L'art Dans La Résistance
L'art Dans La Résistance
Reconnue d'utilité publique par décret du 5 mars 1993. Sous le Haut Patronage du Président de la République
n° 82 – septembre 2015 – 5,50 €
Résister
par l’art et la littérature
Concours national de la Résistance
et de la Déportation 2015-2016
Renseignements utiles
Concours national de la Résistance et de la Déportation 2015-2016
Dans cette rubrique, nous vous donnons les informations essentielles. Nous vous conseillons de vous reporter, pour plus de
détails à la note de service publiée au Bulletin officiel de l’Éducation nationale n° 25, 18 juin 2015 sur le site [Link]
En couverture : Détail d’un Autoportrait de Jean Daligault fait à Trêves en août 1944. © Musée de la Résistance et de la Déportation de
Besançon. Pionnier de la résistance, l’abbé Jean Daligault (1899-1945) est actif dés l’automne 1940. Arrêté en août 1941, il est déporté en
tant que NN au camp d’Hinzert puis dans des prisons du Reich. Il est exécuté à Dachau la veille de la libération du camp. Pour ne pas
sombrer, il a créé des œuvres saisissantes qui nous sont parvenues par des co-détenus et l’aumônier de la prison de Trèves (voir page 28).
DR
plement en invoquant et en diffusant un patrimoine culturel.
J’espère que cette réflexion sera l’occasion de travaux interdisciplinaires féconds entre lettres, histoire, arts plastiques, éducation
musicale sans oublier les professeurs documentalistes.
Enfin, qu’il me soit permis de saluer le travail des associations, des fondations, des musées, des centres d’archives, des témoins
et des enseignants qui se mobilisent depuis plus de cinquante ans autour de ce concours. Concours qui permet aux élèves de
s’interroger sur les valeurs qui animaient l’engagement des résistants, source d’inspiration dans leurs choix de futurs citoyens.
Jacques Vistel
Président de la Fondation de la Résistance
@
littéraire
La brochure numérique et les ressources en ligne
• Exposer ou s’exposer ? Résistance Sur le site de la Fondation de la Résistance ([Link]),
et arts plastiques vous pourrez télécharger cette brochure sous format PDF et l’imprimer.
Focus : René Iché adresse Vous trouverez également la brochure numérique qui permet :
- de visualiser, d’agrandir et de projeter les documents et les articles,
La déchirée au général de Gaulle
- de découvrir des dossiers documentaires complémentaires (documents inédits, articles
• Dessins et caricatures : une arme approfondis, tableau synthétique…) hébergés sur le site de la Fondation de la Résistance,
de guerre psychologique - d’avoir accès en un clic à des ressources sélectionnées par nos partenaires (extraits de
• Résister en musique films, photographies, dessins, témoignages… voir aussi page 35 de la brochure),
• Témoigner de l’insupportable - de consulter des sites conseillés par le service pédagogique de la Fondation de la
• La littérature et l’art pour vivre Résistance.
l’expérience résistante En cliquant sur l’onglet « Actions pédagogiques » du site de la Fondation de la Résistance,
rubrique «Actualités pédagogiques », vous trouverez des annonces de conférences, spec-
tacles, publications d’ouvrages et de brochures pédagogiques, expositions… en lien avec
le thème du concours. Pour nous signaler un événement en lien avec le thème 2015-2016
« Résister par l’art et la littérature », écrivez-nous à l’adresse suivante :
[Link]@[Link]
3
Avant-propos destiné aux candidats et aux enseignants
Une synthèse pour appréhender Le thème est abordé ici en distinguant trois Pour mieux comprendre l’histoire de la France libre,
le thème contextes où le mot « résistance » prend un sens consultez les articles sur le site de la Fondation de la
partiellement différent : en France occupée, dans France libre : [Link]/de-la-france-libre-
Il est important de rappeler que cette brochure la France libre, dans les prisons et les camps. a-la-france-combattante/
fournit une synthèse scientifique et des pistes
de travail, et non un ensemble de textes à En France occupée, la résistance littéraire Dans les prisons et les camps de Vichy,
reprendre tels quels. Le jury national valorise et artistique est pour l’essentiel une des mani- et surtout de l’occupant nazi, résister ne peut
avant tout l’investissement personnel des can- festations d’un phénomène collectif bien plus prendre que rarement les formes de lutte habi-
didats dans toutes les catégories. large : la naissance et le développement des tuelle des organisations clandestines. C’est le
mouvements de résistance clandestins. Ces plus souvent une lutte morale : réaffirmer sa
Le thème choisi par le jury national « RÉSIS-
organisations, distinctes des réseaux de rensei- fidélité à son engagement dans l’hypothèse
TER PAR L’ART ET LA LITTÉRATURE » nous
gnement, d’évasion ou de sabotage au service d’une libération éventuelle, et surtout lutter
invite à réfléchir aux pratiques artistiques et
des Alliés, s’étendent pour la plupart d’abord individuellement ou collectivement contre
littéraires comme moyen de lutter contre
par la propagande (tracts, puis journaux) avant la déshumanisation et l’oubli des victimes.
l’occupant et le régime collaborateur de Vichy.
de se lancer en 1943-1944 dans la lutte armée, Dans ce contexte extrême, l’art et la littéra-
Ces pratiques peuvent être le fait d’amateurs
en ville ou dans les maquis. La propagande ture constituent une ressource essentielle. La
ou de professionnels, consister en des créa-
clandestine utilise abondamment le riche richesse et la diversité des œuvres réalisées
tions nouvelles ou en la simple utilisation d’un
patrimoine culturel français (poèmes, chants) dans ces conditions de précarité absolue en
patrimoine culturel opposé à l’idéologie des
mêlant littérature et politique, diffuse dessins témoignent de façon éclatante. La brochure de la
nouveaux pouvoirs.
et caricatures. Elle développe peu à peu une session 2001-2002 du Concours consacrée à la produc-
Ce sujet se prête tout particulièrement à un tra- presse spécialisée faite par des écrivains et tion artistique dans les camps est consultable en ligne
vail interdisciplinaire entre enseignants d’his- des artistes qui affirment par leurs créations et et vous permettra de bien saisir le contexte historique
toire, de lettres, d’arts plastiques et d’éducation leurs articles théoriques leur solidarité avec les de l’internement et de la déportation.
musicale à condition de bien respecter l’esprit combattants de la Résistance. Elle se fait l’écho [Link]
du Concours. L’objectif du CNRD est fondamen- des publications de maisons d’édition clandes-
memoire-vivante/
talement d’ordre historique, tout en incluant une tines. Les productions culturelles clandestines
réflexion civique : il s’agit de faire découvrir aux sont aussi le fait de « hors la loi » pourchassés Des pistes de recherche
élèves le sens de la Résistance française dans le par l’occupant ou Vichy, et témoignant de leur et des ressources
contexte de la Seconde Guerre mondiale, ce qui condition, qu’ils soient isolés ou en groupes
Cette brochure imprimée présente aux candi-
implique de rappeler qu’elle se définit par des comme les maquisards. Pour découvrir l’histoire
pratiques totalement illégales dans la France dats et aux enseignants des articles détaillés
de la Résistance, reportez-vous à l’exposition en ligne
d’après l’armistice. Il convient aussi de situer à qui font le point sur le thème, des pistes de
« La Résistance par les événements » sur le Musée de
leur juste place les aspects culturels d’un com- la Résistance en ligne [Link]- recherche qui invitent à favoriser le travail en
bat qui fut avant tout politique et militaire. [Link]/res_ev.php interdisciplinarité, et des indications sur les res-
sources variées disponibles. À la fin de la bro-
L’usage de l’expression « art résistant » ou « lit- Dans la France libre, résister c’est com- chure, une chronologie de 2 pages permet de
térature résistante » doit donc être réservé, battre au grand jour dans l’illégalité, avec un mettre en perspective les créations artistiques
comme pour les autres formes de résistance statut de proscrit aux yeux du régime de Vichy. et littéraires avec les événements politiques
dans la période 1940-1945, à des pratiques illé- Voulant incarner une alternative à celui-ci, la et militaires.
gales et qui ont pour but clairement affirmé de France libre diffuse dans les territoires qu’elle
contrecarrer les objectifs de l’occupant ou des a ralliés et les pays du monde libre toutes les La brochure numérique, version enrichie de
collaborateurs. Cela n’empêche pas d’aborder productions culturelles incarnant le refus de la la brochure papier, et accessible sur le site
les œuvres produites légalement en France collaboration avec le nazisme : celles des créa- [Link], permet d’agran-
occupée par certains artistes ou écrivains, dans teurs français en exil, mais aussi les œuvres dir et de reproduire les documents, et surtout
un esprit anticonformiste voire contestataire. produites clandestinement en France, dont elle donne accès à des ressources sur internet,
Il convient seulement de le faire dans des tra- démultiplie l’écho. Elle utilise à plein les pos- particulièrement riches sur le thème de cette
vaux comparant ces œuvres avec les pratiques sibilités culturelles des deux médias en pleine année : dossiers documentaires et médias com-
résistantes, clandestines, des mêmes créateurs. expansion à cette époque : la radio, pour sa plémentaires mis en ligne par les institutions,
propagande en direction de la métropole, et associations de mémoire, et partenaires du
Par ailleurs, le thème peut prêter à débat sur la
le cinéma, avec des films anglo-saxons que CNRD, sites conseillés par le Comité de rédac-
nature littéraire ou artistique des œuvres étu-
tournent des cinéastes ou acteurs français. tion et relatifs à des écrivains ou des artistes.
diées. Le Comité de rédaction a privilégié pour
cette brochure une définition historique stricte, Art et littérature contribuent aussi à l’affirma- Signalons notamment la sélection d’archives
se limitant aux œuvres conçues et reçues à tion de l’identité collective des Français libres. sonores et audiovisuelles de l’INA.
l’époque même comme des productions artis-
tiques ou littéraires. Les photographies et les
films documentaires n’ont pas été retenus, parce
Quelques références bibliographiques essentielles
qu’ils sont utilisés et perçus alors comme des L’Art en guerre : France, 1938-1947, Paris, Paris- Sylvain Chimello, La Résistance en chantant,
moyens d’information, voire de propagande. Musées, 2012, sous la dir. de Laurence Bertrand 1939-1945, Paris, Autrement, 2004.
