ÉTUDE DE QUELQUES MODÈLES DE TURBORÉACTEURS
Le turboréacteur est un système de propulsion essentiellement utilisé pour les avions. La poussée
résulte de l’accélération de l’air entre l’entrée (manche à air) et la sortie (tuyère), par la combustion d’un
carburant, généralement du kérosène, dans l’oxygène de l’air. Une partie de l’énergie produite est
récupérée par une turbine qui sert à faire tourner le compresseur au niveau de l’entrée d’air.
Il s’agit, dans ce problème, de comparer quelques caractéristiques théoriques des moteurs qui
équipent les avions de chasse et les avions de transport.
Hypothèses de travail ( valables pour tous les machines étudiées dans ce problème)
L’air est considéré comme un gaz parfait de constante énergétique = cp/cv, sa capacité thermique
massique à pression constante est cp = 1,00 kJ kg−1 K−1.
L’écoulement est supposé unidimensionnel et le régime est permanent.
Les variations d’énergie potentielle sont négligées.
Les variations d’énergie cinétique sont, de la même façon, négligées, sauf, bien entendu, lors de la
traversée des tuyères.
Les seules parties mécaniques mobiles sont les compresseurs et les turbines (turbomachines). La
présence d’un alternateur (générateur électrique) n’est pas prise en compte dans ce problème.
Compresseur(s) et turbine sont liés par un arbre commun. Les pertes mécaniques par frottements,
dans la turbine, dans le(s) compresseur(s) et au niveau des paliers de l’arbre qui les relie, sont
négligées : la puissance mécanique cédée à la turbine est intégralement transmise au(x)
compresseur(s).
Les évolutions dans le(s) compresseur(s), la turbine et la tuyère sont supposées isentropiques.
Les pertes de charge dans les chambres de combustion isobares sont négligées.
Les particularités de l’air, notamment sa composition, son débit massique Dm et ses caractéristiques
énergétiques cp et , ne sont pas perturbées par la combustion : le mélange gazeux, au cours de
l’écoulement (avant et après combustion), est assimilé à l’air.
Le pouvoir thermique (calorifique) massique du carburant utilisé (kérosène) dans la (les) chambre(s)
de combustion est pk = 50,0 106 J kg−1.
I. GÉNÉRALITÉS
(10 % du barème)
Le système défini par le fluide contenu dans la surface fermée , dite surface de contrôle (par exemple,
le volume intérieur d’une machine à travers laquelle transite un fluide), est un système ouvert (figure f.1).
z
(t dt)
zs
Wi dms
Surface de g Champ de
pesanteur
contrôle
Q
Écoulement dme
ze
(t)
Figure f.1
1. Soit le système fermé (t) qui, à l’instant t, est constitué du fluide contenu dans et de l’élément de
fluide dme qui va rentrer dans pendant la durée dt. Ce même système fermé (t+dt), à l’instant t+dt,
est constitué du fluide contenu dans et de l’élément de fluide dms, qui est sorti de pendant la même
durée dt.
2
En appliquant le premier principe généralisé au système , redémontrer le premier principe, dit
industriel, qui relie les grandeurs massiques enthalpie h, énergie cinétique ec, énergie potentielle ep,
travail indiqué wi et transfert thermique q, d’un fluide en régime permanent (ou stationnaire)
d’écoulement.
IMPORTANT : dans toute la suite du problème et à chaque application du premier principe
des systèmes ouverts en régime permanent, toute simplification de la formule devra être
dûment justifiée.
2. La première application du premier principe des systèmes ouverts en régime permanent concerne le
fonctionnement de la tuyère, conduite calorifugée de section variable, qui ne contient pas de paroi
mobile (figure f.2).
Section de sortie
Section d'entrée
ce 0 Écoulement
cs
Te Ts
Figure f.2
Les températures, au niveau des sections d’entrée et de sortie, sont respectivement Te et Ts. Établir
l’expression de la vitesse cs de l’écoulement à la sortie de la tuyère (la vitesse d’entrée est négligée :
ce 0 m s−1).
II. TURBORÉACTEUR D’AVION DE CHASSE
A. Turboréacteur sans post-combustion
(40 % du barème)
Il s’agit d’étudier le modèle d’un premier réacteur, noté (A) (figure f.3), qui équipe les avions de chasse.
