Article - BRF Manioc - Loudima
Article - BRF Manioc - Loudima
RESUME
Description du sujet. Au regard de la faible fertilité naturelle des sols du pays conjuguée à la faible disponibilité
des fertilisants, leur gestion durable est un impératif de systèmes de cultures à mettre en œuvre. Pour relever ce
défi, l’enfouissement de bois raméal fragmenté (BRF) peut constituer une alternative viable à la culture itinérante
sur brulis menée sur ces sols.
Objectif. Cet article évalue l’influence des différentes doses de BRF de deux espèces de légumineuses (Leucaena
leucocephala, Senna siamea) sur la croissance et la production du manioc (variété Mahabama) sur sol argileux de
la vallée du Niari au Congo.
Méthodes. Le dispositif expérimental était le Split Plot avec 4 répétitions. La dose de BRF constitue le facteur
principal (témoin, 10 t/ha, 20 t/ha et 30 t/ha) et l’espèce enfouie, le facteur secondaire (Leucaena leucocephala,
Senna siamea).
Résultats. Il ressort des résultats de cette étude que la hauteur, le diamètre et la frondaison de la tige, le poids et
le nombre de tubercules par tige ainsi que la largeur de tubercules sont influencés positivement par la dose de BRF
(20 t/ha et surtout 30 th/ha) enfouie au sol. Les rendements sont passés de 21,6 t/ha en l’absence d’apport de BRF
à 25,8 t/ha suite à l’apport de 30 t/ha, soit un gain de 19,5 %. Ces deux espèces enfouies ont généré de rendements
similaires (24,1 t/ha en moyenne).
Conclusion. Le BRF constitue un fertilisant qui améliore la croissance et la production du manioc. L’étude
démontre la nécessité d’un choix rationnel de l’espèce à utiliser en BRF. Cependant, la valorisation agronomique
des BRF nécessite d’être approfondie. Ainsi, l’étude de leur cinétique de décomposition, et l’identification d’autres
espèces à intérêt en BRF sont nécessaires
Mots clés : Bois raméal fragmenté, dose, Senna siamea, Leucaena leucocephala, Congo
ABSTRACT
Effect of ramial fragmented wood dose on growth and production of cassava (Manihot esculenta Crantz) on
clay soil in Congo
Description of the subject. Due to the low natural fertility of the country's soils combined with the low availability
of fertilizers, their sustainable management is an imperative of the cropping systems to be implemented. To meet
this challenge, the burial of ramial fragmented wood (RCW) can be a viable alternative to shifting cultivation on
these soils.
Objective. This paper evaluates the influence of different RCW rates of two legume species (Leucaena
leucocephala, Senna siamea) on the growth and production of cassava (Mahabama variety) on clay soils in the
Niari Valley of Congo.
Methods. The experimental design was the Split Plot with 4 replications. The rate of RCW was the primary factor
(control, 10 t/ha, 20 t/ha and 30 t/ha) and the species buried was the secondary factor (Leucaena leucocephala,
Senna siamea).
Results. The results of this study show that stem height, diameter and foliage, weight and number of tubers per
stem, and tuber width were positively influenced by the rate of RCW (20 t/ha and especially 30 th/ha) plowed into
the soil. Yields increased from 21.6 t/ha without RCW to 25.8 t/ha with 30 t/ha, a gain of 19.5%. These two species
when ploughed in, generated similar yields (24.1 t/ha on average).
Conclusion. RCW is a fertilizer that improves the growth and production of cassava. The study demonstrates the
need for a rational choice of the species to be used in RCW. So the agronomic valorization of RCW needs to be
further studied: study of their decomposition kinetics, identification of other species of interest in RCW are
importants.
Keywords: RCW, dose, Senna siamea, Leucaena leucocephala, Congo
.
