UNIVERSITE DE KALEMIE
FACULTE DE DROIT
DEPARTEMENTS DE DROIT
COURS
DE
SCIENCE POLITIQUE
BAC1, Droit & Bac 2 SIC
Professeur-Docteur Jean MWAMBA SINONDA
Collaborateur : MULWANI NGABO Eddy
Chef de Travaux
Année académique 2024-2025
INTRODUCTION
1. Objectif du cours
Ce cours a pour objectif de fournir les connaissances, le vocabulaire de base
et le savoir-faire nécessaires à qui souhaite entreprendre des études universitaires en science
politique. Il s’agit particulièrement de se familiariser avec les réalités qui caractérisent le
monde politique contemporain, à savoir le pouvoir politique, l’Etat, les régimes politiques, les
acteurs politiques, les idéologies politiques, la sociologie politique, la participation politique,
etc.
A l’issue donc de se ce cours, l’étudiant sera à même de connaître et de
comprendre :
- la construction de la science politique ;
- le pouvoir politique ;
- le support institutionnel du pouvoir politique (l’Etat) ;
- les comportements politiques.
2. Notion de science politique
La locution « science politique » se prête à diverses interprétations. Il y a le
mot « science » et le mot « politique », autonomes en eux-mêmes et en même temps liés par
une cohérence sémantique.
a. Le vocable « science »
Le mot science (en latin scientia - connaissance -, du verbe scire - savoir)
désignait à l’origine un savoir quelconque, pour devenir à partir du XIXe siècle l’ensemble
des connaissances humaines qui obéissent à des lois, découlent de la recherche et sont
vérifiables par l’expérience.
C’est en effet dès le début du XIXe siècle qu’ont été élaborés les critères de
scientificité d’une discipline, à savoir :
- l’étude des faits ;
- l’observation scrupuleuse, entendue comme un suivi attentif des phénomènes,
sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés ; il s’agit
d’observer ces phénomènes sans les dénaturer, ou même interférer avec leur réalité ;
- la recherche des relations de cause à effet entre deux phénomènes : il s’agit
d’élaborer une théorie (hypothèse), entendue comme un ensemble d’idées à valeur explicative
qui prédit un résultat particulier qui reste à confirmer ; la théorie reste ainsi provisoire dans la
mesure où elle doit être confrontée au réel ;
- l’expérimentation pour vérifier cette relation : il s’agit d’un processus qui
consiste à tester par des expériences répétées la validité d’une théorie et à obtenir des données
quantitatives ou qualitatives permettant de la réfuter ou de la confirmer ;
- l’établissement enfin des lois ou règles d’intelligibilité du réel.
Cette méthodologie scientifique, appliquée au départ dans les sciences
naturelles, dont l’objet est l’étude et l’observation de la nature (physique, chimie, biologique,
mécanique et autres), a été par la suite transposée aux sciences humaines (étude de l’homme
et de ses comportements individuels et collectifs : ethnologie, histoire, psychologie,
linguistique, morale, archéologie, économie, etc.) et sociales (étude de la société humaine, des
comportements qui lui sont propres, de son évolution : anthropologie, sociologie, sciences
politiques, etc.) dans le dernier tiers du XIXe siècle, ce qui fait de la discipline qui étudie les
phénomènes politiques en particulier une « science ».
b. Le vocable « politique »
Au sens étymologique, le terme politique vient du grec « polis » qui signifie
la cité. En ce sens, ce mot désigne les affaires de la cité (par opposition aux affaires privées)
et, par extension, l’art de gérer la cité ou le gouvernement de la cité.
En fait, l’acception du terme politique est différente selon que ce mot est
utilisé au féminin ou au masculin.
Au féminin, le terme politique peut avoir deux acceptions empruntées au
langage anglo-saxon :
- « La » politique (politics), qui désigne la vie politique, c’est-à-dire l’ensemble
des activités (débats politiques, élections…) et des luttes des acteurs politiques traditionnels
(individus, partis politiques, groupes d’intérêts, syndicats ou mouvements sociaux…) visant à
conquérir le pouvoir politique, à l’exercer ou à influer sur ceux qui l’exercent.
- « Une » politique (policy), qui renvoie à l’action publique, à ce que fait l’Etat
pour résoudre un problème collectif (ex : une politique sociale, économique… de l’Etat, ou
encore une politique des ressources humaines d’une entreprise).
L’usage masculin de la notion politique - « le » politique ou polity dans le
langage anglo-saxon - renvoie au phénomène multiforme de régulation du monde social ou
des conflits d’intérêt qui déchirent la société. Il correspond en fait à l’ensemble des règles que
s’impose une collectivité hétérogène et conflictuelle pour réguler et encadrer les opinions, les
intérêts et les passions des hommes. « Le » politique peut donc être défini par ce qu’il fait ou
ce à quoi il sert, c’est-à-dire la fonction qu’il remplit au sein de la société : il s’agit d’une
fonction de régulation, qui a pour but d’instaurer un minimum d’accord au sein des
communautés humaines nécessairement traversées de conflits d’intérêts divergents, ce qui
permet d’assurer l’unité et la pérennité de la société.
La « science politique » est donc la discipline scientifique qui étudie les
phénomènes politiques compris comme ceux de l’acception masculine du terme politique, à
savoir le conflit et sa régulation par l’utilisation du pouvoir. En effet, l’existence de conflits
réels ou supposés au sein d’une société est envisagée comme l’origine de l’intervention d’un
tiers, juge ou Etat, chargé d’arbitrer ces confits afin de garantir la cohésion sociale. Cette
régulation des conflits inhérents à la société explique la reconnaissance progressive d’un
pouvoir détenteur du monopole du recours à « la violence légitime » (pour reprendre la
définition de l’Etat donnée par Max Weber).
Cela signifie que tout problème de société n’est pas forcément politique.
Ainsi, la hausse des températures sur la planète est à la fois un phénomène écologique
(bouleversement du climat, de la faune et de la flore), économique (désertification,
renchérissement des denrées alimentaires…) et social (migration des populations,
appauvrissement…). Mais n’importe quel fait qui a des implications sociales est susceptible
de devenir politique par un travail de politisation, en ce sens que les conflits qu’il suscite
amènent soit un groupe (association, groupe de pression ou d’intérêt, parti politique …) à les
porter à l’arbitrage du pouvoir politique, soit ce dernier à s’en saisir pour les réguler.
A titre d’exemple, les mouvements écologiques vont essayer d’introduire le
problème du réchauffement de la planète dans le débat politique (tracts, manifestations, débats
publics…) en le reliant au mode de croissance productiviste. De même, les partis politiques se
sentiront obligés d’introduire cette dimension écologique dans leurs programmes s’ils veulent
accéder au pouvoir. De son coté, l’Etat va se sentir obligé d’intervenir parce que le
réchauffement climatique risque de bouleverser les équilibres géopolitiques de la planète et de
provoquer des conflits militaires (le partage de l’eau…) et des dégâts sociaux (violence des
dérèglements climatiques).
Un problème devient donc politique dès lors qu’il est régulé par le pouvoir
politique au lieu de l’être à un autre niveau. Certains acteurs, individus ou groupes, essaient
d’imposer dans le débat public des questions qui prennent alors une dimension politique.
Cette transformation d’un fait social en un fait politique, c’est-à-dire la politisation, constitue
un enjeu et résulte souvent d’un rapport de force : ainsi la construction d’une nouvelle
centrale nucléaire ou les antennes relais des téléphones portables deviennent des problèmes
politiques quand certains groupements scientifiques ou écologistes, réussissent à en faire un
objet de controverse publique.
En définitive, la science politique est la discipline scientifique qui étudie les
phénomènes politiques, à savoir le conflit et sa régulation par l’utilisation du pouvoir. Plus
précisément, elle consiste à étudier les processus politiques mettant en jeu des rapports de
pouvoir (commandement - obéissance) entre les individus, les groupes, et surtout au sein de
l’Etat. En effet, dans toutes les sociétés, il existe des institutions chargées d’organiser et de
diriger la vie en société. Il est donc nécessaire d’analyser leur mode de fonctionnement, les
rapports de pouvoir qui président à leur accession à ce dernier et aux prises de décisions, le
rôle des contre-pouvoirs, etc. Bref la science politique a pour objet l’étude des formes de
l’exercice du pouvoir et des structures ou des systèmes politiques.
Cette discipline scientifique comprend, selon Philippe Braud, quatre
branches :
- La Théorie politique : elle porte sur divers concepts tels que le pouvoir, la
nation, l’Etat, la mobilisation, et recherche à formuler des modèles interprétatifs de la réalité
politique et à s’interroger sur les méthodologies employées. Elle renvoie également à
l’histoire des idées politiques qui désigne l’étude des idéologies justifiant l’action politique.
- La Sociologie politique : elle désigne l’étude des acteurs de la vie politique
(institutions, partis, groupes d’intérêt ; personnel politique, forces sociales), l’analyse des
élections, des processus de socialisation, de communication, d’action collective et de
construction des idéologies et des univers de représentation symbolique.
- La Gouvernance et les politiques publiques : il s’agit de l’étude du fait
administratif, compartiment de la sociologie politique, mais dont la largeur justifie une
certaine autonomie. La gouvernance désigne l’étude comparée des processus décisionnels
dans toutes les institutions et pas seulement dans les administrations.
- Les Relations internationales : c’est l’étude des rapports interétatiques, mais
aussi des activités des organisations internationales.
3. L’objet d’étude de la science politique
L’identité de la science politique s’est formée, au cours du temps, au travers
des trois facettes que sont l’Etat, le pouvoir et l’organisation de la vie publique.
a. La science politique comme science de l’Etat
La science politique était initialement envisagée comme une science de
l’Etat (statologie) puisqu’on s’intéressait aux institutions qu’on estimait principales dans le
jeu de la politique (parlement, gouvernement, cours et tribunaux). On cherchait alors à cerner
le rapport au politique à travers les types d’institutions. C’est à partir de la première moitié du
19ème siècle jusqu’aux années 1950-1960 que l’on a fait de la forme étatique l’institution
centrale à étudier.
Mais progressivement, le rapport à l’Etat va cesser d’être envisagé
exclusivement à travers ses institutions, pour le devenir à travers le rapport entre la contrainte
et la domination. Déjà Max Weber avait entrepris de définir l’Etat en fonction non pas de ses
structures institutionnelles mais de son rapport à la contrainte. Il en donne la définition
suivante: « communauté humaine disposant sur un territoire donné du monopole de la
coercition légitime ».
On peut adresser à cette conception de la science politique trois principaux
reproches :
La référence à un concept équivoque en ce sens que l’Etat peut désigner la
société politique tout entière ou seulement la machine gouvernementale qui en assure le
fonctionnement, la nation juridiquement organisée, un pur phénomène de force, etc.
Le caractère limité de la notion car, en centrant l’analyse sur les institutions
étatiques, on rend difficile l’exploitation des données relatives aux sociétés qui n’en ont pas
disposé (cités antiques, organisation féodale, sociétés primitives extra-européennes...). En
effet, comme modalité d’agencement politique des sociétés globales, l’Etat représente une
étape relativement récente (Renaissance en Europe entre les XIVe et XVIe siècles) qui se
distingue par de nombreux traits des formations sociales antérieures.
L’occultation d’une grande partie des lieux du politique dans la mesure où le
pouvoir existe non pas uniquement dans les institutions, mais aussi dans d’autres lieux et
structures tels que la famille, l’entreprise, l’université, le syndicat, l’association, le parti
politique, etc.).
b. La science politique comme science du pouvoir
Une seconde acception de la science politique se fonde directement sur la
notion de pouvoir, structure de commandement inhérente à toutes les sociétés humaines, y
compris celles qui n’en possèdent pas les institutions apparentes. Ce courant illustre ainsi
clairement sa vocation à une explication de portée universelle. Pour ce courant en effet, toute
forme de pouvoir, d’autorité et de domination serait en quelque sorte un objet privilégié de la
science politique. C’est dans l’entre-deux-guerres qu’on a commencé à faire du pouvoir le
concept central de la science politique.
Cependant, l’utilisation de ce concept soulève de multiples problèmes,
parmi lesquels on peut citer :
L’imprécision exceptionnellement marquée du vocabulaire et ceci à un triple
point de vue :
- L’utilisation de mots différents (pouvoir, autorité. influence...) pour exprimer
une même notion.
- L’emploi d’un même terme en des acceptions diverses, certaines étant très
vastes, de portée presque ( ex : Bertrand Russell, pour qui le pouvoir est « la production
d’effets recherchés »), d’autres plus restreintes (ex : Gerhard Leibholz qui y voie « la
capacité d’imposer sa volonté, directement ou indirectement, à des êtres humains ».
- La différence des moyens d’action sur le comportement humain, les idées
oscillant du pouvoir-coercition (capacité de réglementation, assortie d’injonctions) au
pouvoir-ascendant (légitimité).
La part de la science politique dans l’analyse des phénomènes de pouvoir, les
auteurs en ayant une conception soit large, soit restreinte.
- La conception large a eu l’ambition de confier à cette discipline l’étude totale du
pouvoir ou, si l’on préfère, de toutes les formes qui s’en manifestent dans la société.
Exemples :
o Pour George Catlin, l’objet de la science politique est l’étude, d’une part, de
l’être humain en tant qu’il cherche à imposer sa volonté, et, d’autre part, du conflit qui en
résulte au cours duquel chacun s’efforce de dominer autrui par des moyens divers (recours à
la violence ou à la persuasion, appel à la tradition ou à la règle de droit).
o Pour Harold Lasswell, l’objet de la science politique est l’analyse des mobiles
et des impulsions de ceux qui luttent pour le pouvoir et l’influence. Il s’agit pour cet auteur de
la conquête des « valeurs » (les choses désirables : sécurité, revenu, déférence...).
- La conception restreinte par contre borne la discipline à l’exercice du pouvoir
dans le système gouvernemental. Le critère qui permet alors d’isoler le pouvoir politique des
autres pouvoirs sociaux est principalement, dans les sociétés politiques modernes, son
caractère suprême, c’est-à-dire supérieur à tous les autres qui en dérivent par reconnaissance
expresse ou tacite. Cependant, l’attribution au pouvoir politique d’une position suprême
n’empêche nullement les autres pouvoirs (ex : le pouvoir économique du capital
privé) d’exercer sur lui une action qui, en plusieurs cas, se révèle déterminante.
c. La science politique comme science de l’organisation de la vie publique
Plus récemment, il a fallu confiner la science politique par un troisième
aspect, à savoir l’organisation de la vie publique ou collective (Easton, Deutsch, Habermas,
…). Deux notions se rattachent à cette acception de la science politique : d’une part les
systèmes politiques (après la 2e guerre mondiale), car on essaie de définir comment certains
systèmes sont liés entre eux et avec l’extérieur ; d’autre part la globalisation de la démocratie.
Au final, il ne peut y avoir de classement de ces différents objets de la
science poitique par ordre d’importance car ce serait mal comprendre la relation d’interaction
qui existe entre eux.
4. La distinction de la science politique avec les disciplines voisines
La science politique est le résultat de l’institutionnalisation progressive d’un
ensemble de champs du savoir (droit, économie, histoire, sociologie) lorsque ceux-ci
s’intéressent spécifiquement à l’étude du pouvoir, si bien que l’on a pu parler pendant
longtemps de sciences politiques au pluriel. Il s’agit donc d’une discipline se situant au
carrefour de plusieurs autres dont les méthodes d’analyse sont les mêmes que celles utilisées
par les sciences sociales.
a. Science politique et droit constitutionnel
La science politique et le droit constitutionnel ont en commun un certain
nombre d’objets et notamment le pouvoir politique. La différence entre ces deux disciplines
est que la science politique étudie le pouvoir politique au concret ou de manière factuelle
(observation des faits politiques) tandis que le droit constitutionnel l’étudie sous l’angle
juridique.
En effet, la science politique se fonde sur l’observation et l’analyse du
fonctionnement réel du politique, de décrire la réalité politique, afin de mieux la comprendre
et surtout de l’expliquer le plus objectivement possible (aspect analytique). Le droit
constitutionnel privilégie par contre des propositions de nature normative dans la mesure où il
s’attache à élaborer les principes ou les nomes à respecter pour atteindre tel ou tel objectif
(aspect normatif).
Par ailleurs, le terrain de la science politique est plus vaste que celui du droit
constitutionnel car il inclut, outre le droit, les mécanismes, les croyances, les idéologies et les
valeurs. A titre d’exemple, si le droit de vote et le mode de scrutin concernent bien le droit
constitutionnel, la science politique s’y intéresse également avec en plus l’étude des
motivations des électeurs, la recherche des raisons pour lesquelles telle ou telle autre catégorie
vote en faveur de tel parti, alors que d’un stricte point de vue juridique cela n’entraînerait
aucune conséquence.
b. Science politique et sociologie
Ces deux disciplines ont une même nature car ce sont des sciences de
phénomènes sociologiques. Mais la sociologie est bien plus vaste car elle inclut la science
politique. Cependant il existe deux thèses distinctes sur ce problème, la première ayant
dépassé la deuxième depuis les années 1980.
Il y a d’abord la thèse selon laquelle la science politique n’est qu’une
science sociale comme les autres. Il s’agit du point de vue du marxisme et des doctrines qui
en sont issues. Ppour Marx en effet, les faits politiques ne sont ni particuliers ni autonomes ;
ils sont réduits à égalité d’autres phénomènes sociaux, déterminés par des infrastructures
économiques qui influent sur la nature du pouvoir et du gouvernement.
Une autre thèse affirme au contraire la spécialité du politique. Cette
tendance considère que les faits politiques sont, certes, des faits sociaux mais des faits sociaux
particuliers dans la mesure où ils ne concernent pas l’ensemble de la vie en société mais
seulement les phénomènes liés à l’exercice d’un pouvoir politique chargé de défendre et
d’imposer des décisions collectives (voir transformation d’un fait social en fait politique).
c. Science politique et histoire
Ces deux disciplines sont étroitement liées : l’histoire analyse des faits
précis, des chronologies, tandis que la science politique s’intéresse à la généralité, à la
modélisation de ce qui ressort de l’histoire (création d’une représentation standard dans le but
de prévoir l’évolution d’un phénomène). Les deux sciences sont solidaires car la science
politique se sert dans l’histoire de toutes les illustrations, de ses conceptions, de ses théories
tandis que l’histoire se sert de la science politique pour composer les diverses formes des
phénomènes qu’elle rencontre.
