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Essambo Hebron TFC

Ce travail de fin de cycle analyse la protection juridique des enfants accusés de sorcellerie en République Démocratique du Congo, mettant en lumière les conséquences graves de telles accusations sur les droits fondamentaux des enfants. Malgré un cadre législatif protecteur, la mise en œuvre est entravée par des croyances traditionnelles et des insuffisances institutionnelles. L'étude propose des pistes d'amélioration, notamment par le renforcement des mécanismes juridiques et des programmes de sensibilisation.

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Essambo Hebron TFC

Ce travail de fin de cycle analyse la protection juridique des enfants accusés de sorcellerie en République Démocratique du Congo, mettant en lumière les conséquences graves de telles accusations sur les droits fondamentaux des enfants. Malgré un cadre législatif protecteur, la mise en œuvre est entravée par des croyances traditionnelles et des insuffisances institutionnelles. L'étude propose des pistes d'amélioration, notamment par le renforcement des mécanismes juridiques et des programmes de sensibilisation.

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ÉPIGRAPHE

Accuser un enfant de sorcellerie, c'est trahir l'innocence que la loi s'engage à


défendre.

~Inconnu
AVANT-PROPOS

Ce travail de fin de cycle s’inscrit dans le cadre de mes études en droit, avec pour
objectif d’analyser la problématique de la protection juridique des enfants accusés
de sorcellerie en République Démocratique du Congo.

Ce phénomène social complexe, mêlant croyances traditionnelles et défis


juridiques, affecte profondément les droits fondamentaux des enfants.

Cette recherche vise à éclairer les mécanismes existants, leurs limites, ainsi qu’à
proposer des pistes d’amélioration. Je tiens à remercier mes enseignants,
encadreurs, ainsi que toutes les personnes qui m’ont soutenu dans cette démarche.
DÉDICACE

Je dédie ce travail à tous les enfants victimes d’accusations injustes, et à toutes les
personnes qui œuvrent pour la protection des droits de l’enfant en RDC. Puisse ce
modeste travail contribuer à une meilleure prise de conscience et à un changement
réel.
INTRODUCTION

En République démocratique du Congo (RDC), les accusations de


sorcellerie portées contre des enfants constituent une réalité préoccupante,
enracinée dans certaines croyances traditionnelles et alimentée par des tensions
socio-économiques. Ce phénomène, bien que d’origine culturelle, engendre de
graves conséquences : violences physiques et psychologiques, marginalisation
sociale, exclusion scolaire et atteinte aux droits fondamentaux de l’enfant. 1
Si la législation nationale notamment la Loi n°09/001 du 10 janvier
2009 portant protection de l’enfant et les instruments juridiques internationaux
ratifiés par la RDC garantissent la protection de tout mineur 2, la mise en œuvre
effective de ces normes se heurte à de multiples obstacles : persistance des
croyances mystico-religieuses, insuffisance des structures spécialisées, faiblesse
institutionnelle et manque de coordination entre acteurs judiciaires, sociaux et
communautaires3.
1. Problématique
La problématique est selon R. PINTO et GRAWITZ, l’approche ou la
perspective théorique qu’on décide d’adopter pour traiter le problème posé par la
question du départ. Elle est une manière d’interroger les phénomènes étudiés .4
Ce phénomène, celui de l’accusation de sorcellerie des
enfants,profondément ancré dans certaines croyances et pratiques culturelles,
entraîne pour les mineurs concernés des conséquences graves : rejet familial,
stigmatisation sociale, violences physiques et psychologiques, voire privation de
liberté en dehors de tout cadre légal. Ces situations mettent en lumière un paradoxe
: d’une part, l’existence d’un arsenal juridique protecteur ; d’autre part, l’incapacité
des institutions à garantir une protection effective face à une pratique socialement
tolérée dans certaines communautés.
Dès lors, plusieurs interrogations s’imposent :

 Comment le cadre juridique congolais appréhende-t-il la problématique


spécifique des enfants accusés de sorcellerie ?

