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FMN Aidouni

Les firmes multinationales (FMN) jouent un rôle clé dans l'économie mondiale, avec des typologies variées telles que multinationales, transnationales, globales et supranationales, chacune ayant des implications économiques distinctes. Bien qu'elles contribuent significativement au commerce international et au développement économique, elles sont également critiquées pour leur impact sur les inégalités et la fiscalité. L'évolution des FMN, marquée par une diversification sectorielle et une montée en puissance des entreprises technologiques, souligne la nécessité de régulations adaptées pour équilibrer efficacité économique et responsabilité sociale.

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FMN Aidouni

Les firmes multinationales (FMN) jouent un rôle clé dans l'économie mondiale, avec des typologies variées telles que multinationales, transnationales, globales et supranationales, chacune ayant des implications économiques distinctes. Bien qu'elles contribuent significativement au commerce international et au développement économique, elles sont également critiquées pour leur impact sur les inégalités et la fiscalité. L'évolution des FMN, marquée par une diversification sectorielle et une montée en puissance des entreprises technologiques, souligne la nécessité de régulations adaptées pour équilibrer efficacité économique et responsabilité sociale.

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La "jungle des appellations" : une diversité conceptuelle dans

l’analyse des firmes multinationales


Les firmes multinationales (FMN) jouent un rôle prépondérant dans l’économie mondiale,
constituant des acteurs majeurs de la mondialisation. Leur puissance économique et leur
capacité d’action transcendent souvent celles des États-nations, ce qui suscite des débats sur
leur influence et leur nature. Cette diversité d’approches a donné naissance à ce que Charles-
Albert Michalet appelle la "jungle des appellations", où les termes tels que
"multinationales", "supranationales", "transnationales" ou "globales" sont utilisés pour
désigner des réalités souvent proches, mais comportant des nuances importantes.

Les typologies des firmes et leur signification économique

1. Les firmes multinationales (FMN)

Les FMN sont définies comme des entreprises possédant des activités productives ou
commerciales dans au moins deux pays. Elles se caractérisent par une stratégie d’expansion
géographique combinée à un ancrage national. Comme l’indique la théorie de l’avantage
comparatif (Ricardo), elles cherchent à exploiter les ressources spécifiques de chaque pays
pour maximiser leur efficacité. Par exemple, une firme comme Toyota peut localiser ses
activités de recherche au Japon tout en délocalisant sa production en Thaïlande pour
bénéficier de coûts de main-d'œuvre inférieurs.

2. Les firmes transnationales

Selon les travaux de Bartlett et Ghoshal, les firmes transnationales vont au-delà des
multinationales classiques en intégrant des structures de gouvernance décentralisées. Leur
fonctionnement repose sur une stratégie dite "glocalisée", combinant une standardisation
mondiale des produits et une adaptation aux spécificités locales. McDonald’s, par exemple,
adapte ses menus aux préférences alimentaires locales tout en conservant des processus
standardisés à l’échelle globale.

3. Les firmes globales

Ce concept repose sur l’idée d’une intégration complète des marchés à l’échelle planétaire,
dans laquelle les frontières nationales ne jouent plus qu’un rôle marginal. Les firmes globales,
telles que Apple ou Amazon, cherchent à capturer des économies d’échelle et à rationaliser
leurs opérations. Ces entreprises adoptent une stratégie uniformisée, tirant parti de la théorie
des coûts de transaction (Coase, Williamson) pour minimiser les coûts liés à l’échange et à la
coordination.

4. Les firmes supranationales

Enfin, le terme "supranational" met en lumière le rôle d’acteurs économiques capables de


transcender les lois et régulations nationales. Cela soulève des questions sur la souveraineté
économique, notamment en ce qui concerne les paradis fiscaux et les stratégies d’évitement
fiscal. La capacité des FMN à arbitrer entre plusieurs juridictions, selon la théorie des zones
d’attractivité (Dunning, 1993), leur permet d’optimiser leurs profits en minimisant leurs
obligations fiscales.

La tension entre nationalité et mondialisation

Les FMN, bien qu’opérant globalement, conservent une nationalité juridique et


économique. La théorie institutionnelle (North, 1990) souligne l’importance des cadres
nationaux dans la structuration des activités économiques. Une entreprise comme Coca-Cola
reste américaine en termes de siège social, de direction stratégique et de culture
organisationnelle, même si ses activités s’étendent dans le monde entier. Cependant, cette
appartenance nationale est mise à mal par :

L’arbitrage des coûts et des avantages :

Les FMN localisent leurs activités là où les conditions économiques (coûts de production,
fiscalité) sont optimales, détachant ainsi leurs opérations des intérêts de leur pays d’origine.

Les chaînes de valeur globales (CVG) :

Comme l’expliquent les travaux de Gereffi et Kaplinsky, les FMN fragmentent leur
production pour maximiser la compétitivité. Apple, par exemple, conçoit ses produits aux
États-Unis, mais assemble en Chine pour tirer parti des coûts de main-d'œuvre.

Les stratégies d’internalisation :

La théorie de l’internalisation (Buckley et Casson, 1976) montre que les FMN préfèrent
internaliser leurs transactions, évitant ainsi les coûts liés aux marchés externes. Cela renforce
leur autonomie vis-à-vis de leur pays d’origine.

Les impacts économiques et sociaux des firmes globalisées

1. Une contribution majeure à l’économie mondiale

Les FMN génèrent plus de 50 % du commerce international, emploient des millions de


travailleurs et dominent de nombreux secteurs stratégiques tels que la technologie, l’énergie
ou la pharmacie. Elles contribuent également au transfert de technologies et à la diffusion de
l’innovation, ce qui peut favoriser le développement économique des pays d’accueil.

2. Des critiques croissantes

Cependant, leur rôle suscite des critiques. Les FMN sont accusées de :

➢ Exacerber les inégalités mondiales, en profitant des disparités salariales et fiscales.


➢ Contribuer à l’évasion fiscale, privant les États de ressources nécessaires pour
financer leurs politiques publiques.
➢ Exercer une pression sur les réglementations nationales, notamment dans les
domaines de l’environnement et du droit du travail.

3. Les réponses institutionnelles


Les institutions internationales (OMC, OCDE) et les ONG plaident pour une régulation
accrue des FMN, afin d’assurer une responsabilité sociale et environnementale. La montée
des normes ESG (environnementales, sociales et de gouvernance) témoigne de cette
évolution.

La diversité des appellations des FMN illustre la complexité de leur rôle dans un monde
globalisé. En oscillant entre ancrage national et stratégies mondiales, elles redéfinissent les
dynamiques économiques et politiques à l’échelle internationale. Les analyses économiques,
qu’il s’agisse des théories des avantages comparatifs, des coûts de transaction ou des chaînes
de valeur globales, permettent de mieux comprendre ces entreprises. Toutefois, leur influence
croissante impose de repenser les cadres institutionnels pour garantir qu’elles contribuent au
développement durable tout en respectant les intérêts des sociétés et des États où elles
opèrent.

Les pièges statistiques dans l'évaluation des firmes


multinationales (FMN)
Les firmes multinationales (FMN) sont donc des firmes puissantes par leur extension
mondiale et leur chiffre d’affaires, mais il est très difficile d’évaluer et de casser leur
richesse. Elles constituent des acteurs économiques globaux majeurs, mais leur évaluation
statistique nécessite une approche rigoureuse pour éviter des erreurs méthodologiques.

1. Double comptage et inadéquation des indicateurs

Une erreur fréquente consiste à comparer le chiffre d’affaires (CA) d’une FMN avec le
produit intérieur brut (PIB) ou le produit national brut (PNB) d’un pays. Cette comparaison
est problématique car :

Nature des indicateurs :

Le PIB ou le PNB mesure la valeur ajoutée nette produite dans une économie, tandis que
le CA représente le total des revenus générés par les ventes, incluant les produits
intermédiaires.

Risque de double comptage :

La somme des ventes globales des FMN excède le PIB mondial en raison de la répétition
des valeurs des intrants.

Pour établir des comparaisons cohérentes, il est plus pertinent de se baser sur la valeur ajoutée
générée par les FMN (incluant les profits, salaires et taxes) plutôt que sur leur CA brut. dans
ce cas, la comparaison avec le PNB est le plus judicieuse. Par ailleurs, comment devenir une
FMN ? Quels critères retenir ?
2. Définition des FMN : critères spécifiques

La définition d’une FMN varie selon les approches, mais un consensus se dessine autour de
certains critères. Selon Denise Flouzat, une FMN se caractérise, souvent par un chiffre
d’affaires dépassant 500 millions de francs, une implantation dans au moins six États et une
proportion minimale de 20 % du CA réalisée à l’international. Ces éléments permettent de
distinguer les entreprises opérant à une échelle véritablement transnationale.

Entre 1970 et 1996, Croissance exponentielle des FMN le nombre de FMN a augmenté de
400 %, atteignant environ 40 000 sociétés mères, 250 000 filiales (contre 37 500 et 207 000
au début des années 1990).

Cette dynamique résulte de divers facteurs structurels tels que la mondialisation économique
(Accroissement des flux de commerce et de capitaux), le progrès technologiques (Réduction
des coûts logistiques et facilitation de la coordination transfrontalière), et l’optimisation
économique : Les FMN cherchent à diversifier leurs marchés, optimiser leurs coûts de
production et accéder à de nouvelles ressources.

3. Enjeux économiques et sociaux liés aux FMN

Les FMN contribuent de manière significative à l’économie mondiale, notamment par la


diffusion technologique et le transfert de compétences, et les investissements directs étrangers
(IDE) favorisant le développement local. Cependant, elles soulèvent plusieurs défis tels que
la concentration du pouvoir économique dont, certaines FMN possèdent une puissance
comparable à celle de certains États, influençant les politiques publiques ; optimisation
fiscale : les FMN utilisent de filiales dans des juridictions à fiscalité réduite peut réduire les
recettes fiscales des États ; Inégalités et impacts sociaux : La domination économique des
FMN peut renforcer les déséquilibres économiques et sociaux dans les pays où elles opèrent.

Les FMN, en tant que moteurs de l’économie mondiale, doivent être analysées avec des outils
méthodologiques rigoureux pour évaluer leur impact de manière précise. Leur expansion
nécessite également des cadres réglementaires adaptés, conciliant efficacité économique et
équité sociale.

pétrolières. Aujourd’hui, la proportion s’est inversée : 2 FMN pétrolières seulement figurent


parmi ces 10.

Les FMN : Une analyse approfondie de leur puissance historique


et économique
Les firmes multinationales (FMN) représentent des institutions économiques de premier plan,
dont l'histoire et l'évolution permettent de comprendre les transformations de l'économie
mondiale. De leurs origines dans l'ère industrielle à leur rôle actuel dans une économie
globalisée et diversifiée, les FMN illustrent la manière dont le capital, l'innovation et les
dynamiques géopolitiques s’entrelacent pour façonner la croissance économique.
1. Origines historiques : les sociétés primaires, précurseurs des FMN modernes

Au XIXᵉ siècle, les sociétés primaires ont marqué le début de l'internationalisation des
entreprises. Ces sociétés, souvent soutenues par les États impériaux, répondaient à deux
objectifs fondamentaux :

• Accès aux matières premières : Les puissances industrielles de l’époque (Royaume-


Uni, France, Allemagne) dépendaient des colonies pour approvisionner leurs
industries en ressources rares (minerais, caoutchouc, textiles).
• Concentration des monopoles : Des privilèges exclusifs étaient accordés à des
entreprises spécifiques pour exploiter des ressources stratégiques, telles que la British
South Africa Company ou les compagnies pétrolières naissantes.