I. LA CONSTRUCTION DE LA SCIENCE POLITIQUE
L’histoire de la science politique montre une évolution des méthodes
utilisées qui s’inscrit néanmoins dans une certaine continuité du point de vue de la rigueur de
l’analyse. Ces méthodes d’investigation, que la science politique partage avec les autres
sciences sociales, se sont affinées au fil du temps.
A. LES PRECURSEURS
Les précurseurs de la science politique sont les auteurs de l’Antiquité
grecque, de la Renaissance européenne et du siècle des Lumières. Mais ces auteurs étaient
surtout des moralistes ou des philosophes, de sorte que leur réflexion sur la politique ne peut
nullement être assimilée à la science politique moderne, qui fait véritablement son apparition
dans le dernier tiers du XIXe siècle.
1. L’Antiquité grecque
La réflexion sur le problème politique remonte dans l’antiquité, période de
l’histoire occidentale qui commence avec la naissance du monde grec vers 2000 avant Jésus-
Christ et s’achève avec la fin de l’Empire romain d’Occident en 476 après Jésus-Christ. Les
premiers penseurs politiques grecs tels que Thucydide, Platon ou Aristote adoptent une
attitude visant à établir les faits et à définir les concepts avec un souci de rigueur significatif.
a. Platon (427 – 348 av. J.-C)
Platon a écrit entre autre trois textes à vocation philosophique, mais aussi et
surtout politique, qui exposent ses théories et un certain idéal, à savoir La République, La
politique et Les lois.
La République est une œuvre principalement axée sur la cité. Platon y décrit
un modèle de cité idéale, qui comporterait trois types d’habitants : le peuple, en bas de
l’échelle, les soldats, et les gardiens (les gouvernants), ces derniers devant être une classe
supérieure non seulement au niveau de la naissance ou des valeurs, mais également au niveau
de l’éducation.
Dans Le Politique et Les Lois, Platon va s’écarter un peu de son idéal et
expérimenter la réalité. Il observe les gouvernements qui l’entourent et en conclut qu’il ne
peut exister que quatre types d’organisation politique, à savoir :
- .La timocratie : c’est le gouvernement par l’honneur, dirigé par la caste des chefs
vertueux, voués à l’intérêt général, et fondé sur une séparation des pouvoirs. Ce système est
celui des cités grecques archaïques.
- L’oligarchie : c’est une forme de gouvernement qui est fondée sur le critère de
la richesse, et donc où le pouvoir est détenu par le petit nombre qui n’a en vue que son intérêt
personnel. Pour Platon, il s’agit d’un système perverti, dangereux pour la société car porteur
de divisions et d’affaiblissement en cas d’attaques extérieures.
- La démocratie : c’est un gouvernement des pauvres contre les riches. Ce système
est également condamné car le pouvoir n’appartient pas aux plus sages, mais aux plus
démagogues, et ne respecte pas la spécialisation des castes qui fait la force des cités.
- La tyrannie : c’est le gouvernement d’un homme agissant pour ses intérêts. Ce
système est condamnable pour Platon, sauf si le tyran peut être orienté dans ses choix par un
philosophe.
Ces quatre formes se succèdent : à l’âge d’or timocratique de la Grèce
archaïque apparaissent cupidité et soif de pouvoir, entraînant une oligarchie à accaparer le
pouvoir. Les révoltes populaires conduisent à la démocratie. Celle-ci entraîne nécessairement
une mauvaise gestion et des crises, qui suscitent la recherche d’un protecteur, le tyran. Celui-
ci a alors besoin de la guerre pour maintenir son pouvoir et susciter une unité autour de sa
personne, entraînant ruine et risque de domination étrangère.
Pour Platon, le gouvernement idéal devrait être une aristocratie, c’est-à-dire
un gouvernement des meilleurs, doués de raison, faculté qui permet à l’homme de distinguer
le vrai du faux, le bien du mal et de déterminer sa conduite d’après cette connaissance. Ainsi
organisée, la Cité correspondrait exactement aux exigences de la vie en société : elle serait
donc une Cité idéale (parfaite).
b. Aristote (384 – 322 av. J.C.)
Aristote est l’élève de Platon, de sorte qu’il suit des raisonnements
similaires. Il écrira également trois ouvrages importants pour la science politique, à savoir
L’éthique à Nicomaque, La Politique, Sur la philosophie.
Aristote donne une première énumération des trois pouvoirs, délibératif,
exécutif et de justice. Ces pouvoirs s’inscrivent dans une société organisée par classes, dans
laquelle la cité est une donnée naturelle préalable à toute forme d’organisation. Aristote a
ensuite développé la théorie des formes de gouvernement ébauchée par Platon. Selon lui, il
existe trois formes pures et trois formes perverties.
Les formes pures de gouvernement sont celles où le pouvoir agit dans
l’intérêt général. Il s’agit de :
- la monarchie, qui est, d’après Aristote, le gouvernement d’un seul dans l’intérêt
public ;
- l’aristocratie, c.-à.-d. le gouvernement d’un petit nombre d’individus, parmi les
personnes les plus honnêtes (les meilleures donc), parce qu’elles n’ont en vue que l’intérêt
général ;
- la république, c.-à.-d. le gouvernement de la majorité dans l’honneur.
Les formes impures de gouvernement sont celles qui sont perverties par la
défense des intérêts particuliers, à savoir :
- la tyrannie, qui est le gouvernement d’un seul à son profit ;
- l’oligarchie, qui est le gouvernement d’un petit nombre de riches dans leur
intérêt ;
- la démocratie, qui est le gouvernement des pauvres ou du grand nombre à leur
utilité contre les riches.
2. La Renaissance
La Renaissance est une période de renouveau artistique et culturel inspiré
par l’Antiquité et répandu en Europe entre le XIVe et le XVIe siècles. En effet, après le grand
vide du Moyen-âge, il s’était agi de redécouvrir la littérature, la philosophie et les sciences de
l’antiquité.
a. Machiavel (1469-1527)
A la Renaissance, Machiavel réalise une distinction fondamentale de la
politique et de la morale, et ouvre ainsi la voie à une réflexion sur les phénomènes politiques
affranchie de considérations éthiques ou philosophiques.
Dans son œuvre maîtresse, Le Prince (écrit en 1513 et édité en 1532),
Machiavel relativise les attitudes et les comportements politiques du gouvernant
gouvernement incarné par le prince. Il considère que ce gouvernement adoptera, dans ses
relations avec les gouvernés, telle ou telle attitude, tel ou tel comportement en fonction des
buts qu’il poursuit, des objectifs qu’il s’est fixés. Selon ces objectifs, il sera bon ou mauvais,
gentil ou méchant, juste ou injuste, ce que traduit sa célèbre formule lapidaire « la fin justifie
les moyens ».
Le principal apport de Machiavel est cependant qu’il donne à la science
politique son objet et sa méthode, qui consistent dans l’analyse des faits plutôt que des
jugements. Machiavel cherche en effet à savoir comment fonctionne le pouvoir politique,
comment il s’acquiert et comment il se conserve. Il cherche à comprendre ce qui « est » et
non pas « ce qui pourrait ou devrait être », rompant ainsi avec la normativité (conformité à la
règle ou à l’usage).
b. Thomas Hobbes (1588-1674)
Hobbes est le premier à évoquer la justification de l’Etat absolu. D’après lui
en effet, les hommes étant contraints de constituer des communautés pour survivre et vivre en
paix, ils sont astreints à déléguer le pouvoir à un Etat qui a pour mission de maintenir l’ordre,
la discipline et la cohésion sociale (contrat social). Cet Etat est un Etat despotique dans la
mesure où il ne peut y avoir d’insurrection contre lui en raison du rôle qu’il est appelé à
jouer.
C’est ainsi que dans son ouvrage Le Léviathan, Hobbes soutient que le
souverain est un monstre qui écrase tous les indisciplinés et autres insurgés ou dissidents. Par
ailleurs, il extrait l’Etat du droit divin en montrant que le pouvoir venant des hommes, un
contrat social est indispensable.
c. John Locke (1632-1704)
Dans ses deux traités importants (Le traité sur l’entendement humain et Les
traités sur le gouvernement civil), Locke va en quelque sorte répondre à Hobbes en établissant
l’absurdité du pouvoir absolu. S’il accepte l’opinion de ce dernier sur le droit divin, il réfute
toute forme de pouvoir absolu civil. Il détruira inlassablement toute tentative de le justifier
C’est ainsi que Locke formule ce qu’il appelle le principe de séparation des
pouvoirs pour contenir le despotisme. Ce principe aura ensuite une grande importance
historique, par exemple lors de la rédaction de la Constitution des Etats-Unis, qui fait
expressément référence à Locke et Montesquieu.
3. Le siècle des Lumières
Le siècle des Lumières est un mouvement intellectuel lancé en Europe au
XVIIIe siècle (1715-1789), dont le but était de dépasser l’obscurantisme et de promouvoir les
connaissances. Des philosophes et des intellectuels encourageaient la science par l’échange
intellectuel, s’opposant à la superstition, à l’intolérance ainsi qu’aux abus des Eglises et des
Etats.
Montesquieu est, avec Tocqueville, l’un des deux précurseurs de la science
politique au cours de cette période. Ils réalisent des voyages qui seront la source d’inspiration
à des comparaisons entre les différents régimes politiques, étant ainsi à l’origine de l’analyse
comparée des sociétés politiques.
a. Montesquieu (1689-1755)
Pour expliquer la particularité du régime politique selon les sociétés,
Montesquieu se réfère, dans L’esprit des lois (1749), un des ouvrages clé de la discipline, au
système des facteurs socioculturels et climatiques qui caractérisent chacune d’entre elles. Pour
lui en effet, la différence entre les régimes politiques est liée à la différence des organisations
et des structures sociales.
Dans cet ouvrage, Montesquieu met aussi au point sa célèbre théorie sur la
séparation des pouvoirs, qui repose sur l’observation des mœurs politiques. Il propose en
outre que le pouvoir royal soit limité par une Constitution et que pour contrebalancer le
gouvernement, des assemblées provinciales ainsi que des parlements et des cours supérieures
de justice donnent l’avis du « peuple ». Les autorités locales, presque toutes issues de la
noblesse ou de la bourgeoisie, auraient des moyens d’action importants.
b. Alexis de Tocqueville (1805-1859)
Tocqueville, ressortissant français et aristocrate, ne voyagera qu’aux Etats-
Unis. Il échappe donc à la tentation d’universaliser ses observations. Son plus grand thème est
la démocratisation et il écrit notamment : De la démocratie en Amérique ainsi que L’ancien
régime et la Révolution
Dans le premier ouvrage, Tocqueville suit la même démarche positive que
Montesquieu lorsqu’il tente de cerner les facteurs déterminant le caractère libéral et
démocratique de la société en Amérique. Il relie le régime démocratique à un processus social
global : l’égalisation de conditions entre les individus qui composent la société américaine. Il
découvre en outre aux Etats-Unis ce qu’il appelle des structures intermédiaires (associations,
fédéralisme, partis, etc.) qui, créées par les citoyens mêmes, sont pour lui la clé de voûte de la
démocratie.
Dans la seconde œuvre, il postule l’idée que celui qui ne prend pas du recul
(voyage) ne peut juger de la réalité objective. Il conclut que la République Française du XIXe
siècle n’est pas une meilleure solution que la monarchie, car d’après lui, la monarchie absolue
n’a été remplacée que par une terreur absolue, et la démocratie n’est pas mieux servie
qu’avant car il n’y a pas eu de processus de décentralisation du pouvoir : un pouvoir absolu
reste absolu même s’il est justifié par le peuple (tribunal révolutionnaire).
B. LES POLITISTES
Le terme politiste désigne un individu qui se spécialise dans l’étude des
phénomènes politiques. Les politistes ne sont pas des moralistes ou des philosophes, mais des
analystes qui cherchent à rendre plus claire la chose publique. Ils sont donc les fondateurs de
la science politique moderne qui apparait dans le dernier tiers du XIXe siècle, soit dans les
années 1870-1900, et au début du 20e siècle (1900-1920).
En effet, c’est durant cette période qu’apparaît le double critère retenu pour
définir une discipline scientifique, à savoir la scientificité de la démarche (production de
travaux de science politique qui tendent à se conformer aux critères modernes de la
scientificité) et l’existence d’une communauté scientifique (les politologues) insérée dans des
cadres institutionnels (institutions de discussion, de recherche et d’enseignement de la science
du politique, condition première pour perpétuer l’effort de recherche).
1. La science politique aux Etats-Unis
Le fait majeur dans l’apparition de la science politique reste toutefois
l’influence des chercheurs américains qui, sous l’influence de la tradition empiriste et
utilitariste, réalisent d’importantes études de terrain qui contribuent à populariser la discipline
et à l’ancrer dans le paysage des sciences sociales. Ils n’hésitent pas non plus à recourir aux
statistiques et à l’usage des mathématiques.
Cette tâche est d’autant plus efficace qu’ils sont insérés dans des cadres
institutionnels tels que la School of Political Science de Columbia créée en1880, la revue
américaine Political Science Quarterly lancée en 1886 et l’American Political Science
Association instituée en 1903.
2. La science politique en Europe occidentale
La tradition française des sciences politiques a toujours favorisé les travaux
plus qualitatifs, ce qui peut s’expliquer par le fait que les facultés de science politique ont
émergé des facultés de droit. Mais l’Ecole libre des Sciences politiques créée en 1871,
nationalisée en 1946 pour donner naissance à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris dont
l’objectif est de former des praticiens de la chose publique (fonctionnaires, gouvernants, etc.),
a pu servir de porte d’entrée à la science politique américaine et ainsi contribué à la formation
d’un champ scientifique avec ses propres règles de fonctionnement. A cela s’ajoutent la revue
française Annales de l’Ecole libre des Sciences politiques (1886), l’agrégation de science
politique (1988), des revues, des chairs universitaires, des centres de recherche, etc.
Pierre Favre pense que la science politique en France apparaît sous
l'influence de trois facteurs :
- La visibilité : on va parler d’une science politique à travers des ouvrages et
communautés de scientifiques.
- La laïcisation : la science politique entame un processus qui l’amène à se séparer
d’une réflexion fondée sur des présupposés moraux et philosophiques. On ne réfléchit pas sur
le « bon » pouvoir ou la « bonne » politique.
- La rationalisation : l’enseignement et la recherche se font désormais dans le
cadre de cursus, de système de recherche prédéterminé, encadré par des règlements, des
normes.
Si on retient ces trois modalités, on peut dater l’apparition de la science
politique dans le dernier tiers du XIXe siècle aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France
et en Allemagne. En Italie et en Espagne, l’apparition est plus tardive : elle se situe dans les
deux premières décennies du 20e siècle.
C. LES APPROCHES DU POLITIQUE
L’approche est une manière de construire ou d’expliquer un objet d’étude,
en l’occurrence le « politique ». En sciences sociales, on peut distinguer les approches
marxiste, élitiste, pluraliste et globalisante.
1. L’approche marxiste
L’approche marxiste a été formulée par Karl Marx, philosophe, économiste
et militant politique allemand (1818-1883). Elle est fondée sur une conception matérialiste de
l’univers. En effet le matérialisme est une doctrine qui explique tout l’univers, l’homme y
compris, uniquement par des processus matériels : toute la réalité se ramène à la matière et à
ses modifications ; tout ce qui est n’est que matériel et son devenir doit s’interpréter comme le
jeu des forces matérielles. Le matérialisme rejette ainsi l’existence de l’âme, de l’au-delà et de
Dieu. Ce matérialisme est à la fois historique et dialectique.
a. Le matérialisme historique
L’histoire est, selon Marx, l’histoire de l’autoproduction de l’homme à
travers le travail productif, lequel représente la relation contradictoire entre l’homme et la
nature, les efforts du premier pour arracher à la seconde les biens matériels nécessaires à la
satisfaction de ses besoins.
Dans l’analyse marxiste en effet, les besoins primaires (manger, dormir, se
reproduire, se protéger, besoins dits vitaux) et secondaires (loisirs, luxe, confort, savoir,
prestige, reconnaissance, etc.) sont considérés comme le mobile fondamental de l’action
individuelle. L’existence de ces besoins chez l’individu inclut la tendance naturelle à les
satisfaire.
Mais le travail n’est pas seulement rapport avec la nature : il est aussi
rapport entre les hommes ou rapports de production, entendus comme le système de relations
qui s’établit entre les hommes à l’occasion de la production matérielle de leur existence
(rapports de propriété, de subordination et d’exploitation). Ces rapports conduisent à la lutte
entre les hommes (lutte des classes) car ceux qu’ils privilégient (les détenteurs de moyens de
production) tiennent à leur conservation, tandis que ceux qu’ils défavorisent, n’ayant pour
survivre que leur force de travail, luttent pour une vie meilleure en cherchant à prendre la
place des premiers.
L’histoire de l’humanité est donc, selon Marx, l’histoire de la lutte des
classes, qui est ainsi le moteur de l’évolution historique. Cette histoire est matérielle parce que
le devenir des sociétés humaines est déterminé en premier et dernier ressort par l’économie,
entendue comme le processus de production et de jouissance des biens matériels.
b. Le matérialisme dialectique
Pour l’approche marxiste, la matière possède un principe de progrès, de
développement interne, comme une énergie créatrice, un dynamisme évolutif. Autrement dit,
rien n’est stable et tout est en continuel devenir sur la base de négations successives des
déterminations tout aussi successives. La dialectique est ce mouvement, ce développement
qui procède de la lutte des contraires ou des forces contradictoires de la nature (efforts de
l’homme pour arracher à la nature les biens matériels dont il a besoin) ou de la société (lutte
des classes aux intérêts divergents).