Les caractéristiques de l’écoulement sont précisées ci-dessous.
Coque du
réacteur
(2) (3) (4)
(1)
(5)
Arbre (axe de rotation)
(5)
(1)
(2) (3) (4)
Compresseur Combustion Turbine Tuyère
(1- 2) (2 - 3) (3- 4) (4 - 5)
Figure f.3
Étape (1) (2) : l’air ambiant (T1 = 300 K, P1 = 1,00 bar) est aspiré et comprimé par le compresseur, de
taux de compression 1-2 = P2/P1 = 10,0 ; puis cet air pénètre à la température T2 et sous la pression P2,
dans la chambre de combustion où le carburant est injecté.
3
Étape (2) (3) : grâce à la combustion du kérosène, l’air subit un réchauffement isobare (P3 = P2) jusqu’à
la température T3 = 1200 K.
Étape (3) (4) : le mélange gazeux se détend partiellement dans la turbine.
Étape (4) (5) : les gaz sont admis dans la tuyère, conduite de section variable, où leur détente se
poursuit jusqu’à la pression ambiante P5 = P1 = 1,00 bar.
Le débit massique de l’air aspiré (et aussi de l’air refoulé) par le turboréacteur vaut Dm = 50,0 kg s−1.
3. Établir les expressions littérales :
3.1. de la température T2 à la sortie du compresseur (donc à l’entrée de la chambre de combustion) ;
3.2. du travail indiqué massique wi,1-2 mis en jeu dans le compresseur (1-2).
4. Le travail indiqué massique, au niveau du compresseur, vaut wi,1-2 = 279 kJ kg−1. En exploitant cette
dernière donnée :
4.1. déterminer la valeur numérique de la température T2 ;
4.2. même question pour la température T4, à la sortie de la turbine (3-4).
5. Les paramètres de température et de pression sont étudiés au niveau de la tuyère (4-5). Établir les
expressions littérales :
5.1. de la pression P4 à la sortie de la turbine qui entraîne le compresseur (la valeur numérique de
cette pression est P4 = 3,96 bar) ;
5.2. de la température T5 à la sortie de la tuyère.
6. Les puissances cinétiques et thermiques du turboréacteur (A) sont évaluées.
6.1. Rappeler la relation simple qui existe entre la puissance cinétique Pcin (W) de l’air en écoulement,
son débit massique Dm (kg s−1) et son énergie cinétique massique ec (J kg−1).
6.2. La température en (5) vaut T5 = 621 K. Déterminer littéralement, puis numériquement :
6.2.1. la puissance cinétique Pcin,A de l’écoulement à la sortie de la tuyère ;
6.2.2. la puissance thermique Pth,A reçue par l’air dans la chambre de combustion (2-3) ;
6.2.3. le débit massique Dk,A de kérosène consommé dans le turboréacteur (A) en
fonctionnement.
7. Il s’agit maintenant d’établir la principale caractéristique du fonctionnement du turboréacteur (A).
Calculer la valeur numérique du rendement thermique th,A, défini par le rapport th,A = Pcin,A/Pth,A.
8. L’évolution théorique d’une masse d’air unité (1 kg), entre l’entrée (1) et la sortie (5) du turboréacteur,
peut se représenter dans le diagramme de Clapeyron P(v) et dans le diagramme entropique T(s) (v et
s étant respectivement les volume et entropie massiques). Compléter les deux diagrammes (figures
f.9 et f.10) de la feuille annexe ( à rendre avec la copie), en dessinant l’allure du chemin suivi
réversiblement par l’unité massique de fluide [y ajouter les points représentatifs des états (1), (2), (3),
(4) et (5)].
9. Une évolution irréversible (hypothèse réaliste, exceptionnellement valable pour cette question § 9),
dans le compresseur (1-2) et la turbine (3-4), modifie les paramètres de température, sans modifier,
en première approximation, les paramètres de pression. La transformation est supposée réversible
dans les autres éléments du turboréacteur.