Mais il est souvent impossible de définir des Dorléac et Jacqueline Munck (catalogue
Pierre Seghers, La Résistance et ses poètes,
limites par catégories. Comment différencier, de l’exposition au Musée d’art moderne de la
France 1940-1945, Paris, Seghers, 1974.
par exemple, les journaux intimes ou les cor- Ville de Paris, octobre 2012-février 2013).
respondances ayant une ambition littéraire, des Une bibliographie détaillée est consultable sur le site de la Fondation de la Résistance
autres ? La distinction ne peut s’opérer qu’au cas ([Link]) en cliquant sur l’onglet « Actions pédagogiques », rubrique
par cas. On s’en remettra à la souplesse d’appré- « Concours de la Résistance ».
ciation des jurys du Concours.
■ À l’été 1940, la France est éclatée entre de multiples zones. culturels : tournées en France de musiciens allemands,
Les départements alsaciens et la Moselle, annexés de fait au voyages dans le Reich d’écrivains et d’artistes français de
Reich, sont soumis à une germanisation qui interdit purement renom, comme Drieu la Rochelle ou de Vlaminck.
et simplement toute manifestation culturelle en français. Les objectifs culturels de Vichy ne sont qu’en partie les
Dans le reste du pays, les contraintes les plus dures pèsent mêmes. S’il confisque lui aussi les collections privées de
sur les écrivains et artistes appartenant à des catégories pros- ses ennemis, le régime couvre la « planque » des œuvres
crites par l’occupant nazi et par le des grands musées français
régime de Vichy. Ce sont avant
tout les Juifs, interdits d’exercer Conditions de la création pour les préserver du pil-
lage allemand. En matière
(cinéma, radio, théâtre, presse,
édition, expositions), et dont les
littéraire et artistique de création, Vichy est anti-
moderniste, mais soucieux de
entreprises culturelles, les col- sous l’Occupation promouvoir un art français ;
lections et les bibliothèques sont en fait, sa politique la plus
saisies. De surcroît, ils sont menacés d’être raflés et internés cohérente consiste à multiplier les « produits culturels déri-
dans des camps et, à partir de 1942, tous visés par la dépor- vés » à la gloire de Pétain : bustes, images d’Épinal, poèmes,
tation et l’extermination. chansons (Maréchal, nous voilà !)…
Dans une moindre mesure, ce sont aussi les écrivains et
artistes engagés avant guerre dans l’antifascisme qui, en Créations légales Ce contexte général a pré-
plus des attaques de la presse collaboratrice, voient leur servé, en France, la possibi-
liberté d’action réduite drastiquement et leurs biens mena- et clandestines lité d’une vie littéraire et artis-
cés, surtout s’ils sont étrangers. Certains (Espagnols, Alle- tique, qui a même été intense au cinéma et au théâtre − mais
mands tel le peintre Max Ernst) sont d’ailleurs internés dans au prix du choix de sujets « neutres », sans allusion directe à
des camps au sud de la France depuis 1939. Cette situation l’actualité. Créer dans ces conditions pouvait être interprété,
explique l’exil en 1940-1941 par Marseille de nombreux créa- suivant les cas, comme une concession aux nouveaux pou-
teurs, comme le surréaliste André Breton, grâce à l’aide d’un voirs ou au contraire comme un effort pour maintenir une
comité de secours américain dirigé par Varian Fry. culture française soustraite à l’idéologie nazie et à l’anti-mo-
dernisme de Vichy.
Censure Le contrôle exercé sur la vie cultu- Le refus de diffuser légalement ses créations a été très mino-
relle est d’abord politique et éco- ritaire, même parmi les artistes et les écrivains qui ont fait
et propagande nomique. Il passe par la censure le choix de résister à l’occupant. Continuer leur métier a pu
dans tous les domaines, allemande en zone occupée, servir de couverture à ceux, comme Albert Camus, Robert
vichyste en zone Sud. Les nouveaux pouvoirs se ménagent Desnos ou l’acteur Robert Lynen, qui se sont engagés dans
aussi des moyens d’influence par les monopoles de la la presse clandestine ou la résistance paramilitaire (rensei-
radio et des actualités cinématographiques (distinctes en gnement, évasion, voire lutte armée). Pour certains proscrits
zone occupée et zone Sud), par la création dans chaque (juifs, antinazis) travaillant sous pseudonyme, ce fut aussi
secteur culturel de structures corporatistes (par Vichy, un moyen de gagner leur vie.
essentiellement) destinées à se substituer aux syndicats L’idée d’utiliser la littérature comme arme contre l’occupant
existants, par l’implantation en France d’entreprises cultu- naît dès les débuts de la contre-propagande clandestine : les
relles allemandes, par le contrôle de l’attribution du papier premiers résistants s’appuient sur la richesse d’une histoire
aux éditeurs, etc. nationale mêlant étroitement littérature et politique, trans-
Pour propager l’idéologie nazie, l’occupant et ses partisans mise par l’école publique, et sur des pratiques littéraires
en France se servent moins de l’art (hormis par exemple comme la parodie ou l’écriture à double sens, communes
l’exposition du sculpteur Arno Breker) que de formes aux élites cultivées et à la culture populaire. Les procédés
modernes et populaires de propagande : documentaires utilisés spontanément en 1940-1941 par ces «amateurs » sont
et expositions itinérantes antisémites ou antibolcheviques, très semblables à ceux des écrivains et des artistes qui, durant
caricatures dans la presse collaborationniste. Car les Alle- ces quatre années, voudront produire consciemment une
mands veulent aussi maintenir une vie culturelle autonome œuvre résistante. La résistance littéraire et artistique sera ainsi
à Paris comme preuve de l’acceptation de l’Occupation… propice non seulement à la réflexion sur un art engagé mais
et de la collaboration. D’où l’organisation d’échanges aussi sur le lien entre culture savante et culture populaire.
5
1 re partie | Art et littérature pour combattre dans la France occupée
Au début de la résistance :
des tracts littéraires
Entre citations…
■ Le premier tract résistant connu est rédigé à Brive
(Corrèze) le 17 juin 1940 par Edmond Michelet, un
militant catholique progressiste, qui réagit au mes-
sage radiodiffusé de Pétain annonçant le début des
négociations avec Hitler pour parvenir à un armis-
tice. Afin de contrer le prestige du « vainqueur de
7
1 re partie | Art et littérature pour combattre dans la France occupée
À l’été 1941, Decour est chargé par le PCF de la constitution en zone occupée du Comité natio-
nal des écrivains (CNE), ouvert à toutes les tendances. Il s’entend avec son ancien éditeur
Jean Paulhan pour concevoir le premier journal clandestin littéraire, susceptible d’accueillir
Archives nationales (cote 72 AJ/2447)
des contributions des écrivains eux-mêmes : Les lettres françaises. Il s’y engage pleinement
tout en continuant à enseigner. Il réunit des manuscrits de Jean Paulhan, François Mauriac,
Jacques Debû-Bridel, mais son arrestation par la police française avec Solomon et Politzer
empêche la publication du premier numéro qui sera détruit. Il est fusillé par les nazis le 30 mai
Jacques Decour, 1942 au Mont-Valérien, une semaine après ses camarades. L’écrivain Claude Morgan reprend
premier écrivain français le journal et publie le texte de Jacques Decour, « Manifeste des écrivains de zone occupée »,
résistant victime de la qui appelle les écrivains de toute tendance politique à lutter avec leur plume contre l’occupant.
répression en mai 1942.
EC
et / IM
de février 1942. Cette « revue mensuelle
Leur objectif est d’affirmer l’existence de la poésie et des lettres françaises »
Fouch
d’une littérature française soustraite à l’in- est publiée par Max-Pol Fouchet
à Alger.
M.-P.
fluence de l’occupant comme de la Révolution natio-
nale prônée par le régime de Vichy. Leurs éditeurs,
Fonds
9
Focus
L’imprimeur parisien Ernest
Aulard et son contremaître
Pierre Doré ont tiré clan-
destinement les volumes
des Éditions de Minuit sur
leurs presses pendant les
jours de repos des ouvriers.
