUHQWVFRWLVDQWVVHVLWXHDX[HQYLURQVGH »2

/HV WDX[ G¶DGKpVLRQ j O¶$, (16($ HW j O¶$,67 FRQQDLVVHQW O¶pYROXWLRQ GpFULWH
par le CNISF  SOXV OH QRPEUH GH GLSO{PpV V¶pOqYH HW SOXV OH WDX[ G¶DGKpVLRQ
GLPLQXH$XUHVWHFHVWDX[G¶DGKpVLRQVRnt bien en deçà de ce chiffre de 22 % et,
SDUPLOHVDGKpUHQWVXQQRPEUHLQILPHV¶LQYHVWLWjWLWUHEpQpYROH

Les cotisations reçues forment plus des trois quarts des recettes perçues
SDUO¶$,(16($3 et sont, en conséquence, la source principale, presque exclusive,
GXILQDQFHPHQWGHVHVDFWLRQV(OOHVVRQWDXVVLO¶LQVWUXPHQWGHVRQDXWRQRPLHHQ
SDUWLFXOLHUjO¶pJDUGGHO¶eFROH :

« 1RWUH ILQDQFHPHQW F¶HVW SUDWLTXHPHQW TXH GHV DGKpVLRQV oD QRXV


SHUPHWG¶rWUHWRWDOHPHQWDXWRQRPHSDUUDSSRUWjO¶pFROHPrPHVLO¶pFROH
PHW j QRWUH GLVSRVLWLRQ XQ ORFDO« PDLV XQH DVVRFLDWLRQ Q¶D SDV j rWUH
LQIpRGpHjO¶pFROH«>«@RQGpIHQGOHVGLSO{PHVGHO¶pFROHPDLVRQHVW
SDUIRLV HQ GpVDFFRUG SDU H[HPSOH HQ FH PRPHQW RQ WURXYH TX¶LOV QH
prospectent pas assez auprès des recruteurs, ils sont seulement tournés

1
G. Ribeill (1986), art. cit.
2
Source : « Introduction », 5HFXHLOGHVERQQHVSUDWLTXHVjO¶XVDJHGHVDVVRFLDWLRQVSRXUUHFUXWHU
et fidéliser. Document du CNISF (2000), obtenu auprès de Laurent Moulin, permanent salarié de
O¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVpOqYHVGHO¶eFROHGH&RPPHUFH$GYDQFLD
3
'¶DSUqV OHV 5DSSRUWV )LQDQFLHUV SUpVHQWpV DX[ $VVHPEOpHV *pQpUDOHV GH  HW  OHV
FRWLVDWLRQVjO¶$,(NSEA représentent entre 77 % et 82 % de ses ressources financières.

129
YHUV OHV IXWXUV pWXGLDQWV« HW SXLV LO \ D HX SDV PDO G¶KLVWRLUHV SDU OH
passé. » (Thomas Mottet, AI ENSEA)

« /¶DVVRFLDWLRQ YLW GHV FRWLVDWLRQV GHV PHPEUHV HOOH Q¶D SDV GH
subventions, sauf une subvention un peu inDYRXDEOHO¶pFROHQRXVORXHOHV
VHUYLFHV G¶XQH 6HFUpWDLUH SRXU SDV WUqV FKHU » (Simon Richet, AI
ENSEA)

(QGDWHGHODFUpDWLRQGHO¶DVVRFLDWLRQOHWDX[G¶DGKpVLRQjO¶$,(16($IXW
SURFKHGH,OOHUHVWDMXVTX¶HQ1, et pour cause : la première promotion
GHO¶pFROHGLSO{PpHHQFRPSWDLWVHSWSHUVRQQHV FHOOHGHO¶DQQpHVXLYDQWH
HQGpQRPEUDLWjSHLQHSOXVHWF¶HVWSDUPLFHWWHSRLJQpHGHGLSO{PpVGHOD
SURPRWLRQ  TXH VH WURXYHQW OHV IRQGDWHXUV GH O¶DVVRFLDWLRQ ¬ SDUWLU GHV
DQQpHVO¶pYROXWLRQGHVWDX[G¶DGKpVLRQHVWFDKRWLTXHVLQXVRwGDOHWDQGLVTXH
le nombre de diplômés est en progression régulière. Les données à disposition ne
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

sont pas très fines, mais ce taux oscille approximativement entre 30 et 70 % sur la
période 1964-1988.
¬ O¶DXEH GHV DQQpHV  HW PDOJUp TXHOTXHV VSRUDGLTXHV VXUVDXWV OD
part des cotisants rapportée au nombre de diplômés connus décroît constamment.
(QWUHHWOHQRPEUHGHGLSO{PpVGHO¶(16($SDVVHGH 412 à 3 771,
DORUVTXHO¶DVsociation compte, en 2002, quelques 280 adhérents supplémentaires
SDU UDSSRUW j O¶DQQpH  SDVVDQW G¶XQ SHX SOXV GH  FRWLVDQWV j  VXU OD
période2 /H QRPEUH FURLVVDQW G¶DGKpVLRQV HQUHJLVWUpHV SDU O¶DVVRFLDWLRQ PDVTXH
GRQF XQ WDX[ G¶DGKpVLRQ TXL V¶DIIDLEOLW 3LV OHV pWXGLDQWV GH O¶pFROH RQW HQWUH-
temps été admis à y cotiser, au statut de « membres juniors »3. Le nombre des
étudiants qui cotisent en 2002 est de 229, de sorte que, sans leur apport numérique,
OHV HIIHFWLIV GH O¶DVVRFLDWLRQ VHUDLHQW HQ  SUDWLTXHPHQW OHV PrPHV TX¶HQ
 &HWWH WHQGDQFH V¶HVW FRQILUPpH GHX[ DQV SOXV WDUG '¶DSUqV OH 5DSSRUW
)LQDQFLHU GH O¶$VVHPEOpH *pQpUDOH GHV DGKpUHQWV GX  PDL  OH QRPEUH
G¶DGKpUHQWVGHO¶DVVRFLDWLRQHVWOHPrPHTX¶HQPDLVOHQRPEUHGe diplômés
V¶HVWDFFUXGHSDVVDQWGH 500 à 4 300 sur la période :

1
/HV JXHUUHVG¶,QGRFKLQH HWG¶$OJpULHRQW IDLWFKXWHUOHWDX[G¶DGKpVLRQGXIDLWTXH OD PDMRULWp
des diplômés était alors sous les drapeaux.
2
Source : /DOHWWUHGHO¶$,(16($ « Numéro spécial Assemble Générale », février 2003.
3
/HVVWDWXWVGHO¶DVVRFLDWLRQRQWpWpPRGLILpVHQGDQVOHGHVVHLQG¶DGPHWWUHOHVpWXGLDQWVDX
sein de la population adhérente. Les étudiants bénéficient de cotisations réduites (1/10 ème du tarif
usuel), maLVQ¶RQWSDVGURLWGHYRWHHQ$VVHPEOpH*pQpUDOH

130
« 6L OHV ILQDQFHV VRQW UHVWpHV VDLQHV HQ  RQ SHXW V¶DSHUFHYRLU TXH
O¶HVSULWDVVRFLDWLISHUGGHVRQLPSRUWDQFH>«@HQHIIHWVLO¶RQFRPSDUHOH
QRPEUHG¶LQJpQLHXUVFRWLVDQWVG¶LO \DGL[DQVDYHFFHOXLG¶DXMRXUG¶KXL
RQ V¶DSHUoRLW TXH FH QRPEUH Q¶D SDV DXJPHQWp DORUV TXH O¶pFROH HVW
passée de 2 500 diplômés à 4 300 ! Comme la presque totalité des
UHVVRXUFHV GH O¶DVVRFLDWLRQ SURYLHQW GHV UHFHWWHV RQ FRPSUHQG OD
GLIILFXOWpGHO¶$, ENSEA pour lancer de nouvelles actions. »1

Si ce sont encore les étudiants qui permettent de limiter le reflux (leur nombre est
SDVVpjHQ FHWWHSRSXODWLRQpWXGLDQWHQ¶HPSrFKHSDVOHWDX[G¶DGKpVLRQ
de diminuer à proportion du nombre croissant de diplômés. À chaque nouvelle
promotion ENSEA et au-GHOj GHV VL[ PRLV TXL VXLYHQW OD GDWH G¶REWHQWLRQ GX
GLSO{PH VL[ PRLV DX FRXUV GHVTXHOV O¶DGKpVLRQ HVW RIIHUWH HW DXWRPDWLTXHPHQW
enregistrée2, un contingent toujours plus réduit de diplômés cotise durablement à
O¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVpOqYHV/¶DGPLVVLRQjFRWLVHUGHVpWXGLDQWVHVWDXVVLO¶XQ
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

des moyens devant permettre de rendre leur adhésion la plus naturelle possible
après ces six premiers mois. Cet aspect, essentiel pour engager le « cercle
vertueux » (Thomas Mottet, AI ENSEA) du nombre et du prestige, sera développé
un peu plus loin.

/HV ,67 pWDQW WUqV MHXQHV GDQV OH FKDPS GHV pFROHV G¶LQJpQLHXUV SHX
G¶LQJpQLHXUVHQVRQWGLSO{PpV/HVHIIHFWLIVGHFKDFXQHGHVSURPRWLRQVGLSO{PpHV
G¶XQ,67VRQW SDUDLOOHXUVDVVH]UHVWUHLQWV/DIUpTXHQFHHWO¶LQWHQVLWpGHVUDSSRUWV
GH VRFLDELOLWp DX VHLQ G¶XQH SURPRWLRQ TXHOFRQTXH QRWDPPHQW ORUV GHV GHX[
premières années, devraient a priori DXWRULVHUXQWDX[G¶DGKpVLRQpOHYp :

« 'DQV O¶pFROH RQ pWDLW UHODWLYHPHQW ELHQ LQWpJUpV F¶pWDLW V\PSD OHV
SURPRWLRQV VRQW SHWLWHV PRL M¶pWDLV GDQV XQH SURPR R O¶RQ pWDLW j
peine trente ou trente-FLQT pOqYHV« GRQF oD DLGH SDUFH TXH WRXW OH
PRQGH VH FRQQDvW F¶pWDLW XQH DPELDQFH WUqV FRQYLYLDOH OHV VRLUpHV
F¶pWDLWPDUUDQWM¶DLGHERQVVRXYHQLUV«ERQDSUqVFRPPHjSDUWLUGHOD
WURLVLqPH DQQpH RQ pWDLW HQ VWDJH XQ SHX SDUWRXW HQ )UDQFH F¶HVW FODLU
TX¶RQVHYR\DLWEHDXFRXSPRLQVRQpWDLWSHXW-être aussi plus sérieux ! »
(Sylvain Portal, 25 ans, ingénieur IST, administrateur et membre du
%XUHDXGHO¶$,67
1
Source  5DSSRUW )LQDQFLHU GH O¶$VVHPEOpH *pQpUDOH GX  PDL SXEOLp GDQV La lettre de
O¶$,(16($ n°24, mars 2005.
2
Le diplômé adhère automatiquement, à titre gratuit, pour « O¶DQQpH HQ FRXUV » (Article 1er du
5qJOHPHQW,QWpULHXUGHO¶$,(16($ F¶HVW-à-GLUHSRXUOHVPRLVTXLVXLYHQWODGDWHG¶REWHQWLRQ
de son diplôme (voir infra). En 2005, les adhérents de la « dernière promo. » représentaient 7 %
GHVPHPEUHVGHO¶$,(16($ 6RXUFH : Rapport Moral GHO¶$VVHPEOpH*pQpUDOHGXPDL
publié dans /DOHWWUHGHO¶$,(16($ n°24, mars 2005).

131
(QGpSLWG¶HIIHFWLIVGLSO{PpVUpGXLWV HW GHSURPRWLRQV GHSHWLWHWDLOOHOHQRPEUH
G¶DGKpUHQWVGHO¶$,67GHPHXUHLQILPH'¶DSUqVOHFRPSWH-UHQGXGHO¶$VVHPEOpH
Générale des adhérents du mois de janvier 20071, les IST comptent 1 574
GLSO{PpVjODILQGHO¶DQQpHFRWLVDQWVjO¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVpWDQW
GpQRPEUpVOHWDX[G¶DGKpVLRQHVWDLQVLG¶HQYLURQ0DLVDORUVTX¶jODILQGH
O¶H[HUFLFHO¶$,67DYDLWSHUoXFRWLVDWLRQV2, le nombre de diplômés, de
PrPHTX¶jO¶(16($DXJPHQWDLWQHWWHPHQWSOXVYLWHVXUODSpULRGH
&RQWUDLUHPHQWjO¶$,(16($FHSHQGDQW ROHVILQDQFHV VRQWTXDOLILpHV
de « saines » QRQREVWDQW XQ WDX[ G¶DGKpVLRQ TXL QH FHVVH GH GpFURvWUH O¶$,67
Q¶HVWSDV HQPHVXUHGHFRXYULU ODWRWDOLWpGHVHVGpSHQVHVHWEpQpILFLHGHO¶DSSXL
financier des quatre IST, mais aussi du Groupe ICAM. Elle est, par conséquent,
O¶LQVWUXPHQWGHO¶pFROH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

« Notre budget vient de différentes sources  VXEYHQWLRQV G¶eFROH


FRWLVDWLRQV« VXUWRXW OHV FRWLVDWLRQV SDUFH TXH F¶HVW FH TXL SHUPHW j
O¶DVVRFLDWLRQ G¶rWUH LQGpSHQGDQWH YLV-à-vis des ses autres sources de
ILQDQFHPHQWQRWDPPHQWO¶eFROH>«@3RXUQRXVOHVFRWLVDWLRQVQHVRQW
SDV VXIILVDQWHV OHV VXEYHQWLRQV G¶eFROH QRXV VRQW QpFHVVDLUHV« QRWUH
objectiIF¶HVWG¶DYRLUGXEXGJHWSDUOHVFRWLVDWLRQV«RUjO¶KHXUH
actuelle on doit être à 25-  GX EXGJHW SDU OHV FRWLVDWLRQV« >«@
FRPPH O¶eFROH QRXV GRQQH GH O¶DUJHQW SRXU H[LVWHU RQ GRLW OXL UHQGUH
des comptes, on doit travailler dans leur sens à eux tandis que si notre
EXGJHWSURYLHQWG¶DERUGGHVFRWLVDWLRQVRQGHYUDLWUHQGUHGHVFRPSWHVj
QRVDGKpUHQWV«HWoDoDFKDQJHSDVPDOGHFKRVHV ! » (Sylvain Portal,
A2IST)

'¶DSUqV OHFRPSWH-UHQGXGHO¶$VVHPEOpH*pQpUDOHGHMDQYLHUOHVPHPEUHV
présentV DX QRPEUH GH   HVWLPHQW j   OH WDX[ G¶DGKpVLRQ TXL DXWRULVHUDLW
O¶DXWRQRPLHILQDQFLqUHGHO¶DVVRFLDWLRQ

4X¶LO V¶DJLVVH GH O¶$,67 RX GH O¶$, (16($ OHV HIIHFWLIV GH FRWLVDQWV
actifs, bénévoles, sont des plus restreints. Le nombre de membres composant le
&RQVHLO G¶$GPLQLVWUDWLRQ GH O¶$,67 YDULH DX JUp GHV GpFLVLRQV DUUrWpHV SDU OHV
DGKpUHQWVUpXQLVDQQXHOOHPHQWHQ$VVHPEOpH*pQpUDOH¬O¶LVVXHGHO¶$VVHPEOpH
Générale de janvier 2007, les administrateurs, élus pour un mandat de trois ans,
sont au nombre de treize. Ces mandats sont renouvelables par tiers, chaque année

1
'RFXPHQWOLEUHPHQWDFFHVVLEOHVXUOHVLWH,QWHUQHWGHO¶$,67
2
Source : Compte-UHQGXGHODUpXQLRQGX%XUHDXGHO¶$,67GpFHPEUH$FFHVVLEOHVXUOH
siWHGHO¶DVVRFLDWLRQ

132
(les membres concernés par le renouvellement de leur mandat sont tirés au sort), et
les membres sortants sont rééligibles1. Les administrateurs élus en Assemblée
Générale élisent à leur tour un Bureau, dont Sylvain Portal fait partie depuis avril
2004. En janvier 2007, ce sont ces mêmes treize personnes élues au Conseil
G¶$GPLQLVWUDWLRQ TXL VRQW PHPEUHV GX %XUHDX GH O¶DVVRFLDWLRQ2 &¶HVW GLUH TXH
PRLQVGHGHVGLSO{PpVV¶LQYHVWLVVHQWEpQpYROHPHQWGDQVO¶DFWLRQDVVRFLDWLYH
A fortiori, la jeunesse des IST implique que les diplômés sont encore tous en
DFWLYLWpSURIHVVLRQQHOOHFHTXLHPSrFKHO¶HPSORLG¶DQFLHQVpOqYHVUHWUDLWpVWDQGLV
TXHO¶$,(16($GLVSRVHGHGHX[UHWUDLWpV SRXUVD structure permanente, dont le
Trésorier (diplômé en 1955) :

« 2QQ¶DSDVGHSHUPDQHQWVWRXVOHVEpQpYROHVVRQWDFWLIVWRXWOHPRQGH
travaille parce que les plus vieilles promotions ont douze ans, donc on ne
SHXW SDV DYRLU GH UHWUDLWpV TXL SRXUUDLHQW V¶RFFXSHU GH O¶DVVRFLDWLRQ »
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

(Sylvain Portal, A2IST)

« -HVXLVWRXMRXUVHQDFWLYLWpSURIHVVLRQQHOOHQRWUH3UpVLGHQWDXVVL«LO\
DGHX[SHUVRQQHVTXLVRQWUHWUDLWpHVHWTXLV¶RFFXSHQWGHO¶DVVRFLDWLRQDX
quotidien, dont le Trésorier. » (Thomas Mottet, AI ENSEA)

/H &RQVHLO G¶$GPLQLVWUDWLRQ GH O¶$, (16($ HVW FRPSRVp GH GRX]H
administrateurs, élus pour trois ans et rééligibles. Chaque année, la composition du
&RQVHLOG¶$GPLQLVWUDWLRQHVWUHQRXYHOpHSDUWLHUVHWVHVPHPEUHVFKRLVLVVHQWDXVVL
en leur sein, les mHPEUHV GX %XUHDX GH O¶DVVRFLDWLRQ FRPSRVp G¶XQ 3UpVLGHQW
G¶XQ9LFH-SUpVLGHQWG¶XQ6HFUpWDLUHHWG¶XQ7UpVRULHU3. Le Président pourrait donc
FKDQJHUWRXVOHVDQV0DLVHQFLQTXDQWHDQVG¶H[LVWHQFHO¶$,(16($DFRQQXOD
bagatelle de neuf Présidents, dont quatre issus de la même promotion (1954).
6LPRQ5LFKHWO¶DFWXHO3UpVLGHQWDYDLWGpMjHIIHFWXpXQ « septennat » au moment
GHO¶HQWUHWLHQ OHMXLQ 'HX[DQVSOXVWDUGLOpWDLWHQFRUHOH3UpVLGHQWGH
O¶DVVRFLDWLRQ4 $XWUHPHQW GLW HW FRPPH j O¶$,67 OHV FDQGLGDWV j O¶LPSOLFDWLRQ
bénévole ne se « bousculent pas au portillon » :

1
Source 6WDWXWVGHO¶$,67
2
Source : Compte-UHQGXGHO¶$VVHPEOpH*pQpUDOH'RFXPHQWOLEUHPHQWDFFHVVLEOHVXUOHVLWH
,QWHUQHWGHO¶DVVRFLDWLRQ
3
Source  6WDWXWV GH O¶$, (16($ $UWLFOH  'RFXPHQW DFFHVVLEOH VXU OH VLWH ,Qternet de
O¶DVVRFLDWLRQ
4
Source : « /HVPHPEUHVGX&RQVHLOG¶$GPLQLVWUDWLRQ ª6LWH,QWHUQHWGHO¶$,(16($

133
« /HV GLSO{PpV LO IDXW GpMj TX¶LOV DGKqUHQW TX¶LOV FRWLVHQW PDLV DSUqV
SDUPLFHX[TXLFRWLVHQW SHXV¶LPSOLTXHQWGDQVODYLHGHO¶DVVRFLDWLRQ«
moi, je suis Président dHSXLVF¶HVWXQVHSWHQQDW ! Dans les statuts,
il est prévu que les présidences tournent, mais ça ne se bouscule pas au
portillon, croyez-moi 2QQHVHEDWSDVSRXUSUHQGUHODUHOqYHF¶HVWOH
PRLQVTXHO¶RQSXLVVHGLUH«>«@&¶HVWTXHoDSUHQGGXWHPSVPRLM¶HQ
ai pour une heure par jour minimum, ne serait-ce que pour vérifier les
mails, regarder ce qui se passe. » (Simon Richet, AI ENSEA)

7KRPDV0RWWHWHVWHQWUpDX&RQVHLOG¶$GPLQLVWUDWLRQGHO¶$,(16($GRQWLOHVW
encore le Secrétaire, au cours dHO¶DQQpH ,OHQpWDLWWRXMRXUVPHPEUHOH
PDUV GDWHGHO¶HQWUHWLHQ HW DHQFRUHpWppOXDGPLQLVWUDWHXUSRXUO¶H[HUFLFH
2007-200817RXWHVOHVFRPPXQLFDWLRQVGHO¶DVVRFLDWLRQGRQW7KRPDV0RWWHWHVW
UHVSRQVDEOH HQMRLJQHQW OHV GLSO{PpV j V¶LQYestir dans la vie associative, en
IRUPXODQW j OD IRLV FULWLTXHV HW DSSHOV j FDQGLGDWXUH SRXU O¶pOHFWLRQ DX &RQVHLO
G¶$GPLQLVWUDWLRQ :
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

« 5HQGUHO¶DVVRFLDWLRQSOXVIRUWHHWVHVVHUYLFHVSOXVSHUWLQHQWVFHQ¶HVW
pas seulement verser une cotisation annuelle. &¶HVW DXVVL UHQIRUFHU
O¶pTXLSHTXLDQLPHO¶DVVRFLDWLRQ>«@&KDTXHDQQpHO¶$,(16($RXYUH
VRQ&RQVHLOG¶$GPLQLVWUDWLRQjGHVGLSO{PpVYRORQWDLUHVSRXUGRQQHUGX
WHPSV HW GHV LGpHV SURSRVHU HW SLORWHU GHV DFWLRQV 1¶KpVLWH] SDV j
rejoindre le Conseil et à contribuer plus activement au développement de
O¶DVVRFLDWLRQ ! » (Thomas Mottet2, AI ENSEA)

« /¶DVVRFLDWLRQUHSRVHVXUWURSSHXG¶LQJpQLHXUV(16($EpQpYROHVTXL
réussissent à fournir un important travail malgré des disponibilités plus
ou moins réduites. » (Simon Richet3, AI ENSEA)

« Je voudrais demander à toutes celles et tous ceux qui lisent ces lignes
GH IDLUH TXHOTXH FKRVH SRXU OHXU DVVRFLDWLRQ HW SRXU OHXU pFROH >«@
³$QFLHQ´SHQVHjFHTXHO¶pFROHDIDLWSRXUWRLHWGHPDQGH-toi ce que tu
peux faire pour elle. Elle a besoin de toi '¶DYDQFHPHUFLjWRXVMHVXLV
SHUVXDGpTXHO¶RQSHXWFRPSWHUVXUXQDQFLHQGHO¶(16($ »4

Les « équipes » faisant vivre les associations enquêtées rassemblent une poignée
GHSHUVRQQHVG¶DLOOHXUVVRXYHQWOHVPrPHV/HVétudiants ont été admis à cotiser à
O¶$, (16($ HW OHV GLSO{PpV GH O¶,6(($ DSSUHQWLVVDJH HW IRUPDWLRQ FRQWLQXH 

1
Source : Idem.
2
Source : 5DSLGH DSHUoXGHVDFWLRQVGH O¶$,(16($3ODTXHWWH GH SUpVHQWDWLRQGH O¶$, (16($
rédigée par Thomas Mottet et obteQXHDXSUqVGHO¶LQWpUHVVp
3
Source : /DOHWWUHGHO¶$,(16($ n°14, novembre 2002.
4
Source -HDQ0LORQ DQFLHQ3UpVLGHQWGHO¶$,(16($ © Anciens, on a besoin de vous ! », La
OHWWUHGHO¶$,(16($ n°23, janvier 2005.

134
qui disposaient jusque-là de leur propre association des anciens élèves, ont été
« absorbés »1 HWDGPLV jVLpJHUDX&RQVHLOG¶$GPLQLVWUDWLRQGH O¶$,(16($/H
« risque de pollution sociale »2 apparaissait ainsi bien dérisoire, au regard de la
nécessité du nombre !
$XFRXUVGHVRQH[LVWHQFHO¶$,(16($Q¶DFRQQXTX¶XQHSHWLWHFHQWDLQH
G¶DGPLQLVWUDWHXUV/¶RUJDQLVDWLRQGXWUDYDLODVVRFLDWLIV¶HQ ressent nécessairement.
Ce travail est partout organisé en différents « projets » (Sylvain Portal, A2IST) :
pGLWLRQ GH O¶DQQXDLUH UpGDFWLRQ GHV FRPPXQLFDWLRQV JHVWLRQ GX VLWH ,QWHUQHW GX
S{OHHPSORLOLHQDYHFOH&1,6)DYHFO¶eFROH«&KDFXQGHVSURMHWs en question
UHOqYHG¶XQPHPEUHpOXDX&RQVHLOG¶$GPLQLVWUDWLRQTXLV¶HVWSRUWpYRORQWDLUHHW
dont la candidature est approuvée par les membres du Bureau ou du Conseil
G¶$GPLQLVWUDWLRQ,OSHXWDUULYHUTXHGHVFRPSpWHQFHVWHFKQLTXHVDFTXLVHVKRUVGH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

O¶eFROH VH UpYqOHQW RSpUDWRLUHV SRXU O¶DFWLRQ DVVRFLDWLYH 7KRPDV 0RWWHW $,
(16($  pWDQW SDU DLOOHXUV WLWXODLUH G¶XQ '(66 HQ &RPPXQLFDWLRQ F¶HVW HQ WDQW
que « professionnel ª HQ OD PDWLqUH TX¶LO HVW OpJLWLPH j SUHQGUH HQ FKDUJH OD
communication associative3. Le poste de « responsable de la communication » de
O¶DVVRFLDWLRQ D G¶DLOOHXUV pWp FUpp SRXU OXL 0DLV JpQpUDOHPHQW OH GRPDLQH GH
responsabilités échu aux uns et aux autres dépend de contingences purement
pratiques :

« 3RXUV¶RFFXSHUG¶XQSURMHWLOIDXW déjà être volontaire, et il y a plus de


projets que de volontaires  >«@ /¶DQFLHQQHWp GDQV O¶DVVRFLDWLRQ SHXW
MRXHU oD GpSHQG GX SURMHW« PDLV PRL VL MH VXLV HQ FKDUJH GX SURMHW
&1,6)F¶HVWSDUFHTXHOH&1,6)HVWj3DULVRLO\DSHXGHPHPEUHV
actifs«OHVSRVVLELOLWpVSUDWLTXHVODGLVSRQLELOLWpFHVRQWOHVSULQFLSDX[
critères ! » (Sylvain Portal, A2IST)

/¶$,67HWO¶$,(16($VRQWGHVDVVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqYHVGLSO{PpV
G¶pFROHV G¶LQJpQLHXUV SHX SUHVWLJLHXVHV SULQFLSDOHPHQW HQ UDLVRQ GX FDUDFWqre
pratique de formations articulées aux besoins des entreprises industrielles et
notamment, des entreprises du « SUHPLHU pWDJH GH O¶pFRQRPLH »4. Elles disposent
DXVVLGHPR\HQVILQDQFLHUVHWDGPLQLVWUDWLIVOLPLWpVGXIDLWG¶XQQRPEUHLQILPHGH
1
Source 6WDWXWVGHO¶$,(16($$rticle 1er.
2
L. Boltanski (1982), op. cit.
3
Voir infra Chapitre IV ± 1.3.
4
F. Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme : XVè ± XVIIIè siècles, Tome III, Le
Temps du monde, Paris, Armand Colin, 1980.

135
cotisants. 'DQVFHVFRQGLWLRQVO¶DIILOLDWLRQDX&1,6)SURFXUHQRQVHXOHPHQWXQH
IRUPH V\PEROLTXH G¶DFFUpGLWDWLRQ j VH GLUH © DVVRFLDWLRQ G¶LQJpQLHXUV », surtout
SRXUO¶$,67PDLV SHUPHWHQFRUHXQDFFqV SULYLOpJLpDX[GRQQpHV UHODWLYHV jOD
position des diplômés sur le marché du travail. Ces données, en particulier celles
WRXFKDQWjODYDOHXUPRQpWDLUHGXGLSO{PHGDQVOHFKDPSGHO¶HQWUHSULVHIRUPHQW
OHSULVPHjO¶DXQHGXTXHOOHVUHVSRQVDEOHVDVVRFLDWLIVGpILQLVVHQW« les actions qui
sont à engager » (Simon Richet, AI ENSEA).

1.3) « Combien se vend un ingénieur ? »  O¶REVHVVLRQ GX © prix » de


O¶LQJpQLHXU

« Les noms des métiers sont des étiquettes, à la fois étiquettes de prix et
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cartes de visites », écrit Everett C. Hughes1/DTXDOLWpG¶LQJpQLHXUGLSO{PppWant


SURWpJpH HW HQFDGUpHSDUODORLODYDOHXUG¶XQLQJpQLHXUHVW GHIDLWFHOOHGHVRQ
diplôme et, partant, de son école. Mais le « prix ª G¶XQ LQJpQLHXU GLSO{Pp HVW OH
salaire moyen auquel les titulaires du même diplôme sont affectés dans le champ
GHO¶entreprise2 :

« On est toujours en quête de savoir combien se vend un ingénieur, pas


seulement nous (pour nos diplômés), mais tout le monde ou presque : la
&7,ODSUHVVHTXLSXEOLHpWXGHVVXUpWXGHV«,O\DWRXMRXUVGHVHQTXrWHV
TXL VRUWHQW VXU ³TXH GHYLHQQHQW OHV pWXGLDQWV j OD VRUWLH GH O¶pFROH´
³TXHOHVWOHXUVDODLUHjO¶HPEDXFKH´³TXHOHVWOHXUVDODLUHPR\HQ´HWF
>«@ (W QRXV HQ WDQW TX¶DVVRFLDWLRQ RQ HVVDLH GH YRLU R VRQW OHV
ensearques, combien vaut un ingénieur ENSEA sur le marché et comment
RQVHVLWXHSDUUDSSRUWDX[DXWUHV« en fonction de ça, on sait déjà, à peu
près, quelles actions sont à engager. » (Simon Richet, AI ENSEA)

6HORQOH3UpVLGHQWGHO¶$,(16($ 6LPRQ5LFKHW ODQpFHVVLWpjMXVWLILHUOHELHQ-


IRQGp GH O¶KDELOLWDWLRQ GH O¶pFROH j GpOLYUHU OH WLWUH G¶LQJpQLHXU GLSO{Pp H[SOLTXH

1
E. C. Hughes (1951), op. cit.
2
/¶XQHGHVGHUQLqUHVHQTXrWHVHQGDWHOHPalmarès du magazine Challenges, classe les écoles en
fonction de cinq items de référence (« salaire à la sortie », « insertion », « OLHQDYHFO¶HQWUHSULVH »,
« RXYHUWXUH j O¶LQWHUQDWLRQDO », « attractivité auprès des étudiants »), auxquels est associé un
coefficient. Le coefficient le plus élevé (40 points) est alloué au « salaire à la sortie » et le moins
élevé (10 points) au « OLHQ DYHF O¶HQWUHSULVH ». Source : Palmarès du magazine Challenges, juin
2007. Document HQOLEUHDFFqVVXUOHVLWH,QWHUQHWGHO¶$,67&HWWHpWXGHHVWPLVHHQOLJQHSRXU
une raison simple  O¶,&$0 /LOOH 1DQWHV 7RXORXVH  DUULYH HQ VHFRQGH SRVLWLRQ GHV pFROHV TXL
recrutent leurs étudiants après le Bac.

136
cette obsession du « prix ª DXTXHO O¶LQJpQLHXU FHUWLILp PHW VHV FRPSpWHQFHV
WHFKQLTXHVDXVHUYLFHGHO¶HQWUHSULVH :

« ,O\DXQHHVSqFHGHQRUPHXQSHXWDFLWHTX¶LPSRVHOD&7,OHIDLWTX¶LO
y ait une assocLDWLRQ G¶DQFLHQV OH IDLW GH VXLYUH FRPPHQW OHV GLSO{PpV
V¶LQWqJUHQW GDQV OD VRFLpWp >«@ 'RQF O¶DVSHFW VXUYHLOODQFH VXLYL GHV
GLSO{PpV VXU OH PDUFKp GX WUDYDLO F¶HVW VXUWRXW SDUFH TX¶LO IDXW VDQV
FHVVH pYDOXHU OD SHUWLQHQFH GH O¶KDELOLWDWLRQ GH O¶pFROH à délivrer le
diplôme VLO¶pFROHSURGXLWGHVFK{PHXUVRXGHV³VRXV-LQJpQLHXUV´F¶HVW
V€U TXH oD GHYLHQW SUREOpPDWLTXH GH O¶DSSHOHU ³eFROH G¶LQJpQLHXUV´ !
/¶KDELOLWDWLRQGHO¶pFROHQ¶HVWSDVDFTXLVHXQHIRLVSRXUWRXWHVLO\DGHV
commissions de suivi, GHV FKRVHV FRPPH oD« YRXV YRXV LPDJLQH]
GLSO{Pp G¶XQH pFROH TXL Q¶H[LVWH SOXV RX G¶XQH pFROH G¶LQJpQLHXUV TXL
YLQJW DQV DSUqV YRWUH GLSO{PH Q¶HQ HVW SOXV XQH "ª (Simon Richet, AI
ENSEA)

3RXU OHV LQJpQLHXUV GLSO{PpV HW OHXUV DVVRFLDWLRQV UHVSHFWLYHV O¶Dffiliation au


&1,6)SHUPHWG¶pYDOXHUODFRWDWLRQUHODWLYHGXGLSO{PHVXUOHPDUFKpGXWUDYDLO
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

/H&1,6)TXLUHJURXSHOHVDVVRFLDWLRQVG¶LQJpQLHXUVHWV¶\VXEVWLWXHSRXUWRXWFH
qui, au-delà des rivalités entre écoles, touche à la profession, produit en effet des
enquêtes biennales1 HQ FROODERUDWLRQ DYHF OH &RPLWp G¶eXGHV VXU OHV )RUPDWLRQV
G¶,QJpQLHXUV &(), 2. La finalité de ces enquêtes consiste à cerner la situation
SURIHVVLRQQHOOH GHV LQJpQLHXUV GLSO{PpV HW O¶pYROXWLRQ GH OHXUV UpPXQpUDWLRQV
/¶HQTXrWH GH  HVW HQULFKLH G¶XQH « approche sociologique »3 des évolutions
de la profession : mobilité professionnelle, distinction entre les profils « expert »
et « hiérarchique »4, satisfaction au travail, féminisation de la profession. Le
« prix ª GH O¶LQJpQLHXU UHVWH WRXWHIRLV SULPRUGLDO FH TX¶LQGLTXH RXWUH O¶LQWLWXOp
PrPH GH O¶pWXGH « Rémunération des ingénieurs »  OHV UpVXOWDWV G¶XQ VRQGDJH
réalisé par le CNISF selon lesquels « 80 % des ingénieurs se déclarent intéressés

1
'¶DSUqVOH'pOpJXp*pQpUDOGX&1,6), Didier Assert, la première de ces études date de 1958.
2
Le CEFI, qui existe depuis 1976, est une « association partenaire » du CNISF, lequel avait
activement contribué à sa constitution (Source : Répertoire des associations membres du CNISF,
2005. Document obtenu auprès du Délégué Général du CNISF, Didier Assert).
3
Source : La rémunération des ingénieurs 2005. 16 è enquête socio-économique du CNISF.
« Préface ». Ce document a été acheté lors du Salon des ingénieurs de décembre 2005 (CNIT, La
Défense), DXSUL[GH¼
4
La dichotomie entre le cadre « expert » et le cadre « hiérarchique », issue du management anglo-
VD[RQDpWpWKpRULVpHSDU3%RXIIDUWLJXHGX/DERUDWRLUHG¶eFRQRPLHHWGH6RFLRORJLHGX7UDYDLO
(Voir : P. Bouffartigue, Les cadres. Fin G¶XQH ILJXUH VRFLDOH, Paris, La Dispute, 2001 ; P.
Bouffartigue (dir.), Cadres : la grande rupture, Paris, La Découverte, Coll. « Recherches », 2001).
Des membres du LEST ont collaboré au traitement des résultats des 15è et 16è enquêtes salaires du
CNISF, mais aussi à la construction du questionnaire envoyé aux ingénieurs diplômés.

137
SDUO¶REWHQWLRQG¶LQIRUPDWLRQVsur les salaires »1. Par ailleurs, la seizième enquête
salaire (2005) du CNISF ne calcule pas seulement les rétributions médianes et
PR\HQQHVGHVLQJpQLHXUVGLSO{PpVHQV¶DSSX\DQWVXUOHVUpSRQVHVVWDWLVWLTXHPHQW
exploitables des diplômés des quelques quatre-vingts neufs écoles ayant participé
jO¶HQTXrWH/¶REMHFWLIHVWDXVVLG¶H[SOLTXHUDXVHQVVWDWLVWLTXHGXWHUPHOHVDODLUH
EUXWPR\HQGHVLQJpQLHXUVSRXUO¶DQQpHVHORQODPpWKRGHGHODYDULDQFH/D
variable expliquée, la formation du salaire de O¶LQJpQLHXUGLSO{PpO¶HVWjO¶DXQHGH
plusieurs variables explicatives, dont le genre, la position hiérarchique dans
O¶HQWUHSULVH O¶DQFLHQQHWp SURIHVVLRQQHOOH HW O¶pFROH G¶RULJLQH /H UDLVRQQHPHQW
V¶HIIHFWXH « toutes choses égales par ailleurs »2, de façon à ne pas surestimer le
véritable effet de chacune des variables sur la formation du salaire.
'¶DSUqV FHWWH HQTXrWH O¶pFROH G¶RULJLQH D ELHQ XQ HIIHW GHV SOXV
significatifs sur la formation du salaire des ingénieurs diplômés3. Les écoles du
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champ statistique y sont classées en quatre groupes, les amplitudes de salaires


V¶DSSUpFLDQW VXU OD EDVH GX SUHPLHU G¶HQWUH HX[ /HV UpGDFWHXUV GX UDSSRUW
précisent que ce premier groupe, qui contient seulement trois écoles (Centrale
3DULV O¶eFROH GHV 0LQHV GH 3DULV HW O¶eFROH 3RO\WHFKQLTXH  « V¶LPSRVDLW SDU
O¶pFDUWQRWDEOHGHVDODLUHPDQLIHVWpSDUUDSSRUWjFKDFXQHGHVDXWUHVpFROHV »4 : le
GLSO{PH G¶LQJpQLHXU REWHQX j 3RO\WHFKQLTXH 0LQHV HW &HQWUDOH 3DULV RIIUH XQ
surplus monétaire probable qui « peut dépasser 20 % en comparaison des écoles
les moins cotées »5 FHOOHV TXL UHOqYHQW GX TXDWULqPH JURXSH ¬ O¶LQYHUVH FHV
« autres écoles » FODVVpHV GDQV O¶XQ GHV WURLV DXWUHV JURXSHV VHORQ O¶pFDUW GH
salaire entre leurs diplômés et ceux des trois écoles de référence, forment « un
continuum où aucun seuil net ne se manifeste »6(QG¶DXWUHVWHUPHVKRUVGHVWURLV
trois écoles du premier groupe, les salaires auxquels peuvent prétendre les
ingénieurs diplômpVVRQWG¶XQQLYHDXFRPSDUDEOH

1
Source : /DOHWWUHGHO¶$,(16($ n°23, janvier 2005.
2
Source : La rémunération des ingénieurs 2005. 16è enquête socio-économique du CNISF, p. 84.
3
Sur ce point, voir aussi : M. Koubi et M. Mazars, « Les salaires des ingénieurs diplômés »,
INSEE Premières n°929, novembre 2003.
4
Source : La rémunération des ingénieurs 2005. 16è enquête socio-économique du CNISF, p. 86.
5
Ibid. p. 9.
6
Ibid. p. 86.

138
/¶(16($HWOHV,67 1RUG9HQGpH VRQt respectivement classés dans le
WURLVLqPH HW OH TXDWULqPH JURXSH G¶pFROHV TXL FRPSWHQW FKDFXQ SOXV G¶XQH
WUHQWDLQHG¶pFROHVOHVHFRQGJURXSHQ¶HQFRPSRUWDQWTX¶XQHSHWLWHTXLQ]DLQH1. À
ce stade, les diplômés de chaque école peuvent au moins apprécier leur
positionnement par rapport aux autres ingénieurs diplômés, et notamment ceux
dont le profil est analogue. Les ingénieurs SUPELEC, que Thomas Mottet (AI
(16($  GpFULW FRPPH GHV LQJpQLHXUV GLSO{PpV G¶XQH pFROH « concurrente »,
figurent ainsi dans le seconG JURXSH GpILQL SDU OH &1,6) 'DQV O¶HQWUHSULVH HW
« toutes choses égales par ailleurs » OHV LQJpQLHXUV GLSO{PpV GH O¶(16($ RQW
GRQF XQH IRUWH SUREDELOLWp GH VH YRLU DIIHFWpV G¶XQ VDODLUH LQIpULHXU j FHOXL GHV
ingénieurs SUPELEC.
Les écoles concurrentHVGHO¶(16($RQWDXVVLGHVFKDQFHVpOHYpHVG¶rWUH
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FODVVpHV GDQV OH PrPH JURXSH &¶HVW OH FDV SDU H[HPSOH GH O¶eFROH 6XSpULHXUH
G¶,QJpQLHXUV HQ eOHFWURWHFKQLTXH HW eOHFWURQLTXH (6,((  GH O¶,QVWLWXW 1DWLRQDO
Polytechnique de Grenoble (INPG), ou encore dH O¶eFROH Nationale Supérieure
G¶eOHFWURWHFKQLTXH G¶eOHFWURQLTXH G¶,QIRUPDWLTXH G¶+\GUDXOLTXH HW GHV
Télécommunications (ENSEEIHT). Dans ce cas de figure, et du point de vue des
GLSO{PpV GH O¶(16($ OH FODVVHPHQW GHV pFROHV RSpUp SDU OH &1,6) Q¶HVW SDV
discriminant. En outre, ces diplômés ne sont pas non plus en mesure de connaître,
sur la base de cette seule enquête, le « prix » auquel peut être vendu leur diplôme
VXU OH PDUFKp GH O¶HPSORL j PRLQV G¶HQJDJHU GHV GpSHQVHV TXL YLHQGUDLHQW
lourdement grever le budget de leur association. Or, la cotisation associative au
&1,6) LQWqJUH OD SRVVLELOLWp G¶XQ WUDLWHPHQW VSpFLILTXH GHV GRQQpHV VWDWLVWLTXHV
Les membres de chaque association peuvent obtenir auprès du CEFI les résultats
GHO¶HQTXrWHVDODLUHVGX&1,6F pour les seuls répondants diplômés de leur école,
WRXWDXPRLQVV¶LOVVRQWHQQRPEUHVXIILVDQW :

« /H &1,6) HVW FRQVWLWXp G¶DVVRFLDWLRQV PHPEUHV RQ UHODLH VHV DFWLRQV
auprès de nos adhérents, enfin quand on les trouve pertinentes pour
nous, parce que paUIRLVOH&1,6)V¶DGUHVVHjFHUWDLQVW\SHVG¶LQJpQLHXU
OHV FKLPLVWHV SDU H[HPSOH« Oj oD QH QRXV FRQFHUQH SDV« PDLV FH TXL
HVWVXUWRXWLQWpUHVVDQWSRXUQRVPHPEUHVF¶HVWO¶HQTXrWHVDODLUH : on va
voir la responsable des études du CEFI, tous les deux ou trois ans, pour
TX¶HOOH QRXV H[WUDLH OHV GRQQpHV UHODWLYHV j QRWUH pFROH SRXU TXH QRXV
VDFKLRQVRO¶RQVHVLWXHHQWHUPHV GHVDODLUHV HW SRXU TXHO¶RQSXLVVH

1
3DUPLOHVTXHOOHVO¶eFROH1DWLRQDOHGHV3RQWVHW&KDXVVpHVGH3DULVO¶eFROHGHV0LQHVGH1DQF\
et de Saint-eWLHQQH683(/(&RXHQFRUHO¶eFROH1DWLRQDOH Supérieure de Chimie de Paris.

139
YRLUDXVVLFRPPHQWQRVVDODLUHVpYROXHQWG¶XQHHQTXrWHjO¶DXWUHVXUOD
durée. » (Thomas Mottet, AI ENSEA)

« Votre participation active aux grandes enquêtes socioprofessionnelles


du CNISF positionne les ingénieurs IST sur la carte des écoles françaises
HWGRQQHGHVLQGLFDWHXUVDQQXHOVVXUO¶pYROXWLRQGHQRVPHPEUHV »1

La précédente enquête du CNISF GDWDLW GH  GDWH j ODTXHOOH O¶$,67 Q¶pWDLW
SDVHQFRUHDIILGpHDX&1,6) HOOHO¶HVWGHSXLV /HVUpVXOWDWVGHO¶HQTXrWHGH
SRXUOHVVHXOVLQJpQLHXUV,67Q¶RQWSDVpWpDFFHVVLEOHV : ils le sont aux seuls
PHPEUHVGHO¶DVVRFLDWLRQHWVXUGHPDQGHGHOHXUSDUWHQFRUH(QUHYDQFKHO¶$,
ENSEA publie régulièrement, dans sa Lettre trimestrielle, les données relatives
DX[ GLSO{PpV GH O¶eFROH 3RXU O¶DQQpH  OHV LQJpQLHXUV GH O¶(16($
apparaissant en dix-septième position des diplômés les mieux rémunérés en
moyenne, se situent en deçà du niveau moyen global, mais au-dessus du niveau
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

médian. Les rédacteurs de la Lettre GH O¶$, (16($ n°27, dont Thomas Mottet
UpGDFWHXU HQ FKHI  VH IpOLFLWHQW GH O¶pYROXWLRQ GHV UpPXQpUDWLRQV GHV LQJpQLHXUV
ENSEA pour 2004 :

« Les diplômés se verraient proposer des rémunérations supérieures à la


moyenne des salaires perçus par les ingénieurs des autres écoles. »2

/¶DIILOLDWLRQDX&1,6)RIIUHODSRVVLELOLWpGHFRQQDvWUHGHPDQLqUHDVVH]
fine, la place des ingénieuUV GLSO{PpV GH O¶pFROH GRQW UHOqYH O¶DVVRFLDWLRQ VXU OH
PDUFKp GH O¶HPSORL &HWWH SRVLWLRQ Q¶HVW SDV H[DFWHPHQW OD PrPH TXH FHOOH
RFFXSpH VXU OH PDUFKp GHV GLSO{PHV (QFRUH XQH IRLV ULHQ QH SHUPHW G¶DVVRFLHU
IRUPHOOHPHQWSUHVWLJHGHO¶pFROHHPSORLHWTXDlification. Mais, à partir de ce qui
V¶DSSDUHQWH j XQ GLDJQRVWLF OHV DGPLQLVWUDWHXUV GH O¶DVVRFLDWLRQ YRQW QpDQPRLQV
chercher à améliorer les cotations économique et symbolique de leur diplôme. Le
UHQRXYHOOHPHQW GH FHV HQTXrWHV VRQGDQW OD FRQGLWLRQ GH O¶Lngénieur diplômé
SHUPHWDXVVLO¶pYDOXDWLRQUpJXOLqUHGHVDFWLRQVHQJDJpHV

1
Sylvain Portal, « /¶$,67HWOH&1,6)± Liens et synergies », (QWUHS¶,67 n°14, mai 2005.
2
Source : /DOHWWUHGHO¶$,(16($ n°27, janvier 2006.

140
2) 1RPEUHGHJUpG¶LPSOLFDWLRQGHVGLSO{PpVHWYDOHXUGXWLWUHVXUOH
PDUFKpGHO¶HPSORL

/HVDVVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqYHVVRQWYRXpHVVHORQODSRVLWLRQGHO¶pFROH
VXUO¶pFhelle du prestige, à préserver la valeur du titre scolaire ou bien à essayer de
O¶DPpOLRUHU&DUSOXV O¶pFROHHVW SUHVWLJLHXVHHW PHLOOHXUV VHURQWWKpRULTXHPHQW
OHWDX[G¶HPSORLOHVSODFHVGHVGLSO{PpVVXUOHPDUFKpGXWUDYDLOHWOHXUQLYHDXGH
salaire. La situation des ingénieurs diplômés sur le marché du travail motive
O¶DFWLRQDVVRFLDWLYHTXLGXIDLWTX¶DXFXQOLHQREMHFWLIQHSUpVLGHDXUDSSRUWHQWUH
OH SUHVWLJH GH O¶pFROH HW OH SODFHPHQW GH VHV GLSO{PpV VH VLWXH QpFHVVDLUHPHQW j
O¶LQWHUVWLFH GX « titre » scolaire et du « poste » de travail1. Les associations
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LQYHVWLVVHQWFHWWHPDUJHO¶pODVWLFLWpGHOD « relation formation-emploi »2 ,O V¶DJLW


GHIDLUHHQVRUWHTXHODYDOHXUGXGLSO{PHTX¶HOOHVGpIHQGHQWVRLWGDQVODPHVXUH
du possible, régulièrement associée aux meilleurs postes offerts sur le marché de
O¶HPSORL&HODSDVVHSDUGLYHUVHVDFWLRQVHWSUDWLTXHVTXLSHXYHQWVHUpVXPHUDX
GpYHORSSHPHQWGHO¶DGKpVLRQHWjODFRQVWUXFWLRQG¶XQHVSULWGHFRUSV

2.1) Enclencher le « cercle vertueux » du nombre et du prestige

A contrario GHV DVVRFLDWLRQV SURIHVVLRQQHOOHV O¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV


élèves ne représente pas les seuls membres cotisants, mais tous les diplômés de
O¶pFROH/H« premier réseau » 6\OYDLQ3RUWDO$,67 GHO¶LQJpQLHXUGLSO{Pé qui
HQWUH VXU OH PDUFKp GH O¶HPSORL HVW FRQVWLWXp GHV LQJpQLHXUV IRUPpV j OD PrPH
pFROH TX¶LOV VRLHQW RX QRQ PHPEUHV HIIHFWLIV GH O¶DVVRFLDWLRQ TXL O¶RUJDQLVH OH
VWUXFWXUHHW OHIRUPDOLVH /HIDLWG¶DYRLUUHoXXQHIRUPDWLRQ LGHQWLTXHHVWXQOLHQ
objectif, qui peut induire certaines « valeurs communes » :

« 4XDQG RQ VRUW G¶XQH pFROH G¶LQJpQLHXUV O¶pFROH F¶HVW QRWUH SUHPLHU
UpVHDX&HVRQWGHVJHQVTXHO¶RQDUHQFRQWUpVGDQVQRWUHSURPRHWSXLV
F¶HVWWRXV FHX[TXLRQWOHPrPHGLSO{PH«OHIDLWG¶DYRLU suivi le même
enseignement, ça fait que nous avons des valeurs communes, moi je suis
GDQV XQH pFROH j O¶KLVWRLUH WUqV FDWKROLTXH GRQF WUqV RULHQWpH YDOHXUV
1
P. Bourdieu et L. Boltanski (1975), art. cit.
2
L. Tanguy (1986), op. cit.

141
KXPDLQHV« >«@ 3RXU rWUH PHPEUH GH O¶DVVRFLDWLRQ LO VXIILW G¶rWUH
GLSO{PpG¶XQ,67HWGHFRWLVHUFKDTXHDQQpH>«@&HTXHQRXVIDLVRQV
F¶HVWSRXUWRXVOHVLQJpQLHXUV,67FHVRQWHX[TXHO¶RQUHSUpVHQWHTX¶LOV
cotisent ou non, quand on envoie la liste des diplômés au CNISF, on
Q¶HQYRLH SDV TXH OHV DGKpUHQWV  /¶DQQXDLUH HVW DFFHVVLEOH j WRXV OHV
ingéQLHXUV ,67 JUDWXLWHPHQW /¶DVVRFLDWLRQ HVW OpJLWLPH SDU VHV DFWLRQV
GH UHSUpVHQWDWLRQ HW oD F¶HVW G¶DERUG O¶DQQXDLUH O¶DQQXDLUH F¶HVW OD
SDUWLHpPHUJpHGHO¶LFHEHUJ«QRXVRQQ¶HVWSDVOjSRXUGLUH³VLYRXVQH
SD\H]SDVYRXVQ¶DYH]ULHQ´FHQ¶HVWSDVOHEXW«DSUqVMHQHVDLVSDVVL
ça se fait dans les autres associations. » (Sylvain Portal, A2IST)

/HVLQJpQLHXUV(16($RQWDFFqVjO¶DQQXDLUHGHVGLSO{PpVjFRQGLWLRQG¶DGKpUHU
jO¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVpOqYHV7RXVOHVGLSO{PpV\VRQWLQVFULWVPDLV seuls les
DGKpUHQWVjMRXUGHFRWLVDWLRQUHoRLYHQWO¶DQQXDLUHPDQXVFULWTXLHVWDVVH]GpWDLOOp
Tout non-adhérent peut cependant chercher, en ligne, un diplômé quelconque en
entrant son nom, son prénom et son année de promotion. Il aura alors accès à
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

O¶Ddresse électronique personnelle du diplômé recherché. Le fait de ne pas cotiser


j O¶$, (16($ Q¶HVW GRQF SDV QRQ SOXV UpHOOHPHQW GLVFULPLQDQW SRXU O¶DFFHVVLRQ
aux coordonnées des « camarades ».
/¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVpOqYHVGHO¶pFROHVHYHXWUHSUpVHQWative de tous
les diplômés  O¶LQVFULSWLRQ GDQV O¶DQQXDLUH © identifie les siens »1 et ce sont eux
que le Président représente vis-à-vis de « O¶RUGUHSROLWLTXH »2 /HV VWDWXWV GHO¶$,
ENSEA opèrent aussi une distinction entre le « membre ordinaire » et le
« membre actif » OH VHFRQG VH GLIIpUHQFLDQW GX SUHPLHU SDU OH VHXO IDLW TX¶LO HVW
non seulement cotisant, mais à jour de cotisation3/HUqJOHPHQWLQWpULHXUGHO¶$,
(16($ SUpYRLW OHV WHUPHV G¶XQH pYHQWXHOOH UDGLDWLRQ GX « membre ordinaire »,
prononcée sur GpFLVLRQ GX &RQVHLO G¶$GPLQLVWUDWLRQ VL OH PHPEUH QH V¶HVW SDV
DFTXLWWp GX SDLHPHQW GH OD FRWLVDWLRQ DVVRFLDWLYH SHQGDQW« GHX[ H[HUFLFHV
consécutifs4 ! On comprend un peu mieux pourquoi, dans ces conditions, les taux
G¶DGKpVLRQGHVGHX[DVVRFLDWLRQVG¶DQFiens élèves enquêtées sont si faibles.

1
G. Ribeill (1986), art. cit.
2
B. Marin, « 4X¶HVW-ce que le patronat ? Enjeux théoriques et résultats empiriques », Sociologie du
travail, Vol. 30, n° 4 ± 1988, pp. 515-543.
3
Source 6WDWXWVGHO¶$,(16($$UWLFOH
4
Décision prise à la majorité absolue des administrateurs présents.

142
Le schéma de Mancur Olson1 V¶DSSOLTXHWUqVELHQDXFDVGHVDVVRFLDWLRQV
G¶DQFLHQV pOqYHV  O¶LPSOLFDWLRQ GH WRXV FRQVWLWXH OD PHLOOHXUH FKDQFH G¶XQH
cotation maximale du titre sur le marché des diplômes et du travail, mais ceux qui
QHV¶LQYHVWLVVHQWSDVSURILWHQWGHO¶DFWLRQGHVEpQpYROHVGDQVXQHSURSRUWLRQpJDOH
Et, si les enquêtés regrettent, ou même fustigent, le faible investissement associatif
GHVGLSO{PpVF¶HVWSUpFLVpPHQWSDUFHTX¶LOVSHQVHQWDYRLUFRPSULV que la valeur
GHOHXUGLSO{PHTXHO¶DFFHQWVRLWPLVVXUO¶DVSHFWpFRQRPLTXHRXV\PEROLTXHHVW
GpWHUPLQpH SDU OH GHJUp G¶LPSOLFDWLRQ DVVRFLDWLYH GHV DQFLHQV &HWWH LPSOLFDWLRQ
peut prendre des formes variées, qui cependant exigent toujours, in fine, de
« SDUOHUGHO¶pFROHHQELHQSDUWRXWDXWRXU>GHVRL@ » (Simon Richet, AI ENSEA)
et de « IDLUH UHPRQWHU j O¶DVVRFLDWLRQ WRXW FH TXH O¶RQ VDLWª (Sylvain Portal,
$,67  'X SRLQW GH YXH GH O¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV pOqYHV OH QRPEUH HVW OD
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

variable-clé de la UHFRQQDLVVDQFHGHO¶pFROHHWGHVHVIRUPDWLRQVGDQVOHFKDPSGHV
HQWUHSULVHV'XIDLWTX¶DXFXQHUHODWLRQREMHFWLYHQHOLHOH© titre » et le « poste », il
UHVWH HQ HIIHW XQ HVSDFH j RFFXSHU GDQV OHTXHO LO HVW SRVVLEOH G¶LQIOpFKLU SDU
O¶RUJDQLVDWLRQGHO¶HQWUDLGHPXWXHOOHOHUDSSRUWHQWUHOHGLSO{PHHWOHVSODFHVGHV
diplômés sur le marché du travail :

« $XMRXUG¶KXLRQQRWHXQHGLPLQXWLRQGHODFRPEDWLYLWpGHVGLSO{PpVHW
XQHEDQDOLVDWLRQGXIDLWG¶DSSDUWHQLUjXQHeFROH&HW³HVSULWeFROH´ est
pourtant XQH GHV IRUFHV G¶XQH *UDQGH eFROH ,O QH IDXW SDV RXEOLHU OH
QRPEUH FURLVVDQW G¶pWDEOLVVHPHQWV GDQV QRWUH GRPDLQH HW OD
prédominance de certaines écoles dans les entreprises ou les
administrations. Ces concurrents ne nous ont jamais fait de cadeaux
pour nous positionner ! La cohésion des diplômés reste indispensable
DILQG¶DSSX\HUOHVHIIRUWVGHO¶(16($HWGHO¶$,(16($ »2

&¶HVW FHWWH « GLPLQXWLRQ GH O¶HVSULW eFROH » que tous les bénévoles enquêtés, en
O¶RFFXUUHQFH6\OYDLQ3RUWDO)UDQoRLV&RVTXHW $,67 , Thomas Mottet et Simon
5LFKHW $, (16($  HQWHQGHQW UpVRUEHU HQ HQFOHQFKDQW FH TX¶LOV DSSHOOHQW « le
cercle vertueux » du nombre et du prestige :

« /¶DVVRFLDWLRQ HVW Oj SRXU FRQWULEXHU j OD QRWRULpWp GX GLSO{PH SOXV
H[DFWHPHQWGHO¶pFROH SDUFHTX¶LOSeut y avoir plusieurs diplômes dans
O¶pFROH HW O¶DVVRFLDWLRQ GpIHQG WRXV OHV GLSO{PpV GH O¶pFROH  HOOH
FRQWULEXH DX ³ELHQ-rWUH´ j O¶HPSORL GH VHV PHPEUHV HQILQ GH VHV
LQJpQLHXUV 3OXV O¶DVVRFLDWLRQ HVW IRUWH HW SOXV O¶pFROH HVW FRQQXH HW
1
M. Olson (1965), /DORJLTXHGHO¶DFWLRQFROOHFWLYH, Paris, PUF, 1978.
2
Patrick Haudart, co-IRQGDWHXUGHO¶$,(16($6RXUFH : /DOHWWUHGHO¶$,(16($ n°14, novembre
2002.

143
mieux ses ingénieurs sont recrutés dans les entreprises, à de bonnes
conditions, de bons postes, avec de bons salaires et des perspectives
G¶pYROXWLRQ GH FDUULqUH« RU oD oD QH SHXW TX¶DWWLUHU OHV pWXGLDQWV HW
SOXVLO\DG¶pWXGLDQWVTXLYHXOHQW\HQWUHUHWSOXVOHQLYeau de sélection
augmente. Du coup, on produit de meilleurs ingénieurs, qui accèderont à
GHV SRVWHV HQFRUH PHLOOHXUV F¶HVW XQ FHUFOH YHUWXHX[ j HQJDJHU »
(Thomas Mottet, AI ENSEA)

« 1RWUH EXW F¶HVW TXH WRXV OHV GLSO{PpV DGKqUHQW j O¶DVVRFLDWLRQ RX HQ
tRXW FDV OH SOXV SRVVLEOH &¶HVW XQH DFWLRQ j HQJDJHU OD ³URXH GH
'HPLQJ´ F¶HVW OD URXH G¶DPpOLRUDWLRQ : plus on a de cotisants et plus
O¶DVVRFLDWLRQ DXUD GH PR\HQV HW GRQF SOXV HOOH VHUD HIILFDFH GDQV VRQ
action. Et plus elle est efficace et plus les ingpQLHXUV,67DXURQWHQYLHG¶\
DGKpUHUHWLO\DXUDHQFRUHSOXVGHFRWLVDQWV«F¶HVWXQFHUFOHYHUWXHX[ :
VLOHVGLSO{PpVDGKqUHQWO¶DVVRFLDWLRQHVWHIILFDFHHWVLHOOHHVWHIILFDFH
OHVGLSO{PpVDGKqUHQW«HWVLHOOHHVWHIILFDFHGDQVVHVDFWLRQVDXILQDOoa
YHXW GLUH TXH OHV ,67 VHURQW PLHX[ FRQQXV GHV HQWUHSULVHV TX¶LO \ DXUD
GRQFSOXVG¶pWXGLDQWVTXLVHURQWDXWDQWG¶DGKpUHQWVSRWHQWLHOVHWDLQVLGH
suite. » (Sylvain Portal, A2IST)
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Au-delà des questions touchant au financement des actions associatives,


O¶DGKpVLRQ GX SOXV JUDQG QRPEUH HVW GRQF VXSSRVpH QpFHVVDLUH HQ FH TXH OD
cotation économique du diplôme dépend de la « cohésion des diplômés » (Patrick
Haudart, co-IRQGDWHXU GH O¶$, (16($  GH « OD IRUFH GX UpVHDX G¶DQFLHQV »
(François Cosquet, PrésidenWGHO¶$,67 (VSULWGHFRUSVHQPDWLqUHGXTXHO$UWV
HW0pWLHUVGHPHXUHO¶H[HPSOHjVXLYUH :

« Fédérer les étudiants et les diplômés pour constituer un réseau et faire


UHFRQQDvWUH O¶pFROH GDQV OH PLOLHX LQGXVWULHO F¶HVW PD PLVVLRQ GH
3UpVLGHQWG¶DVVRFLDWLRQ/DYDOHXUGXGLSO{PHM¶LQVLVWHF¶HVWODIRUFHGH
VRQ UpVHDX G¶DQFLHQV« HW QRXV QRWUH UpVHDX HVW SHWLW QRWUH pFROH HVW
jeune. Je le vois bien dans mon entreprise que, par exemple, il y a des
plans de carrière pour les ingénieurs Arts et Métiers, mais pas pour les
ingénieurs IST. » (François Cosquet, A2IST)

¬ ELHQ GHV pJDUGV O¶eFROH GHV $UWV HW 0pWLHUV IRXUQLW ELHQ O¶H[HPSOH OH SOXV
DFFRPSOLG¶XQHFRPSHQVDWLRQG¶XQSUHVWLJHWRXWUHODWLIGHO¶HQVHLJQHPHQWSURSRVp
SDUXQUpVHDXG¶DQFLHQVDVVH]SXLVVDQt pour au moins être en mesure de constituer
ce que Thomas Mottet (AI ENSEA) et Didier Assert (Délégué Général du CNISF)
dénoncent comme « mafias »1 :

« 0RL MH VXLV FRQYDLQFX GH O¶XWLOLWp G¶XQH DVVRFLDWLRQ«MH Q¶DLPH SDV
O¶DVSHFW ³ PDILD´« -H P¶H[SOLTXH : je suis par exemple à un poste de
'LUHFWLRQG¶XQHHQWUHSULVHHWVLM¶DLjUHFUXWHUMHYDLVSUHQGUHIRUFpPHQW

1
/HVHQTXrWpVQ¶pYRTXDQWpYLGHPPHQWDXFXQHpFROHHQSDUWLFXOLHU

144
TXHOTX¶XQGHPRQeFROH«oDMHVXLVFRQWUHF¶HVWO¶DVSHFW³PDILD´3DU
contre, je suis dans une entreprise à un poste important ou, même, pas
imSRUWDQW M¶HVVDLH GH IDLUH FRQQDvWUH PRQ eFROH SDUFH TXH oD PH VHUW
DXVVL SRXU PRL 6¶LO \ D XQ SRVWH j SRXUYRLU Oj R MH WUDYDLOOH MH YDLV
GRQQHU O¶LQIR j PRQ DVVRFLDWLRQ G¶DQFLHQV pOqYHV VDFKDQW TX¶DX ILQDO
FHOXL TXL VHUD SULV VHUD OH SOXV FRPSpWHQW &¶est la compétence qui doit
SULPHU«DSUqVjFRPSpWHQFHpJDOHoDVHUDFHOXLGHPRQeFROH&HTXH
M¶DSSHOOHOD³PDILD´F¶HVWOHIDLWGHSUHQGUHFHOXLGHO¶eFROHPrPHV¶LOHVW
OHPRLQVFRPSpWHQWGHVFDQGLGDWVSRXUOHSRVWH«MXVWHSDUFHTX¶LOHVWGH
O¶eFROHª (Thomas Mottet, AI ENSEA)

« 0RL MH QH VXLV SDV PHPEUH GH O¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV O¶DVSHFW
EL]XWDJH DXVVL oD P¶DYDLW UHEXWp« PDLV ERQ oD UHVWH XQ UpVHDX GH
SHUVRQQHV TXL VRQW VROLGDLUHV QRWDPPHQW SRXU V¶DVVXUHU GHV SDUFRXUV
professionnels de qualitéLOVYRQWW¶DLGHUjWURXYHUGXERXORWHWPRLM¶DL
EHDXGLUHTXHMHQ¶DLPHSDVO¶HVSULW*DG]DUWVM¶DLEHDXQHSDVFRWLVHUj
OHXU DVVRFLDWLRQ oD Q¶HPSrFKH TX¶DX PRPHQW GH PHV HQWUHWLHQV PRQ
FKHIHVW*DG]DUWVOHFKHIGHPRQFKHIHVW*DG]DUWVHWV¶LOVP¶RQWSULVFH
Q¶HVWSHXW-être pas pour rien. » (Samuel Gibert, 27 ans, ingénieur Arts et
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0pWLHUV 3UpVLGHQW G¶,QJpQLHXUV 6DQV )URQWLqUHV HW DGKpUHQW GX 6(&,)-


CFDT1)

« $X[ GHX[ H[WUrPHV V¶RSSRVHQW GHV pFROHV GH IRUPDWLRQ WHFKQLTXH DSSOLTXpH
recrutant en milieu modeste ± tels les Arts et Métiers ± et des écoles de formations
scientifique théorique, recrutant dans les milieux plus favorisés ± dont
3RO\WHFKQLTXH HVW O¶H[HPSOH OH SOXV DFKHYp » écrit Georges Ribeill2. Arts et
Métiers fut créé sous le 1er Empire pour la formation des contremaîtres3, mais ne
GHYLQWeFROHG¶,QJpQLHXUV TX¶HQ GpFUHW GX RFWREUH HW eFROH1DWLRQDOH
6XSpULHXUHHQ/D6RFLpWpGHV$QFLHQVGHO¶eFROH1DWLRQDOH6XSpULHXUHGHV
Arts et Métiers (SAE ENSAM), constituée en 1846 HWUHFRQQXHG¶XWLOLWpSXEOLTXH
HQIXWODSUHPLqUHDVVRFLDWLRQG¶DQFLHQVpOqYHVjYRLUOHMRXUHQ)UDQFH4. Elle
UHYHQGLTXHDXMRXUG¶KXLSUqVGH VRFLpWDLUHVHWXQWDX[G¶DGKpVLRQGHSOXVGH
80 %5&HWWHDVVRFLDWLRQVHUDLWODSOXVLPSRUWDQWHG¶(XURSHHQWHUPHVG¶HIIHFWLIV

1
Syndicat Énergie-Chimie Île-de-France CFDT.
2
G. Ribeill (1986), art. cit.
3
M. Descostes et J. L. Robert (1984), « Un groupe social ambigu », op. cit. ; P. Lefebvre (2003),
op. cit.
4
(Q GpSLW GH OD /RL /H &KDSHOLHU   TXL ELHQ TX¶DWWpQXpH GqV  SURKLEDLW HQFRUH WRXWH
forme de coalition.
5
Source : site Internet de la SAE ENSAM.

145
PDLVDXVVLO¶XQHGHVSOXVULFKHVGH)UDQFH1. On comprend donc bien pourquoi la
Société des Arts et Métiers constitue la référence la plus citée du Recueil des
bonnes pratiques pour recruter et fidéliser du CNISF2. Recueil auquel, de fait, la
SROLWLTXH GH GpYHORSSHPHQW GH O¶DGKpVLRQ GHV pOqYHV LQJpQLHXUV GH O¶$,67 HW
VXUWRXWGHO¶$,(16($HPSUXQWHMXVWHPHQWGHQRPEUHX[WUDLWV3.

2.2) 5LWHVG¶LQWpJUDWLRQHWDGKpVLRQDXWRPDWLTXHDXVRUWLUGHO¶pFROH

Les places des diplômés et le « prix » de leurs compétences techniques


sur le marché du travail dépendent de la capacité des étudiants et des anciens de
O¶pFROHjIDLUHFRUSV /¶HVSULWGHFRUSVH[LJHTXHO¶DVVRFLDWLRQHIIHFWXHXQWUDYDLO
« en amont » (François Cosquet, A2IST) auprès des étudiants, témoigne « son
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attachement aux élèves » (Simon Richet, AI ENSEA). Deux moyens sont


principalement utilisés pour favoriser « la force du réseau » des diplômés des IST
HWGHO¶(16($ )UDQoRLV&RVTXHW$,67 /HSUHPLHUGHFHVOHYLHUVWRXFKHj un
HQVHPEOHGHSUDWLTXHVYLVDQWjUHQGUHQDWXUHOOHO¶DGKpVLRQGXGLSO{Pp/H&1,6)
UHFRPPDQGHVXUFHSRLQWG¶DEDLVVHUVLJQLILFDWLYHPHQWOHWDULIGHODFRWLVDWLRQGHV
plus jeunes promotions.
&HSUpFHSWHGX&1,6)HVWSRXVVpDVVH]ORLQjO¶$,67HWjO¶$,ENSEA.
6WDWXWDLUHPHQW O¶DGKpVLRQ GHV GLSO{PpV GH OD GHUQLqUH SURPRWLRQ HQ GDWH \ HVW
automatique : les administrateurs des deux associations investiguées ont mis en
place un système dans lequel le diplômé adhère, à titre gratuit, dès le diplôme en
poche et presque à son insu : la cotisation lui est offerte pour une durée
GpWHUPLQpH 7RXW GLSO{Pp G¶XQ ,67 HVW XQ DGKpUHQW GH O¶$,67 MXVTX¶j FH TXH
sorte la promotion suivante, promotion dont les membres seront, à leur tour,
comptabilisés comme adhérents. AucuQHSURFpGXUHQ¶HVWG¶DLOOHXUVSUpYXHSRXUOH

1
La SociétpHVWSURSULpWDLUHG¶LPPHXEOHVGRQWXQ+{WHOSDUWLFXOLHUGDQVOH;9, è arrondissement
parisien (la maison des Arts et Métiers) acquis dans les années 1920, mais aussi de terrains et
forêts (Source : Statuts de la SAE ENSAM, consultables sur le site InterneWGHO¶DVVRFLDWLRQ 
2
Un membre de la SAE ENSAM faisait aussi partie du groupe de travail Recruter et fidéliser.
3
On ignore si les prescriptions du CNISF influencèrent leurs pratiques de développement, ou bien
si leurs « expériences » contribuèrent à la rédaction du Recueil, laquelle, en effet, reposait sur la
participation « G¶XQ QRPEUH VDQV GRXWH WURS IDLEOH G¶DVVRFLDWLRQV » (Source : « Introduction »,
5HFXHLOGHVERQQHVSUDWLTXHVjO¶XVDJHGHVDVVRFLDWLRQVSRXUUHFUXWHUHWILGpOLVHU. Document du
CNISF, 2000).

146
cas où le diplômé, pour une raison quelconque, manifesterait son refus de se voir
comptabilisé parmi les membres du « réseau »1 ¬ O¶$, (16($ O¶DGKpVLRQ GHV
diplômés de la dernière promotion en date « est automatique et ne nécessite pas
G¶DFTXLWWHU XQH FRWLVDWLRQ SRXU O¶DQQpH HQ FRXUV »2. Le diplôme étant obtenu en
MXLQ O¶DGKpVLRQ HVW JUDWXLWH MXVTX¶j OD ILQ GH O¶DQQpH FLYLOH 0DLV SRXU O¶DQQpH
VXLYDQWH OD FRWLVDWLRQ HVW HQFRUH j PRLWLp SUL[ GH VRUWH TXH O¶DGKpVLRQ G¶XQ
diplômé lui coûte une demi-FRWLVDWLRQSRXUXQDQHWGHPLG¶DGKpVLRQHIIHFWLYH
3DU DLOOHXUV O¶RUJDQLVDWLRQ SDU FHV GHX[ DVVRFLDWLRQV GH PDQLIHVWDWLRQV
récréatives impliquant les étudiants volontaires a pour vertu première de
SRSXODULVHU O¶H[LVWHQFH GH O¶DVVRFLDWLRQ DXSUqV GH O¶HQVHPEOH GX FRUSV pWXGLDQW3.
/D SUpVHQFH GH O¶DVVRFLDWLRQ GDQV O¶HQFHLQWH GH O¶pFROH HVW GRQF WRXW DXVVL
primordiale  OD FRQWLJXwWp GH O¶DVVRFLDWLRQ DYHF OHV pOqYHV LQJpQLHXUV HW OD
multiplication concomitante des « rencontres informelles »4 entre étudiants et
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responsables associatifs sont tenus pour éléments décisifs de leur adhésion future.
/¶REMHFWLI GH O¶DGKpVLRQ DXWRPDWLTXH j OD VRUWLH GH O¶pFROH HW GHV PDQLIHVWDWLRQV
impliquant chaque promotion est bien de renforcer les dimensions éventuellement
« traditionnelle » et « affectives »5 GH O¶LPSOLFDWLRQ 7RXW GRLW rWUH PLV HQ °XYUH
SRXU TX¶DGKpUHU DLOOH GH VRL UHOqYH GH O¶pYLGHQFH PrPH &¶HVW Oj O¶XQH GHV
recommandations explicites du CNISF, que les deux associations enquêtées
PHWWHQWHQ°XYUHFKDFXQHjOHXUPDQLqUHVHORQOHFRQWH[WHTXLHVWOHOHXU :

« 2Q RUJDQLVH RX RQ SDUWLFLSH j WRXW XQ WDV G¶pYqQHPHQWV IHVWLIV GHV
soirées, des repas de promos des rencontres étudiants / diplômés etc.

1
&HW pOpPHQW HVW LPSRUWDQW 8Q HQTXrWp HQ FKDUJH GX GpYHORSSHPHQW GH O¶DGKpVLRQ G¶XQH
DVVRFLDWLRQG¶DQFLHQVpOqYHVDpYRTXpDXFRXUVGHO¶HQWUHWLHQOHV\VWqPHGHV« adhésions forcées »
qui aurait cours dans certaines associations, précisément les plus puissantes : une fois diplômé,
O¶DQFLHQpOqYHVHUDLWXQDGKpUHQW« forcé », au sens où la cotisation, offerte, serait en fait financée
DXPR\HQG¶XQSUpOqYHPHQWHQDPRQWVXUOHVIUDLVG¶LQVFULSWLRQ2UF¶HVWLOOpJDO/¶$UWLFOHGH
la DéclaraWLRQ8QLYHUVHOOHGHV'URLWVGHO¶+RPPHSUpFLVHPrPHTXH© nul ne peut être obligé de
IDLUHSDUWLHG¶XQHDVVRFLDWLRQ ».
2
Source 5qJOHPHQW,QWpULHXUGHO¶$,(16($$UWLFOHer.
3
Les exemples sont multiples et variés : outre les « soirées » et autres « galas », organisés
FRQMRLQWHPHQWDYHFOH%XUHDXGHV(WXGLDQWV %'( O¶$,67SDUWLFLSHpJDOHPHQWGHPDQLIHVWDWLRQV
telles que le « 4L Trophy », sorte de Paris Dakar étudiant à vocation humanitaire (convoi de
médicaments et de fournitures scolaires en Afrique) : « notre périple de plus de 6 000 Km nous
DSSRUWHUD XQH SURIXVLRQ GH VRXYHQLUV HW G¶H[SpULHQFHV HQULFKLVVDQWHV j SDUWDJHU » (Sources :
(QWUHS¶,67 n°13, janvier 2005 ; Compte-UHQGXGHODUpXQLRQGX%XUHDXGHO¶$,67IpYULHU 
4
Source : Recueil, « Relations avec les élèves ingénieurs ».
5
M. Weber (1922), Économie et sociétés, Paris, Plon, 1995.

147
F¶HVW XQH IDoRQ G¶LQVWDXUHU XQH VRUWH GH FRQWLQXLWp HQWUH O¶pFROH HW
O¶DVVRFLDWLRQ oD GRLW rWUH XQH FKRVH QRUPDOH G¶DGKpUHU TXDQG RQ HVW
GLSO{Pp« F¶HVW DXVVL SRXU oD TXH F¶HVW LPSRUWDQW G¶DYRLU QRV ORFDX[
GDQV O¶pFROH oD QH IDLW SDV ORQJWHPSV DYDQW RQ pWDLW j &OLFK\ >«@
4XDQG M¶pWDLV pWXGLDQW RQ QH YR\DLW MDPDLV O¶DVVRFLDWLRQ RQ QH VDYDLW
SDVWURSFHTXHoDUHSUpVHQWDLWQLYUDLPHQWjTXRLoDVHUYDLW«>«@PDLV
PrPH VL MH VXLV DX &RQVHLO G¶$GPLQLVWUDWLRQ GH O¶pFROH HQ WDQW TXH
SUpVLGHQW GH O¶$, (16($ O¶DVVRFLDWLRQ Q¶HVW SDV DVVez partie prenante
GDQVODYLHGHO¶pFROH » (Simon Richet, AI ENSEA)

« Les IST sont aux quatre coins de la France donc on a du mal à être
SUqVG¶HX[PrPHVLO¶RQHVVDLHGHPHWWUHHQSODFHGHVSHUPDQHQFHVGDQV
chaque école, ça fait partie du travail en amRQW LO IDXW TX¶LOV QRXV
FRQQDLVVHQW VL O¶RQ YHXW TX¶LOV DGKqUHQW HQVXLWH oD F¶HVW V€U 8Q DXWUH
SUREOqPH TXH O¶RQ D PDLV TXL HVW DXVVL XQ DYDQWDJH SDUDGR[DOHPHQW
F¶HVW TXH OHV LQJpQLHXUV RQW XQ SLHG GDQV O¶HQWUHSULVH HW XQ SLHG GDQV
O¶pFROHHWTXDQGLOVVRQWGDQVO¶HQWUHSULVHF¶HVWHQFRUHSOXVGXUG¶rWUHHQ
rapport avec eux  0DLV HQ PrPH WHPSV OH IDLW TX¶LOV WUDYDLOOHQW GDQV
O¶HQWUHSULVH IDLW DXVVL TX¶LOV DSSUHQQHQW O¶LPSRUWDQFH GX UpVHDX
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professionnel. » (François Cosquet, A2IST)

Le second moyen GH OD SROLWLTXH GH GpYHORSSHPHQW GH O¶DGKpVLRQ HVW
FHOXL HQ IDLW WRXW DXVVL FODVVLTXH TXH OH SUpFpGHQW GX ULWXHO G¶LQWpJUDWLRQ /HV
GRQQpHVVRQWWURSLPSUpFLVHVSRXUpYRTXHULFLOHVULWHVDX[TXHOVSDUWLFLSHO¶$,67
/HXU H[LVWHQFH Q¶HVW G¶DLOOHXUV SDV Pême certaine. En revanche, les éléments
IDFWXHOV j GLVSRVLWLRQ VRQW ELHQ SOXV QRPEUHX[ SRXU O¶$, (16($ /j HQFRUH
O¶DVVRFLDWLRQVDWLVIDLWSDUIDLWHPHQWOHVUHFRPPDQGDWLRQVGX&1,6)HQPDWLqUHGH
recrutement et de fidélisation.
&KDTXH SURPRWLRQ G¶pWXGLDQWV HQWUDQW j O¶(16($ HVW DLQVL O¶REMHW G¶XQ
« baptême » et de son corollaire, le « parrainage ». Les caractéristiques des
« parrains » varient dans le temps, selon les orientations arrêtées par les différents
&RQVHLOV G¶$GPLQLVWUDWLRQ GH O¶DVVRFLDWLRQ ,O SHXW V¶DJLU G¶XQ DQFLHQ GH O¶pFROH
dont la carrière professionnelle est un modèle de réussite, auquel les étudiants
GRLYHQW V¶LGHQWLILHU /HV SRUWUDLWV XQ EULQ KDJLRJUDSKLTXHV GH FHV DQFLHQV DX
parcours idéal traversent toutes les /HWWUHVGHO¶$,(16($. &¶HVWjO¶LQVWLJDWLRQGH
7KRPDV 0RWWHW 6HFUpWDLUH GH O¶$, (16($ pJDOHPHQW WLWXODLUH RQ O¶D GLW G¶XQ
DESS en Communication1, que ces Lettres sont devenues un véritable organe de
propagande, ici entendue au sens littéral de propagation, de célébration, en
O¶RFFXUUHQFHGXPpULWHGHV GLSO{PpV&HV DQFLHQV VRQWODYLWULQHGHO¶pFROHHW GH
1
Voir infra Chapitre IV ± 1.3.

148
O¶DVVRFLDWLRQSDUWLFLSHQWjODQRWRULpWp du diplôme : la diffusion des étapes de leur
WUDMHFWRLUH SURIHVVLRQQHOOH YDORULVH OH WLWUH G¶LQJpQLHXU (16($ PrPH VL FH
parcours rHYrWVRXYHQWXQFDUDFWqUHH[FHSWLRQQHO0DLVFHW\SHG¶DQFLHQIRUPHXQH
population plutôt réduite, si bien que le « parrain » peut être une « personnalité du
monde industriel » 6LPRQ5LFKHW D\DQWIDLWVHVpWXGHVDLOOHXUVTX¶jO¶pFROH :

« Le parrain idéal F¶HVW XQ GLULJHDQW TXL HVW SDVVp SDU O¶pFROH &¶pWDLW
SDU H[HPSOH - 0DQVFRXUW XQ DQFLHQ GH O¶pFROH GHYHQX 3'* GH 1HF
Electronics France qui a parrainé la promo. de 1997 je crois. Mais, à
mon époque, ça pouvait être une marraine du show-biz, on a eu une
ancienne speakerine, Catherine Langeais, Barbara et Juliette Greco
DXVVL«DSUqVRQDHVVD\pGHUHQGUHoDSOXVVROHQQHODYHFGHVSDUUDLQV
SOXV ³VpULHX[´ LO \ D HX <YRQ *DWWD] DQFLHQ 3UpVLGHQW GX &13) OH
3'* GH %XOO DXVVL F¶pWDLW DYDQW TXH %XOO VH FDVse la figure !), la
'LUHFWULFHG¶2UDQJHSOXVUpFHPPHQWHW-HDQ:HLVVTXLGLULJHXQJURXSH
GHSUHVVHO¶DQQpHGHUQLqUH0RQSUpGpFHVVHXUV¶pWDLWDSSOLTXpjWURXYHU
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

une année sur deux, un parrain issu du monde industriel en général et un


ancien. Le filon SHXW V¶pSXLVHU DVVH] YLWH LO Q¶\ DYDLW SDV GH JURVVHV
promos pendant longtemps, donc pour peupler le monde industriel à ce
rythme-Oj F¶pWDLW XQ SHX FRPSOLTXp >«@ 0RL PD SROLWLTXH F¶HVW GH
SUHQGUHTXHOTX¶XQG¶H[WpULHXUjO¶pFROHFDUSOXVLO\DXUDGHpersonnes
SRXUODFRQQDvWUHHWSOXVRQVHUDFRQQXGDQVOHPRQGHLQGXVWULHOHWF¶HVW
MXVWHPHQWFHTXHO¶RQUHFKHUFKH » (Simon Richet, AI ENSEA)

À partir de 1994, le cérémonial du « baptême » TXL PDUTXH O¶HQWUpH j


O¶(16($HVWHQULFKLGDQVXQVHQVSOXVsolennel. La promotion de 1997 a étrenné
XQHIRUPHGHULWXHOG¶LQWpJUDWLRQpWRIIpHG¶XQHUHPLVHGX« bâton de marche », sur
lequel le nom du « parrain » est inscrit et qui symbolise son soutien aux diplômés
de « sa » promotion. En 1994, est aussi instaurée la parade de « remise des
diplômes », à laquelle procède le « parrain » HWjO¶LVVXHGHODTXHOOHOHGLSO{PpQH
rend pas le « bâton », mais, « justement », le garde :

« On donne comme symbole un bâton de marche, une canne en bois qui


symbolise le fait que le parrain sera aux côtés des étudiants pendant leur
scolarité et même après. Il pourra par exemple les aider à trouver un
VWDJH RX XQ SUHPLHU SRVWH« [Le diplômé rend le bâton ?] Ah non,
justement ,OOHFRQVHUYHoDYHXWGLUHTXHO¶DVVRFLDWLRQVHUDWRXMours là,
O¶pFROHFHQ¶HVWSDV XQHIRLVTXHMHVXLVGLSO{PpMHQ¶DLSOXVULHQjYRLU
DYHF HOOH QRQ 8QH pFROH F¶HVW SRXU OD YLH (rires) ! Mais le baptême,
F¶HVW QRXV /¶pFROH RQ QH IDLW TXH OHV LQYLWHU &¶HVW O¶DVVRFLDWLRQ TXL
montre son attachement aux élèves. » (Simon Richet, AI ENSEA)

149
3RXU OHV EpQpYROHV GHV DVVRFLDWLRQV G¶LQJpQLHXUV GLSO{PpV LQYHVWLJXpHV
OD VHQVLELOLVDWLRQ GHV pWXGLDQWV j O¶LPSRUWDQFH GX « réseau » des camarades est
indispensable. La « cohésion des diplômés » (Patrick Haudart, AI ENSEA) est, en
HIIHWOHVHXOLQVWUXPHQWGHO¶RSWLPLVDWLRQGHODYDOHXUGXWLWUHGDQVOHFKDPSGHV
entreprises. Les associations tentent de profiter du décalage qui existe entre le
PDUFKpGHO¶HPSORL et une échelle du prestige symbolique des écoles qui demeure
informelle. Les formations proposées par les IST, centrées sur la pratique et le
commandement industriels, offrent du reste des débouchés plus importants que des
formations a priori plus « nobles ». Elles correspondent plus directement au cahier
des FKDUJHVGHVLQGXVWULHOVjO¶pJDUGGHVFRQWHQXVHWGHVIRUPHVGHO¶HQVHLJQHPHQW
scientifique et technique. Mais le problème auquel les ingénieurs diplômés des
,67IRQWIDFHTXLOpJLWLPHO¶HQWUDLGHHQWUHOHVFDPDUDGHVGHO¶pFROHHVWGHPrPH
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nature que celXLTXHUHQFRQWUHQWOHVLQJpQLHXUVGHO¶(16($ O¶DFFqVjO¶HPSORLVH


SDLHG¶XQHIDLEOHUHFRQQDLVVDQFHGHODYDOHXUGHODIRUPDWLRQUHoXHVHWUDGXLVDQW
SDU OH IDLW TX¶XQ FRQWLQJHQW QRQ QpJOLJHDEOH GH GLSO{PpV Q¶HVW SDV HPEDXFKp j
GHVSRVWHVG¶LQJpQLHXUV

2.3) /¶RUJDQLVDWLRQ GH O¶HQWUDLGH : annuaire, pôles emplois / carrière et


pFKDQJHVG¶H[SpULHQFHV

Les ingénieurs ENSEA connaissent moins le chômage que la moyenne


des ingénieurs diplômés, du moins selon les données des enquêtes du CNISF pour
les seuls répondants de cette école. En 2002, le taux de chômage des ingénieurs
ENSEA était inférieur (3,6 %) à celui des autres ingénieurs (4,1 %), mais aussi des
cadres (3,8 %)1. En 2005, et alors que 87 % des ingénieurs diplômés ont le statut
cadre dès le premieUHPSORLVHXOHPHQWGHVGLSO{PpVGHO¶(16($\RQWHX
DFFqVjODVRUWLHGHO¶pFROH2. La situation des ingénieurs IST est comparable et, en
PrPHWHPSVSOXVQHWWH3DUUDSSRUWjO¶LQJpQLHXU,67O¶LQJpQLHXU(16($HVWSOXV
souvent au chômage, mais, une fois en poste, il est aussi plus régulièrement affecté
GXWLWUHG¶LQJpQLHXU :

1
Source : /DOHWWUHGHO¶$,(16($ QƒMDQYLHU'¶DSUqVOD è enquête socio-économique
du CNISF. Rémunération des ingénieurs 2003.
2
Source : /DOHWWUHGHO¶$,(16($ QƒMDQYLHU'¶DSUqVOD è enquête socio-économique
du CNISF. Rémunération des ingénieurs 2005.

150
« )LQ  OH QRPEUH G¶LQJpQLHXUV (16($ HQ UHFKHUFKH G¶HPSORL
LQVFULWV j O¶DVVRFLDWLRQ UHVWH pOHYp DYHF TXDWUH-vingt-dix-sept membres.
/¶$, (16($ pWDLW j QRXYHDX SUpVHQWH HQ GpFembre 2004 lors du salon
des ingénieurs, un salon de recrutement, co-organisé par le CNISF et
O¶$3(& »1

Dans la /HWWUHGHO¶$,(16($ Qƒ MDQYLHU O¶pGLWRULDOGX3UpVLGHQW6LPRQ


Richet était déjà sans équivoque :

« /¶HXSKRULH>GHODEXOOH,QWHUQHW], qui permettait à nos jeunes diplômés


de trouver un emploi avant même la fin de leur stage, est maintenant
WHUPLQpHHWOHVGHX[GHUQLqUHVSURPRWLRQVGHO¶(16($OXWWHQWkSUHPHQW
pour trouver une place stable sur le marché du travail. »2

Les ingénieurs diplômés des IST en formation initiale ne connaissent pas


OH FK{PDJH RX SUHVTXH HW VRQW HQ UqJOH JpQpUDOH HPEDXFKpV SDU O¶HQWUHSULVH
VLJQDWDLUHGXFRQWUDWG¶DSSUHQWLVVDJH/¶LQJpQLHXU*HUPLQHW3, exemple typique de
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O¶© intellectuel organique »4 revenant, de manière cyclique, restaurer la légitimité


de son « rôle social »5, estime que, de nos jours, les éléments essentiels de la
SURIHVVLRQG¶LQJpQLHXUVRQWOHFKDULVPHHWODFRQQDLVVDQFHLQWLPHGHVHQMHX[GHOD
production industrielle. Les formations dispenVpHVGDQVOHV,67QHVRQWSDVRQO¶D
vu, « SpWULHVGHWKpRULHVHWG¶DEVWUDFWLRQVGHORLVHWGRJPHV » et, en principe, ces
formations « préparent » plutôt bien « les élèves aux nouvelles règles du jeu de la
société »6 &¶HVW ELHQ VHORQ FHWWH FUR\DQFH HQ O¶LQDGDSWDWLRQ GH O¶HQVHLJQHPHQW
« abstrait » aux exigences de la production industrielle que la création des Instituts
IXWODQFpH0DLVVLO¶RQVXSSRVHTX¶LOVRQW© intégré les pratiques qui permettent,
au-delà des savoirs, de savoir être »7, et en particulier de « savoir être » un chef,

1
Source 5DSSRUW0RUDOGHO¶$VVHPEOpH*pQpUDOHGHO¶$,(16($GXPDLSXEOLpGDQV
La letWUHGHO¶$,(16($ n°24, mars 2005.
2
Source : /DOHWWUHGHO¶$,(16($ n°19, janvier 2004.
3
R. Germinet (2004), op. cit.
4
G. Groux, Le syndicalisme des cadres en France, 1963- 8Q HQMHX SURGXFWHXU G¶HQMHX[
'RFWRUDWG¶eWDW7RPHLe temps des compromis, 1986.
5
G. Lamirand, (1932), /HU{OHVRFLDOGHO¶LQJpQLHXU, Paris, Plon, 1954.
6
R. Germinet (2004), op. cit.
7
Ibid.

151
ces ingénieurs sont en réalité si « proches du secteur industriel et du domaine de
la production »1 que certains sont cantonnés à des postes de techniciens :

« 1RXVVRPPHVFRQVFLHQWVTX¶XQQRPEUHLPSRUWDQWG¶LQJpQLHXUV,6T ont
de grandes difficultés pour trouver un emploi stable correspondant à leur
QLYHDXGHTXDOLILFDWLRQ/¶$,67SHXWDSSRUWHUVDIDLEOHFRQWULEXWLRQHQ
permettant à ceux qui sont dans cette situation de se rencontrer pour
pFKDQJHU OHXUV H[SpULHQFHV /¶DVVociation ne peut trouver un emploi
SRXUFKDFXQ>«@PDLVHOOHSHXWRUJDQLVHUGHVUHQFRQWUHVSRXUSHUPHWWUH
à chacun de trouver une idée ou un axe de recherche non exploré »2

/¶DYHX G¶LPSXLVVDQFH Q¶H[FOXW GRQF SDV XQH IRUPH G¶HQWUDLGH O¶RUJDQLVDWLRQ GH
rencontres ponctuelles entre diplômés au chômage ou sous-employés et diplômés
PLHX[ ORWLV /¶HVSDFH DVVRFLDWLI HVW XQ UHIXJH HW XQ © cadre de socialisation »3,
DVSHFWTXHO¶RQUHWURXYHDXVVLjO¶$,(16($ :

« /HVUpXQLRQVTXHO¶$,(16($RUJDQLVHSHUPHWWHQWDX[ LQJpQLHXUVG¶HQ
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VDYRLUSOXVVXUOHVSRVVLELOLWpVGH³coaching´GHSDUWDJHULQIRUPDWLRQV
HWH[SpULHQFHVGHUHQRXHUDYHFOHUpVHDXG¶DQFLHQVGHPRWLYHUOHVXQVHW
OHVDXWUHVGHGLVSRVHUG¶XQHDLGHjODUpGDFWLRQGH&9G¶rWUHpFRXWpV
etc. »4

/¶RUJDQLVDWLRQ GH O¶HQWUDLGH HQWUH GLSO{PpV SDVVH SDU OD PLVH HQ SODFH
G¶XQ S{OH « emploi / carrière » HW SOXV HQFRUH SDU O¶pGLWLRQ GH O¶DQQXDLUH TXL
IRUPDOLVHOHVIURQWLqUHVGHODFRPPXQDXWpGHVGLSO{PpV/¶DQQXDLUHHVWO¶pOpPHQW
OH SOXV YLVLEOH GH O¶DFWLYLWp GH O¶DVVRFLDWLRQ « OD SDUWLH pPHUJpH GH O¶LFHEHUJ »
6\OYDLQ 3RUWDO $,67  6RQ LPSRUWDQFH VH OLW G¶DLOOHXUV j O¶DXQH GH OD SDUW TXH
UHSUpVHQWH VRQ pGLWLRQ GDQV OHV GpSHQVHV GH O¶DVVRFLDWLRQ ¬ O¶$, (16($ FHWWH
SDUWV¶pOqYHjHQVRLWSUDWiquement autant que les dépenses engagées
SRXUO¶RUJDQLVDWLRQGHWRXWHVOHVPDQLIHVWDWLRQVGHO¶H[HUFLFHFRPSWDEOH  5.
/¶DQQXDLUH IDLW RIILFH G¶« outil professionnel » (Sylvain Portal, Simon Richet,
Thomas Mottet), autorisant tout diplômé en proie à quelque difficulté dans

1
Source : (QWUHS¶,67 n°13, janvier 2005.
2
Source : Compte-UHQGXGHODUpXQLRQGX%XUHDXGHO¶DVVRFLDWLRQIpYULHU'RFXment obtenu
VXUOHVLWH,QWHUQHWGHO¶$,67
3
G. Ribeill (1986), art. cit.
4
Source : 5DSLGHDSHUoXGHVDFWLRQVGHO¶$,(16($.
5
Source  5DSSRUW )LQDQFLHU GH O¶$VVHPEOpH *pQpUDOH GX  PDL SXEOLp GDQV La lettre de
O¶$,(16($ n°24, mars 2005.

152
O¶H[HUFLFHGHVRQWUDYDLOjVROOLFLWHUXQFDPDUDGHG¶pFROH± répertorié si tant est que
sa trace ait été retrouvée1. Il est, aussi, un moyen de promouvoir le diplôme auprès
des recruteurs (cabinets de recrutement et Directeurs des Ressources Humaines),
DX[TXHOVLOHVWGLIIXVp/HIDLWG¶\ILJXUHUDFFURvWGRQFOHVFKDQFHVGHYRLUVRQQRP
et son profil circuler dans les sphères où les recrutements se décident :

« /H EXW GH O¶DVVRFLDWLRQ F¶HVW DYDQW WRXW G¶HQWUHWHQLU XQ HVSULW GH
solidaULWpHWSRXUoDO¶DQQXDLUHF¶HVW FHTX¶LO\DGHSOXVLPSRUWDQWLO
IDXW TX¶LO VRLW VRLJQp HW DVVH] GpWDLOOp« F¶HVW OH OLHQ : je le feuillette, je
VDLVTXHWHOOHSHUVRQQHIDLWoDHW VL XQMRXUM¶DLXQSUREOqPHVXU oDHW
bien je pourrais lui demander et MHVDLVTX¶HOOHYDPHUpSRQGUHSXLVTX¶RQ
D IDLW O¶eFROH HQVHPEOH HW SXLVTXH VL PRL HOOH PH GHPDQGDLW MH OXL
UpSRQGUDLV'¶DLOOHXUVoDIDLVDLWVL[PRLVTXHM¶pWDLVVRUWLGHO¶eFROHTXH
GpMjXQGHPHVDQFLHQVFDPDUDGHVGHFODVVHP¶DFRQWDFWpHQPHGLVDQW :
³M¶DLYXTXHWXIDLVDLVWHOWUXFTXHWXWUDYDLOODLVVXUWHOORJLFLHOQRXVRQ
YLHQWGHO¶DFKHWHUTXDQGWXUHYLHQVj7RXORXVHHVW-ce que tu peux passer
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à ma boîte et présenter ce logiciel aux ouvriers et leur faire une petite


formation, leur montrer cH TX¶LO HVW SRVVLEOH GH IDLUH DYHF VHV
IRQFWLRQQDOLWpV HWF´  M¶DL GLW ³ pFRXWH LO Q¶\ DXFXQ SUREOqPH´ HW M¶DL
passé une journée dans sa boîte avec son personnel en leur montrant
quelles étaient les possibilités du logiciel. Voilà, et je suis content d¶DYRLU
pu lui rendre service. » (Sylvain Portal, A2IST)

« /¶DQQXDLUHF¶HVWODVRXUFHF¶HVWODSUHXYHWDQJLEOHGHQRWUHH[LVWHQFH
TXHO¶RQGLIIXVHHQLQWHUQHPDLVDXVVLHQH[WHUQHGHPDQLqUHjFHTX¶HQ
interne, on puisse continuer à garder le contact et éventuellement faire
GXEXVLQHVV«oDSHXWrWUHXQRXWLOGHWUDYDLOXQRXWLOGHFRPPXQLFDWLRQ
DYHF VHV DQFLHQV FRSDLQV GH SURPR SDUFH TX¶RQ D HQYLH GH JDUGHU OH
OLHQ«PDLVoDSHXWrWUHDXVVLXQRXWLOGHUHFUXWHPHQWSRXUOHV³FKDVVHXUV
GH WrWH´« ELHQ TXH maintenant le support papier ne soit pas toujours
SULYLOpJLpPDOJUpWRXWXQDQQXDLUHFRPPHoDSUHQGGHOD SODFHF¶HVW
DXVVL XQH YLWULQH«TXH O¶RQ SHXW PHWWUH GLUHFWHPHQW GDQV XQH ERvWH DX[
lettres ! » (Simon Richet, AI ENSEA)

/¶DQQXDLUHHVW QRQVHXOHPHQW XQPR\HQG¶DFFqV DX[PHPEUHV GX « réseau » des


GLSO{PpVPDLVHQFRUHXQFRGHG¶HQWUpH/¶DQFLHQpOqYHTXLIDLWpWDWGHVDTXDOLWp
de diplômé de la même école que le camarade sollicité (et qui mentionne le fait
que ses coordonnées ont été obtenues par le ELDLVGHO¶DQQXDLUH EpQpILFLHa priori
GH VRQ pFRXWH HW GH VD ELHQYHLOODQFH ,FL FH Q¶HVW SDV XQ DQFLHQ pOqYH G¶pFROH
G¶LQJpQLHXUVTXLRIIUHO¶DSHUoXOHSOXVFODLUGHFHWDVSHFWPDLVXQHDQFLHQQHpOqYH
de HEC (Chantal Cervat) :

1
Au sein de chacune des deux associations enquêtées, au moins deux membres du Bureau sont en
charge de cette tâche.

153
« Si je tombe au téléphoQHVXUTXHOTX¶XQTXLGLWrWUHXQDQFLHQGH+(&
MHYDLVGpMjrWUHSROLHDXWpOpSKRQHHWSUHQGUHO¶DSSHOFHTXHMHQ¶DXUDLV
SDV IRUFpPHQW IDLW DXWUHPHQW« OH IDLW G¶rWUH LGHQWLILp HQ WDQW TXH +(&
on vous écoute plus si vous en provenez, il y a une sorte de confiance a
priori. » (Chantal Cervat, 44 ans, anciens de HEC)

/¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV pOqYHV UHPSOLW HQILQ OD IRQFWLRQ LQIRUPHOOH


G¶RUJDQLVPHGHSODFHPHQW&¶HVWOHU{OHGX« service emploi »GRQWO¶RUJDQLVDWLRQ
et la gestion incombent à un ou plusiHXUVDGPLQLVWUDWHXUVGHO¶DVVRFLDWLRQTXHGH
« trouver du boulot » (Simon Richet, AI ENSEA) aux adhérents sans emploi ou en
TXrWHG¶XQHPHLOOHXUHVLWXDWLRQSURIHVVLRQQHOOH :

« 7RXW DGKpUHQW GH O¶$, (16($ SHXW EpQpILFLHU GX 6HUYLFH HPSORL HQ
V¶LQVFULYDQW DXSUqVGHO¶DVVRFLDWLRQ/H6HUYLFHHPSORLGLIIXVHGHVRIIUHV
GH SRVWHV HQ )UDQFH HW j O¶LQWHUQDWLRQDO SURYHQDQW G¶HQWUHSULVH HW GH
FDELQHWV GH UHFUXWHPHQW >«@ 2XWUH O¶$QQXDLUH GHV LQJpQLHXUV (16($
O¶$VVRFLDWLRQGLIIXVHDX[HQWUHSULVHVXQEXOOHWLQ³2IIUHGHFRPSpWHQFHV´
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(comprenant les mini-&9 G¶LQJpQLHXUV HQ UHFKHUFKH G¶HPSORL  /RUV


G¶XQH UHFKHUFKH XUJHQWH G¶XQH HQWUHSULVH RX G¶XQ FDELQHW GH
UHFUXWHPHQWO¶$,(16($DVVXUHpJDOHPHQWXQHPLVHHQUHODWLRQGLUHFWH
entre les ingénieurs en adéquation avec le poste proposé et les
recruteurs. »1

6LO¶DQQXDLUHUHVWHDFFHVVLEOHjWRXWGLSO{Pp $,67 RXVLQ¶LPSRUWHTXHOGLSO{Pp


SHXWDLVpPHQWUHWURXYHUOHVFRRUGRQQpHVG¶XQDQFLHQ $,(16($ OHVSUHVWDWLRQV
du « service emploi » de ces deux associations sont réservées aux seuls adhérents.
/H IDLW GH QH SDV WURXYHU G¶HPSORL FRQVWLWXH G¶DLOOHXUV OD PHLOOHXUH GHV UDLVRQV
G¶DGKpUHU j O¶DVVRFLDWLRQ FH TX¶DGPHW OH 3UpVLGHQW GH O¶$, (16($ ORUVTX¶LO
DERUGHODTXHVWLRQGHO¶DVVLGXLWp de sa propre adhésion :

« 0RL M¶DL DGKpUp WRXW GH VXLWH j OD VRUWLH GH O¶pFROH PDLV M¶DL pWp
distrait au niveau du paiement des cotisations. Quand on sort,
O¶DVVRFLDWLRQ Q¶HVW SDV XQH SUpRFFXSDWLRQ j WRUW G¶DLOOHXUV  &¶HVW YUDL
DXVVL TX¶j PRQ pSRTXH HQWUH  HW  LO \ DYDLW GX ERXlot,
O¶LQIRUPDWLTXHDYDLWOHYHQWHQSRXSHoDPDUFKDLWELHQ,O\DPrPHXQH
société de services où je ne suis resté que trois jours ! Ça embauchait, il
\DYDLWGXERXORWSRXUWRXWOHPRQGHdDQ¶DSOXVpWpOHFDVDSUqVVDXI
un peu avec Internet, et encore. » (Simon Richet, AI ENSEA)

7RXV OHV LQJpQLHXUV HQTXrWpV DPSOLILHQW O¶LPSRUWDQFH GX PDUFKp GH O¶HPSORL GLW
« caché »PDUFKpGRQW RQVDLWSRXUWDQW O¶LQIOXHQFHPLQHXUHVXUOHVSURFHVVXV GH

1
Source : 5DSLGHDSHUoXGHVDFWLRQVGHO¶$,(16($.

154
recrutement1. Car, le « marché caché » étant celui des demandes de travail qui
Q¶RQWSDVpWpO¶REMHWG¶XQHSXEOLFDWLRQRIILFLHOOHVRQH[LVWHQFHMXVWLILHO¶HQWUDLGHHW
OpJLWLPHO¶DFWLRQDVVRFLDWLYHG¶DLGHjO¶DFFqVjO¶HPSORL7RXVOHVGLSO{PpVTX¶LOV
DGKqUHQWRXQRQjO¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVVRQWPRUDOHPHQWWHQXV au nom de la
« solidarité » 6\OYDLQ3RUWDO$,67 GHO¶HVSULWGHFRUSVGHIDLUHFRQQDvWUHDX[
administrateurs en charge du « service emploi » O¶H[LVWHQFHGHVSRVWHVTXLVRQWVXU
le point de se libérer dans leurs entreprises respectives :

« /H EXW F¶HVW TXDQG PrPH G¶HQWUHWHQLU XQ HVSULW GH VROLGDULWp 6L XQ
LQJpQLHXUHVWGDQVOHEHVRLQHWVLOHVDXWUHVSHXYHQWO¶DLGHULOIDXWTX¶LOV
O¶DLGHQW HW oD SDU H[HPSOH FRQFUqWHPHQW oD SHXW VH UpDOLVHU SDU« XQ
ingénieur sait que dans son entreprise, il y a un poste à pourvoir et que
ce poste-OjQHIHUDSDVO¶REMHWG¶XQHDQQRQFHVXUOHPDUFKpGHO¶HPSORL
donc il fait part de cet état de fait à son association qui met un message
en ligne sur le site Internet et les adhérents qui consultent le message se
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retrouveQWDYHFXQHRSSRUWXQLWpGHSRVWH/HEXWHVWG¶DLGHUOHVQRXYHDX[
HWOHVDQFLHQVLQJpQLHXUVjV¶LQWpJUHURXjVHUpLQWpJUHUVXUOHPDUFKpGH
O¶HPSORL GH OHXU SHUPHWWUH GH GLVSRVHU G¶XQ FHUWDLQ QRPEUH G¶RIIUHV
LVVXHV GX PDUFKp FDFKp HW F¶HVW DXVVL Oj TXH VH IDLW OD IRUFH G¶XQH
association F¶HVWOHPDUFKpFDFKpHW'LHXVDLWTX¶LO\HQDMHVDLVTX¶LO
\ HQ D HW F¶HVW YUDLPHQW OD IRUFH GX UpVHDX TXL SHUPHW G¶DYRLU oD HW
VXUWRXWLOIDXWTXHOHVJHQVVRLHQWLPSOLTXpVHWTX¶LOVDLHQWHX[ODYRORQWp
de faire UHPRQWHUYHUVOHXUVFDPDUDGHVO¶DVVRFLDWLRQFHWWHLQIRUPDWLRQ
YHUVGHVJHQVVXVFHSWLEOHVG¶rWUHLQWpUHVVpVSDUoDdDF¶HVWFHTXHQRXV
DSSHORQVOH³S{OHHPSORLFDUULqUHV´ » (Sylvain Portal, A2IST)

« /¶REMHFWLISULQFLSDOG¶XQHDVVRFLDWLRQFRPPHODQ{WUHF¶HVWO¶HQWUDLGH
SRXUWRXWFHTXLWRXFKHjO¶HPSORLF¶HVW-à-GLUHV¶pSDXOHUSRXUWRXWFHTXL
HVWOLpjO¶HPSORLjODUHFKHUFKHG¶HPSORL«SDUH[HPSOHMHVDLVTX¶XQ
SRVWH VH OLEqUH GDQV PRQ HQWUHSULVH M¶HQYRLH O¶LQIR SULRULWDLUHPHQW j
O¶DVVRFLDWLRQ 2Q QH O¶HQYRLH SDV j XQ PHPEUH HQ SDUWLFXOLHU oD SDVVH
SDU O¶DVVRFLDWLRQ TXL HQVXLWHOD ³GLVSDWFKH´DX[PHPEUHV« F¶HVW SRXU
oD TXH F¶HVW LPSRUWDQW G¶DYRLU XQH DVVRFLDWLRQ SDUFH TXH EHDXFRXS
G¶DQQRQFHVQHVRQWSDVSXEOLpHV » (Thomas Mottet, AI ENSEA)

(Q SULQFLSH PRLQV LO \ D G¶LQJpQLHXUV ,67  (16($ DX FK{PDJH RX VRXV-
employés, et plus les formations proposées par ces deux écoles seront prisées des
étudiants et de leurs parents. Du moins les bénévoles le pensent-ils. Autrement dit,
le « cercle vertueux » V¶HQJDJHpJDOHPHQWSDUO¶HQWUDLGHRUJDQLVpH/DFDSDFLWpGH
O¶DVVRFLDWLRQ j PHWWUH HIILFDFHPHQW HQ UHODWLRQ RIIUHV HW GHPDQGHV GH WUDYDLO
insatisfaites est un élément de la valorisation du diplôme, qui, à terme, doit

1
« Emploi cadre : le fantasme du marché caché », Enquête APEC / IFOP, dossier de presse APEC,
juin 2006.

155
SHUPHWWUH G¶DPpOLRUHU OH SODFHPHQW et le « prix » de ses titulaires, problèmes qui
UHQGHQWLQWHOOLJLEOHVOHVHQVHWO¶HVVHQFHGHO¶DFWLRQDVVRFLDWLYHGHVGLSO{PpV

Conclusion :

(Q PDWLqUH G¶DOORFDWLRQ GHV WUDYDLOOHXUV DX[ GLIIpUHQWV SRVWHV GH


O¶RUJDQLVDWLRQ GX WUDYDLO O¶HPSOR\HXU UHVWH VHXO MXJH &¶HVW Oj OH SUREOqPH GHV
LQJpQLHXUV GLSO{PpV /H WLWUH G¶LQJpQLHXU GLSO{Pp GpFHUQp SDU OHV ,67 HW SDU
O¶(16($ D XQH YDOHXU V\PEROLTXH DVVH] IDLEOH IDLEOHVVH j PrPH GH JUHYHU OH
placement et la rémunération des diplômés sur le marché du travail. Et,
effectivement, les diplômés de ces deux écoles peinent à trouver des emplois
G¶LQJpQLHXUV /HV LQJpQLHXUV ,67 VRQW UDUHPHQW DX FK{PDJH PDLV VRQW SOXW{W
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

considérés comme des techniciens. Les ingénieurs ENSEA sont plus souvent
ingénieurs mais sont plus touchés par le chômage que leurs homologues des IST.
/H6HFUpWDLUHGHO¶$,(16($7KRPDV 0RWWHWHVW G¶DLOOHXUV UHVWpGHX[DQV VDQV
emploi au début des années 1990, ce qui, du reste, explique en grande partie son
implication bénévole1.
Ces deux communDXWpVGHFDPDUDGHVG¶pFROHVGRLYHQWGRQF « se serrer
les coudes » (Sylvain Portal, A2IST), faire corps, de façon à pouvoir peser sur le
cours des choses. Les ingénieurs IST doivent aussi promouvoir la formation par
O¶DSSUHQWLVVDJHHWjFHUWDLQVpJDUGVO¶Dssociation « milite » pour la redéfinition des
FULWqUHV GX SUHVWLJH G¶XQH eFROH FULWqUHV TXL GHYUDLHQW PLHX[ FRUUHVSRQGUH DX[
SUpIpUHQFHV GHV HQWUHSULVHV /¶$, (16($ PRLQV UpFHQWH HVW GpMj SOXV OpJLWLPH
GDQV OH FKDPS GHV pFROHV G¶LQJpQLHXUV HW HVVDLH GH concilier « qualité de la
recherche » HWSRUWpHLQGXVWULHOOHGXVDYRLU0DLVOHVGLSO{PpVGHO¶(16($OHVRQW
G¶XQHpFROHGRQWO¶KLVWRLUHHVWPDUTXpHSDUODGLIILFLOHFRQTXrWHGXVWDWXWG¶eFROH
Supérieure et la reconnaissance relative dont elle peut aujourG¶KXL V¶HQRUJXHLOOLU
HVWORLQG¶rWUHGpILQLWLYHPHQWDFTXLVH

1
Voir infra Chapitre IV ± 1.3.

156
CHAPITRE III : /¶ACTION SYNDICALE DES CADRES SUR LE
LIEU DE TRAVAIL, UNE PARTICIPATION AUX
« RÈGLES DU JEU »1

/DYDULpWpGHVPRGHVGHVWUXFWXUDWLRQGHO¶DFWLRQV\QGLFDOHFDGUHDXsein
des organisations confédérées inter-catégorielles, entre autonomie et intégration,
VXIILWjLQGLTXHUO¶DPELJXwWpGXUDSSRUWGHFHV© relais GHO¶pQHUJLHGLUHFWRULDOH »2 à
la subordination juridique et au pouvoir économique. Cette diversité cristallise la
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place ambivalente des cadres dans le salariat, catégorie abstraite dans laquelle se
fondent, en dépit de leur variété, les produits du travail3. Mais, quels que soient le
V\QGLFDWFRQVLGpUpHWO¶RULHQWDWLRQVWUXFWXUHOOHFKRLVLHQRWDPPHQWDX[$VVXUDQFHs
Générales de France (AGF) et à BNP Paribas, les politiques revendicatives et les
pratiques syndicales se caractérisent toujours par deux traits majeurs, dès lors
TX¶HOOHVVRQWGpWHUPLQpHVSDUGHVFDGUHVGHO¶HQWUHSULVH VHFWLRQ&)'7GHV$*)
sections CGC des AGF et de la MACSF4) ou se veulent adaptées aux attentes
supposées de ces derniers j O¶pJDUG GX V\QGLFDOLVPH GDQV O¶HQWUHSULVH V\QGLFDW
UGICT BNP Paribas Île-de-)UDQFH   O¶LQVFULSWLRQ GDQV OH MHX SDULWDLUH SRXU
IDYRULVHU OD ERQQH PDUFKH GH O¶HQWUHSUise et la formulation de revendications
« gestionnaires »5, lesquelles renvoient au rapport à la compétence et au savoir de
ces « travailleurs intellectuels ªODUHSURGXFWLRQG¶XQHIRUPHG¶HQWUDLGHTXLQ¶HVW
pas sans rappeler la vocation des Bourses du Travail du début du XXè siècle. Tels
sont les éléments développés dans ce chapitre.

1
J. D. Reynaud (1989), Les règles du jeu, Paris, Armand Colin, 1997.
2
I. Kolboom, « Patronat et cadres : la contribution patronale à la formation du groupe des cadres
(1936-1938) », Le Mouvement social n°121, octobre-décembre 1982, p. 72.
3
A. Supiot (1994), Critique du droit du travail, Paris, PUF, Coll. « Quadrige », 2002.
4
0XWXHOOHG¶$VVXUDQFHVGX&RUSVGH6DQWp)UDQoDLV
5
G. Groux, Le syndicalisme des cadres en France, 1963-1984. Un enjeu producteXU G¶HQMHX[
'RFWRUDWG¶eWDW7RPH/¶HVSDFHGHVDOOLDQFHV 1986.

157
/HVSURSULpWpVGHO¶DFWLRQV\QGLFDOHFDGUHVXUOHVOLHX[GHWUDYDLOpWXGLpV
GDQVFHFKDSLWUHVRQWLQVpSDUDEOHVGHO¶KLVWRLUHSDUWLFXOLqUHGHVHQWUHSULVHVTXLHQ
sont le théâtre. BNP Paribas et les AGF ont en commun un passé nationalisé. Le
fait syndical y est encore bien accepté. Les conventions collectives du secteur
bancaire et des assurances en consacrent une reconnaissance formelle et prévoient
des dispositions favorabOHVjO¶H[HUFLFHPLOLWDQWVXUOHWHPSVGHWUDYDLO 1. Le secteur
nationalisé connaît historiquement des taux de syndicalisation et de présence
syndicale plus élevés que le privé. En particulier, la CGT y est traditionnellement
bien implantée parmi les cadres et les techniciens. Cette implantation, cependant, a
WRXMRXUVpWpSOXVPDUTXpHGDQVOHVPpWLHUVLQGXVWULHOVFHTXLV¶H[SOLTXHHQJUDQGH
partie par le rôle actif pris par la centrale de Montreuil dans les nationalisations
G¶DSUqV-guerre2.
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Les termes de O¶pFKDQJH VDODULDO GHV EUDQFKHV %DQTXH  $VVXUDQFHV RQW


récemment connu de brutales modifications, qui se sont traduites par une refonte
GHV JULOOHV GH FODVVLILFDWLRQ HW TXL SURFqGHQW G¶pOpPHQWV FRQWH[WXHOV XVXHOOHPHQW
GpFULWV SDU OH WHUPH G¶© intégration économique ». La finance, selon les mots de
O¶pFRQRPLVWH -DFTXHV $GGD V¶HVW PXpH HQ © un domaine où le capitalisme a pu
V¶DIIUDQFKLU WRWDOHPHQW GHV FRQWUDLQWHV HW GHV SHVDQWHXUV GX WHPSV HW GH
O¶HVSDFH »3. Les AGF et BNP Paribas deviennent ainsi de banales entreprises
SULYpHV GH O¶LQGXVWULH GHV VHUYLFHV ILQDQFLHUV SDU DLOOHXUV PDUTXpHV SDU OH GpFOLQ
numérique des effectifs non-cadres. Le personnel de BNP Paribas, a fortiori en
Île-de-France où sont regroupées les structures centrales, opérationnelles et
fonctionnelles, dénombre une proportion croissante de « cadres » et, en dépit des
récentes embauches de commerciaux dans les agences4, une part décroissante de
« gradés ªHWG¶© employés » : le nombre de « techniciens » ± les « employés » et
1
Sources : Articles 10 et 11 de la Convention Collective Nationale des Banques (1 er janvier
2000)  $UWLFOHV    HW  GH OD &RQYHQWLRQ &ROOHFWLYH GHV 6RFLpWpV G¶$VVXUDQFHV  PDL
1992).
2
G. Groux, « Le syndicalisme-cadres dans la période présente : 1963-1983 », M. Descostes et J. L.
Robert (dir.), Clefs pour une histoire du syndicalisme-cadres, Paris, Les Éditions ouvrières, 1984.
3
J. Adda, /DPRQGLDOLVDWLRQGHO¶pFRQRPLH. Tome 1 : Genèse, La Découverte, 1996.
4
Plus de vingt mille (20 907) embauches ont été réalisées à BNP Paribas entre 2003 et 2005. Ces
embauches ont surtout concerné le pôle Banque De Détail en France (BDDF), cinquante nouvelles
agences ayant été ouvertes en 2005. Une session de recrutement ciblée sur les titulaires de BTS
)RUFH GH 9HQWH HW $FWLRQ &RPPHUFLDOH  HW D\DQW GpERXFKp VXU O¶HPEDXFKH GH TXDWUH FHQWV
commerciaux, a aussi été organisée la semaine du 19 septembre 2005 (Source : Rapport Annuel
2005, Groupe BNP Paribas).

158
les « gradés » de la convention collective de 1952 ± exerçant en France
métropolitaine est passé de 33 410 en 1995 à 25 177 en 2005 ; dans le même
temps, le nombre de « cadres » est passé de 7 073 à 16 5951. Aussi la proportion
de cadres de BNP Paribas peut-HOOH V¶pYDOXHr, en 2005, à un tiers du personnel
(32,5 %), contre 17 % dix ans plus tôt. Cette évolution est comparable à celle que
connaît le secteur des Assurances, où les « cadres ªVRQWSDVVpVG¶XQHSURSRUWLRQ
de 29,6 % des effectifs salariés à 38,2 % sur la même période2. Un processus de
SURIHVVLRQQDOLVDWLRQ GHV HPSORLV V¶\ REVHUYH HQILQ LQGLTXp SDU O¶pOpYDWLRQ GX
QLYHDXGHIRUPDWLRQLQLWLDOHFRQYHQWLRQQHOOHPHQWUHTXLVSRXUO¶HPEDXFKHjQLYHDX
hiérarchique de poste constant. Les carrières traditionnelles dans les banques et les
DVVXUDQFHVLVVXHVGXUDQJV¶HQWURXYHQWGpYDORULVpHVHWSOXVRXPRLQVEORTXpHV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

1) &RQWULEXHUjODERQQHPDUFKHGHO¶HQWUHSULVH

Les enquêtés de la Banque et des Assurances ont tous éprouvé les


mutations de leur entreprise et acquis, au fil de leur trajectoire professionnelle et
syndicale, une connaissance aiguë des enjeux économiques et sociaux qui la
traversent pour y avoir effectué toute leur carrière. Les parcours professionnels et
V\QGLFDX[ GHV WHFKQLFLHQV HW FDGUHV PLOLWDQWV GH O¶8*,&T BNP Paribas Île-de-
France, de la CFDT des AGF et de la CGC des Assurances, largement dépourvus
de sens hors de leur entreprise respective, sont vécus comme mêlés et insécables.
&HWWH FRPSUpKHQVLRQ GHV DUFDQHV GH O¶HQWUHSULVH HW GX VHFWHXU G¶DFWLYLWp QpH de
O¶H[SpULHQFHOpJLWLPHOHXUSRVLWLRQQHPHQWVXEMHFWLIGDQVXQUDSSRUWpJDOLWDLUHYLV-
à-vis du « gouvernement privé »3/¶LQYHVWLVVHPHQWV\QGLFDOVXUOHOLHXGHWUDYDLO
VHFRPSUHQGLFLFRPPHXQHIRUPHGHWULEXWjODSHUPDQHQFHO¶HQWUHSULVHHWjOD
cohésion de ses salariés, qui conteste, en invoquant la compétence professionnelle
des cadres de ces entreprises, les orientations dirigeantes jugées fragilisantes.

1
Source : Bilan social 2005, RH Groupe BNP Paribas. Voir aussi supra la description des terrains
G¶HQTXrWH
2
Source : Rapport Annuel 20052EVHUYDWRLUHGHO¶eYROXWLRQGHV0pWLHUVGHO¶$VVXUDQFH 2(0$ 
3
M. Bauer et E. Cohen, Qui gouverne les groupes industriels " (VVDL VXU O¶H[HUFLFH GX SRXYRLU
industriel, Paris, Seuil, 1981.

