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Ce document présente les réserves de biosphère en Afrique subsaharienne comme un outil clé pour la conservation de la nature et le développement durable. Avec 64 réserves dans 28 pays, il met en lumière leur rôle dans la gestion intégrée des ressources naturelles et l'implication des communautés locales. Le livre vise à encourager la désignation de nouvelles réserves et à partager des expériences pour renforcer la durabilité dans la région.

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Ce document présente les réserves de biosphère en Afrique subsaharienne comme un outil clé pour la conservation de la nature et le développement durable. Avec 64 réserves dans 28 pays, il met en lumière leur rôle dans la gestion intégrée des ressources naturelles et l'implication des communautés locales. Le livre vise à encourager la désignation de nouvelles réserves et à partager des expériences pour renforcer la durabilité dans la région.

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AfriMAB

Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne:


Présentation du Développement Durable
C M Y CM MY CY CMY K
Publié pour la première fois 2013
par
Ministère de L’environnement
Direction : Planification des aires protégées, Législation,
Conformité et Surveillance
Private Bag X447, Pretoria, 0001, Afrique du Sud
et
UNESCO
Division des sciences écologiques et sciences de la terre
1, Rue Miollis, 75732 Paris Cedex 15, France

ISBN 978-0-620-57142-5

Ce livre est protégé par le droit d’auteur en vertu de la Convention


de Berne. Aux termes de la Loi sur le droit d'auteur 98 de 1978
aucune partie de ce manuel ne peut être reproduite ou transmise,
sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit, électro-
nique ou mécanique, notamment par photocopie, enregistrement
ou au moyen de tout système de stockage ou de récupération d’in-
formations, sans l’autorisation écrite de l’éditeur.

Sauf indication contraire, toutes les images


appartiennent aux auteurs.
Traduction par Language Solutions, Stellenbosch
Composition par G J du Toit
Conception de la couverture par Nic Jooste, Comet Design
Photos page couverture par Nic Jooste et Nicole Palmer
Imprimé et relié par Government Printing Works
Pretoria, Afrique du Sud
Avant-propos
Division des Sciences écologiques et de la terre, UNESCO

Le réseau mondial des réserves de biosphère est l'un des plus importants pro-
grammes de l'UNESCO, car il combine de manière intégrative la conservation de la
nature avec le développement durable. Aujourd'hui, ce réseau compte 610 sites dans
117 pays à travers le monde, s'étendant des écosystèmes terrestres à des écosystèmes
côtiers et marins, des sommets de haute montagne aux abîmes de l'océan profond.
L’Afrique subsaharienne compte 64 réserves de biosphère dans 28 pays. Cette
publication fournit une vue d'ensemble du rôle unique que les réserves de biosphère
jouent pour le développement durable et la conservation de la nature sur ce conti-
nent. Les pays africains ont mis ce concept en action dès 1976, quand les premiers
sites ont été reconnus. À cette époque, les réserves de biosphère étaient considérées
uniquement comme des zones protégées et des sites de recherche. En particulier,
à la suite du 2ème Congrès mondial des réserves de biosphère, organisé en 1995 à
Séville, Espagne, les réserves de biosphère sont devenues des paysages terrestres et
marins consacrés à explorer les principes et les pratiques du développement durable.
Aujourd'hui, ces réserves sont des lieux permettant à leurs habitants de coexister et
d'interagir avec la nature afin de parvenir à un développement durable dans l'avenir.
En février 2008, le 3ème Congrès mondial des réserves de biosphère s'est tenu
à Madrid, Espagne, sur le thème « Sites d'apprentissage pour un développement
durable ». Ce Congrès a élaboré le Plan d'Action de Madrid pour les réserves de bio-
sphère 2008–2013, qui appelle à davantage de coopération entre les sites, à la pour-
suite du développement du réseau et à une information et communication accrues
entre les réserves de biosphère. À cette fin, ce livre présente une liste des sites en
Afrique avec un aperçu de leurs écosystèmes naturels, de la présence humaine et des
activités. Des informations sont également fournies sur la conservation, les activités
rémunératrices et les activités de recherche et d'apprentissage qui mettent en évi-
dence le rôle de chaque réserve de biosphère dans la promotion du développement
durable de la région. Alors que le Conseil International de coordination de l'homme
et la biosphère se prépare pour l'évaluation du Plan d'Action de Madrid, ce livre
donne un aperçu de des réalisations du réseau mondial et des défis auxquels il est
confronté.

v
vi AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Je voudrais saisir cette occasion, pour exprimer notre sincère gratitude au


Ministère espagnol pour l'Agriculture, l’alimentation et l’environnement ainsi qu’à
son Organisme autonome des parcs nationaux pour son soutien de longue date
au Programme sur l'Homme et la biosphère. Sans ce soutien des États membres,
le réseau mondial n'aurait pu atteindre son niveau actuel. La Conférence géné-
rale de l'UNESCO en 2011 a réitéré l'importance du Programme sur l'Homme et
la biosphère et du réseau mondial des réserves de biosphère comme plates-formes
d’apprentissage sur le développement durable. Chaque année, dix à vingt nouveaux
sites viennent rejoindre le réseau, y compris en Afrique. Pour nombre de ces sites,
leur zonation, portée et objectifs ont été revus afin d'essayer de mettre en œuvre les
priorités de développement durable des régions où ils se trouvent. Les nouvelles
propositions prennent toutes les recommandations du Plan d'Action de Madrid en
considération et sont profondément engagées dans la durabilité.
Enfin, j'espère que cette publication, dont la préparation a été confiée au
Secrétariat de l'UNESCO et au Comité MAB National de l’Afrique du Sud lors de
la réunion de l’AfriMAB organisée à Nairobi en 2010, saura répondre aux besoins
des praticiens et décideurs en leur offrant conseils et informations détaillées sur les
études de cas et la recherche. Les éditeurs de cette publication espèrent qu'elle sera
la première d'une série d’études de cas africains comme sites pour le développement
durable en action. Le progrès continu de ce réseau dans la région de l'Afrique est
d’une extrême importance pour son développement et la protection de la nature
pour le bénéfice de sa population.

Thomas Schaaf
Directeur p.i., Division des Sciences écologiques et de la terre, UNESCO
Avant-propos
AfriMAB

Aujourd’hui, l’enjeu de la gestion durable des ressources naturelles dans la plupart


des pays africains est d’aider simultanément à préserver la diversité biologique,
améliorer le développement et autonomiser les populations rurales démunies. Le
projet de livre d’AfriMAB démontre le rôle des « Réserves de biosphère » en tant
que concept et outil de développement et de conservation des ressources naturelles
en Afrique.
Il ne fait aucun doute que le concept de réserve de biosphère est un outil efficace
pour réaliser les objectifs de conservation et de développement durable à long terme.
Dans le même contexte, ce concept renforce l’efficacité des approches de gestion de
l’écosystème. Les documents présentés dans ce livre visent à encourager les autorités
pertinentes et concernées en Afrique à réfléchir sur la désignation d’un nombre plus
important de réserves de biosphère, notamment celles dotées d’écosystèmes uniques
plus susceptibles d’être menacés par l’empiètement à des fins de développement.
Le concept de « Réserves de biosphère » est l’un des défenseurs traditionnels
de ce qui a été désigné dans la Convention sur la diversité biologique, comme «
approche basée sur l’écosystème ». Contrairement à ‘l’approche de zones protégées’,
les réserves de biosphère sont conçues dès le départ pour obtenir la participation
des populations locales dans la conservation et la gestion de la biodiversité tout
en veillant à satisfaire leurs besoins de subsistance. Cette approche est réalisée par
l’utilisation durable des ressources naturelles dans les zones-tampons et de tran-
sition. Ainsi, les réserves de biosphère visent-elles à réconcilier le développement
économique des communautés locales avec la conservation de la biodiversité.
Les réserves de biosphère sont désignées par le programme MAB de l’UNESCO
en vue d’aborder l’un des sujets de conservation les plus sensibles et complexes et
en particulier, auquel la plupart des pays en voie de développement en Afrique sont
confrontés aujourd’hui à savoir comment réconcilier la conservation avec le dével-
oppement. Une réserve de biosphère bien gérée implique des scientifiques dans
les domaines de la nature et du social, des groupes de conservation et de dével-
oppement, des autorités de gestion et des communautés locales, collaborant tous
ensemble pour surmonter ce problème complexe qui est de combiner la conserva-
tion et le développement.

vii
viii AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Les réserves de biosphère fournissent un cadre pour la gestion durable et intégrée


des ressources naturelles et le développement, couvrant tous les types d’éléments des
écosystèmes y compris les zones de biodiversité naturelle importante, qu’elles soient
conservées ou utilisées de manière durable pour les implantations villageoises et
pour les systèmes agricoles ou autres systèmes d’utilisation des terres, notamment
ceux basés sur les principes de gestion de l’écosystème.
AfriMAB considère ce projet de livre comme l’un des efforts lancés en faveur
du ‘renforcement des capacités’ pour l’Afrique dans le cadre du Plan d’Action de
Madrid (MAP). Il servira d’outil de facilitation pour les comités nationaux du MAB
et les gestionnaires des réserves de biosphère en Afrique.
AfriMAB souhaite remercier les rédacteurs de ce livre et tous les auteurs pour
leur engagement en vue d’aborder les enjeux de conservation en Afrique par ce
projet de rédaction.

Paul M. Makenzi
Président AfriMAB
Avant-propos
Département national des questions environnementales

L'Afrique du Sud est dotée d'une vaste diversité biologique et est considérée
comme l'une des 17 pays les plus riches au plan biologique a l'échelle mondiale.
Le Gouvernement sud-africain a adopté une approche axée sur les résultats afin
d'améliorer les performances et les prestation de services. L'Afrique du Sud a donc
identifiée 12 principaux résultats au titre desquels le résultat/conclusion 10 indique/
dispose que: "le patrimoine naturel et les ressources naturelles doivent être pro-
tégés et continuellement améliorés". Notre pays, tout comme de nombreux pays a
travers le monde est confronté a la fois aux pressions de l'empreinte humaine et a
ses conséquences sur l'environnement. Nous devons par conséquent trouver des
solutions plus durables pour soutenir les moyens de subsistances futurs pour toutes
nos populations.
Le Programme de l'UNESCO sur l'homme et la biosphère fournit une option
certaine afin de créer de meilleures conditions de vie tout en s'attelant dans le même
temps au problème de la préservation de la biodiversité. Le Département des ques-
tions environnementales (DEA) soutient la mise en œuvre du Programme MAB a
travers des réserves de biosphère choisies. Les principaux domaines de ces réserves
de biosphère comprennent des domaines protégés et classés selon la Gestion
nationale de l'environnement: Protected Areas Act. 2003 (No 57 de 2003). L'Afrique
du Sud est signataire de la Convention sur la diversité biologique et poursuit active-
ment l'expansion de la préservation de son patrimoine afin d'y inclure au moins 12%
d'un échantillon représentatif de sa biodiversite dans le cadre d'une protection offi-
cielle, y compris dans les domaines terrestre, maritime et de l'eau douce. Au niveau
national, des réserves de biosphères ont été identifiées comme un outil précieux
pour aider a la stratégie d'expansion des zones protégées.
En 2008, un rapport de situation sur les réserves de biosphère nationales a été
élaboré. Il indiquait que le Programme MAB pourrait jouer un rôle de premier
plan dans les stratégies du gouvernement liées a la réduction de la pauvreté, a
l'environnement durable, au développement social, a la transformation et au dével-
oppement économique. Par conséquent DEA soutient la vision des réserves de bio-
sphère sud-africaine telle qu'indiquée dans le rapport de situation: « Les biosphères

ix
x AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

sud-africaines sont des paysages spéciaux ou la gestion socioécologique et la gestion


des terres sont pratiquées en vue d'un meilleur avenir viable pour tous. »
DEA a mis en place un Comité national MAB qui se réunit régulièrement afin
d'évaluer les choix de nouvelles réserves de biosphère et fournit une plateforme
pour les échanges d'informations entre toutes les réserves de biosphère. L'objectif
global du Comité MAB est d'améliorer la gouvernance coopérative entre DEA, la
Commission nationale sud-africaine pour l'UNESCO, les administrations pub-
liques des neuf provinces, en fournissant l'orientation stratégique et technique ainsi
que le soutien afin d'assurer la mise en œuvre effective du Programme MAB en
Afrique du Sud. DEA explore continuellement les voies pour soutenir les réserves
de biosphère du pays. Actuellement, il y a six réserves de biosphère choisies par
l'UNESCO et trois autres sont a diverses étapes du processus de nomination.
DEA estime que ce livre qui présente les réserves de biosphère africaines con-
tribuera au partage des expériences et des efforts sur la façon de réaliser une rela-
tion équilibrée entre les hommes et l'environnement naturel. De cette façon, nous
pourrons nous soutenir mutuellement dans notre désir de préserver la biodiversite
tout en créant dans le même temps des conditions de vie plus durables pour tous.