L’approche marxiste donne ainsi à voir le mouvement dialectique du
monde, mouvement qui a pour moteur les contradictions entre l’homme et la nature ainsi que
les contradictions entre les hommes. Cette lutte contre la nature et contre les privilégiés fait
avancer l’histoire en surmontant ou en dépassant les contradictions. En effet, l’historicité de
l’homme se réalise par une progressive maîtrise à la fois sur la nature et sur les rapports
d’exploitation et d’aliénation.
Au total, pour le matérialisme historique et dialectique, l’économie mène la
marche du monde. Cette méthode ou doctrine donne en effet la priorité à l’infrastructure
(forces productives : matières premières, instruments de production, force de travail) qui
soutient tout l’édifice politique, juridique et religieux que Marx appelle la superstructure. Les
phénomènes politiques sont ainsi laissés un peu de côté car d’après la théorie du reflet, la
politique ne serait qu’un phénomène secondaire, dépendant de l’économie. Il n’y aurait donc
pas d’autonomie du politique.
2. L’approche élitiste
Il existe dans toute société des individus qui disposent du pouvoir d’édicter
des règles contraignantes et de les faire respecter (en utilisant parfois la force) ; c’est la
caractéristique distinctive entre gouvernants et gouvernés : les premiers constituent
l’ensemble des agents participant à la lutte pour la conquête et l’exercice du pouvoir. Ils sont
unis par une unité profonde d’intérêts, de conceptions en dépit des alternances électorales, de
sorte qu’ils forment une classe dirigeante ou une élite en matière politique.
Trois politologues ont été les figures de proue de l’approche élitiste, à savoir
Pareto, Mosca et Mills.
a. Vilfredo Pareto
Il parle de la division naturelle entre élite et masses. Son propos est que dans
toute société ou groupe de personnes, une division se fait naturellement entre une masse
majoritaire et une minorité d’élites. Il ne pose pas cela comme une idéologie, mais comme un
constat de faits qui ne reposent ni sur la force, ni sur la richesse. Cette notion introduit donc
d’autres sources de « lutte des classes ».
Pour Pareto, il n’y a pas de saut quantitatif dans l’évolution des peuples, il y
a seulement apparition et disparition d’élites dans une sorte de cycle répétitif. (« L’histoire est
un cimetière d’élites »).
b. Gaetano Mosca
Il a une vision similaire à celle de Pareto, mais il propose un rapport entre
les seuls dirigeants et dirigés. Dans toute société, il existe une classe dirigeante (le terme
classe implique toujours une notion matérialiste) composée de politiciens nourrissant des liens
privilégiés avec les riches ou les personnages publics. Cette classe exerce le pouvoir grâce à la
formule politique (justification de son pouvoir par la classe politique en le fondant sur une
croyance ou un sentiment généralement accepté).
Contrairement à Pareto, Mosca croit les bonds qualitatifs possibles. Il pense
qu’il peut y avoir des périodes de crises propices à des révoltes ou même des révolutions. A la
fin de sa vie, il plaidera pour le pluralisme afin de contrer la concentration du pouvoir.
c. John Stuart Mills
Il fera une critique de l’establishment américain, en parlant de la Power
Elite, et, par ailleurs, dans les Etats-Unis très stables et très autosatisfaits de leur pluralité du
pouvoir, il va réussir à démontrer qu’il n’en est en fait rien. En effet, bien qu’il ne croie pas
aux classes, il y observe trois grands secteurs de pouvoir : le cercle militaire, le cercle
industriel et le cercle politique.
Il en conclut que ce pluralisme est limité à la moyenne hiérarchie, et qu’il
est particulièrement osmotique aux hautes sphères. Le pouvoir se concentre dans les mains de
ce qu’il appelle la Power Elite.
3. L’approche pluraliste
Deux politologues ont été les figures de proue de l’approche pluraliste, à
savoir Robert Dahl et Raymond Aron.
a. Robert Dahl
Il pense, par comparaison avec Mills, qu’il existe une pluralité de catégories
dirigeantes due à la pluralité des classes sociales, et que les premières s’autorégulent quant au
partage du pouvoir.
Dahl reproche à Mills de faire trop de métaphysique, de ne pas assez
observer les faits. Sa question est : « qui gouverne ? ». Ainsi il pose le cadre de sa démarche
qui consiste à s’installer dans une ville pendant plusieurs années et observer qui gouverne. Sa
conclusion est qu’il y a effectivement une pluralité de gouvernants correspondant aux
différents domaines de compétence.
Ensuite, il mettra en évidence la pluralité des ressources qui sont nécessaires
à la politique. Cette pluralité des ressources est la raison fondamentale du partage et de
l’équilibrage des pouvoirs.
b. Raymond Aron
Il reprend le thème des classes pour mieux le réfuter, car il trouve le concept
trop pauvre pour expliquer un pluralisme de catégories dirigeantes croissant :
- les politiques : les acteurs des faits politiques (élus, députés, dirigeants, etc.) ;
- le pouvoir spirituel : les savants, les intellectuels, les religieux, etc. ;
- l’armée et la police, qui sont au service du pouvoir politique ;
- les managers : ils ont un certain pouvoir, mais ne possèdent pas de moyens
propres (propriété des moyens de production) ;
- les meneurs de masse, qui ont les moyens politiques, mais pas le pouvoir ;
- les haut-fonctionnaires, qui ont un pouvoir délégué, mais bien réel.
On peut conclure que Mills et Dahl, étant contemporains et concitoyens,
n’en partagent pas moins des vues diamétralement opposées ; il se pourrait donc que les
approches dépendent du contexte historique, plutôt que des courants idéologiques.
4. Les approches globalisantes
Il existe deux approches dites globalisantes, à savoir le systémisme et le
fonctionnalisme. Elles sont ainsi appelées car elles se concentrent sur les sociétés dans leur
ensemble. L’idée se fait plus précise que « le tout est plus que la somme des éléments » (idée
que la société a d’autres propriétés que celles de ses éléments).
a. Le systémisme
Cette approche a été développée en science politique par David Easton dont
le modèle, l’analyse systémique, est fondé sur l’idée selon laquelle la société serait le produit
des interactions entre des individus cherchant la satisfaction de leurs besoins personnels. Mais
ici la notion politique désigne le processus de répartition des objets de valeurs (ressources et
avantages) entre ces individus, processus qui se matérialise dans des décisions faisant autorité.
Dans ces conditions, la politique désigne l’ensemble d’activités visant à influencer ces
décisions. Ces activités se présentent comme un système, dans la mesure où elles sont
interdépendantes.
David Easton construit, en effet, un modèle d’analyse dans lequel les
interactions du système avec son environnement sont représentées sous la forme d’un circuit
cybernétique fermé comme le représente le schéma ci-dessous :
Environnement
Inputs Système Outputs
(exigences + soutiens) politique (décisions + actions)
Rétraction (feedback)
Dans ce modèle, le système politique est immergé dans un environnement qui
l’influence et auquel il est obligé de répondre. Il reçoit de cet environnement des inputs
(intrants) qu’il transforme en son sein en outputs (extrants) qu’il injecte dans le milieu où il
est immergé.
Les inputs sont les messages ou les impulsions que le système reçoit de
l’environnement. Ils sont de deux sortes : les exigences et les soutiens.
Les exigences sont les attentes ou les demandes sociales relatives, par
exemple, aux revendications salariales. Leur expression incontrôlée est susceptible de
provoquer une certaine surcharge (dépassement de la capacité d’absorption du système) qui
peut être soit quantitative (réception de trop d’exigences), soit qualitative (complexité des
demandes que le système politique reçoit de son milieu). Dans ce dernier cas le système doit
être capable d’ajuster les exigences à ses capacités de traitement en mettant en œuvre trois
fonctions essentielles :
- l’expression des exigences ;
- la régulation des exigences (filtrage, canalisation et parfois élimination les
demandes) soit de manière structurale (à travers des « portillons » placés à l’entrée du
système et constitués par les notables, les partis politiques, les syndicats et les
parlementaires), soit de manière culturelle (non expression des demandes non conformes aux
valeurs et aux croyances de la société) ;
- la réduction des exigences (traitement des exigences en les classant par sujet ou
types).
Les soutiens sont soit des manifestations publiques d’adhésion à l’action
gouvernementale, soit l’attachement des citoyens aux règles de fonctionnement du système
politique. Il s’agit donc des attitudes ou des comportements qui sont favorables au système
politique. Easton en dénombre trois types :
- celui dirigé vers la communauté politique toute entière tel que l’attachement à la
communauté nationale ;
- le soutien au régime politique, qui englobe les valeurs (liberté d’opinion), les
normes (constitutionnelles) et les structures (parlement) sur lesquelles repose le système
politique ;
- le soutien aux autorités enfin, c’est-à-dire aux titulaires des rôles d’autorité dans
un système politique.
Les ouputs sont le produit de la réaction du système à l’expression des
exigences et aux offres de soutiens. Ils prennent essentiellement la forme de décisions et
d’actions matérialisées dans les politiques publiques. Le but supposé de ces outputs est de
satisfaire les demandes et de renforcer les soutiens nécessaires au maintien du système
politique.
La transformation des inputs en outputs, qui constitue une des fonctions les
plus importantes d’un système, conduit à celle de rétroaction (feedback ou effet en retour),
c’est-à-dire la réaction du système aux effets que produit à l’extérieur son action intérieure.
En effet tout en modifiant son environnement par le processus d’« outputs », le système
recueille des informations sur lui-même et sur cet environnement (effet en retour),
informations qui guident et orientent ses opérations en fonction de sa finalité. Une rétroaction
a donc lieu lorsque des informations sur les résultats d’une transformation sont acheminées à
l’entrée du système. Cette rétraction peut être positive ou négative.
La rétroaction est positive lorsque les informations acheminées à l’entrée
du système politique mettent en évidence l’inefficacité des outputs de ce dernier, ce qui le
conduit à un certain réajustement (évolution, changement de finalité). Une rétroaction est en
effet positive lorsque l’écart entre les résultats obtenus et les résultats attendus s’accroît, ce
qui favorise l’amélioration de l’action du système.
La rétroaction est négative lorsque les informations acheminées à l’entrée du
système démontrent l’efficacité des outputs du système politique, ce qui incite ce dernier à
continuer son action. Il y a, en effet, diminution de l’écart entre le but visé par le système et
son extrant, d’où tendance de ce système à maintenir son équilibre, sa stabilité malgré les
changements extérieurs. Il s’agit de ce qu’on appelle l’homéostasie, c’est-à-dire la capacité
d’un système à se maintenir dans un état constant ou stable, à conserver et à protéger son
identité, sa nature en dépit des perturbations externes (ex : maintien de la température
corporelle quand il fait froid ou chaud).
Le cas d’une installation de chauffage avec thermostat illustre
merveilleusement bien le phénomène de rétroaction : lorsque la température d’une pièce
s’abaisse, le thermostat l’enregistre et transmet cette information (rétroaction) au brûleur,
lequel démarre, élève la température, ce que le thermostat constate en agissant à nouveau
(rétroaction) sur le brûleur pour l’arrêter (régulation) et ainsi de suite.
b. Le fonctionnalisme
C’est également une approche globalisante, qui se veut pluridisciplinaire, et
donc pas limitées au seul domaine de la science politique. La thèse est que chaque élément
d’un ensemble trouve sa justification dans l’ensemble même, et dans la fonction qu’il y
remplit (« Le tout explique la partie »).
En science politique, cette approche a été développée par Gabriel Almond et G.
Bingham. Powwell qui, face aux problèmes posés par l’importation des modèles politiques
occidentaux dans les pays en développement, postulent l’existence de fonctions politiques de
base contribuant à assurer l’autoreproduction d’un système politique et son adaptation à un
environnement donné. L’analyse se borne à identifier les structures qui les remplissent
effectivement, selon l’environnement social donné. Quatre fonctions politiques de base sont
ainsi répertoriées a priori :
- La capacité extractive, qui consiste dans l’aptitude du système à prélever et à
mobiliser les ressources financières et humaines nécessaires à la réalisation de son but.
- La capacité régulatrice, consistant dans les mécanismes de contrôle juridique et
institutionnel des comportements et des échanges socio-économiques dans l’espace déterminé
en vue de désamorcer les conflits d’intérêts et les contestations sociales.
- La capacité distributive, qui porte sur l’allocation des ressources, des avantages
et des privilèges aux citoyens pour renforcer leurs soutiens au système.
- La capacité réactive ou responsive enfin, qui concerne l’aptitude du système à
cerner, voire à anticiper les exigences en vue de prévenir les frustrations susceptibles de
mettre en cause sa survie.
L’analyse fonctionnaliste part des structures politiques occidentales comme
modèles. Les besoins de la comparaison avec les structures politiques extra-occidentales la
conduit à forger d’autres notions permettant de saisir la spécificité de chaque structure
particulière, en rapport avec la question fondamentale d’autoreproduction et d’adaptation du
système politique. Il s’agit d’« équivalents fonctionnels » et de « multifonctionnalité des
structures ».
La notion d’« équivalents fonctionnels » désigne le fait qu’une même
fonction peut être remplie par des structures différentes, selon l’environnement. Par exemple,
les fonctions de filtrage et de formulation des exigences peuvent être remplies tant par les
partis politiques que par des structures syndicales, associatives ou religieuses.
La notion de « multifonctionnalité des structures » quand à elle indique le
fait qu’une même structure peut remplir une multitude de fonctions qui, ailleurs, sont prises
en charge par des structures spécialisées. C’est ainsi que la présidence d’un pays en
développement par exemple peut s’occuper de toute une série de questions (alphabétisation,
élaboration et mise en œuvre de projets de développement ou d’aides sociales…) qui, en
Occident, relèvent de la compétence d’autres structures institutionnelles, notamment des
ministères.
D. LA FINALITE DE LA SCIENCE POLITIQUE
Il existe une querelle qui oppose Emile Durkheim et Max Weber ainsi leurs
partisans respectifs et dont l’objet principal est de savoir s’il faut privilégier l’explication ou
la compréhension dans l’analyse des phénomènes sociaux.
1. Emile Durkheim (1858-1917) et l’explication
L’explication consiste, pour Durkheim, à établir des relations incertaines
entre les phénomènes sociaux observés (établissement des relations de cause à effet entre
deux phénomènes). Elle suppose donc le test d’une ou de plusieurs hypothèses, entendues
comme des propositions douteuses, susceptibles d’être infirmées par les faits.
Il anticipe ainsi la critique de l’absence d’expérimentation qu’exige une
démarche scientifique, et qui n’est évidemment pas possible en sociologie. Durkheim fera ce
qu’il appelle l’expérimentation indirecte, qui consiste dans l’observation des faits sociaux et
leurs variations relatives (ex : la participation politique expliquée par les différences de niveau
d’éducation).
2. Max Weber (1864-1920) et la compréhension
Pour Weber, les phénomènes sociaux ne peuvent être seulement expliqués
sur un plan causal, mais doivent l’être également sur un plan significatif, ce qui renvoie à leur
compréhension, c’est-à-dire à la recherche de leur signification. En effet, puisque
l’observateur étudie, dans les sciences humaines, une réalité à laquelle il participe en tant
qu’acteur social, les faits analysés ont un sens, c’est-à-dire ils sont intelligibles.
En définitive, le vrai débat de fond est celui de savoir sur quelle voie
d’appréhension du réel devait s’aventurer la science politique. Mais on s’accorde aujourd’hui
à considérer l’explication et la compréhension comme complémentaires dans la mesure où
c’est la recherche de signification (compréhension) qui met souvent l’observateur sur la voie
des relations à établir entre phénomènes, caractéristiques du stade de l’explication.
En effet, l’analyse du politique, comme celle de n’importe quel autre objet
social, peut être subdivisée en trois étapes : description, compréhension, explication. La
description, première étape de toute démarche scientifique, est la représentation de la réalité
analysée par des mots, à l’aide d’outils statistiques, de monographies, de typologies, etc. Il
faut bien reconnaître qu’une partie importante de la production actuelle des sciences humaines
se cantonne bien souvent à ce premier stade, sans faire appel à de véritables schémas
explicatifs, qui sont pourtant le but ultime de toute analyse scientifique.
II. LE POUVOIR POLITIQUE
Le pouvoir politique a pour fonction essentielle, d’une part, de fixer et de
faire appliquer un certain nombre de règles de vie en commun destinées à harmoniser les
relations sociales et à régler les inévitables tensions internes ou conflits d’intérêts, et, d’autre
part, de prendre des décisions et de réaliser des actions pour satisfaire les besoins de la
communauté.
L’observance de ces règles de vie en commun ainsi que la prise de ces
décisions et la réalisation de ces actions permettent à la société présenter un minimum de
cohésion et d’unité pour survivre et de se développer.
A. NOTION DE POUVOIR POLITIQUE
Le pouvoir politique constitue, malgré sa spécificité radicale, un cas
particulier du phénomène de « pouvoir en général ».
1. La nature du pouvoir
Le mot « pouvoir » souffre d’une extraordinaire polysémie due à son emploi
courant dans les contextes les plus variés (sciences sociales, droit, économie, etc.). De même,
les lieux de l’exercice du pouvoir frappent par leur diversité : Etat, famille, entreprise,
association, Eglise, etc. Mais avec Ph. Braud (1994), on retiendra trois approches principales
du terme pouvoir :
- Une approche institutionnaliste, qui conduit à identifier le pouvoir à un dispositif
institutionnel : Etat, gouvernement ou administrations (« les pouvoirs publics »).
- Une approche substantialiste, qui conduit à considérer le pouvoir comme un
attribut (ce qui appartient en propre à quelqu’un ou à quelque chose). Il s’apparente alors à la
notion économique de capital et, en ce sens, est susceptible d’être accumulé ou dilapidé, de
produire des bénéfices ou des avantages. Cependant, assimiler le pouvoir à des attributs
revient à confondre les ressources (instruments) du pouvoir et le pouvoir proprement dit.