1. INTRODUCTION
présente plusieurs atouts (Barthès et al., 2010),
Le manioc (Manihot esculenta Crantz) est l'aliment l’amélioration de la structure, la hausse du taux
de base au Congo et sa culture occupe plus de 6 % d’azote et de carbone disponibles, la correction du
des espaces emblavés et concerne 70 % des actifs pH vers la neutralité, la réduction des pertes de
agricoles (Massamba et Treche, 1995). Le bilan nutriments par lessivage, l’augmentation de la
diagnostic de la filière manioc au Congo montre de réserve d’eau utilisable, etc. Par ailleurs, à travers le
niveaux de rendement faibles de 11 t/ha. Ces faibles pays, d’importantes quantités d’arbustes sont
rendements sont dus entre autres au faible niveau de défrichés, mis en tas et brûlés lors de la préparation
fertilité des sols, aux attaques des maladies et aux des champs. Cette biomasse préalablement broyée
techniques culturales traditionnelles à faible intrants pourrait être valorisée sous forme de bois raméaux
(Mabanza et Mahouka, 2001 ; CERAPE- fragmentés. Malgré le fait que la technique de BRF
SOFRECO, 2012). Il a été démontré que la est facile à mettre en œuvre, peu de travaux ont été
croissance et la production du manioc sont fortement menés sur les BRF sur sol ferralitique appauvri
influencées par la fertilité du sol (El-Sharkawy, (Tissaux, 2001 ; Barthès et al., 2010 ; Ba et al., 2014
2004; Ntawuruhunga et Dixon, 2010). Par ailleurs, ; Senga et al., 2016 ; Nzobadila-Kindiela et al.,
les sols du Congo sont en général pauvre (pauvreté 2019). Quelques études antérieures ont montré que
du complexe argilo-humique en cations les BRF ont un impact positif sur le sol et la culture.
échangeables, acidité des horizons supérieurs, etc.)
et après leur mise en valeur, il s’observe une baisse L’objectif de l’étude est d’évaluer l’influence des
graduelle de la fertilité (Mbemba-Makiza, 1984 ; différentes doses de BRF de deux espèces de
Djondo, 1994), et à cela s’ajoute, une indisponibilité légumineuses (Leucaena leucocephala, Senna
notoire des fertilisants. siamea) sur la croissance et la production du manioc
(variété Mahabama) sur sol argileux de la vallée du
Le brûlis, principale mode de mise en valeur des Niari au Congo. Les résultats obtenus peuvent
terres agricoles au Congo-Brazzaville impacte contribuer à une meilleure valorisation agronomique
négativement le sol (Nzila, 1992 ; Giardina et al., de la biomasse ligneuse dans la perspective d’une
2000) avec la destruction de la matière organique et gestion durable des sols ferralitiques pauvres.
des colloïdes du sol, la création de conditions
défavorables aux organismes du sol et la 2. MATERIELS ET METHODES
modification des propriétés physiques du sol
(structure, adhésivité, etc.). En effet, la présence de 2.1. Présentation du site d’étude
la matière organique et des microorganismes dans
L’étude a été conduite dans l’enceinte de la zone de
les sols agricoles est un facteur important de
recherche de Loudima (figure 1) située à près de 350
productivité. Toutefois, la qualité ou la nature de
km de Brazzaville dans la partie sud du pays. La zone
celle-ci (source de carbone, teneurs en nutriments,
est soumise à un climat équatorial de transition
présence de métabolites secondaires et arrangement
(Samba-Kimbata, 1978), et ce climat présente un
physique) est tout aussi déterminante. La
caractère bimodal avec des températures moyennes
dégradation des terres entraine une diminution de la
de l’ordre de 25 °C et une pluviométrique de 1200
matière organique et des nutriments au niveau du sol
mm par an en moyenne. La végétation est dominée
avec comme corollaire une baisse de productivité.
par une savane herbeuse à Hyparrhenia diplandra
Dans cette perspective, l’emploi des bois raméaux
(Hack.) Stapf., Imperata cylindrica (L.) P. Beauv.,
fragmentés (BRF) constitue une alternative pour
Cyperus rotundus L., Andropogon Spp.et Panicum
redresser et entretenir la fertilité des sols agricoles
maximum Jacq. (Descoing, 1975). Celle-ci est
(Lemieux et Germain, 2001).
