FMN Aidouni
FMN Aidouni
Les FMN sont définies comme des entreprises possédant des activités productives ou
commerciales dans au moins deux pays. Elles se caractérisent par une stratégie d’expansion
géographique combinée à un ancrage national. Comme l’indique la théorie de l’avantage
comparatif (Ricardo), elles cherchent à exploiter les ressources spécifiques de chaque pays
pour maximiser leur efficacité. Par exemple, une firme comme Toyota peut localiser ses
activités de recherche au Japon tout en délocalisant sa production en Thaïlande pour
bénéficier de coûts de main-d'œuvre inférieurs.
Selon les travaux de Bartlett et Ghoshal, les firmes transnationales vont au-delà des
multinationales classiques en intégrant des structures de gouvernance décentralisées. Leur
fonctionnement repose sur une stratégie dite "glocalisée", combinant une standardisation
mondiale des produits et une adaptation aux spécificités locales. McDonald’s, par exemple,
adapte ses menus aux préférences alimentaires locales tout en conservant des processus
standardisés à l’échelle globale.
Ce concept repose sur l’idée d’une intégration complète des marchés à l’échelle planétaire,
dans laquelle les frontières nationales ne jouent plus qu’un rôle marginal. Les firmes globales,
telles que Apple ou Amazon, cherchent à capturer des économies d’échelle et à rationaliser
leurs opérations. Ces entreprises adoptent une stratégie uniformisée, tirant parti de la théorie
des coûts de transaction (Coase, Williamson) pour minimiser les coûts liés à l’échange et à la
coordination.
Les FMN localisent leurs activités là où les conditions économiques (coûts de production,
fiscalité) sont optimales, détachant ainsi leurs opérations des intérêts de leur pays d’origine.
Comme l’expliquent les travaux de Gereffi et Kaplinsky, les FMN fragmentent leur
production pour maximiser la compétitivité. Apple, par exemple, conçoit ses produits aux
États-Unis, mais assemble en Chine pour tirer parti des coûts de main-d'œuvre.
La théorie de l’internalisation (Buckley et Casson, 1976) montre que les FMN préfèrent
internaliser leurs transactions, évitant ainsi les coûts liés aux marchés externes. Cela renforce
leur autonomie vis-à-vis de leur pays d’origine.
Cependant, leur rôle suscite des critiques. Les FMN sont accusées de :
La diversité des appellations des FMN illustre la complexité de leur rôle dans un monde
globalisé. En oscillant entre ancrage national et stratégies mondiales, elles redéfinissent les
dynamiques économiques et politiques à l’échelle internationale. Les analyses économiques,
qu’il s’agisse des théories des avantages comparatifs, des coûts de transaction ou des chaînes
de valeur globales, permettent de mieux comprendre ces entreprises. Toutefois, leur influence
croissante impose de repenser les cadres institutionnels pour garantir qu’elles contribuent au
développement durable tout en respectant les intérêts des sociétés et des États où elles
opèrent.
Une erreur fréquente consiste à comparer le chiffre d’affaires (CA) d’une FMN avec le
produit intérieur brut (PIB) ou le produit national brut (PNB) d’un pays. Cette comparaison
est problématique car :
Le PIB ou le PNB mesure la valeur ajoutée nette produite dans une économie, tandis que
le CA représente le total des revenus générés par les ventes, incluant les produits
intermédiaires.
La somme des ventes globales des FMN excède le PIB mondial en raison de la répétition
des valeurs des intrants.
Pour établir des comparaisons cohérentes, il est plus pertinent de se baser sur la valeur ajoutée
générée par les FMN (incluant les profits, salaires et taxes) plutôt que sur leur CA brut. dans
ce cas, la comparaison avec le PNB est le plus judicieuse. Par ailleurs, comment devenir une
FMN ? Quels critères retenir ?
2. Définition des FMN : critères spécifiques
La définition d’une FMN varie selon les approches, mais un consensus se dessine autour de
certains critères. Selon Denise Flouzat, une FMN se caractérise, souvent par un chiffre
d’affaires dépassant 500 millions de francs, une implantation dans au moins six États et une
proportion minimale de 20 % du CA réalisée à l’international. Ces éléments permettent de
distinguer les entreprises opérant à une échelle véritablement transnationale.
Entre 1970 et 1996, Croissance exponentielle des FMN le nombre de FMN a augmenté de
400 %, atteignant environ 40 000 sociétés mères, 250 000 filiales (contre 37 500 et 207 000
au début des années 1990).
Cette dynamique résulte de divers facteurs structurels tels que la mondialisation économique
(Accroissement des flux de commerce et de capitaux), le progrès technologiques (Réduction
des coûts logistiques et facilitation de la coordination transfrontalière), et l’optimisation
économique : Les FMN cherchent à diversifier leurs marchés, optimiser leurs coûts de
production et accéder à de nouvelles ressources.
Les FMN, en tant que moteurs de l’économie mondiale, doivent être analysées avec des outils
méthodologiques rigoureux pour évaluer leur impact de manière précise. Leur expansion
nécessite également des cadres réglementaires adaptés, conciliant efficacité économique et
équité sociale.
Au XIXᵉ siècle, les sociétés primaires ont marqué le début de l'internationalisation des
entreprises. Ces sociétés, souvent soutenues par les États impériaux, répondaient à deux
objectifs fondamentaux :
Ces premières formes d’entreprises transnationales posaient les bases d’une mondialisation
économique axée sur le contrôle des ressources.
Entre le début du XXᵉ siècle et les années 1970, les Majors pétrolières sont devenues les
FMN dominantes :
Cependant, plusieurs facteurs ont conduit à une redistribution de leur influence dans les
décennies suivantes.
Depuis les années 1970, plusieurs changements structurels ont transformé le paysage
économique mondial :
Les FMN incarnent une puissance économique dont l’évolution reflète les grands tournants
historiques. D’abord dominées par les industries extractives, elles se sont diversifiées pour
s’adapter à un monde de plus en plus globalisé et technologique. Leur avenir repose sur leur
capacité à innover, à répondre aux défis environnementaux et à naviguer dans un
environnement géopolitique complexe, tout en maintenant leur rôle central dans l'économie
mondiale.