Ces premières formes d’entreprises transnationales posaient les bases d’une mondialisation
économique axée sur le contrôle des ressources.

Le rôle central des Majors pétrolières au XXᵉ siècle

Entre le début du XXᵉ siècle et les années 1970, les Majors pétrolières sont devenues les
FMN dominantes :

• Nature stratégique du pétrole : L’industrialisation mondiale et la révolution des


transports (automobiles, aviation) ont fait du pétrole une ressource incontournable.
• Investissements massifs : Les activités pétrolières, allant de l'exploration à la
distribution, nécessitaient des investissements colossaux, réservés à un petit nombre de
grandes entreprises capables de lever les capitaux nécessaires.
• Monopoles structurés : Grâce à des accords internationaux, comme le cartel des Sept
Sœurs (Seven Sisters), les Majors ont maintenu un contrôle sur l’essentiel de la
production mondiale de pétrole.

En 1974, le magazine Fortune soulignait l’importance économique des Majors en indiquant


que 8 des 10 plus grandes entreprises industrielles mondiales étaient des FMN pétrolières.

Cependant, plusieurs facteurs ont conduit à une redistribution de leur influence dans les
décennies suivantes.

La mutation des FMN : diversification sectorielle et déclin relatif des Majors

Depuis les années 1970, plusieurs changements structurels ont transformé le paysage
économique mondial :

1. Choc pétrolier et redistribution des ressources :


Les chocs pétroliers des années 1970 ont affaibli les Majors en donnant plus de
contrôle aux États producteurs de pétrole (notamment via l’OPEP). Ces derniers ont
nationalisé leurs ressources et accru leur influence dans le marché énergétique
mondial.
2. Montée des nouvelles industries :
o Technologie : Les progrès dans les semi-conducteurs, l’informatique et les
télécommunications ont fait émerger des FMN technologiques (par exemple,
IBM, Microsoft, Apple). Ces entreprises ont dépassé les Majors en termes de
revenus et de capitalisation boursière.
o Consommation et services : La globalisation des chaînes de valeur a permis à
des entreprises de biens de consommation (comme Procter & Gamble ou
Nestlé) et de services financiers (comme JPMorgan ou HSBC) de prendre une
place dominante.
3. Concentration dans d'autres secteurs stratégiques :
Des industries comme la pharmacie (Pfizer, Johnson & Johnson) et l’aérospatiale
(Boeing, Airbus) ont nécessité une concentration du capital similaire à celle des
Majors historiques, remplaçant progressivement ces dernières au sommet des
classements économiques.

Impératifs économiques et stratégiques des FMN

Malgré leur diversification, certaines caractéristiques fondamentales définissent les FMN


modernes, héritées des Majors pétrolières :

i. Investissements massifs et concentration du capital


Les secteurs technologiques, pharmaceutiques ou énergétiques restent intensifs en
capital. Les FMN mobilisent des ressources financières considérables pour :
o La recherche et développement (R&D).
o L’acquisition et la fusion d’entreprises stratégiques.
o L’expansion dans de nouveaux marchés géographiques.
ii. Gestion des risques globaux
Les FMN opèrent dans des environnements complexes, caractérisés par :
o Des régulations variables selon les pays.
o Des tensions géopolitiques (sanctions, guerres commerciales).
o Des attentes croissantes en matière de durabilité et de responsabilité sociale.
iii. Transition énergétique et développement durable
Les FMN pétrolières restantes (par exemple, ExxonMobil et Shell) se repositionnent
en réponse à la pression pour adopter des modèles plus durables. Cela inclut des
investissements dans les énergies renouvelables et la réduction des émissions de
carbone.

Comparaison des FMN : hier et aujourd’hui

Caractéristique FMN du XXᵉ siècle (Majors) FMN contemporaines


Secteurs Technologie, finance, biens de
Pétrole, extraction des ressources
dominants consommation
Mode de
Monopoles structurés Innovation, agilité stratégique
domination
Contrôle des ressources, coûts R&D intensive, durabilité,
Principaux défis
d’exploration globalisation rapide
Exemples ExxonMobil, Chevron, BP Apple, Amazon, Samsung, Pfizer
Perspectives futures pour les FMN

1. Émergence de nouvelles puissances économiques


Les FMN issues des économies émergentes (Chine, Inde, Brésil) prennent une place
croissante. Par exemple, des entreprises comme Huawei et Tata Group s’affirment
comme des leaders mondiaux.
2. Rôle accru de la technologie et de l’innovation
Les entreprises technologiques continueront de dominer grâce à leur capacité à
transformer des industries entières, qu'il s'agisse de l'intelligence artificielle, de
l’automatisation ou des énergies propres.
3. Pressions réglementaires et sociales
Les FMN doivent répondre aux attentes croissantes des gouvernements et des citoyens
concernant leur impact environnemental, fiscal et social, les poussant vers des modèles
d’affaires plus responsables.

Les FMN incarnent une puissance économique dont l’évolution reflète les grands tournants
historiques. D’abord dominées par les industries extractives, elles se sont diversifiées pour
s’adapter à un monde de plus en plus globalisé et technologique. Leur avenir repose sur leur
capacité à innover, à répondre aux défis environnementaux et à naviguer dans un
environnement géopolitique complexe, tout en maintenant leur rôle central dans l'économie
mondiale.

Les FMN : Un rôle controversé et multidimensionnel

Les firmes multinationales (FMN) ont longtemps été au cœur de débats animés concernant leur rôle,
leur influence, et leur contribution à l'économie mondiale. Si elles incarnent une puissance
économique et organisationnelle sans précédent, elles suscitent également des critiques pour leur
impact perçu sur les sociétés, les États, et les économies locales.

1. Visibilité et influence des FMN : Une puissance mondiale affirmée

Les FMN ont su se positionner comme des moteurs visibles de l’économie globale :

• Leur portée géographique : Les FMN opèrent dans plusieurs dizaines de pays, intégrant des
marchés locaux tout en renforçant leur réseau global. Cette capacité leur confère un
avantage stratégique face à des entreprises purement nationales.
• Leur poids économique :
o Le chiffre d’affaires de certaines FMN dépasse parfois le PIB de pays entiers. Par
exemple, Walmart génère un chiffre d'affaires supérieur à celui de nombreuses
économies en développement.
o Leur rôle dans les investissements directs étrangers (IDE) est crucial, représentant
une grande partie des flux financiers transnationaux.

Cependant, cette influence économique s’accompagne d’une critique majeure : leur capacité
à redéfinir les règles du jeu économique en leur faveur, notamment grâce à des pratiques
d'optimisation fiscale et de lobbying.
2. Les critiques : Les FMN comme outils d’un néo-impérialisme économique

Depuis les années 1970, de nombreuses critiques se concentrent sur le rôle des FMN dans
l'économie mondiale :

2.1. Domination économique et politique

Les FMN sont parfois perçues comme des entités dominantes imposant leur volonté aux
gouvernements locaux.

• Influence sur les politiques publiques : Grâce à leur poids économique, elles sont capables
de négocier des conditions favorables, comme des exonérations fiscales ou des régulations
allégées, souvent au détriment des économies locales.
• Ingérence dans les décisions nationales : Dans certains cas, les FMN participent directement
à l’élaboration des politiques économiques des États en développement, parfois en échange
d’investissements ou de financements.

2.2. Déstabilisation des économies locales

• Concurrence déloyale : Les FMN disposent d'avantages compétitifs (capital, technologie,


accès au financement) qui écrasent les entreprises locales, fragilisant les économies
nationales.
• Exploitation des ressources : Dans plusieurs pays en développement, les FMN sont accusées
d’exploiter les ressources naturelles sans réelle contrepartie économique pour les
populations locales, exacerbant les inégalités.

2.3. Pratiques controversées

• Évasion fiscale : Les FMN exploitent les disparités fiscales internationales via des montages
financiers complexes, privant les États de revenus essentiels.
• Conditions de travail : Certaines FMN ont été critiquées pour leur recours à des pratiques
déplorables, telles que des bas salaires, des horaires excessifs, et le non-respect des normes
de sécurité dans les pays à faible réglementation.

3. Les contributions des FMN : Moteurs de l’économie mondiale

Malgré les critiques, les FMN apportent des bénéfices significatifs à l'économie mondiale,
jouant un rôle de catalyseur dans plusieurs domaines.

3.1. Stimulation de la croissance économique

Les FMN injectent des ressources financières, technologiques et humaines dans les économies
locales, favorisant :

• La modernisation des infrastructures : Les investissements directs étrangers (IDE) réalisés


par les FMN permettent de développer des routes, des ports, des réseaux électriques, et des
télécommunications.
• La création d’emplois : Les FMN sont responsables de millions d'emplois directs et indirects
dans les pays où elles opèrent, souvent dans des secteurs clés comme la manufacture, les
services ou l’industrie technologique.
3.2. Transfert de technologies et d’expertise

Les FMN favorisent le transfert de compétences, de savoir-faire et de technologies :

• Formation des travailleurs locaux : Les entreprises introduisent des standards élevés en
matière de productivité et de gestion, formant ainsi une main-d'œuvre qualifiée.
• R&D : Les FMN investissent massivement dans la recherche et développement, contribuant à
des innovations majeures, notamment dans les secteurs pharmaceutique, technologique et
énergétique.

3.3. Intégration dans la mondialisation

Les FMN participent activement à l’intégration des pays en développement dans l’économie
mondiale :

• Amélioration des chaînes de valeur : Elles connectent les entreprises locales aux marchés
mondiaux, augmentant les opportunités commerciales et les exportations.
• Diversification économique : En introduisant de nouveaux secteurs (technologie, services
financiers, commerce électronique), les FMN réduisent la dépendance de certains pays à des
industries traditionnelles.

4. Une puissance relative dans un monde multipolaire

Si les FMN exercent une influence considérable, leur rôle doit être replacé dans un contexte
mondial où d'autres forces interviennent :

4.1. Le rôle des États et des institutions internationales

• Les gouvernements disposent toujours d’un pouvoir de régulation pour encadrer les activités
des FMN. Par exemple, des lois antitrust visent à limiter la concentration excessive du capital,
tandis que des régulations environnementales imposent des normes strictes.
• Les institutions internationales (OMC, FMI, Banque mondiale) arbitrent les tensions entre les
intérêts des FMN et ceux des États, cherchant à maintenir un équilibre entre croissance et
équité.

4.2. L’émergence des contre-pouvoirs

• Syndicats et ONG : Ces acteurs jouent un rôle essentiel dans la dénonciation des abus et la
promotion de normes éthiques et durables.
• Consommateurs : Les consommateurs, de plus en plus conscients des enjeux sociaux et
environnementaux, influencent directement les stratégies des FMN par leurs choix d’achat.

4.3. La concurrence internationale croissante

• Les FMN doivent désormais composer avec des entreprises émergentes issues des
économies en développement, comme les géants technologiques chinois (Huawei, Tencent)
ou les conglomérats indiens (Tata Group, Reliance).
• Les politiques protectionnistes et les rivalités commerciales entre blocs économiques (par
exemple, entre les États-Unis et la Chine) redistribuent les cartes de la domination
économique mondiale.
5. Vers une approche équilibrée : Construire un jugement nuancé

Le rôle des FMN ne peut être réduit à une vision simpliste ou manichéenne. Une analyse
scientifique rigoureuse doit :

1. S’appuyer sur des données fiables : Mesurer objectivement leurs impacts économiques,
sociaux et environnementaux à court et long terme.
2. Examiner les contextes spécifiques : Le rôle des FMN varie selon les pays, les secteurs
d’activité et les cadres réglementaires.
3. Éviter les stéréotypes : Les FMN ne sont ni des entités purement néfastes, ni des sauveurs
économiques. Leur impact dépend des interactions complexes avec les autres acteurs de
l’économie mondiale.

