Université Saad Dahleb Blida/ Faculté de médecine Dr.
DJEGHRI
CHU Douera
Module de Traumatologie – Orthopédie 5ème année Médecine.
Fracture de l’extrémité inférieure du fémur (FEIF)
I. Introduction :
Ce sont toutes les fractures dont le trait intéresse l’un ou les deux condyles ainsi que leur
jonction avec la diaphyse et qui est la métaphyse.
Nous considérons ainsi, comme fracture de l’EIF toute fracture :
• Dont le trait se situe dans la région métaphysaire supra condylienne
• Intéressant les condyles ou la région inter-condylienne (Trait sagittal, Trait frontal)
• Toute fracture métaphysaire ayant un ou plusieurs traits de refend soit dans la
diaphyse soit dans le massif épiphysaire.
On admet que les fractures de l’extrémité distale du fémur siègent au- dessous d’une ligne
située à 12-17cm au-dessus de l’interligne articulaire.
Ce sont fractures graves car elles peuvent compromettre la marche, la position debout, la
mobilité et la stabilité du genou. Elles peuvent être compliquées de lésions cutanées et parfois
vasculaires mettant en jeu le pronostic vital du membre et du malade. Le traitement est difficile
surtout lors des fractures comminutives, en effet la réduction est difficile et l’os spongieux du
fémur distal n’offre pas une bonne prise pour le matériel d’ostéosynthèse.
II. Rappel anatomique :
Morphologie :
L’Extrémité Inférieure du Fémur (EIF) est
volumineuse, plus développée dans le sens transversal
que dans le sens antéropostérieur. En avant siège la
trochlée ou facette articulaire patellaire. L’EIF se termine
par 2 éminences articulaires :
• Condyle médial.
• Condyle latéral.
L’échancrure inter-condylienne sépare les 2
condyles en arrière et se prolonge jusqu’à la trochlée.
L’insertion des 2 jumeaux à la face postérieure des 2
condyles explique le déplacement en arrière de ces
derniers lors des fractures.
L’artère poplitée est solidaire au plan
ostéoarticulaire par ses connexions avec le muscle grand
adducteur et soléaire ce qui la rend vulnérable lors des
fractures de L’EIF.
L’appareil extenseur du genou constitué de :
• Tendon quadricipital
• Rotule
• Tendon rotulien
III. Anatomie pathologie :
1) Mécanisme :
On observe 2 types de mécanismes
➢ Mécanisme direct : Il est rare, la fracture survient au niveau du point
d’impact du choc traumatique, l’exemple type est l’écrasement du genou
contre le sol lors de la chute de moto. Il peut s’agir aussi d’un sujet
debout atteint perpendiculairement ou obliquement, le plus souvent de
haut en bas entrainant une fracture d’un condyle.
➢ Mécanisme indirect : est le plus fréquent, la fracture survient loin du
point d’impact du choc traumatique, l’exemple type c’est le syndrome du
le tableau de bord : le tibia venant heurter le massif condylien suite à un
choc sur genou fléchi. Il peut s’agir aussi d’un choc axial sur genou tendu.
Remarques :
Les causes favorisantes possibles des fractures de l’EIF sont :
• L’ostéoporose.
• La fragilité des extrémités osseuses dans les séquelles de :
Poliomyélite, hémiplégie et paraplégie.
Au voisinage d’arthrose, de raideur, d’arthrodèse et de prothèse totale
du genou.
La fracture du sujet jeune nécessite un choc violent à haute énergie
contrairement à celle du sujet âgé qui peut survenir suite à un choc faible
qui se résume à une simple chute de sa hauteur ou d’un lieu peu élevé
telle une chaise.
2) Classifications :
Plusieurs classifications sont utilisées chez l’adulte notamment celle de l’Association
d’Ostéosynthèse (AO), SOFCOT et celle de CHIRON. Chez l’enfant on utilise celle de
Salter et Harris car il s’agit le plus souvent de décollement épiphysaire.