Les firmes multinationales (FMN) ont longtemps été au cœur de débats animés concernant leur rôle,
leur influence, et leur contribution à l'économie mondiale. Si elles incarnent une puissance
économique et organisationnelle sans précédent, elles suscitent également des critiques pour leur
impact perçu sur les sociétés, les États, et les économies locales.
Les FMN ont su se positionner comme des moteurs visibles de l’économie globale :
• Leur portée géographique : Les FMN opèrent dans plusieurs dizaines de pays, intégrant des
marchés locaux tout en renforçant leur réseau global. Cette capacité leur confère un
avantage stratégique face à des entreprises purement nationales.
• Leur poids économique :
o Le chiffre d’affaires de certaines FMN dépasse parfois le PIB de pays entiers. Par
exemple, Walmart génère un chiffre d'affaires supérieur à celui de nombreuses
économies en développement.
o Leur rôle dans les investissements directs étrangers (IDE) est crucial, représentant
une grande partie des flux financiers transnationaux.
Cependant, cette influence économique s’accompagne d’une critique majeure : leur capacité
à redéfinir les règles du jeu économique en leur faveur, notamment grâce à des pratiques
d'optimisation fiscale et de lobbying.
2. Les critiques : Les FMN comme outils d’un néo-impérialisme économique
Depuis les années 1970, de nombreuses critiques se concentrent sur le rôle des FMN dans
l'économie mondiale :
Les FMN sont parfois perçues comme des entités dominantes imposant leur volonté aux
gouvernements locaux.
• Influence sur les politiques publiques : Grâce à leur poids économique, elles sont capables
de négocier des conditions favorables, comme des exonérations fiscales ou des régulations
allégées, souvent au détriment des économies locales.
• Ingérence dans les décisions nationales : Dans certains cas, les FMN participent directement
à l’élaboration des politiques économiques des États en développement, parfois en échange
d’investissements ou de financements.
• Évasion fiscale : Les FMN exploitent les disparités fiscales internationales via des montages
financiers complexes, privant les États de revenus essentiels.
• Conditions de travail : Certaines FMN ont été critiquées pour leur recours à des pratiques
déplorables, telles que des bas salaires, des horaires excessifs, et le non-respect des normes
de sécurité dans les pays à faible réglementation.
Malgré les critiques, les FMN apportent des bénéfices significatifs à l'économie mondiale,
jouant un rôle de catalyseur dans plusieurs domaines.
Les FMN injectent des ressources financières, technologiques et humaines dans les économies
locales, favorisant :
• Formation des travailleurs locaux : Les entreprises introduisent des standards élevés en
matière de productivité et de gestion, formant ainsi une main-d'œuvre qualifiée.
• R&D : Les FMN investissent massivement dans la recherche et développement, contribuant à
des innovations majeures, notamment dans les secteurs pharmaceutique, technologique et
énergétique.
Les FMN participent activement à l’intégration des pays en développement dans l’économie
mondiale :
• Amélioration des chaînes de valeur : Elles connectent les entreprises locales aux marchés
mondiaux, augmentant les opportunités commerciales et les exportations.
• Diversification économique : En introduisant de nouveaux secteurs (technologie, services
financiers, commerce électronique), les FMN réduisent la dépendance de certains pays à des
industries traditionnelles.
Si les FMN exercent une influence considérable, leur rôle doit être replacé dans un contexte
mondial où d'autres forces interviennent :
• Les gouvernements disposent toujours d’un pouvoir de régulation pour encadrer les activités
des FMN. Par exemple, des lois antitrust visent à limiter la concentration excessive du capital,
tandis que des régulations environnementales imposent des normes strictes.
• Les institutions internationales (OMC, FMI, Banque mondiale) arbitrent les tensions entre les
intérêts des FMN et ceux des États, cherchant à maintenir un équilibre entre croissance et
équité.
• Syndicats et ONG : Ces acteurs jouent un rôle essentiel dans la dénonciation des abus et la
promotion de normes éthiques et durables.
• Consommateurs : Les consommateurs, de plus en plus conscients des enjeux sociaux et
environnementaux, influencent directement les stratégies des FMN par leurs choix d’achat.
• Les FMN doivent désormais composer avec des entreprises émergentes issues des
économies en développement, comme les géants technologiques chinois (Huawei, Tencent)
ou les conglomérats indiens (Tata Group, Reliance).
• Les politiques protectionnistes et les rivalités commerciales entre blocs économiques (par
exemple, entre les États-Unis et la Chine) redistribuent les cartes de la domination
économique mondiale.
5. Vers une approche équilibrée : Construire un jugement nuancé
Le rôle des FMN ne peut être réduit à une vision simpliste ou manichéenne. Une analyse
scientifique rigoureuse doit :
1. S’appuyer sur des données fiables : Mesurer objectivement leurs impacts économiques,
sociaux et environnementaux à court et long terme.
2. Examiner les contextes spécifiques : Le rôle des FMN varie selon les pays, les secteurs
d’activité et les cadres réglementaires.
3. Éviter les stéréotypes : Les FMN ne sont ni des entités purement néfastes, ni des sauveurs
économiques. Leur impact dépend des interactions complexes avec les autres acteurs de
l’économie mondiale.
Les FMN sont des acteurs ambivalents, symbolisant à la fois les promesses et les défis de la
mondialisation. Leur influence s’étend au-delà des sphères économiques pour toucher les
dimensions sociales, environnementales\ et géopolitiques. Si elles catalysent l’innovation et la
croissance, elles doivent également relever des défis croissants en matière de durabilité,
d’équité et de gouvernance. Une analyse équilibrée, qui dépasse les clichés, est essentielle
pour comprendre leur rôle dans un monde globalisé en constante mutation.
