Chapitre 496
Chapitre 496
Appel à l'aide
Tessia Eralith
« Elle va être incroyable », dis-je en souriant. Mes doigts ont éfleuré les
feuilles tendres d'un jeune arbre presque aussi grand que moi. « Varay était
déjà puissante, mais maintenant, quand je la vois puiser dans le mana... » Je
me suis tournée vers mon grand-père. Je savais que j'étais enthousiaste, mais
je ne pouvais pas m'en empêcher. « Elle a maîtrisé son intégration avec beau-
coup de dignité. »
Comme il avait évité de mentionner Cecilia, j'ai suivi son exemple. « Varay
s'est bien remise, oui. Cette expérience semble avoir brisé un peu la glace
autour de sa personnalité. Elle semble avoir découvert un certain penchant
pour les sucreries pendant sa convalescence. » Je n'ai pas pu m'empêcher de
rire en me rappelant avoir vu la stoïque Lance avec les lèvres recouvertes de
sucre en poudre.
Je me suis sentie prise au dépourvu, comme une lame ébréchée sortie de son
fourreau. « Je n'y avais pas pensé comme ça. Mais oui. » Mon regard s'est
reporté sur les plantes. J'ai repris mon arrosoir et j'ai recommencé à humidi-
fier la terre labourée dans laquelle elles poussaient. « En ce moment, j'ai
l'impression qu'Art est le seul rempart entre nous et la cruauté des asuras. Je
sais que Varay n'est pas aussi puissante que ça, mais la voir travailler si dur
pour s'améliorer, même à son niveau, me rend plus optimiste quant à nos
chances. »
Virion a posé son arrosoir et a coupé quelques branches fragiles sur les plus
grands arbrisseaux. Une fois terminé, il s'est mis debout, les mains sur les
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hanches, et a contemplé l'arboretum avec fierté. « La terre est aussi fertile
qu'Arthur l'avait décrit. Imagine la croissance de ces arbres s'ils bénéficiaient
d'une bonne circulation de l'air et d'un ensoleillement adéquat. » Souriant, il
a posé son regard sur moi. « Tu sais bien que je ne parlais pas de l'avenir en
général, Tessia. Je parlais de ton avenir. »
Je me suis mordue la lèvre lorsqu'il s'est approché de moi. Il a posé ses mains
sur mes épaules et m'a regardée profondément dans les yeux. « Ce n'est pas
grave, ma petite. Tu n'as pas à te sentir coupable. Tu as goûté au pouvoir, au
vrai pouvoir, et tu veux le retrouver, parce que tu veux être aux côtés d'Ar-
thur, pas derrière lui. Il n'y a aucune honte à cela. »
Il s'est tu et s'est tourné vers l'entrée. Quelques secondes plus tard, Bairon a
fait irruption dans la caverne et a atterri juste au-delà de la limite de l'arbore-
tum. La Lance humaine n'a pas pris le temps de nous saluer. « Nous avons des
nouvelles d'Alacrya. Les Seigneurs Nains ont convoqué un Conseil et souhai-
tent que vous y assistiez. »
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Virion a adressé un sourire grave à la Lance. « Tu veux dire qu'ils exigent que
j'y assiste. Avec la guerre qui semble définitivement terminée, les Nains de-
viennent plus audacieux et plus impatients envers les Elfes restants. »
Bairon a acquiescé en passant une main dans ses cheveux blonds soyeux. « Le
sentiment qui a conduit à l'attaque contre les Alacryens n'a pas entièrement
disparu. Même si vous n'étiez pas le bienvenu au conseil, Virion, j'ai bien peur
que l'on ait besoin de vous. En tant que voix de la raison. »
Soupirant, Virion a balayé son épaule et s'est dirigé vers Bairon. Il s'est arrêté
après quelques pas et s'est retourné vers moi. « Pourrais-tu choisir quelques
sujets pour notre prochain transfert vers Elenoir ? Saria Triscan est impatiente
de créer un nouveau bosquet. »
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mêmes avaient été renvoyés chez eux – continuait de diviser les nains en
deux camps.
Nous sommes arrivés dans la salle du conseil où les voix s'élevaient déjà. Dur-
gar Silvershale, qui avait pris la place de son père pendant que Daglun se
remettait de ses blessures, se tenait debout et pointait son doigt vers le vi-
sage du Seigneur Earthborn.