1
UNICEF RDC, Les enfants accusés de sorcellerie : rapport de situation, Kinshasa, 2023, p. 5-7.
2
Loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant, Journal Officiel de la RDC ; Convention relative
aux droits de l’enfant (ONU, 1989), ratifiée par la RDC le 27 septembre 1990.
3
P. Badibanga, Sorcellerie et droit en Afrique centrale, Paris, L’Harmattan, 2019, p. 112-115.
4
PINTO R. et GRAWITZ M., Méthodes de recherche en Sciences Sociales, éd. DALLOZ, Paris,1971, p. 182
 Quels mécanismes de prise en charge juridique et sociale sont effectivement
mis en œuvre pour protéger ces enfants et garantir le respect de leurs droits
fondamentaux ?
 Quelles réformes ou stratégies pourraient être envisagées pour concilier la
protection de l’enfant avec la persistance des croyances socioculturelles ?

Ces interrogations renvoient à une réalité contrastée : d’un côté, un cadre normatif
conforme aux standards internationaux ; de l’autre, une pratique marquée par des
insuffisances structurelles et l’influence persistante des croyances traditionnelles. 5

2. Hypothèse

L’hypothèse est une proposition de réponse aux questions posées.


Elle tend à formuler une relation entre les faits significatifs, donc elle permet de les
interpréter, de leurs donner une signification qui est vérifiée et qui constituera un
élément possible de début de théorie.
Ainsi, au cours de l’élaboration de cette étude, quelques éléments de
réponses sont émis sous forme d’hypothèses de travail sans prétendre répondre
totalement aux questions soulevées.
Quant à la première question qui est savoir de quelle manière le cadre
juridique congolais appréhende-t-il la problématique spécifique des enfants
accusés de sorcellerie, nous disons que l’absence d’un cadre opérationnel clair,
conjuguée à une faible effectivité des politiques publiques et à la force des
résistances socioculturelles, favorise la persistance des violations des droits des
enfants accusés de sorcellerie en RDC.
En ce qui concerne la deuxième question qui interroge les mécanismes
de prise en charge juridique et sociale sont effectivement mis en œuvre pour
protéger ces enfants et garantir le respect de leurs droits fondamentaux, nous
postulons que l’articulation entre une réponse juridique ferme et des actions de
sensibilisation socioculturelle ciblées pourrait constituer une stratégie efficace pour
éradiquer progressivement ce phénomène, en réduisant l’emprise des croyances
traditionnelles préjudiciables sur les droits fondamentaux de l’enfant. que
l’articulation entre une réponse juridique ferme et des actions de sensibilisation
socioculturelle ciblées pourrait constituer une stratégie efficace pour éradiquer

5
D. Tshiyombo, « Enfance et justice en RDC », Revue juridique congolaise, vol. 12, n°2, 2021, p. 33-36.
progressivement ce phénomène, en réduisant l’emprise des croyances
traditionnelles préjudiciables sur les droits fondamentaux de l’enfant.
Pour ce qui est de la troisième question qui est savoir les réformes ou
stratégies pourraient être envisagées pour concilier la protection de l’enfant avec la
persistance des croyances socioculturelles, nous supposons que le renforcement
des mécanismes juridiques et institutionnels, combiné à des programmes soutenus
de sensibilisation et d’éducation communautaire, pourrait contribuer à réduire de
manière significative l’incidence de ces accusations et à garantir le respect effectif
des droits fondamentaux de l’enfant, tels que consacrés par la législation nationale
et les instruments internationaux ratifiés par la RDC.
3. Choix et intérêt du sujet

Le choix d’un sujet de recherche scientifique est l’acte primordial que


l’on pose dans tout processus d’investigation en science. Un tel choix peut provenir
soit de l’intention personnelle du chercheur, soit de l’influence directe ou indirecte
subie par le chercheur.
En ce qui nous concerne, notre choix a relevé de notre aspiration qui
se résume volontiers par la « la compréhension du cadre juridique qui appréhende
la problématique spécifique des enfants accusés de sorcellerie en RDC».
Quant à l’intérêt qui nous amène à aborder dans le cadre de notre Travail de Fin
Cycle, le sujet : la prise en charge juridique des enfants accusés de sorcellerie en
RDC» est triple :
 Intérêt Scientifique : contribuer à l’étude approfondie du phénomène en
confrontant le droit positif congolais aux réalités socioculturelles.
 Intérêt Pratique : identifier des solutions concrètes pour améliorer la
protection juridique et sociale des enfants victimes.
 Intérêt Socio-humanitaire : participer à la prévention des violences et à la
promotion d’une société respectueuse des droits fondamentaux6.