9.1. Montrer, par un raisonnement graphique dans le diagramme T(s), que pour la compression
(1-2), la température T2irrév atteinte avec irréversibilité est différente de la température T2rév
calculée plus haut (§ 3 & 4). La température T2irrév est-elle inférieure ou supérieure à T2rév ?
9.2. Compléter le troisième diagramme (figure f.11) de la feuille annexe ( à rendre avec la copie)
en dessinant cette fois l’allure (traits pointillés en cas d’irréversibilité et traits pleins en cas de
réversibilité) du chemin suivi, de (1) à (5), par l’unité de masse du fluide.
4
B. Activation de la post-combustion
(20 % du barème)
La disposition du second turboréacteur, noté (B) (figure f.4), est identique à celle du moteur (A) étudié
précédemment (§ II.A).
Coque du
réacteur
(2) (3) (4)
(1) (6)
(7)
Arbre (axe de rotation)
(7)
(1) (6)
(2) (3) (4)
Compresseur Combustion Turbine Combustion Tuyère
(1- 2) (2 - 3) (3- 4) (4 - 6) (6 - 7)
Figure f.4
Les températures T1, T2, T3 et T4, ainsi que les pressions P1, P2, P3 et P4 sont identiques pour les deux
turboréacteurs (A) et (B). Mais, dans le réacteur (B), une seconde combustion (post-combustion 4-6) est
instaurée entre turbine et tuyère.
Étape (4) (6) : avant d’entrer dans la tuyère, l’air est maintenant chauffé de manière isobare (P6 = P4),
grâce à la post-combustion, de la température T4 précédente (question § 4.2) à la température
T6 = 2000 K.
Étape (6) (7) : dans la tuyère, l’air subit une détente jusqu’à la température T7 et la pression ambiante
P7 = P1 = 1,00 bar.
Le débit massique de l’air en écoulement vaut toujours Dm = 50,0 kg s−1.
10. Établir l’expression littérale de la température T7 à la sortie de la tuyère (sa valeur numérique est
T7 = 1350 K).
11. Les puissances cinétique et thermique du turboréacteur (B) sont évaluées à leur tour. Déterminer
littéralement, puis numériquement :
11.1. le transfert thermique massique q4-6 reçu par l’air lors de la post-combustion (4-6) ;
11.2. la puissance cinétique Pcin,B (définie à la question § 6.1) des gaz à la sortie de la tuyère ;
11.3. la puissance thermique Pth,B totale reçue par l’air au cours de la traversée du turboréacteur (B) ;
11.4. le débit massique total Dk,B de kérosène consommé dans l’ensemble des chambres de
combustion de (B).
12. Il s’agit maintenant d’étudier le paramètre caractéristique du fonctionnement du turboréacteur à post-
combustion.
12.1. Quelle est la valeur numérique du rendement thermique th,B du réacteur, toujours défini comme
le rapport th,B = Pcin,B/Pth,B.
12.2. Comparer les valeurs numériques th,A (question § 7) et th,B. Conclure.
12.3. Dans quelles situations ou circonstances (décollage, vol de croisière à vitesse constante, combat
aérien, etc.), le pilote d’avion de chasse « active-t-il » la post-combustion ?
12.4. En général, la post-combustion ne doit pas être maintenue plus d’une dizaine de minutes.
Quelles sont les deux principales raisons ?
5
III. TURBORÉACTEUR D’AVION DE TRANSPORT
(25 % du barème)
Le troisième turboréacteur, noté (C), est constitué, cette fois, de deux conduites coaxiales (I) et (II). L’air
ambiant (T1 = 300 K, P1 = 1,00 bar) aspiré est comprimé par un compresseur (1-2) basse pression
(soufflante), de taux de compression 1-2 = P2/P1 = 2,00. Puis l’écoulement se scinde en deux parties (I)
et (II) (figure f.5 et figures en fin d’énoncé f.6, f.7 & f.8).
