Thà Se SAHA - Finale
Thà Se SAHA - Finale
DÉPARTEMENT DE GÉOGRAPHIE
GEOGRAPHY DEPARTMENT
Candidat
Fréderic SAHA
Master en Géographie Physique
Matricule : 06L245
SOMMAIRE
DÉDICACE
AVANT-PROPOS
C’est mon affectation qui me conduit pour la première fois dans la Région de l'Extrême-
Nord. Enseignant du secondaire résidant à Guidiguis, je côtoie également les arrondissements
de Touloum (département du Mayo Kani) et Kalfou (département du Mayo Danay) où j’ai des
heures d’enseignement. Frappé par la platitude du relief et la différence ethnique et
socioéconomique avec mon Mbouda natal, je me suis directement attaché à cette zone. En 2012,
je suis copté par le Professeur Tchindjang (pour participer pendant les congés de Noël
(décembre) à la collecte de données dans le cadre de « l’Étude en changements climatiques,
dynamique démographique et santé de reproduction au Cameroun (Régions du Sud-Ouest et de
l’Extrême-Nord)1 » Cette mission de terrain me permit de séjourner dans le département du
Logone et Chari où j’ai vécu les lendemains des inondations d’août et de septembre 2012.
Déchiré par cette catastrophe, j’ai pris la décision d’orienter mes travaux dans le domaine des
risques naturels. Pour le Master, j’ai alors trouvé un terrain plus accessible, la ville Bamenda
réservant la Région de l'Extrême-Nord pour un travail de plus grande envergure notamment la
thèse. Je repars dans la Région de l'Extrême-Nord en 2013, dans le cadre du projet REPECC.
Les arrondissements concernés par cette étude sont Kousseri, Maga, Touloum, Moulvoudaye
et Darak (Région de l'Extrême-Nord), Pitoa et Lagdo (Région du Nord). Les inondations avaient
une fois de plus frappé ces régions ; la mission était de collecter des données pour la
consolidation des informations disponibles sur les risques naturels. Cette mission a grandement
contribué à la construction de la problématique de cette thèse. Au lendemain de mon inscription
en thèse en 2015, je séjourne une fois de plus dans la Région de l'Extrême-Nord dans le cadre
d’un autre projet. Il est question cette fois de « l’Évaluation de la production socio écologique
du paysage dans le cadre du “Développement Communautaire et Gestion des connaissances
pour l'Initiative Satoyama“ » ; cela pour le (COMDEKS) financé par le gouvernement du Japon.
Mon séjour en compagnie d’une importante équipe multidisciplinaire dirigée par le prof
Tchindjang me donna l’occasion de toucher du doigt les réalités socioéconomiques et même
écologiques de la région à travers l’arrondissement de Bogo (département du Diamaré). Je tiens
à rappeler qu’au moment où nous séjournions sur le terrain en janvier 2016, la région
connaissait une intensification des attaques de la secte terroriste Boko Haram. C’est héritier de
ces antécédents, bravant les mises en garde au niveau familial et encouragé par mon encadreur
que je retourne sur le terrain en juillet 2016, août 2017 et juillet-août 2018 pour collecter
spécifiquement les données de cette thèse.
1
Commandité et financé par la Coopération allemande (GIZ)
iv
REMERCIEMENTS
Aussi bien pour le terrain que les autres étapes de la recherche j’ai bénéficié du soutien
multiforme d’un certain nombre de personnalités à qui j’exprime ma profonde gratitude.
Mes remerciements vont premièrement à l’endroit du Pr. Mesmin Tchindjang, qui
dirige mes travaux depuis le Master. Vous êtes le vrai artisan de cette thèse ; c’est dans le cadre
des missions de terrain auxquelles vous m’avez associé que j’ai choisi la thématique d’une part
et la zone d’étude d’autre part. Cette thèse a été pour moi l’occasion de profiter une fois de plus
de votre suivi rigoureux. Votre rigueur dans la lecture des nombreuses moutures de ce travail
ont été déterminantes pour son achèvement.
Je tiens aussi à adresser des remerciements particuliers au Pr. Athanase Bopda, du
laboratoire IDEES de l’Université du Havre. À la suite de vos enseignements que j’ai bénéficié
en 2008 à l’ENS de Yaoundé, j’ai eu le privilège de profiter de nombreuses séances de
discussion avec vous dès mon inscription en thèse en 2015. Votre aise à ramener les choses les
plus compliquées à la portée des débutants comme moi est un exemple de pédagogie que
j’essaye de perpétuer. Votre séminaire sur la chaîne heuristique de la science m’a permis de
mieux saisir les interactions qui font la beauté et la pertinence de la recherche.
Je remercie également le Pr. Gil Mahé de HydroSciences Montpellier en France vers
qui je me suis retourné dès mon inscription en thèse pour avoir le regard de l’hydrologue sur
mon sujet. Merci professeur pour les éclaircissements, la franchise de vos propos et aussi
l’effort que vous avez consentis pour me mettre en contact avec des personnalités qui ont
accompagné mes travaux.
Je remercie pareillement le Pr. Ndam Ngoupayou Jules Remy du département des
sciences de la Terre de la Faculté des Sciences (Université de Yaoundé 1) et le Pr. Amougou
Joseph Armathé (enseignant au département de géographie de l’Université de Yaoundé 1 et
directeur de l’ONACC) qui ont bien voulu donner des orientations d’analyse des paramètres
hydroclimatiques.
À tous nos enseignants des départements de géographie de l’université de Yaoundé I et
de l’ENS de Yaoundé qui, par leur charisme et leur attachement au travail bien fait ont nourri
ma motivation pour la recherche. Je rends particulièrement hommage aux Pr. Paul Tchawa,
Pr. Maurice Tsalefac, Pr. François Kengne Fodouop, Pr. Roger Ngoufo, Pr. Joseph Pascal
Mbaha, Pr. Priso Dickens, Pr. Joly Réné Assako Assako, Pr. Clement Anguh Nkwemoh,
[Link] Abossolo, Pr. Bénoit Mougoué, Pr. Joseph Youta Happi, Pr. Jean Guy Dzana.
Ma reconnaissance va aussi à l’endroit du Secrétaire Général du Ministère de
l’Administration Territoriale (M. Essomba Pierre) qui a marqué au nom du Ministre l’accord
de principe pour que j’accède aux archives de la Direction nationale de la Protection Civile
(DPC). Je remercie par la même occasion Mme Yap Mariatou ; Directrice de la Protection
Civile et son personnel pour leur accompagnement pendant mon séjour de recherche dans leurs
services. J’exprime également ma gratitude au Gouverneur de la Région de l'Extrême-Nord, M.
Midjiyawa Bakary qui par des voies administratives a facilité mes missions de terrain dans un
contexte d’insécurité. Je remercie pareillement les préfets des six départements qui ont autorisé
l’accès aux archives de leurs départements respectifs. Que M. Kengne Célestin ; point focal de
v
l’Observatoire National des Risques (ONR) à la DPC soit aussi remercié pour l’importante
documentation qu’il a mise à ma disposition.
Je remercie aussi l'Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) en Afrique Centrale
et Grands Lacs qui a contribué à ma motivation à travers le concours Ma Thèse en 180 secondes
(MT180) où j’ai eu le troisième prix national en 2015.
À la SODECOTON je remercie Monsieur Tsamba Frédéric (Directeur des Affaires
Générales) et Monsieur Boubakary Yabou (responsable de la division de recherche et
développement) pour avoir mis à notre disposition et ceci sans condition les données de
précipitations sur quelques stations agricoles de la région de l'Extrême-Nord. Je remercie
pareillement M. Abdoum ; Chef service de la météorologie pour la Région de l'Extrême-Nord
qui a facilité l’accès aux données climatiques de la région.
Mention spéciale à M. Djasrabé Nguemadjita (chef de la division hydrologie au
ministère de l’eau au Tchad) qui m’a accueilli à N’Djamena et a mis à ma disposition et ceci
sans conditions les données de débits journaliers du fleuve Logone sur plusieurs stations
limitrophes avec le Cameroun. Ceci est l’expression vivante de l’amitié entre nos deux pays.
Dans le même registre, je remercie M. Ndara Pierre (hydrologue à la CBLT) qui a bien voulu
mettre à ma disposition toute la documentation de la charte de l’eau du bassin du Lac Tchad.
Une autre profonde gratitude à l’endroit de M. Bouba Lucas du département des
sciences de la Terre de l’Université de Maroua. Ton implication dans la collecte de données de
terrain pour le compte de ma thèse est pour moi l’engagement d’une collaboration entre
débutants. Dans le même ordre d’idées je remercie Stéphanie Murielle Makwetche, Samuel
Gassissou, Godwe Foutouring et Temgoua Bernard qui m’ont prêté main-forte dans la
collecte des données de terrain.
Sans être exhaustif, je remercie aussi le Dr. ISSA ; hydrologue au PULCI ; M. Nyago
Justin de la délégation régionale du MINADER ; M. Boukar Mahamat de l’ACEEN ; Mme
Foumsou Julie de la préfecture du Mayo Danay ; M. Aboubakar Abdoulaye (cadre communal
de développement) de la mairie de Yagoua ; M. Amadou Abdoulaye, responsable du centre
documentation de la MIDIMA qui m’ont beaucoup aidé.
Que tous mes amis et collaborateurs (Philippes, Igor, Éric, Rose et Daniel) du Global
Mapping and Environmental Monitoring (GMEM) trouvent ici le fruit de nos échanges et du
merveilleux temps passé ensemble. Les beignets durs, la kola, le café, le beignet haricot, le « riz
bolo » et les crudités que nous avons partagé ensemble ne sont pas « passés dans l’air ». Je
tiens aussi à exprimer ma gratitude à l’endroit de mes camarades : Djeugang Arnaud Borice
et Fomena Réné Charpin pour notre collaboration scientifique reciproquement bénéfiques
dépuis quelques années.
Au niveau de la famille je remercie mon épouse Odette Blanche et mes fils : Emmanuel
et Axel qui ont souffert par moments de mon indisponibilité. Que mes frères et sœurs trouvent
ici le fruit de mes efforts. Merci spécial à Saturnel qui a « mis la main dans la poche » à un
moment décisif pour s’assurer de l’achèvement des travaux.
vi
RÉSUMÉ
Au début de la décennie en cours, le Cameroun a connu de graves inondations dans
plusieurs régions administratives. La Région de l'Extrême-Nord qui constitue le ressort
géographique de cette thèse a été très touchée en 2012, 2013 et 2015. C’est dans ce contexte
que cette thèse s’intéresse aux facteurs du milieu et au contexte socio-économique et
démographique pour livrer un diagnostic du risque d’inondation dans cette région. Il est
question non seulement d’évaluer l’exposition, la sensibilité, mais aussi, la capacité
d’adaptation des populations et divers enjeux pour comprendre l’endommagement et renseigner
les efforts de construction et de renforcement de la résilience.
La méthodologie mobilisée pour atteindre ce résultat combine l’exploitation de données
disponibles sur la problématique et la collecte d’informations sur le terrain. Plusieurs enquêtes
nationales rendues à l’échelle régionale par l’Institut National de la Statistiques (INS)
permettent de mesurer un ensemble de paramètres (pauvreté, qualité de l’habitat,
alphabétisation, infrastructures…) déterminant la vulnérabilité. Pour ce qui est du milieu, la
topographie, l’altimétrie et l’hydrographie sont extraites des images ASTER ; l’occupation du
sol est dressée grâce aux images Google Earth ; de longues séries de données climatiques
(1948-2015) provenant de différentes stations entrent dans l’évaluation des changements
affectant les précipitations et les températures. Des données de débit du Logone et d’autres
cours d’eau de la région sont également mises à profit.
Cette thèse permet de mettre en lumière le niveau élevé du risque d’inondation dans la
Région de l'Extrême-Nord. Le relief, les sols, l’hydrographie et le climat constituent les
principaux facteurs du milieu physique qui prédisposent à ce risque. La normalisation de ces
données du milieu physique par la procédure de Saaty (1980) permet de situer l’exposition au
risque d’inondation à 6,60 sur une échelle de 0-10. La faible déclivité des sols étant le plus
déterminant. La spatialisation du risque laisse voir les zones marécageuses autour des lacs
Tchad et Maga comme étant les plus exposées. La zone montagneuse notamment les
départements de Mayo Tsanaga et Mayo Sava est moins exposée.
La pauvreté, le mauvais choix de sites de construction, la mauvaise qualité du bâti, le
manque d’entretien des ouvrages hydrauliques sont entre autres les principaux facteurs de la
sensibilité au risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Sur la même
échelle de quantification, la vulnérabilité est de 6,54. La ville de Maroua et les arrondissements
de Kousseri, Maga et Kaï-kaï comme étant les plus à risque. Par ses faibles densités, le
département du Logone et Chari se révèle moins vulnérable aux risques.
Le phénomène de changements climatiques renforce aussi bien l’aléa que la vulnérabilité
des populations. En effet la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun connait depuis 1990 une
augmentation des quantités de précipitations par rapport à la péjoration 1970-1989. On assiste
à une plus grande fréquence des pluies extrêmes ; causes des inondations. Les températures
augmentent au rythme de 0,05°C/décennies. Les faux départs de saisons de pluies, leurs fins
précoces et la forte occurrence de trous pluviométriques sont des manifestations des
changements climatiques qui compromettent les efforts de résilience.
L’adaptation se présente comme un processus assez complexe par ses contraintes et ses
incertitudes. L’essentiel de l’effort est consenti par les populations exposées qui ne réussissent
pas toujours à se protéger et à réagir efficacement en temps de crise. La situation de la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun s’inscrit dans le contexte général de l’Afrique tropicale. Des
similitudes sont possibles avec d’autres zones en dehors de l’Afrique. L’effort mondial pour la
réduction des risques doit être intégré aux stratégies nationales en faveur de l’éradication de la
pauvreté sous toutes ses formes.
Mots-clés : adaptation, catastrophe, changements climatiques, inondation, Région de
l'Extrême-Nord, risques naturels, vulnérabilité.
vii
ABSTRACT
At the beginning of the current decade, Cameroon experienced severe flooding in several
administrative regions. The Far-North Region, which constitutes the geographic area of this
thesis, was affected in 2012, 2013 and 2015. It is in this context that this research focuses on
environmental factors and the socio-economic and demographic context to provide a diagnosis
of flood risk in this region. It is not only about assessing exposure, sensitivity, but also the
adaptive ability of populations. This is to understang different issues that contribute to the
resilience.
The methodology used to achieve this result combines the exploitation of available data
on the problem and the collection of information from the field. Several national surveys carried
out at the regional level by the National Institute of Statistics (NSI) make it possible to measure
a set of parameters (poverty, quality of housing, literacy, infrastructures, etc.) determining
vulnerability. For the physical environment, topography, altimetry and hydrography are
extracted from ASTER images; Google Earth images show landuse patterns; long series of
climate data (1948-2015) from different stations are used to evaluate changes in precipitation
and temperature. Flow data of the Logone and other rivers of the region are also used.
This thesis highlights the high level of flood risk in the Far North Region. Relief, soil,
hydrography and climate are the main factors in the physical environment that predispose to
this risk. The normalization of these data with the Saaty procedure (1980) place the exposure
to flood in the Far-North Region at 6.60 on a scale of 0-10. The low value of slope being the
most determining. Spatialization of risk shows swampy areas around lakes Chad and Maga as
the most exposed. The mountainous area including the Mayo Tsanaga and Mayo Sava divisions
is less exposed.
Poverty, the wrong choice of construction sites, the poor quality of the building materials,
the lack of maintenance of hydraulic infrastructures are among the main factors of sensitivity
to flood risk in the Far North Region of Cameroon . On the same scale 0-10, the vulnerability
is 6.54. The city of Maroua and the subdivisions of Kousseri, Maga and Kaï-kaï as most
vulnerable. Due to its low density, the Logone and Chari division is less vulnerable to risks.
The phenomenon of climate change reinforces both the hazard and the vulnerability of
the populations. In fact, since 1990, the Far North Region of Cameroon has experienced an
increase in rainfall amounts compared to the 1970-1989 pejoration. There is a greater frequency
of extreme rainfalls; causes of floods. Temperatures increase at a rate of 0.05 ° C / decade. The
false starts of rainy seasons, their early endings and the high frequency of rain breaks are
manifestations of climate change that reduce resilience efforts.
Adaptation is a complex process because of its constraints and uncertainties. Most of the
effort is made by exposed populations who are not always successful in protecting themselves
and reacting effectively in time of crisis. The situation of the Far North Region of Cameroon is
in the general context of tropical Africa. Similarities are possible with other areas even out of
Africa. The global effort for risk reduction must be integrated into national strategies for the
eradication of poverty in all its forms.
Keywords: adaptation, disaster, climate change, flood, Far North Region, natural hazards,
vulnerability.
viii
Figure 53 : Début et fin de la saison des pluies aux stations de Maroua et Yagoua ............. 153
Figure 54 : Répartition des séquences sèches entre les mois de juin, juillet et
août pour les stations de Yagoua et Maroua .......................................................................... 154
Figure 56 : Évolution des superficies de maïs et mil/sorgho dans la région
de l'Extrême-Nord du Cameroun entre 2000-2012 ................................................................ 157
Figure 57 : Zones de modélisation des scénarios climatiques dans le Bassin du Congo ...... 158
Figure 58 : Projection des températures dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.............. 160
Figure 59 : Modélisation de la tendance des précipitations dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun ................................................................................................ 162
Figure 60 : Projection des précipitations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ........... 164
Figure 61 : Distribution des isohyètes dans le bassin actif du lac Tchad .............................. 167
Figure 62 : Précipitations dans quelques stations en amont du Logone ............................... 167
Figure 63 : Débit moyen mensuel (1966-2008) du Logone à Bongor .................................. 168
Figure 64 : Quelques mares d’eau en zone bâtie dans la ville de Kousseri (juillet 1986) .................. 169
Figure 65 : Exposition de la ville de Maroua aux inondations .............................................. 172
Figure 66 : Topographie étagée de la plaine de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ............ 173
Figure 67 : Débits moyens des mois de juillet-août-septembre et octobre 1966-1977 ;
1983-1997 et 2001-2007 à Bongor ......................................................................................... 173
Figure 68 : Extension du grand Yaéré en fonction de la pluviométrie ................................. 174
Figure 69 : Situation des stations de Bongor et de Logone Gana ......................................... 176
Figure 70 : Evolution interannuelle des débits du Logone entre les
stations de Bongor et de Logone Gana ................................................................................... 177
Figure 71 : Exposition au risque d’inondation dans l’arrondissement de Kaï-kaï ................ 178
Figure 72 : Surface inondée en aval du lac de Maga le 09/09/2012...................................... 179
Figure 73 : Hydrogramme du Logone en 2012 à la station de Bongor ................................. 181
Figure 74 : Dynamique interannuelle des DCC (N’Djamena, Logone Gana et Bongor) ............... 182
Figure 75 : Test d’homogénéité sur les DCC du Logone et le Logone Chari ....................... 182
Figure 76 : Détection des valeurs extrêmes dans la distribution interannuelle
des débits du Logone et du Logone et Chari .......................................................................... 183
Figure 77 : Occurrence de quelques inondations catastrophiques pendant
les années de forts écoulements à la station de Bongor ......................................................... 184
Figure 78 : Période de retour des crues a Bongor et N’Djamena .......................................... 185
Figure 79 : Régression pluies (Yagoua) et débits (Bongor) .................................................. 186
Figure 80 : Évolution de l’incidence de la pauvreté au Cameroun entre 1996 et 2014 .................. 188
xi
Figure 81 : Digues du Logone et de Maga dans le département du Mayo Danay ................ 201
Figure 82 : Points défectueux de la digue et des berges du Logone entre Gobo et Kousseri ........... 202
Figure 83 : Causes des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. ........ 208
Figure 84 : Spatialisation de la vulnérabilité dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ..... 215
Figure 85 : Spatialisation du risque d’inondation dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun ................................................................................................ 216
Figure 86 : Spatialisation de l’occurrence des inondations catastrophiques dans
la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ........................................................................... 219
Figure 87 : Forte prévalence des maladies en saison des pluies dans la
Région de l'Extrême-Nord ...................................................................................................... 221
Figure 88 : Taux d’attaque et nombre de cas déclarés de choléra dans la
Région de l'Extrême-Nord en 2011 ........................................................................................ 222
Figure 89 : Pourcentage de perte de quelques spéculations à Dana dans
l’arrondissement de Yagoua ................................................................................................... 226
Figure 90 : Raisons du retour des populations à Kéléo Sud après la mise
en défend de l’espace pour la mise en place du lac de Maga ................................................. 233
Figure 91 : Approche d’analyse de l’adaptation aux inondations dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun............................................................................................ 238
Figure 92 : Projet de protection des berges de mayo dans la ville de Maroua
pour lutter contre les inondations ........................................................................................... 247
Figure 93 : Situation des villages victimes d’inondations en 2015 en aval
des digues camerounaises et tchadiennes ............................................................................... 251
Figure 94 : Initiative nationale et locale de prévention des risques comme
résultats du cadre international et régional ............................................................................. 263
Figure 95 : Interrelation entre différents intervenants dans le PNC...................................... 270
Figure 96 : Organigramme du plan ORSEC du département du Logone et Chari ............... 288
Figure 97 : Modèle de construction en zone inondable : vivre avec l’inondation ................ 292
Figure 98 : Circulation d’information et intervention en temps de catastrophe
dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ................................................................... 296
Figure 99 : Village d’accueil de l’arrondissement de Kaï-kaï en période de crue ................ 297
Figure 100 : Différents lots des travaux en cours dans le cadre du PULCI .......................... 306
Figure 101 : Cycle de gestion du risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord. ............ 309
xii
INTRODUCTION
GÉNÉRALE
2
La problématique des risques naturels est l’une des plus fécondes dans les recherches
contemporaines. En effet si les excès et les limites des systèmes biogéophysiques ont toujours
constitué des contraintes pour l’homme en tant qu’acteur de la mise en valeur de l’espace, ils
sont aujourd’hui considérés comme catastrophiques. Les tsunamis, les tremblements de terre,
les inondations et autres risques naturels sont de plus en plus fréquents et les victimes se
comptent par milliers sur tous les continents. Les études relèvent un renforcement des aléas et
une aggravation de la vulnérabilité aux risques. La conversion des milieux par les pressions
anthropiques sur les ressources et les changements climatiques contribuent à la rupture des
équilibres. La poussée démographique, le contexte de pauvreté et l’incapacité des autorités à
réguler l’occupation de l’espace notamment dans les pays en développement sont les
fondements de la construction de la vulnérabilité. Cette situation est d’autant plus préoccupante
au Cameroun en général, et, dans la Région de l'Extrême-Nord en particulier où une vague
d’inondations à partir de 2012 a révélé l’extrême vulnérabilité des populations aux situations
de catastrophe. Après plusieurs décennies de péjoration hydroclimatique toute la bande
soudano-sahélienne et sahélienne de l’Afrique connaît peu à peu un retour d’humidité ; les
inondations y afférentes s’ajoutent à la sècheresse qui constitue la première limite de ce milieu.
C’est dans ce contexte que cette recherche académique se donne l’ambition d’évaluer le
risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Cela exige de ressortir les
caractéristiques du milieu qui concourent à l’occurrence de différents types inondations en
fonction des unités topographiques, d’exploiter les données sociodémographiques disponibles
pour décrire et quantifier la vulnérabilité des populations. En outre, il faut marquer un arrêt sur
les changements climatiques pour ressortir leurs contributions tout azimuts à la construction et
l’aggravation du risque. En dernier ressort, la réponse en termes d’adaptation est analysée. Les
investigations intègrent l’exploitation de l’abondante littérature disponible sur le sujet à
différentes échelles d’une part et d’autre part des enquêtes de terrain. Cette section introductive
de la thèse présente le sujet et son intérêt avant de le délimiter au triple plan temporel,
thématique et spatial. Elle présente aussi la problématique et le questionnement qui encadre la
démarche.
Au cours du XXème, quatre millions de vies humaines ont été fauchées par les catastrophes
naturelles (Allègre, 2001). Pendant la décennie 2001-2010, le CRED2 a recensé 2 679 000
2
Centre for Research on the Epidemiology of Disasters
3
victimes (personnes tuées et personnes affectées) des risques naturels dans le monde ; soit une
moyenne de 267 900/an. Selon Guha-Sapir (2014) les années 2002 et 2010 ont connu des
records (figure 1).
800 500
Nbre de victimes (en millions)
300 200
150
200
100
100 50
0 0
1998
2010
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2011
2012
2013
Nbre de victime en millions Nbre de catastrophes enregistées
En 2002, une sécheresse a fait 300 millions de victimes en Inde et une importante tempête
fit 100 millions de victimes en Chine. Le séisme d’Haïti en 2010 a causé 300 000 morts.
Globalement, on distingue quatre grandes catégories de risques naturels :
- Les risques géophysiques (tremblements de terre, éruptions volcaniques) ;
- Les risques géomorphologiques (mouvements de masse, inondations)
- Les risques météorologiques (cyclones tropicaux, tempêtes, ouragans) ;
- Les risques hydroclimatiques (inondations, sécheresses et feu de brousse).
Tableau 1 : Distribution moyenne annuelle des catastrophes naturelles par continent pour la
période 2002-2013
Continent Nombre de Nombre de victimes Coût des dommages (en
catastrophes (en millions) millions de dollars US)
Asie 156 167,55 70,09
Amérique 90 8,43 63,26
Europe 54 0,70 13,94
Océanie 15 0,18 4,76
Afrique 70 27,80 1,14
Totaux 385 204,66 153,19
Source : Guha-Sapir et al., 2013 et 2014 ; adapté par l’auteur
Le score élevé du continent asiatique est lié à sa grande ouverture sur la mer, la
récurrence des risques géophysiques le long du cercle de feu circumpacifique et à l’importance
de sa population. Le continent américain enregistre une prédominance des risques
hydrologiques et météorologiques comme les cyclones tropicaux (Manuel, Katrina, Wilma…).
L’Europe connaît une grande fréquence des risques hydrologiques et des risques climatiques.
Les inondations tiennent la palme d’or avec les records des années 2005, 2006 et 2007. La
vague de chaleur de 2003 a également été un risque majeur en Europe. L’Océanie est le
continent le moins touché par les catastrophes naturelles pendant la période 2002-2013.
Toutefois, la Papouasie Nouvelle Guinée et l’Australie connaissent fréquemment des
inondations très meurtrières comme ce fut le cas en 2010.
Pour ce qui est du Cameroun, la Direction de la Protection Civile (DPC, 2011), distingue
une diversité de risques naturels :
- Les risques géologiques (tremblements de terre, éruptions volcaniques, émanation de
gaz) ;
5
Parmi les événements majeurs ayant frappé le Cameroun pendant les quatre dernières
décennies, on peut relever : les émanations de gaz des lacs Monoun et Nyos respectivement en
1984 et 1986 (Tchindjang, 2018), les éruptions du mont Cameroun en 1982, 1999 et 2000, les
glissements de terrain en 1997, 1998 et 2007 respectivement à Bafaka-Balue, Yaoundé et
Bamenda, les sècheresses saisonnières dans la Région de l’Extrême-Nord, les inondations
annuelles au Nord, dans l’Extrême-Nord, à Douala, etc.
synthèse publié en 2007, le GIEC montre que malgré les efforts de réduction des émissions de
GES, certains impacts des changements climatiques seront inévitables. Cette même année, le
Fonds pour l’Adaptation est mis en place à Bali. La mission de ce fonds est d’apporter aux plus
vulnérables les outils dont ils ont besoin pour se prémunir contre les effets des changements
climatiques. Les États du monde sont invités à évaluer leurs expositions, leurs sensibilités et
leurs capacités d’adaptation aux risques climatiques pour définir les axes d’intervention en
droite ligne avec les cadres d’action de Hyōgo et Sendai.
Avec son étirement en latitude (du 2ème au 13ème degré Nord), le Cameroun se caractérise
par une grande diversité des milieux naturels. Si au Sud, le milieu équatorial bénéficie de la
régulation thermique et hydrique grâce à sa forte couverture végétale, le nord est tropical. Dans
la Région de l’Extrême-Nord la nuance climatique est soudano-sahélienne et semi-aride. La
7
hauteur annuelle des précipitations est par endroits inférieure à 500 mm et ne dépasse pas quatre
mois. Dans ces conditions, les cours d’eau sont saisonniers avec une annulation du débit
d’écoulement de surface pendant plusieurs mois de l’année. Les études climatiques et
hydrologiques menées dans le grand sahel africain notamment en Afrique de l’Ouest font état
d’un relèvement de la pluviométrie depuis le début des années 1990 après près de deux
décennies de déficit (Ozer et al.,, 2003). La particularité de ces dernières années est la
recrudescence des pluies extrêmes. Sur le plan pédologique, la nature sablo argileuse des sols
limite la capacité d’absorption et de rétention. La faiblesse de pente dans la plaine et l’absence
ou la rareté de la végétation sont entre autres des facteurs qui concourent au renforcement de
l’aléa dans cette zone.
Sur le plan scientifique, cette étude constitue une autre contribution de la géographie à
l’étude des risques. Son intérêt réside dans le fait qu’il ne se limite pas à une description des
processus physiques des inondations, mais, à leur compréhension par la prise en compte d’une
large gamme de facteurs dans une approche systémique. De plus, ce travail s’inscrit dans la
mouvance des changements climatiques qui impactent aujourd’hui tous les processus naturels
et humains sur la terre. Il est question d’esquisser l’évolution future de paramètres déterminants
comme la pluviométrie pour une gestion prévisionnelle à différentes échelles.
C’est une recherche pratique et opérationnelle qui contribue à la production d’un diagnostic
du problème d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun pour aider les
populations concernées à mieux comprendre les dynamiques en cours dans leur environnement.
8
Il est également question de mettre à la disposition des autorités les données nécessaires à la
prise de décision. Dans le domaine de l’adaptation par exemple, l’évaluation réalisée constitue
une invite aux acteurs concernés à renforcer les initiatives en cours, à corriger ou optimiser leur
efficacité. Dans le domaine de l’aménagement du territoire la cartographie produite contribue
à l’orientation de l’affectation des terres en fonction des réalités géographiques et des aléas
susceptibles de se produire.
0.4.Délimitation du sujet
Le sujet abordé par cette thèse requiert un cadrage à la fois thématique et spatial pour
concentrer la recherche sur des préoccupations précises dans un espace délimité afin de produire
des résultats utiles.
Sur le plan temporel, la délimitation est fonction de la disponibilité des données et/ou
de la possibilité de collecter ces données auprès des personnes ou des institutions indiquées.
Ainsi, aux plans climatiques et hydrologiques, les données quantitatives sur les hauteurs
journalières de précipitations, les températures minimales et maximales mensuelles, les débits
moyens mensuels couvrent les six dernières décennies (1948-2015) pour les stations choisies
(voir tableau 8 troisième colonne3). La longueur de cette période permet de faire des
observations non seulement pour la période ayant précédé la grande rupture hydrologique
d’Afrique sahélienne intervenue à la fin des années 1960 et au début des années 1970.
En ce qui concerne les données socio-économiques c’est vers le début des années 2000
que l’État du Cameroun s’est illustré dans la production régulière des statistiques en matière
d’éducation, de santé, de pauvreté, d’accès à l’emploi par les Enquêtes Camerounaises Auprès
3
Page 58 (recapitulatif des données climatiques et hydrologiques utilisées)
9
des Ménages (ECAM). Ces données issues de différentes sources jouent un rôle angulaire dans
l’appréciation de la construction de la vulnérabilité des populations au risque d’inondation. Les
données collectées sur le terrain permettent d’apprécier la situation actuelle. Des incursions
dans l’histoire récente ou lointaine grâce à la mémoire collective consultée lors des enquêtes
semi-structurées sont non négligeables.
0.5. Problématique
La question des risques naturels apparait comme l’une des plus grandes préoccupations du
monde contemporain. En plus des prédispositions naturelles des milieux à subir l’occurrence
de phénomènes dommageables, l’homme s’expose de plus en plus. Le bilan moyen annuel
mondial des pertes liées aux catastrophes naturelles n’a jamais été aussi élevé que pour le siècle
en cours (Allègre, 2001 ; Guha-Sapir, 2014). En plus, différents scénarii font état d’un
renforcement des phénomènes comme les tsunamis, les vents violents, les sécheresses, les
inondations, etc. À différentes échelles, de grandes rencontres sont organisées pour la recherche
de solutions. Il est question de diagnostiquer les risques pour les atténuer et renforcer la
résilience des communautés exposées. L’Afrique souffre essentiellement des excès et des
limitations de la nature ; la sécheresse et les inondations étant les principales menaces
(Bhavnani et Vordzorgbe, 2008 ; Beck et al., 2012, Bétard et Fort, 2014 ; André, 2004). Aux
échelles régionales et sous régionales, de nombreuses initiatives concourent à la réduction des
catastrophes sur le continent. Pays d’Afrique centrale, le Cameroun est vulnérable à un
ensemble de risques naturels (DPC, 2011). Sa diversité topographique, hydrographique et
climatique favorise l’occurrence plusieurs évènements catastrophiques. L’histoire récente
retient les émanations de gaz de 1984 (Monoun) et 1986 (Nyos) respectivement dans les régions
de l’Ouest et du Nord-Ouest qui ont fait environ 1800 morts (Tazieff et al., 2006 ; Kusakabe,
2006 ; DPC, 2011 ; Tchindjang, 2018). En dehors des prédispositions des milieux,
l’endommagement dû aux catastrophes naturelles est aussi lié à un ensemble de paramètres
anthropiques.
et al., 1995). La forte productivité de ces terres est visible à travers la diversité de la biomasse ;
notamment au niveau des parcs nationaux de Waza et de Kalamaloué. On y observe un
foisonnement des activités agro-sylvo-pastorales.
4
BUCREP (2010)
12
populations. En outre, le mauvais calibrage des ouvrages d’évacuation des eaux, le rejet des
déchets dans les canaux de drainage, l’insuffisance de la voirie urbaine sont des facteurs
aggravant le risque.
L’insécurité due aux attaques de Boko Haram et l’afflux de réfugiés climatiques et de guerre
en provenance de la République Fédérale du Nigeria et de la République du Tchad constituent
des défis supplémentaires pour les autorités. Certains camps de réfugiés et de déplacées internes
connaissent parfois la furie des eaux de crues. L’actualité scientifique de ces dernières années
est aussi marquée par les changements climatiques et le GIEC identifie le milieu sahélien
comme parmi les plus exposés et sensibles. Si les années 70 et 80 furent essentiellement
marquées par de graves sécheresses (Janicot et al, 1993 ; Hulme, 2001 ; Le Barbé et al., 2002 ;
Camberlin, 2007), on assiste depuis 1993 à une reprise des précipitations avec une forte
récurrence des années excédentaires (Lebel et Ali, 2009 ; Ozer et al. 2003 ; Abdou, 2011).
Plusieurs pays sahéliens (Niger, Sénégal, Mali) ont connu ces dernières années les plus graves
inondations de leur histoire.
Face à la combinaison de ces facteurs de vulnérabilité, cette thèse se donne pour ambition
d’évaluer le risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Elle procède
par un questionnement des causes de ce risque, examine la vulnérabilité des populations et la
justesse des mesures de sécurisation. Ainsi, une question principale et six questions spécifiques
vont guider l’ensemble des investigations.
Cette étude s’organise autour de la question suivante : Quelle est la situation du risque
d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun en contexte de changements
climatiques et comment les populations s’y adaptent-elles ? Cette question principale
s’accompagne de six questions spécifiques :
3) Quels sont les différents indicateurs des changements climatiques dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun ?
4) Quel est le degré de vulnérabilité des populations aux inondations dans cette région ?
13
5) Dans quel cadre opérationnel et institutionnel s’opère la gestion des risques et des
catastrophes au Cameroun et dans la Région de l'Extrême-Nord ?
[Link] de recherche
L’objectif principal de cette thèse est de dresser un état des lieux et évaluer le risque
d’inondation sans oublier l’adaptation des populations dans la Région de l'Extrême-Nord dans
un contexte de changements climatiques. De façon spécifique, il est question de :
6) Analyser les efforts d’adaptation développés par différents acteurs pour faire face au
risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.
Face à la question centrale de cette thèse, l’hypothèse principale suivante est formulée : en
contexte de changements climatiques, le risque d’inondation reste préoccupant dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun et l’adaptation des populations est insuffisante. Cette
hypothèse se décline en six hypothèses secondaires :
Cette thèse est présentée en trois parties de deux chapitres chacune. La première partie
effectue un cadrage général de l’étude. Le premier chapitre présente dans quel contexte
scientifique la problématique des risques naturels et surtout des inondations est abordée dans la
Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Ce chapitre décrit aussi la démarche méthodologique
adoptée pour la vérification des hypothèses formulées. Le chapitre 2 s’intéresse à la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun comme cadre spatial de l’étude. Il ressort les caractéristiques
physiques et humaines de cette région concourant à l’occurrence des inondations.
PREMIÈRE PARTIE :
CADRAGE GÉNÉRAL DE
LA THÈSE ET
PRÉSENTATION DE LA
ZONE D’ÉTUDE
18
Aboutissement
Cadre d’analyse de la vulnérabilité et de l’adaptation aux
inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun
1. CHAPITRE 1 : CONTEXTE
SCIENTIFIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE DE
LA RECHERCHE
Introduction
[Link] scientifique
Il est déterminant de décliner les concepts opératoires en les inscrivant dans la littérature
correspondante pour aborder la problématique de cette thèse. Il ouvre le cadre d’analyse et de
discussion des résultats.
- Relief / morphologie
Facteurs - Hydrographie
d’occurrence de - Sol
l’aléa
- Climat et changements
climatiques
- Caractéristiques démographiques
Évaluation du - Qualité des
risque d’inondation infrastructures/équipement
dans la région de Vulnérabilité - Activités économiques
l'Extrême-Nord du
Cameroun - Perception du risque
- Aménagement et occupation de
l’espace
CONCEPTION INDUCTIVE
ANALYSE DÉDUCTIVE
qu’un animal ne défend pas un espace ; mais se défend lui-même. Le territoire dans le règne
animal est alors un « produit entièrement subjectif » (Kourtessi-Philippakis, 2011).
Ces différentes définitions font émerger plusieurs dimensions du concept. Le territoire est
d’abord, un espace ; un support ou mieux une référence spatiale (Maigrot, 1999 ; Moine, 2006 ;
Signoret, 2011). Loin d’être simplement un espace considéré comme cadre naturel, le territoire
est aussi un espace économique, idéologique et politique (Di Méo, 1998). Il s’agit ici de
l’appropriation qui donne sens au territoire comme un « espace géographique qualifié par une
appartenance juridique » (Georges et Verger, 2006). Cette dimension appelle la notion d’échelle
et les acteurs déterminant dans le territoire comme construit socioéconomique, culturel et
environnemental. Ainsi le territoire est un « champ d’application du pouvoir » ;
l’administration, la décentralisation sont à l’origine du redimensionnement en continu des
territoires (Moine, 2006).
Pour résumer le contenu sémantique du concept de territoire, Di Méo et Buléon (2005) parle
de la dualité ; faisant référence au côté matériel et à l’instance immatérielle. L’espace avec ses
traits physiques (végétation, relief, hydrographie, etc.) est le support du territoire. L’idéel est le
construit de l’Homme, la mise en valeur pour mettre le territoire à son service (figure 5). C’est
dans cette acceptation que le territoire s’est imposé comme objet d’étude la géographie ; les
analyses prenant en compte aussi bien le naturel que l’anthropique avec prise en compte des
interactions de différentes natures.
22
risques au rang desquels on retrouve les inondations. Des réalités comme la pauvreté et la forte
croissance démographique sont entre autres des éléments du territoire construit qui participent
à la construction du risque. La Région de l'Extrême-Nord est aussi un territoire administré à
plusieurs niveaux. Cela donne l’occasion d’analyser les enjeux, les acteurs et leurs stratégies
pour comprendre le processus d’adaptation qui s’appuie nécessairement sur l’ensemble des
atouts de ce territoire à risque.
Le sens de la notion de risque est difficilement saisissable. Magne (2010) attribue cette
pénibilité à l’origine du mot qui est « assez obscure ». Pioche (1992) relève que l’étymologie
est contestée et l’origine diffuse. En effet le mot a subi de nombreuses inflexions entre sa
formation en Italie au 12ème siècle et sa formalisation en français se passe dans les années 1650.
L’idée du risque dans les légendes bourgeoises européennes est traduite par Luhmann (1993)
dans la définition suivante : le risque est « une situation problématique qui ne peut être décrite
avec précision suffisante par le vocabulaire existant ». L’origine italienne ou méditerranéenne
du risque est essentiellement économique. En effet, l’accélération de l’activité commerciale et
l’arrêt des invasions barbares au Moyen-Âge contribuaient à la prospérité qui se veut durable ;
c’est-à-dire dénué de risque. La piste arabe pour la restitution de l’historique du risque renvoie
au mot « rizq » qui désigne dans le Saint Coran « les moyens de subsistance ou la subsistance
qui nous sont prédestinés ou accordés par Allah » Magne (2010). Le rizq est alors positif ; une
bénédiction providentielle. La disette correspond à la diminution du « rizq » par Dieu à cause
de la mauvaise conduite des hommes. En assimilant Dieu à la nature ici, la contribution
anthropologique au risque est déjà perceptible. En effet, la nature est capable de bien et de mal
et c’est l’homme qui en tire ce qu’il mérite par son travail ou sa conduite appréciée par Dieu ou
mieux les lois de la nature. Continuant la recherche d’une définition du risque, Magne (2010)
relève plusieurs auteurs : une probabilité d’après Savage (1954) ; un danger sans cause d’après
(Peretti-Watel, 2005) ou alors un état de connaissance opposé à celui de l’incertitude Knight
(1921).