159
1.1) Le syndicalisme des cadres sur le lieu de travail : un rapport
RUJDQLTXHjO¶HQWUHSULVH

Au-GHOj GH O¶DQFLHQQHWp SURIHVVLRQQHOOH pOHYpH GHV QR\DX[ PLOLWDQWV HW


adhérents, tout oppose les sections CFDT des AGF et le syndicat UGICT BNP
Paribas Île-de-France. Les sections CFDT des AGF sont sous la responsabilité de
cadres des classes 5 et 6 de la convention collective des Assurances et impliqués
GHSXLVSHXGHWHPSVGDQVO¶DFWLRQV\QGLFDOH/HV\QGLFDW8*,&7%133DULEDVÌOH-
de-France est dominé par des « gradés », des techniciens supérieurs des agences et
des back office parisiens1/HF°XUPLOLtant du syndicat UGICT BNP Paribas Île-
de-)UDQFHFRPSWHXQHPLQRULWpGHFDGUHVHWO¶HVVHQWLHOGHFHVFDGUHV HVW LVVXGX
UDQJGHVHPSOR\pVGHEDQTXHHWV\QGLTXpGHSXLVO¶HPEDXFKH&HVGLIIpUHQFHVGH
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PRUSKRORJLHDGKpUHQWHHWGHSURILOVPLOLWDQWVQ¶HPSrFKHQW SDVO¶DFWLRQV\QGLFDOH
G¶rWUH SDUWRXW YpFXH VXU OH PRGH GX FRQFRXUV DX GHYHQLU GH O¶HQWUHSULVH GDQV
ODTXHOOH VH GpURXOH O¶LQWpJUDOLWp GX SDUFRXUV SURIHVVLRQQHO VLQRQ GHV VDODULpV OHV
plus récemment embauchés, de ce qui est encore la majeure partie du personnel de
BNP Paribas2,OHQYDGHPrPHjOD&*&GHV$VVXUDQFHVOHUHVSRQVDEOHGHO¶XQH
GHV VHFWLRQV &*& GHV $*) O¶H[SULPDQW G¶DLOOHXUV OH SOXV H[SOLFLWHPHQW ORUVTX¶LO
compare sa situation à celle des cadres fraîchement recrutés :

« Les jeunes ont une auWUHDSSURFKHTXHQRXVPRLQVDIIHFWLYHjO¶pJDUG


GHOHXUHQWUHSULVHLOQ¶\DSDVG¶LQYHVWLVVHPHQW«SHUVRQQHOGDQVODYLH
GH O¶HQWUHSULVH 0DLV RQ \ IDLW SOXV WRXWH VD FDUULqUH QRQ SOXV » (Jean
Luyat, 53 ans, cadre diplômé, responsable de section syndicale CGC aux
AGF)

3RXU O¶HQVHPEOH GHV HQTXrWpV GX V\QGLFDW 8*,&7 %13 3DULEDV ÌOH-de-
)UDQFHHWTX¶LOVVRLHQWWHFKQLFLHQVRXFDGUHVFDGUHVGLSO{PpVRXFDGUHVLVVXVGX
rang, investis de longue date ou très récemment engagés dans le syndicalisme,
O¶DFWLRQV\Qdicale sur le lieu de travail est dénuée de toute considération partisane

1
Voir supra ODGHVFULSWLRQGHVWHUUDLQVG¶HQTXrWH
2
Entre un quart et un tiers du personnel français de BNP Paribas est né entre 1948 et 1960, plus de
la moitié du personnel a plus de quarante-cinq ans en 2005, un tiers seulement étant âgé de moins
GH TXDUDQWH DQV /¶kJH PR\HQ G¶XQ FDGUH GHV DVVXUDQFHV HVW GH TXDUDQWH-trois ans en 2004 et
O¶DQFLHQQHWp PR\HQQH GDQV FH VHFWHXU DSSURFKH OHV TXLQ]H DQV 6RXUFHV : Bilan social 2005, RH
Groupe BNP Paribas ; Rapport Annuel 2005 GHO¶2(0$

160
ou idéologique. En dépit de parcours militants typiques1, oscillant, selon les cas,
entre activisme anarchiste (Viviane Giordano), idéalisme communiste (Marcel
Chaîli, Didier Benoît) et mouvements libertaires (Jean-Bernard Renaud) ou de
MHXQHVVH )ORUHQW +pURXHW  OHV V\QGLFDOLVWHV GH O¶8*,&7 %13 3DULEDV ÌOH-de-
France font profession de représenter leurs collègues « avec eux et comme ils
sont » (Marcel Chaîli). Les aspirations des collègues peuvent bien froisser leurs
FRQYLFWLRQVSROLWLTXHV FHV PLOLWDQWV Q¶HQMXJHQW SDV PRLQV GpSODFpHO¶H[SUHVVLRQ
sur le lieu de travail. Ceux qui sont encore des militants politiques distinguent
nettement entre leurs activités syndicales à BNP Paribas et leurs affiliations
partisanes, ainsi reléguées dans la sphère privée :

« -HQHFRQIRQGVSDVO¶DFWLYLWpSROLWLTXHHWV\QGLFDOH>«@-¶DLXQHMHXQH
FROOqJXHTXLDDGKpUpO¶DQQpHGHUQLqUH>«@HOOHP¶DGHPDQGpVLM¶pWDLV
DX 3& M¶DL GLW ³oD QH WH UHJDUGH SDV´ ! Parce que je suis CGT. »
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

(Marcel Chaîli, 53 ans, technicien, permanent syndical, Secrétaire du


syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

&HWWHUHOpJDWLRQGHVDIILOLDWLRQVSDUWLVDQHVKRUVGHO¶DFWLYLWpV\QGLFDOHTXRWLGLHQQH
Q¶HVW FRPSUpKHQVLEOH TXH UHVLWXpH GDQV OH FRQWH[WH KLVWRULTXH G¶XQH RUJDQLVDWLRQ
V\QGLFDOHO¶8*,&7-CGT, dont les militants vivent usuellement le syndicalisme à
O¶pFKHOOH GH O¶HQWUHSULVH2. Mais les carrières professionnelles et syndicales des
salariés des banques et des assurances sont, de facto ERUQpHV j O¶XQLYHUV GH OD
EUDQFKH HW PrPH G¶XQH VHXOH HQWUHSULVH /HV FDUULqUHV \ VRQW WUDGLWLRQQHOOHPHQW
anciennes, issues du rang et soutenues par un large panel de diplômes propres aux
secteurs, la « professionnalisation »3 des salariés y UHOqYHG¶XQHFRPELQDLVRQHQWUH
ancienneté et acquisition de certifications qui enferment dans la branche :

« 2QHVWG¶DERUGHWDYDQWWRXWGHVJHQVGHODEDQTXH'RQFFHTXLQRXV
LQWpUHVVHVXUWRXWF¶HVWFRPPHQWRQWUDYDLOOHGDQVODEDQTXHFRPPHQWOD
banque change et comment la situation des salariés change aussi. »
(Martin Silvano, 50 ans, technicien, permanent syndical, journée
G¶REVHUYDWLRQ GH O¶DFWLYLWp GX V\QGLFDW 8*,&7 %13 3DULEDV Île-de-
France, le 28 juin 2006)

1
Voir supra ODGHVFULSWLRQGHVWHUUDLQVG¶HQTXrWH
2
G. Groux (1984), « Le syndicalisme-cadres dans la période récente : 1963-1983 », M. Descostes
et J. L. Robert, op. cit.
3
Entendue au sens de Pierre Naville. Voir : P. Naville, Essai sur la qualification du travail, Paris,
Marcel Rivière, 1956.

161
« -H VXLV DWWDFKp j PRQ HQWUHSULVH« mais avec mes diplômes de
O¶DVVXUDQFHMHQHSHX[GHWRXWHIDoRQSDVWURXYHUPLHX[SDUFHTXHSDU
UDSSRUWjG¶DXWUHVHQWUHSULVHVGXVHFWHXULOQ¶\DSDVSKRWRRQHVWPLHX[
ici ! » (Marc Legrand, 44 ans, cadre, promotion interne, responsable de la
section syndicale CGC de la MACSF)

/HUHVSRQVDEOHGHODVHFWLRQ&*&GHOD0$&6)H[SOLTXHVDGpFLVLRQGHV¶LQYHVWLU
DXVHLQGHVRQ&RPLWpG¶eWDEOLVVHPHQW &( UpJLRQDOHQLQYRTXDQWOHIDLWGHV¶rWUH
UHQGX FRPSWH TXH OHV G\VIRQFWLRQQHPHQWV ORFDX[ GH O¶DFWLYLWp GH Von entreprise,
GRQWLOpWDLWWpPRLQHWVHIDLVDLWO¶pFKRQHSDUYHQDLHQWSDVDXVLqJHSDULVLHQ :

« (QMHP¶DSHUoRLVTXHOH'LUHFWHXUGRQWMHGpSHQGVDDWWHLQWVHV
OLPLWHV 3OXV ULHQ QH PDUFKDLW RQ IDLVDLW FRPPH VL PDLV oD Q¶DOODLW
SOXV« HW WRXW FH TXH M¶DYDLV j GLUH QH GpSDVVDLW OH VWDGH UpJLRQDO oD
Q¶DOODLW MDPDLV SOXV KDXW« PRL F¶HVW GDQV PD QDWXUH GH O¶RXYULU  -¶DL
SULV GHV UHVSRQVDELOLWpV DX &( GH OD UpJLRQ M¶HQ DYDLV GpMj HX VDQV
pWLTXHWWH F¶pWDLW DORUV XQ WUXF SOXW{W DVVRFLDWLI RQ RUJDQisait des
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tombolas   PDLV Oj F¶pWDLW OH PR\HQ GH IDLUH HQWHQGUH FH TXL Q¶DOODLW
pas. » (Marc Legrand, section syndicale CGC de la MACSF)

/¶LPSOLFDWLRQV\QGLFDOHVXUOHOLHXGHWUDYDLOHVWXQHYRLHG¶H[SUHVVLRQSHUPHWWDQW
de « faire entendre ce qui ne va pas », qui va de pair avec une relation « chaude »
jO¶HQWUHSULVH/HVWUDFWVGHOD&)'7GLVWULEXpVDX[$*)jO¶RFFDVLRQGHVpOHFWLRQV
professionnelles de janvier 2006, qui se sont déroulées dans le contexte du rachat
LPPLQHQW SDU O¶DFWLRQQDLUH SULQFLSDO le Groupe Allianz, des derniers titres de
propriété des AGF encore détenus par les actionnaires minoritaires 1, indiquent
aussi une identification particulièrement forte jO¶XQLWpGHSURGXFWLRQ

« Nous ne pouvons que nous féliciter de la reconnaissance acquise par


OHV$*)DXVHLQG¶$OOLDQ]GHODSULVHHQFRPSWHGHVLQWpUrWV$*)DYHFOD
nomination de notre PDG à la Direction du Groupe. Notre avenir est
chez Allianz, mais il sera conditionné par la manière dont nous y
HQWUHURQV 9RV pOXV VH EDWWHQW G¶RUHV Ht déjà à Munich pour faire
entendre la voix des AGF. »2

4XHOOHTXHVRLWO¶RUJDQLVDWLRQV\QGLFDOHjODTXHOOHLOVDGKqUHQWOHVHQTXrWpVRQWXQ
rapport presque organique à leur entreprise. Sa pérennité détermine, à terme, la
sécurité économique de salariés encore pleinement inscrits dans « O¶RUGUHFROOHFWLI

1
/¶REMHFWLI SRXUVXLYL pWDQW OD FRQVWLWXWLRQ G¶$OOLDQ] HQ 6RFLpWp (XURSpHQQH LPPDWULFXOpH HQ
Allemagne.
2
Tract recueilli au siège des A*) j O¶RFFDVLRQ GH O¶HQWUHWLHQ GX  GpFHPEUH  DYHF *X\
Serra, Secrétaire de la section centrale CGT des AGF.

162
LQVWLWXp GH OD FDUULqUH HW GH OD SURIHVVLRQQDOLVDWLRQ DX VHLQ GH O¶LQVWLWXWLRQ »1.
Défendre les salariés suppose de défendre la viabilité de leur entreprise, défendre
ODYLDELOLWpGHO¶HQWUHSULVHUHYLHnt à en défendre les salariés. Pour un cadre militant
V\QGLFDOD\DQWHIIHFWXpWRXWHVDFDUULqUHGDQVXQHVHXOHHQWUHSULVHO¶XQQHYDSDV
VDQVO¶DXWUH2.
/¶HQJDJHPHQW GHV HQTXrWpV GX V\QGLFDW 8*,&7 %13 3DULEDV ÌOH-de-
France traduit toutefois une articulation plus subtile ± et parfois contradictoire ±
HQWUHLGHQWLILFDWLRQjO¶LQVWLWXWLRQO¶HQWUHSULVHTXLGRQQHVHQVjO¶DFWLRQV\QGLFDOH
HW FRQWHVWDWLRQ GH VHV pYROXWLRQV DX QRP GX F°XU GH PpWLHU PLOLWDQW OD GpIHQVH
des intérêts salariés :

« Mon supérieur direct, qui est un cadre syndiqué au SNB-CGC, me dit


SDUIRLV³PHWV-WRLjODSODFHG¶XQSDWURQ´-HQHFRPSUHQGVSDVFHVJHQV
TXL GqV TX¶LOV RQW XQ SHX GH SRXYRLU RX G¶DXWRULWp V¶LGHQWLILHQW DX
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

SDWURQDW« MH VXLV VDODULpH MH QH YDLV SDV UpIOpFKLU FRPPH XQ patron !
Demande-t-RQ j XQ SDWURQ GH ³VH PHWWUH j OD SODFH GX VDODULp ´ " »
(Irène Pasquale, 39 ans, technicienne, militante du syndicat UGICT BNP
Paribas Île-de-France)

Fernand Guérin (UGICT BNP Paribas Île-de-France) justifie sa démission, en


2000, de sa section CFDT en invoquant (entre autres aspects) le fait que la CFDT,
à BNP Paribas, aurait franchi le Rubicon qui sépare la contribution à la bonne
PDUFKHGHO¶HQWUHSULVHGHODGpIHQVHLQGpIHFWLEOHGX« camp des salariés » :

« Dans les réunions où je me UHWURXYDLV DYHF OD 'LUHFWLRQ VL M¶DYDLV


SDUIRLV GHV GRXWHV VXU O¶HQGURLW R VH VLWXDLHQW PHV FDPDUDGHV GH OD
&)'7SDUUDSSRUWjHOOHSRXUOD&*7LOQ¶\DYDLWDXFXQGRXWH>«@/D
&*7 V¶LO \ D XQ SRLQW VXU OHTXHO HOOH Q¶D SDV pYROXp F¶HVW VD SRVLWLRQ
G¶rWUH GDQV OH FDPS GHV VDODULpV HQ WRXWHV FLUFRQVWDQFHV » (Fernand
Guérin, 57 ans, cadre, promotion interne, militant du syndicat UGICT
BNP Paribas Île-de-France)

Ce qui passe pour une compromission suspecte aux yeux de ce « transfuge » de la


CFDT expliqXHSUpFLVpPHQWG¶DSUqVODUHVSRQVDEOHGHODVHFWLRQ&)'7GXVLqJH
des AGF (Claudine Tivrel), la représentativité de la CFDT aux AGF, notamment

1
F. Piotet (dir.) La révolution des métiers, Paris, PUF, Coll. « Le lien social », 2002.
2
Cette dialectique est affirmée de manière très explicite au sein du syndicat ACTIF : les
« développeurs » y disposent de quelques fiches pratiques destinées à les aider à convaincre les
VDODULpV UpWLFHQWV j O¶DGKpVLRQ V\QGLFDOH  O¶DUJXPHQW TXL GpVLJQH OHV V\QGLFDWV FRPPH « des
fouteurs de merde » est éYDFXpSDUO¶DVVHUWLRQVHORQODTXHOOH« la CFDT a fait son deuil de la lutte
des classes, elle inscrit son action dans un affrontement de logiques », patronale et salariée. Ces
« logiques » sont susceptibles « de se retrouver, par exemple sur la viabilité dHO¶HQWUHSULVH ».

163
parmi les cadres. Selon Claudine, cette représentativité provient du pragmatisme
dont font preuve les militants de la CFDT, du « sens des réalités » les conduisant à
censurer toute action susceptible de « EORTXHUO¶HQWUHSULVH ». La CFDT étant aux
$*)OHV\QGLFDWPDMRULWDLUHHQWHUPHVDEVROXVDXFXQDFFRUGG¶HQWUHSULVHQHSHXW
rWUHHQWpULQpVDQVO¶DYDOGHVHVGpOpJXps, à plus forte raison depuis 2004 et la loi
Fillon. « /¶pWKLTXHGHUHVSRQVDELOLWp »1 donne donc, a fortioriVRQVHQVjO¶DFWLRQ
militante, constituant à la fois le vecteur et la justification du développement de
O¶DGKpVLRQGHVFDGUHVGHV$VVXUDQFHVHWGes AGF en particulier :

« ,FLOHVJHQVVRQWOjGHSXLVORQJWHPSV>«@/HVFDGUHVDSSUpFLHQWQRWUH
PDQLqUHGHIRQFWLRQQHURQHVWXQV\QGLFDWGHQpJRFLDWLRQ«RQYHXWrWUH
SRVLWLIQHSDVEORTXHUO¶HQWUHSULVHDYDQFHUWRXWHQREWHQDQWOHPD[LPXP
de ce qui peuWUHYHQLUDX[VDODULpV>«@,OIDXWDYRLUOHVHQVGHVUpDOLWpV
RQQH YDSDV UHIDLUHO¶pFRQRPLHOHPDUFKp » (Claudine Tivrel, 50 ans,
cadre diplômée, permanente syndicale, responsable de la section CFDT
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

du siège des AGF)

« [Les syndiqués des AGF] viennenWVXUO¶LPDJHGHUHVSRQVDELOLWp2QQH


YLHQW SDV SRXU WRXW FDVVHU PDLV SRXU DPpOLRUHU OHV FKRVHV >«@ 2Q QH
YHXW SDV TXH O¶HQWUHSULVH IHUPH RQ SHUGUDLW QRWUH ERXORW GRQF RQ QH
GHPDQGHUDSDVG¶DXJPHQWDWLRQVLXQGLUHFWHXUOHVGRQQHLOQ¶\D
plus d¶HQWUHSULVH >«@ 6L O¶RQ YHXW TXH OHV FDGUHV YLHQQHQW GDQV OH
V\QGLFDOLVPHGHWRXWHIDoRQFHQ¶HVWSDVDYHFOH*UDQG6RLUPDLVDYHF
GHV SHWLWV SDV GDQV OD ERQQH GLUHFWLRQ« en plus, on a un problème de
renouvellement de génération, nos adhérents vieillissent2, notamment les
FDGUHV« >«@ HW GDQV OHV DVVXUDQFHV oD UHFUXWH DX QLYHDX FDGUH »
(Michèle Soher, Secrétaire Générale du syndicat ACTIF-CFDT3)

La problématique du tribut syndical à « la bonne marche et à la pérennité de


O¶HQWUHSULVH » (Jean Luyat, CGC des AGF) est ainsi exprimée différemment, selon
TX¶HOOH OH VRLW SDU OHV PLOLWDQWV GH OD &)'7 GHV $*) RX SDU FHX[ GX V\QGLFDW
UGICT BNP Paribas Île-de-France. Car, pour ces derniers et au contraire des
premiers, la « conviction » prime sur la « responsabilité ». Mais, dans la mesure
RO¶DFWLRQV\QGLFDOHHVWSRXUHX[WRXWDXVVLLQGLVVRFLDEOHGHODUpDOLWpFRQFUqWH
GHO¶HQWUHSULVHHWGXVHFWHXUGDQVOHVTXHOVHOOHV¶LQVqUHFHVPLOLWDQWVGHO¶8*,&7

1
M. Weber (1919), Le savant et le politique3DULV8QLRQ *pQpUDOH G¶(GLWLRQV&ROO © 10-18 »,
1963.
2
'¶DSUqVOHILFKLHUGHVDGKpUHQWVGHO¶$&7,)GHVDGKpUHQWVRQWPRLQVGHWUHQWH-cinq
ans (Chiffre : 2003).
3
Le Syndicat des Assurances CFDT Transrégional et Île-de-France (ACTIF) est le syndicat auquel
les sections syndicales CFDT des AGF, au nombre de dix-sept sur le territoire métropolitain, sont
affiliées.

164
GpVHVSqUHQW GH YRLU HQYLVDJpH O¶DFWLRQ V\QGLFDOH FRPPH XQH action à « valeur
ajoutée »1 SRXUO¶HQWUHSULVH

Les enquêtés du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France pensent que


O¶LQYHVWLVVHPHQW V\QGLFDO GDQV O¶HQWUHSULVH GHYUDLW FRQVWLWXHU HQ OXL-même, la
SUHXYHG¶XQLQWpUrWpYLGHQWSRUWpjVRQGHVWLQDX-delà GXV\QGLFDWG¶DIILOLDWLRQHW
PrPHVLODQDWXUHGHFHWLQWpUrWHVWpPLQHPPHQWFULWLTXH&¶HVWDLQVLTXH)HUQDQG
Guérin (UGICT BNP Paribas Île-de-France) considère, rétrospectivement, son
PDQGDWGHUHSUpVHQWDQW &)'7 GX&RPLWp&HQWUDOG¶(QWUHSULVH &&( DXConseil
G¶$GPLQLVWUDWLRQGHOD%13GpWHQXjODILQGHVDQQpHV :

« ÇWUH UHSUpVHQWDQW GX &&( DX &RQVHLO G¶$GPLQLVWUDWLRQ oD SHUPHWWDLW


G¶DYRLUXQpFODLUDJHGDQVODSDUWLHRIILFLDOLVDWLRQGHVGpFLVLRQV«SULVHV
jXQDXWUHQLYHDXF¶HVWYUDLPDLVRQDYait notre mot à dire et on savait
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ce qui se passait. » (Fernand Guérin, syndicat UGICT BNP Paribas Île-


de-France)

Riccardo Pietro (UGICT BNP Paribas Île-de-France) évoque, avec amertume, un


« changement de philosophie » jO¶pJDUGGHO¶DFWLRQV\QGLFDOHOHTuel tiendrait au
IDLW TXH OH PLOLWDQWLVPH V\QGLFDO VHUDLW GDQV O¶HQWUHSULVH H[FOXVLYHPHQW FRPSULV
comme un « mal nécessaire », une contrainte institutionnelle, et non comme une
richesse pour son activité, une manière de protester salutaire pour son futur,
résultant de, et participant à, sa cohésion, sa « vie » :

« $YDQW>«@ODFRPSRVDQWHLPSRUWDQWHpWDLWODYLHGHO¶HQWUHSULVHPDLV
la philosophie a changé. Les patrons ne reconnaissent pas que ceux qui
V¶HQJDJHQW OHIRQWDXVVLSRXU OHXUHQWUHSULVHSDV GXWRXW&¶HVW XQPDO
QpFHVVDLUHLOIDXWIDLUHDYHFSDUFHTX¶LO\DGHVORLV>«@&¶HVWVXUWRXW
depuis la privatisation, en 1993, que nous sommes mal vus. » (Riccardo
Pietro, 45 ans, cadre, promotion interne, permanent syndical, syndicat
UGICT BNP Paribas Île-de-France)

/D &*7 HVW G¶DXWDQW SOXV « mal vue » j %13 3DULEDV TX¶DX[ GLUHV GHV PLOLWDQWV
HQTXrWpV O¶pWLTXHWWH G¶XQ V\QGLFDW GRQW OHV PHPEUHV VH UHIXVHQW SDU SULQFLSH j
VLJQHUWRXVOHVDFFRUGVG¶HQWUHSULVHTXHOTX¶HQVRLWSDUDLOOHXUVOHFRQWHQXlui est
régulièrement accolée :

« Il y a une espèce de fantasmagorie du syndicat et notamment de la


CGT, par rapport aux cadres, avec des clichés, où la CGT, ce sont des
gros baraqués qui ne sont pas cadres, qui sont des ouvriers, qui gueulent

1
F. Piotet, « /HVHQVGXSRVVLEOHHWGHO¶LPSRVVLEOH », Revue Cadres CFDT n°404, mai 2003.

165
tout le temps, qui disent toujours non, qui ne signent jamais les accords
HWTXLQ¶RQWSDVG¶DUJXPHQWVSRXUQHSDVVLJQHU » (Aurélia Adilmar, 34
ans, cadre diplômée, militante du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-
France)

« 3RXUOHVJHQVOD&*7F¶HVWXQUHSDLUHGHYieux marxistes fainéants et


inféodés au Parti Communiste. » (Irène Pasquale, syndicat UGICT BNP
Paribas Île-de-France)

Ces « clichés » (Aurélia Adilmar) empêchent de considérer la protestation comme


XQ DFWH G¶DVVLPLODWLRQ XQ DFWH G¶LQWpJUDWLRQ SRXYDQW G¶DLOOHXUV FRQIRUWHU O¶RUGUH
établi1. Ils interdisent aussi de concevoir le travail de permanent syndical, non
seulement comme un travail, mais encore comme un travail nécessaire, quoique
« ingrat » (Riccardo Pietro), « sale boulot » qui, à plus forte raison, souffrirait une
« définition de rôle satisfaisante et source de prestige »2.
Ces préjugés constituent également la raison pratique qui conduit les
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militants du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France à faire état, par voie de
tracts ou lors de discussions informelles avec les salariés, des motifs fondant leur
DYLVVXUXQDFFRUGG¶HQWUHSULVHTXHOFRQTXH3DLQVLTXHGHOHXUGHJUpG¶LPSOLFDWLRQ
dans les processus de négociation auxquels ils sont parfois conviés. Les Délégués
6\QGLFDX[ '6 GHO¶8*,&7%133aribas Île-de-France ne sont pas habilités, en
HIIHWjVLJQHUOHVDFFRUGVG¶pFKHOOHQDWLRQDOHFHX[-ci relevant de la responsabilité
de la délégation nationale et, en dernier ressort, du Délégué Syndical Central
(DSC) CGT de BNP Paribas. Des membres du syndicat UGICT BNP Paribas Île-
de-France peuvent faire partie des délégations nationales, mais, en règle générale,
OHVPLOLWDQWV GHO¶8*,&7VRQWFRQVXOWpVHW FHWWHFRQVXOWDWLRQ V¶DJUqJH jFHOOHGH
WRXWHVOHVpPDQDWLRQV&*7GXWHUULWRLUHQDWLRQDO/¶DYLVGHV membres du syndicat
8*,&7 VXU OD VLJQDWXUH pYHQWXHOOH G¶XQ DFFRUG G¶HQWUHSULVH HVW GRQF ORLQ G¶rWUH
WRXMRXUVPDMRULWDLUH/RUVTX¶LOH[LVWHXQHGLYHUJHQFHGHYXHVHQWUHOHVV\QGLFDWVHW

1
G. Simmel (1908), « Le conflit », Sociologie. Études sur les formes de la socialisation, Trad. L.
Deroche-Gurcel et S. Muller, Paris, PUF, Coll. « Sociologies », 1999.
2
E. C. Hughes (1951), « Le travail et le soi », Le regard sociologique. Essais choisis. Textes
rassemblés et présentés par Jean-Michel Chapoulie3DULVeGGHO¶(+(66S
3
/¶H[HPSOH OH SOXV VLJQLILFDWLI HVW GRQQp SDU O¶pSLVRGH GH OD QpJRFLDWLRQ GH OD FRQYHQWLRQ
collective du 1er janvier 2000, signée par la Fédération CGT des Banques / Assurances sur la base
GHV UpVXOWDWV G¶XQH FRQVXOWDWLRQ UpIpUHQGDLUH RUJDQLVpH DX QLYHDX GH OD EUDQFKH /H V\QGLFDW
UGICT avait également organisé une consultation, circonscrite aux salariés franciliens de BNP
Paribas et TXL G¶DSUqV VRQ 6HFUpWDLUH « Q¶D SDV GRQQp H[DFWHPHQW OH PrPH UpVXOWDW », ce qui a
SHUPLV GH MXVWLILHU DXSUqV GHV VDODULpV IUDQFLOLHQV O¶DYLV GpIDYRUDEOH GH VHV GpOpJXpV TXDQW j OD
signature de la convention collective.

166
sections CGT du territoire et les dirigeants du syndicat UGICT, il arrive pourtant
que ces derniers emportent la décision, comme ce fut le cas en 2006, à propos de
O¶LQWpUHVVHPHQW -XVTXH-Oj OHV GpOpJXpV GH OD &*7 Q¶DYDLHQW MDPDLV VLJQp DXFXQ
DFFRUG G¶HQWUHSULVH VXU OD TXHVWLRQ O¶pSDUJQH VDODULDOH PDOJUp XQH SDUWLFLSDWLRQ
active aux négociations16¶LOVDSSRVqUHQWOHXUSDUDSKHVXUO¶DFFRUGGDWpGXMXLQ
OHVPLOLWDQWVGHO¶8*,&7%133DULEDVÌOH-de-France, qui savent ± études à
O¶DSSXL ± TXH OHV FDGUHV \ VRQW IDYRUDEOHV PDLV DXVVL TX¶LO V¶DJLW Oj G¶XQ OHYLHU
pour pesHUVXUODVWUDWpJLHGHO¶HQWUHSULVHQ¶\IXUHQWSDVpWUDQJHUV :

« Je fais partie de ceux qui veulent un syndicat qui prend ses


UHVSRQVDELOLWpVGDQVODJHVWLRQ3DUH[HPSOHRQYLHQWGHVLJQHUO¶DFFRUG
VXUO¶LQWpUHVVHPHQW,O\DHXGpEDWHQWUHV\QGLFDWV«>«@,OQRXVVHPEOH
QRUPDOjQRXV8*,&7G¶DYRLUXQHUHGLVWULEXWLRQGHVEpQpILFHVSRXUOH
salarié. » (Didier Benoît, 49 ans, cadre, promotion interne, militant du
syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)
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/¶DFWLRQV\QGLFDOHVXUOHVOLHX[GHWUDYDLOHQTXrWpVV¶LQVFULWGDQVXQFDGUH
LQVWLWXWLRQQHOTXLQ¶HVWSDVUHPLVHQFDXVHHQWDQWTXHWHOOHVHQTXrWpVDJLVVDQWHQ
HIIHW VHORQ XQ SULQFLSH SUpVHUYHU OD YLDELOLWp j WHUPH GH O¶HQWUHSULVH &HWWH
SDUWLFLSDWLRQ FULWLTXH D SRXU FRQVpTXHQFH ORJLTXH O¶pQRQFp Ge revendications qui
discutent les choix dirigeants en matière de stratégie et de développement de
O¶DFWLYLWp/DSpUHQQLWpGHO¶LQVWLWXWLRQpWDQWHQMHXODVWUDWpJLHGHO¶HQWUHSULVHQH
VDXUDLWrWUHO¶DIIDLUH H[FOXVLYHGHV © gouvernements privés »2 des grands groupes
ILQDQFLHUV&¶HVWFHTX¶LOV¶DJLWGHYRLUPDLQWHQDQW

1
,QVWLWXW GH O¶(QWUHSULVH © LH GpYHORSSHPHQW GH O¶pSDUJQH VDODULDOH j %13 3DULEDV », Dialogue
VRFLDO HW SURJUqV VRFLDO GDQV O¶HQWUHSULVH, Entretiens Louis Legrand, Enseignants de Sciences
Économiques et Sociales ± Entreprises, octobre 2006.
2
M. Bauer et E. Cohen (1981), op. cit.

167
1.2) 5HYHQGLFDWLRQVGHSRXYRLUHWDFFqVjO¶LQIRUPDWLRQ

Dans le contexte de la crise économique de la fin des années 1970,


O¶8*,&7-CGT et la CFDT-FDGUHV TXL pWDLW DORUV O¶8&&-CFDT1) furent, au sein
GH OHXU &RQIpGpUDWLRQ OH IR\HU G¶XQ V\QGLFDOLVPH GH SURSRVLWLRQV pFRQRPLTXHV
G¶XQV\QGLFDOLVPHSUHQDQW « ses responsabilités dans la gestion » (Didier Benoît,
UGICT BNP Paribas Île-de-France). Dans les entreprises, le syndicalisme-cadres
se distingue historiquement du syndicalisme ouvrier par les enjeux dont il
V¶HPSDUHOHVTXHOVQHSURFqGHQWSDVGXVHXOUDSSRUWVDODULDO'qVOHVDQQpHV
les organisations syndicales qui se réclamaient du groupe-cadres, alors tout juste
reconnu au plan institutionnel, y esquissèrent en effet des pratiques revendicatives
« gestionnaires ª TXL DYDLHQW YRFDWLRQ j HPEUDVVHU O¶HQVHPEOH GHV SURFqV GH
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production2. Le degré de maîtrise des enjeux techniques de la production par les


catégories représentées légitimait cette orientation.
Le premier thème de la Résolution Générale du Congrès CFDT-cadres de
Nantes (2005) ne déroge pas à la tradition revendicative des cadres de la CFDT : il
prône de « nouvelles formes de gouvernance » des entreprises, « formes » devant,
selon les congressistes, revêtir une dimension non plus seulement économique et
financière, mais aussi sociale et environnementale ;

« La critique sociale du capitalisme suppose de nouvelles formes


G¶LQWHUYHQWLRQ V\QGLFDOH SOXV HQ DPRQW VXU OH WHUUDLn économique et
ILQDQFLHU >«@ ¬ XQH YLVLRQ UpGXLWH DX VHXO YROHW ILQDQFLHU GH OD
gouvernance, ce projet de Résolution Générale oppose une gouvernance
pFRQRPLTXH VRFLDOH HW HQYLURQQHPHQWDOH TXL LQWqJUH O¶HQVHPEOH GHV
parties prenantes : usagers et clients, salariés des entreprises donneurs
G¶RUGUHHWVRXV-traitantes, riverains, collectivité locales et citoyens. »3

/¶HQTXrWH Travail En Questions (TEQ), organisée en 2002 par la CFDT-cadres


auprès de six mille cinq cents cadres, syndiqués ou non, a servi de support à ce
projet de Résolution Générale. Cette enquête avait notamment mis en exergue le
fait que ces cadres entendaient, non pas à titre individuel mais par la médiation des
organisations syndicales, participer aux processus de décision économique, jouer

1
L¶8&&-CFDT est devenue CFDT-cadres en 2001.
2
G. Groux (1986), op. cit. Tome 2, /¶HVSDFHGHVDOOLDQFHV.
3
Source : Résolution Générale pp. 8-9, Congrès CFDT-cadres, Nantes, les 2, 3 et 4 juin 2005.

168
un rôle dans la détermination des orientations stratégiques de leur entreprise1. Les
UpVXOWDWVGpILQLWLIVGHFHWWHUHFKHUFKHRQWGRQQpOLHXjODSXEOLFDWLRQG¶XQRXYUDJH2,
auquel plusieurs chercheurs ont contribué. Parmi ces derniers, Guy Groux, qui
notHTXHFHWWHOpJLWLPLWpGHO¶LQWHUYHQWLRQV\QGLFDOHGDQVOHVSURFqVG¶pODERUDWLRQ
GHV GpFLVLRQV VWUDWpJLTXHV HW GHV PRGHV GH JHVWLRQ GH O¶HQWUHSULVH WUDGXLW XQ
rapport nouveau des cadres au syndicalisme, ceux-ci doutant habituellement des
capacités des syndicats en matière de gestion3. Les aspirations historiques du
syndicalisme-cadres trouveraient, en quelque sorte, un écho tardif auprès des
principaux intéressés.
/D VWUDWpJLH GH O¶HQWUHSULVH VD SROLWLTXH GH GpYHORSSHPHQW HW
G¶LQYHVWLVVHPHQW jSOXVRXPRins long terme, les effets du progrès technique sur
les conditions de travail et les termes selon lesquels ce travail est organisé sont des
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

préoccupations traversant toutes les structures syndicales observées. Le sens de


O¶DFWLRQV\QGLFDOHVXUOHOLHXGHWravail, participation peu ou prou contestataire à la
SpUHQQLWpGHO¶HQWUHSULVHV¶\DFFRPSDJQHWRXMRXUVGHUHYHQGLFDWLRQVTXLLQWqJUHQW
OHV TXHVWLRQV V\QGLFDOHV OHV SOXV WUDGLWLRQQHOOHV PDLV VDQV MDPDLV V¶\ UpGXLUH
4X¶LOV¶DJLVVHGHVPLOLWDQWVGHVVHFWLRns CFDT ou CGC des AGF, ou bien encore
des enquêtés du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-)UDQFH O¶HQWUHSULVH HVW
invariablement pensée comme un instrument économique susceptible de servir des
ILQV GLIIpUHQWHV VHORQ GHV PRGDOLWpV G¶RUJDQLVDWLRQ GLYHUVHV qui ne se résument
donc pas aux positions dirigeantes ± WHQXHVSRXUFKRL[SDUPLG¶DXWUHV3DUWRXWOD
justesse des orientations patronales est interrogée au nom de la position singulière
des cadres dans la division technique du travail et de leur rapport au savoir et à la
FRPSpWHQFH SURIHVVLRQQHOOH (QILQ OD ILJXUH GX FOLHQW HW j WUDYHUV HOOH O¶LQWpUrW
général) est mobilisée pour contester les logiques financières à court terme, qui
SUpVLGHQW j OD GpWHUPLQDWLRQ GHV VWUDWpJLHV pFRQRPLTXHV G¶HQWUHSULVHV Hn voie de
banalisation.

1
Source : CFDT, Enquête TEQ ± Cadres 2002. Premiers résultats. Document obtenu auprès du
Secrétariat National de la CFDT-cadres, avril 2005.
2
A. Karvar et L. Rouban (dir.), Les cadres au travail. Les nouvelles règles du jeu, Paris, La
Découverte, Coll. « Entreprise & Société », 2004.
3
G. Groux, « Les nouveaux enjeux du syndicalisme », A. Karvar et L. Rouban (2004), op. cit.

169
La formulation de revendications « gestionnaires » par les responsables
GHVRUJDQLVDWLRQVV\QGLFDOHVHQTXrWpHVUpSRQGG¶HQMHX[SURSUHVjFKDFXQHG¶HQWUH
HOOHV LQWpUHVVDQW O¶HQYLURQQHPHQW SURIHVVLRQQHO HW V\QGLFDO GDQV OHTXHO V¶Lnsère
O¶DFWLRQ FROOHFWLYH $X[ $*) OD &*& MRXLW G¶XQH DXGLHQFH pOHFWRUDOH SDUPL OHV
cadres nettement en deçà de celle dont les militants de la CFDT peuvent se flatter1,
HWVHVUHVSRQVDEOHVV¶HVWLPHQWWUqV WURS IDLEOHPHQWDXGLEOHV :

« La CFDT ici est touWHSXLVVDQWH«HWODORL)LOORQQ¶DUUDQJHULHQ&¶HVW


XQHERQQHORLPDLVOHSUREOqPHF¶HVWTXHGqVO¶LQVWDQWRXQV\QGLFDWD
ODPDMRULWpDEVROXHoDQHPDUFKHSOXVSDUFHTX¶LFLOD&)'7Q¶DEHVRLQ
GHSHUVRQQHVLOHVTXDWUHDXWUHVV\QGLFDWVpWDLHQWG¶DFFords pour signer
TXHOTXH FKRVH OD &)'7 VHXOH SRXUUDLW V¶\ RSSRVHU« HW SXLV OH
UHFHQWUDJH O¶D UHQGXH DWWUDFWLYH DXSUqV GHV FDGUHV DORUV TX¶DYDQW
O¶XVDJH YRXODLW TX¶XQ FDGUH TXL VH V\QGLTXH OH IDLW j OD &*& PDLV
O¶DPDOJDPH&*&FDGUHVDGLVSDUX » (Jean Luyat, CGC des AGF)
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Si « O¶DPDOJDPH &*&  FDGUHV a disparu », les militants de la CGC associent


QpDQPRLQV O¶pFRXWH GRQW LOV MXJHQW EpQpILFLHU DX[ $*) j FHOOH GRQW EpQpILFLHQW
WRXVOHVFDGUHVGHO¶HQWUHSULVHXQSHXFRPPHV¶LOVUHVWDLHQWOHVVHXOVOpJLWLmes à
les représenter. Ces militants revendiquent ainsi la « restauration du rôle de
O¶HQFDGUHPHQW »2. Cette « UHVWDXUDWLRQGXU{OHGHO¶HQFDGUHPHQW » a explicitement
WUDLWjXQHUHYHQGLFDWLRQKLVWRULTXHGHOD&*&O¶H[LJHQFHGH© concertation » avec
les cDGUHV SRXU O¶pODERUDWLRQ GHV GpFLVLRQV TXL HQJDJHQW O¶DYHQLU GH O¶HQWUHSULVH
VHORQOHVWHUPHVGHO¶DFFRUGLQWHU-professionnel de 1974 entre la CGC et le Conseil
National du Patronat Français (CNPF), lequel, de fait, ne fut jamais appliqué. Mais
le discours revendicatif de la CGC aux AGF prend surtout des accents évoquant
plus la condition salariale que les classes moyennes :

« En restant exclusivement sur les cadres, on courait à la catastrophe.


2Q D GRQF FKHUFKp j V¶RXYULU DX[ QRQ-cadres. » (Jean Luyat, CGC des
AGF)

1
$X[pOHFWLRQVSURIHVVLRQQHOOHV '3&( GHOD&)'7UHFXHLOODLWHQFRUHVXUO¶HQVHPEOHGX
territoire métropolitain, plus de 60 % des suffrages cadres, quand la CGC de Jean Luyat n¶HQ
obtenait que 23 % (Source : RH Groupe AGF).
2
Source : tract syndical, obtenu auprès de Jean Luyat. Parmi les communications de la CGC
UHFXHLOOLHVDX[$*)XQWUDFWUHWLHQWSDUWLFXOLqUHPHQWO¶DWWHQWLRQ/¶LOOXVWUDWLRQGHODUHYHQGLFDWLRQ
jO¶LQWpJUDWLon des cadres aux décisions stratégiques y est en effet significative : en trois cases de
EDQGH GHVVLQpH G¶XQH JUDQGH TXDOLWp JUDSKLTXH OHV PHPEUHV GX &RPLWp GH 'LUHFWLRQ VRQW
UHSUpVHQWpVVXUXQSLpGHVWDOHWV¶H[SULPHQWDLQVL : « maintenant que nous avons défini la stratégie
GH O¶HQWUHSULVH », « nous pourrions peut-rWUH GHPDQGHU j QRWUH DPL« » « «FH TX¶LO HQ SHQVH »
(troisième et dernière case : les membres du Comité se penchent, sourire narquois et cigare aux
OqYUHVYHUV/(FDGUHTXLOHVFRQVLGqUHG¶XQair las, désabusé).

170
/D&*&GH-HDQ/X\DW GpQRQFHO¶LQWpJUDWLRQjO¶pFKHOOHHXURSpHQQHGHO¶DFWLYLWp
des AGF et la rationalité actionnariale, eu égard à la détérioration des conditions
GH WUDYDLO HW G¶HPSORL TX¶HQJHQGUHUDLHQW O¶REMHFWLI GH GLPLQXWLRQ GHV IUDLV GH
gHVWLRQHWODSRVVLELOLWpLQGXLWHSDUODIRUPDWLRQG¶$OOLDQ]HQ Société Européenne
(Allianz SE), de déroger au droit social français. Autrement dit, à la CGC des
AGF, le rapport salarial prime sur les questions économiques :

« /¶DSSpWLW LQVDWLDEOH GH QRWUH actionnaire majoritaire va nous faire


SDVVHUGXVWDWXWGHVRFLpWpDQRQ\PHjFHOXLGHVRFLpWpHXURSpHQQH>«@
/D ILQDOLWp pFRQRPLTXH GH O¶RSpUDWLRQ UpVLGH DYDQW WRXW GDQV OD
SRVVLELOLWp GH IXVLRQ HW GH UHGpSORLHPHQW G¶DFWLYLWp j O¶pFKHOOH
européenne, voire de transfert de sièges sociaux. »1

$X[\HX[GHVPLOLWDQWVFpJpFLVWHVGHV$*)O¶HQWUHSULVHGRLWDLQVLUHGHYHQLUFHWWH
communauté de producteurs, irréductible « au cours de la Bourse et au dividende
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

versé »2.
/D&)'7GLVSRVHjO¶LQYHUVHGXSOXVJUDQGpouvoir local de négociation
aux AGF, en raison de sa qualité de syndicat majoritaire. Aux AGF, la CFDT
V¶LQVFULWGqVORUVGDQVXQHFRQILJXUDWLRQSUHVTXHUKpQDQHGHV\QGLFDOLVPH :

« Aux AGF, on a un tel poids que la direction ne peut rien faire sans
nouV6LO¶RQQHYHXWSDVG¶XQWUXFLOVQHOHSDVVHURQWSDV>«@2QDXQ
SRLGVLPPHQVHHWODGLUHFWLRQDEHVRLQGHQRXVLOVVDYHQWTXHV¶LOVIRQW
un truc tout seul, ils risquent des grèves, des salariés démotivés, des
démissions. » (Michèle Soher, syndicat ACTIF-CFDT)

Du fait de leur audience électorale, les militants des sections CFDT des AGF sont
SOXV DVVRFLpV jODSULVH GHGpFLVLRQGDQV O¶HQWUHSULVHTXHOHXUV KRPRORJXHV GHOD
&*&VHWURXYDQWGDQVO¶REOLJDWLRQVLQJXOLqUHGHMXVWLILHUOHVFKRL[GHOD'LUHFtion
DX[TXHOV OHXUV PDQGDQWV RQW VRXVFULW /¶RUJDQH GH FRPPXQLFDWLRQ FRPPXQ DX[
différentes sections syndicales CFDT des AGF, ,QIRUP¶DFWLRQ$*), témoigne en
WRXWFDVG¶XQLQWpUrWPDQLIHVWHSRUWpjODUHQWDELOLWpGHO¶HQWUHSULVH :

« Les réorganisations que QRXV DYRQV FRQQXHV MXVTX¶LFL DYDLHQW SRXU


objectif de permettre à notre entreprise de retrouver le chemin de la
UHQWDELOLWp HW WRXWH VD SODFH VXU OH PDUFKp GH O¶DVVXUDQFH &¶pWDLW

1
Source : Communication des sections syndicales CGC des AGF. Document obtenu auprès de
Jean Luyat, le 30 août 2005.
2
Jean-/XF &D]HWWHV &RQJUqV &RQIpGpUDO G¶,VV\-les-Moulineaux, novembre 2003. Compte-rendu
des actes du Congrès, recueilli sur le site Internet CGC.

171
QpFHVVDLUHF¶HVWIDLW ! Nous avons à présent besoin de stabilité pour faire
face aux nouveaux enjeux que sont le développement et la croissance. »1

&ODXGLQH7LYUHO &)'7 YLWDXVVLO¶DEVRUSWLRQFRPSOqWHGHV$*)SDU$OOLDQ]VXU


le registre de la « nécessité » économique, laquelle appelle alors la contribution
syndicale à la redéfLQLWLRQO¶« harmonisation » des normes et outils de gestion :

« >$OOLDQ]@F¶pWDLWVXUWRXWXQSDUWHQDLUHILQDQFLHU«PDLQWHQDQWLOVVRQW
SOXV SUpVHQWV SDUFH TX¶LO IDXW rWUH FRPSpWLWLI DX QLYHDX PRQGLDO
G¶DXWDQWSOXV TXHQRXV GHYHQRQV XQJURXSHHXURSpHQ >«@,OYDIDOORLU
KDUPRQLVHUOHVQRUPHVGHWUDYDLOTX¶LOV¶DJLVVHGHVQRUPHVFRPSWDEOHV
de procédures ou de gestion. Pour ça, ils ont besoin de nous. » (Claudine
Tivrel, section syndicale CFDT du siège des AGF)

'DQV FH FRQWH[WH O¶DFFqV j O¶LQIRUPDWLRQ est indispensable à la gestion quasi-


conjointe du changement, accès qui, précisément, constitue la principale
revendication des sections CFDT des AGF, en particulier celle du siège, où les
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

cadres sont majoritaires :

« 1RWUH SUHPLqUH UHYHQGLFDWLRQ F¶HVW GH connaître la politique de


GpYHORSSHPHQW GX 3UpVLGHQW HW OHV EXGJHWV TX¶LO HQWHQG \ FRQVDFUHU«
>«@ SRXU O¶LQVWDQW LO HVW pYLGHQW TXH QRXV PDQTXRQV GH JDUDQWLHV«
notre revendication porte sur la manière dont la Direction entend
procéder. On pourra alors se positionner et communiquer efficacement
DXSUqVGHVVDODULpVGHO¶HQWUHSULVH » (Claudine Tivrel, section syndicale
CFDT du siège des AGF)

/¶LPSOLFDWLRQGHVPLOLWDQWVGHOD&)'7GHV$*)SRXUIDYRULVHUOH« nécessaire »
GpYHORSSHPHQW pFRQRPLTXH GH O¶HQWUHSUise ne les empêche pas, évidemment, de
GpYHORSSHUHWGHGLIIXVHUOHXUSURSUHFRQFHSWLRQGHO¶HIILFDFLWpSURGXFWLYH 2. Mais,
VL O¶DPpOLRUDWLRQ GHV SHUIRUPDQFHV pFRQRPLTXHV HW ILQDQFLqUHV GH O¶HQWUHSULVH
apparaît « nécessaire » j FHV PLOLWDQWV F¶HVW TXH FHWWe amélioration conditionne
O¶pWDWGXUDSSRUWVDODULDO$XVVLOHVUHYHQGLFDWLRQVWUDLWDQWGHVUpPXQpUDWLRQVGHV
qualifications et des conditions de travail sont subordonnées aux problématiques
qui relèvent du pouvoir économique :

1
Source : ,QIRUP¶DFWLRQ $*) n°12, septembre 2005. Recueillie au siège des AGF en septembre
jO¶RFFDVLRQG¶XQHQWUHWLHQDYHFXQPLOLWDQWGX6\QGLFDWGHV(PSOR\pV0pFRQWHQWV 6'(0-
AGF).
2
Entre autres exemples : fin 200 OHV UpGDFWHXUV G¶XQ WUDFW UHFXHLOOL V¶LQTXLpWDQW DORUV GH
O¶pYROXWLRQ j FRXUW WHUPH GX FKLIIUH G¶DIIDLUHV GH O¶HQWUHSULVH HVWLPqUHQW « crucial » G¶DFFURvWUH
« la surface de vente et la qualité du service au client », ce qui nécessitait, selon eux, « la mise en
°XYUHGH moyens adéquats ».

172
« /¶DYHQLU GHV VDODULpV $GF, des salaires et des conditions de travail
dépend de la place des AGF dans le groupe Allianz, bien plus soucieux
des résultats financiers que du volet social. Notre stratégie de
développement et de croissance doit être efficace afin de nous permettre
de discuter comme il se doit de notre place dans la future société. »1

« Quand les dirigeants veulent faire quelque chose pouvant perturber le


FOLPDW VRFLDO LOV QRXV SUpYLHQQHQW G¶DERUG $SUqV RQ \ YD DYHF QRV
SURSRVLWLRQV6¶LOVpFRXWHQWQRVSURSRVLWLRQV on écoute les leurs. On peut
DORUV VLJQHU XQ DFFRUG HW H[SOLTXHU DX[ VDODULpV OHXU GLUH ³G¶DFFRUG
F¶HVWGpJXHXODVVHTX¶LOVDLHQWIHUPpOHVLWHPDLVF¶HVWIDLW(WQRXVDYRQV
obtenu ± MHGLVQ¶LPSRUWHTXRL± le paiement de la carte orange à plein
pot, uQHSULPHGHGpPpQDJHPHQW«´2QJqUHOHVRFLDOPDLVVDQVUHVWHU
VRXUGjODUpDOLWppFRQRPLTXHHQO¶pFRXWDQW » (Michèle Soher, syndicat
ACTIF-CFDT)

Le syndicat UGICT-CGT BNP Paribas Île-de-France développe aussi des


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

revendications de pouvoir, mais leur édiction se comprend, en premier lieu, dans


OHFRQWH[WHG¶XQHUHODWLRQFRQIOLFWXHOOHDYHFOHV\QGLFDW&*7%133DULEDVÌOH-de-
France. Ces deux syndicats sont indépendants, chacun est souverain sur son champ
de représentation2. Mais les militants du syndicat CGT briguent le soutien de la
Fédération CGT des Banques et des Assurances pour obtenir l'incorporation du
syndicat UGICT, invoquant le déficit de « lisibilité »3 du discours de la CGT à
BNP Paribas (en Île-de-France) ± déficit qui découlerait du fait que les deux
syndicats franciliens ne défendent pas toujours les mêmes positions. Les militants
GH O¶8*,&7 %13 3DULEDV ÌOH-de-)UDQFH VH WURXYHQW DLQVL GDQV O¶REOLJDWLRQ GH VH
distinguer, de façon à légitimer leur indépendance statutaire vis-à-vis du syndicat
&*7/¶H[SUHVVLRQUHYHQGLFDWLYHjFDUDFWqUH© gestionnaire » se lit ici comme une
stratégie de différenciation par rapport au syndicat CGT, qui implique de coller
aux aspirations attribuées aux « gradés ªHWVXUWRXWDX[FDGUHVGHO¶HQWUHSULVH :

1
Source H[WUDLWG¶XQWUDFWUHFXHLOOLILQDXVLqJHGHV$*)
2
En principe, les « gradés » et les « cadres » franciliens de BNP Paribas relèvent du syndicat
UGICT, les « employés » franciliens relevant du syndicat CGT. Chacun des deux syndicats a ses
statuts, déposés à la Préfecture, ses Délégués Syndicaux et ses organes directeurs : le Congrès
Syndical des adhérents, la Commission Exécutive élue par les congressistes et le Secrétariat du
syndicat, élu par la Commission Exécutive parmi ses membres. Affiliés à la Fédération CGT
Banque / Assurances, ces deux syndicats mandatent leur propre délégation pour les représenter aux
Congrès Fédéraux.
3
Selon les mots du Secrétaire du syndicat CGT BNP Paribas Île-de-France, invité au Congrès
6\QGLFDOGHO¶8*,&7%133DULEDVÌOH-de-France des 1er et 2 juin 2006.

173
« En tant que syndicat UGICT, on se doit de gagner les cadres à une
DXWUH ORJLTXH TXH FHOOH GH O¶HQWUHSULVH » (Martin Silvano, Congrès
Syndical UGICT BNP Paribas Île-de-France de juin 2006)

Les traditionnelles questions syndicales restent bien les thèmes privilégiés du


syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France1&HVTXHVWLRQVVRQWWRXWHIRLVO¶REMHW
G¶XQWUDLWHPHQWVSpFLILTXH2. Les positions revendicatives des militants du syndicat
UGICT BNP Paribas Île-de-France intéressent spécialement les mutations du sens
GHO¶activité bancaire, lesquelles peuvent se résumer à la fin de la nationalisation
GHO¶LQWHUPpGLDWLRQILQDQFLqUHGXFRQWU{OHDGPLQLVWUDWLIGHODPDVVHPRQpWDLUHHQ
circulation, et de la distinction entre les acteurs financiers, principalement entre
banquierV HW DVVXUHXUVHWHQWUHEDQTXHV G¶DIIDLUHV 3DULEDV  HW EDQTXHV GHGpS{WV
OD%13 /HGLVFRXUVGHVPLOLWDQWVGXV\QGLFDW8*,&7V¶DSSXLHWRXMRXUVVXUOHV
informations glanées au sein des instances de représentation du personnel, où
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

O¶LQYHVWLVVHPHQWPLOLWDQWYLVHO¶« accès à tout ce qui se passe » (Fernand Guérin,


UGICT), de manière à « informer les salariés » et à « intervenir pour peser sur
les décisions » :

« 3DUPRQSDUFRXUVV\QGLFDOM¶DLWRXMRXUVHXDFFqVjO¶LQIRUPDWLRQVXU
O¶HQWUHSULVH >«@ M¶HVVDLH WRXMRXUV G¶LQIRUPHU OHV VDODULpV GH IDLUH GHV
comptes-UHQGXV GH FH TXL YD VH SDVVHU« HQ FH PRPHQW OH SURMHW GH OD
GLUHFWLRQF¶HVW OD EDQTXHOLEUH-service, supprimer les guichets, en faire
GH VLPSOHV ]RQHV G¶DFFXHLO SRXU GRQQHU DX FRPPHUFLDO GX WHPSV SRur
FDSWHU OHV FOLHQWV UpVLGHQWLHOV >«@ /D ORJLTXH F¶HVW G¶DYRLU SOXV GH
FOLHQWVPDLVFHTX¶LOVDXURQWF¶HVWSOXVGHILOHVG¶DWWHQWHV &HQ¶HVWSDV
JpQpUDWHXUGHYDOHXUSRXUODEDQTXH«PDLVoDSRXUTXHOHVVDODULpVOH
GLVHQWLOIDXWTX¶LOVQRXVGRQQHnt le poids pour intervenir, peser sur les
GpFLVLRQV F¶HVW OHXU UHVSRQVDELOLWp » (Didier Benoît, syndicat UGICT
BNP Paribas Île-de-France)

Pour obtenir auprès des cadres le « poids » espéré, les militants du syndicat
8*,&7V¶DWWDFKHQWjSURGXLUHXQSURSRs revendicatif qui, à la différence de leurs
homologues du syndicat CGT Île-de-France, ne se réduit pas à la dénonciation des
pYROXWLRQV TXH FRQQDvW OH VHFWHXU EDQFDLUH ,OV V¶HVVDLHQW DX FRQWUDLUH j SUHQGUH

1
/HV LQWLWXOpV GHV SULQFLSDX[ JURXSHV GH WUDYDLO GpILQLV SDU OHV FRQJUHVVLVWHV O¶DWWHVWHQW :
« précarité », « salaires », « souffrance au travail »«
2
Le syndicat, sous la férule de Riccardo Pietro, a par exemple produit un dossier intéressant la
question du « stress au travail »pWD\pSDUGLYHUVWUDYDX[GHO¶$JHQFH(XURSpHQQHGHOD6pFXULWp
HWGHOD6DQWpDX7UDYDLOGHO¶,QVWLWXW1DWLRQDOGH5HFKHUFKHHWGH6pFXULté (INRS), des Synthèses
HW 'RVVLHUV GH OD 'LUHFWLRQ GH O¶$QLPDWLRQ GH OD 5HFKHUFKH GHV eWXGHV HW GHV 6WDWLVWLTXHV
'$5(6 RXHQFRUHGHV(QTXrWHVGHO¶,QVWLWXW1DWLRQDOGHOD6DQWpHWGHOD5HFKHUFKH0pGLFDOH
(INSERM).

174
DFWHGHVHIIHWVG¶K\VWpUqVHHQJHQGUpVSDUOHSURFHVVXVG¶LQWpJUDWLRQpFRQRPLTXHHW
financière :

« ,O IDXW TX¶j O¶8*,&7 RQ DLW XQ GLVFRXUV WHQDQW FRPSWH GHV UpDOLWpV
pFRQRPLTXHVWRXWHQGLVDQWDX[FDGUHVTX¶LOVVRQWGHVVDODULpVDYHFOHV
PrPHV SUREOqPHV TXH OHV DXWUHV RX SUHVTXH HW TX¶LOV PpULWHQW G¶rtre
pFRXWpV«SDUFHTXHOHVFDGUHVRQWGHVa priori VXUQRXVGXJHQUH³&*7
 3&´ RX ELHQ ³OD &*7 QH YHXW SDV GHV FDGUHV´ » (Riccardo Pietro,
syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

« 2Q GRLW PRQWUHU DX[ VDODULpV GH O¶HQWUHSULVH XQH DXWUH LPDJH GX
syndLFDOLVPHXQHLPDJHTXLQ¶HVWSDVFHOOHGXYLHX[TXLGLW³QRQ´HWTXL
fait grève avec sa banderole. Le syndicalisme a changé, les salariés
aussi ont changé. » (Florent Hérouet, 34 ans, cadre diplômé, syndicat
UGICT BNP Paribas Île-de-France)
« On doit faire en sorte de casser cette image qui nous colle, celle des
contestataires de service. On ne peut pas rester dans une position
QpJDWLYH RQ QH SHXW SDV VH VDWLVIDLUH G¶XQH SRVLWLRQ GH UpDFWLRQ SDU
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

rapport aux projets de la direction. Je crois au contraire TX¶LO IDXWTXH


QRXVGpYHORSSLRQVQRVSURSUHVSURMHWVTXHO¶RQSURSRVHXQPHVVDJHTXL
soit un message crédible. » (Bruno Baron, permanent syndical, Congrès
Syndical UGICT BNP Paribas Île-de-France de juin 2006)

La « crédibilité » du « message » suppose, selon les militants du syndicat UGICT


BNP Paribas Île-de-France, des vues économiques dépassionnées, intéressant la
EDQTXHPDLVHQGpSDVVDQWSDUIRLVOHVHXOFDGUHFLHWOjDJUpPHQWpHVG¶DQDO\VHVHW
HQTXrWHV VFLHQWLILTXHV HW  RX pPDQDQW G¶RUJDQLVPHV UpSXWpV : tract touchant au
GHJUpG¶HQGHWWHPHQWGHVPpQDJHVG¶DSUqVODSXEOLFDWLRQGHOD%DQTXHGH)UDQFH
sur les comptes annuels de la Nation ; contestation du caractère strictement
ILQDQFLHUGHO¶RSpUDWLRQG¶DFTXLVLWLRQSDU%133DULEDVDXSUHPLHUVHPHVWUH6,
de la majorité du capital de la Banca Nazionale del Lavoro (BNL) et revendication
V\QFKURQLTXH G¶XQ VXLYL HW G¶XQH pYDOXDWLRQ © concertés » du processus de
réorganisation de la banque italienne ; mise en cause du sens même de politiques
dirigeantes jugées propres à grever la viabilité de la banque, devenue tributaire des
vicissitudes boursières.
/RUVGX&RQJUqV6\QGLFDOGHO¶8*,&7%133DULEDVÌOH-de-France, les 1er
et 2 juin 2006, les militants présents constituèrent plusieurs groupes de travail à la
fonction typiquement « gestionnaire », car ayant eu pour objet « la construction de
contre-offensives, de contre-propositions » 0DUFHO &KDvOL  /HV PLOLWDQWV TXL V¶\
inscrivirent ou qui en furent désignés responsables par les participants au Congrès
étaient aussi, fréquemment, les cadres du syndicat. Riccardo Pietro, cadre du pôle

175
G¶DFWLYLWp %DQTXH GH )LQDQFHPHQW HW G¶,QYHVWLVVHPHQW %),  GHYHQX SHUPDQHQW
V\QGLFDO GDQV OHV DQQpHV  GHYDLW DLQVL V¶RFFXSHU GX JURXSH « économie »,
chargé de l'analyse des rpVXOWDWVpFRQRPLTXHVHWILQDQFLHUVGHO¶HQWUHSULVH$XUpOLD
$GLOPDUHW)HUQDQG*XpULQSULUHQWO¶LQLWLDWLYHGHODPLVHHQSODFHG¶XQJURXSHGH
WUDYDLOGpYROXjO¶pWXGHGXUDSSRUWHQWUHOHVVWUDWpJLHVGLULJHDQWHVHWO¶RUJDQLVDWLRQ
du travail. Ce groupe de trDYDLOGRQWODFUpDWLRQIXWDSSURXYpHjO¶XQDQLPLWpGHV
congressistes1 GHYDLW WUDLWHU OD TXHVWLRQ GH O¶LPSDFW GpTXDOLILDQW GHV SURJUqV
informatiques dans les services de back officeRODUDWLRQDOLVDWLRQGHO¶DFWLYLWp2
V¶DFFRPSDJQHG¶XQHRUJDQLVDWLRQGXtravail de type taylorien3.
Cette question du rapport entre progrès technique et déqualification du
travail, problématique séculaire du syndicalisme ayant, en particulier, structuré le
syndicalisme-cadres4 Q¶LUULJXH SDV VHXOHPHQW OH V\QGLFDW 8*,&7 %13 Paribas
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Île-de-)UDQFHFRQVWLWXDQWDXVVLO¶XQGHVSULQFLSDX[VXMHWVVXUOHVTXHOVWUDYDLOOHOH
responsable de la section CGC de la MACSF, Marc Legrand :

« En ce moment, je communique beaucoup sur le fait que notre travail


Q¶DSOXVG¶LQWpUrWLOQ¶\DPrPHSOXVEHVRLQGHVDYRLUFHTX¶LO\DGDQV
OHV FRQWUDWV TXH O¶RQ YHQG ! Une dizaine de personnes déterminent tout
SDU O¶LQIRUPDWLTXH DSUqV HOOHV IRQW GHVFHQGUH OH WUXF HW oD URXOH WRXW
seul ! Je me souviens, à mes débuts ici, quand je ne comprenais pas
quelque chose, je demandais aux cadres. Maintenant, ou les cadres ne
VDYHQWULHQRXELHQLOQ¶\DSOXVEHVRLQGHSRVHUGHVTXHVWLRQV«SDUFH
que ce ne sont plus que des procédures à respecter, touche 1, touche 3
etc. » (Marc Legrand, section syndicale CGC de la MACSF)

1
Et pour cause, la plupart des adhérents et militants présents au Congrès du syndicat étaient, à
O¶LPDJHGHODSRSXODWLRQDGKpUHQWHGHVWHFKQLFLHQQHVWUDYDLOODQWGDQVOHVback office parisiens.
2
Les activités de back office ont longtemps été disséminées sur le territoire national au gré de
O¶LPSODQWDWLRQJpRJUDSKLTXHGHVDJHQFHVUHOHYDQWDORUVVRLWG¶XQHVXFFXUVDOHVRLWGHO¶DJHQFHGH
la région ou du département dite « principale ». Depuis 2002, les back office sont concentrés en
*URXSHVGH3URGXFWLRQHWG¶$SSXL&RPPHUFLDO *3$& TXLsont au nombre de quatorze en 2005
(dont cinq à Paris). Les GPAC se décomposent à leur tour sur une base territoriale en Agences de
3URGXFWLRQ HW G¶$SSXL &RPPHUFLDO $3$& TXL VRQW SOXV GH TXDWUH-vingts en 2005, dont plus
G¶XQHWUHQWDLQHVLWXpVj3DULV /es APAC / GPAC sont organisés en centres opérationnels, encore
spécialisés par filière et par type de clientèle (particulier, entreprise, libéral). Ils sont placés sous
O¶DXWRULWp GX 'pSDUWHPHQW 3URGXFWLRQ $SSXL &RPPHUFLDO '3$&  TXL HVW UDWWDFKp j OD GLYision
Organisation Après Vente (OAV). Cette division relève de la Direction du pôle Banque De Détail
en France (BDDF).
3
V. Sauret, Neuf semaines chez BNP Paribas, Rapport entrant dans le cadre de stages en
entreprise des professeurs de sciences économiques et sociales, 2005.
4
G. Grunberg & R. Mouriaux, /¶XQLYHUVSROLWLTXHHWV\QGLFDOGHVFDGUHV, Presses de la Fondation
Nationale des Sciences Politiques, 1979.

176
/HVSURJUqVGHO¶LQIRUPDWLTXHGDQVODEDQTXH1 et les assurances ont été le support
G¶XQH FRPELQDLVRQ HQWUH GpFHQWUDOLVDWLRQ GX IRQFWLRQQHPHQW HW FHQWUDOLVDWLRQ GX
FRQWU{OHGpFRQFHQWUDWLRQGHO¶RUJDQLVDWLRQILOLDOLVDWLRQGHVDFWLYLWpVKRUVF°XUGH
PpWLHU HW FRQFHQWUDWLRQ GX SRXYRLU /¶DPpOLRUDWLRQ GHV WHFKQLTXHV ILQDQFLqUHV HW
G¶LQIRUPDWLRQDDXVVLUHQRXYHOpGXUDSSRUWjODILJXUHGXFOLHQWGHYHQXHYDULDEOH
FHQWUDOH GH OD GLIIpUHQFLDWLRQ FRPSpWLWLYH j ODTXHOOH LO V¶DJLW SOXV GH YHQGUH GHV
produits ILQDQFLHUVTXHGHFROOHFWHUO¶pSDUJQHRXG¶DFFRUGHUGHVSUrWV/HFOLHQWHVW
partout invoqué pour susciter la mobilisation des salariés, qui passait jadis par
O¶LQMRQFWLRQKLpUDUFKLTXH
/HVHQTXrWpVGHO¶8*,&7GHOD&)'7HWGHOD&*&VHVDLVLVVHQWGHFette
UpDOLWp SRXU IDLUH YDORLU XQH FRQFHSWLRQ FRQFXUUHQWH GH O¶HIILFDFLWp pFRQRPLTXH
DVVLVHVXUODTXDOLWpGXVHUYLFH DXFOLHQW SOXW{W TXHVXUO¶pYROXWLRQ GHOD FRWDWLRQ
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

actionnariale. Ces militants estiment que les priorités dirigeantes détériorent les
conditions de travail, détérioration qui, précisément, obère la qualité du service.
$XFRXUVGHO¶H[SRVpGHV RULHQWDWLRQV GX&RQJUqV 6\QGLFDO GHMXLQSRXUOD
mandature 2006-2008, le Secrétaire du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-
France, Marcel Chaîli, jugea impératif de critiquer les stratégies dirigeantes sur
OHXU SURSUH WHUUDLQ FHOXL GH OD UHQWDELOLWp F¶HVW-à-dire de ne pas limiter cette
critique aux seules conséquences sociales GHVSROLWLTXHVPLVHVHQ°XYUH :

« On dénonce les stratégies de rentabiOLWpILQDQFLqUHDXVVLSDUFHTX¶HOOHV


sont nuisibles pour la qualité du service aux clients, notamment les
clients entrepreneurs, avec la sélectivité du crédit. Il faut expliquer que
FHV SROLWLTXHV VH IRQW DXVVL VXU OH GRV GHV FOLHQWV« OHV PrPHV TXL VRQW
invoqués pour justifier tout ce qui se passe. Il faut faire des contre-
propositions qui en tiennent compte, démontrer que ces politiques ne sont
pas viables à terme, même dans une optique capitaliste et libérale. »
(Marcel Chaîli, Congrès Syndical UGICT BNP Paribas Île-de-France de
juin 2006)

Faire du syndicat une organisation « qui prend ses responsabilités dans


la gestion » (Didier Benoît, UGICT BNP Paribas Île-de-France) est un souci qui
transcende les différences historiques et idéologiques entre la CGT, la CFDT et la
&*& GqV ORUV TXH FHV RUJDQLVDWLRQV VXU OHV OLHX[ GH WUDYDLO V¶DGUHVVHQW DX[

1
J. Gadrey, « Flexibilité et professionnalisation du travail dans les services : des stratégies et des
modèles distincts », La professionnalisation des emplois tertiaires à prédominance féminine,
&RQIpUHQFHGHO¶2&'(

177
cadres et / ou sont dominées par cette catégorie de salariés. Par ailleurs, pour les
militants, le fait de ne pas pouvoir envisager de carrière hors de leur entreprise
implique la possession de compétences « spécifiques »1 QpHV G¶XQH FRQVFLHQFH
aiguë de ses mystères, mais difficilement « redéployables ª DX VHQV G¶2OLYHU
:LOOLDPVRQ &HVPLOLWDQWVVRQWLQWpUHVVpVjODJHVWLRQGHO¶HQWUHSULVH\© prennent
la parole »2GDQVODPHVXUHDXVVLRLOVSHXYHQWWUqVGLIILFLOHPHQWODTXLWWHUV¶HQ
séparer en quelque sorte.

1.3) La revendication du « droit de dire non »3 des cadres de la CFDT :


« droit G¶H[SUHVVLRQ » et « GURLWG¶RSSRVLWLRQ »

La participation des cadres militants à la viabilité de leur entreprise


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

interroge la pertinence des orientations gestionnaires et stratégiques de ses


dirigeants. La CGC, invoquant le professionnalisme et le sens des responsabilités
des cadres, revendique même leur droit (indLYLGXHO  GH UHJDUG VXU O¶pYROXWLRQ GH
O¶HQWUHSULVHHWOHVFKRL[VWUDWpJLTXHVGHVHVGLULJHDQWVG¶DXWDQWTXHO¶H[HUFLFHOR\DO
GH FH GURLW LQGLTXHUDLW DXVVL OHXU GHJUp G¶LPSOLFDWLRQ SURIHVVLRQQHOOH 4 /¶HQTXrWH
TEQ-CFDT (2002) a indiqué que les cadres interrRJpVV¶LOVDFFRUGDLHQWELHQXQH
certaine légitimité aux syndicats à exprimer, en leur nom, des revendications
LQWpUHVVDQWODVWUDWpJLHGHOHXUHQWUHSULVHVHVDWLVIDLVDLHQWG¶XQHVLWXDWLRQGHWUDYDLO
excluant leur participation ± à titre individuel ± à la définition de ces orientations
VWUDWpJLTXHV SRXUYX TXH O¶DXWRQRPLH UHODWLYH GDQV OHV DFWHV HW O¶RUJDQLVDWLRQ
WHPSRUHOOH GX WUDYDLO I€W SUpVHUYpH &¶HVW SRXUTXRL OD &)'7-cadres revendique
pour ces derniers, a contrario de la CGC et selon un modèle pour partie emprunté
jOD)RQFWLRQ3XEOLTXHODOpJLWLPDWLRQG¶XQGURLWLQGLYLGXHOjO¶« expression » sur
le lieu de travail. « Expression » portant « sur les missions qui leur sont confiées »,

1
O. Williamson, « The vertical integration of production: market failures considerations »,
American Economic Review n°61,1971. Cité par B. Coriat et O. Weinstein, Les nouvelles théories
GHO¶HQWUHSULVH, Librairie Générale de France, Coll. « Le Livre de Poche », 1995.
2
A. O. Hirschman (1970), Défection et prise de parole, Trad. C. Beysserias, Fayard, Coll.
« /¶HVSDFHGXSROLWLque », 1995.
3
Source : Résolution Générale, Congrès CFDT-cadres, Amiens, 2001.
4
Source : Le + syndical, « /LEHUWpVSRXUO¶HQFDGUHPHQW », janvier 2005.

178
à défaut de toucher aux choix stratégiques arrêtés par les dirigeants de
O¶HQWUHSULVH :

« Souvent écartés des choix stratégiques, les cadres demandent un


pouvoir réel sur les misions qui leur sont confiées. Ainsi, plus des trois
TXDUWVGHVFDGUHVRQWGpMjUHVVHQWLOHEHVRLQGHV¶RSSRVHUjXQHFRQVLJQH
de leurs supérieurs. [«@$YHFGHVFDGUHVLQWHUURJpVQRXVYRXORQV
TXHOHXUVRLWUHFRQQXXQGURLWG¶LQLWLDWLYHHWG¶RSSRVLWLRQ>«@ »1

La CFDT-FDGUHVQ¶H[LVWHTX¶DXQLYHDXGHOD&RQIpGpUDWLRQHQGHKRUVGHODTXHOOH
DXFXQH SDUWLFXODULWp Q¶HVW UHFRQQXH DX[ FDGUHV2. La structure CFDT qui organise
OHV FDGUHV TXL \ DGKqUHQW VH WLHQW j O¶pFDUW GHV OLHX[ GH WUDYDLO GHV V\QGLFDWV
professionnels territoriaux, ainsi que des structures fédérales et régionales inter-
professionnelles, au plan desquels tous les adhérents sont groupés sans distinction
catégorielle3. Rien ne garantit a priori que les revendications arrêtées par les
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

cadres CFDT réunis en Congrès résonnent sur les lieux de travail. La probabilité
TXH FH VRLW OH FDV VHPEOH HQ IDLW G¶DXWDQW SOXV pOHYpH TXH OH FRQWLQJHQW FDGUH
rHSUpVHQWH XQH SDUW LPSRUWDQWH GHV V\QGLTXpV GDQV O¶HQWUHSULVH RX OD EUDQFKH
FRQVLGpUpH&DUF¶HVWELHQODIRUFHGHVHIIHFWLIVFDGUHVDXVHLQGHVVHFWLRQV&)'7
GHV$*)LOOXVWUpHSDUO¶pOHFWLRQDX&RQJUqVGHOD&)'7-FDGUHVTXLV¶HVWWHQXj
Nantes en juin 2005, de Claudine Tivrel au Bureau National de la CFDT-cadres,
qui paraît devoir expliquer que les orientations votées en Congrès par les cadres de
la CFDT trouvent un écho significatif à la CFDT des AGF. Les militants de cette
entreprise y puisent indéniablement une large part de leur répertoire revendicatif.
/DFRQWULEXWLRQGHVFDGUHVGHV$*)jO¶HQTXrWHTEQ-CFDT ILWDLQVLO¶REMHWG¶XQ
traitement spécifique, duquel furent déduits des axes revendicatifs calqués sur
ceux de la CFDT-cadres :

« Reconnaître au[FDGUHVXQSRXYRLUUpHOXQGURLWG¶LQLWLDWLYH*DUDQWLU
XQH UHFRQQDLVVDQFH H[SOLFLWH GH OD FLWR\HQQHWp GDQV O¶HQWUHSULVH GURLW
G¶LQLWLDWLYHGURLWG¶H[SUHVVLRQGURLWG¶RSSRVLWLRQ  »4

1
Secrétaire Général de la CFDT-cadres, « Avant-propos », A. Karvar et L. Rouban (2004), op. cit.
2
Sources : Article 5bis des statuts confédéraux ; Article 1er des statuts de la CFDT-cadres. Voir
DXVVLODSUpVHQWDWLRQGHVWHUUDLQVG¶HQTXrWH
3
/HVHIIHWVGHFHFKRL[VWUXFWXUHOVRQWO¶REMHWGX&KDSLWUH9,± 2.1.
4
Source : /¶HQTXrWH7(4DX[$*) Document obtenu auprès de Claudine Tivrel, le 29 mars 2005.

179
Cette revendication, qui émerge des orientations décidées par les cadres
de la CFDT réunis en Congrès à Amiens (2001) et confirmées à Nantes (2005),
V¶LQVFULWGDQVXQFDGUHSOXVODUJHFHOXLG¶XQHFRQWUDFWXDOLVDWLRQSOXVIRUPHOOHGX
rapport entre le cadre et son employeur. Ce rapport, dans le contexte des « dérives
du capitalisme financier »1 QH SHXW SOXV SURFpGHU GH O¶KDELWXHO UDSSRUW GH
FRQILDQFH/HU{OHGXV\QGLFDWG¶DSUqVOHVFRQJUHVVLVWHVQ¶HVWSDVGHV¶RSSRVHUj
O¶LQGLYLGXDOLVDWLRQ GH OD UHODWLRQ G¶HPSORL TX¶LOV WLHQQHQW SRXU IDFWHXU GH OD
« reconnaissance personnelle »2 GHV FDGUHV PDLV G¶DVVXUHU O¶H[LVWHQFH GH UqJOHV
FROOHFWLYHV HW QpJRFLpHV DX VHLQ GHVTXHOOHV FHWWH LQGLYLGXDOLVDWLRQ SHXW V¶LQVpUHU
&HVUqJOHVHQFKkVVDQWO¶LQGLYLGXDOLVDWLRQGRLYHQWMXVWHPHQWVHORQOHVFDGUHVGHOD
CFDT, « LQWpJUHU O¶pWKLTXH Sersonnelle et la déontologie professionnelle » du
cadre3.
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Le « GURLW G¶H[SUHVVLRQ », revendiqué « au nom de la responsabilité


professionnelle »4 des cadres et idéalement objet de contractualisation, constitue
une réponse contingente au problème de « la fragilité du contrat de cadre »5 : ce
GURLW FRQWHVWH O¶LGpH VHORQ ODTXHOOH OH FDGUH GRLW rWUH HQ WRXWHV FLUFRQVWDQFHV
« VROLGDLUHGHO¶HPSOR\HXU »6.
La jurisprudence du travail, en effet, distingua très tôt les cadres de tous
les autres salariés. La lo\DXWpjO¶pJDUGGHO¶HPSOR\HXUHWO¶LPSOLFDWLRQSHUVRQQHOOH
GDQVO¶DFWLYLWpSURIHVVLRQQHOOHIXUHQWDLQVLORQJWHPSVH[LJpHVGHVVHXOVFDGUHVHQ
UDLVRQ GH OHXU TXDOLWp GH UpFLSLHQGDLUH G¶XQH SDUFHOOH GH SRXYRLU HW G¶DXWRULWp
GpOpJXpH GDQV O¶HQWUHSULVH &¶HVt bien cette délégation qui, traditionnellement,
HPSrFKHGHUpGXLUHODUHODWLRQG¶HPSORLFDGUHDX[VHXOVWHUPHVIRUPHOVGXFRQWUDW
GHWUDYDLO6¶\DMRXWHXQHQJDJHPHQWGHFRQILDQFHPXWXHOOHHQWUHOHFDGUHHWVRQ
employeur, légitimant une acception juridique très souple de la subordination.

1
M. Aglietta et A. Rébérioux, Les dérives du capitalisme financier, Albin Michel, 2004.
2
Source : Résolution Générale, Congrès CFDT-cadres, Amiens, 2001.
3
Source : Idem.
4
Secrétaire Général de la CFDT-cadres, « Introduction », A. Karvar et L. Rouban (2004), op. cit.
5
J. R. Bonneau, « La fragilité du contrat cadre », Revue des affaires sociales, juillet-septembre
1977.
6
P. Durand, Traité de droit du travail Tome 2, Paris, 1950. Cité par J. R. Bonneau, art. cit.

180
« La fragilité du contrat de cadre » procède de cette personnalisation du rapport
G¶HPSORL ODTXHOOH DXWRULVDLW DYDQW SURPXOJDWLRQ GH OD ORL GX  MXLOOHW  OH
licenciement du cadre à la discrétion de son employeur, alors réputé « seul
juge GHVLQWpUrWVGHO¶HQWUHSULVH »1.
8QFDGUHSHXWWRXMRXUVrWUHOLFHQFLpVLjWRUWRXjUDLVRQO¶HPSOR\HXUQ¶D
SOXV FRQILDQFH HQ OXL /D UXSWXUH GH FHWWH FRQILDQFH SHXW HQFRUH QDvWUH G¶XQH
FLUFRQVSHFWLRQRXYHUWHPHQWH[SULPpHjO¶pgard des choix de gestion opérés par les
dirigeants de son entreprise. Pour cette raison, la CFDT-cadres juge nécessaire la
reconnaissance de la « citoyenneté » GDQVO¶HQWUHSULVHODILQG¶XQHFRQGLWLRQQpR-
VHUYLOHVLJQLILDQWO¶H[LJHQFHG¶XQ« loyalisme aveugle »2 jO¶pJDUGGHVLQMRQFWLRQV
hiérarchiques. Les cadres de la CFDT revendiquent donc « le droit de dire non »,
a fortiori VL FHV LQMRQFWLRQV KHXUWHQW O¶LQWpUrW SXEOLF RX SLV VRQW LOOpJDOHV : son
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

acception la plus aboutie est celle du « GURLW G¶DOHUWH » en cas de situation


« FRQWUDLUHjO¶RUGUHSXEOLF ou jODSpUHQQLWpGHO¶HQWUHSULVH », droit qui suppose,
selon la CFDT, une protection par la loi du salarié « ayant signalé des crimes et
délits »31XOGRXWHTXH)HUQDQG*XpULQPLOLWDQWGHO¶8*,&7%133aribas Île-de-
France « transfuge » de la CFDT, aurait apprécié cette revendication, lui qui, jadis,
ORUVTX¶LOpWDLWHQFRUHHQSRVWHjOD'LUHFWLRQ7HUULWRULDOHGHVDJHQFHVQDQWDLVHVGH
la BNP, pâtit de sa dénonciation des concussions de sa hiérarchie :

« J¶DYDLV GpFRXYHUW XQH FDLVVH QRLUH DX QLYHDX GH OD GLUHFWLRQ GH PRQ
JURXSH-¶HQDL SDUOpHWRQP¶DIDLW FRPSUHQGUHTX¶LO IDOODLWTXHMHPH
WDLVH -¶DL pFULW j OD 'LUHFWLRQ *pQpUDOH HQ GLVDQW TXH O¶RQ QH SRXYDLW
SDVWROpUHUGHSDUHLOOHVFKRVHV>«@'DQVFes cas-OjOHSOXVVLPSOHF¶HVW
GHIDLUHSDUWLUOHVJrQHXUV/¶LQVSHFWHXUGXWUDYDLOP¶DYDLWPrPHGLW³RQ
veut vous faire jouer le rôle de Jacques Glassmann4´ )LQDOHPHQWM¶DL
pWp PXWp HW DYHF XQH DXJPHQWDWLRQ TXL SOXV HVW  0DLV M¶DYDLV PLV OD
CFDT daQVOHFRXSSDUFHTX¶LOIDXWVDYRLUVHERUGHUGDQVFHVFDV-là. »
(Fernand Guérin, syndicat UGICT BNP Paribas)

1
A. Le Bayon, 1RWLRQHWVWDWXWMXULGLTXHGHVFDGUHVGDQVO¶HQWUHSULVHSULYpH, LGDJ, Bibliothèque
G¶RXYUDJHVGHGURLWVRFLDO7;,,,3DULV&LWpSDU-5%RQQHDXart. cit.
2
Source : Résolution Générale, Congrès CFDT-cadres, Amiens, 2001.
3
Source : Résolution Générale, Congrès CFDT-cadres, Nantes, juin 2005.
4
)RRWEDOOHXUIUDQoDLVTXLORUVTX¶LOpYROXDLWDXFOXEGH9DOHQFLHQQHVHQDYDLWGpQRQFpXQH
WHQWDWLYH GH FRUUXSWLRQ pPDQDQW GX FOXE GH 0DUVHLOOH TX¶LO GHYDLW DIIUonter quelques jours plus
WDUGHWGRQWOH3UpVLGHQWpWDLWDORUV%HUQDUG7DSLH$SUqVFHWpSLVRGH-DFTXHV*ODVVPDQQQ¶DSOXV
jamais retrouvé de club professionnel.

181
2) /DUHSURGXFWLRQG¶XQHIRUPHG¶HQWUDLGH

À proportion de la banalisation des entreprises des banques et des


assurances en institutions finanFLqUHV SDUPL G¶DXWUHV PXHV SDU XQH ORJLTXH
strictement commerciale, les professions ont entrepris de « moderniser » le rapport
G¶HPSORL /H FKDQJHPHQW FRQYHQWLRQQHO DX VHLQ GX VHFWHXU GHV DVVXUDQFHV V¶HVW
même effectué selon une « logique compétence » si poussée que la convention
collective du secteur a désormais valeur « paradigmatique » en sociologie des
relations professionnelles1WLWUHTXHPpULWHDXVVLO¶RUGUHFRQYHQWLRQQHOGXVHFWHXU
bancaire.
/D SHUVRQQDOLVDWLRQ GH OD UHODWLRQ G¶HPSORL OH U{OH pminent de la
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KLpUDUFKLHGLUHFWHGDQVO¶pYDOXDWLRQGXWUDYDLOHWGXWUDYDLOOHXUHWODGpYDORULVDWLRQ
de la conception traditionnelle des carrières, sont les conséquences majeures de
FHWWH pYROXWLRQ GHV WHUPHV GH O¶pFKDQJH VDODULDO (OOHV SURGXLVHQW GHX[ DLUes
G¶LQWHUYHQWLRQV\QGLFDOHODUpVROXWLRQGHVFRQIOLWVHQWUHOHFDGUHHWVRQVXSpULHXU
hiérarchique direct (avancement, promotion, augmentation, reclassement), qui se
GRXEOHG¶XQHDFWLYLWpGHFRQVHLOHQPDWLqUHGHSODFHPHQW sur le marché du travail
de la branche ODUHYHQGLFDWLRQG¶XQHSUpVHUYDWLRQGX© quant à soi »2 du cadre en
dehors du temps de travail, qui signifie, de même que le « GURLWG¶H[SUHVVLRQ », la
FRQWHVWDWLRQG¶XQHWHQGDQFHjODSHUVRQQDOLVDWLRQGHODVXERUGLQDWLRQ

2.1) Régler les rapports conflictuels à la hiérarchie directe

/HV WHUPHV GH O¶pFKDQJH VDODULDO IRUPDOLVp GDQV OHV FRQYHQWLRQV


collectives de la Banque (2000) et des Assurances (1992) reflètent une volonté
G¶DVVRFLHU OH VDODULp DX GHVWLQ GH O¶RUJDQLVDWLRQ SURGXFWLYH GH V¶Dssurer son
FRQFRXUV SHUVRQQHO /¶LQVWDELOLWp GX PDUFKp HW OD GLIILFXOWp VRXV-jacente à cette
instabilité à prescrire le travail, la différenciation de la demande et les innovations
technologiques devant en autoriser la maîtrise, appellent des capacités
1
Voir, entre autres : A. Jobert et M. Tallard, « Diplômes et certifications de branche dans les
conventions collectives », Formation Emploi n°52, 1995.
2
A. Supiot (1994), op. cit.

182
professionnelles plus autonomes et, en même temps, évolutives. En particulier, la
convention collective du secteur bancaire opère un distinguo entre qualification et
compétence. La première désigne les savoirs et savoir-faire, les capacités
professionnelles fRUPHOOHV TXH FKDTXH VDODULp HVW SUpVXPp GpWHQLU G¶DSUqV VRQ
expérience ou son niveau de diplôme. La seconde est la preuve apportée par le
salarié de sa capacité à combiner ses savoirs et savoir-faire supposés, à se
comporter au travail aussi (surtout), en YXH G¶REWHQLU XQ UpVXOWDW RSpUDWRLUH SRXU
O¶HQWUHSULVH FRQGLWLRQ GH VD UHFRQQDLVVDQFH HQ TXDOLILFDWLRQ1. À rebours du sens
historique de la construction du système français des relations professionnelles,
F¶HVWELHQODFRPSpWHQFHTXLHVWLFLO¶DSSHOODWLRQFRQWU{OpH SDUO¶HQWUHSULVH G¶XQH
TXDOLILFDWLRQFHQ¶HVWSOXVO¶LQYHUVH2.
À BNP Paribas, comme aux AGF, la qualification renvoie moins à la
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WkFKHHWDX[PR\HQVSRXUODUpDOLVHUTX¶jXQREMHFWLIDVVLJQpjXQJURXSHGHWUDYDLO
dans lequel se fondent deV FDSDFLWpV LQGLYLGXHOOHV GH WUDYDLO /D FRPSpWHQFH V¶\
évalue hic et nuncUHOqYHG¶XQHVLWXDWLRQGHWUDYDLOLUUpGXFWLEOHjWRXWHGpILQLWLRQ
préalable de procédures standardisées : être compétent, dans ces secteurs
G¶DFWLYLWp F¶HVW VDYRLU VDYRLU IDLUH HW VDYRLU rWUH HQ VLWXDWLRQ G¶DEVHQFH GH
prescription préalable3 'DQV FH FRQWH[WH O¶pYDOXDWLRQ KLpUDUFKLTXH GHYLHQW
FHQWUDOHHWOHVVDODULpVVRQWpYDOXpVVXUOHXUFDSDFLWpjV¶DSSURSULHUOHXUVLWXDWLRQ
de travail, contingente :

« /¶HQWUHWLHQ LQGLYLGXHO Dnnuel a lieu en principe avec le responsable


KLpUDUFKLTXHLPPpGLDW ¬O¶LVVXHGHFHWHQWUHWLHQOHVDODULpHVWLQIRUPp
GH IDoRQ SUpFLVH HW SHUVRQQDOLVpH GH O¶DSSUpFLDWLRQ SRUWpH VXU VD
FRQWULEXWLRQ j OD PDUFKH GH O¶HQWUHSULVH » (Convention Collective des
Assurances, Article 77)

« /HV VDODULpV SRXUURQW EpQpILFLHU G¶XQH DXJPHQWDWLRQ LQGLYLGXHOOH VXU


O¶LQLWLDWLYHGHOHXUKLpUDUFKLHHQUHFRQQDLVVDQFHGHOHXUVFRPSpWHQFHVHW
de leurs performances individuelles. » (Classification ± Reconnaissance
AGF, RH Groupe)

La rupture intervenue quant au rapport à la promotion interne et à la


formation continue reste encore à dévoiler pour comprendre les « doléances »
1
Source : Convention collective (1er janvier 2000), « Gestion des Ressources Humaines », Annexe
III au titre IV.
2
J. Fombonne, 3HUVRQQHO HW '5+ /¶DIILUPDWLRQ GH la fonction Personnel (France, 1830-1990),
Vuibert, 2001.
3
D. Segrestin, Les chantiers du manager, Paris, Armand Colin, 2004.

183
individuelles (Fernand Guérin, UGICT BNP Paribas Île-de-France) dont les
syndicalistes enquêtés se font leV pFKRV VXU OHV OLHX[ GH WUDYDLO /¶DFFURLVVHPHQW
continu du taux de diplômés du supérieur parmi les différentes catégories de
cadres indique une articulation chaque fois nouvelle entre les contenus des tâches
FRQVWLWXWLYHVG¶XQSRVWHGHWUDYDLOSDUWLFXOLHr et les capacités individuelles requises
SRXU V¶HQ DFTXLWWHU 'DQV OD %DQTXH HW OHV $VVXUDQFHV OH UDMHXQLVVHPHQW G¶XQH
S\UDPLGHGHVkJHVYLHLOOLVVDQWHHWO¶HQWUpHGHFRKRUWHVWRXMRXUVSOXVQRPEUHXVHVHW
variées de diplômés du supérieur sur le marché interne du travail se conjuguent
pour accroître les exigences en termes de certifications requises a priori pour
occuper un emploi1. Le diplôme acquis en formation initiale constitue aussi
O¶pOpPHQW OH SOXV REMHFWLI DWWHVWDQW a priori des capacités réflexives permettant
O¶DSSURSULDWLRQ SHUVRQQHOOH GHV WkFKHV O¶DGDSWDWLRQ UDSLGH DX FKDQJHPHQW HW j
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O¶LQQRYDWLRQ TXL IRQW OH TXRWLGLHQ GX FDGUH DX WUDYDLO /D IRUPDWLRQ FRQWLQXH D
DORUV PRLQV YRFDWLRQ j SHUPHWWUH O¶pYROXWLRQ GX VDODULp GDQV OD KLpUDUFKLH GHV
emplois que de favoriser sa réactivité aux changements (tant techniques que
relevant de la sphère financière) et sa polyvalence à emploi donné2.

Ce panorama conventionnel explique en grande partie les pratiques à


vocation « assurantielle »3 PLVHVHQ°XYUHSDUtoutes les organisations syndicales
étudiées. Toutes ont mis en place une permanence, plus ou moins organisée et
formelle, dédiée à cette activité devenue le quotidien du militant et / ou du
SHUPDQHQWV\QGLFDO'¶XQHFHUWDLQHPDQLqUHOHFDUDFWqUHVWULFWHPent individuel du
rapport hiérarchique et la remise en cause de la tradition de promotion interne
démultiplient les tensions potentielles entre le cadre et sa hiérarchie directe :
SURPRWLRQV HW DYDQFHPHQWV EORTXpV DXJPHQWDWLRQV UHIXVpHV QpJRFLDWLRQ G¶XQ
UHFODVVHPHQW«&HVFRQIOLWVVRQWDXWDQWGHUDLVRQVSRXUXQFDGUHG¶DOOHUIUDSSHUj
ODSRUWHGXORFDOV\QGLFDORXG¶HQVROOLFLWHUOHVGpOpJXpV

1
/¶RFFXSDWLRQG¶XQSRVWHGHFDGUHUHTXLHUWGpVRUPDLVODGpWHQWLRQGHFHUWLILFDWLRQVGHQLYHDX%DF
GHVRUWHTX¶LOHVWPRLQVnécessaire de détenir un diplôme bancaire.
2
C. Bruniaux, eYROXWLRQ GH O¶HPSORL HW GHV TXDOLILFDWLRQV GDQV OH VHFWHXU EDQFDLUH, Rapport de
synthèse établi à partir de rapports nationaux (Espagne, Italie, Royaume-Uni, Allemagne, France)
pour le Zentrum für Sozialforschung Halle, 2001.
3
Selon les propos laudateurs du Délégué Syndical Central CGT de BNP Paribas, invité au
Congrès du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France de juin 2006.

184
« Les jeunes, ça peut être un problème de rémunération. Les moins
MHXQHV TX¶RQ OHXU SUHQQH OHXU SODFH HW OHV DXWUHV OHV YLHX[ TXH O¶RQ
SODFDUGLVH F¶HVW XQ GpFRXUDJHPHQW >«@&¶HVW GH SOXV HQ SOXV GXU TXH
OHVWHFKQLFLHQVGHYLHQQHQW FDGUHVDYHFO¶DUULYpH GHFDGUHVGLSO{PpV oD
FUpp XQH VRUWH GH EDUULqUH oD HPSrFKH O¶DVFHQVHXU VRFLDO >«@ ,O IDXW
bien les défendre FHV VDODULpV«M¶LQWHUYLHQV UpJXOLqUHPHQW SRXU DVVLVWHU
des salariés individuellement. » (Riccardo Pietro, syndicat UGICT BNP
Paribas Île-de-France)

« 7DQWTXHoDYDELHQWDQWTX¶LOVVRQWUHFRQQXVLOVQ¶RQWDXFXQHUDLVRQ
de venir nous voir. Par contre, quand ils commencent à avoir des
problèmes, là ils viennent  ,OV FRPPHQFHQW j VHQWLU TX¶LOV QH VRQW SOXV
³ERRVWpV´RQFRPPHQFHjOHXUGLUHTX¶LOV QHFRUUHVSRQGHQW SOXV jFH
TX¶RQDWWHQGG¶HX[&HX[TXLYLHQQHQWKpODVVRQWFHX[TXLFRQQDLVVHQW
des problèmes ou ceux qui commencent à être des quinquagénaires, des
seniors qui ne progressent plus. » (Jean Luyat, CGC des AGF)

Le syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-)UDQFHDDGRSWpG¶DVVH]ORQJXHGDWHGHV


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

pratiques syndicales dites de « proximité » F¶HVW-à-dire des pratiques de défense


individualisée du « gradé ª RX GX FDGUH V¶HVWLPDQW HQ SURLH j TXHOTXH LQMXVWLFH
professionnelle :

« On fait du syndicalisme de proximité, de prise en charge des


problèmes que rencontrent quotidiennement les salariés, avec eux, en
allant au concret. » (Marcel Chaîli, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-
France)

« «RQIDLWVXUWRXWGHO¶LQGLYLGXHORQHVWXQHSHWLWHERXWLTXH>«@7RXV
OHVMRXUVMHUHoRLVOHVGROpDQFHVGHVVDODULpVHWM¶HVVDLHGHUpVRXGUHOHXUV
SUREOqPHV« 4XDQG MH SDVVe, les gens me posent des questions et
M¶HVVDLHGHOHXUUpSRQGUH&¶HVWGHODSUR[LPLWpWRXWOHPRQGHVHFRQQDvW
0DLV ERQ F¶HVW XQ PLOLHX SDUWLFXOLHU XQ PLOLHX WRWDOHPHQW FDGUH »
(Fernand Guérin, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

/HFDVG¶,UqQe Pasquale, technicienne de trente-neuf ans issue de Paribas, est une


illustration caractéristique de cette « proximité » du syndicat UGICT BNP Paribas
Île-de-France. Irène, alors technicienne classe 3 (grade 2), était en congé maternité
pendant les épisodes de la fusion entre la BNP et Paribas et de la négociation de la
QRXYHOOHFRQYHQWLRQFROOHFWLYHPDLVHOOHDYDLWMXVTX¶DORUVFRQQXXQHSURJUHVVLRQ
continue en termes de grade et de salaire. À son retour de congé, Irène constate
G¶HPEOpH TXH « tout a changé » : les avantages salariaux de Paribas ont disparu,
OHV FRQGLWLRQV GH WUDYDLO VH VRQW GpJUDGpHV HW OD SUHVVLRQ VXU OHV VDODULpV V¶HVW
DFFUXH/HSHUVRQQHOHVWSULYpG¶LQIRUPDWLRQVHWTXLSOXVHVWVHYRLWWRXMRXUVSOXV
contraint par les objectifs imposés. La pression hiérarchique, les injonctions à la

185
performance en ont, affirme-t-elle, « HVVRUpSOXVG¶XQ ». Mais, si Irène Pasquale se
UHWURXYH GDQV XQ HQYLURQQHPHQW SURIHVVLRQQHO TX¶HOOH HVWLPH FKDPERXOp F¶HVW
surtout son investissement « indiscutable » GDQV OHWUDYDLOTXL G¶DSUqV HOOHQ¶HVW
SOXVDXVVLUHFRQQXTX¶LOO¶DYDLWpWpGXWHPSVGH3DULEDV

« -¶DL EHDXFRXS WUDYDLOOp F¶HVW LQGLVFXWDEOH M¶pWDLV j WHPSV SDUWLHO MH


GHYDLV P¶RFFXSHU GH PRQ ILOV TXL HQ SOXV DYDLW GHV SUREOqPHV GH VDQWp
mais, grâcH j PD IDPLOOH MH Q¶DL MDPDLV SULV PHV FRQJpV ³HQIDQWV
PDODGHV´ DORUV TXH M¶DXUDLV SX -H PH VXLV pQRUPpPHQW LQYHVWLH PDLV
sans que ce soit reconnu  GHSXLV  MH Q¶DL pWp DXJPHQWpH TX¶XQH
IRLV o¶D pWp TXDQG MXVWHPHQW OD &*7 HVW LQWHUYHQXH HQ PD IDveur ! »
(Irène Pasquale, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

6XU OHV FRQVHLOV G¶XQ FROOqJXH GH WUDYDLO ,UqQH V¶HVW WRXUQpH YHUV OH V\QGLFDW
UGICT pour se voir représentée à la Commission des Recours, commission aux
attributs conventionnels au sein de laquelle syndicalistes et DRH reconsidèrent les
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

pYROXWLRQVGHFDUULqUHHWGHUpPXQpUDWLRQGHVVDODULpVO¶D\DQWVDLVLH/H6HFUpWDLUH
du syndicat UGICT, Marcel Chaîli, a alors pris en charge son dossier, lui obtenant
le grade 3 de son niveau de qualification et la majoration monétaire concomitante :

« 2Q V¶HVW RFFXSp GH VRQ FDV HOOH DYDLW XQH SURPRWLRQ EORTXpH M¶DL
GpEORTXp OD VLWXDWLRQ HW HOOH PH GLVDLW TX¶j IRUFH OHV SDWURQV QRXV
feraient tous devenir communistes  3DUFH TX¶HOOH YR\DLW TX¶HOOH IDLVDLt
ELHQ VRQ ERXORW PDLV TXH FH Q¶pWDLW SDV UHFRQQX » (Marcel Chaîli,
syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

Le syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France ne différencie pas les


non-syndiqués des syndiqués, défend tout le monde sans exception. Quoi que dise,
SHQVH RX IDVVH OH VDODULp HQ TXHVWLRQ FH GHUQLHU HVW WRXMRXUV VXVFHSWLEOH G¶rWUH
appuyé par le syndicat UGICT. Il semble en aller de même à la CGC des
$VVXUDQFHV /D SULVH HQ FKDUJH LQGLYLGXHOOH G¶XQ VDODULp j SUREOqPH V¶\ HQWHQG
chaque fois, comme la prérogative du « rôle », et même du « devoir » (Viviane
Giordano, UGICT BNP Paribas Île-de-France) du Délégué du Personnel (DP),
FRPPHOHVHQTXrWpVGHO¶8*,&7HWGHOD&*&HQFRQoRLYHQWO¶pWKLTXH :

« Quand on est délégué du personnel, on doit défendre tous les salariés,


VDQVGLVWLQFWLRQ>«@F¶HVWOHU{OHGHVV\QGLFDWV2QOHIDLWSDUFHTX¶RQHVW
délégué du personnel. » (Riccardo Pietro, syndicat UGICT BNP Paribas
Île-de-France)

186
« 4XDQG XQ VDODULp QRXV DSSHOOH RQ QH YD SDV OXL GLUH QRQ«RQ QH YD
jamaiVGLUHjTXHOTX¶XQ³WXQ¶HVSDVV\QGLTXpRQQHYHXWSDVGHWRL´ »
(Marcel Chaîli, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

« &HX[TXLYLHQQHQWQRXVYRLUVRQWGHVFDGUHVTXLIDLVDLHQWWRXWFHTX¶RQ
OHXU GLVDLW HW TXL VRQW HQVXLWH SODFDUGLVpV« Oj LOV Yiennent et tiennent
WrWH j OHXU KLpUDUFKLH &¶HVW QRWUH GHYRLU GH OHV DSSX\HU » (Viviane
Giordano, 56 ans, technicienne, permanente syndicale, Congrès Syndical
UGICT BNP Paribas Île-de-France de juin 2006)
« 0RLMHVXLVXQJDUVGHWHUUDLQPRQU{OHF¶HVt de défendre les salariés,
DXTXRWLGLHQGDQVO¶HQWUHSULVH » (Marc Legrand, section syndicale CGC
de la MACSF)

&HWWHFRQFHSWLRQGXU{OHGX'3HVWFRPSUpKHQVLEOHjO¶8*,&7%133DULEDV ÌOH-
de-)UDQFH SRXU DX PRLQV GHX[ UDLVRQV /D SUHPLqUH WLHQW j O¶RUJDQLsation du
syndicat et à la division des tâches militantes entre ses permanents, division qui
pSRXVHOHVFRQWRXUVGHO¶RUJDQLVDWLRQGH%133DULEDVHQÌOH-de-France. Les pôles
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

G¶DFWLYLWpPpWLHUVHWIRQFWLRQVFHQWUDOHV %DQTXH'H'pWDLOHQ)UDQFH%DQTXHGH
)LQDQFHPHQW HW G¶,QYHVWLVVHPHQW Asset Management Services, et Fonctions
supports « Groupe », au nombre de treize1) sont appréhendés de manière séparée.
&KDFXQGHVSHUPDQHQWVV¶RFFXSHHQSULRULWpHWVDQVDYRLUGHFRPSWHVjUHQGUHj
qui que ce soit, du secWHXUG¶DFWLYLWpGRQWOXL-même provient à titre professionnel.
'qV ORUV OH SHUPDQHQW FRQVLGqUH VRQ DFWLYLWp V\QGLFDOH FRPPH OH IUXLW G¶XQH
GpOpJDWLRQRFWUR\pHSDUOHVVDODULpVGHVRQVHFWHXUTXLO¶RQWpOXHWTX¶LOUHSUpVHQWH
F¶HVW-à-GLUHTX¶LOLQFDUQHRX, pour reprendre le vocabulaire de Roger Chartier, dont
il « exhibe la présence » : la représentation est ici « ODSUpVHQWDWLRQSXEOLTXHG¶XQH
FKRVHRXG¶XQHSHUVRQQH »2. Pour cette raison, la défense des collègues relevant de
VRQ DLUH SURIHVVLRQQHOOH G¶RUigine est vécue sur un registre presque sacerdotal,
« devoir » (Viviane Giordano) qui naît de cette fonction de représentation des
« siens ».
La seconde raison renvoie aux tensions qui caractérisent les relations entre
les deux syndicats franciliens CGT de BNP Paribas, le syndicat CGT BNP Paribas
Île-de-France et le syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France. Leur existence

1
Parmi lesquelles : Fiscalité (AFG), Juridique (AJG), Communication et Publicité (CPG),
Conformité (CG), Efficacité Opérationnelle (EOG), Finances Développement (FDG), Ressources
+XPDLQHV 5+* RXHQFRUH6\VWqPHG¶,QIRUPDWLRQ 6,* 
2
R. Chartier (1989), Le monde comme représentation, Annales ESC n°6, pp. 1505-1520. Cité par
F. Piotet, F. Piotet (dir.), A. Henni, V. Porteret, Les cadres dans la négociation sur la RTT, Cahiers
du Laboratoire Georges Friedmann (Document ISST), septembre 2004, 190 p.

187
GLVMRLQWH HVW FRQJUXHQWH DYHF OH SDUWL VWUXFWXUHO SULV SDU OD &*7 j O¶pJDUG GHV
cadres1, mais les responsables du syndicat CGT BNP Paribas Île-de-France,
rappelons-le, contestent la pleine indépendance statutaire dont bénéficie le
syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France, et cherchent à obtenir son intégration
à leur syndicat CGT. Le syndicalisme « de proximité » que promeuvent les
militantV GH O¶8*,&7 %13 3DULEDV ÌOH-de-France est précisément un élément de
justification de cette indépendance statutaire, qui traduit aussi une conception
« électoraliste »2 GHODOpJLWLPLWpV\QGLFDOH&DUO¶DSSXLLQGLVFULPLQpGHVVDODULpVj
problème décuple le QRPEUH G¶DGKpUHQWV SRWHQWLHOV PDLV VXUWRXW GH VXIIUDJHV
obtenus lors des élections professionnelles ± suffrages dont le décompte est moins
sujet à caution que la taille revendiquée des effectifs adhérents. Or, si les listes
SURSRVpHVjO¶pOHFWLRQGXSHUVonnel francilien de BNP Paribas sont communes à la
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&*7 HW j O¶8*,&7 OD SHUWLQHQFH GH O¶LQMRQFWLRQ j OD IXVLRQ GHV GHX[ V\QGLFDWV
demeure tributaire, au moins en partie, du nombre de voix que recueillent les
candidats présentés par le syndicat UGICT Île-de-France aux élections
SURIHVVLRQQHOOHVGDQVO¶HQWUHSULVH : plus ils en obtiennent, et moins les militants du
V\QGLFDW&*7VRQWIRQGpVjUHTXpULUO¶LQWpJUDWLRQGHOHXUV\QGLFDW/DGpIHQVHGHV
salariés non-V\QGLTXpV FRQWULEXH GRQF DX PDLQWLHQ HQ O¶pWDW GX Vyndicat UGICT,
pour peu, évidemment, que ces salariés votent pour les candidats qui les ont
DSSX\pV IDFH j OHXU KLpUDUFKLH YRLUH TX¶LOV DGKqUHQW j O¶8*,&7 XQH IRLV OHXU
problème résolu.
¬OD&)'7ODGpIHQVHLQGLYLGXHOOHGHVVDODULpVGHO¶HQWUHSULVHQH procède
pas du même irénisme. Pour se voir défendu par un militant de ce syndicat, le
salarié doit, théoriquement, adhérer au préalable3FHTXLG¶DSUqVOHVUHVSRQVDEOHV
syndicaux et fédéraux rencontrés, est un élément de la « crédibilité » GH O¶DFWLRQ
syndicale et des syndicalistes :

« 4XDQGXQVDODULpYLHQWQRXVYRLUHWGLW³M¶DLXQSUREOqPH´RQOXLGLW
³LO IDXW TXH WX DGKqUHV VLQRQ MH QH SHX[ SDV WH GpIHQGUH´ » (Michèle
Soher, syndicat ACTIF-CFDT)

1
Source : Article 18 des statuts confédéraux. Voir aussi la présentation des WHUUDLQVG¶HQTXrWH
2
P. Rosanvallon, La question syndicale, Paris, Seuil, 1988.
3
« La CFDT ça assure ! Soutien juridique, assurance professionnelle : pour bénéficier de ces
services, adhérez ! ». Source : Le kit du nouvel adhérent ACTIF. Document obtenu auprès de
Marion Genêt (cadre MACSF) et de Michèle Soher.

188
« /H V\QGLFDOLVPH FH Q¶HVW SDV IDLW SRXU VH SODQTXHU FH Q¶HVW SDV IDLW
SRXUVHSURWpJHU>«@8QFDGUHV\QGLTXpV¶LOYHXWrWUHFUpGLEOHYLV-à-vis
GHVHVFROOqJXHVLOGRLWG¶DERUGrWUHFUpGLEOHGDQVVRQWUDYDLO » (Roger
Varra, Secrétaire Fédéral CFDT des Services, responsable du pôle
Assurances)

La CFDT V¶LQVFULYDQW GH SODLQ-pied dans la logique du « syndicalisme


G¶DGKpUHQWV »1, la défense individuelle des salariés concerne en principe les seuls
membres du syndicat2. Dans les sections syndicales CFDT enquêtées cependant,
aux AGF et à la MACSF, rares sont OHVUHIXVG¶DSSX\HUOHQRQ-syndiqué, et pour
cause  OD UpVROXWLRQ G¶XQ SUREOqPH SURIHVVLRQQHO LQGLYLGXHO SDU OH WUXFKHPHQW
syndical fournit au salarié non-syndiqué une excellente raison de songer à la
SRVVLELOLWpG¶DGKpUHUDXV\QGLFDWHQTXHVWLRQ3. En grossissant le trait à dessein, il
HVWPrPHSRVVLEOHG¶DIILUPHUTXHSOXVO¶RQFRPSWHGHSUREOqPHVSURIHVVLRQQHOV
LQGLYLGXHOVHWSOXVV¶pOqYHOHQRPEUHG¶DGKpUHQWVHQSXLVVDQFH ! De même que les
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FDGUHV GH O¶8*,&7 HW GH OD &*& VH YHXOHQW WRXW DXVVL LUUpSURFKables dans leur
travail que leurs homologues cédétistes, les cadres de la CFDT ne font donc pas
V\VWpPDWLTXHPHQW GH O¶DGKpVLRQ GX VDODULp XQH FRQGLWLRQ sine qua non, requise
pour le défendre :

« 'HODFUpDWLRQG¶$OOLDQ]6(RXSRXUUpVRXGUHXQSUREOqPHSHUVonnel,
nos élus sont toujours auprès de vous et agissent. »4

« Moi, je ne dis pas  ³VL WX Q¶HV SDV DGKpUHQW MH QH WH GpIHQGV SDV´«
ERQRQDLGHG¶DERUGHWXQHIRLVTXHO¶RQDDLGpRQGLW ³WXQHYRXGUDLV
SDV DGKpUHU PDLQWHQDQW TXH MH W¶DL ILOp XQ FRXS de main "´ (W HQFRUH
pas à chaque fois ! » (Marion Genêt, 50 ans, cadre, promotion interne,
responsable de la section syndicale CFDT de la MACSF)

Les objectifs de syndicalisation, scandés à longueur de congrès


confédéraux, et, a fortioriO¶H[LJHQFHG¶une subordination du soutien individuel à

1
Voir aussi infra Chapitre V ± 2.1.
2
/H &RQJUqV &RQIpGpUDO &)'7 GH *UHQREOH   D DLQVL pWp OH WKpkWUH G¶XQ GpEDW KRXOHX[
DXWRXUG¶XQDPHQGHPHQWWRXFKDQWjODTXHVWLRQGXUDSSRUWDXVDODULpHWjO¶DGKpUHQW/H6\QGLFDW
*pQpUDOGHV$IIDLUHV&XOWXUHOOHV 6*$& GRQWODUHSUpVHQWDQWHV¶pWDLWUpFODPpHHQWULEXQHG¶XQ
« syndicalisme de conviction » j O¶RSSRVp G¶XQ « syndicalisme de services »), avait proposé de
supprimer du projet de Résolution Générale la phrase suivante : « En retour, la CFDT se doit de
lui >O¶DGKpUHQW@ SRUWHU XQH DWWHQWLRQ SULYLOpJLpH SDU UDSSRUW j O¶HQVHPEOH GHV VDODULpV ». Les
PLOLWDQWV GX 6*$& YLUHQW OHXU SURSRVLWLRQ G¶DPHQGHPHQW UHMHWpH j KDXWHXU GH   GHV YRL[
(Source : Compte-rendu du Congrès, figurant sur le site Internet de la CFDT).
3
Voir infra Chapitre IV ± 2.1.
4
Source : Tract CFDT des AGF, recueilli en décembre 2005.

189
O¶DGKpVLRQ UpVLVWHQW DVVH] PDO j O¶H[SUHVVLRQ G¶XQH IRUPH GH VROLGDULWp TXDVL-
FRPSDJQRQQLTXHHQWUHFROOqJXHVGHWUDYDLOTXLGpSDVVHOHVTXDOLWpVG¶DGKpUHQWRX
GH VDODULp ,OV O¶HPSrFKHQW PrPH G¶DXWDQW PRLQV TXH Oe développement de la
V\QGLFDOLVDWLRQ SHXW GLIILFLOHPHQW V¶H[RQpUHU G¶XQ RFWURL LQGLIIpUHQFLp GH O¶DSSXL
individuel.

2.2) &RQVHLOVGHFDUULqUHHWG¶RULHQWDWLRQSURIHVVLRQQHOOHGDQVO¶HQWUHSULVH
et la branche

/¶H[SpULHQFHSURIHVVLRQQHOOHHWV\QGLFDOHGes militants souffre un « sens


des réalités ªDXVHQVG¶,VDLDK%HUOLQVRLWXQHFHUWDLQH© familiarité », une « forme
G¶LQWHOOLJHQFH ª H[KDXVWLYH GHV DUFDQHV GH O¶HQWUHSULVH HW GH OD EUDQFKH1. Les
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embauches pléthoriques des années 1970 et la tradition de promotion interne dans


les secteurs des banques et assurances induisent également la probabilité élevée
G¶XQHFRQQDLVVDQFHSHUVRQQHOOHHWPrPHDPLFDOHGHVFDGUHVTXLIRUPHQWGHSXLVOH
sommet de la « technostructure ªGHO¶HQWUHSULVH :

« Je suis cadre et souYHQWODKLpUDUFKLHFHVRQWGHVFRSDLQV>«@RQVH


tutoie, parfois je tutoie les patrons et vouvoie ceux que je défends. Eux,
F¶HVW SDUHLO LOV YRXYRLHQW OHXUV VDODULpV HW LOV PH WXWRLHQW » (Riccardo
Pietro, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

« ToXVOHVJHQVTXLRQWVXLYLOHPrPHSDUFRXUVTXHPRLVRQWDXMRXUG¶KXL
cadre, de niveau plutôt supérieur. » (Marcel Chaîli, syndicat UGICT
BNP Paribas Île-de-France)

5RPSXV DX[ UpDOLWpV GH OHXU EUDQFKH G¶DFWLYLWp HW GH OHXU HQWUHSULVH IRUWV G¶XQ
large réseau GHUHODWLRQVSURIHVVLRQQHOOHVHWPLOLWDQWHVV¶HQULFKLVVDQWWRXMRXUVSOXV
DYHF OH WHPSV OHV HQTXrWpV QH VH FRQWHQWHQW SDV G¶LQWHUYHQLU HQWUH OH FDGUH HW OH
VXSpULHXUSRXUUpJOHUG¶pYHQWXHOVGLIIpUHQGVTXDQWDX[pYROXWLRQVGHFDUULqUHRXGH
rémunération. Ils sont aussi en mesure de distiller de nombreuses informations, qui
sont autant de ressources que les cadres peuvent mobiliser pour conduire leur
parcours professionnel sur le marché interne du travail :

« Je connais bien le secteur, et je suis aussi connue des salariés, et pas


seulement ceux de mon entreprise. Ça fait plus de trente ans que je suis
GDQV O¶HQWUHSULVH HW SOXV GH TXLQ]H DQV TXH MH VXLV PLOLWDQWH V\QGLFDOH

1
I. Berlin (1996), Le sens des réalités, Paris, Syrtes, 2003. Cité par F. Piotet, « Le sens du possible
HWGHO¶LPSRVVLEOH », Revue Cadres CFDT n°404, mai 2003.

190
GRQF F¶HVW SOXW{W QRUPDO VXUWRXW TXH M¶DL DXVVL GHV UHVSRQVDELOLWpV
IpGpUDOHV /¶DVVXUDQFH F¶HVW XQ SHWLW PRQGH R OH UpVHDX HVW HVVHQWLHO
SRXU DFFpGHU DX[PHLOOHXUHVRIIUHV G¶HPSORLVoDPDUFKHEHDXFRXSSDU
cooptation. » (Mireille Stein, 55 ans, cadre diplômée, Présidente du
SNCAPA-CGC)

Parmi les enquêtés des Banques et des Assurances, Mireille Stein fournit
O¶H[SUHVVLRQODSOXVDFFRPSOLHGHFHWWHIRUPHGHVROLGDULWpVXUOHOLHXGHWUDYDLO/D
Présidente du SNCAPA décrit une conception du rôle du militant syndical dans
laquelle celui-FLHVWDXVVLXQHVRUWHGHFRQVHLOOHUG¶RULHQWDtion, qui doit permettre
DXFDGUHG¶DFFpGHUDX[FOHIVDX[LQIRUPDWLRQVLQGLVSHQVDEOHVjO¶pYDOXDWLRQG¶XQH
RSSRUWXQLWpG¶HPSORL :

« On me demande souvent des rendez-vous, en général ce sont des


cadres, surtout les jeunes, qui ont des opportunités et qui se demandent
V¶LOVGRLYHQW\DOOHURXSDV&HTXLOHVLQWpUHVVHF¶HVWGHVDYRLUTXHOOHV
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contreparties supplémentaires ça peut leur offrir. Tout ça, nous les


GpOpJXpVRQGRLWV¶\DGDSWHU » (Mireille Stein, SNCAPA-CGC)

Les conseils que Mireille Stein prodigue, concernent des aspects variés de la vie
professionnelle du cadre profane, que seuls son expérience et son capital
UHODWLRQQHO OXL SHUPHWWHQW G¶DSSUpKHQGHU : partage de « quelques trucs à savoir »
DXUHJDUGGHODSHUVRQQDOLWpGHTXLYDFRQGXLUHO¶HQWUHtien professionnel annuel ou
O¶HQWUHWLHQ G¶HPEDXFKH GX FDGUH TXL O¶D VROOLFLWpH  DFFqV SULYLOpJLp j GLYHUVHV
informations « initiées » VXUODQDWXUHG¶XQSRVWHSURSRVpDXFDGUHRXVXUOHVWUDLWV
de caractère du futur supérieur hiérarchique éventuel ; indications sur la politique
VRFLDOH G¶XQH HQWUHSULVH GX VHFWHXU SURSRVDQW DX FDGUH « un poste qui semble
avantageux » ; exposé des projets stratégiques plus ou moins secrets (et
SRWHQWLHOOHPHQW UpGKLELWRLUHV  GH O¶HQWUHSULVH R OH FDGUH SHXW rWUH WHQWp GH
pouUVXLYUH VD FDUULqUH  PLVH HQ H[HUJXH GX PRGH GH IRQFWLRQQHPHQW GH O¶eFROH
Nationale des Assurances (ENASS), du cadre juridique enchâssant les dispositifs
de formation continue et des certifications auxquelles postuler est loisible ou
approprié.

La prisHHQFKDUJHSHUVRQQDOLVpHG¶XQVDODULpjSUREOqPHRXG¶XQVDODULp
requérant conseils et informations est une pratique syndicale aussi ancienne que
OHV SUXG¶KRPPHV HW OHV %RXUVHV GX 7UDYDLO PrPH VL OD VROLGDULWp \ HVW SOXV
professionnelle que locale, porte sur le lieu de travail plutôt que sur la zone

191
JpRJUDSKLTXHG¶H[HUFLFHSURIHVVLRQQHO/HV%RXUVHVGX7UDYDLOGHYHQXHV8QLRQV
Départementales inter-professionnelles en 1913, avaient, entre autres vocations, à
RUJDQLVHUO¶HQWUDLGHRXYULqUHLQWHU-corporative et le placement des travailleurs. Cet
aspect se retrouve donc de manière atténuée au sein des organisations syndicales
pWXGLpHV3DUDLOOHXUVFHWWHIRUPHG¶HQWUDLGHFRQVWLWXHO¶HVVHQWLHOGHO¶DFWLYLWpGHV
militants rencontrés. La prégnance de cette pratique au quotidien empêche même
souvent de traiter les « questions de fond »TXLLQWpUHVVHQWO¶LQWpUrWJpQpUDO :

« On passe le plus clair de notre temps à faire de la prise en charge des


VDODULpV TXL VH UHWURXYHQW DX SODFDUG RX TXL FKHUFKHQW j UHERQGLU«
mais, nous les permanents, on ne peut pas tout faire ! On voit déjà nos
élus submergés, mais on ne peut pas aller assister les salariés et être en
même temps capables de traiter les questions de fond. » (Viviane
Giordano, Congrès Syndical UGICT BNP Paribas Île-de-France de juin
2006)
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Mais, si les enquêtés se prêtent à ce type de pratiques de plus ou moins bonne


JUkFH F¶HVW VXUWRXW SDUFH TX¶LOV SHQVHQW TX¶HOOHV FRUUHVSRQGHQW DX[ DWWHQWHV GHV
FDGUHV HWHQSDUWLFXOLHUGHVMHXQHVFDGUHV jO¶pJDUGGHO¶DFWLRQVyndicale :

« En dehors de ceux qui adhèrent par idéologie ou qui sont militants


GDQV O¶kPH OHV FDGUHV YLHQQHQW TXDQG LOV RQW XQ SUREOqPH &H TX¶LOV
YHXOHQW F¶HVW DYDQW WRXW GX VHUYLFH et du conseil. » (Francis Faubert,
Secrétaire Général de la CFDT-cadres)

« Quand fait-on des adhésions ? Quand les gens ont des emmerdes, il ne
IDXWSDVVHUDFRQWHUG¶KLVWRLUHV«F¶HVWTXDQGLOVRQWXQSUREOqPHHWVL
O¶RQUpVRXWOHXUSUREOqPHLOVGLVHQW³LOVVHVRQWGpEURXLOOpVSRXUPRL´ »
(Fernand Guérin, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

« Les jeunes cadres nous ignorent quand tout va bien pour eux, mais dès
TX¶LOVRQWXQSUREOqPHFHVRQWHX[TXLVRQWGHPDQGHXUVLOVGHPDQGHQW
un rendez-YRXV SDUFH TXH O¶HQWUHWLHQ DQQXHO V¶HVW PDO SDVVp LOV QRXV
demandent des conseils pour leur carrière. » (Jean Luyat, CGC des
AGF)

« /HV MHXQHV VRQW GDQV XQ UDSSRUW LQVWUXPHQWDO DYHF O¶HQWUHSULVH HW OH
syndicat. » (Mireille Stein, SNCAPA-CGC)

2UDXPRLQVGDQVO¶RSWLTXHGXGpYHORSSHPHQWGHODV\QGLFDOLVDWLRQOHVFDGUHVQH
peuvent pas être ignorés, tant leur essor numérique et leur professionnalité dans la
banque et les assurances tranchent avec le reflux des catégories de personnel non-
cadres. Aussi les enquêtés se résolvent-ils à emprunter des voies susceptibles de
les heurter à titre personnel, mais qui, compte tenu de leur propre ancienneté

192
SURIHVVLRQQHOOH HW PLOLWDQWH Q¶HQ VRQW SDV PRLQV SHUoXHV FRPPH XQH FRQGLWLRQ
nécessaire à la pérennité de leur organisation1. À la CFDT du secteur francilien
des assurances, mais aussi, dans XQHPRLQGUHPHVXUHjO¶8*,&7%133DULEDVÌOH-
de-)UDQFH O¶DUJXPHQW SUREDWRLUH GX ELHQ-IRQGp GH O¶DGKpVLRQ DX V\QGLFDW OD
présente régulièrement comme un acte strictement professionnel, dans lequel la
défense et le conseil individualisés sont primordiaux.
À ce titre, la hiérarchisation des « bonnes raisons »2 G¶DGKpUHU FRPPH
elle apparaît dans les différentes communications CFDT destinées aux salariés, est
indicative  DGKpUHU DX V\QGLFDW $&7,) F¶HVW G¶DERUG « être conseillé, informé,
défendu » F¶HVW ensuite « avoir la parole, participer et agir », puis « privilégier le
dialogue, la négociation et le résultat »  F¶HVW HQILQ © OXWWHU SRXU O¶HPSORL OH
SRXYRLU G¶DFKDW GH PHLOOHXUHV FRQGLWLRQV GH YLH HW GH WUDYDLO ». Le choix de la
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&)'7 HVW FHOXL G¶XQ syndicat « utile aux salariés », « proche des salariés »,
« efficace », « ambitieux » et « qui profite à chacun »3 &H W\SH G¶DUJXPHQWV
FRQWUDULHO¶LGpDOGX© syndicalisme de militants », qui habite la grande majorité des
syndicalistes enquêtés. Tous supposent que le froid calcul utilitaire conditionne
GpFLVLYHPHQW OD UpDOLWp GH O¶LPSOLFDWLRQ DGKpUHQWH des cadres, qui sont encore
réputés extérieurs à la sphère classique du recrutement syndical4.

