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L'art Dans La Résistance

Le document présente le Concours national de la Résistance et de la Déportation 2015-2016, centré sur le thème 'Résister par l’art et la littérature'. Il est ouvert à divers établissements scolaires et inclut plusieurs catégories de participation avec des épreuves individuelles et collectives. Les lauréats seront récompensés lors de cérémonies officielles, et le document souligne l'importance de la création artistique comme moyen de résistance durant la Seconde Guerre mondiale.
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L'art Dans La Résistance

Le document présente le Concours national de la Résistance et de la Déportation 2015-2016, centré sur le thème 'Résister par l’art et la littérature'. Il est ouvert à divers établissements scolaires et inclut plusieurs catégories de participation avec des épreuves individuelles et collectives. Les lauréats seront récompensés lors de cérémonies officielles, et le document souligne l'importance de la création artistique comme moyen de résistance durant la Seconde Guerre mondiale.
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de la Fondation de la Résistance

Reconnue d'utilité publique par décret du 5 mars 1993. Sous le Haut Patronage du Président de la République
n° 82 – septembre 2015 – 5,50 €

Résister
par l’art et la littérature
Concours national de la Résistance
et de la Déportation 2015-2016
Renseignements utiles
Concours national de la Résistance et de la Déportation 2015-2016
Dans cette rubrique, nous vous donnons les informations essentielles. Nous vous conseillons de vous reporter, pour plus de
détails à la note de service publiée au Bulletin officiel de l’Éducation nationale n° 25, 18 juin 2015 sur le site [Link]

Thème : « Résister par l’art et la littérature »


Pour vous inscrire,
Participation et inscription contacter la direction
Le concours est ouvert aux élèves des établissements publics et privés sous contrat, à ceux des éta- académique des ser-
blissements d’enseignement agricole, des établissements relevant du ministère de la Défense et des vices de l’Éducation
établissements français à l’étranger, aux jeunes placés dans les centres éducatifs fermés, aux mineurs nationale de votre
et jeunes majeurs scolarisés dans les établissements pénitentiaires ainsi qu’aux élèves des centres département.
de formation d’apprentis.

Catégories Types d’épreuves, durée et dates Envoi des travaux


de participants
■ 1re catégorie Vendredi 25 mars 2016 Les copies individuelles et les travaux
Classes de tous les lycées Réalisation d’un devoir individuel en classe portant sur le sont à transmettre par l’établissement
(à l’exception des formations post- sujet académique en classe, sous surveillance, sans docu- scolaire le vendredi 1er avril 2016 au
baccalauréat). ments personnels. plus tard :
Durée 3 heures. • à l’inspecteur d’académie-directeur
Travail collectif (deux élèves minimum) qui peut être un des services de l’Éducation natio-
■ 2 catégorie
e
nale pour les établissements situés
Classes de tous les lycées mémoire, associé ou non à d’autres supports, portant sur le sur le territoire métropolitain,
(à l’exception des formations post- thème annuel.
baccalauréat). • au recteur ou vice-recteur de l’aca-
démie pour les établissements
■ 3e catégorie Réalisation d’un travail collectif exclusivement audiovisuel des Drom-Com,
Classes de tous les lycées (film, documentaire sonore), portant sur le thème annuel. • au ministère de l’Éducation natio-
(à l’exception des formations post- Durée de la production audiovisuelle : entre 20 et 40 minutes.
baccalauréat). nale – direction générale de l’ensei-
gnement scolaire – Dgesco – B3-4
■ 4 catégorie
e Vendredi 25 mars 2016 – Concours national de la Résistance
Classes de 3 e Réalisation d’un devoir individuel en classe portant sur le sujet et de la Déportation – 110, rue de Gre-
académique, sous surveillance, sans documents personnels. nelle – 75357 PARIS 07 SP pour les
Durée 2 heures. établissements français à l’étranger.
■ 5 catégorie
e Travail collectif (deux élèves minimum) qui peut être un mé- Dans les établissements français à
Classes de 3e moire, associé ou non à d’autres supports, portant sur le thème l’étranger, l’équipe éducative effectue
annuel. une sélection des travaux permettant
d’identifier la meilleure production
■ 6e catégorie Réalisation d’un travail collectif exclusivement audiovisuel de chaque catégorie de participation
Classes de 3 e (film, documentaire sonore), portant sur le thème annuel. (une production et une seule par
Durée de la production audiovisuelle : entre 20 et 40 minutes. catégorie sera sélectionnée).

Résultats et remise des prix


Les lauréats départementaux recevront leur prix lors d’une cérémonie organisée à une date symbolique (8 mai, 27 mai…) dans
un lieu lui conférant un caractère officiel. Le meilleur devoir de chaque catégorie sera sélectionné par département pour être
présenté au jury national. Les lauréats nationaux seront récompensés au cours d’une cérémonie officielle à Paris.

Concours de la meilleure photographie d’un lieu de Mémoire


Les Fondations de la Résistance, pour la mé- Les photographies doivent être envoyées à
moire de la Déportation et Charles de Gaulle l’adresse suivante avant le 14 juillet 2016:
organisent chaque année, après les résultats Les Fondations de la Résistance, pour la mémoire
du Concours national de la Résistance et de la
de la Déportation et Charles de Gaulle
Déportation, le concours de la meilleure pho-
tographie d’un lieu de Mémoire. Concours de la meilleure photographie
Ce concours offre aux élèves la possibilité d’un lieu de Mémoire
d’exprimer leur sensibilité aux aspects artis- 30, boulevard des Invalides
tiques et architecturaux des lieux de Mémoire 75 007 PARIS
au travers de la technique photographique. Les trois meilleures photographies seront Monument en hommage au maquis de
Pour participer, reportez-vous impérativement diffusées sur les sites de la Fondation de la Croquié érigé sur la commune de Mercus-
au règlement de ce concours Résistance ([Link]), de Garrabet (Ariège). Photographie prise par
la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Thomas Araud, élève de troisième au collège
([Link]/pages/action_ ([Link]) et de la Fondation Charles du Sabarthès à Tarascon-sur-Ariège (Ariège)
pedag/concours_p.htm) de Gaulle ([Link]). qui a obtenu le premier prix en 2013-2014.

En couverture : Détail d’un Autoportrait de Jean Daligault fait à Trêves en août 1944. © Musée de la Résistance et de la Déportation de
Besançon. Pionnier de la résistance, l’abbé Jean Daligault (1899-1945) est actif dés l’automne 1940. Arrêté en août 1941, il est déporté en
tant que NN au camp d’Hinzert puis dans des prisons du Reich. Il est exécuté à Dachau la veille de la libération du camp. Pour ne pas
sombrer, il a créé des œuvres saisissantes qui nous sont parvenues par des co-détenus et l’aumônier de la prison de Trèves (voir page 28).

2 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


Préface
« Résister par l’art et la littérature », ce thème du Concours national de la Résistance et de la Déportation
2015-2016 répond à l’affirmation d’André Malraux selon laquelle : « L’art est un anti destin ». La création
artistique fut pour les résistants une autre forme de leur combat face à la barbarie. Barbarie qui avait, dès
1933, conduit les nazis à brûler les livres de la culture européenne et à faire disparaître l’art dit « dégénéré ».
À cette barbarie qu’on croyait à jamais disparue répond aujourd’hui celle du Daesh détruisant les trésors
préislamiques de Syrie et d’Irak.
Ce sujet sera l’occasion pour les élèves engagés dans cette démarche pédagogique unique de comprendre
comment des artistes et des écrivains, confirmés ou simples amateurs, connus ou restés anonymes, ont
pu s’opposer au nazisme et à Vichy par les armes de l’esprit, en créant des œuvres nouvelles ou plus sim-

DR
plement en invoquant et en diffusant un patrimoine culturel.
J’espère que cette réflexion sera l’occasion de travaux interdisciplinaires féconds entre lettres, histoire, arts plastiques, éducation
musicale sans oublier les professeurs documentalistes.
Enfin, qu’il me soit permis de saluer le travail des associations, des fondations, des musées, des centres d’archives, des témoins
et des enseignants qui se mobilisent depuis plus de cinquante ans autour de ce concours. Concours qui permet aux élèves de
s’interroger sur les valeurs qui animaient l’engagement des résistants, source d’inspiration dans leurs choix de futurs citoyens.
Jacques Vistel
Président de la Fondation de la Résistance

Sommaire La Lettre de la Fondation de la Résistance – n° 82 – septembre 2015

4 - Avant-propos 19 - Deuxième partie 25 - Troisième partie


Art et littérature, Art et littérature pour continuer le
5 - Première partie armes de la France libre combat et survivre dans les prisons
Art et littérature pour combattre •D  éfendre les valeurs humanistes et les camps
dans la France occupée de la culture française • Dans les prisons
• Conditions de la création littéraire •L  a France libre affirme son identité • Dans les camps d’internement
et artistique sous l’Occupation grâce aux arts plastiques • En déportation
• Au début de la résistance : des •L  a littérature combattante des Focus : Germaine Tillion,
tracts littéraires Français libres Le Verfügbar aux Enfers
• La littérature et l’art dans la presse • Les artistes au service de la France Focus : Boris Taslitzky, un peintre
clandestine libre dans l’internement et la déportation
• La résistance des écrivains
•C  réer pour mobiliser
• Contourner la censure et jouer
avec les mots Focus : Joseph Kessel, auteur 33 - Annexes
Focus : Les Éditions de Minuit d’hymnes à la Résistance Repères chronologiques - Préparer
Focus : Le silence de la mer de le concours grâce aux ressources en
Vercors et l’écrivain Édith Thomas ligne- Remerciements
• La poésie au cœur de la résistance

@
littéraire
La brochure numérique et les ressources en ligne
• Exposer ou s’exposer ? Résistance Sur le site de la Fondation de la Résistance ([Link]),
et arts plastiques vous pourrez télécharger cette brochure sous format PDF et l’imprimer.
Focus : René Iché adresse Vous trouverez également la brochure numérique qui permet :
- de visualiser, d’agrandir et de projeter les documents et les articles,
La déchirée au général de Gaulle
- de découvrir des dossiers documentaires complémentaires (documents inédits, articles
• Dessins et caricatures : une arme approfondis, tableau synthétique…) hébergés sur le site de la Fondation de la Résistance,
de guerre psychologique - d’avoir accès en un clic à des ressources sélectionnées par nos partenaires (extraits de
• Résister en musique films, photographies, dessins, témoignages… voir aussi page 35 de la brochure),
• Témoigner de l’insupportable - de consulter des sites conseillés par le service pédagogique de la Fondation de la
• La littérature et l’art pour vivre Résistance.
l’expérience résistante En cliquant sur l’onglet « Actions pédagogiques » du site de la Fondation de la Résistance,
rubrique «Actualités pédagogiques », vous trouverez des annonces de conférences, spec-
tacles, publications d’ouvrages et de brochures pédagogiques, expositions… en lien avec
le thème du concours. Pour nous signaler un événement en lien avec le thème 2015-2016
« Résister par l’art et la littérature », écrivez-nous à l’adresse suivante :
[Link]@[Link]

3
Avant-propos destiné aux candidats et aux enseignants
Une synthèse pour appréhender Le thème est abordé ici en distinguant trois Pour mieux comprendre l’histoire de la France libre,
le thème contextes où le mot « résistance » prend un sens consultez les articles sur le site de la Fondation de la
partiellement différent : en France occupée, dans France libre : [Link]/de-la-france-libre-
Il est important de rappeler que cette brochure la France libre, dans les prisons et les camps. a-la-france-combattante/
fournit une synthèse scientifique et des pistes
de travail, et non un ensemble de textes à En France occupée, la résistance littéraire Dans les prisons et les camps de Vichy,
reprendre tels quels. Le jury national valorise et artistique est pour l’essentiel une des mani- et surtout de l’occupant nazi, résister ne peut
avant tout l’investissement personnel des can- festations d’un phénomène collectif bien plus prendre que rarement les formes de lutte habi-
didats dans toutes les catégories. large : la naissance et le développement des tuelle des organisations clandestines. C’est le
mouvements de résistance clandestins. Ces plus souvent une lutte morale : réaffirmer sa
Le thème choisi par le jury national « RÉSIS-
organisations, distinctes des réseaux de rensei- fidélité à son engagement dans l’hypothèse
TER PAR L’ART ET LA LITTÉRATURE » nous
gnement, d’évasion ou de sabotage au service d’une libération éventuelle, et surtout lutter
invite à réfléchir aux pratiques artistiques et
des Alliés, s’étendent pour la plupart d’abord individuellement ou collectivement contre
littéraires comme moyen de lutter contre
par la propagande (tracts, puis journaux) avant la déshumanisation et l’oubli des victimes.
l’occupant et le régime collaborateur de Vichy.
de se lancer en 1943-1944 dans la lutte armée, Dans ce contexte extrême, l’art et la littéra-
Ces pratiques peuvent être le fait d’amateurs
en ville ou dans les maquis. La propagande ture constituent une ressource essentielle. La
ou de professionnels, consister en des créa-
clandestine utilise abondamment le riche richesse et la diversité des œuvres réalisées
tions nouvelles ou en la simple utilisation d’un
patrimoine culturel français (poèmes, chants) dans ces conditions de précarité absolue en
patrimoine culturel opposé à l’idéologie des
mêlant littérature et politique, diffuse dessins témoignent de façon éclatante. La brochure de la
nouveaux pouvoirs.
et caricatures. Elle développe peu à peu une session 2001-2002 du Concours consacrée à la produc-
Ce sujet se prête tout particulièrement à un tra- presse spécialisée faite par des écrivains et tion artistique dans les camps est consultable en ligne
vail interdisciplinaire entre enseignants d’his- des artistes qui affirment par leurs créations et et vous permettra de bien saisir le contexte historique
toire, de lettres, d’arts plastiques et d’éducation leurs articles théoriques leur solidarité avec les de l’internement et de la déportation.
musicale à condition de bien respecter l’esprit combattants de la Résistance. Elle se fait l’écho [Link]
du Concours. L’objectif du CNRD est fondamen- des publications de maisons d’édition clandes-
memoire-vivante/
talement d’ordre historique, tout en incluant une tines. Les productions culturelles clandestines
réflexion civique : il s’agit de faire découvrir aux sont aussi le fait de « hors la loi » pourchassés Des pistes de recherche
élèves le sens de la Résistance française dans le par l’occupant ou Vichy, et témoignant de leur et des ressources
contexte de la Seconde Guerre mondiale, ce qui condition, qu’ils soient isolés ou en groupes
Cette brochure imprimée présente aux candi-
implique de rappeler qu’elle se définit par des comme les maquisards. Pour découvrir l’histoire
pratiques totalement illégales dans la France dats et aux enseignants des articles détaillés
de la Résistance, reportez-vous à l’exposition en ligne
d’après l’armistice. Il convient aussi de situer à qui font le point sur le thème, des pistes de
« La Résistance par les événements » sur le Musée de
leur juste place les aspects culturels d’un com- la Résistance en ligne [Link]- recherche qui invitent à favoriser le travail en
bat qui fut avant tout politique et militaire. [Link]/res_ev.php interdisciplinarité, et des indications sur les res-
sources variées disponibles. À la fin de la bro-
L’usage de l’expression « art résistant » ou « lit- Dans la France libre, résister c’est com- chure, une chronologie de 2 pages permet de
térature résistante » doit donc être réservé, battre au grand jour dans l’illégalité, avec un mettre en perspective les créations artistiques
comme pour les autres formes de résistance statut de proscrit aux yeux du régime de Vichy. et littéraires avec les événements politiques
dans la période 1940-1945, à des pratiques illé- Voulant incarner une alternative à celui-ci, la et militaires.
gales et qui ont pour but clairement affirmé de France libre diffuse dans les territoires qu’elle
contrecarrer les objectifs de l’occupant ou des a ralliés et les pays du monde libre toutes les La brochure numérique, version enrichie de
collaborateurs. Cela n’empêche pas d’aborder productions culturelles incarnant le refus de la la brochure papier, et accessible sur le site
les œuvres produites légalement en France collaboration avec le nazisme : celles des créa- [Link], permet d’agran-
occupée par certains artistes ou écrivains, dans teurs français en exil, mais aussi les œuvres dir et de reproduire les documents, et surtout
un esprit anticonformiste voire contestataire. produites clandestinement en France, dont elle donne accès à des ressources sur internet,
Il convient seulement de le faire dans des tra- démultiplie l’écho. Elle utilise à plein les pos- particulièrement riches sur le thème de cette
vaux comparant ces œuvres avec les pratiques sibilités culturelles des deux médias en pleine année : dossiers documentaires et médias com-
résistantes, clandestines, des mêmes créateurs. expansion à cette époque : la radio, pour sa plémentaires mis en ligne par les institutions,
propagande en direction de la métropole, et associations de mémoire, et partenaires du
Par ailleurs, le thème peut prêter à débat sur la
le cinéma, avec des films anglo-saxons que CNRD, sites conseillés par le Comité de rédac-
nature littéraire ou artistique des œuvres étu-
tournent des cinéastes ou acteurs français. tion et relatifs à des écrivains ou des artistes.
diées. Le Comité de rédaction a privilégié pour
cette brochure une définition historique stricte, Art et littérature contribuent aussi à l’affirma- Signalons notamment la sélection d’archives
se limitant aux œuvres conçues et reçues à tion de l’identité collective des Français libres. sonores et audiovisuelles de l’INA.
l’époque même comme des productions artis-
tiques ou littéraires. Les photographies et les
films documentaires n’ont pas été retenus, parce
Quelques références bibliographiques essentielles
qu’ils sont utilisés et perçus alors comme des L’Art en guerre : France, 1938-1947, Paris, Paris- Sylvain Chimello, La Résistance en chantant,
moyens d’information, voire de propagande. Musées, 2012, sous la dir. de Laurence Bertrand 1939-1945, Paris, Autrement, 2004.
Mais il est souvent impossible de définir des Dorléac et Jacqueline Munck (catalogue
Pierre Seghers, La Résistance et ses poètes,
limites par catégories. Comment différencier, de l’exposition au Musée d’art moderne de la
France 1940-1945, Paris, Seghers, 1974.
par exemple, les journaux intimes ou les cor- Ville de Paris, octobre 2012-février 2013).
respondances ayant une ambition littéraire, des Une bibliographie détaillée est consultable sur le site de la Fondation de la Résistance
autres ? La distinction ne peut s’opérer qu’au cas ([Link]) en cliquant sur l’onglet « Actions pédagogiques », rubrique
par cas. On s’en remettra à la souplesse d’appré- « Concours de la Résistance ».
ciation des jurys du Concours.

4 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


1 re partie | Art et littérature pour combattre dans la France occupée
1 partie
re
Art et littérature
pour combattre dans la France occupée
Fonds du Cercle de la librairie/Archives IMEC

Tenu régulièrement à jour par


le Cercle de la librairie, ce fichier
contient des milliers de titres de livres
« retirés de la vente par les éditeurs
ou interdits par les autorités alle-
mandes ». Classée par ordre alphabé-
tique d’auteur, chaque fiche indique
le ou les titres retirés de la vente
par la liste Bernhard et les trois
éditions de la liste Otto.

■ À l’été 1940, la France est éclatée entre de multiples zones. culturels : tournées en France de musiciens allemands,
Les départements alsaciens et la Moselle, annexés de fait au voyages dans le Reich d’écrivains et d’artistes français de
Reich, sont soumis à une germanisation qui interdit purement renom, comme Drieu la Rochelle ou de Vlaminck.
et simplement toute manifestation culturelle en français. Les objectifs culturels de Vichy ne sont qu’en partie les
Dans le reste du pays, les contraintes les plus dures pèsent mêmes. S’il confisque lui aussi les collections privées de
sur les écrivains et artistes appartenant à des catégories pros- ses ennemis, le régime couvre la « planque » des œuvres
crites par l’occupant nazi et par le des grands musées français
régime de Vichy. Ce sont avant
tout les Juifs, interdits d’exercer Conditions de la création pour les préserver du pil-
lage allemand. En matière
(cinéma, radio, théâtre, presse,
édition, expositions), et dont les
littéraire et artistique de création, Vichy est anti-
moderniste, mais soucieux de
entreprises culturelles, les col- sous l’Occupation promouvoir un art français ;
lections et les bibliothèques sont en fait, sa politique la plus
saisies. De surcroît, ils sont menacés d’être raflés et internés cohérente consiste à multiplier les « produits culturels déri-
dans des camps et, à partir de 1942, tous visés par la dépor- vés » à la gloire de Pétain : bustes, images d’Épinal, poèmes,
tation et l’extermination. chansons (Maréchal, nous voilà !)…
Dans une moindre mesure, ce sont aussi les écrivains et
artistes engagés avant guerre dans l’antifascisme qui, en Créations légales Ce contexte général a pré-
plus des attaques de la presse collaboratrice, voient leur servé, en France, la possibi-
liberté d’action réduite drastiquement et leurs biens mena- et clandestines lité d’une vie littéraire et artis-
cés, surtout s’ils sont étrangers. Certains (Espagnols, Alle- tique, qui a même été intense au cinéma et au théâtre − mais
mands tel le peintre Max Ernst) sont d’ailleurs internés dans au prix du choix de sujets « neutres », sans allusion directe à
des camps au sud de la France depuis 1939. Cette situation l’actualité. Créer dans ces conditions pouvait être interprété,
explique l’exil en 1940-1941 par Marseille de nombreux créa- suivant les cas, comme une concession aux nouveaux pou-
teurs, comme le surréaliste André Breton, grâce à l’aide d’un voirs ou au contraire comme un effort pour maintenir une
comité de secours américain dirigé par Varian Fry. culture française soustraite à l’idéologie nazie et à l’anti-mo-
dernisme de Vichy.
Censure Le contrôle exercé sur la vie cultu- Le refus de diffuser légalement ses créations a été très mino-
relle est d’abord politique et éco- ritaire, même parmi les artistes et les écrivains qui ont fait
et propagande nomique. Il passe par la censure le choix de résister à l’occupant. Continuer leur métier a pu
dans tous les domaines, allemande en zone occupée, servir de couverture à ceux, comme Albert Camus, Robert
vichyste en zone Sud. Les nouveaux pouvoirs se ménagent Desnos ou l’acteur Robert Lynen, qui se sont engagés dans
aussi des moyens d’influence par les monopoles de la la presse clandestine ou la résistance paramilitaire (rensei-
radio et des actualités cinématographiques (distinctes en gnement, évasion, voire lutte armée). Pour certains proscrits
zone occupée et zone Sud), par la création dans chaque (juifs, antinazis) travaillant sous pseudonyme, ce fut aussi
secteur culturel de structures corporatistes (par Vichy, un moyen de gagner leur vie.
essentiellement) destinées à se substituer aux syndicats L’idée d’utiliser la littérature comme arme contre l’occupant
existants, par l’implantation en France d’entreprises cultu- naît dès les débuts de la contre-propagande clandestine : les
relles allemandes, par le contrôle de l’attribution du papier premiers résistants s’appuient sur la richesse d’une histoire
aux éditeurs, etc. nationale mêlant étroitement littérature et politique, trans-
Pour propager l’idéologie nazie, l’occupant et ses partisans mise par l’école publique, et sur des pratiques littéraires
en France se servent moins de l’art (hormis par exemple comme la parodie ou l’écriture à double sens, communes
l’exposition du sculpteur Arno Breker) que de formes aux élites cultivées et à la culture populaire. Les procédés
modernes et populaires de propagande : documentaires utilisés spontanément en 1940-1941 par ces «amateurs » sont
et expositions itinérantes antisémites ou antibolcheviques, très semblables à ceux des écrivains et des artistes qui, durant
caricatures dans la presse collaborationniste. Car les Alle- ces quatre années, voudront produire consciemment une
mands veulent aussi maintenir une vie culturelle autonome œuvre résistante. La résistance littéraire et artistique sera ainsi
à Paris comme preuve de l’acceptation de l’Occupation… propice non seulement à la réflexion sur un art engagé mais
et de la collaboration. D’où l’organisation d’échanges aussi sur le lien entre culture savante et culture populaire.

