Chapitre2 Complexe
Chapitre2 Complexe
4 Équations algébriques 16
4.1 Équations produit-nul . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
4.2 Trinômes du second degré à coefficients complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
4.2.1 Racine carrée d’un nombre complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
4.2.2 Équations du second degré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
4.2.3 Relations coefficients-racines . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
4.3 Racines ne d’un nombre complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
5 Exponentielle complexe 22
1
1) Définitions
Définition/théorème Il existe un ensemble C (dont les éléments sont appelés nombres com-
plexes), contenant R et muni de deux opérations + et × vérifiant les propriétés suivantes :
? il existe un élément dans C, noté i, tel que i2 = −1 ;
? tout élément z de C s’écrit de manière unique sous la forme z = a+ib où a, b ∈ R (cette écriture
s’appelle la forme algébrique de z)
? les opérations + et × dans C vérifient les mêmes propriétés que les propriétés + et × dans R
Démonstration admise
Vocabulaire/Notations.
? Si z = a + ib ∈ C est un nombre complexe (où a, b ∈ R), on dit que a est la partie réelle de z (on
la note Re(z)) et que b est sa partie imaginaire (on la note Im(z)). Ainsi :
∀z ∈ C, z = Re(z) + i Im(z)
? Un nombre complexe est appelé un imaginaire pur si sa partie réelle est nulle. L’ensemble des
nombres complexes imaginaires purs, noté iR, est donc :
iR = ib b ∈ R
z + 2z 0 = 5 − 4i et zz 0 = 8 + i
Remarques :
? Un nombre réel est donc un nombre complexe dont la partie imaginaire est nulle.
? Pour tout z ∈ C, on a Re(z) ∈ R et Im(z) ∈ R.
? L’unicité de la forme algébrique d’un nombre complexe signifie que :
a = a0
0 0 0 0
∀a, a , b, b ∈ R, a + ib = a + ib ⇐⇒
b = b0
? Attention, les inégalités n’ont aucun sens dans C (un nombre complexe n’a pas de signe).
? Soient a, b, c, d ∈ R et z = a + ib et z 0 = c + id deux nombres complexes. Alors :
On dit que les applications z 7−→ Re(z) et z 7−→ Im(z) sont R-linéaires.
2
Démonstration On a :
donc :
z + λz 0 = (Re(z) + λ Re(z 0 )) +i (Im(z) + λ Im(z 0 ))
| {z } | {z }
∈R ∈R
Mais on a aussi :
z + λz 0 = Re(z + λz 0 ) + i Im(z + λz 0 )
On en déduit les formules annoncées par unicité de la forme algébrique du nombre complexe z + λz 0 .
Remarques :
? C’est faux pour λ ∈ C. Par exemple :
0 = Im(i2 ) 6= i Im(i) = i
? En général :
z Re(z)
Re(zz 0 ) 6= Re(z) Re(z 0 ) et Re 6= (idem pour la partie imaginaire)
z0 Re(z 0 )
√ √
Exemple La forme algébrique du nombre complexe z = (1 + i 3)2 est −2 + 2i 3.
Toutes les propriétés vu dans le chapitre sur les sommes/produits (chapitre 4) restent valables avec
des nombres complexes. On pourrait par exemple démontrer que :
? si x ∈ C \ {1}, alors pour tous (p, q) ∈ N tels que p 6 q, on a l’égalité :
q
X 1 − xq−p+1
xk = xp ×
1−x
k=p
z 2 + w2 = (z + iw)(z − iw)
3
3) Le plan complexe : entre image et affixe
→− → −
On munit le plan usuel d’un repère orthogonal O, i , j .
• Si z ∈ C est un nombre complexe, on appelle image de z le point M du plan de coordonnées
(Re(z), Im(z)).
• Si M (x, y) est un point du plan (respectivement si ~u = (x, y) est un vecteur du plan), on appelle
affixe du point M (respectivement de ~v ) le nombre complexe z = x + iy.
M (z)
y •
~u
→
−
j
• →
− x
i
→− → −
Ceci nous permet d’identifier C avec le plan muni du repère O, i , j (on parle de plan complexe).
