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Thà Se SAHA - Finale

Cette thèse de Fréderic Saha explore les inondations dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun en lien avec les changements climatiques. Elle aborde le contexte scientifique et méthodologique, les caractéristiques physiques et humaines de la région, ainsi que les processus d'inondation et les vulnérabilités associées. Enfin, elle examine les cadres institutionnels de gestion des catastrophes et les stratégies d'adaptation aux inondations.

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Thà Se SAHA - Finale

Cette thèse de Fréderic Saha explore les inondations dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun en lien avec les changements climatiques. Elle aborde le contexte scientifique et méthodologique, les caractéristiques physiques et humaines de la région, ainsi que les processus d'inondation et les vulnérabilités associées. Enfin, elle examine les cadres institutionnels de gestion des catastrophes et les stratégies d'adaptation aux inondations.

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i

UNIVERSITÉ DE YAOUNDÉ I THE UNIVERSITY OF YAOUNDE I


********** **********
CENTRE DE RECHERCHE ET DE POST GRADUATE SCHOOL FOR
FORMATION DOCTORALE EN SOCIAL AND EDUCATIONAL
SCIENCES HUMAINES, SOCIALES SCIENCES
ET ÉDUCATIVES **********
********** DOCTORATE RESEARCH UNIT
UNITÉ DE RECHERCHE ET DE FOR HUMAN AND SOCIAL
FORMATION DOCTORALE EN SCIENCES
SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES **********
*********

DÉPARTEMENT DE GÉOGRAPHIE
GEOGRAPHY DEPARTMENT

LES INONDATIONS DANS LA RÉGION DE L'EXTRÊME-NORD DU


CAMEROUN EN CONTEXTE DE CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Thèse présentée en vue pour l’obtention du Diplôme de Doctorat PhD en Géographie


Physique
Spécialité : Dynamique de l’Environnement et Risques

Candidat
Fréderic SAHA
Master en Géographie Physique
Matricule : 06L245

Sutenu publiquement le 10 juillet 2020

Paul TCHAWA Président Professeur, Université de Yaoundé 1

Mesmin TCHINDJANG Rapporteur Maitre de Conférences, Université de Yaoundé 1

Nathali KOSSOUMNA LIBA’A Membre Professeur, Université de Maroua

Jean-Guy DZANA Membre Maitre de Conférences, Université de Yaoundé 1

Joseph Pascal MBAHA Membre Maitre de Conférences, Université de Douala

Mention : Très Honnorable


i

SOMMAIRE

INTRODUCTION GÉNÉRALE ---------------------------------------------------------------------- 1

PREMIÈRE PARTIE : CADRAGE GÉNÉRAL DE LA THÈSE ET PRÉSENTATION


DE LA ZONE D’ÉTUDE
CHAPITRE 1 : CONTEXTE SCIENTIFIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE DE LA
RECHERCHE ------------------------------------------------------------------------------------------- 19
[Link] scientifique ---------------------------------------------------------------------------------------- 19
1.2.Démarche méthodologique --------------------------------------------------------------------------------- 52
[Link] spatiale des niveaux d’analyse et approches----------------------------------------------- 72
CHAPITRE 2 : LA RÉGION DE L'EXTRÊME-NORD DU CAMEROUN :
HISTORIQUE, ASPECTS PHYSIQUES ET HUMAINS ------------------------------------- 74
[Link]ève présentation de l’évolution précoloniale et coloniale du nord du cameroun ------------------ 74
[Link]éristiques du milieu physique de la Région de l'Extrême-nord du cameroun ----------------- 78
[Link] humains de la Région de l'Extrême-nord du cameroun------------------------------------------ 98

DEUXIÈME PARTIE : CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET RISQUE


D’INONDATION DANS LA RÉGION DE L'EXTRÊME-NORD DU CAMEROUN
CHAPITRE 3 : CLIMAT ET CHANGEMENTS CLIMATIQUES DANS LA RÉGION
DE L'EXTRÊME-NORD---------------------------------------------------------------------------- 118
[Link] et saison dans la Région de l'Extrême-nord ----------------------------------------------------- 118
[Link]é du paramètre pluviométrique la Région de l'Extrême-nord du cameroun --------------- 130
[Link]é interannuelle des températures dans la Région de l'Extrême-nord du cameroun ------ 146
3.4. Instabilité saisonnière dans la Région de l'Extrême-nord du cameroun ------------------ 151
[Link] climatique dans la Région de l'Extrême-Nord du cameroun------------------------------ 157
CHAPITRE 4 : INONDATIONS ET VULNÉRABILITÉS DANS LA RÉGION DE
L'EXTRÊME-NORD DU CAMEROUN -------------------------------------------------------- 166
[Link] des inondations dans la Région de l'Extrême-nord du cameroun ------------------------- 166
[Link]érabilité aux inondations dans la Région de l'Extrême-nord du cameroun -------------------- 187
[Link]équences des inondations dans la Région de l'Extrême-nord du cameroun ------------------- 217

TROISIÈME PARTIE : CADRE INSTITUTIONNEL DE GESTION DES


CATASTROPHES ET ADAPTATION
CHAPITRE 5 : ENJEUX, CONTRAINTES ET INSTITUTIONNALISATION DE LA
GESTION DES RISQUES ET CATASTROPHES -------------------------------------------- 239
[Link] et coût de l’adaptation----------------------------------------------------------------------------- 239
[Link] international de gestion des risques et catastrophes -------------------------------------------- 252
[Link] national de gestion des catastrophes en général et des inondations en particulier ---------- 268
CHAPITRE 6 : ADAPTATION AUX INONDATIONS DANS LA RÉGION DE
L'EXTRÊME-NORD DU CAMEROUN -------------------------------------------------------- 281
[Link] planifiée ---------------------------------------------------------------------------------------- 281
[Link] spontanée -------------------------------------------------------------------------------------- 296
[Link] ex-post----------------------------------------------------------------------------------------------- 305

CONCLUSION GÉNÉRALE ---------------------------------------------------------------------- 312


BIBLIOGRAPHIE ------------------------------------------------------------------------------------ 321
ANNEXES ---------------------------------------------------------------------------------------------- 357
TABLE DES MATIÈRES --------------------------------------------------------------------------- 375
INDEX --------------------------------------------------------------------------------------------------- 384
ii

DÉDICACE

À ma mère et ses nombreux petits enfants


iii

AVANT-PROPOS
C’est mon affectation qui me conduit pour la première fois dans la Région de l'Extrême-
Nord. Enseignant du secondaire résidant à Guidiguis, je côtoie également les arrondissements
de Touloum (département du Mayo Kani) et Kalfou (département du Mayo Danay) où j’ai des
heures d’enseignement. Frappé par la platitude du relief et la différence ethnique et
socioéconomique avec mon Mbouda natal, je me suis directement attaché à cette zone. En 2012,
je suis copté par le Professeur Tchindjang (pour participer pendant les congés de Noël
(décembre) à la collecte de données dans le cadre de « l’Étude en changements climatiques,
dynamique démographique et santé de reproduction au Cameroun (Régions du Sud-Ouest et de
l’Extrême-Nord)1 » Cette mission de terrain me permit de séjourner dans le département du
Logone et Chari où j’ai vécu les lendemains des inondations d’août et de septembre 2012.
Déchiré par cette catastrophe, j’ai pris la décision d’orienter mes travaux dans le domaine des
risques naturels. Pour le Master, j’ai alors trouvé un terrain plus accessible, la ville Bamenda
réservant la Région de l'Extrême-Nord pour un travail de plus grande envergure notamment la
thèse. Je repars dans la Région de l'Extrême-Nord en 2013, dans le cadre du projet REPECC.
Les arrondissements concernés par cette étude sont Kousseri, Maga, Touloum, Moulvoudaye
et Darak (Région de l'Extrême-Nord), Pitoa et Lagdo (Région du Nord). Les inondations avaient
une fois de plus frappé ces régions ; la mission était de collecter des données pour la
consolidation des informations disponibles sur les risques naturels. Cette mission a grandement
contribué à la construction de la problématique de cette thèse. Au lendemain de mon inscription
en thèse en 2015, je séjourne une fois de plus dans la Région de l'Extrême-Nord dans le cadre
d’un autre projet. Il est question cette fois de « l’Évaluation de la production socio écologique
du paysage dans le cadre du “Développement Communautaire et Gestion des connaissances
pour l'Initiative Satoyama“ » ; cela pour le (COMDEKS) financé par le gouvernement du Japon.
Mon séjour en compagnie d’une importante équipe multidisciplinaire dirigée par le prof
Tchindjang me donna l’occasion de toucher du doigt les réalités socioéconomiques et même
écologiques de la région à travers l’arrondissement de Bogo (département du Diamaré). Je tiens
à rappeler qu’au moment où nous séjournions sur le terrain en janvier 2016, la région
connaissait une intensification des attaques de la secte terroriste Boko Haram. C’est héritier de
ces antécédents, bravant les mises en garde au niveau familial et encouragé par mon encadreur
que je retourne sur le terrain en juillet 2016, août 2017 et juillet-août 2018 pour collecter
spécifiquement les données de cette thèse.

1
Commandité et financé par la Coopération allemande (GIZ)
iv

REMERCIEMENTS

Aussi bien pour le terrain que les autres étapes de la recherche j’ai bénéficié du soutien
multiforme d’un certain nombre de personnalités à qui j’exprime ma profonde gratitude.
Mes remerciements vont premièrement à l’endroit du Pr. Mesmin Tchindjang, qui
dirige mes travaux depuis le Master. Vous êtes le vrai artisan de cette thèse ; c’est dans le cadre
des missions de terrain auxquelles vous m’avez associé que j’ai choisi la thématique d’une part
et la zone d’étude d’autre part. Cette thèse a été pour moi l’occasion de profiter une fois de plus
de votre suivi rigoureux. Votre rigueur dans la lecture des nombreuses moutures de ce travail
ont été déterminantes pour son achèvement.
Je tiens aussi à adresser des remerciements particuliers au Pr. Athanase Bopda, du
laboratoire IDEES de l’Université du Havre. À la suite de vos enseignements que j’ai bénéficié
en 2008 à l’ENS de Yaoundé, j’ai eu le privilège de profiter de nombreuses séances de
discussion avec vous dès mon inscription en thèse en 2015. Votre aise à ramener les choses les
plus compliquées à la portée des débutants comme moi est un exemple de pédagogie que
j’essaye de perpétuer. Votre séminaire sur la chaîne heuristique de la science m’a permis de
mieux saisir les interactions qui font la beauté et la pertinence de la recherche.
Je remercie également le Pr. Gil Mahé de HydroSciences Montpellier en France vers
qui je me suis retourné dès mon inscription en thèse pour avoir le regard de l’hydrologue sur
mon sujet. Merci professeur pour les éclaircissements, la franchise de vos propos et aussi
l’effort que vous avez consentis pour me mettre en contact avec des personnalités qui ont
accompagné mes travaux.
Je remercie pareillement le Pr. Ndam Ngoupayou Jules Remy du département des
sciences de la Terre de la Faculté des Sciences (Université de Yaoundé 1) et le Pr. Amougou
Joseph Armathé (enseignant au département de géographie de l’Université de Yaoundé 1 et
directeur de l’ONACC) qui ont bien voulu donner des orientations d’analyse des paramètres
hydroclimatiques.
À tous nos enseignants des départements de géographie de l’université de Yaoundé I et
de l’ENS de Yaoundé qui, par leur charisme et leur attachement au travail bien fait ont nourri
ma motivation pour la recherche. Je rends particulièrement hommage aux Pr. Paul Tchawa,
Pr. Maurice Tsalefac, Pr. François Kengne Fodouop, Pr. Roger Ngoufo, Pr. Joseph Pascal
Mbaha, Pr. Priso Dickens, Pr. Joly Réné Assako Assako, Pr. Clement Anguh Nkwemoh,
[Link] Abossolo, Pr. Bénoit Mougoué, Pr. Joseph Youta Happi, Pr. Jean Guy Dzana.
Ma reconnaissance va aussi à l’endroit du Secrétaire Général du Ministère de
l’Administration Territoriale (M. Essomba Pierre) qui a marqué au nom du Ministre l’accord
de principe pour que j’accède aux archives de la Direction nationale de la Protection Civile
(DPC). Je remercie par la même occasion Mme Yap Mariatou ; Directrice de la Protection
Civile et son personnel pour leur accompagnement pendant mon séjour de recherche dans leurs
services. J’exprime également ma gratitude au Gouverneur de la Région de l'Extrême-Nord, M.
Midjiyawa Bakary qui par des voies administratives a facilité mes missions de terrain dans un
contexte d’insécurité. Je remercie pareillement les préfets des six départements qui ont autorisé
l’accès aux archives de leurs départements respectifs. Que M. Kengne Célestin ; point focal de
v

l’Observatoire National des Risques (ONR) à la DPC soit aussi remercié pour l’importante
documentation qu’il a mise à ma disposition.
Je remercie aussi l'Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) en Afrique Centrale
et Grands Lacs qui a contribué à ma motivation à travers le concours Ma Thèse en 180 secondes
(MT180) où j’ai eu le troisième prix national en 2015.
À la SODECOTON je remercie Monsieur Tsamba Frédéric (Directeur des Affaires
Générales) et Monsieur Boubakary Yabou (responsable de la division de recherche et
développement) pour avoir mis à notre disposition et ceci sans condition les données de
précipitations sur quelques stations agricoles de la région de l'Extrême-Nord. Je remercie
pareillement M. Abdoum ; Chef service de la météorologie pour la Région de l'Extrême-Nord
qui a facilité l’accès aux données climatiques de la région.
Mention spéciale à M. Djasrabé Nguemadjita (chef de la division hydrologie au
ministère de l’eau au Tchad) qui m’a accueilli à N’Djamena et a mis à ma disposition et ceci
sans conditions les données de débits journaliers du fleuve Logone sur plusieurs stations
limitrophes avec le Cameroun. Ceci est l’expression vivante de l’amitié entre nos deux pays.
Dans le même registre, je remercie M. Ndara Pierre (hydrologue à la CBLT) qui a bien voulu
mettre à ma disposition toute la documentation de la charte de l’eau du bassin du Lac Tchad.
Une autre profonde gratitude à l’endroit de M. Bouba Lucas du département des
sciences de la Terre de l’Université de Maroua. Ton implication dans la collecte de données de
terrain pour le compte de ma thèse est pour moi l’engagement d’une collaboration entre
débutants. Dans le même ordre d’idées je remercie Stéphanie Murielle Makwetche, Samuel
Gassissou, Godwe Foutouring et Temgoua Bernard qui m’ont prêté main-forte dans la
collecte des données de terrain.
Sans être exhaustif, je remercie aussi le Dr. ISSA ; hydrologue au PULCI ; M. Nyago
Justin de la délégation régionale du MINADER ; M. Boukar Mahamat de l’ACEEN ; Mme
Foumsou Julie de la préfecture du Mayo Danay ; M. Aboubakar Abdoulaye (cadre communal
de développement) de la mairie de Yagoua ; M. Amadou Abdoulaye, responsable du centre
documentation de la MIDIMA qui m’ont beaucoup aidé.
Que tous mes amis et collaborateurs (Philippes, Igor, Éric, Rose et Daniel) du Global
Mapping and Environmental Monitoring (GMEM) trouvent ici le fruit de nos échanges et du
merveilleux temps passé ensemble. Les beignets durs, la kola, le café, le beignet haricot, le « riz
bolo » et les crudités que nous avons partagé ensemble ne sont pas « passés dans l’air ». Je
tiens aussi à exprimer ma gratitude à l’endroit de mes camarades : Djeugang Arnaud Borice
et Fomena Réné Charpin pour notre collaboration scientifique reciproquement bénéfiques
dépuis quelques années.
Au niveau de la famille je remercie mon épouse Odette Blanche et mes fils : Emmanuel
et Axel qui ont souffert par moments de mon indisponibilité. Que mes frères et sœurs trouvent
ici le fruit de mes efforts. Merci spécial à Saturnel qui a « mis la main dans la poche » à un
moment décisif pour s’assurer de l’achèvement des travaux.
vi

RÉSUMÉ
Au début de la décennie en cours, le Cameroun a connu de graves inondations dans
plusieurs régions administratives. La Région de l'Extrême-Nord qui constitue le ressort
géographique de cette thèse a été très touchée en 2012, 2013 et 2015. C’est dans ce contexte
que cette thèse s’intéresse aux facteurs du milieu et au contexte socio-économique et
démographique pour livrer un diagnostic du risque d’inondation dans cette région. Il est
question non seulement d’évaluer l’exposition, la sensibilité, mais aussi, la capacité
d’adaptation des populations et divers enjeux pour comprendre l’endommagement et renseigner
les efforts de construction et de renforcement de la résilience.
La méthodologie mobilisée pour atteindre ce résultat combine l’exploitation de données
disponibles sur la problématique et la collecte d’informations sur le terrain. Plusieurs enquêtes
nationales rendues à l’échelle régionale par l’Institut National de la Statistiques (INS)
permettent de mesurer un ensemble de paramètres (pauvreté, qualité de l’habitat,
alphabétisation, infrastructures…) déterminant la vulnérabilité. Pour ce qui est du milieu, la
topographie, l’altimétrie et l’hydrographie sont extraites des images ASTER ; l’occupation du
sol est dressée grâce aux images Google Earth ; de longues séries de données climatiques
(1948-2015) provenant de différentes stations entrent dans l’évaluation des changements
affectant les précipitations et les températures. Des données de débit du Logone et d’autres
cours d’eau de la région sont également mises à profit.
Cette thèse permet de mettre en lumière le niveau élevé du risque d’inondation dans la
Région de l'Extrême-Nord. Le relief, les sols, l’hydrographie et le climat constituent les
principaux facteurs du milieu physique qui prédisposent à ce risque. La normalisation de ces
données du milieu physique par la procédure de Saaty (1980) permet de situer l’exposition au
risque d’inondation à 6,60 sur une échelle de 0-10. La faible déclivité des sols étant le plus
déterminant. La spatialisation du risque laisse voir les zones marécageuses autour des lacs
Tchad et Maga comme étant les plus exposées. La zone montagneuse notamment les
départements de Mayo Tsanaga et Mayo Sava est moins exposée.
La pauvreté, le mauvais choix de sites de construction, la mauvaise qualité du bâti, le
manque d’entretien des ouvrages hydrauliques sont entre autres les principaux facteurs de la
sensibilité au risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Sur la même
échelle de quantification, la vulnérabilité est de 6,54. La ville de Maroua et les arrondissements
de Kousseri, Maga et Kaï-kaï comme étant les plus à risque. Par ses faibles densités, le
département du Logone et Chari se révèle moins vulnérable aux risques.
Le phénomène de changements climatiques renforce aussi bien l’aléa que la vulnérabilité
des populations. En effet la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun connait depuis 1990 une
augmentation des quantités de précipitations par rapport à la péjoration 1970-1989. On assiste
à une plus grande fréquence des pluies extrêmes ; causes des inondations. Les températures
augmentent au rythme de 0,05°C/décennies. Les faux départs de saisons de pluies, leurs fins
précoces et la forte occurrence de trous pluviométriques sont des manifestations des
changements climatiques qui compromettent les efforts de résilience.
L’adaptation se présente comme un processus assez complexe par ses contraintes et ses
incertitudes. L’essentiel de l’effort est consenti par les populations exposées qui ne réussissent
pas toujours à se protéger et à réagir efficacement en temps de crise. La situation de la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun s’inscrit dans le contexte général de l’Afrique tropicale. Des
similitudes sont possibles avec d’autres zones en dehors de l’Afrique. L’effort mondial pour la
réduction des risques doit être intégré aux stratégies nationales en faveur de l’éradication de la
pauvreté sous toutes ses formes.
Mots-clés : adaptation, catastrophe, changements climatiques, inondation, Région de
l'Extrême-Nord, risques naturels, vulnérabilité.
vii

ABSTRACT

At the beginning of the current decade, Cameroon experienced severe flooding in several
administrative regions. The Far-North Region, which constitutes the geographic area of this
thesis, was affected in 2012, 2013 and 2015. It is in this context that this research focuses on
environmental factors and the socio-economic and demographic context to provide a diagnosis
of flood risk in this region. It is not only about assessing exposure, sensitivity, but also the
adaptive ability of populations. This is to understang different issues that contribute to the
resilience.
The methodology used to achieve this result combines the exploitation of available data
on the problem and the collection of information from the field. Several national surveys carried
out at the regional level by the National Institute of Statistics (NSI) make it possible to measure
a set of parameters (poverty, quality of housing, literacy, infrastructures, etc.) determining
vulnerability. For the physical environment, topography, altimetry and hydrography are
extracted from ASTER images; Google Earth images show landuse patterns; long series of
climate data (1948-2015) from different stations are used to evaluate changes in precipitation
and temperature. Flow data of the Logone and other rivers of the region are also used.
This thesis highlights the high level of flood risk in the Far North Region. Relief, soil,
hydrography and climate are the main factors in the physical environment that predispose to
this risk. The normalization of these data with the Saaty procedure (1980) place the exposure
to flood in the Far-North Region at 6.60 on a scale of 0-10. The low value of slope being the
most determining. Spatialization of risk shows swampy areas around lakes Chad and Maga as
the most exposed. The mountainous area including the Mayo Tsanaga and Mayo Sava divisions
is less exposed.
Poverty, the wrong choice of construction sites, the poor quality of the building materials,
the lack of maintenance of hydraulic infrastructures are among the main factors of sensitivity
to flood risk in the Far North Region of Cameroon . On the same scale 0-10, the vulnerability
is 6.54. The city of Maroua and the subdivisions of Kousseri, Maga and Kaï-kaï as most
vulnerable. Due to its low density, the Logone and Chari division is less vulnerable to risks.
The phenomenon of climate change reinforces both the hazard and the vulnerability of
the populations. In fact, since 1990, the Far North Region of Cameroon has experienced an
increase in rainfall amounts compared to the 1970-1989 pejoration. There is a greater frequency
of extreme rainfalls; causes of floods. Temperatures increase at a rate of 0.05 ° C / decade. The
false starts of rainy seasons, their early endings and the high frequency of rain breaks are
manifestations of climate change that reduce resilience efforts.
Adaptation is a complex process because of its constraints and uncertainties. Most of the
effort is made by exposed populations who are not always successful in protecting themselves
and reacting effectively in time of crisis. The situation of the Far North Region of Cameroon is
in the general context of tropical Africa. Similarities are possible with other areas even out of
Africa. The global effort for risk reduction must be integrated into national strategies for the
eradication of poverty in all its forms.
Keywords: adaptation, disaster, climate change, flood, Far North Region, natural hazards,
vulnerability.
viii

LISTE DES FIGURES


Figure 1 : Nombre de catastrophes et de victimes enregistrées dans le monde entre 1990 et 2013. .... 3
Figure 2 : Les six départements de la Région de l'Extrême-Nord au Cameroun. ..................... 9
Figure 3 : Cadrage de la thèse ................................................................................................. 18
Figure 4 : Schéma conceptuel et démarche analytique. .......................................................... 20
Figure 5 : Deux ressorts du territoire ..................................................................................... 22
Figure 6 : Conceptualisation des risques naturels. .................................................................. 25
Figure 7 : Typologie des crues et des lits ................................................................................ 26
Figure 8 : Diamant multifacettes de la vulnérabilité ............................................................... 33
Figure 9 : Démarche méthodologique ..................................................................................... 53
Figure 10 : Approches et niveaux d’analyse. .......................................................................... 73
Figure 11 : Profils topographiques de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun ............... 78
Figure 12 : Relief de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. ......................................... 80
Figure 13 : Réseau hydrographique de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun .............. 82
Figure 14 : Évolution des débits du Logone ............................................................................ 83
Figure 15 : Débits moyens mensuels du Mayo Tsanaga à Bogo ............................................ 83
Figure 16 : Partie camerounaise du lac Tchad. ....................................................................... 85
Figure 17 : Types de sols dans la Région de l'Extrême-Nord. ................................................ 89
Figure 18 : Formations végétales de la Région de l'Extrême-Nord ........................................ 92
Figure 19 : Spatialisation de l’exposition au risque d’inondation dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun.............................................................................................. 97
Figure 20 : Évolution de la population de la Région de l'Extrême-Nord entre 1976 et 2015 ........... 99
Figure 21 : Pyramide des âges de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun en 2015 ...... 100
Figure 22 : Densité de la population dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun en 2015. ... 102
Figure 23 : Types de poissons capturés dans le département du Mayo Danay en 2014 ....... 106
Figure 24 : Réseau routier de la Région de l'Extrême-Nord. ................................................ 111
Figure 25 : Organisation analytique de la deuxième partie ................................................... 117
Figure 26 : Stations d’observations climatiques de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun...... 119
Figure 27 : Régimes moyens mensuels des précipitations dans quelques stations
de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ...................................................................... 120
Figure 28 : Distribution de la pluviométrie dans la Région de l'Extrême-Nord
du Cameroun .......................................................................................................................... 121
Figure 29 : Températures moyennes dans quelques stations de la Région
de l'Extrême-Nord. ................................................................................................................. 122
ix

Figure 30 : Amplitude thermique moyenne mensuelle à Maroua ......................................... 123


Figure 31 : Autres paramètres climatiques de Maroua .......................................................... 124
Figure 32 : Bilan hydrique entre précipitation et évaporation à Maroua .............................. 125
Figure 33 : Amplitude de l’humidité relative à Maroua ........................................................ 125
Figure 34 : Rythmes saisonniers dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ............. 127
Figure 35 : Cumul interannuel des précipitations de saison sèche aux stations
de Maroua et Yagoua ............................................................................................................. 128
Figure 36 : Perception des changements climatiques par les populations dans
la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ........................................................................... 131
Figure 37 : SPI dans les stations de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ................. 132
Figure 38 : Présentation décennale des données pluviométriques ........................................ 134
Figure 39 : Tests de ruptures sur les séries de données d’observation .................................. 136
Figure 40 : Occurrence des classes pluviométriques aux stations de Maroua et Yagoua ........ 138
Figure 41: Contribution des classes pluviométriques aux cumuls annuels
de précipitations aux stations de Maroua et Yagoua .............................................................. 139
Figure 42: Modélisation de la période de retour des fortes pluies pour
les stations de Yagoua et Maroua ........................................................................................... 141
Figure 43 : Occurrence moyenne mensuelle des évènements pluvieux aux
stations de Yagoua, Kousseri et Maroua ................................................................................ 142
Figure 44 : Évolution interannuelle du nombre de jours pluvieux dans
la Région de l'Extrême-Nord à travers les stations d’observations ........................................ 143
Figure 45 : Test de détection de ruptures sur les nombres de jours pluvieux
à Maroua et Yagoua ............................................................................................................... 144
Figure 46 : Correlation entre les quantités de précipitations et le nombre de
jours pluvieux suivant les périodes du test de rupture ........................................................... 145
Figure 47 : Évolution interannuelle des températures dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun à travers quelques stations ..................................................... 146
Figure 48 : Tendance à la hausse des températures dans les stations de la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun............................................................................................ 147
Figure 49 : Indice d’aridité de De Martonne pour Maroua ................................................... 148
Figure 50 : Classes de l’indice de Martonne à Kaélé (1980-2006) ....................................... 150
Figure 51 : Évolution interannuelle de l’indice d’aridité dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun............................................................................................ 150
Figure 52 : Écart entre la date de la première pluie et le début de la saison des pluies ........ 152
x

Figure 53 : Début et fin de la saison des pluies aux stations de Maroua et Yagoua ............. 153
Figure 54 : Répartition des séquences sèches entre les mois de juin, juillet et
août pour les stations de Yagoua et Maroua .......................................................................... 154
Figure 56 : Évolution des superficies de maïs et mil/sorgho dans la région
de l'Extrême-Nord du Cameroun entre 2000-2012 ................................................................ 157
Figure 57 : Zones de modélisation des scénarios climatiques dans le Bassin du Congo ...... 158
Figure 58 : Projection des températures dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.............. 160
Figure 59 : Modélisation de la tendance des précipitations dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun ................................................................................................ 162
Figure 60 : Projection des précipitations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ........... 164
Figure 61 : Distribution des isohyètes dans le bassin actif du lac Tchad .............................. 167
Figure 62 : Précipitations dans quelques stations en amont du Logone ............................... 167
Figure 63 : Débit moyen mensuel (1966-2008) du Logone à Bongor .................................. 168
Figure 64 : Quelques mares d’eau en zone bâtie dans la ville de Kousseri (juillet 1986) .................. 169
Figure 65 : Exposition de la ville de Maroua aux inondations .............................................. 172
Figure 66 : Topographie étagée de la plaine de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ............ 173
Figure 67 : Débits moyens des mois de juillet-août-septembre et octobre 1966-1977 ;
1983-1997 et 2001-2007 à Bongor ......................................................................................... 173
Figure 68 : Extension du grand Yaéré en fonction de la pluviométrie ................................. 174
Figure 69 : Situation des stations de Bongor et de Logone Gana ......................................... 176
Figure 70 : Evolution interannuelle des débits du Logone entre les
stations de Bongor et de Logone Gana ................................................................................... 177
Figure 71 : Exposition au risque d’inondation dans l’arrondissement de Kaï-kaï ................ 178
Figure 72 : Surface inondée en aval du lac de Maga le 09/09/2012...................................... 179
Figure 73 : Hydrogramme du Logone en 2012 à la station de Bongor ................................. 181
Figure 74 : Dynamique interannuelle des DCC (N’Djamena, Logone Gana et Bongor) ............... 182
Figure 75 : Test d’homogénéité sur les DCC du Logone et le Logone Chari ....................... 182
Figure 76 : Détection des valeurs extrêmes dans la distribution interannuelle
des débits du Logone et du Logone et Chari .......................................................................... 183
Figure 77 : Occurrence de quelques inondations catastrophiques pendant
les années de forts écoulements à la station de Bongor ......................................................... 184
Figure 78 : Période de retour des crues a Bongor et N’Djamena .......................................... 185
Figure 79 : Régression pluies (Yagoua) et débits (Bongor) .................................................. 186
Figure 80 : Évolution de l’incidence de la pauvreté au Cameroun entre 1996 et 2014 .................. 188
xi

Figure 81 : Digues du Logone et de Maga dans le département du Mayo Danay ................ 201
Figure 82 : Points défectueux de la digue et des berges du Logone entre Gobo et Kousseri ........... 202
Figure 83 : Causes des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. ........ 208
Figure 84 : Spatialisation de la vulnérabilité dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ..... 215
Figure 85 : Spatialisation du risque d’inondation dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun ................................................................................................ 216
Figure 86 : Spatialisation de l’occurrence des inondations catastrophiques dans
la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ........................................................................... 219
Figure 87 : Forte prévalence des maladies en saison des pluies dans la
Région de l'Extrême-Nord ...................................................................................................... 221
Figure 88 : Taux d’attaque et nombre de cas déclarés de choléra dans la
Région de l'Extrême-Nord en 2011 ........................................................................................ 222
Figure 89 : Pourcentage de perte de quelques spéculations à Dana dans
l’arrondissement de Yagoua ................................................................................................... 226
Figure 90 : Raisons du retour des populations à Kéléo Sud après la mise
en défend de l’espace pour la mise en place du lac de Maga ................................................. 233
Figure 91 : Approche d’analyse de l’adaptation aux inondations dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun............................................................................................ 238
Figure 92 : Projet de protection des berges de mayo dans la ville de Maroua
pour lutter contre les inondations ........................................................................................... 247
Figure 93 : Situation des villages victimes d’inondations en 2015 en aval
des digues camerounaises et tchadiennes ............................................................................... 251
Figure 94 : Initiative nationale et locale de prévention des risques comme
résultats du cadre international et régional ............................................................................. 263
Figure 95 : Interrelation entre différents intervenants dans le PNC...................................... 270
Figure 96 : Organigramme du plan ORSEC du département du Logone et Chari ............... 288
Figure 97 : Modèle de construction en zone inondable : vivre avec l’inondation ................ 292
Figure 98 : Circulation d’information et intervention en temps de catastrophe
dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ................................................................... 296
Figure 99 : Village d’accueil de l’arrondissement de Kaï-kaï en période de crue ................ 297
Figure 100 : Différents lots des travaux en cours dans le cadre du PULCI .......................... 306
Figure 101 : Cycle de gestion du risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord. ............ 309
xii

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 : Distribution moyenne annuelle des catastrophes naturelles par


continent pour la période 2002-2013. ........................................................................................ 4
Tableau 2 : Présentation synoptique de la recherche .............................................................. 15
Tableau 3 : Dimension et variables des changements climatiques pour la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun.............................................................................................. 31
Tableau 4 : Essai d’opérationnalisation du concept de vulnérabilité aux inondations
pour la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ..................................................................... 34
Tableau 5 : Exemples de choix d’adaptation .......................................................................... 36
Tableau 6 : Dimensions d’évaluation de l’adaptation ............................................................. 38
Tableau 7 : Progression de la vulnérabilité ............................................................................. 46
Tableau 8 : Récapitulatif des données climatiques et hydrographiques exploitées ................ 58
Tableau 9 : Modèle du calendrier saisonnier des activités et de l’occurrence des inondations ........ 63
Tableau 10 : Interprétation de l’indice de Martonne ............................................................... 65
Tableau 11 : Description des valeurs d’indicateurs pour la quantification des risques .......... 69
Tableau 12 : Matrice de Saaty ................................................................................................. 71
Tableau 13 : Principes d’attribution des scores ....................................................................... 71
Tableau 14 : Échantillons d’eau analysés ............................................................................... 72
Tableau 15 : Retenues prévues dans la Région de l'Extrême-Nord dans le cadre du PLANUT ....... 88
Tableau 16 : Caractérisation chimique des sols de Maga et ses environs .............................. 91
Tableau 17 : Caractérisation physique des sols de Maga et ses environs ............................... 91
Tableau 18 : Les aires protégées de la Région de l'Extrême-Nord ......................................... 94
Tableau 19 : Quantification du risque d’inondation dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun .................................................................................................. 95
Tableau 20 : Reclassement des données d’exposition au risque............................................. 95
Tableau 21 : Fiche d’attribution des scores aux facteurs d’exposition au risque
d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord ...................................................................... 96
Tableau 22 : Groupes ethniques de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun................... 98
Tableau 23 : Répartition de la population de la Région de l’Extrême-Nord
par département (1976-2015) ................................................................................................. 101
Tableau 24 : Superficies et productions moyennes de cultures vivrières dans
la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun entre 2009 et 2011............................................ 103
xiii

Tableau 25 : Équipements de pêche dans les départements du Mayo Danay et


du Logone et Chari ................................................................................................................. 105
Tableau 26 : Ressources de l’industrie animale dans la Région de l'Extrême-Nord
du Cameroun en 2016 ............................................................................................................ 107
Tableau 27 : Cheptel de la Région de l'Extrême-Nord par département en 2015 ................. 107
Tableau 28 : Réseau routier de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun et
du département du Mayo Danay en chiffre ............................................................................ 110
Tableau 29 : Qualité de l’habitat (murs et toits) par milieu et par zone dans la
Région de l’Extrême-Nord du Cameroun en 2001. ................................................................ 112
Tableau 30 : Accès à l’eau potable par département dans la Région de l'Extrême-Nord ..... 113
Tableau 31 : Coordonnées de six stations choisies pour cette thèse ..................................... 120
Tableau 32 : Corrélation entre paramètres pluviométriques et éléments de localisation ...... 122
Tableau 33 : Répartition moyenne des pluies de saison de pluie dans les stations
d’observation .......................................................................................................................... 129
Tableau 34 : Statistiques descriptives des données pluviométriques de la Région
de l'Extrême-Nord .................................................................................................................. 131
Tableau 35 : Bilan et interprétation de la SPI dans la Région de l'Extrême-Nord (1944-2013) ..... 133
Tableau 36 : Moyennes interannuelles en fonction des segments climatiques ..................... 137
Tableau 37 : Pluies >=65mm en 24 h aux stations de Yagoua et Maroua entre 1992-2013........... 140
Tableau 38 : Corrélation entre les quantités et le nombre de jours annuels de
pluies dans la Région de l'Extrême-Nord à travers les stations d’observation....................... 145
Tableau 39 : Récapitulatif de l’indice d’aridité de Martonne à Kousseri 1987-2006 ........... 149
Tableau 40 : Variabilité décadaire du début et de la fin de la saison des pluies
à la station de Yagoua ............................................................................................................ 153
Tableau 41 : Récapitulatif des variabilités et changements affectant le climat
dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ................................................................... 156
Tableau 42 : Changements de températures projetés dans la zone 1 du bassin du Congo ............... 159
Tableau 43 : Changements des précipitations projetés dans la zone 1 du bassin du Congo ........... 161
Tableau 44 : Projection des précipitations moyennes annuelles dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun ................................................................................................ 163
Tableau 45 : Contribution des mayos de la Région de l'Extrême-Nord à la
submersion de la plaine .......................................................................................................... 171
Tableau 46 : Diversité des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord en
fonction des causes ................................................................................................................. 180
xiv

Tableau 47 : Stratégies inappropriées des populations aux contraintes liées à


la croissance démographique.................................................................................................. 191
Tableau 48 : Populations recasées des camps de sinistrés de l’arrondissement
de Kaï-kaï en 2012 ................................................................................................................. 192
Tableau 49 : Prédominance de couches démographiques vulnérables dans
la Région de l'Extrême-Nord .................................................................................................. 193
Tableau 50 : Situation démographique de quelques villages déguerpis dans
le cadre des opérations de SEMRY II .................................................................................... 195
Tableau 51 : Caractéristique des logements au Cameroun par région .................................. 198
Tableau 52 : Récapitulatif des facteurs fonctionnels dans l’exposition et la sensibilité
des populations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. ........................................ 203
Tableau 53 : Les facteurs de perception du risque ................................................................ 211
Tableau 54 : Indicateurs et quantification de la vulnérabilité ............................................... 213
Tableau 55 : Reclassement des données de vulnérabilité et d’adaptation ............................ 214
Tableau 56 : Fiche d’attribution des scores aux facteurs de vulnérabilité ............................ 214
Tableau 57 : Grille d’évaluation des conséquences des inondations dans la
Région de l'Extrême-Nord ...................................................................................................... 217
Tableau 58 : Pertes en vies humaines et sans abris dus aux inondations (1970-2017)
dans la Région de l'Extrême-Nord ......................................................................................... 218
Tableau 59 : Résultats d’analyse des échantillons d’eau ...................................................... 220
Tableau 60 : Décès dus aux maladies diarrhéiques pendant les années d’inondations ......... 223
Tableau 61 : Nombre de maisons écroulées dans chaque canton de l'arrondissement
de Zina suite aux inondations de septembre et octobre 2015 ................................................. 224
Tableau 62 : Bilan sommaire des inondations de 2012 dans le département du Mayo Kani ......... 226
Tableau 63 : Récapitulatif des sinistrés et des pertes en matériel par les pêcheurs
de la plaine inondable de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun en 2012 .................... 228
Tableau 64 : Récapitulatif des éleveurs et animaux affectés dans les départements
du Mayo Danay et du Logone et Chari en 2012 .................................................................... 228
Tableau 65 : État de quelques routes régionales de la plaine dans la Région de l'Extrême-Nord. .... 230
Tableau 66 : Obstacles à l’adaptation aux effets des changements climatiques dans
les arrondissements de Moulvoudaye, Touloum et Kousseri ................................................. 240
Tableau 67 : Familles à recaser recensées en 2013 dans la ville de Kousseri à la
suite des inondations de 2012................................................................................................. 245
xv

Tableau 68 : Bilan des projets d’adaptation financés par le FEM en fonction de


la zone concernée ................................................................................................................... 250
Tableau 69 : Identification des zones à risque d’inondations dans l’arrondissement
de Mokolo par le sous-préfet .................................................................................................. 276
Tableau 70 : Ressources opérationnelles du comité départemental de la Croix
Rouge du Mayo Danay ........................................................................................................... 278
Tableau 71 : Reboisement par le projet sahel vert dans la Région de
l'Extrême-Nord 2008-2012 ..................................................................................................... 283
Tableau 72 : Quelques réalisations du projet filets sociaux pour la lutte contre les inondations ....... 286
Tableau 73 : Sites de recasement de sinistrés en cas d’inondation majeur dans les
arrondissements de Maga, Vélé et Kaï-kaï ............................................................................. 289
Tableau 74 : Moyens d’adaptation des agriculteurs et des éleveurs face aux effets des
changements climatiques ........................................................................................................ 295
Tableau 75 : Dons de quelques pays membres de l’ONU au Cameroun lors des
inondations de 2012 dans la Région de l’Extrême-Nord. ...................................................... 303
Tableau 76 : Dons de quelques organisations internationales au Cameroun lors des
inondations de 2012 dans la Région de l’Extrême-Nord ....................................................... 304
Tableau 77 : Bilan des montants distribués aux sinistrés des inondations dans
l’arrondissement de Vélé en 2012 .......................................................................................... 307
xvi

LISTE DES PLANCHES

Planche 1 : Quelques mares dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ...................... 87


Planche 2 : Barrage de Mokola et Mofolé dans le département du Mayo Tsanaga ................ 87
Planche 3 : Quelques visages de la prairie dans l’arrondissement de Zina en saison des pluies. ....... 93
Planche 4 : Visages de certaines écoles pendant les inondations ......................................... 109
Planche 5 : Puits et forages vulnérables aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord......... 113
Planche 6 : Quelques dégâts occasionnés par des vents violents dans la Région
de l'Extrême-Nord .................................................................................................................. 126
Planche 7 : Stagnation de l’eau dans les artères de quelques villes de la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun ................................................................................................ 169
Planche 8 : Illustrations des maisons détruites par des inondations lors de la
rupture de la digue du Logone à Bégué Palam en septembre 2015 ....................................... 175
Planche 9 : Constructions inconséquentes exposées aux inondations dans la
Région de l'Extrême-Nord ...................................................................................................... 196
Planche 10 : Mauvais état des routes dans la Région de l'Extrême-Nord
du Cameroun en saison des pluies.......................................................................................... 197
Planche 11 : Quelques styles de constructions précaires dans la plaine inondable ............... 199
Planche 12 : Dégâts des crues sur des parcelles de maïs à Mokio dans le Canton de
Makalingaye à Tokombéré (département du Mayo Sava) ..................................................... 225
Planche 13 : Routes inondées suite aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord ..... 229
Planche 14 : Inondation que quelques infrastructures dans l’arrondissement de Zina ......... 231
Planche 15 : Constructions offertes aux populations dans le cadre du PULCI dans
l’arrondissement de Maga ...................................................................................................... 234
Planche 16 : Reboisement des berges du Mayo Makabaye à Ouro Tchédé à
l’entrée de la ville de Maroua ................................................................................................. 284
Planche 17 : Techniques de protection des berges du Logone a Kousseri (A)
et le Mayo Danay à Yagoua (B) ............................................................................................. 285
Planche 18 : Quelques diguettes mises en place dans l’arrondissement de Zina
dans le cadre du projet filets sociaux ..................................................................................... 287
Planche 19 : Diguettes anti-inondations dans le département du Mayo Danay .................... 291
Planche 20 : Exemples de maisons construites sur des remblais à Kéléo
dans le département du Mayo Danay ..................................................................................... 293
Planche 21 : Élévation des fondations pour la prévention des inondations .......................... 293
xvii

Planche 22 : Protection des fondations de maisons contre la stagnation de l’eau


dans la ville de Kousseri ......................................................................................................... 294
Planche 23 : Images de la préfecture en construction du Logone et Chari à Kousseri ......... 295
Planche 24 : Déplacement des populations en temps de catastrophe dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun ................................................................................................ 298
Planche 25 : Renforcement de la digue de Maga pendant les inondations de 2012 ............. 299
Planche 26 : Refoulement de l’eau lors des inondations de 2017 le long du Logone .......... 299
Planche 27 : Marquage de sites de recasement de sinistrés dans l’arrondissement de Maga .......... 308
xviii

LISTE DES ENCADRÉS


Encadré 1 : Logiques de la territorialisation du risque en France ........................................... 49
Encadré 2 : Article 25 du code de l’urbanisme ....................................................................... 57
Encadré 3 : Recaptitulatif des pertes agricoles dues aux inondations de 2012 dans
l’arrondissement de Kaï-kaï ................................................................................................... 227
Encadré 4 : Recaptitulatif des pertes agricoles dues aux inondations de 2012 dans
l’arrondissement de Kaï-kaï ................................................................................................... 227
Encadré 5 : Dix principes de la stratégie de Yokohama pour la prévention des catastrophes ........ 254
Encadré 6 : Responsabilités des États dans la prévention des risques catastrophes ............. 258
Encadré 7 : Principaux indicateurs de résultats de la stratégie Africaine de réduction
des risques de catastrophe ...................................................................................................... 265
Encadré 8 : Disposition de la charte de l’eau de la CBLT au sujet des inondations ............ 267
Encadré 9 : Attributions opérationnelles de l’ONR .............................................................. 273
Encadré 10 : Entretien avec le directeur Général de l’ONACC ........................................... 274
xix

LISTE DES SIGLES ET ACRONYMES


ACEEN : Association Camerounaise pour l’Éducation Environnementale
ACMAD : African Centre of Meteorological Applications for Development
AGRHYMET : Agriculture et Hydrométéorologie pour le CILSS
AMUCAM : Association des Médecins Urgentistes du Cameroun
BTP : Bâtiment et Travaux Publics
BUCREP : Bureau Central du Recensement et d'Études de la Population
CEPRI : Centre Européen de Prévention du Risque d’Inondation
CBLT : Commission du Bassin du Lac Tchad
CDEN : Caisse de Développement de l’Élevage pour le Nord
CCNUCC : Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique
CEDC : Centre d’Étude de L’Environnement et du Développement
CRH : Centre Recherche Hydrologique
CRED : Centre of Research on the Epidemiology of Disasters
COP : Conference des Parties
DCC : Débit Caractéristique de Crues
DESA : Direction des Enquêtes et des Statistiques Agricoles
DMN : Direction de la Météorologie Nationale
DPC : Direction de Protection Civile
DSCE : Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi
DSCN : Direction de la Statistique et de la Comptabilité Nationale
ECAM : Enquêtes Camerounaise Auprès des Ménages
ENIEG : École Normale des Instituteurs de l’Enseignement Général
ENS : École Normale Supérieure
FAO : Food and Agriculture Organisation
FEICOM : Fonds spécial d’Équipement Intercommunal
GES : Gaz à Effet de Serre
GIEC : Groupe Intergouvernemental des Experts sur l’Évolution du Climat
GMEM : Global Mapping and Environmental Monitoring
HIMO : Haute Intensité de Main d’Œuvre
HDR : Habilitation à Diriger les Recherches
INS : Institut National de la Statistique
IRD : Institut de la Recherche pour le Développement
MAÏSCAM : Société Camerounaise de Maïserie
MIDIMA : Mission de Développement Intégré des Monts Mandara
xx

MINAT : Ministère de l’Administration Territoriale


MINADER : Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural
MINEPAT : Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du
Territoire
MINEPIA : Ministère de l’Élevage des Pêches et Industries Animales
MINEPDED : Ministère de l'Environnement, de la Protection de la Nature et du
Développement Durable
MINTP : Ministère des Travaux Publics
ODD : Objectifs de Développement Durable
OIPC : Organisation Internationale pour la Protection Civile
OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement
OMM : Organisation Mondiale de la Météorologie
ONACC : Observatoire National sur les Changements Climatiques
ONR : Observatoire National des Risques
ORSEC : Organisation des Secours
ORSTOM : Office de la Recherche Scientifique et Technique d’Outre-Mer
PCD : Plan Communal de Développement
PDU : Plan Directeur d’Urbanisme
PNACC : Plan National d’Adaptation aux Changements Climatiques
PNC : Plan National de Contingence du Cameroun
PNDP : Programme National de Développement Participatif
PNPGC : Plan National de Prévention et de Gestion des Catastrophes
PPRI : Plan de Prévention des Risques d’Inondation (France)
PREPAFEN : Projet de Réduction de la Pauvreté et Actions en Faveur des Femmes
dans la province de l’Extrême-Nord
PULCI : Plan d’Urgence de Lutte Contre les Inondations
REPECC : Résilience des Populations aux Effets des Changements Climatiques
RGPH : Recensement Général de la Population et de l’Habitat
RGRC : Référentiel Géographique Routier du Cameroun
SEMRY : Société d’Expansion et de Modernisation de Riziculture de Yagoua
SODECOTON : Société de Développement du Coton
UNDRO : United Nations Disaster Relief Office
UICN : Union Internationale pour la Conservation de la Nature
WRI : World Ressources Institute
WWRU : Waste Water Research Unit
XAF : Franc CFA d'Afrique centrale
1

INTRODUCTION
GÉNÉRALE
2

La problématique des risques naturels est l’une des plus fécondes dans les recherches
contemporaines. En effet si les excès et les limites des systèmes biogéophysiques ont toujours
constitué des contraintes pour l’homme en tant qu’acteur de la mise en valeur de l’espace, ils
sont aujourd’hui considérés comme catastrophiques. Les tsunamis, les tremblements de terre,
les inondations et autres risques naturels sont de plus en plus fréquents et les victimes se
comptent par milliers sur tous les continents. Les études relèvent un renforcement des aléas et
une aggravation de la vulnérabilité aux risques. La conversion des milieux par les pressions
anthropiques sur les ressources et les changements climatiques contribuent à la rupture des
équilibres. La poussée démographique, le contexte de pauvreté et l’incapacité des autorités à
réguler l’occupation de l’espace notamment dans les pays en développement sont les
fondements de la construction de la vulnérabilité. Cette situation est d’autant plus préoccupante
au Cameroun en général, et, dans la Région de l'Extrême-Nord en particulier où une vague
d’inondations à partir de 2012 a révélé l’extrême vulnérabilité des populations aux situations
de catastrophe. Après plusieurs décennies de péjoration hydroclimatique toute la bande
soudano-sahélienne et sahélienne de l’Afrique connaît peu à peu un retour d’humidité ; les
inondations y afférentes s’ajoutent à la sècheresse qui constitue la première limite de ce milieu.

C’est dans ce contexte que cette recherche académique se donne l’ambition d’évaluer le
risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Cela exige de ressortir les
caractéristiques du milieu qui concourent à l’occurrence de différents types inondations en
fonction des unités topographiques, d’exploiter les données sociodémographiques disponibles
pour décrire et quantifier la vulnérabilité des populations. En outre, il faut marquer un arrêt sur
les changements climatiques pour ressortir leurs contributions tout azimuts à la construction et
l’aggravation du risque. En dernier ressort, la réponse en termes d’adaptation est analysée. Les
investigations intègrent l’exploitation de l’abondante littérature disponible sur le sujet à
différentes échelles d’une part et d’autre part des enquêtes de terrain. Cette section introductive
de la thèse présente le sujet et son intérêt avant de le délimiter au triple plan temporel,
thématique et spatial. Elle présente aussi la problématique et le questionnement qui encadre la
démarche.

0.1. Contexte de la recherche

Au cours du XXème, quatre millions de vies humaines ont été fauchées par les catastrophes
naturelles (Allègre, 2001). Pendant la décennie 2001-2010, le CRED2 a recensé 2 679 000

2
Centre for Research on the Epidemiology of Disasters
3

victimes (personnes tuées et personnes affectées) des risques naturels dans le monde ; soit une
moyenne de 267 900/an. Selon Guha-Sapir (2014) les années 2002 et 2010 ont connu des
records (figure 1).

800 500
Nbre de victimes (en millions)

Nbre de catastrophes enregistrées


700 450
400
600
350
500 300
400 250

300 200
150
200
100
100 50
0 0
1998

2010
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997

1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009

2011
2012
2013
Nbre de victime en millions Nbre de catastrophes enregistées

Figure 1 : Nombre de catastrophes et de victimes enregistrées dans le monde entre 1990 et


2013 (source : Guha-Sapir et al., 2014)

En 2002, une sécheresse a fait 300 millions de victimes en Inde et une importante tempête
fit 100 millions de victimes en Chine. Le séisme d’Haïti en 2010 a causé 300 000 morts.
Globalement, on distingue quatre grandes catégories de risques naturels :
- Les risques géophysiques (tremblements de terre, éruptions volcaniques) ;
- Les risques géomorphologiques (mouvements de masse, inondations)
- Les risques météorologiques (cyclones tropicaux, tempêtes, ouragans) ;
- Les risques hydroclimatiques (inondations, sécheresses et feu de brousse).

Parmi ces évènements catastrophiques, les risques géomorphologiques,


météorologiques et climatiques sont les plus récurrents ; avec une forte fréquence des
inondations et des cyclones tropicaux. En outre le coût des risques naturels se situe en moyenne
à 49,4 millions de dollars US/an (Guha-Sapir et al., 2014). Il faut toutefois remarquer une forte
variabilité des données d’une année à l’autre ; ce qui témoigne du caractère fortement aléatoire
de l’occurrence et de la distribution des victimes. Sur le plan régional, l’Asie occupe la première
place non seulement en termes de catastrophes enregistrées mais également en termes de coûts
les plus élevés. Le tableau 1 illustre la distribution du nombre de catastrophes et des coûts y
afférents pour la période 2002-2013.
4

Tableau 1 : Distribution moyenne annuelle des catastrophes naturelles par continent pour la
période 2002-2013
Continent Nombre de Nombre de victimes Coût des dommages (en
catastrophes (en millions) millions de dollars US)
Asie 156 167,55 70,09
Amérique 90 8,43 63,26
Europe 54 0,70 13,94
Océanie 15 0,18 4,76
Afrique 70 27,80 1,14
Totaux 385 204,66 153,19
Source : Guha-Sapir et al., 2013 et 2014 ; adapté par l’auteur

Le score élevé du continent asiatique est lié à sa grande ouverture sur la mer, la
récurrence des risques géophysiques le long du cercle de feu circumpacifique et à l’importance
de sa population. Le continent américain enregistre une prédominance des risques
hydrologiques et météorologiques comme les cyclones tropicaux (Manuel, Katrina, Wilma…).
L’Europe connaît une grande fréquence des risques hydrologiques et des risques climatiques.
Les inondations tiennent la palme d’or avec les records des années 2005, 2006 et 2007. La
vague de chaleur de 2003 a également été un risque majeur en Europe. L’Océanie est le
continent le moins touché par les catastrophes naturelles pendant la période 2002-2013.
Toutefois, la Papouasie Nouvelle Guinée et l’Australie connaissent fréquemment des
inondations très meurtrières comme ce fut le cas en 2010.

Les risques hydrologiques, climatiques et météorologiques constituent les plus grandes


menaces naturelles du continent africain. Les sécheresses et les inondations sont les aléas les
plus dommageables. Les pays comme le Kenya, le Mozambique, l’Uganda, l’Éthiopie,
Madagascar et la Namibie sont les plus durement et fréquemment frappés. Les données du
continent africain présentent une disproportion entre le nombre de catastrophes et le nombre de
victimes. Le nombre de catastrophes en Afrique est inférieur au continent américain pourtant
le nombre de victimes est inverse. Une telle situation est liée à la forte vulnérabilité des sociétés
africaines aux catastrophes. L’absence de politiques cohérentes de renforcement de la résilience
des populations consolide l’endommagement.

Pour ce qui est du Cameroun, la Direction de la Protection Civile (DPC, 2011), distingue
une diversité de risques naturels :
- Les risques géologiques (tremblements de terre, éruptions volcaniques, émanation de
gaz) ;
5

- les risques géomorphologiques (mouvements de terrain) toutefois mal connus et


assimilés aux risques géologiques ;
- Les risques hydroclimatiques (sécheresses, foudres, orages, tornades, inondations) ;
- Les risques écologiques (invasions acridiennes, invasions d’animaux granivores,
attaques de pachydermes et déforestation).

Parmi les événements majeurs ayant frappé le Cameroun pendant les quatre dernières
décennies, on peut relever : les émanations de gaz des lacs Monoun et Nyos respectivement en
1984 et 1986 (Tchindjang, 2018), les éruptions du mont Cameroun en 1982, 1999 et 2000, les
glissements de terrain en 1997, 1998 et 2007 respectivement à Bafaka-Balue, Yaoundé et
Bamenda, les sècheresses saisonnières dans la Région de l’Extrême-Nord, les inondations
annuelles au Nord, dans l’Extrême-Nord, à Douala, etc.

En dehors des émanations de gaz dans les Régions de l’Ouest et du Nord-Ouest, le


Cameroun a rarement connu des catastrophes naturelles très meurtrières. Les sècheresses et les
inondations affectant un nombre important de familles chaque année, font difficilement plus de
10 morts. La Région de l’Extrême-Nord est l’une des plus vulnérables. Le climat tropical
soudano-sahélien qui y règne est caractérisé par des températures très élevées et des pluies
concentrées sur trois à quatre mois occasionnant des inondations plus ou moins importantes
chaque année.

L’analyse des données climatiques par le Groupe Intergouvernemental d’Étude sur le


Climat (GIEC) sur les deux derniers siècles a suscité plusieurs constats : augmentation de la
température moyenne de la terre, fonte de la neige continentale, élévation du niveau de la mer,
recrudescence des évènements extrêmes… Ces changements que subit le climat renforcent les
aléas naturels ; particulièrement les aléas hydrologiques, météorologiques et surtout
climatiques. L’analyse régionale des impacts des changements climatiques présente le continent
africain comme étant très vulnérable (GIEC, 2007). En outre, la zone sahélienne est très peu
résiliente ; d’où la nécessité de l’adaptation.

La Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) de


1992, propose l’atténuation et l’adaptation comme les principaux moyens de lutte contre les
changements climatiques. Entendu comme la réduction à la source des émissions de GES et le
renforcement du stockage du carbone par les forêts, l’atténuation a longtemps dominé les débats
et a bénéficié de plusieurs outils (protocole de Kyoto, REDD+…) pour sa mise en œuvre. Par
contre, l’adaptation a connu une certaine marginalisation. Ce sont les accords de Marrakech,
2001 qui amorcent la question du financement de l’adaptation. Dans son quatrième rapport de
6

synthèse publié en 2007, le GIEC montre que malgré les efforts de réduction des émissions de
GES, certains impacts des changements climatiques seront inévitables. Cette même année, le
Fonds pour l’Adaptation est mis en place à Bali. La mission de ce fonds est d’apporter aux plus
vulnérables les outils dont ils ont besoin pour se prémunir contre les effets des changements
climatiques. Les États du monde sont invités à évaluer leurs expositions, leurs sensibilités et
leurs capacités d’adaptation aux risques climatiques pour définir les axes d’intervention en
droite ligne avec les cadres d’action de Hyōgo et Sendai.

[Link]ésentation et justification du sujet

0.2.1. Présentation du sujet

La présente thèse est intitulée « Les inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun dans un contexte de changement climatique : évaluation du risque et analyse de
l’adaptation des populations ». Elle soulève la problématique de la recrudescence des
catastrophes naturelles au Cameroun. La mise en contexte avec prise en compte des
changements climatiques permet de lever certains doutes quant à la participation de ce
phénomène dans la récurrence des aléas naturels dans tous les milieux naturels et le
renforcement de la vulnérabilité des différentes communautés exposées aux risques. Grosso
modo, cette étude produira à la lumière des recherches antérieures et des investigations de
terrain une évaluation du risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.
La densification de la population et le contexte de pauvreté y ont catalysé non seulement
l’exposition, mais aussi, la vulnérabilité des populations. Le regain d’intérêt pour le concept
d’adaptation dans les débats mondiaux notamment au sujet de la capacité de l’homme à faire
face à son environnement essentiellement changeant est analysé avec prise en compte du
contexte africain et camerounais marqué par la non-maîtrise de la technologie et l’incapacité à
réaliser des investissements nécessaires à la prévention des catastrophes. L’éclairage donné par
la gestion des catastrophes de 2012 et 2013 dans le cadre spatial d’étude donne la possibilité
d’évaluer le dispositif institutionnel et législatif camerounais en matière de gestion des risques.

0.2.2. Justification du choix du sujet

Avec son étirement en latitude (du 2ème au 13ème degré Nord), le Cameroun se caractérise
par une grande diversité des milieux naturels. Si au Sud, le milieu équatorial bénéficie de la
régulation thermique et hydrique grâce à sa forte couverture végétale, le nord est tropical. Dans
la Région de l’Extrême-Nord la nuance climatique est soudano-sahélienne et semi-aride. La
7

hauteur annuelle des précipitations est par endroits inférieure à 500 mm et ne dépasse pas quatre
mois. Dans ces conditions, les cours d’eau sont saisonniers avec une annulation du débit
d’écoulement de surface pendant plusieurs mois de l’année. Les études climatiques et
hydrologiques menées dans le grand sahel africain notamment en Afrique de l’Ouest font état
d’un relèvement de la pluviométrie depuis le début des années 1990 après près de deux
décennies de déficit (Ozer et al.,, 2003). La particularité de ces dernières années est la
recrudescence des pluies extrêmes. Sur le plan pédologique, la nature sablo argileuse des sols
limite la capacité d’absorption et de rétention. La faiblesse de pente dans la plaine et l’absence
ou la rareté de la végétation sont entre autres des facteurs qui concourent au renforcement de
l’aléa dans cette zone.

L’orientation de cette recherche vers l’évaluation du risque d’inondation donne l’occasion


de diagnostiquer le phénomène en établissant les responsabilités des différents facteurs à la fois
naturels et anthropiques. Sur le plan humain la Région de l'Extrême-Nord est la plus peuplée,
la plus sous éduquée et la plus pauvre du Cameroun. L’activité économique y est embryonnaire
et l’essentiel des ressources est tiré de la nature. Les expériences de 2012 et 2013 ont montré la
gravité de la vulnérabilité de la population et des biens. Les interventions des acteurs ont montré
les limites des ouvrages de protection et de la société camerounaise à faire face aux situations
de crises majeures. La menace sécuritaire liée à Boko Haram est une réalité récente qui
complique davantage la gestion des catastrophes dans cette zone. Cette thèse s’oriente
également vers l’évaluation des capacités des populations et des autres acteurs à s’adapter au
risque.

0.3. Intérêt de l’étude

Sur le plan scientifique, cette étude constitue une autre contribution de la géographie à
l’étude des risques. Son intérêt réside dans le fait qu’il ne se limite pas à une description des
processus physiques des inondations, mais, à leur compréhension par la prise en compte d’une
large gamme de facteurs dans une approche systémique. De plus, ce travail s’inscrit dans la
mouvance des changements climatiques qui impactent aujourd’hui tous les processus naturels
et humains sur la terre. Il est question d’esquisser l’évolution future de paramètres déterminants
comme la pluviométrie pour une gestion prévisionnelle à différentes échelles.

C’est une recherche pratique et opérationnelle qui contribue à la production d’un diagnostic
du problème d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun pour aider les
populations concernées à mieux comprendre les dynamiques en cours dans leur environnement.
8

Il est également question de mettre à la disposition des autorités les données nécessaires à la
prise de décision. Dans le domaine de l’adaptation par exemple, l’évaluation réalisée constitue
une invite aux acteurs concernés à renforcer les initiatives en cours, à corriger ou optimiser leur
efficacité. Dans le domaine de l’aménagement du territoire la cartographie produite contribue
à l’orientation de l’affectation des terres en fonction des réalités géographiques et des aléas
susceptibles de se produire.

0.4.Délimitation du sujet

Le sujet abordé par cette thèse requiert un cadrage à la fois thématique et spatial pour
concentrer la recherche sur des préoccupations précises dans un espace délimité afin de produire
des résultats utiles.

0.4.1. Délimitation thématique et temporelle

Cette recherche s’inscrit dans la contribution de la géographie à l’analyse des risques


naturels. Compte tenu de la nature des facteurs impliqués, les domaines d’étude comme
l’hydrologie, la géomorphologie, la climatologie, la biogéographie et l’aménagement du
territoire sont convoqués pour ces analyses. La mise en commun des théories scientifiques et
des méthodes issues de ces différents champs de recherche scientifique donne l’occasion de
comprendre les interactions entre l’ensemble des paramètres qui concourent à
l’endommagement dû aux risques naturels.

Sur le plan temporel, la délimitation est fonction de la disponibilité des données et/ou
de la possibilité de collecter ces données auprès des personnes ou des institutions indiquées.
Ainsi, aux plans climatiques et hydrologiques, les données quantitatives sur les hauteurs
journalières de précipitations, les températures minimales et maximales mensuelles, les débits
moyens mensuels couvrent les six dernières décennies (1948-2015) pour les stations choisies
(voir tableau 8 troisième colonne3). La longueur de cette période permet de faire des
observations non seulement pour la période ayant précédé la grande rupture hydrologique
d’Afrique sahélienne intervenue à la fin des années 1960 et au début des années 1970.

En ce qui concerne les données socio-économiques c’est vers le début des années 2000
que l’État du Cameroun s’est illustré dans la production régulière des statistiques en matière
d’éducation, de santé, de pauvreté, d’accès à l’emploi par les Enquêtes Camerounaises Auprès

3
Page 58 (recapitulatif des données climatiques et hydrologiques utilisées)
9

des Ménages (ECAM). Ces données issues de différentes sources jouent un rôle angulaire dans
l’appréciation de la construction de la vulnérabilité des populations au risque d’inondation. Les
données collectées sur le terrain permettent d’apprécier la situation actuelle. Des incursions
dans l’histoire récente ou lointaine grâce à la mémoire collective consultée lors des enquêtes
semi-structurées sont non négligeables.

Les données démographiques sont essentiellement issues du rapport du troisième


Recensement Général de Population et de l’Habitat (RGPH) réalisé en 2005 par le Bureau
Central du Recensement et d’Étude de la Population (BUCREP) et publié en 2010. Les
estimations récentes sont faites sur la base de ces données de recensement par l’Institut National
de la Statistique (INS). Les données historiques résultent des deux premiers recensements (1976
et 1987).

0.4.2. Délimitation spatiale

La zone choisie pour cette thèse est la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun


caractérisée par un climat soudano sahélien. Il se localise entre 13°20’–15°40’ Est et 10°05’ –
13° Nord (figure 2). Cette région compte six départements : le Mayo Danay, le Mayo Kani, le
Diamaré, le Logone et Chari, le Mayo Tsanaga et le Mayo Sava.

Figure 2 : Les six départements de la Région de l'Extrême-Nord au Cameroun (Source : INC,


2011)
10

0.5. Problématique

La question des risques naturels apparait comme l’une des plus grandes préoccupations du
monde contemporain. En plus des prédispositions naturelles des milieux à subir l’occurrence
de phénomènes dommageables, l’homme s’expose de plus en plus. Le bilan moyen annuel
mondial des pertes liées aux catastrophes naturelles n’a jamais été aussi élevé que pour le siècle
en cours (Allègre, 2001 ; Guha-Sapir, 2014). En plus, différents scénarii font état d’un
renforcement des phénomènes comme les tsunamis, les vents violents, les sécheresses, les
inondations, etc. À différentes échelles, de grandes rencontres sont organisées pour la recherche
de solutions. Il est question de diagnostiquer les risques pour les atténuer et renforcer la
résilience des communautés exposées. L’Afrique souffre essentiellement des excès et des
limitations de la nature ; la sécheresse et les inondations étant les principales menaces
(Bhavnani et Vordzorgbe, 2008 ; Beck et al., 2012, Bétard et Fort, 2014 ; André, 2004). Aux
échelles régionales et sous régionales, de nombreuses initiatives concourent à la réduction des
catastrophes sur le continent. Pays d’Afrique centrale, le Cameroun est vulnérable à un
ensemble de risques naturels (DPC, 2011). Sa diversité topographique, hydrographique et
climatique favorise l’occurrence plusieurs évènements catastrophiques. L’histoire récente
retient les émanations de gaz de 1984 (Monoun) et 1986 (Nyos) respectivement dans les régions
de l’Ouest et du Nord-Ouest qui ont fait environ 1800 morts (Tazieff et al., 2006 ; Kusakabe,
2006 ; DPC, 2011 ; Tchindjang, 2018). En dehors des prédispositions des milieux,
l’endommagement dû aux catastrophes naturelles est aussi lié à un ensemble de paramètres
anthropiques.

La Région de l’Extrême-Nord, cadre spatial de cette recherche, présente plusieurs facteurs


naturels, socio-économiques et conjoncturels qui accroissent sa vulnérabilité aux risques
naturels en général et aux inondations en particulier. Pour une superficie de 34 577 km2 ; elle
est bordée au Nord par le Lac Tchad ; au Sud par la région du Nord ; à l’Ouest par la République
Fédérale du Nigeria. Le côté oriental donne accès au Tchad au de-là du fleuve Logone. Cette
région fait partie du bassin hydrographique du lac Tchad. Sur le plan morphologique, on peut
distinguer 03 unités topographiques : les hautes terres des monts Mandara, le piedmont et la
vaste plaine qui couvre près de 600 000 ha (Olivry, 1986, Iyébi-Mandjeck et Seignobos, 2000 ;
Wakponou, 2004 et Tchindjang, 2012). Cette plaine est très inondable avec des pentes qui
dépassent difficilement 1° (Ngounou Ngatcha, 1993 ; Wakponou, 2004). En outre, elle est
l’exutoire des cours d’eau torrentiels qui drainent l’ensemble de la région. Pendant la saison des
pluies, les crues du Logone submergent aussi la plaine et contribuent à sa fertilisation (Scholte
11

et al., 1995). La forte productivité de ces terres est visible à travers la diversité de la biomasse ;
notamment au niveau des parcs nationaux de Waza et de Kalamaloué. On y observe un
foisonnement des activités agro-sylvo-pastorales.

Au plan humain, la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun est la plus peuplée du


Cameroun avec 4 101 490 habitants en 2015 soit une densité moyenne de 118 habitants/km²
(projection à partir des données du RGPH III4). Cette population est essentiellement concentrée
dans les grands centres urbains (Maroua, Kaélé, Mokolo, Kousseri…) et tout au long du Logone
dans les départements du Logone et Chari et du Mayo Danay où se développe une agriculture
diversifiée vulnérable aux crues. Cette agriculture est soutenue par le barrage de Maga qui
assure l’irrigation permanente des casiers rizicoles de la SEMRY II. Créée en 1979, la digue de
ce lac n’est pas régulièrement entretenue et est souvent débordée par les eaux pluviales qui
submergent les localités situées en aval dans l’arrondissement de Maga. En période de fortes
pluviométries, les localités situées en amont du lac dans l’arrondissement de Kaï-kaï
connaissent aussi des inondations comme ce fut le cas en 2012.

Au plan socioéconomique, les populations de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun


sont les plus indigentes du Cameroun avec un taux moyen de pauvreté qui se situe à 74,3% en
2014 (INS, 2015). Le taux d’alphabétisation est également très faible ; moins de 30% au sein
de la population adulte. Ces différents facteurs déteignent la vulnérabilité des populations aux
catastrophes. Les sécheresses, les risques d’épidémies et les inondations y sont récurrents. Les
sécheresses sont saisonnières et les populations se sont accoutumées à ce risque qui influence
profondément l’ensemble des activités. Les inondations dues aux épisodes de pluies extrêmes
de plus en plus récurrentes constituent un nouveau défi pour les populations essentiellement
habituées aux stress hydriques.

Les équipements privés et communautaires sont aussi vulnérables au risque d’inondation.


Les crues sont généralement dévastatrices pour l’habitat, les routes, les ponts, les écoles, les
hôpitaux...). Des pertes en vies humaines et animales sont aussi fréquentes. La Région de
l’Extrême-Nord présente aussi un déficit de services de secours pour porter assistance aux
populations en cas de sinistre. Les défaillances du système d’organisation des secours aux
niveaux : régional et local ; accroissent le pouvoir d’endommagement des catastrophes. Dans
les localités de très fortes densités surtout en milieu urbanisé comme Maroua, l’occupation
anarchique de l’espace notamment les vallées des cours d’eau traduit la vulnérabilité des

4
BUCREP (2010)
12

populations. En outre, le mauvais calibrage des ouvrages d’évacuation des eaux, le rejet des
déchets dans les canaux de drainage, l’insuffisance de la voirie urbaine sont des facteurs
aggravant le risque.

L’insécurité due aux attaques de Boko Haram et l’afflux de réfugiés climatiques et de guerre
en provenance de la République Fédérale du Nigeria et de la République du Tchad constituent
des défis supplémentaires pour les autorités. Certains camps de réfugiés et de déplacées internes
connaissent parfois la furie des eaux de crues. L’actualité scientifique de ces dernières années
est aussi marquée par les changements climatiques et le GIEC identifie le milieu sahélien
comme parmi les plus exposés et sensibles. Si les années 70 et 80 furent essentiellement
marquées par de graves sécheresses (Janicot et al, 1993 ; Hulme, 2001 ; Le Barbé et al., 2002 ;
Camberlin, 2007), on assiste depuis 1993 à une reprise des précipitations avec une forte
récurrence des années excédentaires (Lebel et Ali, 2009 ; Ozer et al. 2003 ; Abdou, 2011).
Plusieurs pays sahéliens (Niger, Sénégal, Mali) ont connu ces dernières années les plus graves
inondations de leur histoire.

Face à la combinaison de ces facteurs de vulnérabilité, cette thèse se donne pour ambition
d’évaluer le risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Elle procède
par un questionnement des causes de ce risque, examine la vulnérabilité des populations et la
justesse des mesures de sécurisation. Ainsi, une question principale et six questions spécifiques
vont guider l’ensemble des investigations.

0.6. Questions de recherche

Cette étude s’organise autour de la question suivante : Quelle est la situation du risque
d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun en contexte de changements
climatiques et comment les populations s’y adaptent-elles ? Cette question principale
s’accompagne de six questions spécifiques :

1) Dans quel contexte scientifique et méthodologique s’organise cette étude ?

2) Quel est le cadre géographique dans lequel se déroule l’étude ?

3) Quels sont les différents indicateurs des changements climatiques dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun ?

4) Quel est le degré de vulnérabilité des populations aux inondations dans cette région ?
13

5) Dans quel cadre opérationnel et institutionnel s’opère la gestion des risques et des
catastrophes au Cameroun et dans la Région de l'Extrême-Nord ?

6) Comment les populations de cette région s’adaptent-elles aux inondations ?

[Link] de recherche

L’objectif principal de cette thèse est de dresser un état des lieux et évaluer le risque
d’inondation sans oublier l’adaptation des populations dans la Région de l'Extrême-Nord dans
un contexte de changements climatiques. De façon spécifique, il est question de :

1) Préciser le contexte scientifique de l’étude et la démarche méthodologique adoptée


pour cette étude ;

2) Présenter le cadre physique et humain de la Région de l'Extrême-Nord ;

3) Caractériser les changements climatiques dans la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun ;

4) Diagnostiquer le risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord et évaluer la


vulnérabilité des populations ;

5) Ressortir le cadre opérationnel et institutionnel de la gestion des risques et des


catastrophes naturels au Cameroun et dans la Région de l'Extrême-Nord ;

6) Analyser les efforts d’adaptation développés par différents acteurs pour faire face au
risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.

0.8. Hypothèses de recherche

Face à la question centrale de cette thèse, l’hypothèse principale suivante est formulée : en
contexte de changements climatiques, le risque d’inondation reste préoccupant dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun et l’adaptation des populations est insuffisante. Cette
hypothèse se décline en six hypothèses secondaires :

1) La littérature disponible présente un cadre scientifique et méthodologique adéquat


pour l’étude des inondations ;
2) Par ses caractéristiques physiques, la Région de l'Extrême-Nord est favorable à
l’occurrence des inondations aggravées par l’action humaine ;
14

3) Les changements climatiques sont perceptibles et palpables et, ils favorisent


l’occurrence des inondations dans cette région ;
4) Les inondations sont récurrentes dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun et
les populations sont très vulnérables ;
5) La gestion des inondations et d’autres catastrophes est préccupante, multiscalaire et
stimule la mise en place d’un cadre de gestion ;
6) De nombreuses initiatives participent à l’adaptation des populations aux inondations
dans cette région.

0.9. Organisation de la thèse

Cette thèse est présentée en trois parties de deux chapitres chacune. La première partie
effectue un cadrage général de l’étude. Le premier chapitre présente dans quel contexte
scientifique la problématique des risques naturels et surtout des inondations est abordée dans la
Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Ce chapitre décrit aussi la démarche méthodologique
adoptée pour la vérification des hypothèses formulées. Le chapitre 2 s’intéresse à la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun comme cadre spatial de l’étude. Il ressort les caractéristiques
physiques et humaines de cette région concourant à l’occurrence des inondations.

La deuxième partie est dévolue aux changements climatiques la vulnérabilité. Le


chapitre 3 déroule les données climatiques (pluies et températures) pour déceler et ressortir les
indices des changements climatiques dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.
L’objectif étant de voir la place de ce facteur dans la construction du risque. Après avoir
présenté le processus des inondations dans la zone d’étude, le chapitre 4 analyse la vulnérabilité
des populations aux inondations tout en ressortant les dommages les plus fréquemment
enregistrés.

Consacrée à l’adaptation, la troisième partie s’intéresse aux actions et initiatives


d’évitement et de maîtrise des risques, notamment, des inondations en particulier. Le chapitre
5 s’attarde sur les enjeux et les contraintes d’adaptation. Il met un point d’honneur sur
l’institutionnalisation de la prévention des catastrophes. Le chapitre 6 fait l’économie des
actions entreprises dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun pour faire face à la menace
des inondations. Le tableau 2 présente une synthèse sous forme de tableau synoptique de cette
recherche.
15

Tableau 2 : Présentation synoptique de la recherche


Question Objectif Hypothèse Concept et théories Résultats
générale de général de générale de
recherche recherche recherche
Introduction générale
Quelle est la Dresser un état en contexte de Concepts : risque, TITRE DE LA
situation du des lieux et changements inondation, THÈSE :
risque évaluer le risque climatiques, le changements LES
INONDATIONS DANS
d’inondation d’inondation risque d’inondation climatiques
LA RÉGION DE
dans la Région sans oublier est préoccupant vulnérabilité, L'EXTRÊME-NORD
de l'Extrême- l’adaptation des dans la Région de adaptation, résilience DU CAMEROUN
Nord du populations dans l'Extrême-Nord du Ressort spatial DANS UN
Cameroun en la Région de Cameroun et d’analyse : Monde, CONTEXTE DE
contexte de l'Extrême-Nord l’adaptation des Afrique, PVD, CHANGEMENTS
changements dans un contexte populations est Extrême-Nord et CLIMATIQUES :
climatiques et de changements insuffisante. communes ÉVALUATION DU
comment les climatiques Approche : RISQUE ET
ANALYSE DE
populations s’y naturalistes, « pressure
L’ADAPTATION
adaptent-elles ? and release » et DES POPULATIONS
territorialisation
PREMIÈRE PARTIE : CADRAGE GÉNÉRAL DE LA THÈSE ET PRÉSENTATION DE LA ZONE D’ÉTUDE
Question Objectif Hypothèse Concept, approche et Chapitres
spécifique spécifique spécifique analyse correspondants
Dans quel Préciser le La littérature CHAPITRE 1 :
contexte contexte disponible présente Concepts : risque, CONTEXTE
scientifique et scientifique de un cadre inondation, SCIENTIFIQUE ET
méthodologique l’étude et la scientifique et changements MÉTHODOLOGIQUE
s’organise cette démarche méthodologique climatiques DE LA
étude ? méthodologique adéquat pour l’étude vulnérabilité, RECHERCHE
adoptée pour des inondations adaptation, résilience
cette étude
Quel est le cadre Présenter le
Par ses Concepts : Territoire, CHAPITRE 2 : LA
géographique cadre physique
caractéristiques inondation, RÉGION DE
dans lequel se et humain de la
physiques, la vulnérabilité L'EXTRÊME-NORD
déroule l’étude ? Région de
Région de Approche : naturalistes DU CAMEROUN :
l'Extrême-Nord
l'Extrême-Nord est ou déterministe du HISTORIQUE,
favorable à risque ASPECTS
l’occurrence des Ressort spatial PHYSIQUES,
inondations d’analyse : La Région HUMAINS ET
aggravées par de l'Extrême-Nord du RISQUES
l’action humaine Cameroun NATURELS
DEUXIÈME PARTIE : CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET RISQUE D’INONDATION DANS LA
RÉGION DE L'EXTRÊME-NORD DU CAMEROUN
Question Objectif Hypothèse Concept, approche et Chapitres
spécifique spécifique spécifique analyse correspondants
Quels sont les Caractériser les Les changements Concepts :
différents changements climatiques sont changements CHAPITRE 3 :
indicateurs des climatiques dans perceptibles et climatiques, inondation CLIMAT ET
changements la Région de palpables et Approche : CHANGEMENTS
climatiques dans l'Extrême-Nord favorisent naturalistes, « pressure CLIMATIQUES
la Région de du Cameroun l’occurrence des and release” DANS LA RÉGION
l'Extrême-Nord inondations dans Ressort spatial DE L'EXTRÊME-
du Cameroun ? cette région d’analyse : Cameroun, NORD
Extrême-Nord
16

Quel est le Diagnostiquer le Les inondations Concepts : aléa,


degré de risque sont récurrentes inondation, CHAPITRE 4 :
vulnérabilité des d’inondation dans la Région de vulnérabilité, résilience INONDATIONS ET
populations aux dans la Région l'Extrême-Nord du Approche : VULNÉRABILITÉS
inondations dans de l'Extrême- Cameroun et les naturalistes, « pressure DANS LA RÉGION
cette région ? Nord et évaluer populations sont and release” DE L'EXTRÊME-
la vulnérabilité très vulnérables Ressort spatial NORD DU
des populations d’analyse : Cameroun, CAMEROUN
Extrême-Nord et
communes
TROISIÈME PARTIE : CADRE INSTITUTIONNEL DE GESTION DES CATASTROPHES ET ADAPTATION
Question Objectif Hypothèse Concept, approche et Chapitres
spécifique spécifique spécifique analyse correspondants
Dans quel cadre Ressortir le Concepts : adaptation,
opérationnel et cadre La gestion des résilience CHAPITRE 5 :
institutionnel opérationnel et inondations et Approche : « pressure ENJEUX,
s’opère la institutionnel de d’autres and release » et CONTRAINTES ET
gestion des la gestion des catastrophes est territorialisation INSTITUTIONNA-
risques de risques naturels préccupante, Ressort spatial LISATION DE LA
catastrophes au au Cameroun et multiscalaire et d’analyse : monde, GESTION DES
Cameroun et dans la Région stimule la mise en PVD, Cameroun, RISQUES DE
dans la Région de l'Extrême- place d’un cadre de Extrême-Nord et CATASTROPHES
de l'Extrême- Nord gestion commune
Nord ?
Comment les Analyser les De nombreuses Concepts : prévention,
populations de efforts initiatives adaptation, résilience
cette région d’adaptation participent à Approche : « pressure CHAPITRE 6 :
s’adaptent-elles développés par l’adaptation des and release » et L’ADAPTATION
aux différents acteurs populations aux territorialisation AU RISQUE
inondations ? pour faire face au inondations dans Ressort spatial D’INONDATION
risque cette région d’analyse : Cameroun, DANS LA RÉGION
d’inondation dans Extrême-Nord et DE L'EXTRÊME-
la Région de commune NORD
l'Extrême-Nord
du Cameroun
17

PREMIÈRE PARTIE :
CADRAGE GÉNÉRAL DE
LA THÈSE ET
PRÉSENTATION DE LA
ZONE D’ÉTUDE
18

Introduction de la première partie

À l’entame de toute recherche à caractère scientifique, il est nécessaire d’encadrer


l’ensemble des investigations. De la même manière que les concepts méritent d’être élucidés,
il est utile de ressortir les différentes approches dans lesquelles s’inscrivent les analyses. En
outre, un choix méthodologique s’impose à la lumière des résultats attendus. Cette première
partie se penche aussi sur la présentation de la Région de l'Extrême-Nord qui constitue le cadre
spatial de la thèse. Il est question de faire un portrait de la zone en ce qui concerne la cadre
physique et humain (figure 3). Les paramètres choisis (topographie, hydrographie, climat,
démographie, cadre de vie, activités économiques, etc.) seront ensuite abordés pour analyser la
vulnérabilité aux risques naturels en général et les inondations en particulier. Essentiellement
basée sur l’exploitation de la littérature existante et des données cartographiques, cette partie
ouvre en deux chapitres la voie aux investigations de la deuxième et la troisième partie.

Les inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun dans un


contexte de changements climatiques : évaluation du risque et analyse de
l’adaptation des populations
Cadrage

Contexte Démarche La zone


scientifique méthodologique d’étude

Concept Approche Sources Sources Cadre Cadre


secondaires primaires humain physique

Aboutissement
Cadre d’analyse de la vulnérabilité et de l’adaptation aux
inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun

Figure 3 : Cadrage de la thèse


19

1. CHAPITRE 1 : CONTEXTE
SCIENTIFIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE DE
LA RECHERCHE

Introduction

En s’intéressant aux inondations comme risque naturel dans un contexte de changements


climatiques, cette thèse déroule le contexte scientifique de la gestion des catastrophes. Comme
objet de recherche, le risque présente progressivement un contenu théorique, conceptuel et
méthodologique issu de nombreuses recherches dans différentes disciplines (géographie,
sociologie, sciences la terre…). Il est question à l’entame de ce travail d’expliciter les concepts
opératoires clés (risques naturels, vulnérabilité, inondation, changements climatiques et
adaptation) qui ressortent de la problématique. En outre, les approches développées par
différents courants de pensées sont mises en exergue pour situer ce travail dans son contexte
afin d’identifier sa contribution au développement de la pensée. Ce chapitre retrace aussi le
cheminement méthodologique choisi pour parvenir aux résultats qui seront présentés.
D’emblée, on peut remarquer que les investigations tournent autour de la mise en valeur des
sources secondaires et l’exploitation de données primaires collectées pour cette thèse. Il s’agit
des données climatiques, hydrologiques, cartographiques et d’enquêtes sur le terrain en 2016 et
2017.

[Link] scientifique

Il est déterminant de décliner les concepts opératoires en les inscrivant dans la littérature
correspondante pour aborder la problématique de cette thèse. Il ouvre le cadre d’analyse et de
discussion des résultats.

1.1.1. Analyse conceptuelle

Plusieurs concepts liés au sujet de recherche et aux différentes dimensions d’analyse


méritent d’être explicités à l’entame de cette thèse. Ces concepts sont : risques naturels,
inondation, vulnérabilité, changements climatiques et adaptation. Ils s’intègrent dans une
démarche analytique générale (figure 4).
20

THÈSE Variables observées et


Dimensions d’analyse analysées

- Relief / morphologie
Facteurs - Hydrographie
d’occurrence de - Sol
l’aléa
- Climat et changements
climatiques

- Caractéristiques démographiques
Évaluation du - Qualité des
risque d’inondation infrastructures/équipement
dans la région de Vulnérabilité - Activités économiques
l'Extrême-Nord du
Cameroun - Perception du risque
- Aménagement et occupation de
l’espace

- Prévention et préparation aux


catastrophes
Adaptation - Réponse aux catastrophes
- Réhabilitation post catastrophe

CONCEPTION INDUCTIVE
ANALYSE DÉDUCTIVE

Figure 4 : Schéma conceptuel et démarche analytique

[Link]. Concept de territoire

D’emblée, ce concept mérite d’être explicité. Sa place dans l’évolution de la géographie


comme discipline et les angles d’analyse qu’il offre à l’étude des risques naturels sont
édifiantes. Le territoire vient du latin « terra » suffixé de « orium » qui donne « territorium » ;
et donc territoire en Français. Il fait référence à un espace géographique ; une étendue de la
surface terrestre ([Link] Ce concept a d’abord eu un encrage en
zoologie pour désigner un espace qu’occupe et protège un animal ou un groupe d’animaux pour
« éviter la concurrence pour la nourriture ou pour la reproduction » ([Link]
Cette conception a été enrichie par les travaux de l’ornithologue anglais Howard qui démontre
21

qu’un animal ne défend pas un espace ; mais se défend lui-même. Le territoire dans le règne
animal est alors un « produit entièrement subjectif » (Kourtessi-Philippakis, 2011).

Dans les sciences sociales, le développement du concept de territoire est récent. En


géographie, on peut noter les travaux de pionnier comme Raffestin (1980) dans son ouvrage
« pour une géographie du pouvoir ». Il définit le territoire comme « un espace transformé par
le travail humain ». Dans une approche plus étendue, Georges et Verger (2013) l’assimile à
« un espace géographique qualifié par une appartenance juridique, une particularité naturelle
ou culturelle ». Dans le même ordre d’idées, Le Berre (1992) affirme que « Le territoire peut
être défini comme la portion de la surface terrestre, appropriée par un groupe social pour assurer
sa reproduction et la satisfaction de ses besoins vitaux ». C’est une entité spatiale, le lieu de vie
du groupe, indissociable de ce dernier.

Ces différentes définitions font émerger plusieurs dimensions du concept. Le territoire est
d’abord, un espace ; un support ou mieux une référence spatiale (Maigrot, 1999 ; Moine, 2006 ;
Signoret, 2011). Loin d’être simplement un espace considéré comme cadre naturel, le territoire
est aussi un espace économique, idéologique et politique (Di Méo, 1998). Il s’agit ici de
l’appropriation qui donne sens au territoire comme un « espace géographique qualifié par une
appartenance juridique » (Georges et Verger, 2006). Cette dimension appelle la notion d’échelle
et les acteurs déterminant dans le territoire comme construit socioéconomique, culturel et
environnemental. Ainsi le territoire est un « champ d’application du pouvoir » ;
l’administration, la décentralisation sont à l’origine du redimensionnement en continu des
territoires (Moine, 2006).

Pour résumer le contenu sémantique du concept de territoire, Di Méo et Buléon (2005) parle
de la dualité ; faisant référence au côté matériel et à l’instance immatérielle. L’espace avec ses
traits physiques (végétation, relief, hydrographie, etc.) est le support du territoire. L’idéel est le
construit de l’Homme, la mise en valeur pour mettre le territoire à son service (figure 5). C’est
dans cette acceptation que le territoire s’est imposé comme objet d’étude la géographie ; les
analyses prenant en compte aussi bien le naturel que l’anthropique avec prise en compte des
interactions de différentes natures.
22

Figure 5 : Deux ressorts du territoire (Source : Di Méo et Buléon, 2005)


Les deux dimensions offrent des champs d’analyse à l’étude des risques naturels.
L’expression « territoire à risque » conçoit l’espace comme support du risque (Rebotier, 2012).
Il s’agit de l’espace physique qui par ses excès ou ses manques peut générer des dangers pour
l’homme. Cette entrée est celle des approches naturalistes ou alors déterministes du risques
avec les auteurs comme Burton et al. (1978) dans « the environment as hazard ». La
classification des risques suit également cette conception lorsqu’on parle de risques
climatiques, risques hydrologiques, risques sismiques, etc. Réducteur de la réalité, cette
conception du territoire uniquement comme support du risque a présenté ses limites.

