M1MINT AnalyseFonct 2 2425
M1MINT AnalyseFonct 2 2425
Julia MATOS
M1 MINT / M1 MA
Université Évry Paris-Saclay / ENSIIE
Année 2024/2025
1
Table des matières
1 Théorème de Baire et conséquences 3
1.1 Rappels sur les espaces métriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.2 Théorème de Baire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.3 Théorème de Banach-Steinhaus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.4 Théorème de l’application ouverte et théorème du graphe fermé . . . . . . . 9
3 Théorème de Banach-Alaoglu 18
3.1 Espaces séparables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
3.2 Cube de Hilbert . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
3.3 Théorème de Banach-Aloaglu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
3.4 Convergence faible et convexité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
3.5 Fonctions convexes coercives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2
1 Théorème de Baire et conséquences
1.1 Rappels sur les espaces métriques
Nous commençons par rappeller les notions d’espace métrique complet.
Une classe importante d’espaces métriques est celle où E est un espace vectoriel sur le
corps K (avec K = R ou K = C) muni d’une norme k · k. La distance associée à cette norme
est définie par d(x, y) = kx − yk, pour tous x, y ∈ E.
Définition 1.2. Une partie A de E est dense de (E, d) si Ā = E. Autrement dit, A est
dense de (E, d) si et seulement si A rencontre tous les ouverts non vides de (E, d).
Définition 1.3. On dit que (xn )n∈N ∈ E N est une suite de Cauchy si
c’est-à-dire
∀ ε > 0, ∃ N ∈ N : ∀ n ≥ N, ∀ k ∈ N, d(xn+k , xn ) < ε,
⇐⇒ ∀ ε > 0, ∃ N ∈ N : ∀ n, m ≥ N, d(xm , xn ) < ε.
Définition 1.4. On dit que l’espace métrique (E, d) est complet si toute suite de Cauchy
dans E est convergente.
Une partie F de E est complète si l’espace métrique (F, d) est complet.
Un espace vectoriel normé complet est appelé un espace de Banach.
3
Théorème 1.1 (Baire). Soit (E, d) un espace métrique complet. On a :
˚
S est une suite de fermés de E d’intérieurs vides i.e. Fn = ∅, alors la
1. Si (Fn )n∈N
réunion n∈N Fn est d’intérieur vide.
Si (On )n∈N est une suite d’ouverts denses de E i.e. On = E, alors l’intersection
2. T
n∈N On est dense dans E.
E \ A = E \ Å et E \ A = int(E \ A).
Donc,
\ \
On = E ⇐⇒ E \ On = ∅
n∈N n∈N
!
\
⇐⇒ int E \ On =∅
n∈N
!
[
⇐⇒ int (E \ On ) = ∅.
n∈N
L’ouvert O1 est dense dans E et B(x0 , r0 ) ∩ O1 est un ouvert non vide, alors il existe
(x1 , r1 ) ∈ E×]0, +∞[ tel que
De plus, on peut supposer r1 ≤ r20 . Par récurrence, on construit une suite ((xn , rn ))n∈N
dans E×]0, +∞[ telle que, pour tout n ∈ N∗ ,
4
Donc, (xn )n∈N est une suite de Cauchy dans E qui est un espace complet. Cette suite
converge donc vers une limite que l’on note x∞ . Pour tout p ∈ N, xn+p ∈ Bf (xn , rn ) alors
x∞ ∈ Bf (xn , rn ). On en déduit que, pour tout n ≥ 0,
n
!
\
x∞ ∈ O ∩ Oi .
i=0
Donc,
\
O∩ On 6= ∅.
n≥0
d’où le résultat.
Théorème 1.2. Soient (E, dE ) et (F, dF ) deux espaces métriques. Soit (fn )n∈N une suite
de fonctions continues de E vers F telle que, pour tout x ∈ E la limite limn→+∞ fn (x)
existe ; on note f (x) cette limite et on dit que fn converge simplement vers f . Si (E, dE )
est complet, l’ensemble de points de continuité de f est dense dans E.
5
Pour tout n ∈ N, Fn,k \ On,k = Fn,k \ F̊n,k est un ferméSd’intérieur vide. Comme (E, d)
S par le théorème de Baire n∈N (Fn,k \ On,k ) est d’intérieur
est un espace métrique complet,
vide dans E. Alors, si Uk = n∈N On,k ,
[ [
E \ Uk = (Fn,k \ Uk ) ⊂ (Fn,k \ On,k )
n∈N n∈N
est aussi d’intérieur vide dans E, c’est-à-dire Uk est un ouvert dense de E. En utilisant à
nouveau le théorème de Baire,
!
\ \ [
D= Uk = On,k
k∈N k∈N n∈N
dF (f (x), f (y)) ≤ dF (f (x), fn (x)) + dF (fn (x), fn (y)) + dF (fn (y), f (y))
ε ε ε
≤ + + = ε.
3 3 3
Donc, f est continue en x.
kT (x)kF
kT kL(E,F ) = sup kT (x)kF = sup .
x∈E,kxkE =1 x∈E\{0} kxkE
6
Remarque 1.3. Si (F, k · kF ) est complet alors (L(E, F ), k · kL(E,F ) ) est complet.
Alors,
sup kTi kL(E,F ) < +∞.
i∈I
Par le théorème de Baire, il existe n0 ∈ N∗ tel que F̊n0 6= ∅. Soient x0 ∈ E et r > 0 tels que
B(x0 , r) ⊂ Fn0 . On a
rkTi (z)kF = kTi (rz)kF = kTi (x0 + rz) − Ti (x0 )kF ≤ n0 + kTi (x0 )kF ≤ 2n0
et donc
2n0
kTi kL(E,F ) ≤ .
r
2n0
Finalement, supi∈I kTi kL(E,F ) ≤ r .
2. Stefan Banach, 1892–1945, mathématicien polonais
3. Hugo Steinhaus, 1887-1972, mathématicien polonais
7
Théorème 1.4 (Banach-Steinhaus - bis). Soit E espace de Banach et F espace vecto-
riel normé. Soit (Ti )i∈I une famille d’applications linéaires continues de E dans F . Si
supi∈I kTi kL(E,F ) = +∞, alors il existe un Gδ dense U de E tel que, pour tout x ∈ U , on
a supi∈I kTi (x)kF = +∞.
