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M1MINT AnalyseFonct 2 2425

Le document présente une analyse fonctionnelle abordant des concepts clés tels que le théorème de Baire, la convergence faible, et le théorème de Banach-Alaoglu. Il inclut des définitions d'espaces métriques, des théorèmes importants et des démonstrations associées. L'ensemble du contenu est structuré en sections détaillées avec des rappels et des annexes sur les espaces de Banach.

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Analyse Fonctionnelle 2

Julia MATOS

M1 MINT / M1 MA
Université Évry Paris-Saclay / ENSIIE
Année 2024/2025

1
Table des matières
1 Théorème de Baire et conséquences 3
1.1 Rappels sur les espaces métriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.2 Théorème de Baire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.3 Théorème de Banach-Steinhaus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.4 Théorème de l’application ouverte et théorème du graphe fermé . . . . . . . 9

2 Convergence faible et faible-∗ 11


2.1 Définition et propriétés de la convergence faible . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.2 Convergence faible-∗ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15

3 Théorème de Banach-Alaoglu 18
3.1 Espaces séparables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
3.2 Cube de Hilbert . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
3.3 Théorème de Banach-Aloaglu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
3.4 Convergence faible et convexité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
3.5 Fonctions convexes coercives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26

A Annexe : Espaces de Banach 33


A.1 Normes, espaces vectoriels normés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
A.2 Applications linéaires continues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
A.3 Espaces de Banach . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
A.4 Dual topologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
A.5 Théorème de Hahn Banach analytique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
A.6 Théorème de Hahn Banach géométrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
A.7 Crochet de dualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
A.8 Espaces de Hilbert . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
A.9 Projection convexe. Théorème de représentation de Riesz . . . . . . . . . . . 37

2
1 Théorème de Baire et conséquences
1.1 Rappels sur les espaces métriques
Nous commençons par rappeller les notions d’espace métrique complet.

Définition 1.1 (Distance). Sur un ensemble E, on appelle distance une application d :


E × E −→ R+ qui vérifie les propriétés suivantes :
1. Symétrie : pour tous x, y ∈ E, d(x, y) = d(y, x).
2. Inégalité triangulaire : pour tous x, y, z ∈ E, d(x, y) ≤ d(x, z) + d(z, y).
3. Séparation : pour tous x, y ∈ E, d(x, y) = 0 ⇐⇒ x = y
Un espace métrique (E, d) est un ensemble E muni d’une distance d.

Une classe importante d’espaces métriques est celle où E est un espace vectoriel sur le
corps K (avec K = R ou K = C) muni d’une norme k · k. La distance associée à cette norme
est définie par d(x, y) = kx − yk, pour tous x, y ∈ E.

Dans la suite, on suppose que (E, d) est un espace métrique.

Définition 1.2. Une partie A de E est dense de (E, d) si Ā = E. Autrement dit, A est
dense de (E, d) si et seulement si A rencontre tous les ouverts non vides de (E, d).

Définition 1.3. On dit que (xn )n∈N ∈ E N est une suite de Cauchy si

lim sup d(xn+k , xn ) = 0,


n→+∞ k∈N

c’est-à-dire
∀ ε > 0, ∃ N ∈ N : ∀ n ≥ N, ∀ k ∈ N, d(xn+k , xn ) < ε,
⇐⇒ ∀ ε > 0, ∃ N ∈ N : ∀ n, m ≥ N, d(xm , xn ) < ε.

Définition 1.4. On dit que l’espace métrique (E, d) est complet si toute suite de Cauchy
dans E est convergente.
Une partie F de E est complète si l’espace métrique (F, d) est complet.
Un espace vectoriel normé complet est appelé un espace de Banach.

1.2 Théorème de Baire


Le théorème de Baire 1 est l’un des résultats importants d’analyse fonctionnelle. Ce ré-
sultat concerne les Fσ (réunion dénombrables de fermés) et les Gδ (intersection dénombrable
d’ouverts) d’un espace métrique complet.
1. René Baire, 1874–1932, mathématicien français

3
Théorème 1.1 (Baire). Soit (E, d) un espace métrique complet. On a :
˚
S est une suite de fermés de E d’intérieurs vides i.e. Fn = ∅, alors la
1. Si (Fn )n∈N
réunion n∈N Fn est d’intérieur vide.
Si (On )n∈N est une suite d’ouverts denses de E i.e. On = E, alors l’intersection
2. T
n∈N On est dense dans E.

Démonstration. Il y a équivalence entre 1 et 2, car si A est une partie de E, alors

E \ A = E \ Å et E \ A = int(E \ A).

Donc,
\ \
On = E ⇐⇒ E \ On = ∅
n∈N n∈N
!
\
⇐⇒ int E \ On =∅
n∈N
!
[
⇐⇒ int (E \ On ) = ∅.
n∈N

De plus, On partie ouverte de E si et seulement si Fn = E \ On partie fermée de E.


Supposons que (On )n∈N est une suite d’ouverts denses de E et O est un ouvert non
vide de E. L’ouvert O0 est dense dans E et O est un ouvert non vide, alors il existe
(x0 , r0 ) ∈ E×]0, +∞[ tel que

Bf (x0 , r0 ) ⊂ B(x0 , 2r0 ) ⊂ O ∩ O0 .

L’ouvert O1 est dense dans E et B(x0 , r0 ) ∩ O1 est un ouvert non vide, alors il existe
(x1 , r1 ) ∈ E×]0, +∞[ tel que

Bf (x1 , r1 ) ⊂ B(x1 , 2r1 ) ⊂ B(x0 , r0 ) ∩ O1 ⊂ O ∩ O0 ∩ O1 .

De plus, on peut supposer r1 ≤ r20 . Par récurrence, on construit une suite ((xn , rn ))n∈N
dans E×]0, +∞[ telle que, pour tout n ∈ N∗ ,

Bf (xn , rn ) ⊂ B(xn , 2rn ) ⊂ B(xn−1 , rn−1 ) ∩ On ⊂ O ∩ (O0 ∩ . . . ∩ On )


rn−1
et rn ≤ 2 . On vérifie que, pour tout p ∈ N,
r0
d(xn+p , xn ) ≤ rn ≤ .
2n

4
Donc, (xn )n∈N est une suite de Cauchy dans E qui est un espace complet. Cette suite
converge donc vers une limite que l’on note x∞ . Pour tout p ∈ N, xn+p ∈ Bf (xn , rn ) alors
x∞ ∈ Bf (xn , rn ). On en déduit que, pour tout n ≥ 0,
n
!
\
x∞ ∈ O ∩ Oi .
i=0

Donc,  
\
O∩ On  6= ∅.
n≥0

d’où le résultat.

Remarque 1.1. Le théorème de Baire peut s’énoncer de façon équivalente :


Soit (E, d) un espace métrique complet. On a
S
1. Si (Fn )n∈N est une suite de fermés de E tels que n∈N Fn est d’intérieur non vide
alors il existe n0 ∈ N tel que F̊n0 6= ∅.
T
2. Si (On )n∈N est une suite d’ouverts de E tels que n∈N On n’est pas dense de E alors
il existe n0 ∈ N tel que On0 n’est pas dense dans E.

Remarque 1.2. Nous pouvons comparer cet énoncé avec le suivant :


Soit (Ω, A, P ) unSespace de probabilités. Alors : si (An )n∈N est une suite d’événements
de probabilité nulle, n≥1 An est encore de probabilité nulle.
Dans notre cas, une notion de régularité (An ∈ A) et de petitesse (P (An ) = 0) proba-
biliste est remplacée par une notion de régularité (Fn fermé) et de petitesse (Fn d’intérieur
vide) topologique.

Théorème 1.2. Soient (E, dE ) et (F, dF ) deux espaces métriques. Soit (fn )n∈N une suite
de fonctions continues de E vers F telle que, pour tout x ∈ E la limite limn→+∞ fn (x)
existe ; on note f (x) cette limite et on dit que fn converge simplement vers f . Si (E, dE )
est complet, l’ensemble de points de continuité de f est dense dans E.

Démonstration. Pour chaque k ∈ N et n ∈ N, on définit


1
Fn,k = {x ∈ E : ∀ p, q ≥ n, dF (fp (x), fq (x)) ≤ } et On,k = F̊n,k .
2k
Pour k ∈ N fixé, siSm, n ∈ N et m ≤ n alors Fm,k ⊂ Fn,k et Om,k ⊂ On,k . L’ensemble Fn,k
est fermé de E et n∈N Fn,k = E. Pour k ∈ N, on pose
[
Uk = On,k .
n∈N

5
Pour tout n ∈ N, Fn,k \ On,k = Fn,k \ F̊n,k est un ferméSd’intérieur vide. Comme (E, d)
S par le théorème de Baire n∈N (Fn,k \ On,k ) est d’intérieur
est un espace métrique complet,
vide dans E. Alors, si Uk = n∈N On,k ,
[ [
E \ Uk = (Fn,k \ Uk ) ⊂ (Fn,k \ On,k )
n∈N n∈N

est aussi d’intérieur vide dans E, c’est-à-dire Uk est un ouvert dense de E. En utilisant à
nouveau le théorème de Baire,
!
\ \ [
D= Uk = On,k
k∈N k∈N n∈N

est dense dans E.


1
Montrons que f est continue sur D. Soit x ∈ D. Soit ε > 0 et k ∈ N tel que 2k
≤ 3ε .
Comme x ∈ Uk , il existe n ∈ N tel que x ∈ On,k . On remarque que
1 ε
∀ y ∈ On,k , dF (fn (y), f (y)) ≤ k
≤ .
2 3
L’application fn est continue en x, alors il existe δ > 0 tel que, pour tout y ∈ E,
ε
dE (x, y) < δ =⇒ dF (fn (x), fn (y)) ≤ .
3
De plus, puisque On,k est un ouvert de E, on peut choisir δ > 0 suffisamment petit tel que

dE (x, y) < δ =⇒ y ∈ On,k .

Alors, pour tout y ∈ BE (x, δ), on a

dF (f (x), f (y)) ≤ dF (f (x), fn (x)) + dF (fn (x), fn (y)) + dF (fn (y), f (y))
ε ε ε
≤ + + = ε.
3 3 3
Donc, f est continue en x.

1.3 Théorème de Banach-Steinhaus


Notation : Soient (E, k · kE ) et (F, k · kF ) deux espaces vectoriels normés. On désigne
L(E, F ) l’espace des opérateurs linéaires et continus de E dans F muni de la norme :

kT (x)kF
kT kL(E,F ) = sup kT (x)kF = sup .
x∈E,kxkE =1 x∈E\{0} kxkE

On note L(E) = L(E, E).

6
Remarque 1.3. Si (F, k · kF ) est complet alors (L(E, F ), k · kL(E,F ) ) est complet.

Le résultat fondamental suivant, dû à Banach 2 et Steinhaus 3 , est une conséquence du


théorème de Baire. Il permet d’en déduire une estimation uniforme à partir d’une estimation
ponctuelle.

Théorème 1.3 (Banach-Steinhaus). Soit E espace de Banach et F espace vectoriel normé.