5
1 re partie | Art et littérature pour combattre dans la France occupée

Au début de la résistance :
des tracts littéraires
Entre citations…
■ Le premier tract résistant connu est rédigé à Brive
(Corrèze) le 17 juin 1940 par Edmond Michelet, un
militant catholique progressiste, qui réagit au mes-
sage radiodiffusé de Pétain annonçant le début des
négociations avec Hitler pour parvenir à un armis-
tice. Afin de contrer le prestige du « vainqueur de

Archives nationales Z6NL10123


Verdun », Michelet lui oppose un texte de Charles
Péguy, un grand écrivain catholique mort au com-
bat au début de la Première Guerre mondiale.
Les tracts des premiers résistants isolés utilisent
souvent ce système de la citation d’écrits emprun-
tés à des figures connues de la Pre-
mière Guerre mondiale :
militaires (Foch), hommes
politiques (Poincaré,
Clemenceau), mais aussi
Ce poème souvent intitulé « Collaboration »
des écrivains au patriotisme
réactive le procédé très ancien du poème
insoupçonnable (Péguy et
à double lecture (horizontale/verticale),
Barrès). indiquant que le temps est venu pour les
Français du « double jeu », [s d].
… et jeux littéraires
anonymes Le Notre Joffre avait donné lieu à trois cartes
postales en 14-18. Les Notre de Gaulle,
■ Durant la première année
qui l’imitent, sont une façon d’opposer
de l’Occupation, des tracts lit- de Gaulle à Pétain en le rapprochant
téraires pleins d’humour cir- d’une figure militaire aussi prestigieuse
culent clandestinement, reco- que le « vainqueur de Verdun », [s d] (14 x 9 cm).
piés suivant le principe de la
chaîne par des individus iso-
lés. On trouve des réécritures un pastiche d’annonce paroissiale
anti-allemandes de poèmes ( « Cette année pas de Joyeux
ou chansons bien connus : Noël »)… L’humour appliqué à ce
« Les conquérants » de Heredia, répertoire est une façon de s’op-
la « Ballade des dames du poser sur le fond et la forme aux
Collection particulière

temps jadis » de Villon (« Dites- poèmes à la gloire de Pétain, qui


moi où, dans quel pays/ expriment une ferveur religieuse
Sont allés nos chapons du sans distance aucune. D’autres
Maine / Nos vaches grasses, textes utilisent différents pro-
nos brebis »). On charge ainsi cédés de « cryptage », comme
d’un message politique un pour indiquer aux Français que le
patrimoine scolaire ou popu- temps est venu d’adopter une langue
laire. Mais en misant sur le « second degré » ludique, secrète : poème que l’on qualifierait aujourd’hui de SMS
comme le fait la BBC au même moment, on montre (« L’espoir R.S.T »), poème à acrostiche (les premières
son opposition non seulement au contenu mais au lettres des 15 vers forment « MERDE POUR HITLER »)
style même des propagandes officielles, vichyste et ou poème à double lecture. Tous ces jeux littéraires
allemande, qui n’utilisent alors qu’un ton autoritaire expriment un premier refus, élémentaire : celui de
et dénué d’humour. Le même procédé littéraire (la laisser contaminer son esprit par la langue même des
parodie) est appliqué à toutes sortes de textes : publi- nouveaux maîtres de l’heure, en lui opposant un fonds
citaires (traitement contre les « doryphores »), péda- culturel commun fait de textes et de figures de style.
gogiques (texte anti pétainiste pour apprendre à lire) ;
plus tard, en 1944, circuleront des parodies de « testa-
ment d’Hitler ». Plus fréquemment encore, on réécrit @voir un choix de tracts et de jeux littéraires est
les textes les plus connus de la religion chrétienne : consultable en ligne sur le site de la Fondation de la
circulent des Notre Père gaullistes inspirés des Notre Résistance [Link]
Joffre de 14-18 (« Notre de Gaulle qui êtes au feu / Que Retrouvez également des tracts et des jeux littéraires
aux archives départementales et dans les musées de la
votre nom soit glorifié / Que votre victoire arrive…») Résistance et de la Déportation de votre région.
des décalogues pro-alliés (« La guerre tu continueras »),

6 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


La littérature et l’art dans la presse clandestine
Des premières feuilles clandestines,
rédigées et diffusées parfois par une
seule personne, jusqu’aux grands jour-
naux des mouvements et des partis
clandestins qui, en 1944, tirent à des
centaines de milliers d’exemplaires, la
presse clandestine reflète l’expansion
de la Résistance. Elle a fini par appa-

Source : [Link] (bibliothèque nationale de France)


raître comme la voix d’un véritable
État clandestin. Son combat pour dis-
créditer Vichy était aussi culturel : elle
a mobilisé tout un patrimoine litté-
raire et artistique pour prouver que la
Résistance incarnait la fidélité au passé
culturel de la France.

Les auteurs et œuvres cités


La presse clandestine revendique un
héritage politique en s’appuyant sou-
vent sur l’art et la littérature :
@voir un descriptif du contenu de 50 journaux clandestins en lien avec l’art
■ Les chants patriotiques : la reven- et la littérature est disponible sur le site de la Fondation de la Résistance.
dication du retour de la République Ces journaux, qui ont inspiré les commentaires de cette page, sont acces-
s’appuie sur la citation fréquente sibles sur le site [Link]
des paroles des chants révolution-
naires ( Chant du départ et surtout La Marseillaise (Bernanos surtout) ou dans la clandestinité, en men-
qui est interdite dans les régions occupées), pour les tionnant les éditions clandestines et en reproduisant
réapprendre et les entonner dans des manifestations. nombre de leurs textes. Elle réfléchit aussi aux critères
La citation de La Madelon, chanson de la guerre de esthétiques d’une littérature et d’un art résistants.
14, renvoie aux chants des maquisards qui présentent
parfois ceux-ci comme les héritiers des Poilus. Les modes d’écriture
■ Le patrimoine littéraire : trois titres symbolisent trois ■ Le pastiche, procédé littéraire appliqué à toutes sortes
approches possibles. Pantagruel (avec en épigraphe de styles et de textes, littéraires ou non, pour dénoncer
une citation de Rabelais appelant à garder sa faculté Vichy ou Hitler, est fréquent dans la presse clandestine
de raisonner) reflète la propagande de 1940, dont non communiste. On peut pasticher un journal vichyste
l’exemple le plus connu est le tract Conseils à l’occupé : entier (Blag out, Le Gaullois), des rubriques de journal
elle veut dans un premier temps aider les Français à (chroniques façon Canard enchaîné, concours littéraire,
résister mentalement à l’influence des presses contrô- pages amusantes, salon artistique), des textes attri-
lées. Gavroche renvoie à l’omniprésence de Victor bués à Pétain, Maurras, des textes d’écrivains qu’on
Hugo dans la propagande politique « offensive », de admire (Hugo, Charles d’Orléans, Voltaire, Corneille),
1941 à 1944, comme poète utilisable à la fois contre des chants (La Carmagnole). Comme dans les tracts
Vichy (anti-Napoléon III) et contre l’occupant (éloge littéraires, l’humour sert dans un premier temps à s’op-
des francs-tireurs de 1870). Chanteclair (allusion à une poser au ton autoritaire de la propagande officielle.
pièce en vers de Rostand) reflète la domination dans Puis quand les Allemands tentent de manier aussi la
la presse clandestine d’un genre (la poésie) sous sa raillerie, on surenchérit pour affirmer une forme de
forme la plus traditionnelle (le vers régulier) pour des supériorité culturelle en la matière, s’appuyant sur une
raisons pratiques (forme courte, mémorisable), mais tradition scolaire et journalistique.
aussi culturelles (richesse du patrimoine français en
termes de poésie engagée). ■ La création littéraire « sérieuse », de forme surtout poé-
tique et reproduisant souvent des extraits d’éditions
■ Les écrivains et artistes contemporains : ils sont cités clandestines, peut se diviser en trois thématiques princi-
avant tout dans des revues (La pensée libre, Les cahiers pales : l’attaque contre l’adversaire (surtout Pétain), l’af-
de Libération) et dans la presse « professionnelle » (Les firmation d’une identité résistante (poèmes, mais aussi
lettres françaises, L’ art français…). Elle dénonce (par- Chant des bataillons de la mort, Chant des partisans,
fois de façon contestable) les écrivains et artistes col- fable métaphorique de L’ abeille…), enfin la poésie de
laborateurs ou s’accommodant de la situation asser- circonstance liée à un événement (campagne des «V »,
vie de la France. Elle leur oppose les écrivains en exil exécutions de résistants ou d’otages…).

7
1 re partie | Art et littérature pour combattre dans la France occupée

■ L’effondrement de 1940 bouleverse le rapport à l’écriture, y


compris chez les écrivains qui veulent résister. Faut-il conti-
nuer à produire une œuvre littéraire au risque de paraître cau-
tionner la censure des nouveaux pouvoirs ? Les repères sont
brouillés en 1940, d’autant qu’en zone occupée, les Allemands
commencent par déléguer aux éditeurs français le soin d’auto-
censurer leur production, avant d’instaurer en avril 1942 leur
propre contrôle préalable. Rares sont les auteurs comme René
Char, Jean Prévost ou, à un moindre degré, André Malraux,
qui s’abstiennent de toute publication légale au profit d’un
engagement total dans la résistance armée. La plupart des
écrivains résistants conti-
nuent à publier tout en
agissant clandestinement,
La résistance

Musée de la Résistance nationale à Champigny-sur-Marne


quelle que soit la forme de des écrivains
résistance qu’ils adoptent :
activités paramilitaires (du renseignement aux maquis), presse
clandestine politique, littérature clandestine. Ainsi, l’écrivain
Jean Paulhan, prestigieux directeur littéraire chez Gallimard,
publie et continue d’éditer « ses » auteurs pour contrebalancer
l’influence du collaborationniste Drieu la Rochelle, tout en étant
l’un des inventeurs de la presse littéraire résistante. Celle-ci
est d’abord liée à la stratégie de « front national » du parti
communiste qui, à partir de juin 1941, commence à créer des
organismes élargis aux non-communistes : le Comité natio-
nal des écrivains (CNE), dirigé par Jacques Decour, est l’un
des premiers et réussira vite à rassembler des auteurs de
toutes tendances. Le principal organe du CNE sera Les lettres
françaises, où écriront une quarantaine d’auteurs. Un second Premier numéro des Lettres françaises,
journal se rajoutera en 1943 en zone Sud, fondé par Louis 1er septembre 1942.
Aragon : Les Étoiles , ainsi qu’une petite maison d’édition,
La Bibliothèque française, et des publications locales. D’autres @voir des documents numérisés liés à la Résis-
initiatives voient le jour en dehors du CNE, à commencer par la tance sur le site de l’IMEC (Institut Mémoires
plus importante des éditions clandestines : les Éditions de Minuit ; de l’édition contemporaine). L’IMEC préserve
dans la presse clandestine, des revues littéraires : Les cahiers des fonds d’archives d’éditeurs, d’écrivains,
de Libération, lancés en 1943 par le mouvement Libération d’artistes…
[Link]/linstitut/
Sud, et en 1944 L’éternelle revue, dirigée par Paul Éluard.

Jacques Decour et Les lettres françaises


De son vrai nom Daniel Decourdemanche, il est né en 1910, a mené une carrière d’enseignant
germaniste et d’écrivain tout en militant au sein du parti communiste. Son roman Philister-
burg (1933) est l’un des premiers consacrés à la montée du nazisme.
Après la défaite, Decour est l’un des créateurs de la presse clandestine s’adressant aux
intellectuels : il fonde avec le philosophe Georges Politzer et le physicien Jacques Solomon
le journal L’université libre (octobre 1940), puis la revue La pensée libre (février 1941), qui
s’adressent alors aux seuls communistes.

À l’été 1941, Decour est chargé par le PCF de la constitution en zone occupée du Comité natio-
nal des écrivains (CNE), ouvert à toutes les tendances. Il s’entend avec son ancien éditeur
Jean Paulhan pour concevoir le premier journal clandestin littéraire, susceptible d’accueillir
Archives nationales (cote 72 AJ/2447)

des contributions des écrivains eux-mêmes : Les lettres françaises. Il s’y engage pleinement
tout en continuant à enseigner. Il réunit des manuscrits de Jean Paulhan, François Mauriac,
Jacques Debû-Bridel, mais son arrestation par la police française avec Solomon et Politzer
empêche la publication du premier numéro qui sera détruit. Il est fusillé par les nazis le 30 mai
Jacques Decour, 1942 au Mont-Valérien, une semaine après ses camarades. L’écrivain Claude Morgan reprend
premier écrivain français le journal et publie le texte de Jacques Decour, « Manifeste des écrivains de zone occupée »,
résistant victime de la qui appelle les écrivains de toute tendance politique à lutter avec leur plume contre l’occupant.
répression en mai 1942.

8 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


Photographie de Louis Aragon,
Elsa Triolet et Pierre Seghers
Contourner la censure à Villeneuve-lès-Avignon, 1941.

et jouer avec les mots


Une forme d’opposition légale :
les revues contestataires
et la « poésie de contrebande »
■ En zone occupée, la seule revue littéraire autorisée
par les Allemands à reparaître en 1940 est la
prestigieuse NRF (Nouvelle Revue
Française), qui exerçait une véri-

Fonds Pierre Seghers/Archives IMEC


table direction intellectuelle avant
guerre, et prône désormais la col-
laboration, sous la direction de
l’écrivain Pierre Drieu la Rochelle.
Vont s’opposer à elle plusieurs
petites revues littéraires situées en
zone Sud (Poésie, dirigée par Pierre
Seghers retiré à Villeneuve-lès-Avi-
/ IMEC

gnon, Confluences de René Tavernier


à Lyon) ou dans l’outre-mer (Fontaine
Revues

de Max-Pol Fouchet à Alger, Tropiques Couverture de la revue Poésie 41


dirigée par Pierre Seghers en zone Sud .
d’Aimé Césaire en Martinique), éditées
Fonds

légalement sous visa de censure. Couverture de la revue Fontaine n° 18

EC
et  / IM
de février 1942. Cette « revue mensuelle
Leur objectif est d’affirmer l’existence de la poésie et des lettres françaises »

Fouch
d’une littérature française soustraite à l’in- est publiée par Max-Pol Fouchet
à Alger.
M.-P.
fluence de l’occupant comme de la Révolution natio-
nale prônée par le régime de Vichy. Leurs éditeurs,
Fonds

en particulier Max-Pol Fouchet, y publient des écrivains


français en exil (Bernanos, Supervielle), des textes d’au- Toutes ces revues jouent un rôle fondamental pour
teurs proscrits à divers titres, morts (Garcia Lorca) ou convertir les écrivains et les poètes à la nécessité d’un
vivants mais interdits d’exercer et pourchassés (Benjamin art engagé, quelles que soient leurs appartenances poli-
Fondane). Ils défendent les auteurs français attaqués pour tiques et leurs préoccupations esthétiques, proches du
leurs supposées responsabilités morales dans la défaite communisme (Aragon et Éluard) ou de la foi chrétienne
(Proust, Gide). Mais l’arme principale pour contourner la (Pierre Emmanuel et Pierre Jean Jouve). Bien des auteurs
censure vichyste est la « poésie de contrebande », chargée qui y écrivent franchissent le pas vers la résistance litté-
d’allusions politiques cryptées. Le poète Louis Aragon, raire proprement dite : la participation à la presse ou aux
qui l’a théorisée, joue un rôle de lien entre ces revues. éditions clandestines, avec des textes signés sous pseu-
Malgré la censure de certains textes, la saisie de numé- donyme, clairement hostiles à l’occupant et aux collabo-
ros, voire une interdiction provisoire (Confluences), ces rateurs, ouvertement solidaires de la lutte menée par les
revues continuent à paraître pour affirmer tant bien que organisations résistantes, dont ils célèbrent les martyrs.
mal un espace de liberté intellectuelle sous l’oppression.
Elles entretiennent un lien étroit avec des revues suisses
(Traits, Les cahiers du Rhône) où des auteurs font paraître @voir un corpus documentaire sur le site de la Fonda-
sous pseudonyme des textes plus radicaux. En zone occu- tion de la Résistance qui permet de comparer les pro-
ductions légales et clandestines d’un même poète, et
pée, quelques initiatives semblables apparaissent à Paris :
distinguer clairement les objectifs et les moyens de la
la revue littéraire Messages, les éditions La Main à Plume « poésie de contrebande » et de la poésie résistante.
d’un groupe de jeunes surréalistes.

Cinéma et théâtre : des interprétations du public plutôt qu’un « art de contrebande »


■ Des films ou des pièces, perçus comme hostiles à l’oc- de la Résistance (Les mouches de Sartre) ou indifférents,
cupant ou à Vichy, ont provoqué des réactions collectives voire hostiles à ce combat, contrairement à ce que pen-
du public. Au cinéma, l’exemple le mieux attesté est celui sait le public (Antigone d’Anouilh, La Reine morte de
du film Pontcarral, colonel d’Empire de Delannoy : sorti fin Montherlant). Dans tous les cas, ces interprétations étaient
1942 en France, il a suscité des applaudissements dans largement indépendantes des intentions des créateurs qui
les salles lorsque le héros Pontcarral quitte la France pour étaient trop exposés pour diffuser un message politique
l’Algérie. D’autres exemples semblent relever plutôt d’une même crypté… à l’inverse des poètes dont les productions
réaction individuelle et privée : ainsi, au théâtre devant étaient confidentielles et avec un enjeu économique bien
des pièces allégoriques, écrites par des auteurs proches plus faible.

9
Focus
L’imprimeur parisien Ernest
Aulard et son contremaître
Pierre Doré ont tiré clan-
destinement les volumes
des Éditions de Minuit sur
leurs presses pendant les
jours de repos des ouvriers.
C’est au cours de l’hiver
1944 que Robert Doisneau
photographie l’activité des

Archives IMEC © Éditions de Minuit


imprimeurs ayant travaillé
pour la Résistance.
Une partie de ce reportage
est publiée en mars 1945
© Atelier Robert Doisneau

dans le numéro de la revue


Le Point dédié aux imprime-
ries clandestines.

Dos de certains des volumes


publiés par les Éditions de
Les Éditions de Minuit Minuit, dans leur première
réédition après la Libération.