pauvre en arbustes, les espèces les plus
En effet, ces matériaux, riches en lignine, sont les représentatives sont Anonna arenaria Thonn.,
précurseurs d'un humus stable, garant des équilibres Nauclea esculenta (Afzel. Ex Sabine) Merr.,
biologiques et chimiques des sols. L’apport de BRF Bridelia ferruginea Benth.
de la parcelle utile ; une ligne de bordurea été présence ou non de différences significatives entre
observée afin de réduire les éventuelles influences les moyennes des traitements, les données ont été
extérieures au traitement. Concernant les paramètres soumises à une analyse de variance (ANOVA). Le
de croissance, il a été retenu la hauteur (mesurée à modèle est de type bi factoriel avec pour facteur
l’aide d’un mètre ruban, du collet jusqu'à l'apex), le principal la dose apportée en BRF et pour facteur
diamètre au collet (mesuré à l’aide d’un pied à secondaire l’espèce utilisée en BRF. Afin de valider
coulisse) et la frondaison de la tige (mesurée à l’aide les résultats des analyses de la variance, la normalité
d’un mètre ruban, des points horizontaux les plus a été testée par le test de Shapiro-Wilk et l’´égalité
éloignés). Afin d’apprécier la production, les des variances par le test de Bartlett. En cas de
paramètres ci-après ont été étudiés : la biomasse des différences significatives, le test de Tukey au seuil
tubercules (à l’aide d’une balance), le nombre de de 5 % a été effectué pour identifier les traitements
tubercules (par comptage) et les dimensions des significativement différents.
tubercules par pied (longueur et diamètre maximum)
à l’aide d’un mètre ruban. Le rendement a été calculé 3. RESULTATS
à partir de la biomasse de tubercules portée par une
3.1. Taux de mortalité des boutures de manioc
tige ramenée à l’unité de surface. Les paramètres de
croissance du manioc et le dépérissement des tiges La dose de BRF et l’espèce apportée ne semblent pas
ont été suivis à 3 mois d’intervalle, ceux de influencer le taux de mortalité des pieds de manioc
production à la récolte. (figure 3). Le taux de mortalité moyen des boutures
a varié de 12,48 à 25,13 % entre 90 et 450 jours après
2.5. Analyse des données
plantation (JAP). L'analyse statistique ne révèle
Les analyses statistiques ont été effectuées à l’aide aucune différence significative entre les différentes
du logiciel R version 3.5.1 et ont porté sur la doses enfouies. Toutefois, durant tout le cycle du
mortalité, les paramètres de croissance et de manioc, les taux de mortalité des boutures sont les
production du manioc. Une vérification des données plus élevés en absence d’apport de BRF et les plus
a été effectuée par des mises en graphiques (graphes faibles avec la dose la plus élevée (figure 2). Ainsi,
de dispersion de type «box plot») des variables. Les à 450 JAP, on enregistre en ordre décroissant les taux
valeurs aberrantes et celles suspectes ont été suivants : 31,0 % (apport de 10 t/ha), 28,5 % (aucun
supprimées. Une analyse statistique descriptive a apport de BRF), 21,5 % (apport de 20 t/ha de BRF)
permis de calculer les moyennes et les écarts-types et 19,5 % (apport de 30 t/ha de BRF).
des variables. Dans la perspective d’identifier la
35,0
30,0 T0
Taux de mortalité (%)
T1
25,0 T2
T3
20,0
15,0
10,0
5,0
0,0
90 JAP 180 JAP 270 JAP 360 JAP 450 JAP
Jours après plantation (JAP)
Figure 2. Evolution du taux de mortalité des tiges de manioc suivant la dose de BRF apportée
Concernant l’espèce apportée, moins de pieds de manioc ont dépéris dans les parcelles fertilisées avec Leucaena
leucocephala (figure 3). Sans présenter de différences significatives, à 450 JAP, les taux de mortalité observés
sont de 23,75 % pour les parcelles fertilisées avec Leucaena contre 26,5 % pour celles fertilisées avec Senna
siamea.
