Introduction
En Afrique subsaharienne les maladies tropicales négligées constituent encore à ce jour en enjeux
de taille majeur dans l’élaboration des politiques de santé publique. Elles sont d’autant plus
menaçantes car leur présence est de plus en plus spécifique aux zones rurales. Cette spécificité dû
à plusieurs facteurs nous emmène à nous y intéresser dans un cadre sociologique ressortant une
analyse des interprétations médicales. Parmi ces nombreuses affections, la Schistosomiase
également connue sous le nom de Bilharziose est celle qui retient le plus notre attention, elle
affecte des millions de personnes chaque année. Selon le rapport sur la schistosomiase publiée sur
le site officiel de l’Organisation Mondiale de la santé (OMS) près de 240 millions de personnes
seraient infectées dans le monde dont plus de 90% vivraient en Afrique. En Côte d’Ivoire cette
maladie demeure endémique dans plusieurs régions, notamment les communautés rurales peu
dotées voire pas du tout en infrastructure sanitaire, engageant des conséquences sanitaires non
négligeables.
La schistosomiase ou bilharziose est une parasitose aiguë et chronique due à des vers plats du
genre Schistosoma, qui provoquent deux formes principales : intestinale et urogénitale selon les
espèces. La transmission s’effectue lorsque des larves libérées par des mollusques d’eau douce
pénètrent la peau au contact d’eaux contaminées. L’eau des rivières, lacs, ruisseaux, points d’eau
stagnante servant souvent à des usages domestiques, à la baignade ou à des travaux agricoles. Ces
milieux aquatiques sont contaminés par les œufs du parasite provenant des urines ou des selles
des personnes infectées qui défèquent ou urinent à proximité ou directement dans les eaux
douces.
Première partie : Cadre Théorique et Méthodologique de l’Etude
Chapitre 1 : Cadre Théorique de l’étude
1. Justification du choix du sujet
Le choix de ce sujet se justifie à plusieurs niveaux.
Pertinence Scientifique
Sur le plan scientifique, notre étude s’inscrit dans un cadre purement sociologique, plus
précisément dans le champ de la sociologie de la santé. Si de nombreux travaux ont été réalisé sur
les maladies infectieuses ou les maladies tropicales négligées en Afrique peu se sont ce sont
intéressés à la population dans la tranche d’âge de 24 à 59 mois dans les zones rurales et surtout
en dehors des dispositifs scolaires habituels. Ce travail contribuera ainsi à combler cette lacune
dans les données littéraires existantes tout en exploitant une dimension sociologique très souvent
négligées dans les préoccupations d’ordre sanitaire.
Motivation Personnelle
La motivation d’ordre personnelle résulte souvent d’une expérience ou d’une interrogation. Dans
notre cas il s’agirait de relever un défi. En tant qu’étudiante en sociologie, ce serait un honneur de
montrer notre valeur en contribuant à une meilleure compréhension des facteurs qui influencent
la contraction et la prolifération des maladies tropicales négligées notamment afin de participer à
l’amélioration de la santé des personnes vulnérables de cette communauté. Dans un espoir
t’apporter notre participation à cette recherche qui comblera un vide dans la littérature, en lien
avec les réalités ivoiriennes et surtout de permettre une bonne trajectoire de vie sanitaire pour un
meilleur vieillissement.
Motivation Sociale
Dans le cadre social, la pertinence de notre étude relève d’un intérêt particulier dans le contexte
sanitaire ivoirien. Nous rappelons que la schistosomiase reste endémique dans plusieurs zones
rurales. Les efforts fournis afin d’éradiquer la maladie ne protège pas à 100% et certaines
populations reste en marge notamment les très jeunes enfants. L’identification des obstacles
sociaux, culturels, structurels ou environnementaux à la prise en charge de cette maladie
permettrait de mieux orienter les politiques de santé publique, les campagnes de prévention et de
promotion de la santé, de sensibilisation et d’intervention communautaire. Il s’agit ainsi de
contribuer modestement à une meilleure compréhension des logiques d’action des populations
locales de Grand Morié face à la maladie afin de valoriser leur point de vue dans les stratégies de
santé publique. D’un point de vue théorique, ce mémoire entend contribuer à la compréhension
sociologique de la vulnérabilité infantile face aux maladies hydriques en contexte rural. En
mobilisant les apports de différentes théories afin d’explorer comment les normes sociales, les
conditions matérielles de vie, et les représentations locales du corps et de la maladie déterminent
les stratégies familiales de protection et de recours aux soins.