Démonstration. Soit A l’ensemble des points de E tels que supi∈I kTi (x)kF < +∞. On va
montrer que A est un Fσ d’intérieur vide. On pose
Corollaire 1.1. Soient E et F deux espaces de Banach. Soit (Tn )n∈N une suite d’applica-
tions linéaires continues de E dans F tels que, pour chaque x ∈ E, Tn (x) converge quand
n → +∞ vers une limite notée T (x). Alors, on a
1. sup kTn kL(E,F ) < +∞,
n∈N
2. T ∈ L(E, F ),
3. kT kL(E,F ) ≤ lim inf kTn kL(E,F ) .
n→+∞
kT (x)kF ≤ CkxkE .
D’où 3.
8
Corollaire 1.2. Soit G un espace de Banach et soit A un sous-ensemble de G. On suppose
que, pour tout f ∈ G0 , l’ensemble f (A) = {f (x) : x ∈ A} est borné (dans R). Alors, A est
borné.
Remarque 1.4. Pour vérifier qu’un ensemble est borné, il suffit de le “regarder” à travers
toutes les formes linéaires continues : c’est ce que l’on fait en général en dimension finie
en utilisant les composantes sur une base. Le corollaire 1.2 remplace en dimension infinie
le recours à une base. Ce résultat s’exprime aussi en disant que “faiblement borné” =⇒
“fortement borné”.
9
Soit O est un ouvert de E et y ∈ T (O). Alors, il existe a ∈ O et ρ > 0 tels que
BE (a, ρ) ⊂ O. En appliquant le raisonnement précédent, on a
Remarque 1.5. Dans les conditions de ce théorème, il existe ε > 0 tel que
Corollaire 1.3. Soient E et F deux espaces de Banach et T une application linéaire conti-
nue de E dans F . Si T est bijective alors T −1 est continue.
∀ x ∈ E, kxk2 ≤ Ckxk1 .
∀ x ∈ E, kxk1 ≤ ckxk2 .
Autrement dit, les deux normes sont équivalentes. Il suffit d’appliquer le corollaire 1.3 avec
E = (E, k · k1 ), F = (E, k · k2 ) et T = Id.
G = {(x, y) ∈ E × F : y = T (x)}
Démonstration. Si T est continue alors G est fermé (image réciproque d’un fermé de F par
une application continue sur E × F ).
Réciproquement, supposons que G est fermé. Comme E et F sont des espaces complets,
E × F et G le sont aussi. La projection γ1 : G −→ E définie par γ1 (x, T (x)) = x, pour
(x, T (x)) ∈ G est linéaire, bijective et continue. Alors, par le corollaire 1.3, γ1−1 est aussi
continue.
10
2 Convergence faible et faible-∗
Dans ce chapitre nous allons introduire une notion de convergence, dite faible, sur un es-
pace de Banach pour laquelle, dans certains cas, les ensembles bornés sont séquentiellement
relativement compacts. Rappelons qu’en dimension infinie, la boule unité fermée n’est pas
séquentiellement relativement compacte pour la topologie de la norme (théorème de Riesz 4
A.2).
Remarque 2.1.
1. En utilisant le crochet de dualité, on écrit xn * x faiblement dans E par :
2. Il y a unicité de la limite faible quand elle existe, car si hf, x − yiE 0 ,E , pour tout
f ∈ E 0 , par le corollaire A.5 on a
kx − yk = sup{hf, x − yiE 0 ,E : f ∈ E 0 , kf k ≤ 1} = 0 =⇒ x = y.
5. Il existe une topologie sur E, dite topologie faible σ(E, E 0 ) sur E , dont les suites
convergentes sont exactement celles que l’on vient d’introduire. Elle est la topologie
la moins fine sur E, c’est-à-dire, avec le minimum d’ensembles ouverts, rendant
continues toutes les applications f ∈ E 0 . Ce n’est pas une topologie une topologie
métrique ni une topologie métrisable, en dimension infinie.
4. Frigyes Riesz, 1880–1956, mathématicien hongrois
11
Notons que l’utilisation effective de la convergence faible dans un espace de Banach
nécessite le plus souvent une identification de son dual avec un autre espace de Banach
“concret”.
Proposition 2.1. Si (xn )n∈N est une suite de E telle que xn → x fortement dans E, alors
xn * x faiblement dans E.
Démonstration. Soit f ∈ E 0 . On a
|f (xn ) − f (x)| = |f (xn − x)| ≤ kf kE 0 kxn − xk.
Donc, f (xn ) → f (x).
La série du membre de droite est par conséquent convergente, ce qui implique que son terme
général tend vers 0, c’est-à-dire
∀ x ∈ H, hx|en i −→ 0.
n→+∞
12
En dimension finie, les deux notions de convergence forte et faible coıncident.
Proposition 2.3. Soient E un espace de dimension finie et (xn )n∈N une suite de E. Alors,
xn * x faiblement dans E si et seulement si xn → x fortement dans E.
Démonstration. Il est clair que toute suite fortement convergente est faiblement conver-
gente. Supposons que (xn )n∈N converge faiblement vers x dans E. Soit d = dim(E) et
(e1 , e2 , . . . , ed ) une base de E avec kei k = 1, pour tout i ∈ I = {1, . . . , d}. Pour tout x ∈ E,
on a une décomposition unique
Xd
x= xi e i .
i=1
Pour chaque i ∈ I, on définit l’application linéaire (i-ième coordonnée) fi : E → R par :
fi (x) = xi . Comme E est de dimension finie, toutes les formes linéaires sur E sont continues
(c’est-à-dire le dual topologique E 0 = dual algébrique E ∗ ), pour tout i ∈ I, fi ∈ E 0 . Alors,
pour tout i ∈ I,
lim fi (xn ) = fi (x).
n→+∞
Donc,
d
X d
X d
X
k fi (xn )ei − fi (x)ei k ≤ |fi (xn ) − fi (x)|−→n→+∞ 0,
i=1 i=1 i=1
c’est-à-dire xn converge vers x fortement.
Remarque 2.2. Si E est de dimension infinie, il existe en général des suites qui convergent
faiblement mais qui ne convergent pas fortement. Par exemple, si E est réflexif (définition
A.6), on peut toujours construire une suite (xn )n∈N de E telle que kxn k = 1 et xn * 0.
Exemple. On considère la suite (uk )k∈N dans `2 définie par
1 si n = k
uk,n = .
0 si n 6= k
lorsque k → +∞, on conclut que uk converge faiblement vers 0 (car L : `2 → (`2 )0 définie
par : L(v) = Lv est une isométrie ). D’autre part, kuk k2 = 1, pour tout k ∈ N.
