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Nuremberg

Le document décrit la visite de l'ancienne prison de Nuremberg, où des dignitaires nazis ont été incarcérés et jugés après la Seconde Guerre mondiale. Frank Edelmann, un agent pénitentiaire, guide les visiteurs à travers les lieux, évoquant leur histoire et la possibilité d'un classement par l'Unesco pour préserver ce site mémorial. La prison, désormais désaffectée, est devenue un lieu de mémoire, mettant en lumière les enjeux contemporains de la justice internationale.

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Nuremberg

Le document décrit la visite de l'ancienne prison de Nuremberg, où des dignitaires nazis ont été incarcérés et jugés après la Seconde Guerre mondiale. Frank Edelmann, un agent pénitentiaire, guide les visiteurs à travers les lieux, évoquant leur histoire et la possibilité d'un classement par l'Unesco pour préserver ce site mémorial. La prison, désormais désaffectée, est devenue un lieu de mémoire, mettant en lumière les enjeux contemporains de la justice internationale.

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À NUREMBERG,

peu les traces de la guerre. Au tournant des années 1990,


une prison fut même construite à deux pas de l’ancienne,
désaffectée depuis. Ses murs se fissurent, plus personne

DANS LA PRISON
n’y passe le balai. Bâtiment fermé. Sauf donc pour Frank
Edelmann, qui lâche de temps à autre ses obligations dans
le bâtiment moderne pour venir y faire un tour et, lorsque

DES NAZIS
l’occasion se présente, y guider les rares visiteurs, histo-
riens ou journalistes pour la plupart, poussés là par la
grâce d’une recommandation providentielle.
Le rendez-vous a été fixé tôt, 8 h 30, devant la porte blin-
À quelques mètres du tribunal où furent jugés des dée. Caméras de surveillance, dépôt des pièces d’identité.
Edelmann déboule, sourit, souhaite la bienvenue, parle
dignitaires nazis en 1945-1946 se trouve la vieille beaucoup, en allemand — merci à l’historienne bilingue
prison où ils étaient incarcérés. Désaffecté, qui nous accompagne. Fait tinter les clés qu’il porte à la
ceinture. Commande l’ouverture d’un immense portique
le lieu pourrait un jour être classé par l’Unesco.

U
grillagé. Le soleil tape sur la façade arrière du tribunal.
Quant à l’ancienne prison, elle se dresse devant nous sitôt
n petit amas de briques traîne dans un coin, franchi le premier contrôle. Vu d’ici, on comprend mieux
sans qu’on sache trop s’il s’agit d’un ébou- que les Alliés aient choisi le site pour y localiser le procès
lis ou d’un vestige posé là, exprès. On du siècle. Idéal en matière de logistique et de sécurité : à
n’osera pas demander. Trop peur de frois- chaque audience, les accusés quittaient leur cellule pour
ser l’homme qui nous conduit depuis une rejoindre le palais de justice via un corridor couvert de
heure dans cet étrange labyrinthe de cou- bois, long seulement d’une cinquantaine de mètres.
loirs, escaliers, grilles, sas de sécurité, commentant avec De leur prison, il ne reste en fait qu’un bout, une aile sur
passion chaque mètre carré ou presque de ces lieux décré- les quatre d’origine (les autres furent détruites pour gagner
pits. Sur sa chemise, à gauche, un mot brodé : Justiz. Et sur de l’espace). Edelmann la longe à grands pas, tourne à
la poche de droite, un badge à son nom, Edelmann. Agent droite, grimpe un escalier extérieur en acier, au milieu
pénitentiaire à la prison de Nuremberg. Là où furent incar- d’une sorte d’échafaudage dont on soupçonne qu’il aide les
cérés, et pour beaucoup, exécutés, la vingtaine de pontes murs à tenir droit. Ouverture de la porte sur ce qui fut jadis
nazis jugés dans le tribunal adjacent, de novembre 1945 à le cœur de cette prison « panoptique », construite en forme
octobre 1946, au terme d’audiences historiques. Une dou- d’étoile pour que les gardiens puissent surveiller l’en-
zaine d’autres procès s’y seront tenus dans la foulée — de semble depuis un poste central : une cabine en bois intacte,
médecins, d’industriels, de bureaucrates, eux aussi liés au aux allures de mirador intérieur. Autour, une dizaine de
IIIe Reich. Puis la vie judiciaire reprit un cours plus ordi- panneaux poussiéreux et de guingois évoquent le passé des
naire, dans cette ville au cœur médiéval qui effaçait peu à lieux. Qui les lit ? L’homme nous invite à monter d’autres