4. Cadre méthodologique

Le cadre méthodologique révèle l’utilisation des méthodes et


techniques dans la démarche scientifique.

6
International Rescue Committee, Child Protection Report: Witchcraft Accusations in the DRC, 2022, p. 14-16.
 La méthode est selon PINTO R. et GRAWITZ, un ensemble d’opération
intellectuelles par lesquelles une discipline cherche à atteindre les vérités
qu’elle poursuit, et les démontre et les vérifie.
La première méthode dite exégétique nous a permis de déceler tous les textes
juridiques constituant le cadre normatif du phénomène accusations de
sorcellerie des enfants.
Cependant, cette approche dogmatique parait insuffisante puisqu’elle ne tient
pas compte de la réalité. Le savoir juridique en l’occurrence dans le domaine de
la protection de l’enfant ne peut se construire en rejetant comme inutiles et
dépassées les autres sciences humaines et sociales. Il doit au contraire, et
surtout s’il a pour ambition de saisir l’ordre du droit de la société, admettre leur
légitimité, leur pertinence et leur actualité et établir avec elles une relation de
dialogue et de coopération.
D’où la deuxième méthode analytique qui a consisté en une pénétration de la
réalité sous l’étude dans le but de déceler son contenu en vue de savoir
comment se déroule tous les éventails de la situation pour savoir le vrai
soubassement.
 La technique est entendue comme un ensemble d’outils utilisés dans la
collecte des informations qui devront plus tard être soumises à
l’interprétation et à l’explication grâce aux méthodes.
Dans le cadre de ce travail scientifique, nous nous en sommes tenus à la technique
documentaire qui nous permis de recourir aux sources écrites disponibles en
information relative au sujet sous analyse.
5. Délimitation du sujet

La démarche scientifique a souvent une contrainte qui oblige le


chercheur à restreindre son champ d’investigation. Ainsi, toute démarche
scientifique procède fatalement par un découpage de la réalité. Il n’est pas possible
de parcourir tous éléments influents jusqu’aux extrêmes, limites de la terre et
jusqu’au début de temps.
En effet, trois facteurs vont nous permettre de délimiter notre champ
d’investigation à savoir :

 Le facteur matériel : la recherche porte exclusivement sur la prise en


charge juridique des enfants accusés de sorcellerie.
 Le facteur spatial : elle couvre l’ensemble du territoire de la RDC, avec un
accent particulier sur la ville-province de Kinshasa.
 Le facteur temporel : la période étudiée s’étend de 2009 (entrée en vigueur
de la Loi sur la protection de l’enfant) à nos jours.

6. Plan sommaire

En plus de l’introduction et de la conclusion, le corps de notre travail


scientifique s’articule autour de deux chapitres :

Le premier s’attèlera sur le cadre conceptuel et juridique de la protection des


enfants accusés de sorcellerie en RDC

Le second se consacrera à l’analyse et perspectives de la prise en charge


juridique des enfants accusés de sorcellerie en RDC
CHAPITRE I : CADRE CONCEPTUEL ET JURIDIQUE DE LA
PROTECTION DES ENFANTS ACCUSÉS DE SORCELLERIE EN RDC.

Section 1 : Cadre conceptuel

§1. Définition juridique de l’enfant en droit interne et international

La définition de l’enfant constitue une base essentielle pour toute protection


juridique. Elle permet d’établir l’âge à partir duquel un individu cesse de bénéficier
du statut spécifique d’enfant et est soumis aux règles applicables aux adultes.