Fundisile Mketeni
Directeur général adjoint: Biodiversité et protection
Ministère de l'environnement, Afrique du Sud
Préface

Lorsqu’on réfléchit sur le terme qui pourrait le mieux décrire la magie du conti-
nent africain, le mot ‘diversité’ est celui qui vient à l’esprit tout comme la notion
d’une connexion naturelle de ses merveilleuses populations avec la terre. L’Afrique
est un continent qui se caractérise avant tout par des vastes plaines ouvertes, des
populations innombrables d’espèces différentes d’animaux sauvages, des mon-
tagnes, des forêts, un soleil doré qui baigne constamment de sa chaleur la diversité
de notre végétation ainsi que les multiples et magnifiques sources d’eau naturelles.
Et pourtant la richesse de notre continent ne s’arrête pas là car il se distingue aussi
par ses villes peuplées, ses zones rurales dénudées et un combat pour la survie de
certaines de ses populations. En d’autres termes, il se définit par la cohabitation per-
pétuelle entre les hommes et la nature. La durabilité dans son sens le plus large ainsi
que des paysages vivants authentiques sont indispensables pour garantir l’avenir
des ressources naturelles et des populations de ce vaste continent. Ce livre offre un
aperçu de l’interaction parmi la diversité de l’Afrique.
Le réseau régional MAB de l’UNESCO pour l’Afrique, AfriMAB, a été établi
en 1996. Il couvre l’Afrique au sud du Sahara y compris Madagascar et comprend
les pays anglophones, francophones et lusophones du continent. Les membres
d’AfriMAB regroupent 64 réserves de biosphère dans 28 pays.
L’idée d’un livre sur les réserves de biosphère africaines est née au cours d’une
réunion d’AfriMAB en septembre 2010 à Nairobi, au Kenya. Le résultat a été docu-
menté dans ce livre y compris 22 documents produits par 10 pays. Nous souhai-
tons remercier tous les auteurs et co-auteurs pour leurs contributions précieuses.
Tous les documents ont été soumis à une révision scientifique par les pairs et nous
souhaitons étendre nos remerciements aux relecteurs anglais et français pour leur
assistance professionnelle.
La production de ce livre a été rendue possible par un effort collaboratif et à
cet égard, nous souhaiterions remercier pour leur aide précieuse, les institutions
suivantes, sans lesquelles ce livre n’aurait pas vu le jour: la Division des Sciences
écologiques et terrestres de l’UNESCO MAB à Paris, France pour son assistance
administrative et financière; le Département national des Affaires environnemen-
tales, Afrique du Sud pour ses contributions financières dans les coûts d’impression
et CapeNature ainsi que la réserve de biosphère des vignobles du Cap en Afrique du

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xii AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Sud pour leurs contributions financières et leur soutien précieux. Nous remercions
également CapeNature pour le temps généreux consacré aux tâches rédactionnelles.
Dans ce livre, la confrérie des réserves de biosphère d’Afrique partage des his-
toires de développement durable tel qu’incarné par la gestion des réserves de bio-
sphère. Ces documents ont pour objet d’échanger les connaissances, d’informer
l’apprentissage, de partager les expériences et de guider la réflexion future quant à
l’exécution du programme MAB dans les pays en voie de développement.
Les lecteurs sont invités à partager leurs histoires, de manière intellectuelle et
émotive, et à faire l’expérience de la vie dans les réserves de biosphère telle qu’elle se
déroule au quotidien dans notre Afrique bien-aimée.

Ruida Pool-Stanvliet Miguel Clüsener-Godt


CapeNature, Stellenbosch, Afrique du Sud Division des Sciences écologiques et
E-mail: rstanvliet@[Link] terrestres de l’UNESCO, Paris, France
E-mail: [Link]-Godt@[Link]
Table des Matières
1. Le Concept de Réserve de Biosphère comme Outil de Gestion Durable
des Ressources Naturelles dans la Région de l’Afrique de l’Est . . . . . . 1
Paul M. Makenzi
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2. Ecosystèmes montagnards en Afrique de l’Est . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
3. L’Afrique de l’Est constitue un point chaud mondial pour la biodiversité . . . 7
4. Le problème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
5. Le concept de réserve de biosphère . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
6. Efforts pour la mise en œuvre du MAP dans la sous-région . . . . . . . . . 14
7. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
Références et bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15

2. Evaluation des Efforts de Conservation dans le Peuplement


Forestier de Bia-Goaso . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
Emmanuel Danquah • William Oduro
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2. Zone d’étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
3. Méthodes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
4. Résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
5. Discussion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
6. Conclusions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
7. Mesures à prendre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
8. Remerciements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30

3. Zonage et Gestion Durable des Ressources Naturelles: Cas de la


Réserve de Biosphère Transfrontière (RBT) du W (Bénin, Burkina
Faso, Niger) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .34
Jean-Noël Poda • Mamounata Belem • Ollo Théophile Dibloni •
Lamoussa Hebie • Amadé Ouedraogo
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
2. La situation inter-état de conservation du parc W . . . . . . . . . . . . . . . 37
3. Le site du W: un patrimoine biologique et des écosystèmes offerts
à un zonage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
4. Le zonage du W: un outil de coopération transfrontière . . . . . . . . . . . 40
5. Prendre en compte les interactions des parties en présence . . . . . . . . . 42
6. La nécessité d’une vision intégratrice et durable des ressources . . . . . . . 45
7. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
Bibliographie et les références. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47

xiii
xiv AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

4. Un Modèle de Développement Durable pour la Région des


Vignobles du Cap Occidental: Etude de Cas de la Réserve
de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap . . . . . . . . . . . . . . 49
Ruida Pool-Stanvliet • Jan H. Giliomee
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2. Description du domaine de la réserve de biosphère de la région des
vignobles du Cap . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
3. Début de la réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap. . . . . 56
4. Mise en place de la réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap . 57
5. Méthodes utilisées pour l’étude de cas de la région des vignobles du Cap. . 62
6. Résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
8. Discussion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
9. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76

5. Proteger la Reserve de Biosphere de Bia en vue de L’amelioration


de la Conservation de la Biodiversite au Ghana . . . . . . . . . . . . . . .81
Emmanuel Salu
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
2. Déclaration de problème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
3. Objectifs de la recherche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
4. Méthodes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
5. Résultats de la recherche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
6. Mesures pour la conservation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
7. Leçons tirées de la réserve de biosphère de Bia. . . . . . . . . . . . . . . . . 97
Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97

6. Biodiversité et Utilisation Durable des Ressources Naturelles:


Cas de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames
du Burkina Faso . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
Jean-Noël Poda • Mamounata Belem • Ollo Théophile Dibloni • Nessan Désiré
Coulibaly • Amadé Ouedraogo
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
2. De la forêt classée à la Réserve de la Biosphère de la Mare aux
Hippopotames (RBMH) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
3. Les connaissances scientifique pour soutenir la conservation et
l’utilisation durable des ressources. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
4. Les enjeux de la biodiversité de la réserve de biosphère: la nécessité
d’une vision partagée de la gestion des ressources . . . . . . . . . . . . . . . 111
5. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
Table des Matières xv

7. Enjeux et Opportunités dans L’élaboration d’un Plan de Gestion


pour la Réserve de Biosphère de Waterberg, Afrique du Sud . . . . . . . 116
Rupert Baber • Kelly Abram
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
2. Description du complexe montagneux de Waterberg . . . . . . . . . . . . . 118
3. Enjeux confrontant la réserve de biosphère de Waterberg . . . . . . . . . . 121
4. Processus suivi dans l’élaboration du plan de gestion . . . . . . . . . . . . . 126
5. Problèmes de gouvernance et projets identifiés . . . . . . . . . . . . . . . . 130
6. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133

8. Ressources Naturelles, Populations et Moyens de Subsistance dans la


Reserve de Biosphere de Songor . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
Sheila N. A. Ashong • William A. Asomaning • Adelina Mensah • Emmanuel
Tetteh • Dickson Yaw Agyeman
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
2. Population et biodiversite de la reserve de Biosphere de Songor . . . . . . . 139
3. Zone d’etude et methodes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
4. Resultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
5. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
6. Remerciements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153

9. Gérer les Menaces de la Réserve de Biosphère du Moyen Zambèze . 155


Chris H.D. Magadza
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
2. La zone . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
3. Biodiversité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
4. Enjeux du développement durable. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 161
5. Incendies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162
6. Développement non planifié . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
7. Désinsectisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
8. Education . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
9. Perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
10. Enjeux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 166

10. Préconiser L’amélioration de la Conservation de la Biodiversité dans


la Réserve de Biosphère de Bia par L’autonomisation de la
Communauté et des Institutions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167
Antwi-Boasiako Amoah
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 168
2. Aperçu de Bia . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169
xvi AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

3. Motivation et objectif de l’étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170


4. Méthodes/procédures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 171
5. L’autonomisation: en quoi consiste-t-elle ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 171
6. Définir l’autonomisation de la communauté . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172
7. Autonomisation et protection des ressources naturelles . . . . . . . . . . . 173
8. Conclusion et recommandations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175
Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 176

11. Ethnozoologie Appliquée à la Réserve de Biosphère de la Mare aux


Hippopotames en Zone Sud Soudanienne du Burkina Faso . . . . . . . 178
Ollo Théophile Dibloni • Wendengoudi Guenda • Mamounata Belem/
Ouedraogo • Jean Noël Poda
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179
2. Méthodologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 180
3. Statut et bénéfices de la RBMH . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 194
4. Facteurs favorisant la présence ou la disparition de la faune sauvage
dans la RBMH . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
5. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 196
Bibliographie/références. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197

12. Implication de la Population Locale Dans la Gestion


de L’aire Protégée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .200
Isaia Raymond
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201
2. Description du milieu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202
3. Approches méthodologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 206
4. Résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 207
5. Discussion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211
6. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 212
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 212

13. Potentiel des Zones de Gestion des Ressources Communautaires


en tant que Corridors Forestiers à L’ouest du Ghana . . . . . . . . . . . 214
William Oduro • Emmanuel Danquah
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215
2. Matériel et méthodes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 217
3. Résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 219
4. Discussion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 228
5. Conclusions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 230
6. Recommandations. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 230
7. Remerciements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 231
Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 232
Annexe 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 236
Table des Matières xvii

14. L’entreprise D’élevage Piscicole comme Catalyseur de la


Conservation Environnementale: Le Cas de la Réserve Homme
et Biosphère du Mont Kenya . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 238
Fred Kihara • Nancy Chege • Gavin Hoch
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 240
2. Informations sur l’élevage piscicole communautaire dans la Réserve
Homme et Biosphère du Mt Kenya . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 243
3. L’élevage piscicole comme entreprise de conservation environnementale. . 244
4. Aborder les enjeux et la durabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 251
5. Conclusions et implications pour le réseau AFRIMAB . . . . . . . . . . . . 253
6. Avenir de l’élevage piscicole à caractère communautaire dans la réserve
Homme et Biosphère du Mt Kenya . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 254
7. Implications pour le réseau AfriMAB plus élargi . . . . . . . . . . . . . . . 255
Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 256
15. Reconcilier la Conservation de la Biodiversite avec le Developpement
Durable: Projets dans la Région de Biosphère de Kruger à Canyons,
Afrique du Sud . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 258
Debby Thomson • Marié-Tinka Uys
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 259
2. Projet 1: Atténuer les changements climatiques par l’établissement d’un
programme de crédits-carbone . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 260
3. Projet 2: Les avantages d’un partenariat nord-sud par l’établissement
d’un partenariat entre la K2C (Afrique du Sud) et la réserve de
biosphère de Rhön (Allemagne) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 263
4. Projet 3: Réserve de biosphère comme partenaire pour faciliter le
développement d’un protocole bio-culturel — Etude de cas de K2C
et des guérisseurs traditionnels de Bushbuckridge. . . . . . . . . . . . . . . 265
5. Projet 4: Le potentiel d’utiliser les réserves de biosphère pour démontrer
la mise en place de la Conservation par la connectivité — cas du projet de
corridor fluvial proposé par la K2C . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 266
6. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 268
Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 268
16. Ecologie de la Nidification et Conservation des Tortues de Ponte
dans la Reserve de Biosphere de Songor . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 270
Dickson Yaw Agyeman • Samuel Annan Riverson • Agyekumhene Andrews
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 271
2. Methodes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 272
3. Resultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 272
4. Menace pour les tortues de ponte dans la réserve de biosphère de Songor . 273
5. Les efforts de conservation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 277
6. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 278
Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 278
xviii AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

17. Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir! . . . . . . . . . . . . . . . . . 280


Carl Bruessow • Moffat Kayembe
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 282
2. Contexte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 284
3. Le dilemme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 286
4. Implication des intervenants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 288
5. Enjeux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 294
6. L’avenir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 296
Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 297

18. Participation des Parties Prenantes dans la Creation du Projet de


Reserve de Biosphere de Niumi, en Gambie . . . . . . . . . . . . . . . . . 299
Abdoulie Sawo
1. Contexte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 300
2. Description de la Réserve de biosphère de Niumi . . . . . . . . . . . . . . . 303
3. Développement économique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 306
4. Participation communautaire et éducation environnementale par
le biais de la Réserve de biosphère de Niumi . . . . . . . . . . . . . . . . . . 307
5. Stratégies de gestion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 309
6. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 310
Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 311

19. La Réserve de Biosphère de L’île de Príncipe (République


Démocratique de São Tomé & Príncipe): Un Laboratoire Vivant
pour le Développement Durable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 312
António D. Abreu
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 313
2. Conservation, développement et soutien logistique dans l’île de Príncipe . 314
3. L’etablissement de la Réserve de Biosphère de L’île de Príncipe. . . . . . . . 326
Références et bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 329

20. Proteger les Moyens de Subsistance des Agriculteurs aux Alentoursde


la Reserve de Biosphere par L’utilisation d’une Methode
Economique de Lutte Contre les Attaques D’elephants . . . . . . . . . . 332
Alex N. Akwoviah • Ernest L. Lamptey • Benard V. Tineh
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 334
2. Methodes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 338
3. Suivi et evaluation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 342
4. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 343
5. Recommandations. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 343
6. Remerciements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 344
Références et bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 344
Table des Matières xix

21. Cogestion des Pêcheries Artisanales: Cas de la Réserve de Biosphère


de la Mare au Hippopotames au Burkina Faso . . . . . . . . . . . . . . . 346
Jean-Andre T. Kabre • Alfred Millogo • Addey [Link]
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 347
2. Méthodologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 349
3. Résultats et discussions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 353
4. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 361
Références et bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 361
1
Le Concept de Réserve de Biosphère comme
Outil de Gestion Durable des Ressources
Naturelles dans la Région de l’Afrique de l’Est
The Biosphere Reserve Concept as a Tool for Sustainable Natural
Resource Management in the Eastern Africa Region

PAUL M. MAKENZI1

Résumé
L’Afrique de l’Est est une région présentant une richesse biologique diversifiée. Une
série de caractéristiques climatiques et géographiques donne naissance à des écosys-
tèmes aquatiques et terrestres comprenant aussi bien de riches écosystèmes marins
que des bois de savane, des zones arides et semi-arides et des écosystèmes afro-
montagnards uniques. Malgré tout, la dégradation environnementale découlant de
la diminution de la biodiversité, la déforestation et les problèmes associés comme
l’érosion du sol, le changement climatique et la pauvreté sont devenus un souci de
préoccupation mondial. Aujourd’hui, la région est confrontée à un sérieux défi de
gestion de l’écosystème en résultat de la dégradation environnementale croissante.
Tout particulièrement, hélas, les zones où la biodiversité est le plus à risque sont
surtout les zones rurales, habitées par les pauvres désespérés, bénéficiant des divers
aspects des efforts pour satisfaire à leurs besoins de subsistance. Par exemple, la pro-
duction agricole dans ces zones doit être intensifiée pour satisfaire la demande crois-
sante et s’adapter à l’augmentation rapide des populations mais en même temps, les
activités liées à l’agriculture telles que pratiquées traditionnellement restent la cause
majeure de destruction des habitats précieux, poussant les espèces vers l’extinction.
Les méthodes formelles et traditionnelles de conservation par l’approche des ‘zones
protégées’ qui était basée sur l’exclusion totale de toute forme d’activités humaines
dans les zones de conservation ne semblent pas prouver leur efficacité en résultat des
conflits d’intérêt croissants entre le développement et la conservation. L’application
du concept de réserve de biosphère du programme MAB de l’UNESCO en tant
qu’outil de conservation semble offrir une option fiable.