Soit (Ti )i∈I une famille d’applications linéaires continues de E dans F . On suppose que

∀ x ∈ E, sup kTi (x)kF < +∞.


i∈I

Alors,
sup kTi kL(E,F ) < +∞.
i∈I

Autrement dit, il existe C > 0 tel que

∀ x ∈ E, ∀i ∈ I, kTi (x)kF ≤ CkxkE .

Démonstration. Pour chaque n ≥ 1, on pose

Fn = {x ∈ E : ∀ i ∈ I, kTi (x)kF ≤ n}.

Les ensembles Fn sont des fermés de E et


[
∀ x ∈ E, sup kTi (x)kF < +∞ =⇒ Fn = E.
i∈I n≥1

Par le théorème de Baire, il existe n0 ∈ N∗ tel que F̊n0 6= ∅. Soient x0 ∈ E et r > 0 tels que
B(x0 , r) ⊂ Fn0 . On a

∀ z ∈ B(0, 1), ∀ i ∈ I, kTi (x0 + rz)kF ≤ n0 .

Pour tout i ∈ I et pour tout z ∈ B(0, 1), on a

rkTi (z)kF = kTi (rz)kF = kTi (x0 + rz) − Ti (x0 )kF ≤ n0 + kTi (x0 )kF ≤ 2n0

et donc
2n0
kTi kL(E,F ) ≤ .
r
2n0
Finalement, supi∈I kTi kL(E,F ) ≤ r .
2. Stefan Banach, 1892–1945, mathématicien polonais
3. Hugo Steinhaus, 1887-1972, mathématicien polonais

7
Théorème 1.4 (Banach-Steinhaus - bis). Soit E espace de Banach et F espace vecto-
riel normé. Soit (Ti )i∈I une famille d’applications linéaires continues de E dans F . Si
supi∈I kTi kL(E,F ) = +∞, alors il existe un Gδ dense U de E tel que, pour tout x ∈ U , on
a supi∈I kTi (x)kF = +∞.

Démonstration. Soit A l’ensemble des points de E tels que supi∈I kTi (x)kF < +∞. On va
montrer que A est un Fσ d’intérieur vide. On pose

Fn = {x ∈ E : ∀ i ∈ I, kTi (x)kF ≤ n}.


S
On a A = n∈N Fn et chaque Fn est fermé de E. Il reste à montrer que, pour tout n ∈ N,
F̊n0 = ∅
S’il existe n0 ∈ N tel que F̊n0 6= ∅, on montre comme précédemment que
2n0
sup kTi kL(E,F ) ≤ < +∞
i∈I r

ce qui contradit l’hypothèse.

Corollaire 1.1. Soient E et F deux espaces de Banach. Soit (Tn )n∈N une suite d’applica-
tions linéaires continues de E dans F tels que, pour chaque x ∈ E, Tn (x) converge quand
n → +∞ vers une limite notée T (x). Alors, on a
1. sup kTn kL(E,F ) < +∞,
n∈N
2. T ∈ L(E, F ),
3. kT kL(E,F ) ≤ lim inf kTn kL(E,F ) .
n→+∞

Démonstration. Par le théorème de Banach-Steinhaus, avec I = N, il existe C > 0 tel que

∀ x ∈ E, ∀n ∈ N, kTn (x)kF ≤ CkxkE .

En passant à la limite lorsque n → +∞, on obtient

kT (x)kF ≤ CkxkE .

Il est clair que T est linéaire et donc T ∈ L(E, F ). D’autre part, on a

∀ x ∈ E, ∀n ∈ N, kTn (x)kF ≤ kTn kL(E,F ) kxkE .

Lorsque n → +∞, on obtient

∀ x ∈ E, kT (x)kF ≤ lim inf kTn kL(E,F ) kxkE .


n→+∞

D’où 3.

8
Corollaire 1.2. Soit G un espace de Banach et soit A un sous-ensemble de G. On suppose
que, pour tout f ∈ G0 , l’ensemble f (A) = {f (x) : x ∈ A} est borné (dans R). Alors, A est
borné.
Remarque 1.4. Pour vérifier qu’un ensemble est borné, il suffit de le “regarder” à travers
toutes les formes linéaires continues : c’est ce que l’on fait en général en dimension finie
en utilisant les composantes sur une base. Le corollaire 1.2 remplace en dimension infinie
le recours à une base. Ce résultat s’exprime aussi en disant que “faiblement borné” =⇒
“fortement borné”.

1.4 Théorème de l’application ouverte et théorème du graphe fermé


Les résultats suivants sont dûs à Banach.
Théorème 1.5 (Théorème de l’application ouverte ). Soient E et F deux espaces de Banach
et T une application linéaire continue de E dans F . Si T est surjective alors T est ouverte :
pour tout O ouvert de E, T (O) est un ouvert de F .
Démonstration. Pour chaque n ∈ N, on pose

Fn = T (BE (0, 2n )).


S
Puisque T est surjective, F = n∈N Fn . L’espace F est complet et (Fn )n∈N est une suite
de fermés de F . Par le théorème de Baire, il existe n0 ∈ N tel que F̊n0 6= ∅. Alors, il existe
y ∈ Fn0 et r > 0 tels que
BF (y, r) ⊂ Fn0 .
On montre alors que BF (0, r) ⊂ Fn0 +2 .
Soit z0 ∈ BF (0, r). On peut trouver x0 ∈ BE (0, 2n0 +1 ) tel que

kz0 − T (x0 )kF < 2−1 r,

et on pose z1 = z0 − T (x0 ). Par récurrence, si zk ∈ BF (0, 2−k r), on peut trouver xk ∈


BE (0, 21+n0 −k ) tel que
kzk − T (xk )kF < 2−k−1 r,
et on pose zk+1 = zk − T (xk ). On a
n n n
!
X X X
lim T xk = lim T (xk ) = lim (zk − zk+1 ) = z0 − lim zn+1 = z0 .
n→+∞ n→+∞ n→+∞ n→+∞
k=0 k=0 k=0
P
De plus, la série k≥0 xk est normalement convergente et puisque E est un espace complet,
elle converge vers une limite y ∈ E. Par la continuité de T et l’unicité de limite, on a
T (y) = z0 . Or kykE ≤ 2n0 +1 . On a donc

BF (0, r) ⊂ T (BE (0, 2n0 +1 )) ⊂ T (BE (0, 2n0 +2 )) ⊂ Fn0 +2 .

9
Soit O est un ouvert de E et y ∈ T (O). Alors, il existe a ∈ O et ρ > 0 tels que
BE (a, ρ) ⊂ O. En appliquant le raisonnement précédent, on a

BF (T (a), 2−n0 −2 ρr) ⊂ T (BE (a, ρ)) ⊂ T (O).

Donc, T (O) est bien un ouvert de F .

Remarque 1.5. Dans les conditions de ce théorème, il existe ε > 0 tel que

BF (0, ε) ⊂ T (BE (0, 1)).

Corollaire 1.3. Soient E et F deux espaces de Banach et T une application linéaire conti-
nue de E dans F . Si T est bijective alors T −1 est continue.

Démonstration. Soit O un ouvert de E et on pose U = (T −1 )−1 (O) = T (O). Par le théorème


de l’application ouverte, U est un ouvert de F . On conclut alors que T −1 est continue sur
E.

Exemple. Soit E un espace vectoriel muni de deux normes k · k1 et k · k2 . On suppose


que E muni de chacune de ces deux normes est un espace de Banach. On suppose de plus
qu’il existe une constante C > 0 telle que

∀ x ∈ E, kxk2 ≤ Ckxk1 .

Alors, il existe c > 0 telle que

∀ x ∈ E, kxk1 ≤ ckxk2 .

Autrement dit, les deux normes sont équivalentes. Il suffit d’appliquer le corollaire 1.3 avec
E = (E, k · k1 ), F = (E, k · k2 ) et T = Id.

Théorème 1.6 (Théorème du graphe fermé). Soient E et F deux espaces de Banach et T


une application linéaire de E dans F . Alors T est continue si et seulement si son graphe

G = {(x, y) ∈ E × F : y = T (x)}

est fermé dans E × F .

Démonstration. Si T est continue alors G est fermé (image réciproque d’un fermé de F par
une application continue sur E × F ).
Réciproquement, supposons que G est fermé. Comme E et F sont des espaces complets,
E × F et G le sont aussi. La projection γ1 : G −→ E définie par γ1 (x, T (x)) = x, pour
(x, T (x)) ∈ G est linéaire, bijective et continue. Alors, par le corollaire 1.3, γ1−1 est aussi
continue.

10
2 Convergence faible et faible-∗
Dans ce chapitre nous allons introduire une notion de convergence, dite faible, sur un es-
pace de Banach pour laquelle, dans certains cas, les ensembles bornés sont séquentiellement
relativement compacts. Rappelons qu’en dimension infinie, la boule unité fermée n’est pas
séquentiellement relativement compacte pour la topologie de la norme (théorème de Riesz 4
A.2).

2.1 Définition et propriétés de la convergence faible


Dans cette section, (E, k · k) désigne un espace de Banach de dual E 0 .
On définit la convergence faible d’une suite de E de la façon suivante.
Définition 2.1. Soit (xn )n∈N une suite de E. On dit que xn converge faiblement vers
x ∈ E, et on note xn * x, si

∀ f ∈ E0, f (xn ) → f (x) quand n → +∞.

Remarque 2.1.
1. En utilisant le crochet de dualité, on écrit xn * x faiblement dans E par :

∀ f ∈ E0, hf, xn iE 0 ,E → hf, xiE 0 ,E quand n → +∞.

2. Il y a unicité de la limite faible quand elle existe, car si hf, x − yiE 0 ,E , pour tout
f ∈ E 0 , par le corollaire A.5 on a

kx − yk = sup{hf, x − yiE 0 ,E : f ∈ E 0 , kf k ≤ 1} = 0 =⇒ x = y.

3. Ne pas confondre la convergence faible avec la convergence de la norme. Pour éviter


l’ambiguité, on dit que xn converge fortement vers x pour signifier que kxn − xk → 0
(convergence au sens de la norme de E). On écrit assez souvent xn * x faible-
ment dans E ou xn → x fortement dans E. C’est redoundant mais cela renforce la
différence sachant que les symboles * et → sont assez proches.
4. Si (H, h·, ·i) est une espace de Hilbert, d’après le théorème de Riesz A.10, la conver-
gence faible xn * x dans H s’exprime aussi avec le produit scalaire sous la forme

∀ y ∈ H, hxn |yi → hx|yi.

5. Il existe une topologie sur E, dite topologie faible σ(E, E 0 ) sur E , dont les suites
convergentes sont exactement celles que l’on vient d’introduire. Elle est la topologie
la moins fine sur E, c’est-à-dire, avec le minimum d’ensembles ouverts, rendant
continues toutes les applications f ∈ E 0 . Ce n’est pas une topologie une topologie
métrique ni une topologie métrisable, en dimension infinie.
4. Frigyes Riesz, 1880–1956, mathématicien hongrois

11
Notons que l’utilisation effective de la convergence faible dans un espace de Banach
nécessite le plus souvent une identification de son dual avec un autre espace de Banach
“concret”.
Proposition 2.1. Si (xn )n∈N est une suite de E telle que xn → x fortement dans E, alors
xn * x faiblement dans E.
Démonstration. Soit f ∈ E 0 . On a
|f (xn ) − f (x)| = |f (xn − x)| ≤ kf kE 0 kxn − xk.
Donc, f (xn ) → f (x).