Pour November (2002) le territoire n’est pas seulement un « espace-support de risque »


mais « quelque chose capable d’interagit avec le risque et même le modifier ». Certains auteurs
vont plus loin en identifiant les risques comme des écueils de la construction des territoires ou
mieux le produit de l’échec de la mise en commun des différents ressorts territoriaux. Reghezza
(2015) remarque : « Les sociétés fabriquent des aléas et s’y exposent en présentant des formes
de fragilités singulières qui variaient selon les espaces et les époques ». D’après certains auteurs
(Martin, 2006 ; Saha et al., 2018) il est plus convenable de parler de risques « dits naturels »
pour signifier le rôle déterminant des facteurs de vulnérabilité qui relèvent plutôt du côté
anthropique du territoire.

La Région de l'Extrême-Nord du Cameroun cadre géographique de cette thèse est un


territoire à risque. Par ses caractéristiques physiques, cet espace produit un certain nombre de
23

risques au rang desquels on retrouve les inondations. Des réalités comme la pauvreté et la forte
croissance démographique sont entre autres des éléments du territoire construit qui participent
à la construction du risque. La Région de l'Extrême-Nord est aussi un territoire administré à
plusieurs niveaux. Cela donne l’occasion d’analyser les enjeux, les acteurs et leurs stratégies
pour comprendre le processus d’adaptation qui s’appuie nécessairement sur l’ensemble des
atouts de ce territoire à risque.

[Link]. Concept de risque/risque naturel

Le sens de la notion de risque est difficilement saisissable. Magne (2010) attribue cette
pénibilité à l’origine du mot qui est « assez obscure ». Pioche (1992) relève que l’étymologie
est contestée et l’origine diffuse. En effet le mot a subi de nombreuses inflexions entre sa
formation en Italie au 12ème siècle et sa formalisation en français se passe dans les années 1650.
L’idée du risque dans les légendes bourgeoises européennes est traduite par Luhmann (1993)
dans la définition suivante : le risque est « une situation problématique qui ne peut être décrite
avec précision suffisante par le vocabulaire existant ». L’origine italienne ou méditerranéenne
du risque est essentiellement économique. En effet, l’accélération de l’activité commerciale et
l’arrêt des invasions barbares au Moyen-Âge contribuaient à la prospérité qui se veut durable ;
c’est-à-dire dénué de risque. La piste arabe pour la restitution de l’historique du risque renvoie
au mot « rizq » qui désigne dans le Saint Coran « les moyens de subsistance ou la subsistance
qui nous sont prédestinés ou accordés par Allah » Magne (2010). Le rizq est alors positif ; une
bénédiction providentielle. La disette correspond à la diminution du « rizq » par Dieu à cause
de la mauvaise conduite des hommes. En assimilant Dieu à la nature ici, la contribution
anthropologique au risque est déjà perceptible. En effet, la nature est capable de bien et de mal
et c’est l’homme qui en tire ce qu’il mérite par son travail ou sa conduite appréciée par Dieu ou
mieux les lois de la nature. Continuant la recherche d’une définition du risque, Magne (2010)
relève plusieurs auteurs : une probabilité d’après Savage (1954) ; un danger sans cause d’après
(Peretti-Watel, 2005) ou alors un état de connaissance opposé à celui de l’incertitude Knight
(1921).

Le sens du concept tel qu’utilisé de nos jours se rapporte à l’étymologie faisant une
certaine unanimité. Le risque dérive du latin resecum (ce qui coupe) pour désigner dans le
domaine de la navigation maritime « l’écueil qui menace les navires ». C’est un danger plus ou
moins prévisible (Guillou et Moingeon, 2000). Le dictionnaire juridique l’assimile à « un
événement dont l'arrivée aléatoire, est susceptible de causer un dommage aux personnes ou
24

aux biens5 ». En général, les définitions des dictionnaires se rapportent à la situation


contemporaine marquée par la fréquence et la violence des évènements dommageables. En
effet, si le froid, les épidémies, les sècheresses, les tempêtes ont toujours existé, elles sont plus
préoccupantes aujourd’hui et de nouvelles menaces émergent ou reémergent. Le contenu
sémantique du concept s’est enrichi sans cesse. Les dimensions se rapportent aux phénomènes
naturels, socioéconomiques et même écologiques. On distingue généralement les risques
naturels (inondation, tempête, etc.), les risques technologiques (explosion d’une centrale
nucléaire…), les risques sanitaires (épidémies) et les risques urbains (embouteillages).
L’évolution sociale et les activités économiques génèrent des dangers et lorsqu’ils sont mal
gérés, d’importants dégâts peuvent être déplorés. En plus de son aspect physique, le risque se
révèle progressivement comme une construction géographique combinant l’aléa qui est le
phénomène dommageable et la vulnérabilité des populations et des biens exposés (Wisner et
al., 1994). Les composantes du milieu physique constituent les dimensions du concept de risque
naturel (figure 6).

5
[Link]
25

Figure 6 : Conceptualisation des risques naturels (Source : Saha, 2014 ; modifié)

Pour la définition spécifique du risque naturel, le Ministère Français de l’Écologie et du


Développement Durable (MEDD) propose : « conjonction d'un phénomène naturel dit aléa et
d'une vulnérabilité des biens et des personnes exposés » (André, 2004). Wisner et al. (2003)
propose l’équation suivante : Risque naturel = aléa d’origine naturelle × vulnérabilité.

L’aléa est la manifestation d’un phénomène dommageable. Il s’agit d’un évènement qui
se définit par son intensité, sa probabilité d’occurrence spatiale et temporelle (Tchindjang,
2012). L’intensité correspond à la magnitude du phénomène, son importance ou alors sa
violence. Par exemple, l’échelle de Richter permet de cerner l’intensité d’un séisme. La vitesse
des masses d’air détermine la violence des cyclones. Pour ce qui est des inondations, la hauteur
des eaux de crue peut être révélatrice de leur capacité d’endommagement. La probabilité
d’occurrence spatiale est liée à l’exposition de certains endroits du globe à certains aléas.
26

La probabilité d’occurrence temporelle correspond à la fréquence de l’aléa. Le


phénomène peut être cyclique ou non ; on parle de période de retour. La période de retour peut
être longue ou courte ; on peut aussi l’exprimer quantitativement : 1, 3, 5, 10 ou 30 ans. Il faut
rapporter que ces dernières années, les risques naturels sont devenus plus violents et font
davantage de dégâts surtout en milieu à fortes densités démographiques et à cause de la
vulnérabilité des différents enjeux exposés et/ou sensibles. En s’intéressant à la typologie de
ces risques très fréquents et très dommageables, les inondations émergeant au premier rang.

[Link]. Concept d’inondation

Issu du latin inundatio, inondation signifie littéralement débordement ou dépassement des


proportions habituelles. Cela justifie l’utilisation de ce vocable dans d’autres contextes autres
qu’hydrologiques. Toute matière peut déborder. Dans le domaine commercial, la surproduction
entraîne souvent « l’inondation » du marché. Le concept est aussi utilisé lorsque les foules
convergent vers un lieu public pour une manifestation. On parle de « rue inondée par une marée
humaine». Cette formulation est imagée rendant quelque peu le sens d’extrême abondance que
traduit le concept d’inondation. Dans le domaine hydrologique, on parle de crue pour désigner
la quantité maximale d’écoulement. Les niveaux de crues correspondent à différents niveaux
du lit du cours d’eau (figure 7).

Figure 7 : Typologie des crues et des lits (Source : Pottier, 2000)


27

La submersion de la plaine par les crues entraîne le dépôt d’alluvions favorable à la


production agricole. Il en est de même de la pêche qui est plus productive en période de hautes
eaux. Hérodote (-480-425 BC) attribuait déjà la prospérité économique de l’Égypte aux crues
du Nil. Ces propos montrent que les inondations sont souhaitables par les populations de
l’Égypte tout comme certaines populations de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun qui
tirent profit malgré les dégâts. Dans l’histoire ancienne, on retrouve aussi les traces de graves
inondations. En effet, dans le choix des sites pour la création de grandes agglomérations, les
plaines et vallées sont très prisées (Saha et al., 2018). Elles offrent plusieurs possibilités en
termes d’activités économiques. En 4000 av J-C, les vallées de l’Indus, du Nil et la
Mésopotamie étaient déjà urbanisées et subissaient les effets des inondations.

Des méthodes scientifiques ont récemment confirmé une légende selon laquelle, une
inondation survenue en 2200 av J-C aurait duré 20 ans et, c’est par le système de digue que Yu
un héros de la dynastie Xia aurait dompté l’eau6. Les pays à fortes démographies comme la
Chine présentent chaque fois d’énormes pertes. En 1887 une crue du fleuve Jaune aurait fait
près de 2 millions de décès en Chine. Pays d’Europe occidentale ouvert sur la mer du Nord, Les
Pays-Bas sont fréquemment touchés par de graves inondations. Il s’agit ici des inondations par
submersion marine qui frappent durement les agglomérations côtières à travers le monde. Sans
prendre en compte l’origine des eaux d’inondations, le dictionnaire universel propose la
définition « débordement des eaux qui submergent un terrain, un pays » (Guillou et Moingeon,
2000). Ce débordement peut être saisonnier ou soudain.

- Les inondations saisonnières sont calquées sur les régimes pluviométriques. Ainsi, elles
se produisent pendant les saisons de pluies. Pour plusieurs régions au monde surtout en
zone tropicale, tempérée et équatoriale, c’est pendant un ou deux mois que les débits
des cours d’eaux atteignent le maximum. Dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun la saison des pluies dure de juin à septembre. L’évidence des crues se situe
à partir du mois d’août.
- Les inondations soudaines surviennent suite aux évènements pluviométriques
exceptionnels pendant les périodes inattendues. Les simulations scientifiques prédisent
des inondations surprises de plus en plus fréquentes à cause des dérèglements
climatiques. Il n’est pas rare d’assister à de fortes pluies pendant les saisons sèches qui
par leur intensité occasionnent des inondations. En outre, les crues surprises peuvent
aussi être causées par des aménagements sur le lit du cours d’eau.

6
[Link]
28

D’après l’origine des eaux de crue, on distingue également plusieurs types


d’inondations :
- Les inondations par submersion marine ; ce type d’inondation se produit dans les
régions côtières. Le cas des Pays-Bas est illustratif ; en effet, la moitié du territoire de
ce pays est située en dessous du niveau de la mer. Pour protéger le territoire contre les
inondations, le pays a construit de longues et hautes digues. En 1953, une tempête avait
détruit la digue de la côte du Nord et la remontée des eaux causa la mort de près de 1800
personnes7. Les inondations par submersion marine peuvent aussi être causées par des
raz de marée causés par des tremblements de terre ou une éruption volcanique sous-
marine.
- Les inondations par débordement du lit de cours d’eau ou de retenues d’eau ; Mate
(1997) définit l’inondation comme étant « un recouvrement d’eau qui déborde de son
lit mineur ». En effet, pendant les périodes de hautes eaux, le lit mineur est incapable
d’évacuer la totalité du ruissellement et on assiste à la submersion de la plaine. Les
centres urbains de la plupart des pays en développement, le manque de planification et
l’absence d’ouvrages appropriés pour l’évacuation des eaux aggravent les inondations.
En période de crue, le rechargement excessif des retenues d’eau (lacs et mares d’eau
naturels, lacs et mares d’eau artificiels

- Les inondations par stagnation dans une zone plane ; on observe ces types d’inondations
dans des agglomérations situées en zone de plaine. La faible déclivité des sols ne
favorise pas le drainage naturel des eaux de ruissellement. Le manque de système
d’assainissement adéquat est à l’origine de la stagnation d’eau pouvant causer des dégâts
plus ou moins importants.

Dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun l’inondation est après la sècheresse le


deuxième risque qui entraîne d’énormes dégâts chaque année. La configuration topographique
et hydrographique explique l’occurrence d’une diversité d’inondations. La vaste plaine
couvrant les départements du Logone et Chari et le Mayo Danay fait partie de l’exutoire du
bassin endoréique du lac Tchad. Les inondations dans cette plaine sont dues à la stagnation de
l’eau pendant 4 à 6 mois chaque année. Les agglomérations et les exploitations agricoles
limitrophes des cours d’eau (Logone et mayos) subissent les débordements pendant les années
de fortes pluviométries. Les secteurs endigués sont souvent affectés à cause des limites des
ouvrages de protection. D’autres inondations dans la plaine sont causées par le débordement en

7
[Link]
29

amont et en aval du lac de Maga qui est la principale surface d’eau stagnante de la plaine. À
l’ouest de la plaine la zone de piedmont est plus affectée par les inondations par débordement
des cours d’eau saisonniers. Le manque de système de drainage dans les villes est à l’origine
des inondations par stagnation en période forte pluviométrie. Il est à signaler les inondations
dues aux lâchées d’eau en amont comme dans les arrondissements de Maroua 1 et de Gasawa.
En 2012, la vidange de réserve hydraulique de Mokolo était la principale cause des inondations
dans ces deux arrondissements.

Cette thèse aborde l’inondation comme étant tout débordement des eaux de ruissellement,
d’un cours d’eau ou d’une retenue qui submergent les terres mises en valeur. L’origine de l’eau
commandant son caractère soudain ou saisonnier. Toutefois, la pluie dans le bassin du Logone
étant la première voir l’unique source d’eau dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun
les inondations ne sortent pas du cadre saisonnier. La catastrophe soudaine peut être retenue
lorsque les dégâts sont déclenchés ou concentrés sur un laps de temps réduit à cause du
déversement rapide dû à la rupture de barrage ou de digue. L’inondation comme phénomène
naturel, risque hydroclimatique n’est pas épargnée par les bouleversements que connaît la
biosphère à cause du réchauffement de la planète.

[Link]. Concept de changement climatique

Depuis la formation de la terre il y a environ 4,5 milliards d’années, le climat de la terre n’a
cessé de changer. La variation des paramètres orbitaux caractérisant la révolution de la terre
autour du soleil explique les variations climatiques à grande échelle (théorie de Milanković).
La planète a connu des périodes glaciaires (chute de 5°C de température) interrompues par des
périodes interglaciaires. Ces phénomènes naturels se caractérisaient par leur extrême lenteur
couvrant des milliers d’années. L’hypothèse d’une action anthropique sur le climat est
envisagée dès le début du XIXe siècle. Sur la base des travaux du français Joseph Fourier, le
suédois Svante Arrhenius formule en 1896, le postulat selon lequel une augmentation des
quantités de de gaz carbonique (CO2) dans l’atmosphère est susceptible d’entraîner un
réchauffement de la terre (Dufresne, 2006). En 1979, la première conférence mondiale sur le
climat est organisée à Genève (Suisse). Une autre se tiendra à Villach (Autriche) en 1985. Ces
deux conférences aboutissent à la création du GIEC en 1988. Placé sous l’égide de
l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et du Programme des Nations Unies pour
l’environnement (PNUE), le GIEC a pour mandat « d’établir, à partir des informations
scientifiques disponibles, un diagnostic sur les aspects scientifiques, techniques et socio-
30

économiques des changements climatiques qui pourraient résulter des activités humaines8 ».
C’est dans le cadre du GIEC et les conférences mondiales sur l’environnement mondial que le
concept de changements climatiques s’est progressivement construit s’appuyant sur la notion
de climat.

Le GIEC (2007) définit le changement climatique comme étant « tout changement


permanent du climat dû à l’activité humaine ou au processus naturel ». Plus clairement, il s’agit
de toute « perturbation mesurable (précipitation, température, rayonnement, vent, nébulosité)
et durable du système climatique, qui s’écarte nettement des conditions moyennes antérieures
et provoque des changements correspondants dans les écosystèmes et l’activité socio-
économique » (Kossoumna Liba’a, 2012)9. D’autres expressions comme variabilité climatique,
variation climatique et oscillation climatique sont souvent utilisées. (Tsalefac, 2010) parle
d’oscillation lorsqu’on observe des modifications du climat pour une période inférieure à 30
ans ; lorsque la période est supérieure à 30 ans, c’est la variation climatique. La variabilité
climatique quant à elle désigne les variations saisonnières et annuelles des paramètres
météorologiques dans un espace géographique donné.

Dans ses différents rapports, le GIEC met en évidence le fait que les changements
climatiques affectent aujourd’hui toutes les parties du globe. Les précipitations et les
températures sont de plus en plus instables et irrégulières d’une saison à une autre ; d’une
période à une autre. Parmi les facteurs à l’origine des changements climatiques, on peut citer
les activités humaines, le déboisement, le défrichement, l’urbanisation, les processus naturels
etc. Les changements climatiques affectent plus durement les populations les plus pauvres du
globe. Ils contribuent aux malnutritions, famines, pertes d’infrastructures, épidémies,
déplacements des populations, dégradation et désertification des terres, modification ou perte
de la biodiversité, accroissement de l’érosion des sols et ensablement des cours d’eau. Le
phénomène de changements climatiques est aujourd’hui palpable partout dans le monde.

Au Cameroun, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2008)


CSC (2013) et PNACC (2015) ont mis en exergue les tendances suivantes :
- Baisse des moyennes annuelles de précipitations (-2,2% par décennie depuis 1960) ;
- Augmentation de la température annuelle moyenne (0,7°C de 1960 à 2007) soit
0,15°C/décennie ;

8
Fellous (2010)
9
[Link]
31

- Élévation du niveau de la mer de 1,8 à 2,2mm par an entre 1948 et 2003 (Fonteh et
al., 2009).

On observe aussi au Cameroun l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des


phénomènes climatiques extrêmes comme les inondations et les sécheresses (MINEPDED,
2015a). Pour éviter de continuer à subir ces phénomènes, le GIEC (2001) propose un ensemble
de stratégies : l’adaptation, la mitigation, l’augmentation de la capacité de résilience.

La Région de l'Extrême-Nord du Cameroun se raccorde à la bande sahélienne de


l’Afrique. Elle est parmi les zones les plus affectées par les changements climatiques. En effet,
l’ambiance climatique de référence de cette zone est semi-aride, aride et même très aride dans
certaines zones. La pluviométrie est faible et les vents sont rapides. Les changements
climatiques deviennent un problème supplémentaire à ce paysage à écologie fragile. Les études
antérieures (Djoufack Manetsa et al., 2011 ; Saha et al., 2017 ; Bouba et al., 2017) dans la zone
font état de la baisse de la pluviométrie à partir de 1970. Les températures connaissent aussi
une certaine augmentation ; aggravant les phénomènes de désertification et de sècheresse qui
affectent de plus en plus d’espace. L’agriculture en est principalement affectée. Les
changements mis en exergue vont être étudiés dans leurs répercussions sur les risques naturels
en général et les inondations en particulier. Le schéma suivant présente les différentes
dimensions, variables et indicateurs des changements climatiques qui seront abordés dans cette
thèse (tableau 3).

Tableau 3 : Dimension et variables des changements climatiques pour la Région de l'Extrême-


Nord du Cameroun
Concept Éléments du climat Variable de variabilité Indicateur de
affectés par la et/ou le changement variabilité et/ou de
variabilité et/ou le étudiée changement
changement
Pluies journalières Quantité, fréquence
Précipitations Pluies saisonnières Durée des saisons
Part des pluies/saison
Pluie moyenne Test de rupture
Changements interannuelle SPI
climatiques Nombre mensuel et annuel Rupture
de jours pluvieux Séquences sèches
Températures minimales Indice de chaleur
Température Températures maximales Indice d’aridité de De
Température moyenne Martonne
32

Face aux changements climatiques, la CCNUCC (ONU, 1992) a défini un ensemble de


mesures. D’une part il est question de limiter les émissions à la source (mitigation) pour
prévenir et d’autre part, il faut faire face aux changements inévitables (adaptation).

[Link].Concept de vulnérabilité

La vulnérabilité a été longtemps délaissée au profit de l’aléa dans les études s’intéressant
aux risques (Quenault, 2015). Mais, « depuis une dizaine d’années le concept de vulnérabilité
fait l’objet d’une appropriation progressive par les sciences humaines » remarque Pigeon
(2005). Aujourd’hui le concept présente une certaine fécondité sémantique qui rend difficile
son cadrage ou son recadrage (Theys et Fabiani, 1987 ; Reghezza-Zit, 2005 ; Pigeon, 2005 ;
Quenault, 2015). Étymologiquement, le concept de vulnérabilité est issu du substantif latin
vulnerabilis de la famille du verbe vulnerare qui signifie « infliger une blessure à » et du suffixe
abilis « qui peut être enclin à »10. Ainsi, la vulnérabilité est le caractère de ce qui peut être blessé
ou atteint physiquement (Guillou et Moingeon, 2000). Au-delà de cette compréhension usuelle,
du concept, plusieurs appréhensions ressortent des études de différentes spécialités. Dans le
domaine des sciences exactes, c’est le degré d’endommagement potentiel. C’est l’option
quantitative utilisée par les assureurs pour fixer en terme comptable les taux et les primes en
prenant en compte les éléments matériels et objectifs (Reghezza-Zit, 2005).

Dans les sciences humaines et sociales, les auteurs recherchent la prise en compte des
paramètres socioéconomiques et culturels. C’est dans ce sens que le GIEC (2007) propose la
définition suivante de la vulnérabilité « degré selon lequel un système est susceptible, ou se
révèle incapable, de faire face aux effets néfastes des changements climatiques, notamment à
la variabilité du climat et aux conditions climatiques extrêmes ». Allant dans le même sens,
Quenault (2015) propose une définition plus détaillée : « absence de capacité de la société à
faire face à une crise ou à un changement, la difficulté d’une personne, d’un groupe d’humains,
d’une organisation ou d’un territoire, à anticiper un phénomène destructeur, à l’affronter, à lui
résister et à récupérer après sa survenue ». Ces définitions plus analytiques ouvrent la voie aux
possibilités de réduire la vulnérabilité pour faire face aux catastrophes de plus en plus
meurtrières.

L’autre approche de la vulnérabilité est dite systémique. Elle promeut la prise en compte
de l’ensemble des éléments qui s’organisent pour rendre concret la vulnérabilité en prenant en
compte les unités d’analyse et les échelles spatio-temporelles (Bouchon 2006 ; Nabaa et al.,

10
Adam (2008) cité par Quenault, 2015
33

2011 ; Delaître et al., 2016). L’évolution sémantique du concept favorise les investigations
scientifiques. L’analyse de la vulnérabilité laisse voir les dimensions : économique, territoriale,
organisationnelle, culturelle, physique, systémique, sociale et institutionnelle (figure 8).

Figure 8 : Diamant multifacettes de la vulnérabilité (source : Parker et al. (2009) cité par
Quenault (2015)
Cette figure multiplie les dimensions de la vulnérabilité donnant la possibilité de
regrouper en fonction des contextes. Certains aspects de la vulnérabilité traduisent la sensibilité
et d’autres l’exposition. L’exposition renvoie à la localisation des enjeux par rapport à la source
de danger et les facettes territoriales et physiques du risque. Les caractéristiques internes de ces
enjeux font leurs sensibilités. L’équation suivante est souvent posée :

Vulnérabilité = Exposition × Sensibilité

Cette approche contribue à la prise en compte des particularités dans l’évaluation de la


vulnérabilité. Dans l’évaluation des dégâts post-catastrophes, la résistance ou mieux la
résilience de certains enjeux contraste avec la ruine généralisée. Ainsi, pour les mêmes niveaux
d’exposition, la vulnérabilité peut être différente. Dans le secteur du bâtiment par exemple, la
prise en compte des mesures parasismiques permet de réduire considérablement la vulnérabilité
aux tremblements de terre. De même, une bonne perception et une bonne préparation au risque
réduisent considérablement l’endommagement.
34

Dans le cadre de cette thèse, la vulnérabilité est abordée aussi bien dans son aspect
qualitatif que quantitatif. À travers les facteurs socioculturels, économiques, démographiques
et historiques, la sensibilité des populations au risque d’inondation est décrite dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun. Pour ce qui est de l’exposition, l’approche cartographique
permet d’identifier les communautés humaines et autres enjeux localisés en zones à risque. La
normalisation de ces différents facteurs permet en outre de quantifier cette vulnérabilité. La
présentation des enjeux permet de compléter cette approche d’évaluation de la vulnérabilité au
risque d’inondation. Le tableau 4 présente un ensemble de variables et d’indicateurs pris en
compte dans l’analyse de la vulnérabilité.

Tableau 4 : Essai d’opérationnalisation du concept de vulnérabilité aux inondations pour la


Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

Concept Dimension Variable Indicateur


Activité Diversité, outillage des activités et
saisonnalité
Niveau de vie Incidence et sévérité de la
pauvreté
Habitat Type d’habitat et adaptation au
Socio- milieu
économique Éducation Niveau d’éducation
Accès à l’eau Nombre de points d’eau
Site de Proximité à la source de danger
construction
Accessibilité Qualité des routes en période
d’inondation ?
Effectif Taux de croissance et densité dans
Vulnérabilité
les zones à risque
Sexe Taux de féminité
Démographique Tranche d’Âge Proportion des couches
vulnérables
Aménagement Qualité des ouvrages
hydraulique
Fonctionnelle Encadrement Présence et responsabilisation des
autorités
Secours Disponibilité et qualité des unités
d’intervention
Médiatisation Régularité et pertinence des
séances de sensibilisation
Conjoncturelle Perception Interprétation technique et
ou Contingente appréhension psychologique
Acceptation Niveau d’acceptation
Source : Conception de l’auteur
35

La vulnérabilité est finalement pluridimensionnelle. Tous les aspects de l’environnement


entendu dans son sens le plus large y jouent un rôle. Analyser la vulnérabilité renvoie ainsi à
un diagnostic territorial. En y intégrant la résilience certaines conceptions prennent également
en compte l’adaptation qui est aussi un concept multidimensionnel.

[Link].Concept d’adaptation

Les « synonymes » : ajustement, adéquation, arrangement sont souvent utilisés pour


rendre compte du contenu du concept d’adaptation. Ce concept est transdisciplinaire et se
retrouve en biologie, psychologie, anthropologie, sociologie et géographie. Sa richesse et sa
dualité sémantique ressortent déjà de son étymologie. Citant le dictionnaire historique de langue
française, Simonet (2009) relève que « adapter » est issu du mot latin apere qui signifie lier ou
attacher) dont le participe passé aptus (apte) avec la locution ad (à, vers) qui forment le verbe
adaptare qui signifie littéralement ajuster à, en vue de. La théorie de l’évolution de Charles
Darwin a contribué à affiner ce concept tant en biologie que dans les autres disciplines qui s’y
intéressent en affrontant la conception de la création divine. Dans son livre intitulé « de l’origine
des espèces » publié en 1859, Darwin démontre que dans la lutte pour la vie ou la survie, le plus
fort élimine le plus faible et progressivement la sélection s’effectue. Cette sélection se situe aux
niveaux individuels, cellulaires et physiologiques.

En géographie, l’adaptation renvoie d’abord à la notion de déterminisme pour rendre


compte du besoin humain de prendre en compte le milieu naturel au quotidien. Considérant le
contexte des progrès techniques la place de l’homme dans la nature est longuement débattue au
19ème siècle. Dans cette mouvance Reghezza (2007) identifie « l’ajustement de l’homme à
l’environnement » comme l’objet de la géographie. Cette discipline récupère ainsi l’adaptation
comme sa préoccupation centrale. L’effort humain doit permettre d’envisager l’absence de
violence dans l’interface homme milieu. Dans une approche possibiliste les solutions aux
contraintes environnementales sont pensées. Lorsque émergent les débats sur les changements
climatiques, la notion d’adaptation connaît un regain d’intérêt. En effet, l’humanité a dû
s’ajuster ou s’adapter aux grandes variations climatiques ponctuées par des glaciations et des
sècheresses. La particularité des phénomènes contemporains est leur ampleur, leur vitesse et
leur origine humaine. En 1992, à la conférence de Rio de Janeiro, l’atténuation et l’adaptation
sont définies comme les deux stratégies pour faire face aux changements climatiques.
L’adaptation est alors définie par le GIEC (2001) comme « l’ajustement des systèmes naturels
ou humains en réponse à des stimuli climatiques présents ou futurs ou à leurs effets, afin
d’atténuer les effets néfastes ou d’exploiter des opportunités bénéfiques ». Les débats sur les
36

changements climatiques accélèrent et enrichissent les débats sur l’adaptation. Citant Adger et
al. (2003), Simonet (2009) relève le « besoin d’apprendre des adaptations passées et présentes,
d’en comprendre les processus et d’en saisir le fonctionnement des agents de changement ».
Plusieurs dimensions en ressortent en fonction des critères considérés. Dans cette perspective,
l’adaptation peut être anticipée ou réactive ; publique ou privée ; autonome ou planifiée (tableau
5).

Tableau 5 : Exemples de choix d’adaptation


Anticipative Réactive
Systèmes - Conservation - Modification de la durée de la période
naturels - Développement durable de végétation
- Modification des écosystèmes
- Migration
Choix - Assurance - Changement des pratiques agricoles
privés - Construction sur pilotis - Modification des primes d’assurances
- Choix des espèces forestières - Recours à la climatisation
Choix - Systèmes d’alerte - Indemnisation, subvention
politiques - Réglementation dans la - Assurer le respect des réglementations
construction des bâtiments et (surtout dans les zones à risques
tous autres ouvrages - Reconstruction des plages
- Incitation au retrait des zones
à risques
Source : Adapté de Smit et Pilifofosova (2002)

L’ampleur des changements climatiques est tel que la survie de milliers voir des millions
de personnes est menacée. La communauté internationale est alors appelée à penser l’action en
faveur de l’adaptation pour la guider et la financer. En 2012, une action renforcée pour
l’adaptation est lancée dans le cadre des conférences des parties sur les changements
climatiques. La coopération internationale est interpellée pour appuyer la mise en œuvre des
mesures urgentes d’adaptation. L’accent devant être mis sur l’évaluation de la vulnérabilité,
une hiérarchisation des mesures d’adaptation, l’évaluation des besoins financiers, le
renforcement des capacités et de stratégies de riposte, l’intégration des mesures d’adaptation
dans les plans sectoriels en prenant en compte les PMA les plus vulnérabilités notamment les
pays d’Afrique touchés par la sècheresse, la désertification et les inondations. Dans le cadre de
la coopération internationale, d’autres recommandations sont formulées en faveur de
l’adaptation :

- la mise en place de mécanismes de mutualisation du risque, comme l’assurance ;


37

- la diversification de l’économie pour renforcer la résilience aux changements


climatiques ;
- la mise en place de stratégies de réduction des effets de catastrophe ;
- la synergie de tous les acteurs pour appuyer l’effort d’adaptation de manière intégrée ;
- le renforcement de l’action dans le domaine du transfert des technologies pour renforcer
les mesures d’atténuation et d’adaptation.

Dans son cinquième rapport, le GIEC (2014) fait le constat suivant pour l’Afrique : « En
Afrique, la majorité des gouvernements nationaux mettent en place des systèmes de
gouvernance pour l’adaptation. Les mesures de gestion des risques de catastrophe, l’adaptation
des technologies et infrastructures, les approches basées sur les écosystèmes, les mesures de
santé publique de base, la diversification des moyens de subsistance réduisent la vulnérabilité,
cependant les efforts tendent à être isolés à ce jour ». Au Cameroun un Plan National
d’Adaptation aux Changements Climatiques (PNACC) ; finalisé en 2015 (MINEPDED, 2015)
dresse une évaluation des changements climatiques, en ressortant leurs impacts dans différents
secteurs en fonction des zones agroécologiques et les stratégies d’adaptation.

En 2015, lors de la COP 21 à Paris, Il a été demandé aux parties de renforcer la


coopération régionale en matière d’adaptation et s’il y a lieu, de créer des centres et des réseaux
régionaux. Le comité d’adaptation et le groupe des experts des PMA en collaboration avec le
comité permanent du financement et d’autres institutions compétentes ont été invitées à élaborer
des méthodes et à formuler les mesures nécessaires pour faciliter la mobilisation de l’appui à
l’adaptation des pays en développement. En outre, il est demandé au Fonds Vert pour la Climat
d’accélérer la fourniture d’appui destiné aux PMA pour la formulation des plans nationaux
d’adaptation. Pour le financement, il a été décidé d’accroitre l’appui de manière à atteindre 100
milliards de dollars US d’ici 2020 pour l’adaptation et l’atténuation. Un processus d’examen
des techniques et mesures d’adaptation est lancé pour la période 2016-2020.

On ne peut séparer l’adaptation aux changements climatiques de l’adaptation aux risques


naturels notamment les inondations. En effet, les changements climatiques renforcent les aléas
et la vulnérabilité des populations exposées. Plusieurs axes d’interventions concernant
l’adaptation privilégient aujourd’hui la dimension anticipative c’est-à-dire la prévention des
changements climatiques. Au vu des conséquences catastrophiques qui découleraient d’une
augmentation de 2°C des températures moyennes mondiale, la communauté internationale
réunie en 2015 à Paris dans le cadre de la COP 21 avait tablé sur différentes mesures de
d’atténuation ; tout en prévoyant près de 50% des fonds à mobiliser pour l’adaptation. Dans
38

cette perspective, il est question de préparer les communautés aux changements climatiques
non évitables, de leur donner les moyens d’en faire face et de renforcer leur résilience aux
risques climatiques comme les inondations par exemple. C’est dans ces trois dimensions que le
concept d’adaptation est opérationnalisé dans cette thèse (tableau 6).

Tableau 6 : Dimensions d’évaluation de l’adaptation


Concept Dimensions Variables Indicateurs
Mise en place d’ouvrages de Longueur, hauteur et
Préventive protection qualité des ouvrages
Règlementation de la prévention Disposition légale
Accompagnement desNombre de personnes
populations sensibilisées
Nombre Structures de
Préparation aux situations de secours et d’intervention
catastrophe Plan ORSEC
Réactive Système d’alerte
Nombre de victimes
Réagir pour limiter assistés
Adaptation l’endommagement Nombre de sinistrés
évacués et recasés

Réfection des ouvrages Efficacité des efforts des


Réhabilitative populations et des
autorités
Délocalisation des populations Nombre de Camp de
sinistrés
Nombre de Villages et
superficies des terres
abandonnées
Source : Conception de l’auteur

L’adaptation est finalement un processus en perpétuelle conquête. L’action multiforme


de tous les acteurs est requise. Différentes approches et analyses présentent dans la littérature
doivent être mobilisées pour l’atteinte de résultats.

1.1.2. Revue de littérature

La recrudescence des risques naturels en général et des inondations en particulier dans


nombre de pays du monde interpelle non seulement les politiques mais aussi les chercheurs à
39

se pencher sur les moyens et méthodes pouvant permettre de réduire la vulnérabilité des
communautés.

[Link].Approches d’évaluation des risques

La chronologie peut permettre de regrouper la littérature sur l’évaluation des risques


naturels en plusieurs approches. D’abord la prise en compte des éléments du milieu physique
comme exclusive dans le déclenchement des catastrophes et d’autre part l’attention portée à la
vulnérabilité. Sur le plan mondial, le relief, le climat et l’hydrologie font l’objet de beaucoup
d’attention dans l’évaluation du risque (Burton et al, 1978 ; Chardon, 1990). Ce sont ces
facteurs qui guident la classification des risques naturels (Guha Sapir et al., 2014). Ces mêmes
critères sont retenus au niveau national (DPC, 2011). Les cités côtières tout comme les plaines
sont touchées par les inondations (Fogwe et Tchotsoua, 2007 ; Buh Wung, 2009 ; Olinga-
Olinga, 2010 ; Mbaha et al., 2014). L’absence de pente est à l’origine du mauvais drainage. Les
facteurs topographiques compliquent les efforts d’aménagement dans les grandes
agglomérations comme Douala, Limbé, Kribi. En zone de plateau, les auteurs relèvent
l’occurrence des inondations et des mouvements de masse (Neba, 2011 ; Tchindjang, 2012 ;
Saha, 2014). Le caractère accidenté du relief dans le plateau sud camerounais, les hautes terres
de l’Ouest, le plateau de l’Adamaoua et même dans les monts Mandara explique l’occurrence
des glissements de terrain en zone de pentes abruptes et des inondations dans les vallées des
cours d’eau. Dans la Région de l'Extrême-Nord précisément, les études sur les risques mettent
également en relief la place des facteurs du milieu physique dans la construction du risque. Il
s’agit en l’occurrence de rapports d’organismes nationaux et internationaux et d’études
universitaires (Mora-Castro 2012 ; Anougue Tonfack et al., 2013 ; Kenne Tiotsap, 2014) qui
mettent en exergue la vulnérabilité aux risques dans cette région en remarquant que par ses
limitations et ses excès l’environnement physique de la Région de l'Extrême-Nord est le
principal facteur déterminant l’occurrence des catastrophes dues aux inondations et aux
sècheresses.

Au sujet des inondations spécifiquement les méthodes usitées mettent en avant les
facteurs hydrologiques. Pickands (1975) recommande l’usage de valeurs hydrologiques
extrêmes qui permettent de définir les seuils de confiance. Dans l’optique de prendre en compte
plusieurs autres paramètres, Masson et al. (1996) ont défini une nouvelle approche dite
hydrogéomorphologique. Cette méthode présente l’avantage d’aller au-delà du fonctionnement
théorique du cours d’eau pour intégrer d’autres facteurs comme la morphologie, la
40

sédimentation, la géologie, la végétation, l’occupation du sol et le climat pour évaluer le risque


d’inondation en fonction des niveaux d’exposition de chaque unité spatiale (Ballais et al.,
2011). En 2004 la méthode hydrogéomorphologique s’intègre dans la réalisation des cartes
d’aléas dans le cadre des Plans de Prévention du Risque d’inondation (PPRI) en France (Garry
et al, 1999 et 2002, Ballais et al, 2011, Montané, 2015). La méthode hydrogéomorphologique
est utilisée en Algérie (DHW. 2006), en Espagne (Fernandez-Lavado et al., 2007), en Tunisie
(Chouari, 2009) et dans d’autres pays qui ont trouvé sa pertinence dans les politiques locales.

La vulnérabilité, deuxième composante ressort de plusieurs études (Baird et al., 1975 ;


Wisner et al., 1994). Ces auteurs remarquent qu’exposées aux risques, certaines communautés
subissent plus de dommages. Globalement en Afrique sahélienne et soudano sahélienne, la
faible fertilité des sols, la sècheresse, les conflits armés et le retard en ce qui concerne la
scolarisation sont entre autres des facteurs qui expliquent la pauvreté endémique (Mwanza et
Kabamba, 2002 ; Ntamahungiro, 2008 ; Mahmoud, 2010). Entre 1973-2002, 96% des décès
imputables aux phénomènes naturels ont été enregistrés dans les pays avec un IDH < 0,8 (Leone
et Vinet. 2005). Évaluant la vulnérabilité aux risques naturels dans d’autres pays africains,
plusieurs auteurs (Thouret et D’Ercole, 1996 ; El-Masri et Tipple 2002 ; André, 2004) ressortent
également la pauvreté comme facteur primordial. Le taux de croissance démographique très
élevé dans les pays en développement constitue aussi un facteur de vulnérabilité. En milieu
urbain, le rythme de croissance de la population est largement au-dessus de la capacité des
autorités à pourvoir les services de base (D’Ercole et Metzger 2009 ; Thouret et D’Ercole, 2009 ;
Saha et al., 2018). En milieu rural, la recherche de ressources (terres cultivables, pâturages et
espaces de pêche) pour une population sans cesse croissante amène certaines communautés à
s’établir dans les zones à risque où l’endommagement dû aux inondations est quasiment annuel.
Au Benin, Tchékpo Adjakpa (2016) identifie les populations de la vallée inondable du Niger
comme ayant été les plus touchées par les inondations de 2010, 2012 et 2013. La qualité du bâti
est aussi prise en compte dans l’évaluation de la vulnérabilité par plusieurs auteurs (Tchotsoua,
2007 ; Olinga-Olinga, 2010 ; Tchékote et Kaffo, 2012 ; Mbaha et al., 2014 ; Saha, 2014 ; Tchio
Nkemta, 2014). Le constat d’endommagement laisse souvent voir une réduction du risque au
niveau du ménage. Habitant le même milieu et pareillement exposées certaines familles perdent
tout pendant que d’autres n’endurent que des dégâts mineurs. Le bilan de plusieurs catastrophes
en Afrique comme sur les autres continents a montré l’inefficacité du secours aux sinistrés
comme principale cause de l’enlisement de la situation. On peut relever le cas du Bénin en 2012
dans le cadre des inondations (Tchékpo Adjakpa, 2016). OCHA (2012) relève le cas du Niger
41

qui a également reçu des aides en 2012 suite aux inondations. L’intervention des médias en ce
qui concerne par exemple la sensibilisation des populations sur leur vulnérabilité, les mesures
de protection participeraient aussi à la construction de la bonne perception du risque (Dauphiné,
2003). En outre la prise de conscience des risques par les populations les amène aussi à accepter
les pertes endurées. Comme composante de la chaine d’endommagement, la perception est
proposée par Gleyze (2002) comme la troisième composante du risque au côté de l’aléa et de
la vulnérabilité. Pour éviter l’endommagement le CEPRI11 (2013) recommande la
sensibilisation des populations exposées aux inondations pour améliorer leurs perceptions du
risque

[Link]. Changements climatiques et risque en milieu tropical

La question des changements climatiques s’est progressivement insérée dans la littérature


scientifique avec les rapports successifs du GIEC (1990, 1995, 2001, 2007 et 2014) et les études
menées par d’autres institutions et les gouvernements. Le dérèglement constaté dans le système
climatique se manifeste par l’augmentation de la température moyenne de la terre, l’élévation
progressive du niveau de la mer, l’augmentation des épisodes de pluies extrêmes. Sur le plan
régional l’Afrique présente une situation contrastée entre la partie sahélienne et le reste du
continent. Le centre régional AGRHYMET remarque grâce au traitement des données
pluviométriques de 600 stations climatiques que, de 1950 à nos jours, 03 grandes tendances
différentes peuvent être distinguées : La période de 1950-1969 a été humide avec une
persistance d’années excédentaires. De 1969 jusqu’en 1993 l’Afrique sahélienne a été marquée
par la sècheresse (Hulme et al, 2001 ; Janicot et Fontaine, 1993 ; Le Barbé et al., 2002). Depuis
1993, une nouvelle tendance est difficilement saisissable avec une alternance aléatoire d’années
humides, très humides et d’années sèches, très sèches (Lebel et Ali, 2009 ; Ozer et al., 2003).
La rupture survenue en 1969 est très documentée dans les études sur le climat sahélien (Lubies-
Niel et al., 1998b ; Camberlin, 2007 ; Sow, 2007 ; Faye, 2007).

Plusieurs études d’agroclimatologie mettent en exergue des anomalies (les faux départs
de la saison des pluies, l’occurrence des séquences sèches, la variabilité du nombre de jours
pluvieux) comme obstacles à la sécurité alimentaire (FAO, 2008). Ainsi pendant la période de
fortes sècheresses 1970-1990, la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun comme le reste de
l’Afrique tropicale a connu une extrême instabilité climatique (Saha et al., 2017). Si dans sa
configuration normale le climat est déjà très déterminant dans la construction du risque

11
Centre Européen de Prévention du Risque d’Inondation
42

d’inondation, il est encore plus prépondérant dans le contexte de changement et de variabilité


(Nouaceur et Gilles, 2013 ; GIEC, 2012). En effet, les aléas climatiques comme les pluies
extrêmes et l’occurrence d’années de fortes pluviométries impactent grandement la fréquence
d’inondations.

Plusieurs auteurs ont remarqué le rapport entre la pluviométrie et les débits des cours
d’eau en Afrique sahélienne (Paturel et al, 2003 ; Mahé, 2006). Les périodes moins pluvieuses
correspondant également à la baisse drastique des écoulements voir l’arrêt complet sur certains
tronçons. En Afrique de l’Ouest on peut relever les travaux de Faye et al. (2015) dans le bassin
du fleuve Sénégal où les auteurs remarquent la baisse des débits. Nicholson et Palao (1993) et
Chappell et Agnew (2004) sont arrivés aux mêmes résultats dans d’autres bassins hydrologiques
d’Afrique sahélienne. En période excédentaire, l’effet inverse est observé avec des crues. La
grande fréquence des années humides depuis 1993 (Abdou, 2011) induit également la
recrudescence des inondations renforcées par les changements climatiques (Nouaceur et Gilles.
2013).

[Link]. Adaptation aux risques dans la littérature

L’ampleur des catastrophes dans le monde invite inéluctablement à la recherche de


solutions. Comment prévenir les situations graves ? Comment faire face ? Et comment
reconstruire ? Telles sont les interrogations qui ressortent et retiennent l’attention des auteurs
dans leurs investigations. La prévention est prise en compte dans la construction de la résilience.
Dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun, on constate que plusieurs partenaires au
développement participent grandement à la construction de la résilience des populations (Fofiri
Nzossié et al., 2016 ; Tchindjang et al., 2017 ; Watang Zieba, 2017). À cause de la rigueur du
climat, de nombreux organismes se sont davantage investis en Afrique tropicale. Leurs actions
sont également remarquées dans les pays d’Afrique de l’Ouest. Dans certains cas comme la
Région de l'Extrême-Nord du Cameroun l’intervention active des partenaires rivalise l’action
publique. Lorsqu’en 2012, les inondations frappent la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun
ces partenaires ont consenti des efforts pour assister les populations sinistrées.

Plusieurs auteurs s’intéressent à l’attitude des populations lors des catastrophes. Ces
derniers se prennent en main en développant une diversité de techniques de protection contre
les inondations. Cela est très remarquable dans les plaines aussi bien en Afrique que dans
d’autres continents. Dans le delta du fleuve Ha Thanh au Viet-Nam, Anh Tu Ngo (2014) relève
les techniques de construction sur pilotis par les populations exposées. En France, Salagnac et
43

al. (2014), en évaluant l’impact des inondations sur le cadre du bâti, relève la surélévation des
bâtiments, la construction dans les zones refuges comme moyens utilisés par les populations
pour se prémunir. D’autres études dans la vallée du Nil par Kamal et Iman (1990) relèvent la
même débrouillardise des populations qui font face aux inondations en élevant des digues, en
aménageant les lits ou même en détournant les eaux de crues.

1.1.3. Théories et approches du risque : la place de la géographie

Les sciences naturelles et sociales ont contribué tout au long de l’histoire à l’étude des
risques. En fonction des approches d’analyse, diverses spécialités ont contribué à la
compréhension des catastrophes dont l’impact en termes de destruction sur les sociétés
humaines est grandissant. De nombreux auteurs remarquent que, le risque procède d’une
construction sur un ensemble de facteurs de vulnérabilité qui expliquent l’endommagement.
L’approche contemporaine aborde le risque comme résultat des interactions entre différents
éléments de la société.

[Link].Théories naturalistes des risques naturels

Le naturalisme est un système de pensées qui considère la nature comme fondamentale


dans la compréhension des phénomènes. En s’affirmant au 19ème siècle comme science étudiant
l’homme et le milieu, la géographie avait accordé au milieu physique une place fondamentale
considérée comme déterminant les modes d’organisation des groupes sociaux. Ainsi dans sa
démarche méthodologique, la géographie comme les autres sciences sociales « doit soit
emprunter utilement aux sciences de la nature ou alors dans une conception fondamentale
chercher elle-même à trouver une part explicative dans les domaines étudiés » (Bronner et
Sauvayre, 2011). C’est dans cette approche que s’inscrit une certaine géographie dite de tiroirs
dépourvue de problématique avec un discours axé essentiellement sur le relief, le climat, la
végétation.

Ce courant de pensée a alimenté les approches déterministes en géographie. Dollfus


(1985) résume le postulat général de cette approche dans la phrase suivante : « l’explication des
répartitions, des activités et des comportements des groupes humains se trouve dans l’ensemble
des potentialités et des contraintes de la combinaison des éléments du milieu naturel ». Avant
1970, bon nombre de travaux aussi bien dans la géographie française, anglo-saxonne et même
allemande s’inscrivent dans cette approche. On peut citer les allemands Alexandre de Humboldt
et Carl Ritter. Dans le développement des idées de ces auteurs, la prééminence de la nature
44

s’érige en sorte de fatalité pour l’homme. Le lien entre l’homme et son milieu ne conçoit aucune
réciprocité d’action. Pour rappeler la place du milieu naturel dans les sciences sociales,
Friedrich Ratzel (1844-1904) dans son livre intitulé « anthropogéographie » publié en 1909,
démontre les liens étroits entre l’homme et le sol sur lequel il vit. Dans une note de lecture de
cet ouvrage, Émile Durkheim résume la pensée de Ratzel en ces termes : « L’humanité, c’est
un morceau du globe ; l’en détacher, l’étudier en elle-même, abstraction faite de cette terre dont
elle est un élément intégrant, c’est se mettre dans l’impossibilité de la comprendre »…

L’idée naturaliste conçoit le risque comme étant une construction du milieu naturel.
Burton et al. (1978) associe le risque à l’environnement « the environment as hazard ». Dans
cette approche dite « physique » qui a couvert les 18ème et 19ème siècles dans la géographie
française, le phénomène naturel générateur de risque était prépondérant dans les études. Ceci
entrait en droite ligne avec l’orientation de la géographie vers la description de la nature et son
fonctionnement. Les découpages climatiques sont alors proposés utilisant des descriptions
statistiques basées sur les moyennes ; les épisodes violents marqués par les tempêtes, les
inondations, les mouvements de masses ne sont pas ignorés. Ils sont décrits sans rapport avec
les sociétés (Veyret et Reghezza, 2005). L’étude du risque est alors du domaine technique de
l’ingénierie ; et, les risques naturels sont assimilés au déchainement des forces violentes de la
nature.

Plusieurs auteurs notamment dans la géographie américaine critiquent dès la première


moitié du 20ème siècle l’approche naturaliste du risque. La dimension anthropique de
l’environnement est évoquée dans la chaine de causalité des risques affectant les sociétés. Les
facteurs socioéconomiques et même politiques comme la santé des populations, leurs revenus,
la localisation de leurs habitations et le respect des règles de sécurité dans la construction
doivent être pris en compte. Le milieu naturel étant désormais abordé comme offrant de simples
opportunités soumises à l’appréciation des populations. Dans les années 1970 d’énormes
catastrophes frappent plusieurs pays du monde ; en Afrique, en Asie et en Amériques.
Meillassoux (1974) ; Baird et al. (1975) ; Davis (1978) ; Jeffrey (1989) s’intéressant à ces
évènements, remarquent une disproportion voire une grande inégalité dans la distribution des
pertes. Les groupes les plus marginalisés sont les plus affectés. La deuxième dimension du
risque défini par White (1945) comme l’incapacité c’est-à-dire la fragilité des sociétés à faire
face au danger, émerge comme essentiel dans l’étude visant la réduction des risques. Dans la
géographie française, à travers les études sur l’érosion des sols et les mouvements de terrain,
45

Bravard et Veyret (2001), Angeliaume et Wicherek (1997), Flageollet et al. (1999) analysent
les dysfonctionnements naturels comme conséquences des actions anthropiques.

[Link].Théories de la complexité dans l’étude des risques naturels

Le modèle de la complexité explore les réseaux de causalité, leurs dynamiques, les


imbrications et les rétroactions entre ces facteurs (Parsons, 1973 ; Roux, 1999 ; Hérin et al.,
2002). Dauphiné (2003) relève aussi une complexité d’échelle et une complexité
organisationnelle qui rendent compte de la difficulté à appréhender les phénomènes. La
complexité appelle ainsi à un enrichissement des débats en sciences sociales et humaines
(Morin, 1990). Pour Di Méo (2005) « le modèle de la relation directe et univoque de cause à
effet ne fournit que des explications médiocres ». À la suite de plusieurs autres auteurs
(Heylighen, 1999 ; Dauphiné, 2003 ; Chamussy, 2003), cet auteur (Di Méo, 2005) émet ainsi
les limites de la relation linéaire du modèle naturaliste et déterministe. Du latin « plexus » la
complexité c’est-à-dire « l’entrelacement » ou l’enchevêtrement entre une diversité de facteurs
(naturels, économiques, sociaux, culturels et idéologiques) exprime mieux le réel.

Sans rejeter en bloc la place des processus naturels dans la construction du risque,
O’Keefe et al. (1976) présente la part non négligeable des rapports de dépendance de
marginalisation et de domination dans la production du risque. Hewitt (1983) et Watts (1983)
consacrent également des études aux risques en accordant beaucoup d’attention aux facteurs
non naturels. Blaikie et Brookfield (1987) évoquent une chaine de causalité en mettant en
évidence des stress environnementaux relatifs aux actions anthropiques qui doivent être prises
en compte dans l’évaluation des risques. Ces nouvelles approches du risque ont été formalisées
dès 1994 par Wisner, Blaikie, Cannon et Davis dans la première édition de l’ouvrage « At risk.
Natural hazards, people’s vulnerability and disasters ». Ils conçoivent le risque comme une
pseudo-équation ayant trois éléments : le risque lui-même comme résultat du produit de la
vulnérabilité et de l’aléa. Définie comme le potentiel de dommage suite au déclenchement d’un
aléa, la vulnérabilité doit tout au moins bénéficier d’une attention équivalente à celle accordée
à l’aléa dans l’évaluation du risque (Wisner et al., 2003). Cette approche du risque est nommée
« Pressure and release Model »

La vulnérabilité est une construction qui repose sur un ensemble de facteurs qui
progressent sous la forme d’une pression. Aux racines, on retrouve les causes profondes liées
aux contextes socioéconomiques, politiques et historiques. D’autres facteurs qualifiés de
46

pressions dynamiques s’ajoutent pour la mise en place de conditions d’insécurité qui combinées
à l’occurrence d’un aléa est à l’origine de la catastrophe (figure 7).

Tableau 7 : Progression de la vulnérabilité

PROGRESSION DE LA VULNÉRABILITÉ

RACINE PRESSIONS CONDITIONS NON CATASTROPHES ALÉAS


DYNAMIQUES SÉCURITAIRES

Accès limité Absence Environnement


aux Ressources  Institutions physique fragile Sécheresse
 Formation  Localisation
 Structures  Habileté, capacité dangereuse Tempête
 Investissements  Structures non
Risque
 Marché protégées Inondation
 Pouvoir
 Libertés de presse Économie locale fragile
et d’expression  Moyens d’existence = Érosion
 Société civile exposés aux risques
Macro-forces  Faibles revenus Glissement
Idéologie  Croissance  Société vulnérable Aléa de terrain
 Système démographique  Groupes exposés au
politique  Urbanisation risque Virus de la
 Dépenses  Faible capacité + peste
armement d’adaptation
 Système  Remboursement Actions publiques Vague de
Vulnérabilité
économique de la dette  Absence de chaleur
 Dégradation des préparation aux
sols catastrophes
 Maladies endémiques

Source : Wisner et al. (2003)

Les causes profondes de la vulnérabilité sont celles qui relèvent de l’évolution de la société
considérée. Elles se situent au triple plan économique, démographique et politique et génèrent
sans cesse de la vulnérabilité. Elles édictent la distribution des ressources. On assiste à la
marginalisation des groupes défavorisés qui occupent les espaces les plus à risque et sont
négligés au profit de ceux qui détiennent les pouvoirs économique et politique. La compétence
ou l’incompétence des structures publiques à protéger les populations contre les risques et à
faire face aux désastres entre également en jeu. Les conflits armés historiques laissent
d’importantes séquelles qui fragilisent les populations pendant de longues périodes. Dans
certains pays, on remarque que les conflits armés sapent la collaboration entre les acteurs ; ainsi,
dans la prévention tout comme le développement de mesures visant à diminuer l’impact des
catastrophes en temps de crise, la mutualisation des efforts entre les populations et les autorités
47

est compromise. Dans ces conditions Wisner et al. (2003) mettent l’accent sur trois situations
qui génèrent continuellement la vulnérabilité :

- Primo, si les populations marginalisées ont seulement accès aux ressources insécurisées,
leurs activités génèrent de plus en plus de vulnérabilité et exposent aux risques de plus
en plus violents.
- Secundo, Ces populations marginalisées ne représentent aucune priorité pour les forces
publiques en ce qui concerne la prévention et la réponse aux catastrophes.
- Tertio, les populations marginalisées perdent confiance en leurs propres méthodes de
protection.

Au Cameroun, les causes profondes de la vulnérabilité sont à la fois économiques et


démographiques. En matière démographique, le rythme de croissance de la population dépasse
largement la capacité de l’État à répondre aux besoins sans cesse grandissants (Saha et al.,
2018). La Région de l'Extrême-Nord nonobstant la faible productivité de son environnement12
présente le plus fort taux d’accroissement naturel13 ; ce qui engendre la pauvreté et compromet
la capacité des populations à se prémunir des risques et de faire face aux conséquences des
catastrophes en temps de crise.

Sur le plan économique, les Programmes d’Ajustement Structurels (PAS) consécutifs à la


crise économique qui a affecté le Cameroun dès le début des années 1980 ont contribué à la
paupérisation de la population. Dans les centres urbains, on a assisté à l’afflux de migrants
pauvres venus des campagnes pour grossir l’effectif des pauvres. L’extension des villes sur les
sites impropres à l’installation humaine (bas-fonds et des pentes abruptes) ont contribué à la
construction de la vulnérabilité des populations citadines. En matière macroéconomique, la
capacité de contrôle de l’État central a aussi fortement diminué et le laisser-aller dont
bénéficient les populations a conduit à des situations de forte vulnérabilité. L’État s’est révélé
aussi incapable d’assurer l’entretien de certains ouvrages. Le cas de la digue du lac de Maga
illustre cette situation. En effet, après sa construction en 1979, l’État a peiné pendant plus de
trois décennies dans l’entretien de cette digue. C’est ainsi qu’elle s’est fragilisée et sa rupture
en 2012 a causé des inondations.

Le faible niveau d’alphabétisation dans certaines régions du Cameroun est aussi une cause
profonde de la vulnérabilité. C’est le cas de la Région de l'Extrême-Nord où la population adulte

12
Par rapport au reste du pays
13
Le taux d’accroissement naturel dans la Région de l'Extrême-Nord est de 3% par an au lieu de 2,8% par an qui
est le taux national
48

est à 60% analphabète. Dans ces conditions, la capacité à développer des mesures autonomes
de protection est limitée ; la capacité de réaction est faible et, de petites crises peuvent alors
devenir de très graves catastrophes. La collaboration avec les autorités est difficile et la synergie
d’action pour faire face au risque de catastrophe présente une très faible efficacité.

Dans la construction du risque, il existe des pressions dynamiques « dynamic pressures ».


Ce sont des processus et activités qui donnent une dimension temporelle et spatiale aux causes
profondes. On compte : l’urbanisation rapide, les épidémies, les conflits sociaux en cours,
certaines manifestations en cours des PAS, le poids de la dette externe, l’exploitation de
certaines ressources (Wisner et al., 2003). La dimension territoriale est primordiale dans
l’examen des pressions dynamiques à cause de l’effet différencié qu’un facteur peut avoir d’un
endroit à un autre. Les pressions dynamiques traduisent les causes profondes qui combinées à
l’occurrence d’un aléa, conduisent inéluctablement à une grave catastrophe. Au sujet des
conditions d’insécurité, on peut citer :
- au niveau de l’environnement physique, on relève l’occupation des espaces impropres
à l’habitat ou inconstructibles, la mise en place d’infrastructures vulnérables.
- au niveau de l’économie locale, le faible niveau de revenus des ménages et les moyens
de substances des populations sont en danger.
- au niveau de l’action publique, on dénonce le manque de préparation aux situations de
catastrophes et la forte prévalence de maladies endémiques.
- au niveau social, on déplore la marginalisation de groupes défavorisés plus vulnérables
aux risques de catastrophes.

En conclusion, l’approche « pressure and release » rompt avec l’approche naturaliste du


risque en accordant plus d’attention à la seconde composante du risque notamment la
vulnérabilité. Cette approche propose aussi les premières orientations pour l’étude de ce
concept de vulnérabilité en montrant son intégration non négociable dans la compréhension du
risque. Si dans l’analyse des pressions dynamiques les adeptes de l’approche « pressure and
release » recommandent la prise en compte de la dimension spatiale, d’autres auteurs vont
approfondir la place du territoire dans la construction du risque en proposant une approche dite
du territoire.

[Link].Territorialiser le risque

Citant Jean et Calenge (2002), Rebotier (2011) relève qu’en « articulant les échelles, les
temporalités, les jeux d’acteurs et leurs intérêts, les territoires, comme processus et résultats de
49

la construction sociale de l’espace », la territorialisation du risque met fin à la vision


compartimentée du risque tantôt avec plus d’attention à l’aléa (approche naturaliste) tantôt plus
d’attention à la vulnérabilité (approche pressure and release). Il est question de considérer le
risque comme le résultat d’un processus de construction mettant en scène aussi bien les aspects
socio-spatiaux, matériels et intangibles de la société. Ainsi le risque et le territoire découlent de
la même construction ; il se crée entre les deux une relation de mutuelle causalité. Dans les
grandes agglomérations par exemple, l’accumulation d’enjeux structure le territoire et multiplie
le risque. Le risque relève alors des écueils de la construction du territoire ou mieux des
défaillances dans la mise en commun des différents ressorts territoriaux. Di Méo et Buléon
(2005) classent l’instance économique au côté de l’instance géographique pour former le ressort
matériel du territoire ; de même l’instance politique et l’instance idéologique forment le côté
idéel du territoire. L’aléa relève dont de l’instance géographique du territoire tandis que la
vulnérabilité est transversale et concerne tous les ressorts territoriaux. La territorialisation du
risque rompt avec les approches analytiques du risque et propose une vision systémique avec
prise en compte de l’ensemble des facteurs en cause. La territorialisation du risque d’inondation
en France relève de trois logiques (Encadré 1).

Encadré 1: Logiques de la territorialisation du risque en France


En pratique, la « territorialisation » des politiques de gestion du risque d’inondation, à savoir ici la
délimitation par les pouvoirs publics des espaces considérés officiellement comme à risque et leur inscription
dans des périmètres réglementaires, ressort d’une triple logique. Premièrement, la « tentative d’insertion et
de domestication » des dangers dans des limites fixes, qui exprime ici l’héritage moderne du contrôle de la
nature par la science et la technique. Ensuite, le besoin de découper un périmètre juridico-administratif,
soumis à la compétence d’un acteur, au sein duquel on pourra envisager des actions volontaristes de
prévention ou de protection à partir de règles et de normes qui seront élaborées par le pouvoir souverain et
appliquées à tous au nom de l’intérêt général. Enfin, la définition d’un échelon de proximité paré des vertus
supposées du local qui permettrait de dépasser les écueils d’une démarche top-down.
source : Reghezza, 2015

Tous les documents communaux de prévention des risques en France relèvent de cette
approche. Pour chaque unité territoriale décentralisée, un Plan de Prévention des Risque
d’Inondation (PPRI) est établi (Garry et Veyret, 1996 ; Garry et al., 2002 ; Ballais et al., 2011).
Ces plans étudient les conditions à l’origine de la catastrophe en intégrant l’ensemble des
instances du territoire concerné. La prévention passe par une synergie d’action entre tous les
acteurs concernés. Dans certains cas, des Plan d’Organisation des Secours d’urgence (plan
ORSEC) sont définis et reposent sur les autorités locales du ressort territorial concerné.

À l’image de la France, la prévention du risque au Cameroun met ensemble les actions


entreprises au niveau national et celles qui relèvent des unités administratives concernées. Au
50

niveau national les textes législatifs (Loi N°2004/003 du 21 avril 2004 portant code de
l’urbanisme, Loi n° 201/008 du 06 mai 2011 portant aménagement durable du territoire) et des
institutions comme la DPC et l’ONR définissent la politique générale et les collectivités
territoriales décentralisées (régions et communes) sont en première ligne dans l’application.

Au niveau des communes par exemple, les Plan d’Occupation du Sol (POS) doivent
affecter les terres en défendant les constructions dans les zones à risques comme les fonds de
vallées et les zones escarpées. La menace grandissante des risques naturels sur les villes relève
principalement du manque de rigueur et de suivi des logiques politiques, idéologiques et
économiques qui sous-tendent la mise en valeur de l’espace. La plupart des études sur le risque
au Cameroun (Tchotsoua, 2007 ; Olinga-Olinga, 2010 ; Tchindjang, 2012 ; Guedjeo et al.,
2012 ; Saha 2014) considèrent aussi bien l’aléa que la vulnérabilité en montrant comment leur
coprésence dans un territoire déterminé explique l’occurrence plus ou moins fréquente de
catastrophes. La territorialisation du risque recentre les géographes dans l’analyse comme
spécialistes de l’espace propriété et approprié. La Région de l'Extrême-Nord se révèle comme
un territoire du risque. D’une part, les caractéristiques du milieu et d’autre part la mise en valeur
(appropriation) par les différents acteurs (populations et autorités) contribuent à la construction
du risque.

Quelques limites sont imputables à l’approche territoriale du risque. Reghezza (2015)


relève un écart entre la conception du territoire par les autorités gestionnaires et les géographes
chercheurs dans le domaine du risque. Pour les gestionnaires le territoire est un périmètre
juridico-administratif délimité à l’intérieur duquel s’applique l’autorité d’un pouvoir. Pourtant,
la géographie du risque conçoit le territoire comme un espace approprié avec une dimension
temporelle qui va au-delà de la simple régionalisation par des découpages « artificiels ». Il
existe donc un hiatus entre la production scientifique et les attentes des gestionnaires
administratifs. En s’inscrivant dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun cette thèse
circonscrit un territoire, des acteurs et un dispositif règlementaire et institutionnel concerné par
les investigations. Il est question d’intégrer aussi bien les sciences naturelles pour l’étude du
milieu et de l’aléa et les sciences sociales dans l’analyse des paramètres socioéconomiques de
vulnérabilité.

[Link].Théorie du chaos

La théorie du chaos remet en cause les lois déterministes où les résultats sont prévisibles
à partir des causes. C’est une théorie très médiatisée en science exacte grâce aux travaux de
51

physiciens, et mathématiciens. Même si des réflexions semblables existaient déjà dans la


littérature ancienne, c’est Edward Lorenz, professeur de mathématique au MIT (Massachusetts
Institut of Technology) qui en 1961 fixe les bases de la théorie du chaos. Il découvre en faisant
des calculs pour les prédictions météorologiques que d’infimes ou « insignifiantes »
modifications sur les données d’entrée de ses équations différentielles entrainent d’énormes et
inquiétantes modifications sur les résultats. Il traduisit cette réalité par la formule suivante
devenue célèbre : « le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peuvent provoquer une tornade
au Texas ». À la suite de Lorenz d’autres auteurs comme Pierre-Simon de Laplace, Henri
Poincaré contribuent à l’édification de la théorie du chaos (Etchecopar et Rimouski, 2002).
Laplace (1840) démontre par les mathématiques que la situation résultante peut être très
influencée par de petites erreurs sur les paramètres. Poincaré (1947) ressort le fait que la
variation d’un dixième de degré de l’angle de la source de lumière peut être la cause de 180°
de divergence entre les deux faisceaux.

Lorenz exprimait ainsi la négation par rapport aux ambitions de prédiction


météorologiques à long terme. C’est par cette fenêtre que la théorie du chaos fait son entrée en
science sociale et humaine avec la notion voisine comme désordre (Géhin, 1985 ; Dollfus,
1990 ; Ferrer, 2008). L’investissement de la géographie dans l’étude de systèmes dynamiques
complexes fait de la théorie du chaos une approche intéressante (Dauphiné, 1990). Pour Attali
(1990), « le désordre est l'état naturel du monde, la forme organisée y est l'exception ». Le
désordre est en effet un degré de liberté très important qui caractérise l’espace (Dastès, 1990).
Cela explique l’absence d’autocorrélation spatiale et temporelle entre les phénomènes et
l’augmentation « exponentielle » des erreurs dans toute initiative prédictive. Ferrer (2008) parle
d’absence de linéarité.

En mettant un doute sur le déterminisme en général, la théorie du chaos s’attaque à tout


le cadre d’étude des risques naturels s’appuyant sur leurs caractères prévisibles (naturalisme,
complexité, réciprocité). Notons que le système chaotique est imprévisible, mais pas aléatoire.
C’est la « sensibilité aux conditions initiales » qui fait problème (Dollfus, 1990). Cette
conception remet en cause le cadre théorique des sciences humaines (Parrochia, 1997 ; Aubin
& Dalmedico, 2002). Dans l’approche naturaliste du risque, ce sont les paramètres comme le
relief, la météorologie, l’hydrographie et la qualité des sols qui entrent en droite ligne dans les
analyses menant à des conclusions sur l’exposition. De même les paramètres sociaux,
économiques, institutionnels entrent dans la définition de la vulnérabilité. L’impossibilité de
saisir et de mesurer ces facteurs complique l’équation du risque. Des erreurs au moment de
52

transcrire les données climatiques, hydrologiques induisent une marge d’erreur extrêmement
élevée dans les analyses qui en découlent. Il en est de même du manque de précision et des
erreurs des données cartographiques. Dans les pays en développement, l’absence de mise à jour
régulière des données socioéconomiques et démographiques limite les analyses scientifiques.

En réalité, les incertitudes sont inévitables et l’homme est par nature incapable de prendre
en compte tous les éléments qui constituent son environnement (Dastès, 1990). Ainsi la notion
de seuil ou de chaos borné se révèle primordiale (Brunet, 1990 ; Dollfus, 1990). Il s’agit d’un
cadre de compréhension des dynamiques et les systèmes géographiques ou la prétention d’une
maitrise parfaite est utopique. Ainsi la théorie du chaos permet de mieux penser la complexité.
Elle offre d’après Lagauzere (2007) « un vaste ensemble d'outils théoriques permettant, entre
autres, d'expliquer les écarts constatés entre la réalité et nos prévisions ». La théorie du chaos
invite à reconsidérer l’espoir que représentent les systèmes d’alertes précoces par exemple. On
comprend aussi la difficulté à prévenir les phénomènes dommageables aussi bien par les
populations que par les autorités.

1.2. Démarche méthodologique

Plusieurs opérations ont meublé la démarche méthodologique. Des recherches


documentaires ont permis de bâtir la problématique, le contexte scientifique aussi bien des
changements climatiques, de la vulnérabilité au risque d’inondation et de l’adaptation. La
seconde étape reposait sur la constitution d’une base de données ; support des analyses
climatiques et hydrologiques dans la zone d’étude. Les populations ont été consultées dans le
but de recueillir et évaluer leurs perceptions. Enfin, les données collectées ont été traitées en
fonction de leurs natures et des informations recherchées. La figure 9 schématise la démarche
générale de recherche.
53

APPROCHE
GÉOGRAPHIQUE
D’ÉVALUATION DU
RISQUE

COLLECTE DE
DONNÉES

Recherche Constitution d’une Constitution Collecte de données


BD quantitatives
documentaire d’une BD de terrain
- Pluies
- Publications cartographique - Placement des
journalières
- Mémoires et - Pluies - Divisions questionnaires
thèses mensuelles administratives - Diagnostic
- Rapports de - Températures - Réseau territorial
recherche mensuelles hydrographique - Collecte de
- PCD - Débits mensuels - MNT points GPS
- Images satellites

TRAITEMENTS

Données Données quantitatives Données


qualitatives - Imputation de vides cartographiques
- Analyse - Test de rupture - Intégration de données
documentaire - Calcul d’indices GPS
- Dépouillement - Calcul de corrélations - Extraction de la zone
- Regroupement - Mise en évidence des d’étude
- Croisement de Tendances - Superposition de
variables couches
- Analyse - Délimitation de zone à

ILLUSTRATIONS
DE RÉSULTATS
Cartes
Tableaux
Graphiques
Statistiques
Photos
Schémas

Figure 9 : Démarche méthodologique


54

1.2.1. Recherche documentaire

Elle est une des principales sources d’information utile à cette thèse. Elle concerne non
seulement les publications scientifiques, les rapports de recherches, les comptes rendus de
conférences mais aussi les recherches académiques sur les risques et les changements
climatiques à différentes échelles. À l'échelle locale, différentes catégories de documents de
planification urbaines ont été exploitées. Les espaces de consultation étant les bibliothèques des
universités de Yaoundé, Dschang14, Ngaoundéré et Maroua, les revues électroniques, les sites
internet des organisations gouvernementales et non gouvernementales qui donnent la possibilité
de télécharger ou de consulter de nombreux documents. Les paragraphes suivants présentent
différentes catégories de documents exploités dans le cadre de cette thèse.

[Link].Publications scientifiques

Ce sont essentiellement des ouvrages et articles scientifiques publiés ; portant soit sur
notre zone d’étude ou sur les sujets centraux de cette thèse. Sur le plan régional, la longue
sècheresse que le milieu sahélien a connue dès le début des années 1970 a alimenté de
nombreuses recherches en Afrique de l’Ouest et du Centre. La reprise de l’humidité depuis
quelques années avec une recrudescence des évènements climatiques extrêmes a aussi alimenté
une multitude de recherches visant essentiellement à mettre à la disposition des décideurs les
informations utiles à la prise de décisions efficaces pour l’aménagement durable du territoire.

[Link].Recherches académiques

La Région de l'Extrême-Nord du Cameroun n’a pas connu au plan historique une


floraison de recherches académiques. Cette situation est d’une part imputable au faible niveau
d’éducation dans cette région et à l’absence d’institutions universitaires dans la région.
Toutefois, dans les autres institutions universitaires du pays notamment dans les universités de
Douala, Yaoundé 1 et Ngaoundéré, quelques travaux ont été soutenus. Dans les universités
occidentales également on peut recenser un nombre non négligeable de travaux académiques
effectués sur la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. La création de l’Université de Maroua
en 2008 avec plusieurs établissements (École Normale Supérieure, École Nationale
Polytechnique) a impulsé au plan local quelques études. Cette thèse s’appuie autant sur des
recherches académiques effectuées dans le grand nord du Cameroun que celles réalisées dans
la zone tropicale du continent africain. Sans être exhaustif on peut relever :

14
Centre d’Etudes Environnementales pour le Développement au Cameroun (CEDC)
55

- « Variabilité pluie-débit en Afrique de l’Ouest et Centrale au 20ème siècle : changements


hydro-climatiques, occupation du sol et modélisation hydrologique » Mémoire de HDR,
Université des Sciences et Techniques Montpellier 2 (Mahé, 2006) ;
- « Dynamique géomorphologique des basses terres soudano-sahéliennes dans
l’Extrême–Nord-Cameroun », Thèse de Doctorat de l’Université de Reims Champagne-
Ardenne (Wakponou, 2004).
- Analyse et redéfinition des régimes climatiques et hydrologiques du Cameroun :
perspectives d’évolution des ressources en eau. Thèse de Doctorat de l’Université de
Yaoundé 1 (Sighomnou, 2004).

[Link]. Rapports et autres documents de travail

Dans le domaine du risque, des changements climatiques et du suivi de l’évolution


socioéconomique du Cameroun en général et de la Région de l'Extrême-Nord en particulier, il
existe quelques rapports qui ont été utilisés dans cette thèse. En 1996, dans le cadre des
premières ECAM, plusieurs indices sur le cadre de vie et les différents aspects de la pauvreté
furent présentés (INS, 1997). La mise à jour en 2001, 2007 et en 2014 met à notre disposition
un ensemble de données utiles à l’étude de la vulnérabilité au risque d’inondation dans la
Région de l'Extrême-Nord. Les résultats des ECAM ont servi dans la production de rapports
des OMD (INS/PNUD, 2010 et INS/PNUD, 2015). Il en ressort que la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun présente un important retard sur l’ensemble des huit objectifs (INS, 2015).
Cela ressort aussi de différentes versions du Schéma Directeur Régional d’Aménagement
Durable du Territoire (SDRADDT) de la Région de l’Extrême-Nord et des bilans diagnostics
(BET GEOCOMPETENCE, 2009). Ces documents ont été consultés à la Mission de
Développement Intégré des Monts Mandara (MIDIMA) à Maroua.

La partie inondable de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun, connu sous le nom


de grand Yaéré, ou alors plaine de Waza Logone a connu plusieurs initiatives bouclées par des
rapports. Il s’agit des documents produits dans le cadre du projet Waza Logone de l’UICN au
sujet de la grande richesse écologique de cette plaine (Wesseling et al., 1994 ; Scholte et al.,
1995 ; UICN, 2003 ; Loth, 2004). Ces documents sont disponibles au CEDC à Maroua. Nous
avons des rapports d’audit environnemental comme celui de la SEMRY (Mark Brian Consult,
2012) et celui de la zone d’influence de l’aménagement hydro agricole de Maga (H&B
Consulting, 2014). Le projet d’urgence de lutte contre les inondations (PULCI) dans la Région
de l’Extrême–Nord du Cameroun a connu en 2014 une Étude d’Impact Environnemental et
56

Social (REC15, 2014). Ces rapports décrivent la plaine inondable de la Région de l'Extrême-
Nord. Les éléments relatifs à l’hydrographie, la végétation, le sol, la topographie et même le
climat y sont abordés et servent de tremplin aux analyses de cette thèse.

Dans le cadre d’une collaboration avec le gouvernement du Cameroun, le PNUD de


concert avec le MINEPDED a conduit dans les Régions du Nord et de l’Extrême-Nord un projet
sur la « Résilience des Populations aux Effets des Changements Climatiques (REPECC) ». En
plusieurs phases de recherches sur le terrain, ce projet a produit plusieurs livrables qui sont
exploités dans cette thèse (Ces rapports peuvent être consultés au CIDE16). J’ai eu l’honneur de
participer comme enquêteur et cartographe à l’étude portant sur la « consolidation des
informations disponibles sur les risques et les vulnérabilités dans les Régions du Nord et de
l’Extrême-Nord » en 2013 (Tchindjang, 2013). De nombreux autres rapports produits dans le
cadre de ce projet disponibles aux archives du service du Gouverneur à Maroua et dans certaines
préfectures sont exploités dans cette thèse. Il en est de même d’autres rapports sur l’occurrence
des inondations et les stratégies de réponses des autorités que nous avons consultés dans les
archives de la région et à la DPC grâce à différentes autorisations (Annexe 1 & 2).

On peut aussi relever dans le domaine des changements climatiques et de l’adaptation


des Conférences des Parties à la CCNUCC qui ont fourni à cette thèse un historique complet
sur ces sujets à travers différents les rapports17. Il faut y ajouter les rapports du GIEC (GIEC,
1995, 2001, 2007, 2012, 2014). D’autres institutions comme l’ISDR, l’ORSTOM, l’UA, le
NEPAD, l’USAID et la GIZ qui à l’échelle globale, régionale ou locale mettent à la disposition
des usagers un ensemble de documents utiles (UA et NEPAD, 2004 ; USAID, 2007 ; GIZ,
2013 ; UA, 2016). Au niveau local, le Plan National d’Adaptation aux Changements
Climatiques (PNACC) et les deux premières communications nationales sur les changements
climatiques sont aussi exploités (MINEF, 2005 ; MINEPDED/PNUD, 2011 ; MINEPDED,
2012, 2015a, 2015b).

[Link]. Documents de planification urbaine

L’aménagement des villes au Cameroun est régi par la loi N° 2004003 du 21 avril 2004
portant code de l’urbanisme. Cette loi définie un ensemble de documents de planification : le
Plan Directeur d’Urbanisme (PDU), le Plan d’Occupation des Sols (POS), le Plan de Secteur

15
Rainbow Environmental Consult
16
Centre d'Information et de Documentation sur l'Environnement
17
Les rapports du GIEC disponibles sur : [Link]
57

(PS) et le Plan Sommaire d’Urbanisme (PSU). Ces documents visent un double objectif
(Encadré 2).

Encadré 2 : Article 25 du code de l’urbanisme


Les documents de planification urbaine déterminent les conditions permettant :
d'une part, de limiter l'utilisation de l'espace, de maîtriser les besoins de déplacements, de préserver les
activités agricoles, de protéger les espaces forestiers, le patrimoine culturel, les sites et paysages naturels ou
urbains, de prévenir les risques naturels et les risques technologiques, ainsi que les pollutions et nuisances
de toute nature ;
et, d'autre part, de prévoir suffisamment d'espaces constructibles, pour les activités économiques et d'intérêt
général, ainsi que pour la satisfaction des besoins présents et futurs en matière d'habitat et d'équipements
publics».
Source : Article 25 de la loi N° 2004/003 du 21 avril 2004 portant code de l’Urbanisme au Cameroun

Dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun la ville de Maroua dispose d’un PDU


(IDEA Consult, 2016). Les villes secondaires ; chefs-lieux de départements disposent de POS.
Ces documents enrichissent ce travail de la description du milieu naturel avec une mise en
exergue des zones à risques. Ils abordent aussi les aspects de développement économique et
social.

Les communes dans leur collaboration avec le Programme National de Développement


Participatif (PNDP) disposent de Plan Communaux de Développement (PCD)18. Ces
documents ressortent les atouts des communes concernées et les possibilités de développement
économique. Ils permettent de voir la place accordée aux préoccupations environnementales
comme les changements climatiques et les risques naturels.

[Link]. Journaux nationaux et internationaux d’information générale

En 2012 et 2013, le caractère catastrophique des inondations dans la Région de


l'Extrême-Nord du Cameroun a retenu l’attention de bon nombre de médias aussi bien
nationaux qu’internationaux. Ces derniers ont publié à l’intention de leurs lecteurs de nombreux
articles pour les informer sur les causes du phénomène, sa progression, la réponse des
populations et des autorités. Nous avons consulté des coffrets de Cameroon Tribune et Œil du
Sahel au Centre de Documentation de l’École Normale de Maroua (campus de Kongola).
Certains articles sont d’accès libre en ligne (Journal du Cameroun, Cameroun information,
Afrique information, Koaci, Actu Cameroun, etc.). Les interviews données à ces journaux par
certains responsables communaux, chefs d’entreprises touchées par les inondations et les chefs
de familles victimes enrichissement également cette thèse.

18
Les PCD de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun sont dispos[Link]
[Link]?dest=plan&crc=30
58

1.2.2. Construction des bases de données quantitatives et cartographiques

La cartographie est rendue possible par un ensemble de données collectées à différentes


sources et les données climatiques et hydrologiques sont fournies essentiellement par l’Unité
Technique de la SODECOTON, la Direction de la Météorologie Nationale et la Division de
l’hydrologie du Ministère de l'Environnement, de l'Eau et de la Pêche au Tchad.

[Link]. Données climatiques et hydrologiques

Les analyses climatiques sur les précipitations et les températures reposent sur une foule
de données collectées auprès des services spécialisés. Il en est de même des données
hydrologiques du Logone et de quelques cours d’eau saisonnier du sahel camerounais.
D’emblée, certaines données historiques présentent des anomalies corrigées par des méthodes
appropriées en statistique descriptive. Le tableau 8 présente pour chaque type de données les
stations collectées.

Tableau 8 : Récapitulatif des données climatiques et hydrographiques exploitées


Type de données Stations Période Source de données
Pluies Yagoua 1948-2015 Unité Technique de la SODECOTON
journalières et Maroua 1948-2015 Unité Technique de la SODECOTON
mensuelles Kousseri 1980-2015 Direction de la Météorologie Nationale
(quantité et Mokolo 1987-2015 Direction de la Météorologie Nationale
nombre de jours) Mora 1934-2015 Direction de la Météorologie Nationale
Kaélé 1944-2015 Direction de la Météorologie Nationale
Températures Yagoua 1987-2006 Direction de la Météorologie Nationale
mensuelles Kaélé 1987-2006 Direction de la Météorologie Nationale
Maroua 1975-2004 Direction de la Météorologie Nationale
Kousseri 1971-2008 Direction de la Météorologie Nationale
Mokolo 1987-2006 Direction de la Météorologie Nationale
Débits Bongor 1960-1980 Division de l’hydrologie (Ministère de
journaliers du 1983-2007 l'Environnement, de l'Eau et de la
Logone 2012-2015 Pêche) Tchad
Logone-Gana 1960-1980 Division de l’hydrologie (Ministère de
1983-2010 l'Environnement, de l'Eau et de la
Pêche) Tchad
N’Djamena TP 1960-1980 Division de l’hydrologie (Ministère de
1983-2015 l'Environnement, de l'Eau et de la
Pêche) Tchad
Débit mensuel Bogo 1966-1987 Atlas de la Province de l'Extrême-Nord
du Mayo (Seignobos et Iyébi-Mandjek, 2000) et
Tsanaga Fleuves et rivières du Cameroun
(Olivry, 1986)

La disponibilité des données est un véritable problème au Cameroun. « Sur 58 stations


météorologiques gérées par le Ministère des Transports, 55 sont hors service depuis belle lurette
59

et trois fonctionnent en deçà de l’acceptable » comme l’a indiqué en 2012 le journal Investir au
Cameroun. Des contraintes budgétaires seraient la cause du déficit de collecte de données. Au
plan hydrologique, les données disponibles sont essentiellement les mesures faites pas
l’ORSTOM. Il est alors difficile d’obtenir de données récentes.

[Link]. Données cartographiques

De multiples sources cartographiques ont soutenu les analyses de données dans le cadre de
cette thèse. La spatialisation du risque dans la Région de l'Extrême-Nord exige une grande
variété de données :
- L’atlas forestier interactif du Cameroun (V3) ; issu d’une collaboration entre l’Institut
National de la Cartographie et World Ressources Institute (WRI), c’est une base de
données qui ressort aussi bien les éléments de l’hydrographie, des allocations
forestières, mais aussi les limites des différentes unités administratives. La troisième
version, mise à la disposition du public en 2011, offre les limites de la Région de
l'Extrême-Nord et les subdivisions (WRI, 2011). Les cours d’eau de la région y ont aussi
été extraits avant d’être complétés et/ou corrigés avec les analyses hydrologiques sur
des images Aster.
- Le Référentiel Géographique Routier (RGRC) produit par le Ministère des Transports
permet de ressortir l’ensemble du réseau routier de la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun. Ce référentiel donne une nomenclature complète des routes en fonction des
niveaux (National, Régional, Départemental et Rural et voirie urbaine).
- Les images Aster en trois dimensions (x, y et z) ont été téléchargées gratuitement sur le
site d’Earth Explorer « [Link] ». Ce sont des scènes d’un degré carré
chacune avec une résolution de 15 m. Ces images donnent aussi la possibilité de
conduire un certain nombre de traitements à la fois hydrologiques et topographiques
dont les résultats sont utilisés dans ce travail.
- Les images Landsat également téléchargées sur le site d’Earth Explorer ont été
sollicitées pour spatialiser le risque. Les couvertures effectuées les jours d’occurrence
d’inondations majeures permettent de visualiser et cartographier l’extension de l’eau en
surface.
- Des images SPOT 5 de la Charte Internationale « Espace et Catastrophes majeures » ont
aussi été exploitées. En effet, dans le respect des dispositions de cette charte, les capteurs
de SPOT avaient été redirigés sur le Nord du Cameroun en raison des inondations de
septembre 2012. Cela permettant de cartographier en temps réel la catastrophe qui
60

sévissait. L’espace inondé de l’arrondissement de Maga est digitalisé sur une de ces
images prise le 11/09/2012. Cette image est disponible sur :
[Link]
- Les images Google Earth nous ont permis d’apprécier l’occupation du sol. La
disponibilité de plusieurs prises de vues à différentes dates permet d’observer
l’évolution impulsée par les différents acteurs. Des images des mois de d’août et
septembre permettent de voir l’extension de la submersion.

D’autres données cartographiques tirées des documents de planification urbaine ont aussi
été d’un apport non négligeable dans l’affinement des cartes illustratives présentes dans cette
thèse et même pour leurs discussions.

[Link].Enquête par questionnaire et les interviews

Le questionnaire dans une recherche en science sociale en général et en géographie en


particulier permet la collecte d’informations sur un ensemble de paramètres définis à l’avance
et donnant la possibilité d’extrapoler les résultats à l’ensemble de la population ciblée. Les
interviews permettent de valider certaines données collectées en les confrontant à l’avis de
personnes-ressources dans les domaines concernés.

[Link].1. Présentation du questionnaire

Un questionnaire en quatre parties a été conçu pour aborder le sujet avec un échantillon
représentatif de la population dans les trois grandes unités topographiques de la région. Après
une partie préliminaire sur l’identification de l’enquêté, la première partie du questionnaire
traite du risque d’inondation en abordant essentiellement les causes physiques et anthropiques
(annexe 3). La deuxième partie aborde sommairement la vulnérabilité des populations au risque.
Un accent est alors mis sur la connaissance du risque, l’accoutumance et la capacité à
développer des actions efficaces de protection en temps de crise. La troisième partie établit le
lien entre les changements climatiques et les inondations. Il est question de mesurer la
perception de ce phénomène par les populations et d’évaluer l’incidence sur divers aspects de
l’économie notamment l’activité agricole et pastorale. La dernière partie du questionnaire traite
de l’adaptation en interrogeant les mesures développées par les populations pour protéger leurs
vies et leurs biens contre les inondations. Les actions communautaires et institutionnelles sont
aussi interrogées dans leurs efficacités respectives.
61

[Link].2. Échantillonnage

L’échantillonnage ciblé non aléatoire est la technique choisie pour cette étude. Elle
présente un avantage réel pour une population d’étude vaste. En 2005, la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun comptait 3 111 792 âmes reparties dans environ 501 400 ménages (6,2
individus/ménage)19. Cette population occupe 6 départements et 46 arrondissements ; en
fonction de la topographie de la région, des types d’inondations identifiées dans la zone et de
la configuration hydrographique. Dix arrondissements ont été choisis pour l’application du
questionnaire. Dans la zone du lac Tchad c’est l’arrondissement de Blangoua qui a été choisi.
Cet arrondissement présente une double exposition. D’une part du lac Tchad et d’autre part du
Logone. Dans la plaine de Waza Logone, ce sont les arrondissements de Kaï-kaï, Maga, Zina,
Kousseri et Wina qui ont été choisis. Chacun de ces arrondissements présente une singularité
dans son exposition au risque d’inondation. Pour ce qui est de la zone de piedmont (plaine
sèche), ce sont les arrondissements de Maroua et Guidiguis. Un voyage à travers le Mayo
Tsanaga avec un arrêt dans l’arrondissement de Mokolo a permis de prendre la mesure des
inondations dans la zone montagneuse. Le tableau 9 présente les localités choisies dans chaque
arrondissement et le nombre de questionnaires placés.