Le sens du concept tel qu’utilisé de nos jours se rapporte à l’étymologie faisant une
certaine unanimité. Le risque dérive du latin resecum (ce qui coupe) pour désigner dans le
domaine de la navigation maritime « l’écueil qui menace les navires ». C’est un danger plus ou
moins prévisible (Guillou et Moingeon, 2000). Le dictionnaire juridique l’assimile à « un
événement dont l'arrivée aléatoire, est susceptible de causer un dommage aux personnes ou
24
5
[Link]
25
L’aléa est la manifestation d’un phénomène dommageable. Il s’agit d’un évènement qui
se définit par son intensité, sa probabilité d’occurrence spatiale et temporelle (Tchindjang,
2012). L’intensité correspond à la magnitude du phénomène, son importance ou alors sa
violence. Par exemple, l’échelle de Richter permet de cerner l’intensité d’un séisme. La vitesse
des masses d’air détermine la violence des cyclones. Pour ce qui est des inondations, la hauteur
des eaux de crue peut être révélatrice de leur capacité d’endommagement. La probabilité
d’occurrence spatiale est liée à l’exposition de certains endroits du globe à certains aléas.
26
Des méthodes scientifiques ont récemment confirmé une légende selon laquelle, une
inondation survenue en 2200 av J-C aurait duré 20 ans et, c’est par le système de digue que Yu
un héros de la dynastie Xia aurait dompté l’eau6. Les pays à fortes démographies comme la
Chine présentent chaque fois d’énormes pertes. En 1887 une crue du fleuve Jaune aurait fait
près de 2 millions de décès en Chine. Pays d’Europe occidentale ouvert sur la mer du Nord, Les
Pays-Bas sont fréquemment touchés par de graves inondations. Il s’agit ici des inondations par
submersion marine qui frappent durement les agglomérations côtières à travers le monde. Sans
prendre en compte l’origine des eaux d’inondations, le dictionnaire universel propose la
définition « débordement des eaux qui submergent un terrain, un pays » (Guillou et Moingeon,
2000). Ce débordement peut être saisonnier ou soudain.
- Les inondations saisonnières sont calquées sur les régimes pluviométriques. Ainsi, elles
se produisent pendant les saisons de pluies. Pour plusieurs régions au monde surtout en
zone tropicale, tempérée et équatoriale, c’est pendant un ou deux mois que les débits
des cours d’eaux atteignent le maximum. Dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun la saison des pluies dure de juin à septembre. L’évidence des crues se situe
à partir du mois d’août.
- Les inondations soudaines surviennent suite aux évènements pluviométriques
exceptionnels pendant les périodes inattendues. Les simulations scientifiques prédisent
des inondations surprises de plus en plus fréquentes à cause des dérèglements
climatiques. Il n’est pas rare d’assister à de fortes pluies pendant les saisons sèches qui
par leur intensité occasionnent des inondations. En outre, les crues surprises peuvent
aussi être causées par des aménagements sur le lit du cours d’eau.
6
[Link]
28
- Les inondations par stagnation dans une zone plane ; on observe ces types d’inondations
dans des agglomérations situées en zone de plaine. La faible déclivité des sols ne
favorise pas le drainage naturel des eaux de ruissellement. Le manque de système
d’assainissement adéquat est à l’origine de la stagnation d’eau pouvant causer des dégâts
plus ou moins importants.
7
[Link]
29
amont et en aval du lac de Maga qui est la principale surface d’eau stagnante de la plaine. À
l’ouest de la plaine la zone de piedmont est plus affectée par les inondations par débordement
des cours d’eau saisonniers. Le manque de système de drainage dans les villes est à l’origine
des inondations par stagnation en période forte pluviométrie. Il est à signaler les inondations
dues aux lâchées d’eau en amont comme dans les arrondissements de Maroua 1 et de Gasawa.
En 2012, la vidange de réserve hydraulique de Mokolo était la principale cause des inondations
dans ces deux arrondissements.
Cette thèse aborde l’inondation comme étant tout débordement des eaux de ruissellement,
d’un cours d’eau ou d’une retenue qui submergent les terres mises en valeur. L’origine de l’eau
commandant son caractère soudain ou saisonnier. Toutefois, la pluie dans le bassin du Logone
étant la première voir l’unique source d’eau dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun
les inondations ne sortent pas du cadre saisonnier. La catastrophe soudaine peut être retenue
lorsque les dégâts sont déclenchés ou concentrés sur un laps de temps réduit à cause du
déversement rapide dû à la rupture de barrage ou de digue. L’inondation comme phénomène
naturel, risque hydroclimatique n’est pas épargnée par les bouleversements que connaît la
biosphère à cause du réchauffement de la planète.
Depuis la formation de la terre il y a environ 4,5 milliards d’années, le climat de la terre n’a
cessé de changer. La variation des paramètres orbitaux caractérisant la révolution de la terre
autour du soleil explique les variations climatiques à grande échelle (théorie de Milanković).
La planète a connu des périodes glaciaires (chute de 5°C de température) interrompues par des
périodes interglaciaires. Ces phénomènes naturels se caractérisaient par leur extrême lenteur
couvrant des milliers d’années. L’hypothèse d’une action anthropique sur le climat est
envisagée dès le début du XIXe siècle. Sur la base des travaux du français Joseph Fourier, le
suédois Svante Arrhenius formule en 1896, le postulat selon lequel une augmentation des
quantités de de gaz carbonique (CO2) dans l’atmosphère est susceptible d’entraîner un
réchauffement de la terre (Dufresne, 2006). En 1979, la première conférence mondiale sur le
climat est organisée à Genève (Suisse). Une autre se tiendra à Villach (Autriche) en 1985. Ces
deux conférences aboutissent à la création du GIEC en 1988. Placé sous l’égide de
l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et du Programme des Nations Unies pour
l’environnement (PNUE), le GIEC a pour mandat « d’établir, à partir des informations
scientifiques disponibles, un diagnostic sur les aspects scientifiques, techniques et socio-
30
économiques des changements climatiques qui pourraient résulter des activités humaines8 ».
C’est dans le cadre du GIEC et les conférences mondiales sur l’environnement mondial que le
concept de changements climatiques s’est progressivement construit s’appuyant sur la notion
de climat.
Dans ses différents rapports, le GIEC met en évidence le fait que les changements
climatiques affectent aujourd’hui toutes les parties du globe. Les précipitations et les
températures sont de plus en plus instables et irrégulières d’une saison à une autre ; d’une
période à une autre. Parmi les facteurs à l’origine des changements climatiques, on peut citer
les activités humaines, le déboisement, le défrichement, l’urbanisation, les processus naturels
etc. Les changements climatiques affectent plus durement les populations les plus pauvres du
globe. Ils contribuent aux malnutritions, famines, pertes d’infrastructures, épidémies,
déplacements des populations, dégradation et désertification des terres, modification ou perte
de la biodiversité, accroissement de l’érosion des sols et ensablement des cours d’eau. Le
phénomène de changements climatiques est aujourd’hui palpable partout dans le monde.
8
Fellous (2010)
9
[Link]
31
- Élévation du niveau de la mer de 1,8 à 2,2mm par an entre 1948 et 2003 (Fonteh et
al., 2009).
[Link].Concept de vulnérabilité
La vulnérabilité a été longtemps délaissée au profit de l’aléa dans les études s’intéressant
aux risques (Quenault, 2015). Mais, « depuis une dizaine d’années le concept de vulnérabilité
fait l’objet d’une appropriation progressive par les sciences humaines » remarque Pigeon
(2005). Aujourd’hui le concept présente une certaine fécondité sémantique qui rend difficile
son cadrage ou son recadrage (Theys et Fabiani, 1987 ; Reghezza-Zit, 2005 ; Pigeon, 2005 ;
Quenault, 2015). Étymologiquement, le concept de vulnérabilité est issu du substantif latin
vulnerabilis de la famille du verbe vulnerare qui signifie « infliger une blessure à » et du suffixe
abilis « qui peut être enclin à »10. Ainsi, la vulnérabilité est le caractère de ce qui peut être blessé
ou atteint physiquement (Guillou et Moingeon, 2000). Au-delà de cette compréhension usuelle,
du concept, plusieurs appréhensions ressortent des études de différentes spécialités. Dans le
domaine des sciences exactes, c’est le degré d’endommagement potentiel. C’est l’option
quantitative utilisée par les assureurs pour fixer en terme comptable les taux et les primes en
prenant en compte les éléments matériels et objectifs (Reghezza-Zit, 2005).
Dans les sciences humaines et sociales, les auteurs recherchent la prise en compte des
paramètres socioéconomiques et culturels. C’est dans ce sens que le GIEC (2007) propose la
définition suivante de la vulnérabilité « degré selon lequel un système est susceptible, ou se
révèle incapable, de faire face aux effets néfastes des changements climatiques, notamment à
la variabilité du climat et aux conditions climatiques extrêmes ». Allant dans le même sens,
Quenault (2015) propose une définition plus détaillée : « absence de capacité de la société à
faire face à une crise ou à un changement, la difficulté d’une personne, d’un groupe d’humains,
d’une organisation ou d’un territoire, à anticiper un phénomène destructeur, à l’affronter, à lui
résister et à récupérer après sa survenue ». Ces définitions plus analytiques ouvrent la voie aux
possibilités de réduire la vulnérabilité pour faire face aux catastrophes de plus en plus
meurtrières.
L’autre approche de la vulnérabilité est dite systémique. Elle promeut la prise en compte
de l’ensemble des éléments qui s’organisent pour rendre concret la vulnérabilité en prenant en
compte les unités d’analyse et les échelles spatio-temporelles (Bouchon 2006 ; Nabaa et al.,
10
Adam (2008) cité par Quenault, 2015
33
2011 ; Delaître et al., 2016). L’évolution sémantique du concept favorise les investigations
scientifiques. L’analyse de la vulnérabilité laisse voir les dimensions : économique, territoriale,
organisationnelle, culturelle, physique, systémique, sociale et institutionnelle (figure 8).
Figure 8 : Diamant multifacettes de la vulnérabilité (source : Parker et al. (2009) cité par
Quenault (2015)
Cette figure multiplie les dimensions de la vulnérabilité donnant la possibilité de
regrouper en fonction des contextes. Certains aspects de la vulnérabilité traduisent la sensibilité
et d’autres l’exposition. L’exposition renvoie à la localisation des enjeux par rapport à la source
de danger et les facettes territoriales et physiques du risque. Les caractéristiques internes de ces
enjeux font leurs sensibilités. L’équation suivante est souvent posée :
Dans le cadre de cette thèse, la vulnérabilité est abordée aussi bien dans son aspect
qualitatif que quantitatif. À travers les facteurs socioculturels, économiques, démographiques
et historiques, la sensibilité des populations au risque d’inondation est décrite dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun. Pour ce qui est de l’exposition, l’approche cartographique
permet d’identifier les communautés humaines et autres enjeux localisés en zones à risque. La
normalisation de ces différents facteurs permet en outre de quantifier cette vulnérabilité. La
présentation des enjeux permet de compléter cette approche d’évaluation de la vulnérabilité au
risque d’inondation. Le tableau 4 présente un ensemble de variables et d’indicateurs pris en
compte dans l’analyse de la vulnérabilité.
[Link].Concept d’adaptation
changements climatiques accélèrent et enrichissent les débats sur l’adaptation. Citant Adger et
al. (2003), Simonet (2009) relève le « besoin d’apprendre des adaptations passées et présentes,
d’en comprendre les processus et d’en saisir le fonctionnement des agents de changement ».
Plusieurs dimensions en ressortent en fonction des critères considérés. Dans cette perspective,
l’adaptation peut être anticipée ou réactive ; publique ou privée ; autonome ou planifiée (tableau
5).
L’ampleur des changements climatiques est tel que la survie de milliers voir des millions
de personnes est menacée. La communauté internationale est alors appelée à penser l’action en
faveur de l’adaptation pour la guider et la financer. En 2012, une action renforcée pour
l’adaptation est lancée dans le cadre des conférences des parties sur les changements
climatiques. La coopération internationale est interpellée pour appuyer la mise en œuvre des
mesures urgentes d’adaptation. L’accent devant être mis sur l’évaluation de la vulnérabilité,
une hiérarchisation des mesures d’adaptation, l’évaluation des besoins financiers, le
renforcement des capacités et de stratégies de riposte, l’intégration des mesures d’adaptation
dans les plans sectoriels en prenant en compte les PMA les plus vulnérabilités notamment les
pays d’Afrique touchés par la sècheresse, la désertification et les inondations. Dans le cadre de
la coopération internationale, d’autres recommandations sont formulées en faveur de
l’adaptation :
Dans son cinquième rapport, le GIEC (2014) fait le constat suivant pour l’Afrique : « En
Afrique, la majorité des gouvernements nationaux mettent en place des systèmes de
gouvernance pour l’adaptation. Les mesures de gestion des risques de catastrophe, l’adaptation
des technologies et infrastructures, les approches basées sur les écosystèmes, les mesures de
santé publique de base, la diversification des moyens de subsistance réduisent la vulnérabilité,
cependant les efforts tendent à être isolés à ce jour ». Au Cameroun un Plan National
d’Adaptation aux Changements Climatiques (PNACC) ; finalisé en 2015 (MINEPDED, 2015)
dresse une évaluation des changements climatiques, en ressortant leurs impacts dans différents
secteurs en fonction des zones agroécologiques et les stratégies d’adaptation.
cette perspective, il est question de préparer les communautés aux changements climatiques
non évitables, de leur donner les moyens d’en faire face et de renforcer leur résilience aux
risques climatiques comme les inondations par exemple. C’est dans ces trois dimensions que le
concept d’adaptation est opérationnalisé dans cette thèse (tableau 6).
se pencher sur les moyens et méthodes pouvant permettre de réduire la vulnérabilité des
communautés.
Au sujet des inondations spécifiquement les méthodes usitées mettent en avant les
facteurs hydrologiques. Pickands (1975) recommande l’usage de valeurs hydrologiques
extrêmes qui permettent de définir les seuils de confiance. Dans l’optique de prendre en compte
plusieurs autres paramètres, Masson et al. (1996) ont défini une nouvelle approche dite
hydrogéomorphologique. Cette méthode présente l’avantage d’aller au-delà du fonctionnement
théorique du cours d’eau pour intégrer d’autres facteurs comme la morphologie, la
40
qui a également reçu des aides en 2012 suite aux inondations. L’intervention des médias en ce
qui concerne par exemple la sensibilisation des populations sur leur vulnérabilité, les mesures
de protection participeraient aussi à la construction de la bonne perception du risque (Dauphiné,
2003). En outre la prise de conscience des risques par les populations les amène aussi à accepter
les pertes endurées. Comme composante de la chaine d’endommagement, la perception est
proposée par Gleyze (2002) comme la troisième composante du risque au côté de l’aléa et de
la vulnérabilité. Pour éviter l’endommagement le CEPRI11 (2013) recommande la
sensibilisation des populations exposées aux inondations pour améliorer leurs perceptions du
risque
Plusieurs études d’agroclimatologie mettent en exergue des anomalies (les faux départs
de la saison des pluies, l’occurrence des séquences sèches, la variabilité du nombre de jours
pluvieux) comme obstacles à la sécurité alimentaire (FAO, 2008). Ainsi pendant la période de
fortes sècheresses 1970-1990, la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun comme le reste de
l’Afrique tropicale a connu une extrême instabilité climatique (Saha et al., 2017). Si dans sa
configuration normale le climat est déjà très déterminant dans la construction du risque
11
Centre Européen de Prévention du Risque d’Inondation
42
Plusieurs auteurs ont remarqué le rapport entre la pluviométrie et les débits des cours
d’eau en Afrique sahélienne (Paturel et al, 2003 ; Mahé, 2006). Les périodes moins pluvieuses
correspondant également à la baisse drastique des écoulements voir l’arrêt complet sur certains
tronçons. En Afrique de l’Ouest on peut relever les travaux de Faye et al. (2015) dans le bassin
du fleuve Sénégal où les auteurs remarquent la baisse des débits. Nicholson et Palao (1993) et
Chappell et Agnew (2004) sont arrivés aux mêmes résultats dans d’autres bassins hydrologiques
d’Afrique sahélienne. En période excédentaire, l’effet inverse est observé avec des crues. La
grande fréquence des années humides depuis 1993 (Abdou, 2011) induit également la
recrudescence des inondations renforcées par les changements climatiques (Nouaceur et Gilles.
2013).
Plusieurs auteurs s’intéressent à l’attitude des populations lors des catastrophes. Ces
derniers se prennent en main en développant une diversité de techniques de protection contre
les inondations. Cela est très remarquable dans les plaines aussi bien en Afrique que dans
d’autres continents. Dans le delta du fleuve Ha Thanh au Viet-Nam, Anh Tu Ngo (2014) relève
les techniques de construction sur pilotis par les populations exposées. En France, Salagnac et
43
al. (2014), en évaluant l’impact des inondations sur le cadre du bâti, relève la surélévation des
bâtiments, la construction dans les zones refuges comme moyens utilisés par les populations
pour se prémunir. D’autres études dans la vallée du Nil par Kamal et Iman (1990) relèvent la
même débrouillardise des populations qui font face aux inondations en élevant des digues, en
aménageant les lits ou même en détournant les eaux de crues.
Les sciences naturelles et sociales ont contribué tout au long de l’histoire à l’étude des
risques. En fonction des approches d’analyse, diverses spécialités ont contribué à la
compréhension des catastrophes dont l’impact en termes de destruction sur les sociétés
humaines est grandissant. De nombreux auteurs remarquent que, le risque procède d’une
construction sur un ensemble de facteurs de vulnérabilité qui expliquent l’endommagement.
L’approche contemporaine aborde le risque comme résultat des interactions entre différents
éléments de la société.
s’érige en sorte de fatalité pour l’homme. Le lien entre l’homme et son milieu ne conçoit aucune
réciprocité d’action. Pour rappeler la place du milieu naturel dans les sciences sociales,
Friedrich Ratzel (1844-1904) dans son livre intitulé « anthropogéographie » publié en 1909,
démontre les liens étroits entre l’homme et le sol sur lequel il vit. Dans une note de lecture de
cet ouvrage, Émile Durkheim résume la pensée de Ratzel en ces termes : « L’humanité, c’est
un morceau du globe ; l’en détacher, l’étudier en elle-même, abstraction faite de cette terre dont
elle est un élément intégrant, c’est se mettre dans l’impossibilité de la comprendre »…
L’idée naturaliste conçoit le risque comme étant une construction du milieu naturel.
Burton et al. (1978) associe le risque à l’environnement « the environment as hazard ». Dans
cette approche dite « physique » qui a couvert les 18ème et 19ème siècles dans la géographie
française, le phénomène naturel générateur de risque était prépondérant dans les études. Ceci
entrait en droite ligne avec l’orientation de la géographie vers la description de la nature et son
fonctionnement. Les découpages climatiques sont alors proposés utilisant des descriptions
statistiques basées sur les moyennes ; les épisodes violents marqués par les tempêtes, les
inondations, les mouvements de masses ne sont pas ignorés. Ils sont décrits sans rapport avec
les sociétés (Veyret et Reghezza, 2005). L’étude du risque est alors du domaine technique de
l’ingénierie ; et, les risques naturels sont assimilés au déchainement des forces violentes de la
nature.
Bravard et Veyret (2001), Angeliaume et Wicherek (1997), Flageollet et al. (1999) analysent
les dysfonctionnements naturels comme conséquences des actions anthropiques.
Sans rejeter en bloc la place des processus naturels dans la construction du risque,
O’Keefe et al. (1976) présente la part non négligeable des rapports de dépendance de
marginalisation et de domination dans la production du risque. Hewitt (1983) et Watts (1983)
consacrent également des études aux risques en accordant beaucoup d’attention aux facteurs
non naturels. Blaikie et Brookfield (1987) évoquent une chaine de causalité en mettant en
évidence des stress environnementaux relatifs aux actions anthropiques qui doivent être prises
en compte dans l’évaluation des risques. Ces nouvelles approches du risque ont été formalisées
dès 1994 par Wisner, Blaikie, Cannon et Davis dans la première édition de l’ouvrage « At risk.
Natural hazards, people’s vulnerability and disasters ». Ils conçoivent le risque comme une
pseudo-équation ayant trois éléments : le risque lui-même comme résultat du produit de la
vulnérabilité et de l’aléa. Définie comme le potentiel de dommage suite au déclenchement d’un
aléa, la vulnérabilité doit tout au moins bénéficier d’une attention équivalente à celle accordée
à l’aléa dans l’évaluation du risque (Wisner et al., 2003). Cette approche du risque est nommée
« Pressure and release Model »
La vulnérabilité est une construction qui repose sur un ensemble de facteurs qui
progressent sous la forme d’une pression. Aux racines, on retrouve les causes profondes liées
aux contextes socioéconomiques, politiques et historiques. D’autres facteurs qualifiés de
46
pressions dynamiques s’ajoutent pour la mise en place de conditions d’insécurité qui combinées
à l’occurrence d’un aléa est à l’origine de la catastrophe (figure 7).
PROGRESSION DE LA VULNÉRABILITÉ
Les causes profondes de la vulnérabilité sont celles qui relèvent de l’évolution de la société
considérée. Elles se situent au triple plan économique, démographique et politique et génèrent
sans cesse de la vulnérabilité. Elles édictent la distribution des ressources. On assiste à la
marginalisation des groupes défavorisés qui occupent les espaces les plus à risque et sont
négligés au profit de ceux qui détiennent les pouvoirs économique et politique. La compétence
ou l’incompétence des structures publiques à protéger les populations contre les risques et à
faire face aux désastres entre également en jeu. Les conflits armés historiques laissent
d’importantes séquelles qui fragilisent les populations pendant de longues périodes. Dans
certains pays, on remarque que les conflits armés sapent la collaboration entre les acteurs ; ainsi,
dans la prévention tout comme le développement de mesures visant à diminuer l’impact des
catastrophes en temps de crise, la mutualisation des efforts entre les populations et les autorités
47
est compromise. Dans ces conditions Wisner et al. (2003) mettent l’accent sur trois situations
qui génèrent continuellement la vulnérabilité :
- Primo, si les populations marginalisées ont seulement accès aux ressources insécurisées,
leurs activités génèrent de plus en plus de vulnérabilité et exposent aux risques de plus
en plus violents.
- Secundo, Ces populations marginalisées ne représentent aucune priorité pour les forces
publiques en ce qui concerne la prévention et la réponse aux catastrophes.
- Tertio, les populations marginalisées perdent confiance en leurs propres méthodes de
protection.
Le faible niveau d’alphabétisation dans certaines régions du Cameroun est aussi une cause
profonde de la vulnérabilité. C’est le cas de la Région de l'Extrême-Nord où la population adulte
12
Par rapport au reste du pays
13
Le taux d’accroissement naturel dans la Région de l'Extrême-Nord est de 3% par an au lieu de 2,8% par an qui
est le taux national
48
est à 60% analphabète. Dans ces conditions, la capacité à développer des mesures autonomes
de protection est limitée ; la capacité de réaction est faible et, de petites crises peuvent alors
devenir de très graves catastrophes. La collaboration avec les autorités est difficile et la synergie
d’action pour faire face au risque de catastrophe présente une très faible efficacité.
[Link].Territorialiser le risque
Citant Jean et Calenge (2002), Rebotier (2011) relève qu’en « articulant les échelles, les
temporalités, les jeux d’acteurs et leurs intérêts, les territoires, comme processus et résultats de
49
Tous les documents communaux de prévention des risques en France relèvent de cette
approche. Pour chaque unité territoriale décentralisée, un Plan de Prévention des Risque
d’Inondation (PPRI) est établi (Garry et Veyret, 1996 ; Garry et al., 2002 ; Ballais et al., 2011).
Ces plans étudient les conditions à l’origine de la catastrophe en intégrant l’ensemble des
instances du territoire concerné. La prévention passe par une synergie d’action entre tous les
acteurs concernés. Dans certains cas, des Plan d’Organisation des Secours d’urgence (plan
ORSEC) sont définis et reposent sur les autorités locales du ressort territorial concerné.
niveau national les textes législatifs (Loi N°2004/003 du 21 avril 2004 portant code de
l’urbanisme, Loi n° 201/008 du 06 mai 2011 portant aménagement durable du territoire) et des
institutions comme la DPC et l’ONR définissent la politique générale et les collectivités
territoriales décentralisées (régions et communes) sont en première ligne dans l’application.
Au niveau des communes par exemple, les Plan d’Occupation du Sol (POS) doivent
affecter les terres en défendant les constructions dans les zones à risques comme les fonds de
vallées et les zones escarpées. La menace grandissante des risques naturels sur les villes relève
principalement du manque de rigueur et de suivi des logiques politiques, idéologiques et
économiques qui sous-tendent la mise en valeur de l’espace. La plupart des études sur le risque
au Cameroun (Tchotsoua, 2007 ; Olinga-Olinga, 2010 ; Tchindjang, 2012 ; Guedjeo et al.,
2012 ; Saha 2014) considèrent aussi bien l’aléa que la vulnérabilité en montrant comment leur
coprésence dans un territoire déterminé explique l’occurrence plus ou moins fréquente de
catastrophes. La territorialisation du risque recentre les géographes dans l’analyse comme
spécialistes de l’espace propriété et approprié. La Région de l'Extrême-Nord se révèle comme
un territoire du risque. D’une part, les caractéristiques du milieu et d’autre part la mise en valeur
(appropriation) par les différents acteurs (populations et autorités) contribuent à la construction
du risque.
[Link].Théorie du chaos
La théorie du chaos remet en cause les lois déterministes où les résultats sont prévisibles
à partir des causes. C’est une théorie très médiatisée en science exacte grâce aux travaux de
51
transcrire les données climatiques, hydrologiques induisent une marge d’erreur extrêmement
élevée dans les analyses qui en découlent. Il en est de même du manque de précision et des
erreurs des données cartographiques. Dans les pays en développement, l’absence de mise à jour
régulière des données socioéconomiques et démographiques limite les analyses scientifiques.
En réalité, les incertitudes sont inévitables et l’homme est par nature incapable de prendre
en compte tous les éléments qui constituent son environnement (Dastès, 1990). Ainsi la notion
de seuil ou de chaos borné se révèle primordiale (Brunet, 1990 ; Dollfus, 1990). Il s’agit d’un
cadre de compréhension des dynamiques et les systèmes géographiques ou la prétention d’une
maitrise parfaite est utopique. Ainsi la théorie du chaos permet de mieux penser la complexité.
Elle offre d’après Lagauzere (2007) « un vaste ensemble d'outils théoriques permettant, entre
autres, d'expliquer les écarts constatés entre la réalité et nos prévisions ». La théorie du chaos
invite à reconsidérer l’espoir que représentent les systèmes d’alertes précoces par exemple. On
comprend aussi la difficulté à prévenir les phénomènes dommageables aussi bien par les
populations que par les autorités.
APPROCHE
GÉOGRAPHIQUE
D’ÉVALUATION DU
RISQUE
COLLECTE DE
DONNÉES
TRAITEMENTS
ILLUSTRATIONS
DE RÉSULTATS
Cartes
Tableaux
Graphiques
Statistiques
Photos
Schémas
Elle est une des principales sources d’information utile à cette thèse. Elle concerne non
seulement les publications scientifiques, les rapports de recherches, les comptes rendus de
conférences mais aussi les recherches académiques sur les risques et les changements
climatiques à différentes échelles. À l'échelle locale, différentes catégories de documents de
planification urbaines ont été exploitées. Les espaces de consultation étant les bibliothèques des
universités de Yaoundé, Dschang14, Ngaoundéré et Maroua, les revues électroniques, les sites
internet des organisations gouvernementales et non gouvernementales qui donnent la possibilité
de télécharger ou de consulter de nombreux documents. Les paragraphes suivants présentent
différentes catégories de documents exploités dans le cadre de cette thèse.
[Link].Publications scientifiques
Ce sont essentiellement des ouvrages et articles scientifiques publiés ; portant soit sur
notre zone d’étude ou sur les sujets centraux de cette thèse. Sur le plan régional, la longue
sècheresse que le milieu sahélien a connue dès le début des années 1970 a alimenté de
nombreuses recherches en Afrique de l’Ouest et du Centre. La reprise de l’humidité depuis
quelques années avec une recrudescence des évènements climatiques extrêmes a aussi alimenté
une multitude de recherches visant essentiellement à mettre à la disposition des décideurs les
informations utiles à la prise de décisions efficaces pour l’aménagement durable du territoire.
[Link].Recherches académiques
14
Centre d’Etudes Environnementales pour le Développement au Cameroun (CEDC)
55
Social (REC15, 2014). Ces rapports décrivent la plaine inondable de la Région de l'Extrême-
Nord. Les éléments relatifs à l’hydrographie, la végétation, le sol, la topographie et même le
climat y sont abordés et servent de tremplin aux analyses de cette thèse.
L’aménagement des villes au Cameroun est régi par la loi N° 2004003 du 21 avril 2004
portant code de l’urbanisme. Cette loi définie un ensemble de documents de planification : le
Plan Directeur d’Urbanisme (PDU), le Plan d’Occupation des Sols (POS), le Plan de Secteur
15
Rainbow Environmental Consult
16
Centre d'Information et de Documentation sur l'Environnement
17
Les rapports du GIEC disponibles sur : [Link]
57
(PS) et le Plan Sommaire d’Urbanisme (PSU). Ces documents visent un double objectif
(Encadré 2).
18
Les PCD de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun sont dispos[Link]
[Link]?dest=plan&crc=30
58
Les analyses climatiques sur les précipitations et les températures reposent sur une foule
de données collectées auprès des services spécialisés. Il en est de même des données
hydrologiques du Logone et de quelques cours d’eau saisonnier du sahel camerounais.
D’emblée, certaines données historiques présentent des anomalies corrigées par des méthodes
appropriées en statistique descriptive. Le tableau 8 présente pour chaque type de données les
stations collectées.
et trois fonctionnent en deçà de l’acceptable » comme l’a indiqué en 2012 le journal Investir au
Cameroun. Des contraintes budgétaires seraient la cause du déficit de collecte de données. Au
plan hydrologique, les données disponibles sont essentiellement les mesures faites pas
l’ORSTOM. Il est alors difficile d’obtenir de données récentes.
De multiples sources cartographiques ont soutenu les analyses de données dans le cadre de
cette thèse. La spatialisation du risque dans la Région de l'Extrême-Nord exige une grande
variété de données :
- L’atlas forestier interactif du Cameroun (V3) ; issu d’une collaboration entre l’Institut
National de la Cartographie et World Ressources Institute (WRI), c’est une base de
données qui ressort aussi bien les éléments de l’hydrographie, des allocations
forestières, mais aussi les limites des différentes unités administratives. La troisième
version, mise à la disposition du public en 2011, offre les limites de la Région de
l'Extrême-Nord et les subdivisions (WRI, 2011). Les cours d’eau de la région y ont aussi
été extraits avant d’être complétés et/ou corrigés avec les analyses hydrologiques sur
des images Aster.
- Le Référentiel Géographique Routier (RGRC) produit par le Ministère des Transports
permet de ressortir l’ensemble du réseau routier de la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun. Ce référentiel donne une nomenclature complète des routes en fonction des
niveaux (National, Régional, Départemental et Rural et voirie urbaine).
- Les images Aster en trois dimensions (x, y et z) ont été téléchargées gratuitement sur le
site d’Earth Explorer « [Link] ». Ce sont des scènes d’un degré carré
chacune avec une résolution de 15 m. Ces images donnent aussi la possibilité de
conduire un certain nombre de traitements à la fois hydrologiques et topographiques
dont les résultats sont utilisés dans ce travail.
- Les images Landsat également téléchargées sur le site d’Earth Explorer ont été
sollicitées pour spatialiser le risque. Les couvertures effectuées les jours d’occurrence
d’inondations majeures permettent de visualiser et cartographier l’extension de l’eau en
surface.
- Des images SPOT 5 de la Charte Internationale « Espace et Catastrophes majeures » ont
aussi été exploitées. En effet, dans le respect des dispositions de cette charte, les capteurs
de SPOT avaient été redirigés sur le Nord du Cameroun en raison des inondations de
septembre 2012. Cela permettant de cartographier en temps réel la catastrophe qui
60
sévissait. L’espace inondé de l’arrondissement de Maga est digitalisé sur une de ces
images prise le 11/09/2012. Cette image est disponible sur :
[Link]
- Les images Google Earth nous ont permis d’apprécier l’occupation du sol. La
disponibilité de plusieurs prises de vues à différentes dates permet d’observer
l’évolution impulsée par les différents acteurs. Des images des mois de d’août et
septembre permettent de voir l’extension de la submersion.
D’autres données cartographiques tirées des documents de planification urbaine ont aussi
été d’un apport non négligeable dans l’affinement des cartes illustratives présentes dans cette
thèse et même pour leurs discussions.
Un questionnaire en quatre parties a été conçu pour aborder le sujet avec un échantillon
représentatif de la population dans les trois grandes unités topographiques de la région. Après
une partie préliminaire sur l’identification de l’enquêté, la première partie du questionnaire
traite du risque d’inondation en abordant essentiellement les causes physiques et anthropiques
(annexe 3). La deuxième partie aborde sommairement la vulnérabilité des populations au risque.
Un accent est alors mis sur la connaissance du risque, l’accoutumance et la capacité à
développer des actions efficaces de protection en temps de crise. La troisième partie établit le
lien entre les changements climatiques et les inondations. Il est question de mesurer la
perception de ce phénomène par les populations et d’évaluer l’incidence sur divers aspects de
l’économie notamment l’activité agricole et pastorale. La dernière partie du questionnaire traite
de l’adaptation en interrogeant les mesures développées par les populations pour protéger leurs
vies et leurs biens contre les inondations. Les actions communautaires et institutionnelles sont
aussi interrogées dans leurs efficacités respectives.
61
[Link].2. Échantillonnage
L’échantillonnage ciblé non aléatoire est la technique choisie pour cette étude. Elle
présente un avantage réel pour une population d’étude vaste. En 2005, la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun comptait 3 111 792 âmes reparties dans environ 501 400 ménages (6,2
individus/ménage)19. Cette population occupe 6 départements et 46 arrondissements ; en
fonction de la topographie de la région, des types d’inondations identifiées dans la zone et de
la configuration hydrographique. Dix arrondissements ont été choisis pour l’application du
questionnaire. Dans la zone du lac Tchad c’est l’arrondissement de Blangoua qui a été choisi.
Cet arrondissement présente une double exposition. D’une part du lac Tchad et d’autre part du
Logone. Dans la plaine de Waza Logone, ce sont les arrondissements de Kaï-kaï, Maga, Zina,
Kousseri et Wina qui ont été choisis. Chacun de ces arrondissements présente une singularité
dans son exposition au risque d’inondation. Pour ce qui est de la zone de piedmont (plaine
sèche), ce sont les arrondissements de Maroua et Guidiguis. Un voyage à travers le Mayo
Tsanaga avec un arrêt dans l’arrondissement de Mokolo a permis de prendre la mesure des
inondations dans la zone montagneuse. Le tableau 9 présente les localités choisies dans chaque
arrondissement et le nombre de questionnaires placés.
19
BUCREP (2010)
62
[Link].3. Interviews
La qualité des données sollicitées a guidé le choix d’un certain nombre de responsables de
services régionaux dans le cadre d’interviews. Sans être exhaustif les points ci-dessous
ressortent les retombées de quelques entretiens :
- Les chefs services des pâturages et des pêches, délégation régionale du MINEPIA
(Extrême-Nord) ont procuré des données sur l’élevage et de la pêche. Ces données
concernent le cheptel de la région dans les différentes catégories, l’étendue des pâturages et
les contraintes de l’activité pastorale.
- Quelques maires de communes dans la Région de l'Extrême-Nord ont été consultés. Ils ont
fourni des informations sur leurs actions en faveur de la prévention des inondations.
Certains PCD ont été collectés pendant cet exercice.
Cette démarche consiste à intégrer les populations dans la réalisation d’un état des lieux
de leur cadre de vie. Il est question de ressortir l'ensemble des éléments constitutifs du territoire
63
afin de déterminer les sources de danger et les enjeux exposés. On pourrait dès lors sur la base
des propositions des acteurs choisir les stratégies pour la construction d’un plan d’action dont
la mise en œuvre sous forme de mesures correctives ou proactives améliorerait l’interaction
entre les différentes composantes du territoire et bonifierait le cadre de vie des populations. Ces
investigations sont orientées vers le diagnostic du risque d’inondation ; objet principal de cette
thèse.
La procédure est programmée pour environ 45 mn. Sur un bout de papier, après avoir
placé quelques repères de localisation, on y ajoute : la source de danger, les zones exposées, les
éléments et ressources exposés… À l’issue de cet exercice le débat est ouvert pour apprécier la
carte réalisée. Ce débat concerne l’évolution de l’aléa en fonction de différents autres facteurs
en présence : la dynamique démographique, le vieillissement et/ou la rénovation des ouvrages
hydrauliques, les activités agropastorales…
Mois J F M A M J J A S O N D
Activité1
Activité2
Activité3
Inondation
Une personne est choisie dans le groupe cible pour tenir le calendrier et colorier les mois
pendant lesquelles chaque activité est menée. De tels exercices ont été organisés avec les
agriculteurs et les éleveurs dont les activités sont exposées aux risques climatiques.
64
À la suite de toute cette collecte, un traitement spécifique est requis pour chaque type
de données pour parvenir aux résultats présentés dans cette recherche. Les données climatiques
et hydrologiques, données cartographiques et socioéconomiques ont été traitées séparément
avant d’être agrégées dans des cartes de synthèse.
Les applications Microsoft Excel de la suite Office 2013, XLSTAT 2016 et ChronoStat
sont les outils informatiques majoritairement utilisés pour extraire les informations utiles des
données climatiques et hydrologiques.
Pour plusieurs raisons, les données climatiques et hydrologiques présentent parfois des
lacunes. Brunet-Moret (1971) pointait déjà un doigt accusateur sur un ensemble de facteurs : le
déplacement du pluviomètre, la modification de l’environnement du pluviomètre, la
déformation de la surface réceptrice du pluviomètre, les changements et confusions
d’éprouvettes. Au Cameroun, l’État central a mis en place au lendemain des indépendances un
réseau national de collecte de données climatiques avec une station dans chaque département
administratif. Suite à la crise des années 80 et 90, près de 90 % de ces stations ont cessé les
activités. Au côté de l’État, plusieurs autres structures collectent des données climatiques et
même hydrologiques. Dans la Région de l'Extrême-Nord, l’Unité Technique (UT) de la
SODECOTON dispose de longues données historiques permettant d’organiser les activités
agricoles. Toutefois, ces données présentent quelques carences pour certains mois. Plusieurs
méthodes ont permis de combler ces vides ; notamment des estimations sur la base des données
voisines et des moyennes sur XLSTAT.
- Écart type
∑(𝑥−𝑚)²
𝜎=√ (𝑛−1) Equation 1
65
Le calcul de la variable centrée réduite (vcr) ; permet de tracer les différentes courbes
de tendance. Elle est réalisée selon la formule :
x−m Equation 2
vcr = σ
Combinant les températures (T en °C) et les précipitations (P en mm), cet indice permet
de déterminer le degré d’aridité ou d’humidité d’une zone. Sa formule de calcul ressort des
travaux de De Martonne (1926) :
P Equation 3
I=
T + 10
Le tableau 10 présente la cadre d’interprétation de l’indice d’aridité de Martonne.
- Coefficient de variation
La détermination des mois secs et des mois humides par la méthode de Bagnouls et
Gaussen (1957). Un mois est sec lorsque le double de la température est supérieur à la hauteur
mensuelle de précipitation. Avec P = précipitation en mm et T = température en °C, on a :
𝑃 < 2𝑇 Equation 5
66
Le coefficient de corrélation est compris entre -1 et +1]. Il permet de mesurer le lien entre
deux variables. Il n’y a pas corrélation lorsque r se rapproche de 0. Plus r est proche de 1 plus
la corrélation est forte. Inversement, la corrélation linéaire est négative lorsqu’elle se rapproche
de -1. Le coefficient de Spearman nous a permis de mettre en évidence les liens entre différentes
composantes du même paramètre et aussi entre plusieurs paramètres. Son calcul sur Excel suit
la formule suivante :
( X X )(Y Y ) Equation 6
r
( X X ) 2 (Y Y ) 2
Dans cette équation, X représente la moyenne de la série A pendant que Y est la moyenne
de la série B.
- Période de retour
La période de retour (pr) est le temps qui s’écoule entre deux occurrences d’un évènement
de nature et d’intensité données. Cet indice est utilisé pour déterminer l’écart en termes
d’années entre deux occurrences d’inondations aussi bien à l’échelle régionale qu’en
considérant d’autres paramètres du risque. Elle est rendue par la formule suivante :
n+1 Equation 7
𝑝𝑟 =
m
Avec n comme le nombre d’années que couvre la période d’observation et m le nombre
d’évènement pendant cette période d’observation.
- Test d’homogénéité
Test de Pettitt
Dérivé du test de Mann-Whitney, il est non paramétrique (Pettitt, 1979). L’homogénéité
de la série xi de taille N est l’hypothèse H0. L’hypothèse contraire Ha est retenue lorsque la p-
value est inférieure au niveau de signification d’alpha (Lubès-Niels et al, 1994). Le test de
Pettitt repose sur la variable Ut, N dont la formule de calcul est :
𝑡 𝑁
Equation 8
𝑈𝑡, 𝑁 = ∑ ∑ 𝐷𝑖𝑗
𝑖=0 𝑗=𝑡+1
Les 𝜀𝑖 sont indépendant. Ils doivent être normalement distribués avec une moyenne
nulle et la variance 𝜎². T est le temps et 𝛿 l’amplitude d’un changement éventuel de la moyenne.
L’ellipse de Bois
Il s’agit d’un graphique qui analyse l’homogénéité d’une série de données. Pour une série
stationnaire, la somme cumulée à l’instant k a pour intervalle de tolérance :
𝑘(𝑛−𝑘)
±𝑢 (1−∝)/2𝜎√ Equation 10
𝑛−1
Test de Buishand
Il s’agit également d’une autre procédure de test de l’homogénéité des séries de données
statistiques.