C’est au cours de l’hiver
1944 que Robert Doisneau
photographie l’activité des
■ La plus importante entreprise d’édi- leurs principaux soutiens comme le Pierre Audiat fait part de son admi-
tion clandestine naît en 1942 à l’ini- libraire parisien José Corti. ration(1). « Le lecteur des Éditions de
tiative de deux hommes, désireux de Vercors, Paul Éluard et Jean Paulhan, Minuit avait d’abord l’impression que
prendre la relève des premières initia- assurent la direction éditoriale, cette résistance cadencée, imagée, ne
tives des intellectuels communistes, à contactent les auteurs dans leurs devait pas faire beaucoup de mal à
un moment où une répression terrible cercles de connaissances. Ces auteurs l’occupant et que, si les auteurs […]
s’abat sur ceux-ci. prennent souvent pour nom de plume étaient un jour découverts par la Ges-
Le romancier Pierre de Lescure connaît un nom d’une région de France. Les tapo, ils ne seraient pas exposés à de
des écrivains et son ami le dessina- textes, courts, sont majoritairement cruelles représailles. Mais, en allant au
teur Jean Bruller des imprimeurs. Ils des romans, des contes ou des fond, il découvrait la virulence secrète
décident de créer une maison d’édi- poèmes mais aussi des essais philo- de ces récits, de ces complaintes, de
tion clandestine baptisée les Éditions sophiques et politiques. Le sujet princi- ces dialogues ; il entendait le cri sourd
de Minuit pour que continue de vivre pal traité par ces écrivains humanistes de la rébellion, le mot qui transforme
la littérature française. Le premier n’est pas la Résistance en tant que le désespoir en révolte, l’appel qui fait
ouvrage est celui de Jean Bruller, Le telle, mais le récit de vies, de gestes et surgir du sol les légions. »
silence de la mer, en hommage au d’attitudes qui témoignent de compor- En fait, l’impact des Éditions de
poète Saint-Pol-Roux mort après la tements de refus et de dignité. Minuit dépasse de très loin leur dif-
débâcle de 1940. fusion clandestine. En France même,
Lire, acheter la presse résistante démultiplie leur
Publier malgré les risques et diffuser les ouvrages écho : elle signale leurs publications
et en reproduit des extraits. Surtout,
Le silence de la mer est imprimé Ces livres sont vendus clandesti- certains des ouvrages édités, en par-
clandestinement en février 1942 à nement à des lecteurs qui ont des ticulier Le silence de la mer et les
300 exemplaires par les imprimeurs contacts avec ceux qui s’opposent textes de L’honneur des poètes, vont
Ernest Aulard et Claude Oudeville. à l’ennemi. La vente des livres per- incarner aux yeux du monde libre
Yvonne Paraf-Desvignes plie et coud met l’autonomie financière de la la persistance de la vitalité littéraire
les cahiers du livre, son ami Jean maison d’édition. Les bénéfices de la France, grâce aux rééditions
Bruller les colle sur la table de sa cui- (300 000 francs en deux ans et demi !) effectuées par la France libre ou des
sine. Avec quelques sympathisants, sont distribués par le Comité national sympathisants de la cause alliée.
Pierre de Lescure finance lui-même des écrivains (CNE) aux familles des
cette première édition. imprimeurs et ouvriers typographes (1) Paris pendant la guerre,
Suivront 24 autres ouvrages clan- tombés sous les coups de la répression. Paris, Hachette, 1946.
destins tirés entre 500 et 1 000 exem-
plaires chacun, qu’il s’agit de dis-
@voir le catalogue des Éditions de Minuit sur le site de la Fondation de
tribuer le plus vite possible pour
la Résistance.
écouler les stocks cachés parfois chez
Paul Éluard ou Claude Morgan. Piste de recherche : Mettre en relation certains ouvrages avec l’itinéraire
Yvonne Paraf-Desvignes court la résistant de leur auteur, retracer le parcours d’un livre clandestin de sa
conception à sa réception, s’intéresser aux imprimeurs et aux libraires
France pour récupérer les manuscrits,
qui prirent partout des risques considérables pour diffuser la presse et
transporte les plombs sur son vélo l’édition littéraires de la Résistance.
dans Paris et assure les liaisons entre
hiffrin
émouvant, le plus
Les lectures
ction A. Sc
profondément
humain que nous
d’un livre clandestin :
IMEC / colle
ayons eu l’occa-
sion de lire ». Le silence de la mer de Vercors
Cette longue nouvelle, la première qu’ait va faire du roman une victime indirecte des
jamais écrite Jean Bruller alias Vercors, a pour tensions grandissantes entre ceux-ci et les Le silence de la mer
sujet le « pacte du silence », pour reprendre résistants partisans de la lutte armée immé- (à gauche) est
l’expression de Jacques Debû-Bridel. Elle diate. Ces résistants, en particulier les com- imprimé clandesti-
décrit la résistance passive de la France sous munistes, se plaignent en 1943-1944 qu’on nement en France
une forme allégorique : devant l’officier alle- prive leurs maquis et leurs groupes francs en 300 exemplaires.
mand qu’elle est contrainte d’héberger, une d’armes pour les réserver à la période de Il est ensuite édité à
famille garde un silence absolu. la Libération. Du coup, la promotion de ce Londres par la France
roman, exaltant une résistance purement libre, et à New-York
par Jacques Schiffrin
L’un des envoyés de la France libre,Yvon Morandat, civile et passive, leur semble pleine d’ar-
sous le titre Les
rapporte à Londres un exemplaire du Silence rière-pensées et ils n’hésitent pas à attaquer
silences de la mer
de la mer à l’automne 1942. Immédiatement, le texte. (à droite). Il connaît
le journal gaulliste La Marseillaise reprend le Après la Libération, le roman, réédité au alors une diffusion
texte en feuilleton. La revue du monde libre, grand jour aux Éditions de Minuit, retrouve mondiale.
parachutée au-dessus de la France, en repro- son statut d’œuvre pionnière et mythique de
duit des extraits. Le roman connaît alors une la résistance littéraire française.
les déportations des enfants juifs. C’est au 15 rue Pierre-Nicole à Paris, chez elle,
que se tiennent les réunions parfois très nombreuses du CNE, mais aussi celles
de membres du Conseil national de la Résistance. Sa propre production d’écri-
vain-résistant est d’une remarquable diversité : elle publie aux Éditions de Minuit
des contes sous le nom d’Auxois et contribue au recueil L’honneur des poètes ;
elle tient aussi son journal intime, tout en rédigeant parallèlement un faux journal
d’un bourgeois pétainiste ! Au-delà de son engagement d’écrivain, elle décide, au
printemps 1944, d’entrer dans l’action armée et part vivre plusieurs mois dans les
maquis FTP de la zone Sud. Elle publiera après guerre ses mémoires.
Cheville ouvrière du Comité national
des écrivains, Édith Thomas publie
aux Éditions de Minuit Les contes @voir sur le site de la Fondation de la Résistance, des documents sélection-
d’Auxois et contribue au recueil nés avec le concours du service éducatif des Archives nationales qui mettent
L’honneur des poètes.
en valeur l’itinéraire et l’atelier de l’auteure-résistante Édith Thomas.
11
1 re partie | Art et littérature pour combattre dans la France occupée
L’honneur des poètes, édition clandestine (à gauche) et édition tirée à Alger à 10 000 exemplaires en
Collection particulière
avril 1944 par l’Office français d’édition (à droite). Le recueil L’honneur des poètes connaît un succès
ulière
immédiat. En métropole, il est cité abondamment par la presse clandestine, réédité sous la forme d’un
tract-dépliant de 8 pages. Dans le monde libre, la France combattante le réédite en totalité ou en partie
Collection partic
à Alger, Rio, New-Delhi…, lui assurant une diffusion sans précédent pour un recueil collectif de poésie
contemporaine. Il conquiert un large public au Royaume-Uni, aux États-Unis ou au Mexique. Certains
poèmes sont lus au micro de la BBC.
@voir les archives sonores et audiovisuelles sélectionnées par Manuscrit original du poème « Liberté » de Paul Éluard
l’INA sur les poètes de la Résistance [Link]/jalons/ pour la publication du recueil Poésie et vérité 1942
aux éditions de La Main à Plume, 1942 .
r-Marne
peintre pouvait alors réagir à résistance « Front national de lutte
igny-su
l’événement, comme l’a fait pour l’indépendance de la France »,
Picasso avec Guernica en animé par le peintre André Fougeron
Champ
1937, pour être compris du rédige leur journal clandestin L’art
plus grand nombre. français. Au printemps 1944, le comité
onale à
Pendant l’Occupation, peu édite clandestinement l’album Vaincre
d’artistes ont réagi ouver- rassemblant douze planches lithogra-
nce nati
tement à la nouvelle phiques non signées de huit peintres :
situation de la France, ce André Fougeron, Édouard Goerg,
Résista
qui les aurait empêchés Édouard Pignon, Boris Taslitsky, Jean
de travailler et d’expo- Aujame, Louis Berthome Saint-André,
ser. Pourtant, malgré la censure de la
Pierre Ladureau, Pierre-Paul Montagnac.
Musée
et les lois d’exclusion des Juifs, des artistes Leurs œuvres dénoncent explicitement
peintres de ce courant de « l’art pour tous » ou d’autres les oppresseurs (l’occupant nazi, Pétain,
tendances modernistes détestées par les pouvoirs en place Laval), leurs crimes (tortures, assassinats
ont continué de créer. Par exemple, Picasso, attaqué par les et déportations) et appellent au combat (allégorie
nazis et officiellement censuré, continue de peindre à Paris. de saint Georges terrassant le dragon nazi).
Ses œuvres sont exposées dans des galeries parisiennes et L’album est réalisé par Marcel Mannequin, impri-
sont même vendues en salle des ventes et dans des circuits meur-lithographe, dans le quartier de Pigalle à
privés. C’est aussi le cas de Kandinsky, jugé comme un artiste Paris. Il est tiré à 300 exemplaires et vendu sous
dégénéré par les nazis, dont les toiles sont négociées dans les le manteau à un public choisi et aisé au profit
arrière-salles des galeries. Des marchands et des galeristes, des FTP (Francs-tireurs et partisans), les groupes
comme la galerie Jeanne Bucher ou la petite galerie L’Esquisse armés du mouvement auquel adhèrent ces
à Paris, ont une attitude courageuse en continuant de vendre et artistes.
d’exposer − sans envoyer d’invitations officielles − des artistes
« difficiles » (de Staël, Fautrier, Dubuffet, Lurçat…), qui privilé-
gient l’abstraction dans une conjoncture où la modernité n’est Piste de recherche
pas la bienvenue. Ces comportements ne sont pas assimilables Comparer les planches de Vaincre et les textes
à la résistance, puisqu’ils ont continué avec l’accord tacite de de Fougeron dans L’art français (disponible sur
l’occupant et des autorités vichystes. Celles-ci privilégiaient le le site Gallica), qui indiquent ses sources d’ins-
piration pour un art résistant, en particulier
contrôle du contenu politique des œuvres plutôt que d’imposer Daumier et sa lithographie : Rue Transnonain,
une norme culturelle. Mais créateurs et galeristes s’y livraient le 15 avril 1834.
sans savoir si cette tolérance allait durer.