- Une approche relationnelle (ou interactionniste), dans laquelle le pouvoir n’est
pas considéré comme un attribut mais comme une relation, un pouvoir sur d’autres hommes,
ou, dans les cas limites, sur une personne déterminée. Cette perspective privilégie donc
l’analyse des relations de pouvoir dans l’interaction.
Les analyses contemporaines mettent l’accent sur la conception relationnelle
du pouvoir basée sur l’interaction entre individus et entre groupes sociaux. C’est cette
conception qu’exprime le politologue américain R. Dahl pour qui le pouvoir est « la capacité
d’une personne A d’obtenir qu’une personne B fasse quelque chose qu’elle n’aurait pas fait
sans l’intervention de A ». En ce sens, les parents exercent un pouvoir sur leurs enfants, un
entraîneur sportif exerce un pouvoir sur son équipe, un officier sur ses hommes et le
législateur sur l’ensemble des citoyens.
M. Crozier insiste aussi sur le fait que le pouvoir est une relation et non un
attribut des acteurs : c’est un rapport de force, dont l’un peut retirer davantage que l’autre,
mais où, également, l’un n’est jamais totalement démuni face à l’autre.
Cette conception relationnelle est également celle de M. Weber pour qui « le
pouvoir signifie toute chance de faire triompher au sein d’une relation sociale sa propre
volonté, même contre des résistances, quelle que soit la base sur laquelle repose cette
chance » (1971, t. 1, p. 56). Bref, le pouvoir est l’aptitude à forcer l’obéissance.
Le pouvoir est donc une relation réciproque mais déséquilibrée ou
asymétrique car il suppose que B se conforme dans sa conduite aux attentes, sinon aux
intentions explicites de A. Le déséquilibre entre acteurs tient à une distribution inégale des
ressources (meilleure maîtrise de l’information, système de relations, capacité d’intervention,
etc.) qui trouve son origine dans les structures globales de la société. Cependant, cette
asymétrie n’est pas figée car la relation est susceptible de s’inverser au cours du temps. Bref,
le pouvoir se situe dans l’interaction, qui est elle-même conditionnée par une distribution
inégale des ressources.
2. La spécificité du pouvoir politique
Le pouvoir politique apparaît lorsqu’une communauté humaine décide de
confier à un individu ou à un groupe d’individus le soin de définir et de faire appliquer des
normes de conduite sociale et de prendre les décisions fondamentales engageant son avenir.
En effet, de nombreuses relations sociales sont des relations de pouvoir (y compris
dans la sphère privée). Mais tout pouvoir n’est pas politique : le pouvoir est politique lorsqu’il
prend des décisions concernant les actions collectives et la régulation sociale de la société
globale toute entière. Il s’agit donc d’un pouvoir suprême, souverain. Il est souverain par
rapport aux autres pouvoirs des groupes particuliers qui composent cette société globale, et
qu’il est indépendant par rapport à ceux des autres sociétés globales. Bref, le caractère
politique du pouvoir implique que celui-ci occupe la première place dans la communauté et
qu’il soit le seul à pouvoir édicter des règles et à faire des choix s’imposant à tous les
membres de cette communauté.
La conséquence logique de cette prééminence est que le pouvoir politique
disposera seul du droit et des moyens d’imposer ses règles et ses décisions aux membres de la
communauté qui se rebelleraient, et cela au moyen si nécessaire de son appareil juridique et
répressif. En fait, il est généralement exercé par un ou plusieurs hommes soit à titre personnel,
soit au nom de l’institution étatique pour imposer aux autres membres de la collectivité des
règles de vie en commun.
A ce titre, le pouvoir politique est fondamentalement inégalitaire car il
conduit nécessairement à un type d’organisation sociale dans laquelle une relation de
domination s’établit entre ceux qui commandent (gouvernants) et ceux qui acceptent de suivre
les directives des premiers (gouvernés).
Ainsi entendu, le pouvoir politique se distingue d’autres formes de pouvoir
par son caractère à la fois territorial, coercitif et légitime.
a. Le caractère territorial du pouvoir politique
Le pouvoir politique se distingue d’abord d’autres formes de pouvoir par
son caractère territorial. En effet, sa souveraineté se définit, quel que soit le principe sur
lequel elle se fonde, par rapport à un territoire et n’a de validité que dans ce cadre. M. Weber
(1971) l’a souligné en voyant dans cette référence territoriale la dimension essentielle des
groupements politiques parmi l’ensemble des groupements de domination.
b. Le caractère coercitif du pouvoir politique
Le critère territorial ne suffit pas, selon Weber, à identifier un groupement
politique : il faut encore que la mise en œuvre de ses règlements soit, à l’intérieur d’un
territoire donné, «garantie de façon continue » par la menace, voire l’emploi, d’une contrainte
physique de la part de ses autorités. Par cette caractéristique, Weber veut mettre l’accent sur le
mode de régulation propre au pouvoir politique : il s’agit d’envisager la contrainte comme le
recours ultime et la garantie spécifique de l’ordre instauré par ce pouvoir.
En effet, le pouvoir dispose de la capacité de commander à ses membres et
de sanctionner légitimement ses ordres par la force. Il permet ainsi à ses détenteurs de
prescrire unilatéralement des normes de conduite à l’intention des gouvernés qui sont tenus de
s’y plier. Ce pouvoir, pour être efficace, doit être assorti de mécanismes de sanction
permettant de faire prévaloir la volonté de ceux qui commandent.
Il en résulte qu’en règle générale la mise en œuvre d’un appareil spécialisé
de contrainte (armée, police, gendarmerie) est étroitement associé au pouvoir politique, ce qui
permet de le distinguer du pouvoir des autres organisations sociales qui ont des systèmes de
sanction et des moyens de contrainte différents.
c. Le caractère légitime du pouvoir politique
Si le pouvoir politique agit par la coercition, cette dernière est étroitement
liée à la légitimité, entendue comme l’acceptation de l’autorité par ceux qui y sont soumis. Ce
consentement au pouvoir politique est du au fait qu’il lui est généralement associée la mission
d’assurer la cohésion sociale, le développement et la prospérité de la société : d’une part, il
assure l’ordre en établissant des règles et en les faisant appliquer ; d’autre part, il maintient la
discipline en sanctionnant la violation de ces règles ; enfin il assure la sécurité du groupe
contre les ennemis intérieurs et extérieurs.
De fait, une société, et, à plus forte raison, la plus étendue de toutes, à savoir
la société politique, ne se conçoit pas sans un ordre et sans une discipline : un ordre qui
encadre les activités individuelles en vue du but à atteindre, et une discipline qui les stimule
et, le cas échéant, sanctionne les manquements envers la communauté. C’est parce qu’il
assure cet ordre et maintenant cette discipline au sein de la société que le pouvoir politique est
accepté. C’est pour cette raison que ses injonctions apparaissent aux yeux des membres de la
société comme des obligations qui leur incombent, d’où un certain consentement à
l’obéissance (docilité). Bref, l’alliance de la coercition et de la légitimité apparaît comme un
caractère irréductible du pouvoir politique.
Au final, le pouvoir politique apparaît comme une dimension inéliminable
de la vie sociale, comme le phénomène social par excellence : il ne se conçoit pas en dehors
de la société, de même que sans un pouvoir agissant, la société est un corps inerte proche de
son déclin. C’est ainsi qu’on peut le considérer comme le droit de commander et de
contraindre reconnu nécessaire à la bonne vie en société.
B. LA CRISTALLISATION DU POUVOIR POLITIQUE
Il faut entendre par cristallisation le processus continu de constitution,
matérialisation, ostentation du pouvoir depuis la forme la plus primitive jusqu’à la forme la
plus sophistiquée. En effet, le pouvoir a changé de forme au fur et à mesure de l’évolution des
sociétés, allant de la forme immédiate ou diffuse à la forme institutionnalisée en passant par la
forme individualisée.
1. Le pouvoir diffus
C’est celui qui s’impose à tous les membres d’un groupe sans qu’il soit
exercé par quelqu’un ou par quelques-uns d’entre eux. Ce pouvoir est plutôt diffus dans la
masse soumise au conformisme rigoureux qu’imposent les coutumes et les croyances. En
effet, personne n’a pour fonction propre de faire respecter ces coutumes en disposant de
moyens de contrainte et de persuasion adéquats pour y parvenir, et il n’y a d’autre répression
ou sanction en cas de manquement que la réprobation ou l’exclusion du groupe.
Cet exercice immédiat du pouvoir n’est possible que dans les sociétés
relativement closes et indifférenciées : d’une part, elles ont peu de rapports avec d’autres ou
vivent plus ou moins dans l’isolement économique et social ; d’autre part, leurs membres
participent de manière intense et constante aux mêmes activités, aux mêmes valeurs, aux
mêmes symboles et aux mêmes représentations collectives.
Il en est ainsi dans les sociétés dites « primitives » ou « archaïques »
(chasseurs-cueilleurs, lignages, clans, tribus), où toute prise de décision doit faire l’objet d’un
consensus, en ce sens que la décision prise doit avoir l’accord de toutes les parties prenantes,
en l’occurrence les représentants des grandes familles (conseil d’anciens).
2. Le pouvoir individualisé
C’est celui qui s’incarne dans un homme, qui l’exerce comme une
prérogative qui lui est personnelle, parce qu’il ne la doit qu’à sa propre valeur (propriété du
sol ou de ressources matérielles, force physique, inspiration religieuse, clairvoyance ou
aptitude à régler les conflits internes).
Cette forme de pouvoir apparaît à un stade plus évolué où la société subit
deux mutations essentielles : d’une part, elle entre en contacts assez fréquents, puis entretient
des relations assez régulières avec d’autres groupes (bon voisinage, échanges réciproques,
conflits, etc.) ; d’autre part, elle devient de plus en plus différenciée, comprenant plusieurs
groupes ayant chacun ses valeurs particulières et son activité propre. Dans une telle société,
en effet, où la contradiction d’intérêts et les risques d’agression deviennent des défis, seul un
pouvoir exercé par la médiation d’un homme, le plus fort, le plus riche, le plus habile, etc.,
assurera sa cohésion et son intégrité.
Mais ce pouvoir individualisé, s’il offre d’incontestables avantages quant à
sa cohésion et à l’affirmation de son autonomie, conduit malheureusement à l’arbitraire
(pouvoir despotique) car l’individu ou le groupe qui le détient en use comme bon lui semble,
sans avoir de compte à rendre, de règles ou de principes à respecter, ni de procédures
obligatoires à suivre. Par ailleurs, reposant uniquement sur la force (matérielle ou morale) de
celui qui l’exerce, il est foncièrement instable ou fragile et s’exerce de façon discontinue dans
la mesure où il fait l’objet d’une rivalité entre ses divers prétendants. En effet, quiconque
dispose d’assez de force ou de prestige revendique sa possession et entreprend de l’arracher
par la force à ceux qui se l’approprient.
3. Le pouvoir institutionnalisé
C’est celui qui est organisé selon des principes et des règles de droit qui
s’imposent immédiatement à ceux qui l’exercent.
Cette nouvelle forme du pouvoir politique a été imaginée par la société, à
travers ses penseurs et ses hommes politiques, pour se mettre à l’abri des inconvénients du
pouvoir individualisé. En effet, pour éviter l’arbitraire et donner une stabilité au pouvoir, la
société a tenu à fixer des règles à observer dans sa conquête, son exercice et sa transmission.
A partir de ce moment, le pouvoir a commencé à exister indépendamment des individus qui
l’exercent : il existe avant eux, au-dessus d’eux, après eux. Bref, le pouvoir existe
indépendamment de son titulaire d’un moment et il obéit à des règles précises d’acquisition,
d’exercice et de transmission.
La fixation de ces règles implique l’établissement d’un cadre juridique,
c’est-à-dire la détermination de normes de droit. C’est l’Etat qui va jouer ce rôle car, en tant
qu’institution, il est organisé selon des normes indépendantes des volontés particulières de
ceux qui le gèrent. En effet, la volonté des gouvernants ne peut avoir de force obligatoire que
lorsqu’elle est émise conformément aux règles et procédures établies à cette fin, ce qui lui
vaut d’être imputée à l’Etat. De cette façon, le pouvoir ne peut plus être arbitrairement détenu
puisque son usage est désormais subordonné au respect de ces normes.
Cela signifie que le pouvoir n’appartient plus à des personnes physiques
mais à une entité abstraite ayant une existence propre, l’Etat. Il n’est plus incorporé dans la
personne du chef, mais a un nouveau titulaire, l’Etat, et les gouvernants ne sont plus que ses
agents d’exercice. Ainsi s’est fait jour l’idée d’une dissociation possible entre le pouvoir et la
personne des gouvernants.
L’institutionnalisation du pouvoir est ainsi l’opération qui consiste à
transférer celui-ci de l’individu ou des individus qui le détiennent, qui n’en ont plus que
l’exercice, à une institution ou personne morale (être fictif auquel sont attribués des droits et
des obligations semblables à ceux qu’assument les êtres humains), à savoir l’Etat, qui en
devient désormais le titulaire abstrait et au nom de qui ce pouvoir s’exerce. Cette séparation
entre l’individu et la fonction assure la permanence de l’autorité politique indépendamment de
la disparition de ceux qui la détiennent à un moment donné.
Mais ces notions ont connu une quadruple évolution qui, sans en remettre
en cause les caractéristiques, a quand même conduit à en faire évoluer l’exercice.
La conception contractuelle du pouvoir
Dans le monde contemporain, le pouvoir repose généralement sur le
consentement collectif des gouvernés, qui acceptent de confier leur sort à des gouvernants et
qui en tolèrent la domination parce qu’ils les ont librement choisis entre différents candidats
proposant des approches différentes de la manière d’exercer le pouvoir. Il s’agit de ce l’on
appelle la légitimité, que Jean- Paul Buffelan définit comme l’assentiment général qui justifie
le droit de commander qui appartient aux gouvernants et le devoir d’obéir incombant aux
citoyens.
De son coté, le pouvoir politique s’efforce de plus en plus de susciter, par
l’information et la persuasion des gouvernés, l’adhésion à leur politique plutôt que d’imposer
des mesures par la contrainte (recherche systématique du dialogue avec les citoyens et
reconnaissance de leur droit à l’expression et à la critique).
La personnalisation du pouvoir
Si le pouvoir est institutionnalisé partout dans le monde contemporain et
s’exerce selon des règles précises dans un cadre étatique, cette institutionnalisation est,
paradoxalement, souvent contrebalancée par la personnalisation du pouvoir. Il ne s’agit pas
d’un retour à l’individualisation du pouvoir, système dans lequel ce dernier s’incarne dans un
individu (personnification), mais plutôt d’une identification du pouvoir à celui qui l’assume.
En effet, les sociétés contemporaines, médiatisées et surinformées,
éprouvent le besoin de rattacher leur destin à une personnalité dont l’ascendant (charisme) est
amplifié par les moyens audiovisuels, ce qui peut conduire, dans certains cas, aux pires excès
de l’ivresse du pouvoir.
La médiatisation du pouvoir à travers les partis politiques
Dans le monde contemporain, les partis politiques, organisés pour conquérir
et exercer le pouvoir, médiatisent le dialogue entre les gouvernants et les gouvernés. De fait,
ils sont simultanément chargés d’informer l’opinion, de présenter un projet politique, de
concourir lors des élections et, éventuellement, d’exercer le pouvoir en cas de succès. Ils sont
ainsi les véritables détenteurs modernes du pouvoir.
La limitation du pouvoir politique
La limitation du pouvoir dans les Etats modernes est due à son
émiettement, au sens où il est réduit en une multitude de micro-pouvoirs qui ont souvent
tendance à devenir des contre-pouvoirs institutionnels, politiques, sociaux (entités
décentralisées ou fédérées, syndicats, associations, groupes de pression, médias,
technocratie).
Ceci modifie la ligne de partage traditionnelle entre les gouvernants et les
gouvernés. Les premiers ne détiennent de plus en plus qu’une parcelle du pouvoir et doivent
composer avec les autres détenteurs de celui-ci. Les seconds se regroupent dans des
structures qui leur permettent de défendre leurs intérêts et de faire pression sur le pouvoir, ce
qui leur donne aussi une parcelle de ce dernier.
En définitive, les notions de pouvoir et d’Etat dominent l’organisation
politique contemporaine car on ne conçoit plus l’exercice durable du pouvoir politique
ailleurs que dans un cadre étatique. D’une part, l’Etat fixe l’ordonnancement juridique, avec
ses « législateurs » qui élaborent le règles de droit, ses « administrateurs » qui mettent en
œuvre ces règles et ses « juges » qui tranchent les litiges naissant à l’occasion de l’application
de ces règles. D’autre part, il est la seule entité valablement reconnue au plan des relations
internationales et l’autorité suprême sur le territoire et la population qui dépendent de lui.
IV. L’ESPACE POLITIQUE
L’espace politique est le champ ou la scène sur laquelle évoluent un certain
nombre d’acteurs politiques mus par certaines idéologies politiques.
A. LES ACTEURS POLITIQUES
Les acteurs de la scène politique sont principalement les partis politiques,
les groupes de pression, les professionnels de la politique, l’opinion publique et les médias.
1. Les partis politiques
L’appartenance à une organisation politique accroît généralement les
chances d’être reconnu ou sélectionné comme susceptible d’occuper une position dirigeante,
c’est-à-dire d’être effectivement « cooptable », « désignable » ou « éligible ». Cela contribue
à réduire considérablement les chances de succès de tous ceux qui veulent briguer un mandat
électif en dehors des partis politiques.
a. La notion de parti politique
Le parti politique est, dans son acception générale, une association organisée
qui rassemble des citoyens unis par une philosophie ou une idéologie commune, dont elle
cherche la réalisation, avec comme objectif la conquête et l’exercice du pouvoir.
Dans l’acception de Philippe Parini, un parti politique est « un groupement
organisé d’individus qui sont réunis par une vision commune de l’organisation sociale
souhaitable et cherchent, pour la mettre en œuvre, à conquérir puis à exercer le pouvoir ».