« ... au-delà de toute mesure contre ces égorgeurs ! Cela ne nous regarde
pas. »
Je ne connaissais pas les Silvershale, mais j'avais combattu aux côtés de Skarn
et de son frère, Hornfels, à Elenoir avant ma capture. J'ai posé ma main sur la
sienne. Il a lancé un regard noir à Durgar, mais il est resté à sa place.
« Mes amis », dit Virion d'une voix suffisamment forte pour couvrir les dis-
putes.
Une femme se tenait à la tête de la table où les autres étaient assis. De dos,
elle avait de longs cheveux roux flamboyants. Elle était vêtue simplement
d'une tenue de voyage en cuir. Au son de la voix de Virion, elle s'est retour-
née.
Je me tenais debout dans une foule compacte. Les gens me serraient si fort
que je peinais à respirer. Une voix mielleuse se répandait sur la place de la
ville. Des piliers de pierre s'élevaient haut dans le ciel. Des cheveux roux flot-
taient comme des flammes dansantes tandis que ce même visage nous
regardait...
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Autour d'elle, des corps. Des corps empalés sur des pointes métalliques
noires.
J'ai regardé dans les yeux de la femme qui avait exhibé les cadavres de mes
parents à travers Dicathen tout en vantant la divinité d'Agrona.
Je connaissais le rôle de Lyra Dreide dans la guerre, avant et après qu'elle ait
cédé la régence de Dicathen à Arthur. Elle avait fait beaucoup de bien pour
Dicathen, de l'avis général.
Les mots qu'ils échangeaient finirent par prendre tout leur sens à mes
oreilles.
« Lyra Dreide. Vous avez fait un long voyage, si peu de temps après votre dé-
part. Que se passe-t-il ?»
« Virion. Je suis contente que vous soyez là. Je vous en prie, Seris a besoin de
votre aide. »
Lyra a secoué la tête, ses cheveux roux volant comme un drapeau enflammé.
« L'explosion a failli tuer Seris et Cylrit, mais elle ne les visait pas. Apparem-
ment, elle a bien tué la Faux Dragoth Vritra, ainsi que beaucoup d'autres. »
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Lance Mica a fait claquer sa langue. Elle se tenait à côté de son père, les bras
croisés, le visage crispé.
« Nous avons laissé votre peuple rentrer chez lui contre notre gré, » intervint
Durgar, se relevant à moitié. « Maintenant, ils implorent notre aide parce
qu'ils trouvent leur foyer inhospitalier. Vous avez de la chance que nous n'en-
voyions pas nos soldats à travers ces portails et... »
« Vous n'avez pas ce genre d'autorité, mon garçon, » Dit une naine en frap-
pant du poing sur la table.
« Dame Caera Denoir espérait que son message parviendrait à Vildorial avant
le départ d'Arthur », Dit Lyra, la voix teintée d'amertume. « Il doit savoir ce
qui se passe. »
« Parfait, laissons le régent s'en occuper », dit Daymor, le plus jeune du clan
Silvershale, en mimant le geste de s'essuyer les mains.
« Nous avons un asura ici même, dans la ville », dit Lance Mica en pointant
vers le sol. Elle parlait bien sûr de Wren Kain. « Si quelqu'un peut se rendre à
Ephéotus pour lui transmettre un message, c'est bien lui. »
Le choc de la voir s'était lentement estompé tandis que les Seigneurs, Virion
et Lyra parlaient. Je suivais leur conversation comme dans un rêve, entendant
sans comprendre. Dans le silence incroyablement gênant qui régnait dans la
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salle des Seigneurs, mon esprit était envahi par un tourbillon de pensées con-
fuses.
L'asura est arrivé plus vite que je ne l'avais prévue. Bien que j'aie entendu dire
qu'il aimait voler dans un siège conjuré semblable à un trône, il est entré dans
la Salle des Seigneurs d'un pas assuré, traversant sans hésitation les pierres
flottantes qui menaient à la grande table.
Sans préambule, il a posé ses mains sur la table, s'est penché en avant et a dit
simplement : « Quoi ?»
« Non. » Wren Kain s'est redressé, a pivoté sur ses talons et s'est éloigné.
« Je vous en prie, Seigneur Kain », dit Lyra en faisant quelques pas hésitants
derrière l'Asura. « C'est littéralement une question de vie ou de mort. »
« Aldir avait les moyens de voyager entre Ephéotus et votre monde. Pas
moi. » Les mots de Wren Kain étaient simples, mais ils ont plongé la pièce
dans un silence oppressant.