Musée départemental d’histoire de la Résistance
Pour satisfaire aux demandes allemandes de métaux non ferreux, Vichy sacrifie
une grande partie de la statuaire publique (loi d’octobre 1941). Les protestations
sont nombreuses en province, y compris chez des soutiens du régime. Des maires
démissionnent, d’autres cachent des statues. Des groupes résistants font de même ;
à Salers ils expliquent leur geste en inscrivant sur le socle : « Je ne veux pas aller
en Allemagne ». L’enlèvement de statues républicaines, salué par certains journaux
légaux, est fustigé par la presse clandestine. À Bourg-en-Bresse, des résistants
installent le 11 novembre 1943 un buste de Marianne sur un piédestal vide. Cette
action d’éclat de la Résistance a fait l’objet d’un photomontage édité sous la forme
d’une carte postale vendue au profit des maquis de l’Ain (photographie ci-contre).
13
Focus
Représenter la République
Les allégories de la France sont des thèmes qui ont inspiré les artistes, notam-
ment sous la IIIe République. Des représentations de Marianne « souffrante »
voient le jour pendant la Grande Guerre. Dans cette veine, juste avant la
Libération, de nombreux artistes réalisent des affiches où la République
est tantôt représentée martyrisée, sortant du tombeau, ou victorieuse :
par exemple Paul Colin (affiche « La Marianne aux stigmates » pour le dé-
but de l’insurrection parisienne, 17 août 1944), Philippe Grach, alias Phili
(affiche « Libération », août 1944), Henri Biais (affiche « Liberté » émanant
du GPRF et exécutée dans les derniers jours de l’occupation allemande
à Paris en 1944).
on
Libérati
réaliser les tracts et les journaux clandestins, les résistants
privilégient le texte aux dessins pour informer la popu-
re de la
lation. Toutefois des exceptions existent. On retrouve par
exemple des dessins qui dénoncent l’instauration du STO,
de l’Ord
tandis que d’autres évoquent le pillage des matières pre-
F/60/1691)
mières et du ravitaillement par les troupes d’occupation
Musée
allemandes au
détriment des Dessins et caricatures :
s (cote
populations
civiles. Certai- une arme de guerre…
Archives nationale
nes caricatures
dues aux talents
psychologique Papillon parachuté par
les Alliés représentant Hitler
de résistants sous les traits d’une
sont reproduites en petits formats sous forme de papillons guillotine, [s d] (10,5 x 4,5 cm).
à coller discrètement sur les murs ou bien sous forme de .
tracts. Certains sont d’ailleurs reproduits dans la presse Caricature naïve d’un soldat de la Wehrmacht dessiné
alliée aéroportée (papillons, tracts, journaux), larguée sous la forme d’un cochon. Réalisé par la Résistance intérieure,
au-dessus de la France dès l’automne 1940, dans le cadre ce papillon [hiver 1940] se réfère à l’échec du projet allemand de
de la guerre psychologique. Mussolini comme Hitler ou débarquement en Angleterre en 1940 (19,5 x 15,5 cm).
Laval y sont régulièrement caricaturés : Hitler au visage de (1909-1974), est arrêté par les Allemands. Incarcéré à la
guillotine, papier plié transformant 4 cochons en visage prison de Montluc à Lyon, il est déporté fin janvier 1944
d’Hitler, croix gammée formée par le nom de Laval. à Buchenwald, Mauthausen, Gusen I puis II, d'où il est
libéré, le 5 mai 1945, par les Américains. Son dessin pré-
L’humour est souvent utilisé par les Alliés. Ainsi, L’ Amé- sentait un personnage brun à petite moustache avec une
rique en guerre, hebdomadaire aéroporté, crée deux mèche tombant sur le front qui, à la fin d’un repas en
personnages dessinés récurrents sur plusieurs numé- ville, la main bloquée dans un récipient dit à son entou-
ros, appelés Dorittor und Friedbolin, puis Doryphore et rage : « J’ai mis la main dans le sucrier, je ne peux plus
Fridolin. Ce sont deux soldats allemands naïfs, toujours la sortir ». Les Allemands croient reconnaître une carica-
mis dans des situations grotesques de scènes de la vie ture d’Hitler dans ce personnage, ceci à une époque où
quotidienne sur le front de l’Est. l’armée allemande est embourbée sur plusieurs fronts.
La guerre mondiale
chez les animaux
Né en 1892, Calvo illustre avant l’Occupation de nom-
breux romans et illustrés. Durant la guerre, sans se
compromettre, il continue ses activités de dessinateur et
travaille clandestinement à la réalisation d’un ouvrage
transposant dans un univers animalier les enjeux et le
déroulement de la guerre.
L’univers foisonnant de Calvo mêle des sources d’ins-
piration d’une richesse inouïe. Tout en puisant dans
l’œuvre de La Fontaine, de Rabier ou encore de Doré,
Calvo réinterprète des chefs-d’œuvre rentrés dans l’ima-
ginaire collectif comme ici Les fusillades du 3 mai de
Goya (1814). Pour conter cette histoire du conflit favo-
rable à la Résistance et aux Alliés, comme de nombreux
© éditions Gallimard
La bête est morte ! Quand la bête est déchaînée (premier fascicule) d’Edmond-François Calvo pour le dessin et de Victor Dancette
et Jacques Zimmermann pour le texte. Paris, éditions GP, « tiré pendant le troisième mois de la libération » [été/automne 1944]
15
1 re partie | Art et littérature pour combattre dans la France occupée
Résister en musique
■ Derrière la reprise d’une vie musicale intense, à laquelle tiennent l’occupant
et Vichy, s’affirment les options de ces nouveaux pouvoirs : disparaissent des
scènes et des répertoires les noms et les œuvres d’artistes français et étrangers,
anciens et contemporains, considérés comme juifs tels Felix Mendelssohn, Paul
Dukas, et Paul Hindemith, ou opposants au nouvel ordre tels Arnold Schönberg
ou Béla Bartók. Mais c’est la venue du Philhar-
monique de Berlin en zone « non occupée », Résistance
y-sur-Marne
en mai 1942 à Lyon, qui suscite la seule ma- et musique classique
nifestation de rue de l’Occupation dans le
nationale à Champign
domaine artistique. Quelques jours après, le refus de la collaboration trouve
un prolongement saisissant dans la même salle : Paul Paray dirige une repré-
sentation entièrement dédiée à la musique française. Il reçoit l’ovation d’un
public debout entonnant La Marseillaise. La résistance musicale proprement
dite s’exprime d’abord par un journal clandestin, Musiciens d’aujourd’hui, or-
nce
gane d’un petit groupe de créateurs et d’interprètes qu’animent Elsa Barraine,
Musée de la Résista
Roger Désormière et Louis Durey. Des œuvres d’hommage à la Résistance sont
aussi composées clandestinement, parfois même jouées en privé (Avis, d’Elsa
Barraine). Francis Poulenc reprend le procédé de la « poésie de contrebande »
d’Aragon : son ballet Les animaux modèles, créé à Paris en 1942, contient une
citation musicale de Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine. Mais il compose
Journal clandestin
aussi secrètement Figure humaine, une cantate pour double chœur mixte sur
Musiciens d’aujourd’hui,
sept poèmes d’Éluard, dont « Liberté ». L’œuvre est éditée clandestinement par n° 3, avril 1942.
Paul Rouart qui la fait parvenir à Londres.
Charlotte Salomon,
l’expressionnisme intime
■ De 1940 à 1942, Charlotte Salomon, juive allemande réfu-
giée à Villefranche-sur-Mer dans le sud de la France, crée dans
la solitude de l’exil une œuvre qu’elle intitule Leben ? oder Joseph Steib, Et le rêve se réalisa,
Theater ? (Vie ? ou Théâtre ?). Avant d’être arrêtée et assas- huile sur carton, [1942-1943]
sinée à Auschwitz en 1943, elle la confie à un ami proche. (34 x 47,5 cm). Le peintre fabriquait lui même les cadres
Cette œuvre, composée de centaines de gouaches, voit de ses tableaux.
s’entremêler peintures, dessins, textes et musiques. Elle
est conçue comme une pièce de théâtre avec un prologue, Joseph Steib ,
une partie principale et un épilogue dont le récit commence la peinture au risque de la mort
avant sa naissance. Charlotte Salomon y raconte la vie à Ber-
lin, la montée du nazisme, ses amours ; l’internement dans ■ Artiste amateur, Joseph Steib crée pendant
le camp de Gurs, l’exil dans le Midi, la répression. Ce n’est l’Occupation le « Salon des rêves », un cycle pictu-
pas à proprement parler un journal, ral comprenant 57 tableaux dans la veine populaire
comme Le journal d’Anne Frank, des ex-voto (34 tableaux ont été retrouvés à ce jour
ou bien encore le Journal d’Hélène grâce à l’obstination de collectionneurs). Durant
Berr, ou celui d’Etty Hillesum. Se quatre ans, il peint inlassablement dans la cuisine
sachant en danger, elle raconte de sa maison de la banlieue de Mulhouse, dans la
dans un style quasi expression- zone annexée au Reich où le simple fait de parler
Joods historish museum
niste les épisodes de son enfance français est passible de mort. Découvertes, ses pro-
jusqu’en 1940 pour saisir le monde ductions auraient été considérées comme celles d’un
d’où elle vient. Cette création artis- « traître » à l’Allemagne. Hitler, figure de l’Antéchrist,
tique mi-picturale, mi-littéraire est et ses barons sont caricaturés en vermine et en porc,
un geste de survie et de construc- ou bien ils sont abattus. Les tableaux de Steib repré-
tion identitaire dans un contexte sentent ce qu’il souhaite ardemment : la libération de
de persécution. D’autres peintres l’Alsace et de la France, le retour de la République,
obligés de se cacher, comme Charlotte Salomon, la mort d’Hitler. En ce sens, ils ont pour l’auteur un
Felix Nussbaum, ont témoigné de Autoportrait, 1940. caractère magique, presque prophétique.
l’oppression.