Néaanmoins, il existe des espaces de Banach de dimension infinie où toute suite faible-
ment convergente est fortement convergente. Par exemple, E = `1 possède cette propriété
étonnante.
13
Proposition 2.4. Soit (xn )n∈N une suite de E telle que xn * x faiblement dans E. Alors :
1. (xn )n∈N est une suite bornée de E,
2. kxk ≤ lim inf n→+∞ kxn k,
3. si fn → f fortement dans E 0 (c’est-à-dire, kfn − f kE 0 → 0), alors fn (xn ) → f (x).
Démonstration.
1. Si xn * x faiblement dans E, pour tout f ∈ E 0 , la suite f (xn ) converge vers f (x),
en particulier (f (xn ))n∈N est bornée dans R. On a
d’où le résultat.
2. Soit f ∈ E 0 . On a, pour tout n,
|f (xn )| ≤ kf kkxn k.
3. On a
|fn (xn ) − f (x)| ≤ |(fn − f )(xn )| + |f (xn − x)| ≤ kxn kE kfn − f kE 0 + |f (xn − x)|.
Par 1, (kxn k)n∈N est majorée par une constante M indépendante de n. Alors,
14
2.2 Convergence faible-∗
La convergence faible est définie sur n’importe quel espace de Banach. Quand c’est
espace est lui-même un dual (par exemple L∞ (0, 1)), on a une notion encore plus faible de
convergence, la convergence faible-∗ (prononcée “faible étoile”). Cette convergence n’existe
pas dans un espace de Banach qui n’est pas un dual (par exemple L1 (0, 1)). L’étoile, qui
évoque le dual algébrique, permet de s’en rappeler.
Définition 2.2. Soit (fn )n∈N une suite de E 0 . On dit que fn converge faible-∗ ou faiblement-
∗
∗ vers f , et l’on note fn *f , si
∀ x ∈ E, hfn , xiE 0 ,E → hf, xiE 0 ,E .
Cette définition sur E 0 utilise les éléments de E. Donc, si l’on est sur un espace de
Banach qui n’est pas un dual, la définition ne s’applique pas car elle n’a aucun sens.
Nous avons déjà vu dans le proposition 2.4 que la convergence forte implique la conver-
gence faible. Nous allons voir maintenant que la convergence faible implique la convergence
faible-∗. C’est en ce sens que cette dernière est plus faible que la faible (sans ∗).
Proposition 2.5. Soit (fn )n∈N une suite de E 0 . Alors,
∗
1. Si fn → f fortement dans E 0 alors fn *f dans E 0 .
∗
2. Si fn * f faiblement dans E 0 alors fn *f dans E 0 .
Démonstration.
1. Soit x ∈ E. On a
|hfn , xiE 0 ,E − hf, xiE 0 ,E | = |hfn − f, xiE 0 ,E | ≤ kfn − f kE 0 kxkE → 0
quand n → +∞. D’où le résultat.
2. Si x ∈ E, on note J(x) ∈ E 00 son image canonique dans le bidual, définie par
hJ(x), f iE 00 ,E 0 = hf, xiE 0 ,E ,
pour tout f ∈ E 0 (théorème A.8). Par convergence faible, on a donc, pour tout
x ∈ E,
hfn , xiE 0 ,E = hJ(x), fn iE 00 ,E 0 → hJ(x), f iE 00 ,E 0 = hf, xiE 0 ,E ,
∗
donc fn *f dans E 0 .
5. Henri-Léon Lebesgue, 1875–1941, mathématicien français
15
En général, les deux notions de convergence faible dans E 0 sont disctictes, c’est-à-dire
qu’il y a strictement plus de suites faiblement-∗ convergentes que de suites faiblement
convergentes. Toutefois elles coïncident dans le cas où E est un espace réflexif.
Proposition 2.6. Si E est un espace réflexif, alors la convergence faible et faible-∗ sur E 0
coïncident.
∗
Démonstration. Il suffit de montrer que si fn *f dans E 0 , alors fn * f faiblement dans
E 0 . Soit T ∈ E 00 . Par la réflexivité de E, il existe un x ∈ E tel que, pour tout f ∈ E 0 ,
Donc,
kf kE 0 = sup |hf, xiE 0 ,E | ≤ lim inf kfn kE 0 .
x∈E,kxkE ≤1 n→+∞
16
3. Si xn → x fortement dans E, alors
d’où le résultat.
Remarque 2.3. La topologie faible-∗ dans E 0 , pour laquelle les suites convergentes sont les
suites qui convergent faiblement-∗, est la topologie la moins fine sur E 0 rendant continues
toutes les applications (J(x))x∈E , où J est l’isométrie canonique de E dans le bidual E 00
(définition A.6). C’est une topologie au sens de la topologie générale, pas de la topologie
métrique.
Comme, par l’injection canonique J, E ⊂ E 00 , il est clair que la topologie faible-∗
(appelée aussi topologie σ(E 0 , E)) est moins fine que la topologie σ(E 0 , E 00 ). Autrement
dit, la topologie faible-∗ possède moins d’ouverts (respectivement, fermés) que la topologie
σ(E 0 , E 00 ) (qui à son tour possède moins d’ouverts (respectivement, fermés) que la topologie
forte).
17
3 Théorème de Banach-Alaoglu
3.1 Espaces séparables
Définition 3.1. On dit qu’un espace métrique E est séparable s’il existe un sous-ensemble
D ⊂ E dénombrable et dense.
Définition 3.2. Soit E espace vectoriel normé. On dit que A ⊂ E est total si le sous-espace
vectoriel engendré par A est dense dans E.
Proposition 3.1. Soit E espace vectoriel normé. Alors, E est séparable si et seulement
s’il existe A ⊂ E total et dénombrable.
Théorème 3.1. Soit Ω un ouvert de Rd . Les espaces Lp (Ω) sont séparables pour 1 ≤ p <
+∞.
R = Πdk=1 ]ak , bk [
Théorème 3.2. Soit E un espace de Banach tel que E 0 est séparable. Alors E est séparable.
Démonstration. On désigne par (fn )n≥1 une suite dénombrable dense dans E 0 . Comme
18
On désigne par G0 l’espace vectoriel sur Q engendré par les (xn )n∈N , c’est-à-dire G0 est
l’espace des combinaisons linéaires finies à coefficients dans Q d’éléments de (xn )n∈N . On
notera que G0 est dénombrable. En effet, pour chaque k ∈ N, Ak espace vectoriel sur Q
k
S par x1 , . . . , xk est en correspondance bijective avec un sous-ensemble de Q et,
engendré
G0 = k≥1 Ak .