■ La plus importante entreprise d’édi- leurs principaux soutiens comme le Pierre Audiat fait part de son admi-
tion clandestine naît en 1942 à l’ini- libraire parisien José Corti. ration(1). « Le lecteur des Éditions de
tiative de deux hommes, désireux de Vercors, Paul Éluard et Jean Paulhan, Minuit avait d’abord l’impression que
prendre la relève des premières initia- assurent la direction éditoriale, cette résistance cadencée, imagée, ne
tives des intellectuels communistes, à contactent les auteurs dans leurs devait pas faire beaucoup de mal à
un moment où une répression terrible cercles de connaissances. Ces auteurs l’occupant et que, si les auteurs […]
s’abat sur ceux-ci. prennent souvent pour nom de plume étaient un jour découverts par la Ges-
Le romancier Pierre de Lescure connaît un nom d’une région de France. Les tapo, ils ne seraient pas exposés à de
des écrivains et son ami le dessina- textes, courts, sont majoritairement cruelles représailles. Mais, en allant au
teur Jean Bruller des imprimeurs. Ils des romans, des contes ou des fond, il découvrait la virulence secrète
décident de créer une maison d’édi- poèmes mais aussi des essais philo- de ces récits, de ces complaintes, de
tion clandestine baptisée les Éditions sophiques et politiques. Le sujet princi- ces dialogues ; il entendait le cri sourd
de Minuit pour que continue de vivre pal traité par ces écrivains humanistes de la rébellion, le mot qui transforme
la littérature française. Le premier n’est pas la Résistance en tant que le désespoir en révolte, l’appel qui fait
ouvrage est celui de Jean Bruller, Le telle, mais le récit de vies, de gestes et surgir du sol les légions. »
silence de la mer, en hommage au d’attitudes qui témoignent de compor- En fait, l’impact des Éditions de
poète Saint-Pol-Roux mort après la tements de refus et de dignité. Minuit dépasse de très loin leur dif-
débâcle de 1940. fusion clandestine. En France même,
Lire, acheter la presse résistante démultiplie leur
Publier malgré les risques et diffuser les ouvrages écho : elle signale leurs publications
et en reproduit des extraits. Surtout,
Le silence de la mer est imprimé Ces livres sont vendus clandesti- certains des ouvrages édités, en par-
clandestinement en février 1942 à nement à des lecteurs qui ont des ticulier Le silence de la mer et les
300 exemplaires par les imprimeurs contacts avec ceux qui s’opposent textes de L’honneur des poètes, vont
Ernest Aulard et Claude Oudeville. à l’ennemi. La vente des livres per- incarner aux yeux du monde libre
Yvonne Paraf-Desvignes plie et coud met l’autonomie financière de la la persistance de la vitalité littéraire
les cahiers du livre, son ami Jean maison d’édition. Les bénéfices de la France, grâce aux rééditions
Bruller les colle sur la table de sa cui- (300 000 francs en deux ans et demi !) effectuées par la France libre ou des
sine. Avec quelques sympathisants, sont distribués par le Comité national sympathisants de la cause alliée.
Pierre de Lescure finance lui-même des écrivains (CNE) aux familles des
cette première édition. imprimeurs et ouvriers typographes (1) Paris pendant la guerre,
Suivront 24 autres ouvrages clan- tombés sous les coups de la répression. Paris, Hachette, 1946.
destins tirés entre 500 et 1 000 exem-
plaires chacun, qu’il s’agit de dis-
@voir le catalogue des Éditions de Minuit sur le site de la Fondation de
tribuer le plus vite possible pour
la Résistance.
écouler les stocks cachés parfois chez
Paul Éluard ou Claude Morgan. Piste de recherche : Mettre en relation certains ouvrages avec l’itinéraire
Yvonne Paraf-Desvignes court la résistant de leur auteur, retracer le parcours d’un livre clandestin de sa
conception à sa réception, s’intéresser aux imprimeurs et aux libraires
France pour récupérer les manuscrits,
qui prirent partout des risques considérables pour diffuser la presse et
transporte les plombs sur son vélo l’édition littéraires de la Résistance.
dans Paris et assure les liaisons entre

10 Concours National de la Résistance


résistance et
et de
de la
la Déportation
Déportation –– 2015-2016
2015-2016
■ La simple parution du Silence de la mer, diffusion quasi-
premier ouvrage des Éditions de Minuit, fait ment mondiale
une forte impression chez les résistants : le (États-Unis, Qué-
circuit clandestin qu’il a fallu organiser était bec, Beyrouth,
complexe (imprimer, brocher, diffuser). Sénégal, New-
Imprimé en février 1942, mais diffusé seu- Delhi…).
lement à partir d’octobre à une centaine de Mais, en métro-

IMEC © Éditions de Minuit


personnes, le livre est très bien accueilli. L’un pole, cette dif-
de ses mécènes, Robert Debré, crie au « chef- fusion orches-
d’œuvre » et le journal littéraire clandestin trée par la France
Les lettres françaises annonce en février 1943 libre et les Alliés
« le livre le plus

hiffrin
émouvant, le plus
Les lectures

ction A. Sc
profondément
humain que nous
d’un livre clandestin :

IMEC / colle
ayons eu l’occa-
sion de lire ». Le silence de la mer de Vercors
Cette longue nouvelle, la première qu’ait va faire du roman une victime indirecte des
jamais écrite Jean Bruller alias Vercors, a pour tensions grandissantes entre ceux-ci et les Le silence de la mer
sujet le « pacte du silence », pour reprendre résistants partisans de la lutte armée immé- (à gauche) est
l’expression de Jacques Debû-Bridel. Elle diate. Ces résistants, en particulier les com- imprimé clandesti-
décrit la résistance passive de la France sous munistes, se plaignent en 1943-1944 qu’on nement en France
une forme allégorique : devant l’officier alle- prive leurs maquis et leurs groupes francs en 300 exemplaires.
mand qu’elle est contrainte d’héberger, une d’armes pour les réserver à la période de Il est ensuite édité à
famille garde un silence absolu. la Libération. Du coup, la promotion de ce Londres par la France
roman, exaltant une résistance purement libre, et à New-York
par Jacques Schiffrin
L’un des envoyés de la France libre,Yvon Morandat, civile et passive, leur semble pleine d’ar-
sous le titre Les
rapporte à Londres un exemplaire du Silence rière-pensées et ils n’hésitent pas à attaquer
silences de la mer
de la mer à l’automne 1942. Immédiatement, le texte. (à droite). Il connaît
le journal gaulliste La Marseillaise reprend le Après la Libération, le roman, réédité au alors une diffusion
texte en feuilleton. La revue du monde libre, grand jour aux Éditions de Minuit, retrouve mondiale.
parachutée au-dessus de la France, en repro- son statut d’œuvre pionnière et mythique de
duit des extraits. Le roman connaît alors une la résistance littéraire française.

Édith Thomas : l’engagement


d’un écrivain résistant
■ « Lève-toi et marche… » Ce sont les mots d’Édith Thomas qui appelle à la Résis-
tance dans l’un de ses poèmes, écrit en juillet 1943. Historienne, journaliste et
romancière, cette intellectuelle militante, dont le général de Gaulle connaîtra et citera
les écrits clandestins, met sa plume au service de son engagement républicain.
Dès juin 1940, elle rejoint la Résistance, puis est l’une des chevilles ouvrières du
Comité national des écrivains (CNE). À partir de septembre 1942, elle adhère au
parti communiste clandestin et devient l’agent de liaison numéro un des Lettres
françaises, revue clandestine, où elle dénonce, dans son article « Crier la Vérité ! »,
Archives nationales (cote 318 AP/1)

les déportations des enfants juifs. C’est au 15 rue Pierre-Nicole à Paris, chez elle,
que se tiennent les réunions parfois très nombreuses du CNE, mais aussi celles
de membres du Conseil national de la Résistance. Sa propre production d’écri-
vain-résistant est d’une remarquable diversité : elle publie aux Éditions de Minuit
des contes sous le nom d’Auxois et contribue au recueil L’honneur des poètes ;
elle tient aussi son journal intime, tout en rédigeant parallèlement un faux journal
d’un bourgeois pétainiste ! Au-delà de son engagement d’écrivain, elle décide, au
printemps 1944, d’entrer dans l’action armée et part vivre plusieurs mois dans les
maquis FTP de la zone Sud. Elle publiera après guerre ses mémoires.
Cheville ouvrière du Comité national
des écrivains, Édith Thomas publie
aux Éditions de Minuit Les contes @voir sur le site de la Fondation de la Résistance, des documents sélection-
d’Auxois et contribue au recueil nés avec le concours du service éducatif des Archives nationales qui mettent
L’honneur des poètes.
en valeur l’itinéraire et l’atelier de l’auteure-résistante Édith Thomas.

11
1 re partie | Art et littérature pour combattre dans la France occupée

La poésie au cœur de la résistance littéraire


■ Le renouveau de la forme poétique après la défaite, d’écoles poétiques très diverses. Le mot honneur du
qu’il s’agisse des revues légales contestataires ou de la titre résonne comme un hommage aux valeurs mili-
presse clandestine, incite Pierre de Lescure et Vercors à taires et apolitiques de certains résistants et de la
commander à Paul Éluard la réalisation d’une anthologie France libre à ses débuts, tandis que la date de la paru-
poétique clandestine, aux Éditions de Minuit. tion − 14 juillet 1943 − affiche les idéaux républicains
derrière lesquels tous se retrouvent depuis que Vichy
Paul Éluard collecte 42 poèmes, la plupart inédits, auprès s’est discrédité par la collaboration.
de 22 poètes. L’entreprise rassemble des créateurs À l’automne 1943, Paul Éluard entreprend la confec-
reconnus (Aragon, Desnos), d’autres en devenir (Francis tion d’un second recueil, Europe, qui paraît délibé-
Ponge, Jean Tardieu, Eugène Guillevic, rément le 1 er mai 1944 pour
Pierre Emmanuel, Loÿs Masson), des L’honneur des poètes I et II, exprimer la fraternité de com-
poètes-directeurs de revues (Seghers, une œuvre collective bat des peuples. Il rassemble
Tavernier, Jean Lescure) et des « ama- 58 poèmes dont ceux de dépor-
teurs » inconnus (dont un interné du camp de Drancy) : té(e)s et d’interné(e)s. Figurent ainsi le dernier
une première dans l’histoire culturelle française. poème de Benjamin Fondane, assassiné quelques
Ce recueil fait écho à la volonté d’union politique qui mois plus tard à Auschwitz, ainsi que Le veilleur du
vient juste d’aboutir à la Pont-au-Change de Robert Desnos, annonciateur des
création du Conseil combats proches pour la Libération. Éluard et Pierre
national de la Résis- de Lescure enregistrent clandestinement la plupart
tance (27 mai 1943). des poèmes du recueil, dans les locaux de la radio
Les contributeurs de Vichy, où le résistant Pierre Schaeffer prépare un
sont d’opinions et stock d’émissions en vue de la Libération.

L’honneur des poètes, édition clandestine (à gauche) et édition tirée à Alger à 10 000 exemplaires en
Collection particulière

avril 1944 par l’Office français d’édition (à droite). Le recueil L’honneur des poètes connaît un succès
ulière

immédiat. En métropole, il est cité abondamment par la presse clandestine, réédité sous la forme d’un
tract-dépliant de 8 pages. Dans le monde libre, la France combattante le réédite en totalité ou en partie
Collection partic

à Alger, Rio, New-Delhi…, lui assurant une diffusion sans précédent pour un recueil collectif de poésie
contemporaine. Il conquiert un large public au Royaume-Uni, aux États-Unis ou au Mexique. Certains
poèmes sont lus au micro de la BBC.

« Liberté » d’Éluard, du brouillon à la notoriété


Musée de la Résistance nationale à Champigny-sur-Marne. Fonds Noël Arnaud/La Main à Plume

■ Durant l’été 1941, Paul Éluard commence à composer le poème


« Une seule pensée » qui devait pour conclure révéler le nom de
la femme qu’il aimait. Un an plus tard, l’espoir d’une libération
devenant moins irréaliste, Éluard change le sens de tout son texte
en choisissant comme mot final « liberté ». La première édition
du poème, faite par Max-Pol Fouchet à Alger dans la revue légale
Fontaine (juin 1942, n° 22) paraît sous le titre « Une seule pensée »,
parvenant à déjouer la censure vichyste. C’est avec la deuxième
édition, qui sort en octobre 1942 à Paris, en pleine Occupation,
qu’Éluard franchit le pas et ose changer le titre même du poème
en « Liberté », sur le marbre de l’imprimeur Cario. Le texte est
publié confidentiellement dans le recueil Poésie et vérité 1942,
aux éditions de La Main à Plume, avec une fausse date d’im-
pression (3 avril 1942) pour contourner l’obligation allemande
de la censure préalable instaurée le 15 avril 1942. La popularité
de « Liberté » est immédiate. Parvenu à Londres, il est reproduit
par la revue La France Libre, et surtout parachuté au-dessus de
la France à des milliers d’exemplaires par les avions de la RAF.
Mais son thème et sa structure si particulière inspirent aussi de
grands artistes résistants : le compositeur Francis Poulenc, qui
en fait un des éléments de sa cantate Figure humaine, éditée
sous le manteau, et Jean Lurçat, qui fait tisser clandestinement, à
Aubusson en 1943, une tapisserie intégrant des vers de « Liberté ».

@voir les archives sonores et audiovisuelles sélectionnées par Manuscrit original du poème « Liberté » de Paul Éluard
l’INA sur les poètes de la Résistance [Link]/jalons/ pour la publication du recueil Poésie et vérité 1942
aux éditions de La Main à Plume, 1942 .

12 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


Exposer ou s’exposer ? Résistance et arts plastiques
Exposer un art moderne [André Fougeron], « À mort la bête »,
officiellement dénigré in Vaincre. Témoignages des peintres
français, édité par le Front national
■ La question de l’engagement des peintres au profit des Francs-tireurs
des artistes peintres durant l’Oc- et partisans français, juin 1944
cupation invite à revenir sur le (27,5 x 32,5 cm).
débat de « l’art pour tous » initié
dans les années 1920. S’insur- Un collectif de plasticiens
geant contre l’individualisme résistants publie
et le supposé génie de l’artiste, un album clandestin
des peintres ont cherché à
rapprocher l’art du peuple. Le ■ Un comité du mouvement de

r-Marne
peintre pouvait alors réagir à résistance « Front national de lutte

igny-su
l’événement, comme l’a fait pour l’indépendance de la France »,
Picasso avec Guernica en animé par le peintre André Fougeron

Champ
1937, pour être compris du rédige leur journal clandestin L’art
plus grand nombre. français. Au printemps 1944, le comité

onale à
Pendant l’Occupation, peu édite clandestinement l’album Vaincre
d’artistes ont réagi ouver- rassemblant douze planches lithogra-

nce nati
tement à la nouvelle phiques non signées de huit peintres :
situation de la France, ce André Fougeron, Édouard Goerg,

Résista
qui les aurait empêchés Édouard Pignon, Boris Taslitsky, Jean
de travailler et d’expo- Aujame, Louis Berthome Saint-André,
ser. Pourtant, malgré la censure de la
Pierre Ladureau, Pierre-Paul Montagnac.
Musée
et les lois d’exclusion des Juifs, des artistes Leurs œuvres dénoncent explicitement
peintres de ce courant de « l’art pour tous » ou d’autres les oppresseurs (l’occupant nazi, Pétain,
tendances modernistes détestées par les pouvoirs en place Laval), leurs crimes (tortures, assassinats
ont continué de créer. Par exemple, Picasso, attaqué par les et déportations) et appellent au combat (allégorie
nazis et officiellement censuré, continue de peindre à Paris. de saint Georges terrassant le dragon nazi).
Ses œuvres sont exposées dans des galeries parisiennes et L’album est réalisé par Marcel Mannequin, impri-
sont même vendues en salle des ventes et dans des circuits meur-lithographe, dans le quartier de Pigalle à
privés. C’est aussi le cas de Kandinsky, jugé comme un artiste Paris. Il est tiré à 300 exemplaires et vendu sous
dégénéré par les nazis, dont les toiles sont négociées dans les le manteau à un public choisi et aisé au profit
arrière-salles des galeries. Des marchands et des galeristes, des FTP (Francs-tireurs et partisans), les groupes
comme la galerie Jeanne Bucher ou la petite galerie L’Esquisse armés du mouvement auquel adhèrent ces
à Paris, ont une attitude courageuse en continuant de vendre et artistes.
d’exposer − sans envoyer d’invitations officielles − des artistes
« difficiles » (de Staël, Fautrier, Dubuffet, Lurçat…), qui privilé-
gient l’abstraction dans une conjoncture où la modernité n’est Piste de recherche
pas la bienvenue. Ces comportements ne sont pas assimilables Comparer les planches de Vaincre et les textes
à la résistance, puisqu’ils ont continué avec l’accord tacite de de Fougeron dans L’art français (disponible sur
l’occupant et des autorités vichystes. Celles-ci privilégiaient le le site Gallica), qui indiquent ses sources d’ins-
piration pour un art résistant, en particulier
contrôle du contenu politique des œuvres plutôt que d’imposer Daumier et sa lithographie : Rue Transnonain,
une norme culturelle. Mais créateurs et galeristes s’y livraient le 15 avril 1834.
sans savoir si cette tolérance allait durer.
Musée départemental d’histoire de la Résistance

Les réactions à la destruction


de la statuaire publique
et de la Déportation de l’Ain et du Haut Jura

Pour satisfaire aux demandes allemandes de métaux non ferreux, Vichy sacrifie
une grande partie de la statuaire publique (loi d’octobre 1941). Les protestations
sont nombreuses en province, y compris chez des soutiens du régime. Des maires
démissionnent, d’autres cachent des statues. Des groupes résistants font de même ;
à Salers ils expliquent leur geste en inscrivant sur le socle : « Je ne veux pas aller
en Allemagne ». L’enlèvement de statues républicaines, salué par certains journaux
légaux, est fustigé par la presse clandestine. À Bourg-en-Bresse, des résistants
installent le 11 novembre 1943 un buste de Marianne sur un piédestal vide. Cette
action d’éclat de la Résistance a fait l’objet d’un photomontage édité sous la forme
d’une carte postale vendue au profit des maquis de l’Ain (photographie ci-contre).

13
Focus

René Iché adresse La déchirée


au général de Gaulle

La Patrie déchirée dans les mains


Jean Cavaillès à Londres auprès du
du général de Gaulle général de Gaulle que René Iché lui
■ Une femme à demi-nue, un bras tendu vers le ciel, confie la sculpture La déchirée (elle
l’autre posé sur son front, arbore un visage tour- pèse environ 10 kg dans la valise de
menté. Enveloppée d’un linge épais dont les plis Cavaillès, confiera plus tard Lucie
lourds viennent encore accentuer les tourments, Aubrac !). La sculpture s’envole pour
cette femme semble désespérée… Sur le socle sous Londres clandestinement en février 1943
ses pieds nus, une citation gravée finement : « Au et est offerte au général de Gaulle, qui
général Ch. de Gaulle, âme ardente d’une Patrie la place sur son bureau, au 4 Carlton
déchirée. Paris 12-1942 ». Gardens. Cet épisode est mentionné
Telle est l’œuvre de René Iché, qu’il sculpte dès les dans ses Mémoires de guerre. Rapporté en
premiers mois de l’Occupation à la fin de l’année France, puis exposé au Salon d’automne
1940. Par ce bronze noir d’environ 40 cm de haut, en 1944, cet exemplaire de La déchirée
il entend représenter l’allégorie de la France, qui est placé aujourd’hui dans la bibliothèque de
exprime ses souffrances et appelle à l’aide, face à La Boisserie, demeure du général de Gaulle
l’occupant nazi. à Colombey-les-Deux-Églises.

Marqué par la Première Guerre mondiale, paci-


fiste dans l’âme, René Iché entre en résistance dès L’art pour financer
1940. D’abord membre actif du réseau du musée de la Résistance ?
l’Homme, il échappe aux arrestations qui le déman-
tèlent et s’engage à partir de 1942, dans le mouve- René Iché aurait utilisé son travail d’artiste
ment Libération Nord, puis dans le réseau de ren- officiel pour financer son réseau de résis-
seignements Cohors-Asturies. Son atelier parisien tance, sous couvert de hauts fonction-
du 55 rue du Cherche-Midi devient un lieu central naires de l’administration des Beaux-Arts
pour l’organisation : les agents de liaison y déposent de Vichy, eux-mêmes membres de la
et viennent chercher du courrier, des armes sont Résistance comme Jacques Jaujard. Des
dissimulées dans les moules, des membres de l’or- historiens font l’hypothèse que des fonds aulle
ganisation apprennent les rudiments de la gravure de Vichy destinés à l’achat d’œuvres d’art
es de G

pour fabriquer de faux-papiers. ont été détournés au profit d’organisations


résistantes – notamment pour financer les
al Charl

Cohors-Asturies, dirigé par le philosophe Jean maquis en 1943-1944.


Cavaillès, dispose de liaisons par radio avec Londres
Mémori

et de liaisons aériennes (parachutages, atterrissages René Iché, La déchirée, novembre 1940,


clandestins). C’est à l’occasion d’une mission de bronze (40 cm de haut).

Représenter la République
Les allégories de la France sont des thèmes qui ont inspiré les artistes, notam-
ment sous la IIIe République. Des représentations de Marianne « souffrante »
voient le jour pendant la Grande Guerre. Dans cette veine, juste avant la
Libération, de nombreux artistes réalisent des affiches où la République
est tantôt représentée martyrisée, sortant du tombeau, ou victorieuse :
par exemple Paul Colin (affiche « La Marianne aux stigmates » pour le dé-
but de l’insurrection parisienne, 17 août 1944), Philippe Grach, alias Phili
(affiche « Libération », août 1944), Henri Biais (affiche « Liberté » émanant
du GPRF et exécutée dans les derniers jours de l’occupation allemande
à Paris en 1944).

14 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


■ Compte tenu de la difficulté à se procurer du papier pour

on
Libérati
réaliser les tracts et les journaux clandestins, les résistants
privilégient le texte aux dessins pour informer la popu-

re de la
lation. Toutefois des exceptions existent. On retrouve par
exemple des dessins qui dénoncent l’instauration du STO,

de l’Ord
tandis que d’autres évoquent le pillage des matières pre-

F/60/1691)
mières et du ravitaillement par les troupes d’occupation

Musée
allemandes au
détriment des Dessins et caricatures :

s (cote
populations
civiles. Certai- une arme de guerre…

Archives nationale
nes caricatures
dues aux talents
psychologique Papillon parachuté par
les Alliés représentant Hitler
de résistants sous les traits d’une
sont reproduites en petits formats sous forme de papillons guillotine, [s d] (10,5 x 4,5 cm).
à coller discrètement sur les murs ou bien sous forme de .
tracts. Certains sont d’ailleurs reproduits dans la presse Caricature naïve d’un soldat de la Wehrmacht dessiné
alliée aéroportée (papillons, tracts, journaux), larguée sous la forme d’un cochon. Réalisé par la Résistance intérieure,
au-dessus de la France dès l’automne 1940, dans le cadre ce papillon [hiver 1940] se réfère à l’échec du projet allemand de
de la guerre psychologique. Mussolini comme Hitler ou débarquement en Angleterre en 1940 (19,5 x 15,5 cm).
Laval y sont régulièrement caricaturés : Hitler au visage de (1909-1974), est arrêté par les Allemands. Incarcéré à la
guillotine, papier plié transformant 4 cochons en visage prison de Montluc à Lyon, il est déporté fin janvier 1944
d’Hitler, croix gammée formée par le nom de Laval. à Buchenwald, Mauthausen, Gusen I puis II, d'où il est
libéré, le 5 mai 1945, par les Américains. Son dessin pré-
L’humour est souvent utilisé par les Alliés. Ainsi, L’ Amé- sentait un personnage brun à petite moustache avec une
rique en guerre, hebdomadaire aéroporté, crée deux mèche tombant sur le front qui, à la fin d’un repas en
personnages dessinés récurrents sur plusieurs numé- ville, la main bloquée dans un récipient dit à son entou-
ros, appelés Dorittor und Friedbolin, puis Doryphore et rage : « J’ai mis la main dans le sucrier, je ne peux plus
Fridolin. Ce sont deux soldats allemands naïfs, toujours la sortir ». Les Allemands croient reconnaître une carica-
mis dans des situations grotesques de scènes de la vie ture d’Hitler dans ce personnage, ceci à une époque où
quotidienne sur le front de l’Est. l’armée allemande est embourbée sur plusieurs fronts.