Tuyère secondaire
(2 - 7)
(2) (7)
(1)
Flux Flux se condaire (II)
se condaire (II) Coque du
réacteur
(1) (2) (3) (4) (5)
Flux
primaire (I) (6)
Arbre (axe de rotation) Flux primaire (I)
Soufflante Compresseur Combustion Turbine Tuyère
(1- 2) (2 - 3) (3 - 4) (4 - 5) (5 - 6)
Figure f.5
L’écoulement primaire (I), de débit massique d’air Dm,I = 50,0 kg s−1, subit l’action du compresseur (2-3)
haute pression avec un taux de compression 2-3 = P3/P2 = 10,0. L’écoulement se poursuit dans la chambre
de combustion (3-4) isobare (P4 = P3) où le fluide s’échauffe jusqu’à la température
T4 = 1325 K, avant d’échanger de l’énergie mécanique avec la turbine (4-5) et de terminer sa détente dans
la tuyère (5-6), jusqu’à la pression ambiante P6 = P1 = 1,00 bar.
L’écoulement secondaire (ou périphérique) (II), de débit massique d’air Dm,II = 4 Dm,I (le coefficient 4 est
appelé taux de dilution) subit une détente dans la tuyère secondaire (2-7) jusqu’à la pression
P7 = P1 = 1,00 bar.
La turbine fournit intégralement la puissance mécanique que lui procure l’écoulement à l’ensemble
{soufflante + compresseur}.
13. Les températures à la sortie de la soufflante (1-2) et à la sortie du compresseur (2-3) valent
respectivement T2 = 366 K et T3 = 706 K. Déterminer littéralement, puis numériquement :
13.1. le travail indiqué massique wi,1-2 mis en jeu dans la soufflante (1-2), ainsi que le travail indiqué
massique wi,2-3 mis en jeu dans le compresseur (2-3) ;
13.2. la température T5 à la sortie de la turbine (qui entraîne le compresseur et la soufflante).
14. Les températures à la sortie de tuyère primaire et à la sortie de la tuyère secondaire valent
respectivement T6 = 563 K et T7 = 300 K. Déterminer littéralement, puis numériquement :
14.1. la puissance cinétique Pcin,I de l’écoulement d’air à la sortie de la tuyère primaire (I) ;
14.2. même question pour la puissance cinétique Pcin,II à la sortie de la tuyère secondaire (II).
15. Afin d’établir la principale caractéristique du fonctionnement de ce troisième turboréacteur (C), calculer
la valeur numérique du rendement thermique th,C (défini à la question § 7, ainsi qu’à la question
§ 12.1) du réacteur (C).
6
IV. COMPARAISON DES CARACTÉRISTIQUES DES MOTEURS DE TYPES (A) ET (C)
(5 % du barème)
16. Les caractéristiques (débits massiques de kérosène Dk, puissances cinétiques Pcin et rendements
thermiques ) de deux turboréacteurs, respectivement de types (A) (§ II.A.) et (C) (§ III), sont
rassemblées dans le tableau ci-dessous.
Turboréacteur Type (A) (avion de chasse) Type (C) (avion de transport)
Dk (kg s−1) 0,62 0,62
Pcin (W) 15 106 18 106
th 0,48 0,58
Commenter ce tableau de valeurs.
17. La vitesse du son cson, qui dépend notamment de la température, peut être évaluée (calcul non
demandé) en sortie de chacune des tuyères, dans le mélange gazeux éjecté à la vitesse c (vitesses
envisagées au tout début du décollage, instant où l’avion possède encore une faible vitesse :
cavion 0 m s−1). Pour les réacteurs de types (A) et (B) (avion de chasse), le rapport est élevé
(c/cson > 1,50). Pour les réacteurs de type (C) (avion de transport), le rapport est plus faible
(c/cson < 1,00). Pour quelle raison supplémentaire préfère-t-on équiper les avions de transport avec un
turboréacteur de type (C) ?
18. Pourquoi les réacteurs de type (C) n’équipent-ils pas les avions de chasse ?
Figure f.6 : vue « avant » du turboréacteur (C)
7
Figure f.7 : entrée d’air dans le turboréacteur (C)
Figure f.8 : « tuyères » du turboréacteur (C)
Fin de l’énoncé
8
FEUILLE ANNEXE (à rendre avec la copie)
(remplace celle du sujet d'origine)
IsothermesTi
P2
T3
T4
P1
T5 figure f.9
T2
T1
v
T3
Isobares Pi
P2
P4
figure f.10
T1 P1
T3
Isobares Pi
P2
P4
T1 P1
figure f.11
s