La Contrefaçon Des Marques Word
La Contrefaçon Des Marques Word
Casablanca
Faculté des sciences juridiques économiques et
sociales Ain Sebâa
1
Liste des acronymes :
PI : Propriété Industrielle.
DI : Dommage et Intérêt.
ADPIC : Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui
touchent au commerce.
2
Abstract :
La contrefaçon des marques constitue l’une des atteintes les plus sérieuses à la propriété
industrielle, en ce qu’elle menace à la fois les droits exclusifs des titulaires de marques, la
loyauté de la concurrence et la protection des consommateurs. Le présent travail vise à analyser,
dans le contexte du droit marocain, l'organisation procédurale de la lutte contre ce phénomène
ainsi que le régime des sanctions qui y est applicable. Dans une première partie, il examine la
typologie des actes de contrefaçon, les voies d’action civile et pénale, ainsi que les outils
procéduraux à disposition, comme la saisie-contrefaçon. La seconde partie est consacrée aux
sanctions prévues par la législation, en mettant en lumière les limites pratiques du dispositif
répressif et indemnitaire. À travers une approche critique et enrichie par des références
jurisprudentielles et doctrinales, ce mémoire soulève les lacunes relatives à la réparation du
préjudice subi, l’insuffisance des mesures dissuasives, et plaide pour une meilleure efficacité
du système marocain de protection des marques.
3
Introduction :
La propriété industrielle occupe une place stratégique dans les échanges économiques
mondiaux. Dans un contexte où l’économie repose de plus en plus sur le savoir et
l’innovation, la protection de la propriété industrielle s’impose comme une nécessité. Ce
besoin a conduit à l’adoption de multiples textes juridiques, tant sur le plan national
qu’international, afin de garantir la sécurité des créations et de lutter efficacement contre la
contrefaçon1.
La défense de la marque qui est le dénominateur commun de tous les accords, traités et
conventions ratifiés par le Maroc, est régie dans la législation marocaine par la loi n° 17-97 du
15 février 2000 relative à la protection de la propriété industrielle, laquelle a été complétée et
modifiée dans un premier temps par la loi n°31-05 du 14 février 2006 qui a introduit la
procédure d’opposition et les mesures aux frontières en matière de propriété industrielle, puis
par la loi n° 23-13 du 21 novembre 2014, ayant renforcé les actions répressives de la
contrefaçon. À travers ces lois, le législateur marocain a cherché à « répondre à deux
exigences essentielles, qui sont de protéger les marques contre toute forme de contrefaçon3,
1
Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), 1994,
Organisation Mondiale du Commerce (OMC), Marrakech.
2
Art. 133 de la loi n° 17-97 relative à la protection de la propriété industrielle promulguée par dahir n° 1-00-19
du 9 kaada 1420 (15 février. 2000), telle que modifiée et complétée par les lois n°23-13 (du 21 novembre 2014)
et 31-05 (du 20 février 2006).
3
C’est-à-dire toute forme d’utilisation par les contrefacteurs d’une marque identique ou similaire au point de
prêter à confusion.
4
et de réglementer tout usage de marque afin qu’elle ne puisse induire en erreur ou prêter à
confusion »4.
La contrefaçon demeure la seule et unique notion juridiquement définie par les lois nationales
comme par les règles internationales, utilisé pour indiquer une violation des droits de
propriété intellectuelle, cela signifie que certains actes sont effectués sans le consentement du
titulaire du droit de propriété intellectuelle. Du point de vue légale, la contrefaçon est définie
comme « Toute atteinte portée aux droits du propriétaire d’un brevet d’invention, d’un
schéma de configuration (topographie) de circuits intégrés, d’un dessin ou modèle industriel
enregistré, d’une marque de fabrique, de commerce ou de service enregistrée, d’une indication
géographique enregistrée ou d’une appellation d’origine enregistrée (…) constitue une
contrefaçon »6.
Elle représente un véritable fléau pour l’économie marocaine. Selon une étude réalisée en
2012 sur son impact économique, elle occasionnerait des pertes annuelles estimées entre 6 et
12 milliards de dirhams, soit environ 0,7 à 1,3 % du PIB national. Elle entraînerait également
un manque à gagner fiscal évalué à un milliard de dirhams, ainsi que la destruction de près de
30 000 emplois. Les secteurs les plus touchés sont notamment ceux du textile, de la
maroquinerie, de l’électronique, de l’automobile et des cosmétiques, avec une concentration
4
Naim Sabik, Le rôle de la propriété industrielle dans la protection du consommateur, Thèse de Doctorat en
Droit privé, présentée et soutenue publiquement le 10 mai 2010 sous la direction de Franck Marmoz,
Université Jean Moulin Lyon 3, p. 16.
5
« Comité National pour la Propriété Industrielle et Anti-Contrefaçon » : est un organe marocain de
concertation public-privé créé en 2008 pour coordonner les actions de protection de la propriété industrielle et
de lutte contre la contrefaçon à l’échelle nationale et régionale.
6
Article 201 de la loi n° 17-97 relative à la protection de la propriété industrielle, telle que modifiée et
complétée par la loi n° 31-05 et la loi n° 23-13, Bulletin Officiel du Royaume du Maroc.
5
géographique marquée dans les régions du Grand Casablanca, de Tanger-Tétouan, d’Oujda-
Nador et d’Agadir7.
Dans quelle mesure les procédures civiles et pénales, combinées aux sanctions prévues
par le droit marocain, permettent-elles de garantir une protection efficace contre la
contrefaçon de marque ?