4) Conjugaison
z = Re(z) − i Im(z)
Exemple 1 + 2i = 1 − 2i, 4 = 4, −i = i
Remarque : Si M est le point d’affixe z et si M 0 est le point d’affixe z alors les points M et M 0 sont
symétriques par rapport à l’axe des abscisses dans le plan complexe.
M (z)
y •
~u
→
−
j
• →
− x
i
−y •
M 0 (z̄)
1 2−i
... Exercice Déterminer la forme algébrique des nombres complexes z = et w = .
3 + 2i 1 − 5i
4
Proposition (propriétés de la conjugaison) Soient z, z 0 ∈ C. Alors :
z+z z−z
? Re(z) = ? Im(z) = ? z + z0 = z + z0
2 2i
1 1
? zz 0 = z̄ z¯0 ?z=z ? si z 6= 0, =
z z
et :
Démonstration C’est une conséquence directe des deux premiers points de la proposition précédente.
Remarque : ce théorème est utile en pratique pour montrer qu’un nombre est réel ou imaginaire pur.
Exemple Soit z ∈ C \ {−1}. Donnons une condition nécessaire et suffisante sur z pour que le
z+2
nombre complexe Z = soit un nombre réel. On a :
z+1
z+2 z+2
z ∈ R ⇐⇒ z = z ⇐⇒ = ⇐⇒ zz + z + 2z + 2 = zz + 2z + z + 2
z+1 z+1
⇐⇒ z = z
Ainsi, pour que Z soit un nombre réel, il faut et il suffit que z en soit un (différent de −1).
5) Module
5
Définition Soit z ∈ C. On définit le module de z, noté |z|, le nombre réel positif :
√
|z| = zz
Remarques :
? On a donc aussi : p
∀z ∈ C, |z| = Re(z)2 + Im(z)2
√
Par exemple, |2 + i| = 5.
√
? Si z ∈ R. Alors |z| = z 2 = |z| (valeur absolue de z). Autrement dit, le module est un prolonge-
ment de la valeur absolue à l’ensemble C des nombres complexes.
? Dans le plan complexe, le module |z| du nombre complexe z est égale à la longueur OM (z), le
point M désignant l’image de z.
M (z)
•
|z|
→
−
j
• →
−
i
M (z)
•
|z − z 0 |
• M 0 (z 0 )
→
−
j
→
−
i
En identifiant un point du plan avec son affixe, on peut définir les notions de cercle, disque fermé et
disque ouvert du plan complexe.
Définition (cercle et disques du plan complexe) Soient A un point du plan complexe d’af-
fixe a ∈ C et R ∈ R∗+ . On appelle :
? cercle de centre A et de rayon R l’ensemble :
C (A, R) = z ∈ C |z − a| = R
Do (A, R) = z ∈ C |z − a| 6 R
Df (A, R) = z ∈ C |z − a| < R
6
2
... Exercice Pour tout t ∈ R, montrer que appartient au cercle de centre 1 et de rayon
1 + it
1.
z |z| 1 1
? z z̄ = |z|2 ? si z 0 6= 0, 0
= 0 ? 0
= 0 ? |z| = |z̄|
z |z | z |z |
Démonstration Soient z, z 0 ∈ C.
? On a :
Remarque : en général |z + z 0 | =
6 |z| + |z 0 | (prendre z = −1 et z 0 = 1 par exemple).
De plus, on a l’égalité |z + w| = |z| + |w| si et seulement si les vecteurs du plan complexe d’affixes z
et w sont colinéaires de même sens.
Rappels :
? Deux vecteurs ~u et ~v sont dits colinéaires s’il existe λ ∈ R tel que :
~u = λ~v ou ~v = λ~u
7
Démonstration Soient z, w ∈ C.
? Commençons par établir l’inégalité de droite. On a :
2
− |z + w|2 = |z|2 + |w|2 + 2|z| × |w| −(z + w) z + w
|z| + |w|
|{z}
=|w|
2 2
= |z| + |w| + 2|zw| − |{z}
zz − |{z}
ww − zw + zw
=|z|2 =|w|2
= 2|zw| − zw + zw
= 2 |zw| − Re zw
Or on sait que Re zw 6 |zw| et que Re zw 6 Re zw donc, par transitivité de la relation 6, on a
Re zw 6 |zw|. Ceci montre que :
2 2
|z| + |w| − |z + w|2 > 0 i.e. |z| + |w| > |z + w|2
√
La fonction x 7−→ x est croissante sur R+ et les nombres |z| + |w| et |z + w| sont positifs ou nuls donc
|z + w| 6 |z| + |w|.