2.3) « Équilibre vie professionnelle / vie privée » et « droit à la


déconnexion » : préserver le quant à soi du cadre

/¶RUGUHFRQYHQWLRQQHOTXLUpJLWOHVUHODWLRQVSURIHVVLRQQHOOHVDXVHLQGHV
secteurs Banques / Assurances traduit une tendance à la « subjectivation »5 des
qualifications professionnelles. La comppWHQFH HVW OD PLVH HQ °XYUH HQ VLWXDWLRQ

1
Ce qui renvoie à un phénomène plus général. Voir, entre autres : S. Béroud, Adhérer, participer,
PLOLWHU/HVMHXQHVVDODULpVIDFHDXV\QGLFDOLVPHHWjG¶DXWUHVIRUPHVG¶HQJDJHPHQWFRllectif, Éd.
Vie Ouvrière, 2004.
2
R. Boudon (1990), « Action », Traité de sociologie, Paris, PUF, 1993, pp. 21-53.
3
Source : Le kit du nouvel adhérent ACTIF.
4
Sur ce point, voir aussi : F. Piotet (dir.), M. Correia, C. Lattès, J. Vincent, Le développement de
la syndicalisation à la CFDT. Les exemples de la Fédération Interco et de la Fédération Nationale
des syndicats de Santé et Services Sociaux &HQWUH GH 6RFLRORJLH GX 7UDYDLO HW GH O¶(QWUHSULVH
(CESTE), Rapport de recherche IRES (Document ISST), 1994, 375 p.
5
A. Supiot (1994), op. cit.

193
G¶XQHTXDOLILFDWLRQVXSSRVpHOHSULQFLSHTXL DXUHJDUGGHV UpVXOWDWV REWHQXVSDU
XQVDODULpPHWWDQWHQ°XYUHFHTX¶LOVDLWHWVDLWIDLUHWpPRLJQHGHODUpDOLWpG¶XQH
qualification dont le sens devient alors contiQJHQW /¶pYDOXDWLRQ KLpUDUFKLTXHGHV
performances du salarié, et a fortiori V¶LOV¶DJLWG¶XQFDGUH\LQWqJUHH[SOLFLWHPHQW
GHVpOpPHQWVTXLVRQWG¶HVVHQFHFRPSRUWHPHQWDOHODTXDOLWpG¶XQSURGXLWHWRX
G¶XQ VHUYLFH pWDQW VXSSRVpH VROLGDLUH GH OD TXDOLWp G¶pFKDQJHV SOXV LQWHU-
SHUVRQQHOVHWFRJQLWLIV$ODLQ6XSLRWDVRXOLJQpO pTXLYRTXHGHO¶LQWURGXFWLRQGHOD
personne dans la relation de travail, entre réhabilitation du travailleur comme
« sujet de droit » et subordination partielle ou totale de son « quant à soi » aux
H[LJHQFHVGHO¶H[HUFLFHSURIHVVLRQQHO5pLQWURGXLUHODSHUVRQQHGDQVODUHODWLRQGH
travail peut donc « DXVVLELHQpWHQGUHTXHERUQHUO¶HPSULVHGHO¶HPSOR\HXUVXUVHV
salariés »1.
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Le « GURLW G¶RSSRVLWLRQ » revendiqué par les cadres de la CFDT vise


expressément la conscription de cet empiètement sur le lieu de travail et pendant le
temps de la subordination. Mais la satisfaction impérative de la figure du client,
TXL DSSHOOH O¶LQYHVWLVVHPHQW SHUVRQQHO GH OD ILJXUH VDODULpH SHQGDQW OH WHPSV de
WUDYDLO LQGXLW DXVVL OH GpYRXHPHQW GH OD YLH SULYpH DX[ REMHFWLIV GH O¶HQWUHSULVH
réputés embrasser les aspirations du client. Le syndicalisme-FDGUHV V¶HPSDUH
HQFRUHGHODSUREOpPDWLTXHGHODVXERUGLQDWLRQHWIDFHjO¶HPSOR\HXUTXLHQWHQG
« étendre son emprise sur ses salariés », revendique cette qualité de « sujet de
droit » pour mieux « borner » la dimension personnelle de la subordination.
/¶REMHFWLISRXUVXLYLFRQVLVWHjpYLWHUTXHOHSURIHVVLRQQDOLVPHGXFDGUHGHYLHQQH
synonyme de corvéabilité à merci.

'DQVOHFRQWH[WHG¶XQHUHODWLRQG¶HPSORLLQGLYLGXDOLVpHOHGpSDVVHPHQW
des horaires de travail, tenu pour indicateur plus ou moins explicite du degré
G¶LQYHVWLVVHPHQW GDQV OD PDUFKH GH O¶HQWUHSULVH FRQVWLWXH OH WURLVLqPH GRPDLQH
d'intrusion directe du délégué entre le salarié et sa hiérarchie. À BNP Paribas,
Viviane Giordano, permanente du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France,
intervient régulièrement pour appuyer les Responsables Service Clientèle (RSC)

1
Ibid. p. 64.

194
des agences, qui sont quotidiennement FRQWUDLQWVDXGpSDVVHPHQWG¶KRUDLUHV1. Le
temps de travail comptabilisé y concerne seulement les tâches effectuées derrière
OHJXLFKHWGHO¶DJHQFH/HVLPSOHJXLFKHWLHUGRLWGpMjGpSDVVHUVHVKRUDLUHVGXIDLW
que son activité ne se réduit pas au guichet, suppose un temps plus ou moins long
destiné à recompter la caisse, vérifier la comptabilité des opérations, classer le
courrier et les chéquiers2« 'H VXUFURvW OH UHVSRQVDEOH GX JXLFKHW GRLW QRQ
seulement effectuer toutes ces opérations annexes, mais encore garnir les
Distributeurs Automatiques de Billets (DAB), vérifier les opérations de tous les
guichetiers placés sous sa responsabilité et gérer la salle des coffres :

« 7RXWFHTXLWRXUQHDXWRXUGHODFDLVVHFHQ¶HVWSDVFRPSWpFRPPHGX
travail alors que si une caisse est fausse, je peux rester trois heures à
FKHUFKHU G¶R YLHQW O¶HUUHXU ! Et si je ferme la caisse au nez du client
SDUFH TXH M¶DL ILQL LO PH WUDLWH GH IHLJQDVVH RX GH IRQFWLRQQDLUH ! Sans
SDUOHU GX UHJDUG GHV FROOqJXHV« » (RSC, classe F rencontrée avec
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

9LYLDQH *LRUGDQR HW 0DUWLQ 6LOYDQRMRXUQpH G¶REVHUYDWLRQ GH O¶DFWLYLWp


du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France, le 28 juin 2006)

« Il faut que tu gardes une trace de ta dernière opération, pour prouver


que tu en fais plus. Il faut aussi que tu badges quand tu pars, en cas
G¶DFFLGHQW SRXU TXH oD UHOqYH GH O¶HPSOR\HXU » (Réponse de Viviane
*LRUGDQR MRXUQpH G¶REVHUYDWLRQ GH O¶DFWLYLWp GX V\QGLFDW 8*,&7 %13
Paribas Île-de-France, le 28 juin 2006)

&HWH[HPSOHG¶LQWHUYHQWLRQGX'3Q¶HVWSas réellement significatif du rapport des


FDGUHV DX WHPSV GH WUDYDLO HW SDU YRLH GH IDLW j O¶DUWLFXODWLRQ HQWUH OHXU DFWLYLWp
professionnelle et leur vie privée : le RSC est un technicien, certes supérieur, et,
ELHQTX¶pJDOHPHQWFRQFHUQpSDUODVXEMHFWLYation des qualifications, il pointe. Si le
salarié obéit aux consignes et  RX PHW HQ °XYUH GHV FDSDFLWpV SURIHVVLRQQHOOHV
DX[TXHOOHVVDSHUVRQQHWRXWHQWLqUHHVWLUUpGXFWLEOHSHQGDQWO¶H[pFXWLRQGXFRQWUDW
de travail, le cadre investit toujours un peu de sa personne au travail et
traditionnellement, ne compte pas son temps. Une recherche récente a même

1
Le Responsable Service Clientèle (RSC) relève du « métier repère » dit « 5HVSRQVDEOHG¶XQLWpRX
de service traitant les opérations bancaires », qui embrasse les classes allant de la classe E à K
(Convention Collective du secteur bancaire, « Gestion des Ressources Humaines », Chapitre 1 ±
Classification, Titre IV). Les RSC sont des techniciens supérieurs, parmi lesquels figure une
SURSRUWLRQ LPSRUWDQWH GHV DGKpUHQWV GH O¶8*,&7 %13 3DULEDV ÌOH-de-France, dont un enquêté
(Didier Benoît).
2
1¶pWDQW SDV ERXUVLHU QL ILQDQFp XQH DFWLYLWp VWULFWHPHQW DOLPHQWDLUH P¶D RFFXSp SUqV G¶XQ DQ
&HWWH DFWLYLWp V¶HVW GpURXOpH DX JXLFKHW G¶XQH DJHQFH GH %13 3DULEDV VLWXpH j /D 'pIHQVH
/¶RSSRUWXQLWp RIIHUWH SDU O¶HQTuête à la CGT a été ultérieure, mais cette expérience a permis de
comprendre la nature du travail en agence, notamment le travail des Responsables Service
&OLHQWqOH 56& DX[TXHOVOHVHPSOR\pVDXJXLFKHW GRQWM¶pWDLV VRQWVXERUGRQQpV

195
LQGLTXpTXHSRXYDLHQWV¶REVHUYHUGDQVOHFRQWH[WHGHODPLVHHQ°XYUHGHODORL
sur la Réduction du Temps de Travail (RTT), des cas (isolés) de « freinage
inversé »1 : le salarié cadre entend parfois continuer à ne pas compter son temps de
travail, en dépit de la loi et de façon à perpétuer ce qui le différencie des salariés
non-cadres.
/HV RUJDQLVDWLRQV V\QGLFDOHV V¶DGUHVVDQW DX[ FDGUHV Q¶HQ UHYHQGLTXHQW
SDVPRLQVWRXWHVDXVVLELHQDX[pFKHORQVORFDX[GHO¶DFWLRQV\QGLFDOHTX¶DXSODQ
confédéral, « O¶pTXLOLEUH YLH SURIHVVLRQQHOOH  YLH SULYpH », ce que les cadres des
AGF, reprenant le vocable de la CFDT-cadres, nomment le « droit individuel à la
déconnexion » $X UHVWH WRXWHV FHV RUJDQLVDWLRQV VH GLVSXWHQW OD SDWHUQLWp G¶XQ
concept parmi les plus consensuels. Ce droit, destiné à préserver les cadres « des
intrusions intempestives du travail dans la vie privée »2, les rappelle donc à leur
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

condition subordonnée :

« Les cadres et les jeunes veulent pouvoir avoir une vie équilibrée entre
leur travail et leur vie privée et se refusent à voir celle-ci toujours plus
rognée par les contraintes professionnelles. » (Mireille Stein, SNCAPA-
CGC)

« Les cadres doivent travailler toujours plus vite, être plus réactifs,
fonctionner davantage en réseau tout en étant plus autonomes,
V¶LQTXLpWHU GX FOLHQW RX GH O¶XVDJHU WRXW HQ VXUYHLOODQW OD TXDOLWp HW FH
GDQV XQ HQYLURQQHPHQW LPSUpYLVLEOH HW PDUTXp SDU O¶XUJHQFH HW OHV
restrictions budgétaires. >«@3RXUFRQFLOLHU]pURGpIDXWHW]pURGpODLOHV
FDGUHVMRQJOHQWDYHFOHWHPSVHWO¶HVSDFH »3

Les cadres de la CFDT considèrent la légitimité de ce « droit à la déconnexion » à


O¶DXQH G¶XQ GLDJQRVWLF TXL UHSUHQG H[SOLFLWHPHQW OHV WKèses de Paul Bouffartigue
 HWQRPPpPHQWFHOOHVGH3KLOLSSHG¶,ULEDUQH  /HVFDGUHVIRUPHQWOH
groupe des « salariés de confiance »4 et cette confiance stigmatise une culture
professionnelle décrite selon une « ORJLTXHGHO¶KRQQHXU »5 :

1
F. Piotet (dir.), A. Henni, V. Porteret, Les cadres dans la négociation sur la RTT, Cahiers du
Laboratoire Georges Friedmann (Document ISST), septembre 2004, 190 p.
2
Secrétaire Général de la CFDT-cadres, « Avant-propos », A. Karvar et L. Rouban (2004), op. cit.
3
Source 5DSSRUWG¶2ULHQWDWLRQ&RQJUqV&)'7-cadres, Nantes, juin 2005.
4
P. Bouffartigue, /HVFDGUHV/DILQG¶XQHILJXUHVRFLDOH, Paris, La dispute, 2001.
5
3G¶,ULEDUQH/DORJLTXHGHO¶KRQQHXU, Seuil, 1989.

196
« /¶LQWpJUDWLRQ GqV OHV pFROHV G¶XQ PRGqOH GH FRPSRUWHPHQW R OD
UHODWLRQ DX WHPSV GH WUDYDLO ³TXL QH VH FRPSWH SDV´ j XQH UHODWLRQ j
O¶HQWUHSULVHYpFXHVXU XQH³GLVSRQLELOLWpFRPSOqWH´ HVW YpFXH FRPPHOD
contrepartie au rôle social de cadre. »1

La société, la structure de classes et les termes de leur lutte ne bougent pas, mais la
position objective des cadres oscille toujours entre « enclume » et « marteau »2
VHORQO¶pWDWGXFKDPSpFRQRPLTXH/HVRXWLOVHQWUHOHVTXHOVLOVVHWURXYHQWHQFRUH
cernés ont seulement changé de mains, le marteau étant désormais tenu par la
« ploutocratie ª /j HQFRUH FH VRQW OHV PXWDWLRQV SHUPDQHQWHV GH O¶pFRQRPLH
mondiale (restructurations, fusions-acquisitions et concentration concomitante du
capital) et le renforcement du joug des propriétaires des moyens de production qui
impliqueraient la déstabilisation de la relation entre le cadre et son employeur.
&RUROODLUH O¶HIIDFHPHQW GH OD ILJXUH GH O¶HPSOR\HXU UHQGUDLW SOXV LQFHUWDLQH OD
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UpWULEXWLRQPDWpULHOOHHWV\PEROLTXHGHO¶LQYHVWLVsement personnel du cadre pour la


marche de son entreprise :

« 3RXU EHDXFRXS GH FDGUHV F¶HVW OD ILQ GX UrYH GX SRXYRLU GDQV
O¶HQWUHSULVH GHV DQQpHV  F¶HVW XQH LGHQWLILFDWLRQ SURJUHVVLYH j OD
condition de salarié et donc le souhait de garanties individuelles. »3

La porosité des frontières entre vie professionnelle et vie privée est inhérente à la
TXDOLWp GH FDGUH VHORQ O¶DFFHSWLRQ FpGpWLVWH PDLV FHWWH LQIOH[LRQ GX UDSSRUW GH
force entre travail et capital déséquilibrerait aussi, au détriment du cadre, le
différentiel « contribution professionnelle » / « rétribution »4 du travail. Le coût du
VDFULILFH GH OD YLH SULYpH V\QRQ\PH G¶DFFURLVVHPHQW GX © surproduit social »5 et
indiqué par un temps de travail qui dépasse effectivement le cadre défini par la loi
sur la RTT6, deviendrait en quelque sorte démesuré. Les Nouvelles Technologies
G¶,QIRUPDWLRQHWGH&RPPXQLFDWLRQ 17,& GRQWOHVFDGUHVVRQWOHVSOXVIHUYHQWV

1
Source 5DSSRUWG¶2ULHQWDWLRQ&RQJUqV&)'7-cadres, Amiens, 2001.
2
H. Clerc, Pour sauver les classes moyennes, Paris, Tallandier, 1939. Cité par L. Boltanski (1982),
/HVFDGUHV/DIRUPDWLRQG¶XQJURXSHVRFLDO, Éd. de Minuit, Coll. « Le sens commun », 1999, p.
67.
3
Source 5DSSRUWG¶2ULHQWDWLRQ Congrès CFDT-cadres, Amiens, 2001.
4
P. Bouffartigue (dir.), Cadres : la grande rupture, La Découverte, Coll. Recherches, 2001.
5
K. Marx (1867), /HFDSLWDO&ULWLTXHGHO¶pFRQRPLHSROLWLTXH, Livre I, Paris, Éd. Sociales, 1971.
6
Sources : CFDT, Enquête TEQ ± Cadres, 2002 ; C. Afsa, P. Biscourp et P. Pollet, « La baisse de
la durée du travail entre 1995 et 2001 », INSEE Premières n°881, janvier 2003.

197
adeptes1REOLJHUDLHQWjSOXVIRUWHUDLVRQjO¶pGLFWLRQGH« garanties individuelles ».

Selon les cadres cédétistes et les cadres cégécistes, le caractère exorbitant


du dévouement personnel exigé des cadres doit les convaincre de recouvrer leur
qualité salariée, qualité qui signifie la mesure du travail en temps et en argent et
donc la distinction formelle, contractuelle, entre le temps de la subordination à
O¶HPSOR\HXU HW FHOXL GH OD YLH SULYpH 0DLV FHWWH GLVWLQFWLRQ UHQYRLH HQFRUH HW
VXUWRXW DX[ TXHVWLRQV G¶LQWpUrW JpQpUDO : à la CFDT, elle prend son sens dans le
cadre plus large de la réduction du temps de travail, qui devait permettre de mieux
partager le travail et de résorber le chômage2 ; à la CGC, elle contribue à
O¶DPpOLRUDWLRQGHVFRQGLWLRQVGHWUDYDLOGHVFDGUHVVXSSRVpHFRQVWLWXHUO¶pOpPHQW-
FOpGHODUpXVVLWHGHO¶HQWUHSULVH3.
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Conclusion :

/¶LQYHQWLRQ GX FRQWUDW GH WUDYDLO HW OD UHFRQQDLVVDQFH GH OD OpJLWLPLWp
syndicale se comprennent déjà comme une réponse au problème de la
« soumission volontaire »4. Mais, sur le lieu de travail, où ce droit collectif
V¶H[HUFH OH FRQWHQX GH O¶action syndicale, et en particulier la politique
UHYHQGLFDWLYHGHO¶RUJDQLVDWLRQV\QGLFDOHFRQVLGpUpHSHXWHQFRUHUHVWHUFLUFRQVFULW
DX VHXO FKDPS GHV UDSSRUWV GH WUDYDLO RX DX FRQWUDLUH V¶HQWHQGUH FRPPH XQH
forme spécifique de participation à la définition et à la réalisation des objectifs de
O¶HQWUHSULVH
'DQVO¶HQWUH-deux-JXHUUHVO¶LQJpQLHXULQFDUQDLWODUDWLRQDOLWpVFLHQWLILTXH
HW j FH WLWUH pWDLW O¶DFWHXU QRGDO GX GpYHORSSHPHQW LQGXVWULHO $SUqV-guerre, la
compétence professionnelle du cadre transcendait les projets de conservation ou
de transformation du système économique portés par les deux classes antagonistes

1
T. Amossé et V. Delteil, « /¶LGHQWLWpSURIHVVLRQQHOOHGHVFDGUHVHQTXHVWLRQ », Travail et Emploi
n°99, 2004, pp. 63-78.
2
Source 5DSSRUWG¶$FWLYLWp&RQJUqV&)'7-cadres, Amiens, 2001.
3
Source : Table ronde, Compte-rendu du Congrès Confédéral CFE-&*&G¶,VV\-les-Moulineaux,
novembre 2003, disponible sur le site Internet de la Confédération.
4
A. Supiot (1994), op. cit.

198
HW OpJLWLPDLW VRQ U{OH GDQV OD UHFRQVWUXFWLRQ G¶XQH VRFLpWp IUDQoDLVH H[VDQJXH
$XMRXUG¶KXLFHWWHPrPHFRPSpWHQFHHVWLQYRTXpHDXWLWUHGHO¶LPSpULHX[EHVRLQ
SRXUO¶LQWpUrWJpQpUDOGHMXJXOHUOHV© dérives du capitalisme financier »1, ce qui se
traduit par trois éléments corrélés  XQH FRQFHSWLRQ GH O¶DFWLRQ V\QGLFDOH TXL QH
« bloque SDV O¶HQWUHSULVH ª (Claudine Tivrel, CFDT), qui participe de, et à, sa
« vie » (Riccardo Pietro, UGICT) ; la construction de revendications qui se placent
explicitement au niveau des problématiques dirigeantes  O¶H[LJHQFH GH
UHFRQQDLVVDQFH G¶XQ GURLW LQGLYLGXHO G¶H[SUHVVLRQ TXDQW DX[ FRQVpTXHQFHV
notamment extra-productives, des orientations arrêtées par le « gouvernement
privé »2 GHO¶HQWUHSULVH

/HTXRWLGLHQGXPLOLWDQWV\QGLFDOHVWFHOXLG¶XQHPpGLDWLRQHQWUHOHFDGUH
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HW OD KLpUDUFKLH VXSpULHXUH DVSHFW G¶DXWDQW SOXV SUpJQDQW GDQV OHV RUJDQLVDWLRQs
V\QGLFDOHV LQYHVWLJXpHV TXH O¶HQYLURQQHPHQW SURIHVVLRQQHO HVW PDUTXp SDU XQH
LQGLYLGXDOLVDWLRQSHUFHSWLEOHGXUDSSRUWG¶HPSORL&HWWHLQWHUYHQWLRQPpGLDWULFHHVW
ambivalente, dans la mesure où elle rappelle les cadres à une qualité subordonnée
que le patURQDW V¶pWDLW ORQJWHPSV HPSOR\p j HXSKpPLVHU3. Les organisations
syndicales de cadres le font pour mieux circonscrire la dimension personnelle du
lien de subordination, pour mieux encadrer « O¶HPSULVH GH O¶HPSOR\HXU » sur la
personnalité du cadre : résoudre sa difficulté professionnelle, le conseiller en
PDWLqUHG¶RULHQWDWLRQVXUOHPDUFKpLQWHUQHUHYHQGLTXHUODSUpVHUYDWLRQGHVDYLH
SULYpHHQFRQWUHSRLQWGHODQRUPHGXGpSDVVHPHQWG¶KRUDLUHVVRQWDXWDQWG¶DVSHFWV
TXL YLVHQW j UHVWDXUHU XQ UDSSRUW G¶pJDOLté vis-à-YLV GH O¶HPSOR\HXU DX QRP GX
« professionnalisme ª HW GHOD FRPSpWHQFH&HPrPHUDSSRUWG¶pJDOLWpTXL YDGH
soi pour les syndicalistes, a fortiori OHV SHUPDQHQWV TXL Q¶DIIURQWHQW SOXV OD
KLpUDUFKLHDXTXRWLGLHQORUVTX¶LOV¶DSSOLTXHjHX[-mêmes.

1
M. Aglietta et A. Rébérioux (2004), op. cit.
2
M. Bauer et E. Cohen (1981), op. cit.
3
P. Lefebvre, /¶LQYHQWLRQGHODJUDQGHHQWUHSULVH7UDYDLOKLpUDUFKLHPDUFKp)UDQFHILQ;9,,, è
± début XXè, Paris, PUF, Coll. « Sociologie », 2003.

199
CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE

/¶DUFKLWHFWXUHGHODVSKqUHG¶DFWLRQFROOHFWLYHFDGUHSHXWVHOLUHjO¶DXQH
GX UDSSRUW GHV SHUVRQQHOV WHFKQLTXHV HW G¶HQFDGUHPHQW DX OLHQ GH VXERUGLQDWLRQ
F¶HVW-à-dire au prisme de la relation des cadres au travail HW j O¶HPSORL : ici, la
construction et la gestion de territoires professionnels à la définition singulière,
JDUDQWLH SDU O¶DXWRULWp DVVRFLDWLYH HW j ODTXHOOH O¶HQWUHSULVH HOOH-même a souvent
intérêt (Chapitre I) OjO¶HQWUDLGHHWODFDPDUDGHULHSRXUSHVer sur le lien entre le
GLSO{PH HW O¶HPSORL UHIXJH G¶DXWDQW SOXV SHUWLQHQW TXH OD FRQFXUUHQFH VXU OH
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marché du travail et sur le marché des diplômes V¶DFFURvW &KDSLWUH,, OjHQILQ


O¶LPSOLFDWLRQPLOLWDQWHSRXUJDUDQWLUO¶DYHQLUGHO¶HQWUHSULVHHWGHVes salariés face
aux insuffisances dirigeantes (Chapitre III).
Aussi, au terme de la première partie de cette étude, trois « communautés
pertinentes GH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH »1 cadre se dégagent : les « confrères », les
« camarades » et les « collègues » dHWUDYDLO6HXOO¶REMHWGHO¶DFWLRQOHVGLVWLQJXH :
OH GLSO{PH DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV pOqYHV  OD SUDWLTXH SURIHVVLRQQHOOH DVVRFLpH j
O¶RFFXSDWLRQ G¶XQ W\SH G¶HPSORL DVVRFLDWLRQV SURIHVVLRQQHOOHV  HW OH OLHX GH
WUDYDLO O¶HQWUHSULVH V\QGLFDOLVPH  /HV © confrères ª V¶DWWDFKHQW j FLUFRQVFULUH
O¶HPSULVH GH O¶HPSOR\HXU VXU OD GpILQLWLRQ GHV PDQLqUHV GH SUDWLTXHU © FH TX¶LOV
font profession de connaître »2OHVV\QGLFDOLVWHVSqVHQWVXUOHVXNDVHVVLO¶RQSHXW
oser ce terme, du « gouvernement privé »3 de leuUHQWUHSULVHHWV¶LQWHUSRVHQWHQWUH
le cadre et sa hiérarchie, les diplômés limitent, autant que faire se peut, le caractère
GLVFUpWLRQQDLUH GX SRXYRLU GLULJHDQW HQ PDWLqUH G¶DIIHFWDWLRQ GX WUDYDLOOHXU j XQ
poste de travail. Professionnalisme, corporatisme et syndicalisme-cadres sont donc
trois « formes ª G¶DFWLRQ VRFLDOH WURLV PRGHV GH © réciprocité », dont le joug
1
D. Segrestin, « /HV FRPPXQDXWpV SHUWLQHQWHV GH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH », Revue Française de
Sociologie, XXI, 1980, pp. 171-203.
2
E. C. Hughes (1963), « Les professions établies », Le regard sociologique. Essais choisis. Textes
rassemblés et présentés par Jean-Michel Chapoulie3DULVeGGHO¶(+(66
3
M. Bauer et E. Cohen, Qui gouverne les groupes industriels " (VVDL VXU O¶H[HUFLFH GX SRXYRLU
industriel, Paris, Seuil, 1981.

200
hiérarchique est la matrice et qui renvoient au même « motif », ou « contenu »1, au
PrPHSULQFLSHG¶DFWLRQ  MXJXOHUO¶HPSULVHGLULJHDQWHDX nom du savoir et de la
FRPSpWHQFH SURIHVVLRQQHOOH V¶pYDGHU GH OD UHODWLRQ GH VXERUGLQDWLRQ LPPDQHQWH
au contrat de travail et au salariat. Peut-être est-ce la raison pour laquelle les
statistiques de la DARES, évoquées en introduction générale de la recherche,
concernent indifféremment les groupements « professionnel » et « syndical »2«

/H WDEOHDX SDJH VXLYDQWH UpVXPH OHV UpVXOWDWV REWHQXV MXVTX¶LFL /HV
SURSULpWpVGHVSDUFRXUVLQGLYLGXHOVTXLFRQGXLVHQWjO¶LPSOLFDWLRQGDQVO¶XQGHFHV
groupements restent encore à déterminer. Reste aussi à proposer une modélisation
GHVPRGHVLQGLYLGXHOVG¶LQYHVWLVVHPHQWGDQVO¶DFWLRQFROOHFWLYHHWHQILQjLQGLTXHU
FH TXH OHV SUDWLTXHV V\QGLFDOHV TXL REWLHQQHQW O¶DWWHQWLRQ GHV FDGUHV GRQQHQW j
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comprendre de leur conceptLRQGHO¶DFWLRQFROOHFWLYHORUVTXHFHOOH-FLV¶RSqUHVXU


OHOLHXGHWUDYDLO&¶HVWO¶REMHWGHODVHFRQGHSDUWLHGHFHWUDYDLOGHUHFKHUFKH

1
G. Simmel (1908), « Le problème de la sociologie », Sociologies. Études des formes de la
socialisation, Trad. L. Deroche-Gurcel et S. Muller, Paris, PUF, Coll. « Sociologies », 1999.
2
T. Amossé, « Mythes et réalités de la syndicalisation en France », DARES, Premières Synthèses,
octobre 2004 ± n° 44.2.

201
Tableau 2 : les « formes ªGHO¶DFWLRQFROOHFWLYHFDGUH

2EMHWGHO¶DFWLRQ « Communauté Rapport à la Moyens


pertinente » subordination

Certification
Association Emploi « Confrères » eGLILFDWLRQG¶XQ Lobbying
professionnelle territoire
Uniformisation des
(AP) professionnel
pratiques
Déontologie
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Cotation
économique du
Association Diplôme « Camarades » Entraide
diplôme
G¶DQFLHQVpOqYHV
Développement de
(AAE) Adéquation entre
O¶DGKpVLRQ
formation et
emploi

Négociation,
concertation et
Participation à la
revendications
définition des
Syndicalisme Lieu de travail « Collègues » de « gestionnaires »
« règles du jeu »
travail
GDQVO¶HQWUHSULVH Régler le rapport
hiérarchique inter-
individuel

202
DEUXIÈME PARTIE
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LES PRATIQUES COLLECTIVES : SENS DE L¶ACTION,


PROCESSUS ET MODES TYPIQUES D¶IMPLICATION

203
Il serait éclairant de disposer, au sujet de la syndicalisation des cadres, de
statistiques différenciant les adhésions à un « groupement professionnel » des
adhésions à un « groupement syndical »1. Car, si les trois types de groupements
TXL VRQW O¶REMHW GH FHWWH HQTXrWH QH V¶RSSRVHQW SDs sur la définition des buts à
atteindre, ils peuvent encore être en concurrence les uns avec les autres pour la
« captation »2 GHV FDGUHV /D PrPH DVSLUDWLRQ SHXW VH UpDOLVHU SDU O¶XVDJH GH
PR\HQV FROOHFWLIV QH V¶RSSRVDQW TX¶HQ DSSDUHQFH PDLV j FH VWDGH GH O¶DQDO\VH
FHVPR\HQVFROOHFWLIVSHXYHQWWRXMRXUVV¶H[FOXUH/HVDGKpVLRQVjXQJURXSHPHQW
SURIHVVLRQQHO RXG¶DQFLHQV pOqYHV VRQW-HOOHV DXWDQW G¶DGKpVLRQVVXUOHVTXHOOHV OHV
organisations syndicales ne peuvent plus compter " /¶DGKpVLRQ j XQ JURXSHPHQW
quelconque facilite-t-HOOH DX FRQWUDLUH O¶DGKpVLRQ j XQ DXWUH ? Peut-on adhérer à
SOXVLHXUV JURXSHPHQWV j OD IRLV HW VL F¶HVW OH FDV j TXHOOHV FRQGLWLRQV HW GDQV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

quelles circonstances ? Ces éventuelles adhésions multiples indiquent-elles une


conception sLQJXOLqUHGHFHTX¶HVW RXGRLWrWUH O¶DFWLRQFROOHFWLYH ? Telles sont les
questions auxquelles cette seconde partie tente de répondre.

/H&KDSLWUH,9LQWHUURJHOHVSDUFRXUVLQGLYLGXHOVG¶LPSOLFDWLRQFROOHFWLYH
des enquêtés. Les trajectoires soumises à analyse mettent chacune en exergue un
RX SOXVLHXUV pOpPHQWV TXL UHQGHQW O¶HQJDJHPHQW LQWHOOLJLEOH &HV pOpPHQWV Q¶RQW
pas seulement été observés chez ceux dont les trajectoires ont été retenues, mais
chez tous les enquêtés, dont certains ont été laissés de côté. Si le choix des
SDUFRXUVpWXGLpVLFLUpVXOWHG¶XQHVpOHFWLRQRSpUpHVHORQOHFULWqUHGHOHXUFDUDFWqUH
VLJQLILFDWLIWRXVOHVHQWUHWLHQVLQXWLOLVpVRQWSHUPLVG¶DFFpGHUjFHWWHLQWHOOLJLELOLWp
Aussi les trajectoires retenues doivent-elles être tenues pour « typiques », au sens
où leurs vertus explicatives dépassent le seul cas des individus qui en sont les
sujets.
Le Chapitre V intéresse tout ce qui est commun aux groupements
« professionnels » et « syndicaux ªTX¶LOV¶DJLVVHGHSUDWLTXHVGHIonctionnement,
GHUHYHQGLFDWLRQVSRUWpHVRXGHVWUDMHFWRLUHVLQGLYLGXHOOHVG¶LPSOLFDWLRQSOXULHOOH
/HV HQTXrWpV TXL DX PRPHQW GH O¶HQTXrWH GH WHUUDLQ DGKpUDLHQW j SOXVLHXUV

1
T. Amossé, « Mythes et réalités de la syndicalisation en France », DARES, Premières Synthèses,
octobre 2004 ± n° 44.2.
2
L. Boltanski (1982), /HV FDGUHV /D IRUPDWLRQ G¶XQ JURXSH VRFLDO, Paris, Éd. de Minuit, Coll.
« Le sens commun », 1999.

204
JURXSHPHQWVQ¶pWDLHQWSDVOHVVHXOVHQTXrWpVGXSDQHOGDQVFHFDV/jHQFRUHOHurs
WUDMHFWRLUHV VRQW O¶REMHW G¶XQH DQDO\VH SDUFH TX¶HOOHV SHUPHWWHQW G¶DSHUFHYRLU OH
significatif au-delà du singulier.
Le dernier chapitre concerne plus spécifiquement le rapport des cadres à
O¶DFWLRQ V\QGLFDOH ¬ %13 3DULEDV HQ UpJLRQ ÌOH-de-France, comme parmi les
navigants commerciaux (PNC) exerçant à Air France, les effectifs adhérents et
VXUWRXW O¶DVVLVH pOHFWRUDOH GH OD &*7 VRQWORLQ G¶rWUH QpJOLJHDEOHV /¶RSSRUWXQLWp
G¶LQYHVWLJXHU GHV WHUUDLQV VXU OHVTXHOV FHWWH &RQIpGpUDWLRQ HVW DXGLEOH SDU OHV
techniciens et les cadres a autorisé la détermination des ressorts du développement
de leur syndicalisation. Étant donnés sa relation longtemps équivoque aux salariés
GHO¶HQFDGUHPHQWHWODIDLEOHELHQYHLOODQFHGLULJHDQWHjO¶pJDUGGXV\QGLFDOLVPHGH
classH HW GH PDVVH O¶H[SOLFDWLRQ GX UHODWLI VXFFqV GH OD &*7 DX VHLQ G¶XQH
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HQWUHSULVHHWG¶XQPpWLHUGDQVOHVTXHOVFHWWHV\QGLFDOLVDWLRQHVWa priori dissonante


(BNP Paribas, en Île-de-France) ou incongrue (PNC Air France) renseigne aussi le
rapport des cadres j O¶DFWLRQ FROOHFWLYH : soit les structures de la CGT sont assez
souples et décentralisées pour épouser des aspirations catégorielles ou corporatives
au plus près des réalités du travail  VRLW OH GHJUp G¶LPSOLFDWLRQ LGpRORJLTXH GHV
techniciens et cadres peut atteindre des niveaux insoupçonnés, auquel cas la
« montée de leur conscience salariale » ne fait effectivement « aucun doute »1. On
verra que la réponse ne souffre aucune ambiguïté.

1
P. Bouffartigue (dir.), Cadres : la grande rupture, Paris, La Découverte, Coll. « Recherches »,
2001.

205
CHAPITRE IV : LES TRAJECTOIRES D¶ADHÉSION :
RAISONS ET SENS DE L¶IMPLICATION
INDIVIDUELLE

&H FKDSLWUH V¶DWWDFKH j pWDEOLU TXH OHV UHVVRUWV GH O¶LQYHVWLVVHPHQW


individuel dans le syndicalisme ou le fait associatif et le sens qui lui est conféré
VRQW WUqV ORLQ G¶pSXLVHU OD GLFKRWRPLH VLPSOLVWH HQWUH OH « vieux ª TXL V¶HQJDJH
dans le syndicalisme par idéologie et le « jeune » qui adhère à un groupement
quelconque par pur intérêt égotique. Car, au-GHOj GHV GLIIpUHQFHV G¶kJH HW GH
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WUDMHFWRLUHVRFLDOHTXLSHXYHQWH[SOLTXHUHQSDUWLHOHVGLIIpUHQFHVG¶HQJDJements,
OHVUDLVRQVGHO¶LPSOLFDWLRQDGKpUHQWHEpQpYROHRXPLOLWDQWHGHV FDGUHV HQTXrWpV
recèlent toujours les mêmes problématiques individuelles. Problématiques qui
touchent à la reconnaissance professionnelle, au « talent » et au pouvoir, selon des
modalités combinatoires qui varient en fonction des propriétés des trajectoires
LQGLYLGXHOOHV GHV VLWXDWLRQV GH WUDYDLO HW GH OD QDWXUH GX JURXSHPHQW R V¶RSqUH
O¶DGKpVLRQ

/D SUHPLqUH SDUWLH GH O¶H[SRVp LQVLVWH VXU OH UDSSRUW HQWUH OD FDUULqUH
professionnHOOHHWOHVSURFHVVXVG¶LPSOLFDWLRQGDQVO¶DFWLRQFROOHFWLYH2Q\YHUUD
TXHO¶LPSOLFDWLRQLQGLYLGXHOOHUHQYRLHSOXVRXPRLQVGLUHFWHPHQWjODTXHVWLRQGH
OD SURIHVVLRQQDOLVDWLRQ DX GRXEOH VHQV G¶DFTXLVLWLRQ GH FRPSpWHQFHV SHUPHWWDQW
une mobilité sur le mDUFKpSURIHVVLRQQHOHWG¶pYROXWLRQKLpUDUFKLTXHDXVHLQG¶XQH
même entreprise. Everett C. Hughes écrit que « OH PpWLHU HVW O¶XQH GHV
FRPSRVDQWHV OHV SOXV LPSRUWDQWHV GH O¶LGHQWLWp VRFLDOH » et que « OH FKRL[ G¶XQ
métier est presque aussi irrévocable que le FKRL[G¶XQFRQMRLQW »1/¶H[DPHQGHV
WUDMHFWRLUHV LQGLYLGXHOOHV G¶LPSOLFDWLRQ FROOHFWLYH PRQWUHUD OH FDUDFWqUH HQ HIIHW
FRQWLQJHQW G¶XQ FKRL[ GH FDUULqUH RSSRUWXQLWp SURGXFWULFH G¶LQHUWLH TXL VHORQ
O¶KLVWRLUH SHUVRQQHOOH GH FKDFXQ SHXW RX QRQ FRQGXLUH j V¶LQYHVWLU HQ YXH GH OH

1
E. C. Hughes (1951), « Le travail et le soi », Le regard sociologique. Essais choisis. Textes
rassemblés et présentés par Jean-Michel Chapoulie3DULVeGGHO¶(+(66S

206
OpJLWLPHUHWG¶\YRLUDIIHFWpHODYDOHXUTXHO¶RQ\DFFRUGHVRL-PrPH/¶DGKpVLRQj
XQJURXSHPHQWTXHOFRQTXHSURFqGHWRXMRXUVG¶XQpFDUWHQWUHODYDOHXUVRFLDOHHW
SURIHVVLRQQHOOHjODTXHOOHDVSLUHRXTX¶HVWLPHDYRLUO¶DGKpUHQWHW celle qui lui est
UHFRQQXHGDQVOHFKDPSGHO¶HQWUHSULVH/HFDGUHYLWVRXYHQWVRQLPSOLFDWLRQVXUOH
PRGH G¶XQH UpRULHQWDWLRQ GH VHV FRPSpWHQFHV MXJpHV PDO UHFRQQXHV DX VHLQ GX
JURXSHPHQW HW DX VHUYLFH GH O¶pWKLTXH SURIHVVLRQQHOOH RX PLOLWDQWH GRQW Ll se
UpFODPH DSUqV VH O¶rWUH DSSURSULpH /HV LPSOLFDWLRQV V\QGLFDOHV HQ SDUWLFXOLHU
LQIUDFWLRQV SOXV RX PRLQV PDUTXpHV DX[ YDOHXUV GH O¶HQWUHSULVH UHOqYHQW G¶XQH
« injustice de position » ou de « situation »1 ¬ OD &*7 WRXWHIRLV O¶HQJDJHPHQW
militant des cadres diplômés est plus particulier : cet engagement est une manière
G¶H[SLHU XQH FRQGLWLRQ VRFLDOH MXJpH SULYLOpJLpH PDLV FHWWH H[SLDWLRQ HVW DXVVL
distinction.
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

/D VHFRQGH SDUWLH GX FKDSLWUH DSSRUWH OD SUHXYH TXH O¶DGKpVLRQ j XQ
groupement syndical RXSURIHVVLRQQHOHWOHFKRL[G¶XQV\QGLFDWSOXW{WTX¶XQDXWUH
SURFqGHQWGHFKRL[TXLVRQWWRXWDXWDQWVLQRQSOXVFRQWLQJHQWVHQFRUHTX¶XQFKRL[
GHFDUULqUH /¶LPSOLFDWLRQHIIHFWLYHGHPHXUHODUJHPHQWGpWHUPLQpHSDUOHUDSSRUW
du cadre considéré au contexte professionnel et relationnel dans lequel il évolue.
&HWHQYLURQQHPHQWFRQGLWLRQQHO¶pWDWGHVUHVVRXUFHVFROOHFWLYHVTXLV¶RIIUHQWjOXL
HW GpWHUPLQH HQ JUDQGH SDUWLH O¶LGpH TX¶LO SHXW VH IDLUH GHV PR\HQV j PHWWUH HQ
°XYUHSRXUIDFLOLWHUODUHFRQQDLVVDQFH de sa valeur professionnelle et personnelle,
FRPPH LO OD FRQoRLW /D VLPSOH DGKpVLRQ HW SOXV ODUJHPHQW O¶LPSOLFDWLRQ
LQGLYLGXHOOHVUpSRQGHQWWRXMRXUVG¶HQMHX[PrODQWLQH[WULFDEOHPHQWUDSSRUWDIIHFWLI
morale et intérêt, entraide entre pairs aux définitions variables (« collègues »,
« camarades » ou « confrères »2 HWDSSUHQWLVVDJHFRQWLQXHOSDUO¶DFWLRQFROOHFWLYH
FRQIURQWDWLRQG¶H[SpULHQFHV« 3RXUOHGLUHDXWUHPHQW OHVHQVGHO¶LPSOLFDWLRQ
LQGLYLGXHOOH WUDQVFHQGH OHV FDUDFWpULVWLTXHV GX W\SH G¶RUJDQisation dans laquelle
HOOH V¶HIIHFWXH &HW DVSHFW HVW OH SOXV YLVLEOH ORUVTXH OHV SDUFRXUV FROOHFWLIV GH
cadres qui font partie de la même cohorte générationnelle sont mis sur le même
plan.

1
M. Correia, « /HVPpFDQLVPHVGHO¶DGKpVLRQ », F. Piotet (dir.), M. Correia, C. Lattès, J. Vincent,
Le développement de la syndicalisation à la CFDT. Les exemples de la Fédération Interco et de la
Fédération Nationale des syndicats de Santé et Services Sociaux, Centre de Sociologie du Travail
HWGHO¶(QWUHSULVH &(67( 5DSSRUWGHUHFKHUFKH,5(6 'RFXPHQW,667 S
2
Voir supra Conclusion de la 1ère Partie, Tableau 2.

207
1) Carrière individuelle et implication collective : reconnaissance
professionnelle, « talent » et pouvoir

/¶LQWpUrW TXH SUpVHQWH O¶DGKpVLRQ DX JURXSHPHQW SURIHVVLRQQHO HVW ELHQ


V€UpYRTXpSDUOHVHQTXrWpVGHO¶XQLYHUVDVVRFLDWLISRXUOpJLWLPHUOHXULQVFULSWLRQ
formelle dans le « réseau ». Adhérer au groupement professionnel ou scolaire
constitue une ressource essentielle pour améliorer sa pratique de travail et, partant,
VRQ QLYHDX G¶© employabilité », mais aussi pour faciliter la rencontre de cadres
occupant une position-clé dans le champ professionnel ou accéder à des offres
G¶HPSORL TXL Q¶DXUDLHQWSDV pWpO¶REMHW G¶XQHSXEOLFDWLRQRIILFLHOOH /¶DVVRFLDWLRQ
HVW VRXYHQW MXJpH DX UHJDUG GHV RSSRUWXQLWpV TX¶HOOH RIIUH SRXU SHUPHWWUH OD
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

UpDOLVDWLRQ G¶XQ SURMHW LQGLYLGXHO PDLV F¶HVW Oj XQH ILQDOLWp H[SOLFLWH GH WRXV Oes
groupements de ce type. Tous ont vocation statutaire à permettre à chacun des
PHPEUHV GH SURJUHVVHU SDU O¶pFKDQJH G¶H[SpULHQFHV GH WUDYDLO OHV IRUPDWLRQV
FLEOpHV RX HQFRUH O¶DERQQHPHQW DX[ UHYXHV VSpFLDOLVpHV /¶LPSOLFDWLRQ EpQpYROH
est réputée formatrice et, de fait, un professionnel au chômage peut très bien
HQWUHWHQLUVHVFDSDFLWpVDXVHLQGHO¶HVSDFHDVVRFLDWLI
Cette problématique de la carrière est présente, en des termes tout à fait
FRPSDUDEOHV DX VHLQ GH OD VSKqUH V\QGLFDOH G¶LPSOLFDWLRQ FROlective, où
O¶LQYHVWLVVHPHQW LQGLYLGXHO HVW DXVVL VRXUFH G¶DSSUHQWLVVDJH G¶H[SpULHQFHV HW GH
UHFRQQDLVVDQFHSURIHVVLRQQHOOHeYLGHPPHQWOHSUREOqPHQ¶HVWSDVH[DFWHPHQWOH
PrPH VHORQ TXH O¶RQ VRLW XQ FDGUH GHYHQX PLOLWDQW V\QGLFDO RX XQ PLOLWDQW
syndical devenu cadre.

1.1) /¶LPSOLFDWLRQ V\QGLFDOH : une « expérience professionnelle » comme


une autre

Marc Legrand, âgé de quarante-quatre ans, est un cadre de la Mutuelle


G¶$VVXUDQFHV GX &RUSV GH 6DQWp )UDQoDLV 0$&6)  TXL PLOLWH j OD &)(-CGC.
Délégué SyQGLFDO '6  pOX DX &RPLWp G¶(QWUHSULVH &(  UHVSRQVDEOH GH OD
section syndicale CGC, Marc justifie en ces termes son engagement à ce syndicat
plutôt que dans tout autre organisation syndicale :

208
« La CGC se démarque par rapport aux autres syndicats, où c¶HVW OD
FRQWHVWDWLRQSHUPDQHQWHODUHPLVHHQFDXVHGHO¶HQWUHSULVHOHSDWURQDW
H[SORLWHXU« &H TXL PH SODLVDLW F¶pWDLW OD SRVVLELOLWp G¶H[SULPHU j
WUDYHUV OD &*& XQ DXWUH SRLQW GH YXH LQWHOOLJHQW HW VWUXFWXUp >«@ -H
YRXODLV TXH O¶HQWUHSULVH pFRXWH OHV compétences de ses cadres. » (Marc
Legrand, 44 ans, cadre, promotion interne, section syndicale CGC de la
MACSF)

&HWWH FRQFHSWLRQ G¶XQH DFWLRQ V\QGLFDOH TXL VHUYLUDLW HQWUH DXWUHV IRQFWLRQV GH
VRQRWRQH DX[ GLULJHDQWV GH O¶HQWUHSULVH HVW SDUWDJpH SDU ERQ nombre de militants
V\QGLFDX[HQTXrWpVRQO¶DYXDX&KDSLWUH,,,10DLVO¶LPSRUWDQWLFLHVWTXH0DUF
YRXODLW VXUWRXW TXH O¶HQWUHSULVH « écoute » ses compétences, et plus précisément
FHOOHVDFTXLVHVGDQVOHFDGUHGHODIRUPDWLRQFRQWLQXHSDUIRLVVXUO¶LQitiative de sa
hiérarchie. Sa trajectoire professionnelle est faite de césures ayant entraîné la
bifurcation vers le syndicalisme. À certains égards, le parcours de Marc Legrand
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UHVVHPEOHjV¶\PpSUHQGUHjFHWWH© histoire de cadre » narrée par Luc Boltanski2.


)LOV GH FDGUH WHFKQLTXH GH O¶LQGXVWULH WH[WLOH 0DUF HVW WLWXODLUH GX %DF
&HWHQTXrWpDLQWpJUpOD0$&6)HQDXEDVGHO¶pFKHOOHKLpUDUFKLTXHFRPPH
employé (« codifieur ª  &¶HVW LQFLGHPPHQW « par hasard » TX¶LO \ HQWUD DSUqV
avoir postulé à divers emplois, dont celui de navigant commercial à Air France :

« -¶DLXQ%DFOLWWpUDLUHHWHQVXLWHLO\DXQHSpULRGHGHSHWLWVERXORWVGH
FK{PDJHDOWHUQDWLYHPHQW«M¶DLWHQWpGHIDLUHGXGURLWPDLVoDQ¶DSDV
PDUFKp« >«@ MH VXLV YHQX j 3DULV M¶DL envoyé des lettres, des
FDQGLGDWXUHVVSRQWDQpHVM¶\VXLVDOOpSDUKDVDUGjWHOSRLQWTXHTXLQ]H
MRXUVDSUqVMHUHFHYDLV XQHUpSRQVHG¶$LU)UDQFHTXLPHGHPDQGDLWGH
passer des tests pour être steward, mais ça faisait quinze jours que je
bossais et je n¶DLSDVSXPHOLEpUHU » (Marc Legrand)

Marc a progressé dans la hiérarchie des postes par voie de promotion interne,
obtenant, à chaque étape, un diplôme de la branche Assurances. En 1985, déjà
titulaire du CAP et du Brevet Professionnel (BP), il obtient le BTS décerné par
O¶eFROH 1DWLRQDOH G¶$VVXUDQFHV (1$66  GHYHQDQW SHX DSUqV DJHQW GH PDvWULVH
0DUF FKDQJH DORUV GH VHFWHXU G¶DFWLYLWp SDVVDQW GH OD SURGXFWLRQ © codifieur »,
« rédacteur », ses premiers emplois) au sinistre, activité plus en rapport avec ses
nouvelles compétences juridiques. Mais, à cette époque, juge-t-il, « O¶pWDWG¶HVSULW

1
Voir supra Chapitre III ± 1.1.
2
L. Boltanski (1982), Les cadres. La forPDWLRQG¶XQJURXSHVRFLDO, Éd. de Minuit, Coll. « Le sens
commun », 1999.

209
GDQVO¶HQWUHSULVH a changé », en ce sens que la promotion était devenue de moins
en moins « automatique » pour les diplômés des cours du soir :

« Le CAP, le BP et lH %76 MH OHV DYDLV SDVVpV j XQ PRPHQW R O¶RQ D
FKDQJp G¶pWDW G¶HVSULW GDQV O¶HQWUHSULVH ¬ XQH pSRTXH YRXV IDLVLH] OHV
FRXUVGXVRLUHWYRXVDYLH]XQHSURPRWLRQDXWRPDWLTXHF¶pWDLWpFULWQRLU
VXU EODQF GDQV OD FRQYHQWLRQ FROOHFWLYH« SXLV RQ D EDVFXOp dans un
DXWUHV\VWqPHRLOQ¶\DSOXVGHUHSqUHVF¶HVWODMXQJOHWRWDOH«TXDQG
M¶DLFRPPHQFpLO\DYDLWODSURPRWLRQDXWRPDWLTXHoDDFKDQJpSHQGDQW
que je me formais. » (Marc Legrand)

&HWpSLVRGHVHUHSURGXLWSUHVTXHjO¶LGHQWLTXHORUVTXH0DUF/HJUDQd, sollicité par


VD'LUHFWLRQV¶LQVFULWDXWURLVLqPHF\FOHGHO¶(1$66&HWWHIRUPDWLRQDFFHVVLEOH
sur concours interne, se déroule à temps plein et dure une année. Marc décrocha le
diplôme en 1992. Or, là encore, les règles auraient varié pendant son détachement,
ORUVGXTXHOOHV'LUHFWHXUVTXLO¶DYDLHQWPRELOLVpSRXUFH« programme » ayant visé
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à « UHQRXYHOHU O¶HQFDGUHPHQW », « [sautèrent] », remplacés par des « nouveaux »


qui « ne voulaient pas en entendre parler » :

« Quand on est revenu de formation, les directeurs avaient sauté, et les


nouveaux ne voulaient pas en entendre parler. Ils ont fait venir des gens
GHO¶H[WpULHXUHWQRXVRQGHYDLWVHGpEURXLOOHUSRXUWURXYHUXQSRVWHRQ
SRXYDLWUpFXSpUHUFHOXLTXHO¶RQDYDLWDYDQWGHSDUWLUHQIRUPDWLRQPDis
FH Q¶HVW SDV OD SHLQH GH IDLUH XQH IRUPDWLRQ WRS SHQGDQW XQ DQ VL F¶HVW
SRXU UHYHQLU DX PrPH SRLQW F¶pWDLW XQ pFKHF« PRL M¶DL UHWURXYp OH
PrPH ERXORW VDXI TXH Oj M¶pWDLV LQVSHFWHXU oD YRXODLW GLUH TXH M¶DOODLV
sur le terrain pour évaluer les dommageV PDLV ERQ F¶pWDLW XQ SLV-
aller. » (Marc Legrand)

Marc ne devint pas cadre au sortir de sa formation du troisième cycle, et en outre


vit-LO VHV SHUVSHFWLYHV SURIHVVLRQQHOOHV ERUQpHV 0DLV ORUVTX¶XQ SRVWH GH FKDUJp
de clientèle itinérant se libère, il l¶REWLHQW HW DFFqGHDXVWDWXWFDGUH0DOJUpWRXW
les compétences acquises dans le cadre du « top du top » de la formation de la
branche, notamment les compétences en matières juridique et gestionnaire, sont
largement inutilisées. Marc vit mal « O¶LQXWLOLWp de [sa] formation ». Il estime aussi
TX¶LOVHUDLWGDQVO¶LQWpUrWGHVRQHQWUHSULVHTXHOHVGLULJHDQWVQHUHVWHQWSDVVRXUGV
DX[FULWLTXHVHWUHFRPPDQGDWLRQVG¶XQ« gars de terrain », qui « sait travailler »,
FRQQDvWODUpDOLWpFRQFUqWHORFDOHGHO¶DFWLYLWp'DQVFHVFRQGLWLRQVO¶LPSOLFDWLRQj
OD&*&FRQVWLWXHOHPR\HQLGRLQHG¶XQHUpRULHQWDWLRQGHFRPSpWHQFHVHQMDFKqUH
HW DFFHVVRLUHPHQW GH O¶DFTXLVLWLRQ G¶« une certaine respectabilité » vis-à-vis du
VLqJHGHVRQHQWUHSULVHVLWXpj3DULV/¶LPSOLFDWLRn à la CGC est, ainsi, une voie

210
DOWHUQDWLYHGHFRQWULEXWLRQjO¶DFWLYLWpGHO¶HQWUHSULVHjKDXWHXUGHFHTX¶DXUDLWG€
permettre la certification :

« -¶DL SULV OD &*& SDUFH TXH FH V\QGLFDW UHSUpVHQWDLW G¶DSUqV PRL OHV
IRUFHV YLYHV GH O¶HQWUHSULVH M¶DL YX que des Directeurs y adhéraient, ce
sont des gens instruits, qui savent travailler et diriger, donc ça me
FRUUHVSRQGDLW >«@ -¶pWDLV IUXVWUp GH YRLU TXH FH TXH M¶DYDLV j GLUH QH
UHPRQWDLWMDPDLVj3DULVGRQFOjM¶DYDLVXQHFHUWDLQHUHVSHFWDELOLWp(W
puis je voulais faire remonter certains aspects de ma formation qui
Q¶DYDLHQWDERXWLjULHQGRQWO¶HQWUHSULVHQ¶DYDLWSDVHXEHVRLQDORUVTXH
F¶HVWHOOHTXLP¶DYDLWLQFLWpjODVXLYUHQRWDPPHQWWRXWFHTXLWRXFKHjOD
JHVWLRQDXMXULGLTXH« » (Marc Legrand)

/¶HQTXrWpDSULVGHVPDQGDWVSRXUIDLUHYDORLUGHVFDSDFLWpVGHWUDYDLOTXLQ¶pWDLHQW
SDVUHFRQQXHVFRPPHRSpUDWRLUHVSRXUO¶DFWLYLWpGHVRQHQWUHSULVHSRXUFRPEOHU
O¶pFDUWHQWUHODYDOHXUSURIHVVLRQQHOOHFHQVpHrWUHFHOOHGHWRXWWLWXODLUHGXGLSO{PH
dH WURLVLqPH F\FOH GH O¶(1$66 HW FHOOH TXL OXL pWDLW HIIHFWLYHPHQW RFWUR\pH /H
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VHQWLPHQW G¶LQMXVWLFH TXL SUpVLGH j O¶HQJDJHPHQW V¶LQVFULW GDQV OH FDGUH G¶XQH
UHODWLRQ IRUWH j O¶HQWUHSULVH HW j O¶HPSORL VXSSRUW G¶XQH FRQFHSWLRQ GH O¶DFWLRQ
syndicale comme FRQWULEXWLRQjODPDUFKHG¶XQHHQWUHSULVHKRUVGHODTXHOOHLOQ¶\
a pas de carrière possible10DLVO¶LPSOLFDWLRQV\QGLFDOHSHXWDXVVLELHQUpSRQGUH
G¶XQH ORJLTXH XWLOLWDLUH GH FDUULqUH V¶DSSX\DQW VXU XQH UHODWLRQ IRUWH DX WUDYDLO
FRPPHF¶HVWOHFDVSRXU deux « jeunes cadres CFDT » enquêtés, Damien Louger
et Paul Aquet.

Damien Louger est détaché par son entreprise, Saint-Gobain Recherche,


au Syndicat Énergie-Chimie Île-de-France CFDT (SECIF). Paul Aquet, issu du
Groupe Électricité de France, (EDF), est permanent à la Fédération CFDT Chimie-
Énergie (FCE). Damien et Paul ont trente-quatre ans tous deux. Respectivement
issus de familles ouvrières et paysannes, ces enquêtés sont des cadres diplômés du
supérieur : Damien Louger est un ingénieur diplômé de O¶,QVWLWXW GH &KLPLH
Physique Industrielle de Lyon (ICPI-/\RQ HWWLWXODLUHG¶XQGRFWRUDWGH3K\VLTXH-
&KLPLH REWHQX j O¶8QLYHUVLWp G¶2UVD\ en 1995 ; Paul Aquet est diplômé de
O¶eFROH 6XSpULHXUH GH &RPPHUFH GH /\RQ GHYHQXH (0-Lyon). Le premier fut
recruté par Saint-Gobain Recherche peu après son doctorat, le second par le

1
Voir supra Chapitre III ± 1.1.

211
Groupe Électricité de France (EDF) dès son service militaire achevé, en tant que
manager G¶pTXLSHFRPPHUFLDOHHWDXVWDWXWGHFDGUHSUHPLHUQLYHDX
Ces deux enquêtés trouvèrent donc assez facilement un emploi de cadre
G¶HQWUHSULVH j XQH pSRTXH SRXUWDQW GLIILFLOH OH PLOLHX GHV DQQpHV  /HXUV
premières expériences de travail furent néanmoins mitigées. Damien Louger eut le
VHQWLPHQWG¶DYRLUpWpHPEDXFKpjGHVFRQGLWLRQVTXLOXLDYDLHQt été plus ou moins
LPSRVpHVHWYR\DLHQWVHVSHUVSHFWLYHVG¶pYROXWLRQSURIHVVLRQQHOOHOLPLWpHVWDQGLV
que les pratiques managériales de Paul Aquet dénotaient une certaine distance à
O¶pJDUGGHFHTXLOXLpWDLWSUHVFULW par sa hiérarchie :

« Les entretiens pWDLHQW WUqV D[pV VXU OD IRQFWLRQ« MH Q¶DL SDV SDUOp
VDODLUHHWM¶DLDSSULVSDUWpOpSKRQHTXHM¶pWDLVSULV«HWOjOH5+PHGLW
³RQQ¶DSDVSDUOpGXVDODLUHOHVDODLUHF¶HVWWDQW´.)jO¶pSRTXH
(QIDLWRQV¶HVWPDOFRPSULVM¶DLSHQVpTXHF¶pWDit un bon salaire sans
FRPSWHUOHWUHL]LqPHPRLVF¶pWDLWHQIDLWXQVDODLUHEDVHWUHL]HPRLV(WOD
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SURFpGXUHQ¶DSDVpWpUHVSHFWpHSDUO¶HPSOR\HXUSDUFHTXHHQSULQFLSH
XQ FRQWUDW GH WUDYDLO oD V¶HQYRLH j GRPLFLOH« LO \ D XQ SHWLW GpODL GH
réflexion eWF(WPRLPRQFRQWUDWGHWUDYDLOMHO¶DLVLJQpOHMRXUGHPRQ
DUULYpH« M¶DL IDLW FRPSUHQGUH TXH MH Q¶pWDLV SDV WUqV FRQWHQW HW Oj RQ
P¶DGLW : ³YRXVVDYH]YRXVDYH]GpMjODFKDQFHG¶DYRLUXQWUDYDLO´«oD
FRPPHQoDLW PDO« 5pVXOWDW WURLV MRXUV DSUqV M¶DFKHWDLV OH &RGH GX
Travail  'pMj TXH MH Q¶DUUrWDLV SDV G¶HQWHQGUH TXDQG MH FKHUFKDLV GX
ERXORW ³VL YRXV Q¶rWHV SDV FRQWHQWV EHDXFRXS YRXGUDLHQW YRWUH
SODFH´«>«@(QVXLWHM¶DLHXXQHERQQHpYROXWLRQHQILQHQWHUPHVGH
VDODLUH SDUFH TX¶LO Q¶\ HQ DYDLW SDV G¶DXWUHV possibles ! » (Damien
Louger, 34 ans, ingénieur diplômé, permanent du SECIF-CFDT)

« 0RQSUHPLHUSRVWHHQFOLHQWqOHoDV¶HVWPDOSDVVpO¶LQWpJUDWLRQpWDLW
EUXWDOH«GXFRXSDSUqVGDQVPRQGHX[LqPHSRVWHM¶DLGpFLGpGHIDLUH
du management FRPPH MH O¶HQWHQGDLV HQ WHUPHV GH UpVXOWDWV oD DYDLW
G¶DLOOHXUV SOXW{W ELHQ PDUFKp« » (Paul Aquet, 34 ans, cadre diplômé,
permanent de la FCE-CFDT)

&HV GHX[ PHPEUHV GH OD &)'7 HQ VRQW G¶DERUG GHYHQXV GHV V\PSDWKLVDQWV DX
contact de militants en place dans leur entreprise. Ils y étaient quelque peu
disposés, en particulier Damien, dont la mère en était devenue adhérente peu avant
la retraite. Mais, alors que les délégués de la CFDT à Saint-Gobain Recherche
O¶DYDLHQW SRXVVp j EULJXHU XQ PDQGDW GH UHSUésentant des salariés au Conseil
G¶$GPLQLVWUDWLRQGHO¶HQWUHSULVHLOUHIXVDLW&¶HVWVHXOHPHQWORUVGHO¶LQWURGXFWLRQ
des lois Aubry sur la Réduction du Temps de Travail (RTT), et tandis que le
Délégué Syndical (DS) dont il se sentait proche partait en reWUDLWHTX¶LODFFHSWDGH
OXLVXFFpGHUHWSDVVHXOHPHQWSRXUQpJRFLHUODPLVHHQ°XYUHGHVKHXUHVGDQV

212
son entreprise13DXO$TXHWjODGLIIpUHQFHGH'DPLHQQ¶DMDPDLVpWpV\QGLTXpVXU
VRQOLHXGHWUDYDLO&¶HVWDSUqVXQHDQQpHVDEEDWLTXHHQTXe Paul se proposa
à la CFDT comme permanent syndical. Mais tous deux étaient insatisfaits de leur
situation professionnelle, Damien se jugeant alors insuffisamment reconnu, Paul
revendiquant pour sa part une plus grande autonomie. Cette insatisfaction au
tUDYDLO OHV FRQGXLVLW j HQYLVDJHU O¶RSSRUWXQLWp G¶RFFXSHU XQ SRVWH GH SHUPDQHQW
dans une organisation syndicale, laquelle leur sembla une solution, au moins
temporaire, de repli professionnel :

« -¶HQDLHXPDUUHGHOD5HFKHUFKH 'pYHORSSHPHQW(WSXLVM¶Dvais un
SUREOqPH GH UHFRQQDLVVDQFH LQWHUQH M¶pWDLV DXJPHQWp UpJXOLqUHPHQW HW
M¶pWDLV UpSXWp PHV FRPSpWHQFHV VFLHQWLILTXHV pWDLHQW UHFRQQXHV PDLV MH
Q¶DYDLV SDV YUDLPHQW GH PR\HQV G¶pYROXHU KLpUDUFKLTXHPHQW F¶pWDLW
EORTXp DORUV TXH M¶DXUDLV ELHQ YRXOX rWUH FKHI GH JURXSH >«@ 2Q
P¶DYDLW SURSRVp GHV SRVWHV LQWpUHVVDQWV DLOOHXUV GDQV OH *URXSH PDLV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

moi, je voulais évoluer à Saint-Gobain Recherche, pas ailleurs, dans des


SRVWHVG¶HQFDGUHPHQWVFLHQWLILTXH«-¶DLYRXOXPHUHFRQYHUWLUGDQVGHV
choses un peu SOXV G\QDPLTXHV M¶DL SHQVp j O¶(1$ FRPPH j GHYHQLU
SD\VDJLVWH«M¶DLIDLWXQELODQGHFRPSpWHQFHVHWTXDQGM¶DLSDUOpGHPHV
DFWLYLWpV V\QGLFDOHV DX SV\FKRORJXH LO PH GLW ³PDLV SRXUTXRL YRXV QH
cherchez pas du boulot dans un syndicat "´-HQ¶\DYDLVMDPDLs pensé !
-¶DLDSSHOpOHV\QGLFDWRO¶RQP¶DGLWTXHoDWRPEDLWELHQO¶pTXLSHGHV
SHUPDQHQWV DOODLW VH UHQRXYHOHU >«@ -H Q¶DYDLV SDV LPDJLQp TXH
syndicaliste pouvait être un métier ! » (Damien Louger)

« -H Q¶DL MDPDLV pWp PLOLWDQW V\QGLFDO G¶XQH VHFWLRQ G¶HQWUHSULVH PDLV
M¶pWDLV HQ GpFDODJH DYHF OD FXOWXUH (') M¶DL GRQF SULV XQH DQQpH
VDEEDWLTXHHWHQUHYHQDQWM¶DLSHQVpjVROOLFLWHUOD)&(LOVpWDLWXQSHX
VXUSULVLOIDXWGLUHTXHGqVTX¶LOVYRLHQWXQMHXQHFDGUHGLSO{PpLQWpUHVVp
par le syndicalisme, ils lui déroulent le tapis rouge ! Et puis peut-être
DXVVLTXHMHVXLVDXVVLDUULYpDXERQPRPHQW« » (Paul Aquet)

Pour Paul et Damien, le travail de permanent fédéral ou syndical est une


« expérience professionnelle » FRPPH Q¶LPSRUWH TXHOOH DXWUH une « mission »
(Paul Aquet) dont ils ne savent pas si elle sera provisoire ou définitive. Vivant leur
activité de permanent comme ils vivraient tout « projet » GDQV O¶HQWUHSULVH 3DXO
$TXHW LOVFRQVLGqUHQWOHVVWUXFWXUHVV\QGLFDOHVFRPPHXQHVSDFHG¶DSSrentissage
HW G¶H[SUHVVLRQ GH FRPSpWHQFHV SURIHVVLRQQHOOHV MXJpHV SHX RX PDO XWLOLVpHV SDU
leur entreprise respective :

1
La loi permettait en effet le mandatement de salariés non-syndiqués, mandat qui prenait fin à la
FRQFOXVLRQGHO¶DFFRUG

213
« >¬ OD )&(@ M¶DL GHX[ IRQFWLRQV : chargé de mission sur les cadres et
GpYHORSSHPHQW V\QGLFDO >«@ -H WUDYDLOOH DYHF OHV V\QGLFDWV UpJLonaux,
DYHFOHVPLOLWDQWVGHWHUUDLQF¶HVWXQSHXXQHpTXLSHRQGpILQLWGHVD[HV
HWF*UkFHjPDIRUPDWLRQMHVDLVFHTXHF¶HVWTX¶XQHGpPDUFKHSURMHW
>«@3RXUPRLF¶HVWjODIRLVXQHQJDJHPHQWPLOLWDQWHWXQHH[SpULHQFH
SURIHVVLRQQHOOH M¶DFTXLHUV GHs savoir-faire nouveaux, en traitant des
GRVVLHUVDVVH]SRLQWXVRXHQSDUODQWHQSXEOLF>«@'HWRXWHIDoRQoDQH
P¶LQWpUHVVH SDV GH IDLUH FDUULqUH j (') MH UDLVRQQH HQ WHUPHV GH
missions, je préfère enchaîner les expériences et acquérir des
compétences nouvelles. » (Paul Aquet)

« Saint-*REDLQ pWDLW G¶DFFRUG HW MH VXLV GRQF GpWDFKp j   GHSXLV
 DX V\QGLFDW SRXU PRL F¶HVW XQH H[SpULHQFH SURIHVVLRQQHOOH PRLQV
OHVpWDWVG¶kPHM¶DFTXLHUVGHVFRPSpWHQFHVTXHMHQ¶DXUDLVMDPDLVHXHV
VL M¶DYDLV FRQWLQXp à Saint-*REDLQ PDLV MH Q¶HQYLVDJH SDV G¶\ UHYHQLU
SRXUIDLUHOHPrPHERXORWTX¶DYDQWVXUWRXWTXHMHQ¶DLSDVDFWXDOLVpPHV
FRPSpWHQFHV G¶LQJpQLHXU M¶DLPHUDLV PLHX[ PH UpRULHQWHU YHUV OHV 5+
WUDYDLOOHU VXU GHV SODQV GH IRUPDWLRQ OH GLDORJXH VRFLDO« » (Damien
Louger)
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Paul effectue quasiment le même travail à la FCE-&)'7TX¶j(')SHUSpWXHVRQ


DQFLHQQH DFWLYLWp GH WUDYDLO WRXW HQ V¶HQULFKLVVDQW GH « compétences nouvelles ».
'DPLHQ GpODLVVH TXHOTXH SHX VHV FRPSpWHQFHV G¶LQJpQLHXU FHUWLILp SULYLOpJLDQW
l¶DFTXLVLWLRQ GH QRXYHOOHV FDSDFLWpV SURIHVVLRQQHOOHV 3RXU O¶XQ HW SRXU O¶DXWUH
O¶LPSOLFDWLRQ V\QGLFDOH HVW XQH H[SpULHQFH TXDOLILDQWH « PRLQV OHV pWDWV G¶kPH »
(Damien), la seule variante étant la cause au service de laquelle ils consacrent
leurs savoirs et leurs savoir-IDLUH /D FDUULqUH V\QGLFDOH Q¶HVW SDV FRQoXH FRPPH
O¶HQJDJHPHQW G¶XQH YLH TXL FRQGXLUDLW j UHOpJXHU OD FDUULqUH SURIHVVLRQQHOOH DX
VHFRQGSODQPDLV VXUFHOXLGHO¶DQWLFKDPEUHSDVVDJqUHPrPHVL ODUpLQWpJUDWLRQ
pYHQWXHOOHGDQV O¶HQWUHSULVHQHSUpVXPHSDV O¶DEDQGRQGHFRQYLFWLRQVFRQVWUXLWHV
ou affinées au gré du processus de socialisation militante.

Au sein du contingent syndical des enquêtés, la carrière de permanent


(Paul Aquet, FCE-CFDT), le détachement à temps complet pendant une durée
déterminée (Damien Louger, SECIF-CFDT) ou la prise de mandats ouvrant droit à
des heures de délégation (Marc Legrand, section syndicale CGC de la MACSF),
SHUPHWWHQWGHUHGpSOR\HUGHVFDSDFLWpVGHWUDYDLOGRQWO¶HQWUHSULVHQHUHFRQQDvWSDV
le caractèUHGHUHVVRXUFHVWUDWpJLTXHSRXUVRQ DFWLYLWp /¶LPSOLFDWLRQGHFHV WURLV
enquêtés procède de ce décalage entre un talent revendiqué et la sous-utilisation
TXLHQVHUDLWIDLWHGDQVOHXUHQWUHSULVH/¶LPSOLFDWLRQPLOLWDQWHVXUOHOLHXGHWUDYDLO

214
peut ainsi constituer un palliatif satisfaisant aux espoirs de carrière qui ne se sont
pas réalisés (Marc Legrand). La carrière syndicale au sein des instances syndicales
RX IpGpUDOHV GRQW UHOqYH O¶HQWUHSULVH VH SUpVHQWH SOXW{W FRPPH XQH banale
expérience professionnelle (Damien Louger, Paul Aquet), durable ou transitoire,
PDLV LPSOLTXDQW WRXMRXUV O¶DFTXLVLWLRQ GH FRPSpWHQFHV GLYHUVHV HW YDULpHV :
MXULGLTXHVUHODWLRQQHOOHVHQPDWLqUHGHJHVWLRQGHSURMHWHWG¶DQLPDWLRQG¶pTXLSHV
Compétences acquises dans le giron syndical que les deux enquêtés de la CFDT
espèrent bien voir reconnues comme compétences professionnelles, en cas de
« retour à la vie active »1.

1.2) 0LOLWDQWV DYDQW G¶rWUH FDGUH : connaissance de « O¶HQYHUV GX GpFRU »


HWFDUULqUHGDQVO¶HQWUHSULVH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

La problématique de la carrière et de la reconnaissance professionnelle


QHFRQFHUQHSDVVHXOHPHQWOHVFDGUHVTXLEpQpILFLDLHQWGHFHVWDWXWG¶HPSORLDYDQW
de devenir syndicalistes. Elle concerne aussi les enquêtés qui sont des militants à
grande ancienneté, GRQW O¶LQYHVWLVVHPHQW V\QGLFDO SUpFqGHO¶DFFqV DXVWDWXW FDGUH
et renvoie à des mobiles décrits ex-post FRPPHD\DQWpWpG¶RUGUHLGpRORJLTXHRX
partisan, en tout cas « axiologique »2.

/¶HQJDJHPHQWV\QGLFDOjXQQLYHDXpOHYpGHUHVSRQVDELOLWpWUDQFKHDvec
OH UDQJ KLpUDUFKLTXH GHV SUHPLHUV SRVWHV TX¶RQW RFFXSp FHV HQTXrWpV GDQV
O¶HQWUHSULVH/HIDLEOHQLYHDXGHTXDOLILFDWLRQGHFHVSRVWHVFRQVWLWXHVDQVGRXWHOH
PRWLIRULJLQHOGHO¶LPSOLFDWLRQHIIHFWLYHGDQVO¶DFWLRQV\QGLFDOH&DUO¶LPSOLFDWLRQ
militantH VLJQLILH DXVVL  O¶DFFqV SULYLOpJLp j « O¶HQYHUV GX GpFRU » (Fernand
Guérin, UGICT BNP Paribas Île-de-France), autorise la connaissance intime des
DUFDQHV GH O¶HQWUHSULVH HW GH OD EUDQFKH3. Connaître « O¶HQYHUV GX GpFRU » peut
constituer un vecteur plus ou moins explicite de progression dans la hiérarchie des

1
F. Piotet, « Le sens du SRVVLEOHHWGHO¶LPSRVVLEOH », Revue Cadres CFDT n°404, mai 2003.
2
M. Weber (1922), Économie et sociétés, Paris, Plon, 1995.
3
Voir supra Chapitre III ± 2.2.

215
postes1 /H PLOLWDQW V\QGLFDO HVW SDUIRLV PrPH G¶DXWDQW SOXV ILGqOH j VRQ
HQJDJHPHQW LQLWLDO XQH IRLV GHYHQX FDGUH TXH F¶HVW SUpFLVpPHQW FHW HQJDJHPHQW
qui a pu, entre autres aspects, favoriser son aFFqV j FH VWDWXW G¶HPSORL 0DULH
Vidal, CFDT du Groupe Total), ou qui a pu contribuer à élargir ses perspectives
de carrière (Jean Luyat, CGC des Assurances Générales de France) :

« 3DUIRLVMHPHGHPDQGHPrPHVL«HQIDLWGHSXLVTXHMHVXLVDGKpUHQWH
à la &)'7PRQVWDWXWDEHDXFRXSpYROXpSOXVYLWHM¶DLO¶LPSUHVVLRQ«
Pour moi, ça a peut-rWUH DLGp F¶HVW WRXW FH TXH MH SHX[ GLUH ,FL HW HQ
JpQpUDO MHQHSHQVHSDV TXHOHIDLW G¶rWUHDGKpUHQW HW PLOLWDQWIUHLQHOD
FDUULqUHIRUFpPHQW«QLOHUHJDUGTXHOHSDWURQDVXUYRXV«SRXUOXLV¶LO
HVW LQWHOOLJHQW TXHOTX¶XQ TXL V¶HQJDJH VDQV TX¶LO VRLW SRVVLEOH GH OH
VRXSoRQQHUGHYRXORLUVHSURWpJHURXGHWUDYDLOOHUPRLQVF¶HVWELHQ«oD
PRQWUHTXHO¶RQHVWGDQVXQHUHODWLRQGXUDEOHDYHFO¶HQWUHSULVHTXHO¶RQ
V¶LQWpUHVVHjVRQDYHQLUHWTXHO¶RQDDXVVLXQHYLVLRQGLIIpUHQWHGHFHOXL
qui vient juste pour toucher son salaire. » (Marie Vidal, 52 ans, cadre,
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

promotion interne, militante du SECIF-CFDT)

« /H V\QGLFDOLVPH P¶D SHUPLV GH FRQQDvWUH O¶HQWUHSULVH GH VDYRLU FH


TX¶pWDLWO¶DVVXUDQFHGHIDLUHGHO¶DVVXUDQFHGHYRLUFHTX¶LOHQpWDLWHW
GHFRQQDvWUHGHV FROOqJXHV TXL pWDLHQW FRPPHPRL GDQV G¶DXWUHVHQWLWpV
GHODERvWH«F¶HVWXQpOpPHQWTXLP¶DEHDXFRXSDLGpSDUODVXLWHF¶HVW
pYLGHQW« MH GHYDLV DYRLU XQH FRQQDLVVDQFH GH O¶LPPRELOLHU SRXU YHQLU
LFL GH WRXWH IDoRQ PDLV OH IDLW TXH SDU PRQ DFWLRQ V\QGLFDOH M¶DYDLV
DXVVLDFTXLVGHVFRQQDLVVDQFHVVXUO¶HQWUHSULVHGDQVVDJOREDOLWp«>«@
/H V\QGLFDOLVPH P¶D DSSRUWp OH UHODWLRQQHO HW OD WUDQVYHUVDOLWp TXH MH
Q¶DXUDLVMDPDLVHXVLM¶pWDLVUHVWpSHWLWFDGUHjOD'LUHFWLRQLPPRELOLqUH
eYLGHPPHQWFHQ¶pWDLWSDVXQHFRQGLWLRQsine qua non pour progresser,
PDLV« F¶HVW V€U TXH O¶HQWUHSULVH $*) HVW FRPSOH[H HW HQ DYRLU XQH
FRQQDLVVDQFHJpQpUDOHFHQ¶HVWSDVPDO«oDIDLWWUHQWHDQVTXHM¶\VXLV
dont vingt-FLQTGHV\QGLFDOLVPHM¶DLFRQQXSOXVLHXUVIXVLRQVSDUWLFLSpj
la mise en place de celle avec Allianz, la mise en place des règles
VRFLDOHVGDQVO¶HQWUHSULVHTXLUpJLVVHQWPDLQWHQDQWOH*URXSH«F¶HVWV€U
TXHM¶HQVDLVSOXVVXUODERvWHTXHOHFDGUHGXPrPHQLYHDXTXLQ¶HVWSDV
syndiqué ! » (Jean Luyat, 53 ans, cadre diplômé, responsable de section
syndicale CGC aux AGF)

$XFXQ GHV HQTXrWpV GHYHQXV FDGUH SDU YRLH GH SURPRWLRQ LQWHUQH DX VHLQ G¶XQH
seule et même entreprise et qui militaient sur leur lieu de travail avant de le
GHYHQLUQHV¶HVWFHSHQGDQWHQJDJpGDQVO¶DFWLRQV\QGLFDOHHQYXHG¶\DFFpOpUHUVRQ
évolution de carrière. Et pour cause : cette accélération éventuelle est tout à fait
aléatoire et incertaine. La reconnaissance des compétences acquises par le biais du
militantisme sur le lieu de travail (participation aux projets de restructuration,

1
Cet élément revêt un caractère assez général. Voir : T. Amossé, « Mythes et réalités de la
syndicalisation en France », DARES, Premières Synthèses, octobre 2004 ± n° 44.2.

216
capacité de négociation et « relationnel » YLVLRQ WUDQVYHUVDOH GH O¶DFWLYLWp GH
SURGXFWLRQ«  VXSSRVH DX SUpDODEOH TXH OH sens que ces enquêtés confèrent à
O¶LPSOLFDWLRQ V\QGLFDOH ± i.e. un mode de contribution à la bonne marche de
O¶HQWUHSULVH1 ± est déjà reconnu tel. Pour autant, si tant est que le fait syndical soit
MXJp XWLOH j OD SpUHQQLWp GH O¶HQWUHSULVH HW \ VRLW ELHQ accepté, les compétences
DFTXLVHV GDQV OH FDGUH GH O¶H[HUFLFH PLOLWDQW Q¶DXURQW SDV WRXMRXUV YDOHXU GH
FRPSpWHQFHV SURIHVVLRQQHOOHV TXL YLHQGUDLHQW V¶DJUpJHU DX[ FDSDFLWpV GH WUDYDLO
initiales. La reconnaissance effective des compétences syndicales en capacités de
WUDYDLORSpUDWRLUHVSRXUO¶HQWUHSULVHHVWELHQVRXYHQWODLVVpHjO¶DSSUpFLDWLRQGHOD
KLpUDUFKLHGXPLOLWDQWHWGpSHQGHQJUDQGHSDUWLHGHO¶LGHQWLWpGXV\QGLFDWDXTXHO
LODGKqUH/¶LPSOLFDWLRQV\QGLFDOHSHXWGRQFrWUHDXVVLELHQXQIUHLQjO¶pvolution
SURIHVVLRQQHOOH TX¶XQ IDFWHXU GH FHOOH-FL LO Q¶\ D SDV GH UqJOHV HQ OD PDWLqUH2. Il
Q¶H[LVWHHQHIIHWDXFXQV\VWqPHGHYDOLGDWLRQGHVDFTXLVGXV\QGLFDOLVPH3.
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Les cadres issus du rang qui militent au syndicat UGICT BNP Paribas
Île-de-France ont accédé au statut cadre tout en étant déjà plus ou moins connus et
LGHQWLILpV GDQV O¶HQWUHSULVH FRPPH V\QGLFDOLVWHV 7RXV FHV HQTXrWpV IRQW pWDW GH
SpULSpWLHV HW G¶REVWDFOHV j OHXU SURJUHVVLRQ © normale » de carrière, notamment
Fernand Guérin qui, du resWHpWDLWHQFRUHXQPLOLWDQWGHOD&)'7jO¶pSRTXHGHV
faits relatés ici :

« Je suis arrivé à Melun, après mon stage je suis passé classe 4, et je suis
VRUWLGH0HOXQHQSRXUSUHQGUHPRQSRVWHG¶DQLPDWHXUGHIRUPDWLRQ
-HFURLVPrPHTXHM¶pWDLVOHSOXs mal payé de toute la France, ils étaient
WRXV FDGUH HW SDV PRL /H GLUHFWHXU GH JURXSH TXH M¶DYDLV j O¶pSRTXH
trouvait cette situation anormale et en deux ans, je suis passé cadre. »
(Fernand Guérin, 57 ans, cadre, promotion interne, syndicat UGICT BNP
Paribas Île-de-France)

¬%133DULEDVO¶LPSOLFDWLRQV\QGLFDOHI€W-elle à la CGT, revêt encore cette force


supra-SHUVRQQHOOH HW SUREDWRLUH G¶XQ LQWpUrW SRUWp DX GHVWLQ G¶XQH HQWUHSULVH R

1
Voir supra Chapitre III ± 1.1.
2
6L 0DULH 9LGDO V¶LQWHUURJH VXU OH UDSSRUW HQWUH VRQ HQJDJHPHQW HW VRQ DFFqV DX VWDWXW FDGUH
Claude Géraud, cadre CFDT de Motul (relevant donc du même syndicat de branche régional, à
VDYRLU OH 6(&,)  j O¶DQFLHQQHWp SURIHVVLRQQHOOH FRPSDUDEOH HVWLPH « son avancement bloqué à
cause de [son] engagement syndical ».
3
/D FUpDWLRQ G¶XQ WHO V\VWqPH HVW XQH UHYHQGLFDWLRQ GH OD )pGpUDWLRQ &)'7 GHV 6HUYLFHV &¶HVW
aussi une revendication de la CGC, arrêtée au Congrès Confédéral de novembre 2003. (Source :
3URJUDPPH G¶RULHQWDWLRQ GH OD &)(-CGC &RQJUqV G¶,VV\-les-Moulineaux de novembre 2003,
disponible sur le site Internet de la CGC).

217
O¶RQIDLWWUDGLWLRQQHOOHPHQWWRXWHVDFDUULqUH0DLVO¶HQMHXGHODUHconnaissance des
compétences syndicales en compétences professionnelles y est à double tranchant.
Promouvoir un militant syndical à un poste de cadre peut être le meilleur moyen
pour sa hiérarchie de briser le sens de son engagement : la promotion du militant
qui connaît « O¶HQYHUV GX GpFRU » VXSSRVH GpMj O¶DEDQGRQ SDUWLHO RX WRWDO GH VHV
mandats ; et quels meilleurs Directeurs des Ressources Humaines que ceux qui
VDYHQWFRPPHQWSHQVHQWHWDJLVVHQWOHVV\QGLFDOLVWHVSRXUO¶DYRLUHX[-mêmes été ?
À BNP ParibaVFRPPHGDQVG¶DXWUHVJUDQGHVHQWUHSULVHVIUDQoDLVHVDQFLHQQHPHQW
nationalisées (Air France, les AGF), nombre de cadres Responsables ou Directeurs
des Ressources Humaines sont, de facto G¶DQFLHQV V\QGLFDOLVWHV &HV PLOLWDQWV
promus sont alors disqualifiés par les militants freinés ou par ceux (souvent les
PrPHVHQIDLW TXLVHUHIXVHQWDXQRPG¶XQHFHUWDLQHFRQFHSWLRQGXPLOLWDQWLVPH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

à associer compétences syndicales et évolutions de carrière :

« Les entreprises le reconnaissent rarement, mais il y a quelques DRH


TXL YLHQQHQW GH OD &)'7 SDUFH TXH O¶HQWUHSULVH D UHFRQQX OH IDLW TXH
G¶DYRLU pWpGDQVOHV\QGLFDWG¶XQHJURVVHERvWHoDIDLWGHVERQV'5+FH
VRQW VRXYHQW OHV SLUHV G¶DLOOHXUV $X SODQ GX GLDORJXH VRFLDO OHV SLUHV
'5+ YHQDLHQW G¶RUJDQLVDWLRQV syndicales. Les entreprises les prennent
SDUFHTX¶LOVFRQQDLVVHQWOHVILFHOOHVFRPPHQWVRQWOHVV\QGLFDOLVWHV«HW
HX[ YHXOHQW PRQWUHU TX¶LOV VRQW PHLOOHXUV '5+ TXH '5+ GRQF HQFRUH
plus mauvais, ils ont un peu oublié leurs valeurs, pas tous, mais
quelques-uns. » (Michèle Soher, Secrétaire Générale du syndicat ACTIF-
CFDT)

« Ces gens-là sont tout sauf des syndicalistes, ce sont des gens qui ont
LQVFULW XQH FDUULqUH V\QGLFDOH GDQV OHXU SODQ GH FDUULqUH /¶LQWpUrW
FROOHFWLI LOV V¶HQ PRTXHQW ! Ce sont leurs petits intérêts privés qui
FRPSWHQWHWoDF¶HVWLQVXSSRUWDEOH » (Fernand Guérin, syndicat UGICT
BNP Paribas Île-de-France)

Pour les diplômés dont le premier emploi a été un emploi de statut cadre,
O¶LPSOLFDWLRQ V¶RSqUH VXU OH PRGH FLUFXODLUH GH OD FRQWULEXWLRQ DSSRUW G¶XQH
compétence certifiée) / rétribution (enrichissement personnel et apprentissage
SHUPDQHQW RQO¶DYXDXSRLQWGHFHFKDSLWUH3RXUOHVV\QGLFDOLVWHVSURPXVDX
VWDWXWFDGUHO¶LPSOLFDWLRQPLOLWDQWHHVW FRQVLGpUpHFRPPHTXDOLILDQWe, en ce sens
TX¶HOOH DXWRULVH XQH HVSqFH GH SHUFHSWLRQ LQGLFLEOH LQWXLWLYH GHV UpDOLWpV GH
O¶HQWUHSULVHHWV¶DUWLFXOHjO¶LGpHG¶XQHSURJUHVVLRQGDQVODKLpUDUFKLHGHVHPSORLV
qui reste circonscrite à celle-ci. Jeunes diplômés ou autodidactes issus du rang,

218
SHUPDQHQWV RX WRXMRXUV HQ SRVWH GDQV O¶HQWUHSULVH PLOLWDQWV DYDQW G¶DFFpGHU DX
statut cadre ou cadres devenus syndicalistes, les enquêtés des terrains syndicaux
tiennent leur activité syndicale pour acquis professionnel. Mais, si tous vivent
O¶LPSOLFDWLRQ V\QGLFDOH FRPPH XQH IRUPH G¶LPSOLFDWLRQ SURIHVVLRQQHOOH ULHQ QH
permet de relier les compétences syndicales et les compétences professionnelles.
&¶HVWTXHOD© production » militante « ne rentre que difficilement dans les cadres
GHO¶DQDO\VHpFRQRPique »1.

1.3) Mettre ses compétences au service du groupement  O¶LPSOLFDWLRQ


DVVRFLDWLYHFRPPHVROXWLRQjO¶pSUHXYHGXFK{PDJH

Thomas Mottet est un ingénieur de trente-huit ans, diplômé de O¶eFROH


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

1DWLRQDOH 6XSpULHXUH GH O¶eOHFWURQLTXH HW GH VHV $SSOications (ENSEA). Issu
G¶XQH IDPLOOH RXYULqUH JUDQGV-SDUHQWV PLQHXUV HW RXYULHUV GX WH[WLOH  Qp G¶XQH
PqUHSURIHVVHXUGHPDWKpPDWLTXHVHWG¶XQSqUH« [ayant] collectionn[é] les petits
métiers », Thomas est originaire de Bordeaux. Il obtient son diplôme d¶LQJpQLHXU
ENSEA (Cergy-Pontoise) en 1990 et son DESS en Communication à la Faculté
GH %RUGHDX[ ,6,&  ILQ  (QWUH MDQYLHU  HW IpYULHU  DORUV TX¶LO
cherche du travail dans la communication, Thomas connaît une première période
de chômage, bientôt interrompue par le service militaire. À mesure que ses
UHFKHUFKHVG¶HPSORLUHVWHQWYDLQHVFHWHQTXrWpUHVVHQWDYHFXQHDFXLWpGHSOXVHQ
SOXV JUDQGH OD QpFHVVLWp G¶XQH « VWUXFWXUH SRXU V¶HQWUDLGHU », de fait quasi-
inexistante dans son Université :

« -¶DL WRXMRXUV DLPp IpGpUHU OHV JHQV DXWRXU GH PRL PDLV M¶DL DXVVL HX
une période de chômage importante. Je me rappelle que quand je ne
WURXYDLV SDV GHERXORWGDQV OD FRPMHGLVDLV WRXMRXUV ³F¶HVW GRPPDJH
TXHO¶RQQ¶DLWSDVXQHVWUXFWXUHSRXUV¶HQWUDLGHU´« VXUWRXWTXHM¶DYDLV
O¶H[SpULHQFH GH O¶DVVRFLDWLRQ G¶LQJpQLHXUV » (Thomas Mottet, 38 ans,
LQJpQLHXU(16($6HFUpWDLUHGHO¶$,(16($

À partir du moment où Thomas cherche un emploi dans le secteur de la


FRPPXQLFDWLRQLOFHVVHG¶DGKpUHUjO¶DVVRFLDWLRQGHs anciens élèves de son école
G¶LQJpQLHXUV (Q MDQYLHU  O¶HQTXrWp IXW FRQYLp DX PrPH WLWUH TXH WRXV OHV
GLSO{PpV GH VRQ '(66 j XQ VpPLQDLUH G¶XQH MRXUQpH RUJDQLVp SDU OH FRUSV

1
F. Piotet (2003), « /HVHQVGXSRVVLEOHHWGHO¶LPSRVVLEOH », op. cit.

219
professoral et les étudiants de la promotion 1992-1993, séminaire dont le but
FRQVLVWDLW j PHWWUH HQ SODFH XQH DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV GX '(66 O¶DVVRFLDWLRQ
3267,6,& )RUW GHVRQH[SpULHQFHG¶LQJpQLHXU GLSO{PpURPSXjO¶H[LVWHQFHGH
FH W\SH GH VWUXFWXUH HW GLVSRVDQW GX IDLW GH VRQ LQDFWLYLWp IRUFpH G¶XQH JUDQGH
disponibilité, Thomas se présente alors « spontanément » au Conseil
G¶$GPLQLVWUDWLRQGHO¶DVVRFLDWLRQWRXWMXVWHFUppHDXVHLQGXTXHOLOHQHVWDXVVLW{W
élu Président. Après son service militaire (février 1993-février 1994), Thomas
enchaîne deux Contrats à Durée Déterminée (CDD) de neuf mois chacun en
région bordelaise, puis se retrouve à nouveau au chômage, pendant encore une
année entière (de fin 1995 à fin 1996). Au cours de ces deux ans, dont deux fois
QHXI PRLV G¶DFWLYLWp SURIHVVLRQQHOOH 7KRPDV TXL GLVSRVH GH « temps libre »,
GpFLGHGHVHFRQVDFUHUjFHTXLHVWHQFRUHVRQPDQGDWGH3UpVLGHQWGHO¶DVVRFLDWLRQ
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

GHV DQFLHQV pOqYHV GH O¶,6,& PDQGDW TX¶LO D GRQF GpWHQX WURLV DQV GXUDQW HQWUH
HW/¶DVVRFLDWLRQ3267,6,&HVWDORUVYLEULRQQDQWH± absence de local et
de moyens ± VL ELHQ TX¶LO WHQWH G¶DSSRUWHU VD « ULJXHXU G¶LQJpQLHXU ». Thomas
V¶HVVD\DHQWUHDXWUHVH[HPSOHVj« monter une antenne POSTISIC à Paris » et à
« mettre en place des outils pour retrouver des diplômés » du DESS. Il organisa
également, ci et là, des « réunions festives » et des « rencontres avec des
philosophes ».
/DVGHQHSDVWURXYHUG¶HPSORLVWDEOHHQ*LURQGH7KRPDVUHYLHQWj3DULV
HQ VHSWHPEUH  HW UHSUHQG DORUV FRQWDFW DYHF O¶DVVRFLDWLRQ GHV LQJpQLHXUV
diplômés de son école. ,OV¶DYRXHDIIOLJpFRQVWHUQpSDUODSDXYUHWpGHVHVRXWLOVGH
communication :

« 4XDQGM¶pWDLVHQFRUHj%RUGHDX[HWPrPHVLMHQ¶pWDLVSOXVDGKpUHQW
MH UHJDUGDLV FH TXH IDLVDLW O¶DVVRFLDWLRQ GHV LQJpQLHXUV (16($ 0DLV
franchement, je trouvais leur commXQLFDWLRQ YUDLPHQW QXOOH >«@ OD
/HWWUHG¶LQIRUPDWLRQF¶pWDLWXQWRUFKRQHOOHQHVHUYDLWjULHQF¶pWDLWGHV
recettes de cuisine ou untel qui avait fait tel voyage, on était content pour
OXLPDLVoDQHVHUYDLWjULHQWRXWOHPRQGHV¶HQIRXWDLWTXHPDFKin soit
allé en Papouasie ou ailleurs  2Q SRXYDLW YUDLPHQW SXEOLHU Q¶LPSRUWH
TXRL>«@(WGHWRXWHIDoRQPrPHTXDQGO¶DVVRFLDWLRQIDLVDLWGHERQQHV
actions, elle ne savait pas les mettre en valeur. » (Thomas Mottet, AI
ENSEA)

220
Dès lors, Thomas investit l¶HVSDFH DVVRFLDWLI HW \ DSSRUWH VHV FRPSpWHQFHV HQ
communication1 ,O HVW G¶DERUG XQ « électron libre », qui propose notamment au
&RQVHLOG¶$GPLQLVWUDWLRQGHO¶$,(16($XQSURMHWGH-RXUQDO(QSURIHVVLRQQHO
de la communication, Thomas considère cependant TX¶LO QH VDXUDLW \ DYRLU GH
communication efficace sans bonne stratégie à partir de laquelle communiquer.
$XVVL V¶HVW-LO VXEUHSWLFHPHQW LPPLVFp DX &RQVHLO G¶$GPLQLVWUDWLRQ GH O¶$,
(16($MXVTX¶jHQGHYHQLUOH6HFUpWDLUH :

« -¶pWDLV HQFRUH DX FK{PDJH M¶DL trouvé du boulot peu de temps après
PDLV Oj M¶pWDLV HQFRUH DX FK{PDJH HW MH PH VXLV GLW TX¶DX OLHX GH
FULWLTXHU O¶DVVRFLDWLRQ MH IHUDLV PLHX[ G¶DSSRUWHU PD YDOHXU DMRXWpH GH
FRPPXQLFDQW« M¶DYDLV DSSRUWp PD ULJXHXU G¶LQJpQLHXU j 3267,6,&
donc là, la boucle était bouclée. Donc je suis revenu avec un projet de
MRXUQDO VRXV OH EUDV TXH M¶DL SUpVHQWp DX &RQVHLO G¶$GPLQLVWUDWLRQ LOV
avaient trouvé ça bien, parce que dans ce journal, mon seul objectif était
GHYDORULVHUO¶pFROHHWVHVGLSO{PpVGHSDUOHUGHV mecs qui ont réussi et
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

qui sont sortis de cette école, des carrières, des réalisations, pour que les
pWXGLDQWV DLHQW HQYLH GH YHQLU HW TXH OHV GLSO{PpV VRLHQW ILHUV GH O¶rWUH
>«@ &¶HVW PRL TXL DL LQYHQWp OH WULSW\TXH ³9DORULVHU (QWUDLGHU
eFKDQJHU´ $X début, je faisais ça en électron libre et puis je me suis
SULVDXMHXM¶DLYRXOXSDUWLFLSHUjODVWUDWpJLH«MHPHVXLVYLWHUHWURXYp
pOX DX &$ HW MH OH VXLV HQFRUH«DSUqV oD MH Q¶DL SOXV pWp DX FK{PDJH
PDLVM¶DLFRQWLQXpGDQVO¶DVVRFLDWLRQ » (Thomas Mottet, AI ENSEA)

/DWUDMHFWRLUHGH7KRPDV0RWWHWPRQWUHTXHORUVTXHO¶pWDWGXPDUFKpGX
WUDYDLO UHQG SDUWLFXOLqUHPHQW LQFHUWDLQH O¶LVVXH KHXUHXVH j OD UHFKHUFKH G¶XQ
HPSORLO¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVpOqYHVSHXWFRQVWLWXHUXQWHUUDLQLGpDOGHPLVHHQ
°uvre de ses capacités professionnelles. Les compétences en communication du
6HFUpWDLUH GH O¶$, (16($ RQW DLQVL SX WURXYHU XQ GpERXFKp DVVRFLDWLI j GpIDXW
G¶DYRLUpWpHPSOR\pHVGDQVXQHHQWUHSULVH
« Complément de formation » (Muriel Manset, Association Nationale des
Directeurs et Chefs du Personnel ± $1'&3  O¶LPSOLFDWLRQ EpQpYROH GDQV XQH
DVVRFLDWLRQ SURIHVVLRQQHOOH RX G¶DQFLHQV pOqYHV  HVW G¶DLOOHXUV VXVFHSWLEOH G¶rWUH
YDORULVpHVXUOHPDUFKpGXWUDYDLOGHIDoRQELHQSOXVFHUWDLQHTX¶XQHLPSOLFDWLRQ
syndicale :

1
Parmi « les évènements » D\DQW PDUTXp OD YLH GH O¶DVVRFLDWLRQ VRXV OD 3UpVLGHQFH GH 6LPRQ
Richet (1998-), celui-ci note « O¶DUULYpH GH 7KRPDV 0RWWHW SURIHVVLRQQHO GH OD FRPPXQLFDWLRQ
avec La Lettre GHO¶$,(16($ TXLDPDUTXpXQYLUDJHGDQVODFRPPXQLFDWLRQGHO¶DVVRFLDWLRQ »
(Source : /D/HWWUHGHO¶$,(16($ n°23, janvier 2005).

221
« Une association professionnelle, ça fonctionne un peu comme une
SHWLWH HQWUHSULVH« SDUWLFLSHU DX[ WUDYDX[ F¶HVW XQ FRPSOpPHQW GH
formation, ça ne peut pas faire de mal en tout cas ! » (Muriel Manset, 56
ans, cadre diplômée, ANDCP)

« Il faut LQFLWHU OHV pOqYHV j V¶HQJDJHU HW j SUHQGUH GHV UHVSRQVDELOLWpV


pendant leurs études et dans les associations extérieures. Une grande
entreprise ne met-HOOHSDVGDQVVHVFULWqUHVGHUHFUXWHPHQWOHIDLWG¶DYRLU
participé au Bureau des Élèves ? » (Denis Cassin1, Délégué Général de
O¶$1'&3

'¶DSUqV OHV LQIRUPDWLRQV GLVSRQLEOHV FHUWDLQV HQTXrWpV GH OD VSKqUH DVVRFLDWLYH
(professionnelle et scolaire) indiquent leurs responsabilités bénévoles sur leur
Curriculum Vitae&¶HVWQRWDPPHQWOHFDVGH6LPRQ5LFKHWHWde Thomas Mottet
UHVSHFWLYHPHQW3UpVLGHQWHW6HFUpWDLUHGHO¶$,(16($ PDLVDXVVLGH6pEDVWLHQ
*DUG OH 3UpVLGHQW GH O¶$VVRFLDWLRQ )UDQoDLVH GHV Credit Managers et Conseils
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

(AFDCC) :

« /RUVTXH M¶DL HX PRQ HQWUHWLHQ G¶HPEDXFKH M¶DL ELHQ HQWHQGX PLV HQ
avant cette appartenance au réseau professionnel. » (Sébastien Gard, 34
DQVFDGUHGLSO{Pp3UpVLGHQWGHO¶$)'&&

1.4) /¶LQYHVWLVVHPHQW LQGLYLGXHO GDQV O¶DFWLRQ SURIHVVLRQQHOOH : avoir un


métier, ou faire carrière GDQVO¶HQWUHSULVH"

/¶LQVFULSWLRQEpQévole dans le réseau associatif professionnel permet de


FXOWLYHUVRQWDOHQWG¶H[SHUWIRQFWLRQQHOSDUO¶DFTXLVLWLRQFRQWLQXHOOHGHVDYRLUVHW
de savoir-faire opératoires pour la pratique professionnelle concrète : échanges et
comparaisons de pratiques organisés dans le cadre des multiples manifestations
associatives, construction de projets, travail en équipe, développement des
FDSDFLWpVUHODWLRQQHOOHVUDSSRUWSULYLOpJLpjGLIIpUHQWVW\SHVG¶DXGLHQFHV GpSXWpV
KDXWVIRQFWLRQQDLUHVGLULJHDQWVG¶HQWUHSULVH /¶RFFXSDWLRQEpQpYROHGXSRVWHGH
3UpVLGHQWGHO¶DVVRFLDWLRQRXODSDUWLFLSDWLRQDFWLYHDX[WUDYDX[GHJURXSHVad hoc
consacrés à des questions hautement techniques, activités réputées éminemment
IRUPDWULFHV SHXYHQW H[SOLFLWHPHQW V¶DUWLFXOHU j XQ SURMHt de carrière à plus ou
moins long terme :

1
Source : Denis Cassin, « Ingénieurs et DRH GRQQHUWRXWHVDSODFHjO¶+RPPHSRXUODUpXVVLWH
GHO¶HQWUHSULVH », Revue 2005 des ingénieurs ÉCAM-ICAM.

222
« ¬ PR\HQ WHUPH M¶DL SRXU SURMHW G¶LQWpJUHU XQ SRVWH GH 'LUHFWHXU
)LQDQFLHU YRLUH GH 'LUHFWHXU *pQpUDO SRXUTXRL SDV G¶LFL FLQT RX GL[
DQV« oD H[LJH XQH JUDQGH FXOWXUH HW F¶HVW SRXU oD TXH M¶pSOXFKH OD
presse écRQRPLTXHHWILQDQFLqUHTXHMHIDLVGHODYHLOOHMXULGLTXH«HWHQ
WDQW TXH SUpVLGHQW G¶DVVRFLDWLRQ MH VXLV DPHQp j UHQFRQWUHU GHV
'LUHFWHXUV *pQpUDX[ GHV GpSXWpV« >«@ 'DQV XQH DVVRFLDWLRQ FRPPH
celle-Oj LO QH IDXW SDV IDLUH TX¶DGKpUHU LO IDXW IDLUH GHs actions,
participer à des groupes de travail, appeler le Secrétaire, donner des
FRQIpUHQFHV« MHGRQQH GHV FRXUV oDIDLW SDUWLH GHPRQVDYRLU-faire, je
VXLVjO¶DLVHTXDQGMHSDUOHHQSXEOLF ! (WSRXUFRQGXLUHXQSURMHWF¶HVW
pareil : je suis Président dHO¶DVVRFLDWLRQGRQFMHmanage une équipe, je
GpILQLVXQHVWUDWpJLHGHVREMHFWLIVMHP¶DVVXUHTX¶HOOHHVWVXLYLHHWTX¶LOV
sont atteints. » (Sébastien Gard, AFDCC)

La participation individuelle à la production collective des savoirs professionnels


est, SDUDLOOHXUVLQGLVSHQVDEOHORUVTXHODSUDWLTXHQ¶HVWSDVHQHOOH-PrPHO¶REMHW
G¶XQ HQVHLJQHPHQW IRUPHO HW a fortiori G¶XQH TXHOFRQTXH FHUWLILFDWLRQ VFRODLUH1
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

(Muriel Manset, ANDCP) ou, ce qui revient presque au même, lorsque le cadre
« professionnel » est un autodidacte (Julien Maison, AFDCC) :

« 'DQV OD YLH SURIHVVLRQQHOOH RQ QH SHXW SDV SURJUHVVHU VDQV UpVHDX«
F¶HVWSOXVGLIILFLOHTXDQGRQQ¶DSDVFRPPHPRLGHFXUVXVXQLYHUVLWDLUH
LOP¶DIDOOXP¶LQYHVWLUGHX[IRLVSOXVF¶HVWjSDUWLUGHOjTXHM¶DLDGKpUp
jO¶$)'&&HQ&¶HVWrWUHWRXMRXUVDXFRXUDQWGHFHTXLpYROXH«
O¶DVVRFLDWLRQP¶DEHDXFRXSDSSRUWpSDUFHTXHGqVOHGpSDUWMHPHVXLV
investi dans les groupes de travail. » (Julien Maison, 51 ans, cadre,
SURPRWLRQLQWHUQH3UpVLGHQWG¶+RQQHXUGHO¶$)'&&

« -¶DL UpSRQGX j XQH DQQRQFH SRXU FUpHU OD IRQFWLRQ 5HVVRXUFHV


Humaines dans une usine. Enfin, il y avait aussi la partie services
JpQpUDX[« &¶pWDLW XQH HQWUHSULVH GH VHSW FHQWV SHUVRQQHV HW LO IDOODLW
FUpHUODIRQFWLRQ5+«5HVVRXUFHV+XPDLQHVQ¶pWDLWSDVXQHPDWLqUHj
O¶eFROH MH QH VDYDLV SDV FH TXH F¶pWDLW j O¶pSRTXH LO Q¶\ DYDLW SDV
G¶pWXGHVSRXUoD«OHVJHQVDSSUHQDLHQWVXUOHWDV(WM¶DYDLVjO¶pSRTXH
une assistante sociale, qui travaillait dans un service inter-entreprises,
qui P¶DYDLW GLW TX¶LO H[LVWDLW XQH DVVRFLDWLRQ SURIHVVLRQQHOOH HW TXH MH
GHYUDLV OD FRQWDFWHU SXLVTXH MH Q¶\ FRQQDLVVDLV ULHQ /D GLUHFWULFH GH
FHWWH DVVRFLDWLRQ G¶DVVLVWDQWHV VRFLDOHV P¶D GLW ³MH FRQQDLV ELHQ
O¶$1'&3 MHYDLV YRXV SDUUDLQHU SRXU TXHYRXV \HQWULH]´,OIDOODLW XQ
SDUUDLQDJHjO¶pSRTXHF¶pWDLWHQ » (Muriel Manset, ANDCP)

Muriel Manset (ANDCP) est diplômée de Sup. de Co Lille, mais son rapport à la
fonction Ressources Humaines (RH) est le même que celui de Julien Maison
$)'&&  TXL Q¶HVW SDV GLSO{Pp GX VXSpULHXU HW O¶HVW GHYHQX DX PR\HQ GH OD

1
Comme ce fut le cas des ressources humaines dans les années 1960-1970 et du credit
management MXVTX¶jXQHSpULRGHWUqVUpFHQWH YRLUsupra Chapitre I ± 1.2).

223
IRUPDWLRQ SURIHVVLRQQHOOH FRQWLQXH j O¶pJDUG GH OD IRQFWLRQ Credit. Pour Muriel
FRPPHSRXU-XOLHQF¶HVWSDUODSUDWLTXHHWGDQVOHFHUFOHDVVRFLDWLITXHOHPpWLHU
fut appris. À leurs débuts, ces enTXrWpV V¶\ LQYHVWLUHQW HQ « apprentis » (Muriel
0DQVHW $1'&3  'HSXLV OD UHVVRXUFH FROOHFWLYH TXH FRQVWLWXH O¶DVVRFLDWLRQ
SURIHVVLRQQHOOHV¶HVWUpYpOpHSRXUO¶XQHWO¶DXWUHO¶LQVWUXPHQWOHSOXVHIILFDFHGH
O¶DVFHQVLRQDXVHLQGHOHXUHQWUHSULVH respective :

« /¶RSWLPLVDWLRQ GX turnover du poste-client, la maximisation des


HQFDLVVHPHQWV HWF FH VRQW GHV FRQFHSWV TXH M¶DL WURXYpV DX VHLQ GH
O¶DVVRFLDWLRQ HW TXH M¶DL HPPHQpV GDQV PRQ HQWUHSULVH >«@ ,O IDXW
toujours être à la pointe, force de proposition, VLQRQYRXVQ¶DPHQH]ULHQ
jYRWUHHQWUHSULVH«VLMHQ¶DYDLVSDVHXO¶DVVRFLDWLRQMHQ¶DXUDLVSDVHX
cette progression dans mon entreprise, puisque je suis devenu Credit
Manager *URXSH« /¶DVVRFLDWLRQ SOXV HOOH SDUOH GDQV OHV MRXUQDX[ HW
plus votre patron \ VHUD VHQVLEOH HW GLUD ³WLHQV LOV SDUOHQW GH
O¶DVVRFLDWLRQGH0DLVRQ´«HOOHIDLWUHFRQQDvWUHYRWUHSURIHVVLRQHWGRQF
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

ça vous valorise dans votre entreprise. » (Julien Maison, AFDCC)

4XHO TXH VRLW O¶kJH OH QLYHDX HW O¶LQWLWXOp GX GLSO{PH GH O¶HQTXrWp,
O¶pFKDQJHHWODFRPSDUDLVRQGHVSUDWLTXHVHQWUH© confrères » permettent toujours
O¶DFFqV j GHV VDYRLUV HW j GHV LQIRUPDWLRQV « TXH O¶RQ QH WURXYH QXOOH SDUW
ailleurs » (Sébastien Gard, AFDCC). Pour les jeunes diplômés, comme pour les
pionniers plutôt formés « sur le tas » 0XULHO 0DQVHW $1'&3  O¶LPSOLFDWLRQ
DVVRFLDWLYH SURIHVVLRQQHOOH VLJQLILH HQFRUH OD PLQLPLVDWLRQ GHV ULVTXHV G¶HUUHXUV
GDQVO¶H[HUFLFHTXRWLGLHQGXWUDYDLO1 :

« Vous ne pouvez pas tester tout ça avec vos collègues, tandis que vous
pouvH]SDUWDJHUYRVLGpHVDYHFYRVFROOqJXHVGHO¶$1'&3YRXVSRXYH]
GLUH ³YRLOj FH TXH MH FRPSWH IDLUH HVW-ce que tu penses que ça va être
bien reçu ? Quels sont les points sur lesquels il faut que je fasse
attention "´«2QQHVHPHWSDVHQGDQJHUFRPPHRQ pourrait le faire
HQ SURSRVDQW GHV WUXFV LQIDLVDEOHV DX &RPLWp GH 'LUHFWLRQ« GRQF
O¶$1'&3 F¶HVW DXVVL XQH VRUWH G¶DQWLFKDPEUH » (Muriel Manset,
ANDCP)

« /¶$1'&3SHUPHWG¶pFKDQJHUDYHFGHV'5+H[SpULPHQWpVGHPRQWUHU
certaines lacunes que tu ne veux pas montrer à ton entreprise, et eux te
donnent volontiers des conseils. » (Hélène Olivier, 27 ans, cadre
diplômée, ANDCP)

« Vous vous retrouvez un jour face à une problématique nouvelle, dont


YRXV QH VDYH] ULHQ 9RXV Q¶DOOH] SDV IDLUH GHV UHFKHUFKHV SHQGDQW Gix
ans ! Donc, vous interrogez votre réseau, vos confrères, vous montez un

1
Voir supra Chapitre I ± 1.2.

224
groupe de travail pour réfléchir ensemble à cette problématique-là et
donner des solutions, définir les bonnes pratiques. Ce qui vous fait
avancer plus vite et gagner en expérience UDSLGHPHQW F¶HVW GH VH
confronter à ses confrères. 9RXVDSSRUWH]>jO¶HQWUHSULVH@XQVDYRLUTXH
O¶RQQHWURXYHQXOOHSDUWDLOOHXUVª (Sébastien Gard, AFDCC)

/¶LPSOLFDWLRQ DVVRFLDWLYH DSSDUDvW DLQVL FRPPH XQH UHVVRXUFH HQ WHUPHV GH
SRXYRLU VXU O¶RUJDQLVDWion qui emploie le cadre « professionnel ª HQ FH TX¶HOOH
SHUPHW G¶DPpOLRUHU XQH SUDWLTXH GRQW O¶HPSOR\HXU QH SHXW PDvWULVHU VHXO OHV
différents aspects. « Jeune » ou « ancien », diplômé ou autodidacte, la stratégie de
professionnalisation du cadre en quesWLRQ HVW WRXMRXUV YRORQWp G¶DPpOLRUHU VD
FDSDFLWpWHFKQLTXH0DLVF¶HVWHQYXHGHIDLUHUHFRQQDvWUHVRQPpWLHUHWVDTXDOLWp
de « professionnel ªSDUO¶HQWUHSULVHTXLO¶HPSORLHHWTXLV¶DFTXLWWHGHODFRWLVDWLRQ
associative. Pour les uns comme pour les autUHV F¶HVW ELHQ GDQV FHWWH HQWUHSULVH
TXH OD FDUULqUH V¶HQYLVDJH HQ SULRULWp F¶HVW G¶DERUG O¶pYROXWLRQ KLpUDUFKLTXH TXL
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

compte :

« -H P¶LQVFULV GDQV OD GXUpH DYHF XQH HQWUHSULVH SRXU OD IDLUH
SURJUHVVHU 0RQ REMHFWLI F¶HVW GH IDLUH FDUULqUH LFL GDQV FHtte
HQWUHSULVH« VL FH Q¶HVW SDV SRVVLEOH MH WURXYHUDLV V€UHPHQW XQH DXWUH
HQWUHSULVHPDLVSRXUO¶LQVWDQWPRQREMHFWLIHVWGHIDLUHFDUULqUHLFL«j
FRQGLWLRQ TXH PRQ pYROXWLRQ PH VDWLVIDVVH ,O HVW FODLU TX¶XQH IRLV OD
JpQpUDWLRQ GX ³EDE\ ERRP´ j OD UHWraite, dès 2006-2007, il y aura un
DSSHOG¶DLUHWO¶HQWUHSULVHGHYUDSURPRXYRLUGHVMHXQHV6LMHQHVXLVSDV
GDQV OD ERQQH YRLH M¶LUDLV YRLU DLOOHXUV (W SXLV PrPH VL MH PRQWH
UDSLGHPHQWLOIDXWTXHMHFRQWLQXHG¶DSSUHQGUH'RQFMHSHX[WRXWDXVVL
bieQFKDQJHUG¶HQWUHSULVHTXLWWHjFHTXHFHVRLWXQULVTXHHQWHUPHVGH
FDUULqUH«F¶HVWIRQGDPHQWDO : pour grimper professionnellement, il faut
FKDQJHU G¶HQWUHSULVH FKDQJHU GH VHFWHXU SRXU PRQWUHU TXH YRXV DYH]
couvert des postes différents, que vous êtes cultivé et ouvert. Donc, si les
SRUWHVVHIHUPHQWLFLoDQHVHUDSDVXQSUREOqPHG¶DOOHUYRLUDLOOHXUV »
(Sébastien Gard, AFDCC)

« Je voudrais me poser, avoir un poste à responsabilité en CDI et des


SRVVLELOLWpVG¶pYROXWLRQPDLVRQQHP¶DSDVODLVVpOH choix, si, dans ma
ERvWHLOVP¶DYDLHQWGLW³WXYDVDYRLUXQHSURJUHVVLRQVXUOHVFLQTDQVj
YHQLU´LOQ¶\DYDLWDXFXQVRXFL ! Mais à partir du moment où je suis en
&'' HW TXH MH Q¶DL SDV FH TXH MH YHX[ MH IDLV GX UpVHDX HW M¶HVVDLH GH
multiplier les exSpULHQFHV GDQV XQH RSWLTXH G¶HPSOR\DELOLWp » (Hélène
Olivier, ANDCP)

Si, toutefois, le bénévole jugeait son évolution hiérarchique insatisfaisante, au


UHJDUG GH OD YDOHXU TX¶LO DFFRUGH j VD SURSUH FRQWULEXWLRQ O¶DPpOLRUDWLRQ GH VHV
capacités individuellHVGHWUDYDLOYLDODFRQIURQWDWLRQHWOHSDUWDJHG¶H[SpULHQFHVHW
OHXU FRUROODLUH O¶HQWUHWLHQ G¶XQ © FDUQHW G¶DGUHVVHV ª O¶DXWRULVHQW j FRQFHYRLU OD

225
carrière au-GHOjG¶XQHVHXOHHQWUHSULVH/¶DVVRFLDWLRQSURIHVVLRQQHOOHFRQVWUXLWXQ
marché du travail irrpGXFWLEOH DX[ PDUFKpV LQWHUQHV GH O¶HPSORL HW O¶LPSOLFDWLRQ
individuelle dans le mouvement associatif est volonté de se réserver la possibilité
G¶\ RFFXSHU XQH SODFH GH FKRL[ /H © professionnel » ne conteste pas seulement
O¶LPPL[WLRQGHO¶HPSOR\HXUGDQVODPDQLqUHG¶H[HUFHUVRQDFWLYLWp1. Il récuse aussi
OD VXERUGLQDWLRQ GH VHV SHUVSHFWLYHV G¶pYROXWLRQ SURIHVVLRQQHOOH j O¶RUGUH GH
O¶HQWUHSULVHHWGHODEUDQFKH
/¶LPSOLFDWLRQ SURIHVVLRQQHOOH EpQpYROH FULVWDOOLVH XQH GpWHUPLQDWLRQ j
optimiser la reconnaissDQFHG¶XQHFRPSpWHQFHWHFKQLTXHjO¶LQWpULHXUG¶XQFKDPS
des carrières possibles que le choix initial de la formation et / ou du métier tend à
réduire : « O¶DVVRFLDWLRQ YRXV DLGH j IDLUH UHFRQQDvWUH YRWUH IRQFWLRQ HW GRQF oD
YRXVYDORULVHGDQVO¶HQWUHSULVe » dit Julien Maison (AFDCC). Cette conscription
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

du champ des possibles, qui procède du choix de carrière initial, explique que
certains enquêtés, paradoxalement, tentent de se ménager des portes de sortie de
OHXUGRPDLQHG¶H[SHUWLVHSDUO¶LPSOLFDWLRQEpQévole. Cet aspect est le plus net pour
les fonctions les plus récentes et les moins reconnues, comme la fonction Credit.
3RXU 6pEDVWLHQ *DUG HW -XOLHQ 0DLVRQ EpQpYROHV GH O¶$)'&& O¶LPSOLFDWLRQ
associative est aussi une modalité de sortie éventuelle du marché du travail
SURIHVVLRQQHO (OOHQ¶HVW SDV ODVHXOH&DUVL FHWWHVRUWLHSHXW V¶RSpUHUDXPR\HQ
des relations entretenues, dans le cadre associatif, avec différentes audiences, elle
SHXW HQFRUH V¶HIIHFWXHU HQ YHLOODQW GpOLEpUpPHQW j QH SDV ODLVVHU VD Sratique se
réduire à la seule activité de credit manager ou à un seul poste de travail :

« 'HYHQLU XQ YLHX[ FUDEH F¶HVW OD SLUH GHV FKRVHV« PRL M¶DL WRXMRXUV
fait en sorte de ne pas faire que du credit management 6¶RXYULU VXU
O¶H[WpULHXU FH Q¶HVW SDV VHXOHPHQW V¶RXYULU VXU FH TXH IRQW OHV DXWUHV
credit managers F¶HVW DXVVL V¶RXYULU VXU G¶DXWUHV PpWLHUV » (Julien
Maison, AFDCC)

« -H VXLV DFWXHOOHPHQW VXU GHX[ SRVWHV M¶DL SOXVLHXUV PLVVLRQV« F¶HVW
toujours plus ou moins en rapport avec le credit management, mais
M¶HVVDLH GH PH GLYHUVLILHU F¶HVW HQ IDLVDQW FHWWH GpPDUFKH TXH YRXV
SUHQH]GHO¶DXUDHWTXHYRXVYRXVYHUUH]SURSRVHUGHVSURPRWLRQVRXGHV
SRVWHV j SOXV JUDQGH UHVSRQVDELOLWp YRWUH SpULPqWUH G¶DFWLRQ HW GH
FRPSpWHQFH V¶pODUJLW YRXV DSSUHQH] vous faites des choses plus
intéressantes. » (Sébastien Gard, AFDCC)

1
Voir supra Chapitre I ± 1.3.

226
Entre métier et carrière, il faut généralement choisir1. À bien des égards,
O¶LPSOLFDWLRQ DVVRFLDWLYH SHUPHW SRXUWDQW G¶HQYLVDJHU OD TXDOLILFDWLRQ FRPPH XQ
« patrimoine »2 ayant une vDOHXUSURSUHTXLGpSDVVHOHFDGUHG¶XQHHQWUHSULVHRX
G¶XQHEUDQFKHSDUWLFXOLqUHPDLVDXVVLFRPPHXQRXWLOGH© professionnalisation »
DX VHQV TXH 3LHUUH 1DYLOOH GRQQH j FH WHUPH F¶HVW-à-dire au sens de progression
dans une hiérarchie conventionnelle de postes de travail3.
La position de bénévole associatif est donc ambivalente, à la fois
position « marginale sécante »4 HW YHFWHXU G¶LQWpJUDWLRQ j O¶HQWUHSULVH a fortiori :
ORUVTXH F¶HVW O¶HPSOR\HXU TXL V¶DFTXLWWH GH OD FRWLVDWLRQ DX JURXSHPHQW 
susceSWLEOH GH IDFLOLWHU O¶pYROXWLRQ KLpUDUFKLTXH $XWUHPHQW GLW O¶LQYHVWLVVHPHQW
DVVRFLDWLI DFFURvW OHV FKDQFHV GH SURPRWLRQ GDQV O¶HQWUHSULVH HW HQ PrPH WHPSV
décuple les possibilités de se voir « chassé », comme le fut justement, par le passé,
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Julien MaisRQOH3UpVLGHQWG¶+RQQHXUGHO¶$)'&&&HWWHLPSOLFDWLRQDVVRFLDWLYH
SHXWHQFRUHDXWRULVHUO¶DFFqVjGHVSRVWHVGHWUDYDLOD\DQWXQUDSSRUWORLQWDLQDYHF
la pratique professionnelle initiale. De la sorte, Le « professionnel » accède aux
avantages que confèUH O¶RFFXSDWLRQ VDODULpH G¶XQ HPSORL GH VWDWXW FDGUH PDLV
travaille, par voie associative, à décontextualiser, sinon sa qualification, sa
FRPSpWHQFH GX FDUFDQ G¶XQH HQWUHSULVH HW G¶XQH EUDQFKH SDUWLFXOLqUHV DFTXpUDQW
idéalement un « état »5 indépendant de leurs vicissitudes, lequel, par conséquent,
O¶HQSUpVHUYH

2) Au-GHOj GH O¶LQWpUrW  FRQWLQJHQFHV GHV FKRL[ G¶LPSOLFDWLRQ HW


affirmation de soi

*HRUJ 6LPPHO FRQVLGpUDLW TXH WRXWH H[SOLFDWLRQ G¶XQ FRPSRUWHPHQW


LQGLYLGXHOSDUO¶LQWpUrWpWDLWQpFHVVDLUHPHQWUpGXFWULFHPDLVTX¶HQPrPHWHPSVLO

1
F. Piotet (dir.), La révolution des métiers, Paris PUF, Coll. « Le lien social », 2002.
2
Ibid.
3
P. Naville, Essai sur la qualification du travail, Paris, Marcel Rivière, 1956.
4
M. Crozier et E. Friedberg (1977), /¶DFWHXUHWOHV\VWqPH/HVFRQWUDLQWHVGHO¶DFWLRQFROOHFWLYH,
Seuil, Coll. « Points », série essais, 1992.
5
Y. Lequin, « Le métier », P. Nora, Les lieux de mémoire, Tome III, Les France, Vol. 2 :
Traditions3DULV*DOOLPDUG'¶DSUqV-RVHSK3URXGKRQ&LWpSDU)3LRWHW  op. cit.