En France, la censure allemande a bien compris que la


caricature est une arme redoutable et un contre-pouvoir @voir caricatures et dessins sur le site de la Fondation
puissant. Ainsi, à la suite de la parution d’une caricature de la Résistance. Contactez également le service péda-
gogique des archives départementales et du musée de
dans l’hebdomadaire Ric et Rac du 1er août 1943, le des-
la Résistance et de la Déportation de votre région.
sinateur de presse Jean Bernard, dit Bernard Aldebert

La guerre mondiale
chez les animaux
Né en 1892, Calvo illustre avant l’Occupation de nom-
breux romans et illustrés. Durant la guerre, sans se
compromettre, il continue ses activités de dessinateur et
travaille clandestinement à la réalisation d’un ouvrage
transposant dans un univers animalier les enjeux et le
déroulement de la guerre.
L’univers foisonnant de Calvo mêle des sources d’ins-
piration d’une richesse inouïe. Tout en puisant dans
l’œuvre de La Fontaine, de Rabier ou encore de Doré,
Calvo réinterprète des chefs-d’œuvre rentrés dans l’ima-
ginaire collectif comme ici Les fusillades du 3 mai de
Goya (1814). Pour conter cette histoire du conflit favo-
rable à la Résistance et aux Alliés, comme de nombreux
© éditions Gallimard

artistes résistants, Calvo convoque le souvenir des dis-


parus et l’héroïsme du peuple français, inscrivant ainsi
la Résistance dans la longue histoire de la lutte des
peuples pour leur liberté.

La bête est morte ! Quand la bête est déchaînée (premier fascicule) d’Edmond-François Calvo pour le dessin et de Victor Dancette
et Jacques Zimmermann pour le texte. Paris, éditions GP, « tiré pendant le troisième mois de la libération » [été/automne 1944]

15
1 re partie | Art et littérature pour combattre dans la France occupée

Résister en musique
■ Derrière la reprise d’une vie musicale intense, à laquelle tiennent l’occupant
et Vichy, s’affirment les options de ces nouveaux pouvoirs : disparaissent des
scènes et des répertoires les noms et les œuvres d’artistes français et étrangers,
anciens et contemporains, considérés comme juifs tels Felix Mendelssohn, Paul
Dukas, et Paul Hindemith, ou opposants au nouvel ordre tels Arnold Schönberg
ou Béla Bartók. Mais c’est la venue du Philhar-
monique de Berlin en zone « non occupée », Résistance

y-sur-Marne
en mai 1942 à Lyon, qui suscite la seule ma- et musique classique
nifestation de rue de l’Occupation dans le

nationale à Champign
domaine artistique. Quelques jours après, le refus de la collaboration trouve
un prolongement saisissant dans la même salle : Paul Paray dirige une repré-
sentation entièrement dédiée à la musique française. Il reçoit l’ovation d’un
public debout entonnant La Marseillaise. La résistance musicale proprement
dite s’exprime d’abord par un journal clandestin, Musiciens d’aujourd’hui, or-

nce
gane d’un petit groupe de créateurs et d’interprètes qu’animent Elsa Barraine,

Musée de la Résista
Roger Désormière et Louis Durey. Des œuvres d’hommage à la Résistance sont
aussi composées clandestinement, parfois même jouées en privé (Avis, d’Elsa
Barraine). Francis Poulenc reprend le procédé de la « poésie de contrebande »
d’Aragon : son ballet Les animaux modèles, créé à Paris en 1942, contient une
citation musicale de Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine. Mais il compose
Journal clandestin
aussi secrètement Figure humaine, une cantate pour double chœur mixte sur
Musiciens d’aujourd’hui,
sept poèmes d’Éluard, dont « Liberté ». L’œuvre est éditée clandestinement par n° 3, avril 1942.
Paul Rouart qui la fait parvenir à Londres.

Les chants Des chants


des maquis populaires circulent
■ Les maquis étaient une
sous le manteau
© Fonds Raymond Perrillat/Association des Glières

expérience totalement inédite Les privations, les souffrances et les


réunissant des hommes aux colères qu’elles engendrent dans
appartenances très diverses. la population s’expriment en chan-
Ils ont donc donné lieu à la son. Les chansons anciennes, de
création de véritables chants variétés, folkloriques, enfantines,
identitaires, destinés à souder contestataires ou les airs d’opéra
ces petites communautés. Ils ou d’opérette sont repris et donnent
utilisent souvent le procédé aussi lieu à de nombreux pastiches,
des paroles nouvelles sur souvent alimentés par ceux créés
des airs connus empruntés à par les équipes de chansonniers de
une multitude de répertoires : la BBC. On détourne également des
chansons « à succès », chants chants officiels, y compris l’hymne
Lors d’une veillée, les maquisards des Glières militaires, patriotiques, révo- de l’État français Maréchal, nous
entonnent un de leurs chants. lutionnaires, folkloriques, voilà ! Les cibles de ces chants sont
scouts… Derrière leur variété, les privations, le marché noir et le
qui reflète la particularité de chaque maquis, on peut repérer une grande ten- pillage, mais aussi les gouvernants,
dance : sauf peut-être à l’été 1944, il est difficile aux maquisards de s’identifier Laval en tête. Sont aussi saluées les
spontanément à une nouvelle « armée française ». C’est lors de certaines céré- défaites ennemies et les victoires
monies (prestations de serment, visite d’un supérieur) ou lorsqu’ils apparaissent alliées. On trouve par exemple une
devant la population (11 novembre 1943, 14 juillet 1944), qu’ils en adoptent les Marseillaise anti-italienne, un P’tit
rites et les chants patriotiques : La Marseillaise, Vous n’aurez pas l’Alsace et la Quinquin gaulliste, un Chant de la
Lorraine, etc. Entre eux, les maquisards décrivent de façon plus ou moins crue DCA sur l’air d’Auprès de ma blonde.
leur condition de marginaux, retirés dans les montagnes et les forêts, souffrant Le fruit de cette inventivité poétique
de l’exil familial, de la faim, du froid, de leur statut de hors-la-loi criminalisés et et musicale ne peut cependant s’ex-
traqués par Vichy. Leurs chants « guerriers », qu’ils décrivent le départ au combat primer que pour soi ou de petits
ou le combat lui-même, sont équilibrés par ceux qui n’évoquent que l’attente cercles privés, et se répand par la
d’un combat futur, ce qui correspond à l’expérience de la plupart des maquis circulation clandestine des textes,
avant le Débarquement. La gloire attachée à la victoire, thème fréquent des suivant le principe de la chaîne.
chants martiaux, est ici très minoritaire par rapport à une raison d’agir simple : la
liberté de la France, expression d’un patriotisme le plus souvent élémentaire, que
renforce un vocabulaire germanophobe très fréquent. Les facteurs idéologiques Livre ressource
ou politiques sont bien plus rarement invoqués, qu’il s’agisse de l’antinazisme Sylvain Chimello, La Résistance en chantant,
1939-1945, Paris, Autrement, 2004.
ou du retour de la République  : les vichystes sont avant tout des « traîtres ».

16 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


Témoigner de l’insupportable

Collection particulière ADAGP/ photographie de Klaus Stöber


La répression de la Résistance et l’expérience intime des
personnes pourchassées par l’occupant et Vichy ont donné
lieu à des œuvres gardées secrètes par nécessité. Dans
l’Alsace devenue une partie du Reich allemand, le risque
était énorme. Il l’était aussi pour tous les proscrits, en
particulier les Juifs contraints à partir de 1942 de se cacher.

Charlotte Salomon,
l’expressionnisme intime
■ De 1940 à 1942, Charlotte Salomon, juive allemande réfu-
giée à Villefranche-sur-Mer dans le sud de la France, crée dans
la solitude de l’exil une œuvre qu’elle intitule Leben ? oder Joseph Steib, Et le rêve se réalisa,
Theater ? (Vie ? ou Théâtre ?). Avant d’être arrêtée et assas- huile sur carton, [1942-1943]
sinée à Auschwitz en 1943, elle la confie à un ami proche. (34 x 47,5 cm). Le peintre fabriquait lui même les cadres
Cette œuvre, composée de centaines de gouaches, voit de ses tableaux.
s’entremêler peintures, dessins, textes et musiques. Elle
est conçue comme une pièce de théâtre avec un prologue, Joseph Steib ,
une partie principale et un épilogue dont le récit commence la peinture au risque de la mort
avant sa naissance. Charlotte Salomon y raconte la vie à Ber-
lin, la montée du nazisme, ses amours ; l’internement dans ■ Artiste amateur, Joseph Steib crée pendant
le camp de Gurs, l’exil dans le Midi, la répression. Ce n’est l’Occupation le « Salon des rêves », un cycle pictu-
pas à proprement parler un journal, ral comprenant 57 tableaux dans la veine populaire
comme Le journal d’Anne Frank, des ex-voto (34 tableaux ont été retrouvés à ce jour
ou bien encore le Journal d’Hélène grâce à l’obstination de collectionneurs). Durant
Berr, ou celui d’Etty Hillesum. Se quatre ans, il peint inlassablement dans la cuisine
sachant en danger, elle raconte de sa maison de la banlieue de Mulhouse, dans la
dans un style quasi expression- zone annexée au Reich où le simple fait de parler
Joods historish museum

niste les épisodes de son enfance français est passible de mort. Découvertes, ses pro-
jusqu’en 1940 pour saisir le monde ductions auraient été considérées comme celles d’un
d’où elle vient. Cette création artis- « traître » à l’Allemagne. Hitler, figure de l’Antéchrist,
tique mi-picturale, mi-littéraire est et ses barons sont caricaturés en vermine et en porc,
un geste de survie et de construc- ou bien ils sont abattus. Les tableaux de Steib repré-
tion identitaire dans un contexte sentent ce qu’il souhaite ardemment : la libération de
de persécution. D’autres peintres l’Alsace et de la France, le retour de la République,
obligés de se cacher, comme Charlotte Salomon, la mort d’Hitler. En ce sens, ils ont pour l’auteur un
Felix Nussbaum, ont témoigné de Autoportrait, 1940. caractère magique, presque prophétique.
l’oppression.

■ Rares sont les œuvres picturales qui rendent compte des actes de résis-
Collection privée en dépôt au Domaine départemental de la Vallée-
tance ou de la répression. La série Otages de Jean Fautrier est à ce titre
exceptionnelle. Peintre et sculpteur reconnu avant guerre, Jean Fautrier
quitte en 1943 son atelier à Paris pour se réfugier dans la clinique de la
Vallée-aux-Loups à Châtenay-Malabry (actuel département des Hauts-de-
Seine). Le docteur Le Savoureux, intime de Jean Paulhan et de nombreux cri-
tiques d’art, favorise dans l’ancienne
maison de l’écrivain Chateaubriand Otages de Jean Fautrier,
aux-Loups - Maison de Chateaubriand

une sociabilité intellectuelle et artis- figure de l’art informel


tique, et cache aussi des personnes
menacées. Mais la Vallée-aux-Loups a été marquée en 1941 par des exécu-
tions qui hantent le peintre à son arrivée. Il crée alors une série cohérente
composée de peintures et de dessins pour traduire l’obsession qui le tenaille.
Des têtes « anonymes », sans visage, dont seul le titre provoque l’émotion.
Ses empâtements de peinture (« hautes pâtes ») et ses dessins aux traits énig-
matiques provoquent des réactions contrastées parmi ses amis résistants.
Pourquoi ne pas avoir choisi la figuration pour témoigner d’un tel drame ?
André Malraux, dans la préface du catalogue de l’exposition Fautrier à la Photographie anonyme de l’arbre
galerie Drouin (1945), ne cache pas son trouble mais défend cette œuvre qui déchiqueté dans la « clairière
est la « première tentative pour décharner la douleur contemporaine jusqu’à des fusillés » de la Vallée-aux-Loups,
trouver ses idéogrammes pathétiques ». lieu d’exécution qui a hanté Fautrier.

17
1 re partie | Art et littérature pour combattre dans la France occupée

La littérature et l’art pour vivre l’expérience résistante


Chez les résistants engagés dans l’action clandestine, la littérature et l’art
ont pu être ressentis comme des pratiques naturelles, sans l’objectif de
diffusion immédiate qu’offraient la presse et l’édition de la Résistance.
Ce pouvait être un moyen de fixer des traces de cette expérience hors
de l’ordinaire, de réunir les éléments d’un témoignage pour l’avenir,
ou tout simplement l’expression d’un besoin viscéral : celui de lier son
action résistante à la partie de soi-même qui ne vivait que pour l’amour
de l’art.
Dessiner au maquis
■ Visages de camarades, chambrées et maisonnées, scènes de vie
collective autour du poêle à bois, autoportraits… Des maquisards ont
dessiné le quotidien de leur vie de « hors-la-loi » lors des périodes
de refuge et d’entraînement. Les dessins de la vie quotidienne du
maquis de Jacques Barré, dit Abdon, ont été réalisés de mai 1943 à
décembre 1944 dans le massif alpin de Belledonne. « N’étant pas joueur
de cartes, et pour animer les longues
soirées, je dessine », explique-t-il. C’est @voir
après la guerre qu’il dessinera au lavis des dessins d’Abdon sur
d’autres scènes : combats, hommages à le site de la Fondation de

Jacques Barré dit Abdon. DR


ses camarades tombés sous les balles la Résistance.
ennemies.

René Char, un poète au maquis


■ René Char appartient en 1940 à une avant-
garde poétique. Après la défaite de juin 1940,
Jacques Barré, dit Abdon, La salle, dessin sur papier
il continue d’écrire mais refuse de publier ses réalisé sur le vif entre mai 1943 et décembre 1944
poèmes. À l’instar de l’écrivain Jean Prévost, dans le massif alpin de Belledonne, (24 x 15,5 cm).
il entre dans la lutte armée en intégrant en
1942 l’Armée secrète des mouvements de
Résistance qui se constitue en zone Sud,
puis en devenant responsable des parachu- recueils : Seuls demeurent (1945) et Feuillets
MDAAC - Épinal, cliché C. Voegtlé

tages et atterrissages des Basses-Alpes. En d’Hypnos (1946), réunis plus tard dans Fureur
entrant au maquis à Céreste dans le Lubéron et Mystère en 1948.
en 1943, il devient capitaine Alexandre. Son Dans son poste de commandement du vil-
activité littéraire se résume alors à la tenue lage de Céreste, René Char s’est entouré de
d’un journal poétique qu’il cache lors de son reproduction d’œuvres qu’il regarde quand il
départ à Alger en juillet 1944. Il le brûle à son écrit son carnet : Le prisonnier de Georges de
retour après l’avoir transformé en poèmes, La Tour et un poème d’Étienne Jodelle (1532-
qui seront publiés après guerre dans deux 1573), « L’amour obscur », recopié de sa main.

Georges de La Tour, Job raillé par sa femme, huile sur toile, XVIIe siècle, (autrefois intitulé Le prisonnier), qui inspire le poète (145 x 97 cm).

Jean Moulin (1899-1943) alias Romanin, artiste


Délégué du général de Gaulle auprès de la Résistance en France, artisan de l’union, Jean Moulin n’a jamais autant
exprimé que pendant la guerre sa passion de l’art, échappatoire à ses lourdes responsabilités. Le préfet s’efface devant
l’artiste. Joseph Marchand, Jacques Martel, peintre-décorateur, autant de fausses identités couvrant son activité clan-
destine de résistant. Au cours de ses multiples déplacements, il ne se sépare jamais de ses carnets de croquis, dessinant
le vallon des Auffes à Marseille ou une église à Lyon. En février 1943, pour donner le change au gouvernement de Vichy
qui l’a relevé de ses fonctions de préfet fin 1940, Jean Moulin ouvre en grande pompe à Nice la galerie Romanin. Sa
collection personnelle et les toiles de Matisse, Bonnard, Tal Coat, peintres installés dans la région, y sont présentées.
Ses voyages en quête d’œuvres avec Colette Pons, sa jeune assistante qui tient la galerie, facilitent ses contacts avec
les résistants. Un mois avant son arrestation, le soir du 27 mai 1943, pour se détendre de la tension de la réunion
inaugurale du Conseil national de la Résistance qu’il a fondé, il a une longue conversation sur l’art avec son secrétaire
Daniel Cordier et lui offre l’ouvrage de Christian Zervos Les cahiers de l’art contemporain. Arrêté le 21 juin 1943, Jean
Moulin est inscrit sur le registre des écrous de la prison de Montluc sous le nom de Jacques Martel, peintre-décorateur.
Un de ses derniers actes de courage est de griffonner la caricature de son bourreau.

18 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


1 re partie | Art et littérature pour combattre dans la France occupée
2 partie
e
Art et littérature,
armes de la France libre
« Voilà le devoir des écrivains français de
l’étranger : se vouloir être les interprètes atten-
tifs de leurs camarades réduits à s’exprimer
en chuchotant », écrit Roger Caillois dans
Les lettres françaises publiées en Argentine
en juillet 1941, et il ajoute : « L’inédit attendra. »
Les Français libres et les artistes en exil doivent

Fondation de la France libre


faire valoir la culture française, mais aussi être
des caisses de résonance des artistes résistants
qui créent en France occupée.

Défendre les valeurs humanistes Londres, juillet 1940. Des passants lisent l’affiche
l’« appel aux armes » incitant les Français à
de la culture française rejoindre le général de Gaulle.

■ À la suite de l’ appel du 18 juin, le général de Gaulle est En avril 1943, un service des œuvres est créé par le com-
reconnu le 28 juin 1940 comme le chef de tous les Français missariat aux Affaires étrangères afin de reprendre à Vichy
libres par le gouvernement britannique. Quelques milliers de toutes les institutions françaises à l’étranger. Des conseil-
volontaires civils et militaires qui consti- lers culturels sont chargés de défendre la culture française
tuent les Forces françaises libres le dans le monde : l’anthropologue Paul Rivet,
rejoignent dans son refus de la défaite. qui avait été un des animateurs jusqu’en
Il peut également s’appuyer sur les ter- 1941 du réseau de résistance du musée
ritoires coloniaux qui se rallient à son de l’Homme, est nommé en mars 1943 en
mouvement. Amérique centrale et latine, l’archéologue
Henri Seyrig en septembre 1943 aux États-
La politique culturelle Unis, l’orientaliste Pierre Jouguet en 1944
de la France libre… au Moyen-Orient.

D’emblée, le chef de la France … s’appuie sur un réseau


libre lie le combat pour la libéra- d’artistes et d’intellectuels
tion du territoire à la résistance
particulière

de « l’intelligence française ». La politique culturelle de la France libre s’ap-


Conduite d’abord par la direc- puie également sur un réseau informel d’intel-
tion de l’Information (septembre lectuels, comme Georges Bernanos au Brésil ou
Collection

1940), la politique culturelle de Jules Romains aux États-Unis, puis au Mexique.


la France libre est définie à par-
Péguy et nous,
tir de septembre 1941 par deux Plusieurs revues émergent. C’est le cas du
anthologie publiée à
organismes : Beyrouth en 1943 par Jean Gaulmier,
mensuel La France libre d’André Labarthe et
- le commissariat à l’Instruction directeur des services d’informations de la Raymond Aron, lancé en septembre 1940 à
publique dirigé par René Cassin : France libre au Levant. Péguy, à la fois natio- Londres et appuyé par l’Intelligence Service,
il diffuse des bulletins, subven- naliste et dreyfusard, est un auteur apprécié ou des Lettres françaises, revue de Roger
tionne des maisons d’édition (la par de nombreux Français libres. Caillois éditée à Buenos Aires et financée par
Société des Éditions de la France l’éditrice francophile Victoria Ocampo.
libre créée à Londres en 1941 par Edmond Huntzbuchler, les
sociétés d'édition de Jean Gaulmier à Beyrouth), édite des Pour ces auteurs et artistes, qui s’adressent avant tout
manuels scolaires, finance des fouilles archéologiques ou aux Français de l’étranger et aux opinions internationales,
organise des manifestations artistiques ; il s’agit de défendre les valeurs humanistes de la civili-
- le commissariat à l’Information sous la houlette d’André sation française contre la barbarie nazie, de manifester
Diethelm (1941-1942), puis de Jacques Soustelle (1942-1943) : la permanence du génie français, par-delà la défaite de
il est en charge de la publication d’ouvrages et de pério- juin 1940 et les accusations de décadence, et d’exprimer
diques ainsi que de l’organisation de manifestations des- la légitimité du combat résistant, contre tous ceux qui
tinées à faire rayonner dans le monde la pensée française. appellent à se réunir autour du maréchal Pétain et de son
Cette politique est relayée par les comités de la France gouvernement. Mais ce que ces exilés expriment aussi, à
libre, constitués localement par des Français de l’étranger, travers leur œuvre, c’est la nostalgie d’une France dont
et des délégués nommés par le général de Gaulle pour le ils ignorent s’ils la reverront, et quand.
représenter face aux ambassades de Vichy.

19
2 e partie | Art et littérature, armes de la France libre

La France libre affirme


son identité grâce
aux arts plastiques
Affiches, dessins de revues, timbres, livres illustrés sont
autant de supports qu’utilise la France libre pour lutter
contre la propagande de l’ennemi.