Les FMN sont des acteurs ambivalents, symbolisant à la fois les promesses et les défis de la
mondialisation. Leur influence s’étend au-delà des sphères économiques pour toucher les
dimensions sociales, environnementales\ et géopolitiques. Si elles catalysent l’innovation et la
croissance, elles doivent également relever des défis croissants en matière de durabilité,
d’équité et de gouvernance. Une analyse équilibrée, qui dépasse les clichés, est essentielle
pour comprendre leur rôle dans un monde globalisé en constante mutation.

La hiérarchie des nations et le rôle des FMN : un reflet des


inégalités économiques mondiales
Les firmes multinationales (FMN) incarnent non seulement une puissance économique mais
également une répartition hiérarchisée du pouvoir économique et décisionnel dans le
monde. Leur organisation interne et leur implantation géographique reflètent et perpétuent
des asymétries entre les nations, souvent représentées par le modèle centre-périphérie. Ce
concept, élaboré par des penseurs comme Samir Amin et Stephen Hymer, fournit une base
analytique pour comprendre la manière dont les FMN structurent l'économie mondiale.

1. FMN : Entre mondialisation et enracinement national

Les FMN sont paradoxalement des entités mondiales et nationales :

Mondialisation des opérations :

o Présentes dans plusieurs dizaines de pays, elles exploitent des chaînes de


valeur complexes qui connectent les ressources, la production, et la distribution
à travers le globe.
o Elles favorisent l'intégration économique mondiale en mobilisant capitaux,
main-d’œuvre, et technologies dans des marchés diversifiés.

Enracinement national :

o Les FMN ont souvent des intérêts alignés sur les priorités économiques et
politiques de leurs pays d'origine.
o Elles dépendent d'États régulateurs et protecteurs pour garantir des
environnements favorables, notamment via des politiques fiscales et
commerciales avantageuses.
o Cette dépendance explique leur forte localisation géographique des centres
décisionnels près des sièges bancaires, des institutions publiques et des sources
d’information stratégiques.

2. Le modèle centre-périphérie : Un cadre explicatif

Samir Amin et Stephen Hymer ont proposé le modèle centre-périphérie pour analyser le rôle
des FMN dans l’économie mondiale.

2.1. Définition du modèle centre-périphérie

• Le centre : Comprend les nations les plus développées (Amérique du Nord, Europe de
l’Ouest, Japon). Ces régions concentrent les sièges sociaux des FMN, les centres de
décision, et les infrastructures avancées pour la finance, l’innovation et la logistique.
• La périphérie : Regroupe les pays en développement (PED) et le Tiers-Monde,
principalement utilisés comme réservoirs de matières premières, de main-d’œuvre bon
marché, et de marchés de consommation émergents.

2.2. Hiérarchie organisationnelle des FMN selon Hymer

Hymer propose une structure pyramidale des FMN, où les niveaux reflètent une géographie
hiérarchisée :

1. Niveau I : Le sommet stratégique


o Localisé dans les grandes métropoles mondiales (Tokyo, New York, Londres),
il regroupe les top executives responsables des orientations globales.
o Ce niveau est directement connecté aux centres financiers, aux gouvernements
et aux médias, ce qui garantit un accès privilégié aux ressources décisionnelles
stratégiques.
2. Niveau II : Les états-majors régionaux
o Situés dans des villes importantes (Singapour, Francfort, São Paulo), ils
adaptent les stratégies globales aux spécificités régionales.
o Ces centres nécessitent des infrastructures modernes, une main-d’œuvre
qualifiée (cadres et techniciens) et une connectivité internationale.
3. Niveau III : La périphérie productive
o Regroupe les usines, les centres d’extraction et les unités de production
localisées dans des zones moins développées.
o Ces régions fournissent les matières premières, la main-d’œuvre bon marché,
et servent souvent de sites pour des industries polluantes ou à faible valeur
ajoutée.

Ce modèle illustre une géographie économique inégale, où la valeur ajoutée se concentre dans
les centres, tandis que la périphérie est souvent limitée à un rôle d’exécutant.

3. La transformation des FMN et le dépassement du modèle traditionnel

Depuis les années 1970, les FMN ont évolué, remettant en question certains aspects du
modèle centre-périphérie.

3.1. L’émergence de la firme-réseau


La globalisation et les avancées technologiques ont transformé les FMN en firmes-réseaux,
caractérisées par :

• Une décentralisation partielle des opérations : Les responsabilités régionales et


locales sont renforcées pour s’adapter aux spécificités des marchés.
• La multiplication des centres d’expertise à travers le monde : Les activités de R&D,
par exemple, sont désormais réparties dans plusieurs hubs globaux, souvent situés
dans des économies émergentes comme la Chine ou l’Inde.

3.2. Un changement dans les flux de pouvoir

Bien que les centres de décision principaux restent concentrés dans les pays du Nord, les
économies émergentes gagnent en influence :

• Des entreprises issues des pays en développement deviennent des FMN elles-mêmes
(ex. Huawei, Tata Group).
• Les pays de la périphérie intègrent progressivement des activités à plus forte valeur
ajoutée, comme l’ingénierie, la R&D ou les services financiers.

3.3. Un nouveau rôle pour la périphérie

• Montée en gamme industrielle : Certains pays, comme le Vietnam ou le Mexique,


attirent des FMN pour des activités plus complexes, dépassant leur rôle traditionnel de
simples fournisseurs de matières premières.
• Augmentation des investissements dans les infrastructures : Les FMN contribuent
à la modernisation des périphéries, favorisant l’émergence de nouveaux pôles
régionaux.

4. Critique du pouvoir centralisé des FMN

Malgré ces évolutions, la centralisation du pouvoir dans les FMN demeure une source de
critiques :

1. Concentration des bénéfices : La majorité des profits des FMN revient aux pays du
centre, exacerbant les inégalités globales.
2. Asymétrie dans les échanges : Les relations économiques entre le centre et la
périphérie restent marquées par des rapports de dépendance.
3. Injustice fiscale et sociale : Les FMN exploitent les disparités réglementaires et
fiscales, souvent au détriment des pays de la périphérie.

5. Une nouvelle géographie de la décision

Malgré leur transformation, les FMN conservent des ancrages stratégiques proches des
centres de pouvoir financier et politique.

• Les sièges sociaux des FMN sont rarement délocalisés, car ils nécessitent une
proximité avec les banques, gouvernements et marchés financiers.
• Les hubs d’innovation, bien que partiellement décentralisés, restent souvent localisés
dans les économies avancées, où se trouvent les meilleures infrastructures éducatives
et technologiques.
6. Vers une analyse équilibrée

Le modèle centre-périphérie demeure pertinent pour comprendre les dynamiques des FMN,
mais il doit être complété par des approches contemporaines :

• Analyse des flux : Les mouvements de capitaux, de technologies et de main-d'œuvre


doivent être analysés pour identifier les nouvelles formes d'interdépendance.
• Étude des firmes émergentes : Les FMN issues des pays en développement jouent un
rôle croissant dans la recomposition de l'économie mondiale.
• Évaluation de l’impact local : Les études d'impact doivent examiner comment les
FMN contribuent (ou non) au développement économique et social des régions où
elles opèrent.

Les FMN restent un miroir des inégalités entre nations, reflétant la hiérarchie économique
mondiale. Bien que les transformations récentes aient modifié leur structure, la centralisation
des décisions et la concentration des bénéfices dans les pays du centre demeurent des traits
dominants. Comprendre leur rôle nécessite une approche multidimensionnelle qui tienne
compte de leur évolution vers des réseaux globaux tout en reconnaissant les asymétries
persistantes dans leur organisation et leurs impacts.

La domination américaine et l'essor des FMN : Une analyse


économique
Entre 1950 et 1970, l'économie mondiale est marquée par la domination des sociétés
américaines. Cette période, souvent désignée comme l'âge d'or des FMN américaines, est
caractérisée par une croissance rapide des investissements directs étrangers (IDE) et une
concentration du pouvoir économique et décisionnel aux États-Unis. L'analyse de cette
domination, de ses facteurs et de son déclin partiel dans les années 1970 permet de mieux
comprendre les dynamiques de la mondialisation économique.

1. La domination américaine dans les années 1950-1970

1.1. Concentration des capitaux et des investissements

Les sociétés américaines représentent une part prépondérante des flux d'investissements
mondiaux au cours de cette période :

• 55% du capital mondial investi : En 1967, plus de la moitié des investissements


directs à l’étranger (IDE) proviennent des États-Unis. Cette domination reflète non
seulement l’importance des firmes américaines sur le plan global mais aussi leur
capacité à financer des projets à l’échelle internationale.
• Position dominante dans le classement mondial : En 1974, sur les 20 premières
FMN mondiales, 13 sont américaines. Ces entreprises couvrent une large gamme de
secteurs, allant de l'industrie pétrolière à l'automobile, en passant par les technologies,
et leurs investissements concernent tous les continents.

1.2. Facteurs expliquant la domination américaine


1. Puissance industrielle et financière : Les États-Unis sont la première puissance
industrielle et financière du monde, bénéficiant de vastes ressources naturelles, d’une
base industrielle robuste et d’un système financier hautement développé.
2. Expansion géopolitique et politique économique : Après la Seconde Guerre
mondiale, les États-Unis jouent un rôle central dans la reconstruction de l’économie
mondiale (plan Marshall, institutions internationales comme le FMI et la Banque
mondiale). Cette position permet aux firmes américaines d'étendre leur influence à
travers les IDE, souvent soutenus par des accords politiques favorables.
3. Innovation et développement technologique : Les entreprises américaines sont des
leaders dans la recherche et le développement, ce qui leur permet de maintenir leur
avance technologique et de déployer des produits à forte valeur ajoutée à l’échelle
mondiale.
4. Régimes fiscaux favorables et politiques protectionnistes : Les États-Unis mettent
en place des politiques fiscales qui soutiennent les investissements à l’étranger. En
outre, certaines firmes bénéficient de protections étatiques, notamment dans des
secteurs stratégiques comme l’énergie, la défense ou les infrastructures.

2. La réaction européenne et japonaise : L’émergence de nouvelles puissances


économiques

2.1. Le début de l’essor des FMN européennes et japonaises

Dans les années 1970, une évolution majeure commence à se dessiner :

• L’Europe : Après les années de reconstruction d’après-guerre, les pays européens


connaissent une période de croissance soutenue. Des FMN européennes comme
Volkswagen, Peugeot ou Royal Dutch Shell commencent à émerger sur la scène
mondiale, bénéficiant à la fois de l’intégration européenne et de la compétitivité
croissante de leurs industries.
• Le Japon : Le Japon, qui connaît une phase de forte industrialisation à partir des
années 1950, devient un acteur majeur dans la production et l'exportation de biens
manufacturés, notamment dans les secteurs de l’automobile (Toyota, Nissan) et de
l’électronique (Sony, Panasonic).