Tableau 9 : Placement des questionnaires par arrondissement

N° Site d’enquête Localités enquêtées Nombre de


questionnaires placés
1 Yagoua Yagoua, Dana, Hounon, Yangha 25
2 Kaï-kaï Kaï-kaï ville, Kéléo, Doréissou, 30
Dougui
3 Maga Maga ville, Kéleo, Guirvidig, 40
Tékélé, Pouss
4 Zina Zina, Hollom I, Lahai, Arainaba, 29
Zilim
5 Blangoua Blangoua ville 25
6 Kousseri Kousseri ville, Goré, Madagascar, 28
Ngargouzo
7 Wina Djongdong, Bosgoye, Hougno, 18
8 Guidiguis Guidiguis ville 16
9 Maroua Zokok, Kakatare, Founangué, Fergo 31
10 Mokolo Mokolo ville, Wudahaï, 14
Total 10 arrondissements 34 localités 256
Il faut préciser que cette étude exploite également les données du REPECC focalisé sur les arrondissements de
Darak, Moulvoudaye, Touloum, Maga et Kousseri.

19
BUCREP (2010)
62

[Link].3. Interviews

La qualité des données sollicitées a guidé le choix d’un certain nombre de responsables de
services régionaux dans le cadre d’interviews. Sans être exhaustif les points ci-dessous
ressortent les retombées de quelques entretiens :

- Le responsable des enquêtes et statistiques de la délégation régionale du MINADER pour


la Région de l'Extrême-Nord. Avec ce dernier la place de la région dans la production
agricole, les spéculations, leur vulnérabilité aux changements climatiques et les méthodes
d’adaptation développées par les paysans et les autorités ont été abordées. Les données sur
la production agricole de la région et d’autres informations relatives au décompte des pertes
subies pendant les grands épisodes d’inondations y ont été collectées. La délégation du
MINADER a également contribué à la constitution d’une base de données climatiques en
fournissant les totaux annuels de quantités et de nombre de jours pluvieux de plusieurs
stations de la région.

- Les chefs services des pâturages et des pêches, délégation régionale du MINEPIA
(Extrême-Nord) ont procuré des données sur l’élevage et de la pêche. Ces données
concernent le cheptel de la région dans les différentes catégories, l’étendue des pâturages et
les contraintes de l’activité pastorale.

- Quelques maires de communes dans la Région de l'Extrême-Nord ont été consultés. Ils ont
fourni des informations sur leurs actions en faveur de la prévention des inondations.
Certains PCD ont été collectés pendant cet exercice.

- Le sous-directeur des routes et des enquêtes et statistiques de la délégation régionale du


Ministère des Travaux Publics a fourni des données sur l’état des infrastructures de la
région.

- Le chef service de la météorologie à la délégation régionale des transports. Seul personnel


du service de météorologie dans la région, il nous a donné une vision générale du réseau
d’observation des paramètres climatiques dans la région. Il dénonce le délaissement de ce
service par les autorités.

1.2.3. Approches participatives et de diagnostic territorial

Cette démarche consiste à intégrer les populations dans la réalisation d’un état des lieux
de leur cadre de vie. Il est question de ressortir l'ensemble des éléments constitutifs du territoire
63

afin de déterminer les sources de danger et les enjeux exposés. On pourrait dès lors sur la base
des propositions des acteurs choisir les stratégies pour la construction d’un plan d’action dont
la mise en œuvre sous forme de mesures correctives ou proactives améliorerait l’interaction
entre les différentes composantes du territoire et bonifierait le cadre de vie des populations. Ces
investigations sont orientées vers le diagnostic du risque d’inondation ; objet principal de cette
thèse.

[Link]. Cartographie participative

Cet exercice complète la cartographie hydrogéomorphologique du risque déjà faite sur


la base des images ASTER, des données hydrologiques et d’image Google Earth pour
l’occupation du sol. La cartographie participative des aléas permet de recueillir la perception
des populations sur leur milieu de vie.

La procédure est programmée pour environ 45 mn. Sur un bout de papier, après avoir
placé quelques repères de localisation, on y ajoute : la source de danger, les zones exposées, les
éléments et ressources exposés… À l’issue de cet exercice le débat est ouvert pour apprécier la
carte réalisée. Ce débat concerne l’évolution de l’aléa en fonction de différents autres facteurs
en présence : la dynamique démographique, le vieillissement et/ou la rénovation des ouvrages
hydrauliques, les activités agropastorales…

[Link]. Calendrier saisonnier

Cet exercice permet au chercheur de se familiariser à la vie dans la zone d’étude. Et de


placer sur un calendrier la période de l’année pendant laquelle la menace des inondations est
plus pressante. De manière pratique il sera question de tracer un tableau présentant les activités
et les mois (tableau 9).

Tableau 9 : Modèle du calendrier saisonnier des activités et de l’occurrence des inondations

Mois J F M A M J J A S O N D
Activité1
Activité2
Activité3
Inondation

Une personne est choisie dans le groupe cible pour tenir le calendrier et colorier les mois
pendant lesquelles chaque activité est menée. De tels exercices ont été organisés avec les
agriculteurs et les éleveurs dont les activités sont exposées aux risques climatiques.
64

1.2.4. Traitements et analyses de données

À la suite de toute cette collecte, un traitement spécifique est requis pour chaque type
de données pour parvenir aux résultats présentés dans cette recherche. Les données climatiques
et hydrologiques, données cartographiques et socioéconomiques ont été traitées séparément
avant d’être agrégées dans des cartes de synthèse.

[Link]. Traitement des données climatiques et hydrologiques

Les applications Microsoft Excel de la suite Office 2013, XLSTAT 2016 et ChronoStat
sont les outils informatiques majoritairement utilisés pour extraire les informations utiles des
données climatiques et hydrologiques.

[Link].1. Imputation des vides

Pour plusieurs raisons, les données climatiques et hydrologiques présentent parfois des
lacunes. Brunet-Moret (1971) pointait déjà un doigt accusateur sur un ensemble de facteurs : le
déplacement du pluviomètre, la modification de l’environnement du pluviomètre, la
déformation de la surface réceptrice du pluviomètre, les changements et confusions
d’éprouvettes. Au Cameroun, l’État central a mis en place au lendemain des indépendances un
réseau national de collecte de données climatiques avec une station dans chaque département
administratif. Suite à la crise des années 80 et 90, près de 90 % de ces stations ont cessé les
activités. Au côté de l’État, plusieurs autres structures collectent des données climatiques et
même hydrologiques. Dans la Région de l'Extrême-Nord, l’Unité Technique (UT) de la
SODECOTON dispose de longues données historiques permettant d’organiser les activités
agricoles. Toutefois, ces données présentent quelques carences pour certains mois. Plusieurs
méthodes ont permis de combler ces vides ; notamment des estimations sur la base des données
voisines et des moyennes sur XLSTAT.

[Link].2. Calcul des indices

- Écart type

Le calcul de l’écart-type ; c’est l’indicateur de la variabilité par excellence. Soit x la


valeur d’une année particulière, m la moyenne interannuelle et n le nombre d’années de la
série ; l’équation de l’écart-type définie par Karl Pearson (1873) se pose comme suit :

∑(𝑥−𝑚)²
𝜎=√ (𝑛−1) Equation 1
65

- Variable centrée réduite

Le calcul de la variable centrée réduite (vcr) ; permet de tracer les différentes courbes
de tendance. Elle est réalisée selon la formule :
x−m Equation 2
vcr = σ

- Indice d’aridité (I)

Combinant les températures (T en °C) et les précipitations (P en mm), cet indice permet
de déterminer le degré d’aridité ou d’humidité d’une zone. Sa formule de calcul ressort des
travaux de De Martonne (1926) :

P Equation 3
I=
T + 10
Le tableau 10 présente la cadre d’interprétation de l’indice d’aridité de Martonne.

Tableau 10 : Interprétation de l’indice de Martonne

Valeur de I Type de climat Type de végétation


0-5 Hyper aride Désert absolu
5 - 10 Aride Désert
10 - 20 Semi-aride Steppe
20 - 30 Semi-humide Prairie
30 - 40 Humide Forêt
40 - 55 Très humide Forêt
Source : [Link]

- Coefficient de variation

Le calcul du coefficient de variation (cv) ; est le rapport de l’écart-type à la moyenne. Il


s’exprime en %. Cet indice est utile pour apprécier la variabilité relative d’une distribution. Il
est rendu par l’équation suivante :
𝜎 Equation 4
vc = × 100
m
- Détermination des mois secs et des mois humides

La détermination des mois secs et des mois humides par la méthode de Bagnouls et
Gaussen (1957). Un mois est sec lorsque le double de la température est supérieur à la hauteur
mensuelle de précipitation. Avec P = précipitation en mm et T = température en °C, on a :

𝑃 < 2𝑇 Equation 5
66

- Corrélation de Spearman (r)

Le coefficient de corrélation est compris entre -1 et +1]. Il permet de mesurer le lien entre
deux variables. Il n’y a pas corrélation lorsque r se rapproche de 0. Plus r est proche de 1 plus
la corrélation est forte. Inversement, la corrélation linéaire est négative lorsqu’elle se rapproche
de -1. Le coefficient de Spearman nous a permis de mettre en évidence les liens entre différentes
composantes du même paramètre et aussi entre plusieurs paramètres. Son calcul sur Excel suit
la formule suivante :
( X  X )(Y  Y ) Equation 6
r
( X  X ) 2 (Y  Y ) 2

Dans cette équation, X représente la moyenne de la série A pendant que Y est la moyenne
de la série B.

- Période de retour
La période de retour (pr) est le temps qui s’écoule entre deux occurrences d’un évènement
de nature et d’intensité données. Cet indice est utilisé pour déterminer l’écart en termes
d’années entre deux occurrences d’inondations aussi bien à l’échelle régionale qu’en
considérant d’autres paramètres du risque. Elle est rendue par la formule suivante :
n+1 Equation 7
𝑝𝑟 =
m
Avec n comme le nombre d’années que couvre la période d’observation et m le nombre
d’évènement pendant cette période d’observation.

- Test d’homogénéité

Les applications ChronoStat et XLSTAT spécialisées dans l’analyse de séries


chronologiques proposent un ensemble de test de détection de ruptures : le test de Buishand et
l’ellipse de Bois, la méthode non paramétrique de Pettitt, la méthode bayésienne de Lee et
Heghinian et la Segmentation d’Hubert. Si les trois premiers donnent la possibilité d’identifier
une seule rupture dans une série chronologique, la segmentation d’Hubert est appropriée à la
recherche de multiples changements dans la moyenne de la variable traitée dans la série (Lubès-
Niel et al, 1998a).
67

Test de Pettitt
Dérivé du test de Mann-Whitney, il est non paramétrique (Pettitt, 1979). L’homogénéité
de la série xi de taille N est l’hypothèse H0. L’hypothèse contraire Ha est retenue lorsque la p-
value est inférieure au niveau de signification d’alpha (Lubès-Niels et al, 1994). Le test de
Pettitt repose sur la variable Ut, N dont la formule de calcul est :

𝑡 𝑁
Equation 8
𝑈𝑡, 𝑁 = ∑ ∑ 𝐷𝑖𝑗
𝑖=0 𝑗=𝑡+1

Ou Dij=sgn (xi-xj) avec sgn (Z) = 1 si (Z)>0 ; 0 si Z=0 et -1 si Z<0

Méthode Bayésienne de Lee et Heghinian


Il s’agit d’une approche paramétrique necessitant une distribution normale des valeurs
de la série. Elle repose sur le modèle suivant :
Equation 9
𝜇 + 𝜀𝑖 𝑖 = 1, … , 𝑇
𝑥𝑖 = {
𝜇 + 𝛿 + 𝜀𝑖 𝑖 = 𝑇 + 1, … , 𝑁

Les 𝜀𝑖 sont indépendant. Ils doivent être normalement distribués avec une moyenne
nulle et la variance 𝜎². T est le temps et 𝛿 l’amplitude d’un changement éventuel de la moyenne.

L’ellipse de Bois

Il s’agit d’un graphique qui analyse l’homogénéité d’une série de données. Pour une série
stationnaire, la somme cumulée à l’instant k a pour intervalle de tolérance :

𝑘(𝑛−𝑘)
±𝑢 (1−∝)/2𝜎√ Equation 10
𝑛−1

Test de Buishand

Il s’agit également d’une autre procédure de test de l’homogénéité des séries de données
statistiques.

𝑆𝑘
∑N−1
k=1 ( )²
𝐷𝑥 Equation 11
𝑈= 𝑁(𝑁+1)

𝑆𝑘 = ∑ni=0(𝑥𝑖 − 𝑚)

Pour k = 1, ..., N et Dx désigne l'écart type de la série.


68

[Link]. Cartographie et analyses SIG

L’analyse cartographique a été réalisée à partir du logiciel ArcGis 10.5 ®. Ce logiciel


permet aussi l’analyse des données ASTERDEM et l’affichage des contours de la topographie
de la zone étudiée. Le logiciel Quantum GIS 2.12 ® a aussi été mis à profit pour certaines
opérations notamment la visualisation de l’occupation du sol à travers les images disponibes
sur Google Earth.

La cartographie des zones inondables a pour objectif de faire connaître les zones à
risques d’inondation en fonction du niveau d’exposition. Cette cartographie s’appuie
majoritairement sur la méthode hydrogéomorphologique. Pour identifier et délimiter les zones
inondables, notre méthode s'appuie sur deux principaux critères : l’altitude et la pente. À travers
le MNT, on remarque que la Région de l'Extrême-Nord est dominée par une vaste plaine qui
est une zone d’accumulation des eaux pluviales et en provenance des monts Mandara mais aussi
du Logone.

D’autres indices tels que l’historique des inondations ont fourni une aide non
négligeable ; la connaissance des crues historiques constitue l’un des volets fondamentaux du
diagnostic du risque d’inondation. Elle est complémentaire à la cartographie
hydrogéomorphologique. Même si la disponibilité des données historiques est très lacunaire ;
ainsi, l’exhaustivité de l’information reste à rechercher.

[Link]. Dépouillement et exploitation des données de terrain

Le dépouillement concerne les variables des questionnaires adressés aux principaux


acteurs. La stratégie utilisée étant de faire introduire les variables dans un logiciel d’analyse
quantitative notamment Excel. Il fallait y introduit les données de base afin de procéder aux
analyses descriptive des variables contenues dans le questionnaire en vue de la réalisation des
tableaux de fréquences et le croisement de certaines variables pour analyser la relation entre
plusieurs phénomènes qui gravitent autour du thème de recherche. Les outils d’analyse qu’offre
XLSTAT ont aussi été mis à profit.

1.2.5. Quantification du risque

L’ensemble des données collectées et les traitements réalisés ont eu pour but non seulement
de décrire la construction du risque, mais aussi, de le quantifier. Trois composantes du risque
(exposition, sensibilité et capacité d’adaptation) ont fait l’objet d’évaluations quantitatives.
Chaque indicateur choisi présente les qualités suivantes : pertinence, fiabilité, un sens précis et
69

praticabilité. Les enquêtes de terrain, les analyses et diverses sources bibliographiques ont
permis d’agréger des données sur les indicateurs choisis. Les données collectées ont fait l’objet
de nombreux traitements en fonction de leur nature métrique ou catégorielle (nominales et
ordinales) ; l’objectif ultime étant de normaliser suivant une échelle commune de 0 à 10. Les
données métriques sont normalisées d’après la méthode min/max (équation 12).

(Xi − Xmin) × 10 Equation 12


𝑋𝑖𝑛(0 − 10) =
Xmax − Xmin

Dans cette équation, Xi est la valeur à normaliser, Xmin est la plus faible valeur, Xmax est
la plus haute valeur et Xin est la nouvelle valeur normalisée comprise en 0 et 10. Dans la
description des facteurs de vulnérabilité le « 0 » est une situation optimale. Cette valeur disparaît
pendant l’agrégation des indicateurs, car le risque zéro est une utopie. Les autres données
catégorielles (nominales et ordinales) sont d’abord mises sous une grille de cinq classes
(critique, plutôt négative, neutre, plutôt positive, optimale) avant d’être normalisées (tableau
43).

Tableau 11 : Description des valeurs d’indicateurs pour la quantification des risques

N° de la classe Description Grille de normalisation


1 Optimale (pas d’amélioration nécessaire) ]0 – 2[
2 Plutôt positive [2 – 4[
3 Neutre [4 – 6[
4 Plutôt négative [6 – 8[
5 Critique (le système ne fonctionne plus) [8 - 10]

Source : Adapté de Fritzsche et al, 2017

Une autre étape a été la pondération. Elle permet d’affecter à chaque indicateur sa
participation à la construction du risque. Si pour les uns l’impact n’est que marginal, d’autres y
participent plus. Au terme des pondérations, les indicateurs composites sont calculés selon la
formule suivante :

(I1 ∗ w1 + I2 ∗ w2 + I3 ∗ w3 … In ∗ wn Equation 13
𝑥=
∑𝑛𝑖=0 𝑤

« x » correspond à l’indicateur composite. « I » est la valeur de l’indicateur individuel et « w »


est le coefficient de pondération. Cette description s’applique à chacune des composantes du
70

risque pris individuellement et à l’ensemble de la vulnérabilité qui dépend aussi bien de


l’exposition, de la sensibilité et de la capacité d’adaptation.

1.2.6. Analyse Hiérarchique Multicritère (AHM) des inondations

L’AHM est une approche d’aide à la décision proposée par Saaty (1980). Elle consiste en
la prise en compte de plusieurs critères parfois contradictoires pour déterminer la meilleure
orientation. Cette méthode permet aussi la gradation des phénomènes spatiaux comme le risque
naturel (Guigo, 2009 ; Tacnet et al., 2010 ; Ramos et al., 2014 ; Renard et Soto, 2015 et El-
Amraoui et al., 2017). La procédure commence par le choix des critères, puis leur reclassement,
l’attribution des poids et enfin les calculs pour obtenir les cartes de risques.

 Choix des critères de spatialisation du risque

La quantification du risque offre un ensemble de critères ou indicateurs du risque


d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord. Nombre de ces indicateurs sont peu variables
à l’échelle de la zone d’étude et tendent à l’uniformisation du risque. Ainsi, seuls les critères
assez variables à l’échelle de la région sont pertinents pour cet exercice aussi bien pour la
production de la carte de l’aléa et de la carte de la vulnérabilité.

 Reclassement des données

L’analyse multicritère repose sur une grille de 1 à 9. La valeur 9 est attribuée aux classes
d’informations les plus concernées par le phénomène étudié. Ainsi les zones aux très faibles
pentes par exemple porte cette valeur et à l’inverse, lorsque les pentes sont élevées et permettent
l’écoulement la valeur 1 est attribué. Ce principe s’applique à l’ensemble des couches prises en
compte dans le processus de spatialisation du risque.

 Attribution des poids aux critères

Les poids sont des coefficients qui permettent d’exprimer la participation de chaque
facteur à la construction du risque. En effet, certains critères se révèlent plus déterminants que
d’autres. L’attribution des poids se fait dans un tableau (matrice de Saaty) portant en première
colonne et première ligne les critères d’évaluation (tableau 12).
71

Tableau 12 : Matrice de Saaty


k
Numéro 1 2 3 4
Critère
1 1,00
2 1,00
j 3 1,00
/// Somme
Matrice de standardisation
Critère
1
2
3
Source : Saaty (1980)

Cette grille est programmée de manière à produire dans sa deuxième partie, le poids de
chaque critère. En fonction de l’appréciation du rôle joué par chaque critère, les valeurs sont
attribuées comme l’explique le tableau 13.

Tableau 13 : Principes d’attribution des scores


Valeur de ajk Interprétation
1 j et k ont la même importance
3 j est un peu plus important que k
5 j est plus important que k
7 j est un peu plus important que k
9 j est absolument plus important que k
Source : Saaty (1980)

1.2.7. Analyse d’échantillons d’eau

Pour Wakponou (2016) l’eau est le facteur de vie et de mort dans la ville de Maroua.
Ceci concerne aussi bien l’eau des puits, des mares, des mayos et même de ruissellement. L’eau
qui stagne en surface pendant les inondations s’infiltre et atteint la nappe, communique avec
les mayos. Ces eaux envahissent l’espace de vie des populations souilles parfois les
équipements ménagers. Certains enfants y jouent. Dans le Yaéré et autres espaces fortement
inondables ce sont ces eaux de surface qui sont systématiquement consommées par les
populations lorsque les puits sont inondés et hors d’usage. C’est dans ce contexte qu’il convient
72

de s’intéresser aux qualités physico chimiques et microbiologiques de ces eaux. Quatre


échantillons prélevés à différents points de la région permettent de se faire une idée
(tableau 14).

Tableau 14 : Échantillons d’eau analysés

Échantillon Coordonnées Nom du lieu de Justificatif


GPS (m) prélèvement
x : 502611 Goré Prélevé sur une nappe s’écoulant
1 y : 1337832 (arrondissement lentement
de Kousseri)
x : 500000 Zilim Il s’agit d’une eau stagnante en zone
3 y : 1215979 (arrondissement habitée. Elle fait partie d’une large
de Zina) nappe d’eau au-delà de l’agglomération
2 x : 504799 Zilim Il s’agit d’une eau stagnante de faible
y : 1265516 (arrondissement turbidité apparemment filtrée par les
de Zina) végétaux en croissance
x : 422989 Palar Il s’agit ici d’une eau inondant une zone
4 y : 1172391 (arrondissement de très faible pente et de forte densité.
de Maroua 1er) Elle est stagnante et de forte turbidité

Le laboratoire des Sciences de l’eau et de l’Environnement du département de Biologie


et Physiologie Végétales de la Faculté des Sciences de l’Université de Yaoundé 1 a conduit les
différents tests (annexe 4). Ce laboratoire a également participé à l’interprétation des résultats.

1.3. Articulation spatiale des niveaux d’analyse et approches

Les données mobilisées pour cette étude concernent des ressorts géographiques
différents. À l’échelle mondiale, régionale et nationale on remarque la disponibilité de
nombreuses études qui offrent des données d’analyse sur les questions étudiées (figure 10).
L’évaluation de l’adaptation s’appuie alors sur ces données globales pour comprendre la réalité
locale. Pour le diagnostic du risque, l’approche de territorialisation conduit à l’exploitation des
données locales notamment aux niveaux des unités topographiques et des communes. L’objectif
ultime est de produire pour la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun une base de
compréhension des risques de catastrophes liées aux inondations.
73

Figure 10 : Approches et niveaux d’analyse

Conclusion

Ce chapitre a essayé de présenter d’une part le contexte scientifique dans lequel cette thèse
s’inscrit et dérouler la méthodologie adoptée pour parvenir aux résultats escomptés d’autre part.
Comme stipulé à l’hypothèse, la littérature offre des ressources adéquates pour l’étude des
inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Il s’y dégage que le risque s’est
progressivement construit comme objet d’étude scientifique en géographie. Pour ce qui est des
risques naturels, le phénomène géophysique générateur de danger connaît l’intérêt dans d’autres
disciplines essayant de prédire les évènements catastrophiques afin d’adopter les mesures
d’évitement. Le cadre conceptuel, théorique et méthodologique ainsi présenté permet d’aborder
la Région de l'Extrême-Nord aussi bien comme un territoire à risque que comme territoire du
risque.
74

2. CHAPITRE 2 : RÉGION DE L'EXTRÊME-


NORD DU CAMEROUN : HISTORIQUE,
ASPECTS PHYSIQUES ET HUMAINS

Introduction

L'Extrême-Nord est l’une des dix régions administratives du Cameroun. Choisie comme
terrain d’étude, elle mérite d’être présentée dans ses aspects physiques et humains. Ce chapitre
retrace l’historique de la création de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun avant de
présenter un portrait du relief, de l’hydrographie, de la pédologie, de la population et des
activités économiques. L’aspect climatique étant une des plus importantes variables pour cette
recherche il ne sera traité en profondeur que dans le chapitre 3 qui lui est complètement
consacré. D’emblée, on peut remarquer que la Région de l'Extrême-Nord est exposée à deux
grands types de risques naturels ; les inondations et les sècheresses faisant de graves dommages
chaque année.

2.1. Brève présentation de l’évolution précoloniale et coloniale du Nord du Cameroun

Pendant la période précoloniale, on a distingué plusieurs systèmes d’organisation sociale et


politique dans la zone connue de nos jours comme l’Extrême-Nord du Cameroun. Les structures
hiérarchisées et les systèmes acéphales étaient dominants (Iyébi-Mandjek et Seignobos, 2000).
Dans les plaines, on remarque des regroupements en habitats semi denses structurés autour d’un
pouvoir théocratique et des chefs de guerre. Les ethnies non musulmanes (Zumaya, Giziga et
Mundang) se distinguent par la création de puissantes chefferies au pouvoir hiérarchisé. La
pénétration coloniale au 19e siècle mit fin aux affrontements qui opposaient continuellement
les différents peuples. Le 20 janvier 1920, le major Hans Von Dominik écrasa les troupes peules
et madhistes à l’entrée de Maroua ; ce qui marqua le début de la colonisation allemande dans la
zone. À leur installation, les Allemands divisent le grand nord du Cameroun en deux grandes
provinces (Iyébi-Mandjek et Seignobos, 2000) :

- la province du pays du Tchad avec Kousseri comme chef-lieu et

- la province de l’Adamaoua avec pour centre Garoua.

Cette période est marquée par une organisation administrative très sommaire due d’une part
à la volonté coloniale d’administrer indirectement le territoire et d’autre part au manque de
personnel. Deux compagnies assuraient la sécurité et leurs bases étaient établies à Mora, Dikoa,
75

Bongor, Yagoua, Garoua, Maroua, Mubi et Binder. Dans le processus de conquête du territoire
les Allemands avaient favorisé le confortement du pouvoir des lamidos au détriment de peuples
païens dont on accusait de réfractaires aux levées d’impôts et de refus de payement de
prestations (Lembezat, 1961).

En 1916, alors que la première guerre mondiale bat son plein, les Allemands sont chassés
du Cameroun ; la France et l’Angleterre se partagent le territoire (Mveng, 1963). Dans le Nord
du Cameroun, la France réunit les deux provinces allemandes en une seule et créa une nouvelle
unité ayant pour chef-lieu Garoua. Il est prévu la division de ces grandes unités en subdivisions.
En 1917, la circonscription du Logone est créée et regroupe des subdivisions de Maroua,
Yagoua et du Logone proprement dit. Dans les monts Mandara, on remarque une lente prise en
main administrative par les autorités coloniales. En 1933, la subdivision de Mokolo s’agrandit
et intègre : Meri, Douvangar, Douroum, Wazang et Massakalb (Iyébi-Mandjek et Seignobos,
2000).

Dans cette évolution, l’administration française favorisait tacitement et même directement


la domination des fulbés sur les peuples païens (Boutrais 1973 ; Boutrais et al., 1984 ;
Champaud, 1993). Le but en était d’éviter l’émiettement du territoire. Mais cette politique se
trouva confrontée à la détermination de ces derniers (Toupouri et Mundang essentiellement) à
garder leur structuration sociale philosophique et culturelle. Plusieurs lamidats avaient vu leurs
tracés modifiés pour permettre aux peuples païens de garder leur autonomie.

En 1925, commence la mise en place de l’administration civile par la nomination de


Monsieur Chadourne comme chef de circonscription à Maroua. Il remplaçait à ce poste le
commandant Didier (Iyébi-Mandjek et Seignobos, 2000). Dans la plaine, la subdivision de
Kaélé est fondée en 1938. Dans les autres circonscriptions, les militaires cédaient les places aux
administrateurs civils dans un processus de modernisation de la gouvernance. Le 26 juillet
1952, la délégation du haut-commissariat de la République pour le Nord Cameroun est créée
avec son siège à Garoua. La loi-cadre Gaston Deferre de 1956 accéléra les réformes. En 1958,
la circonscription de Maroua se vit imputé de la subdivision de Yagoua devenu elle-même
circonscription. En 1959, le vocabulaire administratif s’aligna sur le modèle français. On parle
désormais de département, d’arrondissement et de districts (Mveng, 1963). À la veille de
l’indépendance, le pouvoir colonial laisse en place de grands découpages administratifs sur
lesquels les autorités s’appuieront pour impulser une importante dynamique dans la politique
de l’administration territoriale.
76

2.1.1. Province du Nord 1960 – 1983

À l’indépendance en 1960, le président Amadou AHIDJO trouva de très vastes chefferies à


la tête desquelles se trouvaient de grands leaders féodaux (Mveng, 1963). Il s’engagea dans le
morcellement du territoire pour éviter le raffermissement de puissantes chefferies (Iyébi-
Mandjek et Seignobos, 2000). Le découpage commence en 1979 avec la création des districts
de Bourah, Koza, Guidiguis, Guéré et Maga plus tard érigés en arrondissements. En 1981, les
départements de Kaélé, Mayo-Tsanaga et Mayo-Sava furent créés. Cette même année, les
districts de Moutouroua, Moulvoudaye, Kalfou, Viri, Hilé-Alifa, Fotokol, Goulfey, Waza, Hina
et Gazawa furent créés. Dans ce morcellement permanent du territoire le président vise trois
objectifs principaux (op. cit.) :
- rapprocher l’administration des populations,
- suivre l’évolution démographique et
- contrôler les frontières avec le Nigeria et le Tchad en rapprochant les centres
administratifs de ces frontières.

Simultanément le président AHIDJO a créé des communes municipales dont chaque ressort
territorial correspond à un arrondissement. Les communes sont chargées de fédérer les efforts
des paysans dans leur participation au développement de leurs localités respectives (Beauvilain,
1989). L’administration de l’époque présente une forte islamisation avec des relents de
conversion même forcée des populations (Boutrais, 1973 ; Champaud, 1993). À sa prise de
pouvoir en 1982, le président Paul BIYA nourrit de nouvelles ambitions. En 1983, il éclate la
vaste Province du Nord en trois unités administratives (Décret N°83/392 du 22 août 1983) :
- la province de l’Adamaoua,
- la province du Nord et
- la province de l’Extrême-Nord.

La nouvelle configuration diminue le pouvoir de la ville de Garoua qui gardait jusqu’ici le


monopole dans cette vaste région. Si les fondements de cette décision sont avant tout politiques,
elle permet le réveil des villes de Maroua et Ngaoundéré érigées en capitales provinciales. Le
président BIYA s’attèlera aussi à créer de nouveaux départements, arrondissements et districts
pour promouvoir le développement à la base.
77

2.1.2. Province puis Région de l’Extrême-Nord et son évolution

Une fois créée, la Province de l’Extrême-Nord connaît une forte dynamique administrative
avec la création de nouveaux départements, arrondissements et districts (Iyébi-Mandjek et
Seignobos, 2000) :
- En 1983, le département du Logone et Chari est doté de deux nouveaux arrondissements
(Waza et Goulfey) et l’arrondissement de Kaï-kaï est créé dans le département du Mayo
Danay ;
- En 1986, le district de Blangoua est créé dans l’arrondissement de Goulfey ;
- En 1991 suite à la décision de transformer les districts en arrondissements, les districts
de Hilé-Alifa, Blangoua, Fotokol, Gazawa, Hina, Kalfou, Moulvoudaye, Moutouroua
et Wina (ex Viri) sont érigés en arrondissements ;
- En 1992, les arrondissements de Mogodé et de Mayo Moskota sont créés dans le
département du Mayo-Tsanaga. Dans le département de la Diamaré, les arrondissements
de Dargala et Petté sont créés. Dans le département du Mayo Danay Kalfou, Wina,
Moulvoudaye et Moutouroua sont créés ;
- En 1993, les arrondissements de Zina, Waza, Gobo, Datcheka, Gueme, Tchati-Bali,
Dziguilao, Hina, Mogodé sont créés ;
- 1994, Soulede-Roua, est créé dans le département du Mayo Tsanaga ;
- En 1995, les arrondissements de Pori-Touloum et Taibong sont créés dans le
département du Mayo-Kani (ex Kaélé). Les arrondissements de Datcheka, Vélé et Kaï-
kaï sont créés dans le département du Mayo Danay. Les arrondissements de Gazawa, et
Ndoukoula sont créés dans le département de la Diamaré ;
- En 2007, les arrondissements de Maroua 1, 2 et 3 sont créés dans le département de la
Diamaré. L’arrondissement de Darak est créé dans le département du Logone et Chari
et l’arrondissement du Mayo Moskota est créé dans le département du Mayo Tsanaga ;
- En 2008 : la communauté urbaine de Maroua est créée ;

Force est de remarquer qu’en 15 ans (1983-2008), la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun a connu une importante dynamique administrative. En plus des arrondissements
existants d’autres furent progressivement créés. En 2004, la Loi n° 2004/017 du 22 juillet 2004
portant orientation de la décentralisation consacre les régions et les communes comme étant les
collectivités territoriales (article 3 alinéa 1). C’est ainsi que le décret n° 2008/376 du 12
novembre 2008 portant organisation administrative de la république du Cameroun transforma
toutes Provinces du Cameroun en Régions (article premier). La Région de l'Extrême-Nord
78

compte aujourd’hui six départements et 46 arrondissements (c’est le second rang au niveau


national après la Région du Centre).

2.2. Caractéristiques du milieu physique de la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun

L’étude des traits topographiques, hydrologiques et pédologiques de la Région de


l'Extrême-Nord du Cameroun présente une prédisposition aux inondations.

2.2.1. Aspects topographiques et géologiques de la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun

La Région de l'Extrême-Nord du Cameroun s’illustre par la diversité de son relief. On y


distingue des basses terres (plaine du Logone) et les hautes terres (monts Mandara). Entre les
deux niveaux, on retrouve une pédiplaine qui joue un rôle de transition (figure 11).

D
Coordinate system : WGZ 1984 UTM Zone 33N
Projection : Transverse Mercator
Source : Image ASTER
Réalisation : SAHA

Figure 11 : Profils topographiques de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun (Source :


Image ASTER)

Le mont Mandara est un ensemble de moyennes montagnes avec des altitudes comprises
entre 800-1500 m. Il se caractérise par des versants raides et des incisions vigoureuses des
rivières qui compartimentent les différents massifs constitutifs. Les sommets les plus hauts
sont : le mont Oupay (1494 m), le mont Ziver (1436 m), le mont Touropou (1349 m), le mont
Rouva (1328 m). Ces massifs ne sont pas organisés en chenaux ou en crêtes ; ils sont constitués
79

de chaos rocheux au-dessus d’interfluves ruiniformes qui s’élèvent de profondes vallées


orthogonales (Morin 2000). Tous les cours d’eau de la Région de l'Extrême-Nord prennent leurs
sources dans les monts Mandara où la pluviométrie est plus élevée (plus de 1000 mm/an). En
dehors des monts Mandara, la région est parsemée d’autres montagnes comme à Maroua, Meri,
Gazawa, etc. Dans ces zones, la vigueur des pentes facilite l’écoulement de surface et diminue
l’exposition au risque d’inondation. Toutefois, les vallées habitées et mises en valeurs dans le
domaine agricole connaissent des inondations affectant parfois les populations. En zone
montagneuse, certaines familles habitent les flancs abrupts où les mouvements de masse sont
réguliers. Dans la ville de Maroua par exemple quatre morts ont été enregistrés en 2016 au
quartier Doualaré de la montagne nommée « Kossel Bei ». Il faut remarquer que certains flancs
de collines font l’objet d’exploitation comme carrières et les accidents sont aussi fréquents.

La pédiplaine est la zone de transition entre les monts Mandara et la vaste plaine qui
constitue l’exutoire des cours d’eau de la zone. Elle est annoncée par la rupture de pente au pied
de versants montagnards. La monotonie de la pédiplaine est rompue de part et d’autre par des
mornes en demi-oranges sous forme de chaos rocheux parfois pointus. La désagrégation
mécanique a conduit à l’isolement de masses rocheuses dont les forces de freinage actuelles
empêchent l’occurrence de catastrophes en termes de chutes de pierres. Le piedmont abrite la
ville de Maroua ; la capitale régionale. Elle est traversée par le Mayo Kalio et le Mayo Tsanaga
dont la faible pente des chenaux d’écoulement explique la multiplication de méandres. Ces
cours d’eau voient leurs débits annulés en saison sèche. La période de crue (août-septembre)
est généralement le théâtre des inondations d’intensités variables.

Au-delà de la pédiplaine, les pentes s’amenuisent (0,2m/km) ; c’est le domaine de la


platitude (Ngounou Ngatcha 1993). On peut toutefois distinguer quelques nuances dans le relief
(Beauvilain, 1989 ; Morin, 2000 ; Wakponou, 2004). Au voisinage du lac Tchad, s’étend un
vaste delta dans lequel s’intègrent les arrondissements de Makari, Goulfey, Hile-Alifa et Darak.
Les bourrelets fluviaux bordent le Logone. Le Yaéré est une cuvette d’accumulation dont la
structure est interrompue par quelques glacis et remblais. La densité des populations dans le
Yaéré est faible (en moyenne 40 habitants/km² dans les arrondissements de Zina et Logone
Birni. Entre la cuvette et le cordon dunaire Limani-Yagoua, la plaine intérieure est légèrement
élevée (au-dessus de 300 m d’altitude). Elle est une extension du Yaéré qui en année d’extrême
humidité est partiellement submergée. La plaine extérieure est plus élevée (320-340 m). Malgré
cette altitude, cette unité connait des inondations régulières comme le canton de Bougoudoum
80

dans le bec de canard. Cette plaine est interrompue par une trentaine de cordons longitudinaux
qui forme l’erg de Kalfou (figure 12).

Figure 12 : Relief de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun (Sources : Beauvilain, 1989 ;


Morin, 2000 ; Wakponou, 2004)
Au plan géologique, les formations sédimentaires du socle cristallin datant du précambrien
et les formations volcaniques du tertiaire constituent l’essentiel de la région (Gazel, 1960 ;
Dumort et Peronne, 1966). La carte du relief est à l’image de la distribution des formations
géologiques. Le delta fluvial, la cuvette (Yaéré) et le bourrelet du Logone reposent sur les
alluvions et éluvions. Les plaines sont les domaines des sables qui de mélangent par endroit aux
éluvions et alluvions. Il s’agit globalement des roches sédimentaires qui amorcent la partie
montagneuse par les pédiments d’altération. La zone des monts Mandara est dominée par les
formations précambriennes (gneiss, schistes, quartzites, granites et syénites). Les formations
volcaniques (Basaltes, trachytes, rhyolites et andésites) sont isolées au nord des villes de
Maroua et Kaélé (Wakponou, 2004). En dehors du relief, la géologie est aussi explicative de
81

certains aspects hydrologiques et pédologiques ; très déterminant dans l’analyse du risque


d’inondation.

2.2.2. Hydrographie diversifiée

L’hydrographie de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun est très diversifiée. On y


retrouve un cours d’eau permanent et de nombreux mayos. Le lac Tchad constitue la principale
surface d’eau stagnante auquel il faut ajouter le lac Maga mis en place pour les activités
économiques.

[Link]. Bassins hydrographiques de la Région de l'Extrême-Nord

Le Cameroun se classe au second rang en Afrique de par ses potentialités hydrologiques.


L’ensemble du territoire se partage entre cinq principaux bassins hydrologiques (bassin du Lac
Tchad, Bassin du Niger, Bassin de la Sanaga, Bassin du Congo, Bassin du Nyong et des fleuves
côtiers). Chaque bassin est dominé par un ou plusieurs cours d’eau (Olivry, 1986). Deux de ces
bassins hydrographiques se partagent la Région de l'Extrême-Nord. Il s’agit du bassin
endoréique du lac Tchad et du bassin exoréique du Niger (Olivry et Naah, 2000 ; GWP, 2009).
Le bassin du lac Tchad est dominant. Il s’étend au-delà du versant Nord des monts Mandara
jusqu’au lac Tchad.

Bon nombre de cours d’eau de cette unité hydrologique ne rejoignent pas le Logone ;
mais disparaissent dans ces terres plates ou alimentent les lacs et mares d’eau de la zone
(Ntonga, 1993 ; Wakponou, 2004). D’autres cours d’eau comme le Mayo Sava, sont bloqués
par le cordon dunaire Limani-Yagoua (Olivry et Naah, 2000). Le lac Tchad reçoit les eaux du
Logone qui se déversent dans le Chari dans les encablures de Kousseri. Le bassin du Niger est
constitué dans sa partie septentrionale du Cameroun par le sous bassin de la Bénoué couvrant
environ 31 000 Km2 en amont du barrage de Lagdo. Le Mayo Kébi draine le sud oriental de la
Région de l’Extrême-Nord du Cameroun et rejoint la Bénoué à Garoua (Olivry et Naah, 2000).
D’autres écoulements saisonniers prenant leurs sources sur le flanc austral des monts Mandara
intègrent aussi le bassin du Niger. La figure 13 présente le réseau hydrographique de la Région
de l'Extrême-Nord.
82

Figure 13 : Réseau hydrographique de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun (Source :


Olivry, 1986 et WRI, 2011)
De la figure 13, il ressort que le réseau hydrographique de la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun est dominé par le Logone qui est l’unique cours d’eau aux écoulements permanents
avec une kyrielle de Mayos.

[Link]. Le Logone : unique cours d’eau aux écoulements permanents

Le Logone est un fleuve d’Afrique centrale formé de la confluence entre le Logone


occidental camerounais et le Logone oriental tchadien (Olivry, 1986). Il constitue la frontière
naturelle entre la République du Cameroun et la République du Tchad. Le débit moyen annuel
du Logone à la station de Bongor (Localité de la République du Tchad) est de 492 m3/s (CBLT,
2010). Toutefois, on observe une forte variabilité au courant de l’année (figure 14).
83

En m3/s

1600

1200

800

400

Figure 14 : Évolution des débits du Logone (Source : CBLT, 2000)

Le Logone dans son écoulement du Sud vers le Nord draine les départements du Mayo
Danay et du Logone et Chari qui sont affectés en période de crue. Les ouvrages hydrauliques
de protection constituent aujourd’hui un obstacle aux déversements saisonniers.

[Link]. Les mayos

La Région de l'Extrême-Nord du Cameroun est drainée par un certain nombre de cours


d’eau intermittents (Ngounou Ngatcha 1993 ; Olivry et Naah, 2000 ; Olivry, 2006). Il s’agit des
mayos : Kébi, Bourlouck, Tsanaga, Danay, Vrick, etc. Ces cours d’eau présentent un lit sec dès
le mois de décembre et c’est avec le retour des précipitations en mai que les écoulements
reprennent en juin ou juillet. La figure 15 présente le régime mensuel du Mayo Tsanaga.

50
Débit en m3/s

40
30
20
10
0

Figure 15 : Débits moyens mensuels du Mayo Tsanaga à Bogo (Source : Olivry et Naah 2000)

La reprise des écoulements des mayo correspond au regain de débit pour le Logone. Le
pic est atteint au mois d’août et septembre qui est la période d’occurrence des inondations
(Liénou et al., 2003). En période de sècheresse, lorsque les lits des mayos sont à sec, l’érosion
84

éolienne favorise le nivèlement et la « disparition » des incisions de drainage (talwegs). Il est


fréquemment constaté des changements dans le profil d’écoulement de certains cours d’eau au
fil des années. La divagation qui fait suite à la « mort » ou la fossilisation d’un lit entraine les
eaux vers des espaces mise en valeur et/ou habités. Cette situation est remarquable sur le cours
du mayo Tsanaga notamment dans la localité de Bogo où le lit ne cesse de changer (Tchindjang
et al., 2015).

[Link]. Le lac Tchad

Le lac Tchad est le quatrième lac africain après les lacs Victoria, Tanganyika et Nyassa.
Il fait partie des vestiges d’une mer Paléo tchadienne qui devait couvrir 350 000 km² alors que
les climats africains étaient beaucoup plus humides il y a quelques millénaires (Thilo, 1928,
Pouyaud et Colomban 1989). De nos jours, ce lac occupe une superficie qui varie entre 2 500
km² (année sèche) et 7 500 km² en année humide (Sédick, non daté). Sur le plan géographique,
il se situe entre 12°20’-14°20N et 13°-15°20E. Cette superficie est partagée entre quatre pays :
le Tchad (50%), le Nigéria (25%), le Niger (17%) et le Cameroun (8%). Pendant les cinq
dernières décennies, le lac Tchad a connu une importante dynamique concernant sa superficie.
Le détournement des eaux pour l’agriculture et la sècheresse sont à l’origine d’une perte de
90% en 40 ans (Abossolo et Batha, 2015). Ainsi on peut distinguer le grand lac Tchad (25 000
km² en 1963) du moyen lac Tchad (entre 15 000 et 20 000 km² observés entre 1968-1971, 1975-
1976 et 1998-2010) et le petit lac Tchad. Le plan d’eau de ce dernier est de 1700 km² au niveau
du delta du Chari entouré de marécages permanents ou saisonniers de 2000 à 14000 km². Depuis
1973, c’est cette situation qui est observée en dehors des années 1975, 1976, 1988, 1998, 2010
et 2012.

En dehors de la partie au Sud qui fait partie du bassin hydrographique du Niger, la


Région de l'Extrême du Cameroun fait essentiellement partie du bassin du lac Tchad. Le Nord
du département du Logone et Chari est la partie concernée par le lac proprement dit. Il s’agit
des arrondissements de Darak, Hile Alifa et Blangoua. Ces trois arrondissements furent créés
en 2007 profitant de l’exondation progressive des terres et le dénouement du conflit frontalier
entre le Cameroun et le Nigéria. Cela fait partie de la stratégie de surveillance de frontières par
un marquage administratif. Les villages sont établis sur de petites buttes qui rompent avec la
monotonie du relief plat. On y remarque aussi des villages de pêcheurs proches de surfaces
d’eau permanentes. La figure 16 présente la partie camerounaise du lac Tchad fait de marécage
et caractérisée par une présence humaine remarquable.
85

Figure 16 : Partie camerounaise du lac Tchad (Source : INC, 2011)

Le lac Tchad est situé en zone semi-aride avec de faibles précipitations et des
températures élevées. Par son humidité, la zone du lac Tchad donne la possibilité de mener un
ensemble d’activités économiques (agriculture, élevage et pêche). Les densités moyennes des
populations dans les arrondissements concernés sont élevées par rapport aux moyennes
régionales.

[Link]. Le lac de Maga : logiques d’acteurs et contraintes opérationnelles

Le lac de Maga est la conséquence de la construction en 1979 d’une digue de 27 km


entre Guirvidig et Pouss. C’est un ouvrage de 2 à 7 mètres de hauteur et de 3,5 mètres de largeur
de crête (Kenne Tiotsap, 2014). Le plan d’eau retenu par cette digue (le lac de Maga) varie entre
390 km² en cote maximale et 120 km² à la fin de la saison sèche (Sighomnou et al., 2002). Le
lac de Maga est alimenté d’une part par les écoulements des monts Mandara (mayo Tsanaga et
86

Mayo Boula) et d’autre part par le mayo Guerléo qui communique avec le Logone (Liénou et
al., 2003). Les faibles pentes des espaces en amont du lac les transforment en marécage dont
l’extension est fonction des apports en eau (Ngounou Ngatcha 1993). L’objectif affiché à la
création du lac était la mise en réserve de l’eau pour l’irrigation de 7 000 hectares de rizières de
la SEMRY (Arditi 1985). Le mayo Vrick et d’autres ouvrages hydrauliques assurent la vidange
et le drainage contrôlé en période de culture. Un autre déversoir du côté de Pouss dans le
voisinage du Logone permet d’évacuer le trop-plein du lac (Seignobos et Raugel, 2000). Le Lac
de Maga est soumis à un sérieux problème d’ensablement qui diminue drastiquement sa
profondeur. Loin des 2,5m de profondeur moyenne en 1984 on obtient aujourd’hui moins de 1
m en moyenne à cause de la quantité de matière en suspension reçu chaque année (Liénou et
al., 2003 ; Djiangoué, 2017). La turbidité de ce lac résulte du brassage de sédiments du fond
par une légère houle d’où une faible transparence de l’ordre de 15 à 25 cm (Kenne Tiotsap,
2014). Le lac est bordé par une végétation essentiellement composée de graminées de type
Vetiveria nigritana, Echinochloa pyramidalis, Oriza longistaminata20… Par ses ressources
halieutiques, le lac de Maga structure entièrement l’économie de l’arrondissement éponyme et
joue un important rôle important dans l’ensemble de la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun.

[Link]. Les mares d’eau

Les mares représentent une composante non négligeable de l’hydrographie de la Région


de l'Extrême-Nord du Cameroun. Il s’agit d’eau stagnante dans de petites dépressions que
présente le relief. Les mares se rechargent en saison des pluies (Olivry et Naah 2000). Certaines
restent ennoyées toute l’année pendant que d’autres s’assèchent quelques semaines après le
début de la saison sèche. Les mares d’eau sont naturelles ou artificielles. Teyssier, (2000) relève
leur importance pour l’abreuvage des animaux. Les enfants y trouvent aussi parfois un espace
de jeux. Elles constituent des abreuvoirs pour le bétail et elles alimentent aussi la petite
irrigation. Leur substrat argileux est sollicité pour la fabrication de briques de terre pour les
constructions (planche 1). Le niveau de rechargement des mares dans les agglomérations
renseigne sur le niveau de menace des grandes pluies. En effet, lorsqu’elles sont pleines, le
ruissèlement est difficile et l’eau stagne en surface avec des dégâts sur l’habitat et les routes.

20
Seignobos et Raugel, 2000
87

A B

Planche 1 : Quelques mares dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun (Source : Saha,


août 2018)
La photo A présente une mare aménagée par la CBLT dans le grand Yaéré pour l’abreuvage des animaux en
saison sèche. La photo B est un cliché d’une mare naturelle dans l’arrondissement de Zina très fréquentées par la
faune aviaire. La photo C représente une mare dans l’arrondissement de Moutouroua. Les enfants s’y
rafraichissent et nettoient aussi les petits ruminants.

[Link]. Les retenues

En plus des mares qui contribuent à l’artificialisation du réseau hydrographique, la Région


de l'Extrême-Nord est parsemée de retenues et de mini-retenues. Ce sont de bassins aménagés
pour stocker l’eau en saison des pluies (planche 2). La recharge excessive de ces retenues est
parfois à l’origine des inondations.

A
B

Planche 2 : Barrage de Mokola (A) et Mofolé (B) dans le département du Mayo Tsanaga
(Source : Saha, août 2017)
88

Les barrages s’illustrent comme des palliatifs très efficaces contre la sècheresse. Ils
alimentent les populations en eaux pour divers besoins même en saison sèche. Les barrages
représentent aussi un soutien important aux activités économiques comme l’agriculture, la
pêche et l’élevage. Dans le cadre du PLANUT, le gouvernement entend aménager huit autres
barrages dans les départements du Mayo Sava, du Mayo Tsanaga et de la Diamaré (tableau 15).

Tableau 15 : Retenues prévues dans la Région de l'Extrême-Nord dans le cadre du PLANUT

N° Intitulé de l’ouvrage Arrondissement Capacité (m3)


01 Retenue de Mizil Bogo 103 500
02 Retenue d’Adatz (Baldama) Mora 7 700 000
03 Retenue de Maboudji Bourha 105 711
04 Retenue de Tchevi Bourha 1 203 400
05 Barrage de Makilingai Tokombéré 13 300 000
06 Barrage de Manguirdla Meri 600 000
07 Barrage de Soukkongo Petté 20
08 Barrage de Yolo Maliki Gazawa 200 000 000
Source : MIDIMA

Les populations de la région sont parfois opposées à la mise en place de ces barrages. En
effet les populations de l’aval du Mayo Tsanaga redoutent la baisse des écoulements et même
de la recharge de la nappe phréatique.

2.2.3. Nature des sols favorables aux inondations

Le profil pédologique du Cameroun est présenté par l’Office de la Recherche


Scientifique et Technique d’Outre-Mer (ORSTOM) à plusieurs échelles. On peut remarquer les
travaux de de Martin et al. (1966), Segalen (1957 et 1962) et Vallerie (1968). Il en ressort que
huit classes de sols se distinguent au Cameroun : les sols minéraux bruts, les sols peu évolués,
les vertisols, les andosols et sols bruns Eutrophes, les sols fersiallitiques et ferrugineux, ou
ferrugineux tropicaux, les sols lessivés, planosoliques et solonetziques, les sols ferralitiques et
les sols hydromorphes.

Plusieurs processus naturels président à la formation de ces différents sols. Olivry (1986)
en distingue cinq. Tout d’abord, la ferrallitisation ; c’est de loin le processus le plus important
compte tenu de la prédominance de ce type de sols au Cameroun. Les pluies jouent un important
89

rôle dans ce mécanisme. En effet, l’hydrolyse des minéraux des roches provoque l’élimination
des bases alcalines et alcalino-terreuses et les oxydes de fer, la silice et l’alumine sont libérés.
Il en résulte une accumulation relative de produits de synthèse ferrugineux ou alumineux peu
solubles. La ferrallitisation concerne une variété de roches, notamment les granites, les basaltes
et les roches sédimentaires. Parmi les processus de formation des sols au Cameroun, on
distingue aussi : l’induration, les accumulations de matières organiques, le lessivage et
l’hydromorphie. L’accumulation et l’hydromorphie sont très répandues dans la zone soudano
sahélienne du Cameroun. Ces processus y sont rapides grâce aux fortes températures qui
succèdent généralement les périodes de froid. Les sols à Gley vertiques et les sols alluviaux peu
évolués constituent le substrat de la zone inondable (figure 17).

Figure 17 : Types de sols dans la Région de l'Extrême-Nord (Source : INC, 2011)


Globalement, la Région de l'Extrême-Nord présente une grande diversité des sols en
fonction de la topographie et autres facteurs. En zone montagneuse, les sols lessivés sont plus
abondants. Segalen et Vallerie (1963) les décrivent comme étant peu épais formé sur des roches
plutoniques (granites) et sur des roches métamorphiques (migmatites). Les propriétés physiques
90

présentent une prédominance (35-50%) d’éléments grossiers avec les cailloux et graviers. Les
fines particules (limons et argiles) se situent globalement entre 6 et 10%. Les sables fins et
grossiers sont également présents et la matière organique est faible. La zone montagneuse est
marquée par quelques plaines (Zamay-Gawar, Serawa, Getale, etc.) où les argiles foncées sont
abondantes. Ces plaines, vallées et dépressions sont les zones par excellence de l’activité
agricole. Les extrêmes pluviométriques sont à l’origine du débordement des cours d’eau avec
des dégâts sur l’agriculture, l’habitat et les ouvrages d’art essentiellement21.

La plaine sèche est marquée par une très grande diversité des sols (Raunet, 2003). Cela
relevant d’une multitude de processus. On y remarque un prolongement des sols typiques de la
zone montagneuse qui rencontre les spécificités pédologiques de la plaine d’inondation. Les
planosols font face aux sols ferrugineux jaunes de l’autre côté du grand cordon dunaire (Limani-
Yagoua). Les zones de Bogo-Pouss et Kaélé présentent quelques spécificités avec la présence
de cuirasses ferrugineuses et des sols ferrugineux peu lessivés qu’on retrouve aussi dans la zone
de piedmont (Barbery et Gavaud, 1980). Au voisinage des massifs granitiques de Djoulgouf et
de Mindif, on retrouve les cuirasses (Pias, 1962). Comme pour la zone montagneuse, les vallées
des cours d’eau présentent une prédominance de fines particules notamment les argiles, les
limons et les sables fins (Raunet, 2003). Les grandes agglomérations étant située dans ces
plaines subissent les inondations à cause de la faiblesse de la pente et de la faible perméabilité
de ces sols.

La plaine inondable est le domaine des sols argileux. Ce sont en réalité les alluvions et
colluvions issus de l’épandage des écoulements en provenance des monts Mandara ou du
Logone. En termes de classe, on distingue les sols alluviaux peu évolués le long du Logone et
des autres cours d’eau, Les sols à Gley vertiques et sols topomorphes. Ces sols couvrent les
plaines et dépressions périodiquement inondées (Sieffermann, 1964). Au Sud-Est du
département du Mayo Danay, les sols ferrugineux et hydromorphes se mêlent. Les vertisols
sont présentés comme caractéristiques de la plaine inondable (Biscaldi, 1970 ; Kristin Seeber
et al., 2014). Il s’agit de « solums argileux majoritairement smectitiques qui gonflent ou se
rétractent fortement, suivant les saisons alternativement sèches et humides » (Rossignol et al.,
2008). Les vertisols sont les plus favorables aux inondations ; leur saturation rapide et leur
imperméabilisation favorisant la stagnation d’eau en surface notamment dans les Yaéré pendant
plusieurs mois.

En 2015, les inondations ont fait de nombreux dégâts sur l’agriculture et l’habitat dans l’arrondissement du
21

Mayo Mozogo (source : archive de la préfecture de Mokolo, 2018)


91

Tels que présentés, les sols de la Région de l'Extrême-Nord jouent un rôle important dans
l’inondation de la zone. En matière chimique, Leumbe et al. (2015) remarquent que les sols de
Maga et ses environs ont un taux de matières organiques inférieure à 1% (Tableau 16) ; et un
taux de calcium très élevé ; ce qui traduit l’imperméabilité de ces sols.

Tableau 16 : Caractérisation chimique des sols de Maga et ses environs


Unités de Puits Horizon Matières Organiques Bases échangeables (méq/kg T(cmo S/T
sol (cm) l/kg) (%)
Mot Cot Nt C/N Ca2+ Mg2+ K+ Na+ S
(%) (%) (%0
Sols gris BR1 25-120 0,49 0,28 0,29 9,79 0,99 0,44 0,02 0,08 1,55 32,42 7
Sols brun PD1 0-35 0,61 0,35 0,04 0,64 0,09 0,02 0,05 0,8 15,70 5
grisâtre
35-120 0,51 0,29 0,55 5,38 0,06 0,05 0,06 0,67 0,84 19,24 4
Sols gris MG1 0-50 0,91 0,53 0,80 6,63 1,49 0,22 0,04 0,08 1,83 26,30 7
olive
65-150 0,74 0,43 0,08 1,44 0,28 0,02 0,11 1,85 26,42 7
Sols brun MNG 0-30 0 0 0,27 0,53 0,04 0,02 0,01 0,60 13,69 4
jaune 1
30-60 0,83 0,48 0,61 7,90 0,83 0,09 0,07 0,02 1,01 17,20 6
60-120 0 0 0,12 0,62 0,05 0,06 0,01 0,74 15,41 5
Sols hydro- BAL1 0-25 0,71 0,41 0,04 0,90 0,15 0,02 0,09 1,24 34,75 4
morphes
25-120 0,51 0,29 0,09 33 0,64 0,18 0,02 0,01 0,85 16,88 5
Source : Leumbe Leumbe et al. (2015)

La granulométrie des sols de la plaine de Waza-logone présente une forte prédominance


d’argiles, de limons et de sables avec une faible variation en fonction de la profondeur des
échantillons. Ces trois éléments se caractérisent par une faible humidité et se gorgent d’eau très
rapidement à la reprise des précipitations. Le tableau 17 présente quelques paramètres
chimiques des sols sur des échantillons prélevés dans la zone de Maga.

Tableau 17 : Caractérisation physique des sols de Maga et ses environs


Unités de Puits Horizons Analyse granulométrique (%) Hum Stabilité structurale Acidité/alcalinit
sol (cm) (%) é
A L S DMP Agrégats pH pHkcl
(mm) stables (%)
Sols gris BR1 25-120 47,25 10,63 39,52 9,63 1,48 82,20 7,98 6,26
Sols brun PD1 0-35 21,25 36,84 39,76 2,04 0,81 85,44 8,58 6,26
grisâtre
35-120 23,75 28,19 43,18 3,41 9,11 6,16
Sols gris MG1 0-50 50,28 29,84 15,32 5,60 0,53 4,27 6,40 5,44
jaune
65-150 36,25 47,65 12,63 7,30 0,68 22,45 8,47 6,29
Sols gris MNG1 0-30 21,05 31,25 46,04 2,25 0,28 18,72 7,27 5,24
olive
30-60 35,60 20,61 42,29 6,39 0,37 47,12 7,03 5,23
60-120 26,00 21,31 51,18 3,73 0,33 23,89 7,45 6,45
Sols BAL1 0-25 20,25 26,99 50,12 14,95 0,83 26,04 6,07 4,79
hydro- 25-120 38,35 37,24 22,40 13,25 0,36 38,04 7,37 5,83
morphes
Avec : A=argile, L=limon, S= sable, Hum=Humidité
Source : Leumbe Leumbe et al. (2015)
92

2.2.4. Végétation de la Région de l'Extrême-Nord

La Région de l'Extrême-Nord du Cameroun présente une végétation très diversifiée


(Letouzey, 1985 ; Onana, 1995 ; Fotius, 2000 ; Djoufack Manetsa, 2011 ; GIZ, 2013). Elle est
déterminée par le relief, la pluviométrie, l’hydrographie et la forte présence humaine. La GIZ
(2013) relève la prairie, les steppes, les savanes et la mosaïque comme les principales
formations végétales qui occupent cette région (figure 18).

Figure 18 : Formations végétales de la Région de l'Extrême-Nord (Source : GIZ, 2013)

La Prairie est définie comme un écosystème dominé par une végétation herbacée à
dominance de graminées (Georges et Verger, 2006). Elle domine l’essentiel de la plaine
inondable de la Région de l'Extrême-Nord. Les espèces dominantes sont Echinochloa
pyramidalis, Vetiveria nigritana, Oryza barthii, Hyparrhenia rufa, Acroceras amplectens,
93

Andropogon gayanus, Brachiaria deflexa, Chloris lamproparia, Chloris pilosa, Cyperus spp.
Echinochloa colona, Echinochloa spp., Digitaria spp (Fosi-Mbantenkhu et Mahamat, 2005 ;
Attari 2006). Les facteurs de distribution de ces espèces étant : la durée et la profondeur de la
submersion ainsi que le type de sol. Une végétation éphémère caractéristique des zones
aquatiques (Aeschynomene crassicaulis, Aponogeton subconjugatus, Eichornia natans,
Nymphaea lotus, Nymphaea rufescens) se développe autour des mares et des chenaux
d’écoulement (UICN-BRAC, 2006). Ces formations ripicoles s’étendent aussi aux abords du
lac Tchad et dans la zone de marnage du lac de Maga. Elles se transforment en vaste marécage
en saisons de pluies et s’assèchent progressivement avec le retrait de l’eau (planche 3). Les
prairies et les formations ripicoles sont les zones d’abondances. En saisons sèche, des troupeaux
du Cameroun, du Tchad, du Nigéria et parfois même du Niger et du Soudan s’y retrouvent
(CBLT, 1992 et Noupa, 1995). La période inondable constitue le moment propice à la pêche et
la pratique de quelques activités agricoles. Pour ces exploitants l’inondation est source
d’abondance de ressources. Toutefois, des pertes sont enregistrées en période d’extrêmes.

Planche 3 : Quelques visages de la prairie dans l’arrondissement de Zina en saison des pluies
(Source : Saha, août 2017)
Les steppes se retrouvent essentiellement entre la prairie et les formations ripicoles de
la zone du lac Tchad. Il s’agit d’un tapis discontinu d’arbustes de petites tailles sur les sols
hydromorphes (Acacia gerrardii, Cabada farinosa…), sur les sols halomorphes (Anogeisus
leiocaspus, Lannea humilis) ou alors sur les sols sableux peu perméables avec des Acacia
gerradii, Combretum glutinosum, etc. La zone steppique est interrompue par des savanes
arbustives dans les zones de mosaïque. Les savanes couvrent les plaines sèches des deux côtés
du cordon dunaire. Elles présentent par endroits un aspect arboré essentiellement planté dans le
cadre de différentes phases du projet sahel vert qui affiche un bilan de plusieurs millions
d’arbres plantés depuis 1972 (Godwé Mbarga, 2013). La zone montagneuse ; plus pluvieuse
94

présente une végétation plus importante de savanes arborées. La Région de l'Extrême-Nord


abrite plusieurs aires protégées : parcs nationaux et réserves forestières essentiellement (tableau
18).

Tableau 18 : Les aires protégées de la Région de l'Extrême-Nord


Types Nom Superficie (ha)
Parc National de Waza 170 000
Parc national Parc National de Mozogo Gokoro 14292
Parc National de Kalamaloué 6757
Forêt communautaire de Logone Birni 4145
Forêt communautaire Forêt communautaire de Mora 5492
Forêt communautaire de Petté 9241
Forêt communale Forêt communale de Kalfou 11427
Forêt communale Mogodé 3500
Forêt communale Moutouroua 6053
Source : Atlas forestier interactif du Cameroun, 2011

2.2.5. Quantification et cartographie de le l’exposition au risque dans la Région de


l'Extrême-Nord du Cameroun

La description de différents facteurs physiques du risque tout au long de cette section


(2.2.) permet leur mise en commun pour la quantification et la spatialisation de l’exposition à
l’échelle de la Région de l'Extrême-Nord.

[Link]. Quantification de l’exposition

La pente, la proximité avec la source de danger, la pédologie, l’altitude, le relief, les


précipitations et la couverture végétale sont les critères retenus pour la quantification du risque
dans la Région de l'Extrême-Nord du Ca meroun. Certains facteurs comme la pente, la
proximité avec la source de danger et la concentration des précipitations sont plus déterminants
dans le déclenchement des inondations avec un fort coefficient de pondération (tableau 19).
95

Tableau 19 : Quantification du risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun

Indicateur Donnée Donnée Coefficient Valeur


réelle normalisée de pondérée
pondération
Exposition Déclivité des sols Variable (1- 5
18%) 8,5 2,02
Proximité de la Variable 4
source de danger 6,5 1,23
Pédologie Variable 6 3 0,85
Altitude Variable 5 2 0,47
Relief Variable 5,5 2 0,52
Précipitations Concentrée 4
sur 3 mois
environ 6,5 1,23
Couverture Savane et 1
végétale steppe 6 0,28
Valeur de l’exposition 21 6,60

Il ressort du tableau que sur une grille de]0-10], la vulnérabilité se situe à 6,6 dans la
Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. La faible déclivité des terres y joue un rôle
déterminant. Notons que cet indice est calculé à l’échelle régionale. D’énormes variations sont
forcément notables à l’échelle locale.

[Link]. Cartographie de l’exposition aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord


du Cameroun

La quantification du risque offre un ensemble de critères ou indicateurs du risque


d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord. Nombre de ces indicateurs sont peu variables
à l’échelle de la zone d’étude et tendent à l’uniformisation du risque. Pour spatialiser
l’exposition 4 critères sont pris en compte (tableau 20).

Tableau 20 : Reclassement des données d’exposition au risque


Critère de spatialisation
Classe Relief Pédologie Proximité de la Altitude
source de danger
1 Dunes
2 Montagne Cuirasse ferrugineuse
3 Sols lessivés, planosols,
sols fersialitiques
rouges
4 sols ferrugineux peu 800-1400
évolués
5 Sols ferrugineux Reste de la région 360 - 799
96

6 Pédiment Sols ferrugineux jaunes 340 - 359


et sols hydromorphes
7 Plaine dunaire et Vertisols topomorphes Bordure de cours 320 - 339
plaine extérieure d’eau non endigué
8 Plaine intérieure Sols à gley vertiques Bordure de cours 300 - 319
d’eau endigué
9 Delta fluvial, Sols peu évolués Zone de marnage 270 - 299
levée de bourrelet alluviaux de lac
fluvial et cuvette

Une gradation existe dans la contribution des quatre facteurs au risque. La grille de Saaty
(1980) permet d’attribuer des poids aux couches de données et de les standardiser pour procéder
à la cartographie multicritère. Le tableau 21 met en exergue la proximité avec la source de
danger comme le principal facteur de spatialisation de l’exposition dans la Région de l'Extrême-
Nord. Le rôle de l’altitude se révèle moins déterminant.

Tableau 21 : Fiche d’attribution des scores aux facteurs d’exposition au risque d’inondation
dans la Région de l'Extrême-Nord

Numéro 1 2 3 4
Proximité avec la
Critère Relief Pédologie source de danger Altitude
1 Relief 1,00 1,00 0,14 3,00
2 Pédologie 1,00 1,00 0,20 3,00
Proximité avec la
3 source de danger 7,14 5,00 1,00 7,00
4 Altitude 0,33 0,33 0,14 1,00
/// Somme 9,48 7,33 1,48 14,00
Matrice de standardisation
Proximité avec la
Critère Relief Pédologie source de danger Altitude Poids
1 Relief 0,11 0,14 0,09 0,21 0,55
2 Pédologie 0,11 0,14 0,13 0,21 0,59
Proximité avec la
3 source de danger 0,75 0,68 0,67 0,50 2,61
4 Altitude 0,04 0,05 0,10 0,07 0,25
Source : Adapté de Saaty (1980).

Ce tableau donne la procédure de superposition de la couche pour la cartographie de


l’exposition. Ainsi, la relation suivante est posée :
97

L’exposition = (relief *0,55)+(pédologie*0,59)+(altitude*0,25)+(proximité avec la source de


danger*2,61)

Le résultat est une carte à 16 classes. Les zones les plus exposées présentent un score de
23 tandis que les zones les moins exposées ont un score de 08. Les différentes classes sont
regroupées en fonction du niveau de l’aléa (très élevé, élevé, moyen et faible). Les espaces de
marnage des lacs sont les plus exposées (figure 19).

Coordinate system : WGZ 1984


UTM Zone 33N
Projection : Transverse Mercator
Réalisation : SAHA

Figure 19 : Spatialisation de l’exposition au risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-


Nord du Cameroun

Les zones de marnage des lacs sont plus exposées au risque d’inondation dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun. L’espace le long du Logone qui peut être considéré comme
son lit moyen est également fortement exposé. Le grand Yaéré mérite aussi une attention
particulière comme continuité de la zone de forte exposition.
98

2.3. Traits humains de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

L’environnement humain de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun peut être


caractérisé à travers l’observation de la structure ethnique, l’effectif et la répartition
géographique de la population. Il convient également d’observer la mise en valeur de l’espace
à travers les activités économiques et les différentes infrastructures.

2.3.1. Population de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

[Link].Composition ethnique

La Région de l’Extrême-Nord présente une très grande diversité socioculturelle. On y


dénombre près d’une quarantaine de groupes ethniques. La configuration actuelle de
l’occupation du sol fut amorcée entre le 15e et le 17e siècle (Seignobos, 2000). On peut
distinguer les groupes occupant les monts Mandara septentrionaux et centraux des occupants
de la plaine. Suivant le critère religieux, on peut distinguer les vieilles communautés
musulmanes des fulbés ; dont la conversion est récente. Le tableau 22 récapitule les groupes
ethniques majoritaires de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun.

Tableau 22 : Groupes ethniques de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun


Groupe des Groupes des Groupes Groupes musulmans Groupes
monts Mandara monts Mandara des Fulbé Islamisés tchadiens
septentrionaux centraux plaines anciens
Mafa Kapsiki Giziga Fulbe Bornouans Adjeray
Hide Wula Gidar Riimay’be Gamergu Gorane
Mineao Mabas Mundang Balee’be Mandara Bulala
Zulgo Korci Tupuri Foulbéisés Kotoko Barma
Molkwo Buwal Wina Arabes Ngambeay
Muyang Budum Kera Showa Kabalay
Uldeme Hina Gisey Hausa Kim
Mada Daba Musey Gabri
Vame-Urzo Daba-kola Massa
Kirdi-Mora Jimi Musgum
Podokwo Bana
Muktele Gude
Mofu Njegn
Gelebda Fali
Source: Seignobos, 2000
99

Chaque groupe ethnique présente un rapport singulier avec l’eau. En fonction des activités
pratiquées ; saisonnièrement ou en continue, l’eau est un facteur de développement et/ou une
menace.

[Link]. Effectif et croissance de la population

Au troisième RGPH, la Région de l'Extrême-Nord comptait 3 111 792 habitants ; soit


17,8% de l’ensemble de la population du Cameroun (BUCREP, 2010). Il s’agit de la région
administrative la plus peuplée du Cameroun ; juste devant la Région du Centre qui dépasse
également 3 millions d’habitants. Au niveau national, la Région de l'Extrême-Nord présente
aussi le taux de croissance démographique le plus élevé (>3% par an). Cette réalité découle du
contexte religieux, culturel et même socio-économique encourageant les naissances. La prise
en compte du facteur démographique dans la création de chefferies, districts, arrondissements,
départements et même des régions stimule les populations à la quête d’autonomie à renforcer
sans cesse leurs effectifs. La figure 20 présente l’évolution de la population de la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun à partir du premier recensement général de la population en 1976.

4500
Milliers h'habitants

4000
3500
3000
2500
2000
1500 Effectif de la
population
1000
500
0
1976 1987 1992 1995 2000 2005 2010 2015
Années de référence

Figure 20 : Évolution de la population de la Région de l'Extrême-Nord entre 1976 et 2015


(Sources : Recensements [1976, 1987 et 2005], calcul de l’INS [1995 et 2000] et estimation
[2010 et 2015])

On observe une constante augmentation de la population dans cette région. Après une
phase de croissance rapide entre 1976 et 1987, un certain ralentissement est observé jusqu’en
2005. Les troubles dans les pays voisins : Tchad et Nigeria ont provoqué ces dernières années
un important flux de réfugiés à l’Extrême-Nord. Le quatrième RGPH dont les opérations sont
100

prévues à partir de 2018 permettra de mesurer l’impact de ces évènements y compris les troubles
internes dus aux attaques de la secte islamiste Boko Haram.

Globalement, la population du Cameroun est dominée par les jeunes. La tranche 0-15 ans
représente 43,6% de la population totale. L’âge médian est de 17 ans. Pour ce qui est de la
Région de l'Extrême-Nord, cette tranche d’âge représente 50,8% de la population. Le taux de
masculinité est de 97,7%. La figure 21 présente la structure par âge et par sexe de la population
de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun à travers une pyramide des âges.

85 et +
80-84
75-79
70-74
65-96 Hommes Femmes
60-64
55-59
50-54
45-49
40-44
35-39
30-34
25-29
20-24
15-19
10-1 4
5-9
0-4
-400 -300 -200 -100 0 100 200 300 400
Effectifs en milliers

Figure 21 : Pyramide des âges de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun en 2015 (Source :


BUCREP, 2012).

[Link]. Répartition en fonction des zones géographiques et des départements

Les critères administratifs et topographiques déterminent la répartition de la population


dans la Région de l'Extrême-Nord. Parmi les six départements, le Mayo Sava présente le plus
faible effectif tandis que le Mayo Tsanaga est le plus peuplé (tableau 23).
101

Tableau 23 : Répartition de la population de la Région de l’Extrême-Nord par département


(1976-2015)

Années de référence
Départements 1976 1987 1995 2000 2005 2010 2015
Diamaré 281881 386563 514000 591000 642 227 737316 846485
Logone et 147321 276170 367000 422000 486 997 559102 641885
Chari
Mayo Danay 225114 356469 474000 545000 529 061 607394 697327
Mayo Kani 186434 230789 307000 353000 404 646 464558 533342
Mayo Sava 160432 213704 284000 327000 348 890 400547 459853
Mayo Tsanaga 304163 391983 521000 600000 699 971 803610 922595
Total 1305345 1855678 2467000 2838000 3 111 792 3572530 4101490
Sources : Recensements (1976, 1987, 2005), calcul de l’INS (1995 et 2000) et estimation (2010
et 2015).

Dans la croissance de la population de la Région de l'Extrême-Nord, on observe presque


un équilibre dans le rôle joué par les départements de montagne et les autres départements. Si
le département du Mayo Tsanaga est le plus peuplé, cela est lié à son relief compartimenté en
altitude. La situation en altitude entraine plus de précipitations ce qui permet de pratiquer une
plus grande variété de spéculations agricoles. Le département de la Diamaré abrite la ville de
Maroua ; chef-lieu de la région. Son adoption comme capitale provinciale en 1983 a drainé une
masse démographique diversifiée pour assurer les nouvelles fonctions. Ce département a connu
la plus forte croissance démographique entre 1976 et 2005 due à cette mutation administrative.
Les nouvelles dotations de ce département (Université, bases militaires) sont aussi de nature à
augmenter sa population. Le département du Logone et Chari a également connu une forte
croissance démographique entre les trois recensements. Cet espace fortement inondable en
période de crues ; les débordements du Logone y sèment la désolation chaque année. Toutefois,
le développement de l’irrigation et la diversification agricole permettent aux populations de
répondre à leurs besoins existentiels. Par sa situation stratégique, ce département joue un
important rôle dans les échanges entre le Cameroun, le Nigeria et le Tchad.

Dans l’ensemble, les densités de populations sont assez élevées dans la Région de
l'Extrême-Nord. En 2005, on avait 90,8 habitants au km² ; soit plus de deux fois la densité
moyenne nationale (37,5 habitants/km²). L’actualisation des données permet de remarquer que
la Région de l'Extrême-Nord a dépassé le seuil de 120 habitants/km² en moyenne en 2015. En
fonction des zones géographiques, on constate d’importantes disparités (figure 22).
102

Coordinate system : WGZ 1984


UTM Zone 33N
Projection : Transverse Mercator
Réalisation : SAHA

Figure 22 : Densité de la population dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun en 2015


(Source : INC, 2011 et BUCREP, 2010)

Les arrondissements de Koza, Souédé-Roua, Maroua 1, Maroua 2 et Kousseri présentent


les plus fortes densités. Maroua, plus grande ville de la région est aussi une zone de forte
occurrence des inondations. Il en est de même de Kousseri arrosée par le Logone. Les
arrondissements limitrophes du Lac Tchad (Darak et Hilé Alifa) et le grand Yaéré (Zina,
Logone-Birni et Waza) ont les plus faibles densités. Les fortes densités dans ces zones
fortement inondables augmenteraient la gravité des inondations dans la région.
103

2.3.2. Les activités économiques

L’économie de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun repose essentiellement sur


l’agriculture, l’élevage et la pêche.

[Link]. L’agriculture

Les conditions bioclimatiques dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun sont


favorables à une diversité d’activités agricoles essentiellement pluviale. La période d’intenses
activités étant entre mai et septembre. Le long des principaux cours d’eau comme le Logone et
des surfaces d’eau stagnantes, on observe également une agriculture irriguée qui permet la
disponibilité de la plupart des denrées alimentaires pendent toute l’année. En dehors du coton
qui est une culture de rente, l’agriculture de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun est
essentiellement vivrière. Les spéculations correspondent aux besoins d’alimentation locale
(tableau 24).

Tableau 24 : Superficies et productions moyennes de cultures vivrières dans la Région de


l’Extrême-Nord du Cameroun entre 2009 et 2011
Spéculation Superficie moyenne (hectares) Production moyenne
annuelle exploitée (2009-2011) (tonnes) (2009-2011)
Mil/sorgho 736 158 800331
Niébé 185 839 120478
Arachide 105 484 175805
Maïs 95 637 140571
Riz 74 427 92149
Haricot 38 331 44386
Voandzou 20985 18315
Sésame 10357 15788
Gombo 9977 21840
Patate douce 4144 21634
Oignon 4015 69226
Concombre/graine de courges 1869 2983
Soja 532 551
Manioc 487 15944
Piment 479 1776
Tomate 396 1264
Macabo/Taro 233 5017
Pomme de terre 107 854
Banane douce 7 13
Total 1289464 1548925
Source : INS (2013)
104

Les exploitations sont essentiellement familiales. Le mil, le niébé, l’arachide et le maïs qui,
sont les quatre premières cultures en termes d’ha occupés, sont cultivés dans tous les
départements ; les systèmes culturaux étant différents en fonction des zones topographiques. Le
risque d’érosion dans la zone montagneuse est à l’origine du développement d’une multitude
de techniques de protection des terres. Dans la plaine, les dépôts alluvionnaires et les sols
argileux permettent le développement d’une agriculture de décrue entre septembre et décembre.
C’est également dans cette plaine que la riziculture a connu un essor assez élogieux.

C’est dès le lendemain des indépendances qu’à l’image des vallées du Niger et Sénégal, les
autorités nationales ont envisagé le développement de la riziculture dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun. D’abord de manière extensive avec une faible productivité,
l’entrée en scène de la SEMRY avait apporté un important souffle à ce secteur (Arditi, 1985).
La maîtrise de l’eau et la promotion de grands et petits projets avaient conduit à l’extension de
la culture du riz dans toute la plaine et l’accroissement de la productivité. Entre 1972 et 1986,
environ 135 000 ha de rizières avaient été aménagés dans la plaine inondable. Près de 35 à 40
milliards de francs CFA d’investissement sous financement de la Banque Mondiale (BM), de
la France et du Fonds Européen pour le Développement (FED) (Roupsard, 2000). Plus de
25 000 familles des départements du Mayo Danay et de la Diamaré tirent l’essentiel de leur
subsistance de la culture du riz. En outre les périmètres rizicoles sont utilisés pour les cultures
de piment, d’oignon et de gombo en saison sèche. Après la crise économique, les
investissements de cette société reprennent et représentent un important atout pour résorber la
dépendance alimentaire du Cameroun envisagée dans le Document de Stratégie pour la
Croissance et Emploi (DSCE)22.

[Link]. La pêche

L’activité piscicole compte parmi les piliers de l’économie de la Région de l'Extrême-


Nord du Cameroun. Les lacs : Tchad, Maga et Fianga et les mares d’eau sont les réserves
exploitées. Le Logone représente également une surface de pêche pour les populations
riveraines. En 2014, l’effectif des pêcheurs de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun
s’élevait à 8 736 personnes23. On note la présence de nigériens, tchadiens, maliens et nigérians
qui représentent 30% de cette main-d’œuvre. Il s’agit d’une activité essentiellement artisanale
comme en témoigne l’équipement utilisé (tableau 25).

22
MINEPAT, 2009
23
Rapport annuel (2014) d’activités de la Délégation régionale du MINEPIA pour la Région de l'Extrême-Nord
105

Tableau 25 : Équipements de pêche dans les départements du Mayo Danay et du Logone et


Chari
Département Type d’engin Effectif
Filets maillants dormants 2783
Filets maillants encerclant 448
Palangres 2779
Logone et Chari
Éperviers 706
Sennes de plage 701
Nasses maliennes 701
Lignes 921
Pirogue à moteur 154
Pirogue monoxyle 3751
Filets maillants dormants 674
Filets maillants de fond 2
Filets maillants dérivants 2124
Filets maillants encerclant 74
Mayo-Danay
Palangres 75
Éperviers 3436
Sennes de plage 140
Nasses maliennes 1311
Lignes 5
Pirogue en tôle 3151
Pirogue en planche 345
Pirogue monoxyle 270
Mayo-Tsanaga Filets dormant 15
Pirogue en bois 2
Source : Rapport annuel (2014) d’activités de la Délégation régionale du MINEPIA pour la
Région de l'Extrême-Nord

Cet équipement permet à la Région de l'Extrême-Nord de produire des poissons de


différentes espèces. En 2014, le département du Mayo Danay affichait 723 181 tonnes de
capture. Les capitaines, les tilapias et les hétérotis représentant plus de 90% (figure 23).
106

Autres
Machoiron 1%
2% Capitaine
30%

Tilapia
37%

Carpe
9%

Silure
2%
Anguille
1%
Protepterus
3% Hétérotis (kanga)
15%

Figure 23 : Types de poissons capturés dans le département du Mayo Danay en 2014 (Rapport
annuel d’activités Délégation régionale du MINEPIA pour la Région de l'Extrême-Nord, 2014)

La maîtrise de l’environnement géophysique garantit le succès dans l’activité de pêche. La


qualité et la quantité des captures dépendent très étroitement des volumes de précipitations et
de l’écoulement de surface. Sans formation et évoluant avec un matériel artisanal la capacité de
résilience des pêcheurs aux excès de la nature est faible.

[Link]. L’élevage

La Région de l’Extrême-Nord représente aussi un important bastion de l’élevage au


Cameroun. Elle partage avec les régions du Nord, l’Adamaoua, l’Est et le Nord-Ouest
l’essentiel de la production de viande (bovin et caprin). L’élevage dans la Région de l'Extrême-
Nord repose les conditions du milieu physique favorables. En outre, les pouvoirs publics
contribuent au développement du secteur en délimitant les pâturages, en aménageant des puits,
des barrages de retenues d’eau, des mares pour l’abreuvage des animaux, en créant des marchés
de bétail et en déployant sur le terrain un personnel spécialisé. Des Centres Zootechniques et
Vétérinaires (CZV) sont également créés pour un suivi efficient de l’activité (tableau 26). Le
département du Logone et Chari présente la plus grande superficie de pâturage (75% de toute
la région).
107

Tableau 26 : Ressources de l’industrie animale dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun


en 2016
Diamaré Logone Mayo- Mayo- Mayo- Mayo- Extrême-
Type et Chari Danay Kani Sava Tsanaga Nord
Pâturage en km² 147 3156 170 399 150 137 4 159
Barrage et 1 1 0 0 0 9 11
retenue d’eau
Marché de 9 8 12 6 3 12 50
bétail
Mares 18 18 26 52 5 21 140
aménagées
Puits 7 15 6 13 10 7 58
CZV 32 23 25 29 13 19 141
Personnel sur le 138 99 93 58 52 51 491
terrain
Source : Délégation régionale du MINEPIA pour la Région Extrême-Nord

Le cheptel est constitué de bovins, ovins, caprins, équins, asins, canins, porcin, volaille,
etc. La répartition par département montre une prédominance des effectifs de la plaine
notamment avec le Mayo Danay et le Logone et Chari et le Mayo Kani. Ne présentant que des
superficies modestes de pâturage et un effectif limité en personnel, la zone montagneuse (Mayo
Tsanaga et Mayo Sava) occupe la dernière place en termes de cheptel départemental dans la
Région de l'Extrême-Nord (tableau 27).

Tableau 27 : Cheptel de la Région de l'Extrême-Nord par département en 2015


Départements Diamaré Mayo- Mayo- Mayo- Mayo- Logone et
Type Extrême-
Danay Kani Sava Tsanaga Chari
Nord
Bovin 98 127 73 908 82 911 44 537 74 812 156 905
531 200
Ovin 98 055 161 714 136 639 41 330 59 129 145 261 642 128
Caprin 89 112 174 842 185 302 43 535 94 426 196 444 783 661
Équins 1974 2666 2806 177 886 1 631 10 140
Asins 4 069 2 717 15 918 948 6 200 4 370 34 222
Canins 00 00 00 00 00 2 168 2 168
Porcin 7354 23724 45594 2426 3525 3162 85 785
Avicole 172 888 419 967 426 300 64 367 144 401 197 785 1 425 708
Non 166 150 0 0 473
Conventionnelle 0 789
Totaux 471 745 859 688 895 470 197 320 383 852 707 726 3 515 801

Source : Délégation régionale du MINEPIA pour la Région Extrême-Nord, 2016

L’élevage dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun peut être regroupé en deux


types : L’élevage traditionnel et l’élevage moderne. L’activité traditionnelle est extensive. Elle
est dominante et concerne tous les types. Dans le bovin, la transhumance est pratiquée. Les aires
108

de mobilité des troupeaux amènent à parcourir des distances moyennes de 30 à 90 km


(Kossoumna Libaa, 2008). D’autres éleveurs pratiquent un système semi-sédentaire qui leur
donne la possibilité de faire l’agriculture pendant en saison des pluies. Dans le système
sédentaire, les familles nourrissent un petit nombre d’animaux en les faisant paître non loin des
habitations. Le système traditionnel représente plus de 90% de l’élevage porcin, les animaux
sont de petits formats laissés en divagation. Leur alimentation est constituée de déchets
ménagers et de tubercules. Pour l’aviculture, L’élevage de case et les poulaillers traditionnels
assure l’essentiel de la production.

La modernisation du secteur d’élevage dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun est


promue par les autorités et les partenaires aux développements qui s’investissement dans le
secteur. Il est question de passer à la production intensive de la viande et des produits dérivés ;
cela passant par le raccourcissement des cycles de croissances, l’usage d’aliments enrichis et
un suivi vétérinaire minutieux des bêtes. Les secteurs : semi-moderne et moderne dans la
production avicole par exemple sont en pleine extension dans tous les départements. Le
MINEPIA et la SNV24 soutiennent plusieurs Groupes d’Initiatives Communes (GIC) dans la
production de Bracharia25. La disponibilité du fourrage sur le marché permettrait
l’intensification la production de bovins, caprins et ovins en dehors des pâturages naturels. Il
est noté que la charge sur les pâturages de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun est très
élevée surtout en saison des pluies où les troupeaux transhumants du Niger, Tchad et Nigeria
viennent paître. Les activités agricoles empiètent parfois sur les pâturages d’où les conflits.
L’extension de l’habitat limite également les pâturages.

2.3.3. Caractéristiques sociales de la région

La Région de l'Extrême-Nord du Cameroun est aussi caractérisée par un niveau d’éducation


bas, des infrastructures routières insuffisantes et de mauvaise qualité. On remarque aussi une
prédominance de constructions en matériaux locaux.

[Link]. Faible niveau d’éducation

La Région de l’Extrême-Nord est une zone d’éducation prioritaire. Elle présente le taux
d’alphabétisation le plus faible du Cameroun. En 2007, seulement 47,5% de la population de la
Région de l’Extrême-Nord (15-24 ans) était scolarisée. Ce pourcentage se situe à 83,1% au

24
Organisme néerlandais de développement
25
Plante fourragère destinée à l’alimentation des animaux
109

niveau national (INS, 2013). Les problèmes qui expliquent le retard de la Région de l’Extrême-
Nord par rapport aux autres régions sont :
- l’absence d’écoles dans certaines zones ;
- le manque d’enseignants ;
- l’accessibilité difficile à l’école ;
- le retard voir l’exclusion de la femme du système formel d’éducation ;
- taux élevé de déperdition scolaire ;
- l’incapacité des parents pauvres à supporter les frais d’écolage des enfants ;
- le poids des coutumes et traditions globalement peu favorables à l'éducation moderne.

Le caractère saisonnier des activités est une contrainte pour l’éducation. La pêche intervient
par exemple à la rentrée scolaire et les enfants viennent en aide à leurs parents dans cette activité
qui fera vivre la famille toute l’année. Il en est de même du repiquage du sorgho en septembre.
Kana (2018) exprime de la manière suivante cette intégration difficile de l’éducation scolaire
prenant le cas du département du Logone et Chari : « La fréquentation scolaire des enfants
semble pour l’instant apporter aucune plus-value perceptible dans l’économie locale (…) Elle
constitue un poste supplémentaire de dépense à supporter par les budgets déjà maigres des
ménages ». En outre, à la rentrée scolaire (septembre) le niveau d’eau est à son maximum dans
le grand Yaéré, les cours d’eau connaissent leurs débits maximaux annuels ; c’est aussi le
moment des fortes pluies. Dans ces conditions, les déplacements sont pénibles voire
impossibles pour certaines contrées. Certains établissements scolaires sont inondés ou les salles
de classe sont envahies par les familles victimes d’inondations (planche 4).