1 Président-Réseau, AfriMAB, Egerton University, Box 422, Egerton, Kenya · E-mail: pmakenzi@yahoo.
com
1
2 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Le concept de réserve de biosphère repose sur la croyance, née de preuves empir-


iques, que les êtres humains et les espèces sauvages peuvent partager un terrain
commun tout en prospérant en matière de conservation des ressources naturelles. Le
développement durable et la conservation efficace peuvent s’épanouir sur des terres
communes en s’appuyant sur des sciences et des politiques rigoureuses. Le concept
de réserve de biosphère a été conçu sur cette base même.
Ce document présente les écosystèmes de l’Afrique de l’Est dans leur ensemble et
les problèmes qui les menacent. L’application opérationnelle du concept de réserve de
biosphère est présentée comme l’un des outils de gestion des écosystèmes en Afrique
de l’Est. Elle peut compléter les efforts entamés par les acteurs du développement, les
scientifiques et les défenseurs de l’environnement dans leur quête pour des méthodes
de préservation de la biodiversité et des habitants tout en laissant de la place pour
l’amélioration des niveaux de vie des pauvres notamment sous les tropiques.
Mots-clés: Réserves de biosphère, gestion de l’écosystème, gestion durable

Abstract
Eastern Africa is a region of diverse biological richness. A range of climatic and geo-
graphical characteristics give rise to both aquatic and terrestrial ecosystems ranging
from rich marine ecosystems, through savannah woodlands, arid and semi-arid areas,
to unique afro-montane ecosystems. However, environmental degradation arising
from depletion of biodiversity, deforestation and the resultant problems such as soil
erosion, climate change and poverty, has become an issue of global [Link], this
region faces a serious ecosystem management challenge as a result of the increasing
environmental degradation. Of special concern, unfortunately, is that the areas where
the biodiversity is at most risk are mainly those rural areas which are home to the
desperate poor in need of various aspects of development endeavours to meet their
livelihood needs. For example, food production in such areas must be intensified to
meet the increasing demand and to keep up with rapid increase of populations, yet
agricultural related activities as traditionally practised have remained the major cause
of destruction of valuable habitats, pushing species towards extinction. The formal
traditional conservation methods through the “protected areas” approach which was
based on total exclusion of any form of human activities in conservation areas seem
not to be effective as result of increasing conflicts of interests between development
and conservation. Application of the UNESCO MAB programme’s biosphere reserve
concept as a conservation tool seems to be a viable option.
The biosphere reserve concept is premised on the belief, borne out of empirical
evidence, that human beings and wild species can share common ground and prosper
in conservation of natural resources. Sustainable development and effective conserva-
tion can occur on the same land through sound science and policy. This is the basis
within which the biosphere reserve concept was conceived.
Makenzi 3
Concept de Réserve de Biosphère dans la Région de l’Afrique de l’Est

This paper presents the broad ecosystems of eastern Africa and issues that
threaten them. Operationalizing the biosphere reserve concept is presented as one
of the tools for ecosystems management in eastern Africa. It can add to other efforts
by development agents, scientists and environmentalists in their search for methods
to conserve biodiversity and habitats while allowing development for improvement of
the livelihoods of the poor especially in the tropics.
Key words: Biosphere reserves, ecosystem management, sustainable management

1. Introduction
La région de l’Afrique de l’Est comprend neuf pays: Le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda
ainsi que l’Ethiopie, la Somalie, l’Erythrée, Djibouti, le Rwanda et le Burundi (Figure 1).
Cependant, aux termes du système de regroupement de l’UNESCO, Madagascar, les
Seychelles, l’île Maurice et les Comores sont inclus dans les pays groupés de l’UNESCO
pour l’Afrique de l’Est. La région se caractérise par la richesse de sa diversité biologique.
Une série de caractéristiques climatiques et géographiques donne naissance à des éco-
systèmes allant des récifs coralliens côtiers aux bois de savane, et des forêts afro-mon-
tagnardes à la Great Rift Valley et ses formations uniques.

Figure 1: Carte de l’Afrique de l’Est


(Credit: Encarta Encyclopaedia, Microsoft Corporation, 2009)
4 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Le caractère principal unissant cette région repose sur son climat et la topographie de
ses chaînes de montagnes entourées et séparées par de grandes plaines, faisant d’elle
la région la plus diversifiée sur le plan écologique en Afrique. Parmi les écosystèmes
montagnards uniques, on distingue le Mt Kilimandjaro, le Mt Kenya, le Mt Meru, les
Ruwenzories et le Mt Elgon situés sous les tropiques mais parfois recouverts de neige à
leurs sommets. On en trouve également de plus petits qui exercent une forte influence
sur la quantité et la répartition du type orographique des précipitations rencontrées
dans la région.

2. Ecosystèmes montagnards en Afrique de l’Est


Le Mt. Kilimandjaro, la plus haute montagne d’Afrique est situé au nord-est de la
Tanzanie, à côté de la frontière avec le Kenya (Figure 2). Le Kilimandjaro est un volcan
en sommeil. Ses deux sommets sont séparés de 11 km et reliés par une large faille. Kibo,
son sommet le plus haut, s’élève à 5 895 m au-dessus du niveau de la mer. Malgré la situ-
ation du Kilimandjaro à 3° au sud de l’Equateur, une calotte glaciaire — transpercée par
plusieurs petits cratères — recouvre le cratère de Kibo toute l’année. Le Kilimandjaro
présente plusieurs zones de végétation différente sur ses pentes abruptes. Du café et des
plantains sont cultivés sur ses pentes plus basses.
Le Mont Kenya est un volcan éteint au centre du Kenya, situé à l’extrême Sud de
l’Equateur (Figure 3). Avec une altitude de 5 199 m, le Mont Kenya est la deuxième
montagne la plus haute en Afrique après le Kilimandjaro. Le Mont Kenya a été formé
par les éruptions massives et successives d’un volcan il y a 2,5 à 3 millions d’années. A
l’origine, le Mont Kenya avait un cratère à son sommet mais l’érosion a fait disparaître le
cône, donnant place à plusieurs sommets recouverts de neige et de glaciers ainsi qu’à des
vallées hébergeant des lacs gelés. Au cours des quelques dernières années, les glaciers du
volcan ont commencé à perdre du terrain en raison d’un climat plus chaud.
Le Mont Kenya se distingue par une gamme d’écosystèmes et de zones climatiques.
Des prairies et arbustes poussent sur le plateau de base de la montagne. S’élevant au-
dessus du plateau de base, un réseau de forêt tropicale dense couvre les pentes de la
montagne jusqu’à environ 3 200 m. Au-dessus de cette forêt tropicale, une végétation
alpine la couvre jusqu’à 4 600 m où elle se réduit à des mousses et lichens vivant sur les
roches couvertes de neige. De nombreuses espèces animales trouvent leur subsistance
de la végétation variée qu’il s’agisse de l’aigle couronné et de la buse montagnarde qui
habitent les régions montagneuses les plus hautes ou d’éléphants, de rhinocéros, de san-
gliers de forêt et de singes de Sykes vivant dans les zones de forêt dense. Au cours de la
dernière décennie, des changements concernant ces zones ont été constatés. En raison
des périodes de chaleur plus longues qu’auparavant, causées par le changement clima-
tique, les changements les plus remarqués se produisent dans la zone alpine. Parmi les
impacts du changement climatique dans les zones les plus basses, remarqués au cours
des cinq dernières années, on note une augmentation des incendies de forêt pendant les
saisons sèches et chaudes prolongées entre les mois de janvier et de mars.
Makenzi 5
Concept de Réserve de Biosphère dans la Région de l’Afrique de l’Est

Figure 2: Le Mt Kilimandjaro
(Credit: Encarta Premium Dictionary 2009: Redmond, WA: Microsoft Corporation, 2008)

Figure 3: Le Mt Kenya avec de la neige sur ses sommets


(Credit: Encarta Premium Dictionary 2009: Redmond, WA: Microsoft Corporation, 2008)
6 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Le Mont Elgon est aussi un volcan éteint, situé sur la frontière entre le Kenya et
l’Ouganda. Il se caractérise par un cratère de 8 km de largeur duquel émergent plusieurs
crêtes. Wagagai est le sommet le plus haut, avec une altitude e 4 321 m. Le café et les
bananes sont cultivés sur les pentes larges et fertiles plus basses; au-dessus de 3 050 m,
ce sont des paysages de lande stérile qui prédominent.

Figure 4: La chaîne de montagnes du Ruwenzori


(Credit: Encarta Premium Dictionary 2009: Redmond, WA: Microsoft Corporation, 2008.)
Le Mont Meru est un volcan éteint situé au nord-est de la Tanzanie, à environ 68 km
à l’ouest du Kilimandjaro. Après le Kilimandjaro, il correspond à la deuxième montagne
la plus haute de Tanzanie avec une altitude de 4 565 m. Sa végétation est composée prin-
cipalement de forêt tropicale et de bambou entre 1 800 et 2 900 m au-dessus du niveau
de la mer avant de laisser place à des prairies alpines. Le sol volcanique et les fortes
précipitations, notamment sur les pentes au sud et à l’est soutiennent l’agriculture. Les
principales cultures sont les bananes et le café. Par contre, les pentes nord-ouest et nord
de la montagne sont stériles.
La chaîne de montagnes du Ruwenzori en Afrique centrale fait partie de la fron-
tière entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo (Figure 4). Le sommet
Margherita, à l’extrême sud de la chaîne correspond au plus élevé d’Ouganda, mesurant
5 109 m.
Sur la partie ougandaise, elle forme un plateau qui décline progressivement de
1 300 m au sud à 750 m au nord. La partie sud est composée d’une zone forestière bien
qu’une grande portion ait été déboisée pour l’installation de fermes. Le nord est en partie
représenté par de la savane ouverte (prairies peuplées d’arbres et de buissons éparses)
Makenzi 7
Concept de Réserve de Biosphère dans la Région de l’Afrique de l’Est

et accueille également un semi-désert. On y trouve de petites zones de bambou et de


forêts tropicales. La faille occidentale de la Great Rift Valley, caractérisée par une série
de grabens de plus de 5 000 km de longueur le long desquels la croûte terrestre se sépare,
traverse l’ouest de l’Ouganda. La chaîne de montagnes de Ruwenzori, située à la fron-
tière avec la République démocratique du Congo, se compose de sept crêtes recouvertes
de neige toute l’année. La plus élevé est le sommet Margherita du Mont Stanley, à une
hauteur de 5 109 m et la troisième montagne la plus haute en Afrique. Les glaciers sur
les crêtes du Ruwenzori ne se trouvent qu’à 60 km des forêts tropicales et à 100 km des
savanes sèches. La plupart des montagnes en Afrique de l’Est sont d’origine volcanique
sauf la chaîne de Ruwenzori qui a été formée par un soulèvement de la croûte terrestre
qui s’est déchirée le long de la Western Rift Valley.

3. L’Afrique de l’Est constitue un point chaud mondial


pour la biodiversité
L’Afrique a été connue pour être le centre véritable d’une biodiversité significative sur
le plan mondial. Cinq des 25 points chauds mondiaux pour les plantes (généralement
des forêts) se trouvent en Afrique. L’un d’entre eux se trouve en Afrique de l’Est: ‘L’Arc
oriental et les forêts côtières du Kenya et de la Tanzanie’. Les autres comprennent: Les
forêts tropicales humides d’Afrique de l’Ouest, les écosystèmes de Succulent Karoo en
Afrique australe, la région floristique du Cap en Afrique du Sud et la riche taxonomie
endémique de l’île de Madagascar.
Deux autres sites en Afrique de l’Est sont importants mais la documentation les con-
cernant est insuffisante. Il s’agit de:
• Les Highlands d’Ethiopie comprenant des broussailles, forêts et des landes asséchées;
• Les forêts de l’Albertan Rift d’Ouganda, du Burundi et du Congo.
D’autre part, l’Afrique orientale présente des troupeaux spectaculaires de grands
animaux sauvages, des Grands Lacs avec différentes espèces de poissons endémiques,
des lacs alcalins et des marais caractérisés par une diversité d’avifaune. Les récifs cor-
alliens et écosystèmes marins de l’Océan Indien abondent de variétés d’espèces aqua-
tiques. L’Afrique orientale devrait être le leader en matière de richesse de biodiversité si
ce n’était pour les menaces qui la confrontent.