? Démontrons maintenant l’inégalité de gauche. En utilisant ce qui précède, on a :
8
II – Nombres complexes de module 1 et trigonométrie
1) Définition et premières propriétés
On note U l’ensemble des nombres complexes de module 1, c’est-à-dire :
U = z ∈ C |z| = 1 ⊂ C∗
Dans le plan complexe, on identifie U avec le cercle ce centre O(0, 0) et de rayon 1 (appelé cercle
trigonométrique).
Remarques :
1
? Pour tout z ∈ U, on a z 6= 0 et l’égalité z = (car |z|2 = zz = 1).
z
e iθ = cos(θ) + i sin(θ)
Remarques :
? C’est une notation. Nous verrons que la fonction θ ∈ R 7−→ e iθ partage un certain nombre de
propriétés vérifiées par l’exponentielle réelle, mais pas toutes (penser à la positivité).
? On a donc :
∀θ ∈ R, cos(θ) = Re(e iθ ) et sin(θ) = Im(e iθ )
√ √
π
i2
π
i4 2 2
Exemple e i×0 = 1, e i2π = 1, e = i, e = +i .
2 2
U = e iθ θ ∈ R
0 0 1 0 e iθ
(i) e iθ e iθ = e i(θ+θ ) (ii) e −iθ = = e iθ (iii) e i(θ−θ ) =
e iθ e iθ0
0
(iv) e iθ = 1 ⇐⇒ θ ≡ 0 [2π] (v) e iθ = e iθ ⇐⇒ θ ≡ θ0 [2π]
Rappels.
9
? Dans la démonstration de (i), nous utiliserons les deux identités suivantes qui seront démontrées
dans le chapitre de trigonométrie :
cos(θ + θ0 ) = cos(θ) cos(θ0 ) − sin(θ) sin(θ0 )
∀θ, θ0 ∈ R,
sin(θ + θ0 ) = sin(θ) cos(θ0 ) + cos(θ) sin(θ0 )
? Si a, b ∈ R, on dit que a est congru à b modulo 2π s’il existe k ∈ Z tel que a = b + 2kπ. On note
a ≡ b [2π].
Démonstration Soient θ, θ0 ∈ R.
(i) On a :
0
e iθ × e iθ = (cos(θ) + i sin(θ))(cos(θ0 ) + i sin(θ0 ))
= cos(θ) cos(θ0 ) − sin(θ) sin(θ0 ) + i(cos(θ) sin(θ0 ) + cos(θ0 ) sin(θ))
= cos(θ + θ0 ) + i sin(θ + θ0 )
0
= e i(θ+θ )
? On en déduit que :
1
e iθ × e −iθ = e i(θ−θ) = e i 0 = 1 d’où l’on tire que e −iθ =
e iθ
De plus, les fonctions cos et sin étant respectivement paire et impaire sur R, on a aussi :
e −iθ = cos(−θ) + i sin(−θ) = cos(θ) − i sin(θ) = e iθ
(iii) De même :
0 0 0 0
e iθ × e i(θ−θ ) = e i(θ +(θ−θ )) = e iθ
0
d’où (iii) en divisant par e iθ 6= 0.
(v) On utilise (iii) :
0 e iθ
e iθ = e iθ ⇐⇒ =1
e iθ0
0
⇐⇒ e i(θ−θ ) = 1
⇐⇒ cos(θ − θ0 ) + i sin(θ − θ0 ) = 1 + i × 0
⇐⇒ cos(θ − θ0 ) = 1 et sin(θ − θ0 ) = 0 (par unicité de la forme algébrique de 1 ∈ C)
0
⇐⇒ θ − θ ≡ 0 [2π]
⇐⇒ θ ≡ θ0 [2π]
On en déduit (iv) en choisissant θ0 = 0.