227
pWDLW WUqV GLIILFLOH GH WRWDOHPHQW V¶HQ DIIUDQFKLU1. Max Weber tenait les types
« traditionnels » et « axiologiques » de rationalité pour essentiels, mais notait
pJDOHPHQW O¶LPSRUWDQFH GH OHXU DUWLFXODWLRQ DYHF O¶LQWpUrW SRXU O¶LQWHOOLJHQFH GHV
FRPSRUWHPHQWVUHOHYDQWGHFHVFDWpJRULHVG¶DQDO\VHV2. Alors convient-il de ne pas
V¶HQ WHQLU j OD YLVLRQ DQWKURSRORJLTXH G¶XQ DFWHXU VHXOHPHQW JXLGp SDU VHV
préférences, qui optimiserait ses ressources matérielles pour les satisfaire, comme
O¶homo-°FRQRPLFXV GH O¶pFRQRPLH PDUJLQDOLVWH /¶LPSOLFDWLRQ LQGLYLGXHOOH G¶XQ
FDGUH Q¶HVW MDPDLV OH SURGXLW H[FOXVLI G¶XQH UpIOH[LRQ DEVWUDLWH TXL PqQHUDLW j
UpGXLUH OH V\QGLFDOLVPH RX O¶DVVRFLDWLRQ SURIHVVLRQQHOOH j GH VLPSOHV HVSDFHV
G¶Rpportunités instrumentales. En revanche, cette implication est toujours affaire
de reconnaissance sociale individuelle, même pour les cadres militants CGT, et
F¶HVWSHXW-rWUHHQFHVHQV WUqV ODUJHTX¶LOIDXWHQWHQGUHOHWHUPH© utilitarisme ».
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

/¶LPSOLFDWLRQ Q¶HVW SDV SOXV FRQGLWLRQQpH SDU XQ V\VWqPH GH YDOHXUV
KpULWp GX PLOLHX G¶RULJLQH RX GH VRQ UHMHW TXL VHUDLW QDWXUHOOHPHQW DGDSWp DX
groupement, pas même pour ceux des syndicalistes qui sont « tombés dedans
quand [ils] étaient petits » (Gérald Cotu,  DQV FDGUH GLSO{Pp G¶8QLYHUVLWp
militant du Syndicat des Assurances CFDT Transrégional et Île-de-France ±
$&7,)  O¶LQWpUrW TXHO¶DGKpVLRQ SUpVHQWHOHJDLQTX¶HOOHSHXW SURFXUHU QHVRQW
pas nécessairement compris a priori et, a fortiori, le « credo » et le « code »3 du
JURXSHPHQW VRQW ODUJHPHQW PpFRQQXV DX PRPHQW G¶DGKpUHU &HV YDOHXUV
Q¶H[SOLTXHQW SDV O¶DGKpVLRQ HIIHFWLYH XQH SURSHQVLRQ LGHQWLTXH j O¶LPSOLFDWLRQ
FROOHFWLYHSRXYDQWFRQGXLUHjGHVIRUPHVHWjGHVGHJUpVG¶LPSOLFDWLRQGLIIpUHQWV
En RXWUHO¶LPSOLFDWLRQV\QGLFDOHHVWFRQWUDLQWHFRQGLWLRQQpHSDUOHVFRQWLQJHQFHV
GHO¶LPSODQWDWLRQLQpJDOHGHVGLIIpUHQWHVRUJDQLVDWLRQVVXUOHVOLHX[GHWUDYDLO(W
lorsque les attributs de la trajectoire individuelle se révèlent congruents avec

1
R. Boudon (1990), « Action », Traité de sociologie, Paris, PUF, 1993, pp. 21- '¶DSUqV *
Simmel (1892), /HVSUREOqPHVGHODSKLORVRSKLHGHO¶+LVWRLUH, Paris, PUF, 1984.
2
R. Aron (1967), Les étapes de la pensée sociologique, Gallimard, Coll. « Tel », 1994.
3
M. Rodinson, De Pythagore à Lénine. Des activismes idéologiques, Paris, Fayard, 1993. Cité par
F. Piotet, F. Piotet (dir.), M. Bensoussan, A. Henni, Y. Siblot, A. C. Wagner, La CGT : une
FRQILJXUDWLRQPLOLWDQWHGDQVVDGLYHUVLWp/¶DGKpVLRQV\QGicale : dynamique de groupe, contrainte
et individualisme ? Laboratoire Georges Friedmann, Rapport de recherche IRES, mai 2007, 606 p.
Le « credo », au sens de Maxime Rodinson, est « ODFRQGHQVDWLRQGHO¶LGpRORJLTXHO¶HQVHPEOHGHV
³YpULWpV´SURIHVVpHVTXL RUJDQLVHQWODFRQFHSWLRQGXPRQGHTX¶DDGRSWpODVRFLpWp ». Le « code »
est « O¶HQVHPEOH GH SUHVFULSWLRQV GH SUDWLTXHV UHFRPPDQGpHV RX LQWHUGLWHV OpJLWLPpHV SDU OH
credo ».

228
O¶LPSOLFDWLRQ SDU H[HPSOH O¶LPSOLFDWLRQ V\QGLFDOH FHV GLVSRVLWLRQV LQGLYLGXHOOHV
Q¶H[SOLTXHQWSDVQRQSOXVOHSDVVDJHGHODVLPSOHDGKpVLRQDXPLOLWDQWLVPH

2.1) /¶DGKpVLRQHIIHFWLYHHQWUHLQWpUrWPRUDOHHWKDVDUGGHVUHQFRQWUHV

Les groupements professionQHOV RX G¶DQFLHQV pOqYHV TXL SHUPHWWHQW


G¶HQWUHWHQLUGHVUHODWLRQV© permanentes et utiles »1 entre confrères ou camarades,
VDWLVIRQWOHPLHX[OHVORJLTXHVGHO¶DGKpVLRQXWLOLWDLUHDXVHQVVWULFWF¶HVW-à-dire au
VHQV G¶LQVWUXPHQWDOLVDWLRQ GX FROOHFWLI DXx fins individuelles. Ces groupements
VRXIIUHQWODSRVVLELOLWpG¶\« aller en consommateur » (Muriel Manset, ANDCP).
+pOqQH2OLYLHU $1'&3 HVWFHUWDLQHPHQWO¶HQTXrWpHGHO¶XQLYHUVSURIHVVLRQQHOOD
SOXV HPSUHLQWH G¶XWLOLWDULVPH (OOH HVW OD VHXOH j Q¶DYRLU pas signifié à son
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

HPSOR\HXUVRQDGKpVLRQjO¶$1'&3FHWWHDGKpVLRQSDUWLFLSDQWLQLWLDOHPHQWGHOD
UHFKHUFKHG¶XQHPSORLSOXVFRQIRUPHjVHVH[LJHQFHV :

« -H QH O¶DL SDV GLW j PRQ HQWUHSULVH SDUFH TX¶DX GpSDUW M¶pWDLV GDQV
O¶RSWLTXH GH IDLUH GX UpVHDX SRur être embauchée ailleurs. » (Hélène
Olivier, ANDCP)

,O IDXGUD \ UHYHQLU PDLV O¶LPSRUWDQW HVW GpMj GH FRQVWDWHU TXH PrPH ORUVTXH OH
UDSSRUWDXJURXSHPHQWUpSRQGG¶XQXWLOLWDULVPHDIILFKpHWUHYHQGLTXpO¶LQWpUrWQH
VXIILWSDVjUHQGUHUDLVRQGHO¶DGKpVLRQHIIHFWLYH&HW\SHGHUDWLRQDOLWpQ¶HVWSDV
GLVFULPLQDQWGDQVOHIDLWGHV¶LQYHVWLULOSHXWVHXOHPHQWO¶rWUHGDQVOHIDLWGHUHVWHU
LPSOLTXp /¶XWLOLWDULVPH FRPPH OH UDSSRUW DX[ YDOHXUV GX JURXSHPHQW H[SOLTXH
SOXVODGpIHFWLRQTX¶LOQ¶H[SOLTXHO¶DGKpsion. Car, ni les groupements associatifs ni
les syndicats ne discriminent réellement la population ciblée (diplômés, collègues
GHWUDYDLOFDGUHVRFFXSDQWOHPrPHW\SHG¶HPSORL VHORQOHFULWqUHGHO¶DGKpVLRQ
HIIHFWLYH '¶DXWUHV W\SHV GH UDWLRQDOLWp LQWHUYLHQQHQW TXL FRQVWLWXHQW O¶DGMXYDQW
LQGLVSHQVDEOH DX SDLHPHQW HIIHFWLI G¶XQH FRWLVDWLRQ V\QGLFDOH RX DVVRFLDWLYH
/¶HIIHFWLYLWpGHO¶DGKpVLRQLQWqJUHXQPpODQJHGHVHQWLPHQWPRUDOHWG¶DIIHFWTXL
Q¶D DXFXQ VHQV KRUV GH OD UHODWLRQ LQWHU-individuelle ponctuelle nouée avec les
DXWUHVPHPEUHVGHO¶RUJDQLVDWLRQTXHOOHTXHVRLWODQDWXUHGHFHOOH-ci.

1
P. Bourdieu, « Le capital social. Notes provisoires », Actes de Recherche en Sciences Sociales,
31 / 1980, pp. 2-3.

229
/DUpFLSURFLWpHQWUHPHPEUHVG¶XQHPrPHDVVRFLDWLRQSURIHVVLRQQHOOHRX
G¶DQFLHQV pOqYHV IRUPH XQH © règle du jeu » dont le respect constitue, selon les
préceptes du managementODFRQGLWLRQGHO¶XWLOLVDWLRQRSWLPDOHGHVHVUHODWLRQV1.
La « force des liens faibles »2 HVWjFHSUL[0DLVO¶RSSRUWXQLVPHHVWHQIDLWDVVH]
aisé  QH SDV FRWLVHU Q¶HVW MDPDLV UpGKLELWRLUH SRXU O¶DFFqV j O¶LQIRUPDWLRQ DX[
revues profHVVLRQQHOOHVQLPrPHDX[GHUQLqUHVSUDWLTXHVGXPpWLHU/¶LQVFULSWLRQ
ponctuelle à quelque manifestation ou groupe de travail dont le thème intéresse le
« professionnel ª Q¶DSSHOOH SDV VRQ DGKpVLRQ '¶DLOOHXUV VL OHV SDUWLFLSDQWV DX[
différentes réunions REVHUYpHV j O¶$1'&3 pWDLHQW UDUHPHQW GHV DGKpUHQWV GH
O¶DVVRFLDWLRQ OHV LQWHUYHQDQWV DX[ PDQLIHVWDWLRQV RUJDQLVpHV SDU OHV SHUPDQHQWV
DVVRFLDWLIVQHO¶pWDLHQWSDUIRLVSDVQRQSOXVHX[-mêmes.
Arnaud Lefrot (ANDCP) est intervenu le 14 mars 2006 au Cercle des
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

paradoxes ANDCP jODGHPDQGHG¶XQVXSpULHXUKLpUDUFKLTXHDGKpUHQWGHORQJXH


date du groupement3, mais il ne comptait alors pas parmi les adhérents. Hélène
Olivier (ANDCP) avait participé aux travaux du groupe local dont elle dépendait,
eu égard à sa ]RQHJpRJUDSKLTXHG¶H[HUFLFHSURIHVVLRQQHO PDLV VDQV DGKpUHUDX
WLWUHGHFHTX¶HOOHDSSHOOH« XQHSKDVHG¶REVHUYDWLRQ »(QUqJOHJpQpUDOHFHQ¶HVW
TX¶DSUqV DYRLUpSURXYpO¶XWLOLWpGXJURXSHPHQWSRXUO¶H[HUFLFHSURIHVVLRQQHO TXH
les enquêtés deviennent convaincus de son efficacité instrumentale, et celle-ci sert
VRXYHQW j MXVWLILHU O¶DGKpVLRQ VDQV HQ rWUH WRXMRXUV OH SUHPLHU PRWLI RX OD VHXOH
dimension valorisée. La visibilité du groupement professionnel est, en effet, plutôt
réduite et le cadre « professionnel ª V¶LO HQ FRQQDvW O¶H[LVWHQFH GX IDLW GH VRQ
SDUFRXUVVFRODLUHRXGHVHVUHODWLRQVGHWUDYDLOQ¶HQPDvWULVHSDVa priori le sens,
la portée, encore moins la conception sous-jacente de la profession et des manières
GHO¶H[HUFHU4 :

« -¶DYDLVSRVWXOpjXQSRVWHGHUHVSRQVDEOHIRUPDWLRQO¶HQWUHWLHQQ¶DSDV
GpERXFKpVXU XQHPSORLPDLV VXU O¶$1'&3 ³oDH[LVWHMHWHGRQQHOH
FRQWDFW´ /D '5+ P¶DYDLW GLW TX¶HOOH pWDLW DGKpUHQWH« HOOH P¶D GLW

1
H. Bommelaer, Trouver le bon job grâce au réseau. Les 10 facteurs clés de succès pour trouver
un emploi, Paris, Eyrolles, 2005.
2
M. Granovetter, « The strength of weak ties », American Journal of Sociology, Vol. 78 / 1973,
pp. 1360-1380.
3
Voir supra Chapitre I ± 1.1.
4
Conception de la profession qui renvoie au rapport problématique à la subordination salariée
(voir supra Chapitre I).

230
³DOOH]-\ F¶HVW VXSHU ´ %RQ MH VDYDLV TXH oD H[LVWDLW >«@ Après cet
HQWUHWLHQM¶DLpWpYRLUFHTXHF¶pWDLWHWDSUqVXQHSKDVHG¶REVHUYDWLRQGH
SOXVLHXUVPRLV RQP¶HQYR\DLWWRXWHVOHVLQYLWDWLRQVF¶pWDLWDVVH]RXYHUW
M¶DOODLV j WRXWHV  M¶DL DGKpUp M¶DYDLV YX TXH oD PH VHUYDLW ª (Hélène
Olivier, ANDCP)

« À O¶$3(&M¶DLWURXYpOHPpWLHUGH credit manager«MHQHFRQQDLVVDLV


SDV MH YR\DLV TXH F¶pWDLW XQH IRQFWLRQ QRXYHOOH PDO FRQQXH -¶DL
DSSURIRQGLPHVUHFKHUFKHVVXUFHPpWLHUoDP¶DDPHQpjO¶DVVRFLDWLRQ
GRQW MH Q¶DYDLV ELHQ V€U MDPDLV HQWHQGX SDUOHU QRQ plus. » (Sébastien
Gard, AFDCC)

La quasi-absence de discrimination entre adhérents et non-adhérents fait de


O¶DGKpVLRQ HIIHFWLYH HW a fortiori GH O¶LPSOLFDWLRQ EpQpYROH j SOXV IRUWH UDLVRQ
encore  TXDQGOHEpQpYRODWQHSURFXUHSDV SOXV G¶LQWpUrW GLUHct et concret), une
question qui, banalement, « dépend des gens », en réalité une question de
SKLORVRSKLHXQHTXHVWLRQGHPRUDOHLQGLYLGXHOOHPrOpHG¶© affinité élective »1 :
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

« /H JURXSH UpJLRQDO F¶HVW WUqV V\PSD HW WUqV HQULFKLVVDQW« M¶\ F{WRLH
presque WRXMRXUVOHVPrPHV5+RQHVWXQSHWLWQR\DXG¶DFWLIVHWMHYDLVj
WRXWHVOHVUpXQLRQV«RQHVWWURLVMXQLRUVGDQVPRQJURXSHHWRQVHUpXQLW
aussi entre nous, mais il y en a beaucoup qui adhèrent sans jamais venir
DX[ UpXQLRQV G¶DXWUHV TXL Q¶DGKqUHQW SDV, on ne sait pas vraiment qui
DGKqUHLOQ¶\DSDVYUDLPHQWGHYLVLELOLWpOj-GHVVXVGHWRXWHIDoRQ«GDQV
PDERvWHLO\HQDTXLDGKqUHQWO¶HQWUHSULVHSDLHOHXUFRWLV¶PDLVLOVQH
viennent jamais, peut-rWUH TXH oD IDLW ELHQ VXU OH &9« oD GpSHQG GHV
JHQV« PDLV ERQ VL GHPDLQ M¶pWDLV GDQV OD SDQDGH M¶DUUrWHUDLV GH
cotiser, je pense, sauf si je me fais rembourser par ma boîte. » (Hélène
Olivier, ANDCP)

« $X GpSDUW WRXW pWDLW j LQYHQWHU HW PRL M¶DOODLV j O¶$1'&3 HQ
FRQVRPPDWULFHSRXUDSSUHQGUH«HWSXLVXQ beau jour, je me suis rendue
FRPSWH TXH F¶pWDLW DXSUqV GH PRL TXH OHV DXWUHV DSSUHQDLHQW M¶pWDLV
devenue un meuble  -H UHQYRLH O¶DVFHQVHXU« >«@ M¶DXUDLV SX DUUrWHU
G¶DGKpUHUPDLVF¶pWDLWGHYHQXXQORLVLUMHVXLVSDVVLRQQpHSDUFHTXHMH
fais et puis, F¶HVW ELHQ G¶DYRLU XQ HQGURLW R VH UHWURXYHU HQWUH QRXV
DYRLU XQH FKDOHXU F¶HVW XQ SHX FRPPH XQH IDPLOOH » (Muriel Manset,
ANDCP)

6pEDVWLHQ*DUG $)'&& HVWLPHO¶DVVRFLDWLRQ XWLOHjFRQGLWLRQ GH « ne pas faire


TX¶DGKpUHU »PDLVGHIDLWO¶D-t-il connue en même temps que le métier de credit
manager &¶HVW G¶DLOOHXUV OH 6HFUpWDLUH GH O¶DVVRFLDWLRQ -HDQ-/XF 'DQLHO TXL O¶D
« FRQYDLQFX GH O¶LQWpUrW GH OD IRQFWLRQ » HW DYHF HOOH GH O¶DVVRFLDWLRQ FH TXL

1
J. W. Goethe (1809), Les affinités électives, Paris, Gallimard, 1993.

231
H[SOLTXH TXH OH 3UpVLGHQW GH O¶$)'&& OD MXJH DXMRXUG¶KXL FRQVXEVWDQWLHOOH j OD
profession :

« -H VXLV HQWUp HQ FRQWDFW DYHF O¶$)'&& M¶DL UHQFRQWUp OH 6HFUpWDLUH
*pQpUDO 0 'DQLHO TXH MH FRQQDLV GRQF GHSXLV ORQJWHPSV ,O P¶D
H[SOLTXp HQ TXRL FRQVLVWDLW OH PpWLHU O¶DVVRFLDWLRQ« RQ D GLVFXWp
pendant deux hHXUHV GX UpVHDX GH OD IRQFWLRQ GH VHV HQMHX[ ,O P¶D
FRQYDLQFX GH VRQ LQWpUrW LO P¶D GRQQp HQYLH G¶HQ VDYRLU SOXV »
(Sébastien Gard, AFDCC)

&HW DVSHFW DIIHFWLI GH O¶LPSOLFDWLRQ V¶REVHUYH WUqV ELHQ GDQV OD VSKqUH
syndicale1 R PrPH O¶DGKpVLRQ G¶XQ Fadre à première vue la plus typiquement
XWLOLWDLUHHVW DXVVL HW VXUWRXW XQDFWHGHUpFLSURFLWpPRUDOHjO¶pJDUGGX PLOLWDQW
TXL V¶HVW HQJDJp SRXU UpVRXGUH XQ SUREOqPH G¶RUGUH SURIHVVLRQQHO /H VHQWLPHQW
G¶DYRLUFRQWUDFWpXQHGHWWHPRUDOHpSURXYpVRXV Upserve de la bonne impression
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

ODLVVpH SDU OH PLOLWDQW HVW HVVHQWLHO GDQV OH IDLW G¶DGKpUHU j XQ V\QGLFDW HW OH
FDUDFWqUHWRXWjIDLWRUGLQDLUHGHFHWWHUpDOLWpQHGRLWSDVFRQGXLUHjO¶RFFXOWHU&H
Q¶HVWSDVODUpVROXWLRQGXSUREOqPHSURIHVVLRQQHOTXLFRQstitue, en elle-même, la
« bonne raison »2 GHO¶DGKpVLRQVDQVTXRLFHOOH-ci précèderait systématiquement la
SULVHHQFKDUJHGXSUREOqPHHWOHVVHFWLRQVV\QGLFDOHVRXOHVV\QGLFDWVG¶HQWUHSULVH
défendraient les seuls membres. Les permanences syndicales dédiées à la prise en
FKDUJHG¶XQVDODULpHQSURLHjFHTX¶LOMXJHrWUHXQHLQMXVWLFHSURIHVVLRQQHOOHVRQW
bien le lieu privilégié du recrutement syndical, mais ce recrutement est le plus
souvent affinitaire.
Irène Pasquale avait sollicité le syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-
France pour obtenir de son employeur la reconnaissance de son investissement
professionnel, pour pallier « O¶LQMXVWLFHGHVLWXDWLRQ »3 GRQWHOOHV¶HVWLPDLWYLFWLPH4.
8QH IRLV VD UHTXrWH VDWLVIDLWH SDU OH WUXFKHPHQW GX 6HFUpWDLUH GH O¶8*ICT BNP
Paribas Île-de-)UDQFHULHQQHO¶REOLJHDLWjDGKpUHUDXV\QGLFDWHWDXUHVWHLOQ¶HVW

1
Sur ce point, voir aussi : B. Duriez et F. Sawicki, « Réseaux de sociabilité et adhésion syndicale.
Le cas de la CFDT », Politix Volume 16 ± n°63 / 2003, pp. 17-51.
2
R. Boudon (1990), « Action », op. cit.
3
M. Correia (1994), op. cit.
4
Voir supra Chapitre III ± 2.1.

232
pas certain que cela lui fût même demandé1 2U ,UqQH FRQILH V¶rWUH « très bien
entendue » avec son « bienfaiteur »2, le Secrétaire du syndicat Marcel Chaîli. Si la
JUDWLWXGH OD UHFRQQDLVVDQFH O¶KDELWDLW VDQV QXO GRXWH O¶DGKpVLRQ G¶,UqQH SURFqGH
pJDOHPHQW G¶XQH UDWLRQDOLWp SUHVTXH © affectuelle »3, le « charisme »4 TX¶HOOH
DWWULEXHDX6HFUpWDLUHGXV\QGLFDWODFRQILDQFHTX¶HOOHOXLDFFRUGHHWOHVTXDOLWpV
moraOHVTX¶HOOHOXLSUrWHD\DQWODUJHPHQWFRQWULEXpjODGpFLGHU3HXW-être ce type
« affectuel » de rationalité est-LO DXVVL DX SULQFLSH GH O¶DGKpVLRQ GH 9DOpULH
Busseau, technicienne de vingt-sept ans, à ce même syndicat UGICT BNP Paribas
Île-de-France. Sur la foi des données à disposition, il semble difficile, toutefois,
G¶DVVRFLHU VD FRQGXLWH VXSSRVpH © affective » au « charisme » de Viviane
Giordano. En effet, lors de leur première rencontre, cette dernière ne lui apparut
guère comme un être « extraordinaire »5, mais bien plus comme une personne
« sympathique »6, une personne prenant « OHWHPSVG¶pFRXWHU ». On se contentera
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

donc ici de souligner le rôle du rapport affinitaire :

« &¶HVW0DUFHO&KDvOLSDUVRQDWWLWXGHTXLP¶DGRQQpO¶HQYLHG¶DGKpUHU
-HO¶DLWRXWGHVXLWHDSSUpFLpRQV¶HVWWUqVELHQHQWHQGX>«@-¶\DXUDLV
pWpGHWRXWHIDoRQSDUFHTXHoD³FUDLQW´GHSOXVHQSOXVHWTXHFHQ¶HVW
SDV SDUWL SRXU V¶DUUDQJHU PDLV LO P¶D IDOOX YLQJW DQV GH PDWXUDWLRQ »
(Irène Pasquale, 39 ans, technicienne, militante du syndicat UGICT BNP
Paribas Île-de-France)

« -¶DLFRQQX9LYLDQHTXDQGHOOHHVWYHQXHjO¶DJHQFHSRXUGpIHQGUHXQH
collègue. Je la trouve très bien. Elle, au moins, elle vient nous voir en
GHKRUV GHV pOHFWLRQV FRQWUDLUHPHQW DX[ DXWUHV« HW SXLV Hlle prend le
WHPSVG¶pFRXWHUHWGHGLVFXWHU » (Valérie Busseau, 27 ans, technicienne,
adhérente du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

'pWHUPLQHUVLO¶LPSUHVVLRQODLVVpHSDUOHPLOLWDQWHQSODFHHVWERQQHSDUFHTXHOH
GLVFRXUVTX¶LOWLHQWIDLWpFKRDX[SURSULpWpVVRFLDOHVGHO¶DGKpUHQW ,UqQHHVWLVVXH

1
Voir infra Chapitre VI ± 1.2.
2
G. Simmel (1908), « /¶DXWRFRQVHUYDWLRQ GX JURXSH VRFLDO ([FXUVXV VXU OD ILGpOLWp HW OD
gratitude », Sociologie. Études sur les formes de la socialisation, Trad. L. Deroche-Gurcel et S.
Muller, Paris, PUF, Coll. « Sociologies », 1999.
3
Ibid.
4
M. Weber (1922), op. cit.
5
Ibid.
6
Raymond Boudon et François Bourricaud insistent sur le fait « TX¶LO \ D WRXW OLHX GH
maintenir [les] GLIIpUHQFHV GH VLJQLILFDWLRQ >TXL@ VpSDUHQW >OH@ WHUPH ³V\PSDWKLTXH´ >GX WHUme]
³FKDULVPDWLTXH´ ». Voir : R. Boudon et F. Bourricaud (1982), « Charisme », op. cit.

233
G¶XQHIDPLOOHRXYULqUH RXVLODJUDWLWXGHHWRXO¶DIILQLWpVXIILVHQWjSURYRTXHUVRQ
adhésion hors de ses attributs socio-culturels est difficile, voire impossible. Il reste
TXHG¶XQRUGLQDLUHVHQWLPHQWGHJUDWLWXGHHQYHUVXQPLOLWDQWG¶XQHVLPSOHDIILQLWp
RXG¶XQH FRQMXJDLVRQ GHFHV GHX[IDFWHXUV SHXYHQW QDvWUHOHVDGKpVLRQV OHVSOXV
versatiles comme les implications les plus actives, militantes, parfois (mais pas
toujours, justement) congruentes avec les dispositions inscrites dans la trajectoire.
/¶LPSOLFDWLRQ V\QGLFDOH G¶,UqQH 3DVTXDOH HVW ELHQ FRQVRQDQWH DYHF VHV RULJLQHV
VRFLDOHV FH TXL SHXW H[SOLTXHU TX¶HOOH VRLW GHSXLV GHYHQXH XQH PLOLWDQWH GX
syndicat UGICT. Mais Valérie Busseau est issXHG¶XQPLOLHXWRXWDXVVLSRSXODLUH
et reste pourtant simple adhérente de ce syndicat. La source de cette différence
G¶LQWHQVLWp GH O¶HQJDJHPHQW HQWUH FHV GHX[ HQTXrWpHV GX V\QGLFDW 8*,&7 %13
Paribas Île-de-France réside peut-être, au moins pour une part, dans le fait que
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

9DOpULH j O¶LQYHUVH G¶,UqQH Q¶D SDV FRQQX GH VLWXDWLRQ FRQIOLFWXHOOH DYHF VD
KLpUDUFKLHGLUHFWH(OOHQHV¶HVWSDVWURXYpHQVLWXDWLRQG¶pSURXYHUXQTXHOFRQTXH
sentiment de gratitude envers Viviane Giordano et, plus généralement, envers les
PLOLWDQWVGXV\QGLFDW2UG¶DSUqV*HRUJ6LPPHOODUHFRQQDLVVDQFHHVW© le facteur
HVVHQWLHOTXLVRXWLHQWODFRQVHUYDWLRQG¶XQHUHODWLRQVRXVODIRUPHGHODVWDELOLWp »1.
Le seul déterminant « affectuel ªGHO¶DFWLRQHVWELHQSOXVIUDJLOHFDUpWURLWHment
DVVRFLp DX FDUDFWqUH GH OD SHUVRQQH j TXL O¶RQ SUrWH XQ FHUWDLQ © charisme ».
/¶DGKpVLRQ HIIHFWLYH GH 9DOpULH V¶H[SOLTXH SUREDEOHPHQW SDU OD V\PSDWKLH TXH
9LYLDQH*LRUGDQROXLDLQVSLUpHPDLVTXHOTX¶XQGH© sympathique ªQ¶HVWGpMjSDV
nécessairement « charismatique » au sens de Max Weber2 &¶HVW GLUH OD IUDJLOLWp
du lien entre cette enquêtée et son syndicat.
/¶LPSOLFDWLRQV\QGLFDOHQHSHXWSDVrWUHOHVHXOIUXLWGXKDVDUGXQHODUJH
majorité des syndicalistes rencontrés étant issus de familles aux revenus modestes,
dont les membres ont très souvent été syndicalistes eux-mêmes. Cet élément est
SRXUWDQWORLQGHVXIILUHjUHQGUHFRPSWHGHVSURFHVVXVG¶LPSOLFDWLRQLQGLYLGXHOOH
GDQV O¶DFWLRQV\QGLFDOH /¶LQWpUrW QHVDXUDLWrWUH WHQXSRXUYDULDEOHGLVFULPinante
GH O¶LPSOLFDWLRQ HIIHFWLYH PDLV OHV GpWHUPLQLVPHV LQGLTXpV SDU OHV SURSULpWpV

1
G. Simmel (1908), « /¶DXWRFRQVHUYDWLRQ GX JURXSH VRFLDO ([FXUVXV VXU OD ILGpOLWp HW OD
gratitude », op. cit. Sur ce point, voir également : P. Watier, « La place des sentiments
psychosociaux dans la sociologie de G. Simmel », L. Deroche et P. Watier (dir.), La sociologie de
Georg Simmel (1908). Élements actuels de modélisation sociale, Paris, PUF, Coll. « Sociologies »,
2002.
2
Voir : R. Boudon et F. Bourricaud (1982), « Charisme », op. cit.

234
sociales des enquêtés doivent aussi être relativisés. Si Damien Louger et Paul
Aquet (CFDT) ont tous deux des parents ouvriers et syndiqués, ces deux enquêtés
Q¶RQW HQYLVDJp GH VH V\QGLTXHU HQ O¶RFFXUUHQFH j OD &)'7 TX¶j OD IDYHXU GH
relations affectives entretenues avec les militants côtoyés sur leur lieu de travail.
Jean Luyat (CGC), Marion Genêt (CFDT) et Christine Giron (CFDT) sont des
FDGUHVSOXVkJpVQ¶D\DQWYLVLEOHPHQWDXFXQHGLVSRVLWLRQjO¶HQJDJHPHQWV\QGLFDO
Ces trois enquêtés ne sont pas moins devenus des militants parmi les plus actifs de
leur organisation syndicale respective. Pour Christine Giron (CFDT), le sentiment
GHJUDWLWXGHTXLYLHQWG¶rWUHPHQWLRQQp SRXUUHQGUHUDLVRQGHO¶DGKpVLRQHIIHFWLYH
G¶,UqQH3DVTXDOH 8*,&7 DPDQLIHVWHPHQWpWpGpFLVLI3RXUOHVGHX[DXWUHV-HDQ
/X\DW &*& HW0DULRQ*HQrW &)'7 O¶DIILQLWpDYHFXQRXSOXVLHXUVPLOLWDQWVHQ
place a, semble-t-il, suffit à les déterminer :
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

« -¶DLUHQFRQWUpXQHPLOLWDQWHGHOD&)'7TXHM¶DSSUpFLDLVEHDXFRXSHW
TXLHVWGHSXLVGHYHQXHXQHDPLH>«@-¶DYDLVSULVXQFRQJpVDQVVROGHHW
j PRQ UHWRXU M¶DL FRQQX TXHOTXHV SUREOqPHV &HWWH PLOLWDQWH V¶pWDLW
EDWWXHSRXUPRLHOOHP¶DYDLWDLGpHjREWHQLr ma réintégration et elle est
GHYHQXHPRQPHQWRU F¶HVW XQSHXSRXU HOOHTXHMHPHVXLVHQJDJpHDX
départ. » (Christine Giron, 44 ans, cadre, promotion interne, responsable
GHODVHFWLRQV\QGLFDOH&)'7GXVLqJHG¶(')

« 3HUVRQQHQ¶HVWHQJDJpGDQVPDIDPLOle, ni dans un syndicat, ni dans la


politique. Moi-PrPHMHQ¶DLDGKpUpjOD&)'7TX¶HQFHQ¶HVWSDV
O¶HQJDJHPHQW G¶XQH YLH >«@ $ORUV SDU FRQWUH M¶DL WRXMRXUV pWp DX
&RPLWp G¶(QWUHSULVH VDQV pWLTXHWWH« >«@ &H Q¶HVW TX¶DX PRPHQW GHV
35 heures quHMHPHVXLVV\QGLTXpHM¶DLpWpPDQGDWpHSDUOD&)'7TXL
était assez engagée là-GHVVXV« M¶pWDLV HQ FRQWDFW UpJXOLHU DYHF 5RJHU
Varra, de la Fédération [des Services], et Michèle Soher, du syndicat
>$&7,)@ 2Q D V\PSDWKLVp LOV P¶RQW ELHQ DLGpH SRXU OD Qpgociation
577«HQVXLWHLOVP¶RQWFRQYLpHDX&RQVHLO6\QGLFDO&¶HVWSRXUoDTXH
M¶DL XQ HQJDJHPHQW TXL HVW DVVH] IRUW GHSXLV PDLQWHQDQW TXHOTXHV
années. » (Marion Genêt, 50 ans, cadre, promotion interne, responsable
de la section syndicale CFDT de la MACSF)

« -¶DYDLV SHXW-rWUH OD ILEUH MH QH VDLV SDV PrPH VL F¶HVW YUDL TXH
SHUVRQQH Q¶HVW V\QGLTXp GDQV PD IDPLOOH« 0DLV VL M¶DYDLV UHQFRQWUp
des gens de la CFDT au lieu de rencontrer des gens de la CGC, je serais
probablement devenu un militant de la CFDT« » (Jean Luyat, CGC des
AGF)

8QHSURSHQVLRQpYHQWXHOOHjO¶DGKpVLRQLQVFULWHGDQVODWUDMHFWRLUHHWRX
QpHG¶XQH© situation » conflictuelle avec la hiérarchie, forme un terrain favorable
jO¶LPSOLFDWLRQV\QGLFDOHTXLUHVWHVRXYHQWjFRQFUpWLVHU dans le rapport affinitaire

235
avec les membres en place : selon Marie Vidal (CFDT), fille de cheminot, « tant
TXHYRXVQHFRQQDLVVH]SDVTXHOTX¶XQTXLYRXVHQWUDvQHYRXVQHIDLWHVMDPDLVOH
pas »(QO¶DEVHQFHGHSUREOqPHjUpVRXGUHSDUODPpGLDWLRQGXJURupement ou de
GLVSRVLWLRQ j O¶LPSOLFDWLRQ FROOHFWLYH VFRODLUH V\QGLFDOH RX SURIHVVLRQQHOOH OH
rapport affinitaire peut probablement être, en lui-PrPHjO¶RULJLQHGHO¶DGKpVLRQ
Les militants de la section syndicale UGICT Personnel Navigant Commercial
(31&  $LU )UDQFH O¶RQW ELHQ FRPSULV HX[ TXL V¶DWWqOHQW QRQ VDQV XQ FHUWDLQ
succès, à retourner à leur avantage une situation professionnelle caractérisée par
une carence manifeste de rapports continus de sociabilité au travail, en optimisant
toute opportunité de contact inter-personnel1/¶DIILQLWpWRXWHIRLVQHSHXWVHXOH
H[SOLTXHU OH FDUDFWqUH GHYHQX GXUDEOH YRLUH PLOLWDQW RX EpQpYROH GH O¶DGKpVLRQ
/¶DGKpUHQWGRLWHQFRUHVHWURXYHUHQVLWXDWLRQGHSRXYRLUV¶DSSURSULHUOHVYDOHXUV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

du groupement, pouUPHVXUHUOHXUDGpTXDWLRQDYHFOHVVLHQQHV&¶HVWVHXOHPHQWLFL
TXH OHV SURSULpWpV TXL IRQW OD SRVWXUH LQLWLDOH GH O¶DGKpUHQW SHXYHQW LQWHUYHQLU
&¶HVWO¶REMHWGXSRLQWVXLYDQW

2.2) /¶DSSURSULDWLRQUpWURVSHFWLYHGHVYDOHXUVGXJURXSHPHQW G¶DGKpVLRQ


les militants de la section UGICT-CGT PNC Air France

La majorité des militants navigants commerciaux a adhéré au syndicat


UGICT Air France en 2000 ou en 2001. Ces militants avaient généralement adhéré
jXQV\QGLFDWGqVOHXUSpULRGHG¶HVVDLGHVL[PRLVDFKevée, ce qui suffit à attester
XQHLQVHUWLRQGDQVXQPLOLHXVRFLDORO¶HQJDJHPHQWV\QGLFDOYDSUDWLTXHPHQWGH
soi. Pour la plupart « transfuges ªG¶DXWUHVV\QGLFDWVOHXUVHQJDJHPHQWVSUpDODEOHV
DYDLHQW pWp WULEXWDLUHV GHV FRQWLQJHQFHV GH O¶LPSODQWDWLRQ Vyndicale au sein de la
FRPPXQDXWpQDYLJDQWH FRPPHUFLDOHG¶$LU)UDQFHORQJWHPSV UHSUpVHQWpHSDUXQ
syndicat professionnel unique, le Syndicat National du Personnel Navigant
&RPPHUFLDO 6131&  7RXV pWDLHQW GLVSRVpV j O¶LPSOLFDWLRQ FROOHFWLYH : certains
de FHV HQTXrWpV VRQW G¶DQFLHQV PLOLWDQWV DVVRFLDWLIV SDU H[HPSOH DX[ -HXQHVVHV

1
La cabine, la salle de réserve et la salle du briefing précédant chacun des vols sont les lieux de
WUDYDLOGX31&&KDTXHYROPHWHQVFqQHXQpTXLSDJHGRQWODFRPSRVLWLRQQ¶HVWMDPDLVUHFRQGXLWH
GHX[IRLVO¶DFWLYLWpGHFKDTXH3NC étant planifiée par un service technique, au sol. Le rapport du
PNC à sa hiérarchie est tout aussi individuel OH31&&DGUHHVWUHVSRQVDEOHG¶XQHpTXLSHGH31&
qui ne correspond à aucun équipage LOpYDOXHOHWUDYDLOGHO¶XQGHVHV31&ORUVGHYROVSRnctuels
(dits « de rencontre »), en dehors desquels il reste au sol. Cette absence chronique des lieux de
travail de la hiérarchie en autorise une appropriation militante.

236
2XYULqUHV &KUpWLHQQHV 0D[LPH $XEHUWDQ  G¶DXWUHV VRQW LVVXV GH IDPLOOHV
militantes, parfois illustres (Éric Thiais), à la CGT (Henri Maire, Reda Chakib et
Fouad Bassim), au Parti Communiste Français (PCF) ou ailleurs. Parmi ces
HQTXrWpVVHXO(UZDQ-DQRWQ¶HVWSDVLVVXG¶XQTXDUWLHUSRSXODLUH
Ces éléments biographiques augurent une « vocation » au militantisme à
OD&*7YRFDWLRQGRQWO¶H[SUHVVLRQIDFWXHOOHDXUDLWVHXOHPHQWpWpretardée par les
caractéristiques des implantations syndicales au sein de la profession navigante
commerciale. Les militants PNC du syndicat UGICT Air France sont certainement
FHX[GHVPLOLWDQWVHQTXrWpVGRQWO¶LPSOLFDWLRQjOD&*7SDUDvWODSOXVpYLGHQWH a
priori, presque « génétique » (Fouad Bassim). Ils offrent, en fait, le cas le plus
H[HPSODLUH OH SOXV H[WUrPH G¶XQH DSSURSULDWLRQ GHV YDOHXUV GX JURXSHPHQW
SRVWpULHXUH j O¶DGKpVLRQ HIIHFWLYH : ces militants le sont devenus à la faveur de
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

contingences puUHPHQW SURIHVVLRQQHOOHV HW SOXV SUpFLVpPHQW j O¶RFFDVLRQ G¶XQ


conflit strictement catégoriel1. Aussi ne saurait-on, là encore, surévaluer le rôle
GHVRULJLQHVVRFLDOHVGDQVOHVPpFDQLVPHVGHO¶LPSOLFDWLRQHIIHFWLYH

/H FKRL[ G¶DGKpUHU j OD &*7 $LU )UDnce a été subordonné aux enjeux
locaux de la corporation et aux termes de l'estimation subjective quant à la
concordance entre aspirations corporatives et propositions syndicales : en 2000 ou
en 2001, les enquêtés PNC adhèrent au syndicat qui leur semble « le plus à même
de défendre [leur] métier » (Erwan Janot) et le sens moral que cette implication
revêt (ici O¶HQWUDLGHHQWUHSDLUV QHVHFRPSUHQGTX¶HQFRQVLGpUDWLRQGHO¶LQWpUrW
ELHQ FRPSULV GH OD SURIHVVLRQ QDYLJDQWH FRPPHUFLDOH (Q G¶DXWUHV WHUPHV Oes
PLOLWDQWVGHODVHFWLRQ8*,&731&$LU)UDQFHQ¶DYDLHQWSDVYRFDWLRQjV¶HQJDJHU
jOD&*7PDLVYRFDWLRQjV¶HQJDJHUDXQRPGHODSURIHVVLRQTX¶LOVH[HUFHQWHWGH
OHXUVSDLUV/¶HQJDJHPHQWPLOLWDQWjOD&*7DG¶DERUGpWpYRORQWpGH« donner de
sa personne à son humble niveau » (Fouad Bassim) pour défendre, sinon la
condition salariée, une communauté professionnelle au sein de laquelle on est
(enfin) bien intégré, parfois après avoir « galéré » un certain temps (Cécile Janot).
La nuance entre syndicalisme « corpo. » (selon le jargon navigant) et
V\QGLFDOLVPHFRQIpGpUpQHIXWDLQVLDSSUpFLpHTX¶XQHIRLVSURGXLWVOHVHIIHWVGHOD
SURJUHVVLYH VRFLDOLVDWLRQ PLOLWDQWH &DU DX PRPHQW GH O¶DGKpVLRQ HIIHFWLYH FH

1
Conflit dont les termes seront développés au Chapitre VI ± 2.2.

237
Q¶pWDLW SDV OH W\SH GH V\QGLFDW FRUSRUDWLI FRnfédéré ou autonome), ni le fait de
V¶LQYHVWLUSRXUODGpIHQVHG¶XQHFDXVHJpQpUDOHGpSDVVDQWOHFDGUHGXPpWLHUTXL
importait, mais la « virulence » de positions localisées et professionnelles :

« 0HV FULWqUHV GH FKRL[ pWDLHQW O¶DFWLYLWp V\QGLFDOH HW OD virulence des
UHYHQGLFDWLRQV ¬ O¶pSRTXH MH VXLV UHQWUp j O¶81$&1 PDLV O¶81$&
Q¶pWDLW SDV FH TX¶HOOH HVW DXMRXUG¶KXL ! Et la CGT était quasiment
inexistante. >«@ (QVXLWH M¶DL pWp GpJR€Wp SDU FH V\QGLFDW HW Oj M¶DL YX
que la CGT proposait un tout autre GLVFRXUV«PDLVRQQHSHXWSDVGLUH
TXHM¶DYDLVODILEUHFpJpWLVWHDXGpSDUWM¶DLGpFRXYHUWOD&*7HWMHP¶\
VXLV UDSLGHPHQW UHWURXYp M¶DL HX HQYLH SDU OD VXLWH GH P¶\ LQYHVWLU »
(Maxime Aubertan, 32 ans, steward, section UGICT PNC Air France)

« -¶HQDYDLVPDUUHGHUkOHUVXUOHVSUREOqPHVHWXQMRXURQP¶DGLW³WX
Q¶DV TX¶j DJLU´« j XQ PRPHQW F¶HVW YUDL TX¶LO IDXW GRQQHU GH VD
SHUVRQQHjVRQKXPEOHQLYHDX-¶DLFRPPHQFpjOD&)'7jO¶pSRTXH
parce que ce syndicat, vers 1995, me paraissait très virulent, en tout cas
j$LU)UDQFH«>«@-HVXLVYHQXjOD&*7SRXUGHVUDLVRQVSUDWLTXHV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

SURIHVVLRQQHOOHVMHQHVDYDLVSDVFHTXHF¶pWDLWOD&*7ILQDOHPHQW>«@
0RQ SqUH DYDLW SRXUWDQW pWp PLQHXU V\QGLTXp j OD &*7 PDLV MH O¶DL
appris très récemment (mon pèUHHVWGpFpGpTXDQGM¶DYDLVGL[-huit mois)
HW DORUV TXH M¶pWDLV GpMj XQ PLOLWDQW GH O¶8*,&7 -H PH VXLV GLW TXH OD
boucle était bouclée ! » (Fouad Bassim, 47 ans, Chef de Cabine, section
UGICT PNC Air France)

« -¶DLXQSHXKpVLWpDXGpEXWDYHFXQDXWUHV\QGLFDWO¶81$&TXLpWDLW
un syndicat corporatiste, mais qui avait une bonne communication.
1RWDPPHQW MH PH VRXYLHQV G¶XQ WUDFW ULJROR TXL UHYHQDLW GH WHPSV HQ
WHPSV«oDP¶DYDLWVpGXLWPDLVILQDOHPHQWM¶DLRSWp pour la CGT, parce
que ça ne suffisait pas ! » (Éric Thiais, 34 ans, steward, section UGICT
PNC Air France)

Baignant dans un univers populaire et contestataire, a priori disposés à entendre le


discours de la CGT, les enquêtés en connaissaient très confusément le sens et la
portée : ils sont devHQXVWLWXODLUHVG¶XQPpWLHUjSDUWGRQWOD&*7IXWORQJWHPSV
absente2 HW DX WHUPH G¶XQ SDUFRXUV SURIHVVLRQQHO GpFRXVX HW LQVWDEOH j O¶DXQH
GXTXHO LOV JR€WHQW G¶DLOOHXUV OD UHODWLYH VpFXULWp GH OHXU FRQGLWLRQ GH QDYLJDQWV
commerciaux à Air France ; ces enquêtés y ont donc adhéré à partir du moment où
leur était nettement apparue la congruence entre les revendications corporatives

1
Syndicat corporaWLIGLVVLGHQWGX6131&DXMRXUG¶KXLDIILOLpjOD&)(-CGC.
2
6L$LU)UDQFHHVWELHQXQILHIKLVWRULTXHGHOD&*7OHVPpWLHUVYRODQWVIXUHQWOHVSUHPLHUVjV¶HQ
émanciper. Voir P. Rozenblatt et L. M. Barnier, Ceux qui croyaient au ciel. Enjeux et conflits à Air
France, Paris, Syllepse, Coll. « Présent Avenir », 1996.

238
défendues par une section UGICT PNC alors émergente et leurs « convictions »
(Reda Chakib), construites au fil de la trajectoire professionnelle1.
/¶LPSOLFDWLRQ GHYHQXH HIIHFWLYH OHV PLOLWDQWV RQW LPSOpPHQWp OHVGLWHV
« convictions » au prisme confédéral, au gré de la mobilisation progressive et
LQLWLDWLTXHG¶XQUpVHDXPLOLWDQWWUDYHUVDQWOHVVWUXFWXUHVV\QGLFDOHV : Congrès CGT
HW 8*,&7 $LU )UDQFH OLHQ pWURLW DYHF O¶RUJDQH IpGpUDO HW OHV VWUXFWXUHV GX WLVVX
V\QGLFDO WHUULWRULDO 8QLRQV /RFDOHV  6DWLVIDLWV GH O¶H[LJHQFH UHYHQGLFDWLYH GX
V\QGLFDW 8*,&7 $LU )UDQFH HW GH OD VHFWLRQ V\QGLFDOH 31& O¶RSSRUWXQLWp GH
SpQpWUHU O¶XQLYHUs CGT hors du monde navigant leur a été offerte. Ce sont ces
liens inter-professionnels, plus ou moins formels, noués en ces occasions et lieux
(dépeints comme « la cour des miracles ») qui engendrèrent, « petit à petit », la
« révélation » selon laquelle « on [les salariés] vise tous les mêmes choses » :
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

« (WSHWLWjSHWLW«MHVXLVDOOpDX&RQJUqVGHO¶8QLRQ/RFDOHGH5RLVV\
TXHOTXHV PRLV DSUqV« MH YRXODLV YRLU XQ SHX OHV VWUXFWXUHV GH OD &*7
SXLVTX¶RQPHOHVDYDLWSUpVHQWpHVDXVWDJHG¶DFFXHLOHWMHPHsuis aperçu
que là-EDVF¶pWDLWODFRXUGHVPLUDFOHV &HTXHO¶RQYLYDLWj$LU)UDQFH
FRPSDUDWLYHPHQW jFHTXHYLYDLHQW GHV VDODULpVG¶DXWUHVHQWUHSULVHV oD
IDLVDLW GH QRXV GHV SULYLOpJLpV« LO \ DYDLW GHV JHQV TXL YLYDLHQW GHV
conditions de travail déplRUDEOHV oD P¶D UDSSHOp PD MHXQHVVH HW M¶DL
voulu, à partir de là, prendre un peu de distance par rapport à mon
DFWLYLWp SXUHPHQW ³FRUSR´ 31& DX VHLQ GH O¶8*,&7 HW P¶RXYULU DX[
VWUXFWXUHV GH Oj M¶DL GpFRXYHUW OHV 8/ HW OD )pGpUDWLRQ« » (Maxime
Aubertan, section UGICT PNC Air France)

« /H IDLW G¶rWUH HQ IRUPDWLRQ DYHF GHV PLOLWDQWV G¶DXWUHV HQWUHSULVHV
G¶DXWUHVEUDQFKHVGHSURILOVGLIIpUHQWVF¶HVWHQULFKLVVDQW«SRXUPRLoD
DpWpXQHUpYpODWLRQTXHOTXHSDUWTXHGHFRQVWDWHUTXHO¶RQYLVHWRXVOHV
mêmes choses. » (Erwan Janot, 34 ans, steward, section UGICT PNC Air
France)

« 0RL M¶DL DGKpUp j OD &*7 SDU OD OHFWXUH GHV GLIIpUHQWV WUDFWV« M¶DL
DSSULV SHWLW j SHWLW DX FRQWDFW G¶DXWUHV GpOpJXpV QRWDPPHQW« les
discussions, toutes les lectures aussi, la revXH ³1RXYHOOH YLH RXYULqUH´
SDU H[HPSOH« 3OXV MH PLOLWH SOXV M¶DSSUHQGV » (Éric Thiais, section
UGICT PNC Air France)

1
,FL5HGD&KDNLELQWpULPDLUHGDQVXQHJUDQGHEDQTXHIUDQoDLVHPDLVQpDQPRLQVVROLGDLUHG¶XQH
grève de son service ayant eu gain de cause, là Éric Thiais, ouvrier électricien du bâtiment ayant
connu « le pire du monde du travail » au contact du patronat de PME, Henri Maire, petit personnel
GHODKDXWHERXUJHRLVLHOjHQFRUH0D[LPH$XEHUWDQpWXGLDQWHWVWHZDUGVDLVRQQLHUGHYHQXO¶XQ
GHVWRXVSUHPLHUVFRQFHUQpVSDUOHFRQIOLWFDWpJRULHO«

239
« /¶DFWLRQ UpFLSURTXH Q¶HVW SDV OD FDXVH GH OD VRFLDOLVDWLRQ HOOH est la
socialisation » écrit Georg Simmel1 : dorénavant empreintV G¶XQH FRQFHSWLRQ
quasi-FpQRELWLTXHGXPLOLWDQWLVPHV\QGLFDOILHUVG¶DSSDUWHQLUDXV\QGLFDWRXYULHU
par excellence, ces militants devinrent pourtant membres du groupement syndical
TX¶LOV DYDLHQW HQ SUHPLHU OLHX MXJp FRPPH OH PHLOOHXU DYRFDW GH OHXU SDWrie
SURIHVVLRQQHOOH/DGpIHQVHGHO¶LQWpUrWGHODSURIHVVLRQQDYLJDQWHFRPPHUFLDOHIXW
XQHFRQGLWLRQQpFHVVDLUHjO¶LPSOLFDWLRQGHVHQTXrWpVTXLQHVXIILWFHSHQGDQWSDVj
en expliquer le caractère militant. Une forme de rationalité « en valeur »2, faite
G¶HQWUDLGH HW G¶XQ UHIXV GH WRXWH GLVFULPLQDWLRQ j O¶HPEDXFKH V¶DYpUD GpFLVLYH
SRXUO¶LPSOLFDWLRQV\QGLFDOH30DLVV¶LOVVHVRQWGHSXLVVLIRUWHPHQWLQYHVWLVjOD
&*7F¶HVWTXHFHWHQJDJHPHQWV¶HVWUpYpOpFRQFRUGDQWDYHFOHXUSRVWXUHLQLWLDOH
A posteriori GHO¶DGKpVLRQjOD&*7GDQVO¶DFWLRQFHVHQTXrWpVVHVRQWGpFRXYHUWV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

salariés « ordinaires » destinés à en devenir militants. Le contexte professionnel a,


en quelque sorte, mis entre parenthèses le poids de propriétés sociales présumant
seules une forte disposition au militantisme à la CGT. La logique corporative,
LQKpUHQWH j O¶DFWLYLWp QDYLJDQWH FRPPHUFLDOH D DPSOLILp OHV FRUUpODWLRQV pWURLWHV
mises en évidence par de nombreuses études empiriques sur le syndicalisme, entre
O¶HQJDJHPHQWV\QGLFDOHWles enjeux locaux4.
Les motivations animant le navigant commercial qui se syndique, les
UDLVRQV GH VRQ LPSOLFDWLRQ PLOLWDQWH GX SDVVDJH GH O¶DGKpVLRQ DX PLOLWDQWLVPH
VRQW GRQF WUqV GLIILFLOHV j FLUFRQVFULUH PrPH GDQV OHV FDV R O¶KpUpGLWp VRFLDOH
sembOH MRXHU j SOHLQ ¬ O¶8*,&7 31& $LU )UDQFH GHV PLOLWDQWV VXU-investis
FRKDELWHQWDYHFGHVDGKpUHQWVTXLV¶\LPSOLTXHQWWUqVSHX/HVSURSULpWpVVRFLDOHV
de ces simples adhérents sont pourtant, peu ou prou, les mêmes que celles des

1
G. Simmel (1908) « Le problème de la sociologie », op. cit.
2
M. Weber (1922), op. cit.
3
&HW\SHGHUDWLRQDOLWpH[SOLTXHGpMjSDUWLHOOHPHQWDXPRLQVO¶DGKpVLRQGHODPDMHXUHSDUWLHGHV
HQTXrWpV DX[ V\QGLFDWV TXL pWDLHQW LPSODQWpV DYDQW O¶8*,&7 DX VHLQ GH la profession navigante.
/HV HQTXrWpV Q¶\ RQW WRXWHIRLV TXH WUqV UDUHPHQW PLOLWp V¶\ pWDQW MXVWHPHQW VHQWLV IORXpV VXU OD
question des valeurs à défendre.
4
Voir, par exemple : A. Henni, F. Piotet (dir.), A. Henni, V. Porteret, Les cadres dans la
négociation sur la RTT, Cahiers du Laboratoire Georges Friedmann (Document ISST), septembre
2004, 190 p.

240
militants les plus actifs (Henri Maire et Lucie1). Il est aussi des militants dont la
SRVWXUHQ¶HVWSDVFRQJUXHQWHDYHFOHXUJUDQGHLPSOLFDWLRQGDQVODYLHGHODVHFWLRQ
(UZDQ-DQRW HWGHVDGKpUHQWVGRQWLOSRXYDLWVHPEOHUpFULWTX¶LOVDYDLHQWYRFDWLRQ
j V¶LQYHVWLU ELHQ SOXV IRUWHPHQW GDQV O¶DFWLRQ V\QGLFDOH &*7 TX¶LOV QH OH IRQW
réellement (Lucie).

Quelques recherches récentes ont indiqué que la conformation aux


« cadres »2 VH UpYqOH SOXV GDQV O¶DFWLRQ TX¶HOOH QH OD SUpFqGH FH TXL UHQYRLH DX
sens que Georg Simmel donnait à la socialisation et avec elle, à la société toujours
en train de se faire3. Ceci est particulièrement vrai pour les cadres O¶LPSOLFDWLRQ
effective étant surtout affaire de rencontres et de contexte, les valeurs qui fondent
le groupement ne peuvent que révéler leur adaptation éventuelle aux dispositions
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

latentes du militant ou du bénévole.


&HW DVSHFW V¶LO Q¶HVW SDV VSpFLDOHPHQW RULJLQDO QL QH FRQFHUQH
exclusivement les cadres, reste essentiel pour comprendre le sens de leurs
implications individuelles /H IDLW GH Q¶DYRLU SDV VHXOHPHQW j GLVSRVLWLRQ XQH
VSKqUH G¶LPSOLFDWLRQ TXL VRLW GH QDWXUH V\QGLFDOH LQWHU-catégorielle vient déjà
complexifier la lecture des trajectoires militantes et bénévoles. Si, en outre,
O¶DGKpVLRQ HIIHFWLYH HVW FRQWLQJHQWH HW SHXt ou non révéler une éventuelle
SURSHQVLRQ j O¶LPSOLFDWLRQ TXL W\SLTXHPHQW VH SURURJH DSUqV DSSURSULDWLRQ GHV
YDOHXUVTXLIRQGHQWO¶DFWLRQGXJURXSHPHQWDORUVOHVSUREOpPDWLTXHVLQGLYLGXHOOHV
PRWLYDQWO¶LPSOLFDWLRQFROOHFWLYHVRQWELHQFRPSDUDEOHV&¶Hst, peut-rWUHO¶XQHGHV
raisons expliquant que des dispositions équivalentes peuvent se traduire par des
GHJUpVG¶LPSOLFDWLRQGLIIpUHQWV VLPSOHDGKpVLRQEpQpYRODWRXPLOLWDQWLVPH PDLV
HQFRUH SDU GHV FKRL[ GLVWLQFWV VXU OD IRUPH GH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH (association
G¶DQFLHQVpOqYHVDVVRFLDWLRQSURIHVVLRQQHOOHJURXSHPHQWV\QGLFDO VXLYDQWO¶pWDW
des ressources collectives qui fait le contexte de chaque enquêté.

1
5HQFRQWUpH DX VWDJH G¶DFFXHLO G¶RFWREUH  /XFLH VH GLVDLW WUqV SURFKH G¶XQ SqUH D\DQW
longtemps milité à la CGT. Mais si Lucie a adhéré au syndicat UGICT Air France au terme de sa
SpULRGHG¶HVVDLHOOHQ¶HQHVWMDPDLVGHYHQXHPLOLWDQWH
2
D. Snow, E. B. Rochford, S. Worden et R. Benford, « Frame alignment processes,
micromobilization and movement participation », American Sociological Review n°51, 1986, pp.
464-481. Cité par D. Snow, « Analyse de cadres et mouvements sociaux », D. Cefaï et D. Trom
(dir.), /HVIRUPHVGHO¶DFWLRQFROOHFWLYH0RELOLVDWLRQVGDQVOHVDUqQHVSXEOLTXHVeGGHO¶(+(66
Coll. « Raisons pratiques », 2001.
3
G. Simmel (1908), « Le problème de la sociologie », op. cit.

241
2.3) « Étoffer son réseau », « multiplier les contacts professionnels » : les
trajectoires associatives des jeunes diplômés

/¶LPSOLFDWLRQ EpQpYROH SRXU OD GpIHQVH GH OD YDOHXU GH VRQ GLSO{PH DX
VHLQ G¶XQH KLpUDUFKLH GHV SUHVWLJHV TXL FRQGLWLRQQH HQ SDUWLH OD TXDOLWp GHV
WUDMHFWRLUHV SURIHVVLRQQHOOHV HW OH WDX[ G¶HPSORL GH VHV WLWXODLUHV Wraduit une
insatisfaction quant à la valeur sociale accordée à la certification de son propre
talent individuel. La jeunesse des Instituts Supérieurs de Technologie (IST), les
FDUULqUHVSUDWLFLHQQHVDX[TXHOOHVHOOHVSUpSDUHQWHWOHPRGHGHIRUPDWLRQTX¶HOOes
SURPHXYHQW O¶DOWHUQDQFH  LPSOLTXHQW OHXU PRLQGUH UHFRQQDLVVDQFH PrPH GDQV
O¶XQLYHUVGHVHQWUHSULVHVLQGXVWULHOOHVRXQQRPEUHQRQQpJOLJHDEOHGHGLSO{PpV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Q¶RFFXSHQWSDVGHVSRVWHVG¶LQJpQLHXUVPDLVGHWHFKQLFLHQV 1. Encore faut-il avoir


pSURXYpO¶pFDUWTX¶LOV¶DJLWGHFRPEOHUSRXUV¶LPSOLTXHUjWLWUHSHUVRQQHO/HVHQV
PRUDOTXLFRQGXLWjDGKpUHUDORUVTXHULHQQ¶\REOLJHVSpFLDOHPHQWjO¶$VVRFLDWLRQ
GHV,QJpQLHXUVGHV,67 $,67 RO¶DGKpVLRQQ¶HVWSDVQpFHVVDLUHSRXUDFFpGHUj
O¶DQQXDLUH GHV DQFLHns, peut en effet se lire comme le produit des situations qui
font la trajectoire sociale individuelle.
La trajectoire associative de Sylvain Portal (A2IST) est, à ce titre,
significative. Thomas Mottet (AI ENSEA) a, lui aussi, éprouvé la nécessité de
l¶HQWUDLGH GX IDLW G¶XQH H[SpULHQFH GX FK{PDJH ORQJXH GH GHX[ DQV HW D XWLOLVp
O¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV pOqYHV GH VRQ pFROH FRPPH UHIXJH R HQWUHWHQLU VHV
FDSDFLWpVSURIHVVLRQQHOOHV0DLVjO¶LQYHUVHGH7KRPDV6\OYDLQ3RUWDOQ¶DMDPDLV
connu le chômage. Son implication associative ne peut donc se comprendre en des
WHUPHV DXVVL QHWWHPHQW XWLOLWDLUHV &HWWH LPSOLFDWLRQ Q¶HVW SDV PRLQV DIILUPDWLRQ
identitaire.

Sylvain Portal a vingt-FLQTDQV ,OHVWRULJLQDLUHG¶XQHUpJLRQIOHXURQGH


O¶LQGXVWULH DpURQDXtique et dit avoir été très proche de son grand-père maternel,
dessinateur industriel. Sa mère, assistante commerciale, et son père, éducateur
VSpFLDOLVp V\QGLTXpjOD&)'7SHQGDQWTXLQ]HDQV O¶RQWH[SOLFLWHPHQWSRXVVpj
pSRXVHU XQH FDUULqUH G¶LQJpQLHXU GX IDLW GHV UpVXOWDWV SUREDQWV TX¶LO REWHQDLW j

1
Voir supra Chapitre II ± 2.3.

242
O¶pFROH VSpFLDOHPHQW GDQV OHV GLVFLSOLQHV VFLHQWLILTXHV %DFKHOLHU 6\OYDLQ V¶HVW
PLVHQTXrWHG¶XQHeFROHG¶LQJpQLHXUVTXL« pour une raison de financement des
études », devait néanmoins être située à proximité de sa ville natale :

« 6RUWL GX %DF 6FLHQWLILTXH MH QH PH VXLV SDV SRVp GH TXHVWLRQV M¶DL
FKHUFKpXQHpFROHG¶LQJpQLHXUVPDLVDYHFFHUWDLQHVFRQWUDLQWHVLOIDOODLW
TX¶HOOHVRLWSUqVGH7RXORXVHSRXUXQHUDLVRQGHILQDQFHPHQWGHVpWXGHV
-¶DL WURXYp O¶,67 DYHF VRQ FXUVXV DVVH] RULJLQDO F¶pWDLW HQ  GRQF
F¶pWDLW HQFRUH UpFHQW FRPPH eFROH /H SURILO P¶D SOX OH IDLW G¶rWUH XQ
LQJpQLHXUGHWHUUDLQRQHVWjO¶eFROHWRXWHQpWDQWGpMjGDQVOHPRQGHGH
O¶HQWUHSULVH » (Sylvain Portal, 25 ans, ingénieur IST, administrateur et
PHPEUHGX%XUHDXGHO¶$,67

Séduit par le « SURILO G¶LQJpQLHXU GH WHUUDLQ », Sylvain postula néanmoins à


G¶DXWUHVpFROHVHWQRQGHVPRLQGUHV :

« -¶DXUDLV SX IDLUH GH PHLOOHXUHV pFROHV FRPPH O¶,QVWLWXW 1DWLRQDO GHV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Sciences Appliquées, mais le recrutement par les notes, celui qui a la


PHLOOHXUH TXL SDVVH oD oD QH PH SODLVDLW SDV MH SUpIqUH TXH O¶RQ
V¶DWWDFKHjODTXDOLWpGHODSHUVRQQHFRPPHjO¶,67TXLGHPDQGDLWGHV
dossiers beaucoup plus complets et où il y avait pas PDO G¶HQWUHWLHQV
>«@ -¶DL DXVVL SRVWXOp j GHV eFROHV FRPPH OHV FODVVHV SUpSDUDWRLUHV
3RO\WHFKQLTXHMHQ¶DLSDVpWpSULVPDLVMHQHOHUHJUHWWHSDVPrPHVLj
O¶pSRTXHMHQHPDvWULVDLVSDVWRXWHVOHVFRQVpTXHQFHVGHPRQFKRL[«MH
ne regrette pas parce quHMHQ¶DLMDPDLVpWpDXFK{PDJHSDUH[HPSOH »
(Sylvain Portal, A2IST)

/¶HQTXrWpDFKRLVLVRQeFROHSULQFLSDOHPHQWHQUDLVRQGHFRQWLQJHQFHVPDWpULHOOHV
HW VH WURXYH GDQV XQH VLWXDWLRQ TXL HQ TXHOTXH VRUWH O¶REOLJH j FRQVWDPPHQW
justifier un cursus effecWXpGDQVXQHpFROHGRQWLOV¶HVWHQWUH-temps, rendu compte
du faible prestige1 :

« 2Q HVW GDQV OHV PrPHV ORFDX[ TXH O¶,&$0 PRQ GLSO{PH F¶HVW XQ
diplôme IT2I, ça veut dire que les noms des deux écoles figurent sur le
diplôme. » (Sylvain Portal, A2IST)

Le IDLWG¶LQYRTXHU« la qualité de la personne »SDURSSRVLWLRQjO¶REMHFWLYLWpGX


GLSO{PH HVW SUpFLVpPHQW FH TXL WUDGXLW O¶LQVDWLVIDFWLRQ TXDQW j VD SODFH GDQV OD
KLpUDUFKLHGXSUHVWLJHGHVLQJpQLHXUVGLSO{PpVHQSDUWLHGLVTXDOLILpHHQFHTX¶HOOH
serait impropre à en sanctionner la « valeur réelle ». Cet écart rend intelligible la

1
,O LPSRUWH GH QRWHU LFL TXHG¶DSUqV OHV UpVXOWDWV GH O¶HQTXrWH &(),   VXU OH « devenir des
ingénieurs IT2I » (que sont les diplômés des IST), ces ingénieurs ont deux fois plus souvent un
père employé ou ouvrier que les autres ingénieurs. Source : « /¶LQJpQLHXU ,7,GDQV O¶LQGXVWULH :
une dynamique durable », Actes du 8è colloque de la Conférence IT2I, Brest, le 10 novembre 2006.

243
GpILQLWLRQGXV\VWqPHGHYDOHXUVDVVRFLpjO¶H[HUFLFHGHODSURIHVVLRQTXLV¶RSSRVH
jODOpJLWLPLWpVFLHQWLILTXHGHO¶LQJpQLHXUUHOHYDQWGXFXUVXVGLW« classique » :

« -¶DL DXVVL IDLW XQ VWDJH G¶2XYULHU 6SpFLDOLVp 26 8Q LQJpQLHXU GRLW
connaître le terrain, il doit tâter le terrain pour être crédible par rapport
DX[FROOqJXHVRXDX[RXYULHUVTX¶LOHQFDGUH«PRQSURILOQ¶HVWSDVFHOXL
GHO¶LQJpQLHXUFODVVLTXHW\SHEXUHDXG¶pWXGes. » (Sylvain Portal, A2IST)

/HV FDUULqUHV G¶LQJpQLHXUV SUDWLFLHQV VRQW MXJpHV LQVXIILVDPPHQW UHFRQQXHV DX


UHJDUG GH OHXU YDOHXU VXSSRVpH UpHOOH HW ORUV PrPH TX¶HOOHV FRUUHVSRQGHQW j XQ
EHVRLQ GHV LQGXVWULHOV VXU O¶LQLWLDWLYH GHVTXHOV GX UHVWH OHV ,67 furent créés1.
6\OYDLQ 3RUWDOpWDLWGLVSRVpjV¶LPSOLTXHUjO¶$,67 : au cours de sa scolarité, il
DYDLW pWp PHPEUH G¶XQH DVVRFLDWLRQ VSRUWLYH HW pWDLW WUqV ELHQ LQWpJUp GDQV OD YLH
VRFLDOHGHO¶eFROHDXSRLQWG¶rWUH« un des barmen des soirées » (ce qui Q¶HVWSDV
un rôle anodin). Mais, de même que Damien Louger (SECIF-&)'7 V¶HVWSURFXUp
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

OH&RGHGX7UDYDLOODVGHVXSSRUWHUOHVUpIOH[LRQVGHV'5+O¶HQMRLJQDQW jUHYRLU
ses exigences monétaires à la baisse, la nécessité de « se serrer les coudes » entre
dipl{PpVV¶HVWPDQLIHVWpHORUVTXHODYDOHXUGXGLSO{PH,67IXWRXYHUWHPHQWPLVH
HQFDXVHSDUOHVUHFUXWHXUVUHQFRQWUpVDXILOGHVHVUHFKHUFKHVG¶HPSORLV :

« -HVXLVILHUG¶DYRLUIDLWFHWWHeFROH-Oj«MHPHVXLVGpMjUHWURXYpHQIDFH
de DRH qui me disaient ³YRXVQ¶DXULH]SDVSXIDLUHXQHDXWUHeFROH "´
-H GLVDLV ³F¶HVW XQ FKRL[´ &¶HVW XQ FKRL[ PrPH VL j O¶pSRTXH MH QH
VDYDLVSDVFHTXHoDSRXYDLWHQJHQGUHU>«@ Il faut savoir que quand on
VRUWG¶XQHeFROHoDGRQQHXQHpWLTXHWWHoDGRQQHXQSURILO«F¶HVWSRXU
oD TX¶LO IDXW VH VHUUHU OHV FRXGHV HQWUH LQJpQLHXUV GX PrPH SURILO ! »
(Sylvain Portal, A2IST)

« Se serrer les coudes » entre diplômés présente un autre avantage, celui de


pouvoir apprécier les carrières envisageables pour tout titulaire du diplôme. Et,
juVWHPHQWOHIDLWGHV¶LPSOLTXHUSHUVRQQHOOHPHQWGDQVODYLHDVVRFLDWLYHSHUPHWGH
sonder ce champ des possibles de manière privilégiée :

« -¶DL EHVRLQ GH JDUGHU XQ OLHQ GH VROLGDULWp LO \ D GHV JHQV TXL VRQW
UHVWpV PHV DPLV PDLV G¶DXWUHV RQW GLVSDUX SRXU PRL >«@ -H VXLV
WRXMRXUV HIIUD\p GH VDYRLU FH TX¶LOV VRQW GHYHQXV WRXV« PRL FH TXH MH
IDLV F¶HVW ELHQ PDLV LO \ D WHOOHPHQW GH SDUFRXUV GLIIpUHQWV que je suis
LQWULJXp GH VDYRLU FH TX¶RQW IDLW OHV DXWUHV HW GH PH GLUH TX¶LO \ D GHV
possibilités que jHQ¶DXUDLVSHXW-rWUHSDVLPDJLQpHVVLMHQ¶HQDYDLVSDV
HXFRQQDLVVDQFH>«@&¶HVWYUDLTXHF¶HVWLPSRUWDQWSRXUPRLGHVDYRLU
FHTXHVRQWGHYHQXVFHX[TXLpWDLHQWjO¶eFROHoDSHUPHWGHVHMDXJHU »
(Sylvain Portal, A2IST)

1
Voir supra Chapitre II- 1.1.

244
/¶LQYHVWLVVHPHQW SHUVRQQHO GDQV O¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV pOqYHV GHV ,67 VH
comprend comme un moyen de faire reconnaître, à travers la valeur du diplôme, la
valeur de son titulaire sur le « marché des valeurs sociales des personnes »1. Il
V¶DJLW GH OD IRUPH G¶DFWLRQ FROOHFWLYH OD SOXV DSSURSULpH SRXU SDOOLHU O¶LQVpFXULWp
quant à son estimation. Sylvain Portal avait bien été sensibilisé au syndicalisme
par un père au passé de militant de la CFDT (« il connaissait le Code du Travail
VXU OH ERXW GHV GRLJWV >«@ LO pWDLW DVVH] DFWLI LO D Prme pris son Directeur
G¶pWDEOLVVHPHQW HQ RWDJH ! »). &HWWH IRUPH G¶LPSOLFDWLRQ HVW SRXUWDQW GLVTXDOLILpH
SDU O¶HQTXrWp QRQ SDU SULQFLSH PDLV j SDUWLU G¶XQH FRQQDLVVDQFH ORFDOH GH VD
réalité :

« 'DQVPRQHQWUHSULVHXQFDGUHTXLVHV\QGLTXHF¶HVWWUqVPDl vu donc
GpMjF¶HVWH[FOX>«@&¶HVWTXRLOHWUXFGHVFDGUHVF¶HVWOD&)'7F¶HVW
ça "-HQ¶DLULHQFRQWUHMHSDUWDJHPrPHFHUWDLQHVFKRVHVSHXW-être par
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

PRQSqUHPDLVFRPPHoDQHVHUDLWSDVELHQYXGDQVPRQHQWUHSULVH«HW
puis, les deux syndicats qui y sont passent leur temps à se bouffer la
gueule -¶DLWRXMRXUVFRQQXoDHQIDLW«F¶HVWXQHTXHVWLRQG¶HIILFDFLWp
O¶DVVRFLDWLRQHVWHIILFDFHDORUVTXHOHVJXpJXHUUHVHQWUHV\QGLFDWVF¶HVW
VWpULOHHWoDQHP¶DSSRUWHULHQ » (Sylvain Portal, A2IST)

Le bénévolat professionnel procède des mêmes enjeux que le bénévolat


VFRODLUH V¶HQ GLVWLQJXDQW VHXOHPHQW SDU VRQ REMHW ± OH W\SH G¶HPSORL RFFXSp /D
problématique de la valeur individuelle et son corollaire, la nécessité subjective de
« multiplier les contacts professionnels », G¶« étoffer son réseau » et de « faire
partie du métier » en intégrant un « vivier », un « cénacle » (Arnaud Lefrot,
Hélène Olivier, Sébastien Gard, David Blot) réfléchit les éléments constitutifs de
la trajectoire sociale des cadres « professionnels » enquêtés : ces bénévoles sont en
ascension sociale inter-générationnelle, travaillent et / ou ont fait leurs études dans
XQHUpJLRQTXLQ¶HVWSDVOHXUUpJLRQG¶RULJLQH7RXVSRXUUDLHQWSUHVTXHHQWUHWHQLU
leur « employabilité » (HélèQH 2OLYLHU  HW DFFpGHU j O¶LQIRUPDWLRQ VWUDWpJLTXH
TXDQWDXERQH[HUFLFHGXPpWLHUVDQVDGKpUHUQLLQGLTXHUjOHXUHPSOR\HXUTX¶LOV
piochent leurs « bonnes pratiques » dans le giron associatif.
David Blot (Association Nationale du Marketing ± ADETEM), diplômé
GH O¶8QLYHUVLWp GH /LOOH HVW ILOV GH PLQHXU V\QGLTXp j OD &)7& 6pEDVWLHQ *DUG
$)'&&  HVW DUULYp GH 0DUWLQLTXH j O¶kJH GH KXLW DQV HW D JUDQGL HQ PLOLHX
1
P. Bourdieu et M. de Saint-Martin, « Le patronat », Actes de Recherche en Sciences Sociales, 20-
21 / 1978, pp. 3-82.

245
SRSXODLUH pOHYp SDU VD VHXOH PqUH SXpULFXOWULFH 7LWXODLUH G¶XQH 0DvWULVH GHV
Sciences de GesWLRQ 06* REWHQXHjO¶8QLYHUVLWpGH&UpWHLO6\OYDLQDWUDYDLOOp
durant ses études « pour les payer » HW QH V¶HVW MDPDLV LQVFULW HQ '(66 D\DQW
préféré « travailler assez vite »+pOqQH2OLYLHU $1'&3 HVWRULJLQDLUHG¶XQSHWLW
village provençal. Fille de ERXFKHU HW G¶LQVWLWXWULFH V\QGLTXpH FHWWH HQTXrWpH
rejette clairement son milieu social :

©-¶DLIDLOOLGHYHQLUHVWKpWLFLHQQH>«@M¶DLVRXIIHUWG¶rWUHSORXFGHYHQLU
G¶XQ SHWLW YLOODJH DYHF XQ SqUH PDQXHO« M¶pWDLV GDQV XQ FROOqJH G¶XQ
coin très rural, DYHFXQQLYHDXFXOWXUHOHWVRFLDOSHXpOHYpLOQ¶\DSDV
VSpFLDOHPHQWGHUDLVRQG¶rWUHFRPSOH[pHPDLVM¶DYDLVHQYLHG¶DYRLUXQH
DVFHQVLRQVRFLDOHHWLQWHOOHFWXHOOH>«@/DFRPSpWLWLRQVXUOHPDUFKpGX
WUDYDLO M¶HQ SUHQGV DFWH PDLV OD PpULWRFUDWLH V¶DUrête aux portes du
PDUFKpGXWUDYDLOFHQ¶HVWSDVOHSOXVLQWHOOLJHQWTXLUpXVVLWF¶HVWFHOXL
qui a du réseau et qui sait se vendre. » (Hélène Olivier, ANDCP)
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

La dernière remarque au sujet de la « méritocratie » renvoie aux conditions


G¶HPSORLGHO¶LQWpUHVVpHDXPRPHQWGHO¶HQWUHWLHQ RFWREUH TXLUHFqOHQWXQH
WHQVLRQHQWUHXQVWDWXWG¶HPSORL « précaire » (Contrat à Durée Déterminée) et un
niveau élevé de responsabilité (Responsable Ressources Humaines). Cette tension
la conduit à se juger affectée G¶XQH YDOHXU « indécente » dans son entreprise.
/¶LQVFULSWLRQ DFWLYH GDQV XQ « réseau » TXL GpSDVVH G¶DLOOHXUV OH VHXO FDGUH GH
O¶$1'&3YLVHDORUVjV¶RIIULUOHVPR\HQVGHVH« vendre » au meilleur prix sur le
marché du travail :

« Ma rémunération est indécente par rapport aux gens qui font la même
FKRVHTXHPRL«>«@MHVXLVSUpFDLUHDORUVTXHOHVDXWUHV5HVSRQVDEOHV
5+ JDJQHQW ELHQ SOXV HW VRQW HQ &',« >«@ SDUIRLV RQ PH GLW ³WX
UHFUXWHVTXHOTX¶XQF¶HVWXQVDODLUHHWXQFRQWUDWSRXUULV´2UF¶HVWPRQ
salaire et mon contrat ! » (Hélène Olivier, ANDCP)

0DLVVXUWRXWO¶LGpHVHORQODTXHOOH« FHQ¶HVWSDVOHSOXVLQWHOOLJHQWTXLUpXVVLW »,
O¶LQYRFDWLRQ SDU OHV HQTXrWpV GX IDLW TXH « OD FRPSpWHQFH F¶HVW G¶DERUG XQH
histoire de personne » (Sébastien Gard, AFDCC), trahissent une même résolution
jpOHYHUVDFRQGLWLRQSRXUODTXHOOHO¶DVVRFLDWLRQSURIHVVLRQQHOOHHVWODUHVVRXUFHOD
plus appropriée. Car, associer la compétence aux qualités intrinsèques de la
« personne » va de pair, pour le bénévole de la sphèUH SURIHVVLRQQHOOH G¶DFWLRQ
FROOHFWLYHDYHFO¶DFFHQWXDWLRQGH « FHTXLQHV¶DSSUHQGSDVjO¶eFROH » et qui, a
fortioriQHV¶KpULWHSDVGXPLOLHXG¶RULJLQH&¶HVWFHTXLSHUPHWGHQHXWUDOLVHUOHV
pOpPHQWV H[WpULHXUV YHQDQW LQIOXHQFHU OH MXJHPHQW G¶DXWUXL /¶pOpPHQW OH SOXV

246
YDORULVp GH O¶H[HUFLFH SURIHVVLRQQHO WLHQW DLQVL DX[ VDYRLU-faire, à la pratique,
« O¶H[SpULHQFH GX PpWLHU », à tout ce qui est susceptible, pour un jeune diplômé,
G¶rWUHDFTXLVSDUYRLHDVVRFLDWLYHEpQpYROHF¶HVW-à-GLUHSRXUSHXTX¶LOconsente à
V¶HQ GRQQHU OHV PR\HQV (Q SDUWLFXOLHU OH IDLW G¶DYRLU G€ WUDYDLOOHU SRXU SRXYRLU
« payer [ses] études » Q¶HVW SDV YX a posteriori, comme une contrainte, encore
moins comme une injustice, mais bien comme une « chance » :

« -HQ¶DLSDVIDLWGH'(66M¶DLYRXOXWUDYDLOOHUDVVH]YLWHM¶DXUDLVSHXW-
rWUH G€ SRXUVXLYUH PDLV MH FURLV TXH OD FRPSpWHQFH F¶HVW G¶DERUG XQH
KLVWRLUH GH SHUVRQQH >«@ -¶DL HX OD FKDQFH GH WUDYDLOOHU SHQGDQW PHV
pWXGHVSRXUOHVSD\HUPDLVDXVVLSRXUDSSUHQGUHFHTX¶HVWOH monde de
O¶HQWUHSULVH WRXV OHV pWXGLDQWV GHYUDLHQW OH IDLUH >«@ (W OH UpVHDX oD
sert aussi à ça, ça renforce votre professionnalisme, on a beau être
compétent techniquement, il faut aussi se baigner, apprendre, élargir sa
culture du métier, vous avez la formation de base, mais il vous manque la
SUDWLTXHO¶H[SpULHQFHGXPpWLHUFHTXLQHV¶DSSUHQGSDVjO¶pFROHHWTXH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

O¶RQ SHXW DXVVL DYRLU SDU O¶pFKDQJH GH SUDWLTXHV » (Sébastien Gard,
AFDCC)

« -¶DL XQ '(66 HQ 3V\FKRORJLH GX 7UDYDLO« LO Q¶\ DYDLW TXH GHs
FKHUFKHXUV WUqV SUR PDLV GpFRQQHFWpV WURS SXULVWHV« HQ SUDWLTXH FH
VRQW GHV JXLJQROV TXL Q¶\ FRQQDLVVHQW ULHQ« LOV IRQW GHV WHVWV SRXUULV
PDLV LOV QH V¶HQ UHQGHQW SDV FRPSWH LOV QH VDYHQW SDV FRPPHQW oD
marche en pratique. Les Écoles de Commerces font maximum vingt
heures sur le recrutement, les questions pièges à poser, mais ils ne savent
SDV GLVWLQJXHU XQ ERQ WHVW G¶XQ PDXYDLV« >«@ /¶DVVRFLDWLRQ oD IDLW
DYDQFHUSOXVYLWHPrPHVLoDQHUHPSODFHSDVTXLQ]HDQVG¶H[SpULHQFH
les anciens ont de la ERXWHLOOH oD SHUPHW GpMj G¶DYRLU GHV WX\DX[ GHV
pièges à éviter, ils transmettent leurs savoir-faire. » (Hélène Olivier,
ANDCP)

4XHOTXH GLSO{PpV GX VXSpULHXU TX¶LOV VRLHQW FHV HQTXrWpV HPSORLHQW XQ YRFDEOH
G¶DXWRGLGDFWHVSRXUpYRTXHUOHVFULWqUHVjO¶DXQHGHVTXHOVO¶RQHVWIRQGpjpYDOXHU
la qualité, la valeur de toute pratique professionnelle1 : « connaissance du monde
GH O¶HQWUHSULVH », « O¶H[SpULHQFH GX PpWLHU », « la bouteille », « ce qui marche en
pratique »« /D FRQGLWLRQ VRFLDOHG¶RULJLQHHVW SUHVque un stigmate, introduisant
XQGRXWHTXDQWjO¶DXWKHQWLFLWpGX© professionnel ªTXHOHVHXOIDLWG¶rWUHGLSO{Pp
QH VXIILW SDV j HIIDFHU 0DLV FHWWH FRQGLWLRQ Q¶HVW SDV QpFHVVDLUHPHQW UHMHWpH RX
ELHQ FH UHMHW Q¶HVW SDV GLVFULPLQDQW GDQV OH FKRL[ GH V¶LPpliquer  O¶LPSOLFDWLRQ
DVVRFLDWLYH V¶LQVFULW GDQV XQH VWUDWpJLH GH PRELOLWp VRFLDOH TXL SHXW SDUIRLV
FULVWDOOLVHU OH UHMHW GX PLOLHX G¶RULJLQH +pOqQH 2OLYLHU $1'&3  PDLV HOOH HVW

1
L. Boltanski, « Les cadres autodidactes », Actes de Recherche en Sciences Sociales, 22 / 1978,
pp. 3-23.

247
surtout un acte de réparation. Du fait, par exemple, de la possibilité de fréquenter
GHVFDGUHVGHKDXWQLYHDXTXLOHXUHVWRIIHUWHGDQVOHJLURQDVVRFLDWLIO¶LPSOLFDWLRQ
HVW YpFXH VXU OH PRGH GH O¶DFFqV © démocratique », autrement dit : en dépit de
O¶REVWDFOH LPSOLFLWH TXH FRQVWLWXH OD FRQGLWLRQ G¶RULJLQH DX © capital social »1.
/¶LPSOLFDWLRQ DVVRFLDWLYH HVW XQ PR\HQ KpUpWLTXH GH UHVWDXUHU OD UHFRQQDLVVDQFH
G¶XQPpULWHTXLQHVHUpVXPHSOXVDX[GLSO{PHVQLDX[RULJLQHVVRFLDOHVPDLVELHQ
aux « qualités de la personne ». Cet acte de réparation pourrait être syndical, mais
lH V\QGLFDOLVPH Q¶HVW SDV OD VHXOH IRUPH G¶DFWLRQ FROOHFWLYH TXL VH SURSRVH DX[
FDGUHVHWQ¶HVWGRQFSDVWRXMRXUVRSpUDWRLUH

/¶RIIUHGHUHSUpVHQWDWLRQGHVFDGUHVpWDQWSOXULHOOHO¶DQDO\VHGpWHUPLQLVWH
GHO¶LPSOLFDWLRQLQGLYLGXHOOHGDQVO¶DFWLRQFROOHFtive est tout aussi inopérante, on
O¶DGLWTXH © O¶LQGLYLGXDOLVPHPpWKRGRORJLTXHSULPDLUH »2 qui traverse les thèses
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XWLOLWDULVWHVGHO¶DFWLRQFROOHFWLYH¬O¶H[FHSWLRQG¶$UQDXG/HIURW $1'&3 ILOVGH


dentiste, tous les jeunes diplômés qui sont des bénévoles de la sphère associative
RQWOHVPrPHVGLVSRVLWLRQVjO¶LPSOLFDWLRQFROOHFWLYHTXHOHVPLOLWDQWVV\QGLFDX[\
compris ceux de la CGT : tous sont issus de milieux populaires, ont des parents
artisans, ouvriers ou petits fonctionnaires qui ont très souvent été syndiqués. Les
PRWLYDWLRQVGHO¶LPSOLFDWLRQVRQWWRXMRXUVPXOWLSOHVHWLQILQLPHQWFRPSOH[HVHOOHV
QH SHXYHQW GRQF MDPDLV GHYHQLU WRWDOHPHQW LQWHOOLJLEOHV /¶DQDO\VH FURLVpH GHV
biographies des ingénieurs et des cadres qui investissent une part, plus ou moins
JUDQGHGHOHXUYLHSULYpHGDQVO¶DFWLRQDVVRFLDWLYHHQUpYqOHVHXOHPHQWXQHSDUWLH
du sens.
Les occurrences qui ressortent de cette analyse permettent de comprendre
SRXUTXRLODYDOHXUG¶XQGLSO{PHRXGXFDUDFWqUHVWUDWpJLTXHSRXUO¶HQWUHSULVHG¶XQ
W\SH G¶HPSORL SHXW GHYHQLU XQH YpULWDEOH DIIDLUH SHUVRQQHOOH TXL FRQIqUH XQH
DSSDUHQFHWRXWHQDWXUHOOHjO¶LPSOLFDWLRQDX-delà du seul intérêt matériel. Car, on
O¶D VRXV-HQWHQGX OH FRPSRUWHPHQW OH SOXV UDWLRQQHO j O¶pJDUG GHV JURXSHPHQWV
associatifs est celui du free rider décrit par Mancur Olson3. Plus communément,
les trajectoires individuelles éclairent aussi ce besoin, présenté comme impérieux

1
P. Bourdieu (1980), art. cit.
2
R. Boudon (1990), « Action », op. cit.
3
M. Olson (1965), /DORJLTXHGHO¶DFWLRQFROOHFWLYH, Paris, PUF, 1978.

248
par tous les enquêtés de la sphère associative, de cultiver son réseau de relations :
O¶XWLOLWpGX« réseau » HVWUHVVHQWLHDYHFXQHDFXLWpG¶DXWDQWSOXVIRUWHTXHOHPLOLHX
G¶RULJLQHGHVHQTXrWpVQHOHXURIIUHSDVOHVUHVVRXUFHVUHODWLRQQHOOHVQpFHVVDLUHVj
O¶DIILUPDWLRQGHOHXUYDOHXU

2.4) Le militantisme des cadres du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-


France : une logique distinctive ?

'HSXLV  GHV VDODULpV kJpV GH PRLQV GH TXDUDQWH DQV V¶HQJDJHQW j
O¶8*,&7 %13 3DULEDV ÌOH-de-France de manière significative, parmi lesquels
)ORUHQW+pURXHW$XUpOLD$GLOPDU WRXVGHX[VRQWWLWXODLUHVG¶XQ'($de physique
et exercent en fonction centrale de BNP Paribas), Irène Pasquale, et Lucas Gabriel.
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

$XUpOLDV¶HVWV\QGLTXpHHQWRXVOHVDXWUHVHQ,OVRQWFKRLVLOD&*7jOD
faveur de relations affectives entretenues avec un « ancien » issu de leur secteur
G¶DFWLYLWpD\DQWIDLWRIILFHGHSDUDQJRQ et aux côtés duquel ils apprennent encore
OH PpWLHU GH V\QGLFDOLVWH ,O V¶DJLW GH 0DUFHO &KDvOL SRXU ,UqQH HW )ORUHQW GH
Riccardo Pietro pour Aurélia et de Jean-Bernard Renaud pour Lucas. Là aussi,
O¶DGKpVLRQ HIIHFWLYH D GRQF G¶DERUG pWp DIIDLUH GH FRQWH[WH HW GH UHQFRQWUHV /H
FKRL[ GH O¶8*,&7 IXW LQLWLDOHPHQW IRUWXLW TXRLTXH D\DQW UpVXOWp HQ SDUWLH G¶XQ
MXJHPHQWSRUWpVXUODUpDOLWpV\QGLFDOHORFDOH&¶HVWQRWDPPHQWHQFRPSDUDLVRQ
des pratiques et revendications connues de la CFDT à BNP Paribas que Florent et
Aurélia justifient a posteriori le bien-fondé du choix du syndicat UGICT :

« 4XDQG MH VXLV DUULYpH j %13 3DULEDV OHV V\QGLFDWV FH Q¶pWDLW SDV
brillant. Le plus porteur était la CFDT, il y avait le SNB pour les cadres
HWOD&*7«MHQHYR\DLVSDVFHTXHoDSRXYDLWP¶DSSRUWHU-HQ¶DLPDLV
SDV FHTXHIDLVDLWOD &)'7 DXQLYHDXGX&(>«@-HPHVRXYLHQV TXH
pour les voyages organisés par le CECP1F¶pWDLWFRSLQDJHFOLHQWpOLVPH
>«@$SUqVOD&*7HW)2 ont rendu ça plus transparent et je me suis dit
que je pourrais aller dans un de ces deux syndicats. Riccardo était le
Trésorier du CE et il était accompagnateur du voyage où nous nous
VRPPHV UHQFRQWUpV« >«@ -¶DL GLW TXH MH YRXODLV rWUH DFWLYH GDQV OH
syQGLFDOLVPHF¶HVWODTXHVWLRQGHODSDULWpTXLP¶LQWpUHVVDLWSDUFHTXHMH
suis une femme cadre et mon salaire est 30 % moins élevé que mes
équivalents masculins. » (Aurélia Adilmar, 34 ans, cadre diplômée,
militante du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

1
Le CE des Centraux Parisiens (CECP) est le CE dont dépendent les salariés qui, comme Aurélia
et Florent, travaillent dans les fonctions centrales de BNP Paribas. Voir infra Chapitre VI ± 1.1.

249
« $X GpSDUW TXDQG M¶DL FRPPHQFp j %13 $VVXUDQFHV MH PH VXLV ELHQ
entendu avec un militant de la CFDT, mais il était franchement à gauche
HW G¶DLOOHXUV LO HVW PDLQWHQDQW j OD &*7« M¶pWDLV V\PSDWKLVDQW GH OD
&)'7 j WUDYHUV OXL« TXDQG M¶DL TXLWWp %13 Assurances, je me suis
UHQVHLJQpVXUOD&)'7HWOjM¶DLUHQFRQWUpXQW\SH F¶pWDLWDXPRPHQW
GHV JUqYHV G¶HQVHLJQDQWV GH  PD IHPPH HVW HQVHLJQDQWH HOOH pWDLW
en grève depuis deux mois), qui me dit que les fonctionnaires sont des
privilégiés ! DoncTXDQGM¶DLYX0DUFHO&KDvOLGLVWULEXHUVHVWUDFWVRQD
GLVFXWpM¶DLGLWTXHOHV\QGLFDOLVPHP¶LQWpUHVVDLW » (Florent Hérouet, 34
ans, cadre diplômé, militant du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-
France)

La particularité de leurs trajectoires syndicales tient au fait que tous furent inscrits
sur les listes CGT-UGICT présentées en 2005 aux élections CE / DP (comme
VXSSOpDQWVQpDQPRLQV DYDQWG¶HQGHYHQLUGHVDGKpUHQWVHIIHFWLIV /XFDV RXSHX
après avoir adhéré (Aurélia, Irène et Florent). Si, pour Aurélia, Irène et Florent,
FHWWH LQVFULSWLRQ SURFpGD G¶XQH SURSRVLWLRQ GX 6HFUpWDLUH DFFHSWpH VDQV PDO
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

malgré quelques entreprises de dissuasion de la hiérarchie directe, Lucas fut si


PRWLYp SDU O¶H[HUFLFH G¶XQ PDQGDW V\QGLFDO TXH -HDQ-Bernard Renaud, conscient
GHV GLIILFXOWpV SURIHVVLRQQHOOHV DX[TXHOOHV FHW H[HUFLFH SRXYDLW O¶H[SRVHU HXW
PRLQVjOHOXLSURSRVHUTX¶jWHPSpUHUVHVDUGHXUV/HXUHQJDJHPHQWV¶H[SOLTXHex
post SDU OH UDSSRUW DIIHFWLI QRXp DYHF XQ PLOLWDQW HQ SODFH SDUIRLV PrOp G¶XQ
sentiment de gratitude (Irène), et cette affinité ponctuelle, depuis devenue durable,
fait écho à leurs propriétés sociales (origines populaires, implication politique et /
ou syndicale de membres de la famille, notamment au PCF et à la CGT). La
relation affective entretenue avec un syndicaliste a ainsi activé un éthos militant en
puissance, lequel, après-FRXSDSSDUDvWFRQJUXHQWDYHFO¶LPSOLFDWLRQjOD&*7
Lucas Gabriel (objecteur de conscience), Irène Pasquale et Aurélia
Adilmar sont issus de familles immigréeV HW RXYULqUHV /XFDV HVW Qp G¶XQ SqUH
PHQXLVLHU HW G¶XQH PqUH IHPPH G¶HQWUHWLHQ ,UqQH D JUDQGL GDQV XQ TXDUWLHU
populaire de la « banlieue rouge » (Champigny-sur-Marne) et bercé dans un
environnement empreint de culture ouvrière, ses parents ayant été des militants
communistes. Irène affirme « admirer » un père ayant « trimé » pour faire vivre sa
famille et se dit « fière » de ses racines ouvrières, qui rendent « évident » un
engagement à la CGT pourtant très récent. Aurélia a vécu en différents endroits
G¶ÌOH-de-)UDQFHDX JUp GHV DIIHFWDWLRQVGHVDPqUH JDUGLHQQHG¶LPPHXEOHV'HV
membres de sa famille étaient des résistants à la dictature Salazar, emprisonnés en
raison de leurs activités syndicales. Ses grands-SDUHQWV SDWHUQHOV TX¶HOOH Q¶D

250
toutefois pas connus, étaient des militants communistes. Son père et un oncle
résistant portugais, dont elle affirme avoir été proche, étaient des ouvriers de
PpWLHU SOkWULHUHWPpFDQLFLHQDXWR )ORUHQW+pURXHWHVWG¶RULJLQHPRLQVPRGHVWH :
son père était professeur G¶KLVWRLUH HW VD PqUH LQVWLWXWULFH V\QGLTXpH  HQ 6HLQH-
Saint-Denis. Lui-même fut surveillant en lycée, dans le Vè arrondissement
parisien. Florent insiste néanmoins sur le fait que les conditions matérielles
G¶H[LVWHQFH GH VHV SDUHQWV OHV HPSrFKqUHQW G¶embrasser une trajectoire
professionnelle plus digne :

« Ma famille, ce sont mes parents, mon oncle et ma tante. Mon oncle est
un autodidacte, il a loupé le bac, mais il est devenu ingénieur, et ma
WDQWH DYHF VRQ EUHYHW HVW GLUHFWULFH ILQDQFLqUH G¶XQH JUosse PME. Ce
sont des gens qui ont beaucoup travaillé par eux-mêmes. Mon père était
WUqV EULOODQW PDLV LO Q¶D SDV IDLW G¶pWXGHV LO HVW SURI G¶KLVWRLUH PDLV LO
DXUDLWSXIDLUHQRUPDOVXS,OQ¶DYDLWSDVG¶DUJHQWGRQFLODG€WUDYDLOOHU
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

très jeune, à dix-VHSW DQV 0D PqUH F¶HVW OD PrPH FKRVH » (Florent
Hérouet, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

Riccardo Pietro est plus ancien dans le syndicalisme ± il a adhéré au milieu des
DQQpHVWDQGLVTX¶LOpWDLWVDODULpGH3DULEDVGHSXLVXQHGL]DLQHG¶années. Il est
DXVVLOHVHXOGHVHQTXrWpVFDGUHV&*7GH%133DULEDVjO¶rWUHGHYHQXSDUYRLHGH
SURPRWLRQ LQWHUQH 0DLV 5LFFDUGR HVW GHYHQX FDGUH HQ PrPH WHPSV TX¶DGKpUHQW
GH OD &*7 HW PLOLWDQW HQ PrPH WHPSV TX¶DGKpUHQW 'H SOXV FRPPH ,UqQH
Pasquale et AXUpOLD$GLOPDU5LFFDUGRHVWLVVXG¶XQHIDPLOOHLPPLJUpHHWRXYULqUH
GRQWLOUHYHQGLTXHO¶« historique social » :

« Mes grands-parents étaient illettrés, mon grand-SqUHPHUDFRQWDLWTX¶LO


DYDLWFRPPHQFpjWUDYDLOOHUSHWLWHWTXHO¶pFROHpWDLWXQOX[HTX¶il avait
WRXMRXUVUHJUHWWpG¶rWUHLOOHWWUpLO\DHXODJXHUUHPRQJUDQG-SqUHV¶HVW
HQJDJpFKH]OHVSDUWLVDQVF¶pWDLWOHWHUUHDX«DSUqVM¶DLYXPHVSDUHQWV
ils sont venus après la guerre. Mon père travaillait le dimanche pour
faire bouillir la marmite« -H Q¶DL MDPDLV RXEOLp oD -¶DL HX OD FKDQFH
G¶DFFpGHU j O¶DVFHQVLRQ VRFLDOH PDLV VDQV UHQLHU PRQ KLVWRULTXH
social. » (Riccardo Pietro, 45 ans, cadre, promotion interne, permanent
syndical, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

Si Aurélia, Florent RX 5LFFDUGR QLHQW OD VSpFLILFLWp GHV FDGUHV F¶HVW SRXU PLHX[
marquer leur différence. Celle-ci tient au fait que, contrairement au cadre typique,
utilitariste, eux sont sortis de la « caverne ª GH O¶LJQRUDQFH VHORQ OD PpWDSKRUH
platonicienne), jugent que ULHQQHOHVGLVWLQJXHUpHOOHPHQWGHO¶RXYULHUVSpFLDOLVp
HWQ¶DFFRUGHQWGRQFDXFXQHLPSRUWDQFHjOHXUVSULYLOqJHV« petits-bourgeois » :

251
« Les cadres ne sont pas différents des autres, mais ils ne le savent pas,
ils sont les mêmes que les autres pour la direction et on leur fait croire
TX¶LOV VRQW GLIIpUHQWV LOV RQW WHQGDQFH j OH FURLUH » (Aurélia Adilmar,
syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

« ÇWUHFDGUHSRXUPRLoDQHUHSUpVHQWHULHQF¶HVWXQHLGpHXQSHXSHWLW-
ERXUJHRLV SRXU GLIIpUHQFLHU« 0RL VL MH VXLV FDGUH F¶HVW SDUFH TXH MH
VXLV %DF  F¶HVW WRXW >«@ /¶HVVHQWLHO F¶HVW GH YRLU TXH OHV ULFKHVVHV
que produisent les salariés sont accaparées par une minorité. » (Florent
Hérouet, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

« Au moment de la convention collective, en 2000, on essayait de


PRELOLVHUOHVFDGUHVXQVDODULpP¶DGLW³RQQHSHXWSDVIDLUHJUqYHRQ
Q¶HQDSDVOHVPR\HQV´M¶DLGLW³F¶HVWODSpULRGHGH1RsOYRXVQHYRXOH]
SDVYRXVSULYHUGHYRWUHIRLHJUDVHWGHYRWUHFKDPSDJQHF¶HVt tout, alors
TXHYRVSDUHQWVVHVRQWSULYpVGHWRXWSRXUTXHoDDYDQFH´ » (Riccardo
Pietro, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

Pour les militants qui ne sont pas des syndicalistes à plein temps (Aurélia et
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)ORUHQW F¶HVWVXUWRXWGDQVODPDQLqUHG¶HQYLVDJHUOHUDSSRUWDX[VXERUGRQQpVTXH
VHPDQLIHVWHOHVHQWLPHQWGHFXOSDELOLWpQRQVHXOHPHQWG¶rWUHFDGUHPDLVHQFRUH
GH O¶rWUH GHYHQX DVVH] IDFLOHPHQW $XUpOLD HW )ORUHQW VRQW FKHIV GH SURMHW HW
encadrent une équipe de travail constituée de techniciHQVHWGHFDGUHVG¶XQQLYHDX
inférieur au leur. Ils se refusent à endosser le rôle de garde-chiourme que suppose
parfois leur fonction, préférant revendiquer la responsabilité des erreurs dans le
travail, quand bien même celles-ci ne soient pas de leur fait, plutôt que de voir
leurs subordonnés sanctionnés. Ils emploient aussi un vocabulaire très euphémisé
pour évoquer leur rôle encadrant, leur description de ce rôle rappelant même le
travail des maîtres-ouvriers des manufactures du XIXè siècle. Ouvriers de métier
eux-mêmes, ces derniers concouraient à la réalisation de la production (« M¶DLGHj
ce que chacun fasse bien son boulot »  PDLV Q¶DYDLHQW SDV SRXU IRQFWLRQ
G¶HQFDGUHUO¶H[pFXWLRQGXWUDYDLO1 :

« 0RLMHQ¶DLSDVO¶LPSUHVVLRQGHGRQQHUGHVRUGUHV«M¶HQGRQQHPDLV
M¶DL SOXW{W XQH DSSURFKH TXL YD rWUH SOXV JOREDOH SDU UDSSRUW j OD YLH
TXRWLGLHQQH TXH SHXYHQW DYRLU OHV JHQV TXH M¶RUJDQLVH TXH MH GLULJH HW
que je manage MH YDLV SRXYRLU OHXU GLUH ³DWWHQWLRQ WX YDV GDQV FHWWH
direction-OjPDLVWXQ¶DVSDVSULVHQFRPSWHDXWUHFKRVH´«M¶DLGHjFH
TXHFKDFXQIDVVHELHQVRQERXORW%RQoDP¶DUULYHDXVVLGHGLUH³LOIDXW
TXHWXIDVVHVoDSRXUOXQGL´PDLVF¶HVWRUJDQLVDWLRQQHOMHQHGRQQHSDV
G¶RUGUH SRXU GRQQHU XQ RUGUH M¶DL WRXMRXUV XQH UDLVRQ GH OH donner et

1
P. Lefebvre, /¶LQYHQWLRQGHODJUDQGHHQWUHSULVH7UDYDLOKLpUDUFKLHPDUFKp)UDQFHILQ;9,,, è
± début XXè, Paris, PUF, Coll. « Sociologie », 2003.

252
M¶HVVDLH G¶H[SOLTXHU SRXUTXRL F¶HVW FRPPH oD HW SDV DXWUHPHQW »
(Aurélia Adilmar, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

« -HQ¶DLMDPDLVPLVGHSUHVVLRQ/HVUpVXOWDWVpWDLHQWUHQGXVOHWUDYDLO
était fait, mais chacun dans mon équipe savaiW FHTX¶LO DYDLWjIDLUH6L
M¶DLGRQQpGHVRUGUHVF¶pWDLW³ERQLO\DXQWUDYDLOjIDLUHRQGRLWIDLUH
oD´« TXDQG WX OHV FRQQDLV SHUVRQQHOOHPHQW V¶LOV RQW XQ SUREOqPH LOV
VDYHQWTXHWXQHYDVSDVOHVVDQFWLRQQHUV¶LOVDUULYHQWHQUHWDUG0RLMH
leur dLV³MHW¶DLIL[pXQEXWWXOHIDLVMHQ¶DLULHQjGLUHVLWXWUDYDLOOHVHQ
XQH KHXUH RX HQ FLQT KHXUHV´« /H EXW pWDLW WRXMRXUV DWWHLQW HW V¶LO \
DYDLW XQ SUREOqPH MH IDLVDLV HQ VRUWH TX¶LO VRLW DWWHLQW HQ DLGDQW OD
SHUVRQQH-HQ¶DLMDPDLVVDQFWLRQQpHWM¶DLWRXMRXUVIDLWHQVRUWHTXHFH
VRLWPRLTXL SUHQQH-H SUpIqUHP¶HQSUHQGUHGDQV OD JXHXOHSOXW{W TXH
frapper les autres. » (Florent Hérouet, syndicat UGICT BNP Paribas Île-
de-France)

/¶LPSOLFDWLRQ PLOLWDQWH j OD &*7 GH FHV FDGUHV GLSO{PpV HVW Xne forme
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G¶H[SLDWLRQ GH OD SRVLWLRQ VRFLDOH DFWXHOOH FRPSDUpH j OD FRQGLWLRQ GHV SDUHQWV
7RXVOHVFDGUHVGHOD&*7UHQFRQWUpVRQWXQUDSSRUWSUREOpPDWLTXHDXIDLWG¶rWUH
FDGUHOHSOXVVLPSOHpWDQWDORUVGHQLHUFHTXHO¶RQHVWSRXUPLHX[DIILUPHUG¶R
l¶RQYLHQW,OV¶DJLWG¶XQHORJLTXHGLVWLQFWLYHTXLQHSRXYDLWSDVV¶H[SULPHUDLOOHXUV
TX¶j OD &*7 V\QGLFDW YRORQWLHUV YX FRPPH « le dernier rempart » aux logiques
économiques dominantes (Florent Hérouet, Congrès Syndical de juin 2006). Le
syndicalisme CGT est celui qui satisfait le mieux les figures héroïques de la classe
ouvrière, vis-à-YLV GH ODTXHOOH OHV PLOLWDQWV HQTXrWpV V¶H[FXVHQW SUHVTXH G¶rWUH
FDGUHV QH UHGRXWDQW ULHQ WDQW TXH G¶rWUH WD[pV GH © traîtres ». En quelque sorte,
O¶LPSOLFDWLRQV\QGLFDOH à la CGT les préserve de leur Némésis.
/¶HQJDJHPHQWjOD&*7GHVFDGUHVWUHQWHQDLUHVHWGLSO{PpVGXVXSpULHXU
ne signifie pas que la problématique de la valeur sociale individuelle est niée au
QRP G¶XQ TXHOFRQTXH HVSULW VDFULILFLHO 6L FHW HQJDJHPHQW UHvêt les atours du
« déni de soi »1VLO¶DGKpVLRQHVWUpWURVSHFWLYHPHQWREMHFWLYpHFRPPHSURSUHPHQW
LGpRORJLTXH HW HQILQ VL O¶LPSOLFDWLRQ V\QGLFDOH V¶H[SULPH GDQV OH GLVFRXUV GHV
HQTXrWpV VHORQ XQH ORJLTXH GH O¶pYLGHQWH YRFDWLRQ OH PLOLWDQWLVPH &*7 Ueste
affirmation de soi. La valeur individuelle du cadre militant de la CGT est celle du
cadre « différent » des autres, « solidaire ª SOXW{W TX¶© individualiste » et / ou
apathique. Il se distingue du tout-venant du cadre « nombriliste ªHQFHTXHOXLQ¶a

1
G. Groux, Le syndicalisme des cadres en France, 1963-1984. Un enjHX SURGXFWHXU G¶HQMHX[
'RFWRUDWG¶eWDW7RPH/¶HVSDFHGHVDOOLDQFHV, 1986.

253
pas oublié ses origines sociales, considérant au contraire sa situation actuelle à
O¶DXQHGHFHOOHG¶DwHXOVTXLRQW« trimé pour faire bouillir la marmite » (Riccardo
3LHWUR ,UqQH 3DVTXDOH  2ULJLQHV TX¶LO HVW GRQF QRQ VHXOHPHQW LPSHQVDEOH GH
trahir, maLV TX¶LO V¶DJLW HQFRUH G¶DIILUPHU SRXU PLHX[ PDUTXHU SUpFLVpPHQW
O¶HVSULWVDFULILFLHO
/D YDOHXU GX FDGUH TXL PLOLWH j OD &*7 SURFqGH DLQVL GH FH TXH O¶RQ
pourrait appeler « OD FXOSDELOLWp GH O¶KpULWLHU ». « -¶HVSqUH YRLU HQ WRL FH TXH MH
serais peut-rWUH GHYHQX VL M¶pWDLV YHQX DX PRQGH VRXV G¶DXVVL KHXUHX[ DXVSLFHV
que toi ª &HWWH SKUDVH TX¶pFULYLW OH SqUH GH .DUO 0DU[ j VRQ ILOV1, rend
parfaitement raison de cette « culpabilité ª TXL QDvW G¶XQ VHQWLPHQW GpELWHXU j
O¶pJDUGGHODIDPLOOHGRQWOHV VDFULILFHVPXOWLSOHVRQWSHUPLVO¶DVFHQVLRQVRFLDOH
O¶DFFqVSULYLOpJLpjO¶pGXFDWLRQHWSDUWDQWjXQHPSORLGHFDGUH&HWWHORJLTXHGH
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la « FXOSDELOLWp GH O¶KpULWLHU ª HVW OD SOXV pYLGHQWH SRXU OHV PLOLWDQWV GH O¶8*,&7
BNP Paribas Île-de-France qui étaLHQWGpMjFDGUHVORUVTX¶LOVVHVRQWHQJDJpV jOD
&*7 QRWDPPHQW SDUFH TX¶a priori DXFXQH SUDWLTXH FROOHFWLYH Q¶HVW SOXV
GLVVRQDQWH TXH FHOOH G¶XQ FDGUH GLSO{Pp D\DQW GLUHFWHPHQW DFFpGp DX VWDWXW
G¶HPSORL FDGUH  TXL H[HUFH GDQV XQH LQVWLWXWLRQ ILQDQFLqUH privée et milite à la
CGT.

Conclusion :

Les implications syndicale et professionnelle sont une solution différente


au problème de la valeur sociale individuelle. Ce problème fonde largement les
trajectoires associatives, mais traverse aussi les parcours militants, transcendant
ainsi les propriétés de groupements qui, de ce point de vue, peuvent être mis sur le
même plan. Chacune des trajectoires syndicales et associatives analysées dans ce
FKDSLWUH D pWp UHWHQXH SRXU FH TX¶HOOH UHQIHUPDLW GH W\SLTXH HW de significatif :
O¶DGKpVLRQG¶+pOqQH2OLYLHUjO¶$1'&3HVWDIILFKpHFRPPHVWULFWHPHQWXWLOLWDLUH
et pourtant, le même résultat peut presque être obtenu sans adhérer ; les propriétés
sociales des militants de la section syndicale UGICT PNC Air France semblent
VDWLVIDLUHXQHOHFWXUHGpWHUPLQLVWHGHO¶DFWLRQRULOV RQW G¶DERUGDGKpUp jFHTXL

1
Phrase citée par H. Mendras et J. Étienne, H. Mendras et J. Étienne, Les grands auteurs de la
sociologie. Tocqueville, Marx, Durkheim, Weber, Paris, Hatier, Coll. « Initial », 1996, p. 44.

254
leur apparaissait comme le meilleur syndicat professionnel. Si le parcours du
6HFUpWDLUHGHO¶$,(16($TXLUHGpSORLHGDQVO¶HVSDFHDVVRFLDWLIGHVFRPSpWHQFHV
professiRQQHOOHVPHQDFpHVG¶REVROHVFHQFHPRQWUHELHQO¶XQGHVXVDJHVSRVVLEOHV
de ce type de groupement, le syndicalisme peut être utilisé de façon identique. Les
WUDMHFWRLUHVGH3DXO$TXHWHWGH'DPLHQ/RXJHU &)'7 O¶RQWPRQWUpPDLVFHTXL
est valable pour eux O¶HVWDXVVLSRXUG¶DXWUHVPLOLWDQWVGHOD&)'7GXPrPHkJH
qui ne sont pas nécessairement des permanents syndicaux (Gérald Cotu, syndicat
ACTIF-CFDT).

Sauf à considérer le cas des militants syndicaux restés fidèles, une fois
promus au statut cadre, à un engagement rétrospectivement vécu sur le mode du
GHVWLQ SOXW{W TXH GH O¶RSSRUWXQLWp O¶LPSOLFDWLRQ V\QGLFDOH RX DVVRFLDWLYH UpSRQG
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

G¶XQIRQGG¶XWLOLWDULVPHPrPHORUVTX¶HOOHGHYLHQWPLOLWDQWHRXEpQpYROH&HW\SH
de rationalité est une condition nécessaLUHjO¶LPSOLFDWLRQHIIHFWLYHHWVHFRPSUHQG
dans la relation individuelle au travail et à la carrière : logique assurantielle et
DFFqVjGLYHUVW\SHVG¶LQIRUPDWLRQVVXUO¶pYROXWLRQGHO¶HQWUHSULVHGHODSURIHVVLRQ
RXGHO¶eFROH ; acquisition de compétences opératoires nouvelles ou actualisation
des aptitudes certifiées ; probabilités accrues de (re)trouver un bon poste, dans
O¶HQWUHSULVH OD EUDQFKH RX DLOOHXUV 6\QGLFDOH RX DVVRFLDWLYH PLOLWDQWH EpQpYROH
RX VLPSOH DGKpUHQWH O¶LPSOLFDWLRQ LQGLYLGXHOOH V¶DUWLFXOH WRXMRXUV j XQH ORJLTXH
G¶DSSUHQWLVVDJH HW G¶HQULFKLVVHPHQW LQGLYLGXHO SDU O¶pFKDQJH HW OD FRQIURQWDWLRQ
GHSRLQWV GHYXHG¶H[SpULHQFHV PDLV DXVVLSDUO¶DFFqV SULYLOpJLpjO¶LQIRUPDWLRQ
VXU OD SURIHVVLRQ OH PDUFKp GHV GLSO{PHV O¶HQWUHSULVH la branche, le bassin
G¶HPSORL«  /¶HQJDJHPHQWPLOLWDQWGDQV O¶HQWUHSULVHHVW DXVVLWUqV VRXYHQW XQH
DOWHUQDWLYHSRXUO¶H[SUHVVLRQGHVHVFDSDFLWpVSURIHVVLRQQHOOHV/HVSURSULpWpVGHOD
WUDMHFWRLUHGH0DUF/HJUDQG VHFWLRQV\QGLFDOH&*&GHOD0$&6) O¶ont montré.
Enfin, au-GHOjGHVGLVSRVLWLRQVGHVLQGLYLGXVO¶LPSOLFDWLRQLQGLYLGXHOOHV\QGLFDOH
HQ SDUWLFXOLHU HW DGKpUHQWH FRPPH PLOLWDQWH V¶RSqUH HQ SULRULWp DX VHLQ GHV
RUJDQLVDWLRQVTXLGXSRLQWGHYXHGHO¶DGKpUHQWRQWGpMjDSSRUWpOHVJDJHVG¶XQH
défense efficace de la profession et de ses membres (PNC Air France) ou, plus
généralement, des collègues de travail (BNP Paribas, les AGF).
/¶LPSOLFDWLRQ HIIHFWLYH DSSHOOH FHSHQGDQW OH FRPSOpPHQW G¶DXWUHV W\SHV
de rationalité, qui ne se déduisent pas plus des éléments qui font la trajectoire
VRFLDOHTX¶LOVVRQWLQGXLWVSDUOHVVLWXDWLRQVOHVFDGUHVQHGLVSRVDQWSDVVHXOHPHQW

255
GHODIRUPHV\QGLFDOHG¶DFWLRQFROOHFWLYH/¶LQWpUrWHVWQpFHVVDLUHPDLVLOQHVXIILW
SDV jSURYRTXHUO¶DGKpVLRQ /HPRWLILQLWLDO GHO¶DGKpVLRQ OHFKRL[G¶XQW\SHGH
JURXSHPHQWSOXW{WTX¶XQDXWUHRXG¶XQV\QGLFDWSOXW{WTX¶XQDXWUHSURFqGHQWWUqV
VRXYHQWGHUHQFRQWUHVSOXVRXPRLQVLQRSLQpHV&¶HVWXQHIRLVO¶DGKpVLRQHIIHFWLYH
que se révèle ou se construit la concordance conditionnelle avec la posture initiale,
et non celle-FLTXLGpWHUPLQHOHVWHUPHVGHO¶DGKpVLRQ ,OIDXWYpULILHUO¶LQWpUrWGH
O¶DGKpVLRQHWODFRQJUXHQFHHQWUHOHVYDOHXUVGXJURXSHPHQWHWVDSURSUHSRVWXUH
SRXUUHVWHUDGKpUHQWHWpYHQWXHOOHPHQWV¶LPSOLTXHUGH manière active. Ce qui ne
revient pas à nier le poids des dispositions sociales dans les processus individuels
G¶LPSOLFDWLRQ PDLV LQGLTXH OD QpFHVVLWp GH V¶LQWpUHVVHU j FH TXH %HUQDUG /DKLUH
nomme, à propos des pratiques culturelles dissonantes avec le mLOLHX G¶RULJLQH
« la lutte de soi contre soi »1 F¶HVW-à-dire tout ce qui recèle des contradictions
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

G¶XQHPrPHWUDMHFWRLUHLQGLYLGXHOOH

1
B. Lahire, La culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi, Paris, La
Découverte, Coll. « WH[WHVjO¶DSSXLODERUDWRLUHGHVVFLHQFHVVRFLDOHV », 2004.

256
CHAPITRE V : TYPES DE GROUPEMENTS ET FORMES
D¶IMPLICATION : INFLUENCES
RÉCIPROQUES ET POLY-ENGAGEMENT

Dans un article paru à la fin des années 1980 dans la Revue Française de
Sociologie*X\*URX[GpPRQWUDLWOHFDUDFWqUHVXUDQQpG¶XQHGLVWLQFWLRQWURSQHWWH
HQWUHGHVIRUPHVGHO¶DFWLRQFROOHFWLYHFDGUHTXLa priori V¶RSSRVHQWO¶DPLFDOLVPH
G¶HQWUHSULVH et le syndicalisme1. Ce résultat était en fait peu surprenant O¶DXWHXU
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

SDUPLG¶DXWUHVDYDLWGpMjpWDEOLTXHOD&RQIpGpUDWLRQ*pQpUDOHGHV&DGUHV &*& 
était le produit historique du regroupement des associations, amicales et syndicats
G¶LQJpQLHXUVHWFDGUHVIRUPpVGDQVO¶HQWUH-deux-guerres2/HWHUUDLQG¶HQTXrWHQH
FRPSUHQGWRXWHIRLVSDVLFLG¶DPLFDOHVGXW\SHGHFHOOHVGpFULWHVSDU*X\*URX[
PDLV GHV DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV pOqYHV G¶pFROHV G¶LQJpQLHXUV HW GHV DVVRFLDWLRQV
professionnelles qui groupeQWOHVFDGUHVVXUOHFULWqUHGXW\SHG¶HPSORLRFFXSpA
contrario des amicales, et même si celles-ci sont nées « du legs des associations
G¶DQFLHQV pOqYHV »3, ces deux formes de groupement sont absentes des lieux de
WUDYDLO 0DLV O¶LQIOXHQFH UpFLSURTXH HQWUH O¶DFWLRQ GH W\SH V\QGLFDO HW OD IRUPH
associative professionnelle de groupement demeure.

/D SUHPLqUH SDUWLH GH O¶pWXGH D WHQWp GH GpPRQWUHU TXH OHV IRUPHV
V\QGLFDOHHWDVVRFLDWLYHGHO¶DFWLRQFROOHFWLYHGHVFDGUHVFRQWHVWDLHQWFKDFXQHXQH
dimension de la subordination : la subordination des manières de pratiquer son
DFWLYLWp OD VXERUGLQDWLRQ HQ WHUPHV G¶DIIHFWDWLRQ j XQ SRVWH GH WUDYDLO HW OD
VXERUGLQDWLRQ DX[ GpFLVLRQV GLULJHDQWHV HQJDJHDQW OH IXWXU GH O¶HQWUHSULVH /HV

1
G. Groux, « Amicales et syndicalisme des cadres : logiques divergentes et pratiques
communes », Revue Française de Sociologie, XXIX, 1988, pp. 563-591.
2
G. Groux, Le syndicalisme des cadres en France, 1963- 8Q HQMHX SURGXFWHXU G¶HQMHX[
'RFWRUDWG¶eWDW7RPHLe temps des compromis, 1986.
3
G. Groux (1988), art. cit.

257
FDGUHV V¶RUJDQLVHQW DLQVL HQtre « collègues ª G¶XQ PrPH OLHX GH WUDYDLO HQWUH
« camarades ª G¶XQH PrPH pFROH HW HQILQ HQWUH © confrères ª G¶XQH PrPH
« profession ». Le chapitre qui précède a établi que les « formes » syndicales et
DVVRFLDWLYHVG¶LPSOLFDWLRQLQGLYLGXHOOHVRQWXQHLssue différente au problème de la
reconnaissance du « talent ª GH OD SHUVRQQH FRQVLGpUpH 'qV ORUV O¶LQIOXHQFH
UpFLSURTXH HQWUH OHV W\SHV GH JURXSHPHQWV VH FRQFUpWLVH GDQV OH IDLW TX¶XQ FDGUH
SHXWrWUHPHPEUHG¶XQHRUJDQLVDWLRQV\QGLFDOHHWG¶XQJURXSHPHQt associatif, sans
TXH FHOD OXL SRVH TXHOTXH SUREOqPH G¶RUGUH RQWRORJLTXH 2Q YHUUD pJDOHPHQW LFL
que la réciprocité se matérialise au plan des revendications, certaines aspirations
étant, en effet, partagées par les associations professionnelles et les organisations
V\QGLFDOHV /¶DQDORJLH HQWUH SURIHVVLRQ FRUSRUDWLRQ HW V\QGLFDW SUHQG HQILQ OD
IRUPH G¶XQ HPSUXQW SDU OHV RUJDQLVDWLRQV V\QGLFDOHV GH FHUWDLQHV PDQLqUHV GH
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fonctionner aux organisations associatives.


/¶REMHFWLIGHFHFKDSLWUHHVWGHGpPRQWUHr que les cadres font preuve de
PRGHVG¶LPSOLFDWLRQHWGHSUDWLTXHVFROOHFWLYHVTXLOHXUVRQWWRXWjIDLWVSpFLILTXHV
La première partie analyse les trajectoires des enquêtés qui se caractérisent par de
multiples engagements : engagement syndical et associatif, implication associative
puis syndicale, mais encore engagement dans de nombreuses associations aux buts
YDULpVSDUIRLVPrPHVDQVUDSSRUWGLUHFWDYHFOHPDUFKpGHO¶HPSORL /DVHFRQGH
partie du chapitre concerne les pratiques revendicatives et les modes de
fonctionnement qui sont communs aux groupements associatifs et syndicaux
investigués.