4. Le problème
La diminution de la biodiversité émanant de la dégradation de l’environnement en
Afrique de l’Est constitue la source des problèmes tels que l’érosion du sol, le manque
d’eau, le changement climatique et la pauvreté. La situation environnementale difficile
qui en résulte pose de sérieux défis à l’humanité aujourd’hui. Plus particulièrement, e
fait est que bien qu’une grande proportion de la biodiversité terrestre soit en danger, le
risque est plus important dans la plupart des zones tropicales qui accueillent les popula-
tions désespérément démunies qui ont besoin de bénéficier des divers efforts de dével-
oppement pour satisfaire à leurs besoins de subsistance. Par exemple, la production
8 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

alimentaire dans ces zones doit être intensifiée pour satisfaire à la croissance de la
demande causée par les attentes exigeantes et l’augmentation rapide des populations. Et
pourtant, l’agriculture telle que pratiquée traditionnellement, est restée la cause princi-
pale de destruction d’habitats précieux, poussant les espèces vers la voie de l’extinction
(McNeely and Scherr 2001).
Parmi les problèmes majeurs et globaux de préoccupation environnementale, qui se
présentent de plus en plus en Afrique orientale, sont compris la pauvreté, la déforesta-
tion et les impacts du changement climatique.

4.1 La pauvreté
La pauvreté est devenue un sujet de préoccupation croissant. Les statistiques concer-
nant la pauvreté notamment dans les pays en voie de développement sont effrayantes.
Des 4,4 milliards de personnes vivant dans les pays en voie de développement:
• 6% n’ont pas d’installations sanitaires;
• 40% vivent au-dessous du seuil de pauvreté;
• 30% souffrent de malnutrition; et
• 30% décèderont avant l’âge de 40 ans.
La plupart de ces problèmes sont visibles en Afrique orientale et les pourcentages réels
dans toutes les catégories continuent de grimper. Un nombre croissant de personnes
vit dans la pauvreté, surtout en Afrique subsaharienne. De nombreux experts lient la
pauvreté à la dégradation environnementale. Les pauvres sont à la fois agents et victimes
de cette dégradation de l’environnement. Ils ont tendance à dégrader la nature pour
des gains immédiats et à court terme aux dépens de ceux à long terme dérivant d’un
environnement préservé. Un environnement dégradé ne peut pas soutenir l’utilisation
continue de ses ressources naturelles. Les pauvres n’ont pas d’autre option que d’utiliser
l’environnement de manière non-durable. Ces faits combinés donnent lieu à une syn-
ergie négative de taille, menant à une augmentation de la pauvreté et de la dégradation
environnementale. La pauvreté pose une menace sérieuse à la biodiversité de l’Afrique
orientale.
Un bon exemple de référence faisant allusion à la pauvreté comme agent de dégrada-
tion environnement est la publication de Jared Diamond “Comment les sociétés choi-
sissent-elles d’échouer ou de réussir ?” (Diamond 2005) dans laquelle il explique que
les pauvres sont à la fois agents et victimes de la dégradation environnementale, ce qui
engendre un cycle de pauvreté que le concept de réserve de biosphère tente de briser en
liant la conservation au développement.

4.2 La déforestation
A l’échelle mondiale, le déboisement injustifié des forêts endommage la capacité de
la Terre à purifier l’atmosphère. Les forêts tropicales humides et autres régions for-
estières importantes jouent le rôle de poumons de la planète, transformant le dioxyde
de carbone en oxygène et filtrant les polluants. Les scientifiques pensent que la défor-
estation modifie les modèles météorologiques et contribue au réchauffement planétaire,
Makenzi 9
Concept de Réserve de Biosphère dans la Région de l’Afrique de l’Est

contribuant jusqu’à 25% du dioxyde de carbone libéré dans l’atmosphère chaque année
(UNEP 1999).
Chaque année, une estimation de 170 000 kilomètres carré de forêts tropicales dis-
paraissent, soit l’équivalent de quatre fois la taille de la Suisse. Aujourd’hui, les forêts
tropicales humides couvrent moins de 8% de la surface de la Terre soit moins de la
moitié des zones qu’elles couvraient avant de commencer à être exploitées (Babin 2004).
La conséquence en est la destruction de zones forestières importantes qui peut engen-
drer des problèmes environnementaux sérieux, la perte d’habitats et l’extinction de cul-
tures indigènes.
La déforestation en Afrique orientale atteint des niveaux alarmants. La Tanzanie
aurait perdu des forêts à un rythme de 400 000 hectares par an. Au Kenya, la couver-
ture forestière est passée à 1,7% au lieu des 10% recommandés. En Ouganda, on assiste à
une pression croissante pour le déclassement des réserves forestières pour les remplacer
par des terres cultivables. Dans la région entière, les forêts ne se régénèrent pas et les
activités de développement économique ainsi que la pauvreté détruisent la plupart des
réserves forestières.

4.3 Croissance de la population


La cause majeure de déforestation est la croissance de la population et les augmenta-
tions conséquentes de la demande pour les produits du bois ou les terres forestières.
Exclus des terres agricoles existantes, de nombreux agriculteurs dans les pays en voie de
développement sous les Tropiques sont forcés de déboiser la forêt pour laisser place à
de nouvelles parcelles. Pour répondre à leur demande croissante de bois et de matériaux
pour la construction des maisons, meubles et la production de papier, les pays industri-
alisés se sont dirigés vers les immenses réserves de forêts tropicales humides. Pour les
populations à croissance rapide d’Afrique orientale, le bois reste le combustible numéro
un pour la cuisine et le chauffage.

4.4 Changement climatique/Réchauffement planétaire


Le réchauffement planétaire constitue l’un des autres sous-produits négatifs de la pollu-
tion atmosphérique et de la déforestation et malgré le débat sur les causes du problème,
la plupart des scientifiques conviennent que la Terre se réchauffe. L’une des causes prin-
cipales repose sur les concentrations atmosphériques élevées de gaz comme le dioxyde
de carbone. Ces concentrations ainsi que les gaz à effet de serre associés, piègent la
chaleur dans l’atmosphère terrestre au lieu de la laisser rayonner dans l’espace et de ce
fait, augmentent la température atmosphérique.
Depuis 1900, les niveaux de CO2 atmosphérique ont augmenté de 25%, en grande
partie à cause du brûlage des combustibles fossiles et de la réduction de la couverture
forestière qui séquestre le carbone. En se basant sur les niveaux actuels d’émissions de
gaz à effet de serre, les températures moyennes autour du globe augmenteront de 1°C à
3°C (1.8°F à 5.4°F) d’ici 2050. Bien que les émissions de gaz à effet de serre aient diminué
de 11% au cours des dernières années, cette accalmie ne pourrait être que temporaire en
10 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

raison de la récession mondiale et des ralentissements industriels (IPCC 2000). En fait,


il faudrait une réduction de 60% des émissions pour stabiliser les gaz atmosphériques
aux niveaux actuels. La région de l’Afrique orientale n’a pas été épargnée par les change-
ments climatiques. Parmi les impacts visibles, on peut noter les sécheresses prolongées
et les changements dans les écosystèmes montagnards, notamment en résultat de la
réduction de la couverture neigeuse des grandes montagnes (Christensen et al. 2007).

4.5 La solution pour la biodiversité menacée en Afrique de l’Est


Face à l’augmentation de la menace à la biodiversité en Afrique orientale, des solutions
existent-elles ? La bataille pour la conservation de la biodiversité peut-elle être gagnée ?
La réponse est Oui; des signes de succès en matière de conservation de la biodiversité
dans la région sont encore apparents, au vu des faits suivants:
• Les zones protégées existent toujours et cachent encore des variétés de biodiversité.
• Les approches traditionnelles de ‘zones protégées’ par le biais de programmes
centralisés de contrôle n’ont pas totalement échouées mais ont besoin d’être actu-
alisées pour prendre davantage en compte le facteur humain et la participation des
populations.
• Les gouvernements sont conscients de l’importance de l’implication communautaire
et la conservation se doit de devenir un partenariat entre les gouvernements à tous
niveaux et les communautés locales.
• De nouvelles politiques de gestion des ressources naturelles dans les pays de la
région proposent une forte autonomisation des communautés et des sociétés civiles
dans leur gestion.
• Les gouvernements dans la région réalisent que la valeur des ressources naturelles
est plus importante que les avantages financiers directs et que des valeurs économ-
iques plus profondes reposent derrière la gestion durable des ressources naturelles.
• Les processus mondiaux comme la Convention sur la diversité biologique (CBD)
ont un effet, pourtant lent, sur les processus de conservation au niveau national et
local.
En appliquant les faits ci-dessus, les outils adaptés sont nécessaires pour faire avancer
l’agenda de la conservation de la biodiversité régionale.

5. Le concept de réserve de biosphère


Le concept de réserve de biosphère MAB de l’UNESCO est l’un des porteurs standards
importants de ce que l’on pourrait appeler l’approche basée sur la biodiversité régionale
ou, comme il en est fait référence dans la Convention sur la diversité biologique,
l’approche basée sur l’écosystème. Contrairement à ‘l’approche de zones protégées’, les
réserves de biosphère sont conçues dès le départ pour obtenir la participation des popu-
lations locales dans la conservation et la gestion de la biodiversité tout en veillant à sat-
isfaire leurs besoins de subsistance. Cette approche est réalisée par l’utilisation durable
des ressources naturelles dans les zones-tampons et de transition. Ainsi, les réserves de
Makenzi 11
Concept de Réserve de Biosphère dans la Région de l’Afrique de l’Est

biosphère aux termes du programme MAB de l’UNESCO visent à réconcilier le dével-


oppement économique des communautés locales avec la conservation de la biodiversité.
Les réserves de biosphère sont conçues pour répondre à l’une des questions les plus
sensibles et complexes auxquelles le monde est confronté aujourd’hui à savoir comment
réconcilier la conservation de la biodiversité avec le développement (UNESCO 1996).
Une réserve de biosphère bien gérée implique des scientifiques des domaines de la nature
et du social, des groupes de conservation et de développement, des autorités de gestion
et des communautés locales, collaborant toutes ensemble pour surmonter ce prob-
lème complexe (UNESCO 1996). Les réserves de biosphère fournissent un cadre pour
la gestion durable et intégrée des ressources naturelles et le développement couvrant
tous les types d’éléments des écosystèmes y compris les zones de biodiversité naturelle
importante, qu’elles soient conservées ou utilisées de manière durable, les implantations
villageoises et les systèmes agricoles notamment ceux basés sur les principes de gestion
de l’écosystème. Lorsque des zones de transition sont définies, elles incluront de manière
réaliste des zones substantielles de paysages ruraux.
Les réserves de biosphère sont à la fois un concept et un outil. Les réserves de bio-
sphère sont définies comme des zones d’écosystèmes terrestres et aquatiques (marins
et eaux douces) reconnus internationalement par le programme MAB de l’UNESCO
(UNESCO 1996). Conformément au ‘Cadre règlementaire du réseau mondial des
réserves de biosphère’, la mise en œuvre du concept de réserve de biosphère a été pré-
cédemment guidée par la ‘Stratégie de Séville pour les réserves de biosphère’. Cependant,
le Plan d’action de Madrid, qui est entré en vigueur après l’endossement par la confé-
rence ICC du MAB à Madrid, a porté une attention spéciale sur la considération des
problèmes mondiaux émergents notamment les impacts du changement climatique
(UNESCO 2008). Les réserves de biosphère prennent forme dans le cadre du pro-
gramme de recherche intergouvernemental de l’UNESCO sur l’Homme et la Biosphère
(MAB) et représentent un élément-clé pour la réalisation de son objectif. Le MAB vise
à réaliser un équilibre durable entre les fréquents buts conflictuels liés à la conservation
de la biodiversité biologique et la promotion du développement humain tout en main-
tenant les valeurs culturelles associées. Les réserves de biosphère sont des sites où cet
objectif est testé, raffiné, démontré et mis en œuvre (UNESCO 1996).
Le programme MAB est conçu pour devenir un programme stratégique qui explore la
relation entre l’humanité et l’environnement. Il opère depuis 1971 et a évolué au cours des
années, passant d’un simple programme écologique et de science sur la biodiversité à un
programme mettant en exergue l’interaction sociale avec l’environnement. Les réserves de
biosphère sont des laboratoires et des théâtres d’approches pour les essais en matière de
développement durable. Actuellement, 580 réserves de biosphère sont enregistrées dans
114 pays du monde (2011). 140 Etats participent au programme plus élargi du MAB.

5.1 Recherche au sein des réserves de biosphère


L’un des buts majeurs du réseau mondial des réserves de biosphère est de fournir un
ensemble de sites de recherche détaillée et constamment contrôlés qui peuvent agir
comme laboratoires/sites d’apprentissage pour la recherche future. L’objectif est de veiller
12 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

à ce que la conservation, l’utilisation durable des ressources, les fonctions du développe-


ment social, culturel et économique soient justifiées sur le plan scientifique dans toutes
les zones de réserves de biosphère. De cette manière, les réserves de biosphère disposant
d’une base raisonnable de recherche et de contrôle deviendront d’excellents sites de
recherche sur l’efficacité de l’association entre la conservation et le développement.

5.2 Fonctions des réserves de biosphère


Les réserves de biosphère adoptent une approche fonctionnelle à trois volets (UNESCO
1996):
• La conservation — implique la conservation de la diversité biologique y compris
la préservation des ressources génétiques, espèces, écosystèmes et paysages;
• Le développement — implique la promotion du développement durable aux
niveaux économiques et humains;
• Soutien logistique — implique l’établissement et le soutien de projets de démon-
stration, l’éducation environnementale, la formation et la recherche et le contrôle
relatif aux questions locales, nationales et globales de conservation et de développe-
ment durable.

