LES QUASI-CONTRATS (ACTE 1)
[LA GESTION D’AFFAIRE] (ce qu'il faut savoir)
Avant tout débat au fond, le contrat n'est pas le seul acte juridique susceptible de créer un lien
d'obligation entre deux ou plusieurs personnes ; les quasi-contrats sont aussi considérés comme
étant des sources des obligations. L'expression quasi signifie presque comme si ou alors à peu près
comme. Dire donc d'un acte juridique qu'il est un quasi-contrat c'est dire en d'autres termes qu'il est
presque qu'un contrat, qu'il s'en apparente même s'il n'en n'est pas un. On peut donc définir le
quasi-contrat comme un fait licite et volontaire de l'homme d'où découlent des obligations soumises
à un régime s'apparentant à celui des contrats à la charge de son auteur et d'un tiers pourtant non lié
entre eux par une convention. (Article 1371 du code civil Camerounais). En droits des obligations on
distingue trois catégories de quasi-contrat : l'enrichissement sans cause, le paiement de l'indu et la
gestion d'affaire qui constitue l'objet de notre Analyse.
Qu'est-ce que la gestion d'affaire ?
La gestion d'affaire est le fait pour une personne (gérant), d'accomplir des actes d'administration
dans l'intérêt d'un tiers (le géré ou le maître de l'affaire) sans que ce dernier l'en ait chargé. Le gérant
est donc l'auteur d'un acte volontaire et licite qui va profiter à une autre personne qui pourtant ne l'a
pas mandaté. Exemple : un individu (gérant) qui effectue des travaux sur la maison de son voisin (le
géré) qui menace de s'effondrer alors même que celui-ci n'est pas au courant. Gérant et géré seront
partie dans un rapport d'obligation (où le gérant pourra exiger du géré la restitution des dépenses
engagées). Toutefois pour qu'il y' ait gestion d'affaire et que celle-ci puisse produire tous ses effets
(II) certaines conditions sont requises (I).
I) LES CONDITIONS DE LA GESTION D'AFFAIRE
A- LES CONDITIONS SUBJECTIVES (celles qui ont trait aux sujets : gérant et géré)
Pour qu'une obligation résulte d'une gestion d'affaire, les parties doivent satisfaire aux conditions
suivantes :
• les conditions à satisfaire par le maitre d’affaire :
- absence de consentement de sa part parce que s'il, donne son consentement il y aura manifestation
de deux volontés, et donc contrat (appelé mandat). Or comme défini plus haut, la gestion d'affaire
n'est pas un contrat mais un quasi-contrat.
- Absence d'opposition ; le maître d'affaire ne doit pas s'être opposé à la gestion de son affaire (par le
gérant), sinon il y aurait une faute du gérant susceptible d'engager sa responsabilité. Si même il est
informé de l'action du gérant il doit garder le silence.
• les conditions requises pour le gérant :
- Avoir l'intention de gérer l'affaire d'autrui, c'est lui qui manifeste le (seule) volonté qui fait du quasi-
contrat un acte juridique. Il doit donc agir au profit d'une autre personne.
- la spontanéité de l'intervention du gérant ; son acte ne doit pas être dicté par une obligation
préalable (conventionnelle ou contractuelle)
NB : la capacité du gérant est également requise ( avoir au moins 21 ans )
B- LES CONDITIONS OBJECTIVES (celles qui portent sur l’acte)
Comment doit donc être l'acte du gérant ?
La nature de l'acte posé par le gérant importe peu (acte juridique ou matériel) il suffit qu'il soit utile
pour le gérant (celui-ci doit en tirer profit) et opportun ; pour savoir si l'acte était opportun on se
pose la question de savoir était-il nécessaire pour le gérant de poser cet acte ?
II- LES EFFETS DE LA GESTION D'AFFAIRE
Lorsque toutes les conditions décrites plus haut ont été remplies, la gestion d'affaire produit des
effets tout d'abord entre les parties (A)et, entre ceux ci et les tiers (B).
A) LES EFFETS DE LA GESTION D'AFFAIRE ENTRE LES PARTIES
La gestion d'affaire créé des obligations à la charge des parties
Les obligations du gérant :
• continuer la gestion << qu'il a commencé, et de l'achever jusqu'à ce que le propriétaire soit en état
d'y pouvoir lui-même (...)>> (Art 1372)
• En outre, il doit gérer l'affaire en bon père de famille<< il est tenu d'apporter à la gestion de l'affaire
tous les soins d'un bon père de famille>> (Art 1374 alinéa 1 du CC)
Les obligations du maître :
Une obligation fondamentale pèse sur<< le maître dont l'affaire a été bien administrée, il doit remplir
les engagements que le gérant a contracté en son nom, l'indemniser de tous les engagements et lui
rembourser toutes les dépenses utiles ou nécessaire qu'il a faites >> (art 1375 cc)
B) EFFETS DANS LES RAPPORTS AVEC TIERS
En cas de gestion avec responsabilité (hypothèse où l'acte est conclu par le gérant avec un tiers mais
au nom du géré ), on appliquera la responsabilité parfaite donc il incombera au maître de remplir les
engagements pris par le gérant.