1) Des implications multiples et non-exclusives

/D GLVSRVLWLRQ j O¶HQJDJHPHQW GHV FDGUHV HQTXrWpV HQ SDUWLFXOLHU OHV


FDGUHV GLSO{PpV GX VXSpULHXU HVW G¶XQe nature singulière : ils associent leurs
LQGLYLGXDOLWpVSOXVTX¶LOVQHV¶LQWqJUHQWjXQSURMHWFROOHFWLITXLOHVGpSDVVHHWTXL
HQJOREHUDLWO¶HQVHPEOHGHOHXUVSUREOqPHVLQGLYLGXHOVF¶HVW-à-dire qui proposerait
une réponse uniforme à chacun de ces problèmes. Ces problèmes, quelle que soit
leur nature et la manière dont ils sont vécus, sont segmentés et, à chaque segment,
sa forme appropriée de réponse collective, associative et / ou syndicale. Les

258
implications collectives des cadres enquêtés sont « individuées », au sens que
Georg Simmel donnait au terme « individuation »1  O¶DSSDUWHQDQFH G¶XQH PrPH
SHUVRQQHjXQHPXOWLWXGHGHFHUFOHVVRFLDX[TXLQ¶RQWSDVQpFHVVDLUHPHQWGHOLHQV
HQWUHHX[ODSDUWLFLSDWLRQjGLIIpUHQWVPRGHVG¶DFWLRQFROOHFWLYHTXLQ¶RQW G¶DXWUHV
UDSSRUWVPXWXHOVTXHFHX[TXLIRQWVHQVSRXUO¶LQGLYLGXFRQFHUQp

1.1) La taille critique du « portefeuille de relations »2

Tous les enquêtés de la sphère associative sont empreints de la « culture


réseau » (Laurent Moulin, association des anFLHQVpOqYHVGHO¶eFROHGH&RPPHUFH
Advancia3), et pour cause O¶HQWUHWLHQGH© relations permanentes et utiles »4 entre
professionnels ou diplômés figure parmi les principes statutaires du groupement
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auquel ils adhèrent ou pour lesquels ils travaillent. 3DUDLOOHXUVO¶XVDJHHIILFDFHGH


FHV UHODWLRQV SURIHVVLRQQHOOHV HW DPLFDOHV HVW XQ DUW GRQW O¶H[HUFLFH VXSSRVH GHV
LPSOLFDWLRQV PXOWLSOHV H[KDXVWLYHV HW O¶DFFHSWDWLRQ G¶XQ SULQFLSH PRUDO GH
réciprocité, évoqué au chapitre précédent, entre membres de chaque « cercle de
confiance »5 :

« -HQHVXLVSDVHQFRUHDGKpUHQWGHO¶$1'&3[Association Nationale des


Directeurs et Chefs du Personnel] MH YDLV DGKpUHU« PDLV MH VXLV DXVVL
PHPEUH G¶(QWUHSULVH HW 3HUVRQQHO R Oj F¶HVW VXUWRXW GH OD IRUPDWLRQ
Je suis auVVLDGKpUHQWGHO¶DVVRFLDWLRQG¶DQFLHQVGHPRQpFROH-HO¶pWDLV
automatiquement après le diplôme, mais je le suis resté après.
Pourquoi "3RXUDLGHUUHQGUHXQSHXFHTXLP¶DpWpGRQQpM¶DLGHWUqV
bons souvenirs dans cette école et puis on a tous trouvé, plus ou moins,
QRWUH SUHPLHU MRE JUkFH DX UpVHDX G¶DQFLHQV« RQ SDUWDJH VXU QRV
SDUFRXUV³MHVXLVXQFOLQLFLHQTXLWUDYDLOOHHQHQWUHSULVHFRPPHQWF¶HVW
possible "´HWF-HPHVXLVLQVFULWjXQIRUXP RUJDQLVpSDU OHVDQFLHQV

1
G. Simmel (1908), « Le croisement des cercles sociaux », Sociologie. Études sur les formes de la
socialisation, Trad. L. Deroche-Gurcel et S. Muller, Paris, PUF, Coll. « Sociologies », 1999.
2
P. Bourdieu et M. de Saint-Martin, « Le patronat », Actes de Recherche en Sciences Sociales, 20-
21 / 1978, pp. 3-82.
3
eFROHGRQW/DXUHQW0RXOLQQ¶HVWSDVGLSO{Pp/DXUHQWHVWVHXOHPHQWHPSOR\pSDUO¶DVVRFLDWLRQ
des anciens.
4
P. Bourdieu, « Le capital social. Notes provisoires », Actes de Recherche en Sciences Sociales,
31 / 1980, pp. 2-3.
5
H. Bommelaer, Trouver le bon job grâce au réseau. Les 10 facteurs clés de succès pour trouver
un emploi, Paris, Eyrolles, 2005.

259
pour les futurs diplômés. Je ne gagne rien en tant que tel, mais je me fais
connaître hors des cercles RH et si je suis à la rue dans cinq ans, ceux
TXH M¶DL DLGpV P¶DLGHURQW j OHXU WRXU » (Arnaud Lefrot, 27 ans, cadre
diplômé, ANDCP)

Les enquêtés des groupements associatifs sont tous rompus aux préceptes établis
par les « VSpFLDOLVWHVHQWHFKQLTXHVG¶DFWLYDWLRQ5pVHDX »1,OVOHVRQWG¶DXWDQWSOXV
TX¶LOVVRQWGLSO{PpVG¶XQHeFROHG¶,QJpQLHXUVRXGH&RPPHUFHO¶DVVRFLDWLRQGHV
DQFLHQV GH O¶pFROH OHXU RIIUDQW XQH SRVVLELOLWp pYLGHnte de « pré-engagement »
(Arnaud Lefrot, ANDCP) : « O¶pFROH F¶HVW QRWUH SUHPLHU UpVHDX », note Sylvain
3RUWDO DGPLQLVWUDWHXU HW PHPEUH GX %XUHDX GH O¶$VVRFLDWLRQ GHV ,QJpQLHXUV GHV
Instituts Supérieurs de Technologie (A2IST). Tous les bénévoles enquêtés sont
pJDOHPHQWFRQYDLQFXVTX¶jQLYHDXGHGLSO{PHpJDOHQWUHFDQGLGDWVjO¶RFFXSDWLRQ
G¶XQPrPHSRVWHGHWUDYDLOO¶pOXVHUDFHOXLTXLHVWGLSO{PpGHO¶pFROHGXUHFUXWHXU
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ou, plus généralement, le membre de son « cercle ». La recommandation, quoique


mode ancestral de recrutement2HVWWHQXHSRXUO¶pOpPHQWOHSOXVGpFLVLIGHO¶DFFqV
jO¶HPSORLVXUWRXWSDUOHVFDGUHVGLSO{PpV du supérieur.
&DUFHWWHTXDOLWpGHGLSO{PpGHYHQXHEDQDOHjPHVXUHGHO¶pOpYDWLRQGHV
QLYHDX[ G¶LQVWUXFWLRQ VXIILUDLW GH PRLQV Hn moins à opérer une discrimination
fondée sur la compétence professionnelle certifiée a priori. Pour cette raison, les
HQTXrWpVGHO¶XQLYHUVDVVRFLDWLIDIILUPHQWWHQLUFKDFXQHGHVUHODWLRQVTX¶LOVQRXHQW
fût-elle impermanente, pour ressource potentielle TX¶LOFRQYLHQWGHVDYRLUFXOWLYHU
/¶DUWFRQVLVWHjQHMDPDLVIUDQFKLUOH5XELFRQG¶XQRSSRUWXQLVPHWURSRXYHUWHPHQW
affiché, lequel, enfreignant les « valeurs du réseau »3, est contre-productif :

« On ne peut pas demander sans donner au réseau, le profiteXUF¶HVWXQH


brebis galeuse -¶DLOXXQERXTXLQUpFHPPHQW³HQWUHWHQLUVRQUpVHDX´
³FRPPHQW XWLOLVHU YRV UHODWLRQV´ RX TXHOTXH FKRVH FRPPH oD oD
H[SOLTXHWUqVELHQ«PDLVHQPrPHWHPSVOHUpVHDXF¶HVWSDUWRXWWRXWOH
temps  &¶HVW oD TXL HVW LQWpUHVVDQW 9RXV GLVFXWH] DYHF OH SqUH G¶XQ
FRSDLQGHYRWUHILOVjODVRUWLHGHO¶pFROHLOSHXWYRXVWURXYHUGXERXORW±
en tout cas, si vous ne discutez jamais avec lui, il ne vous trouvera jamais
rien  5HQFRQWUHU j OD PHVVH DX PDUFKp j O¶pFROH j OD ERXODQJerie,
GDQV O¶DVVRFLDWLRQ G¶DQFLHQV RX PrPH GDQV O¶HQWUHSULVH F¶HVW SDUHLO«
tous les gens autour de vous peuvent vous aider, mon voisin de palier,

1
Selon les termes par lesquels Hervé Bommelaer se définit lui-même.
2
J. Fombonne, 3HUVRQQHO HW '5+ /¶DIILUPDWLRQ GH OD IRQFWLRQ 3HUVRQQHO GDQV OHV HQWUHSULVHV
(France, 1830-1990), Paris, Vuibert, 2001.
3
H. Bommelaer (2005), op. cit.

260
F¶HVWGpMjGXUpVHDX«OHUpVHDXSOXVRQDPLHX[F¶HVWVXUWRXWTXDQGRQ
VDLWO¶LPSRUWDQFHGXPDUFKpFDFKp&¶HVWoDODFXOWXUHUpVHDXF¶HVWXQH
espèce de mentalité à avoir. » (Laurent Moulin, 33 ans, permanent
VDODULpGHO¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVpOqYHVG¶$GYDQFLD

« /¶DVVRFLDWLRQG¶DQFLHQVDEHVRLQTXHOHVGLSO{PpVDGKqUHQWPDLVDXVVL
TX¶LOVV¶LPSOLTXHQW,l faut que le diplômé ait la volonté de faire savoir à
O¶DVVRFLDWLRQ TXH WHO RX WHO SRVWH TXL SHXW FRUUHVSRQGUH j QRWUH SURILO
G¶LQJpQLHXU,67YDVHOLEpUHULFLRXOjHWSDVVHXOHPHQWG¶DSSHOHUTXDQG
F¶HVW OXL TXL D XQ SUREOqPH >«@ 2Q JODQH DXVVL GHV LQIos auprès des
FROOqJXHV GHV FRQQDLVVDQFHV GHV  DPLV« >«@ VL SDU H[HPSOH M¶DL XQ
FRSDLQ TXL Q¶D ULHQ j YRLU DYHF O¶pFROH PDLV TXL PH GLW ³WLHQV GDQV PD
ERvWHMHFURLVTX¶LOVFKHUFKHQWXQLQJpQLHXUHVW-FHTXHoDW¶LQWpUHVVH "´
MH SHX[ GLUH ³RXL´ PDLV MH SHX[ GLUH DXVVL ³PRL QRQ PDLV SHXW-être
TXHOTX¶XQ GH PRQ DVVRFLDWLRQ RX GH PRQ pFROH´ » (Sylvain Portal, 25
DQVLQJpQLHXU,67DGPLQLVWUDWHXUHWPHPEUHGX%XUHDXGHO¶$,67
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La grande « taille », la faible « densité ª HW O¶LPSRUWDQFH GHV © trous


structuraux »1 FRQGLWLRQQHQWO¶HIILFDFLWpGHODPRELOLVDWLRQLQVWUXPHQWDOHGXUpVHDX
UHODWLRQQHO&RPPHO¶KRPPH © prudent » décrit par Lazarsfeld, qui « ne met pas
tout son enjeu sur le même cheval »2, le cadre agence ses relations en portefeuille,
V¶DVVXUHGHVSRVVLELOLWpVPXOWLSOHVG¶HQWUDLGHPXWXHOOH3OXVODWDLOOHGXSRUWHIHXLOOH
est critique, plus sa composition est variée, et meilleur est son rendement potentiel.
6L FHW DVSHFW FRQFHUQH SULQFLSDOHPHQW OHV HQTXrWpV GH O¶DLUH DVVRFLDWLYH SDUPL
lesquelV ILJXUH XQ VHXO DXWRGLGDFWH -XOLHQ 0DLVRQ 3UpVLGHQW G¶+RQQHXU GH
O¶$VVRFLDWLRQ )UDQoDLVH GHV Credit Managers et Conseils ± AFDCC), le diplôme
reste la variable discriminante : les enquêtés diplômés et investis dans le champ
syndical sont tout aussi « multi-cartes » (Francis Faubert, Secrétaire Général de la
CFDT-cadres) que les bénévoles associatifs. /¶DGKpVLRQ jO¶XQGHV WURLVW\SHV GH
JURXSHPHQWVDUWLFXOpVDXPDUFKpGXWUDYDLOHQSDUWLFXOLHUO¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQV
± qui est donc la première à laquelle les diplômés ont accès3 ±, semble rendre plus
DLVpHO¶DGKpVLRQDX[DXWUHV

1
R. Burt, « /H FDSLWDO VRFLDO OHV WURXV VWUXFWXUDX[ HW O¶HQWUHSUHQHXU », Revue Française de
Sociologie XXXVI, n°4-1995, pp. 599-628.
2
R. Boudon et P. Lazarsfeld, Le vocabulaire des sciences sociales3DULV0RXWRQG¶DSUqV
W. James (1909), Pragmatism and The Meaning Of Truth. Cité par R. Boudon, Les méthodes en
sociologie, Paris, PUF, Coll. « Que sais-je ? », n°1334, 1969, p. 51.
3
(WO¶RQDYXDX&KDSLWUH,,OHVHIIRUWVGHVDVVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqYHVSRXUUHQGUHO¶DGKpVLRQGX
diplômé la plus naturelle possible.

261
Les ingénieurs diplômés qui militent à la CFDT sont les enquêtés pour
lesquels la forme « individuée ª G¶LPSOLFDWLRQ HVW OD SOXV QDWXUHOOH /¶LQVFULSWLRQ
au groupement des anciens élèves ou au groupement professionnel, deux formes
WUqV pGXOFRUpHV G¶DFWLRQFRUSRUDWLYHSDUDvWSRXUWDQW DQWLQRPLTXHDYHFO¶DGKpVLRQ
militante à la CFDT, syndicat qui opère le regroupement indiscriminé de tous les
salariés. Brice Murat et Damien Louger, membres du Syndicat Énergie-Chimie
Île-de-France (SECIF-CFDT), ainsi que Luc Mirard (Secrétaire National de la
CFDT-FDGUHV WRXVLQJpQLHXUVGLSO{PpVQHV¶DFTXLWWHQWFHUWHVSDVGHODFRWLVDWLRQ
jOHXUJURXSHPHQWG¶DQFLHQVpOqYHVGHIDoRQUpJXOLqUH&HV enquêtés le décrivent
néanmoins comme un réseau qui, en quelque sorte, serait « dormant », susceptible
G¶rWUHDFWLYpSRQFWXHOOHPHQWHQFDVGHEHVRLQ,OVMXVWLILHQWO¶XWLOLWpGXUpVHDXGHV
diplômés en des termes qui sont exactement les mêmes que ceux dont usent les
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EpQpYROHVSOHLQHPHQWLQYHVWLVGDQVFHWWHIRUPHG¶DFWLRQFROOHFWLYH :

« -¶DLDGKpUpSHQGDQWWURLVDQVjO¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVpOqYHVMHQH
VDLVSOXVSRXUTXRLM¶DLDUUrWp«LOQ¶\DSDVYUDLPHQWGHUDLVRQV«SHWLWj
SHWLW« M¶DL G€ RXEOLHU G¶HQYR\HU OD FRWLVDWLRQ HW MH Q¶DL SOXV ULHQ UHoX
-¶DYDLV DGKpUpSDUFHTX¶HQTXLWWDQWO¶eFROHF¶pWDLWXQPR\HQGHUHYRLU
OHVDQFLHQVFRSDLQVORUVGHVUpXQLRQVG¶DQFLHQVPDLVDXVVLXQPR\HQGH
UHYRLU FHX[ HW FHOOHV TXH MH QH UHYR\DLV MXVWHPHQW SDV HQ GHKRUV«. En
SOXVLO\DYDLWO¶DQQXDLUHMHJDUGDLVXQOLHQMHYR\DLVFHTXHGHYHQDLHQW
OHVXQVHWOHVDXWUHV>«@(WSXLVDSUqVpWDQWPRL-PrPHGDQVO¶DQQXDLUH
LO P¶HVW DUULYp GH UHFHYRLU GHV &9 HW TXDQG MH SRXYDLV SUHQGUH XQ
VWDJLDLUH M¶HQ SUHQDLV XQ TXDQG MH QH SRXYDLV SDV M¶HVVD\DLV GH
O¶RULHQWHUDLOOHXUV4XDQGDUULYDLWODFDQGLGDWXUHG¶XQpOqYHLQJpQLHXUGH
O¶eFROH TXH M¶DL PRL-même faite, évidemment, à compétences égales, je
SUHQDLV FHVWDJLDLUH PDLV LOQ¶\DSDV GHWUDLWHPHQW GHIDYHXU FHQ¶HVW
TX¶HQFDVG¶H[ TXRTXHOHFULWqUHGHO¶eFROHLQWHUYLHQW«MHQHSUHQDLV
SDV XQ PRLQV ERQ VRXV SUpWH[WH TX¶LO YHQDLW GH PRQ eFROH LO \ D GHV
DVVRFLDWLRQVTXLVRQWSUHVTXHGHV³PDILDV´RO¶RQQHV¶HPEDUUDVVHSDV
à mon avis, on ne prend pas le meilleur mais O¶DQFLHQ-HVDLVTXHPRL
PRQVHXOEXWF¶pWDLWGHJDUGHUFRQWDFWDYHFG¶DQFLHQVFDPDUDGHV0DLV
HQ  M¶DL FRQWDFWp TXHOTXHV DQFLHQV TXDQG PrPH MH FKHUFKDLV GX
ERXORWM¶DLpWpjGHX[GvQHUV-GpEDWV>«@ 8QHDVVRFLDWLRQG¶DQFLHQVoD
SHUPHW G¶pFKDQJHU QRV H[SpULHQFHV F¶HVW LQWpUHVVDQW SDUFH TXH QRXV
GpPDUURQVWRXV«(WSXLVDXILOGXWHPSVO¶DQQXDLUHF¶HVWXQPR\HQVL
O¶RQHVWHQGLIILFXOWpG¶DYRLUGHVFRQWDFWVTXLSHXYHQWGpERXFKHUVXUXQH
issue positive, on peut retrouver du travail par ce biaiV F¶HVW XQH
réalité. » (Damien Louger, 34 ans, ingénieur diplômé, permanent du
SECIF-CFDT)

« -HVXLVPHPEUHGHO¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVGHPRQeFROHM¶DOODLVDX[
$VVHPEOpHV*pQpUDOHVDXGpEXWTXDQGM¶KDELWDLV%RUGHDX[F¶pWDLWSOXV
simple. Mais je reçRLV WRXMRXUV O¶DQQXDLUHHW OHFRXUULHU GHV DQFLHQVMH

262
FRWLVH/HEXWF¶HVWGHPXWXDOLVHUGHVHIIRUWVHWGHFRQVWLWXHUXQUpVHDX
G¶DPLV HW GH FROOqJXHV« RQ VH WLHQW LQIRUPpV RQ UHoRLW GHV HQTXrWHV
VDODLUHV« OH IDLW GH VH UpXQLU HQWUH DQFLHQV pOqYHV QH PH paraît pas
LQFRPSDWLEOH DYHF O¶HQJDJHPHQW j OD &)'7« PrPH VL ³OHV DQFLHQV GH
WHOOH eFROH´ oD SHXW SDUDvWUH XQ SHX IHUPp oD QH PH SRVH SDV GH
SUREOqPHV« FH TXL P¶HQ SRVH FH VRQW FHUWDLQHV SRVLWLRQV GH OD &*7
comme sur la réforme des retraites ou le réfpUHQGXP VXU O¶(XURSH ! »
(Brice Murat, 34 ans, ingénieur diplômé, section syndicale CFDT Saint-
Gobain Recherche)

3RXUXQPLOLWDQWV\QGLFDOO¶DGKpVLRQDXJURXSHPHQWGHVDQFLHQVpOqYHVGHO¶pFROH
SHXW rWUH XQ PR\HQ G¶DIILUPHU VRQ LGHQWLWp PLOLWDQWH DX VHLQ du « cercle » des
GLSO{PpV/¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVpOqYHVDSSDUDvWDXVVLFRPPHXQHVSDFHGDQV
OHTXHO O¶DFWLRQ V\QGLFDOH SHXW VH SURORQJHU 0DLV O¶DGKpVLRQ GX PLOLWDQW V\QGLFDO
DX JURXSHPHQW GHV DQFLHQV HVW SOXV PDQLIHVWHPHQW HQFRUH pFRW j O¶HIILFDFLWp de
O¶DFWLRQDVVRFLDWLYH/DPXWXDOLVDWLRQGHVH[SpULHQFHVSURIHVVLRQQHOOHVYpFXHVSDU
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OHVGLSO{PpVG¶XQHPrPHpFROHDXWRULVHOHV© camarades » à se « jauger » (Sylvain


Portal, A2IST), à apprécier le champ des carrières envisageables à partir de la
détention du diplôme1. La carrière syndicale figure parmi ces possibles :

« &HTXLHVWPDUUDQWF¶HVWTXHSDVSOXVWDUGTXHGLPDQFKHGHUQLHUM¶DL
envoyé XQ PDLO j O¶DVVRFLDWLRQ G¶DQFLHQV SRXU Up-DGKpUHU -H O¶DL IDLW
SDUFH TXH M¶DLPHUDLV YRLU OD &)'7 ILJXUHU GDQV O¶DQQXDLUH DX WLWUH GH
mon activité professionnelle, montrer que parmi les débouchés possibles,
LO \ D OH V\QGLFDOLVPH (W M¶DLPHUDLV DXVVL SRXYRLU LQWHUYHQLU GDQV PRQ
pFROHSRXUSDUOHUV\QGLFDOLVPHUHODWLRQVVRFLDOHVGDQVO¶HQWUHSULVHIDLUH
un peu d¶LQVWUXFWLRQFLYLTXHDX[pOqYHVLQJpQLHXUV-HFURLVVLQFqUHPHQW
TXH F¶HVW HVVHQWLHO 6L O¶RQ YHXW GpYHORSSHU OD V\QGLFDOLVDWLRQ LO IDXW
sensibiliser en amont dans les écoles  F¶HVW UDUH TXH O¶RQ \ SDUOH
V\QGLFDOLVPHHW oDF¶HVWXQYUDL SUREOqPH ! » (Damien Louger, SECIF-
CFDT)

« 4XDQGM¶pWDLVpWXGLDQWj&HQWUDOH/LOOHM¶pWDLV7UpVRULHUGX%XUHDXGHV
eWXGLDQWV -H P¶pWDLV UHQGX FRPSWH TXH OHV DQFLHQV QRXV DLGDLHQW HW
TXDQGM¶DLpWpGLSO{PpM¶DLDGKpUpSHQGDQWXQHGL]DLQHG¶DQQpHV$ORUV
moi, je suis à OD5$73MHQ¶DYDLVSDVEHVRLQGHUpVHDXH[WHUQH M¶DYDLV
OD SHUVSHFWLYH G¶\ WUDYDLOOHU WRXWH PD YLH HW SXLV M¶pWDLV GpMj LPSOLTXp
GDQV OHV VWUXFWXUHV GH GpPRFUDWLH SDUWLFLSDWLYH GH O¶eJOLVH FDWKROLTXH
0DLVOHIDLWGHYHUVHUXQHFRWLVDWLRQF¶HVWSRXUOHVDXWUHVMHQ¶HQDLSDV
EHVRLQ PDLV oD Q¶HPSrFKH SDV G¶rWUH VROLGDLUH FH Q¶HVW SDV GX
FRUSRUDWLVPH F¶HVW GX OLHQ VRFLDO >«@ -¶DL j QRXYHDX DGKpUp FHWWH
DQQpHSDUFHTXHMHPHVXLVUHQGXFRPSWHTX¶LOIDOODLWTXHOHVpWXGLDQWV
voient la carrière syndicale comme quelque chose de possible. Et puis,
DX FRQVHLO G¶DGPLQLVWUDWLRQ GH PRQ pFROH LO \ D XQ UHSUpVHQWDQW GX
PRQGHV\QGLFDOTXLYLHQWGH)RUFH2XYULqUHHWPrPHVLO¶DVVRFLDWLRQD
1
Voir supra Chapitre IV ± 2.3.

263
XQHLQIOXHQFHWUqVIDLEOHVXUO¶pFROHVLO¶RQYHXWDYRLUXQHSHWLWHLnfluence
HWJDUGHUXQ°LOVXUODIRUPDWLRQF¶HVWLPSRUWDQWG¶\rWUH » (Luc Mirard,
46 ans, ingénieur diplômé, Secrétaire National de la CFDT-cadres issu de
la RATP)

6¶LO HVW SOXV H[FHSWLRQQHO GH WURXYHU GHV FDGUHV PLOLWDQWV V\QGLFDX[
également membres DFWLIVG¶XQHRUJDQLVDWLRQSURIHVVLRQQHOOHFHWWHFRQILJXUDWLRQ
Q¶HVW SDV PRLQV SODXVLEOH &ODXGLQH 7LYUHO GRFXPHQWDOLVWH DX[ $VVXUDQFHV
Générales de France (AGF), permanente de la section syndicale CFDT du siège de
VRQHQWUHSULVHV¶DIILUPHSOXW{W« activHGDQVO¶DVVRFLDWLRQGHVGRFXPHQWDOLVWHV ».
Gérald Cotu, dont les parents étaient engagés à la CFDT durant toute leur carrière,
est, comme Claudine, un cadre du secteur des assurances syndiqué à la CFDT, qui
est en fait la seule organisation syndicale présHQWHVXUVRQOLHXGHWUDYDLO,OQ¶HVW
SDV PHPEUHG¶XQHTXHOFRQTXHDVVRFLDWLRQHQUDSSRUWDYHFO¶HPSORL TX¶LO RFFXSH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

MXULVWH  PDLV OH FRQoRLW WUqV ELHQ 6LPSOHPHQW DX PRPHQW GH O¶HQWUHWLHQ OH 
MXLQ O¶RSSRUWXQLWpQHV¶pWDLWSDVHQFRUHSUpVHQWpH. Enfin, Julien Maison fut
XQ WHPSV 6HFUpWDLUH GH &RPLWp G¶(QWUHSULVH VDQV pWLTXHWWH V\QGLFDOH  DYDQW GH
GHYHQLU XQ EpQpYROH GH O¶$)'&& 8Q V\QGLFDW &*& O¶D DXVVL PDQGDWp SRXU
UHSUpVHQWHUOHVFDGUHVDX&RQVHLOG¶$GPLQLVWUDWLRQGHO¶HQWUHSULVHGDQVODTXHOle il
ILW GL[ DQV GH VD FDUULqUH 6¶LO GHYLQW HQ UpDOLWp OH UHSUpVHQWDQW &*& DX &RQVHLO
G¶$GPLQLVWUDWLRQGHVRQHQWUHSULVHjODGHPDQGHGHVDGLUHFWLRQFHWHQTXrWpWLHQW
HQFRUH DXMRXUG¶KXL FH PDQGDW SRXU « expérience enrichissante », mais aussi (et
surtRXW SRXUYHFWHXUG¶XQHXWLOHGLYHUVLILFDWLRQGHVRQUpVHDXUHODWLRQQHO :

« -¶pWDLVDX&RQVHLOG¶$GPLQLVWUDWLRQSDUFHTXHOH3UpVLGHQWFKRLVLVVDLW
FHX[TX¶LOYRXODLWIDLUHPRQWHUHWO¶RQP¶DYDLWGLWTX¶LOIDOODLWTXHMHVRLV
à la CGC. Ils ont même payé mon adhésion ,OVP¶RQWGLW³YRXVVHUH]OH
UHSUpVHQWDQW GHV FDGUHV DX &RQVHLO G¶$GPLQLVWUDWLRQ´ LO IDOODLW XQH
pWLTXHWWHSRXUrWUHV€UGHSDVVHUSDUFHTX¶LO\DYDLWTXDQGPrPHOD&*7
OD &)'7 HWF 2Q P¶D GLW ³YRXV VHUH] &*& HW YRXV UHSUpVHQWHUH] OHV
cadres´« F¶pWDLW DXVVL SRXU PRL XQH ERQQH H[SpULHQFH MH VDLV FH TXH
F¶HVWTXHOHVV\QGLFDWVPDLQWHQDQWRQGLVFXWDLWVXUGLIIpUHQWVVXMHWVOHV
DXJPHQWDWLRQVLOIDOODLWTXHMHVRLVOH³WHPSRULVDWHXU´-¶DYDLVpWpSODFp
Oj SDU O¶HQWUHSULVH PDLV MH QH PH VXLV jamais moqué des mandats que
O¶RQP¶DYDLWGRQQpV/H³SOXV´F¶pWDLWGHSDUWLFLSHUjGHVQpJRFLDWLRQV
faire avancer les sujets, si ça servait les salariés, tant mieux. Même si
M¶pWDLV QRPPp j FH SRVWH SDU OD 'LUHFWLRQ HOOH QH PH GRQQDLW DXFXQH
instructioQ -H Q¶pWDLV SDV XQ SDQWLQ XQ SLRQ QRQ SOXV ! Mais ils
SUpIpUDLHQW QRPPHU XQ FDGUH TX¶LOV FRQQDLVVDLHQW HW HQ TXL LOV DYDLHQW
FRQILDQFH« FHWWH H[SpULHQFH V\QGLFDOH P¶D DSSRUWp VXU WRXW FH TXL HVW
O¶DVSHFW QpJRFLDWLRQ« WRXW oD P¶D VHUYL SRXU OHV pFKDQJHV, la prise de
parole en public, manager des opérations, tout ce qui touche au droit du

264
WUDYDLO OHV 5HVVRXUFHV +XPDLQHV dD P¶DSSRUWDLW DXVVL HQ WHUPHV GH
UHODWLRQQHO« M¶DL GLVFXWp DYHF GHV JHQV TXL Q¶DYDLHQW SDV GX WRXW OD
PrPH DSSURFKH« HW M¶DL UpXVVL j sympathiser avec des syndicalistes,
certains étaient vraiment très bien, et eux aussi ont étoffé mon réseau !
Là aussi, il fallait faire avancer les sujets en regroupant tout le monde et
M¶DYDLV XQ U{OH GH PRGpUDWHXU LO IDOODLW DUULYHU DX PHLOOHXU DFFRUG
SRVVLEOH d¶D pWp XQH H[SpULHQFH HQULFKLVVDQWH PrPH VL MH Q¶DL SDV
FRQWLQXp TXDQG M¶DL TXLWWp FHWWH HQWUHSULVH » (Julien Maison, 51 ans,
FDGUHSURPRWLRQLQWHUQH3UpVLGHQWG¶+RQQHXUGHO¶$)'&&

« -HFRQVLGqUHTXHM¶DSSRUWHPRQH[SHUWLVHDXV\QGLFDWHWTXHM¶DSSUHQGV
HQ PLOLWDQW SRXU PRL F¶HVW XQH H[SpULHQFH TXDOLILDQWH« M¶DL DXVVL GHV
amis de fac qui ont monté une association, un réseau de juristes, ça
SRXUUDLW P¶LQWpUHVVHU PrPH VL MH Q¶DL SDV GH FRQWDFWV SRXU OH PRPHQW
SDUFHTX¶HOOHQ¶HVWSDVj3DULV6LM¶DLODSRVVLELOLWpG¶LQWpJUHUXQUpVHDX
GH MXULVWHV MH OH IHUDL SDUFH TXH F¶HVW WRXMRXUV HQULFKLVVDQW oD SHUPHW
G¶pFKDQJHU GHV SUDWLTXHV GH SURJUHVVHU G¶DSSUHQGUH GHV H[SpULHQFHV
des autres. » (Gérald Cotu, 27 ans, cadre diplômé, Syndicat des
Assurances CFDT Transrégional et Île-de-France ± ACTIF)
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

« -H IDLV SDUWLH GH O¶DVVRFLDWLRQ GHV GRFXPHQWDOLVWHV LO \ D GHV FKRVHV
DX[TXHOOHVLOPHSDUDvWQRUPDOG¶DGKpUHU«SDVGDQVXQSDUWLSROLWLTXH
mais un syndicat ou une association professionnelle, oui. &H Q¶HVW SDV
pareil. En tant que syndicaliste, je me vois comme une salariée dans
O¶HQWUHSULVH HW LO IDXW TXH QRXV VDODULpV QRXV QRXV GpIHQGLRQV QRXV-
mêmes et que nous soyons assez nombreux pour faire contre-pouvoir à la
'LUHFWLRQ«MHPHSODLVELHQGDQV ce rôle de contre-pouvoir >«@-HVXLV
PRLQV DFWLYH GDQV O¶DVVRFLDWLRQ GHV GRFXPHQWDOLVWHV PDLV Oj F¶HVW HQ
marge du travail, je participe à des débats par-ci par-là, je paie la
FRWLVDWLRQ 3URIHVVLRQQHOOHPHQW F¶HVW WRXMRXUV LQWpUHVVDQW G¶rWUH HQ
contact avec des confrères. » (Claudine Tivrel, 50 ans, cadre diplômée,
responsable de la section syndicale CFDT du siège des AGF)

1.2) /¶DVVRFLDWLRQFRPPHUHVVRXUFHV\QGLFDOHO¶DFWLRQV\QGLFDOH
VXSSOpWLYHDX[OLPLWHVGHO¶DFWLRQDVVRFLDWLYH

Les opportunLWpV G¶HQWUHWLHQ V¶pWDQW DYpUpHV UpGXLWHV DXFXQ WUL Q¶D pWp
effectué a priori parmi celles-ci : chacune a été saisie, sans toutefois toujours se
révéler pertinente a posteriori1. Le caractère aléatoire des propriétés sociales des
enquêtés, en dehors de ceOOHTXLDYDLWMXVWLILpTX¶LOVOHGHYLQVVHQW PHPEUHG¶XQH
RUJDQLVDWLRQ V\QGLFDOH G¶DQFLHQV pOqYHV RX SURIHVVLRQQHOOH  GRQQH XQH LGpH GX
FDUDFWqUH QDWXUHO GH O¶DGKpVLRQ j O¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV pOqYHV SRXU FHX[ TXL

1
Voir supra OHSDUFRXUVG¶HQTXrWH

265
VRQW GLSO{PpV G¶XQH pFROH &LQT GHV treize enquêtés diplômés du supérieur et
D\DQWHIIHFWXpOHXUVpWXGHVGDQVXQHpFROHSOXW{WTX¶jO¶XQLYHUVLWpIXUHQWFKRLVLVDX
titre de leur adhésion à ce type de groupement1$XFXQG¶HQWUHHX[Q¶pWDLWPHPEUH
G¶XQH RUJDQLVDWLRQ V\QGLFDOH RX SURIHVVLRQQHOOH. Mais, parmi les huit enquêtés
UHVWDQWVPHPEUHVG¶XQJURXSHPHQWSURIHVVLRQQHORXV\QGLFDOHWGLSO{PpVG¶eFROH
GH &RPPHUFH RX G¶,QJpQLHXUV OD SDUW GH FHX[ TXL DX PRPHQW GH O¶HQTXrWH
pWDLHQW RX DYDLHQW pWp  PHPEUHV G¶XQH DVVRFLDWLRQ G¶DQFLHQV pOqYHV Uévélée au
cours des entretiens, est très élevée GHX[VHXOHPHQWQHO¶pWDLHQWSDVQLQHO¶DYDLW
jamais été : Samuel Gibert (SECIF-CFDT) et Paul Aquet, permanent de la
Fédération CFDT Chimie-Énergie (FCE-CFDT). Pour ce dernier cependant, la
question ne fut SDVSRVpHORUVGHO¶HQWUHWLHQ
4XDQWDX[HQTXrWpVGLSO{PpVG¶XQLYHUVLWpHWPHPEUHVG¶XQHDVVRFLDWLRQ
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

SURIHVVLRQQHOOH +pOqQH2OLYLHU'DYLG%ORW6pEDVWLHQ*DUG RXG¶XQJURXSHPHQW


V\QGLFDO $XUpOLD$GLOPDU)ORUHQW +pURXHW *pUDOG &RWX DXFXQQ¶pWDLW membre
GH O¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV GH OHXU FXUVXV TXDQG FHOOH-ci existait. Seul David
%ORW LQWHUURJp HQ UDLVRQ GH VD TXDOLWp GH PHPEUH GH O¶$VVRFLDWLRQ 1DWLRQDOH GX
Marketing $'(7(0  DYDLW pWp XQ DGKpUHQW WUqV pSKpPqUH GH O¶DVVRFLDWLRQ GHV
diplômés dHVRQWURLVLqPHF\FOHXQLYHUVLWDLUH,OO¶pWDLWUHVWpTXHOTXHVPRLVDSUqV
obtention de son diplôme et sans avoir eu à verser le moindre centime.

Samuel Gibert, âgé de vingt-sept ans, est né à Lille de parents cadres


(autodidactes) du secteur sans but lucratif. Ceux-ci furent longtemps engagés dans
O¶DFWLRQVRFLDOHFRQIHVVLRQQHOOHDX[-HXQHVVHVeWXGLDQWHV&KUpWLHQQHV -(& 6HV
deux parents furent aussi de furtifs adhérents de la CFDT. Son père fut encore
PDLUH VRFLDOLVWH  G¶XQH SHWLWH FRPPXQH GX 1RUG HW UHVWH DXMRXUG¶KXL FRQVHLOOHU
général du département.
Samuel est ingénieur Arts et Métiers et salarié du Groupe Électricité de
)UDQFH (') 0DUJLQDODXVHLQGHO¶pFROH « MHQ¶pWDLVSDVLQWpJUpGXWRXW ! »), il
DIILFKHXQHFHUWDLQHGLVWDQFHjO¶pJDUG de « O¶HVSULWJDG]DUWV ». Il Q¶HVW G¶DLOOHXUV
SDV PHPEUH GH O¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV pOqYHV 6¶LO Q¶D SDV pWp UHQFRQWUp j FH

1
Thomas MottHW  DQV 6HFUpWDLUH GH O¶$, (16($  6LPRQ 5LFKHW  DQV 3UpVLGHQW GH O¶$,
(16($  6\OYDLQ 3RUWDO  DQV DGPLQLVWUDWHXU HW PHPEUH GX %XUHDX GH O¶$,67  )UDQoRLV
&RVTXHW DQV3UpVLGHQWGHO¶$,67 HW&KDQWDO&HUYDW DQVDGKpUHQWHGHO¶DVVRFLation des
anciens de HEC).

266
WLWUHPDLVHQUDLVRQGHVDTXDOLWpGH3UpVLGHQWG¶,QJpQLHXUV6DQV)URQWLqUHV ,6) 1,
Samuel est aussi adhérent du SECIF-CFDT. ISF, créé en 1982 par deux étudiants
GHO¶eFROHGHV3RQWVHW&KDXVVpHV2, est une association à vocation humanitaire et
écologiste, qui promeut la subordination du progrès technique au progrès social3.
/¶LPSOLFDWLRQ\HVW« éthique »O¶DFWLRQ\HVW°XYUHHQfaveur du « bien commun »
(Samuel Gibert). Tous les ingénieurs sont théoriquement admis à y cotiser, mais
cette association, « exclusivement implantée dans les écoles » (Samuel Gibert),
regroupe de facto les seuls élèves ingénieurs et ingénieurs diplômés :

« ,O \ DYDLW XQH pTXLSH G¶,6) GDQV O¶pFROH LQGpSHQGDQWH GX %'( -H
FRQQDLVVDLVXQSHXSDUUpSXWDWLRQHWDYHFXQHDPLHRQV¶HVWGLWTXHFH
VHUDLWLQWpUHVVDQWG¶DOOHUYRLU«&¶pWDLWXQHDVVRFLDWLRQLQGpSHQGDQWHGX
%'( >«@ ,6) F¶HVW XQH IpGpUDWLRQ GH Wrente-huit groupes locaux
exclusivement implantés dans les écoles (à peu près quatre-vingts
pFROHV  F¶HVW HQ JUDQGH PDMRULWp GHV pWXGLDQWV 2Q GHYUDLW V¶DSSHOHU
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Etudiants ISF. On a aussi quelques permanents qui sont des


professionnels des questions de solidarité internationale et puis des
militants, comme moi. Je me définis comme ingénieur militant ISF.
/¶REMHFWLIF¶HVWGLUH³PRELOLVRQV-nous comme ingénieurs, considérons la
technique comme un outil au service de la société, comprenons quelles
sont nos resSRQVDELOLWpV´ >«@« QRWUH EXW Q¶HVW SDV GpIHQGUH OD
SURIHVVLRQG¶LQJpQLHXU F¶HVWOHUDSSRUWGHODSURIHVVLRQjODVRFLpWpTXL
QRXV LQWpUHVVH LO \ D XQ P\WKH WHFKQLFLVWH SDU UDSSRUW j O¶LQJpQLHXU j
O¶HQFRQWUH GXTXHO RQ YD ª (Samuel Gibert, 27 ans, ingénieur Arts et
0pWLHUV3UpVLGHQWG¶,QJpQLHXUV6DQV)URQWLqUHVHWDGKpUHQWGHOD&)'7

'H PrPH TX¶XQ DXWUH HQTXrWp $GULHQ %RXLQ &I infra), Samuel fit partie du
groupe de travail « Jeunes cadres CFDT », mis en place par la CFDT-cadres en
2003. Les témoignaJHVGHFHVMHXQHVDGKpUHQWVIXUHQWO¶REMHWG¶XQHpWXGHSXEOLpH
dans le numéro de la Revue Cadres CFDT G¶DYULO*X\*URX[TXLILJXUDLW
SDUPLOHVFKHUFKHXUVVROOLFLWpVSRXUO¶pWXGHHQTXHVWLRQ\SRLQWDODVSpFLILFLWpGH
ces « QRXYHDX[YLVDJHVGHO¶HQgagement » : « questionnement moral » apolitique ;
intérêt pour les enjeux « locaux » ; « attitude réaliste ªjO¶pJDUGGHO¶HQWUHSULVH4.
Samuel Gibert et Adrien Bouin satisfont cette description, même si le premier

1
6DPXHODYDLWpWpUHQFRQWUpOHPDUVSDUO¶LQWHUPpGLDLUHGH&RULQQH'LDO &(),-CNISF).
2
Source : Historique'RFXPHQWDFFHVVLEOHVXUOHVLWH,QWHUQHWGHO¶DVVRFLDWLRQ
3
« ,6)VHYHXWXQPRXYHPHQWVRFLDOG¶LQJpQLHXUVHW de citoyens participant à la construction du
développement durable de la planète » (Source : La Charte Ingénieurs Sans Frontières, document
obtenu auprès de Samuel Gibert).
4
« /HVQRXYHDX[YLVDJHVGHO¶HQJDJHPHQW », Revue Cadres n°409, avril 2004. Entretien avec Guy
Groux.

267
UpFXVHDSSDUHPPHQWO¶LPSOLFDWLRQDXSODQGHVRQHQWUHSULVH&DUF¶HVWG¶DERUGHQ
WDQW TX¶LQJpQLHXU DX QRP G¶XQH FHUWDLQH LGpH GH O¶pWKLTXH SURIHVVLRQQHOOH GHV
LQJpQLHXUVTXH6DPXHOV¶LPSOLTXHHWF¶pWDLWDXWLWUHGHVRQPDQGDWGH3UpVLGHQW
G¶,6)TX¶LOIXWFRQGXLWjF{WR\HUOHVUHVSRQVDEOHVGe la CFDT, et plus précisément
la Secrétaire Générale adjointe de la CFDT-cadres, Akhram Kata. Samuel Gibert
Q¶DSDVDGKpUpjOD&)'7GXVHFWHXUeQHUJLH-Chimie mais à la CFDT, par acquit
de conscience et après avoir « bossé » DYHF $NKUDP .DWD j O¶RFFDVLRQ de la
rédaction du Manifeste pour la responsabilité sociale des cadres que celle-ci avait
initiée. Manifeste GRQW ,6) O¶8*,&7-&*7 O¶eFROH GH 3DULV GX Management
(EPM) ou encore le Centre des Jeunes Dirigeants (CJD) sont co-signataires :

« Je suis syndiqXpjOD &)'7 PDLV F¶HVW SDU SULQFLSHM¶DYDLV HQYLHGH


UHQIRUFHU FHW LQVWUXPHQW GH UpJXODWLRQ 0DLV MH QH P¶LPSOLTXH SDV DX
QLYHDX ORFDO MH QH WURXYH SDV G¶LQWpUrW DX[ PRELOLVDWLRQV IDLWHV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

ORFDOHPHQW«MHFRWLVHF¶HVWWRXW-HQHPHUHWURXYHSDVYUDLPHQW dans le
V\QGLFDOLVPH DFWXHO MH WURXYH TXH F¶HVW WURS ³GpIHQGH]-vous, point
EDUUH´ %LHQ V€U TX¶LO IDXW GpIHQGUH OHV GURLWV GHV VDODULpV PDLV SRXU
quoi faire "-HQ¶DLPHSDVOD&*7TXLGpIHQGOHQXFOpDLUHVRXVSUpWH[WH
TXH F¶HVW GH O¶HPSORL SDU H[HPSOH« la CFDT, mes parents y étaient et
SXLVM¶DYDLVXQHDSSURFKHFDULFDWXUDOH : FO, ça gueule, la CGT, ça fait
grève et la CFDT, ça négocie. Et puis, il y a eu le Manifeste, la CFDT,
$NKUDP .DWD HQ pWDLW j O¶RULJLQH F¶HVW HOOH TXL D VX FRQYDLQFUH WRXW OH
monde HW QRWDPPHQW OD &*7 FDGUHV FH Q¶pWDLW SDV pYLGHQW -H O¶DYDLV
rencontrée à ce moment-Oj RQ D SDUWLFLSp DX[ WUDYDX[« HW MH ERVVH
HQFRUHDYHFHOOHF¶pWDLWXQHTXHVWLRQVXUODTXHOOHRQHVWWUqVLPSOLTXpj
,6)HWRQVHUHWURXYHVXUOHVTXHVWLRQVG¶pWKLTXH » (Samuel Gibert)

3UpVLGHQW G¶,6) GHSXLV  HW DQFLHQQHPHQW 9LFH-président, Samuel,


sans être « un anti-nucléaire forcené » UHVWHKRVWLOHjFHW\SHG¶pQHUJLH 2UVRQ
WUDYDLOFRQWULEXHjODFRQVWUXFWLRQGHFHQWUDOHVQXFOpDLUHV/¶LPSOLFDWLRQEpQpYROe
à ISF lui permet de dépasser, de « compenser » ses propres « contradictions ».
0DLV VL O¶DVVRFLDWLRQ HVW OH UHIXJH LGRLQH OD IRUPH V\QGLFDOH ORFDOH G¶DFWLRQ
FROOHFWLYH Q¶HVW SDV PRLQV DEVHQWH GHV SURMHWV « citoyens » GH 6DPXHO &¶HVW
seulement en raisoQ G¶XQ MXJHPHQW FULWLTXH SRUWp VXU OHV IRUPHV FODVVLTXHV
G¶DFWLRQV\QGLFDOHTX¶LOUHVWHVLPSOHFRWLVDQWGHOD&)'7$XVVL6DPXHO réfléchit
j OD FRQVWLWXWLRQ G¶XQ « syndicat » TXL SHUPHWWUDLW GH GLIIXVHU OHV YDOHXUV G¶,6)
DXSUqV GHV VDODULpV G¶(') PDLV VXUWRXW G¶DJLU DX SOXV SUqV GH OD SURGXFWLRQ
4XLWWHUO¶HQWUHSULVHUHYLHQGUDLWHQHIIHWjIXLUVHVUHVSRQVDELOLWpV :

« Depuis trois ans, je suis chargé du développement de logiciels de


conception assistée par ordinateur pour la construction de centrales

268
nucOpDLUHV-¶DYDLVYXSDVVHUXQHQRWHG¶(')HWMHPHGLVDLV³(')OD
ERvWHGXGpYHORSSHPHQWGXUDEOHOHVHUYLFHSXEOLF´HWOHSRVWHPHSDUODLW
bien en termes de boulot. Là, ils me proposent le truc dans le nucléaire !
Au départ, je ne suis pas un anti-nuclpDLUHIRUFHQpM¶DLYXSHXjSHXTXH
oD QH P¶DOODLW SDV &¶HVW XQ SHX VFKL]RSKUqQH MH YLV DYHF FHV
FRQWUDGLFWLRQV>«@ $OOHUWUDYDLOOHUDLOOHXUVF¶HVWGpSODFHUOHSUREOqPH :
MHSDUVPDLV(')FRQWLQXHOHQXFOpDLUHGRQFM¶HQYLHQVjPHGHPDQGHU
quel autrHHQJDJHPHQW«,6)F¶HVWSOXVD[pVROLGDULWpLQWHUQDWLRQDOHoD
QH SHUPHW SDV GH SHVHU VXU OHV GpFLVLRQV GH PRQ HQWUHSULVH %RQ M¶DL
REWHQX TX¶RQ DLW GX FDIp pTXLWDEOH GDQV OHV PDFKLQHV PDLV F¶HVW j OD
marge >«@-HUpIOpFKLVjXQSURMHWGHV\QGLFDWGDQVO¶HQWUHSULVHSRXU
justement associer les salariés à un projet citoyen à partir de notre
SRVLWLRQ G¶DFWHXUV GH O¶pQHUJLH /¶REMHFWLI VHUDLW PRLQV GH GpIHQGUH GHV
droits (comme un syndicat traditionnel) que de mobiliser les salariés
G¶(') VXU OD TXHVWLRQ énergétique, les agents, les ingénieurs on doit
participer aux normes, aux décisions en matière de politiques publiques
HWGHO¶HQWUHSULVH » (Samuel Gibert)

/¶LQWpUrWTXHODWUDMHFWRLUHGH6DPXHO*LEHUWSUpVHQWHWLHQWDXIDLWTXHFHWHQTXrWp
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

est adhérenWGHOD&)'7PDLVQ¶HVWSDVPHPEUHGHO¶DVVRFLDWLRQG¶DQFLHQVpOqYHV
la plus puissante du territoire1. A priori, ces deux caractéristiques paraissent
congruentes : la CFDT fait le pari, difficile2, de grouper les salariés « de toutes
conditions »3 Q¶HQYLsage aucune partition statutaire entre les professions et les
FDWpJRULHV&HSHQGDQWV¶LODGKqUHjOD&)'76DPXHOVH« reconnaît » davantage
GDQV O¶DSSHOODWLRQ « PRXYHPHQW VRFLDO G¶LQJpQLHXUV » et se décrit comme un
« ingénieur militant G¶,6) », association à vocation « sociétale » intéressant
nonobstant les seuls étudiants et diplômés. Surtout, au-delà de la nature du
SUREOqPH j UpJOHU SDU O¶DFWLRQ FROOHFWLYH OH « projet syndical » de Samuel, si
« récent » et « vague » soit-il, indique que les formes associatives et syndicales
G¶LPSOLFDWLRQ SHXYHQW VH FRQFHYRLU FRPPH GHX[ VROXWLRQV SRVVLEOHV FHUWHV
différentes, mais non moins complémentaires : la seconde est propre à pallier les
insuffisances de la première et inversement.

Parmi les six enquêtés diplôPpVG¶XQHpFROHTXLDGKqUHQWRXRQWDGKpUp


jOHXUDVVRFLDWLRQG¶DQFLHQVHWTXLGHYLHQQHQWSDUODVXLWHPHPEUHVG¶XQDXWUHW\SH

1
Voir supra Chapitre II ± 2.1.
2
Voir infra Chapitre VI ± 2.1.
3
Selon le vocable des années 1920. Voir M. Descostes et J. L. Robert, « 1914 ± 1935 :
O¶RUJDQLVDWLRQ », M. Descostes et J. L. Robert (dir.), Clefs pour une histoire du syndicalisme-
cadres, Paris, Les Éditions ouvrières, 1984.

269
JURXSHPHQW GHX[ OH VRQW G¶XQH DVVRFLDWLRQ SURIHVVLRQQHOOH $UQDXG /HIURW HW
0XULHO 0DQVHW $1'&3  4XDWUH OH VRQW G¶XQH RUJDQLVation syndicale, en
O¶RFFXUUHQFHOD&)'7 : outre Damien Louger, Brice Murat et Luc Mirard, dont on
a vu supra O¶LPSRUWDQFHTX¶LOVDFFRUGDLHQWjODWDLOOHGXSRUWHIHXLOOHGHUHODWLRQV
F¶HVW DXVVL OH FDV G¶$GULHQ %RXLQ /D WUDMHFWRLUH GH FH GHUQLHU HVW VLJQificative
G¶XQH DGKpVLRQ DVVRFLDWLYH GHYHQXH UHVVRXUFH RSpUDWRLUH SRXU O¶LPSOLFDWLRQ
V\QGLFDOHGDQVO¶HQWUHSULVH
$XPRPHQW GHO¶HQWUHWLHQ OHDR€W  $GULHQWUHQWH-deux ans, est
directeur de publicité de la revue du syndicat professionnel des diffuseurs de
SUHVVH 1p j 3DULV G¶XQH PqUH VDODULpH G¶(') HW G¶XQ SqUH GHYHQX HQ ILQ GH
FDUULqUH 'LUHFWHXU FRPPHUFLDO $GULHQ HVW GLSO{Pp GH O¶eFROH 6XSpULHXUH GH
Commerce (Sup. de Co) de Bordeaux. Au cours de ses études supérieures, il avait
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

été le PrésidHQWG¶XQHDVVRFLDWLRQpWXGLDQWH'LSO{PpUHYHQXGXVHUYLFHPLOLWDLUH
HW HQ TXrWH G¶XQ SUHPLHU HPSORL $GULHQ %RXLQ VH WRXUQH « spontanément » vers
O¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVpOqYHVGHVRQpFROHGRQWLOHVWDORUVXQPHPEUHjMRXUGH
cotisation. Il participe à diverses manifestations et réunions, toutes en rapport avec
O¶DFWLYLWpDVVRFLDWLYHGHSODFHPHQWGHVGLSO{PpV1 :

« À Paris, il y avait une antenne et je me suis spontanément tourné vers


HX[SRXUTX¶LOVP¶DLGHQWjWURXYHUGXERXORW,OVP¶HQYR\DLHQWGHV mails
SRXUGLUH³RQH[LVWHYHQH]jWHOOHUpXQLRQRQRUJDQLVHXQHUpXQLRQSRXU
OHV MHXQHV GLSO{PpV´ >«@ /¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV M¶\ DL FRWLVp OD
SUHPLqUH DQQpH M¶DL SDUWLFLSp j GHV UpXQLRQV GHV UpXQLRQV RUJDQLVpHV
SDU VHFWHXU G¶DFWLYLWp DYHF GHV Lntervenants extérieurs, des jeunes
GLSO{PpVTXLDYDLHQWXQERXORWSDUVHFWHXUG¶DFWLYLWp,O\DYDLWOHVJHQV
de Sup. de Co Bordeaux qui venaient rencontrer des jeunes diplômés et
IDLUH GHV SUpVHQWDWLRQV XQ MRXU F¶pWDLW VXU O¶DJURDOLPHQWDLUH XQ DXWUH
suU O¶LQIRUPDWLTXH &¶pWDLHQW GHV FDGUHV G¶HQWUHSULVH TXL VRQW
VXVFHSWLEOHV G¶DYRLU EHVRLQ GH UHFUXWHU RX F¶pWDLW GHV MHXQHV GLSO{PpV
installés dans le monde du travail et qui venaient partager leur
H[SpULHQFH -¶DL DGKpUp SDUFH TXH F¶pWDLW LPSRUWDQW SRXU trouver du
WUDYDLO MH PH GLVDLV TX¶LO IDOODLW TXH MH SURILWH GH FRQVHLOV GH PHV
UpVHDX[« M¶DL IDLW OD GpPDUFKH G¶DOOHU YHUV O¶DVVRFLDWLRQ dD P¶D DLGp
RQ V¶\ UHWURXYH DYHF GHV JHQV TXL VRQW GDQV OD PrPH JDOqUH RQ VH
motive, on se donne des conseils, ça donnait un regard autre que le
VLHQ«oDP¶DDLGpjVWUXFWXUHUPRQ&9PHVOHWWUHVGHPRWLYDWLRQPRQ
SURMHW SURIHVVLRQQHO TXL pWDLW G¶rWUH FKHI GH SXE XQ PpWLHU TXH M¶DYDLV
H[SpULPHQWp ORUV GH PRQ VWDJH GH ILQ G¶pWXGHV 0DLV oD QH P¶D SDV
permis de trouver directement GX WUDYDLO PRQ SUHPLHU MRE F¶pWDLW XQH
candidature spontanée 3DUFRQWUHVLM¶DLpWpSULVF¶HVWSHXW-être parce

1
Voir supra Chapitre II ± 2.2.

270
TXH M¶pWDLV GDQV XQH YUDLH G\QDPLTXH GH UHFKHUFKH G¶HPSORL DYHF GHV
OHWWUHV GH PRWLYDWLRQ ELHQ FLEOpHV HWF (W SXLV MH P¶étais inscrit à des
DWHOLHUV GH O¶$3(& LO \ DYDLW pJDOHPHQW XQH DVVRFLDWLRQ GH FDGUHV DX
FK{PDJHGDQVPDFRPPXQHM¶\VXLVDOOp » (Adrien Bouin, 32 ans, cadre,
ancien de Sup. de Co Bordeaux, militant CFDT)

/HSUHPLHUHPSORLG¶$GULHQDELHQpWpXQHPSORL de chef de publicité, occupé au


VHLQG¶XQHUpJLHSXEOLFLWDLUHGHSUHVVHTXRWLGLHQQHUpJLRQDOH0DLVV¶LOREWLHQWXQ
poste qui correspond parfaitement à son « projet professionnel », Adrien souffre
G¶XQHVLWXDWLRQ« précaire »DLQVLTXHG¶XQHIDLEOHUHFRnnaissance professionnelle.
Il côtoie les quelques syndicalistes et / ou élus du personnel de son entreprise,
auxquels il donne parfois des « coups de mains », visiblement sans considération
SRXU OHXU pWLTXHWWH ¬ FHWWH pSRTXH O¶DFWLRQ V\QGLFDOH OXL VHPEOa constituer un
HVSDFHGDQVOHTXHOLOSRXUUDLWVHUpDOLVHUDXWUDYDLOFHTX¶LOQ¶HXWFHSHQGDQWSDVOH
WHPSV G¶pSURXYHU DX VHLQ GH VD SUHPLqUH HQWUHSULVH $GULHQ Q¶D\DQW SDV pWp
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

reconduit après le dernier renouvellement de son Contrat à Durée Déterminée


(CDD) :

« -HQHPHVXLVMDPDLVLQYHVWLGDQVO¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVSDUFHTXH
oDFR€WDLWWURSFKHU«HWSXLVTXDQGM¶DLFRPPHQFpjWUDYDLOOHUM¶DLYLWH
SULVFRQVFLHQFHGHVLQpJDOLWpVGDQVOHPRQGHGXWUDYDLOSDUFHTXHM¶pWDLV
cadre mais en CDD, dans une boîte où ça ne se passait pas bien : je
ERVVDLVpQRUPpPHQWPDLVRQPHIDLVDLWFRPSUHQGUHTXHMHQ¶pWDLVTX¶HQ
&'' -¶DL G¶DLOOHXUV IDLW WURLV &''« XQ GH VL[ PRLV UHQRXYHOp DX
WHUPHGHFHFRQWUDWUHQRXYHOpLOVP¶RQWGLWTXHILQDOHPHQWoDQ¶DOODLWSDV
et LOVP¶RQWHQYR\pGDQVXQHDXWUHILOLDOHSRXUXQ&''DXERXWGXTXHO
LOVP¶RQWGLWTXHoDQ¶DOODLWSDVQRQSOXV-¶DLERVVpFRPPHXQGLQJXHHW
DX ERXW GH GHX[ DQV LOV Q¶DYDLHQW SOXV EHVRLQ GH PRL  -¶DYDLV DXVVL
UHQFRQWUpGHVJHQVGX&(M¶DYDLVDLGpSRXU les élections du personnel.
-¶pWDLV HQ &'' PDLV MH GRQQDLV GHV FRXSV GH PDLQV DX[ V\QGLFDWV TXL
RUJDQLVDLHQWOHVpOHFWLRQV«MHWURXYDLVoDLQWpUHVVDQWHWMHPHVXLVDXVVL
UHQGX FRPSWH TX¶LO PH IDOODLW XQ WUXF SRXU pTXLOLEUHU PRQ DFWLYLWp
professionnelle« XQ SHX FRPPH j 6XS GH &R R j F{Wp GHV FRXUV
M¶DYDLVO¶DVVRFLDWLRQpWXGLDQWH«OjF¶pWDLWSDUHLOMHPHUHQGDLVFRPSWH
TXHGDQVO¶HQWUHSULVHLO\DYDLWDXWUHFKRVHTX¶XQHRUJDQLVDWLRQYRXpHj
engendrer du profit. » (Adrien Bouin)

Après une période de chômage de quatre mois, Adrien est recruté en 1997 comme
chef de publicité dans un groupe de presse informatique, cette fois en Contrat à
Durée Indéterminée (CDI). Sa supérieure hiérarchique est alors la Trésorière (sans
pWLTXHWWH  GX &RPLWp G¶(QWUHSULVe (CE). Adrien lui succède à ce poste deux ans
après son arrivée, en 1999. À cette date, il participe aussi très activement à la mise
en place de la loi sur la Réduction du Temps de Travail (RTT) dans son entreprise.

271
,OQ¶HVWDORUVSDVV\QGLTXpPDLVHQGHhors de quelques journalistes, aucun salarié
GHO¶HQWUHSULVHQHO¶HVW%LHQTXHOH6HFUpWDLUHGX&(OHOXLH€WGHPDQGp$GULHQ
ayant craint quelque répercussion préjudiciable à sa carrière, avait renâclé à
EULJXHUDXSUqVG¶XQHRUJDQLVDWLRQV\QGLFDOHOHPDndat qui permettait la conclusion
G¶XQDFFRUG$\DQWDIILUPpVRQUHIXVG¶DSSRVHUVDVLJQDWXUHjO¶DFFRUGpYHQWXHOLO
prit néanmoins son « bâton de pèlerin » HW V¶DGUHVVD j OD &)'7 VDQV SRXUWDQW
connaître les structures fédérales dont relevait son entreprise :

« On ne voulait pas de syndicats, même les journalistes syndiqués ne


PHWWDLHQW SDV HQ DYDQW OHXU DSSDUWHQDQFH j XQ V\QGLFDW« HW SDUPL OHV
FDGUHV DGPLQLVWUDWLIV HW FRPPHUFLDX[ SHUVRQQH Q¶pWDLW V\QGLTXp /H
Secrétaire du CE voulait que ce soit moi qui ait le mandat pour signer
O¶DFFRUG0DLVPRLM¶pWDLVFRPPHUFLDOHWMHQHYRXODLVSDVP¶HQJDJHUj
FHSRLQW3DUFHTXHPRQ'LUHFWHXU*pQpUDOO¶DXUDLWPDOYXGpMjOHIDLW
G¶rWUH pOX &( PrPH VDQV pWLTXHWWH FH Q¶pWDLW SDV WHUULEOH DORUV rWUH
celui qui sLJQH O¶DFFRUG« >«@ 2Q D GHPDQGp j FHX[ TXL pWDLHQW GpMj
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

V\QGLTXpVPDLVSHUVRQQHQ¶pWDLWPRWLYp'RQFMHVXLVDOOpYRLUOD&)'7
DYHFPRQEkWRQGHSqOHULQ>«@-HQHVDLVSDVSRXUTXRLM¶DLpWpYHUVOD
&)'7F¶pWDLWOHV\QGLFDWTXLPHSDUDLVVDLWOHSOXVSUoche des réalités, le
SOXVSUDJPDWLTXH«0DLVLOQ¶pWDLWSDVHQFRUHTXHVWLRQGHPHV\QGLTXHU
LOIDOODLWVHXOHPHQWXQPDQGDWV\QGLFDOSRXUVLJQHUO¶DFFRUG«MHVXLVDOOp
OH FKHUFKHU PDLV DYDQW GH WURXYHU j TXL P¶DGUHVVHU F¶pWDLW ORQJ«
M¶DYDLVDSSHOpOHVLège, mais je ne savais pas de quoi on dépendait -¶DL
ILQL SDU DOOHU YRLU OH PHF GX V\QGLFDW GH O¶pFULW TXL HVW YHQX DYHF VHV
EXOOHWLQV G¶DGKpVLRQ LO D IDLW DGKpUHU FLQT RX VL[ SHUVRQQHV GDQV OD
foulée, dont la future Secrétaire du CE et signataire de l¶DFFRUG 0RL
M¶DL UHIXVp MH WURXYDLV oD GpSODFp WURS FRPPHUFLDO« HW SXLV O¶DFFRUG
TX¶RQ DOODLW VLJQHU QH O¶LQWpUHVVDLW SDV OXL GHYDLW UDPHQHU GHV DFFRUGV
VLJQpVSRXUGLUH³OHVKHXUHVoDPDUFKH´ » (Adrien Bouin)

6¶LO VH UHIXVDLW j rWUH « celui TXL VLJQH O¶DFFRUG » $GULHQ V¶HVW LQYHVWL
GDQVODQpJRFLDWLRQG¶HQWUHSULVH¬O¶HQFURLUHPDLQWVpOpPHQWVGHO¶DFFRUGTX¶LO
présente comme « très avantageux », portent sa trace, comme la mise en place
G¶XQH « pointeuse » concernant indistinctement les cadres et les non-cadres. Or,
contrairement à une Direction qui « maîtrisait très mal le sujet », Adrien, par sa
TXDOLWp G¶DQFLHQ pOqYH GH 6XS GH &R DYDLW SX EpQpILFLHU GH O¶H[SHUWLVH HQ OD
PDWLqUHGHO¶XQGHVSURIHVVHXUVGHVRQpFROH :

« /¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV XQ MRXU P¶D FRPPXQLTXp WRXWH XQH


GRFXPHQWDWLRQWUqVIRXLOOpHG¶XQGHVSURIVGH6XSGH&RTXLDQDO\VDLW
WUqVELHQODORL$XEU\VRXVXQDQJOHMXULGLTXHpFRQRPLTXHVRFLDO«MH
O¶DLGLIIXVpHjWRXVOHVPHPEUHVGX&(SDUFHTXHoDH[SOLTXDLWYUaiment
WUqVWUqVELHQODORL«jSDUWLUGHFHWWHGRFRQDRUJDQLVpGHVUpXQLRQV
GDQVGLIIpUHQWVVHUYLFHV«HQVXLWHRQDYRXOXH[SOLTXHUDXSDWURQTXHOH

272
but était de partager le travail et de créer des emplois OXLGLVDLW³RQYD
créer des postes, mais dDQV XQH QRXYHOOH VWUXFWXUH´ HW QRXV GLVLRQV
³QRQOHVVWUXFWXUHVF¶HVWDXWUHFKRVHFHTX¶LOIDXWF¶HVWSOXVG¶HPSORLVj
VWUXFWXUH GRQQpH SRXU LQWpJUHU OHV TXHVWLRQV GH FKDUJH GH WUDYDLO´«
F¶pWDLW FHWWH LGpH GH FUpHU GHV HPSORLV TXL QRXV LQWpUHVVDLW &Rmme, en
SOXVRQPDvWULVDLWELHQOHVFDOFXOVGHVHPEDXFKHVHWGXQRPEUHG¶KHXUHV
et que le patron maîtrisait très mal le sujet, on a eu quinze jours de RTT,
XQHSRLQWHXVHSRXUWRXWOHPRQGH«PDLVDYHFODFULVH,QWHUQHWOH&KLIIUH
G¶$IIDLUHVDFKXWpHWQRXs avons eu des plans sociaux ! » (Adrien Bouin)

$GULHQQ¶DSDVDGKpUpjOD&)'7SHQGDQWFHWpSLVRGHQLXQHIRLVO¶DFFRUGVLJQp
mais après le 21 avril 20021 3ROLWLTXH VRQ LPSOLFDWLRQ Q¶D FHSHQGDQW JXqUH GH
VHQVKRUVGHO¶HQWUHSULVHHWGHVHQMHX[FRQFUHWs du travail (« -HP¶LQYHVWLVVDLVGDQV
PRQ HQWUHSULVH F¶HVW Oj TX¶pWDLW OH FRPEDW SRXU PRL HW F¶pWDLW FH TXH MH VDYDLV
faire » 6DWUDMHFWRLUHPRQWUHTXHO¶LQVHUWLRQGDQVGLYHUVUpVHDX[UHODWLRQQHOVSHXW
RSWLPLVHUOHVFKDQFHVG¶XQHLVVXHIDYRUDEOHDX« combat ».
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

1.3) /H FDV VLJQLILFDWLI GX SDUFRXUV G¶XQ SHUPDQHQW : Denis Cassin, du
V\QGLFDOLVPHjO¶DFWLRQSURIHVVLRQQHOOH

Denis Cassin, rencontré au titre de sa qualité de Délégué Général de


O¶$VVRFLDWLRQ1DWLRQDOHGHV'LUHFWHXUVHW&KHIVGX3HUVRQQel (ANDCP) en juillet
2005 ± PRLQV G¶XQ DQ DYDQW TX¶LO QH SUHQQH VD UHWUDLWH HQ MXLQ  ±, fut le
Secrétaire Général de la CFDT-cadres entre 1984 et 19912. Les implications
syndicale et associative de cet enquêté sont de nature politique et institutionnelle.
,QVWLWXWLRQQHOOHHQFHVHQVTX¶LOIXWjODILQGHVDQQpHV « coopté » comme
permanent fédéral, rétribué par la Fédération CFDT de la Chimie3. Institutionnelle

1
Le Président du Front National, Jean-0DULH /H 3HQ DYDLW DFFpGp DX VHFRQG WRXU GH O¶pOHFWLRQ
présidentielle, évinçant le candidat socialiste, Lionel Jospin.
2
Qui pWDLWDORUVO¶8&&-&)'7O¶DSSHOODWLRQD\DQWFKDQJpORUVGX&RQJUqVG¶$PLHQV  
3
/¶DFWXHOOH)pGpUDWLRQ&KLPLH-Énergie (FCE-CFDT) résulte de la fusion entre la Fédération Gaz-
Électricité (FGE) et la Fédération Unifiée de la Chimie (FUC). La FUC naît officiellement le 8
avril 1972. Elle est elle-PrPH LVVXH G¶XQH IXVLRQ HQWUH OD )pGpUDWLRQ GHV ,QGXVWULHV &KLPLTXHV
&)'7 ),& HWOD)pGpUDWLRQ)2GHOD&KLPLH/HVGLULJHDQWVGHOD)pGpUDWLRQ)2V¶RSSRVDLHQWj
la ligne confédérale, critiquaient la faible implication de la confédération dans les luttes sociales de
mai 1968 et affirmaient leur engagement en faveur du socialisme auto-gestionnaire. Ce réquisitoire
D\DQW VXVFLWp O¶DSSUREDWLRQ GH VHXOHPHQW   GHV PLOLWDQWV )2 UpXQLV HQ &RQJUqV QRYHPEUH
1971), la Fédération démissionne de FO (Congrès extraordinaire de février 1972) et se rapproche
de la FIC-CFDT. La FUC tient son premier Congrès à Nemours en novembre 1972. Voir : G.
Brucy, Histoire de la Fédération de la Chimie CFDT, de 1938 à nos jours, Paris, La Découverte et
Syros, 1997.

273
HQFRUH SDUFH TXH 'HQLV GHYLQW HQVXLWH 'pOpJXp *pQpUDO VDODULp  GH O¶$1'&3
poste qXL Q¶HVW SDV VRXPLV j pOHFWLRQ1 et pour lequel il fut recruté. Politique, car
Denis Cassin débuta sa carrière syndicale comme Délégué du Personnel, au sein
du Groupe Total. Les cadres mandatés par leurs organisations régionales et
fédérales réunis en CongrqVO¶pOXUHQWDXVVL6HFUpWDLUH*pQpUDOGHOD&)'7-cadres,
HQ0DLVSUpFLVpPHQWVHXOXQPLOLWDQWGpMjLVVXGHO¶DSSDUHLOV\QGLFDOSHXW
VROOLFLWHU FH W\SH GH PDQGDW 'HQLV VXFFpGD G¶DLOOHXUV j FH SRVWH j 3LHUUH
Vanlerenberghe, issu du Secrétariat de cette même Fédération et ancien Président
de la JEC.

'HQLV &DVVLQ HVW Qp HQ  &¶HVW XQ LQJpQLHXU GLSO{Pp GH O¶,QVWLWXW
&DWKROLTXHGHV$UWVHW0pWLHUVGH/LOOH ,&$0 HWGHO¶eFROH&HQWUDOHGHV$UWVHW
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Manufactures de Paris. Il a toujours été membre dHO¶$VVRFLDWLRQGHV&HQWUDOLHQV


au sein de laquelle il a même été, un temps, « actif » ± FH TX¶LO HVW j QRXYHDX
GHSXLV TX¶LO DSULV VDUHWUDLWH'HQLV &DVVLQGpEXWDVDFDUULqUHSURIHVVLRQQHOOHHQ
jXQSRVWHG¶LQJpQLHXUG¶XVLQHGH%61GDQVOHVHFWHXUGXYHUUHSODW&¶HVW
FHWWHPrPHDQQpHTX¶LODGKpUDjOD&)'7HWDX3DUWL6RFLDOLVWH 36 /¶LPSOLFDWLRQ
politique et syndicale constituait le cheminement « classique » de tout militant de
OD -(& TX¶LO pWDLW SDU DLOOHXUV $QWL-communiste, jugeant aussi la foi chrétienne
irréductible au syndicalisme (« ODPLVVLRQGXFKUpWLHQF¶HVWGDQVOHPRQGH ! »), le
FKRL[ GH OD &)'7 V¶LPSRVD GH OXL-même, « naturellement » : originaire du Nord
de la France et inséré dans les réseaux catholiques, Denis est passé par les canaux
traditionnels du recrutement de la CFDT2. En outre, la Fédération de la Chimie
(FIC-CFDT), dont Edmond Maire3 fut le Secrétaire Général entre 1964 et 1970,
GLVSRVDLWjO¶pSRTXHHWFHMXVTX¶HQG¶XQHVWUXFWXUHVSpFLILTXHDX[FDGUHVGX
secteur, héritée de la CFTC  O¶8QLRQ 1DWLRQDOH GHV ,QJpQLHXUV HW &DGUHV GH
O¶,QGXVWULH&KLPLTXH 81,&,& FUppHHQHWGRQW-DFTXHV0RUHDXUpGDFWHXU
du rapport éponyme (1978) précurseur du « recentrage ªVXUO¶DFWLRQV\QGLFDOHIXW
le premier Secrétaire Général. Ingénieur, Denis Cassin, alors simple adhérent de la
&)'7j%61HXWjPDLQWHVUHSULVHVO¶RFFDVLRQGHF{WR\HUTXHOTXHVPHPEUHVGH
1
Source 6WDWXWVGHO¶$1'&3
2
B. Duriez et F. Sawicki, « Réseaux de sociabilité et adhésion syndicale. Le cas de la CFDT »,
Politix Volume 16 ± n°63 / 2003, pp. 17-51.
3
Edmond Maire fut Secrétaire Général de la CFDT entre 1971 et 1988.

274
O¶81,&,& GRQW -DFTXHV 0RUHDX SDU O¶LQWHUPpGLDLUH GXTXHO LO SXW DVVLVWHU DX
Congrès Confédéral CFDT de 1970 :

« Je suis allé au Congrès de 1970, qui se passait à Issy-les-Moulineaux,


VDQVPDQGDWVDQVULHQ/jMHFURLVH0RUHDXTXLPHGLW³TX¶HVW-ce que tu
fais là "´-¶DLUpSRQGXTXHM¶pWDLVYHQXSDUFXULRVLWpHWFRPPHLOUHVWDLW
XQHSODFHGDQVODGpOpJDWLRQLOPHO¶DSURSRVpH&¶HVWGHFHWWHPDQLqUH
que je me suis retrouvé à assister à ce Congrès, dont on saura plus tard
O¶LPSRUWDQFH ! » (Denis Cassin)

Entre 1971 et 1975, Denis est ingénieur aux études économiques à la Compagnie
Française de Raffinage (CFR) du Groupe Total. Responsable CFDT du CFR, il
GHYLHQW SHX DSUqV UHSUpVHQWDQW &)'7 DX &RPLWp &HQWUDO G¶(QWUHSULVH &&(  HW
propose que des élections du personnel se tiennent sur son lieu de travail, le siège
de Total. Sa requête acceptée, Denis est élu Délégué du Personnel (DP). Jacques
0RUHDX TX¶LO FRQQDLVVDLW GRQF SHUVRQQHOOHPHQW pWDLW j O¶pSRTXH OH 6HFUpWDLUH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

*pQpUDO GH OD )pGpUDWLRQ GH OD &KLPLH FH TX¶LO HVW UHVWp FLQT DQV -1975).
Moreau figurait parmi les dirigeants de la Fédération qui avaient « repéré »
O¶Hnquêté, après que celui-FL HXW SULV O¶LQLWLDWLYH GH SURGXLUH XQH HQTXrWH D\DQW
WRXFKpDX[FRQVpTXHQFHVGXSUHPLHUFKRFSpWUROLHU  VXUO¶pWDWGXPDUFKpGH
O¶HPSORLGDQVODEUDQFKH :

« -¶pWDLVSHUVXDGpTXHOHFKRFSpWUROLHUDOODLWDYRLUGHVUpSHUFXVVLRns sur
O¶HPSORLGDQVODEUDQFKHHWMHPHVXLVPLVHQWrWHGHIDLUHXQHpWXGHVXU
ODTXHVWLRQ-¶DLpWpYRLUODIpGpUDWLRQHQGLVDQW ³LOIDXWXQHHQTXrWHMH
YHX[ ELHQ P¶HQ RFFXSHU GRQQH]-PRL GHV PR\HQV´ FH TX¶LOV RQW IDLW ¬
SDUWLU GH Oj LOV P¶DYDLHQW UHSpUp HW HQVXLWH M¶DL pWp FRRSWp j OD
fédération, comme permanent puis comme secrétaire fédéral. » (Denis
Cassin)

/RUVTX¶XQSRVWHGHSHUPDQHQWIpGpUDOVHOLEqUHHQ'HQLVILJXUHVXUODOLVWH
des vingt militants retenus comme occupants potentiels, en dernière position. Mais
les dix-huit premiers le refusèrent. Le dix-QHXYLqPHO¶DFFHSWDDYDQWGHVHGpVLVWHU
'HQLV DSUqV DYRLU UpIOpFKL DX[ FRQVpTXHQFHV G¶XQ WUDYDLO PLOLWDQW j WHPSV SOHLQ
sur sa vie de famille, mais aussi au fait que le salaire était PRLQGUHTXHFHOXLTX¶LO
percevait dans son entreprise, accepta le poste. Sa femme, militante chrétienne,
bientôt maire-DGMRLQWHGHOHXUFRPPXQHO¶\DXUDLWG¶DLOOHXUV« poussé » :

« Le travail à la fédération me paraissait être une expérience très


intéressante, même si ça signifiait une diminution de mon salaire. Et
F¶pWDLWXQPR\HQGHYLYUHGHPHVFRQYLFWLRQVPDIHPPHP¶\DYDLWDXVVL
pas mal poussé. Quand quelque chose vous intéresse sans que vous ne

275
sachiez toujours où vous allez mettre les pieds, il faut aller voir,
DSSUHQGUH«MHPHVXLVOLpG¶DPLWLpDYHF5REHUW9LOODWHTXLpWDLWO¶XQGHV
6HFUpWDLUHVIpGpUDX[HWM¶DLUHJDUGpFHTX¶LOIDLVDLWM¶DLEHDXFRXSDSSULV
jVHVF{WpV¬SDUWLUGHOjM¶pWDLVGDQVO¶HQJUHQDJHPrPHVLMHQ¶DYDLV
que trente-deux ans. » (Denis Cassin)

$XVHLQGHOD)pGpUDWLRQ&)'7GHOD&KLPLH'HQLVV¶RFFXSHVXFFHVVLYHPHQWGX
Pétrole, de la Chimie et du Verre, mais toujours des cadres. Après décision du
SUHPLHU &RQJUqV GH OD )8&   O¶81,&,& GLVSDUXW HQ  UHPSODFpH SDr
O¶8QLRQ)pGpUDOHGHV &DGUHV 8)& &HWWH8QLRQjO¶LQYHUVHGHO¶81,&,&pWDLW
intégrée à la FUC et assujettie au Bureau fédéral, dont Denis devint membre à
O¶LVVXHGX&RQJUqV GHOHUHVWDQW MXVTX¶HQ(QWUHHW 'HQLV
fait aussi partie du Secrétariat fédéral, et enfin entre-t-il, également, au Bureau de
O¶8QLRQ&RQIpGpUDOHGHV&DGUHV 8&&-CFDT).
'DQV OHV DQQpHV  HW PrPH VL O¶81,&,& DYDLW ODLVVp SODFH j XQH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

HQWLWp PRLQV DXWRQRPH O¶8)& OD )pGpUDWLRQ GH OD &KLPLH pWDLW O¶XQH GHV Uares
structures fédérales de la CFDT ± avec la Métallurgie et les Services ± j V¶rWUH
GRWpHG¶XQJURXSHPHQWSURSUHDX[FDGUHV3HQGDQWVHL]HDQVHQWUHHW
O¶8&& pWDLW G¶DLOOHXUV GLULJpH SDU XQ SHUPDQHQW LVVX GH FHWWH )pGpUDWLRQ 3LHUUH
Vanlerenberghe (1975-1984) puis Denis Cassin (1984-1991). La Fédération CFDT
GHOD&KLPLHVHUpFODPDLWjO¶pSRTXHG¶XQ© syndicalisme de proposition », auquel
Denis assure être encore particulièrement attaché1, et demeurait également à la
pointe de la stratégie confédérale de « recentrage ªVXUO¶DFWLRQV\QGLFDOHDUUrWpH
DX&RQJUqV&RQIpGpUDO&)'7GH%UHVW  PDLVG¶DERUGSU{QpHSDUO¶8&&GH
Pierre Vanlerenberghe. Cette stratégie du « recentrage » reprenait ainsi, une à une,
les recommandations du rapport Moreau : pragmatisme économique et social,
GpFHQWUDOLVDWLRQ GH O¶DFWLRQ V\QGLFDOH HW LQGpSHQGDQFH GX V\QGLFDW j O¶pJDUG GHV
partis politiques. Quand, en 1984, Denis Cassin, sur la proposition du Bureau
sortant2VXFFqGHj3LHUUH9DQOHUHQEHUJKHjODWrWHGHO¶8CC-CFDT, sa politique

1
&¶HVWG¶DLOOHXUVSRXUSUpVHUYHUO¶RULHQWDWLRQG¶XQ © syndicalisme de proposition ªTX¶LO DFFHSWH
ORUVGX&RQJUqVIpGpUDOGH G¶DEDQGRQQHUOHSULQFLSH G¶XQH VXU-FRWLVDWLRQFDGUH/¶HQTXrWp
tenait pourtant à cette idée, synonyme de reconnaissance au moins symbolique de la spécificité des
cadres et combattue à ce titre par les tenants de « ODOLJQH³VDODULpVWRXVSDUHLOV´ » (Denis Cassin).
2
/¶pOHFWLRQGX%XUHDX1DWLRQDOGHOD&)'7-cadres distingue trois collèges. Le 1er collège est celui
des membres désignés par les fédérations et régions. Le 2 nd collège est composé des candidats
(proposés par les structures fédérales et régionales) élus par les congressistes. Le 3 è collège
constitue le Secrétariat National de la CFDT-cadres. Les candidats au Secrétariat sont proposés par
le Bureau sortant et sont élus par les congressistes.

276
V¶LQVFULWGDQVODFRQWLQXLWp,OV¶DJLWDORUVG¶RULHQWHUOD&)'7YHUVXQV\QGLFDOLVPH
UpIRUPLVWH G¶DUELWUDJH HW GH FRPSURPLV1. Denis insiste aussi sur la nécessaire
PDvWULVHGHVQRXYHOOHVWHFKQRORJLHVTX¶LOWLHQWSRXUUHPqGHjODFUise économique,
HWVXUODUHFRQQDLVVDQFHGHODOpJLWLPLWpGHO¶HQWUHSULVH,OPRQWHpJDOHPHQWGLYHUV
colloques et groupes de réflexion traitant du travail des cadres, certains en
SDUWHQDULDW DYHF OH &HQWUH GHV -HXQHV 'LULJHDQWV &-'  HW O¶$1'&3 'HQLV MXUH
V¶rWUH YLWH VHQWL « proche » GH FHV GHX[ RUJDQLVDWLRQV /¶KXPDQLVPH FKUpWLHQ
constitue le « principe supérieur commun »2 TXLOHUHOLHjO¶DYDQW-garde patronale
et DX[SURIHVVLRQQHOVGHV5HVVRXUFHV+XPDLQHV 5+ JURXSpVjO¶$1'&3 :

« -¶DLWRXMRXUVpWpXQIervent supporter des associations professionnelles,


QRWDPPHQW GX &-' HW GH O¶$1'&3 GRQW MH PH VHQWDLV SURFKH -H
SDUWDJHDLVFHUWDLQHVYDOHXUVDYHFHOOHVHWG¶DLOOHXUVTXDQGMHVXLVGHYHQX
'LUHFWHXU G¶pWDEOLVVHPHQW GX &(6, M¶DL DXVVLW{W DGKpUp j O¶$1'&3 »
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

(Denis Cassin)

(Q  'HQLV &DVVLQ GHYLHQW 'LUHFWHXU G¶pWDEOLVVHPHQW *HQWLOO\  GX


CESI3 HWDGKpUHQWGHO¶$1'&3¬FHWWHGDWHSOXVLHXUVSURSRVLWLRQVOXLVRQWIDLWHV
ODSOXSDUWG¶HQWUHHOOHVUHQYR\DQWjO¶XQGHVHVUpVHDX[UHODWLRQQHOV/H3UpVLGHnt
GHO¶,&$0 GRQWLOHVWGLSO{Pp OXLSURSRVHGH« piloter » ODFUpDWLRQGHO¶,QVWLWXW
Supérieur de Technologie de Lille4. Un poste de Directeur lui est offert à BSN, un
poste de responsable formation-emploi lui est proposé à Total. Mais Denis aspirait
à devenir expert aux affaires sociales à la Commission Européenne :

« Je voulais être expert à la commission européenne, mais il fallait alors


rWUHHQFRQWUDWDYHFXQRUJDQLVPHIUDQoDLVTXHM¶DLPRQWpDYHFOH&(6,
/H 'LUHFWHXU TXH MH FRQQDLVVDLV P¶DYDLW GLW ³oD DYDQFH WRQ WUXF j
Bruxelles "´ M¶DL GLW TXH QRQ 'X FRXS M¶DL PRQWp OH FRQWUDW DYHF OH
&(6,MHVXLVGHYHQXGLUHFWHXUG¶pWDEOLVVHPHQWHWHQPrPHWHPSVH[SHUWj
%UX[HOOHVM¶DYDLVODGRXEOHFDVTXHWWHHWM¶HQDLMRXpSDUIRLVoDP¶DDLGp
à faire accepter mes méthodes de management, qui tranchaient un peu
avec ce que se faisait jusque-Oj 3DU H[HPSOH M¶DL FRPPHQFp SDU YLUHU
1
Voir aussi : G. Groux (1986), op. cit. Tome 1, Le temps des compromis.
2
L. Boltanski et L. Thévenot, De la justification. Les économies de la grandeur, Paris, Gallimard,
Coll. « NRF / Essais », 1991.
3
Le CESI est un organisme paritaire de formation, qui fait partie des dispositifs reconnus et aidés
SDU O¶eWDW DX WLWUH GH OD OpJLVODWLRQ VXU OD IRUPDWLRQ FRQWLQXH )UDQFLV )DXEHUW O¶DFWXHO 6HFUpWDLUH
Général de la CFDT-FDGUHV D VXFFpGp j XQ UHSUpVHQWDQW GH O¶8,00 DX SRVWH GH 3UpVLGHQW GX
Groupe CESI en juin 2006.
4
Voir supra Chapitre II ± 1.1.

277
deux directeurs de département qui se haïssaient. Je ne savais qui était le
IDXWLIDXGpSDUWGRQFM¶DLYLUpOHVGHX[ ! Un jourM¶DLYRXOXPHUHQGUHj
XQVpPLQDLUHDXTXHOMHQ¶pWDLVSDVLQYLWp-HQHWURXYDLVSDVoDQRUPDO
M¶pWDLV TXDQG PrPH OH 'LUHFWHXU ! Je voulais y aller quand même,
SXLVTXHM¶pWDLVOHGLUHFWHXUoDPHSDUDLVVDLWQRUPDOPDLVM¶pWDLVDUULYp
très en retard ce jour-Oj /HV VWDJLDLUHV HW OHV IRUPDWHXUV P¶DYDLHQW
DWWHQGXXQSHXIXULHX[0DLVM¶DLSURSRVpjFHX[TXLSDUODLHQWSOXVLHXUV
ODQJXHV GH P¶DFFRPSDJQHU SRXU XQH IRUPDWLRQ VXU O¶(XURSH GHVWLQpHV
aux syndicalistes, à Bruxelles, et ça, ils ont apprécié ! » (Denis Cassin)

'HQLVUHVWD'LUHFWHXUGHO¶pWDEOLVVHPHQWGH*HQWLOO\MXVTX¶HQGDWHjODTXHOOH
il devint Directeur pour la région Île-de-)UDQFH7RXMRXUVDGKpUHQWGHO¶$1'&3LO
HQWUH FHWWH PrPH DQQpH DX FRPLWp GH UpGDFWLRQ GH OD UHYXH GH O¶DVVRFLDWLRQ la
revue Personnel. Entre 1998 et 2002, déjà promu Directeur du développement,
'HQLVGHYLQWPHPEUHGHO¶pTXLSHGLULJHDQWHGX&(6,0DLVDORUVTX¶LOQ¶DYDLWSDV
HQYLVDJp G¶HQ SDUWLU O¶$1'&3 WUDYHUVDLW XQH SpULRGH GLIILFLOH HQ   OH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Délégué Général veQDLWG¶rWUHOLFHQFLpSRXUVHORQ'HQLVV¶rWUHDXJPHQWpHQGHV


SURSRUWLRQVGpILDQWWRXWHPRUDOH'HQLVFRQQDLVVDLWELHQOH3UpVLGHQWGHO¶$1'&3
GH O¶pSRTXH OHTXHO DVVXPDLW DORUV O¶LQWpULP DX SRVWH GH 'pOpJXp *pQpUDO GH
O¶DVVRFLDWLRQ 2XWUH VRQ SRVWH DX FRmité de rédaction de la revue Personnel, ils
avaient monté ensemble un programme de formation au CESI destiné aux DRH.
/RJLTXHPHQW OH 3UpVLGHQW GH O¶$1'&3 VROOLFLWD 'HQLV &DVVLQ SRXU OD
VXFFHVVLRQ GX 'pOpJXp OLFHQFLp /H %XUHDX GH O¶DVVRFLDWLRQ DFFXHLOOit toutefois
DVVH]IUDvFKHPHQWODFDQGLGDWXUHGH'HQLVSURSRVpHSDUOH3UpVLGHQWGXIDLWTX¶LO
était un ancien syndicaliste, mais ne retint pas non plus le seul autre candidat au
poste de Délégué Général. Quelques mois plus tard, le mandat du Président arrive
jpFKpDQFHHWO¶$1'&3Q¶DSOXVQL'pOpJXp*pQpUDOQL3UpVLGHQW&¶HVWOjFHTXL
précipita la « nomination » de Denis au poste de Délégué :

« /H3UpVLGHQW GHO¶$1'&3P¶DYDLWGLWTX¶LO YRXODLW TXHMHGHYLHQQHOH


'pOpJXpGHO¶$1'&3PDLV OH%XUHDXQ¶pWait pas très chaud parce que
M¶pWDLV XQ DQFLHQ V\QGLFDOLVWH LOV YR\DLHQW oD G¶XQ PDXYDLV °LO ,O IDXW
GLUH TX¶XQ V\QGLFDOLVWH j O¶$1'&3 F¶pWDLW DVVH] pWUDQJH '¶DLOOHXUV
F¶HVWODVHXOHDVVRFLDWLRQGHV5+DXPRQGHGDQVFHFDV ! Mais aucun des
candidats pURSRVpVSDUOHFKDVVHXUGHWrWHQHIDLVDLWO¶DIIDLUHHWTXDQGOH
PDQGDWGX3UpVLGHQWV¶HVWDFKHYpLOP¶DSSHOOHHWPHGLW³PDLQWHQDQWWX
YLHQV´-¶DLGRQFTXLWWpOH&(6,HWOHFKDVVHXUGHWrWHDYDLWGLWTXHM¶pWDLV
le meilleur des candidats, tant est si bien que le Bureau, cette fois, a
approuvé ma nomination. » (Denis Cassin)

278
'pOpJXp *pQpUDO GH O¶$1'&3 HQWUH  HW  'HQLV QH YRLW JXqUH GH
différences entre cette fonction et celle de Secrétaire de la CFDT-cadres :
DQLPDWLRQG¶XQHSHWLWHpTXLSHGHSHUPDQHQWVVDODULpVGHO¶RUJDQLVDWLRQUpGDFWLRQ
HWGLIIXVLRQG¶XQHUHYXHGpYHORSSHPHQWGHO¶DGKpVLRQOREE\LQJRUJDQLVDWLRQGH
UpXQLRQVFROORTXHVUHQFRQWUHV«2QYHUUDSOXVORLQTXHFHWDVSHFWWLHQWVXUWRXWj
la place des cadres au sein de la CFDT : la CFDT ne leur reconnaissant de
VLQJXODULWp TX¶DX VHXO SODQ FRQIpGpUDO GH O¶RUJDQLVDWLRQ OHXU VWUXFWXUH SURSUH OD
CFDT-cadres, se trouve astreinte à mobiliser un « UpSHUWRLUHG¶DFWLRQ »1 similaire
au répertoire associatif.

6HFUpWDLUHGHO¶8&&-CFDT, Denis fut un politique, un « entrepreneur de


morale »2 0DLV V¶LO SXW GHYHQLU OH 6HFUpWDLUH GH O¶8&& F¶pWDLW ELHQ SDUFH TX¶LO
était un permanent de la Fédération de la Chimie, un « militant organisationnel »3.
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3DUIRLV VRXPLV DX[DOpDV GHO¶pOHFWLRQ'HQLV IXW donc surtout un « fonctionnaire


GH O¶RUJDQLVDWLRQ »4. En dépit de cette spécificité, cet enquêté, centralien, artisan
SDUPLG¶DXWUHV GX© recentrage ªGHOD&)'7VXUO¶DFWLRQV\QGLFDOHSDUODVXLWH
'pOpJXp*pQpUDOGHO¶$1'&3FULVWDOOLVHVXUVDVHXOHSHUVRQQHO¶HQFKHYrWUHPHQW
GHVDLUHVSURIHVVLRQQHOOHVHWV\QGLFDOHVG¶LPSOLFDWLRQLQGLYLGXHOOH

2) Les différents groupements : pratiques, valeurs et revendications


partagées

/HVSRWHQWLDOLWpVG¶LQYHVWLVVHPHQWLQGLYLGXHOTXLV¶RIIUHQWDX[FDGUHVVRQW
a priori G¶DXWDQW PRLQV H[FOXVLYHV OHV XQHV GHV DXWUHV TXH OHV DVVRFLDWLRQV

1
C. Tilly, La France conteste de 1600 à nos jours, Paris, Fayard, 1986.
2
H. S. Becker (1963), Outsiders. Études de sociologie de la déviance, Paris, A. M. Métailié, 1985.
Cité par F. Piotet, « /H VHQV GX SRVVLEOH HW GH O¶LPSRVVLEOH », Revue Cadres CFDT n°404, mai
2003.
3
M. Correia, « La représentation de la carrière chez les syndicalistes », F. Piotet (dir.) La
révolution des métiers, Paris, PUF, Coll. « Le lien social », 2002.
4
M. Bauer et E. Cohen, « Les limites du savoir des cadres O¶RUJDQLVDWLRQVDYDQWHFRPPHPR\HQ
de déqualification », Sociologie du travail, Vol. 24, n°4 ± 1982, pp. 451-472.

279
professionnelles se fondent sur le principe de la neutralité « axiologique »1.
3ULQFLSHTXLHVWPrPHVWDWXWDLUHjO¶$VVRFLDWLRQ1DWLRQDOHGHV'LUHFWHXUVHW&KHIV
du Personnel (ANDCP)2. Toutes les organisations syndicales affichent aussi une
LQGpSHQGDQFH GH SULQFLSH j O¶pJDUG GX FKDPS SROLWLTXH : la CFDT, où « chaque
salarié » demeure, « sans examen de passage », un « adhérent potentiel »3 V¶HVW
« recentrée ªVXUO¶DFWLRQV\QGLFDOHHW les corrélations de sens commun entre son
pOHFWRUDWHWFHOXLGX3DUWL6RFLDOLVWHVRQWORLQG¶rWUHpYLGHQWHVGDQVOHVIDLWV4 ; à la
&*7OHVVLWXDWLRQVVRQWWURSFRQWUDVWpHVG¶XQHHQWUHSULVHjO¶DXWUHSRXUVDWLVIDLUH
O¶H[LJHQFH G¶XQ GLDJQRVWLF XQLIRUPH PDis il semble bien que, dans les faits,
« O¶LQGpSHQGDQFH >VRLW@ XQH TXHVWLRQ SUDWLTXHPHQW UpJOpH »5, du moins dans les
RUJDQLVDWLRQV TXL VRQW O¶REMHW GH O¶HQTXrWH FLWpH SDUPL OHVTXHOOHV ILJXUHQW OD
section syndicale UGICT-CGT PNC Air France et le syndicat UGICT-CGT BNP
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Paribas Île-de-France.

2.1) La « valeur ajoutée ª GH O¶DGKpVLRQ : quintessence associative et


V\QGLFDOLVPHG¶DGKpUHQWV

Nombreux sont les militants syndicaux et bénévoles associatifs enquêtés


TXLIXVWLJHQWO¶RSSRUWXQLVPHVXSSRVpGHVFDGUHs, en particulier des plus jeunes sur
le marché du travail, et qui reprennent à leur compte, consciemment ou non, les
thèses de Mancur Olson6/¶DWWLWXGHUDWLRQQHOOHGpFULWHSDUFHWDXWHXUTXLIDLWpFKR
pFKR DX[ DFFHSWLRQV WUqV UHVWULFWLYHV GH O¶LQWpUrW SURSRVpHV SDU O¶pFRQRPLH

1
M. Weber (1922), Économie et sociétés, Paris, Plon, 1995.
2
« Toutes polémiques politiques, syndicales, confessionnelles sont formellement interdites dans les
ORFDX[GHO¶DVVRFLDWLRQRXDXFRXUVGHVUpXQLRQVTX¶HOOHRUJDQLVH » (Source 6WDWXWVGHO¶$1'&3
Article 5).
3
Selon les mots de Nicole Notat, Secrétaire Générale de la CFDT de 1992 à 2002. Source :
« 9LVDJHV HW VHQV GH O¶HQJDJHPHQW V\QGLFDO », M. Wieworka (dir.), Raison et conviction :
O¶HQJDJHPHQW, Paris, Textuel, 1998. Cité par B. Duriez et F. Sawicki (2003), op. cit.
4
A. Bevort et D. Labbé, La CFDT : organisation et audience depuis 1945, Paris, La
Documentation Française, 1992.
5
F. Piotet, « Conclusion », F. Piotet (dir.), M. Bensoussan, A. Henni, Y. Siblot, A. C. Wagner, La
CGT : une configuration miliWDQWHGDQVVDGLYHUVLWp/¶DGKpVLRQV\QGLFDOH : dynamique de groupe,
contrainte et individualisme ? Laboratoire Georges Friedmann, Rapport de recherche IRES, mai
2007, 606 p.
6
M. Olson (1965), /DORJLTXHGHO¶DFWLRQFROOHFWLYH, Paris, PUF, 1978.

280
marginaliste, consiste à laisser quelques-XQVV¶LQYHVWLUGHIDoRQjMRXLUVDQVHIIRUW
GH OHXU DFWLRQ HQ IDYHXU GH OD FROOHFWLYLWp 3RXUTXRL VH V\QGLTXHU VL O¶DGKpVLRQ
Q¶HVW SDV GpWHUPLQDQWH SRXU O¶DFFqV DX[ SUHVWDWLRQV VRFLDOHV QL PrPH pour
bénéficier des fruits de la négociation collective entre instances régulatrices des
marchés du travail " 0rPH O¶DGKpVLRQ j XQH RUJDQLVDWLRQ V\QGLFDOH Q¶HVW SDV
toujours nécessaire pour se présenter sous son étiquette aux élections
professionnelles ! 3RXUTXRLIDLUHSDUWLHG¶XQJURXSHPHQWSURIHVVLRQQHOVLFHOXL-ci
Q¶D SDV OH SRXYRLU GH UpJOHPHQWHU O¶DFFqV j OD SURIHVVLRQ HW VL O¶DFFqV DX[
LQIRUPDWLRQVHWDX[VDYRLUVSURGXLWVGDQVOHFDGUHDVVRFLDWLIQ¶HVWSDVVXERUGRQQp
jODTXDOLWpG¶DGKpUHQW"3RXUTXRLV¶LQYHVWLUjWLWUHLQGLYLGXHOSRXUO¶RSWLPLVDWLRQ
GHODYDOHXUGHVRQGLSO{PHVLG¶DXWUHVV¶HQRFFXSHQWHWTX¶in fine, leur diplôme
QH YDXW SDV SOXV GX VLPSOH IDLW TX¶LOV DXUDLHQW SHUVRQQHOOHPHQW FRQWULEXp j HQ
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

améliorer la cotation ?
Par ailleurs, lHGpYHORSSHPHQWGHO¶DGKpVLRQRFFXSHXQHSDUWLPSRUWDQWH
GH O¶DFWLYLWp GHV JURXSHPHQWV GH GLSO{PpV HW V\QGLFDX[ SRXU GHV UDLVRQV TXL
tiennent, ici, au renouvellement générationnel du contingent militant, là, à la
FRQVWLWXWLRQ G¶XQ HVSULW GH FRUSV GHYDQW Sermettre de peser efficacement sur la
« relation formation-emploi »1. De ce fait, leurs dirigeants et permanents sont
particulièrement confrontés au problème du gain supplémentaire et privatif à
O¶DGKpVLRQ

7RXV OHV UHVSRQVDEOHV GHV DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHns élèves enquêtées


V¶DFFRUGHQW j FRQVLGpUHU OD QpFHVVLWp G¶DVVRFLHU XQ JDLQ SHUVRQQHO j O¶DGKpVLRQ
LQGLYLGXHOOH /DXUHQW 0RXOLQ SHUPDQHQW VDODULp GH O¶DVVRFLDWLRQ GHV GLSO{PpV
G¶$GYDQFLDHVWFHOXLTXLO¶H[SULPHOHPLHX[ :

« Les anciens élèves adhèrent si nous leur offrons des services à valeur
DMRXWpH2QDGKqUHVLO¶RQ\WURXYHTXHOTXHFKRVHTXHO¶RQQ¶DSDVVDQV
DGKpUHU >«@ -¶DL DUSHQWp OH WHUUDLQ M¶DL YX XQ SDTXHW G¶DQFLHQV TXL
GLVDLHQWTX¶LOVQ¶DGKpUDLHQWSDVSDUFHTXHoDQ¶DYDLWSDVG¶LQWpUrW>«@
/¶LGpHF¶HVWGHWURXYHULFLGHVRSSRUWXQLWpVG¶HPSORLGHVSRVVLELOLWpVGH
faire des affaires ou de rencontrer des gens intéressants. Moi, mon but,
F¶HVWGHUHQGUHO¶DGKpVLRQDWWUDFWLYHHWSRXUoDLOIDXWGXVHUYLFHUpVHUYp
jO¶DGKpUHQW&RWLVHUoDSHUPHWGpMjG¶DYRLUWRXWHVOHVLQYLWDWLRQVF¶HVW
ODFRWLVDWLRQTXLVLJQDOHTXHO¶RQDGKqUHHWTX¶jFHWLWUHRQDGURLWjXQ

1
L. Tanguy (dir.), /¶LQWURXYDEOH UHODWLRQ IRUPDWLRQ-emploi, un état des recherches en France,
Paris, La Documentation Française, 1986.

281
FHUWDLQ QRPEUH GH FKRVHV FRPPH OH IDLW G¶rWUH LQYLWp j WHOOH RX WHOOH
réunion professionnelle où interviennent des anciens illustres ou des
ILJXUHV GX PRQGH GH O¶HQWUHSULVH (W LO IDXW HQFRUH TXH FHV UpXQLRQV
DSSRUWHQWTXHOTXHFKRVHjO¶DGKpUHQW>«@&HTX¶LOIDXWF¶HVWOXLGRQQHU
OH VHQWLPHQW TX¶LO HQ D SRXU VRQ DUJHQW OH Return on investment G¶XQH
cotisation, le rapport services reQGXV  FRWLVDWLRQ SD\pH F¶HVW OH SOXV
important. » /DXUHQW0RXOLQDVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVG¶$GYDQFLD

2QDWUDLWpDX&KDSLWUH,,OHVGLIILFXOWpVSURSUHVDX[DVVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqYHV
lesquelles, à la différence des associations professionnelles, ne représentent pas les
VHXOV DGKpUHQWV HIIHFWLIV PDLV UHSUpVHQWHQW O¶HQVHPEOH GHV GLSO{PpV 3RXU FHWWH
raison, le problème de la « valeur ajoutée » GHO¶DGKpVLRQ\HVWGHVSOXVpSLQHX[
/HV GHX[ DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV pOqYHV LQJpQLHXUV pWXGLpHV O¶$,67 HW
O¶$VVRFLDWLRQGHV,QJpQLHXUVGHO¶eFROH1DWLRQDOH6XSpULHXUHGHO¶eOHFWURQLTXHHW
de ses Applications (AI ENSEA), ne le résolvent pas seulement en destinant les
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

services de leurs « pôles emplois / carrières » aux seuls adhérents. Fin 2000, le
Conseil National des Ingénieurs et Scientifiques de France (CNISF) a en effet
souscrit, auprès de la Garantie Mutuelle des Fonctionnaires (GMF), une police
G¶DVVXUDQFHFRXYUDQWOHVUHVSRQVDELOLWpVFLYLOHVHWSpQDOHVGHVLQJpQLHXUVjMRXUGH
cotisation au sein de leur DVVRFLDWLRQG¶DQFLHQV HWVRXVUpVHUYHTXHFHOOH-ci cotise
au CNISF) dans leurs activités professionnelles et associatives :

« /¶DVVRFLDWLRQ SRXU TX¶HOOH VRLW UHSUpVHQWDWLYH HW IRUWH LO OXL IDXW GHV
DGKpUHQWV $ORUV TXL GLW ³DGKpUHQW´ GLW ³SD\HU XQH FRWLVDWLRQ´ ,O IDXW
TXHOHVJHQVDLHQWHQYLHGHYHQLUTX¶LOV\WURXYHQWXQLQWpUrWSHUVRQQHO
VDQV TXRL LOV QH SDLHURQW SDV 2Q HVVDLH GH OHXU YHQGUH O¶DVVRFLDWLRQ
FRPPHjGHVFOLHQWVDORUVTXHF¶HVWSRXUHX[TXHQRXVODIDLVRQVYLYUH !
Donc, il faut du service, une association comme la nôtre ne peut
SURSRVHUTXHGXVHUYLFH2QDOHS{OHHPSORLFDUULqUHV>«@RQDDXVVL
XQHDVVLVWDQFHMXULGLTXHSDUOHELDLVGHQRWUHDGKpVLRQDX&1,6)F¶HVW
très important pour nos ingénieurs. » (Simon Richet, 46 ans, ingénieur
(16($3UpVLGHQWGHO¶$,(16($

/¶DGKpVLRQGHO¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVpOqYHVDX&RQVHLO1DWLRQDOGHV,QJpQLHXUV
et Scientifiques de France (CNISF) implique le bénéfice, réservé aux cotisants de
O¶DVVRFLDWLRQ G¶XQH SURWHFWLRQ MXULGLTXH SHUVRQQDOLVée et gratuite : les primes
G¶DVVXUDQFH VRQW SULVHV HQ FKDUJH SDU O¶DVVRFLDWLRQ DGKpUHQWH GX &1,6) &H
FRQWUDW G¶DVVXUDQFH VRXVFULW SDU OH WUXFKHPHQW GX &1,6) HVW HVVHQWLHO SRXU OHV
LQJpQLHXUV PHPEUHV G¶XQH DVVRFLDWLRQ DX[ PR\HQV ILQDQFLHUV OLPLWpV a fortiori
GHSXLV TXH OD UHVSRQVDELOLWp SpQDOH GHV SHUVRQQHV PRUDOHV HVW VXVFHSWLEOH G¶rWUH
engagée :

282
« 2QHVWGHSOXVHQSOXVH[SRVpVPrPHSpQDOHPHQWSDUFHTX¶RQSUHQG
des décisions qui peuvent avoir des conséquences dramatiques. Par
exemple, vous dites à un RXYULHU³WDQWSLVWXVTXL]]FHVZLWFK-là (sic), tu
O¶XWLOLVHVVDQVODVpFXULWpRQQ¶DSDVOHWHPSV´HWLODXQDFFLGHQW2QHVW
UHVSRQVDEOH DX SpQDO RQ D SULV OD GpFLVLRQ 'DQV FH FDV O¶DVVRFLDWLRQ
vient proposer conseil et protection juridiques, via une assurance. Mais
oDoDDXQFR€W8QHDVVRFLDWLRQG¶LQJpQLHXUVFRPPHODQ{WUHQ¶HQDSDV
OHV PR\HQV F¶HVW GRQF OH IDLW G¶DGKpUHU DX &1,6) TXL OH SHUPHW /H
CNISF a la structure, le budget et le nombre de cotisants pour avoir un
FRQWUDW G¶DVVXUDQFHV LQWéressant pour tout le monde. » (Sylvain Portal,
A2IST)

Des trois organisations syndicales investiguées (CGC, CFDT, CGT), la


CGC est celle qui pousse le plus loin la logique de la « valeur ajoutée ». Mireille
Stein (SNCAPA-&*&  SUHQG DFWH G¶XQ UDSSRUW Fonsumériste au syndicalisme,
prêté aux jeunes cadres :
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

« Depuis quelques années, on observe un rajeunissement de nos


adhérents. Le jeune est un consommateur, il consomme des prestations
V\QGLFDOHV V¶LO HQ D EHVRLQ ,O IDXW TXH OH V\QGLFDW OXL DSSRUWH XQ JDin
LQGLYLGXHO SRXU TX¶LO DGKqUH OHV MHXQHV GLVHQW ³TX¶HVW-ce que me
rapporte ma cotisation "´ » (Mireille Stein, 55 ans, cadre diplômée,
Présidente du SNCAPA-CGC)

/H &RQJUqV &RQIpGpUDO &*& G¶,VV\-les-Moulineaux de novembre 2003 a décidé


O¶LQWHQVLILFDWLRQ j WRXV OHV pFKHORQV GH O¶RUJDQLVDWLRQ GH OD SROLWLTXH GH
développement de la syndicalisation. Cette orientation implique de multiplier le
service aux adhérents et de considérer chaque non-syndiqué comme un « client
potentiel »1. Un contrat « protection juridique ± vie professionnelle » appuyant
FKDTXHDGKpUHQWGHOD&*&GDQVO¶H[HUFLFHSURIHVVLRQQHOVXUOHPRGqOHGHFHOXL
proposé par le CNISF aux ingénieurs diplômés cotisants de leur association
G¶DQFLHQV D PrPH pWp FRQFOX HQWUH OD &*& HW OD 0XWXHOOH G¶Assurance des
Commerçants et Industriels de France (MACIF). Tous les syndiqués bénéficient
DXVVL G¶XQH DVVXUDQFH V\QGLFDOH pJDOHPHQW VRXVFULWH DXSUqV GH OD 0$&,)
comprise dans le montant de la cotisation et couvrant les risques encourus par les
syndiqués au titre de leurs activités syndicales. Au SNCAPA-CGC, 10 % des
dépenses ont été, en 2005, affectées au poste « protection juridique »2. Notons

1
Source : Jean-/XF &D]HWWHV 5DSSRUWG¶2ULHQWDWLRQ &RQJUqV&RQIpGpUDOG¶,VV\-les-Moulineaux,
novembre 2003. Document accessible sut le site Internet de la CGC.
2
Source  5DSSRUW )LQDQFLHU GH O¶$VVHPEOpH *pQpUDOH 61&$3$ GX  PDUV  'RFXPHQW
obtenu auprès de la Présidente du syndicat, Mireille Stein.

283
enfin que, lors du Congrès CFDT-cadres de Nantes des 2, 3 et 4 juin 2005, cette
question de la responsabilité cLYLOH HW SpQDOH GX FDGUH GDQV O¶H[HUFLFH
SURIHVVLRQQHO IXW DERUGpH SDU OD GpOpJDWLRQ GH O¶8QLRQ 5pJLRQDOH ,QWHU-
SURIHVVLRQQHOOH 85, &)'7GHV3D\VGHOD/RLUHeYRTXDQWO¶HIIRQGUHPHQWDORUV
WRXWUpFHQWG¶XQHSDVVHUHOOHG¶DFFqVjXQQDYLUHHQFRQVWUXFWLRn sur les Chantiers
GHO¶$WODQWLTXHHIIRQGUHPHQWTXL ILW TXLQ]HPRUWV HW XQHWUHQWDLQHGHEOHVVpVOH
représentant de la délégation en question, devant « ce vide juridique »1, réclama en
WULEXQHOHEpQpILFHSRXUWRXWFDGUHDXTXHOODUHVSRQVDELOLWpG¶XQDccident pouvait
rWUH DWWULEXpH G¶XQ DSSXL SHUVRQQDOLVp GH OD &)'7-FDGUHV &H GpEDW Q¶D SDV pWp
tranché.

Le problème de la « valeur ajoutée » (Laurent Moulin) procurée par le


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

fait de payer une cotisation embrasse la difficile question du syndicalisme de


services et, plus largement, du syndicalisme dit « G¶DGKpUHQWV ». Le « syndicalisme
G¶DGKpUHQWV ª HVW XQ V\QGLFDOLVPH GDQV OHTXHO WRXW VDODULp HVW GLJQH G¶DGKpUHU j
O¶RUJDQLVDWLRQ V\QGLFDOH GH VRQ FKRL[ « sans examen de passage » HW VDQV TX¶LO
soit exigé GH OXL TX¶LO PLOLWH GH TXHOTXH IDoRQ TXH FH VRLW /¶RULHQWDWLRQ GH OD
CFDT, confirmée lors du Congrès Confédéral de Grenoble (2006), est aussi celle
G¶XQV\QGLFDOLVPHGDQVOHTXHOO¶DGKpUHQWGRLWHQWRXWHVFLUFRQVWDQFHV 2, primer sur
OH VDODULp TXL Q¶DGKqre pas, mais aussi accéder à divers services individualisés
dont, là encore, les non-syndiqués ne sauraient théoriquement profiter : à la CFDT,
O¶DGKpUHQW HVW « prioritaire »3 (Francis Faubert, CFDT-cadres), et les ressources
financières du syndicat sont à son service exclusif. Denis Cassin, comme son

1
'LVFXVVLRQGX5DSSRUWG¶$FWLYLWpHWGXSURMHWGH5pVROXWLRQ*pQpUDOH([WUDLWGHO¶LQWHUYHQWLRQ
de la délégation URI CFDT des Pays de la Loire, Congrès CFDT-cadres de Nantes, le vendredi 3
juin 2005.
2
5DSSHORQV VHXOHPHQW LFL TX¶j O¶LVVXH GX &RQJUqV &RQIpGpUDO GH *UHQREOH   O¶RULHQWDWLRQ
majoritaire affirmait que, « refuVHUGHSULYLOpJLHUO¶DGKpUHQWF¶>pWDLW@UHPHWWUHHQFDXVHOHVHIIRUWV
de syndicalisation effectués ces vingt dernières années » (J. Bontems, Secrétaire Confédéral).
Source : Compte-rendu du Congrès Confédéral de Grenoble, disponible sur le site de la CFDT.
3
La Charte des Délégués Syndicaux (DS) du syndicat francilien des assurances (ACTIF) est sans
pTXLYRTXH VXU FH SRLQW $LQVL OH '6 PDQGDWp SDU O¶$&7,) HVW WHQX G¶RUJDQLVHU « une rencontre
DQQXHOOHGHO¶HQVHPEOHGHVDGKpUHQWVGHO¶HQWUHSULVH », « des tournées régulières dans chaque site,
afin de rencontrer les adhérents prioritairement, et les salariés ». Le Règlement Intérieur du
V\QGLFDWSUpFLVHpJDOHPHQWTXHO¶LQIRUPDWLRQV\QGLFDOHHVWSULRULWDLUHPHQWGHVWLQpHDX[DGKpUHQWV
(Sources : Charte des DS et 5qJOHPHQW ,QWpULHXU GH O¶$&7,) VLWH ,QWHUQHW GX V\QGLFDW HVSDFH
réservé aux adhérents. Mot de passe obtenu auprès de Michèle Soher, Secrétaire Générale du
syndicat ACTIF-CFDT).

284
SUpGpFHVVHXUDX6HFUpWDULDWGHO¶8&&-CFDT, Pierre Vanlerenberghe, joua un rôle
éminent dans la « UpKDELOLWDWLRQ GH O¶LQGLYLGX »1 au sein du syndicalisme CFDT.
Tous deux avaient en effet jugé cette « réhabilitation » indispensable, eu égard à la
tendance à la désyndicalisation aperçue dès la fin des années 1970, tendance que
3LHUUH 9DQOHUHQEHUJKH OLVDLW FRPPH O¶HIIHW GH OD « PRQWpH GH O¶LQGLYLGXDOLVPH
dans la société française »2. Individualisme par ailleurs légitime, mais qui
supposait des pratiques adaptées, parmi lesquelles la contrepartie individuelle à la
cotisation syndicale :

« 8Q MRXU TXDQG M¶pWDLV j O¶8&& (GPRQG 0DLUH GpEDUTXH GDQV PRQ
bureau et me dit  ³MH GRLV LQWHUYHQLU j 6FLHQFHV 3{ TX¶HVW-ce que ça
DSSRUWHG¶rWUHFDGUH&)'7 "´/jM¶LPSURYLVHOHV³SOXV´TXLG¶DLOOHXUV
sont restés dans les communications de la CFDT-cadres, même leur site
,QWHUQHWV¶DSSHOOH³FDGUHV-SOXV«´ %UHIMHOXLGLV³oDDSSRUWHXQSOXV
personnel, du service individuel, la SRVVLELOLWpG¶pFKDQJHUDYHFOHVDXWUHV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

cadres, recevoir des revues spécialisées etc., un plus par rapport à


O¶HQWUHSULVHTXHO¶RQFRQQDvWPLHX[HQpWDQWV\QGLTXp DFFqVjO¶LQIR« 
et à laquelle on apporte aussi, un plus pour la société : on connaît les
pUREOqPHV OHV HQMHX[ HW HQ SDUWLFLSDQW j OD UpIOH[LRQ HW j O¶DFWLRQ RQ
peut agir. » (Denis Cassin)

Pour les cadres de la CFDT, deux types de services sont à distinguer : les services
SURSRVpVSDUOD&)'7F¶HVW-à-dire ceux auxquels les cadres ont accès sur le lieu
de travail au même titre que les adhérents non-cadres, qui se résument à régler les
rapports conflictuels du cadre à sa hiérarchie directe3 HW j GLIIXVHU O¶LQIRUPDWLRQ
VXU O¶pYROXWLRQ GH O¶HQWUHSULVH ; les services offerts par la CFDT-cadres4, dont
O¶DFFqV DX[ UHYXHV VSpFLDOLVpHV GDQV OHVTXHOOHV OD SOXSDUW GHV FKHUFKHXUV HQ
sciences sociales sollicités produisent des connaissances sinon sociologiques,
sociales, « éclairées » HWGLUHFWHPHQWRSpUDWRLUHVSRXUO¶DFWLRQV\QGLFDOH5 :

« Pour un adhérent FDGUHF¶HVWELHQG¶DYRLUHQWrWHTX¶LO\DGHVVHUYLFHV


particuliers qui lui sont réservés, notamment le site Internet, assez fourni,

1
G. Groux (1986), op. cit. Tome 1, Le temps des compromis.
2
Pierre Vanlerenberghe, cité par G. Groux (1986), op. cit. Tome 1, Le temps des compromis.
3
Voir supra Chapitre III ± 2.1.
4
Services accessibles sous réserve que la section, le syndicat et la fédération dont relève le cadre
FRQVLGpUpO¶DLHQWSUpDODEOHPHQWGpFODUpDXprès de la CFDT-cadres.
5
Voir aussi : M. Correia, « Usages syndicaux de la recherche en sciences sociales : une recherche
de légitimation », M. Rocca (dir.), Acteurs syndicaux et sciences sociales du travail. Objet,
PpWKRGHVHWHQMHX[G¶XQHFRRSpUDWLRQ, Octares, 2001.