Motivation d’ordre scientifique
Les Maladies Tropicales Négligées (MTN) sont encore fortement présentent aux seins de nos
sociétés surtout africaines. Notre étude s’inscrit dans une perspective sociologique visant à
approfondir la compréhension des facteurs sociaux, culturels et comportementaux qui influencent
la persistance de la schistosomiase pédiatrique dans les milieux ruraux ivoiriens. Bien que les
recherches biomédicales aient largement documenté les aspects biologique et épidémiologiques
de cette maladie, les dimensions sociales de sa prise en charge restent encore peu explorées
(OMS, 2023 ; Programme National de Lutte contre les Maladies Tropicales Négligées PNLMTN,
2024). L’intérêt scientifique de ce travail repose d’abord sur la volonté de combler un vide
théorique au croisement de la sociologie de la santé, de la maladie et des politiques publiques. En
effet, la plupart des études menées en Côte d’Ivoire ont privilégié des approches quantitatives
centrées sur la prévalence ou la distribution spatiale du parasite, négligeant les logiques sociales,
les pratiques d’hygiène et les représentations communautaires qui façonnent les comportements
de prévention et de traitement (Unlimit Health, rapport 2024). Ensuite, cette recherche
ambitionne de réinterroger la place des enfants de 24 à 59 mois, nouvelle cible des programmes
de chimiothérapie préventive recommandés par l’OMS depuis 2022, dans les dynamiques locales
de santé publique. Ces enfants, longtemps exclus des campagnes massives de traitement au
praziquantel, représentent aujourd’hui un enjeu crucial pour l’éradication durable de la
schistosomiase (OMS, « Rapport mondial sur les maladies tropicales négligées », 2023). Enfin,
cette recherche s’inscrit dans une perspective scientifique appliquée, susceptible de renforcer les
politiques de santé communautaire. En articulant les approches sociologiques et
épidémiologiques, elle vise à produire des connaissances utiles à la planification de programmes
de prévention mieux adaptés aux réalités sociales du district d’Agboville.
2. Problématique
La schistosomiase ou bilharziose est une parasitose hydrique causée par des trématodes du genre
Schistosoma (Fatoumata Maïga bibliosante.ml). Sur le plan clinique, la maladie peut être aiguë
ou chronique. Nous observons principalement selon les zones et les climats deux types de
Schistosomiase. La Schistosoma haematobium ou schistosomiase urogénitale dont le symptôme
alarmant est l’hématurie ou présence de sang dans l’urine et la Schistosoma mansoni ou
schistosomiase intestinale marqué par des douleurs abdominales, diarrhée, retard de croissance et
anémie. La transmission de la schistosomiase se fait par voie cutanée. Elle est transmise par les
larves de schistosome libérés par des mollusques hôtes intermédiaires d’eau douce. Les larves
pénètrent la peau lors du contact avec des eaux stagnantes contaminées tels que les rivières, lacs,
marigots, zones d’irrigation. Les milieux d’exposition sont donc essentiellement les points d’eau
utilisés pour la baignade, la pêche, la lessive ou d’autres activités domestiques et agricoles. (Issue
de la Fiche d’information « Schistosomiase » OMS, 1er février 2023.). Très souvent le cadre
rural constitue un environnement propice à la transmission de la schistosomiase, mais aussi un
espace où les dynamiques sociales, économiques et culturelles influencent la manière dont les
populations perçoivent et gèrent la maladie.
En Côte d’Ivoire, la schistosomiase est endémique sur l’ensemble du territoire. Les campagnes de
lutte contre les maladies tropicales négligées (MTN) sont menées dans le cadre du Programme
National de Lutte contre les Maladies Tropicales Négligées à Chimiothérapie Préventive
(PNLMTN-CP). Cette lutte perpétuelle rappelle l’endémicité nationale et prescrit la
chimiothérapie préventive de masse, la sensibilisation, et la surveillance comme piliers de la
lutte. Ces orientations figurent dans le Plan Directeur national de lutte contre les MTN
(PNLMTN) 2021-2025. Par ailleurs, les données de cartographie (campagnes et relevés 2012–
2019) montrent que tous les districts du pays présentent une endémicité variable, certains districts
étant classés à haute ou moyenne prévalence selon les catégories OMS. (Source : Plan Directeur
de la lutte contre les MTN en Côte d’Ivoire (PNLMTN) Plan 2021–2025 ; Unlimit Health fiche «
Schistosomiasis in Côte d’Ivoire ».)
