Ce document est l'Agrodok No.
38 intitulé « Comment créer une coopérative : Initiatives
économiques des agriculteurs ». Publié en 2006 par la Fondation Agromisa et le CTA
(Centre technique de coopération agricole), il appartient à une collection de documents
techniques simples sur l’agriculture durable à petite échelle. L'objectif principal de cette
publication est de guider les groupes d’agriculteurs dans la mise en place d’une activité
coopérative réussie.
Voici un résumé structuré par chapitre :
1 Introduction
Les coopératives agricoles ont une longue histoire jalonnée de réussites et d’échecs. Elles ont
joué un rôle majeur dans le développement agricole des pays industrialisés en permettant aux
petits agriculteurs de renforcer leur position sur le marché. Dans les pays en développement,
de nombreuses tentatives ont échoué, souvent à cause du détournement du concept à des fins
politiques, avec l'influence ou le contrôle de l’État (créant des "pseudo coopératives"). Une
coopérative doit être considérée comme une entreprise commerciale privée possédée et
contrôlée par ses membres, avec des objectifs avant tout économiques. Elle est généralement
mieux adaptée aux agriculteurs ayant une exploitation moyenne ou grande qui prennent
l'initiative de surmonter les difficultés du marché.
2 Qu’est-ce qu’une coopérative ?
Une coopérative est une association contrôlée par des membres participants qui partagent les
risques et les profits d’une entreprise économique qu’ils possèdent et ont créée ensemble,
souvent pour faire face à des problèmes de marché (commercialisation, approvisionnement en
intrants, crédits).
• 2.1 Caractéristiques : Les coopératives fonctionnent ouvertement, sur une base
volontaire, avec un contrôle démocratique des membres. Elles sont autonomes,
indépendantes et œuvrent au développement de la communauté.
• 2.2 Entreprises coopératives ou capitalistes : les différences : La coopérative vise à
optimiser les bénéfices pour les membres usagers, tandis que l'entreprise capitaliste
vise à maximiser les profits pour les investisseurs. La propriété est conférée aux
membres dans la coopérative, et au capital dans l'entreprise capitaliste. Le droit de
vote est souvent basé sur le principe « un membre, une voix » ou sur le volume de
transactions, contrairement au vote dépendant du nombre de parts sociales détenues
dans l'entreprise capitaliste.
• 2.3 Principes d’une entreprise coopérative : Les coopératives doivent suivre des
principes économiques sains : le principe du prix de revient (fournir biens et
services au prix de revient plus une majoration pour couvrir les frais et dégager un
excédent net), le principe de proportionnalité (répartition des résultats et des coûts,
et attribution des droits comme le vote, en fonction de l’utilisation faite par chaque
membre), et le principe d’autofinancement (réserver suffisamment d’excédents nets
pour assurer la solvabilité et la croissance, car elles ne peuvent attirer de capital-risque
extérieur sans créer de conflit d’intérêt).
• 2.4 Types et niveaux de coopératives : Elles peuvent être orientées vers les services,
la vente, les finances ou être polyvalentes. Elles opèrent à différents niveaux
(primaire/villageois, régional, national) et dans des domaines variés comme
l’approvisionnement en intrants, la transformation, la commercialisation et les
finances.
• 2.5 Détournement des principes coopératifs : Les principes ont été souvent
détournés par des gouvernements ou des mouvements idéologiques, comme ce fut le
cas avec l'ingérence de l’État dans les organisations coopératives en Asie et en
Afrique, empêchant le développement d’organisations saines.
3 L’intérêt des coopératives pour les agriculteurs
Les coopératives sont souvent une réponse à des problèmes économiques (manque de lieux
de commercialisation, de fournitures, de crédit) que les agriculteurs ne peuvent résoudre
individuellement.
• 3.1 Les avantages du travail collectif : En travaillant collectivement, les agriculteurs
peuvent mobiliser plus de ressources, créer des alternatives intéressantes pour obtenir
des biens et services, et mener une activité plus efficacement qu’individuellement.
Les agriculteurs deviennent propriétaires et non seulement clients.
• 3.2 Avantages économiques : Les membres bénéficient de prix plus bas pour les
moyens de production (achats en gros) et vendent leur production à des prix plus
intéressants. Ils accèdent à des moyens de production de bonne qualité et peuvent
ajouter de la valeur à leurs produits (stockage, transformation) pour augmenter leurs
revenus. Elles rendent le marché plus concurrentiel et transparent.
4 Conditions nécessaires à la création d’une coopérative
La création doit être l’initiative d’un groupe d’agriculteurs motivés pour développer une
activité économique résolvant un problème commun.
• 4.1 Lancement d’une coopérative : Le groupe doit s'entendre sur l'objet et la portée
de l'activité. Des leaders engagés et charismatiques sont nécessaires pour trouver
des compromis entre les intérêts à court terme des membres et les objectifs
commerciaux à long terme de l’organisation. La participation active des membres est
cruciale aux niveaux de la fourniture de ressources, du processus de décision et du
partage des bénéfices.
• 4.2 Des leaders engagés : Le développement du leadership est primordial, car la
plupart des membres manquent d'expérience en gestion de grandes entreprises. Un
conseil d’administration et des gestionnaires professionnels qualifiés sont essentiels.