Remarques :
? D’après le dernier point de la proposition, on a aussi :
U = e iθ θ ∈ [0, 2π[
? Le calcul mené dans le premier point permet de retrouver les formules relatives à cos(p +
− q) et
sin(p +
− q).
10
Démonstration Soit θ ∈ R.
? Il suffit de faire le calcul :
e iθ + e −iθ cos(θ) + i sin(θ) + cos(θ) − i sin(θ)
= = cos(θ)
2 2
et le calcul est analogue pour sin(θ).
? Commençons par démontrer par récurrence que :
n
∀n ∈ N, e iθ = e inθ
C’est clair pour n = 0 (les deux nombres mis en jeu dans l’identité précédente valant 1). Soit maintenant
n
n ∈ N tel que e iθ = e inθ . Alors :
n+1 n
e iθ = e iθ × e iθ = e inθ × e iθ (hypothèse de récurrence)
= e i(nθ+θ) (propriété de ϕ ∈ R 7−→ e iϕ )
= e i(n+1)θ)
L’égalité est donc vraie au rang n + 1. Par principe de récurrence simple, on a bien :
n
∀n ∈ N, e iθ = e inθ
Soit maintenant n ∈ Z \ N. Alors :
−n
iθ n
−n
iθ −1 1 1
e = e = = −n
e iθ e iθ
1
= i(−nθ) (car − n ∈ N)
e
= e nθ
La formule de Moivre est donc établie.
(a) à linéariser
Linéariser, c’est transformer une expression de la forme cos(x)m sin(y)n (où m, n ∈ N) en une expression
X
de la forme (αp cos(xp ) + βq sin(xq )). L’intérêt, c’est qu’il n’y plus d’exposant dans l’expression
p,q
obtenue. La méthode est toujours la même :
(i) on applique les formules d’Euler ;
(ii) ensuite on développe l’expression obtenue (en utilisant éventuellement la formule du binôme de
Newton et la formule de Moivre) ;
(iii) puis en regroupe les termes par paires et on applique à nouveau les formules d’Euler (à l’envers).
Exemple Soit θ ∈ R. Linéarisons cos(θ)3 . On a :
3
e + e −iθ
iθ
3
cos(θ) = (formule d’Euler pour le cosinus)
2
e i3θ + 3e iθ + e −iθ + e −i3θ
= (formule de Moivre)
8
2 cos(3θ) + 6 cos(θ)
= (formule de Moivre pour le cosinus)
8
cos(3θ) 3 cos(θ)
= +
4 4
Z π
2
Exemple d’application : calculer I = cos(θ)3 dθ.
0
11
(b) à anti -linéariser
Il s’agit ici d’exprimer une expression de la forme cos(nθ) ou sin(nθ) (où (n, θ) ∈ Z×R) en un polynôme
en cos(θ) et sin(θ).
Exemple Soit θ ∈ R. Exprimons cos(3θ) comme un polynôme en cos(θ).
D’après la formule de Moivre :
cos(3θ) = Re e i3θ = Re (e iθ )3
et :
(e iθ )3 = (cos(θ) + i sin(θ))3
= cos(θ)3 − 3 cos(θ) sin(θ)2 +i (3 cos(θ)2 sin(θ) − sin(θ)3 )
| {z } | {z }
∈R ∈R
donc :
cos(3θ) = cos(θ)3 − 3 cos(θ) sin(θ)2
Plus généralement, on a le résultat suivant (qu’il faut savoir redémontrer pour n quelconque ou pour
une valeur de n particulière).
et :
X n
sin(nθ) = cos(θ)n−2p−1 (−1)p sin(θ)2p+1
2p + 1
062p+16n
en utilisant la formule du binôme de Newton. Par unicité de la forme algébrique d’un nombre complexe, on
conclut donc que :
X n
cos(nθ) = cos(θ)n−2p (−1)p sin(θ)2p
2p
062p6n
et :
X n
sin(nθ) = cos(θ)n−2p−1 (−1)p sin(θ)2p+1
2p + 1
062p+16n
12
Démonstration Soit p, q ∈ R. Alors :
p+q p−q q−p p−q p+q
e ip − e iq = e i 2 ei 2 − ei 2 = 2i sin ei 2
2
d’après la formule d’Euler pour le sinus. La deuxième identité se démontre de manière analogue (en utilisant
cette fois la formule d’Euler pour le cosinus). Le choix p = 0 fournit enfin les deux dernières identités.