285
DVVH]ULFKH« DYHFXQHVSDFHDGKpUHQW VSpFLILTXH« F¶HVW DXVVLUHFHYRLU
OHV EXOOHWLQV GH O¶2EVHUYDWRLUH GHV &DGUHV OHV UHYues Cadres et Cadres
plus« GRQF G¶DYRLU XQ SRLQW GH YXH pFODLUp VXU XQ FHUWDLQ QRPEUH GH
SUREOqPHV«HWpJDOHPHQWGHEpQpILFLHUG¶XQVHUYLFHDFFXHLOLFL>«@/H
IDLWG¶rWUHDGKpUHQW³ODPEGD´jOD&)'7LOVYRQWGpMjEpQpILFLHUGHOD
FDLVVHQDWLRQDOHG¶DFWLRQV\QGLFDOHF¶HVW-à-GLUHG¶XQHDLGHMXULGLTXHGHV
DLGHV ILQDQFLqUHV GDQV OH FDGUH G¶XQ FHUWDLQ QRPEUH G¶LQVWDQFHV
MXGLFLDLUHV HWF 0DLV OH ³SOXV´ FDGUH F¶HVW oD F¶HVW HQFRUH GX VHUYLFH
individuel supplémentaire. » (Francis Faubert, Secrétaire Général de la
CFDT-cadres)

3RXU OHV HQTXrWpV TXL PLOLWHQW VXU OHXU OLHX GH WUDYDLO WHQLU O¶DGKpUHQW
pour « client » du groupement (Simon Richet, Jean-/XF&D]HWWHV HVWORLQG¶DOOHU
GHVRLHWFHTXHOOHTXHVRLWO¶RUJDQLVDWLRQV\QGLFDOHFRQVLGpUpH/H© syndicalisme
G¶DGKpUHQWV ªHWO¶XQGHVHVFRUROODLUHVOHV\QGLFDOLVPHGH« services individuels »
j O¶DGKpUHQW 'HQLV &DVVLQ  KHXUWHQW OD WUDGLWLRQ IUDQoDLVH GX V\QGLFDOLVPH © de
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militants ». Tradition dont se réclament la grande majorité des militants enquêtés,


tout particulièrement ceux qui sont maintenant au crépuscule de leur carrière
SURIHVVLRQQHOOHHWTXLV¶pWDLHQWV\QGLTXpVGDQVXQHWRXWDXWUHFRQMRQFWXUHVRFLDOH
et politique, une « situation historique » dans laquelle le « rapport de force »1
Q¶pWDLWSDVFHTX¶LOHVWDXMRXUG¶KXL :

« Nous, on est un petit noyau de militants, on est dans les instances de


UHSUpVHQWDWLRQGXSHUVRQQHOHWRQIDLWHQFRUHQRWUHERXORWGRQFRQQ¶D
pas le temps de nous occuper du développement de la syndicalisation. Et
puis, moi, je VXLVFKDUJpHGHFOLHQWqOHPDLVFHQ¶HVWSDVSRXUoDTXHMH
suis une bonne vendeuse ! En même temps, il faudrait peut-être aussi que
les gens viennent naturellement, sur des bases syndicales, plutôt que
G¶DOOHUOHVFKHUFKHUHQOHXUYHQGDQWGHVFDFDKXqWHV » (Marion Genêt, 50
ans, cadre, promotion interne, responsable de la section syndicale CFDT
de la MACSF2)

« Présenter le développement syndical comme un objectif marketing avec


QRWDPPHQW O¶LGpH GX PLOOLRQ G¶DGKpUHQWV PRL MH YHX[ ELHQ PDLV OH
million pour quoi faire ? Alors, le rapport de force, bien sûr, mais le
SUpVHQWHUFRPPHXQHILQHQVRLoDIDLWFRXUVHDXFKLIIUH«RQQ¶HVWSDV
des commerciaux, on est des syndicalistes  QRWUH ERXORW F¶HVW GH
GpIHQGUHFHQ¶HVWSDVG¶HQU{OHUSRXUIDLUHGXQRPEUH » (Reda Chakib,
43 ans, Chef de Cabine, section syndicale UGICT PNC Air France)

1
6HORQ OHV WHUPHV TX¶HPSORLH 6LPPHO j SURSRV GHV FDUDFWpULVWLTXHV GH OD © classe moyenne ».
Voir supra O¶,QWURGXFWLRQ*pQpUDOH
2
0XWXHOOHG¶$VVXUDQFHVGX&RUSVGH6DQWp)UDQoDLV

286
/H IDLW GH WUDYDLOOHU GDQV OD PrPH HQWUHSULVH DXWUHPHQW GLW O¶DSSDUWHQDQFH j OD
communauté des « collègues », transcende la différence entre syndiqués et non-
syndiqués1. Dans l¶HQWUHSULVH O¶DSSXL LQGLYLGXDOLVp G¶XQ VDODULp j SUREOqPH HVW
DXVVLPRLQV XQHFRQVpTXHQFHTX¶XQHFRQGLWLRQ QpFHVVDLUHPDLV LQVXIILVDQWH GH
son implication syndicale2. Dès lors, les militants de sections syndicales ou de
V\QGLFDWV G¶HQWUHSULVHVRQW IDFH à un dilemme, qui est peu ou prou le même que
FHOXL DXTXHO VH KHXUWHQW OHV EpQpYROHV HW OHV VDODULpV GHV DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV
élèves  VXERUGRQQHU OH VHUYLFH j O¶DGKpVLRQ HIIHFWLYH UHYLHQW j WDULU OD VqYH GH
O¶DGKpVLRQ DIIHFWLYH HW  RX RSpUDQW VXU XQ UHJLVWUH PRUDO WUqV ORLQ G¶rWUH
négligeable HQUHYDQFKHVLODVHFWLRQ RXOHV\QGLFDW Q¶RSqUHSDVGHGLVWLQFWLRQ
entre les syndiqués et les non-V\QGLTXpVHOOHULVTXHG¶rWUHSHUoXHSDUOHVVDODULpV
comme un organisme de prestation de services auquel il Q¶HVW SDV QpFHVVDLUH
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G¶DGKpUHU 'DQV FHV FRQGLWLRQV VL OD TXHVWLRQ GH OD « valeur ajoutée » (Laurent
0RXOLQ  SURFXUpH SDU OH IDLW GH V¶DFTXLWWHU GH OD FRWLVDWLRQ DX V\QGLFDW UHVWH
SUpVHQWHHOOHV¶H[SULPHG¶XQHIDoRQWRXWjIDLWVLQJXOLqUH,OQHV¶DJLWpas, en effet,
G¶RIIULU GHV VHUYLFHV LQGLYLGXHOV HQ pFKDQJH GH OD FRWLVDWLRQ PDLV SOXW{W GH
convaincre les non-V\QGLTXpVTXHO¶DSSXLLQGLIIpUHQFLpGHVVDODULpVHQSURLHjXQ
SUREOqPHSURIHVVLRQQHOQ¶HVWSRVVLEOHTXHVLOHVRUJDQLVDWLRQVV\QGLFDOHVGLVSRVHnt
GHPR\HQVILQDQFLHUVVXIILVDQWV/DQXDQFHHVWLQILPHPDLVO¶LPSRUWDQWSRXUOHV
HQTXrWpV TXL PLOLWHQW GDQV OHXU HQWUHSULVH UHVWH GH UHVLWXHU O¶DFWH GH GpIHQVH
individualisée dans un cadre collectif, plus conforme à leurs représentations du
syndicalisme :

« On ne fait pas du syndicalisme de services, on fait du syndicalisme de


SULVHHQFKDUJHGHV SUREOqPHV 'RQFGDQV O¶LQGLYLGXHORQUHWURXYHGX
FROOHFWLIHWGDQVOHFROOHFWLIGHO¶LQGLYLGXHO>«@8QW\SHGRQWRQDUpVROX
le problème, on ne va pas lui IRUFHUODPDLQV¶LOQHYHXWSDVDGKpUHURQ
QHSHXWSDVO¶\REOLJHUPDLVSDUFRQWUHRQYDOXLGLUH³WXYRLVELHQTXH
oDVHUWjTXHOTXHFKRVHGHFRWLVHUVDQVOHVFRWLVDWLRQVRQQ¶DXUDLWSDV
SXW¶DLGHU´FHQ¶HVWSDVIRUFHUODPDLQF¶HVWGLUHTXHOTXHFhose de vrai.
2QQHOXLGLWSDVG¶DGKpUHUHQFRQWUHSDUWLHGHO¶DLGHTXHO¶RQYLHQWGHOXL
donner, on lui explique à quoi sert la cotisation à la lumière de
O¶H[SpULHQFH TXH O¶RQ YLHQW GH YLYUH DYHF OXL » (Marcel Chaîli, 53 ans,
technicien, permanent syndical, Secrétaire du syndicat UGICT BNP
Paribas Île-de-France)

1
Voir supra Chapitre III ± 2.1.
2
Voir supra Chapitre IV ± 2.1.

287
« 0RLMHQHWURXYHSDVTXHFHVRLWJrQDQWGHSURSRVHUO¶DGKpVLRQjFHOXL
TXHMHYLHQVG¶DLGHU,OIDXWELHQTX¶LOFRPSUHQQHTXHVLO¶RQDSXOHIDLUH
F¶HVWSDUFHTXHGHVJHQVDGKqUHQWFKH]QRXV HWYRWHQWSRXUQRXV«GRQF
oDQHPHSDUDvWSDVDEHUUDQWTXHGHOHXUSURSRVHUO¶DGKpVLRQ$GKpUHU
FKH] QRXV HW YRWHU SRXU QRXV F¶HVW XQH IDoRQ GH QRXV GRQQHU OD
possibilité ensuite de régler les problèmes professionnels. Il faut bien
TX¶LOVOHFRPSUHQQHQW >«@-HQHWURXYHSDVGpSODFpGHOHGLUHFHTXHMH
WURXYHGpSODFpF¶HVWGHGHPDQGHUGHO¶DLGHHWTX¶XQHIRLVTXHWXW¶HVIDLW
DLGpWXW¶HQYDVVDQVGHPDQGHUWRQUHVWH » (Cécile Janot, 34 ans, hôtesse
GHO¶DLUVHFWLRQV\QGLFDOH8*,&731&$LU)UDQFH

2.2) Logique de proximité, logique de convivialité

Pour Pierre Vanlerenberghe et Denis Cassin, restaurer la place de


O¶LQGLYLGXGDQVO¶DFWLRQFROOHFWLYHQ¶pWDLWSDVVHXOHPHQWV\QRQ\PHGHFRQWUHSDUWLH
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individuelle à la cotisation. Le « réhabilitation de O¶LQGLYLGX ª V¶DFFRPSDJQDLW


DXVVL G¶XQ © éloge du petit groupe aux buts limités »1 WUDGXFWLRQ FRQFUqWH G¶XQH
GpFHQWUDOLVDWLRQMXJpHQpFHVVDLUHGHO¶DFWLRQV\QGLFDOH'DQV XQFRQWH[WHPDUTXp
par « OD PRQWpH GH O¶LQGLYLGXDOLVPH » OHV GLULJHDQWV G¶RUJDQLVDtion syndicale ne
pouvaient plus se contenter de raisonner en termes de « réponse unique pour
tous »2. Surtout, les cadres, plus que les autres salariés, avaient (et ont toujours)
EHVRLQ GH OLHX[ G¶pFKDQJH HW GH FRQIURQWDWLRQ PDLV HQFRUH GH OLHX[ GH
convivialité, au sein desquels ils pouvaient « souffler » :

« 2QDXQFDGUHGHKDXWQLYHDXTXLHVWFKDUJpGHVUHVWUXFWXUDWLRQVG¶XQH
JUDQGHERvWHPDLVSHUVRQQHQHVDLWTX¶LOHVWFKH]QRXVjSDUWOHVpTXLSHV
GX V\QGLFDW« LO D EHVRLQ GH FH OLHX SRXU GLVFXWHU Fonfronter des idées
etc. Il cherche un lieu pour pouvoir dire ne serait-ce que les difficultés de
VRQPpWLHUSDUFHTXHRQOXLGHPDQGHGHIDLUHGHVFKRVHVTX¶LOIDLWPDLV
LOYLWGHODPrPHIDoRQTXHWRXWOHPRQGHODSUHVVLRQGHO¶DFWLRQQDLUH »
(Francis Faubert, Secrétaire Général de la CFDT-cadres)

« /¶DVSHFWFRQYLYLDOLWpHVWLPSRUWDQWG¶DLOOHXUVoDQHIDLWSDVORQJWHPSV
TXHO¶RQV¶HQHVWUHQGXFRPSWHSDUFHTXHQRXVVRPPHVVXUWRXWD[pVVXU
ODSURIHVVLRQHWVHVWHFKQLTXHV«PDLQWHQDQWQRV$VVHPEOpHV*pnérales,
les déjeuners, on essaie de faire ça dans des endroits chouettes, on
organise des cocktails, il faut leur payer un bon repas, que ça vaille le
FRXS >«@ oD IDLW GX ELHQ GH VRXIIOHU FHV JHQV-là sont passionnés de
credit management, mais ils en ont parfois marre des contraintes du

1
G. Groux (1986), op. cit. Tome 1, Le temps des compromis.
2
Pierre Vanlerenberghe, cité par G. Groux (1986), op. cit. Tome 1, Le temps des compromis.

288
ERXORWTXRWLGLHQHWO¶DVVRFLDWLRQoDOHXUSHUPHWGHVRXIIOHU>«@6XUOH
VLWHGHO¶DVVRFLDWLRQRQDpFULWTXHOHVVHVVLRQVG¶pFKDQJHGHSUDWLTXHV
VRQWDXVVLOjSRXUGpEDWWUHGHIDoRQLQIRUPHOOHHWGpWHQGXHTXHF¶HVWXQH
ERXIIpH G¶R[\JqQH GDQV QRV YLHV VRXV SUHVVLRQ ! » (Jean-Luc Daniel,
6HFUpWDLUH*pQpUDOGHO¶$)'&&

Les réunions thématiques organisées par les associations professionnelles et les


DVVRFLDWLRQV G¶DQFLHQV pOqYHV VRQW WRXMRXUV VXLYLHV G¶XQ « cocktail » RX G¶un
« apéritif ». Au cours de ce moment de convivialité, qui succède à la rigueur du
symposium, les participants peuvent encore « étoffer [leur] réseau » (Julien
0DLVRQ $)'&&  G¶DXWDQW SOXV TXH OHV LQWHUYHQDQWV TXL SDUIRLV VRQW « de
renom » (député, hommHG¶DIIDLUHVpFRQRPLVWH« VHPrOHQWDORUVVDQVPDODX[
PHPEUHV GHO¶DXGLWRLUH1. Par ailleurs, les relations amicales nouées au titre de la
SDUWLFLSDWLRQ DX[ WUDYDX[ G¶XQ JURXSH ad hoc peuvent très bien survivre à ce
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dernier :

« Il y a un aspect très convivial dans la vie associative qui peut donner


O¶LPSUHVVLRQ TXH WRXW HVW LQIRUPHO PrPH VL oD QH O¶HVW SDV 0DLV
O¶DVVRFLDWLRQ F¶HVW G¶DERUG oD XQH KLVWRLUH G¶KRPPHV GH FKDOHXU
G¶DPLWLp » (Sébastien Gard, 34 ans, cadre diplômé, Président de
O¶$)'&&

« DDQV FHV PRPHQWV GH FRQYLYLDOLWp OHV JHQV VH OLHQW HW F¶HVW DXVVL
FRPPHoDTXHODG\QDPLTXHV¶HQFOHQFKH'DQVXQJURXSHGHWUDYDLORX
une réunion quelconque, vous pouvez très bien rencontrer des gens qui
pourront vous aider dans votre pratique professionnelle ou votre
carrière, mais aussi des gens qui deviendront vos amis, tout simplement.
,O IDXW TXH OHV JHQV V¶HQWHQGHQW HW VH WURXYHQW V\PSDWKLTXHV &¶HVW
VRXYHQW OH FDV SDUFH TXH O¶DVVRFLDWLI HVW FRQVHQVXHO HW FRRSpUDWLI FH
Q¶HVWSDVODFRPSpWLWLRQWRXW le monde est sur le même plan. » (Jean-Luc
Daniel, AFDCC)

6RXOLJQHUO¶DVSHFWFRQYLYLDOGXEpQpYRODWDVVRFLDWLIQ¶DULHQGHWULYLDO)DLUHSDUWLH
de petits groupes où « tout le monde se connaît » (Hélène Olivier, 27 ans, cadre
diplômée, ANDCP) est un élémeQWHVVHQWLHOGHO¶LPSOLFDWLRQGXUDEOHTXLIDLWpFKR
à la dimension « affectuelle »2 GH O¶DGKpVLRQ HIIHFWLYH &HUWDLQHV UpXQLRQV GH
O¶$1'&3VRQWGHVPRPHQWVGHVRFLDELOLWpSXUHFRPPHFHOOHLQWLWXOpH « /¶DSpUR

1
Du moins dans les manifestations qui ont été observées (voir supra la description des terrains
G¶HQTXrWH 
2
M. Weber (1922), op. cit.

289
GH O¶$1'&3 -XQLRU »1 /¶DVVRFLDWLRQ GHV © professionnels » du marketing,
O¶$'(7(0 RUJDQLVH GHSXLV SHX OH PrPH W\SH GH PDQLIHVWDWLRQ SUpFLVpPHQW
SRXU SDOOLHU OHV FULWLTXHV GH FHUWDLQV GH VHV PHPEUHV TXL MXJHDLHQW O¶DVVRFLDWLRQ
trop « sérieuse » :

« 2Q QRXV D ORQJWHPSV UHSURFKp G¶rWUH WURS VpULHX[ HW F¶HVW YUDL TXH
nous avons beaucoup de contenu, on organise des séminaires de
GRFXPHQWDWLRQ XQH TXDUDQWDLQH GH UpXQLRQV SDU DQ« LO \ D EHDXFRXS
G¶DFWLYLWpV ³VpULHXVHV´ HW RQ D ODLVVp XQ SHX GH F{Wp OH F{Wp FRQYLYLDO
>«@3RXUUHPpGLHUjFHWWHFDUHQFHRQYLHQWGHODQFHUOHV³Happy hours
GHO¶$'(7(0´RQVHUHWURXYHGDQVXQFDIpGDQVXQHVSDFHUpVHUYpLO
Q¶\DSDVYUDLPHQWGHWKqPHHQILQXQSHXTXDQGPrPHSDUFHTX¶LOIDXW
XQH UDLVRQ SRXU YHQLU DX PRLQV MXVTX¶j FH TXH OD PD\RQQDLVH SUHQQH
/¶LGpH HVW GH YHQLU HQWUH  HW  KHXUHV SRXU UHQFRQWUHU G¶DXWUHV
DGKpUHQWV OD SUHPLqUHERLVVRQHVW RIIHUWHDYHF GHV WDSDV&HQ¶HVW SDV
formel du tout. Ça prend très bien, les gens restent tard. À ma grande
surprise ! » 'DQLqOH6RXWLQ'pOpJXpH*pQpUDOHGHO¶$DETEM)
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

/H FDUDFWqUH OXGLTXH GH O¶DFWLYLWp DVVRFLDWLYH HW OHV UHODWLRQV G¶DPLWLp
HQWUHWHQXHVGDQVOHJLURQGHO¶DVVRFLDWLRQVRQWWUqVORLQG¶rWUHVHFRQGDLUHVGDQVOHV
SURFHVVXVG¶LPSOLFDWLRQEpQpYROHRXPrPHGHVLPSOHDGKpVLRQa fortiori VLO¶RQ
tient la première adhésion pour élément facilitant les adhésions ultérieures.
/¶DEVHQFHGH« plaisir » à agir est parfois spontanément évoquée pour justifier une
IDLEOHSURSHQVLRQjO¶LQYHVWLVVHPHQWV\QGLFDO&¶HVWFHPrPH« plaisir » qui peut,
seul, présider à l¶DGKpVLRQ j GHV W\SHV G¶DVVRFLDWLRQ DX[ REMHFWLIV OHV SOXV
LPSUREDEOHV HW LQVROLWHV 7KRPDV 0RWWHW $, (16($  HQ IRXUQLW O¶LOOXVWUDWLRQ
SDUIDLWHPrPHV¶LOFRQYLHQWGHSUpFLVHUTX¶DXFXQV\QGLFDWQ¶HVWLPSODQWpGDQVVRQ
entreprise :

« -HFURLVTXHO¶RQHQWUHGDQVXQHDVVRFLDWLRQSDUFHTXHO¶RQDHQYLHGH
F{WR\HUGHVJHQVV\PSDVHQGHKRUVGXERXORWF¶HVWFRPPHXQMHXV¶LO\D
XQHPDXYDLVHDPELDQFHVLOHVJHQVQ¶RQWSDVGHSODLVLUjVHUHWURXYHUj
PRQWHU GHV SURMHWV HQVHPEOH LOV V¶HQ YRQW >«@ &¶HVW SURJUessivement
TXHM¶DLUpDOLVpTXHO¶RQSRXYDLWVHUpDOLVHUDXWUHPHQWTXHSDUOHWUDYDLO
VDODULp HQILQ GDQV OH WUDYDLO« GLVRQV ³QRUPDO´ /¶DVVRFLDWLRQ F¶HVW
MXVWHXQHIDoRQGHV¶H[SULPHU-HVXLVGDQVGHX[DXWUHVDVVRFLDWLRQV : une
association de défense de OD SHWLWH FHLQWXUH F¶HVW-à-dire de la voie de
chemin de fer qui faisait la petite couronne, le tour de Paris, on en voit
GHVYHVWLJHV3RUWHGH9HUVDLOOHVHWDYHQXH'DXPHVQLO-¶DYDLVGpFRXYHUW

1
/¶XQ GH FHV « apéros » a été observé, le 31 mars 2006. Les bribes de conversation entendues
ODLVVDLHQW HQWUHYRLU OH IDLW TXH OHV SDUWLFLSDQWV Q¶pWDLHQW SDV WRXV GHV DGKpUHQWV HIIHFWLIV GH
O¶$1'&3

290
ça dans Zurban1, sur certains parcours, il y avait encore des voies et ils
DYDLHQWDIIUpWpXQYLHX[WUDLQ,OVIDLVDLHQWXQSHWLWYR\DJHF¶pWDLWULJROR
-¶DLWURXYpO¶DVVRFLDWLRQV\PSDOHSURMHWLQWpUHVVDQW : plutôt que de faire
XQWUDPZD\LOV¶DJLVVDLWGHUpKDELOLWHU OHVYRLHVH[LVWDQWHV-¶DLDGKpUp
SRXU TX¶LOV puissent continuer à faire leurs petits voyages, qui étaient
V\PSDVPDLVMHVXLVLQDFWLI/¶DXWUHDVVRFLDWLRQF¶pWDLWXQHDVVRFLDWLRQ
TXLJqUHXQHHVSqFHGHJDOHULHGpGLpHjO¶DUWJUDSKLTXH-¶DYDLVpWpjXQH
H[SR HW LOV GLVDLHQW TX¶LOV pWDLHQW PHQDFpV par des chinois qui avaient
racheté le quartier pour faire des marchés de gros. Ils avaient besoin de
fonds, ils étaient sympas, donc pareil, je ne fais que payer une cotisation.
>«@ -H QH PH UHFRQQDLV SDV GDQV OH V\QGLFDOLVPH LO Q¶\ D SDV FH F{Wp
plaisiU«HWSXLVF¶HVWWURSFRQQRWpSROLWLTXH,O\DXQHLGpHGHUDSSRUW
GH IRUFH GH FRQIOLW TXH O¶RQ QH UHWURXYH SDV GDQV OH PLOLHX DVVRFLDWLI
F¶HVWFRQWUDLJQDQWGHVHEDWWUHFRQWUHTXHOTXHFKRVHPrPHVLPDLQWHQDQW
LOVVRQWUpIRUPLVWHVoDUHVWHGHO¶RSSRVLWLRQRQQ¶HVWSDVVXUGHVFKRVHV
positives comme dans une association. » (Thomas Mottet, 38 ans,
LQJpQLHXU(16($6HFUpWDLUHGHO¶$,(16($
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

/HV V\QGLFDWV HW VHFWLRQV V\QGLFDOHV G¶HQWUHSULVH XWLOLVHQW FHWWH SUDWLTXH


de fonctionnement en petits groupes de travail pour développer et pérenniser les
DGKpVLRQV,OV¶DJLWGHIDLUHGXV\QGLFDOLVPH« avec et par » les salariés, plutôt que
pour mais sans eux (Fernand Guérin, UGICT BNP Paribas Île-de-France). Les
militants en place associent la légitimité de la politique syndicale aux marges
G¶H[SUHVVLRQ ODLVVpHV DX[ « sensibilités et créativités » de leurs « collègues »
(Marcel Chaîli, UGICT BNP Paribas Île-de-France, Maurice Biret, Secrétaire de la
section UGICT PNC Air France). Dans les organisations syndicales investiguées,
OD IRUPDWLRQ GH SHWLWV JURXSHV GH WUDYDLO HW O¶RUJDQLVDWLRQ SRQFWXHOOH GH UpXQLRQV
G¶LQIRUPDWLRQ VRQW VRXYHQW OHV VHXOV PR\HQV PLV HQ °XYUH SRXU LQWpUHVVHU OHV
adhérents à la définition de cette politique :

« Il nous faut organiser plus de réunions de syndiqués, par secteur, que


QRXVpFRXWLRQVFHTX¶LOVRQWjGLUH7RXVOHVJURXSHVGHWUDYDLOTXHQRXV
mettons en place, ce sont toujours les mêmes qui y sont ! Il faut y
DVVRFLHU OHV V\QGLTXpV TX¶LOV WURXYHQW OHXU SODFH« LO IDXW rWUH HQ OLHQ
SHUPDQHQW DYHF HX[OHXU GLIIXVHUOHWUDYDLOTXH O¶RQIDLW OHXUSURSRVHU
des comptes-rendus, demander leur avis. » (Fernand Guérin, 57 ans,
cadre, promotion interne, Congrès Syndical UGICT BNP Paribas Île-de-
France de juin 2006)

/RUV G¶XQHUpXQLRQ GHOa section syndicale UGICT PNC Air France observée, la
GL]DLQH GH PLOLWDQWV SUpVHQWV HQYLVDJqUHQW OD FUpDWLRQ G¶XQ « atelier » par régime

1
Revue culturelle hebdomadaire, propriété du Groupe Hachette (qui en a arrêté la publication en
2006). Zurban recensait notamment les « bons plans » de la vie urbaine.

291
G¶HPSORL FRXUWPR\HQHWORQJFRXUULHU HWG¶XQDXWUHVXUODTXHVWLRQGHVVDODLUHV 1.
/¶REMHFWLIDYRXpGHFHV« ateliers » était de faire participer les adhérents PNC du
syndicat UGICT Air France à la vie de leur section syndicale pendant leurs jours
de repos, de « les impliquer dans une formule démocratique » (Louis, militant de
la section UGICT PNC). Un participant à la réunion douta cependant que ces
derniers consentissent à se déplacer en dehors du temps de travail. Mais, pour lui,

« O¶HVVHQWLHOF¶HVWG¶LQYLWHUOHVDGKpUHQWVOHXUPRQWUHUTXHO¶RQV¶RFFXSH
G¶HX[TXHQRXVOHXUGHPDQGRQVOHXUDYLV DSUqVV¶LOVQHYLHQnent pas,
F¶HVWOHXUSUREOqPH » (Édouard, militant de la section syndicale UGICT
PNC)

Créer des moments de sociabilité permettant aux adhérents / cotisants de


maintenir un rapport tangible avec le syndicat : telle est la condition de la
SpUHQQLWpG¶XQHadhésion, mais aussi du basculement dans le militantisme de ceux
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des syndiqués que le « feeling » (Marcel Chaîli, UGICT BNP Paribas Île-de-
)UDQFH  Q¶DXUDLW SDV VXIIL j UHSpUHU FRPPH PLOLWDQWV SRWHQWLHOV $X-delà des
ateliers et autres groupes de travail, c¶HVWpJDOHPHQWXQHGHVIRQFWLRQVGHVUpXQLRQV
GHV\QGLTXpV&¶HVWGLUHTXHO¶RUJDQLVDWLRQSOXVRXPRLQVUpJXOLqUHGHPRPHQWV
GH FRQYLYLDOLWp HVW XQ PRGH UHFUXWHPHQW j SDUW HQWLqUH VDQV G¶DLOOHXUV TXH FH
UHFUXWHPHQWFRQVWLWXHWRXMRXUVO¶REMHFWLISRXUVXLYi :

« Pour le CPE [Contrat Première Embauche], on a fait des rendez-vous


avec départ collectif pour aller aux manifs. À la fin, on a fait un pot chez
OHV LQIRUPDWLFLHQV SRXU IrWHU OH WUXF HW GHX[ G¶HQWUH HX[ RQW DGKpUp j
O¶LVVXHGHFHWWHMRXUQpH » (Marcel Chaîli, syndicat UGICT BNP Paribas
Île-de-France)

0DQFXU 2OVRQ WLHQW OH IUDFWLRQQHPHQW GH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH HQ GH
PXOWLSOHV JURXSHV SRXU UHPqGH j O¶pFXHLO GX FRPSRUWHPHQW GH free rider2, les
UHODWLRQVLQWHUSHUVRQQHOOHVTXLV¶\QRXHQWIDLVDQWVHORQO¶DXWHXURIILFHG¶LQFLWDWLRQ
morale à ne pas faire « défection »30DLVF¶pWDLWHQFRUHXQPR\HQGHQHSDVGLOXHU
la contribution de chacun dans un ensemble trop vaste4. Ces deux aspects se
vérifient pour les enquêtés : les relations amicales nouées au sein du groupement

1
Réunion observée le 21 novembre 2005.
2
M. Olson (1978), op. cit.
3
A. O. Hirschman (1970), Défection et prise de parole, Trad. G. Beysserias, Fayard, Coll.
« /¶HVSDFHGXSROLWLTXH », 1995.
4
M. Olson (1978), op. cit.

292
GpWHUPLQHQWHQJUDQGHSDUWLHO¶LPSOLFDWLRQ DFWLYHFHWWHLPSOLFDWLRQHVWG¶DXWDQW
PRLQV pSKpPqUH TXH O¶HQMHX GH O¶DFWLRQ HVW FRQFUHW SRXU OH FDGUH FRQVLGpUp
« /¶LQGLYLGX VH GpYRXH SRXU XQ JURXSH UHVWUHLQW RX WUqV ODUJH UDUHPHQW SRXU XQ
groupe intermédiaire » écrit Georg Simmel1. Les cadres enquêtés se rangent
incontestablement dans la première catégorie.

2.3) /¶XVDJHV\QGLFDOGX© UpSHUWRLUHG¶DFWLRQ » associatif : projet de


dîner-débat au SECIF et rôle de la CFDT-cadres

La CFDT-cadres, alors nommée Union Confédérale des Cadres (UCC-


CFDT), naît en 1967, des décombres de la Fédération Française des Syndicats
G¶,QJpQLHXUV HW &DGUHV &)7& ))6,&  XQH VWUXFWXUH IpGpUDOH UHJURXSDQW OHV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

ingénieurs et cadres au-GHOjGHOHXUVEUDQFKHVG¶DFWLYLWp6LGHX[DQVV¶pFRXOqUHQW


HQWUHO¶DGRSWLRQGXSURMHWGHFUpDWLRQGHO¶8&& &RQJUqV&RQIpGpUDOGH HW
sa création effective en 1967, si, de fait, la FFSIC ne fut dissoute que neuf ans plus
WDUG HQ  F¶HVW TXH VXEVLVWDLW © un problème de structures », qui renvoyait à
« la place des cadres dans la CFDT »2/HFKRL[RSpUpO¶LQWpJUDWLRQLQGLVFULPLQpH
des cadres aux structures fédérales et régionales de la Confédération, était
congruent avec une orientation idéologique parfois qualifiée de « mythologie
millénariste »3 ¬ O¶pSRTXH MXJHQW G¶DLOOHXUV FHUWDLQV FDGUHV GH O¶DFWXHOOH &)'7
« SDUOHUGHVFDGUHVpWDLW³V\QGLFDOHPHQWLQFRUUHFW´ »4. Or, si le « credo »5 de ce
V\QGLFDW Q¶D GH QRV MRXUV SOXV ULHQ GH « gauchiste »6, le choix structurel en

1
G. Simmel (1908), « /¶pODUJLVVHPHQWGXJURXSHHWOHGpYHORSSHPHQWGHO¶LQGLYLGXDOLWp », op. cit.
2
G. Groux, « Le syndicalisme-cadres dans la période récente : 1963-1983 », M. Descostes et J. L.
Robert (1984), op. cit.
3
Source : « /¶8&&GDQVOD &)'76HVWkFKHVVRQDYHQLU », note UCC pour le Bureau National
Confédéral de février 1972. Citée par T. Cornu, « Retour sur 40 ans de syndicalisme-cadres à la
CFDT », Revue Cadres CFDT n° 423, février 2007.
4
([WUDLW GH O¶LQWHUYHQWLRQ GX UHSUpVHQWDQW GH OD GpOpJDWLRQ GH OD )pGpUDWLRQ &)'7 )LQDQFHV HW
Affaires Économiques au Congrès de la CFDT-cadres de Nantes, le jeudi 2 juin 2005.
5
M. Rodinson, De Pythagore à Lénine. Des activismes idéologiques. Paris, Fayard, 1993. Cité par
F. Piotet, F. Piotet (dir.), M. Bensoussan, A. Henni, Y. Siblot, A. C. Wagner, La CGT : une
FRQILJXUDWLRQPLOLWDQWHGDQVVDGLYHUVLWp/¶DGKpVLRQV\QGLFDOH : dynamique de groupe, contrainte
et individualisme ? Laboratoire Georges Friedmann, Rapport de recherche IRES, mai 2007, 606 p.
6
Source : « /¶8&&GDQVOD &)'76HVWkFKHVVRQDYHQLU », note UCC pour le Bureau National
Confédéral de février 1972. Citée par T. Cornu, op. cit.

293
mDWLqUHG¶RUJDQLVDWLRQGHV FDGUHVTXL \ DGKqUHQW HVW UHVWp0DOJUpO¶H[LVWHQFHGH
Groupements Fédéraux Cadres (GFC) et de Commissions Régionales Cadres
&5& GRQWODFUpDWLRQIXWGpFLGpHORUVGX&RQJUqV&RQIpGpUDO&)'7G¶$QQHF\
(1976) ± et dont on verra au SURFKDLQFKDSLWUHOHVIDLEOHVPDUJHVGHPDQ°XYUH±,
les cadres sont considérés comme des « salariés à part entière »1. À la CFDT, rien
QHMXVWLILHTX¶RQOHVGLVWLQJXHGHVDXWUHVVDODULpV
/¶8&&-CFDT est une structure à part, « méta-structure » (Luc Mirard,
Secrétaire National de la CFDT-cadres) toujours conçue comme une instance de
UpIOH[LRQSOXW{WTXHG¶DFWLRQ2. Les cadres cédétistes y puisent encore les éléments
GHYDQWOHXUSHUPHWWUHGHUHPSOLUOHU{OHG¶DYDQW-garde « éclairée » du salariat que
leur asVLJQH)UDQFLV)DXEHUWOH6HFUpWDLUH*pQpUDOGHOHXURUJDQLVDWLRQ&¶HVWELHQ
cette position distanciée de la CFDT-cadres qui conduit ses responsables à user de
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

pratiques propres aux associations professionnelles, en particulier les pratiques


consistant à VH FRQVWLWXHU HQ IR\HU G¶H[SHUWLVH j « produire » et à diffuser des
« connaissances » (Akhram Kata, CFDT-FDGUHV  6L O¶$)'&& IDLW DXWRULWp HQ
matière de gestion du risque-client (credit management O¶$1'&3HQPDWLqUHGH
gestion des ressources humaines (GRH)3, la CFDT-cadres fait, pour sa part,
autorité sur les questions relatives au travail des cadres :

« /¶DFWLRQGHVFDGUHV&)'7SDVVHSDUOHXUVVWUXFWXUHVV\QGLFDOHVGDQV
O¶HQWUHSULVHRXODEUDQFKH¬OD&)'7-cadres, on a un rapport individuel
à chacun des cadres. Avec le fichier adhérent, on leur envoie
O¶LQIRUPDWLRQRQOHXURIIUHGHVVHUYLFHV\FRPSULVGHVVHUYLFHVHQOLJQH
On ressemble un peu à une association professionnelle du type de
O¶$1'&3 F¶HVW YUDL« RQ D XQ U{OH XQ SHX DVVRFLDWLI SDU H[HPSOe on
organise des colloques, des conférences, on publie des études, comme
SRXU O¶HQTXrWH 7(4 'HV FKHUFKHXUV \ SDUWLFLSHQW RQ SURGXLW GHV
FRQQDLVVDQFHVVXUHWSRXUOHVFDGUHV0DLVRQQ¶HVWSDVXQHDVVRFLDWLRQ
SURIHVVLRQQHOOHDXVHQVRO¶$1'&3QHFRQFHUne que les RH. Nous, on
concerne tous les cadres, tous les métiers de cadres, on est inter-
professionnel. Et puis, on est quand même beaucoup plus sur un registre
UHYHQGLFDWLI« ª (Akhram Kata, Secrétaire Générale adjointe de la
CFDT-cadres)

« On a bien deX[ FKDPSV G¶DFWLYLWp  H[SHUWLVH HW SURGXFWLRQ G¶D[HV


UHYHQGLFDWLIVG¶XQHSDUWHWG¶DXWUHSDUWGpYHORSSHPHQWHWVWUXFWXUDWLRQ

1
Source 5DSSRUWG¶$FWLYLWp&RQJUqV&)'7-cadres, Amiens, 2001.
2
G. Groux, « Le syndicalisme-cadres dans la période récente : 1963-1983 », M. Descostes et J. L.
Robert (1984), op. cit.
3
Voir supra Chapitre I ± 1.

294
En parallèle (et pour renforcer justement tout ce qui est expertise), on a
O¶2EVHUYDWRLUHGHV &DGUHV TXHO¶RQDFUppLO\ DXQHGL]DLQHG¶DQQpHV
F¶HVWXQSRQWHQWUHOHPRQGHGHODUHFKHUFKHOHPRQGHGHO¶HQWUHSULVHHW
QRXV«HWSXLVRQDQLPHDXVVLGHQRPEUHX[JURXSHVGHWUDYDLODYHFGHV
JHQV GH O¶H[WpULHXU GHV PLOLWDQWV GHV DGKpUHQWV HWF VXU GHV WKqPHV
YDULpV« MXVTX¶DX &RQJUqs, il y en avait dix-sept qui fonctionnaient, en
IRQFWLRQGXWHPSVGHWUDYDLOGHO¶DSUqV&RQJUqVRQYHUUDFHX[TXHO¶RQ
JDUGHHWFHX[TXHO¶RQUHODQFH«SDUH[HPSOHM¶DLDQLPpXQJURXSHVXU
OD UHVSRQVDELOLWp GHV FDGUHV HW DXVVL XQ JURXSH ³FDGUHV GH OD IRnction
SXEOLTXH´ TXL D SURGXLW WURLV FROORTXHV HQ TXDWUH DQV HW SOXVLHXUV
DUWLFOHVGHUHYXH« PDLV FKDTXHJURXSHGHWUDYDLOILQDOLVHOHVFKRVHVHW
participe à la rédaction des thématiques des numéros de la revue Cadres.
Cette revue Cadres CFDT est un de noVIHUVGHODQFHRQO¶DUHWUDYDLOOpH
LO\DTXDWUHDQV«HOOHHVWHQYR\pHjWRXVOHVFDGUHVGHOD&)'7F¶HVWOLp
jO¶DGKpVLRQª(Francis Faubert, Secrétaire Général de la CFDT-cadres)

La contiguïté entre la CFDT-cadres et les associations professionnelles V¶DSHUoRLW


au travers de certains détails : lors de la Réunion ANDCP Junior observée le 24
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

octobre 20061, le numéro 409 (avril 2004) de la Revue Cadres CFDT (« Les
QRXYHDX[YLVDJHVGHO¶HQJDJHPHQW ») était à la disposition de tous les participants ;
la LetWUH G¶LQIRUPDWLRQ GH OD &)'7-cadres (Cadres Plus) de décembre 2004
PHQWLRQQH XQ H[WUDLW G¶DUWLFOH UpGLJp SDU $NKUDP .DWD HW SDUX GDQV OD UHYXH GH
O¶$1'&3ODUHYXHPersonnel3OXVJpQpUDOHPHQWO¶HPSORLGHIRUPHVG¶DFWLRQVH
voulant « familières » aux cadres (Max Belain, Secrétaire Général du SECIF-
&)'7  HW O¶XVDJH GX YRFDEOH © professionnel » sont particulièrement frappants2.
Les Commissions Régionales Cadres, si tant est que les Unions Régionales Inter-
professionnelles (URI) les mettent en place, sont conçues comme autant de lieux
G¶DFFXHLOSRXUOHVFDGUHVTX¶LOVVRLHQWV\QGLTXpVRXQRQ/D5pVROXWLRQ*pQpUDOH
du Congrès CFDT-FDGUHVG¶$PLHQV  DGRSWpHjSOXVGHGHVPDQGDWV
exprimés, insistait sur le rôle de proximité échu à ces Commissions. Pour servir
O¶REMHFWLI GH GpYHORSSHPHQW GH OD V\QGLFDOLVDWLRQ GHV FDGUHV OHV FDGUHV GpMj
syndiqués à la CFDT demandaient ainsi aux syndicats, aux unions régionales et

1
Réunion dont le thème était : « Syndicalisme et RH : un avenir à inventer ? ».
2
/¶85,&)'7IUDQFLOLHQQH HVWWUqVDYDQFpH HQFHGRPDLQHSHXW-être en raison de la proportion
importante de cadres qui exercent en Île-de-France. Le jeudi 2 juin 2005, au Congrès CFDT-cadres
de Nantes, son représentant présenta le Groupe Régional Inter-professionnel Cadres mis en place
DX VHLQ GH O¶8QLRQ HQ GHV WHUPHV VDQV pTXLYRTXHV : « OLHX G¶pFKDQJHV GH UHQFRQWUHV GH
FRQIURQWDWLRQ G¶H[SpULHQFHV GH SUDWLTXHV HW GH SURSRVLWLRQV UpXQLVVDQW OHV DGhérents cadres »
(Source  H[WUDLW GH O¶LQWHUYHQWLRQ HQ WULEXQH GX UHSUpVHQWDQW GH OD GpOpJDWLRQ 85, ÌOH-de-France,
Congrès de Nantes, les 2, 3 et 4 juin 2005).

295
DX[ IpGpUDWLRQV G¶RUJDQLVHU GHV « soirées thématiques » et des « débats »1. Sans
néanmoins pouvoir les y contraindre, ces structures syndicales, régionales et
IpGpUDOHV GLVSRVDQW G¶XQH SOHLQH VRXYHUDLQHWp VWDWXWDLUH /H 6(&,)-CFDT, à
O¶LQVWLJDWLRQGXVHXO'DPLHQ/RXJHUFRPSWHSDUPLVHVSURMHWVODPLVHHQSODFHGH
« dîners-débats », ouverts aux non-adhérents, mais exclusivement réservés aux
FDGUHV HQ O¶RFFXUUHQFH OHV FDGUHV IUDQFLOLHQV GX VHFWHXU &KLPLH-Énergie. La
CFDT-FDGUHV \HVW pWUDQJqUH HW G¶DLOOHXUV'DPLHQQ¶DMDPDLV DVVLVWpj DXFXQGH
VHV&RQJUqV,OUHVWHTXHO¶XVDJHSDUOH6(&,)GXUppertoire associatif est explicite
et même pleinement assumé :

« 6XUOHVFDGUHVRQDXQHDFWLRQSUpFLVHHQYXHF¶HVWLQLWLHUGHVGvQHUV-
débats auxquels syndiqués et non-syndiqués seraient invités, avec des
intervenants extérieurs et sur des thèmes qui concernent les cadres au
premier chef  UHVSRQVDELOLWp WHPSV HW FKDUJH GH WUDYDLO« /D &)'7-
FDGUHVQ¶DULHQjYRLUOj-dedans, mais si nous le faisons, on les invitera,
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

pYLGHPPHQW«>«@6LO¶RQYHXWFROOHUDX[DVSLUDWLRQVGHVFDGUHVLOIDXW
V¶LQVSLUHU« O¶LGpH GH GpSDUW F¶HVW GH UpSRQGUH DX[ SUpRFFXSDWLRQV GHV
cadres sous des formes adaptées à cette population, par des actions qui
OHXUVRQWIDPLOLqUHV>«@/¶REMHFWLIHVWG¶RUJDQLVHUGHVGvQHUV-débats sur
des thèmes qui ne touchent que les cadres, pour ne pas discriminer nos
adhérents par le statut. On ne peut pas organiser ce genre de choses
pour les non-cadres, pour une raison simple  RQ SDLH O¶LQWHUYHQDQW RQ
organise la réunion, mais le cadre paie son repas ± on ne peut pas inviter
des non-adhérents tous frais payés ! Et pour un non-cadre, devoir payer
VRQUHSDVHVWUpGKLELWRLUHjPRQDYLVHQWRXWFDV0DLVFHSURMHWV¶LQVFULW
dans une perspective plus large, qui est de monter un groupe de travail
³FDGUHV´ DX QLYHDX GX V\QGLFDW 2Q HVW HQ WUDLQ GH ODQFHU oa avec
Damien, le dîner-GpEDWF¶HVWVRQLGpH » (Max Belain, Secrétaire Général
du SECIF-CFDT)

Au-GHOj GH PRGHV G¶RUJDQLVDWLRQ GX WUDYDLO PLOLWDQW RX EpQpYROH SRXU
SDUWLH FRPSDUDEOHV O¶HPSUXQW UpFLSURTXH RSqUH HQILQ DX SODQ UHYHQGLFDWLI 'HV
projets ponctuels, comme le Manifeste pour la responsabilité sociale des cadres,
peuvent réunir des organisations aussi différentes que le CJD, une association
G¶DQFLHQV pOqYHV G¶pFROH GH FRPPHUFH Audencia 1DQWHV  O¶eFROH GH 3DULV GX
Management, la CFDT-cadreVHWO¶8*,&7-CGT. Mais surtout, des revendications
professionnelles et éthiques peuvent être appropriées par les cadres de la CGC ou
de la CFDT et inversement. La « sécurité des parcours professionnels » HVWO¶XQH
des deux « revendications-phares » arrêtées au Congrès CFDT-cadres de juin

1
Source : Résolution Générale, Congrès CFDT-FDGUHVG¶$PLHQV

296
2005. Cette revendication est partagée par toutes les organisations syndicales. Elle
FRQVWLWXHpJDOHPHQWO¶XQHGHV« GL[SURSRVLWLRQVFRQFUqWHVSRXUO¶DPpOLRUDWLRQGX
marché du travail » GpJDJpHV j O¶LVVXH GH O¶8QLYHUVLWp DQQXHOOH GH O¶$1'&3
(Toulouse, novembre 2005)1.
Par ailleurs, dans le cadre des revendications touchant à la question de la
« FLWR\HQQHWp GDQV O¶HQWUHSULVH », parmi lesquelles le « GURLW G¶H[SUHVVLRQ » et
G¶« opposition »2, la CFDT-cadres et la CGC soutiHQQHQW OD UHYHQGLFDWLRQ G¶XQH
« clause de conscience » SRXUOHVFDGUHVSRUWpHSDUOD')&*HWO¶$1'&33. À la
CFDT-FDGUHVWRXWHIRLVOHVRXWLHQjFHVDVVRFLDWLRQVSURIHVVLRQQHOOHVQ¶REWLQWSDV
O¶DVVHQWLPHQWXQDQLPHGHVFRQJUHVVLVWHVUpXQLVj1DQWHVOHV3 et 4 juin 2005. Le
vendredi 3 juin, les représentants de la Fédération CFDT des Mines et Métallurgie
)*00 DLQVLTXHFHX[GHO¶85,&)'7GH)UDQFKH-Comté, proposèrent en effet
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

G¶DPHQGHU OD 5pVROXWLRQ *pQpUDOH GH OD VXSSUHVVLRQ GX SDUDJUDSKH PHQWLRQQDQW
ladite « clause »/HUHQIRUWjOD')&*HWjO¶$1'&3QRWRQV-OHQHIXWSDVO¶REMHW
du débat, lequel portait en fait sur « les fondements GHQRWUHFRQFHSWLRQGHO¶DFWLRQ
collective »4 6HORQ OH GpIHQVHXU GH O¶DPHQGHPHQW JDUDQWLU XQH SRVVLELOLWp GH
démissionner « avec un chèque à la clé »VDQVTX¶LOI€WGHVXUFURvWQpFHVVDLUHGH
GpQRQFHUOHVSUDWLTXHVIUDXGXOHXVHVGHO¶HQWUHSULVHF¶pWDLWIDLUHSUHXYHG¶XQHELHQ
triste conception de la responsabilité (« Quel courage ! Quelle belle preuve de
solidarité ! »  /H PLOLWDQW DSSHOp HQ WULEXQH j FRQWUHU O¶DPHQGHPHQW SURSRVp
militant qui, par ailleurs, était issu de la Fédération CFDT Chimie-Énergie (FCE-
CFDT), évoqua alors un « malentendu » : la « clause de conscience », expliqua-t-
LO GRLW V¶HQWHQGUH FRPPH O¶Dppoint individuel au « GURLW G¶DOHUWH », idéalement
défini au plan des négociations collectives de branche5 ; la clause en question est
seulement le « dernier recours », devant autoriser la prévention du dilemme
éthique suivant lequel « le premier qui dira la vérité sera exécuté » (Francis

1
Source : « post-programme » GH O¶$1'&3 &RPSWH-UHQGX GH O¶8QLYHUVLWp REWHQX VXU OH VLWH
,QWHUQHWGHO¶DVVRFLDWLRQ
2
Voir supra Chapitre III ± 1.3.
3
Voir supra Chapitre I ± 1.3.
4
Source GpIHQVHXUGHO¶DPHQGHPHQW&RQJUqV&)'7-cadres de Nantes, le vendredi 3 juin 2005.
5
Voir supra Chapitre III ± 1.3.

297
)DXEHUW UDSSRUWHXU GH O¶DPHQGHPHQW OH YHQGUHGL  MXLQ   /¶DPHQGHPHQW
SURSRVpSDUOD)*00HWO¶85,)UDQFKH-Comté fut repoussé par 86 % des votants.

Conclusion :

/HVFDGUHVV\QGLTXpVSHXYHQWrWUHPHPEUHVG¶XQHDVVRFLDWLRQG¶DQFLHQV
pOqYHV HW V¶\ LQYHVWLU GH PrPH TXH OHV FDGUHV DFWLIV DX VHLQ G¶XQH DVVRFLDWLRQ
professionnelle. Les réseaux relationnels se recoupent, se « croisent »1. Et encore,
FHV WURLV W\SHV G¶LPSOLFDWLRQ DUWLFXOpV DX PRQGH GX WUDYDLO Q¶pSXLVHQt pas la
SURSHQVLRQGHVFDGUHVjO¶HQJDJHPHQWDVVRFLDWLI DVVRFLDWLRQVFXOWXUHOOHVVSRUWLYHV
RX FLWR\HQQHV«  &HWWH DGKpVLRQ SOXULHOOH HVW HQFRXUDJpH SDU OH IDLW TXH OHV
groupements, y compris les groupements syndicaux, rejettent toute division qui
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

V¶RSqUHUDLW VXU OH UHJLVWUH SROLWLTXH SDUWLVDQ PDLV DXVVL TX¶LOV V¶HPSUXQWHQW
mutuellement des discours, des pratiques et des manières de fonctionner.
/¶DFWLRQ FROOHFWLYH GHV FDGUHV Q¶HVW SDV VHXOHPHQW SOXULHOOH SDUFH TXH
O¶RIIUH GH UHSUpVHQWDWLRQ O¶HVW (OOH O¶HVW DXVVL SDUFH TXH OHV FDGUHV IUDJPHQWHQW
OHXUV SUREOqPHV HW TX¶j FKDFXQ GHV SUREOqPHV VXIILW VD VROXWLRQ FROOHFWLYH 2Q
FRQYLHQGUD LFL TX¶LO HVW YDLQ GH FKHUFKHU OHTXHO GH FHV DVSHFWV SUpYDXW HW TX¶LOV
RSqUHQWVXUXQUHJLVWUHGLDOHFWLTXH/¶HQJDJHPHnt est un acte individuel qui se fait
presque « à la carte ª VDQV TX¶LO \ DLW WRXMRXUV GH GRFWULQHV j V¶DSSURSULHU
G¶LGpRORJLHV DX[TXHOOHV VRXVFULUH RX G¶© examens de passage » concernant les
V\VWqPHVGHYDOHXUVLQGLYLGXHOV RXHQFRUHG¶H[LJHQFHH[SOLFLWHG¶LQYHVWLVVHPHQW
militant / bénévole. Partout, on admet que la cotisation doit offrir une contrepartie,
XQVHUYLFHLQGLYLGXDOLVp/¶REMHWHWOHIUXLWGHO¶DFWLRQFROOHFWLYHGRLYHQWHQILQrWUH
WDQJLEOHVSRXUTXLV¶HQJDJH
Ces éléments sont approfondis aX FKDSLWUH VXLYDQW VRXV O¶DQJOH
exclusivement syndical et à partir des cas les plus énigmatiques a priori : le succès
GH O¶DSSURFKH FDWpJRULHOOH RX FRUSRUDWLYH GX V\QGLFDOLVPH-cadres CGT sur les
lieux de travail ; les difficultés à grouper les salariés sans considération pour leurs
VWDWXWVG¶HPSORLTXHUHQFRQWUHQWOD&)'7

1
G. Simmel (1908), « Le croisement des cercles sociaux », op. cit.

298
CHAPITRE VI : DISTINGUER LES CADRES OU LES
ASSIMILER ? LE PROBLÈME DU
SYNDICALISME CONFÉDÉRÉ INTER-CATÉGORIEL

/¶DVVRFLDWLRQ GHV FDGUHV DX V\QGLFDOLVPH VDODULp UHOqYH Ge modalités


G¶RUJDQLVDWLRQ TX¶DXFXQ V\QGLFDW FRQIpGpUp LQWHU-FDWpJRULHO Q¶D GpWHUPLQp GH
manière pleinement satisfaisante, ce qui suffit sans doute à montrer que le rapport
GHVFDGUHVjO¶DFWLRQFROOHFWLYHGHV© travailleurs de toutes conditions »1 Q¶HVWSas
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

un problème nouveau. Les controverses à propos de leur place au sein des


organisations ouvrières ont toujours mêlé structures syndicales et orientations
idéologiques. Les cadres sont-LOVGLJQHVGHUHSUpVHQWDWLRQHWV¶LOVOHVRQWGHTXHOOH
manière convient-il de les organiser pour bénéficier de leur « concours »2 sans
rogner sur le « credo »3 du syndicat ? Après la déconfessionnalisation, les cadres
de la toute jeune CFDT devaient-ils être intégrés, sans distinction, aux structures
professionnelles et locales, ou devaient-LOVGLVSRVHUG¶XQHRUJDQLVDWLRQVSpFLILTXH
GpSDVVDQW OHV EUDQFKHV G¶DFWLYLWp HW OHV UpJLRQV ? Dans le contexte idéologique
auto-JHVWLRQQDLUH &RQJUqV&RQIpGpUDOGH HWG¶RSSRVLWLRQjODKLpUDUFKLHGHV
salaires, la première option IXW FKRLVLH HW UHVWH G¶DFWXDOLWp RQ O¶D SUpFpGHPPHQW
indiqué.
/HVGpEDWVD\DQWpPDLOOpO¶KLVWRLUHGHOD&*7WUDGXLVHQWDXVVLXQUDSSRUW
ambigu à la hiérarchie. Aux « sources ªGXV\QGLFDOLVPHF¶HVW-à-dire au tournant
du siècle dernier, les travailleurs non-TXDOLILpV Q¶pWDLHQW SDV MXJpV GLJQHV G¶\
1
M. Descostes et J. L. Robert, « 1914 ± 1935 O¶RUJDQLVDWLRQ », M. Descostes et J. L. Robert (dir.),
Clefs pour une histoire du syndicalisme-cadres, Paris, Les Éditions ouvrières, 1984.
2
6HORQ OH PRW G¶(XJqQH 'HVFDPSV WHQXV DX &RQJUqV FRQVWLWXWLI GH O¶8&&-CFDT (novembre
1967). Source : Cadres et professions, décembre 1967, p. 3. Cité par A. Henni, F. Piotet (dir.), A.
Henni, V. Porteret, Les cadres dans la négociation sur la RTT, Cahiers du Laboratoire Georges
Friedmann (Document ISST), septembre 2004, 190 p.
3
M. Rodinson, De Pythagore à Lénine. Des activismes idéologiques. Paris, Fayard, 1993. Cité par
F. Piotet, F. Piotet (dir.), M. Bensoussan, A. Henni, Y. Siblot, A. C. Wagner, La CGT : une
FRQILJXUDWLRQPLOLWDQWHGDQVVDGLYHUVLWp/¶DGKpVLRQV\QGLFDOH : dynamique de groupe, contrainte
et individualisme ? Laboratoire Georges Friedmann, Rapport de recherche IRES, mai 2007, 606 p.

299
adhérer. Le militant syndical est alors un ouvrier de métier, voire le « meilleur
compagnon »1. Mais, dans un contexte qui était aussi au recours croissant à une
coordination hiérarchique du travail industriel2 O¶LQIOXHQFH GX FRXUDQW DQDUFKR-
syndicaliste conduisit parfois à distinguer entre « fagot et fagot »3, autrement dit
entre les « intellectuels » qui produisent et ceux, aux effectifs cependant encore
UHVWUHLQWVTXLHQFDGUHQWVXUYHLOOHQWO¶H[pFXWLRQGXWravail. Les premiers furent très
tôt admis à se syndiquer à la CGT, au contraire des contremaîtres. Ces derniers
régnèrent bien en « empereurs ª GDQV OHV DWHOLHUV GH IDEULFDWLRQ MXVTX¶HQ 
mais ils étaient issus du rang des « gens de métier » et concouraient amplement à
la production4. La question de la représentation des franges intermédiaires du
travail industriel divisa encore la Confédération au sortir de la Grande Guerre.
Aux Congrès CGT de 1920 (Orléans) et de 1921 (Lille), O¶RULHQWDWLRQPDMRULWDLre
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UpFXVDWRXWHLGpHG¶DVVLPLODWLRQGHVLQJpQLHXUVHWGHVWHFKQLFLHQVOHXULQWpJUDWLRQ
DXV\QGLFDOLVPHRXYULHUYLDO¶DGKpVLRQGLUHFWHDX[« syndicats confédérés de leur
profession »5. Lors du Congrès du mois de mars 1936 (Toulouse), la hiérarchie
interméGLDLUH MXVTX¶DORUV LJQRUpH RX YLOLSHQGpH SRXU VRQ SRWHQWLHO SKDJRF\WDLUH
de facto toujours exclue de la représentation syndicale CGT, fut peu ou prou
VRPPpH VLQRQ GH V¶LQWpJUHU GH V¶DOOLHU DX PRXYHPHQW RXYULHU $OOLDQFH ELHQW{W
MXJpHG¶DXWDQWSOXVLQGLspensable que les compétences techniques ± spécialement
celles des ingénieurs ± sont peu à peu tenues pour essentielles au « travail de

1
H. Vaquin, « Postface » à G. Brucy, Histoire de la Fédération de la Chimie CFDT, de 1938 à nos
jours, Paris, La Découverte et Syros, 1997.
2
P. Lefebvre, /¶LQYHQWLRQGHODJUDQGHHQWUHSULVH7UDYDLOKLpUDUFKLHPDUFKp)UDQFHILQ;9,,, è
± début XXè siècle, Paris, PUF, Coll. « Sociologie », 2003.
3
Source : VIIIè Congrès national corporatif, « Compte-rendu des travaux du Congrès », Tours, G.
Debenay-Lafond, 1896, p. 88. Cité par G. Grunberg et R. Mouriaux, /¶XQLYHUV SROLWLTXH HW
syndical des cadres, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1979.
4
Voir : G. Noiriel, Les ouvriers dans la société française. XIXè ± XXè siècle, Seuil, 1986 ; J.
Fombonne, 3HUVRQQHO HW '5+ /¶DIILUPDWLRQ GH OD IRQFWLRQ 3HUVRQQHO GDQV OHV HQWUHSULVHV
(France, 1830-1990), Paris, Vuibert, 2001 ; P. Lefebvre (2003), op. cit.
5
/HVSDUWLVDQVGH O¶LQWpJUDWLRQFUDLJQDLHQWTXH WRXWDXWUH VROXWLRQ Q¶HQWUDvQkWOD « pénétration de
O¶HVSULW ERXUJHRLV HW KLpUDUFKLTXH GDQV OD &*7 ». Sources : Rapport Moral des Comités pour
O¶H[HUFLFH1919-1920, « Le Conseil Économique du Travail », XVè Congrès de la CGT, Orléans,
1920 ; XVè Congrès de la CGT, Orléans, 1920, « Compte-rendu des travaux », p. 403. Cités par
M. Descostes et J. L. Robert, « 1914 ± 1935  O¶RUJDQLVDWLRQ », M. Descostes et J. L. Robert,
(1984), op. cit.

300
SUpSDUDWLRQjOD JHVWLRQGHV PR\HQV GHSURGXFWLRQHW G¶pFKDQJH »1 par la classe
ouvrière organisée2. Cette stratégie de O¶DOOLDQFHMXVWLILHUDDXVsi, dans les décades
1970-1980, la défense de la hiérarchie des salaires : « donner un caractère anti-
KLpUDUFKLTXH DX[ UHYHQGLFDWLRQV F¶HVW RSSRVHU OHV FDWpJRULHV HQWUH HOOHV »3. Se
UHIXVHU j DGPHWWUH TX¶LO H[LVWkW GHV GLIIpUHQFHV entre les cadres et les non-cadres
revenait à retarder la perspective du « changement systémique »4.

(QGpSLWGHODYRORQWpG¶(GPRQG0DLUH5 G¶XQHGpFHQWUDOLVDWLRQDXSOXV
SUqV GX WUDYDLO HW GHV WUDYDLOOHXUV GH O¶DFWLRQ V\QGLFDOH TXH OD SpULRGH VRLt à
O¶DXWR-gestion ou au « recentrage ª VXU O¶DFWLRQ V\QGLFDOH  O¶RUJDQLVDWLRQ GH OD
CFDT est très centralisée. Le syndicat en constitue la « structure politique de
base »6, et sa forme typique est, en principe, celle du syndicat professionnel
régional, comme le Syndicat Énergie-Chimie Île-de-France CFDT (SECIF)7. Cette
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1
6HORQ OHV WHUPHV GH OD UpVROXWLRQ PLQRULWDLUH  SU{QDQW O¶LQWpJUDWLRQ GHV WHFKQLFLHQV DX
syndicalisme CGT, proposée au Congrès de 1920. Source : XVè Congrès de la CGT, Orléans,
1920, « Compte-rendu des travaux », p. 403. Cités par M. Descostes et J. L. Robert, « 1914 ±
1935 O¶RUJDQLVDWLRQ », M. Descostes et J. L. Robert, (1984), op. cit.
2
Voir : G. Grunberg et R. Mouriaux (1979), op. cit. ; L. Boltanski (1982), Les cadres. La
IRUPDWLRQ G¶XQ JURXSH VRFLDO, Paris, Éd. de Minuit, Coll. « Le sens commun », 1999 ; R.
Mouriaux, « Du Front Populaire à la rupture du tripartisme : le syndicalisme-cadres dans le creuset
GHO¶KLVWRLUH », M. Descostes et J. L. Robert (1984), op. cit. ; G. Groux, Le syndicalisme des cadres
en France, 1963- 8Q HQMHX SURGXFWHXU G¶HQMHX[ 'RFWRUDW G¶eWDW 7RPH  Le temps des
compromis, 1986.
3
H. Krasucki, La Vie Ouvrière, 17 juin 1970. Cité par G. Groux, « Le syndicalisme-cadres dans la
période présente : 1963-1983 », M. Descostes et J. L. Robert (1984), op. cit.
4
J. Kornaï « Du socialisme au capitalisme : la signification du changement de système », B.
Chavance, É. Magnin, R. Motamed-Nejad et J. Sapir (dir.), Capitalisme et socialisme en
perspective. Évolutions et transformations des systèmes économiques, Paris, La Découverte, Coll.
« Recherches », 1999.
5
Secrétaire Général de la CFDT de 1971 à 1988.
6
Le Congrès Confédéral de 1970 (Issy-les-Moulineaux) décide la prééminence de la section
V\QGLFDOH G¶HQWUHSULVH FRQVDFUpH « EDVH GH WRXW O¶pGLILFe syndical ». Lors du Congrès de 1973
(Nantes), la CFDT revient sur cette orientation et réaffirme le rôle premier du syndicat (qui ne sera
plus démenti), le justifiant en ces termes : « O¶DVVHPEOpH JpQpUDOHGHVWUDYDLOOHXUVODLVVpHjHOOH-
même court des rLVTXHV G¶LQWpJUDWLRQ GH FRUSRUDWLVPH ». Sources  5DSSRUW G¶2ULHQWDWLRQ
Congrès de 1970 ; Rapport « Structures et charte financière », Syndicalisme, supplément au
n°1430, 1er février 1973. Cités par A. Bevort et D. Labbé, La CFDT : organisation et audience
depuis 1945, Paris, La Documentation Française, 1992.
7
7KpRULTXHPHQW LOQ¶H[LVWHSOXVGH V\QGLFDWVG¶HQWUHSULVH QLGH V\QGLFDWV QDWLRQDX[j OD&)'7
Théoriquement, car un syndicat CFDT est implanté à Air France, à la RATP ou encore à EDF, et
parce que des syndicats nationaux subsistent, comme le BETOR, affilié à la Fédération des
Services, ou le Syndicat Général des Affaires Culturelles (SGAC).

301
&HWWHFRQFHSWLRQGHO¶DFWLRQV\QGLFDOHTXDOLILpHGH © fédéraliste », dépossède les
V\QGLTXpV G¶XQH SDUWLH GH OD VRXYHUDLQHWp GH OHXUV GpFLVLRQV HQ PDWLqUH GH
SROLWLTXH V\QGLFDOH DX QRP G¶XQH SUémunition des dérives corporatistes réputée
nécessaire, et impose aussi de ne pas distinguer entre les différentes catégories de
VDODULpVVXUOHVOLHX[GHWUDYDLO6HFWLRQVV\QGLFDOHVG¶HQWUHSULVHHWV\QGLFDWVGHOD
CFDT mêlent donc indifféremment cadres et non-cadres. Ces choix structurels et
idéologiques de la CFDT secrètent de nombreuses difficultés et, comme on le
verra ici, les cadres et les non-cadres cohabitent péniblement dans les structures
« de base ª 'HV ]RQHV G¶RUJDQLVDWLRQ VSpFLILTXH DSSDUDLVVent aussi, de manière
VSRUDGLTXHDXVHLQGHVVWUXFWXUHVIpGpUDOHVHWUpJLRQDOHVVHORQO¶pWDWGXFKDPSGH
représentation.
¬ O¶LQYHUVH O¶RULHQWDWLRQ VWUXFWXUHOOH GH OD &*7 HVW FHOOH G¶XQH DFWLRQ
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V\QGLFDOH D\DQW YRFDWLRQ j V¶H[HUFHU DX SOXV SUqV GX OLHX de production.
/¶RUJDQLVDWLRQGHOD&*7HVWWUqVGpFHQWUDOLVpHIDYRULVHELHQSOXVTXHQHOHODLVVH
SUpVDJHUOHVHQVFRPPXQO¶DXWRQRPLHGHVHVVWUXFWXUHV17RXWV¶\SDVVHFRPPHVL
chaque catégorie ou segment salarié se prenait lui-même en charge. Sur les lieux
de travail, les ingénieurs, cadres, techniciens et agents de maîtrise (ICTAM)
SHXYHQW V¶RUJDQLVHU HQ VHFWLRQV V\QGLFDOHV HW HQ V\QGLFDWV 8*,&7 'DQV OHV
HQWUHSULVHV j SURSRUWLRQ VLJQLILFDWLYH GH FDGUHV RX GH WHFKQLFLHQV LO Q¶HVW SDV VL
UDUH TX¶XQ V\ndicat CGT cohabite avec un syndicat UGICT. Dans cette
configuration, le syndicat UGICT peut, ou bien être placé sous le contrôle formel
du syndicat CGT et agir sous son égide (Air France), ou bien en être totalement
LQGpSHQGDQWHWQ¶DYRLUGHFRPSWHVjUHQGUHTX¶DX[VHXOVDGKpUHQWV %133DULEDV 

&HFKDSLWUHDFKqYHODPRGpOLVDWLRQGHODFRQFHSWLRQGHO¶DFWLRQFROOHFWLYH
HWGHVDOpJLWLPLWpTXLKDELWHOHVFDGUHVjSDUWLUGHVpOpPHQWVGXWHUUDLQG¶HQTXrWH
/¶K\SRWKqVH SURSRVpH HVW TX¶LQGpSHQGDPPHQW GHV PRtivations individuelles de
O¶LPSOLFDWLRQFROOHFWLYH &KDSLWUH,9 ODIRUPHW\SLTXHGHO¶DFWLRQFROOHFWLYHGHV
FDGUHVQ¶HVWSDVVHXOHPHQWFLEOpHHWGpSRXLOOpHGHFRQQRWDWLRQSROLWLTXH &KDSLWUH
V). Elle est aussi catégorielle et locale. La réussite que conQDvWOD&*7ORUVTX¶HOOH

1
F. Piotet (2007), op. cit. Voir également : J. G. Contamin, R. Delacroix, « La CGT du Nord et
O¶HVSDFH GH mobilisation locale : un champ multi-organisationnel local entre centralité et
GLVSHUVLRQ 3UHPLHUV MDORQV G¶XQH pWXGH », Communication au colloque : Comment penser les
continuités et discontinuités du militantisme ? Trajectoires, pratiques et organisations militantes,
Lille, IFRESI, Juin 2006.

302
DSSOLTXH FHWWH IRUPXOH VXU OHV OLHX[ GH WUDYDLO HW OHV GLIILFXOWpV G¶XQH &)'7 TXL
V¶HQpORLJQHDGPLQLVWUHQWODSUHXYHa contrario G¶XQUDSSRUWVLQJXOLHUGHVFDGUHVj
FH TXH GRLW rWUH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH : une action de nature presque associative et
portant toujours sur des enjeux qui les concernent directement, sur lesquels ils ont
SULVH (Q G¶DXWUHV WHUPHV OHV VXFFqV GH OD &*7 DXSUqV GHV FDGUHV SHXYHQW IDLUH
RIILFH G¶LQGLFDWHXU PDMHXU GH OHXU UDSSRUW j O¶DFWLRQ FROOHFWLYH VWLJPDWLsent une
FHUWDLQHPDQLqUHGHO¶HQYLVDJHUGqVORUVTX¶HOOHUHYrWODIRUPHV\QGLFDOH

1) /H SUL[ GH O¶DQFUDJH FDWpJRULHO GH O¶DFWLRQ V\QGLFDOH  OH FDV GX
syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France
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2Q O¶D GLW supra O¶RUJDQLVDWLRQ GH OD &*7 j %13 3DULEDV en Île-de-
)UDQFHQ¶HVWSDVVDQVUDSSRUWDYHFOHVSUDWLTXHVPLVHVHQ°XYUHSDUOHVPLOLWDQWV
du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France. À BNP Paribas, en Île-de-France,
un syndicat UGICT et un syndicat CGT coexistent, chacun a ses propres statuts et
orgDQHV GLUHFWHXUV $XFXQH LQVWDQFH G¶DUELWUDJH Q¶H[LVWH SRXU WUDQFKHU TXHOTXH
différend éventuel entre les militants des deux syndicats. La refonte des grilles de
classification (convention collective du 1er janvier 2000), en fusionnant « gradés »
et employés en une seule catégorie technicienne, a compliqué la définition de
règles de partage du champ de représentation : les deux syndicats puisent
O¶HVVHQWLHO GH OHXU FRQWLQJHQW DGKpUHQW GDQV FHWWH FDWpJRULH ; les deux tiers des
V\QGLTXpV GH O¶8*,&7 VRQW GHV WHchniciens exerçant au sein du segment BDDF
%DQTXH'HGpWDLOHQ)UDQFH S{OHG¶DFWLYLWpROHV\QGLFDW&*7HVWMXVWHPHQWOH
mieux implanté1. Le syndicat CGT BNP Paribas Île-de-France et la Fédération
CGT des Personnels des Secteurs Financiers (Banque / Assurances) entendent
GpSDVVHU FHWWH VLWXDWLRQ HW WHQWHQW G¶REWHQLU O¶LQWpJUDWLRQ GX V\QGLFDW 8*,&7 ÌOH-
de-France au syndicat CGT Île-de-)UDQFH UHFRQILJXUDWLRQ VWDWXWDLUH TXL Q¶HVW
SRVVLEOH TX¶HQ FDV G¶DXWR-dissolution du syndicat CGT des techniciens et cadres
franciliens de BNP Paribas.
&HWWH LQMRQFWLRQ j OD IXVLRQ H[SOLTXH O¶DUGHQWH YRORQWp GHV PLOLWDQWV GX
syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France de coller aux aspirations des cadres

1
Source : Répartition des syndiqués par Pôle ou Fonction. Document distribué aux congressistes
de juin 2006. Voir supra ODSUpVHQWDWLRQGHVWHUUDLQVG¶HQTXrWH

303
VDQVMDPDLVV¶DIIUDQFKLUFRPSOqWHPHQWGHVYDOHXUVFRQIpGpUDOHVHQTXHlque sorte
présentées aux salariés sous une forme euphémisée. Soucieux de conserver toute
latitude statutaire pour déterminer leurs revendications et pratiques et au nom de la
spécificité prêtée aux « gradés ª HW FDGUHV FHV PLOLWDQWV GH O¶8*,&7 UHIXVHQW
l¶LQWpJUDWLRQGHOHXUV\QGLFDW DXV\QGLFDW &*7 %13 3DULEDV ÌOH-de-)UDQFH&¶HVW
ELHQSDUFHTX¶LOVVRQWHQPHVXUHGHGpYHORSSHUGHVUHYHQGLFDWLRQVHWGHVSUDWLTXHV
de syndicalisation dissociées du syndicat CGT BNP Paribas Île-de-France que la
CGT fait mieux TX¶H[LVWHUGDQVFHWWHEDQTXHVXUWRXWSDUPLOHVFDGUHV/¶DGKpVLRQ
reste à un faible niveau, mais augmente significativement en termes relatifs depuis
2002- &¶HVW WRXWHIRLV HQ WHUPHV G¶DXGLHQFH pOHFWRUDOH TXH OH WULEXW GX
syndicat UGICT est le plus évident. La comparaison des résultats parisiens et
provinciaux ± R Q¶H[LVWH QL V\QGLFDW QL VHFWLRQ 8*,&7 ± obtenus par les listes
CGT-8*,&7TXLVRQWFRPPXQHVO¶DWWHVWHUD1.
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1
8QHFHQWDLQHGH&RPLWpVG¶eWDEOLVVHPHQWVpWDQWUHFHQVpHHQGHKRUVGH3DULVLOQ¶H[LVWHSDVGH
données officielles pour la seule Province. Les résultats provinciaux ont donc été approximés, en
recoupant des données nationales et parisiennes, officielles et synthétisées, obtenues auprès du
syndicat. À partir du nombre de votants par collège et au niveau national (Source : Bilan social
2005) et du nombre moyen de votes blancs ou nuls connus pour la région parisienne, le nombre,
inconnu, de suffrages valablement exprimés en Province a été approché. 455 votes sur 10 589 à
Paris étaient blancs ou nuls (319 techniciens et 136 cadres) aux élections de 2005. Les cadres
SDULVLHQVV¶DEVWLHQQHQWSOXVTXHOHVWHFKQLFLHQV XQFDGUHSDULVLHQVXUGHX[V¶DEVWLHQWHQPR\HQQH 
PDLVV¶H[SULPHQWDXVVLSOXVVRXYHQWYDODEOHPHQW : 4,5 % des suffrages parisiens exprimés ne sont
pas valables en moyenne (2,85 % pour les cadres et 5,48 % pour les techniciens). En retranchant
les suffrages parisiens des 20 262 techniciens votants dans toute la France, le nombre de votants
techniciens provinciaux est de 14 440. Sur la base des données parisiennes, le nombre de suffrages
techniciens valablement exprimés est estimé à 13 650. De même, sur la base des 6 217 cadres
votants en Province, le nombre approché de suffrages cadres exprimés en Province est estimé à
6 040.

304
1.1) $XGLHQFH V\QGLFDOLVDWLRQ HW LQGpSHQGDQFH VWUXFWXUHOOH GH O¶8*,&7
BNP Paribas Île-de-France : un lien de cause à effet

/D V\QGLFDOLVDWLRQ HW O¶DXGLHQFH GH OD &*7 FKH] OHV FDGUHV GH %13
3DULEDV VRQW ORLQ G¶rWUH pYLGHQWHV WDQW FH V\QGLFDW QDJH j FRQWUH-courant de
O¶RUWKRGR[LH PRQpWDULVWH TXL SUpVLGH DX SURFHVVXV G¶XQLILFDWLRQ Gu marché des
activités bancaires européennes1¬O¶pYLGHQFHOD&*7YRORQWLHUVGpFULWHFRPPH
FKDQWUH G¶XQ V\QGLFDOLVPH © de refus ª HW WRXMRXUV VRXSoRQQpH G¶LQIpRGDWLRQ DX
3DUWL &RPPXQLVWH Q¶D SDV XQH ERQQH LPDJH DXSUqV GHV FDGUHV 2U OH SHUVRQQHO
non-cadre de BNP Paribas a diminué de 25 % entre 1995 et 2005, tandis que le
nombre de cadres a été multiplié par 1,35 ± O¶HPSORLQHWD\DQWFU€GHDX
cours de cet intervalle2. À BNP Paribas, 60 % des cadres travaillent en région
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parisienne et ceux-ci représentent près de 55 % (9 657) des 18 005 salariés


travaillant en Île-de-France3. Le champ de syndicalisation du syndicat CGT Île-de-
France tend à se rétrécir, ce qui a pour effet de tendre encore des relations déjà
glaciales entre les responsables des deux syndicats CGT de BNP Paribas en Île-de-
France. Le sens de la modification du rapport salarial au sein du secteur bancaire
est enfin un handicap supplémentaire  O¶LQGLYLGXDOLVDWLRQGHODUHODWLRQ G¶HPSORL
et le caractère déterminant et personnalisé de l¶pYDOXDWLRQ KLpUDUFKLTXH
FRPSOLTXHQWO¶HQJDJHPHQWV\QGLFDO
3RXU DSSUpFLHU O¶DXGLHQFH SDULVLHQQH GHV OLVWHV &*7-UGICT, il est
nécessaire au préalable de formaliser le découpage de la carte électorale et
G¶DIILQHUODPRUSKRORJLHFDWpJRULHOOHGXSHUVRQQHO qui relève de chacun des trois
&RPLWpV G¶eWDEOLVVHPHQW SDULVLHQV de BNP Paribas (Schéma 2) : le CE des
Agences Parisiennes (CEAP), le CE des Centraux Parisiens (CECP) et le CE des
*URXSHV HW $JHQFHV 3URGXLW HW $SSXL &RPPHUFLDO &(3$&  /¶H[LVWHQFH GH FH
dernier Comité, qui regroupe le personnel des activités de back office, date de

1
8QLILFDWLRQHIIHFWLYHjSDUWLUGHTXLHVWGRQFXQHGDWHFKDUQLqUHGHO¶DFWLYLWpEDQFDLUH&¶HVW
en 1993 que la BNP est privatisée et que la Banque Centrale Française devient indépendante de
O¶eWDW FRQIRUPpPHQW DX[ SUpFHSWHV PRQétaristes qui inspirent la construction du système
monétaire européen en « aire monétaire optimale » : fixation des taux de change permise par une
parfaite mobilité du facteur travail et du capital sur le marché unifié, rapports commerciaux entre
des pays PHPEUHVjVWUXFWXUHpFRQRPLTXHFRPSDUDEOH«
2
Source : RH Groupe BNP Paribas. Chiffres SRXUO¶DQQpH
3
Source : Évolution des effectifs techniciens et cadres, RH Groupe BNP Paribas, 2005.

305
$XSDUDYDQWOHVVDODULpVGHV$3$&*3$&GH3DULVV¶LOVUHOHYDLHQWGpMjGH
la Direction du pôle BDDF, élisaient les membres du CECP. Le CECP regroupe
donc, depuis 2005, les salariés des seules activités de services de haut niveau,
opérationnels HWIRQFWLRQQHOV%DQTXHGH)LQDQFHPHQWHWG¶,QYHVWLVVHPHQW %), 
Asset Management Services (AMS) pour les pôles opérationnels  O¶HQVHPEOH GHV
fonctions supports « Groupe », au nombre de treize. Le CECP est dominé par les
cadres, le CEAP et le CEPAC Île-de-France sont à majorité technicienne. Le
CECP comptait 6 367 inscrits dans le collège « cadres », contre 2 525 dans le
collège « techniciens »1. Deux tiers des effectifs du réseau BDDF / GPAC sont
encore des effectifs techniciens, mais la part des cadres y est néanmoins passée de
12 % en 1995 à un tiers de ceux-ci en 2005 : sur le territoire national, le réseau
BDDF et les APAC / GPAC emploient 10 228 cadres (3 806 en 1995), contre
22 652 techniciens (28 420 en 1995)2. Par ailleurs, les cadres de ces pôles
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G¶DFWLYLWpHQFRUHGRPLQpVSDUOHVWHFKQLFLHQVH[HUFHQWSOXW{WHQUpJLRQSDULVLHQQH :
un tiers des cadres occupés par ces activités de back et de front office sont
franciliens.

1
Source : Idem.
2
Source : Idem.

306
Schéma 2 : O¶RUJDQLVDWLRQGH%133DULEDVHQÌOH-de-France et la carte
électorale associé

Direction Générale

Direction BFI AMS Fonctions


BDDF Centrales
CEAP
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CECP

Direction
Territoriale GPAC
(Île-de-
France)

CEPAC

Directions
groupes
G¶DJHQFHV APAC

Groupe
G¶DJHQFHV

Agences

307
Des cinq organisations syndicales présentes à BNP Paribas (la CFDT, le
SNB-CGC, la CFTC, Force Ouvrière et la CGT), la CFDT et le SNB-CGC en
VRQWGHSXLVDXPRLQVOHVGHX[SULQFLSDOHVHQWHUPHVG¶DXGLHQFHpOHFWRUDOH
globale1 et, vraisemblablement, G¶HIIHFWLIV V\QGLTXpV $X UHJDUG GHV UpVXOWDWV
obtenus entre 1995 et 2005 par ces cinq syndicats aux élections des représentants
GX SHUVRQQHO DX[ GLIIpUHQWV &RPLWpV G¶eWDEOLVVHPHQWV PpWURSROLWDLQV LO DSSDUDvW
TXH OD &)'7 GRQW O¶DXGLHQFH HVW SDUWRXW KRPRJqQH HVW OH SUHPLHU V\QGLFDW GH
%133DULEDV&HFODVVHPHQWV¶LQYHUVHVLO¶RQFRQVLGqUHODVHXOHUpgion parisienne,
où, traditionnellement, le SNB-CGC devance la CFDT. En région Île-de-France,
O¶pFDUW HQWUH FHV GHX[ V\QGLFDWV V¶HVW PrPH DFFHQWXp DX FRXUV GH OD SpULRGH GH
sorte que, au plan national, le SNB-CGC rattrape une partie du retard qui était le
sien en 1995. Ce rattrapage se comprend aisément, au vu de la surreprésentation
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croissante des cadres en Île-de-France, surreprésentation qui, par ailleurs et pour


FH TXL LQWpUHVVH QRWUH SURSRV Q¶REqUH SDV O¶DXGLHQFH GHV OLVWHV &*7-UGICT
franciliennes. La CGT et le SNB-CGC sont ainsi les deux seules organisations
V\QGLFDOHV GH %13 3DULEDV GRQW O¶DXGLHQFH pOHFWRUDOH HQ  WRXV FROOqJHV
FRQIRQGXV HW VXU O¶HQVHPEOH GX WHUULWRLUH PpWURSROLWDLQ HVW VWDEOH &*7  RX HQ
progression (SNB-&*& SDUUDSSRUWjO¶Dnnée 1995. La CGT et le SNB-CGC sont
ELHQOHVV\QGLFDWVTXLVXSSRUWHQWOHPLHX[O¶HVVRUQXPpULTXHGHVFDGUHVHWOHUHIOX[
du personnel non-cadre sur les dix dernières années à BNP Paribas. Bien sûr, le
SNB-CGC, syndicat de cadres, profite pleinement de cet enrichissement des
effectifs cadres.
Tous collèges confondus, la CGT perd 321 voix entre 1995 et 2005,
quand, sur la période, la CFDT en égare 1 776, FO 1 077 et la CFTC, 737. Cette
GLPLQXWLRQ JOREDOH PDLV WRXWH UHODWLYH GH O¶DXGLHQFH GH OD &*7 j %13 Paribas
GHSXLVSURFqGHG¶XQHEDLVVHPRGHVWHGXQRPEUHGHYRL[REWHQXDXSUqVGHV
WHFKQLFLHQVGHO¶HQWUHSULVH YRL[SHUGXHV HWG¶XQHDXJPHQWDWLRQFRQVpTXHQWH
en termes relatifs, de son audience dans le second collège (629 voix nouvelles,
dont 532 acquises en Île-de-France). Si la CGT gagne moins de votes cadres, en
valeur absolue, que le SNB-CGC (lequel compte plus de 2 000 suffrages cadres
VXSSOpPHQWDLUHV SDU UDSSRUW j O¶DQQpH   HW TXH OD &)'7 TXL HQ UHFHQVH HQ
2005, 1 GHSOXVTX¶HQHOOHHVWO¶RUJDQLVDWLRQV\QGLFDOHGRQWOHQRPEUH

1
Source : RH Groupe BNP PaULEDVHWDUFKLYHVGHO¶8*,&7%133DULEDVÌOH-de-France.

308
de suffrages cadres a augmenté le plus vite sur la période considérée : celui-ci a
WULSOp HQ GL[ DQV FH TX¶DXFXQH DXWUH RUJDQLVDWLRQ V\QGLFDOH GH %13 3DULEDV Q¶D
connu en pareilles proportions, pas même FHOOHVGRQWO¶DXGLHQFHHVWFRPSDUDEOHHQ
termes absolus (FO et la CFTC). Ce résultat est, certes, peu significatif : moins le
nombre de suffrages est important en début de période, et plus son augmentation
DEVROXH SHXW V¶DYpUHU LPSRUWDQWH HQ WHUPHV UHODWLIV 1pDQPRLQV F¶HVW ELHQ HQ
raison de son audience parmi les cadres que le reflux électoral de la CGT sur la
décade 1995-2005 reste à un faible niveau, relativement à celui que la CFDT, FO
et la CFTC connaissent sur la période.

La CGT et le SNB-CGC sont encore les deux seules organisations


syndicales de BNP Paribas à avoir obtenu, lors des élections professionnelles qui
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

VH WLQUHQW GDQV O¶HQWUHSULVH HQ  OHXUV PHLOOHXUV UpVXOWDWV HQ Île-de-France,
région où dominent les effectifs cadres ± les techniciens étant les plus nombreux
en Province. Le comble ? Le SNB-CGC le devait aux suffrages techniciens
obtenus en région parisienne, les cadres ayant voté pour ses listes exerçant plutôt
en Province ¬O¶LQYHUVHOHVFDGUHVTXLYRWqUHQWHQSRXUOHVOLVWes présentées
SDUOD&*7pWDLHQWSOXVVRXYHQWSDULVLHQVTXHSURYLQFLDX['¶DLOOHXUVUDUHVpWDLHQW
les cadres provinciaux qui ont voté pour la CGT à ces élections. En effet, si la
CGT recueillit 14,22 % des suffrages exprimés en 2005 par les cadres franciliens
GH%133DULEDVVRQDXGLHQFHSURYLQFLDOHV¶DYpUDGpULVRLUHSDUPLFHWWHFDWpJRULH
de personnel, ses listes ayant seulement obtenu 2,51 % des voix des cadres votant
en Province (Tableau 3).
Ces piètres résultats provinciaux grèvent notablement la représentativité
de la CGT parmi les cadres du territoire métropolitain. En 2005, la CGT fut ainsi
O¶RUJDQLVDWLRQV\QGLFDOHTXLUHFXHLOODLWDXSODQQDWLRQDOOHVSOXV mauvais résultats
SRXUFHWWHFDWpJRULHGHVDODULpV3DUUDSSRUWjO¶DQQpHO¶pFDUWHQWre la CGT,
)2 HW OD &)7& SDUPL OHV FDGUHV GH %13 3DULEDV WRXMRXUV VXU O¶HQVHPEOH GH OD
métropole, était toutefois nettement moindre. La CGT rattrape son retard parmi les
FDGUHVGHO¶HQWUHSULVHHWVHVUpVXOWDWVSDULVLHQVVRQWORLQG¶\rWUHpWUDQJHUV : 80 %
des suffrages cadres portés sur ses listes en 2005 étaient parisiens.
En Île-de-France, la CGT est le premier syndicat des techniciens et le
WURLVLqPH V\QGLFDW GHV FDGUHV HQ WHUPHV G¶DXGLHQFH DX[ GHUQLqUHV pOHFWLRQV GHV
représentants du personnel aux CRPLWpVG¶eWDEOLVVHPHQWV  &HWWHDQQpH-là,

309
ses plus probants résultats auprès des cadres furent même obtenus aux élections
GHVUHSUpVHQWDQWVGHVVDODULpVDX&(&3RODSURSRUWLRQGHFDGUHVRQO¶DGLWHVW
la plus nette. Malgré une abstention ayant confiné aux 60 %, les listes CGT-
UGICT y recueillirent 17 % des voix cadres, soit presque autant que les listes
CFTC et FO réunies.
/D GHUQLqUH pOHFWLRQ HQ GDWH IpYULHU   O¶pOHFWLRQ GHV UHSUpVHQWDQWV
des administrateurs salariés, confirment la tendance : à Paris, la CGT y remporta
GHX[IRLVSOXVGHVXIIUDJHVWHFKQLFLHQV  TX¶HQ3URYLQFH  HWGH
suffrages cadres, contre 4,7 % en Province1. Et si, en considérant les effectifs
techniciens et cadres globaux, 46 % des voix techniciennes ayant été obtenues par
la CGT furent des voix parisiennes, sept cadres, sur dix ayant voté en faveur de ses
listes lors de cette élection, étaient franciliens. En comparaison, la CFDT et le
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

SNB-CGC obtinrent encore de meilleurs résultats parmi les cadres provinciaux :


seuls quatre cadres, sur dix ayant voté en faveur de la CFDT ou du SNB-CGC à
O¶RFFDVLRQGHFHWWHpOHFWLRQpWDLHQWGHVFDGUHVSDULVLHQV

1
Source : Idem.

310
Tableau 3 : O¶DXGLHQFHGHVV\QGLFDWVGH%133DULEDVDX[pOHFWLRQV&(
(2005) et CA (2006)1

Syndicat CGT CFDT SNB-CGC CFTC FO

Catégorie T C Tot. T C Tot. T C Tot. T C Tot. T C Tot.

Paris 27.6 14.2 21 25.2 23.8 24.7 21.3 45.4 32 9.9 8.5 9.3 15.8 7.9 12.4

CECP 29.8 17 21.7 25 23.3 23.9 12.5 39.6 29.6 11.5 10.2 10.7 21.1 9.9 14.1

CEPAC 32.3 10.4 25.5 27.9 29.4 28.4 13.2 46.6 23.6 13.5 7.7 11.7 13.1 5.9 10.8
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

CEAP 24.5 13.8 20.5 24.5 22.5 23.8 27.6 49.9 36 7.4 6.8 7.15 16 6.9 12.6

Province 14.5 2.51 10.9 40.9 23 35.4 15.4 48.3 25.5 11.3 10.5 11.1 14.6 8.05 12.6

Conseil
21 8 16 35 23 30 17 51 29 13 10 12 14 8 12
G¶$GPLQ

Paris 32 12.5 23 24 21 23 19 47 32 12 11 12 13 9 11

Province 16 4.7 13 39 24 35 16 54 28 14 9 12 14 8 12

T : Techniciens
C : Cadres
Tot. : Total

6HORQTXHO¶RQFRQVLGqUH3DULVRXOD3URYLQFHO¶DXGLHQFHGHOD&*7YDULH
pratiquement du simple au double, quel que soit le collège électoral en question.
Pour les cadres, le rapport est même de un à six ! En dehors de Paris, la CGT est
O¶RUJDQLVDWLRQTXLGHVFLQTV\QGLFDWVLPSODQWpVj%133DULEDVREWLHQWO¶DXGLHQFH
la plus faiEOH DORUV TX¶HOOH HVW OH WURLVLqPH V\QGLFDW GX WHUULWRLUH WRXV FROOqJHV
FRQIRQGXV /H FRQVWDW G¶XQH représentativité plus « réelle » en Île-de-France, à

1
Chiffres en pourcentages, arrondis à la décimale supérieure.

311
plus forte raison dans les collèges cadres, est donc manifeste : à BNP Paribas, la
CGT est soutenue par les salariés des niveaux supérieurs de qualification qui
travaillent en Île-de-)UDQFH PDLV FHV VDODULpV OXL VRQW LQGLIIpUHQWV ORUVTX¶LOV
travaillent en Province  O¶ÌOH-de-France est précisément la seule région attestant
leur prise en charge catégorielle.
/HVIUXLWVGHFHWWHDSSURFKHFDWpJRULHOOHVRQWLQGLVVRFLDEOHVG¶XQHVROLGH
implantation militante dans certains secteurs GHO¶DFWLYLWpGH%133DULEDVDXVHLQ
de la fonction FHQWUDOH 6\VWqPHV G¶,QIRUPDWLRQ *URXSH 6,*  OD &*7 HVW OH
premier syndicat pour la catégorie cadres, y drainant un tiers de leurs suffrages ;
OHVOLVWHV&*7FDSWHQWDXVVLSUqV GHGHV YRL[ GHV FDGUHV GXS{OHG¶DFWLYLWp
%DQTXH GH )LQDQFHPHQW HW G¶,QYHVWLVVHPHQW %),  R OH V\QGLFDW FRPSWH XQH
EDJDWHOOHG¶DGKpUHQWVPDLVQRQ des moindres : Riccardo Pietro en provient. Cette
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

implantation fait également écho à une conception typiquement délégataire de


O¶DFWLRQV\QGLFDOH/¶8*,&7%133DULEDVÌOH-de-France, en effet, est organisée en
fonction des secteurs professionnels dont ses permanents sont originaires.
/¶HVSDFHGHFRPSpWHQFHVHWGHUHVSRQVDELOLWpVGXSHUPDQHQWV\QGLFDOHVWG¶DERUG
FLUFRQVFULWDXPLOLHXSURIHVVLRQQHOGRQWLOV¶HVWH[WUDLWTX¶LOFRQQDvWjO¶LQWpULHXU
GXTXHO LO GLVSRVH G¶XQ LPSRUWDQW FDSLWDO UHODWLRQQHO HW GRQt il sait les enjeux et
contraintes pour les avoir vécus :

« -H Q¶DL SDV EHVRLQ GH SUpYHQLU OHV VDODULpV RX OD KLpUDUFKLH TXDQG MH
FRPSWHIDLUHXQH³GHVFHQWH´MHFRQQDLVOHFDOHQGULHUOHVUpVXOWDWVF¶HVW
jWHOOHGDWHMHVDLV TX¶HQWUHOHYLQJWHW ODILQ du mois, ils vont être très
pris. » (Riccardo Pietro, 45 ans, cadre, promotion interne, permanent
syndical, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

3URSKqWH HQ VD SDWULH SURIHVVLRQQHOOH OH SHUPDQHQW HVW UHVSRQVDEOH GH O¶DFWLRQ
syndicale dans le secteur G¶DFWLYLWp R LO ILW DXWUHIRLV VHV FODVVHV HW V¶LPSRVH GX
IDLW GHV PDQGDWV TX¶LO GpWLHQW GH OH YLVLWHU UpJXOLqUHPHQW VLWH SDU VLWH ]RQH
géographique par zone géographique, service par service. Charge à chacun des
permanents de « prêcher dans sa paroisse », son « fief » (Riccardo Pietro) en
V¶DSSX\DQW VXU « le délégué du coin » (Marcel Chaîli), le militant du secteur en
question qui est toujours en activité. Le fait que la CGT est le premier syndicat
SRXUOHTXHOYRWHQWOHVFDGUHVGHODIRQFWLRQ6,*V¶H[Slique ainsi, en grande partie,
par la « notoriété » TX¶\DDFTXLVXQ6HFUpWDLUHLVVXGHFHVHFWHXUG¶DFWLYLWpHWTXL

312
à ses débuts dans la banque, se concentrait déjà sur les problèmes « quotidiens »
des informaticiens, ses collègues de travail :

« Quand j¶DL FRPPHQFp j O¶8*,&7 GDQV OH VHFWHXU GHV LQIRUPDWLFLHQV


RQV¶RFFXSDLWGpMjGHVLQIRUPDWLFLHQVDYHFHX[DXTXRWLGLHQ>«@/¶LGpH
HVW TXH FKDFXQ GRLW IDLUH VRQ WURX Oj R LO HVW DYDQW GH SDUOHU G¶DXWUH
FKRVH>«@0rPHVLQRXVDOORQVUpJXOLqUHPHQWYLVLWHr les salariés de nos
VHFWHXUV HW TXH QRXV DYRQV XQH FHUWDLQH QRWRULpWp F¶HVW FODLU TXH OH
délégué du coin joue un rôle fondamental. » (Marcel Chaîli, 53 ans,
technicien, permanent syndical, Secrétaire du syndicat UGICT BNP
Paribas Île-de-France)

Vu le déVpTXLOLEUHGHO¶LPSODQWDWLRQ8*,&7FHSHQGDQWDEVHQWHGHSDQVHQWLHUVGH
O¶RUJDQLVDWLRQGH%13 3DULEDV HW VXUUHSUpVHQWpH GDQV OH UpVHDX %'') HWGDQV OD
fonction SIG, le permanent ne limite pas son activité au seul champ de sa propre
activité professionnellHG¶RULJLQH LOO¶pWHQGjFHOOHVTXLV¶\UDSSRUWHQWHWRXV¶HQ
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

rapprochent, rapport cristallisé par la division de la carte électorale parisienne en


trois CE distincts. Ceux des permanents relevant ensemble, à titre professionnel,
du CECP par exemple, s¶RFFXSHQW OpJLWLPHPHQW GH O¶DFWLYLWp UHYHQGLFDWLYH GH
développement et de prise en charge des problèmes individuels des salariés
H[HUoDQW GDQV O¶HQVHPEOH GHV © services centraux » de BNP Paribas. Ils se
partagent les tâches militantes de façon consensuelle, en fonction des contraintes
PDWpULHOOHV HW WHPSRUHOOHV TXL SqVHQW TXRWLGLHQQHPHQW VXU O¶DFWLYLWp V\QGLFDOH
individuelle.
Cette organisation du travail militant avait, par ailleurs, permis de
comprendre leur rapport au rôle de Délégué du Personnel. Il a été montré au
Chapitre III que le délégué UGICT représentait, personnifiait les salariés de son
VHXOVHFWHXUG¶DFWLYLWpDX[TXHOVLOUHQGDLWFRPSWHGHVRQDFWLRQHWGRQWLOGpIHQGDLW
chacun des membres, quelle que fût la nature de son problème professionnel et
TX¶LOI€WRXQRQDGKpUHQWGXV\QGLFDW1&¶HVWGRQFGLUHTXHO¶pOX8*,&7V¶pWDQW
présenté aux suffrages des salariés de son secteur, il est, en un sens, élu par ses
pairs, dont il se voit alors comme le porte-SDUROH (Q G¶DXWUHV WHUPHV TXL VRQW
ceu[ G¶ePLOH 'XUNKHLP   O¶DSSURFKH FDWpJRULHOOH HVW LFL XQH DSSURFKH
communautaire, où la solidarité est une solidarité « mécanique », qui opère par
« similitude »2/¶HQUDFLQHPHQWSURIHVVLRQQHOHVWGpMjXQPR\HQGHSUpYHQWLRQGH

1
Voir supra Chapitre III ± 2.1.
2
É. Durkheim (1893), De la division du travail social, Paris, PUF, 1960.

313
O¶pYHQWXHOOHGpOpJLWLPDWLRQG¶XQU{OHV\QGLFDOTXLQ¶HVWSOXVDVVLVVXUXQHDFWLYLWp
proprement professionnelle, de compenser le fait de ne plus « travailler ». Cet
ancrage du délégué, associé au fait que tout salarié de son secteur est digne, parce
TX¶LO UHOqYH GXGLW VHFWHXU de se voir défendu face à sa hiérarchie, est aussi la
FRQGLWLRQ GX GpYHORSSHPHQW GH OD V\QGLFDOLVDWLRQ HW GH O¶DXGLHQFH GH O¶8*,&7
BNP Paribas Île-de-France. Il permet une forme légitime de prosélytisme :

« ¬)LQDQFHOD &*7F¶HVW O¶8*,&7HW GRQFF¶HVW 5LFFDUGR >«@SRXU


les salariés, on reste une référence, je ne travaille plus depuis vingt ans,
PDLV MH VXLV WRXMRXUV OHXU FROOqJXH« F¶HVW SDUHLO SRXU 5LFFDUGR RQ HVW
LGHQWLILpFRPPHoDGDQVQRVVHFWHXUVF¶HVWLPSRUWDQW » (Marcel Chaîli,
syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

« &¶HVWSRXUoDTXHO¶RQREWLHQWGHERQVUpVXOWDWVpOHFWRUDX[4XDQGWX
GpIHQGV TXHOTX¶XQ oD VH VDLW forcément. » (Riccardo Pietro, syndicat
UGICT BNP Paribas Île-de-France)
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

/¶LQGpSHQGDQFH VWDWXWDLUH GX V\QGLFDW 8*,&7 O¶RUJDQisation polaire du travail


syndical et la conception délégataire du syndicalisme, qui habite les permanents,
V¶HQWUHPrOHQW SRXU SHUPHWWUH GH FRQQDvWUH HW G¶pSRXVHU DX SOXV SUqV GHV UpDOLWpV
quotidiennes du travail, les aspirations de ce qui constitue encoUH O¶HVVHQWLHO GHV
cadres de BNP Paribas : le personnel recruté à profusion au cours de la décennie
HW Q¶D\DQW FRQQXG¶DXWUHV HQWUHSULVHVTXHOD%13 RX3DULEDV &HSHUVRQQHO
HVWG¶DXWDQWSOXVHQFOLQjYRWHUSRXUO¶8*,&7TXHVHVPLOLWDQWVOXLUHVVHPEOHnt et
VRQWFRQQXVGHWRXVPDLVDXVVLTX¶LOVV¶HVVDLHQWjPHWWUHHQ°XYUHXQHSROLWLTXH
revendicative qui soit de nature « gestionnaire » et dépourvue de connotation
partisane, ainsi que des pratiques syndicales de proximité1. Ces revendications et
pratiques les distinguent clairement de la CGT Île-de-France et permettent de
FDSWHUO¶DWWHQWLRQGHVSOXVUpFHPPHQWHPEDXFKpV

« Nous, on est politisé, mais on ne fait pas de politique en premier lieu,


RQQ¶HVWSDVXQHFHOOXOHUpYROXWLRQQDLUH ! On a une grille de lecture qui
est marxiste, on veut améliorer la situation des salariés ici, mais on ne
IDLWSDVQ¶LPSRUWHTXRL QRQSOXV«2QQ¶DSDVDEDQGRQQpO¶LGpHGHOXWWH
des classes, mais on ne peut pas attaquer avec un discours du type
³WUDYDLOOHXUV WUDYDLOOHXVHV´ >«@ 1RXV RQ FROOH DX[ DVSLUDWLRQV GHV
salariés et ensuite, on essaie de les éduquer, de les sensibiliser en
douceur à autre chose que leur petite réalité. À la CGT [BNP Paribas
Île-de-France], ils sont dans le discours de classe pur et dur, il suffit de
YRLU OD GLIIpUHQFH GH WRQ HQWUH QRV WUDFWV SRXU V¶HQ UHQGUH FRPSWH ! »
(Martin Silvano, 50 ans, technicien, permanent syndical, journée
1
Voir supra Chapitre III ± 2.1.

314
G¶REVHUYDWLRQ GH O¶DFWLYLWp GX V\QGLFDW 8*,&7 %13 3DULEDV Île-de-
France, le 28 juin 2006)

« /¶8*,&7 >%13 3DULEDV ÌOH-de-)UDQFH@ FH Q¶HVW SDV OD &*7 >%13
Paribas Île-de-)UDQFH@« >«@¬OD EDQTXHF¶HVW EHDXFRXSGH FDGUHV
GHV JHQV TXL UpIOpFKLVVHQW HW TXL SDUFH TX¶LOV VRQW FDGUHV QH VH
UHWURXYHQW SDV GDQV OD &*7 WUDGLWLRQQHOOH« LOV UpIOpFKLVVHQW LOV RQW
EHVRLQ G¶DYRLU HQ IDFH G¶HX[ GHV JHQV TXL VRQW XQ SHX FRPPH HX[ »
(Florent Hérouet, 34 ans, cadre diplômé, militant du syndicat UGICT
BNP Paribas Île-de-France)

« Il faut aller sur le terrain et tenir un discours qui tient compte de la


réalité [des cadres], de leurs pUREOqPHVOHXUVDWWHQWHVF¶HVW-à-dire aussi
O¶DVSHFW FDUULqUH« >«@ MH WLHQV j OHXU UHVVHPEOHU FUDYDWH HWF ,O IDXW
V¶KDELOOHUFRPPHHX[TX¶LOVSXLVVHQWV¶LGHQWLILHU«F¶HVWWRXWErWHPDLV
O¶LPDJH TXH O¶RQ SURMHWWH HVW LPSRUWDQWH » (Riccardo Pietro, syndicat
UGICT BNP Paribas Île-de-France)

« &H Q¶HVW SDV SDUFH TXH OHV FDGUHV VRQW SULYLOpJLpV SDU UDSSRUW DX[
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

DXWUHV TX¶LO QH IDXW SDV OHV GpIHQGUH  ÇWUH FDGUH FH Q¶HVW SDV XQH
PDODGLH F¶HVW rWUH XQ VDODULp ! » (Fernand Guérin, 57 ans, cadre,
promotion interne, Congrès Syndical UGICT BNP Paribas Île-de-France
de juin 2006)

La capacité relative ± mais objective ± à capitaliser en termes électoraux


la contestation diffuse, hétéroclite voire circonstanciée, les doléances
individuelles, les frustrations des salariés, cadres ou techniciens supérieurs, jeunes
HWPRLQVMHXQHVQHVHWUDGXLWJXqUHFHSHQGDQWHQWHUPHVG¶DGKpVLRQVFDGUHV

« On a pas mal de sympathisants, comme le montrent les résultats dans


GHV VHFWHXUV FRPPH 6,* RX )LQDQFH PDLV O¶DGKpVLRQ GHs cadres reste
TXHOTXHFKRVHGH«LOQHIDXWSDVTXHoDVHVDFKH« » (Riccardo Pietro,
syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

/¶DGKpVLRQ V¶HVW PDOJUp WRXW GpYHORSSpH GHSXLV  PrPH V¶LO VXIILW GH
V¶DFTXLWWHU G¶XQ VHXO WLPEUH GH FRWLVDWLRQ SRXU rWUH HQregistré comme adhérent :
selon la comptabilité tenue par la Trésorière du syndicat, les effectifs syndiqués
ont crû de 26 % entre 2003 et 2006, passant de 139 à 175 adhérents au cours de
O¶DQQpH/HVROGHQHWGHVDGKpVLRQVVXUODSpULRGH± 2006 V¶pOqYHj
adhésions nouvelles1 VRLW SOXV G¶XQH WUHQWDLQH SDU DQ HQ PR\HQQH %LHQ TXH OH
contingent adhérent ne représentât pas même 1 % des salariés franciliens de BNP
Paribas, cette progression, associée aux résultats électoraux, justifiait au moins

1
'¶DSUqVOH5DSSRUW)LQDQFLHUGLIIXVpORUVGX&RQJUqVV\QGLFDOGXPRLVGHMXLQ

315
provisoirement, aux yeux du Délégué Syndical Central (DSC) CGT de BNP
3DULEDV O¶LQGpSHQGDQFH GH O¶8*,&7 j O¶pJDUG GH OD &*7 (W FH QRQREVWDQW
« O¶DSSHO j O¶XQLWp » du Secrétaire de la CGT BNP Paribas Île-de-France, lancé
lors du Congrès UGICT auquel tous deux avaient été invités :

« /¶8*,&7 >%13 3DULEDV ÌOH-de-France] marche bien et, avec quatre-


vingt-dix adhésions nouvelles en deux ans et demi, la question de la
réunification [des deux syndicats franciliens] ne peut pas se poser pour
O¶LQVWDQW » (DSC CGT, Congrès Syndical UGICT BNP Paribas de juin
2006)

« 6L O¶RQIXVLRQQDLWRQQHSRXUUDLW SOXV DYRLU FHWWHDFWLYLWpFDWpJRULHOOH


TXL D PDUTXp GHV SRLQWV« Oj R RQ D PHQp GHV DFWLRQV j 6,* SDU
H[HPSOHRQHVWODSUHPLqUHRUJDQLVDWLRQFKH]OHVFDGUHVFHQ¶HVt quand
même pas courant. » (Marcel Chaîli, syndicat UGICT BNP Paribas Île-
de-France)
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

/HVXFFqV GHO¶DSSURFKHFDWpJRULHOOHLQGLTXHGRQFTXHO¶RQQHV¶DGUHVVH SDV DX[


techniciens des niveaux de classification A, B ou C ± les anciens employés de
banque ± comPHRQV¶DGUHVVHVLQRQDX[FDGUHVDX[ © gradés », aux techniciens
des niveaux F ou G : « RQ Q¶D SDV OD PrPH SRSXODWLRQ », disent les militants de
O¶8*,&7 SRXU MXVWLILHU OD FRH[LVWHQFH GH GHX[ V\QGLFDWV &*7 j %13 3DULEDV HQ
Île-de-)UDQFH (Q GHKRUV G¶XQH Gémarcation revendicative et en termes de
pratiques syndicales, le meilleur exemple en est donné par le rapport à
O¶DFWLRQQDULDWVDODULp DXTXHOOHV\QGLFDW&*7V¶pWDLWG¶DERUGRSSRVpVDQVQXDQFH
récusant (en ces termes) toute participation salariée à la pérennité du système
capitaliste. On a vu au Chapitre III que la délégation nationale de la CGT à BNP
3DULEDV DYDLW ILQDOHPHQW VLJQp O¶DFFRUG GX  MXLQ  VXU O¶LQWpUHVVHPHQW OHV
PLOLWDQWVGHO¶8*,&7D\DQWVXLPSRVHUOHVYXHVTX¶LOVSUrWDLHQWDX[FDGUHV et aux
« gradés »1&HWH[HPSOHQ¶HVWSDVLVROp : aux dires des enquêtés, les militants du
V\QGLFDW&*7OHVDXUDLHQWDXVVLUDLOOpVSRXUQ¶DYRLUSDVDSSHOpjODJUqYHSHQGDQW
la journée de solidarité décrétée par le gouvernement Raffarin (2002-2005) ;

« Par rapport à notre population, un appel à la grève de principe sur le


OXQGLGH3HQWHF{WHQ¶HVWSDVSHUWLQHQW«SRXUODPRELOLVHUFRQWUHOH&3(
o¶DYDLW GpMj pWp XQ WUDYDLO GH ORQJXH KDOHLQH ! >«@ ,O IDXW TXH QRXV
parvenions à mieux nous coordonner [avec le syndicat CGT Île-de-
)UDQFH@PDLVRQQHGRLWSDVIXVLRQQHURQQ¶DSDVODPrPHSRSXODWLRQ »
(Marcel Chaîli, Congrès Syndical UGICT BNP Paribas Île-de-France de
juin 2006)

1
Voir supra Chapitre III ± 1.1.

316
« ,FLj6,*LOQ¶\DTXHO¶8*,&7FRPPHRQHVWGHX[V\QGLFDWVGLVWLQFWV
HWTX¶LFLLOQ¶\DSUHVTXHTXHGHVFDGUHVGRQFOD&*7LOQ¶\HQDSDV
>«@ &H Q¶HVW SDV DEHUUDQW G¶DYRLU GHX[ V\QGLFDWV &*7 GDQV OD PrPH
entreprise, on ne vise pas la même population. » (Aurélia Adilmar, 34
ans, cadre diplômée, militante du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-
France)

1.2) $XWRQRPLH VWDWXWDLUH HW V\QGLFDOLVPH G¶DGKpUHQWV  OD ILQ G¶XQ


militantisme jO¶DQFLHQQH ?

Les résultats électoraux de la CGT à Paris étayent, selon les militants de


O¶8*,&7O¶LGpHVHORQODTXHOOHODV\QGLFDOLVDWLRQGHV © gradés » et cadres ne peut
se réaliser autrement que sur des bases strictement catégorielles. Ces bases
LPSRVHQWGHSUHQGUHDFWHG¶DVSLUDWLRQVTXLQHFDGUHQWSDVWRXMRXUVWDQWV¶HQIDXW
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

avec leurs propres convictions et qui sont disqualifiées par les militants du
syndicat « partenaire » (Riccardo Pietro), peut-être en raison de leur caractère
MXJpGURLWLHU0DLVPrPHVLDXFXQH[WUDLWG¶HQWUHWLHQQHSHUPHWGHO¶DIILUPHUDYHF
FHUWLWXGHLOVHPEOHTXHO¶DSSURFKHFDWpJRULHOOHHVWSRXUOHVPLOLWDQWVGHO¶8*,&7
un acte de subversion congruent avec leurs implications politiques : quelle
PHLOOHXUH FRQWHVWDWLRQ GHV RULHQWDWLRQV GLULJHDQWHV TXH FHOOH TXL V¶DSSXLH VXU
O¶DXGLHQFHGHOD&*7SDUPLOHVFDGUHVGHO¶HQWUHSULVH ? De façon plus certaine, le
développement syndicaO UHVWH XQH QpFHVVLWp SRXU OD OpJLWLPLWp GH O¶LQGpSHQGDQFH
VWDWXWDLUH j O¶pJDUG GX V\QGLFDW &*7 ÌOH-de-)UDQFH SRXU OH PDLQWLHQ G¶XQH
H[LVWHQFH DXWDUFLTXH GX V\QGLFDW 8*,&7 F¶HVW-à-dire affranchie des contraintes
structurelles, de « O¶DSSDUHLO » (notamment fédéral) :

« -¶DL XQH FHUWDLQH DOOHUJLH DX[ DSSDUHLOV TXL PH OH UHQGHQW ELHQ« OHV
camarades me le reprochent parfois, mais, en même temps, ils sont assez
G¶DFFRUGV >«@ /D IpGpUDWLRQ WDQW TX¶LOV QH VLJQHQW SDV GHV WUXFV TXL
nous posent problème vis-à-YLVGHVVDODULpVRQQ¶HQDSDVEHVRLQ(X[
LOV RQW EHVRLQ GHQRXVSRXU QRV FRWLVDWLRQV>«@1RV UDSSRUWVVRQWWUqV
GLVWHQGXV >«@ OD &*7 >OD &RQIpGpUDWLRQ@ LO \ D WHOOHPHQW GH PRQGH
entre eux et nous ! » (Marcel Chaîli, syndicat UGICT BNP Paribas Île-
de-France)

/¶LPSpULHX[ EHVRLQ GH GpYHORSSHU OD V\QGLFDOLVDWLRQ SRXU FRQVHUYHU FHWWH OLEHUWp
G¶DFWLRQ UHYHQGLFDWLRQ TXL IDLW pFKR j O¶KpULWDJH GH O¶DQDUFKR-syndicalisme

317
traversant, à des degrés divers, toutes les structures locales de la CGT, justifie
ausVLO¶RXYHUWXUHGXV\QGLFDWDXWRXW-venant des cadres et des « gradés » :

« $X GpSDUW MH Q¶DL SDV O¶DSSURFKH FDWpJRULHOOH PDLV MH VXLV SHUVXDGp
TX¶LO IDXW V¶RFFXSHU FRQFUqWHPHQW GHV SUREOqPHV TXH UHQFRQWUHQW OHV
JHQV>«@4XDQGMHIDLVGXV\QGLFDOLVPHMH ne me pose pas la question
GHFKDQJHUODSHQVpHGHVJHQVOHEXWG¶XQV\QGLTXpQ¶HVWSDVG¶LQIOpFKLU
OD SHQVpH GHV JHQV F¶HVW GH SUHQGUH HQ FRPSWH OHXUV GLIILFXOWpV HW
G¶HVVD\HUGHOHVUpVRXGUH>«@2QHVWSUrWjIDLUHDGKpUHUQ¶LPSRUWHTXHO
salarié, il faut un minimum de rien du tout, il faut être salarié. La
PRWLYDWLRQ FH VRQW OHV JHQV TXL GpFLGHQW F¶HVW OHXU FKRL[ MH PH
JDUGHUDLV ELHQ GH« QRXV RQ QH YD SDV VRQGHU OHV F°XUV » (Marcel
Chaîli, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

¬ O¶8*,&7 %13 3aribas Île-de-France, « Q¶LPSRUWH TXHO VDODULp » est digne


G¶DGKpUHUHW GHSUHQGUH GHV UHVSRQVDELOLWpVPLOLWDQWHVGXVLPSOHIDLWTX¶LO HVW XQ
VDODULp /¶DEVHQFH GH FRQVLGpUDWLRQ SRXU VHV RULHQWDWLRQV SROLWLTXHV VHPEOH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

impensable à la CGT BNP Paribas Île-de-France, du moins à en croire les


HQTXrWpVGHO¶8*,&7 :

« &KH] QRXV RQ V¶HQ PRTXH GX GLVFRXUV SROLWLTXH LO \ D EHDXFRXS GH
FDPDUDGHVTXLVRQWSROLWLTXHPHQWWUqVGLYHUVDORUVTXHGDQVOD&*7« »
(Riccardo Pietro, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

« ¬ O¶8*,&7 RQ D XQ YUDL UHVSHFW GHV GLIIpUHQWHV DSSDUWHQDQFHV RQ D


EHDXFRXSG¶H[-3&G¶H[-36RQDGHVFDWKRVRQFRKDELWHELHQ>«@RQD
GHV OLEHUWpV GH PDQ°XYUHV » (Viviane Giordano, 56 ans, technicienne,
permanente syndicale, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

« À la CGT [BNP Paribas Île-de-France], ils sont dans une ligne stricte
GHFODVVHFHX[TXLQ¶HQWUHQWSDVGDQVOHXUPRXOHQHSHXYHQWSDVSUHQGUH
de mandats. » 9LYLDQH*LRUGDQRMRXUQpHG¶REVHUYDWLRQGHO¶DFWLYLWpGX
syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France, le 28 juin 2006)

« /¶LPSRUWDQW F¶HVW TXH OHV GpFLVLRQV TXL UHOqYHQW GX V\QGLFDW VRLHQW
UHFRQQXHV SDU OHV V\QGLTXpV F¶HVW oD O¶LQGpSHQGDQFH >j O¶pJDUG GX
politique]. » (Marcel Chaîli, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-
France)

Les permanents et militants les plus anciens dans le syndicalisme sont tous ou ont
WRXVpWpRQO¶DGLWGHVPLOLWDQWVSROLWLTXHV10DLVGHPrPHTX¶LOVHVWLPHQWTXHOD
SROLWLTXH Q¶D SDV VD SODFH GDQV OH FKDPS V\QGLFDO2 LOV V¶LQWHUGLVHQW GRQF GH

1
Voir supra ODSUpVHQWDWLRQGHVWHUUDLQVG¶HQTXrWH
2
Voir supra Chapitre III ± 1.1.

318
« sonder les F°XUV » 0DUFHO&KDvOL G¶H[LJHUGHO¶DGKpUHQWTX¶LOpSRXVHa priori
leur grille de lecture de la réalité bancaire.
/¶DXWRQRPLH VWDWXWDLUH GH O¶8*,&7 %13 3DULEDV REOLJH HW HQ PrPH
WHPSVMXVWLILHO¶DGRSWLRQG¶XQ© V\QGLFDOLVPHG¶DGKpUHQW », qui implique de ne pas
FRQGLWLRQQHU O¶DGKpVLRQ G¶XQ VDODULp j TXHOTXH DXGLWLRQ GH SDVVDJH : au syndicat
UGICT BNP Paribas Île-de-)UDQFH O¶DGKpUHQW LQYHVWLW VHXOHPHQW VD TXDOLWp
« supra-individuelle »1 GHVDODULpGHO¶HQWUHSULVH3RXUDXWDQWOHVPLOLWDQWVOHVSOXV
expérimentés ne proposent « pas systématiquement » 0DUFHO &KDvOL  O¶DGKpVLRQ
pas même aux salariés dont ils viennent de contribuer à résoudre le problème
professionnel. Ceux qui le font ne le font que depuis une période « très récente »
(Viviane Giordano) TXLFRwQFLGHHQIDLWDYHFO¶DUULYpHGHPLOLWDQWVWUHQWHQDLUHVHW
OD SROLWLTXH G¶DGKpVLRQ UHVWH LQIRUPHOOH QH UpSRQG G¶DXFXQH RUJDQLVDWLRQ GX
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

travail syndical. Les « anciens » du syndicat considèrent que leurs positions


revendicatives devraient suffire à attirer les salariés qui relèvent de leur champ de
représentation. Au plan de la vie syndicale, ils requièrent toujours implicitement
GXV\QGLTXpXQPLQLPXPG¶LQYHVWLVVHPHQWSHUVRQQHOSUpIqUHQWDX[VDODULpVTX¶LO
IDXW FRQYDLQFUH G¶DGKpUHU HQ XVDQW G¶DUJXments utilitaristes ceux qui adhèrent
G¶HX[-mêmes et qui, dès lors, sont identifiés comme militants potentiels,
susceptibles de leur succéder. Ainsi Riccardo Pietro, passablement irrité de
FHUWDLQHV UpSRQVHV GH VDODULpV TX¶LO D GpIHQGXV ORUVTX¶LO VH GpFLGH à proposer
O¶DGKpVLRQ :

« -H OXL GLV ³YRXV DYH] pWp VDWLVIDLW´ RX ³YRXV DYH] YX TX¶RQ YRXV D
DFFRPSDJQp PrPH VL YRXV Q¶DYH] SDV REWHQX VDWLVIDFWLRQ YRXOH]-vous
nous rejoindre "´ &HUWDLQV GLVHQW ³QRQ MH WH UHPHUFLH GH P¶DYRLU
défendu, je te paierai une ERXWHLOOH GH FKDPSDJQH´ Oj MH GLV ³oD QH
P¶LQWpUHVVH SDV M¶DL REWHQX WD SURPRWLRQ XQH UHYDORULVDWLRQ GH WRQ
VDODLUHFHQ¶HVWSDVODPHUjERLUHODFRWLVDWLRQSDUUDSSRUWjFHTXHM¶DL
pu te donner ´ >«@ '¶DXWUHV j TXL MH SURSRVH GLVHQW TX¶LOV VRQW HQ
VXUHQGHWWHPHQW TX¶LOV Q¶RQW SDV OHV PR\HQV« F¶HVW GpFRXUDJHDQW « »
(Riccardo Pietro, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

Riccardo compte en fait parmi les permanents les moins rétifs à considérer le
GpYHORSSHPHQWGHO¶DGKpVLRQFRPPHXQREMHFWLIOpJLWLPHGHO¶DFWLRQV\QGLFDOH,O
HVWDXVVLOHSOXVMHXQHG¶HQWUHHX[0DLVV¶LOVVRQWSHXRXSURXUpWLFHQWVjO¶pJDUG

1
G. Simmel (1908), « Le problème de la sociologie. Excursus sur la question : comment la société
est-elle possible ? », Sociologies. Études sur les formes de la socialisation, Paris, PUF, Coll.
« Sociologies », 1999.

319
G¶XQH FRQFHSWLRQ GH OD V\QGLFDOLVDWLRQ DIIUDQFKLH GH WRXWH H[LJHQFH HQ WHUPHV
G¶DSSUHQWLVVDJH LGpRORJLTXH HW G¶LPSOLFDWLRQ SHUVRQQHOOH V¶LOV VH PpILHQW GHV
DGKpVLRQVMXJpHVYHUVDWLOHVSDUFHTX¶LQVWUXPHQWDOHVOHVSOXVDQFLHQVQ¶HQVRQWSDV
moins conscients que « chaque génération arrive avec sa culture » :

« Chaque génération arrive dans le syndicalisme avec sa propre culture,


nous-mêmes, quand on est arrivé, on faisait des trucs de lycéens, sit-in
etc. ce qui surprenait beaucoup nos patrons et les syndicalistes de la
CGT GHO¶pSRTXH » (Marcel Chaîli, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-
France)

Irène Pasquale, technicienne de trente-neuf ans, Florent Hérouet et Aurélia


Adilmar, cadres diplômés de trente-quatre ans, tous trois Délégués du Personnel
(DP) depuis 2005, sont très investis dans la vie du syndicat UGICT BNP Paribas
Île-de-France. Au congrès syndical de juin 2006, ces trois militants ont non
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

seulement pris une part très active aux débats, mais se sont également inscrits dans
OD SOXSDUW GHV JURXSHV GH WUDYDLO TXDQG LOV Q¶RQW SDV SURSRVp OHXU FUpDWLRQ (Q
RXWUHV¶pWDLHQW-LOVHQJDJpVGDQVO¶DFWLRQV\QGLFDOHjODIDYHXUG¶HQMHX[ORFDX[qui
parfois les concernaient directement : injustice professionnelle (Irène Pasquale),
discrimination du genre féminin (Aurélia Adilmar)1« (W HIIHFWLYHPHQW OHXUV
YXHV TXDQW DX[ PR\HQV j PHWWUH HQ °XYUH SRXU GpYHORSSHU OD V\QGLFDOLVDWLRQ
tranchent singuliqUHPHQW DYHF FHOOHV G¶© anciens » engagés dans un tout autre
FRQWH[WH OH PLOLHX GHV DQQpHV  HW TXL V¶H[RQqUHQW GLIILFLOHPHQW G¶XQH
FRQFHSWLRQ SUHVTXH VDFHUGRWDOH GH O¶LPSOLFDWLRQ V\QGLFDOH %LHQ TX¶XQ ODUJH
consensus se dégage sur les façons de faire du syndicalisme et, corollaire, de
O¶DGKpVLRQV\QGLFDOHOHTXHOVHFULVWDOOLVHVXUODSHUVRQQHG¶XQ6HFUpWDLUHUppOXVDQV
YRL[ GLVVLGHQWH SRXU OD WURLVLqPH IRLV FRQVpFXWLYH HQ MXLQ  V¶REVHUYHQW HQ
UpDOLWp FHUWDLQHV QXDQFHV TXL WLHQQHQW j O¶HIIHW JpQérationnel et aux formes de
socialisation sous-MDFHQWHVGHVPLOLWDQWV,OQHV¶DJLWSDVWDQWGHFRQWUDGLFWLRQVGH
fond, qui seraient irréconciliables, que de divergences de forme, néanmoins
VLJQLILFDWLYHVG¶XQHFRQFHSWLRQGLIIpUHQWHGXVHQVGHO¶DFWLRQV\Qdicale.
Les permanents, les « historiques » du syndicat, laissent aux plus jeunes
PLOLWDQWV IRXUPLOODQW G¶LGpHV VXU OD TXHVWLRQ OH VRLQ GH GpILQLU OHV VWUDWpJLHV GH
GpYHORSSHPHQW GRQW OHVVXFFqV VRQWODFRQGLWLRQ GHO¶LQGpSHQGDQFHjO¶pJDUGGX
syndicat CGT Île-de-France. Ces militants fraîchement enrôlés sont non seulement

1
Voir supra Chapitre IV ± 2.4.

320
acquis au « V\QGLFDOLVPHG¶DGKpUHQW », PDLVHQWHQGHQWHQFRUHPHWWUHHQ°XYUHGHV
pratiques de syndicalisation qui confinent à la démarche « marketing » prêtée aux
syndicats concurrents :

« 3RXUIDLUHDGKpUHUOHVMHXQHVHWOHVFDGUHVLOIDXWTX¶LOVQHVHVHQWHQW
SDV REOLJpV GH V¶LQYHVWLU GH PLOLWHU LO IDXW DFFHSWHU TX¶LOV SXLVVHQW
YRXORLU VH FRQWHQWHU GH MXVWH SD\HU XQH FRWLVDWLRQ« HW il faut faire du
marketing nous aussi, mais nousLOIDXWTXDQGPrPHTX¶LOVRLWD[pVXUOH
F{Wp UHYHQGLFDWLI« LO Q¶HPSrFKH TXH O¶RQ YHQG PDO FH TXH O¶RQ IDLW
TXDQGOHVDXWUHVYHQGHQWELHQFHTX¶LOVQHIRQWSDVWRXMRXUV ! » (Florent
Hérouet, Congrès Syndical UGICT BNP Paribas Île-de-France de juin
2006)

Florent assume pleinement ses pratiques prosélytes au quotidien, auxquelles il se


dit rompu depuis son passage au Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) :

« $X[0-6M¶pWDLVGDQVODSDUWLHDGKpVLRQMHP¶RFFXSDLVGHIDLUHYHQLU
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

GHV MHXQHV >«@ -H IDLVDLV du prosélytisme, ça ne me posait pas de


problèmes, je discutais devant les facs et les lycées, tu vois des gens que
oD LQWpUHVVH VL OD SHUVRQQH HVW LQWpUHVVDQWH >«@ $XWRXU GH PRL
PDLQWHQDQW F¶HVW FODLU TXH MH IDLV GX SURVpO\WLVPH M¶HVVDLH GH PRWLYHU
nos adhérents et nos militants à faire ça. » (Florent Hérouet, syndicat
UGICT BNP Paribas Île-de-France)

Irène et Florent se sont tous deux portés volontaires pour animer le groupe de
travail « syndicalisation des jeunes », créé lors du Congrès Syndical de juin 2006
HWGRQWODPLVVLRQSUHPLqUHDOODLWFRQVLVWHUjpGLWHUXQOLYUHWG¶DFFXHLOGHVWLQpDX[
moins de 35 ans, un livret qui serait « jO¶LPDJH dit Florent, de celui que la BNP
donne aux nouveaux embauchés ». Irène proposa également, au cours du Congrès,
de construire une « liste des salariés de moins de quarante ans » relevant de son
périmètre professionnel, de manière à « les appeler pour prendre contact ». Cette
LGpHQHILWSDVO¶XQDQLPLWpSDUPLGHVFRQJUHVVLVWHVTXLSRXUODSOXSDUWHVWLPqUHQW
TX¶XQe démarche trop ouvertement « commerciale » SRXYDLW V¶DYpUHU « contre-
productive » %UXQR%DURQ ,OUHVWHTXHjO¶LQVWDUG¶$XUpOLD$GLOPDUTXLFRQoRLW
bien « TXH O¶RQ SHXW rWUH V\QGLTXp VDQV rWUH PLOLWDQW », les plus jeunes dans le
syndicalisme sont ausVLOHVPLOLWDQWVTXLUpSXJQHQWOHPRLQVjFKLIIUHUO¶REMHFWLIGH
développement syndical et à définir des « postes » PLOLWDQWVYRXpV jO¶DWWHLQWHGH
cet objectif :

« 'DQV O¶RUJDQLVDWLRQ WRXW OH PRQGH GLW TX¶LO IDXW GHV DGKpUHQWV PDLV
SHUVRQQHQ¶DOHFRXUDJHGHGLUH³RQPHW HQSODFHXQSODQ G¶DFWLRQRQ
fait des postes, il y a telle personne qui fait telle chose, qui doit rendre tel
WUDYDLOjWHOOHGDWH´RQQ¶HVWSDVGDQVXQPRGHGLUHFWLI«oDIDLWXQSHX

321
bricolage amateur, je pense que les anciens comptent beaucoup sur nous,
les nouveaux, pour apporter un nouveau souffle. » (Aurélia Adilmar,
syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

/¶LQIOXHQFH GHV PLOLWDQWV OHV SOXV UpFHPPHQW HQJDJpV GDQV O¶DFWLRQ


V\QGLFDOHVHFRQMXJXHjO¶HQMHXGHODOpJLWLPDWLRQGHO¶LQGpSHQGDQFHGHO¶8*,&7
vis-à-vis de la CGT Île-de-France. Cette combinaison conforte les militants les
SOXVFKHYURQQpVGDQVO¶LGpHTXHWRXWVDODULpHVWOHELHQYHQXjO¶8*,&7&¶HVWGRQF
ELHQ SDUFH TXH O¶8*,&7 %13 3DULEDV ÌOH-de-France est indépendante, et pour
préserver cette situation, que les militants se résolvent à adopter des pratiques
syndicales relevant du syndicalisme dit « G¶DGKpUHQWV ». Effet pervers, des salariés
au profil, sinon sociologique, idéologique dissonant sont parfois acceptés dans la
population adhérente. Valérie Busseau, commerciale en agence de vingt-sept ans,
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

passée par la formation en alternance et issue « des quartiers », a adhéré à


O¶8*,&7%133DULEDVÌOH-de-France en 2005. Elle concède mal connaître la CGT,
les seuls élémentVjVDGLVSRVLWLRQpWDQWFHTX¶HOOHHQYRLW« à la télé » HWO¶LPDJH
positive de Viviane Giordano, qui avait prouvé sa capacité à prendre efficacement
HQFKDUJHOHVVDODULpVjSUREOqPH9DOpULHIXVWLJHO¶« exploitation » dont sa mère,
femme de ménage, auraLW pWp O¶REMHW HW OH SRLGV GH O¶LPSRVLWLRQ HW GHV FKDUJHV
VRFLDOHV HQ )UDQFH TX¶DXUDLW pSURXYp XQ SqUH SDWURQ GH UHVWDXUDQW : « quand on
voit ce que coûte un salarié au patron, RQFRPSUHQGTX¶LO\DLWGXFK{PDJH », dit-
HOOH /¶HQWUHWLHQ V¶HVW GpURXOp SHX après la mobilisation syndicale du printemps
2006 contre le Contrat Première Embauche (CPE) proposé par la gouvernement
Villepin (2005-  PRELOLVDWLRQ TX¶HOOH DYRXDLW DYRLU G¶DXWDQW PRLQV ELHQ
comprise que, selon elle, « pour les jeunes sans travail, OH&3(F¶HVWPLHX[TXH
rien ». Cette adhérente de la CGT décrit enfin la flexibilité sur le marché du travail
comme moyen offert au salarié de « se réaliser » HW V¶DIILUPH KRVWLOH DX[ 
KHXUHVGXPRLQVHQO¶pWDW

« Moi, je préfère travailler pour gagneU SOXV G¶DUJHQW SOXW{W TXH GH
partir en week-HQG« j TXRL oD VHUW G¶DYRLU SOXV GH FRQJpV VL O¶RQ Q¶D
SDVG¶DUJHQWSRXUHQSURILWHU ? » (Valérie Busseau, 27 ans, technicienne,
adhérente du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France)

Dans ce contexte, la conformation idéologique par la formation syndicale apparaît


LQGLVSHQVDEOH2UOHV\QGLFDWQHPHWSDVHQ°XYUHGHSROLWLTXHGHIRUPDWLRQGHV

322
adhérents, ni même des nouveaux élus. Les stages de formation ne sont proposés
DX[QRYLFHVGXV\QGLFDOLVPHTX¶jODGLVcrétion du militant considéré (selon que la
VLWXDWLRQOXLVHPEOHRXQRQV¶\SUrWHU HW TXL SOXV HVW SUHVTXHWRXMRXUVHQYDLQ
Quant aux nouveaux élus, ils doivent le plus souvent se porter volontaires :

« La formation ? On la propose, oui. Enfin, ça dépend aussi des militants


HWGHVVDODULpVTX¶LOVUHQFRQWUHQW'¶DSUqVFHTXHMHYRLVoDQ¶LQWpUHVVH
SDV EHDXFRXSOHVV\QGLTXpV« » 0DUWLQ 6LOYDQRMRXUQpHG¶REVHUYDWLRQ
GH O¶DFWLYLWp GX V\QGLFDW 8*,&7 %13 3DULEDV ÌOH-de-France, le 28 juin
2006)

« Ça reste oXYHUWjODYRORQWpGHFKDFXQRQP¶DGLWTXHF¶pWDLWRXYHUWHW
SXLV YRLOj« 4XDQG MH YRLV GHV IRUPDWLRQV TXL P¶LQWpUHVVHQW MH
P¶LQVFULV » (Aurélia Adilmar, syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-
France)

/¶DEVHQFH GH PLVH HQ °XYUH G¶XQH SROLWLTXH V\VWpPDWLTXe de formation


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

V\QGLFDOHOHIDLEOHLQWpUrWTX¶\WURXYHQWGHVV\QGLTXpVQHV¶\LQVFULYDQWTXDVLPHQW
MDPDLV PrPH ORUVTXH FHOD OHXU HVW SURSRVp JUqYHQW O¶DSSURSULDWLRQ SDU OD
SRSXODWLRQDGKpUHQWHGXVHQVGHO¶RULHQWDWLRQFRQIpGpUpH7KpRULTXHPHQWOHULVTXe
G¶XQH SpQpWUDWLRQ GH « O¶HVSULW ERXUJHRLV »1, selon le vocabulaire des « années
folles ª HVW PrPH G¶DXWDQW SOXV pOHYp TXH OH V\QGLFDW UHVWH LQGpSHQGDQW PDLV
DXVVLTXHFHVSHUPDQHQWVFRQoRLYHQWFRPPHRQO¶DGLWODOpJLWLPLWpV\QGLFDOHVXU
un mode délégataire et affranchi du champ politique. Ce risque phagocytaire est en
fait très faible et, si les raisons de cette faiblesse sont multiples, elles tiennent
HVVHQWLHOOHPHQWDXIDLWTXHOHPLOLWDQWLVPH&*7VLQRQO¶DGKpVLRQHVWORLQG¶rWUH
neutre sur le plan symbolique2. Le principal écueil est plutôt celui du caractère
ODELOHG¶DGKpVLRQVTXLQHVRQWSDVDVVLVHVVXUXQFRUSXVGHYDOHXUVPrPHGpILQLa
minima :

« $GKpUHU F¶HVW DYRLU XQH DVVXUDQFH SURIHVVLRQQHOOH PDLV F¶HVW DXVVL


participer à un projet collectif. » (DSC CGT BNP Paribas, Congrès
Syndical UGICT BNP Paribas Île-de-France de juin 2006)

&¶HVWOjUpVXPpHWRXWHODGLIILFXOWpG¶XQV\QGLFDOLVPHFDWpJRULHOVLVDXF°XUPrPH
G¶RUJDQLVDWLRQVFRQIpGpUpHVa fortiori lorsque la population militante est en fin de
FDUULqUH SURIHVVLRQQHOOH HW VH GRLW G¶LGHQWLILHU HW GH VRFLDOLVHU VHV KpULWLHUV /H

1
Source : XVè Congrès de la CGT, Orléans, 1920, « Compte-rendu des travaux », p. 403. Cité par
M. Descostes et J. L. Robert, « 1914 ± 1935 O¶RUJDQLVDWLRQ », M. Descostes et J. L. Robert (1984),
op. cit.
2
F. Piotet (2007), op. cit.