■ Rares sont les œuvres picturales qui rendent compte des actes de résis-
Collection privée en dépôt au Domaine départemental de la Vallée-
tance ou de la répression. La série Otages de Jean Fautrier est à ce titre
exceptionnelle. Peintre et sculpteur reconnu avant guerre, Jean Fautrier
quitte en 1943 son atelier à Paris pour se réfugier dans la clinique de la
Vallée-aux-Loups à Châtenay-Malabry (actuel département des Hauts-de-
Seine). Le docteur Le Savoureux, intime de Jean Paulhan et de nombreux cri-
tiques d’art, favorise dans l’ancienne
maison de l’écrivain Chateaubriand Otages de Jean Fautrier,
aux-Loups - Maison de Chateaubriand
17
1 re partie | Art et littérature pour combattre dans la France occupée
tages et atterrissages des Basses-Alpes. En d’Hypnos (1946), réunis plus tard dans Fureur
entrant au maquis à Céreste dans le Lubéron et Mystère en 1948.
en 1943, il devient capitaine Alexandre. Son Dans son poste de commandement du vil-
activité littéraire se résume alors à la tenue lage de Céreste, René Char s’est entouré de
d’un journal poétique qu’il cache lors de son reproduction d’œuvres qu’il regarde quand il
départ à Alger en juillet 1944. Il le brûle à son écrit son carnet : Le prisonnier de Georges de
retour après l’avoir transformé en poèmes, La Tour et un poème d’Étienne Jodelle (1532-
qui seront publiés après guerre dans deux 1573), « L’amour obscur », recopié de sa main.
Georges de La Tour, Job raillé par sa femme, huile sur toile, XVIIe siècle, (autrefois intitulé Le prisonnier), qui inspire le poète (145 x 97 cm).
Défendre les valeurs humanistes Londres, juillet 1940. Des passants lisent l’affiche
l’« appel aux armes » incitant les Français à
de la culture française rejoindre le général de Gaulle.
■ À la suite de l’ appel du 18 juin, le général de Gaulle est En avril 1943, un service des œuvres est créé par le com-
reconnu le 28 juin 1940 comme le chef de tous les Français missariat aux Affaires étrangères afin de reprendre à Vichy
libres par le gouvernement britannique. Quelques milliers de toutes les institutions françaises à l’étranger. Des conseil-
volontaires civils et militaires qui consti- lers culturels sont chargés de défendre la culture française
tuent les Forces françaises libres le dans le monde : l’anthropologue Paul Rivet,
rejoignent dans son refus de la défaite. qui avait été un des animateurs jusqu’en
Il peut également s’appuyer sur les ter- 1941 du réseau de résistance du musée
ritoires coloniaux qui se rallient à son de l’Homme, est nommé en mars 1943 en
mouvement. Amérique centrale et latine, l’archéologue
Henri Seyrig en septembre 1943 aux États-
La politique culturelle Unis, l’orientaliste Pierre Jouguet en 1944
de la France libre… au Moyen-Orient.
19
2 e partie | Art et littérature, armes de la France libre
@voir une sélection d’archives sur le site pédagogique de la Fondation Charles de Gaulle [Link]
et sur les sites de la Fondation de la France libre [Link] et du musée de l’Ordre de la Libération
[Link]
21
2 e partie | Art et littérature, armes de la France libre
Du music-hall à l’espionnage
Joséphine Baker débute sa carrière d’artiste
Une »
de la BBC qui est largué par les avions alliés
Mémorial Charles de Gaulle
« Histoire@La
22 janvier 1941, un Français écrit à la BBC
et en commente les émissions.
Association
« Le ridicule tue, faites-le plus varié, plus
mordant, que l’esprit de Molière soit présent
à leur formation, que vos attaques respirent
une verve chaque fois plus mordante. Que
Créer pour mobiliser ces attaques ne soient jamais empreintes de
trivialité. […] Continuez dans cette voie, c’est
Chansons détournées, émissions humoristiques, chants militaires la bonne ».
visent à frapper et à mobiliser les esprits.
in Aurélie Luneau, Je vous écris de France, Lettres
inédites à la BBC, 1940-1944, L’Iconoclaste, 2014.
Les spectacles sonores des émissions françaises de la BBC
■ De 1940 à 1944, les programmes français diffusés par L’émission « Les trois amis » diffusée pendant deux ans,
la radio britannique connaissent un succès considérable, à partir d’août 1940 illustre l’esprit insufflé à sa jeune
malgré les dangers encourus par les auditeurs. Les jeunes équipe par le metteur en scène Michel Saint-Denis, sous
chroniqueurs de la BBC insufflent un ton nouveau à l’an- le pseudonyme de Jacques Duchesne. Ce dernier se
tenne : à travers des mises en scènes, des chansons, des glisse chaque semaine avec Pierre Bourdan, le dessina-
discours, ces « voix de la liberté » parviennent à divertir teur Jean Oberlé (inventeur du fameux air « Radio-Paris
la population mais aussi à l’informer et à la mobiliser ment, Radio-Paris est allemand ») dans la peau de trois
contre la propagande de l’occupant et du gouvernement amis : Jean, le pessimiste à convaincre ; Pierre, le plus
de Vichy. confiant dans la victoire des Alliés, et Jacques le média-
teur. Ils se retrouvent dans des lieux familiers (restau-
Parmi les cinq membres du service de la BBC recrutés rant, parc londonien, salle d’attente) afin de discuter à
dès juillet 1940 pour prendre en charge le programme bâtons rompus de l’actualité.
du soir en français, aucun n’est un professionnel de la
radio. Ils vont cependant réussir à imposer de véritables Le succès de l’émission tient à la fois à son souci de vérité
« spectacles sonores ». Leurs émissions vont devenir des et à son ton humoristique. En novembre 1942, après
armes de lutte redoutables contre la propagande officielle l’occupation de la zone Sud, elle est supprimée car son ton
de l’occupant et de l’État français. léger n’est plus en phase avec le durcissement de l’Occu-
pation. Ses chansons et ses slogans resteront néanmoins
L’équipe française de la BBC est progressivement renfor- dans la mémoire des Français bien après la fin du conflit.
cée par des artistes dont les interventions sont régulières
(à l’exemple du chansonnier Pierre Dac) ou des écrivains @voir des extraits sonores des « trois amis » sélection-
qui lui envoient des contributions occasionnelles (comme nés par l’INA, et des documents inédits concernant
Georges Bernanos). Leur style est copié par les radios les chants des FFL sur le site de la Fondation de la
de Vichy ou de l’occupant qui en mesurent l’efficacité. France libre.
23
Focus
Joseph Kessel, auteur d’hymnes
à la Résistance
Depuis leurs lieux d’exil, des écrivains et des compositeurs rendent
hommage aux combattants de l’ombre restés en métropole.
lière
Les Maudru (éditions Julliard-Séquana) qui, déjà, évoque
n particu
les prémices de la Résistance et s’engage dans le réseau
de résistance Carte dirigé par André Girard.
Collectio
Fin décembre 1942, refusant pour des raisons idéologiques Extrait du dossier d’engagement de Joseph Kessel dans les Forces
d’utiliser l’un des visas délivrés par le régime de Vichy, aériennes françaises libres (FAFL), Londres, 10 février 1943.
dans lequel il compte encore quelques amis, et menacé par
l’arrivée des troupes allemandes en zone « libre », il décide, gination ». Bien entendu – et c’est en cela qu’il s’agit d’un
avec sa compagne l’artiste Germaine Sablon et son neveu roman – les noms et les lieux ont été changés, puisque les
Maurice Druon, de franchir la frontière espagnole pour « modèles » comme Jean Cavaillès sont encore pour la plu-
rejoindre la France libre à Londres. Quinze jours plus tard, part en exercice au moment de la publication, mais Kessel
ils arrivent au Portugal puis, en avion, parviennent à gagner affirme que tout ce qui est présenté dans l’ouvrage « a été
l’Angleterre. vécu par des gens de France ».
Kessel rencontre le général de Gaulle, qui lui demande de Honneur, amour de la Patrie, trahisons suivies inéluctable-
mettre son talent d’écrivain au service de la Résistance. ment d’une condamnation et d’une exécution…tels sont les
En mars 1943, Kessel s’engage à Londres dans les Forces thèmes majeurs du roman, véritable hommage à celles et
aériennes françaises libres. Dès cette période, il recueille ceux qui ont donné leur vie pour la France. Les protagonistes
auprès de chefs de la Résistance (le colonel Rémy, Henri évoluent aussi bien dans la capitale occupée qu’en « zone
Frenay, Jean Moulin…) de passage à Londres, des témoi- libre » (Nice, Lyon), ainsi qu’à Londres. Kessel montre ainsi
gnages destinés à son roman de la Résistance qu’il intitule les contacts entre la Résistance intérieure et la France libre.
L’armée des ombres, publié aux éditions Pantheon Books
(New York) en 1944. Le roman mêle donc les éléments « véridiques » (selon Kessel)
glanés à Londres par l’écrivain, aux situations qu’il a lui-
Dans la préface, le romancier indique que son récit ne même vécues en France avant son départ pour Londres,
comporte « pas de fiction », qu’il s’agissait pour lui de procédé de création romanesque récurrent dans l’œuvre
« raconter la Résistance […] sans même faire appel à l’ima- de Joseph Kessel.
25
3 e partie | Art et littérature pour continuer le combat et survivre dans les prisons et les camps
aux Éditions de Minuit, dédiés à ses camarades de mentionne le 11 décembre 1940, dans le journal qu’il tient
prison : en prison, la nécessité de recourir à la poésie pour faire
« Pour mériter l’accueil d’aussi profonds mystères face à la solitude : « Gelé sur ma paillasse, je me relève et
je me suis dépouillé de toute ma lumière : arpente la cellule. Il y a 7 pas d’un bout à l’autre, 7 pas
la lumière aussitôt se cueille dans vos voix » (1). pour revenir. Douze fois ce trajet doivent faire à peu près
une minute. Combien de pas faut-il pour faire une heure ?