Soit G l’espace vectoriel sur R engendré par les (xn )n∈N . Il est clair que G0 est un
sous-espace dense de G. Vérifions que G est dense dans E (et donc G0 est dense dans E et
E est séparable). Soit f ∈ E 0 tel que f (x) = 0, pour tout x ∈ G. Montrons que f = 0 sur
E. On pourra alors conclure que G est dense dans E, par le corollaire A.6. Soit ε > 0 fixé.
Il existe n ∈ N tel que kfn − f k < ε. On a
kfn k
≤ fn (xn ) = (fn − f )(xn ) + f (xn ) = (fn − f )(xn ) ≤ kfn − f kkxn k < ε.
2
Donc, kf k ≤ kf − fn k + kfn k < 3ε. Par conséquent, f = 0.
Remarque 3.1. La réciproque n’est pas vraie. Il existe des espaces de Banach E séparables
tels que E 0 ne soit pas séparable. Par exemple : E = L1 (Ω) et E 0 = L∞ (Ω).
19
2. Dans C, la convergence dans `2 est équivalente à la convergence ponctuelle : si
(uk )k∈N est une suite d’éléments de C, (uk )k∈N converge dans `2 (vers une limite u)
si et seulement si, pour tout n ∈ N, la suite numérique (uk (n))k∈N est convergente
(vers u(n)).
3. C est une partie compacte de B.
Inversement, supposons que (uk )k∈N converge ponctuellement vers u. Soit ε > 0. On
ε2
veut montrer que, pour k assez grand, kuk − uk`2 < ε. Soit N ∈ N tel que 2−N < 16 .
On a, pour tout k ∈ N,
v v
uN u +∞
uX u X
kuk − uk`2 ≤ t 2
|uk (n) − u(n)| + t |uk (n) − u(n)|2
n=0 n=N +1
v v v
uN u +∞ u +∞
uX u X u X
≤ t |uk (n) − u(n)|2 + t |uk (n)|2 + t |u(n)|2
n=0 n=N +1 n=N +1
v v
uN u +∞
uX u X
≤ t |uk (n) − u(n)|2 + 2t 2−(n+1)
n=0 n=N +1
v
uN
uX N 1
≤t |uk (n) − u(n)|2 + 2− 2 + 2
n=0
v
uN
uX ε
≤t |uk (n) − u(n)|2 + .
2
n=0
20
3. On montre la compacité de C en utilisant le théorème de Bolzano-Weierstrass et le
procédé diagonal de Cantor 7 .
Soit (uk )k∈N une suite d’éléments de C. Soit n ∈ N. Pour tout k ∈ N, on a
n+1
|uk (n)| ≤ 2− 2 ,
donc (uk (n))k∈N est une suite bornée de R. Par le théorème de Bolzano 8 -Weierstrass 9 ,
on peut extraire une suite convergente : il existe φ0 : N −→ N fonction strictement
croissante telle que la suite (uφ0 (k) (0))k∈N converge vers une limite a0 , lorsque k →
+∞. Raisonnant par récurrence, on suppose avoir des extractions φ0 , . . . , φk : N −→
N strictement croissantes et des réels a0 , . . . , am tels que, pour tout 0 ≤ j ≤ m,
Comme la suite (uφ0 ◦...◦φm (k) (m + 1))k∈N est bornée, une nouvelle application du
théorème de Bolzano-Weierstrass assure l’existence d’une extraction φm+1 : N −→ N
strictement croissante et d’un réel am+1 tels que
On définit ψ : N −→ N par
ψ(k) = φ0 ◦ . . . ◦ φk (k).
On a, pour tout k ∈ N
donc ψ est strictement croissante de N dans N et (uψ(k) )k∈N est une suite extraite
de (uk )k∈N . La sous-suite diagonale (uψ(k) (n))k≥n est une suite-extraite de la suite
(uφ0 ◦...◦φn (k) (n))k≥n et converge donc vers an .
On conclut en utilisant 2. que la suite u définie par u(n) = an est la limite dans `2
de la suite (uψ(k) )k∈N .
21
Démonstration.
1. Soit D = {xn : n ∈ N} dense dans E. On définit h : E −→ C par
n+1
h(x)(n) = 2− 2 min{1, d(x, xn )}.
Si x, y ∈ E tels que x 6= y, on considère xn ∈ D tel que
d(x, y)
d(x, xn ) < min 1, .
4
Alors, d(x, xn ) < 13 d(xn , y) et
n+1 n+1
h(x)(n) = 2− 2 min{1, d(x, xn )} < 2− 2 min{1, d(y, xn )} = h(y)(n).
D’où, h est injective.
Pour montrer que h est continue sur E et que h−1 : h(E) −→ E est continue sur
h(E), il suffit de montrer que (yk )k∈N suite de E converge vers y dans (E, d) si
et seulement si h(yk ) converge vers h(y) dans C. Par la théorème 3.3, on sait que
(h(yk ))k∈N converge vers h(y) dans C si et seulement si, pour tout n ∈ N, la suite
numérique (h(yk )(n)))k∈N converge vers h(y)(n), i.e.
min{1, d(yk , xn )} →k→+∞ min{1, d(y, xn )}.
Si d(yk , y) → 0, en utilisant l’inégalité
|d(yk , xn ) − d(y, xn )| ≤ d(yk , y)
on obtient min{1, d(yk , xn )} → min{1, d(y, xn )} lorsque k → +∞. Inversement, si
yk 6→ y lorsque k → +∞, il existe 0 > 0 et une sous-suite (yφ(k) )k∈N telle que
d(yφ(k) , y) > 0 .
Réciproquement, on utilise le fait qu’un compact métrique est séparable (donc C est
séparable) et qu’une partie d’un espace séparable reste séparable pour la topologie
induite.
2. L’image d’une partie compacte par une application continue est une partie compacte
de l’espace d’arrivée et un espace métrique compact est séparable. Le résultat est
conséquence de 1.
22
Démonstration. Soit D = {y0 , y1 , . . . , yn , yn+1 , . . .} un ensemble dense et dénombrable dans
la boule unité fermée BE de E. Soit (Tk )k∈N une suite dans la boule unité fermée B de E 0 .