p+q
Démonstration Soit p, q ∈ R. En explicitant e i 2 dans la proposition précédente, on a :
ip iq p+q p−q p+q p−q
e − e = 2i cos sin − 2 sin sin
2 2 2 2
Par ailleurs :
e ip − e iq = (cos(p) − cos(q)) + i(sin(p) − sin(q))
donc, par unicité de la forme algébrique d’un nombre complexe, on obtient bien les deux dernières identités.
Cn (θ) = n + 1 et Sn (θ) = 0
? Deuxième cas : θ ∈
/ 2πZ
13
Alors e iθ 6= 1 donc (en utilisant la formule de Moivre et la somme des termes d’une suite
géométrique de raison e iθ 6= 1) :
n n+1
X
iθ k
1 − e iθ
En (θ) = e =
1 − e iθ
k=0
1 − e i(n+1)θ
=
1 − e iθ
(n+1)θ
(n+1)θ
ei 2 −2i sin 2
= θ
× θ
e i2 −2i sin 2
(n+1)θ
nθ sin
= ei 2 × 2
sin 2θ
(n+1)θ (n+1)θ
nθ sin 2 nθ sin 2
= cos θ
+ i sin
sin 2θ
2 sin 2 2
Par unicité de la forme algébrique d’un nombre complexe, on peut donc conclure que :
(n+1)θ (n+1)θ
nθ sin 2 nθ sin 2
Cn (θ) = cos et Sn (θ) = sin
sin 2θ sin 2θ
2 2
z z |z| z
Soit z ∈ C∗ . Le nombre complexe est de module 1 (puisque = = 1), i.e. ∈ U. Il existe
|z| |z| |z| |z|
z
donc θ ∈ R tel que = e iθ .
|z|
Définition (argument) Soit z ∈ C∗ . On appelle argument de z tout nombre réel θ tel que :
z = |z| e iθ
M (z)
→
− θ = Arg(z)
j
→
−
i
− −−−−→
→
Un argument de z est une mesure de l’angle orienté i , OM (z) , où M (z) est l’image de z dans le
plan complexe.
Remarques :
? Par convention, le nombre complexe 0 n’admet pas d’argument.
? Il n’y a pas unicité de l’argument : par exemple 1 = e i×0 = e i2π donc 0 et 2π sont deux arguments
du nombre complexe 1.
14
Proposition (ensemble des arguments d’un nombre complexe non nul) Soient z ∈ C∗
et θ un argument de z. L’ensemble des arguments de z est :
θ + 2kπ k ∈ Z
Ainsi :
Az = ϕ ∈ R ∃ k ∈ Z, ϕ = θ + 2kπ = θ + 2kπ k ∈ Z ,
π
donc arg(z) ≡ [2π].
6
z = |z| e iθ
Remarques :
? Par convention, le nombre complexe 0 n’admet pas de forme trigonométrique.
15
? Soit z ∈ C∗ . S’il existe r ∈ R∗+ et θ ∈ R tel que z = r e iθ , alors cette écriture est la forme
trigonométrique de z. En effet :
|z| = |r| e iθ = r
car r ∈ R+ et e iθ ∈ U.
? Pour les deux autres points, on peut procéder de la même manière en déterminant les formes trigonomé-
z
triques de 0 et z n .
z
r = r0
0
r e iθ = r0 e iθ ⇐⇒
θ ≡ θ0 [2π]
IV – Équations algébriques
1) Équations produit-nul
16
Proposition (intégrité de C) Pour tous z, w ∈ C, on a :
zw = 0 ⇐⇒ z = 0 ou w = 0
Remarque : on dit que (C, +, ×) est (un anneau) intègre (cf. chapitre 11 sur les structures algébriques).
ax2 + bx + c = 0 où (a, b, c) ∈ R∗ × R2
Définition (racine carrée d’un nombre complexe) Soit z ∈ C. On appelle racine carrée de
z tout nombre complexe a tel que a2 = z.
par intégrité de C.