2.2. Facteurs explicatifs de l’émergence européenne et japonaise

1. Politique d'industrialisation et de croissance soutenue : L'intégration européenne


via la Communauté économique européenne (CEE) offre des avantages en termes de
marché intérieur, de coordination des politiques économiques et de simplification des
échanges commerciaux. Le Japon, de son côté, met en place une politique active de
soutien à l'exportation et de recherche-développement.
2. Transfert de technologies et investissements en R&D : Les entreprises japonaises et
européennes bénéficient du transfert de technologies américaines, notamment dans les
secteurs industriels et électroniques. Les investissements massifs dans la recherche et
le développement leur permettent de rattraper leur retard technologique vis-à-vis des
firmes américaines.
3. Coût de production plus bas : Les entreprises japonaises, en particulier, profitent
d'un coût de production plus faible grâce à une main-d'œuvre abondante et
relativement bon marché, ainsi qu’à un système de production plus efficace. En
Europe, la compétitivité est renforcée par une spécialisation dans des produits de haute
qualité.

3. Une puissance relative face à l’internationalisation croissante

3.1. Relativité de la domination américaine

Bien que les États-Unis demeurent un acteur clé, la domination américaine connaît des signes
de relative diminution au fil du temps :

• Diversification des sources d'investissement : Les pays européens et le Japon voient


leur part croître dans les IDE mondiaux, ce qui réduit la concentration des
investissements dans les mains américaines.
• Croissance de l'Asie et de nouveaux marchés : Les pays asiatiques émergent comme
de nouveaux centres économiques, à la fois en tant que marchés consommateurs et
producteurs compétitifs.
• Renforcement des organisations internationales : L’essor des organisations
multilatérales, telles que l’Organisation mondiale du commerce (OMC), impose des
règles de plus en plus contraignantes, limitant l’influence unilatérale des États-Unis.

3.2. Les enjeux géopolitiques

La période de domination américaine se poursuit dans certains domaines stratégiques, mais le


monde devient de plus en plus multipolaire :

• Changements géopolitiques : L’émergence de nouvelles puissances économiques,


comme la Chine, modifie la dynamique économique mondiale, introduisant de
nouvelles formes de concurrence pour les FMN américaines.
• Affrontements commerciaux : À partir des années 1980 et au-delà, les États-Unis
sont confrontés à des défis géopolitiques et commerciaux, notamment avec le Japon et,
plus tard, avec les pays européens, dans des domaines comme l’automobile, la haute
technologie et l’énergie.

La fin d’une ère de domination absolue

La domination des FMN américaines entre 1950 et 1970 repose sur plusieurs facteurs,
notamment leur puissance industrielle, leur innovation technologique et leur rôle prééminent
dans la gouvernance économique mondiale. Cependant, avec l’émergence de puissances
concurrentes en Europe et au Japon, cette domination devient relative dans les années 1970.
L’internationalisation croissante de l’économie mondiale, couplée à des changements
géopolitiques et économiques, transforme progressivement le paysage des FMN, ouvrant la
voie à une multipolarité économique où plusieurs régions jouent désormais un rôle central
dans la dynamique mondiale.

TABLEAU
La concentration des firmes dans les années 1980-1990 : Un
approfondissement économique
Les années 1980 et 1990 représentent une période charnière dans l’évolution des stratégies
des entreprises à l’échelle mondiale. Celles-ci sont marquées par l'intensification de la
financiarisation de l'économie et l'expansion de la mondialisation technique, des
dynamiques qui influencent fortement la manière dont les entreprises évoluent, se structurent
et se réorganisent pour répondre à un environnement économique de plus en plus complexe et
compétitif.

1. La financiarisation de l’économie : Une transformation structurelle des


entreprises

La financiarisation de l’économie désigne le processus par lequel les marchés financiers


prennent une importance croissante dans la définition des stratégies d’affaires des entreprises.
Pendant cette période, les firmes se détournent progressivement d'un modèle de croissance
fondé principalement sur l'extension de leurs capacités de production et de vente vers un
modèle où la valeur financière et l’accès aux capitaux deviennent les principaux moteurs de
la croissance.

1.1. Accroissement des fusions et acquisitions : La quête de la taille critique

Les fusions et acquisitions (F&A) se révèlent être l’un des principaux outils de cette
transformation. Ces opérations visent à accroître rapidement la taille des entreprises,
maximiser les économies d'échelle et améliorer la compétitivité. Les années 1980 sont
marquées par une explosion des OPA agressives (Offres publiques d'achat) et des raids
financiers où des investisseurs ou des entreprises cherchent à racheter des sociétés plus
petites ou concurrentes, souvent par voie hostile.

Cependant, ces opérations de grande envergure révèlent également certaines limites. Si elles
permettent d’obtenir des parts de marché rapidement, elles n’offrent pas toujours les synergies
attendues, et parfois même créent des inefficacités à cause de l'intégration difficile de
structures organisationnelles complexes. Par exemple, IBM et General Motors illustrent bien
cette tendance : bien qu’elles soient considérées comme des modèles de succès dans les
années 1960, ces entreprises finissent par accumuler des pertes importantes à la fin des années
1980 en raison de leur taille et de leur manque de réactivité face aux changements
technologiques et à l'évolution rapide du marché mondial.

1.2. Transition vers des fusions stratégiques et des alliances

Face à l’échec de nombreuses stratégies d’expansion basées uniquement sur le gigantisme, les
années 1990 marquent un tournant avec la réorientation des fusions vers des stratégies plus
ciblées. Les entreprises commencent à privilégier des fusions stratégiques visant à renforcer
leurs compétences clés plutôt qu’à se contenter de croître pour croître. Ces fusions sont plus
intelligentes et mieux structurées, souvent dans le but de consolider des avantages
concurrentiels spécifiques dans des secteurs de pointe comme la haute technologie, les
biotechnologies ou l’énergie.
Un autre aspect de cette évolution est l’importance croissante des alliances stratégiques,
souvent sous forme de partenariats inter-entreprises, visant à exploiter les synergies dans
des domaines spécifiques, tels que la recherche et développement, l'accès aux marchés, et la
gestion de chaînes d'approvisionnement globales.

2. La mondialisation et la compétition accrue : La quête de compétitivité globale

Les années 1980 sont aussi marquées par un phénomène de mondialisation technique qui
redéfinit les règles du jeu sur les marchés mondiaux. Ce phénomène résulte de plusieurs
facteurs :

• L’essor des technologies de l’information : L’Internet et les systèmes de gestion


informatisés permettent une communication instantanée et une gestion plus efficace
des réseaux mondiaux de production. Les entreprises peuvent désormais coordonner
des activités réparties sur plusieurs continents avec une fluidité accrue, réduisant ainsi
les coûts de gestion.
• La libéralisation des marchés : L’ouverture progressive des marchés à l’international
et la réduction des barrières commerciales favorisent les échanges et créent une
concurrence accrue. Les entreprises doivent donc redoubler d’efforts pour maintenir
ou augmenter leur part de marché face à des compétiteurs internationaux.
• L’augmentation des flux de capitaux : Le capital devient de plus en plus fluide,
permettant à de nouvelles firmes de se financer plus facilement, mais augmentant
également la pression sur les entreprises établies qui doivent rester compétitives sur
un marché mondial.

2.1. Les défis liés à la mondialisation et à la concurrence mondiale

La mondialisation entraîne des pressures concurrentielles considérables. Les entreprises


doivent faire face à des compétiteurs non seulement sur le marché local, mais aussi à l’échelle
mondiale, avec des acteurs provenant de pays émergents qui, souvent, peuvent offrir des
coûts de production beaucoup plus bas. Ces nouvelles dynamiques amènent les entreprises à
repenser leurs stratégies de localisation et à décentraliser certaines de leurs opérations pour
maximiser leur compétitivité.

Une autre conséquence majeure de la mondialisation est l’accélération du changement


technologique, notamment dans les secteurs liés à l’information, à l’électronique, et à
l’automobile. Les firmes doivent constamment investir dans l’innovation pour rester
pertinentes, et ce, dans un contexte où l’obsolescence des technologies devient de plus en
plus rapide.

3. Les restructurations et l’évolution des modèles de gestion : La flexibilité


comme moteur de compétitivité

3.1. L’importance de la flexibilité organisationnelle

Les années 1980 et 1990 marquent une révolution dans la gestion des ressources humaines.
Les entreprises se tournent vers des modèles de gestion flexibles et décentralisés. La
centralisation lourde et la rigidité organisationnelle cèdent la place à des structures plus
légères et adaptables, capables de réagir rapidement aux défis du marché.
Aux États-Unis, cette période est caractérisée par la flexibilité des salaires et des emplois.
Les entreprises font appel à des contractuels, à des freelances, et à des partenaires externes
pour optimiser les coûts et augmenter leur réactivité. En effet, cette flexibilité de l’emploi
permet aux firmes de s’adapter à des cycles économiques de plus en plus courts et incertains,
tout en réduisant les coûts fixes.

3.2. Réorganisation des chaînes de valeur mondiales

Les entreprises redéfinissent également leur modèle de production et de distribution à


l’échelle mondiale. Les chaînes de valeur mondiales se réorganisent pour répondre aux
nouveaux impératifs du marché. Au lieu d’opérer des structures de production fortement
centralisées, de nombreuses entreprises externalisent des parties de leur production à des
pays à bas coût, tout en concentrant leur activité principale sur des domaines à haute valeur
ajoutée comme la recherche, le marketing et la gestion de l’innovation.

Ainsi, les entreprises concentrent de plus en plus leur attention sur les compétences clés – les
domaines dans lesquels elles sont les plus compétitives – et cherchent des alliances
stratégiques ou des partenariats technologiques pour combler leurs lacunes.

Une période de transition vers des modèles d'affaires globalisés

Les années 1980 et 1990 représentent une transition majeure dans la manière dont les
entreprises mondiales sont organisées. La financiarisation de l’économie et la
mondialisation technique changent profondément les stratégies de croissance, la gestion
des ressources humaines et l'organisation interne des firmes. L’intensification de la
concurrence mondiale et la pression pour l'innovation imposent une flexibilité accrue et
une restructuration continue des entreprises.

La quête de compétences clés et l’émergence de partenariats stratégiques deviennent les


piliers de la compétitivité, tandis que les entreprises doivent s’adapter rapidement aux
changements technologiques et aux nouvelles réalités économiques mondiales. Ce processus
de transformation continue à façonner l’environnement économique global jusqu’à
aujourd’hui, où les entreprises multinationales sont devenues des acteurs incontournables dans
l’économie mondialisée.

Avoir des compétences clés : Stratégie de concentration et


d'homogénéisation sectorielle
Les stratégies de croissance des grandes entreprises multinationales (FMN) ont évolué
considérablement au fil du temps, en particulier au cours des dernières décennies. L'une des
tendances majeures de ces dernières années a été la recentrage sur des activités stratégiques
et l'abandon des conglomérats disparates. Autrefois, les firmes cherchaient à diversifier
leurs activités pour répartir les risques et augmenter leur rentabilité en s'implantant dans
divers secteurs. Cependant, cette approche a montré ses limites, notamment en termes de
gestion, de coordination et de rentabilité. Les FMN ont progressivement abandonné cette
logique pour se concentrer sur leurs compétences clés, dans le but de dominer un secteur
spécifique à l'échelle mondiale.
1. Le déclin des conglomérats et la montée des spécialisations sectorielles

Au fur et à mesure que la mondialisation et la financiarisation ont accru la pression


concurrentielle et les exigences de rentabilité, les firmes ont réalisé que l'expansion
horizontale dans des secteurs disparates compliquait leur gestion stratégique et leur capacité
à maximiser l'innovation. Une entreprise comme General Motors, par exemple, se sépare de
EDS (Electronic Data Systems), une société informatique, car celle-ci était trop éloignée de
son cœur de métier automobile. Ce phénomène, qui touche aussi d'autres grands conglomérats
comme Westinghouse, montre une volonté de se recentrer sur les activités de noyau ou de
compétences clés afin de renforcer la cohérence stratégique et l’efficacité opérationnelle.