5.3 Délimitation des zones de biosphère


Pour soutenir les trois fonctions, chaque réserve de biosphère est délimitée en zones
centrales, tampons et de transition (UNESCO 1996):
• Les zones centrales correspondent à une ou plusieurs zones consacrées à la con-
servation; ou en d’autres termes à des unités de conservation (zones protégées), dési-
gnées comme zones de protection totale comme les parcs nationaux;
• Les zones-tampons sont des zones entourant et/ou se reliant aux zones centrales;
leur but comprend la minimisation des effets négatifs sur la conservation des zones
centrales et les activités doivent être compatibles avec les objectifs de conservation
de la réserve de biosphère, comme par exemple, l’utilisation durable, les activités de
développement limité et la recherche;
• Les zones de transition sont situées en dehors des zones-tampons et ne sont pas
toujours accompagnées de limites définies de manière rigide. Elles correspondent
à des zones visant à la promotion de l’amélioration de la qualité des niveaux de vie
des communautés locales ainsi qu’à l’intégration de la réserve aux zones urbaines,
agricoles et industrielles avoisinantes.

5.4 Statut des réserves de biosphère en Afrique orientale


La répartition des réserves de biosphère déjà déclarées en Afrique orientale est la suiv-
ante: Kenya: 6; Madagascar: 3; Tanzanie: 3; Ouganda: 2; Ethiopie: 2; Rwanda: 1 et Ile
Maurice: 1. Toutes sont en activité et le Kenya ainsi que la Tanzanie ont conduit des révi-
sions périodiques de ces réserves de biosphère déclarées il y a plus de dix ans.
La plupart des pays n’ont pas officialisé leurs comités nationaux du MAB en dehors
de l’Ethiopie, le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda et Madagascar. L’Ethiopie a reçu les éloges
Makenzi 13
Concept de Réserve de Biosphère dans la Région de l’Afrique de l’Est

pour avoir établi le seul comité MAB élaborant un plan stratégique de ses activités. Un
besoin existe pour la mise en place d’un coordinateur sous-régional, s’occupant du suivi des
pays qui n’ont pas présenté de rapports d’activités du MAB concernant l’établissement d’un
comité national du MAB et pour faire prendre conscience du besoin d’en établir un.
La mise en œuvre des objectifs AfriMAB-MAP pour la région est lente. Le processus
d’établissement de la réserve transfrontalière du Mt Elgon, entre le Kenya et l’Ouganda
est présenté comme étant en cours d’avancement.
Tableau 1: Statut de la gestion de la réserve de biosphère dans les pays
de l’Afrique orientale.
Réserves de biosphère Statut du comité national du
Pays
(année de classement) MAB/institution d’accueil
• Mt Kenya BR (1978) Actif aux termes de KNATCO-UNESCO
• Mt Kulal BR (1978)
• Malindi-Watamu Marine BR (1979)
• Kiunga Marine BR (1980)
Kenya • Amboseli BR (1991)
• Mt. Elgon BR (2003)
Proposé:
• Mt. Elgon TBBR
• Marsabit BR
• Lake Manyara BR (1981) Actif aux termes de TEMC
Tanzanie • Serengeti-Ngorongoro BR (1981)
• East Usambara BR (2000)
• Mananara Nord BR (1990) Actif aux termes de PNM-ANGAP/Siège,
Madagascar • Sahamalaza-Iles Radama BR (2001) Direction interrégionale de Toamasina
• Littoral de Toliara BR (2003)
• Kafa BR (2010) Actif et officialisé aux termes du Ministère
• Yayu BR (2010) des Sciences et de la technologie. National
Ethiopie Proposé: Plan stratégique du MAB en cours
• Lake Tana BR
• Shaka Forest BR
• Queen Elizabeth BR (1979) Actif aux termes d’UNATCO-UNESCO
• Mt. Elgon BR (2005)
Ouganda
Proposé:
• Mt. Elgon TBBR
• Volcans BR (1983) Actif sous la tutelle du Ministère du
Rwanda
Tourisme et des Parcs nationaux
Somalie N/A N/A
• Macchabee/Bel Ombre BR (1977) Actif aux termes du Service National et de
Ile Maurice
Conservation
Seychelles N/A N/A
Comores N/A N/A
Erythrée N/A N/A
Djibouti N/A N/A
14 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

6. Efforts pour la mise en œuvre du MAP dans la


sous-région
La mise en œuvre du Plan d’action de Madrid (MAP) en Afrique est coordonnée par le
secrétariat du réseau régional d’AfriMAB par le biais des comités nationaux du MAB.
Cependant, la plupart des pays n’ont pas établi officiellement de comités nationaux du
MAB actifs. Les pays qui ont signé la Charte d’AfriMAB le 17 septembre 2010 pendant
l’Assemblée générale d’AfriMAB à Nairobi (UNESCO 2002b) ont néanmoins démontré
leur engagement pour la mise en œuvre des domaines principaux du MAP sur le plan
mondial, incluant:
• Domaine 1: Coopération, gestion, communication;
• Domaine 2: Délimitation des zones, connexion des fonctions à l’espace;
• Domaine 3: Sciences et renforcement des capacités; et
• Domaine 4: Partenariats.

6.1 Action de l’Afrique orientale concernant les objectifs prioritaires du


MAP pour AfriMAB (2010–2013)
La révision actuelle des activités concernant les objectifs prioritaires du MAP pour la
période 2010–2013 d’AfriMAB indique que peu d’actions ont été lancées dans la région
de l’Afrique orientale en matière de mise en œuvre du MAP comme l’illustre le tableau
ci-dessous.
Tableau 2: Performance de l’Afrique orientale sur les objectifs prioritaires
du MAP pour AfriMAB
Objectif Actions
Amélioration des mécanismes financiers pour les réserves de Inconnues
biosphère et les réseaux régionaux
Réserves de biosphère transfrontalières Mt Elgon (en cours)
Formation des directeurs et autres intervenants des réserves Planification en cours
de biosphère
Information intégrée et stratégie de communication Limitées
Atténuation en rapport avec le changement climatique Médiocres
Echanges entre réserves de biosphère Rares
Réserves de biosphère devant mettre en place des pro- Activité constatée dans certaines
grammes de recherche sur les analyses des services liés à des réserves de biosphère
l’écosystème et leur gestion par le biais de la participation au Kenya, en Tanzanie et en
des intervenants Ouganda
Analyse des délimitations de zones de toutes les réserves de Non effectuées
biosphère
Makenzi 15
Concept de Réserve de Biosphère dans la Région de l’Afrique de l’Est

7. Conclusion
Tandis que dans le passé, la conservation était trop souvent considérée comme un
“bocal fermé”, empêchant l’accès à une zone naturelle au monde humain extérieur, il
a été constaté qu’une telle politique et une certaine vision de la conservation peuvent
détruire la région qu’elles sont censées protéger. Les pressions écologiques, économiques
et sociales — internes comme externes — peuvent au final accabler la zone protégée.
Aujourd’hui, l’enjeu de la gestion durable des ressources naturelles dans les pays de
l’Afrique orientale est d’aider simultanément à préserver la diversité biologique, amé-
liorer le développement et autonomiser les populations rurales démunies. Parmi les
approches de gestion des écosystèmes, le concept de réserve de biosphère est efficace
pour la réalisation à long terme des objectifs de conservation et du développement
durable dans le même contexte. Par conséquent, les pays de la région de l’Afrique ori-
entale devraient porter leur réflexion sur la désignation de la plupart de leurs zones
protégées en tant que réserves de biosphère, surtout celles les plus susceptibles d’être
désindexées.

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2
Evaluation des Efforts de Conservation dans
le Peuplement Forestier de Bia-Goaso
An Evaluation of Conservation Effort in the Bia-Goaso Forest Block

EMMANUEL DANQUAH1 • WILLIAM ODURO 2

Résumé
Les directeurs de parcs naturels souhaitent évaluer l’efficacité des efforts de conser-
vation en mesurant les tendances des populations de la faune et de la flore et les activ-
ités illégales.A l’ouest du Ghana, le peuplement forestier de Bia-Goaso représente une
portion significative de la population des éléphants de forêt au Ghana. Nous avons
mené une étude sur les activités de braconnage et les tendances de la population des
éléphants dans la Réserve de biosphère de Bia et les réserves forestières de Goaso
en vue d’évaluer le succès ou l’échec des efforts de conservation dans ces zones. Pour
ce faire, nous avons utilisé deux méthodes: (a) le repérage des changements dans les
activités de braconnage et (b) le suivi des tendances en ce qui concerne les nombres
et la répartition des éléphants (population principale). Les résultats indiquent que les
Réserves forestières de Goaso semblent ne réaliser qu’un succès partiel dans la pro-
tection des éléphants alors que la Réserve de Bia afficherait une efficacité plus opti-
male. A Bia, les activités de braconnage ont diminué de manière significative, passant
de 0,76 activités par km en 2007 à 0,26 activités par km en 2009 (U-Test de Mann-
Whitney; U=1,634, P<0,05) et la population principale d’éléphants a largement aug-
menté passant de 45 pour cent en 2004 à 78 pour cent en 2009. Comparativement, les
activités de braconnage dans la zone de Goaso sont restées élevées, avec des valeurs
s’étalant entre 1,50 activités par km en 2004 à 1,45 activités par km en 2009 tandis
que la population principale d’éléphants est restée entre 33 et 30 pour cent. Nous
attribuons ces changements à divers régimes de conservation et de gestion dans les
Réserves de biosphère et forestières. Cet enjeu fait appel à un renouvellement des

1 E-mail: ekadanquah@[Link] · Téléphone: +233–244 742385 · Département de la gestion de la vie


sauvage et des populations fauniques, Faculté des ressources naturelles renouvelables, Collège de l’agri-
culture et des ressources naturelles, Université des sciences et technologies Kwame Nkrumah, Kumasi,
Ghana
2 Auteur correspondant · E-mail: williamoduro@[Link] · Téléphone: +233–244 288321 · Département
de la gestion de la vie sauvage et des populations fauniques, Faculté des ressources naturelles renouve-
lables, Collège de l’agriculture et des ressources naturelles, Université des sciences et technologies Kwame
Nkrumah, Kumasi, Ghana
17
18 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

efforts en vue d’intégrer un équilibre plus durable entre les buts de conservation de
la diversité biologique et la promotion du développement économique dans la gestion
des priorités concentrées sur la gestion dans les Réserves forestières de Goaso, basée
sur le concept de Réserve de biosphère et les objectifs du programme Homme et
Biosphère (MAB) de l’UNESCO.
Mots-clés: Bia, Goaso, éléphants, braconnage, densité, réserve de biosphère, popula-
tion, fourchette, principale

Abstract
Wildlife managers often wish to evaluate the effectiveness of conservation effort by
measuring trends in wildlife populations and illegal activity. In western Ghana, the Bia-
Goaso Forest Block forms a significant portion of forest elephant range in Ghana. We
undertook an analysis of poaching activity and elephant population trends in the Bia
Biosphere Reserve and Goaso Forest Reserves as a means of evaluating the success
or failure of conservation effort in these areas. We used two methods: (a) tracking
changes in poaching activity, and (b) monitoring trends in elephant numbers and dis-
tribution (core range). Results indicate that the Goaso Forest Reserves seem to be
achieving only partial success in protecting elephants, whereas Bia Biosphere Reserve
seems to be considerably more effective. In Bia, poaching activity dropped significantly
from 0.76 activities per km in 2007 to 0.26 activities per km in 2009 (Mann-Whitney
U-test; U=1634, P<0.05) and core elephant range increased greatly from 45% in 2004
to 78% in 2009. Comparatively, poaching activity in the Goaso area remained high
with values ranging between 1.50 activities per km in 2004 to 1.45 activities per km in
2009 whilst core elephant range varied between only 33 and 30%. We attribute these
changes to varying conservation and management regimes in Biosphere and Forest
[Link] calls for renewed efforts to include a more sustainable balance between
goals of conserving biological diversity and promoting economic development in the
management priorities of the Goaso Forest Reserves based on the Biosphere Reserve
concept and programme objectives of UNESCO’s Man and the Biosphere (MAB).
Keywords: Bia, Goaso, elephants, poaching, density, biosphere reserve, population,
range, core