La réciproque est en général fausse.


Proposition 2.2. Soient (H, h·, ·i) un espace de Hilbert séparable de dimension infinie et
(en )n∈N une base de Hilbert de H. Alors, ken k = 1 pour tout n ∈ N et en * 0 faiblement
dans H.
Démonstration. Pour tout n ∈ N, ken k = 1.
Pour n ∈ N, notons Fn = vect(e0 , . . . , en ). C’est un sous-espace vectoriel de H de
dimension n + 1 (finie). Par conséquent la projection orthogonale Pn de H sur Fn est bien
définie. Pour tout x ∈ H,
X n
Pn (x) = hx|ei iei .
i=0
Par ailleurs, puisque la base {e0 , . . . , en } de Fn est orthonormée, on a
n
X
2
kPn (x)k = |hx|ei i|2 .
i=0

On peut montrer que x = Pn (x) + x − Pn (x), avec Pn (x) ∈ Fn et x − Pn (x) ∈ Fn ⊥ et,


d’après Pythagore, on a
n
X
kxk2 = kPn (x)k2 + kx − Pn (x)k2 ≥ kPn (x)k2 = |hx|ei i|2 .
i=0

En passant à la limite quand n → +∞, on obtient l’inégalité de Bessel


+∞
X
|hx|ei i|2 ≤ kxk2 .
i=0

La série du membre de droite est par conséquent convergente, ce qui implique que son terme
général tend vers 0, c’est-à-dire
∀ x ∈ H, hx|en i −→ 0.
n→+∞

Donc, en * 0 faiblement dans H.

12
En dimension finie, les deux notions de convergence forte et faible coıncident.
Proposition 2.3. Soient E un espace de dimension finie et (xn )n∈N une suite de E. Alors,
xn * x faiblement dans E si et seulement si xn → x fortement dans E.
Démonstration. Il est clair que toute suite fortement convergente est faiblement conver-
gente. Supposons que (xn )n∈N converge faiblement vers x dans E. Soit d = dim(E) et
(e1 , e2 , . . . , ed ) une base de E avec kei k = 1, pour tout i ∈ I = {1, . . . , d}. Pour tout x ∈ E,
on a une décomposition unique
Xd
x= xi e i .
i=1
Pour chaque i ∈ I, on définit l’application linéaire (i-ième coordonnée) fi : E → R par :
fi (x) = xi . Comme E est de dimension finie, toutes les formes linéaires sur E sont continues
(c’est-à-dire le dual topologique E 0 = dual algébrique E ∗ ), pour tout i ∈ I, fi ∈ E 0 . Alors,
pour tout i ∈ I,
lim fi (xn ) = fi (x).
n→+∞
Donc,
d
X d
X d
X
k fi (xn )ei − fi (x)ei k ≤ |fi (xn ) − fi (x)|−→n→+∞ 0,
i=1 i=1 i=1
c’est-à-dire xn converge vers x fortement.

Remarque 2.2. Si E est de dimension infinie, il existe en général des suites qui convergent
faiblement mais qui ne convergent pas fortement. Par exemple, si E est réflexif (définition
A.6), on peut toujours construire une suite (xn )n∈N de E telle que kxn k = 1 et xn * 0.
Exemple. On considère la suite (uk )k∈N dans `2 définie par

1 si n = k
uk,n = .
0 si n 6= k

Puisque, pour tout v = (vn )n∈N ∈ `2 , on a


X
Lv (uk ) = uk,n vn = vk → 0
n∈N

lorsque k → +∞, on conclut que uk converge faiblement vers 0 (car L : `2 → (`2 )0 définie
par : L(v) = Lv est une isométrie ). D’autre part, kuk k2 = 1, pour tout k ∈ N.
Néaanmoins, il existe des espaces de Banach de dimension infinie où toute suite faible-
ment convergente est fortement convergente. Par exemple, E = `1 possède cette propriété
étonnante.

La convergence faible entraine les propriétés de bornitude et de compacité suivantes.

13
Proposition 2.4. Soit (xn )n∈N une suite de E telle que xn * x faiblement dans E. Alors :
1. (xn )n∈N est une suite bornée de E,
2. kxk ≤ lim inf n→+∞ kxn k,
3. si fn → f fortement dans E 0 (c’est-à-dire, kfn − f kE 0 → 0), alors fn (xn ) → f (x).
Démonstration.
1. Si xn * x faiblement dans E, pour tout f ∈ E 0 , la suite f (xn ) converge vers f (x),
en particulier (f (xn ))n∈N est bornée dans R. On a

∀ f ∈ E 0 , sup |f (xn )| < +∞.


n∈N

On applique le corollaire 1.1 du Théorème de Banach-Steinhaus à la famille (Tn )n∈N ,


où Tn : E 0 → R est définie par Tn (f ) = f (xn ). En d’autres termes, Tn ∈ E 00 . On
obtient
sup kTn kE 00 < +∞.
n∈N
Or, d’après le corollaire A.5,

kTn kE 00 = sup |Tn (f )| = sup |f (xn )| = kxn kE ,


f ∈E 0 ,kf kE 0 ≤1 f ∈E 0 ,kf kE 0 ≤1

d’où le résultat.
2. Soit f ∈ E 0 . On a, pour tout n,

|f (xn )| ≤ kf kkxn k.

Passant à la limite lorsque n → ∞, on obtient

|f (x)| ≤ kf k lim inf kxn k.


n→+∞

En appliquant le corollaire A.5, on a

kxk = sup |f (x)| ≤ lim inf kxn k.


f ∈E 0 , kf kE 0 ≤1 n→+∞

3. On a

|fn (xn ) − f (x)| ≤ |(fn − f )(xn )| + |f (xn − x)| ≤ kxn kE kfn − f kE 0 + |f (xn − x)|.

Par 1, (kxn k)n∈N est majorée par une constante M indépendante de n. Alors,

|fn (xn ) − f (x)| ≤ M kfn − f kE 0 + |f (xn − x)| → 0

quand n → +∞. D’où le résultat.

14
2.2 Convergence faible-∗
La convergence faible est définie sur n’importe quel espace de Banach. Quand c’est
espace est lui-même un dual (par exemple L∞ (0, 1)), on a une notion encore plus faible de
convergence, la convergence faible-∗ (prononcée “faible étoile”). Cette convergence n’existe
pas dans un espace de Banach qui n’est pas un dual (par exemple L1 (0, 1)). L’étoile, qui
évoque le dual algébrique, permet de s’en rappeler.
Définition 2.2. Soit (fn )n∈N une suite de E 0 . On dit que fn converge faible-∗ ou faiblement-

∗ vers f , et l’on note fn *f , si
∀ x ∈ E, hfn , xiE 0 ,E → hf, xiE 0 ,E .
Cette définition sur E 0 utilise les éléments de E. Donc, si l’on est sur un espace de
Banach qui n’est pas un dual, la définition ne s’applique pas car elle n’a aucun sens.

Exemple. Si p = +∞ et Ω ⊂ Rd est un ensemble mesurable pour la mesure de Lebesgue 5 ,



d’après le théorème A.5, la convergence faible-∗ dans L∞ (Ω), fn *f s’écrit :
Z Z
1
∀ g ∈ L (Ω), fn g dx → f g dx.
Ω Ω

Nous avons déjà vu dans le proposition 2.4 que la convergence forte implique la conver-
gence faible. Nous allons voir maintenant que la convergence faible implique la convergence
faible-∗. C’est en ce sens que cette dernière est plus faible que la faible (sans ∗).
Proposition 2.5. Soit (fn )n∈N une suite de E 0 . Alors,

1. Si fn → f fortement dans E 0 alors fn *f dans E 0 .

2. Si fn * f faiblement dans E 0 alors fn *f dans E 0 .
Démonstration.
1. Soit x ∈ E. On a
|hfn , xiE 0 ,E − hf, xiE 0 ,E | = |hfn − f, xiE 0 ,E | ≤ kfn − f kE 0 kxkE → 0
quand n → +∞. D’où le résultat.
2. Si x ∈ E, on note J(x) ∈ E 00 son image canonique dans le bidual, définie par
hJ(x), f iE 00 ,E 0 = hf, xiE 0 ,E ,
pour tout f ∈ E 0 (théorème A.8). Par convergence faible, on a donc, pour tout
x ∈ E,
hfn , xiE 0 ,E = hJ(x), fn iE 00 ,E 0 → hJ(x), f iE 00 ,E 0 = hf, xiE 0 ,E ,

donc fn *f dans E 0 .
5. Henri-Léon Lebesgue, 1875–1941, mathématicien français

15
En général, les deux notions de convergence faible dans E 0 sont disctictes, c’est-à-dire
qu’il y a strictement plus de suites faiblement-∗ convergentes que de suites faiblement
convergentes. Toutefois elles coïncident dans le cas où E est un espace réflexif.
Proposition 2.6. Si E est un espace réflexif, alors la convergence faible et faible-∗ sur E 0
coïncident.

Démonstration. Il suffit de montrer que si fn *f dans E 0 , alors fn * f faiblement dans
E 0 . Soit T ∈ E 00 . Par la réflexivité de E, il existe un x ∈ E tel que, pour tout f ∈ E 0 ,

hT, f iE 00 ,E 0 = hf, xiE 0 ,E .

En fait, x = J −1 (T ). Par conséquent, par la convergence faible-∗ de (fn )n∈N ,

hT, fn iE 00 ,E 0 = hfn , xiE 0 ,E → hf, xiE 0 ,E = hT, f iE 00 ,E 0 .

et donc fn * f faiblement dans E 0 .

Tout comme la convergence faible, la convergence faible-∗ entraine des propriétés de


bornitude et compacité.

Proposition 2.7. Soit (fn )n∈N une suite de E 0 telle que fn *f dans E 0 . Alors :
1. (fn )n∈N est bornée dans E 0 ,
2. kf kE 0 ≤ lim inf n→+∞ kfn kE 0 ,
3. si xn → x fortement dans E, alors hfn , xn iE 0 ,E → hf, xiE 0 ,E .

Démonstration. 1. Si fn *f dans E 0 , alors pour tout x ∈ E, hfn , xiE 0 ,E → hf, xiE 0 ,E et
donc, la suite (hfn , xiE 0 ,E )n∈N est bornée dans R. Le théorème de Banach-Steinhaus
implique alors que
M = sup kfn kE 0 < +∞.
n∈N

2. Pour tout x ∈ E tel que kxkE ≤ 1, on a

|hfn , xiE 0 ,E | ≤ kfn kE 0 kxkE ≤ kfn kE 0 .

En passant à la limite quand n → +∞, on obtient

|hf, xiE 0 ,E | = lim |hfn , xiE 0 ,E | ≤ lim inf kfn kE 0 .


n→+∞ n→+∞

Donc,
kf kE 0 = sup |hf, xiE 0 ,E | ≤ lim inf kfn kE 0 .
x∈E,kxkE ≤1 n→+∞

16
3. Si xn → x fortement dans E, alors

|hfn , xn iE 0 ,E − hf, xiE 0 ,E | ≤ |hfn , xn − xiE 0 ,E | + |h(fn − f, xiE 0 ,E |


≤ M kxn − xkE + |h(fn − f, xiE 0 ,E | → 0,

d’où le résultat.