Le patrimoine culturel Il y a un remède, qui est de se réciter des vers. Et ceux du
comme ultime recours “Voyage“ de Baudelaire me viennent naturellement aux
lèvres : “Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre/
■ Comme à toutes les époques, l’art et la littérature sont Mon cœur, que tu connais, est rempli [de] rayons ! “. (3)
pour les prisonniers un moyen symbolique d’évasion col-
lective et individuelle. Marie-José Chombart de Lauwe, (1) Extraits du sonnet VI de 33 sonnets composés au secret, Paris,
engagée à 17 ans dans un réseau de renseignements, Éditions de Minuit, 1944.
raconte comment elle a eu recours à la poésie dans une (2) Résister toujours, Paris, Flammarion, 2015.
situation d’extrême violence rue des Saussaies (siège de (3) Souvenirs et solitude, Paris, Julliard, 1945.
la Gestapo à Paris). « L’interrogatoire cesse vers midi.
Je suis reconduite dans ma cellule individuelle. Sur le @voir l’exposition consacrée à la centrale d’Eysses sur le site
mur, je grave alors un poème appris dans mon enfance, du Musée de la Résistance en ligne. Cette centrale à Villeneuve-
La mort du loup, de Vigny : Gémir, pleurer, prier est éga- sur-Lot est choisie par l’État français pour regrouper la majori-
lement lâche/Fais énergiquement ta longue et lourde té des détenus politiques à partir d’octobre 1943. Lieu d’une
tâche/Dans la voie où le sort a voulu t’appeler/Puis, importante création artistique : portraits dessinés et photogra-
après, comme moi, souffre et meurt sans parler.» (2) phiés, souci esthétique dans la mise en page de la presse clan-
destine… [Link]
L’ancien ministre de la IIIe République Jean Zay
Compiègne, Romainville puis Drancy à par- cer la réalité des camps. Beaucoup sont produites dans
tir de juillet 1943). Elles réclament à partir l’internement, d’autres sont réalisées par la suite, avec
fants du Ve
de l’automne 1941, des otages à fusiller d’autres moyens et d’après les souvenirs conservés.
orial des en
BBC et d’autres stations étrangères. Cette canne lui a été offerte par l’un de ces internés.
M
Chacune des 4 faces de cette canne est gravée : «Caserne des Tourelles 26 mai 1941»/«Pithiviers 24 juin 1941»/« Liberté ?»/
ée
CERCIl-Mus
« Camp de concentration ». Ces inscriptions sont autant d’étapes dans la vie de cet interné resté anonyme mais montrent
également son espoir dans une libération prochaine (« Liberté ? »). Ces bâtons de marche, héritage de l’art populaire, sont tradi-
tionnellement réalisés pendant les périodes d’inactivité par des soldats, des marins, des bergers et des prisonniers.
■ Le camp de Compiègne-Royallieu est d’abord utilisé ■ Les premiers internés juifs arrivent à Drancy en
par les Allemands comme camp de prisonniers de guerre août 1941, alors que les Juifs arrêtés lors de la précé-
pour les soldats français avant leur transfert outre Rhin. dente rafle à Paris avaient été transférés dans les camps
Il devient un camp d’internement pour diverses catégo- de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande dans le Loiret. La
ries de détenus. vie matérielle à l’intérieur du camp s’organise peu à peu
De l’été 1941 à novembre 1943, car les internés sont en détention pour plusieurs mois.
Au camp le camp A accueille des inter- Comme dans l’ensemble des camps d’internement, des
de Compiègne nés politiques, pour l’essen- détenus écrivent ou dessinent, pour eux-mêmes ou pour
tiel communistes. Georges les autres (de très nombreuses lettres sont échangées
Cogniot, agrégé de lettres et rédacteur de L’Humanité avec les familles). La situation change radicalement avec
avant guerre, met en place un programme d’actions la mise en œuvre du programme de déportation des Juifs
culturelles pour maintenir le moral et lutter contre le de France dans le cadre de
désœuvrement. Des conférences sont organisées sur la « Solution finale ». Drancy
« L’art en général », sur «Alphonse Allais,Tristan Bernard devient le camp de transit
Au camp de Drancy
et Courteline » ou sur « Le silence au théâtre ». vers les camps d’extermina-
tion pour les Juifs arrêtés et internés dans les deux zones
Dans d’autres secteurs sont internés des détenus étran- et passe sous contrôle allemand à l’été 1943. Les convois
gers, souvent juifs. Des artistes talentueux produisent des se succèdent à un rythme rapide. Les rares productions
œuvres peintes ou dessinées sur leur vie au camp, qu’ils artistiques sont dorénavant marquées par l’urgence de
peuvent conserver ou offrir. Le peintre russe Jacques s’exprimer une dernière fois avant le saut dans l’inconnu,
Gotko arrive à Compiègne-Royallieu en 1941 et réalise forcément angoissant même si beaucoup refusent d’envi-
des gravures sur bois, des dessins et des aquarelles. La sager le pire. Des dessins parviennent cependant à sortir
transformation en 1942 de Compiègne-Royallieu en camp clandestinement du camp comme ceux de Georges Koi-
de transit pour les déportations rend le séjour des inter- ransky, dit Georges Horan, interné au camp de Drancy en
nés plus court et leurs conditions de vie plus précaires. 1942. Pendant son internement, il réalise des dessins sortis
Les productions artistiques et littéraires sont moins nom- clandestinement du camp avec l’aide de sa femme. Recon-
breuses, sans disparaître totalement. nue comme « aryenne » par les autorités du camp après
avoir remis un certificat de baptême, cette dernière obtient
la libération de son mari comme « conjoint d’aryenne » en
Robert Desnos, mars 1943. Dès sa sortie, Georges Horan rédige le récit
Sol de Compiègne (extrait) de son internement afin de compléter ce qu’il a dessiné.
Et craie et silex et silex et craie
Sol de Compiègne ! Départ
Sol fait pour la marche
Et la longue station des arbres, « Départ Poème anonyme écrit
Sol de Compiègne ! sous la forme d’un
Pareil à tous les sols du monde, Je m’en vais vers l’inconnu
En suivant mon destin graffiti au camp de
Sol de Compiègne ! Drancy.
Et en laissant tristement ici
Un jour nous secouerons notre poussière Mon bonheur et mes chagrins L’auteur de ces lignes
Sur ta poussière a très vraisemblable-
Et nous partirons en chantant. La vie fut belle en ce pays
Ou je n’ai plus le droit de rester ment été déporté le
Ce poème est publié à la Libération, le 1er décembre [...] chose trop jolie 2 septembre 1942 par
1944, dans L’éternelle revue, sous le pseudonyme de Doit une fois cesser le convoi n° 27 vers
Valentin Guillois. Adieu, oh pays de ma jeunesse Auschwitz-Birkenau.
Poète surréaliste, membre du réseau de résistance Agir, Non, laisse-moi crier Au Revoir Dans ce convoi, sept
Robert Desnos est arrêté par la Gestapo à son domicile [...] moi j’ai fait une promesse personnes ont pour
parisien le 22 février 1944 pour être écroué à la prison Je veux garder tout mon espoir initiales WS. Il n’a
de Fresnes. Interné au camp de Compiègne-Royallieu, il donc pas été possible
y dirige avec Claude Bourdet le « Club des increvables » WS. / 1er sept. 1942 » de l’identifier.
et organise des réunions autour du surréalisme et de
la poésie. Le 28 mars 1944, il compose le poème Sol
de Compiègne . Déporté par un convoi d’opposants et
de résistants le 27 avril 1944 vers Auschwitz-Birkenau,
il est transféré à Buchenwald puis au Kommando de
Floha. Libéré, il décède du typhus le 9 mai 1945 à The-
resienstadt avant son rapatriement.
27
3 e partie | Art et littérature pour continuer le combat et survivre dans les prisons et les camps
Jean Daligault, Autoportrait, Trêves, 7 août 1944, pastel au dos d’un brouillon de lettre
adressée le 25 mars 1944 au procureur du Tribunal du peuple à Berlin (21 x 15 cm).
© Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon
çon
portation de Besan
■ Dans certains cas, la créa-
tion artistique est l’objet d’une
véritable action collective : des
camarades font le guet afin de
permettre au dessinateur ou à
sistance et de la Dé
l’écrivain de créer comme ce
fut le cas de Germaine Tillion
au camp de Ravensbrück (voir
Focus Le Verfügbar aux Enfers)
ou de l’homme de lettres Jean
© Musée de la Ré
Cayrol. Membre du réseau de
renseignements CND-Castille,
il est arrêté à Bordeaux en 1942 Jeannette L’Herminier,
Raymonde Boix,
et déporté à Mauthausen en
dessin sur carton, [1944]
1943, puis au camp de Gusen. Le père Jacques
(22 x 15,5 cm). Raymonde
du Carmel d’Avon, qui a inspiré le film Au revoir
Boix est croquée sous plusieurs attitudes
les enfants de Louis Malle, présente Jean Cayrol comme une « étude de peintre » en utilisant
à ses compagnons comme « un grand poète les espaces délimités par les pliures d’un
français » qu’il faut protéger. Il l’encourage à couvercle de boîte en carton contenant des
écrire des poèmes dans et sur le camp. Grâce munitions allemandes. Jeannette L’Herminier
à la solidarité de ses camarades, Jean Cayrol s’est employée à la représenter aussi bien
est caché sous une grande table de travail d’un coiffée que possible, mettant en avant sa
atelier lors de la journée de travail. Il écrit avec féminité pourtant mise à mal par la déshu-
une mine de plomb sur des carnets qu’il cache manisation de la déportation. À son retour de
soigneusement. Retrouvés tardivement, ces déportation, elle explique que ses dessins
carnets ont été publiés en 1997. « représentent [ses] premiers essais […]
« Nous étions déjà les ombres qu’on ne suit d’où, par incapacité de [sa] part, l’absence
plus dans ce royaume incorruptible qui tintait de visages . »
comme une cloche au seuil du Royaume sans fin. » (1)
Jeannette Lherminier bénéficie également de la soli-
(1) Alertes aux ombres 1944-1945, Paris, Seuil, 1997. darité et de la ruse de ses camarades pour pouvoir créer
avec le souci de respecter la dignité de ces femmes.