30,0
Taux de mortalité (%)
25,0
20,0
E1
15,0 E2
10,0
5,0
0,0
90 JAP 180 JAP 270 JAP 360 JAP 450 JAP
Jours après plantation (JAP)
Figure 3. Evolution du taux de mortalité des tiges de manioc suivant l’espèce apportée en BRF
3.2. Croissance des tiges de manioc pour ceux ayant reçu 20 t/ha et 1,92 m pour ceux
ayant reçu 10 t/ha et 1,87 m pour ceux n’ayant reçu
Il ressort du tableau 2 que la hauteur de la tige de aucun apport de BRF (T0). Le test de comparaison
manioc évolue en fonction du temps et de la dose de des moyennes ne montre aucune différence
BRF enfouie au sol. Cependant, l’espèce enfouie au significative entre les différents traitements (T 3, T2,
sol n’influence pas cette variable. De 90 à 450 JAP, T1). Cependant, il montre des différences très
les plants de manioc étaient plus grands dans les significatives avec le témoin, à l’exception du T1.
parcelles où des copeaux de BRF ont été enfouis à la Concernant l’espèce apportée en BRF, les plants de
dose de 30 t/ha. Puis, suivent ceux croissant dans les manioc fertilisés avec Leucaena leucocephala sont
parcelles ayant reçu 20 t/ha et 10 t/ha de copeaux de plus grands que ceux fertilisés avec Senna siamea.
BRF. Ceux n’ayant reçu aucun apport de BRF sont Cette tendance observée jusqu’à 270 JAP s’inverse
les plus courts. Les différences observées sont par la suite sans pourtant présenter de différences
faibles, elles ne sont significatives qu’au-delà de 360 significatives (P ˂ 0,05).
JAP. A 450 JAP, la hauteur des plants de manioc
ayant reçu 30 t/ha (T3) était de 2,03 m, contre 1,99 m
Tableau 2. Evolution de la hauteur moyenne (cm) des plants de manioc suivant la dose et l’espèce enfouies au sol
Tableau 3. Evolution du diamètre moyen (cm) des plants de manioc suivant la dose et l’espèce enfouies au sol
E1 (Leucaena
45,56±18,74 86,66±35,97 108,14±56,53 165,32±70,39 197,88±51,62 a
leucocephala)
Espèce
E2 (Senna
44,53±17,60 84,61±34,04 102,84±50,07 158,38±72,53 199,3±4,98 a
siamea)
Les moyennes suivies d’au moins une même lettre ne sont pas significativement différentes
3.3. Production des tubercules de manioc
Les résultats de la figure 4 montrent que la dose de BRF enfouie dans le sol a une influence sur toutes les variables
de la production (poids et nombre de tubercules par tige, dimensions des tubercules). À l’opposé ces variables ne
sont pas influencées par l’espèce enfouie dans le sol. Le rendement moyen du manioc était de 24,08 t/ha, il est
significativement différent suivant les doses de BRF enfouies dans le sol. Le meilleur traitement est
l’enfouissement des copeaux de BRF à la dose de 30 t/ha, soit 25,8 t/ha de manioc. En absence de fertilisation, les
plants ont produit les tubercules les plus légers, 21,6 t/ha. En comparaison aux plants fertilisé avec du BRF de
Leucaena leucocephala, ceux fertilisés avec des BRF de Senna siamea ont produit légèrement plus (figure 5).