Archives nationales (cote AE II 3188)


■ C’est dans le contexte d’un art qui se veut lisible par
tous, que nombre d’affichistes ou d’illustrateurs engagés
dans la Résistance inscrivent leur travail. Ils reprennent
les codes de l’image
d ’ É p i n a l e n m i r o i r Représenter de Gaulle :
de la propagande de l’image d’Épinal
Vichy, mais ils le font renouvelée
d’une façon sensible-
ment différente, par l’iconographie ou les orientations General de Gaulle leader of the fighting french, par Nash. Londres,
plastiques. Cette première planche de la biographie de De Hachette (printed by Harrison and sons), [1942- 1943] (20 x 25 cm).
Gaulle s’inspire du bas-relief de bronze de Léopold Morice Opuscule de propagande en anglais à la gloire du général de Gaulle,
(1846-1920) situé à la base du monument de la place de la retraçant sa vie jusqu’en 1942.
République à Paris, La Patrie est en danger, relatant l’en-
gagement des volontaires le 11 juillet 1792. Elle s’inscrit
donc dans un ancrage patriotique et républicain, en faisant moyens de rassembler les énergies : la voix et la radio
appel à la connaissance d’un patrimoine artistique assi- symbolisées par le micro haut placé. Le jaune, le vert
milé à un inconscient collectif. Sa composition dynamique et le bleu, éclatants, rappellent la palette de Raoul Dufy
s’appuyant sur les diagonales place le mouvement des (1877-1953). Mais le rouge (du communisme) est rem-
volontaires, des blessés aux plus énergiques, d’origines placé par le rose. La raison n’est pas que politique. Il
sociales différentes, sous le double patronage de l’appel s’agit aussi, pour l’artiste, de faire correspondre la cou-
du 18 juin 1940 et de la croix de Lorraine. Ils rejoignent leur de la chair humanisée des volontaires avec celle du
un général de Gaulle reconnaissable à sa stature et à ses drapeau ; leur sang et celui de la nation ne font qu’un.

Les emblèmes de la France libre


■ La croix de Lorraine, adoptée dès l’été 1940 pour différencier les Forces françaises
libres des forces de l’armée d’armistice de la France de Vichy et pour s’opposer
symboliquement à la croix gammée, a connu plusieurs usages artistiques. Le plus
significatif est sa présence sur l’insigne de la croix de l’Ordre de la Libération, créé
par de Gaulle fin 1940 pour distinguer les plus éminents de ses « compagnons ».
La croix s’y termine en glaive assorti de la devise latine « Patriam servando vic-
toriam tulit » (En servant la Patrie, il a remporté la victoire) qui évoque un combat
militaire ancien. Implicitement, elle renvoie aux croisades, donc à une
justification chrétienne de la lutte contre Hitler vu comme Antéchrist.
Cette croix-glaive se retrouve sur un des timbres dessinés pour la
France libre par Edmond Dulac, illustrateur anglais d'origine française
Musée de l’Ordre de la Libération

célèbre en Grande-Bretagne. Sur un autre timbre, Dulac représente


Fondation de la France libre

le phénix, métaphore de la renaissance de la France malgré l’abais-


sement de Vichy.
Dès 1940, la reproduction dessinée de La Marseillaise de François
Rude, sculpture romantique qui illustre, sur l’Arc de triomphe, les
volontaires partant en 1792 défendre la République, se répand.
Au début, ce sont certains sympathisants de la France libre qui la
reproduisent sur leurs publications, tels le « comité de Gaulle »
Pour la France libre, bulletin d’Argentine ou la revue La France libre à Londres. Cet emblème
du comité de Gaulle d’Argentine, est la
explicitement républicain ne sera cependant assumé par la France
première publication à reproduire sur sa
libre qu’à partir de 1942, dans des tracts parachutés sur la France.
couverture La Marseillaise de Rude.
Le rejet de Vichy par les Français paraît alors suffisamment fort
Premier modèle de la croix pour revendiquer haut et fort le rétablissement du régime répu-
de Compagnon de la Libération. blicain que la défaite avait discrédité aux yeux de beaucoup.

@voir une sélection d’archives sur le site pédagogique de la Fondation Charles de Gaulle [Link]
et sur les sites de la Fondation de la France libre [Link] et du musée de l’Ordre de la Libération
[Link]

20 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


La littérature combattante des Français libres
Des écrivains de la France libre ont cherché à insuffler un espoir.
D’autres se sont servis de la littérature pour mettre à distance les
difficultés du combat qui se poursuivait hors de France.

■ Résidant au Brésil depuis 1938, l’écrivain catholique Georges


Bernanos choisit son camp dès juin 1940 : il affirme pendant toute
la guerre sa sympathie pour la cause alliée (Lettre aux Anglais, 1942),
ainsi que pour la France libre. Il adresse à Londres des messages
lus à la BBC et des articles pour le journal La Marseillaise, écrit pour
les publications des comités français libres d’Amérique du Sud. La

Fondation de la France libre


France libre démultiplie l’impact de ces articles en les diffusant à
tous ses comités et en
Georges Bernanos, l’autorité les éditant en recueil
morale de la France libre à Beyrouth à partir de
1942 (Écrits de combat).
En métropole, la presse clandestine s’en
fait l’écho, en particulier Témoignage
rd
es Goda

Chrétien qui reproduit des extraits de la


Lettre aux Anglais.
François Garbit, un officier
de la France libre, raconte
ds Charl

Bernanos faisait partie de ces écrivains ses combats avec humour


ales/ Fon

qui, en alternant constamment les


romans et les essais politiques, étaient ■ Capitaine dans l’in-
avant guerre considérés moins en tant fanterie coloniale,
tion

qu’hommes de lettres que comme des François Garbit (1910-


s na

1941) rallie la France

Musée de l’Ordre de la Libération


« maîtres à penser ». Ses écrits de com-
Archive

bat appartiennent à un genre bien par- l i b r e a v e c l ’A f r i q u e


ticulier, qui ne se confond pas avec le équatoriale française
Deuxième volume journalisme politique. Ils attaquent sans en août 1940. Au sein
des Écrits de Combat de relâche Pétain, mais toujours au nom des de la brigade française
Georges Bernanos imprimé valeurs, des idéaux, de la morale. Écrits d’Orient du colonel
à Beyrouth en février 1943 à la première personne, ce sont des Raoul Monclar, il contri-
par Jean Gaulmier sur les « lettres ouvertes » aux Français, aux bue aux combats victo-
presses du journal La Syrie catholiques, aux amis laissés en métro- rieux de la campagne
François Garbit,
et l’Orient. pole... Il s’adresse à eux familièrement, d’Érythrée (février-avril
auteur des Horrificques
tantôt avec tendresse, tantôt avec rudesse, ne cache rien de ses émo- 1941), dans des condi- chroniques de l’Ost
tions – colère, angoisse, espoir. En fait, il s’adresse implicitement à tions rendues éprou- du pays de Tchad en
ses lecteurs, à ceux qui connaissent par son œuvre antérieure son vantes par la chaleur la guerre de Érythrée
parcours singulier, du monarchisme antisémite à la lutte farouche écrasante. Après la prise publié à Tel Aviv en 1941.
contre les dictatures. Bernanos use de son autorité d’écrivain pour du port de Massaoua,
présenter ses réflexions comme celles d’un esprit indépendant le 8 avril 1941, les Français libres étant mis
(il n’acceptera jamais de rôle officiel au sein de la France libre) et au repos jusqu’à leur embarquement pour
convaincre ses lecteurs de se comporter en hommes libres. la Palestine, le 5 mai suivant, Garbit écrit
Horrificques chroniques de l’Ost du pays de
Tchad en la guerre de Érythrée…, court récit
Pilote de guerre de Saint-Exupéry, de ses combats à la manière des chroniques
de la diffusion légale aux éditions clandestines médiévales de Froissart, qui font une large
En février 1942, Saint-Exupéry publie à NewYork, où il est en exil, place à la geste chevaleresque tout en usant
Pilote de guerre, qui décrit le désastre de juin 1940 dans lequel du style truculent de Rabelais.
il voit malgré tout la promesse d’un redressement ultérieur. Immédiatement diffusé parmi les Français
D’abord autorisé à la publication en France, ce livre est conspué libres d’Orient, le texte est imprimé par les
par la presse collaborationniste qui le qualifie de « manifeste soins de l’auteur à Tel Aviv pour ses camarades
gaulliste », d’autant que Saint-Exupéry s’engage en 1943 dans de combat. Fait Compagnon de la Libération le
l’Armée de la Libération en Afrique du Nord. L’écrivain Jean 23 juin, Garbit meurt de la typhoïde à l’hôpital
Blanzat, dans Les lettres françaises n° 6 (avril 1943), comprend de Damas le 7 décembre 1941.
la portée de ce récit, désormais interdit, qui « ne nous invite
pas à nous repentir et à nous renier, mais à devenir ce que @voir sur le site de la Fondation de la
nous n’étions qu’en paroles : égaux, libres et fraternels ». France libre l’intégralité du texte de Fran-
Plusieurs éditions clandestines sont imprimées par la çois Garbit et la lettre qu’il écrit à sa mère
Résistance. pour décrire les combats en Erythrée
[Link]

21
2 e partie | Art et littérature, armes de la France libre

Les artistes au service de la France libre


■ Il n’existe aucun film de fiction Les acteurs français du Chant des partisans dans le film
tourné par les Forces françaises libres d’Alberto Calvacanti, Trois chants de
dans le cinéma engagé
(FFL) malgré la création d’un service résistance, sorti en Angleterre en 1943.
cinématographique à Londres en des Alliés
juillet 1940. Cependant, ce service est De nombreux artistes, réalisateurs,
rapidement chargé de diffuser aux techniciens, acteurs français qui ont
soldats des films montrant le sou- émigré aux États-Unis dès le début
tien des Alliés, et notamment celui de la guerre, tournent aussi des films
des États-Unis, dans la lutte contre le autour de ce thème. Jean Gabin quitte
nazisme. la France pour les États-Unis en 1941,
mais il souhaite revenir en Europe pour
Dès 1940, les événements européens s’engager dans les FFL. La France libre
sont une source d’inspiration pour y pose une condition : que le célèbre
les réalisateurs et scénaristes amé- acteur joue dans un film produit à
ricains qui se saisissent du thème Hollywood sous la direction du réali-

Fondation de la France Libre


de la Résistance en y impliquant sateur français Julien Duvivier. Ce sera
des acteurs français. Le réalisateur L’ imposteur en 1943. Gabin y interprète
Michael Curtiz tourne Casablanca un condamné à mort qui, à la faveur
en 1942, avec Marcel Dalio, fils d’un d’une explosion, s’évade, s’engage
maroquinier juif et dont la famille dis- dans les FFL et meurt en héros. Cette
paraîtra dans les camps. On y entend mort est la rédemption du criminel qu’il
une tonitruante Marseillaise reprise a été. La complexité du personnage
par tous les acteurs français du film, Publicité parue dans la revue France Forever montre bien la diversité des engage-
et qui répond au chant allemand Die (revue du comité de la France libre aux ments résistants, préoccupation que
Wacht am Rhein (La Garde du Rhin). États-Unis), pour la promotion du film Cross of l’on retrouve dans le film Vivre libre
Les chants patriotiques servent à exal- Lorraine (La Croix de Lorraine) de Tay Garnett de Jean Renoir, sorti aux États-Unis
ter la lutte de la Résistance française où joue l’acteur français Jean-Pierre Aumont. en 1943, avec des vedettes du cinéma
dans les films alliés. Germaine Sablon Il ne tardera pas à s’engager, comme Jean britannique.
est la première interprète au cinéma Gabin, dans les FFL.

@voir des photographies et des extraits de films sur le site de l’ECPAD

Du music-hall à l’espionnage
Joséphine Baker débute sa carrière d’artiste

ECPAD/André Persin et Serge Rapoutet/ 1945 (cote TERRE 10074-2)


aux États-Unis où elle est née dans les quar-
tiers pauvres de Saint-Louis mais c’est la Revue
nègre (1925) qui lui apporte en France la célébrité.
Fin 1939, elle travaille pour le service de contre-
espionnage français tout en étant bénévole dans
les services sanitaires, s’occupant aussi des réfu-
giés. Dès mai 1940, elle glane des renseignements
sur les forces italiennes puis, après l’armistice,
recueille des informations pour l’Intelligence
Service britannique, ses déplacements d’artiste de
music-hall lui servant de couverture. Elle monte
aussi une troupe composée d’artistes désireux de
rallier les FFL. En 1941, elle rejoint Casablanca,
et noue de précieux contacts avec des notables
marocains. Hospitalisée dix-huit mois, elle écourte Joséphine Baker rend visite aux soldats sur le front lors
sa convalescence après le débarquement du 8 des combats autour de Strasbourg en 1945.
novembre 1942, mettant son talent au service du
théâtre aux armées pour soutenir le moral des soldats, remarquables de la phalange des femmes de France qui
lever des fonds pour la France libre puis les sinistrés, ont tout abandonné et sacrifié pour servir leur pays et
luttant également contre la ségrégation raciale au sein la cause de la France libre ». En décembre 1957, elle est
de l’armée américaine. Entre temps, elle s’est enga- promue chevalier de la Légion d’honneur : « Française
gée pour la durée de la guerre dans les formations d’adoption a donné un magnifique exemple à toute
féminines des Forces aériennes françaises. Par décret l’Union française ». Après guerre, elle livre un nouveau
du 5 octobre 1946, la médaille de la Résistance lui est combat avec sa tribu « Arc-en-Ciel », composée d’en-
attribuée car « représentant un des éléments les plus fants adoptés de différents continents.

22 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


En 1943, Pierre Dac rejoint Londres et participe à
l’émission Les Français parlent aux Français à la BBC
où il parodie des chansons populaires qui raillent les
Allemands et les collaborateurs. Partant d’airs connus,
elles sont facilement mémorisées par les auditeurs.
Maurice Van Moppès illustre le recueil Chansons

Une »
de la BBC qui est largué par les avions alliés
Mémorial Charles de Gaulle

au-dessus de la France de mars à août 1943.

« Histoire@La
22 janvier 1941, un Français écrit à la BBC
et en commente les émissions.

Association
« Le ridicule tue, faites-le plus varié, plus
mordant, que l’esprit de Molière soit présent
à leur formation, que vos attaques respirent
une verve chaque fois plus mordante. Que
Créer pour mobiliser ces attaques ne soient jamais empreintes de
trivialité. […] Continuez dans cette voie, c’est
Chansons détournées, émissions humoristiques, chants militaires la bonne ».
visent à frapper et à mobiliser les esprits.
in Aurélie Luneau, Je vous écris de France, Lettres
inédites à la BBC, 1940-1944, L’Iconoclaste, 2014.
Les spectacles sonores des émissions françaises de la BBC

■ De 1940 à 1944, les programmes français diffusés par L’émission « Les trois amis » diffusée pendant deux ans,
la radio britannique connaissent un succès considérable, à partir d’août 1940 illustre l’esprit insufflé à sa jeune
malgré les dangers encourus par les auditeurs. Les jeunes équipe par le metteur en scène Michel Saint-Denis, sous
chroniqueurs de la BBC insufflent un ton nouveau à l’an- le pseudonyme de Jacques Duchesne. Ce dernier se
tenne : à travers des mises en scènes, des chansons, des glisse chaque semaine avec Pierre Bourdan, le dessina-
discours, ces « voix de la liberté » parviennent à divertir teur Jean Oberlé (inventeur du fameux air « Radio-Paris
la population mais aussi à l’informer et à la mobiliser ment, Radio-Paris est allemand ») dans la peau de trois
contre la propagande de l’occupant et du gouvernement amis : Jean, le pessimiste à convaincre ; Pierre, le plus
de Vichy. confiant dans la victoire des Alliés, et Jacques le média-
teur. Ils se retrouvent dans des lieux familiers (restau-
Parmi les cinq membres du service de la BBC recrutés rant, parc londonien, salle d’attente) afin de discuter à
dès juillet 1940 pour prendre en charge le programme bâtons rompus de l’actualité.
du soir en français, aucun n’est un professionnel de la
radio. Ils vont cependant réussir à imposer de véritables Le succès de l’émission tient à la fois à son souci de vérité
« spectacles sonores ». Leurs émissions vont devenir des et à son ton humoristique. En novembre 1942, après
armes de lutte redoutables contre la propagande officielle l’occupation de la zone Sud, elle est supprimée car son ton
de l’occupant et de l’État français. léger n’est plus en phase avec le durcissement de l’Occu-
pation. Ses chansons et ses slogans resteront néanmoins
L’équipe française de la BBC est progressivement renfor- dans la mémoire des Français bien après la fin du conflit.
cée par des artistes dont les interventions sont régulières
(à l’exemple du chansonnier Pierre Dac) ou des écrivains @voir des extraits sonores des « trois amis » sélection-
qui lui envoient des contributions occasionnelles (comme nés par l’INA, et des documents inédits concernant
Georges Bernanos). Leur style est copié par les radios les chants des FFL sur le site de la Fondation de la
de Vichy ou de l’occupant qui en mesurent l’efficacité. France libre.

L’expression d’une identité et d’une fraternité :


les chants des Forces françaises libres
De nombreuses chansons, écrites à l’étranger ou sorties de
France occupée, sont publiées dans des revues de la France libre.
Des combattants des Forces françaises libres écrivent aussi des
chants de lutte. Citons ceux du bataillon du Pacifique, surnommé
le « bataillon des guitaristes » (Tamari’i volontaires, Monowai…),
ou ceux de Henri-Christian Frizza, violoniste et officier du
11e bataillon de marche, qui compose la musique de plusieurs
chants de marche de la 1re division française libre. Ces derniers ne
masquent pas la rivalité qui oppose les Français libres de la pre-
mière heure aux ralliés giraudistes de l’Armée d’Afrique de 1943.

Le caporal André Doucet à la guitare au milieu du bataillon du Pacifique


dit « bataillon des guitaristes » après leur sortie de Bir Hakeim en 1942.

Musée de l’Ordre de la Libération

23
Focus
Joseph Kessel, auteur d’hymnes
à la Résistance
Depuis leurs lieux d’exil, des écrivains et des compositeurs rendent
hommage aux combattants de l’ombre restés en métropole.

■ En 1940, Joseph Kessel est L’armée des ombres,


un romancier et un grand l’hommage à la Résistance
reporter reconnu. Lors de la
mobilisation, il devient correspondant de guerre pour le
quotidien Paris-Soir jusqu’au 8 juin 1940.
À l’automne 1940, il figure sur la liste « Otto » d’auteurs
interdits par les Allemands. Il publie néanmoins le roman

lière
Les Maudru (éditions Julliard-Séquana) qui, déjà, évoque

n particu
les prémices de la Résistance et s’engage dans le réseau
de résistance Carte dirigé par André Girard.

Collectio
Fin décembre 1942, refusant pour des raisons idéologiques Extrait du dossier d’engagement de Joseph Kessel dans les Forces
d’utiliser l’un des visas délivrés par le régime de Vichy, aériennes françaises libres (FAFL), Londres, 10 février 1943.
dans lequel il compte encore quelques amis, et menacé par
l’arrivée des troupes allemandes en zone « libre », il décide, gination ». Bien entendu – et c’est en cela qu’il s’agit d’un
avec sa compagne l’artiste Germaine Sablon et son neveu roman – les noms et les lieux ont été changés, puisque les
Maurice Druon, de franchir la frontière espagnole pour « modèles » comme Jean Cavaillès sont encore pour la plu-
rejoindre la France libre à Londres. Quinze jours plus tard, part en exercice au moment de la publication, mais Kessel
ils arrivent au Portugal puis, en avion, parviennent à gagner affirme que tout ce qui est présenté dans l’ouvrage « a été
l’Angleterre. vécu par des gens de France ».

Kessel rencontre le général de Gaulle, qui lui demande de Honneur, amour de la Patrie, trahisons suivies inéluctable-
mettre son talent d’écrivain au service de la Résistance. ment d’une condamnation et d’une exécution…tels sont les
En mars 1943, Kessel s’engage à Londres dans les Forces thèmes majeurs du roman, véritable hommage à celles et
aériennes françaises libres. Dès cette période, il recueille ceux qui ont donné leur vie pour la France. Les protagonistes
auprès de chefs de la Résistance (le colonel Rémy, Henri évoluent aussi bien dans la capitale occupée qu’en « zone
Frenay, Jean Moulin…) de passage à Londres, des témoi- libre » (Nice, Lyon), ainsi qu’à Londres. Kessel montre ainsi
gnages destinés à son roman de la Résistance qu’il intitule les contacts entre la Résistance intérieure et la France libre.
L’armée des ombres, publié aux éditions Pantheon Books
(New York) en 1944. Le roman mêle donc les éléments « véridiques » (selon Kessel)
glanés à Londres par l’écrivain, aux situations qu’il a lui-
Dans la préface, le romancier indique que son récit ne même vécues en France avant son départ pour Londres,
comporte « pas de fiction », qu’il s’agissait pour lui de procédé de création romanesque récurrent dans l’œuvre
« raconter la Résistance […] sans même faire appel à l’ima- de Joseph Kessel.

Le chant des partisans


■ Le chant des partisans est écrit le 30 mai 1943 au Ashdown
Park Hotel à Coulsdon, près de Londres, par Joseph Kessel
et Maurice Druon en compagnie de Germaine Sablon, qui en
sera la première interprète, et de quelques expatriés convain-
cus de la nécessité d’avoir un chant pour la Résistance. C’est
à partir d’une chanson d’Anna Marly (Partisansky), composée
pour ses compatriotes russes, qu’ils écrivent, en un après-
midi, ce chant simple mais puissant et fédérateur qui manque
à la Résistance française. La mélodie est d’abord diffusée en
France par les ondes et simplement sifflée, ce qui la rend
Fondation de la Résistance

insensible au brouillage ennemi, puisqu’elle sert d’indica-


tif aux émissions du poste franco-britannique « Honneur et
Patrie» du 17 mai 1943 au 2 mai 1944. Puis Emmanuel d’Astier
fait imprimer clandestinement ce chant dans les Cahiers de
Libération le 25 septembre 1943. Enfin, la RAF en largue des
milliers d’exemplaires sur le sol français, ce qui permet une
large diffusion. Il finira par s’imposer comme l’hymne de la
Résistance à partir de la Libération.