Enracinement national :
o Les FMN ont souvent des intérêts alignés sur les priorités économiques et
politiques de leurs pays d'origine.
o Elles dépendent d'États régulateurs et protecteurs pour garantir des
environnements favorables, notamment via des politiques fiscales et
commerciales avantageuses.
o Cette dépendance explique leur forte localisation géographique des centres
décisionnels près des sièges bancaires, des institutions publiques et des sources
d’information stratégiques.
Samir Amin et Stephen Hymer ont proposé le modèle centre-périphérie pour analyser le rôle
des FMN dans l’économie mondiale.
• Le centre : Comprend les nations les plus développées (Amérique du Nord, Europe de
l’Ouest, Japon). Ces régions concentrent les sièges sociaux des FMN, les centres de
décision, et les infrastructures avancées pour la finance, l’innovation et la logistique.
• La périphérie : Regroupe les pays en développement (PED) et le Tiers-Monde,
principalement utilisés comme réservoirs de matières premières, de main-d’œuvre bon
marché, et de marchés de consommation émergents.
Hymer propose une structure pyramidale des FMN, où les niveaux reflètent une géographie
hiérarchisée :
Ce modèle illustre une géographie économique inégale, où la valeur ajoutée se concentre dans
les centres, tandis que la périphérie est souvent limitée à un rôle d’exécutant.
Depuis les années 1970, les FMN ont évolué, remettant en question certains aspects du
modèle centre-périphérie.
Bien que les centres de décision principaux restent concentrés dans les pays du Nord, les
économies émergentes gagnent en influence :
• Des entreprises issues des pays en développement deviennent des FMN elles-mêmes
(ex. Huawei, Tata Group).
• Les pays de la périphérie intègrent progressivement des activités à plus forte valeur
ajoutée, comme l’ingénierie, la R&D ou les services financiers.
Malgré ces évolutions, la centralisation du pouvoir dans les FMN demeure une source de
critiques :
1. Concentration des bénéfices : La majorité des profits des FMN revient aux pays du
centre, exacerbant les inégalités globales.
2. Asymétrie dans les échanges : Les relations économiques entre le centre et la
périphérie restent marquées par des rapports de dépendance.
3. Injustice fiscale et sociale : Les FMN exploitent les disparités réglementaires et
fiscales, souvent au détriment des pays de la périphérie.
Malgré leur transformation, les FMN conservent des ancrages stratégiques proches des
centres de pouvoir financier et politique.
• Les sièges sociaux des FMN sont rarement délocalisés, car ils nécessitent une
proximité avec les banques, gouvernements et marchés financiers.
• Les hubs d’innovation, bien que partiellement décentralisés, restent souvent localisés
dans les économies avancées, où se trouvent les meilleures infrastructures éducatives
et technologiques.
6. Vers une analyse équilibrée
Le modèle centre-périphérie demeure pertinent pour comprendre les dynamiques des FMN,
mais il doit être complété par des approches contemporaines :
Les FMN restent un miroir des inégalités entre nations, reflétant la hiérarchie économique
mondiale. Bien que les transformations récentes aient modifié leur structure, la centralisation
des décisions et la concentration des bénéfices dans les pays du centre demeurent des traits
dominants. Comprendre leur rôle nécessite une approche multidimensionnelle qui tienne
compte de leur évolution vers des réseaux globaux tout en reconnaissant les asymétries
persistantes dans leur organisation et leurs impacts.
Les sociétés américaines représentent une part prépondérante des flux d'investissements
mondiaux au cours de cette période :
Bien que les États-Unis demeurent un acteur clé, la domination américaine connaît des signes
de relative diminution au fil du temps :
La domination des FMN américaines entre 1950 et 1970 repose sur plusieurs facteurs,
notamment leur puissance industrielle, leur innovation technologique et leur rôle prééminent
dans la gouvernance économique mondiale. Cependant, avec l’émergence de puissances
concurrentes en Europe et au Japon, cette domination devient relative dans les années 1970.
L’internationalisation croissante de l’économie mondiale, couplée à des changements
géopolitiques et économiques, transforme progressivement le paysage des FMN, ouvrant la
voie à une multipolarité économique où plusieurs régions jouent désormais un rôle central
dans la dynamique mondiale.
TABLEAU
La concentration des firmes dans les années 1980-1990 : Un
approfondissement économique
Les années 1980 et 1990 représentent une période charnière dans l’évolution des stratégies
des entreprises à l’échelle mondiale. Celles-ci sont marquées par l'intensification de la
financiarisation de l'économie et l'expansion de la mondialisation technique, des
dynamiques qui influencent fortement la manière dont les entreprises évoluent, se structurent
et se réorganisent pour répondre à un environnement économique de plus en plus complexe et
compétitif.
Les fusions et acquisitions (F&A) se révèlent être l’un des principaux outils de cette
transformation. Ces opérations visent à accroître rapidement la taille des entreprises,
maximiser les économies d'échelle et améliorer la compétitivité. Les années 1980 sont
marquées par une explosion des OPA agressives (Offres publiques d'achat) et des raids
financiers où des investisseurs ou des entreprises cherchent à racheter des sociétés plus
petites ou concurrentes, souvent par voie hostile.
Cependant, ces opérations de grande envergure révèlent également certaines limites. Si elles
permettent d’obtenir des parts de marché rapidement, elles n’offrent pas toujours les synergies
attendues, et parfois même créent des inefficacités à cause de l'intégration difficile de
structures organisationnelles complexes. Par exemple, IBM et General Motors illustrent bien
cette tendance : bien qu’elles soient considérées comme des modèles de succès dans les
années 1960, ces entreprises finissent par accumuler des pertes importantes à la fin des années
1980 en raison de leur taille et de leur manque de réactivité face aux changements
technologiques et à l'évolution rapide du marché mondial.
Face à l’échec de nombreuses stratégies d’expansion basées uniquement sur le gigantisme, les
années 1990 marquent un tournant avec la réorientation des fusions vers des stratégies plus
ciblées. Les entreprises commencent à privilégier des fusions stratégiques visant à renforcer
leurs compétences clés plutôt qu’à se contenter de croître pour croître. Ces fusions sont plus
intelligentes et mieux structurées, souvent dans le but de consolider des avantages
concurrentiels spécifiques dans des secteurs de pointe comme la haute technologie, les
biotechnologies ou l’énergie.