Comme les Tk sont équicontinues sur BE , on a que (Tk )n∈N est faiblement-∗ convergente
dans E 0 si et seulement si elle converge ponctuellement sur D. En effet, la convergence ponc-
tuelle de toutes les suites (Tk (yn ))k∈N , pour n ∈ N, entraine la convergence de (Tk (x))k∈N
pour tout x ∈ E. Pour tout x ∈ BE , on montre que la suite (Tk (x))k∈N est de Cauchy sur
R en utilisant l’inégalité :
|Tk (x) − Tk+p (x)| ≤ |Tk (x) − Tk (yn )| + |Tk (yn ) − Tk+p yn | + |Tk+p (yn ) − Tk+p (x)|
≤ kTk kE 0 kx − yn kE + |Tk (yn ) − Tk+p (yn )| + kTk+p kE 0 kx − yn kE
≤ 2kx − yn kE + |Tk (yn ) − Tk+p (yn )|.
Plus généralement, pour tout x ∈ E, (Tk (x))k∈N est de Cauchy sur R et donc convergente
sur R. Pour tout x ∈ E, on définit
∗
Alors, par le corollaire 1.1, T ∈ E 0 et kT kE 0 ≤ 1. De plus, Tn *T dans E 0 .
On considère φ : B −→ C définie par :
n+1
φ(T ) = (2− 2 T (yn ))n∈N ,
D’après le théorème 3.3, C est un compact de `2 et que la convergence d’une suite (uk )k∈N
à valeurs dans C équivaut à la convergence des suites (uk (n))k∈N , pour tout n ∈ N. L’image
de B par φ est donc un fermé du compact C, de sorte que φ(B) est un compact. De plus,
φ est injective. On peut donc définir une distance δ sur B par la formule :
v
u +∞
uX
δ(T, S) = kφ(T ) − φ(S)k2 = t 2−(n+1) (T (yn ) − S(yn ))2 .
n=0
Le résultat suivant est l’un des résultats fondamentaux sur la convergence faible-∗. Il
assure que dans le dual d’un espace de Banach séparable, toute suite bornée est faiblement-∗
séquentiellement relativement compacte.
Théorème 3.5 (Banach-Alaoglu - 2). Soit E est espace de Banach séparable. Alors :
— L’ensemble BE 0 = {f ∈ E 0 : kf k ≤ 1} est faiblement-∗ séquentiellement compacte.
23
— Si (fn )n∈N est une suite bornée de E 0 , c’est-à-dire
alors on peut extraire une sous-suite (fφ(n) )n∈N qui converge faiblement-∗ vers un
f ∈ E0.
Remarque 3.2. La boule unité fermée d’un espace normé de dimension infinie n’est jamais
compacte pour la topologie forte (théorème de Riesz).
Donc, la sous-suite (xφ(n) )n∈N de (xn )n∈N converge faiblement vers x = J −1 (ξ) dans E.
Dans le cas général, soit (xn )n∈N une suite de BE . On définit F = vect{xn : n ∈ N} qui
est un sous-espace vectoriel fermé de E. De plus, F est réflexif et séparable. L’argument
précédent s’applique à la suite (xn )n∈N , qui est une suite d’éléments de BF .
On admet la réciproque.
24
Exemples.
1. Si H est un espace de Hilbert alors H est réflexif (conséquence du théorème de
Riesz).
2. Pour tout 1 < p < ∞, Lp (Ω) est réflexif.
3. L’espace L1 ([0, 1]) n’est pas réflexif. Supposons par l’absurde que L1 ([0, 1]) est ré-
flexif. Pour chaque n ∈ N∗ , on considère fn : [0, 1] −→ R définie par :
n si 0 ≤ x ≤ n1
fn (x) =
0 si n1 < x ≤ 1
Remarque 3.3.
25
1. Soit A une partie de E espace de Banach. On vérifie facilement que si A est fai-
blement séquentiellement fermé (resp. compact) alors A est fermé (resp. faiblement
séquentiellement compact) dans E. Ceci est la conséquence du faite que la topologie
faible est moins fine que la topologie forte.
2. Un ensemble faiblement séquentiellement compact est nécessairement faiblement sé-
quentiellement fermé.
3. Ces notions faibles différent des notions de fermeture et compacité forte. Par exemple,
si H est un espace de Hilbert alors S = {x ∈ H : kxk = 1} est fermé mais pas fai-
blement séquentiellement fermé. En effet, si (en )n∈N est une base hilbertienne de H,
on a en ∈ S, en * 0 faiblement dans H mais 0 6∈ S.
Tout ensemble fermé pour la topologie faible est fermé pour la topologie forte mais la
réciproque est fausse, comme on vient de l’indiquer dans la dernière remarque. Toutefois,
on va montrer que pour les ensembles convexes ces deux notions coïncident.
Théorème 3.7. Soit C ⊂ E convexe. Alors C est faiblement séquentiellement fermé si et
seulement si C est fortement fermé.
Démonstration. La condition nécessaire est évidente car toute suite qui converge fortement,
converge aussi faiblement.
Réciproquement, supposons que C est fortement fermé. On veut montrer que C est aussi
faiblement fermé. Soit (xn )n∈N ∈ C N telle que xn * x∞ faiblement dans E. Supposons par
l’absurde que x∞ 6∈ C. D’après le théorème de Hahn-Banach A.7, il existe un hyperplan
fermé séparant au sens strict {x∞ } et C. Donc, il existe f ∈ E 0 et α ∈ R tels que
hf, x∞ iE 0 ,E < α < hf, yiE 0 ,E , ∀ y ∈ C.
En particulier,
hf, x∞ iE 0 ,E < α < hf, xn iE 0 ,E , ∀ n ∈ N.
En passant à la limite lorsque n tend vers +∞, on obtient hf, x∞ iE 0 ,E < α ≤ hf, x∞ iE 0 ,E ,
contradiction.
Par contre, la boule unité d’un espace de Banach réflexif, qui est convexe, est une
partie faiblement séquentiellement compacte qui n’est pas fortement compacte en dimension
infinie. Pas de coıncidence dans le cas convexe pour les notions de compacité.
26
Si t ∈]0, 1[ et, J(x) = +∞ ou J(y) = +∞, le membre de droite vaut, par convention,
+∞. Également par convention, dans le membre de droite, 0 × +∞ = 0.
Exemples.
1. Les applications linéaires et les applications affines sont convexes.
2. Les applications normes x 7→ kxk sont convexes (mais ne sont pas strictement
convexes).