1.1. La spécialisation sectorielle : Dominer un secteur spécifique à l’échelle mondiale

Aujourd’hui, pour qu’une firme soit compétitive à l’échelle mondiale, elle doit se concentrer
sur un secteur spécifique dans lequel elle peut devenir leader, en maximisant ses avantages
comparatifs et ses compétences uniques. Cette logique de spécialisation a conduit de
nombreuses entreprises à se séparer de certaines de leurs activités et à réduire la diversité
de leurs portefeuilles.

Ainsi, Westinghouse se retire de ses activités industrielles pour se concentrer sur la


communication, un domaine qui est en parfaite adéquation avec ses capacités et sa stratégie à
long terme. Ce type de réorganisation reflète l'idée que pour être compétitif à l'échelle
mondiale, une entreprise doit être capable de concentrer ses ressources, sa recherche et son
développement (R&D) sur des technologies et des produits spécifiques qui lui donnent un
avantage stratégique sur ses concurrents.

2. Réduction des coûts et flexibilité : Une conséquence inévitable

Le processus de rationalisation des activités s’accompagne souvent de réductions d’effectifs et


de fermetures d’usines. Cela fait partie d’une logique plus large de réduction des coûts, de
réajustement des capacités de production et de flexibilité accrue. Par exemple, Sunbeam,
une entreprise spécialisée dans l'électroménager, ferme 70% de ses usines et licencie 50% de
ses effectifs en 1996. De même, Boeing, dans un contexte de restructuration en 1993, procède
à la suppression de 28 000 postes, tout en continuant à générer un chiffre d'affaires de 50
milliards de dollars. Ces restructurations massives sont vues comme une nécessité pour
améliorer la rentabilité et la compétitivité des entreprises sur un marché de plus en plus
mondialisé et concurrentiel.

2.1. La flexibilité comme levier stratégique

Le but de ces restructurations est de rendre l’entreprise plus flexible et réactive face aux
fluctuations du marché mondial. L’approfondissement de la flexibilité organisationnelle et
des coûts de main-d’œuvre permet aux entreprises de s'adapter plus rapidement aux
évolutions économiques, aux changements technologiques ou aux nouvelles exigences des
consommateurs. Cela inclut une plus grande externalisation de certaines fonctions
(production, services non stratégiques, etc.) et l’optimisation des processus en interne.
3. Unité des FMN et diversité des acteurs dans l'économie mondialisée

Il est important de noter que parler des FMN comme si elles formaient un ensemble
homogène est réducteur. Bien qu'il existe des "mastodontes" comme Ford, des entreprises
monumentales capables de dominer de larges segments de marché, un autre phénomène
intéressant a émergé : la montée en puissance de petites et moyennes entreprises (PME) qui,
bien qu’étant de taille modeste comparées aux géants de l'industrie, ont également une
présence internationale. Ces PME, souvent qualifiées de "multinationales" à leur échelle,
sont en réalité très dynamiques et adoptent des stratégies spécifiques pour pénétrer des
marchés mondiaux, principalement via des alliances stratégiques, des partenariats et un
usage intensif de la technologie.

3.1. La montée des PME multinationales

Les PME multinationales se caractérisent par leur capacité à exploiter des niches de marché
mondiales et à se développer à travers des réseaux plutôt que par une simple expansion
géographique. Elles bénéficient souvent d'une flexibilité accrue, ce qui leur permet d'innover
plus rapidement que les grandes firmes, tout en exploitant les avantages d'une structure
organisationnelle plus légère. Cela témoigne de la diversité des modèles économiques dans
la mondialisation actuelle : les géants industriels et les petites entreprises agiles peuvent
coexister et prospérer simultanément, bien qu'ils adoptent des stratégies radicalement
différentes pour affronter les défis mondiaux.

Conclusion : Une transformation continue des stratégies des FMN

L’évolution des stratégies des firmes multinationales dans les dernières décennies témoigne
d’un phénomène de spécialisation sectorielle renforcée, de rationalisation des coûts et d'une
recherche incessante de flexibilité organisationnelle. Les grandes FMN se concentrent sur
des secteurs où elles peuvent exploiter leurs compétences clés, tout en abandonnant des
activités périphériques qui ne sont pas en adéquation avec leur stratégie de domination
mondiale. Parallèlement, la diversité des acteurs économiques, incluant aussi bien des géants
industriels que des PME multinationales, reflète la complexité croissante de l'économie
mondialisée, où les réseaux et les alliances stratégiques jouent un rôle central dans la
compétitivité globale.

Des firmes très diverses : La diversité des modèles d'entreprises


multinationales (FMN)
Les entreprises multinationales (FMN) ne se limitent pas aux grandes firmes industrielles,
souvent perçues comme les mastodontes économiques, telles que General Motors ou Ford.
En réalité, le paysage des FMN est beaucoup plus diversifié et englobe également des PME
dynamiques, en particulier dans des secteurs à forte valeur ajoutée tels que les technologies
de pointe, les biotechnologies, ou les industries numériques. Cette diversification des
formes organisationnelles et des stratégies illustre la manière dont la mondialisation affecte
des entreprises de tailles variées, des gros conglomérats aux petites entreprises de haute
technologie.
1. La distinction entre taille et valeur : Les PME technologiques

Aux États-Unis, ce phénomène est particulièrement manifeste. Le modèle des PME de haute
technologie est un exemple frappant de l'évolution des FMN modernes. Ces entreprises, bien
qu'elles soient souvent de petite taille en termes de chiffres d'affaires, possèdent une valeur
stratégique considérable, principalement en raison de leur innovation, de leurs technologies
avancées et de leur capacité à se développer rapidement dans des niches mondiales. La taille
d'une entreprise n'est donc plus un critère central pour évaluer son influence internationale ;
c'est sa valeur ajoutée et son potentiel d'innovation qui deviennent déterminants.

Cela est bien illustré par des figures comme Bill Gates et Steve Jobs, qui ont fondé des
géants mondiaux tels qu'Apple et Microsoft à partir de petites entreprises dans les années
1970 et 1980. Ces entreprises ont pu se développer grâce au soutien d'investisseurs en
capital-risque ou venture capitalists, des financiers prêts à prendre des risques en soutenant
des start-ups prometteuses. En effet, chaque année, plusieurs milliards de dollars sont investis
dans ces jeunes entreprises de haute technologie à travers le monde, un phénomène
particulièrement concentré dans les régions des Silicon Valley en Californie et Austin au
Texas, aux États-Unis.

1.1. Le rôle du capital-risque et du Nasdaq

Les venture capitalists jouent un rôle clé dans cette dynamique, en fournissant les fonds
nécessaires pour permettre aux jeunes entreprises de se développer rapidement et d'atteindre
une échelle internationale. Cela permet aux petites entreprises d'innover à grande échelle et de
concurrencer des firmes bien établies. Le Nasdaq, fondé en 1971, en est un exemple
emblématique. Cette bourse électronique a permis à plus de 5 200 entreprises jeunes,
principalement situées en Californie ou au Texas, de lever des fonds et de se faire connaître au
niveau mondial. Le Nasdaq est devenu un centre névralgique pour ces entreprises, en
particulier dans les secteurs de la technologie, de l'informatique, de l'intelligence artificielle
et des biotechnologies, et il symbolise la montée en puissance de petites entreprises aux
capacités mondiales.

2. La classification des FMN : Taille vs Organisation

La taille d'une firme, bien qu'importante pour certains aspects de sa compétitivité, n'est pas le
seul critère qui définit une FMN. Selon l'Organisation des Nations Unies (ONU), par
exemple, les FMN les plus puissantes sont souvent qualifiées de "transnationales".
Cependant, cette distinction repose non seulement sur la taille mais aussi sur la structure
organisationnelle et les stratégies de gestion. En effet, l’organisation et la flexibilité d’une
firme sont souvent plus révélatrices de son potentiel à exercer une influence mondiale que sa
taille brute.

Ainsi, une firme peut être classée comme une FMN en fonction de son chiffre d'affaires
(CA), de sa valeur ajoutée, de son bilan, de ses effectifs ou encore de sa présence
géographique. Mais au-delà de ces critères, ce qui fait la puissance d'une FMN aujourd'hui
réside dans sa capacité à s'intégrer dans des réseaux mondiaux, à gérer des flux complexes
d'informations et de ressources, et à créer de la valeur ajoutée par l'innovation et la
flexibilité. En ce sens, une grande entreprise ne se contente plus d’être une simple "grande
firme" : elle devient un centre d’un réseau qui interagit avec d'autres entreprises, petites ou
grandes, pour maximiser ses capacités stratégiques et technologiques.
3. Le rôle croissant des petites entreprises dans un monde globalisé

Ce modèle de réseaux mondiaux est au cœur de l'évolution des FMN. Aujourd'hui, les
grandes firmes ne sont plus des entités autonomes, mais des nœuds dans des réseaux
globaux qui englobent une multitude de petites entreprises. Ces petites entreprises apportent
souvent des compétences spécialisées, de l'innovation, et de la valeur ajoutée qui
permettent aux grandes entreprises de maintenir leur position sur les marchés mondiaux. Par
exemple, une grande entreprise automobile peut s'associer avec une start-up de technologie
des batteries ou une PME spécialisée dans l'intelligence artificielle pour développer des
solutions novatrices, tout en restant concentrée sur son cœur de métier. Ce modèle de
collaboration temporaire mais stratégique entre grandes firmes et petites entreprises est
devenu un moteur de croissance pour les FMN modernes.

3.1. Une évolution stratégique : Les grandes entreprises comme centres de réseaux

Ce changement dans l’organisation des FMN montre bien que la grande entreprise n’est plus
seulement un monolithe économique, mais un centre dynamique dans un réseau complexe
où des petites entreprises, souvent très spécialisées, jouent un rôle essentiel. Ces petites
entreprises peuvent apporter une expertise particulière, développer des nouvelles
technologies ou offrir des solutions spécifiques que les grandes entreprises ne peuvent
développer seules, en raison de la spécialisation requise ou des coûts élevés de recherche et
développement (R&D).

La complémentarité entre grandes et petites entreprises dans l'économie mondiale

La diversification des modèles de FMN souligne une transformation profonde dans


l’économie mondiale, où la taille n'est plus l'indicateur central de la puissance d'une
entreprise, mais plutôt sa capacité à innover, à s'adapter aux changements technologiques et
à s'intégrer dans des réseaux globaux. Les grandes entreprises, bien que toujours
dominantes, évoluent vers un rôle de centre stratégique, connectant de petites entreprises
innovantes pour maximiser leur compétitivité à l’échelle mondiale. Cette interdépendance
entre grandes entreprises et PME est un élément central de l'économie mondialisée,
caractérisée par des flux d'information, des alliances et des collaborations internationales, où
l'innovation et la flexibilité jouent un rôle de plus en plus crucial.