A B

Planche 4 : Visages de certaines écoles pendant les inondations (Source : [Link] [photo A]
et [Link] [photo B])

La photo A présente la situation de l’école maternelle et primaire bilingue de Djarengol dans la ville de
Maroua (arrondissement de Maroua 1) à la suite d’une pluie dilurvienne du 29 août 2015 qui avait causé de
graves inondations avec un disparu. La photo B présente une salle de classe requisitionnée pour reloger les
victimes des inondations de 2012. Ces situations sont très ambarassantes lorsqu’elles surviennent en période de
classe (septembre).
110

Globalement, beaucoup restent à faire pour promouvoir l’école dans la Région de


l’Extrême-Nord du Cameroun. L’adaptation de l’école aux modes de vie locale, l’insertion des
modules de formation pratique dans les programmes à tous les niveaux, le renforcement du
corps enseignant sont entre autres des solutions pouvant relever le niveau d’éducation dans la
région.

[Link]. Les infrastructures routières

La Région de l’Extrême-Nord du Cameroun représente 7,4% de la superficie totale du


Cameroun. La maîtrise de cet espace exige un important réseau routier pour desservir
l’ensemble des zones habitées et/ou mise en valeur. Si dans la zone montagneuse des monts
Mandara, beaucoup de contraintes se posent à la construction des routes, des facilités liées à la
platitude sont de véritables atouts dans la plaine ; même si les routes de cette partie sont
généralement hors service pendant la saison des pluies. Le tableau 28 présente le réseau routier
de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun avec un arrêt sur le cas du département du Mayo
Danay.

Tableau 28 : Réseau routier de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun et du département


du Mayo Danay en chiffre

Unités Catégories Longueur (km) Pourcentage de


administratives revêtement
Nationale 558 81
Régionale 826 13
Région de Départementale 806 3
l’Extrême-Nord Rurale 10 343 0
Total 12 533 4
Département du Nationale 40 100
Mayo Danay Régionale 154 0
Départementale 158 5
Rurale 1 730 0
Total 2 082 2,16
Source : Extrait et calculé du RGRC, 2010

Comme le présente le Référentiel Géographique Routier du Cameroun (RGRC) produit


en 2010 par le Ministère des Travaux Publics (MINTP et al., 2010), on observe une
prédominance de routes rurales dans la Région de l’Extrême-Nord. Il s’agit parfois de pistes
ouvertes par les populations pour accéder soit à des terres agricoles ou à certaines
agglomérations non desservies par les routes plus importantes. Ces routes rurales bénéficient
de très peu d’entretien de la part des autorités étatiques ou communales. Seules les routes
111

nationales (N1, N12 et N14) qui parcourent la région sur une distance de 558 km bénéficient
d’un entretien permanent (figure 24). Il faut prendre en compte le fait certains travaux
d’entretien des routes26 ont connu des pertubations à partir de 2013 à cause des problèmes
d’insécurité.

Figure 24 : Réseau routier de la Région de l'Extrême-Nord (Source : MINTP et al., 2010).

Il faut ajouter à cette figure les voiries des villes comme Maroua difficilement appreciable à cette échelle.
Des travaux en cours dans la région contribueront à terme à reconfigurer cette piètre figure des infrastructures
routières de la région. Le chantier de revêtement de la route Maroua-Bogo (39 km) présentait en mai 2018 un
taux d’avancement de 21%27.

26
Exemple des travaux de réhabilitation de la route Mora-Dabanga
27
[Link]
112

[Link]. Le bâti

Dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun seulement 8,9% des constructions avaient


des murs modernes en 2002 et 29,3% des constructions avaient des toits modernes et durables
(DSCN, 2002). Ces statistiques moyennes cachent une réalité plus grave en milieu rural où la
masse de la population pauvre est dominante et vie dans l’extrême pauvreté. Le tableau 29
détaille le type de construction en fonction des milieux (montagne, plaine sèche et plaine
inondable) et aussi en fonction des zones (rurale ou urbaine).

Tableau 29 : Qualité de l’habitat (murs et toits) par milieu et par zone dans la Région de
l’Extrême-Nord du Cameroun en 2001.
Région Zone et Murs modernes Toits modernes
milieu Pauvre Non pauvre Total Pauvre Non pauvre Total
Montagne 4,5 6,9 5,6 16,4 17,5 17,0
Plaine 7,6 24,2 15,5 19,9 59,2 38,6
Extrême- sèche
Nord Plaine 1,2 8,5 5,5 26,9 38,8 33,9
inondable
Urbain 35,6 47,0 44,2 88,2 96,2 94,2
Rural 2,9 6,2 4,6 16,3 26,0 21,3
Total 4,8 12,5 8,9 20,6 36,7 29,3
Cameroun 8,6 31,2 24,4 64,5 83,7 77,9

Source : DSCN, 2002

Plusieurs facteurs peuvent être évoqués pour expliquer la mauvaise qualité du bâti dans la
Région de l'Extrême-Nord du Cameroun :

- l’accessibilité des matériaux de construction ;


- le coût peu élevé du travail ;
- la maîtrise de la manipulation de ces matériaux par les populations ;
- ces constructions diminuent l’impact de la chaleur en saison sèche.

[Link]. L’accès à l’eau potable

L’accès à l’eau potable est un défi majeur dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.
Le tarissement des cours d’eau pendant la saison sèche et l’épuisement des réserves appelle à
la mise en place de stratégies pour favoriser l’accès permanent à une eau de qualité pour
113

différents besoins. L’aménagement de puits et forages est très répandu. Cette technique permet
à une importante fraction de la population d’avoir accès à l’eau potable (tableau 30).

Tableau 30 : Accès à l’eau potable par département dans la Région de l'Extrême-Nord


Département Nombre d’habitants par Pourcentage de population
point d’eau aménagé ayant accès à l’eau potable
Diamaré 638 20,3
Logone et Chari 1392 34,7
Mayo Danay 818 47
Mayo Kani 944 45
Mayo Sava 1184 42,9
Mayo Tsanaga 2681 50,3
Région 1093 40
Source : BET GEOCOMPETENCE, 2009

Les points d’eau présentent une très grande variété. Lorsqu’ils ne sont pas aménagés et
parfois ouverts, les eaux d’écoulement surtout en période d’inondations y entrent et participent
à la souillure. Les puits aménagés sont aussi grandement exposés aux inondations surtout qu’ils
sont parfois construits sans la prise en compte des spécificités du milieu. L’inondation les rend
inaccessibles et souille l’eau (planche 5).

A B

C D

Planche 5 : Puits et forages vulnérables aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord


(Source : Saha, août 2016)
Les puits ouverts A et B sont les plus vulnérables. En période d’inondation l’eau de surface entre à
l’intérieur et souille le precieux liquide. Ces puits participent alors à l’expansion des maladies hydriques. Le puits
C situé à Malazina se trouve dans une dépression qui est inondée en saison des pluies. Il en est de même du puits
D situé dans la ville de Kousseri.
114

Conclusion

L’objectif de ce chapitre était de brosser un portrait de la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun. Il en ressort que dans sa configuration actuelle, la Région de l’Extrême-Nord a été
créée en 1983 au moment de l’éclatement de l’ex-province du Nord en trois. Son milieu
physique est marqué par un compartimentage en trois unités. L’hydrographie se résume en
cours d’eau intermittents en plus du Logone. Le lac Tchad et le lac Maga sont deux surfaces
d’eau stagnantes jouant un rôle essentiel aussi bien pour les activités de pêche, d’élevage et
d’agriculture. Les densités de populations dépassent largement la moyenne nationale. Il s’agit
d’une population jeune en croissance rapide et majoritairement féminine. L’occurrence de
catastrophes naturelles dans la zone est saisonnière, dépendant des unités topographiques et la
vulnérabilité d’une population pratiquant essentiellement des activités de subsistance. Cette
thèse étant essentiellement consacrée aux inondations comme risque hydroclimatique et
géomorphologique, ce chapitre ouvre sur la deuxième partie qui caractérisera plus en
profondeur le climat soumis aux changements et la vulnérabilité de différents enjeux dans la
Région de l'Extrême-Nord.
115

Conclusion de la première partie

Destinée au cadrage général, cette première partie a présenté le contexte scientifique de


l’étude, la méthodologie de recherche et la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun comme
cadre spatial des investigations. Sur le plan méthodologique, la géographie comme science
sociale offre un cadre approprié pour le diagnostic des risques naturels en général et les
inondations en particulier. Il s’agit en effet d’un sujet convoquant aussi bien les éléments de
géographie physique mais aussi la démarche de recherche en géographie humaine.

La Région de l'Extrême-Nord de par ses caractéristiques physiques (climatologie,


topographie et hydrographie) est exposée aux inondations notamment dans la zone de plaine et
même le pied mont. Il en est de même des sols argileux qui favorisent la stagnation de l’eau en
surface causant des dégâts sur une diversité d’enjeux. Pour ce qui est du milieu humain, les
principales activités humaines (agriculture, pêche et élevage) s’appuyant exclusivement sur le
milieu physique contribuent à la vulnérabilité aux risques de catastrophe. En période de crues,
les pertes économiques concernent les acteurs de ces différents secteurs d’activités. Sur le plan
social, la pauvreté et ses différents corollaires prédisposent également à l’endommagement. Les
inondations s’inscrivent dans un ensemble de risques naturels récurrents dans la Région de
l'Extrême-Nord. En prenant en considération le contexte de changement climatique, la
prochaine partie présentera le diagnostic du risque d’inondation.
116

DEUXIÈME PARTIE :
CHANGEMENTS
CLIMATIQUES ET
RISQUE D’INONDATION
DANS LA RÉGION DE
L'EXTRÊME-NORD DU
CAMEROUN
117

Introduction de la deuxième partie

Par ses caractéristiques physiques et humaines, la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun est prédisposée à un ensemble de risques naturels parmi lesquels les inondations.
Cette partie de la thèse présente le facteur climatique comme importante composante physique
dans la construction du risque. Aussi bien dans sa configuration normale que dans son aspect
changeant, le climat est très déterminant dans l’occurrence des inondations ; en outre, la forte
variabilité qu’il subit est de nature à renforcer la capacité d’endommagement. Le mécanisme
des inondations dans la région permet de comprendre les niveaux d’exposition et de sensibilité.
D’emblée, la pauvreté endémique des populations peut être retenue comme le facteur
prépondérant de vulnérabilité. Pauvres, elles sont incapables de se mettre à l’abri du danger. En
outre, les besoins existentiels passent avant la recherche de la sécurité. La figure 25 illustre la
construction de cette seconde partie.

POSTULAT DE DÉPART
La région de l'Extrême-Nord du VALIDATION
Cameroun est soumise aux Mise en évidence des changements
changements climatiques et demeure climatiques et diagnostic du risque
vulnérable aux inondations dans la région de l'Extrême-Nord


mar Analyse des données
che climatiques et hydrologiques
ana RÉSULTATS
lyti  Un contexte climatique
favorisant l’occurrence des
que
Analyse de la vulnérabilité inondations
approche sociale  Un ensemble de facteurs
humains contribuant à la
construction du risque
 De nombreuses conséquences
Constat d’endommagement des inondations dans la région

Figure 25 : Organisation analytique de la deuxième partie


118

3. CHAPITRE 3 : CLIMAT ET
CHANGEMENTS CLIMATIQUES DANS
LA RÉGION DE L'EXTRÊME-NORD

Introduction
Diverses plaintes et la littérature scientifique sur le climat ces deux dernières décennies
attirent l’attention de l’humanité entière sur l’importante dynamique à laquelle est soumise la
Terre comme seule planète abritant la vie. L’autorité scientifique octroyée au GIEC lui a permis
de relever au fil des différents rapports un ensemble de changements dans le système climatique
mondial : augmentation des températures à la surface de la terre, élévation du niveau de la mer,
perturbations pluviométriques, renforcement des masses d’air tropicales, etc. Contrairement
aux phénomènes paléoclimatiques qui étaient liés à la dynamique naturelle, la responsabilité
des changements actuels incombe à l’homme qui depuis le début de l’ère industrielle a multiplié
sa capacité de forçage du système climatique. Si les pays développés sont en pôle position dans
cette réalité contemporaine, les retombées négatives n’ont pas de frontières. Les pays les moins
avancés affichent d’ailleurs les séquelles les plus sévères. Dans une approche déductive, ce
chapitre fait d’abord le point sur le climat de la Région de l'Extrême-Nord. En outre, de longues
séries de données de températures et de précipitations sont exploitées pour mettre en évidence
les variations temporelles.

[Link] et saison dans la Région de l'Extrême-Nord

L’étirement en latitude du Cameroun laisse voir une grande variation des températures et
des précipitations. Au Sud (2°-6°N), on retrouve les climats équatoriaux où se développe la
forêt (Suchel, 1988a ; Santiago, 1998 ; Tchiadeu, 2000). Au-delà du sixième parallèle, s’étend
le domaine des climats tropicaux. On distingue le climat tropical d’altitude du climat tropical
soudanien et du climat tropical sec de nuance soudano sahélienne (Djoufack Manetsa, 2011).
Dans la Région de l'Extrême-Nord règne le climat tropical soudano sahélien. En fonction de la
latitude et de l’altitude, les températures, les précipitations et les autres éléments du climat sont
variables à travers la région (Tsalefac, 1979 ; L’Hôte, 2000).
119

3.1.1. Les stations

La Région de l'Extrême-Nord du Cameroun dispose d’un réseau d’observations


météorologiques composé de 76 postes pluviométriques et six stations météorologiques (figure
26).

Coordinate system : WGZ 1984


UTM Zone 33N
Projection : Transverse Mercator
Réalisation : SAHA

Figure 26 : Stations d’observations climatiques de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun


(Source : Délégation régionale des Transports de l’Extrême-Nord, 2018)
Les six stations météorologiques relèvent du service régional de météorologie ; géré par
la délégation régionale du Ministère des Transports. Pour les besoins de navigation, l’Agence
pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) s’occupe
de certaines stations aéroportuaires comme celle de Maroua Salak. Avant la cessation
d’activités, la station de Kousseri était exploitée par l’Autorité Aéronautique Civile du
Cameroun pour les besoins de l’héliport de la ville éponyme. Les postes pluviométriques
collectent essentiellement des données pour l’activité agricole pour le compte du MINADER
ou pour des entreprises agro-industrielles notamment la SEMRY et la SODECOTON. La
120

SODECOTON dispose de 24 stations réparties dans quatre secteurs (Mindif, Moutouroua,


Kaélé et Dziguilao). On peut déplorer le déficit de personnels et le manque d’entretien du
matériel ; facteurs qui expliquent la discontinuité des données dans plusieurs stations (tableau
8). Le tableau 31 ressort les coordonnées géographiques des principales stations étudiées.

Tableau 31 : Coordonnées de six stations choisies pour cette thèse

Stations Latitude (x) Longitude (y) Altitude (z)


1 Kousseri 12°05 15°00 304
2 Mora 11°03 14°08 500
3 Mokolo 10°45 13°49 770
4 Maroua 10°34 14°18 400
5 Kaélé 10°05 14°27 387
6 Yagoua 10°21 15°17 330

Source : Délégation régionale des Transports de l’Extrême-Nord

3.1.2. Les précipitations

Dans toute la Région de l'Extrême-Nord, trois à quatre mois (juin, juillet, août et
septembre) reçoivent près de 90% de la pluviométrie. Dans la ville de Maroua, le mois de
d’octobre reste pluvieux avec généralement plus de 100 mm. En effet, pour cette station la fin
de la saison des pluies est progressive touchant le mois de novembre. Les autres stations
présentent un arrêt brutal des précipitations contrairement au démarrage qui est progressif. La
figure 27 présente la distribution annuelle des précipitations dans quelques stations
représentatives.

350
Précipitation en mm

300
250 Kousseri
200
Maroua
150
Yagoua
100
50 Kaélé
0 Mora
Mokolo

Figure 27 : Régimes moyens mensuels des précipitations dans quelques stations de la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun (Source : Service régional de la météorologie de l’Extrême-
Nord, 2017)
121

Pour une moyenne régionale de 753 mm, on enregistre 505 mm de précipitations à


Kousseri, 754 mm à Yagoua, 796 mm à Maroua, 823 mm à Kaélé, 740 mm à Mora et 953 mm
à Mokolo. Le retour des précipitations est effectif en juin (toutes les stations enregistrent plus
de 50 mm28 ce mois). Certaines années, les mois de mai, avril et même mars connaissent aussi
par endroits quelques pluies généralement négligeables. Globalement, la zone montagneuse
(stations de Mokolo et Mora) est plus pluvieuse. Elle bénéficie de pluies orographiques
concentrées sur les mois de juin, juillet et août. La pédiplaine (Maroua et Kaélé) s’illustre aussi
avec des précipitations dépassant toujours les 750 mm/an. En dehors de la zone de Kousseri
moins pluvieuse, la station de Yagoua dans la partie méridionale enregistre des précipitations
assez importantes. La figure 28 présente la configuration des isohyètes sur la région.

Figure 28 : Distribution de la pluviométrie dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun


(Source : Olivry, 1986 ; Suchel, 1988a ; L’Hôte, 2000 ; Djoufack Manetsa et al., 2011)

La sinuosité des isohyètes traduit l’impact d’autres facteurs comme la longitude et


l’altitude qui influencent la variabilité spatiale des précipitations dans la Région de l'Extrême-

28
Seuil a partir duquel un moins est considéré comme pluvieux d’après l’OMM
122

Nord. En effet, Yagoua et Mokolo29 sont situées presque à la même latitude pourtant leurs
précipitations sont très différentes. Yagoua et Kousseri présentent une faible différence
lorsqu’on considère leurs longitudes ; or, les précipitations sont très contrastées. Le tableau 32
présente les coefficients de corrélation entre les paramètres climatiques et les éléments de
localisation.

Tableau 32 : Corrélation entre paramètres pluviométriques et éléments de localisation

Variables Latitude Longitude Altitude


Précipitations (mm) -0,82 -0,714 0,715
Précipitations (nombre de jours) -0,72 -0,75 0,82
Moyenne -0,77 -0,732 0,7675

L’altitude en ressort comme le moteur de la variabilité spatiale des précipitations dans


la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.

3.1.3. Les températures

La zone sahélienne est d’abord caractérisée par des températures élevées pendant toute
l’année avec des maxima en avril et/ou mai. Cette situation est entretenue non seulement par
l’absence ou la faible couverture végétale essentiellement sous forme de prairies et de steppes
herbeuses, mais aussi par la situation de faible altitude notamment dans la plaine inondable. La
figure 29 présente les températures moyennes mensuelles de quelques stations de la Région de
l'Extrême-Nord.

34
TEMPERATURE EN °C

32
30 Kaélé
28 Kousseri
26 Maroua
24
Mora
22
Mokolo
20
Yagoua

Figure 29 : Températures moyennes dans quelques stations de la Région de l'Extrême-Nord


(source de données : Service régional de la météorologie de l’Extrême-Nord, 2017)

29
La difference est de 24 min soit environ 44 km
123

En moyenne, les six stations présentent une température annuelle de 27,01°C. L’altitude se
dessine comme le principal facteur de variation spatiale (figure 24). La station de Mokolo
présente logiquement les températures les plus faibles. Les températures moyennes annuelles
les plus élevées sont enregistrées aux niveaux des stations de Maroua et Kaélé. Les moyennes
des températures mensuelles cachent une forte amplitude thermique qui caractérise la région.
Les données disponibles pour la station de Maroua Salak présentent une amplitude moyenne
annuelle de 13,15°C. Les mois de la saison des pluies présentant les plus faibles écarts (figure
30).

45
40
Température en °C

35
30
25
20
15
10
5
0

Max Min

Figure 30 : Amplitude thermique moyenne mensuelle à Maroua (Source de données : Service


régional de la météorologie de l’Extrême-Nord, 2017)
Les mois de transition entre la saison des pluies et la saison sèche notamment novembre
et décembre enregistrent les plus fortes amplitudes thermiques. Il s’agit de la saison froide avec
des températures très basses en matinée et une remontée rapide à l’approche de l’après-midi.
Pour ce qui est des températures maximales, les mois de mars et avril à la fin de la saison des
pluies enregistrent les records dépassant parfois 45°C. C’est la période de l’extrême chaleur et
le problème d’eau se pose avec plus d’acuité.

3.1.4. Les autres paramètres climatiques dans la Région de l'Extrême-Nord

En dehors des pluies et des températures, l’analyse du climat de la Région de l'Extrême-


Nord prend aussi en compte la durée de l’ensoleillement, l’humidité relative, l’évaporation. Le
mauvais état des stations d’observation ne permet pas la disponibilité de longues séries de
données pour ces paramètres. Pour Maroua, les données disponibles proviennent de la station
de l’aéroport de Salak à travers les fiches de relevées climatiques (exemple en annexe 5). La
figure 31 présente la distribution mensuelle de quelques paramètres climatiques à Maroua.
124

Ensoleillement Évaporation
400 400

300 300

mm
Heures

200 200

100 100

0 0
J F M A M J Jt A S O N D J F M A M J Jt A S O N D
Humidité relative Vitesse des vents
100 80

Pourcentage
75 60
Pourcentage

<= 1 m/s
50 40 2 a 4 m/s
5 a 6 m/s
25 20
7 a 14 m/s
0 0
J F M A M J Jt A S O N D J F M A M J Jt A S O N D

Figure 31 : Autres paramètres climatiques de Maroua (Source : Données de la station de


Maroua Salak)
La Région de l'Extrême-Nord du Cameroun présente une forte insolation quasiment
constante sur toute l’année. Sur un total moyen annuel de 2934 heures, le mois de novembre
totalise 295 heures. Les mois d’octobre, décembre et janvier sont également très ensoleillés.
Remarquons qu’il s’agit de la période de transition entre la période pluvieuse et la période de
fortes températures. Les mois de forte insolation correspondent au beau temps favorable au
séjour de touristes. La durée de l’ensoleillement constitue également une ressource qui peut être
valorisée pour la production d’énergie.

La courbe de l’évaporation ne s’éloigne que très peu de celle des températures. Le mois
de mars au cœur de la saison sèche connait la plus grande quantité d’évaporation (315mm). De
ce pic une baisse en continue est observée jusqu’au mois d’août où le minimum (55 mm) est
observé. À partir du mois de septembre, même si les précipitations continuent, les températures
augmentent ; l’évaporation aussi. Au plan annuel l’évaporation (2125 mm) représente 2,5 fois
le total des précipitations. Cela traduit un bilan hydrique globalement négatif30 ; seuls les mois
de juillet, août et septembre présentent un cumul de précipitations supérieures à l’évaporation
(figure 32).

30
Il s’agit d’une situation commune à tout le nord tropical du Cameroun où Bring (2005) trouve globalement des
bilans hydriques négatifs
125

350
300
250 Bilan positif

mm
200 0
150 Précipitation
100 Evaporation
50
0
J F M A M J Jt A S O N D
Mois

Figure 32 : Bilan hydrique entre précipitation et évaporation à Maroua (Source de données :


Service régional de la météorologie de l’Extrême-Nord, 2017)
L’humidité relative est assez variable dans la Région de l'Extrême-Nord. Elle suit la
courbe des précipitations avec le maximum moyen de 79% en août. La forte évaporation des
mois de novembre, décembre et janvier maintient l’humidité relative moyenne au-dessus de
25% contrairement au mois de février et avril qui présente les moyennes minimales.
L’amplitude moyenne mensuelle est de 28%. C’est pendant les mois de faible humidité qu’on
observe la plus faible variation ; tandis que novembre présente la plus grande amplitude (figure
33).

90
80
70
Pourcentage

60
Série3
50
40 Série2
30 Min
20
Max
10
0
J F M A M J Jt A S O N D
Mois

Figure 33 : Amplitude de l’humidité relative à Maroua (Source : Service régional de la


météorologie de l’Extrême-Nord, 2017)
Majoritairement, les vents dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ont une
vitesse de 2 à 4m/s. Cette classe représente près de 50% de l’ensemble des mouvements de
masses d’air. Les vents faibles (≤1 m/s) soufflent majoritairement pendant le second semestre
de l’année (juillet-décembre). Les vents de 5 à 6 m/s sont un peu rares (10%) et se concentrent
pendant la période de transition entre les deux saisons (novembre – décembre). Le mois de mars
est également très venteux. Les vents les plus violents soufflent essentiellement entre avril et
126

juillet. Ces vents de plus de 7 m/s font généralement partie de grandes perturbations climatiques
avec de fortes précipitations. Les dégâts sur l’habitat sont visibles dans différentes localités
(planche 6).

A B

C
D

Planche 6 : Quelques dégâts occasionnés par des vents violents dans la Région de l'Extrême-
Nord (Source : Saha, août 2017)
Les photos A et B présentent des maisons détruites en 2016 par des vents violents respectivement à
Guidiguis et Maga. La Photo C montre le toit d’une salle de classe de l’école publique de Kéleo Sud partiellement
emporté par le vent en 2015. La Photo D présente la situation d’une classe du Lycée de Zina frappée en 2015 par
le vent. Il est vrai qu’on pourrait poser des questions sur la qualité des matériaux de constructions dans ces
différentes situations.

3.1.5. Rythmes saisonniers dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

La Région de l'Extrême-Nord présente deux saisons : La saison sèche et la saison des


pluies. Marquis (2010) identifie une saison fraiche entre les deux (novembre-janvier).
Concernant la détermination du début et la fin de la saison des pluies, Aubreville (1949) relève
qu’un mois est dit pluvieux lorsqu’il enregistre au moins un cumul de 50 mm. Chabra (1963)
quant à lui fonde la différenciation entre la saison sèche et la saison de pluie sur les masses d’air
qui d’après lui intègrent tous les éléments du climat à savoir la pluviométrie, les températures,
la pression atmosphérique, etc. En climatologie, la méthode la plus utilisée est celle de
l’interprétation du diagramme ombrothermique (Bagnouls et Gaussen, 1957). Ainsi, un mois
est sec lorsque le double de sa température moyenne est supérieur à la hauteur des précipitations
en mm. P > 2T (P étant la hauteur mensuelle des précipitations en mm et T la température en
°C). Globalement, la saison pluvieuse commence en mai dans la région de l'Extrême-Nord.
127

Cette date est décalée vers juin ou juillet lorsqu’on se retrouve dans la zone semi-aride. La
sècheresse s’installe dès le mois d’octobre et dure près de 08 mois (figure 34).

Figure 34 : Rythmes saisonniers dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun (Source :


données altimétriques et pluviométriques adaptées de Tchindjang, 2012)
Les mois de juillet et août s’illustrent ainsi comme les plus pluvieux. Seule la station de Maroua ; où le début
des pluies est tardif affiche le mois de septembre comme le plus pluvieux. En déhors de la station de Mokolo où la
fin de la saison des pluies est brutale, les pluies se retirent progressivement dans les autres stations. La figure 34
nous permet également de constater que le démarage de la saison pluvieuse à Kousseri est « difficile » ; près de
trois mois (avril, mai et juin) sont pluvieux sans que leurs cumuls n’atteignent 50 mm.
128

[Link].Caractéristiques de la saison sèche

Comme le signalent Chabra (1963) ; Suchel, (1988a) et Tsalefac (2006) les saisons en
zones tropicales sont déterminées par l’activité de deux principales masses d’air : la mousson
et l’harmattan. La mousson est un vent du Sud-ouest qui prend naissance à la surface de l’océan
atlantique et apporte des pluies ; tandis que l’harmattan est un alizé du Nord-est caractérisé par
sa sécheresse. Ainsi, la saison sèche correspond à la période pendant laquelle la mousson est
complètement remplacée par l’harmattan. Cette période connait les températures les plus
élevées qui peuvent dépasser 30°C. Pendant cette saison, les amplitudes thermiques sont très
fortes. Il fait extrêmement chaud le jour et froid la nuit.

Au plan pluviométrique, la saison sèche connait quelques pluies occasionnelles avec des
quantités insignifiantes. Seulement ≈ 40 mm pour 08 mois ce qui représente 5% du total annuel.
Il s’agit d’une caractéristique commune à tout le Nord du Cameroun tropical où les pluies de
saison sèche sont généralement ≤ 5% (Djoufack Manetsa et al, 2011). Ces pluies sont
essentiellement concentrées au mois d’octobre à la fin de la saison des pluies. Le mois d’avril
connaît aussi en moyenne plus d’une dizaine de millimètres. Les mois de décembre, janvier et
février ont été complètement secs pendant toute la période d’observation aussi bien à Maroua,
Kaélé, Yagoua, Mora, Mokolo et Kousseri. Globalement, le cumul annuel des précipitations de
saison sèche est très variable dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun. La figure 35
illustre cette situation avec les données de Yagoua et Maroua.

180

160

140

120

100
mm

Maroua
80
Yagoua
60

40

20

0
1947
1950
1953
1956
1959
1962
1965
1968
1971
1974
1977
1980
1983
1986
1989
1992
1995
1998
2001
2004
2007
2010
2013

Figure 35 : Cumul interannuel des précipitations de saison sèche aux stations de Maroua et
Yagoua
129

Au plan interannuel, les pluies de saison sèche sont fréquentes dans la région de
l'Extrême-Nord du Cameroun et le cumul annuel connaît également une évolution à la hausse.
L’année 2009 fut la plus pluvieuse en saison sèche aussi bien en ce qui concerne Maroua que
Yagoua. Les précipitations sont essentiellement orageuses et s’accompagnent de vents violents
qui font d’énormes dégâts (destruction des cases et déracinement des arbres). Lorsque les pluies
de saisons sèches sont très abondantes, elles impactent négativement les cultures de contre
saison même lorsqu’elles sont irriguées comme l’ognon.

[Link]. Caractéristiques de la saison des pluies

La saison des pluies s’étend sur quatre à cinq mois et totalise plus de 95% du total
pluviométrique annuel. La saison pluvieuse correspond au retrait progressif de l’harmattan du
territoire qui laisse place à la mousson. En juillet, août et septembre, la pénétration de la
mousson dans la zone est maximale ; c’est ainsi que les trois mois enregistrent des quantités de
pluies les plus élevées de l’année (tableau 33).

Tableau 33 : Répartition moyenne des pluies de saison de pluie dans les stations d’observation
Pourcentage par Pourcentage par
Mois Station Quantité (mm) rapport à la saison rapport à la
des pluies pluviométrie annuelle
Yagoua 56 7,8 7,4
Kaélé 67 8,8 8,2
Mai Mora 53 7,5 7,2
Mokolo 86 8,8 8,5
Moyenne 65,5 8,2 7,8
Kousseri 52 10,5 8,9
Maroua 53 7,1 6,7
Yagoua 109 15,2 14,4
Juin Kaélé 108 14,1 13,1
Mora 88 12,5 11,9
Mokolo 149 15,3 14,7
Moyenne 93 12,7 11,6
Kousseri 161 32,6 27,7
Maroua 102 13,5 12,8
Yagoua 175 24,4 23,2
Juillet Kaélé 196 25,6 23,9
Mora 199 28,2 26,9
Mokolo 241 24,7 23,7
Moyenne 179 24,4 23
130

Kousseri 204 41,2 35,1


Maroua 198 26,4 24,9
Yagoua 251 35,1 33,3
Août Kaélé 233 30,5 28,3
Mora 249 35,3 33,6
Mokolo 305 31,2 29,9
Moyenne 240 32,7 30,9
Kousseri 78 15,7 13,4
Maroua 261 34,8 32,8
Yagoua 126 17,5 16,6
Septembre Kaélé 161 21 19,5
Mora 116 16,4 15,6
Mokolo 144 14,7 14,2
Moyenne 147 20,1 18,7
Maroua 137 18,3 17,2
Octobre Mokolo 52 5,3 5,1
Moyenne 94,5 11,8 11,1
Kousseri 494 100 85,2
Maroua 751 100 94,3
Yagoua 717 100 95,1
Totaux Kaélé 766 100 93,1
Mora 706 100 95,4
Mokolo 977 100 96,1
Moyenne 735 100 93,2

Ainsi la saison des pluies dure cinq mois à Maroua. Il en est de même pour les stations
de Mokolo et Yagoua qui présentent des similitudes. À Kousseri le mois de mai est
généralement sec. Le mois d’août représente 34,22% du cumul pluviométrique de la saison des
pluies et 32,12% de l’ensemble de la saison des pluies. Ce mois est au cœur de la saison des
pluies. Il faut toutefois entrevoir que la répartition des précipitations pendant la saison des pluies
connaît une importante dynamique. Le démarrage et la fin sont souvent tardifs ou précoces. Les
pauses pluviométriques sont fréquentes et de durées variables. Ces différents aspects du climat
soumis au changement affectent durement l’activité agropastorale.

3.2. Instabilité du paramètre pluviométrique la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

Les zones sahéliennes et soudano-sahéliennes sont parmi les plus affectées par les
changements climatiques (GIEC, 2007). Les populations trouvent leur climat plus sec, plus
humide, plus pluvieux ou plus chaud (figure 36).
131

25

20

15
Plus chaud

10 Plus sec
Plus humide
5 Plus pluvieux

Figure 36 : Perception des changements climatiques par les populations dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun (Source : Enquête de terrain, 2017)
Cette perception des populations s’appuie sur les connaissances empiriques de leur
environnement. Il faut remarquer l’existance d’une « climatologie locale » avec différents
indices permettant une lecture anticipée ; et, des rites pour contrôler le comportement de la
pluviométrie (Bring, 2005). L’exploitation de longues séries chronologiques de données permet
de dégager les tendances en envisageant les incidences sur l’homme et ses activités.

3.2.1. Évolution interannuelle des précipitations dans la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun

L’observation des populations n’est pas très différente des résultats de traitements de
données disponibles. En effet, les précipitations sont par nature très variables aussi bien au pas
de temps mensuel, annuel et même décennal. L’exploration des données permet de ressortir
quelques paramètres descriptifs des différentes séries (tableau 34).

Tableau 34 : Statistiques descriptives des données pluviométriques de la Région de l'Extrême-


Nord

Station Maroua Yagoua Kaélé Kousseri Mora Mokolo


Série 1948-2015 1948-2015 1948-2015 1980-2015 1948-2015 1975-2015
Min (mm) 530 350 370 212 406 728
Max (mm) 1333 1213 1164 780 1221 1514
Moyenne 797 760 834 527 707 957
(mm)
Écart Type 137,5 163,6 149,2 145,9 160,5 153,7
Taux de 17 21 18 27 22 16
variation (%)
Coefficient 2,51 3,46 1,39 3,67 3 2,07
d’irrégularité
132

Plusieurs procedés comme le calcul de l’Indice Standardisé des Précipitations


(Standardized Precipitation Index -SPI-), l’analyse quinquennale et les tests d’homogénéité
permettent de mettre en évidence les différentes facettes de la variabilité interannuelle des
précipitations dans la Région de l'Extrême-Nord.

 L’Indice Standardisé des Précipitations (Standardized Precipitation Index -SPI-)

Il s’agit d’une statistique qui permet de distinguer les années sèches des années humides. Il
fut mis en place par Mckee et al. (1993). Son expression se résume au rapport de la différence
entre le cumul annuel de précipitations d’une année précise et de la moyenne interannuelle sur
l’écart type. La figure 37 fait une représentation graphique du SPI dans la Région de l'Extrême-
Nord par les stations de Maroua, Yagoua, Kousseri, Mokolo, Mora et Kaélé.

1
SPI

-1

-2

-3

-4
1948
1950
1952
1954
1956
1958
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014

Maroua Yagoua Kaélé Mora Kousseri Mokolo

Figure 37 : SPI dans les stations de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun


On remarque une très grande fluctuation du SPI dans toutes les stations d’étude.
Globalement la valeur la plus élevée est de 3,89 en 1991 et concerne la station de Maroua ;
tandis que la valeur la plus faible est de -3,11 en 1970 et concerne la station de Kaélé. Certaines
stations comme Kousseri, Yagoua et Mora s’illustrent par la forte variabilité interannuelle de
leurs précipitations. Les stations de Mokolo et Maroua par contre sont plus stables. La
compilation des données de toutes ces stations permet de discerner les années humides et sèches
dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun (tableau 35).
133

Tableau 35 : Bilan et interprétation de la SPI dans la Région de l'Extrême-Nord (1944-2013)


Classe de Interprétation Nombre d’années Années et périodes concernées
SPI concernées
1<SPI<2 Humidité forte 3 1951, 1962 et 1994
0<SPI<1 Humidité 29 1948, 1950, 1952-1956, 1958, 1960-
modérée 1961, 1963, 1965, 1974-1976, 1980,
1982, 1988, 1991, 1997-1999, 2001,
2003, 2005-2007, 2010 et 2012
-1<SPI<0 Sècheresse 31 1949, 1957, 1959, 1964, 1966-1969,
modérée 1977-1979, 1981, 1985-1987, 1989,
1992-1993, 1995-1996, 2000, 2002,
2004, 2008-2009, 2011, 2013-2015
-2<SPI<-1 Sècheresse 5 1970-1971, 1983-1984 et 1990
forte

Sur une période d’observation de 68 années, 32 années présentent des excédents


pluviométriques (47 %) et 36 des déficits (53 %). Parmi les années excédentaires, 03 présentent
des humidités fortes et 29 des humidités modérées. Les années de fortes humidités ressortent
de trois décennies différentes. L’année la plus récente (1994) avait été marquée par de graves
inondations (annexe 6). Elle présente d’ailleurs le bilan le plus lourd en termes de pertes en vies
humaines (41 morts). Notons qu’analysant les données d’une vingtaine de stations du Nord
Cameroun, Djoufack Manetsa et al. (2011) identifie 1994 comme la plus humide. Pour ce qui
est des déficits, les années concernées sont remarquables. La période 1970-1971 est connue
comme le début de plusieurs décennies de sècheresse ayant frappées durement l’Afrique
tropicale. Les années 1983 et 1984 ont été très sèches sur tout le continent africain (Sircoulon,
1985 ; Albergel, 1987 ; Suchel, 1988b). Ce déficit est de – 600 mm en domaine tropical sahélien
au Cameroun (Djoufack-Manetsa et al., 2011). Il en est de même de l’année 1990. La situation
régionale cache de nombreuses disparités spatiales.

 Analyse décennale des précipitations dans la Région de l'Extrême-Nord

L’analyse décennale permet de dégager quelques tendances dans l’évolution des données
de différentes séries. Les données disponibles (Maroua, Yagoua, Kaélé et Mora) permettent de
ressortir six décennies et le premier quinquennat de la décennie 2010-2019. Les données pour
les autres ne débutent que tardivement : décennie 1970-1979 pour Mokolo et 1980-1989 pour
Kousseri (figure 38).
134

Figure 38 : Présentation décennale des données pluviométriques


La figure 38 laisse voir les deux premières décennies (1950-1959 et 1960-1969) de la série
comme étant les plus arrosées. La décennie 1980-1989 présente les plus faibles quantités de
précipitations dans toutes stations (689 mm en moyenne). La décennie en cours semble aussi
être marquée par de faibles précipitations ; même si la tendance est à l’alternance entre années
très pluvieuses et années faiblement pluvieuses.

 Les tests de détection de rupture

Il est question d’isoler au sein des séries statistiques étudiées des segments de manière à ce
que les moyennes calculées sur chaque segment soient significativement différentes de la
moyenne des segments voisins (Hubert et al., 1989) au regard du test de Scheffé (Dagnelie,
1970). Il s’agit d’un test de stationnarité. L’application Chronostat 1.01 développée par l’UMR
Hydrosciences Montpellier permet d’afficher le résultat de la figure 39.
135

Yagoua Commentaire
La variable U du test de
Pettitt présente 1969
comme principal point de
rupture (504). Cette
année sépare une période
d’augmentation
graduelle (1950-1969 des
précipitations et une
période de baisse (1970-
1993). Le dernier
segment de la série
(1994-2015) est marqué
par une grande
fluctuation de faibles
précipitations.
Kaélé
Commentaire
Les données de Kaélé
présentent aussi trois
segments. Une principale
rupture en 1963 (490)
séparant une période
d’augmentation et une
période baisse. L’autre
rupture est celle de 1992
(-62). Cette année
marque le début d’une
reprise de la
pluviométrie.

Maroua

Commentaire
Une principale rupture
en 1990. Cette année est
la fin d’une décennie de
baisse graduelle des
précipitations. Après
1990, se dessine une
reprise graduelle qui
traverse la barre de la
moyenne en 2009.
136

Mora Commentaire
L’ellipse de Mora présent
une principale ruprue en
1964. La baisse entamée
cette année se termine
par une autre rupture en
1993. Cette année
marque le début d’une
période d’augmentation
graduelle qui tarde à
retrouver les records des
années 1950 et 1960.

Mokolo
Commentaire
Deux tendances sont
observables. 1990 est le
point de rupture
(Variable U =-114).
Avant cette date, on
observe une baisse en
continue des
précipitations. Depuis
1990, une certaine
constance tournée vers
l’augmentation se
dessine.

Kousseri
Commentaire
Deux tendances se
dessinent : une période de
faible pluviométrie
constante 1980-1996 et
une période
d’augmentation
graduelle des
précipitations jusqu’en
2015.

Figure 39 : Tests de ruptures sur les séries de données d’observation

Pour les stations de longues durées (Maroua, Yagoua, Kaélé et Mora), les premières
ruptures se situent entre 1963 et 1969. Cela rejoint les analyses de Sighomnou (2004) qui situent
les ruptures de Kaélé et Mora en 1965 en analysant les séries 1944-1994 et 1934-1994
respectivement. Traitant des données de Maroua de 1939-2001, Sighomnou (2004) avait trouvé
la rupture en 1969 avec une variation de -11%. Avant ces ruptures, toute la partie tropicale de
l’Afrique avait connu plusieurs décennies de fortes pluviométries (Hulme et al., 2001 ; Janicot
137

et Fontaine, 1993 ; Le Barbé et al., 2002). L’autre segment semble prendre fin au début des
années 1990. Il s’agit de 1990 à Maroua, 1993 à Yagoua, 1992 à Kaélé, 1993 à Mora, 1990 à
Mokolo et 1996 à Kousseri. Cette seconde rupture marque la reprise des années de fortes
pluviométries se rapprochant progressivement de la situation d’avant 1970. Dans toute la partie
tropicale sahélienne et soudanienne du Cameroun, Djoufack Manetsa et al. (2011) remarquent
également la reprise de la forte occurrence d’années excédentaires pour la période post 1990.
Ce constat est également fait à l’échelle du bassin du lac Tchad par Magrin et Pérouse de
Montclos (2018). Le centre régional AGRHYMET situe globalement en 1993, la fin de la
longue sècheresse que l’Afrique sahélienne. Le tableau 36 présente les segments identifiables
dans la distribution des données pluviométriques dans la Région de l'Extrême-Nord.

Tableau 36 : Moyennes interannuelles en fonction des segments climatiques


Segments
Station 1948- 1971-1993 1994-2015
1970
Moyenne Moyenne Variation Moyenne Variation par Variation par
par rapport rapport 1948- rapport 1971-
1948-1970 1970 1993
Maroua 802 767 -4,36% 824 2,74% 7,43
Yagoua 853 668 -21,68% 759 -21,68% 13,62%
Mokolo /// 956 /// 959 /// 0,31
Mora 750 601 -6,8% 774 3,2% 28,78%
Kaélé 874 788 -9,83% 842 -3,66% 6,85%
Kousseri /// 487 /// 553 /// 13,55%
Moyenne 819 711 -10,66% 785 -4,85% 11,75%

Source : Extrait des données pluviométriques de la station de Yagoua

Des trois grands segments, la période 1971-1993 est la moins pluvieuse pour toutes les
stations. La baisse se chiffre à près de -10,66% en moyenne par rapport à la période de 1948 à
1970. À l’échelle du Cameroun, Sighomnou (2004) évalue ce déficit à -15%. Dans le bassin du
lac Tchad ce déficit est de 17% (Magrin et Pérouse de Montclos, 2018). La station de Yagoua
est plus touchée par la baisse (-21,68%). La station de Maroua semble plus ou moins stable
avec une baisse de seulement 4%. Le dernier segment (1994-2015) semble déjà plus pluvieux
que la période d’avant 1970 en dehors de la station de Kaélé. Les stations de Mokolo et Kousseri
présentent aussi une plus grande quantité de pluies pour la période en cours. Comme ailleurs en
138

Afrique la période ayant débuté au début des années 1990 se fait remarquer par une forte
alternance d’années sèches et d’années humides sans une tendance réelle (Lebel et Ali, 2009 ;
Ozer et al., 2003). L’occurrence d’inondations est remarquée pendant les années de fortes
pluviométries comme en 2012 (annexe 7). À l’image la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun plusieurs pays d’Afrique tropicale (Mali, Nigeria, Niger, Sénégal, Burkina, Tchad)
avaient subi cette inondation (OCHA31, 2012).

3.2.2. Les classes pluviométriques et pluies extrêmes

En zone tropicale et sahélienne, aussi bien pour les températures que pour les
précipitations, des mesures extrêmes ont été enregistrées ces dernières années. L’analyse des
données de pluviométrie journalières suivant les classes pluviométriques de l’OMM (2011)
laisse voir une forte occurrence des pluies extrêmes. La figure 40 présente les occurrences des
évènements pluvieux en fonction des classes ; notamment : occurrences de faibles pluies (1-9
mm), les occurrences de pluies moyennes (10-29 mm) et les occurrences de fortes pluies (>=30
mm).

Maroua 50 Yagoua
70
60 40
50
30
40
30 20
20
10
10
0 0
1948
1953
1958
1963
1968
1973
1978
1983
1988
1993
1998
2003
2008
2013
1947
1951
1955
1959
1963
1967
1971
1975
1979
1983
1987
1991
1995
1999
2003
2007
2011

Figure 40 : Occurrence des classes pluviométriques aux stations de Maroua et Yagoua

Les tracés des différentes courbes montrent une prédominance des évènements de
faibles pluviométries (33 occurrences par an en moyenne à Maroua et 23 occurrences en
moyenne à Yagoua). Il s’agit de près de la moitié du cumul des occurrences des différentes
classes de pluviométries. La classe moyenne représente 35% des occurrences et la classe des

31
United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
139

pluies ≥ 30 mm en 24h ne représente que 15% des occurrences. Ce même taux ressort des
analyses de Djoufack Manetsa et al. (2011) pour les pluies de ≥ 40 mm au Nord Cameroun.
L’étude de l’évolution interannuelle de ces différentes classes pluviométriques laisse voir une
importante baisse de l’occurrence des faibles pluies. Les données de la station de Yagoua
présentent une moyenne de 25 occurrences sur la première moitié de la série statistique (1948-
1980) contre seulement 20 occurrences pour la deuxième moitié (1980-2013). Soit une baisse
de 20%. La situation est encore plus contrastée à la station de Maroua. Sur la première moitié
de la série statistique, on enregistre 38 occurrences moyennes des évènements de faibles pluies
contre seulement 27 sur la seconde moitié. Il s’agit d’une baisse de 29%.

Pour ce qui est des classes de pluies moyennes et de fortes pluies une certaine stabilité
est observée. Les analyses permettent de remarquer que la baisse des évènements pluvieux en
milieux sahéliens au Cameroun est exclusivement absorbée par les évènements de faibles
pluies. Les occurrences de pluies moyennes et de fortes pluies quant à elles se maintiennent et
tendent à devenir plus fréquentes. La figure 41 montre les contributions de ces différentes
classes aux totaux pluviométriques dans les différentes stations.

Maroua Yagoua
1000 1000

800 800

600 600

400 400

200 200
0 0
1967

1979
1947
1951
1955
1959
1963

1971
1975

1983
1987
1991
1995
1999
2003
2007
2011

1968
1948
1953
1958
1963

1973
1978
1983
1988
1993
1998
2003
2008
2013

Figure 41: Contribution des classes pluviométriques aux cumuls annuels de précipitations aux
stations de Maroua et Yagoua

Il ressort des analyses que la contribution des fortes pluies aux cumuls annuels de
précipitations connaît un accroissement important. Cette situation est assez remarquable à la
station de Maroua où on est passé de 36% entre 1948 et 1980 à 46% entre 1981 à 2013. Ceci
est dû à la forte occurrence de pluies extrêmes. À la station de Yagoua la faible pluviométrie
des années 2009, 2010, 2011 et 2013 ; toutes situées à la fin de la série statistique contribue
140

grandement à l’orientation de la tendance vers la baisse des quantités de précipitations des fortes
pluies. Toutefois on remarque une forte occurrence des pluies extrêmes pendant la deuxième
moitié de la série statistique. Le tableau 37 donne quelques exemples de pluies extrêmes
enregistrées à la station de Yagoua et Maroua32 pendant les deux dernières décennies de la série
de données disponibles.

Tableau 37 : Pluies >=65mm en 24 h aux stations de Yagoua et Maroua entre 1992-2013


Année Station Jour Total pluviométrique en
mm
2013 Maroua 23 juin 75
Yagoua 22 août 94
2012 Yagoua 7 août 75
10 août 65
2010 Yagoua 22 juillet 75
2009 Maroua 04 août 80
Maroua 15 août 97
2007 Yagoua 13 juillet 70
Maroua 16 juillet 68
2006 Yagoua 4 août 80
06 septembre 77
Maroua 30 mai 67
2005 Yagoua 14 août 95
Maroua 06 octobre 85
2004 Yagoua 15 mai 68
Maroua 16 août 89
2003 Maroua 31 mai 75
Maroua 6 juillet 73
Maroua 5 août 70
Maroua 13 août 68
2001 Maroua 30 juin 70
Yagoua 22 juillet 73
2000 Yagoua 12 août 108
1999 Maroua 23 juillet 92
1 août 77
Yagoua 15 juillet 95
25 juillet 130
1998 Yagoua 22 juillet 84
25 juillet 90
1997 Yagoua 1 mai 70
Maroua 18 juillet 70
1996 Yagoua 30 août 67
1994 Yagoua 9 août 84
Maroua 21 juillet 131
Maroua 15 août 100
1992 Yagoua 85
Maroua 4 juillet 65

32
NB : Les données journalières sont disponibles seulement sur les deux stations
141

Les plus fortes pluies sont celles du 25 juillet 1999 et du 21 juillet 1994 respectivement
aux stations de Maroua et Yagoua. Il s’agit d’évènements pluviométriques dont la période
retour est assez élevée. Globalement, les pluies de plus de 100 mm en 24 h sont rares. Leur
période retour est de cinquante ans en moyenne (figure 42).

160

140
Période de retour (année)

120 y = 1,0143x - 68,033


R² = 0,9575
100

80

60

40

20

0
60 80 100 120 140 160 180 200 220
Pluie journaliere (mm)

Figure 42: Modélisation de la période de retour des fortes pluies pour les stations de Yagoua
et Maroua
Les fortes pluies sont généralement non isolées et se dispersent sur toute la période de la
saison des pluies. Par leur nature orageuse, elles occasionnent forcément des stagnations dans
les agglomérations et parfois le débordement des cours d’eau. Sur le plan économique, les
champs agricoles sont inondés et d’importantes proportions des récoltes sont perdues en
fonction des spéculations et de la période d’occurrence. Les volumes d’eau en mouvement ou
stagnant suites aux fortes pluies sont aussi des menaces pour les infrastructures notamment les
routes et les bâtiments.

3.2.3. Analyse du nombre de jours de pluies

Au plan mondial en général et en milieu tropical en particulier, les chercheurs ont peu
pris en compte la variabilité annuelle et mensuelle du nombre de jours pluvieux dans l’analyse
des changements climatiques (Servat et al., 1999 ; Ozer et al., 2005). Pourtant cette donnée
peut être d’un intérêt important dans la compréhension du comportement pluviométrique dans
une zone.
142

[Link]. Distribution mensuelle du nombre de jours de pluies

Il pleut en moyenne 58 jours/an à Maroua, 48 jours/an à Yagoua, 39 jours/an à Kousseri,


44 jours/an à Mora, 65 jours/an à Mokolo et 51 jours/an à Kaélé. Partout, les mois de mai, juin,
juillet, août et septembre cumulent plus de 92% des occurrences d’évènements pluvieux.
Certaines années sont précoces et le mois d’avril voire le mois de mars connaissent quelques
averses éparses qui annoncent le début de la saison des pluies. Le mois d’octobre connait aussi
régulièrement quelques pluies ; on enregistre en moyenne deux occurrences qui bouclent la
saison des pluies aussi bien à la station de Maroua qu’à celle de Yagoua. La figure 43 présente
les distributions moyennes mensuelles des occurrences de pluies dans les stations de Yagoua et
Maroua33.

18
15
12
Maroua
9
6
Yagoua
3
0
Kousseri

Figure 43 : Occurrence moyenne mensuelle des évènements pluvieux aux stations de Yagoua,
Kousseri et Maroua

Cette figure présente un profil en aiguille avec une augmentation progressive des
occurrences d’évènements pluvieux entre mars et août qui est le mode de la série. La baisse est
entamée et novembre marque la fin de cette saison avec la disparition totale des pluies. Il s’agit
d’une caractéristique du régime pluviométrique de Mousson. La régularité des pluies en juillet,
août et septembre expose ce trimestre à l’occurrence des inondations. Ce sont également les
trois mois pendant lesquelles les cultures pluvieuses sont conduites dans la zone.
La maitrise de la distribution mensuelle du nombre de jours pluvieux est importante pour
l’organisation des activités et même la compréhension de l’occurrence des risques climatiques.
L’évolution interannuelle permet de voir les corrélations entre ce facteur et les variations et
changements qui affectent le cumul des précipitations.

33
Les données disponibles sur les autres stations (Kaélé, Mora et Mokolo) sont au pas de temps annuel.
143

[Link].Évolution interannuelle du nombre de jours pluvieux

À Maroua, les années très pluvieuses peuvent présenter jusqu’à 90 jours de pluies. C’est
le cas de l’année 1954 dont le mois d’août avait été pluvieux à plus de 70%. Par contre, d’autres
années enregistrent très peu de pluies notamment les années 1990, 1989 et 2002 qui totalisent
chacun moins de 45 jours pluvieux. La situation de Yagoua est plus contrastée. Pour une
moyenne de 48 jours de pluies /an, 1952 et 1963 ont connu les maxima d’évènements pluvieux
avec respectivement 63 et 64 occurrences. Dans les autres stations, on remarque aussi une très
forte variabilité interannuelle. À Kousseri par exemple, l’année 1980 n’a connu que 15
évènements pluvieux, soit moins du quart de la situation de l’année 1988. L’année 1994 est
aussi parmi les années ayant connu le plus grand nombre d’évènements pluvieux à Kousseri.
Pour ce qui est de Kaélé, c’est l’année 2011 qui présente un minimum de 38 tandis que 1996
présente un maximum de 66 jours. À Mokolo en station de montagne, le minimum est de 50
évènements (1983) et le maximum est de 77 (1994, 1993 et 1980). La station de Mora est encore
plus caractéristique de la variabilité interannuelle. Pour un minimum de 22 évènements
pluvieux (1982), le maximum se situe à 59 (2007 et 1994) ; voir figure 44.

100
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
1948
1950
1952
1954
1956
1958
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014

Maroua Yagoua Kousseri Mora Mokolo Kaélé

Figure 44 : Évolution interannuelle du nombre de jours pluvieux dans la Région de l'Extrême-


Nord à travers les stations d’observations

Du tracé des courbes de Yagoua et Maroua, on remarque une diminution progressive du


nombre de jours pluvieux dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. L’application de la
procédure de Lee et Heghinian permet de détecter une rupture à chacune des séries de données
(figure 45).
144

Yagoua

Maroua

Figure 45 : Test de détection de ruptures sur les nombres de jours pluvieux à Maroua et Yagoua
Pour ce qui est de Yagoua, elle se situe en 1976 avec une probabilité 0,46. La période
1948-1976 présente une moyenne interannuelle de 52 évènements tandis que la seconde période
ne présente que 45 évènements par an (-13,46%). Pour ce qui est de la station de Maroua, c’est
en 1982 que se situe la principale la rupture. Elle sépare une période excédentaire (65
évènements pluvieux par an) d’une période déficitaire (52 évènements pluvieux par an) ; soit
une baisse de 20%. Traitant les données de Maroua de 1939-2001, Sighomnou (2004) avait
trouvé la rupture en 1969 avec une variation de -11%. L’évolution temporelle du cumul des
évènements pluvieux amène à s’interroger sur le lien entre cette donnée et les quantités de
pluies. Si le lien entre les données à l’échelle mensuelle est apparent et évident, il convient de
calculer les corrélations interannuelles (tableau 38).
145

Tableau 38 : Corrélation entre les quantités et le nombre de jours annuels de pluies dans la
Région de l'Extrême-Nord à travers les stations d’observation

Station Maroua Yagoua Kaélé Mora Kousseri Mokolo Moyenne

Valeur de la 0,06 0,36 0,57 0,64 0,42 0,32 0,39


corrélation

Pour une implication moyenne de 0,39 entre les deux variables, c’est à Mora et Kaélé que
la corrélation est plus forte. Elle est faible à Maroua. Dans l’ensemble, ce tableau traduit une
relation pas forcément linéaire entre les quantités annuelles de pluies et le nombre de jours
pluvieux. Certaines années peuvent présenter peu d’évènements pluvieux ; mais, une grande
quantité de pluie et inversement. Djoufack Manetsa et al. (2011) relève l’intensité des pluies
comme un autre facteur déterminant. Suivant les différents segments issus de la procédure de
Lee et Heghinian, il se dessine une corrélation plus forte pour les premières périodes (figure
46).

Figure 46 : Correlation entre les quantités de précipitations et le nombre de jours pluvieux


suivant les périodes du test de rupture

Les données de Maroua présentent une situation particulière entre 1948-1982. En effet, il
ressort du calcul de l’indice de Pearson une absence de corrélation entre les deux variables.
Cette donnée est renversée entre 1983-2015. À la station de Yagoua la corrélation est constance
même si elle a baissé pendant la deuxième période (1977-2015).
146

[Link]é interannuelle des températures dans la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun

Comme les précipitations, les températures moyennes annuelles sont très variables dans
la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. La courbe de Mokolo se démarque par une distance
assez visible avec les données des autres stations qui s’entremêlent. En dehors de Maroua qui
présente une collecte en continue des données de température pour les services d’aviation
(Maroua Salak) les autres stations présentent plutôt des données sur de courtes périodes (figure
47).

31

30
TEMPÉRATURE EN °C

29

28

27

26

25
1970

1996
1950
1952
1954
1956
1958
1960
1962
1964
1966
1968

1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994

1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
Maroua Kousseri Yagoua Mokolo Kaélé

Figure 47 : Évolution interannuelle des températures dans la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun à travers quelques stations

Pour une moyenne de 28,48°C à Maroua, la température la plus élevée est de 30,21°C
pour l’année 2005 et la plus faible est de 26,67°C pour l’année 1989. Pour ce qui est de
Kousseri, la moyenne interannuelle est de 29,53°C. La température la plus élevée est celle de
l’année 2004 (30,67°C) et 1989 présente la plus faible valeur (27,47°C). Pour ce qui est de
Yagoua, la moyenne est de 27,94°C. La température la plus élevée est de 30,25°C pour l’année
2005 et la plus faible valeur est de 28,86°C pour l’année 1987. La station de Mokolo présente
les plus faibles températures. Pour une moyenne interannuelle de 25,97°C, l’année 1994
présente la plus forte valeur (27°C) tandis que 1997 présente le minimum (25,45°C). La
moyenne interannuelle est de 28,73°C à Kaélé. L’année 2006 présente la plus grande valeur
(29,93°C) et 2005 la plus petite température qui est de 28,05°C. Pour toutes ces stations le taux
147

de variation interannuelle se situe autour de 0,02% (0,5°c/siècle). Cette valeur moyenne cache
des réalités extrêmes dans certains segments de la série que certains indices permettent de
ressortir.

[Link].L’indice de chaleur

C’est un indicateur statistique permettant de ressortir la variabilité des températures autour


de la moyenne. Les années avec un indice positif sont considérées comme chaudes et celles
dont l’indice est négatif ; moins chaudes. Comme tendance générale les quatre premières
décennies (1950-1990) présente un indice négatif. La fin de la série est marquée par une forte
alternance entre les années très chaudes et les années moins chaudes. Les années 2000 ayant
été essentiellement très chaudes. En dehors de Mokolo qui présente une tendance générale
légèrement à la baisse des températures, toutes les autres stations ont une courbe de tendance
linéaire ascendante (figure 48).

3,5

2,5 Maroua
Kousseri
1,5
Yagoua
0,5 Mokolo
Kaélé
-0,5
Linéaire (Maroua)

-1,5 Linéaire (Kousseri)


Linéaire (Yagoua)
-2,5 Linéaire (Mokolo)

-3,5 Linéaire (Kaélé)


1950
1953
1956
1959
1962
1965
1968
1971
1974
1977
1980
1983
1986
1989
1992
1995
1998
2001
2004
2007
2010
2013

Figure 48 : Tendance à la hausse des températures dans les stations de la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun

Si la courbe de tendance donne une situation graphique linéaire de l’évolution


interannuelle des températures, un regroupement des valeurs de l’indice de chaleur permet de
déterminer un taux à différentes échelles temporaires. Mathématiquement, le cumul des valeurs
de cet indice permet de dégager le gain ou la perte de valeur pour l’ensemble de la série
d’observation. Pour ce qui est de la station de Maroua par exemple, entre 1950-2015, on obtient
une augmentation de 0,4275°c ; soit une variation centennale de +0,64°c. Pour les autres
stations, les valeurs sont moins significatives au vu de la courte durée des périodes
148

d’observation. Les données de Kousseri par exemple présentent un gain de 0,002°c pour les 38
années concernées par la série ; cela représente une variation décennale faible (0,000526°c).
Les valeurs obtenues sur les autres stations se rapprochent significativement de cette valeur.
Des séries de données de plus longues périodes sont nécessaires pour toutes appréciations plus
réalistes.

[Link].Indice d’aridité de De Martonne

Il résulte de la combinaison des données de température et de précipitations pour ressortir


le degré d’aridité d’une zone. Il est calculé à l’échelle annuelle ou/et mensuelle en fonction de
la précision des données disponibles. En fonction des années d’observation et des stations, le
climat de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun est parfois subsec, semi-aride ou même
aride.

 Cas de la station de Maroua

Maroua est globalement semi-aride ; avec un indice d’aridité moyen de 20,79. Cette valeur
cache une très grande variabilité interannuelle. Pour 66 années d’observation (1950-2015), 28
années soit 42% de la période d’observation présentent un indice d’aridité compris entre 10 et
20 (figure 49). Ce sont des années semi-arides. 38 années (56%) ont un indice compris entre
20-30 ; elles sont dites sub-humides. L’année 1991 se démarque par l’abondance de ses
précipitations (1333 mm). Il s’agit de la seule année humide. Il faut remarquer que cette
humidité concerne exclusivement les mois de la saison des pluies.

35

30
Valeur de la SPI

25

20

15

10
1950
1952
1954
1956
1958
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014

SPI Moyenne (20,79) 5 Moy. mobile sur pér. (SPI)

Figure 49 : Indice d’aridité de De Martonne pour Maroua


149

Les calculs de l’indice d’aridité de De Martonne permettent de mettre en évidence


l’aridification du climat avec la latitude. Si à Maroua, les années sub-humides sont fréquentes
(42%), elles sont plus très rares à Kousseri (10%). En effet même si les températures sont
relativement élevées à Maroua, les précipitations sont assez considérables.

 Cas de la station de Kousseri

Avec un indice moyen de 14,5, Kousseri fait partie d’une zone semi-aride. Les années arides
sont rares (tableau 39). En 1995 et 1996, les températures furent très élevées et les précipitations
faibles.

Tableau 39 : Récapitulatif de l’indice d’aridité de Martonne à Kousseri 1987-2006


Valeur de I Interprétation Nombre d’années Années concernées
concernées
5 à 10 Année aride 2 1996, 1995
10 à 20 Année semi-aride 18 2005, 2008, 1990, 2002, 1993,
1992, 1997, 1987, 1991, 1989,
2006, 2007, 2000, 2001, 2003,
2004, 1998, 1994, 1999, 1988

 Cas de la station de Yagoua

L’indice d’aridité de Yagoua (1986-2006) se situe entre 11 et 24. Globalement, ce climat


alterne années semi-arides (50%) et années subsèches (50%). Alors que les années 1990 et 2002
présentent les plus faibles indices, les années 1988, 1994 et 1999 paraissent sub-humides.

 Cas de la station de Mokolo

Grâce à l’importance de ses précipitations, Mokolo est essentiellement une zone sub-
sèche, mais, bénéficiant de l’effet de l’altitude qui atténue les températures. Son indice d’aride
reste au-dessus de 20 en dehors de quelques années pendant lesquelles les précipitations sont
vraiment faibles.

 Cas de Kaélé
Pour la période de 1980-2006, Kaélé présente un indice d’aridité moyen de 21,26. Cela
traduit globalement un climat subsec. Remarquons toutefois que 09 années présentent un indice
compris entre 10 et 19 ; soit 33% d’année semi-aride (figure 50).
150

25-30
15% 10-20
33%

20-24
52%

Figure 50 : Classes de l’indice de Martonne à Kaélé (1980-2006)

 Synthèse régionale de l’indice d’aridité

Les données disponibles permettent de faire une synthèse régionale entre 1987-2006 en
prenant compte les stations de Maroua, Yagoua, Kousseri, Mokolo et Kaélé. Sur ces 20 années
d’observation, la moyenne régionale se situe autour de 24,5. Deux années (1990 et 2002) sont
semi-arides. Toutes les autres années se situent entre 20-30 (figure 51). En observant la courbe
de tendance, une augmentation progressive de l’indice se dessine. Cela traduit une certaine
stabilité des données pluviométriques et de températures sur les deux décennies. Une période
plus longue permettrait de tirer des conclusions plus significatives.

28
Indice d'aridité

26

24

22

20

18

Indice d'aridité Linéaire (Indice d'aridité)

Figure 51 : Évolution interannuelle de l’indice d’aridité dans la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun
151

3.4. Instabilité saisonnière dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

La répartition saisonnière des paramètres climatiques est déterminante pour les activités
économiques et la résilience aux risques. Il est nécessaire d’observer la durée de la saison des
pluies au point de vue agricole. Les trous pluviométriques pendant la saison des pluies ont aussi
une attention particulière.

3.4.1. Les faux départs de la saison de pluies

Si du point de vue météorologique ou climatique il est facile de délimiter la saison des


pluies, cette tâche s’avère un peu complexe dans le domaine agricole. Plusieurs auteurs ont
proposé des indicateurs permettant de déterminer le début et puis la fin de la saison des pluies
au plan agricole. La méthode dite D’Erpicum ; développée par Ozer et Erpicum (1995) situe le
début de la saison de pluies au « moment où la probabilité d’avoir un jour de pluie au cours
d’une pentade34 déterminée est supérieure à celle d’avoir un jour sec appartenant à un épisode
de sept jours ». La fin de cette saison « est fixée dès que la probabilité d’avoir un jour sec
appartenant à un épisode de sept jours est supérieure à celle d’avoir un jour de pluie au cours
d’une pentade ». Cette méthode fut développée au Sénégal et puis appliquée au Niger (Ozer et
al., 2005).

La méthode de Sivakumar (1987) a été développée sur la base des observations réalisées
sur le mil en milieu sahélien ou soudanien. Elle a connu un important succès dans les pays ouest
africains grâce à sa facilité d’application et son caractère agronomique (Ozer et al., 2005). Pour
cette méthode, le critère fixé pour le début de la saison de pluie est de 20 mm recueillis en trois
jours consécutifs après le 1er mai sans période sèche supérieure à 7 jours pendant les 30 jours
suivants. La fin de la saison de pluie est fixée au jour ou après le 1er septembre, il y a plus de
pluies pendant une période 20 jours.

Alors que les premières pluies tombent à Maroua dès le 14 avril, la méthode de
Sivakumar situe le début de la saison des pluies au 24 mai en moyenne. Avant cette date on
remarque une fréquence peu considérable de faibles pluies séparées de longues périodes sèches.
À la station de Yagoua, la saison des pluies ne débute effectivement qu’après plusieurs pluies
qui rendent laborieuse la détermination du début de la saison agricole. En moyenne deux

34
Période de cinq jours
152

semaines séparent la première pluie de la date du retour effectif de la saison des pluies aussi
bien à la station de Maroua que de Yagoua (figure 52).

19-juil.
29-juin
09-juin
20-mai
30-avr.
10-avr.
21-mars
01-mars
10-févr.
21-janv.
1948
1950
1952
1954
1956
1958
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
Début(Maroua) Premiere pluie (Maroua)
Début(Yagoua) Première pluie (Yagoua)

Figure 52 : Écart entre la date de la première pluie et le début de la saison des pluies

Les dates des premières pluies et du début effectif de la saison des pluies sont très variables
à l’echelle interannuelle. Une faible correlation existe entre les deux dates (0,18). Ainsi l’arrivée
précoce de la première pluie anonce souvent le début précoce de la saison des pluies ; mais, les
cas contraires sont aussi fréquents. Il se dessine de manière plus visible des similarités entre
l’arrivée de la première pluie et le début de la saison des pluies aux deux stations.

3.4.2. Durée de la saison de pluies

En moyenne, c’est le 18 mai et le 24 mai que la saison des pluies débute effectivement
aux stations de Yagoua et Maroua respectivement. La saison sèche prend place dès le 03 octobre
pour ce qui est Yagoua et 04 octobre à Maroua. Ainsi, la saison des pluies dure en moyenne
135 jours. Sur le plan interannuel, on remarque une certaine variabilité aussi bien du début que
de la fin de la saison des pluies. Alors que pour certaines années les pluies sont précoces,
d’autres années connaissent un important retard des premières pluies. Il en est de même de
la fin des précipitations qui est parfois antérieure au mois de septembre. D’autres années
plus arrosées, connaissent un rallongement des pluies jusqu’à la dernière décade du mois
d’octobre. La figure 53 présente l’évolution interannuelle des dates de début et de fin
de la saison des pluies pour les stations de Maroua et Yagoua.
153

27-oct.

07-sept.

19-juil.

30-mai

10-avr.

20-févr.
1948
1950
1952
1954
1956
1958
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
Début (Maroua) Fin (Maroua) Début (Yagoua) Fin (Yagoua)

Figure 53 : Début et fin de la saison des pluies aux stations de Maroua et Yagoua

Il est ardu d’établir sur la base de ces deux courbes un changement, pour ce qui est du
début et de la fin de la saison des pluies, aussi bien à la station de Maroua qu’à celle de Yagoua.
On remarque plutôt une variation erratique des données autour de la moyenne sans présenter
une tendance modélisable. On remarque toutefois un retard de plus en plus prononcé pour ce
qui concerne le début des pluies pour ce qui est des données de la station de Yagoua (tableau
40).

Tableau 40 : Variabilité décadaire du début et de la fin de la saison des pluies à la station de


Yagoua
Décennie Début Fin
1948-1957 Période 05 mai - 10 juin 25 septembre – 10 octobre
Durée (jours) 35 15
1958-1967 Période 1 mai - 8 juin 21 septembre – 10 octobre
Durée (jours) 38 19
1968-1977 Période 1 mai – 28 juin 16 septembre – 23 octobre
Durée (jours) 58 37
1978-1987 Période 1 mai – 17 juin 18 septembre – 17 octobre
Durée (jours) 47 30
1988-1997 Période 1 mai – 1 juin 14 septembre – 19 octobre
Durée (jours) 31 35
1998-2007 Période 1 mai – 5 juillet 19 septembre – 19 octobre
Durée (jours) 65 30
2008-2013 Période 10 mai – 6 juillet 29 juillet – 28 octobre
Durée (jours) 55 90
154

L’ensemble des données de la série statistique présente le début de la saison des pluies
entre le 1er mai et le 06 juillet. Il s’agit d’un écart de plus de deux mois entre les années ayant
connu un retour précoce des pluies et les années dont les pluies furent en retard. La décennie
1998-2007 présente l’écart le plus élevé (65 jours). Le début de la décennie qui commence en
2008 présente également un grand écart entre l’année le plus précoce et l’année ayant connu le
plus grand retard. Une tendance au renforcement de la variation entre les deux extrémités se
dessine et s’impose comme un nouveau défi aux agriculteurs.

La fin de la saison des pluies se situe entre septembre et octobre. On remarque une
tendance à l’augmentation de l’écart entre les années ayant connu une fin précoce de la saison
des pluies et les années ayant connu un allongement. L’arrêt précoce des pluies présente un
risque énorme pour les cultures. L’année 2011 par exemple avait connu les pluies uniquement
au mois de juillet. Lorsque la saison des pluies se prolonge, elle occasionne des dégâts pour les
cultures de décrues comme le mil rouge très vulnérables aux fortes pluies au début de son cycle
de croissance. Il convient de noter que la saison des pluies est aussi marquée par des pauses
plus ou moins courte de plus en récurrentes.

3.4.3. Les séquences sèches

En moyenne, chaque saison pluvieuse connait cinq séquences sèches pour ce qui est des
données de la station de Yagoua et quatre en ce qui concerne Maroua. En fonction de leur
longueur et de la situation au début, au milieu ou à la fin de la saison l’impact des séquences
sèches sur les rendements est variable. En moyenne le mois de juin connait le plus grand nombre
de séquences sèches ; 45% à Maroua et 51% à Yagoua. En juillet et août, ce nombre diminue
(figure 54).

Maroua Yagoua
2,5 3
2 2,5

1,5 2
1,5
1
1
0,5
0,5
0 0
Juin Juillet Août Juin Juillet Août
Courte Longue Total Courte Longue Total

Figure 54 : Répartition des séquences sèches entre les mois de juin, juillet et août pour les
stations de Yagoua et Maroua (Source : Saha et al., 2017)
155

Dans tout le Nord du Cameroun Bring (2005) situe également au début de la saison des
pluies la forte occurrence des séquences sèches. Leur évolution interannuelle laisse voir une
forte variabilité. Pour une moyenne de 4 à 5/an, certaines années cumulent plus du double et
d’autres seulement deux séquences sèches ; plusieurs années présentent une situation moyenne.
À la station de Maroua, l’année 2010 présente un record de 9 pauses pluviométriques. Les
années 1955 et 1980 ne présentent qu’une seule séquence sèche. L’année 2010 présente le
nombre le plus élevé (11) de séquences sèches pour les données de Yagoua. D’autres années
comme 2005, 1982 et 1948 présentent chacune une dizaine de trous pluviométriques. La figure
55 présente l’évolution du nombre de séquences sèches/an pour ce qui est des stations de
Maroua et Yagoua.

16
Jours

14
12
10
8
6
4
2
0
1948
1950
1952
1954
1956
1958
1960
1962
1964
1963
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012 Maroua Yagoua Linéaire (Maroua) Linéaire (Yagoua)

Figure 55 : Évolution interannuelle des séquences sèches aux stations de Yagoua et Maroua

On remarque une tendance générale à la hausse du nombre de séquences sèches. Une


répartition en fonction des séquences hydroclimatiques laisse voir une augmentation de 12%
entre 1948-1969 et 1970-2013. Djoufack Manetsa et al. (2011) mettent en évidence cette
tendance à la hausse de l’occurrence des séquences sèches dans tout le Nord du Cameroun.
L’occurrence des trous pluviométriques attribuable à la variabilité et aux changements
climatiques est une menace pour les activités économiques dans la Région de l'Extrême-Nord
du Cameroun. Le tableau 41 fait une quantification de quelques variabilités et changements
climatiques que connait le climat de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.
156

Tableau 41 : Récapitulatif des variabilités et changements affectant le climat dans la Région


de l'Extrême-Nord du Cameroun
Variabilité ou Gravité
changement observé
Alternance de période - Baisse de 18,75% entre 1970-1990 par rapport à la période
très pluvieuse et de d’avant 1969
périodes peu pluvieuses - Augmentation de 11,40% entre 1990 et 2015 par rapport à la
période 1970-1990
Baisse du nombre Baisse de 10,84% du nombre de jours pluvieux entre 1970 et
annuel de jours pluvieux 2015 par rapport au premier segment de la série statistique
(1947-1969)
Plus grande fréquence - Augmentation de 5% entre 1970-2015 et la contribution des
des pluies extrêmes fortes pluies aux totaux annuels des précipitations par rapport
au premier segment de la série statistique (1947-1969).
- Diminution de la période de retour des pluies extrêmes (≥65
mm)
Accroissement des Augmentation interannuelle de 0,02% (0,5°C/siècle) des
températures températures moyennes entre 1971-2008
Forte variabilité des Variation interannuelle de 75% des pluies de saisons sèches
pluies de saison sèche
Faux départ de saisons Un mois en moyenne s’écoule entre la première pluie et le
pluies (agricole) début effectif de la saison des pluies.
Raccourcissement de la Alors qu’entre 1947-1969 la saison des pluies durait en
saison des pluies moyenne du 12 mai au 07 octobre, elle va de 24 mai au 02
octobre entre 1970 et 2015.
Forte occurrence de Occurrence de 6 séquences sèches en moyenne chaque année
séquences sèches pendant la saison des pluies.

Source : Extrait des données climatiques de la Région de l'Extrême-Nord

3.4.4. Conséquences de l’instabilité saisonnière

L’instabilité saisonnière (forte occurrence de séquences sèches, baisse de la pluviométrie,


raccourcissement de la saison des pluies, faux départs de saisons des pluies, fréquence de pluies
extrêmes et forte variabilité des pluies de saisons sèches) impacte négativement les activités
agropastorales. Les deux décennies de sècheresse 1970-1989 furent préjudiciables pour
l’agriculture pluviale dans tout le sahel africain (FAO, 2007). Dans la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun l’agriculture inondée (riziculture) avait aussi connu un recul à cause de la
diminution des superficies annuellement submergées. Fotsing (2009) situe à cette période
157

l’extension de la culture du sorgho de contre saison dans cette zone (Muskwaari). Pour Bring
(2005) le sorgho de contre saison est une modalité d’adaptation à la sècheresse. La baisse de la
pluviométrie couplée à une forte variabilité interannuelle avait diminué la productivité du maïs,
du mil et toutes les autres cultures de saison de pluies ; et, le sorgho de contre saison s’était
alors illustré comme atout principal dans la stratégie de maintien de la sécurité alimentaire
(Young et Mottram, 2003 ; Fotsing et Mainam, 2003).

Un recoupement des données de la Direction des Enquêtes et des Statistiques Agricoles


(DESA) du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER) montre qu’en
2000, la superficie consacrée à la production du maïs dans la Région de l'Extrême-Nord était
de 22 936 ha. Celle du mil/sorgho était de 129 251 ha. Une douzaine d’années plus tard, le maïs
franchissait à peine la barre de 100 000 ha ; alors que le mil/sorgho se rapprochait du million
d’ha (figure 56).

900
Milliers d'ha

800
700
600
500
400
300
200
100
0
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011
Campagne
Maïs Mil/Sorgho
Figure 56 : Évolution des superficies de maïs et mil/sorgho dans la Région de l'Extrême-Nord
du Cameroun entre 2000-2012 (Source de données : DESA et INS)

Dans la production de ces statistiques, la DESA regroupe le mil et le sorgho parce qu’ils
sont souvent pratiqués sur les mêmes parcelles. La présentation en fonction des campagnes
montre que la deuxième ; c’est-à-dire celle de la saison sèche (le sorgho de contre saison)
représente 68% et le mil et le sorgho pluvial uniquement 32%.

[Link] climatique dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

Plusieurs modèles permettent aujourd’hui de faire des projections climatiques. Il s’agit de


programmes informatiques qui prennent en charge une grande variété de données et appliquent
des algorithmes mathématiques pour renseigner sur l’évolution future des paramètres
climatiques comme les températures, les précipitations, etc. En fonction de l’échelle d’analyse,
158

des objectifs et des scénarios d’émission de gaz à effet de serre, plusieurs modèles sont utilisés
par les experts. À l’échelle planétaire, des Modèles de Circulation Générale de l'Atmosphère
(MCGA) sont utilisés. Il existe aussi des modèles régionaux qui permettent d’affiner les calculs
pour tirer des conclusions aux échelles nationales.

Les premières projections sur le climat au Cameroun remontent à 2008 dans le modèle
GCM (Projections of Future Climate). Réalisée par le PNUD (2008), cette étude fait des
simulations pour 2100 pour ce qui est des températures et des précipitations. À l’échelle
nationale, on constate une baisse moyenne des précipitations de l’ordre de -2,2% par décennie
depuis 1960 et une augmentation de 0,7°c sur les températures entre 1960 et 2007 (GIEC, 2007).
Plus récemment, le Climate Service Center (CSC) et la GIZ ont établi des scénarios des
changements climatiques dans le bassin du Congo (CSC, 2013). Les résultats sont affinés aux
échelles zonales et le Cameroun est partagé entre deux zones. La Région de l'Extrême-Nord se
retrouve dans la zone 1 (figure 57).

Figure 57 : Zones de modélisation des scénarios climatiques dans le Bassin du Congo (source :
CSC, 2013)
Ainsi, toute la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun sera affectée par la même tendancedes
changements. L’extension en latitude de cette zone 1 (figure 57) inclus la partie méridionale de la bande
sahélienne. Des parties du Tchad et du Nigéria en font aussi parties.
159

3.5.1. Projection des températures dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

Cette région présente globalement des températures élevées avec une forte variation spatio
temporelle (figure 47). En dehors de Mokolo dont la de tendance linéaire présente entre 1987
et 2006 une légère baisse (y=-0,0066x+0,3224), toutes les autres stations enregistrent une
augmentation progressive de leurs températures moyennes annuelles (figure 48). En termes de
projection, le CSC (2013) présente les scénarios pour les années 2050 et 2100 (tableau 42).

Tableau 42 : Changements de températures projetés dans la zone 1 du bassin du Congo


Valeurs moyennes Changement projeté
observées et Observation Scénario de faible Scénario de forte émission
projetées des émission
variables relatives à
la température 1961-1990 Horizon Horizon Horizon Horizon
2050 2100 2050 2100
Année 27,2 +1,5 à +2,3 +1,9 à +3,1 +2,0 à +3,0 +3,8 à +5,7
DJF 23,5 +1,4 à +2,1 +1,7 à +2,9 +1,9 à +2,8 +3,7 à +5,2
MAM 30,3 +1,7 à +2,4 +1,8 à +3,2 +2,1 à +3,1 +4,2 à +5,6
JJA 28,2 +1,5 à +2,4 +2,0 à +3,3 +2,0 à +3,0 +3,6 à +6,0
SON 26,8 +1,6 à +2,3 +2,0 à +3,1 +2,0 à +2,9 +4,0 à +6,0
Nuits froides --- -8 à -6 -9 à -6 -8 à -7 -10 à -9
Jours froids --- -6 à -5 -8 à -6 -8 à -6 -9 à -9
Nuits chaudes --- +18 à +30 +19 à +38 +22 à +35 +47 à +54
Jours chauds --- +10 à +17 +12 à +26 +13 à +23 +22 à +46
Source : CSC (2013)

De ce tableau, il se dégage que les températures dans la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun augmenteront de l’ordre de +1,5 à +2,3 en 2050 dans le scénario de faible émission
et +2,0 à +3,0 dans le scénario de fortes émissions. S’il s’agit d’une dynamique
proportionnellement répartie sur les 6 prochaines décennies, l’augmentation décennale est de
l’ordre de 0,25 à 0,5. Cette prévision est nettement supérieure aux données du PNUD (2008)
qui calibre à l’échelle nationale une évolution de 0,15°C par décennie entre 1960 et 2006. Cela
s’applique aussi au calcul présenté dans cette thèse (chapitre 3) qui situe à 0,5°C la variation
centennale. Cette diversité de résultats traduit la complexité des prévisions qui prend en compte
un nombre élevé de facteurs. Toutefois, la zone sahélienne du Cameroun à laquelle appartient
la Région de l'Extrême-Nord est vulnérable aux changements climatiques. Les données de la
station de Maroua présentent les moyennes décennales de 28,735°C et 29,311°C ;
respectivement pour les décennies 1950-1959 et 2000-2010. Il s’agit d’une augmentation de
0,576°C ; soit une augmentation moyenne de 0,0096/an. D’après cette situation, la température
160

de Maroua aura augmenté de 0,70°C en 2025 par rapport à la décennie 1950-1959. Cela n’est
loin de la prévision de 0,72°C faite par le PNUD. Il en est de même de la station de la station
de Kousseri ou une augmentation de 0,75°C est enregistrée entre les décennies 1970-1979 et
2000-2009. En s’appuyant sur le modèle et les données d’observation, la figure 58 projette les
températures décennales dans quelques stations de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.

31

30
Température en °c

29

28

27

26

25

Décennies

Maroua Kousseri Yagoua


Mokolo Kaélé Linéaire (Maroua)
Linéaire (Kousseri) Linéaire (Yagoua) Linéaire (Mokolo)
Linéaire (Kaélé)

Figure 58 : Projection des températures dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun


(Source : D’après le scénario de faible émission du CSC, 2013)
Le lissage de la modélisation à l’échelle décennale cache certaines variabilités
interannuelles qui sont difficilement prévisibles. La moyenne observée sur les cinq stations est
de 27,98°C. Cette moyenne sera probablement de 29,63°C pour la décennie 2090-2099 soit une
augmentation de 1,65°C. Cette prévision est une alerte pour le renforcement des initiatives
comme l’opération sahel vert, la diversification des moyens d’approvisionnement en eau pour
les populations. À l’échelle globale la baisse des émissions de gaz à effet de serre se présente
comme une nécessité vitale au vu de la menace de désertification.
161

3.5.2. Projection des précipitations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

L’analyse de données de différentes stations permet de tirer quelques conclusions


concernant la variabilité future des quantités de précipitations et le nombre de jours pluvieux,
l’occurrence de pluies extrêmes, la durée de la saison des pluies, l’occurrence des séquences
sèches, etc. Dans le cadre des projections climatiques dans le bassin du Congo, le CSC (2013)
présente la situation suivante pour la zone 1 qui correspond à la Région de l'Extrême-Nord au
Cameroun (tableau 43).

Tableau 43 : Changements des précipitations projetés dans la zone 1 du bassin du Congo


Valeurs moyennes Observation Changement projeté
observées et projetées Scenario de faible Scenario de forte
des variables relatives à émission émission
la précipitation 1961-1990 Horizon Horizon Horizon Horizon
2050 2100 2050 2100
Année 672 -9 à +17 -9 à +14 -4 à +14 -14 à +28
DJF 0.4 -19 à +165 -12 à +257 -40 à +133 -40 à
MAM 54 -19 à +11 -16 à +11 -21 à +9 +178
JJA 492 -10 à +18 -11 à +13 -6 à +16 -26 à +11
SON 123 -13 à +34 -12 à +36 -7 à +29 -16 à +22
-14 à +66
Précipitation en saison 621 -10 à +15 -10 à +14 -4 à +14 -14 à +27
pluvieuse (en mm et %)
Périodes sèches en 2,6 -10 à +29 -5 à +36 -23 à +39 -19 à +67
saison pluvieuse
(nombre et %)
Durée de la saison 106 -3 à +2 -4 à +4 -3 à +2 -4 à +3
pluvieuse en jour et %)
Intensité des pluies 39 -2 à +19 -5 à +19 -2 à +17 -8 à +32
extrêmes (en mm/jour
et %)
Fréquence des pluies 0,7 0 à +1 0 à +1 0 à +1 0 à +1
extrêmes (en % du
nombre total de jours)
Maximum du cumul de 295 -7 à +22 -7 à +19 -5 à +26 -4 à +46
10 jours de
précipitations (en
mm/10 jours et %)
Source : CSC (2013)

Contrairement aux températures avec des tendances à la hausse clairement définies pour
l’ensemble des scénarios d’émission, moins de précisions se dégagent pour ce qui est des
précipitations. Cela est visible lorsqu’on observe par exemple la variation décennale des
précipitations (figure 59). L’alternance de périodes moins pluvieuses avec des périodes de
162

fortes précipitations empêche une certaine clarté en termes de tendance générale. Le PNUD
(2008) prévoit un maintien de la tendance actuelle d’augmentation des quantités de pluies
jusqu’en 2035. Un fléchissement s’en suivra et la baisse est prévue entre 2075 et 2100.

Il est réel que, toute la région a enregistré une reprise des précipitations pour la décennie
1990-1999. Mais, deux tendances se dégagent pour la période 1990-2015. D’une part, les
stations (Mokolo, Kousseri et Mora) qui présentent une augmentation et d’autre part, les
stations qui enregistrent une baisse (Maroua, Yagoua et Kaélé).

829

y = -40x + 869
R² = 1
Précipitations (mm)

y = -5,5x + 793
787,5 R² = 1 789
782
775

y = 29x + 717
R² = 1
746

1990-1999 2000-2009
Décennie
Moyenne (Mora, Kousseri et Mokolo) Moyenne (Maroua, Yagoua et Kaélé)
Moyenne générale Linéaire (Moyenne (Mora, Kousseri et Mokolo))
Linéaire (Moyenne (Maroua, Yagoua et Kaélé)) Linéaire (Moyenne générale)

Figure 59 : Modélisation de la tendance des précipitations dans la Région de l'Extrême-Nord


du Cameroun
Cette augmentation est de 3,88% entre les deux décennies pour le groupe Mora,
Kousseri et Mokolo et une diminution de -4,82% pour le groupe Maroua, Yagoua et Kaélé. La
tendance moyenne est plus invariable avec seulement une baisse de -0,7%. Ces informations
permettent de prédire une relative stabilité des précipitations dans la Région de l'Extrême-Nord
du Cameroun grâce à une certaine modulation entre les stations. Les tendances pourraient
s’inverser dans les prochaines décennies. C’est ce que prévoie le modèle du PNUD (2008) qui
prédit l’augmentation des quantités de pluies jusqu’en 2035.

À l’image du cumul annuel des précipitations, les pluies de saisons sèches et de saisons
de pluies connaissant une évolution disparate à l’échelle de la région. Les deux scénarios
(faibles émissions et fortes émissions) prévoient les deux tendances : baisse et augmentation.
163

Entre -10 et +15% par exemple pour les pluies de la saison des pluies en 2050. Cette même
tendance est maintenue pour l’horizon 2100. En combinant les observations et les tendances
proposées par le CSC (2013), le tableau 44 présente la tendance des précipitations par station
dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun à l’horizon 2030.