323
succès du syndicalisme catégoriel, assis sur des enjeux locaux et dissociés de toute
FRQVLGpUDWLRQ LGpRORJLTXH VH SDLH DLQVL G¶XQ HIIULWHPHQW GH O¶LGpH PrPH GH
confédéralisme. Mais cette idée est-elle encore pertinente ou, à tout le moins, la
VHXOHPDQLqUHG¶HQYLVDJHUOHV\QGLFDOLVPH"

2) Les « vastes solidarités inter-professionnelles »1 : une orientation


surannée ?

¬ O¶pFKHOOH GX WHUULWRLUH QDWLRQDO OD &)'7 Hst devenue en 1997 la


première organisation syndicale de cadres en termes de résultats aux élections
SUXG¶KRPDOHV FH TXH OHV pOHFWLRQV GH  RQW FRQILUPp /H QRPEUH H[DFW
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

G¶DGKpUHQWVFDGUHVjOD&)'7HVWHQUHYDQFKHWUqVGLIILFLOHjFRQQDvWUHHQUDLVon
GH O¶RULHQWDWLRQ FKRLVLH TXDQW DX[ PRGDOLWpV GH OD SULVH HQ FKDUJH GH FHWWH
FDWpJRULHG¶DFWLIV : le poids du contingent adhérent recensé à la CFDT-cadres est
tributaire de la déclaration par la « base » (sections syndicales et syndicats) de la
qualité dH FDGUH G¶XQ DGKpUHQW TXHOFRQTXH TXL HVW ORLQ G¶rWUH V\VWpPDWLTXH /D
GpFODUDWLRQSURJUHVVHQpDQPRLQVGHSXLVO¶DGRSWLRQGHYHQXHHIIHFWLYHHQGH
OD&KDUWHILQDQFLqUHFRQIpGpUDOHTXLIDLWGHODGpFODUDWLRQGHO¶DGKpUHQWFDGUHXQH
opération financièrement neutre pour les syndicats2. Mais le blocage du montant
des cotisations qui revient statutairement à la CFDT-cadres, décidé en 2002 par le
Bureau National Confédéral (BNC) de la CFDT, indique que le fléchissement du
U\WKPHG¶DGKpVLRQSXLVOHVGpIHFWLRns enregistrées à partir de 2003 ont faiblement
atteint la structure propre aux cadres de la CFDT, qui se trouve dans une situation
SDUDGR[DOHDXPRPHQWGHO¶HQTXrWHGHWHUUDLQ : le nombre de cotisants, nouveaux
adhérents ou nouveaux déclarés cadres, progresse, tandis que les recettes
1
F. Piotet (dir.), La révolution des métiers, Paris, PUF, Coll. « le lien social », 2002.
2
Selon les principes de la Charte financière confédérale, les syndicats perçoivent les cotisations de
leurs adhérents, conservent la part de la cotisation qui se situe au-delà du plafond de 13, ¼
mensuels (en 2005) et reversent le reste du montant collecté au Service Central de Perception et de
Ventilation des Cotisations (SCPVC). Une part de la somme ainsi collectée revient à la CFDT-
FDGUHVHWHQSULQFLSHFHWWHSDUWHVWG¶DXWDQWSOXVpOHYpH que les cadres syndiqués à la CFDT sont
nombreux. Le SCPVC redistribue ensuite le montant restant aux structures syndicales, fédérales et
UpJLRQDOHVDLQVLTX¶jOD&RQIpGpUDWLRQ 6RXUFH : Rapport Financier, Congrès Confédéral CFDT de
Grenoble, juin 2006. Disponible sur le site Internet de la CFDT). Avant la Charte en question, le
montant de la cotisation était plus élevé pour le cadre que pour le non-cadre et la différence
revenait à la CFDT-cadres, de sorte que les syndicats avaient intérêt à ne pas déclarer leurs cadres
pour conserver le surplus.

324
provenant des cotisations sont plafonnées et stagnent ; la CFDT-cadres est en fait
DPSXWpH G¶XQH SDUWLH GH VHV UHFHWWHV DX QRP GH « la solidarité confédérale »1
décidée par le BNC, les défections que la CFDT a connues entre 2003 et 2006
(inclus) ayant donc moins concerné, semble-t-il, les cadres que les non-cadres.
&HVpOpPHQWVTXDQWLWDWLIVVHPEOHQWGpPRQWUHUODSHUWLQHQFHGHO¶DSSURFKH
multi-FDWpJRULHOOH GH O¶DFWLRQ V\QGLFDOH HW OH FKRL[ GH O¶LQWpJUDWLRQ LQGLIIpUHQFLpH
des FDGUHV DX V\QGLFDOLVPH &)'7 /¶REVHUYDWLRQ GX UDSSRUW DX[ FDGUHV DX VHLQ
des structures « de base » et de « O¶DFWLRQSHUPDQHQWH »2 de la CFDT-cadres pour
légitimer son existence auprès de la Confédération oblige pourtant à relativiser cet
apparent succès. ¬O¶LQYHUVHODVRXSOHVVHVWUXFWXUHOOHGHOD&*7HVWV\QRQ\PHGH
FDSDFLWp PDQLIHVWH j O¶LPSODQWDWLRQ GDQV GHV PLOLHX[ IHUPpV FRPPH OH FRUSV
professionnel du PNC3 &DSDFLWp G¶LPSODQWDWLRQ TX¶LQWHUGLW OD ULJLGLWp GH
O¶RUJDQLVDWLRQGHOD&)'7HWVDFRQFHSWLRn du syndicalisme-cadres4, mais dont les
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UpXVVLWHVVHSDLHQWSOXVFKHUHQFRUHTX¶j%133DULEDV

2.1) Mêler cadres et non-cadres au plan local : le difficile pari de la


CFDT

Les pratiques et la politique conduite par une section ou un syndicat


CFDT diffèrent selon la morphologie professionnelle des adhérents et militants
TXLODFRPSRVHQW8QHUHFKHUFKHUpFHQWHDSHUPLVG¶pWDEOLUTX¶HQFHUWDLQVFDVHWDX

1
Source : Rapport Financier, Congrès CFDT-cadres, Nantes, 2005.
2
Source 5DSSRUWG¶$FWLYLWp&RQJUqV&)'7-cadres, Amiens, 2001.
3
,O IDXW WRXWHIRLV UDSSHOHU LFL TXH O¶KLVWRLUH GH OD &*7 D G¶DERUG pWp FHOOH G¶XQ V\QGLFDOLVPH GH
PpWLHU GRQW O¶KpULWDJH H[SOLTXH DXVVL OD FDSDFLWp j V¶LPSODQWHU DX VHLQ GH FRUSRUDWLRQV
professionnelles.
4
/D&)'7$LU)UDQFHV¶HVWLPSODQWpHWURLVDQVDYDQWO¶8*,&7DXVHLQGHODSURIHVVLRQ31&HQ
1993. Les éléments à disposition attestent une audience dérisoire : en 2001, tandis que la section
UGICT obtenait plus de 15 % des suffrages du personnel navigant (en sachant que les pilotes ne
connaissent pas le syndicalisme confédéré), la CFDT en obtenait à peine 5 %, soit un différentiel
de presque de mille voix (Source : Commission Économique du CCE). Ces mêmes éléments
DWWHVWHQW DXVVL XQ IDLEOH LQWpUrW GH OD FRPPXQDXWp 31& j O¶pJDUG GH OD &)'7 : lors des trois
MRXUQpHV G¶REVHUYDWLRQ GH OD YLH GH OD VHFWLRQ 8*,&7 31& OHV  HW  QRYembre 2005, le 16
GpFHPEUH   OH FRQWUDVWH IXW VDLVLVVDQW HQWUH O¶DFWLYLWp GH OD VHFWLRQ pWXGLpH UpJXOLqUHPHQW
YLVLWpHOHEUXLWHWO¶DJLWDWLRQTXLV¶HQGpJDJHQWHWVHSURORQJHQWGDQVOHFRXORLUHWODVHFWLRQ&)'7
PNC, mitoyenne et en apparence désertique ± en dehors des deux ou trois permanents dont elle
dispose.

325
plan local, une section CFDT majoritairement composée de non-cadres ignore les
aspirations des cadres quand, dominée par des cadres, la section porte seulement
les revendications de ces derniers1$XWUHPHQWGLWOHFKRL[GHO¶LQWHU-catégoriel au
SODQORFDOHVWORLQG¶rWUHWRXMRXUVFRQJUXHQWDYHFODFRQFHSWLRQW\SLTXHPHQWFDGUH
GHO¶DFWLRQFROOHFWLYH&HWte situation est immanente au choix cédétiste quant à la
PDQLqUHG¶RUJDQLVHUOHVFDGUHVV\QGLTXpVHWVHUHWURXYHWUqVFODLUHPHQWDXVHLQGHV
structures CFDT observées dans le cadre de cette recherche.

Le Secrétaire Général de la CFDT-cadres (Francis Faubert), la Trésorière


de la CFDT-cadres, ainsi que le Secrétaire Fédéral des Services responsable du
pôle Assurances (Roger Varra), admettent sans détour les résistances idéologiques
à la prise en charge catégorielle des cadres, en particulier dans les structures qui
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FRPSWHQWSHXG¶DGKpUHQWVFDGUHV :

« Certains syndicats omettent par négligence ou délibérément, il faut


hélas encore le dire, de déclarer leurs cadres. La prise en compte des
cadres dans les plans de développement progresse malgré quelques
dernières hostilités idéologiques isolées. »2

« Il y a parfois, mais de moins en moins, une réticence à déclarer les


FDGUHV QRWDPPHQW GDQV TXHOTXHV IpGpUDWLRQV LQGXVWULHOOHV F¶HVW XQ
UHOHQWRXYULpULVWH³VDODULpVWRXVSDUHLOV´ª (Francis Faubert, Secrétaire
Général de la CFDT-cadres)

« 'DQVO¶DVVXUDQFHFHQ¶HVWSDVXQSUREOqPHPDLVDXQLYHDXGXVDODULDW
globalement, il y a encore certains, y compris dans la CFDT, qui ont un
discours anti-cadres  ³FH VRQW OHV UHODLV GH OD GLUHFWLRQ´ 1RXV GDQV
O¶DVVXUDQFHRQDSDVVpFHFDSRQQ¶HVWSOXVOj-dessus. » (Roger Varra,
Secrétaire Fédéral CFDT des Services)

Le poids des cadres relevant de la Fédération des Services, spécialement au sein


des sections CFDT des Assurances Générales de France (AGF), avait conduit le
Secrétariat de la CFDT-cadres à solliciter le pôle Assurances de la Fédération en
YXHG¶LQWpJUHUDX%XUHDX1DWLRQDOXQFDGUHGXVHFWHXUHQO¶RFFXUUHQFH&ODXGLQH
Tivrel, la responsable de la section CFDT du siège des AGF :

« Sur les cadres, on a été sollicité pour avoir un représentant au bureau


QDWLRQDOGHOD&)'7FDGUHVLOVYRXODLHQWTXHOTX¶XQGHO¶DVVXUDQFH2Q
D XQH FDQGLGDWH &ODXGLQH 7LYUHO« (OOH pWDLW QRWUH UHSUpVHQWDQWH DX

1
F. Piotet (2004), op. cit.
2
Source : Rapport Financier, Congrès CFDT-cadres, Nantes, les 2, 3 et 4 juin 2005.

326
groupe régional de la CFDT-cadres, quand ils ont sollicité la fédération,
RQP¶DDSSHOpHQPHGHPDQGDQWTXL O¶RQSRXYDLWSUHQGUHM¶DL SURSRVp
&ODXGLQH TXL pWDLW G¶DFFRUG » (Michèle Soher, Secrétaire Générale du
Syndicat des Assurances CFDT Transrégional et Île-de-France ± ACTIF)

/¶LQIOXHQFHGHVFDGUHV&)'7DX[$*)H[SOLTXe que les responsables des sections


CFDT de cette entreprise reprennent mot pour mot les revendications définies lors
des Congrès de la CFDT-FDGUHV FRPPH F¶HVW OH FDV GX « GURLW G¶H[SUHVVLRQ »1.
Elle explique aussi que les réalisations de la mandature cédétiste 2004-2006 au
&RPLWpG¶eWDEOLVVHPHQW &( GXVLqJHGHV$*)FRQFHUQHQWHQSULRULWpOHVFDGUHV
(« aide à domicile »« FHTX¶LQGLTXHG¶DLOOHXUV O¶DUJXPHQWGXELHQ-IRQGpG¶XQH
« confiance renouvelée », la « professionnalisation » de la gestion du CE :

« /¶RXYHUWXUH G¶XQ FLQTXLqPH YLOODJH YDFDQFHV O¶DLGH j GRPLFLOH j OD


location, aux seniors, >;@¼GHVXEYHQWLRQVSRXUOHVYR\DJHV><@¼G¶DLGH
jO¶HQIDQFHUHQWUpHVFRODLUHQDLVVDQFHJDUGHV >=@¼SRXUOHVDFWLYLWpV
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GHO¶$VVRFLDWLRQ6SRUWLYHHW&XOWXUHOOHGHV$*)>«@,OIDXWRSWLPLVHUOD
subvention, pérenniser les prestations, garantir votre sécurité, celle de
vos enfants, dans les voyages et les activités. Il faut sans cesse innover et
progresser pour mieux répondre à vos besoins et à vos attentes. Cette
professionnalisation est votre demande, conscients que vous êtes des
ULVTXHVOLpVjO¶DPDWHXULVPHSRXUGHVVXMHWVDXVVLLPSRUWDQWV »2

(QUHYDQFKHODVHFWLRQV\QGLFDOH&)'7GHOD0XWXHOOHG¶$VVXUDQFHVGX&RUSVGH
Santé Français (MACSF), qui relève pourtant du même syndicat professionnel
WHUULWRULDO O¶$&7,)-CFDT) et donc du même organe fédéral que la section
syndicale CFDT du siège des AGF, compte une petite quinzaine de cadres parmi
VD TXDUDQWDLQH G¶DGKpUHQWV 0DLV a contrario des sections CFDT des AGF, la
VHFWLRQ&)'7GHOD0$&6)Q¶DDXFXQOLHQDYHFOD&)'7-cadres, ni ne développe
aucune « action spécifique » jO¶HQGURLWGHFHWWHFDWpJRULHGHVDODULpV /HVFDGUHV
&)'7GHOD0$&6)DJLVVHQWV¶HQJDJHQWFRPPHVDODULpVQRQFRPPHFDGUHV :

« -H Q¶DL SDV de rapport avec la CFDT-FDGUHV MH Q¶HQ FKHUFKH SDV MH
Q¶DLSDVOHWHPSVMHOLVOHXUGRFXPHQWDWLRQTXDQGLOVP¶HQHQYRLHQWPDLV
HQJpQpUDOMHOLVjWRXWHYLWHVVHMHYDLVFKHUFKHUjO¶LQWpULHXUFHTXLSHXW
P¶LQWpUHVVHU3RXUOHUHVWHWRXWFHW DVSHFW VSpFLILFLWpFDGUHMHQHP¶HQ
RFFXSHSDVMHOLVPDLVMHQHP¶LPSOLTXHSDVMHVXLVWURSSULVHDLOOHXUV
>«@ -H QH IDLV ULHQ GX WRXW DX QLYHDX GHV FDGUHV RX LOV YLHQQHQW
VSRQWDQpPHQWRX«MHQHYDLVSDVYRLUOHVFDGUHVHQWRXWFDVSDVHQWDQW

1
Voir supra Chapitre III ± 1.3.
2
Source : Tract recueilli au siège des AGF en décembre 2005.

327
TX¶LOV VRQW FDGUHV« » (Marion Genêt, 50 ans, cadre, promotion interne,
responsable de la section syndicale CFDT de la MACSF)

La section CFDT du siège du Groupe Électricité de France (EDF) ignore autant le


particularisme cadre, même si quelques tentatives (avortées) dHFRQVWLWXWLRQG¶XQ
« réseau cadres » RQWpWppEDXFKpHVVXUO¶LQLWLDWLYHGH3DXO$TXHWFDGUH(')GH
trente-quatre ans devenu, en 2003, permanent de la Fédération Chimie-Énergie
(FCE-CFDT) en charge du développement de la syndicalisation1 :

« Je suis déclarée cadre, je reçois leurs communications ± qui sont très


ELHQG¶DLOOHXUV ± PDLV DXQLYHDXGHPRQWUDYDLOV\QGLFDOMHQ¶DL DXFXQ
OLHQ«MHQ¶DLMDPDLVYXOH6HFUpWDLUHMHQHVDLVSDVTXLF¶HVW«HQIDLWMH
ne sais pas à quoi ça sert la CFDT-FDGUHV«3DUUapport aux cadres, on
DHVVD\pSOXVLHXUVIRLVGHFRQVWLWXHUXQUpVHDXDXQLYHDXGHOD)&(«OD
SUHPLqUH WHQWDWLYH D pWp XQ pFKHF OD VHFRQGH VXU ODTXHOOH MH P¶pWDLV
EHDXFRXSLQYHVWLHoDDpWpXQpFKHFDXVVL«GRQFPDLQWHQDQWMHQHIDLV
plus rien parce qXH PHV FDGUHV PH SUHQQHQW SRXU«PRL PHV FDGUHV VH
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positionnent CFDT, pas CFDT-FDGUHV«RQUHoRLWOHXUUHYXHF¶HVWWRXW


$SUqVFHQ¶HVWSDVDXQLYHDXGHOD&)'7-FDGUHVTXHO¶RQYDQRXVGLUH
GDQVTXHOVHQVRQGRLWQpJRFLHUGHVDFFRUGVTXHFHVRLWGDQVO¶HQtreprise
ou dans la branche. » (Christine Giron, 44 ans, cadre, promotion interne,
UHVSRQVDEOHGHODVHFWLRQV\QGLFDOH&)'7GXVLqJHG¶(')

La CFDT-FDGUHV Q¶D DXFXQ SRXYRLU VXU OHV GLIIpUHQWHV VWUXFWXUHV &)'7


et, dans ce cadre statutaire, ses dirigeants ne peuvent que « souhaiter » TX¶jWRXV
les niveaux de la négociation collective, « O¶H[SUHVVLRQGHVVSpFLILFLWpVGHVFDGUHV
soit garantie »26RQH[LVWHQFHPrPHFRQWUHGLWO¶DPELWLRQGHOD&)'7FRQVLVWDQW
à essayer de porter des revendications qui seraienW XQ SHX SOXV TX¶XQH VLPSOH
DJUpJDWLRQG¶DVSLUDWLRQVFRUSRUDWLYHVRXFDWpJRULHOOHV :

« 6LO¶RQGLWTXHODUHYHQGLFDWLRQHVWXQFRQVWUXLWVRFLDOSDUFHTX¶RQDpWp
capable de dépasser des intérêts éventuellement divergents, on doit
garder une structure comme celle-Oj« VL O¶RQ GLW TXH OD UHYHQGLFDWLRQ
Q¶HVW TXH FH TXH YHXOHQW OHV VDODULpV RQ SHXW RSWHU SRXU XQH VWUXFWXUH
corporatiste, mais nous, on tient beaucoup à une organisation multi-
FDWpJRULHOOHPrPHVLQRXVQ¶DYRQVDXFXQSRXYRLURQQHIDLWTX¶HVVD\HU
GH SDUWDJHU XQH FRQYLFWLRQ >«@ 6L OHV XQLRQV UpJLRQDOHV RX OHV
fédérations ne veulent pas faire de spécifique, on ne peut rien faire. »
(Francis Faubert, Secrétaire Général de la CFDT-cadres)

1
Voir supra Chapitre IV ± 1.1.
2
Source : Résolution Générale, Congrès CFDT-cadres, Amiens, 2001.

328
/D GLIILFXOWp SULQFLSDOH TX¶HQJHQGUH FHWWH RULHQWDWLRQ VWUXFWXUHOOH j O¶pJDUG GHV
FDGUHV WRXFKH DORUV j OD TXHVWLRQ GH OD GpILQLWLRQ G¶XQH SROLWLTXH UHYHQGLFDWLYH
FRKpUHQWHTXLREOLJHGHIDLWjG¶LQFHVVDQWV « arbitrages » :

« Un syndicalisme inter-catégoriel peut difficilement être en même temps


un syndicalisme de FDGUHVFKDTXHIRLVTXHO¶RQVLJQHXQDFFRUGLOIDXW
YHLOOHU j O¶pTXLWp LQWHU-FDWpJRULHOOH F¶HVW GLIILFLOH GH GRQQHU UDLVRQ j
WRXWHV OHV UHYHQGLFDWLRQV LQGLYLGXHOOHV« LO IDXW DUELWUHU >«@ 3RXU OD
VLJQDWXUHG¶XQDFFRUGF¶HVWXQHGpFLVLRQFROOHFWLYHPDLVF¶HVWYUDLTXH
parfois, il faut des choix. » (Roger Varra, Fédération CFDT des Services)

« Il y a un certain nombre de négociations collectives qui font des cadres


XQ SDTXHW j SDUW G¶DXWUHV R OHV FDGUHV VRQW MRXpV SDU WRXW OH PRQGH
comme une variable G¶DMXVWHPHQW >«@ 2Q O¶D YX ORUV GHV QpJRFLDWLRQV
sur la Réduction du Temps de Travail, la RTT, où des organisations
V\QGLFDOHV RQW MRXpOHVVDODULpV FRQWUHOHVFDGUHV«/¶DUELWUDJHQ¶DYDLW
SDVpWpGLVFXWpF¶pWDLWDXVVLSDUFHTXHODVHFWLRQQ¶DYDLWSDVGe cadres et
Q¶pWDLW GRQF SDV UHSUpVHQWDWLYH GX VDODULDW GDQV VD JOREDOLWp dD SRVH
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problème. » (Francis Faubert, Secrétaire Général de la CFDT-cadres)

'DQVOHVIDLWVODGpWHUPLQDWLRQG¶D[HVUHYHQGLFDWLIVTXLFRQWHQWHQWOHVGLIIpUHQWHV
FDWpJRULHV G¶DGKpUHQWV HVW VRXYHQW SUREOpPDWLTXH &¶HVW OH FDV j (') R OHV
cadres, j O¶LQYHUVH GHV QRQ-FDGUHV VHPEOHQW IDYRUDEOHV j O¶RXYHUWXUH GX FDSLWDO
FOLYDJH TXH O¶RQ UHWURXYH SUpFLVpPHQW DX VHLQ GH OD VHFWLRQ &)'7 GX VLqJH GH
O¶HQWUHSULVH :

« La grosse difficulté quH QRXV DYRQV F¶HVW TX¶XQH SDUWLH GH QRV
DGKpUHQWVHVWIDYRUDEOHjO¶RXYHUWXUHGXFDSLWDOO¶DXWUHFRQWUH>«@/H
VRXFL SRXU QRXV F¶HVW GH IDLUH XQH V\QWKqVH HQWUH GHX[ YLVLRQV GH OD
PrPH HQWUHSULVH« OD OLJQH IpGpUDOH F¶HVW G¶rWUH FRQWUH O¶RXYHUWXUH GX
capital, je suis en phase avec cette ligne-Oj >«@ $X GpSDUW GDQV OHV
IRQFWLRQV FHQWUDOHV G¶(') R LO \ D SOXV GH   GH FDGUHV OD &)'7
était majoritaire, cadres et non-cadres confondus. Depuis deux ans, la
CFE-CGC est devenue majoritaire et défend cette thèse que l'ouverture
GXFDSLWDOF¶HVWPLHX[SRXUOHVVDODULpV«XQHSDUWLHGHVDGKpUHQWVVRQW
VXUFHSURILO«OD&*&HVWHQWUDLQGHGHYHQLUSXLVVDQWHHOOHDSULVSDV
mal de voix à la CFDT ces dernières années. » (Christine Giron, section
CFDT du siège d¶(')

/D ULJLGLWp GH O¶RUJDQLVDWLRQ GH OD &)'7 OD FRQFHSWLRQ VRXV-MDFHQWH G¶XQ
IRQFWLRQQHPHQW TXL VH YHXW GpPRFUDWLTXH HQ FH TX¶LO VpSDUH © la totalité des
intérêts locaux » des « intérêts de la totalité », vient décupler les tensions entre
cadres et non-cadres qui adhèrent à une même structure syndicale. À EDF par
exemple, les premiers, minoritaires, doivent se ranger aux vues du plus grand
QRPEUHHQO¶RFFXUUHQFHGHVQRQ-cadres, et cette « VRXPLVVLRQjODPDMRULWpQ¶HVW

329
TXHODFRQVpTXHQFHORJLTXHGHO¶DSSDUWHQDQFHjO¶XQLWpVRFLDOHTXHO¶RQDDIILUPpH
en donnant sa voix », fût-elle « dissidente »1 :

« 2QDOHGURLWGHQHSDVGLUHTXHO¶RQHVW³SRXU´VLO¶RQHVW³FRQWUH´j
OD OLPLWH« PDLV SDU FRQWUH RQ Q¶D SDV OH GURLW GH GLUH ³MH VXLV
FRQWUH´«SDUFHTXHF¶HVW OD PDMRULWpTXLO¶HPSRUWHFKH] QRXV HW RQOD
UHVSHFWHF¶HVWoDODUqJOHGpPRFUDWLTXHXQHPDMRULWppPHUJHRQQHYD
SDVFRQWUHVLQRQRQV¶HQYD » (Michèle Soher, ACTIF-CFDT)

« &HX[ TXL VRQW SRXU O¶RXYHUWXUH GX FDSLWDO LOV VRQW SRXU O¶LQVWDQW
minoritaires donc pour le moment, ils ne disent pas grand-chose, ou ils
suivent le mouvement. » &KULVWLQH*LURQVHFWLRQ&)'7GXVLqJHG¶(')

(QXQVHQVOHVGpIHFWLRQVTX¶DFRQQXHVOD&)'7GHSXLVTXLVHPEOHQWrWUH
SOXW{WOHIDLWG¶DGKpUHQWVQRQ-caGUHVVRQWDXVVLOHSURGXLWG¶XQHFHUWDLQHYLVLRQGH
la démocratie syndicale.
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En dehors des questions de politique syndicale, la cohabitation entre


GLIIpUHQWHV FDWpJRULHV GH VDODULpV DX VHLQ G¶XQH PrPH VWUXFWXUH GHPHXUH DVVH]
ardue au quotidien. Les conflits individuels entre un responsable hiérarchique et
son subordonné peuvent mettre aux prises deux adhérents de la même organisation
V\QGLFDOHHWODSHUVSHFWLYHG¶DGKpUHUGDQVXQV\QGLFDWUHJURXSDQWWRXVOHVVDODULpV
sans distinction de statut est susceptible de rebuter un cadre aux responsabilités
hiérarchiques :

« /H SUREOqPH TXH O¶RQ D SDUIRLV F¶HVW TX¶XQ UHVSRQVDEOH GH VHUYLFH
DGKpUHQW GH OD &)'7 SHXW HQWUHU HQ FRQIOLW DYHF O¶XQ GH VHV
VXERUGRQQpV«TXLHVWDXVVLXQDGKpUHQW ! Dans ces cas-OjF¶HVWà nous
GH GpVDPRUFHU« QRUPDOHPHQW FH Q¶HVW SDV WURS FRPSOLTXp SDUFH TXH
V¶LOV VRQW DGKpUHQWV WRXV OHV GHX[ F¶HVW TX¶LO \ D GpMj PR\HQ GH OHXU
SDUOHU«PDLVLO\DGHVFDGUHVTXLQHVHV\QGLTXHQWSDVSDUFHTX¶LOVQH
veulent pas rencontrer des gens de leur service. » (Claudine Tivrel, 50
ans, cadre diplômée, responsable de la section syndicale CFDT du siège
des AGF)

3DUDLOOHXUV OHIDLWGHUpSRQGUHG¶XQHSROLWLTXHUHYHQGLFDWLYHGpWHUPLQpH SDUGHV


SHUPDQHQWVV\QGLFDX[TXLQHVRQWSDVQpFHVVDLUHPHQWFDGUHVQ¶est pas sans poser
problème aux cadres qui les portent sur les lieux de travail :

« -HQHVXLVSDVFDGUHXQHIRLVXQ'pOpJXp6\QGLFDO&HQWUDO '6& P¶D


UHJDUGp DYHF GHV JUDQGV \HX[« LO pWDLW FDGUH LO SDUWDLW HQ UHWUDLWH LO

1
G. Simmel (1908), « Domination et subordination. Excursus sur le vote majoritaire », op. cit.

330
DYDLW SUpSDUp VD UHOqYH LO P¶DSSHOOH HQ GLVDQW ³YRLOj MH YRXGUDLV WH
présenter la personne à qui je pense pour me remplacer, est-ce que tu
YRXGUDLVYHQLUDXFRQVHLO´«M¶DLGLW³G¶DFFRUG´«LOPHGLWTX¶LO\DXQ
SUREOqPH M¶DL SHQVp j XQ SUREOqPH IDPLOLDO  HW LO PH GLW ³LO Q¶HVW SDV
FDGUH´ -¶DLKXUOpGHULUH -¶DLGLW³HWDORUV "´,OPHGLW³FHQ¶HVWSDV
SRVVLEOHTX¶LOVRLW'6&LOQ¶HVWSDVFDGUH´«MHOXLDLGLW³RQQ¶HVWSDV
REOLJpG¶rWUHFDGUHPRLM¶pWDLV'6&GHPDERvWHHWMHQ¶pWDLVSDVFDGUH´
³4XRL "7XQ¶pWDLVSDVFDGUH ? Mais ? Tu es passée cadre quand "´³-H
ne suis jamais passée cadre, je ne devais pas être si incompétente que ça
puisque maintenant je suis Secrétaire de ton syndicat ´ dD O¶D
KRUULEOHPHQW FKRTXp« ,O pWDLW GDQV XQH RSWLTXH KLpUDUFKLTXH« LO
défendait très bien les non-FDGUHV PDLV LO DYDLW GDQV OD WrWH XQ F{Wp«
GRQFGHVDYRLUTXHM¶pWDLVVHFUpWDLUHJpQpUDOHGHVRQV\QGLFDWTX¶LODYDLW
YRWpSRXUPRLHWTXHMHQ¶pWDLVSDVFDGUH«LOPHGLW³SRXUTXRLWXQHO¶DV
pas dit "´ 7RXWOHPRQGHOHVDYDLWSRXUWDQW« » (Michèle Soher, ACTIF-
CFDT)

Les responsables de la CFDT-FDGUHVXVHQWGHOHXUVTXHOTXHVPDUJHVGHPDQ°XYUH


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VWDWXWDLUHVSRXUMXVWLILHUXQHH[LVWHQFHDQWLQRPLTXHDYHFO¶RULHQWDWLRQFRQIpGpUDOH
Orientation dont les écueils se traduisent par la construction G¶HVSDFHVFDWpJRULHOV
dans les Fédérations et les Unions Régionales Inter-Professionnelles (URI). Dès le
début des années 1980, les cadres de la CFDT jugèrent « nécessaire » de clarifier
« OHVPRGHVG¶RUJDQLVDWLRQ » GHO¶DFWLRQV\QGLFDOHGHVFDGUHV1. Cette clarification
V¶HVW IDLWH GDQV XQ VHQV FDWpJRULHO GpERXFKDQW VXU OD FUpDWLRQ GH *URXSHPHQWV
Fédéraux Cadres (GFC) et de Commissions Régionales Cadres (CRC) ± devenues
récemment Commissions Inter-professionnelles Cadres (CIC). Le principe de leur
existence, rappelons-le, IXWSRVpDX&RQJUqV&RQIpGpUDOG¶$QQHF\HQ9LQJW
ans après, la structuration de ces îlots catégoriels est toujours problématique. Car,
VLODRQ]LqPHPDQGDWXUHGHO¶8&& -2005)2 fut marquée par la conclusion de
partenariats avec certaines fédérations et régions, lesquels avaient pour dessein de
IDYRULVHUO¶DGKpVLRQHWO¶LPSOLFDWLRQUHYHQGLFDWLYHGHVFDGUHVV\QGLTXpVOD&)'7-
cadres reste encore largement tributaire de la bonne volonté des organisations
professionnelles et territorLDOHV HQ PDWLqUH GH PLVH HQ °XYUH HIIHFWLYH G¶XQH
politique cadre.
Lors du Congrès de Nantes (les 2, 3 et 4 juin 2005), les positions des
différents mandataires fédéraux quant aux modalités de la prise en charge des

1
Source : Revue Cadres CFDT n°301, novembre-décembre 1981. Citée par G. Groux (1984) op.
cit.
2
'pEXWpH DX &RQJUqV G¶$PLHQV   5DSSHORQV TXH F¶HVW ORUV GH FH &RQJUqV TXH O¶8QLRQ
Confédérale des Cadres CFDT a été rebaptisée « CFDT-cadres ».

331
FDGUHV VH OLVDLHQW j O¶DXQH GH OD WDLOle du contingent cadre au sein des effectifs
adhérents de la structure considérée, mais aussi à certains détails, par exemple le
IDLWG¶LQYHFWLYHUO¶DVVHPEOpHSDUOHWHUPH© camarades » plutôt que « collègues ».
Le jeudi 2 juin, la représentante de la Fédération CFDT des Mines et Métallurgie
(FGMM), arguant de la porosité des frontières entre cadres et non-cadres, avertit
HQWULEXQHGXGDQJHUG¶XQHGpULYHFDWpJRULHOOHGXV\QGLFDOLVPH&)'7HWV¶pWRQQD
TX¶XQ DPHQGHPHQW SURSRVp SDU VD )pGpUDWLRQ Q¶DLW SDV pWp retenu par le Bureau
National de la CFDT-cadres :

« /¶8&& LQWHUSHOOH OHV IpGpUDWLRQV VXU OD YLVLELOLWp HW OHV PR\HQV
ILQDQFLHUV TX¶HOOHV GRLYHQW GpSOR\HU TXDQW j OD V\QGLFDOLVDWLRQ HW j OD
UHSUpVHQWDWLRQGHVFDGUHV6RQU{OHHVWG¶DLGHUOHVIpGpUDWLRQVHWles URI
dans la prise en charge de la spécificité cadre, mais cela doit se faire
GDQVOHUHVSHFWGXIpGpUDOLVPHHWGHO¶DXWRQRPLHGHVGpFLVLRQVTXLQRXV
appartiennent. »
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

/HVGpFLVLRQVDUUrWpHVDX&RQJUqVGH1DQWHVFRQILUPHQWQpDQPRLQVO¶RULHQWDWLRQ
prise TXDWUH DQV SOXV W{W DX &RQJUqV G¶$PLHQV G¶XQH SRXUVXLWH GHV SDUWHQDULDWV
contractuels entre la CFDT-cadres et les Fédérations et URI. Le seul amendement
débattu et retenu lors du Congrès, proposé le 3 juin par la Fédération CFDT des
Postes et des Télécoms (FUPT), visait au « renforcement » desdits partenariats, au
PR\HQG¶XQHORJLTXHGHPDQGDWHPHQW&DUMXJHDOHUHSUpVHQWDQWGHOD)837OHV
&,&HWOHV*)&DORUVFRPSRVpVG¶DGKpUHQWVHWQRQGHFDGUHVPDQGDWpVSDUOHXUV
V\QGLFDWVRXVHFWLRQVV\QGLFDOHVG¶HQtreprise, étaient, de fait, trop peu reconnus au
sein des structures régionales et professionnelles ± FHjTXRLO¶DPHQGHPHQWGHYDLW
GRQFUHPpGLHU/HUHSUpVHQWDQWGHOD)837SUpVHQWDG¶DERUGVDIpGpUDWLRQFRPPH
XQHVWUXFWXUHjO¶DYDQW-garde de la prise en compte des cadres :

« 16,5 % de nos adhérents sont des cadres et notre présence parmi les
FDGUHV HVW XQH QpFHVVLWp SRXU O¶RUJDQLVDWLRQ V\QGLFDOH VXUWRXW VL O¶RQ
FRQVLGqUH O¶pYROXWLRQ GH OD SRSXODWLRQ VDODULpH GDQV QRV VHFWHXUV »
(Représentant de la FUPT, Congrès CFDT-cadres de Nantes, le vendredi
3 juin 2005)

La « présence parmi les cadres » étant une « nécessité » pour le syndicalisme


&)'7 FH UHVSRQVDEOH IpGpUDO VLJQLILD HQVXLWH VD YRORQWp G¶DPSOLILHU OHV PR\HQV
G¶DFWLRQ GHV *)& HW GHV &,& VD GpWHUPLQDWLRQ j OHXU FRQIpUHU SDU OH ELDLV G¶XQ
mandatement fédéral ou régional, une reconnaissance, une légitimité et une
autonomie (notamment financière) accrues :

332
« /HXUDFWLRQSRXUUDLWV¶LQVFULUHGDQVOHFDGUHG¶XQPDQGDWSUpFLVDQWOHV
objectifs, les modalités de leur fonctionnement (y compris matériels)
DLQVLTXHOHVPRGDOLWpVG¶pYDOXDWLRQGHOHXUDFWLRQ »

Les GFC et les CIC, quoique toujours subordonnés à leur fédération et union
UpJLRQDOHUHVSHFWLYHYHUUDLHQWG¶DSUqV OHGpIHQVHXUGHO¶DPHQGHPHQW OHVWHUPes
GHOHXUDFWLRQIRUPDOLVpVHWGLVSRVHUDLHQWGRQFGHVPDUJHVGHPDQ°XYUHODLVVpHV
par le mandat. Et, dans la mesure où le mandatement prévoit l'allocation de
moyens, une part du budget fédéral ou régional leur serait attribuée. Les CIC et les
GFC resteraient intégrés aux structures professionnelles et locales de la CFDT,
mais chacun de ces Groupes, chacune de ces Commissions Cadres serait aussi plus
nettement distinct(e) de sa structure mandante, fédérale ou régionale. Selon Luc
Mirard (Secrétaire National de la CFDT-FDGUHV OHUDSSRUWHXUGHO¶DPHQGHPHQW
retenir la proposition de la FUPT signifiait simplement la traduction, dans les faits,
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

de la reconnaissance statutaire déjà ménagée à ces Groupes et Commissions. En


HIIHWYRWHUHQIDYHXUGHO¶DPHQGHPHQWallait implicitement obliger les fédérations
et les régions encore rétives à la prise en charge spécifique des cadres à se doter
G¶XQ*)&RXG¶XQH&,& :

« À quoi servirait une structure flottante, un club cadre, sans port


G¶DWWDFKH " 1RXV Q¶DYRQV SDV YRFDWion à multiplier les cafés du
FRPPHUFHRLOIDLWERQUHIDLUHOHPRQGHHWV¶pSDQFKHUVXUOHWULVWHVRUW
GHVFDGUHV/DFRQYLYLDOLWpDGXERQPDLVFHQ¶HVWSDVOHSULQFLSHDFWLI
de notre syndicalisme. » (Luc Mirard, 46 ans, ingénieur diplômé,
Secrétaire National de la CFDT-cadres issu de la RATP, Congrès CFDT-
cadres de Nantes, le vendredi 3 juin 2005)

/DVHXOHUpVHUYHpPLVHWRXFKDLWjO¶DEVHQFHSRVVLEOHG¶LPSOLFDWLRQGHODVWUXFWXUH
PDQGDQWH/¶XVDJHGXFRQGLWLRQQHO « pourrait ») avait alors pour vertu de laisser
ODSRVVLELOLWpG¶XQHGLYHUVLWpGHUHODWLRQVHQWUHODIpGpUDWLRQODUpJLRQHWVRQ*)&
 VD &,& 3RXU OHV FRQJUHVVLVWHV GH 1DQWHV F¶pWDLW ELHQ OD IRUPDOLVDWLRQ GH OD
UHODWLRQ VRQ RIILFLDOLVDWLRQ SRXU DLQVL GLUH TXL LPSRUWDLW /¶DPHQGHPHQW SRXU
OHTXHOOH%XUHDX1DWLRQDOVRUWDQWDYDLWpPLVXQDYLVG¶DXWDQWSOXVIDYRUDEOHTX¶LO
FRUUHVSRQGDLWjO¶LQWpUrWGHOD&)'7-cadres vis-à-vis de la CFDT, fut massivement
adopté par les cadres de la CFDT réunis à Nantes en juin 2005, 99,21 % des
mandats expriméVO¶D\DQWHQHIIHWDSSURXYp

333
2.2) Corporatisme, développement syndical HW«PLOLWDQWLVPHLGpRORJLTXH
la section syndicale UGICT PNC Air France

(QWUHOD/LEpUDWLRQHWOHGpEXWGHVDQQpHVO¶RUJDQLVDWLRQGXWUDYDLO
à Air France se décrit en hiérarchie nobiliaire de corps de métiers. Ces métiers
VRQWVRXWHQXVSDUXQVWDWXWGXSHUVRQQHOJDUDQWLSDUO¶eWDWHWRIIUDQWGHQRPEUHX[
avantages salariaux. La noblesse des différents corps de métier (indiquée de
PDQLqUH V\PEROLTXH SDU OH UDSSRUW SK\VLTXH j O¶DYLRQ  HW OH GHJUp G¶DXWRQRPLH
GDQVO¶DFWHGHWUDYDLOGHOHXUVWLWXODLUHVYDULHQW sur le critère du tribut technique à
la sécurité en cabine et à la sûreté du vol1 /¶$FWH 8QLTXH GH  LQVWDXUDQW
O¶RXYHUWXUHjODFRQFXUUHQFHGHVVHFWHXUVIUDQoDLVHWHXropéen du transport aérien,
a conduit les États à se dessaisir de leur capacité de régulation de leurs marchés
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

QDWLRQDX[ UHVSHFWLIV /¶LQGXVWULH DpURQDXWLTXH IUDQoDLVH V¶HVW UHVWUXFWXUpH DXWRXU


GHVRQFKDPSLRQQDWLRQDOHWOHVPRGDOLWpVG¶RUJDQLVDWLRQGHOD production ont été
O¶REMHW G¶XQH UpDSSURSULDWLRQ GLULJHDQWH LQYRTXpH DX QRP G¶XQH QpFHVVLWp j
rationaliser le travail2. La sujétion des métiers aux orientations stratégiques de
O¶HQWUHSULVHVHWUDGXLWGDQVOHVIDLWVSDUODIUDJPHQWDWLRQGHODSURGXFWLRQdu vol en
centres de résultats qui traversent les frontières des communautés professionnelles,
OD ILOLDOLVDWLRQ GHV DFWLYLWpV pORLJQpHV GX F°XU GH PpWLHU HW OH UHQIRUFHPHQW GH
O¶LQGLYLGXDOLVDWLRQGHODUHODWLRQG¶HPSORL'HSXLVODPLVHHQSODFHGXSODQ%ODnc
(1994-  OHV PpWLHUV QH VRQW SOXV OH YHFWHXU GH O¶RUJDQLVDWLRQ GX WUDYDLO QH
VRQWSOXVDXSULQFLSHGHODGpILQLWLRQGHVTXDOLILFDWLRQVGHVVDODULpVGHO¶HQWUHSULVH
/H SDVVDJH G¶XQH HQWUHSULVH KLHU IOHXURQ GH O¶LQGXVWULH DpURQDXWLTXH QDWLRQDOH j
une entreprise « comme les autres », devant « V¶DGDSWHU » au contexte de la
régulation concurrentielle « ou mourir » VHORQOHVWHUPHVGX3ODQ%ODQF QHV¶HVW

1
P. Rozenblatt et L. M. Barnier, Ceux qui croyaient au ciel. Enjeux et conflits à Air France, Paris,
Syllepse, Coll. « Présent Avenir », 1996.
2
Dès 1990, Air France, Air Inter, Air Charter et UTA forment le Groupe Air France, constitué en
Holding par un décret de juillet 1994. En février 1999, le GrouSH IDLWO¶REMHWG¶XQH SULYDWLVDWLRQ
SDUWLHOOH 'HSXLV O¶2IIUH 3XEOLTXH G¶eFKDQJH 23(  $LU )UDQFH  ./0 GH  $LU )UDQFH HW
KLM sont deux sociétés opérationnelles, deux filiales, détenues à 100 % par le Groupe Holding
$LU )UDQFH  ./0 /¶eWDW IUDQoDLV QH GpWLHQW SOXV TXH   G¶XQ FDSLWDO GHYHQX j KDXWHXU GHV
deux tiers, propriété de Fonds privés )RQGVG¶LQYHVWLVVHPHQWIUDQoDLVHWpWUDQJHUVHWDFWLRQQDULDW
particulier (Source : Air France).

334
pas fait sans heurts1. Mais les métiers navigants sont ceux qui, ne serait-FHTX¶HQ
raison de leurs caractéristiques intrinsèques, ont le mieux résisté aux conséquences
du morcellement des métiers en centres opérationnels dont les contours et objectifs
sont spécifiés au gré des orientations stratégiques de la Direction. Au-delà de la
quintessence nomade de leur activité, les navigants commerciaux (PNC) forment
aussi un groupe professionnel parmi les plus structurés G¶$LU)UDQFHOH6\QGLFDW
National des Pilotes de Ligne (SNPL) a été créé en 1947 et le Syndicat National
des Personnels Navigants Commerciaux (SNPNC), en 1954. À titre de
FRPSDUDLVRQ OH 6\QGLFDW 1DWLRQDO GHV 0pFDQLFLHQV DX 6RO GH O¶$YLDWLRQ &LYLOH
(SNMSAC), représentant le métier au sol le plus « noble ªQHO¶DpWpTX¶HQ
2XWUHODFUpDWLRQGX6131&HVWDXVVLO¶DQQpHGHO¶LQVWDuration du
Certificat Sécurité Sauvetage (CSS), titre professionnel délivré par la Direction
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

*pQpUDOHGHO¶$YLDWLRQ&LYLOH '*$& TXLIRUPDOLVHOHU{OHGX31&HQPDWLqUHGH


VpFXULWp j ERUG GH O¶DYLRQ /¶DFFqV HW O¶H[HUFLFH GH OD SURIHVVLRQ QDYLJDQWH
commerciale sont assujettis à son obtention2 /¶DQQpHHVW GRQFO¶DQ ,GHOD
profession O¶DFWLYLWpGHVWHZDUGHWG¶K{WHVVHGHO¶DLUHVWUHFRQQXHHWUpJOHPHQWpH
SDU O¶eWDW RUJDQLVpH HQ SURIHVVLRQ KRPRJqQH LUUpGXFWLEOH j XQH HQWUHSULVH
particulière, soutenue par un syndicat unique et portée par une qualification
WHFKQLTXH /HV SUDWLFLHQV VH YRLHQW GpFHUQHU OD UHVSRQVDELOLWp G¶HQ GpILQLU OHV
contours OHMXU\GpFLGDQWGHO¶REWHQWLRQGXFHUWLILFDWSDUOHFDQGLGDWHVWFRPSRVp
de personnels navigants cadres et maîtrises (Instructeurs, Chefs de Cabine). Les
entreprises sont réglementairement astreintes à produire des vols dans lesquels le

1
Pour mémoire, rappelons le conflit inter-FDWpJRULHOGHO¶DQnée 1993, engendré par le second Plan
GH 5HWRXU j O¶eTXLOLEUH 35e   SURSRVp SDU %HUQDUG $WWDOL SUpGpFHVVHXU GH &KULVWLDQ %ODQF DX
SRVWHGH3'*G¶$LU)UDQFH
2
'DQV OH FDGUH GH O¶KDUPRQLVDWLRQ HXURSpHQQH GHV FRQGLWLRQV G¶DFFqV j O¶HPSORL GH QDYLJDQW
comPHUFLDOOH&66GRLWrWUHVXSSODQWpSDUOH&HUWLILFDWGH)RUPDWLRQjOD6pFXULWp &)6 jO¶pWp
2008 (Source : DGAC Règlement CE n°1899 / 2006, publié en décembre 2006 et modifiant le
règlement CE n°3922  $XPRPHQWGHO¶HQTXrWHGHWHUUDLQF¶HVW-à-dire en 2005, la tendance à
O¶KDUPRQLVDWLRQ GHV TXDOLILFDWLRQV SRXYDLW VLJQLILHU OD GLVSDULWLRQ SXUH HW VLPSOH GX &66 OHV
QDYLJDQWVFRPPHUFLDX[IUDQoDLVILJXUDQWHQHIIHWSDUPLOHVSOXVTXDOLILpVG¶(XURSH/DVXSSUHVVLRQ
éventuelle de la barrière historique j O¶HQWUpH GX PpWLHU HW VRQ FRUROODLUH OD GpQpJDWLRQ GH VRQ
WULEXW HQ WHUPHV GH VpFXULWp HQ FDELQH pWDLHQW DORUV GpQRQFpV SDU O¶HQVHPEOH GHV RUJDQLVDWLRQV
syndicales du PNC. Mais il semble que ce danger ait depuis été écarté, au moins provisoirement, le
nouveau règlement précisant que « les pays ayant une réglementation plus élevée en matière de
FHUWLILFDWLRQTXHO¶DWWHVWDWLRQ(XURSpHQQHSHXYHQWFRQVHUYHUOHXUSDUWLFXODULWpQDWLRQDOH » (Sous-
partie O, Annexe III du règlement CE n°1899 / 2006). À certains égards, le CFS, toujours délivré
par la DGAC, est même plus contraignant encore que le CSS : il comprend des formations
auparavant inexistantes, comme la formation à la gestion des passagers agressifs ou au transport de
matières dangereuses.

335
contingent de PNC titulaires du certificat est déterminé et majoritaire. La
UHFRQQDLVVDQFH GH O¶DFWLYLWp QDYLJDQWH FRPPHUFLDOH en profession est achevée en
 SDU O¶DIILOLDWLRQ GX 31& j OD &DLVVH GH 5HWUDLWH GX 3HUVRQQHO 1DYLJDQW
&531  SDUWDJpH DYHF OHV SLORWHV /¶RUJDQLVDWLRQ GX WUDYDLO j $LU )UDQFH GH OD
Libération à la fin des années 1980, dans un contexte où la sûreté des vols est déjà
DXIRQGHPHQWGHO¶DFWLYLWpGHOD&RPSDJQLHSXEOLTXHH[SOLTXHTXHOHVQDYLJDQWV
FRPPHUFLDX[RUJDQLVpVDLHQWPLVO¶DFFHQWVXUOHXUWULEXWVpFXULWDLUHHQFDELQHSRXU
« V¶pWDEOLU »1 HQ SURIHVVLRQQHOV /D VXERUGLQDWLRQ GH O¶HPEDXFKH j OD SRVVHVsion
G¶XQFHUWLILFDWWHFKQLTXHD\DQWSRXUREMHWODV€UHWpGHVYROVHWODVpFXULWpHQFDELQH
DG¶DLOOHXUVpWpUHYHQGLTXpHDXGpWULPHQWG¶DXWUHVFRPSRVDQWHVGHO¶DFWLYLWpSDUPL
lesquelles le savoir hôtelier, qui fut pourtant le premier soubassement au travail de
steward2.
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

&RPSUHQDQWGHQRPEUHXVHVpSUHXYHVUHODWLYHVjODJHVWLRQG¶XQLQFHQGLH
aux procédures de sauvetage en mer, de secourisme en cabine, ou même aux
FDUDFWpULVWLTXHV WHFKQLTXHV GHV GLIIpUHQWV W\SHV G¶DYLRQ VXU OHVTXHOV K{WHVVHV GH
O¶DLU HW VWHZDUGV VRQW VXVFHSWLEOHV G¶H[HUFHU OH &66 HVW O¶H[SUHVVLRQ G¶XQH
WHFKQLFLVDWLRQ IRUPHOOH PLQLPDOH PDLV XQLIRUPH GH O¶H[HUFLFH VWDQGDUG GH
O¶DFWLYLWpQDYLJDQWHFRPPHUFLDOH6¶LO IDXW GpMjHQWUHUGDQV OHVFULWqUHV SK\VLTXHV
requis par les Compagnies aériennes pour postuler à un emploi de navigant
commercial et exercer la profession, ces critères ne prévalent plus seuls. Les
TXDOLWpV WUDGLWLRQQHOOHV JUDQGH WDLOOH ERQQH SUpVHQWDWLRQ IDFLOLWp G¶pORFXWLRQ« 
VRQW FRPSHQVpHV SDU O¶H[LVWHQFH G¶XQ FHUWLILFDW G¶État, attestant une activité de
WUDYDLOTXLGRUpQDYDQWQHVDXUDLWV¶H[HUFHUVDQVODGpWHQWLRQGHVDYRLUVWKpRULTXHV
et pratiques relatifs à la sécurité des passagers.
Les navigants commerciaux, en donnant sens à leur activité au plan de la
branche du tUDQVSRUW DpULHQ RQW VXLYL O¶H[HPSOH GHV SLORWHV /H FDUDFWqUH
pOpPHQWDLUHGHO¶DSSUHQWLVVDJHGHODSURIHVVLRQQDYLJDQWHFRPPHUFLDOHQHSHUPHW
FHSHQGDQWSDVGHUpHOOHPHQWODIRQGHUVXUODPDvWULVHG¶XQVDYRLU© expert ªF¶HVW-

1
E. C. Hughes (1963), « Les professions établies », Le regard sociologique. Essais choisis. Textes
rassemblés et présentés par Jean-Michel Chapoulie3DULVeGGHO¶(+(66
2
/HVSUHPLqUHVK{WHVVHVGHO¶DLURQWpWpOHV,QILUPLqUHV3LORWHV6HFRXULVWHVGHO¶$LU ,PSA) que la
Croix-5RXJH )UDQoDLVH PvWj ODGLVSRVLWLRQG¶$LU)UDQFHHQHWGRQWO¶DSSRUWLQLWLDOWHQDLWj
cette présence rassurante en cabine, légitimée par la certification médicale. En revanche, les
SUHPLHUV VWHZDUGV pWDLHQW LVVXV GH O¶XQLYHUV K{WHOLer. Voir : L. M. Barnier, « Personnel navigant
FRPPHUFLDOG¶XQVDYRLULQWXLWLIjXQVDYRLUG¶H[SHUWLVH », Formation Emploi n°67, 1999, pp. 25-
46.

336
à-dire un savoir technique quLOXLVHUDLWVSpFLILTXHTXLODGpILQLUDLWjO¶H[FOXVLRQ
de tout autre segment professionnel1. En vol, le PNC garantit la sécurité par sa
SUpVHQFH SOXV TX¶LO QH OD SURGXLW SDU OD PLVH HQ °XYUH GH WHFKQLTXHV GH WUDYDLO
soutenues par un savoir professionnel formel2. En dépit de la professionnalisation
GH O¶DFWLYLWp QDYLJDQWH FRPPHUFLDOH OD TXDOLILFDWLRQ GX 31& HQ PDWLqUH GH
sécurité en cabine imposent toujours la possession de qualités naturelles : maîtrise
de soi, résistance physique et nerveuse, capacité d'adaptation et de réaction. Les
savoir-faire et savoir-être propres aux questions de sécurité mêlent « savoir
réagir »3 et « savoir-faire organisationnel »4, perpétuellement enrichis par la
pratique et ressassés par la formation continue5. Le corps professionnel PNC est
donc constitué « sur une base imparfaite », « la sécurité [étant] un rôle plutôt
TX¶XQHTXDOLILFDWLRQ »6. Le décalage entre rôle et qualification relatifs à la sécurité
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

SURFqGHGXFDUDFWqUHjODIRLVVRPPDLUHHWVWUDWpJLTXHGHO¶RSpUDWLRQWechnique du
travail  ELHQ IHUPHU XQH SRUWH Q¶HVW SDV HQ VRL TXHOTXH FKRVH GH FRPSOLTXp ;
PDLVGDQVXQDYLRQpYROXDQWjGL[PLOOHPqWUHVG¶DOWLWXGHF¶HVWYLWDO'qVORUVOH
QLYHDXGHUHFRQQDLVVDQFHVXVFHSWLEOHG¶rWUHDFFRUGpDX[K{WHVVHV HW VWHZDUGVHst
G¶DXWDQW SOXV pODVWLTXH TXH TXLFRQTXH SHXW LQWULQVqTXHPHQW SRVVpGHU OHV TXDOLWpV

1
C. Paradeise, « Rhétorique professionnelle et expertise », Sociologie du travail, Vol. 27, n°1 ±
1985, pp. 17-31.
2
/¶DSSUHQWLVVDJHSUpDODEOHDX[H[DPHQVWKpRULTXHHWSUDWLTXHGHVpFXULWpVDXYHWDJHHVWIDFXOWDWLI
et très court (respectivement deux semaines de trente-six heures et quarante heures réparties sur six
MRXUV /RUVTX¶LODVDWLVIDLWDX[pSUHXYHVWKéoriques (QCM) et pratiques (natation, secourisme), le
lauréat est astreint à un stage de validation de soixante heures de vol. Pour occuper un poste de
PNC, il doit encore passer un concours interne à la Compagnie susceptible de le recruter. Le PNC
est enVXLWHIRUPpSDUOD&RPSDJQLHTXLO¶HPSORLHVXUXQW\SHG¶DYLRQSUpFLVHWFHWWHIRUPDWLRQHVW
UHQRXYHOpH WRXV OHV TXLQ]H PRLV GDQV OH FDGUH G¶XQ VWDJH GLW GH « Maintien des Compétences ».
)RUWGHFHWHQVHPEOHG¶DWWHVWDWLRQVSURIHVVLRQQHOOHVOH31&HVWDORUVHQSpULRGHG¶HVVDLSRXUVL[
mois, au terme desquels il entre en classe « adaptation ». Il est censé y parfaire son apprentissage
SHQGDQWXQDQPLQLPXP&HWDSSUHQWLVVDJHHQVLWXDWLRQG¶XQHGXUpHWRWDOHG¶XQDQHWGHPLUpYqOH
la nature essentiellement pratique, empirique, des techniques de travail du PNC.
3
L. M. Barnier (1999), art. cit.
4
M. Ortun, « Le savoir-IDLUH RUJDQLVDWLRQQHO G¶XQH K{WHVVH GH O¶DLU », 6pPLQDLUH GH O¶eFROH GH
Paris du Management, 2004.
5
/D IRUPDWLRQ FRQWLQXH Q¶HVW SDV XQ Dpprofondissement des connaissances initiales certifiées et
GHVSUDWLTXHVDSSULVHVHQVLWXDWLRQGHWUDYDLOTXLV¶DUWLFXOHUDLWjXQHSURJUHVVLRQGDQVODKLpUDUFKLH
GHODSURIHVVLRQHWGHO¶HQWUHSULVHPDLVXQPR\HQG¶LQFRUSRUDWLRQVXUOHPRGHGHODUpSpWLWion et
du conditionnement, des linéaments de la profession. Ces rudiments épousent à quelques nuances
près la prescription du travail en cabine, elle-même enrichie des divers « UHWRXUV G¶H[SpULHQFH »
VXVFHSWLEOHVGHV¶H[SULPHUORUVGHFHVVHVVLRQVSODQLILpes de perfectionnement.
6
L. M. Barnier (1999), art. cit.

337
QpFHVVDLUHV j O¶H[HUFLFH SURIHVVLRQQHO PrPH VL O¶DFWH GH WUDYDLO QDYLJDQW
commercial revêt un aspect quasi-immuable, quelles que soient les réorganisations
jO¶°XYUHGDQVO¶HQWUHSULVH

/HV QDYLJDQWV FRPPHUFLDX[ V¶pWDLHQW LQYHVWLV HQ JUDQG QRPEUH GDQV OD
PRELOLVDWLRQFRQWUHODVHFRQGHPRXWXUHGX3ODQGH5HWRXUjO¶eTXLOLEUHHWIXUHQW
même parmi les catégories ayant le plus rejeté le référendum de 1994, organisé par
ChristLDQ %ODQF OH 3'* GH O¶pSRTXH1. Le conflit ayant spécifiquement concerné
OHVQDYLJDQWVFRPPHUFLDX[G¶$LU)UDQFHQ¶pFODWDFHSHQGDQWTX¶DXFRXUVGXPRLV
de janvier 1996. Son objet fut le projet « PNC autrement » défendu par Christian
Blanc, lequel instaurait OHSULQFLSHG¶XQHPRELOLWpUDSLGHGHV31&YHUVOHVHPSORLV
DXVROHWDXJPHQWDLWDXVVLOHFRQWLQJHQWG¶KHXUHVGHYROPHQVXHOOHVTXLSDVVDLWGH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

soixante-sept à soixante-TXLQ]H KHXUHV &H SURMHW VLJQLILDLW VXUWRXW O¶LQWURGXFWLRQ


G¶XQHGRXEOHpFKHOOHGHVDODires (B-scale, en jargon PNC) imposant la révision à la
baisse de la rémunération de base du personnel embauché après la date du 31
décembre 1995. Cette double échelle des salaires cristallisait ainsi la moindre
« estimation » de la « valeur sociale des opérations techniques du travail »2 de
navigant commercial, ayant aussi indiqué la possible, probable, réminiscence de la
FRQGLWLRQG¶K{WHVVHGHO¶DLUDX[TXDOLWpVH[FOXVLYHPHQWQDWXUHOOHVPDOUpWULEXpHHW
au statut peu valorisé, sans guère de perspectives de carrière à long terme.
/¶LQWURGXFWLRQ GH OD GRXEOH pFKHOOH GH VDODLUHV HQWUDvQD DXVVLW{W GH
QRPEUHXVHVJUqYHVGX31&&HVJUqYHVLQLWLpHVSDUO¶81$&V\QGLFDWFRUSRUDWLI
GLVVLGHQWGX6131&HWSDUODVHFWLRQV\QGLFDOH8*,&731&FUppHjO¶RFFDVLRQ
du conflit, ont duré une cinquantaine de jours effectifs et entraîné la négociation et
ODFRQFOXVLRQDQWLFLSpHVG¶XQQRXYHODFFRUG3. Cet accord a réunifié le personnel en
XQHJULOOHXQLTXHjSDUWLUG¶XQVHXLOGpWHUPLQpG¶DQFLHQQHWpPDLVODLVVHVXEVLVWHU
O¶pFDUWLQLWLDOGXQLYHDXGHVDODLUHjO¶HPEDXFKH&RQWUDLUHPHQWjO¶81$&TXLIXW
WRXWDXVVLUDGLFDOHTXHO¶8*,&731&GDQVVDOXWWHFRQWUHFHWWHGRXEOHpFKHOOHOHV
GpOpJXpV31&GXV\QGLFDW8*,&7$LU)UDQFHQHO¶RQWSDVVLJQp'HIDLWO¶8*,&7
31&IXWO¶RUJDnisation syndicale la plus longtemps investie dans la dénonciation
1
P. Rozenblatt et L. M. Barnier (1996), op. cit.
2
P. Naville, Essai sur la qualification du travail, Paris, Marcel Rivière, 1956.
3
/HFRQWHQXGHFHWDFFRUGDHQVXLWHpWpUHSULVGDQVO¶$FFRUGFollectif quinquennal du PNC arrivé à
échéance le 1er janvier 2008.

338
GHFHWUDLWHPHQWjO¶HPEDXFKHMXJpLQpJDOFDUQHV¶DUWLFXODQWSDVjXQFRQWHQXGH
WUDYDLOGLIIpUHQW /DFRQGDPQDWLRQ GHOD FRQWUDFWXDOLVDWLRQG¶XQHDPpOLRUDWLRQGH
la double échelle formalLVpH SDU O¶DFFRUG GH  UHQYRLH j OD FRQFHSWLRQ
délégataire du syndicalisme qui habitait ses décisionnaires et ici exprimée par
Henri Maire, alors tout jeune adhérent :

« 1RV DGKpUHQWV ORUV GX &RQJUqV GH OD VHFWLRQ QRXV RQW GLWV ³RQ YHXW
O¶pUDGLFDWLRQ GHODGRXEOHpFKHOOHGHVVDODLUHV´2QVHGHYDLWGHSRUWHUOD
revendication de nos adhérents, et même des salariés. Parce que nous
rendons des comptes. » (Henri Maire, 34 ans, steward, section syndicale
UGICT PNC Air France)

&HWWH FRQFHSWLRQ Q¶HVW SDV QHXWUH OHV PLOLWDQWV UpSpWDQW j O¶HQYL TXH OH VXFFqV
FRQQX SDU OD VHFWLRQ SURYLHQW GX IDLW TX¶HOOH IXW OD VHXOH j DYRLU VXLYL MXVTX¶DX
bout, la même ligne revendicative, même si quelques militants étaient, semble-t-il,
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

WHQWpVSDUODVLJQDWXUHGHO¶DFFRUG /¶81$&VLJQDO¶DFFRUGGHTXLDPpOLRUDLW
la double échelle de salaires sans toutefois en supprimer le principe, ayant ainsi
négligé les aspirations de certains de ses membres, comme Maxime Aubertan :

« À partir du moment où je me suis senti trahi par O¶81$&± quand ils


ont lâché le combat sur la B-scale après nous avoir fait faire des grèves
tous les quinze jours ± OjM¶DLGpPLVVLRQQp«&¶pWDLHQWGHVJUqYHVGXUHV
on se faisait retirer des trentièmes de salaires [une journée de travail,
ndlr], et du jour au lendemain, ils ont laissé tomber ce combat pour
EDWDLOOHUVXUO¶$577>«@-¶DLGRQFpWpGpJR€WpSDUFHV\QGLFDWHWjFH
moment-Oj M¶DL YXTXHOD &*7 SURSRVDLW XQDXWUHGLVFRXUV » (Maxime
Aubertan, 32 ans, steward, section syndicale UGICT PNC Air France)

/D6HFUpWDLUHGHODILQGHVDQQpHV -RsOOH$YURQ TXLSURYHQDLWG¶$LU,QWHUHW


avait aussi fondé, sur la base de problèmes tout à fait contingents, une section
UGICT1MXJHHQFRUHDXMRXUG¶KXL« incongrue » O¶LPSODQWDWLRQGHOD&*7SDUPL
les QDYLJDQWV FRPPHUFLDX[ (OOH O¶HVW HQ HIIHW HW G¶DXWDQW SOXV TXH FHV GHUQLHUV
sont traditionnellement recrutés dans des milieux sociaux plutôt aisés2. Mais,
fidèle au mandat de ses adhérents et aux aspirations profondes du corps PNC, qui
récusait alors toXWH GLYLVLRQ GX SHUVRQQHO VHORQ OD GDWH G¶HPEDXFKH OD VHFWLRQ
syndicale UGICT PNC Air France est presque instantanément devenue attractive
1
Au moment de la fusion entre Air France et Air Inter (1997), la section UGICT PNC Air France
H[LVWDLW GHSXLV XQ DQ PDLV FHV HIIHFWLIV pWDLHQW PRLQGUHV GH VRUWH TX¶HOOH D pWp DEVRUEpH SDr la
VHFWLRQG¶$LU,QWHUTXLFRPSWDLWDORUVHQYLURQTXDWUHFHQWVDGKpUHQWV G¶DSUqV-RsOOH$YURQ 
2
Louis-0DULH %DUQLHU   VRXOLJQH TXH O¶LPSRUWDQFH GX FRPSRUWHPHQW LQGLYLGXHO GDQV OD
définition de la qualification PNC a conduit « les Compagnies françaises [à] privilégier le
recrutement du PNC dans les couches sociales moyennes, possédant une grande culture générale ».

339
DX[\HX[GHVPHPEUHVGHODFRPPXQDXWpQDYLJDQWHFRPPHUFLDOHGHO¶HQWUHSULVH
&LQT DQV DSUqV O¶LQWURGXFWLRQ GX SURMHW « PNC autrement », en 2001, la section
8*,&731&$LU)UDQFHFRQQXWXQVXFFqVpOHFWRUDOHWXQIORWG¶DGKpVLRQVSUHVTXH
inespérés, lesquels en firent la seconde organisation syndicale du PNC de la
&RPSDJQLH GHUULqUH O¶KLVWRULTXH 6131& /¶8*,&7 YLW DLQVL VHs effectifs PNC
doubler et son audience électorale quadrupler entre 1999 et 20011. Représentant
PRLQVGHGX31&HQO¶8*,&7$LU)UDQFHGHYLQWGHX[DQVSOXVWDUGOH
second syndicat de la profession en termes de voix.
Les candidats présentés par la section UGICT PNC recueillent, depuis,
entre un cinquième et un quart des voix exprimées par les navigants commerciaux
aux élections professionnelles à Air France2. La section syndicale PNC dispose
pJDOHPHQWGHSXLVSHXHWSRXUODSUHPLqUHIRLVG¶XQélu à la Caisse de Retraite du
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Personnel Navigant (CRPN). Enfin, le syndicat UGICT Air France comptait un


peu moins de mille adhérents PNC en juin 20053, sans compter la trentaine que la
Trésorière de la section PNC ne parvenait pas à localiser 4. Si le contingent de
navigants commerciaux syndiqués à Air France varie peu, même en temps de
FULVH OH FRQIOLW HQJHQGUp SDU O¶LQWURGXFWLRQ GH OD GRXEOH pFKHOOH GH VDODLUH V¶HVW
ELHQ WUDGXLW SDU XQH UHGLVWULEXWLRQ GHV SDUWV GX PDUFKp GH O¶DGKpVLRQ V\QGLFDOH
essentiHOOHPHQW HQ IDYHXU GH O¶8*,&7 $LU )UDQFH QRXYHOOH HQWUDQWH GDQV OD
profession navigante commerciale, et au détriment du SNPNC5.

1
En 1999, la section UGICT PNC recueillait 334 voix aux élections du CE de la Direction
Générale des Opérations Aériennes (DGOA), soit 4,7 % des voix. Deux ans plus tard, elle
recueillait 1 433 voix, soit 15,3 % des suffrages exprimés (Source : Commission Économique du
CCE).
2
$X[pOHFWLRQVGHV'pOpJXpVGX3HUVRQQHO '3 GHO¶8*,&7UHSUpVHQWDLWHQFRUHGHV
voix navigantes commerciales. Mais elle est désormais fortement concurrencée par les Autonomes
GHO¶816$WRXWHQRXYHOOHPHQWFUppH$LQVLDX[pOHFWLRQVGX&(2SpUDWLRQV$pULHQQHVGHPDUV
 WHQX SDU OHV V\QGLFDWV FRUSRUDWLIV GH SLORWHV HW GH 31& O¶8*,&7 REWHQDLW   des
VXIIUDJHVFRQWUHjO¶816$HWjO¶DOOLDQFH6131&-UNAC (Source : section UGICT
31&5pVXOWDWVGLIIXVpVORUVGXVWDJHG¶DFFXHLOGHVDGKpUHQWVG¶RFWREUH 
3
Source : Compte-rendu de la Commission Exécutive du 8 juin 2005.
4
Ce qui tLHQWSOXVLFLDXFDUDFWqUHPRXYDQWGXOLHXGHWUDYDLOTX¶jXQHWUpVRUHULHGpIDLOODQWH
5
« Il est malheureusement constant, depuis plusieurs années maintenant, que les effectifs
adhérents du SNPNC subissent une baisse régulière » (Source  5DSSRUW G¶$FWivité du SNPNC,
septembre 2004 ± avril 2005. Compte-UHQGXGHO¶$VVHPEOpH*pQpUDOHGXMXLQGLVSRQLEOH
sur le site Internet du SNPNC).

340
Pour épouser les aspirations de la profession (la reconnaissance de son
rôle sécuritaire), il suffisait aux militants PNC de O¶8*,&7 $LU )UDQFH GH UHVWHU
GDQVODOLJQHSROLWLTXHGHOD&*7$LU)UDQFH UHQDWLRQDOLVDWLRQG¶$LU)UDQFH /H
VXFFqV GH OD VHFWLRQ 8*,&7 31& V¶H[SOLTXH SDU O¶DGpTXDWLRQ VLWXpH HQWUH VHV
revendications, articulées à celles traditionnelles de la CGT à Air France (refus de
la déréglementation aérienne, prééminence de la technique industrielle et des
questions de sécurité / sûreté), et les aspirations strictement catégorielles du corps
31& (Q IXVWLJHDQW OD GRXEOH pFKHOOH GHV VDODLUHV O¶8*,&7 31& GpIHQGDLW G¶XQ
PrPH PRXYHPHQW OHV SRVLWLRQV KLVWRULTXHV GH OD &*7 j O¶pJDUG GX SURFHVVXV
G¶LQWpJUDWLRQ pFRQRPLTXH HXURSpHQQH HW XQH UHSUpVHQWDWLRQ GX PpWLHU QDYLJDQW
FRPPHUFLDOGDQVODTXHOOHODWHFKQLTXHO¶HPSRUWHVXUODGLPHQVLRQFRPPHUFLDOHGX
travail. Deux logiques se sont conjuguées sur la base du plus petit dénominateur
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

commun, le rapport à la sécurité-sûreté des vols qui caractérisait Air France


monopole public.
&¶HVWGLUHTXHO¶HVVRUQXPpULTXHGHODVHFWLRQ8*,&731&UHOqYHG¶XQ
UpIOH[HFRUSRUDWLIPDVVLI/¶HQVHPEOHGHVDGKpUHQWVGHO¶pSRTXH± y compris ceux
TXL GHYLQUHQW HQVXLWH GHV PLOLWDQWV WUqV LQYHVWLV GDQV O¶DFWLRQ V\QGLFDOH1 ± ne
V¶HQJDJHDSDVjOD&*7PDLVELHQDXV\QGLFDWOHSOXVDWWDFKpDXPDLQWLHQGDQV
O¶HQWUHSULVHGHODSRVLWLRQVRFLDOHGXFRUSV professionnel auquel ils appartenaient,
celui ayant défendu les positions qui, du point de vue du PNC, paraissaient les
SOXV MXVWHV /¶8*,&7 DWWLUD XQ IRUW FRQWLQJHQW DGKpUHQW SDUFH TXH DYDQW WRXW OD
section était apparue comme le meilleur syndicat corporatif 1RQSDVTXHO¶8QLRQ
DLWMDPDLVHXYRFDWLRQVWULFWHPHQWFRUSRUDWLYHjODPDQLqUHG¶XQ6131&PDLVGH
fait, son audience et ses effectifs ont crû tandis que ses discours et ses actions
Q¶DYDLHQW GH VHQV TXH UDSSRUWpV j O¶DYHQLU GH OD SURIHVVLRQ $u sein du milieu
QDYLJDQWFRPPHUFLDOPrPHO¶8*,&7HVWSOXVXQHFRPPXQDXWpGHPpWLHUTX¶XQ
V\QGLFDWGHVDODULpV&HUWDLQVGpWDLOVjFHWLWUHVRQWORLQG¶rWUHLQVLJQLILDQWV : des
tensions peuvent apparaître entre les militants à propos du vocabulaire employé
dans les tracts ; parmi les communications syndicales recueillies auprès de la
6HFUpWDLUHGHO¶pSRTXHGXFRQIOLWVXUODGRXEOHpFKHOOHGHVDODLUHV -RsOOH$YURQ 
XQVHXOWUDFWUHOLDLWODVpFXULWpGHVYROVDXSDVVpQDWLRQDOLVpGHO¶HQWUHSULVH ; aucun
nHPHQWLRQQDLWODTXHVWLRQGHODSULYDWLVDWLRQHWVHXOXQEXOOHWLQG¶LQIRUPDWLRQGHV

1
Voir supra Chapitre IV ± 2.2.

341
adhérents, alors peu nombreux, la dénonçait explicitement ; un des militants de
O¶8*,&7 °XYUD pJDOHPHQW j FH TXH OH VLJOH © CGT » fût apposé à côté du sigle
« UGICT PNC », de façon à éviter toute confusion. Certains adhérents PNC du
syndicat UGICT Air France en auraient même démissionné après avoir compris
TXH O¶8*,&7 Q¶pWDLW SDV XQH RUJDQLVDWLRQ FRUSRUDWLYH GH SOXV PDLV ELHQ XQH
section syndicale CGT :

« Les PNC ne se sentent pas très concernés par les problématiques


confédérales, ils sont concernés par les problèmes de PNC ! Si la CGT
YHXW EHDXFRXS G¶DGKpUHQWV VDQV rWUH WURS RXYULpULVWH oD SHXW HQFRUH
DOOHU«PDLVVLHOOHYHXWEHDXFRXSG¶DGKpUHQWVVXUXQHOLJQHRXYULpULVWe,
QRVDGKpUHQWV31&YRQWV¶HQIXLU ! On a été très ferme et sans concession
VXU OD GRXEOH pFKHOOH RQ Q¶D SDV IDLW GH FRPSURPLV F¶HVW XQH OLJQH
³GXUH´ PDLV GDQV XQ ODQJDJH TXL FRUUHVSRQG DX[ 31&« LO IDXW XQ
ODQJDJH TXL OHXU FRUUHVSRQG« PDLV SDUIRLV RQ Vort des tracts un peu
limites quand même de ce point de vue-OjRO¶RQSDUOHGH³IRVVR\HXUV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

FDSLWDOLVWHV´« oD QH SDVVH SDV WURS DXSUqV GHV DGKpUHQWV FH JHQUH GH
GLVFRXUV« MH O¶DL GLW DX[ PHFV TXL IRQW FH JHQUH GH WUDFWV &H VRQW GHV
mecs jeunes, or nous, RQDYDLWIDLW GHV DGKpUHQWV DYDQW TX¶LOV DUULYHQW
avec une façon de parler plus formelle et plus audible par les PNC. »
(Maurice Biret, Secrétaire de la section syndicale UGICT PNC Air
France)

« &H TXL HVW FHUWDLQ F¶HVW TX¶LO HVW SDUIRLV SOXV IDFLOH G¶intéresser les
JHQVTXDQGRQV¶DSSHOOH³8*,&7´TXHTXDQGRQV¶DSSHOOH ³&*7´« »
(Fouad Bassim, 47 ans, Chef de Cabine, section syndicale UGICT PNC
Air France)

© &HOD GLW KHXUHXVHPHQW DXVVL TXH O¶RQ V¶DSSHOOH 8*,&7 SDUFH TXH
VLQRQo¶DXUDLWpWpHQFRUHSLUHOHVSLORWHVGpWHVWHQWOD&*7«HWSXLVRQ
a aussi fait quelques adhérents, sur un malentendu, des gens qui
Q¶DYDLHQW SDV FRPSULV TXH QRXV pWLRQV OD &*7 ! » (Éric Thiais, 34 ans,
steward, section syndicale UGICT PNC Air France)

« &¶HVW XQH GHV FKRVHV GRQt je suis fier, avoir fait accepter le logo
³&*7´«DXGpEXWRQQHSDUODLWSDVGHOD&*7OHPLOLWDQW&*7oDIDLW
SHXULFLSRXUOHVJHQVF¶HVWOHSRLYURWGHVHUYLFHDYHFXQELGHpQRUPH
XQHJURVVHPRXVWDFKH«OHV31&DWWHQWLRQLOVVRQWHQFRVWDU-cravate, il
ne fallait pas venir leur parler de CGT ! » (Henri Maire, section
syndicale UGICT PNC Air France)

7RXWV¶HVWGRQFSDVVpFRPPHVLOHVPLOLWDQWV31&GHO¶8*,&7$LU)UDQFHDYDLHQW
repris le flambeau des militants du SNPNC, qui avaient grandement contribué à
FRQVWLWXHU O¶DFWLYLWp QDYLJDQWH FRPPHUFLDOH HQ FRUSV SURIHVVLRQQHO IRQGp VXU XQH
qualification technique OHQDYLJDQWFRPPHUFLDOQ¶HVWSDVXQ« simple pousseur de
chariot » 3LHUUH )UDQFN DQLPDWHXU GX VWDJH G¶DFFXHLO GHV DGKpUHQWV 31& GH

342
O¶8*,&7 Rctobre 2005), une espèce de « VHUYHXU 0DF 'R GH O¶DLU » comme dit
encore une autre enquêté, mais bien un acteur-clef de la sécurité du vol1. Pour
FHWWH UDLVRQ OH SRLGV GH OD &*7 DX VHLQ GH FHWWH SURIHVVLRQ Q¶LQGLTXH SDV XQH
hypothétique « progression de leur conscience salariale », seulement la souplesse
VWUXFWXUHOOH G¶XQH &*7 TXL V¶DFFRPPRGH DLVpPHQW G¶DVSLUDWLRQV FRUSRUDWLYHV RX
catégorielles.

$YDQW O¶DQQpHOD&*7$LU)UDQFHpWDLWVFLQGpHHQGHX[V\QGLFDWV
LQGpSHQGDQWV O¶XQ GH O¶DXWUH OH 6\QGLFDW *pQpUDO GX 3HUVRQQHO G¶$LU )UDQFH
(SGPAF), regroupant employés et ouvriers du sol (catégorie A) et le SICTAM
recouvrant les catégories B et C ainsi que le PNC. La structure précédente était
YLDEOH TXDQG OD &*7 Q¶pWDLW LPSODQWpH TX¶DX VRO RX PrPH ORUVTXe la
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

syndicalisation des PNC demeurait embryonnaire. En revanche, la dilution de


OHXUV UHYHQGLFDWLRQV GDQV XQ HQVHPEOH SOXV YDVWH HW KpWpURJqQH Q¶DSSDUDvW SOXV
RSpUDWRLUHGqV ORUVTXH FHWWHSRSXODWLRQ Q¶HVW SOXV UpVLGXHOOHPDLV FRQVWLWXHO¶XQ
des plus gros contingent adhérent de la CGT Air France. Les structures adoptées
GHSXLV OH &RQJUqV &*7 $LU )UDQFH GH 5LVRXO   VXERUGRQQHQW O¶8*,&7 DX
syndicat CGT, mais distinguent aussi entre le PNC et toutes les autres catégories
GH SHUVRQQHO /¶LQWpUrW GH OD VWructure actuelle pour le PNC provient donc de la
PHLOOHXUH SULVH HQ FRPSWH GH VD VSpFLILFLWp TX¶HOOH DXWRULVH : avec une section
UGICT-CGT spécifiquement PNC, les navigants commerciaux se prennent eux-
mêmes en charge et ne se confondent plus avec les catégories B et C du Personnel
DX 6RO /H PRQGH QDYLJDQW HVW j SDUW HW O¶HIILFDFLWp GH OD SULVH HQ FKDUJH GHV
DFWHXUV GH FHW XQLYHUV SDVVH SDU OD GpFHQWUDOLVDWLRQ GH O¶DFWLRQ V\QGLFDOH
O¶DFFHSWDWLRQSDUOHV\QGLFDWQDWLRQDO&*7$LU)UDQFHGHODGLPHQVLRQFRUSRrative
LPPDQHQWHjO¶LGHQWLWpSURIHVVLRQQHOOHQDYLJDQWHFRPPHUFLDOH
Quant au sens et aux modalités de la défense de la profession navigante
commerciale, les orientations de la section UGICT PNC sont laissées à son
appréciation souveraine, à condition, npDQPRLQVTXHVHVUHYHQGLFDWLRQVQ¶HQWUHQW
pas en contradiction avec celles du syndicat CGT Air France. La section a de

1
6XUFHSRLQWO¶DFFLGHQWGH7RURQWRSURXYHVHORQOHVHQTXrWpVO¶LPSRUWDQFHGX3NC en matière
GHVpFXULWpGHVYROV/HDR€WDXFRXUVG¶XQHSpULRGHG¶DFFLGHQWVDpULHQVHQVpULHXQYRO
$LU )UDQFH UHOLDQW 3DULV j 7RURQWR V¶HVW FUDVKp j O¶DWWHUULVVDJH QH IDLVDQW KHXUHXVHPHQW DXFXQH
YLFWLPH/HVSRPSLHUVFKDUJpVG¶pWHLQGUHOHIHX RQWWRXVUHOHYpG¶DSUqVODGLIIXVLRQPpGLDWLTXHGH
EULEHVG¶LQWHUYLHZVODYLWHVVHGHO¶pYDFXDWLRQGHVSDVVDJHUVRUFKHVWUpHSDUOHSHUVRQQHOGHERUG

343
UpHOOHV PDUJHV GH PDQ°XYUH WDQW TXH VHV UHYHQGLFDWLRQV VDWLVIRQW O¶RSWLPDOLWp
parétienne : elle ne peut, ni ne doit, rien exiger qui coûterait à une autre catégorie
GH VDODULpV GH O¶HQWUHSULVH 3RXU OHV PLOLWDQWV TXL VH VRQW DSSURSULpV OHV YDOHXUV
confédérales, cette idée va de soi. Pour la plupart, les enquêtés ont adhéré à
O¶8*,&7 j OD PrPH pSRTXH HQWUH  HW  HW ± le succès électoral de la
section aidant ± VH VRQW DXVVLW{W UHWURXYpV WLWXODLUHV G¶XQ PDQGDW V\QGLFDO &HWWH
homologie des parcours, le fait aussi que pratiquement tous les délégués ont suivi,
parfois ensemble, les formations syndicales inter-professionnelles du premier
QLYHDXGLVSHQVpHVGDQVOHV8QLRQV/RFDOHVGHOD&*7H[SOLTXHQWTX¶LOVSDUWDJHQW
DXMRXUG¶KXL GHV YXHV VLPLODLUHV SRXU WRXW FH TXL FRQFHUQH O¶DFWLRQ UHYHQGLFDWLYH
La politique revendicative, définie lors des Congrès de la section puis déclinée en
Commission Exécutive (dont tous les enquêtés sont membres), fait consensus :
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

« 7RXW OH PRQGH VH SRVH FRQWUH OD SULYDWLVDWLRQ G¶$LU )UDQFH SDU
exemple. Sur les conditions de travail du PNC, on partage tous la même
FRQGDPQDWLRQGHOHXUGpJUDGDWLRQ«G¶DLOOHXUVRQ arrive, lors des votes,
à toujours trouver une majorité ou une unanimité  LO Q¶\ D SDV GH
clivages sur le fond. » (Maxime Aubertan, section syndicale UGICT Air
France)

Mais, eu égard à la tradition corporative caractérisant Air France, et en particulier


la profession navigante commerciale, cette conception inter-professionnelle et
inter-FDWpJRULHOOH GX V\QGLFDOLVPH HVW ORLQ G¶rWUH XQDQLPHPHQW DFFHSWpH SDU OHV
adhérents. La publication des réponses au sondage effectué auprès des adhérents
PNC du syndicat UGICT Air France montre ainsi que 38 % des répondants au
questionnaire sont « parfois en désaccord avec nos revendications et actions »,
parmi lesquelles « notre position sur la privatisation » et « O¶LQYHUVLRQ GHV IOX[
CE / CCE »1.
Cette inversion des flux de financement entre les Comités
G¶eWDEOLVVHPHQWV &( G¶$LU)UDQFHHWOH&RPLWp&HQWUDOG¶(QWUHSULVH &&( WUqV
polémique, signifie que, dorénavant, chacun des CE sera subventionné
directement, à hauteur de 3 % de la masse salariale qui le concerne2. Les navigants
profiteront de prestations culturelles et sociales à hauteur de leur contribution, sans
dépendre du CCE. Or, le CE dont ils relèvent, le CE de la Direction Générale des

1
Source : Lettre aux adhérentsGpFHPEUH'RFXPHQWREWHQXDXSUqVG¶eULF7KLDLV
2
(Q O¶pWDW DQWpULHXU GHV FKRVHV OH &&( SHUFHYDLW O¶LQWpJUDOLWp GH OD VXEYHQWLRQ HPSOR\HXU SRXU
ensuite la redistribuer aux différents CE.

344
2SpUDWLRQV$pULHQQHV '*2$ HVWSUpFLVpPHQWOHSOXVULFKH&(G¶$LU)UDnce : il
couvre presque dix-huit mille (17 700) navigants, commerciaux et techniques
confondus, et mille salariés de la catégorie du Personnel au Sol (PS), soit environ
GHODPDVVHVDODULDOHJOREDOHG¶$LU)UDQFHSRXUXQWLHUVGHVHIIHFWLIV¬OHXU
avantage, cette inversion était logiquement réclamée depuis longtemps par le
6131& O¶81$& HW OHV V\QGLFDWV GX 3HUVRQQHO 1DYLJDQW 7HFKQLTXH 317 OHV
pilotes). Mais, a contrario GH FHV V\QGLFDWV HW GRQF G¶XQH SDUWLH LPSRUWDQWH GHV
DGKpUHQWV 31& GH O¶8*,&7 $ir France, le noyau militant de la section UGICT
PNC, attaché à cette idée selon laquelle « on contribue en fonction de ses moyens
et reçoit selon ses besoins » 6DQGULQH*UDQGLQDQLPDWULFHGXVWDJHG¶DFFXHLOGHV
DGKpUHQWV RFWREUH   Q¶DFFHSWH SDV FHtte vision, disqualifiée comme « anti-
solidaire » (Sandrine), car ne redistribuant pas les richesses des « métiers riches »
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

vers les « métiers pauvres » de la Compagnie.

/D VROLGDULWp HQWUH OHV GLIIpUHQWHV FDWpJRULHV GX SHUVRQQHO G¶$LU )UDQFH
valeur prLQFLSDOH j ODTXHOOH OHV PLOLWDQWV HQTXrWpV VH UpIqUHQW V¶DSSUHQG (OOH
V¶DSSUHQG a priori G¶DXWDQW SOXV IDFLOHPHQW TXH OD SRVWXUH LQLWLDOH IRQGDQW OH
V\VWqPHLQGLYLGXHOGHFUR\DQFHVV¶\SUrWH0DLVVLWRXVOHVHQTXrWpVGHODVHFWLRQ
UGICT PNC avaient une GLVSRVLWLRQ j O¶HQJDJHPHQW PLOLWDQW j OD &*7 FHWWH
SURSHQVLRQ HQFRUH XQH IRLV OHXU IXW ELHQ SOXV UpYpOpH SDU O¶LPSOLFDWLRQ GDQV
O¶DFWLRQ TX¶HOOH Q¶HQ IXW j O¶RULJLQH1. Eux aussi durent apprendre à juguler leurs
réflexes corporatifs. Quelle que soit l¶DQFLHQQHWp V\QGLFDOH GH O¶DGKpUHQW RX GX
militant considéré, cet apprentissage de la solidarité peut passer par la formation
V\QGLFDOH TX¶LO V¶DJLVVH GX VWDJH G¶DFFXHLO IpGpUDO RX a fortiori, du cursus
confédéral de formation syndicale, celui-ci ayant en effet pour vertu la plus
pYLGHQWHG¶DVVRFLHUORJLTXHSURIHVVLRQQHOOHHWPRGHVDODULpG¶H[HUFLFHGHO¶DFWLYLWp
de travail. Dans les faits, les formations inter-professionnelles dispensées dans les
Unions Locales sont suivies par les militants, et non par les simples adhérents. Ces
formations syndicales générales ont ainsi moins pour effet de cultiver que
G¶HQWpULQHUO¶LQWpULRULVDWLRQSURJUHVVLYHG¶XQHFRQFHSWLRQDQWL-corporatiste du sens
revendicatif. Pour des navigants commerciaux désormais rompus, du fait de leur
UHODWLYHDQFLHQQHWpPLOLWDQWHDX[YDOHXUVHWDX[VWUXFWXUHVGHOD&*7O¶LQVFULSWLRQ

1
Voir supra Chapitre IV ± 2.2.

345
aux formations inter-SURIHVVLRQQHOOHV HVW G¶DERUG XQ PR\HQ GH V¶H[WUDLUH GX
carcan professionnel. Ils y glanent diverses informations pratiques, opératoires
pouU O¶DFWLRQ UHYHQGLFDWLYH FRQFUqWH HW \ FXOWLYHQW OHV © bons côtés » du travail
syndical : réflexions politiques, histoire sociale, enrichissement du réseau militant.
&HV IRUPDWLRQV V\QGLFDOHV VHUYHQW HQFRUH G¶H[XWRLUH HQ FH TX¶HOOHV SHUPHWWHQW
G¶pYDFXHU quelque frustration indicible sur le lieu de travail, lassitude de
syndicaliste surinvesti parfois aux prises avec le mépris des pairs, dans un
HQYLURQQHPHQW SURSLFH j XQ XVDJH FDWKDUWLTXH GX JURXSH GHV VWDJLDLUHV O¶8QLRQ
Locale.
/¶DUWLFXODWLRQHQWUHORgique corporative et solidarité entre tous les salariés
UHVWHSUREOpPDWLTXHSRXUXQJUDQGQRPEUHG¶DGKpUHQWV&HWDVSHFWDSXV¶REVHUYHU
WUqV FRQFUqWHPHQW jO¶RFFDVLRQ GXVWDJHG¶DFFXHLO G¶RFWREUH /HV DGKpUHQWV
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

TXLV¶\VRQWLQVFULWVQHVRQWGpMjSOus, de ce seul fait, de simples cotisants. Mais,


au-GHOjGHODTXHVWLRQGHO¶LQYHUVLRQGHVIOX[ILQDQFLHUVHQWUHOHV&(G¶$LU)UDQFH
et le CCE, ci et là incomprise, et longtemps débattue au cours de ce stage, divers
éléments, plus banals, attestent cette dLIILFLOH FRPELQDLVRQ HQWUH O¶LQWpUrW GH OD
profession navigante commerciale et celui des autres catégories du personnel de
O¶HQWUHSULVH$LQVLORUVTX¶XQHDGKpUHQWHLQWHUYLHQWOHSUHPLHUMRXUGXVWDJHSRXU
faire état de son indignation quant au traitement préférentiel dont bénéficieraient
les catégories du Personnel au Sol, une autre adhérente, plus ancienne dans le
syndicalisme et « transfuge ªGHOD&)'7IXOPLQHSXLVV¶HPSRUWH :

« &¶HVW GDQJHUHX[ GH WHQLU GHV SURSRV SDUHLOV ! Dire que les autres ne
foQWULHQTXDQGQRXVRQWUDYDLOOHFHQ¶HVWSDVOD&*7oD ! » (Adhérente
8*,&7VWDJHG¶DFFXHLOG¶RFWREUH

&HWWHUpDFWLRQVXVFLWDO¶LUH FRQWHQXH GH5HGD&KDNLEHWG¶eULF7KLDLVWRXVGHX[


O¶D\DQWMXJpHQpIDVWHHQFHTX¶HOOHSRXYDLWIURLVVHUXQHDGKpUente récente, prenant
ODSDUROHSRXUODSUHPLqUHIRLV/DUpSRQVHGH3LHUUH)UDQFNO¶DQLPDWHXUGXVWDJH
D G¶DLOOHXUV FRQVLVWp HQ XQH VREUH H[SOLFDWLRQ GH « O¶LQWpUrW GH OD 'LUHFWLRQ j FH
que nous nous opposions les uns aux autres ». Quand, quelques instants plus tard,
XQH DXWUH DGKpUHQWH V¶LQGLJQH GHV UqJOHV GH SURPRWLRQ TX¶HOOH HVWLPH LQLTXHV
(« O¶DQFLHQQHWpHVWUHFRQQXHDXGpWULPHQWGHODTXDOLWpGXWUDYDLO »), Pierre Franck
WHPSqUHHQFRUHVRXOLJQDQWO¶REMHFWLYLWpGXFULWqUHGHO¶DQFLHQQHWpSURIHVVLRQnelle.

346
&¶HVWELHQHQFXOWLYDQWOHVSpFLILTXHDX31&DXSOXVSUqVGHVUpDOLWpVGX
travail, que la section syndicale UGICT PNC a pu se développer. Tant que la
spécificité corporative et les revendications touchant au refus de la
déréglementation aérienne VH FRQIRQGHQW FH GpYHORSSHPHQW V¶DXWR-entretient.
0DLVVHVUHVVRUWVVHIUDJLOLVHQWjPHVXUHTXHFHWWHFRQIXVLRQV¶pWLROHFHTXLHVWOH
FDV GHSXLV TXH OHV QDYLJDQWV FRPPHUFLDX[ RQW LQWpJUp O¶H[LVWHQFH G¶XQH GRXEOH
pFKHOOH GHV VDODLUHV DPpOLRUpH /¶LQFRPSréhension mutuelle entre les militants
DFWLIV HW OHV VLPSOHV DGKpUHQWV DX VXMHW GH OD UpIRUPH GHV &RPLWpV G¶(QWUHSULVH
O¶LQGLTXH  OH FRUSRUDWLVPH GX 31& V¶RSSRVH DX[ YDOHXUV GH VROLGDULWp LQWHU-
FDWpJRULHOOHTXLKDELWHQWO¶RVVDWXUHPLOLWDQWHGHO¶8*,&731&&¶HVWG¶DLOOHXUVFH
qui rend intelligible les mille précautions prises par les militants pour tenter
G¶pGXTXHU OH MXJHPHQW GHV DGKpUHQWV /D VHFWLRQ V\QGLFDOH UGICT apparaît aux
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\HX[GHV31&FRPPHXQV\QGLFDWSURIHVVLRQQHOFHTX¶HOOHHVWSDUDLOOHXUV0ais,
pour des militants ayant peu à peu appris le sens des « vastes solidarités inter-
professionnelles ª OD VHFWLRQ HVW DXVVL XQ HVSDFH GH PLOLWDQFH LGpRORJLTXH &¶HVW
FHW pFDUWHQWUHGHX[FRQFHSWLRQV GXV\QGLFDOLVPHO¶XQHDVVLVHVXUODWUDGLWLRQ GX
métiHU O¶DXWUH GHYHQXH PLOLWDQWH &*7 FRH[LVWDQWHV PDLV j ELHQ GHV pJDUGV
opposées, qui fonde la fragilité de son développement spectaculaire.

Conclusion :

'DQVO¶HQWUH-deux-guerres, le rapport de la CGT à la syndicalisation des


ingénieurs, techniciens et autres « collaborateurs ª GH O¶HQWUHSULVH RVFLOODLW GpMj
HQWUHIXVLRQGDQVO¶HVSULWGHOD5pYROXWLRQ5XVVHG¶RFWREUHHWDXWRQRPLHj
O¶pJDUG GX PRXYHPHQW RXYULHU DX ULVTXH G¶XQH SpQpWUDWLRQ SKDJRF\WDLUH GH
« O¶HVSULWERXUJHRLV »1.
$XMRXUG¶KXLOHFKRL[GHO¶DXWRQRPLHSUpVHQWHO¶DYDQWDJHGHGpYHORSSHU
O¶DGKpVLRQ WHFKQLFLHQQH HW GDQV XQH PRLQGUH PHVXUH FDGUH VXU XQ UHJLVWUH
exclusivement catégoriel, enraciné au niveau des lieux du travail et proche des
conditions concrètes, locales et donc imPpGLDWHPHQW SHUFHSWLEOHV GH O¶DFWLYLWp

1
Source : XVè Congrès de la CGT, Orléans, 1920, « Compte-rendu des travaux », p. 403. Cité par
M. Descostes et J. L. Robert, « 1914 ± 1935 O¶RUJDQLVDWLRQ », M. Descostes et J. L. Robert (1984),
op. cit.

347
SURIHVVLRQQHOOH /RUVTXH O¶8*,&7 HVW VWDWXWDLUHPHQW GLVVRFLpH GH OD &*7 %13
Paribas), ou largement autonome en raison des spécificités de la population
représentée (section PNC), le développement de la syndicalisation des techniciens
HW GHV FDGUHV V¶HQ WURXYH GpFXSOp /D VWUXFWXUH pODVWLTXH GH OD &*7 SHUPHW
O¶DGDSWDWLRQjWRXWHVOHVVSpFLILFLWpVSDUODPpGLDWLRQLQVWLWXWLRQQHOOHGHO¶8*,&7
organisation fourre-WRXW TXL JURXSH XQ HQVHPEOH KpWpURFOLWH G¶HPSORLV RX GH
professions irréductibles au salariat standard « sur la base de leurs intérêts »
(Pierrick Batrier, Secrétaire du syndicat UGICT Air France). Autrement dit, la
&*7HVWELHQSOXVFHTX¶HQIRQWOHVVDODULpVVXUOHVOLHX[GHWUDYDLOTXHFHX[-ci ne
VRQWjO¶LPDJHGHODGpILQLWLRQFRQIpGpUDOHGXVDODULDW0DLVF¶HVWGLUHDXVVLTXHOHV
dysfonctionnements engendrés par cette orientation structurelle sont inversement
symétriques à ceux produits par la structure des cadres CFDT : la multiplicité des
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IRUPHVGHO¶DFWLRQ&*7TXLSHUPHWG¶pSRXVHUOHVDVSLUDWLRQVVDODULpHVDXSOXVSUqV
GHOHXUUpDOLWpORFDOHYLGHGHVDVXEVWDQFHPHQDFHGHYDFXLWpO¶XQLWpFRQIpGpUDOH
Le discours tenant les cadres pour salariés « comme les autres ª O¶DUWLFXODWLRQ
entre lutte des classes et rapport de force nécessitent un apprentissage post-
adhésion, via les formations syndicales générales. Sur les terrains observés, celles-
ci ne sont, de facto, jamais suivies par les adhérents. La CGT perd ainsi en valeurs
(le confédéralisme, la solidarité inter-SURIHVVLRQQHOOH  FH TX¶HOOH OH JDJQH HQ
audience et en effectifs techniciens et cadres et vice-versa.

A contrario, la CFDT paie, assez cher, son ambition multi-catégorielle


lorsque les sections et les syndicats sont dominés par une catégorie de personnel
qui ignore les autres. La difficulté de ce pari est indiquée par le fait que la CFDT-
cadres parvient tant bien que mal à imposer une part de prise en charge spécifique
de la catégorie qui fonde son existence, ce qui achève de démontrer que cadres et
non-FDGUHV Q¶RQW SDV OD PrPH FRQFHSWLRQ GH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH /HV SURFpGXUHV
LQWHUQHV G¶« arbitrage », plus ou moins formelles, se traduisent par la mise sous
VLOHQFH GHV RULHQWDWLRQV PLQRULWDLUHV HW OH ULVTXH GH GpIHFWLRQV V¶HQ WURXYH DFFUX
même sLOHUDSSRUWDIIHFWLIjO¶pJDUGGHVPLOLWDQWVTXLUHVWHQWHWTXLRQWSXGHYHQLU
des proches peut le limiter1. Quant aux défections enregistrées après 2003, le
Secrétaire Général de la CFDT-cadres les estime nécessaires : elles procèdent

1
B. Duriez et F. Sawicki, « Réseaux de sociabilité et adhésion syndicale. Le cas de la CFDT »,
Politix Volume 16 ± n°63 / 2003, pp. 17-51.

348
G¶XQHFODULILFDWLRn idéologique salutaire1. Ces défections ne paraissent pas être le
fait des cadres, sauf peut-être à considérer les cadres du type de Fernand Guérin
(syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France), devenu militant cédétiste avant
G¶DFFpGHU DX VWDWXW FDGUH HW DYant le « recentrage ª GH OD &)'7 VXU O¶DFWLRQ
syndicale, en Bretagne de surcroît, région oppositionnelle à la ligne réformiste
majoritaire. Compter les cadres de la CFDT ± et, a fortiori, ceux qui la quittent ±
est une entreprise délicate, au vu des modalités structurelles choisies pour les
organiser.
/¶K\SRWKqVH VHORQ ODTXHOOH OD &)'7 HVW GHYHQXH XQ V\QGLFDW GH FDGUHV
PpULWHUDLW VDQV GRXWH SOXV DPSOH LQYHVWLJDWLRQ 'HQLV &DVVLQ UHPDUTXH G¶DLOOHXUV
TXHFHSRXUTXRLLOV¶HVW« battu » jO¶8&&HQWUHet 1991, irrigue dorénavant
WRXWH OD &)'7 '¶DSUqV FHW HQTXrWp OD &)'7-FDGUHV SHXW VH WDUJXHU G¶DYRLU VX
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influencer la ligne confédérale, mais cette « victoire » est victoire à la Pyrrhus : la


CFDT, juge-t-il, « DUHSULVWRXWFHTXHGLVDLWO¶8&&FHTXLHst une victoire pour
QRXV0DLVGXFRXSO¶8&&GHYLHQWLQXWLOH : elle a déjà gagné son combat ».

1
Francis Faubert, ,QWHUYHQWLRQG¶RXYHUWXUHGXGpEDWJpQpUDO, Congrès CFDT-cadres, Nantes, juin
2005.

349
CONCLUSION DE LA SECONDE PARTIE

/HV WUDMHFWRLUHV G¶DGKpVLRQV V\QGLFDOHV HW DVVRFLDWLYHV VH UHVVHPEOHQW


ELHQ SOXV TX¶LO Q¶\ SDUDvW a priori /¶LPSOLFDWLon est toujours un moyen de
UHFRQQDLVVDQFH LQGLYLGXHOOH PDLV O¶DIILUPDWLRQ G¶XQH YDOHXU SURIHVVLRQQHOOH HW
sociale peut aussi bien passer par le canal associatif que par le canal syndical
&KDSLWUH ,9  /H FKRL[ GH O¶XQ GH FHV FDQDX[ SOXW{W TX¶XQ DXWUH HVt largement
inspiré par le contexte professionnel et relationnel dans lequel le cadre considéré
pYROXHFRQWH[WHTXLFRQGLWLRQQHO¶pWDWGHVUHVVRXUFHVFROOHFWLYHVjVDGLVSRVLWLRQ
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et détermine largement son appréciation, son jugement quant aux moyens les plus
VDWLVIDLVDQWVjPHWWUHHQ°XYUH/HVFDGUHVLVVXVGXUDQJHWQ¶D\DQWFRQQXTX¶XQH
seule entreprise, comme Marc Legrand (section syndicale CGC de la MACSF),
Q¶RQWVRXYHQWG¶DXWUHVUHVVRXUFHVTXHOHV\QGLFDOLVPHDXFRQWUDLUHGHVGLSO{PpV
du troisième cycle. Parmi ces diplômés, il faut distinguer entre ceux qui le sont de
O¶8QLYHUVLWp HW FHX[ TXL OH VRQW G¶XQH eFROH 3RXU FHV GHUQLHUV O¶DGKpVLRQ j
O¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV pOqYHV HVW SUHVTXH QDWXUHOOH HW FRQVWLWXH OD SUHPLqUH
RSSRUWXQLWp G¶LPSOLFDWLRQ TXL IDFLOLWH O¶DGKpVLRQ XOWpULHXUH j GHV JURXSHPHQWV
divers et variés (Chapitre V).
3DU DLOOHXUV O¶LPSOLFDWLRQ GHV FDGUHV, j SOXV IRUWH UDLVRQ V¶LOV VRQW
GLSO{PpVG¶XQHeFROHSHXWrWUHDVVRFLDWLYHRXV\QGLFDOHPDLVHQFRUHDVVRFLDWLYH
et syndicale. La multiplication et la diversification des « réseaux » de relations
JDUDQWLVVHQW OD SUREDELOLWp pOHYpH G¶XQH LVVXH KHXUHXVH j FH WUDYDLO SRXU OD
reconnaissance individuelle. Cependant, les enquêtés trentenaires et diplômés qui
gravitent entre les sphères associative et syndicale sont surtout syndiqués à la
&)'7/HVHQTXrWpVGLSO{PpVTXLOHVRQWG¶XQH8QLYHUVLWpVRQWPRLQVURPSXVj
FHWWH LGpH GH WDLOOH FULWLTXH GX UpVHDX UHODWLRQQHO HW V¶LPSOLTXHQW VRLW GDQV XQH
association professionnelle, soit dans un syndiFDW HQ SDUWLFXOLHU O¶8*,&7-CGT.
Le sens de leur implication reste tout à fait comparable : issus du même milieu
VRFLDOOHVXQVUpSDUHQWFHTXHOHVDXWUHVH[SLHQWPDLVO¶LPSOLFDWLRQGDQVOHVGHX[
cas, est distinction (Chapitre IV). Les expériences passées ne suffisent pas à rendre

350
compte du comportement présent, une expérience identique pouvant se traduire
par des comportements différents1.

/HVFKpPDTXL VXLWUHQGFRPSWHGHV SDUFRXUVG¶DGKpVLRQ GHV © jeunes »


enquêtés qui sont diplômés du troisième cycle. Tous les groupements tiennent
pour « jeunes » les membres âgés de moins de trente-cinq ans. Ici, sont tenus pour
« jeunes » les enquêtés ayant moins de quarante ans. Ce choix est commode (il
SHUPHW G¶LQWpJUHU DX VFKpPD GHX[ HQTXrWpV 7KRPDV 0RWWHW HW David Blot, qui
VRQWWRXVGHX[SURFKHVGHODTXDUDQWDLQH FRPSRUWHXQHSDUWG¶DUELWUDLUHPDLV© la
jeunesse ªQ¶HVW-elle pas « TX¶XQPRW »2 ? Il se justifie néanmoins : les trajectoires
individuelles de ces deux enquêtés sont comparables à celles de leurs homologues
parfois de dix ans leurs cadets. Les « jeunes » enquêtés diplômés du supérieur qui
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relèvent du schéma sont donc : Arnaud Lefrot (ANDCP), Sylvain Portal (A2IST)
et Thomas Mottet (AI ENSEA), Adrien Bouin, Samuel Gibert, Damien Louger,
Brice MuraW HW 3DXO $TXHW &)'7  WRXV GLSO{PpV G¶XQH eFROH ; Hélène Olivier
(ANDCP), Sébastien Gard (AFDCC), David Blot (ADETEM), Gérald Cotu
(CFDT), Florent Hérouet et Aurélia Adilmar (UGICT BNP Paribas Île-de-France),
titulaires de diplômes universitaires.

1
R. Boudon, « Préface inédite à la 7è édition », R. Boudon et F. Bourricaud (1982), Dictionnaire
critique de la sociologie, Paris, PUF, Coll. « Quadrige », 2004. D¶DSUqV * 6LPPHO   Les
SUREOqPHVGHODSKLORVRSKLHGHO¶KLVWRLUH, Paris, PUF, 1984.
2
P. Bourdieu (1984), « /D MHXQHVVH Q¶HVW TX¶XQ PRW », Questions de sociologie, Paris, Éd. de
Minuit, 1998.

351
Schéma 3 : parcours typiques de cadres diplômés et trentenaires

AP :
AAE : taille critique et
adhésion carrière

École « traditionnelle »
et « affective » Synd. CFDT :
taille critique et
Diplôme carrière

AP :
acte de Bénévolat AAE :
réparation acte de réparation
Faculté (Portal) / carrière
(Mottet)
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Synd. CGT :
acte
G¶H[SLDWLRQ

Tous les enquêtés ne conviennent pas idéalement au schéma. Samuel Gibert,


SRXUWDQWGLSO{PpGHV$UWVHW0pWLHUVQ¶DMDPDLVpWpPHPEUHGHO¶DVVRFLDWLRQGHV
Gadzarts. Gérald Cotu (ACTIF-&)'7  Q¶HVW SDV GLSO{Pp G¶XQH eFROH PDLV OHV
termes de son implication à la CFDT restent comparables à ceux des enquêtés qui
OH VRQW /H VHQV GH O¶LPSOLFDWLRQ LQGLYLGXHOOH QH SHXW WRXWHIRLV V¶DSSUpFLHU TX¶j
WUDYHUVFHTX¶HQGLWO¶HQTXrWp a posteriori de son adhésion effective. Or, la CFDT
est le seul syndicat implanté dans son entreprise, ce qui a nécessairement limité
son choix.

Dernier enseignement, et non des moindres, le rapport des cadres à


O¶DFWLRQ FROOHFWLYH /¶LPSOLFDWLRQ FROOHFWLYH V¶RSqUH VXU XQ PRGH © individué »1.
/HV FDGUHV VH VHUYHQW GX JURXSHPHQW SOXV TX¶LOV Q¶HQ VHUYHQW OD FDXVH HQ UqJOH
JpQpUDOHDSSURSULpHDSUqVDGKpVLRQHIIHFWLYH&¶HVWSUREDEOHPHQWFHTXLH[SOLTXH
TXH OHV LPSOLFDWLRQV LQGLYLGXHOOHV QH V¶H[FOXHQW SDV PDLV V¶HQFKHYrWUHQW RX VH
VXSHUSRVHQW/HVFDGUHVQHSHXYHQWGRQFFRQVWLWXHUXQHLQIDQWHULHDXVHUYLFHG¶XQ

1
G. Simmel (1908), « Le croisement des cercles sociaux », Sociologie. Études sur les formes de la
socialisation, Trad. L. Deroche-Gurcel et S. Muller, Paris, PUF, Coll. « Sociologies », 1999.

352
objectif qui les obligerait à oublier leur individualité et ses contradictions, pas
PrPHOHVHQTXrWpVGHO¶8*,&7%133DULEDVÌOH-de-France, en prRLHjFHTXHO¶RQ
a nommé au Chapitre IV, de manière un peu provocatrice, la « culpabilité de
O¶KpULWLHU ».
/¶DFWLRQFROOHFWLYHHVWDXVVLG¶DXWDQWSOXVSHUWLQHQWHTX¶HOOHFRQFHUQHXQH
SRSXODWLRQKRPRJqQH0DLVOHGLSO{PHOHW\SHG¶HPSORLRXO¶HQWUHSULVe ne suffit
SDV j FRPSRVHU FHWWH KRPRJpQpLWp /¶DFWLRQ V\QGLFDOH FRPPH OHV FDGUHV OD
conçoivent, est encore catégorielle, voire communautaire (UGICT BNP Paribas
Île-de-France), ou corporative (UGICT PNC Air France), et porte sur des enjeux
limités, centrés sur la réalité professionnelle la plus concrète. La mobilisation de
YDOHXUVPRUDOHVV¶\DFFRPSDJQHHQILQGXUHIXVG¶XQHOHFWXUHSROLWLTXHHWSDUWLVDQH
GHV UDSSRUWV GH WUDYDLO 'DQV WRXV OHV FDV F¶HVW-à-dire au sein des associations
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comme des syndicats oXVHFWLRQVV\QGLFDOHVO¶XQLWpSHUWLQHQWHG¶LPSOLFDWLRQHVWOH


« petit groupe », dans lequel des rapports affectifs sont possibles. La logique de
SUR[LPLWpQHIDLWSDVVHXOHPHQWpFKRjO¶LPSRUWDQFHGXUDSSRUWDIILQLWDLUHSRQFWXHO
GDQV OHV SURFHVVXV G¶LPSOLcation, ni au caractère individué des implications :
proximité et convivialité éclairent également la nécessité du caractère concret de
O¶REMHWjSDUWLUGXTXHODJLU

353
CONCLUSION GÉNÉRALE
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/¶REMHW GH FHWWH pWXGH pWDLW GH UHQGUH LQWHOOLJLEOH OH caractère pluriel de
O¶DFWLRQFROOHFWLYHGHVFDGUHV/HSDUWLTXLDpWpSULVpWDLWGHV¶DWWDFKHUjVDLVLUOH
VLJQLILFDWLIDXPR\HQG¶XQHFRPELQDLVRQHQWUHXQHPpWKRGRORJLHLQGLYLGXDOLVWHHW
XQH PpWKRGH G¶HQTXrWH HPSLULTXH FRPELQDLVRQ TXL GHYDLW SHUPHWWUH de ne pas
sous-HVWLPHUOHVHIIHWVGHVWUXFWXUHF¶HVW-à-dire les contextes et les situations qui
donnent sens aux « actions individuelles »1. Ce parti pris était aussi le moyen le
plus satisfaisant pour différencier les adhésions à un « groupement syndical » des
adhésions à un « groupement professionnel »2 RXG¶DQFLHQVpOqYHV
/¶REMHFWLI GH FH WUDYDLO pWDLW GH GpPRQWUHU TXH OHV FDGUHV VLQRQ OHV
SURIHVVLRQVLQWHUPpGLDLUHVQ¶RQWSDVOHPrPHUDSSRUWjO¶DFWLRQFROOHFWLYHTXHOHV
ouvriers et les employés, ne serait-ce que du simple fait que le syndicalisme de
type confédéré inter-FDWpJRULHO Q¶HVW SDV OD VHXOH UHVVRXUFH FROOHFWLYH HQ UDSSRUW
DYHF OH WUDYDLO HW O¶HPSORL GRQW LOV GLVSRVHQW 5RPSUH DYHF OHV DQDO\VHV TXL HQ
concluant hâtivement à « O¶DIILUPDWLRn du sentiment de proximité aux autres
travailleurs »3, épousent trop directement le sens commun, et plus particulièrement

1
R. Boudon (1990), « Action », Traité de sociologie, Paris, PUF, 1993, pp. 21-53.
2
T. Amossé, « Mythes et réalités de la syndicalisation en France », DARES, Premières Synthèses,
octobre 2004 ± n° 44.2.
3
P. Bouffartigue, « Le malaise des cadres », Manière de voir n°66, « Le défi social », novembre-
décembre 2002.

354
la définition que la CGT donne de ces salariés1, tel était bien le dessein ultime de
cette recherche. La sociologie des cadres ne peuWSDVPRLQVHQFRUHTXHQ¶LPSRUWH
TXHOOH DXWUH VRFLRORJLH VH VDWLVIDLUH G¶DQDO\VHV VLPSOLVWHV IDLVDQW O¶pFRQRPLH GH
toute « réflexivité »2. Les cadres sont en effet « XQ HQMHX SURGXFWHXU G¶HQMHX[ »,
dont la reconnaissance en catégorie sociale a largement procédé de « O¶XVDJH
social des discours présents sur le marché des représentations symboliques »3,
parmi lesquels le discours scientifique.

Outre la synthèse des résultats produits ici, on conclura ce travail en


affinant les différentes conceptions du syndicalisme-cadres qui se sont dégagées.
La CFDT, la CGC et la CGT ne proposent pas une définition identique des cadres,
PDLVODFRQVFULSWLRQGHODSRSXODWLRQjODTXHOOHFHVRUJDQLVDWLRQVV¶DGUHVVHQWHQWUH
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en contradiction avec le mode de représentation TX¶HOOHV RQW FKRLVL (QILQ RQ


DFKqYHUDO¶pWXGHHQSUHQDQWWUqVDXVpULHX[O¶K\SRWKqVHGHVHQVFRPPXQTXLWLHQW
les jeunes cadres diplômés pour « individualistes », en tout cas peu enclins à se
consacrer à la défense des intérêts des salariés face aux propriétaires du capital.
On essaiera de proposer une lecture originale de cet « individualisme ».

Les cadres au crible de leurs pratiques collectives

La confusion sémantique des statistiques proposées par la DARES sur


O¶pWDWGHODV\QGLFDOLVDWLRQGHVFDGUes peut se lire de deux façons. Les limites du
traitement quantitatif de cette question ont pour vertu de révéler la pluralité des
RIIUHV GH UHSUpVHQWDWLRQ GHV FDGUHV HW OD FRPSOH[LWp GH OHXU UDSSRUW j O¶DFWLRQ
collective, appelant une étude empirique complémentaire. Cette interprétation a
constitué le point de départ de cette recherche doctorale. Seconde option, les
« groupements professionnels » et « syndicaux » sont tenus pour équivalents parce
que rien ne les différencie radicalement. Mais alors la comparaison avec les

1
A. Henni, « Deux contributions récentes à une sociologie des cadres », /¶$QQpHVRFLRORJLTXHn°2
/ 2003, p. 548-555.
2
P. Bourdieu, J. C. Chamborédon et J. C. Passeron (1968), Le métier de sociologue, Paris Éd. de
O¶(+(66
3
G. Groux, Le syndicalisme des cadres en France, 1963-1984. Un enjeu producteur G¶HQMHX[
'RFWRUDWG¶eWDW

355
catégories ouvrière et employée perd une part de sa pertinence, sauf si ces salariés
disposent, dans une mesure identique, de ressources collectives (professionnelles)
alternatives au syndicalisme. Cette lecture des donnés est proche des conclusions
qui sont les nôtres.