7
CONPIAC. Étude sur l’impact économique de la contrefaçon au Maroc. Ministère de l’Industrie et du
Commerce & CGEM, 2012.
6
Sommaire :
Section 2 : La saisie-contrefaçon
7
Partie I. L’organisation procédurale de la lutte contre la contrefaçon de
marque
La lutte contre la contrefaçon de marque repose, avant toute sanction, sur la mise en œuvre de
procédures judiciaires précises, permettant aux titulaires de droits d'agir efficacement pour
protéger leurs intérêts. La simple existence d’un droit de propriété industrielle n’a de véritable
portée que s’il est soutenu par des mécanismes procéduraux accessibles et effectifs8.
Au Maroc, la loi n° 17-97 relative à la protection de la propriété industrielle, modifiée par les
lois n° 31-05 et 23-13, a instauré une double voie procédurale : l’action civile, destinée à
obtenir réparation du préjudice subi, et l’action pénale, visant à réprimer les atteintes aux
droits de marque dans un objectif d’ordre public économique9.
Toutefois, la réussite de cette lutte dépend largement de la maîtrise des règles procédurales,
civiles comme pénales, par les titulaires de droits, ainsi que de l’efficacité des institutions
judiciaires chargées de leur application10.
Dès lors, pour évaluer l'efficacité du système juridique en matière de propriété industrielle, il
convient d'abord d'examiner les différentes atteintes réprimées à la marque ainsi que leur
traitement pénal (Chapitre 1), avant d’analyser les mécanismes de protection civile offerts
aux titulaires de droits à travers l’action en contrefaçon et les mesures de sauvegarde qui
l’accompagnent (Chapitre 2).
La contrefaçon de marque constitue aujourd’hui une infraction aux multiples facettes, dont les
effets néfastes se font sentir à la fois sur le plan économique, social et juridique. Face à la
multiplication des atteintes aux signes distinctifs, le législateur marocain a progressivement
renforcé les moyens de protection et de répression, en particulier dans le champ pénal.
8
A. Rami, La protection de la propriété industrielle au Maroc : étude critique de la loi n° 17-97, Thèse de
doctorat, Université Hassan II, Casablanca, 2018, p. 45.
9
H. Boudriga, La contrefaçon de marque au Maroc : aspects juridiques et contentieux, Revue Marocaine de
Droit des Affaires, n° 15, 2016, p. 78.
10
M. Idrissi, L’action en contrefaçon dans la pratique judiciaire marocaine, Revue Marocaine de Droit et
d’Économie du Développement, n° 60, 2019, p. 212.
8
Ce chapitre vise à analyser, d’une part, les différentes formes d’atteinte constitutives du délit
de contrefaçon (Section 1), et d’autre part, les mécanismes répressifs prévus par le droit pénal
marocain pour y faire face (Section 2).
La contrefaçon constitue la qualification spécifique en PI pour toute atteinte ou tout usage non
autorisé d’un bien intellectuelle. Dans son sens général, est une imitation frauduleuse ou
fabrication d’une chose au préjudice de celui qui avait seul le droit de la fabriquer ou de la
reproduire. La contrefaçon aujourd’hui une quasi-pandémie contre laquelle se mobilisent les
autorités publiques11.
Cette infraction, considérée comme une des plus graves en matière de propriété industrielle,
se distingue principalement par deux formes majeures : la reproduction servile et la
reproduction quasi-servile.
En pratique, on distingue :
11
Nicolas Binctin. Droit de la propriété intellectulle.Lextenso éditions.2014.p765.
12
Tribunal de première instance de Casablanca, jugement du 14 avril 1983, dossier n°81/1679 ; confirmé par la
Cour d’appel de Casablanca, arrêt n°1464 du 25 septembre 1984 – affaire dite « Alfa/Alpha ».
9
À cet égard, la doctrine marocaine souligne que « l’atteinte à la marque est d’autant plus
sanctionnable qu’elle touche à la fonction première de la marque : distinguer l’origine
commerciale d’un produit » .
Ainsi, la contrefaçon, qu’elle soit totale ou partielle, manifeste une volonté de parasitisme
économique concept doctrinal développé par Yves Saint-Gall dans sa théorie du « parasitisme
commercial »13 visant à tirer profit de l’investissement économique et de l’image construite
par autrui.
Pour conclure à l’existence d’un acte de contrefaçon, le juge marocain a cherché avant tout à
soulever les points de ressemblance entre les signes distinctifs de la marque d’origine et de la
marque présumée contrefaite. Ainsi à l’occasion d’un litige sur l’usage d’une marque de
fabrique, la Cour d’appel de commerce de Casablanca a jugé, dans un arrêt du 10 juin 2008,
que « la similitude entre deux marques de commerce au niveau de l’écriture et de la
prononciation est de nature à créer une confusion dans l’esprit du consommateur et à le
tromper, et que de ce fait il y a lieu de radier le mot qui constitue une imitation de la marque
d’origine »14.
C’est en étudiant aussi les points de ressemblances entre le produit d’origine et le produit
supposé contrefait, que la Cour d’appel de commerce de Marrakech a reconnu, dans un arrêt
du 28 janvier 201015, l’existence d’une contrefaçon par imitation. En l’espèce, « le
propriétaire de la marque “CIGARE” avait engagé une action en contrefaçon contre une
société qui avait déposé la marque “FLORAL PAR NEW CIGARE” et demandé la radiation
de cette marque »16. Dans son appréciation des faits, le juge marocain a considéré que bien
qu’il n’y a eu que des différences mineures entre les deux marques, cela n’empêche que la
marque « FLORAL PAR NEW CIGARE » présente un élément flagrant d’imitation écrit en
des termes clairs, à savoir celui de « CIGARE », ce qui prouve la survenance d’une
contrefaçon par imitation.