3. Dans un espace de Hilbert, l’application x 7→ kxk2 est strictement convexe car, si
t ∈]0, 1[ et x 6= y, on a
ktx + (1 − t)yk2 − tkxk2 − (1 − t)kyk2 = t(t − 1)kxk2 − 2t(1 − t)hx|yi − t(1 − t)kyk2
= −t(1 − t)kx − yk2 < 0.
Démonstration. Supposons que f est s.c.i. sur E et soit (xn )n∈N une suite de E qui converge
fortement vers x ∈ E. Soit ε > 0. On a x ∈ {y ∈ E : f (y) > f (x) − ε} qui est une partie
ouverte de E. Alors, il existe r > 0 tel que
∀ y ∈ B(x, r), f (y) > f (x) − ε,
Pour n suffisamment grand, xn ∈ B(x, r) et f (xn ) > f (x)−ε. En passant à la limite lorsque
n → ∞, on obtient
f (x) − ε ≤ lim inf f (xn ).
n→+∞
Puisque ε > 0 est arbitraire, on conclut que
f (x) ≤ lim inf f (xn ).
n→+∞
27
Définition 3.6. Soit E un espace de Banach, A ⊂ E et f : A → R ∪ {+∞}. On dit que
f est faiblement séquentiellement s.c.i. en x ∈ A si, pour toute suite (xn )n∈N de A avec
xn * x faiblement dans E, on a
On dit que f est faiblement séquentiellement s.c.i. sur A si elle est faiblement séquentielle-
ment s.c.i. en tout point x ∈ A.
Remarque 3.5. On a clairement que si f est faiblement s.c.i alors f est s.c.i. pour la
convergence forte. La réciproque est fausse. Contre-exemple : Soit H un espace de Hilbert
séparable et f (x) = 1 − kxk2 , x ∈ H. Alors, f est continue et donc s.c.i. pour la convergence
forte. Si (en )n∈N est une base hilbertienne de H, alors en * 0 faiblement dans H et
Lemme 3.1. Soit C une partie convexe d’un espace vectoriel E et f : C −→ R ∪ {+∞}
une fonction convexe. Alors, pour tout α ∈ R ∪ {+∞}, l’ensemble Cα = {x ∈ C : f (x) ≤ α}
est convexe.
Nous montrons que dans un cas particulier, les notions de fortement s.c.i. et faiblement
s.c.i. coïncident.
Démonstration. Soit (xn )n∈N une suite de C telle que xn * x faiblement dans E. Comme
C est convexe et fermé fort, il est aussi faiblement séquentiellement fermé (théorème 3.7)
et donc x ∈ C. Si lim inf n→+∞ f (xn ) = +∞ il n’y a rien à montrer. Sinon, on pose
Par la définition de borne inférieure, il existe une sous-suite (xφ(n) )n∈N telle que
28
Supposons α ∈ R. Soit k ∈ N∗ . Comme f est convexe, l’ensemble Ck = {x ∈ C : f (x) ≤
α + k1 } est convexe par le lemme 3.1 et fermé fort comme intersection de fermés forts : C
et [f ≤ α + k1 ]. D’après le théorème 3.7, Ck est faiblement séquentiellement fermé. Comme
pour n assez grand, xφ(n) ∈ Ck , on en déduit que x ∈ Ck , c’est-à-dire
1 1
f (x) ≤ α + = lim inf f (xn ) + .
k n→+∞ k
En faisant k → +∞, on obtient
Théorème 3.8. Soit E un espace de Banach réflexif. Si C est une partie convexe fermée
non vide de E et si f : C −→ R ∪ {+∞} vérifie les propriétés suivantes :
1. f est convexe,
2. f est semi-continue inférieurement,
3. f est coercive :
lim f (x) = +∞,
kxkE →+∞
alors la fonction f atteint son minimum sur C, c’est-à-dire il existe x0 ∈ C tel que
∀ x ∈ C, f (x0 ) ≤ f (x).
Démonstration. Soit (yn )n∈N une suite minimisante pour la fonction f : (yn )n∈N ∈ C N et
29
séparable. D’après le théorème de Banach-Alaoglu, il existe une sous-suite (J(yφ(n) ))n∈N
qui converge faiblement-∗ dans E 00 (vers une limite ξ ∈ E 00 ), et donc (yφ(n) )n∈N converge
faiblement vers une limite a dans E (où a = J −1 (ξ)).
Comme C est convexe fermé, par le théorème 3.7, a ∈ C. Pour tout R > inf x∈C f (x),
l’ensemble KR = f −1 (] − ∞, R[) est un convexe fermé de E. Comme yφ(n) appartient à KR ,
pour n suffisamment grand, on obtient a ∈ KR et donc que f (a) ≤ R. On en conclut que
f (a) ≤ inf y∈C f (y) et le minimum de f est bien atteint (en a).
Si a 6= b minimisent tous deux f sur C, alors par convéxité de C, on a a+b 2 ∈ C et par
stricte convéxité de f , on obtient
a+b 1 1
inf f (x) ≤ f < f (a) + f (b) = inf f (x)
x∈C 2 2 2 x∈C
Remarque 3.6.
1. L’application f est coercive si et seulement si pour tout R > 0, f −1 (] − ∞, R[) est
une partie bornée de E.
2. La convexité stricte est une condition suffisante d’unicité mais ce n’est pas une
condition nécessaire.
x+y
∀ x, y ∈ E, x 6= y et kxk = kyk = 1 =⇒ < 1.
2
x+y
∀ > 0, ∃ δ > 0 : kxk = kyk = 1 et kx − yk > =⇒ < 1 − δ.
2
Remarque 3.7.
1. Tout espace de Banach uniformément convexe est strictement convexe. La réciproque
est fausse.
2. Uniformément convexe est une propriété géométrique de l’espace E qui dépend de
la norme considérée. Par exemple, (R2 , k · k2 ) est uniformément convexe alors que
(R2 , k · k1 ) n’est pas uniformément convexe ni strictement convexe.
Exemples.
1. Tout espace de Hilbert H est uniformément convexe.
30
2. Pour tout 1 < p < +∞, les espaces `p et Lp (Ω), où Ω est une partie ouverte de Rd
muni de la mesure de Lebesgue, sont uniformément convexes.
Corollaire 3.2. Soient E un espace de Banach réflexif, C une partie convexe fermée non
vide de E et x ∈ E. On considère φx : C −→ R la fonction définie par
φx (y) = kx − ykE , y ∈ C.