Graphes

Voici une version approfondie de votre texte, détaillant davantage les concepts et leurs
implications :

Une production éclatée : la fin des filiales


Les firmes multinationales (FMN) ont longtemps été définies par la présence de filiales dans
différents pays, assurant des activités de production et de distribution. Selon l’ONU, une
FMN est une « entreprise originaire d’un pays ayant des activités stables », contrôlant « des
filiales dans au moins deux pays étrangers, où elle réalise plus de 10 % de son chiffre
d’affaires ».
Cependant, ce modèle traditionnel est de plus en plus remplacé par une stratégie de
production éclatée, où les grandes firmes n’opèrent plus exclusivement à travers leurs filiales.
Désormais, la clé du succès réside dans la capacité à repérer et mobiliser les meilleures
compétences et les technologies les plus avancées, où qu’elles se trouvent dans le monde.

Vers un réseau mondial de partenaires

Les FMN construisent aujourd’hui des réseaux flexibles composés de partenaires sous contrat.
Ces partenaires sont choisis pour leur expertise dans des domaines spécifiques, qu’il s’agisse
de la conception, de la fabrication ou de la distribution. Ce système permet aux firmes de
s’adapter rapidement aux évolutions technologiques, aux conditions du marché et aux
exigences des consommateurs.

Dans ce modèle, la maison-mère conserve un rôle central. Elle contrôle les décisions
stratégiques, gère le financement, et supervise l’ensemble du réseau. Cependant, les activités
opérationnelles sont souvent déléguées à des sociétés partenaires. Par exemple, General
Motors collabore avec près de 800 entreprises spécialisées dans des domaines tels que
l’ingénierie, la logistique et les services. Ces sociétés sous contrat apportent une flexibilité
précieuse tout en répartissant les risques opérationnels.

La notion de « firme-réseau »

Des économistes comme Kenichi Ohmae et Robert Reich ont popularisé l’idée de la « firme-
réseau », une organisation qui transcende les frontières nationales et remet en question le rôle
des États dans l’économie mondiale. Selon eux, les firmes ne peuvent plus se limiter aux
cadres rigides des réglementations étatiques, souvent perçus comme des contraintes. La
mondialisation offre un terrain propice à la création de structures flexibles et transnationales,
capables de mobiliser des ressources globales pour maximiser leur performance.

Cette organisation repose sur une architecture décentralisée mais interconnectée :

• Le centre : La maison-mère, responsable des orientations stratégiques et de la gestion des


ressources.
• La nébuleuse : Un ensemble de sociétés partenaires aux statuts variés (indépendantes, sous-
traitantes, co-entreprises), chargées de missions spécifiques.

Les avantages et les limites du modèle

Avantages :

1. Agilité : Les firmes peuvent s’adapter rapidement aux changements de marché ou aux
innovations technologiques.
2. Réduction des coûts : L’externalisation permet de limiter les coûts fixes en évitant des
investissements massifs dans des infrastructures.
3. Accès aux talents globaux : Les firmes peuvent recruter les meilleurs ingénieurs et
inventeurs, quel que soit leur emplacement géographique.

Inconvénients :
1. Dépendance : La firme-mère est tributaire de la performance de ses partenaires. Une
défaillance à un point du réseau peut perturber l’ensemble.
2. Perte de contrôle : Le recours à des partenaires indépendants peut compliquer la
coordination et diluer la culture d’entreprise.
3. Risques liés aux contrats : Les relations contractuelles, souvent limitées dans le temps,
nécessitent des négociations régulières, ce qui peut engendrer des tensions ou des ruptures.

Une production « éclatée » comme modèle dominant

Les exemples de Hewlett-Packard et Hitachi montrent à quel point ce modèle est répandu. En
1990, Hewlett-Packard collaborait avec 50 entreprises indépendantes, tandis qu’Hitachi
comptait 60 partenaires. Ces sociétés, souvent des PME innovantes, sont intégrées dans un
réseau mondial où chaque acteur joue un rôle précis.

Ce phénomène s’inscrit dans une logique d’externalisation. La production n’est plus confinée
aux frontières des filiales, mais répartie à travers un réseau mondial d’entreprises
indépendantes. Cette stratégie, appelée aussi « outsourcing », permet aux FMN de concentrer
leurs ressources sur leur cœur de métier tout en profitant des compétences externes.

Une vision économique en mutation

Ce modèle remet également en question les approches traditionnelles de la gestion


économique. La production éclatée illustre une transition vers une économie de l’innovation
et de la collaboration. Les firmes-réseaux combinent rigueur scientifique et pragmatisme
économique pour optimiser leurs opérations. Ce paradigme reflète l'évolution d’une économie
mondiale où la flexibilité, l'agilité et la recherche d'excellence prennent le pas sur les
structures rigides et centralisées du passé.

Un véritable puzzle : La production mondiale éclatée


1. Une globalisation intégrale de la production

La description d’une voiture conçue, financée, assemblée et équipée par des acteurs situés
dans différents pays illustre l’ampleur de la mondialisation industrielle. Ce phénomène repose
sur plusieurs facteurs économiques :

• Réduction des coûts : Les entreprises répartissent les différentes étapes de la chaîne de
valeur dans des régions où les coûts (main-d’œuvre, matières premières, logistique) sont les
plus compétitifs.
• Recherche d’expertise : Chaque région ou pays devient un pôle d’excellence dans un
domaine spécifique (conception en Californie, ingénierie en Allemagne, production en Asie,
etc.).
• Adaptation aux marchés locaux : La dispersion permet de répondre aux goûts variés des
consommateurs tout en respectant les régulations locales.

2. La question de la nationalité des produits

Dans ce contexte de production éclatée, la question de la "nationalité" des biens devient


complexe :
• Appartenance floue : Un produit peut être issu d’un réseau international, rendant difficile
l’identification d’un pays unique d’origine.
• Création de valeur : Le pays qui héberge la société mère (ou le centre de conception) peut
être considéré comme le plus influent, car il bénéficie des marges et des profits.
• Exemple concret : Une voiture "japonaise" comme la Toyota Corolla peut être conçue au
Japon, mais fabriquée dans des usines aux États-Unis avec des pièces provenant de divers
pays.

Analyse économique : Les indicateurs traditionnels comme la balance commerciale devient


moins pertinente dans ce cadre. Les États sont parfois critiques vis-à-vis des FMN, car celles-
ci captent des profits mondiaux tout en contribuant peu à l’économie locale.

3. La firme-réseau : un modèle décentralisé et instable

La transition vers une firme-réseau, où conception et production sont éclatées, a transformé


l’économie mondiale :

• Dépendance mutuelle : La firme-mère coordonne un ensemble d’acteurs dispersés


géographiquement, créant une forte interdépendance.
• Flexibilité accrue : Ce modèle permet une grande agilité face aux évolutions du marché, mais
il est également fragile face aux crises (comme les perturbations de la chaîne
d’approvisionnement).
• Risque de fragmentation : L’éclatement géographique expose les entreprises aux risques
politiques, économiques ou environnementaux propres à chaque région.

Exemple : Lors de la pandémie de COVID-19, la fermeture de frontières et la perturbation


des chaînes logistiques ont causé des retards et des pénuries importantes, notamment dans
l’industrie automobile.

4. Le rôle clé de l’innovation et de la conception

Dans ce modèle, la valeur ajoutée se déplace vers les activités intellectuelles comme la
recherche et développement (R&D), la conception, et le marketing :

• Avantage compétitif : Les entreprises qui maîtrisent la conception et l’innovation capturent


la majorité des marges. Les étapes de production, souvent externalisées, sont moins
rentables.
• Capital humain global : Les entreprises recrutent les meilleurs talents à travers le monde,
indépendamment des frontières.
• Centralité de l’idée : Comme indiqué dans votre texte, la société qui génère les idées devient
le véritable cœur du système, surpassant même la maison-mère.

Exemple : Apple, bien que ses iPhones soient fabriqués en Chine, conserve un contrôle
absolu sur la conception et engrange l’essentiel des profits grâce à sa marque et son
écosystème.

5. La dispersion géographique comme levier économique

La dispersion géographique des étapes de la production, décrite comme un "facteur puissant


de dispersion géographique", reflète des choix stratégiques rationnels :
• Optimisation fiscale : Les entreprises s’installent dans des pays à fiscalité avantageuse pour
maximiser leurs profits.
• Proximité des marchés : Une fabrication régionale permet de réduire les coûts logistiques et
de répondre plus rapidement aux besoins locaux.
• Diversification des risques : En répartissant les activités, les firmes limitent leur exposition
aux perturbations dans un seul pays ou région.

Conséquences économiques :

• Les régions attractives pour les entreprises (comme l’Asie du Sud-Est pour l’électronique)
bénéficient d’un développement économique rapide.
• À l’inverse, les pays où les activités sont délocalisées subissent une désindustrialisation et
une perte d’emplois.

6. Les outils numériques pour connecter le puzzle mondial

Les technologies numériques permettent de surmonter les défis liés à cette dispersion :

• Coordination en temps réel : Les outils comme le cloud, les logiciels de gestion intégrée
(ERP), et l’IA facilitent la gestion des opérations complexes.
• Communication et collaboration : Les ingénieurs, designers et partenaires peuvent travailler
ensemble à distance grâce à des plateformes collaboratives (par exemple, CAD pour la
conception).
• Optimisation logistique : Des outils avancés permettent de planifier et suivre les flux de
marchandises dans un réseau mondial.

Citation de R. Reich : « La fabrication devient mondiale… relie entre eux les dessinateurs,
ingénieurs, entrepreneurs, concessionnaires et revendeurs ». Cette interconnexion, rendue
possible par les technologies, est l’épine dorsale du modèle.

7. Les perspectives économiques et sociales

Perspectives économiques :

• Le modèle de production éclatée devrait continuer à dominer, mais les entreprises


pourraient se recentrer sur une stratégie de localisation (produire localement pour des
marchés spécifiques) afin de réduire les risques liés aux chaînes globales.
• Les investissements dans l’innovation et la R&D resteront le moteur principal de la croissance
des FMN.

Impacts sociaux :

• Des opportunités d’emploi apparaissent dans les hubs technologiques et industriels, mais
souvent au détriment des zones désindustrialisées.
• Les questions éthiques (conditions de travail des sous-traitants, durabilité environnementale)
deviendront de plus en plus critiques pour les entreprises et les gouvernements.

Un reseau d’entreprises

schema
une cascade de delocalisation
attention aux definition

les vraix IDE

1. Définir précisément les délocalisations et les IDE

1.1 Les investissements directs à l’étranger (IDE)

Un IDE implique un apport de capitaux substantiel à l’étranger pour contrôler, gérer ou


influencer une activité productive. On distingue trois types majeurs d’IDE :

1. Création d’entreprise ex nihilo (greenfield investment) :


o Une entreprise investit intégralement pour construire une nouvelle entité.
o Fréquent avant les années 1970, particulièrement dans les pays en développement
(PED).
o Exemple : Toyota ouvrant une usine de fabrication automobile en Afrique pour
pénétrer ce marché.
2. Rachat d’une société existante (brownfield investment) :
o Plus rapide que la création, il permet d’acquérir une entreprise déjà opérationnelle.
o Courant dans les échanges entre pays développés pour gagner du temps et réduire
les risques liés à l’implantation.
o Exemple : Une multinationale française rachetant une chaîne de distribution en
Allemagne.
3. Détention partielle de capital (joint-venture ou partenariat) :
o La prise de participation minoritaire ou majoritaire permet d’accéder à un marché
étranger tout en respectant les lois locales.
o Fréquent dans les PED où les lois limitent la propriété étrangère directe.
o Exemple : Starbucks s’associant avec des partenaires chinois pour gérer ses
franchises en Chine.