Selon le rapport ADOPT de septembre 2022, le district sanitaire d’Agboville n’a pas fait l’objet
d’essai clinique contrairement à ceux de Bangolo et Man d’où un taux de connaissance de 44%
sur la schistosomiase. Notre lecture de cette étude révèle que plusieurs facteurs entre en ligne lors
de l’analyse de la schistosomiase dans le district sanitaire d’Agboville. Au-delà de ces
statistiques, l’étude démontre la négligence d’un groupe tout aussi vulnérable. Historiquement, le
Praziquantel, traitement officiel de la schistosomiase recommandé par l’OMS, est administré aux
enfant d’âge scolaire soit de 5 à 14 ans. « Toutefois, l’Organisation Mondiale de la Santé a
récemment revue les recommandations pour le traitement de la schistosomiase afin d’inclure
toutes les personnes vulnérables » dont les enfants en âge préscolaire soient de 2 à 4 ans.
Longtemps négligée du fait de croyances populaires et de manque d’échantillon suffisant
d’enfant en âge préscolaire ainsi qu’un manque de dosage adapté à ces derniers, la schistosomiase
pédiatrique est dorénavant inclus dans les distributions de masse périodique en Côte d’Ivoire par
le biais du Programme Nationale de Lutte contre la Schistosomiase les Géohelmenthiases et la
Filariose (PNLSGF). La connaissance et la perception de la schistosomiase chez les enfants de 2
à 4 ans en Côte d’Ivoire reste encore peu étudié d’où notre la légitimité de notre interrogation
Quels sont les facteurs sociologiques qui ont influencé la prise en charge médicale de la
schistosomiase notamment chez les enfants de 24 à 59 mois dans le village de Grand Morié ?
Ce problème de recherche soulève d’autres questions
Quelles sont les pratiques d’hygiène liées à la schistosomiase adoptées par les familles ?
La transmission de la schistosomiase pédiatrique est-elle liée aux représentations socioculturelles
des pôles de contamination ?
Tant d’autres questions auxquelles nous tenterons de répondre au cours de nos recherches et de
notre analyse des prochains résultats obtenus.
3. Hypothèses de l’Etude
Hypothèses Générale
Les déterminants sociologiques, tels que les pratiques culturelles, les comportements liés à l’eau,
l’accessibilité aux infrastructures sanitaires et les inégalités socio-économiques, jouent un rôle
majeur dans l’apparition de la schistosomiase chez les enfants de 24 à 59 mois dans le district
sanitaire d’Agboville.
Hypothèses spécifiques
Les comportements adoptés par les acteurs face à la schistosomiase sont dû aux croyances locales
et à la perception personnelle de la maladie.
Les représentations socioculturelles des pôles de contamination influencent fortement l’itinéraire
thérapeutique et les politiques de santé liées aux enfant de 24 à 59 mois.
4. Objectifs de l’Etude
Objectif Général
L’objectif de notre mémoire est d’analyser les différents facteurs ayant influencés l’apparition
comme la prise en charge médicale de la schistosomiase chez les enfants de 24 à 59 mois dans le
village de Grand Morié.
Objectifs Spécifiques
Examiner les comportements liés aux pratiques d’hygiène adoptées par les familles.
Interroger la place des représentations socioculturelles des pôles de contamination dans
l’intégration des enfants en âge préscolaire dans le programme de prévention et de lutte contre la
schistosomiase.
5. Revue de la littérature
La schistosomiase est une parasitose contractée lorsque des personnes entrent en contact avec des
formes larvaires du parasite du genre Schistosoma, connu sous le nom de cercaires, qui sont
libérées par des escargots d'eau douce agissant comme hôtes intermédiaires. Elle est l'une des
maladies parasitaires les plus fréquentes dans le monde et a une importance mondiale pour la
santé publique. Elle est endémique dans 78 pays et territoires du monde avec plus de 250 millions
de personnes infectées. Environ 85% des personnes infectées par les schistosomes habitent en
Afrique subsaharienne (ASS), la maladie pouvant causer plus de 200 000 décès par an. En Côte
d’Ivoire, la Schistosomiase est endémique dans de nombreuses régions du pays, mais les niveaux
de transmission sont très variables d’une région à une autre et d’un village à un autre dans la
même zone bioclimatique. Il existe 2 formes principales de schistosomiase : intestinale et
urogénitale, provoquées par 5 espèces principalement. Les enfants, en particulier ceux âgés de
moins de cinq ans, sont les plus exposés compte tenu de leurs habitudes de jeux et de bains
fréquents dans les plans d’eau. Sur le plan socio-économique, la schistosomiase engendre des
conséquences importantes tel que les retards de croissance, troubles cognitifs, anémie et baisse
des performances scolaires chez les enfants, ainsi qu’une charge financière pour les familles et le
système de santé. La recension des écrits sur les facteurs qui entrent en ligne de compte dans la
compréhension de la schistosomiase chez les enfants de 24 à 59 mois dans le district sanitaire
d’Agboville à Grand Morié en particulier, permet d’élucider le problème de recherche et d’avoir
une connaissance précise du sujet. Plusieurs auteurs se sont penchés sur la question. La revue de
ces écrits s’articule autour des thèmes suivants : Connaissances sur la schistosomiase, Les
déterminants comportementaux et environnementaux de la schistosomiase, Les traitements et
Accès aux soins de santé de la schistosomiase.