Remarque 2.3. La topologie faible-∗ dans E 0 , pour laquelle les suites convergentes sont les
suites qui convergent faiblement-∗, est la topologie la moins fine sur E 0 rendant continues
toutes les applications (J(x))x∈E , où J est l’isométrie canonique de E dans le bidual E 00
(définition A.6). C’est une topologie au sens de la topologie générale, pas de la topologie
métrique.
Comme, par l’injection canonique J, E ⊂ E 00 , il est clair que la topologie faible-∗
(appelée aussi topologie σ(E 0 , E)) est moins fine que la topologie σ(E 0 , E 00 ). Autrement
dit, la topologie faible-∗ possède moins d’ouverts (respectivement, fermés) que la topologie
σ(E 0 , E 00 ) (qui à son tour possède moins d’ouverts (respectivement, fermés) que la topologie
forte).

17
3 Théorème de Banach-Alaoglu
3.1 Espaces séparables
Définition 3.1. On dit qu’un espace métrique E est séparable s’il existe un sous-ensemble
D ⊂ E dénombrable et dense.

Exemple. L’espace (R, | · |) est séparable.

Définition 3.2. Soit E espace vectoriel normé. On dit que A ⊂ E est total si le sous-espace
vectoriel engendré par A est dense dans E.

Proposition 3.1. Soit E espace vectoriel normé. Alors, E est séparable si et seulement
s’il existe A ⊂ E total et dénombrable.

Démonstration. La condition nécessaire est évidente. Inversement, supposons qu’il existe


A ⊂ E total et dénombrable. On désigne L0 le sous-espace vectoriel sur Q engendré par
A. Cet espace est dénombrable. Il est clair que L0 est dense dans le sous-espace vectoriel
engendré par A, qui par hypothèse est dense dans E. Donc, L0 est dénombrable et dense
dans E et, par conséquent E est séparable.

Théorème 3.1. Soit Ω un ouvert de Rd . Les espaces Lp (Ω) sont séparables pour 1 ≤ p <
+∞.

Démonstration. Soit (Rj )j∈I la famille (dénombrable) des pavés R de la forme

R = Πdk=1 ]ak , bk [

avec ak , bk ∈ Q et R ⊂ Ω. On définit E l’espace vectoriel sur Q engendré par les fonctions


1Rj (c’est-à-dire, les combinaisons linéaires finies à coefficients rationnels des fonctions
de 1Rj ). E est un ensemble dénombrable. Montrons que E est dense dans Lp (Ω). Soient
f ∈ Lp (Ω) et ε > 0 fixés. Soit f1 ∈ Cc (Ω) tel que kf − f1 kLp < ε (rappelons que Cc (Ω) est
dense dans Lp (Ω)). Soit Ω0 un ouvert borné tel que supp f1 ⊂ Ω0 ⊂ Ω. Comme f1 ∈ Cc (Ω0 ),
on construit une fonction f2 ∈ E telle que supp f2 ⊂ Ω0 et que |f2 (x) − f1 (x)| ≤ |Ω0ε|1/p
presque partout sur Ω0 . D’où kf2 − f1 kLp ≤ ε et donc kf − f2 kLp ≤ 2ε.

Théorème 3.2. Soit E un espace de Banach tel que E 0 est séparable. Alors E est séparable.

Démonstration. On désigne par (fn )n≥1 une suite dénombrable dense dans E 0 . Comme

kfn k = sup fn (x)


x∈E,kxk≤1

il existe xn ∈ E tel que


kfn k
kxn k = 1 et fn (xn ) ≥ .
2

18
On désigne par G0 l’espace vectoriel sur Q engendré par les (xn )n∈N , c’est-à-dire G0 est
l’espace des combinaisons linéaires finies à coefficients dans Q d’éléments de (xn )n∈N . On
notera que G0 est dénombrable. En effet, pour chaque k ∈ N, Ak espace vectoriel sur Q
k
S par x1 , . . . , xk est en correspondance bijective avec un sous-ensemble de Q et,
engendré
G0 = k≥1 Ak .
Soit G l’espace vectoriel sur R engendré par les (xn )n∈N . Il est clair que G0 est un
sous-espace dense de G. Vérifions que G est dense dans E (et donc G0 est dense dans E et
E est séparable). Soit f ∈ E 0 tel que f (x) = 0, pour tout x ∈ G. Montrons que f = 0 sur
E. On pourra alors conclure que G est dense dans E, par le corollaire A.6. Soit ε > 0 fixé.
Il existe n ∈ N tel que kfn − f k < ε. On a

kfn k
≤ fn (xn ) = (fn − f )(xn ) + f (xn ) = (fn − f )(xn ) ≤ kfn − f kkxn k < ε.
2
Donc, kf k ≤ kf − fn k + kfn k < 3ε. Par conséquent, f = 0.

Remarque 3.1. La réciproque n’est pas vraie. Il existe des espaces de Banach E séparables
tels que E 0 ne soit pas séparable. Par exemple : E = L1 (Ω) et E 0 = L∞ (Ω).

Le tableau suivant récapitule les principales propriétés des espaces Lp et `p .

Réflexif Séparable Espace dual (isomorphe à)


Lp (1 < p < ∞) oui oui Lq (où 1/p + 1/q = 1)
L 1 non oui L∞
L∞ non non contient strictement L1
`p (1 < p < ∞) oui oui `q (où 1/p + 1/q = 1)
`1 non oui `∞
c0 non oui `1
` ∞ non non contient strictement `1

Proposition 3.2. Tout espace métrique compact (E, d) est séparable.

3.2 Cube de Hilbert


Théorème 3.3. On note C le sous-ensemble de `2 des suites u = (u(n))n∈N telles que pour
tout n ∈ N :
n+1
|u(n)| ≤ 2− 2 .
On appelle C le cube de Hilbert 6 . Alors,
1. C est contenu dans la boule unité fermée B de `2 (B = {u = (u(n))n∈N : kuk`2 ≤ 1}).
6. David Hilbert, 1862–1943, mathématicien allemand

19
2. Dans C, la convergence dans `2 est équivalente à la convergence ponctuelle : si
(uk )k∈N est une suite d’éléments de C, (uk )k∈N converge dans `2 (vers une limite u)
si et seulement si, pour tout n ∈ N, la suite numérique (uk (n))k∈N est convergente
(vers u(n)).
3. C est une partie compacte de B.

Démonstration. 1. Soit u ∈ C. Alors,


X X
kuk2`2 = u(n)2 ≤ 2−(n+1) = 1 =⇒ u ∈ B.
n∈N n∈N

2. La convergence dans `2 entraine la convergence ponctuelle, puisque pour tout n ∈ N,

|uk (n) − u(n)| ≤ kuk − uk`2 .

Inversement, supposons que (uk )k∈N converge ponctuellement vers u. Soit ε > 0. On
ε2
veut montrer que, pour k assez grand, kuk − uk`2 < ε. Soit N ∈ N tel que 2−N < 16 .
On a, pour tout k ∈ N,
v v
uN u +∞
uX u X
kuk − uk`2 ≤ t 2
|uk (n) − u(n)| + t |uk (n) − u(n)|2
n=0 n=N +1
v v v
uN u +∞ u +∞
uX u X u X
≤ t |uk (n) − u(n)|2 + t |uk (n)|2 + t |u(n)|2
n=0 n=N +1 n=N +1
v v
uN u +∞
uX u X
≤ t |uk (n) − u(n)|2 + 2t 2−(n+1)
n=0 n=N +1
v
uN
uX N 1
≤t |uk (n) − u(n)|2 + 2− 2 + 2
n=0
v
uN
uX ε
≤t |uk (n) − u(n)|2 + .
2
n=0

Par la convergence ponctuelle, il existe K = K(N, ε) ∈ N tel que, pour k ≥ K,


v
uN
uX ε
t |uk (n) − u(n)|2 <
2
n=0

et donc, kuk − uk`2 < ε.

20
3. On montre la compacité de C en utilisant le théorème de Bolzano-Weierstrass et le
procédé diagonal de Cantor 7 .
Soit (uk )k∈N une suite d’éléments de C. Soit n ∈ N. Pour tout k ∈ N, on a
n+1
|uk (n)| ≤ 2− 2 ,

donc (uk (n))k∈N est une suite bornée de R. Par le théorème de Bolzano 8 -Weierstrass 9 ,
on peut extraire une suite convergente : il existe φ0 : N −→ N fonction strictement
croissante telle que la suite (uφ0 (k) (0))k∈N converge vers une limite a0 , lorsque k →
+∞. Raisonnant par récurrence, on suppose avoir des extractions φ0 , . . . , φk : N −→
N strictement croissantes et des réels a0 , . . . , am tels que, pour tout 0 ≤ j ≤ m,

uφ0 ◦...◦φj (k) (j) −→k→+∞ aj .

Comme la suite (uφ0 ◦...◦φm (k) (m + 1))k∈N est bornée, une nouvelle application du
théorème de Bolzano-Weierstrass assure l’existence d’une extraction φm+1 : N −→ N
strictement croissante et d’un réel am+1 tels que

uφ0 ◦...◦φm+1 (k) (m + 1) −→k→+∞ am+1 .

On définit ψ : N −→ N par

ψ(k) = φ0 ◦ . . . ◦ φk (k).

On a, pour tout k ∈ N

ψ(k + 1) = φ0 ◦ . . . ◦ φk+1 (k + 1) ≥ φ0 ◦ . . . ◦ φk (k + 1) > φ0 ◦ . . . ◦ φk (k) = ψ(k),

donc ψ est strictement croissante de N dans N et (uψ(k) )k∈N est une suite extraite
de (uk )k∈N . La sous-suite diagonale (uψ(k) (n))k≥n est une suite-extraite de la suite
(uφ0 ◦...◦φn (k) (n))k≥n et converge donc vers an .
On conclut en utilisant 2. que la suite u définie par u(n) = an est la limite dans `2
de la suite (uψ(k) )k∈N .

Proposition 3.3. Soit (E, d) un espace métrique. Alors :


1. (E, d) est séparable si et seulement s’il est homéomorphe à une partie de C.
2. (E, d) est compact si et seulement s’il est homéomorphe à une partie fermée de C.