13
Yves Saint-Gall, Le parasitisme économique : passé, présent et avenir, théorie citée par Sébastien Petit dans
son mémoire de master, Université de Lille, 1956.
14
Cour d’appel de commerce de Casablanca, arrêt n° 2999/2008 du 10 juin 2008.
15
Cour d’appel de commerce de Marrakech, arrêt n°116 du 28 janvier 2010 dans Dossier
n°288/2008, Propriétaire de la marque « CIGARE » c/ Société «FLORAL PAR NEW CIGARE ». Cité in : Mehdi
Kettani, « La contrefaçon : aspects juridiques et pratiques judiciaires », op. cit.
16
Ibid.
10
Section 2 : L’engagement de l’action pénale
Les actions en justice liées à la contrefaçon peuvent être de nature civile et éventuellement
pénale. Cependant, il faut souligner que l’action pénale ne peut être exercée qu’après que la
juridiction civile, saisie de l’action en contrefaçon, a rendu un jugement passé en force de
chose jugée.
L’action pénale en matière de contrefaçon de marque constitue l’un des instruments les plus
dissuasifs du droit marocain de la propriété industrielle. Elle vise non seulement à sanctionner
les atteintes graves aux droits des titulaires de marques, mais également à défendre l’ordre
public économique et la loyauté du marché17.
L’article 205 de la loi n° 17-97, telle que modifiée, prévoit que l’action publique ne peut être
exercée qu’à la suite d’une plainte de la partie lésée, sauf pour certains cas expressément
mentionnés où le ministère public peut agir de sa propre initiative (ex : usage d’une marque
trompeuse ou contraire à l’ordre public).
Le déclenchement de l’action pénale suppose donc, en principe, le dépôt d’une plainte par le
titulaire de la marque, suivie d’une enquête préliminaire confiée aux services compétents :
police judiciaire, douanes ou gendarmerie. Cette enquête peut aboutir à la saisie de produits
contrefaisants, à des auditions et à des perquisitions, sur autorisation du parquet ou du juge
d’instruction, lorsque cela est nécessaire à la manifestation de la vérité.
La réforme introduite par la loi n° 31-05 a renforcé le rôle du ministère public, qui peut
désormais poursuivre d’office les auteurs d’actes de contrefaçon, même en l’absence de
plainte, dès lors qu’il s’agit d’infractions portant atteinte à l’ordre public économique. Cette
autonomie renforce la portée répressive de la législation sur les marques et permet de lutter
17
OMPIC, Guide de la lutte contre la contrefaçon, édition mai 2014, disponible en ligne :
https://www.ompic.org.ma/sites/default/files/2022-01/guide_contrefacon.pdf, consulté le 15/04/2025.
11
efficacement contre les filières de contrefaçon organisées, notamment lorsqu’elles touchent à
la santé ou à la sécurité des consommateurs (médicaments, cosmétiques, pièces automobiles,
etc.)18.
Une fois l’affaire enrôlée, le procès pénal se déroule devant le tribunal correctionnel, qui
statue sur la base des éléments versés au dossier d’instruction ou issus de l’enquête
préliminaire. Le parquet présente ses réquisitions, tandis que le défendeur peut se prévaloir de
moyens de défense, notamment l’exception de bonne foi ou la contestation de la validité du
titre. Toutefois, comme le prévoit l’article 205, les exceptions tirées de la nullité du titre de
propriété industrielle doivent être portées devant le juge civil, non le juge pénal.
Le tribunal peut alors prononcer des peines d’amende, d’emprisonnement, et/ou des peines
complémentaires (publication du jugement, confiscation, interdiction professionnelle)19.
Comme tout jugement pénal, la décision rendue en première instance est susceptible de
recours. Le défendeur ou le ministère public peuvent interjeter appel devant la Cour d’appel
compétente. En cas de vice de forme ou d’erreur de droit, un recours en cassation peut
également être formé devant la Cour de cassation, dans les délais légaux.
En ce qui concerne la juridiction compétente, l’article 204 de la loi 17-97 prévoit que l’action
doit être portée devant le tribunal du lieu du domicile réel ou élu du défendeur, celui de son
mandataire, ou encore le tribunal de Casablanca si le défendeur est domicilié à l’étranger,
l’OMPIC y ayant son siège.
S’agissant du délai de prescription, il est fixé à trois ans à compter du dernier acte de
contrefaçon, conformément à l’article 206 de la même loi. Cependant, la jurisprudence
considère que la contrefaçon est un délit continu, ce qui signifie que tant que le produit
contrefait est commercialisé ou que la marque litigieuse figure dans un registre, le délai de
18
Revue marocaine du droit des affaires, n°22, 2022, p. 47.
19
Idem.
12
prescription ne commence pas à courir. Ainsi, la prescription est constamment renouvelée par
le maintien de la situation illicite20.
Ce principe a été rappelé par la doctrine marocaine, qui considère que la contrefaçon « produit
un effet juridique permanent tant que l’acte constitutif se prolonge dans le temps », ce qui
justifie une répression durable tant que l’atteinte perdure. En outre, la suspension de la
prescription peut intervenir si une action civile est engagée parallèlement, renforçant ainsi les
outils du titulaire de marque pour préserver ses droits21.
Face aux atteintes aux droits privatifs sur la marque, le droit civil offre aux titulaires légitimes
une panoplie d’outils juridiques destinés à assurer la défense de leurs intérêts économiques.