Connaissances sur la schistosomiase
Les déterminants comportementaux et environnementaux de la schistosomiase
Les traitements et Accès aux soins de santé de la schistosomiase.
6. Définition des concepts
Pour tout travail qui se veut scientifique, il est important que les concepts utilisés soient clairement définis
et placés avec précision dans le cadre d’une théorie précise (Thèse Dr Lavry, Aktouf 1987). Cette
exigence d’ordre méthodologique nous conduit à la clarification des concepts et expressions suivants :
Déterminants sociologiques
Schistosomiase « pédiatrique »
Enfants de 24 à 59 mois
District Sanitaire
6.1 Les déterminants sociologiques
La fiche d’informations sur les déterminants sociaux de la santé publié sur le site officiel de l’OMS Les
déterminants sociologiques peuvent être définis comme les conditions dans lesquelles les individus
naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent, ainsi que leur accès au pouvoir à l’argent et aux
ressources exercent une forte influence sur les inégalités de santé. En sociologie, les déterminants
sociologiques peuvent être rattachés à certains concepts purement sociologiques. Emile Durkheim nous
parle de faits sociaux. Ces derniers exercent une contrainte sur les individus et orientent leurs actions.
Ainsi, nous observons le lien avec les déterminants sociologiques qui façonnent les choix notamment
concernant le domaine de la santé. Pierre Bourdieu (1979) quant à lui évoquera la structure structurante
avec les termes d’habitus et de capital. Selon Pierre Bourdieu les pratiques sociales sont le produit d’un
habitus structuré par les conditions sociales d’existence. Ainsi, la manière dont les populations perçoivent
la maladie, y réagissent ou cherchent un traitement découle en grande partie de leur appartenance sociale,
de leur niveau d’éducation, de leurs croyances et de leurs rapports aux institutions de santé. Le terme de
déterminants sociologiques renvoie à l’ensemble des facteurs sociaux, économiques, culturels et
symboliques qui influencent les comportements, les attitudes et les décisions des individus face à un
phénomène donné. Ces déterminants peuvent être : Socio-économiques avec des indicateurs comme le
revenu, l’éducation, l’emploi, le statut social ; Culturels et religieux regroupant les croyances, tabous,
pratiques traditionnelles, Institutionnels observables aux niveau de l’accès aux infrastructures sanitaires ou
des politiques de santé publique et Comportementaux avec les habitudes, les modes de vie, le recours à
l’automédication. Dans le cadre de notre mémoire, ces déterminants sociologiques permettent de
comprendre comment leur conditionnement intègre les enfants en âge préscolaire dans le programme
préventif.
6.2 Schistosomiase « pédiatrique »
La schistosomiase, encore appelée bilharziose, est souvent présentée comme une maladie parasitaire
d’origine hydrique causée par des vers plats du genre Schistosoma. Mais au-delà de sa définition
biomédicale, elle constitue avant tout un fait social total au sens de Marcel Mauss (1950), c’est-à-dire un
phénomène qui engage à la fois les dimensions biologiques, économiques, culturelles et symboliques de la
vie en société.
Dans une perspective sociologique, la schistosomiase peut être appréhendée comme une maladie de la
pauvreté et de la marginalité sanitaire. Elle naît et se perpétue dans des contextes marqués par la précarité,
la dépendance aux ressources naturelles souvent inadéquat à l’utilisation personnelle, l’insuffisance des
infrastructures d’eau potable et la faiblesse des dispositifs de santé publique. Ce qui explique que, malgré
la gratuité du praziquantel et du Ar-Praziquantel ainsi que les campagnes nationales de chimiothérapie
préventive, la maladie continue d’affecter les personnes vulnérables y compris les enfants issus des
milieux ruraux, particulièrement ceux âgés de 2 à 5 ans. Chez ces enfants, la schistosomiase n’est pas
seulement une atteinte biologique elle a des répercussions sociales profondes. Elle modifie les rythmes
quotidiens, les jeux, la scolarisation et l’intégration sociale et la trajectoire de vie de l’enfant. Les
symptômes du genre fatigue chronique, douleurs abdominales, anémie, sang dans les urines, entraînent un
arrêt temporaire de la socialisation de l’enfant dans les cas les moins graves. Le regard social porté sur
l’enfant malade à cause des croyances locales influence aussi la manière dont la famille organise sa prise
en charge, entre recours à la biomédecine, aux croyances traditionnelles ou à la fatalité.