Un autre aspect de cette évolution est l’importance croissante des alliances stratégiques,
souvent sous forme de partenariats inter-entreprises, visant à exploiter les synergies dans
des domaines spécifiques, tels que la recherche et développement, l'accès aux marchés, et la
gestion de chaînes d'approvisionnement globales.
Les années 1980 sont aussi marquées par un phénomène de mondialisation technique qui
redéfinit les règles du jeu sur les marchés mondiaux. Ce phénomène résulte de plusieurs
facteurs :
Les années 1980 et 1990 marquent une révolution dans la gestion des ressources humaines.
Les entreprises se tournent vers des modèles de gestion flexibles et décentralisés. La
centralisation lourde et la rigidité organisationnelle cèdent la place à des structures plus
légères et adaptables, capables de réagir rapidement aux défis du marché.
Aux États-Unis, cette période est caractérisée par la flexibilité des salaires et des emplois.
Les entreprises font appel à des contractuels, à des freelances, et à des partenaires externes
pour optimiser les coûts et augmenter leur réactivité. En effet, cette flexibilité de l’emploi
permet aux firmes de s’adapter à des cycles économiques de plus en plus courts et incertains,
tout en réduisant les coûts fixes.
Ainsi, les entreprises concentrent de plus en plus leur attention sur les compétences clés – les
domaines dans lesquels elles sont les plus compétitives – et cherchent des alliances
stratégiques ou des partenariats technologiques pour combler leurs lacunes.
Les années 1980 et 1990 représentent une transition majeure dans la manière dont les
entreprises mondiales sont organisées. La financiarisation de l’économie et la
mondialisation technique changent profondément les stratégies de croissance, la gestion
des ressources humaines et l'organisation interne des firmes. L’intensification de la
concurrence mondiale et la pression pour l'innovation imposent une flexibilité accrue et
une restructuration continue des entreprises.
Aujourd’hui, pour qu’une firme soit compétitive à l’échelle mondiale, elle doit se concentrer
sur un secteur spécifique dans lequel elle peut devenir leader, en maximisant ses avantages
comparatifs et ses compétences uniques. Cette logique de spécialisation a conduit de
nombreuses entreprises à se séparer de certaines de leurs activités et à réduire la diversité
de leurs portefeuilles.
Le but de ces restructurations est de rendre l’entreprise plus flexible et réactive face aux
fluctuations du marché mondial. L’approfondissement de la flexibilité organisationnelle et
des coûts de main-d’œuvre permet aux entreprises de s'adapter plus rapidement aux
évolutions économiques, aux changements technologiques ou aux nouvelles exigences des
consommateurs. Cela inclut une plus grande externalisation de certaines fonctions
(production, services non stratégiques, etc.) et l’optimisation des processus en interne.
3. Unité des FMN et diversité des acteurs dans l'économie mondialisée
Il est important de noter que parler des FMN comme si elles formaient un ensemble
homogène est réducteur. Bien qu'il existe des "mastodontes" comme Ford, des entreprises
monumentales capables de dominer de larges segments de marché, un autre phénomène
intéressant a émergé : la montée en puissance de petites et moyennes entreprises (PME) qui,
bien qu’étant de taille modeste comparées aux géants de l'industrie, ont également une
présence internationale. Ces PME, souvent qualifiées de "multinationales" à leur échelle,
sont en réalité très dynamiques et adoptent des stratégies spécifiques pour pénétrer des
marchés mondiaux, principalement via des alliances stratégiques, des partenariats et un
usage intensif de la technologie.
Les PME multinationales se caractérisent par leur capacité à exploiter des niches de marché
mondiales et à se développer à travers des réseaux plutôt que par une simple expansion
géographique. Elles bénéficient souvent d'une flexibilité accrue, ce qui leur permet d'innover
plus rapidement que les grandes firmes, tout en exploitant les avantages d'une structure
organisationnelle plus légère. Cela témoigne de la diversité des modèles économiques dans
la mondialisation actuelle : les géants industriels et les petites entreprises agiles peuvent
coexister et prospérer simultanément, bien qu'ils adoptent des stratégies radicalement
différentes pour affronter les défis mondiaux.
L’évolution des stratégies des firmes multinationales dans les dernières décennies témoigne
d’un phénomène de spécialisation sectorielle renforcée, de rationalisation des coûts et d'une
recherche incessante de flexibilité organisationnelle. Les grandes FMN se concentrent sur
des secteurs où elles peuvent exploiter leurs compétences clés, tout en abandonnant des
activités périphériques qui ne sont pas en adéquation avec leur stratégie de domination
mondiale. Parallèlement, la diversité des acteurs économiques, incluant aussi bien des géants
industriels que des PME multinationales, reflète la complexité croissante de l'économie
mondialisée, où les réseaux et les alliances stratégiques jouent un rôle central dans la
compétitivité globale.
Aux États-Unis, ce phénomène est particulièrement manifeste. Le modèle des PME de haute
technologie est un exemple frappant de l'évolution des FMN modernes. Ces entreprises, bien
qu'elles soient souvent de petite taille en termes de chiffres d'affaires, possèdent une valeur
stratégique considérable, principalement en raison de leur innovation, de leurs technologies
avancées et de leur capacité à se développer rapidement dans des niches mondiales. La taille
d'une entreprise n'est donc plus un critère central pour évaluer son influence internationale ;
c'est sa valeur ajoutée et son potentiel d'innovation qui deviennent déterminants.
Cela est bien illustré par des figures comme Bill Gates et Steve Jobs, qui ont fondé des
géants mondiaux tels qu'Apple et Microsoft à partir de petites entreprises dans les années
1970 et 1980. Ces entreprises ont pu se développer grâce au soutien d'investisseurs en
capital-risque ou venture capitalists, des financiers prêts à prendre des risques en soutenant
des start-ups prometteuses. En effet, chaque année, plusieurs milliards de dollars sont investis
dans ces jeunes entreprises de haute technologie à travers le monde, un phénomène
particulièrement concentré dans les régions des Silicon Valley en Californie et Austin au
Texas, aux États-Unis.