1. Introduction
La répartition des espèces se distingue généralement entre les habitats fauniques
aux activités de chasse intensive, peu fréquente et inexistante (Lopes & Ferrari 2000,
Carrillo et al. 2000). Il s’ensuit que de nombreuses zones protégées y compris des refuges
d’animaux sauvages ont été établies dans de nombreux lieux afin de minimiser les effets
négatifs d’activités humaines néfastes dont l’activité de chasse tout en contribuant au
Danquah • Oduro 19
Évaluation des Efforts de Conservation dans le Peuplement Forestier de Bia-Goaso

maintien des valeurs naturelles et culturelles et préservant la diversité biologique. Les


zones protégées jouent un rôle majeur dans le maintien des populations fauniques et
dans de nombreux cas, servent de source de soutien à la subsistance aux communautés
humaines vivant à proximité des zones protégées (Carrillo et al. 2000).
La zone des forêts hautes du Ghana (GHFZ) apporte une contribution de taille aux
zones protégées et habitats forestiers restants pour la plupart des grandes espèces de mam-
mifères du Ghana et est considérée comme un bastion important pour les éléphants de
forêt (Danquah et al. 2009a). Cependant, des zones limitées de la GHFZ ont été étudiées
intensivement pour les éléphants (PADP 2000, 2001) et les informations sur l’écologie
de la population, l’utilisation de l’habitat et la dynamique de la population de la com-
munauté des éléphants sont peu connues en ce qui concerne cette zone et de nombreuses
autres régions au Ghana. Le rapport d’évaluation environnementale stratégique de la
Stratégie d’élimination de la pauvreté de 2004 du Ghana a identifié les menaces émanant
de l’empiètement incontrôlé du bois et des terres, donnant lieu à la perte de biodiversité et
de couverture forestière, comme domaines cruciaux de préoccupation environnementale
et de risque sur la sécurité alimentaire dans la GHFZ. Par conséquent, il est important de
contrôler les populations d’éléphants, en particulier, leurs nombres et les tendances qui les
accompagnent, étant donné que de plus en plus de zones sont affectées par les activités
humaines. Il est aussi nécessaire d’évaluer si la gestion des zones protégées constitutives
permet d’atteindre les objectifs y afférent (Carrillo et al. 2000).
Le contrôle de la flore et de la faune est essentiel aux objectifs et activités primaires de
biologie de conservation (Marsh & Trenham 2007) et son importance s’est accrue du fait
que les défenseurs de l’environnement sont actuellement confrontés à une lutte crois-
sante pour démontrer les avancements envers la protection des ressources biologiques
terrestres (Stem et al. 2005). Les biologistes de l’environnement reconnaissent qu’une
bonne gestion va au-delà de l’exécution: une gestion efficace est liée intégralement à
des systèmes de contrôle et d’évaluation bien conçus (Stem et al. 2005, Margoluis &
Salafsky 1998, Woodhill 2000). Le contrôle et l’évaluation sont utilisés pour évaluer si
des stratégies de gestion particulières fonctionnent et permettent d’identifier les condi-
tions aux termes desquelles une action de conservation est susceptible de réussir ou
d’échouer (Hatry 1999, Blann & Light 2000). En outre, les données de contrôle sont uti-
lisées pour suivre la propagation des espèces invasives et nuisibles (Rooney et al. 2004,
Marsh & Trenham 2007), identifier les espèces menacées d’extinction (Shea & Mangel
2001) et peuvent servir de système d’alerte précoce pour les mesures potentielles devant
être prises (Hatry 1999, Rigby et al. 2000). Essentiellement, le contrôle et l’évaluation
forment la base pour une amélioration de la prise de décision (Stem et al. 2005).
Cette étude offre une analyse approfondie de l’activité de braconnage et de la
dynamique de la population des éléphants au sein du peuplement forestier de Bia-
Goaso (BGFB) à l’ouest du Ghana, en tant que moyen de contrôler et d’évaluer la réus-
site ou l’échec des efforts de conservation dans les réserves appartenant à deux catégo-
ries de gestion de zones protégées (Réserves de biosphère et Réserves forestières). Ces
réserves présentent des caractéristiques environnementales similaires mais des condi-
tions d’habitat, des restrictions sur la chasse et des niveaux de protection différents.
20 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

La Réserve de biosphère de Bia joue un rôle sur des éléments-clés dans les objectifs
du Programme Homme et Biosphère de l’UNESCO (MAB) pour réaliser un équilibre
durable entre les buts conflictuels de la conservation de la diversité biologique, la pro-
motion du développement économique et le maintien des valeurs culturelles associées
tandis que les réserves de Goaso sont surtout gérées pour l’exploitation du bois. Notre
objectif est d’apporter une revue historique du nombre d’éléphants et de l’activité de bra-
connage dans la zone et de lier les modèles de répartition aux tendances des activités de
braconnage. L’hypothèse a reposé sur le fait que le nombre d’éléphants dans les Réserves
forestières de Goaso était inférieur à celui de la Réserve de biosphère de Bia où la chasse
est interdite et que les ressources naturelles sont mieux gérées. Nous espérons que cette
revue élargira le débat et encouragera la communauté de conservation à réfléchir et à
explorer hors de ses limites en vue d’identifier les approches les plus adaptées et efficaces
pour mesurer la réussite de la conservation selon les diverses conditions.

2. Zone d’étude

Figure 1: Carte de l’ouest du Ghana indiquant l’emplacement de la Réserve de biosphère de Bia et


les réserves forestières de Goaso. La carte en médaillon indique l’emplacement de la zone d’étude
au Ghana
Danquah • Oduro 21
Évaluation des Efforts de Conservation dans le Peuplement Forestier de Bia-Goaso

La zone d’étude est située dans la région des hautes forêts du Ghana, à l’ouest du pays et
comprend deux foyers: la Réserve de biosphère de i et un réseau extensif de 9 réserves
forestières et 3 ceintures de protection plus connus sous le nom des Réserves forestières
de Goaso (Figure 1). La zone s’étend des latitudes 6.15 à 7.20 degrés N et longitudes 2.24 à
3.16 degrés O, au sud de Sunyani, en direction de l’ouest du fleuve Tano et de la frontière
entre le Ghana et la Côte d’Ivoire. La Réserve de biosphère de Bia (Bia) anciennement
Zone de conservation de Bia est gérée par la Division de la faune et forme une zone de
306 km2, tandis que les Réserves forestières de Goaso (Goaso) totalisant 2 600 km2sont
gérées par la Division forestière.
La couverture terrestre naturelle de la région occidentale correspond à la végétation
forestière Guinéo-congolaise (Hawthorne & Musah 1993, Hall & Swaine 1981). A Goaso,
dans le nord, la végétation est sèche et semi-caduque mais vers le sud, en direction de
Bia, elle se transforme en type de végétation humide semi-caduque (Hall & Swaine 1981).
Cette analyse correspond à l’association Celtis zenkeri-Triplochiton scleroxylon de Taylor
(1960). Les espèces commerciales principales de ces forêts sont: Triplochiton scleroxylon,
Entandrophragma eutile, E. cylindricum les palmiers grimpants de type Ancistrophyllum
secundiflorum and Calamus deerratus étant caractéristiques des zones marécageuses.
L’élévation moyenne est de 200 à 550 m avec une topographie généralement ondulante.
La pluviométrie annuelle moyenne est de 680 à 1450 mm/an, caractérisée par une
saison des pluies bi-saisonnière de mars à juillet et septembre à novembre et une saison
sèche importante de décembre à février. Une richesse en espèces hautes et des niveaux
d’endémisme caractérisent la zone (PADP 2000, 2001, CI 2007).

3. Méthodes
Nous avons passé en revue les publications (dont les documents et rapports
d’organisations, les articles de journaux et les livres) consacrées à la conservation dans
le cadre de notre synthèse globale de données secondaires. Nous nous sommes con-
centrés avant tout sur la recherche sur les éléphants relative aux zones d’étude. De plus,
nous avons interviewé des informateurs majeurs de diverses institutions de conserva-
tion pour identifier et obtenir des recommandations sur les publications-clés à passer
en revue.
Nous avons analysé la documentation pour identifier les tendances principales con-
cernant les densités des populations d’éléphants, la répartition des modèles et l’activité
de braconnage dans deux foyers au cours des années. Ensuite, nous avons porté notre
attention sur la recherche relative aux éléphants, incorporant une association de données
sur l’abondance des éléphants et sur les activités illégales. Théoriquement, une analyse
ne varie pas que les données proviennent de sources scientifiques ou indigènes. Mais
en réalité, les analyses qui reposent strictement sur les sources de données indigènes
sont probablement moins susceptibles d’être publiées officiellement. En résultat, cette
analyse porte sur les systèmes plus officiels.
La répartition des éléphants dans les zones de Bia et Goaso pour les périodes spéci-
fiques de l’étude a été décrite en s’appuyant sur le système d’informations géographiques
22 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

(GIS; ArcGIS, version 9.2; ESRI Inc.). Cette répartition a été définie comme une cou-
verture de terres utilisées et occupées activement par les éléphants et a été calculée par
une échelle avec résolution de 0,25 km2. Elle a été exprimée en pourcentage de chaque
nombre d’éléphants et nommée ‘Population principale d’éléphants’ (CER) pour chacune
des zones. Le modèle CER a ensuite été calqué sur les activités de braconnage au sein de
chaque site. Un indice de l’activité de braconnage en a découlé sur la base du nombre de
cartouches, coups de feu, réserves de chasse, collets enregistrés ainsi que des rencontres
directes avec les chasseurs.
Nous sommes partis de l’hypothèse implicite que l’augmentation des efforts de con-
servation à Bia, d’après son statut en tant que Réserve de biosphère mènerait souvent
à de meilleures décisions de gestion et par conséquent, améliorerait les tendances en
matière de modèles d’abondance d’éléphants tout en réduisant l’activité de braconnage
par rapport à Goaso. Néanmoins, la portée de cette recherche n’a pas permis d’évaluer
dans quelle mesure les différents programmes de conservation ont été mis en œuvre
avec succès et s’il en a découlé une amélioration de la conservation.

4. Résultats
4.1 Révision des estimations du nombre d’éléphants
4.1.1 Réserve de biosphère de Bia
A l’ouest du Ghana, Bia a bénéficié de la plus forte attention en termes d’études sur les
éléphants. Dans une première étude basée sur l’identification des pistes, Sikes (1975) a
estimé la population d’éléphants entre 52 et 82 (Tableau 1), soit une densité de 0,25 par
km2.
Tableau 1: Estimations séquentielles de la population d’éléphants pour
Bia et Goaso de 1975 à 2009
Estimation/population
Source Modèle d’estimation d’éléphants
Année Bia Goaso
Sikes (1975) 1975 67
Population 52–82
Martin (1982) 1982 101
Population 89–113
Short (1983) 1983 88
Population 40–135
Dickinson (1990) 1990 225
Population 200–250
Heffernan et Graham (2000) 1999 137
Sam (2000) 2000 127
Sam et al. (2006) Modèle des précipitations 2004 115 57
Danquah • Oduro 23
Évaluation des Efforts de Conservation dans le Peuplement Forestier de Bia-Goaso

Estimation/population
Source Modèle d’estimation d’éléphants
Année Bia Goaso
Sam et al. (2006) Hypothèse d’état stable 2004 146 72
Estimation confondue 2004 126 65
Danquah et al. (2009a) Saison des pluies 2007 133 90
Danquah et al. (2009a) Saison sèche 2007 137 83
Estimation confondue 2007 135 87
Danquah et al. (2007) Modèle de précipitations 2007 133
Danquah et al. (2007) Hypothèse d’état stable 2007 128
Estimation confondue 2007 131
Danquah et al. (2009b) Modèle de précipitations 2009 139
Danquah et al. (2009b) Hypothèse d’état stable 2009 133
Estimation confondue 2009 136

Martin (1982) a poursuivi avec une estimation de 200 à 250 pour le peuplement de forêts
de Bia (à l’origine 1500 km2comprenant la forêt aujourd’hui dégradée de Bia Tawya et
celle de Sukusuku FRs). En s’appuyant sur ces densités d’éléphants, il a fourni une esti-
mation de 89 à 113 éléphants (0,29–0,37 par km2) pour Bia. Cette analyse est en rapport
avec la densité estimée de 0,33 par kilomètre carré (40 à 135 éléphants) présentée par
Short (1983). Heffernan et Graham (2000) ont plus tard estimé la population à 137 élé-
phants (0,45 par km2), avant que Sam (2000) ne l’estime à 127 éléphants (0,42 par km2).
Un peu plus tard en 2004, Sam et al. (2006) ont mené une étude sur les lignes de
passage d’éléphants dans le peuplement forestier de Bia-Goaso. Pour ce faire, ils ont
utilisé deux modèles d’estimation (Précipitations et Hypothèse d’état stable) en vue de
produire deux estimations différentes pour Bia. Ces estimations ont été confondues
(Norton-Griffiths, 1978) pour donner un résultat de 126 éléphants (0,41 par km2). Peu
de temps après en 2007, Danquah et al. (2009a) sous les auspices de A Rocha Ghana,
ont mené une étude rétrospective sur les éléphants dans la même zone. Leur estimation
confondue aussi bien pendant les saisons sèches que pluvieuses était de 135 éléphants
(0,44 par km2). Danquah et al. (2007) dans le Projet de programme de développement
des zones protégées phase II (PADP II) ont à nouveau fourni deux estimations pour
Bia en 2007 mais cette fois-ci, basées sur les modèles de précipitations et d’hypothèse
d’état stable. L’estimation confondue à partir des deux modèles d’estimation était de 131
éléphants (0,43 par km2). Le PADP II a répété l’étude en 2009 (Danquah et al. 2009b),
qui a donné pour résultat une estimation confondue de 136 éléphants (0,44 par km2).

4.1.2 Réserves forestières de Goaso


Les densités avant 1995 indiquent une population de 200 à 250 éléphants (Dickinson
1990). Dix ans plus tard, en 2004, Sam et al. (2006) ont produit une estimation con-
fondue de 65 éléphants (0,09 per km2) pour la moitié nord (zone de Mpameso; 700 km2)
24 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

de Goaso. Peu de temps après en 2007, Danquah et al. (2009a) ont également fourni une
estimation confondue (saison sèche et pluvieuse) de 87 éléphants (0,12 par km2). Sam
et al. (2006) et Danquah et al. (2009a) n’ont pas enregistré d’activité d’éléphants dans la
moitié sud de Goaso.

4.2 Tendances des populations d’éléphants


Les tendances historiques générales concernant le nombre d’éléphants suggèrent une
augmentation de la densité à Bia (Figure 2). Malgré l’insuffisance de données existantes
pour Goaso, les données disponibles suggèrent que la population de éléphants diminue.