On distingue 3 groupes de fractures :
➢ Fracture supra-condylienne :
• Extra-articulaires
• Le trait de siège métaphysaire sépare l’épiphyse (les deux condyles en bloc) de la
diaphyse, il peut être simple : transversal, oblique ou spiroïde. Mais on peut
avoir des fractures métaphysaires complexes et comminutives.
• Le déplacement associe une translation antérieure du fragment proximal
menaçant l’appareil extenseur du genou et la peau et une bascule postérieure
du fragment distal sous l’action des muscles jumeaux pouvant entrainer des
lésions vasculo-nerveuses graves mettant en jeu le pronostique vital du membre
et du sujet.
➢ Fracture sus- et inter-condylienne :
• Articulaires, elles associent un trait transversal supra-condylien entre
l’épiphyse et la diaphyse et un trait inter-condylien séparant les 2 condyles.
• Le trait de fracture peut être simple en T, V, Y. On peut avoir des fractures à
comminution métaphysaire, épiphysaire et métaphyso-épiphysaire.
Le déplacement associe une bascule postérieure des condyles séparés et une
translation antérieure du fragment proximal qui peut s’encastrer entre les 2
condyles.
➢ Fracture uni condylienne :
Le trait de fracture peut détacher un condyle en entier en irradiant de
l’échancrure inter-condylienne vers la région sus-condylienne, il peut détacher
une partie du condyle, on distingue 3 variétés :
• Fracture de Hoffa : le trait est dans un plan frontal situé en arrière du plan
vertical passant par le tubercule sus-condylien
• Fracture de Trelat : antérieure, est dans un plan sagittal, le trait irradie de la
région inter condylienne jusqu'à la métaphyse
• Fracture intermédiaire aux précédentes
Remarques : La fracture uni condylienne peut consister à une simple contusion
osseuse entrainant un tassement de l’os ou à une fracture ostéo-cartilagineuse
parcellaire, articulaire pure qui peuvent passer inaperçues.
Fracture de Trelat Fracture de Hoffa
Classification de Chiron Classification AO
IV. Examen clinique :
-Interrogatoire :
Va à la recherche de l’état civil du patient, l’âge, la profession, les circonstances et l’heure de l’accident, le mécanisme, les
modalités de ramassage et de transport, la prise en charge initiale, l’heure du dernier repas, les antécédents médico-
chirurgicaux.
-Examen physique :
Inspection :
Un simple gonflement est parfois observé, le plus souvent, il existe une déformation importante du membre inférieur qui
est raccourci avec un genou volumineux et un pied en rotation externe. Dans certains cas, on observe une saillie antérieure
du fragment proximal menaçant l’ouverture cutanée de dedans en-dehors qu’il faut chercher.
Palpation :
Recherche l’état hémodynamique du patient, un choc rotulien lié à l’hémarthrose, les pouls périphériques pour ne pas
passer à côté d’une complication vasculaire par atteinte de l’artère poplitée soit par compression ou sa blessure, les pouls
périphériques doivent être présents bien frappés et symétriques.
On recherche également les lésions du nerf sciatique ou de ses deux branches de division en testant la sensibilité et la
mobilité des orteils et des pieds d’une façon comparative des deux membres.
Remarques :
Ce qu’il ne faut JAMAIS faire est de mobiliser le membre traumatisé.
Ce qu’il ne faut JAMAIS oublier est de rechercher l’ouverture cutanée et les lésions vasculo-nerveuses.
On termine par un examen somatique complet de tout l’appareil locomoteur : rachis, bassin d’une façon comparative pour
les membres et un examen général à la recherche d’autres lésions associées : viscérales, crânio-faciales et thoraco-
abdominales. Il faut savoir que la fracture de l’EIF peut être isolée comme elle peut survenir chez un sujet poly-fracturé,
polytraumatisé ou comateux.
V. Bilan radiologique :
1) Intérêt de l’examen radiologique :
• Poser le diagnostique et rechercher les fractures associées.