Les venture capitalists jouent un rôle clé dans cette dynamique, en fournissant les fonds
nécessaires pour permettre aux jeunes entreprises de se développer rapidement et d'atteindre
une échelle internationale. Cela permet aux petites entreprises d'innover à grande échelle et de
concurrencer des firmes bien établies. Le Nasdaq, fondé en 1971, en est un exemple
emblématique. Cette bourse électronique a permis à plus de 5 200 entreprises jeunes,
principalement situées en Californie ou au Texas, de lever des fonds et de se faire connaître au
niveau mondial. Le Nasdaq est devenu un centre névralgique pour ces entreprises, en
particulier dans les secteurs de la technologie, de l'informatique, de l'intelligence artificielle
et des biotechnologies, et il symbolise la montée en puissance de petites entreprises aux
capacités mondiales.
La taille d'une firme, bien qu'importante pour certains aspects de sa compétitivité, n'est pas le
seul critère qui définit une FMN. Selon l'Organisation des Nations Unies (ONU), par
exemple, les FMN les plus puissantes sont souvent qualifiées de "transnationales".
Cependant, cette distinction repose non seulement sur la taille mais aussi sur la structure
organisationnelle et les stratégies de gestion. En effet, l’organisation et la flexibilité d’une
firme sont souvent plus révélatrices de son potentiel à exercer une influence mondiale que sa
taille brute.
Ainsi, une firme peut être classée comme une FMN en fonction de son chiffre d'affaires
(CA), de sa valeur ajoutée, de son bilan, de ses effectifs ou encore de sa présence
géographique. Mais au-delà de ces critères, ce qui fait la puissance d'une FMN aujourd'hui
réside dans sa capacité à s'intégrer dans des réseaux mondiaux, à gérer des flux complexes
d'informations et de ressources, et à créer de la valeur ajoutée par l'innovation et la
flexibilité. En ce sens, une grande entreprise ne se contente plus d’être une simple "grande
firme" : elle devient un centre d’un réseau qui interagit avec d'autres entreprises, petites ou
grandes, pour maximiser ses capacités stratégiques et technologiques.
3. Le rôle croissant des petites entreprises dans un monde globalisé
Ce modèle de réseaux mondiaux est au cœur de l'évolution des FMN. Aujourd'hui, les
grandes firmes ne sont plus des entités autonomes, mais des nœuds dans des réseaux
globaux qui englobent une multitude de petites entreprises. Ces petites entreprises apportent
souvent des compétences spécialisées, de l'innovation, et de la valeur ajoutée qui
permettent aux grandes entreprises de maintenir leur position sur les marchés mondiaux. Par
exemple, une grande entreprise automobile peut s'associer avec une start-up de technologie
des batteries ou une PME spécialisée dans l'intelligence artificielle pour développer des
solutions novatrices, tout en restant concentrée sur son cœur de métier. Ce modèle de
collaboration temporaire mais stratégique entre grandes firmes et petites entreprises est
devenu un moteur de croissance pour les FMN modernes.
3.1. Une évolution stratégique : Les grandes entreprises comme centres de réseaux
Ce changement dans l’organisation des FMN montre bien que la grande entreprise n’est plus
seulement un monolithe économique, mais un centre dynamique dans un réseau complexe
où des petites entreprises, souvent très spécialisées, jouent un rôle essentiel. Ces petites
entreprises peuvent apporter une expertise particulière, développer des nouvelles
technologies ou offrir des solutions spécifiques que les grandes entreprises ne peuvent
développer seules, en raison de la spécialisation requise ou des coûts élevés de recherche et
développement (R&D).
Graphes
Voici une version approfondie de votre texte, détaillant davantage les concepts et leurs
implications :
Les FMN construisent aujourd’hui des réseaux flexibles composés de partenaires sous contrat.
Ces partenaires sont choisis pour leur expertise dans des domaines spécifiques, qu’il s’agisse
de la conception, de la fabrication ou de la distribution. Ce système permet aux firmes de
s’adapter rapidement aux évolutions technologiques, aux conditions du marché et aux
exigences des consommateurs.
Dans ce modèle, la maison-mère conserve un rôle central. Elle contrôle les décisions
stratégiques, gère le financement, et supervise l’ensemble du réseau. Cependant, les activités
opérationnelles sont souvent déléguées à des sociétés partenaires. Par exemple, General
Motors collabore avec près de 800 entreprises spécialisées dans des domaines tels que
l’ingénierie, la logistique et les services. Ces sociétés sous contrat apportent une flexibilité
précieuse tout en répartissant les risques opérationnels.
La notion de « firme-réseau »
Des économistes comme Kenichi Ohmae et Robert Reich ont popularisé l’idée de la « firme-
réseau », une organisation qui transcende les frontières nationales et remet en question le rôle
des États dans l’économie mondiale. Selon eux, les firmes ne peuvent plus se limiter aux
cadres rigides des réglementations étatiques, souvent perçus comme des contraintes. La
mondialisation offre un terrain propice à la création de structures flexibles et transnationales,
capables de mobiliser des ressources globales pour maximiser leur performance.
Avantages :
1. Agilité : Les firmes peuvent s’adapter rapidement aux changements de marché ou aux
innovations technologiques.
2. Réduction des coûts : L’externalisation permet de limiter les coûts fixes en évitant des
investissements massifs dans des infrastructures.
3. Accès aux talents globaux : Les firmes peuvent recruter les meilleurs ingénieurs et
inventeurs, quel que soit leur emplacement géographique.
Inconvénients :
1. Dépendance : La firme-mère est tributaire de la performance de ses partenaires. Une
défaillance à un point du réseau peut perturber l’ensemble.
2. Perte de contrôle : Le recours à des partenaires indépendants peut compliquer la
coordination et diluer la culture d’entreprise.
3. Risques liés aux contrats : Les relations contractuelles, souvent limitées dans le temps,
nécessitent des négociations régulières, ce qui peut engendrer des tensions ou des ruptures.