Remarques :
√
? On n’écrira jamais « z » pour z ∈ C, à moins que z soit un élément de R+ bien sûr.
? Le nombre complexe 0 admet une et une seule racine carrée : lui-même. En effet :
∀a ∈ C, a2 = 0 ⇐⇒ a = 0
par intégrité de C.
? On peut démontrer qu’un nombre complexe non nul admet exactement deux racines carrées.
17
Comment détermine-t-on les racines carrées d’un nombre complexe z ?
? Première méthode : (si l’on sait déterminer la forme trigonométrique de z)
On suppose ici qu’on sait écrire z sous la forme z = r e iθ où r ∈ R∗+ et θ ∈ R. Étant donné a ∈ C,
on écrit alors que :
√ iθ 2
2 2 iθ 2
a = z ⇐⇒ a = r e ⇐⇒ a = re 2 (formule de Moivre)
√ iθ √ iθ
⇐⇒ a − r e 2 a+ re 2 =0
√ θ √ θ
⇐⇒ a = r e i 2 ou a = − r e i 2
par intégrité de C.
Exemple Déterminons les racines carrées de z = 1 + i.
Soit a ∈ C. On résout :
√ iπ π 2
1
2 2 2 i
a = 1 + i ⇐⇒ a = 2 e 4 ⇐⇒ a = 2 4 e 8
1 π 1 π
i8 i8
⇐⇒ a − 2 e 4 a+2 e
4 =0
1 π 1 π
⇐⇒ a = −2 4 e i 8 ou a = 2 4 e i 8
1 π
Ainsi, les racines carrées de 1 + i sont +
− 24 ei8 .
a2 = z (X 2 − Y 2 ) + 2iXY
2
a = z ⇐⇒ 2 ⇐⇒ p = x + iy
|a| = |z| 2 2
X + Y = x2 + y 2
X2 − Y p 2 =x
⇐⇒ X 2 + Y 2 = x2 + y 2
2XY = y
Les deux premières équations nous permettent d’obtenir X 2 et Y 2 (et donc X et Y ), la deuxième
nous permet de déterminer Y à partir de X (puisque le signe de y est celui de XY ).
Exemple Déterminons (à nouveau) les racines carrées de z = 1 + i.
Soit a = X + iY ∈ C (où X, Y ∈ R). Alors :
X 2 − Y 2 =√1
2
2 a + 1 +
√ i
a = 1 + i ⇐⇒ ⇐⇒ X2 + Y 2 = 2
|a|2 = 2
2XY = 1
D’après la deuxième équation, X et Y sont de même signe donc les racines carrées de z = 1 + i
sont : s√ s√ s√ s√
2+1 2−1 2+1 2−1
+i et − −i
2 2 2 2
18
(b) Équations du second degré
On peut désormais énoncer le résultat sur les équations du second degré à coefficients complexes.
az 2 + bz + c = 0 (E)
? si ∆ 6= 0, alors (E) admet exactement deux solutions (complexes a priori) distinctes, à savoir :
−b + δ −b − δ
z1 = et z2 =
2a 2a
où δ est une racine carrée de ∆ et :
∀z ∈ C, az 2 + bz + c = a(z − z1 )(z − z2 )
Remarque : bien entendu, ce résultat généralise celui bien connu pour les équations à coefficients
réels.
Démonstration Soit z ∈ C. On écrit le trinôme du second degré az 2 + bz + c sous forme canonique pour
résoudre l’équation :
b c
z est solution de (E) ⇐⇒ z 2 + z + = 0 (car a 6= 0)
a a
2
b ∆
⇐⇒ z + = 2
2a 4a
2 2
b δ
⇐⇒ z + =
2a 2a
b δ b δ
⇐⇒ z + =− ou z+ = ,
2a 2a 2a 2a
d’où le résultat.