Tableau 44 : Projection des précipitations moyennes annuelles dans la Région de l'Extrême-


Nord du Cameroun
Paramètre Référence Observation Taux (%) Projection en
Station 1961-1990 1991-2015 2030 (-10 à +15)
Maroua Cumul annuel 770 837 8,7 693 à 886
Jours pluvieux 60,3 53,28 -11,64 54 à 69
Yagoua Cumul annuel 716 751 4,88 645 à 823
Jours pluvieux 51,1 45,68 -10,61 46 à 59
Kousseri Cumul annuel 470 552 17,45 423 à 540
Jours pluvieux 36,54 36,36 -0,49 33 à 42
Kaélé Cumul annuel 779 842 8,08 701 à 895
Mora Cumul annuel 618 764 23,62 556 à 711
Jours pluvieux 37,43 48,24 28,88 34 à 42
Mokolo Cumul annuel 946 964 1,87 852 à 1088
Jours pluvieux 64,68 65,72 1,61 58 à 73
Moyenne Cumul annuel 716 785 10,77 645 à 823
Jours pluvieux 50,01 49,856 1,55 45 à 58

En dehors des stations de Kousseri et Mora dont les taux de variation sont très élevés,
la variation moyenne de la région se retrouve dans la tranche proposée par le CSC (2013) pour
ce qui est du cumul de la moyenne interannuelle des précipitations. Le nombre de jours pluvieux
s’avère plus instable à Mora où la période 1960-1990 subit très sévèrement la péjoration
hydroclimatique qui a affecté tout le Sahel. Si les différentes tendances enregistrées entre 1991-
2015 sont maintenues et se conforment au modèle de faibles émissions, les précipitations se
situeront en moyenne entre 645 et 823 mm dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Le
nombre de jours pluvieux sera entre 45 à 58 jours. La figure 60 spatialise cette variation
temporelle des précipitations dans la Région de l'Extrême-Nord aux horizons 2030 et 2100.
164

Légende
mm
1960-1990 2030 2100
300 - 350
351 - 400
401 - 450
451 - 500
501 - 550
551 - 600
601 - 700
701 - 800
801 - 850
901 - 950
951 - 1000
1001 - 1 050

Figure 60 : Projection des précipitations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun


(Source : Image TAMSAT35)
Les prévisions pour la durée de la saison des pluies annoncent une certaine stabilité entre
-3 à +2 à l’horizon 2030 et -4 à +4 à l’horizon 2100. Les données d’observation de 1948 à 2013
pour les stations de Maroua et Yagoua traduisent aussi cette faible variation. Ainsi, de 135 jours
en moyenne, on pourrait avoir 130 et 140 jours par an. Pour ce qui est des pluies extrêmes, les
données d’observation (1948-2013) mettent globalement en exergue une tendance à la hausse
de la contribution des pluies ≥30 mm/24h aux totaux annuels. Les pluies de faibles intensités
absorbent l’essentiel des fluctuations que connait la pluviométrie annuelle (figure 38). Le
scénario de faibles émissions montre la variation de l’intensité de ces pluies extrêmes avec une
orientation nette vers l’augmentation (-5 à +19 en général).

Conclusion
Ce chapitre avait pour but de présenter la singularité du climat et des changements
climatiques dans la Régionde l'Extrême-Nord du Cameroun en l’inscrivant dans l’ambiance
sous régionale et nationale. Après analyse des données multidates de pluviométries et de
températures des stations de Maroua, Yagoua, Kousseri, Mora, Kaélé et Mokolo, plusieurs
conclusions se dégagent. Trois segments pluviométriques sont discernables. Une période
humide avant 1970, deux décennies de déficits jusqu’en 1990 et le retour progressif de
l’humidité avec alternance d’années sèches et d’années excédentaires. Pour chaque station
d’observation, plusieurs indices permettent de conclure à la hausse des températures. Les
données pluviométriques présentent des contrastes en fonction des périodes et des stations. Les
autres changements concernent l’occurrence de séquences sèches de plus en plus fréquentes, le
raccourcissement de la saison des pluies, la variabilité des pluies de saison sèche, etc. Les

35
[Link]
165

caractéristiques climatiques mises en exergue dans ce chapitre contribuent à la construction du


risque d’inondation. Le climat stable, variant ou changeant est le principal facteur d’occurrence
des inondations. Par sa dynamique contemporaine et future, le climat fragilise les activités de
subsistances des populations ; mettent en mal les infrastructures et diminue la perception du
risque par les populations.
166

4. CHAPITRE 4 : INONDATIONS ET
VULNÉRABILITÉS DANS LA RÉGION DE
L'EXTRÊME-NORD DU CAMEROUN

Introduction

La multiplication du nombre d’inondations dans le monde invite à un diagnostic efficace


de cet aléa pour limiter l’ampleur des dégâts. Les approches s’appuyant uniquement sur les
aspects physiques de l’aléa ont montré leurs limites. La prise en compte des réalités
géographiques, conjoncturelles, socio démographiques, économiques, institutionnelles
politiques fonctionnelles et culturelles dans l’évaluation du risque permet de comprendre dans
son ensemble la chaîne d’endommagement. En outre, le processus des inondations éclaire sur
les vulnérabilités et permet de cerner l’ampleur du risque en fonction des unités fonctionnelles
partie de la zone inondable. L’hypothèse à la base de nos investigations dans ce chapitre est
formulée de la manière suivante : les inondations sont récurrentes dans la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun et les populations sont vulnérables. L’analyse s’appuie sur les résultats des
ECAM IV menées en 2014 avec une prise en compte de l’évolution de différents paramètres
pour les années de référence : 2001 (ECAM II) et 2007 (ECAM III). D’autres statistiques sont
issues des PCD de certaines mairies de la Région de l'Extrême-Nord. Nous avons exploité les
résultats des études auxquelles nous avons participé en 2012-2013 de la part de la GIZ et du
PNUD sur la résilience des populations aux changements climatiques. La situation
démographique est extraite des résultats des trois recensements que la République du Cameroun
a réalisés jusqu’à ce jour (1976, 1987 et 2005). Des estimations réalisées par les organes
spécialisés sont aussi exploitées pour appuyer différents arguments présentés dans ce chapitre.
Les enquêtes de terrains ont permis de comprendre les perceptions des populations et de
constater la vulnérabilité fonctionnelle et contingente visible dans la précarité du bâti, le
manque de route et le manque de déploiement des services d’assistance dans la zone.

4.1. Processus des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

L’occurrence des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun relève


d’un processus qui commence avec les premières pluies, la reprise les écoulements de surface
ou l’augmentation des débits et les déversements.
167

4.1.1. Premières pluies dans les bassins

Le bassin du lac Tchad auquel s’intègre près de 90% de la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun couvre une superficie de 427 500 km² partagée entre le Tchad, la République
Centrafricaine (RCA), le Nigéria, le Niger et le Cameroun (figure 61).

Figure 61 : Distribution des isohyètes dans le bassin actif du lac Tchad (CBLT, 2010)
Dès le mois d’avril la partie inférieure du bassin notamment dans l’Adamaoua au
Cameroun et le Logone oriental en RCA connait la reprise des précipitations collectées par
différents affluents (Vina, Béré) vers le Logone puis le Chari. La figure 61 ci-dessous montre
les précipitations pour les stations de : Ngaoundéré (Cameroun), Bossangoa (RCA) et Sahr
(Tchad).

350
mm

300

250

200
SARH
150
BOSSANGOA
100
N'GAOUNDERE
50

0
J F M A M J J OA S O N D

Figure 62 : Précipitations dans quelques stations en amont du Logone (Source :


[Link] )
168

On y remarque aussi l’abondance des précipitations par rapport au nord du bassin. À


Ngaoundéré par exemple la moyenne interannuelle se situe autour de 1550 mm. Il en est de
même de la partie centrafricaine qui alimente le Logone par d’abondantes précipitations.

4.1.2. Saturation des sols, recharge des mares et reprise progressive des débits

Au-dessus du 10ème parallèle lorsqu’en mai-juin les précipitations reprennent,


l’écoulement en surface se renforce. Le débit du Logone à Bongor engage une montée
vertigineuse pour un pic atteint en septembre. La figure 63 présente le profil en aiguille de la
distribution mensuelle des débits du Logone à la station de Bongor.

1800
m3/s

1500

1200

900

600

300

0
Jan Fev Mar Avr Mai Jun Jul Aou Sep Oct Nov Dec

Figure 63 : Débit moyen mensuel (1966-2008) du Logone à Bongor (source : CBLT, 2010)
Avant la reprise de débit en juillet-août, les faibles précipitations de mai-juin dans la
Région de l'Extrême-Nord du Cameroun contribuent à la saturation des sols ; « si les eaux de
pluies sont abondantes, elles remplissent les mares et forment les premières crues dans les bas-
fonds » (Mvondo et Demba 2003). La fréquence des pluies dès le mois de juillet entraine la
stagnation des eaux dans les agglomérations. Cette situation est très préoccupante pour la ville
de Kousseri (Chuto, 2013). La figure 64 donne un aperçu de la situation 23 juillet 1986 dans
cette ville.
169

Figure 64 : Quelques mares d’eau en zone bâtie dans la ville de Kousseri (juillet 1986) (Source :
Image Landsat et Google Earth)
Dans les quartiers, il est alors difficile de circuler ; les rues sont transformées en
« rivière ». Les constructions (maisons d’habitation, boutiques et bureaux) le long de ces routes
reçoivent aussi des quantités d’eau en fonction de leurs élévations (planche 7).

A B

C D

Planche 7 : Stagnation de l’eau dans les artères de quelques villes de la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun (Source : Saha, août 2017)

La photo A présente une rue très fréquentée de la ville de Maroua (devant les agences touristique et Danay
express voyage) ou plusieurs jours après une pluie on aperçoit toujours cette mare d’eau. La photo B présente la
même situation dans au marché de Kaï-kaï. La photo C présente l’entrée de la chefferie de de troisième degré du
quartier Ngallo dans la ville de Kousseri. La photo présente la même situation dans la ville de Yagoua.
170

La stagnation de l’eau en surface dans les vallées habitées donne un caractère presque
ubiquiste aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord. Cela est un problème pendant les
deux à quatre mois que dure la saison des pluies. La gravité de ce type d’inondation dépend
étroitement de la pluviométrie. En considérant les classes de précipitations de l’Organisation
pour la Météorologie Mondiale (OMM, 2011), les pluies journalières ≥ 30mm (P3 et P4) sont
susceptibles d’importants dégâts. Il en est de même lorsqu’on enregistre parfois près de 50 mm
d’eau en trois jours pluvieux. En 1994, par exemple dans la ville de Kousseri plusieurs épisodes
de fortes pluies ont été relevés. Il s’agit de celles du 24 juin (49 mm), du 03 juillet (37,8 mm),
du 10 juillet (30,5 mm), du 21 juillet (44,4 mm), du 1er au 4 août (91,6 mm), du 22 au 23 août
(57,3 mm), du 26 au 28 août (89,7 mm) et du 7 au 8 septembre (91,1 mm). Chuto (2013) relève
la gravité de la stagnation de l’eau dans la ville de Kousseri en remarquant que le relèvement
des berges du Logone pour empêcher les inondations par débordement se révèle comme un
obstacle au déversement de l’eau du ruissellement. Dans cette ville aussi les routes s’érigent
comme des lignes artificielles de partage des eaux empêchant l’écoulement (planche 10 : B,
p198). En dehors des agglomérations, les exploitations agricoles de bas-fonds sont également
touchées par la stagnation de l’eau. Au niveau du grand Yaéré, après la saturation du sol, les
pluies participent pendant toute la saison des pluies à la mise en place de l’épaisse nappe d’eau.
À la suite de Bouchardeau (1953), Gac (1979), Beneh et al. (1982), Olivry (1986), Naah (1992),
Olivry et Naah (2000) évaluent à 5,6 km3 le volume d’eau reçu directement par la plaine en
année moyenne (700 mm de précipitations).

4.1.3. Débordements et submersions

En juillet, août et septembre, lorsque la pluviométrie est à son paroxysme, l’écoulement


en surface est également renforcé. On assiste parfois au débordement des mayos, du Logone,
des lacs et le grand Yaéré est progressivement submergé avec des conséquences
socioéconomiques.

[Link]. Cas des mayos

En fonction de la pluviométrie dans leurs sous-bassins respectifs, les mayos connaissent


parfois des débordements de leurs lits causant des dégâts. Les crues des mayos sont aussi
causées par la vidange des ouvrages de retenues d’eau. Cette situation est souvent utilisée pour
expliquer les inondations du Mayo Tsanaga à Gasawa et dans la ville de Maroua. En effet, en
amont de ce cours d’eau notamment dans l’arrondissement de Mokolo, un barrage permet la
171

mise en réserve de l’eau principalement pour la consommation humaine. En année de forte


pluviométrie, il est parfois impératif de lâcher une partie de l’eau retenue pour éviter
l’endommagement des ouvrages hydrauliques. Le cas du mayo Vrick ; évacuateur du lac Maga
est similaire. Ses eaux traversent pluvieux villages des arrondissements de Maga et de Zina qui
n’échappent pas aux dégâts lorsque la recharge du lac Maga commande une vidange rapide.
Certains mayo traversent le cordon dunaire et participent à la submersion du grand Yaéré.
Globalement, 0,945 km3 d’eau issus des mayos entrent dans les Yaéré (tableau 45).

Tableau 45 : Contribution des mayos de la Région de l'Extrême-Nord à la submersion de la


plaine
Mayo Apport annuel en km3 Pourcentage
Ranéo 0,065 6,87
Balda 0,03 3,17
Motorsolo 0,05 5,29
Mangafé 0,08 8,46
Ngassawé 0,10 10,58
Tsanaga 0,27 28,57
Boula 0,35 37,03
Total 0,945 100
Source : Olivry et Naah, (2000)

La plupart des grandes agglomérations de la Région de l'Extrême-Nord s’organisent


autour des cours d’eau. Si cette situation est favorable pour l’accès à l’eau, les dégâts sont
inévitables en années de fortes crues. Avec une population de 201 371 habitants en 2005
(BUCREP, 2010), et 261 782 habitants en 201536, la ville de Maroua se trouve « à la
convergence de deux mayos : Kaliao et Tsanaga » (Seignobos, 2000). Elle compte une centaine
de quartiers. Elle a essuyé au courant de son histoire les plus lourdes conséquences des
inondations dans toute la région. En plus des débordements de ces mayos, le manque de pente
entraine la stagnation de l’eau dans les quartiers (figure 65).

36
Projection
172

Figure 65 : Exposition de la ville de Maroua aux inondations (Source : Image Landsat du 12


août 1995)

L’urbanisation progressive des rives des mayos Kaliao et Tsanaga concourent à la


construction du risque d’inondation dans la ville de Maroua. L’histoire récente de la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun reste marquée par la forte récurrence des inondations dans la ville
de Maroua. En 2005 par exemple, 14 personnes ont perdu la vie (Bouba, 2009 ; Carou et al.,
2010). Il est à noter que les activités menées dans le lit ou sur les berges (extraction de sable,
fabrication de briques et de parpaings, l’activité de garage et même l’élevage contribuent à la
construction de la vulnérabilité aux inondations (Moussa et al., 2011 ; Godwé Mbarga, 2013 ;
Eloundou Messi, 2016 ; Kossoumna Liba’a et Kaïnaramsou, 2017).

[Link]. Le Logone

Les prairies limitrophes du chenal permanent d’écoulement du Logone représentent


l’extension de son lit. Cet espace « entre en fonction » en période de crue en recevant les
déversements. C’est à travers ses défluents que sont : le mayo Guerléo et le Logomatia que le
Logone alimente ces prairies connues comme les Yaéré. Des déversements directs dans la
plaine contribuent aussi à l’ennoiement de ce vaste marécage (Ngounou Ngatcha, 1993). Olivry
et Naah (2000) estiment à 3,64 km3 l’apport du Logone pour l’inondation du Yaéré en année
moyenne. La structure topographique de la plaine inondable est déterminante dans le processus
d’inondation. Morin (2000) relève qu’il s’agit d’un espace plat avec pour « seuls reliefs sont les
tumuli (près de 100m) attribués aux populations Sao, anciennes occupantes de cette véritable
Mésopotamie ». L’inclinaison nord-sud et l’étagement présentent l’unité de 290-300 comme
l’exutoire des déversements du Logone (figure 66).
173

Figure 66 : Topographie étagée de la plaine de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

L’alimentation du Yaéré est fonction du débit du Logone qui est variable d’une année à
l’autre. La station de jaugeage de Bongor situé à en aval de la plaine offre des données pour
évaluer l’évolution interannuelle des débits du Logone (figure 67).

3000

2500
débit en m3/s

2000

1500

1000

500

0
1966
1967
1968
1969
1970
1971
1972
1973
1974
1975
1976
1977
1983
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007

Juillet Août Octobre Septembre

Figure 67 : Débits moyens des mois de juillet-août-septembre et octobre 1966-1977 ; 1983-


1997 et 2001-2007 à Bongor (source : CBLT, 2010)
174

Pour une moyenne de 943 m3/s pour les quatre mois de saison pluvieuse, le taux de
variation est de 37%. L’année 1984 enregistre le plus faible écoulement (300 m3/s). Pour Mahé
(2006) la période 1982-1984 a enregistré la sècheresse la plus intense du 20ème siècle. Certaines
années enregistrent des records d’excédents ; 1641 m3/s en 1970. L’année 2001 était à plus de
1300 m3/s et, les dégâts des inondations étaient considérables dans la plaine. Ainsi en fonction
de l’écoulement, l’espace submergé est très variable. Dans une étude sur une période 15 ans
(2000-2014), la GIZ (Coopération technique allemande) montre qu’en années de faibles
pluviométries le Yaéré couvre 1,104 km² ; 2,979 km² en année de pluviométrie moyenne et
5,230 km² en année très humide (Vassolo et al., 2016). La durée de la submersion allant de 4 à
6 mois. Les arrondissements de Maga, Zina, Logone Birni et Waza sont les unités
administratives qui se partagent cet espace humide (figure 68).

Figure 68 : Extension du grand Yaéré en fonction de la pluviométrie (Source : Vassolo et al.,


2016)
175

La population du Yaéré est estimée 100 000 âmes (BUCREP, 2010). Elle est
essentiellement Kotoko et Mousgoum pratiquant la pêche et une agriculture de subsistance. Les
villages sont fondés sur de petites buttes. La remontée du niveau de l’eau entraine les dégâts ;
les villages les plus bas étant les plus fréquemment affectés.

L’endiguement du Logone et la mise en place du lac de Maga a considérablement modifié


le fonctionnement normal du grand Yaéré (Ngounou Ngatcha et al., 2002 ; Sighomnou et al.,
2002). L’ambition des autorités de « lutter contre les inondations » au détriment du besoin des
populations de « vivre avec les inondations » est à l’origine de l’augmentation des dégâts dus
aux inondations dans la plaine notamment l’arrondissement de Zina très touché depuis 2012.
En outre, le manque d’entretien adéquat des ouvrages hydrauliques a entrainé la catastrophe de
2012. Les villages situés le long de la digue (Dougoui, Houmi, Bougol, Kaivélé, Djafga,
Tikalaye et Doreissou) ont enregistré d’énormes pertes économiques, écologiques, humaines et
structurelles. Les photos suivantes (planche 8) présentent les dégâts occasionnés par les
inondations dans l’arrondissement de Maga lorsque la digue du Logone avait lâché au niveau
de Bégué Palam en 2012.

Planche 8 : Illustrations des maisons détruites par des inondations lors de la rupture de la digue
du Logone à Bégué Palam en septembre 2015 (Source : Saha, août 2016)
176

Dans les zones où le Logone n’est pas endigué, les inondations par submersion ou
débordement sont aussi fréquentes ; un lourd tribut est payé presque chaque année par les
populations. C’est le cas des populations du canton de Bougoudoum dans l’arrondissement de
Gobo où les populations des localités de Batsébé, Nouldaina, Karam I et Karam II qui sont
affectées chaque année par les crues du Logone. Il est presque établi que ces localités sont
inaccessibles pendant les mois pluvieux.

Au plan hydrologique, la différence entre les valeurs de débits entre Bongor et Logone
Gana peut permettre de mesurer les déversements dans la plaine de Waza Logone et la plaine
du Niari côté tchadien. En effet, entre les deux stations, en dehors des précipitations le fleuve
Logone ne reçoit aucun apport (figure 69). Pour une moyenne mensuelle de 392 m3/s à la station
de Bongor, la station de Logone Gana ne présente que 272 m3/s ; soit une différence de 120
m3/s.

909 m3/s

272 m3/s

392 m3/s

Figure 69 : Situation des stations de Bongor et de Logone Gana (Source : adaptée de CBLT,
2010)
Il est vrai que l’infiltration et l’évaporation sont aussi évoquées dans cette perte de débit ;
mais, ces deux facteurs ne jouent qu’un rôle marginal par rapport aux déversements dans les
plaines des deux côtés. Entre 1966 et 2007, l’année 1968 présente la plus grande différence
(3350 m3/s). Les années 2000 ont aussi connu de grandes quantités de déversement (figure 70).
177

700

600

500
Débit m3/s

400

300

200

100

0
1966 1968 1970 1972 1974 1976 1978 1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006

Logone Gana Bongor Différence


Moyenne Logone Gana Moyenne Bongor Différence Moyenne

Figure 70 : Evolution interannuelle des débits du Logone entre les stations de Bongor et de
Logone Gana (source de données : CBLT, 2010)

[Link]. Les lacs

Les lacs de la Région de l'Extrême-Nord sont soumis à une forte variation saisonnière
et interannuelle. Ils se rechargent en saison des pluies et leurs niveaux baissent continuellement
pendant la saison sèche. Le retrait de l’eau laisse un vaste marécage mis en valeur par les
populations riveraines. Certains villages sont établis dans ces espaces de marnage et subissent
saisonnièrement des inondations. C’est le cas des arrondissements de Guéré et Wina autour du
lac Guéré, l’arrondissement de Kaï-kaï pour le lac Maga et les arrondissements de Fotokol,
Hilé-Alifa, Darak et Blangoua autour du lac Tchad. Les pertes étant plus importantes pendant
les années de fortes pluviométries. Dans le cas du lac Maga la digue occasionne le déversement
du surplus d’eau dans l’arrondissement de Kaï-kaï en aval où se trouve de fortes densités de
populations (figure 71).
178

Coordinate system : WGZ 1984


UTM Zone 33N
Projection : Transverse Mercator
Réalisation : SAHA

Figure 71 : Exposition au risque d’inondation dans l’arrondissement de Kaï-kaï (source : Image


ASTER et INC, 2011)

En 1978 et 1979, lors de la construction du lac de Maga, plusieurs villages de


l’arrondissement de Kaï-kaï (Kéléo Sud, Yangha Sud et Dougui) avaient été vidés et les
populations installées dans l’arrondissement de Maga. Pour plusieurs raisons (manque de terres
cultivables, conflits de leadership, etc.), ces populations sont retournées sur leurs terres.
Profitant de la faible pluviométrie des décennies 1980 et 1990 ces villages ont connu
d’importantes extensions et de nouveaux villages ont même été créés. Ces villages sont très
exposés aux inondations. Avec le retour de l’humidité les autorités administratives et
communales songent aujourd’hui à la force pour délocaliser une fois de plus ces populations.

Les débordements du lac de Maga peuvent aussi être dus à la rupture des ouvrages
hydrauliques. Dans ce cas, ce sont les populations en aval qui en souffrent. En 2012 la zone a
subi les deux situations. Dans le cadre des conventions entre le Cameroun et les organisations
mondiales de lutte contre les catastrophes naturelles, un satellite avait été redirigé sur la zone
179

dès le déclenchement des inondations. L’exploitation de l’imagerie issue de cette mission fait
état d’une superficie totale de 122 km² inondés dont 96 ha construits (figure 72).

Figure 72 : Surface inondée en aval du lac de Maga le 09/09/2012 (Source :


[Link]

En 2012, la digue de Maga croupissant sous le poids de son âge (33 ans) et le manque
d’entretien n’a pas résisté à la forte pluviométrie et au rechargement maximal du lac. Les
travaux réalisés dans le cadre du PULCI donnent aujourd’hui un sentiment de sécurité aux
populations de la zone. Globalement, les inondations dans la Région de l'Extrême-Nord peuvent
être catégorisées en fonction des principales causes (tableau 46).
180

Tableau 46 : Diversité des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord en fonction des


causes

Causes Fréquence Processus Conséquences Zones concernées


Stagnation par Chaque Lent Grave Plaines, vallées et
manque de de année dépressions habitées et les
drainage adéquat grandes agglomérations
Débordement des Presque Lent Très grave Localités localisées le
lits de cours d’eau annuelle long des cours d’eau
Submersion du Chaque Lent Grave Grand Yaéré
Yaéré année (arrondissement de Zina,
Waza et Logone Birni
Rupture de digues Rare (avec Rapide Très grave Villages le long de la
les travaux digue du Logone et digue
du PULCI) de Maga
Débordement de Chaque Lent Grave Arrondissement de Kaï-
lacs et retenues année kaï, Guéré, Wina,
Fotokol, Hilé-Alifa,
Darak, Blangoua, Maga,
Mokolo

4.1.4. Débits Caractéristiques de Crues (DCC)

Il s’agit des débits dépassés ou égalés de 10 jours par an. Leur date d’occurrence en
suivant l’évolution interannuelle et les débits correspondant sont essentiels dans la
compréhension du phénomène d’inondation dans le bassin du Logone. La figure 73 met en
exergue le DCC sur l’hydrogramme du Logone à Bongor.
181

3 500

3 000
Débit de pointe
2910 m3/s
2 500
Débit m3/s

2 000 DCC Hautes


2710 m3/s eaux
1 500

1 000
Module annuel (851 m3/s)
500 Basses
eaux

Date

Figure 73 : Hydrogramme du Logone en 2012 à la station de Bongor

Ngounou Ngatcha et al. (2007) reportent que les débordements du Logone vers le Yaéré
et le Naga37 commencent dès que le débit du Logone dépasse 1100 m3/s. Ce débit a été atteint
le 08 août en 2012 et il est passé en dessous de ce niveau à la fin du mois d’octobre.

[Link].Débits de crues du Logone et Logone et Chari

En fonction de plusieurs paramètres hydroclimatiques, les DCC sont très variables sur
tout le Logone. À l’entrée du bec de canard, il est moyen et chute après avoir traversé très
difficilement la plaine inondable (station de Logone Gana). La confluence avec le Chari
explique le regain de débit mesuré à N’Djamena. En moyenne, le DCC est de 1713 m3/s à
Bongor, 825 m3/s à Logone Gana et 2604 m3/s à N’Djamena (figure 74).

37
Plaine inondable du côté droit du Logone au Tchad
182

6,00
Milliers de m3/s
5,00

4,00

3,00

2,00

1,00

0,00

Ndjamena Logone Gana Bongor


Linéaire (Ndjamena) Linéaire (Logone Gana) Linéaire (Bongor)

Figure 74 : Dynamique interannuelle des DCC (N’Djamena, Logone Gana et Bongor)

Contrairement à la station de Logone Gana (15%) qui présente une faible variabilité
interannuelle, le coefficient de variation des autres stations : Bongor (27%) et N’Djamena
(34%) est assez élevé. La faible variation du DCC à Logone Gana est le fait de la plaine
inondable qui reçoit le surplus écoulé pour parachever son ennoiement. Globalement, les DCC
sont en baisse pour les trois stations. Le test d’homogénéité de Pettitt permet de détecter des
ruptures à différentes dates. L’époque actuelle est celle de la péjoration qui a commencé en
1971 à Bongor et N’Djamena et 1981 à Logone Gana (figure 75).

Bongor Logone Gana


m3/s
m3/s

3000

2500

2000 800

1500

1000
300
500
1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020
1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020

DCC mu1 = 2123 mu2 = 1580 DCC mu1 = 918,586 mu2 = 763,626

N’Djamena
m3/s

5000

4000

3000

2000

1000
1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020

DCC mu1 = 3644 mu2 = 2300

Figure 75 : Test d’homogénéité sur les DCC du Logone et le Logone Chari


183

Les résultats obtenus à Bongor et N’Djamena rejoignent la tendance hydroclimatique


de l’Afrique tropicale sahélienne. La baisse est de 25% à Bongor et 36% à N’Djamena. La
rupture de la station de Logone Gana est tardive et plus modérée (-16%). Magrin et Pérouse de
Montclos (2018) évaluent la baisse moyenne du débit du Logone à 48% pour la période 1970-
1990. Globalement, la baisse des débits est plus profonde que celle des précipitations. Il
convient de remarquer de fortes variations interannuelles entre 1971 et 2015 avec la succession
d’années très déficitaires et d’années très excédentaires. Bien que compris dans cette période
de faibles débits, l’année 2012 présente la valeur la plus élevée de la série.

[Link].Les débits de pointe du Logone et le Logone et Chari

Les débits de pointes ou débits maximaux annuels donnent d’autres angles de


compréhension des inondations catastrophiques dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun. Dans la même tendance que les DCC, ils sont très variables au double plan temporel
et spatial. Le test de Grubbs permet de mettre en exergue quelques débits extrêmes (figure 76).

Bongor Logone Gana


2,5 3

2
2
1,5
1
1
0,5
score Z

score Z

0
0
-0,5 1960 1967 1974 1981 1988 1995 2002
1960
1963
1966
1969
1972
1975
1978
1981
1984
1987
1990
1993
1996
1999
2002
2005
2008
2011
-1 -1
-1,5
-2 -2
-2,5
Observations -3
Observations

N’Djamena
3

1
score Z

0
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1985
1987
1989
1991
1993
1995
1997
1999
2001
2003
2005
2007
2009
2011
2013
2015

-1

-2

-3 Observations

Figure 76 : Détection des valeurs extrêmes dans la distribution interannuelle des débits du
Logone et du Logone et Chari
184

S’intéressant au cas de Bongor, il ressort que le débit de pointe de l’année 2012 (en
rouge) était sorti du cadre (-2 à 2) sur le score z du Test de Grubbs. En effet, pour une moyenne
de 1759 m3/s, cette année était à 2910 m3/s ; soit une augmentation de près de 65%. Seules les
années 1998 et 1969 ont approché sans atteindre cette situation. On note aussi quelques années
d’extrêmes sècheresses pour chacune de ces stations.

Globalement, les années ayant connu des inondations catastrophiques dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun correspondent aux situations de forts écoulements, avec une plus
grande corrélation avec les données de la station de Bongor. On peut par exemple remarquer
les pertes des années 2012, 2000 et 1994 sur la figure 77.

2012
1970 (500 20morts
3 000
Sinistrés) 2000
17 morts
1975
2 500 1884 sinistrés
1994 1998
2morts 41morts
2 000
m3/s

1 500

1 000

500

Année

Figure 77 : Occurrence de quelques inondations catastrophiques pendant les années de forts


écoulements à la station de Bongor
Les plus grands pics ne correspondent pas forcément aux plus grandes pertes. Cela
traduit le rôle d’autres facteurs dans la production du risque ; notamment les éléments du milieu
anthropiques sur lesquels repose la vulnérabilité.

[Link]. Période de retour des débits élevés

Les données disponibles permettent d’établir une probabilité du temps de retour des débits
caractéristiques du fleuve Logone. À la station de Bongor, le maximum de la série (2910 m3/s)
enregistré en 2012 s’illustre comme un évènement exceptionnel. En considérant la période
couverte par les données d’observation sur cette station, il s’agit d’une crue cinquantenale. Sa
185

probabilité d’occurrence est de 2% seulement chaque année. La crue de 2012 présente un


dépassement de 300 m3/s par rapport aux évènements les plus fréquents notamment les crues
vicennales (2600 m3/s). Le niveau de crues ayant 10% de chance d’être atteint chaque année est
de 2300 m3/s. En général la barre de 2000 m3/s est traversée une année sur deux à la station de
Bongor. À la station de N’Djamena, la droite de régression entre les débits et leurs périodes de
retour tend vers la verticale. Cela traduit une différence assez élevée (plus élevée qu’à Bongor)
entre les débits de différentes périodes de retour (figure 78).

Bongor N’Djamena

Figure 78 : Période de retour des crues a Bongor et N’Djamena


Les débits de période de retour bi annuels représentent 2/3 des débits cinquantenaux. Une
plus grande dispersion se dessine à N’Djamena ou l’angle entre l’axe des débits et la courbe
des tendances est plus élevée. Les crues centennales se situent autour de 4200 m3/s à Bongor et
7700 m3/s à N’Djamena. Les données de Bongor se rapprochent des 3300 m3/s et 4400 m3/s
respectivement pour les crues décennales et centennales à Moundou (ORSTOM, 1966). En
termes de projections, la tendance à l’augmentation des précipitations dans la Région de
l'Extrême-Nord pourrait augmenter de 8-10% la fréquence des évènements d’extrême humidité
causant des inondations (Tchawa, 2017).

[Link]. Relation pluie débits dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

Le Logone est typique d’un régime hydrologique simple caractérisé par un seul maximum
et un seul minimum au cours de l’année hydrologique. Cela traduit l’exclusivité d’une seule
source d’alimentation notamment les précipitations (Pardé, 1933). Ainsi, la relation est directe
entre les quantités de précipitation et le débit du Logone sur l’ensemble du bassin de ce fleuve
186

partagé entre le Cameroun, la RCA et le Tchad. Par son extension en latitude, une très grande
variation spatiale des précipitations est observable dans ce bassin.

Même si, c’est la partie aval plus arrosée qui alimente majoritairement l’écoulement du
Logone, la participation des précipitations de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun est
non négligeable. La corrélation entre les pluies (station de Yagoua) et les modules annuels, les
débits de pointes et les DCC (station de Bongor) est positive (0,3 en moyenne) (figure 79). La
dispersion des données autour de la droite de régression traduit la nécessité de prendre en
compte les précipitations sur l’ensemble du bassin pour la modélisation de la relation pluie
débit. Il se révèle alors nécessaire de procéder à l’échange d’information à l’échelle du bassin-
versant dans le cadre de l’alerte précoce pour faire face au risque d’inondation.

Régression de Débit de pointe (m3/s) par Régression de DCC par Pluie (R²=0,083)
Pluie (R²=0,122)
DCC (m3/s)
3500 3000
3000
2500
Débit de pointe (m3/s)

2500
2000
2000
1500
1500
1000
1000

500 500

0 0
300 400 500 600 700 800 900 1000 300 500 700 900
Pluie (mm) Pluie (mm)
Actives Actives
Modèle Modèle
Int. de conf. (Moyenne 95%) Int. de conf. (Moyenne 95%)
Int. de conf. (Obs. 95%) Int. de conf. (Obs. 95%)

Régression de Module (m3/s) par Pluie (mm) (R²=0,104)


800
700
600
500
Module

400
300
200
100
0
400 500 600 700 800 900 1000
Pluie (mm)
Actives
Modèle
Int. de conf. (Moyenne 95%)
Int. de conf. (Obs. 95%)

Figure 79 : Régression pluies (Yagoua) et débits (Bongor)


187

Plusieurs auteurs (Mahé et Olivry, 1991 ; Dezette et al., 2005 ; Mahé, 2006 ; Liénou et
al., 2006) s’intéressent à la relation entre les pluies et les débits dans divers bassins-versants en
Afrique. Le coefficient d’écoulement des zones d’isohyètes 700/800 mm comme dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun est faible (Mahé, 2006). L’évapotranspiration et l’écoulement
souterrain jouent un rôle non négligeable. Dans ces conditions, de faibles déficits
pluviométriques entraînent d’énormes déficits d’écoulement de surface. Dans le bassin-versant
de N’zi en Côte d’Ivoire, Kouassi (2010) ressort que les déficits de 13 à 24% de précipitations
représentent des déficits de 52% sur les débits moyens de cours d’eau.

La description du facteur hydrologique et autres indicateurs du milieu physique rend


partiellement compte de la réalité du risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun. Il est nécessaire de comprendre les dynamiques socioéconomiques,
démographiques, culturelles, conjoncturelles et techniques qui concourent à la construction du
risque.

4.2. Vulnérabilité aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

Plusieurs variables expriment la vulnérabilité à la variété d’inondations dans la Région


de l'Extrême-Nord du Cameroun. Ces variables peuvent être regroupées en facteurs
sociodémographiques, économiques, contingents socioculturels, techniques et fonctionnels.

4.2.1. Facteurs sociodémographiques et économiques de vulnérabilité aux inondations


dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

Sur le plan sociodémographique et économique, la croissance rapide de la population, la


structure de la population, le taux d’alphabétisme et la pauvreté sont les principales variables
qui expriment la vulnérabilité aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.

[Link]. La dégradation en continue des conditions de vie

La vulnérabilité aux risques climatiques en général et aux inondations en particulier dans


la Région de l'Extrême-Nord repose essentiellement sur l’extrême pauvreté des populations
(Tchawa, 2017). Après son indépendance, le Cameroun a connu deux décennies de fortes
croissances économiques. Jusqu’en 1986 les conditions de vie des populations se sont
continuellement améliorées. En 1987, la crise économique s’est installée au Cameroun (Bekolo-
Ebe, 1986).
188

Au niveau national, d’importants efforts sont consentis dans la lutte contre la pauvreté. Il
s’agit notamment de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), Le cadre d’action des
Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), la stratégie nationale de réduction de
la pauvreté, etc. La première enquête sur la pauvreté au Cameroun remonte en 1996 lors des
premières enquêtes camerounaises auprès des ménages. En 2001, lors de la deuxième phase de
cette enquête, beaucoup d’améliorations se dégagent. Après une stagnation de la situation
jusqu’en 2007, les résultats de 2014 présentent une légère amélioration. Dans une analyse
spatiale, il ressort que dans certaines régions comme l’Extrême-Nord, l’incidence de la pauvreté
progresse plutôt (figure 80).

80
70
60
50
40
30
20
10
0
1996 2001 2007 2014
Année de reférence

National Extrême Nord

Figure 80 : Évolution de l’incidence de la pauvreté au Cameroun entre 1996 et 2014 (Source :


INS, 2007 et 2014)

Ainsi les efforts de lutte contre la pauvreté n’ont produit que très peu de résultats dans la
Région de l'Extrême-Nord. Les conditions de vie des populations se sont continuellement
dégradées. Cette région a également connu pendant cette période la plus forte croissance
démographique ; gonflant ainsi le nombre de pauvres. Au niveau mondial, plusieurs auteurs
relèvent la pauvreté comme la première cause de vulnérabilité (UNISDR 2004 ; Léone et al.,
2005). Au Cameroun, Tchawa (2017) parle d’un lien indéniable entre la pauvreté et les risques
climatiques. Ainsi, la paupérisation en continue de la population de la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun a progressivement participé à la construction de la vulnérabilité aux risques
naturels en général et aux inondations en particulier. Lorsqu’en 2001 la Direction de la
Statistique et de la Comptabilité Nationale (DSCN) du Ministère des Affaires Économiques de
189

la Programmation et de l’Aménagement du Territoire produit un rapport sur les conditions de


vie des ménages et le profil de la pauvreté dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun, les
indicateurs de plusieurs paramètres sont déplorables (DSCN, 2002) :

- à peine 1% des ménages utilisent des toilettes modernes avec chasse d’eau ;
- le taux d’accès au forage est de 30,2% ;
- l’habitat est majoritairement fait en matériaux provisoires (murs en terre ou en paille,
toits en paille ou en chaume, les sols en terre non revêtue) ;
- seulement 7,6% des ménages ont accès à l’énergie électrique ;
- le secteur agricole emploie 85% de la population ;
- il faut parcourir en moyenne 4 km pour parvenir au centre de santé le plus proche ;
- moins de 30% du taux d’alphabétisation ;
- deux km en moyenne pour parvenir à l’école primaire la plus proche ;
- seul 5,8% des ménages sollicitent du crédit pour leurs activités ;
- environ 70% des promoteurs des unités de production n’ont suivi aucune formation
professionnelle, ni apprentissage sur le tas.

Cette situation est révélatrice de la sensibilité des populations aux catastrophes.


Essentiellement construites en matériaux provisoires, les maisons sont incapables de faire face
aux chocs. La faible accessibilité aux services de bases participe également à la construction de
la vulnérabilité. Cette situation s’appuie sur un ensemble de pratiques qui dégradent
continuellement les conditions de vie des populations : forte marginalisation des femmes
(interdiction d’exercer certains métiers, interdiction de gérer une forte somme d’argent,
reticence à la scolarisation des filles, mariages forcés, etc.), travail des enfants, mauvaise
répartition des richesses et corruption, etc.

En 2007, les conditions de vie dans la Région de l'Extrême-Nord sont encore plus
mauvaises. En effet l’incidence pauvreté a connu 12,6 points d’augmentation. Le nombre de
ménages pauvres et la vulnérabilité connaissent ainsi une augmentation fulgurante. En 2014, la
situation est encore plus préoccupante. L’insécurité due aux troubles occasionnés par la secte
terroriste Boko Haram et la récurrence problèmes environnementaux comme les sècheresses et
les inondations participent à la paupérisation de la population. La baisse du niveau de vie des
populations s’accompagne aussi de la baisse des investissements. Les infrastructures comme
les digues de protection manquent. Dans la quête de mieux-être, les populations aggravent leur
exposition.
190

[Link]. Croissance démographique et vulnérabilité aux risques naturels dans la Région


de l'Extrême-Nord du Cameroun

L’accroissement rapide de la population surtout dans le contexte des pays en


développement est un facteur aggravant de la vulnérabilité (D’Ercole et Metzger 2009).
L’incapacité de l’État à pourvoir aux besoins des populations est à l’origine de nombreux
problèmes. Le manque de logements conduit les populations à la débrouillardise c’est-à-dire à
la recherche de solutions généralement inappropriées et périlleuses à long terme. D’Ercole et
al. (2009) relèvent qu’une des principales causes de la vulnérabilité des agglomérations
urbaines des pays du sud est l’inadéquation entre la forte croissance démographique et la faible
capacité des États à satisfaire les besoins des populations.

L’augmentation de la population accroit également la demande en espace habitable. On


observe une extension continuelle de l’habitat dans les départements. Sur le terrain, les terres
inondables qui étaient autrefois consacrées uniquement aux cultures inondées et exondées,
accueillent progressivement les populations (tableau 50). Cette situation est remarquable dans
l’arrondissement de Maga où des communautés humaines se retrouvent sur la ligne
d’évacuation des eaux du lac. Il est de même de la forte pression sur la localité de Pouss située
un peu en hauteur par rapport au reste de la plaine d’inondation.

Une population nombreuse accroît sans cesse son impact sur le milieu, dégrade
l’environnement et s’expose aux risques naturels. On peut remarquer la dégradation du couvert
végétal au profit de la recherche du bois de chauffe. Près de 93,6% de la population de la Région
de l'Extrême-Nord dépend du bois pour le chauffage (INS, 2015). Il s’agit d’une dépendance
commune à tout le septentrion camerounais (Ntsama Atangana et al., 2011). Le prélèvement
excessif du bois expose la terre aux ravinements et diminue sa capacité absorption et de
rétention d’eau. Dans le département du Mayo Danay la forte compétition pour les ressources
de la nature entraîne aussi la dispersion et l’installation de populations dans des espaces
dangereux. Les rives du Logone sont très disputées à cause des possibilités d’agriculture
irriguée en toutes saisons et l’opportunité de la pêche. Autour du Lac de Maga certaines
populations ont reçu la sommation de se délocaliser pourtant elles y séjournent encore. La
situation des communautés de Grong et Garay au sud est en amont du lac illustre cette situation.

La densité élevée de la population entraîne une importante pression humaine sur les
infrastructures communautaires d’ou leur dégradation rapide. Les cas de routes et digues sont
illustratifs. Pour les routes, la pression résulte du trafic qui s’intensifie avec l’augmentation des
populations. En ce qui concerne les digues les actes de vandalismes sont parfois déplorés par
191

les autorités. Tout au long du Logone les communautés de pêcheurs « incriminent » la digue
dans la baisse des ressources halieutiques. La digue éloignerait le poisson de la rive
camerounaise au profit de pêcheurs tchadiens. Les agriculteurs déplorent aussi la difficulté à
irriguer dans les secteurs ou existe la digue. Dans la pratique, il est nécessaire de rallonger les
tuyaux d’irrigation et des moteurs plus puissants. Le tableau 47 ressort quelques stratégies
inappropriées aggravant la vulnérabilité.

Tableau 47 : Stratégies inappropriées des populations aux contraintes liées à la croissance


démographique
Situation Contraintes Stratégies inappropriées des
populations aggravant la
vulnérabilité
Accroissement de la demande en Extension de l’habitat dans la plaine
d’espaces habitables inondable et construction sur les rives
inondables des cours d’eau
Croissance Augmentation de la demande des Prélèvement excessif du bois
rapide la services et produits écosystémiques entraînant la dégradation de
population l’environnement
Augmentation de la demande en Extension des parcelles agricoles
produits agricoles dans les zones inondables de la plaine
et sur les rivages des cours d’eau
Augmentation des besoins en Surexploitation des infrastructures
infrastructures existantes d’où la dégradation rapide

Globalement, les agglomérations du Cameroun font face à un déficit de planification


anticipative (Saha et a l., 2018). Par son retard socioéconomique et sa réalité démographique,
la Région de l'Extrême-Nord est encore plus touchée.

[Link]. Structure de la population et vulnérabilité dans la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun

La prédominance des femmes et des enfants au sein de la population de la Région de


l'Extrême-Nord participe à la sensibilité au risque d’inondation. En situation de crise, les
femmes et les enfants sont toujours les plus touchés. Le tableau 48 présente la structure des
sinistrés recasés dans des camps de l’arrondissement de Kaï-kaï en 2012 à la suite des
inondations.
192

Tableau 48 : Populations recasées des camps de sinistrés de l’arrondissement de Kaï-kaï en


2012
Camps Dou- Ngui- Ep Mbouk- Madina Mihao Epc Total
Lougoye
Ep
gui daoung tang kalao dedeke
kamas
Kaï-
madalam Kaï- Kaï-kaï barkaya
Sinistrés kaï
kaï
Hommes 83 159 170 21 85 98 41 70 727
Femmes 102 141 164 29 97 101 49 77 760
Femmes 40 10 60 9 23 0 8 19 169
allaitantes
Femmes 16 32 32 1 27 0 1 5 114
enceintes
Enfants 363 696 748 131 440 311 319 282 3290
TOTAL 604 1038 1174 191 672 510 418 453 5060
Source : Archives de la sous-préfecture de Kaï-kaï

Cette illustration est révélatrice du fait que les enfants (65%) et les femmes (21%) sont
les plus vulnérables aux inondations dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Cette
réalité est d’ailleurs valable pour tous les risques et dans l’ensemble des pays qui connaissent
l’occurrence d’évènements catastrophiques. En effet, les jeunes de moins de 15 ans requièrent
l’assistance des adultes pour se protéger en cas de sinistre. Ces jeunes manquent d’expérience
et de capacité physique suffisante pour se prémunir des menaces liées aux inondations. Les
nourrissons (10,7% de la population totale à l’échelle nationale) sont également une charge
nécessitant traitement particulier.

Un plan d’optimisation de la résilience de la population devrait doter de moyens pour


prendre efficacement en charge les enfants surtout les plus jeunes ; d’autant plus qu’ils
représentent une part très majoritaire de la population. Les secours devraient aussi extraire
prioritairement les enfants les plus jeunes des zones affectées pour protéger leurs vies. La
prédominance des femmes (tableau 49) parmi la population adulte est aussi de nature à
intensifier la vulnérabilité. Leurs capacités physiques et même intellectuelles38 faibles
représentent un facteur limitant leur capacité de préparation, de réaction en cas de d’inondation.
En outre, considérant leurs multiples états (allaitante, en gestation ou malade) elles sont
généralement incapables de résister efficacement à un évènement soudain et non souhaité.

Dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun le taux d’alphabétisation des femmes est faible par rapport aux
38

hommes
193

Tableau 49 : Prédominance de couches démographiques vulnérables dans la Région de


l'Extrême-Nord

Population Couches Poids par rapport à Remarques


totale (2015) vulnérables la population totale
Nourrissons Responsabilité pour les ménages
10,7% amenés à prendre certaines mesures
(438 859) parfois drastiques pour faire face à la
catastrophe.
Enfants Scolarisés ou non, ils manquent
32,9% d’expérience pour bien percevoir le
4 101 490 (1 349 390) danger et de force pour faire face à
habitants l’endommagement.
Femmes En situation de grossesses, allaitantes
51,15% ou malades, elles sont incapables de
(2 097 912) développer des moyens de protection
et de faire face aux catastrophes.
Source : Estimation sur les données de la population du RGPH III (BUCREP, 2010).
La population masculine adulte qui joue un rôle de premier plan dans la résilience de la
Région de l'Extrême-Nord du Cameroun est assez réduite. Il est alors nécessaire de booster
leurs capacité et même celles des femmes et des jeunes pour diminuer la vulnérabilité aux
risques.

[Link]. Faible niveau d’alphabétisation

Le faible niveau de scolarisation et même d’éducation impacte sur la sensibilité des


populations au risque d’inondation. Mal formées, elles perçoivent mal les causes de ce
phénomène. Certaines personnes pointent un doigt accusateur sur la sorcellerie ou sur la colère
des dieux comme étant les facteurs à l’origine des inondations39. Cette attitude explique leur
inaction dans la prise des mesures de prévention. Le risque étant pris comme une fatalité
irréversible et inévitable.

Le manque d’éducation et de formation explique aussi la faible capacité des populations


à développer des mesures cohérentes d’adaptation pour augmenter leur capacité de résilience.
En effet la réaction au risque naturel mérite une planification intelligente et sur le long terme
pour se prémunir des effets dévastateurs du risque. Il en est de même de la coordination des
efforts qui se voit également diminuée par l’absence d’éducation des populations.

39
Dans l’arrondissement de Maga, certaines brèches sur les digues sont considérées par les populations comme
étant les portes d’entrée et de sortie du dieu de l’eau ou du mamiwater
194

Les populations analphabètes sont également moins ouvertes aux innovations dans le
domaine de la lutte contre les risques naturels et les changements climatiques. L’effort mondial
en faveur du transfert de technologies se confronte au caractère peu réceptif des populations
aux niveaux d’éducation faibles. Plusieurs mesures d’adaptation demandent un minimum de
prédisposition en termes d’éducation ; on pense notamment :
- la souscription d’assurance ;
- l’adoption de pratiques innovantes dans l’agriculture ;
- le respect de la règlementation en mutation ;
- la participation aux systèmes d’alerte.

Il serait convenable d’inclure la sensibilisation voire la formation dans le processus


d’ancrage des mesures d’adaptation au profit des populations exposées. Les écoles et centres
de formations peuvent aussi être mis à profit dans la mise en garde des populations contre les
dangers de leur milieu. Les radios communautaires dans les dialectes locaux peuvent aussi être
des vecteurs de communication en faveur du renforcement de la préparation des populations
aux risques climatiques.

4.2.2. Facteurs techniques et fonctionnels de vulnérabilité aux inondations dans la


Région de l'Extrême-Nord du Cameroun

Un certain nombre de réalités notamment : le mauvais état des routes, le mauvais choix
des sites de construction, la mauvaise qualité du bâti et la difficulté des autorités à imposer
certaines règles aux populations constituent entre autres des facteurs techniques et fonctionnels
de vulnérabilité dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.

[Link]. Redéploiement difficile de la population agricole dans la plaine

En plus de l’accroissement rapide, la population de la Régionde l'Extrême-Nord du


Cameroun est sujette à d’importantes mobilités internes. Le projet de la SEMRY II a conduit
au déplacement de près de 10 000 personnes (Sighomnou et al., 2002). Il a fallu libérer l’espace
pour le lac de Maga et de mobiliser une main-d’œuvre paysanne suffisante pour l’exploitation
optimale de 7000 ha aménagés. Il en est de même des opérations SEMRY I et SEMRY III qui
ont aussi conduit à certains réajustements pour libérer l’espace visé pour la production rizicole.
Les conditions de travail mis en place par la SEMRY et la rentabilité de l’activité avaient aussi
drainé des agriculteurs des départements voisins.
195

Si la mobilité de la population impulsée par la SEMRY a été étroitement encadrée par les
autorités, on a observé au fil des années d’autres mouvements inconséquents de populations qui
participent à la construction du risque d’inondation dans la plaine. Dans l’arrondissement de
Kaï-kaï, les villages vidés pour la mise en place du lac Maga ont été repeuplés (tableau 50).
Certaines populations Kotoko voient dans la mise en eaux de leurs villages une aubaine pour
l’activité de pêche. Le déficit pluviométrique des décennies 1980 et 1990 a contribué à la
minimisation du risque dans ces différents villages. Ces villages ont même connu quelques
marques d’attention des autorités (dotation d’écoles, construction de points d’eau…). Les
inondations de 2012, 2013 et 2015 ont été « sans pitié » pour ces villages.

Tableau 50 : Situation démographique de quelques villages déguerpis dans le cadre des


opérations de SEMRY II
Village de recasement Village d’origine
Nom Situation Population Nom Situation Population
en 2005 en 2005
Kéléo Arrondissement 2054 Kéléo Sud Arrondissement 314
Nord de Maga de Kaï-kaï
Arrondissement 2962 Yanga Sud Arrondissement 892
Yangha de Maga de Kaï-kaï
Dougui Arrondissement 1065 Dougui Arrondissement 813
de Maga de Kaï-kaï
Source : Enquêtes de terrain et BUCREP (2010)

Les inondations récentes (2012, 2013 et 2015) ont également révélé la vulnérabilité de
plusieurs autres villages dans tous les arrondissements des départements du Logone et Chari et
du Mayo Danay. Dans certains cas, les autorités administratives ont défini des sites de
recasement définitifs. Progressivement ces sites se vident et les populations retournent à leurs
villages d’origine en dépit de la sensibilisation sur la menace de cet aléa. Les espoirs reposant
sur les aménagements en cours dans le cadre du PULCI notamment l’entretien des digues.

[Link]. Le mauvais choix des sites de construction

Les rivages des cours d’eau sont extrêmement sollicités pour l’habitat dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun. Le long du Logone, on remarque des familles vivant parfois à
moins d’un mètre du chenal principal d’écoulement du Logone. Il s’agit d’une position
favorable aux activités agropastorales. L’ouverture sur l’eau facilite la mobilité. En plus d’être
196

extrêmement exposées à la dynamique des berges40, ces familles sont les premières affectées
lors des crues (planche 9). Des situations similaires sont aussi observées pour ce qui est des
localités situées le long des mayos. La densification de l’habitat dans les agglomérations,
conduit certaines familles à construire non loin (ou à l’intérieur) des dépressions transformées
en mares d’eau en saison de pluies. Cette situation est à l’origine de l’augmentation de
l’exposition aux inondations.

A B

C D

Planche 9 : Constructions inconséquentes exposées aux inondations dans la Région de


l'Extrême-Nord (Source : Saha, août 2017)
Les photos A et B montrent des maisons construites dans le lit du Logone au lieudit « Digue » dans le
sultanat de Pouss. Ces maisons sont inhabitables en août et septembre. Les maisons de la photo B sont construites
de l’autre côté de la digue. La photo C montre l’antenne d’Élection Cameroun (ELECAM) de Kousseri. Ce
bâtiment est situé dans une petite dépression. Plusieurs jours après la pluie l’eau stagne toujours. En cas de
grande pluie, l’eau entre inévitablement dans les bureaux. La photo D illustre l’habitat qu’on rencontre le long
du Logone aussi bien du côté camerounais que tchadien.

[Link]. Des problèmes de routes

La place de la route est non négociable en période de crise. La route permet aux
populations de quitter l’espace inondé afin de se mettre à l’abri d’une catastrophe. La
disponibilité de routes carrossables permet de transporter les biens périssables pour protéger les
moyens de subsistance. En 2012, lorsque l’ensemble des 11 arrondissements du département
du Mayo Danay étaient touchés par les inondations, certaines communautés humaines étaient

40
Kana (2017a et 2017b) estime qu’entre Maga et le Lac Tchad, le Cameroun a connu entre 1986 et 2016, 1 397
ha d’engraissement et 543 ha de recul.
197

bloquées dans les eaux sans moyens de s’extirper de la menace grandissante. Il s’agit en
l’occurrence des populations des arrondissements de Gobo, Guéré, Datcheka, Kaï-kaï, Wina et
Vélé ou les pistes avaient complètement disparu sous les eaux. Seul l’usage de pirogues
malheureusement en nombre insuffisant avait donné la possibilité de sauver la vie des
populations notamment les plus vulnérables (femmes enceintes, enfants et personnes malades).
Dans certaines conditions, le niveau de l’eau met les routes hors service sans être suffisant pour
la circulation des pirogues (planche 10).

Planche 10 : Mauvais état des routes dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun en saison
des pluies (Source : Saha, août 2017)

La route est aussi la voie d’accès de secours. Pour l’essentiel postées à Maroua et
Kousseri, les unités de secours ne peuvent accéder aux populations des zones enclavées pour
apporter l’assistance nécessaire. Il en est de même des autorités administratives dont les visites
de terrain se limitent souvent aux localités connues et accessibles. D’autres indicateurs internes
à ces structures de secours augmentent leur incapacité et leur inefficacité d’action sur le terrain.
198

[Link]. La mauvaise qualité du bâti

En 2002, les résultats de l’ECAM 2 révèlent que dans la Région de l'Extrême-Nord


seulement 8,9% des maisons ont un mur moderne et 29,3% des toits sont en matériaux définitifs
(DSCN, 2002). En 2015, lors de la publication des Enquêtes par Grappes à Indicateurs
Multiples (MICS5), les données ont légèrement changé ; toutefois, la Région de l'Extrême-Nord
présente toujours la plus mauvaise qualité du bâti au Cameroun (tableau 51).

Tableau 51 : Caractéristique des logements au Cameroun par région

Régions en plus de Pourcentages


Douala et Yaoundé
Sol fini Toit fini Murs finis Moyenne
Douala 94,3 100 97,1 97,13
Yaoundé 94,3 99,7 91,8 95,27
Littoral 73,7 99,9 67 80,20
Sud 59,8 99,2 62,3 73,77
centre 61,4 93,8 66 73,73
Adamaoua 63,8 79,3 75,6 72,90
Sud-Ouest 72,1 95,7 46,5 71,43
Ouest 53 99,9 55,1 69,33
Nord-Ouest 49,7 90,4 49,4 63,17
Est 46,7 65,6 54,8 55,70
Nord 31,2 43,6 41,9 38,90
Extrême-Nord 11,3 34,4 45,9 30,53
Cameroun 57,78 87,45 57,90 67,71
Source : INS, 2015

Majoritairement (69,47%), les logements dans la Région de l'Extrême-Nord ont un


caractère provisoire en matériaux locaux. Il s’agit de maisons avec des murs en tôles ou en terre
battue ou alors en pailles, les toits en pailles et/ou de chaume, et les sols en terre non revêtues.
La planche 11 illustre quelques constructions précaires dans le département du Mayo Danay.
199

Planche 11 : Quelques styles de constructions précaires dans la plaine inondable (Source : Saha,
décembre 2013).

Les murs en terre battue se mouillent et dissolvent lorsqu’ils sont submergés. En effet,
Ces murs se transforment en boue et la structure de la maison est affectée ; l’écroulement est
dès lors inévitable. Les murs se mouillent aussi de l’eau emmagasinée dans la terre lorsque la
nappe phréatique n’est pas très enfoncée ; d’autant plus que la technique d’utilisation des
isolants n’est pas maîtrisée par les populations villageoises. Sur le même modèle, sont construits
les greniers familiaux pour la conservation des céréales. Ainsi au moment des crues les
constructions disparaissent dans l’eau emportant tous l’équipement familial y compris les
moyens de subsistances. Le choix des toits en terre ou en pailles est aussi peu durable dans le
contexte des inondations et des pluies extrêmes dont les épisodes se répètent dans la zone ces
dernières années. Pendant les pluies, la protection de ces toits est partielle et une quantité non
négligeable d’eau traverse mettant ainsi en péril la vie des habitants et même les biens matériels.
Les pluies et les vents fragilisent progressivement ces maisons jusqu’à l’écroulement.

Dans ces conditions où, le seul abri des populations est périssable à cause de leur forte
sensibilité, les inondations sont de nature à ruiner les vies des populations. Parmi les victimes
lors de crise importante, certains décès sont dus à l’écroulement de maisons sur les occupants.
La forte proportion des sans-abri parmi les victimes exprime à souhait la fragilité des maisons
dans la plaine. Sous le même modèle, sont construites certaines infrastructures communautaires
(école, marché…) qui subissent le même sort.
200

[Link].Les aménagements hydrauliques non entretenus

Dans la plaine de la Région de l'Extrême-Nord, la submersion saisonnière donne la


possibilité aux populations de pratiquer non seulement les cultures inondées comme le riz mais
aussi des cultures de décrue qui profitent des dépôts alluviaux. Au lendemain des
indépendances, le Cameroun prend de nombreux engagements dans le domaine de
l’agriculture : augmenter la production, améliorer la productivité de toutes les spéculations,
améliorer le revenu du monde rural et développer des structures de transformation. Pour
atteindre ces objectifs, l’État avait mis en place et par filière d’activité des structures
d’encadrement des producteurs. Dans cet ordre d’idées, s’inscrit la création de la SOCAPALM,
la SODEBLE, la SODECOTON, l’UCCAO… Dans le domaine de la riziculture, trois structures
furent mises en place notamment la Société d’Expansion et de Modernisation de la Riziculture
de Yagoua (SEMRY) en 1971, la Upper Noun Valley Development Authority (UNVDA) en
1970 et la Société de Développement de la Riziculture dans la Plaine de Mbo (SODERIM) en
1978.

L’objectif affecté à ces trois structures par les autorités est l’encadrement des riziculteurs
chacune dans sa zone d’intervention afin de produire suffisamment de riz pour répondre à la
demande nationale. Dans la Région de l'Extrême-Nord, l’action de la SEMRY s’inscrit dans les
objectifs suivants :
- la création, l’acquisition, l’exploitation et le développement de toutes les activités
agricoles, notamment la culture du riz dans la Vallée du Logone ;
- la création et la gestion de tous les ouvrages d’aménagement hydro-agricoles et routiers ;
- l’assistance, l’animation et le conseil aux exploitants ou à leurs groupements ;
- la recherche et la production de semences de base ;
- la participation à toutes les opérations agricoles, industrielles ou commerciales.

C’est pour répondre à ces différents objectifs que la SEMRY engage de grands travaux
hydrauliques. À la fin des années 1970, de grands travaux sont lancés dans les départements du
Logone et Chari et du Mayo Danay. L’objectif de construire une digue sur le Logone entre
Yagoua et Tékélé (70 km) est atteint. Il en est de même de la digue de Maga entre Pouss et
Guirvidig (27 km). Des aménagements similaires sont construits dans la zone du lac Tchad pour
protéger l’habitat humain en pleine expansion. Ces ouvrages et leurs équipements annexes
(ouvrages de prise d’eau, déversoir de Pouss, chenal d’alimentation de Djafga, et évacuateur
des crues du mayo Vrick) permettent de mettre en exploitation des milliers hectares de casiers
201

rizicoles dans le cadre du projet SEMRY dans les arrondissements Vélé, Kaï-kaï et Yagoua et
de 7000 ha dans l’arrondissement de Maga (figure 81).

Figure 81 : Digues du Logone et de Maga dans le département du Mayo Danay (Source :


Roupsard, 2000 et INC, 2011).
Comme des boucliers, ces ouvrages hydrauliques conduisent à l’exondation permanente de
grandes superficies d’une part exploitées pour l’agriculture et d’autre part pour l’habitat. En
2007, le Ministère de la Planification, de la Programmation du Développement et de
l’Aménagement du Territoire (MINPLADAT)41 procède à une évaluation de la digue du
Logone, de nombreuses faiblesses sont mises en exergue. Plusieurs facteurs sont évoqués :
- le manque d’entretien ;
- de mauvaises pratiques agricoles ;
- le passage régulier des troupeaux d’animaux ;

41
Ancienne appellation de l’actuel MINEPAT
202

- le vent ;
- les déferlements en périodes humides ;
- les infiltrations ;
- l’usure du temps.
Entre, Gobo et Kousseri, 38 points défectueux étaient visibles. La zone endiguée étant la
plus touchée (figure 82).

Coordinate system : WGZ 1984


UTM Zone 33N
Projection : Transverse Mercator
Réalisation : SAHA

Figure 82 : Points défectueux de la digue et des berges du Logone entre Gobo et Kousseri
(Source : ERE DÉVELOPPEMENT, 2007)
Par des méthodes artisanales (sacs de sable), les populations se débrouillaient tant bien que
mal à colmater les brèches. Dans ces conditions les digues représentaient désormais par leurs
fragilités plutôt un danger pour les populations riveraines. Les inondations de 2012 et 2013 ont
alors aggravé la dégradation de ces ouvrages. Les aménagements engagés dans le cadre du
PULCI présagent pour la zone des lendemains meilleurs. Le tableau 52 résume les indicateurs
des facteurs fonctionnels de vulnérabilité.
203

Tableau 52 : Récapitulatif des facteurs fonctionnels dans l’exposition et la sensibilité des


populations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun
Facteurs Mesure Implication sur la vulnérabilité
fonctionnels
- la densité moyenne des Les populations présentes dans
Mauvais choix populations dans la plaine les Yaéré et sur les rives des
des sites de inondable est de près de 40 cours d’eau sont les premières
constructions habitants/km2 affectées en période des crues
- Près de 75% des constructions se
trouvent le long de cours d’eau
- Plus de 90% des routes sont non Le manque de routes en période
carrossables en saison des pluiesde crues rend difficile la mobilité
Manque de route des populations recherchant un
abri pour se soustraire de la
catastrophe et l’accès des secours
est difficile voire impossible
- 91,1% de murs en matériaux Les maisons en matériaux locaux
Mauvaise qualité locaux non durables ne résistent pas à la submersion
du bâti - 70,7% des toits en matériaux en période crue
locaux non durables
- Plus de la moitié des puits sont L’accès difficile à l’eau en
Problème non aménagés et sont hors période de crue entraine la
d’accès à l’eau services en période de crues consommation d’eau souillée
pouvant déclencher des
épidémies
Source : Calcul SIG, DSCN 2002 et enquêtes de terrain (août, 2017).

Les facteurs techniques et fonctionnels se positionnent en première ligne dans la


construction de la vulnérabilité dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Ce sont
pourtant de problèmes aux solutions connues mais difficilement applicables dans le contexte
local.

4.2.3. Facteurs contingents de vulnérabilité aux inondations dans la Région de


l'Extrême-Nord du Cameroun

Il s’agit dans ce contexte de caractéristiques évolutives qui influencent l’état de la


vulnérabilité. La perception et l’évolution administratives sont les principaux facteurs auxquels
il faut ajouter l’intervention des médias et les structures de secours.
204

[Link]. Maillage administratif de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun et


inondations

Un certain nombre de facteurs de vulnérabilités trouvent leur explication dans les


découpages et redécoupages administratifs qu’a connue la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun. Premièrement, l’obsession des autorités traditionnelles, coloniales puis de l’État
indépendant de créer des représentations de l’administration dans tous les recoins du territoire
a conduit à une grande dispersion des populations avec des concentrations dans les pôles érigés
à tour de rôle en chefs-lieux de circonscriptions. Même dans les espaces difficiles
d’aménagement, des circonscriptions administratives ont été créées. On peut remarquer le cas
des arrondissements de la plaine de Waza Logone où, malgré la récurrence des inondations, le
nombre de circonscriptions administrative est sans cesse croissant. La mise en valeur entreprise
par les populations et les autorités pour entériner les initiatives politiques se trouve confrontée
aux excès de la nature même lorsque quelques aménagements plus ou moins rudimentaires
étaient effectués. On pourrait s’interroger sur le fait que parmi les sinistres dénombrés pendant
les fortes crises, les installations gouvernementales (bâtiments administratifs, écoles,
hôpitaux…) ne soient pas épargnées. Cette réalité témoigne de la difficulté à établir et de
contrôler de manière durable des communautés dans ces arrondissements.

En outre, la création d’un nombre sans cesse croissant d’unités administratives


augmente les responsabilités de l’État et des populations. L’installation de sous-préfectures et
des services d’accompagnement ne suffit pas. Il faut surtout encadrer la population notamment
dans la mise en valeur de l’espace. On peut déplorer la prédominance de la spontanéité dans
l’installation des populations dans ce qui tient lieu de quartiers. Une politique cohérente de
développement exige la planification dans l’affectation de l’espace. Les Plans d’Occupation du
Sol (POS) devraient empêcher l’installation des populations dans les espaces où les inondations
sont fréquentes et de fortes magnitudes. Au niveau national, une loi datant de 2011 prévoit la
formulation de schemas d’aménagement durable du territoire aussi bien au niveau national que
régional et même sectoriel. L’importance de ces types de documents pour guider la politique
de planification territoriale n’est plus à démontrer. En 1947, avec la création du Parc National
de Waza dans cette zone, les autorités coloniales voulaient consacrer cette plaine à la
conservation in-situ de la forte biodiversité locale. L’inondation de la vaste plaine pendant
plusieurs mois permettait la survie d’une variété d’espèces végétales et par conséquent, la faune
locale était également très diversifiée. L’émiettement territorial et politique a encouragé
l’installation incontrôlée des populations y compris dans les espaces les plus inondables où ils
205

subissaient chaque année la fureur des eaux de crue ; l’augmentation progressive des densités
renforçant les vulnérabilités. Le regroupement de populations dans des camps de sinistrés
témoigne de l’échec de la politique préventive ; même si on peut déplorer la construction de
certains camps de sinistrés dans les espaces où les populations subissent les mêmes problèmes
au fil des années. En ce moment où les inondations sont renforcées par les changements
climatiques, il est nécessaire de faire une discrimination du territoire en fonction des niveaux
d’exposition afin de choisir les espaces à moindre mal où on pourrait favoriser l’installation
durable et contrôlée des populations.

On peut aussi remarquer que l’encouragement administratif de la dispersion de la


population sur le territoire exige l’ouverture de routes, la construction d’hôpitaux, d’écoles,
l’extension des réseaux d’adduction d’eau et d’électricité pour offrir un cadre de vie décent aux
habitants. Pourtant certains arrondissements ne sont considérés comme tel que parce qu’ils
possèdent une sous-préfecture même si parfois le chef de ce service réside ailleurs pour
s’extraire de la précarité de l’espace qu’il gouverne. On déplore le manque de routes
carrossables surtout en saison de pluie. Pourtant, il s’agit d’un équipement cardinal en cas de
catastrophe non seulement pour l’accès des secours mais également pour permettre l’évacuation
des populations sinistrées. L’absence d’hôpitaux ou leur éloignement ainsi que des services de
secours (sapeurs-pompiers, SAMU et croix rouge) entraîne également du retard dans la prise
en charge des victimes en cas de catastrophe. La création de nouveaux arrondissements sans la
dotation de services d’éducation encourage l’analphabétisme c’est-à-dire l’absence de
préparation des populations aux risques qui se posent à leur environnement.

Un autre acte administratif comme la création du Lac de Maga en 1979, puis, son érection
en arrondissement en 1982 a drainé une foule importante de populations de tout le pays et même
de la sous-région (Arditi, 1985). Si l’objectif affiché à l’origine était le développement de la
culture du riz, des activités piscicoles, commerciales et administratives se sont également vues
réconfortées. De nos jours, cet arrondissement est au second rang de la puissance
démographique juste après l’arrondissement de Yagoua pour ce qui concerne le département
du Mayo Danay. Si les populations appréciaient les opportunités économiques de
l’arrondissement de Maga, elles sont aujourd’hui confrontées à une triste réalité. Les autorités
ont montré leurs limites dans le contrôle du lac et les débordements de plus en plus fréquents
menacent sérieusement la vie des populations et de leurs biens.
206

[Link]. La problématique des structures de secours et de l’organisation des secours

Dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun, il existe des unités de sapeurs-pompiers


(Maroua et Kousseri) et des comités locaux de la Croix Rouge Camerounaise (CRC) existent
jusqu’au niveau des arrondissements. En temps de crise, l’aide des différents hôpitaux (publics
et privés) est requise pour assister les populations. La présence de toutes ces structures semble
manifester une certaine sécurité ; pourtant, il n’en est rien. Cette situation est imputable à deux
facteurs :
- l’absence de communication : La population dans son immense majorité ignore les
attributs des unités de secours. La croix rouge par exemple est associée au football. En
effet, c’est généralement dans des stades qu’on aperçoit les volontaires secouristes
pendant les rencontres sportives. Pour ce qui est des sapeurs-pompiers, les populations
les considèrent difficilement comme un atout, car ils agissent seulement dans les cas
très graves ; lorsque la totalité de l’opinion nationale et même internationale est
mobilisée. En outre, le numéro vert des sapeurs-pompiers (118) est inconnu d’une
importante frange de la population. Les hôpitaux quant à eux sont des entreprises à but
lucratif qui volent au secours de ceux qui disposent des moyens conséquents.
- le manque de ressources logistiques : les interventions sur le terrain nécessitent
d’importantes ressources techniques et logistiques. Pourtant, en déhors des services
adminisatratifs, la région manque de structure formelle de coordination des
interventions ; en cas de crise. Une telle structure aiderait à mobiliser toutes les
ressources de la région pour les rendre disponibles pour des interventions. Seuls les
grands hôpitaux disposent de quelques ambulances pour la plupart en mauvais état. La
croix rouge présente un manque criard en matériels logistiques ce qui ne les permet pas
de faire des interventions promptes dans les quartiers.

Dans la plaine inondable de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun, les populations


comptent plus sur une entraide communautaire. En outre, l’enclavement des zones à risques
rend chimérique toute intervention de secours. Il serait donc opportun de créer des unités de
secours dans les arrondissements et aussi d’organiser de temps en temps des formations en
premiers secours pour renforcer les capacités des populations à se prendre en charge en cas de
catastrophe.
207

[Link]. Faible intervention des médias

Dans la prévention comme dans la gestion opérationnelle des risques, la communication


joue un rôle très important. D’abord dans la sensibilisation des populations sur les risques
auxquels elles s’exposent, les radios, les télévisions et les journaux nationaux et locaux
devraient jouer un rôle important. En période de crise et en l’absence de systèmes d’alertes les
radios locales sont les principaux outils nécessaires à l’information des populations pour éviter
la panique qui généralement aggrave les dommages. Pourtant, la plupart des médias locaux sont
plus tournés vers le traitement d’informations sensationnelles. Il serait très utile et opportun
d’initier sur les radios locales des émissions sur la prévention des risques. Ces émissions
pourraient informer les populations sur :

- la réglementation en matière de construction ;


- la fonction des unités de secours et le moyen de les contacter ;
- la périodicité des inondations ;
- les gestes élémentaires de premiers secours, etc.

[Link]. Perception du risque encouru

Gleyze (2002) appréhende la perception comme la troisième composante du risque aux


côtés de l’aléa et de la vulnérabilité. En effet, l’impact de la construction sociale du risque par
les communautés et les individus doit nécessairement être pris en compte dans toutes les
politiques visant l’évitement des dommages dans les zones exposées à différentes sortes d’aléas.
Une bonne perception du risque réduit la vulnérabilité des populations et améliore leurs
capacités d’adaptation. Citant Bernier (1999), Gleyze (2002) présente la perception comme
étant : « l’interprétation technique et psychologique du risque que chaque individu formule
intérieurement ». Cette dualité de la perception offre une fenêtre pour son analyse.

[Link].1. Interprétation technique des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord

La faiblesse de la pente dans les plaines, la concentration de la pluviométrie et la faible


perméabilité des sols sont les principaux facteurs de l’évidence des inondations dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun. Interrogées sur la cause des inondations, les populations
relèvent une diversité de facteurs en fonction des zones occupées (figure 83).
208

Remonté de la
Relachement au lac nappe phréatique
5% 4%
Brèche sur la digue
Monté de l'eau dans 11%
le Yaéré
8% Débordement du
cours d'eau
Débordement du lac 17%
11%

Relief plat
16%
Fortes pluies
16% Sol imperméable
12%

Figure 83 : Causes des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun (source :


Enquêtes de terrain, 2017).

Cette figure traduit une bonne interprétation technique du risque par les populations. Ces
dernières comprennent en quelque sorte l’occurrence des inondations. Cela est favorable à la
perception. Dans ces conditions, l’on espère le développement de mesures de résilience. En
effet en fonction de leurs moyens, de la maitrise de techniques et la connaissance empirique de
l’aléa on découvre dans la région une grande diversité d’actions préventives contre les
inondations (constructions sur pilotis, élévations des sites de construction, mise en place de
diguettes, etc.).

L’interprétation physique du risque repose également sur la période de retour, la


possibilité d’une protection privée et les modalités d’expositions. L’Extrême familiarité avec
les inondations due à une période de retour presque annuelle conduit à une certaine banalisation
du risque ; il s’agit d’une modalité défavorable à la bonne perception (Dauphiné, 2003). En
milieu rural comme en ville l’expression consacrée est « vivre avec les inondations ». La
focalisation sur les effets bénéfiques pour l’agriculture, la pêche et même l’élevage occulte en
quelque sorte le danger de ce phénomène lorsqu’on considère les infrastructures, la santé des
populations, etc. Cette situation est à l’origine d’une divergence d’appréhension entre les
populations et les autorités. Alors que ces dernieres s’engagent à lutter contre les inondations
209

considérées comme freins au développement. Au sujet des méthodes de protection développées


par les populations, les pratiques locales ancestrales ont fait la force des populations dans la
plaine. Le calibrage de ces techniques sur la maitrise du fonctionnement naturel de la plaine est
explication de leur caducité dans le contexte d’anthropisation des écosystèmes pour les rendre
« plus productifs42 ».

[Link].2. Appréhension psychologique des inondations dans la Région de l'Extrême-


Nord

Cette section scrute les aspects inhérents aux catastrophes causées par les inondations et
qui influencent la perception. Dans la Région de l'Extrême-Nord, chaque ménage a déjà été
victime des pertes dues aux inondations ou alors aux pluies violentes qui endommagent les
cultures. La forte dispersion spatiotemporelle de l’endommagement produit a un effet terrifiant
des inondations et avec des effets aussi bien immédiats que dilués. La présence de personnes
déplacées à cause des catastrophes ravive une mémoire du risque favorable à la bonne
perception. Les fréquentes opérations de distribution de l’aide alimentaire aux victimes de
catastrophes dans la région en affirmant l’incapacité de ces derniers à satisfaire leurs besoins
participent à la construction de cet effet terrifiant. À l’opposé de ces aspects négatifs favorables
à la bonne perception du risque, la large gamme de retombées économiques, la réversibilité de
certaines pertes comme la destruction des cases et l’interventionnisme des institutions
dégradent la perception.

Au sujet des bénéfices, ils sont connus. Dans la plaine inondable, l’augmentation du
niveau de l’eau est favorablement accueillie par les pêcheurs. En effet c’est lorsque les cours
d’eau se rechargent que les poissons circulent aisément empruntant « les canaux de pêches43 »
(Kolaouna Labara, 2017). C’est également à cette période que le poisson atteint les terres les
plus éloignées pour le grand bonheur des petits pêcheurs. Les données régionales présentent
une réapparition de certaines espèces rares de poisson en 2012 44. Les captures de cette année
avaient atteint des records (Bame et Kamma, 2017). Autant les pêcheurs redoutent les
inondations ; causes de destruction de leurs cases, autant ils en tirent un grand bénéfice
économique (Abame et al., 2010). Pour ce qui est des éleveurs, la remontée du niveau de l’eau

42
Objectif des autorités étatiques responsables de différents projets d’endiguement et mise en place de périmètres
rizicoles.
43
Sorte de cours d’eau artificiels mise en place illégalement par les populations des arrondissements de Zina et
Logone Birni pour faciliter les captures de poissons.
44
Pour une production annuelle moyenne de 460 tonnes de poissons, l’arrondissement de Maga a produit 565
tonnes en 2012 soit une augmentation de 23%.
210

entraîne le rechargement maximal des lacs, des mares d’eau, des mayos et de la nappe
phréatique pour l’hydratation des animaux (Ayissi et Mboh 2010). Les pâturages se
reconstituent aussi de manière satisfaisante pendant les années très pluvieuses. Pour ces
derniers, les inondations sont redoutées au moment où elles sévissent (submersion des pâturages
et menace de destruction des cases) ; mais, cela signifie aussi une année glorieuse dans
l’activité. Les planteurs ont besoin d’un certain niveau d’eau pour leurs activités. Le déficit
pluviométrique est craint pour les cultures pluviales. En outre, les années moins pluvieuses, les
sols argileux ne s’humidifient pas suffisamment pour le sorgho de saison sèche. Dans ces
conditions les inondations sont sources d’abondance des céréales ; pourvu qu’un certain niveau
catastrophique ne soit pas atteint. Ainsi, la bonne perception des bénéfices liés aux inondations
dans la Région de l'Extrême-Nord diminue la perception du risque par les populations.

Parmi les dix régions administratives du Cameroun, la Région de l'Extrême-Nord est la


plus peuplée (BUCREP, 2010), mais également, la plus en retard lorsqu’on considère les
aspects sociaux comme la pauvreté, la faim, l’alphabétisation et même l’accès aux soins. Ainsi,
la présence dans la région d’une diversité d’organismes internationaux et nationaux d’assistance
humanitaire. Presque chaque année, pour une cause ou une autre (sècheresse, inondation,
criquets migrateurs…), l’aide est distribuée aux populations. Si l’effet escompté est d’éloigner
le spectre de la faim, il se met en place « une mentalité d’assistés »45. Il s’agit d’une perte de
responsabilité par les chefs de familles. Pour le sous-préfet de Maroua 1, coordonnateur de
l’équipe de recensement des victimes des inondations de 2012 dans son unité de
commandement, certaines personnes non sinistrées utilisent des supercheries pour avoir leurs
noms sur les listes des victimes. Certaines victimes se débrouillent pour s’enregistrer
doublement pour se tailler « la part du lion » lors de l’assistance. Cet état de choses détériore
considérablement la bonne perception du risque par les populations. Il est préférable de les
assister dans les mutations nécessaires à la forte dynamique (naturelle et anthropique) en cours
dans les écosystèmes. Le tableau 53 présente presqu’une vingtaine de facteurs d’analyse de la
perception.

45
Propos de M. Amadou Abdoulaye, responsable du centre documentation de la MIDIMA à Maroua
211

Tableau 53 : Les facteurs de perception du risque

Facteur Modalité augmentant la Modalité diminuant la


perception perception
Potentiel catastrophique Concentration dans le Dispersion spatio-
temps de l’espace temporelle
Familiarité Non familier Familier
Compréhension Incompréhensive Compréhensive
Incertitude Incertitude scientifique Certitude scientifique
Contrôle personnel Incontrôlable Contrôlable
Volonté d’exposition Involontaire volontaire
Effets sur les enfants Fort Faible
Date des effets Effets dilués Effets immédiats
Effets sur les générations futures Effets prévus Effets non prévus
Identification des victimes Victimes identifiées Victimes statistiques
Terreur Effets terrifiants Effets non terrifiants
Effets des institutions Institutions absentes Institutions engagées
Médiatisation Forte Faible
Historique de l’accident Fréquent Rare ou inconnu
Équité Impacts inéquitables Impacts équitables
Bénéfices Bénéfices inconnus Bénéfices perçus
Réversibilité Impacts irréversibles Impacts réversibles
Implication personnelle Forte Faible
Origine Bien attribuée Incertaine (hasard)
Source : Covello (1992) cité par Dauphiné (2003)

Dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun, la bonne appréciation des causes des


inondations et l’accoutumance à l’endommagement concourent à la bonne perception du risque
par les populations. À l’opposé, la faible période de retour, l’illusion d’une capacité de contrôle,
l’intervention régulière des institutions en place, l’importance des bénéfices des crues et la
réversibilité des pertes dégradent cette perception. Entre le milieu urbain et la campagne, on
peut dégager certaines divergences. Dans les grandes villes comme Maroua, Kousseri, Yagoua,
la diversité socioculturelle et économique de la population et les difficultés d’accès aux
logements influencent la perception du risque.

[Link]. L’acceptation et l’accoutumance au risque

Nelkin (1989) et Ogden (1995) pensent que le risque ne peut pas être traité en dehors du
cadre social et culturel dans lequel les personnes exposées évoluent. Ces auteurs démontrent
212

ainsi l’impact des prédispositions mentales telles que l’acceptation et l’accoutumance au risque.
L’analyse de l’acceptation du risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun est assez complexe. Il faudrait prendre en considération le type d’inondations auquel
la communauté concernée est exposée, les caractéristiques propres de cette communauté en ce
qui concerne les types de constructions et les activités pratiquées. Dans les villages de pêcheurs,
la productivité de l’activité permet aux populations de réparer « aisément » certains dégâts des
inondations à l’entame de la saison sèche. C’est notamment le cas des populations vivant dans
la zone de marnage du lac Maga et les marécages autour du lac Tchad conscientes de leur
situation d’occupation illégale. La perte de récoltes par les planteurs est une situation
catastrophique au vu du déficit céréalier permanent que présente cette région. Toutefois, la mise
en valeur des espaces à risques n’ignore pas la réalité du risque. Il est vrai que le volume des
eaux de crue surprend pendant les années les plus humides ; mais les populations sont
conscientes du danger. Dans cet état de choses, les populations « supportent » ce qui arrive ;
car elles reconnaissent leur responsabilité. Elles assument ce qui est le signe de leur acceptation
du risque encouru. Toutefois, il convient de remarquer que cette acceptation concerne beaucoup
plus les pertes matérielles (maisons détruites, plantations dévastées, animaux noyés et autres
biens endommagés). Lorsque l’aléa porte atteinte à la vie, les populations ont du mal à accepter
des malheurs de cette gravité ; il n’est pas rare de dénombrer des maisons abandonnées dans
certains arrondissements surtout en milieu urbain.

4.2.4. Quantification et cartographie du risque inondations dans la Région de l'Extrême-


Nord du Cameroun

Les éléments décrits précédemment (4.2.) permettent de quantifier et de spatialiser la


vulnérabilité.

[Link]. Quantification de la vulnérabilité

La vulnérabilité dépend d’un grand nombre de facteurs dans la Région de l'Extrême-Nord


du Cameroun. Les éléments comme l’incidence de la pauvreté, la densité des populations, la
perception du risque et l’entretien des ouvrages de protection sont prépondérantes dans la
quantification (tableau 54).
213

Tableau 54 : Indicateurs et quantification de la vulnérabilité

Indicateur Donnée réelle Donnée Coefficient de Valeur


normalisée pondération pondérée
Sensibilité Incidence de la Variable (74,3% 5
pauvreté en moyenne) 8 1,42
Qualité du bâti Mauvaise qualité 7,5 3 0,80
Routes Très mauvais état 7 2 0,50
Choix du site de Mauvais choix 3
construction 6 0,64
Perception et Bonne 4
acceptation du
risque 5 0,71
Pratiques Diversifiée 3
économiques 4,2 0,45
Ouvrages de Insuffisant 4
protection 6,7 0,95
Densité des Forte 4
populations 7,5 1,07
Valeur de la sensibilité 28 6,54

Globalement la vulnérabilité se situe à 6,54/10 dans la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun. Il s’agit d’un taux moyen qui cache une forte variabilité lorsqu’on considère une
échelle plus fine.

[Link].Cartographie de la vulnérabilité

Pour ce qui est de la vulnérabilité et de la capacité d’adaptation, en 2002, sur la base des
ECAM 2, un profil de la région avait été dressé. Ce rapport spatialise les données sur l’incidence
de la pauvreté et la qualité du bâti en divisant la région en trois zones. Concernant le plan
d’urgence, la zone du PULCI présente une avancée par rapport au reste de la région. Les
données mises à jour du recensement de 2005 permettent de ressortir différentes classes de
densités. Le tableau 55 reclasse ces différentes données dans l’optique de l’analyse multicritère
hiérarchique.
214

Tableau 55 : Reclassement des données de vulnérabilité et d’adaptation


Critère de spatialisation
Classe Pauvreté Qualité du bâti Préparation au Densité
risque
4 5-49
5 Plaine humide Plaine sèche Zone du PULCI 50-99
6 100-149
7 Montagne Plaine humide Reste de la région 150-199
8 200-499
9 Plaine sèche Montage 500-1000

L’incidence de la pauvreté s’en sort avec le plus grand poids. En considérant la pauvreté
à différentes niveaux et échelles, il s’agit du facteur qui structure toute la vulnérabilité dans la
Région de l'Extrême-Nord. La qualité du bâti et la préparation au risque en sont des corollaires.
La densité des populations présente en quelque sorte l’enjeu principal. Il s’agit du facteur le
plus déterminant (2,35) de la vulnérabilité (tableau 56).

Tableau 56 : Fiche d’attribution des scores aux facteurs de vulnérabilité

Numéro 1 2 3 4
Incidence de Qualité du Préparation à
Critère la pauvreté bâti la catastrophe Densité
Incidence de la
1 pauvreté 1,00 3,00 5,00 7,00
2 Qualité du bâti 0,33 1,00 1,00 1,00
Préparation à la
3 catastrophe 0,20 1,00 1,00 0,33
4 Densité 0,14 1,00 3,03 1,00
Somme 1,68 6,00 10,03 9,33
/// Matrice de standardisation
Incidence de Qualité du Préparation à
Critère la pauvreté bâti la catastrophe Densité Poids
Incidence de la
1 pauvreté 0,60 0,50 0,50 0,75 2,35
2 Qualité du bâti 0,20 0,17 0,10 0,11 0,57
Préparation à la
3 catastrophe 0,12 0,17 0,10 0,04 0,42
4 Densité 0,09 0,17 0,30 0,11 0,66
Source : Saaty (1980).
215

La formule suivante permet de superposer les quatre facteurs pour spatialiser la


vulnérabilité dans la Région de l'Extrême-Nord :

Vulnérabilité = (incidence de la pauvreté*2,35)+(qualité du bâti*0,57)+(préparation au


risque*0,42)+(Densité*0,66)

Le résultat est une carte avec 16 classes de 17-32 (figure 84). La ville de Maroua par ses
très fortes densités et sa situation en zone de forte incidence de la pauvreté est la zone la plus
vulnérabilité aux risques naturels en général et aux inondations en particulier dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun. La grand Yaéré (arrondissement de Zina et Waza) et la zone de
marnage du lac Tchad par leurs faibles densités par leurs faibles densités sont moins
vulnérables.