275

250

225

200

175
Estimate

150

125

100

75

50

25

0
1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010
Year
Figure 2: Tendances de populations d’éléphants pour les zones de Bia (rouge)
et Goaso (bleu) de 1975 à 2009

4.3 Répartition des éléphants et activité de braconnage


4.3.1 Réserve de biosphère de Bia
Selon Martin (1982) et Short (1983), des éléphants se trouvaient initialement dans toute
la zone de Bia. Cependant, la création de barrages et les conditions de végétation sec-
ondaire dans la Réserve de biosphère de Bia (BR) en résultat des activités d’abattage des
arbres au début des années 1980 a commencé à déformer la répartition des éléphants
dans la réserve de biosphère de Bia (De Leede 1994, Barnes 1996, Sam 2000, Heffernan
& Graham 2000). La conversion en plantations de cacao des zones de Sukusuku et
Danquah • Oduro 25
Évaluation des Efforts de Conservation dans le Peuplement Forestier de Bia-Goaso

Bia Tawya FRs au sud de Bia pourrait avoir encore plus attiré les éléphants vers le sud
(Martin 1982). En outre, des activités de braconnage plus importantes dans le Parc
national de Bia (NP) par rapport à la Réserve de biosphère de Bia (Sam 2000, Sam et al.
2006, Danquah et al. 2007, 2009a) pourraient avoir également contribué à cette réparti-
tion. En 2004, la population principale d’éléphants (CER) était de 45 pour cent de Bia
tandis que les activités de braconnage économique étaient de 0,74 activités par km (Sam
et al. 2006).
Les enregistrements d’activités des éléphants depuis 2004 indiquent une expan-
sion progressive vers le nord de la densité des éléphants dans le Parc national de Bia
(Danquah et al. 2007, 2009a). En 2007, la population principale d’éléphants (CER) avait
augmenté de 58 pour cent alors que l’activité de braconnage se stabilisait plus ou moins
à un taux moyen de 0,76 activités par km.
En 2009, l’activité de braconnage montrait une forte réduction (0,26 activités par
km) et la population d’éléphants s’était étendue (78 pour cent) aux limites nord de Bia
(Danquah et al. 2009b). Cette réduction est significative ((Mann-Whitney U-test;
U=1634, P<0,05). Entre 2007 et 2009, le nombre d’indices de braconnage (récolte
d’escargots, collets, cartouches utilisées, zones à poudre de carbure et camps de bracon-
niers) a décliné se limitant surtout à la récolte d’escargots et à la chasse au collet.

4.3.2 Réserves forestières de Goaso


A l’origine, la plus grande population d’éléphants dans la région était confinée aux forêts
de Goaso. Avant 1995 et au début de l’année 1995, les densités indiquaient une réparti-
tion largement répandue des éléphants (Dickinson 1990, De Leede 1994, Parren et al.
2002). En 1999, le personnel de la Division de la faune et les agriculteurs ont fait état
d’attaques régulières voire fréquentes sur les récoltes dans sept des neuf réserves for-
estières (78 pour cent) de la réserve de Goaso avec un mouvement régulier des éléphants
entre les réserves (Parren et al. 2002, Parren & Sam 2003).
En 2003, seul cinq réserves du nord (Mpameso, Bia Tano, Bia North, Asukese et
Bonkoni FRs) montraient des signes de présence d’éléphants (Prix de conservation de
BP 2003). Aucun signe de mouvement d’éléphants entre les réserves n’a été observésauf
pour celles de Mpameso à Bia Tano jusqu’à la ceinture de protection de Bia. Sam et al.
(2006) a estimé la population principale d’éléphants (CER) à 33 pour cent de la zone de
Goaso avec un taux de rencontre moyen de 1,50 par km. L’activité de braconnage était
plus importante (1,52 activités par km) dans les réserves du sud comparé à celles du nord
(1,48 activités par km).
En 2007, Danquah et al. (2009a) ont observé que les éléphants étaient confinés de
manière éparpillée à la zone de Mpameso du peuplement forestier de Goaso. L’activité
de braconnage était généralement plus élevée qu’en 2004 (taux de rencontre: réserves du
nord = 1,73 par km; réserves du sud = 1,71 par km; taux moyen de rencontre = 1,72 par
km): et la population principale d’éléphants (CER) avait diminué de 27 pour cent de la
zone de Goaso. L’activité de braconnage actuelle est légèrement plus faible qu’en 2007
(taux de rencontre: réserves du nord = 1,42 par km; réserves du sud = 1,48 par km; taux
26 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

moyen de rencontre: 1,45 par km) avec une population CER de 30 pour cent des réserves
de Goaso.

4.4 Relation entre la répartition des éléphants et l’activité de braconnage


dans l’ouest du Ghana
De manière générale, l’activité de braconnage a eu un effet négatif sur la zone principale
utilisée par les éléphants dans la BGFB à l’ouest du Ghana (Figure 3).

80

70
Core elephant range (percent)

60

50

40

30

20
0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 1.2 1.4 1.6 1.8
Poaching activity per km
Figure 3: Relation entre l’activité de braconnage et la population CER sur six périodes d’étude
(trois de chaque à Bia et Goaso) à l’ouest du Ghana

5. Discussion
Il est difficile d’établir des comparaisons réalistes des densités d’éléphants entre la zone de
Bia et celle de Goaso en raison des différentes méthodes d’échantillonnage utilisées. L’un
des problèmes particuliers concerne les différentes périodes d’étude d’échantillonnage
et les objectifs de l’échantillonnage. Néanmoins, nous sommes motivés par les tend-
ances apparentes révélées. On semble assister à une augmentation globale du nombre
d’éléphants et la population principale à Bia pourrait avoir plus que doublé au cours
des années s’étalant entre 1975 et 1999. Au cours de la dernière décennie, les nombres se
seraient plus ou moins stabilisés. Certes, le nombre connu d’éléphants tués récemment
Danquah • Oduro 27
Évaluation des Efforts de Conservation dans le Peuplement Forestier de Bia-Goaso

est incertain et pourrait représenter un pourcentage infime de la population; aucune


preuve n’indique que la population augmente ou pire, qu’elle ait déclinée. La population
d’éléphants de Bia en termes de taille semble plus viable comparée à celle de Goaso et
grâce aux efforts de protection durable de la faune, elle s’accompagne d’une forte chance
de survie à long terme.
De nombreux rapports décrivent l’augmentation simultanée de la densité des élé-
phants à Bia (Sam et al. 2006, Danquah et al. 2007, 2009a, 2009b), et c’est pourquoi le
modèle ne peut pas simplement être attribué aux mouvements aléatoires d’éléphants ou
à une variation à court terme (une année) de la pluviométrie. Plusieurs facteurs pour-
raient avoir favorisé la persistance des éléphants à Bia au cours des dernières décen-
nies. Parmi ceux-ci, se trouve le statut de protection de la réserve. Bia est une zone
entièrement protégée et également une Réserve de biosphère; elle fonctionne selon les
objectifs du programme Homme et Biosphère (MAB) de l’UNESCO et la protection
de la faune est mise en vigueur par la Division de la faune du Ghana. Deuxièmement,
Bia a bénéficié de plusieurs projets orientés sur la conservation. Les projets remarqués
comprennent celui du Programme de développement des zones protégées phase II (PADP
II) qui vient juste de se terminer en 2009 et financé par l’Union européenne, aux termes
duquel la recherche et l’application de la loi ont été améliorés et davantage de personnel
de surveillance a été formé et équipé de techniques de contrôle et de recherche plus
sophistiquées. Pendant la durée de vie du projet, de 2007 à 2009, on a pu assister à des
réductions importantes des taux d’activités moyens de braconnage à Bia et à des aug-
mentations significatives associées de la population principale des éléphants (Danquah
et al. 2007, 2009a, 2009b). Ainsi, la population des éléphants semble s’être reconstruite
de manière significative grâce à l’amélioration et l’application régulière des stratégies de
gestion de la faune ou de nouvelles stratégies de protection conçues par les équipes de
surveillance de la faune. Le fait que les éléphants, de manière générale, aient augmenté
en nombres pourrait aussi découler du besoin de diminuer la concurrence en raison de
l’augmentation des densités. Une fois encore, les changements dans l’abondance et la
répartition des éléphants depuis 2007 pourraient également donner lieu à des change-
ments des modèles de chasse par les braconniers (par ex., chasse au fusil remplacée par
le piégeage des petites proies).
La gamme des réserves de Goaso, pour sa part, est gérée par la Division forestière du
Ghana qui ne se concentre pas sur la conservation de la faune. La plupart des priorités
en termes de gestion sont dirigées vers la durabilité des régimes d’abattage du bois. La
zone a aussi bénéficié d’un projet important de conservation de la faune. En outre, plus
d’une décennie de chasse commerciale excessive dans les années 1990 a donné lieu à une
réduction sérieuse de la population des éléphants y compris plusieurs grandes espèces.
Les rapports récents confirmés (Sam et al. 2006, Danquah et al. 2009b), ainsi que les
observations par les environnementalistes et le personnel de la WD, apportent des indi-
cations substantielles d’un déclin considérable du nombre et de la population des élé-
phants, surtout au cours de la dernière décennie et en résultat de la chasse illégale pour
l’ivoire. Les rapports sur le terrain montrent que le braconnage d’éléphants dans la zone
est motivé par des chasseurs d’éléphants professionnels de la Côte d’Ivoire voisine, qui
28 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

transportent l’ivoire de l’autre côté des frontières. L’abondance d’espèces mammifères a


généralement démontré qu’elle varie considérablement entre les réserves et plusieurs
espèces mammifères n’ont pas été décelées dans certaines zones depuis plusieurs années
(Danquah et al. 2009a, 2009b). Cette situation serait particulièrement notable pour
d’autres grandes espèces mammifères comme les buffles, les bongos, les léopards et les
chimpanzés et l’on soupçonne qu’il s’agisse d’un reflet des changements de populations
découlant d’une forte pression exercée par la chasse.
Cependant, la menace principale dans la zone de Goaso qui pourrait avoir mené à
la transition d’une population abondante d’éléphants au statut d’espèce menacée et vul-
nérable est la perte de variété et d’habitat en conséquence d’une augmentation rapide
des populations humaines. Le début de l’année 1990 a accusé une période d’accélération
massive des immigrants, notamment d’agriculteurs d’autres régions du Ghana vers la
zone des hautes forêts de l’ouest du Ghana (Sam 2000). L’essor économique de l’industrie
du bois et du cacao au Ghana dans les années 1990 a exacerbé la situation et contribué à
un empiètement important sur l’habitat des éléphants donnant lieu à un enregistrement
important de la population et du nombre réel d’éléphants. Au cours de cette même
période, la couverture forestière a diminué de 4,53%. Le taux de perte forestière a été
estimé à 326,23 ha par an. La taille de la zone dégradée ou ouverte a augmenté de 18,95%.
Les images par satellite actuelles combinées aux enquêtes sur le terrain indiquent qu’il
ne reste que peu de forêts en dehors des réserves où la grande partie de la végétation ini-
tiale a été convertie à des fins agricoles et d’expansion urbaine. A présent, de nombreux
villages et hameaux sont éparpillés dans toute la zone.
Nous classons les éléphants comme actuellement peu communs dans la zone de
Goaso et avons estimé que les tendances diminuaient. Le nombre signifiant de réserves
à faible densité comparé aux niveaux passés d’abondance suggère que la population des
éléphants est en danger. Des entretiens avec des conservateurs de parcs et des chasseurs
locaux confirment le fait que la densité et la population principale d’éléphants dans la
zone de Goaso continue à décliner. Par l’amélioration de la gestion et de la protection de
la faune, la population de Goaso a une bonne chance de survie simplement parce que la
zone est plus importante et les réserves sont déjà placées dans le réseau.

6. Conclusions
Les Réserves forestières de Goaso ne semblent afficher qu’un succès partiel en matière
de protection des éléphants tandis que la Réserve de biosphère de Bia démontre davan-
tage d’efficacité. Comparé à Goaso, le nombre et la population d’éléphants sont considé-
rablement plus élevés à Bia, ce qui confirme notre hypothèse de nombres plus impor-
tants d’éléphants dans les réserves de biosphère par rapport aux réserves forestières.
Le niveau de mise en vigueur de la loi et d’activité de braconnage affecte directement
la population principale d’éléphants. C’est pourquoi, l’étude enregistre un cas où l’effort
de conservation dans une réserve (catégorie de zone protégée) a clairement un effet sur
la population résidente d’éléphants. (Carrillo et al. 2000).
Danquah • Oduro 29
Évaluation des Efforts de Conservation dans le Peuplement Forestier de Bia-Goaso

7. Mesures à prendre
En s’appuyant sur ces leçons, il est possible d’identifier au moins trois domaines
d’actions imminentes dans la zone des hautes forêts de l’ouest du Ghana. Tout d’abord,
la nécessité apparaît d’établir un effort plus concerté incorporant un plus grand nombre
d’intervenants pour le contrôle des tendances des populations d’éléphants et des vari-
ables d’habitat à long terme dans la zone de Goaso. Une meilleure collaboration entre
le Gouvernement et la communauté responsable de la conservation s’impose, afin de
travailler collectivement et soutenir le concept de réserve de biosphère dans les réserves
forestières. De manière plus spécifique, il est important que les acteurs de la conservation
s’accordent sur les étapes essentielles et principes directeurs pour réconcilier la conser-
vation de la biodiversité, la quête du développement économique et social et le maintien
des valeurs culturelles associées, notamment dans la zone de Goaso; domaine où le pro-
gramme Homme et Biosphère de l’UNESCO (MAB) a déjà enregistré des progrès con-
sidérables. Néanmoins, en développant et mettant en œuvre les normes, il est important
de ne pas se laisser distraire par les nuances inhérentes aux approches distinctes (par
ex., la terminologie et le classement des mesures) mais plutôt de convenir plus générale-
ment, de mesures communes, principes sous-jacents et directives. L’approche particu-
lière utilisée par une organisation est d’importance moindre par rapport au respect de
ces principes sous-jacents et de ces directives. De la même manière, la communauté de
conservation bénéficierait d’un accord plus élargi concernant les “listes retenues” des
indicateurs potentiels pour les objectifs ou valeurs de conservation communs et d’un
choix plus stratégique d’indicateurs programmés de succès. Ces derniers ne devraient
cependant pas être tirés des efforts de la ‘liste exhaustive’ du passé. Ils devraient plutôt
être le résultat d’un processus permettant d’identifier les mesures clairement liées aux
buts, objectifs et activités des programmes et démontrant des avancées par rapport à
une chaîne de liens envers l’état de conservation souhaité.
Deuxièmement, la conservation et la restauration des forêts dégradées devraient
constituer une priorité pour la stabilisation et le maintien de populations d’éléphants
saines. Une variété d’instruments économiques dont le financement du charbon et le
paiement des services environnementaux peut être utilisée pour encourager les agri-
culteurs à restaurer et préserver les forêts, maintenir la couverture arboricole et adopter
des systèmes de cultures respectueux de la biodiversité. Le Paiement des services envi-
ronnementaux est particulièrement prometteur. Bien que les programmes de paiement
des services environnementaux semblent être un succès en termes de conservation de
la couverture forestière dans diverses parties du monde, ils pourraient avoir un impact
bien plus positif sur les paysages et les activités de subsistance dans les zones rurales, s’ils
incluaient le paiement pour une gamme plus élargie d’utilisations durables des terres,
permettaient d’enlever les restrictions d’accès inappropriées (comme les parcelles mini-
males), de réduire les coûts de transaction et de cibler avec prudence les paysages pri-
oritaires offrant le plus grand potentiel de conservation de la biodiversité et des moyens
de subsistance ruraux (Grieg-Gran et al. 2005, Pagiola et al. 2005).
30 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Finalement, en dépit de l’insuffisance de preuves expérimentales, un plus grand


nombre d’activités de gestion visant à diminuer l’activité de braconnage et augmenter
la quantité et la qualité des refuges et de l’alimentation devrait être développées.
L’application des restrictions de chasse dans les réserves forestières est difficile, voire
irréaliste ou indésirables sur le plan social tant que les conditions socioéconomiques
actuelles persistent. Et pourtant, la surexploitation doit être à tout prix évitée pour que
d’autres grands mammifères ne soient pas menacés d’extinction; la chasse devrait être
effectuée dans une perspective de durabilité. Ce but peut bel et bien être atteint si seule-
ment nous disposons des informations de base concernant les populations de la plupart
des autres espèces fauniques dans la zone afin d’être en mesure d’évaluer les change-
ments d’abondance et les effets des perturbations et de la gestion. La normalisation des
méthodes pour lancer ces évaluations dans les forêts tropicales est d’importance cru-
ciale. Il s’avère aussi nécessaire de travailler avec les communautés qui vivent au sein
et aux alentours des zones protégées: si leur niveau de vie s’améliore, la pression sur les
populations fauniques en sera minimisée (Carrillo et al. 2000).