Les sourcils épais de Wren se sont relevés. « Peut-être. Je ne peux pas le dire
avec certitude. Vous devriez demander à...Chul. »
Lyra Dreide regardait tour à tour Virion et moi. « Chul ? Mais pourquoi... » Ses
yeux se sont écarquillés, et j'ai vu la compréhension s'y refléter. Elle s'est
tournée vers Wren : « Vous ne pouvez pas envoyer un message ou le chercher
pour nous ? Nous n'avons personne d'autre vers qui nous tourner, Maître
Kain. »
L'Asura s'est retourné complètement vers nous. Ses yeux aux paupières
lourdes brillaient, et il serrait les dents, ce qui faisait se contracter et se dé-
tendre les muscles de son visage. « Très bien. Mais je ne promets pas que ça
servira à quelque chose. » Il a plissé les yeux en regardant Durgar Silvershale.
« Si vous interférez avec le programme de la Beast Corps, vous le paierez cher
à mon retour. »
Les Silvershale et leurs alliés au sein du conseil ont pâlis devant cette menace,
la rage et la terreur se livrant bataille sur leurs visages.
« Tant que ce conseil estime que nous avons notre mot à dire dans l'utilisa-
tion des exoformes, cette conversation est reportée à plus tard », a déclaré
Carnelian, la voix encore plus rauque que d'habitude.
« Je vous dirai tout en chemin », répondit Lyra, un peu moins nerveuse et plus
assurée. Elle s'est retournée brièvement vers le conseil et leur a fait une lé-
gère révérence. « Merci de votre aide », dit-elle en prononçant le dernier mot
avec une pointe d'ironie.
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Wren Kain a simplement haussé les épaules, puis nous a fait signe de partir et
s'est éloigné.
« Mais qu'est-ce que ce garçon, Chul, a à voir avec tout ça ?» Demanda Day-
mor Silversale. Quelques autres nains lui ont fait écho.
« Il est lié à Arthur d'une manière qui pourrait transcender les frontières de
nos deux mondes », mentit Wren avec aisance. Il m'a dit : « Allez, viens. On
n'a pas toute la journée. »
Une brève discussion s'ensuivit pour savoir si les nains devaient également
envoyer un représentant, Durgar remettant en question mon autorité pour
représenter Dicathen à titre officiel. Seule Lance Mica se porta volontaire,
mais le conseil lui a rapidement interdit de partir, et la discussion a pris fin.
Wren Kain et Lyra Dreide m'ont laissée le temps de récupérer mes affaires,
puis nous nous sommes précipités vers la surface. L'Asura s'est envolé sur son
siège conjuré tandis que Lyra et moi avions du mal à le suivre.
Une fois sous le soleil brûlant du désert, le sable sous nos pieds s'est trans-
formé pour former le pont d'un petit voilier en pierre. Je me suis baissée et
j'ai passé mes doigts sur la surface,stupéfaite de constater qu'elle était im-
possible à distinguer du bois qu'elle imitait. Lyra s'est agrippée au mât alors
que le navire s'élevait dans les airs, puis nous avons survolé le désert à une
vitesse que même les Lances auraient eu du mal à maintenir.
Je n'ai pas répondu. Quand elle parlait, je n'entendais que sa voix mielleuse
annonçant le massacre de mes parents...
« Je... sais qui vous êtes » dit-elle après un silence inconfortablement long.
J'avais fait l'expérience exacte de ce dont Agrona était capable. Seule une
personne qui avait été victime de sa magie manipulatrice pouvait vraiment
comprendre. Même s'il n'avait jamais enfoncé ses griffes venimeuses dans
l'esprit de Lyra Dreide, l'influence qu'il avait sur tous les Alacryens ne pouvait
être sous-estimée. Cela ne faisait que rendre les personnes qui l'avaient com-
battu encore plus courageuses...
J'ai écarté mes cheveux de mon visage et j'ai esquissé un sourire. « Arthur est
plutôt doué pour ça. J'essaie... encore de suivre son exemple. Je ne vous en
tiendrai pas rigueur. »
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Les sourcils de la femme Alacryenne se sont relevés jusqu'à disparaître der-
rière ses cheveux, qui fouettaient le vent. « Vraiment ? Désolée, je ne voulais
pas douter de vous. C'est juste que j'oublie parfois. »
J'ai penché légèrement la tête, ne sachant pas trop ce qu'elle voulait dire.