1. En droit international

Les principaux instruments juridiques internationaux définissent l’enfant selon un


critère d’âge :

- La Convention relative aux droits de l’enfant (CDE) adoptée par les Nations
Unies en 1989, ratifiée par la RDC en 1990, stipule à son article 1er :

> « Un enfant s’entend de tout être humain âgé de moins de 18 ans, sauf si la
majorité est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable. »

Cette définition universelle place donc la limite d’âge à 18 ans, tout en laissant aux
États une certaine marge selon leurs législations internes.

- La Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant (CADBE), ratifiée par la


RDC en 2001, adopte la même définition (article 2), soulignant l’unité de la
protection internationale et régionale.

2. En droit interne congolais

Le droit congolais reprend la même logique :

- La loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant*, en son article


2, définit l’enfant comme :
> Tout être humain, sans distinction de sexe, âgé de moins de dix-huit ans.

Cette loi affirme clairement que la protection de l’enfant s’applique jusqu’à 18 ans
révolus, sans exception liée à une prétendue maturité psychologique ou sociale.

De plus, la Constitution de la RDC en son article 41, consacre une protection


spéciale à tout enfant, sans nécessairement redéfinir le terme, mais en se basant
implicitement sur la même référence légale.

3. Portée de cette définition

La reconnaissance de l’âge de l’enfant est essentielle pour garantir :

- une justice adaptée à sa vulnérabilité,

- une protection accrue contre les abus (y compris les accusations de sorcellerie),

- et l’accès à des droits spécifiques (éducation, santé, encadrement juridique...).

Ainsi, l’enfant, par définition, est une personne en développement qui nécessite
une attention juridique particulière, tant sur le plan préventif que curatif.

§2 sur les perceptions socioculturelles de la sorcellerie.

Certaines églises, écoles de délivrance ou individus non qualifiés prétendent «


détecter » la sorcellerie chez les enfants, contribuant à des accusations massives,
sans fondement objectif.

• Impact sur les enfants

Les conséquences sont graves :

- stigmatisation,

- rejet familial,
- violences physiques ou psychologiques,

- abandons, voire meurtres dans certains cas extrêmes.

Ces perceptions socioculturelles, bien qu’ancrées dans les traditions, représentent


une véritable menace pour les droits fondamentaux de l’enfant, lorsqu’elles ne sont
pas canalisées par un cadre juridique et institutionnel clair.

• Dilemme entre culture et droit

Il existe un conflit latent entre le respect des croyances locales (liberté culturelle) et
la nécessité de protéger les enfants contre les abus fondés sur des accusations non
prouvées. Ce décalage crée un vide juridique et une faiblesse dans la prise en
charge, que la suite du travail tentera d’analyser et combler.

Section 2 : Cadre juridique de protection de l’enfant

Le cadre juridique de protection de l’enfant constitue l’ensemble des règles et


mécanismes mis en place aux niveaux international, régional et national pour
garantir la sécurité, le développement, la dignité et l’intégrité physique et morale
des enfants. Face aux accusations de sorcellerie, ce cadre joue un rôle central dans
la prévention des abus et la protection des victimes.

§1. Instruments internationaux et régionaux ratifiés par la RDC

La République Démocratique du Congo a ratifié plusieurs instruments qui


consacrent les droits fondamentaux de l’enfant.
1. Convention relative aux droits de l’enfant (CDE, 1989)

- Adoptée par les Nations Unies et ratifiée par la RDC en 1990.

- Article 19 : protège l’enfant contre « toute forme de violence, d’atteinte ou de


brutalité physique ou mentale ».

- Article 24 : reconnaît le droit de l’enfant à jouir du meilleur état de santé possible.

- Article 37 : interdit la torture, les peines ou traitements cruels, inhumains ou


dégradants envers les enfants.

2. Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant (CADBE, 1990)

- Ratifiée par la RDC en 2001.

- Elle insiste sur les spécificités culturelles africaines tout en condamnant


fermement toute pratique néfaste à l’égard des enfants.

- Article 21 : interdit les pratiques sociales et culturelles nuisibles à la santé, à la


vie ou au développement de l’enfant.