• Classer et typer les fractures.
• Poser l’indication thérapeutique.
• Le suivi de l’évolution.
2) Bilan radiologique standard systématique :
• Radio du genou f/p et les ¾
• Radio de la cuisse
• Radio du bassin
3) La TDM offre une meilleure analyse des lésions surtout articulaires et rotuliennes.
VI. Evolution :
1) Evolution favorable : La consolidation demande 3 mois environ
2) Complications :
• Immédiates :
- Ouverture cutanée : Peut être punctiforme le plus souvent de dedans en-dehors ou une ouverture
cutanée importante avec perte de substance
- Vasculo-nerveuse : On peut avoir soit compression soit section partielle ou totale de l’artère poplitée par
un bec fragmentaire. Le nerf sciatique poplité externe peut être atteint
- Ligamentaires et méniscales
• Précoces :
- Hématome, désunion cutanée et infection post opératoire.
- Embolie graisseuse et accidents thrombo-emboliques.
• Secondaires : Démontage du matériel d’ostéosynthèse et déplacement du foyer de fracture
• Tardives :
- Pseudarthrose aseptique ou septique
- Cal vicieux :
. Dans le plan frontal : varus ou valgus
. Dans le plan sagittal : flessum ou recurvatum
. Dans le plan transversal : décalage (en rotation externe ou interne)
Le plus souvent, le cal vicieux a plusieurs composantes de déformation, il peut être articulaire ou extra
articulaire ou les deux.
- Raideur du genou :
. Minime : Mobilité conservée >90°
. Moyenne : Mobilité conservée entre 60°-90°
. Sévère : Mobilité conservée <60°
- Arthrose post traumatique
- Raccourcissement du membre
VII. Traitement :
1) But :
Obtenir une réduction anatomique et fixation stable des fragments osseux permettant
une rééducation précoce du genou afin d’espérer une consolidation dans les délais sans
complications et une réinsertion socio-professionnelle précoce du patient.
2) Méthodes :
• Orthopédique :
-Immobilisation plâtrée : Par un plâtre pélvipédieux, peut être utilisée en cas de fracture
non-déplacée et chez le petit enfant.
-Traction continue : Dont le but est d’obtenir une réduction, elle doit être trans-osseuse
en regard de la tubérosité tibiale antérieure, elle se fait au milieu hospitalier, au lit du
malade sur un cadre, le genou fléchi à 20°, un billot sous le fragment distal pour réduire
la bascule postérieure de ce dérnier, elle dure 6 à 8 semaines puis relayée par un plâtre
pélvipédieux ou orthèse dynamique pendant un ou deux mois supplémentaires.
Elle a comme avantages d’éviter l’infection et de préserver l’hématome fracturaire,
bénéfique pour la consolidation.
Ses inconvenants sont :
o L’hospitalisation et l’alitement prolongés pouvant entrainer des complications de
décubitus avec risque de mortalité chez les sujets âgés.
o Le cal-vicieux, parfois important
o Incongruence articulaire
o Raideur majeure du genou par adhérence de l’appareil extenseur au foyer de fracture
o Contrôle radiologique multiple (irradiation)
• Traitement chirurgical :
De nos jours le traitement chirurgical par ostéosynthèse est
supérieur au traitement orthopédique, il autorise une réduction
parfaite de l’épiphyse et une correction des défauts d’axe du fémur
sans contention post-opératoire.
Différents moyens sont utilisés :
-Vis et broches, vissage des fractures unicondyliennes,
embrochage ou vissage des décollements épiphysaires chez l’enfant
-Système endomédullaire :
. Clou verrouillé antérograde
. Clou verrouillé rétrograde
-Plaques diaphyso-métaphyso-épiphysaires :
. Lame plaque (LP) Vissage
. Vis plaque dynamique condylienne
. Plaque vissée (PV)
-Fixateur externe.
Plaque vissée Lame plaque Vis plaque
Fixateur externe Clou verrouillé antérograde
PV condylienne Clou verr rétrograde