Roger-Gérard Schwartzenberg pour sa part définit le parti politique comme « une organisation
durable, agencée du niveau national au niveau local, visant à acquérir et à exercer le pouvoir,
et recherchant à cette fin le soutien populaire ».
Traditionnellement, on se trouve face à un parti politique quand une organisation présente
plusieurs caractéristiques : une durée de vie qui dépasse celle des dirigeants en place, la
définition d’un projet politique, une organisation locale et nationale solide, la volonté claire de
prendre et d’exercer le pouvoir, le souci enfin de rechercher le soutien populaire au travers
notamment les élections.
Le parti politique est une organisation durable
La première caractéristique d’un parti politique est d’avoir une permanence
et une continuité lui permettant d’être ancré dans la vie publique de son pays. Cela signifie
deus choses :
o L’émancipation du parti des personnalités qui ont contribué à sa naissance ou
qui incarnent son action car, dans le cas contraire, il ne s’agira que d’un mouvement qui
risquera de disparaître avec son fondateur (ex : factions et clientèles politiques).
o La présence du parti sur l’échiquier politique, l’isolement d’une clientèle
électorale et l’obtention de la reconnaissance parlementaire de ses efforts. A défaut de cela le
parti risque d’être cantonné dans une fonction d’expression d’idées, et ne sera pas considéré
comme une force politique capable de gouverner.
Le parti politique est une organisation dotée d’un projet politique
Un parti politique n’existe que s’il défend un projet politique, c’est-à-dire un
programme complet d’exercice du pouvoir politique. Ceci le distingue d’ailleurs
fondamentalement d’un groupe de pression dont la vocation est de défendre des intérêts
particuliers et de faire pression sur le pouvoir, mais pas de l’exercer. Cela implique :
- La prise de position par rapport à la nature même du régime : certains partis
peuvent le contester radicalement, tandis que d’autres s’affrontent sur l’exercice du pouvoir
mais pas sur sa nature.
- Le développement d’un programme politique, c’est-à-dire l’indication de ce que
le parti compte faire du pouvoir politique s’il parvient à le conquérir, et les actions qu’il
entend poursuivre dans tous les domaines couverts par la souveraineté étatique.
Au total, un parti doit proposer un projet global de société touchant
l’ensemble de l’organisation du pays.
Le parti politique est une organisation complète
Les partis politiques se caractérisent aussi par une organisation qui s’étale
généralement à tous les niveaux du territoire d’un Etat, de sorte qu’ils sont présents aussi
bien au niveau national que local.
En effet, les partis ne sont pas de simples groupes parlementaires avec une
organisation intermittente lors des élections. Ce sont plutôt des structures lourdes avec une
mobilisation constante des militants. Ils ne peuvent survivre que s’ils se dotent d’une
organisation rigoureuse où des structures permanentes sont mises en place pour la conquête et
l’exercice du pouvoir (établissement de programmes complets, animation permanente de la
vie politique, vie interne avec des congrès réunissant les militants, sélection des candidats,
préparation d’une équipe de gouvernement…).
Le parti politique tend à exercer le pouvoir
La vocation d’un parti politique est par ailleurs - et surtout – de conquérir
puis d’exercer le pouvoir, et même de monopoliser cet exercice à son profit, ce qui est son
objectif premier et le distingue d’un groupe de pression. Ceci suppose qu’il se dote de moyens
nécessaires pour le faire en sélectionnant les candidats, informant le corps électoral et animant
les campagnes politiques lors des élections.
Une fois la victoire électorale rempotée, le parti doit veiller à l’unité et à la
discipline de son groupe parlementaire, fournir le personnel ministériel, soutenir la politique
gouvernementale. A l’inverse, si le parti a été défait, il doit mener l’opposition, proposer au
pays une politique de rechange, préparer une éventuel alternance lors de futures élections.
Le parti politique a besoin d’un soutien populaire
Les partis politiques ne peuvent atteindre ce but d’exercice du pouvoir sans
soutien populaire. En effet, dans les sociétés modernes, les fonctions politiques sont
généralement électives (fonctions de maire, de député ou de chef de l’Etat), de sorte que ce
n’est qu’à travers les urnes que l’on peut y accéder.
Pour gagner des élections les partis politiques ont besoin des voix de leurs
électeurs. C’est dans ce sens que l’on affirme que ces formations ont besoin de soutien
populaire.
b. L’origine des partis politiques
Les partis politiques datent du XIXe siècle. En effet, la première formation
pouvant être qualifiée de telle a pris naissance aux Etats Unis en 1828 avec le parti démocrate
et en Angleterre en 1832 avec le parti conservateur.
Cette naissance des partis politiques se fait de deux façons différentes :
certains partis sont nés dans le cadre électoral et parlementaire ; d’autres trouvent leur origine
à l’extérieur des parlements et des soucis électoraux.
Les partis d’origine électorale et parlementaire
Généralement, les partis sont apparus à la faveur du développement du
suffrage universel. Leur organisation apparaît indispensable dès lors qu’il faut accompagner et
canaliser le vote des citoyens selon le processus suivant :
- L’organisation locale des comités électoraux chargés de patronner des candidats
et de soutenir leurs campagnes.
- La fédération de ces comités pour exister au plan national et l’instauration des
structures permanentes pour coordonner leur action.
- L’organisation parallèle au niveau des assemblées parlementaires et le
regroupement des élus d’une même tendance dans des « groupes parlementaires » qui sont en
liaison avec les structures fédérées des partis.
L’origine des partis est donc à la fois électorale et parlementaire : elle
provient de la nécessité, d’une part, de gagner les élections, ce qui implique une organisation
locale avec des ramifications nationales, et, d’autre part, de développer le rôle du Parlement,
ce qui entraîne la formation de groupes parlementaires chargés de concrétiser le programme
politique des comités électoraux.
Les partis d’origine extérieure au parlement
D’autres partis politiques trouvent leur origine à l’extérieur des parlements
et des soucis électoraux. Il s’agit alors d’une création à partir d’une structure existante qui
évolue et se transforme en parti politique. En effet, des groupements ou des associations ou
même des clubs peuvent être à l’origine de la création de partis politiques.
L’action des syndicats (ex : création du parti travailliste en 1899 par le
syndicalisme ouvrier anglais) ou des groupements religieux (ex : création des partis
démocrates chrétiens) et même des groupements paysans (création des partis agraires) en
Europe est un bon exemple de création extérieure des partis politiques.
On peut aussi citer les groupements clandestins, les associations ethniques,
etc. qui, dans les pays en développement, ont servi de base aux partis politiques.
c. Les types de partis
Deux distinctions peuvent être établies entre les partis politiques : une
distinction de base ou traditionnelle entre les partis de cadres et les partis de masse, qui reste
encore largement valable pour analyser les partis et leur fonctionnement, et une distinction
nouvelle dans laquelle les partis contemporains, qui ont évolué en fonction de
l’environnement économique et social, présentent désormais des caractéristiques plus mêlées.
La distinction traditionnelle
Maurice Duverger établit, en 1951, une typologie des partis politiques qui
reste jusqu’aujourd’hui très utilisée malgré les critiques qui on été formulées par certains
auteurs à son encontre. Le critère de cette classification est basé sur la structure et la vie
interne du parti politique. Maurice Duverger distingue ainsi les partis de cadres des partis de
masses.
- Les partis de cadres
Les partis de cadres se présentent comme des comités regroupant des
notables, c’est-à-dire des personnes qui détiennent localement un prestige dû à la richesse ou à
la position sociale (notaires, avocats, médecins, etc.), dans le but exclusif de préparer les
campagnes électorales en vue de faire élire un des leurs.
De tels partis ont généralement vu le jour dans un environnement où la
politique était encore un monde clos, de sorte qu’ils deviennent le porte-parole des classes
dominantes dans la société. C’est ainsi qu’ils ne cherchent pas à avoir des militants
permanents mais s’efforcent seulement de mobiliser les électeurs à un moment donné.
C’est pour cette raison que leur organisation est légère et non contraignante :
ils sont fortement décentralisés et faiblement organisés, laissent une grande autonomie à leurs
échelons ou comités locaux et à leurs membres peu nombreux (faible discipline de vote). Ces
comités locaux n’ont d’existence réelle qu’à l’approche des élections lorsqu’il faut réunir des
fonds pour mener campagne.
De même l’organisation est peu structurée au niveau national dont l’élément
essentiel s’avère être le groupe parlementaire au sein duquel d’ailleurs aucune discipline
stricte n’est observée. En effet, le parti de cadres, dont les parlementaires ne doivent leur
élection qu’à eux-mêmes, est naturellement impuissant à leur imposer une discipline
quelconque. Si la discipline de vote est retenue au Parlement, la ligne politique est déterminée
par les parlementaires eux-mêmes.
Tout ceci explique que les partis de cadres reposent plus sur des
personnalités que sur des programmes et que leurs parlementaires aient une grande influence
sur eux. Cela se traduit notamment par le choix du leader du parti qui est généralement le fait
du groupe parlementaire et de quelques personnalités influentes, même si les militants sont
généralement appelés à ratifier ce choix.
Enfin les partis de cadres sont présents dans de très nombreux pays
européens ainsi qu’aux USA (où les deux grands partis restent des partis de cadres même s’ils
ont su s’adapter en demandant l’arbitrage des électeurs pour sélectionner leurs candidats).
- Les partis de masses
Les partis de masses sont ceux qui se caractérisent par le nombre élevé de
leurs adhérents à qui ils demandent paiement de cotisations et prestations militantes. Ils ont vu
le jour avec la démocratisation du jeu politique qui s’est principalement faite par le passage du
suffrage restreint au suffrage universel, c’est-à-dire par l’arrivée des masses dans la vie
politique. En effet, les masses ayant acquis leur droit au vote, elles vont espérer trouver des
candidats issus de leurs classes qui sont seuls capables de défendre leurs intérêts. Les partis de
masses se doivent donc d’assurer entre autres fonctions :
- La mobilisation et surtout l’éducation de leurs électeurs, voulant par là former
les citoyens : ce sont des partis de militants.
- L’organisation plus rigoureuse, centralisée, où la liberté est moindre. En effet
des sections locales assurent l’encadrement des militants sur le terrain, tandis que des
instances régionales puis nationales - toujours élues - définissent les orientations (congrès,
comité directeur, secrétariat, secrétaire général).
- L’exigence d’une stricte discipline des militants et surtout des élus lors des
votes.
Les partis de masses se veulent en outre plus démocratiques que les partis de
cadres dans la mesure où les adhérents sont consultés sur les objectifs et la vie du parti et
élisent les organes dirigeants.
Notons par enfin qu’en ce qui concerne tout particulièrement les pays en
développement, on n’y trouve guère que des partis de masses ou plus exactement de
« mobilisation », c’est-à-dire des partis ayant à la fois de nombreux militants et des cadres
dirigeants très autonomes. Ces partis ont généralement un rôle de formation de la population
et d’animation générale de la société. Cette vocation universaliste ne les met cependant pas à
l’abri d’une appropriation par une caste (ethnie, militaires…) qui les dirige à sa guise sans
beaucoup faire participer les militants au processus de désignation des leaders et à la
définition du programme politique.
La distinction nouvelle
Dans les démocraties occidentales, le fait marquant est le rapprochement,
pour leur organisation et leur fonctionnement, des partis de cadres et des partis de masses, de
sorte que l’on assiste à un mélange des genres.
En effet, d’un coté, les partis de cadres se sont dotés d’un minimum
d’organisation et de permanence. Ils ont donc adopté des structures pyramidales avec des
échelons locaux et nationaux, assurent une mobilisation plus permanente de leurs militants et
les font intervenir plus ou moins directement dans la fixation du programme du parti et la
désignation des leaders. Bref, sans avoir de forts bataillons de militants, ils se sont tout de
même dotés de moyens leur permettant d’exister en dehors des périodes électorales.
A l’inverse, les partis de masses ont tempéré leurs programmes électoraux
afin de proposer une alternative crédible aux traditionnels partis de gouvernement et modèrent
également la mobilisation de leurs militants, préférant l’animation à l’encadrement.
Souvent, le rapprochement va plus loin et ces deux types de partis se
fondent dans une catégorie nouvelle : le parti d’« électeurs » ou parti « attrape tout », qui
reflètent en fait l’évolution du corps électoral des sociétés occidentales, caractérisée par une
homogénéisation des aspirations collectives. C’est ainsi que la vie partisane occidentale
contemporaine dans les régimes pluralistes mêle désormais trois catégories principales de
formations politiques : les partis d’électeurs, les petites formations politiques et les partis de
masses marxistes.
- Les partis d’électeurs
Ce sont des partis de cadres ou de masses qui recherchent avant tout à attirer
à eux la plus grande partie de l’opinion lors des élections. En effet ils s’adressent plus aux
électeurs qu’aux militants. Leur objectif étant ainsi de rassembler majoritairement l’électorat,
leur programme est complet, consensuel, transcendant les groupes socioprofessionnels en
étant généraux et pragmatiques, et s’efforce avant tout de concilier et d’harmoniser. De
même, leur attitude se veut plus modérée et dédramatisante afin de n’effrayer aucune
catégorie sociale.
Enfin, leurs dirigeants restent élus par les militants mais doivent acquérir
une dimension nationale dépassant le cadre de leur parti afin d’incarner dans l’opinion le
programme du parti.
- Les petites formations politiques
Ce sont des partis qui sont soit héritiers des partis de cadres classiques (la
plupart des partis centristes ou libéraux européens), soit très décentralisés avec un message
politique assez « ciblé » (mouvements écologistes européens), soit plus marginales et
défendant des programmes extrémistes.
Ces partis peuvent jouer un rôle lors de la constitution d’alliances de
gouvernement (les centristes) ou influencent indirectement les grands partis qui leur
empruntent certaines idées (les écologistes).
- Les partis de masses « marxistes »
Ils respectent une rigoureuse organisation mais s’efforcent de l’assouplir
quelque peu (partis communistes occidentaux).
d. Le rôle des partis politiques
Le propre d’un parti politique est de secréter une conception du monde et de
la société (« projet de société), puis de lutter pour conquérir le pouvoir, et enfin d’exercer
celui-ci afin de mettre en œuvre son programme politique.
Pour cela, les partis politiques remplissent quatre principales fonctions : la
formation et l’information de l’opinion, la représentation de l’opinion, la sélection et
l’encadrement du personnel politique, l’exercice ou la critique du pouvoir.
La formation et l’information de l’opinion
Les partis politiques forment l’opinion en proposant des programmes
politiques structurés concernant tous les domaines de la vie publique, et assurent à ce titre
l’encadrement idéologique de la société en formalisant les aspirations des citoyens en un
ensemble de mesures politiques susceptibles d’être techniquement mises en œuvre. Ils
alimentent ainsi la vie publique à la fois en vision globale de la société et en thèmes précis,
façonnant de cette façon la culture politique d’un pays et rendant homogènes des aspirations
éparses et confuses.
Ils informent également l’opinion publique sur l’état de la société et la
manière dont elle est dirigée. Ceci se produit bien sûr lors des campagnes électorales, puisque
les partis ont la mission fondamentale de présenter des options aux électeurs et de leur
permettre d’effectuer ainsi un choix libre et éclairé. Mais cette information existe également
en dehors des campagnes électorales, puisque la majorité explique la politique
gouvernementale, tandis que l’opposition propose sa propre approche des problèmes. Ainsi, le
débat démocratique est-il assuré grâce à cette fonction de communication
La représentation de l’opinion
Les partis présentent ensuite leurs programmes à l’appréciation des citoyens
et défendent ensuite le projet politique que ceux-ci auront choisi par leur vote. Cette fonction
de représentation présente trois aspects :
- la diversité des partis est la condition sine qua non du pluralisme et donc de la
possibilité pour les citoyens de voir représenter leur sensibilité politique ;
- les partis présentent des candidats à toutes les élections ; les représentants élus
du peuple sont doc également - et avant tout - des membres des partis politiques ;
- ils continuent à représenter préférentiellement tel ou tel groupe social, quand ce
n’est une région ou une communauté ethnique particulière, voire un groupe culturel.
Les partis politiques contribuent donc fondamentalement à l’expression de
l’opinion publique, qu’ils canalisent, formalisent dans la durée, représentent dans les instances
politiques.
La sélection et l’encadrement du personnel politique
Les candidats se présentent généralement aux élections par le biais des
partis politiques. Cette sélection peut se faire par le comité de direction du parti lui-même ou
par des assemblées générales au cours de meetings ou congrès populaires ou encore, comme
c’est le cas pour les partis des Etats Unis d’Amérique, par le vote des adhérents du parti qu’on
a pris l’habitude de dénommer « les primaires ».
Le résultat en est la formation, au mieux d’une classe politique avec ses
usages et des rites, au pire d’une oligarchie monopolisant la vie parlementaire (la
« partitocratie ») ou l’Etat. Dans tous ces cas les partis génèrent une « élite » politique, dont le
problème sera de conserver une attache avec l’électorat mais dont la fonction irremplaçable
est constituer le « vivier » de la vie politique. C’est ainsi que Maurice Duverger propose le
remplacement de la formule « gouvernement du peuple par le peuple » par celle de
« gouvernement du peuple par une élite issue du peuple ».
Le parti assure également l’encadrement des élus au sein des groupes
parlementaires qui leur permettent de se concerter. Ces élus sont tenus à la loyauté envers le
parti. Cela se traduit notamment par le respect d’une discipline de vote au Parlement et par un
alignement général sur les thèmes et les alliances du parti, faute de quoi l’élu risque
l’exclusion. Il se pose alors le problème de la liberté de vote, étant donné que le député, qui
est normalement censé représenter toute la nation malgré son appartenance partisane, est
obligé ou tenu de voter dans le sens qui lui est imposé par son parti qui ne défend
nécessairement que les intérêts d’une partie de la société.
Cette « discipline de vote » se pose cependant différemment suivant qu’on
est en présence d’un parti souple ou rigide. En effet, le parti est dit souple quand ses élus ne
sont pas tenus de voter dans le sens imposé par la formation. Il est qualifié de rigide quand ses
représentants sont tenus de se conformer aux instructions de vote qu’il dicte.