7. Georg Cantor, 1845–1918, mathématicien allemand


8. Bernard Bolzano, 1781–1848, mathématicien autrichien
9. Karl Weierstrass, 1815–1896, mathématicien allemand

21
Démonstration.
1. Soit D = {xn : n ∈ N} dense dans E. On définit h : E −→ C par
n+1
h(x)(n) = 2− 2 min{1, d(x, xn )}.
Si x, y ∈ E tels que x 6= y, on considère xn ∈ D tel que
 
d(x, y)
d(x, xn ) < min 1, .
4
Alors, d(x, xn ) < 13 d(xn , y) et
n+1 n+1
h(x)(n) = 2− 2 min{1, d(x, xn )} < 2− 2 min{1, d(y, xn )} = h(y)(n).
D’où, h est injective.
Pour montrer que h est continue sur E et que h−1 : h(E) −→ E est continue sur
h(E), il suffit de montrer que (yk )k∈N suite de E converge vers y dans (E, d) si
et seulement si h(yk ) converge vers h(y) dans C. Par la théorème 3.3, on sait que
(h(yk ))k∈N converge vers h(y) dans C si et seulement si, pour tout n ∈ N, la suite
numérique (h(yk )(n)))k∈N converge vers h(y)(n), i.e.
min{1, d(yk , xn )} →k→+∞ min{1, d(y, xn )}.
Si d(yk , y) → 0, en utilisant l’inégalité
|d(yk , xn ) − d(y, xn )| ≤ d(yk , y)
on obtient min{1, d(yk , xn )} → min{1, d(y, xn )} lorsque k → +∞. Inversement, si
yk 6→ y lorsque k → +∞, il existe 0 > 0 et une sous-suite (yφ(k) )k∈N telle que
d(yφ(k) , y) > 0 .
Réciproquement, on utilise le fait qu’un compact métrique est séparable (donc C est
séparable) et qu’une partie d’un espace séparable reste séparable pour la topologie
induite.
2. L’image d’une partie compacte par une application continue est une partie compacte
de l’espace d’arrivée et un espace métrique compact est séparable. Le résultat est
conséquence de 1.

3.3 Théorème de Banach-Aloaglu


Théorème 3.4 (Banach-Alaoglu 10 - 1). Soit E un espace de Banach séparable. Alors, il
existe une distance δ sur la boule unité fermée B de E 0 telle que les suites à valeurs dans
B qui convergent failblement-∗ dans E 0 sont les suites convergentes pour δ. De plus, (B, δ)
est un espace métrique compact.
10. Leonidas Alaoglu, 1914–1981, mathématicien canadien

22
Démonstration. Soit D = {y0 , y1 , . . . , yn , yn+1 , . . .} un ensemble dense et dénombrable dans
la boule unité fermée BE de E. Soit (Tk )k∈N une suite dans la boule unité fermée B de E 0 .
Comme les Tk sont équicontinues sur BE , on a que (Tk )n∈N est faiblement-∗ convergente
dans E 0 si et seulement si elle converge ponctuellement sur D. En effet, la convergence ponc-
tuelle de toutes les suites (Tk (yn ))k∈N , pour n ∈ N, entraine la convergence de (Tk (x))k∈N
pour tout x ∈ E. Pour tout x ∈ BE , on montre que la suite (Tk (x))k∈N est de Cauchy sur
R en utilisant l’inégalité :

|Tk (x) − Tk+p (x)| ≤ |Tk (x) − Tk (yn )| + |Tk (yn ) − Tk+p yn | + |Tk+p (yn ) − Tk+p (x)|
≤ kTk kE 0 kx − yn kE + |Tk (yn ) − Tk+p (yn )| + kTk+p kE 0 kx − yn kE
≤ 2kx − yn kE + |Tk (yn ) − Tk+p (yn )|.

Plus généralement, pour tout x ∈ E, (Tk (x))k∈N est de Cauchy sur R et donc convergente
sur R. Pour tout x ∈ E, on définit

T (x) = lim Tk (x).


k→+∞


Alors, par le corollaire 1.1, T ∈ E 0 et kT kE 0 ≤ 1. De plus, Tn *T dans E 0 .
On considère φ : B −→ C définie par :
n+1
φ(T ) = (2− 2 T (yn ))n∈N ,

où C est le cube de Hilbert :


n+1
C = {u = (u(n))n∈N ∈ `2 : ∀ n ∈ N, |u(n)| ≤ 2− 2 }.

D’après le théorème 3.3, C est un compact de `2 et que la convergence d’une suite (uk )k∈N
à valeurs dans C équivaut à la convergence des suites (uk (n))k∈N , pour tout n ∈ N. L’image
de B par φ est donc un fermé du compact C, de sorte que φ(B) est un compact. De plus,
φ est injective. On peut donc définir une distance δ sur B par la formule :
v
u +∞
uX
δ(T, S) = kφ(T ) − φ(S)k2 = t 2−(n+1) (T (yn ) − S(yn ))2 .
n=0

La convergence pour δ est bien équivalente à la convergence faible-∗.

Le résultat suivant est l’un des résultats fondamentaux sur la convergence faible-∗. Il
assure que dans le dual d’un espace de Banach séparable, toute suite bornée est faiblement-∗
séquentiellement relativement compacte.

Théorème 3.5 (Banach-Alaoglu - 2). Soit E est espace de Banach séparable. Alors :
— L’ensemble BE 0 = {f ∈ E 0 : kf k ≤ 1} est faiblement-∗ séquentiellement compacte.

23
— Si (fn )n∈N est une suite bornée de E 0 , c’est-à-dire

sup kfn kE 0 < +∞


n∈N

alors on peut extraire une sous-suite (fφ(n) )n∈N qui converge faiblement-∗ vers un
f ∈ E0.

Démonstration. Conséquence du théorème précédent.

Remarque 3.2. La boule unité fermée d’un espace normé de dimension infinie n’est jamais
compacte pour la topologie forte (théorème de Riesz).

On dit que E est un espace réflexif si l’isométrie canonique J : E −→ E 00 est une


bijection de E sur E 00 .
Le résultat suivant donne une caractérisation importante des espaces réflexifs.

Théorème 3.6. Soit E un espace de Banach. Alors,


1. E est réflexif si et seulement si BE = {x ∈ E : kxk ≤ 1} est faiblement sequentiel-
lement compact.
2. E est réflexif si et seulement si toute suite borné (xn )n∈N de E admet une sous-suite
extraite faiblement convergente dans E.

Démonstration. Il suffit de montrer 1.


Supposons que E est réflexif et séparable. Comme E 00 peut être identifié à E par l’isomor-
phisme isométrique canonique J : E −→ E 00 , E 00 est séparable. Alors, d’après le théorème
3.2, E 0 est également séparable. On a aussi J(BE ) = BE 00 . Soit (xn )n∈N une suite de BE .
Alors, (J(xn ))n∈N est une suite de la boule unité fermée de E 00 qui, par le le théorème
de Banach-Alaoglu, est faiblement-∗ compact dans (E 0 )0 . Alors, il existe une sous-suite
(J(xφ(n) ))n∈N de (J(xn ))n∈N et ξ ∈ E 00 tels que

Jxφ(n) * ξ dans E 00 ⇐⇒ ∀ T ∈ E 0 , hJxφ(n) , T iE 00 ,E 0 → hξ, T iE 00 ,E 0
⇐⇒ ∀ T ∈ E 0 , hT, xφ(n) iE 0 ,E → hT, J −1 (ξ)iE 0 ,E

Donc, la sous-suite (xφ(n) )n∈N de (xn )n∈N converge faiblement vers x = J −1 (ξ) dans E.
Dans le cas général, soit (xn )n∈N une suite de BE . On définit F = vect{xn : n ∈ N} qui
est un sous-espace vectoriel fermé de E. De plus, F est réflexif et séparable. L’argument
précédent s’applique à la suite (xn )n∈N , qui est une suite d’éléments de BF .
On admet la réciproque.

24
Exemples.
1. Si H est un espace de Hilbert alors H est réflexif (conséquence du théorème de
Riesz).
2. Pour tout 1 < p < ∞, Lp (Ω) est réflexif.
3. L’espace L1 ([0, 1]) n’est pas réflexif. Supposons par l’absurde que L1 ([0, 1]) est ré-
flexif. Pour chaque n ∈ N∗ , on considère fn : [0, 1] −→ R définie par :

n si 0 ≤ x ≤ n1

fn (x) =
0 si n1 < x ≤ 1

On a kfn k1 = 1, pour tout n ∈ N∗ . Par le théorème précédent, il y aurait une suite


extraite (fφ(n) )n∈N et f ∈ L1 ([0, 1]) tels que fφ(n) * f faiblement dans L1 ([0, 1]). Si
I est un intervalle fermée contenu dans [0, 1], en choisissant g = 1I ∈ L∞ ([0, 1]), on
obtient Z Z
fφ(n) (x) dx → f (x) dx.
I I
En particulier, pour I = [0, 1], on obtient
Z 1 Z 1
1= fφ(n) (x) dx → f (x) dx
0 0
R1
ce qui montre que 0 f (x) dx = 1.
Soit maintenant I un intervalle fermé de ]0, 1]. Alors, il existe α > 0R tel que I ⊂ [α, 1].
Il existe donc n0 ∈ N tel que fφ(n) = 0, pour tout n ≥ n0 , d’où I fφ(n) (x) dx = 0,
pour
R ces valeurs de n. En passant à la limite quand n → +∞, on conclut que
I f (x) dx = 0.
R1
Pour tout k ≥ 1, en choisissant I = [ k1 , 1], on obtient 1 f (x) dx = 0. Par passage
k R1
à la limite quand k → +∞ et par convergence dominée, on obtient 0 f (x) dx = 0,
contradiction.

3.4 Convergence faible et convexité


Définition 3.3. Soit E un espace de Banach et A ⊂ E. On dit que
(i) A est faiblement séquentiellement fermé si pour toute suite (xn )n∈N dans A avec
xn * x faiblement dans E, alors x ∈ A ;
(ii) A est faiblement séquentiellement compact si de toute suite (xn )n∈N dans A, on
peut extraire une sous-suite qui converge faiblement dans E vers un élément x ∈ A.

Remarque 3.3.

25
1. Soit A une partie de E espace de Banach. On vérifie facilement que si A est fai-
blement séquentiellement fermé (resp. compact) alors A est fermé (resp. faiblement
séquentiellement compact) dans E. Ceci est la conséquence du faite que la topologie
faible est moins fine que la topologie forte.
2. Un ensemble faiblement séquentiellement compact est nécessairement faiblement sé-
quentiellement fermé.
3. Ces notions faibles différent des notions de fermeture et compacité forte. Par exemple,
si H est un espace de Hilbert alors S = {x ∈ H : kxk = 1} est fermé mais pas fai-
blement séquentiellement fermé. En effet, si (en )n∈N est une base hilbertienne de H,
on a en ∈ S, en * 0 faiblement dans H mais 0 6∈ S.
Tout ensemble fermé pour la topologie faible est fermé pour la topologie forte mais la
réciproque est fausse, comme on vient de l’indiquer dans la dernière remarque. Toutefois,
on va montrer que pour les ensembles convexes ces deux notions coïncident.
Théorème 3.7. Soit C ⊂ E convexe. Alors C est faiblement séquentiellement fermé si et
seulement si C est fortement fermé.
Démonstration. La condition nécessaire est évidente car toute suite qui converge fortement,
converge aussi faiblement.
Réciproquement, supposons que C est fortement fermé. On veut montrer que C est aussi
faiblement fermé. Soit (xn )n∈N ∈ C N telle que xn * x∞ faiblement dans E. Supposons par
l’absurde que x∞ 6∈ C. D’après le théorème de Hahn-Banach A.7, il existe un hyperplan
fermé séparant au sens strict {x∞ } et C. Donc, il existe f ∈ E 0 et α ∈ R tels que
hf, x∞ iE 0 ,E < α < hf, yiE 0 ,E , ∀ y ∈ C.
En particulier,
hf, x∞ iE 0 ,E < α < hf, xn iE 0 ,E , ∀ n ∈ N.
En passant à la limite lorsque n tend vers +∞, on obtient hf, x∞ iE 0 ,E < α ≤ hf, x∞ iE 0 ,E ,
contradiction.
Par contre, la boule unité d’un espace de Banach réflexif, qui est convexe, est une
partie faiblement séquentiellement compacte qui n’est pas fortement compacte en dimension
infinie. Pas de coıncidence dans le cas convexe pour les notions de compacité.