30 30
c
Rendement (t/ha)
b bc 25 a a
Rendement (t/ha)
25
a 20
20
15
15 10
10 5 24,10 24,20
0
5 E1 (Leucaena E2 (Senna
21,60 23,70 25,20 25,80
0 leucocephala) siamea)
T0 (témoin) T1 (10 t/ha) T2 (20 t/ha) T3 (30 t/ha) Espèces de BRF utilisées
Doses de BRF
Figure 4. Rendement en tubercules de manioc suivant la dose de Figure 5. Rendement en tubercules de
BRF apportée manioc suivant l’espèce apportée
Les différences entre les doses de BRF apportées au sol sont significatives (P ˂ 0,05) pour le nombre de tubercules
portés par une tige de manioc. Ce nombre est significativement plus élevé (5,41 et 5, 52) dans les parcelles
fertilisées aux doses de 20 t/ha (T 2) et 30 t/ha (T3) respectivement. Ce nombre est plus faible (4,67 et 4,71) dans
les parcelles non fertilisées (T0) et celles avec 10 t/ha (T1). De manière significative, l’absence d’enfouissement
des copeaux de BRF a induit la croissance en longueur des tubercules la plus élevée (39,08 cm). L’enfouissement
des copeaux de BRF a plutôt retardé la croissance des tubercules formés. Les tubercules les plus courts (31,81 cm)
se rencontrent chez les plants traités avec la dose maximale 30 t/ha. Par contre, les longueurs mesurées des
tubercules suite à l’apport des deux espèces sont similaires (32,5 cm en moyenne). La dose de copeaux enfouie au
sol a influencé significativement la croissance en circonférence des tubercules formés (tableau 5). Les tubercules
les plus grosses ont été observés dans les parcelles fertilisées avec les plus grandes doses de BRF (20 t/ha et 30
t/ha), soit respectivement 25,5 cm et 26,2 cm. Sans présenter de différences significatives, les circonférences de
tubercules suivant l’espèce enfouie au sol se classent comme suit : BRF de Senna (24,1 cm) et BRF de Leucaena
(23,9 cm).
Tableau 5. Caractéristiques de la production du manioc suivant la dose et l’espèce enfouies au sol
Masse des Nombre de Circonférence Longueur
Facteur Modalité tubercules tubercule médian tubercule médian
tubercules
E1 (Leucaena
2,41±0,61 a 5,13±1,41 a 23,94±6,54 a 34,22±8,44 a
leucocephala)
Espèce
E2 (Senna siamea) 2,42±0,57 a 5,09±1,34 a 24,07±5,91 a 34,05±7,93 a
Les moyennes suivies d’au moins une même lettre ne sont pas significativement différentes
2014 ; Senga et al., 2016). Il a été montré que cette organique, la moyenne capacité de rétention en
différence détermine la vitesse de décomposition et, nutriments et en eau (Mbemba-Makiza, 1984 ;
par conséquent, le taux de libération des nutriments Djondo, 1994). Cette culture affectionne un sol riche
au cours de la minéralisation. En effet, certains en humus, meuble, de pH proche de la neutralité et
constituants du bois comme les fibres et surtout la bien pourvu en humidité (El-Sharkawy, 2004). Les
lignine et le rapport C/N élevé retardent la rendements obtenus sont en accord avec ceux
décomposition des BRF. De poids moléculaire élevé, trouvés antérieurement sur la culture du manioc sur
la lignine est résistante aux attaques enzymatiques et sols congolais (Moundzeo et al., 2014 ; Nzobadila et
constitue une protection physique des constituants al., 2019).
cellulaires (Tissaux, 2001 ; Weedon et al., 2009).
Des travaux antérieurs ont montré que le taux de 5. CONCLUSION
levée des boutures de manioc plantées est fortement
La présente étude a montré que l’utilisation des
influencé par l’environnement de croissance,
copeaux de Senna siamea et surtout de Leucaena
notamment le type de plantation, l’humidité du sol et
leucocephala comme fertilisant organique améliore
la matière organique apportée au sol (El-Sharkawy,
la croissance et la production du manioc. A la portée
2004 ; Moundzeo et al., 2014).
des paysans, le système de culture innovant de type
L’impact sur les performances de croissance et de apport de bois raméal fragmenté (BRF) constitue une
production varie suivant l’espèce utilisée en BRF. voie à privilégier dans la restauration de la fertilité
Ces résultats confirment les observations faites par des sols dégradés ; d’autant plus que les prix des
plusieurs auteurs (Weedon et al., 2009 ; Barthès et fertilisants agricoles (engrais et amendements) sont
al., 2010 ; Ba et al., 2014 ; Senga et al., 2016) qui élevés pour les producteurs agricoles.