Les exemples de Hewlett-Packard et Hitachi montrent à quel point ce modèle est répandu. En
1990, Hewlett-Packard collaborait avec 50 entreprises indépendantes, tandis qu’Hitachi
comptait 60 partenaires. Ces sociétés, souvent des PME innovantes, sont intégrées dans un
réseau mondial où chaque acteur joue un rôle précis.
Ce phénomène s’inscrit dans une logique d’externalisation. La production n’est plus confinée
aux frontières des filiales, mais répartie à travers un réseau mondial d’entreprises
indépendantes. Cette stratégie, appelée aussi « outsourcing », permet aux FMN de concentrer
leurs ressources sur leur cœur de métier tout en profitant des compétences externes.
La description d’une voiture conçue, financée, assemblée et équipée par des acteurs situés
dans différents pays illustre l’ampleur de la mondialisation industrielle. Ce phénomène repose
sur plusieurs facteurs économiques :
• Réduction des coûts : Les entreprises répartissent les différentes étapes de la chaîne de
valeur dans des régions où les coûts (main-d’œuvre, matières premières, logistique) sont les
plus compétitifs.
• Recherche d’expertise : Chaque région ou pays devient un pôle d’excellence dans un
domaine spécifique (conception en Californie, ingénierie en Allemagne, production en Asie,
etc.).
• Adaptation aux marchés locaux : La dispersion permet de répondre aux goûts variés des
consommateurs tout en respectant les régulations locales.
Dans ce modèle, la valeur ajoutée se déplace vers les activités intellectuelles comme la
recherche et développement (R&D), la conception, et le marketing :
Exemple : Apple, bien que ses iPhones soient fabriqués en Chine, conserve un contrôle
absolu sur la conception et engrange l’essentiel des profits grâce à sa marque et son
écosystème.
Conséquences économiques :
• Les régions attractives pour les entreprises (comme l’Asie du Sud-Est pour l’électronique)
bénéficient d’un développement économique rapide.
• À l’inverse, les pays où les activités sont délocalisées subissent une désindustrialisation et
une perte d’emplois.
Les technologies numériques permettent de surmonter les défis liés à cette dispersion :
• Coordination en temps réel : Les outils comme le cloud, les logiciels de gestion intégrée
(ERP), et l’IA facilitent la gestion des opérations complexes.
• Communication et collaboration : Les ingénieurs, designers et partenaires peuvent travailler
ensemble à distance grâce à des plateformes collaboratives (par exemple, CAD pour la
conception).
• Optimisation logistique : Des outils avancés permettent de planifier et suivre les flux de
marchandises dans un réseau mondial.
Citation de R. Reich : « La fabrication devient mondiale… relie entre eux les dessinateurs,
ingénieurs, entrepreneurs, concessionnaires et revendeurs ». Cette interconnexion, rendue
possible par les technologies, est l’épine dorsale du modèle.
Perspectives économiques :
Impacts sociaux :
• Des opportunités d’emploi apparaissent dans les hubs technologiques et industriels, mais
souvent au détriment des zones désindustrialisées.
• Les questions éthiques (conditions de travail des sous-traitants, durabilité environnementale)
deviendront de plus en plus critiques pour les entreprises et les gouvernements.
Un reseau d’entreprises
schema
une cascade de delocalisation
attention aux definition
La délocalisation désigne :
• Un transfert d’activité productive d’un pays vers un autre, souvent motivé par la recherche
de meilleures conditions économiques (main-d’œuvre moins chère, fiscalité favorable,
proximité des matières premières ou des marchés).
• Elle implique un investissement direct qui nécessite l’achat ou la création d’infrastructures
dans le pays hôte.
• Coûts de production :
o Délocaliser permet de bénéficier d’une main-d’œuvre moins chère.
o Exemple : L’industrie textile européenne délocalisée au Bangladesh pour des coûts
salariaux jusqu’à 10 fois inférieurs.
• Fiscalité :
o Certains pays proposent des incitations fiscales pour attirer les IDE.
o Exemple : L’Irlande avec un taux d’impôt sur les sociétés de 12,5 % pour attirer les
géants de la tech.
• Les entreprises investissent dans les PED pour pénétrer des marchés en pleine croissance.
• Exemple : Les constructeurs automobiles ouvrant des usines en Inde pour répondre à la
demande locale croissante.
Il est crucial de distinguer les véritables IDE des autres formes de collaboration internationale
:
Type
Définition Exemples
d’investissement/collaboration
• Avec les crises logistiques récentes (COVID-19, guerre en Ukraine), certaines entreprises
préfèrent rapprocher leur production des marchés cibles (nearshoring).
• Exemple : Des entreprises européennes relocalisent en Europe de l’Est.
6.2 Vers une production durable
• Les consommateurs et les régulations incitent les entreprises à adopter des pratiques plus
responsables (empreinte carbone, conditions sociales).
• Exemple : Tesla cherchant à produire ses batteries en Europe pour réduire son empreinte
logistique.
La délocalisation est un processus par lequel une entreprise transfère tout ou partie de sa
production ou de ses services vers un autre pays. Cette stratégie repose sur plusieurs
motivations économiques :
• La délocalisation est un phénomène progressif, non universel, et motivé par des facteurs
économiques spécifiques.
• Les secteurs industriels diffèrent dans leur propension à délocaliser, selon la nature des biens
ou services produits.
Les délocalisations sont souvent accusées d’être responsables du chômage dans les pays
industrialisés. Toutefois, les analyses montrent que cette vision est simpliste :
• La perte d'emplois manufacturiers : Elle est attribuée non seulement aux délocalisations,
mais également à la robotisation, à l’automatisation et aux changements structurels dans les
économies avancées.
• Des emplois "différents" détruits et créés : Comme le souligne la Direction des Relations
Économiques Extérieures (DREE), les emplois détruits par la concurrence des pays à bas
salaires ne sont pas de la même nature que ceux créés par l’innovation et la montée en
gamme.