Coordinate system : WGZ 1984


UTM Zone 33N
Projection : Transverse Mercator
Réalisation : SAHA

Figure 84 : Spatialisation de la vulnérabilité dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun


216

En dehors de l’arrondissement de Yagoua qui a de fortes densités, la zone concernée par


le PULCI (Maga, Kaï-kaï, Vélé et Yagoua) est faiblement ou moyennement vulnérables grâce
à l’existence d’un plan de contingence au risque en application. Il s’agit en réalité d’un élément
d’adaptation écrit au chapitre 6 ([Link].)

[Link].Cartographie du risque

La description de l’exposition et vulnérabilité rend possible la cartographie du risque. La


formule : « risque =aléa (exposition)*vulnérabilité » est mis en application. La couche
d’information sur la spatialisation des occurrences du risque est associée pour rapprocher le
résultat de la réalité de terrain (figure 85).

Coordinate system : WGZ 1984


UTM Zone 33N
Projection : Transverse Mercator
Réalisation : SAHA

Figure 85 : Spatialisation du risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun
217

La ville de Maroua ; zone la plus vulnérable avec une occurrence quasi annuelle des
inondations est plus à risque. La zone de marnage des lacs et l’espace de décharge des eaux du
Logone sont également fortement à risque tout comme la ville de Kousseri. En dehors de
l’arrondissement de Mokolo, toute la zone montagneuse présente un risque faible (faible
exposition et faible occurrence). Malgré le fait que l’arrondissement de Waza fasse partie du
Yaéré son niveau de risque est faible ; ceci grâce à ses faibles densités et la faible occurrence
de catastrophes.

4.3. Conséquences des inondations dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun

Léone (1996) et Tchindjang (2012) définissent quatre niveaux


d’endommagement (préjudices corporels, pertes fonctionnelles, dommages structurels et
menaces sur les pratiques culturelles) dans l’évaluation des conséquences des risques naturels.
Le tableau 57 présente les indicateurs de mesure de chaque niveau d’endommagement dans la
Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.

Tableau 57 : Grille d’évaluation des conséquences des inondations dans la Région de


l'Extrême-Nord

Niveau d’endommagement Indicateurs


Nombre de vies humaines perdues
Préjudices corporels Nombre de personnes traumatisées
Nombre de personnes déplacées
Nombre de personnes sans abris
Taux d’attaque des maladies vectorielles et/ou hydriques
Dommages structurels Nombre de cases et de maisons endommagées
Superficie des exploitations agricoles endommagées
Matériels de pêche perdus
Pertes fonctionnelles Longueur des routes endommagées
Nombre de ponts cassés
Nombre de radiers cassés
Retard et ou trouble dans les établissements scolaires
Menace sur les pratiques Évolution de la perception du risque
culturelles Évolution du choix du modèle et des matériaux de
construction

Source : Adapté de Léone (1996) et Tchindjang (2012)


218

4.3.1. Préjudices corporels

En occupant l’espace à risque l’homme est le principal enjeu de la catastrophe. Les pertes
en vie sont à craindre au même titre que d’autres formes d’atteinte à l’intégrité physique ou
morale.

[Link].Pertes en vies humaines et sans abris

L’ampleur des préjudices corporels est déterminante pour l’appréciation de la gravité


d’une inondation et même de toute autre catastrophe. Entre 1970 et 2017, les inondations ont
fait 149 morts dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Les années les plus meurtrières
étant 1994, 2005 et 2012. En dehors des morts, on peut aussi relever les personnes sans-abris
obligées de se déplacer (tableau 58).

Tableau 58 : Pertes en vies humaines et sans abris dus aux inondations (1970-2017) dans la
Région de l'Extrême-Nord

Année Morts Nombre de personnes sans abris


1970 ND 500
1975 0 1889
1988 10 165
1991 2 200
1994 41 1004
1997 7 248
2000 17 206
2001 2 ND
2005 14 453
2006 2 1042
2007 8 4421
2010 12 3 000
2011 ND 4 360
2012 20 20 000
2013 1 3000
2014 ND 174
2015 5 6200
2017 8 750
Totaux 149 40 252
Source : Tchindjang et al. (2012), Godwé Mbarga (2013), Bouba et al. (2017), Molo Zogo
(2018), plan national de contingence, archives régionales, journaux d’information, et enquêtes
de terrain (2017)
Parmi les personnes sans-abris on dénombre des blessées et des traumatisées. Il s’agit
parfois de personnes qui occupaient des cases au moment de leurs écroulements ou d’enfants
sauvés de noyades. En 2017 par exemple dans l’arrondissement de Zina, 120 blessées avaient
été reçues dans les hôpitaux. Une répartition spatiale de ces victimes des inondations dans la
219

Région de l'Extrême-Nord fait émergé la ville de Maroua comme possédant la plus grande part
des pertes en vies humaines. Cette ville présente en effet la plus grande fréquence interannuelle
des inondations (annexe 8). Dans une approche de standardisation et en attribuant le score de 9
aux arrondissements qui enregistrent presque chaque année des inondations on obtient la carte
suivante (figure 86).

Coordinate system : WGZ 1984


UTM Zone 33N
Projection : Transverse Mercator
Réalisation : SAHA

Figure 86 : Spatialisation de l’occurrence des inondations catastrophiques dans la Région de


l'Extrême-Nord du Cameroun

[Link].Inondations et santé des populations dans la Région de l'Extrême-Nord

L’eau est globalement un facteur de la mauvaise santé dans la Région de l'Extrême-Nord


du Cameroun (Baska Toussia, 2013 ; Wakponou, 2016). Parfois de mauvaise qualité, elles
donnent la possibilité aux parasites, vecteurs de maladies de se multiplier.
220

[Link].1. Qualités physicochimiques et microbiologiques des eaux d’inondation

Il s’agit des eaux de surface. L’analyse des paramètres physicochimiques (température,


potentiel d’Hydrogène, salinité, matériaux en suspension, conductivité, ammonium et nitrate)
et de microbiologique (Escherichia coli) permet de se faire une idée sur leurs qualités (tableau
59).

Tableau 59 : Résultats d’analyse des échantillons d’eau


Paramètres T pH Sal MES Cnd NH4+ NO3 - E. Coli
Échantillon (°C) (‰) (mg/l) (µS/cm) (mg/l) (mg/l) (UFC/100ml)
Zina 28,8 6,64 0,04 129 90,3 0,15 0,04 1460
Zina 2 27,4 7,3 0,01 30 69 0,08 0,02 0
Kousseri 28,9 6,62 0,16 176 327 6,58 2,5 670
Maroua Palar 29 6,59 0,05 399 90 6,43 0 2330
Normes de rejets 30 6-9 / 40 / / / 2000
du MINEPDED
Norme de l’OMS 6,5-8,5 / 0 / ≤ 0,50 ≤ 0,50 0
(eau de boisson)
Source : Laboratoire Waste Water Research Unit, 2018.

Les échantillons de Zina prélevés dans le grand Yaéré à Zilim (Zina en zone non habitée
et Zina 2 en zone habitée). Il s’agit d’une eau stagnante essentiellement issue des pluies.
L’échantillon Zina 1 présente peu de turbidité parce que filtré par les végétaux. Cela explique
aussi l’absence d’E. Colis. Notons que pendant les mois d’inondation, cette eau est consommée
par les populations qui voient les autres sources d’eau souillée ou hors usage. Les résultats des
deux échantillons permettent de relever la nécessité pour les populations de s’éloigner des
maisons où l’eau est souillée pour puiser l’eau de boisson. La forte teneur en nitrate et
ammonium pourrait être aussi dangereuse pour la santé. De très fortes concentrations des sels
dissous, ammonium, nitrate, E. Colis sont dangereuses pour l’agriculture et même l’élevage
(MINEP, 2009).

Les échantillons des milieux urbains sont de mauvaises qualités microbiologiques surtout
si on considère les normes de l’OMS. La présence d’E. Colis témoigne de la pollution
notamment avec les matières fécales (OMS, 2004). Ce même mécanisme permet la
dissémination du vibrion cholérique ; agent pathogène du choléra. Il se dégage que l’eau
stagnante (Maroua) est plus polluée. Celui de Kousseri, prélevé au moment de l’inondation dans
un espace où l’écoulement est effectif est toutefois très concentrée en ammonium et nitrate. Les
221

matériaux en suspension largement au-delà des normes du Cameroun sur les eaux de surface
(MINEP, 2009). On observe parfois des enfants qui jouent dans ces eaux, le contact avec la
peau y compris avec les piétons dont les rues sont parfois inondées est dangereux. Dans les
quartiers inondés, les équipements ménagers (ustensiles de cuisine par exemple) et les puits à
ciel ouvert sont souillés.

Plusieurs institutions se sont intéressées aux paramètres physicochimiques des eaux dans
la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. La GIZ par exemple présente les résultats d’une
large gamme de paramètres pour les eaux de surface, les puits ouverts et mares dans la plaine
inondable (Vassolo et al., 2016). Pour les eaux de surface la conductivité moyenne est de 164
µS/cm ; pour un minimum et un maximum de 59 µS/cm et 296 µS/cm respectivement. Les
données du Yaéré (Zina 1 et Zina 2) et de Maroua entrent dans cette gamme. Pour ce qui est
des autres paramètres, les données de Zina sont dans les intervalles résultant des analyses de la
GIZ où les températures varient entre 26,2-33,6°C ; le pH entre 7,2-8,8 ; l’ammonium entre
0,01-0,15 mg/l et le nitrate entre 0,02-1,4 mg/l. Les eaux de Maroua et Kousseri présentent
globalement des données plus importantes sur ces paramètres.

[Link].2. Inondation et prévalence des maladies

La prévalence des maladies vectorielles et hydriques est plus élevée en saison des pluies ;
le pic qui se situe généralement en août. Pour le paludisme, 63% des cas diagnostiqués et 67%
des décès enregistrés concernent la période juillet-novembre46. Il en est de même du choléra.
Considérant le cas de 2011, c’est en août que près de 40% des cas déclarés et de décès ont été
enregistrés (figure 87).

Paludisme (2008-2017) Choléra en 2011


60 600 2000 200
50 500 1600 160
Cas en milliers

40 400
Décès

1200 120
Cas
Décès

30 300 800 80
20 200 400 40
10 100 0 0
0 0 J F M A M J Jt A S O N D
J F M A M J Jt A S O N D
Cas Décès Cas déclarés Décès enregistrés

Figure 87 : Forte prévalence des maladies en saison des pluies dans la Région de l'Extrême-
Nord (source : délégation régionale de la santé publique de l’Extrême-Nord)

46
Moyennes arithmétique calculée sur la période 2008-2017 (source : délégation régionale de la santé publique de
la Région de l'Extrême-Nord
222

Le décalage de la forte prévalence et des décès dus au paludisme est dû au processus de


décrue. En effet, même s’il ne pleut plus en novembre, décembre et même janvier l’eau stagne
en surface notamment dans les plaines et constitue les gites de développement de l’agent
vecteur. Les autres maladies comme la typhoïde, la dysenterie bacillaire, la bilharziose, les
diarrhées présentent également des courbes généralement monomodales. La distribution
spatiale du taux d’attaque de ces maladies présente les districts de santé de la plaine comme
étant très vulnérables à ces pathologies. Pour le choléra en 2011, ce sont les districts de
Kousseri, Maga et Guéré qui avaient été les plus touchés avec un taux d’attaque47 entre 473 et
731 (figure 88).

Coordinate system : WGZ 1984


UTM Zone 33N
Projection : Transverse Mercator
Réalisation : SAHA

Figure 88 : Taux d’attaque et nombre de cas déclarés de choléra dans la Région de l'Extrême-
Nord en 2011 (source : Données de la délégation régionale de la santé publique de l’Extrême-
Nord)

47
Nombre de cas déclarés sur la population totale du district de santé
223

Il ressort de la carte que les districts de la plaine ont été touchés par le choléra en 2011.
Globalement, l’insalubrité due aux défécations à l’air libre, les défaillances du système de
collecte d’ordures et le manque d’assainissement est la principale cause des maladies hydriques
et vectorielles dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Baska Toussia (2013) relève
aussi l’impact du système d’irrigation. L’inondation participe à la diffusion des déchets et des
micro-organismes responsables de la maladie. Les années de fortes inondations correspondent
ainsi à de plus larges diffusions des microbes des maladies hydriques et la souillure des sources
d’eau potable. Le contexte d’inondation est aussi une charge supplémentaire pour les agents de
santé. Il se dégage aussi que les années de fortes inondations sont également marquées par
l’importance des pertes en vies humaines dues au choléra, la dysenterie bacillaire et la fièvre
typhoïde. Le tableau 60 présente les pertes en vies humaines dues au choléra et dysenterie
bacillaire pendant les années de fortes inondations.

Tableau 60 : Décès dus aux maladies diarrhéiques pendant les années d’inondations

Nombre de morts
Année Inondation Choléra Dysenterie bacillaire
1991 2 440
1997 7 193
2000 17 0 8
2001 2 6 11
2005 14 58 5
2006 2 34 24

Source : Données de la délégation régionale de la santé publique de l’Extrême-Nord

Entre 1991 et 2006, le choléra a fait 731 morts dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun ; la dysenterie bacillaire a fait 48 morts ; pendant que 44 décès étaient directement
liés aux inondations. En dehors de ces maladies, les cas de typhoide, et même parfois de
paludisme sont plus préoccupants pendant les années ayant connues de fortes inondations.

4.3.2. Dommages structurels

Les dommages structurels en général englobent les pertes de biens par les personnes
sinistrées. Dans la Région de l'Extrême-Nord l’écroulement des maisons, la submersion des
plantations et la perte des matériels de pêches sont enregistrés chaque année ; l’ampleur
dépendant de la gravité de l’inondation.
224

[Link].Destruction des maisons d’habitations

La durée de submersion, la hauteur de l’eau, le caractère soudain ou progressif de


l’inondation et la turbidité voire la pollution de l’eau déterminent l’endommagement (CEPRI,
2014). Le recoupement des données d’archive montre qu’entre 1970 et 2017, près de 100 000
maisons ont été endommagées par les inondations dans la Région de l'Extrême-Nord. Les cases
en matériaux locaux représentent près de 90% des pertes. En 1975 par exemple, ce sont 6125
maisons qui avaient été détruites dans le département de la Diamaré. On y dénombrait 5511
cases en pailles essentiellement dans les arrondissements de Bogo, Mindif et Meri et 614
maisons en tôles à Bogo et Mindif (annexe 9). La catastrophe de 2012 a été particulièrement
dévastatrice pour l’habitat traditionnel notamment dans les départements du Mayo Danay et du
Logone et Chari. Les sources officielles relèvent de près de 60 000 cases détruites (DPC, 2015).
L’arrondissement de Wina avait perdu près de 80% de son habitat traditionnel48. En 2015 suite
à l’achèvement des travaux d’endiguement de la rive droite du Logone par le Tchad, le
déversement dans la plaine a été excessif dans la plaine notamment dans l’arrondissement de
Zina où tous les villages de trois cantons (Mazera, Godeni et Lahaï) avaient perdu des centaines
de cases (tableau 61).

Tableau 61 : Nombre de maisons écroulées dans chaque canton de l'arrondissement de Zina


suite aux inondations de septembre et octobre 2015
Canton Villages affectés Nombre de
maisons perdues
Mazera Mandjour I, Mandjour II, Mandjour III, Mandjour IV,
Tchouvouno, Manda, Maroma, Kazire, Sara Sara, Dibissa,
Patmangai, Gouba, Bangalia, Doulo, Zouang, Misde,
Blamakai, Douing, Zama, Margoue, Gourpe, Gourpe 2326
mayo, Gadabou, Manda mazera, Kazire (Gorazi), Mazera,
Hollom I, Hollom II, Hollom III, Bangalia, Tchaffa
Ngodeni Skir, Balgue, Patalvi, Zilim I, Balguei, Zilim II, Mache
Mousgoum, Godeni I, Godeni II, Bague I, Arafour I,
Ngolaham Massari, Nkarse Kotoko, Ivié, Galam, Balgue, 600
Ivié Sud, Guidiba, Karse Mougoum, Marke Kotoko,
Garbe, Patalvi
Lahaï Arainaba, Malazina, Lahaï, Alvakaye I, Alvakaye, Manka,
Tchoukouf, Sifna II, Sifna I, Sifna, Gala, Davagan, 1623
Total 4549
Source : Secrétariat particulier de la Sous-Préfecture de Zina

48
Source : entretien avec le sécretaire particulier du maire de Wina
225

[Link].Invasion des exploitations agricoles par les eaux

Au Cameroun, le secteur agricole est le plus vulnérable aux changements climatiques


(MINEPDED, 2011 ; MINEPDED, 2015a ; Tchawa, 2017). La situation de la Région de
l'Extrême-Nord est la plus préoccupante à l’échelle nationale. La sècheresse, les criquets
migrateurs, les oiseaux granivores, les extrêmes pluviométriques, les pachydermes font
d’énormes dégâts chaque année. Les cultures pluviales les plus touchées étant : le maïs, le mil,
le sésame, le sorgho sp, le coton, le riz, etc. Pendant les crues des cours d’eau et en fonction de
la vitesse d’écoulement les plantes sont couchées. En zones plates la stagnation en continu de
l’eau dans la parcelle décime les plantes ; cela dépendant de la spéculation du stade de
développement de la plante (planche photo 12).

Planche 12 : Dégâts des crues sur des parcelles de maïs à Mokio dans le Canton de Makalingaye
à Tokombéré (département du Mayo Sava) (Source : Saha, août 2018)
Interrogées sur le degré de perte en fonction des spéculations, les populations de Dana
dans l’arrondissement de Yagoua dans le département du Mayo Danay présentent le sorgho de
saison des pluies et le maïs comme les spéculations ayant subi plus de dégâts en pourcentage
de pertes en 2012 (figure 89).
226

Total

Sésame
Spéculations

Arachide

Maïs

Mil

Sorgho saison des pluies

0 5 10 15 20 25 30 35 40
%

Figure 89 : Pourcentage de perte de quelques spéculations à Dana dans l’arrondissement de


Yagoua (Source : Enquête de terrain, 2017)
La moyenne des pertes pour ces spéculations est de 19%. Légèrement supérieure aux projections de la
Banque Mondiale qui situent les pertes du secteur agricole dues aux risques climatiques entre 12 et 18% (Tchawa,
2017).

Les données disponibles pour le département du Mayo Kani font état de 4 806 agriculteurs
des sept arrondissements ayant perdu 6 600 ha de cultures (tableau 62). L’arrondissement de
Moutouroua est dans la zone de partage des eaux entre le bassin du Lac Tchad et le bassin du
Niger. Cette zone est caractérisée par une grande densité du réseau hydrographique ce qui avait
favorisé d’importantes pertes.

Tableau 62 : Bilan sommaire des inondations de 2012 dans le département du Mayo Kani

Arrondissement Ménages ayant Ménages sinistrés Superficies


perdu les cases agricoles Perdues (ha)
Kaélé 169 196 276
Mindif 83 251 58,73
Moutouroua 798 1779 4442,65
Guidiguis 131 774 601,5
Porhi 7 680 366,25
Taibong 12 146 200
Moulvoudaye 83 980 655
Total (Mayo Kani) 1283 4806 6600,13

Source : Archives de la préfecture du département du Mayo Kani


227

Les départements de la plaine humide (Mayo Danay et Logone et Chari) sont encore plus
touchés. En l’absence de données compilant les pertes aux échelles départementales, le cas de
l’arrondissement de Kaï-kaï donne une idée des coûts des pertes dues aux inondations pendant
les années catastrophiques comme 2012 et 2013.

En 2012, l’arrondissement de Kaï-kaï dans le département du Mayo Danay affichait près de


8 255 830 120 de francs CFA (12,5 millions d’€). Les détails sur les dégâts enregistrés au poste
agricole de cet arrondissement sont présentés dans l’encadré 3.

Encadré 3 : Récapitulatif des pertes agricoles dues aux inondations de 2012 dans
l’arrondissement de Kaï-kaï
- 12 000 ha de riz, soit 90% de la surface cultivée (ce qui correspond à 7 200 000 000 de francs CFA
perdus) ;
- 13 308 ha de sorgho, localement appelé mil rouges, soit 40% de production (ce qui correspond à
798 494 400 de francs CFA perdus) ;
- 292 662 ha de mil, soit 10% de la production (ce qui correspond à 17 559 720 francs CFA) ;
- 2 330 ha de niébé, soit 25% de la production (ce qui correspond à 139 776 000 francs CFA) ;
- Destruction de la presque totalité des pépinières du sorgho de contre saison qui constitue la réserve
principale de l’arrondissement (ce qui s’estime à plus de 100 000 000 francs CFA).
Source : Secrétariat particulier du sous-préfet de l’arrondissement de Kaï-kaï (2017)

En 2013 les efforts des populations de l’arrondissement de Kaï-kaï furent encore mis à dure
épreuve. Les cultures de riz et de Sorgho furent les affectées (encadré 4).

Encadré 4 : Récapitulatif des pertes agricoles dues aux inondations de 2012 dans
l’arrondissement de Kaï-kaï
- 844 ha de riz de riz détruit. Il faut noter que la culture d’un ha de riz coûte au minimum 600 000 francs
CFA. Pour les 845 ha de riz détruit, il est ainsi enregistré une perte de 507 millions XAF. En termes
de production, la perte s’élève à 2027 tonnes de riz ;
- 345 ha de sorgho détruit, soit une perte de 20 712 000 XAF, sachant que la culture d’un ha coûte au
moins 60 000 XAF. En termes de production, il s’agit d’une perte de 414 tonnes de Sorgo perdu.
Source : Secrétariat particulier du sous-préfet de l’arrondissement de Kaï-kaï (2017)

[Link].Dommages sur les activités de pêche et d’élevage

L’eau est pour la pêche aussi bien source de prospérité que de destruction. La présence de
communautés de pêcheurs dans les Yaéré et sur les rivages des cours d’eau et des lacs les
rendent particulièrement vulnérables. Pendant les années d’extrêmes pluviométries, la gravité
des pertes est au-delà du niveau de résilience. En 2012, les pertes dans le secteur de la pêche
dans les départements du Mayo Danay et du Logone et Chari étaient assez préoccupantes
(tableau 63).
228

Tableau 63 : Récapitulatif des sinistrés et des pertes en matériel par les pêcheurs de la plaine
inondable de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun en 2012
Départements Nombre de Pertes en matériels
sinistrés Pirogues Filets Cordage Hameçons Étangs
(rouleaux)
Mayo-Danay 1349 387 880 440 10000 2
Logone-et-Chari 625 146 418 307 8000 1
TOTAL 1974 533 1298 747 18000 3
Source : Délégation régionale du MINEPIA pour la Région Extrême-Nord, 2017

Il est vrai que pendant les années humides, les pâturages se reconstituent mieux et les
points d’eau se rechargent. L’inondation représente aussi une menace pour l’élevage. Dans les
zones inondables, la mobilité des animaux est extrêmement limitée pendant les mois de
submersion. Les grands troupeaux ne pouvant y séjourner à cause du niveau de l’eau qui
entraîne parfois des noyades. Dans les autres parties de la région, les populations déplorent la
submersion des pâturages en période humide. Le tableau 64 présente les dégâts enregistrés en
2012 dans les départements de la plaine inondable de la Région de l'Extrême-Nord.

Tableau 64 : Récapitulatif des éleveurs et animaux affectés dans les départements du Mayo
Danay et du Logone et Chari en 2012

Départe Nombre Nombre d’animaux déplacés Nombre d’animaux décimés


-ments d’éleveurs
sinistrés Bo- Petits Porcs Volail- Bo- Petits Porcs Volail-
vins Rumi les vins rumin les
nants ants
Mayo 1508 4562 13840 467 13794 102 5219 58 6882
Danay
Logone 506 11724 8685 // 1254 40 579 // 125
et Chari
Total 2014 16286 22525 467 15048 142 5798 58 7007
Source : Délégation régionale du MINEPIA pour le Région de Extrême-Nord, 2017

La volaille et les petits ruminants se classent en tête des pertes lors des inondations. Pour ce qui est de la
volaille, les « poulets du village » qui représentent plus de la moitié du secteur avicole dans la région sont
littéralement emportés par les eaux. Il en est de même des petits ruminants et des porcs. D’énormes efforts sont
déployés pour mettre les bovins hors de danger en raison de leurs valeurs économiques.

4.3.3. Pertes fonctionnelles

Les inondations affectent les équipements communautaires comme les routes, les ponts et
les radiers. Il en est de même des infrastructures comme les mosquées, les foyers
communautaires, les hôpitaux et les antennes téléphoniques.
229

[Link].Endommagement des routes

La route peut être considérée comme l’infrastructure la plus affectée par les inondations
dans la Région de l'Extrême-Nord. Certaines sont transformées en rivières et facilitent la
circulation de l’eau au détriment des hommes et des biens (planche 13-A). Il s’agit de routes
qui ne sont pas surélevées. Le séjour de l’eau sur la chaussée occasionnant une détérioration
rapide d’où les nids-de-poule aussi bien sur les routes bitumées qu’en terre. D’autres
connaissent une grande détérioration des conditions de circulation en devenant glissante dès les
premières pluies. Dans la plaine de Waza Logone les routes sont inexistantes pendant toute la
période humide. Certaine connaissant près de deux mètres de submersion et une végétalisation
de la chaussée (planche 13-B). Ces « routes » deviennent des voies de navigations pour de
petites pirogues qui desservent les villages.

A B

Planche 13 : Routes inondées suite aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord (Source :
Saha, août 2017)
La photo A présente le visage de la route départementale (D7) entre Datcheka et Ndgondong dans
l’arrondissement de Wina en août 2017. La photo B présente une section de la régionale (R28) dans
l’arrondissement de Zina en septembre 2017.

Globalement, le réseau routier de la Région de l'Extrême-Nord est en très mauvais état ; si


en zone montagneuse la pente est le principal problème, c’est la répétitivité des inondations qui
est le principal défi49 en plaine. Le tableau 65 présente l’état de quelques tronçons routier de la
plaine.

49
Entretien avec monsieur Wassa ; sous directeur des routes à la délégation régionale des travaux publics de la
Région de l'Extrême-Nord.
230

Tableau 65 : État de quelques routes régionales de la plaine dans la Région de l'Extrême-Nord.

Classe Libellé de la section Linéaire État de la section au


en terre 31/12/2017 (%)
(km) Bon Moyen Mauvais
Régionale Makari-Hile Alifa-Karene-Doré- 25,36 0 0 100
Limani-Katikime
Régionale Yagoua-Masgaya-Djongdong 26,17 0 50 50
Régionale Pouss-Tekele-Al Vakai-Lahay- 130,38 0 24 76
Mazera-Doulo-Ivie-Zimado-
Logone Birni
Régionale Goulfey-Makari 65,35 0 0 100
Régionale Bodo-Makary 24,80 0 0 100
Régionale Makari-Maada-Ganatir- 19,50 0 0 100
Blangoua-Ngoum
Régionale Kourgui-Limani-Amchide- 32,44 0 100
Ganse
Régionale Dana-Datcheka-Oulargo-Kar 55,49 0 50 50
Hay
Régionale Dana-Bangana-Namaina-Guibi 34,27 0 100
Source : Rapport annuel de la délégation régionale du Ministère des Travaux Public (Extrême-
Nord), 2018

Les ponts et les radiers sont aussi très fréquemment affectés par les inondations. En 2000,
c’est le pont de Makabaye à l’entrée Sud de la ville de Maroua qui avait été détruit. Dans
l’arrondissement de Gazawa 02 radiers avaient aussi été emportés. Le mauvais état des routes
dans la région pose la problématique d’accès aux secours par les populations touchées. La
destruction des routes par effet de chaîne touche moult autres facteurs de vulnérabilité. La
sécurisation des enjeux exposés par extraction de la zone exposée devient impossible. Les
pirogues de pêche et autres radeaux flottants sont généralement exploités pour éloigner les êtres
humains surtout les couches les plus vulnérables notamment les femmes et les enfants.

[Link].Endommagement d’autres infrastructures communautaires

En plus des cases, d’autres infrastructures comme les routes, les ponts, les bâtiments
scolaires, les hôpitaux, les cases communautaires, les pilonnes d’opérateurs téléphoniques, les
puits (50 puits dans l’arrondissement de Gazawa ont été endommagés par les inondations en
231

2000) sont également affectés par les inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun (planche 14).

A B

Planche 14 : Inondation que quelques infrastructures dans l’arrondissement de Zina (Source :


Saha, août 2017)

La photo A présente l’antenne de l’opérateur de téléphonie mobile MTN de la ville de Zina dans le
département du Logone et Chari inondée en 2015. Cette situation avait causé la panne de cet équipement. Les
communications étaient alors laborieuses pour cet arrondissement au moment il fallait mobiliser tous les acteurs
pour prendre la mesure du sinistre et apporter l’aide nécessaire aux victimes. La photo B présente le Centre de
Santé Intégré de la même ville également inondé en cette année 2015. Ces deux infrastructures sont construites en
dehors de la zone habitable définie par les Sao à la fondation de la ville. Ces sites sont bas inondés chaque année.
Le niveau de submersion dépendant de la pluviométrie.

Les inondations sont également très préjudiciables pour le secteur de l’enseignement dans
la Région de l'Extrême-Nord. Les routes d’accès aux établissements scolaires sont hors usage
et les salles de classe sont parfois dans l’eau. Les départements du Mayo Danay et du Logone
et Chari sont les plus affectés. C’est le cas des écoles, collèges et lycées situés le long du Logone
et dans la plaine saisonnièrement inondée de Waza Logone. Pour M. Wangnamou Jean Jacques
(chef service de la carte scolaire à la délégation départementale des enseignements secondaires
du Mayo Danay), les établissements suivants connaissant chaque année un retard de la rentrée
et les taux d’assiduité des enseignants et des élèves sont très faibles en septembre et en octobre.
Il s’agit des lycées de Djafga, Doreissou, Vounaloum, Toukou, Vélé, Tékélé, de Bégué Palam,
de Kartoua, les CETIC de Vélé, Kartoua, Doreissou et les CES de Kélé Patan et de Karmaki.
Le lycée et le CETIC de Vélé sont situés dans des dépressions favorables à la stagnation de
l’eau. Le CES de Karmaki est situé aux abords du lac de Guéré. Certains parmi ces
établissements scolaires sont en matériaux locaux et les salles de classes doivent être
renouvelées chaque année. Notons qu’en dehors de l’accessibilité des établissements scolaires,
les enfants sont très sollicités par les parents au moment de la rentrée scolaire pour les activités
de subsistance (agriculture, pêche et élevage).
232

4.3.4. Menace sur les pratiques culturelles

Les déplacements, les assistances humanitaires et les communications en temps de


catastrophe impactent les habitudes culturelles des communautés affectées. L’aide alimentaire
par exemple habitue les populations à de nouvelles recettes culinaires qui sont parfois
définitivement adoptées. Le déplacement et le recasement de populations dans de nouveaux
paysages est de nature à créer une dynamique dans la mise en valeur de l’espace. Gaillard (2005)
dégage trois différents modèles qui se dégagent des études traitant de la culture comme enjeu
de la gestion des catastrophes :

- Le modèle dominant ; après la catastrophe, la communauté a recours à une aide


extérieure acculturante qui conduit à des changements chez les sinistrés. On peut citer
l’exemple des sinistrés du volcan Tristan en 1961 qui furent complètement évacués en
Grande Bretagne avant de revenir en 1963. En deux ans ces populations avaient
abandonné leur mode de vie ancestrale et se sont habituées au système de vie
occidentale. Dans la plaine inondable de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun, le
regroupement de populations de différentes origines culturelles (Toupouri, Mundang,
Massa, Mousgoum, Tchadien, Hausa, Kotoko…) dans les camps de sinistrés après les
inondations est de nature à favoriser le brassage culturel. En outre, l’assistance
humanitaire proposée par les organisations humanitaires ne prend pas toujours en
compte la singularité et l’originalité culturelle de chaque communauté voir chaque
famille. La répétitivité des aides alimentaires dans la Région de l'Extrême-Nord
constamment en déficit céréalier participe à la construction d’une mentalité d’assisté.

- Le modèle modéré ; selon cette approche, les conséquences environnementales des


évènements de grandes ampleurs forcent les sociétés affectées à des ajustements
ponctuels qui ne modifient en rien les fondements de leurs organisations sociales. Les
populations des plaines inondables sont généralement habituées à la submersion
saisonnière de leurs terres. Ainsi la période des inondations entre dans leur cycle de vie.
Les inondations catastrophiques sont considérées comme de simples excès avec une
période de retour plus ou moins grande. Les retours sont systématiques après que les
terres soient exondées et la vie reprend son cours normal comme dans les départements
du Logone et Chari et du Mayo Danay dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun.

- Le modèle radical ; dans ce modèle, les ajustements adoptés par les sinistrés à la suite
d’une catastrophe participent de leur résilience pour se maintenir et retrouver dès que
possible les valeurs qui expriment leur identité culturelle. Pour obtenir de bons résultats
233

dans ce modèle, les populations doivent présenter une bonne préparation et disposer
d’infrastructures qui leur permettent d’éviter de graves dégâts. Suite à la catastrophe de
2015 à Zina, près de 80% de la population de cet arrondissement n’a pas fait de cultures
pluviales en 201650. Il s’agissait là d’une décision radicale face à la perte de tous les
efforts consentis l’année précédente. Notons que cela avait participé à la concentration
des efforts vers d’autres activités. Suite à la réhabilitation de la digue camerounaise et
l’endiguement de la rive droite tchadienne, les populations de certains villages comme
Padmangaï dans l’arrondissement de Zina envisage très sérieusement la disparition de
leur village51.

Une importante part des populations déplacées lors de la création du lac de Maga est
retournée dans leurs villages d’origine. Des motivations culturelles occupent une importante
place parmi les causes de ce reflux de populations sur des terres déclarées inhabitables par les
autorités. Il en est de même des populations recasées en 2012 dans les sites de Mahaourou,
Pouss, Gagraye et Farahoulou dans l’arrondissement de Maga qui rejoint leurs différents
villages d’origine à plus de 90%. À Kéléo sud dans l’arrondissement de Kaï-kaï, le retour aux
terres ancestrales et les conflits de divers ordres avec les communautés hôtes sont évoqués par
les populations retournées (figure 90).

Conflits de pouvoir
Autres facteurs 8% Retrouver les terres
5% ancestrales
Manque d'entente 24%
avec la communauté
hôte
10%

Reprendre les
exploitations
agricoles
22%
Se rapprocher des
zones de pêche
31%

Figure 90 : Raisons du retour des populations à Kéléo Sud après la mise en défend de l’espace
pour la mise en place du lac de Maga
Cette figure ressort la mesure du danger que les populations associent à leur déplacement permanent. Elles
bravent les interdictions des autorités et risquant leurs vies pour éviter l’acculturation due au déplacement.

50
Enquêtes de terrain corroborées par Laborde et al. (2018)
51
Entretien avec Aboukar Mahamat ; acteur de la société civile très actif dans la défense des droits des
communautés de la plaine de Waza Logone.
234

De toutes les analyses, il faut prendre en compte le fait que chaque catastrophe est unique
et les contextes socio-économiques, culturels et politiques sont différents d’un endroit à un
autre. Dans la plaine inondable de la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun les autorités
pourraient préméditer des changements pour introduire dans la culture des populations des
éléments qui leur permettent de conforter leur résilience aux catastrophes. En 1976, les ONG
avaient profité d’une catastrophe au Guatemala pour enseigner les techniques de construction
allochtones plus résilientes aux Maya (Bates, 1982 ; Cuny, 1983). Dans la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun le PULCI dans les aménagements a déplacé certaines populations des zones
fortement exposées aux inondations. Il en est de même des ménages situés dans l’emprise des
ouvrages à construire. Les populations déplacées ont bénéficié de maisons « modernes » pour
remplacer leurs cases détruites (planche 15). Ces maisons sont faites en briques de terres cuites
avec des toits en tôles. Les toits sont rattachés à la maison avec des fers. Il s’agit d’exemples de
constructions proposés aux populations. Les poteaux en bétons préviendraient les écroulements
systématiques en cas d’inondations. Le rattachement des toits prévient les cas de vents violents
qui entraînent également de nombreux dégâts dans la zone. L’usage de mortier52 comme liant
est également dans l’optique d’avoir une meilleure résistance de ces constructions.

C
B

Planche 15 : Constructions offertes aux populations dans le cadre du PULCI dans


l’arrondissement de Maga (Source : Saha, août 2017)
La photo A montre les types de cases détruites dans le cadre du projet et les photos B et C présentent
les nouvelles maisons construites et données aux populations concernées.

52
Mélange de ciment et de sable détrempé avec de l'eau servant à lier les éléments d'une construction.
235

Parmi les conséquences des inondations certaines populations dans la ville de Maroua
relèvent la profanation de tombes. Dans les cimetières de flancs de collines, les corps ont parfois
été exhumés par l’érosion. En 2005 par exemple le cimetière municipal de la ville de Maroua
avait été éventré par les inondations53. Il s’agit là d’une grave atteinte aux valeurs culturelles
des communautés concernées. Cet état de choses aggravant l’insalubrité et la menace de
maladie à potentiel épidémiologique comme le choléra qui a fait 74 décès dans la Région de
l'Extrême-Nord cette année.

Conclusion
Partant de l’hypothèse selon laquelle les populations de la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun sont fortement vulnérables à une diversité d’inondations. Il ressort des analyses que
la vulnérabilité aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun résulte de la
combinaison d’un ensemble de facteurs à la fois naturels, démographique, culturels, socio-
culturels, conjoncturels et même structurels. L’inadaptation des infrastructures au milieu,
l’indisponibilité des secours augmente la capacité d’endommagement des catastrophes. Le
renforcement de la résilience des populations par l’adoption de stratégies exotiques permettrait
de renforcer la préparation des populations au risque. En dépit de sa grande superficie la Région
de l'Extrême-Nord doit faire face à sa forte pression démographique. Les terres agricoles
manquent, les pâturages se rétrécissent. L’habitat s’étend aux abords des rivières, des familles
s’installent dans les dépressions fortement susceptibles aux inondations. Le manque de terres
agricoles dans les sites de recasement est aussi la principale cause des retours anarchiques
observés dans les départements du Logone et Chari et du Mayo Danay depuis les inondations
de 2012. Les terres déclarées inhabitables par les autorités sont réinvesties progressivement en
dépit de la forte menace des inondations.

53
Cameroun Tribune n°8402/4601 du 29 juillet 2005
236

Conclusion de la deuxième partie

S’appuyant essentiellement sur les données climatiques et des enquêtes de terrain, cette
partie avait pour objectif de présenter le climat que la Région de l'Extrême-Nord dans son aspect
variant et changeant. Il était aussi question d’évaluer la vulnérabilité au risque d’inondation
pour comprendre l’endommagement quasi annuel. Il en ressort que parmi les facteurs du milieu
physique participant à la construction du risque le climat à travers les précipitations et les
températures occupent une place importante. L’extrême vulnérabilité aux inondations
notamment dans les départements de la plaine tient à l’exposition de différents types d’enjeux
et leur sensibilité à l’endommagement. Ainsi, le mauvais choix des sites de construction en
violation des dispositions réglementaires et la pauvreté sont globalement les principaux
variables de cette vulnérabilité. La croissance très rapide de la population et l’incapacité des
autorités à répondre aux besoins conduit à un laisser-faire général contribuant à l’aggravation
du risque dans la Région de l'Extrême-Nord. En mettant en difficulté le système économique
local et en fragilisant les infrastructures, les changements climatiques aggravent la vulnérabilité
au risque. En outre, les épisodes de pluies extrêmes et les autres changements qui affectent la
pluviométrie réduisent la perception. La situation de vulnérabilité appelle l’ensemble des
acteurs aux actions visant la prévention des catastrophes, mais aussi la construction de la
résilience pour faire face aux inévitables situations de crise.
237

TROISIÈME PARTIE : CADRE


INSTITUTIONNEL DE
GESTION DES
CATASTROPHES ET
ADAPTATION
238

Introduction de la troisième partie

L’objectif de cette partie est d'analyser le processus d’adaptation aux inondations dans
la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. D’emblée, les enjeux et les contraintes de
l’adaptation sont élucidés (chapitre 5). Ce chapitre analyse aussi l’intégration des politiques de
prévention des risques dans les politiques de développement à différentes échelles. Le chapitre
6 retrace le cycle de la gestion des catastrophes dans la Région de l'Extrême-Nord en fonction
du critère temporel. Ainsi, pour réagir efficacement il faut se préparer aux situations de
catastrophe en renforçant la connaissance du risque et en mettant en place des structures de
riposte. Pendant la crise, l’ensemble des acteurs se mobilisent pour limiter les dégâts. Après la
catastrophe, il faut faire face aux pertes, réhabiliter et reconstruire pour éviter que
l’enchaînement des dégâts. La figure 91 résume la démarche adoptée et les principaux résultats
qui en découlent.

Analyse géographique de
l’adaptation aux inondations
dans la région de l'Extrême-
Nord du Cameroun

ANALYSE JURIDIQUE
A  Loi n° 201/008 du 06 mai 2011
Do CONTEXTUALISATION
 Loi N° 2004/003 du 21 avril 2004
 Système des Nations Unis n
nné  Loi N°86/016 du 06 décembre 1986
 UA/NEPAD al
 Décret N°98/031 du 09 mars 1998
es  CEEAC y
 Cameroun/PNC s
glo
e DONNÉES D’ANALYSE
bal  Résultats de l’évaluation du risque
Do
in
 Archives communales, départementales, nné
es, CONTRAINTES cl régionales
D’ADAPTATION  Observations de terrain es
régi u
 Incertitudes liées à l’aléa  Données sur la protection civile
si
ona  Incertitudes sur le milieu loc
humain v
les ANALYSE INSTITUTIONNELLE ales
 Inertie institutionnelle e  Communes/communautés urbaines
et  Difficile territorialisation  MINATD/ONR/DPC/ONACC
 Planification difficile  Nombreux partenaires
 Ménages

RÉSULTATS
 Pour la planification de l’adaptation, plusieurs incertitudes doivent être prises en compte et
la démarche doit être en étapes
 L’adaptation est une préoccupation à tous les niveaux d’intervention
 Pour se prémunir du risque, des infrastructures hydrauliques sont construits dans la Région
de l'Extrême-Nord du Cameroun
 En cas de catastrophes nombreux acteurs interviennent pour limiter l’endommagement
 L’efficacité des actions est compromise par de nombreuses contingences socioéconomiques
et conjoncturelles

Figure 91 : Approche d’analyse de l’adaptation aux inondations dans la Région de l'Extrême-


Nord du Cameroun
239

5. CHAPITRE 5 : ENJEUX, CONTRAINTES ET


INSTITUTIONNALISATION DE LA
GESTION DES RISQUES ET
CATASTROPHES

Introduction

L’adaptation est une des caractéristiques essentielles de la race humaine et de beaucoup


d’autres organismes vivants qui réussissent à se perpétuer sur la Terre. La nécessité de se
maintenir dans un environnement changeant invite à la redéfinition des besoins pour
s’accommoder aux nouvelles conditions qu’elles soient bénéfiques ou contraignantes. Depuis
son apparition sur la terre au Quaternaire, l’Homme a connu de grandes variations climatiques
qui ont profondément modifié ses modes de vie. Les changements lents et progressifs sont
faciles à intégrer. L’époque contemporaine est marquée par l’industrialisation et la forte
poussée démographique qui accroissent sans cesse la pression sur les ressources. L’usage de
nouveaux procédés pour augmenter la productivité de l’environnement conduit à la rupture de
certains cycles biogéochimiques avec des retombés catastrophiques. Même si tout projet
d’adaptation est soumis à un ensemble de contraintes et d’enjeux, l’adaptation est une nécessité.
Les stratégies d’évitement ainsi que des options de ripostes sont pensées non seulement dans
une dimension mondiale, régionale mais aussi locale.

Ce chapitre ressort également la place de l’adaptation dans les négociations sur les
changements climatiques. En outre, une attention particulière est accordée aux contraintes de
planification, de spatialisation et de financement de l’adaptation. La place de l’action publique
est examinée pour penser les conditions de sa pertinence. Il ressort des investigations que, si
inquiète de l’ampleur des changements climatiques la communauté internationale s’est d’abord
plus penchée sur les stratégies de prévention, l’accord de Paris (2015) consacre le désir de
l’humanité d’affronter le problème en mettant les moyens humains, techniques et financiers
pour faire face aux nombreuses contraintes qui limitent l’efficacité de l’action d’adaptation
surtout dans les PMA les plus vulnérables.

5.1. Enjeux et coût de l’adaptation

Plusieurs réalités à la fois économiques, sociales, historiques, culturelles, anthropologiques


et même d’approches compliquent l’adaptation. Dans sa déclinaison préventive, les incertitudes
240

liées au caractère toujours inachevé du diagnostic mettent en doute l’efficacité éventuelle des
résultats. La dynamique de l’environnement et l’imprévisibilité de certains phénomènes dus à
la diversité des scénarios augmentent la plage des options d’adaptation. En outre, les mutations
que connaît la société imposent des coûts sans cesse en augmentation avec un sérieux risque de
recommencement permanent.

5.1.1. Incertitudes inhérentes aux actions d’adaptation

On ne peut prévenir une menace que lorsqu’on maîtrise ses différents contours. En
médecine, la prévention par vaccin concerne essentiellement les maladies dont l’agent
pathogène est cerné par les spécialistes. L’environnement mondial en général et les sociétés
exposées aux risques en particulier sont en évolution. Les incertitudes concernent les facteurs
naturels et leurs impacts, mais aussi les conditions socio-économiques. Les enquêtes du
REPECC dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ressortent pour les arrondissements
de Moulvoudaye, Touloum et Kousseri les obstacles suivant à l’adaptation aux effets des
changements climatiques (tableau 66).

Tableau 66 : Obstacles à l’adaptation aux effets des changements climatiques dans les
arrondissements de Moulvoudaye, Touloum et Kousseri

Obstacle à l’adaptation aux changements En pourcentage de répondants


climatiques
Moulvoudaye Touloum Kousseri
Pauvreté et manque d’emploi 91 88 75
Déforestation 19 15 13
Faibles techniques agricoles 57 54 13
Accroissement de la sècheresse 28 19 15
Augmentation des inondations 32 21 15
Manque d’eau pour l’irrigation 12 10 7
Fragilité sanitaire 19 0 9
Manque d’autonomie et de qualification 27 46 33
Irrégularité des pluies 15 10 9
Source : WWRU, 2016

[Link]. Incertitudes liées à l’aléa

Si par le passé, on a constaté une évolution croissante des risques naturels dans toutes les
parties du monde avec des impacts de plus en plus en importants, il serait prétentieux de prédire
un profil d’évolution pour les années suivantes. D’autant plus que le facteur climatique ; très
241

déterminant dans le déclenchement des catastrophes naturelles est influencé à la fois par des
facteurs naturels et anthropiques « non prévisibles ». Le GIEC utilise le terme scénario pour
faire référence au comportement prévisible des éléments du climat pendant les prochaines
années. Les différents scénarios se basent sur l’évolution probable des émissions de GES.

La température présente une forte variabilité en fonction des émissions de référence des
GES. Le scénario le plus optimiste notamment B1 prédit une augmentation de 1,8°C sur la
température moyenne mondiale d’ici 2100 par rapport à la référence de 1990. Le scénario A1FI
voit une augmentation de près de 4°c sur la même période de référence. Les scénarios
intermédiaires placent le changement à plus de 2°C (GIEC, 2014). Le choix des options
d’adaptation est fortement fonction de ces différents scénarios. Les fortes variations exigent
plus de moyens pour préparer les communautés à accueillir les changements. En outre, plus le
changement est important plus de personnes et d’espaces sont concernés à travers le monde.
L’incertitude du changement et l’espoir pour l’homme de limiter l’augmentation des
températures de surface terrestre et marine orientent les efforts vers la limitation des émissions
de GES. D’où le caractère dérisoire des fonds accordés à l’adaptation par rapport à l’atténuation.

En décembre 2015 à l’occasion de 21ème Conférence des Parties de la CCNUCC (COP21),


les États de la planète ont pris l’engagement de limiter le réchauffement de la planète à moins
de +2°C. Les engagements volontaires des États (INDC54) et les contraintes de réduction des
pays industrialisés suscitent l’espoir de la réduction des émissions des GES pour que
l’augmentation des températures n’excède pas 2°C. Mais, nombre d’engagements sont
conditionnels et le niveau de confiance à leur effectivité est mince. En outre, l’incertitude plane
sur la parole donnée et même la signature de certains États. On a vu certains grands pays
émetteurs de GES comme les États-Unis quitter le protocole de Kyoto pour ne pas tenir leurs
engagements. En outre la part des émissions des pays en développement sans cesse croissante
est incertaine. Le passage de la Chine au premier rang des pays émetteurs demande une attention
sans cesse croissante au pays non annexe 1 qui certes portent une faible responsabilité historique
mais qui sont les principaux acteurs du présent et même du futur.

Dans ces conditions, les répercussions des changements sont difficilement prévisibles
aussi bien au niveau mondial que local. Le niveau de changement de températures détermine
une plage de répercussions très variables d’un scénario à l’autre. Les risques climatiques,
météorologiques, hydrologiques et même géophysiques seront déterminés dans leur fréquence

54
Intended Nationally Determined Contribution
242

et leur gravité par les changements climatiques. Dans un contexte d’incertitude, la préparation
à ces risques ne pourrait que présenter des résultats peu satisfaisants.

En milieu sahélien les prévisions font état de la recrudescence de la sécheresse et de la


diminution des quantités annuelles de précipitations. Le centre régional AGRHYMET fait état
d’une alternance erratique entre les années sèches et les années humides depuis 1993 ; date de
la fin du stress hydrique que subissait cette zone depuis le début des années 1970. En outre, il
est convenable de remarquer que le milieu sahélien est caractérisé par son hétérogénéité de
l’Ouest vers la partie orientale. La disponibilité des données est un réel problème. Au Cameroun
par exemple, les relevés climatiques sont peu suivis et les options d’adaptation sont par ricochet
peu orientées. Dans ces conditions la mise en place de dispositifs d’alerte est pénible et les
populations comme les autorités maîtrisent très faiblement les menaces auxquelles elles sont
exposées.

Dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun, l’observation de paramètres


météorologiques se présente comme un luxe inabordable depuis plusieurs décennies. En effet
sur les 67 stations progressivement installées pour certaines avant l’indépendance, seule une
dizaine reste fonctionnelle. Celles restées en fonction ne mesurent que sporadiquement les
précipitations et parfois les températures. Le manque de matériels et de personnels sont les
principaux facteurs explicatifs. En effet, les services départementaux de la météorologie sont
dépourvus de personnel ; déplore Monsieur Abdoum ; chef service régional de la météorologie
en service à la délégation régionale des transports à Maroua. L’ambition de numériser les
données disponibles et d’installer des stations automatiques se heurte également au manque de
ressource et un faible engouement des responsables.

[Link]. Incertitudes sur le milieu humain

Les options d’adaptation visent le renforcement de la résilience des communautés humaines


exposées. Les dotations d’infrastructures visent la protection des hommes et des biens
susceptibles d’être affectés. Il est nécessaire de cerner les contours des enjeux exposés pour
construire leur protection. Les stratégies sur le long terme exigent la prise en compte de
plusieurs facteurs notamment :

- l’évolution démographique ;

- l’incidence de la pauvreté ;

- les conditions de sécurité ;


243

- la qualité et la disponibilité des infrastructures dans le long terme et

- la façon dont les autorités prennent en compte les informations climatiques dans la prise
de décision.

Ces incertitudes sont d’autant plus importantes pour les pays en développement que la place
des facteurs exogènes est prépondérante dans la définition des voies de développement.
L’adaptation exige une planification à long terme pour l’ensemble des facteurs concernés ; ce
qui se révèle difficile au vu de l’importante dynamique parfois marquée par des mutations, et
bifurcations presque imprévisibles.

Dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun, les incertitudes sur la croissance


démographique sont liées à l’insécurité qui domine la bande sahélienne d’Afrique avec de
grandes répercussions au Tchad, Niger, Nigeria, etc. Les sectes fanatiques contraignent les
populations au déplacement et le septentrion camerounais reçoit un nombre sans cesse croissant
de réfugiés. Ces migrations accentuent la croissance démographique, augmentent les enjeux des
risques dans la zone et imposent plus de moyens de la part des autorités pour l’encadrement
d’une population très nombreuse et sans cesse croissante. En outre l’arrivée des étrangers dans
la zone augmente les risques de conflit au sujet du partage des ressources. La possibilité de
pratiquer l’activité de pêche et des activités agricoles irriguées draine les populations vers les
rives du Logone. Ces migrants maitrisent très peu le comportement des cours d’eau et
perçoivent mal le risque que constitue les crues d’où l’aggravation de la menace.
L’intensification des activités fragilise les ouvrages de protection et exige une mise à jour des
options d’adaptation avenir ou en cours d’implémentation. En 1978, par exemple, lors de la
construction de la digue du Logone, les populations avaient été dédommagées et sommées de
se reconstruire ailleurs. L’exécution des travaux dans le cadre du PULCI s’est buttée à
l’occupation de mêmes espaces.

5.1.2. Inertie institutionnelle face au caractère dynamique de la menace

Des réalités inhérentes à l’aléa et même à la vulnérabilité fondent le caractère dynamique


des risques de catastrophe. La multitude des facteurs à la fois humains et physiques qui entrent
en jeu explique des changements qui doivent être pris en compte dans la définition des options
d’adaptation. De Perthuis et al. (2010) remarquent que « L’adaptation n’est pas une action
unique, visant à passer d’une situation stable à une nouvelle situation, différente mais stable
elle aussi ». Cette réalité est confrontée à l’inertie des institutions impliquées dans le choix et
244

l’implémentation des options d’adaptation. Sur le plan socio-économique, les conséquences


suivantes peuvent être mises en exergue :

- l’adaptation concerne de longues périodes de temps. Les éléments de mise en valeurs


qu’on retrouve actuellement devraient être adaptés aux conditions actuelles pour être en
mesure d’affronter les menaces contemporaines. Il est question de prévoir les moyens
d’adaptation pour des menaces inconnues ou encore mal perçu dans leur gravité. La
longue durée de vie des bâtiments exige la prise en compte de l’environnement futur
auquel ils devraient faire face.

- L’incertitude de certains facteurs de risque notamment le climat fait planer la menace


de la maladaptation.

- Il se révèle aussi que l’adaptation n’est pas un processus graduel avec une continuité
dans le processus. L’apprentissage par des retours d’expérience produit peu de résultats.
Seules des mesures radicales par un changement total de trajectoire produit parfois des
résultats.

Pour résumer, l’adaptation doit être conçue sur le long terme avec prise en compte de la
dynamique des facteurs humains et naturels du risque. En outre, les initiatives intersectorielles
sont plus appropriées et l’approche systémique produit plus de résultats aussi bien pour les
préoccupations actuelles que futures.

L’inertie institutionnelle s’exprime aussi dans le fait que plusieurs actions entreprises ne
sont jamais menées à terme. Dans les villes par exemple les populations vivant en zone à risque
ont été sommées de déguerpir plusieurs fois, mais, jamais les moyens ont été consentis pour
rendre exécutoire ces décisions. Suite aux inondations de 2012 les autorités administratives ont
entrepris le déguerpissement des familles les plus exposées dans les quartiers à risques dans la
ville de Kousseri. En 2013, un recensement des ménages concernés par cette opération avait été
effectué (tableau 67).
245

Tableau 67 : Familles à recaser recensées en 2013 dans la ville de Kousseri à la suite des
inondations de 2012

Quartier Nombre de ménages Nombre de personnes


concernés
Madagascar II 218 1 375
Krouangi 234 1 470
Ngargouzo 269 1700
Djambal bar 63 400
Madagascar I 270 1 650
Gore 183 1152
Pagui 12 76
Lots non bâtis (appartenant aux 58 ///
individus)
Source : Délégation départementale des affaires sociales du Logone et Chari, 2017

En 2017, lors de nos enquêtes de terrain, ces populations recensées occupaient les mêmes
sites. Certains lots non bâtis en 2013 sont aujourd’hui habités. Les déplacés internes (personnes
ayant quitté leurs villages à cause des attaques de Boho Haram) augmentent la pression
foncière.

5.1.3. Coût de l’adaptation

Le GIEC (2012) estime que d’ici 2020, 75 à 250 millions de personnes en Afrique
devraient souffrir d’un stress hydrique accentué par les changements climatiques. En outre, les
rendements de l’agriculture pluviale devraient chuter de 50%. Les dégâts engendrés par les
phénomènes extrêmes devront aussi être très considérables. Le coût de l’adaptation pourrait
dans ces conditions représenter entre 5 à 10% du PIB du continent. Ce coût est encore plus
élevé pour les autres continents où la menace des risques climatiques pèse sur un nombre plus
important de personnes. Il faut remarquer que, nous ne faisons ici référence qu’aux estimations
avec une marge d’erreur très élevée. Dans tous les cas, les coûts sont exorbitants et dépassent
largement la capacité de mobilisation des fonds par les États.

La création du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) en 1991 a mobilisé des


fonds pour affronter les nouveaux défis que le climat impose à l’humanité. En accordant
prioritairement son attention à l’atténuation, il a voulu prévenir les changements climatiques en
limitant à la source les émissions de GES et de favoriser les renforcements des puits de carbone
et favoriser leur stockage. L’adaptation est dès lors considérée comme une mesure de seconde
246

classe. Depuis le milieu des années 2000, il s’avère que les changements climatiques sont
incontournables et l’adaptation devient immanquable. L’évaluation de la vulnérabilité et le
choix des options d’adaptation par les États demandent des fonds sans cesse croissants pour
aider les populations à se prémunir contre les ravages prévisibles des risques climatiques.

Le PNACC (MINEPDED, 2015a) a budgétisé cinq projets transversaux et 15 projets


sectoriels adoptés pour l’adaptation du Cameroun aux changements climatiques. Le coût total
se chiffre à 108 millions € ; soit plus de 70 milliards XAF55. Les principales sources de
financement identifiées étant :

- le budget d’investissement public de l’État ;

- les financements régionaux et internationaux ;

- le secteur privé et les partenariats de terrain.

Ces coûts semblent dérisoires ; car, ne prennent en compte que l’intégration des
changements climatiques dans les projets plutôt que le financement des projets dans leurs
entièretés.

Dans la Région de l'Extrême-Nord, en dehors des facteurs transversaux comme la lutte


contre la pauvreté, l’action urgente de lutte contre les inondations ou même de soutien à la vie
avec les inondations commende trois actions :

- l’entretien des ouvrages de protection,

- la protection des berges de cours d’eau et

- l’assainissement des milieux urbains par des systèmes adéquats de drainage.

Pour ce qui est de l’entretien des ouvrages de protection, le PULCI est lancé en 2013 pour
un coût de 53 milliards XAF grâce à un soutien de la Banque Mondiale. Ce projet ne concerne
que quatre arrondissements sur les 12 qui s’étirent tout au long du fleuve Logone. « Les travaux
du PULCI ont aggravé les inondations dans les arrondissements de Zina et Logone Birni »56.
La perspective du renouvèlement du contrat de PULCI pour d’autres arrondissements en amont
ou en aval du Logone requiert d’énormes ressources financières. Dans son adresse aux
populations suite aux inondations de 2012, le Président de la République avait annoncé une
digue route entre Gobo et Kousseri sur 330 km. Ce projet évalué à plusieurs centaines de

55
1 XAF ou Fcfa = 659 € soit 550 US Dollar
56
Propos de M. Aboukar Mahamat, responsable de l’ACEEN, responsable d’une ONG de défense des droits des
populations vivant dans la plaine de Waza Logone.
247

milliards cherche encore des financements. En dehors du Logone, les autres cours d’eau de la
région exigent que leurs berges soient protégées. La communauté urbaine de Maroua projette
la construction d’ouvrages bétonnés pour protéger la ville de la destruction progressive des
berges du Mayo et les inondations (figure 92). Ce projet est onéreux au vu de la capacité
financière des autorités locales.

Figure 92 : Projet de protection des berges de mayo dans la ville de Maroua pour lutter contre
les inondations (Source : IDEA Consult, 2016)
En dehors de la protection des berges, plusieurs autres agglomérations de la Région de
l'Extrême-Nord présentent les problèmes de drainage et d’assainissement. Pour la ville de
Kousseri par exemple, c’est la première cause des inondations. Le PCD de 2013 prévoyait la
construction de caniveaux avec pose de buses et remblais des zones basses de la ville pour un
montant d’un milliard XAF (CANAL DE DEVELOPPEMENT/PNDP, 2013). Ce coût est
largement supérieur au budget annuel de la commune qui atteint difficilement 200 millions
XAF. Les autres sources de financement envisagé comme le BIP, les Fonds PPTE et le fonds
routiers n’ont pas encore financé ce projet.

5.1.4. Dimension territoriale de l’adaptation

La planification de l’adaptation pose aussi le problème de l’espace géographique. En plus,


la richesse de certaines zones à risques complique la question de la délocalisation.
L’intervention de l’action publique mérite réflexion dans un contexte où les bénéfices de
l’adaptation sont généralement privés.
248

[Link].Comment gérer la localisation des enjeux ?

Le diagnostic des risques naturels à l’échelle mondiale laisse clairement voir les espaces
les plus vulnérables de la planète. Si cette vulnérabilité est parfois liée aux facteurs socio-
économiques, dans bien de cas, ce sont les caractéristiques du milieu physique qui posent
problème. Maplecroft57 utilise l’index de vulnérabilité comme indicateur de la susceptibilité
des pays du monde aux risques climatiques. Les États insulaires (Bangladesh, Comores, Haïti,
philippines, etc.), et pays sahéliens (Éthiopie, Niger, Mali, etc.) sont les plus vulnérables. En
outre la partie côtière de plusieurs pays subit la remontée du niveau de la mer et le passage de
tempêtes violentes qui occasionnent des dégâts de plus en plus importants.

Faut-il évacuer les zones rouges58 pour sécuriser les populations et leurs biens ? Cette
question se pose autant au niveau mondial que régional et même local. Les départs volontaires
des populations après la perte de leurs moyens de subsistance témoignent de la gravité du
désespoir qui grandi au sein des communautés vulnérables. En 2014, les catastrophes naturelles
(moussons, sécheresse, inondations, tremblements de terre, incendies, désertifications,
tempêtes, cyclones, etc.) ont poussé près de 19,3 millions de personnes au déplacement59. La
mobilité anticipée des populations lorsque l’alerte est lancée permettrait d’éviter des centaines
de milliers de morts. En outre, les biens économiques pourront dans la mesure du possible être
déplacés pour être préservés. Certains pays du monde notamment les USA évacuent parfois des
villes et villages entiers pour éviter les dégâts du passage des typhons saisonniers. Il s’agit d’une
prouesse que les autres pays du monde ne peuvent s’offrir. Les moyens techniques requis pour
ce type d’opération sont largement au-dessus des possibilités des pays en développement. En
plus l’attachement culturel des communautés à leurs terroirs représente une importante perte
immatérielle difficilement conciliable.

Au Cameroun, la vallée de Nyos avait été vidée à la suite de l’émanation de gaz de 1986.
Les pouvoirs publics ont alors entrepris le dégazage pour éviter l’accumulation de quantités
dangereuses de CO2 au fond du lac. Les populations avaient supporté quelque temps leur
déplacement. Au bout d’une dizaine d’années, elles voulaient plus ardemment retourner chez
elles. Ils poursuivaient les terres fertiles de la plaine. En outre elles se sentaient déculturées loin
des tombes de leurs ancêtres (Tchindjang, 2018).

57
Société mondiale de conseil en stratégie et risque, basée à Bath, au Royaume-Uni.
58
Zone d’occurrence régulière de catastrophes de fortes intensités
59
[Link]
249

En 2012, tous les arrondissements du département du département du Mayo Danay ont


été touchés. Le département du Logone et Chari, de la Diamaré et du Mayo Kani avaient
également été profondément affectés. La création des camps de relogement a permis de produire
une solution ponctuelle au problème. Les populations ont vidé ces camps au fur et à mesure de
l’exondation des terres. Seules les populations les plus déshéritées (veuves, orphelins,
handicapés…) sont restées. Le PULCI prévoit exclusivement la construction des ouvrages de
protection sur les rives du Logone et du Lac de Maga pour une meilleure maitrise de l’eau dans
la zone.

Il serait très judicieux de veiller au respect des dispositions réglementaires dans


l’aménagement du territoire. La loi de 2004 portant code de l’urbanisme oriente l’amenagement
des villes. En outre plusieurs communes de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun
disposent de PCD. Les populations devraient observer les limitations imposées. La construction
des maisons sur les terrains exposés aux risques de catastrophes devrait être suivie par les
autorités pour éviter toutes formes d’abus. Dans la plaine de Waza Logone, l’installation des
populations doit être conditionnée par des règles strictes de constructions ; et les types de
maisons à construire imposés. Malheureusement, au Cameroun c’est quand on frôle la
catastrophe que les autorités prennent la gravité des problèmes. Ceci est observable dans les
grandes agglomérations (Douala, Yaoundé et Bafoussam) ou l’alerte des déguerpissements
dans les quartiers est généralement donnée par l’occurrence de risques hydrologique ou
géomorphologique. Il convient aussi de remarquer que les organismes de lutte pour les droits
de l’homme dénoncent ces actes dont les retombés humanitaires sont souvent catastrophiques.

[Link]. S’adapter au niveau global, national ou local ?

Les changements climatiques n’ont pas de frontières et les impacts se font sentir sur
l’ensemble de la planète. En raison de leur faible capacité de résilience, les pays en
développement sont aujourd’hui les plus touchés. Toutefois, dans les flux internationaux les
effets induits sont transmis aux pays développés. La baisse de la productivité de l’agriculture
pluviale entraîne progressivement une augmentation de la demande internationale en produits
alimentaires. En outre, des milliers de personnes se déplacent chaque année des pays en
développement vers les pays riches. Ces migrations sont actuellement accentuées par la menace
climatique.

Le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) mise en place en 1991 est aujourd’hui le
principal mécanisme financier de la CCNUCC. Il est chargé de fournir au pays des moyens
250

tangibles pour les permettre de s’adapter à la modification du climat. Le FEM dispose de


plusieurs organes pour le financement de l’adaptation à différents niveaux (FEM, 2015) :

- le Fonds pour les Pays les Moins Avancés ; c’est une caisse dédiée au soutien des pays
en développement. Ce fonds finance la mise en œuvre des programmes nationaux
d’action pour l’adaptation aux changements climatiques.

- Le Fonds pour l’Adaptation (CFA) ; Il est alimenté par les transactions internationales
sur les Unités de Réduction Certifiée des Émissions (URCE). L’objectif de ce fonds est
de donner les moyens au pays en développement particulièrement vulnérables pour
qu’ils puissent faire face aux effets défavorables des changements climatiques. Il faut
remarquer que le FEM offre uniquement les services de secrétariat au CFA.

- Le Fonds spécial pour les changements climatiques ; c’est un fonds stratégique qui
finance en priorité l’adaptation aux changements climatiques.

- Priorité stratégique « Adaptation » ; ce fonds vise la mise en place de mesures


d’adaptation ayant des effets positifs pour l’environnement mondial.

On remarque que le FEM priorise l’adaptation des pays en développement. La mise en place
des plans nationaux d’adaptation permet aux pays de faire une évaluation de proximité de leur
vulnérabilité afin de définir de manière convenable les options d’adaptation avec des retombées
dans la construction de la résilience. Les projets régionaux bénéficient aussi d’une bonne
attention ; en effet certains effets des changements climatiques sont circonscrits (îles du
Pacifique, Caraïbes, Amérique centrale, etc.). Les projets avec des effets planétaires ne sont pas
répandus comme le présente le tableau 68.

Tableau 68 : Bilan des projets d’adaptation financés par le FEM en fonction de la zone
concernée
Cadre spatial du projet
Fonds Pays Régions Monde Total
Fonds pour les Pays les Moins Avancés 32 0 0 32
Fonds spécial pour les changements climatiques 18 2 1 21
Priorité stratégique « Adaptation » 16 7 1 24
Pourcentage par rapport au total 85,71% 11,58% 2,59% 100

FEM (2015) et Dobardzic (2015)

Il ressort du tableau 68 que seulement 2,59% des projets d’adaptation sont à incidence
mondiale. Il s’agit de vastes projets concernant tous les continents de la planète. Les projets
251

régionaux regroupent les États présentant en commun un ou plusieurs facteurs de vulnérabilité.


Le FEM s’appuie sur des organisations internationales fortement représentées dans les pays du
monde (PNUD, PNUE, FAO, BM, FIDA, BAD…) pour assurer la gestion de ces projets. Les
projets d’adaptation pour des pays en particulier sont les plus représentés (85,71%). Le Fonds
pour les Pays les Moins Avancés financent exclusivement ces genres de projets notamment
dans les 48 pays en développement ayant ratifié la CCNUCC. Le Cameroun a bénéficié d’un
financement du FEM pour l’élaboration de son PNACC. Ce document a été validé en 2015.

Dans la Région de l'Extrême-Nord par exemple, même si les précipitations en 2012


étaient importantes et prédisposaient aux inondations, ce sont les travaux d’endiguement de la
rive tchadienne du Logone qui ont aggravé les inondations dans les départements du Mayo
Danay et du Logone et Chari. Cette situation appelle à une collaboration étroite entre le
Cameroun et le Tchad pour les travaux concernant ce cours d’eau frontalier. Dans le cadre du
PULCI, le Cameroun a élevé sa digue plus haute que celle du Tchad ce qui traduit une certaine
concurrence qui trahit la nécessité d’un cadre de concertation. La délimitation de 4
arrondissements pour le PULCI se révèle aujourd’hui comme un refoulement des inondations
vers les arrondissements en aval. En 2015 et 2017 les dégâts subis par l’arrondissement de Zina
s’expliquent par sa situation à la limite supérieure de la digue (figure 93).

Figure 93 : Situation des villages victimes d’inondations en 2015 en aval des digues
camerounaises et tchadiennes (Source : Mahamat, 2018)
Plusieurs cas permettent de conclure qu’il est convenable d’envisager tout aménagement
hydraulique en tenant en compte l’ensemble du bassin versant. Cela garantit une gestion
concertée de la ressource hydrique, mais aussi, un moyen efficace de prévenir les inondations.
La territorialisation à différentes échelles du risque est un véritable obstacle. D’une part entre
États indépendants et d’autre part entre différentes unités administratives. Le Cameroun et le
252

Tchad par exemple ont signé un protocole d’accord concernant les aménagements hydrauliques
sur le Logone le 20 août 197060. Cet accord stipule à l’article 5 : « Chaque Gouvernement
tiendra informé l'autre Gouvernement de nouveaux projets d'aménagements hydro-agricoles ou
tout autre projet qui aurait des conséquences sur les conditions d'écoulement des eaux du
Logone ». Sambo (2005) relève deux principaux facteurs contribuant à l’absence de
collaboration gagnant-gagnant entre les deux gouvernements :

- les mésententes entre les populations situées en aval et en amont des fleuves,

- les rixes régulières entre les populations installées d'une rive à l'autre et les conflits sur
le lac Tchad.

[Link] international de gestion des risques et catastrophes

Regroupés au sein de l’Organisation des Nations Unies (ONU), les pays du monde ont
accordé une attention particulière à la prévention des catastrophes. La mise en place d’un cadre
global de réflexion permet d’accompagner les pays les plus vulnérables et présentant de faibles
capacités de prévention. Spécifiquement le Cameroun dispose d’un ensemble d’organes avec
des missions directement ou indirectement en rapport avec la gestion des risques et
catastrophes.

5.2.1. Impulsion du système des Nations Unies

La prévention et la gestion des risques de catastrophe ont fortement évolué dans le


système des Nations Unies. Dans les années 1960, l’ONU adopte des résolutions pour
accompagner les gouvernements frappés par de très graves catastrophes. On peut prendre
comme exemple : les résolutions 1753, 1882 et 2378 adoptées entre 1960 et 1970 en réponse
aux catastrophes suivantes : tremblement de terre en Iran avec 12 000 morts, Tremblement de
terre en Yougoslavie avec 1 200 morts et tremblement de terre en Iran avec 10 000 morts61.
Dans cette approche il s’agissait essentiellement de réaction post-risque pour aider les
communautés sinistrées à retrouver des conditions acceptables de vie après la catastrophe.

En 1970, la résolution 2717 de l’Assemblée Générale de l’ONU évoque la prévention des


catastrophes en interpellant le Secrétaire Général sur la nécessité de disposer d’un mécanisme
pré-catastrophe aux niveaux nationaux et internationaux organisant la réponse rapide en cas de

60
Accord cosigné à Moundou par le Président de la République Fédérale du Cameroun SE. EL HADJ AHMADOU
AHIDJO et le Président de la République du Tchad [Link] TOMBALBAYE
61
[Link]
253

crise majeure pour éviter la multiplication des pertes à la fois corporelles qu’économiques. Il
est aussi question de mettre la science et la technologie au service de l’évaluation, la prévention
et le contrôle des risques de catastrophes. En 1971, the United Nations Disaster Relief Office
(UNDRO) a été créé. Cet organisme est placé sous l’autorité du Secrétaire Général. Ses
missions essentielles sont :

- promouvoir l’évaluation, la prévention, le contrôle et la prédiction des catastrophes


naturelles ;

- prodiguer des conseils à l’intention des gouvernements en faveur de la planification pré-


catastrophe ;

- aider au perfectionnement des systèmes d’alerte nationaux contre les catastrophes.

Dans l’optique de renforcer le UNDRO, la résolution 3345 réaffirme le désir de la


communauté internationale de considérer la prévention des risques de catastrophe comme partie
intégrante de la politique internationale de développement. Il est question de renforcer la
recherche en faveur de la prévention des catastrophes naturelles et la mise en place de
mécanismes de réponse efficace.

En 1979, le PNUD annonce l’inclusion de la coopération technique en faveur de la


prévention des catastrophes dans son programme d’activité avec les États. Cette décision est
favorablement accueillie par l’Assemblée Générale qui réaffirme la nécessité d’inclure la
prévention des catastrophes dans toutes les nouvelles stratégies internationales, régionales et
nationales de développement. Les années 1980 ont permis aux États de mettre en place des
systèmes d’alerte de plus en plus sophistiqués pour la collecte de données sur les risques pour
minimiser les dégâts qui ne cessent de croître dans le monde et particulièrement dans les pays
sous-développés. La résolution 42/169 de l’Assemblée Général en 1987 reconnaît l’importance
d’ériger la réduction des risques de catastrophe en priorité dans l’intérêt de toute l’humanité.
Cette résolution désigne la période 1990-1999 en décennie internationale pour la réduction des
catastrophes. Il est question de focaliser davantage l’attention mondiale en faveur de la
prévention des catastrophes. L’année 1988 fut marquée par l’occurrence d’inondations très
meurtrières au Soudan et au Bangladesh ; des typhons aux Philippines en Amérique Latine et
aux Caraïbes ; des attaques de criquets en Afrique sahélienne ; le séisme en Armenie (Babiker,
1993 ; Elie, 2013). Ces catastrophes renforçaient l’idée de consacrer la prochaine décennie à la
prévention des risques de catastrophe. Depuis 1989, le second mercredi de chaque mois
d’octobre est désigné comme Journée internationale pour la réduction des catastrophes.
254

5.2.2. Décennie internationale pour la réduction des catastrophes

En 1990, l’Assemblée Générale appelle à l’application complète et sans réserve du cadre


d’action internationale pour la prévention des catastrophes. Il est aussi recommandé d’établir
des comités nationaux pour assurer le relai des actions entreprises par l’ONU à travers
l’UNDRO. En 1991, le premier rapport annuel du comité scientifique technique est approuvé
et l’année 1994 est choisie pour la tenue d’une conférence mondiale sur la réduction des
catastrophes. Cette conférence se tient à Yokohama au Japon entre le 23 et le 27 mai 1994. Les
nations réunies à cette conférence ont fait le constat selon lequel l’impact des catastrophes
naturelles est sans cesse croissant, pourtant, les morts, les blessés et la ruine économique causés
par les catastrophes sont évitables. Il est question d’inciter les pays à considérer la prévention
des catastrophes comme un élément essentiel de leur plan de développement ; faute de quoi les
progrès socio-économiques réalisés seront sans cesse annihilés par l’occurrence périodique des
catastrophes. Près de 155 pays du monde participent aux différentes négociations. L’objectif
affiché est de conjuguer les efforts pour « réduire le tribut payé dans le monde d’aujourd’hui
aux catastrophes naturelles et susciter la volonté d’entreprendre une action soutenue à long
terme de prévention des catastrophes naturelles ». L’encadré 5 résume la stratégie de Yokohama
en dix principes. L’approche participative, l’usage de technologie, la coopération internationale
et régionale sont entre autres des bases de la mise en place de stratégies efficaces dans la
prévention des catastrophes.

Encadré 5 : Les dix principes de la stratégie de Yokohama pour la prévention des


catastrophes
Principes de la Stratégie de Yokohama
1. L’évaluation des risques est une mesure indispensable à l’adoption de politiques et de dispositions
visant à une prévention appropriée et efficace des catastrophes.
2. La prévention des catastrophes et la préparation à celles-ci sont d’une importance capitale pour la
réduction des besoins en matière de secours.
3. La prévention des catastrophes et la préparation à celles-ci doivent faire partie intégrante des
politiques de développement et de planification aux niveaux national, régional, bilatéral, multilatéral
et international.
4. La mise en place de stratégies et le renforcement de celles qui existent déjà en vue de prévenir les
catastrophes ou d’en atténuer les effets doivent constituer une priorité urgente.
5. L’alerte rapide en cas de catastrophe imminente et la diffusion efficace d’informations par les
technologies de télécommunication, y compris les services de radiodiffusion, sont des éléments clefs
du succès de la prévention des catastrophes et de la préparation à celles-ci.
6. Les mesures préventives donnent de meilleurs résultats lorsqu’il y a participation à tous les niveaux,
allant des collectivités locales aux entités régionales et internationales en passant par les
gouvernements nationaux.
7. La vulnérabilité peut être réduite par l’application de plans et de modes de développement
appropriés - axés sur des groupes cibles - par l’éducation et la formation de la communauté toute
entière.
8. La communauté internationale reconnaît la nécessité de mettre en commun les techniques
nécessaires pour prévenir les catastrophes et en atténuer les effets, ces techniques devant être offertes
gratuitement et en temps voulu dans le cadre de la coopération technique.
255

9. La protection de l’environnement, intégrée dans les plans de développement durable et compatible


avec l’allégement de la pauvreté, est un élément essentiel de la prévention des catastrophes et de
l’atténuation de leurs effets.
10. C’est à chaque pays qu’il incombe en premier lieu d’assurer la protection de ses populations, de ses
infrastructures et des autres éléments de son patrimoine national contre l’impact des catastrophes
naturelles. La communauté internationale doit, pour sa part, faire preuve de la ferme détermination
politique nécessaire pour mobiliser les ressources adéquates et utiliser efficacement toutes les
ressources disponibles - y compris les moyens financiers, scientifiques et technologiques – dans le
domaine de la prévention des catastrophes naturelles, en tenant compte des besoins des pays en
développement, notamment ceux des pays les moins avancés.
Source : UNISDR, 2004

La conférence de Yokohama dégage aussi plusieurs constats :

- les PMA, les petits États insulaires en développement et les pays sans littoral sont les
plus vulnérables, car ce sont les moins à même d’atténuer les effets des catastrophes. En
plus, les pays en développement touchés par la sècheresse et la désertification sont très
vulnérables parce qu’ils disposent de moyens insuffisants pour atténuer les effets des
catastrophes ;

- dans tous les pays, ce sont les groupes démunis et socialement défavorisés qui souffrent
le plus ;

- les catastrophes occasionnent des dislocations sociales, économiques, culturelles et


politiques en milieu urbain et rural ;

- certains modes de consommation, de production et de développement risquent


d’accroître la vulnérabilité aux catastrophes naturelles ;

- le développement durable peut contribuer à réduire la vulnérabilité s’il est préparé et géré
de façon à améliorer les conditions socio-économiques des groupes et des collectivités
touchés ;

- les méthodes traditionnelles d’atténuation des effets des catastrophes devraient être
complétées et renforcées par des connaissances scientifiques et techniques modernes ;

- la prévention des catastrophes naturelles devrait participer à renforcer la stabilité sociale


mondiale devenue précaire ;

- tous les éléments de la chaîne de prévention des risques de catastrophe qui va des secours
à la prévention en passant par le relèvement, la reconstruction et le développement
doivent orienter les efforts de réduction des pertes humaines et physiques, qui reste
l’objectif ultime.
256

À Yokohama, les États du monde ont profité aussi pour faire une évaluation à mi-parcours
de la décennie mondiale pour la prévention des catastrophes. Il se dégage que la prise de
conscience sur les avantages de la prévention des catastrophes reste encore limitée. Ceci est
imputable au manque de volonté et à l’insuffisance de ressources pour la sensibilisation.
Toutefois, la création d’un cadre organisationnel et la conduite des activités aux niveaux locaux,
nationaux et internationaux en matière de renforcement de capacités dans la prévention des
catastrophes ont produit des résultats positifs dans certaines régions. Il se dégage aussi que
toutes les entités des Nations Unies n’ont pas contribué dans la mesure de leur possible à
l’application de la décennie comme l’avait souhaité l’Assemblée Générale. Pendant les
dernières années il sera question de mobiliser toutes les parties prenantes pour contribuer à
l’atteinte des objectifs. En plus la stratégie devrait s’ouvrir aux situations de catastrophes non
naturelles pour une prévention des pertes plus globalisante.

En 1995, il est décidé que la décennie se terminera par un grand évènement qui contribuera
à la prise de conscience en faveur de la nécessité de prévenir les catastrophes. En 1997,
l’Assemblée Générale adopte plusieurs résolutions au sujet d’El niño. Conscients du fait que ce
phénomène impacte très négativement plusieurs régions du monde, les États partis de la
décennie, les organismes de l’ONU (UNESCO, OMM, OMS, FAO, PNUD…) et les conseils
scientifiques internationaux et régionaux sont invités à contribuer à l’étude du phénomène et à
l’intensification de la coopération technique et scientifique avec les pays les plus exposés pour
contribuer à réduire l’impact négatif d’El Niño.

En 1999, un grand forum est organisé pour clôturer la décennie internationale pour la
prévention des catastrophes. À cette occasion, des évènements régionaux et thématiques furent
organisés pour mettre en place une plateforme globale multisectorielle et interdisciplinaire pour
favoriser le dialogue entre tous les États du monde en faveur de la prévention des risques.
L’OMM et l’UNESCO furent mis à contribution pour animer près de 40 sessions d’échange et
produire des supports d’information pour rendre public les réalisations mondiales pendant la
décennie internationale pour la prévention des catastrophes.

5.1.1. Cadre d’action de Hyōgo

En 2000, la stratégie internationale pour la réduction des catastrophes est mise en place.
Il s’agit d’une force inter-agence placée sous l’autorité du responsable des affaires humanitaires
de l’ONU. Cette stratégie contribue à l’implémentation de la vision globale en faveur de la
prévention des catastrophes. En 2002 le sommet mondial sur le développement durable se tient
257

à Johannesburg en Afrique du Sud. La prise en compte de la réduction du risque dans les


politiques de développement est discutée et intégrée dans les documents officiels. En 2003, la
résolution 58/214 de l’Assemblée Générale décide de la tenue en 2005 d’une conférence
mondiale sur la réduction des catastrophes ; question de réviser la stratégie de Yokohama. En
outre les préoccupations relatives à l’implémentation effective de la stratégie internationale
pour la réduction des catastrophes seront discutées et des tâches spécifiques pourront être
identifiées pour concrétiser la vision mondiale.

À Kóbe au Japon du 18 au 22 janvier 2005, se tient la conférence mondiale sur la réduction


des catastrophes. L’objectif de cette conférence est de parvenir pendant les dix années à venir
à « Réduire de manière substantielle les pertes en vies humaines et les dommages subis par les
collectivités et les pays sur les plans sociaux, économiques et environnementaux à cause des
catastrophes ». Pour parvenir à ce résultat, la nécessité d’impliquer tous les acteurs
(gouvernement, organisations mondiales et régionales, société civile, volontaires, secteur privé
et la communauté scientifique) est incontournable. La conférence débouche sur la mise en
exergue de cinq priorités stratégiques :

- Veiller à ce que la réduction des risques de catastrophe soit une priorité nationale et
locale et à ce qu’il existe, pour mener à bien les activités correspondantes, un cadre
institutionnel solide.
- Mettre en évidence, évaluer et surveiller les risques de catastrophe et renforcer les
systèmes d’alerte rapide.
- Utiliser les connaissances, les innovations et l’éducation pour instaurer une culture de la
sécurité et de la résilience à tous les niveaux.
- Réduire les facteurs de risque sous-jacents.
- Renforcer la préparation en prévision des catastrophes afin de pouvoir intervenir plus
efficacement à tous les niveaux lorsqu’elles se produisent

Pour assurer la réussite dans la mise en œuvre du cadre d’action de Hyōgo les
responsabilités des différents acteurs sont définies et un mécanisme de mobilisation des
ressources est mise en place. L’encadré 6 énonce les tâches dévolues aux États.
258

Encadré 6 : Responsabilités des États dans la prévention des risques catastrophes


1) Dresser et rendre public un état des lieux, sur le plan national, de la réduction des risques de catastrophe,
suivant leurs capacités, leurs besoins et leurs politiques respectifs et, selon qu’il convient, partager cette
information avec les organismes régionaux et internationaux concernés ;
2) Désigner un mécanisme national approprié de coordination de la mise en œuvre et du suivi du présent
Cadre d’action et en informer le secrétariat de la Stratégie internationale de prévention des catastrophes ;
3) Publier, avec des mises à jour régulières, un résumé des programmes nationaux de réduction des risques
de catastrophe qui ont un rapport avec le présent Cadre d’action, y compris des activités de coopération
internationale ;
4) Élaborer des procédures pour suivre les progrès accomplis au niveau national par rapport au présent
Cadre d’action et, notamment, prévoir des systèmes d’analyse coûts avantages et des mécanismes de
surveillance et d’évaluation continues de la vulnérabilité et des risques, en particulier dans les régions
exposées aux aléas hydrométéorologiques et sismiques, selon qu’il convient ;
5) Inclure des renseignements sur les progrès accomplis en vue de la réduction des risques de catastrophe
dans les rapports présentés au titre des dispositifs internationaux et autres relatifs au développement durable,
selon qu’il convient;
6) Envisager, selon qu’il convient, d’adhérer aux instruments juridiques internationaux pertinents relatifs à
la prévention des catastrophes, de les approuver ou de les ratifier et, dans le cas des États parties à ces
instruments, de prendre des mesures pour en assurer l’application effective ;
7) Promouvoir l’intégration de la réduction des risques liés à la variabilité du climat et aux changements
climatiques futurs dans les stratégies de réduction des risques de catastrophe et d’adaptation aux changements
climatiques; veiller à ce que la gestion des risques liés aux aléas géologiques, tels que les séismes et les
glissements de terrain, soit pleinement prise en compte dans les programmes de réduction des risques de
catastrophe.
Source : cadre d’action de Hyōgo

D’autres tâches sont dévolues aux organismes régionaux impliqués dans la réduction
des risques de catastrophe. Ces organismes doivent promouvoir la coopération scientifique,
technologique pour permettre la réduction de risque à l’échelle régional. Il est aussi utile de
produire un état des lieux de la prévention pour faire des propositions en faveur de
l’amélioration des stratégies. Pour les risques d’envergures régionales, il faut créer des centres
de collaboration pour l’efficacité des moyens de réponse.

Les organismes des Nations Unies et les institutions financières internationales sont
appelés à soutenir la mise en œuvre de la stratégie internationale de prévention des catastrophes
en encourageant l’intégration des éléments relatifs à la réduction des risques de catastrophe
dans les programmes d’aide humanitaire et de développement durable. Les organisations
internationales doivent aussi « aider les pays en développement sujets aux catastrophes à mettre
sur pied des stratégies ainsi que des plans d’action et des programmes nationaux pour réduire
les risques de catastrophe et à renforcer leurs capacités institutionnelles et techniques ». Il est
aussi convenu d’intégrer les considérations de réduction des risques de catastrophe dans les
dispositifs d’aide au développement. Les organismes des Nations Unies doivent définir les
facteurs de vulnérabilité aux risques de catastrophe, élaborer les normes, tenir les bases de
données, mettre au point des indicateurs et des indices, appuyer les systèmes d’alerte précoce,
procéder à un échange de données sans contrepartie et exploiter les données d’observation
259

recueillies in situ ou par télédétection. En cas de catastrophe, les pays touchés doivent recevoir
à leur demande des secours internationaux ; ce secours peut aussi être fourni dans la perspective
de la réduction du risque, de l’atténuation de la vulnérabilité et de mise en place de systèmes de
sauvetage.

Pour la mise en œuvre de la stratégie, les États, les organisations régionales et


internationales doivent mobiliser les ressources nécessaires. Les PMA sujets aux catastrophes
doivent être appuyés par des voies bilatérales et multilatérales. L’aide peut être financière,
technique ou sous forme de transfert de technologies dans un processus de coopération Nord-
Sud ou Sud-Sud. Un Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour la prévention des
catastrophes est mis en place et doit bénéficier des contributions de tous les États du monde
pour assurer la disponibilité financière pour les situations d’urgence. Les institutions financières
doivent aussi soutenir les régimes d’assurance par la réduction des primes et une couverture
plus large ; ce qui permet de mobiliser plus de ressources pour financer les opérations de
reconstruction et de remise en état après les catastrophes.

5.2.3. Cadre d’action de Sendai 2015-2030

À partir de 2012, des consultations sont engagées au sujet de l’après Hyōgo. En 2015, le
cadre d’action de Sendai pour la réduction des catastrophes pour la période 2015-2030 est
adopté. Il introduit des innovations tout en associant la continuité du travail engagé par les
différents intervenants entre 2005 et 2015. De manière spécifique, quatre priorités d’action sont
définies.

- Comprendre les catastrophes


La gestion des catastrophes à différents niveaux d’action : local, national, régional et
mondial passe par la compréhension de toutes les dimensions du risque (la vulnérabilité, les
caractéristiques des aléas, la prévention, etc.).
- Renforcer la gouvernance des catastrophes pour mieux les gérer
Il est essentiellement question de coordonner les actions sectorielles concourant à la
réduction des catastrophes. Une action inclusive par l’implication de tous les acteurs est aussi
de nature à porter plus de résultats.

- Investir dans la réduction des catastrophes aux fins de la résilience


260

Pour sauver des vies, prévenir et réduire les pertes matérielles tout en garantissant une
réhabilitation efficace, il faut promouvoir l’investissement public et privé dans la réduction des
catastrophes.