𝑆𝑘
∑N−1
k=1 ( )²
𝐷𝑥 Equation 11
𝑈= 𝑁(𝑁+1)
𝑆𝑘 = ∑ni=0(𝑥𝑖 − 𝑚)
La cartographie des zones inondables a pour objectif de faire connaître les zones à
risques d’inondation en fonction du niveau d’exposition. Cette cartographie s’appuie
majoritairement sur la méthode hydrogéomorphologique. Pour identifier et délimiter les zones
inondables, notre méthode s'appuie sur deux principaux critères : l’altitude et la pente. À travers
le MNT, on remarque que la Région de l'Extrême-Nord est dominée par une vaste plaine qui
est une zone d’accumulation des eaux pluviales et en provenance des monts Mandara mais aussi
du Logone.
D’autres indices tels que l’historique des inondations ont fourni une aide non
négligeable ; la connaissance des crues historiques constitue l’un des volets fondamentaux du
diagnostic du risque d’inondation. Elle est complémentaire à la cartographie
hydrogéomorphologique. Même si la disponibilité des données historiques est très lacunaire ;
ainsi, l’exhaustivité de l’information reste à rechercher.
L’ensemble des données collectées et les traitements réalisés ont eu pour but non seulement
de décrire la construction du risque, mais aussi, de le quantifier. Trois composantes du risque
(exposition, sensibilité et capacité d’adaptation) ont fait l’objet d’évaluations quantitatives.
Chaque indicateur choisi présente les qualités suivantes : pertinence, fiabilité, un sens précis et
69
praticabilité. Les enquêtes de terrain, les analyses et diverses sources bibliographiques ont
permis d’agréger des données sur les indicateurs choisis. Les données collectées ont fait l’objet
de nombreux traitements en fonction de leur nature métrique ou catégorielle (nominales et
ordinales) ; l’objectif ultime étant de normaliser suivant une échelle commune de 0 à 10. Les
données métriques sont normalisées d’après la méthode min/max (équation 12).
Dans cette équation, Xi est la valeur à normaliser, Xmin est la plus faible valeur, Xmax est
la plus haute valeur et Xin est la nouvelle valeur normalisée comprise en 0 et 10. Dans la
description des facteurs de vulnérabilité le « 0 » est une situation optimale. Cette valeur disparaît
pendant l’agrégation des indicateurs, car le risque zéro est une utopie. Les autres données
catégorielles (nominales et ordinales) sont d’abord mises sous une grille de cinq classes
(critique, plutôt négative, neutre, plutôt positive, optimale) avant d’être normalisées (tableau
43).
Une autre étape a été la pondération. Elle permet d’affecter à chaque indicateur sa
participation à la construction du risque. Si pour les uns l’impact n’est que marginal, d’autres y
participent plus. Au terme des pondérations, les indicateurs composites sont calculés selon la
formule suivante :
(I1 ∗ w1 + I2 ∗ w2 + I3 ∗ w3 … In ∗ wn Equation 13
𝑥=
∑𝑛𝑖=0 𝑤
L’AHM est une approche d’aide à la décision proposée par Saaty (1980). Elle consiste en
la prise en compte de plusieurs critères parfois contradictoires pour déterminer la meilleure
orientation. Cette méthode permet aussi la gradation des phénomènes spatiaux comme le risque
naturel (Guigo, 2009 ; Tacnet et al., 2010 ; Ramos et al., 2014 ; Renard et Soto, 2015 et El-
Amraoui et al., 2017). La procédure commence par le choix des critères, puis leur reclassement,
l’attribution des poids et enfin les calculs pour obtenir les cartes de risques.
L’analyse multicritère repose sur une grille de 1 à 9. La valeur 9 est attribuée aux classes
d’informations les plus concernées par le phénomène étudié. Ainsi les zones aux très faibles
pentes par exemple porte cette valeur et à l’inverse, lorsque les pentes sont élevées et permettent
l’écoulement la valeur 1 est attribué. Ce principe s’applique à l’ensemble des couches prises en
compte dans le processus de spatialisation du risque.
Les poids sont des coefficients qui permettent d’exprimer la participation de chaque
facteur à la construction du risque. En effet, certains critères se révèlent plus déterminants que
d’autres. L’attribution des poids se fait dans un tableau (matrice de Saaty) portant en première
colonne et première ligne les critères d’évaluation (tableau 12).
71
Cette grille est programmée de manière à produire dans sa deuxième partie, le poids de
chaque critère. En fonction de l’appréciation du rôle joué par chaque critère, les valeurs sont
attribuées comme l’explique le tableau 13.
Pour Wakponou (2016) l’eau est le facteur de vie et de mort dans la ville de Maroua.
Ceci concerne aussi bien l’eau des puits, des mares, des mayos et même de ruissellement. L’eau
qui stagne en surface pendant les inondations s’infiltre et atteint la nappe, communique avec
les mayos. Ces eaux envahissent l’espace de vie des populations souilles parfois les
équipements ménagers. Certains enfants y jouent. Dans le Yaéré et autres espaces fortement
inondables ce sont ces eaux de surface qui sont systématiquement consommées par les
populations lorsque les puits sont inondés et hors d’usage. C’est dans ce contexte qu’il convient
72
Les données mobilisées pour cette étude concernent des ressorts géographiques
différents. À l’échelle mondiale, régionale et nationale on remarque la disponibilité de
nombreuses études qui offrent des données d’analyse sur les questions étudiées (figure 10).
L’évaluation de l’adaptation s’appuie alors sur ces données globales pour comprendre la réalité
locale. Pour le diagnostic du risque, l’approche de territorialisation conduit à l’exploitation des
données locales notamment aux niveaux des unités topographiques et des communes. L’objectif
ultime est de produire pour la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun une base de
compréhension des risques de catastrophes liées aux inondations.
73
Conclusion
Ce chapitre a essayé de présenter d’une part le contexte scientifique dans lequel cette thèse
s’inscrit et dérouler la méthodologie adoptée pour parvenir aux résultats escomptés d’autre part.
Comme stipulé à l’hypothèse, la littérature offre des ressources adéquates pour l’étude des
inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Il s’y dégage que le risque s’est
progressivement construit comme objet d’étude scientifique en géographie. Pour ce qui est des
risques naturels, le phénomène géophysique générateur de danger connaît l’intérêt dans d’autres
disciplines essayant de prédire les évènements catastrophiques afin d’adopter les mesures
d’évitement. Le cadre conceptuel, théorique et méthodologique ainsi présenté permet d’aborder
la Région de l'Extrême-Nord aussi bien comme un territoire à risque que comme territoire du
risque.
74
Introduction
L'Extrême-Nord est l’une des dix régions administratives du Cameroun. Choisie comme
terrain d’étude, elle mérite d’être présentée dans ses aspects physiques et humains. Ce chapitre
retrace l’historique de la création de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun avant de
présenter un portrait du relief, de l’hydrographie, de la pédologie, de la population et des
activités économiques. L’aspect climatique étant une des plus importantes variables pour cette
recherche il ne sera traité en profondeur que dans le chapitre 3 qui lui est complètement
consacré. D’emblée, on peut remarquer que la Région de l'Extrême-Nord est exposée à deux
grands types de risques naturels ; les inondations et les sècheresses faisant de graves dommages
chaque année.
Cette période est marquée par une organisation administrative très sommaire due d’une part
à la volonté coloniale d’administrer indirectement le territoire et d’autre part au manque de
personnel. Deux compagnies assuraient la sécurité et leurs bases étaient établies à Mora, Dikoa,
75
Bongor, Yagoua, Garoua, Maroua, Mubi et Binder. Dans le processus de conquête du territoire
les Allemands avaient favorisé le confortement du pouvoir des lamidos au détriment de peuples
païens dont on accusait de réfractaires aux levées d’impôts et de refus de payement de
prestations (Lembezat, 1961).
En 1916, alors que la première guerre mondiale bat son plein, les Allemands sont chassés
du Cameroun ; la France et l’Angleterre se partagent le territoire (Mveng, 1963). Dans le Nord
du Cameroun, la France réunit les deux provinces allemandes en une seule et créa une nouvelle
unité ayant pour chef-lieu Garoua. Il est prévu la division de ces grandes unités en subdivisions.
En 1917, la circonscription du Logone est créée et regroupe des subdivisions de Maroua,
Yagoua et du Logone proprement dit. Dans les monts Mandara, on remarque une lente prise en
main administrative par les autorités coloniales. En 1933, la subdivision de Mokolo s’agrandit
et intègre : Meri, Douvangar, Douroum, Wazang et Massakalb (Iyébi-Mandjek et Seignobos,
2000).
Simultanément le président AHIDJO a créé des communes municipales dont chaque ressort
territorial correspond à un arrondissement. Les communes sont chargées de fédérer les efforts
des paysans dans leur participation au développement de leurs localités respectives (Beauvilain,
1989). L’administration de l’époque présente une forte islamisation avec des relents de
conversion même forcée des populations (Boutrais, 1973 ; Champaud, 1993). À sa prise de
pouvoir en 1982, le président Paul BIYA nourrit de nouvelles ambitions. En 1983, il éclate la
vaste Province du Nord en trois unités administratives (Décret N°83/392 du 22 août 1983) :
- la province de l’Adamaoua,
- la province du Nord et
- la province de l’Extrême-Nord.
Une fois créée, la Province de l’Extrême-Nord connaît une forte dynamique administrative
avec la création de nouveaux départements, arrondissements et districts (Iyébi-Mandjek et
Seignobos, 2000) :
- En 1983, le département du Logone et Chari est doté de deux nouveaux arrondissements
(Waza et Goulfey) et l’arrondissement de Kaï-kaï est créé dans le département du Mayo
Danay ;
- En 1986, le district de Blangoua est créé dans l’arrondissement de Goulfey ;
- En 1991 suite à la décision de transformer les districts en arrondissements, les districts
de Hilé-Alifa, Blangoua, Fotokol, Gazawa, Hina, Kalfou, Moulvoudaye, Moutouroua
et Wina (ex Viri) sont érigés en arrondissements ;
- En 1992, les arrondissements de Mogodé et de Mayo Moskota sont créés dans le
département du Mayo-Tsanaga. Dans le département de la Diamaré, les arrondissements
de Dargala et Petté sont créés. Dans le département du Mayo Danay Kalfou, Wina,
Moulvoudaye et Moutouroua sont créés ;
- En 1993, les arrondissements de Zina, Waza, Gobo, Datcheka, Gueme, Tchati-Bali,
Dziguilao, Hina, Mogodé sont créés ;
- 1994, Soulede-Roua, est créé dans le département du Mayo Tsanaga ;
- En 1995, les arrondissements de Pori-Touloum et Taibong sont créés dans le
département du Mayo-Kani (ex Kaélé). Les arrondissements de Datcheka, Vélé et Kaï-
kaï sont créés dans le département du Mayo Danay. Les arrondissements de Gazawa, et
Ndoukoula sont créés dans le département de la Diamaré ;
- En 2007, les arrondissements de Maroua 1, 2 et 3 sont créés dans le département de la
Diamaré. L’arrondissement de Darak est créé dans le département du Logone et Chari
et l’arrondissement du Mayo Moskota est créé dans le département du Mayo Tsanaga ;
- En 2008 : la communauté urbaine de Maroua est créée ;
D
Coordinate system : WGZ 1984 UTM Zone 33N
Projection : Transverse Mercator
Source : Image ASTER
Réalisation : SAHA
Le mont Mandara est un ensemble de moyennes montagnes avec des altitudes comprises
entre 800-1500 m. Il se caractérise par des versants raides et des incisions vigoureuses des
rivières qui compartimentent les différents massifs constitutifs. Les sommets les plus hauts
sont : le mont Oupay (1494 m), le mont Ziver (1436 m), le mont Touropou (1349 m), le mont
Rouva (1328 m). Ces massifs ne sont pas organisés en chenaux ou en crêtes ; ils sont constitués
79
La pédiplaine est la zone de transition entre les monts Mandara et la vaste plaine qui
constitue l’exutoire des cours d’eau de la zone. Elle est annoncée par la rupture de pente au pied
de versants montagnards. La monotonie de la pédiplaine est rompue de part et d’autre par des
mornes en demi-oranges sous forme de chaos rocheux parfois pointus. La désagrégation
mécanique a conduit à l’isolement de masses rocheuses dont les forces de freinage actuelles
empêchent l’occurrence de catastrophes en termes de chutes de pierres. Le piedmont abrite la
ville de Maroua ; la capitale régionale. Elle est traversée par le Mayo Kalio et le Mayo Tsanaga
dont la faible pente des chenaux d’écoulement explique la multiplication de méandres. Ces
cours d’eau voient leurs débits annulés en saison sèche. La période de crue (août-septembre)
est généralement le théâtre des inondations d’intensités variables.
dans le bec de canard. Cette plaine est interrompue par une trentaine de cordons longitudinaux
qui forme l’erg de Kalfou (figure 12).
Bon nombre de cours d’eau de cette unité hydrologique ne rejoignent pas le Logone ;
mais disparaissent dans ces terres plates ou alimentent les lacs et mares d’eau de la zone
(Ntonga, 1993 ; Wakponou, 2004). D’autres cours d’eau comme le Mayo Sava, sont bloqués
par le cordon dunaire Limani-Yagoua (Olivry et Naah, 2000). Le lac Tchad reçoit les eaux du
Logone qui se déversent dans le Chari dans les encablures de Kousseri. Le bassin du Niger est
constitué dans sa partie septentrionale du Cameroun par le sous bassin de la Bénoué couvrant
environ 31 000 Km2 en amont du barrage de Lagdo. Le Mayo Kébi draine le sud oriental de la
Région de l’Extrême-Nord du Cameroun et rejoint la Bénoué à Garoua (Olivry et Naah, 2000).
D’autres écoulements saisonniers prenant leurs sources sur le flanc austral des monts Mandara
intègrent aussi le bassin du Niger. La figure 13 présente le réseau hydrographique de la Région
de l'Extrême-Nord.
82
En m3/s
1600
1200
800
400
Le Logone dans son écoulement du Sud vers le Nord draine les départements du Mayo
Danay et du Logone et Chari qui sont affectés en période de crue. Les ouvrages hydrauliques
de protection constituent aujourd’hui un obstacle aux déversements saisonniers.
50
Débit en m3/s
40
30
20
10
0
Figure 15 : Débits moyens mensuels du Mayo Tsanaga à Bogo (Source : Olivry et Naah 2000)
La reprise des écoulements des mayo correspond au regain de débit pour le Logone. Le
pic est atteint au mois d’août et septembre qui est la période d’occurrence des inondations
(Liénou et al., 2003). En période de sècheresse, lorsque les lits des mayos sont à sec, l’érosion
84
Le lac Tchad est le quatrième lac africain après les lacs Victoria, Tanganyika et Nyassa.
Il fait partie des vestiges d’une mer Paléo tchadienne qui devait couvrir 350 000 km² alors que
les climats africains étaient beaucoup plus humides il y a quelques millénaires (Thilo, 1928,
Pouyaud et Colomban 1989). De nos jours, ce lac occupe une superficie qui varie entre 2 500
km² (année sèche) et 7 500 km² en année humide (Sédick, non daté). Sur le plan géographique,
il se situe entre 12°20’-14°20N et 13°-15°20E. Cette superficie est partagée entre quatre pays :
le Tchad (50%), le Nigéria (25%), le Niger (17%) et le Cameroun (8%). Pendant les cinq
dernières décennies, le lac Tchad a connu une importante dynamique concernant sa superficie.
Le détournement des eaux pour l’agriculture et la sècheresse sont à l’origine d’une perte de
90% en 40 ans (Abossolo et Batha, 2015). Ainsi on peut distinguer le grand lac Tchad (25 000
km² en 1963) du moyen lac Tchad (entre 15 000 et 20 000 km² observés entre 1968-1971, 1975-
1976 et 1998-2010) et le petit lac Tchad. Le plan d’eau de ce dernier est de 1700 km² au niveau
du delta du Chari entouré de marécages permanents ou saisonniers de 2000 à 14000 km². Depuis
1973, c’est cette situation qui est observée en dehors des années 1975, 1976, 1988, 1998, 2010
et 2012.
Le lac Tchad est situé en zone semi-aride avec de faibles précipitations et des
températures élevées. Par son humidité, la zone du lac Tchad donne la possibilité de mener un
ensemble d’activités économiques (agriculture, élevage et pêche). Les densités moyennes des
populations dans les arrondissements concernés sont élevées par rapport aux moyennes
régionales.
Mayo Boula) et d’autre part par le mayo Guerléo qui communique avec le Logone (Liénou et
al., 2003). Les faibles pentes des espaces en amont du lac les transforment en marécage dont
l’extension est fonction des apports en eau (Ngounou Ngatcha 1993). L’objectif affiché à la
création du lac était la mise en réserve de l’eau pour l’irrigation de 7 000 hectares de rizières de
la SEMRY (Arditi 1985). Le mayo Vrick et d’autres ouvrages hydrauliques assurent la vidange
et le drainage contrôlé en période de culture. Un autre déversoir du côté de Pouss dans le
voisinage du Logone permet d’évacuer le trop-plein du lac (Seignobos et Raugel, 2000). Le Lac
de Maga est soumis à un sérieux problème d’ensablement qui diminue drastiquement sa
profondeur. Loin des 2,5m de profondeur moyenne en 1984 on obtient aujourd’hui moins de 1
m en moyenne à cause de la quantité de matière en suspension reçu chaque année (Liénou et
al., 2003 ; Djiangoué, 2017). La turbidité de ce lac résulte du brassage de sédiments du fond
par une légère houle d’où une faible transparence de l’ordre de 15 à 25 cm (Kenne Tiotsap,
2014). Le lac est bordé par une végétation essentiellement composée de graminées de type
Vetiveria nigritana, Echinochloa pyramidalis, Oriza longistaminata20… Par ses ressources
halieutiques, le lac de Maga structure entièrement l’économie de l’arrondissement éponyme et
joue un important rôle important dans l’ensemble de la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun.
20
Seignobos et Raugel, 2000
87
A B
A
B
Planche 2 : Barrage de Mokola (A) et Mofolé (B) dans le département du Mayo Tsanaga
(Source : Saha, août 2017)
88
Les barrages s’illustrent comme des palliatifs très efficaces contre la sècheresse. Ils
alimentent les populations en eaux pour divers besoins même en saison sèche. Les barrages
représentent aussi un soutien important aux activités économiques comme l’agriculture, la
pêche et l’élevage. Dans le cadre du PLANUT, le gouvernement entend aménager huit autres
barrages dans les départements du Mayo Sava, du Mayo Tsanaga et de la Diamaré (tableau 15).
Les populations de la région sont parfois opposées à la mise en place de ces barrages. En
effet les populations de l’aval du Mayo Tsanaga redoutent la baisse des écoulements et même
de la recharge de la nappe phréatique.
Plusieurs processus naturels président à la formation de ces différents sols. Olivry (1986)
en distingue cinq. Tout d’abord, la ferrallitisation ; c’est de loin le processus le plus important
compte tenu de la prédominance de ce type de sols au Cameroun. Les pluies jouent un important
89
rôle dans ce mécanisme. En effet, l’hydrolyse des minéraux des roches provoque l’élimination
des bases alcalines et alcalino-terreuses et les oxydes de fer, la silice et l’alumine sont libérés.
Il en résulte une accumulation relative de produits de synthèse ferrugineux ou alumineux peu
solubles. La ferrallitisation concerne une variété de roches, notamment les granites, les basaltes
et les roches sédimentaires. Parmi les processus de formation des sols au Cameroun, on
distingue aussi : l’induration, les accumulations de matières organiques, le lessivage et
l’hydromorphie. L’accumulation et l’hydromorphie sont très répandues dans la zone soudano
sahélienne du Cameroun. Ces processus y sont rapides grâce aux fortes températures qui
succèdent généralement les périodes de froid. Les sols à Gley vertiques et les sols alluviaux peu
évolués constituent le substrat de la zone inondable (figure 17).
présentent une prédominance (35-50%) d’éléments grossiers avec les cailloux et graviers. Les
fines particules (limons et argiles) se situent globalement entre 6 et 10%. Les sables fins et
grossiers sont également présents et la matière organique est faible. La zone montagneuse est
marquée par quelques plaines (Zamay-Gawar, Serawa, Getale, etc.) où les argiles foncées sont
abondantes. Ces plaines, vallées et dépressions sont les zones par excellence de l’activité
agricole. Les extrêmes pluviométriques sont à l’origine du débordement des cours d’eau avec
des dégâts sur l’agriculture, l’habitat et les ouvrages d’art essentiellement21.
La plaine sèche est marquée par une très grande diversité des sols (Raunet, 2003). Cela
relevant d’une multitude de processus. On y remarque un prolongement des sols typiques de la
zone montagneuse qui rencontre les spécificités pédologiques de la plaine d’inondation. Les
planosols font face aux sols ferrugineux jaunes de l’autre côté du grand cordon dunaire (Limani-
Yagoua). Les zones de Bogo-Pouss et Kaélé présentent quelques spécificités avec la présence
de cuirasses ferrugineuses et des sols ferrugineux peu lessivés qu’on retrouve aussi dans la zone
de piedmont (Barbery et Gavaud, 1980). Au voisinage des massifs granitiques de Djoulgouf et
de Mindif, on retrouve les cuirasses (Pias, 1962). Comme pour la zone montagneuse, les vallées
des cours d’eau présentent une prédominance de fines particules notamment les argiles, les
limons et les sables fins (Raunet, 2003). Les grandes agglomérations étant située dans ces
plaines subissent les inondations à cause de la faiblesse de la pente et de la faible perméabilité
de ces sols.
La plaine inondable est le domaine des sols argileux. Ce sont en réalité les alluvions et
colluvions issus de l’épandage des écoulements en provenance des monts Mandara ou du
Logone. En termes de classe, on distingue les sols alluviaux peu évolués le long du Logone et
des autres cours d’eau, Les sols à Gley vertiques et sols topomorphes. Ces sols couvrent les
plaines et dépressions périodiquement inondées (Sieffermann, 1964). Au Sud-Est du
département du Mayo Danay, les sols ferrugineux et hydromorphes se mêlent. Les vertisols
sont présentés comme caractéristiques de la plaine inondable (Biscaldi, 1970 ; Kristin Seeber
et al., 2014). Il s’agit de « solums argileux majoritairement smectitiques qui gonflent ou se
rétractent fortement, suivant les saisons alternativement sèches et humides » (Rossignol et al.,
2008). Les vertisols sont les plus favorables aux inondations ; leur saturation rapide et leur
imperméabilisation favorisant la stagnation d’eau en surface notamment dans les Yaéré pendant
plusieurs mois.
En 2015, les inondations ont fait de nombreux dégâts sur l’agriculture et l’habitat dans l’arrondissement du
21
Tels que présentés, les sols de la Région de l'Extrême-Nord jouent un rôle important dans
l’inondation de la zone. En matière chimique, Leumbe et al. (2015) remarquent que les sols de
Maga et ses environs ont un taux de matières organiques inférieure à 1% (Tableau 16) ; et un
taux de calcium très élevé ; ce qui traduit l’imperméabilité de ces sols.
La Prairie est définie comme un écosystème dominé par une végétation herbacée à
dominance de graminées (Georges et Verger, 2006). Elle domine l’essentiel de la plaine
inondable de la Région de l'Extrême-Nord. Les espèces dominantes sont Echinochloa
pyramidalis, Vetiveria nigritana, Oryza barthii, Hyparrhenia rufa, Acroceras amplectens,
93
Andropogon gayanus, Brachiaria deflexa, Chloris lamproparia, Chloris pilosa, Cyperus spp.
Echinochloa colona, Echinochloa spp., Digitaria spp (Fosi-Mbantenkhu et Mahamat, 2005 ;
Attari 2006). Les facteurs de distribution de ces espèces étant : la durée et la profondeur de la
submersion ainsi que le type de sol. Une végétation éphémère caractéristique des zones
aquatiques (Aeschynomene crassicaulis, Aponogeton subconjugatus, Eichornia natans,
Nymphaea lotus, Nymphaea rufescens) se développe autour des mares et des chenaux
d’écoulement (UICN-BRAC, 2006). Ces formations ripicoles s’étendent aussi aux abords du
lac Tchad et dans la zone de marnage du lac de Maga. Elles se transforment en vaste marécage
en saisons de pluies et s’assèchent progressivement avec le retrait de l’eau (planche 3). Les
prairies et les formations ripicoles sont les zones d’abondances. En saisons sèche, des troupeaux
du Cameroun, du Tchad, du Nigéria et parfois même du Niger et du Soudan s’y retrouvent
(CBLT, 1992 et Noupa, 1995). La période inondable constitue le moment propice à la pêche et
la pratique de quelques activités agricoles. Pour ces exploitants l’inondation est source
d’abondance de ressources. Toutefois, des pertes sont enregistrées en période d’extrêmes.
Planche 3 : Quelques visages de la prairie dans l’arrondissement de Zina en saison des pluies
(Source : Saha, août 2017)
Les steppes se retrouvent essentiellement entre la prairie et les formations ripicoles de
la zone du lac Tchad. Il s’agit d’un tapis discontinu d’arbustes de petites tailles sur les sols
hydromorphes (Acacia gerrardii, Cabada farinosa…), sur les sols halomorphes (Anogeisus
leiocaspus, Lannea humilis) ou alors sur les sols sableux peu perméables avec des Acacia
gerradii, Combretum glutinosum, etc. La zone steppique est interrompue par des savanes
arbustives dans les zones de mosaïque. Les savanes couvrent les plaines sèches des deux côtés
du cordon dunaire. Elles présentent par endroits un aspect arboré essentiellement planté dans le
cadre de différentes phases du projet sahel vert qui affiche un bilan de plusieurs millions
d’arbres plantés depuis 1972 (Godwé Mbarga, 2013). La zone montagneuse ; plus pluvieuse
94
Il ressort du tableau que sur une grille de]0-10], la vulnérabilité se situe à 6,6 dans la
Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. La faible déclivité des terres y joue un rôle
déterminant. Notons que cet indice est calculé à l’échelle régionale. D’énormes variations sont
forcément notables à l’échelle locale.
Une gradation existe dans la contribution des quatre facteurs au risque. La grille de Saaty
(1980) permet d’attribuer des poids aux couches de données et de les standardiser pour procéder
à la cartographie multicritère. Le tableau 21 met en exergue la proximité avec la source de
danger comme le principal facteur de spatialisation de l’exposition dans la Région de l'Extrême-
Nord. Le rôle de l’altitude se révèle moins déterminant.
Tableau 21 : Fiche d’attribution des scores aux facteurs d’exposition au risque d’inondation
dans la Région de l'Extrême-Nord
Numéro 1 2 3 4
Proximité avec la
Critère Relief Pédologie source de danger Altitude
1 Relief 1,00 1,00 0,14 3,00
2 Pédologie 1,00 1,00 0,20 3,00
Proximité avec la
3 source de danger 7,14 5,00 1,00 7,00
4 Altitude 0,33 0,33 0,14 1,00
/// Somme 9,48 7,33 1,48 14,00
Matrice de standardisation
Proximité avec la
Critère Relief Pédologie source de danger Altitude Poids
1 Relief 0,11 0,14 0,09 0,21 0,55
2 Pédologie 0,11 0,14 0,13 0,21 0,59
Proximité avec la
3 source de danger 0,75 0,68 0,67 0,50 2,61
4 Altitude 0,04 0,05 0,10 0,07 0,25
Source : Adapté de Saaty (1980).
Le résultat est une carte à 16 classes. Les zones les plus exposées présentent un score de
23 tandis que les zones les moins exposées ont un score de 08. Les différentes classes sont
regroupées en fonction du niveau de l’aléa (très élevé, élevé, moyen et faible). Les espaces de
marnage des lacs sont les plus exposées (figure 19).
Les zones de marnage des lacs sont plus exposées au risque d’inondation dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun. L’espace le long du Logone qui peut être considéré comme
son lit moyen est également fortement exposé. Le grand Yaéré mérite aussi une attention
particulière comme continuité de la zone de forte exposition.
98
[Link].Composition ethnique
Chaque groupe ethnique présente un rapport singulier avec l’eau. En fonction des activités
pratiquées ; saisonnièrement ou en continue, l’eau est un facteur de développement et/ou une
menace.
4500
Milliers h'habitants
4000
3500
3000
2500
2000
1500 Effectif de la
population
1000
500
0
1976 1987 1992 1995 2000 2005 2010 2015
Années de référence
On observe une constante augmentation de la population dans cette région. Après une
phase de croissance rapide entre 1976 et 1987, un certain ralentissement est observé jusqu’en
2005. Les troubles dans les pays voisins : Tchad et Nigeria ont provoqué ces dernières années
un important flux de réfugiés à l’Extrême-Nord. Le quatrième RGPH dont les opérations sont
100
prévues à partir de 2018 permettra de mesurer l’impact de ces évènements y compris les troubles
internes dus aux attaques de la secte islamiste Boko Haram.
Globalement, la population du Cameroun est dominée par les jeunes. La tranche 0-15 ans
représente 43,6% de la population totale. L’âge médian est de 17 ans. Pour ce qui est de la
Région de l'Extrême-Nord, cette tranche d’âge représente 50,8% de la population. Le taux de
masculinité est de 97,7%. La figure 21 présente la structure par âge et par sexe de la population
de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun à travers une pyramide des âges.
85 et +
80-84
75-79
70-74
65-96 Hommes Femmes
60-64
55-59
50-54
45-49
40-44
35-39
30-34
25-29
20-24
15-19
10-1 4
5-9
0-4
-400 -300 -200 -100 0 100 200 300 400
Effectifs en milliers
Années de référence
Départements 1976 1987 1995 2000 2005 2010 2015
Diamaré 281881 386563 514000 591000 642 227 737316 846485
Logone et 147321 276170 367000 422000 486 997 559102 641885
Chari
Mayo Danay 225114 356469 474000 545000 529 061 607394 697327
Mayo Kani 186434 230789 307000 353000 404 646 464558 533342
Mayo Sava 160432 213704 284000 327000 348 890 400547 459853
Mayo Tsanaga 304163 391983 521000 600000 699 971 803610 922595
Total 1305345 1855678 2467000 2838000 3 111 792 3572530 4101490
Sources : Recensements (1976, 1987, 2005), calcul de l’INS (1995 et 2000) et estimation (2010
et 2015).
Dans l’ensemble, les densités de populations sont assez élevées dans la Région de
l'Extrême-Nord. En 2005, on avait 90,8 habitants au km² ; soit plus de deux fois la densité
moyenne nationale (37,5 habitants/km²). L’actualisation des données permet de remarquer que
la Région de l'Extrême-Nord a dépassé le seuil de 120 habitants/km² en moyenne en 2015. En
fonction des zones géographiques, on constate d’importantes disparités (figure 22).
102
[Link]. L’agriculture
Les exploitations sont essentiellement familiales. Le mil, le niébé, l’arachide et le maïs qui,
sont les quatre premières cultures en termes d’ha occupés, sont cultivés dans tous les
départements ; les systèmes culturaux étant différents en fonction des zones topographiques. Le
risque d’érosion dans la zone montagneuse est à l’origine du développement d’une multitude
de techniques de protection des terres. Dans la plaine, les dépôts alluvionnaires et les sols
argileux permettent le développement d’une agriculture de décrue entre septembre et décembre.
C’est également dans cette plaine que la riziculture a connu un essor assez élogieux.
C’est dès le lendemain des indépendances qu’à l’image des vallées du Niger et Sénégal, les
autorités nationales ont envisagé le développement de la riziculture dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun. D’abord de manière extensive avec une faible productivité,
l’entrée en scène de la SEMRY avait apporté un important souffle à ce secteur (Arditi, 1985).
La maîtrise de l’eau et la promotion de grands et petits projets avaient conduit à l’extension de
la culture du riz dans toute la plaine et l’accroissement de la productivité. Entre 1972 et 1986,
environ 135 000 ha de rizières avaient été aménagés dans la plaine inondable. Près de 35 à 40
milliards de francs CFA d’investissement sous financement de la Banque Mondiale (BM), de
la France et du Fonds Européen pour le Développement (FED) (Roupsard, 2000). Plus de
25 000 familles des départements du Mayo Danay et de la Diamaré tirent l’essentiel de leur
subsistance de la culture du riz. En outre les périmètres rizicoles sont utilisés pour les cultures
de piment, d’oignon et de gombo en saison sèche. Après la crise économique, les
investissements de cette société reprennent et représentent un important atout pour résorber la
dépendance alimentaire du Cameroun envisagée dans le Document de Stratégie pour la
Croissance et Emploi (DSCE)22.
[Link]. La pêche
22
MINEPAT, 2009
23
Rapport annuel (2014) d’activités de la Délégation régionale du MINEPIA pour la Région de l'Extrême-Nord
105
Autres
Machoiron 1%
2% Capitaine
30%
Tilapia
37%
Carpe
9%
Silure
2%
Anguille
1%
Protepterus
3% Hétérotis (kanga)
15%
Figure 23 : Types de poissons capturés dans le département du Mayo Danay en 2014 (Rapport
annuel d’activités Délégation régionale du MINEPIA pour la Région de l'Extrême-Nord, 2014)
[Link]. L’élevage
Le cheptel est constitué de bovins, ovins, caprins, équins, asins, canins, porcin, volaille,
etc. La répartition par département montre une prédominance des effectifs de la plaine
notamment avec le Mayo Danay et le Logone et Chari et le Mayo Kani. Ne présentant que des
superficies modestes de pâturage et un effectif limité en personnel, la zone montagneuse (Mayo
Tsanaga et Mayo Sava) occupe la dernière place en termes de cheptel départemental dans la
Région de l'Extrême-Nord (tableau 27).
La Région de l’Extrême-Nord est une zone d’éducation prioritaire. Elle présente le taux
d’alphabétisation le plus faible du Cameroun. En 2007, seulement 47,5% de la population de la
Région de l’Extrême-Nord (15-24 ans) était scolarisée. Ce pourcentage se situe à 83,1% au
24
Organisme néerlandais de développement
25
Plante fourragère destinée à l’alimentation des animaux
109
niveau national (INS, 2013). Les problèmes qui expliquent le retard de la Région de l’Extrême-
Nord par rapport aux autres régions sont :
- l’absence d’écoles dans certaines zones ;
- le manque d’enseignants ;
- l’accessibilité difficile à l’école ;
- le retard voir l’exclusion de la femme du système formel d’éducation ;
- taux élevé de déperdition scolaire ;
- l’incapacité des parents pauvres à supporter les frais d’écolage des enfants ;
- le poids des coutumes et traditions globalement peu favorables à l'éducation moderne.
Le caractère saisonnier des activités est une contrainte pour l’éducation. La pêche intervient
par exemple à la rentrée scolaire et les enfants viennent en aide à leurs parents dans cette activité
qui fera vivre la famille toute l’année. Il en est de même du repiquage du sorgho en septembre.
Kana (2018) exprime de la manière suivante cette intégration difficile de l’éducation scolaire
prenant le cas du département du Logone et Chari : « La fréquentation scolaire des enfants
semble pour l’instant apporter aucune plus-value perceptible dans l’économie locale (…) Elle
constitue un poste supplémentaire de dépense à supporter par les budgets déjà maigres des
ménages ». En outre, à la rentrée scolaire (septembre) le niveau d’eau est à son maximum dans
le grand Yaéré, les cours d’eau connaissent leurs débits maximaux annuels ; c’est aussi le
moment des fortes pluies. Dans ces conditions, les déplacements sont pénibles voire
impossibles pour certaines contrées. Certains établissements scolaires sont inondés ou les salles
de classe sont envahies par les familles victimes d’inondations (planche 4).
A B
Planche 4 : Visages de certaines écoles pendant les inondations (Source : [Link] [photo A]
et [Link] [photo B])
La photo A présente la situation de l’école maternelle et primaire bilingue de Djarengol dans la ville de
Maroua (arrondissement de Maroua 1) à la suite d’une pluie dilurvienne du 29 août 2015 qui avait causé de
graves inondations avec un disparu. La photo B présente une salle de classe requisitionnée pour reloger les
victimes des inondations de 2012. Ces situations sont très ambarassantes lorsqu’elles surviennent en période de
classe (septembre).
110
nationales (N1, N12 et N14) qui parcourent la région sur une distance de 558 km bénéficient
d’un entretien permanent (figure 24). Il faut prendre en compte le fait certains travaux
d’entretien des routes26 ont connu des pertubations à partir de 2013 à cause des problèmes
d’insécurité.
Il faut ajouter à cette figure les voiries des villes comme Maroua difficilement appreciable à cette échelle.
Des travaux en cours dans la région contribueront à terme à reconfigurer cette piètre figure des infrastructures
routières de la région. Le chantier de revêtement de la route Maroua-Bogo (39 km) présentait en mai 2018 un
taux d’avancement de 21%27.
26
Exemple des travaux de réhabilitation de la route Mora-Dabanga
27
[Link]
112
[Link]. Le bâti
Tableau 29 : Qualité de l’habitat (murs et toits) par milieu et par zone dans la Région de
l’Extrême-Nord du Cameroun en 2001.
Région Zone et Murs modernes Toits modernes
milieu Pauvre Non pauvre Total Pauvre Non pauvre Total
Montagne 4,5 6,9 5,6 16,4 17,5 17,0
Plaine 7,6 24,2 15,5 19,9 59,2 38,6
Extrême- sèche
Nord Plaine 1,2 8,5 5,5 26,9 38,8 33,9
inondable
Urbain 35,6 47,0 44,2 88,2 96,2 94,2
Rural 2,9 6,2 4,6 16,3 26,0 21,3
Total 4,8 12,5 8,9 20,6 36,7 29,3
Cameroun 8,6 31,2 24,4 64,5 83,7 77,9
Plusieurs facteurs peuvent être évoqués pour expliquer la mauvaise qualité du bâti dans la
Région de l'Extrême-Nord du Cameroun :
L’accès à l’eau potable est un défi majeur dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.
Le tarissement des cours d’eau pendant la saison sèche et l’épuisement des réserves appelle à
la mise en place de stratégies pour favoriser l’accès permanent à une eau de qualité pour
113
différents besoins. L’aménagement de puits et forages est très répandu. Cette technique permet
à une importante fraction de la population d’avoir accès à l’eau potable (tableau 30).
Les points d’eau présentent une très grande variété. Lorsqu’ils ne sont pas aménagés et
parfois ouverts, les eaux d’écoulement surtout en période d’inondations y entrent et participent
à la souillure. Les puits aménagés sont aussi grandement exposés aux inondations surtout qu’ils
sont parfois construits sans la prise en compte des spécificités du milieu. L’inondation les rend
inaccessibles et souille l’eau (planche 5).
A B
C D
Conclusion
DEUXIÈME PARTIE :
CHANGEMENTS
CLIMATIQUES ET
RISQUE D’INONDATION
DANS LA RÉGION DE
L'EXTRÊME-NORD DU
CAMEROUN
117
POSTULAT DE DÉPART
La région de l'Extrême-Nord du VALIDATION
Cameroun est soumise aux Mise en évidence des changements
changements climatiques et demeure climatiques et diagnostic du risque
vulnérable aux inondations dans la région de l'Extrême-Nord
Dé
mar Analyse des données
che climatiques et hydrologiques
ana RÉSULTATS
lyti Un contexte climatique
favorisant l’occurrence des
que
Analyse de la vulnérabilité inondations
approche sociale Un ensemble de facteurs
humains contribuant à la
construction du risque
De nombreuses conséquences
Constat d’endommagement des inondations dans la région
3. CHAPITRE 3 : CLIMAT ET
CHANGEMENTS CLIMATIQUES DANS
LA RÉGION DE L'EXTRÊME-NORD
Introduction
Diverses plaintes et la littérature scientifique sur le climat ces deux dernières décennies
attirent l’attention de l’humanité entière sur l’importante dynamique à laquelle est soumise la
Terre comme seule planète abritant la vie. L’autorité scientifique octroyée au GIEC lui a permis
de relever au fil des différents rapports un ensemble de changements dans le système climatique
mondial : augmentation des températures à la surface de la terre, élévation du niveau de la mer,
perturbations pluviométriques, renforcement des masses d’air tropicales, etc. Contrairement
aux phénomènes paléoclimatiques qui étaient liés à la dynamique naturelle, la responsabilité
des changements actuels incombe à l’homme qui depuis le début de l’ère industrielle a multiplié
sa capacité de forçage du système climatique. Si les pays développés sont en pôle position dans
cette réalité contemporaine, les retombées négatives n’ont pas de frontières. Les pays les moins
avancés affichent d’ailleurs les séquelles les plus sévères. Dans une approche déductive, ce
chapitre fait d’abord le point sur le climat de la Région de l'Extrême-Nord. En outre, de longues
séries de données de températures et de précipitations sont exploitées pour mettre en évidence
les variations temporelles.
L’étirement en latitude du Cameroun laisse voir une grande variation des températures et
des précipitations. Au Sud (2°-6°N), on retrouve les climats équatoriaux où se développe la
forêt (Suchel, 1988a ; Santiago, 1998 ; Tchiadeu, 2000). Au-delà du sixième parallèle, s’étend
le domaine des climats tropicaux. On distingue le climat tropical d’altitude du climat tropical
soudanien et du climat tropical sec de nuance soudano sahélienne (Djoufack Manetsa, 2011).
Dans la Région de l'Extrême-Nord règne le climat tropical soudano sahélien. En fonction de la
latitude et de l’altitude, les températures, les précipitations et les autres éléments du climat sont
variables à travers la région (Tsalefac, 1979 ; L’Hôte, 2000).
119
Dans toute la Région de l'Extrême-Nord, trois à quatre mois (juin, juillet, août et
septembre) reçoivent près de 90% de la pluviométrie. Dans la ville de Maroua, le mois de
d’octobre reste pluvieux avec généralement plus de 100 mm. En effet, pour cette station la fin
de la saison des pluies est progressive touchant le mois de novembre. Les autres stations
présentent un arrêt brutal des précipitations contrairement au démarrage qui est progressif. La
figure 27 présente la distribution annuelle des précipitations dans quelques stations
représentatives.
350
Précipitation en mm
300
250 Kousseri
200
Maroua
150
Yagoua
100
50 Kaélé
0 Mora
Mokolo
Figure 27 : Régimes moyens mensuels des précipitations dans quelques stations de la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun (Source : Service régional de la météorologie de l’Extrême-
Nord, 2017)
121
28
Seuil a partir duquel un moins est considéré comme pluvieux d’après l’OMM
122
Nord. En effet, Yagoua et Mokolo29 sont situées presque à la même latitude pourtant leurs
précipitations sont très différentes. Yagoua et Kousseri présentent une faible différence
lorsqu’on considère leurs longitudes ; or, les précipitations sont très contrastées. Le tableau 32
présente les coefficients de corrélation entre les paramètres climatiques et les éléments de
localisation.