ont rapporté que la décomposition des résidus
Dans les conditions pédoclimatiques de la zone
ligneux ajoutés au sol et l'activité des
d’étude, la dose enfouie au sol semble être plus
microorganismes dépendent largement de la quantité
déterminante que l’espèce utilisée. En général, la
et de la qualité de ces résidus. Ainsi, Ba et al. (2014)
croissance et la production sont plus élevées dans les
ont trouvé que Guiera senegalensis a un effet
parcelles où les copeaux de BRF ont été enfouis à la
stimulant sur la culture du mil contrairement à
dose de 30 t/ha. Cependant, des deux espèces
Pilostiga reticulatum qui a un effet dépressif. Sur sol
enfouies, Leucaena a permis de croissance et
ferralitique congolais, Nzobadila et al. (2019) ont
rendement du manioc légèrement supérieur ; ce
montré que comparés aux copeaux d’Acacia
constat montre la nécessité d’un choix rationnel de
mangium, ceux de Bridelia ferruginea ont entrainé
l’espèce à utiliser en BRF. L’efficacité ces
des meilleures performances de croissance et de
fertilisants organiques est liée au fait qu’ils
production du manioc.
améliorent les propriétés du sol, la disponibilité des
Cependant, l’effet espèce apportée au sol en BRF ne éléments nutritifs par minéralisation, le stockage de
semble pas très net, il est faible à cause probablement l’eau et constituent un milieu de culture pour les
de la faible quantité de précipitations tombées au micro-organismes du sol. Il est primordial de
cours du cycle végétatif de la culture du manioc. En sensibiliser les producteurs aux bonnes pratiques
effet, Fierer et al. (2005) ont indiqué que les agricoles, le cas échéant sur la nécessité de ne plus
précipitations jouent un rôle majeur dans la bruler les arbustes lors de la préparation des terres
décomposition des substrats organiques enfouis dans mais plutôt les récolter et les utiliser en BRF. En
le sol. parallèle, les persuader à mettre en place de vergers
d’espèces à croissance rapide ayant une valeur en
4.4. Production faible de manioc BRF. Cela permettra une autonomie des agriculteurs
pour la disponibilité du matériel végétal et ainsi,
Le rendement moyen du manioc obtenu était de lutter contre la dégradation du couvert végétal
24,08 t/ha. Ces relatives faibles productions peuvent existant. La valorisation agronomique des copeaux
être imputées à la faible intensité des précipitations de BRF nécessite d’être approfondie, par l’étude de
tombées durant toute la période d’étude. Bien que le l’effet de l’apport de BRF sur le sol et la culture
manioc soit assez tolérant à la sécheresse, les pendant une période de temps plus longue (plus de 5
périodes de sécheresse prolongées qui provoquent ans), afin de permettre une décomposition plus
des arrêts de croissance et des pertes de feuilles sont complète des BRF et aussi connaître la durée de
préjudiciables aux rendements (El-Sharkawy, 2004). l’amélioration du sol consécutive à cet apport. En
Moundzeo et al, (2014) ont montré que le déficit parallèle, une analyse du sol pour suivre son
hydrique est l’une des contraintes majeures qui évolution (caractéristiques physique, chimiques et
affectent les rendements agricoles dans la Vallée du biologique) est souhaitée. De plus, dans la
Niari. C’est une des zones les moins arrosées du perspective d’identifier d’autres espèces locales à
pays, sa pluviométrie moyenne est de 1200 mm/an. intérêt en BRF, il faut tester et analyser la
Une autre explication des rendements obtenus serait composition des espèces arbustives abondantes dans
les caractéristiques chimiques médiocres du sol de les savanes du Congo. Enfin, il s’avère intéressant de
Loudima, notamment le faible taux de matière
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