- Renforcer l’état de préparation aux catastrophes pour intervenir de manière


efficace et pour « mieux reconstruire » durant la phase de relèvement, de remise
en état et de reconstruction

Compte tenu de la forte récurrence des catastrophes, il « faut mieux se préparer à


l’intervention en cas de catastrophe62 ». En effet, il est utopique d’atteindre la situation de risque
zéro. Les systèmes d’alerte et le renforcement de capacités techniques et logistiques doivent
être pensés à différents niveaux d’intervention.

5.2.4. Gestion des catastrophes et négociations climatiques (COP et GIEC)

Les changements climatiques s’imposent à l’humanité comme une menace


supplémentaire aux catastrophes. Dès 1992 avec la signature de la CCNUCC, l’adaptation est
évoquée. Il faut « stabiliser, conformément aux dispositions pertinentes de la convention, les
concentrations de GES dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation
anthropique dangereuse du système climatique […] ce niveau dans un délai qui soit suffisant
pour que les écosystèmes puissent s’adapter naturellement aux changements climatiques, que
la production alimentaire ne soit pas menacée et que le développement économique puisse se
poursuivre d’une manière durable ». Tout comme les risques naturels qui ne peuvent pas
complètement être prévenus, certains changements dans le système climatique ne sont plus
évitables. Afin de favoriser l’adaptation aux changements climatiques, l’article 4 de la
convention fait les recommandations suivantes aux États :

- les États doivent établir des mesures visant à faciliter l'adaptation appropriée aux
changements climatiques.
- les États doivent préparer en coopération, l'adaptation à l'impact des changements
climatiques. Préparer et mettre au point des plans appropriés et intégrés pour la
gestion des zones côtières, pour les ressources en eau et l'agriculture, et pour la
protection et la remise en état des zones frappées par la sécheresse et la désertification,
notamment en Afrique, et par les inondations.

62
FISCR (2008)
261

- les pays développés doivent aider les pays en développement particulièrement


vulnérables aux effets néfastes des changements climatiques à faire face au coût de
leur adaptation.
Tout comme pour l’atténuation, la CCNUCC met en avant la coopération internationale
pour promouvoir l’adaptation. Pendant la rencontre mondiale des parties prenantes de la
CCNUCC, l’adaptation est constamment évoquée dans son aspect technique et les questions
de financement. On peut évoquer :

- COP1 (1995) Berlin : approche en 3 étapes des actions d’adaptation. Il s’agit de :


identifier les pays les plus vulnérables ; préparer des orientations politiques pour
consolider les capacités d’adaptation et implémenter les mesures pour faciliter
l’adaptation ;
- COP7 (2001) Marrakech : création de trois fonds pour l’adaptation ;
- COP10 (2004) Buenos Aires : programme de travail de Buenos Aires sur les mesures
d’adaptation et de ripostes ;
- COP12 (2006) Nairobi : programme de travail de Nairobi sur les impacts, la
vulnérabilité et l’adaptation au changement climatique ;
- COP13 (2007) Bali : feuille de route de Bali (action renforcée pour l’adaptation) ;
- COP14 (2008) Poznań : accord sur les priorités, politiques et lignes directrices du
Fonds d’adaptation ;
- COP15 (2009) : l’accord de Copenhague affirme la nécessité de la mise en place d’un
programme global d’adaptation ;
- COP16 (2010) : mise en place du cadre d’adaptation de Cancun et le Comité de
l’adaptation pour renforcer les actions de riposte ;
- COP17 (2011) Durban : on revient sur l’action renforcée pour l’adaptation et consacre
le comité de l’adaptation comme principal organe consultatif auprès de la conférence
des parties en ce qui concerne l’adaptation aux effets néfastes des changements
climatiques.
- COP18 (2012) Doha : elle invite à la poursuite de l’action renforcée pour l’adaptation
et recommande au comité de l’adaptation la mise en place d’un forum international
de l’adaptation pour maintenir la visibilité de l’adaptation dans le cadre de la
convention
262

- COP21 (2015) : l’accord de Paris, dans la partie consacrée à l’adaptation, demande


au groupe d’experts des PMA d’élaborer conjointement des modalités en vue de
reconnaitre les efforts d’adaptation des pays en développement parties.
- La COP 22 (2016) à Marrakech met l’accent en plus des tourbières sur l’adapatation
de l’agriculture africaine aux changements climatiques en publiant le Livre Blanc de
l’Adadpation de l’Agriculture Africaine (AAA).
L’accord de Paris est un tournant important pour l’adaptation. Il consolide les acquis et
planifie les actions qui s’imposent. Il est demandé aux parties de renforcer la coopération
régionale en matière d’adaptation ; s’il y a lieu de créer des centres et réseaux régionaux. Le
comité d’adaptation et le groupe des experts des PMA en collaboration avec le comité
permanent du financement et d’autres institutions compétentes d’élaborer des méthodes et de
formuler les mesures nécessaires pour faciliter la mobilisation de l’appui à l’adaptation des pays
en développement. En outre, il est demandé au Fonds Vert pour la Climat d’accélérer la
fourniture d’appui destiné aux PMA pour la formulation des plans nationaux d’adaptation. Pour
le financement, il est décidé d’accroitre l’appui de manière à atteindre 100 milliards de dollars
US d’ici 2020 pour l’adaptation et l’atténuation. Le lancement d’un processus d’examen des
techniques et mesures d’adaptation est lancé pour la période 2016-2020.

Parallèlement aux actions des parties prenantes de la CCNUCC, le GIEC participe


également aux débats sur l’adaptation aux changements climatiques. Le deuxième rapport
(1995) envisage un certain nombre de mesures et techniques en fonction des vulnérabilités.
Dans son quatrième rapport le GIEC (2007) relève : la pauvreté, l’accès inégal aux ressources,
l’insécurité alimentaire, la tendance à la mondialisation de l’économique, les conflits en cours
et les maladies telles que le VIH/SIDA comme étant des facteurs pouvant amplifier la
vulnérabilité aux changements climatiques. Confrontée à cette réalité, l’adaptation est abordée
comme une stratégie de réduction de cette vulnérabilité aussi bien à brève qu’à longue
échéance. Il en ressort que la capacité d’adaptation est intimement liée au développement socio-
économique. Le revenu national, le capital humain, le mode de gouvernance, la maîtrise
technologique sont entre autres des facteurs non climatiques qui déterminent la capacité
d’adaptation. Le cinquième rapport du GIEC (2014) fait la remarque : « À différentes échelles,
les gouvernements commencent à élaborer des plans et des politiques d’adaptation et intègrent
la prise en compte du changement climatique dans des plans de développement plus vastes ».
263

5.2.5. Gestion des risques et catastrophe au niveau régional et sous régional

La problématique de la gestion des catastrophes intéresse toutes les instances de décision.


Comme des relais intermédiaires de mise en œuvre l’UA, le NEPAD et même la CEEAC
s’investissent dans le suivi des directives prises au niveau global (figure 94).

L'UA et le NEPAD en
Cadre Internationale
action pour la
pour la prévention des
prévention des
catastrophes (ONU,
catastrophes en
UNDRO)
Afrique

Plan d'action de lutte Initiatives nationales et


contre les catastrophes locales pour faire face
en Afrique Centrale au risque de
catastrophe

Figure 94 : Initiative nationale et locale de prévention des risques comme résultats du cadre
international et régional

[Link]. La stratégie africaine de réduction des risques de catastrophe (UA et NEPAD)

Le NEPAD et l’UA relèvent cinq objectifs prioritaires pour promouvoir la réduction des
risques de catastrophe en Afrique :

- Engagement politique accru envers la réduction des risques

L’atteinte de cet objectif passe par l’engagement des États et des communautés
économiques régionales. Il faudra incorporer la réduction des risques de catastrophe dans les
législations nationales et y allouer plus de moyens. En plus, le renforcement institutionnel avec
une bonne définition des attributions et la culture de la responsabilité permettra d’avoir la
participation efficiente de tous les acteurs impliqués dans la chaîne.

- Meilleure identification et évaluation des risques

La maîtrise des aléas et l’évaluation de la vulnérabilité permettent l’estimation du niveau


d’endommagement. Elle permet aussi la mise en place de systèmes d’alerte précoce efficaces.
Il faudra adopter une approche participative anthropocentrée pour maximiser les résultats. La
coordination institutionnelle et l’échange d’informations entre les intervenants à différents
niveaux favorisent le travail en synergie. Non seulement, les institutions en charge et le monde
de la recherche, mais, aussi les populations et les autorités doivent être mises à contribution
pour l’évaluation efficace du risque.
264

- Meilleure gestion des connaissances relatives à la réduction des risques


Le renforcement de la collecte de données (précises, fiables, rapides, orientées vers l’action)
et leur analyse par les centres spécialisés permettent la production et la gestion de connaissance
sur la réduction des risques de catastrophe. La promotion du partenariat public privé appelle à
la participation de toutes les composantes de la société. La participation au cadre d’action de
Hyōgo et l’échange d’informations aux plans régionaux et sous régionaux donnent accès aux
bonnes pratiques qui peuvent répliquer en fonction de l’aléa et du niveau de vulnérabilité. Il
faudra par conséquent conduire plus de recherches dans le domaine du risque pour orienter la
prise de décision et les interventions aussi bien par les autorités à différentes échelles.

- Prise de conscience accrue de la réduction des risques au sein des populations


Il est question de renforcer la perception du risque par les populations. La prise de
conscience de l’effectivité et la gravité de la menace de catastrophe d’une part et d’autre part
des options disponibles en matière de réduction ou d’adaptation est cruciale au renforcement
des capacités des populations à protéger leurs vies, leurs moyens d’existence, les infrastructures
et des écosystèmes. L’intégration de la réduction des risques de catastrophe dans les systèmes
d’éducation à tous les niveaux permet d’obtenir la participation des jeunes et des enfants.
L’orientation professionnelle vers les métiers promouvant les bonnes pratiques contribue à la
construction de la résilience.

- Meilleure gouvernance des institutions impliquées dans la réduction des risques


Pour obtenir de bons résultats dans la réduction des risques de catastrophe, les institutions
impliquées doivent bénéficier d’un accès adéquat à des ressources sûres et pérennes. Une bonne
gouvernance de ces structures favorise l’atteinte des résultats escomptés. La coordination de
ces structures favorise la synergie pour éviter le chevauchement des responsabilités et les
situations des tâches non attribuées. Au niveau local, la création de représentations dotées de
moyens à la mesure des responsabilités renforce l’atteinte de bons résultats. L’harmonisation
de la terminologie et l’institutionnalisation des approches d’évaluation et de réduction facilitent
la coordination des activités. Les questions de genre méritent également une attention
particulière de la part des autorités et des institutions en charge de la gestion et de la
coordination des activités dans le domaine de la réduction des risques de catastrophe.

- Intégration de la réduction des risques à la gestion des réponses aux urgences


L’impact que représente le risque sur le processus de développement exige sa prise en
compte dans les politiques d’amélioration des conditions de vie des populations. La mise en
265

commun des objectifs de développement durable et de réduction des risques de catastrophe dans
une approche systémique permet l’atteinte de résultats durables à toutes les échelles. Les cadres
stratégiques de réduction de la pauvreté mis en place ces dernières années par un certain nombre
de pays africains doivent nécessairement aborder la maîtrise des aléas et la réduction des
vulnérabilités.

La stratégie régionale interpelle l’UA et le NEPAD pour focaliser les orientations


stratégiques et cordonner la mise en place. Les communautés économiques sous-régionales
doivent disposer de points focaux et de plates-formes pour appuyer les initiatives nationales.
L’encadré 7 présente les indicateurs mesurables pour le suivi de la stratégie sous régionale
Africaine pour la réduction des risques et catastrophes.

Encadré 7 : Principaux indicateurs de résultats de la stratégie Africaine de réduction


des risques de catastrophe
- Meilleure connaissance de la réduction des risques de catastrophe au sein de la population ;
- Adoption de la réduction des risques de catastrophe par les communautés économiques sous-régionales,
les gouvernements et la population au niveau des activités de développement et de celles du monde des
affaires ;
- Meilleure gouvernance des institutions impliquées dans la réduction des risques de catastrophe ;
- Une plus grande participation de la population aux interventions communautaires, nationales et sous
régionales en matière de réduction de risque de catastrophe ;
- Une plus grande capacité des populations à prendre des initiatives de réduction des risques de
catastrophe ;
- Réorientation des interventions de gestion des réponses d’urgence vers la focalisation sur la réduction
des risques de catastrophe aux niveaux : communautaire, national et sous régional ;
- Beaucoup plus de ressources investies dans la réduction des risques de catastrophe de la part des secteurs
public et privé, et de la part des partenaires internationaux.
Source : UA et NEPAD (2004)

Au plan opérationnel, les communautés économiques sous-régionales doivent fédérer les


efforts des États membres soit pour réduire la vulnérabilité des populations ou alors pour une
meilleure maîtrise des aléas notamment la sècheresse et les inondations qui concernent
généralement plusieurs pays en même temps. La Communauté Économique des États de
l’Afrique Centrale (CEEAC) dispose d’un plan d’action de préparation et de réponse aux
catastrophes pour le quinquennat 2011-2016.

[Link]. L’Afrique centrale face aux risques de catastrophe (CEEAC)


L’Afrique centrale est exposée à plusieurs aléas naturels dont les plus importants sont les
inondations et la sècheresse. Si la sècheresse est plus l’apanage de la partie sahélienne
notamment au Cameroun et au Tchad, les inondations sont saisonnières et touchent tous les
pays. En 2012, la CEEAC a dressé un bilan de 19 199 018 personnes qui ont été affectées entre
1975 et 2001 par les catastrophes naturelles.
266

Confrontée à ces différentes catastrophes, la sous-région Afrique centrale à participer au


plan mondial à toutes les initiatives portées par l’ONU et ses institutions spécialisées. Membres
de l’Assemblée Générale, les pays de la CEEAC ont accueilli favorablement la stratégie de
Yokohama et le cadre d’action de Hyōgo. Au plan régional, les objectifs stratégiques approuvés
en 2004 au sommet des chefs de l’États de l’UA interpellaient tous les pays du continent pour
la mise en œuvre. En outre les communautés économiques régionales avaient reçu la mission
de renforcer la coopération entre eux et d’harmoniser les politiques nationales pour promouvoir
les activités communautaires de prévention des risques de catastrophes. C’est face à ses
attributions que la CEEAC a défini un « plan d’action de préparation et de réponse aux
catastrophes en Afrique Centrale : 2012-2016 ». Il s’agit d’un ensemble de cinq objectifs :

- répertorier les risques et identifier les vulnérabilités aiguës ;


- améliorer les mécanismes de prévention et d’alerte ;
- accroître les capacités de préparation et de réponse aux crises, au niveau national et
régional ;
- renforcer et améliorer le cadre institutionnel et juridique relatif à la réduction des risques
et à la gestion des catastrophes ;
- accroître les capacités de financement des mécanismes de préparation et de réponse aux
crises.

Ces objectifs abordent spécifiquement les problèmes communs aux pays de l’Afrique
centrale. De manière prioritaire, le premier objectif est relatif à l’identification des
vulnérabilités. La cartographie des risques transfrontaliers permet d’interpeller les États
concernés sur leurs responsabilités dans la prévention. L’objectif 2 vise la création d’un
observatoire régional des risques et le renforcement de systèmes d’alerte. Le soutien de
plusieurs institutions internationales et régionales (OMM, ACMAD, OCHA, UN-SPIDER…)
est appelé pour l’atteinte de cet objectif. L’amélioration des capacités de préparation et de
réponse passe par le renforcement des institutions nationales et régionales.

Au niveau des États membres, il est recommandé d’élaborer des plans de contingence
et de tester leur opérationnalité. Cet objectif devrait s’étendre uniquement sur les premières
années du plan de préparation. Le quatrième objectif porte sur le renforcement du cadre
juridique aussi bien au niveau national que sous régional pour encadrer la prévention de
réduction des risques de catastrophe. Il est aussi question de renforcer les mécanismes de
concertation, de formation et de coordination pour favoriser le partage d’expériences et de
bonnes pratiques. Le dernier objectif aborde la question de financement. La mise en œuvre de
267

l’ensemble de la stratégie sous régionale s’élève à 25 025 000 €63. Il est question de mettre sur
pied une commission chargée de la mobilisation des ressources nécessaires. Un fonds d’urgence
devra aussi être créé pour prendre en charge la prévention, la préparation et la réhabilitation.

Presque arrivé au terme du plan d’action, le tableau de résultats affiche : renforcement


de la protection civile, élaboration des plans de contingence, création de la direction sous
régionale de la protection civile dont le siège est à Yaoundé, organisation de l’atelier sur la
préparation aux situations d’urgence et la familiarisation avec le système UNDAC, adoption
d’une politique sous régionale prévoyant l’évaluation de la vulnérabilité et l’identification des
risques, etc. L’État du Cameroun a en outre pris des mesures spécifiques pour faire face aux
menaces qui pèsent sur le triangle national. Le Plan national de contingence présente dans les
lignes la stratégie de prévention des risques de catastrophe au Cameroun.

[Link]. La Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT)


La Région de l'Extrême-Nord fait partir du bassin du Lac Tchad. Le Cameroun partage
cet espace (bassin conventionnel actif) de 427 500 km² avec le Nigeria, le Niger, la République
Centrafricaine et le Tchad (CBLT, 2010). L’accord de Fort Lamy signé par les présidents du
Cameroun, du Tchad et du Niger le 22 mai 1964 est le fondement de la CBLT. C’est un cadre
de concertation pour la gestion rationnelle des ressources de ce bassin (Sambo, 2005). Une
charte de l’eau existe entre les pays membres depuis 2012. Elle aborde la question de la gestion
des risques tels que les inondations, les sècheresses, les étiages sévères en recommandant une
coordination entre les initiatives des États membres. L’article 40 de cette charte aborde
spécifiquement les inondations (encadré 8).

Encadré 8 : Disposition de la charte de l’eau de la CBLT au sujet des inondations


Chaque État Partie, dans la mesure où il est concerné par le risque d’inondation par le Lac ou par ses contributeurs, ou
dans la mesure où sa position géographique lui permet de participer à la prévision de ce risque, s’engage à :
a) inventorier et cartographier l’aléa, la vulnérabilité et le risque des zones potentiellement soumises à inondation sur son
territoire ;
b) inventorier, dans une base de données, les inondations remarquables et les retours d’expérience sur la gestion de ces
évènements ;
c) développer et maintenir un système de prévision et d’alerte comprenant des stations pluviométriques et hydrométriques
;
d) préparer des Plans de Sauvegarde destinés à définir les actions à conduire en cas de situation d’alerte ou de crise.
Durant des situations d’inondation en cours ou à venir, les États Parties s’engagent à :
a) gérer les ouvrages hydrauliques de manière à diminuer le risque ou ne pas l’accroître conformément à l’alinéa 1 de
l’article 71 ;
b) mettre en place toute action de nature à informer les populations le plus tôt possible et à minimiser les impacts des
inondations. Les États Parties s’engagent en particulier à informer chaque année, sur la base de l’analyse des
hydrogrammes de crue du Chari et du Logone, les populations riveraines du Lac du niveau maximum que pourra atteindre
la cote du Lac.
Source : Charte de l’eau du Bassin du Lac Tchad (2012).

63
16,5 milliards XAF
268

Pays riverains du Logone, le Cameroun et le Tchad ont signé en 1970 un protocole


d’accord au sujet des aménagements hydrauliques sur le Logone. Ce texte fixe les quotas de
prélèvement et consacre la nécessité d’un pays a informé l’autre avant tout intervention ayant
un impact sur les eux du Logone. On peut relever aujourd’hui pour le déplorer une rupture de
dialogue. En effet, le Cameroun s’évertue aujourd’hui à transférer le risque du côté du Tchad
en surélevant sa digue.

5.3. Cadre national de gestion des catastrophes en général et des inondations en


particulier

Au Cameroun, un certain nombre d’institutions œuvrent pour la prévention et la gestion des


catastrophes. Le plan national de contingence fixe le cadre pour la fédération de différents
efforts.

5.3.1. Plan National de Contingence (PNC)

« Le plan national de contingence constitue un cadre commun général destiné à orienter


l’action des partenaires institutionnels, des organismes et autres intervenants de la protection
civile »64. Il identifie et analyse les risques de catastrophes sur l’ensemble du territoire national.
Pour chaque aléa, les causes sont déclinées, les divisions administratives concernées sont citées
et les impacts et conséquences historiques et potentiels sont présentés.

- Les éruptions volcaniques ; elles concernent la ligne de faille du Cameroun avec des
volcans plus ou moins actifs. Les manifestations dévastatrices sont : les coulées de laves,
les nuées ardentes et les émissions de gaz. Le Sud-Ouest, le Nord-Ouest, le Littoral,
l’Ouest, l’Adamaoua, le Nord et l’Extrême-Nord sont les régions administratives
exposées aux éruptions volcaniques.

- Les émanations de gaz toxiques ; les évènements de 1984 et 1986 respectivement du lac
Monoun et le lac Nyos ont mis en évidence la menace de ce risque sur le Cameroun. En
dépit des efforts de prévention, la menace est réelle autour de ces lacs et concerne les
Régions de l’Ouest (département du Noun) et du Nord-Ouest (département de la
Mentchum).

- Les tremblements de terre se manifestent le long de grandes failles (Mbalmayo, Sanaga,


centre Cameroun, Eséka-Kribi, etc.) que présente la structure géologique du Cameroun.

64
DPC (2011)
269

Les régions administratives concernées sont : le Centre, le Sud, le Sud-Ouest, le


Littoral). Même si l’amplitude sur est généralement faible, le risque est aujourd’hui très
élevé sur plusieurs localités parfois avec de fortes densités.

- Les inondations ; elles se produisent lorsque le volume d’eau entraîne un débordement


par rapport à l’écoulement habituel et se répand dans des zones occupées. Comme
causes du risque d’inondation, le PNC relève : « la topographie, la durée et l'intensité
des précipitations, l'état hydrique et le degré d'imperméabilité des sols, la densité du
couvert végétal, les pratiques agricoles, l’encombrement des lits de cours d’eau ». Ce
risque est ubiquiste au Cameroun. Les régions présentant une forte exposition sont : le
Sud-Ouest, le Littoral, le Centre, le Nord-Ouest, le Nord et l’Extrême-Nord. Les
inondations peuvent déclencher d’autres catastrophes plus préoccupantes d’où la
nécessité de la prévention.

- Les mouvements de masse ; même si le PNC ne relève pas ce risque parmi les menaces
de catastrophe au Cameroun, plusieurs auteurs (Ayonghe, 1999, Tchotsoua, 2007,
Guedjeo et al., 2012, Tchindjang, 2012, Saha, 2014, etc.) ont mis en évidence la
récurrence et la menace permanente des mouvements de masse dans plusieurs régions
du Cameroun.

En plus des risques naturels, le Cameroun est exposé aux menaces de catastrophes
sanitaires, les pestes animales, les risques technologiques, les accidents de circulation, les
risques d’incendies, l’afflux de réfugiés, les conflits inter-ethniques…

La préparation efficace aux catastrophes exige aussi l’évaluation régulière des menaces
identifiées. Ainsi, il est nécessaire de mettre sur pied des institutions spécialisées pour quantifier
le risque pour chaque zone. Dans le domaine des risques hydrogéomorphologiques, l’Institut
de Recherche Géologique et Minière (IRGM) et le Centre de Recherche Hydrologique (CRH)
collectent et traitent les données pour produire un état des lieux des aléas. Depuis 2003, le
gouvernement du Cameroun a créé l’Observatoire National du Risque (ONR) pour capter,
traiter, stocker et diffuser l’information sur les risques.

Dans le domaine des risques climatiques, le Cameroun s’est également doté d’un
Observatoire National des Changements Climatiques (ONACC) dont les responsabilités
impliquent l’évaluation des potentielles conséquences catastrophiques que pourraient
représenter les changements climatiques au Cameroun. La figure 95 présente le schéma de
collaboration entre différents intervenants dans le cadre du plan de contingence.
270

DÉCIDEURS

Structure centrale (ONR)


Analyse, stocke et diffuse MEDIAS
l’information

Autorités administratives
Captent, analyse et diffusent

Populations TECHNICIENS
Diffusent et implémentent les
IRGM, CRH, INC, DMN, ONACC, etc.
orientations

Figure 95 : Interrelation entre différents intervenants dans le PNC (source : DPC, 2011,
modifié)
Le PNC, est établi et mise à jour tous les cinq ans. La DPC assure le suivi de la mise en
œuvre et l’évaluation du PNC.

5.3.2. Direction de la Protection Civile (DPC)

Ayant adhéré à l’ONU dès son accession à l’indépendance en 1960, le Cameroun est partie
prenante de tout ce qui est fait au niveau international en faveur de la prévention des risques de
catastrophe. En 1973, une Direction de la Protection Civile est créée au sein du Ministère de
l’Administration Territoriale et de la Décentralisation (MINATD). Plusieurs autres textes de loi
notamment la loi de 1973, la loi N°86/016 du 06 décembre 1986 portant réorganisation générale
de la protection civile et plus récemment le décret N°2005-104 du 13 avril 2005 portant
organisation du MINATD ont contribué à cadrer la DPC dans son organisation et la définition
de ses missions. Aujourd’hui, elle est constituée de deux entités : la Cellule des Études et de la
Prévention (CEP) et la Sous-direction de la Coordination et des Interventions (SDCI). Les
missions de la DPC dans son ensemble sont les suivantes :

- organisation générale de la protection civile sur l’ensemble du territoire national ;

- étudier les mesures de protection civile en temps de paix comme en temps de guerre,
en liaison avec les administrations concernées ;
271

- assurer les relations avec les organismes nationaux et internationaux de protection


civile ;

- préparer des stages de formation des personnels de la protection civile en liaison avec
la Sous-direction des Ressources Humaines du MINATD ;

- examiner les requêtes en indemnisation et aides financières des personnes victimes de


calamités ;

- contrôler l’utilisation des aides ;

- coordonner les moyens de mise en œuvre pour la protection civile, notamment les
secours, le sauvetage, la logistique, l’utilisation des forces supplétives et auxiliaires ;

- transférer les corps en cas de catastrophe ;

- suivre la gestion des aides.65

Comme compétence du MINAT, la protection civile est assurée dans les Régions par les
gouverneurs, les préfets dans les départements et les sous-préfets dans les arrondissements. Ces
responsables sont chargés chacun en ce qui le concerne de coordonner les ressources
disponibles en cas de crise. La DPC travaille en étroite collaboration avec plusieurs autres
organismes privés, publics, nationaux ou internationaux :

- le Conseil National de Protection Civile (CNPC) ; Il s’agit d’un organe consultatif placé
sous l’autorité du Secrétaire Général de la Présidence de la République ;

- l’Observatoire National des Risques (ONR) ;

- le Programme National de Prévention et de Gestion des Catastrophes (PNPGC), qui


est un organe élaboré en partenariat avec la PNUD dont l’objectif est le renforcement
des capacités managériales, matérielles et logistiques du Gouvernement en matière de
planification, de prévention et de gestion des catastrophes ;

- les institutions internationales de facilitation (PNUD, UNICEF, OMS, FICR).

Toutes ces institutions ont leurs représentations dans la Région de l’Extrême-Nord. Leurs
actions ont été plusieurs fois observées sur le terrain soit dans la sensibilisation des populations
par rapport à leurs vulnérabilités ou en temps de crise pour porter secours aux victimes et
faciliter leur insertion sociale.

65
Direction de la Protection Civile, Yaoundé
272

La DPC produit annuellement un rapport sur la protection civile au Cameroun. La version


de 2017 (DPC, 2017) met en exergue les activités suivantes :

- Tenu d’un atelier (14-16 février 2017 à Mbalmayo) pour la relecture profonde de la
nouvelle édition du PNC. Cette version en entente de validation par les autorités
compétentes.

- Formation des journalistes et animateurs de radios communautaires des communes de


Maga, Kousseri, Touloum et Moulvoudaye en matière de système d’alerte précoce au
sujet des vents violents, les inondations, les invasions de pachydermes et oiseaux
granivores.

- Formation des acteurs locaux sur la gestion de l’information relative aux pertes et
dommages liés aux catastrophes ; cela en droite ligne avec les objectifs du cadre
d’action de Sendai.

- Visite en septembre 2017 de la zone affectée par l’érosion des berges du Mayo-Zoké
dans l’arrondissement de Guidiguis (département du Mayo Kani) ; une église, un radier
et une partie de l’école des parents de Guidiguis ayant été détruits.

- Visite d’une équipe de la DPC conduite par le Ministre de l’Administration Territoriale


et de la Décentralisation des sinistrés des inondations de Zina. Il était question
d’apporter une aide multiforme à ces populations qui ont dû traverser le mayo Goromo
pour s’abriter.

- Remise d’une embarcation de lutte contre les inondations et le sauvetage à la commune


de Maga (département du Mayo Danay).

- Développement d’un système d’alerte précoce pour la commune de Kousseri. Cette


activité tenue du 27-28 décembre 2017 à Maroua avait été soutenue par le PNUD et
l’ONG CARE International.

Globalement, la DPC se déploie sur le terrain en fonction des urgences. La Région de


l'Extrême-Nord bénéficie d’une importante attention au vu sa situation comme zone
d’occurrence de plusieurs catastrophes. Plus de moyens humains et matériels permettraient à
cette institution de jouer pleinement son rôle tel que défini par les lois en vigueur.
273

5.3.3. Observatoire National des risques au Cameroun (ONR)

L’ONR découle d’un décret de 2003 signé par le Premier Ministre chef du
gouvernement. Il est rattaché au MINAT notamment à la DPC. L’ONR « a pour missions la
collecte, la gestion et la diffusion des informations sur les risques naturels, technologiques,
industriels et anthropiques ». Cette mission est déclinée en quatre attributions opérationnelles
(Encadré 9).

Encadré 9 : Attributions opérationnelles de l’ONR


1. La contribution à la mise en place d’un dispositif national d’observation des sites et autres installations
à risque, assorti d’un système fiable de collecte et de transmission des données et informations sur les
risques ;
2. La création d’une banque de données sur les risques et aléas, assortie des mesures préventives
appropriées, suivant chaque type de risque ;
3. La publication d’un bulletin conjoncturel des risques, et la mise en œuvre de toute autre action de
sensibilisation et d’information préventive sur les risques ;
4. La création d’un cadre permanent de concertation et de collaboration entre les différentes
administrations et structures partenaires de la gestion préventive des risques.
Source : [Link]

L’arrivée de l’ONR sur le paysage institutionnel de la gestion des risques au Cameroun


concourt au changement de paradigme. Au lieu de gérer les crises, il faut désormais les prévenir
en s’appuyant sur des données consolidées provenant de tous les services sectoriels impliqués.

Pour mettre en place, le cadre permanent de concertation entre différentes


administrations, l’ONR dispose d’un réseau national de points focaux dans les services
déconcentrés au niveau des régions. De l’avis de M. Kengne Célestin (point focal de l’ONR à
la DPC), ce réseau fait tomber les obstacles procéduraux de communication entre différentes
administrations pour une plus grande efficacité dans la prise de décision.

5.3.4. Observatoire National sur les Changements Climatiques (ONACC)

L’ONACC « est un établissement public administratif de régime particulier66 ». Elle a


été créée en 2009 par un décret du Président de la République. Son rôle est de « collecter, traiter
et diffuser l’information sur l’évolution du climat »67. C’est en novembre 2015 que la première
équipe dirigeante de cette institution est mise en place. En collectant et traitant les données sur
le climat, l’ONACC s’inscrit parmi les structures techniques de mise en œuvre du PNC (figure

66
Décret N° 2009/410 du 10 décembre 2009 portant création, organisation et fonctionnement de l’Observatoire
National des Changements Climatiques
67
Oumba, 2017
274

95). Interrogé sur l’implication réelle de l’ONACC dans la prévention des risques au Cameroun,
l’encadré 10 donne une attitude du Directeur Général.

Encadré 10 : Entretien avec le directeur Général de l’ONACC


L’ONACC est producteur de l’information pour la prise de décision préventive dans l’ensemble des
secteurs d’activités. Tout ce que nous avons prédit cette année 2018 est malheureusement arrivé.
L’observatoire avait prédit un risque élevé de choléra et les régions pour lesquelles nous tirions la sonnette
d’alarme sont aujourd’hui entrain de faire face à ce problème. Nous avons prédit un risque d’insécurité
alimentaire et le Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural s’est rendu compte de l’ampleur de la
situation en faisant une tournée dans les zones vulnérables. Les risques de glissements de terrain vécu dans
les régions à l’Ouest du pays ne nous ont pas surpris.
Source : Entretien avec le Professeur Joseph Armathé Amougou ; Directeur Général de l’ONACC

Dans l’architecture institutionnelle du Cameroun dans la prévention des catastrophes,


l’ONACC se dessine comme une institution pragmatique. Son efficacité est garantie par le
renforcement et la diversification des moyens de collecte de données et une étroite collaboration
avec les organes de prise de décision.

5.3.5. Gestion locale des risques et catastrophes dans la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun

L’enjeu des risques naturels dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun


commande une mobilisation générale en faveur de l’action préventive et la gestion des
catastrophes.

[Link]. Rôles et actions des autorités administratives

Le Cameroun est déconcentré à trois niveaux : régions, départements et


arrondissements ; placés respectivement sous l’autorité des gouverneurs, des préfets et des sous-
préfets. Comme chefs de circonscriptions administratives, ils sont chargés entre autres de veiller
au respect des réglementations, au maintien de l’ordre, à la mise en œuvre des plans et
programmes de développement économique et social au niveau local. Ils « assurent la
supervision générale, l'animation, la coordination et le contrôle des services civils déconcentrés
de l'État68 ». Dans le domaine de la gestion des risques de catastrophe, plusieurs textes de loi
définissent leurs attributions en fonction de la qualification des évènements, du niveau
d’urgence et de l’ampleur des dégâts. Le décret n°98/031 du 09 mars 1998 portant organisation
des plans d’urgence et de secours en cas de catastrophe ou de risques majeurs donne compétence

68
Décret n°2008/377 du 12 novembre 2008 fixant les attributions des Chefs de circonscriptions administratives
et portant organisation et fonctionnement de leurs services
275

du déclenchement au Secrétaire Général de la Présidence de la République (au niveau national),


au gouverneur (au niveau régional) et au préfet (au niveau départemental). L’autorité
compétente est alors chargée de « la diffusion de l’alerte, l’engagement immédiat des secours
d’urgence, l’information des autorités hiérarchiques, la mobilisation des moyens humains,
matériels et financiers nécessaires, la convocation immédiate du Comité de crise, l’information
du public69 ».

La Région de l'Extrême-Nord est le « terreau » par excellence pour l’observation de


l’application de cette règlementation et de la collaboration entre les services. En effet, la
récurrence de crises majeures comme les sècheresses et les inondations et aussi les atteintes à
l’ordre public par la secte terroriste Boko Haram sont autant d’occasions pendant lesquels les
autorités ont exercé leurs compétences. Suite aux inondations de 2012, le gouverneur Awa
Fonka Augustine70 avait mis en place sous sa présidence un comité régional de gestion
d’urgence et de secours. Il en est de même des départements et des arrondissements touchés où
les préfets et sous-préfets se sont entourés d’équipes. Il est généralement question de la gestion
de crise, la coordination des actions de secours, le recensement des sinistrés et l’établissement
d’un état de besoins, la distribution des aides… Sur le terrain, on peut remarquer le travail
déterminant des sous-préfets qui collectent l’information auprès des populations pour guider la
prise de décision par leurs hiérarchies.

En 2015, suite à la tenue d’une concertation interministérielle dans le cadre du CNPC


avec pour objet l’élaboration des plans d’urgence de lutte contre les inondations, le MINAT à
solliciter de la part de chaque Gouverneur des indications sur les zones à risque et des
indications sur les mesures de surveillance. Dans la chaîne d’action, les gouverneurs ont fait
recours aux préfets qui ont répercuté aux sous-préfets (annexe 10). Le tableau 69 ressort les
zones à risque dans l’arrondissement de Mokolo selon le sous-préfet. On y trouve les mesures
de surveillance ou de lutte proposées.

69
Décret n°98/031 du 09 mars 1998 portant organisation des plans d’urgence et de secours en cas de catastrophe
ou de risque majeurs
70
Gouverneur de la Région de l'Extrême-Nord entre mars 2012–juin 2014
276

Tableau 69 : Identification des zones à risque d’inondations dans l’arrondissement de Mokolo


par le sous-préfet
Zone à risque Mesures de surveillance Disposition d’intervention
rapide
Canton de Mokolo Déguerpissement des habitants le - Recasement
- Mayo Ouro-Tada-Bouguelré- Domayo- long des rives - Aménagement des berges
Mofolé-Lycée Classique des mayos et des ouvrages
de franchissement
Canton de Matakam Sud Interdiction de cultures - Recasement
- Mayo Mboua-Ldamtsaï ; maraichères et déguerpissement - Aménagement des berges
- Oudahaï-Mavoumaï-Sougoulé- des habitants des alentours du des mayos et des ouvrages
Gouldanda barrage de franchissement
Canton de Zamaï Interdiction de construire et de Aménagement des berges des
- Wafango cultiver le long des mayos mayos et des ouvrages de
- Ouro-Mansour franchissement
Canton de Gawar Interdiction de construire et de Aménagement des berges des
- Windé-Ouro Bocki-Mayel-Hiné- cultiver le long des mayos mayos et des ouvrages de
Parwaï-Djalingo-Mayo lade franchissement
Canton de Mofou-Sud Interdiction de construire et de Aménagement des berges des
- Mofou sud (Zidim-Gazawao) cultiver le long des mayos mayos et des ouvrages de
- Diméo-Saberé-sang franchissement
Canton de Boula Interdiction de construire et de Aménagement des berges des
- Boula centre (Djamdoudi-Tchoukol- cultiver le long des mayos mayos et des ouvrages de
Ngafakat-Lougueréo-Zamalao) franchissement
Canton de Mokong Interdiction de construire et de Aménagement des berges des
- Mokong centre (Momboï, Masfaï) cultiver le long des mayos mayos et des ouvrages de
- Minglya-Tchebi-Mowo-Gadalao- franchissement
Madildalaï-Mosso

Source : Archives de la préfecture du Mayo Tsanaga, 2017

La collaboration entre les autorités et les populations locales n’est pas toujours
exemplaire. Dans un esprit de cupidité, certaines populations des zones sinistrées s’enregistrent
frauduleusement sur les listes de victimes (annexe 11). Il en est de même de la surestimation
des dégâts matériels dans certains cas pour bénéficier des compensations.

[Link]. Autres autorités locales (maires et chefs traditionnels)


De par leurs attributions, les communes jouent un rôle important dans l’aménagement
du territoire. Leur rôle est en cours de renforcement dans le contexte de décentralisation. La loi
n° 2004/018 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes attribue les
compétences suivantes aux communes dans le domaine de l'environnement et de la gestion des
ressources naturelles (article 16) :

- le nettoyage des rues, chemins et espaces publics communaux ;


- le suivi et le contrôle de gestion des déchets industriels ;
- les opérations de reboisement et la création de bois communaux ;
277

- la lutte contre l'insalubrité, les pollutions et les nuisances ;


- la protection des ressources en eaux souterraines et superficielles ;
- l'élaboration de plans communaux d'action pour l’environnement ;
- la création, l’entretien et la gestion des espaces verts, parcs et jardins d’intérêt
communal.

Par leur implication dans l’aménagement du territoire, les communes sont présentes dans
tout le cycle de la gestion des catastrophes. Leurs actions participent aussi bien à la prévention,
à l’intervention en temps de crise et à la restauration post-catastrophe. Disposant de budgets
autonomes, les communes sont généralement en avant-garde en situation d’urgence. En zone
de plaine, les maires mobilisent les moyens logistiques pour extraire les populations de la zone
de danger lorsque l’eau monte. Les maires mettent également à la disposition des populations
des sacs vides pour colmater les brèches lorsqu’il s’agit de dégradation des berges ou de
ruptures de barrages.

Le cas de la commune de Yagoua est assez remarquable. En 2012, 2013 et 2014 le maire
a remis chaque fois 2000 sacs vides pour faire des digues provisoires pour empêcher l’eau de
pénétrer dans les villages le long du Logone71. Le maire a également créé cinq comités d’alerte
pour faire remonter rapidement l’information en cas de menace majeure. Ces derniers jouent le
rôle d’intermédiaire avec les autorités municipales. Ka’ardi Dikamdi (2017) rapporte également
que la mairie de Yagoua a mis à la disposition des populations une partie de sa réserve foncière
à Dana et derrière l’hôpital régional comme site de recasement pour les populations des
quartiers Kaskao, Gobessou, Danayré et Kalfouré qui sont touchées chaque année par les
inondations dues soit à la stagnation de l’eau (Kaskao) ou au débordement de rivière pour les
autres.

[Link]. Comité régional de la Croix Rouge Camerounaise


La Croix Rouge est présente au Cameroun depuis 1963 (Godwé Mbarga, 2013). Elle
joue un rôle majeur dans la protection civile. Elle est présente non seulement aux niveaux
régionaux, mais aussi départementaux et même dans les arrondissements. Dans la Région de
l'Extrême-Nord, l’action de la Croix Rouge consiste essentiellement à la formation des
populations pour développer un réseau de volontaires secouristes (VS) ; le but étant d’avoir au
moins un VS dans chaque famille. Ils jouent le rôle de sentinelles dans les communautés et sont
chargés d’alerter les instances supérieures lorsque le danger s’annonce et de porter les actes de

71
Information recue de M. Aboubakar Abdoulaye (cadre communal de développement) à la mairie de Yagoua
278

premier secours au profit des sinistrés. Dans sa collaboration avec la DPC, la croix rouge offre
un cadre d’action de proximité. La croix rouge est également prompte à mobiliser les ressources
afin d’apporter une aide matérielle aux sinistrés.

En 2012, la Croix Rouge camerounaise a organisé une collecte de fonds sous forme de
« téléthon ». En plus de la célébration œcuménique retransmise en direct sur les chaînes de
télévision pour réconforter psychologiquement les sinistrés, 14 millions avaient été récoltés
pour assister les victimes des inondations dans les Régions du Nord-Ouest, de l’Est, du Nord et
de l’Extrême-Nord72. Cette même année, le comité régional de la Région de l'Extrême-Nord a
offert 850 kilogrammes de riz, 850 bidons, 850 sceaux, 850 nattes, 500 cartons de savons, 425
matelas, 425 foyers améliorés et 2 tricycles aux sinistrés recasés dans les camps. Le tableau 70
ressort les ressources d’intervention du comité départementale de la croix rouge du département
du Mayo Danay.

Tableau 70 : Ressources opérationnelles du comité départemental de la Croix Rouge du Mayo


Danay
Arrondissement Nombre
Trousse de dossard brancard Voiture Mot
de VS
premiers o
secours
Datcheka 85 2 20 1
Gobo 76 2 6
Guéré 70 2 10
Vélé 60 2 7
Kaï-kaï 90 1 10
Kalfou 30 2 4 1
Kar-hay 70 2 10
Maga 200 2 20 2
Tchatibali 50 1 16
Wina 39 1 5
Yagoua 50 4 21 4 2 1
Total (Mayo Danay) 820 21 129 8 2 1
Source : Comité départemental de la Croix Rouge du Mayo Danay
En estimant que les autres comités départementaux disposent de ressources similaires, la
Région de l'Extrême-Nord disposerait d’un effectif d’environ 5 000 volontaires secouristes. Le
ratio est d’un VS pour 820 habitants. On remarque le nombre très insuffisant des trousses de
premiers secours les brancards et autres matériels roulants. Par son déploiement sur le terrain,

72
Journal investir au Cameroun
279

la croix rouge est un important levier qui devrait être plus mis à contribution pour la prévention
et la gestion des catastrophes dans la Région de l'Extrême-Nord.

[Link]. Rôle des forces de maintien de l’ordre et de la sécurité


Les forces de maintien de l’ordre et de sécurité assurent le renseignement, la surveillance
du réseau de circulation, la protection des zones sensibles ou à haut risque. Le corps national
des sapeurs-pompiers occupe une place importante dans le dispositif de protection civile sur le
territoire national. Le décret n° 86/286 du 05 avril 1986 portant création et organisation du corps
national des sapeurs-pompiers spécifie que cette unité de l’armée est mise à la disposition des
autorités administratives en cas de besoin pour contribuer à l’intervention d’urgence en cas de
catastrophe ou de risque majeur (article 3). Dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun les
villes de Kousseri et Maroua disposent de leurs unités de sapeurs-pompiers. Une unité de la
marine nationale est présente dans la ville de Maga. Leur matériel logistique et leurs
compétences ont contribué au sauvetage des sinistrés en 2012 lorsque toute l’attention nationale
avait été mobilisée à cause du nombre très élevé des personnes touchées. On peut aussi relever
l’action du génie militaire qui a contribué à l’intervention d’urgence notamment pour colmater
les brèches sur les digues.

Conclusion
L’objectif de ce chapitre était de ressortir le cadre opérationnel de la gestion des risques
naturels au Cameroun. Essentiellement basé sur l’abondante littérature disponible et les
investigations de terrain, il en ressort que des efforts sont mobilisés au niveau international pour
aider les États dans la prévention des risques de catastrophe. Deux programmes décennaux ont
été conduits à leurs termes par le système des Nations Unies. Des institutions sont mises en
place et des partenariats noués avec des organes techniques sectoriels pour intégrer la gestion
des risques de catastrophes dans les politiques de développement. Au niveau africain, les efforts
de l’UA et du NEPAD en faveur de la mise en place d’une stratégie africaine de réduction des
risques de catastrophe se sont soldés en 2004 par son approbation par les chefs d’États et de
gouvernements. Au niveau sous régional, la CEEAC dispose d’un plan d’action de préparation
et de réponse aux catastrophes en Afrique centrale : 2012 – 2016. Toute cette mobilisation à
différents niveaux est motivée par la progression des risques de catastrophe. Il est question de
diminuer la vulnérabilité des populations afin de minimiser la capacité d’endommagement des
aléas naturels.
280

Partie prenante de tout ce qui est fait aux niveaux : mondial, africain, de la CEEAC et de
la CBLT, le Cameroun a élaboré son PNC en 2002. Il s’agit de l’instrument directeur de la
gestion des catastrophes. Révisé en 2006 le PNC a été mis à jour en 2011. En outre, la DPC,
l’ONR, l’ONACC, les autorités administratives et la Croix Rouge sont autant d’acteurs
contribuant à la réduction du risque au Cameroun et dans la Région de l'Extrême-Nord en
particulier. Tous ces efforts concourent aussi à la mise en place d’un cadre d’intervention en
cas de crise majeur.
281

6. CHAPITRE 6 : ADAPTATION AUX


INONDATIONS DANS LA RÉGION DE
L'EXTRÊME-NORD DU CAMEROUN

Introduction
« Prévenir vaut mieux que guérir ». Cet adage très populaire dans le domaine médical est
aussi valable dans la gestion des catastrophes. La capacité d’endommagement de certains aléas
est telle qu’aucune politique de reconstruction ne peut permettre une restauration efficace.
L’entrée en scène des sciences humaines dans l’étude des risques a permis de montrer que si
l’aléa dépend des processus physiques non immuables, la vulnérabilité est anthropique. La
soustraction de la zone d’occurrence du risque par exemple prévient l’endommagement. C’est
dans cet ordre d’idées qu’au plan mondial, les plus grandes instances de décision accordent une
place de choix à la prévention des risques de catastrophes. Le risque zéro étant utopique, il est
impératif de se préparer aux situations de crise. Lorsque l’endommagement est constaté, il faut
faire face aux pertes et réhabiliter pour éviter le déclenchement d’autres crises comme des
épidémies. Plusieurs fois, l’Assemblée Générale des Nations Unies a mis en garde la
communauté internationale sur le fait que les catastrophes naturelles de ces dernières années
constituent des obstacles majeurs à l’atteinte des OMD et des ODD. Principales victimes, les
populations utilisent tous les moyens à leurs dispositions pour limiter les dégâts. Le cas de la
Région de l'Extrême-Nord du Cameroun est assez remarquable. En effet, habituées aux
inondations et ayant appris « à vivre avec », les populations disposent de moyens permettant de
mettre à l’abri leurs réserves hydriques et alimentaires prioritairement. Certaines maisons sont
construites avec une prise en compte de la nature inondable des sites. On peut tout de même
remarquer que comme les autorités internationales et nationales, les communautés locales sont
limitées dans leurs initiatives par le manque de moyens et un déficit d’accompagnement en
termes de coordination pour une planification plus efficace de l’aménagement du territoire. Ce
chapitre aborde les pratiques d’adaptation aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord
en analysant les actions planifiées, les initiatives spontanées et la reconstruction ex-post.

[Link] planifiée

L’action planifiée intègre la construction de la résilience par le développement économique


et social et les actes spécifiques de prévention des catastrophes impulsés aussi bien par les
autorités que par les populations.
282

6.1.1. Actions des autorités

Les autorités se déploient dans la sensibilisation des populations, le reboisement, la


protection des berges des cours d’eau entre autres.

[Link]. Sensibilisation des populations

La troisième priorité stratégique adoptée à la conférence de Kobé au Japon en 2005 invite


les États à « Utiliser les connaissances, les innovations et l’éducation pour instaurer une culture
de la sécurité et de la résilience à tous les niveaux ». Il est question d’améliorer la perception
du risque par les populations. Ceci passe par l’explication des processus liés aux aléas en
présence, l'évaluation dans une approche participative de la vulnérabilité et le développement
de mesures de prévention et d’adaptation. Dans le cadre des inondations dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun, leur occurrence cyclique dans la plaine et certains secteurs de la
pédiplaine en font un risque bien perçu par les populations exposées. Toutefois les
bouleversements climatiques appellent les États au développement de l’observation pour
prévenir les populations dans le cadre d’évènements extrêmes.

En plus du poste régional de la Cameroon Radio Television (CRTV) de nombreuses radios


rurales dans la Région de l'Extrême-Nord participent à la sensibilisation des populations. Dans
le département du Mayo Danay, la radio rurale Dana, la radio rurale de Tchati Bali, Maga FM
sont autant de canaux permettant la transmission d’informations en langues locales. Dans le
cadre du PULCI plusieurs émissions sont retransmises aux populations des zones concernées
par les travaux. Les comités départementaux de la croix rouge mènent aussi des activités de
sensibilisation sur le terrain. Ces derniers informent les populations non seulement par rapport
à leur exposition, mais aussi, des règles de premiers secours sont enseignées.

L’idéal est d’intégrer des modules sur la prévention des risques dans les programmes
scolaires ; ce qui n’est pas encore effectif au Cameroun. Mais, à l’occasion des journées
mondiales de la prévention des catastrophes, des évènements sont organisés sur la place
publique et dans les écoles pour sensibiliser les populations sur la nécessité de prendre des
précautions pour se prémunir contre les risques de catastrophes. En outre, des débats et tables
rondes radiodiffusés et/ou télévisés sont organisés pour aborder les questions liées à la
prévention des risques de catastrophe au Cameroun. Les collectivités territoriales décentralisées
sont aussi mises à contribution pour atteindre un plus grand nombre.
283

[Link]. Reboisement et protection de l’environnement

La végétation constitue une importante protection contre les catastrophes naturelles. Elle
protège contre les mouvements de masses et l’érosion, contribue à l’infiltration et prévient les
inondations. Dans la zone sahélienne la végétation est une barrière contre la désertification et
la progression de vents violents. Les arbres produisent aussi du bois et autres ressources. Le
choix des espèces à planter est guidé par les services écosystémiques escomptés. Dans la Région
de l'Extrême-Nord plusieurs programmes gouvernementaux notamment l’opération « Sahel
vert » sont à l’origine de la plantation de milliers d’arbres chaque année (Wandji et Takoucheu
2013). En plus, les Organisations de la Société Civile et les partenaires au développement
contribuent au reboisement. Entre 2008 et 2012, plus de 2,5 millions d’arbres ont été plantés
dans la Région de l'Extrême-Nord (tableau 71).

Tableau 71 : Reboisement par le projet sahel vert dans la Région de l'Extrême-Nord 2008-2012
Année Sites Départements Superficie Plants mis Total %
(ha) en terre plants / an Réussite
2008 Léra Mayo-Kani 1 500 240 000 480 000 62
Mada Logone-et-Chari 1 500 240 000 40
2009 Goussor Mayo-Kani 1 000 160 000 480 000 67
Maltam Logone-et-Chari 1 000 160 000 40
Daiba – Kalfou Mayo-Danay 1 000 160 000 65
2010 Djidel – Bogo Diamaré 500 80 000 560 000 55
Bipaing Mayo-Kani 500 80 000 63
Berkédé Mayo-Kani 500 80 000 70
Ouro - Daban Mayo-Danay 500 80 000 72
Adjiri - Mora Mayo-Sava 500 80 000 50
Katikimé - Darak Logone-et-Chari 700 112 000 78
Djénéné – Goulfey Logone-et-Chari 300 48 000 75
2011 Lamtari-Kaélé Mayo-Kani 500 80 000 560 000 72
Beungel-Boboyo Mayo-Kani 500 80 000 60
Matchoualta-Lara Mayo-Kani 500 80 000 60
Karena-Darak Logone-et-Chari 500 80 000 75
Tcherfeke-Yagoua Mayo-Danay 500 80 000 65
Endala-Kerawa Mayo-Sava 500 80 000 55
Boulah-Mokong Mayo-Tsanaga 500 80 000 70
2012 Gabane-Lara Mayo-Kani 500 80 000 480 000 70
Boboyo II-Kaélé Mayo-Kani 200 32 000 50
Matchoualta II Mayo-Kani 500 80 000 80
Boulah-Mokong II Mayo-Tsanaga 500 80 000 80
Bogo-Ouro Yaya Diamaré 300 48 000 72
Doukoula Mayo-Danay 500 80 000 67
Kossa-Mora Mayo-Sava 500 80 000 80
16 000 2 560 000 2 560 000 65
Source : Délégation régionale du MINEPDED de la Région de l'Extrême-Nord, 2017
284

Entre 2013 et 2017, près de 1,5 million d’arbres ont également été pour un taux de réussite
de 65% en moyenne. Cette vaste opération connait quelques difficultés comme le refus
d’attribuer les sites de reboisement par les communautés, le pillage des sites reboisés, le
prélèvement abusif de bois, les feux de brousse, les contraintes financières et écologiques. De
plus en plus les stratégies sont utilisées pour impliquer les populations bénéficiaires. Les
travaux de sécurisation des sites, fourniture de plants, piquetage, trouaison, mise en terre des
plants et d’arrosage leurs sont confiés. En outre, dans le cadre de la Loi n° 2004/018 du 22
juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes, les sites reboisés sont confiées aux
communes après une année d’entretien. Le choix des zones humides et des berges de cours
d’eau comme sites de reboisement contribue directement à la lutte contre les inondations. Sur
certains sites, ce sont les eucalyptus (Eucalyptus globulus) réputés dans l’assèchement des
zones humides qui sont choisis (planche 16).

Planche 16 : Reboisement des berges du Mayo Makabaye à Ouro Tchédé à l’entrée de la ville
de Maroua (Source : Saha, août 2018)

[Link]. La protection des berges des cours d’eau

La dégradation des berges des cours d’eau est une des causes des inondations en milieu
rural comme en milieu urbain. Pour faire face à ce problème plusieurs initiatives sont
observables sur le terrain. Au niveau de la confluence du Logone et du Chari, des matelas-
galions stabilisent les berges (planche 17-A). Il s’agit d’une technique adoptée par le
gouvernement avec le soutien de la Commission de l’Union Européenne après les inondations
de 1998 dans la ville de Kousseri pour stopper l’érosion des berges sur plus de quatre km (ERE
Développement, 2007). À travers la région, on remarque des dépôts de pierres le long des cours
d’eau, ou sur des sections précises pour empêcher l’effondrement des berges. Le plan
285

stratégique de la ville de Maroua défini la surélévation et la protection des berges par des perrés
maçonnés sur 15 570 ml (IDEA Consult, 2016). Il est à noter qu’au niveau régional, un comité
de suivi des activités de protection des berges a été mis en place en 2010 par le Ministre de
l’Économie de Planification et de l’Aménagement du Territoire. Les cours d’eau ciblés par les
activités de ce comité sont : le Logone et Chari, le mayo Kerawa, le mayo Kaliao.

A B

Planche 17 : Techniques de protection des berges du Logone a Kousseri (A) et le Mayo Danay
à Yagoua (B) (Source : Saha, août 2017)
La protection des berges de cours d’eau est une technique coûteuse. Les municipalités
sont incapables de mobiliser les ressources nécessaires. Dans les villes comme Yaoundé, c’est
la coopération chinoise qui a financé l’endiguement du Mfoundi. De pareils travaux dans la
ville de Maroua sont urgents.

[Link]. Autres initiatives pour lutter contre les inondations

La multiplicité des causes des inondations commande des actions multiformes pour faire
face aux risques. Dans les villes, il est parfois question de curer les drains pour faciliter
l’écoulement de l’eau. L’entretien de routes participe aussi à la circulation des personnes et des
biens pendant les saisons de pluies. Il est nécessaire et impératif de construire ou d’entretenir
les caniveaux pour éviter la stagnation de l’eau. Dans le cadre du projet filets sociaux financé
par la Banque Mondiale, plusieurs initiatives de lutte contre les inondations ont été conduites
dans la Région de l'Extrême-Nord (tableau 72).
286

Tableau 72 : Quelques réalisations du projet filets sociaux pour la lutte contre les inondations

Projet (objectif) Activités Coûts (XAF)


Protéger les populations de Construction de 1 km de diguette 12 480 000
Belguété contre les inondations
Protéger les populations d’Ardebé Construction de 3 km de diguette 12 480 000
contre les inondations
Lutter contre les inondations dans Curage de 8 km de caniveaux 12 480 000
la ville de Kousseri
Réduire les inondations dans la Curage de 5 km de caniveaux 10 920 000
localité de Michediré
Protéger les populations de Lahaï Construction de 5 km de diguette 14 839 750
contre les inondations
Protéger les populations d’Ivié Construction de 4 km de diguette 14 939 750
contre les inondations
Protéger les populations de Mazera Construction de 3 km de diguette 15 816 250
contre les inondations
Source : Délégation départementale du MINEPAT dans le Logone et Chari, 2017

Dans l’approche Haute Intensité de Main d’Œuvre (HIMO) ces projets sont réalisés par
les populations bénéficiaires. Dans cette perspective l’arrondissement de Zina a bénéficié au
total de :
- 39 diguettes de protection construites autour de 39 infrastructures hydrauliques ;

- 23 diguettes de protection construites autour de 23 infrastructures éducatives ;

- 03 diguettes de protection construites autour de 03 infrastructures de santé.

« Même si ces travaux visaient essentiellement la création de petits emplois pour les
populations locales leurs contributions à la lutte contre les inondations a été ressentie en 2016 ».
Ces propos du secrétaire particulier du sous-préfet de Zina (Aboukar Hassana) expriment la
satisfaction vis-à-vis de ces réalisations. Les diguettes mises en place servent aussi comme piste
de déplacement des populations en période de submersion (planche 18).
287

A B

Planche 18 : Quelques diguettes mises en place dans l’arrondissement de Zina dans le cadre
du projet filets sociaux (Source : Saha, août 2017)
La photo A présente une section de la diguette construite en 2016 dans l’arrondissement de Zina. Cette
digue qui ceinture l’ensemble de la ville est aussi utilisée comme voie d’accès au lycée de Zina en période
d’inondations. La photo B illustre la protection rudimentaire des infrastructures hydrauliques. Il est question de
garder leur fonctionnalité même en période d’inondations.

Les réalisations du projet filets sociaux pour la lutte contre les inondations se révèlent
non durables par leur fragilité. Les inondations en 2017 ont balayé une bonne partie de ces
efforts. En plus la remontée du niveau de l’eau dans la plaine à cause de l’endiguement du
Logone en aval diminue grandement leur efficacité.

[Link]. Plan d’Organisation des Secours (Plan ORSEC)

C’est un « document de planification pour une activation des moyens humains,


administratifs et matériels par les autorités concernées afin d’opérationnaliser les secours aux
victimes de crise »73. Dans le cadre du programme REPECC, le PNUD a facilité entre 2013 et
2017 l’élaboration de plans ORSEC pour l’ensemble des six départements de la Région de
l'Extrême-Nord. Globalement, ces documents mettent à la disposition de l’autorité
administrative (préfets) des données utiles à la prise de décision en temps de catastrophe en
fonction des niveaux d’intervention (figure 94).

73
Plan ORSEC Mayo Kani, 2014
288

Préfet du Logone
et Chari

Standard
téléphonique

État-major de veille Responsable du


dispositif ORSEC

SERVICE ORSEC SERVICE ORSEC SERVICE ORSEC SERVICE ORSEC


SÉCURITÉ TRAVAUX COMMISSION DE RETRANSMISSION
PUBLICS ET SANTE TÉLÉPHONIQUE ET
RADIOPHONIQUE
TRANSPORTS D’HÉBERGEMENT
DES AFFAIRES
SOCIALES

POPULATIONS

Figure 96 : Organigramme du plan ORSEC du département du Logone et Chari (Source : Plan


ORSEC du département du Logone et Chari, 2015)
Le plan ORSEC est un dispositif opérationnel du plan d’urgence et des secours en cas
de catastrophe74. Il guide l’action du préfet comme responsable du déclenchement et de la
conduite du plan d’urgence. Toutes les ressources disponibles sont identifiées et quantifiées
pour être mobilisées en temps de crise pour répondre efficacement aux besoins également
identifiés. Dans le département du Mayo Danay par exemple 95 véhicules légers et et 51 engins
lourds sont disponibles en cas de besoin. Le plan ORSEC présente un annuaire des contacts
téléphoniques pour permettre au standard téléphonique placé sous la supervision du préfet de
les mobiliser efficacement pour répondre aux besoins de secours. Pour l’encadrement des
populations, des centaines de chefs traditionnels, près d’une centaine des responsables
d’encadrement de l’agriculture et l’élevage, et plusieurs centaines d’agents de sécurité et
d’ordre publics sont mobilisables dans chaque département et à disposition du plan en cas de
besoin.

[Link]. Mise en place d’un plan de contingence contre les inondations

Dans le cadre du PULCI, un plan de contingence au risque d’inondation est mis en place
pour les arrondissements de Maga, Kaï-kaï, Vélé et Yagoua concernés par les travaux. C’est un

74
Décret n°98/031 du 09 mars 1998
289

dispositif orientant l’action de l’ensemble des acteurs de la protection civile concernés par
l’action opérationnelle en cas de crise. Le plan de contingence de la zone du PULCI défini un
ensemble de mesures préparatoires (préventives) avec un mécanisme de gestion précisant le
rôle de chaque acteur. En matière opérationnelle, un système d’alerte précoce, une matrice de
réaction rapide et un plan de relèvement rapide sont présentés.

En termes de mesure préparatoire, un réseau de collecte d’informations


hydrométéorologiques a été mis en place. Il s’agit de 10 stations météorologiques mesurant les
quantités de précipitations, la pression atmosphérique, la température, l’hygrométrie, la
direction et la force du vent. En hydrologie, 23 stations de jaugeage sont installées aussi bien
au niveau du lac de Maga que des cours d’eau. Le seuil d’alerte rouge est fixé à 50 mm pour ce
qui est de la hauteur des pluies en 24 heures. Pour les crues, 2500 m3/s à la station de Bongor
est le seuil de déclenchement du plan. Dans un scénario possible d’un évènement affectant
45 000 personnes, des sites de recasement sont identifiés dans chaque arrondissement et
sommairement aménagés. Le tableau 73 présente les sites des arrondissements de Maga, Vélé
et Kaï-kaï.

Tableau 73 : Sites de recasement de sinistrés en cas d’inondation majeur dans les


arrondissements de Maga, Vélé et Kaï-kaï

Arrondissements Sites Caractéristiques Observations


Farahoulou Site de recasement définitif de
Maga sinistrés ;
Site accessible, relativement
sécurisé et un potentiel
d’extension spatial.
Gagraye Site de recasement déjà
aménagé par lots avec des
points d’eau et un potentiel
d’extension spatial.
Maouda Site facile d’accès mais encore
non aménagé.
Vélé Widigué Site encore inaccessible. Besoins de
Agolla financement pour
Douang l’aménagement de la
route Guémé-
Gabaraye-Widigué
Kaï-kaï Massouang Accessible à condition que la Besoins de
Barkaya route soit aménagée pour être financement pour
carrossable en saison des l’aménagement de la
pluies. route.
Source : Plan de contingence de la zone d’intervention du PULCI, 2017
290

Pour chaque site, le matériel d’intervention opérationnel (tentes, groupes électrogènes,


gilets de sauvetage, talkies-walkies, etc.) est disponible. Pour la mise en œuvre de ce plan de
contingence, tous les acteurs ont eu droit à des séances de formation sur leurs rôles respectifs
et les modalités de collaboration avec les autres composantes de l’action. Le préfet du
département du Mayo Danay assure la coordination générale (premier groupe sectoriel) avec
l’aide des sous-préfets et des maires. Le second groupe sectoriel responsable de l’eau, de
l’hygiène et de l’assainissement est assuré par la délégation départementale de l’eau et de
l’énergie. La santé et la nutrition sont à la charge des chefs de districts de santé, de la croix
rouge, de la délégation des affaires sociales, la délégation de promotion de la femme et de la
famille, la délégation départementale de la jeunesse et de l’éducation civique et des ONG
locales intervenant dans le domaine. Ce groupe sectoriel s’occupe de l’assistance médicale et
psychologique des sinistrés tout en veillant à une alimentation saine.

La délégation départementale de l’agriculture et du développement rural avec les autres


services sectoriels apportent l’aide nécessaire aux sinistrés en termes de : mise à disposition de
vivres pour la satisfaction des besoins alimentaires des sinistrés, assistance pour diversification
des sources de revenus, initiation ou accompagnement dans les activités de contre saison.
Toutes ces actions participent au relèvement rapide. Pour ce qui est de l’éducation, les
délégations départementales de l’enseignement secondaire et de l’éducation de base se chargent
de la reprise rapide des cours et la sensibilisation sur les risques de catastrophe entre autres.
Pour ce qui est de l’abri d’urgence, la délégation départementale de l’habitat et du
développement urbain s’en charge. La logistique est du ressort de la délégation départementale
des transports. La communication d’urgence revient à l’ensemble des services sectoriels ;
chacun en ce qui le concerne.

Interrogé sur l’efficacité de ce plan de contingence, Madame Foumsou Julie (chef du


service des affaires sociales et culturelles à la préfecture du département du Mayo Danay à
Yagoua rassure : « j’ai participé à près de deux semaines de séminaire sur la mise en œuvre de
ce plan. Cette fois, ce n’est pas du folklore, on a mis la main sur tous les services sectoriels et
techniques. Chacun a donné son point de vue et le document final prend tout en compte. En
plus, on a responsabilisé les chefs traditionnels dans les villages ; ce qui est un réel avantage
opérationnel. Toutefois, j’ai personnellement déploré uniquement la faible implication des
femmes »75.

75
Propos recueillis au cours d’un entretien au bureau de la concernée en juillet 2018
291

6.1.2. Action privée préventive

[Link]. Construction de diguettes anti-inondation

Dans la plaine inondable de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun, les cours d’eau


coulent à fleur de surface ; les lits sont peu marqués et connaissent l’ensablement en toute
saison. Il en est de même des lacs et des mares d’eau. Certaines populations interviennent par
la construction de petits barrages d’environ 40 cm le long de rivières, autour des regroupements
de maisons ou pour protéger des constructions isolées. Ce mode de protection est très populaire
dans les départements du Mayo Danay et du Logone et Chari. La planche 19 illustre cette
situation dans quelques arrondissements du département du Mayo Danay.

A B

Planche 19 : Diguettes anti-inondations dans le département du Mayo Danay (Source : Saha,


août 2017)
La photo A montre une digue autour d’une maison pour éviter l’envahissement de l’eau en saison des pluies. La photo
B une diguette dans l’arrondissement de Maga qui empêche l’eau de se déverser dans un village. La photo C présente une
digue en sacs de sable.

L’efficacité de ce moyen de protection est fonction de sa hauteur et sa technique de


construction. Plus la diguette est élevée plus elle protège ; mais elle est aussi plus fragile. De
manière générale, les populations définissent la hauteur de leurs diguettes en fonction de la
hauteur habituelle des eaux de crue. Les moyens économiques et humains sont pris en
considération. Toutes les diguettes ont été débordées en 2013 à cause de la force du courant et
des quantités d’eau exceptionnelles. Les diguettes en sacs de terre ou de sable sont plus
résistantes. En effet elles supportent mieux la submersion et résistent au déferlement des eaux
292

en période de grandes pluies. Toutefois, en période crue, les diguettes doivent être surveillées
en permanence. Les brèches doivent être constatées le plus tôt possible pour éviter leur
agrandissement. Ces diguettes empêchent aussi le dépôt de déchets y compris de la matière
fécale collectée par l’écoulement de surface dans les zones habitées ; ce qui limite la
contamination des populations par les maladies diarrhéiques par exemple.

[Link]. Élévation des sites de construction

Les premiers occupants de la plaine de Waza Logone se sont installés sur les petits glacis
qui rompent la platitude de cette zone. Avec l’augmentation des densités les efforts en termes
de remblais sont faits par les familles pour augmenter l’extension spatiale de la zone
constructible. Il s’agit d’une technique permettant de vivre avec ou dans les inondations sans
subir les dommages (figure 97).

Figure 97 : Modèle de construction en zone inondable : vivre avec l’inondation (source :


Mahamat, 2018)
Les remblais consistent au dépôt de terre pour élever la maison au-dessus du plan. À
l’approche des inondations, certaines familles détruisent elles-mêmes leurs cases et la terre
issue des débris de destruction est utilisée pour élever une surface refuges. Des fourches en bois
sont utilisées pour faire un toit au-dessus de cette surface refuge avec le chaume issu de toutes
les cases cassées. À la fin des inondations, les cases sont rebâties et la case principale est
construite sur la surface élevée. Certaines familles répètent ce processus chaque année en
élevant à tour de rôle une case pour obtenir à terme une concession ou toutes les cases sont
remblayées et moins exposées aux inondations. La planche 20 présente quelques exemples de
maisons remblayées dans la plaine inondable.
293

Planche 20 : Exemples de maisons construites sur des remblais à Kéléo dans le département
du Mayo Danay (Source : Saha, août 2017)
Avec les maisons remblayées, les familles sont confinées pendant toute la période de
submersion. Seules les pirogues permettent aux chefs de ménage de se déplacer pour répondre
aux besoins de la famille. Les enfants sont en proie aux noyades. Les points d’aisance lorsqu’ils
existent sont mis hors d’usage. Les puits d’approvisionnement en eaux sont aussi affectés et le
risque de propagation de maladies diarrhéiques et infectieuses est élevé.

Dans les villes de la plaine, le remblai des sites de construction est une méthode très
répandue. Des marches d’escaliers sont prévues pour y accéder. La plupart des bâtiments
publics de la plaine sont construits sur ce modèle. Après les pluies, les cours de ces édifices
sont inondées et les équipements restant à l’abri. On peut citer le cas de la délégation
départementale des enseignements secondaires du Logone et Chari (photo A de la planche 15),
l’antenne départementale d’ELECAM de Kousseri, etc. Les bâtiments du marché de Kousseri
sont aussi sur ce modèle (Photo B de la planche 21).

Planche 21 : Élévation des fondations pour la prévention des inondations (Source : Saha, août
2017)
En fonction de l’inondabilité du site, la hauteur de l’élévation peut dépasser le mètre. Idéalement, une couche externe
de ciment est utilisée pour empêcher l’humidification des murs par le bas. Des marches d’escaliers sont prévues pour franchir
cet obstacle. Cette exigence augmente considérablement les coûts de construction et pose plus d’exigences techniques.
294

[Link].Protection des fondations

Cette technique est très utilisée dans les villes pour protéger les maisons contre la
stagnation de l’eau en zone plane. En fonction de la situation financière des familles, la
protection peut être en terre ou en bétons (planche 22).

Planche 22 : Protection des fondations de maisons contre la stagnation de l’eau dans la ville de
Kousseri (Source : Saha, août 2017)

Cette technique vise à empêcher l’eau de s’infiltrer dans les murs et de traverser pour
mettre à mal les équipements ménagers. Dans les zones les plus basses, elles sont combinées
aux remblais pour maximiser l’efficacité. Il faut remarquer que les remblais sont très
susceptibles à l’érosion, et, c’est cette protection de fondation qui garantit une relative longévité
des constructions.

[Link]. Construction sur pilotis

Dans la plaine inondable, conscientes du risque qu’elles courent, les populations élèvent
en hauteur des espaces de stockage. Les supports en bois sont utilisés. La période des crues
correspond au temps de soudure. Les graines sont rares et les populations en proie à la famine.
Les pilotis sont aussi utilisés pour protéger la paille issue des cases détruites. Des réserves d’eau
potables sont parfois gardées dans des citernes montées sur pilotis. L’adoption de cette méthode
pour le bâtiment est encore faible. Il s’agit en effet d’une mesure de protection assez coûteuse.
La planche 23 présente des images de la nouvelle préfecture du Logone et Chari en construction
dans la ville de Kousseri.
295

Planche 23 : Images de la préfecture en construction du Logone et Chari à Kousseri (Source :


Saha, août 2017)
On mesure en moyenne 1,5m entre le sol et la première dalle. Le bâtiment de deux étages est porté par près d’une
trentaine de poteaux. Il est nécessaire de construire dans le même modèle le parking au vu de l’importance du service. En
outre, il est parfois nécessaire de dégager les colluvions qui s’acculeront progressivement dans cet espace de sécurité en
enterrant graduellement le bâtiment.

[Link]. Mutation des pratiques agricoles

Face aux impacts négatifs des inondations en particulier et de l’ensemble des effets des
changements climatiques sur l’activité économique, les populations développent une vaste
gamme de mesures d’adaptation pour maintenir les productions et faire face aux demandes de
consommation familiales et du marché. Dans le domaine agricole, les populations utilisent les
engrais, les traitements de semences, les variétés précoces, etc. Ils diversifient les productions
et érigent aussi des diguettes pour certaines parcelles de cultures. Dans le domaine de l’élevage,
on observe une plus grande mobilité des éleveurs à la recherche de pâturages ; d’autres utilisent
des céréales et/ou achètent le Bracharia pour nourrir le bétail (tableau 74).

Tableau 74 : Moyens d’adaptation des agriculteurs et des éleveurs face aux effets des
changements climatiques
Stratégies agricoles Pourcentages
Utilisation de semences améliorées (cycle court) 30
Modification progressif du calendrier agricole 70
Fertilisation des terres par des engrais (chimiques et organiques) 60
Diguettes et aménagements antiérosives 48
Diversification des cultures 72
Association de cultures 20
296

Extension des parcelles 49


Intensification de l’utilisation des herbicides et insecticides 16
Intensification de l’assolement 23
Recours aux rites pour attirer les pluies 12
Stratégies pastorales
Plus de mobilité pour la recherche de pâturage 57
Planter et/ou acheter le fourrage 10
Utilisation de céréale pour nourrir les animaux 23
Aménagement de mares 76

Source : Enquête de terrain, 2017

Plusieurs structures (PNUD, GIZ, État, etc.) accompagnent les producteurs dans l’adaptation aux
changements climatiques dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. L’association vise l’atténuation du
stress hydrique par la compensation entre cultures, l’extension des parcelles en fonction des réserves foncières
disponibles permet d’obtenir dans tous les cas une production suffisante. Certaines populations associent la
variabilité du climat aux dieux ; c’est ainsi qu’ils multiplient les rites pour obtenir les faveurs des forces célestes.
En outre, confrontées à cette fragilisation de leurs activités économiques traditionnelles, les populations
diversifient les sources de revenues ; l’exode rural s’intensifie également.

6.2. Adaptation spontanée

Les causes de la multiplication des victimes d’une catastrophe sont nombreuses. Il est
généralement judicieux de partager l’information en fonction des besoins exprimés ou constatés
sur le terrain. Au Cameroun, on peut distinguer le soutien national de celui des organisations
humanitaires internationales ; sans oublié les efforts des populations elles-mêmes (figure 98).

États et
institutions
étrangères

État central
Services du
gouverneur
Préfecture

Commune, élites
Relais et services de Instances
d’information et l'ordre
d’intervention
d’intervention
Sous préfecture

Autorités
traditionnelles

Familles

Figure 98 : Circulation d’information et intervention en temps de catastrophe dans la Région


de l'Extrême-Nord du Cameroun
297

6.2.1. Itinérance entre terres inondables et terres non exposées

Le mouvement des populations vers les zones peu exposées aux inondations est
quasiment mécanique aux abords du Logone, des lacs ou des cours d’eau saisonniers. Lorsque
l’eau commence à monter, les animaux sont déplacés dans les villages situés en altitudes où la
menace des inondations est moins pesante. Certaines familles utilisent des chariots tirés par ces
animaux pour évacuer les enfants et l’équipement du ménage. La figure 99 présente les villages
de l’arrondissement de Kaï-kaï qui accueillent les populations sinistrées en période de crue.

Figure 99 : Village d’accueil de l’arrondissement de Kaï-kaï en période de crue (Source :


Enquêtes de terrain, septembre 2017)
En année normale (pluviométrie moyenne), le déplacement saisonnier des populations
vers les espaces moins exposés aux inondations est un exercice normal. Il est planifié et les
moyens logistiques sont prévus pour cela. Certaines familles disposent d’une sorte de logement
secondaire dans un village situé en altitude. Toutefois, cette mesure est précaire et
inopérationnelle en année exceptionnelle lorsque les précipitations sont très abondantes.

6.2.2. Fuite face au danger

Lorsque les terres de protection en altitude ; dernier rempart des populations connaissent
également l’arrivée et la stagnation de l’eau, la panique se répand. Les populations se rendent
tristement compte de l’inefficacité de leurs mesures habituelles de protection. Elles assistent à
298

la décimation des cheptels d’animaux, et la perte des biens familiaux. Les réserves de
nourritures sont noyées ; les cases sont détruites la chaume est perdue. On observe un
déplacement massif des populations à la recherche d’abris (Planche 24). Les salles de classes
sont souvent envahies (planche 4 : B). En 2012 et 2013 des villages entiers du département du
Mayo Danay et du Logone et Chari avaient été complètement vidés de leurs habitants. L’escale
observée dans les écoles est de courte durée au vu de la vitesse de submersion.

Planche 24 : Déplacement des populations en temps de catastrophe dans la Région de


l'Extrême-Nord du Cameroun (source : [Link])
Le dépacement des populations pendant les inondations sont parfois très risqués. La prise en charge des
personnes agées et des enfants est difficile. Les bagages représentent les propriétés (habits, documents, ustensiles
de cuisine, etc.) sauvées de la noyade. Les déplacés s’orientent prioritairement vers les zones de recasement
prevues par les autorités lorqu’elles existent.

6.2.3. Renforcement des ouvrages de protection

Pour limiter les dégâts lorsque l’eau entre dangereusement dans les zones habitées ou
dans les exploitations agricoles, les populations se mobilisent. En 2012, l’honorable député
Amrakaye Martin (élite de Bégué Palam) s’exprimait ainsi : « toutes les populations dorment à
la belle étoile pour surveiller la digue pour pouvoir intervenir le plus rapidement possible à
l’endroit où la fissure sera détectée76 ». Ces populations chargent la terre ou du sable dans des
sacs généralement offerts par la commune ou les élites pour empêcher les brèches ouvertes de
s’étendre ou pour renforcer les parties déjà fragilisées. Les engins de génie-civil sont également
mobilisés pour de grands travaux d’urgence (Planche 25).

76
Propos publié par le journal Œil du Sahel n°499 du 24 septembre 2012
299

Planche 25 : Renforcement de la digue de Maga pendant les inondations de 2012 (Source :


[Link]
Le matériel de la SEMRY est un important atout dans le département du Mayo Danay. Des
travaux similaires sont également observés dans la ville de Maroua lorsque les berges de cours
d’eau menacent de s’effondrer et laisser l’eau du mayo envahir les quartiers.

6.2.4. Évacuation manuelle ou mécanique de l’eau

Face à l’envahissement de l’habitat par l’eau en période d’inondation. Les populations se


débrouillent diversement pour empêcher l’eau d’atteindre certains enjeux exposés ou pour
limiter la période de stagnation de l’eau de dans les périmètres habités. Avec des ustensiles de
cuisine (sceaux, casseroles et assiettes) les femmes et les enfants puisent l’eau et reversent hors
du périmètre protégé ou mieux dans la rivière. Certaines familles utilisent les motopompes
habituellement utiles pour l’irrigation pour évacuer l’eau (planche 26).

Planche 26 : Refoulement de l’eau lors des inondations de 2017 le long du Logone (Source :
Gassissou, septembre 2017)
300

Cette technique est fastidieuse. « Pendant que nous évacuons l’eau continue d’entrer »77
s’exprime un habitant de Doréissou dans l’arrondissement de Kaï-kaï. L’utilisation de
motopompes nécessite du carburant pour un résultant qui dépend essentiellement de
l’écoulement.

6.2.5. Aide aux sinistrés

L’aide répond aux besoins ponctuels des sinistrés qui perdent parfois tous leurs moyens de
survie dans la catastrophe. Elle s’inscrit dans le moyen ou long terme pour le relèvement rapide.
Dans la Région de l’Extrême-Nord, aussi bien les autorités publiques, les organisations de la
société civile, les gouvernements amis du Cameroun les organisations internationales ont
constamment assisté les sinistrés des inondations.

[Link]. Aide du gouvernement aux victimes des inondations dans la Région de


l’Extrême-Nord

Comme garant de la sécurité sur le territoire, le pouvoir exécutif déploie sur le terrain deux
formes d’aides en temps de catastrophe : le réconfort moral aux victimes et l’aide matérielle
aux victimes. Il s’agit en gros de la manifestation de la solidarité nationale. L’adresse de
messages de réconfort par les plus hautes autorités étatiques aux victimes est une assistance
psychologique de premier ordre. Pour les cas graves, des commissions sont dépêchées sur le
terrain pour constater l’ampleur des dégâts et envisager les mesures de réparation. Plusieurs
fois, le Président de la République est allé à la rencontre des victimes de catastrophes. Le cas
de la visite dans le septentrion en septembre 2012 est illustratif.

Dans son discours prononcé à Guirvidig dans le département du Mayo Danay le 20


septembre 2012, le Président de la République exprime les raisons de sa visite : « La première
raison, c’est de réconforter les populations, hommes, femmes et enfants, qui ont été victimes
des inondations, de leurs conséquences, et leur demander de faire toujours preuve de solidarité.
Ma présence ici se justifie également par ma volonté de vous confirmer que le Gouvernement
est derrière vous et sera avec vous ». L’assistance morale aux victimes est primordiale en temps
de catastrophe (Massué, 2002 ; Malaval et Décaudin, 2012). En effet, sinistrées, les populations
ont besoin de repas, de soins médicaux, d’hébergement et de réconfort moral essentiellement.

Le gouvernement apporte aussi une aide matérielle aux victimes de catastrophe au


Cameroun. Cette aide donne un contenu au réconfort moral exprimé et permet aux victimes de

77
Propos receuillis pendant nos enquêtes de terrain en 2017
301

survivre en temps de crise étant donné que dans certaines situations des familles voient
l’ensemble de leurs moyens de survies complètement détruits. Le gouvernement est souvent
amené à déployer sur le terrain une importante aide pour couvrir les besoins des populations.
En 2010 le Président de la République avait débloqué 50 millions de XAF pour les sinistrés de
Pouss dans l’arrondissement de Maga78. Consécutive aux inondations de 2012 et 2013 dans les
Régions du Nord et de l’Extrême-Nord des efforts furent consentis par l’administration centrale
du Cameroun. Le chef de l’État lors de sa visite avait profité pour donner prioritairement des
denrées alimentaires aux sinistrés :

- 25 tonnes de riz ;
- 3 tonnes d’huile de table ;
- 22,5 tonnes de sucre ;
- 22,5 tonnes de maïs ;
- 24 tonnes de savons ;
- 213 couvertures et
- le déblocage d’une somme de 2 milliards XAF dans le cadre du fonds d’urgence de lutte
de contre les cataclysmes79.

Dans le même ordre d’idées, la première dame dans le cadre de son ONG humanitaire le
CERAC80 avait également fait des dons. Il en est de même du MINAT dans le cadre de la
protection civile dont il assure la tutelle. Il faut remarquer qu’en plus des denrées alimentaires,
le MINAT avait aussi offert des sacs vides aux victimes pour les aider à colmater les brèches
sur les digues. L’arrondissement de Wina avait alors reçu 23 500 sacs vides distribués dans les
villages le long du Logone.

Par Arrêté n°000138/A/MINATD/CAB du 13 septembre 2012, le gouvernement avait


mis en place un comité de coordination et de suivi de la gestion l’assistance et des secours
d’urgence dans la Région de l'Extrême-Nord dans le cadre des inondations de 2012. Au total,
ce comité a pris en charge 201 000 sinistrés pour un coût de 2 474 650 000 XAF (DPC, 2015).
En plus des efforts propres du gouvernement plusieurs autres institutions ont participé au
financement de cet aide.

78
[Link]
79
Comité régional de gestion de crise des inondations dans la région de l'Extrême-Nord
80
Cercle des Amis du Cameroun
302

[Link]. Aide des Organisation de la Société Civile (OSC) et des entreprises citoyennes

Le contexte de crise consécutive à une catastrophe naturelle appelle aux efforts de toutes
les parties prenantes. Les images présentées par les mass media et les appels à l’aide des
victimes émeuvent toute la communauté nationale. Proches des populations dans le cadre de
leurs activités, les OSC interviennent souvent pour sauvegarder certains acquis dans les
communautés où elles interviennent. Il en est de même de certaines entreprises de production
de biens qui ne peuvent rester sourds aux plaintes des populations qui constituent le marché de
consommation. Dans la Région de l’Extrême-Nord, les entreprises comme, la SODECOTON,
MAÏSCAM, SEMRY basent l’ensemble de leurs activités sur la main-d’œuvre paysanne. Ces
entreprises voient aussi leurs investissements sur le terrain ébranlés par les inondations.

En 2012 c’est la digue de la SEMRY qui avait en partie occasionné les pertes dans les
arrondissements de Maga et Kaï-kaï. La SEMRY avait alors déployé d’importantes ressources
sur le terrain pour apporter une aide multiforme aux populations. La SODECOTON dans le
département du Mayo Danay avait fait un don sous forme de cartons de sucre ; environ 12 sacs
de 50 kg pour chaque arrondissement touché (Comité régional de gestion des inondations dans
la Région de l’Extrême-Nord). La société la PASTA spécialisée dans les pattes alimentaires a
également volé au secours des sinistrés. Les dons sont constitués de spaghettis et de farines de
blé.

Aux côtés des entreprises locales, d’autres associations et ONG ont également apporté leurs
soutiens aux sinistrés. C’est le cas Association des Élites du Grand Nord, Association Sana
Logone, l’Association Bethleem. L’ONG CARE-Cameroun s’était illustrée par une aide dans
le domaine de l’hygiène (sceaux en plastique, bidons, étoffes de filtration, flacons d’eau,
gobelets, savons et bouilloires en plastique). Il était question pour cet ONG de donner aux
populations victimes la possibilité de continuer à consommer une eau de qualité acceptable.
Ceci avait contribué à éviter le déclenchement d’épidémies comme le choléra. De manière
générale, plusieurs raisons expliquent l’effort des forces vives nationales en faveurs de
catastrophe. On relève : la solidarité, la publicité, l’expression de puissance de certaines
organisations, construire la résilience des populations locales, réduire les inégalités face aux
risques, favoriser l’intégration nationale et assumer le devoir d’assistance.

On peut déplorer le caractère embryonnaire du système local d’assurance. La pauvreté des


populations, l’absence d’un cadre légal de cette activité dans le domaine des risques de
catastrophe et le caractère très aléatoire de l’occurrence des évènements de fortes ampleurs qui
n’encouragent pas l’investissement sont entre autres les raisons d’un système d’assurance dans
303

le domaine des risques au Cameroun. On peut aussi déplorer l’absence d’un cadre normatif dans
le domaine des indemnisations.

[Link]. Solidarité internationale

Les relations d’amitié et de coopération que le Cameroun entretient avec les autres
nations du monde lui permettent de compter sur l’assistance internationale. L’adhésion à
diverses conventions supra étatiques et la participation permanente aux activités de plusieurs
ONG humanitaires expliquent la sollicitude que le Cameroun bénéficie. Ce fut le cas lors des
inondations du début de la décennie 2010-2019 dans la Région de l’Extrême-Nord.

[Link].1. Assistance des gouvernements amis au Cameroun

Pays membre de l’ONU le Cameroun participe étroitement aux activités de cette


organisation aux côtés des autres États du monde. Plusieurs résolutions de la charte des Nations
Unies commandent la solidarité entre les pays membres. En 2012, suite aux récits des médias
et les points de presse tenus par le gouvernement à l’effet de porter à l’attention de l’opinion
nationale et internationale « l’état de catastrophe naturelle » dans la Région de l’Extrême-Nord
du Cameroun, plusieurs pays du monde ont exprimé leur solidarité à l’endroit du Cameroun.
On peut remarquer la promptitude des pays ayant leurs représentations diplomatiques au
Cameroun. En termes d’assistance psychologique, les ambassadeurs de Turquie, des États-Unis
du Maroc ont séjourné sur le terrain aux côtés des sinistrés. Le tableau 75 présente quelques
dons faits par quelques pays amis du Cameroun pour les sinistrés des inondations dans la
Région de l’Extrême-Nord.

Tableau 75 : Dons de quelques pays membres de l’ONU au Cameroun lors des inondations de
2012 dans la Région de l’Extrême-Nord.
Pays donateur Dons
- Huile végétale (1,8l×500)
- Lait en poudre (1,8kg×500)
Arabie Saoudite - Riz (5kg×500)
- Farine (5kg×500)
- Sucre en poudre (5kg×500)
Chine - 5 millions de XAF
États Unis d’Amérique (USA) - 550 millions de XAF d’aide alimentaire
Maroc - 200 tentes
- 2 500 couvertures
Turquie - 220 paquets de médicaments
- Fournitures scolaires
- 20 millions de XAF
Source : Comité régional de gestion de crise des inondations dans la Région de l’Extrême-
Nord, 2017
304

Le don du Royaume d’Arabie Saoudite était adressé à un total de 500 ménages. Il


s’agissait pour ce pays de donner la possibilité à ces ménages bénéficiaires de se prendre en
charge au moins une semaine. Les autres pays avaient remis leurs dons au Comité régional de
gestion de crise des inondations dans la Région de l’Extrême-Nord en leur laissant la possibilité
de faire la répartition.