Alors,
1. La fonction φx atteint son minimum sur C.
2. Si E est strictement convexe, le point où φx atteint son minimum sur C est unique.
On l’appelle le point de la projection convexe de x sur C et on note pC (x).
3. Si E est strictement convexe et si (yn )n∈N est une suite minimisante pour la fonction
φx , alors la suite (yn )n∈N converge faiblement vers pC (x).
4. Si E est uniformément convexe et si (yn )n∈N est une suite minimisante pour la
fonction φx , alors la suite (yn )n∈N converge fortement vers pC (x).
Démonstration.
1. La fonction φx : C −→ R définie par : φx (y) = kx−ykE , est convexe, s.c.i et coercive
sur E. Le résultat est conséquence du thérème précédent.
2. Si y1 et y2 sont deux points de minimum de φx , cela est encore vrai pour y3 = y1 +y
2
2
et on a
x − y1 x − y2
kx − y1 kE = kx − y2 kE = kx − y3 kE = + .
2 2 E
Si E est strictement convexe, on conclut que y1 = y2 .
3. Soit (yn )n∈N une suite minimisante de la fonction φx : yn ∈ C, pour tout n ∈ N et
lim kx − yn kE = min kx − ykE .
n→+∞ y∈C
On note F l’adhérence de l’espace vectoriel engendré par la suite (yn )n∈N . La suite
(J(yn ))n∈N est borné dans F 00 par la constante M = supn∈N kyn kE < +∞. La boule
fermé B = Bf (0, M ) pour la norme E 00 est compacte pour une distance d telle que
les suites de B convergentes pour d sont les suites de B faiblement-∗ convergentes
dans E 00 , d’après le théorème de Banach-Alaoglu. Les suites extraites faiblement-
∗ de (J(yn ))n∈N convergent vers une même limite J(y∞ ) (où y∞ = pC (x)). La
suite (J(yn ))n∈N à valeurs dans le compact (B, d) a une seule valeur d’adhérence
et elle converge donc vers J(y∞ ) pour d, et aussi faiblement-∗ dans F 00 . Si T ∈ E 0 ,
l’application T̄ : F −→ R définie par T̄ (x) = T (x), x ∈ F , appartient à F 0 . Alors,
lim J(yn )(T̄ ) = J(y∞ )(T̄ ).
n→+∞
Comme J(yn )(T̄ ) = T̄ (yn ) = T (yn ) et J(y∞ )(T̄ ) = T̄ (y∞ ) = T (y∞ ), on a bien que
(yn )n∈N converge faiblement vers y∞ dans E.
31
4. D’après la question précédente, x − yn converge faiblement vers x − y∞ et
lim kx − yn kE = kx − y∞ kE .
n→+∞
Si E est uniformément convexe, on conclut que x−yn converge fortement vers x−y∞
et donc que yn converge fortement vers y∞ .
32
A Annexe : Espaces de Banach
A.1 Normes, espaces vectoriels normés
Dans la suite, K = R ou K = C.
Définition A.1. Soit E un espace vectoriel sur K. Une norme sur E est une application
N : E → R+ qui satisfait les propriétés suivantes.
1. Homogénéité : Pour tous x ∈ E, λ ∈ K, on a N (λx) = |λ|N (x).
2. Inégalité triangulaire : si x, y ∈ E, alors N (x + y) ≤ N (x) + N (y).
3. Propriété de séparation : si x ∈ E, N (x) = 0 ⇐⇒ x = 0.
Une application qui satisfait les propriétés 1. et 2. mais pas forcèment 3. est appelé une
semi-norme sur E.
Habituellement une norme est notée par N (x) = kxk ou N (x) = |x|.
Définition A.2. Soient N1 et N2 deux normes sur un espace vectoriel K. On dit que N1
et N2 sont équivalentes s’il existe deux constantes α, β > 0 telles que
Théorème A.1. Dans un espace de dimension finie E sur K, toutes les normes sont
équivalentes.
Corollaire A.1. Dans un espace vectoriel normé de dimension finie, les parties compactes
sont les parties fermées et bornées.
Théorème A.2 (Riesz). Soit E un espace vectoriel normé. La boule unité de E est compacte
si et seulement si E est de dimension finie.
Théorème A.3. Soit E et F deux espaces vectoriels normés. Une application linéaire f
de E dans F est continue si et seulement si elle satisfait l’une des propriétés suivantes :
1. f est continue en 0.
2. f est bornée sur la boule unité fermée Bf (0, 1) de E.
3. il existe M > 0 tel que, pour tout x ∈ E, kf (x)kF ≤ M kxkE .
4. f est lipschitzienne.
kf (x)kF
Si c’est le cas, le réel kf k = supx∈E,x6=0 xkE s’appelle la norme de f .
33
On vérifie sans peine que l’application f →7 kf k ainsi définie est une norme sur l’espace
vectoriel L(E, F ) des applications linéaires continues de E dans F . On vérifie également
que, pour f ∈ L(E, F ),
kf (x)kF
kf k = sup kf (x)kF = sup .
x∈E,kxkE =1 x∈E,x6=0 kxkE
Théorème A.4. Soit E un Pespace vectoriel normé. Alors, E est un espace de Banach si
∞
et seulement si toute série n=0 xn normalement convergente est convergente dans E.
Proposition A.1. Soient E, F deux espaces vectoriels normés. S’il existe un homéomor-
phisme linéaire de E sur F et si E est complet, alors F est complet.
Corollaire A.2. Toute espace vectoriel normé de dimension finie est complet.
Proposition A.2. Si F est complet, alors l’espace L(E, F ) est aussi complet.
|f (x)|
kf kE 0 = sup f (x) = sup |f (x)| = sup |f (x)| = sup ,
x∈E,kxk=1 x∈E,kxk=1 x∈E,kxk≤1 x∈E,x6=0 kxk
34
A.5 Théorème de Hahn Banach analytique
Définition A.3. Soit E un espace vectoriel sur R. On dit qu’une application p : E → R
est sous-linéaire si elle satisfait les propriétés suivantes.
1. Pour tous x ∈ E, λ > 0, on a p(λx) = λp(x) (positivement homogène).
2. Inégalité triangulaire : si x, y ∈ E, alors p(x + y) ≤ p(x) + p(y).
Toute semi-norme (donc aussi toute norme) est une application sous-linéaire. De même,
toute application linéaire est une application sous-linéaire.
On remarque que E n’est qu’un espace vectoriel réel sans topologie, donc sans norme.