L’exercice ou la critique du pouvoir
Lorsqu’il remporte les élections, un parti fournit à la fois la majorité
parlementaire, les ministres, le Chef du gouvernement, le programme à appliquer. Il exerce
donc le pouvoir au travers de ses représentants et pour le compte de son projet politique. Il y
a ainsi un phénomène d’appropriation du pouvoir par le parti vainqueur pour mettre en œuvre
les options approuvées par la majorité du corps électorale. Bref, c’est le parti vainqueur de
l’élection qui contrôle l’Etat sur les plans exécutif et législatif.
Lorsqu’il perd les élections, le parti n’exerce pas le pouvoir mais il joue un
rôle non négligeable en critiquant le gouvernement, informant l’opinion de son approche des
problèmes et proposant des amendements à la politique menée. Il prépare ainsi les futures
élections et une éventuelle alternance politique en promouvant ses leaders et ses idées. Cette
fonction est irremplaçable car la présence dune opposition et la possibilité d’une alternance
sont les seuls contrepoids au monopole du pouvoir par le parti vainqueur.
e. L’organisation des partis politiques
Tout parti dispose d’un texte constitutif qui précise son organisation interne.
L’existence de structures est une condition nécessaire pour que les partis puissent perdurer,
s’implanter dans le corps électoral, travailler avec efficacité à la conquête du pouvoir,
convaincre les électeurs afin de mettre en œuvre le programme politique qu’ils auront élaboré.
De manière générale, cette structure s’articule à trois niveaux, national, provincial et local.
Le niveau national
Au niveau national, la structure du parti s’articule autour d’un certain
nombre d’organes centraux comme le Congrès, le Comité national et le Bureau exécutif.
Le Congrès, qui est l’instance suprême du parti, est composé des membres
d’organes nationaux et des représentants de toutes les structures du parti. Se réunissant
périodiquement (généralement une fois l’an), il est l’occasion d’un débat entre les différentes
sensibilités ou tendances et a pour mission première de définir le programme d’action et de
désigner les instances dirigeantes du parti.
Le Conseil national, également appelé Directoire national ou Comité
directeur, joue le rôle d’instance délibérante du parti et assure la permanence de son action. Il
est composé des représentants des toutes les instances dirigeantes du parti, avec au sommet un
président ou un secrétaire national, le plus souvent élu par les membres du Congrès. Enfin, cet
organe s’occupe principalement de la prise de décision, du suivi et de l’application des
résolutions du Congrès, de la fixation du budget, etc.
Le Bureau exécutif enfin, également connu sous la dénomination de Comité
ou Bureau politique, est pratiquement le gouvernement du parti, chargé de l’exécution des
résolutions du Congrès et des décisions du Conseil national.
Le niveau provincial
Le parti se structure au niveau provincial en fédérations, chargées chacune
d’assurer l’intermédiation entre les instances dirigeantes du parti et les organes de base, de
veiller à l’exécution des résolutions et décisions des organes centraux et d’animer la vie du
parti à ce niveau. La fédération est dirigée par un Bureau ou Comité fédéral dont les membres
sont élus pour un mandat déterminé.
Le niveau local
Au niveau local enfin, le parti se structure en sous-fédérations, sections et
cellules. La sous-fédération est l’organe qui seconde la fédération au niveau de la base et est
dirigé par un bureau ou comité sous-fédéral. Elle est constituée d’un certain nombre d’entités
de base, sections et cellules, où s’organise le « travail de terrain » qui permet au parti d’être en
prise directe avec l’électorat.
Par ailleurs, on peut aussi évoquer les distinctions qui peuvent exister entre
les sympathisants, les adhérents et les militants. Les sympathisants sont les électeurs
traditionnels d’un parti politique. Les adhérents sont des personnes affiliées à un parti
politique car elles possèdent leur carte du parti après avoir payé une cotisation, généralement
d’un faible montant. Les militants enfin sont des adhérents actifs en ce sens qu’ils acceptent
de faire bénévolement un travail de terrain et de participer à la vie du parti. Cette activité de
militant est variée car il peut s’agir :
- de participer aux réunions habituelles du parti, de manière à débattre de ses
orientations, de la stratégie électorale à adopter lors d’une élection locale ou des grands débats
nationaux du moment ;
- de faire connaître les positions du parti par la distribution des tracts dans la rue,
sur les marchés ou par la vente d’un journal ;
-de participer aux activités plus nombreuses lors des campagnes électorales
(collage d’affiches, organisation de meetings…).
2. Les groupes de pression
Les partis politiques n’ont pas le monopole de la représentation de l’opinion
publique. Celle-ci passe par d’autres voies qui concourent désormais de façon puissante à la
médiatisation de la vie publique. L’une de ces voies se trouve être les groupes de pression, qui
influencent l’action du pouvoir en formalisant certaines aspirations et en les défendant.
a. La notion de groupe de pression
Selon Philippe Parini, un groupe de pression peut se définir comme étant
une organisation constituée pour la défense des intérêts d’une catégorie de la population et
exerçant une pression sur les pouvoirs publics afin d’obtenir des décisions conformes à ces
intérêts. Il représente donc à sa manière les citoyens et pèse sur le pouvoir politique.
Un groupe de pression naît lorsque trois éléments se conjuguent : une
organisation, la défense d’intérêts, l’exercice d’une pression.
Une organisation
L’existence d’un groupe de pression requiert qu’un groupe s’organise de
façon permanente et durable, ce qui distingue le groupe de pression des mouvements
éphémères exprimant une émotion liée aux circonstances.
La défense d’intérêts
Il faut ensuite que les adhérents soient associés pour défendre des intérêts
communs, qu’ils soient matériels ou moraux, lesquels intérêts sont spécifiques et liés à un
objet déterminé. Un groupe de pression n’a pas de projet politique global mais s’intéresse à un
domaine particulier.
L’exercice d’une pression
Il faut enfin que ce groupe veille exercer une pression sur le pouvoir afin
qu’il infléchisse son action dans le sens souhaité. Mais son rôle s’arrête à cette pression car il
n’a pas pour vocation d’exercer le pouvoir, ce qui le différencie fondamentalement des partis
politiques.
En effet, l’élément primordial de distinction entre les partis politiques et les
groupes de pression est que dans le cas des partis politiques l’activité doit mener à l’exercice
du pouvoir, alors que les groupes de pression se limitent seulement à influer sur l’exercice du
pouvoir. Les intérêts qui les font agir sont apolitiques mais les conduisent à intervenir en
politique quand le pouvoir s’apprête à prendre des décisions qui concernent ces intérêts.
En outre un groupe de pression est un groupe qui fait une pression effective
sur le pouvoir politique. De fait, une manifestation publique qui ne survit pas à sa dispersion
et qui ne joue pas un rôle dans la durée, n’est pas au sens de la science politique un groupe de
pression. Lorsque la manifestation est par contre l’expression de l’action d’un groupe qui veut
se faire entendre, qui a une stratégie, des modalités d’action, des objectifs, des slogans, etc.,
nous sommes en présence d’un groupe de pression.
b. Les types de groupes de pression
Il est difficile d’établir une typologie des groupes qui n’ont en effet en
commun que la pression politique. Toutefois, on peut distinguer trois catégories de ces
groupes : les groupes d’intérêts professionnels, les groupes d’idées et les groupes d’influence.
Les groupes d’intérêts professionnels
Ce sont des organisations corporatives qui défendent avant toute chose des
intérêts matériels d’une profession ou d’une catégorie sociale tel que les syndicats qui
regroupent les salariés, les organisations agricoles, les organisations patronales de l’industrie
et du commerce ou enfin les organisations professionnelles dans un secteur d’activité comme
c’est le cas des ordres.
- Les syndicats de salariés
Ils on pour but l’amélioration des conditions de travail et des
rémunérations. Ils se constituent sur la double base du métier et de la géographie, de la
branche de métier.
- Les syndicats patronaux
Ils sont constitués d’entrepreneurs qui ont considéré qu’ils avaient intérêt à
se regrouper pour accroître l’efficacité de leur pression sur les pouvoirs publics et en
particulier sur la politique économique.
- Les syndicats d’exploitants agricoles
Ils sont très dépendants de l’action et de la mobilisation des électeurs. Mais
ils sont relativement en déclin aujourd’hui.
- Les groupements de consommateurs
Ils sont apparus plus récemment pour agir en contrepoint des organisations
de producteurs et influencent de façon grandissante le pouvoir politique en faisant prendre en
compte leurs préoccupations dans les lois (ex : la sécurité des consommateurs).
Les groupes d’idées
Ils ont, contrairement aux groupes d’intérêts professionnels, des buts
orientés vers la défense de causes idéologiques ou morales. Il ne s’agit plus, en effet, de
défendre des intérêts strictement matériels mais de promouvoir certaines valeurs ; cette
catégorie est extrêmement diverse puisqu’on y rencontre :
- les groupes confessionnels, dont on sait l’influence qu’ils peuvent avoir sur les
problèmes de société (racisme, avortement, peine de mort, homosexualité…), mais également
sur la vie politique ;
- les groupes idéologiques, qui défendent les valeurs humaines (Ligue des droits
de l’Homme, Amnesty International), civiques et naturelles (mouvement écologique,
protection des animaux…) ;
- les groupements sociodémographiques, qui s’attachent à défendre les intérêts
d’une partie de la population (mouvement féministe, mouvements de jeunesse, mouvement
d’anciens combattants, mouvements familiaux…) ;
- les groupements intellectuels, qui rassemblent des individus en vue de réflexions
communes sur les grands problèmes, ces institutions ont une grande influence et irriguent
souvent le milieu politique (la franc-maçonnerie en Europe) ou lui fournissent des bases
conceptuelles (les « clubs politiques »).
Les groupes d’influence
Ce sont des entités qui, de l’intérieur, pèsent sur le pouvoir politique au
moment de la prise de décision ou lors de sa mise en œuvre.
L’un des plus connus est celui de la fonction publique dont l’influence
s’exerce à deux niveaux : à la base où les syndicats d’agents publics sont puissants et
influencent les décisions prises par l’Etat dans le secteur ; au sommet où la technocratie
monopolise les postes de direction de l’administration, et de conseillers dans les cabinets
ministériels, faisant souvent prévaloir les éléments techniques sur les éléments politiques.
Mais il en existe d’autres, comme par exemple les institutions publiques
civiles. On parle alors de groupes d’intérêts institutionnels, qui sont normalement appelés à
remplir des fonctions bien définies dans le cadre étatique mais qui se livrent à certaines
occasions à la défense d’intérêts spécifiques. Cela peut être le cas d’un ministère qui veut
défendre une cause, des collectivités publiques, des entreprises publiques, des établissements
publics ou des corps de fonctionnaires ou des ressortissants d’une grande école.
c. Les moyens d’action des groupes de pression
Comme leur nom l’indique les groupes exercent une pression sur le pouvoir
afin qu’il prenne des décisions dans le sens qui leur convient. Leurs moyens d’action pour ce
faire sont variés et complémentaires : l’action directe sur le pouvoir, l’action sur les partis
politiques, l’action sur l’opinion publique.
L’action directe sur le pouvoir politique
Cette action prend la forme d’une intervention sur les représentants du
pouvoir (parlementaires ministres, cabinets ministériels, hauts fonctionnaires…). Elle peut
être ouverte ou occulte.
Quand elle est ouverte, c’est-à-dire publique, l’action sur le pouvoir permet
aux bureaux des groupes de pression d’être reconnus par la législation qui les considère
comme un circuit normal d’expression des citoyens. Cette action publique prend la forme de
l’information (établissement d’une documentation argumentée), de l’activisme médiatique et
enfin de la pression politique sur les élus. En effet, dans la mesure où, en période électorale,
les dirigeants politiques sont en situation de faiblesse, les groupes en profitent pour présenter
leurs revendications en les assortissant d’un chantage à l’élection (donner consigne à leurs
électeurs).
En revanche, le problème se pose lorsque cette action est occulte et prend la
forme de relations privées (clientélisme, pression amicale fondée sur une communauté de
milieu et de formation) pouvant aller jusqu’à la corruption.
Mais l’action sur le pouvoir peut aussi être indirecte, se présentant alors
sous forme de communication, de grève ou de chantage au désordre. En ce qui concerne la
communication, certains grand syndicats possèdent leurs propres journaux et font passer les
messages corporatifs les concernant. Pour ce qui est de la grève, elle est évidemment l’arme
spécifique des syndicats de salariés. C’est un conflit privé qui met aux prises des employeurs
et des salariés. La grève devient politique quand :
- elle a lieu dans le secteur public ;
- l’employeur disparaît abandonnant une exploitation non rentable : les salariés se
tournent alors vers les pouvoirs publics pour leur demander de participer au sauvetage en
trouvant un repreneur, en apportant de l’argent, etc. ;
- elle est interdite car passer outre équivaut à une rébellion que les pouvoirs
publics ne peuvent tolérer.
S’agissant enfin du chantage au désordre, il est surtout le fait des exploitants
agricoles, des commerçants qui, en faisant grève, ne pénaliseraient qu’eux même. De ce fait,
ces corporations transposent leurs revendications sur le champ de l’ordre public, c’est-à-dire
sur le champ du politique. La grève des taximen par exemple pénalise les taximen eux mêmes,
mais en provoquant le blocage du transport en commun, elle constitue le chantage type au
désordre.
L’action sur les partis
Elle consiste pour un groupe de pression à assurer une sensibilisation
permanente (information, argumentation, et parfois marchandage du soutien électoral) des
partis de telle sorte qu’ils intègrent à leurs programmes ses préoccupations. Il peut même
arriver que le groupe de pression veuille avoir une action politique directe et créer alors un
parti politique.
L’action sur l’opinion publique
Il s’agit d’un moyen puissant d’influencer indirectement le pouvoir en
pesant via l’opinion publique sur l’action des gouvernants. Le plus généralement, les groupes
de pression agissent par la persuasion en utilisant les mass media et la publicité commerciale,
ceci afin d’informer l’opinion, de la sensibiliser et de la façonner par des campagnes. Les
groupes de pression recourent à la contrainte en mobilisant l’opinion par la grève ou des
manifestations de rue.
3. Les professionnels de la politique
Il se constitue depuis le XIXe siècle, au sein des démocraties, une élite
spécialisée dans l’exercice des fonctions politiques. Celles-ci, qui étaient au départ réservées à
une élite traditionnelle, se sont progressivement professionnalisées. C’est ainsi que Weber
établit une distinction entre les amateurs et les professionnels de la politique.
a. La professionnalisation de la politique
Le terme de « professionnels de la politique » ou de » politiciens » est
apparu aux USA dans les années 1830 pour décrire les hommes politiques non plus comme
des amateurs éclairés appartenant à une élite (notables) mais comme des acteurs spécialisés
(« politiciens de métier », « entrepreneurs » politiques).
Notion de professionnels de la politique
Les professionnels de la politique sont des individus qui exercent l’activité
politique comme un métier. Il s »agit des élus, des permanents des partis politiques (individus
qui travaillent à temps plein dans un parti et reçoivent un salaire) et des militants des partis
politiques (individus qui militent au sein d’un parti en faisant de la politique ouverte). Ces
professionnels se distinguent ainsi des amateurs, qui exercent l’activité politique d’une
manière conjoncturelle et grâce à un concours de circonstances.
Cette professionnalisation est associée à une ouverture de la sphère politique
sur deux plans : d’une part, une ouverture à la « masse » électorale (avec l’avènement du
suffrage universel) ; d’autre part, une ouverture à une nouvelle élite politique issue le plus
souvent des classes moyennes. Elle a été mise en lumière par Max Weber pour qui il existe
diverses façons de « faire de la politique » :
- pour certains hommes politiques, il ne s’agit que d’une activité occasionnelle ou
secondaire (amateurs) ;
- d’autres vivent « pour » la politique au sens qu’ils sont indépendants
économiquement (possession de ressources personnelles, issues de leur profession d’origine),
ce qui a pour conséquence un recrutement social très sélectif (notables, bourgeois rentier,
nobles...) ;
- d’autres encore vivent « de » la politique au sens qu’ils exercent un métier
rémunéré, tirant leurs revenus de l’exercice à temps plein d’une ou plusieurs fonctions
politiques. Du coup, on assiste à une évolution professionnelle et bureaucratique de l’activité
politique
Une telle évolution amène évidemment une évolution des acteurs : on passe
des notables à des élites issues des professions libérales, intéressées par la politique au plus
haut degré (professionnels de la politique). Cette professionnalisation renvoie finalement au
processus historique de spécialisation d’un groupe d’acteurs politiques professionnels
bénéficiant d’une rémunération pour se consacrer à temps plein à leur mandat : le notable,
l’amateur, était traditionnellement et naturellement élu grâce à ses mérites sociaux, à sa
fortune, à sa disponibilité.
Plus la démocratisation progresse, plus le suffrage s’élargit, plus ce notable
est mis en concurrence et doit apprendre à mobiliser ses électeurs et à les fidéliser : il doit se
professionnaliser. Cette extension du suffrage permet l’apparition de programmes
idéologiques, une montée en puissance des élections parlementaires, la recherche de
financement et le développement de partis politiques, des étiquettes politiques se précisant
pour faciliter le choix des électeurs.
Les déterminants de la professionnalisation des activités politiques
La professionnalisation des activités politiques procède de l’avènement de la
démocratie représentative et de l’universalisation du suffrage, qui ont induit le développement
d’emplois politiques rémunérateurs, la complexification des activités politiques et l’apparition
des partis politiques.
- Le développement d’emplois politiques rémunérateurs
Parmi les facteurs qui favorisent la professionnalisation de la politique, on
peut d’abord citer le développement d’emplois politiques rémunérateurs (indemnités,
gratifications matérielles) qui permettent aux professionnels (parlementaires, ministres,
maires, bourgmestres..) d’exercer l’activité politique en toute liberté et en toute indépendance.
De fait la perception d’une indemnité devrait limiter les phénomènes de corruption).