[Link].2. Assistance des organisations internationales

L’Extrême-Nord fait partie des zones du Cameroun avec une forte présence
d’organisations humanitaires mondiales. En effet, les populations de cette Région sont en
permanence menacées par la famine à cause des conditions climatiques assez drastiques. En
plus le taux de scolarisation y est très faible appelant l’intervention des structures comme
l’UNESCO, l’UNICEF… Le contexte de troubles sociaux dans les pays voisins en l’occurrence
le Tchad et le Nigéria est aussi un facteur ayant conduit à la forte présence d’organismes
humanitaires internationaux dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun. On peut aussi
relever la prévalence du paludisme et le déclenchement des épidémies de choléra qui ont appelé
dans le passé l’intervention des institutions dans le domaine de la santé. Ainsi, lorsque les
inondations ont été déclenchées dans la Région de l’Extrême-Nord en 2012, les cellules de crise
de ces organisations humanitaires furent activées pour porter assistance aux populations
victimes (tableau 76).

Tableau 76 : Dons de quelques organisations internationales au Cameroun lors des inondations


de 2012 dans la Région de l’Extrême-Nord
Organisme donateur Dons
ONU - 100 tentes
- Des kits obstétricaux
- 10 000 moustiquaires
- Un kit choléra pouvant prendre en charge 1000
malades
- 536 tonnes de vivres
OMS - 100 000 US dollars
UNHCR - 250 tentes
MSF - Soins aux sinistrés dans le district de santé de
Mage
- Mise en place d’un centre de santé dans un camp
de sinistrés à Kousseri

Source : Comité régional de gestion des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord, 2017
305

Du 20 au 22 septembre 2012, le Dr. Charlotte Faty Ndiaye coordonnatrice par intérim du


système des Nations Unies au Cameroun et représentante de l’OMS au Cameroun a séjourné
dans la Région de l'Extrême-Nord. Après avoir visité les sinistrés recasés à Guirvidig, elle
s’exprimait ainsi : « nous avons déjà mis 100 tentes à la disposition des déplacés et nous
comptons nourrir 25 000 personnes pendant 3 mois81 ».

Globalement, la proportion de la population sinistrée du Cameroun bénéficiant d’un appui


pour la résilience aux risques climatiques est passée de 5% en 2012 pour atteindre 15% en 2014
(INS, 2015). Cette proportion reste très faible. Tchawa (2017) souligne l’urgence de la mise en
place d’un fonds de soutien aux victimes des calamités naturelles.

6.3. Action ex-post

L’action ex-post se situe après la réponse opérationnelle à la catastrophe. Il est question de


réhabiliter et reconstruire dans le cadre du relèvement rapide. Il faut refaire les ouvrages de
protection, dédommager les victimes et les recaser.

6.3.1. Réfection des ouvrages hydrauliques (PULCI)

Le long du Logone, la digue et les berges font l’objet de toutes les attentions. En effet, si la
digue avait été construite pour des objectifs hydroagricoles, leur mauvais état a été à l’origine
des inondations. Pendant sa visite aux victimes des inondations dans les régions du Nord et de
l’Extrême-Nord en septembre 2012, le Président de la République avait prescrit le lancement
d’un Plan d’Urgence de Lutte contre les Inondations (PULCI). Dans le cadre de ce projet, le
gouvernement du Cameroun a signé en 2013 avec la Banque Mondiale (BM) l’accord de
financement N°76456-CM pour un montant de 108 millions de dollars US soit environ 54
milliards XAF (REC, 2014). Les composantes suivantes sont contenues dans le document de la
BM (2017) :

- réhabilitation des principaux ouvrages hydrauliques pour la protection contre les


inondations et la production rizicole ;

- gestion des risques de catastrophe et des situations d'urgence ;

- appui institutionnel pour une meilleure gestion des ressources en eau dans la zone.

81
Journal Œil du Sahel n°499 du 24 septembre 2012
306

La date butoir du PULCI est fixée au 31 mai 2019. Les entreprises tchadiennes (GEYSER
SA-SOTCOCOG SA et SRGM-ETRA) chargées par l’exécution des travaux présentaient un
taux d’avancement satisfaisant pour les différentes composantes lors du séjour de la mission de
la banque mondiale en charge de l’appui à la mise en œuvre en janvier 2017. Sur les 27 km de
la digue de Maga, 12 km avaient déjà été réhabilités. Pour ce qui est de la digue du Logone 14
km sur les 70 km avaient déjà été réhabilités. Concomitamment, la SEMRY adjudicataire des
travaux avait achevé la réhabilitation des parties critiques et avait entièrement refait les crêtes.
Interrogé sur la conduite des travaux le Dr. Issa (Hydro géochimiste, spécialiste des ressources
en eau au PULCI) s’exprime : « Il a été question par endroits de raser complètement pour
refaire ; ailleurs, il fallait simplement compacter pour déposer une couche additionnelle. Des
ouvrages de prise d’eau ont également été installés pour alimenter le Yaéré et aussi pour irriguer
les périmètres rizicoles de la SEMRY » La figure 100 présente les travaux du PULCI en lots.

Figure 100 : Différents lots des travaux en cours dans le cadre du PULCI (Source : BM, 2017)

6.3.2. Dédommagement des victimes

À la suite de certaines catastrophes dans la Région de l'Extrême-Nord, les autorités ont


dédommagé les sinistrés. Ce fut le cas en 2012 lorsque le Président de la République avait
ordonné le déblocage de fonds au bénéfice des familles sinistrées dans la Région de l'Extrême-
Nord. Le tableau 77 récapitule les opérations de distributions dans l’arrondissement de Vélé.
307

Tableau 77 : Bilan des montants distribués aux sinistrés des inondations dans l’arrondissement
de Vélé en 2012

N° Village Nombre de Nombre total de Montant payé


manages sinistrés (XAF)
1 Agolla 133 686 2 927 162
2 Dabaye I 329 2511 10 714 437
3 Dabaye II 162 1581 6 746 127
4 Dabaye III 45 411 1 753 737
5 Douang 35 222 947 274
6 Gab. Mer I 43 385 1 642 795
7 Gab. Mer II 91 694 2 961 298
8 Gab. Mer III 9 76 324 292
9 Gab. Widi 329 2382 10 163 994
10 Guémé 596 4697 20 042 099
11 Guemere 52 564 2 406 588
12 Gandjam 30 167 712 589
13 Guia 46 332 1 416 644
14 Kartoua 577 4344 18 535 848
15 Koura 80 394 1 681 198
16 Velé 767 5180 22 103 060
17 Widigue 298 2087 8 905 229
18 Yaraye 15 84 358 428
19 Totaux 3637 26797 114 342 799
Source : Archives de la préfecture de Yagoua, 2018

Globalement, cette opération avait été menée dans bon nombre d’arrondissements
durement touchés par les inondations en 2012. Dans l’arrondissement de Vélé, une famille
recevait en moyenne 31 438 XAF, soit 4 267 XAF/individu. Les autorités soutiennent entre
autres la reconstruction des logements, l’achat des denrées alimentaires ou même la mise en
place d’activités génératrices de revenus.

En 2016, le Président de la République a débloqué 230 206 625 XAF pour dédommager
1512 victimes des inondations de 28 août 2015. Ces bénéficiaires résident dans les
arrondissements de Maroua 1er, Ndoukoula et Gazawa. Le dédommagement vise le
désintéressement des populations par rapport aux biens perdus. Les sommes distribuées sont
généralement modestes. En outre, on déplore dans les différentes opérations le phénomène de
corruption qui n’épargne aucun secteur au Cameroun.

6.3.3. Recasement de la population

La responsabilité humaine dans l’occurrence de catastrophes notamment des inondations


place les autorités étatiques et municipales en pôle position. Même si les sinistrés sont parfois
308

responsables aux niveaux individuels de l’endommagement, lorsque les victimes se multiplient


et les dégâts se propagent, les autorités sont interpellées dans leurs attributions dans
l’aménagement du territoire. Au Cameroun le concept de « tolérance administrative » est
souvent évoqué en référence au laxisme dans l’application de certaines dispositions
règlementaires. En milieu urbain, on observe l’occupation des « terrains exposés à un risque
naturel »82. Il s’agit des flancs de montagnes (Maroua, Mora et Mokolo…) ; les rives inondables
des cours dans la presque totalité des localités. La tolérance administrative est aussi évoquée
concernant les populations qui avaient été évacuées de l’arrondissement de Kaï-kaï lors de la
création du lac de Maga qui sont rentrées occuper ces terres dans la zone de marnage de ce lac.
Il en est de même des populations déplacées pendant la construction de la digue du Logone.
Suite aux cas de catastrophes, les autorités profitent pour rappeler à l’ordre. Elles procèdent au
déguerpissement des zones à risque. En outre les critiques essuyées par les autorités municipales
dans le cadre de leur laxisme dans la règlementation de l’occupation de l’espace obligent ces
dernieres à montrer plus de vigueur dans le suivi de l’application des dispositions
règlementaires. Face aux inondations de 2012 et 2013, plusieurs sites de recasement avaient été
définis dans les départements touchés pour recaser les populations sinistrées. Ces espaces
relèvent du domaine prive de l’État avec l’ambition de lotir et construire pour offrir un cadre
de vie convenable aux populations concernées (planche 27).

Planche 27 : Marquage de sites de recasement de sinistrés dans l’arrondissement de Maga


(Source : Gassissou, septembre 2017)
Le matériel offert par l’UNICEF avait permis d’édifier des tantes sur ces sites pour accueillir les victimes
en 2012 et 2013. Il était question pour l’État de procéder progressivement à l’équipement en services sociaux de
base. Les maisons promises aux populations restent attendues. Certaines familles ont bravé l’interdiction en
bâtissant des cases et d’autres sont retournées dans leurs villages d’origine.

82
L’article 9 de la loi N° 2004/003 du 21 avril. 2004 régissant l'urbanisme au Cameroun stipule en alinéa 1 : «Sont
inconstructibles, sauf prescriptions spéciales, les terrains exposés à un risque naturel (inondation, érosion,
éboulement, séisme, etc.) ; les parties du domaine public classées comme telles et les aires écologiquement
protégées telles que définies par la législation relative à la gestion de l'environnement ».
309

Globalement, l’adaptation aux risques d’inondation est un cycle animé aussi bien par les
populations que par les autorités à différents niveaux. La prévention et la préparation aux
situations de crises contribuent à la construction de la résilience. Il faut en outre faire face aux
crises et même à l’endommagement (figure 101).

Inondations

Figure 101 : Cycle de gestion du risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord.

Conclusion
Ce chapitre présente la riposte aux risques naturels en général et aux inondations en
particulier dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Exploitant les données de terrain, la
littérature grise et les publications sur le sujet, les résultats sont regroupés en fonction des
séquences du processus d’adaptation. Le caractère non évitable du risque appelle à des actions
de préparation. Il est nécessaire d’identifier les risques en fonction des territoires concernés et
de mettre sur pied des systèmes d’alertes rapides intégrants l’ensemble des acteurs et les
ressources qui peuvent être mobilisées en temps de crise. Lorsque la préparation est convenable,
la réaction des autorités permet de minimiser les dégâts. Les populations exploitent aussi leurs
connaissances du risque pour définir des itinéraires de mobilités pour se mettre à l’abri du
danger.
310

La solidarité multiforme et multi source est aussi à prendre en compte dans la construction
de la résilience du paysage en général et les populations en particulier. Après la catastrophe, le
bilan des pertes et le diagnostic territorial permet de définir les actions urgentes pour allonger
autant que possible la période de retour en protégeant in situ les populations ou en les déplaçant
vers des sites plus propices à l’habitat humain. De nombreuses contraintes s’opposent à
l’efficacité de la riposte aux situations de crise notamment les inondations catastrophiques dans
la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Il est nécessaire de renforcer la connaissance l’aléa,
d’appliquer convenablement les plans de contingence et d’encadrer suffisamment les
populations pour en faire des acteurs de la résilience.
311

Conclusion de la troisième partie

L’exploitation de la littérature, des observations et enquêtes de terrain ont permis tout


au long du développement de cette partie de démontrer la complexité de l’adaptation
particulièrement pour les pays en développement comme le Cameroun. Il en ressort que la
notion d’adaptation découle d’une longue procédure de construction antérieure aux
préoccupations relatives aux changements climatiques. Elle a toutefois bénéficié de nombreux
débats dans le cadre de la CCNUCC. Les COP et les rapports du GIEC ont grandement
contribué à l’édification de l’adaptation comme nécessité face à la dégradation multiforme de
l’environnement. La nécessité de rattacher l’adaptation aux secteurs (eau, agriculture,
infrastructure, santé, tourisme, transport et énergie) exige un diagnostic clair des
préoccupations. La complexité des incertitudes rattachées aux actions d’adaptation face au
risque augmente les coûts. Si au plan mondial des mécanismes de financement se mettent
progressivement en place, certaines actions de prévention restent compliquées lorsqu’on aborde
la dimension territoriale. Les bénéfices des actions d’adaptation étant majoritairement au profit
des individus l’action de l’État mérite d’être reprécisée pour une collaboration efficace entre
les différents acteurs.

Au plan mondial la prévention des catastrophes est promue comme garanti de réduction
des pertes. L’impulsion du système des nations unies est suivie au niveau régional (Afrique) et
national. L’observation d’une décennie consacrée à la réduction des catastrophes (1990-1999)
et le plan d’action de Hyōgo (2005-2015) ont grandement contribué à impulser au niveau des
États et des collectivités des stratégies de résilience face aux catastrophes. Au Cameroun la
DPC, l’ONR, PNPGC sont les principales institutions œuvrant en collaboration avec des
partenaires nationaux et internationaux pour la prévention des risques de catastrophe. Dans la
Région de l'Extrême-Nord, la mise en place d’ouvrages hydrauliques est la principale mesure
de prévention à l’actif des autorités. Les populations se débrouillent également de diverses
manières pour se mettre à l’abri du danger. Les années 2012, 2013 et 2015 ont donné à voir
différentes réactions face au déclenchement de la crise : secours aux victimes, fuite face au
danger et réfection des ouvrages de protection sont remarquables.
312

CONCLUSION
GÉNÉRALE
313

L’objectif de cette thèse était d’évaluer le risque d’inondation dans la Région de


l'Extrême-Nord du Cameroun en prenant en compte le contexte contemporain marqué par les
changements climatiques et d’analyser l’adaptation par différents acteurs impliqués. Il a été
spécifiquement question d’une part, de ressortir le diagnostic du risque en prenant en compte
aussi bien l’aléa que la vulnérabilité des populations. D’autre part, nous avons fait une analyse
de l’adaptation comme réponse à la récurrence de catastrophes dans cette région.

Le travail de recherche s’appuie sur une démarche hypothético déductive. Les grandes
étapes étant, la revue documentaire, la construction de bases de données : quantitatives et
cartographiques ; les observations et enquêtes de terrain, l’analyse d’échantillons d’eau, et le
traitement de toutes ces données. Les risques naturels en général et les inondations en particulier
ont été abondement étudiés ces dernières années. Des recherches académiques aux rapports
d’expertise et publications scientifiques dans les journaux spécialisés, les auteurs proposent
aussi bien des approches d’évaluation que des études de cas profitant de la forte récurrence des
catastrophes dans toutes les parties du monde. La contribution des institutions étatiques et les
acteurs non institutionnels étant remarquables. La décennie 1990-1999, le plan d’action de
Hyōgo et le cadre d’action de Sendai ont favorisé au niveau mondial la production d’une
importante littérature mise à l’échelle aux niveaux régionaux, sous régionaux, nationaux et
même locaux. Des journaux avaient également profité pour faire des dossiers sur les risques et
catastrophes. Au Cameroun on peut remarquer les différentes productions de la DPC qui non
seulement identifient les différents risques sur l’ensemble du territoire, mais aussi abordent les
préoccupations concernant la réponse aux catastrophes. Cet organe gouvernemental produit
chaque année un rapport sur l’état de protection civile au Cameroun. On y retrouve les cas
d’évènement dommageables enregistrés au Cameroun. Ces rapports ont grandement contribué
à la consolidation des données concernant l’historique des risques dans la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun.

Un autre pan de cette thèse est l’évaluation de la vulnérabilité. Elle s’appuie sur un
ensemble de rapports produits par les institutions nationales. Il s’agit en l’occurrence de l’INS
qui dans la cadre des ECAM évalue périodiquement plusieurs paramètres socioéconomiques
dans toutes les régions du Cameroun. Au plan local, les PCD et le PDU de la ville Maroua ont
été exploités. De par sa situation de référence ; précaire, la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun bénéficie d’une certaine veille de la part des organismes comme le GIZ et le PNUD
qui contribuent continuellement à la construction de la résilience socio écologique de ce
paysage.
314

Les données quantitatives portant sur les précipitations et températures proviennent de


l’unité technique de la SODECOTON et de la Direction Nationale de la Météorologie. Les
débits journaliers du Logone proviennent de la direction d’hydrologie du Ministère de l’eau du
Tchad. Les travaux d’Olivry et l’atlas de la province de l’Extrême-Nord donnent quelques
données sur les débits des cours d’eau intermittents de la région. Ainsi la base de données
exploitée est constituée des données de pluies journalières entre 1948 et 2015 pour les stations
de Maroua et Yagoua ; de 1980 - 2015 pour la station de Kousseri et les données mensuelles
des stations de Mora (1934-2015), Kaélé (1944-2015) et Mokolo (1987-2015). Les données de
températures mensuelles incluent : Maroua (1975-2004), Kaélé (1987-2006), Yagoua (1987-
2006), Kousseri (1971-2008) et Mokolo (1987-2006). Pour ce qui est des données
hydrologiques, on a les débits journaliers des stations de Bongor, Logone Gana et N’Djamena
de 1960-2015 avec quelques interruptions. En outre, les débits mensuels du Mayo Tsanaga
1966-1987 de la station de Bogo sont mis à contribution.

Pour ce qui est des enquêtes de terrain, un questionnaire abordant la perception du risque
par les populations, l’évaluation de la vulnérabilité, le lien entre les changements climatiques
et les inondations a servi d’outil de collecte d’informations auprès des populations. La dernière
partie de ce questionnaire aborde les techniques d’adaptation développées aussi bien aux
niveaux privés, communautaires et nationales. Par un échantillonnage ciblé non aléatoire ce
questionnaire a été appliqué à 256 ménages repartis dans les communes de Kousseri, Zina,
Maroua, Yagoua, Kaï-kaï, Wina, Mokolo, Guidiguis, Maga et Hile-Alifa. Il était question de
faire des observations sur tous les types d’inondations tout en veillant à une répartition
raisonnable sur l’ensemble de la région d’étude. Au questionnaire, il faut ajouter les enquêtes
semis structurées qui donnaient l’occasion de dérouler un ensemble d’outils de diagnostic
territorial. Il s’agit notamment de la cartographie participative, le calendrier saisonnier, et le
tableau chronologique. Il faut aussi remarquer les interviews avec les personnes-ressources dans
les services publics et les organisations de la société civile qui travaillent dans la région.

La revue des archives de la région a permis de toucher du doigt la réalité quotidienne de


la gestion du risque par les administrateurs. En plus des archives régionales aux services du
gouverneur, les préfectures des six départements et quelques sous-préfectures ont été visitées.
Il était question à chaque fois d’avoir accès à un certain nombre de notes de service, de
correspondances, de procès-verbaux et des rapports produits à différentes échelles sur
différentes préoccupations. Cette revue des archives a aussi donné l’occasion de consulter les
Plan ORSEC départementaux à l’usage des préfets.
315

Des échantillons prélevés à différents points de la région ont permis de mettre en


évidence quelques caractéristiques physico chimiques et microbiologiques des eaux
d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord. Dans le souci de représentativité territoriale,
un échantillon provient de la ville de Maroua, un autre de la ville de Kousseri et les deux
derniers sont issus du grand Yaéré (arrondissement de Zina). Leurs analyses contribuent à
l’évaluation du rapport homme milieu dans cet environnement marqué par des inondations
fréquentes. Comme ressource essentielle aux populations, l’eau est aussi un facteur de mal-être.

Toutes les données collectées ont fait l’objet d’une diversité de traitements en fonction
de leurs natures (qualitatives, quantitatives, cartographiques ou chronologiques). Les
applications informatiques étant chaque fois utilisées. Les informations extraites directement
ou parfois en croisant des paramètres nous permettent de conclure que la Région de l'Extrême-
Nord du Cameroun est sujette à plusieurs types d’inondation causant des dégâts annuellement.
La gravité de ces dégâts est fonction de la vulnérabilité qui repose sur le contexte social marqué
par la pauvreté, une poussée démographique et le caractère précaire des infrastructures
notamment les routes et les habitations. Les changements climatiques aggravent le risque en
augmentant leur fréquence et en renforçant la gravité. Concernant l’adaptation, elle se révèle
comme un processus assez complexe bénéficiant d’une certaine notoriété à toutes les échelles
consécutives à la réalité des changements climatiques. De manière opérationnelle, plusieurs
résultats se dégagent de cette étude.

Le milieu biophysique de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun est favorable aux


inondations. La configuration topographique présente trois unités : les monts Mandara, le
piedmont et la plaine. Dans ses caractéristiques internes, la plaine est étagée. La partie la plus
basse (280-300 m) est submergée pendant près de trois mois chaque année. La zone de piedmont
est aussi concernée par les inondations. Les villes fondées non loin des cours d’eau pour profiter
de la disponibilité des ressources hydriques connaissent des inondations pendant les crues.
L’hydrographique de la région est très diversifiée. Le Logone étant le seul cours d’eau aux
écoulements permanents. Les autres cours d’eau sont intermittents (mayos) prenant leurs
sources dans la zone des monts Mandara et coulent vers la plaine où les eaux se perdent dans
la plaine ou contribuent à l’alimentation du lac Maga. Ce lac construit en 1979 tient une place
importante dans l’évaluation du risque d’inondation dans la région. En effet la vétusté des
ouvrages hydrauliques fut les causes des catastrophes enregistrées dans la zone en 2012 et 2013.
Le lac Tchad quant à lui a connu depuis 1970 près de quatre décennies de sècheresse avec une
péjoration en continue de ses réserves. Les terres progressivement exondées sont mises en
316

valeur par les populations. La granulométrie des sols dominés par des fines particules d’argiles,
de limons et de sables ne favorise pas l’infiltration d’où la stagnation en surface. Un autre
élément du milieu naturel favorable aux inondations est la pluviométrie concentrée à près de
80% sur trois mois (juillet, août et septembre).

En fonction de l’origine de l’eau et de la nature des zones concernées, nous avons


regroupé en quatre sous types les inondations qui affectent la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun : les inondations par débordement des cours d’eau, les inondations par manque de
drainage adéquat, les inondations par débordement des surfaces d’eau stagnantes et les
inondations dues à la submersion de la plaine. Si les inondations par manque de drainage
adéquat concernent toutes les agglomérations situées dans la plaine et le piedmont, les dégâts
occasionnés par les autres types d’inondations sont localisées. Principalement le long du
Logone et des principaux mayos, le débordement saisonnier en période de crue constitue la
principale menace. Les dommages occasionnés par ce type d’inondations s’alourdissent
uniquement dans les zones endiguées où les populations éprouvent un certain sentiment de
sécurité. Les débordements du lac Guéré, du lac Maga et même du lac Tchad sont aussi à
l’origine de la submersion des zones habitées. Une fois de plus les ruptures de digues
occasionnent les plus importants dégâts. La poussée démographique et l’extension spatiale de
l’habitat n’épargnant pas le Yaéré. Les populations présentes dans cet espace connaissent
chaque année l’immersion de leurs terres. Les villages sont affectés pendant les années ayant
connu une forte pluviométrie. En dehors des inondations nous avons aussi recensé dans la
Région de l'Extrême-Nord du Cameroun plusieurs autres risques naturels (sècheresse, vents
violents, attaques d’hippopotames, invasions d’oiseau granivores, invasions acridiennes,
attaques d’animaux sauvages, invasions de chenilles défoliatrices, morsures de scorpions et de
serpents, les chutes de pierres et les éboulements).

L’endommagement dû aux inondations en particulier et les autres risques naturels dans


la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun bénéficient d’un contexte socio-économique,
démographique, administratif et culturel favorable. La pauvreté se révèle comme la première
cause de vulnérabilité. D’abord au niveau national, les autorités n’ont pas les moyens pour
entretenir les ouvrages de protection construits sur le Logone et le lac Maga. Au niveau des
communes, le manque de moyens est aussi pointé du doigt pour expliquer le faible déploiement
en ce qui concerne la prévention des catastrophes ; il en est de même de la dotation en
infrastructures de qualité notamment les routes. Au niveau individuel, la pauvreté s’observe
dans la précarité des constructions, la faible scolarisation, l’insuffisance des ouvrages pour
317

l’accès permanente à l’eau. L’extension de l’habitat sur des espaces fortement inondables
notamment autour des lacs et dans les plaines alluviales des cours d’eau contribue aussi
grandement à la construction du risque. La mauvaise perception du risque notamment en ce qui
concerne les phénomènes extrêmes contribue aussi à la multiplication des dégâts.

L’analyse des données climatiques a permis de relever d’importantes modifications


notamment en ce qui concerne la pluviométrie. Si depuis 1970, la zone connaît une péjoration
des précipitations on constate depuis quelques années une récurrence d’années humides. On
constate aussi de plus en plus des évènements de fortes pluies. Ainsi, les changements
climatiques sont à l’origine de l’extension des zones inondables, de l’augmentation du volume,
de la hauteur et de la turbidité des eaux de crue. Les changements climatiques affectent aussi et
surtout l’ambiance socioéconomique régionale ; avec la baisse de la productivité agricole due
au démarrage parfois tardif ou précoce des pluies ; la fin tardive ou précoce aussi et la forte
récurrence des séquences sèches. Le renouvèlement du pâturage est aussi concerné d’où
l’impact sur l’activité d’élevage. Les changements climatiques fragilisent aussi les
infrastructures existantes et ruinent la perception du risque par les populations.

Pour ce qui est de l’endommagement, entre 1991 et 2015, près de 220 vies ont été
fauchées par les inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Près de 30 000
personnes ont été forcées à se déplacer pour se mettre à l’abri du danger. Le nombre de maisons
détruites pourrait atteindre 50 000. Cette évaluation ressort principalement des estimations ; le
système administratif ne permettant pas la collecte d’informations fiables. Les routes sont
également détruites ainsi que les ponts et radiers. Bien que profitant des inondations, l’activité
piscicole subit aussi la furie des eaux pendant les années les plus humides. Il en ressort qu’en
affectant les moyens de subsistances des populations, les inondations paupérisent davantage les
populations et ces derniers se révèlent de plus en plus vulnérables.

La dernière partie de la thèse concerne l’évaluation de l’adaptation au risque


d’inondation en particulier dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun. Il en ressort que
l’adaptation comme stratégie de réponse aux changements climatiques et à la recrudescence des
catastrophes dans le monde est en pleine construction. Il intéresse toute la chaîne d’acteurs du
niveau global jusqu’aux individus. Les analyses concluent à l’image d’autres recherches
menées dans d’autres environnements que beaucoup de contraintes et d’incertitudes fragilisent
la définition de stratégies efficaces d’adaptation. La diversité des scénarios climatiques et des
caractéristiques très variables du milieu humain doivent être prises en compte. Le coût élevé
des actions à entreprendre est souvent au-delà des capacités budgétaires. Les bénéfices de
318

l’adaptation étant récoltés principalement au niveau privé il se pose aussi la question du rôle
des institutions.

De manière pratique, on peut distinguer l’adaptation préventive de l’adaptation


opérationnelle. Aux niveaux : international, régional et sous régional la prévention des
catastrophes est un combat permanent. Le système des Nations Unies impulse à travers les
résolutions, la mise en place d’institutions et la définition des périodes d’actions. Au Cameroun,
la DPC en collaboration avec plusieurs autres institutions définit le cadre de prévention des
catastrophes. Des textes législatifs visant une affectation adéquate des terres au niveau national
participent aussi à la prévention des situations de catastrophe. On peut remarquer sur le terrain
des actions comme la sensibilisation des populations, le reboisement, la mise en place
d’ouvrage de protection par les autorités. Au niveau communautaire et privé, les populations
érigent des diguettes anti-inondations, élèvent les fondations et les sites de construction,
protègent les fondations de leurs maisons et construisent sur pilotis. L’efficacité de ces
stratégies préventives est limitée par le manque de ressources.

La préparation aux situations de crise entre aussi dans l’adaptation. L’imminence des
catastrophes commande une certaine préparation pour mieux réagir et limiter les dégâts. La
mise en place des systèmes d’alerte et des structures sectorielles d’intervention permettrait de
secourir efficacement les populations. Pendant la crise, les populations réagissent pour limiter
l’endommagement. Elles se déplacent généralement vers les terres situées un peu en altitude
pour se mettre à l’abri. L’aide du gouvernement et autres partenaires contribuent en ces
moments difficiles à la résilience. Les inondations de 2012 avaient appelé à la prise de mesures
de réparation en cours dans la région. Il s’agit de la réfection des ouvrages de protection et le
déplacement des populations des zones fortement inondables vers des espaces plus sécurisées.

Globalement cette thèse s’inscrit dans la problématique de la gestion des risques


naturels en Afrique tropicale. Elle entre en droite ligne dans les approches d’évaluation des
aléas et de la vulnérabilité des populations. Au sujet de la prise en compte de l’environnement
physique comme essentiel parmi les facteurs de construction du risque, les résultats présentés
rejoignent d’autres investigations aussi bien au Cameroun que dans d’autres parties du monde
(Burton, 1978 ; Fogwe et Tchotsoua, 2007 ; Buh Wung, 2009 ; Olinga-Olinga, 2010 ; Mbaha
et al., 2014). La prise en compte de la variabilité spatio-temporelle de la pluviométrie comme
déterminant le déclenchement des inondations participe à se défaire des facteurs stationnaires
pour des résultats de mieux en mieux utiles à la prise de décision. Les analyses climatiques
contribuent à l’évaluation zonale des changements climatiques. Les résultats consolident les
319

observations réalisées en Afrique tropicale (Janicot et al., 1993 ; Hulme, 2001 ; Le Barbé et
al., 2002 ; Ozer et al., 2003 ; Lebel et Ali, 2009). Le bassin du Logone de par son extension en
latitude ; entre zone humide et sèche présente l’avantage de cette hybridation climatique dont
l’inscription dans la mouvance globale est édifiante.

Pour l’évaluation de la vulnérabilité, les facteurs pris en compte font l’objet


d’observation constante à différentes échelles (Baird et al., 1975 ; Blaikie et al., 1977 ; Thouret
et D’Ercole, 1996 ; El-Masri et Tipple 2002 ; André, 2004 ; UNISDR, 2015). Sous l’angle du
développement économique et social les facteurs de vulnérabilité ont été diversement abordés
en Afrique tropicale (Mwanza et Kabamba, 2002 ; Ntamahungiro, 2008 ; Mahmoud, 2010).
Leur lecture sous le prisme des risques naturels est l’effort de cette thèse qui procède à la
quantification dans un modèle standard. Ceci participant à la démystification de la complexité
du risque par la cartographie multicritère qui permet de délimiter les périmètres les plus à risque.
Il s’agit ici d’un aspect pratique ; guide à la décision.

Avec le phénomène de changements climatiques, l’Afrique tropicale a eu un regain


d’attention dans le domaine de la recherche. Les techniques gouvernementales mises en
évidence représentent la réponse institutionnelle à différents engagements multinationaux.
Ainsi plusieurs auteurs retrouvent ces mêmes initiatives sur leur terrain d’étude ; y compris les
techniques d’adaptation préventives et spontanées (Kamal et Iman, 1990 ; Anh Tu Ngo, 2014 ;
Hallegatte et al., 2017). La définition du cadre institutionnel et règlementaire de la gestion des
risques à différentes échelles contribue à l’inscription des efforts dans le contexte. Cela
permettant leurs appréciations pour la définition de perspectives.

L’analyse critique des résultats de cette thèse fait émerger quelques observations aussi
bien en ce qui concerne la démarche méthodologique, l’encadrement thématique et la définition
des niveaux d’analyse. L’indisponibilité de longues séries de données de température ne permet
pas de tirer de solides conclusions à l’issue de cette thèse. Pour ce qui est de l’historique du
risque, l’incapacité à recenser pour la région l’occurrence des inondations au moins sur une
centaine d’années limite l’évaluation du risque. En outre, les auteurs et la protection civile se
sont plus intéressés à la ville de Maroua par ailleurs chef-lieu de région. Plus d’investigations
pour mettre en évidence des cas historiques dans l’ensemble de la région seraient une
importante contribution. Ainsi, cette thèse ne prétend pas avoir épuisé la problématique de
risque d’inondation dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun.

Au regard de la grande diversité géophysique et humaine de la région, des études fines


aux échelles départementales ou d’arrondissement sont utiles. L’échelle intercommunale se
320

révèle également pertinente au vu de certaines spécificités communes à plusieurs municipalités.


La prise en compte du bassin versant comme échelle d’analyse est aussi interessante. Au sujet
des facteurs de construction du risque, l’évaluation approfondie de la structure des lits de cours
d’eau dans le fonctionnement hydrographique des bassins et sous basins dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun est porteuse d’enrichissement. La faible disponibilité des données
climatiques ouvre la nécessité de mettre à profit les mesures satellitaires non seulement pour
valider les données disponibles ; mais également pour compléter les manques. Ces données
permettraient de redessiner les isohyètes et les isobares subissant les changements climatiques.
321

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ACTION CAMEROUNAISE/PNDP (2012). Plan Communal de Développement de Kar-
Hay, 194p.
APD & PNDP. (2011). Plan Communal de Développement de Dziguilao, 168p.
APD &PNDP. (2012). Plan Communal de Développement de Hina, 179p.
BIOCONCEPT & PNDP. (2011). Plan Communal de Développement de Fotokol, 237p.
BIOCONCEPT & PNDP. (2013). Plan Communal de Développement de Makary, 199p.
CADEPI & PNDP. (2010). Plan Communal de Développement de Waza, 318p.
CADEPI & PNDP. (2013). Plan Communal de Développement de Tokombéré, 318p.
CAFER & PNDP. (2012). Plan Communal de Développement de Maga, 133p.
CAFER & PNDP. (2013a). Plan Communal de Développement de Gobo, 186p.
CAFER & PNDP. (2013b). Plan Communal de Développement de Kaï-kaï, 208p.
CANADEL & PNDP. (2011). Plan Communal de Développement de Kalfou, 127p.
CANAL DE DEVELOPPEMENT & PNDP. (2011). Plan Communal de Développement de
Blangoua, 247p.
CANAL DE DEVELOPPEMENT & PNDP. (2013). Plan Communal de Développement de
Kousseri, 173p.
354

CANAL DE DEVELOPPEMENT & PNDP. (2014). Plan Communal de Développement de


Petté, 136p.
CAPROVI & PNDP (2011). Plan Communal de Développement de Kolofata, 240p.
CAPROVI & PNDP. (2013). Plan Communal de Développement de Mora, 262p.
CARAD & PNDP. (2011). Plan Communal de Développement de Toloum, 221p.
GIC SMIPDR & PNDP. (2016). Plan Communal de Développement de Hile Alifa, 231p.
GRADEV & PNDP. (2011a). Plan communal de développement de Gazawa, 163p.
GRADEV & PNDP. (2011b). Plan communal de développement de Guidiguis, 163p.
GRADEV & PNDP. (2011c). Plan communal de développement de Tchatibali, 169p.
GREEN GENERATION & PNDP. (2013). Plan Communal de Développement de
Moulvoudaye, 197p.
GREEN SAFE & PNDP. (2012). Plan Communal de Développement de Dargala, 148p.
INSTRAD & PNDP. (2012). Plan Communal de Développement de Datcheka, 149p.
INSTRAD & PNDP. (2016). Plan Communal de Développement de Mindif, 143p.
LHA & PNDP. (2011). Plan Communal de Développement de Guémé, 171p.
Pi-PNVRA & PNDP. (2013). Plan Communal de Développement de Yagoua, 307p.
Pi-PNVRA & PNDP. (2014). Plan Communal de Développement de Bogo, 229p.
Pi-PNVRA & PNDP. (2016). Plan Communal de Développement de Moutourwa, 225p.
Pi-PNVRA/PNDP. (2011). Plan Communal de Développement de Roua, 155p.
SANA LOGONE & PNDP. (2011a). Plan Communal de Développement de Guéré, 182p.
SANA LOGONE & PNDP. (2011b). Plan Communal de Développement de Zina, 189p.
SMIPD & PNDP (2011). Plan Communal de Développement de Wina, 2015p.
SMIPDR & PNDP. (2016). Plan Communal de Développement de Meri, 275p.
TAMMOUNDE & PNDP. (2016a). Plan Communal de Développement de Maroua 2, 275p.
TAMMOUNDE & PNDP. (2016b). Plan Communal de Développement de Maroua 3, 287p.
TERDED & PNDP. (2014). Plan Communal de Développement de Logone Birni, 195p.
TERDED & PNDP. (2015). Plan Communal de Développement de Ndoukoula, 204p.
TERDED & PNDP. (2016). Plan Communal de Développement de Kaélé, 200p.
TERDEL & PNDP. (2011a). Plan Communal de Développement de Darak, 214p.
TERDEL & PNDP. (2011b). Plan Communal de Développement de Bourha, 171p.

Lois et autres textes officiels

Arrêté n° 037/PM du 19 mars 2003 portant création, organisation et fonctionnement d'un


Observatoire National des Risques.
Décret N°98/031 du 09 mars 1998 portant organisation des plans d’urgences et de secours en
cas de catastrophes ou de risques majeurs.
Loi N° 2004/017 du 22 juillet 2004 portant orientation de la décentralisation.
Loi N°86/016 du 06 décembre 1986 portant réorganisation générale de la Protection Civile au
Cameroun.
355

Loi N°2004/003 du 21 avril 2004, régissant l’urbanisme au Cameroun.


Loi n° 201/008 du 06 mai 2011 portant orientation pour l’aménagement et le développement
durable du territoire au Cameroun.
Loi n°2004/18 du 22 juillet 2004, fixant le régime applicable aux Communes
Décret n° 2008/376 du 12 novembre 2008 portant organisation administrative de la république
du Cameroun
Décret N°2005-104 du 13 avril 2005 portant organisation du MINATD
Décret n°2008/377 du 12 novembre 2008 fixant les attributions des Chefs de circonscriptions
administratives et portant organisation et fonctionnement de leurs services

Webographie

Site Periode/date de consultation


http ://[Link]/[Link] 2014-2015
http ://[Link]/ 2015-2018
http ://[Link]/ 2015-2018
http ://[Link] 21 mars 2017
http ://[Link] Janvier 2016
http ://[Link] Mars 2017
http ://[Link]/ Avril 2018
[Link] 2015-2017
[Link] 2015-2018
R&nom=CAMEROUN
[Link] 2017
[Link] Avril 2015
[Link] 2015-2018
[Link] Février 2018 – mars 2019
[Link] Janvier 2018
[Link] 2016
[Link] 2016-2017
[Link] 2018
[Link] Fevrier 2018
[Link] 2017
[Link] 2015-2018
[Link] 2014-2018
[Link] 2015-2016
[Link] 2015-2017
et-r%C3%A8glements
356

[Link]
Mars 2018
[Link] 2016
[Link] 30 mai 2016
[Link] Avril 207
[Link] 03 décembre 2018
[Link] 2017
[Link]/env/cc/aixg 2016
357

ANNEXES
358

Annexe 1 : Accord de principe du MINAT pour l’accès aux archives de la DPC


359

Annexe 2 : Autorisation de consultation des archives


360

UNIVERSITÉ DE YAOUNDE I
**********
FACULTÉ DES ARTS, LETTRES ET THE UNIVERSITY OF YAOUNDE I
SCIENCES HUMAINES **********
********** FACULTY OF ARTS, LETTERS AND
SOCIAL SCIENCES
DÉPARTEMENT DE GÉOGRAPHIE
**********
GEOGRAPHY DEPARTMENT
Annexe 3 : Questionnaire

QUESTIONNAIRE INDIVIDUEL
Ce questionnaire à un but exclusivement scientifique. Les informations collectées dans
le cadre de cette enquête sont strictement confidentielles conformément à la loi N°
91/023 du 16 décembre 1991 sur les recensements et enquêtes statistiques au
Cameroun. Nous vous remercions pour votre contribution et votre compréhension.

RÉGION D’ENQUÊTE ________ EXTRÊME-NORD_________________________


DEPARTEMENT ____________________________________________________
ARRONDISSEMENT_________________________________________________
VILLAGE__________________________________________________________
IDENTIFICATION DE L’ENQUETE
NOM ET PRENOM (facultatif) __________________________________________
TRANCHE D’AGE _________________________________________________
OCCUPATION PRINCIPALE___________________________________________

I. LES INONDATIONS
1. Est-ce que cette localité est souvent inondée ? 1) Oui 2) Non
2. D’après vous quelles sont les causes naturelles de ces inondations :
Au niveau pédologique
___________________________________________________________________
__________________________________________________________________
Au niveau du climat
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
Au plan hydrologique
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
3. Quelles est la part de responsabilité des populations ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
361

4. Quelle est la fréquence d’occurrence de ce risque ?


1) Chaque année 2) Chaque deux 3) Autre ?
ans

5. Quand il y’a inondation quelles sont les conséquences dans votre localité ?
1) Perte en 2) Destruction 3) Destruction 4) Pertes 5) Destruction 6) Autre
vies des maisons des champs des des
humaine animaux infrastructures

Autre spécifier ____________________________________________________________________________


________________________________________________________________________________________

6. Pouvez-vous relever quelques pertes historiques causées par les inondations


ici dans votre localité ?
Date Perte occasionnées par les inondations

7. D’après vous quand est ce que ce phénomène a commencé dans votre


localité ? ______________________________________________________
8. Que peut-on dire de l’évolution du phénomène ?
1) Moins violent 2) De plus en plus 3) stable
violent
9. Pourquoi ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
10. Quelle sont les autres risques auxquels vous faites face dans votre
environnement ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________

II. LA VULNÉRABILITÉ DES POPULATIONS


11. Savez-vous que vous vivez dans une zone à risque ?
1) Oui 2) Non 3) NSP
4)
12. Si oui pourquoi ne quittez-vous pas pour aller vivre ailleurs ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________

13. Avez-vous été informé par rapport à votre vulnérabilité ?


1) Oui 2) Non 3) NSP
14. Si oui par qui ?
___________________________________________________________________
362

15. En cas d’inondation existe-t-il un mécanisme ou des structures de secours


pour vous assister ? Si oui citer les
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
16. Leur action est-elle efficace ? 1) Oui 2) Non
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________

17. Pourquoi est-ce que les inondations affectent de plus en plus de personnes
aujourd’hui
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________

18. Pourquoi les conséquences sont-elles de plus en plus lourd sur les activités
agricoles et pastorales ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
III.
VARIABILITÉ CLIMATIQUE ET IMPACT SUR LES INONDATION
19. D’après vous qu’est-ce que le changement climatique ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
20. Comment se manifeste-t-il ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
21. Quelle sont ses conséquences dans votre localité ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
22. Quel est lien entre les changements climatiques et les inondations ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
23. Quelle est l’impact des changements climatiques sur l’agriculture ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
24. Quelle est l’impact des changements climatiques sur l’élevage ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
25. Sur la santé des populations (hommes, femmes et enfants) ?
363

___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
26. Sur la végétation et la faune sauvage ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
27. Sur l’eau (rivière, mayo, lac, mare d’eau, puits…)
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________

IV. L’ADAPTATION
28. Que faite vous pour éviter d’être affecté par les inondations ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________

29. Qu’est-ce que vous faites en cas d’inondations :


a. Pour protéger votre vie et celles des autres membres de la famille ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
b. Pour protéger vos maisons ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________

c. Pour protéger vos champs ?


___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
d. Pour protéger vos bêtes ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
30. Pour protéger votre eau de boisson
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
31. Ces méthodes sont-elles efficaces ? 1) Oui 2) Non
32. Sinon pourquoi ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
364

33. En cas d’inondation qu’est-ce que vous faites quand les eaux commencent à
monter ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
34. Y a-t-il d’autres stratégies d’adaptation que vous développez en commun avec
les autres habitants du village pour :
a. Pour protéger tout le village ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
b. Pour protéger les routes ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
c. Pour protéger les ponts
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
35. Ces méthodes sont-elles efficaces ? 1) Oui 2) Non
36. Sinon pourquoi ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
37. Qu’est-ce que l’État ou la commune à fait pour prévenir les inondations dans
ce village ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
38. Les moments que les inondations arrivent ; est ce que vous recevez des
aides ?
Année Donateur Aide reçue

39. Qu’est-ce qui peut être fait d’après vous pour éviter les inondations dans votre
localité ?
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________
___________________________________________________________________

Merci pour d’avoir pris le temps de nous répondre !


365

Annexe 4 : Résultats d’analyse d’échantillons d’eau


366

Annexe 5 : Fche de relevés climatologiques de la station de Maroua Salak (1983)


367

Annexe 6 : Pluviométrie à la station de Kousseri en 1994

DATE Jan Fév Mar Avr Mai Jui Jui Aou Sep Oct Nov Déc
1 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 9,5 13,2 2,5 0,0 0,0
2 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 18,2 0,0 0,0 0,0 0,0
3 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 37,8 38,8 0,0 0,4 0,0 0,0
4 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 25,1 0,0 0,0 0,0 0,0
5 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
6 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 15,2 0,0 0,0 0,0 0,0
7 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 29,1 11,3 81,1 0,0 0,0 0,0
8 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 11,1 0,0 0,0 10,0 0,0 0,0 0,0
9 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 6,6 8,0 32,9 0,0 0,0 0,0 0,0
10 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,3 30,5 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
11 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,2 0,0 1,0 0,0 0,0 0,0
12 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 6,5 0,0 3,2 3,0 0,0 0,0
13 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,5 10,0 0,0 0,0 0,0 0,0
14 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 4,4 0,0 0,0 4,0 0,0 0,0
15 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 7,4 0,0 0,0 0,0
16 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 2,6 0,0 0,0 0,0 3,7 0,0 0,0
17 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
18 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 9,2 27,2 0,0 0,0 0,0 0,0
19 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
20 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,1 0,2 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
21 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 44,4 5,2 3,9 0,0 0,0 0,0
22 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 11,1 0,0 0,0 0,0 0,0
23 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 46,2 0,0 0,0 0,0 0,0
24 0,0 0,0 0,0 0,0 9,4 49,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
25 0,0 0,0 0,0 0,0 0,1 0,0 0,0 0,0 3,3 0,0 0,0 0,0
26 0,0 0,0 0,0 0,0 2,6 0,0 0,0 48,1 0,0 0,0 0,0 0,0
27 0,0 0,0 0,0 11,3 0,0 0,0 0,0 35,5 0,0 3,3 0,0 0,0
28 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 6,1 0,5 0,0 0,0 0,0
29 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
30 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,6 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
31 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
Mois 0,0 0,0 0,0 11,3 12,1 69,7 171,4 340,4 123,6 16,9 0,0 0,0
Source : Direction Nationale de la Météorologie (Ministère des transports)
368

Annexe 7 : Pluviométrie à la station de Yagoua en 2012

Jours Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre


1 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
2 0,0 0,0 0,0 25 7 4
3 0,0 0,0 0,0 17 0,0 0,0
4 0,0 13 0,0 0,0 0,0 0,0
5 0,0 0,0 45 0,0 0,0 7
6 0,0 38 0,0 26 14 0,0
7 0,0 0,0 12 75 0,0 0,0
8 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
9 0,0 0,0 0,0 0,0 20 0,0
10 30 34 22 65 0,0 0,0
11 0,0 0,0, 0,0 12 15 0,0
12 20 0,0 15 0,0 5 0,0
13 0,0 20 0,0 25 0,0 0,0
14 0,0 0,0 0,0 34 0,0 0,0
15 0,0 20 7 0,0 0,0 0,0
16 0,0 0,0 0,0 15 0,0 0,0
17 0,0 11 0,0 7 15 41
18 0,0 0,0 0,0 20 33 0,0
19 0,0 17 8 0,0 0,0 0,0
20 0,0 0,0 0,0 25 11 0,0
21 0,0 0,0 32 0,0 0,0 5
22 0,0 0,0 0,0 3 0,0 0,0
23 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
24 0,0 0,0 4 0,0 0,0 0,0
25 0,0 0,0 0,0 28 0,0 0,0
26 0,0 49 12 0,0 0,0 0,0
27 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
28 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
29 0,0 50 0,0 0,0 0,0 0,0
30 6 0,0 25 0,0 0,0 0,0
31 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
mois 56 252 182 377 120 57
Source : SODECOTON
369

Annexe 8 : Historique des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du


Cameroun

N° Date Zone Dégâts Réactions des acteurs Source


affectées

1 1970 Maroua 500 personnes sans abris Assistance diversifiée aux Archives
sinistrés
2 1975 Maroua 1889 personnes sans abris Assistance diversifiée aux Archives
sinistrés
1977 Maroua, 7 morts Assistance diversifiée aux Archives
Gazawa sinistrés
3 1988 Maroua 10 morts Assistance diversifiée aux Archives
Kousseri 165 personnes sans abris sinistrés
4 1989 Maroua Destruction des cases Assistance diversifiée aux Copressa (plan de
Biens familiaux et argent sinistrés développement
perdu local de la Région
de l'Extrême-Nord
du Cameroun
5 1991 Pouss 2 morts Assistance diversifiée aux Archives
Kousseri 200 personnes sans abris sinistrés
6 1994 Maroua, 41 morts Assistance diversifiée aux Archives
Mokolo, 1004 personnes sans abris sinistrés
Kousseri 162 maisons détruites
Près d’une centaine de
ruminants noyés
7 1997 Maroua 7 morts Assistance diversifiée aux Archives
248 personnes sans abris sinistrés
8 2000 Maroua 17 morts Assistance diversifiée aux Archives
206 personnes sans abris sinistrés
9 2001 Maroua 2 morts Assistance diversifiée aux Archives
sinistrés
10 2005 Maroua 14 morts Assistance diversifiée aux Archives
453 personnes sans abris sinistrés
73 maisons détruites
Déclenchement d’une
épidémie de choléra
Trois mosquées détruites
11 2006 Maroua 2 morts Recasement des sinistrés Archives
1 042 personnes sans Don de produits de
abris première necessité aux
victimes
12 2007 Mokolo, 8 morts Distribution de 31 millions Archives
Sarki-Fada, 4 421 personnes sans aux sinistrés (don du chef
Maroua, abris de l’État
département 1 220 maisons détruites Ordre de libérer les zones à
du Mayo risque
Danay
13 2010 Pouss 12 morts Descente du gouverneur à Journal du
3000 sans abris Pouss [Link]
Enquêtes de
terrain
370

Décision de la gratuité des


soins pour les victimes par
le MINSANTÉ
14 2011 4 360 personnes sans Fuite du danger Enquêtes de
abris terrain
4 360 maisons détruites
15 2012 Zina, Logone 20 morts Distribution des denrées Cameroun
Birni, 20 000 personnes sans alimentaires et matériaux information net
Kousseri, abris de première nécessité.
Hile-Alifa, 61 769 maisons détruites Descente d’une mission Enquêtes de
Fotokol, interministérielle sur le terrain
Blangoua terrain.
Goulfey Recasement des sinistrés.
Déploiement du MINAS
sur le terrain pour
l’encadrement
psychologique des
victimes.
16 2013 Wina, Dizaine de sans abris Appuis alimentaires et Cameroun
Datcheka, Habitations englouties matériels aux sinistrés [Link]
Doukoula, Champs complètement Enquêtes de
Gobo, perdus terrain
Bougoudoum

17 2014 Dougui 28 familles sans abris Déploiement de deux Afrique


Houmi I, Plusieurs maisons embarcations dans les [Link]
Houmi II, Kai- détruites villages pour extraire les
kakai Champs de mil, maïs sinistrés Enquêtes de
détruits Forte activité du géni- terrain
militaire
Recasement des sinistrés
Distribution du matériel
pour colmater les brèches
19 2015 Maroua 5 morts Recasement momentané [Link]
Gazawa Centaines de sans abris des sinistrés dans les Enquêtes de
Ndoukoula De maisons écroulées batiments publics comme terrain
les écoles
Plantations englouties
Routes coupées
20 2017 Zina 8 morts Ouvertures des écoles et Actu Cameroun
(Arainaba, 120 blessées autres lieux publics pour
Manka, Gala, 750 sans abris accueillir les sinistrés Enquêtes de
Padmangaye, Don de médicament vivres terrain
Alvakay, et habits
Malazina,
Sara-Sara et
Doueing)
Mora, Makary
371

Annexe 9 : Estimation des pertes dues aux inondations de 1975 dans le département de la Diamaré
372

Annexe 10 : Message du gouverneur aux prefets


373

Annexe 11 : Sinistrés de l’arrondissement de Kaï-kaï en 2013


374
375

TABLE DES MATIÈRES


Sommaire ---------------------------------------------------------------------------------------------------- i
Dédicace ---------------------------------------------------------------------------------------------------- ii
Avant-propos ---------------------------------------------------------------------------------------------- iii
Remerciements -------------------------------------------------------------------------------------------- iv
Résumé ----------------------------------------------------------------------------------------------------- vi
Abstract ----------------------------------------------------------------------------------------------------vii
Liste des figures ------------------------------------------------------------------------------------------ viii
Liste des tableaux -----------------------------------------------------------------------------------------xii
Liste des planches --------------------------------------------------------------------------------------- xvi
Liste des encadrés ------------------------------------------------------------------------------------- xviii
Liste des sigles et acronymes -------------------------------------------------------------------------- xix

INTRODUCTION GÉNÉRALE---------------------------------------------------------------------- 1
0.1. Contexte de la recherche -------------------------------------------------------------------------- 2
0.2. Présentation et justification du sujet ------------------------------------------------------------- 6
0.2.1. Présentation du sujet ----------------------------------------------------------------------------- 6
0.2.2. Justification du choix du sujet ------------------------------------------------------------------ 6
0.3. Intérêt de l’étude ------------------------------------------------------------------------------------ 7
0.4. Délimitation du sujet ------------------------------------------------------------------------------- 8
0.4.1. Délimitation thématique et temporelle -------------------------------------------------------- 8
0.4.2. Délimitation spatiale ----------------------------------------------------------------------------- 9
0.5. Problématique -------------------------------------------------------------------------------------- 10
0.6. Questions de recherche --------------------------------------------------------------------------- 12
0.7. Objectifs de recherche ---------------------------------------------------------------------------- 13
0.8. Hypothèses de recherche ------------------------------------------------------------------------- 13
0.9. Organisation de la thèse -------------------------------------------------------------------------- 14

PREMIÈRE PARTIE : CADRAGE GÉNÉRAL DE LA THÈSE ET PRÉSENTATION


DE LA ZONE D’ÉTUDE
Introduction de la première partie ---------------------------------------------------------------------- 18

CHAPITRE 1 : CONTEXTE SCIENTIFIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE DE LA


RECHERCHE ------------------------------------------------------------------------------------------- 19
Introduction ------------------------------------------------------------------------------------------------ 19
1.1. Contexte scientifique ------------------------------------------------------------------------------ 19
1.1.1. Analyse conceptuelle---------------------------------------------------------------------------- 19
[Link]. Concept de territoire -------------------------------------------------------------------------- 20
[Link]. Concept de risque/risque naturel ------------------------------------------------------------ 23
[Link]. Concept d’inondation ------------------------------------------------------------------------- 26
[Link]. Concept de changement climatique --------------------------------------------------------- 29
[Link]. Concept de vulnérabilité ---------------------------------------------------------------------- 32
[Link]. Concept d’adaptation ------------------------------------------------------------------------- 35

1.1.2. Revue de littérature ------------------------------------------------------------------------------ 38


376

[Link]. Approches d’évaluation des risques -------------------------------------------------------- 39


[Link]. Changements climatiques et risque en milieu tropical ----------------------------------- 41
[Link]. Adaptation aux risques dans la littérature -------------------------------------------------- 42

1.1.3. Théories et approches du risque : la place de la géographie------------------------------- 43


[Link]. Théories naturalistes des risques naturels -------------------------------------------------- 43
[Link]. Théories de la complexité dans l’étude des risques naturels ---------------------------- 45
[Link]. Territorialiser le risque ----------------------------------------------------------------------- 48
[Link]. Théorie du chaos------------------------------------------------------------------------------- 50
1.2. Démarche méthodologique ----------------------------------------------------------------------- 52
1.2.1. Recherche documentaire ------------------------------------------------------------------------- 54
[Link]. Publications scientifiques -------------------------------------------------------------------- 54
[Link]. Recherches académiques --------------------------------------------------------------------- 54
[Link]. Rapports et autres documents de travail---------------------------------------------------- 55
[Link]. Documents de planification urbaine -------------------------------------------------------- 56
[Link]. Journaux nationaux et internationaux d’information générale -------------------------- 57

1.2.2. Construction des bases de données quantitatives et cartographiques -------------------- 58


[Link]. Données climatiques et hydrologiques ----------------------------------------------------- 58
[Link]. Données cartographiques --------------------------------------------------------------------- 59
[Link]. Enquête par questionnaire et les interviews ----------------------------------------------- 60
[Link].1. Présentation du questionnaire ------------------------------------------------------------- 60
[Link].2. Échantillonnage ------------------------------------------------------------------------------ 61
[Link].3. Interviews ------------------------------------------------------------------------------------ 62

1.2.3. Approches participatives et de diagnostic territorial --------------------------------------- 62


[Link]. Cartographie participative -------------------------------------------------------------------- 63
[Link]. Calendrier saisonnier-------------------------------------------------------------------------- 63

1.2.4. Traitements et analyses de données ----------------------------------------------------------- 64


[Link]. Traitement des données climatiques et hydrologiques ----------------------------------- 64
[Link].1. Imputation des vides ------------------------------------------------------------------------ 64
[Link].2. Calcul des indices --------------------------------------------------------------------------- 64
[Link]. Cartographie et analyses SIG ---------------------------------------------------------------- 68
[Link]. Dépouillement et exploitation des données de terrain ----------------------------------- 68

1.2.5. Quantification du risque ------------------------------------------------------------------------ 68


1.2.6. Analyse Hiérarchique Multicritère (AHM) des inondations ------------------------------ 70
1.2.7. Analyse d’échantillons d’eau ------------------------------------------------------------------ 71
377

1.3. Articulation spatiale des niveaux d’analyse et approches ----------------------------------- 72


Conclusion ------------------------------------------------------------------------------------------------- 73

CHAPITRE 2 : RÉGION DE L'EXTRÊME-NORD DU CAMEROUN : HISTORIQUE,


ASPECTS PHYSIQUES ET HUMAINS ---------------------------------------------------------- 74
Introduction ------------------------------------------------------------------------------------------------ 74
2.1. Brève présentation de l’évolution précoloniale et coloniale du Nord du Cameroun----- 74
2.1.1. Province du Nord 1960 – 1983 ---------------------------------------------------------------- 76
2.1.2. Province puis Région de l’Extrême-Nord face à son destin ------------------------------- 77
2.2. Caractéristiques du milieu physique de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun --- 78
2.2.1. Aspects topographiques et géologiques de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun -- 78
2.2.2. Hydrographie diversifiée ----------------------------------------------------------------------- 81
[Link]. Bassins hydrographiques de la Région de l'Extrême-Nord ------------------------------ 81
[Link]. Le Logone : unique cours d’eau aux écoulements permanents ------------------------- 82
[Link]. Les mayos -------------------------------------------------------------------------------------- 83
[Link]. Le lac Tchad ------------------------------------------------------------------------------------ 84
[Link]. Le lac de Maga : logiques d’acteurs et contraintes opérationnelles -------------------- 85
[Link]. Les mares d’eau-------------------------------------------------------------------------------- 86
[Link]. Les retenues ------------------------------------------------------------------------------------ 87

2.2.3. Nature des sols favorables aux inondations-------------------------------------------------- 88


2.2.4. Végétation de la Région de l'Extrême-Nord ------------------------------------------------- 92
2.2.5. Quantification et cartographie de le l’exposition au risque dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun--------------------------------------------------------------------------- 94
[Link]. Quantification de l’exposition --------------------------------------------------------------- 94
[Link]. Cartographie de l’exposition aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun -------------------------------------------------------------------------------------------------- 95
2.3. Traits humains de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ----------------------------- 98
2.3.1. Population de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun -------------------------------- 98
[Link]. Composition ethnique------------------------------------------------------------------------- 98
[Link]. Effectif et croissance de la population------------------------------------------------------ 99
[Link]. Répartition en fonction des zones géographiques et des départements -------------- 100

2.3.2. Les activités économiques-------------------------------------------------------------------- 103


[Link]. L’agriculture --------------------------------------------------------------------------------- 103
[Link]. La pêche -------------------------------------------------------------------------------------- 104
[Link]. L’élevage ------------------------------------------------------------------------------------- 106

2.3.3. Caractéristiques sociales de la région ------------------------------------------------------- 108


[Link]. Faible niveau d’éducation ------------------------------------------------------------------ 108
378

[Link]. Les infrastructures routières --------------------------------------------------------------- 110


[Link]. Le bâti ----------------------------------------------------------------------------------------- 112
[Link]. L’accès à l’eau potable --------------------------------------------------------------------- 112
Conclusion ----------------------------------------------------------------------------------------------- 114

DEUXIÈME PARTIE : CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET RISQUE


D’INONDATION DANS LA RÉGION DE L'EXTRÊME-NORD DU CAMEROUN
Introduction de la deuxième partie ------------------------------------------------------------------- 117

CHAPITRE 3 : CLIMAT ET CHANGEMENTS CLIMATIQUES DANS LA RÉGION


DE L'EXTRÊME-NORD---------------------------------------------------------------------------- 118
Introduction ---------------------------------------------------------------------------------------------- 118
3.1. Climat et saison dans la Région de l'Extrême-Nord ---------------------------------------- 118
3.1.1. Les stations ------------------------------------------------------------------------------------- 119
3.1.2. Les précipitations ------------------------------------------------------------------------------ 120
3.1.3. Les températures ------------------------------------------------------------------------------- 122
3.1.4. Les autres paramètres climatiques dans la Région de l'Extrême-Nord ---------------- 123
3.1.5. Rythmes saisonniers dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun --------------- 126
[Link]. Caractéristiques de la saison sèche ------------------------------------------------------- 128
[Link]. Caractéristiques de la saison des pluies -------------------------------------------------- 129
3.2. Instabilité du paramètre pluviométrique la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun- 130
3.2.1. Évolution interannuelle des précipitations dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun ------------------------------------------------------------------------------------------------ 131
3.2.2. Les classes pluviométriques et pluies extrêmes ------------------------------------------- 138
3.2.3. Analyse du nombre de jours de pluies ------------------------------------------------------ 141
[Link]. Distribution mensuelle du nombre de jours de pluies ---------------------------------- 142
[Link]. Évolution interannuelle du nombre de jours pluvieux --------------------------------- 143
3.3. Variabilité interannuelle des températures dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun ------------------------------------------------------------------------------------------------ 146
[Link]. L’indice de chaleur -------------------------------------------------------------------------- 147
[Link]. Indice d’aridité de De Martonne ---------------------------------------------------------- 148
3.4. Instabilité saisonnière dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ---------------- 151
3.4.1. Les faux départs de la saison de pluies ----------------------------------------------------- 151
3.4.2. Durée de la saison de pluies------------------------------------------------------------------ 152
3.4.3. Les séquences sèches ------------------------------------------------------------------------- 154
3.4.4. Conséquences de l’instabilité saisonnière -------------------------------------------------- 156
3.5. Projection climatique dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ---------------- 157
3.5.1. Projection des températures dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ------- 159
3.5.2. Projection des précipitations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ------ 161
Conclusion ----------------------------------------------------------------------------------------------- 164
379

CHAPITRE 4 : INONDATIONS ET VULNÉRABILITÉS DANS LA RÉGION DE


L'EXTRÊME-NORD DU CAMEROUN -------------------------------------------------------- 166
Introduction ---------------------------------------------------------------------------------------------- 166
4.1. Processus des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ----------- 166
4.1.1. Premières pluies dans les bassins ----------------------------------------------------------- 167
4.1.2. Saturation des sols, recharge des mares et reprise progressive des débits ------------- 168
4.1.3. Débordements et submersions --------------------------------------------------------------- 170
[Link]. Cas des mayos ------------------------------------------------------------------------------- 170
[Link]. Le Logone ------------------------------------------------------------------------------------ 172
[Link]. Les lacs---------------------------------------------------------------------------------------- 177

4.1.4. Débits Caractéristiques de Crues (DCC) --------------------------------------------------- 180


[Link]. Débits de crues du Logone et Logone et Chari------------------------------------------ 181
[Link]. Les débits de pointe du Logone et le Logone et Chari --------------------------------- 183
[Link]. Période de retour des débits élevés ------------------------------------------------------- 184
[Link]. Relation pluie débits dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ------------- 185
4.2. Vulnérabilité aux inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun ------ 187
4.2.1. Facteurs sociodémographiques et économiques de vulnérabilité aux inondations dans
la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun -------------------------------------------------------- 187
[Link]. La dégradation en continue des conditions de vie -------------------------------------- 187
[Link]. Croissance démographique et vulnérabilité aux risques naturels dans la Région de
l'Extrême-Nord du Cameroun------------------------------------------------------------------------- 190
[Link]. Structure de la population et vulnérabilité dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun ------------------------------------------------------------------------------------------------ 191
[Link]. Faible niveau d’alphabétisation ----------------------------------------------------------- 193

4.2.2. Facteurs techniques et fonctionnels de vulnérabilité aux inondations dans la Région de


l'Extrême-Nord du Cameroun------------------------------------------------------------------------- 194
[Link]. Redéploiement difficile de la population agricole dans la plaine -------------------- 194
[Link]. Le mauvais choix des sites de construction---------------------------------------------- 195
[Link]. Des problèmes de routes-------------------------------------------------------------------- 196
[Link]. La mauvaise qualité du bâti ---------------------------------------------------------------- 198
[Link]. Les aménagements hydrauliques non entretenus --------------------------------------- 200

4.2.3. Facteurs contingents de vulnérabilité aux inondations dans la Région de l'Extrême-


Nord du Cameroun ------------------------------------------------------------------------------------- 203
[Link]. Maillage administratif de la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun et inondations 204
[Link]. La problématique des structures de secours et de l’organisation des secours ------ 206
[Link]. Faible intervention des médias ------------------------------------------------------------ 207
[Link]. Perception du risque encouru -------------------------------------------------------------- 207
380

[Link].1. Interprétation technique des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord----- 207


[Link].2. Appréhension psychologique des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord -- 209
[Link]. L’acceptation et l’accoutumance au risque ---------------------------------------------- 211

4.2.4. Quantification et cartographie du risque inondations dans la Région de l'Extrême-Nord


du Cameroun -------------------------------------------------------------------------------------------- 212
[Link]. Quantification de la vulnérabilité --------------------------------------------------------- 212
[Link]. Cartographie de la vulnérabilité ----------------------------------------------------------- 213
[Link]. Cartographie du risque ---------------------------------------------------------------------- 216
4.3. Conséquences des inondations dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun ------ 217
4.3.1. Préjudices corporels --------------------------------------------------------------------------- 218
[Link]. Pertes en vies humaines et sans abris ----------------------------------------------------- 218
[Link]. Inondations et santé des populations dans la Région de l'Extrême-Nord ----------- 219
[Link].1. Qualités physicochimiques et microbiologiques des eaux d’inondation ---------- 220
[Link].2. Inondation et prévalence des maladies ------------------------------------------------- 221

4.3.2. Dommages structurels ------------------------------------------------------------------------ 223


[Link]. Destruction des maisons d’habitations --------------------------------------------------- 224
[Link]. Invasion des exploitations agricoles par les eaux --------------------------------------- 225
[Link]. Dommages sur les activités de pêche et d’élevage ------------------------------------- 227

4.3.3. Pertes fonctionnelles -------------------------------------------------------------------------- 228


[Link]. Endommagement des routes --------------------------------------------------------------- 229
[Link]. Endommagement d’autres infrastructures communautaires -------------------------- 230

4.3.4. Menace sur les pratiques culturelles -------------------------------------------------------- 232


Conclusion ----------------------------------------------------------------------------------------------- 235
Conclusion de la deuxième partie -------------------------------------------------------------------- 236

TROISIÈME PARTIE : CADRE INSTITUTIONNEL DE GESTION DES


CATASTROPHES ET ADAPTATION
Introduction de la troisième partie ------------------------------------------------------------------- 238

CHAPITRE 5 : ENJEUX, CONTRAINTES ET INSTITUTIONNALISATION DE LA


GESTION DES RISQUES ET CATASTROPHES -------------------------------------------- 239
Introduction ---------------------------------------------------------------------------------------------- 239
5.1. Enjeux et coût de l’adaptation ----------------------------------------------------------------- 239
5.1.1. Incertitudes inhérentes aux actions d’adaptation ------------------------------------------ 240
[Link]. Incertitudes liées à l’aléa ------------------------------------------------------------------- 240
[Link]. Incertitudes sur le milieu humain --------------------------------------------------------- 242

5.1.2. Inertie institutionnelle face au caractère dynamique de la menace --------------------- 243


5.1.3. Coût de l’adaptation --------------------------------------------------------------------------- 245
381

5.1.4. Dimension territoriale de l’adaptation ------------------------------------------------------ 247


[Link]. Comment gérer la localisation des enjeux ? --------------------------------------------- 248
[Link]. S’adapter au niveau global, national ou local ? ----------------------------------------- 249
5.2. Cadre international de gestion des risques et catastrophes -------------------------------- 252
5.2.1. Impulsion du système des Nations Unies -------------------------------------------------- 252
5.2.2. Décennie internationale pour la réduction des catastrophes ----------------------------- 254
5.2.3. Cadre d’action de Sendai 2015-2030 ------------------------------------------------------- 259
5.2.4. Gestion des catastrophes et négociations climatiques (COP et GIEC) ---------------- 260
5.2.5. Gestion des risques et catastrophe au niveau régional et sous régional ---------------- 263
[Link]. La stratégie africaine de réduction des risques de catastrophe (UA et NEPAD) --- 263
[Link]. L’Afrique centrale face aux risques de catastrophe (CEEAC) ----------------------- 265
[Link]. La Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) ------------------------------------- 267
5.3. Cadre national de gestion des catastrophes en général et des inondations en particulier -- 268
5.3.1. Plan National de Contingence (PNC) ------------------------------------------------------- 268
5.3.2. Direction de la Protection Civile (DPC) --------------------------------------------------- 270
5.3.3. Observatoire National des risques au Cameroun (ONR) -------------------------------- 273
5.3.4. Observatoire National sur les Changements Climatiques (ONACC) ------------------ 273
5.3.5. Gestion locale des risques et catastrophes dans la Région de l'Extrême-Nord du
Cameroun ------------------------------------------------------------------------------------------------ 274
[Link]. Rôles et actions des autorités administratives ------------------------------------------- 274
[Link]. Autres autorités locales (maires et chefs traditionnels) -------------------------------- 276
[Link]. Comité régional de la Croix Rouge Camerounaise ------------------------------------- 277
[Link]. Rôle des forces de maintien de l’ordre et de la sécurité ------------------------------- 279
Conclusion ----------------------------------------------------------------------------------------------- 279

CHAPITRE 6 : ADAPTATION AUX INONDATIONS DANS LA RÉGION DE


L'EXTRÊME-NORD DU CAMEROUN -------------------------------------------------------- 281
Introduction ---------------------------------------------------------------------------------------------- 281
6.1. Adaptation planifiée ----------------------------------------------------------------------------- 281
6.1.1. Actions des autorités -------------------------------------------------------------------------- 282
[Link]. Sensibilisation des populations ------------------------------------------------------------ 282
[Link]. Reboisement et protection de l’environnement ----------------------------------------- 283
[Link]. La protection des berges des cours d’eau ------------------------------------------------ 284
[Link]. Autres initiatives pour lutter contre les inondations ------------------------------------ 285
[Link]. Plan d’Organisation des Secours (Plan ORSEC) --------------------------------------- 287
[Link]. Mise en place d’un plan de contingence contre les inondations ---------------------- 288

6.1.2. Action privée préventive --------------------------------------------------------------------- 291


[Link]. Construction de diguettes anti-inondation ----------------------------------------------- 291
382

[Link]. Élévation des sites de construction ------------------------------------------------------- 292


[Link]. Protection des fondations ------------------------------------------------------------------- 294
[Link]. Construction sur pilotis --------------------------------------------------------------------- 294
[Link]. Mutation des pratiques agricoles ---------------------------------------------------------- 295
6.2. Adaptation spontanée --------------------------------------------------------------------------- 296
6.2.1. Itinérance entre terres inondables et terres non exposées -------------------------------- 297
6.2.2. Fuite face au danger --------------------------------------------------------------------------- 297
6.2.3. Renforcement des ouvrages de protection ------------------------------------------------- 298
6.2.4. Évacuation manuelle ou mécanique de l’eau ---------------------------------------------- 299
6.2.5. Aide aux sinistrés ------------------------------------------------------------------------------ 300
[Link]. Aide du gouvernement aux victimes des inondations dans la Région de l’Extrême-
Nord 300
[Link]. Aide des Organisation de la Société Civile (OSC) et des entreprises citoyennes -- 302
[Link]. Solidarité internationale -------------------------------------------------------------------- 303
[Link].1. Assistance des gouvernements amis au Cameroun ----------------------------------- 303
[Link].2. Assistance des organisations internationales ------------------------------------------ 304
6.3. Action ex-post------------------------------------------------------------------------------------ 305
6.3.1. Réfection des ouvrages hydrauliques (PULCI) ------------------------------------------- 305
6.3.2. Dédommagement des victimes -------------------------------------------------------------- 306
6.3.3. Recasement de la population----------------------------------------------------------------- 307
Conclusion ----------------------------------------------------------------------------------------------- 309
Conclusion de la troisième partie--------------------------------------------------------------------- 311

CONCLUSION GÉNÉRALE ---------------------------------------------------------------------- 312

BIBLIOGRAPHIE ------------------------------------------------------------------------------------ 321


Articles et actes ----------------------------------------------------------------------------------------- 322
Livres, Atlas et chapitres ------------------------------------------------------------------------------ 332
Mémoires et thèses ------------------------------------------------------------------------------------- 339
Rapport et autres ---------------------------------------------------------------------------------------- 344
Plan Communaux de Développement (PCD)------------------------------------------------------- 353
Lois et autres textes officiels -------------------------------------------------------------------------- 354
Webographie -------------------------------------------------------------------------------------------- 355
Site -------------------------------------------------------------------------------------------------------- 355

ANNEXES ---------------------------------------------------------------------------------------------- 357


Annexe 1 : Accord de principe du MINAT pour l’accès aux archives de la DPC ------------ 358
Annexe 2 : Autorisation de consultation des archives--------------------------------------------- 359
Annexe 3 : Questionnaire------------------------------------------------------------------------------ 360
Annexe 4 : Résultats d’analyse d’échantillons d’eau ---------------------------------------------- 365
Annexe 5 : Fche de relevés climatologiques de la station de Maroua Salak (1983) ---------- 366
Annexe 6 : Pluviométrie à la station de Kousseri en 1994 --------------------------------------- 367
383

Annexe 7 : Pluviométrie à la station de Yagoua en 2012 ----------------------------------------- 368


Annexe 8 : Historique des inondations dans la Région de l'Extrême-Nord du Cameroun --- 369
Annexe 9 : Estimation des pertes dues aux inondations de 1975 dans le département de la
Diamaré -------------------------------------------------------------------------------------------------- 371
Annexe 10 : Message du gouverneur aux prefets -------------------------------------------------- 372
Annexe 11 : Sinistrés de l’arrondissement de Kaï-kaï en 2013 ---------------------------------- 373

TABLE DES MATIÈRES --------------------------------------------------------------------------- 375

INDEX --------------------------------------------------------------------------------------------------- 384


Index des concepts et lieux ---------------------------------------------------------------------------- 385
Index des instititions ----------------------------------------------------------------------------------- 386
Index des auteurs --------------------------------------------------------------------------------------- 387
384

INDEX
385

Index des concepts et lieux

Adaptation, i, vii, xix, 6, 37, 38, 42, 57, 252, 253, Logone, iii, v, vi, vii, viii, x, xi, xii, xiv, xvi, 9, 10,
284, 300, 336, 343, 353, 355, 356, 358, 382, 11, 28, 29, 56, 58, 59, 61, 68, 75, 77, 79, 81, 82,
388, 389 83, 84, 86, 91, 95, 98, 102, 103, 104, 106, 107,
Agriculture, xviii, xix, 158, 264, 277 108, 113, 115, 167, 168, 170, 172, 173, 174,
Aléa, 46, 327, 333 175, 176, 177, 181, 182, 183, 184, 185, 186,
Altitude, 96, 97, 121 191, 196, 197, 201, 202, 203, 205, 210, 218,
Changements climatiques, 31, 41, 334, 340, 346, 225, 228, 229, 230, 231, 232, 233, 234, 237,
353, 354, 358, 382 245, 247, 248, 251, 253, 254, 270, 280, 286,
Débit, x, 59, 168 288, 289, 290, 291, 294, 295, 297, 298, 299,
Dégâts, xvi, 227, 375 301, 302, 303, 305, 306, 309, 312, 318, 319,
Densité, viii, 103, 214, 215, 216 320, 323, 331, 334, 340, 341, 342, 346, 350,
Eau, 59, 333, 342, 347, 354 351, 353, 355, 356, 357, 358, 359, 360, 376,
Élevage, xviii, xix, 355 383, 385
Extrême-Nord du Cameroun, i, viii, ix, x, xi, xii, Maga, iii, vi, x, xii, xiv, xvi, 11, 29, 47, 56, 61, 62,
xiii, xiv, xvi, 2, 6, 7, 9, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 22, 76, 81, 85, 91, 92, 94, 105, 115, 127, 171, 174,
27, 28, 29, 31, 34, 38, 41, 42, 50, 54, 55, 56, 57, 175, 178, 179, 180, 181, 191, 194, 195, 196,
58, 60, 61, 72, 73, 74, 77, 78, 80, 81, 82, 83, 86, 201, 202, 206, 210, 213, 217, 223, 234, 235,
87, 93, 95, 96, 98, 99, 100, 101, 103, 104, 105, 236, 251, 275, 281, 282, 285, 292, 295, 303,
108, 109, 110, 111, 112, 113, 115, 116, 118, 305, 306, 309, 312,318, 319, 320, 331, 332, 343,
120, 121, 122, 123, 125, 126, 127, 128, 129, 345, 346, 350, 351, 356, 359, 383
131, 132, 133, 139, 145, 147, 148, 149, 151, Maroua, v, vi, viii, ix, x, xi, xiii, 11, 29, 54, 56, 57,
152, 156, 157, 158, 164, 165, 166, 167, 168, 58, 59, 61, 62, 71, 72, 74, 75, 76, 77, 79, 102,
170, 172, 173, 183, 184, 186, 187, 188, 189, 103, 110, 120, 121, 122, 124, 125, 126, 129,
190, 192, 193, 195, 196, 198, 204, 205, 207, 130, 131, 132, 133, 134, 136, 137, 138, 139,
208, 209, 212, 213, 214, 216, 218, 219, 221, 140, 141, 142, 143, 144, 145, 146, 147, 149,
222, 224, 225, 226, 229, 232, 233, 234, 235, 150, 151, 152, 153, 154, 155, 156, 160, 163,
236, 240, 242, 244, 245, 251, 277, 282, 284, 164, 165, 170, 171, 172, 198, 207, 211, 212,
285, 294, 300, 302, 307, 308, 313, 314, 317, 216, 218, 220, 221, 222, 232, 236, 244, 249,
319, 320, 321, 323, 324, 330, 336, 339, 340, 275, 282, 287, 288, 303, 311, 312, 317, 318,
341, 342, 343, 344, 345, 346, 349, 354, 359, 319, 323, 333, 337, 339, 343, 344, 345, 346,
375, 383, 384, 385, 386, 388 347, 349, 353, 354, 355, 357, 360, 372,
Inondation, xviii, xix, 41, 46, 49, 64, 222, 225, 342, Mayo, iii, v, viii, x, xii, xiv, xvi, 9, 11, 28, 59, 61,
345, 387 76, 77, 79, 81, 83, 86, 88, 91, 101, 102, 105,
Lac, v, xviii, 10, 81, 86, 103, 191, 196, 206, 227, 106, 107, 108, 110, 111, 113, 114, 171, 191,
251, 254, 269, 270, 350, 351, 352, 353, 355, 196, 197, 199, 201, 202, 206, 225, 227, 228,
357, 388 229, 230, 233, 234, 237, 249, 251, 253, 275,
386

279, 281, 286, 287, 288, 290, 291, 293, 294, 138, 167, 178, 182, 186, 196, 201, 213, 216,
295, 296, 302, 304, 306, 318, 338, 339, 345, 375 226, 227, 245, 253, 254, 268, 269, 270, 308,
Pauvreté, xix, 215, 242, 333 318, 319, 320, 326, 331, 334, 335, 337, 339,
Pêche, 59 340, 341, 342, 346, 350, 351, 352, 353, 355,
Perception, ix, 34, 132, 208, 214, 346, 386 357, 383, 388
Période de retour, x, 66, 185, 186, 385 Territoire, xix, 15, 56, 189, 288, 348
Plaine, 97, 113, 182, 200, 215, 341, 342, 351, 355 Victimes, 212
Population, xiii, xviii, xix, 9, 99, 193, 196, 351, 383 Vulnérabilité, i, 33, 34, 46, 188, 216, 337, 348, 357,
Précipitations, x, 31, 96, 123, 133, 167, 331, 345 385
Prévention, xviii, xix, 40, 41, 49, 273, 274, 352, Yaéré, x, 55, 56, 71, 79, 87, 103, 110, 170, 171,
356 172, 173, 174, 175, 181, 182, 204, 221, 222,
Recasement, 279, 312, 375, 376 310, 319, 320, 333, 336, 340, 344, 346, 347
Relief, vii, viii, 80, 96, 97, 255 Zina, xiv, xvi, 61, 62, 72, 77, 79, 87, 94, 103, 127,
Sol, 50, 199, 205 171, 174, 175, 181, 210, 216, 220, 221, 222,
Risques, i, v, xxi, xxii, 291, 354, 358, 360, 365, 226, 231, 232, 234, 248, 253, 275, 289, 290,
366, 370, 378, 380, 381, 384 318, 344, 345, 351, 360, 376
Tchad, v, viii, xviii, 10, 12, 28, 59, 61, 74, 76, 79,
80, 81, 82, 84, 85, 94, 100, 102, 103, 109, 115,

Index des instititions

ACEEN, v, xix, 258, 364 FEM, xv, 256, 261, 262, 363, 365, 366
AGRHYMET, xix, 41, 142, 253, 362 FISCR, 271, 366
BUCREP, xix, 9, 11, 61, 103, 178, 200, 203, 363 GIEC, xx, 5, 12, 30, 31, 32, 36, 37, 41, 42, 57, 122,
CBLT, v, xviii, xix, 83, 84, 88, 95, 173, 174, 180, 135, 252, 256, 272, 274, 327, 342, 348, 366,
183, 279, 280, 363, 364, 365, 366, 368, 404 367, 404
CCNUCC, xix, 5, 32, 57, 261, 262, 272, 274, 327, GIZ, iii, 57, 94, 95, 164, 172, 180, 230, 311, 330,
364, 370 362, 364, 366, 367, 369
CEDC, xix, 54, 56, 354, 368 GWP, 82, 367, 369, 371
CEPRI, 41, 233, 364 INC, 86, 91, 209, 367, 369
DPC, v, xix, 4, 10, 39, 50, 57, 234, 280, 282, 283, INS, vi, xx, 9, 11, 55, 102, 104, 107, 164, 196, 198,
284, 285, 286, 290, 292, 314, 316, 327, 329, 206, 329, 367, 368
334, 365, 378, 404, 406 IRD, xx, 348, 351, 352, 353, 354, 355, 356
DSCE, xix, 108, 369 ISDR, 57, 368, 371
DSCN, xix, 115, 196, 205, 211, 365 MIDIMA, xx, 56, 89, 218, 368
ECAM, xix, 8, 55, 172, 205, 221, 329 MINAT, xx, 283, 284, 285, 288, 378, 406
FAO, xix, 42, 163, 262, 268, 365, 366 MINEPDED, xx, 31, 37, 56, 57, 229, 257, 298,
FEICOM, xix, 365, 366 367, 369, 371
387

MINPAT, 366, 367 REPECC, iii, xxi, 56, 62, 251, 301, 371, 372
NEPAD, 57, 274, 275, 277, 292, 372 SEMRY, xiv, xxi, 11, 56, 87, 107, 124, 202, 207,
OCHA, 41, 143, 279, 365, 369 208, 313, 317, 321, 338, 358, 368
OMS, 229, 268, 284, 319, 320, 369, 370 SODECOTON, v, xxi, 58, 59, 65, 124, 207, 317,
ONU, xv, 32, 264, 265, 268, 278, 283, 318, 319, 330, 369, 389
370 UA, 57, 274, 275, 277, 278, 292, 371, 372, 404
ORSTOM, xx, 57, 60, 90, 192, 339, 340, 346, 348, UICN, xxi, 56, 95, 366, 369, 372
350, 351, 354, 356, 358, 363, 366, 370, 371, 372 UNISDR, 196, 266, 335, 372
PNDP, xxi, 58, 258, 373, 374 USAID, 57, 372
PNUD, 30, 56, 57, 164, 166, 168, 169, 172, 262, WRI, xxi, 60, 83, 369
265, 268, 284, 285, 301, 311, 330, 365, 367, WWRU, 251, 372
369, 370, 371
PULCI, v, xi, xvii, xxi, 56, 186, 187, 203, 210, 221,
222, 224, 244, 245, 254, 257, 260, 263, 295,
303, 304, 320, 321, 405

Index des auteurs

Ballais, 39, 49, 327, 334, 337 Garry, 40, 49, 326, 327, 337
Baska, 220, 224, 323, 341 Godwé, 95, 173, 219, 278, 342
Bigot, 323, 348 Guedjeo, 50, 270, 327
Blaikie, 45, 319, 334, 341 Hewitt, 45, 335
Bouba, v, 31, 173, 219, 324, 341 Hubert, 66, 135, 327, 332
Boutrais, 75, 76, 324, 334, 347 Hulme, 12, 41, 137, 319, 327, 337
Bring, 125, 132, 156, 158, 342 Iyébi-Mandjek, 58, 74, 75, 76, 77, 335, 336, 338,
Burton, 22, 39, 44, 318, 334 339, 340
Camberlin, 12, 41, 323, 324 Janicot, 12, 41, 137, 319, 327
Chuto, 169, 171, 342 Kana, 110, 196, 327, 328
Covello, 212, 334 Kenne, 39, 85, 343
Dauphiné, 40, 45, 51, 209, 212, 325, 334 Kossoumna, 30, 109, 173, 334, 336, 340, 343
Davis, 44, 45, 325, 334, 341 Laborde, 234, 328
Djoufack Manetsa, 31, 93, 119, 122, 129, 134, 138, Léone, 189, 218, 335, 336, 339
140, 146, 156, 325, 342 Letouzey, 93, 336, 351
Dollfus, 43, 51, 52, 325 Leumbe, 91, 92, 328
Erpicum, 152, 330, 334 Liénou, 83, 86, 188, 328, 336
Fabiani, 32, 335 Lubes-Niel, 328, 332
Fofiri, 42, 335, 355 Magrin, 138, 184, 337
Fotsing, 157, 326, 335, 342 Mahé, iv, 42, 54, 175, 188, 328, 330, 336, 337, 343
388

Marquis, 127, 343 Sambo, 253, 268, 345


Masson, 39, 327, 328, 329, 332, 334, 337, 352 Santos, 329, 339
Mbaha, 39, 40, 318, 329 Savane, 96, 332
Mengue, 338, 344 Ségalen, 339, 354
Morin, 45, 79, 80, 173, 338 Servat, 142, 328, 330, 332, 336, 337
Naah, 81, 83, 86, 171, 172, 173, 330, 338, 344, 355 Sighomnou, 55, 85, 137, 138, 145, 176, 195, 328,
Ngounou Ngatcha, 10, 79, 83, 86, 173, 176, 182, 332, 336, 345, 354
330, 344 Simonet, 35, 36, 332
Nicholson, 42, 330 Sircoulon, 134, 332
Ntonga, 81, 344 Suchel, 119, 122, 129, 134, 332, 345
Olinga, 39, 40, 50, 318, 329, 344 Tchawa, iv, 186, 188, 189, 226, 227, 305, 332, 335,
Olivry, 10, 58, 81, 82, 83, 86, 89, 122, 171, 172, 338, 354
173, 188, 314, 337, 338 Tchiadeu, 119, 329, 333
Ozer, 7, 12, 41, 139, 142, 152, 319, 327, 330, 338 Tchindjang, iii, iv, 5, 10, 25, 39, 42, 50, 56, 84,
Paturel, 42, 328, 330, 332 128, 218, 219, 249, 270, 322, 326, 330, 331,
Pigeon, 32, 339, 353 332, 333, 338, 339, 340, 345, 354
Quenault, 32, 33, 331, 353 Tchotsoua, 39, 40, 50, 270, 318, 326, 333
Rebotier, 22, 48, 331 Thouret, 40, 319, 333
Reghezza, 22, 32, 35, 44, 49, 50, 331, 333, 339, Vassolo, 175, 222, 355
344 Veyret, 44, 49, 324, 326, 333, 339, 340
Roupsard, 105, 202, 339 Wakponou, 10, 55, 71, 79, 80, 81, 220, 333, 346,
Saaty, vi, vii, xii, 70, 71, 97, 215, 331, 339 355
Saha, 22, 25, 27, 31, 39, 40, 41, 47, 50, 87, 88, 94, Watang, 42, 340, 346
114, 127, 155, 170, 176, 192, 197, 198, 199, Wisner, 24, 25, 40, 45, 46, 48, 323, 330, 341
226, 230, 232, 235, 270, 284, 285, 287, 291, Zogning, 341, 346, 355
293, 294, 295, 331, 332, 333, 339, 340, 345

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