Membre du réseau Buckmaster, elle est arrêtée en sep-
tembre 1943, déportée à Ravensbrück, puis transférée
Témoignage S’évader par la culture au Kommando de Holleischen. Elle a réalisé durant sa
déportation plus de 150 dessins.
■ François Le Lionnais, ingénieur, membre du réseau de Elle témoigne : «Toute occasion m’était bonne pour
renseignements Marco Polo, est arrêté et déporté à Dora croquer à la sauvette les attitudes de mes camarades,
en 1944. Il raconte après guerre comment il évoquait ces chères complices qui me fournissaient inlassable-
ses tableaux préférés auprès d’un de ses camarades : ment des matériaux les plus divers, et en priorité tous
« […] je lui décrivis ces œuvres avec la plus grande les crayons qui leur tombaient sous la main dans les
minutie pendant les interminables heures d’attente ateliers de la poudrerie où nous étions employées. Je
sur la place d’appel. […] C’est ainsi que nous contem- dessinais sur des morceaux de papier kraft, de cartons
plâmes longuement avec les yeux de la pensée arrachés aux caisses de munitions, de papier-calque sub-
La Vierge au chancelier Rolin de Van Eyck. Je projetais tilisé dans le bureau d’un dessinateur. […] Les croix qui
comme avec une lanterne magique le sévère regard du servent de support à la plupart de ces dessins sont des
donateur, les lapins écrasés sous les colonnes, l’ivresse couvercles dépliés des petites boîtes destinées à contenir
de Noé racontée sur un chapiteau, les petites touffes les cônes des balles de mitrailleuses. […] Pendant notre
d’herbe qui poussent entre les pavés de la courette et détention, j’ai distribué mes trésors à mes compagnes.
les six marches de l’escalier qui conduit à la terrasse, Au mépris de tous les risques, elles ont accompli des
tous les détails de la circulation fluviale et de l’agitation miracles d’ingéniosité pour les soustraire aux fouilles
citadine du fond. […] Pierre par pierre, nous construi- et me les rapporter après notre retour de déportation.
sions le plus merveilleux musée du monde. […] Nous Si mes dessins peuvent sembler peu conformes à l’hor-
réinventions chaque tableau, inquiets de dire, avec de reur du cauchemar concentrationnaire, c’est parce que je
simples mots, ce bonheur insolent dans la couleur des me suis toujours interdit de violer la souffrance des plus
Femmes d’Alger, le fleurissement sensuel du Moulin atteintes dans leur chair épuisée. Je voulais témoigner
de la Galette, et la préméditation de chacune des mille surtout du courage exemplaire de celles qui, luttant sans
touches apparentes de La maison du pendu. » relâche contre la déchéance et l’avilissement, trouvaient
encore pour moi la force de se redresser. »
in « La peinture à Dora », Confluences n° 10, 1946.
in Marie Rameau, Souvenirs, éditions La ville brûle, 2015.
29
3 e partie | Art et littérature pour continuer le combat et survivre dans les prisons et les camps
ration
tains dessins, tels ceux de Violette Rougier-Lecoq faits à Ravensbrück, seront
d’ailleurs utilisés comme preuves à charge lors des procès des personnels des
@voir des témoignages filmés sont consultables sur le site de la Fondation pour la mémoire de la Déportation
[Link] et le site USC Shoah Foundation [Link] D’autres dessins de déportés sont
disponibles en ligne sur le site du musée de l’Armée [Link] et du musée de l’Ordre de la Libération
[Link]
© Association Germaine
arrêtée suite à une
dénonciation le 13 août
1942, en raison de ses
activités de résistance
au sein du réseau du
musée de l’Homme.
Emprisonnée durant Photographie de Germaine Tillion
14 mois, à la prison de sur sa carte d’étudiante de 1934.
la Santé puis à Fresnes,
elle n’a de cesse d’écrire
dès qu’elle le peut grâ- Germaine Tillion, carnet du
Verfügbar aux Enfers, 1944
ce à un « petit bout de
(15 x10,5 cm).
crayon plus gros que [s]on
pouce mais pas plus
long » . Elle prend des
notes, garde des traces, L’ensemble se déroule en
des repères, poursuit son trois actes : Printemps,
travail de thèse, fait sortir Été et Hiver. Il s’agit d’une
des lettres clandestines œuvre en partie collective.
écrites sur des morceaux GermaineTillion demande
de tissu. Cependant, c’est à ses camarades de l’aider
à Ravensbrück, où elle est à retrouver les mélodies
déportée en octobre 1943, des chansons. Ainsi, les
Éditions de la Martinière
31
Focus
Boris Taslitzky,
Détenu souffrant
Résistance na
de sous-alimentation,
dessin à la plume
réalisé dans la prison
la
de Riom, 1942
de
33
autorise l’enlèvement des statues
Repères
édifiées dans les espaces publics. allemands.
chronologiques
les FFL tiennent tête aux italo- presse de Tropiques, la revue fon-
dée par Aimé Césaire.
21 février Exécution de 21 résis-
tants du groupe dirigé par le poète
21 octobre Exécution de 48 otages, 29 mai Ordonnance allemande • Sortie aux USA de This land is arménien Missak Manouchian des
dont 27 à Châteaubriant, en repré- imposant le port de l’étoile jaune mine (Vivre libre), film tourné par FTP-MOI.
sailles à un attentat contre un offi- aux Juifs de zone occupée Jean Renoir. 15 mars Le CNR adopte un pro-
cier allemand à Nantes. Été Rafles massives de Juifs étran- 8 mai Capitulation des troupes de gramme commun d’action et de
Novembre Voyage en Allemagne gers et apatrides dans les deux l’Axe en Tunisie. L’Afrique du Nord réformes pour l’après Libération.
de peintres et sculpteurs fran- zones. est aux mains des Alliés. 26 mars Assaut allemand contre le
çais, parmi lesquels de Vlaminck, 14 juillet Manifestations patrio- 27 mai Première réunion du Conseil maquis des Glières.
Derain, Van Dongen. tiques dans de nombreuses villes, national de la Résistance (CNR). Avril L’honneur des poètes est
Décembre Échec de la Wehrmacht à l’appel de la presse clandestine 3 juin À Alger, création du Comité reproduit à 10 000 exemplaires à
devant Moscou. et de la France libre. français de la libération nationale Alger, par l’Office français d’édi-
Décembre En zone Sud, première (CFNL), présidé par de Gaulle et tion, organisme du Comité fran-
Août La revue littéraire Confluences,
çais de la Libération nationale.
fusion entre mouvements de créée à Lyon en 1941, est suspen- Giraud.
Résistance : Liberté et Libération due deux mois par Vichy. Mai Publication clandestine de
21 juin Arrestation de Jean Moulin
nationale deviennent Combat. L’honneur des poètes II. Europe,
4 septembre Loi de Vichy dite lors d’une réunion clandestine à
aux Éditions de Minuit.
7 décembre Attaque japonaise sur «d’orientation de la main-d’œuvre», Caluire.
Pearl Harbour. Entrée en guerre autorisant le système des réquisi- Juin Publication clandestine de
10 juillet Les Alliés débarquent
des États-Unis. tions pour le travail en Allemagne. Vaincre, album de 12 lithographies.
en Sicile, puis le 3 septembre en
Italie. 3 juin Le CFLN prend le titre de
1942 20 septembre Premier numéro
des Lettres françaises, journal 14 juillet Manifestations de masse
Gouvernement provisoire de la
Janvier Première mission de Jean clandestin du Comité national des République française (GPRF).
dans les grandes villes. Publica-
Moulin. Il doit coordonner les écrivains. tion de L’honneur des poètes. 6 juin Débarquement allié en Nor-
mouvements de zone Sud et les Octobre À Paris, publication du re- mandie. À l’appel des Alliés, la
Août Parution du poème Le Musée
rallier à de Gaulle. cueil Poésie et vérité 1942 d’Éluard, Résistance exécute les plans de
Grévin d’Aragon, première publi-
Janvier Des poèmes de Pierre par les éditions de La Main à sabotage prévus et lance la gué-
cation des éditions clandestines
Seghers et de Pierre Emmanuel, Plume. « Liberté » y paraît pour la rilla généralisée.
de La Bibliothèque Française.
composés en hommage aux première fois avec son vrai titre. 10 juin Massacre des habitants
8 septembre Armistice entre le
otages fusillés à Châteaubriant, 8 novembre Débarquement anglo- d’Oradour-sur-Glane par la divi-
gouvernement italien et les Alliés.
paraissent en Suisse (revue Traits) sion SS Das Reich.
américain en Afrique du Nord. Le
et à Alger (revue Fontaine) 25 septembre Sous le titre «Les par-
10, un armistice est conclu par les 14 juin De Gaulle acclamé par la
tisans. Chant de la libération », Le
17 février Arrestation par les Alle- Américains avec Darlan. population à Bayeux (Normandie).
chant des partisans est publié dans
mands de Jacques Decour. 11 novembre Invasion par les Alle- 14 juillet Manifestations patrio-
le n° 1 des Cahiers de Libération.
Février Les Éditions de Minuit mands de la zone Sud, en réplique tiques un peu partout en France.