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HISTOIRE

marches de métal, à suivre une coursive à la peinture écail- au « patrimoine mondial » est dans les tuyaux, pas encore
lée, juste en dessous du vieux filet de sécurité. Une inscrip- officielle. La vieille prison y postulerait aux côtés de la salle
tion : Vorsicht Rutschgefahr. Attention à ne pas glisser. On se 600 du tribunal, qui accueillit les procès d’après-guerre. Il
concentre. Mais c’est à l’intérieur que le glissement se fait. y a encore trois ans, elle servait à juger toutes sortes d’af-
Quand dans le silence du couloir déserté se découvrent les faires ; désormais, elle est un mémorial, enrichi d’une ins-
cellules alignées, portes brunes, toutes pareilles, avec au tallation multimédia qui pointe les enjeux contemporains
centre la trappe qui permettait de voir l’intérieur de ces de la justice internationale. Et c’est bien de cela qu’il s’agi-
9,5 mètres carrés. À vrai dire, les criminels nazis n’étaient rait en cas de classement par l’Unesco : non pas de protéger
pas retenus dans cette aile-ci mais dans celle juste en face, une architecture remarquable, encore moins un site natu-
l’aile est. En tout point identique. rel, mais de distinguer un lieu d’histoire, comme l’institu-
Une cellule est ouverte. À l’intérieur, des photos scot- tion onusienne a de plus en plus tendance à le faire. En l’oc-
chées au mur, ou plutôt des photoco- currence : le berceau de principes juridiques aussi
pies de photos — Göring assis sur sa essentiels qu’actuels. Le « crime d’agression », aujourd’hui
couchette, un soldat qui monte la Par Valérie Lehoux invoqué à propos de l’invasion russe en Ukraine, a vu le jour
garde —, évocation de fortune qu’Edel- Photos Laetitia Vançon pour Télérama ici, en 1945, tout comme l’accusation de génocide… Le pa-
mann a installée lui-même. À droite, le trimoine de l’humanité réside aussi dans les idées.
vieux lavabo ; à gauche, des W.-C. La Avec son supérieur, Thomas Vogt, qui remercie presque
tuyauterie a été modifiée, explique-t-il, après que l’un des ac- timidement de notre intérêt, Edelmann nous montrera en-
cusés, Robert Ley, s’y est pendu avec des serviettes nouées, core un improbable musée qu’ils ont constitué au sous-sol :
un mois avant le début du procès. Plus loin, un plan : la ré- y sont entreposés d’antiques paires de menottes, des objets
partition des cellules. Rudolf Hess, l’un des plus proches de confisqués aux détenus à diverses époques (le plus cocasse :
Hitler, était dans la numéro 4, à côté du dépôt des effets per- une réplique de pistolet en mie de pain), un registre d’écrou
sonnels. Hans Frank, dit « le boucher de Cracovie », dans des années 1930. Et épinglés sur un panneau mobile, des
la 15. Albert Speer, l’architecte des constructions mégaloma- Page de gauche : documents relatifs au procès des nazis… sans cartel ni tra-
niaques, dans la 17. Les 18, 19, 20, 21, 22, 23 étaient inoccupées. le poste depuis duction, puisque personne ne vient ici. Un curieux Playmo-
lequel les gardiens
Ernst Kaltenbrunner, chef de la Gestapo, était dans la 26. pouvaient surveiller bil trône au milieu des reliques. Nos semelles crissent sur
On mettra du temps à lâcher le schéma des yeux. Mais les quatre ailes. du crépi tombé à terre. À bien le regarder, le petit amas de
Edelman a d’autres choses à montrer. La petite cour où les Ci-dessus : briques, contre le mur de gauche, ne semble pas là par ha-
l’une des cellules ;
détenus pouvaient se promener, sans se parler, une heure elles étaient sard. Un vestige, on parie, de l’aile est, où Göring et les
par jour. Ou l’église de la prison, dont le plafond part en toutes identiques. autres attendaient leur jugement •
miettes, colonisé par les pigeons ; la fiente est parsemée sur
les bancs de bois, quelques meubles sont protégés sous des
draps. À quel moment Frank Edelmann a-t-il parlé de
l’Unesco ? « Ce serait bien quand même qu’on préserve cet en-
droit, non ? » Une possible candidature pour un classement

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