3.5 Fonctions convexes coercives


Définition 3.4. Soit C une partie convexe d’un espace vectoriel E. On dit qu’un fonction
J : C −→] − ∞, +∞] est convexe si
∀ x, y ∈ C, ∀ t ∈ [0, 1], J(tx + (1 − t)y) ≤ tJ(x) + (1 − t)J(y).
On dit que J est strictement convexe si l’inégalité précédente est stricte pour x 6= y et
t ∈]0, 1[.

26
Si t ∈]0, 1[ et, J(x) = +∞ ou J(y) = +∞, le membre de droite vaut, par convention,
+∞. Également par convention, dans le membre de droite, 0 × +∞ = 0.

Exemples.
1. Les applications linéaires et les applications affines sont convexes.
2. Les applications normes x 7→ kxk sont convexes (mais ne sont pas strictement
convexes).
3. Dans un espace de Hilbert, l’application x 7→ kxk2 est strictement convexe car, si
t ∈]0, 1[ et x 6= y, on a
ktx + (1 − t)yk2 − tkxk2 − (1 − t)kyk2 = t(t − 1)kxk2 − 2t(1 − t)hx|yi − t(1 − t)kyk2
= −t(1 − t)kx − yk2 < 0.

Définition 3.5. Soit E un espace de Banach. On dit qu’une fonction f : E → R ∪ {+∞}


est semi-continue inférieurement (s.c.i.) si, pour tout α ∈ R, l’ensemble
[f ≤ α] = {x ∈ E : f (x) ≤ α}
est fermé.
Remarque 3.4. Si f est continue sur E alors f est s.c.i. sur E.
Proposition 3.4. Soient E un espace de Banach et f : E → R ∪ {+∞}. La fonction f est
s.c.i. sur E si et seulement si : pour tout suite (xn )n∈N ∈ E N et x ∈ E,
xn → x fortement dans E =⇒ f (x) ≤ lim inf f (xn ).
n→+∞

Démonstration. Supposons que f est s.c.i. sur E et soit (xn )n∈N une suite de E qui converge
fortement vers x ∈ E. Soit ε > 0. On a x ∈ {y ∈ E : f (y) > f (x) − ε} qui est une partie
ouverte de E. Alors, il existe r > 0 tel que
∀ y ∈ B(x, r), f (y) > f (x) − ε,
Pour n suffisamment grand, xn ∈ B(x, r) et f (xn ) > f (x)−ε. En passant à la limite lorsque
n → ∞, on obtient
f (x) − ε ≤ lim inf f (xn ).
n→+∞
Puisque ε > 0 est arbitraire, on conclut que
f (x) ≤ lim inf f (xn ).
n→+∞

Réciproquement, soient α ∈ R et (xn )n∈N suite dans [f ≤ α] qui converge fortement


vers x ∈ E. Par l’hypothèse,
f (x) ≤ lim inf f (xn ) ≤ α
n→+∞
et donc x ∈ [f ≤ α]. On conclut que [f ≤ α] est un fermé de E.

27
Définition 3.6. Soit E un espace de Banach, A ⊂ E et f : A → R ∪ {+∞}. On dit que
f est faiblement séquentiellement s.c.i. en x ∈ A si, pour toute suite (xn )n∈N de A avec
xn * x faiblement dans E, on a

f (x) ≤ lim inf f (xn ).


n→+∞

On dit que f est faiblement séquentiellement s.c.i. sur A si elle est faiblement séquentielle-
ment s.c.i. en tout point x ∈ A.

Remarque 3.5. On a clairement que si f est faiblement s.c.i alors f est s.c.i. pour la
convergence forte. La réciproque est fausse. Contre-exemple : Soit H un espace de Hilbert
séparable et f (x) = 1 − kxk2 , x ∈ H. Alors, f est continue et donc s.c.i. pour la convergence
forte. Si (en )n∈N est une base hilbertienne de H, alors en * 0 faiblement dans H et

f (0) = 1 > 0 = lim inf f (en ).


n→+∞

Lemme 3.1. Soit C une partie convexe d’un espace vectoriel E et f : C −→ R ∪ {+∞}
une fonction convexe. Alors, pour tout α ∈ R ∪ {+∞}, l’ensemble Cα = {x ∈ C : f (x) ≤ α}
est convexe.

Démonstration. Soient x, y ∈ Cα et t ∈]0, 1[. D’une part, tx + (1 − t)y ∈ C par convexité


de C. D’autre part, on a

f (tx + (1 − t)y) ≤ tf (x) + (1 − t)f (y) ≤ tα + (1 − t)α = α

par convéxité de f , donc tx + (1 − t)y ∈ Cα .

Nous montrons que dans un cas particulier, les notions de fortement s.c.i. et faiblement
s.c.i. coïncident.

Corollaire 3.1. Soit C un convexe fermé de E espace de Banach et f : C −→] − ∞, +∞]


une fonction convexe, s.c.i. pour la convergence forte. Alors, f est faiblement séquentielle-
ment s.c.i. sur C.

Démonstration. Soit (xn )n∈N une suite de C telle que xn * x faiblement dans E. Comme
C est convexe et fermé fort, il est aussi faiblement séquentiellement fermé (théorème 3.7)
et donc x ∈ C. Si lim inf n→+∞ f (xn ) = +∞ il n’y a rien à montrer. Sinon, on pose

α = lim inf f (xn ) ∈ [−∞, +∞[.


n→+∞

Par la définition de borne inférieure, il existe une sous-suite (xφ(n) )n∈N telle que

lim f (xφ(n) ) = α et xφ(n) * x faiblement dans E.


n→+∞

28
Supposons α ∈ R. Soit k ∈ N∗ . Comme f est convexe, l’ensemble Ck = {x ∈ C : f (x) ≤
α + k1 } est convexe par le lemme 3.1 et fermé fort comme intersection de fermés forts : C
et [f ≤ α + k1 ]. D’après le théorème 3.7, Ck est faiblement séquentiellement fermé. Comme
pour n assez grand, xφ(n) ∈ Ck , on en déduit que x ∈ Ck , c’est-à-dire

1 1
f (x) ≤ α + = lim inf f (xn ) + .
k n→+∞ k
En faisant k → +∞, on obtient

f (x) ≤ lim inf f (xn ).


n→+∞

Donc, f est faiblement séquentiellement s.c.i. sur C.


Supposons maintenant que α = −∞. Pour tout M ∈ R, on a f (xφ(n) ) ≤ M pour n assez
grand. Comme précédemment, ceci implique que x ∈ CM , c’est-à-dire f (x) ≤ M . Comme
M est arbitraire, f (x) = −∞ ce qui est exclu car f prend ses valeurs dans R ∩ {+∞}. Ce
dernier cas ne peut donc pas se produire.

Théorème 3.8. Soit E un espace de Banach réflexif. Si C est une partie convexe fermée
non vide de E et si f : C −→ R ∪ {+∞} vérifie les propriétés suivantes :
1. f est convexe,
2. f est semi-continue inférieurement,
3. f est coercive :
lim f (x) = +∞,
kxkE →+∞

alors la fonction f atteint son minimum sur C, c’est-à-dire il existe x0 ∈ C tel que

∀ x ∈ C, f (x0 ) ≤ f (x).

Si de plus f est strictement convexe, alors le point de minimum est unique.

Démonstration. Soit (yn )n∈N une suite minimisante pour la fonction f : (yn )n∈N ∈ C N et

lim f (yn ) = inf f (y).


n→+∞ y∈C

On note F l’adhérence de l’espace vectoriel engendré par les yn , n ∈ N, et K = C ∩ F .


Alors, F est un espace de Banach réflexif et séparable, K est un convexe de F et f|F est
une fonction convexe s.c.i. coercive sur K et on a inf y∈C f (y) = inf y∈K f (y). On peut donc
supposer dans la suite que E est un espace séparable.
Par la coercivité de f , la suite minimisante (yn )n∈N est bornée. Soit J : E −→ E 00
l’injection canonique (isométrique) : J(x)(T ) = T (x). La suite (J(yn ))n∈N est bornée dans
le bidual E 00 . Comme E 00 = J(E) (par réflexivité de E), E 00 est séparable et donc E 0 est

29
séparable. D’après le théorème de Banach-Alaoglu, il existe une sous-suite (J(yφ(n) ))n∈N
qui converge faiblement-∗ dans E 00 (vers une limite ξ ∈ E 00 ), et donc (yφ(n) )n∈N converge
faiblement vers une limite a dans E (où a = J −1 (ξ)).
Comme C est convexe fermé, par le théorème 3.7, a ∈ C. Pour tout R > inf x∈C f (x),
l’ensemble KR = f −1 (] − ∞, R[) est un convexe fermé de E. Comme yφ(n) appartient à KR ,
pour n suffisamment grand, on obtient a ∈ KR et donc que f (a) ≤ R. On en conclut que
f (a) ≤ inf y∈C f (y) et le minimum de f est bien atteint (en a).
Si a 6= b minimisent tous deux f sur C, alors par convéxité de C, on a a+b 2 ∈ C et par
stricte convéxité de f , on obtient
 
a+b 1 1
inf f (x) ≤ f < f (a) + f (b) = inf f (x)
x∈C 2 2 2 x∈C

ce qui est absurde. On en conclut que a = b.

Remarque 3.6.
1. L’application f est coercive si et seulement si pour tout R > 0, f −1 (] − ∞, R[) est
une partie bornée de E.
2. La convexité stricte est une condition suffisante d’unicité mais ce n’est pas une
condition nécessaire.

Définition 3.7. Soit E un espace vectoriel normé.


1. On dit que E est strictement convexe si

x+y
∀ x, y ∈ E, x 6= y et kxk = kyk = 1 =⇒ < 1.
2

2. On dit que E est uniformément convexe si

x+y
∀  > 0, ∃ δ > 0 : kxk = kyk = 1 et kx − yk >  =⇒ < 1 − δ.
2

Remarque 3.7.
1. Tout espace de Banach uniformément convexe est strictement convexe. La réciproque
est fausse.
2. Uniformément convexe est une propriété géométrique de l’espace E qui dépend de
la norme considérée. Par exemple, (R2 , k · k2 ) est uniformément convexe alors que
(R2 , k · k1 ) n’est pas uniformément convexe ni strictement convexe.

Exemples.
1. Tout espace de Hilbert H est uniformément convexe.