Ces textes imposent à la RDC une obligation de protection active et effective


contre toutes formes de violences, y compris les accusations non fondées de
sorcellerie.

3. Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP)

- Ratifié par la RDC, ce texte consacre la dignité humaine et interdit toute forme de
discrimination ou de traitement inhumain.

Ces instruments sont d’application directe ou peuvent inspirer la législation


interne, conformément à l’article 215 de la Constitution qui leur reconnaît une
autorité supérieure à celle des lois internes.
§2. Dispositif législatif interne relatif à la protection des enfants

1. La Constitution de la RDC (2006, révisée)

- Article 41 : « Tout enfant a droit à des mesures spécifiques de protection en


raison de sa condition. »

- Consacre la priorité nationale à la protection de l’enfance, imposant à l’État


d’assurer la survie, la protection et le développement de l’enfant.

2. Loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant

C’est la loi de référence. Elle contient plusieurs dispositions importantes :

- Article 2 : définit l’enfant comme tout être humain de moins de 18 ans.

- Article 160 : interdit expressément les accusations de sorcellerie envers un enfant.

- Article 163 : prévoit des peines contre quiconque accuse ou fait subir à un enfant
des traitements inhumains au nom de la sorcellerie.

- Cette loi prévoit également des mécanismes de prise en charge, d’assistance, de


réinsertion et de sanction contre les auteurs.

3. Code pénal congolais

Bien que général, il permet de poursuivre :

- les violences physiques (coups et blessures),

- l’abandon d’enfant,

- la non-assistance à personne en danger.

4. Loi sur la justice pour mineurs


Elle encadre les procédures judiciaires impliquant des enfants, y compris ceux qui
sont victimes d’abus. Elle met en place un tribunal pour enfants et un juge
spécialisé, veillant au respect de l’intérêt supérieur de l’enfant.

Ce cadre juridique offre donc des outils solides. Mais leur mise en œuvre reste
limitée, d’où la nécessité d’analyser dans le chapitre suivant les failles, les réalités
sociales, et les perspectives d’amélioration.

CHAPITRE II : ANALYSE ET PERSPECTIVES DE LA PRISE EN


CHARGE JURIDIQUE DES ENFANTS ACCUSÉS DE SORCELLERIE EN
RDC

Section 1 : Analyse du phénomène et de sa prise en charge

§1. Manifestations et causes des accusations


En RDC, les accusations de sorcellerie à l’égard des enfants se sont multipliées
depuis plusieurs décennies, notamment dans les zones urbaines pauvres et les
milieux fortement touchés par des crises socioéconomiques. Ce phénomène
présente des caractéristiques et des origines complexes.

1. Manifestations concrètes

- Accusations sans preuves : souvent lancées à la suite de malheurs (maladie, mort,


chômage).

- Violences physiques : brûlures, coups, privations de nourriture, séquestration.

- Exclusion familiale et sociale : rejet de l’enfant par sa famille ou la communauté.

- Délivrance dans des églises sectaires : pratiques exorcistes abusives sous couvert
religieux.

2. Causes profondes

- Facteurs économiques : pauvreté extrême, chômage, incapacité des familles à


subvenir aux besoins des enfants.

- Conflits familiaux : recompositions familiales (beaux-parents), jalousies entre


frères, héritages...

- Influence de certaines confessions religieuses : des pasteurs autoproclamés,


souvent non formés, attisent les peurs pour des motifs financiers.

- Ignorance et analphabétisme : absence de culture juridique et manque


d’éducation.

- Défaillance des institutions : la justice, l’école et les services sociaux sont


souvent absents ou inefficaces dans ces cas.

§2. Mécanismes juridiques et institutionnels existants


1. Mécanismes juridiques

- Loi sur la protection de l’enfant (2009) : interdit explicitement les accusations de


sorcellerie (art. 160 et 163).

- Code pénal : permet la répression des violences, abus ou négligences.

- Constitution : consacre la protection prioritaire de l’enfant (art. 41).

- Application des instruments internationaux : comme la CDE ou la Charte


africaine.