4 octobre Libération de la Corse
clandestines impriment leur pre- aux événements d’Afrique du Nord. 21-23 juillet Assaut allemand
par les troupes du CFLN.
mier ouvrage : Le silence de la mer contre le maquis du Vercors, qui
27 novembre Sabordage de la
de Vercors. Automne Envoi de délégués mili- doit se disperser avec de lourdes
flotte de Toulon. Dissolution de taires régionaux par le CFLN en
Mars À Paris, inauguration de l’ex- l’armée d’armistice. pertes. L’écrivain Jean Prévost est
métropole. Parallèlement, des tué dans ces combats.
position « Le bolchévisme contre
24 décembre Assassinat de Dar- délégués civils mettent en place
l’Europe », salle Wagram. 15 août Débarquement allié en
lan. Le général Giraud lui succède des Comités départementaux
27 mars Départ de France du à Alger. de libération, en accord avec les Provence.
premier convoi de Juifs vers mouvements de Résistance. 19-25 août Insurrection parisienne.
Auschwitz. 1943 9 novembre De Gaulle devient le Leclerc entre à Paris le 24 et le
3 avril En zone occupée, les Alle- Hiver 1942-43 Constitution des libère le 25.
seul président du CFLN.
mands durcissent leur contrôle premiers maquis, pour échapper 31 août Installation du GPRF et de
11 novembre Manifestations pa-
sur l’édition par une censure pré- aux réquisitions de main-d’œuvre. De Gaulle à Paris.
triotiques et arrêts de travail dans
alable : toute publication doit avoir 12 septembre Jonction des trou-
26 janvier Fusion des trois grands toute la France, à l’occasion de
un numéro d’autorisation. pes débarquées en Normandie et
mouvements de zone Sud dans les l’anniversaire de la victoire sur
17 avril Démission de Darlan. Mouvements unis de Résistance. l’Allemagne en 1918. en Provence. Le front se stabilise
Laval revient au pouvoir. devant les Vosges.
2 février Capitulation allemande à 30 décembre Le chef de la Milice,
1er mai Manifestations patriotiques Stalingrad. Darnand, entre au gouvernement 23 novembre Leclerc libère Stras-
dans plusieurs villes, à l’appel de Vichy comme secrétaire géné- bourg.
16 février Instauration du Service
de la presse clandestine et de la ral au Maintien de l’Ordre.
France libre.
du travail obligatoire (STO) en
Allemagne. Les refus de départ
1945
15 mai À Paris, inauguration de deviennent massifs durant le prin- 1944 Février L’Alsace tout entière est
l’exposition du sculpteur allemand temps, aidés par un vaste mouve- 20 janvier Instauration de « cours libérée.
Arno Breker. ment de désobéissance civile. Une martiales » de la Milice, contre les 8 mai Capitulation de l’Allemagne
18 mai Manifestation à Lyon partie des réfractaires se réfugie « activités terroristes ». nazie à Berlin.
contre la venue du Philharmo- dans les maquis, que les organisa- Février Création des Forces fran- 8 juin Robert Desnos meurt du
nique de Berlin et de son chef, tions de résistance tentent d’enca- çaises de l’intérieur (FFI), rassem- typhus au camp de Terezin (Tché-
Clemens Krauss, pour un concert drer et d’armer. blant les groupes paramilitaires coslovaquie), quelques semaines
salle Rameau. Mai • À la Martinique, Vichy inter- de toutes les composantes de la après la libération du camp par les
26 mai-11 juin À Bir-Hakeim, dit la parution du numéro sous Résistance. Soviétiques.
35
REMERCIEMENTS
Ce dossier a été élaboré sous le pilotage de Éric Brossard, enseignant – Musée de la Résis- Emmanuel Thiébot, historien, responsable des
la commission pédagogique de la Fondation tance nationale à Champigny-sur-Marne événements culturels – Mémorial de Caen
de la Résistance, à laquelle ont bien voulu Gisèle Caumont, Maison de Chateaubriand Elise Tokuoka et Véronique Pontillon, service
s’associer la Fondation pour la Mémoire de la des actions culturelles, pédagogiques et scien-
Sylvain Cornil-Frerrot, responsable des
Déportation, la Fondation Charles de Gaulle, tifiques – ECPAD
recherches historiques – Fondation de la France
la Fondation de la France libre, la Fondation
libre Dominique Trimbur, historien – Fondation pour
pour la Mémoire de la Shoah, l’Association des
Nicole Dorra, présidente de Ciné Histoire la Mémoire de la Shoah
professeurs d’histoire et de géographie, et de
nombreux musées et centres de ressources. Agnès Dumoulin, médiatrice – Musée de Vladimir Trouplin, directeur – Musée de l’Ordre
Cette publication est soutenue par le minis- l’Ordre de la Libération de la Libération
tère de la Défense (direction de la Mémoire, Emeline Vanthuyne, directrice des projets
Pascal Genot, professeur – Université de
du Patrimoine et des Archives) et le ministère – Fondation Charles de Gaulle
La Rochelle
de l’Éducation nationale, de l’enseignement
Patricia Gillet, conservateur en chef – Archives Cécile Vast et Emeline Vimeux, enseignantes –
supérieur et de la Recherche.
nationales service éducatif – Musée de la Résistance et de
Elle a été conçue et coordonnée par : la Déportation de Besançon
Vincent Giraudier, chef du département Histo-
Bruno Leroux, directeur historique − Fondation Nous tenons à remercier l’IMEC (l’Institut
rial Charles de Gaulle - Musée de l’Armée
de la Résistance Mémoires de l’édition contemporaine), les
Gilles Gony
Frantz Malassis, chef du département documen- collectionneurs et les ayants droits qui nous
tation et publication − Fondation de la Résistance Nathalie Grenon, directrice CERCIL – Orléans ont permis de reproduire gracieusement des
Guy Krivopissko, conservateur – Musée de documents d’archives et des œuvres d’art.
Hélène Staes, responsable des activités péda-
gogiques − Fondation de la Résistance la Résistance nationale à Champigny-sur- Pour les dessins d’Abdon – © collection Jacques
Marne Barré. Musée de la Résistance et de la Déporta-
La Fondation de la Résistance remercie tion de l’Isère. Extrait de la publication Abdon.
Cyrille Le Quellec, documentaliste – Fondation
vivement de leur participation les membres Parcours d’un résistant dans les Alpes,
pour la Mémoire de la Déportation
du groupe de travail qui ont contribué à la éd. Patrimoine en Isère/Musée de la Résistance
recherche documentaire et à la rédaction de Christine Levisse-Touzé, directrice – Musée
et de la Déportation de l’Isère – Maison des
cette brochure : du général Leclerc de Hauteclocque et de la
Droits de l’Homme.
Libération de Paris — Musée Jean Moulin –
Céline Anché, enseignante – Mémorial Charles Ville de Paris Il faut signaler enfin l’action des associa-
de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises tions suivantes qui proposent aux lauréats
Serge Linkes, maître de conférences − Univer-
Xavier Aumage, archiviste – Musée de la Résis- sité de La Rochelle de poursuivre des études et des recherches
tance nationale à Champigny-sur-Marne initiées lors de leur participation au Concours
Claude Marmot, Fondation Charles de Gaulle
Sophie Bachmann, développement éducatif et les encouragent à entreprendre avec elles
Hélène Pradas-Billaud, chef du bureau des leur approfondissement :
– Service de l’Action Culturelle et Éducative – INA
actions pédagogiques et de l’information à la
Christophe Barret et Ludovic Lavigne, service direction de la Mémoire, du Patrimoine et des - Association « Mémoire et Espoirs de la Résis-
éducatif – Archives nationales Archives - Ministère de la Défense tance » (MER)
Chris Boissin, chef des projets éditoriaux en Hélène Priego, directrice – Musée de la Résis- 16-18, place Dupleix – 75015 Paris.
ligne – Canopé tance de Bondues
- Amis de la Fondation pour la Mémoire de la
François Bordes, chargé des sciences humaines Laurent Sastre, enseignant – Centre d’histoire Déportation (AFMD)
et recherche – IMEC régional de la Résistance et de la Déportation-
31, boulevard Saint-Germain – 75005 Paris.
Fabrice Bourrée, département AERI – Fondation Castelnau-le-Lez
de la Résistance Laurent Seillier, enseignant – La Coupole, -Fédération des Lauréats du Concours de
Centre d’histoire et de Mémoire du la Résistance et de la Déportation (FLCRD).
Aleth Briat, Association des professeurs d’his-
toire et de géographie Nord – Pas-de-Calais à Saint Omer 16-18, place Dupleix – 75015 Paris.
Éditeur : Fondation de la Résistance Reconnue d’utilité publique par décret du 5 mars 1993. Sous le Haut Patronage du Président de la République.
30, boulevard des Invalides – 75 007 Paris – Téléphone : 01 47 05 73 69 – Télécopie : 01 53 59 95 85 – Site internet : [Link] –
Courriel : contact@[Link] – Directeur de la publication : Jacques Vistel, président de la Fondation de la Résistance – Directeur
délégué de la publication : François Archambault – Rédacteur en chef : Frantz Malassis – Maquette, photogravure et impression : humancom,
48 rue de Dantzig, 75015 Paris – Revue trimestrielle — Abonnement pour un an : 20 € – N° 82 : 5, 50 € – Commission paritaire : n° 1115 A 07588
– ISSN : 1263-5707 – Dépôt légal : septembre 2015
Ce numéro comporte trois encarts jetés : un courrier et une affiche invitant à participer Malgré toutes les démarches entreprises, la Fondation la Résistance
au Concours national de la Résistance et de la Déportation ainsi qu’un 4 pages réalisé n’a pas pu retrouver les ayants droits de certaines œuvres et certains
par la DMPA « Regards croisés sur le Concours National de la Résistance et de la documents. Les personnes disposant de ces droits peuvent prendre
Déportation » contact avec la Fondation de la Résistance.