Contrairement à la voie pénale, qui vise à réprimer l’auteur de la contrefaçon, l’action civile
poursuit un double objectif : faire cesser l’acte illicite et réparer intégralement le dommage
subi22. Ce chapitre s’attache à exposer les fondements, les conditions de recevabilité et les
règles de compétence encadrant l’action civile en contrefaçon (Section 1), avant de
développer les mécanismes de protection provisoire et les modalités de réparation du
préjudice reconnues par la jurisprudence et la législation marocaine (Section 2).
20
El Bakkali I., Délit continu et prescription en droit pénal de la propriété industrielle, Revue de jurisprudence
commerciale, n°11, 2019, p. 92.
21
Y. Lahlou, Prescription et actions en propriété industrielle, Mémoire de Master, Université Hassan II
Casablanca, 2020, p. 54.
22
F. El Kettani, La contrefaçon de marque en droit marocain : aspects civils et procéduraux, Mémoire de master,
FSJES Casablanca, 2019, p. 45 ; OMPIC, Guide juridique sur la protection des marques, édition 2020, p. 28.
13
Section 1 : L'action en contrefaçon devant les juridictions civiles
Selon l’article 202 de la loi17-97, le titulaire d’une marque enregistrée peut exercer une action
en justice pour contrefaçon, de même que le licencié exclusif, à condition de justifier d’un
intérêt et sauf clause contraire dans le contrat de licence. En cas d’inaction du titulaire, le
licencié peut également agir après mise en demeure restée sans suite.
Une titularité régulière du droit de marque, fondée sur un dépôt valable auprès de
l’OMPIC. Le certificat d’enregistrement constitue ici la preuve du droit opposable.
L’existence d’une atteinte caractérisée, soit par une imitation ou reproduction d’un
signe identique ou similaire sur des produits ou services similaires ou connexes. La
jurisprudence exige que cette reproduction soit de nature à créer un risque de
confusion dans l’esprit du public24.
Un intérêt à agir, ce qui suppose un préjudice personnel, actuel et direct, pouvant être
économique (perte de parts de marché), moral (atteinte à la réputation), ou
concurrentiel (désorganisation commerciale)25.
Le respect du délai de prescription, fixé à trois ans à compter du jour où le titulaire
du droit a eu connaissance des faits, selon l’article 205 de la loi n° 17-97. En matière
de délit continu, comme c’est souvent le cas en contrefaçon, le délai court à compter
du dernier acte contrefaisant26.
23
Yves FAURE, Le contentieux de la contrefaçon, op.cit, p.547.
24
El Idrissi, M., La protection des marques en droit marocain, Revue Marocaine d’Administration Locale et de
Développement, n° 148, 2022, p. 35.
25
Mesbahi, K., La contrefaçon des marques au Maroc, Mémoire de Master, Université Hassan II, Casablanca,
2019, p. 48-51.
26
OMPIC, Guide de la lutte contre la contrefaçon, 2014, (en
ligne) :https://www.ompic.org.ma/sites/default/files/2022-01/guide_contrefacon.pdf consulté le :15/04/25.
14
La compétence juridictionnelle et la procédure applicable
La compétence matérielle appartient aux tribunaux de commerce dès lors que l’affaire porte
sur un droit de propriété industrielle ayant une incidence économique. Territorialement, deux
critères alternatifs peuvent être retenus :
La procédure applicable est régie par les dispositions du Code de procédure civile marocain,
avec les garanties classiques du procès équitable (contradictoire, publicité des débats,
production de preuves). Toutefois, compte tenu de l’urgence de certains litiges en matière de
propriété industrielle, le législateur a prévu des procédures d’urgence spécifiques27.
Section 2 : La saisie-contrefaçon
Le droit marocain, soucieux de garantir une protection efficace des droits de propriété
industrielle, accorde une place essentielle aux mesures provisoires destinées à prévenir
l’aggravation du préjudice ou à préserver les preuves avant le jugement au fond28. Ces
mécanismes permettent d’agir en amont du procès par voie de référé, notamment à travers des
saisies ou des interdictions temporaires.
Toutefois, leur efficacité repose largement sur la qualité de la preuve apportée par le
demandeur. Ainsi, lors de la phase précontentieuse, si la saisie-contrefaçon constitue le
mécanisme phare en matière de propriété industrielle, le recours aux outils classiques du droit
commun demeure pertinent. En effet, le principe général, selon lequel « la contrefaçon se
prouve par tous moyens » principe exprimé par l’article 404 du Dahir des Obligations et des
Contrats, autorise l’utilisation de moyens probatoires variés pour établir l’atteinte alléguée. Il
appartient au demandeur d’apporter cette preuve, que ce soit par constat d’achat, expertise
privée ou autre méthode, pour autant que celles-ci ne débordent pas les limites fixées par la
procédure spécifique de la saisie-contrefaçon. À cet égard, certaines constatations techniques,
telles que celles opérées par un huissier ou un expert désigné judiciairement, peuvent
27
Benjelloun, H., Propriété industrielle et référé au Maroc, Revue de Droit et d’Économie de l’Entreprise, FSJES
Rabat, 2021.
28
Revue Marocaine de Propriété Intellectuelle, n° 6, 2019, p. 22.
15
renforcer l’administration de la preuve, sans pour autant nécessiter l’enclenchement immédiat
d’une procédure judiciaire. Cette articulation entre mesures conservatoires et techniques
probatoires est au cœur de la stratégie contentieuse en matière de contrefaçon, justifiant
l’organisation par le législateur marocain d’un mode spécifique de saisie à finalité
probatoire29.