19
Démonstration Soient s, p, x, y ∈ C. Alors :
(x, y sont solutions dans C de l’équation z 2 − sz + p) ⇐⇒ ∀z ∈ C, z 2 − sz + p = (z − x)(z − y)
∀z ∈ C, z 2 − sz + p = z 2 − (x + y)z + xy
⇐⇒
⇐⇒ s = x + y et p = xy
par unicité des coefficients d’un polynôme.
x + y = 1 + 2i
Exemple Les solutions dans C2 du système sont (1 + i, i) et (i, 1 + i).
xy = 1 − i
Remarques :
? Le nombre complexe 0 a une seule racine ne , à savoir 0.
? On a l’inclusion Un ⊂ U.
En effet, pour tout z ∈ Un , on a z n = 1 donc |z|n = 1 = 1n donc, par injectivité (stricte croissance
de la fonction) x 7−→ xn sur R+ (et puisque |z|, 1 ∈ R+ ), on a |z| = 1.
Démonstration On remarque que 0 n’est pas une racine ne de 1 (i.e. 0 ∈ / Un ) car 0n = 0 6= 1 (puisque
∗ ∗ iθ
n > 1). Soit z ∈ C . Il existe r ∈ R+ et θ ∈ R tels que z = r e . Ainsi (d’après la formule de Moivre) :
rn = 1
z n = 1 ⇐⇒ rn e inθ = 1 = 1 × e i 0 ⇐⇒
nθ ≡ 0 [2π]
r=1
⇐⇒
∃ k ∈ Z, nθ = 2kπ
(
r=1
⇐⇒ 2kπ
∃ k ∈ Z, θ =
n
Ceci montre que :
n 2kπ o n 2kπ o
Un = z ∈ C ∃ k ∈ Z, z = e i n = ei n k ∈ Z
Il reste à montrer que :
n 2kπ o
Un = e i n k ∈ J0, n − 1K
| {z }
ensemble noté E
On raisonne par double inclusion.
20
? L’inclusion A ⊂ Un est évidente.
2kπ
? Soit maintenant z ∈ Un . Il existe alors k ∈ Z tel que z = e i n . D’après le théorème de la division
euclidienne, il existe q ∈ Z et r ∈ J0, n − 1K tels que k = nq + r. Ainsi :
2(nq+r)π q 2irπ 2irπ
z = ei n = e i2π e n =e n
Il reste à vérifier que les éléments de A sont deux à deux distincts. Soient k, ` ∈ J0, n − 1K2 . On suppose que
2kπ 2`π 2kπ 2`π
e i n = e i n . Alors = ≡ 0 [2π], c’est-à-dire k ≡ ` [1]. Comme k et ` sont des entiers, cela implique
n n
que k = `.
Remarques :
2iπ
? Posons ω = e n . Alors :
Un = ω k k ∈ J0, n − 1K
Exemple ? U1 = {1}
? U2 = {−1, 1}
2π
? U3 = {1, j, j 2 } où j = e i 3 et donc 1 + j + j 2 = 0 (et j = j 2 )
? U4 = {−1, 1, −i, i}
π 2π 4π 5π
? U6 = 1, e i 3 , e i 3 , −1, e i 3 , e i 3
Géométriquement, les images des éléments de Un dans le plan complexe forment un polygone régulier
à n côtés.
Proposition (racines nèmes d’un nombre complexe écrit sous forme trigonométrique)
Soit (r, θ) ∈ R∗+ × R et z = r e iθ . Les racines nèmes de z sont les nombres complexes de la forme
√ θ 2kπ
n
r e i n e i n où k ∈ J0, n − 1K.
21
√ √ √
Exemple Les racines cubiques de 2 sont 3
2, j 3 2 et j 2 3 2.
V – Exponentielle complexe
e z = e Re(z) × e i Im(z)
Remarque : l’exponentielle complexe est donc définie à partir de l’exponentielle réelle et de l’expo-
nentielle e iθ .
Démonstration Soient z, z 0 ∈ C que l’on écrit sous forme algébrique : il existe x, x0 , y, y 0 tels que z = x + iy
et z 0 = x0 + iy 0 .