Le rapport équivoque à la subordination salariée explique, au moins en


SDUWLHOHFDUDFWqUHSOXULHOGHO¶DFWLRQFROOHFWLYHGHVFDGUHV /HSURIHVVLRQQHOTXL
V¶DSSXLH VXU OD VSpFLILFLWp GH VRQ © travail concret »1, en définit la place dans la
division sociale du travail et fait valoir une identité au travail qui transcende
O¶H[HUFLFH VDODULp HVVD\DQW DLQVL GH VH JDUDQWLU XQH FDSDFLWp G¶LQVHUWLRQ GDQV OD
société, un « état »2. Le syndicaliste souhaite, au titre de son expérience ou de sa
FRPSpWHQFH SURIHVVLRQQHOOH DYRLU VRQ PRW j GLUH VXU O¶pYROXWLRQ GH © son »
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

entreprise, acquérir de nouvelles compétences et / ou redéployer celles que cette


GHUQLqUHQ¶XWLOLVHSDV,QGpSHQGDPPHQWGHVRQkJHGHVHVRULJLQHVVRFLDOHVRXGH
sRQQLYHDXGHGLSO{PHHWTX¶LOPLOLWHjOD&)'7jOD&*&RXjOD&*7FHFDGUH
YRLW O¶HQJDJHPHQW V\QGLFDO FRPPH XQH IRUPH GH FRRSpUDWLRQ FULWLTXH j OD
SUpVHUYDWLRQ GX GHYHQLU GH O¶HQWUHSULVH SpUHQQLWp TXL Q¶HVW pYLGHPPHQW SDV
conçue comme relevant de la seule optimisation de la valeur actionnariale. Les
GLYHUVHV FRPSpWHQFHV DFTXLVHV j WUDYHUV O¶H[HUFLFH PLOLWDQW HW OD FRQQDLVVDQFH
LQWLPHGHVUHVVRUWVGHO¶DFWLYLWpGHO¶HQWUHSULVHVRQWDXVVLO¶REMHWG¶XQH© lutte pour
la reconnaissance »3, celle du tribut du métier de syndicaliste à la viabilité de
O¶XQLWp GH SURGXFWLRQ 4XDQW j O¶DQFLHQ pOqYH LO V¶LQWHUFDOH HQWUH VD IRUPDWLRQ HW
O¶HPSORLHQWHQGV¶DVVXUHUTXHOHGLSO{PHTX¶LOSRVVqGHHVWVXIILVDPPHQWF{WpVXU
OHPDUFKpGHO¶HPSORLSRXUSHUPHWWUHO¶RFFXSDWLRQSHUPDQHQWHG¶XQSRVWHGHUDQJ
jugé digne de ses capacités professionnelles.
/¶DQDO\VH GHV SURSULpWpV GHV WUDMHFWRLUHV G¶LPSOLFDWLRQ LQGLYLGXHOOH GDQV
O¶DFWLRQFROOHFWLYHHWGHVFRQWH[WHVG¶DGKpVLRQDSHUPLVG¶pWDEOLUTXHO¶HQJDJHPHQW
des cadres renvoyait au problème de la reconnaissance sociale individuelle. Les

1
A. Supiot (1994), Critique du droit du travail, Paris, PUF, Coll. « Quadrige », 2002.
2
Y. Lequin, « Le métier », P. Nora, Les lieux de mémoire, Tome III, Les France, Vol. 2 :
Traditions3DULV*DOOLPDUG'¶DSUqVJ. Proudhon. Cité par F. Piotet (dir.), La révolution des
métiers, Paris, PUF, Coll. « Le lien social », 2002.
3
Termes repris d'Axel Honneth, La lutte pour la reconnaissance, Paris, Le Cerf, 2000.

356
« valeurs sociales des personnes »1 prennent au moins quatre significations
W\SLTXHVTXLVRQWDXWDQWG¶pWDORQVSDUOHVTXHOVOHVLQGLYLGXVpYDOXHQWOHXU© utilité
au monde »2 /H FDGUH TXL V¶Hngage j WLWUH LQGLYLGXHO GDQV O¶DFWLRQ FROOHFWLYH
articulée au marché du travail : compense la modestie de son milieu social
G¶RULJLQH DVVRFLDWLRQVSURIHVVLRQQHOOHVRXG¶DQFLHQVpOqYHV ; expie sa condition,
DFWXHOOHRXG¶RULJLQHORUVTX¶HOOHHVWMXJpHIDvorisée (syndicalisme CGT) ; accroît
la taille son réseau relationnel et la variété de ses expériences, se préservant ainsi
O¶RSSRUWXQLWp G¶XQH VLWXDWLRQ VRFLDOH GRQW LO SHXW rWUH MXJp TX¶HOOH HVW DFFHSWDEOH
DVVRFLDWLRQVSURIHVVLRQQHOOHVRXG¶DQFLHQVpOqYes, syndicalisme CFDT et CGC) ;
WHQWHG¶DFFpGHUDXSRXYRLUGDQV © son » entreprise (syndicalisme CFDT, CGC et
&*7  5LHQ Q¶HPSrFKH G¶rWUH V\QGLTXp HW PHPEUH G¶XQ JURXSHPHQW DVVRFLDWLI
SURIHVVLRQQHO RX G¶DQFLHQV pOqYHV : le cadre qui adhère à un groupement
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TXHOFRQTXH Q¶\ HQJDJH SDV OD WRWDOLWp GH VD SHUVRQQH ; aucun des trois types de
JURXSHPHQWLQYHVWLJXpV QHV¶LPPLVFHGDQV ODYLHSULYpHGHV FRWLVDQWV SRXUMXJHU
leurs opinions personnelles, politiques ou confessionnelles. Dans une section
V\QGLFDOHG¶HQWUHprise ou dans un syndicat, les adhérents sont seulement unis par
OHIDLWG¶rWUHGHVVDODULpVGHODPrPHHQWUHSULVH'DQVOHJLURQSURIHVVLRQQHOVHXOV
FHX[ TXL SUDWLTXHQW OHXU DFWLYLWp G¶XQH PDQLqUH TXL EDIRXH « O¶KRQQHXU GH OD
profession » ULVTXHQW G¶rWUH désavoués par leurs pairs. Par ailleurs, le respect de
cette déontologie professionnelle est la seule condition à remplir pour intégrer
durablement la « clique »3 SURIHVVLRQQHOOH/HIDLWG¶rWUHGLSO{PpGHWHOOHpFROHHVW
également suffisant pour être admLV j FRWLVHU j O¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV pOqYHV
&HV DVVRFLDWLRQV VRQW ELHQ GHV YHFWHXUV G¶DVFHQVLRQ VRFLDOH HQ FH VHQV TX¶HOOHV
IRUPHQW XQ OLHX GH PXWXDOLVDWLRQ GHV LQIRUPDWLRQV HQ UDSSRUW DYHF O¶HPSORL TXL
bénéficie très largement à ceux dont le milieu VRFLDO G¶RULJLQH Q¶RIIUH SDV
nécessairement la possibilité de se constituer un « FDUQHW G¶DGUHVVHV ª&¶HVW GLUH
que les réseaux professionnels ne sont pas réservés à ceux qui en ont le moins
besoin.

1
P. Bourdieu et M. de Saint-Martin, « Le patronat », Actes de Recherche en Sciences Sociales, 20-
21 / 1978, pp. 3-82.
2
R. Castel (1995), Les métamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat,
Gallimard, Coll. « Folio essais », 2002.
3
M. Granovetter, « The strength of weak ties », American Journal of Sociology, Vol. 78 / 1973,
pp. 1360-1380.

357
Non seulement les différences entre les groupements professionnels, les
JURXSHPHQWV G¶DQFLHQV pOqYHV HW OHV JURXSHPHQWV V\QGLFDX[ VRQW GHV GLIIpUHQFHV
de « forme », et non des différences de « contenu »1, mais ces trois « formes » de
O¶DFWLRQ FROOHFWLYH GHV FDGUHV QH VRQW SDV H[FOXVLYHV OHV XQHV GHV DXWUHV /es
salariés classés à des postes de cadres, fussent-ils « moyens ªGLVSRVHQWG¶XQHDLUH
VSpFLILTXHG¶DFWLRQFROOHFWLYHTXLDGPHWGHVLPSOLFDWLRQVLQGLYLGXHOOHVVHIDLVDQW
pratiquement « au menu ª&HWWHDLUHHVWVHJPHQWpHjO¶H[WUrPHHWWUDQVFHQGHOHV
« champs »2 SURIHVVLRQQHOHWV\QGLFDOQ¶HVWSDVHOOH-même, un « champ ». Selon
les circonstances, le statut de syndicat pris par quelque groupement associatif, les
SDUWHQDULDWVHQWUHJURXSHPHQWVDVVRFLDWLIVHWJURXSHPHQWVV\QGLFDX[O¶LPSOLFDWLRQ
individueOOH GDQV O¶DFWLRQ V\QGLFDOH DVVRFLDWLYH RX GDQV OHV GHX[ VRQW SOXV RX
moins congruents. Les « FRPPXQDXWpVSHUWLQHQWHV GHO¶DFWLRQ FROOHFWLYH »3 cadre
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VRQWXQHPXOWLWXGHGHSHWLWVJURXSHVORFDX[TXLV¶HQWUHPrOHQWRXVHVXSHUSRVHQW
chacun étant articulé à une homologie de formation, une éthique de travail ou une
entreprise.

Le groupe-FDGUHVVHUHSURGXLWGpVRUPDLVSDUODPpGLDWLRQGHO¶LQVWLWXWLRQ
scolaire, mais la banalisation du diplôme ne signifie pas la banalisation des cadres.
'HPrPHTX¶LOH[LVWHGes pratiques de consommation « de cadres », il existe des
pratiques collectives « de cadres », parmi lesquelles une certaine manière de faire
du syndicalisme et un penchant « associationniste ª3HQFKDQWTXHO¶RQUHWURXYHDX
sein des sections et syndicats dominés par des cadres, ou pour lesquels leur
syndicalisation est un enjeu aussi localisé que stratégique. Les pratiques syndicales
TXLREWLHQQHQWO¶DGKpVLRQGHVFDGUHVVXUOHVOLHX[GHWUDYDLOVHFDUDFWpULVHQWDLQVL
par différents traits : approche catégorielle ou corporative GH O¶DFWLRQ V\QGLFDOH ;
militants enracinés dans un espace professionnel bien circonscrit et conception
délégataire de la représentation syndicale ; octroi de services individualisés et

1
G. Simmel (1908), « Le problème de la sociologie », Sociologies. Études des formes de la
socialisation, Paris, PUF, Coll. « Sociologies », 1999.
2
P. Bourdieu (1984), « Quelques propriétés des champs », Questions de sociologie, Paris, Éd. de
Minuit, 1998.
3
D. Segrestin, « /HV FRPPXQDXWpV SHUWLQHQWHV GH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH », Revue Française de
Sociologie, XXI, 1980, pp. 171-203.

358
résolution indiscriminée des problèmes professionnels ; discours axés sur la réalité
locale du travail et revendications « gestionnaires »1.
Aussi est-LOLPSRVVLEOHGHFRQFOXUHTXHO¶DXGLHQFHGHOD&)'7RXGHOD
CGT parmi les cadres indique, sans « aucun doute », une progression de leur
« conscience salariale »2 : la CFDT semble devenir un syndicat de cadres, et les
réussites de la CGT passent par une conception catégorielle du syndicalisme dans
O¶HQWUHSULVH 3DXO %RXIIDUWLJXH pFULW HQFRUH TXH © V¶LO VH FRQILUPDLW TX¶XQH WUqV
forte majorité de cadres se reconnaît désormais dans le syndicalisme confédéré,
GRQF GDQV XQH VROLGDULWp G¶LQWpUrWV HQWUH FDGUHV HW DXWUHV WUDYDLOOHXUV FHOD VHUDLW
VLJQLILFDWLI G¶XQH PpWDPRUSKRVH GH O¶LGHQWLWp VRFLDOH GH FHV VDODULpV »3. Funeste
GHVWLQTXHFHOXLG¶XQJURXSHVRFLDO construit contre le mouvement ouvrier et qui
WHQGUDLW GRUpQDYDQW j GHYHQLU O¶DOOLp REMHFWLI GH VHV GpFRPEUHV ! Or, au terme de
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cette recherche, on voit bien que le fait de « se reconnaître dans le syndicalisme


confédéré ª Q¶D SDV QpFHVVDLUHPHQW SRXU FRUROlaire (« donc ») le fait de « se
reconnaître GDQV XQH VROLGDULWp G¶LQWpUrW HQWUH FDGUHV HW DXWUHV WUDYDLOOHXUV ». On
V¶HQ DSHUoRLW G¶DXWDQW PLHX[ TXH OH © déni de soi »4 du cadre « solidariste »5 est
DXVVLVWUDWpJLHGLVWLQFWLYH&HWWHSUpVRPSWLRQG¶XQHWHQdance à la banalisation des
FDGUHV TXL V¶DSSXLH VXU O¶pWDW GHV DXGLHQFHV V\QGLFDOHV HW VHUDLW © à confirmer »,
OHVODLVVHHQVLWXDWLRQG¶HQMHXSDVVLIG¶DSSURSULDWLRQSDUOHV© classes » ouvrière et
capitaliste, constituant une lecture plus politique que sociologique de leur réalité.
/¶DSSUpKHQVLRQ PDU[LHQQH GHV FODVVHV PR\HQQHV SHXW pYHQWXHOOHPHQW V¶DYpUHU
utile à quiconque veut se faire une idée du rapport de force dans la « société
salariale »6, mais elle ne dit rien des cadres, ne dit rien de leur rappoUWjO¶DFWLRQ
FROOHFWLYHQLGHOHXUUHODWLRQDXWUDYDLOHWjO¶HPSORL2QQHSHXWG¶DLOOHXUVTX¶rWUH
VXUSULVGHFRQVWDWHUODUpVXUJHQFHYLQJWDQVDSUqVODSDUXWLRQGHO¶RXYUDJHGH/XF
%ROWDQVNL G¶XQH DSSURFKH © substantialiste » du groupe-FDGUHV &DU O¶un des

1
G. Groux (1986), op. cit. Tome 2, /¶HVSDFHGHVDOOLDQFHV.
2
P. Bouffartigue, /HVFDGUHV)LQG¶XQHILJXUHVRFLDOH, Paris, La dispute, 2001.
3
P. Bouffartigue, « /HV WUDQVIRUPDWLRQV G¶XQ VDODULDW GH FRQILDQFH », P. Bouffartigue (dir.),
Cadres : la grande rupture, Paris, La Découverte, Coll. « Recherches », 2001.
4
G. Groux (1986), op. cit. Tome 2, /¶HVSDFHGHVDOOLDQFHV.
5
G. Grunberg et R. Mouriaux, /¶XQLYHUV SROLWLTXH HW V\QGLFDO GHV FDGUHV, Paris, Presses de la
Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1979.
6
R. Boyer, La théorie de la régulation : une analyse critique, Paris, La Découverte, 1986.

359
apports essentiels de ce travail, est justement de montrer que le seul moyen de
concilier reconnaissance de son existence « objective » et impossibilité de le
définir selon des critères formels consiste en « O¶DEDQGRQ GH OD FRQFHSWLRQ
substantialiste des groupes sociaux »1.

Face à cet habillage théorique du « discours commun »2, il reste possible


de formuler une critique susceptible « GH UpSRQGUH DX[ EHVRLQV GH O¶KRPPH
G¶DFWLRQ »3 HQ O¶RFFXUUHQFH OH V\QGLFDOLVWH RX OH SROLWLTXH TXL YRXGUDLW DLGHU les
organisations syndicales à développer la syndicalisation et dès lors, contribuer à
restaurer « OD TXDOLWp GH O¶HVSDFH SXEOLF »4. Ces pistes appellent un bref rappel
historique. « La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les
travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du
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patronat », était-LOpFULWHQH[HUJXHGHO¶$UWLFOHGHOD&KDUWHG¶$PLHQV &RQJUqV


&RQIpGpUDO G¶$PLHQV  5. « ,O Q¶\ D SDV GH WUDYDLOOHXUV LQWHOOHFWXHOV HW GH
travailleurs manuels, il y a des travailleurs tout court et leur place est à la CGT »
GLVDLW j SURSRV GHV LQVWLWXWHXUV HW DYHF O¶DSSUREDWLRQ GH /pRQ -RXKDX[ XQ
représentant de ces derniers au XXè Congrès de la CGT, en 19296. Lors du
&RQJUqV &RQIpGpUDO &*7 GH  OH PRW G¶RUdre était encore le suivant : « la
CGT partout et pour tous »7¬O¶LVVXHGHFHWUDYDLOLODSSDUDvWTXHOHUDSSRUWGHV
FDGUHV j O¶DFWLRQ FROOHFWLYH Q¶HVW SDV DQWLQRPLTXH DYHF OH SURJUDPPH IRQGDWHXU
G¶$PLHQV TXL WDLW OHV RSSRVLWLRQV SROLWLTXHV HW LQVLVWH sur la dimension
« quotidienne » de la « besogne » syndicale, celle qui consiste en « la réalisation

1
L. Boltanski (1982), /HV FDGUHV /D IRUPDWLRQ G¶XQ JURXSH VRFLDO, Paris, Éd. de Minuit, Coll.
« Le sens commun », 1999, p. 49.
2
P. Bourdieu (1984), « Prologue », op. cit.
3
R. Aron (1959), « Introduction », M. Weber (1919), Le savant et le politique, Paris, Union
*pQpUDOHG¶(GLWLRQV&ROO© 10-18 », 1963.
4
F. Piotet, « Introduction », F. Piotet (dir.), M. Correia, C. Lattès, J. Vincent, Le développement de
la syndicalisation à la CFDT. Les exemples de la Fédération Interco et de la Fédération Nationale
des syndicats de Santé et Services Sociaux &HQWUH GH 6RFLRORJLH GX 7UDYDLO HW GH O¶(QWUHSULVH
(CESTE), Rapport de recherche IRES (Document ISST), 1994, 375 p.
5
Source  $UWLFOH  GH OD &KDUWH G¶$PLHQV &LWp SDU 5 0Ruriaux (1992), Le syndicalisme en
France, Paris PUF, Coll. « Que sais-je ? », 1999.
6
M. Descostes et J. L. Robert, « 1914 ± 1935 O¶RUJDQLVDWLRQ », M. Descostes et J. L. Robert (dir.),
Clefs pour une histoire du syndicalisme-cadres, Paris, Les Éditions ouvrières, 1984.
7
G. Groux, op. cit. Tome 1, Le temps des compromis, 1986.

360
G¶DPpOLRUDWLRQVLPPpGLDWHV »1&HWpOpPHQWQ¶HVWSUREDEOHPHQWSDVVXIILVDQWSRXU
distinguer entre les cadres et les non-FDGUHV(QUHYDQFKHOHPRGHG¶LPSOication
des premiers, « individué »2 et local, peut constituer un critère de différenciation
pertinent3. Or, ce mode « individué ª G¶LPSOLFDWLRQ UHVWH j ELHQ GHV pJDUGV
LQFRPSDWLEOH DYHF OH V\QGLFDOLVPH GRQW O¶DPELWLRQ KLVWRULTXH HVW G¶RUJDQLVHU OHV
« travailleurs de toutes conditions »4. Les cadres ne peuvent y trouver leur place de
de « salariés à part entière »5HQUDLVRQSUpFLVpPHQWG¶XQUDSSRUWVLQJXOLHUjOD
VXERUGLQDWLRQ VDODULpH FULVWDOOLVp SDU O¶H[LVWHQFH GH PR\HQV FROOHFWLIV SHUPHWWDQW
G¶HQGHVserrer « O¶pWDX »6 qui ne se réduisent pas à la seule offre syndicale inter-
catégorielle et confédérée de représentation.
/¶HQTXrWH j $LU )UDQFH SRXU QH FLWHU TX¶HOOH HVW WUqV LQVWUXFWLYH GH FH
point de vue. Le bond des effectifs adhérents, enregistré SDUO¶8*,&7$LU)UDQFH
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HQHWUHSRVHVXUGHVWUDMHFWRLUHVG¶DGKpVLRQDX[UHVVRUWVDXVVLIUDJLOHV
TX¶LPSUpYLVLEOHV/HUDSSRUWOkFKHXQLVVDQWOHVDGKpUHQWVGXV\QGLFDW8*,&7$LU
France à leur section, dans un contexte particulier où, a fortiori, les défections et
les transfuges sont monnaie courante et le corporatisme une tradition syndicale, est
XQ pOpPHQW REOLJHDQW OH QR\DX PLOLWDQW j OD PLVH HQ °XYUH GH SUDWLTXHV GH
conformation, de « cadrage »7 LGpRORJLTXH&HWWH QpFHVVLWpTXL V¶REVHUYH DXVVL à
BNP Paribas et vraisemblablement ailleurs, constitue le revers de la médaille des
DYDQWDJHV G¶XQ DQFUDJH FDWpJRULHO GH O¶DFWLRQ V\QGLFDOH /HV HQTXrWpV QDYLJDQWV
commerciaux eux-mêmes, en dépit de trajectoires donnant rétrospectivement une
apparence toute naturelle à leur implication militante à la CGT, ont dû apprendre
la signification de la solidarité inter-SURIHVVLRQQHOOHHWVHO¶DSSURSULHU&¶HVWGLUHj

1
R. Mouriaux (1992), op. cit.
2
G. Simmel (1908), « Le croisement des cercles sociaux », op. cit.
3
Voir aussi infra p. 371.
4
M. Descostes et J. L. Robert, « 1914 ± 1935 : l¶RUJDQLVDWLRQ », M. Descostes et J. L. Robert
(1984), op. cit.
5
Source 5DSSRUWG¶$FWLYLWp&RQJUqV&)'7-cadres, Amiens, 2001.
6
S. Weil, La condition ouvrière, Paris, Gallimard, 1951. Citée par R. Castel (1995), op. cit. p. 553.
7
D. Snow, E. B. Rochford, S. Worden et R. Benford, « Frame alignment processes,
micromobilization and movement participation », American Sociological Review n°51, 1986, pp.
464-481. Cité par D. Snow, « Analyse de cadres et mouvements sociaux », D. Cefaï et D. Trom
(dir.), Les IRUPHVGHO¶DFWLRQFROOHFWLYH0RELOLVDWLRQVGDQVOHVDUqQHVSXEOLTXHVeGGHO¶(+(66
Coll. « Raisons pratiques », 2001.

361
TXHOSRLQWO¶LGpHVHORQODTXHOOHFHWWHVROLGDULWpGHWRXVOHVWUDYDLOOHXUVGRLWrWUHDX
principe de O¶DFWLRQV\QGLFDOHKpULWDJHGXGpYHORSSHPHQWLQGXVWULHOYDGHPRLQV
en moins de soi dans une société où la « lutte pour les classements et les
placements » paraît supplanter « la lutte des classes »12QSHXWOHUHJUHWWHURXV¶HQ
UpMRXLU FH Q¶HVW SDV O¶DIIDLUH TXL QRXV RFFXSH 0DLV WRXWHV OHV FRQIpGpUDWLRQV
syndicales doivent réfléchir aux conséquences que cela implique, sous peine
G¶rWUH VDQV FHVVH DFFXVpHV G¶LOOpJLWLPLWp SDU FHX[-là même qui, précisément, se
félicitent de leur déclin.

Trois conceptions du syndicalisme-cadres : la CGC, la CFDT et la CGT

6XU OHV WHUUDLQV REVHUYpV OHV FDGUHV V\QGLTXpV Q¶RQW SDV XQ SURILO
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

homogène. Le contingent adhérent du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France


est dominé par du personnel non-cadre stricto sensu, F¶HVW-à-dire par des
techniciens, des « gradés ª/HVFDGUHVTXL\PLOLWHQWVRQWSRXUODSOXSDUWG¶HQWUH
eux, issus de la promotion interne et détiennent des diplômes qui sont ceux de la
EDQTXH 7RXV DIILUPHQW QH SDV VH FRQIRQGUH DYHF O¶LGpH TX¶LOV VH IRQt du tout-
venant du cadre de leur entreprise. Autodidactes « fiers » de leurs origines
populaires ou diplômés contrits, aucun ne se sent authentiquement « cadre »,
associant même au terme une connotation un brin péjorative. Selon ces militants,
la prise en FKDUJHFDWpJRULHOOHGHVFDGUHVGHO¶HQWUHSULVHQ¶HVWSDVPRLQVMXVWLILpH
car il va de soi que cadres et non-FDGUHVQHVRQWSDVGXPrPHPRQGH,OV°XYUHQW
GRQFjO¶DXGLHQFHGHOD&*7GDQVOHFROOqJHFDGUHWRXWHQFRQVLGpUDQWDYHFXQH
certaine distance leV SUDWLTXHV TXL O¶DPpOLRUHQW UHJUHWWDQW HQ TXHOTXH VRUWH TX¶LO
faille HQSDVVHUSDUOjSRXUOHVEHVRLQVGHODFDXVH0DLVRQO¶DGLWDX&KDSLWUH,9
les cadres militants du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France ne se
distinguent pas des autres cadres SDUOHIDLWTX¶LOVVDFULILHQWODVSpFLILFLWpGHOHXU
FRQGLWLRQVXUO¶DXWHOGHVDYDQFpHVRXYULqUHVHWHPSOR\pHV,OVV¶HQGLVWLQJXHQWSDU
OHIDLWTX¶LOVHVWLPHQWDYRLUFRPSULVTX¶DXIRQGOHVLQWpUrWVGHVFDGUHVHWGHVQRQ-
cadres sont les mêmes. Ils déploreQWO¶LOOXVLRQGHODGLIIpUHQFHTXLKDELWHOHVDXWUHV
FDGUHV VDQV YRLU TXH O¶H[LVWHQFH GDQV O¶HQWUHSULVH GH GHX[ V\QGLFDWV &*7
LQGpSHQGDQWV O¶XQ GH O¶DXWUH FRQWULEXH SUpFLVpPHQW j O¶HQWUHWHQLU &HWWH WHQVLRQ

1
R. Castel (1995), op. cit.

362
entre convergence des intérêts salariés et recRQQDLVVDQFH G¶XQH VSpFLILFLWp GHV
FDGUHVDWUDYHUVpWRXWHO¶KLVWRLUHGHOD&*7
La CGT postule la convergence des intérêts de tous les salariés et relie
les cadres à la classe ouvrière par la médiation des techniciens, qui forment ainsi la
« couche-pivot » de la sphère du travail1. Mais les structures syndicales de la CGT
GLVWLQJXHQWODKLpUDUFKLHLQWHUPpGLDLUHGXWUDYDLOG¶H[pFXWLRQ&DUVLOHVGLIIpUHQWV
segments des couches moyennes salariées (ingénieurs, cadres, techniciens et
agents de maîtrise) sonW DSSHOpV j UDOOLHU OD FODVVH RXYULqUH F¶HVW VXU OD EDVH GH
leurs intérêts spécifiques et immédiats2. Comment concilier la reconnaissance de
OHXU SDUWLFXODULWp HW OD YRORQWp G¶XQH DGDSWDWLRQ DX[ GLYHUVHV UpDOLWpV GX WUDYDLO
DYHF O¶RULHQWDWLRQ LGpRORJLTXH selon laquelle toutes les catégories de salariés ont
OHVPrPHVLQWpUrWVYpULWDEOHVHWSDUFRQVpTXHQWYRFDWLRQjV¶XQLUSRXUpSRXVHUOH
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

VHQVGHO¶+LVWRLUH"6LOHVSUREOqPHVGHVLQJpQLHXUVFDGUHVHWWHFKQLFLHQVQHVRQW
pas les mêmes que les problèmes que UHQFRQWUHQW OHV DXWUHV VDODULpV O¶H[LVWHQFH
G¶XQV\QGLFDOLVPHHWG¶XQHRUJDQLVDWLRQVSpFLILTXHVVHMXVWLILH0DLVVLOHVFDGUHV
IRUPHQWO¶DULVWRFUDWLHRXYULqUHDORUVODGLVWLQFWLRQFDWpJRULHOOHQ¶DJXqUHGHVHQV
&¶HVWELHQOjOHSULQFLSDOSUREOqPHauquel font face les militants des deux
V\QGLFDWV &*7IUDQFLOLHQV GH%13 3DULEDV HW OHV PLOLWDQWV GHO¶8*,&7 31& $LU
France, qui éprouvent au quotidien le fait que la convergence des intérêts des
GLIIpUHQWHVFDWpJRULHVGHVDODULpVHVWORLQG¶rWUHWRXMRXUVévidente. Les militants de
la section PNC sont écartelés entre les aspirations de la profession et les
revendications du syndicat CGT Air France, duquel ils dépendent et dont ils sont
parfois les seuls PNC à partager les vues. En collant aux aspirations des cadres de
O¶HQWUHSULVHOHVPLOLWDQWVGHO¶8*,&7%133DULEDVGpURJHQWSDUIRLVDX© credo »3
GHOD&*7V¶DWWLUDQWDLQVLOHVIRXGUHVGHOHXUVKRPRORJXHVGXV\QGLFDW&*7%13
Paribas Île-de-)UDQFH2QSHXWG¶DLOOHXUVVHULVTXHUjDIILUPHUVXUODIRLGHFHTX¶LO
IXWSRVVLEOHG¶REVHUYHUj%133DULEDVTXHOHVVDODULpVTXLQHFRPSUHQQHQWSDVOH

1
G. Groux (1986), op. cit. Tome 1, Le temps des compromis.
2
On a indiqué au Chapitre VI que la CGT avDLWSHQFKpGqVO¶HQWUH-deux-guerres vers un mode de
représentation des « travailleurs intellectuels ªOHXUDVVXUDQWXQFHUWDLQGHJUpG¶DXWRQRPLHYLV-à-vis
des ouvriers.
3
M. Rodinson, De Pythagore à Lénine. Des activismes idéologiques, Paris, Fayard, 1993. Cité par
F. Piotet, F. Piotet (dir.), M. Bensoussan, A. Henni, Y. Siblot, A. C. Wagner, La CGT : une
FRQILJXUDWLRQPLOLWDQWHGDQVVDGLYHUVLWp/¶DGKpVLRQV\QGLFDOH : dynamique de groupe, contrainte
et individualisme ? Laboratoire Georges Friedmann, Rapport de recherche IRES, mai 2007, 606 p.

363
FKRL[ G¶XQH GLYLVLRQ FDWpJRULHOOH GH OD UHSUpVHQWDWLRQ V\QGLFDOH &*7 VRQW DVVH]
nombreux. On ne compte plus les études statistiques montrant que les divisions
entre organisations syndicales, « les guéguerres entre syndicats » (pour reprendre
LFLO¶H[SUHVVLRQHPSOR\pHSDUXQLQJpQLHXUGLSO{Pp6\OYDLQ 3RUWDO1), sont parmi
les éléments expliquant la défiance des salariés envers le syndicalisme. Lorsque ce
sont deux syndicaWVGHODPrPH&RQIpGpUDWLRQTXLQHV¶DFFRUGHQWGpMjSDVVXUOHV
WHUPHVGHODSROLWLTXHUHYHQGLFDWLYHjFRQGXLUHDXVHLQG¶XQHPrPHHQWUHSULVHRQ
FRPSUHQGOHGpVDUURLTXLSHXWKDELWHUFHUWDLQVGHVHVVDODULpV«

¬ O¶$&7,)-CFDT et au SECIF-CFDT, les militants enquêtés sont bien


SOXVVRXYHQWGHVFDGUHVGLSO{PpVGXVXSpULHXUTXHOHVPLOLWDQWVGHO¶8*,&7-CGT.
Parmi les enquêtés qui adhèrent à la CFDT, les diplômés de Grandes Écoles sont
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

généralement membres du cercle constitué des anciens élèves, sans être toujours,
cependant, des cotisants assidus de leur association. En tout état de cause, les
cadres diplômés de la CFDT sont parfaitement intégrés aux réseaux professionnels
décrits en termes dithyrambiques par la littérature managériale, quand les militants
de la CGT qui sont diplômés du supérieur les méprisent ostensiblement, sans
WRXWHIRLVLJQRUHUOHXUH[LVWHQFH6¶LOGHPHXUHGLIILFLOHGHSDUOHUGH© syndicalisme-
cadres » à propos des terrains CGT, où les techniciens et les cadres sont pourtant
distingués des autres salariés, la « base » CFDT observée satisfait bien plus le
terme, lors même que la CFDT se refuse à opérer une distinction entre les cadres
et les non-cadres !
Les propriétés sociales des militants cédétistes enquêtés, mais encore la
population jODTXHOOHV¶DGUHVVHOD&)'7-cadres, suggèrent pourtant la distinction
entre cadres et non-FDGUHV¬O¶LQYHUVHGHO¶8*,&7-&*7TXLV¶DGUHVVHjODPrPH
SRSXODWLRQTXHOD&*&F¶HVW-à-dire aux cadres et aux professions intermédiaires2,
la CFDT-FDGUHVV¶DGUHVVHDX[VHXOVFDGUHVTX¶HOOHGpILQLWFRPPHGHVWUDYDLOOHXUV
TXLPDvWULVHQWXQW\SHSDUWLFXOLHUGHVDYRLUHWH[HUFHQWXQHIRQFWLRQG¶H[SHUWLVHRX
G¶HQFDGUHPHQW :

1
Voir supra Chapitre IV ± 2.3.
2
(QOD&*&V¶HVWGRQQpHSRXUYRFDWLRQODUHSUpVHQWDWLRQGHVLQJpQLHXUVHWGHVFDGUHVPDLV
DXVVLFHOOHGHVWHFKQLFLHQVHWGHVDJHQWVGHPDvWULVH/¶DGMRQFWLRQGXVLJOH© CFE » (Confédération
)UDQoDLVHGHO¶(QFDGUHPHQW DV\PEROLVpO¶RXYHUWXUHGHOD&*&DX[FRXFKHVOHVSOXVVXEDOWHUQHV
GHO¶HQFDGUHPHQW

364
« La fonction de cadre que nous retenons dans notre approche syndicale
est au carrefour de quatre capacités : la technicité, acquise tant par la
IRUPDWLRQLQLWLDOHHWFRQWLQXHTXHSDUO¶H[SpULHQFHSURIHVVLRQQHOOH  OD
responsabilité, obligation professionnelle de répondre de ses actions ou
GH FHOOHV GH VHV FROODERUDWHXUV   O¶DXWRQRPLH SURSRUtionnelle, en
théorie, au niveau hiérarchique. Elle définit le degré de liberté de
O¶HPSORL  /¶LQLWLDWLYHFDSDFLWpGHPHWWUHHQ°XYUHXQHVROXWLRQIDFHj
XQ SUREOqPH SRVp VDQV DWWHQGUH O¶LQWHUYHQWLRQ G¶XQ WLHUV   1RXV
pouvons retenir deux filières et cinq profils fonctionnels différents : les
cadres managers (cadres hiérarchiques ; cadres chefs de projets, pilotes
de processus ou chefs de mission ; cadres dirigeants) et les cadres
professionnels : cadres producteurs ; cadres experts, cadres
commerciaux. »1

Les « quatre capacités » GpILQLVVDQW OHV FDGUHV VHORQ O¶DFFHSWLRQ FpGpWLVWH VRQW
aussi ce qui les différencie des autres salariés. La compétence technique, le sens
GHV UHVSRQVDELOLWpV HW GH O¶LQLWLDWLYH O¶DXWRQRPLH OD IDFXOWp G¶DQDO\VH HW GH
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réIOH[LRQ VWLJPDWLVHQW OHXU SRVLWLRQ G¶DYDQW-garde éclairée du salariat, qui doit


indiquer le chemin de la réforme, que ce soit au plan des lieux de travail, des
EUDQFKHV G¶DFWLYLWp RX DX SODQ QDWLRQDO 6L OD &)'7 D PDLQWHQX O¶RULHQWDWLRQ
arrêtée à la fin des années 1960, faisant de la CFDT-cadres une structure sans
H[LVWHQFH IRUPHOOH DX[ pFKHORQV SURIHVVLRQQHO HW WHUULWRULDO GH O¶DFWLRQ V\QGLFDOH
F¶HVW TX¶LO HVW HQFRUH MXJp TXH OH PHLOOHXU PR\HQ G¶LQVpUHU OHV FDGUHV GDQV OH
syndicalisme CFDT et de bénéficier de leurs compétences consiste à les mêler aux
DXWUHV VDODULpV 'DQV OHVIDLWV FHFKRL[SURGXLWO¶HIIHW LQYHUVHGHFHOXLHVFRPSWp
Les non-cadres ne sont pas toujours disposés à se laisser guider par les cadres et
FHVGHUQLHUVORUVTX¶LOVIRUPHQWODPDjorité des adhérents de la structure syndicale
FRQVLGpUpHQ¶LQWqJUHQWSDVWRXMRXUVOHXUVSUpRFFXSDWLRQV
La souplesse structurelle de la CGT, associée au choix de grouper les
FDGUHVGDQVGHVRUJDQLVDWLRQVVSpFLILTXHVOXLSHUPHWG¶rWUHjODIRLVXQV\QGicat de
techniciens et cadres et un syndicat ouvrier, selon la morphologie du salariat du
FKDPSGHUHSUpVHQWDWLRQHQTXHVWLRQ/HVUHYHQGLFDWLRQVGpIHQGXHVV¶DSSDUHQWHQW
DORUVjXQDJUpJDWG¶DVSLUDWLRQVFDWpJRULHOOHVRXFRUSRUDWLYHVVXVFHSWLEOHVG¶HQWUHU
HQFRQWUDGLFWLRQOHVXQHVDYHFOHVDXWUHV/D&)'7DPELWLRQQHGHV¶DGUHVVHUjWRXV
les travailleurs, tout en produisant un discours revendicatif ayant préalablement
GLJpUp OHV pYHQWXHOV FRQIOLWV G¶LQWpUrW HQWUH OHV GLIIpUHQWHV FDWpJRULHV GH VDODULpV
Cette acception de la politique revendicative, conjuguée à la rigidité de ses
1
Source : Résolution Générale du Congrès CFDT-FDGUHVG¶$PLHQV&HWH[WHHVWUHSULVPRW
SRXUPRWSDUOD)&(HWO¶$&7,)-CFDT.

365
VWUXFWXUHV HWjXQHFRQFHSWLRQELHQSDUWLFXOLqUHGHODGpPRFUDWLHLQWHUQHO¶REOLJH
en fait à choisir en permanence entre syndicalisme-cadres et syndicalisme ouvrier
(ou employé).

2UJDQLVDWLRQ V\QGLFDOH FDWpJRULHOOH OD &*& Q¶HVW SDV FRQIURQWpH j FH


type de problème. Elle demeure néanmoins prisonnière de son histoire, tiraillée
entre mouvement des classes moyennes, dont elle est le produit historique, et
syndicalisme proprement salaULp/DFRQMRQFWXUHpFRQRPLTXHHWVRFLDOHO¶DFHUWHV
amenée, sous la Présidence de feu Jean-Luc Cazettes (1999-2005), à persister dans
OHFKRL[G¶XQHRULHQWDWLRQLGpRORJLTXHSOXVVDODULDOH/DFRQFXUUHQFHGHOD&)'7
SRXUODUHSUpVHQWDWLRQGHVFDGUHVO¶REOLge tantôt à la démarcation de fond, tantôt à
ODVXUHQFKqUHVXUODIRUPHPDLVODFRQWUDLQWDXVVLjV¶RXYULUORFDOHPHQWDXVDODULDW
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« ordinaire ª FRPPH F¶HVW OH FDV GDQV OHV $VVXUDQFHV HW WRXW VSpFLDOHPHQW DX[
AGF. Cette coloration plus salariale de la politique revendicative de la CGC, qui
V¶LQVFULWGDQVODFRQWLQXLWpGHODOLJQH0DUFKHOOL1, reste toutefois aussi contingente
TX¶DPELJXs(OOHFRQVLVWHVXUWRXWHQXQHPRGLILFDWLRQGHO¶KDELOODJHGXWULSW\TXH
fondateur (hiérarchie des salaires ± retraites des cadres ± fiscalité), dans le sens
G¶XQHFRPEDWLYLWpSOXVDIILUPpH
Les intérêts des cadres et des non-FDGUHVV¶LOV SHXYHQW V¶DVVRFLHUQHOH
font pour ainsi dire jamais sur la base du dénominateur commun salarié, mais bien
plus, sur la dimension communaXWDLUHTXHOD&*&DVVRFLHjO¶(QWUHSULVH)LGqOHj
la tradition du christianisme social, la CGC présente en effet cette dernière comme
XQHFRPPXQDXWpRUJDQLVpHG¶LQWpUrWV FRQFLOLDEOHV /DGpQRQFLDWLRQGHV © dérives
du capitalisme financier »2 V¶DSSXLHG¶DLOOHXUVVXUXQHGpPRQVWUDWLRQTXLQ¶HVWSDV
sans rappeler la fustigation « personnaliste » de la « ploutocratie » qui avait cours
GDQV O¶HQWUH-deux-guerres3 : cette dénonciation fait référence aux mérites des
« patrons réels » ± FRPPH O¶RQ GLW j OD &RQIpGpUation Générale des Petites et
Moyennes Entreprises (CGPME) ±, aux vertus des « YUDLV FKHIV G¶HQWUHSULVH »,

1
Président de la CGC entre 1984 et 1993.
2
M. Aglietta et A. Rébérioux, Les dérives du capitalisme financier, Albin Michel, 2004.
3
L. Boltanski (1982), op. cit.

366
qui risquent leurs propres biens et « se battent tous les jours pour défendre leur
entreprise et leurs salariés »1.
La CGC reste donc, à bien des éJDUGV OH FKDQWUH G¶XQ V\QGLFDOLVPH GH
FODVVHV PR\HQQHV ELHQ SOXV SURFKH GH O¶DUWLVDQDW GX SHWLW FRPPHUFH HW GX
« patronat réel » que de la classe ouvrière2. Sur ce point, les militants de la CGC
sont trop peu nombreux parmi les enquêtés pour autoriser une quelconque montée
HQJpQpUDOLWpPDLVGHX[DVSHFWV UHWLHQQHQWTXDQGPrPHO¶DWWHQWLRQ/RUVTXHVRQ
DQFLHQQH 'LUHFWLRQ VROOLFLWH -XOLHQ 0DLVRQ 3UpVLGHQW G¶+RQQHXU GH O¶$)'&&
SRXU UHSUpVHQWHU OHV FDGUHV DX &RQVHLO G¶$GPLQLVWUDWLRQ GH O¶HQWUHSULVH GDQV Oe
dessein explicite de tempérer les revendications des représentants mandatés par les
DXWUHV V\QGLFDWV F¶HVW DYHF XQ PDQGDW &*& /¶HPSOR\HXU D FKRLVL VRQ pWLTXHWWH
V\QGLFDOH F¶HVW PrPH O¶HQWUHSULVH TXL V¶HVW DFTXLWWpH GH OD FRWLVDWLRQ ! Le
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vocabulaire qu¶XWLOLVH0DUF/HJUDQG VHFWLRQV\QGLFDOH&*&GHOD0$&6) SRXU


décrire le « credo ª GH VRQ V\QGLFDW HVW FDUDFWpULVWLTXH G¶XQH FRQFHSWLRQ GX
V\QGLFDOLVPH pYRTXDQW O¶LGpRORJLH GH OD © Troisième voie », dans laquelle la
hiérarchie sociale est une hiérarchie des capacités et des mérites. À tout le moins,
O¶DUJXPHQW GX ELHQ-fondé de son implication militante à la CGC traduit
indéniablement un rapport des plus équivoques à sa Direction : « M¶DL YXTXHGHV
Directeurs y adhéraient, ce sont des gens instruits, qui savent travailler et diriger,
donc ça me correspondait »3.

Les cadres sont-LOVFRQWUDLQWVjO¶LQGLYLGXDOLVPH ?

/¶RIIUHGHUHSUpVHQWDWLRQGHVFDGUHVHVW-elle plurielle parce que les cadres


segmentent leurs problèmes, ou les segmentent-ils parce que la possibilité leur en

1
Source : Jean-Luc Cazettes, « Éditorial », Encadrement Magazine n°120, décembre 2004 ±
janvier 2005.
2
2Q SHXW FRQVLGpUHU FRPPH LOOXVWUDWLYH O¶LQWHUYHQWLRQ G¶RXYHUWXUH GX 3UpVLGHQW GH OD &*& DX
Congrès Confédéral de novembre 2003 (Issy-les-0RXOLQHDX[  $X VXMHW GH OD QRWLRQ G¶DFFRUGV
majoritaires contenue dans la loi Fillon (2004), notion j ODTXHOOH OD &*& V¶RSSRVH OH 3UpVLGHQW
Jean-Luc Cazettes déclare : « HQUXVVH³PDMRULWDLUH´VHGLW³EROFKHYLN´ ». Source : Encadrement
Magazine n°109, décembre 2003.
3
Voir supra Chapitre IV ± 1.1.

367
est offerte1 " /H PRGH G¶LPSOLFDWLRQ © individué » des cadres dénote-t-il leur
LQGLYLGXDOLVPHRXELHQFHPRGHG¶LPSOLFDWLRQHVW-il déterminé par la pluralité des
offres de représentation ? Les cadres sont-ils individualistes ou sont-ils contraints
j O¶rWUH ? Éternelle (et fausse) question que celle de savoir si le tout est ou non
explicatif de la partie ! On peut aisément la dépasser, et pas seulement en
DGPHWWDQWFRPPHRQO¶DIDLWHQLQWURGXFWLRQJpQpUDOHOHV© échanges incessants »
entre « O¶LQGLYLGXHWOHPLOLHX »22QSHXWDXVVLWHQWHUG¶HVTXLVVHUOD© genèse » de
cette « structure ªSOXULHOOHGHO¶RIIUHGHUHSUpVHQWDWLRQGHVFDGUHVSDUH[HPSOHHQ
remontant aux « actions individuelles »3 VLWXpHVTXLVRQWjO¶RULJLQHGHO¶H[LVWHQFH
des associations professionnelles, pour en apprécier les conséquences actuelles.

7RXWHVOHVDVVRFLDWLRQVSURIHVVLRQQHOOHVpWXGLpHVVRQWQpHVVXUO¶LQLWLDWLYH
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G¶XQHSRLJQpHG¶LQGLYLGXV± qui étaient, en règle générale, des cadres supérieurs ±


et dans des circonstances chaque fois particulières4/¶$)'&& O¶DVVRFLDWLRQGHV
credit managers SRXUQHSUHQGUHTXHFHWH[HPSOHDpWpFUppHVXUO¶LQLWLDWLYHGH
GRX]HMXULVWHVTXLDYDLHQWO¶KDELWXGHGHVHIUpTXHQWHUDX7ULEXQDOGH&RPPHUFHHW
V¶pWDLHQWDFFRUGpVVXU le fait que tous avaient à apprendre des pratiques des uns des
autres, compte tenu de la similitude des contraintes qui enserraient leur activité de
travail5 /¶DVVRFLDWLRQ OHXU pWDLW DSSDUXH FRPPH OH FDGUH LGpDO G¶XQH PLVH HQ
commun de ce que chacun avait appris et éprouvé au cours de sa carrière
professionnelle. Pour le dire autrement, et de même que les Ingénieurs Français
MXJqUHQW GDQV O¶HQWUH-deux-guerres, le statut de syndicat adapté aux objectifs
TX¶DORUV LOV VH GRQQDLHQW j DWWHLQGUH6, la situation de ces pionniers du credit
management OHV D FRQGXLWV j HQYLVDJHU OD FRQILJXUDWLRQ G¶XQH © forme »

1
Voir supra Chapitre V ± Conclusion.
2
R. Aron (1959), « Introduction », M. Weber (1919), op. cit., p. 12.
3
R. Boudon (1990), « Action », op. cit.
4
Étant donné le caractère lacunaire des données relatives aux circonstances les plus concrètes de la
création des associations professionnelles investiguéeVLOVHUDLWMXGLFLHX[GHV¶\LQWpUHVVHUGHWUqV
près et de manière bien plus systématique.
5
Voir supra Chapitre I ± 2.1.
6
Voir supra Introduction Générale, p. 17.

368
DVVRFLDWLYHG¶© action réciproque »1. Cette « forme » associative a subsisté au-delà
de la collaboration entre ces seuls individus, constituant une entité objective
indépendante, dissociée des propriétés personnelles des participants.
'qV ORUV OHV GLSO{PpV TXL GpEXWHQW DXMRXUG¶KXL XQH FDUULqUH GH credit
manager RQWjOHXUGLVSRVLWLRQXQOLHXGHUHQFRQWUHHWG¶pFKDQJHV HQXQPRW : une
structure) qui coexiste avec la « forme ª V\QGLFDOH G¶LPSOLFDWLRQ PDLV TXL YLVH
aussi à limiter le champ de la subordination à un employeur. Le comportement
LQGLYLGXHO j O¶pJDUG GH O¶DFWLRQ FROOHFWLYH GX FDGUH TXL RFFXSH FH W\SH G¶HPSORL
peut donc, en ce sens, être considéré comme un comportement déterminé par la
VWUXFWXUDWLRQ GH O¶RIIUH GH UHSUpVHQWDWLRQ GHV FDGUHV &DU VL OD IUDJPHQWDWLRQ GH
FHWWHRIIUHSURYLHQWGHODFRQMRQFWLRQ G¶© actions individuelles »2, autrement dit :
si cette conjonction est la cause de la segmentatiRQGHO¶RIIUHGHUHSUpVHQWDWLRQGHV
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cadres, le trentenaire débutant est obligé de diviser et de classer ses problèmes,


O¶pWDWGHVUHVVRXUFHVFROOHFWLYHV jVDGLVSRVLWLRQ V¶DUWLFXODQW VLW{W jODYDULpWpGHV
VROXWLRQV TX¶LO HVW SRVVLEOH G¶DSSRUWHU DX SUREOqPe de la subordination salariée.
$LQVLjVXSSRVHUTX¶XQFDGUHTXHOFRQTXHVRXKDLWHLPSRVHUjVRQHPSOR\HXUXQH
FHUWDLQHPDQLqUHG¶H[HUFHUVRQDFWLYLWpGHWUDYDLOPDLVHQFRUHLQWHUURJHUGDQVXQ
cadre collectif, le bien-fondé de la stratégie arrêtée par les dirigeants de son
HQWUHSULVH LO HVW FRQWUDLQW G¶DGKpUHU j GHX[ W\SHV GH JURXSHPHQWV  O¶DVVRFLDWLRQ
professionnelle et le syndicat. Aucun de ces deux types de groupements ne peut
VDWLVIDLUHVHXOFHWWHGRXEOHH[LJHQFH'DQVO¶XQLOFXOWLYHUDVDSURIHVVLRnnalité et
HQULFKLUD VD SUDWLTXH HW GDQV O¶DXWUH JODQHUD OHV LQIRUPDWLRQV LQGLVSHQVDEOHV DX
MXJHPHQW VXU O¶HIILFDFLWp VXSSRVpH GH OD VWUDWpJLH GLULJHDQWH HW j OD © prise de
parole »3.

« /D WUDGLWLRQ GHV JpQpUDWLRQV PRUWHV SqVH G¶XQ SRLGV WUqV ORXUG VXU le
cerveau des vivants » a écrit Karl Marx en 18524. Erving Goffman remarque aussi
aussi que « OHV LQGLYLGXV Q¶LQYHQWHQW SDV OH PRQGH GX MHX G¶pFKHFV FKDTXH IRLV

1
G. Simmel (1908), « Le problème de la sociologie », op. cit.
2
R. Boudon (1990), « Action », op. cit.
3
A. O. Hirschman (1970), Défection et prise de parole, Trad. C. Beysserias, Paris, Fayard, Coll.
« /¶HVSDFHGXSROLWLTXH », 1995.
4
K. Marx (1852), Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Trad. G. Chamayou, Paris, Flammarion,
Coll. « GF », n°1320, 2007.

369
TX¶LOV V¶DVVRLHQW SRXU MRXHU »1 6L O¶RQ DGPHW TXH OD SOXUDOLWp GHV RIIUHV GH
représentation constitue un effet sui generis, « inattendu »2, des comportements
qui, à un moment donné du passé, furent ceux des fondateurs des diverses
DVVRFLDWLRQV GH FDGUHV O¶RQ GHPHXUH IRQGp j FRQVLGpUHU TXH FHW HIIHW HVW GHSXLV
« institué »3 : il est devenu « structure », avec laquelle les cadres qui entrent
DXMRXUG¶KXL VXU OH PDUFKp GH O¶HPSORL GRLYHQW FRPSRVHU HW TXL SDU FRQVpTXHQW
LQIOXHQFHOHXUUDSSRUWjO¶DFWLRQFROOHFWLYH4.
/¶XQH GHV UDLVRQV LQWHUGLVDQW GH FRQIURQWHU VXU OD EDVH GH FULWqUHV
uniformes, le rappoUWGHVFDGUHVHWOHUDSSRUWGHVRXYULHUVjO¶DFWLRQFROOHFWLYHWLHQW
DXIDLWTXHODVWUXFWXUHGHO¶RIIUHGHUHSUpVHQWDWLRQGHVFDGUHVSRXUSHXTXHO¶RQ
SXLVVHHPSOR\HU FHWWHH[SUHVVLRQQ¶HVW SDV LGHQWLTXH /HV FDGUHV EpQpILFLHQW GHV
ressources nécessaires à un comportement individualiste ou, plus exactement,
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utilitariste. Pour schématiser le propos, disons que les cadres se différencient des
RXYULHUV SDU OH IDLW TXH FRQWUDLUHPHQW j FHV GHUQLHUV O¶HQJDJHPHQW V\QGLFDO QH
constitue pas la réponse unique à tous les problèmes en lien avec le travail et
O¶HPSORL/¶RXYULHUQHSHXWSDVW\SLTXHPHQWrWUHLQGLYLGXDOLVWH LOQ¶HQDSDVOHV
PR\HQV7DQGLVTXHOHFDGUHDO¶HPEDUUDVGXFKRL[HWV¶\DGDSWHFHTXLSHXWVDQV
doute expliquer que les rencontres, les contextes et les situations pèsent aussi
décisivement sur le choix des moyens collectifs à mobiliser pour circonscrire
O¶HPSULVH GH OD VXERUGLQDWLRQ HW IDLUH UHFRQQDvWUH XQH YDOHXU LUUpGXFWLEOH j VRQ
évaluation hiérarchique. Ce qui signifie aussi que, si tanWHVWTXHO¶RQVRLWIRQGpj

1
E. Goffman (1981), « Réplique à Denzin et Keller », traduction française, I. Joseph et al., Le
SDUOHUIUDLVG¶(UYLQJ*RIIPDQ, Paris, Éd. de Minuit, Coll. « Arguments », 1990.
2
R. Boudon (1990), « Action », op. cit.
3
J. M. Chapoulie, « E. C. Hughes et la tradition de Chicago », E. C. Hughes, Le regard
sociologique. Essais choisis. Textes rassemblés et présentés par Jean-Michel Chapoulie, Paris, Éd.
GHO¶(+(66
4
2QDSHUoRLWGRQFELHQOHFDUDFWqUHIDFWLFHG¶XQHRSSRVLWLRQV\VWpPDWLque entre la sociologie de
Pierre Bourdieu et celle de Raymond Boudon, qui se distinguent seulement, rappelons-le, par
O¶DQJOHj WUDYHUVOHTXHOOHUpHOHVWDSSUpKHQGp2Q OLWWURSVRXYHQWODSUHPLqUH FRPPH XQUHJDUG
déterministe sur le monde, mais on considère également trop souvent que la seconde consacre un
libre-DUELWUH DEVROX GH O¶LQGLYLGX 3HXW-être les disciples de Pierre Bourdieu ont-t-ils, cependant,
SDUWURSFpGHUjODWHQWDWLRQDQWKURSRPRUSKLVWHRXSOXVH[DFWHPHQWjO¶pFXHLOGHODUpLILFDWLRQGH
OHXUVGLYHUVREMHWVG¶pWXGHVHQGpSLWG¶XQSURJUDPPHWKpRULTXHSRVDQWWRXWSUREOqPHVRFLRORJLTXH
en termes de « genèse ». Mais peut-être Raymond Boudon a-t-il aussi hâtivement disqualifié
certains concepts du « structuralisme génétique ªWHOO¶© habitus ªTX¶LOGpILQLWFRPPHXQ© malin
génie placé dans la tête des acteurs sociaux et se substituant à eux à leur insu », alors que cet outil
LQWqJUHDXVVLGHPDQLqUHDVVH]VXEWLOHO¶H[SpULHQFHVXEMHFWLYHGXSUpVHQW± qui, par définition, se
renouvelle en SHUPDQHQFHVHORQOHVVLWXDWLRQVGDQVOHVTXHOOHVO¶LQGLYLGXHVWSORQJp ± HWQ¶H[FOXW
donc pas que deux individus aux dispositions identiques se comportent différemment.

370
affirmer : « les cadres sont individualistes », il faut aussitôt considérer que cet
LQGLYLGXDOLVPHHVWFHUWDLQHPHQWPRLQVXQDWWULEXWGHVSHUVRQQHVTX¶XQSURGXLWGHV
« structures sociales », caractérisées par une pluralité des offres de représentation
des cadres. Le sens commun les décrirait-il toujours comme « individualistes »,
V¶LOV QH SRXYDLHQW HQYLVDJHU GH UpJOHU OHXUV SUREOqPHV SURIHVVLRQQHOV DXWUHPHQW
TXHSDUO¶DFWLRQV\QGLFDOH ?
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377
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

378
ANNEXES
Liste des entretiens réalisés

Pseudonyme Âge Niveau de Origines Groupe Autre


diplôme sociales référent implication
(Père / Mère) (passée ou
présente)

Corinne Dial 50 Inconnu Inconnues CEFI ± Inconnues


+? CNISF
(Chargée
G¶pWXGHV 

Didier 69 Ingénieur Inconnues CNISF SNITEM


Assert Polytechnique (Délégué MFQ
Général) FIM

Sylvain 25 Ingénieur IST, Éducateur A2IST Association


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Portal Groupe ICAM spécialisé / étudiante


Employée
administrative

François 45 Ingénieur IST, Inconnues A2IST Inconnues


Cosquet Groupe ICAM (Président)
(formation
continue)

Thomas 38 Ingénieur Commerçant / AI ENSEA Association


Mottet ENSEA Professeur (Secrétaire) culturelle
(lycée)
DESS AAE DESS
Communication (POSTISIC)

Gérald 37 DESS Professeurs Aucun POSTISIC


Passet Communication (collège)

Simon Richet 46 Ingénieur Dessinateur AI ENSEA Inconnues


ENSEA industriel / (Président)
Femme au
foyer

Laurent 35 Licence Inconnues AAE Inconnues


Moulin Sciences Advancia
Économiques et (permanent)
Sociales

Chantal 44 HEC Employé des AAE de Inconnues


Cervat Télécoms / HEC
Professeur
des écoles

379
Denis Cassin 61 ICAM Lille Cadre du ANDCP CFDT
privé / (Délégué (Secrétaire
Centrale Paris Femme au Général) Général de
foyer la CFDT-
cadres)

Muriel 56 Sup. de Co Fonctionnaire ANDCP Association


Manset Lille catégorie A / étudiante
Femme au
foyer Parents
G¶pOqYHV

Arnaud 27 Psychologue Dentiste / ANDCP AAE


Lefrot Professeur
des écoles Entreprise
& Personnel

Hélène 27 DESS Commerçant / ANDCP Inconnues


Olivier Psychologie du Professeur
Travail des écoles
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Jean-Luc 52 DUT Gestion Patron de AFDCC Inconnues


Daniel PME / (Secrétaire
Femme au Général)
foyer

Sébastien 34 Maîtrise Mère AFDCC Inconnues


Gard Sciences de puéricultrice (Président)
Gestion (MSG)

Julien 51 BTS Commerçant / AFDCC CGC


Maison Comptabilité Femme au (Président
foyer G¶+RQQHXU
DECF
(formation
continue)

Danièle 50 Maîtrise Inconnues ADETEM Inconnues


Soutin Anglais (Déléguée
Générale)

David Blot 37 Magistère, Ouvrier ADETEM AAE du


Université de (Mines) / Magistère
Lille Professeur
des écoles

Frédéric 33 Inconnu Inconnues DFCG Inconnues


Marcan (permanent)

Élise Digard 43 Inconnu Inconnues DCF Inconnues


(Déléguée
Générale)

380
Nicole Carré 45 Inconnu Inconnues CJD Inconnues
(Secrétaire
Générale)

Jules 70 Inconnu Inconnues CDAF Inconnues


Lacoste +? (Délégué
Général)

Paul Aquet 34 ESC (EM) ± Agent de CFDT Inconnues


Lyon maîtrise / (permanent
Femme au FCE)
foyer

Max Belain 47 Aucun diplôme Inconnues SECIF- Inconnues


CFDT
(Secrétaire
Général)

Damien 34 Ingénieur ICPI Ouvrier SECIF- AAE ICPI


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Louger ± Lyon (Automobile) CFDT


/ Secrétaire (permanent)
Doctorat
Chimie

Brice Murat 33 Ingénieur Technicien CFDT AAE


ENSCPB, (Chimie) / Saint-
Groupe ENSI Pharmacienne Gobain ENSCPB
Recherche
(SECIF)

Samuel 27 Ingénieur Arts Travailleurs ISF CFDT EDF


Gibert et Métiers sociaux (SECIF)

Claude 56 CAP Instituteur Instituteur / CFDT PSU, PS,


Géraud Femme au Motul association
foyer (SECIF) humanitaire

Marie Vidal 51 BTS Secrétariat Cheminot / CFDT Inconnues


de Direction Femme au Total
foyer (SECIF)

Christine 44 Assistante Cadre des CFDT siege Aucune


Giron sociale Télécoms / G¶(')
Employée (La (SECIF)
Maîtrise Droit Poste)
du travail (en
formation
continue)

Sarah 46 Licence Ouvriers CFDT Mouvement


Kingsley Anglais, Areva féministe
Français et (SECIF) Syndicat
Psychologie britannique

381
Roger Varra 56 Inconnu Inconnues Fédération Inconnues
CFDT des
Services
(Secrétaire
National)

Michèle 48 Aucun diplôme Inconnues ACTIF- Inconnues


Soher CFDT
(Secrétaire
Générale)

Xavier Sapin 47 DEA Géologie Ingénieur / CFDT Gan Aucune


Chercheur (ACTIF)
CNRS

Claudine 50 Maîtrise Droit Employés CFDT siège Association


Tivrel privé des AGF de
(ACTIF) documenta-
listes
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Marion 50 Aucun diplôme Cadre du CFDT PSU,


Genêt privé / MACSF MRAP
Employée (ACTIF)
administrative

Gérald Cotu 27 Maîtrise Droit Techniciens CFDT Aucune


privé (Métallurgie) Fonds de
Garantie
Automobile
(ACTIF)

Francis 51 Administration Enseignant / CFDT- Inconnues


Faubert publique Institutrice cadres
(Secrétaire
DESS Gestion Général)
des personnels
de la fonction
publique et
fonction
formation

Akhram Kata 44 Doctorat Inconnues CFDT- Inconnues


Sciences de cadres
O¶Éducation (Secrétaire
Générale
adjointe)

Luc Mirard 46 Ingénieur Cadre CFDT- BDE /


Centrale Lille technique cadres AAE
(industrie (Secrétaire Centrale
textile) / National) Lille
Femme au
foyer Réseaux
catholiques

382
Adrien Bouin 32 Sup. de Co Cadre CFDT AAE Sup.
Bordeaux commercial / Presse de co
employée écrite Bordeaux
(EDF)

Mireille 55 Maîtrise Lettres Inconnues SNCAPA- Parents


Stein Modernes CGC G¶pOqYHV
(Présidente)

Jean Luyat 53 Maîtrise Droit Inconnues CGC AGF Aucune


privé (SNCAPA)

Marc 44 Bac Cadre CGC Aucune


Legrand technique MACSF
(industrie (SNCAPA)
textile) /
Secrétaire

Guy Augé 54 BTS Agriculteurs CGC Areva Aucune


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Chaudronnerie

Marcel 53 Aucun diplôme Employé UGICT PCF


Chaîli municipal / BNP
Couturière Paribas Île-
de-France
(Secrétaire
du
syndicat)

Fernand 57 Bac Marine UGICT CFDT


Guérin Nationale / ? BNP BNPP
Paribas Île-
de-France

Didier 49 Aucun diplôme Ouvriers UGICT PCF


Benoît BNP
Paribas Île-
de-France

Riccardo 45 Aucun diplôme Ouvriers UGICT Inconnues


Pietro BNP
Paribas Île-
de-France

Viviane 56 Aucun diplôme Menuisier / UGICT CFDT


Giordano Femme au BNP BNPP
foyer Paribas Île-
de-France LCR

Jean- 54 Bac (technique) Inconnues UGICT SDB


Bernard BNP
Renaud Paribas Île- Mouvement
de-France libertaire

383
Irène 39 BTS Secrétariat Maçon / ? UGICT Aucune
Pasquale de Direction BNP
Paribas Île-
de-France

Florent 34 DEA Physique- Professeur UGICT MJS


Hérouet Chimie (lycée) / BNP
Institutrice Paribas Île- UNEF ± ID
de-France

Aurélia 34 DEA Physique- Plâtrier / UGICT Inconnues


Adilmar Chimie Gardienne BNP
G¶LPPHXEOHV Paribas Île-
de-France

Lucas 31 BTS Assistant Menuisier / UGICT Aucune


Gabriel de gestion Femme BNP
PME-PMI G¶HQWUHWLHQ Paribas Île-
de-France
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Valérie 27 BTS Action Restaurateur / UGICT Inconnues


Busseau Commerciale Femme BNP
G¶HQWUHWLHQ Paribas Île-
de-France

Maurice 50 Maîtrise Inconnues UGICT CFDT PNC


Biret Économie PNC Air
France PCF
(Secrétaire
de la
section)

Reda Chakib 43 Aucun diplôme Cantonnier / UGICT SUNAC


Femme au PNC Air UNAC
foyer France CFDT PNC

Associative
et politique

Fouad 47 Bac Ouvrier UGICT CFDT PNC


Bassim (Mines) / PNC Air
Femme au France
foyer

Éric Thiais 34 Bac Ingénieur en UGICT Aucune


travaux PNC Air
publics / France
Professeur
(collège)

Henri Maire 34 BEP hôtellerie- Mécanicien UGICT Aucune


restauration avion (Air PNC Air
France) / France
Employée Air
France

384
Erwan Janot 35 DESS Inconnues UGICT UNAC
Systèmes PNC Air
électroniques France

Cécile Janot 35 Aucun diplôme Inconnues UGICT UNAC


PNC Air
France

Maxime 32 Licence Artiste / UGICT JOC


Aubertan Langues Employée en PNC Air
Orientales institut France UNAC
médical

Joëlle Avron 55 Bac Directeur UGICT SNPNC


commercial / PNC Air
Femme au France PCF
foyer

Pierrick 49 Inconnu Inconnues Syndicat Inconnues


tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Batrier UGICT Air


France
(permanent)

Yves Trard 51 Inconnu Inconnues Syndicat Inconnues


UGICT Air
France
(permanent)

Grégoire 32 Sup. de Co Ingénieur / Syndicat ATTAC


Derrien Bordeaux Femme au CGT RATP
foyer

Guy Serra 54 Aucun diplôme Inconnues DSC CGT Inconnues


des AGF

385
Liste des observations effectuées

Associations professionnelles

- Réunion ANDCP Junior : « Négocier quand on est jeune », le 20 septembre 2005


- Réunion ANDCP Junior : « Syndicalisme et Ressources Humaines : un avenir à
inventer ? », le 24 octobre 2006
- « Apéro » ANDCP Junior, le 31 mars 2006 au Cardinal, Paris, IIè arrondissement
- Réunion Cercle des Paradoxes (ANDCP) : « Contrat Nouvelle Embauche :
flexibilité sans sécurité ? », le 11 octobre 2005
- Réunion Cercle des Paradoxes (ANDCP) : « Faut-il de la vertu pour bien traiter
les stagiaires ? », le 14 mars 2006

$VVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqYHVHWpFROHV

- Soirée-débat École de Paris du Management : « Où va le conseil en


management ? », le 23 mai 2005, Paris Vè arrondissement
- Conférence-débat CNISF, « La prévention des risques professionnels
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

personnels », le 24 mai 2005


- Séminaire Comité CNISF des Transports, le 26 mai 2005 au Ministère des
Transports
- Réunion Club M2I (A2IST), « Optimiser le pilotage par processus », le 16 juin
2005 à Lille.

Organisations syndicales

- Congrès CFDT-cadres, les 2, 3 et 4 juin 2005, Cité des Congrès, Nantes


- Congrès Syndical UGICT BNP Paribas Île-de-France, les 1er et 2 juin 2006, Paris,
XVIIIè arrondissement
- Assemblée Générale SNCAPA-CGC, le 14 avril 2005, Paris, VIIIè arrondissement
- Journée avec les militants du syndicat UGICT BNP Paribas Île-de-France, le 28
juin 2006
- Journée avec les militants de la section syndicale UGICT PNC Air France, les 17
et 21 novembre 2005, le 16 décembre 2005
- 6WDJH G¶DFFXHLO GHV DGKpUHQWV 31& GH OD &*7 $LU )UDQFH OHV  HW  RFWREUH
2005 à Montreuil
- Formation syndicale inter-professionnelle, niveau 1, Union Locale CGT XIXè
arrondissement de Paris, semaine du 4 avril 2005
- Stage « Prise de parole en public », UL CGT du XIXè, le 13 octobre 2005
- Stage « Négocier et gérer un conflit », UL CGT du XIXè, janvier 2006

386
'RFXPHQWDWLRQUHFXHLOOLHHQVLWXDWLRQG¶HQTXrWH

Associations professionnelles

- $QQXDLUH  GHV PHPEUHV GH O¶$)'&& 'RFXPHQW comprenant aussi la


FRPSRVLWLRQ GX &RQVHLO G¶$GPLQLVWUDWLRQ GH O¶DVVRFLDWLRQ VHV VWDWXWV VRQ
Règlement Intérieur, ses objectifs et la « déontologie » professionnelle. Obtenu
DXSUqVGX6HFUpWDULDWGHO¶$)'&&PDL
- « Catalogues » 2005 et 2006 des formations au credit management, Institut du
Credit Management ± $)'&&2EWHQXVDXSUqVGX6HFUpWDULDWGHO¶$)'&&PDL
2005 et avril 2006
- La Lettre du Credit Manager : numéros 103 (novembre 2003), 110 (août-
septembre 2004), 111 (octobre 2004) et 118 (mai 2005), obtenus auprès du
6HFUpWDULDWGHO¶$)'&&PDL
- Revue Fonction Credit : numéros 21 (avril-mai-juin 2004), 25 (avril-mai-juin
2005) et 27 (octobre-novembre-décembre 2005), obtenus auprès du Secrétariat de
O¶$)'&&PDLHWDYULO
- Fonction Credit, supplément au n°21, « Bonnes pratiques pour le processus
³5HODWLRQV)LQDQFLqUHV&OLHQWV´ »
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

- Enquête biennale 2004, Le profil du credit manager, partenariat AFDCC /


Accountemps et R.H.I. Management resources. Obtenue auprès du Secrétariat de
O¶$)'&&PDL005
- « Développons ensemble le Credit Management », fascicule obtenu auprès du
3UpVLGHQWGHO¶$)'&&MXLOOHW

- 6WDWXWV HW 5qJOHPHQW ,QWpULHXU GH O¶$1'&3 REWHQXV DXSUqV GX 6HFUpWDULDW GH
O¶$1'&3MXLOOHW
- 3URJUDPPH GH O¶8QLYHUVLWp 1DWLRQDOH GH O¶$1DCP (Toulouse, novembre 2005),
REWHQXDXSUqVGX6HFUpWDULDWGHO¶$1'&3MXLOOHW
- Compte-UHQGXGHO¶8QLYHUVLWp1DWLRQDOHGHO¶$1'&3 7RXORXVHQRYHPEUH 
et « post-programme ªUHFXHLOOLVVXUOHVLWH,QWHUQHWGHO¶DVVRFLDWLRQ
- Revue Personnel : numéros 368 (mars-avril 1996), 456 (janvier 2005) et 460 (juin
 REWHQXVjODGRFXPHQWDWLRQGHO¶,QVWLWXWGHV6FLHQFHV6RFLDOHVGX7UDYDLO
,667 HWDXSUqVGX6HFUpWDULDWGHO¶DVVRFLDWLRQ
- &DKLHU GH O¶$1'&3 n°68 (juin 2005), supplément au n°460 de la revue
Personnel, « /¶DEVHQWpLVPH »
- 'pOpJXp *pQpUDO GH O¶$1'&3 © 'H O¶DGPLQLVWUDWLI DX VWUDWpJLTXH », Projet n°
PDLREWHQXDXSUqVGX6HFUpWDULDWGHO¶$1'&3MXLOOHW
- 'pOpJXp *pQpUDO GH O¶$1'&3 © Ingénieurs et DRH : donner toute sa place à
l¶+RPPH SRXU OD UpXVVLWH GH O¶HQWUHSULVH », Revue 2005 des ingénieurs ÉCAM-
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- Fascicule de présentation de la DFCG : vocation, effectifs, commissions et


principaux groupes de travail en 2005. Obtenue auprès du responsable de la
FRPPXQLFDWLRQGHO¶DVVRFLDWLRQPDL
- 5pVXOWDWV GH O¶HQTXrWH +(& SRXU OHV  DQV GH OD ')&*   © Contrôle de
gestion et performance », obtenus auprès du responsable de la communication de
O¶DVVRFLDWLRQPDL
- Revue Échanges (DFCG), numéro 205 (décembre 2003), obtenue auprès du
UHVSRQVDEOHGHODFRPPXQLFDWLRQGHO¶DVVRFLDWLRQPDL

- )DVFLFXOHGHSUpVHQWDWLRQGHVPLVVLRQVHWGHO¶RUJDQLVDWLRQGHO¶$'(7(0 pTXLSH
des permanents, Conseil, Bureau, Clubs et régions, Formation, Centre de

387
'RFXPHQWDWLRQHW3XEOLFDWLRQV REWHQXDXSUqVGX6HFUpWDULDWGHO¶DVVRFLDWLRQPDL
2005
- $QQXDLUH  GHV PHPEUHV GH O¶$'(7(0 REWHQX DXSUqV GX 6HFUpWDULDW GH
O¶DVVRFLDWLRQPDL
- &DOHQGULHU GHV PDQLIHVWDWLRQV SDULVLHQQHV GH O¶ADETEM, obtenu auprès du
6HFUpWDULDWGHO¶DVVRFLDWLRQPDL
- Revue Française du Marketing : numéros 198 (juillet 2004) et 200 (décembre
 REWHQXVDXSUqVGXVHFUpWDULDWGHO¶$'(7(0PDL

- Fascicule de présentation du CJD et « Catalogue de Formation 2004-2005 » de


O¶,QVWLWXW&RSHUQLF &-' 2EWHQXVDXSUqVGX6HFUpWDULDWGX&-'MXLQ

$VVRFLDWLRQVG¶DQFLHQVpOqYHV

- Annuaire 2005 des associations membres du CNISF, obtenu auprès de


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- /D&KDUWHpWKLTXHGHO¶LQJénieurREWHQXHDXSUqVGHO¶$GPLQLVWUDWLRQGX&1,6)
mars 2005
- 5HFXHLOGHVERQQHVSUDWLTXHVjO¶XVDJHGHVDVVRFLDWLRQVSRXUUHFUXWHUHWILGpOLVHU,
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

GRFXPHQW&1,6)REWHQXDXSUqVGX6HFUpWDULDWGHO¶DVVRFLDWLRQGHVDQFLHQVpOqYHV
G¶$GYDQFLD eFROHGH&RPPHUFe), avril 2006
- La rémunération des ingénieurs 2005. 16è enquête socio-économique du CNISF.
Achetée au Salon des ingénieurs, La Défense, décembre 2005

- « Pages spéciales » Arts et Métiers Magazine, octobre 2005, numéro recueilli au


6DORQGHO¶LQJpQLHXU/D Défense, décembre 2005
- ,QJpQLHXUV GDQV OD YLH«*DG]DUWV SRXU OD YLH /D 6RFLpWp GHV LQJpQLHXUV $UWV HW
Métiers vous accueillepGLWLRQ'RFXPHQWUHFXHLOOLDX6DORQGHO¶LQJpQLHXU
La Défense, décembre 2005
- Statuts de la Société des ingénieurs Arts et Métiers, recueillis sur le site Internet
GHO¶DVVRFLDWLRQ

- 6WDWXWV HW 5qJOHPHQW ,QWpULHXU GH O¶$, (16($ UHFXHLOOLV VXU OH VLWH ,QWHUQHW GH
O¶DVVRFLDWLRQ
- 5DSLGH DSHUoX GHV DFWLRQV GH O¶$, (16($ 3ODTXHWWH GH SUpVHQWDWLRQ GH O¶$,
ENSEA, Obtenue auprès du SeFUpWDLUHGHO¶DVVRFLDWLRQPDUV
- /D OHWWUH GH O¶$, (16($ : numéros 14 (novembre 2002), « Numéro spécial
Assemblée Générale » (février 2003), 19 (janvier 2004), 23 (janvier 2005), 24
(mars 2005) et 27 (janvier 2006), recueillis sur le site Internet de l¶DVVRFLDWLRQ

- 6WDWXWV HW 5qJOHPHQW ,QWpULHXU GH O¶$,67 UHFXHLOOLV VXU OH VLWH ,QWHUQHW GH
O¶DVVRFLDWLRQ
- (QWUHS¶,67 : numéros 13, « Spécial dix ans GHO¶,679HQGpH » (janvier 2005) et 14
PDL UHFXHLOOLVVXUOHVLWH,QWHUQHWGHO¶$,67
- Réunions du %XUHDX GH O¶$,67 : février 2004, décembre 2004 et février 2005.
Comptes-UHQGXVUHFXHLOOLVVXUOHVLWH,QWHUQHWGHO¶DVVRFLDWLRQ
- « Le guide des formations IST ªUHFXHLOOLVXUOHVLWH,QWHUQHWGHO¶$,67

- Statuts, Règlement Intérieur et budget (2003) de O¶DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV GH


+(&UHFXHLOOLVVXUOHVLWH,QWHUQHWGHO¶DVVRFLDWLRQ
- Hommes & Commerce : numéro 307, juin-juillet 2005, obtenu auprès de
O¶HQTXrWpHGH+(&VHSWHPEUH

388
Organisations syndicales

- Revue Cadres CFDT : numéros 340-341 (mars-avril 1990), 395 (avril 2001), 401-
402 (novembre 2002), 404 (mai 2003), 405-406 (juillet 2003), 406 (avril 2004),
412 (octobre 2004), 413 (janvier 2005), 418 (février 2006) et 423 (février 2007).
2EWHQXVjODGRFXPHQWDWLRQGHO¶,QVWLWXWGHV6FLHQFHV6RFLales du travail (ISST) et
auprès du Secrétariat de la CFDT-cadres
- &DGUHVSOXV /D OHWWUH G¶LQIR GH OD &)'7-cadres : numéros 6 (mars 2005), 10
(avril 2006) et 11 (juillet 2006), recueillis sur le site Internet de la CFDT
- La Revue de la CFDT, novembre-décembre 2003 et juillet-août 2004, recueillis au
siège de la FCE-CFDT, juillet 2004
- 6WDWXWVGHOD&)'7REWHQXVDXSUqVGX6HFUpWDULDWGHO¶$&7,)-CFDT, mai 2005
- Statuts de la CFDT-cadres, obtenus auprès du secrétariat de la CFDT-cadres, mai
2005
- 5DSSRUW G¶$FWLYLWp 5pVROXWLRQ *pQpUDOH 0RWLRQ G¶DFWXDOLWp HW eYROXWLRQ GHV
statuts, Congrès CFDT-FDGUHV G¶$PLHQV DYULO  2EWHQXV DXSUqV GX
Secrétariat de la CFDT-cadres, avril 2005
- 5DSSRUW G¶$FWLYLWp 5pVROXWLRQ *pQpUDOH 0RWLRQ G¶DFWXDOLWp ,QWHUYHQWLRQV
G¶RXYHUWXUe et de clôture, Congrès CFDT-cadres de Nantes, juin 2005. Obtenus
lors du Congrès auprès du Secrétariat de la CFDT-cadres. Actes du Congrès
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

également recueillis sur le site Internet de la CFDT-cadres


- Compte-rendu du Congrès Confédéral CFDT de Grenoble, juin 2006, recueilli sur
le site Internet de la CFDT
- Observatoire des Cadres, « Les cadres : portrait en chiffres », recueilli au Congrès
CFDT-cadres de Nantes, juin 2005
- Enquête TEQ ± Cadres 2002. « Premiers résultats ». Document obtenu auprès du
secrétariat de la CFDT-cadres, mai 2005
- Enquête TEQ ± Cadres 2002. « Analyse de la CFDT-cadres », octobre 2002.
Document obtenu auprès du Secrétariat de la CFDT-cadres, mai 2005
- Colloque « UCC ± TEQ cadres ». Intervention de François Chérèque, le 25
octobre 2002, recueillie sur le site Internet de la CFDT-cadres
- Évolutions annuelles de la syndicalisation à la CFDT (2000, 2001, 2002, 2003,
2004 et 2005). Données revendiquées par la CFDT, recueillies sur le site Internet
de la CFDT
- Dossier de presse du 6 avril 2004, « La CFDT en 2003 : - 1,73 %, soit 873 777
adhérents », recueilli sur le site Internet de la CFDT
- « Les professionnels autonomes ± Une nouvelle figure du monde du travail »,
Observatoire des Cadres, Rapport final, juin 2003. Obtenu auprès du Secrétariat
de la CFDT-cadres
- Manifeste pour la responsabilité sociale des cadres, obtenu auprès du Secrétariat
de la CFDT-cadres, février 2006
- ACTIF-CFDT, « /LYUHWGHO¶DGKpUHQW », obtenu auprès du Secrétariat du syndicat,
mai 2005
- ACTIF-CFDT, « Le kit du nouvel adhérent », obtenu auprès du Secrétariat du
syndicat, mai 2005
- ACTIF-CFDT, « Le guide du développeur », recueilli sur le site Internet du
syndicat, espace adhérents
- ACTIF-CFDT, « Charte des délégués syndicaux », recueilli sur le site Internet du
syndicat, espace adhérents
- ACTIF-CFDT, « Progression des adhérents par Section entre 2004 et 2005 »,
recueillie sur le site Internet du syndicat, espace adhérents
- 5qJOHPHQW,QWpULHXUGHO¶$&7,)-CFDT, obtenu auprès du Secrétariat du syndicat,
mai 2005

389
- /D OHWWUH G¶LQIRUPDWLon de la CFDT des AGF, « O¶HQTXrWH 7(4 ± Cadres :
résultats et analyse pour les AGF ª MDQYLHU  2EWHQXH DXSUqV GH O¶HQTXrWpH
de la CFDT des AGF, mars 2005
- ,QIRUP¶DFWLRQ $*) numéro 12, septembre 2005, recueillie au siège des AGF
après un entretien avec le responsable du Syndicat des Employés Mécontents
(SDEM-AGF), septembre 2005
- 3DULV&RPPXQH0DJD]LQHGHO¶8QLRQ'pSDUWHPHQWDOH&)'7GH3DULV, numéro
323, (novembre-GpFHPEUH REWHQXDXSUqVGHO¶8'PDUV
- CFDT magazine : numéros 311 (mars 2005) et 314 (juin 2005), recueillis au siège
du SECIF-CFDT, mars et juin 2005
- La lettre aux adhérents du SECIF-CFDT, numéro 1, février 2005, obtenue auprès
du Secrétariat du SECIF-CFDT, mars 2005

- Actes du Congrès Confédéral CFE-&*&G¶,VV\-les-Moulineaux (novembre 2003),


recueilli sur le site Internet de la CGC, également publié dans le numéro 109
(décembre 2003) de la revue Encadrement Magazine
- Le + syndical, « /LEHUWpV SRXU O¶HQFDGUHPHQW » (janvier 2005), exemplaire
recueilli sur le site Internet de la CFE-CGC
- Revue Encadrement Magazine : numéros 120 (décembre 2004-janvier 2005) et
 IpYULHU   UHFXHLOOLV ORUV GH O¶$VVHPEOpH *pQpUDOH GX 61&$3$ DYULO
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

2005
- 5DSSRUWG¶$FWLYLWpHW5DSSRUW)LQDQFLHUGX61&$3$-CGC, Assemblée Générale
du 16 mars 2006, recueillis sur le site Internet du syndicat
- Statuts du SNCAPA-CGC et de la Fédération CGC des Assurances, obtenus
auprès du Bureau du SNCAPA, mars 2006
- Accord du 14 octobre 2004 sur la formation professionnelle continue dans la
branche Assurances, obtenu auprès du Bureau du SNCAPA, mars 2006
- 5DSSRUW$QQXHOGHO¶2EVHUYDWRLUHGHO¶eYROXWLRQGHV0pWLHUVGHO¶$VVXUDQFH
(OEMA), obtenu auprès du Bureau du SNCAPA, mars 2006
- « 3URWRFROHG¶DFFRUGUHODWLIDXGLVSRVLWLIVXSSOpPHQWDLUHGHUHWUDLWH$*) », obtenu
auprès de O¶HQTXrWpGHOD&*&GHV$*)DR€W
- Convention Collective des Assurances (1992), Bilans sociaux 2004 et 2005 des
AGF, « Classification ± Reconnaissance AGF », RH Groupe. Documents obtenus
auprès de relations personnelles

- 6WDWXWVGHO¶8*,&7-CGT, recueiOOLVVXUOHVLWH,QWHUQHWGHO¶8*,&7-CGT
- Statuts du syndicat CGT Air France, obtenus auprès du Secrétariat du syndicat,
novembre 2005
- Accord Collectif du Personnel Navigant Commercial Air France 2003 ± 2008.
Obtenu auprès de la Commission Exécutive de la section UGICT PNC Air
France, novembre 2005
- Bilan social Air France (2005), obtenu auprès de la Commission Économique du
&RPLWp&HQWUDOG¶(QWUHSULVH$LU)UDQFHRFWREUH
- « /¶RUJDQLVDWLRQ GX SURGXLW YRO » (avril 2005), document obtenu auprès de la
CommiVVLRQ eFRQRPLTXH GX &RPLWp &HQWUDO G¶(QWUHSULVH $LU )UDQFH RFWREUH
2005
- Actes du Congrès du syndicat CGT Air France (2004), obtenus auprès de la
Commission Exécutive de la section UGICT PNC, décembre 2005
- « 'RFXPHQWG¶RULHQWDWLRQ », Congrès 2004 de la section UGICT PNC Air France,
obtenu auprès de la Commission Exécutive de la section, décembre 2005
- Réunions de la Commission Exécutive de la section UGICT PNC Air France :
juin 2005, novembre 2005. Comptes-rendus obtenus auprès de la Commission
Exécutive de la section, décembre 2005
- Lettre aux adhérents, décembre 2005, obtenue auprès du responsable de la
communication de la section UGICT PNC Air France, janvier 2006

390
- 5DSSRUW G¶$FWLYLWp GX 6131& VHSWHPEUH  ± avril 2005. Compte-rendu de
O¶$VVHPEOpH *pQpUDOH du syndicat (3 juin 2005), recueilli sur le site Internet du
SNPNC
- « Participants au 9è Congrès du syndicat UGICT CGT BNP Paribas Île-de-
France ». Document distribué aux congressistes de juin 2006
- « Répartition des syndiqués par Pôle ou Fonction ». Document distribué aux
congressistes de juin 2006
- « Évolution des effectifs techniciens et cadres BNP Paribas », RH Groupe, 2005.
'RFXPHQWREWHQXDXSUqVGX6HFUpWDULDWGHO¶8*,&7%133DULEDVÌOH-de-France,
juin 2006
- Bilan social BNP Paribas (2005), obtenu auprès GX6HFUpWDULDWGHO¶8*,&7%13
Paribas Île-de-France, juin 2006
- 5DSSRUW $QQXHO %13 3DULEDV   REWHQX DXSUqV GX 6HFUpWDULDW GH O¶8*,&7
BNP Paribas Île-de-France, juin 2006
- Convention Collective des Banques (2000), obtenue auprès du Secrétariat de
/¶8*,CT BNP Paribas Île-de-France, juin 2006
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

391
Octobre 2004 - N° 44.2

MYTHES ET RÉALITÉS
DE LA SYNDICALISATION EN FRANCE
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

En 2003, plus de 8 % des salariés (7,5 % des femmes et 9 % des hommes) sont
syndiqués. C'est deux fois moins qu'il y a vingt-cinq ans. Pourtant, le taux de
syndicalisation s'est stabilisé depuis une dizaine d'années. On assiste même à
une progression de la présence syndicale, sous forme de délégués ou de repré-
sentants élus, dans les établissements et les entreprises.
Les fonctions publiques regroupent près de la moitié des salariés affiliés à une
organisation syndicale. Si l'industrie reste un bastion syndical, l'adhésion à de
telles organisations est, de fait, bien plus fréquente pour les cadres que pour
les ouvriers. Le développement des formes d'emploi flexibles depuis une ving-
taine d'années a rendu plus difficile la syndicalisation de tout un volant de la
main-d'œuvre, en premier lieu des salariés d'exécution.
Spécificité française, la faiblesse du taux de syndicalisation ne signifie pas
l'absence de représentation syndicale pour les salariés : 40 % d'entre eux
déclarent qu'un syndicat est présent sur leur lieu de travail, plus de la moitié
dans leur entreprise ou leur administration. Ce sont essentiellement les sala-
riés des petits établissements (moins de cinquante salariés) qui n'ont pas de
représentants syndicaux.

Ministère
du l'emploi, du travail
et de la cohésion sociale
Dans sa déclaration de 1948, l'Or- Encadré 1
ganisation Internationale du Tra- LA CONNAISSANCE STATISTIQUE
vail (OIT) définit les syndicats
comme des « associations indé-
DE LA SYNDICALISATION
pendantes de travailleurs ayant En France, l'estimation du nombre de salariés adhérant à une organisation syndica-
pour but de promouvoir et de le s'est longtemps appuyée sur les seules déclarations des syndicats. Jusqu'à aujour-
défendre leurs intérêts ». Selon d'hui, les principaux travaux, tant nationaux qu'internationaux, présentant l'évolution
des effectifs syndiqués et des taux de syndicalisation en France ont été élaborés à par-
cette même définition, aujourd'hui tir de ces informations [1], [3], [5], [6]. Ce sont les recherches d'A. Bevort et de
2,4 millions de personnes en D. Labbé qui ont permis d'établir les séries de référence : à partir d'une collecte minu-
emploi se déclarent membres d'un tieuse, effectuée fédération par fédération, des cotisations enregistrées par la CGT et
syndicat en France (encadré 1). la CFDT, A. Bevort a pu calculer le nombre d'adhérents de ces deux organisations
Indépendants et employeurs ne se depuis la guerre ; D. Labbé, qui a également participé à ce travail, en a ensuite étendu
la portée en estimant, à partir des résultats aux élections professionnelles, le nombre
tiennent pas à l'écart de cette for- d'adhérents à l'ensemble des organisations syndicales.
me de représentation collective :
Bien qu'elles aient été peu exploitées en ce sens, des données d'enquête permettent
avec près de 600 000 adhérents, également d'étudier la syndicalisation. Depuis 1996, le dispositif des Enquêtes Per-
les exploitants agricoles, méde- manentes sur les Conditions de Vie des Ménages (Insee) permet de repérer les per-
cins libéraux et petits commer- sonnes qui déclarent être « membres d'un groupement syndical ou professionnel ». Il
çants sont nombreux à rechercher permet de connaître également leur degré d'implication dans ces organisation (« sim-
auprès des organisations patrona- ple adhérent », « participant actif », « responsable »). Ces enquêtes, réalisées chaque
année auprès d'un échantillon représentatif de 8 000 personnes âgées de plus de
les ou professionnelles des 15 ans, se situent dans le prolongement de l'enquête Contacts (Insee, 1982-1983) qui
conseils pour mieux gérer leur a permis d'étudier l'adhésion syndicale il y a une vingtaine d'années.
entreprise ou des moyens de peser
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

Que l'on s'appuie sur des données d'enquête ou sur des déclarations syndicales, les
sur les décisions des pouvoirs estimations de taux de syndicalisation et d'effectifs syndiqués sont très proches :
publics. Ce sont cependant tou- aujourd'hui, un peu moins de 1 900 000 salariés actifs sont syndiqués ; ils représentent
jours les syndicats de salariés qui entre 8 et 9 % des salariés en activité. Compte tenu des retraités et des chômeurs (envi-
mobilisent le plus grand nombre ron un adhérent sur cinq), les organisations syndicales peuvent compter sur une capa-
cité de mobilisation légèrement supérieure.
de travailleurs : en 2003, plus des
trois quarts des adhérents à un Graphique 1
syndicat sont salariés. Les taux de syndicalisation depuis 50 ans
En pourcentage
30
La fin du recul syndical
Depuis le début des années 25
quatre-vingt-dix, le recul des syn-
dicats de salariés, amorcé au 20
milieu des années soixante-dix, a
été endigué. Les effectifs syndi- 15
qués se sont stabilisés sur la der-
nière décennie. Ils avaient été
10
divisés par deux les quinze années
précédentes. En 2003, 1 845 000
salariés déclarent être affiliés à un 5
syndicat. Ils représentent 8,2 %
des salariés (graphique 1) [1]. 0
1945 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005
D'autres indicateurs témoignent Champ : salariés.
d'une stabilisation, voire d'un Source : de 1949 à 1993 inclus, estimation à partir du nombre de cotisations syndicales (en dédui-
regain syndical depuis une dizaine sant les 20 % de cotisations correspondant aux salariés en retraite) [1] ; de 1996 à 2003 inclus,
d'années (graphique 2). La pro- estimation à partir des Enquêtes Permanentes sur les Conditions de Vie des Ménages de l'Insee.
portion de salariés déclarant qu'un représentés par un syndicat ; ils des suffrages, contre 71 % dix ans
ou plusieurs syndicats sont pré- plus tôt.
sents sur leur lieu de travail est étaient 50 % sept ans plus tôt.
ainsi en légère progression : de Dans les élections aux comités Cette double évolution - stabili-
38 % en 1996 à 40 % en 2003. La d'entreprise et délégation uniques sation du taux de syndicalisation
progression est plus forte si l'on du personnel, l'audience syndicale et progression de la représentation
considère la présence de syndi- syndicale - n'est guère partagée
augmente également depuis plu-
cat(s) dans l'entreprise ou l'admi- avec les autres pays industrialisés.
nistration (pour les salariés de la sieurs années [2] : sur le cycle Dans un contexte international de
fonction publique) : en 2003, électoral 2001-2002, les organisa- fort recul syndical, seule l'Espa-
55 % des salariés étaient ainsi tions syndicales rassemblent 78 % gne et, dans une moindre mesure,

PREMIÈRES SYNTHÈSES 2 Octobre 2004 - N° 44.2


les Pays-Bas connaissent une évo- Encadré 2
lution comparable [3]. Ces trois PRÉSENCE SYNDICALE ET MODÈLE
pays ont d'ailleurs en commun un
même modèle de représentation
DE REPRÉSENTATION DES SALARIÉS
des salariés qui se caractérise à la La France est l'un des pays industrialisés qui a le plus faible taux de syndicalisa-
fois par un faible taux de syndica- tion. Elle a, dans le même temps, un des taux de couverture conventionnelle le plus
élevé : la part de salariés couverts par une convention collective y est de plus de 90 %.
lisation et par un fort taux de cou- Ce paradoxe apparent renvoie à la singularité du modèle français de relation profes-
verture conventionnelle (encadré sionnelle où les organisations syndicales négocient des avancées pour l'ensemble des
2). En France, l'écart entre le salariés et non pour leurs seuls adhérents (contrairement à la Suède par exemple).
nombre de salariés syndiqués et le Les modalités de la présence syndicale dans chaque pays ne peuvent, de fait, être
nombre de salariés représentés, comprises sans une connaissance précise du cadre juridique des relations profession-
dans leur entreprise, par un syndi- nelles : au Mexique ou en Corée du Sud par exemple, l’embauche dans certaines entre-
cat n'a jamais été aussi important. prises (appelées « closed shops ») est conditionnée par l’adhésion au syndicat d'entre-
prise ; en Belgique et dans certains pays scandinaves, les salariés sont soumis au
système dit « de Gand » qui conditionne le versement des allocations chômage à une
adhésion syndicale préalable.
La présence des syndicats
reste plus forte dans le
public 100
Taux de couverture conventionnelle
France
Finlande Suède
Pays-Bas
Dans la fonction publique, 80
Espagne Danemark
15 % des salariés sont affiliés à un
60
syndicat. C'est trois fois plus que
dans les entreprises du secteur pri-
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

40

vé et un peu moins que dans les


entreprises publiques (tableau 1). 20
USA
Les professions les plus syndi- 0
Corée du sud
Japon

quées sont, de fait, majoritaire- 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90

ment exercées dans le public : il


Taux de syndicalisation
s'agit des professeurs, chercheurs
Source : Perspectives de l'emploi de l'OCDE 2004 [3].
et médecins hospitaliers (25,5 %),
mais aussi des ingénieurs et
cadres de la fonction publique l'absence de protection statutaire sont représentés par un syndicat,
(25 %). des salariés peut expliquer la dix fois plus que dans les petits
faiblesse des taux de syndicalisa- établissements (tableau 2). C'est
Principalement composé d'en- tion : c'est particulièrement le cas ainsi près de la moitié des salariés
treprises publiques, le secteur de dans le commerce (2,5 %) et la d'entreprise, ceux qui travaillent
l'énergie emploie une forte pro- construction (2,5 %) ; dans l'in- dans des unités de moins de
portion de salariés syndiqués dustrie, secteur où la dimension 50 salariés, qui sont privés de
(17 %). Dans les activités finan- collective du travail est plus toute représentation syndicale
cières et assurancielles, ce sont les anciennement ancrée, la syndica- (constat non sans rapport avec le
organismes de sécurité sociale et lisation est en revanche plus forte dispositif légal qui encadre la pré-
les mutuelles qui contribuent le (7,5 %). sence syndicale dans les entrepri-
plus à la forte adhésion syndicale ses, encadré 3).
(11 %). Au total, près d'un syndi-
En entreprise, plus encore que
qué sur dix est salarié d'une entre-
dans la fonction publique, la taille
prise publique, c'est deux fois plus
des établissements est détermi-
Les cadres plus syndiqués
que leur poids dans l'emploi sala- que les ouvriers
nante quant à la présence syndica-
rié.
le. Sur les vastes sites de produc- Le syndicalisme n'est pas réser-
Dans le secteur privé, la plus tion et dans les grands centres du vé aux salariés d'exécution, loin
petite taille des établissements et tertiaire, quatre salariés sur cinq de là : les cadres et professions
Tableau 1
Syndiqués du public, syndiqués du privé En pourcentage
Présence syndicale
Effectif de Taux de Sur le lieu Dans l'entreprise
syndiqués syndicalisation de travail ou l'administration
(en milliers)
État, Collectivités locales, Hôpitaux publics .............. 890 15,1 52,7 76,2
Entreprises publiques, Sécurité sociale ...................... 160 15,6 70,7 89,3
Entreprises privées ...................................................... 834 5,2 31,2 41,9
Total ............................................................................ 1 884 8,2 38,5 52,9
Champ : salariés.
Source : Enquêtes Permanentes sur les Conditions de Vie des Ménages, 1996 à 2003, Insee.

PREMIÈRES SYNTHÈSES 3 Octobre 2004 - N° 44.2


Tableau 2
La taille de l'établissement, un facteur déterminant de la présence syndicale dans le privé En pourcentage
Présence syndicale
Taux de sur le lieu dans
syndicalisation de travail l'entreprise
Moins de 50 salariés.................................................................................... 3,5 8,3 19,0
De 50 à 99 salariés ...................................................................................... 5,4 41,3 52,9
De 100 à 499 salariés .................................................................................. 8,3 63,4 74,3
500 salariés et plus ...................................................................................... 8,7 81,2 91,7
Total ............................................................................................................ 5,2 31,2 41,9
Champ : salariés du privé.
Source : Enquêtes Permanentes sur les Conditions de Vie des Ménages, 1996 à 2003, Insee.

intellectuelles supérieures adhè- des cadres était bien supérieur à d'entreprise sont membres d'un
rent en effet trois fois plus souvent celui des ouvriers [6], [7]. groupement syndical ou profes-
à un groupement syndical ou pro- Le poids des professions de sionnel, contre 5 % des ouvriers.
fessionnel que les ouvriers ; plus l'enseignement et de la santé, et Les formes d'organisation profes-
de 500 000 d'entre eux se décla- plus généralement des emplois sionnelle ne sont certes pas les
rent membres de telles organisa- publics, au sein des cadres mêmes selon la catégorie d'emploi
tions, contre moins de 400 000 explique leur plus forte syndicali-
que l'on exerce. Pourtant, les diffi-
sation. Cependant, en entreprise
ouvriers (graphique 3). S'il peut cultés d'organisation collective
également, l'écart entre cadres et
paraître surprenant, ce résultat ouvriers est important : dans le des cadres, souvent mises en
n'est pourtant pas le fruit d'une secteur privé, 7,5 % des cadres avant pour expliquer le recul syn-
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

évolution récente : il y a vingt ans


déjà, le taux de syndicalisation Graphique 2
La représentation syndicale des salariés (1996-2003)
En pourcentage
Encadré 3
70
LES MODALITÉS Présence sy ndicale
LÉGALES DE LA 60
dans l'entrep rise
PRÉSENCE SYNDICALE ou l'administration

DANS LES ENTREPRISES 50

En entreprise, les représentants du


40
personnel sont soit élus par les salariés
(comme membre du comité d'entreprise Présence sy ndicale
ou comme délégué du personnel ; ils 30 sur le lieu de travail
peuvent alors être affiliés à une organi-
sation syndicale ou non), soit désignés 20
par une organisation syndicale repré- 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003
sentative (comme délégué syndical ou
comme salarié mandaté). Lecture : en 2002, 55,2 % des salariés déclarent qu'un syndicat est présent dans leur entreprise ou leur admi-
nistration, contre 50,6 % en 1996.
La désignation d'un délégué syndi- Champ : salariés.
cal ne peut intervenir que dans les Source : Enquêtes Permanentes sur les Conditions de Vie des Ménages, de 1996 à 2003, Insee.
entreprises d'au moins cinquante sala-
riés. Dans les entreprises plus petites,
les organisations syndicales peuvent Graphique 3
désigner un délégué du personnel, pour Taux de syndicalisation et effectifs syndiqués,
la durée de son mandat, comme délégué selon la catégorie d'emploi
syndical. Elles peuvent également man- En pourcentage
20
dater un salarié pour signer un accord,
comme ce fut le cas lors de la négocia- 14,5% des cadres,
tion de la réduction du temps de travail. 16
soit 513 000
syndiqués 10,1% des
La présence de représentants syndi- professions
caux élus dépend bien évidemment des 12
intermédiaires, soit
suffrages obtenus par les listes syndica- 560 000 syndiqués 6,1% des ouvriers
les aux élections professionnelles. Elle 5,5% des employés soit 389 000
dépend également de la tenue effective soit 404 000 syndiqués
8
syndiqués
des élections : alors qu'elle est obliga-
toire à partir de cinquante salariés, la
mise en place d'un comité d'entreprise 4
n'est effective que dans 88 % des entre-
prises de cette taille ; de même, seule- 0
ment 63 % des établissements de plus
de dix salariés (seuil d'obligation léga- Champ : salariés.
le) disposent d'un délégué du personnel. Source : Enquêtes Permanentes sur les Conditions de Vie des Ménages, 1996 à 2003, Insee.

PREMIÈRES SYNTHÈSES 4 Octobre 2004 - N° 44.2


dical, semblent en décalage avec aussi des femmes et des jeunes, S'ils sont moins souvent syndi-
la réalité. peut être reliée à la montée du qués, ces salariés ne sont pas pour
chômage de masse et à la flexibi- autant exclus de toute représenta-
S'il est moins fréquent pour les
lisation de la main d'œuvre. Les tion syndicale : plus d'un quart des
employés et les ouvriers, l'enga-
formes d'emploi flexibles, qui salariés en CDD, en intérim ou à
gement syndical est plus actif
concernent plus fortement ces temps partiel signalent qu'un syn-
pour ces salariés : alors que les
salariés, sont en effet un obstacle dicat est présent sur leur lieu de
cadres déclarent en majorité être
à la participation syndicale travail ; près de la moitié d'entre
de simples adhérents, les
(tableau 3) : seuls 2,5 % des sala- eux font état d'une présence syn-
employés déclarent plus souvent
riés en CDD ou en intérim sont dicale dans l'entreprise ou l'admi-
être membres actifs et les ouvriers
syndiqués ; 6 % des salariés à nistration. Si l'on considère plus
avoir des responsabilités. Souvent
temps partiel sont dans ce cas. En largement la couverture par un
perçu comme une prise de risque
2003, ces formes d'emploi sont accord ou une convention collec-
par rapport à l'employeur, l'exerci-
exercées par un quart des salariés, tive de branche, ce sont plus de
ce de responsabilités syndicales
plus du tiers des femmes et des neuf salariés sur dix qui bénéfi-
peut aussi être une forme d'inté-
cient de dispositions négociées
gration professionnelle, voire de moins de trente ans.
par les fédérations syndicales. La
promotion pour les salariés d'exé-
Avoir de mauvaises conditions France diffère en cela de pays tels
cution. Au sein des appareils syn-
de travail ou un fort sentiment de que les États-Unis, la Corée du
dicaux, les ouvriers occupent près
précarité par rapport à son emploi Sud et le Japon, qui ont à la fois
d'un tiers des postes : des anima-
ne s'accompagne pas non plus d'u- des taux de syndicalisation et des
teurs de sections syndicales au
ne plus forte syndicalisation. Au couvertures conventionnelles très
sein des établissements et des
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

contraire, ce sont les salariés qui faibles.


entreprises aux secrétaires des
structures professionnelles et déclarent peu de pénibilités au tra-
interprofessionnelles. vail et des chances de promotion
élevées qui sont le plus souvent
syndiqués. Ces résultats témoi-
Les formes d'emploi gnent des difficultés qu'ont les
flexibles : un obstacle syndicats, parfois en raison de la Thomas AMOSSÉ,
à la syndicalisation méfiance des employeurs, à mobi- (Dares).
de la main-d'œuvre liser les salariés ayant de mauvai-
La faible syndicalisation des ses conditions de travail ou d'em-
ouvriers et des employés, mais ploi.

Tableau 3
Représentation syndicale et conditions d'emploi En pourcentage
Présence syndicale
Taux de sur le lieu dans l'entreprise
syndicalisation de travail ou l'administration
Salariés en contrat à durée déterminée ou en intérim ................................ 2,4 23,2 35,0
Salariés en contrat à durée indéterminée à temps partiel .......................... 6,1 28,2 43,1
Salariés en contrat à durée indéterminée à temps complet ........................ 9,5 42,5 57,2
Total ............................................................................................................ 8,2 38,5 52,9
Note : les agents titulaires de la fonction publique sont classés avec les salariés en contrat à durée indéterminée.
Champ : salariés.
Source : Enquêtes Permanentes sur les Conditions de Vie des Ménages, 1996 à 2003, Insee.

Pour en savoir plus


[1] Labbé D. (1997), Syndicats et syndiqués en France depuis 1945, L'Harmattan.
[2] Le Moigne C. (2003), « Les élections aux comités d'entreprise en 2001 : un net recul des non syndiqués »,
Premières Synthèses, Dares, n°43.2.
[3] OCDE (2004), Perspectives de l'emploi de l'OCDE.
[4] Héran F. (1988), « Un monde sélectif : les associations », Économie et Statistiques, n°208.
[5] Bevort A. (1995), « Compter les syndiqués, méthodes et résultats », Travail et Emploi, n°62.
[6] BIT (1997-1998), Le travail dans le monde.
[7] Liaisons sociales (1991), Audience syndicale, fonction des syndicats, n°10 995.

PREMIÈRES INFORMATIONS et PREMIÈRES SYNTHÈSES sont éditées par le Ministère de l’emploi, du travail et de la cohésion sociale, Direction de l’animation de la recherche des
études et des statistiques (DARES) 39-43, quai André Citroën, 75902 Paris Cedex 15. [Link] (Rubrique Études et Statistiques) - Directeur de la publication : Annie Fouquet.
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PREMIÈRES SYNTHÈSES 5 Octobre 2004 - N° 44.2


INSEE
PREMIERE
N° 920 - SEPTEMBRE 2003
PRIX : 2,20€

Une personne sur deux est


membre d’une association en 2002
Michèle Febvre, Lara Muller, division Conditions de vie des ménages, Insee

E
n 2002, 21 millions de personnes associations de loisirs continuent d’attirer un
de 15 ans et plus sont membres très grand nombre d’adhérents, qu’elles concer-
d’une association. Trois grandes nent le sport, la culture et la musique, ou qu’il
s’agisse de clubs du troisième âge. Viennent
catégories d’associations se dessinent
ensuite les associations tournées vers la
selon que l’adhésion est principalement défense d’intérêts communs : parents d’élèves,
motivée par la pratique d’une activité, par syndicats, locataires ou co-propriétaires, huma-
un désir de rencontres ou bien pour la dé- nitaire… En 2002, 6,5 millions de Français de
fense d’une cause ou d’intérêts com- 15 ans ou plus sont membres d’une association
muns. Les associations de loisirs, au sportive (hors clubs privés et clubs non associa-
tifs), soit 14% d’entre eux, et 4,3 millions font
sens large, continuent d’attirer le plus
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

partie d’une association culturelle, soit 9%


grand nombre d’adhérents. Elles devan- (tableau 1).
cent les associations tournées vers la dé-
fense d’intérêts communs. L’âge moyen Les seniors s’investissent
des adhérents augmente du fait de la par-
ticipation accrue des 60-69 ans dans tous En 2002, l’âge moyen des adhérents est de 48
ans contre 43 ans en 1996. Les 60-69 ans adhè-
les domaines. Par ailleurs, les adhérents
rent de plus en plus souvent : 58% sont mem-
se comptent plus souvent parmi des per- bres d’au moins une association (tableau 2).
sonnes diplômées et appartenant aux mé- Parmi eux, 46% font partie d’au moins deux
nages les plus aisés. associations contre 38% de l’ensemble des
adhérents. Leurs choix sont variés : ils n’adhè-
rent pas seulement aux clubs du troisième âge
En 2002, 45% des personnes de 15 ans ou plus ou aux associations de retraités qui sont prédo-
font partie d’une association, soit plus de 21 mil- minantes aux âges plus avancés, mais se diri-
lions d’individus. Six adhérents sur dix font gent aussi bien vers la culture, le sport que vers
partie d’une seule association, deux sur dix sont l’action collective et le soutien des causes
membres de deux associations. Depuis 1996, le humanitaires. La vitalité de l’engagement asso-
paysage associatif français a peu évolué : les ciatif des seniors a déjà fait l’objet d’études

Œ Taux d'adhésion par type d'association en 2002


En %
Taux * Champ : personnes de 15 ans ou plus ; sauf pour
Type d'association d'adhé- Hommes Femmes les associations de parents d'élèves, de retraités
sion d'une entreprise, les syndicats et groupements pro-
Sportive 14 17 10 fessionnels, et les clubs du troisième âge où le
Culturelle ou musicale 9 8 9 nombre d'adhérents est rapporté à la population
concernée (définitions). Les taux ne sont donc pas
Locataires et propriétaires 5 4 5
tous comparables.
Humanitaire 3 3 4 Lecture : 14% des Français de 15 ans ou plus font
Religieuse, paroissiale 3 2 4 partie d'au moins une association sportive ; 19%
Anciens élèves 2 3 2 des personnes âgées de plus de 60 ans font partie
Anciens combattants, classe d'âge 3 5 1 d'un club du troisième âge.
Protection de l'environnement 2 3 1 Remarque : une personne pouvant faire partie de
Quartier, locale 3 3 2 plusieurs types d'association, le taux d'adhésion
Club du troisième âge* 19 16 20 sur l'ensemble de la population ne s'obtient pas en
Syndicats ou groupements professionnels* 8 11 6 faisant la somme des taux de chaque type d'asso-
ciation.
Parents d'élèves* 7 5 10
Retraités d'une entreprise* 6 8 4 Source : Enquête " Vie associative ", partie va-
Autres 8 10 6 riable de l'Enquête Permanente sur les Condi-
Ensemble 45 49 40 tions de Vie d'octobre 2002, Insee
INSEE
PREMIERE
spécifiques montrant notamment que le jeune sur quatre fait partie d’une associa- entreprise) ou le sport. Ce constat est le
fait d’adhérer à une association révèle tion. Les trois quarts sont membres d’une reflet du partage social des tâches. La
une bonne insertion dans la vie sociale. seule association, essentiellement des majorité de femmes dans les clubs du
Aux âges intermédiaires de la vie, les associations sportives et culturelles. troisième âge provient d’une plus
adhésions sont souvent en rapport avec grande participation de celles-ci, au-delà
l’activité professionnelle ou la situation de l’effet de la structure démographique
familiale : les 30-59 ans s’investissent Les différences entre hommes de la population.
surtout dans les associations de parents et femmes persistent
d’élèves et les groupements profession-
Plus d’adhérents dans les
nels et syndicaux. Après 40 ans, la parti- Globalement plus d’hommes que de
cipation à la vie associative se diversifie femmes font partie d’une association
ménages aisés
et les adhésions se multiplient : 19% des (49% contre 40%). Cependant les fem- Les milieux favorisés alimentent la vie
quinquagénaires contre 12% des trente- mes sont toujours plus nombreuses associative : parmi les personnes appar-
naires font partie d’au moins trois asso- dans les associations de parents d’élè- tenant au quart des ménages les plus
ciations. ves et les associations religieuses alors aisés, 57% sont membres d’au moins
Les moins de 30 ans sont moins concer- que les hommes se tournent plus vers une association contre 32% des person-
nés par la vie associative : leur taux les associations en lien avec la vie pro- nes issues des ménages au niveau de
d’adhésion est stable : depuis 1996, un fessionnelle (syndicat, retraités d’une vie le plus faible (tableau 3). Pour les
associations de loisirs sportifs et cultu-
 Taux d'adhésion selon l'âge et le sexe pour certains types d'associations rels, de locataires et co-propriétaires, de
retraités, pour les syndicats, la propen-
En %
tel-00346417, version 1 - 11 Dec 2008

sion à adhérer augmente en effet avec le


Association Retraités
Association Club du 3e Parents niveau de vie. A l’inverse, appartenir à
Ensemble culturelle Syndicat* d’une
sportive âge* d’élèves* une association de parents d’élèves ou à
ou musicale entreprise*
Sexe un club du troisième âge est plus fré-
Homme 49 17 8 11 16 5 8 quent dans les milieux moins aisés et
Femme 40 10 9 6 20 10 4 moins diplômés.
Age Le paiement d’une cotisation, pratique
15-29 ans 37 18 10 4 - 1 -
30-39 ans 44 17 9 9 - 10 -
répandue dans la majorité des associa-
40-49 ans 44 15 9 11 - 10 - tions, peut certes être dissuasif pour les
50-59 ans 46 13 7 13 - 14 5 ménages dont le niveau de vie est faible.
60-69 ans 58 11 12 6 13 15 6 Toutefois 20% des adhésions ne semblent
70 ans et plus 46 4 7 2 22 - 6 pas liées à une cotisation (définitions). La
Ensemble 45 14 9 8 19 7 6
moitié des cotisations ne dépasse pas 30
* Champ : personnes de 15 ans ou plus ; sauf pour les associations de parents d'élèves, de retraités d'une entreprise, les syndi-
cats et groupements professionnels, et les clubs du troisième âge où le nombre d'adhérents est rapporté à la population
euros par an par association et leur mon-
concernée (définitions). tant annuel moyen va de 50 euros pour les
Lecture : 49% des hommes de 15 ans ou plus font partie d'au moins une association. personnes dont le niveau de vie est dans le
Source : Enquête " Vie associative ", partie variable de l'Enquête Permanente sur les Conditions de Vie d'octobre 2002,
Insee
quart inférieur à 105 euros pour les ména-
ges les plus aisés.

Ž Taux d'adhésion selon l'activité, le niveau de diplôme et le niveau de vie


détaillé pour certains types d'associations
Une tradition familiale
En %
Associa- Association Retraités
Clubs du Parents Avoir eu pendant son adolescence des
Ensemble tion spor- culturelle ou Syndicats* d’une
3ème âge* d’élèves* parents, que ce soit le père ou la mère,
tive musicale entreprise*
Niveau de diplôme
membres d’une association favorise la
Aucun diplôme 27 5 4 2 19 3 2 participation à la vie associative à l’âge
Inférieur au bac 44 14 7 7 21 5 6 adulte : 58% des personnes dont le père
Bac 51 18 11 9 17 8 8 était membre d’une association quand
Supérieur au bac 57 17 17 13 9 18 11 elles étaient jeunes font aujourd’hui
Niveau de vie
1er quartile 32 9 5 3 19 4 1
partie d’une association, contre 40% des
2e quartile 41 12 7 6 23 6 3 personnes dont le père n’était pas
3e quartile 48 16 10 8 17 9 8 membre à ce moment-là. Parmi celles
4e quartile 57 18 13 13 15 14 12 dont la mère était membre, 57% sont
Ensemble 45 14 9 8 19 7 6 aujourd’hui adhérentes, contre 43% des
* Champ : personnes de 15 ans ou plus ; sauf pour les associations de parents d'élèves, de retraités d'une entreprise, les syndi- personnes dont la mère n’était pas
cats et groupements professionnels, et les clubs du troisième âge où le nombre d'adhérents est rapporté à la population membre d’une association pendant leur
concernée (définitions).
adolescence. Dans ce domaine, les
Lecture : 27% des personnes n’ayant aucun diplôme font partie d'au moins une association.
Source : Enquête " Vie associative ", partie variable de l'Enquête Permanente sur les Conditions de Vie d'octobre 2002, hommes sont essentiellement sensibles
Insee à l’exemple de leur père.

INSEE - 18, BD ADOLPHE PINARD - PARIS CEDEX 14 - TÉL. : 33 (1) 41 17 50 50


INSEE
PREMIERE
Dans les couples, la participation asso-  Taux d'adhésion selon l'adhésion du conjoint
ciative semble liée à celle du conjoint, En %
sans que l’on ne puisse ici distinguer la Hommes Femmes
manifestation d’un attrait commun pour
Conjoint membre d'une association 77 67
le milieu associatif d’un effet d’entraîne- Conjoint non membre 41 25
ment (tableau 4). Ensemble des personnes vivant en couple 52 41
Ensemble 49 40
Champ : personnes de 15 ans ou plus, vivant en couple.
Pratique d’une activité, Lecture : 77% des hommes vivant en couple dont la conjointe est membre d'au moins une association fait partie d'au moins une
convivialité, défense de droit association ; 52% des hommes vivant en couple font partie d'au moins une association ; 49% des hommes font partie d'au
moins une association.
ou d’intérêts Source : Enquête " Vie associative ", partie variable de l'Enquête Permanente sur les Conditions de Vie d'octobre 2002,
Insee
Le désir de rencontre motive plus de la
moitié des adhésions (62%). Cepen-
dant, la démarche diffère d’une associa- est plus ou moins forte. En 2002, 17% souvent que les autres titulaires d’un
tion à l’autre. des adhérents exercent des responsabi- diplôme du supérieur (40% contre 33%).
Ainsi, les associations qui proposent des lités au sein de leur association, qu’ils Ils sont aussi plus nombreux dans les
activités de loisir au sens large, comme soient dirigeants, trésoriers ou chargés ménages les plus aisés : 43% d’entre eux
les associations sportives, culturelles, de tâches administratives (tableau 5). appartiennent au quart le plus aisé. C’est
correspondent pour 83% de leurs adhé- En outre, 9% des adhérents participent entre 30 et 59 ans qu’on assure le plus
rents au désir de pratiquer une activité. également à la vie de l’association en souvent une fonction de direction ou
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Elles représentent 37% des adhésions et tant qu’animateurs (assistants, accom- d’organisation au sein de l’association, et
comptent essentiellement des jeunes. pagnateurs, entraîneurs, formateurs cela va de pair avec une certaine ancien-
Leurs membres ont un niveau de vie plus etc.). Néanmoins, très peu sont salariés neté de l’adhésion. Proportionnellement,
élevé que dans les autres types d’asso- de l’association. La majorité des autres les responsables d’associations sont
ciations, mais ne sont pas plus diplômés. membres participent aux activités pro- plus nombreux en milieu rural que dans
La recherche de la convivialité entre per- posées ou en sont bénéficiaires sans les grandes villes ; cela peut venir du fait
sonnes ayant les mêmes goûts ou les prendre part à leur organisation (55%). qu’à la campagne les associations fonc-
mêmes préoccupations caractérise les Enfin, 19% des adhérents sont de « sim- tionnent plus souvent à un niveau local
clubs du troisième âge et associations de ples cotisants » et participent donc à la (61% en milieu rural contre 49% en
retraités, les groupements religieux ou vie associative essentiellement par leur région parisienne) et requièrent par
paroissiaux ainsi que les associations de seule cotisation, même si certains conséquent plus de dirigeants en propor-
quartier ou locales. Cette catégorie d’entre eux déclarent aussi une activité tion du nombre d’adhérents.
d’associations représente 27% des bénévole. En fait, les modalités de parti- Les fonctions d’animation, de formation,
adhésions. La majorité de leurs membres cipation ne sont pas aussi nettement d’enseignement au sein de l’association
ont plus de 60 ans et sont retraités. Moins délimitées : par exemple, les responsa- sont plus souvent assurées par des hom-
diplômés que les autres adhérents, leur bles qui animent parfois les activités de mes (63%) et des personnes de moins de
ménage se situe dans la moitié la plus l’association y participent. C’est notam- 60 ans. Ces membres ont plus fréquem-
basse de niveau de vie, et ils habitent ment le cas dans les associations de loi- ment un diplôme inférieur au baccalau-
plus souvent en milieu rural. sirs ; parmi les 17% de membres réat et appartiennent à des ménages
Enfin, la défense de droits ou d’intérêts « dirigeants », plus de la moitié s’occu- plutôt peu aisés. L’organisation interne
communs motive 72% des membres pent aussi de l’animation. de l’association reproduirait ainsi la hié-
d’associations de parents d’élèves, syn- rarchie sociale de ses membres actifs :
dicats et groupements professionnels, de les membres des catégories supérieures
locataires et de co-propriétaires, de type Organisation interne et en sont responsables ou exercent des
humanitaire, de défense de l’environne- hiérarchie sociale tâches administratives (comptabilité,
ment. Représentant 36% des adhésions, secrétariat, trésorerie), les autres se
leurs membres se recrutent principale- chargeant des fonctions d’animation.
ment dans les tranches d’âge intermé- Le profil-type de l’adhérent qui participe
diaires, notamment entre 50 et 59 ans, et aux instances dirigeantes des associa-
ils sont en moyenne plus diplômés que tions n’a guère changé en vingt ans. De la participation à la simple
les autres adhérents. Il s’agit plus sou- Dans 60% des cas c’est un homme, y adhésion
vent d’hommes, d’actifs ou de retraités, compris dans les associations où les
de citadins. femmes sont plus nombreuses, à Les adhérents qui participent aux activités
l’exception toutefois des associations de proposées par les associations ou en sont
Différentes formes de parents d’élèves. bénéficiaires sont plus souvent des fem-
Si les adhérents dans leur ensemble sont mes et des jeunes gens. Ils sont plus nom-
participation
majoritairement diplômés (9% n’ont breux dans les associations de loisirs dont
De la simple adhésion à l’engagement aucun diplôme), les membres qui exer- l’objet de l’adhésion est prioritairement la
responsable, la participation associative cent des responsabilités sont plus pratique d’une activité (sportive, culturelle)

INSEE - 18, BD ADOLPHE PINARD - PARIS CEDEX 14 - TÉL. : 33 (1) 41 17 50 50


INSEE
PREMIERE
que dans les associations de défense de ÷ Les différentes formes de participation selon la catégorie d'association
droits ou d’intérêts. Il s’agit plus souvent En %
de personnes moins diplômées que le Participant
Dirigeant, tré-
reste des adhérents, et plus souvent ou Simple
Catégorie sorier, chargé Animateur Total
d’inactifs que d’actifs. cotisant
de tâches adm. bénéficiaire
Les « simples adhérents », qui n’ont
aucune responsabilité, sont plus nom- Pratique d’une activité 17 10 64 9 100
breux parmi les plus de 40 ans et appar- Convivialité 12 8 61 19 100
tiennent plus souvent aux ménages les Défense de droits ou d’intérêts 21 8 41 30 100
plus aisés. Quand le niveau de vie aug-
Ensemble 17 9 55 19 100
mente, il est sans doute plus facile de
participer à une association par le simple
biais d’une adhésion marquant le soutien Champ : personnes de 15 ans ou plus faisant partie d'une association
Lecture : 17% des adhérents aux associations de la catégorie " Pratique d'une activité " ont une fonction de dirigeant, trésorier
à une cause ou une organisation. Il s’agit ou sont chargés de tâches administratives au sein de l'association.
aussi de personnes qui vivent plus sou- Source : Enquête " Vie associative ", partie variable de l'Enquête Permanente sur les Conditions de Vie d'octobre 2002,
vent en ville qu’en milieu rural. D’ailleurs, Insee

près d’un tiers des adhérents dans les


associations de défense de droits ou cours, pratique une activité, bénéficie permet, depuis janvier 1996, d’étudier
d’intérêts sont de simples cotisants. Ces d’une aide…), même irrégulièrement. chaque année l’évolution d’indicateurs so-
associations sont plus souvent implan- Animateur : responsable de l’organisation ciaux harmonisés dans l’ensemble de
tées dans les grandes villes et 40 % de l’association ou/et animateur des activi- l’Union Européenne. L’ensemble des indi-
tés comme enseignant, entraîneur, forma- cateurs est divisé en trois groupes, dont
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d’entre elles comptent plus de 1000


teur, personne donnant des informations chacun fait l’objet d’une enquête annuelle,
membres. au public, accompagnateur. en janvier, en mai ou en octobre, réalisée
Simple cotisant : membre de l’association auprès d’un échantillon de 8 000 loge-
mais n’y participe pas. ments. L’enquête d’octobre traite des
La proportion d’adhérents aux associa- contacts sociaux et de la participation à la
tions de parents d’élèves est calculée sur vie sociale. En octobre 2002, la partie va-
Définitions
les personnes ayant au moins un enfant en riable de l’enquête EPCV portait sur la vie
âge de scolarisation (3 à 19 ans). associative.
La proportion d’adhérents à des syndicats
Le niveau de vie du ménage correspond à
ou groupements professionnels est cal-
son revenu par équivalent-adulte et résulte Bibliographie
culée sur les personnes exerçant ou ayant
du rapport entre le revenu global du mé-
exercé une activité professionnelle, et les
nage et la somme des unités de consom-
chômeurs.
mation (uc). Les uc sont calculées avec
Les membres d’associations de retraités « Le milieu associatif de 1983 à 1996 : plus
l’échelle de l’OCDE qui affecte un coeffi-
sont ceux parmi les anciens actifs qui font ouvert et tourné vers l’intérêt individuel »
cient d’une valeur de 1 à la personne de ré-
actuellement partie d’une association de ce E. Crenner, Insee première n°542, Sep-
férence, de 0,5 à tous les autres adultes du
type. tembre 1997.
ménage et de 0,3 aux enfants de moins de
La part d’adhérents à des clubs du troi- « L’engagement associatif après 60 ans »
15 ans.
sième âge est calculée sur la population H. Michaudon, Insee première n°737, Sep-
Adhésion : en principe à chaque adhésion
des personnes âgées de plus de 60 ans. tembre 2000.
correspond une cotisation mais dans la pra-
tique, seuls 80% des adhérents déclarent « La vie associative : participer mais pas mi-
payer une cotisation. Sources liter » G. Hatchuel, J-P. Loisel, Données
Cotisant : il participe ou non aux activités Sociales 1999, Insee.
de l’association. « La participation associative au regard des
Participant ou bénéficiaire : il participe Le dispositif d’enquêtes permanentes sur temps sociaux » L. Prouteaux, F-C. Wolff,
aux activités de l’association (suit des les conditions de vie des ménages (EPCV) Économie et Statistique n°352-353, 2002.

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