La zone sahélienne est d’abord caractérisée par des températures élevées pendant toute
l’année avec des maxima en avril et/ou mai. Cette situation est entretenue non seulement par
l’absence ou la faible couverture végétale essentiellement sous forme de prairies et de steppes
herbeuses, mais aussi par la situation de faible altitude notamment dans la plaine inondable. La
figure 29 présente les températures moyennes mensuelles de quelques stations de la Région de
l'Extrême-Nord.
34
TEMPERATURE EN °C
32
30 Kaélé
28 Kousseri
26 Maroua
24
Mora
22
Mokolo
20
Yagoua
29
La difference est de 24 min soit environ 44 km
123
En moyenne, les six stations présentent une température annuelle de 27,01°C. L’altitude se
dessine comme le principal facteur de variation spatiale (figure 24). La station de Mokolo
présente logiquement les températures les plus faibles. Les températures moyennes annuelles
les plus élevées sont enregistrées aux niveaux des stations de Maroua et Kaélé. Les moyennes
des températures mensuelles cachent une forte amplitude thermique qui caractérise la région.
Les données disponibles pour la station de Maroua Salak présentent une amplitude moyenne
annuelle de 13,15°C. Les mois de la saison des pluies présentant les plus faibles écarts (figure
30).
45
40
Température en °C
35
30
25
20
15
10
5
0
Max Min
Ensoleillement Évaporation
400 400
300 300
mm
Heures
200 200
100 100
0 0
J F M A M J Jt A S O N D J F M A M J Jt A S O N D
Humidité relative Vitesse des vents
100 80
Pourcentage
75 60
Pourcentage
<= 1 m/s
50 40 2 a 4 m/s
5 a 6 m/s
25 20
7 a 14 m/s
0 0
J F M A M J Jt A S O N D J F M A M J Jt A S O N D
La courbe de l’évaporation ne s’éloigne que très peu de celle des températures. Le mois
de mars au cœur de la saison sèche connait la plus grande quantité d’évaporation (315mm). De
ce pic une baisse en continue est observée jusqu’au mois d’août où le minimum (55 mm) est
observé. À partir du mois de septembre, même si les précipitations continuent, les températures
augmentent ; l’évaporation aussi. Au plan annuel l’évaporation (2125 mm) représente 2,5 fois
le total des précipitations. Cela traduit un bilan hydrique globalement négatif30 ; seuls les mois
de juillet, août et septembre présentent un cumul de précipitations supérieures à l’évaporation
(figure 32).
30
Il s’agit d’une situation commune à tout le nord tropical du Cameroun où Bring (2005) trouve globalement des
bilans hydriques négatifs
125
350
300
250 Bilan positif
mm
200 0
150 Précipitation
100 Evaporation
50
0
J F M A M J Jt A S O N D
Mois
90
80
70
Pourcentage
60
Série3
50
40 Série2
30 Min
20
Max
10
0
J F M A M J Jt A S O N D
Mois
juillet. Ces vents de plus de 7 m/s font généralement partie de grandes perturbations climatiques
avec de fortes précipitations. Les dégâts sur l’habitat sont visibles dans différentes localités
(planche 6).
A B
C
D
Planche 6 : Quelques dégâts occasionnés par des vents violents dans la Région de l'Extrême-
Nord (Source : Saha, août 2017)
Les photos A et B présentent des maisons détruites en 2016 par des vents violents respectivement à
Guidiguis et Maga. La Photo C montre le toit d’une salle de classe de l’école publique de Kéleo Sud partiellement
emporté par le vent en 2015. La Photo D présente la situation d’une classe du Lycée de Zina frappée en 2015 par
le vent. Il est vrai qu’on pourrait poser des questions sur la qualité des matériaux de constructions dans ces
différentes situations.
Cette date est décalée vers juin ou juillet lorsqu’on se retrouve dans la zone semi-aride. La
sècheresse s’installe dès le mois d’octobre et dure près de 08 mois (figure 34).
Comme le signalent Chabra (1963) ; Suchel, (1988a) et Tsalefac (2006) les saisons en
zones tropicales sont déterminées par l’activité de deux principales masses d’air : la mousson
et l’harmattan. La mousson est un vent du Sud-ouest qui prend naissance à la surface de l’océan
atlantique et apporte des pluies ; tandis que l’harmattan est un alizé du Nord-est caractérisé par
sa sécheresse. Ainsi, la saison sèche correspond à la période pendant laquelle la mousson est
complètement remplacée par l’harmattan. Cette période connait les températures les plus
élevées qui peuvent dépasser 30°C. Pendant cette saison, les amplitudes thermiques sont très
fortes. Il fait extrêmement chaud le jour et froid la nuit.
Au plan pluviométrique, la saison sèche connait quelques pluies occasionnelles avec des
quantités insignifiantes. Seulement ≈ 40 mm pour 08 mois ce qui représente 5% du total annuel.
Il s’agit d’une caractéristique commune à tout le Nord du Cameroun tropical où les pluies de
saison sèche sont généralement ≤ 5% (Djoufack Manetsa et al, 2011). Ces pluies sont
essentiellement concentrées au mois d’octobre à la fin de la saison des pluies. Le mois d’avril
connaît aussi en moyenne plus d’une dizaine de millimètres. Les mois de décembre, janvier et
février ont été complètement secs pendant toute la période d’observation aussi bien à Maroua,
Kaélé, Yagoua, Mora, Mokolo et Kousseri. Globalement, le cumul annuel des précipitations de
saison sèche est très variable dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun. La figure 35
illustre cette situation avec les données de Yagoua et Maroua.
180
160
140
120
100
mm
Maroua
80
Yagoua
60
40
20
0
1947
1950
1953
1956
1959
1962
1965
1968
1971
1974
1977
1980
1983
1986
1989
1992
1995
1998
2001
2004
2007
2010
2013
Figure 35 : Cumul interannuel des précipitations de saison sèche aux stations de Maroua et
Yagoua
129
Au plan interannuel, les pluies de saison sèche sont fréquentes dans la région de
l'Extrême-Nord du Cameroun et le cumul annuel connaît également une évolution à la hausse.
L’année 2009 fut la plus pluvieuse en saison sèche aussi bien en ce qui concerne Maroua que
Yagoua. Les précipitations sont essentiellement orageuses et s’accompagnent de vents violents
qui font d’énormes dégâts (destruction des cases et déracinement des arbres). Lorsque les pluies
de saisons sèches sont très abondantes, elles impactent négativement les cultures de contre
saison même lorsqu’elles sont irriguées comme l’ognon.
La saison des pluies s’étend sur quatre à cinq mois et totalise plus de 95% du total
pluviométrique annuel. La saison pluvieuse correspond au retrait progressif de l’harmattan du
territoire qui laisse place à la mousson. En juillet, août et septembre, la pénétration de la
mousson dans la zone est maximale ; c’est ainsi que les trois mois enregistrent des quantités de
pluies les plus élevées de l’année (tableau 33).
Tableau 33 : Répartition moyenne des pluies de saison de pluie dans les stations d’observation
Pourcentage par Pourcentage par
Mois Station Quantité (mm) rapport à la saison rapport à la
des pluies pluviométrie annuelle
Yagoua 56 7,8 7,4
Kaélé 67 8,8 8,2
Mai Mora 53 7,5 7,2
Mokolo 86 8,8 8,5
Moyenne 65,5 8,2 7,8
Kousseri 52 10,5 8,9
Maroua 53 7,1 6,7
Yagoua 109 15,2 14,4
Juin Kaélé 108 14,1 13,1
Mora 88 12,5 11,9
Mokolo 149 15,3 14,7
Moyenne 93 12,7 11,6
Kousseri 161 32,6 27,7
Maroua 102 13,5 12,8
Yagoua 175 24,4 23,2
Juillet Kaélé 196 25,6 23,9
Mora 199 28,2 26,9
Mokolo 241 24,7 23,7
Moyenne 179 24,4 23
130
Ainsi la saison des pluies dure cinq mois à Maroua. Il en est de même pour les stations
de Mokolo et Yagoua qui présentent des similitudes. À Kousseri le mois de mai est
généralement sec. Le mois d’août représente 34,22% du cumul pluviométrique de la saison des
pluies et 32,12% de l’ensemble de la saison des pluies. Ce mois est au cœur de la saison des
pluies. Il faut toutefois entrevoir que la répartition des précipitations pendant la saison des pluies
connaît une importante dynamique. Le démarrage et la fin sont souvent tardifs ou précoces. Les
pauses pluviométriques sont fréquentes et de durées variables. Ces différents aspects du climat
soumis au changement affectent durement l’activité agropastorale.
Les zones sahéliennes et soudano-sahéliennes sont parmi les plus affectées par les
changements climatiques (GIEC, 2007). Les populations trouvent leur climat plus sec, plus
humide, plus pluvieux ou plus chaud (figure 36).
131
25
20
15
Plus chaud
10 Plus sec
Plus humide
5 Plus pluvieux
Figure 36 : Perception des changements climatiques par les populations dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun (Source : Enquête de terrain, 2017)
Cette perception des populations s’appuie sur les connaissances empiriques de leur
environnement. Il faut remarquer l’existance d’une « climatologie locale » avec différents
indices permettant une lecture anticipée ; et, des rites pour contrôler le comportement de la
pluviométrie (Bring, 2005). L’exploitation de longues séries chronologiques de données permet
de dégager les tendances en envisageant les incidences sur l’homme et ses activités.
L’observation des populations n’est pas très différente des résultats de traitements de
données disponibles. En effet, les précipitations sont par nature très variables aussi bien au pas
de temps mensuel, annuel et même décennal. L’exploration des données permet de ressortir
quelques paramètres descriptifs des différentes séries (tableau 34).
Il s’agit d’une statistique qui permet de distinguer les années sèches des années humides. Il
fut mis en place par Mckee et al. (1993). Son expression se résume au rapport de la différence
entre le cumul annuel de précipitations d’une année précise et de la moyenne interannuelle sur
l’écart type. La figure 37 fait une représentation graphique du SPI dans la Région de l'Extrême-
Nord par les stations de Maroua, Yagoua, Kousseri, Mokolo, Mora et Kaélé.
1
SPI
-1
-2
-3
-4
1948
1950
1952
1954
1956
1958
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
L’analyse décennale permet de dégager quelques tendances dans l’évolution des données
de différentes séries. Les données disponibles (Maroua, Yagoua, Kaélé et Mora) permettent de
ressortir six décennies et le premier quinquennat de la décennie 2010-2019. Les données pour
les autres ne débutent que tardivement : décennie 1970-1979 pour Mokolo et 1980-1989 pour
Kousseri (figure 38).
134
Il est question d’isoler au sein des séries statistiques étudiées des segments de manière à ce
que les moyennes calculées sur chaque segment soient significativement différentes de la
moyenne des segments voisins (Hubert et al., 1989) au regard du test de Scheffé (Dagnelie,
1970). Il s’agit d’un test de stationnarité. L’application Chronostat 1.01 développée par l’UMR
Hydrosciences Montpellier permet d’afficher le résultat de la figure 39.
135
Yagoua Commentaire
La variable U du test de
Pettitt présente 1969
comme principal point de
rupture (504). Cette
année sépare une période
d’augmentation
graduelle (1950-1969 des
précipitations et une
période de baisse (1970-
1993). Le dernier
segment de la série
(1994-2015) est marqué
par une grande
fluctuation de faibles
précipitations.
Kaélé
Commentaire
Les données de Kaélé
présentent aussi trois
segments. Une principale
rupture en 1963 (490)
séparant une période
d’augmentation et une
période baisse. L’autre
rupture est celle de 1992
(-62). Cette année
marque le début d’une
reprise de la
pluviométrie.
Maroua
Commentaire
Une principale rupture
en 1990. Cette année est
la fin d’une décennie de
baisse graduelle des
précipitations. Après
1990, se dessine une
reprise graduelle qui
traverse la barre de la
moyenne en 2009.
136
Mora Commentaire
L’ellipse de Mora présent
une principale ruprue en
1964. La baisse entamée
cette année se termine
par une autre rupture en
1993. Cette année
marque le début d’une
période d’augmentation
graduelle qui tarde à
retrouver les records des
années 1950 et 1960.
Mokolo
Commentaire
Deux tendances sont
observables. 1990 est le
point de rupture
(Variable U =-114).
Avant cette date, on
observe une baisse en
continue des
précipitations. Depuis
1990, une certaine
constance tournée vers
l’augmentation se
dessine.
Kousseri
Commentaire
Deux tendances se
dessinent : une période de
faible pluviométrie
constante 1980-1996 et
une période
d’augmentation
graduelle des
précipitations jusqu’en
2015.
Pour les stations de longues durées (Maroua, Yagoua, Kaélé et Mora), les premières
ruptures se situent entre 1963 et 1969. Cela rejoint les analyses de Sighomnou (2004) qui situent
les ruptures de Kaélé et Mora en 1965 en analysant les séries 1944-1994 et 1934-1994
respectivement. Traitant des données de Maroua de 1939-2001, Sighomnou (2004) avait trouvé
la rupture en 1969 avec une variation de -11%. Avant ces ruptures, toute la partie tropicale de
l’Afrique avait connu plusieurs décennies de fortes pluviométries (Hulme et al., 2001 ; Janicot
137
et Fontaine, 1993 ; Le Barbé et al., 2002). L’autre segment semble prendre fin au début des
années 1990. Il s’agit de 1990 à Maroua, 1993 à Yagoua, 1992 à Kaélé, 1993 à Mora, 1990 à
Mokolo et 1996 à Kousseri. Cette seconde rupture marque la reprise des années de fortes
pluviométries se rapprochant progressivement de la situation d’avant 1970. Dans toute la partie
tropicale sahélienne et soudanienne du Cameroun, Djoufack Manetsa et al. (2011) remarquent
également la reprise de la forte occurrence d’années excédentaires pour la période post 1990.
Ce constat est également fait à l’échelle du bassin du lac Tchad par Magrin et Pérouse de
Montclos (2018). Le centre régional AGRHYMET situe globalement en 1993, la fin de la
longue sècheresse que l’Afrique sahélienne. Le tableau 36 présente les segments identifiables
dans la distribution des données pluviométriques dans la Région de l'Extrême-Nord.
Des trois grands segments, la période 1971-1993 est la moins pluvieuse pour toutes les
stations. La baisse se chiffre à près de -10,66% en moyenne par rapport à la période de 1948 à
1970. À l’échelle du Cameroun, Sighomnou (2004) évalue ce déficit à -15%. Dans le bassin du
lac Tchad ce déficit est de 17% (Magrin et Pérouse de Montclos, 2018). La station de Yagoua
est plus touchée par la baisse (-21,68%). La station de Maroua semble plus ou moins stable
avec une baisse de seulement 4%. Le dernier segment (1994-2015) semble déjà plus pluvieux
que la période d’avant 1970 en dehors de la station de Kaélé. Les stations de Mokolo et Kousseri
présentent aussi une plus grande quantité de pluies pour la période en cours. Comme ailleurs en
138
Afrique la période ayant débuté au début des années 1990 se fait remarquer par une forte
alternance d’années sèches et d’années humides sans une tendance réelle (Lebel et Ali, 2009 ;
Ozer et al., 2003). L’occurrence d’inondations est remarquée pendant les années de fortes
pluviométries comme en 2012 (annexe 7). À l’image la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun plusieurs pays d’Afrique tropicale (Mali, Nigeria, Niger, Sénégal, Burkina, Tchad)
avaient subi cette inondation (OCHA31, 2012).
En zone tropicale et sahélienne, aussi bien pour les températures que pour les
précipitations, des mesures extrêmes ont été enregistrées ces dernières années. L’analyse des
données de pluviométrie journalières suivant les classes pluviométriques de l’OMM (2011)
laisse voir une forte occurrence des pluies extrêmes. La figure 40 présente les occurrences des
évènements pluvieux en fonction des classes ; notamment : occurrences de faibles pluies (1-9
mm), les occurrences de pluies moyennes (10-29 mm) et les occurrences de fortes pluies (>=30
mm).
Maroua 50 Yagoua
70
60 40
50
30
40
30 20
20
10
10
0 0
1948
1953
1958
1963
1968
1973
1978
1983
1988
1993
1998
2003
2008
2013
1947
1951
1955
1959
1963
1967
1971
1975
1979
1983
1987
1991
1995
1999
2003
2007
2011
Les tracés des différentes courbes montrent une prédominance des évènements de
faibles pluviométries (33 occurrences par an en moyenne à Maroua et 23 occurrences en
moyenne à Yagoua). Il s’agit de près de la moitié du cumul des occurrences des différentes
classes de pluviométries. La classe moyenne représente 35% des occurrences et la classe des
31
United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
139
pluies ≥ 30 mm en 24h ne représente que 15% des occurrences. Ce même taux ressort des
analyses de Djoufack Manetsa et al. (2011) pour les pluies de ≥ 40 mm au Nord Cameroun.
L’étude de l’évolution interannuelle de ces différentes classes pluviométriques laisse voir une
importante baisse de l’occurrence des faibles pluies. Les données de la station de Yagoua
présentent une moyenne de 25 occurrences sur la première moitié de la série statistique (1948-
1980) contre seulement 20 occurrences pour la deuxième moitié (1980-2013). Soit une baisse
de 20%. La situation est encore plus contrastée à la station de Maroua. Sur la première moitié
de la série statistique, on enregistre 38 occurrences moyennes des évènements de faibles pluies
contre seulement 27 sur la seconde moitié. Il s’agit d’une baisse de 29%.
Pour ce qui est des classes de pluies moyennes et de fortes pluies une certaine stabilité
est observée. Les analyses permettent de remarquer que la baisse des évènements pluvieux en
milieux sahéliens au Cameroun est exclusivement absorbée par les évènements de faibles
pluies. Les occurrences de pluies moyennes et de fortes pluies quant à elles se maintiennent et
tendent à devenir plus fréquentes. La figure 41 montre les contributions de ces différentes
classes aux totaux pluviométriques dans les différentes stations.
Maroua Yagoua
1000 1000
800 800
600 600
400 400
200 200
0 0
1967
1979
1947
1951
1955
1959
1963
1971
1975
1983
1987
1991
1995
1999
2003
2007
2011
1968
1948
1953
1958
1963
1973
1978
1983
1988
1993
1998
2003
2008
2013
Figure 41: Contribution des classes pluviométriques aux cumuls annuels de précipitations aux
stations de Maroua et Yagoua
Il ressort des analyses que la contribution des fortes pluies aux cumuls annuels de
précipitations connaît un accroissement important. Cette situation est assez remarquable à la
station de Maroua où on est passé de 36% entre 1948 et 1980 à 46% entre 1981 à 2013. Ceci
est dû à la forte occurrence de pluies extrêmes. À la station de Yagoua la faible pluviométrie
des années 2009, 2010, 2011 et 2013 ; toutes situées à la fin de la série statistique contribue
140
grandement à l’orientation de la tendance vers la baisse des quantités de précipitations des fortes
pluies. Toutefois on remarque une forte occurrence des pluies extrêmes pendant la deuxième
moitié de la série statistique. Le tableau 37 donne quelques exemples de pluies extrêmes
enregistrées à la station de Yagoua et Maroua32 pendant les deux dernières décennies de la série
de données disponibles.
32
NB : Les données journalières sont disponibles seulement sur les deux stations
141
Les plus fortes pluies sont celles du 25 juillet 1999 et du 21 juillet 1994 respectivement
aux stations de Maroua et Yagoua. Il s’agit d’évènements pluviométriques dont la période
retour est assez élevée. Globalement, les pluies de plus de 100 mm en 24 h sont rares. Leur
période retour est de cinquante ans en moyenne (figure 42).
160
140
Période de retour (année)
80
60
40
20
0
60 80 100 120 140 160 180 200 220
Pluie journaliere (mm)
Figure 42: Modélisation de la période de retour des fortes pluies pour les stations de Yagoua
et Maroua
Les fortes pluies sont généralement non isolées et se dispersent sur toute la période de la
saison des pluies. Par leur nature orageuse, elles occasionnent forcément des stagnations dans
les agglomérations et parfois le débordement des cours d’eau. Sur le plan économique, les
champs agricoles sont inondés et d’importantes proportions des récoltes sont perdues en
fonction des spéculations et de la période d’occurrence. Les volumes d’eau en mouvement ou
stagnant suites aux fortes pluies sont aussi des menaces pour les infrastructures notamment les
routes et les bâtiments.
Au plan mondial en général et en milieu tropical en particulier, les chercheurs ont peu
pris en compte la variabilité annuelle et mensuelle du nombre de jours pluvieux dans l’analyse
des changements climatiques (Servat et al., 1999 ; Ozer et al., 2005). Pourtant cette donnée
peut être d’un intérêt important dans la compréhension du comportement pluviométrique dans
une zone.
142
18
15
12
Maroua
9
6
Yagoua
3
0
Kousseri
Figure 43 : Occurrence moyenne mensuelle des évènements pluvieux aux stations de Yagoua,
Kousseri et Maroua
Cette figure présente un profil en aiguille avec une augmentation progressive des
occurrences d’évènements pluvieux entre mars et août qui est le mode de la série. La baisse est
entamée et novembre marque la fin de cette saison avec la disparition totale des pluies. Il s’agit
d’une caractéristique du régime pluviométrique de Mousson. La régularité des pluies en juillet,
août et septembre expose ce trimestre à l’occurrence des inondations. Ce sont également les
trois mois pendant lesquelles les cultures pluvieuses sont conduites dans la zone.
La maitrise de la distribution mensuelle du nombre de jours pluvieux est importante pour
l’organisation des activités et même la compréhension de l’occurrence des risques climatiques.
L’évolution interannuelle permet de voir les corrélations entre ce facteur et les variations et
changements qui affectent le cumul des précipitations.
33
Les données disponibles sur les autres stations (Kaélé, Mora et Mokolo) sont au pas de temps annuel.
143
À Maroua, les années très pluvieuses peuvent présenter jusqu’à 90 jours de pluies. C’est
le cas de l’année 1954 dont le mois d’août avait été pluvieux à plus de 70%. Par contre, d’autres
années enregistrent très peu de pluies notamment les années 1990, 1989 et 2002 qui totalisent
chacun moins de 45 jours pluvieux. La situation de Yagoua est plus contrastée. Pour une
moyenne de 48 jours de pluies /an, 1952 et 1963 ont connu les maxima d’évènements pluvieux
avec respectivement 63 et 64 occurrences. Dans les autres stations, on remarque aussi une très
forte variabilité interannuelle. À Kousseri par exemple, l’année 1980 n’a connu que 15
évènements pluvieux, soit moins du quart de la situation de l’année 1988. L’année 1994 est
aussi parmi les années ayant connu le plus grand nombre d’évènements pluvieux à Kousseri.
Pour ce qui est de Kaélé, c’est l’année 2011 qui présente un minimum de 38 tandis que 1996
présente un maximum de 66 jours. À Mokolo en station de montagne, le minimum est de 50
évènements (1983) et le maximum est de 77 (1994, 1993 et 1980). La station de Mora est encore
plus caractéristique de la variabilité interannuelle. Pour un minimum de 22 évènements
pluvieux (1982), le maximum se situe à 59 (2007 et 1994) ; voir figure 44.
100
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
1948
1950
1952
1954
1956
1958
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
Yagoua
Maroua
Figure 45 : Test de détection de ruptures sur les nombres de jours pluvieux à Maroua et Yagoua
Pour ce qui est de Yagoua, elle se situe en 1976 avec une probabilité 0,46. La période
1948-1976 présente une moyenne interannuelle de 52 évènements tandis que la seconde période
ne présente que 45 évènements par an (-13,46%). Pour ce qui est de la station de Maroua, c’est
en 1982 que se situe la principale la rupture. Elle sépare une période excédentaire (65
évènements pluvieux par an) d’une période déficitaire (52 évènements pluvieux par an) ; soit
une baisse de 20%. Traitant les données de Maroua de 1939-2001, Sighomnou (2004) avait
trouvé la rupture en 1969 avec une variation de -11%. L’évolution temporelle du cumul des
évènements pluvieux amène à s’interroger sur le lien entre cette donnée et les quantités de
pluies. Si le lien entre les données à l’échelle mensuelle est apparent et évident, il convient de
calculer les corrélations interannuelles (tableau 38).
145
Tableau 38 : Corrélation entre les quantités et le nombre de jours annuels de pluies dans la
Région de l'Extrême-Nord à travers les stations d’observation
Pour une implication moyenne de 0,39 entre les deux variables, c’est à Mora et Kaélé que
la corrélation est plus forte. Elle est faible à Maroua. Dans l’ensemble, ce tableau traduit une
relation pas forcément linéaire entre les quantités annuelles de pluies et le nombre de jours
pluvieux. Certaines années peuvent présenter peu d’évènements pluvieux ; mais, une grande
quantité de pluie et inversement. Djoufack Manetsa et al. (2011) relève l’intensité des pluies
comme un autre facteur déterminant. Suivant les différents segments issus de la procédure de
Lee et Heghinian, il se dessine une corrélation plus forte pour les premières périodes (figure
46).
Les données de Maroua présentent une situation particulière entre 1948-1982. En effet, il
ressort du calcul de l’indice de Pearson une absence de corrélation entre les deux variables.
Cette donnée est renversée entre 1983-2015. À la station de Yagoua la corrélation est constance
même si elle a baissé pendant la deuxième période (1977-2015).
146
Comme les précipitations, les températures moyennes annuelles sont très variables dans
la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. La courbe de Mokolo se démarque par une distance
assez visible avec les données des autres stations qui s’entremêlent. En dehors de Maroua qui
présente une collecte en continue des données de température pour les services d’aviation
(Maroua Salak) les autres stations présentent plutôt des données sur de courtes périodes (figure
47).
31
30
TEMPÉRATURE EN °C
29
28
27
26
25
1970
1996
1950
1952
1954
1956
1958
1960
1962
1964
1966
1968
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
Maroua Kousseri Yagoua Mokolo Kaélé
Pour une moyenne de 28,48°C à Maroua, la température la plus élevée est de 30,21°C
pour l’année 2005 et la plus faible est de 26,67°C pour l’année 1989. Pour ce qui est de
Kousseri, la moyenne interannuelle est de 29,53°C. La température la plus élevée est celle de
l’année 2004 (30,67°C) et 1989 présente la plus faible valeur (27,47°C). Pour ce qui est de
Yagoua, la moyenne est de 27,94°C. La température la plus élevée est de 30,25°C pour l’année
2005 et la plus faible valeur est de 28,86°C pour l’année 1987. La station de Mokolo présente
les plus faibles températures. Pour une moyenne interannuelle de 25,97°C, l’année 1994
présente la plus forte valeur (27°C) tandis que 1997 présente le minimum (25,45°C). La
moyenne interannuelle est de 28,73°C à Kaélé. L’année 2006 présente la plus grande valeur
(29,93°C) et 2005 la plus petite température qui est de 28,05°C. Pour toutes ces stations le taux
147
de variation interannuelle se situe autour de 0,02% (0,5°c/siècle). Cette valeur moyenne cache
des réalités extrêmes dans certains segments de la série que certains indices permettent de
ressortir.
[Link].L’indice de chaleur
3,5
2,5 Maroua
Kousseri
1,5
Yagoua
0,5 Mokolo
Kaélé
-0,5
Linéaire (Maroua)
Figure 48 : Tendance à la hausse des températures dans les stations de la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun
d’observation. Les données de Kousseri par exemple présentent un gain de 0,002°c pour les 38
années concernées par la série ; cela représente une variation décennale faible (0,000526°c).
Les valeurs obtenues sur les autres stations se rapprochent significativement de cette valeur.
Des séries de données de plus longues périodes sont nécessaires pour toutes appréciations plus
réalistes.
Maroua est globalement semi-aride ; avec un indice d’aridité moyen de 20,79. Cette valeur
cache une très grande variabilité interannuelle. Pour 66 années d’observation (1950-2015), 28
années soit 42% de la période d’observation présentent un indice d’aridité compris entre 10 et
20 (figure 49). Ce sont des années semi-arides. 38 années (56%) ont un indice compris entre
20-30 ; elles sont dites sub-humides. L’année 1991 se démarque par l’abondance de ses
précipitations (1333 mm). Il s’agit de la seule année humide. Il faut remarquer que cette
humidité concerne exclusivement les mois de la saison des pluies.
35
30
Valeur de la SPI
25
20
15
10
1950
1952
1954
1956
1958
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
Avec un indice moyen de 14,5, Kousseri fait partie d’une zone semi-aride. Les années arides
sont rares (tableau 39). En 1995 et 1996, les températures furent très élevées et les précipitations
faibles.
Grâce à l’importance de ses précipitations, Mokolo est essentiellement une zone sub-
sèche, mais, bénéficiant de l’effet de l’altitude qui atténue les températures. Son indice d’aride
reste au-dessus de 20 en dehors de quelques années pendant lesquelles les précipitations sont
vraiment faibles.
Cas de Kaélé
Pour la période de 1980-2006, Kaélé présente un indice d’aridité moyen de 21,26. Cela
traduit globalement un climat subsec. Remarquons toutefois que 09 années présentent un indice
compris entre 10 et 19 ; soit 33% d’année semi-aride (figure 50).
150
25-30
15% 10-20
33%
20-24
52%
Les données disponibles permettent de faire une synthèse régionale entre 1987-2006 en
prenant compte les stations de Maroua, Yagoua, Kousseri, Mokolo et Kaélé. Sur ces 20 années
d’observation, la moyenne régionale se situe autour de 24,5. Deux années (1990 et 2002) sont
semi-arides. Toutes les autres années se situent entre 20-30 (figure 51). En observant la courbe
de tendance, une augmentation progressive de l’indice se dessine. Cela traduit une certaine
stabilité des données pluviométriques et de températures sur les deux décennies. Une période
plus longue permettrait de tirer des conclusions plus significatives.
28
Indice d'aridité
26
24
22
20
18
La répartition saisonnière des paramètres climatiques est déterminante pour les activités
économiques et la résilience aux risques. Il est nécessaire d’observer la durée de la saison des
pluies au point de vue agricole. Les trous pluviométriques pendant la saison des pluies ont aussi
une attention particulière.
La méthode de Sivakumar (1987) a été développée sur la base des observations réalisées
sur le mil en milieu sahélien ou soudanien. Elle a connu un important succès dans les pays ouest
africains grâce à sa facilité d’application et son caractère agronomique (Ozer et al., 2005). Pour
cette méthode, le critère fixé pour le début de la saison de pluie est de 20 mm recueillis en trois
jours consécutifs après le 1er mai sans période sèche supérieure à 7 jours pendant les 30 jours
suivants. La fin de la saison de pluie est fixée au jour ou après le 1er septembre, il y a plus de
pluies pendant une période 20 jours.
Alors que les premières pluies tombent à Maroua dès le 14 avril, la méthode de
Sivakumar situe le début de la saison des pluies au 24 mai en moyenne. Avant cette date on
remarque une fréquence peu considérable de faibles pluies séparées de longues périodes sèches.
À la station de Yagoua, la saison des pluies ne débute effectivement qu’après plusieurs pluies
qui rendent laborieuse la détermination du début de la saison agricole. En moyenne deux
34
Période de cinq jours
152
semaines séparent la première pluie de la date du retour effectif de la saison des pluies aussi
bien à la station de Maroua que de Yagoua (figure 52).
19-juil.
29-juin
09-juin
20-mai
30-avr.
10-avr.
21-mars
01-mars
10-févr.
21-janv.
1948
1950
1952
1954
1956
1958
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
Début(Maroua) Premiere pluie (Maroua)
Début(Yagoua) Première pluie (Yagoua)
Figure 52 : Écart entre la date de la première pluie et le début de la saison des pluies
Les dates des premières pluies et du début effectif de la saison des pluies sont très variables
à l’echelle interannuelle. Une faible correlation existe entre les deux dates (0,18). Ainsi l’arrivée
précoce de la première pluie anonce souvent le début précoce de la saison des pluies ; mais, les
cas contraires sont aussi fréquents. Il se dessine de manière plus visible des similarités entre
l’arrivée de la première pluie et le début de la saison des pluies aux deux stations.
En moyenne, c’est le 18 mai et le 24 mai que la saison des pluies débute effectivement
aux stations de Yagoua et Maroua respectivement. La saison sèche prend place dès le 03 octobre
pour ce qui est Yagoua et 04 octobre à Maroua. Ainsi, la saison des pluies dure en moyenne
135 jours. Sur le plan interannuel, on remarque une certaine variabilité aussi bien du début que
de la fin de la saison des pluies. Alors que pour certaines années les pluies sont précoces,
d’autres années connaissent un important retard des premières pluies. Il en est de même de
la fin des précipitations qui est parfois antérieure au mois de septembre. D’autres années
plus arrosées, connaissent un rallongement des pluies jusqu’à la dernière décade du mois
d’octobre. La figure 53 présente l’évolution interannuelle des dates de début et de fin
de la saison des pluies pour les stations de Maroua et Yagoua.
153
27-oct.
07-sept.
19-juil.
30-mai
10-avr.
20-févr.
1948
1950
1952
1954
1956
1958
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
Début (Maroua) Fin (Maroua) Début (Yagoua) Fin (Yagoua)
Figure 53 : Début et fin de la saison des pluies aux stations de Maroua et Yagoua
Il est ardu d’établir sur la base de ces deux courbes un changement, pour ce qui est du
début et de la fin de la saison des pluies, aussi bien à la station de Maroua qu’à celle de Yagoua.
On remarque plutôt une variation erratique des données autour de la moyenne sans présenter
une tendance modélisable. On remarque toutefois un retard de plus en plus prononcé pour ce
qui concerne le début des pluies pour ce qui est des données de la station de Yagoua (tableau
40).
L’ensemble des données de la série statistique présente le début de la saison des pluies
entre le 1er mai et le 06 juillet. Il s’agit d’un écart de plus de deux mois entre les années ayant
connu un retour précoce des pluies et les années dont les pluies furent en retard. La décennie
1998-2007 présente l’écart le plus élevé (65 jours). Le début de la décennie qui commence en
2008 présente également un grand écart entre l’année le plus précoce et l’année ayant connu le
plus grand retard. Une tendance au renforcement de la variation entre les deux extrémités se
dessine et s’impose comme un nouveau défi aux agriculteurs.
La fin de la saison des pluies se situe entre septembre et octobre. On remarque une
tendance à l’augmentation de l’écart entre les années ayant connu une fin précoce de la saison
des pluies et les années ayant connu un allongement. L’arrêt précoce des pluies présente un
risque énorme pour les cultures. L’année 2011 par exemple avait connu les pluies uniquement
au mois de juillet. Lorsque la saison des pluies se prolonge, elle occasionne des dégâts pour les
cultures de décrues comme le mil rouge très vulnérables aux fortes pluies au début de son cycle
de croissance. Il convient de noter que la saison des pluies est aussi marquée par des pauses
plus ou moins courte de plus en récurrentes.
En moyenne, chaque saison pluvieuse connait cinq séquences sèches pour ce qui est des
données de la station de Yagoua et quatre en ce qui concerne Maroua. En fonction de leur
longueur et de la situation au début, au milieu ou à la fin de la saison l’impact des séquences
sèches sur les rendements est variable. En moyenne le mois de juin connait le plus grand nombre
de séquences sèches ; 45% à Maroua et 51% à Yagoua. En juillet et août, ce nombre diminue
(figure 54).
Maroua Yagoua
2,5 3
2 2,5
1,5 2
1,5
1
1
0,5
0,5
0 0
Juin Juillet Août Juin Juillet Août
Courte Longue Total Courte Longue Total
Figure 54 : Répartition des séquences sèches entre les mois de juin, juillet et août pour les
stations de Yagoua et Maroua (Source : Saha et al., 2017)
155
Dans tout le Nord du Cameroun Bring (2005) situe également au début de la saison des
pluies la forte occurrence des séquences sèches. Leur évolution interannuelle laisse voir une
forte variabilité. Pour une moyenne de 4 à 5/an, certaines années cumulent plus du double et
d’autres seulement deux séquences sèches ; plusieurs années présentent une situation moyenne.
À la station de Maroua, l’année 2010 présente un record de 9 pauses pluviométriques. Les
années 1955 et 1980 ne présentent qu’une seule séquence sèche. L’année 2010 présente le
nombre le plus élevé (11) de séquences sèches pour les données de Yagoua. D’autres années
comme 2005, 1982 et 1948 présentent chacune une dizaine de trous pluviométriques. La figure
55 présente l’évolution du nombre de séquences sèches/an pour ce qui est des stations de
Maroua et Yagoua.
16
Jours
14
12
10
8
6
4
2
0
1948
1950
1952
1954
1956
1958
1960
1962
1964
1963
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012 Maroua Yagoua Linéaire (Maroua) Linéaire (Yagoua)
Figure 55 : Évolution interannuelle des séquences sèches aux stations de Yagoua et Maroua
l’extension de la culture du sorgho de contre saison dans cette zone (Muskwaari). Pour Bring
(2005) le sorgho de contre saison est une modalité d’adaptation à la sècheresse. La baisse de la
pluviométrie couplée à une forte variabilité interannuelle avait diminué la productivité du maïs,
du mil et toutes les autres cultures de saison de pluies ; et, le sorgho de contre saison s’était
alors illustré comme atout principal dans la stratégie de maintien de la sécurité alimentaire
(Young et Mottram, 2003 ; Fotsing et Mainam, 2003).
900
Milliers d'ha
800
700
600
500
400
300
200
100
0
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011
Campagne
Maïs Mil/Sorgho
Figure 56 : Évolution des superficies de maïs et mil/sorgho dans la Région de l'Extrême-Nord
du Cameroun entre 2000-2012 (Source de données : DESA et INS)
Dans la production de ces statistiques, la DESA regroupe le mil et le sorgho parce qu’ils
sont souvent pratiqués sur les mêmes parcelles. La présentation en fonction des campagnes
montre que la deuxième ; c’est-à-dire celle de la saison sèche (le sorgho de contre saison)
représente 68% et le mil et le sorgho pluvial uniquement 32%.
des objectifs et des scénarios d’émission de gaz à effet de serre, plusieurs modèles sont utilisés
par les experts. À l’échelle planétaire, des Modèles de Circulation Générale de l'Atmosphère
(MCGA) sont utilisés. Il existe aussi des modèles régionaux qui permettent d’affiner les calculs
pour tirer des conclusions aux échelles nationales.
Les premières projections sur le climat au Cameroun remontent à 2008 dans le modèle
GCM (Projections of Future Climate). Réalisée par le PNUD (2008), cette étude fait des
simulations pour 2100 pour ce qui est des températures et des précipitations. À l’échelle
nationale, on constate une baisse moyenne des précipitations de l’ordre de -2,2% par décennie
depuis 1960 et une augmentation de 0,7°c sur les températures entre 1960 et 2007 (GIEC, 2007).
Plus récemment, le Climate Service Center (CSC) et la GIZ ont établi des scénarios des
changements climatiques dans le bassin du Congo (CSC, 2013). Les résultats sont affinés aux
échelles zonales et le Cameroun est partagé entre deux zones. La Région de l'Extrême-Nord se
retrouve dans la zone 1 (figure 57).
Figure 57 : Zones de modélisation des scénarios climatiques dans le Bassin du Congo (source :
CSC, 2013)
Ainsi, toute la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun sera affectée par la même tendancedes
changements. L’extension en latitude de cette zone 1 (figure 57) inclus la partie méridionale de la bande
sahélienne. Des parties du Tchad et du Nigéria en font aussi parties.
159
Cette région présente globalement des températures élevées avec une forte variation spatio
temporelle (figure 47). En dehors de Mokolo dont la de tendance linéaire présente entre 1987
et 2006 une légère baisse (y=-0,0066x+0,3224), toutes les autres stations enregistrent une
augmentation progressive de leurs températures moyennes annuelles (figure 48). En termes de
projection, le CSC (2013) présente les scénarios pour les années 2050 et 2100 (tableau 42).
de Maroua aura augmenté de 0,70°C en 2025 par rapport à la décennie 1950-1959. Cela n’est
loin de la prévision de 0,72°C faite par le PNUD. Il en est de même de la station de la station
de Kousseri ou une augmentation de 0,75°C est enregistrée entre les décennies 1970-1979 et
2000-2009. En s’appuyant sur le modèle et les données d’observation, la figure 58 projette les
températures décennales dans quelques stations de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.
31
30
Température en °c
29
28
27
26
25
Décennies
Contrairement aux températures avec des tendances à la hausse clairement définies pour
l’ensemble des scénarios d’émission, moins de précisions se dégagent pour ce qui est des
précipitations. Cela est visible lorsqu’on observe par exemple la variation décennale des
précipitations (figure 59). L’alternance de périodes moins pluvieuses avec des périodes de
162
fortes précipitations empêche une certaine clarté en termes de tendance générale. Le PNUD
(2008) prévoit un maintien de la tendance actuelle d’augmentation des quantités de pluies
jusqu’en 2035. Un fléchissement s’en suivra et la baisse est prévue entre 2075 et 2100.
Il est réel que, toute la région a enregistré une reprise des précipitations pour la décennie
1990-1999. Mais, deux tendances se dégagent pour la période 1990-2015. D’une part, les
stations (Mokolo, Kousseri et Mora) qui présentent une augmentation et d’autre part, les
stations qui enregistrent une baisse (Maroua, Yagoua et Kaélé).
829
y = -40x + 869
R² = 1
Précipitations (mm)
y = -5,5x + 793
787,5 R² = 1 789
782
775
y = 29x + 717
R² = 1
746
1990-1999 2000-2009
Décennie
Moyenne (Mora, Kousseri et Mokolo) Moyenne (Maroua, Yagoua et Kaélé)
Moyenne générale Linéaire (Moyenne (Mora, Kousseri et Mokolo))
Linéaire (Moyenne (Maroua, Yagoua et Kaélé)) Linéaire (Moyenne générale)
À l’image du cumul annuel des précipitations, les pluies de saisons sèches et de saisons
de pluies connaissant une évolution disparate à l’échelle de la région. Les deux scénarios
(faibles émissions et fortes émissions) prévoient les deux tendances : baisse et augmentation.