24 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


1 re partie | Art et littérature pour combattre dans la France occupée
3 partie
e
Art et littérature pour continuer le combat
et survivre dans les prisons et les camps
De très nombreux Français ou étrangers sont arrêtés en France et dans les départements annexés
(Alsace-Moselle). Ils connaissent entre 1940 et 1945 la détention dans les prisons et les camps
d’internement en France. 150 000 d’entre eux sont déportés dans les camps de concentration et
d’extermination ou les prisons du Reich. Tous sont confrontés à l’expérience de l’enfermement, dans
des conditions plus ou moins extrêmes. Mais, dans toutes les situations, l’art ou la littérature a pu
être une forme de résistance, individuelle ou collective, pour continuer la lutte ou, plus fondamen-
talement, pour survivre et tenir moralement.

Dans les prisons


■ Le nombre des détenus politiques
dans les prisons françaises augmente
entre 1940 et 1944 du fait de la politique
de répression menée conjointement
par les polices française et allemande.
Des résistants en cours d’interro-
gatoire, condamnés ou désignés
comme otages attendent dans une
grande angoisse. Ils doivent cohabi-
ter avec des détenus de droit commun
dans des cellules exiguës, souffrent
de la faim
Faire face et lorsqu’ils
à l’enfermement sont mis au
secret, de
l’extrême solitude. À force de volonté
et de négociations, certains obtiennent
des concessions de l’administration
pénitentiaire qui permettent l’expres-
Musée de la Résistance nationale à Champigny-sur-Marne

sion d’une pratique artistique et litté-


raire, plus ou moins clandestine. C’est
le cas du résistant communiste Roger
Payen, qui obtient feuilles et crayons.
Il produit plus de 250 dessins qui
témoignent du quotidien des détenus
à la prison de la Santé à Paris. Ces des-
sins circulent clandestinement pour
soutenir le moral des camarades. Dans
certaines prisons, comme la centrale
d’Eysses, des conférences sont orga-
nisées afin de faire oublier le quotidien
de la prison, des écrits circulent sous
la forme de journaux ou d’opuscules,
toujours écrits à la main, des concerts France Hamelin, La montée aux cellules, prison de la Petite Roquette 1943, fusain sur papier
sont organisés, et La Marseillaise est (26,4 x 20,7 cm). Après avoir récupéré des crayons, du fusain et de l’aquarelle grâce à la
entonnée pour donner du courage aux solidarité des autres détenues politiques et aux colis reçus, l’artiste France Hamelin réalise
camarades conduits à la mort. des œuvres dessinées et peintes qui témoignent de la vie carcérale, de la cohabitation
des détenues politiques et de droit commun, de la dureté des religieuses qui servent de
Créer à l’intérieur de soi gardiennes à la Petite Roquette (Paris XIe) et de l’indifférence des gendarmes au camp des
Tourelles (Paris XXe).
pour lutter contre la folie
■ Isolés dans leurs cellules et sans membre du réseau du musée de cellule des poèmes qu’il apprend
matériel pour écrire, des détenus l’Homme dès l’automne 1940. par cœur pour lutter contre la
politiques créent dans leur for inté- Arrêté en 1941 à Toulouse, il est solitude et la peur de l’aliénation.
rieur avant de transcrire leur œuvre incarcéré à la prison militaire de Libéré, il publie clandestinement
sur papier après leur libération. C’est Furgole. Sans papier ni crayon, en mai 1944, sous le nom de Jean
le cas du résistant Jean Cassou, il compose mentalement dans sa Noir, les 33 sonnets écrits au secret

25
3 e partie | Art et littérature pour continuer le combat et survivre dans les prisons et les camps

aux Éditions de Minuit, dédiés à ses camarades de mentionne le 11 décembre 1940, dans le journal qu’il tient
prison : en prison, la nécessité de recourir à la poésie pour faire
« Pour mériter l’accueil d’aussi profonds mystères face à la solitude : « Gelé sur ma paillasse, je me relève et
je me suis dépouillé de toute ma lumière : arpente la cellule. Il y a 7 pas d’un bout à l’autre, 7 pas
la lumière aussitôt se cueille dans vos voix » (1). pour revenir. Douze fois ce trajet doivent faire à peu près
une minute. Combien de pas faut-il pour faire une heure ?
Le patrimoine culturel Il y a un remède, qui est de se réciter des vers. Et ceux du
comme ultime recours “Voyage“ de Baudelaire me viennent naturellement aux
lèvres : “Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre/
■ Comme à toutes les époques, l’art et la littérature sont Mon cœur, que tu connais, est rempli [de] rayons ! “. (3)
pour les prisonniers un moyen symbolique d’évasion col-
lective et individuelle. Marie-José Chombart de Lauwe, (1) Extraits du sonnet VI de 33 sonnets composés au secret, Paris,
engagée à 17 ans dans un réseau de renseignements, Éditions de Minuit, 1944.
raconte comment elle a eu recours à la poésie dans une (2) Résister toujours, Paris, Flammarion, 2015.
situation d’extrême violence rue des Saussaies (siège de (3) Souvenirs et solitude, Paris, Julliard, 1945.
la Gestapo à Paris). « L’interrogatoire cesse vers midi.
Je suis reconduite dans ma cellule individuelle. Sur le @voir l’exposition consacrée à la centrale d’Eysses sur le site
mur, je grave alors un poème appris dans mon enfance, du Musée de la Résistance en ligne. Cette centrale à Villeneuve-
La mort du loup, de Vigny : Gémir, pleurer, prier est éga- sur-Lot est choisie par l’État français pour regrouper la majori-
lement lâche/Fais énergiquement ta longue et lourde té des détenus politiques à partir d’octobre 1943. Lieu d’une
tâche/Dans la voie où le sort a voulu t’appeler/Puis, importante création artistique : portraits dessinés et photogra-
après, comme moi, souffre et meurt sans parler.» (2) phiés, souci esthétique dans la mise en page de la presse clan-
destine… [Link]
L’ancien ministre de la IIIe République Jean Zay

Dans les camps d’internement


L’histoire des camps d’internement en France parmi les internés, en particulier des communistes et
est complexe, les populations d’internés se des Juifs que les autorités françaises livrent sans trop
succédant au gré des politiques appliquées. de réticence. La politique de persécution menée à la fois
par l’État français et l’occupant allemand aboutit à l’in-
■ À l’été et à l’automne 1940, l’État français ternement de dizaines de milliers de Juifs en France.
dispose, entre autres, pour interner les indé- Beaucoup sont internés dès 1940-1941 dans les camps
sirables qu’il a désignés des camps ouverts français de la zone Sud avant d’être transférés vers le
par la IIIe République pour les personnes camp de Drancy, puis déportés en Allemagne.
susceptibles de porter atteinte à la
sécurité de l’État. Le régime de Vichy La précarité des conditions de vie est la règle. Réduits au
utilise ces camps d’internement et en plus grand dénuement, les internés sont aidés par des
crée de nouveaux pour contrôler la organisations de solidarité et par leurs familles, quand
société dans son ensemble. Les auto- elles le peuvent.
rités françaises enferment ou main-
tiennent dans les camps en zone Sud C’est dans ce contexte que parviennent à se dévelop-
comme en zone occupée, sur simple per des activités artistiques et culturelles. Les internés
décision administrative, ceux qu’elles astreints à des séjours prolongés et sans activités dis-
considèrent comme dangereux : posent d’une relative liberté d’action entre les barbelés.
communistes, étrangers, Juifs, et par Chacun exprime son talent, reconnu avant la détention
familles entières, nomades jusqu’alors – c’est le cas des artistes professionnels – ou découvert
assignés à résidence. au hasard des circonstances. Si ces expressions artis-
tiques permettent aux internés de mieux supporter leur
Les autorités allemandes laissent l’État détention, elles peuvent aussi être conçues comme des
français gérer les camps (à l’exception de témoignages qui visent à rendre compte ou à dénon-
l’ d’Hiv’

Compiègne, Romainville puis Drancy à par- cer la réalité des camps. Beaucoup sont produites dans
tir de juillet 1943). Elles réclament à partir l’internement, d’autres sont réalisées par la suite, avec
fants du Ve

de l’automne 1941, des otages à fusiller d’autres moyens et d’après les souvenirs conservés.
orial des en

Canne sculptée au camp de Pithiviers et offerte à Edmond Bouchard.


Edmond Bouchard avait une entreprise de serrurerie à Pithiviers. Pour l’entretien du camp, il est autorisé à faire sortir des internés
qui travaillent dans son atelier et noue des relations de confiance avec eux, leur permettant de capter des informations de la
ém

BBC et d’autres stations étrangères. Cette canne lui a été offerte par l’un de ces internés.
M

Chacune des 4 faces de cette canne est gravée : «Caserne des Tourelles 26 mai 1941»/«Pithiviers 24 juin 1941»/« Liberté ?»/
ée
CERCIl-Mus

« Camp de concentration ». Ces inscriptions sont autant d’étapes dans la vie de cet interné resté anonyme mais montrent
également son espoir dans une libération prochaine (« Liberté ? »). Ces bâtons de marche, héritage de l’art populaire, sont tradi-
tionnellement réalisés pendant les périodes d’inactivité par des soldats, des marins, des bergers et des prisonniers.

26 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


Une activité artistique plus ou moins tolérée
dans certains camps
Après la torture morale infligée par les conditions de détention dans les prisons, certains camps d’internement, à
certaines périodes, permettent une relative liberté de circulation, d’échanges entre détenus et de création.

■ Le camp de Compiègne-Royallieu est d’abord utilisé ■ Les premiers internés juifs arrivent à Drancy en
par les Allemands comme camp de prisonniers de guerre août 1941, alors que les Juifs arrêtés lors de la précé-
pour les soldats français avant leur transfert outre Rhin. dente rafle à Paris avaient été transférés dans les camps
Il devient un camp d’internement pour diverses catégo- de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande dans le Loiret. La
ries de détenus. vie matérielle à l’intérieur du camp s’organise peu à peu
De l’été 1941 à novembre 1943, car les internés sont en détention pour plusieurs mois.
Au camp le camp A accueille des inter- Comme dans l’ensemble des camps d’internement, des
de Compiègne nés politiques, pour l’essen- détenus écrivent ou dessinent, pour eux-mêmes ou pour
tiel communistes. Georges les autres (de très nombreuses lettres sont échangées
Cogniot, agrégé de lettres et rédacteur de L’Humanité avec les familles). La situation change radicalement avec
avant guerre, met en place un programme d’actions la mise en œuvre du programme de déportation des Juifs
culturelles pour maintenir le moral et lutter contre le de France dans le cadre de
désœuvrement. Des conférences sont organisées sur la « Solution finale ». Drancy
« L’art en général », sur «Alphonse Allais,Tristan Bernard devient le camp de transit
Au camp de Drancy
et Courteline » ou sur « Le silence au théâtre ». vers les camps d’extermina-
tion pour les Juifs arrêtés et internés dans les deux zones
Dans d’autres secteurs sont internés des détenus étran- et passe sous contrôle allemand à l’été 1943. Les convois
gers, souvent juifs. Des artistes talentueux produisent des se succèdent à un rythme rapide. Les rares productions
œuvres peintes ou dessinées sur leur vie au camp, qu’ils artistiques sont dorénavant marquées par l’urgence de
peuvent conserver ou offrir. Le peintre russe Jacques s’exprimer une dernière fois avant le saut dans l’inconnu,
Gotko arrive à Compiègne-Royallieu en 1941 et réalise forcément angoissant même si beaucoup refusent d’envi-
des gravures sur bois, des dessins et des aquarelles. La sager le pire. Des dessins parviennent cependant à sortir
transformation en 1942 de Compiègne-Royallieu en camp clandestinement du camp comme ceux de Georges Koi-
de transit pour les déportations rend le séjour des inter- ransky, dit Georges Horan, interné au camp de Drancy en
nés plus court et leurs conditions de vie plus précaires. 1942. Pendant son internement, il réalise des dessins sortis
Les productions artistiques et littéraires sont moins nom- clandestinement du camp avec l’aide de sa femme. Recon-
breuses, sans disparaître totalement. nue comme « aryenne » par les autorités du camp après
avoir remis un certificat de baptême, cette dernière obtient
la libération de son mari comme « conjoint d’aryenne » en
Robert Desnos, mars 1943. Dès sa sortie, Georges Horan rédige le récit
Sol de Compiègne (extrait) de son internement afin de compléter ce qu’il a dessiné.
Et craie et silex et silex et craie
Sol de Compiègne ! Départ
Sol fait pour la marche
Et la longue station des arbres, « Départ Poème anonyme écrit
Sol de Compiègne ! sous la forme d’un
Pareil à tous les sols du monde, Je m’en vais vers l’inconnu
En suivant mon destin graffiti au camp de
Sol de Compiègne ! Drancy.
Et en laissant tristement ici
Un jour nous secouerons notre poussière Mon bonheur et mes chagrins L’auteur de ces lignes
Sur ta poussière a très vraisemblable-
Et nous partirons en chantant. La vie fut belle en ce pays
Ou je n’ai plus le droit de rester ment été déporté le
Ce poème est publié à la Libération, le 1er décembre [...] chose trop jolie 2 septembre 1942 par
1944, dans L’éternelle revue, sous le pseudonyme de Doit une fois cesser le convoi n° 27 vers
Valentin Guillois. Adieu, oh pays de ma jeunesse Auschwitz-Birkenau.
Poète surréaliste, membre du réseau de résistance Agir, Non, laisse-moi crier Au Revoir Dans ce convoi, sept
Robert Desnos est arrêté par la Gestapo à son domicile [...] moi j’ai fait une promesse personnes ont pour
parisien le 22 février 1944 pour être écroué à la prison Je veux garder tout mon espoir initiales WS. Il n’a
de Fresnes. Interné au camp de Compiègne-Royallieu, il donc pas été possible
y dirige avec Claude Bourdet le « Club des increvables » WS. / 1er sept. 1942 » de l’identifier.
et organise des réunions autour du surréalisme et de
la poésie. Le 28 mars 1944, il compose le poème Sol
de Compiègne . Déporté par un convoi d’opposants et
de résistants le 27 avril 1944 vers Auschwitz-Birkenau,
il est transféré à Buchenwald puis au Kommando de
Floha. Libéré, il décède du typhus le 9 mai 1945 à The-
resienstadt avant son rapatriement.

27
3 e partie | Art et littérature pour continuer le combat et survivre dans les prisons et les camps

En déportation, l’art envers et contre tout


■ Dès leur arrivée au pouvoir, les nazis mettent en place Il en va de même pour les crayons. Les plus résolus
les premiers camps de concentration pour y enfermer les peuvent céder une part de leur maigre ration contre les
opposants qu’ils ont arrêtés. La guerre entraîne une pro- objets recherchés : les déportés savent que l’on peut « orga-
fonde mutation du système concentrationnaire. Il demeure niser », c’est-à-dire trouver n’importe quoi sur le marché
fondamentalement un appareil de répression, élargi à l’en- parallèle du camp, à condition d’avoir de quoi échanger.
semble des opposants et résistants européens, mais, à
partir de 1942, il acquiert un rôle économique important au Avoir le matériel ne suffit
sein de l’appareil de production mis en place dans le cadre
Créer pour garder pas, il faut aussi avoir les
de la guerre totale. Les camps principaux deviennent des son humanité occasions de dessiner ou
réservoirs de main-d’œuvre, prélevée dans toute l’Europe d’écrire. Les rares temps de
occupée et répartie dans des milliers de Kommandos de repos, le soir après le travail ou le dimanche après-midi,
travail. Parallèlement, les nazis décident de procéder à si les SS n’en décident pas autrement, peuvent être pro-
l’extermination des Juifs d’Europe. Lors de la conférence pices. Encore faut-il se méfier des détenus malveillants.
de Wannsee en janvier 1942, un plan génocidaire est orga- La pratique artistique est donc d’abord un acte individuel,
nisé autour de la construction de centres de mise à mort, mais qui bénéficie souvent de la complicité, au moins
destinés à se substituer aux groupes mobiles de tuerie. passive, de l’entourage. Micheline Maurel, jeune profes-
seur de lettres à Lyon en 1941-1942, membre du réseau
Dans l’univers concentrationnaire, toute activité contri- Marco Polo, est arrêtée et déportée. Elle parvient à écrire
buant à restituer même partiellement leur humanité et des poèmes à Ravensbrück. Les premiers témoignent de
leur identité aux détenus est interdite et punie. La pra- sa nostalgie de l’univers familial, de l’amour perdu. Mais
tique artistique est donc théoriquement impossible. Par plus le temps passe, plus les poèmes présentent la vie
ailleurs, les déportés sont maintenus dans le dénuement : dramatique au camp et l’imminence de la mort. Après la
leurs possessions matérielles sont réduites à l’essentiel, guerre, ces poèmes seront mis en musique par Joseph
c’est-à-dire de quoi mal se vêtir et mal se nourrir. Détenir Kosma et chantés par Jany Salvaire (disque intitulé
du papier ou un crayon peut conduire à la mort. Pourtant, Il faudra que je me souvienne-Ravensbrück).
dans tous les camps, des exemples de pratiques artis-
tiques sont connus. De nombreux détenus parviennent
@voir  des poèmes de Micheline Maurel et du Père
à récupérer quelques feuilles de papier, en subtilisant
Léon Leloir sélectionnés aux Archives nationales sur le
dans les bureaux ou les ateliers où ils travaillent des site de la Fondation de la Résistance.
documents administratifs ou des pages de journaux.

Jean Daligault (1899-1945)


L’abbé Jean Daligault entre rapidement
en résistance dans le groupe Armées des
Volontaires dans la région de Caen. Arrêté en
© Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon

août 1941, il est emprisonné, durement tor-


turé et manque de sombrer dans la folie. Il est
déporté en tant que NN (Nacht und Nebel),
au camp d’Hinzert puis dans des prisons du
Reich. Pour tenir, il trouve la force de représen-
ter les personnages de son quotidien : auto-
portraits, prisonniers, geôliers, procureurs et
juges. Il utilise tous les supports qu’il a à sa
disposition : papier journal, pied de tabou-
ret, planche de son lit. Dans certains lieux de
détention,il fabrique ses propres couleurs à
l’aide des matériaux de sa cellule (le vert et
le noir grattés sur les murs, le blanc fait de
savon…). Jean Daligault confie des œuvres à
l’aumônier allemand de la prison de Trèves.
Transféré à Dachau à bout de force, il est exé-
cuté le 28 avril 1945, la veille de la libération Jean Daligault, Le procureur,
du camp. buste en terre, [s d] (7,6 x 3,2 cm).

Jean Daligault, Autoportrait, Trêves, 7 août 1944, pastel au dos d’un brouillon de lettre
adressée le 25 mars 1944 au procureur du Tribunal du peuple à Berlin (21 x 15 cm).
© Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon

28 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


Aider les créateurs

çon
portation de Besan
■ Dans certains cas, la créa-
tion artistique est l’objet d’une
véritable action collective : des
camarades font le guet afin de
permettre au dessinateur ou à

sistance et de la Dé
l’écrivain de créer comme ce
fut le cas de Germaine Tillion
au camp de Ravensbrück (voir
Focus Le Verfügbar aux Enfers)
ou de l’homme de lettres Jean

© Musée de la Ré
Cayrol. Membre du réseau de
renseignements CND-Castille,
il est arrêté à Bordeaux en 1942 Jeannette L’Herminier,
Raymonde Boix,
et déporté à Mauthausen en
dessin sur carton, [1944]
1943, puis au camp de Gusen. Le père Jacques
(22 x 15,5 cm). Raymonde
du Carmel d’Avon, qui a inspiré le film Au revoir
Boix est croquée sous plusieurs attitudes
les enfants de Louis Malle, présente Jean Cayrol comme une « étude de peintre » en utilisant
à ses compagnons comme « un grand poète les espaces délimités par les pliures d’un
français » qu’il faut protéger. Il l’encourage à couvercle de boîte en carton contenant des
écrire des poèmes dans et sur le camp. Grâce munitions allemandes. Jeannette L’Herminier
à la solidarité de ses camarades, Jean Cayrol s’est employée à la représenter aussi bien
est caché sous une grande table de travail d’un coiffée que possible, mettant en avant sa
atelier lors de la journée de travail. Il écrit avec féminité pourtant mise à mal par la déshu-
une mine de plomb sur des carnets qu’il cache manisation de la déportation. À son retour de
soigneusement. Retrouvés tardivement, ces déportation, elle explique que ses dessins
carnets ont été publiés en 1997. « représentent [ses] premiers essais […]
« Nous étions déjà les ombres qu’on ne suit d’où, par incapacité de [sa] part, l’absence
plus dans ce royaume incorruptible qui tintait de visages . »
comme une cloche au seuil du Royaume sans fin. » (1)
Jeannette Lherminier bénéficie également de la soli-
(1) Alertes aux ombres 1944-1945, Paris, Seuil, 1997. darité et de la ruse de ses camarades pour pouvoir créer
avec le souci de respecter la dignité de ces femmes.
Membre du réseau Buckmaster, elle est arrêtée en sep-
tembre 1943, déportée à Ravensbrück, puis transférée
Témoignage S’évader par la culture au Kommando de Holleischen. Elle a réalisé durant sa
déportation plus de 150 dessins.
■ François Le Lionnais, ingénieur, membre du réseau de Elle témoigne : «Toute occasion m’était bonne pour
renseignements Marco Polo, est arrêté et déporté à Dora croquer à la sauvette les attitudes de mes camarades,
en 1944. Il raconte après guerre comment il évoquait ces chères complices qui me fournissaient inlassable-
ses tableaux préférés auprès d’un de ses camarades : ment des matériaux les plus divers, et en priorité tous
« […] je lui décrivis ces œuvres avec la plus grande les crayons qui leur tombaient sous la main dans les
minutie pendant les interminables heures d’attente ateliers de la poudrerie où nous étions employées. Je
sur la place d’appel. […] C’est ainsi que nous contem- dessinais sur des morceaux de papier kraft, de cartons
plâmes longuement avec les yeux de la pensée arrachés aux caisses de munitions, de papier-calque sub-
La Vierge au chancelier Rolin de Van Eyck. Je projetais tilisé dans le bureau d’un dessinateur. […] Les croix qui
comme avec une lanterne magique le sévère regard du servent de support à la plupart de ces dessins sont des
donateur, les lapins écrasés sous les colonnes, l’ivresse couvercles dépliés des petites boîtes destinées à contenir
de Noé racontée sur un chapiteau, les petites touffes les cônes des balles de mitrailleuses. […] Pendant notre
d’herbe qui poussent entre les pavés de la courette et détention, j’ai distribué mes trésors à mes compagnes.
les six marches de l’escalier qui conduit à la terrasse, Au mépris de tous les risques, elles ont accompli des
tous les détails de la circulation fluviale et de l’agitation miracles d’ingéniosité pour les soustraire aux fouilles
citadine du fond. […] Pierre par pierre, nous construi- et me les rapporter après notre retour de déportation.
sions le plus merveilleux musée du monde. […] Nous Si mes dessins peuvent sembler peu conformes à l’hor-
réinventions chaque tableau, inquiets de dire, avec de reur du cauchemar concentrationnaire, c’est parce que je
simples mots, ce bonheur insolent dans la couleur des me suis toujours interdit de violer la souffrance des plus
Femmes d’Alger, le fleurissement sensuel du Moulin atteintes dans leur chair épuisée. Je voulais témoigner
de la Galette, et la préméditation de chacune des mille surtout du courage exemplaire de celles qui, luttant sans
touches apparentes de La maison du pendu. » relâche contre la déchéance et l’avilissement, trouvaient
encore pour moi la force de se redresser. »
in « La peinture à Dora », Confluences n° 10, 1946.
in Marie Rameau, Souvenirs, éditions La ville brûle, 2015.