En cas de gestion sans responsabilité, on appliquera la responsabilité imparfaite.
LA LISTE DE QUELQUES EXPRESSIONS LATINES EN DROIT.
•De cujus : l'expression complète est : is de cujus successione agitur, « celui dont on traite de la
succession »: les notaires utilisent cette expression lorsqu'ils rédigent un acte ( par exemple un
contrat de mariage ou un testament) afin qu'en sa présence le donateur ne soit pas désigné dans
l'acte qu'il signe par l'expression « le (futur) défunt ».
•De in rem verso : en restitution de la chose (action).
•De minimis non curat prætor : des affaires insignifiantes, le prêteur ( le magistrat ) ne s'occupe pas.
•De lege lata : en vertu de la loi en vigueur.
•De lege ferenda : en vertu de la loi à venir.
•Dura lex, sed lex : la loi est dure, mais c'est la loi.
•Electa una via, non datur recursus ad alteram : une fois choisie sa voie d'action ( juridiction civile ou
juridiction pénale ), on ne peut plus en changer ( forme courte : « electa una via »).
•Emptor debet esse curiosus : l'acheteur se doit d'être curieux ( celui qui achète un bien ne peut
invoquer a posteriori l'ignorance de certains faits qu'il aurait pu remarquer en se renseignant
convenablement).
•Erga omnes : à l'égard de tous; marque l'opposabilité absolue de certains droits, même à l'égard des
tiers.
•Error communis facit jus : l'erreur commune crée le droit.
•Exceptio non adimpleti contractus : exception d'inexécution.
•Ex æquo et bono : en équité.
•Exequatur : procédure visant à donner dans un État force exécutoire à un jugement rendu à
l'étranger.
•Fraus omnia corrumpit : la fraude corrompt tout.
•Fructus : mot latin décrivant l'attribut du droit de propriété qui permet à son titulaire de percevoir
les revenus du bien.
•Fructus augent hereditem : les fruits augmentent la succession.
•In bonis : débiteur en pleine jouissance de ses droits et biens ( littéralement « dans ses biens ») par
opposition à un débiteur en liquidation judiciaire dont les biens ont été saisis ( terme utilisé
uniquement pour une personne morale ).
•In dubio pro libertate : dans le doute, faveur à la liberté.
•In dubio pro reo : littéralement « dans le doute, faveur à l'accusé », de manière plus contemporaine
« le doute profite à l'accusé ».
•Infans conceptus pro nato habetur quoties de commodis ejus agitur : l'enfant conçu est tenu pour
déjà né lorsqu'il s'agit de ses avantages.
•Infra petita : littéralement « en deçà des choses demandées » ; dans le cadre du principe dispositif,
caractérise une décision qui ne statuerait pas sur l'ensemble des chefs de la demande, mais non celle
qui accorderait moins que la demande ( en termes de montant par exemple ), car en ce cas le juge a
statué sur ce chef de la demande, ce qui n'a pas les mêmes conséquences juridiques ( à comparer
avec ultra petita ).
•In limine litis : dès le début de la procédure / avant toute défense au fond.
•Inter partes : entre les parties ; cela marque l'effet relatif des contrats qui n'ont d'autorité, en
principe qu'entre les parties à l'acte ( comparer avec erga omnes ).
•Intuitu personæ : en raison de la personne.
•In concreto : à chacun son équité, apprécié selon les faits, concrètement.
•Jus gentium : droit des gens ( des clans, dans la Rome antique ), c'est-à-dire droit international
public ( traité, coutumes, principes généraux du droit, droit dérivé des organisations internationales…
).
•Jus cogens : norme impérative de droit international public général.
•Lex specialis derogat legi generali : une loi spéciale déroge à une loi générale.
•Lucrum cessans : manque à gagner.
•Lex societatis : loi applicable aux sociétés.
•Major pars trahit ad se minorem : la partie la plus importante d'une procédure attire à elle la plus
petite ( théorie de la connexité ).
•Mala fides supervenies nocet : la mauvaise foi qui survient nuit.