Un sourire ironique s'est dessiné sur ses lèvres. « Comme vous pouvez être
gentils, vous, les Dicathéens. » Se redressant, elle a glissé un bras sous le
mien et m'a tirée vers la porte de la cabine. « Allez, venez. Pourquoi ne pas
nous mettre à l'abri du vent ? J'aimerais en savoir plus sur vous, Tessia Eralith.
***
Wren nous a fait descendre dans un ravin profond qui menait à l'un des nom-
breux donjons qui parsemaient la Clairière des bêtes. À l'intérieur, nous avons
trouvé les bêtes de mana massacrées. Wren nous a tous protégés avec son
mana et a pris les devants. Lyra et moi avons couru pour le suivre. Techni-
quement, je pouvais voler, mais je ne maîtrisais pas encore parfaitement
cette technique et je ne voulais pas rebondir sur les murs comme un oisillon
affolé essayant de suivre un asura.
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Même si je n'étais pas entrée dans ce donjon, ou plutôt que Cecilia n'y était
pas entrée, j'en reconnaissais la forme. Lorsque nous sommes arrivés devant
les grandes portes noires menant au foyer, Wren a enfin ralenti.
Elles se sont ouvertes sans délai, révélant un homme musclé qui mesurait
plus de deux mètres. Une bête de mana ressemblant à un ours, qui me rappe-
lait fortement Boo, mais en beaucoup plus grand, se tenait à ses côtés. Ses
petits yeux sombres nous transperçaient un par un, et elle a poussé un gro-
gnement grave.
« Wren Kain IV », dit le géant d'une voix grave qui résonna dans mes os. Il
était manifestement un Asura, mais je ne pouvais pas déterminer sa race. Sa
signature de mana avait une teinte métallique similaire à celle de Wren Kain,
ce qui m'a fait penser qu'il s'agissait peut-être d'un Titan. « Quelle visite inat-
tendue. »
Wren a froncé les sourcils d'un air pensif, mais il n'a pas commenté les pa-
roles d'Evascir. « Bah. Tu vas nous inviter à entrer ou on doit attendre que ce
donjon dévore le mana des fléaux et les fasse renaître ?»
« Lyra Dreide, autrefois esclave d'Agrona, désormais chef de son peuple dans
La Clairière des bêtes. C'est pratiquement ta voisine, Evascir. Et Tessia Eralith,
princesse des Elfes », présenta Wren d'une voix nonchalante.
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Evascir a montré les dents. « L'Héritage. Je te connais. »
Evascir a réfléchi à mes paroles, la mâchoire crispée. « Qu'il en soit ainsi. En-
trez. Mordain va être informé de votre venue. »
Nous avons traversé la salle des gardes extérieure pour pénétrer dans un
passage chaleureux creusé dans le granit et éclairé par des appliques en ar-
gent. Les murs étaient recouverts de vignes vertes, et pendant un instant, j'ai
oublié que nous étions profondément sous terre. L'odeur de cet endroit me
rappelait ma maison d'enfance à Zestier.
Mais Wren ne s'est pas arrêté pour sentir les fleurs. Il s'est envolé du balcon
et a traversé le jardin, nous laissant Lyra et moi nous dépêcher de descendre
les escaliers pour le suivre. Une poignée de personnes aux yeux et aux che-
veux flamboyants, des Phoenix, nous regardaient entrer depuis le jardin. Ils
avaient tous la même expression, mêlant inquiétude et réserve.
Wren s'est retourné pour vérifier que nous le suivions. Le sol s'est soulevé
sous nos pieds et le disque de pierre s'est précipité derrière lui. Je me suis
agenouillée et j'ai attrapé le bord du disque, l'estomac noué. À côté de moi,
Lyra a fait de même.
De larges tunnels ont défilé jusqu'à ce que nous débouchions dans une autre
immense pièce. Comme dans un théâtre, plusieurs rangées de balcons entou-
raient une scène sur laquelle se trouvait une grande table circulaire.
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Une seule silhouette était assise à la table. Elle s'est levée à l'approche de
Wren. Le trône flottant s'est dissous et les pieds de Wren ont touché le sol en
douceur. Lyra et moi avons atterri juste derrière lui, trébuchant sur la plate-
forme.