Mais percevoir une indemnité n’a pas que des avantages, car le pouvoir
politique devient une source de revenus, ce qui incite les acteurs politiques à faire passer les
intérêts de leur carrière avant ceux de la nation. Les affaires publiques sont en outre
monopolisées par des élites professionnelles, ce qui nourrit une crainte de dépossession du
peuple souverain, d’une prise de décision politique basée sur des intérêts particuliers (citoyens
à l’écart).
- La complexification des activités politiques
L’activité politique crée des tâches de plus en plus complexes et spécialisées
qui requièrent une formation spéciale de la part de ceux qui les remplissent, une expertise
croissante dans les domaines économique et juridique, ce qui a permis une technocratisation
du personnel politique. Elle a ainsi provoqué l’apparition de nombreux acteurs qui, sans être
des hommes politiques, peuvent être considérés comme des professionnels de la politique :
personnel des instituts de sondage et des sociétés de communication, spécialistes de
l’audiovisuel préparant les campagnes électorales, mais aussi analystes de la vie politique
(journalistes, voire politistes).
Cela se traduit par un élargissement du fossé entre initiés et profanes de la
politique (distinction entre ceux qui font de la politique et en vivent et les citoyens ordinaires).
Les professionnels ont tendance à s’arroger le monopole de la compétence politique. La
réussite politique suppose la mise en œuvre de compétences accrues, éloignant certaines
catégories sociales de l’accès à la profession politique (les citoyens se mettent en retrait de la
vie de la cité car ils intériorisent leur incompétence politique).
- L’apparition des partis politiques
L’apparition, au début du XXe siècle, des partis politiques organisés de
manière plus rigides (partis de masses et partis de cadres) que les réseaux souples articulant
« comités locaux » et groupes parlementaires au profit de notables a contribué de manière
décisive à la professionnalisation de la politique.
En effet, le parti politique constitue un des moyens les plus sûrs pour
devenir professionnel de la politique. D’une part, l’appartenance à un parti politique accroît
généralement les chances d’être connu et d’accéder au poste de dirigeant, c.à.d. d’être
éligible, désignable, cooptable selon le mode d’accès au pouvoir utilisé. D’autre part, elle fait
bénéficier le candidat au poste de dirigeant d’un préjugé de compétence à gouverner basée sur
le savoir-faire dont il a fait preuve au sein du parti politique. Enfin, elle garantit que le
candidat, une fois au pouvoir, dirigera bien grâce à l’appui et à l’encadrement de son parti.
Par ailleurs, la technocratisation des permanents des partis politiques a
permis à ces deniers de s’imposer et de former une oligarchie professionnelle de la politique.
De fait, toute organisation tend à être dirigée par une minorité qui exerce le pouvoir aux
dépens de la majorité, et cette minorité consacre une partie considérable de son énergie à
conserver et, si possible, à étendre sa position.
Au niveau organisationnel enfin, il s’agit de déterminer les organes qui
supportent le parti à tous les niveaux (local, régional, national), de définir les attributions et
les rapports réciproques de ces organes et de choisir les hommes capables d’en assurer une
bonne organisation et un bon fonctionnement, bref de les animer. De même, au niveau
fonctionnel, il s’agit de cotiser, d’organiser les manifestations publiques (campagnes
électorales, réunions, séminaires, meetings, marches de soutien ou de protestation, collage
d’affiches, distribution des tracts dans la rue, sur les marchés ou vente du journal du parti pour
faire connaître les positions de ce dernier, etc.), ce qui nécessite la présence de nombreux
militants chargés de ce travail de terrain.
b. L’exercice du métier politique
L’homme politique, le professionnel, est une invention récente liée à
l’émergence de la compétition politique moderne. La question qui se pose est alors de savoir
si faire de la politique, c’est exercer un métier comme les autres.
Les spécificités du travail politique
La politique peut, à certains égards, être considérée comme un métier
politique comme les autres : on y consacre son temps, on obtient une rémunération, on se
remet en cause à intervalle régulier, on reçoit une certaine formation pour accéder à ce poste,
etc.
Mais faire de la politique, c’est aussi exercer un métier spécifique reposant
sur des savoir-faire, sur une habilité technique résultant de l’expérience acquise sur le terrain
et pas forcément d’une formation sanctionnée par un diplôme. Les motivations ne sont pas
forcément les mêmes :
- motivations pratiques : goût de l’action, du concret ;
- motivations idéalisantes : souci de l’intérêt général, souhait de s’impliquer dans
de grandes causes ;
- motivations personnelles : grande estime de soi, recherche de notoriété, de
popularité.
Le terme de « métier politique » suggère que l’exercice de l’activité
politique repose sur l’apprentissage de connaissances pratiques, mais facultatives, pas
obligatoires. Les connaissances et savoir-faire utiles en politique se transmettent par certains
types de formations universitaires mais aussi de manière informelle : dans un régime
démocratique, le représentant doit être capable d’assurer son autorité sur une circonscription
au sein de son parti politique, de fidéliser des soutiens et d’en acquérir de nouveaux, d’être
crédité de compétences qui varient selon le poste occupé, doté de qualités oratoires, d’un sens
d’improvisation, d’adaptation, et être capable de maîtrise de soi et des médias.
Par ailleurs l’irruption des médias sur la scène politique génère l’apparition
de nouveaux acteurs (développement de tous les métiers de la communication). Désormais,
dans toute équipe politique, on retrouve des responsables chargés de la mise en œuvre de
plans de communication, des spécialistes chargés de concevoir et d’analyser les enquêtes
d’opinion, des spécialistes chargés de construire et gérer les images politiques des acteurs en
concurrence. De nombreux intervenants ou acteurs qui ne sont pas des hommes politiques au
sens propre peuvent cependant être considérés comme des professionnels de la politique car
ils en vivent sans exercer réellement le pouvoir (journaliste politique, personnel des instituts
de sondage...).
Quelques œuvres enfin entretiennent l’idée qu’une carrière politique se
construit principalement sur le cynisme et les trahisons (Le Prince de Machiavel), ou sur la
poursuite d’intérêts corporatistes souvent masqués, faisant prévaloir l’engagement public au
service du plus grand nombre, du bien commun.
Il y a donc une diversification des professions liées au travail politique. Il
faut ajouter que le développement des moyens de communication moderne fait peser de
nouvelles contraintes sur les acteurs politiques qui sont en perpétuelle représentation, qui sont
toujours épiés, qui doivent s’autocontrôler en permanence, la moindre erreur, le moindre faux
pas se retrouvant affiché et démultiplié par les moyens de communication moderne.
La nature et/ou le contenu du travail politique
L’action politique vise à mobiliser des soutiens indispensables, mais aussi à
satisfaire un certain nombre d’intérêts particuliers mais aussi et plus encore l’intérêt général.
Pour ce faire, le travail politique comporte deux aspects : un travail de décision et un travail
de communication.
En effet la politique est d’abord participation à des processus de décision :
toute décision politique mobilise une multiplicité d’acteurs plus ou moins apparents ; elle
implique la mise sur agenda d’un problème puis la décision des acteurs politiques. Cette
notion d’agenda politique recouvre l’ensemble des problèmes perçus comme appelant une
intervention des pouvoirs publics. A ce stade, les politiques jouent un rôle déterminant soit de
manière spontanée, par souci d’anticiper des difficultés ou d’assurer des perspectives à long
terme, soit sous la contrainte des adversaires pour réagir à un événement quelconque. Quand
un gouvernant décide d’inscrire un problème à l’agenda, il lui appartient d’évaluer les coûts et
les bénéfices de toute action entreprise. Des résultats de ce bilan coûts / avantages dépendent
les choix des techniques de prise de décision. Celle-ci suppose un certain savoir-faire des
acteurs politiques, qui doivent percevoir les attentes des citoyens et les évaluer, pouvoir
identifier dans un dossier technique les éléments susceptibles de provoquer des résistances ou
des polémiques.
La politique est aussi un faire-savoir : savoir communiquer pour assurer la
présentation de la décision de manière à la faire accepter par les gouvernés. C’est une
condition de survie dans le monde politique tenu de justifier, d’expliquer... Ce travail de
communication est de nature à faciliter la mise en œuvre de la décision prise. Cette
communication remplit un double objectif : travailler sur les représentations des acteurs et
mobiliser des soutiens. Les logiques d’expression varient selon le contexte politique : les
opposants tiennent un langage de promesse, mettent l’accent sur les projets ; les dirigeants
mettent l’accent sur les bilans et cherchent à établir des liens entre les phénomènes positifs et
l’action qu’ils ont menée. Journalistes et acteurs politiques entretiennent des liens complexes
de dépendance : les premiers ont besoin des seconds pour obtenir des informations et les
seconds ont besoin des premiers pour justifier leurs actions, pour véhiculer des images, etc.
Finalement, on peut regrouper les tâches politiques autour de quatre axes, à
savoir :
- Plaider : le député mènera des démarches auprès des administrations pour
régler telle ou telle difficulté dans sa circonscription ; le ministre essaiera d’obtenir du
gouvernement des arbitrages favorables et le soutien des partenaires sociaux. Cela suppose un
art de la parole ciblée, car les qualités d’éloquence ne sont pas les mêmes lors d’un meeting et
devant un comité restreint, ainsi qu’un art de la controverse.
- Participer à des processus décisionnels, coordonner les différents acteurs qui
interviennent au moment de l’étude d’un projet de décision, au moment de la rédaction de la
décision.
- Décider : l’acteur politique endosse les décisions, doit assumer les mesures
prises quelle que soit la part de son influence dans ce processus d’élaboration. Il doit
développer certains talents de pédagogue pour traduire en termes présentables toutes les
données d’un problème.
- Contrôler : cela suppose un accès aux sources d’informations facilité par les
contacts individuels, par les réseaux relationnels tissés avec les journalistes et les hauts
fonctionnaires. Les dirigeants doivent ainsi développer une vigilance critique pour prévenir
tout scandale susceptible d’être exploité contre eux, pour anticiper les réactions hostiles. Ils
cherchent à diffuser des informations qui leur sont favorables. L’opposition est également
tributaire de cet accès, son souci étant de trouver les informations embarrassantes pour les
hommes au pouvoir.
Le profil du professionnel de la politique
Depuis l’antiquité, les professionnels de la politique possèdent certaines
aptitudes ou qualités. C’est ainsi qu’en Egypte antique par exemple, il fallait, pour devenir
professionnel de la politique, maîtriser l’écriture, le discours et les textes fondamentaux
instituant la société et l’Etat. De même, en Grèce antique, il fallait avoir le sens civique de la
gestion des affaires communes et maîtriser l’art oratoire.
Sous l’influence du développement de l’Etat moderne, de la complexité des
activités politiques, les aptitudes ou qualités requises pour devenir professionnels de la
politiques son généralement les suivantes :
- l’autorité, le prestige et la notoriété, aptitudes ou qualités qui constituent un
capital social qui est souvent converti en capital politique au moment des élections ;
- la richesse, qui permet à certains individus soit de gagner les élections et de
devenir ainsi professionnels de la politique, soit d’être considérés comme des notables et, à
partir de là, d’être coopté comme professionnels de la politique ;
- l’activisme social (déploiement d’activité combative) ou le militantisme (soutien
actif à un parti), qui permet d’être retenu parmi les candidats du parti aux élections ;
- la compétence attestée par un diplôme, laquelle permet d’occuper un poste
ministériel soit directement, soit indirectement, c.à.d. en passant par les fonctions de directeur
de cabinet, d’ambassadeur ou de conseiller ;
- la reconnaissance comme travailleur, aptitude ou qualité qui permet au
professionnel de la politique de remplir correctement les différentes fonctions ou tâches qui
lui sont confiées dans le cadre de ses activités politiques ; ce qui lui permet de gagner la
confiance des mandants et de faire carrière politique, bref de devenir professionnel de la
politique.
4. L’opinion publique
Une opinion (du latin opinio, avis, idée préconçue, préjugé, conjecture,
croyance, illusion) est un avis, un jugement personnel que l’on s’est forgé sur une question ou
un sujet en discussion qui ne relève pas de la connaissance rationnelle. C’est ainsi que d’un
point de vue philosophique, l’opinion est critiquée parce elle n’est pas fondée sur le
raisonnement et qu’elle se donne l’apparence du savoir.
L’opinion est donc de l’ordre des idées ; elle peut être plus ou moins
structurée et ferme chez l’individu, tout comme elle peut être confuse, imprécise, floue ou au
contraire très argumentée ; elle peut être stable ou évolutive ; elle peut être seulement dans la
pensée de l’individu ou exprimée dans des discussions, parfois en réponse à une question ou
en réaction à l’affirmation d’un tiers, ou encore devant une information de l’actualité sociale
et politique.
Ainsi entendue, l’opinion peut être personnelle, lorsqu’elle est émise par un
individu et lui est propre, ou publique.
Notion d’opinion publique
L’opinion publique est une représentation de la manière de penser d’une
société dans son ensemble, collectivement. C’est, en d’autres termes, l’ensemble des
convictions, des jugements, des préjugés et des croyances partagés, à des degrés divers, par la
population d’une société donnée à un moment donné sur un sujet d’actualité (politique,
économique, social, etc.).
Pour connaître l’opinion publique sur un sujet à un moment donné, il faut
pouvoir la mesurer. Ce sont les sondages qui permettent de mesurer l’opinion publique, à tout
moment et sur n’importe quel sujet. Le sondage d’opinion est, en effet, une technique visant à
donner une indication quantitative de l’opinion d’une population en interrogeant un
échantillon représentatif de cette population. Mais les résultats d’un sondage n’ont aucune
légitimité, car la volonté populaire ne peut s’exprimer que par le vote qui est, au final,
l’expression du choix des citoyens sur les grands débats de la collectivité.
Pour accéder à l’information, et éviter autant que possible les opinions
forgées à partir de préjugés, des sources d’information sont nécessaires. Amener cette
information au plus grand nombre, tel est le rôle des médias, qui sont donc indispensables à la
formation d’une opinion publique éclairée. Les médias sont en outre un des moyens essentiels
d’expression de la diversité des points de vue, qui permettent à chacun de former son opinion.
Ils ne sont jamais totalement étrangers à l’opinion que se forgent les citoyens sur tel ou tel
événement.
L’opinion publique peut enfin être libre de se former et de s’exprimer, ou
parfois, dans le cas de régimes autoritaires, contrôlée par les autorités.
La formation de l’opinion publique
L’opinion publique se forme à partir des conversations, de la
correspondance, de la presse, des opinions des minorités dynamiques et des individualités
dissidentes.
A cela s’ajoutent, comme faiseurs d’opinions, les individus ou les groupes
d’individus qui ont, avec les différents éléments de la population, des contacts plus ou moins
permanents à partir desquels ils diffusent des informations sur lesquelles se construit l’opinion
publique au sein de la population. Il s’agit par exemple du gouvernement, des opposants, des
enseignants, des dirigeants syndicaux, des prêtres et des pasteurs, des journalistes, etc.
Le rôle de l’opinion publique
L’opinion publique remplit un certain nombre de fonctions dans la vie
politique de tous les pays, savoir la régulation sociopolitique, l’information des gouvernants,
la limitation de la souveraineté de l’Etat.
- La régulation sociopolitique
L’opinion publique peut aider les gouvernants à baisser la tension au sein de
la population. En effet, informés par l’opinion publique de l’état d’esprit ou de l’état d’âme de
la population sur tel ou tel problème, sur telle ou telle situation, les gouvernants peuvent
entreprendre des actions, prendre des décisions ou des mesures susceptibles de désamorcer
d’éventuels troubles sociopolitiques.
De fait, une partie de ces troubles connus aujourd’hui dans certains pays
résulte sans doute de l’ignorance et de l’insuffisance d’informations que les gouvernants ont
sur l’état d’esprit ou l’état d’âme des différents éléments de la population sur laquelle ils
exercent le pouvoir politique.
- L’information des gouvernants
L’opinion publique constitue également un moyen d’information qui permet
aux gouvernants de prendre des décisions adéquates. En effet, les gouvernements qui agiraient
sans tenir compte de l’opinion publique risqueraient de prendre des décisions que la
population n’approuve ni n’applique dans la mesure où leur application requiert un minimum
de consentement de sa part.
En tant que moyen d’information, l’opinion publique permet aussi aux
gouvernements de prévoir le comportement de la population, ce qui leur permet de prendre
des décisions ou des mesures pour l’encourager ou la décourager à adopter tel comportement
plutôt que tel autre.
- La limitation de la souveraineté de l’Etat
L’opinion publique constitue enfin un moyen limitatif de la souveraineté de
l’Etat. En effet, sous la pression de l’opinion publique, les dirigeants étatiques peuvent être
amenés à :
o renoncer à certaines actions, décisions, ou mesures qu’ils s’apprêtent à
prendre ;
o entreprendre des actions, prendre des décisions ou mesures qu’ils ne voulaient
pas entreprendre ;
o prendre certaines mesures ou décisions plutôt que d’autres.
Au total, l’opinion publique a une influence considérable sur les pouvoirs
publics et peut, parfois, renverser une situation ou accélérer des processus de décisions.
5. Les médias
La médiatisation de la vie publique passe également par le truchement des
mass media, qui jouent un rôle déterminant dans l’information de l’opinion et contribuent de
façon décisive au pluralisme.
a. Notion de média
Le terme média (du latin medium, dont il est le pluriel : moyen, milieu,
lien), contraction de l’expression anglo-saxonne « mass media », désigne tout moyen
d’expression, de communication et de diffusion de l’information sous forme écrite (affiche,
presse écrite, livres, Internet…), sonore (radio…) ou visuelle (télévision, cinéma…). Il permet
de communiquer vers un très grand nombre de personnes sans qu’il y ait possibilité de
personnaliser le message.