1.2 Les délocalisations au sens strict

La délocalisation désigne :

• Un transfert d’activité productive d’un pays vers un autre, souvent motivé par la recherche
de meilleures conditions économiques (main-d’œuvre moins chère, fiscalité favorable,
proximité des matières premières ou des marchés).
• Elle implique un investissement direct qui nécessite l’achat ou la création d’infrastructures
dans le pays hôte.

Attention aux confusions fréquentes :

• La délocalisation n’inclut pas nécessairement la sous-traitance internationale ni les


importations.
• Exemple de confusion : L’achat de produits fabriqués en Chine sous contrat avec des
entreprises locales n’est pas une délocalisation, mais une stratégie d’approvisionnement
international.
2. Les raisons économiques des délocalisations

2.1 Réduction des coûts

• Coûts de production :
o Délocaliser permet de bénéficier d’une main-d’œuvre moins chère.
o Exemple : L’industrie textile européenne délocalisée au Bangladesh pour des coûts
salariaux jusqu’à 10 fois inférieurs.
• Fiscalité :
o Certains pays proposent des incitations fiscales pour attirer les IDE.
o Exemple : L’Irlande avec un taux d’impôt sur les sociétés de 12,5 % pour attirer les
géants de la tech.

2.2 Accès aux marchés émergents

• Les entreprises investissent dans les PED pour pénétrer des marchés en pleine croissance.
• Exemple : Les constructeurs automobiles ouvrant des usines en Inde pour répondre à la
demande locale croissante.

2.3 Optimisation de la chaîne logistique

• Proximité des matières premières :


o Exemple : Les usines de transformation d’aluminium en Chine, à proximité des mines
bauxitiques.
• Réduction des délais de livraison :
o Installer des sites de production près des clients réduit les coûts logistiques.

3. Impact économique des délocalisations

3.1 Effets positifs

• Pour les entreprises :


o Réduction des coûts et augmentation des marges bénéficiaires.
o Renforcement de la compétitivité internationale.
• Pour les pays hôtes :
o Création d’emplois locaux.
o Transfert de technologies et de savoir-faire.
o Exemple : Les zones économiques spéciales en Chine ont permis l’intégration de
technologies étrangères, stimulant son essor industriel.

3.2 Effets négatifs

• Pour les pays d’origine :


o Perte d’emplois dans les secteurs délocalisés (effet dévastateur pour les régions
industrielles).
o Désindustrialisation progressive des économies avancées.
o Exemple : Fermetures d’usines automobiles en France dans les années 2000.
• Pour les pays hôtes :
o Conditions de travail parfois précaires, avec une faible réglementation sociale.
o Exemple : Les critiques envers les sweatshops textiles au Cambodge.
4. Les « vrais » IDE vs les partenariats sans capitaux

Il est crucial de distinguer les véritables IDE des autres formes de collaboration internationale
:

Type
Définition Exemples
d’investissement/collaboration

Apport direct de capitaux pour Usine de production Toyota


Vrais IDE
créer ou racheter une entreprise. en Inde.

Contrats de sous-traitance ou Apple sous-traitant


Partenariats sans capitaux
accords de coopération. l’assemblage à Foxconn.

H&M achetant des


Achat de biens ou de services à
Approvisionnement international vêtements produits au
l’étranger.
Vietnam.

5. Délocalisation : entre mythe et réalité

5.1 Les accusations fréquentes

• Les délocalisations sont souvent présentées comme responsables de :


o La perte d’emplois industriels.
o La concurrence déloyale des pays à bas salaires.
o La désindustrialisation des pays avancés.

5.2 Les limites de ces accusations

• Part des délocalisations dans la désindustrialisation :


o Une grande partie des pertes d’emplois industriels est due à la robotisation et à
l’automatisation, et non aux délocalisations.
o Exemple : En Allemagne, l’automatisation dans le secteur automobile a limité les
délocalisations tout en réduisant les emplois.
• Effet boomerang :
o Certaines délocalisations échouent en raison de la perte de contrôle sur la qualité ou
les coûts imprévus (logistique, fluctuation des devises).
o Exemple : Adidas a relocalisé une partie de sa production en Allemagne grâce à des
usines automatisées.

6. Vers une évolution des stratégies de délocalisation

6.1 Nearshoring et relocalisation

• Avec les crises logistiques récentes (COVID-19, guerre en Ukraine), certaines entreprises
préfèrent rapprocher leur production des marchés cibles (nearshoring).
• Exemple : Des entreprises européennes relocalisent en Europe de l’Est.
6.2 Vers une production durable

• Les consommateurs et les régulations incitent les entreprises à adopter des pratiques plus
responsables (empreinte carbone, conditions sociales).
• Exemple : Tesla cherchant à produire ses batteries en Europe pour réduire son empreinte
logistique.

1. Les délocalisations : une redistribution géographique des activités

1.1 Définition économique et motivations

La délocalisation est un processus par lequel une entreprise transfère tout ou partie de sa
production ou de ses services vers un autre pays. Cette stratégie repose sur plusieurs
motivations économiques :

• Réduction des coûts de production : Accès à une main-d'œuvre moins coûteuse.


• Recherche de compétitivité : Proximité des matières premières et réduction des coûts
logistiques.
• Accès à de nouveaux marchés : Capacité à s'implanter dans des zones de forte demande
potentielle.
• Exploitation du savoir-faire local : Certains pays possèdent des compétences techniques ou
industrielles spécifiques.

1.2 Une tendance accélérée mais encore partielle

Selon le rapport de la CNUCED de 2004, environ 70 % des 1000 premières entreprises


mondiales n'avaient pas encore délocalisé leurs services vers des pays à bas coûts, bien que
beaucoup projetaient de le faire. Cela démontre que :

• La délocalisation est un phénomène progressif, non universel, et motivé par des facteurs
économiques spécifiques.
• Les secteurs industriels diffèrent dans leur propension à délocaliser, selon la nature des biens
ou services produits.

2. Délocalisations et marché de l'emploi : une vision nuancée

2.1 Les effets sur l’emploi dans les pays d’origine

Les délocalisations sont souvent accusées d’être responsables du chômage dans les pays
industrialisés. Toutefois, les analyses montrent que cette vision est simpliste :

• La perte d'emplois manufacturiers : Elle est attribuée non seulement aux délocalisations,
mais également à la robotisation, à l’automatisation et aux changements structurels dans les
économies avancées.
• Des emplois "différents" détruits et créés : Comme le souligne la Direction des Relations
Économiques Extérieures (DREE), les emplois détruits par la concurrence des pays à bas
salaires ne sont pas de la même nature que ceux créés par l’innovation et la montée en
gamme.
Exemple illustratif :

• En Inde, le coût horaire pour fabriquer une chemise est de 4,40 dollars contre 7,50 dollars
aux États-Unis. Cependant, le temps nécessaire à la production est de 23 minutes en Inde
contre seulement 14 minutes aux États-Unis, en raison d’une productivité bien plus élevée
dans ce dernier cas.

2.2 L’impact sur les pays d’accueil

Les pays en développement bénéficient des délocalisations sous diverses formes :

• Création d’emplois locaux : L’exemple de Nike illustre ce phénomène, avec seulement 9000
employés directs mais plus de 70 000 emplois générés via la sous-traitance en Asie.
• Transfert technologique et formation : Les IDE introduisent de nouvelles technologies et
pratiques, améliorant la compétitivité des économies locales.
• Augmentation des exportations : Les produits fabriqués dans ces pays sont souvent destinés
aux marchés internationaux, renforçant leur rôle dans le commerce mondial.

3. Les dynamiques des IDE : entre pays industrialisés et pays en développement

3.1 Répartition des IDE : le rôle des pays industrialisés

Les flux d’IDE sont majoritairement concentrés entre les pays développés :

• En 1995, 70 % des IDE étaient dirigés vers les pays industrialisés, contre 15 % en moyenne
vers les PED entre 1985 et 1990.
• Cette tendance s’explique par :
o La recherche de marchés consommateurs solvables.
o L’existence d’infrastructures et de cadres juridiques fiables.

3.2 L’essor des IDE vers les PED

Bien que minoritaires, les IDE vers les pays en développement ont augmenté pour plusieurs
raisons :

• Accès aux matières premières : Les pays riches cherchent à sécuriser leurs
approvisionnements.
• Coût de la main-d’œuvre : Les écarts salariaux restent un facteur d’attraction.
• Croissance des marchés locaux : L’émergence d’une classe moyenne dans les PED offre des
opportunités commerciales.

4. Les multinationales comme moteur des délocalisations et des IDE

4.1 Le rôle central des multinationales

Les firmes multinationales (FMN) orchestrent les flux d’IDE et les délocalisations. Leur
stratégie repose sur :
• Une organisation en réseau global : La production, la conception et la distribution sont
éclatées entre différents pays selon les avantages comparatifs.
• Une recherche constante de valeur ajoutée : La production est externalisée dans des pays à
faibles coûts, tandis que la conception et l’innovation restent dans les pays développés.

Exemple :

Nike produit 90 % de ses articles en Asie, mais la conception et le marketing restent aux
États-Unis, générant l’essentiel de sa valeur ajoutée.

4.2 Les facteurs clés des décisions de localisation

Les multinationales privilégient les pays offrant :

• Une main-d'œuvre compétente et bon marché.


• Des infrastructures adaptées.
• Une stabilité politique et juridique.
• Un accès privilégié aux marchés régionaux (accords commerciaux, zones économiques
spéciales).

5. Les solutions face aux défis des délocalisations

5.1 Monter en gamme pour les pays industrialisés

La seule manière de contrer les délocalisations est de se spécialiser dans la production de


biens et services à haute valeur ajoutée :

• Innovation technologique : Investir dans la recherche et le développement pour maintenir


une avance compétitive.
• Qualification de la main-d'œuvre : Former les travailleurs aux nouvelles technologies et à
des compétences hautement spécialisées.

5.2 Pour les PED : maximiser les avantages des IDE

• Renforcer les cadres réglementaires : Éviter la dépendance excessive vis-à-vis des


multinationales et assurer un transfert durable de savoir-faire.
• Développer des industries locales : En utilisant les IDE comme levier pour diversifier
l’économie.

un équilibre économique mondial à trouver

Les délocalisations ne sont pas seulement un phénomène économique, mais un processus qui
reflète l’interconnexion croissante des économies mondiales. Bien qu’elles suscitent des
débats intenses, elles offrent aussi des opportunités significatives pour les pays d’origine et
d’accueil. La clé réside dans l’adaptation, l’innovation et une coopération internationale
équilibrée pour garantir des bénéfices mutuels et limiter les effets négatifs.
1. Les bénéficiaires des délocalisations : une approche différenciée

1.1 Les pays à haut niveau de vie : les "nations émettrices"

Les nations développées, comme les États-Unis, l’Europe des 15 ou le Japon, sont parmi les
principaux acteurs de la délocalisation. Elles en tirent des bénéfices économiques et
stratégiques significatifs :

• Optimisation des coûts : En transférant des activités à faible valeur ajoutée vers des régions
où la main-d’œuvre est moins coûteuse, ces pays réduisent les coûts de production et
augmentent la compétitivité de leurs firmes multinationales (FMN).
• Renforcement des avantages comparatifs : Selon la théorie économique classique de
l’avantage comparatif, les pays développés se concentrent sur des secteurs où ils possèdent
une expertise unique, comme les hautes technologies ou les services financiers.
• Croissance des FMN : Les entreprises qui délocalisent augmentent leur rentabilité en
accédant à de nouveaux marchés et en réduisant leurs coûts opérationnels.