J'avais vu Mordain à travers les yeux de Cecilia lorsqu'elle avait attaqué Chul,
mais c'était la première fois que je le rencontrais en personne en étant moi-
même. Des marques lumineuses parcouraient les côtés de son visage éton-
namment jeune, mais elles étaient atténuées par l'éclat de ses yeux, qui
brillaient comme le soleil. Sa robe dorée brodée de plumes flottait autour de
lui lorsqu'il bougeait, tout comme sa crinière sauvage aux cheveux flam-
boyants.
« Celle-ci semble presque être à sa place ici », dit-il d'un ton enjoué en regar-
dant les cheveux de Lyra. « Dame Lyra de Haut-sang Dreide, si je ne me
trompe pas. » Il a pris ses mains dans les siennes alors qu'elle le regardait
avec surprise.
Quand il a tourné son visage vers moi, son expression s'est adoucie en un
sourire complexe. « Ah, Dame Eralith. C'est à la fois un plaisir et un honneur
de vous recevoir ici. »
Mes joues ont rougi. La façon dont le Seigneur Phoenix nous parlait et nous
regardait, c'était comme si nous étions les seules personnes qui comptaient
au monde.
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Nous avons tous pris place autour de sa table, et Lyra a rapporté le message
qu'elle avait reçu d'Alacrya, ainsi que la discussion avec les nains à Vildorial.
Je suis restée bouche bée, le regard fixé sur lui, sous le choc.
Mordain lui a lancé un regard compréhensif. « Ton regard est tourné vers
l'intérieur, Wren. Nous, nous regardions vers l'extérieur. »
« Nous aiderez-vous alors ?» Demandai-je trop vite. J'ai ravalé mon anxiété et
me suis redressée. « S'il vous plaît, pouvez-vous nous aider à envoyer un mes-
sage à Arthur ?»
Un homme aux épaules larges et au torse imposant a percuté le sol avec une
telle force que la table géante a bondi, renversant un chandelier. La chouette
verte a battu des ailes, agitée.
L'homme a pointé son arme vers moi : une grosse boule de fer au bout d'un
long manche. Des fissures dans le métal brillaient d'une lumière orange.
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« Toi ! Tu es revenu pour finir le travail, n'est-ce pas ? Je pense que tu trouve-
ras que je suis un adversaire bien plus coriace cette fois-ci !»
« Chul !» Wren, Lyra et Mordain ont tous crié son nom en même temps.
Comme un homme qui se réveille d'un rêve, Chul a cligné des yeux, regardant
les autres autour de lui. Ses yeux, l'un d'un bleu glacial, l'autre d'un orange
brûlant, se sont écarquillés. « Je... j'ai senti... »
Les yeux de Chul se sont écarquillés encore plus, jusqu'à ce qu'il ressemble à
une caricature d'homme dessinée par un enfant. « Tessia ! L'amour perdu
d'Arthur, celle pour qui il a passé tant de nuits blanches à se tourmenter ?»
Avec un rire tonitruant, il s'est précipité vers moi et m'a soulevée dans une
étreinte écrasante, manquant de renverser Lyra au passage.
Je n'ai pu que retenir mon souffle jusqu'à ce que Chul me repose sur mes
pieds. Il a reculé d'un pas et m'a regardée avec un large sourire, les mains sur
les hanches. « Tu es bien plus belle et moins horrible maintenant que lorsque
tu étais l'Héritage ! Peut-être pas aussi belle que Dame Caera du clan Denoir,
qui se bat également pour le cœur de mon frère de vengeance, mais je com-
prends maintenant pourquoi la simple pensée de toi fait battre son cœur. »
J'ai senti mon regard se voiler alors que mon esprit se vidait complètement,
incapable de trouver quoi que ce soit à répondre à cette remarque qui sem-
blait sortir de nulle part. « Merci ?» parvins-je à balbutier.
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Mordain murmura à nouveau, les lèvres pincées. « Chul, ces représentants de
Dicathen et d'Alacrya sont venus parce qu'ils doivent envoyer un message à
Arthur à Ephéotus. Ils sollicitent notre aide. »
Chul a posé son pied sur le siège de la chaise la plus proche, qui était juste-
ment celle que Lyra venait de quitter. Il a appuyé son coude sur son genou.
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