Au sein de cet ensemble, l’expression mass-média ou médias de masse
caractérise un sous-ensemble important, les médias qui ont acquis une diffusion à grande
échelle pour répondre rapidement à une demande d’information d’un public vaste, complété
dans de nombreux cas par une demande de distraction. La plupart des entreprises dites de
média emploient des journalistes et des animateurs de divertissement. Ils recueillent dans un
premier temps des informations auprès de sources d’information, en leur assurant la
protection, et leur permettent dans un second temps d’acquérir et de valoriser leur audience
par la vente d’espaces publicitaires. A côté de ce modèle dominant, les chaînes de téléachat et
les périodiques ne diffusant que des petites annonces et publicités sont aussi considérés
comme des médias.
Ainsi entendus, les médias sont les moyens d’expression et de
communication qui permettent à chacun de s’informer et de former son opinion. Ils satisfont
le droit à l’information. La télévision est le média le plus utilisé pour prendre connaissance de
l’actualité, mais le public fait plus confiance à la presse écrite pour avoir des explications
détaillées et fiables.
Les médias sont donc aujourd’hui multiformes car ils se présentent,
notamment, sous formes de :
- affiches, où les professionnels appliquent des techniques d’écriture
publicitaires ;
- presse écrite, où les professionnels appliquent des techniques d’écriture
journalistiques ;
- radio, où le journalisme utilise l’écriture radio ;
- télévision, par la diffusion de montages vidéo commentés ;
- Internet (et particulièrement le web), par la diffusion des informations beaucoup
plus rapidement, en beaucoup plus grande quantité, à des distances beaucoup plus grandes,
avec des possibilités de mises à jour beaucoup plus fréquentes que les médias traditionnels ;
- cinéma, par l’utilisation du cadrage, des jeux de lumières ou même des bandes
sons pour mieux faire passer un message ;
- les médias tactiques (ou média de proximité), qui sont des moyens de
communication alternatifs comme les supports publicitaires (sac à pain, set de table, gobelet,
boite à pizza…), etc.
Certains de ces médias se caractérisent par une communication unilatérale,
c’est-à-dire la transmission d’un message sans interaction avec le public : c’est le cas de la
presse écrite, de la radio et de la télévision. L’utilisation d’Internet comme média, en
particulier avec les techniques participatives du web 2.0, permet une interaction avec le public
et la naissance d’un débat plus difficile à mettre en œuvre dans les autres médias.
En effet, le « web 2.0 » est l’ensemble des techniques du web participatif, où
l’information n’est plus uniquement descendante (du site vers l’internaute), mais où les
internautes peuvent participer via des commentaires ou échanger via des réseaux sociaux,
dont les plus connus sont Facebook et Twitter (application qui permet à tout utilisateur
d’envoyer des messages brefs de moins de 140 caractères à tout abonné qui veut suivre son
activité). Les capacités participatives du web 2.0 permettent donc à chaque personne, pourvue
d’un accès au réseau, de consommer mais aussi de produire de l’information.
L’invention d’Internet a par ailleurs permis d’abolir les frontières des Etats
et de diffuser l’information sans contraintes, ce qui constitue un progrès dans le domaine de la
liberté d’expression ; en outre pour les personnes les plus isolées (milieu rural, personnes
handicapées), Internet constitue un accès plus égalitaire aux grandes sources du savoir.
Cependant comme aucun contrôle n’est effectué sur ce réseau, l’on y trouve calomnies,
fausses nouvelles, et images contraires à la dignité humaine (images pédophiles et
pornographiques). La vigilance et la formation des internautes est ici le seul rempart contre la
désinformation.
Bien plus, les organisations racistes, terroristes, criminelles en tout genre
bénéficient aussi de cette facilité et de cette liberté de diffusion de l’information. Les
organisations terroristes islamistes par exemple s’affichent sur le web et il n’a jamais été aussi
facile de s’y radicaliser, d’y trouver des contacts, d’apprendre à fabriquer une bombe. De
même, il n’a jamais été aussi aisé d’exprimer des idées racistes.
C’est ainsi que les Etats tentent de plus en plus de contrôler le réseau,
parfois voire souvent au mépris des libertés individuelles, comme en témoignent la fermeture
de certains sites de partage : les internautes y ayant stocké des données personnelles
parfaitement légales se sont trouvés privés du jour au lendemain de l’accès à leurs données,
sans possibilité de recours. Quant aux Etats les plus autoritaires, leurs tentatives de contrôle
de l’Internet en général, et des réseaux sociaux en particulier, montrent à quel point ce
nouveau média les menace directement. L’utilisation de réseaux sociaux comme Twitter ou
Facebook a ainsi permis les manifestations populaires dans l’Iran islamique ou les dictatures
arabes.
Notons enfin qu’à l’intérieur d’un média, le support désigne un vecteur de
communication particulier (par exemple la radio est un média et France Inter un support). Le
média est le regroupement de supports de même type. Les principaux supports de diffusion ou
de transmission de l’information sont :
- les messages écrits pour la presse, l’édition et l’affichage publicitaire ;
- la radiodiffusion hertzienne pour la radio ;
- la télédiffusion hertzienne, câblée ou par satellite pour la télévision ;
- la projection cinématographique pour le film, le documentaire et la publicité ;
- le réseau Internet pour les sites d’information, de propagandes et les spams.
b. Le rôle des médias
Les médias jouent un grand rôle dans la formation de l’opinion publique, à
laquelle ils donnent les éléments concrets d’un choix politique et parfois façonnent celui-ci.
Ils ont tellement bouleversé l’organisation et le fonctionnement de la vie sociopolitique que
d’aucuns (François Henri Virien) parlent de la médiacratie, définie comme la régulation de
l’action par l’opinion publique relayée par les médias.
En effet, tout en restant souverain primaire, le peuple pèse moins par son
vote que par son opinion publique ; le pouvoir politique est exercé par les médiacrates, c.à.d.
ceux qui possèdent et exercent le pouvoir par les médias (journalistes, éditorialistes, militants,
politiciens, cardinaux ; évêques, pasteurs, dirigeants sportifs, avocats de renom, etc.).
Les médias jouent un grand rôle dans le développement de la démocratie
tout en en constituant un danger.
Les média et le développent de la démocratie
Le rôle que les médis jouent dans la formation de l’opinion publique est
capital pour le développement de la démocratie où les choix politiques, qui se traduisent par le
vote, dépendent fondamentalement de l’opinion des citoyens. En effet, les média éclairent le
citoyen et favorisent la liberté d’opinion. Leur pluralisme, c’est-à-dire leur capacité à rendre
compte d’opinions différentes, aide au fonctionnement de la démocratie, dont il est une
condition essentielle.
En outre, en dénonçant le pouvoir, ses erreurs et ses abus, les médias lui
permettent de gérer les affaires publiques conformément aux souhaits du peuple tels qu’ils les
expriment. C’est ainsi qu’ils peuvent, sous l’influence de l’opinion publique, amener les
gouvernants à prendre certaines décisions et à renoncer à d’autres.
La liberté des médias contre toute censure ou toute pression ainsi que leur
pluralisme sont donc constitutifs de la bonne santé de la démocratie. Cependant, il ne faut pas
surestimer le rôle des médias au sens où le vote, notamment, ne dépend pas que de leur rôle,
mais relève aussi d’autres déterminants, sociaux, économiques, culturels ; etc.
Les médias, un danger pour la démocratie.
Les médias, qui constituent un quatrième pouvoir à côté des pouvoirs
législatif, exécutif et judiciaire, peuvent aussi représente un danger pour la démocratie.
- La question de la transparence
Tout gouvernement (organe collégial composé du Premier ministre, des
ministres et des vice-ministres et autres secrétaires d’Etat chargés de l’exécution des lois et
de la direction de la politique nationale) a besoin d’une certaine part de secret au moins dans
la préparation des décisions ou s’agissant des affaires internationales. En revanche, la
démocratie exige la transparence absolue après-coup.
Mais si, en démocratie, il est nécessaire de proscrire tout secret, il ne faut
pas pour autant tout porter à la connaissance du public (ex : l’affaire Monica Lewinski aux
Etats-Unis sous la présidence de Bill Clinton). Il convient en effet d’être attentif à la violation
de l’intimité.
- Le risque de manipulation
Les différents médias peuvent influencer les opinions et les risques de
manipulation existent (ex : les « frappes chirurgicales » des Occidentaux pendant la guerre du
Golfe qui se voulait une guerre propre, sans victimes). En outre, le financement des médias
dépend de capitaux privés qui peuvent vouloir modifier l’information en fonction de leurs
intérêts ou peser sur le fonctionnement démocratique.
La concentration financière peut aussi altérer l’indépendance des médias,
même si certains d’entre eux (par exemple Le Monde) essaient de garantir un mode de
financement indépendant. Par ailleurs les sondages peuvent influencer, voire fausser, les
comportements électoraux.
Pluralisme des médias ne rime donc pas toujours avec pluralité d’opinions et
diversité de l’information. Il existe cependant des chartes d’éthique signées par une partie de
la presse écrite (information exacte, libre de toute influence, respect de la vie privée…).
- Le danger de désinformation
Les médias de masse (radio, télévision…) sont souvent accusés de simplifier
les débats et de « faire l’opinion ». La télévision, par exemple, conditionne certains
comportements : il faut résumer en quelques instants des problèmes complexes (les « petites
phrases ») De même, ayant besoin d’une audience plus ou moins large pour subsister, les
mass médias se livrent parfois à une véritable course à l’audience, qui bafoue régulièrement la
vie privée des personnes et laisse peu de place au débat démocratique. Le débat d’idées et la
démocratie de terrain céderaient alors le pas à la mainmise de ces médias sur les campagnes
électorales.
Il existe également une presse d’opinion, dont la mission est de diffuser au
maximum ses idées, quitte à procéder à une certaine désinformation du public, par exemple en
passant sous silence une partie des faits ou en présentant l’actualité à travers le prisme d’une
idéologie. Enfin, sensibles aux échos des médias, les hommes politiques sont accusés de
façonner leur discours, non pas selon leurs convictions, mais selon l’état de l’opinion ou selon
la vision des médias.
A ce titre, si des médias libres et pluralistes sont indispensables au
fonctionnement d’une démocratie, ils doivent être soumis à une éthique : exactitude de
l’information, respect de la vie privée, vérification des sources. Ils doivent aussi respecter une
certaine déontologie, c’est-à-dire une morale professionnelle. Ils doivent enfin respecter les
choix et les attentes des citoyens, qui ont le droit d’exercer leur libre arbitre et leur esprit
critique pour parvenir à se forger leur propre opinion, qu’ils mettront ensuite en œuvre à
travers leur vote ou leur action politique. Par ailleurs, pour lutter contre l’effet déformant des
médias, le rôle de l’éducation est primordial, en permettant de comprendre les messages
(apprendre à regarder la télévision comme hier à lire le journal).
L’Etat doit donc encadrer démocratiquement les médias (organes de
contrôle non soumis aux pressions politiques, comme la Haute autorité des médias en R.D.C.,
le Conseil supérieur de l’audiovisuel en France) afin de garantir l’égalité d’accès, le
pluralisme de l’information, la neutralité de la presse dans le respect de la liberté d’opinion,
etc. Ceci se justifie d’autant plus avec Internet, qui permet de contourner les barrières
internes, de multiplier les forums de discussion, d’ouvrir de nouveaux espaces de liberté, mais
aussi de diffuser des rumeurs ou des contenus dangereux (pédophilie, pornographie, idées
racistes…).
- Le problème de la liberté d’accès aux médias
Les hommes politiques dépendent des médias pour mener leur campagne
électorale. L’élément essentiel réside alors dans la liberté d’accès des forces politiques, et plus
généralement socioculturelles, à l’audiovisuel. En effet, cette liberté est l’une des conditions
du débat démocratique puisqu’elle permet à tous les courants de pensée de se faire connaître,
ce qui assure au citoyen un réel choix lors des élections.
Cette liberté d’accès des forces politiques à l’audiovisuel peut être organisée
de plusieurs façons :
- tout d’abord, les interventions gouvernementales sont généralement
réglementées afin d’éviter qu’elles ne monopolisent de façon abusive les ondes et un droit de
réplique est assez systématiquement offert ;
- ensuite, des temps d’antenne sont accordés aux associations et groupements
confessionnels et culturels afin de permettre l’expression des différents courants de pensée ;
- enfin, les différents partis politiques doivent pouvoir présenter leurs programmes
pendant les campagnes électorales, ou leurs réactions face à l’événement hors campagne
électorale.
CONCLUSION
La science politique est l’étude de l’organisation politique d’une société. A
partir de là on peut retenir trois points principaux pour une approche du politique : les
phénomènes politiques concernent l’organisation des sociétés globales, c’est-à-dire des
groupes sociaux au sein desquels toutes les catégories d’activités sont exercées et plus ou
moins intégrées (nation, tribus...); il y a phénomène politique lorsque l’organisation de la
société considérée comporte l’existence de processus décisionnels permettant la prise de
décisions pour et au nom de cette société; il y a phénomène politique lorsque les décisions
ainsi prises ont une valeur obligatoire fondée soit sur une obéissance consentie, soit sur la
mise en œuvre de moyens coercitifs (contrainte physique...). (...) Il y a organisation politique
lorsqu’il existe au sein d’une société globale un processus décisionnel permettant de prendre
des décisions collectives ayant un caractère obligatoire résultant d’une obéissance consentie
ou forcée à ces décisions ».
Par ailleurs, la politique posséderait ses propres lignes de conduites, ses
propres mécanismes de régulation. Elle posséderait ses propres buts, ses propres moyens. La
politique participe à l’ensemble des relations sociales, mais elle régit ces relations selon une
finalité qui lui est propre (ex : sécurité pour assurer la liberté ; pour la religion, la liberté est la
conséquence d’une foi individuelle; la liberté politique consiste dans le respect des lois). Mais
il est évident que la politique a des relations étroites et conflictuelles avec les autres activités
humaines. On ne peut réduire LA politique à la morale, à l’économie, ou à la science. Elle ne
se déduit pas on plus de l’une de ces activités.
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE
- ALCAUD, D., BOUVET, L., ROUYER, M., CONTAMIN, J-G., CRETTIER, X.,
Dictionnaire des sciences politiques et sociales, Paris, Dalloz, (réédité) ;
- ANDOLFATTO, D., GREFFET F., OLIVIER, L. (dir.), (2001), Les partis politiques:
quelles perspectives ? (2004), L’Harmattan (collection Logiques politiques) ;
- ARENDT, H .( 1992), Le système totalitaire, Paris, Seuil, (trois tomes) ;
- BADIE, B. (1990), l’Etat importé, Paris seuil ;
- BAFIE, B. (1992), L’Etat importé. L’occidentalisation de l’ordre politique, Paris,
Fayard ;
- BAUGNET, L. (1988), Naissance d’une identité collective. L’exemple wallon. Ecole des
hautes études en sciences sociales.
- BOURDIEU, P. (1996), Sur la télévision, Paris, Liber ;
- BRAUD, L-PH. (2001), La science politique, Paris, L.G.D.J., 6ème édition ;
- BRAUD, Ph. (2000), Sociologie politique, Paris, LGDJ ;
- BRAUD, Ph., Violence et politique (2004), Paris, Seuil ;
- BRAUD, Ph. (2008), Sociologie politique, 9e éd., LGDJ ;
- BRECHON, P. (dir.),( 200)1, Les partis politiques français, La documentation Française
- CHAGNOLLAUD, D. (2002), Science politique : éléments de sociologie politique, Paris
Dalloz ;
- CHAGNOLLAUD, D. (1999), La science politique, Paris, Dalloz ;
- CHAGNOLLAUD, D. (1999), Science politique, Paris, Dalloz,
- COLAS, D. (1998), Sociologie politique, Paris, PUF ;
- COLAS, D. (2002), Sociologie Politique, Paris, PUF ;
- CRETTIEZ, X. (2008), Les formes de la violence, Paris, La découverte ;
- CRETTIEZ, X. (2006), Violence et nationalisme, Paris, Odile Jacob ;
- DELOYE, Y. (1997), Sociologie historique du politique, Paris, La découverte ;
- DONEGANI, J-M., SADOUN, M. (1994), La démocratie imparfaite. Essai sur le parti
politique, Paris, Gallimard ;
- DONEGANI, J-M., SADOUN, M. (2007), Qu’est-ce que la politique ?, Paris,
Gallimard ;
- DORMAGEN, J-Y. (2010), Mouchard, D., Introduction à la sociologie politique, 3e éd.,
De Boeck ;
- DUBAR, C., (2002), La socialisation. Construction des identités sociales et
professionnelles, Paris, A. Colin, U-sociologie
- LAGROYE, J. et al. (2006), Sociologie politique, Paris, Presse de Sciences Po, Dalloz,
5ème Ed ;
- LAGROYE, J., et al. (2002), Sociologie politique, Presses Sciences Po et Dalloz, 4ème
édition ;
- MENY, Y., et Surel, Y. (2009), Politique comparée, 8e éd., Montchrestien ;
- LAMBERT, F., LEFRANC, S. (2003), 50 fiches pour comprendre la science politique,
Rosny, Bréal ;
- MAYER, N., PERRINEAU, P. (1992). Les comportements politiques, Paris, Armand
Colin.
- MAYER, N (2010)., Sociologie des comportements politiques, Paris, Armand Colin.
- MESURE, S., SAVIDAN, P. (dir.), Dictionnaire des sciences humaines (2006), Paris,
PUF ;
- MOUCHON, J., (1998) , La politique sous l’influence des médias, Paris, L’Harmattan
- NAY, O., (dir.), Lexique de science politique. Vie et institutions politiques (2008),
Dalloz ;
- NAY, O. (2004), Histoire des idées politiques, Paris, Armand Colin,
- PRFFELE, M. (dir.), (1999), La profession politique XIX-XXe siècles, Paris, Belin
- ORFFELE, M. (1997), Sociologie des groupes d’intérêt, Paris, Montchrestien ;
-PERCHERON, A., (1993), La socialisation politique, Paris, A. Colin ;
-PERRINEAU, P., REYNIE, D., (dir.) (2001), Dictionnaire du vote, Paris, PUF ;
- PERRINEAU, P., ROUBAN, L., (dir.) (2007), La politique en France et en Europe,
Paris, Presses de la FNSP ;