Les corollaires du théorème de Hahn-Banach suivants sont très utiles dans les applica-
tions.
kf kE 0 = kgkG0 .
Corollaire A.4. Soit E un espace normé. Pour tout x0 ∈ E, il existe f0 ∈ E 0 tel que
Remarque A.1. Pour montrer qu’un sous-espace vectoriel F de E est dense dans E, il
suffit de montrer que si f est une forme linéaire continue sur E telle que f = 0 sur F alors
f est identiquement nulle sur E.
35
A.6 Théorème de Hahn Banach géométrique
Définition A.4. Un hyperplan est un ensemble de la forme
H = {x ∈ E : f (x) = α},
où f est une forme linéaire sur E non identiquement nulle et α ∈ R. On dit que H est
l’hyperplan d’équation f = α.
f (x) ≤ α, ∀x ∈ A et f (x) ≥ α, ∀ x ∈ B.
On dit que H sépare A et B au sens strict s’il existe ε > 0 tel que
f (x) ≤ α − ε, ∀x ∈ A et f (x) ≥ α + ε, ∀x ∈ B
De plus, on a
kJ(x)kE 00 = kxkE .
On appelle J l’isométrie canonique de E dans le bidual E 00 .
Définition A.6. Un espace de Banach est réflexif si J est une bijection de E sur E 00 .
36
A.8 Espaces de Hilbert
On considère E espace vectoriel sur K = R ou C.
Définition A.8. Le couple constitué d’un espace vectoriel E et d’un produit scalaire sur E
est appelé un espace pré-hilbertien réel (si K = R) ou complexe (si K = C).
Exemples.
1. L’espace E = Rd muni du produit scalaire : hx|yi = dj=1 xj yj , est appelé l’espace
P
euclidien canonique de dimension d.
L’espace E = Cd muni du produit scalaire : (x|y) = dj=1 xj y¯j , est appelé l’espace
P
hermitien canonique de dimension d.
2. Soit Ω un ensemble ouvert de Rd et L2 (Ω) l’espace des fonctions mesurables au sens
de Lebesgue et de carré intégrable dans Ω à valeurs dans K. On munit L2 d’une
relation d’équivalence
37
3. On note `2 l’espace des suites de carré sommable indexées par
P N : un élément de
`2 est une suite x = (xj )j∈N de nombres complexes vérifiant j∈N |xj |2 < ∞. On
vérifie facilement que l’expression
X
hx|yi`2 = xj y j
j∈N
si H = `2 ,
1/2
X
kxk = |xj |2 .
j∈N
Une conséquence immédiate mais utile de la définition de la norme d’un espace préhil-
bertien est l’identité du parallélogramme.
38
Proposition A.5. Si x et y sont deux éléments d’un espace préhilbertien, alors
2 2
x+y x−y 1
+ = (kxk2 + kyk2 ).
2 2 2
Définition A.9. Un espace de Hilbert est un espace préhilbertien complet pour la norme
définie par son produit scalaire.
Exemples :
1. L’espace Cn des suites z = (z1 , . . . , zn ) de nombres complexes est muni du produit
scalaire hermitien suivant
X n
hz|z 0 i = zk z 0k .
k=1
Les espaces normés de dimension finie étant toujours complets, l’espace Cn et plus
généralement les espaces pré-hilbertiens de dimension finie, appelés aussi espaces
hermitiens, sont des espaces de Hilbert.
2. L’espace L2 (Ω) est un espace de Hilbert (où Ω est un ouvert de Rd ).
3. L’espace `2 est un espace de Hilbert.
Théorème A.9 (Projection sur un convexe fermé). Soit C un convexe fermé et non vide
d’un espace de Hilbert H. Alors, pour tout point x ∈ H, il existe un unique point xC ∈ C
tel que
kx − xC k = inf kx − zk.
z∈C
Ce point, appelé projection de x sur C et noté xC = PC (x), est caractérisé par la propriété
suivante :
xC ∈ C et ∀z ∈ C, <ehx − xC |z − xC i ≤ 0. (1)
Remarque A.3. Dans le cas où K = R, la caractérisation (1) (où <e ne figure pas) exprime
que xC = PC (x) est l’unique point y ∈ C tel que, pour tout z ∈ C, l’angle des vecteurs
x − y et z − y est obtus (c’est-à-dire supérieur ou égal à π2 ).
Soit A une partie d’un espace de Hilbert H. L’orthogonal de A dans H est l’ensemble
noté A⊥ formé des éléments orthogonaux à tous les éléments de A, c’est-à-dire
A⊥ = {y ∈ H : ∀ x ∈ A, hx|yi = 0}.
y ∈ F et x − y ∈ F ⊥ .
39
Corollaire A.8. Pour tout sous-espace vectoriel F d’un espace de Hilbert H,
H = F̄ ⊕ F ⊥ .
40
dénombrable dense, on en extrait une famille libre qui engendre le même espace vectoriel,
et on orthonormalise cette famille libre par Gram-Schmidt comme en dimension finie.
Les bases hilbertiennes ne sont pas (sauf en dimension finie) des bases au sens algébrique
du terme. Un élément de H ne pourra pas s’écrire, en général, comme combinaison linéaire
finie des vecteurs de base, mais il pourra s’écrire (sous forme de série) comme limite de
telles combinaisons.
Théorème A.11. Soit H un espace de Hilbert séparable et (en )n∈N une base hilbertienne
de H.
1. Tout élément x ∈ H peut se décomposer de façon unique sous forme d’une série
convergente dans H X
x= cn (x)en cn (x) ∈ C.
n∈N
cn (x) = en |xi,
2
P
Réciproquement, étant donnés des scalaires γn vérifiant
2. P n |γn | < +∞, la série
n γn en converge dans H et sa somme f vérifie cn (x) = γn pour tout n ∈ N.
Références
[1] H. Brezis, Analyse Fonctionnelle - Théorie et applications, Masson, 1983.
[2] F. Hirsch, G. Lacombe, Éléments d’analyse fonctionnelle, Masson, 1997.
[3] F. Golse, Y. Laszlo, F. Pacard, C. Viterbo, Analyse réelle, Polycopié de l’École Poly-
technique.
[4] J. Lamboley, H. Le Dret, Analyse fonctionnelle approfondie et calcul de variations,
Sciences Sorbonne Université.
[5] P. G. Lemarié-Rieusset, Analyse Fonctionnelle, Polycopié M1 MINT, Université Paris
Saclay - UEVE, 2019–2020.
41