Exemple illustratif :
• En Inde, le coût horaire pour fabriquer une chemise est de 4,40 dollars contre 7,50 dollars
aux États-Unis. Cependant, le temps nécessaire à la production est de 23 minutes en Inde
contre seulement 14 minutes aux États-Unis, en raison d’une productivité bien plus élevée
dans ce dernier cas.
• Création d’emplois locaux : L’exemple de Nike illustre ce phénomène, avec seulement 9000
employés directs mais plus de 70 000 emplois générés via la sous-traitance en Asie.
• Transfert technologique et formation : Les IDE introduisent de nouvelles technologies et
pratiques, améliorant la compétitivité des économies locales.
• Augmentation des exportations : Les produits fabriqués dans ces pays sont souvent destinés
aux marchés internationaux, renforçant leur rôle dans le commerce mondial.
Les flux d’IDE sont majoritairement concentrés entre les pays développés :
• En 1995, 70 % des IDE étaient dirigés vers les pays industrialisés, contre 15 % en moyenne
vers les PED entre 1985 et 1990.
• Cette tendance s’explique par :
o La recherche de marchés consommateurs solvables.
o L’existence d’infrastructures et de cadres juridiques fiables.
Bien que minoritaires, les IDE vers les pays en développement ont augmenté pour plusieurs
raisons :
• Accès aux matières premières : Les pays riches cherchent à sécuriser leurs
approvisionnements.
• Coût de la main-d’œuvre : Les écarts salariaux restent un facteur d’attraction.
• Croissance des marchés locaux : L’émergence d’une classe moyenne dans les PED offre des
opportunités commerciales.
Les firmes multinationales (FMN) orchestrent les flux d’IDE et les délocalisations. Leur
stratégie repose sur :
• Une organisation en réseau global : La production, la conception et la distribution sont
éclatées entre différents pays selon les avantages comparatifs.
• Une recherche constante de valeur ajoutée : La production est externalisée dans des pays à
faibles coûts, tandis que la conception et l’innovation restent dans les pays développés.
Exemple :
Nike produit 90 % de ses articles en Asie, mais la conception et le marketing restent aux
États-Unis, générant l’essentiel de sa valeur ajoutée.
Les délocalisations ne sont pas seulement un phénomène économique, mais un processus qui
reflète l’interconnexion croissante des économies mondiales. Bien qu’elles suscitent des
débats intenses, elles offrent aussi des opportunités significatives pour les pays d’origine et
d’accueil. La clé réside dans l’adaptation, l’innovation et une coopération internationale
équilibrée pour garantir des bénéfices mutuels et limiter les effets négatifs.
1. Les bénéficiaires des délocalisations : une approche différenciée
Les nations développées, comme les États-Unis, l’Europe des 15 ou le Japon, sont parmi les
principaux acteurs de la délocalisation. Elles en tirent des bénéfices économiques et
stratégiques significatifs :
• Optimisation des coûts : En transférant des activités à faible valeur ajoutée vers des régions
où la main-d’œuvre est moins coûteuse, ces pays réduisent les coûts de production et
augmentent la compétitivité de leurs firmes multinationales (FMN).
• Renforcement des avantages comparatifs : Selon la théorie économique classique de
l’avantage comparatif, les pays développés se concentrent sur des secteurs où ils possèdent
une expertise unique, comme les hautes technologies ou les services financiers.
• Croissance des FMN : Les entreprises qui délocalisent augmentent leur rentabilité en
accédant à de nouveaux marchés et en réduisant leurs coûts opérationnels.
Exemple :
En France, environ 30 % des emplois créés grâce aux investissements étrangers en 1995
concernaient les hautes technologies, soulignant l'importance des secteurs à forte valeur
ajoutée dans ces économies.
Les NPI, comme la Corée du Sud, profitent également des délocalisations grâce à leur
insertion croissante dans les chaînes de valeur mondiales.
• Expansion des FMN nationales : Des entreprises comme Daewoo possèdent une présence
mondiale avec plus de 80 sites de production, démontrant leur capacité à se mondialiser
rapidement.
• Accumulation de capital technologique : Les délocalisations permettent à ces pays de
recevoir des transferts technologiques et de se positionner dans des secteurs de plus en plus
complexes.
• Création d’emplois : Ces pays bénéficient d’une industrialisation rapide grâce à l’afflux
d’investissements étrangers, créant une main-d’œuvre qualifiée et générant de la richesse.
Focus :
Les NPI ne se limitent pas à recevoir des IDE : elles deviennent elles-mêmes émettrices. Par
exemple, la Corée du Sud investit dans d'autres pays en développement, poursuivant ainsi une
stratégie de diversification économique.
• Flexibilité salariale : La concurrence internationale exerce une pression à la baisse sur les
salaires dans les secteurs exposés. Cette dynamique est particulièrement visible dans des
industries comme le textile ou la chaussure.
• Reconversion sectorielle : Les emplois dans des secteurs traditionnels (textile, métallurgie)
doivent être redéployés vers des secteurs innovants comme l’électronique, les
biotechnologies ou les services numériques.
Malgré ces ajustements, les pays développés tirent parti des délocalisations grâce à leur
attractivité économique et leur capacité à mobiliser des investissements étrangers :
• Renforcement de la compétitivité : Les économies à haut niveau de vie attirent des IDE dans
des secteurs stratégiques grâce à leurs infrastructures de qualité et leur main-d'œuvre
qualifiée.
• Création d’emplois dans les services : Bien que certains emplois industriels soient perdus, les
économies développées compensent partiellement par une montée en puissance des
services à haute valeur ajoutée.
Exemple chiffré :
Entre 1993 et 1995, les IDE en France ont connu une hausse annuelle moyenne de 9 % à 15
%, reflétant la capacité d’attraction des pays industrialisés pour les capitaux étrangers.
La concurrence des pays en développement n’est pas la seule cause des pertes d’emploi dans
les pays développés :
• Écarts de productivité : Par exemple, bien que les salaires horaires soient plus faibles en Inde
(4,40 dollars contre 7,50 dollars aux États-Unis), la productivité y est également inférieure
(temps de fabrication plus long).