29
3 e partie | Art et littérature pour continuer le combat et survivre dans les prisons et les camps

Créer pour témoigner


Plus encore que dans les prisons, l’expression artistique dans l’univers concen-
trationnaire est un acte de témoignage. La mort est une menace permanente
et les productions d’artistes reconnus ou amateurs sont presque constamment
marquées par l’urgence. Il faut écrire et dessiner car il faudra, le moment venu,
être en mesure de raconter et de montrer. À 15 ans, Walter Spitzer est chargé
par le comité international de résistance de Buchenwald de mémoriser ce qu’il
voit et d’être capable de le mettre sur le papier s’il sort vivant du camp. Cer-

ration
tains dessins, tels ceux de Violette Rougier-Lecoq faits à Ravensbrück, seront
d’ailleurs utilisés comme preuves à charge lors des procès des personnels des

Musée de l’Ordre de la Libé


camps d’après guerre.

1945 et 1980 à Auschwitz-Birkenau. des hommes aient pu en arriver à une


Des membres du Sonderkommando si barbare extermination même s’ils
ont voulu témoigner de l’horreur avaient été changés en bêtes fauves »(1).
Violette Rougier-Lecoq, Folles block 10, des chambres à gaz et des fours cré-
Une fois la liberté retrouvée, des dépor-
planche de six dessins réalisés matoires en écrivant des textes, au
tés restituent sur le papier des produc-
à Ravensbrück, [1944], (31 x 25 cm). caractère littéraire indéniable, qu’ils
tions jusqu’alors gravées dans leur
ont enterrés avant une mort certaine
mémoire. C’est le cas du Père Léon
■ Il est très difficile d’estimer le à proximité des lieux d’extermination.
Leloir qui crée 4 000 alexandrins par
nombre d’œuvres d’art réalisées dans Extraits :
cœur avant de les écrire à la manière
les camps – on estime les dessins à « Qui sait si, avant que le matin ne
des poèmes homériques à son retour
plusieurs dizaines de milliers – car la s’illumine, les témoins pourront s’ex-
en France. David Olère a témoigné
plupart ont été le fait d’individus isolés traire de la sombre et barbare nuit car
de sa fonction de Sonderkommando
qui pour beaucoup ont disparu, ont tu croiras certainement que la grande
dans le camp d’Auschwitz en dessinant
détruit leurs œuvres par précaution et barbare destruction que tu constate-
quelques jours après sa libération.
ou les ont perdues avant leur libé- ras était due à une punition infligée par
ration. Seules nous sont parvenues les canons. Tu penseras certainement (1) Des voix sous la cendre, manuscrits des
celles qui ont réchappé, conservées que la grande extermination subie par Sonderkommandos d’Auschwitz-Birkenau,
dans une cachette. C’est le cas des notre peuple était une conséquence Revue d’histoire de la Shoah, n° 171,
manuscrits qui ont été retrouvés entre de la guerre. […] Tu ne croiras pas que janvier-avril 2001.

■ Léon Delarbre, peintre et conser-


vateur du musée des Beaux-Arts de
la ville de Belfort, participe en 1940 au
sauvetage des œuvres confiées par
les Musées nationaux. Il réunit aussi
un groupe de résistants. Arrêté en jan-
© Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon

vier 1944, il est transféré à Buchenwald.


Il décide de commencer un témoi-
gnage dessiné sur la réalité du camp.
En échange de portraits, il obtient de
secrétaires du camp du papier et un
crayon. Sa production est abondante,
il récupère le papier du gainage en
amiante des tuyaux de chauffage de
l’usine et les rebuts des bureaux admi-
nistratifs. Léon Delarbre dessine clan-
destinement et parvient à cacher ses
œuvres par des trésors d’ingéniosité.
Alors qu’il se trouve à Dora, il manque
de perdre ses dessins du fait du dépla-
cement du meuble où il les avait
camouflés. Il réussit à les récupérer et
Léon Delarbre, Les pendus, crayon sur papier, Dora, 21 mars 1945, (23 x 30 cm).
à les conserver lors de son évacuation.
La légende manuscrite précise que « 29 russes sont pendus sur la place d’appel ».
Ses dessins sont publiés en 1945.

@voir des témoignages filmés sont consultables sur le site de la Fondation pour la mémoire de la Déportation
[Link] et le site USC Shoah Foundation [Link] D’autres dessins de déportés sont
disponibles en ligne sur le site du musée de l’Armée [Link] et du musée de l’Ordre de la Libération
[Link]

30 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


Focus
Germaine Tillion

Tillion, Marie Rameau


Le Verfügbar aux Enfers
■ Germaine Tillion est

© Association Germaine
arrêtée suite à une
dénonciation le 13 août
1942, en raison de ses
activités de résistance
au sein du réseau du
musée de l’Homme.
Emprisonnée durant Photographie de Germaine Tillion
14 mois, à la prison de sur sa carte d’étudiante de 1934.
la Santé puis à Fresnes,
elle n’a de cesse d’écrire
dès qu’elle le peut grâ- Germaine Tillion, carnet du
Verfügbar aux Enfers, 1944
ce à un « petit bout de
(15 x10,5 cm).
crayon plus gros que [s]on
pouce mais pas plus
long » . Elle prend des
notes, garde des traces, L’ensemble se déroule en
des repères, poursuit son trois actes : Printemps,
travail de thèse, fait sortir Été et Hiver. Il s’agit d’une
des lettres clandestines œuvre en partie collective.
écrites sur des morceaux GermaineTillion demande
de tissu. Cependant, c’est à ses camarades de l’aider
à Ravensbrück, où elle est à retrouver les mélodies
déportée en octobre 1943, des chansons. Ainsi, les
Éditions de la Martinière

qu’elle écrit un document parties chantées sont


inédit dans la littérature introduites par la mention
des camps : Le Verfügbar « sur l’air de... » et souli-
aux Enfers, opérette-revue gnées d’un trait rouge dans
en 3 actes. la marge. En revanche, elle
rédige l’essentiel des textes
dans une prosodie respectant parfaitement les phrasés
Un acte de À l’automne 1944, Germaine Tillion est musicaux d’origine.
résistance affectée au Bekleidung, le service de tri des
vêtements et marchandises affluant par Au-delà du registre comique, le texte nous permet de
train de toute l’Europe occupée. Refusant de se soumettre découvrir des éléments concrets de l’histoire du quotidien
à ce travail, elle se cache dans une grande caisse d’em- du camp et une part de sa réalité historique : l’atteinte por-
ballage et rédige alors Le Verfügbar. On nomme ainsi les tée au sommeil, le manque obses-
déportées « rebelles » qui se soustraient au travail imposé sionnel de nourriture, les problèmes Un document
par les nazis. « N’étant inscrites dans aucune colonne de sanitaires, les tortures, le rôle des d’histoire
travail, elles étaient corvéables à merci, “à la disposition“ gardiennes et notamment celui de
(zur Verfügung) des SS ». Il s’agissait pour elles de se cacher la redoutée Blokova Käte. On peut, à ce titre, qualifier ce
entre l’appel par baraque et l’appel général du camp qui document de témoignage direct, écrit in situ. En ethno-
précédait le départ en Kommandos. GermaineTillion béné- logue confirmée, GermaineTillion étudie d’abord le groupe
ficie de la complicité d’une camarade tchèque affectée au auquel elle appartient et ne parle que de ce qu’elle voit.
service des bâtiments du camp, qui lui fournit du papier et
de l’encre. D’après le témoignage d’Anise Postel-Vinay, le Le document est sorti du camp grâce à Jacqueline Péry
manuscrit est écrit sur un temps très court, fin octobre 1944, d’ Alincourt, membre de la Délégation générale du Comité
dans une « espèce de grande poussée ». Il est caché dans le français de Libération nationale. Il est oublié avant d’être
plafond de la baraque, juste au-dessus du troisième étage retrouvé. Le Verfügbar n’a pas réellement d’existence à
du châlit que les deux déportées occupent. Ravensbrück : le texte passe de main en main et permet de
distraire les déportées, mais l’opérette n’est pas jouée. C’est
pourquoi Germaine Tillion refuse sa publication jusqu’en
Une opérette-revue 2005(1), d’abord parce que pour elle la fonction du Verfügbar
Sur des airs connus de toutes, tirés d’œuvres classiques, ne vaut que dans le camp, mais aussi de crainte qu’on ne
de publicités ou de chansons populaires, Germaine Tillion puisse en comprendre le ton et la finalité : « Cette pièce était
dresse le portrait de ses camarades et décrit la vie dans le faite pour nous amuser et rien d’autre : pour rire ! »
camp. L’étude d’une nouvelle espèce, le Verfügbar, né de
l’accouplement d’un gestapiste et d’une résistante est menée (1) Germaine Tillion, Le Verfügbar aux Enfers, une opérette à Ravensbrück,
par un naturaliste, seul personnage masculin du texte. Paris, éditions de La Martinière, 2005.

31
Focus

Musée de la Résistance nationale à Champigny-sur-Marne


ne
pigny-sur-Mar
tionale à Cham

Boris Taslitzky,
Détenu souffrant
Résistance na

de sous-alimentation,
dessin à la plume
réalisé dans la prison
la

de Riom, 1942
de

(18,3 x 12,5 cm).


Musée

Boris Taslitzky, Autour du poêle, dessin à la plume exécuté


au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe, 1943 (21 x 31 cm).

Boris Taslitzky, un peintre


dans l’internement et la déportation
■ Fils de réfugiés russes juifs établis Vers la mémoire Il donne une représentation subjective
à Paris, Boris Taslitzky est élève aux et engagée de la libération du camp
Beaux-Arts et adhérent du parti com- Certaines œuvres de Boris Taslitzky de Buchenwald le 11 avril 1945. Boris
muniste. Il est un peintre confirmé ont été esquissées durant l’interne- Taslitzky réalise trois grands tableaux
quand il participe aux manifestations ment et terminées après le retour des issus de son expérience carcérale et
du Front populaire. En 1939, il est mobi- camps. À la Libération, il est chargé concentrationnaire : Le petit camp de
lisé. Fait prisonnier, interné un temps d’illustrer le premier numéro de Buchenwald, inspiré par ses aqua-
au camp de Melun, il parvient à s’éva- L’Humanité de Buchenwald, le jour- relles, Le wagon plombé, La pesée à
der et se réfugie dans la Creuse auprès nal des communistes français libérés. la prison centrale de Riom.
du peintre Jean Lurçat. Il participe à la
résistance communiste du centre de
la France. Arrêté en novembre 1941,
il est interné. À la prison de Riom, il
témoigne de la dureté du régime car-
céral, en montrant des détenus sque-
lettiques. Au camp de Saint-Sulpice-
la-Pointe, près de Toulouse, il peint

Musée de la Résistance nationale à Champigny-sur-Marne


plusieurs fresques avant d’être déporté
à Buchenwald le 31 juillet 1944.

Connu comme peintre, il peut obtenir


de la résistance intérieure du camp de
concentration le matériel pour réali-
ser quelque 200 croquis, dessins et 5
aquarelles sur la vie du camp et plu-
sieurs portraits de camarades. Ces
œuvres sont réalisées avec la compli-
cité d’autres détenus qui font le guet. Il
parvient ainsi à survivre en continuant
à exercer son art et à soutenir le moral
de ses camarades. Boris Taslitzky est
l’un des artistes majeurs qui ont vécu Boris Taslitzky, Pendant une alerte,
les différentes formes d’enfermement. crayon sur papier fait au camp de Buchenwald, 1944 (12,8 x17,1 cm).

BorisTaslitzky rentre en France avec ces


travaux qui sont publiés dès 1945 sous @ voir des brochures pédagogiques du Concours, qui s’appuient sur des
archives inédites, mises en ligne sur les sites des partenaires (musées de la
le titre 111 dessins faits à Buchenwald
Résistance et de la Déportation, archives départementales, services dépar-
(préfacé par Louis Aragon). En revanche, tementaux de l’office national des anciens combattants…). Retrouvez éga-
les fresques de Saint-Sulpice-la-Pointe lement une sélection documentaire, des conseils méthodologiques et une
sont détruites lors du démontage des sitographie sur le Portail du CNRD [Link]/cnrd/
baraques du camp.

32 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


1939
Repères
Janvier Ouverture de camps d’inter-
chronologiques
Radiodiffusion nationale de l’État
français, installée à Vichy.
journalisme, du cinéma, du théâtre,
de la radio, sauf en cas de services
10 février Darlan succède à Flandin,
comme vice-président du Conseil.
7 août Annexion de fait par l’Alle- exceptionnels rendus à l’État. 1er mars Prise de Koufra (Libye)
nement français pour les républi-
magne de l’Alsace et de la Moselle, 3 octobre Création à Paris de la so- par les Forces françaises libres
cains espagnols fuyant la victoire
destinées à être germanisées et ciété de production Continental-Film, (FFL) de Leclerc.
des franquistes.
nazifiées. La culture française y contrôlée par les Allemands, et qui 8 avril Fin de la campagne d’Éry-
23 août Signature du pacte germa- est bannie. devient le principal producteur de thrée, prise par les Britanniques et
no-soviétique. films français en zone occupée.
Août les FFL aux Italiens.
1er septembre L’Allemagne nazie 4 octobre Vichy autorise les préfets
• Création des premiers réseaux 14 mai À Paris, première rafle de
envahit la Pologne. à interner administrativement les
de renseignement rattachés à la Juifs étrangers et apatrides, inter-
3 septembre La Grande-Bretagne France libre ou aux Britanniques. Juifs étrangers. nés dans des camps du Loiret.
et la France déclarent la guerre à Cette forme d’action attirera certains 18 octobre Ordonnance allemande 15 mai Appel à la création d’un
l’Allemagne. écrivains (Samuel Beckett, Robert sur le recensement des entre- Front national pour l’indépen-
Septembre Ouverture de camps Desnos) ou artistes (le peintre André prises juives. dance de la France par le PCF.
d’internement pour les Alle- Girard, chef du réseau Carte, l’acteur 24 octobre Entrevue Hitler-Pétain à
Robert Lynen, etc). 2 juin Deuxième statut des Juifs
mands et les Autrichiens vivant Montoire. La collaboration d’État promulgué par Vichy. Il leur inter-
en France (nationalités en guerre • En zone occupée, les Allemands est instituée. dit notamment de participer à
avec la France). commencent à interdire des livres 27 octobre De Gaulle crée le l’édition de journaux et de livres.
17 septembre L’URSS envahit la sur des critères politiques et ra- Conseil de Défense de l’Empire.
ciaux : la liste Bernhard (143 livres) Juin-juillet FFL et Anglais occupent
Pologne.
est suivie le 28 septembre de la Novembre Au Jeu de Paume (Paris), le Liban et la Syrie vichystes.
26 septembre Dissolution du PCF. des œuvres d’art confisquées à À Beyrouth, la France libre (Jean
1re liste Otto (1 060 titres), qui est
des particuliers sont exposées par Gaulmier) crée l’année suivante
1940 encore élargie le 8 juillet 1942 puis
le 10 mai 1943. l’occupant à l’intention de Göring, une maison d’édition qui publie
10 mai Offensive allemande. pour qu’il choisisse celles devant Péguy, Bernanos, Aragon…
• À Marseille, un journaliste améri-
partir en Allemagne. Une Fran- 22 juin Attaque allemande contre
10 juin L’Italie fasciste déclare la cain, Varian Fry, organise l’émigra-
çaise, Rose Valland, tient secrète- l’URSS, entraînant la rupture du
guerre à la France et à la Grande- tion légale de personnalités des
ment la liste des œuvres volées. pacte germano-soviétique. Le PCF
Bretagne. milieux intellectuels et artistiques.
Jusqu’en septembre 1941, partent 9 novembre Décret de dissolution se lance dans la lutte armée.
14 juin Entrée des Allemands à
par sa filière notamment André des confédérations syndicales. 1er juillet À Buenos Aires paraît le
Paris.
Breton, Claude Lévi-Strauss, Marc 11 novembre Manifestation anti-al- n° 1 de la revue Les lettres fran-
17 juin Le gouvernement Pétain
Chagall, Hannah Arendt… lemande d’étudiants et de lycéens çaises, dirigée par Roger Caillois.
demande l’armistice.
11 août À la BBC, lecture du pre- à Paris. 22 juillet Loi de Vichy étendant la
17 juin À Brive, Edmond Michelet
mier texte rédigé au Brésil par 15 novembre Des centaines de mil- confiscation des entreprises juives
rédige le premier tract résistant
Georges Bernanos depuis l’armis- liers de dessins d’enfants à la gloire à la zone non occupée.
connu, fait de citations de Péguy.
tice et parvenu à la France libre. de Pétain sont envoyés à Vichy.
18 juin Appel du général de Gaulle. 21 août Le communiste Fabien abat
26-28 août L’ Afrique équatoriale 15 novembre À Londres, paru- un aspirant allemand à Paris.
25 juin Entrée en vigueur des ar- française (AEF) et le Cameroun se tion du n° 1 de la revue La France
mistices franco-allemand et franco- 23 août En réaction à l’attentat, or-
rallient à de Gaulle. libre, dirigée par Raymond Aron et
italien. La France est occupée aux donnance allemande sur les otages
Septembre À Alger paraît légale- André Labarthe.
2/3 et éclatée en zones multiples. et création par Vichy de sections
ment le n° 10 de la revue littéraire Décembre Reparution à Paris de la spéciales auprès des cours d’appel
28 juin De Gaulle est reconnu Fontaine, le premier après la dé- Nouvelle Revue Française (NRF), et les tribunaux militaires.
chef des « Français libres » par la faite. Éditorial de Max-Pol Fouchet : désormais dirigée par le collabo-
Grande-Bretagne. Dans les jours Été À l’initiative d’Aragon, la straté-
« Nous ne sommes pas vaincus ». rationniste Drieu la Rochelle, seule
suivants, la France libre prend gie communiste de «front national»
27 septembre Première ordon- revue littéraire alors autorisée en
comme emblème la croix de débouche sur un projet de Comité
nance allemande anti-juive : recen- zone occupée.
Lorraine. national des écrivains (CNE) ; ce
sement des Juifs de zone occupée. 13 décembre Laval, vice-président groupement clandestin aura pour
Été Initiatives de résistance indi- du Conseil, est remplacé par
28 septembre Convention entre première mission de publier un jour-
viduelles (graffitis, sabotages) ou Flandin.
l’occupant et les éditeurs français nal, Les lettres françaises, co-animé
collectives (aides aux prisonniers qui doivent accepter de s’autocen- par Jacques Decour et Jean Paulhan.
de guerre dirigés vers l’Allemagne).
Des tracts commencent à circu-
surer pour reprendre leur activité. 1941 5 septembre Inauguration de l’ex-
Automne De petits groupes résis- De nouveaux groupes de Résis- position « Le Juif et la France » au
ler, dont certains puisent dans le
tants se créent, qui deviennent en tance nés autour d’un journal Palais Berlitz (Paris).
patrimoine littéraire : citations,
1941 des mouvements, souvent clandestin s’ajoutent aux précé-
pastiches. 24 septembre De Gaulle crée le
organisés autour d’un journal clan- dents : Défense de la France (zone
10 juillet Réuni à Vichy, le Parle- Comité national français.
destin : musée de l’Homme, Orga- occupée), Témoignage Chrétien
ment vote les pleins pouvoirs à nisation civile et militaire, Libéra- (zone Sud). Les réseaux se déve- Octobre Voyage en Allemagne
Pétain. tion Nord, Ceux de la Libération, loppent en se spécialisant : rensei- d’écrivains français collabora-
11 juillet Pétain institue l’État fran- Valmy (zone occupée) ; Libération gnement, évasion, sabotage (mis- teurs : Drieu la Rochelle, Brasillach,
çais. Fin de la IIIe République. nationale, Libération Sud, Liberté, sions conjointes ou séparées de la Chardonne, Jouhandeau …
Juillet Début de la « guerre des Franc-Tireur (zone Sud)… France libre et des Britanniques). 4 octobre Vichy promulgue la
ondes » , avec trois nouveaux prota- 3 octobre Vichy édicte le premier Février 1er numéro de La pensée Charte du Travail.
gonistes : les émissions de la France statut des Juifs. Il leur interdit no- libre, revue clandestine fondée 18 octobre Pour répondre aux
libre à la BBC, qui combattent tamment d’enseigner (fonction pu- par des intellectuels communistes, demandes de l’occupant en mé-
Radio-Paris en zone occupée et la blique) et d’accéder aux métiers du dont l’écrivain Jacques Decour. taux non ferreux, une loi de Vichy