La maladie révèle également les inégalités sociales de santé (Paugam, 2010). Elle traduit l’effet cumulatif
de plusieurs désavantages : pauvreté, exposition environnementale, inégal accès à l’information sanitaire
et faiblesse des politiques de prévention ciblant la petite enfance. Ainsi, la schistosomiase pédiatrique
devient un indicateur des disparités socio-sanitaires et du degré de vulnérabilité structurelle des
communautés rurales. En ce sens, la compréhension sociologique de la schistosomiase ne se limite pas à
l’étude du parasite, mais englobe l’ensemble des rapports sociaux, des pratiques et des représentations qui
conditionnent la manière dont la maladie est vécue, comprise et traitée dans le quotidien des populations
rurales ivoiriennes.
6.3 Enfants de 24 à 59 mois
Les enfants de 24 à 59 mois désignent la catégorie des jeunes enfants âgés de deux à cinq ans
révolus. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2023) cette tranche d’âge correspond à
une étape critique du développement physique, cognitif et social durant laquelle les enfants sont
particulièrement vulnérables aux maladies infectieuses et parasitaires, notamment la
schistosomiase, en raison de leur exposition accrue aux milieux hydriques contaminés et de leur
système immunitaire encore en maturation (OMS, 2023. Rapport mondial sur les maladies
tropicales négligées). L’UNICEF (2024) souligne que cette période est marquée par une intense
socialisation primaire c’est-à-dire l’intégration progressive des normes, des valeurs et des
comportements transmis par la famille et la communauté (UNICEF, 2024. Enfants et
développement en Afrique de l’Ouest). Dans les zones rurales africaines, y compris en Côte
d’Ivoire, les enfants de 2 à 5 ans sont fréquemment exposés lors des activités domestiques et
ludiques autour des points d’eau, ce qui les rend vulnérable aux agents pathogènes présents dans
l’environnement (UNICEF, 2023. État des enfants dans le monde).
D’un point de vue sociologique, les enfants de cette tranche d’âge représentent un groupe social
en formation dont la santé et le bien-être dépendent étroitement des structures familiales, des
conditions environnementales, et des représentations sociales de la maladie dans leur milieu
(Durkheim, 1912 ; Bourdieu, 1980). Leurs comportements sanitaires ne sont pas autonomes, mais
conditionnés par les pratiques parentales et les normes communautaires relatives à la prévention
et au traitement des maladies.
Ainsi, la compréhension des enfants de 24 à 59 mois dans le cadre de la prise en charge de la
schistosomiase ne peut se limiter à une approche biologique ou historique. Elle doit intégrer une
lecture socio-anthropologique du contexte dans lequel ces enfants évoluent. De leur accès
différencié aux soins, les croyances collectives autour de la maladie, et la place qu’ils occupent
dans la structure familiale et communautaire tout à son importance pour une meilleure analyse.
En ce sens, ils constituent un indicateur révélateur des inégalités sociales de santé et des logiques
locales d’action face à la maladie (Source : OMS, 2024 ; UNICEF, 2023 ; Ministère de la Santé
Publique de Côte d’Ivoire, 2024).
6.4 District Sanitaire
Le district sanitaire est une unité opérationnelle de base du système de santé, conçue pour
rapprocher les soins des populations et garantir une offre équitable de services
essentiels(wikipédia). Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2023), un district
sanitaire se définit comme une entité géographique et administrative disposant d’un ensemble
coordonné de structures, de ressources humaines, matérielles et financières, permettant d’assurer
la planification, la mise en œuvre et le suivi des activités de santé publique dans une zone donnée
(OMS, 2023. Cadre de renforcement des systèmes de santé en Afrique subsaharienne).
En Côte d’Ivoire, le Ministère de la Santé, de l’Hygiène Publique et de la Couverture Maladie
Universelle (MSHP-CMU, 2024) précise que le district sanitaire constitue « le niveau de base du
système national de santé, responsable de la mise en œuvre de la politique sanitaire et du suivi
des programmes de santé au niveau communautaire » (Rapport annuel de performance sanitaire,
MSHP-CMU, 2024). Chaque district regroupe un hôpital général, plusieurs centres de santé
urbains et ruraux, ainsi qu’un réseau communautaire chargé de la prévention et de la surveillance
épidémiologique.