Exemple :

En France, environ 30 % des emplois créés grâce aux investissements étrangers en 1995
concernaient les hautes technologies, soulignant l'importance des secteurs à forte valeur
ajoutée dans ces économies.

1.2 Les nouvelles puissances industrielles (NPI)

Les NPI, comme la Corée du Sud, profitent également des délocalisations grâce à leur
insertion croissante dans les chaînes de valeur mondiales.

• Expansion des FMN nationales : Des entreprises comme Daewoo possèdent une présence
mondiale avec plus de 80 sites de production, démontrant leur capacité à se mondialiser
rapidement.
• Accumulation de capital technologique : Les délocalisations permettent à ces pays de
recevoir des transferts technologiques et de se positionner dans des secteurs de plus en plus
complexes.
• Création d’emplois : Ces pays bénéficient d’une industrialisation rapide grâce à l’afflux
d’investissements étrangers, créant une main-d’œuvre qualifiée et générant de la richesse.

Focus :

Les NPI ne se limitent pas à recevoir des IDE : elles deviennent elles-mêmes émettrices. Par
exemple, la Corée du Sud investit dans d'autres pays en développement, poursuivant ainsi une
stratégie de diversification économique.

2. L'impact économique des délocalisations sur les pays d'origine

2.1 Les ajustements nécessaires


Les délocalisations imposent des réformes structurelles dans les pays émetteurs, souvent
douloureuses mais nécessaires pour s'adapter à la concurrence mondiale :

• Flexibilité salariale : La concurrence internationale exerce une pression à la baisse sur les
salaires dans les secteurs exposés. Cette dynamique est particulièrement visible dans des
industries comme le textile ou la chaussure.
• Reconversion sectorielle : Les emplois dans des secteurs traditionnels (textile, métallurgie)
doivent être redéployés vers des secteurs innovants comme l’électronique, les
biotechnologies ou les services numériques.

Défis pour les salariés :

• Formation et reconversion : Les travailleurs des secteurs en déclin doivent acquérir de


nouvelles compétences, souvent coûteuses en temps et en ressources.
• Chômage structurel : Tous les emplois perdus ne trouvent pas immédiatement de substitut,
exacerbant les tensions sociales.

2.2 Les gains pour les pays développés

Malgré ces ajustements, les pays développés tirent parti des délocalisations grâce à leur
attractivité économique et leur capacité à mobiliser des investissements étrangers :

• Renforcement de la compétitivité : Les économies à haut niveau de vie attirent des IDE dans
des secteurs stratégiques grâce à leurs infrastructures de qualité et leur main-d'œuvre
qualifiée.
• Création d’emplois dans les services : Bien que certains emplois industriels soient perdus, les
économies développées compensent partiellement par une montée en puissance des
services à haute valeur ajoutée.

Exemple chiffré :

Entre 1993 et 1995, les IDE en France ont connu une hausse annuelle moyenne de 9 % à 15
%, reflétant la capacité d’attraction des pays industrialisés pour les capitaux étrangers.

3. Les pays en développement : une concurrence croissante mais non absolue

3.1 Une menace relative pour les pays développés

La concurrence des pays en développement n’est pas la seule cause des pertes d’emploi dans
les pays développés :

• Écarts de productivité : Par exemple, bien que les salaires horaires soient plus faibles en Inde
(4,40 dollars contre 7,50 dollars aux États-Unis), la productivité y est également inférieure
(temps de fabrication plus long).
• Secteurs complémentaires : Les biens produits dans les PED diffèrent souvent de ceux des
pays industrialisés, minimisant une concurrence frontale.

3.2 Les pays en développement comme moteurs de croissance mondiale


Les délocalisations vers le Sud stimulent leur intégration dans l’économie mondiale :

• Croissance des exportations : Les produits fabriqués dans ces pays sont destinés aux
marchés mondiaux.
• Augmentation des IDE entrants : Ces flux de capitaux soutiennent la construction
d’infrastructures et la diversification économique.

4. Une redistribution Nord-Nord : un phénomène sous-estimé

4.1 Les flux Nord-Nord dominants

Contrairement aux idées reçues, une part importante des délocalisations et des IDE s'effectue
entre pays industrialisés :

• Les FMN cherchent avant tout des environnements économiques et juridiques stables, ainsi
qu’un accès aux marchés solvables.
• En 1995, plus de 70 % des IDE mondiaux se dirigeaient encore vers des pays développés,
démontrant que le Nord reste le principal foyer d’investissement.

4.2 Rôle des "vieilles nations industrielles"

Les pays développés conservent leur attractivité grâce à des avantages compétitifs durables :

• Infrastructures avancées : Réseaux de transport, télécommunications et capacités


logistiques de pointe.
• Population qualifiée : Main-d'œuvre hautement éduquée et capable d’innover.
• Stabilité institutionnelle : Cadres législatifs et réglementaires favorisant les affaires.

Les délocalisations illustrent les transformations profondes de l'économie mondiale, marquées


par l'interdépendance croissante entre le Nord et le Sud, ainsi qu’entre les pays développés
eux-mêmes. Si elles imposent des ajustements difficiles aux pays industrialisés, elles
représentent également des opportunités stratégiques pour renforcer leur compétitivité à long
terme. Les véritables bénéficiaires sont les acteurs capables d’innover, de s’adapter aux
changements globaux et de maximiser les avantages comparatifs dans un monde en constante
mutation.

Une Nouvelle Division Internationale du Travail : Analyse


Économique
1. L'essor des flux de capitaux vers les pays en développement (PED)

Les investissements directs étrangers (IDE) jouent un rôle crucial dans l'intégration des pays
en développement (PED) dans l'économie mondiale. Les flux de capitaux vers ces pays ont
connu une croissance significative, en particulier dans les années 1990, avec une moyenne
annuelle de 17,5 % d'augmentation des IDE entre 1995 et 1996. Cela a permis à un nombre
croissant de pays en développement de financer leurs besoins d'infrastructure et d'accélérer
leur processus de modernisation industrielle.

Cette tendance marquait un tournant dans la structure économique mondiale, avec une
révision du modèle traditionnel de la division internationale du travail. L'ancien paradigme,
qui opposait une grande majorité de pays riches et une majorité de pays pauvres, est
désormais obsolète. Un nombre croissant de pays en développement ont non seulement attiré
des capitaux étrangers, mais ont également connu un essor des exportations, renforçant leur
rôle dans les échanges mondiaux.

2. Redéfinition des rapports Nord-Sud : L'émergence de nouvelles puissances


économiques

Paul Bairoch a suggéré dès 1992 que la division entre pays développés et pays en
développement devrait être redéfinie. En effet, certains pays dits "riches mais non
développés" (tels que certains pays du Golfe ou des régions émergentes) participent de plus en
plus à la dynamique économique mondiale. Parallèlement, des économies comme la Chine
sont devenues des moteurs essentiels de l'économie mondiale. La Chine, par exemple, a vu
ses importations augmenter de 40 % en 2003, attirant des flux d'IDE tout en devenant un
acteur clé pour des pays développés comme le Japon et la Corée du Sud, qui voient leurs
exportations vers ce pays croître.

La montée en puissance de pays comme la Chine et l'Inde a bouleversé les flux commerciaux
mondiaux. Ces pays sont devenus des acteurs incontournables du commerce international,
notamment pour les exportations des pays développés qui bénéficient de la demande
croissante pour des biens de consommation et des technologies.

3. La polarisation des investissements et les inégalités croissantes

Malgré ces dynamiques positives pour certains pays, la répartition des IDE reste inégale. Les
pays les plus pauvres, notamment en Afrique, captent une part minime des flux mondiaux.
Les 50 pays africains les plus démunis reçoivent moins de 1 % des IDE mondiaux, ce qui
reflète une polarisation géographique croissante des investissements. En revanche, les pays en
développement les plus dynamiques, comme la Chine, l'Inde, le Mexique et le Brésil, sont des
récepteurs majeurs des investissements directs étrangers, souvent en raison de leur vaste
marché intérieur et de leur développement industriel.

Les entreprises multinationales (FMN) jouent un rôle central dans cette dynamique. Elles
dirigent la mondialisation en choisissant d’investir dans des régions qui présentent des
conditions économiques, sociales et politiques plus stables. Ce phénomène renforce la
polarisation entre les régions "réussissant" et celles "oubliées" de la mondialisation.

4. Les conséquences de la mondialisation sur les pays du Sud et du Nord

La mondialisation et la circulation des capitaux ont eu des effets contrastés à la fois dans le
Sud et dans le Nord. D'un côté, les pays en développement qui réussissent à attirer des IDE
bénéficient d'une croissance économique plus rapide, ce qui leur permet de diversifier leurs
économies et de réduire les inégalités internes. De l'autre côté, une large majorité de pays
reste marginalisée, souvent faute de conditions propices à l’investissement, comme des
infrastructures insuffisantes, une instabilité politique ou des régulations trop contraignantes.

En parallèle, le chômage dans les pays développés, bien que souvent pointé du doigt comme
conséquence des délocalisations, est davantage un produit de la restructuration interne des
économies industrialisées. La concurrence accrue des pays en développement entraîne une
pression sur les secteurs traditionnels à faible valeur ajoutée dans les pays riches, comme le
textile ou la manufacture. Toutefois, les pays riches réagissent en se réorientant vers des
secteurs à plus forte valeur ajoutée, comme les technologies avancées, les services financiers
ou l'innovation, compensant ainsi la perte d'emplois dans des secteurs classiques.

5. Disparités croissantes et défis économiques mondiaux

Les flux de capitaux ont créé des disparités non seulement entre le Nord et le Sud, mais aussi
au sein des pays eux-mêmes. Les "oubliés" de la mondialisation, souvent situés dans des
régions moins développées, souffrent de stagnation économique, tandis que les zones en
croissance rapide, comme certaines régions d’Asie ou d’Amérique latine, connaissent une
prospérité accrue. Ces disparités sont également visibles au sein des pays développés, où les
régions les plus dynamiques (grandes métropoles et centres technologiques) continuent de
prospérer, tandis que d’autres zones, notamment rurales, restent confrontées à des difficultés
économiques.

La libre circulation des capitaux, bien qu’elle ait stimulé la croissance dans certaines régions,
présente des risques d’instabilité, comme l’ont montré les crises financières mondiales (Asie
en 1997, crise de la zone euro en 2008). La difficulté croissante à réguler ces flux montre les
défis contemporains des économies mondiales dans un contexte de globalisation.

Un monde de plus en plus interconnecté mais polarisé

La nouvelle division internationale du travail révèle un monde économique plus


interconnecté, mais aussi plus polarisé. Si les pays en développement peuvent tirer parti de la
mondialisation, une grande partie d’entre eux reste exclue des bénéfices. Les pays riches, bien
que toujours dominants, doivent faire face à des défis internes liés à la reconversion
industrielle et à l’adaptation aux nouvelles dynamiques de la concurrence mondiale.

Pour que cette dynamique mondiale soit plus inclusive, des efforts sont nécessaires pour
rendre plus équitables les flux de capitaux et favoriser une meilleure redistribution des
bénéfices de la mondialisation, tant au Nord qu’au Sud. Cela pourrait passer par des réformes
du système financier international, un meilleur soutien à l'industrialisation dans les pays les
moins développés, et une amélioration des conditions de travail dans les pays émergents.

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