La saisie-contrefaçon constitue une procédure spécifique, prévue notamment par l’article 222
de la loi n° 17-97 relative à la propriété industrielle, permettant à un titulaire de droit ou à un
demandeur à l’enregistrement d’établir la matérialité de la contrefaçon avant toute action au
fond30. Cette procédure peut être descriptive consistant en un procès-verbal détaillé établi par
un huissier ou greffier, ou réelle impliquant la mise sous scellés des produits litigieux31.
L’ordonnance autorisant cette saisie est rendue unilatéralement par le président du tribunal de
commerce compétent. Ce caractère non contradictoire garantit l’effet de surprise, essentiel
pour préserver les preuves dans les affaires de propriété industrielle, où les actes de
contrefaçon sont souvent éphémères32.
Il est important de souligner que cette saisie ne constitue pas une condition préalable à
l’action en contrefaçon. D’autres moyens de preuve peuvent être utilisés, tels que des constats
d’achats ou documents publicitaires. Cependant, la jurisprudence marocaine et comparée
souligne que l’absence de recours à la saisie peut fragiliser l’argumentaire du demandeur,
surtout si les preuves sont insuffisantes34.
29
El Idrissi.M ,art.cit, p. 22.
30
Article 222 de la Loi n° 17-97 sur la protection de la propriété industrielle, modifiée et complétée.
31
ZARRI-Lambarki H., La protection de la marque, mémoire de Master en droit des contentieux publics, FSJES
Fès, 2008, p. 67.
32
FRIH Mounir, La saisie-contrefaçon : étude de droit comparé, Revue Marocaine de Droit, n° 42, 2019, p. 118.
33
BOUYERDANE Salma, Les mesures conservatoires dans le contentieux de la propriété industrielle, mémoire de
Master, FSJES Casablanca, 2020, p. 43.
34
OMPIC, Guide de la lutte contre la contrefaçon, édition 2014, [consulté le 1er mai 2025],
https://www.ompic.org.ma/sites/default/files/2022-01/guide_contrefacon.pdf.
16
Une fois la saisie effectuée, le requérant dispose d’un délai de 30 jours pour introduire son
action au fond. Passé ce délai, la mesure est frappée de nullité. Cette exigence vise à éviter les
abus et à garantir une utilisation diligente du droit à la preuve35.
35
AIT EL QADI Yassir, Les contentieux en matière de marques au Maroc, Revue REMALD, n°152, 2022, p. 54.
36
Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), Système de Madrid – Enregistrement
international des marques, en ligne : https://www.wipo.int/madrid/fr/, consulté le 30 avril 2025.
17
Conclusion 1 :
Sur le plan pénal, la typologie des infractions – allant de la reproduction servile à l’imitation
frauduleuse est désormais clairement identifiée et sévèrement sanctionnée, notamment par les
articles 201 à 207 de la loi précitée. Le rôle du ministère public est renforcé, avec la
possibilité d’intervenir d’office dans certains cas, tandis que l’action publique peut être
exercée en parallèle ou à la suite d’une plainte de la victime. Cette répression pénale vise
autant à dissuader qu’à punir, en tenant compte de la gravité de l’atteinte et de son impact sur
l’ordre économique37.
Il ressort de cette première partie que le législateur marocain a adopté une approche
complémentaire et graduée, combinant la fermeté de la sanction pénale à l’efficacité des voies
civiles de protection. Toutefois, l’efficacité de ce système dépend étroitement de la capacité
des juges à interpréter souplement les textes, de la vigilance des titulaires de marques, et de la
coordination entre les différents intervenants judiciaires et douaniers. La lutte contre la
37
OMPIC, Section Marques – Portail de la propriété industrielle, en ligne :
https://www.ompic.org.ma/fr/propriete-industrielle/marques, consulté le 30 avril 2025.
18
contrefaçon ne peut ainsi être que multidimensionnelle, impliquant à la fois le juge, le
ministère public, les praticiens du droit et les entreprises elles-mêmes.
19
Partie II. Le régime des sanctions applicables à la contrefaçon
Dans cet esprit, le législateur marocain a mis en place un dispositif bicéphale combinant à la
fois des sanctions pénales dissuasives, visant à réprimer les atteintes les plus graves à l’ordre
économique, et des sanctions civiles, destinées à compenser équitablement le préjudice causé
par l’exploitation illicite de la marque.
La présente partie sera donc consacrée à l’étude de ce double régime. Nous analyserons
d’abord les sanctions pénales applicables aux auteurs d’actes de contrefaçon, tant dans leur
dimension principale que complémentaire (Chapitre 1), avant d’examiner les voies de
réparation civile ouvertes au titulaire du droit lésé, notamment à travers l’allocation de
dommages-intérêts et les mesures d’exécution forcée (Chapitre 2).
La lutte contre la contrefaçon de marque au Maroc ne saurait être efficace sans un dispositif
répressif clair, dissuasif et adapté aux enjeux économiques et sociaux contemporains. Conscient
de la menace que représente la contrefaçon, notamment pour la santé publique, la sécurité des
consommateurs et la compétitivité des entreprises. La mise en œuvre de ces sanctions reste
cependant entravée par divers obstacles pratiques, allant de la difficulté de preuve à
l’insuffisante spécialisation des juridictions.
Ce chapitre propose une analyse structurée de ces mesures répressives en deux sections : la
première est consacrée aux peines principales applicables aux actes de contrefaçon (Section 1),
tandis que la seconde examine les sanctions complémentaires prévues pour renforcer la portée
punitive et symbolique des décisions judiciaires (Section 2).