Dans un cadre sociologique, le district sanitaire peut être perçu comme un espace de médiation
sociale et institutionnelle, où interagissent les logiques biomédicales de l’État et les logiques
sociales, culturelles et économiques des populations (Benoist, 1996 ; Fassin, 2000). On pourrait
le percevoir comme un champ de pouvoir où se rencontre agents de santé et patients. Il joue un
rôle central dans la traduction locale des politiques de santé et dans la construction sociale de la
confiance entre les communautés et les institutions sanitaires. Ainsi, le fonctionnement d’un
district sanitaire ne dépend pas uniquement des ressources médicales disponibles, mais aussi des
représentations sociales de la maladie, de la participation communautaire et de la gouvernance
locale.
C’est à travers cette grille de lecture que l’étude entend analyser la contraction de la
schistosomiase chez les enfants de 2 à 59 mois dans les zones rurales d’Agboville, malgré la
gratuité des traitements et les efforts des programmes nationaux.
Chapitre 2 : Cadre Méthodologique de l’Etude
1. Délimitation du champ d’étude
1.1 Champs géographique de l’étude
Le présent travail s’inscrit dans le cadre spatial du district sanitaire d’Agboville, situé dans la
région de l’Agnéby-Tiassa, au sud-est de la Côte d’Ivoire. Cette région fait partie du bassin
hydrographique du fleuve Comoé, l’un des principaux cours d’eau du pays, et elle est caractérisée
par un réseau dense de rivières, de bas-fonds, de marigots et de retenues d’eau douce. Ces
éléments hydriques, bien qu’indispensables aux activités domestiques, agricoles et économiques
des populations, constituent des foyers naturels de transmission de la schistosomiase, maladie
hydrique parasitaire endémique. Le district sanitaire d’Agboville est une subdivision
administrative du système de santé ivoirien, relevant du Régime Sanitaire du Sud-Est (Ministère
de la Santé, de l’Hygiène Publique et de la Couverture Maladie Universelle, 2023). Il regroupe
plusieurs aires sanitaires rurales et semi-urbaines, dont Grand Morié. Le village de Grand Morié a
été retenu comme terrain principal de la présente étude.
Situé à environ 12 kilomètres au nord d’Agboville, Grand Morié est un village d’environ 6 000
habitants. Le choix de Grand Morié comme terrain d’enquête se justifie par certains facteurs
pouvant être en corrélation avec la propagation de la schistosomiase notamment chez les enfants
de 24 à 59 moi. Parmi eux la présence d’eaux stagnantes possible vecteur de la schistosomiase,
d’un centre de santé rural, de plusieurs écoles primaires et de programmes communautaires de
sensibilisation sanitaire. Cela en fait un espace pertinent pour étudier les interactions entre les
acteurs de santé, les familles et les enfants de 24 à 59 mois. En somme, le champ géographique
de cette étude, le district sanitaire d’Agboville, avec un accent particulier sur Grand Morié offre
un espace d’analyse privilégié pour comprendre comment les conditions physiques, sociales et
institutionnelles interagissent dans la dynamique de transmission et de gestion de la
schistosomiase chez les enfants de 24 à 59 mois en milieu rural ivoirien.
1.2 Champs Social de l’étude
Le champ social de cette étude renvoie à l’ensemble des acteurs, groupes et catégories sociales
directement ou indirectement concernés par la schistosomiase pédiatrique dans le district sanitaire
d’Agboville, et plus particulièrement dans la localité de Grand Morié. Il s’agit d’un espace social
dynamique où interagissent divers niveaux d’acteurs : les familles, les agents de santé, les
structures communautaires, et les institutions sanitaires locales et les institutions administratives.