2. Institutions compétentes

- Tribunaux pour enfants : compétents pour traiter les cas impliquant des mineurs
(victimes ou auteurs).

- Services sociaux : souvent limités en personnel, moyens et formation.

- ONG et structures d’accueil : certaines organisations locales et internationales


interviennent en urgence pour recueillir, soigner et réinsérer les enfants accusés.

- Églises responsables : certaines confessions dénoncent activement ces pratiques


et sensibilisent leurs membres.

3. Failles dans la mise en œuvre

- Faible accessibilité à la justice : peu de parents osent poursuivre des proches ou


des chefs religieux.

- Corruption et lenteur judiciaire : freinent les procédures.

- Manque de formation des acteurs judiciaires : certains ignorent les textes


spécifiques.
- Absence d’un système coordonné de protection : l’enfant passe souvent entre les
mailles du filet.

Section 2 : Perspectives d’amélioration

§1. Réformes juridiques et institutionnelles à envisager

Malgré l'existence d’un arsenal juridique favorable, les failles dans son application
exigent des réformes concrètes pour une meilleure protection des enfants accusés
de sorcellerie.

1. Renforcement de l’application des lois existantes

- Veiller à l’application stricte de la loi n°09/001 de 2009, notamment les articles


criminalisant les accusations de sorcellerie.

- Imposer des sanctions effectives aux auteurs : pasteurs, parents, voisins ou toute
personne initiant ou soutenant ces accusations.

2. Réforme des institutions judiciaires

- Renforcer les capacités des tribunaux pour enfants : former les magistrats, les
assistants sociaux et policiers à la protection de l’enfant.

- Créer des unités spécialisées dans les parquets et juridictions pour traiter les cas
liés à la sorcellerie.

- Intégrer des procédures accélérées pour les enfants en situation de danger.

3. Cadre de collaboration entre acteurs


- Mettre en place une plateforme multisectorielle (justice, affaires sociales, santé,
éducation, ONG, églises).

- Élaborer des protocoles d’intervention rapide lorsqu’un enfant est accusé de


sorcellerie.

§2. Stratégies de prévention et de sensibilisation

1. Campagnes d’éducation communautaire

- Lancer des campagnes massives d’information et de sensibilisation sur les droits


de l’enfant.

- Démystifier la sorcellerie par des approches scientifiques, religieuses modérées et


culturelles.

- Cibler en priorité les zones vulnérables : quartiers pauvres, zones rurales, milieux
religieux extrémistes.

2. Implication des leaders religieux et coutumiers

- Former et responsabiliser les chefs coutumiers, pasteurs, imams… pour qu’ils


deviennent des protecteurs plutôt que des instigateurs.

- Encourager les sermons, prédications, messages sur la protection des enfants.

3. Appui psychosocial et réinsertion

- Développer des centres d’accueil temporaires pour enfants rejetés.

- Offrir un accompagnement psychologique, éducatif et juridique.

- Travailler à la réintégration familiale, quand elle est possible, ou à des


alternatives (tutelles, adoption).
4. Éducation formelle et citoyenne

- Intégrer l’éducation aux droits de l’enfant dans les programmes scolaires.

- Promouvoir l’autonomisation économique des familles vulnérables pour réduire


la précarité, source d’accusations.

Ces pistes, bien que non exhaustives, peuvent jeter les bases d’une politique de
tolérance zéro face aux abus liés aux accusations de sorcellerie, et garantir aux
enfants de RDC un cadre de vie digne, protecteur et conforme à leurs droits
fondamentaux.

CONCLUSION

Le phénomène des accusations de sorcellerie contre les enfants en République


Démocratique du Congo est une réalité alarmante, ancrée dans des croyances
traditionnelles, exacerbée par la pauvreté, l’ignorance, et souvent alimentée par des
courants religieux déviants. Il s’agit d’une violation grave et systématique des
droits fondamentaux de l’enfant, malgré l’existence d’un cadre juridique national
et international clair et protecteur.

La RDC dispose en effet d’instruments pertinents — notamment la Loi n°09/001


du 10 janvier 2009, la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE), et la
Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant — qui interdisent
formellement de telles pratiques. Toutefois, l’écart entre la norme juridique et la
réalité sociale demeure profond.