38
Idem.
20
Section 1 : Les peines principales applicables
Ainsi, l’article 213 prévoit une peine d’emprisonnement de deux à six mois et une amende de
50 000 à 500 000 dirhams, pour toute personne ayant contrefait une marque déposée, usurpé
une marque notoirement connue, ou fait usage de mauvaise foi d’un signe similaire ou identique
à une marque enregistrée. Cette disposition, qui vise aussi bien les fabricants que les
distributeurs ou les commerçants, englobe tous les actes matériels d’imitation, de reproduction
ou d’apposition de marques sans autorisation.
En cas de récidive, l’article 216 prévoit un doublement des peines, pouvant aller jusqu’à deux
ans d’emprisonnement, une mesure qui traduit une volonté de durcissement à l’égard des
comportements frauduleux persistants. Toutefois, l’application de cette disposition demeure
très limitée, en raison notamment de l’absence d’un fichier national opérationnel centralisant
les antécédents judiciaires en matière de propriété industrielle, ce qui empêche une traçabilité
efficace des récidivistes39.
En dépit d’un cadre légal relativement clair, l’effectivité de la répression pénale demeure faible.
Les décisions judiciaires relatives à la contrefaçon sont rares et souvent limitées à des amendes
symboliques, voire à des peines avec sursis. Cette situation s’explique en grande partie par la
complexité probatoire, la rareté des procédures pénales initiées par les titulaires de droits, et
surtout le manque de spécialisation des juridictions en matière de propriété industrielle40. Par
ailleurs, les enquêteurs et magistrats ne disposent pas toujours des outils techniques pour
39
El Houssaini, L., La répression pénale des atteintes à la propriété industrielle au Maroc, Revue Marocaine de
Droit et d'Économie, n° 31, 2021, p. 71-84.
40
Benbrahim, A., La responsabilité pénale des personnes morales en droit marocain, Mémoire de Master,
Université Hassan II, Casablanca, 2022.
21
identifier avec précision les actes de contrefaçon, notamment dans des secteurs sensibles
comme les technologies ou la santé.
En outre, la charge de la preuve pèse lourdement sur le plaignant, qui doit non seulement
démontrer l’atteinte à son droit, mais également établir l’intention frauduleuse de l’auteur
présumé, exigence qui freine l’aboutissement des poursuites. Le manque de coordination entre
l’OMPIC, l’administration douanière, le ministère public et les juridictions engendre aussi une
certaine discontinuité institutionnelle, peu favorable à une répression rigoureuse41.
Enfin, le caractère disproportionné entre le préjudice subi parfois colossal et les peines
prononcées, renforce le sentiment d’impunité chez de nombreux contrefacteurs. Cela appelle à
une révision de la grille des sanctions, en lien avec le principe de proportionnalité et la gravité
économique et sociale des actes commis.
Outre les peines principales prévues par les articles 213 et 214 de la loi n° 17-97, le législateur
marocain a institué un ensemble de sanctions complémentaires et accessoires destinées à
renforcer l’impact dissuasif des condamnations pénales en matière de contrefaçon de marque.
Ces sanctions poursuivent un double objectif : empêcher la récidive et marquer socialement et
économiquement le contrefacteur.
41
Boukili, S., La contrefaçon des marques au Maroc : constats et défis judiciaires, Revue de la Propriété
Intellectuelle, n° 12, 2020, p. 43.
22
symbolique forte, en exposant publiquement le comportement illicite du contrefacteur
et en disqualifiant son image commerciale42.
S’agissant de cette mesure, le juge marocain a montré son utilité dans un arrêt du 06
décembre 2005 de la Cour d’appel de commerce de Marrakech, où il a affirmé qu’
« attendu que la jurisprudence procède constamment à la publication des jugements en
matière de contrefaçon et d’imitation, l’efficacité de cette mesure réside dans sa
fonction répressive puisqu’elle a pour rôle principal de faire connaître les
contrefacteurs et les imitateurs, et d’informer le public sur l’existence des produits
contrefaits, et par conséquent la vigilance nécessaire sera prise à l’égard de la nature et
l’origine des produits lancés sur le marché »43.
o La confiscation et destruction des produits contrefaits : bien que non formellement
étiquetées comme "peines accessoires", ces mesures s’inscrivent dans la logique
répressive. Elles visent à supprimer les effets matériels de l’infraction et à prévenir
toute réintroduction des produits illicites sur le marché. Le juge peut également
ordonner la destruction des matériels et machines ayant servi à la fabrication
frauduleuse.
o L’interdiction d’exercer certaines activités : cette mesure, parfois prononcée à titre
complémentaire, vise à exclure le condamné d’un secteur commercial ou industriel
spécifique, lorsqu’il a utilisé son activité pour faciliter la contrefaçon44.
Si ces sanctions apparaissent, en théorie, comme des outils pertinents pour renforcer l’autorité
de la loi, leur effectivité reste limitée dans la pratique judiciaire marocaine. Plusieurs rapports
d'observation sur la jurisprudence nationale, dont ceux du CONPIAC, révèlent que :
La publication des décisions est rarement ordonnée, ou alors dans des supports peu lus ou
sans visibilité médiatique suffisante, ce qui affaiblit son impact dissuasif.
42
Hammou Zribi, « La contrefaçon de marque au Maroc : sanction et prévention », Revue marocaine de droit
des affaires, n° 32, 2021, p. 45.