33
autorise l’enlèvement des statues
Repères
édifiées dans les espaces publics. allemands.
chronologiques
les FFL tiennent tête aux italo- presse de Tropiques, la revue fon-
dée par Aimé Césaire.
21 février Exécution de 21 résis-
tants du groupe dirigé par le poète
21 octobre Exécution de 48 otages, 29 mai Ordonnance allemande • Sortie aux USA de This land is arménien Missak Manouchian des
dont 27 à Châteaubriant, en repré- imposant le port de l’étoile jaune mine (Vivre libre), film tourné par FTP-MOI.
sailles à un attentat contre un offi- aux Juifs de zone occupée Jean Renoir. 15 mars Le CNR adopte un pro-
cier allemand à Nantes. Été Rafles massives de Juifs étran- 8 mai Capitulation des troupes de gramme commun d’action et de
Novembre Voyage en Allemagne gers et apatrides dans les deux l’Axe en Tunisie. L’Afrique du Nord réformes pour l’après Libération.
de peintres et sculpteurs fran- zones. est aux mains des Alliés. 26 mars Assaut allemand contre le
çais, parmi lesquels de Vlaminck, 14 juillet Manifestations patrio- 27 mai Première réunion du Conseil maquis des Glières.
Derain, Van Dongen. tiques dans de nombreuses villes, national de la Résistance (CNR). Avril L’honneur des poètes est
Décembre Échec de la Wehrmacht à l’appel de la presse clandestine 3 juin À Alger, création du Comité reproduit à 10 000 exemplaires à
devant Moscou. et de la France libre. français de la libération nationale Alger, par l’Office français d’édi-
Décembre En zone Sud, première (CFNL), présidé par de Gaulle et tion, organisme du Comité fran-
Août La revue littéraire   Confluences,
çais de la Libération nationale.
fusion entre mouvements de créée à Lyon en 1941, est suspen- Giraud.
Résistance : Liberté et Libération due deux mois par Vichy. Mai Publication clandestine de
21 juin Arrestation de Jean Moulin
nationale deviennent Combat. L’honneur des poètes II. Europe,
4 septembre Loi de Vichy dite lors d’une réunion clandestine à
aux Éditions de Minuit.
7 décembre Attaque japonaise sur «d’orientation de la main-d’œuvre», Caluire.
Pearl Harbour. Entrée en guerre autorisant le système des réquisi- Juin Publication clandestine de
10 juillet Les Alliés débarquent
des États-Unis. tions pour le travail en Allemagne. Vaincre, album de 12 lithographies.
en Sicile, puis le 3 septembre en
Italie. 3 juin Le CFLN prend le titre de
1942 20 septembre Premier numéro
des Lettres françaises, journal 14 juillet Manifestations de masse
Gouvernement provisoire de la
Janvier Première mission de Jean clandestin du Comité national des République française (GPRF).
dans les grandes villes. Publica-
Moulin. Il doit coordonner les écrivains. tion de L’honneur des poètes. 6 juin Débarquement allié en Nor-
mouvements de zone Sud et les Octobre À Paris, publication du re- mandie. À l’appel des Alliés, la
Août Parution du poème Le Musée
rallier à de Gaulle. cueil Poésie et vérité 1942 d’Éluard, Résistance exécute les plans de
Grévin d’Aragon, première publi-
Janvier Des poèmes de Pierre par les éditions de La Main à sabotage prévus et lance la gué-
cation des éditions clandestines
Seghers et de Pierre Emmanuel, Plume. « Liberté » y paraît pour la rilla généralisée.
de La Bibliothèque Française.
composés en hommage aux première fois avec son vrai titre. 10 juin Massacre des habitants
8 septembre Armistice entre le
otages fusillés à Châteaubriant, 8 novembre Débarquement anglo- d’Oradour-sur-Glane par la divi-
gouvernement italien et les Alliés.
paraissent en Suisse (revue Traits) sion SS Das Reich.
américain en Afrique du Nord. Le
et à Alger (revue Fontaine) 25 septembre Sous le titre «Les par-
10, un armistice est conclu par les 14 juin De Gaulle acclamé par la
tisans. Chant de la libération », Le
17 février Arrestation par les Alle- Américains avec Darlan. population à Bayeux (Normandie).
chant des partisans est publié dans
mands de Jacques Decour. 11 novembre Invasion par les Alle- 14 juillet Manifestations patrio-
le n° 1 des Cahiers de Libération.
Février Les Éditions de Minuit mands de la zone Sud, en réplique tiques un peu partout en France.
4 octobre Libération de la Corse
clandestines impriment leur pre- aux événements d’Afrique du Nord. 21-23 juillet Assaut allemand
par les troupes du CFLN.
mier ouvrage : Le silence de la mer contre le maquis du Vercors, qui
27 novembre Sabordage de la
de Vercors. Automne Envoi de délégués mili- doit se disperser avec de lourdes
flotte de Toulon. Dissolution de taires régionaux par le CFLN en
Mars À Paris, inauguration de l’ex- l’armée d’armistice. pertes. L’écrivain Jean Prévost est
métropole. Parallèlement, des tué dans ces combats.
position « Le bolchévisme contre
24 décembre Assassinat de Dar- délégués civils mettent en place
l’Europe », salle Wagram. 15 août Débarquement allié en
lan. Le général Giraud lui succède des Comités départementaux
27 mars Départ de France du à Alger. de libération, en accord avec les Provence.
premier convoi de Juifs vers mouvements de Résistance. 19-25 août Insurrection parisienne.
Auschwitz. 1943 9 novembre De Gaulle devient le Leclerc entre à Paris le 24 et le
3 avril En zone occupée, les Alle- Hiver 1942-43 Constitution des libère le 25.
seul président du CFLN.
mands durcissent leur contrôle premiers maquis, pour échapper 31 août Installation du GPRF et de
11 novembre Manifestations pa-
sur l’édition par une censure pré- aux réquisitions de main-d’œuvre. De Gaulle à Paris.
triotiques et arrêts de travail dans
alable : toute publication doit avoir 12 septembre Jonction des trou-
26 janvier Fusion des trois grands toute la France, à l’occasion de
un numéro d’autorisation. pes débarquées en Normandie et
mouvements de zone Sud dans les l’anniversaire de la victoire sur
17 avril Démission de Darlan. Mouvements unis de Résistance. l’Allemagne en 1918. en Provence. Le front se stabilise
Laval revient au pouvoir. devant les Vosges.
2 février Capitulation allemande à 30 décembre Le chef de la Milice,
1er mai Manifestations patriotiques Stalingrad. Darnand, entre au gouvernement 23 novembre Leclerc libère Stras-
dans plusieurs villes, à l’appel de Vichy comme secrétaire géné- bourg.
16 février Instauration du Service
de la presse clandestine et de la ral au Maintien de l’Ordre.
France libre.
du travail obligatoire (STO) en
Allemagne. Les refus de départ
1945
15 mai À Paris, inauguration de deviennent massifs durant le prin- 1944 Février L’Alsace tout entière est
l’exposition du sculpteur allemand temps, aidés par un vaste mouve- 20 janvier Instauration de « cours libérée.
Arno Breker. ment de désobéissance civile. Une martiales » de la Milice, contre les 8 mai Capitulation de l’Allemagne
18 mai Manifestation à Lyon partie des réfractaires se réfugie « activités terroristes ». nazie à Berlin.
contre la venue du Philharmo- dans les maquis, que les organisa- Février Création des Forces fran- 8 juin Robert Desnos meurt du
nique de Berlin et de son chef, tions de résistance tentent d’enca- çaises de l’intérieur (FFI), rassem- typhus au camp de Terezin (Tché-
Clemens Krauss, pour un concert drer et d’armer. blant les groupes paramilitaires coslovaquie), quelques semaines
salle Rameau. Mai • À la Martinique, Vichy inter- de toutes les composantes de la après la libération du camp par les
26 mai-11 juin À Bir-Hakeim, dit la parution du numéro sous Résistance. Soviétiques.

34 Concours National de la Résistance et de la Déportation – 2015-2016


Ressources
Préparer le concours grâce aux ressoures en ligne
Des partenaires ont sélectionné des documents consultables sur leurs sites internet qui vous seront utiles pour préparer le
concours. Des ressources numériques sont également disponibles en ligne sur les sites de la Fondation de la Résistance
[Link]. Une exposition virtuelle consacrée au thème du concours est accessible sur le Musée de la Résistance
en ligne [Link].

Ressources [Link]. Parmi


Témoignages Jeanne Letourneau et France
du Portail national les dossiers thématiques propo- de la Fondation Audoul-Martinon à Ravensbrück,
sés, celui consacré au thème du pour la Mémoire Louis Bissinger à Buchenwald et
CNRD 2015-2016 permettra aux de la Déportation Gino Gregori à Mauthausen.
professeurs et aux élèves de dé- La Fondation pour la Mémoire de la
Le portail national met en réseau, couvrir, à l’aide de documents d’ar- Déportation (FMD) propose sur son
Archives
documente et valorise les ressources chives commentés, de nombreux blog [Link]
du Musée de
des partenaires associés au CNRD. exemples de création littéraire et [Link]/transmission-de-la-
l’Ordre de la
Il est aussi un vecteur de la mémoire artistique en lien avec le général de memoire/concours-national-de-la-
Libération
numérique du concours en conser- Gaulle, chef de la France libre. resistance-et-de-la-deportation des Le musée de l’Ordre de la Libé-
vant les documents des sessions ressources inédites, issues de son ration, situé dans l’Hôtel national
antérieures. Archives fonds audiovisuel. Ces extraits de des Invalides à Paris, présente
Trois entrées donnent accès aux res- Fondation de témoignages évoquent l’usage de l’histoire des compagnons de la
sources : la France Libre l’art et de la littérature dans les Libération et de l’Ordre crée du-
• L’onglet « Documents » offre une camps de concentration et d’exter- rant la Seconde Guerre mondiale
En dehors de quelques grands
sélection d’archives que les candidats mination. par le général de Gaulle. L’expo-
artistes reconnus, les œuvres litté-
peuvent intégrer dans leurs produc- Par ailleurs, la brochure de la ses- sition permanente comporte plus
raires et artistiques de la résistance
tions. Cet ensemble documentaire est sion 2001-2002 du Concours consa- de 2 000 pièces et documents ex-
extérieure des Français libres sont
réalisé avec le partenariat et le fonds crée à la production artistique dans posés dans trois espaces, dédiés
d’archives du musée de la Résistance difficiles d’accès. Afin de favoriser
les camps est consultable en ligne. à la France libre, à la Résistance
nationale à Champigny-sur-Marne. leur étude, la Fondation de la France
[Link] intérieure et à la Déportation.
• L’onglet « Sitographie » pointe sur libre met en ligne [Link]-libre.
com/archives-memoire-vivante/ L’espace pédagogique du site in-
plus de 500 ressources en ligne. net/concours-national-de-la-resis-
ternet de l’Ordre de la Libération
• L’ « Agenda » relaie les initiatives tance-et-de-la-deportation-2016/ Archives de la propose de multiples documents
des partenaires du CNRD, (exposi- un ensemble de documents et de vie littéraire qui illustrent notamment la Ré-
tions, manifestations), ainsi que les notices sur ces œuvres et leurs créa- de l’IMEC sistance par l’art ou la littérature,
émissions de télévision et de radio. teurs. Les élèves pourront également L’Institut Mémoires de l’édition que les élèves et les professeurs
[Link]/cnrd/ réfléchir sur les conditions du travail contemporaine (IMEC) préserve pourront consulter et télécharger
d’édition et de réédition mené par les des fonds d’archives consacrés aux (dessins ou caricatures réalisés
Documents Français libres. acteurs de la vie du livre : éditeurs, par des résistants ou des dépor-
audiovisuels de l’INA [Link] écrivains, artistes, journalistes… tés, affiches de propagande,
(Institut national de l’audiovisuel) Implanté à l’abbaye d’Ardenne près
poèmes…).
Depuis 2010,
Témoignages de Caen, l’Institut conserve de nom-
[Link]
l’Institut natio-
audiovisuels breux fonds liés à la Résistance.
nal de l’audio- de l’USC Shoah L’IMEC a consacré publications et
visuel et le Concours national de la Foundation expositions à la vie littéraire pendant Photographies
Résistance et de la Déportation ont L’USC Shoah Foundation a été fon- l’Occupation, constituant une riche et films
engagé un partenariat afin de dée en 1994 par Steven Spielberg, base de données de documents de l’ECPAD
après la sortie du film La Liste numérisés.
mettre à disposition des ensei- L’ECPAD, agence d’images du mi-
de Schindler. Elle est une vidéo- [Link]/linstitut/
gnants et des élèves des docu- nistère de la Défense depuis 1915,
thèque de près de 52 000 témoi- Le service éducatif accompagne la
ments audiovisuels issus des fonds dispose de collections exception-
gnages de rescapés de la Shoah, réalisation des projets.
d’archives de l’INA. nelles d’archives audiovisuelles et
mais aussi d’autres crimes de Contact : educatif@imec-archives.
Épousant le thème du concours photographiques : plus de 10 mil-
masse comme le génocide des com
2015-2016, la sélection propose des lions de clichés et 30 000 titres de
archives sonores et filmées sur des Arméniens ou celui des Tutsi. Nu- films. Ce fonds, progressivement
Collections
écrivains, éditeurs, peintres… qui mérisée et indexée à la minute à numérisé, est constamment en-
d’œuvres
ont résisté par l’art. l’aide de 63 000 mots clés, la col- graphiques richi par la production des repor-
Elles seront commentées et contex- lection complète des témoignages du Musée de l’Armée ters militaires, les versements
tualisés au sein du site Jalons est consultable en France à l’École Le musée de l’Armée, situé au des organismes de Défense et les
accessible via le portail Eduthèque. normale supérieure de Lyon. cœur de l’Hôtel national des Inva- dons des particuliers.
[Link] Afin de nourrir la réflexion des lides à Paris, offre une des collec- Pour la 3 e année consécutive,
candidats au CNRD, l’USC Shoah tions d’histoire militaire les plus l’ECPAD met à disposition des
Archives Foundation propose une série riches au monde avec près de candidats du CNRD des films
de la Fondation de témoignages librement télé- 500 000 pièces, et notamment des et des photographies issues
Charles de Gaulle chargeables. Ils peuvent être ex- salles consacrées à la Seconde de ses fonds. [Link]
Partenaire de l’Éducation natio- ploités dans le cadre de projets Guerre mondiale et un Historial fr/concours-national-de-la-re-
nale et du Concours national de la audiovisuels et sont accompa- dédié à Charles de Gaulle. Dans le sistance-et-de-la-deportation/.
Résistance et de la Déportation, la gnés des biographies de chaque cadre du CNRD 2015-2016, il met La médiathèque du fort d’Ivry est
Fondation Charles de Gaulle met- témoin. en ligne [Link] en accès libre au public du mardi
tra en ligne dès le mois d’octobre https ://[Link]/french, Contact : ses collections d’œuvres gra- au vendredi (horaires sur archives.
2015 un site pédagogique rénové [Link]@[Link] phiques réalisées en déportation : [Link]).

35
REMERCIEMENTS
Ce dossier a été élaboré sous le pilotage de Éric Brossard, enseignant – Musée de la Résis- Emmanuel Thiébot, historien, responsable des
la commission pédagogique de la Fondation tance nationale à Champigny-sur-Marne événements culturels – Mémorial de Caen
de la Résistance, à laquelle ont bien voulu Gisèle Caumont, Maison de Chateaubriand Elise Tokuoka et Véronique Pontillon, service
s’associer la Fondation pour la Mémoire de la des actions culturelles, pédagogiques et scien-
Sylvain Cornil-Frerrot, responsable des
Déportation, la Fondation Charles de Gaulle, tifiques – ECPAD
recherches historiques – Fondation de la France
la Fondation de la France libre, la Fondation
libre Dominique Trimbur, historien – Fondation pour
pour la Mémoire de la Shoah, l’Association des
Nicole Dorra, présidente de Ciné Histoire la Mémoire de la Shoah
professeurs d’histoire et de géographie, et de
nombreux musées et centres de ressources. Agnès Dumoulin, médiatrice – Musée de Vladimir Trouplin, directeur – Musée de l’Ordre
Cette publication est soutenue par le minis- l’Ordre de la Libération de la Libération
tère de la Défense (direction de la Mémoire, Emeline Vanthuyne, directrice des projets
Pascal Genot, professeur – Université de
du Patrimoine et des Archives) et le ministère – Fondation Charles de Gaulle
La Rochelle
de l’Éducation nationale, de l’enseignement
Patricia Gillet, conservateur en chef – Archives Cécile Vast et Emeline Vimeux, enseignantes –
supérieur et de la Recherche.
nationales service éducatif – Musée de la Résistance et de
Elle a été conçue et coordonnée par : la Déportation de Besançon
Vincent Giraudier, chef du département Histo-
Bruno Leroux, directeur historique − Fondation Nous tenons à remercier l’IMEC (l’Institut
rial Charles de Gaulle - Musée de l’Armée
de la Résistance Mémoires de l’édition contemporaine), les
Gilles Gony
Frantz Malassis, chef du département documen- collectionneurs et les ayants droits qui nous
tation et publication − Fondation de la Résistance Nathalie Grenon, directrice CERCIL – Orléans ont permis de reproduire gracieusement des
Guy Krivopissko, conservateur – Musée de documents d’archives et des œuvres d’art.
Hélène Staes, responsable des activités péda-
gogiques − Fondation de la Résistance la Résistance nationale à Champigny-sur- Pour les dessins d’Abdon – © collection Jacques
Marne Barré. Musée de la Résistance et de la Déporta-
La Fondation de la Résistance remercie tion de l’Isère. Extrait de la publication Abdon.
Cyrille Le Quellec, documentaliste – Fondation
vivement de leur participation les membres Parcours d’un résistant dans les Alpes,
pour la Mémoire de la Déportation
du groupe de travail qui ont contribué à la éd. Patrimoine en Isère/Musée de la Résistance
recherche documentaire et à la rédaction de Christine Levisse-Touzé, directrice – Musée
et de la Déportation de l’Isère – Maison des
cette brochure : du général Leclerc de Hauteclocque et de la
Droits de l’Homme.
Libération de Paris — Musée Jean Moulin –
Céline Anché, enseignante – Mémorial Charles Ville de Paris Il faut signaler enfin l’action des associa-
de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises tions suivantes qui proposent aux lauréats
Serge Linkes, maître de conférences − Univer-
Xavier Aumage, archiviste – Musée de la Résis- sité de La Rochelle de poursuivre des études et des recherches
tance nationale à Champigny-sur-Marne initiées lors de leur participation au Concours
Claude Marmot, Fondation Charles de Gaulle
Sophie Bachmann, développement éducatif et les encouragent à entreprendre avec elles
Hélène Pradas-Billaud, chef du bureau des leur approfondissement :
– Service de l’Action Culturelle et Éducative – INA
actions pédagogiques et de l’information à la
Christophe Barret et Ludovic Lavigne, service direction de la Mémoire, du Patrimoine et des - Association « Mémoire et Espoirs de la Résis-
éducatif – Archives nationales Archives - Ministère de la Défense tance » (MER)
Chris Boissin, chef des projets éditoriaux en Hélène Priego, directrice – Musée de la Résis- 16-18, place Dupleix – 75015 Paris.
ligne – Canopé tance de Bondues
- Amis de la Fondation pour la Mémoire de la
François Bordes, chargé des sciences humaines Laurent Sastre, enseignant – Centre d’histoire Déportation (AFMD)
et recherche – IMEC régional de la Résistance et de la Déportation-
31, boulevard Saint-Germain – 75005 Paris.
Fabrice Bourrée, département AERI – Fondation Castelnau-le-Lez
de la Résistance Laurent Seillier, enseignant – La Coupole, -Fédération des Lauréats du Concours de
Centre d’histoire et de Mémoire du la Résistance et de la Déportation (FLCRD).
Aleth Briat, Association des professeurs d’his-
toire et de géographie Nord – Pas-de-Calais à Saint Omer 16-18, place Dupleix – 75015 Paris.

Éditeur : Fondation de la Résistance Reconnue d’utilité publique par décret du 5 mars 1993. Sous le Haut Patronage du Président de la République.
30, boulevard des Invalides – 75 007 Paris – Téléphone : 01 47 05 73 69 – Télécopie : 01 53 59 95 85 – Site internet : [Link] –
Courriel : contact@[Link] – Directeur de la publication : Jacques Vistel, président de la Fondation de la Résistance – Directeur
délégué de la publication : François Archambault – Rédacteur en chef : Frantz Malassis – Maquette, photogravure et impression : humancom,
48 rue de Dantzig, 75015 Paris – Revue trimestrielle — Abonnement pour un an : 20 € – N° 82 : 5, 50 € – Commission paritaire : n° 1115 A 07588
– ISSN : 1263-5707 – Dépôt légal : septembre 2015
Ce numéro comporte trois encarts jetés : un courrier et une affiche invitant à participer Malgré toutes les démarches entreprises, la Fondation la Résistance
au Concours national de la Résistance et de la Déportation ainsi qu’un 4 pages réalisé n’a pas pu retrouver les ayants droits de certaines œuvres et certains
par la DMPA « Regards croisés sur le Concours National de la Résistance et de la documents. Les personnes disposant de ces droits peuvent prendre
Déportation » contact avec la Fondation de la Résistance.

Le ministère La direction La Fondation La Fondation La Fondation La Fondation La Fondation


de l’Éducation de la Mémoire de la Résistance Charles de Gaulle de la France libre pour la Mémoire pour la Mémoire
nationale du Patrimoine de la Déportation de la Shoah
et des Archives

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