163
Entre -10 et +15% par exemple pour les pluies de la saison des pluies en 2050. Cette même
tendance est maintenue pour l’horizon 2100. En combinant les observations et les tendances
proposées par le CSC (2013), le tableau 44 présente la tendance des précipitations par station
dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun à l’horizon 2030.
En dehors des stations de Kousseri et Mora dont les taux de variation sont très élevés,
la variation moyenne de la région se retrouve dans la tranche proposée par le CSC (2013) pour
ce qui est du cumul de la moyenne interannuelle des précipitations. Le nombre de jours pluvieux
s’avère plus instable à Mora où la période 1960-1990 subit très sévèrement la péjoration
hydroclimatique qui a affecté tout le Sahel. Si les différentes tendances enregistrées entre 1991-
2015 sont maintenues et se conforment au modèle de faibles émissions, les précipitations se
situeront en moyenne entre 645 et 823 mm dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Le
nombre de jours pluvieux sera entre 45 à 58 jours. La figure 60 spatialise cette variation
temporelle des précipitations dans la Région de l'Extrême-Nord aux horizons 2030 et 2100.
164
Légende
mm
1960-1990 2030 2100
300 - 350
351 - 400
401 - 450
451 - 500
501 - 550
551 - 600
601 - 700
701 - 800
801 - 850
901 - 950
951 - 1000
1001 - 1 050
Conclusion
Ce chapitre avait pour but de présenter la singularité du climat et des changements
climatiques dans la Régionde l'Extrême-Nord du Cameroun en l’inscrivant dans l’ambiance
sous régionale et nationale. Après analyse des données multidates de pluviométries et de
températures des stations de Maroua, Yagoua, Kousseri, Mora, Kaélé et Mokolo, plusieurs
conclusions se dégagent. Trois segments pluviométriques sont discernables. Une période
humide avant 1970, deux décennies de déficits jusqu’en 1990 et le retour progressif de
l’humidité avec alternance d’années sèches et d’années excédentaires. Pour chaque station
d’observation, plusieurs indices permettent de conclure à la hausse des températures. Les
données pluviométriques présentent des contrastes en fonction des périodes et des stations. Les
autres changements concernent l’occurrence de séquences sèches de plus en plus fréquentes, le
raccourcissement de la saison des pluies, la variabilité des pluies de saison sèche, etc. Les
35
[Link]
165
4. CHAPITRE 4 : INONDATIONS ET
VULNÉRABILITÉS DANS LA RÉGION DE
L'EXTRÊME-NORD DU CAMEROUN
Introduction
Figure 61 : Distribution des isohyètes dans le bassin actif du lac Tchad (CBLT, 2010)
Dès le mois d’avril la partie inférieure du bassin notamment dans l’Adamaoua au
Cameroun et le Logone oriental en RCA connait la reprise des précipitations collectées par
différents affluents (Vina, Béré) vers le Logone puis le Chari. La figure 61 ci-dessous montre
les précipitations pour les stations de : Ngaoundéré (Cameroun), Bossangoa (RCA) et Sahr
(Tchad).
350
mm
300
250
200
SARH
150
BOSSANGOA
100
N'GAOUNDERE
50
0
J F M A M J J OA S O N D
4.1.2. Saturation des sols, recharge des mares et reprise progressive des débits
1800
m3/s
1500
1200
900
600
300
0
Jan Fev Mar Avr Mai Jun Jul Aou Sep Oct Nov Dec
Figure 63 : Débit moyen mensuel (1966-2008) du Logone à Bongor (source : CBLT, 2010)
Avant la reprise de débit en juillet-août, les faibles précipitations de mai-juin dans la
Région de l'Extrême-Nord du Cameroun contribuent à la saturation des sols ; « si les eaux de
pluies sont abondantes, elles remplissent les mares et forment les premières crues dans les bas-
fonds » (Mvondo et Demba 2003). La fréquence des pluies dès le mois de juillet entraine la
stagnation des eaux dans les agglomérations. Cette situation est très préoccupante pour la ville
de Kousseri (Chuto, 2013). La figure 64 donne un aperçu de la situation 23 juillet 1986 dans
cette ville.
169
Figure 64 : Quelques mares d’eau en zone bâtie dans la ville de Kousseri (juillet 1986) (Source :
Image Landsat et Google Earth)
Dans les quartiers, il est alors difficile de circuler ; les rues sont transformées en
« rivière ». Les constructions (maisons d’habitation, boutiques et bureaux) le long de ces routes
reçoivent aussi des quantités d’eau en fonction de leurs élévations (planche 7).
A B
C D
Planche 7 : Stagnation de l’eau dans les artères de quelques villes de la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun (Source : Saha, août 2017)
La photo A présente une rue très fréquentée de la ville de Maroua (devant les agences touristique et Danay
express voyage) ou plusieurs jours après une pluie on aperçoit toujours cette mare d’eau. La photo B présente la
même situation dans au marché de Kaï-kaï. La photo C présente l’entrée de la chefferie de de troisième degré du
quartier Ngallo dans la ville de Kousseri. La photo présente la même situation dans la ville de Yagoua.
170
La stagnation de l’eau en surface dans les vallées habitées donne un caractère presque
ubiquiste aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord. Cela est un problème pendant les
deux à quatre mois que dure la saison des pluies. La gravité de ce type d’inondation dépend
étroitement de la pluviométrie. En considérant les classes de précipitations de l’Organisation
pour la Météorologie Mondiale (OMM, 2011), les pluies journalières ≥ 30mm (P3 et P4) sont
susceptibles d’importants dégâts. Il en est de même lorsqu’on enregistre parfois près de 50 mm
d’eau en trois jours pluvieux. En 1994, par exemple dans la ville de Kousseri plusieurs épisodes
de fortes pluies ont été relevés. Il s’agit de celles du 24 juin (49 mm), du 03 juillet (37,8 mm),
du 10 juillet (30,5 mm), du 21 juillet (44,4 mm), du 1er au 4 août (91,6 mm), du 22 au 23 août
(57,3 mm), du 26 au 28 août (89,7 mm) et du 7 au 8 septembre (91,1 mm). Chuto (2013) relève
la gravité de la stagnation de l’eau dans la ville de Kousseri en remarquant que le relèvement
des berges du Logone pour empêcher les inondations par débordement se révèle comme un
obstacle au déversement de l’eau du ruissellement. Dans cette ville aussi les routes s’érigent
comme des lignes artificielles de partage des eaux empêchant l’écoulement (planche 10 : B,
p198). En dehors des agglomérations, les exploitations agricoles de bas-fonds sont également
touchées par la stagnation de l’eau. Au niveau du grand Yaéré, après la saturation du sol, les
pluies participent pendant toute la saison des pluies à la mise en place de l’épaisse nappe d’eau.
À la suite de Bouchardeau (1953), Gac (1979), Beneh et al. (1982), Olivry (1986), Naah (1992),
Olivry et Naah (2000) évaluent à 5,6 km3 le volume d’eau reçu directement par la plaine en
année moyenne (700 mm de précipitations).
36
Projection
172
[Link]. Le Logone
L’alimentation du Yaéré est fonction du débit du Logone qui est variable d’une année à
l’autre. La station de jaugeage de Bongor situé à en aval de la plaine offre des données pour
évaluer l’évolution interannuelle des débits du Logone (figure 67).
3000
2500
débit en m3/s
2000
1500
1000
500
0
1966
1967
1968
1969
1970
1971
1972
1973
1974
1975
1976
1977
1983
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
Pour une moyenne de 943 m3/s pour les quatre mois de saison pluvieuse, le taux de
variation est de 37%. L’année 1984 enregistre le plus faible écoulement (300 m3/s). Pour Mahé
(2006) la période 1982-1984 a enregistré la sècheresse la plus intense du 20ème siècle. Certaines
années enregistrent des records d’excédents ; 1641 m3/s en 1970. L’année 2001 était à plus de
1300 m3/s et, les dégâts des inondations étaient considérables dans la plaine. Ainsi en fonction
de l’écoulement, l’espace submergé est très variable. Dans une étude sur une période 15 ans
(2000-2014), la GIZ (Coopération technique allemande) montre qu’en années de faibles
pluviométries le Yaéré couvre 1,104 km² ; 2,979 km² en année de pluviométrie moyenne et
5,230 km² en année très humide (Vassolo et al., 2016). La durée de la submersion allant de 4 à
6 mois. Les arrondissements de Maga, Zina, Logone Birni et Waza sont les unités
administratives qui se partagent cet espace humide (figure 68).
La population du Yaéré est estimée 100 000 âmes (BUCREP, 2010). Elle est
essentiellement Kotoko et Mousgoum pratiquant la pêche et une agriculture de subsistance. Les
villages sont fondés sur de petites buttes. La remontée du niveau de l’eau entraine les dégâts ;
les villages les plus bas étant les plus fréquemment affectés.
Planche 8 : Illustrations des maisons détruites par des inondations lors de la rupture de la digue
du Logone à Bégué Palam en septembre 2015 (Source : Saha, août 2016)
176
Dans les zones où le Logone n’est pas endigué, les inondations par submersion ou
débordement sont aussi fréquentes ; un lourd tribut est payé presque chaque année par les
populations. C’est le cas des populations du canton de Bougoudoum dans l’arrondissement de
Gobo où les populations des localités de Batsébé, Nouldaina, Karam I et Karam II qui sont
affectées chaque année par les crues du Logone. Il est presque établi que ces localités sont
inaccessibles pendant les mois pluvieux.
Au plan hydrologique, la différence entre les valeurs de débits entre Bongor et Logone
Gana peut permettre de mesurer les déversements dans la plaine de Waza Logone et la plaine
du Niari côté tchadien. En effet, entre les deux stations, en dehors des précipitations le fleuve
Logone ne reçoit aucun apport (figure 69). Pour une moyenne mensuelle de 392 m3/s à la station
de Bongor, la station de Logone Gana ne présente que 272 m3/s ; soit une différence de 120
m3/s.
909 m3/s
272 m3/s
392 m3/s
Figure 69 : Situation des stations de Bongor et de Logone Gana (Source : adaptée de CBLT,
2010)
Il est vrai que l’infiltration et l’évaporation sont aussi évoquées dans cette perte de débit ;
mais, ces deux facteurs ne jouent qu’un rôle marginal par rapport aux déversements dans les
plaines des deux côtés. Entre 1966 et 2007, l’année 1968 présente la plus grande différence
(3350 m3/s). Les années 2000 ont aussi connu de grandes quantités de déversement (figure 70).
177
700
600
500
Débit m3/s
400
300
200
100
0
1966 1968 1970 1972 1974 1976 1978 1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006
Figure 70 : Evolution interannuelle des débits du Logone entre les stations de Bongor et de
Logone Gana (source de données : CBLT, 2010)
Les lacs de la Région de l'Extrême-Nord sont soumis à une forte variation saisonnière
et interannuelle. Ils se rechargent en saison des pluies et leurs niveaux baissent continuellement
pendant la saison sèche. Le retrait de l’eau laisse un vaste marécage mis en valeur par les
populations riveraines. Certains villages sont établis dans ces espaces de marnage et subissent
saisonnièrement des inondations. C’est le cas des arrondissements de Guéré et Wina autour du
lac Guéré, l’arrondissement de Kaï-kaï pour le lac Maga et les arrondissements de Fotokol,
Hilé-Alifa, Darak et Blangoua autour du lac Tchad. Les pertes étant plus importantes pendant
les années de fortes pluviométries. Dans le cas du lac Maga la digue occasionne le déversement
du surplus d’eau dans l’arrondissement de Kaï-kaï en aval où se trouve de fortes densités de
populations (figure 71).
178
Les débordements du lac de Maga peuvent aussi être dus à la rupture des ouvrages
hydrauliques. Dans ce cas, ce sont les populations en aval qui en souffrent. En 2012 la zone a
subi les deux situations. Dans le cadre des conventions entre le Cameroun et les organisations
mondiales de lutte contre les catastrophes naturelles, un satellite avait été redirigé sur la zone
179
dès le déclenchement des inondations. L’exploitation de l’imagerie issue de cette mission fait
état d’une superficie totale de 122 km² inondés dont 96 ha construits (figure 72).
En 2012, la digue de Maga croupissant sous le poids de son âge (33 ans) et le manque
d’entretien n’a pas résisté à la forte pluviométrie et au rechargement maximal du lac. Les
travaux réalisés dans le cadre du PULCI donnent aujourd’hui un sentiment de sécurité aux
populations de la zone. Globalement, les inondations dans la Région de l'Extrême-Nord peuvent
être catégorisées en fonction des principales causes (tableau 46).
180
Il s’agit des débits dépassés ou égalés de 10 jours par an. Leur date d’occurrence en
suivant l’évolution interannuelle et les débits correspondant sont essentiels dans la
compréhension du phénomène d’inondation dans le bassin du Logone. La figure 73 met en
exergue le DCC sur l’hydrogramme du Logone à Bongor.
181
3 500
3 000
Débit de pointe
2910 m3/s
2 500
Débit m3/s
1 000
Module annuel (851 m3/s)
500 Basses
eaux
Date
Ngounou Ngatcha et al. (2007) reportent que les débordements du Logone vers le Yaéré
et le Naga37 commencent dès que le débit du Logone dépasse 1100 m3/s. Ce débit a été atteint
le 08 août en 2012 et il est passé en dessous de ce niveau à la fin du mois d’octobre.
En fonction de plusieurs paramètres hydroclimatiques, les DCC sont très variables sur
tout le Logone. À l’entrée du bec de canard, il est moyen et chute après avoir traversé très
difficilement la plaine inondable (station de Logone Gana). La confluence avec le Chari
explique le regain de débit mesuré à N’Djamena. En moyenne, le DCC est de 1713 m3/s à
Bongor, 825 m3/s à Logone Gana et 2604 m3/s à N’Djamena (figure 74).
37
Plaine inondable du côté droit du Logone au Tchad
182
6,00
Milliers de m3/s
5,00
4,00
3,00
2,00
1,00
0,00
Contrairement à la station de Logone Gana (15%) qui présente une faible variabilité
interannuelle, le coefficient de variation des autres stations : Bongor (27%) et N’Djamena
(34%) est assez élevé. La faible variation du DCC à Logone Gana est le fait de la plaine
inondable qui reçoit le surplus écoulé pour parachever son ennoiement. Globalement, les DCC
sont en baisse pour les trois stations. Le test d’homogénéité de Pettitt permet de détecter des
ruptures à différentes dates. L’époque actuelle est celle de la péjoration qui a commencé en
1971 à Bongor et N’Djamena et 1981 à Logone Gana (figure 75).
3000
2500
2000 800
1500
1000
300
500
1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020
1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020
DCC mu1 = 2123 mu2 = 1580 DCC mu1 = 918,586 mu2 = 763,626
N’Djamena
m3/s
5000
4000
3000
2000
1000
1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020
2
2
1,5
1
1
0,5
score Z
score Z
0
0
-0,5 1960 1967 1974 1981 1988 1995 2002
1960
1963
1966
1969
1972
1975
1978
1981
1984
1987
1990
1993
1996
1999
2002
2005
2008
2011
-1 -1
-1,5
-2 -2
-2,5
Observations -3
Observations
N’Djamena
3
1
score Z
0
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1985
1987
1989
1991
1993
1995
1997
1999
2001
2003
2005
2007
2009
2011
2013
2015
-1
-2
-3 Observations
Figure 76 : Détection des valeurs extrêmes dans la distribution interannuelle des débits du
Logone et du Logone et Chari
184
S’intéressant au cas de Bongor, il ressort que le débit de pointe de l’année 2012 (en
rouge) était sorti du cadre (-2 à 2) sur le score z du Test de Grubbs. En effet, pour une moyenne
de 1759 m3/s, cette année était à 2910 m3/s ; soit une augmentation de près de 65%. Seules les
années 1998 et 1969 ont approché sans atteindre cette situation. On note aussi quelques années
d’extrêmes sècheresses pour chacune de ces stations.
Globalement, les années ayant connu des inondations catastrophiques dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun correspondent aux situations de forts écoulements, avec une plus
grande corrélation avec les données de la station de Bongor. On peut par exemple remarquer
les pertes des années 2012, 2000 et 1994 sur la figure 77.
2012
1970 (500 20morts
3 000
Sinistrés) 2000
17 morts
1975
2 500 1884 sinistrés
1994 1998
2morts 41morts
2 000
m3/s
1 500
1 000
500
Année
Les données disponibles permettent d’établir une probabilité du temps de retour des débits
caractéristiques du fleuve Logone. À la station de Bongor, le maximum de la série (2910 m3/s)
enregistré en 2012 s’illustre comme un évènement exceptionnel. En considérant la période
couverte par les données d’observation sur cette station, il s’agit d’une crue cinquantenale. Sa
185
Bongor N’Djamena
Le Logone est typique d’un régime hydrologique simple caractérisé par un seul maximum
et un seul minimum au cours de l’année hydrologique. Cela traduit l’exclusivité d’une seule
source d’alimentation notamment les précipitations (Pardé, 1933). Ainsi, la relation est directe
entre les quantités de précipitation et le débit du Logone sur l’ensemble du bassin de ce fleuve
186
partagé entre le Cameroun, la RCA et le Tchad. Par son extension en latitude, une très grande
variation spatiale des précipitations est observable dans ce bassin.
Même si, c’est la partie aval plus arrosée qui alimente majoritairement l’écoulement du
Logone, la participation des précipitations de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun est
non négligeable. La corrélation entre les pluies (station de Yagoua) et les modules annuels, les
débits de pointes et les DCC (station de Bongor) est positive (0,3 en moyenne) (figure 79). La
dispersion des données autour de la droite de régression traduit la nécessité de prendre en
compte les précipitations sur l’ensemble du bassin pour la modélisation de la relation pluie
débit. Il se révèle alors nécessaire de procéder à l’échange d’information à l’échelle du bassin-
versant dans le cadre de l’alerte précoce pour faire face au risque d’inondation.
Régression de Débit de pointe (m3/s) par Régression de DCC par Pluie (R²=0,083)
Pluie (R²=0,122)
DCC (m3/s)
3500 3000
3000
2500
Débit de pointe (m3/s)
2500
2000
2000
1500
1500
1000
1000
500 500
0 0
300 400 500 600 700 800 900 1000 300 500 700 900
Pluie (mm) Pluie (mm)
Actives Actives
Modèle Modèle
Int. de conf. (Moyenne 95%) Int. de conf. (Moyenne 95%)
Int. de conf. (Obs. 95%) Int. de conf. (Obs. 95%)
400
300
200
100
0
400 500 600 700 800 900 1000
Pluie (mm)
Actives
Modèle
Int. de conf. (Moyenne 95%)
Int. de conf. (Obs. 95%)
Plusieurs auteurs (Mahé et Olivry, 1991 ; Dezette et al., 2005 ; Mahé, 2006 ; Liénou et
al., 2006) s’intéressent à la relation entre les pluies et les débits dans divers bassins-versants en
Afrique. Le coefficient d’écoulement des zones d’isohyètes 700/800 mm comme dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun est faible (Mahé, 2006). L’évapotranspiration et l’écoulement
souterrain jouent un rôle non négligeable. Dans ces conditions, de faibles déficits
pluviométriques entraînent d’énormes déficits d’écoulement de surface. Dans le bassin-versant
de N’zi en Côte d’Ivoire, Kouassi (2010) ressort que les déficits de 13 à 24% de précipitations
représentent des déficits de 52% sur les débits moyens de cours d’eau.
Au niveau national, d’importants efforts sont consentis dans la lutte contre la pauvreté. Il
s’agit notamment de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), Le cadre d’action des
Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), la stratégie nationale de réduction de
la pauvreté, etc. La première enquête sur la pauvreté au Cameroun remonte en 1996 lors des
premières enquêtes camerounaises auprès des ménages. En 2001, lors de la deuxième phase de
cette enquête, beaucoup d’améliorations se dégagent. Après une stagnation de la situation
jusqu’en 2007, les résultats de 2014 présentent une légère amélioration. Dans une analyse
spatiale, il ressort que dans certaines régions comme l’Extrême-Nord, l’incidence de la pauvreté
progresse plutôt (figure 80).
80
70
60
50
40
30
20
10
0
1996 2001 2007 2014
Année de reférence
Ainsi les efforts de lutte contre la pauvreté n’ont produit que très peu de résultats dans la
Région de l'Extrême-Nord. Les conditions de vie des populations se sont continuellement
dégradées. Cette région a également connu pendant cette période la plus forte croissance
démographique ; gonflant ainsi le nombre de pauvres. Au niveau mondial, plusieurs auteurs
relèvent la pauvreté comme la première cause de vulnérabilité (UNISDR 2004 ; Léone et al.,
2005). Au Cameroun, Tchawa (2017) parle d’un lien indéniable entre la pauvreté et les risques
climatiques. Ainsi, la paupérisation en continue de la population de la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun a progressivement participé à la construction de la vulnérabilité aux risques
naturels en général et aux inondations en particulier. Lorsqu’en 2001 la Direction de la
Statistique et de la Comptabilité Nationale (DSCN) du Ministère des Affaires Économiques de
189
- à peine 1% des ménages utilisent des toilettes modernes avec chasse d’eau ;
- le taux d’accès au forage est de 30,2% ;
- l’habitat est majoritairement fait en matériaux provisoires (murs en terre ou en paille,
toits en paille ou en chaume, les sols en terre non revêtue) ;
- seulement 7,6% des ménages ont accès à l’énergie électrique ;
- le secteur agricole emploie 85% de la population ;
- il faut parcourir en moyenne 4 km pour parvenir au centre de santé le plus proche ;
- moins de 30% du taux d’alphabétisation ;
- deux km en moyenne pour parvenir à l’école primaire la plus proche ;
- seul 5,8% des ménages sollicitent du crédit pour leurs activités ;
- environ 70% des promoteurs des unités de production n’ont suivi aucune formation
professionnelle, ni apprentissage sur le tas.
En 2007, les conditions de vie dans la Région de l'Extrême-Nord sont encore plus
mauvaises. En effet l’incidence pauvreté a connu 12,6 points d’augmentation. Le nombre de
ménages pauvres et la vulnérabilité connaissent ainsi une augmentation fulgurante. En 2014, la
situation est encore plus préoccupante. L’insécurité due aux troubles occasionnés par la secte
terroriste Boko Haram et la récurrence problèmes environnementaux comme les sècheresses et
les inondations participent à la paupérisation de la population. La baisse du niveau de vie des
populations s’accompagne aussi de la baisse des investissements. Les infrastructures comme
les digues de protection manquent. Dans la quête de mieux-être, les populations aggravent leur
exposition.
190
Une population nombreuse accroît sans cesse son impact sur le milieu, dégrade
l’environnement et s’expose aux risques naturels. On peut remarquer la dégradation du couvert
végétal au profit de la recherche du bois de chauffe. Près de 93,6% de la population de la Région
de l'Extrême-Nord dépend du bois pour le chauffage (INS, 2015). Il s’agit d’une dépendance
commune à tout le septentrion camerounais (Ntsama Atangana et al., 2011). Le prélèvement
excessif du bois expose la terre aux ravinements et diminue sa capacité absorption et de
rétention d’eau. Dans le département du Mayo Danay la forte compétition pour les ressources
de la nature entraîne aussi la dispersion et l’installation de populations dans des espaces
dangereux. Les rives du Logone sont très disputées à cause des possibilités d’agriculture
irriguée en toutes saisons et l’opportunité de la pêche. Autour du Lac de Maga certaines
populations ont reçu la sommation de se délocaliser pourtant elles y séjournent encore. La
situation des communautés de Grong et Garay au sud est en amont du lac illustre cette situation.
La densité élevée de la population entraîne une importante pression humaine sur les
infrastructures communautaires d’ou leur dégradation rapide. Les cas de routes et digues sont
illustratifs. Pour les routes, la pression résulte du trafic qui s’intensifie avec l’augmentation des
populations. En ce qui concerne les digues les actes de vandalismes sont parfois déplorés par
191
les autorités. Tout au long du Logone les communautés de pêcheurs « incriminent » la digue
dans la baisse des ressources halieutiques. La digue éloignerait le poisson de la rive
camerounaise au profit de pêcheurs tchadiens. Les agriculteurs déplorent aussi la difficulté à
irriguer dans les secteurs ou existe la digue. Dans la pratique, il est nécessaire de rallonger les
tuyaux d’irrigation et des moteurs plus puissants. Le tableau 47 ressort quelques stratégies
inappropriées aggravant la vulnérabilité.
Cette illustration est révélatrice du fait que les enfants (65%) et les femmes (21%) sont
les plus vulnérables aux inondations dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Cette
réalité est d’ailleurs valable pour tous les risques et dans l’ensemble des pays qui connaissent
l’occurrence d’évènements catastrophiques. En effet, les jeunes de moins de 15 ans requièrent
l’assistance des adultes pour se protéger en cas de sinistre. Ces jeunes manquent d’expérience
et de capacité physique suffisante pour se prémunir des menaces liées aux inondations. Les
nourrissons (10,7% de la population totale à l’échelle nationale) sont également une charge
nécessitant traitement particulier.
Dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun le taux d’alphabétisation des femmes est faible par rapport aux
38
hommes
193
39
Dans l’arrondissement de Maga, certaines brèches sur les digues sont considérées par les populations comme
étant les portes d’entrée et de sortie du dieu de l’eau ou du mamiwater
194
Les populations analphabètes sont également moins ouvertes aux innovations dans le
domaine de la lutte contre les risques naturels et les changements climatiques. L’effort mondial
en faveur du transfert de technologies se confronte au caractère peu réceptif des populations
aux niveaux d’éducation faibles. Plusieurs mesures d’adaptation demandent un minimum de
prédisposition en termes d’éducation ; on pense notamment :
- la souscription d’assurance ;
- l’adoption de pratiques innovantes dans l’agriculture ;
- le respect de la règlementation en mutation ;
- la participation aux systèmes d’alerte.
Un certain nombre de réalités notamment : le mauvais état des routes, le mauvais choix
des sites de construction, la mauvaise qualité du bâti et la difficulté des autorités à imposer
certaines règles aux populations constituent entre autres des facteurs techniques et fonctionnels
de vulnérabilité dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.
Si la mobilité de la population impulsée par la SEMRY a été étroitement encadrée par les
autorités, on a observé au fil des années d’autres mouvements inconséquents de populations qui
participent à la construction du risque d’inondation dans la plaine. Dans l’arrondissement de
Kaï-kaï, les villages vidés pour la mise en place du lac Maga ont été repeuplés (tableau 50).
Certaines populations Kotoko voient dans la mise en eaux de leurs villages une aubaine pour
l’activité de pêche. Le déficit pluviométrique des décennies 1980 et 1990 a contribué à la
minimisation du risque dans ces différents villages. Ces villages ont même connu quelques
marques d’attention des autorités (dotation d’écoles, construction de points d’eau…). Les
inondations de 2012, 2013 et 2015 ont été « sans pitié » pour ces villages.
Les inondations récentes (2012, 2013 et 2015) ont également révélé la vulnérabilité de
plusieurs autres villages dans tous les arrondissements des départements du Logone et Chari et
du Mayo Danay. Dans certains cas, les autorités administratives ont défini des sites de
recasement définitifs. Progressivement ces sites se vident et les populations retournent à leurs
villages d’origine en dépit de la sensibilisation sur la menace de cet aléa. Les espoirs reposant
sur les aménagements en cours dans le cadre du PULCI notamment l’entretien des digues.
Les rivages des cours d’eau sont extrêmement sollicités pour l’habitat dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun. Le long du Logone, on remarque des familles vivant parfois à
moins d’un mètre du chenal principal d’écoulement du Logone. Il s’agit d’une position
favorable aux activités agropastorales. L’ouverture sur l’eau facilite la mobilité. En plus d’être
196
extrêmement exposées à la dynamique des berges40, ces familles sont les premières affectées
lors des crues (planche 9). Des situations similaires sont aussi observées pour ce qui est des
localités situées le long des mayos. La densification de l’habitat dans les agglomérations,
conduit certaines familles à construire non loin (ou à l’intérieur) des dépressions transformées
en mares d’eau en saison de pluies. Cette situation est à l’origine de l’augmentation de
l’exposition aux inondations.
A B
C D
La place de la route est non négociable en période de crise. La route permet aux
populations de quitter l’espace inondé afin de se mettre à l’abri d’une catastrophe. La
disponibilité de routes carrossables permet de transporter les biens périssables pour protéger les
moyens de subsistance. En 2012, lorsque l’ensemble des 11 arrondissements du département
du Mayo Danay étaient touchés par les inondations, certaines communautés humaines étaient
40
Kana (2017a et 2017b) estime qu’entre Maga et le Lac Tchad, le Cameroun a connu entre 1986 et 2016, 1 397
ha d’engraissement et 543 ha de recul.
197
bloquées dans les eaux sans moyens de s’extirper de la menace grandissante. Il s’agit en
l’occurrence des populations des arrondissements de Gobo, Guéré, Datcheka, Kaï-kaï, Wina et
Vélé ou les pistes avaient complètement disparu sous les eaux. Seul l’usage de pirogues
malheureusement en nombre insuffisant avait donné la possibilité de sauver la vie des
populations notamment les plus vulnérables (femmes enceintes, enfants et personnes malades).
Dans certaines conditions, le niveau de l’eau met les routes hors service sans être suffisant pour
la circulation des pirogues (planche 10).
Planche 10 : Mauvais état des routes dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun en saison
des pluies (Source : Saha, août 2017)
La route est aussi la voie d’accès de secours. Pour l’essentiel postées à Maroua et
Kousseri, les unités de secours ne peuvent accéder aux populations des zones enclavées pour
apporter l’assistance nécessaire. Il en est de même des autorités administratives dont les visites
de terrain se limitent souvent aux localités connues et accessibles. D’autres indicateurs internes
à ces structures de secours augmentent leur incapacité et leur inefficacité d’action sur le terrain.
198
Planche 11 : Quelques styles de constructions précaires dans la plaine inondable (Source : Saha,
décembre 2013).
Les murs en terre battue se mouillent et dissolvent lorsqu’ils sont submergés. En effet,
Ces murs se transforment en boue et la structure de la maison est affectée ; l’écroulement est
dès lors inévitable. Les murs se mouillent aussi de l’eau emmagasinée dans la terre lorsque la
nappe phréatique n’est pas très enfoncée ; d’autant plus que la technique d’utilisation des
isolants n’est pas maîtrisée par les populations villageoises. Sur le même modèle, sont construits
les greniers familiaux pour la conservation des céréales. Ainsi au moment des crues les
constructions disparaissent dans l’eau emportant tous l’équipement familial y compris les
moyens de subsistances. Le choix des toits en terre ou en pailles est aussi peu durable dans le
contexte des inondations et des pluies extrêmes dont les épisodes se répètent dans la zone ces
dernières années. Pendant les pluies, la protection de ces toits est partielle et une quantité non
négligeable d’eau traverse mettant ainsi en péril la vie des habitants et même les biens matériels.
Les pluies et les vents fragilisent progressivement ces maisons jusqu’à l’écroulement.
Dans ces conditions où, le seul abri des populations est périssable à cause de leur forte
sensibilité, les inondations sont de nature à ruiner les vies des populations. Parmi les victimes
lors de crise importante, certains décès sont dus à l’écroulement de maisons sur les occupants.
La forte proportion des sans-abri parmi les victimes exprime à souhait la fragilité des maisons
dans la plaine. Sous le même modèle, sont construites certaines infrastructures communautaires
(école, marché…) qui subissent le même sort.
200
L’objectif affecté à ces trois structures par les autorités est l’encadrement des riziculteurs
chacune dans sa zone d’intervention afin de produire suffisamment de riz pour répondre à la
demande nationale. Dans la Région de l'Extrême-Nord, l’action de la SEMRY s’inscrit dans les
objectifs suivants :
- la création, l’acquisition, l’exploitation et le développement de toutes les activités
agricoles, notamment la culture du riz dans la Vallée du Logone ;
- la création et la gestion de tous les ouvrages d’aménagement hydro-agricoles et routiers ;
- l’assistance, l’animation et le conseil aux exploitants ou à leurs groupements ;
- la recherche et la production de semences de base ;
- la participation à toutes les opérations agricoles, industrielles ou commerciales.
C’est pour répondre à ces différents objectifs que la SEMRY engage de grands travaux
hydrauliques. À la fin des années 1970, de grands travaux sont lancés dans les départements du
Logone et Chari et du Mayo Danay. L’objectif de construire une digue sur le Logone entre
Yagoua et Tékélé (70 km) est atteint. Il en est de même de la digue de Maga entre Pouss et
Guirvidig (27 km). Des aménagements similaires sont construits dans la zone du lac Tchad pour
protéger l’habitat humain en pleine expansion. Ces ouvrages et leurs équipements annexes
(ouvrages de prise d’eau, déversoir de Pouss, chenal d’alimentation de Djafga, et évacuateur
des crues du mayo Vrick) permettent de mettre en exploitation des milliers hectares de casiers
201
rizicoles dans le cadre du projet SEMRY dans les arrondissements Vélé, Kaï-kaï et Yagoua et
de 7000 ha dans l’arrondissement de Maga (figure 81).
41
Ancienne appellation de l’actuel MINEPAT
202
- le vent ;
- les déferlements en périodes humides ;
- les infiltrations ;
- l’usure du temps.
Entre, Gobo et Kousseri, 38 points défectueux étaient visibles. La zone endiguée étant la
plus touchée (figure 82).
Figure 82 : Points défectueux de la digue et des berges du Logone entre Gobo et Kousseri
(Source : ERE DÉVELOPPEMENT, 2007)
Par des méthodes artisanales (sacs de sable), les populations se débrouillaient tant bien que
mal à colmater les brèches. Dans ces conditions les digues représentaient désormais par leurs
fragilités plutôt un danger pour les populations riveraines. Les inondations de 2012 et 2013 ont
alors aggravé la dégradation de ces ouvrages. Les aménagements engagés dans le cadre du
PULCI présagent pour la zone des lendemains meilleurs. Le tableau 52 résume les indicateurs
des facteurs fonctionnels de vulnérabilité.
203
subissaient chaque année la fureur des eaux de crue ; l’augmentation progressive des densités
renforçant les vulnérabilités. Le regroupement de populations dans des camps de sinistrés
témoigne de l’échec de la politique préventive ; même si on peut déplorer la construction de
certains camps de sinistrés dans les espaces où les populations subissent les mêmes problèmes
au fil des années. En ce moment où les inondations sont renforcées par les changements
climatiques, il est nécessaire de faire une discrimination du territoire en fonction des niveaux
d’exposition afin de choisir les espaces à moindre mal où on pourrait favoriser l’installation
durable et contrôlée des populations.
Un autre acte administratif comme la création du Lac de Maga en 1979, puis, son érection
en arrondissement en 1982 a drainé une foule importante de populations de tout le pays et même
de la sous-région (Arditi, 1985). Si l’objectif affiché à l’origine était le développement de la
culture du riz, des activités piscicoles, commerciales et administratives se sont également vues
réconfortées. De nos jours, cet arrondissement est au second rang de la puissance
démographique juste après l’arrondissement de Yagoua pour ce qui concerne le département
du Mayo Danay. Si les populations appréciaient les opportunités économiques de
l’arrondissement de Maga, elles sont aujourd’hui confrontées à une triste réalité. Les autorités
ont montré leurs limites dans le contrôle du lac et les débordements de plus en plus fréquents
menacent sérieusement la vie des populations et de leurs biens.
206
Remonté de la
Relachement au lac nappe phréatique
5% 4%
Brèche sur la digue
Monté de l'eau dans 11%
le Yaéré
8% Débordement du
cours d'eau
Débordement du lac 17%
11%
Relief plat
16%
Fortes pluies
16% Sol imperméable
12%
Cette figure traduit une bonne interprétation technique du risque par les populations. Ces
dernières comprennent en quelque sorte l’occurrence des inondations. Cela est favorable à la
perception. Dans ces conditions, l’on espère le développement de mesures de résilience. En
effet en fonction de leurs moyens, de la maitrise de techniques et la connaissance empirique de
l’aléa on découvre dans la région une grande diversité d’actions préventives contre les
inondations (constructions sur pilotis, élévations des sites de construction, mise en place de
diguettes, etc.).
Cette section scrute les aspects inhérents aux catastrophes causées par les inondations et
qui influencent la perception. Dans la Région de l'Extrême-Nord, chaque ménage a déjà été
victime des pertes dues aux inondations ou alors aux pluies violentes qui endommagent les
cultures. La forte dispersion spatiotemporelle de l’endommagement produit a un effet terrifiant
des inondations et avec des effets aussi bien immédiats que dilués. La présence de personnes
déplacées à cause des catastrophes ravive une mémoire du risque favorable à la bonne
perception. Les fréquentes opérations de distribution de l’aide alimentaire aux victimes de
catastrophes dans la région en affirmant l’incapacité de ces derniers à satisfaire leurs besoins
participent à la construction de cet effet terrifiant. À l’opposé de ces aspects négatifs favorables
à la bonne perception du risque, la large gamme de retombées économiques, la réversibilité de
certaines pertes comme la destruction des cases et l’interventionnisme des institutions
dégradent la perception.
Au sujet des bénéfices, ils sont connus. Dans la plaine inondable, l’augmentation du
niveau de l’eau est favorablement accueillie par les pêcheurs. En effet c’est lorsque les cours
d’eau se rechargent que les poissons circulent aisément empruntant « les canaux de pêches43 »
(Kolaouna Labara, 2017). C’est également à cette période que le poisson atteint les terres les
plus éloignées pour le grand bonheur des petits pêcheurs. Les données régionales présentent
une réapparition de certaines espèces rares de poisson en 2012 44. Les captures de cette année
avaient atteint des records (Bame et Kamma, 2017). Autant les pêcheurs redoutent les
inondations ; causes de destruction de leurs cases, autant ils en tirent un grand bénéfice
économique (Abame et al., 2010). Pour ce qui est des éleveurs, la remontée du niveau de l’eau
42
Objectif des autorités étatiques responsables de différents projets d’endiguement et mise en place de périmètres
rizicoles.
43
Sorte de cours d’eau artificiels mise en place illégalement par les populations des arrondissements de Zina et
Logone Birni pour faciliter les captures de poissons.
44
Pour une production annuelle moyenne de 460 tonnes de poissons, l’arrondissement de Maga a produit 565
tonnes en 2012 soit une augmentation de 23%.
210
entraîne le rechargement maximal des lacs, des mares d’eau, des mayos et de la nappe
phréatique pour l’hydratation des animaux (Ayissi et Mboh 2010). Les pâturages se
reconstituent aussi de manière satisfaisante pendant les années très pluvieuses. Pour ces
derniers, les inondations sont redoutées au moment où elles sévissent (submersion des pâturages
et menace de destruction des cases) ; mais, cela signifie aussi une année glorieuse dans
l’activité. Les planteurs ont besoin d’un certain niveau d’eau pour leurs activités. Le déficit
pluviométrique est craint pour les cultures pluviales. En outre, les années moins pluvieuses, les
sols argileux ne s’humidifient pas suffisamment pour le sorgho de saison sèche. Dans ces
conditions les inondations sont sources d’abondance des céréales ; pourvu qu’un certain niveau
catastrophique ne soit pas atteint. Ainsi, la bonne perception des bénéfices liés aux inondations
dans la Région de l'Extrême-Nord diminue la perception du risque par les populations.
45
Propos de M. Amadou Abdoulaye, responsable du centre documentation de la MIDIMA à Maroua
211
Nelkin (1989) et Ogden (1995) pensent que le risque ne peut pas être traité en dehors du
cadre social et culturel dans lequel les personnes exposées évoluent. Ces auteurs démontrent
212
ainsi l’impact des prédispositions mentales telles que l’acceptation et l’accoutumance au risque.
L’analyse de l’acceptation du risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun est assez complexe. Il faudrait prendre en considération le type d’inondations auquel
la communauté concernée est exposée, les caractéristiques propres de cette communauté en ce
qui concerne les types de constructions et les activités pratiquées. Dans les villages de pêcheurs,
la productivité de l’activité permet aux populations de réparer « aisément » certains dégâts des
inondations à l’entame de la saison sèche. C’est notamment le cas des populations vivant dans
la zone de marnage du lac Maga et les marécages autour du lac Tchad conscientes de leur
situation d’occupation illégale. La perte de récoltes par les planteurs est une situation
catastrophique au vu du déficit céréalier permanent que présente cette région. Toutefois, la mise
en valeur des espaces à risques n’ignore pas la réalité du risque. Il est vrai que le volume des
eaux de crue surprend pendant les années les plus humides ; mais les populations sont
conscientes du danger. Dans cet état de choses, les populations « supportent » ce qui arrive ;
car elles reconnaissent leur responsabilité. Elles assument ce qui est le signe de leur acceptation
du risque encouru. Toutefois, il convient de remarquer que cette acceptation concerne beaucoup
plus les pertes matérielles (maisons détruites, plantations dévastées, animaux noyés et autres
biens endommagés). Lorsque l’aléa porte atteinte à la vie, les populations ont du mal à accepter
des malheurs de cette gravité ; il n’est pas rare de dénombrer des maisons abandonnées dans
certains arrondissements surtout en milieu urbain.
[Link].Cartographie de la vulnérabilité
Pour ce qui est de la vulnérabilité et de la capacité d’adaptation, en 2002, sur la base des
ECAM 2, un profil de la région avait été dressé. Ce rapport spatialise les données sur l’incidence
de la pauvreté et la qualité du bâti en divisant la région en trois zones. Concernant le plan
d’urgence, la zone du PULCI présente une avancée par rapport au reste de la région. Les
données mises à jour du recensement de 2005 permettent de ressortir différentes classes de
densités. Le tableau 55 reclasse ces différentes données dans l’optique de l’analyse multicritère
hiérarchique.
214
L’incidence de la pauvreté s’en sort avec le plus grand poids. En considérant la pauvreté
à différentes niveaux et échelles, il s’agit du facteur qui structure toute la vulnérabilité dans la
Région de l'Extrême-Nord. La qualité du bâti et la préparation au risque en sont des corollaires.