43
Cour d’appel de commerce de Marrakech, arrêt n° 1052 du 06/12/2005, dans dossier n° 605.10.05. Cité in :
OMPIC, Guide sur les marques de fabrique, de commerce ou de service, 2007, p. 110.
44
B. El Khattabi, « Les outils de répression de la contrefaçon en droit marocain », Mémoire de Master, FSJES
Rabat, 2018, p. 72.
23
La destruction et confiscation de produits se heurte à des problèmes logistiques et de
coordination, notamment entre les juridictions pénales, la douane et les services de police
judiciaire45.
D’un point de vue doctrinal, plusieurs juristes marocains, tels que H. Zribi ou M. Himmich,
plaident pour une revalorisation de ces peines complémentaires, notamment en intégrant des
obligations de formation ou de réparations collectives dans les secteurs touchés par la
contrefaçon. Par ailleurs, la mise en place d’un registre centralisé des condamnations en
matière de propriété industrielle pourrait permettre aux parquets de mieux suivre les récidives
et d’appliquer plus systématiquement les peines aggravées.
La contrefaçon de marque ne constitue pas seulement une infraction pénale, elle engendre
également un préjudice civil important pour le titulaire du droit, affectant ses intérêts
économiques et commerciaux. Loin d’être accessoire à la sanction pénale, la voie civile
permet à la victime d’obtenir, par l’intermédiaire des juridictions compétentes,
l’indemnisation intégrale du préjudice subi et l’élimination des effets matériels de l’atteinte
(par confiscation, destruction, interdiction de commercialisation, etc.). En cela, la sanction
civile joue un rôle dissuasif et réparateur fondamental dans le système de protection des
marques.
45
OMPIC, Guide de la lutte contre la contrefaçon, édition mai 2014, disponible en ligne
:https://www.ompic.org.ma/sites/default/files/2022-01/guide_contrefacon.pdf, consulté le 30 avril 2025.
46
M. Himmich, La répression pénale de la contrefaçon au Maroc, Revue marocaine de propriété intellectuelle,
2022, p. 17-18.
24
Section 1 : La condamnation au paiement de dommages-intérêts
Les sanctions civiles représentent un levier fondamental dans la lutte contre la contrefaçon des
marques, car elles permettent non seulement de réparer le préjudice subi par le titulaire du
droit, mais également de dissuader les auteurs potentiels d’actes de contrefaçon. Ces sanctions
s’inscrivent dans le cadre de la loi n° 17-97 relative à la propriété industrielle, telle que
modifiée par les lois n° 23-13 et n° 31-05.
Etude de cas :
47
Article 224 de la loi n° 17-97 relative à la protection de la propriété industrielle, telle que modifiée et
complétée par la loi n° 31-05 et la loi n° 23-13, Bulletin Officiel du Royaume du Maroc.
48
Younes Ghalem, L’action civile en contrefaçon de marque, Revue Marocaine de Droit, n° 12, 2021, p. 56.
49
OMPI, Les bonnes pratiques en matière de lutte contre la contrefaçon civile (en ligne) : https://www.wipo.int.
Consulté le : 26/04/2025.
25
élément graphique distinctif de la marque protégée, qualifiée de contrefaçon au sens de
l’article 201. Il a donc interdit son usage sous astreinte. En revanche, la protection du modèle
industriel invoqué a été rejetée, faute de nouveauté et de preuve de priorité d’usage, comme
l’exige l’article 105. Le tribunal a accordé une indemnité forfaitaire de 50 000 dirhams (art.
224), en l’absence de preuve de préjudice commercial chiffré, et a refusé d’ordonner une
expertise. Il a également rejeté la demande de destruction des produits litigieux en l’absence
de saisie, mais a ordonné la publication du jugement dans deux journaux nationaux (art. 209),
refusant toutefois l’exécution provisoire. Ce jugement illustre la rigueur du juge marocain en
matière de preuves et de conditions d’octroi de la protection, tout en affirmant l’effectivité des
droits de propriété industrielle contre les actes de reproduction non autorisée50.
Le régime marocain de réparation civile en cas de contrefaçon de marque, tel que prévu par la
loi n° 17-97 modifiée par la loi n° 23-13, demeure marqué par de notables imprécisions qui
nuisent à l’efficacité de la protection accordée aux titulaires de droits. Certes, l’article 224 de
cette loi offre aux victimes une option entre deux modes de réparation : soit le calcul des
dommages-intérêts correspondant au préjudice effectivement subi, soit une indemnité
forfaitaire dont les seuils ont été rehaussés par la réforme de 2014. Si cette double faculté est
bienvenue en apparence, elle reste inaboutie dans ses modalités d'application et ses effets
pratiques.
En premier lieu, le texte ne fournit aucun cadre détaillé permettant de calculer les dommages-
intérêts « effectivement subis ». Il se borne à indiquer que le « bénéfice attribuable à l’activité
interdite »51 doit être pris en compte dans l’évaluation, sans pour autant préciser si ce bénéfice
concerne uniquement les gains réalisés par le contrefacteur, le manque à gagner du titulaire ou
les deux. Ce flou nuit à la sécurité juridique et laisse une marge d’interprétation excessive aux
juges, qui peuvent dès lors écarter des éléments essentiels comme le préjudice moral, pourtant
reconnu par la jurisprudence comparée comme un préjudice autonome et indemnisable,
notamment lorsque la marque est associée à une image de qualité qui se trouve altérée par la
mauvaise facture des produits contrefaits.
50
Tribunal de commerce de Marrakech, jugement n°2614 du 14 octobre 2021, dossier n°1905/8227/2021, Réf.