(i) On utilise les propriétés de l’exponentielle réelle et de θ ∈ R 7−→ e iθ :
e z = e x × e iy = e x × e iy = e x × e −iy (car e x ∈ R)
= ez
22
(iv) Par identification des formes trigonométriques, on a :
0 0 0
e z = e z ⇐⇒ e x × e iy = e x × e iy
x 0
e = ex
⇐⇒
y ≡ y 0 [2π]
x = x0
⇐⇒ (injectivité de l’exponentielle réelle sur R)
y ≡ y 0 [2π]
x = x0
⇐⇒
∃ k ∈ Z, y = y 0 + 2kπ
⇐⇒ ∃ k ∈ Z, x + iy = x0 + i(y 0 + 2kπ)
⇐⇒ ∃ k ∈ Z, z = z 0 + 2ikπ
⇐⇒ z ≡ z 0 [2iπ],
C −→ C∗
Proposition L’application exp : est surjective. Plus précisément, pour tout
z 7−→ e z
a ∈ C∗ , on a :
exp−1 ({a}) =
ln(|a|) + i(θ + 2kπ) k ∈ Z
Démonstration On sait déjà que la fonction exp est à valeurs dans C∗ . Soit maintenant a ∈ C∗ . En notant
θ un argument de a, on a :
a = |a| e iθ = e ln(|a|)+iθ
Pour tout z ∈ C, on a alors (en utilisant la proposition précédente) :
où b ∈ C.
23
? On appelle homothétie de centre (le point d’affixe) ω et de rapport r l’application :
C −→ C
hω,r :
z 7−→ ω + r(z − ω)
où (a, b) ∈ C∗ × C.
Remarque : si f est une rotation ou une homothétie de centre ω ∈ C, alors ω est un point fixe de f
(i.e. f (ω) = ω).
= ω + |a| e iθ (z − ω)
Donc f = Rω,θ ◦ hω,|a| . La deuxième identité se démontre de la même manière.
C −→ C 1
Exemple L’application f : est la similitude directe de centre ω = =
z 7−→ 2iz + 1 1 − 2i
1 + 2i π
, de rapport 2 et d’angle de mesure .
5 2
c−a
2) Interprétation géométrique de
b−a
24
Démonstration On a :
c−a |c − a| AC
= =
b−a |b − a| AB
et :
c−a
arg ≡ arg(c − a) − arg(b − a) [2π]
b−a
−→ −−→
≡ ~i, AC − ~i, AB [2π]
−−→ −→
≡ AB,~i + ~i, AC [2π]
−−→ −→
≡ AB, AC [2π]
... Exercice Déterminer l’ensemble des nombres complexes z tels que le triangle de sommets
les points d’affixes z, z 2 et z 3 soit rectangle en z.
Une solution.
Les nombres complexes z = 0 et z = 1 conviennent. Soit z ∈ C \ {0, 1}. Le triangle de sommets les points
z3 − z
d’affixes z, z 2 et z 3 est rectangle en z si et seulement si 2 ∈ iR, d’où l’on tire que Re(z) = −1. L’ensemble
z −z
cherché est donc :
{0, 1} ∪ z ∈ C Re(z) = −1
Définition ? Soit a ∈ I. On dit que f est dérivable en a si les fonctions Re(f ) et Im(f )
sont dérivables en a. Dans ce cas, on appelle nombre dérivée de f en a, noté f 0 (a), le nombre
complexe défini par :
f 0 (a) = Re(f )0 (a) + i Im(f )0 (a)
? On dit que f est dérivable sur I si f est dérivable en tout point de I. La dérivée de f est alors
la fonction :
I −→ C
f0 :
x 7−→ f 0 (x)
Les formules de dérivation d’une somme, d’un produit et d’un quotient de fonctions complexes sont
les mêmes que pour les fonctions réelles (voir chapitre 1), de même que la formule de dérivation d’une
fonction composée.
25
Exemple ? La fonction f : x 7−→ x2 + i sin(x) est dérivable sur R (car les fonctions x 7−→ x2
et x 7−→ sin(x) le sont) et :
∀x ∈ R, f 0 (x) = 2x + i cos(x)
1
? La fonction g : x 7−→ est dérivable sur R comme quotient de fonctions dérivables (le
x+i
dénominateur ne s’annulant pas) et :
1
∀x ∈ R, g 0 (x) = −
(x + i)2
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