• 4.3 Autres facteurs de réussite : Cinq autres facteurs sont majeurs : l'étude
minutieuse du marché (pour assurer la viabilité et le positionnement concurrentiel), la
faisabilité technique et économique (avec analyse des risques potentiels et
élaboration d'un plan d'entreprise), l'existence d'un environnement légal favorable et
incitatif (législation simple et non bureaucratique), un financement adéquat (le
financement par les adhérents étant la source principale au départ), et une structure
organisationnelle pratique et efficace.
5 Gestion d’une coopérative
L'organisation se fonde sur deux principes : servir les intérêts des adhérents et conserver une
approche entrepreneuriale.
• 5.1 Trouver un équilibre : La direction doit trouver un équilibre entre le succès
opérationnel (efficacité et faibles coûts) et la satisfaction des membres (souvent axée
sur le court terme). Un plan d'entreprise détaillé est nécessaire pour formaliser les
objectifs et la stratégie.
• 5.2 Développement d’une structure coopérative : La structure doit garantir le
contrôle suprême des membres sur l’entreprise. Les organes clés sont le comité de
pilotage (coordonne les travaux initiaux et suscite la confiance), l'assemblée générale
des membres (organe suprême de décision), le conseil d’administration
(responsable du fonctionnement), le conseil de surveillance (contrôle le CA) et le
directeur (professionnel qualifié gérant l'entreprise).
6 Statuts et règlements
Les statuts et règlements doivent consigner les résultats des discussions de formation.
• Les statuts constituent la législation interne de la coopérative, réglant sa relation
juridique avec ses membres et définissant son existence. Ils doivent être détaillés et
respecter la législation nationale.
• Les règlements sont les règles opérationnelles qui définissent les droits et
responsabilités des adhérents et de la direction, assurant que la coopérative fonctionne
comme une entreprise efficace et bien organisée.
7 Financement
Le financement coopératif est centré sur les personnes (membres), contrairement aux
entreprises privées centrées sur le capital.
• 7.1 Spécificité du financement coopératif : L'obligation financière des membres est
liée au capital social auquel ils ont contribué. Les excédents nets sont généralement
répartis en intérêts sur le capital, primes/ristournes proportionnelles au volume
d’affaires, et capital institutionnel (réserves) pour financer la croissance.
• 7.2 Sources de capital : La source préférable est le financement par les membres
eux-mêmes, suivi par les excédents nets générés par la coopérative, et enfin les fonds
externes (prêts bancaires). Les membres devraient idéalement contribuer à hauteur
d'au moins la moitié des besoins totaux en capitaux.
8 Pièges à éviter
Les nouvelles coopératives sont fragiles et doivent éviter des pièges fréquents tels que : des
objectifs mal définis, une planification inadéquate (nécessitant des études de faisabilité
approfondies), l'absence de recours à des conseillers expérimentés, un manque de leadership,
des membres peu engagés, des compétences de direction insuffisantes, des risques non
identifiés ou minimisés (comme les évolutions rapides du marché ou des politiques
gouvernementales), de mauvaises estimations (surestimation du volume d’activité, sous-
estimation des coûts), et un financement insuffisant.
9 Mise en place d’une coopérative
La création d’une coopérative agricole contrôlée par ses membres est un processus complexe,
long et critique, qui doit être préparé systématiquement, étape par étape. Ce processus
comprend huit étapes clés :
• Étape 1 : Développer le concept de base : Définir les idées, constituer un groupe de
base motivé, clarifier les besoins, et évaluer si la forme coopérative est adaptée.
• Étape 2 : Parvenir à un consensus : Examiner la viabilité de l'entreprise et les
alternatives d'organisation, puis proposer l’approche coopérative lors d’une réunion
publique pour obtenir le consensus des membres potentiels.
• Étape 3 : Constituer un comité de pilotage : Identifier les leaders, former un comité
de pilotage pour coordonner les tâches et mettre en confiance les membres potentiels.
• Étape 4 : Étude de faisabilité et enquête auprès des membres : Mener une étude
approfondie du marché, de la logistique, des coûts et une enquête pour évaluer la
volonté des membres potentiels à joindre et soutenir l’organisation.
• Étape 5 : Forme d’organisation : Déterminer la structure organisationnelle, préparer
les projets de statuts et règlements, et déterminer les besoins en capitaux de départ.
• Étape 6 : L’engagement des membres : Établir un plan d’entreprise détaillé
(incluant la gestion des risques et des projections financières). Conduire l’acquisition
des capitaux propres, enregistrer les adhérents et nommer un conseil d’administration
intérimaire.
• Étape 7 : Impliquer les autres parties prenantes : Formaliser les relations avec les
fournisseurs et clients, engager un directeur professionnel, et garantir le financement
complémentaire nécessaire.
• Étape 8 : Démarrer l’entreprise : Tenir l’assemblée générale des membres, obtenir
les permis nécessaires, démarrer les opérations financières et administratives, et
recruter le personnel.
Le document se conclut par une liste d'Adresses utiles d'organisations comme Agriterra,
FIPA, ACI, OIT, et COPAC ainsi que des Ouvrages recommandés. L'Annexe 1 récapitule
les huit étapes principales de la mise en place d'une coopérative.