• Secteurs complémentaires : Les biens produits dans les PED diffèrent souvent de ceux des
pays industrialisés, minimisant une concurrence frontale.
• Croissance des exportations : Les produits fabriqués dans ces pays sont destinés aux
marchés mondiaux.
• Augmentation des IDE entrants : Ces flux de capitaux soutiennent la construction
d’infrastructures et la diversification économique.
Contrairement aux idées reçues, une part importante des délocalisations et des IDE s'effectue
entre pays industrialisés :
• Les FMN cherchent avant tout des environnements économiques et juridiques stables, ainsi
qu’un accès aux marchés solvables.
• En 1995, plus de 70 % des IDE mondiaux se dirigeaient encore vers des pays développés,
démontrant que le Nord reste le principal foyer d’investissement.
Les pays développés conservent leur attractivité grâce à des avantages compétitifs durables :
Les investissements directs étrangers (IDE) jouent un rôle crucial dans l'intégration des pays
en développement (PED) dans l'économie mondiale. Les flux de capitaux vers ces pays ont
connu une croissance significative, en particulier dans les années 1990, avec une moyenne
annuelle de 17,5 % d'augmentation des IDE entre 1995 et 1996. Cela a permis à un nombre
croissant de pays en développement de financer leurs besoins d'infrastructure et d'accélérer
leur processus de modernisation industrielle.
Cette tendance marquait un tournant dans la structure économique mondiale, avec une
révision du modèle traditionnel de la division internationale du travail. L'ancien paradigme,
qui opposait une grande majorité de pays riches et une majorité de pays pauvres, est
désormais obsolète. Un nombre croissant de pays en développement ont non seulement attiré
des capitaux étrangers, mais ont également connu un essor des exportations, renforçant leur
rôle dans les échanges mondiaux.
Paul Bairoch a suggéré dès 1992 que la division entre pays développés et pays en
développement devrait être redéfinie. En effet, certains pays dits "riches mais non
développés" (tels que certains pays du Golfe ou des régions émergentes) participent de plus en
plus à la dynamique économique mondiale. Parallèlement, des économies comme la Chine
sont devenues des moteurs essentiels de l'économie mondiale. La Chine, par exemple, a vu
ses importations augmenter de 40 % en 2003, attirant des flux d'IDE tout en devenant un
acteur clé pour des pays développés comme le Japon et la Corée du Sud, qui voient leurs
exportations vers ce pays croître.
La montée en puissance de pays comme la Chine et l'Inde a bouleversé les flux commerciaux
mondiaux. Ces pays sont devenus des acteurs incontournables du commerce international,
notamment pour les exportations des pays développés qui bénéficient de la demande
croissante pour des biens de consommation et des technologies.
Malgré ces dynamiques positives pour certains pays, la répartition des IDE reste inégale. Les
pays les plus pauvres, notamment en Afrique, captent une part minime des flux mondiaux.
Les 50 pays africains les plus démunis reçoivent moins de 1 % des IDE mondiaux, ce qui
reflète une polarisation géographique croissante des investissements. En revanche, les pays en
développement les plus dynamiques, comme la Chine, l'Inde, le Mexique et le Brésil, sont des
récepteurs majeurs des investissements directs étrangers, souvent en raison de leur vaste
marché intérieur et de leur développement industriel.
Les entreprises multinationales (FMN) jouent un rôle central dans cette dynamique. Elles
dirigent la mondialisation en choisissant d’investir dans des régions qui présentent des
conditions économiques, sociales et politiques plus stables. Ce phénomène renforce la
polarisation entre les régions "réussissant" et celles "oubliées" de la mondialisation.
La mondialisation et la circulation des capitaux ont eu des effets contrastés à la fois dans le
Sud et dans le Nord. D'un côté, les pays en développement qui réussissent à attirer des IDE
bénéficient d'une croissance économique plus rapide, ce qui leur permet de diversifier leurs
économies et de réduire les inégalités internes. De l'autre côté, une large majorité de pays
reste marginalisée, souvent faute de conditions propices à l’investissement, comme des
infrastructures insuffisantes, une instabilité politique ou des régulations trop contraignantes.
En parallèle, le chômage dans les pays développés, bien que souvent pointé du doigt comme
conséquence des délocalisations, est davantage un produit de la restructuration interne des
économies industrialisées. La concurrence accrue des pays en développement entraîne une
pression sur les secteurs traditionnels à faible valeur ajoutée dans les pays riches, comme le
textile ou la manufacture. Toutefois, les pays riches réagissent en se réorientant vers des
secteurs à plus forte valeur ajoutée, comme les technologies avancées, les services financiers
ou l'innovation, compensant ainsi la perte d'emplois dans des secteurs classiques.
Les flux de capitaux ont créé des disparités non seulement entre le Nord et le Sud, mais aussi
au sein des pays eux-mêmes. Les "oubliés" de la mondialisation, souvent situés dans des
régions moins développées, souffrent de stagnation économique, tandis que les zones en
croissance rapide, comme certaines régions d’Asie ou d’Amérique latine, connaissent une
prospérité accrue. Ces disparités sont également visibles au sein des pays développés, où les
régions les plus dynamiques (grandes métropoles et centres technologiques) continuent de
prospérer, tandis que d’autres zones, notamment rurales, restent confrontées à des difficultés
économiques.
La libre circulation des capitaux, bien qu’elle ait stimulé la croissance dans certaines régions,
présente des risques d’instabilité, comme l’ont montré les crises financières mondiales (Asie
en 1997, crise de la zone euro en 2008). La difficulté croissante à réguler ces flux montre les
défis contemporains des économies mondiales dans un contexte de globalisation.
Pour que cette dynamique mondiale soit plus inclusive, des efforts sont nécessaires pour
rendre plus équitables les flux de capitaux et favoriser une meilleure redistribution des
bénéfices de la mondialisation, tant au Nord qu’au Sud. Cela pourrait passer par des réformes
du système financier international, un meilleur soutien à l'industrialisation dans les pays les
moins développés, et une amélioration des conditions de travail dans les pays émergents.