La densité des populations présente en quelque sorte l’enjeu principal. Il s’agit du facteur le
plus déterminant (2,35) de la vulnérabilité (tableau 56).
Numéro 1 2 3 4
Incidence de Qualité du Préparation à
Critère la pauvreté bâti la catastrophe Densité
Incidence de la
1 pauvreté 1,00 3,00 5,00 7,00
2 Qualité du bâti 0,33 1,00 1,00 1,00
Préparation à la
3 catastrophe 0,20 1,00 1,00 0,33
4 Densité 0,14 1,00 3,03 1,00
Somme 1,68 6,00 10,03 9,33
/// Matrice de standardisation
Incidence de Qualité du Préparation à
Critère la pauvreté bâti la catastrophe Densité Poids
Incidence de la
1 pauvreté 0,60 0,50 0,50 0,75 2,35
2 Qualité du bâti 0,20 0,17 0,10 0,11 0,57
Préparation à la
3 catastrophe 0,12 0,17 0,10 0,04 0,42
4 Densité 0,09 0,17 0,30 0,11 0,66
Source : Saaty (1980).
215
Le résultat est une carte avec 16 classes de 17-32 (figure 84). La ville de Maroua par ses
très fortes densités et sa situation en zone de forte incidence de la pauvreté est la zone la plus
vulnérabilité aux risques naturels en général et aux inondations en particulier dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun. La grand Yaéré (arrondissement de Zina et Waza) et la zone de
marnage du lac Tchad par leurs faibles densités par leurs faibles densités sont moins
vulnérables.
[Link].Cartographie du risque
La ville de Maroua ; zone la plus vulnérable avec une occurrence quasi annuelle des
inondations est plus à risque. La zone de marnage des lacs et l’espace de décharge des eaux du
Logone sont également fortement à risque tout comme la ville de Kousseri. En dehors de
l’arrondissement de Mokolo, toute la zone montagneuse présente un risque faible (faible
exposition et faible occurrence). Malgré le fait que l’arrondissement de Waza fasse partie du
Yaéré son niveau de risque est faible ; ceci grâce à ses faibles densités et la faible occurrence
de catastrophes.
En occupant l’espace à risque l’homme est le principal enjeu de la catastrophe. Les pertes
en vie sont à craindre au même titre que d’autres formes d’atteinte à l’intégrité physique ou
morale.
Tableau 58 : Pertes en vies humaines et sans abris dus aux inondations (1970-2017) dans la
Région de l'Extrême-Nord
Région de l'Extrême-Nord fait émergé la ville de Maroua comme possédant la plus grande part
des pertes en vies humaines. Cette ville présente en effet la plus grande fréquence interannuelle
des inondations (annexe 8). Dans une approche de standardisation et en attribuant le score de 9
aux arrondissements qui enregistrent presque chaque année des inondations on obtient la carte
suivante (figure 86).
Les échantillons de Zina prélevés dans le grand Yaéré à Zilim (Zina en zone non habitée
et Zina 2 en zone habitée). Il s’agit d’une eau stagnante essentiellement issue des pluies.
L’échantillon Zina 1 présente peu de turbidité parce que filtré par les végétaux. Cela explique
aussi l’absence d’E. Colis. Notons que pendant les mois d’inondation, cette eau est consommée
par les populations qui voient les autres sources d’eau souillée ou hors usage. Les résultats des
deux échantillons permettent de relever la nécessité pour les populations de s’éloigner des
maisons où l’eau est souillée pour puiser l’eau de boisson. La forte teneur en nitrate et
ammonium pourrait être aussi dangereuse pour la santé. De très fortes concentrations des sels
dissous, ammonium, nitrate, E. Colis sont dangereuses pour l’agriculture et même l’élevage
(MINEP, 2009).
Les échantillons des milieux urbains sont de mauvaises qualités microbiologiques surtout
si on considère les normes de l’OMS. La présence d’E. Colis témoigne de la pollution
notamment avec les matières fécales (OMS, 2004). Ce même mécanisme permet la
dissémination du vibrion cholérique ; agent pathogène du choléra. Il se dégage que l’eau
stagnante (Maroua) est plus polluée. Celui de Kousseri, prélevé au moment de l’inondation dans
un espace où l’écoulement est effectif est toutefois très concentrée en ammonium et nitrate. Les
221
matériaux en suspension largement au-delà des normes du Cameroun sur les eaux de surface
(MINEP, 2009). On observe parfois des enfants qui jouent dans ces eaux, le contact avec la
peau y compris avec les piétons dont les rues sont parfois inondées est dangereux. Dans les
quartiers inondés, les équipements ménagers (ustensiles de cuisine par exemple) et les puits à
ciel ouvert sont souillés.
Plusieurs institutions se sont intéressées aux paramètres physicochimiques des eaux dans
la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. La GIZ par exemple présente les résultats d’une
large gamme de paramètres pour les eaux de surface, les puits ouverts et mares dans la plaine
inondable (Vassolo et al., 2016). Pour les eaux de surface la conductivité moyenne est de 164
µS/cm ; pour un minimum et un maximum de 59 µS/cm et 296 µS/cm respectivement. Les
données du Yaéré (Zina 1 et Zina 2) et de Maroua entrent dans cette gamme. Pour ce qui est
des autres paramètres, les données de Zina sont dans les intervalles résultant des analyses de la
GIZ où les températures varient entre 26,2-33,6°C ; le pH entre 7,2-8,8 ; l’ammonium entre
0,01-0,15 mg/l et le nitrate entre 0,02-1,4 mg/l. Les eaux de Maroua et Kousseri présentent
globalement des données plus importantes sur ces paramètres.
La prévalence des maladies vectorielles et hydriques est plus élevée en saison des pluies ;
le pic qui se situe généralement en août. Pour le paludisme, 63% des cas diagnostiqués et 67%
des décès enregistrés concernent la période juillet-novembre46. Il en est de même du choléra.
Considérant le cas de 2011, c’est en août que près de 40% des cas déclarés et de décès ont été
enregistrés (figure 87).
40 400
Décès
1200 120
Cas
Décès
30 300 800 80
20 200 400 40
10 100 0 0
0 0 J F M A M J Jt A S O N D
J F M A M J Jt A S O N D
Cas Décès Cas déclarés Décès enregistrés
Figure 87 : Forte prévalence des maladies en saison des pluies dans la Région de l'Extrême-
Nord (source : délégation régionale de la santé publique de l’Extrême-Nord)
46
Moyennes arithmétique calculée sur la période 2008-2017 (source : délégation régionale de la santé publique de
la Région de l'Extrême-Nord
222
Figure 88 : Taux d’attaque et nombre de cas déclarés de choléra dans la Région de l'Extrême-
Nord en 2011 (source : Données de la délégation régionale de la santé publique de l’Extrême-
Nord)
47
Nombre de cas déclarés sur la population totale du district de santé
223
Il ressort de la carte que les districts de la plaine ont été touchés par le choléra en 2011.
Globalement, l’insalubrité due aux défécations à l’air libre, les défaillances du système de
collecte d’ordures et le manque d’assainissement est la principale cause des maladies hydriques
et vectorielles dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Baska Toussia (2013) relève
aussi l’impact du système d’irrigation. L’inondation participe à la diffusion des déchets et des
micro-organismes responsables de la maladie. Les années de fortes inondations correspondent
ainsi à de plus larges diffusions des microbes des maladies hydriques et la souillure des sources
d’eau potable. Le contexte d’inondation est aussi une charge supplémentaire pour les agents de
santé. Il se dégage aussi que les années de fortes inondations sont également marquées par
l’importance des pertes en vies humaines dues au choléra, la dysenterie bacillaire et la fièvre
typhoïde. Le tableau 60 présente les pertes en vies humaines dues au choléra et dysenterie
bacillaire pendant les années de fortes inondations.
Tableau 60 : Décès dus aux maladies diarrhéiques pendant les années d’inondations
Nombre de morts
Année Inondation Choléra Dysenterie bacillaire
1991 2 440
1997 7 193
2000 17 0 8
2001 2 6 11
2005 14 58 5
2006 2 34 24
Entre 1991 et 2006, le choléra a fait 731 morts dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun ; la dysenterie bacillaire a fait 48 morts ; pendant que 44 décès étaient directement
liés aux inondations. En dehors de ces maladies, les cas de typhoide, et même parfois de
paludisme sont plus préoccupants pendant les années ayant connues de fortes inondations.
Les dommages structurels en général englobent les pertes de biens par les personnes
sinistrées. Dans la Région de l'Extrême-Nord l’écroulement des maisons, la submersion des
plantations et la perte des matériels de pêches sont enregistrés chaque année ; l’ampleur
dépendant de la gravité de l’inondation.
224
48
Source : entretien avec le sécretaire particulier du maire de Wina
225
Planche 12 : Dégâts des crues sur des parcelles de maïs à Mokio dans le Canton de Makalingaye
à Tokombéré (département du Mayo Sava) (Source : Saha, août 2018)
Interrogées sur le degré de perte en fonction des spéculations, les populations de Dana
dans l’arrondissement de Yagoua dans le département du Mayo Danay présentent le sorgho de
saison des pluies et le maïs comme les spéculations ayant subi plus de dégâts en pourcentage
de pertes en 2012 (figure 89).
226
Total
Sésame
Spéculations
Arachide
Maïs
Mil
0 5 10 15 20 25 30 35 40
%
Les données disponibles pour le département du Mayo Kani font état de 4 806 agriculteurs
des sept arrondissements ayant perdu 6 600 ha de cultures (tableau 62). L’arrondissement de
Moutouroua est dans la zone de partage des eaux entre le bassin du Lac Tchad et le bassin du
Niger. Cette zone est caractérisée par une grande densité du réseau hydrographique ce qui avait
favorisé d’importantes pertes.
Tableau 62 : Bilan sommaire des inondations de 2012 dans le département du Mayo Kani
Les départements de la plaine humide (Mayo Danay et Logone et Chari) sont encore plus
touchés. En l’absence de données compilant les pertes aux échelles départementales, le cas de
l’arrondissement de Kaï-kaï donne une idée des coûts des pertes dues aux inondations pendant
les années catastrophiques comme 2012 et 2013.
Encadré 3 : Récapitulatif des pertes agricoles dues aux inondations de 2012 dans
l’arrondissement de Kaï-kaï
- 12 000 ha de riz, soit 90% de la surface cultivée (ce qui correspond à 7 200 000 000 de francs CFA
perdus) ;
- 13 308 ha de sorgho, localement appelé mil rouges, soit 40% de production (ce qui correspond à
798 494 400 de francs CFA perdus) ;
- 292 662 ha de mil, soit 10% de la production (ce qui correspond à 17 559 720 francs CFA) ;
- 2 330 ha de niébé, soit 25% de la production (ce qui correspond à 139 776 000 francs CFA) ;
- Destruction de la presque totalité des pépinières du sorgho de contre saison qui constitue la réserve
principale de l’arrondissement (ce qui s’estime à plus de 100 000 000 francs CFA).
Source : Secrétariat particulier du sous-préfet de l’arrondissement de Kaï-kaï (2017)
En 2013 les efforts des populations de l’arrondissement de Kaï-kaï furent encore mis à dure
épreuve. Les cultures de riz et de Sorgho furent les affectées (encadré 4).
Encadré 4 : Récapitulatif des pertes agricoles dues aux inondations de 2012 dans
l’arrondissement de Kaï-kaï
- 844 ha de riz de riz détruit. Il faut noter que la culture d’un ha de riz coûte au minimum 600 000 francs
CFA. Pour les 845 ha de riz détruit, il est ainsi enregistré une perte de 507 millions XAF. En termes
de production, la perte s’élève à 2027 tonnes de riz ;
- 345 ha de sorgho détruit, soit une perte de 20 712 000 XAF, sachant que la culture d’un ha coûte au
moins 60 000 XAF. En termes de production, il s’agit d’une perte de 414 tonnes de Sorgo perdu.
Source : Secrétariat particulier du sous-préfet de l’arrondissement de Kaï-kaï (2017)
L’eau est pour la pêche aussi bien source de prospérité que de destruction. La présence de
communautés de pêcheurs dans les Yaéré et sur les rivages des cours d’eau et des lacs les
rendent particulièrement vulnérables. Pendant les années d’extrêmes pluviométries, la gravité
des pertes est au-delà du niveau de résilience. En 2012, les pertes dans le secteur de la pêche
dans les départements du Mayo Danay et du Logone et Chari étaient assez préoccupantes
(tableau 63).
228
Tableau 63 : Récapitulatif des sinistrés et des pertes en matériel par les pêcheurs de la plaine
inondable de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun en 2012
Départements Nombre de Pertes en matériels
sinistrés Pirogues Filets Cordage Hameçons Étangs
(rouleaux)
Mayo-Danay 1349 387 880 440 10000 2
Logone-et-Chari 625 146 418 307 8000 1
TOTAL 1974 533 1298 747 18000 3
Source : Délégation régionale du MINEPIA pour la Région Extrême-Nord, 2017
Il est vrai que pendant les années humides, les pâturages se reconstituent mieux et les
points d’eau se rechargent. L’inondation représente aussi une menace pour l’élevage. Dans les
zones inondables, la mobilité des animaux est extrêmement limitée pendant les mois de
submersion. Les grands troupeaux ne pouvant y séjourner à cause du niveau de l’eau qui
entraîne parfois des noyades. Dans les autres parties de la région, les populations déplorent la
submersion des pâturages en période humide. Le tableau 64 présente les dégâts enregistrés en
2012 dans les départements de la plaine inondable de la Région de l'Extrême-Nord.
Tableau 64 : Récapitulatif des éleveurs et animaux affectés dans les départements du Mayo
Danay et du Logone et Chari en 2012
La volaille et les petits ruminants se classent en tête des pertes lors des inondations. Pour ce qui est de la
volaille, les « poulets du village » qui représentent plus de la moitié du secteur avicole dans la région sont
littéralement emportés par les eaux. Il en est de même des petits ruminants et des porcs. D’énormes efforts sont
déployés pour mettre les bovins hors de danger en raison de leurs valeurs économiques.
Les inondations affectent les équipements communautaires comme les routes, les ponts et
les radiers. Il en est de même des infrastructures comme les mosquées, les foyers
communautaires, les hôpitaux et les antennes téléphoniques.
229
La route peut être considérée comme l’infrastructure la plus affectée par les inondations
dans la Région de l'Extrême-Nord. Certaines sont transformées en rivières et facilitent la
circulation de l’eau au détriment des hommes et des biens (planche 13-A). Il s’agit de routes
qui ne sont pas surélevées. Le séjour de l’eau sur la chaussée occasionnant une détérioration
rapide d’où les nids-de-poule aussi bien sur les routes bitumées qu’en terre. D’autres
connaissent une grande détérioration des conditions de circulation en devenant glissante dès les
premières pluies. Dans la plaine de Waza Logone les routes sont inexistantes pendant toute la
période humide. Certaine connaissant près de deux mètres de submersion et une végétalisation
de la chaussée (planche 13-B). Ces « routes » deviennent des voies de navigations pour de
petites pirogues qui desservent les villages.
A B
Planche 13 : Routes inondées suite aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord (Source :
Saha, août 2017)
La photo A présente le visage de la route départementale (D7) entre Datcheka et Ndgondong dans
l’arrondissement de Wina en août 2017. La photo B présente une section de la régionale (R28) dans
l’arrondissement de Zina en septembre 2017.
49
Entretien avec monsieur Wassa ; sous directeur des routes à la délégation régionale des travaux publics de la
Région de l'Extrême-Nord.
230
Les ponts et les radiers sont aussi très fréquemment affectés par les inondations. En 2000,
c’est le pont de Makabaye à l’entrée Sud de la ville de Maroua qui avait été détruit. Dans
l’arrondissement de Gazawa 02 radiers avaient aussi été emportés. Le mauvais état des routes
dans la région pose la problématique d’accès aux secours par les populations touchées. La
destruction des routes par effet de chaîne touche moult autres facteurs de vulnérabilité. La
sécurisation des enjeux exposés par extraction de la zone exposée devient impossible. Les
pirogues de pêche et autres radeaux flottants sont généralement exploités pour éloigner les êtres
humains surtout les couches les plus vulnérables notamment les femmes et les enfants.
En plus des cases, d’autres infrastructures comme les routes, les ponts, les bâtiments
scolaires, les hôpitaux, les cases communautaires, les pilonnes d’opérateurs téléphoniques, les
puits (50 puits dans l’arrondissement de Gazawa ont été endommagés par les inondations en
231
2000) sont également affectés par les inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun (planche 14).
A B
La photo A présente l’antenne de l’opérateur de téléphonie mobile MTN de la ville de Zina dans le
département du Logone et Chari inondée en 2015. Cette situation avait causé la panne de cet équipement. Les
communications étaient alors laborieuses pour cet arrondissement au moment il fallait mobiliser tous les acteurs
pour prendre la mesure du sinistre et apporter l’aide nécessaire aux victimes. La photo B présente le Centre de
Santé Intégré de la même ville également inondé en cette année 2015. Ces deux infrastructures sont construites en
dehors de la zone habitable définie par les Sao à la fondation de la ville. Ces sites sont bas inondés chaque année.
Le niveau de submersion dépendant de la pluviométrie.
Les inondations sont également très préjudiciables pour le secteur de l’enseignement dans
la Région de l'Extrême-Nord. Les routes d’accès aux établissements scolaires sont hors usage
et les salles de classe sont parfois dans l’eau. Les départements du Mayo Danay et du Logone
et Chari sont les plus affectés. C’est le cas des écoles, collèges et lycées situés le long du Logone
et dans la plaine saisonnièrement inondée de Waza Logone. Pour M. Wangnamou Jean Jacques
(chef service de la carte scolaire à la délégation départementale des enseignements secondaires
du Mayo Danay), les établissements suivants connaissant chaque année un retard de la rentrée
et les taux d’assiduité des enseignants et des élèves sont très faibles en septembre et en octobre.
Il s’agit des lycées de Djafga, Doreissou, Vounaloum, Toukou, Vélé, Tékélé, de Bégué Palam,
de Kartoua, les CETIC de Vélé, Kartoua, Doreissou et les CES de Kélé Patan et de Karmaki.
Le lycée et le CETIC de Vélé sont situés dans des dépressions favorables à la stagnation de
l’eau. Le CES de Karmaki est situé aux abords du lac de Guéré. Certains parmi ces
établissements scolaires sont en matériaux locaux et les salles de classes doivent être
renouvelées chaque année. Notons qu’en dehors de l’accessibilité des établissements scolaires,
les enfants sont très sollicités par les parents au moment de la rentrée scolaire pour les activités
de subsistance (agriculture, pêche et élevage).
232
- Le modèle radical ; dans ce modèle, les ajustements adoptés par les sinistrés à la suite
d’une catastrophe participent de leur résilience pour se maintenir et retrouver dès que
possible les valeurs qui expriment leur identité culturelle. Pour obtenir de bons résultats
233
dans ce modèle, les populations doivent présenter une bonne préparation et disposer
d’infrastructures qui leur permettent d’éviter de graves dégâts. Suite à la catastrophe de
2015 à Zina, près de 80% de la population de cet arrondissement n’a pas fait de cultures
pluviales en 201650. Il s’agissait là d’une décision radicale face à la perte de tous les
efforts consentis l’année précédente. Notons que cela avait participé à la concentration
des efforts vers d’autres activités. Suite à la réhabilitation de la digue camerounaise et
l’endiguement de la rive droite tchadienne, les populations de certains villages comme
Padmangaï dans l’arrondissement de Zina envisage très sérieusement la disparition de
leur village51.
Une importante part des populations déplacées lors de la création du lac de Maga est
retournée dans leurs villages d’origine. Des motivations culturelles occupent une importante
place parmi les causes de ce reflux de populations sur des terres déclarées inhabitables par les
autorités. Il en est de même des populations recasées en 2012 dans les sites de Mahaourou,
Pouss, Gagraye et Farahoulou dans l’arrondissement de Maga qui rejoint leurs différents
villages d’origine à plus de 90%. À Kéléo sud dans l’arrondissement de Kaï-kaï, le retour aux
terres ancestrales et les conflits de divers ordres avec les communautés hôtes sont évoqués par
les populations retournées (figure 90).
Conflits de pouvoir
Autres facteurs 8% Retrouver les terres
5% ancestrales
Manque d'entente 24%
avec la communauté
hôte
10%
Reprendre les
exploitations
agricoles
22%
Se rapprocher des
zones de pêche
31%
Figure 90 : Raisons du retour des populations à Kéléo Sud après la mise en défend de l’espace
pour la mise en place du lac de Maga
Cette figure ressort la mesure du danger que les populations associent à leur déplacement permanent. Elles
bravent les interdictions des autorités et risquant leurs vies pour éviter l’acculturation due au déplacement.
50
Enquêtes de terrain corroborées par Laborde et al. (2018)
51
Entretien avec Aboukar Mahamat ; acteur de la société civile très actif dans la défense des droits des
communautés de la plaine de Waza Logone.
234
De toutes les analyses, il faut prendre en compte le fait que chaque catastrophe est unique
et les contextes socio-économiques, culturels et politiques sont différents d’un endroit à un
autre. Dans la plaine inondable de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun les autorités
pourraient préméditer des changements pour introduire dans la culture des populations des
éléments qui leur permettent de conforter leur résilience aux catastrophes. En 1976, les ONG
avaient profité d’une catastrophe au Guatemala pour enseigner les techniques de construction
allochtones plus résilientes aux Maya (Bates, 1982 ; Cuny, 1983). Dans la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun le PULCI dans les aménagements a déplacé certaines populations des zones
fortement exposées aux inondations. Il en est de même des ménages situés dans l’emprise des
ouvrages à construire. Les populations déplacées ont bénéficié de maisons « modernes » pour
remplacer leurs cases détruites (planche 15). Ces maisons sont faites en briques de terres cuites
avec des toits en tôles. Les toits sont rattachés à la maison avec des fers. Il s’agit d’exemples de
constructions proposés aux populations. Les poteaux en bétons préviendraient les écroulements
systématiques en cas d’inondations. Le rattachement des toits prévient les cas de vents violents
qui entraînent également de nombreux dégâts dans la zone. L’usage de mortier52 comme liant
est également dans l’optique d’avoir une meilleure résistance de ces constructions.
C
B
52
Mélange de ciment et de sable détrempé avec de l'eau servant à lier les éléments d'une construction.
235
Parmi les conséquences des inondations certaines populations dans la ville de Maroua
relèvent la profanation de tombes. Dans les cimetières de flancs de collines, les corps ont parfois
été exhumés par l’érosion. En 2005 par exemple le cimetière municipal de la ville de Maroua
avait été éventré par les inondations53. Il s’agit là d’une grave atteinte aux valeurs culturelles
des communautés concernées. Cet état de choses aggravant l’insalubrité et la menace de
maladie à potentiel épidémiologique comme le choléra qui a fait 74 décès dans la Région de
l'Extrême-Nord cette année.
Conclusion
Partant de l’hypothèse selon laquelle les populations de la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun sont fortement vulnérables à une diversité d’inondations. Il ressort des analyses que
la vulnérabilité aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun résulte de la
combinaison d’un ensemble de facteurs à la fois naturels, démographique, culturels, socio-
culturels, conjoncturels et même structurels. L’inadaptation des infrastructures au milieu,
l’indisponibilité des secours augmente la capacité d’endommagement des catastrophes. Le
renforcement de la résilience des populations par l’adoption de stratégies exotiques permettrait
de renforcer la préparation des populations au risque. En dépit de sa grande superficie la Région
de l'Extrême-Nord doit faire face à sa forte pression démographique. Les terres agricoles
manquent, les pâturages se rétrécissent. L’habitat s’étend aux abords des rivières, des familles
s’installent dans les dépressions fortement susceptibles aux inondations. Le manque de terres
agricoles dans les sites de recasement est aussi la principale cause des retours anarchiques
observés dans les départements du Logone et Chari et du Mayo Danay depuis les inondations
de 2012. Les terres déclarées inhabitables par les autorités sont réinvesties progressivement en
dépit de la forte menace des inondations.
53
Cameroun Tribune n°8402/4601 du 29 juillet 2005
236
S’appuyant essentiellement sur les données climatiques et des enquêtes de terrain, cette
partie avait pour objectif de présenter le climat que la Région de l'Extrême-Nord dans son aspect
variant et changeant. Il était aussi question d’évaluer la vulnérabilité au risque d’inondation
pour comprendre l’endommagement quasi annuel. Il en ressort que parmi les facteurs du milieu
physique participant à la construction du risque le climat à travers les précipitations et les
températures occupent une place importante. L’extrême vulnérabilité aux inondations
notamment dans les départements de la plaine tient à l’exposition de différents types d’enjeux
et leur sensibilité à l’endommagement. Ainsi, le mauvais choix des sites de construction en
violation des dispositions réglementaires et la pauvreté sont globalement les principaux
variables de cette vulnérabilité. La croissance très rapide de la population et l’incapacité des
autorités à répondre aux besoins conduit à un laisser-faire général contribuant à l’aggravation
du risque dans la Région de l'Extrême-Nord. En mettant en difficulté le système économique
local et en fragilisant les infrastructures, les changements climatiques aggravent la vulnérabilité
au risque. En outre, les épisodes de pluies extrêmes et les autres changements qui affectent la
pluviométrie réduisent la perception. La situation de vulnérabilité appelle l’ensemble des
acteurs aux actions visant la prévention des catastrophes, mais aussi la construction de la
résilience pour faire face aux inévitables situations de crise.
237
L’objectif de cette partie est d'analyser le processus d’adaptation aux inondations dans
la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. D’emblée, les enjeux et les contraintes de
l’adaptation sont élucidés (chapitre 5). Ce chapitre analyse aussi l’intégration des politiques de
prévention des risques dans les politiques de développement à différentes échelles. Le chapitre
6 retrace le cycle de la gestion des catastrophes dans la Région de l'Extrême-Nord en fonction
du critère temporel. Ainsi, pour réagir efficacement il faut se préparer aux situations de
catastrophe en renforçant la connaissance du risque et en mettant en place des structures de
riposte. Pendant la crise, l’ensemble des acteurs se mobilisent pour limiter les dégâts. Après la
catastrophe, il faut faire face aux pertes, réhabiliter et reconstruire pour éviter que
l’enchaînement des dégâts. La figure 91 résume la démarche adoptée et les principaux résultats
qui en découlent.
Analyse géographique de
l’adaptation aux inondations
dans la région de l'Extrême-
Nord du Cameroun
ANALYSE JURIDIQUE
A Loi n° 201/008 du 06 mai 2011
Do CONTEXTUALISATION
Loi N° 2004/003 du 21 avril 2004
Système des Nations Unis n
nné Loi N°86/016 du 06 décembre 1986
UA/NEPAD al
Décret N°98/031 du 09 mars 1998
es CEEAC y
Cameroun/PNC s
glo
e DONNÉES D’ANALYSE
bal Résultats de l’évaluation du risque
Do
in
Archives communales, départementales, nné
es, CONTRAINTES cl régionales
D’ADAPTATION Observations de terrain es
régi u
Incertitudes liées à l’aléa Données sur la protection civile
si
ona Incertitudes sur le milieu loc
humain v
les ANALYSE INSTITUTIONNELLE ales
Inertie institutionnelle e Communes/communautés urbaines
et Difficile territorialisation MINATD/ONR/DPC/ONACC
Planification difficile Nombreux partenaires
Ménages
RÉSULTATS
Pour la planification de l’adaptation, plusieurs incertitudes doivent être prises en compte et
la démarche doit être en étapes
L’adaptation est une préoccupation à tous les niveaux d’intervention
Pour se prémunir du risque, des infrastructures hydrauliques sont construits dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun
En cas de catastrophes nombreux acteurs interviennent pour limiter l’endommagement
L’efficacité des actions est compromise par de nombreuses contingences socioéconomiques
et conjoncturelles
Introduction
Ce chapitre ressort également la place de l’adaptation dans les négociations sur les
changements climatiques. En outre, une attention particulière est accordée aux contraintes de
planification, de spatialisation et de financement de l’adaptation. La place de l’action publique
est examinée pour penser les conditions de sa pertinence. Il ressort des investigations que, si
inquiète de l’ampleur des changements climatiques la communauté internationale s’est d’abord
plus penchée sur les stratégies de prévention, l’accord de Paris (2015) consacre le désir de
l’humanité d’affronter le problème en mettant les moyens humains, techniques et financiers
pour faire face aux nombreuses contraintes qui limitent l’efficacité de l’action d’adaptation
surtout dans les PMA les plus vulnérables.
liées au caractère toujours inachevé du diagnostic mettent en doute l’efficacité éventuelle des
résultats. La dynamique de l’environnement et l’imprévisibilité de certains phénomènes dus à
la diversité des scénarios augmentent la plage des options d’adaptation. En outre, les mutations
que connaît la société imposent des coûts sans cesse en augmentation avec un sérieux risque de
recommencement permanent.
On ne peut prévenir une menace que lorsqu’on maîtrise ses différents contours. En
médecine, la prévention par vaccin concerne essentiellement les maladies dont l’agent
pathogène est cerné par les spécialistes. L’environnement mondial en général et les sociétés
exposées aux risques en particulier sont en évolution. Les incertitudes concernent les facteurs
naturels et leurs impacts, mais aussi les conditions socio-économiques. Les enquêtes du
REPECC dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ressortent pour les arrondissements
de Moulvoudaye, Touloum et Kousseri les obstacles suivant à l’adaptation aux effets des
changements climatiques (tableau 66).
Tableau 66 : Obstacles à l’adaptation aux effets des changements climatiques dans les
arrondissements de Moulvoudaye, Touloum et Kousseri
Si par le passé, on a constaté une évolution croissante des risques naturels dans toutes les
parties du monde avec des impacts de plus en plus en importants, il serait prétentieux de prédire
un profil d’évolution pour les années suivantes. D’autant plus que le facteur climatique ; très
241
déterminant dans le déclenchement des catastrophes naturelles est influencé à la fois par des
facteurs naturels et anthropiques « non prévisibles ». Le GIEC utilise le terme scénario pour
faire référence au comportement prévisible des éléments du climat pendant les prochaines
années. Les différents scénarios se basent sur l’évolution probable des émissions de GES.
La température présente une forte variabilité en fonction des émissions de référence des
GES. Le scénario le plus optimiste notamment B1 prédit une augmentation de 1,8°C sur la
température moyenne mondiale d’ici 2100 par rapport à la référence de 1990. Le scénario A1FI
voit une augmentation de près de 4°c sur la même période de référence. Les scénarios
intermédiaires placent le changement à plus de 2°C (GIEC, 2014). Le choix des options
d’adaptation est fortement fonction de ces différents scénarios. Les fortes variations exigent
plus de moyens pour préparer les communautés à accueillir les changements. En outre, plus le
changement est important plus de personnes et d’espaces sont concernés à travers le monde.
L’incertitude du changement et l’espoir pour l’homme de limiter l’augmentation des
températures de surface terrestre et marine orientent les efforts vers la limitation des émissions
de GES. D’où le caractère dérisoire des fonds accordés à l’adaptation par rapport à l’atténuation.
Dans ces conditions, les répercussions des changements sont difficilement prévisibles
aussi bien au niveau mondial que local. Le niveau de changement de températures détermine
une plage de répercussions très variables d’un scénario à l’autre. Les risques climatiques,
météorologiques, hydrologiques et même géophysiques seront déterminés dans leur fréquence
54
Intended Nationally Determined Contribution
242
et leur gravité par les changements climatiques. Dans un contexte d’incertitude, la préparation
à ces risques ne pourrait que présenter des résultats peu satisfaisants.
- l’évolution démographique ;
- l’incidence de la pauvreté ;
- la façon dont les autorités prennent en compte les informations climatiques dans la prise
de décision.
Ces incertitudes sont d’autant plus importantes pour les pays en développement que la place
des facteurs exogènes est prépondérante dans la définition des voies de développement.
L’adaptation exige une planification à long terme pour l’ensemble des facteurs concernés ; ce
qui se révèle difficile au vu de l’importante dynamique parfois marquée par des mutations, et
bifurcations presque imprévisibles.
- Il se révèle aussi que l’adaptation n’est pas un processus graduel avec une continuité
dans le processus. L’apprentissage par des retours d’expérience produit peu de résultats.
Seules des mesures radicales par un changement total de trajectoire produit parfois des
résultats.
Pour résumer, l’adaptation doit être conçue sur le long terme avec prise en compte de la
dynamique des facteurs humains et naturels du risque. En outre, les initiatives intersectorielles
sont plus appropriées et l’approche systémique produit plus de résultats aussi bien pour les
préoccupations actuelles que futures.
L’inertie institutionnelle s’exprime aussi dans le fait que plusieurs actions entreprises ne
sont jamais menées à terme. Dans les villes par exemple les populations vivant en zone à risque
ont été sommées de déguerpir plusieurs fois, mais, jamais les moyens ont été consentis pour
rendre exécutoire ces décisions. Suite aux inondations de 2012 les autorités administratives ont
entrepris le déguerpissement des familles les plus exposées dans les quartiers à risques dans la
ville de Kousseri. En 2013, un recensement des ménages concernés par cette opération avait été
effectué (tableau 67).
245
Tableau 67 : Familles à recaser recensées en 2013 dans la ville de Kousseri à la suite des
inondations de 2012
En 2017, lors de nos enquêtes de terrain, ces populations recensées occupaient les mêmes
sites. Certains lots non bâtis en 2013 sont aujourd’hui habités. Les déplacés internes (personnes
ayant quitté leurs villages à cause des attaques de Boho Haram) augmentent la pression
foncière.
Le GIEC (2012) estime que d’ici 2020, 75 à 250 millions de personnes en Afrique
devraient souffrir d’un stress hydrique accentué par les changements climatiques. En outre, les
rendements de l’agriculture pluviale devraient chuter de 50%. Les dégâts engendrés par les
phénomènes extrêmes devront aussi être très considérables. Le coût de l’adaptation pourrait
dans ces conditions représenter entre 5 à 10% du PIB du continent. Ce coût est encore plus
élevé pour les autres continents où la menace des risques climatiques pèse sur un nombre plus
important de personnes. Il faut remarquer que, nous ne faisons ici référence qu’aux estimations
avec une marge d’erreur très élevée. Dans tous les cas, les coûts sont exorbitants et dépassent
largement la capacité de mobilisation des fonds par les États.
classe. Depuis le milieu des années 2000, il s’avère que les changements climatiques sont
incontournables et l’adaptation devient immanquable. L’évaluation de la vulnérabilité et le
choix des options d’adaptation par les États demandent des fonds sans cesse croissants pour
aider les populations à se prémunir contre les ravages prévisibles des risques climatiques.
Ces coûts semblent dérisoires ; car, ne prennent en compte que l’intégration des
changements climatiques dans les projets plutôt que le financement des projets dans leurs
entièretés.
Pour ce qui est de l’entretien des ouvrages de protection, le PULCI est lancé en 2013 pour
un coût de 53 milliards XAF grâce à un soutien de la Banque Mondiale. Ce projet ne concerne
que quatre arrondissements sur les 12 qui s’étirent tout au long du fleuve Logone. « Les travaux
du PULCI ont aggravé les inondations dans les arrondissements de Zina et Logone Birni »56.
La perspective du renouvèlement du contrat de PULCI pour d’autres arrondissements en amont
ou en aval du Logone requiert d’énormes ressources financières. Dans son adresse aux
populations suite aux inondations de 2012, le Président de la République avait annoncé une
digue route entre Gobo et Kousseri sur 330 km. Ce projet évalué à plusieurs centaines de
55
1 XAF ou Fcfa = 659 € soit 550 US Dollar
56
Propos de M. Aboukar Mahamat, responsable de l’ACEEN, responsable d’une ONG de défense des droits des
populations vivant dans la plaine de Waza Logone.
247
milliards cherche encore des financements. En dehors du Logone, les autres cours d’eau de la
région exigent que leurs berges soient protégées. La communauté urbaine de Maroua projette
la construction d’ouvrages bétonnés pour protéger la ville de la destruction progressive des
berges du Mayo et les inondations (figure 92). Ce projet est onéreux au vu de la capacité
financière des autorités locales.
Figure 92 : Projet de protection des berges de mayo dans la ville de Maroua pour lutter contre
les inondations (Source : IDEA Consult, 2016)
En dehors de la protection des berges, plusieurs autres agglomérations de la Région de
l'Extrême-Nord présentent les problèmes de drainage et d’assainissement. Pour la ville de
Kousseri par exemple, c’est la première cause des inondations. Le PCD de 2013 prévoyait la
construction de caniveaux avec pose de buses et remblais des zones basses de la ville pour un
montant d’un milliard XAF (CANAL DE DEVELOPPEMENT/PNDP, 2013). Ce coût est
largement supérieur au budget annuel de la commune qui atteint difficilement 200 millions
XAF. Les autres sources de financement envisagé comme le BIP, les Fonds PPTE et le fonds
routiers n’ont pas encore financé ce projet.
Le diagnostic des risques naturels à l’échelle mondiale laisse clairement voir les espaces
les plus vulnérables de la planète. Si cette vulnérabilité est parfois liée aux facteurs socio-
économiques, dans bien de cas, ce sont les caractéristiques du milieu physique qui posent
problème. Maplecroft57 utilise l’index de vulnérabilité comme indicateur de la susceptibilité
des pays du monde aux risques climatiques. Les États insulaires (Bangladesh, Comores, Haïti,
philippines, etc.), et pays sahéliens (Éthiopie, Niger, Mali, etc.) sont les plus vulnérables. En
outre la partie côtière de plusieurs pays subit la remontée du niveau de la mer et le passage de
tempêtes violentes qui occasionnent des dégâts de plus en plus importants.
Faut-il évacuer les zones rouges58 pour sécuriser les populations et leurs biens ? Cette
question se pose autant au niveau mondial que régional et même local. Les départs volontaires
des populations après la perte de leurs moyens de subsistance témoignent de la gravité du
désespoir qui grandi au sein des communautés vulnérables. En 2014, les catastrophes naturelles
(moussons, sécheresse, inondations, tremblements de terre, incendies, désertifications,
tempêtes, cyclones, etc.) ont poussé près de 19,3 millions de personnes au déplacement59. La
mobilité anticipée des populations lorsque l’alerte est lancée permettrait d’éviter des centaines
de milliers de morts. En outre, les biens économiques pourront dans la mesure du possible être
déplacés pour être préservés. Certains pays du monde notamment les USA évacuent parfois des
villes et villages entiers pour éviter les dégâts du passage des typhons saisonniers. Il s’agit d’une
prouesse que les autres pays du monde ne peuvent s’offrir. Les moyens techniques requis pour
ce type d’opération sont largement au-dessus des possibilités des pays en développement. En
plus l’attachement culturel des communautés à leurs terroirs représente une importante perte
immatérielle difficilement conciliable.
Au Cameroun, la vallée de Nyos avait été vidée à la suite de l’émanation de gaz de 1986.
Les pouvoirs publics ont alors entrepris le dégazage pour éviter l’accumulation de quantités
dangereuses de CO2 au fond du lac. Les populations avaient supporté quelque temps leur
déplacement. Au bout d’une dizaine d’années, elles voulaient plus ardemment retourner chez
elles. Ils poursuivaient les terres fertiles de la plaine. En outre elles se sentaient déculturées loin
des tombes de leurs ancêtres (Tchindjang, 2018).
57
Société mondiale de conseil en stratégie et risque, basée à Bath, au Royaume-Uni.
58
Zone d’occurrence régulière de catastrophes de fortes intensités
59
[Link]
249
Les changements climatiques n’ont pas de frontières et les impacts se font sentir sur
l’ensemble de la planète. En raison de leur faible capacité de résilience, les pays en
développement sont aujourd’hui les plus touchés. Toutefois, dans les flux internationaux les
effets induits sont transmis aux pays développés. La baisse de la productivité de l’agriculture
pluviale entraîne progressivement une augmentation de la demande internationale en produits
alimentaires. En outre, des milliers de personnes se déplacent chaque année des pays en
développement vers les pays riches. Ces migrations sont actuellement accentuées par la menace
climatique.
Le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) mise en place en 1991 est aujourd’hui le
principal mécanisme financier de la CCNUCC. Il est chargé de fournir au pays des moyens
250
- le Fonds pour les Pays les Moins Avancés ; c’est une caisse dédiée au soutien des pays
en développement. Ce fonds finance la mise en œuvre des programmes nationaux
d’action pour l’adaptation aux changements climatiques.
- Le Fonds pour l’Adaptation (CFA) ; Il est alimenté par les transactions internationales
sur les Unités de Réduction Certifiée des Émissions (URCE). L’objectif de ce fonds est
de donner les moyens au pays en développement particulièrement vulnérables pour
qu’ils puissent faire face aux effets défavorables des changements climatiques. Il faut
remarquer que le FEM offre uniquement les services de secrétariat au CFA.
- Le Fonds spécial pour les changements climatiques ; c’est un fonds stratégique qui
finance en priorité l’adaptation aux changements climatiques.
On remarque que le FEM priorise l’adaptation des pays en développement. La mise en place
des plans nationaux d’adaptation permet aux pays de faire une évaluation de proximité de leur
vulnérabilité afin de définir de manière convenable les options d’adaptation avec des retombées
dans la construction de la résilience. Les projets régionaux bénéficient aussi d’une bonne
attention ; en effet certains effets des changements climatiques sont circonscrits (îles du
Pacifique, Caraïbes, Amérique centrale, etc.). Les projets avec des effets planétaires ne sont pas
répandus comme le présente le tableau 68.
Tableau 68 : Bilan des projets d’adaptation financés par le FEM en fonction de la zone
concernée
Cadre spatial du projet
Fonds Pays Régions Monde Total
Fonds pour les Pays les Moins Avancés 32 0 0 32
Fonds spécial pour les changements climatiques 18 2 1 21
Priorité stratégique « Adaptation » 16 7 1 24
Pourcentage par rapport au total 85,71% 11,58% 2,59% 100
Il ressort du tableau 68 que seulement 2,59% des projets d’adaptation sont à incidence
mondiale. Il s’agit de vastes projets concernant tous les continents de la planète. Les projets
251
Figure 93 : Situation des villages victimes d’inondations en 2015 en aval des digues
camerounaises et tchadiennes (Source : Mahamat, 2018)
Plusieurs cas permettent de conclure qu’il est convenable d’envisager tout aménagement
hydraulique en tenant en compte l’ensemble du bassin versant. Cela garantit une gestion
concertée de la ressource hydrique, mais aussi, un moyen efficace de prévenir les inondations.