22351. Extrait consulté sur juricaf.org Consulté le 1/05/2025.
51
Article 224 de la loi n° 17-97 relative à la protection de la propriété industrielle, telle que modifiée par la loi
n° 23-13 (B.O. n° 6318 du 18 décembre 2014).
26
En second lieu, bien que l'indemnité forfaitaire ait été revue à la hausse, elle reste plafonnée à
un montant parfois dérisoire par rapport à la valeur économique réelle de certaines marques,
notamment les marques notoires enregistrées auprès de l’OMPIC. Ce plafonnement peut
aboutir à une situation de faute lucrative, où l’auteur de la contrefaçon, conscient du montant
plafonné de la sanction, intègre ce risque dans une stratégie économique cynique : le bénéfice
escompté de l’acte illicite dépasse largement la sanction encourue, ce qui le pousse à
récidiver52.
52
Nadia Azddou, Le droit marocain des marques, Revue Marocaine Droit, Économie et Gestion, Hors-série n°57,
2018, pp. 17-20.
27
l’exclusion quasi-systématique du préjudice moral. Ces lacunes laissent le champ libre à la
banalisation de la contrefaçon, en contradiction flagrante avec les objectifs de dissuasion et de
protection économique poursuivis par le législateur. Une modernisation plus complète
s’impose pour doter le droit marocain d’un système de réparation aligné sur les standards
internationaux en matière de propriété intellectuelle53.
53
Idem.
28
Conclusion 2 :
Sur le plan pénal, les articles 213 à 215 de la loi n° 17-97 instituent des peines principales
d’emprisonnement et d’amende, assorties de sanctions complémentaires telles que la
publication du jugement ou l’interdiction d’exercer dans une chambre professionnelle.
Cependant, l’application de ces dispositions demeure peu rigoureuse en pratique. L’absence
de poursuites systématiques, la faiblesse des moyens d’enquête spécialisés et la rareté des
décisions réellement dissuasives témoignent des limites structurelles de l’appareil répressif.
Cette situation affaiblit la crédibilité du système, notamment face à la recrudescence des
réseaux organisés de contrefacteurs opérant à grande échelle.
Du côté civil, la loi offre aux titulaires de droits la possibilité d’obtenir réparation soit par le
biais d’un calcul du préjudice subi, soit par l’octroi d’une indemnité forfaitaire. Toutefois,
cette disposition souffre d’un manque de clarté dans l’évaluation du dommage et ne prend pas
suffisamment en compte le préjudice moral ou les cas de faute lucrative, où la contrefaçon
constitue une stratégie économique rentable. En outre, l’exécution des mesures civiles
(confiscation, destruction des produits, injonctions judiciaires) reste entravée par des lacunes
pratiques, notamment un manque de coordination entre les juridictions, les autorités
douanières et l’OMPIC.
L’enjeu est de taille : il s’agit non seulement de protéger les titulaires de marques, mais aussi
de garantir un climat de confiance économique et d’encourager l’innovation dans un contexte
de mondialisation croissante des échanges.
29
Conclusion général :
Sur le plan pénal, les peines prévues restent modestes face à l’ampleur des enjeux
économiques, et rarement prononcées dans les faits. Dès lors, peut-on réellement espérer un
recul significatif de la contrefaçon tant que l’efficacité des procédures dépend davantage de la
volonté des victimes que de la rigueur institutionnelle ? Le système actuel ne gagnerait-il pas
à s’inspirer de modèles étrangers plus stricts en matière de réparation et de répression ? Et
surtout, comment assurer une meilleure coordination entre les acteurs OMPIC, parquet,
douane, juges et entreprises pour faire de la protection des marques un levier économique à
part entière et non un simple affichage législatif ?
Ces interrogations, loin d’être théoriques, témoignent d’une urgence pratique à renforcer les
fondements d’un droit des marques plus crédible, plus efficace, et mieux adapté aux réalités
du commerce moderne.
54
C. Caron, Droit de la propriété industrielle, Montchrestien, 2023, p. 564.
55
Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM), Charte CONPIAC – Propriété industrielle, en ligne :
https://www.cgem.ma, consulté le 1/05/2025.
30
Bibliographie :
Thèses
Yves Faure, Le contentieux de la contrefaçon : La réponse du droit français à l’atteinte aux droits
de la propriété intellectuelle, Thèse, Université de Toulouse, 2014.
Mémoires
Benbrahim A., La responsabilité pénale des personnes morales en droit marocain, Mémoire de
Master, Université Hassan II Casablanca, 2022.
Mesbahi K., La contrefaçon des marques au Maroc, Mémoire de Master, Université Hassan II,
Casablanca, 2019.
31
Textes juridiques
Loi n° 17-97 relative à la protection de la propriété industrielle, promulguée par Dahir n° 1-00-
19 du 15 février 2000, modifiée et complétée par les lois n° 31-05 et n° 23-13.
Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC),
1994, Organisation Mondiale du Commerce (OMC), Marrakech.
Jurisprudence
Cour d’appel de commerce de Marrakech, arrêt n° 116 du 28 janvier 2010, dossier n°288/2008.
32
Webographie :
33
La table des matières :
Abstract .............................................................................................................................................. 3
Introduction ....................................................................................................................................... 4
Sommaire .......................................................................................................................................... 7
Conclusion 1 .....................................................................................................................................18
Conclusion 2 ...................................................................................................................................... 29
Bibliographie ..................................................................................................................................... 31
Webographie .................................................................................................................................... 33
34
35