30
2. Pour tout 1 < p < +∞, les espaces `p et Lp (Ω), où Ω est une partie ouverte de Rd
muni de la mesure de Lebesgue, sont uniformément convexes.
Corollaire 3.2. Soient E un espace de Banach réflexif, C une partie convexe fermée non
vide de E et x ∈ E. On considère φx : C −→ R la fonction définie par
φx (y) = kx − ykE , y ∈ C.
Alors,
1. La fonction φx atteint son minimum sur C.
2. Si E est strictement convexe, le point où φx atteint son minimum sur C est unique.
On l’appelle le point de la projection convexe de x sur C et on note pC (x).
3. Si E est strictement convexe et si (yn )n∈N est une suite minimisante pour la fonction
φx , alors la suite (yn )n∈N converge faiblement vers pC (x).
4. Si E est uniformément convexe et si (yn )n∈N est une suite minimisante pour la
fonction φx , alors la suite (yn )n∈N converge fortement vers pC (x).
Démonstration.
1. La fonction φx : C −→ R définie par : φx (y) = kx−ykE , est convexe, s.c.i et coercive
sur E. Le résultat est conséquence du thérème précédent.
2. Si y1 et y2 sont deux points de minimum de φx , cela est encore vrai pour y3 = y1 +y
2
2

et on a
x − y1 x − y2
kx − y1 kE = kx − y2 kE = kx − y3 kE = + .
2 2 E
Si E est strictement convexe, on conclut que y1 = y2 .
3. Soit (yn )n∈N une suite minimisante de la fonction φx : yn ∈ C, pour tout n ∈ N et
lim kx − yn kE = min kx − ykE .
n→+∞ y∈C

On note F l’adhérence de l’espace vectoriel engendré par la suite (yn )n∈N . La suite
(J(yn ))n∈N est borné dans F 00 par la constante M = supn∈N kyn kE < +∞. La boule
fermé B = Bf (0, M ) pour la norme E 00 est compacte pour une distance d telle que
les suites de B convergentes pour d sont les suites de B faiblement-∗ convergentes
dans E 00 , d’après le théorème de Banach-Alaoglu. Les suites extraites faiblement-
∗ de (J(yn ))n∈N convergent vers une même limite J(y∞ ) (où y∞ = pC (x)). La
suite (J(yn ))n∈N à valeurs dans le compact (B, d) a une seule valeur d’adhérence
et elle converge donc vers J(y∞ ) pour d, et aussi faiblement-∗ dans F 00 . Si T ∈ E 0 ,
l’application T̄ : F −→ R définie par T̄ (x) = T (x), x ∈ F , appartient à F 0 . Alors,
lim J(yn )(T̄ ) = J(y∞ )(T̄ ).
n→+∞

Comme J(yn )(T̄ ) = T̄ (yn ) = T (yn ) et J(y∞ )(T̄ ) = T̄ (y∞ ) = T (y∞ ), on a bien que
(yn )n∈N converge faiblement vers y∞ dans E.

31
4. D’après la question précédente, x − yn converge faiblement vers x − y∞ et

lim kx − yn kE = kx − y∞ kE .
n→+∞

Si E est uniformément convexe, on conclut que x−yn converge fortement vers x−y∞
et donc que yn converge fortement vers y∞ .

32
A Annexe : Espaces de Banach
A.1 Normes, espaces vectoriels normés
Dans la suite, K = R ou K = C.

Définition A.1. Soit E un espace vectoriel sur K. Une norme sur E est une application
N : E → R+ qui satisfait les propriétés suivantes.
1. Homogénéité : Pour tous x ∈ E, λ ∈ K, on a N (λx) = |λ|N (x).
2. Inégalité triangulaire : si x, y ∈ E, alors N (x + y) ≤ N (x) + N (y).
3. Propriété de séparation : si x ∈ E, N (x) = 0 ⇐⇒ x = 0.
Une application qui satisfait les propriétés 1. et 2. mais pas forcèment 3. est appelé une
semi-norme sur E.

Habituellement une norme est notée par N (x) = kxk ou N (x) = |x|.

Définition A.2. Soient N1 et N2 deux normes sur un espace vectoriel K. On dit que N1
et N2 sont équivalentes s’il existe deux constantes α, β > 0 telles que

∀x ∈ E, αN1 (x) ≤ N2 (x) ≤ βN1 (x).

Théorème A.1. Dans un espace de dimension finie E sur K, toutes les normes sont
équivalentes.

Corollaire A.1. Dans un espace vectoriel normé de dimension finie, les parties compactes
sont les parties fermées et bornées.

Théorème A.2 (Riesz). Soit E un espace vectoriel normé. La boule unité de E est compacte
si et seulement si E est de dimension finie.

A.2 Applications linéaires continues


Le théorème suivant (que l’on évitera d’utiliser pour des applications non linéaires !) à
l’intérêt de ramener le problème de la continuité à des majorations sur les normes.

Théorème A.3. Soit E et F deux espaces vectoriels normés. Une application linéaire f
de E dans F est continue si et seulement si elle satisfait l’une des propriétés suivantes :
1. f est continue en 0.
2. f est bornée sur la boule unité fermée Bf (0, 1) de E.
3. il existe M > 0 tel que, pour tout x ∈ E, kf (x)kF ≤ M kxkE .
4. f est lipschitzienne.
kf (x)kF
Si c’est le cas, le réel kf k = supx∈E,x6=0 xkE s’appelle la norme de f .

33
On vérifie sans peine que l’application f →7 kf k ainsi définie est une norme sur l’espace
vectoriel L(E, F ) des applications linéaires continues de E dans F . On vérifie également
que, pour f ∈ L(E, F ),

kf (x)kF
kf k = sup kf (x)kF = sup .
x∈E,kxkE =1 x∈E,x6=0 kxkE

A.3 Espaces de Banach


Un espace de Banach est un espace vectoriel normé complet, c’est-à-dire si toute suite de
Cauchy dans E est convergente (par rapport à la topologie définie par la distance associée
à la norme).

Théorème A.4. Soit E un Pespace vectoriel normé. Alors, E est un espace de Banach si

et seulement si toute série n=0 xn normalement convergente est convergente dans E.

Proposition A.1. Soient E, F deux espaces vectoriels normés. S’il existe un homéomor-
phisme linéaire de E sur F et si E est complet, alors F est complet.

Corollaire A.2. Toute espace vectoriel normé de dimension finie est complet.

Proposition A.2. Si F est complet, alors l’espace L(E, F ) est aussi complet.

A.4 Dual topologique


Le dual topologique d’un espace vectoriel normé E sur le corps K est, par définition,
l’ensemble des formes linéaires continues de E, c’est-à-dire des applications linéaires conti-
nues de E dans K. On note cet ensemble E 0 . Ainsi, E 0 = L((E, K) et, par ce qui précède,
E 0 muni de la norme k · k définie par :

|f (x)|
kf kE 0 = sup f (x) = sup |f (x)| = sup |f (x)| = sup ,
x∈E,kxk=1 x∈E,kxk=1 x∈E,kxk≤1 x∈E,x6=0 kxk

est un espace de Banach puisque K est complet.

Théorème A.5 (Théorème de représesntation de Riesz). Soit (X, µ) un espace mesuré


p
avec une mesure µ positive et σ-finie et soit 1 ≤ p < +∞ et q = p−1 (alors p1 + 1q = 1).
Alors, l’application L : Lq (X, dµ) −→ (Lp (X, dµ))0 définie par g 7→ Lg avec, pour tout
f ∈ Lp (X, dµ), Z
Lg (f ) = hf, giLp ,Lq = f g dµ
X
est un isomorphisme isométrique, c’est-à-dire, kLg k(Lp )0 = kgkLq .

34
A.5 Théorème de Hahn Banach analytique
Définition A.3. Soit E un espace vectoriel sur R. On dit qu’une application p : E → R
est sous-linéaire si elle satisfait les propriétés suivantes.
1. Pour tous x ∈ E, λ > 0, on a p(λx) = λp(x) (positivement homogène).
2. Inégalité triangulaire : si x, y ∈ E, alors p(x + y) ≤ p(x) + p(y).

Toute semi-norme (donc aussi toute norme) est une application sous-linéaire. De même,
toute application linéaire est une application sous-linéaire.

Théorème A.6 (Hahn-Banach). Soit p : E → R une fonction sous-linéaire. Soient F un


sous-espace vectoriel de E et f : F → R une forme linéaire sur F majorée par p, c’est-à-dire
f (x) ≤ p(x), pour tout x ∈ F . Il existe alors une forme linéaire g : E → R sur E telle que
1. ∀ x ∈ F , g(x) = f (x),
2. ∀ x ∈ E, g(x) ≤ p(x).

On remarque que E n’est qu’un espace vectoriel réel sans topologie, donc sans norme.
Les corollaires du théorème de Hahn-Banach suivants sont très utiles dans les applica-
tions.

Corollaire A.3. Soit G un sous-espace vectoriel de E et soit g : G → R une application


linéaire et continue. Alors, il existe f ∈ E 0 qui prolonge g et tel que

kf kE 0 = kgkG0 .

Corollaire A.4. Soit E un espace normé. Pour tout x0 ∈ E, il existe f0 ∈ E 0 tel que

kf0 kE 0 = kx0 k et f0 (x0 ) = kx0 k2 .

Corollaire A.5. Soit E un espace normé. Pour tout x ∈ E, on a

kxk = sup{|f (x)| : f ∈ E 0 , kf k ≤ 1} = max{|f (x)| : f ∈ E 0 , kf k ≤ 1}.

Corollaire A.6. Soit F un sous-espace vectoriel de E tel que F̄ 6= E. Alors, il existe


f ∈ E 0 , f 6= 0 tel que
∀ x ∈ F, f (x) = 0.

Remarque A.1. Pour montrer qu’un sous-espace vectoriel F de E est dense dans E, il
suffit de montrer que si f est une forme linéaire continue sur E telle que f = 0 sur F alors
f est identiquement nulle sur E.

35
A.6 Théorème de Hahn Banach géométrique
Définition A.4. Un hyperplan est un ensemble de la forme

H = {x ∈ E : f (x) = α},

où f est une forme linéaire sur E non identiquement nulle et α ∈ R. On dit que H est
l’hyperplan d’équation f = α.

Il est facile de montrer le résultat suivant.

Proposition A.3. L’hyperplan d’équation f = α est fermé si et seulement si f est continue.

Définition A.5. Soient A et B des sous-ensembles de E. On dit que l’hyperplan d’équation


f = α sépare A et B au sens large si l’on a

f (x) ≤ α, ∀x ∈ A et f (x) ≥ α, ∀ x ∈ B.

On dit que H sépare A et B au sens strict s’il existe ε > 0 tel que

f (x) ≤ α − ε, ∀x ∈ A et f (x) ≥ α + ε, ∀x ∈ B

Rapellons qu’un ensemble A ⊂ E est convexe si

∀ x, y ∈ A, ∀ t ∈ [0, 1], tx + (1 − t)y ∈ A.

Théorème A.7 (Hahn-Banach, forme géométrique). Soient A et B deux sous-ensembles


convexes, non vides, disjoints de E. On suppose que A est fermé et que B est compact.
Alors, il existe un hyperplan fermé qui sépare A et B au sens strict.

A.7 Crochet de dualité


Théorème A.8. Soit E un espace vectoriel normé. Pour x ∈ E, l’application J(x) définie
sur E 0 par
J(x)(T ) = hT, xiE 0 ,E = T (x)
est une forme linéaire continue sur E 0 , de sorte que l’on peut écrire

hJ(x), T iE 00 ,E 0 = hT, xiE 0 ,E .