Face à cette situation, il devient crucial de mettre en œuvre des réformes


structurelles, de renforcer les capacités institutionnelles et de promouvoir une
éducation civique fondée sur le respect de la dignité humaine. La lutte contre ces
accusations passe aussi par une mobilisation communautaire, l’engagement des
leaders d’opinion, et le soutien effectif aux victimes, notamment par
l’accompagnement psychosocial et la réinsertion.

En somme, protéger les enfants accusés de sorcellerie, c’est non seulement


répondre à une urgence humanitaire, mais aussi bâtir une société congolaise plus
juste, responsable et tournée vers l’avenir, où l’enfant retrouve toute sa place, sa
sécurité et sa dignité.

MÉTHODOLOGIE

La présente étude s’inscrit dans une démarche de recherche juridique visant à


analyser les mécanismes de protection des enfants accusés de sorcellerie en
République Démocratique du Congo, tout en formulant des perspectives
d’amélioration. Elle repose sur une approche à la fois qualitative, analytique et
documentaire.

1. Méthode de recherche

La méthode utilisée est juridico-analytique, qui consiste à interpréter les textes


juridiques applicables, les confronter aux réalités sociales et en tirer des critiques et
propositions. Elle est accompagnée d’une papproche sociologique afin de
comprendre les racines culturelles et sociales du phénomène.

2. Techniques de collecte de données

- Analyse documentaire : consultation des textes juridiques (lois, conventions,


jurisprudence), rapports d’ONG, études académiques, articles scientifiques,
documents gouvernementaux.

- Entretiens exploratoires (facultatif) : échanges avec des acteurs de terrain


(assistants sociaux, magistrats, ONG, leaders religieux) pour enrichir la réflexion
(si réalisés).

3. Délimitation temporelle et spatiale

Dans le temps : la recherche couvre principalement la période allant de 2009 à


2025, marquée par l’adoption de la loi sur la protection de l’enfant et des efforts de
lutte contre les abus liés à la sorcellerie.

- Dans l’espace : l’étude se focalise sur la RDC, avec une attention particulière sur
les milieux urbains défavorisés de Kinshasa et d'autres grandes villes touchées.

4. Difficultés rencontrées

- Rareté de données officielles et difficultés d’accès aux décisions judiciaires sur


ces cas.

- Silence social autour du phénomène, souvent considéré comme tabou.

- Faiblesse de la documentation doctrinale nationale spécifique à cette


problématique.
BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE

1. Sources normatives

- Constitution de la République Démocratique du Congo du 18 février 2006, telle


que modifiée à ce jour.

- Loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant en RDC.

- Code pénal congolais.

- Convention relative aux droits de l’enfant (CDE), adoptée par l’ONU le 20


novembre 1989.
- Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, adoptée en 1990.

- Déclaration universelle des droits de l’homme, 1948.

2. Sources doctrinales

- TSHIBANGU Kalala, Droits de l’enfant et système juridique congolais,


L’Harmattan, 2012.

- LUYEYE BAKAJIKA P., Droit de l’enfant en Afrique francophone, Éditions


universitaires africaines, 2021.

- MUSHITA BUKASA M., L’enfant dans le droit congolais, Université de


Kinshasa, Mémoire de DEA, 2019.

- MALU-MALU MUKADI, Regards croisés sur les enfants dits sorciers en RDC,
Revue Congolaise de Droit et de Criminologie, 2018.

3. Sources diverses (rapports, sites, etc.)

- UNICEF RDC, Rapport annuel sur la situation des enfants en RDC, 2022.

- Human Rights Watch, What Future? Street Children in the Democratic Republic
of Congo, Rapport, 2019.

- Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH), Rapport
sur les violations des droits des enfants, 2020.

- Save the Children, Enfants accusés de sorcellerie en Afrique centrale : analyse et


recommandations, 2016.

- Site officiel du Ministère congolais des Affaires sociales : [Link]

- Observatoire congolais des droits de l’homme : [Link]

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