La territorialisation à différentes échelles du risque est un véritable obstacle. D’une part entre
États indépendants et d’autre part entre différentes unités administratives. Le Cameroun et le
252
Tchad par exemple ont signé un protocole d’accord concernant les aménagements hydrauliques
sur le Logone le 20 août 197060. Cet accord stipule à l’article 5 : « Chaque Gouvernement
tiendra informé l'autre Gouvernement de nouveaux projets d'aménagements hydro-agricoles ou
tout autre projet qui aurait des conséquences sur les conditions d'écoulement des eaux du
Logone ». Sambo (2005) relève deux principaux facteurs contribuant à l’absence de
collaboration gagnant-gagnant entre les deux gouvernements :
- les mésententes entre les populations situées en aval et en amont des fleuves,
- les rixes régulières entre les populations installées d'une rive à l'autre et les conflits sur
le lac Tchad.
Regroupés au sein de l’Organisation des Nations Unies (ONU), les pays du monde ont
accordé une attention particulière à la prévention des catastrophes. La mise en place d’un cadre
global de réflexion permet d’accompagner les pays les plus vulnérables et présentant de faibles
capacités de prévention. Spécifiquement le Cameroun dispose d’un ensemble d’organes avec
des missions directement ou indirectement en rapport avec la gestion des risques et
catastrophes.
60
Accord cosigné à Moundou par le Président de la République Fédérale du Cameroun SE. EL HADJ AHMADOU
AHIDJO et le Président de la République du Tchad [Link] TOMBALBAYE
61
[Link]
253
crise majeure pour éviter la multiplication des pertes à la fois corporelles qu’économiques. Il
est aussi question de mettre la science et la technologie au service de l’évaluation, la prévention
et le contrôle des risques de catastrophes. En 1971, the United Nations Disaster Relief Office
(UNDRO) a été créé. Cet organisme est placé sous l’autorité du Secrétaire Général. Ses
missions essentielles sont :
- les PMA, les petits États insulaires en développement et les pays sans littoral sont les
plus vulnérables, car ce sont les moins à même d’atténuer les effets des catastrophes. En
plus, les pays en développement touchés par la sècheresse et la désertification sont très
vulnérables parce qu’ils disposent de moyens insuffisants pour atténuer les effets des
catastrophes ;
- dans tous les pays, ce sont les groupes démunis et socialement défavorisés qui souffrent
le plus ;
- le développement durable peut contribuer à réduire la vulnérabilité s’il est préparé et géré
de façon à améliorer les conditions socio-économiques des groupes et des collectivités
touchés ;
- les méthodes traditionnelles d’atténuation des effets des catastrophes devraient être
complétées et renforcées par des connaissances scientifiques et techniques modernes ;
- tous les éléments de la chaîne de prévention des risques de catastrophe qui va des secours
à la prévention en passant par le relèvement, la reconstruction et le développement
doivent orienter les efforts de réduction des pertes humaines et physiques, qui reste
l’objectif ultime.
256
À Yokohama, les États du monde ont profité aussi pour faire une évaluation à mi-parcours
de la décennie mondiale pour la prévention des catastrophes. Il se dégage que la prise de
conscience sur les avantages de la prévention des catastrophes reste encore limitée. Ceci est
imputable au manque de volonté et à l’insuffisance de ressources pour la sensibilisation.
Toutefois, la création d’un cadre organisationnel et la conduite des activités aux niveaux locaux,
nationaux et internationaux en matière de renforcement de capacités dans la prévention des
catastrophes ont produit des résultats positifs dans certaines régions. Il se dégage aussi que
toutes les entités des Nations Unies n’ont pas contribué dans la mesure de leur possible à
l’application de la décennie comme l’avait souhaité l’Assemblée Générale. Pendant les
dernières années il sera question de mobiliser toutes les parties prenantes pour contribuer à
l’atteinte des objectifs. En plus la stratégie devrait s’ouvrir aux situations de catastrophes non
naturelles pour une prévention des pertes plus globalisante.
En 1995, il est décidé que la décennie se terminera par un grand évènement qui contribuera
à la prise de conscience en faveur de la nécessité de prévenir les catastrophes. En 1997,
l’Assemblée Générale adopte plusieurs résolutions au sujet d’El niño. Conscients du fait que ce
phénomène impacte très négativement plusieurs régions du monde, les États partis de la
décennie, les organismes de l’ONU (UNESCO, OMM, OMS, FAO, PNUD…) et les conseils
scientifiques internationaux et régionaux sont invités à contribuer à l’étude du phénomène et à
l’intensification de la coopération technique et scientifique avec les pays les plus exposés pour
contribuer à réduire l’impact négatif d’El Niño.
En 1999, un grand forum est organisé pour clôturer la décennie internationale pour la
prévention des catastrophes. À cette occasion, des évènements régionaux et thématiques furent
organisés pour mettre en place une plateforme globale multisectorielle et interdisciplinaire pour
favoriser le dialogue entre tous les États du monde en faveur de la prévention des risques.
L’OMM et l’UNESCO furent mis à contribution pour animer près de 40 sessions d’échange et
produire des supports d’information pour rendre public les réalisations mondiales pendant la
décennie internationale pour la prévention des catastrophes.
En 2000, la stratégie internationale pour la réduction des catastrophes est mise en place.
Il s’agit d’une force inter-agence placée sous l’autorité du responsable des affaires humanitaires
de l’ONU. Cette stratégie contribue à l’implémentation de la vision globale en faveur de la
prévention des catastrophes. En 2002 le sommet mondial sur le développement durable se tient
257
- Veiller à ce que la réduction des risques de catastrophe soit une priorité nationale et
locale et à ce qu’il existe, pour mener à bien les activités correspondantes, un cadre
institutionnel solide.
- Mettre en évidence, évaluer et surveiller les risques de catastrophe et renforcer les
systèmes d’alerte rapide.
- Utiliser les connaissances, les innovations et l’éducation pour instaurer une culture de la
sécurité et de la résilience à tous les niveaux.
- Réduire les facteurs de risque sous-jacents.
- Renforcer la préparation en prévision des catastrophes afin de pouvoir intervenir plus
efficacement à tous les niveaux lorsqu’elles se produisent
Pour assurer la réussite dans la mise en œuvre du cadre d’action de Hyōgo les
responsabilités des différents acteurs sont définies et un mécanisme de mobilisation des
ressources est mise en place. L’encadré 6 énonce les tâches dévolues aux États.
258
D’autres tâches sont dévolues aux organismes régionaux impliqués dans la réduction
des risques de catastrophe. Ces organismes doivent promouvoir la coopération scientifique,
technologique pour permettre la réduction de risque à l’échelle régional. Il est aussi utile de
produire un état des lieux de la prévention pour faire des propositions en faveur de
l’amélioration des stratégies. Pour les risques d’envergures régionales, il faut créer des centres
de collaboration pour l’efficacité des moyens de réponse.
Les organismes des Nations Unies et les institutions financières internationales sont
appelés à soutenir la mise en œuvre de la stratégie internationale de prévention des catastrophes
en encourageant l’intégration des éléments relatifs à la réduction des risques de catastrophe
dans les programmes d’aide humanitaire et de développement durable. Les organisations
internationales doivent aussi « aider les pays en développement sujets aux catastrophes à mettre
sur pied des stratégies ainsi que des plans d’action et des programmes nationaux pour réduire
les risques de catastrophe et à renforcer leurs capacités institutionnelles et techniques ». Il est
aussi convenu d’intégrer les considérations de réduction des risques de catastrophe dans les
dispositifs d’aide au développement. Les organismes des Nations Unies doivent définir les
facteurs de vulnérabilité aux risques de catastrophe, élaborer les normes, tenir les bases de
données, mettre au point des indicateurs et des indices, appuyer les systèmes d’alerte précoce,
procéder à un échange de données sans contrepartie et exploiter les données d’observation
259
recueillies in situ ou par télédétection. En cas de catastrophe, les pays touchés doivent recevoir
à leur demande des secours internationaux ; ce secours peut aussi être fourni dans la perspective
de la réduction du risque, de l’atténuation de la vulnérabilité et de mise en place de systèmes de
sauvetage.
À partir de 2012, des consultations sont engagées au sujet de l’après Hyōgo. En 2015, le
cadre d’action de Sendai pour la réduction des catastrophes pour la période 2015-2030 est
adopté. Il introduit des innovations tout en associant la continuité du travail engagé par les
différents intervenants entre 2005 et 2015. De manière spécifique, quatre priorités d’action sont
définies.
Pour sauver des vies, prévenir et réduire les pertes matérielles tout en garantissant une
réhabilitation efficace, il faut promouvoir l’investissement public et privé dans la réduction des
catastrophes.
- les États doivent établir des mesures visant à faciliter l'adaptation appropriée aux
changements climatiques.
- les États doivent préparer en coopération, l'adaptation à l'impact des changements
climatiques. Préparer et mettre au point des plans appropriés et intégrés pour la
gestion des zones côtières, pour les ressources en eau et l'agriculture, et pour la
protection et la remise en état des zones frappées par la sécheresse et la désertification,
notamment en Afrique, et par les inondations.
62
FISCR (2008)
261
L'UA et le NEPAD en
Cadre Internationale
action pour la
pour la prévention des
prévention des
catastrophes (ONU,
catastrophes en
UNDRO)
Afrique
Figure 94 : Initiative nationale et locale de prévention des risques comme résultats du cadre
international et régional
Le NEPAD et l’UA relèvent cinq objectifs prioritaires pour promouvoir la réduction des
risques de catastrophe en Afrique :
L’atteinte de cet objectif passe par l’engagement des États et des communautés
économiques régionales. Il faudra incorporer la réduction des risques de catastrophe dans les
législations nationales et y allouer plus de moyens. En plus, le renforcement institutionnel avec
une bonne définition des attributions et la culture de la responsabilité permettra d’avoir la
participation efficiente de tous les acteurs impliqués dans la chaîne.
commun des objectifs de développement durable et de réduction des risques de catastrophe dans
une approche systémique permet l’atteinte de résultats durables à toutes les échelles. Les cadres
stratégiques de réduction de la pauvreté mis en place ces dernières années par un certain nombre
de pays africains doivent nécessairement aborder la maîtrise des aléas et la réduction des
vulnérabilités.
Ces objectifs abordent spécifiquement les problèmes communs aux pays de l’Afrique
centrale. De manière prioritaire, le premier objectif est relatif à l’identification des
vulnérabilités. La cartographie des risques transfrontaliers permet d’interpeller les États
concernés sur leurs responsabilités dans la prévention. L’objectif 2 vise la création d’un
observatoire régional des risques et le renforcement de systèmes d’alerte. Le soutien de
plusieurs institutions internationales et régionales (OMM, ACMAD, OCHA, UN-SPIDER…)
est appelé pour l’atteinte de cet objectif. L’amélioration des capacités de préparation et de
réponse passe par le renforcement des institutions nationales et régionales.
Au niveau des États membres, il est recommandé d’élaborer des plans de contingence
et de tester leur opérationnalité. Cet objectif devrait s’étendre uniquement sur les premières
années du plan de préparation. Le quatrième objectif porte sur le renforcement du cadre
juridique aussi bien au niveau national que sous régional pour encadrer la prévention de
réduction des risques de catastrophe. Il est aussi question de renforcer les mécanismes de
concertation, de formation et de coordination pour favoriser le partage d’expériences et de
bonnes pratiques. Le dernier objectif aborde la question de financement. La mise en œuvre de
267
l’ensemble de la stratégie sous régionale s’élève à 25 025 000 €63. Il est question de mettre sur
pied une commission chargée de la mobilisation des ressources nécessaires. Un fonds d’urgence
devra aussi être créé pour prendre en charge la prévention, la préparation et la réhabilitation.
63
16,5 milliards XAF
268
- Les éruptions volcaniques ; elles concernent la ligne de faille du Cameroun avec des
volcans plus ou moins actifs. Les manifestations dévastatrices sont : les coulées de laves,
les nuées ardentes et les émissions de gaz. Le Sud-Ouest, le Nord-Ouest, le Littoral,
l’Ouest, l’Adamaoua, le Nord et l’Extrême-Nord sont les régions administratives
exposées aux éruptions volcaniques.
- Les émanations de gaz toxiques ; les évènements de 1984 et 1986 respectivement du lac
Monoun et le lac Nyos ont mis en évidence la menace de ce risque sur le Cameroun. En
dépit des efforts de prévention, la menace est réelle autour de ces lacs et concerne les
Régions de l’Ouest (département du Noun) et du Nord-Ouest (département de la
Mentchum).
64
DPC (2011)
269
- Les mouvements de masse ; même si le PNC ne relève pas ce risque parmi les menaces
de catastrophe au Cameroun, plusieurs auteurs (Ayonghe, 1999, Tchotsoua, 2007,
Guedjeo et al., 2012, Tchindjang, 2012, Saha, 2014, etc.) ont mis en évidence la
récurrence et la menace permanente des mouvements de masse dans plusieurs régions
du Cameroun.
En plus des risques naturels, le Cameroun est exposé aux menaces de catastrophes
sanitaires, les pestes animales, les risques technologiques, les accidents de circulation, les
risques d’incendies, l’afflux de réfugiés, les conflits inter-ethniques…
La préparation efficace aux catastrophes exige aussi l’évaluation régulière des menaces
identifiées. Ainsi, il est nécessaire de mettre sur pied des institutions spécialisées pour quantifier
le risque pour chaque zone. Dans le domaine des risques hydrogéomorphologiques, l’Institut
de Recherche Géologique et Minière (IRGM) et le Centre de Recherche Hydrologique (CRH)
collectent et traitent les données pour produire un état des lieux des aléas. Depuis 2003, le
gouvernement du Cameroun a créé l’Observatoire National du Risque (ONR) pour capter,
traiter, stocker et diffuser l’information sur les risques.
Dans le domaine des risques climatiques, le Cameroun s’est également doté d’un
Observatoire National des Changements Climatiques (ONACC) dont les responsabilités
impliquent l’évaluation des potentielles conséquences catastrophiques que pourraient
représenter les changements climatiques au Cameroun. La figure 95 présente le schéma de
collaboration entre différents intervenants dans le cadre du plan de contingence.
270
DÉCIDEURS
Autorités administratives
Captent, analyse et diffusent
Populations TECHNICIENS
Diffusent et implémentent les
IRGM, CRH, INC, DMN, ONACC, etc.
orientations
Figure 95 : Interrelation entre différents intervenants dans le PNC (source : DPC, 2011,
modifié)
Le PNC, est établi et mise à jour tous les cinq ans. La DPC assure le suivi de la mise en
œuvre et l’évaluation du PNC.
Ayant adhéré à l’ONU dès son accession à l’indépendance en 1960, le Cameroun est partie
prenante de tout ce qui est fait au niveau international en faveur de la prévention des risques de
catastrophe. En 1973, une Direction de la Protection Civile est créée au sein du Ministère de
l’Administration Territoriale et de la Décentralisation (MINATD). Plusieurs autres textes de loi
notamment la loi de 1973, la loi N°86/016 du 06 décembre 1986 portant réorganisation générale
de la protection civile et plus récemment le décret N°2005-104 du 13 avril 2005 portant
organisation du MINATD ont contribué à cadrer la DPC dans son organisation et la définition
de ses missions. Aujourd’hui, elle est constituée de deux entités : la Cellule des Études et de la
Prévention (CEP) et la Sous-direction de la Coordination et des Interventions (SDCI). Les
missions de la DPC dans son ensemble sont les suivantes :
- étudier les mesures de protection civile en temps de paix comme en temps de guerre,
en liaison avec les administrations concernées ;
271
- préparer des stages de formation des personnels de la protection civile en liaison avec
la Sous-direction des Ressources Humaines du MINATD ;
- coordonner les moyens de mise en œuvre pour la protection civile, notamment les
secours, le sauvetage, la logistique, l’utilisation des forces supplétives et auxiliaires ;
Comme compétence du MINAT, la protection civile est assurée dans les Régions par les
gouverneurs, les préfets dans les départements et les sous-préfets dans les arrondissements. Ces
responsables sont chargés chacun en ce qui le concerne de coordonner les ressources
disponibles en cas de crise. La DPC travaille en étroite collaboration avec plusieurs autres
organismes privés, publics, nationaux ou internationaux :
- le Conseil National de Protection Civile (CNPC) ; Il s’agit d’un organe consultatif placé
sous l’autorité du Secrétaire Général de la Présidence de la République ;
Toutes ces institutions ont leurs représentations dans la Région de l’Extrême-Nord. Leurs
actions ont été plusieurs fois observées sur le terrain soit dans la sensibilisation des populations
par rapport à leurs vulnérabilités ou en temps de crise pour porter secours aux victimes et
faciliter leur insertion sociale.
65
Direction de la Protection Civile, Yaoundé
272
- Tenu d’un atelier (14-16 février 2017 à Mbalmayo) pour la relecture profonde de la
nouvelle édition du PNC. Cette version en entente de validation par les autorités
compétentes.
- Formation des acteurs locaux sur la gestion de l’information relative aux pertes et
dommages liés aux catastrophes ; cela en droite ligne avec les objectifs du cadre
d’action de Sendai.
- Visite en septembre 2017 de la zone affectée par l’érosion des berges du Mayo-Zoké
dans l’arrondissement de Guidiguis (département du Mayo Kani) ; une église, un radier
et une partie de l’école des parents de Guidiguis ayant été détruits.
L’ONR découle d’un décret de 2003 signé par le Premier Ministre chef du
gouvernement. Il est rattaché au MINAT notamment à la DPC. L’ONR « a pour missions la
collecte, la gestion et la diffusion des informations sur les risques naturels, technologiques,
industriels et anthropiques ». Cette mission est déclinée en quatre attributions opérationnelles
(Encadré 9).
66
Décret N° 2009/410 du 10 décembre 2009 portant création, organisation et fonctionnement de l’Observatoire
National des Changements Climatiques
67
Oumba, 2017
274
95). Interrogé sur l’implication réelle de l’ONACC dans la prévention des risques au Cameroun,
l’encadré 10 donne une attitude du Directeur Général.
68
Décret n°2008/377 du 12 novembre 2008 fixant les attributions des Chefs de circonscriptions administratives
et portant organisation et fonctionnement de leurs services
275
69
Décret n°98/031 du 09 mars 1998 portant organisation des plans d’urgence et de secours en cas de catastrophe
ou de risque majeurs
70
Gouverneur de la Région de l'Extrême-Nord entre mars 2012–juin 2014
276
La collaboration entre les autorités et les populations locales n’est pas toujours
exemplaire. Dans un esprit de cupidité, certaines populations des zones sinistrées s’enregistrent
frauduleusement sur les listes de victimes (annexe 11). Il en est de même de la surestimation
des dégâts matériels dans certains cas pour bénéficier des compensations.
Par leur implication dans l’aménagement du territoire, les communes sont présentes dans
tout le cycle de la gestion des catastrophes. Leurs actions participent aussi bien à la prévention,
à l’intervention en temps de crise et à la restauration post-catastrophe. Disposant de budgets
autonomes, les communes sont généralement en avant-garde en situation d’urgence. En zone
de plaine, les maires mobilisent les moyens logistiques pour extraire les populations de la zone
de danger lorsque l’eau monte. Les maires mettent également à la disposition des populations
des sacs vides pour colmater les brèches lorsqu’il s’agit de dégradation des berges ou de
ruptures de barrages.
Le cas de la commune de Yagoua est assez remarquable. En 2012, 2013 et 2014 le maire
a remis chaque fois 2000 sacs vides pour faire des digues provisoires pour empêcher l’eau de
pénétrer dans les villages le long du Logone71. Le maire a également créé cinq comités d’alerte
pour faire remonter rapidement l’information en cas de menace majeure. Ces derniers jouent le
rôle d’intermédiaire avec les autorités municipales. Ka’ardi Dikamdi (2017) rapporte également
que la mairie de Yagoua a mis à la disposition des populations une partie de sa réserve foncière
à Dana et derrière l’hôpital régional comme site de recasement pour les populations des
quartiers Kaskao, Gobessou, Danayré et Kalfouré qui sont touchées chaque année par les
inondations dues soit à la stagnation de l’eau (Kaskao) ou au débordement de rivière pour les
autres.
71
Information recue de M. Aboubakar Abdoulaye (cadre communal de développement) à la mairie de Yagoua
278
premier secours au profit des sinistrés. Dans sa collaboration avec la DPC, la croix rouge offre
un cadre d’action de proximité. La croix rouge est également prompte à mobiliser les ressources
afin d’apporter une aide matérielle aux sinistrés.
En 2012, la Croix Rouge camerounaise a organisé une collecte de fonds sous forme de
« téléthon ». En plus de la célébration œcuménique retransmise en direct sur les chaînes de
télévision pour réconforter psychologiquement les sinistrés, 14 millions avaient été récoltés
pour assister les victimes des inondations dans les Régions du Nord-Ouest, de l’Est, du Nord et
de l’Extrême-Nord72. Cette même année, le comité régional de la Région de l'Extrême-Nord a
offert 850 kilogrammes de riz, 850 bidons, 850 sceaux, 850 nattes, 500 cartons de savons, 425
matelas, 425 foyers améliorés et 2 tricycles aux sinistrés recasés dans les camps. Le tableau 70
ressort les ressources d’intervention du comité départementale de la croix rouge du département
du Mayo Danay.
72
Journal investir au Cameroun
279
la croix rouge est un important levier qui devrait être plus mis à contribution pour la prévention
et la gestion des catastrophes dans la Région de l'Extrême-Nord.
Conclusion
L’objectif de ce chapitre était de ressortir le cadre opérationnel de la gestion des risques
naturels au Cameroun. Essentiellement basé sur l’abondante littérature disponible et les
investigations de terrain, il en ressort que des efforts sont mobilisés au niveau international pour
aider les États dans la prévention des risques de catastrophe. Deux programmes décennaux ont
été conduits à leurs termes par le système des Nations Unies. Des institutions sont mises en
place et des partenariats noués avec des organes techniques sectoriels pour intégrer la gestion
des risques de catastrophes dans les politiques de développement. Au niveau africain, les efforts
de l’UA et du NEPAD en faveur de la mise en place d’une stratégie africaine de réduction des
risques de catastrophe se sont soldés en 2004 par son approbation par les chefs d’États et de
gouvernements. Au niveau sous régional, la CEEAC dispose d’un plan d’action de préparation
et de réponse aux catastrophes en Afrique centrale : 2012 – 2016. Toute cette mobilisation à
différents niveaux est motivée par la progression des risques de catastrophe. Il est question de
diminuer la vulnérabilité des populations afin de minimiser la capacité d’endommagement des
aléas naturels.
280
Partie prenante de tout ce qui est fait aux niveaux : mondial, africain, de la CEEAC et de
la CBLT, le Cameroun a élaboré son PNC en 2002. Il s’agit de l’instrument directeur de la
gestion des catastrophes. Révisé en 2006 le PNC a été mis à jour en 2011. En outre, la DPC,
l’ONR, l’ONACC, les autorités administratives et la Croix Rouge sont autant d’acteurs
contribuant à la réduction du risque au Cameroun et dans la Région de l'Extrême-Nord en
particulier. Tous ces efforts concourent aussi à la mise en place d’un cadre d’intervention en
cas de crise majeur.
281
Introduction
« Prévenir vaut mieux que guérir ». Cet adage très populaire dans le domaine médical est
aussi valable dans la gestion des catastrophes. La capacité d’endommagement de certains aléas
est telle qu’aucune politique de reconstruction ne peut permettre une restauration efficace.
L’entrée en scène des sciences humaines dans l’étude des risques a permis de montrer que si
l’aléa dépend des processus physiques non immuables, la vulnérabilité est anthropique. La
soustraction de la zone d’occurrence du risque par exemple prévient l’endommagement. C’est
dans cet ordre d’idées qu’au plan mondial, les plus grandes instances de décision accordent une
place de choix à la prévention des risques de catastrophes. Le risque zéro étant utopique, il est
impératif de se préparer aux situations de crise. Lorsque l’endommagement est constaté, il faut
faire face aux pertes et réhabiliter pour éviter le déclenchement d’autres crises comme des
épidémies. Plusieurs fois, l’Assemblée Générale des Nations Unies a mis en garde la
communauté internationale sur le fait que les catastrophes naturelles de ces dernières années
constituent des obstacles majeurs à l’atteinte des OMD et des ODD. Principales victimes, les
populations utilisent tous les moyens à leurs dispositions pour limiter les dégâts. Le cas de la
Région de l'Extrême-Nord du Cameroun est assez remarquable. En effet, habituées aux
inondations et ayant appris « à vivre avec », les populations disposent de moyens permettant de
mettre à l’abri leurs réserves hydriques et alimentaires prioritairement. Certaines maisons sont
construites avec une prise en compte de la nature inondable des sites. On peut tout de même
remarquer que comme les autorités internationales et nationales, les communautés locales sont
limitées dans leurs initiatives par le manque de moyens et un déficit d’accompagnement en
termes de coordination pour une planification plus efficace de l’aménagement du territoire. Ce
chapitre aborde les pratiques d’adaptation aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord
en analysant les actions planifiées, les initiatives spontanées et la reconstruction ex-post.
[Link] planifiée
L’idéal est d’intégrer des modules sur la prévention des risques dans les programmes
scolaires ; ce qui n’est pas encore effectif au Cameroun. Mais, à l’occasion des journées
mondiales de la prévention des catastrophes, des évènements sont organisés sur la place
publique et dans les écoles pour sensibiliser les populations sur la nécessité de prendre des
précautions pour se prémunir contre les risques de catastrophes. En outre, des débats et tables
rondes radiodiffusés et/ou télévisés sont organisés pour aborder les questions liées à la
prévention des risques de catastrophe au Cameroun. Les collectivités territoriales décentralisées
sont aussi mises à contribution pour atteindre un plus grand nombre.
283
La végétation constitue une importante protection contre les catastrophes naturelles. Elle
protège contre les mouvements de masses et l’érosion, contribue à l’infiltration et prévient les
inondations. Dans la zone sahélienne la végétation est une barrière contre la désertification et
la progression de vents violents. Les arbres produisent aussi du bois et autres ressources. Le
choix des espèces à planter est guidé par les services écosystémiques escomptés. Dans la Région
de l'Extrême-Nord plusieurs programmes gouvernementaux notamment l’opération « Sahel
vert » sont à l’origine de la plantation de milliers d’arbres chaque année (Wandji et Takoucheu
2013). En plus, les Organisations de la Société Civile et les partenaires au développement
contribuent au reboisement. Entre 2008 et 2012, plus de 2,5 millions d’arbres ont été plantés
dans la Région de l'Extrême-Nord (tableau 71).
Tableau 71 : Reboisement par le projet sahel vert dans la Région de l'Extrême-Nord 2008-2012
Année Sites Départements Superficie Plants mis Total %
(ha) en terre plants / an Réussite
2008 Léra Mayo-Kani 1 500 240 000 480 000 62
Mada Logone-et-Chari 1 500 240 000 40
2009 Goussor Mayo-Kani 1 000 160 000 480 000 67
Maltam Logone-et-Chari 1 000 160 000 40
Daiba – Kalfou Mayo-Danay 1 000 160 000 65
2010 Djidel – Bogo Diamaré 500 80 000 560 000 55
Bipaing Mayo-Kani 500 80 000 63
Berkédé Mayo-Kani 500 80 000 70
Ouro - Daban Mayo-Danay 500 80 000 72
Adjiri - Mora Mayo-Sava 500 80 000 50
Katikimé - Darak Logone-et-Chari 700 112 000 78
Djénéné – Goulfey Logone-et-Chari 300 48 000 75
2011 Lamtari-Kaélé Mayo-Kani 500 80 000 560 000 72
Beungel-Boboyo Mayo-Kani 500 80 000 60
Matchoualta-Lara Mayo-Kani 500 80 000 60
Karena-Darak Logone-et-Chari 500 80 000 75
Tcherfeke-Yagoua Mayo-Danay 500 80 000 65
Endala-Kerawa Mayo-Sava 500 80 000 55
Boulah-Mokong Mayo-Tsanaga 500 80 000 70
2012 Gabane-Lara Mayo-Kani 500 80 000 480 000 70
Boboyo II-Kaélé Mayo-Kani 200 32 000 50
Matchoualta II Mayo-Kani 500 80 000 80
Boulah-Mokong II Mayo-Tsanaga 500 80 000 80
Bogo-Ouro Yaya Diamaré 300 48 000 72
Doukoula Mayo-Danay 500 80 000 67
Kossa-Mora Mayo-Sava 500 80 000 80
16 000 2 560 000 2 560 000 65
Source : Délégation régionale du MINEPDED de la Région de l'Extrême-Nord, 2017
284
Entre 2013 et 2017, près de 1,5 million d’arbres ont également été pour un taux de réussite
de 65% en moyenne. Cette vaste opération connait quelques difficultés comme le refus
d’attribuer les sites de reboisement par les communautés, le pillage des sites reboisés, le
prélèvement abusif de bois, les feux de brousse, les contraintes financières et écologiques. De
plus en plus les stratégies sont utilisées pour impliquer les populations bénéficiaires. Les
travaux de sécurisation des sites, fourniture de plants, piquetage, trouaison, mise en terre des
plants et d’arrosage leurs sont confiés. En outre, dans le cadre de la Loi n° 2004/018 du 22
juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes, les sites reboisés sont confiées aux
communes après une année d’entretien. Le choix des zones humides et des berges de cours
d’eau comme sites de reboisement contribue directement à la lutte contre les inondations. Sur
certains sites, ce sont les eucalyptus (Eucalyptus globulus) réputés dans l’assèchement des
zones humides qui sont choisis (planche 16).
Planche 16 : Reboisement des berges du Mayo Makabaye à Ouro Tchédé à l’entrée de la ville
de Maroua (Source : Saha, août 2018)
La dégradation des berges des cours d’eau est une des causes des inondations en milieu
rural comme en milieu urbain. Pour faire face à ce problème plusieurs initiatives sont
observables sur le terrain. Au niveau de la confluence du Logone et du Chari, des matelas-
galions stabilisent les berges (planche 17-A). Il s’agit d’une technique adoptée par le
gouvernement avec le soutien de la Commission de l’Union Européenne après les inondations
de 1998 dans la ville de Kousseri pour stopper l’érosion des berges sur plus de quatre km (ERE
Développement, 2007). À travers la région, on remarque des dépôts de pierres le long des cours
d’eau, ou sur des sections précises pour empêcher l’effondrement des berges. Le plan
285
stratégique de la ville de Maroua défini la surélévation et la protection des berges par des perrés
maçonnés sur 15 570 ml (IDEA Consult, 2016). Il est à noter qu’au niveau régional, un comité
de suivi des activités de protection des berges a été mis en place en 2010 par le Ministre de
l’Économie de Planification et de l’Aménagement du Territoire. Les cours d’eau ciblés par les
activités de ce comité sont : le Logone et Chari, le mayo Kerawa, le mayo Kaliao.
A B
Planche 17 : Techniques de protection des berges du Logone a Kousseri (A) et le Mayo Danay
à Yagoua (B) (Source : Saha, août 2017)
La protection des berges de cours d’eau est une technique coûteuse. Les municipalités
sont incapables de mobiliser les ressources nécessaires. Dans les villes comme Yaoundé, c’est
la coopération chinoise qui a financé l’endiguement du Mfoundi. De pareils travaux dans la
ville de Maroua sont urgents.
La multiplicité des causes des inondations commande des actions multiformes pour faire
face aux risques. Dans les villes, il est parfois question de curer les drains pour faciliter
l’écoulement de l’eau. L’entretien de routes participe aussi à la circulation des personnes et des
biens pendant les saisons de pluies. Il est nécessaire et impératif de construire ou d’entretenir
les caniveaux pour éviter la stagnation de l’eau. Dans le cadre du projet filets sociaux financé
par la Banque Mondiale, plusieurs initiatives de lutte contre les inondations ont été conduites
dans la Région de l'Extrême-Nord (tableau 72).
286
Tableau 72 : Quelques réalisations du projet filets sociaux pour la lutte contre les inondations
Dans l’approche Haute Intensité de Main d’Œuvre (HIMO) ces projets sont réalisés par
les populations bénéficiaires. Dans cette perspective l’arrondissement de Zina a bénéficié au
total de :
- 39 diguettes de protection construites autour de 39 infrastructures hydrauliques ;
« Même si ces travaux visaient essentiellement la création de petits emplois pour les
populations locales leurs contributions à la lutte contre les inondations a été ressentie en 2016 ».
Ces propos du secrétaire particulier du sous-préfet de Zina (Aboukar Hassana) expriment la
satisfaction vis-à-vis de ces réalisations. Les diguettes mises en place servent aussi comme piste
de déplacement des populations en période de submersion (planche 18).
287
A B
Planche 18 : Quelques diguettes mises en place dans l’arrondissement de Zina dans le cadre
du projet filets sociaux (Source : Saha, août 2017)
La photo A présente une section de la diguette construite en 2016 dans l’arrondissement de Zina. Cette
digue qui ceinture l’ensemble de la ville est aussi utilisée comme voie d’accès au lycée de Zina en période
d’inondations. La photo B illustre la protection rudimentaire des infrastructures hydrauliques. Il est question de
garder leur fonctionnalité même en période d’inondations.
Les réalisations du projet filets sociaux pour la lutte contre les inondations se révèlent
non durables par leur fragilité. Les inondations en 2017 ont balayé une bonne partie de ces
efforts. En plus la remontée du niveau de l’eau dans la plaine à cause de l’endiguement du
Logone en aval diminue grandement leur efficacité.
73
Plan ORSEC Mayo Kani, 2014
288
Préfet du Logone
et Chari
Standard
téléphonique
POPULATIONS
Dans le cadre du PULCI, un plan de contingence au risque d’inondation est mis en place
pour les arrondissements de Maga, Kaï-kaï, Vélé et Yagoua concernés par les travaux. C’est un
74
Décret n°98/031 du 09 mars 1998
289
dispositif orientant l’action de l’ensemble des acteurs de la protection civile concernés par
l’action opérationnelle en cas de crise. Le plan de contingence de la zone du PULCI défini un
ensemble de mesures préparatoires (préventives) avec un mécanisme de gestion précisant le
rôle de chaque acteur. En matière opérationnelle, un système d’alerte précoce, une matrice de
réaction rapide et un plan de relèvement rapide sont présentés.
75
Propos recueillis au cours d’un entretien au bureau de la concernée en juillet 2018
291
A B
en période de grandes pluies. Toutefois, en période crue, les diguettes doivent être surveillées
en permanence. Les brèches doivent être constatées le plus tôt possible pour éviter leur
agrandissement. Ces diguettes empêchent aussi le dépôt de déchets y compris de la matière
fécale collectée par l’écoulement de surface dans les zones habitées ; ce qui limite la
contamination des populations par les maladies diarrhéiques par exemple.
Les premiers occupants de la plaine de Waza Logone se sont installés sur les petits glacis
qui rompent la platitude de cette zone. Avec l’augmentation des densités les efforts en termes
de remblais sont faits par les familles pour augmenter l’extension spatiale de la zone
constructible. Il s’agit d’une technique permettant de vivre avec ou dans les inondations sans
subir les dommages (figure 97).
Planche 20 : Exemples de maisons construites sur des remblais à Kéléo dans le département
du Mayo Danay (Source : Saha, août 2017)
Avec les maisons remblayées, les familles sont confinées pendant toute la période de
submersion. Seules les pirogues permettent aux chefs de ménage de se déplacer pour répondre
aux besoins de la famille. Les enfants sont en proie aux noyades. Les points d’aisance lorsqu’ils
existent sont mis hors d’usage. Les puits d’approvisionnement en eaux sont aussi affectés et le
risque de propagation de maladies diarrhéiques et infectieuses est élevé.
Dans les villes de la plaine, le remblai des sites de construction est une méthode très
répandue. Des marches d’escaliers sont prévues pour y accéder. La plupart des bâtiments
publics de la plaine sont construits sur ce modèle. Après les pluies, les cours de ces édifices
sont inondées et les équipements restant à l’abri. On peut citer le cas de la délégation
départementale des enseignements secondaires du Logone et Chari (photo A de la planche 15),
l’antenne départementale d’ELECAM de Kousseri, etc. Les bâtiments du marché de Kousseri
sont aussi sur ce modèle (Photo B de la planche 21).
Planche 21 : Élévation des fondations pour la prévention des inondations (Source : Saha, août
2017)
En fonction de l’inondabilité du site, la hauteur de l’élévation peut dépasser le mètre. Idéalement, une couche externe
de ciment est utilisée pour empêcher l’humidification des murs par le bas. Des marches d’escaliers sont prévues pour franchir
cet obstacle. Cette exigence augmente considérablement les coûts de construction et pose plus d’exigences techniques.
294
Cette technique est très utilisée dans les villes pour protéger les maisons contre la
stagnation de l’eau en zone plane. En fonction de la situation financière des familles, la
protection peut être en terre ou en bétons (planche 22).
Planche 22 : Protection des fondations de maisons contre la stagnation de l’eau dans la ville de
Kousseri (Source : Saha, août 2017)
Cette technique vise à empêcher l’eau de s’infiltrer dans les murs et de traverser pour
mettre à mal les équipements ménagers. Dans les zones les plus basses, elles sont combinées
aux remblais pour maximiser l’efficacité. Il faut remarquer que les remblais sont très
susceptibles à l’érosion, et, c’est cette protection de fondation qui garantit une relative longévité
des constructions.
Dans la plaine inondable, conscientes du risque qu’elles courent, les populations élèvent
en hauteur des espaces de stockage. Les supports en bois sont utilisés. La période des crues
correspond au temps de soudure. Les graines sont rares et les populations en proie à la famine.
Les pilotis sont aussi utilisés pour protéger la paille issue des cases détruites. Des réserves d’eau
potables sont parfois gardées dans des citernes montées sur pilotis. L’adoption de cette méthode
pour le bâtiment est encore faible. Il s’agit en effet d’une mesure de protection assez coûteuse.
La planche 23 présente des images de la nouvelle préfecture du Logone et Chari en construction
dans la ville de Kousseri.
295
Face aux impacts négatifs des inondations en particulier et de l’ensemble des effets des
changements climatiques sur l’activité économique, les populations développent une vaste
gamme de mesures d’adaptation pour maintenir les productions et faire face aux demandes de
consommation familiales et du marché. Dans le domaine agricole, les populations utilisent les
engrais, les traitements de semences, les variétés précoces, etc. Ils diversifient les productions
et érigent aussi des diguettes pour certaines parcelles de cultures. Dans le domaine de l’élevage,
on observe une plus grande mobilité des éleveurs à la recherche de pâturages ; d’autres utilisent
des céréales et/ou achètent le Bracharia pour nourrir le bétail (tableau 74).
Tableau 74 : Moyens d’adaptation des agriculteurs et des éleveurs face aux effets des
changements climatiques
Stratégies agricoles Pourcentages
Utilisation de semences améliorées (cycle court) 30
Modification progressif du calendrier agricole 70
Fertilisation des terres par des engrais (chimiques et organiques) 60
Diguettes et aménagements antiérosives 48
Diversification des cultures 72
Association de cultures 20
296
Plusieurs structures (PNUD, GIZ, État, etc.) accompagnent les producteurs dans l’adaptation aux
changements climatiques dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. L’association vise l’atténuation du
stress hydrique par la compensation entre cultures, l’extension des parcelles en fonction des réserves foncières
disponibles permet d’obtenir dans tous les cas une production suffisante. Certaines populations associent la
variabilité du climat aux dieux ; c’est ainsi qu’ils multiplient les rites pour obtenir les faveurs des forces célestes.
En outre, confrontées à cette fragilisation de leurs activités économiques traditionnelles, les populations
diversifient les sources de revenues ; l’exode rural s’intensifie également.
Les causes de la multiplication des victimes d’une catastrophe sont nombreuses. Il est
généralement judicieux de partager l’information en fonction des besoins exprimés ou constatés
sur le terrain. Au Cameroun, on peut distinguer le soutien national de celui des organisations
humanitaires internationales ; sans oublié les efforts des populations elles-mêmes (figure 98).
États et
institutions
étrangères
État central
Services du
gouverneur
Préfecture
Commune, élites
Relais et services de Instances
d’information et l'ordre
d’intervention
d’intervention
Sous préfecture
Autorités
traditionnelles
Familles
Le mouvement des populations vers les zones peu exposées aux inondations est
quasiment mécanique aux abords du Logone, des lacs ou des cours d’eau saisonniers. Lorsque
l’eau commence à monter, les animaux sont déplacés dans les villages situés en altitudes où la
menace des inondations est moins pesante. Certaines familles utilisent des chariots tirés par ces
animaux pour évacuer les enfants et l’équipement du ménage. La figure 99 présente les villages
de l’arrondissement de Kaï-kaï qui accueillent les populations sinistrées en période de crue.
Lorsque les terres de protection en altitude ; dernier rempart des populations connaissent
également l’arrivée et la stagnation de l’eau, la panique se répand. Les populations se rendent
tristement compte de l’inefficacité de leurs mesures habituelles de protection. Elles assistent à
298
la décimation des cheptels d’animaux, et la perte des biens familiaux. Les réserves de
nourritures sont noyées ; les cases sont détruites la chaume est perdue. On observe un
déplacement massif des populations à la recherche d’abris (Planche 24). Les salles de classes
sont souvent envahies (planche 4 : B). En 2012 et 2013 des villages entiers du département du
Mayo Danay et du Logone et Chari avaient été complètement vidés de leurs habitants. L’escale
observée dans les écoles est de courte durée au vu de la vitesse de submersion.