Au cœur de ce champ régit par des dynamiques de pouvoir et des relations d’interaction entre les
acteurs, se trouvent les ménages ruraux ayant à leur charge des enfants âgés de 24 à 59 mois. Ces
enfants constituent la population cible principale de la recherche, en raison de leur vulnérabilité
accrue à la schistosomiase. D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS, Rapport mondial
sur les maladies tropicales négligées, 2023) et le Programme National de Lutte contre les
Maladies Tropicales Négligées – PNLMTN (Rapport 2024), cette tranche d’âge représente
désormais une nouvelle cible de la chimiothérapie préventive au praziquantel dans le but de
prévenir la prolifération de la maladie. Sur le plan social, les enfants de 24 à 59 mois dépendent
quasi totalement des adultes pour leur hygiène, leur santé et leurs conditions de vie. Leurs
comportements à risque, jeux dans les points d’eau, accompagnement des mères pour la lessive,
participation aux activités agricoles ou domestiques sont souvent le prolongement des habitudes
et contraintes sociales des familles. En plus des familles, le champ social comprend les agents de
santé communautaires, les infirmiers du centre de santé de Grand Morié, ainsi que les relais
communautaires impliqués dans les programmes de prévention. Ces acteurs constituent des
interfaces essentielles entre la population et les structures sanitaires publiques. Leur rôle dans la
sensibilisation, la distribution du praziquantel, et le suivi post-traitement fait d’eux des
informateurs clés dans l’analyse sociologique des stratégies de prise en charge. Il y a également
les acteurs institutionnels et associatifs, tels que les représentants du PNLMTN, les ONG
partenaires comme Unlimit Health. Ces organisations participent activement aux campagnes de
dépistage, à la distribution des médicaments et à la sensibilisation des populations sur les
comportements à adopter pour limiter la contamination. Ainsi, le champ social de la présente
étude met en lumière un réseau d’acteurs interdépendants, au sein duquel les interactions sociales,
les rapports de genre, les croyances culturelles et les conditions économiques jouent un rôle
fondamental dans la compréhension des déterminants sociologiques de la schistosomiase
pédiatrique à Grand Morié.
1.3 Champs Sociologique de l’étude
Le champ sociologique de cette recherche renvoie à l’ensemble des dimensions sociales,
culturelles et symboliques qui structurent les comportements et les représentations liés à la
schistosomiase chez les enfants de 24 à 59 mois dans la communauté étudiée. Dans une
perspective sociologique, la maladie n’est pas uniquement appréhendée comme un phénomène
biologique, mais aussi comme un fait social total (Mauss, 1950), c’est-à-dire un phénomène qui
met en jeu les croyances, les pratiques, les institutions et les rapports sociaux. Ce champ englobe
donc :
Les représentations sociales de la maladie, qui traduisent la manière dont les populations
perçoivent la schistosomiase, ses causes et ses conséquences. Ces représentations influencent
fortement les attitudes face à la prévention et au traitement. Certaines familles, par exemple,
associent la présence de sang dans les urines à des phénomènes mystiques ou à la maturation
biologique des enfants plutôt qu’à une pathologie parasitaire.
Les rapports de genre dans la gestion de la santé infantile. Dans la plupart des ménages ruraux,
les femmes assument la charge principale des soins domestiques et de la santé des enfants. Leur
accès limité à l’information sanitaire, à la scolarisation et aux ressources économiques
conditionne leur capacité à adopter des comportements préventifs adéquats. Les pratiques
culturelles et environnementales, notamment les usages de l’eau bains, lessives, jeux d’enfants,
agriculture irriguée qui créent des contextes favorables à la contamination.
Enfin, les inégalités structurelles liées à l’accès aux infrastructures de base comme l’eau potable,
assainissement, soins de santé renforcent la vulnérabilité sanitaire des familles rurales,
particulièrement celles vivant dans les zones riveraines de Grand Morié.
Ainsi, le champ sociologique de cette étude vise à analyser la schistosomiase pédiatrique non pas
seulement comme une maladie endémique, mais comme un phénomène socialement construit,
révélateur des dynamiques sociaux, des rapports de pouvoir et des formes de rationalité locale
dans la gestion de la santé. Il s’agit, dans cette optique, de comprendre comment les déterminants
sociaux, culturels et économiques s’articulent pour influencer la prise en charge de la
schistosomiase chez les enfants de 24 à 59 mois.
2. Techniques et Outils d’enquête
La présente étude adopte une approche mixte combinant la méthode quantitative, pour mesurer la
fréquence des comportements et attitudes liés à la schistosomiase, et la méthode qualitative, pour
approfondir la compréhension des perceptions sociales et des logiques d’action des populations.
Cette combinaison permet d’obtenir une vision à la fois statistique et interprétative des
déterminants sociologiques de la prise en charge de la maladie chez les enfants de 2 à 59 mois
dans les communautés rurales du district sanitaire d’Agboville
2.1. Techniques de collecte des données
Dans le cadre de cette étude intitulée, plusieurs techniques de collecte de données ont été
mobilisées afin de garantir la validité et la fiabilité des informations recueillies. Ces techniques
ont permis d’obtenir à la fois des données quantitatives et qualitatives, nécessaires à une
compréhension complète du phénomène étudié.
L’entretien semi-directif
L’entretien semi-directif a constitué la principale technique de collecte des données qualitatives.