De plus, on a
kJ(x)kE 00 = kxkE .
On appelle J l’isométrie canonique de E dans le bidual E 00 .

Définition A.6. Un espace de Banach est réflexif si J est une bijection de E sur E 00 .

36
A.8 Espaces de Hilbert
On considère E espace vectoriel sur K = R ou C.

A.9 Projection convexe. Théorème de représentation de Riesz


Définition A.7. On appelle produit scalaire sur E toute application h·|·i : E × E −→ K
telle que :
1. Pour tout y ∈ E, l’application h·|yi −→ K définie par x 7→ hx|yi est linéaire,
(a) si K = R, ∀x, y ∈ E, hy|xi = hx|yi (propriété de symétrie),
(b) si K = C, ∀x, y ∈ E, hy|xi = hx|yi (propriété de antisymétrie),
2. Pour tout x ∈ E, hx|xi ≥ 0 (positivité),
3. Pour tout x ∈ E, hx|xi = 0 ⇐⇒ x = 0 (définie positive).

Une application satisfaisant les propriétés 1, 2 et 3 (mais pas nécessairement 4) est


appelée un semi-produit scalaire. Si K = R (resp. K = C), on appelle h·|·i produit scalaire
euclidien (resp. hermitien).

Définition A.8. Le couple constitué d’un espace vectoriel E et d’un produit scalaire sur E
est appelé un espace pré-hilbertien réel (si K = R) ou complexe (si K = C).

Exemples.
1. L’espace E = Rd muni du produit scalaire : hx|yi = dj=1 xj yj , est appelé l’espace
P
euclidien canonique de dimension d.
L’espace E = Cd muni du produit scalaire : (x|y) = dj=1 xj y¯j , est appelé l’espace
P
hermitien canonique de dimension d.
2. Soit Ω un ensemble ouvert de Rd et L2 (Ω) l’espace des fonctions mesurables au sens
de Lebesgue et de carré intégrable dans Ω à valeurs dans K. On munit L2 d’une
relation d’équivalence

f ∼ g ⇐⇒ f = g presque partout sur Ω.

L’ensemble des classes d’équivalence L2 / ∼ est noté L2 (Ω) Comme d’habitude, on


ne distinguera pas entre les fonctions (dans L2 ) et les classes d’équivalence (dans
L2 ).
La relation Z
hf |giL2 (Ω) = f (x)g(x) dx si K = R,

Z
hf |giL2 (Ω) = f (x)g(x) dx si K = C

définit sur L2 (Ω) un produit scalaire.

37
3. On note `2 l’espace des suites de carré sommable indexées par
P N : un élément de
`2 est une suite x = (xj )j∈N de nombres complexes vérifiant j∈N |xj |2 < ∞. On
vérifie facilement que l’expression
X
hx|yi`2 = xj y j
j∈N

est bien définie pour x, y ∈ `2 , et est un produit scalaire.

L’inégalité suivante est fondamentale dans l’étude des espaces de Hilbert.


Proposition A.4 (Inégalité de Cauchy-Schwarz). Soit E un espace vectoriel muni d’un
semi-produit scalaire h·|·i. Pour tous x, y ∈ E on a
p p
|hx|yi| ≤ hx|xi hy|yi.

Remarque A.2. Cas d’égalité dans l’inégalité de Cauchy-Schwarz : pour x, y ∈ E, |hx|yi| =


kxkkyk si et seulement si x et y sont liés.
Corollaire A.7. Soit E un espace vectoriel muni d’un produit scalaire h·|·i. La relation
p
kxk = hx|xi

définit une norme sur E.


Dans la suite, H est un espace préhilbertien, on notera (sauf précision contraire) h·|·i le
produit scalaire sur H et k · k la norme associée. On peut remarquer que la donnée de la
norme sur H permet de retrouver le produit scalaire, par exemple dans le cas où K = C,
par les formules suivantes :
1
kx + yk2 − kxk2 − kyk2 ;

<ehx|yi =
2
1
kx + iyk2 − kxk2 − kyk2 .

=mhx|yi =
2
2
Par exemple, si H = L (Ω) (exemple 2 ci-dessus),
Z 1/2
kf k = |f |2 dx ,

si H = `2 ,
 1/2
X
kxk =  |xj |2  .
j∈N

Une conséquence immédiate mais utile de la définition de la norme d’un espace préhil-
bertien est l’identité du parallélogramme.

38
Proposition A.5. Si x et y sont deux éléments d’un espace préhilbertien, alors
2 2
x+y x−y 1
+ = (kxk2 + kyk2 ).
2 2 2

Définition A.9. Un espace de Hilbert est un espace préhilbertien complet pour la norme
définie par son produit scalaire.

Exemples :
1. L’espace Cn des suites z = (z1 , . . . , zn ) de nombres complexes est muni du produit
scalaire hermitien suivant
X n
hz|z 0 i = zk z 0k .
k=1

Les espaces normés de dimension finie étant toujours complets, l’espace Cn et plus
généralement les espaces pré-hilbertiens de dimension finie, appelés aussi espaces
hermitiens, sont des espaces de Hilbert.
2. L’espace L2 (Ω) est un espace de Hilbert (où Ω est un ouvert de Rd ).
3. L’espace `2 est un espace de Hilbert.

Théorème A.9 (Projection sur un convexe fermé). Soit C un convexe fermé et non vide
d’un espace de Hilbert H. Alors, pour tout point x ∈ H, il existe un unique point xC ∈ C
tel que
kx − xC k = inf kx − zk.
z∈C

Ce point, appelé projection de x sur C et noté xC = PC (x), est caractérisé par la propriété
suivante :
xC ∈ C et ∀z ∈ C, <ehx − xC |z − xC i ≤ 0. (1)

Remarque A.3. Dans le cas où K = R, la caractérisation (1) (où <e ne figure pas) exprime
que xC = PC (x) est l’unique point y ∈ C tel que, pour tout z ∈ C, l’angle des vecteurs
x − y et z − y est obtus (c’est-à-dire supérieur ou égal à π2 ).

Soit A une partie d’un espace de Hilbert H. L’orthogonal de A dans H est l’ensemble
noté A⊥ formé des éléments orthogonaux à tous les éléments de A, c’est-à-dire

A⊥ = {y ∈ H : ∀ x ∈ A, hx|yi = 0}.

Proposition A.6. Soit F un sous-espace vectoriel fermé de H. Alors PF est un opérateur


linéaire de H sur F . Si x ∈ H, alors PF (x) est l’unique élément y ∈ H tel que

y ∈ F et x − y ∈ F ⊥ .

39
Corollaire A.8. Pour tout sous-espace vectoriel F d’un espace de Hilbert H,

H = F̄ ⊕ F ⊥ .

En particulier, F est dense dans H si et seulement si F ⊥ = {0}.


Corollaire A.9 (Critère de totalité). On dit qu’un sous-ensemble A de l’espace de Hilbert
H est total si V ect(A) (sous-esapce vectoriel engendré par A) est dense dans H.
Pour que A soit total, il faut et il suffit que A⊥ soit réduit à {0}.
Il est utile de comparer la notion de sous-ensemble (dit aussi système) total à la notion
algébrique de partie génératrice (ou système de générateurs). On sait que A ⊂ H est un
système de générateurs si V ect(A) = H, alors que A est un système total si V ect(A) est
partout dense. Ces deux conditions coïncident en dimension finie, mais en dimension infinie
la seconde est beaucoup moins exigeante.
On suppose que H est un espace de Hilbert. Le théorème de représentation de Riesz
énoncé ci-dessous décrit le dual topologique de H. On rappelle que le dual topologique E 0
d’un espace de Banach E est l’espace des formes linéaires continues sur E.
Théorème A.10 (Théorème de représentation de Riesz). Soient H un espace de Hilbert
et H 0 son dual topologique. Soit T une forme linéaire sur H. Alors, T ∈ H 0 si et seulement
s’il existe y ∈ H tel que
∀ x ∈ H, T (x) = hx|yi.
De plus, kT k = kyk.
Définition A.10. Une famille (xi )i∈I de H est dite famille orthogonale si pour tous i 6= j,
xi ⊥xj . Une famille orthogonale dont tous les éléments sont de norme égale à 1 est dite
famille orthonormale (ou orthonormée).
Remarque A.4. Une famille (en )n∈N est une base hilbertienne de H si elle est :
1. orthonormée : ∀ n, m ∈ N, hen |em i = δn,m , où δn,m est le symbole de Kronecker 11 .
2. totale : l’espace vectoriel engendré par (en )n∈N est dense dans H, c’est-à-dire, tout
élément de H est limite d’une suite de combinaissons linéaires d’éléments de (en )n∈N .
Définition A.11. Une base hilbertienne de H est une famille orthonormale totale de H.
Exemple. Pour chaque n ∈ Z et x ∈] − π, π[, on définit en (x) = √1 einx . Alors, (en )n∈N

est une base hilbertienne de L2 (] − π, π[.

Le procédé d’orthonormalisation de Gram 12 -Schmidt 13 montre que tout espace de Hil-


bert séparable de dimension infinie admet une base hilbertienne. On part d’une famille
11. Leopold Kronecker, 1823–1891,mathématicien allemand
12. Jorgen Pedersen Gram, 1850–1916, mathématicien danois
13. Erhard Schmidt, 1876–1959, mathématicien allemand

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dénombrable dense, on en extrait une famille libre qui engendre le même espace vectoriel,
et on orthonormalise cette famille libre par Gram-Schmidt comme en dimension finie.
Les bases hilbertiennes ne sont pas (sauf en dimension finie) des bases au sens algébrique
du terme. Un élément de H ne pourra pas s’écrire, en général, comme combinaison linéaire
finie des vecteurs de base, mais il pourra s’écrire (sous forme de série) comme limite de
telles combinaisons.

Théorème A.11. Soit H un espace de Hilbert séparable et (en )n∈N une base hilbertienne
de H.
1. Tout élément x ∈ H peut se décomposer de façon unique sous forme d’une série
convergente dans H X
x= cn (x)en cn (x) ∈ C.
n∈N

Les composantes cn (x) sont données par

cn (x) = en |xi,

et vérifient l’égalité de Bessel-Parceval :


X
kxk2 = |cn (x)|2 .
n∈N

2
P
Réciproquement, étant donnés des scalaires γn vérifiant
2. P n |γn | < +∞, la série
n γn en converge dans H et sa somme f vérifie cn (x) = γn pour tout n ∈ N.

Références
[1] H. Brezis, Analyse Fonctionnelle - Théorie et applications, Masson, 1983.
[2] F. Hirsch, G. Lacombe, Éléments d’analyse fonctionnelle, Masson, 1997.
[3] F. Golse, Y. Laszlo, F. Pacard, C. Viterbo, Analyse réelle, Polycopié de l’École Poly-
technique.
[4] J. Lamboley, H. Le Dret, Analyse fonctionnelle approfondie et calcul de variations,
Sciences Sorbonne Université.
[5] P. G. Lemarié-Rieusset, Analyse Fonctionnelle, Polycopié M1 MINT, Université Paris
Saclay - UEVE, 2019–2020.

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