Pour limiter les dégâts lorsque l’eau entre dangereusement dans les zones habitées ou
dans les exploitations agricoles, les populations se mobilisent. En 2012, l’honorable député
Amrakaye Martin (élite de Bégué Palam) s’exprimait ainsi : « toutes les populations dorment à
la belle étoile pour surveiller la digue pour pouvoir intervenir le plus rapidement possible à
l’endroit où la fissure sera détectée76 ». Ces populations chargent la terre ou du sable dans des
sacs généralement offerts par la commune ou les élites pour empêcher les brèches ouvertes de
s’étendre ou pour renforcer les parties déjà fragilisées. Les engins de génie-civil sont également
mobilisés pour de grands travaux d’urgence (Planche 25).
76
Propos publié par le journal Œil du Sahel n°499 du 24 septembre 2012
299
Planche 26 : Refoulement de l’eau lors des inondations de 2017 le long du Logone (Source :
Gassissou, septembre 2017)
300
Cette technique est fastidieuse. « Pendant que nous évacuons l’eau continue d’entrer »77
s’exprime un habitant de Doréissou dans l’arrondissement de Kaï-kaï. L’utilisation de
motopompes nécessite du carburant pour un résultant qui dépend essentiellement de
l’écoulement.
L’aide répond aux besoins ponctuels des sinistrés qui perdent parfois tous leurs moyens de
survie dans la catastrophe. Elle s’inscrit dans le moyen ou long terme pour le relèvement rapide.
Dans la Région de l’Extrême-Nord, aussi bien les autorités publiques, les organisations de la
société civile, les gouvernements amis du Cameroun les organisations internationales ont
constamment assisté les sinistrés des inondations.
Comme garant de la sécurité sur le territoire, le pouvoir exécutif déploie sur le terrain deux
formes d’aides en temps de catastrophe : le réconfort moral aux victimes et l’aide matérielle
aux victimes. Il s’agit en gros de la manifestation de la solidarité nationale. L’adresse de
messages de réconfort par les plus hautes autorités étatiques aux victimes est une assistance
psychologique de premier ordre. Pour les cas graves, des commissions sont dépêchées sur le
terrain pour constater l’ampleur des dégâts et envisager les mesures de réparation. Plusieurs
fois, le Président de la République est allé à la rencontre des victimes de catastrophes. Le cas
de la visite dans le septentrion en septembre 2012 est illustratif.
77
Propos receuillis pendant nos enquêtes de terrain en 2017
301
survivre en temps de crise étant donné que dans certaines situations des familles voient
l’ensemble de leurs moyens de survies complètement détruits. Le gouvernement est souvent
amené à déployer sur le terrain une importante aide pour couvrir les besoins des populations.
En 2010 le Président de la République avait débloqué 50 millions de XAF pour les sinistrés de
Pouss dans l’arrondissement de Maga78. Consécutive aux inondations de 2012 et 2013 dans les
Régions du Nord et de l’Extrême-Nord des efforts furent consentis par l’administration centrale
du Cameroun. Le chef de l’État lors de sa visite avait profité pour donner prioritairement des
denrées alimentaires aux sinistrés :
- 25 tonnes de riz ;
- 3 tonnes d’huile de table ;
- 22,5 tonnes de sucre ;
- 22,5 tonnes de maïs ;
- 24 tonnes de savons ;
- 213 couvertures et
- le déblocage d’une somme de 2 milliards XAF dans le cadre du fonds d’urgence de lutte
de contre les cataclysmes79.
Dans le même ordre d’idées, la première dame dans le cadre de son ONG humanitaire le
CERAC80 avait également fait des dons. Il en est de même du MINAT dans le cadre de la
protection civile dont il assure la tutelle. Il faut remarquer qu’en plus des denrées alimentaires,
le MINAT avait aussi offert des sacs vides aux victimes pour les aider à colmater les brèches
sur les digues. L’arrondissement de Wina avait alors reçu 23 500 sacs vides distribués dans les
villages le long du Logone.
78
[Link]
79
Comité régional de gestion de crise des inondations dans la région de l'Extrême-Nord
80
Cercle des Amis du Cameroun
302
[Link]. Aide des Organisation de la Société Civile (OSC) et des entreprises citoyennes
Le contexte de crise consécutive à une catastrophe naturelle appelle aux efforts de toutes
les parties prenantes. Les images présentées par les mass media et les appels à l’aide des
victimes émeuvent toute la communauté nationale. Proches des populations dans le cadre de
leurs activités, les OSC interviennent souvent pour sauvegarder certains acquis dans les
communautés où elles interviennent. Il en est de même de certaines entreprises de production
de biens qui ne peuvent rester sourds aux plaintes des populations qui constituent le marché de
consommation. Dans la Région de l’Extrême-Nord, les entreprises comme, la SODECOTON,
MAÏSCAM, SEMRY basent l’ensemble de leurs activités sur la main-d’œuvre paysanne. Ces
entreprises voient aussi leurs investissements sur le terrain ébranlés par les inondations.
En 2012 c’est la digue de la SEMRY qui avait en partie occasionné les pertes dans les
arrondissements de Maga et Kaï-kaï. La SEMRY avait alors déployé d’importantes ressources
sur le terrain pour apporter une aide multiforme aux populations. La SODECOTON dans le
département du Mayo Danay avait fait un don sous forme de cartons de sucre ; environ 12 sacs
de 50 kg pour chaque arrondissement touché (Comité régional de gestion des inondations dans
la Région de l’Extrême-Nord). La société la PASTA spécialisée dans les pattes alimentaires a
également volé au secours des sinistrés. Les dons sont constitués de spaghettis et de farines de
blé.
Aux côtés des entreprises locales, d’autres associations et ONG ont également apporté leurs
soutiens aux sinistrés. C’est le cas Association des Élites du Grand Nord, Association Sana
Logone, l’Association Bethleem. L’ONG CARE-Cameroun s’était illustrée par une aide dans
le domaine de l’hygiène (sceaux en plastique, bidons, étoffes de filtration, flacons d’eau,
gobelets, savons et bouilloires en plastique). Il était question pour cet ONG de donner aux
populations victimes la possibilité de continuer à consommer une eau de qualité acceptable.
Ceci avait contribué à éviter le déclenchement d’épidémies comme le choléra. De manière
générale, plusieurs raisons expliquent l’effort des forces vives nationales en faveurs de
catastrophe. On relève : la solidarité, la publicité, l’expression de puissance de certaines
organisations, construire la résilience des populations locales, réduire les inégalités face aux
risques, favoriser l’intégration nationale et assumer le devoir d’assistance.
le domaine des risques au Cameroun. On peut aussi déplorer l’absence d’un cadre normatif dans
le domaine des indemnisations.
Les relations d’amitié et de coopération que le Cameroun entretient avec les autres
nations du monde lui permettent de compter sur l’assistance internationale. L’adhésion à
diverses conventions supra étatiques et la participation permanente aux activités de plusieurs
ONG humanitaires expliquent la sollicitude que le Cameroun bénéficie. Ce fut le cas lors des
inondations du début de la décennie 2010-2019 dans la Région de l’Extrême-Nord.
Tableau 75 : Dons de quelques pays membres de l’ONU au Cameroun lors des inondations de
2012 dans la Région de l’Extrême-Nord.
Pays donateur Dons
- Huile végétale (1,8l×500)
- Lait en poudre (1,8kg×500)
Arabie Saoudite - Riz (5kg×500)
- Farine (5kg×500)
- Sucre en poudre (5kg×500)
Chine - 5 millions de XAF
États Unis d’Amérique (USA) - 550 millions de XAF d’aide alimentaire
Maroc - 200 tentes
- 2 500 couvertures
Turquie - 220 paquets de médicaments
- Fournitures scolaires
- 20 millions de XAF
Source : Comité régional de gestion de crise des inondations dans la Région de l’Extrême-
Nord, 2017
304
L’Extrême-Nord fait partie des zones du Cameroun avec une forte présence
d’organisations humanitaires mondiales. En effet, les populations de cette Région sont en
permanence menacées par la famine à cause des conditions climatiques assez drastiques. En
plus le taux de scolarisation y est très faible appelant l’intervention des structures comme
l’UNESCO, l’UNICEF… Le contexte de troubles sociaux dans les pays voisins en l’occurrence
le Tchad et le Nigéria est aussi un facteur ayant conduit à la forte présence d’organismes
humanitaires internationaux dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun. On peut aussi
relever la prévalence du paludisme et le déclenchement des épidémies de choléra qui ont appelé
dans le passé l’intervention des institutions dans le domaine de la santé. Ainsi, lorsque les
inondations ont été déclenchées dans la Région de l’Extrême-Nord en 2012, les cellules de crise
de ces organisations humanitaires furent activées pour porter assistance aux populations
victimes (tableau 76).
Source : Comité régional de gestion des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord, 2017
305
Le long du Logone, la digue et les berges font l’objet de toutes les attentions. En effet, si la
digue avait été construite pour des objectifs hydroagricoles, leur mauvais état a été à l’origine
des inondations. Pendant sa visite aux victimes des inondations dans les régions du Nord et de
l’Extrême-Nord en septembre 2012, le Président de la République avait prescrit le lancement
d’un Plan d’Urgence de Lutte contre les Inondations (PULCI). Dans le cadre de ce projet, le
gouvernement du Cameroun a signé en 2013 avec la Banque Mondiale (BM) l’accord de
financement N°76456-CM pour un montant de 108 millions de dollars US soit environ 54
milliards XAF (REC, 2014). Les composantes suivantes sont contenues dans le document de la
BM (2017) :
- appui institutionnel pour une meilleure gestion des ressources en eau dans la zone.
81
Journal Œil du Sahel n°499 du 24 septembre 2012
306
La date butoir du PULCI est fixée au 31 mai 2019. Les entreprises tchadiennes (GEYSER
SA-SOTCOCOG SA et SRGM-ETRA) chargées par l’exécution des travaux présentaient un
taux d’avancement satisfaisant pour les différentes composantes lors du séjour de la mission de
la banque mondiale en charge de l’appui à la mise en œuvre en janvier 2017. Sur les 27 km de
la digue de Maga, 12 km avaient déjà été réhabilités. Pour ce qui est de la digue du Logone 14
km sur les 70 km avaient déjà été réhabilités. Concomitamment, la SEMRY adjudicataire des
travaux avait achevé la réhabilitation des parties critiques et avait entièrement refait les crêtes.
Interrogé sur la conduite des travaux le Dr. Issa (Hydro géochimiste, spécialiste des ressources
en eau au PULCI) s’exprime : « Il a été question par endroits de raser complètement pour
refaire ; ailleurs, il fallait simplement compacter pour déposer une couche additionnelle. Des
ouvrages de prise d’eau ont également été installés pour alimenter le Yaéré et aussi pour irriguer
les périmètres rizicoles de la SEMRY » La figure 100 présente les travaux du PULCI en lots.
Figure 100 : Différents lots des travaux en cours dans le cadre du PULCI (Source : BM, 2017)
Tableau 77 : Bilan des montants distribués aux sinistrés des inondations dans l’arrondissement
de Vélé en 2012
Globalement, cette opération avait été menée dans bon nombre d’arrondissements
durement touchés par les inondations en 2012. Dans l’arrondissement de Vélé, une famille
recevait en moyenne 31 438 XAF, soit 4 267 XAF/individu. Les autorités soutiennent entre
autres la reconstruction des logements, l’achat des denrées alimentaires ou même la mise en
place d’activités génératrices de revenus.
En 2016, le Président de la République a débloqué 230 206 625 XAF pour dédommager
1512 victimes des inondations de 28 août 2015. Ces bénéficiaires résident dans les
arrondissements de Maroua 1er, Ndoukoula et Gazawa. Le dédommagement vise le
désintéressement des populations par rapport aux biens perdus. Les sommes distribuées sont
généralement modestes. En outre, on déplore dans les différentes opérations le phénomène de
corruption qui n’épargne aucun secteur au Cameroun.
82
L’article 9 de la loi N° 2004/003 du 21 avril. 2004 régissant l'urbanisme au Cameroun stipule en alinéa 1 : «Sont
inconstructibles, sauf prescriptions spéciales, les terrains exposés à un risque naturel (inondation, érosion,
éboulement, séisme, etc.) ; les parties du domaine public classées comme telles et les aires écologiquement
protégées telles que définies par la législation relative à la gestion de l'environnement ».
309
Globalement, l’adaptation aux risques d’inondation est un cycle animé aussi bien par les
populations que par les autorités à différents niveaux. La prévention et la préparation aux
situations de crises contribuent à la construction de la résilience. Il faut en outre faire face aux
crises et même à l’endommagement (figure 101).
Inondations
Conclusion
Ce chapitre présente la riposte aux risques naturels en général et aux inondations en
particulier dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Exploitant les données de terrain, la
littérature grise et les publications sur le sujet, les résultats sont regroupés en fonction des
séquences du processus d’adaptation. Le caractère non évitable du risque appelle à des actions
de préparation. Il est nécessaire d’identifier les risques en fonction des territoires concernés et
de mettre sur pied des systèmes d’alertes rapides intégrants l’ensemble des acteurs et les
ressources qui peuvent être mobilisées en temps de crise. Lorsque la préparation est convenable,
la réaction des autorités permet de minimiser les dégâts. Les populations exploitent aussi leurs
connaissances du risque pour définir des itinéraires de mobilités pour se mettre à l’abri du
danger.
310
La solidarité multiforme et multi source est aussi à prendre en compte dans la construction
de la résilience du paysage en général et les populations en particulier. Après la catastrophe, le
bilan des pertes et le diagnostic territorial permet de définir les actions urgentes pour allonger
autant que possible la période de retour en protégeant in situ les populations ou en les déplaçant
vers des sites plus propices à l’habitat humain. De nombreuses contraintes s’opposent à
l’efficacité de la riposte aux situations de crise notamment les inondations catastrophiques dans
la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Il est nécessaire de renforcer la connaissance l’aléa,
d’appliquer convenablement les plans de contingence et d’encadrer suffisamment les
populations pour en faire des acteurs de la résilience.
311
Au plan mondial la prévention des catastrophes est promue comme garanti de réduction
des pertes. L’impulsion du système des nations unies est suivie au niveau régional (Afrique) et
national. L’observation d’une décennie consacrée à la réduction des catastrophes (1990-1999)
et le plan d’action de Hyōgo (2005-2015) ont grandement contribué à impulser au niveau des
États et des collectivités des stratégies de résilience face aux catastrophes. Au Cameroun la
DPC, l’ONR, PNPGC sont les principales institutions œuvrant en collaboration avec des
partenaires nationaux et internationaux pour la prévention des risques de catastrophe. Dans la
Région de l'Extrême-Nord, la mise en place d’ouvrages hydrauliques est la principale mesure
de prévention à l’actif des autorités. Les populations se débrouillent également de diverses
manières pour se mettre à l’abri du danger. Les années 2012, 2013 et 2015 ont donné à voir
différentes réactions face au déclenchement de la crise : secours aux victimes, fuite face au
danger et réfection des ouvrages de protection sont remarquables.
312
CONCLUSION
GÉNÉRALE
313
Le travail de recherche s’appuie sur une démarche hypothético déductive. Les grandes
étapes étant, la revue documentaire, la construction de bases de données : quantitatives et
cartographiques ; les observations et enquêtes de terrain, l’analyse d’échantillons d’eau, et le
traitement de toutes ces données. Les risques naturels en général et les inondations en particulier
ont été abondement étudiés ces dernières années. Des recherches académiques aux rapports
d’expertise et publications scientifiques dans les journaux spécialisés, les auteurs proposent
aussi bien des approches d’évaluation que des études de cas profitant de la forte récurrence des
catastrophes dans toutes les parties du monde. La contribution des institutions étatiques et les
acteurs non institutionnels étant remarquables. La décennie 1990-1999, le plan d’action de
Hyōgo et le cadre d’action de Sendai ont favorisé au niveau mondial la production d’une
importante littérature mise à l’échelle aux niveaux régionaux, sous régionaux, nationaux et
même locaux. Des journaux avaient également profité pour faire des dossiers sur les risques et
catastrophes. Au Cameroun on peut remarquer les différentes productions de la DPC qui non
seulement identifient les différents risques sur l’ensemble du territoire, mais aussi abordent les
préoccupations concernant la réponse aux catastrophes. Cet organe gouvernemental produit
chaque année un rapport sur l’état de protection civile au Cameroun. On y retrouve les cas
d’évènement dommageables enregistrés au Cameroun. Ces rapports ont grandement contribué
à la consolidation des données concernant l’historique des risques dans la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun.
Un autre pan de cette thèse est l’évaluation de la vulnérabilité. Elle s’appuie sur un
ensemble de rapports produits par les institutions nationales. Il s’agit en l’occurrence de l’INS
qui dans la cadre des ECAM évalue périodiquement plusieurs paramètres socioéconomiques
dans toutes les régions du Cameroun. Au plan local, les PCD et le PDU de la ville Maroua ont
été exploités. De par sa situation de référence ; précaire, la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun bénéficie d’une certaine veille de la part des organismes comme le GIZ et le PNUD
qui contribuent continuellement à la construction de la résilience socio écologique de ce
paysage.
314
Pour ce qui est des enquêtes de terrain, un questionnaire abordant la perception du risque
par les populations, l’évaluation de la vulnérabilité, le lien entre les changements climatiques
et les inondations a servi d’outil de collecte d’informations auprès des populations. La dernière
partie de ce questionnaire aborde les techniques d’adaptation développées aussi bien aux
niveaux privés, communautaires et nationales. Par un échantillonnage ciblé non aléatoire ce
questionnaire a été appliqué à 256 ménages repartis dans les communes de Kousseri, Zina,
Maroua, Yagoua, Kaï-kaï, Wina, Mokolo, Guidiguis, Maga et Hile-Alifa. Il était question de
faire des observations sur tous les types d’inondations tout en veillant à une répartition
raisonnable sur l’ensemble de la région d’étude. Au questionnaire, il faut ajouter les enquêtes
semis structurées qui donnaient l’occasion de dérouler un ensemble d’outils de diagnostic
territorial. Il s’agit notamment de la cartographie participative, le calendrier saisonnier, et le
tableau chronologique. Il faut aussi remarquer les interviews avec les personnes-ressources dans
les services publics et les organisations de la société civile qui travaillent dans la région.
Toutes les données collectées ont fait l’objet d’une diversité de traitements en fonction
de leurs natures (qualitatives, quantitatives, cartographiques ou chronologiques). Les
applications informatiques étant chaque fois utilisées. Les informations extraites directement
ou parfois en croisant des paramètres nous permettent de conclure que la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun est sujette à plusieurs types d’inondation causant des dégâts annuellement.
La gravité de ces dégâts est fonction de la vulnérabilité qui repose sur le contexte social marqué
par la pauvreté, une poussée démographique et le caractère précaire des infrastructures
notamment les routes et les habitations. Les changements climatiques aggravent le risque en
augmentant leur fréquence et en renforçant la gravité. Concernant l’adaptation, elle se révèle
comme un processus assez complexe bénéficiant d’une certaine notoriété à toutes les échelles
consécutives à la réalité des changements climatiques. De manière opérationnelle, plusieurs
résultats se dégagent de cette étude.
valeur par les populations. La granulométrie des sols dominés par des fines particules d’argiles,
de limons et de sables ne favorise pas l’infiltration d’où la stagnation en surface. Un autre
élément du milieu naturel favorable aux inondations est la pluviométrie concentrée à près de
80% sur trois mois (juillet, août et septembre).
l’accès permanente à l’eau. L’extension de l’habitat sur des espaces fortement inondables
notamment autour des lacs et dans les plaines alluviales des cours d’eau contribue aussi
grandement à la construction du risque. La mauvaise perception du risque notamment en ce qui
concerne les phénomènes extrêmes contribue aussi à la multiplication des dégâts.
Pour ce qui est de l’endommagement, entre 1991 et 2015, près de 220 vies ont été
fauchées par les inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Près de 30 000
personnes ont été forcées à se déplacer pour se mettre à l’abri du danger. Le nombre de maisons
détruites pourrait atteindre 50 000. Cette évaluation ressort principalement des estimations ; le
système administratif ne permettant pas la collecte d’informations fiables. Les routes sont
également détruites ainsi que les ponts et radiers. Bien que profitant des inondations, l’activité
piscicole subit aussi la furie des eaux pendant les années les plus humides. Il en ressort qu’en
affectant les moyens de subsistances des populations, les inondations paupérisent davantage les
populations et ces derniers se révèlent de plus en plus vulnérables.
l’adaptation étant récoltés principalement au niveau privé il se pose aussi la question du rôle
des institutions.
La préparation aux situations de crise entre aussi dans l’adaptation. L’imminence des
catastrophes commande une certaine préparation pour mieux réagir et limiter les dégâts. La
mise en place des systèmes d’alerte et des structures sectorielles d’intervention permettrait de
secourir efficacement les populations. Pendant la crise, les populations réagissent pour limiter
l’endommagement. Elles se déplacent généralement vers les terres situées un peu en altitude
pour se mettre à l’abri. L’aide du gouvernement et autres partenaires contribuent en ces
moments difficiles à la résilience. Les inondations de 2012 avaient appelé à la prise de mesures
de réparation en cours dans la région. Il s’agit de la réfection des ouvrages de protection et le
déplacement des populations des zones fortement inondables vers des espaces plus sécurisées.
observations réalisées en Afrique tropicale (Janicot et al., 1993 ; Hulme, 2001 ; Le Barbé et
al., 2002 ; Ozer et al., 2003 ; Lebel et Ali, 2009). Le bassin du Logone de par son extension en
latitude ; entre zone humide et sèche présente l’avantage de cette hybridation climatique dont
l’inscription dans la mouvance globale est édifiante.
L’analyse critique des résultats de cette thèse fait émerger quelques observations aussi
bien en ce qui concerne la démarche méthodologique, l’encadrement thématique et la définition
des niveaux d’analyse. L’indisponibilité de longues séries de données de température ne permet
pas de tirer de solides conclusions à l’issue de cette thèse. Pour ce qui est de l’historique du
risque, l’incapacité à recenser pour la région l’occurrence des inondations au moins sur une
centaine d’années limite l’évaluation du risque. En outre, les auteurs et la protection civile se
sont plus intéressés à la ville de Maroua par ailleurs chef-lieu de région. Plus d’investigations
pour mettre en évidence des cas historiques dans l’ensemble de la région seraient une
importante contribution. Ainsi, cette thèse ne prétend pas avoir épuisé la problématique de
risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.
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322
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[Link] 2017
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357
ANNEXES
358
UNIVERSITÉ DE YAOUNDE I
**********
FACULTÉ DES ARTS, LETTRES ET THE UNIVERSITY OF YAOUNDE I
SCIENCES HUMAINES **********
********** FACULTY OF ARTS, LETTERS AND
SOCIAL SCIENCES
DÉPARTEMENT DE GÉOGRAPHIE
**********
GEOGRAPHY DEPARTMENT
Annexe 3 : Questionnaire
QUESTIONNAIRE INDIVIDUEL
Ce questionnaire à un but exclusivement scientifique. Les informations collectées dans
le cadre de cette enquête sont strictement confidentielles conformément à la loi N°
91/023 du 16 décembre 1991 sur les recensements et enquêtes statistiques au
Cameroun. Nous vous remercions pour votre contribution et votre compréhension.
I. LES INONDATIONS
1. Est-ce que cette localité est souvent inondée ? 1) Oui 2) Non
2. D’après vous quelles sont les causes naturelles de ces inondations :
Au niveau pédologique
___________________________________________________________________
__________________________________________________________________
Au niveau du climat
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
Au plan hydrologique
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
3. Quelles est la part de responsabilité des populations ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
361
5. Quand il y’a inondation quelles sont les conséquences dans votre localité ?
1) Perte en 2) Destruction 3) Destruction 4) Pertes 5) Destruction 6) Autre
vies des maisons des champs des des
humaine animaux infrastructures
17. Pourquoi est-ce que les inondations affectent de plus en plus de personnes
aujourd’hui
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
18. Pourquoi les conséquences sont-elles de plus en plus lourd sur les activités
agricoles et pastorales ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
III.
VARIABILITÉ CLIMATIQUE ET IMPACT SUR LES INONDATION
19. D’après vous qu’est-ce que le changement climatique ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
20. Comment se manifeste-t-il ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
21. Quelle sont ses conséquences dans votre localité ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
22. Quel est lien entre les changements climatiques et les inondations ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
23. Quelle est l’impact des changements climatiques sur l’agriculture ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
24. Quelle est l’impact des changements climatiques sur l’élevage ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
25. Sur la santé des populations (hommes, femmes et enfants) ?
363
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
26. Sur la végétation et la faune sauvage ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
27. Sur l’eau (rivière, mayo, lac, mare d’eau, puits…)
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
IV. L’ADAPTATION
28. Que faite vous pour éviter d’être affecté par les inondations ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
33. En cas d’inondation qu’est-ce que vous faites quand les eaux commencent à
monter ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
34. Y a-t-il d’autres stratégies d’adaptation que vous développez en commun avec
les autres habitants du village pour :
a. Pour protéger tout le village ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
b. Pour protéger les routes ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
c. Pour protéger les ponts
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
35. Ces méthodes sont-elles efficaces ? 1) Oui 2) Non
36. Sinon pourquoi ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
37. Qu’est-ce que l’État ou la commune à fait pour prévenir les inondations dans
ce village ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
38. Les moments que les inondations arrivent ; est ce que vous recevez des
aides ?
Année Donateur Aide reçue
39. Qu’est-ce qui peut être fait d’après vous pour éviter les inondations dans votre
localité ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
DATE Jan Fév Mar Avr Mai Jui Jui Aou Sep Oct Nov Déc
1 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 9,5 13,2 2,5 0,0 0,0
2 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 18,2 0,0 0,0 0,0 0,0
3 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 37,8 38,8 0,0 0,4 0,0 0,0
4 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 25,1 0,0 0,0 0,0 0,0
5 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
6 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 15,2 0,0 0,0 0,0 0,0
7 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 29,1 11,3 81,1 0,0 0,0 0,0
8 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 11,1 0,0 0,0 10,0 0,0 0,0 0,0
9 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 6,6 8,0 32,9 0,0 0,0 0,0 0,0
10 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,3 30,5 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
11 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,2 0,0 1,0 0,0 0,0 0,0
12 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 6,5 0,0 3,2 3,0 0,0 0,0
13 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,5 10,0 0,0 0,0 0,0 0,0
14 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 4,4 0,0 0,0 4,0 0,0 0,0
15 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 7,4 0,0 0,0 0,0
16 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 2,6 0,0 0,0 0,0 3,7 0,0 0,0
17 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
18 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 9,2 27,2 0,0 0,0 0,0 0,0
19 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
20 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,1 0,2 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
21 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 44,4 5,2 3,9 0,0 0,0 0,0
22 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 11,1 0,0 0,0 0,0 0,0
23 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 46,2 0,0 0,0 0,0 0,0
24 0,0 0,0 0,0 0,0 9,4 49,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
25 0,0 0,0 0,0 0,0 0,1 0,0 0,0 0,0 3,3 0,0 0,0 0,0
26 0,0 0,0 0,0 0,0 2,6 0,0 0,0 48,1 0,0 0,0 0,0 0,0
27 0,0 0,0 0,0 11,3 0,0 0,0 0,0 35,5 0,0 3,3 0,0 0,0
28 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 6,1 0,5 0,0 0,0 0,0
29 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
30 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,6 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
31 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
Mois 0,0 0,0 0,0 11,3 12,1 69,7 171,4 340,4 123,6 16,9 0,0 0,0
Source : Direction Nationale de la Météorologie (Ministère des transports)
368
1 1970 Maroua 500 personnes sans abris Assistance diversifiée aux Archives
sinistrés
2 1975 Maroua 1889 personnes sans abris Assistance diversifiée aux Archives
sinistrés
1977 Maroua, 7 morts Assistance diversifiée aux Archives
Gazawa sinistrés
3 1988 Maroua 10 morts Assistance diversifiée aux Archives
Kousseri 165 personnes sans abris sinistrés
4 1989 Maroua Destruction des cases Assistance diversifiée aux Copressa (plan de
Biens familiaux et argent sinistrés développement
perdu local de la Région
de l'Extrême-Nord
du Cameroun
5 1991 Pouss 2 morts Assistance diversifiée aux Archives
Kousseri 200 personnes sans abris sinistrés
6 1994 Maroua, 41 morts Assistance diversifiée aux Archives
Mokolo, 1004 personnes sans abris sinistrés
Kousseri 162 maisons détruites
Près d’une centaine de
ruminants noyés
7 1997 Maroua 7 morts Assistance diversifiée aux Archives
248 personnes sans abris sinistrés
8 2000 Maroua 17 morts Assistance diversifiée aux Archives
206 personnes sans abris sinistrés
9 2001 Maroua 2 morts Assistance diversifiée aux Archives
sinistrés
10 2005 Maroua 14 morts Assistance diversifiée aux Archives
453 personnes sans abris sinistrés
73 maisons détruites
Déclenchement d’une
épidémie de choléra
Trois mosquées détruites
11 2006 Maroua 2 morts Recasement des sinistrés Archives
1 042 personnes sans Don de produits de
abris première necessité aux
victimes
12 2007 Mokolo, 8 morts Distribution de 31 millions Archives
Sarki-Fada, 4 421 personnes sans aux sinistrés (don du chef
Maroua, abris de l’État
département 1 220 maisons détruites Ordre de libérer les zones à
du Mayo risque
Danay
13 2010 Pouss 12 morts Descente du gouverneur à Journal du
3000 sans abris Pouss [Link]
Enquêtes de
terrain
370
Annexe 9 : Estimation des pertes dues aux inondations de 1975 dans le département de la Diamaré
372
INTRODUCTION GÉNÉRALE---------------------------------------------------------------------- 1
0.1. Contexte de la recherche -------------------------------------------------------------------------- 2
0.2. Présentation et justification du sujet ------------------------------------------------------------- 6
0.2.1. Présentation du sujet ----------------------------------------------------------------------------- 6
0.2.2. Justification du choix du sujet ------------------------------------------------------------------ 6
0.3. Intérêt de l’étude ------------------------------------------------------------------------------------ 7
0.4. Délimitation du sujet ------------------------------------------------------------------------------- 8
0.4.1. Délimitation thématique et temporelle -------------------------------------------------------- 8
0.4.2. Délimitation spatiale ----------------------------------------------------------------------------- 9
0.5. Problématique -------------------------------------------------------------------------------------- 10
0.6. Questions de recherche --------------------------------------------------------------------------- 12
0.7. Objectifs de recherche ---------------------------------------------------------------------------- 13
0.8. Hypothèses de recherche ------------------------------------------------------------------------- 13
0.9. Organisation de la thèse -------------------------------------------------------------------------- 14
INDEX
385
Adaptation, i, vii, xix, 6, 37, 38, 42, 57, 252, 253, Logone, iii, v, vi, vii, viii, x, xi, xii, xiv, xvi, 9, 10,
284, 300, 336, 343, 353, 355, 356, 358, 382, 11, 28, 29, 56, 58, 59, 61, 68, 75, 77, 79, 81, 82,
388, 389 83, 84, 86, 91, 95, 98, 102, 103, 104, 106, 107,
Agriculture, xviii, xix, 158, 264, 277 108, 113, 115, 167, 168, 170, 172, 173, 174,
Aléa, 46, 327, 333 175, 176, 177, 181, 182, 183, 184, 185, 186,
Altitude, 96, 97, 121 191, 196, 197, 201, 202, 203, 205, 210, 218,
Changements climatiques, 31, 41, 334, 340, 346, 225, 228, 229, 230, 231, 232, 233, 234, 237,
353, 354, 358, 382 245, 247, 248, 251, 253, 254, 270, 280, 286,
Débit, x, 59, 168 288, 289, 290, 291, 294, 295, 297, 298, 299,
Dégâts, xvi, 227, 375 301, 302, 303, 305, 306, 309, 312, 318, 319,
Densité, viii, 103, 214, 215, 216 320, 323, 331, 334, 340, 341, 342, 346, 350,
Eau, 59, 333, 342, 347, 354 351, 353, 355, 356, 357, 358, 359, 360, 376,
Élevage, xviii, xix, 355 383, 385
Extrême-Nord du Cameroun, i, viii, ix, x, xi, xii, Maga, iii, vi, x, xii, xiv, xvi, 11, 29, 47, 56, 61, 62,
xiii, xiv, xvi, 2, 6, 7, 9, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 22, 76, 81, 85, 91, 92, 94, 105, 115, 127, 171, 174,
27, 28, 29, 31, 34, 38, 41, 42, 50, 54, 55, 56, 57, 175, 178, 179, 180, 181, 191, 194, 195, 196,
58, 60, 61, 72, 73, 74, 77, 78, 80, 81, 82, 83, 86, 201, 202, 206, 210, 213, 217, 223, 234, 235,
87, 93, 95, 96, 98, 99, 100, 101, 103, 104, 105, 236, 251, 275, 281, 282, 285, 292, 295, 303,
108, 109, 110, 111, 112, 113, 115, 116, 118, 305, 306, 309, 312,318, 319, 320, 331, 332, 343,
120, 121, 122, 123, 125, 126, 127, 128, 129, 345, 346, 350, 351, 356, 359, 383
131, 132, 133, 139, 145, 147, 148, 149, 151, Maroua, v, vi, viii, ix, x, xi, xiii, 11, 29, 54, 56, 57,
152, 156, 157, 158, 164, 165, 166, 167, 168, 58, 59, 61, 62, 71, 72, 74, 75, 76, 77, 79, 102,
170, 172, 173, 183, 184, 186, 187, 188, 189, 103, 110, 120, 121, 122, 124, 125, 126, 129,
190, 192, 193, 195, 196, 198, 204, 205, 207, 130, 131, 132, 133, 134, 136, 137, 138, 139,
208, 209, 212, 213, 214, 216, 218, 219, 221, 140, 141, 142, 143, 144, 145, 146, 147, 149,
222, 224, 225, 226, 229, 232, 233, 234, 235, 150, 151, 152, 153, 154, 155, 156, 160, 163,
236, 240, 242, 244, 245, 251, 277, 282, 284, 164, 165, 170, 171, 172, 198, 207, 211, 212,
285, 294, 300, 302, 307, 308, 313, 314, 317, 216, 218, 220, 221, 222, 232, 236, 244, 249,
319, 320, 321, 323, 324, 330, 336, 339, 340, 275, 282, 287, 288, 303, 311, 312, 317, 318,
341, 342, 343, 344, 345, 346, 349, 354, 359, 319, 323, 333, 337, 339, 343, 344, 345, 346,
375, 383, 384, 385, 386, 388 347, 349, 353, 354, 355, 357, 360, 372,
Inondation, xviii, xix, 41, 46, 49, 64, 222, 225, 342, Mayo, iii, v, viii, x, xii, xiv, xvi, 9, 11, 28, 59, 61,
345, 387 76, 77, 79, 81, 83, 86, 88, 91, 101, 102, 105,
Lac, v, xviii, 10, 81, 86, 103, 191, 196, 206, 227, 106, 107, 108, 110, 111, 113, 114, 171, 191,
251, 254, 269, 270, 350, 351, 352, 353, 355, 196, 197, 199, 201, 202, 206, 225, 227, 228,
357, 388 229, 230, 233, 234, 237, 249, 251, 253, 275,
386
279, 281, 286, 287, 288, 290, 291, 293, 294, 138, 167, 178, 182, 186, 196, 201, 213, 216,
295, 296, 302, 304, 306, 318, 338, 339, 345, 375 226, 227, 245, 253, 254, 268, 269, 270, 308,
Pauvreté, xix, 215, 242, 333 318, 319, 320, 326, 331, 334, 335, 337, 339,
Pêche, 59 340, 341, 342, 346, 350, 351, 352, 353, 355,
Perception, ix, 34, 132, 208, 214, 346, 386 357, 383, 388
Période de retour, x, 66, 185, 186, 385 Territoire, xix, 15, 56, 189, 288, 348
Plaine, 97, 113, 182, 200, 215, 341, 342, 351, 355 Victimes, 212
Population, xiii, xviii, xix, 9, 99, 193, 196, 351, 383 Vulnérabilité, i, 33, 34, 46, 188, 216, 337, 348, 357,
Précipitations, x, 31, 96, 123, 133, 167, 331, 345 385
Prévention, xviii, xix, 40, 41, 49, 273, 274, 352, Yaéré, x, 55, 56, 71, 79, 87, 103, 110, 170, 171,
356 172, 173, 174, 175, 181, 182, 204, 221, 222,
Recasement, 279, 312, 375, 376 310, 319, 320, 333, 336, 340, 344, 346, 347
Relief, vii, viii, 80, 96, 97, 255 Zina, xiv, xvi, 61, 62, 72, 77, 79, 87, 94, 103, 127,
Sol, 50, 199, 205 171, 174, 175, 181, 210, 216, 220, 221, 222,
Risques, i, v, xxi, xxii, 291, 354, 358, 360, 365, 226, 231, 232, 234, 248, 253, 275, 289, 290,
366, 370, 378, 380, 381, 384 318, 344, 345, 351, 360, 376
Tchad, v, viii, xviii, 10, 12, 28, 59, 61, 74, 76, 79,
80, 81, 82, 84, 85, 94, 100, 102, 103, 109, 115,
ACEEN, v, xix, 258, 364 FEM, xv, 256, 261, 262, 363, 365, 366
AGRHYMET, xix, 41, 142, 253, 362 FISCR, 271, 366
BUCREP, xix, 9, 11, 61, 103, 178, 200, 203, 363 GIEC, xx, 5, 12, 30, 31, 32, 36, 37, 41, 42, 57, 122,
CBLT, v, xviii, xix, 83, 84, 88, 95, 173, 174, 180, 135, 252, 256, 272, 274, 327, 342, 348, 366,
183, 279, 280, 363, 364, 365, 366, 368, 404 367, 404
CCNUCC, xix, 5, 32, 57, 261, 262, 272, 274, 327, GIZ, iii, 57, 94, 95, 164, 172, 180, 230, 311, 330,
364, 370 362, 364, 366, 367, 369
CEDC, xix, 54, 56, 354, 368 GWP, 82, 367, 369, 371
CEPRI, 41, 233, 364 INC, 86, 91, 209, 367, 369
DPC, v, xix, 4, 10, 39, 50, 57, 234, 280, 282, 283, INS, vi, xx, 9, 11, 55, 102, 104, 107, 164, 196, 198,
284, 285, 286, 290, 292, 314, 316, 327, 329, 206, 329, 367, 368
334, 365, 378, 404, 406 IRD, xx, 348, 351, 352, 353, 354, 355, 356
DSCE, xix, 108, 369 ISDR, 57, 368, 371
DSCN, xix, 115, 196, 205, 211, 365 MIDIMA, xx, 56, 89, 218, 368
ECAM, xix, 8, 55, 172, 205, 221, 329 MINAT, xx, 283, 284, 285, 288, 378, 406
FAO, xix, 42, 163, 262, 268, 365, 366 MINEPDED, xx, 31, 37, 56, 57, 229, 257, 298,
FEICOM, xix, 365, 366 367, 369, 371
387
MINPAT, 366, 367 REPECC, iii, xxi, 56, 62, 251, 301, 371, 372
NEPAD, 57, 274, 275, 277, 292, 372 SEMRY, xiv, xxi, 11, 56, 87, 107, 124, 202, 207,
OCHA, 41, 143, 279, 365, 369 208, 313, 317, 321, 338, 358, 368
OMS, 229, 268, 284, 319, 320, 369, 370 SODECOTON, v, xxi, 58, 59, 65, 124, 207, 317,
ONU, xv, 32, 264, 265, 268, 278, 283, 318, 319, 330, 369, 389
370 UA, 57, 274, 275, 277, 278, 292, 371, 372, 404
ORSTOM, xx, 57, 60, 90, 192, 339, 340, 346, 348, UICN, xxi, 56, 95, 366, 369, 372
350, 351, 354, 356, 358, 363, 366, 370, 371, 372 UNISDR, 196, 266, 335, 372
PNDP, xxi, 58, 258, 373, 374 USAID, 57, 372
PNUD, 30, 56, 57, 164, 166, 168, 169, 172, 262, WRI, xxi, 60, 83, 369
265, 268, 284, 285, 301, 311, 330, 365, 367, WWRU, 251, 372
369, 370, 371
PULCI, v, xi, xvii, xxi, 56, 186, 187, 203, 210, 221,
222, 224, 244, 245, 254, 257, 260, 263, 295,
303, 304, 320, 321, 405
Ballais, 39, 49, 327, 334, 337 Garry, 40, 49, 326, 327, 337
Baska, 220, 224, 323, 341 Godwé, 95, 173, 219, 278, 342
Bigot, 323, 348 Guedjeo, 50, 270, 327
Blaikie, 45, 319, 334, 341 Hewitt, 45, 335
Bouba, v, 31, 173, 219, 324, 341 Hubert, 66, 135, 327, 332
Boutrais, 75, 76, 324, 334, 347 Hulme, 12, 41, 137, 319, 327, 337
Bring, 125, 132, 156, 158, 342 Iyébi-Mandjek, 58, 74, 75, 76, 77, 335, 336, 338,
Burton, 22, 39, 44, 318, 334 339, 340
Camberlin, 12, 41, 323, 324 Janicot, 12, 41, 137, 319, 327
Chuto, 169, 171, 342 Kana, 110, 196, 327, 328
Covello, 212, 334 Kenne, 39, 85, 343
Dauphiné, 40, 45, 51, 209, 212, 325, 334 Kossoumna, 30, 109, 173, 334, 336, 340, 343
Davis, 44, 45, 325, 334, 341 Laborde, 234, 328
Djoufack Manetsa, 31, 93, 119, 122, 129, 134, 138, Léone, 189, 218, 335, 336, 339
140, 146, 156, 325, 342 Letouzey, 93, 336, 351
Dollfus, 43, 51, 52, 325 Leumbe, 91, 92, 328
Erpicum, 152, 330, 334 Liénou, 83, 86, 188, 328, 336
Fabiani, 32, 335 Lubes-Niel, 328, 332
Fofiri, 42, 335, 355 Magrin, 138, 184, 337
Fotsing, 157, 326, 335, 342 Mahé, iv, 42, 54, 175, 188, 328, 330, 336, 337, 343
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