C’est un très bon extrait historique de Benjamin Stora, issu de son ouvrage Histoire de la guerre d’Algérie (1954-
1962), qui met en lumière un aspect fondamental du combat pour l’indépendance : l’internationalisation de la cause
algérienne.
Benjamin Stora retrace l’évolution de la stratégie du Front de Libération Nationale (FLN) durant la guerre
d’Algérie, en insistant sur la dimension internationale du conflit. Conscients du déséquilibre militaire qui
les oppose à la France, les nationalistes algériens cherchent très tôt à étendre leur lutte sur le plan
diplomatique afin d’obtenir un appui extérieur.
L’historien expose de manière chronologique les principales étapes de cette internationalisation : dès
janvier 1955, la Ligue arabe saisit le Conseil de sécurité de l’ONU ; en avril de la même année, la
conférence de Bandoeng donne la parole aux représentants algériens ; en septembre, l’ONU inscrit pour la
première fois la question algérienne à son ordre du jour. Parallèlement, des organisations comme l’Union
Générale des Travailleurs Algériens (UGTA) et l’Union Générale des Étudiants Musulmans Algériens
(UGEMA) participent activement à la diffusion du message indépendantiste à l’étranger.
Stora met ensuite en avant le rôle du Congrès de la Soummam (août 1956), qui fixe les orientations de
l’action extérieure du FLN : obtenir des soutiens matériels et moraux, provoquer des pressions
diplomatiques sur la France, et faire intervenir les organisations internationales. Deux événements viennent
encore amplifier cette dynamique : le détournement de l’avion transportant les dirigeants du FLN (22
octobre 1956) et le bombardement du village tunisien de Sakiet-Sidi-Youssef (8 février 1958), qui
provoquent une large réprobation internationale.
À travers ce passage, Stora met en lumière le glissement progressif de la guerre d’indépendance vers une
question mondiale, où les rapports de force diplomatiques s’ajoutent à la confrontation armée.
Benjamin Stora adopte ici une posture d’historien objectif et distancié. Son écriture repose sur une
présentation factuelle et chronologique des événements, sans jugement de valeur ni commentaire
idéologique. Les termes employés (« les nationalistes algériens connaissent », « la Ligue arabe attire
l’attention », « l’ONU inscrit le problème ») relèvent du constat historique plutôt que de l’interprétation
subjective.
Toutefois, son choix de vocabulaire (« formidable machine de guerre française », « internationalisation
voulue par le FLN », « mise en accusation de la France ») laisse percevoir une sympathie mesurée pour la
cause indépendantiste, traduisant un souci de reconnaissance du rapport de force historique entre
colonisateur et colonisé. Cette légère implication n’altère pas la rigueur scientifique du récit, mais révèle une
volonté d’éclairer la logique politique et stratégique du FLN plutôt que de juger moralement les acteurs.
Dès les débuts de la guerre d’Algérie, les nationalistes comprennent qu’ils ne peuvent pas affronter seuls la
puissance militaire française. Le FLN (Front de Libération Nationale) décide donc de compléter la lutte
armée par une action diplomatique et politique internationale.
Son objectif : gagner le soutien moral, matériel et politique de la communauté internationale,
notamment auprès de l’ONU, de la Croix-Rouge, de la Ligue arabe, et des pays du tiers-monde (issus de
la conférence de Bandoeng).
Plusieurs événements marquent cette diplomatie active :
1955 : la Ligue arabe saisit le Conseil de sécurité de l’ONU.
Avril 1955 : la conférence de Bandoeng donne une tribune aux représentants algériens.
Septembre 1955 : l’ONU inscrit pour la première fois la question algérienne à son ordre du jour.
1956 : les organisations syndicales et étudiantes algériennes (UGTA, UGEMA) s’activent à
l’étranger.
Août 1956 : le Congrès de la Soummam définit les orientations de l’action extérieure du FLN.
1956-1958 : deux événements – le détournement de l’avion des dirigeants du FLN et le
bombardement de Sakiet-Sidi-Youssef – accentuent la pression internationale sur la France.