•Mala fides supervenies non nocet : la mauvaise foi qui survient ne nuit pas.
•Mater semper certa est : la mère est toujours certaine ( par opposition au père, pour
l'établissement d'une filiation ).
•Mens rea : l'intention coupable.
•Mutatis mutandis : en changeant ce qui doit être changé
LA NOTION DE CONTRAT (ACTE IV)
[ LES EFFETS DU CONTRAT ]
Lorsque toutes les prescriptions légales ont été respectées lors de la formation d'un contrat, celui-ci a
force obligatoire et produit un effet relatif à l'égard des parties.
LA FORCE OBLIGATOIRE DU CONTRAT
La force obligatoire du contrat est l'une des conséquences de l'autonomie de la volonté. Car, si au
départ les parties sont libres de contracter ou de ne pas le faire, elles sont tenues d'exécuter les
engagements qu'elles ont librement consentis. L'article 1134 du code civil Camerounais dispose en
effet que : << les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites. Elles
ne peuvent être révoquées que de leur consentement mutuel ou pour les causes que la loi autorise.
Elles doivent être exécutées de bonne foi >>.
La portée (C) de ce principe est considérable et il s'impose aussi bien aux parties (A)mais aussi au
juge (B).
A- LA FORCE OBLIGATOIRE DU CONTRAT INTER PARTES ( entre les parties)
Les parties à un contrat, sont tenues d'exécuter les obligations qui en découlent. Celui ci devient
alors leur loi dans la mesure où , la non-exécution par le débiteur de ses obligations engage sa
responsabilité contractuelle. L'article 1134 sus cité s'est directement inspirée de la maxime latine
<<pacta sunt servanda>> qui signifie de manière plus générale que, les contrats doivent être
respectés par les parties qui les ont conclus.
B- LA FORCE OBLIGATOIRE À L'ÉGARD DU JUGE
On peut valablement se poser la question de savoir pourquoi on étudie la force obligatoire du
contrat à l'égard du juge alors même qu'il n'est pas partie à celui-ci ? Tout simplement parce que le
contrat s'impose à lui lorsqu'il est sollicité en vue d'interpréter les dispositions ambiguës contenu
dans le contrat. Le juge devra nécessairement avoir recours à la méthode d'interprétation
subjective ; en d'autres mots, il doit aller au delà de la lettre du contrat pour en rechercher l'esprit
( art 1156 code civil) . La méthode objective quant à elle opère exceptionnellement lorsque les
parties ont gardé le silence ; en ce moment le juge va créer de nouvelles obligations à leur charge.
C- LA PORTÉE DU PRINCIPE DE LA FORCE OBLIGATOIRE
La portée du principe de la force obligatoire est telle qu'il produit des effets même en cas de
simulation encore appelée << mensonge concerté >>. La simulation en matière contractuelle est
l'hypothèse où les contractants ont conclu deux actes. Un acte secret qui n'est pas divulgué au
public, mais qui contient la volonté réelle des parties ; c'est la contre lettre ou le contrat secret ,et un
autre qui est porté à la connaissance des tiers et qui contient leur pseudo volonté c'est l'acte
apparent. Le problème ici est celui de savoir lequel de ces actes ( acte apparent ou contre lettre) a
force obligatoire ?
√ Entre les parties, c'est la contre lettre qui a force obligatoire parce que renfermant leurs volontés
réelles. L'article 1321 du même code précise que : << les contre lettres ne peuvent avoir leur effet
qu'entre les parties contractantes : elles n'ont point d'effet contre les tiers >>.
√ À l'égard des tiers, la contre lettre ne leur est pas opposable ; en d'autres termes, ils peuvent
valablement se prévaloir du mensonge contenu dans l'acte apparent.
L'EFFET RELATIF DU CONTRAT
Le principe de l'effet relatif des contrats, posé par l'article 1165 , s'inspire directement de l'adage
latin " Reste inter alios acta, alliis nec prodesse, nec nocere potest" qui signifie littéralement que ce
qui a été fait entre certaines personnes ne nuit ni ne profite aux autres. Ainsi donc, en vertu dudit
principe, les droits et les obligations nés d'un contrat ne concernent que les parties (parties
contractantes et les tiers assimilés).
Toutefois, ce principe connaît certaines exceptions, c'est-à-dire des cas où des personnes n'étant pas
partie à un contrat s'en trouve engagées ultérieurement. C'est l'hypothèse des tiers liés aux parties
(le tiers bénéficiaire par exemple lorsqu'il y a stipulation pour autrui...), Et les tiers absolus (ministère
public, juge, créanciers chirographaires).