Ce type d’entretien, centré sur un guide thématique, a permis de recueillir des discours
approfondis sur les représentations sociales de la schistosomiase, les perceptions de ses causes,
ainsi que les stratégies de prise en charge mises en œuvre par les familles et les agents de santé.
Les entretiens ont concerné : les mères d’enfants âgés de 24 à 59 mois, les agents de santé
communautaires, les chefs de village, les responsables administratifs. Cette méthode a été
privilégiée pour sa flexibilité et sa capacité à favoriser la libre expression des enquêtés tout en
permettant au chercheur d’approfondir certains thèmes selon la pertinence du discours.
Le questionnaire
Un questionnaire structuré a été administré à un échantillon de parents d’enfants de 24 à 59 mois.
Cet outil a permis de recueillir des informations quantitatives sur les variables suivantes : le
niveau d’instruction et la profession des parents, les pratiques d’hygiène et de consommation
d’eau, la connaissance des modes de transmission de la schistosomiase, les recours
thérapeutiques en cas de maladie, les perceptions et croyances sur la maladie. Le questionnaire a
été conçu à partir des objectifs spécifiques de la recherche, testé lors d’une phase pilote, puis
ajusté avant la collecte finale. Il nous a servi à dégager des tendances générales et à appuyer les
analyses qualitatives issues des entretiens.
La documentation
La recherche documentaire a consisté à exploiter les sources secondaires relatives à la
schistosomiase et à la santé communautaire. Elle s’est pour en ligne sur les sites officiels du
Ministère de la santé, de l’Organisation Mondiale de la santé, de Unlimit Health et c’est
appuyée sur les rapports du Programme National de Lutte contre les Maladies Tropicales
Négligées (PNLMTN), les données du Ministère de la Santé, de l’Hygiène Publique et de la
Couverture Maladie Universelle, les publications de l’OMS, de l’UNICEF et les travaux
universitaires antérieurs tel que les mémoires, les thèses, et des articles.Cette technique a
permis de situer le problème dans son contexte global, d’identifier les lacunes des études
existantes et de renforcer le cadre théorique
2.2. Outils de collecte d’enquête
Pour assurer la rigueur et la fiabilité de la collecte d’informations sur le terrain, divers outils
méthodologiques ont été élaborés et utilisés en fonction des techniques choisies. Ces outils ont
permis de recueillir à la fois des données quantitatives et qualitatives, en cohérence avec les
objectifs de recherche.
Le guide d’entretien
Le guide d’entretien constitue l’un des principaux instruments de collecte des données
qualitatives. Il a été conçu sur la base des objectifs spécifiques de l’étude et des dimensions clés
de la problématique, notamment : la connaissance de la maladie, les déterminants
environnementaux et comportementaux et les traitements et accès aux soins de santé de la
schistosomiase. Le guide d’entretien a comporté des questions ouvertes et semi-ouvertes,
réparties en rubriques thématiques. Cet outil a favorisé la libre expression des enquêtés tout en
maintenant une certaine structure permettant la comparabilité des discours. Il a été utilisé
principalement auprès des agents de santé, des parents d’enfants âgés de 24 à 59 mois, et des
responsables communautaires et administratifs.
Le questionnaire d’enquête
Le questionnaire a constitué l’outil principal de collecte des données quantitatives.
Élaboré à partir des hypothèses et objectifs opérationnels du travail, il a permis de mesurer les
variables liées : au profil sociodémographique des ménages comme l’âge, le sexe, le niveau
d’instruction, profession, revenu. Les conditions d’habitat et d’accès à l’eau potable, les pratiques
d’hygiène et comportements de santé, la connaissance des signes, causes et modes de
transmission de la schistosomiase, les types de recours thérapeutiques adoptés soit traditionnels,
biomédicaux ou mixtes. Le questionnaire a été testé au préalable sur un échantillon restreint lors
de la pré-enquête afin d’en vérifier la clarté et la pertinence.
La fiche d’exploitation documentaire
La fiche d’exploitation documentaire a été utilisée pour l’analyse des documents officiels,
rapports techniques, articles scientifiques et mémoires universitaires portant sur la schistosomiase
et la santé communautaire en Côte d’Ivoire. Elle a comporté les rubriques suivantes : source et
année de publication ; objectif du document ; résumé du contenu ; données ou résultats pertinents
pour l’étude. Cet outil a permis d’extraire les informations essentielles et de constituer une base
documentaire structurée, facilitant la comparaison entre les données de la lecture et les données
de terrain.
SOURCES
GOOGLE SCOLAR
HUNLIMIT HEALTH
OMS
PNLMTN
IA