8. Remerciements
Nous remercions sincèrement la Commission forestière et A Rocha, au Ghana pour
leur soutien administratif et logistique. L’étude n’aurait pas été possible sans l’effort et la
camaraderie de l’équipe de terrain.

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Évaluation des Efforts de Conservation dans le Peuplement Forestier de Bia-Goaso

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3
Zonage et Gestion Durable des Ressources
Naturelles: Cas de la Réserve de Biosphère
Transfrontière (RBT) du W (Bénin, Burkina
Faso, Niger)
Zonation and the Sustainable Management of Natural Resources:
the Case of the Transboundary Biosphere Reserve (TBR) W Park
(Benin, Burkina Faso, Niger)

JE AN - NOËL PODA1 • MAMOUNATA BELEM 2 •


OLLO THÉOPHILE DIBLONI2 • L AMOUSSA HEBIE 3 •
AMADÉ OUEDR AOGO 3, 4

Résumé
La réserve de biosphère transfrontalière du W, parc naturel aux multiples faciès et
enjeux, considérée comme le plus grand écosystème naturel transfrontalier en Afrique
de l’Ouest, constitue depuis 2002 une expérience pilote expériment dans le cadre
de la préservation des ressources et l’intégration des populations riveraines de trois
pays Bénin, Burkina Faso et Niger. Elle représente une volonté des autorités de ces
pays pour inscrire l’ensemble du Parc W dans le cadre d’une réserve de biosphère
transfrontière (RBT). Le programme l’Homme et la Biosphère (MAB) de l’UNESCO
et d’autres partenaires accompagnent le Burkina Faso, le Niger et le Bénin.
La RBT du W a une longue histoire de conservation depuis la période coloniale à
nos jours. Le zonage dans le cadre d’une réserve de biosphère, permet de promouvoir
une gestion durable transfrontière afin de contribuer à la réduction de la pauvreté au
niveau des populations riveraines de trois pays.
La région est caractérisée par (i) les énormes potentialités naturelles et agricoles,
(ii) l’environnement en mutation dû à une forte pression migratoire, (ii) l’évolution

1 Point Focal et Coordonnateur du Comité MAB/UNESCO Burkina Faso


2 Comité MAB/UNESCO, INERA /CNRST 03 PB 7047 Burkina Faso
3 Comité MAB/UNESCO, MEDD, 03 PB 7047 Burkina Faso
4 Auteur correspondant · Coordonnateur et point focal MAB/UNESCO, Burkina Faso, 03 B.P.7047
OUAGADOUGOU 03 · Tél: (226) 50 36 32 15 · Fax: ( 226) 50 36 03 94 · E-mail: podajnl@[Link]
34
Poda • Belem • Dibloni • Hebie • Ouedraogo 35
Zonage et Gestion Durable : Réserve de RBT du Parc W

des systèmes de production et la dégradation des ressources naturelles. L’analyse de


l’évolution de la biodiversité biologique indique que (i) les écosystèmes forestiers sont
dans l’ensemble en bon état de conservation, (ii) plusieurs faciès de végétation offrent
de réelles potentialités pour assurer la préservation de la diversité biologique, (iii) la
diversité floristique et faunique, malgré quelques inventaires, demeure méconnue sur
les plans qualitatifs, quantitatifs et des liens qui régissent les éléments entre eux, (iv)
les tendances de dégradations sont perceptibles malgré des efforts consentis par les
différents Projets dans la région.
Les enquêtes préliminaires sur les aires protégées ont révélé que les feux de
brousse et la coupe abusive du bois constituent les principales causes de dégrada-
tion de la végétation, l’élevage et l’agriculture occupant respectivement le troisième
et le quatrième rang. Le plan de gestion des réserves de biosphères, s’il réussissait,
servirait de modèle d’utilisation durable des ressources naturelles dans le cadre du
développement local durable, il serait aussi un indicateur d’intégration tel que prôné
par la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Mots clés: Réserve de biosphère transfrontière, Parc du W, zonage, Biodiversité,
Conservation, Afrique de l’Ouest.

Abstract
The W Transboundary Biosphere Reserve, a natural park with multiple types and
issues, is considered to be the largest natural transboundary ecosystem in West Africa
and constitutes, since 2002, a pilot experiment within the context of resource pres-
ervation and the integration of the resident populations in the three countries Benin,
Burkina Faso and Niger. The experiment shows the wish of these countries’ authori-
ties to list the entire W Park as a transboundary biosphere reserve (TBR). UNESCO’s
Man and Biosphere Programme (MAB) and other partners share these countries’
view.
The TBR W has a long conservation history spanning from the colonial era to
modern day. The zonation as a biosphere reserve makes it possible to promote sus-
tainable transboundary management in order to help reduce poverty in the three
countries’ resident populations.
The region is characterized by (i) great natural and agricultural potential, (ii) a
changing environment as a result of strong migratory pressure, and (iii) the develop-
ment of production systems and the degradation of natural resources. Analysis of
the biodiversity’s evolution indicates that (i) the forest ecosystems are overall in a
good state of conservation, (ii) several vegetation types offer significant potential for
ensuring the preservation of biodiversity, (iii) apart from a number of lists, flora and
fauna diversity remains little-known at a quantitative and qualitative level and in terms
of the connections that govern the elements between them, (iv) the degradation
trends are noticeable despite the consented efforts of the region’s various projects.
Preliminary investigations into the protected areas have revealed that bush fires
and excessive logging constitute the main causes of vegetation degradation, while
36 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

stock farming and agriculture are in third and second place, respectively. The bio-
sphere reserve management plan, should it be successful, could be used as a model
for the sustainable use of natural resources within the context of sustainable local
development, and it would also serve as an integration indicator as advocated by the
Economic Community Of West African States (ECOWAS).
Key words: Transboundary biosphere reserve,W Park, biodiversity conservation,
zonation, West Africa.

1. Introduction
Liés à une population peu dense, les problèmes de dégradation étaient jadis peu impor-
tants en Afrique; puis vint la poussée démographique des dernières décennies. En
effet, 1960, année des indépendances, le continent africain était peuplé de 273 millions
d’habitants, en 1980 ils étaient 460 millions (Déjoux 1988) et les récentes statistiques
établies par les Nations Unies concluent qu’il y avait l’an 2000 de 768 à 864 millions de
personnes en Afrique. A cet essor démographique considérable s’associe une exploita-
tion accrue du milieu naturel, une urbanisation intense et une mutation économique
sans cesse en augmentation.
Plus près de nous en Afrique sahélo-soudanienne, le mouvement latitudinal des iso-
hyètes au cours des quarante dernières années a entraîné une désertification toujours
plus intense et une surexploitation des ressources naturelles menaçant les aires pro-
tégées. La dégradation de l’environnement n’est donc pas un fait nouveau en Afrique.
Elle survient quand les ressources naturelles sont épuisées par les activités humaines.
Mais, alors qu’auparavant elles étaient localisées, les pressions que subissent actuelle-
ment les ressources naturelles en Afrique menacent tout son équilibre écologique. Il
est évident que la sécheresse et la dégradation de l’environnement se complètent et
pourraient devenir irréversible. Face à cette situation quasi mondiale les réserves de
Biosphère de l’UNESCO sont selon la stratégie de Séville (1995), les réponses à l’une des
questions les plus essentielles qui se posent au monde d’aujourd’hui à savoir comment
concilier la conservation de la biodiversité et des ressources biologiques avec leur utili-
sation durable?
La gestion durable des ressources semble donc à l’heure actuelle le thème mobili-
sateur pour appréhender la gamme des enjeux de gestion environnementale auxquels
nous faisons face. Depuis le premier congrès sur les réserves de biosphères à Minsk
(Belarus) en 1983 au deuxième congrès tenu à Séville (Espagne) 1996 en passant par
le quatrième Congrès mondial sur les parcs nationaux et les zones protégées, qui s’est
tenu à Caracas, au Venezuela, en février 1992, d’importantes innovations ont été appor-
tées dans la gestion des réserves de biosphère. De nouvelles méthodologies permettant
d’impliquer tous les partenaires dans les processus de prise de décision et de résolution
des conflits ont été conçus, et une plus grande attention a été accordée à la nécessité
Poda • Belem • Dibloni • Hebie • Ouedraogo 37
Zonage et Gestion Durable : Réserve de RBT du Parc W

d’utiliser des approches régionales. De nouvelles formes de réserves de biosphère se


sont développées, telles les réserves transfrontières. Désormais tant sur le plan local que
mondial, il est possible d’aborder les défis de la gestion des réserves de biosphère sous
l’angle transfrontalier.
Le document aborde l’un des défis sur le zonage du W comme outil de gestion part-
agée et durable des ressources naturelles entre trois pays frontaliers (Bénin, Burkina
Faso, Niger). Il s’agit d’une synthèse bibliographique de divers travaux des auteurs.
Le travail s’est focalisé sur la réalité de la réserve de biosphère transfrontière du W en
matière de zonage.

2. La situation inter-état de conservation du parc W


Les pays francophones d’Afrique de l’Ouest comme le Bénin, le Burkina Faso et le Niger
comptent plusieurs aires protégées, classées pour la plupart dans la période coloniale. Le
cas du parc W qui s’étend dans les parties Nord du Bénin, Est du Burkina Faso et Sud du
Niger revêt une grande particularité de par sa situation inter-état et biogéographique.
Depuis 1926, date à laquelle il a été identifié comme zone de refuge, le Parc National
du W, du point de vue de l’administration coloniale basée à Dakar, constituait une entité
conformément à la législation et réglementation française dans les colonies. L’ensemble
de la zone était très peu peuplée sur le plan humain, elle héberge une biodiversité riche
et variée. Ces atouts ont prévalu à son classement comme réserve totale de faune par
arrêté no. 2606 S.E./F du 14 Avril 1953 et en Parc National le 4 août 1954. La cohérence
de la gestion était assurée par les services administratifs et forestiers au niveau fédéral.
Après les indépendances, cette gestion centralisée régionale (avec un seul responsable
administratif) a fait place à une gestion sectorielle nationale (avec des responsables dans
chaque pays). De tels textes statutaires de conservation existent dans les deux autres
composantes du Niger et du Bénin.
L’instauration d’une collaboration transfrontalière est née d’une initiative conjointe
du Bénin et du Burkina Faso qui disposait de part et d’autre de leur frontière commune
d’un ensemble de parcs et de zones cynégétiques qui constituent le Parc National du W
commun au Niger, Burkina et Bénin, les réserves de Kourtiaga, Arly, Pama et Madjaori
pour le Burkina et le parc national et les zones cynégétiques de la Pendjari et de l’Atakora
pour le Bénin. Cette initiative s’est concrétisée par la signature le 12 juillet 1984, d’un
accord de lutte contre le braconnage auquel le Niger a adhéré en 1986, accord qui entrera
en vigueur le 1er janvier 1986. Les Ministres en charge les aires protégées du Bénin, du
Burkina Faso et du Niger, par leur déclaration faite le 12 Mai 2000 à la Tapoa (Niger) ont
exprimé leur volonté pour l’inscription de la partie Béninoise et Burkinabè du Parc W
et du Parc d’Arly du Burkina Faso dans le réseau International des réserves de Biosphère
du programme MAB de l’UNESCO. Suite à cette déclaration et avec l’appui du Projet
Ecosystème Protégé de l’Afrique Soudanienne et Sahélienne (ECOPASS), et du Centre
National de la Recherche Scientifique et Technologique, le Comité national MAB et la
coordination nationale du Burkina Faso du projet ECOPASS ont conjugué leurs efforts
38 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

pour l’élaboration des deux dossiers de propositions de réserve de biosphère d’Arly et du


W du Burkina Faso.
La propositions du Burkina concernant le W, à l’instar de celle du Bénin et du Niger,
a été examinée à la rencontre régionale de Ougarou les 29 et 30 Mai 2001 avec les experts
du Bénin, du Burkina Faso, du Niger et de l’UNESCO afin d’harmoniser une propo-
sition unique de réserve de biosphère transfrontière réunissant les trois composantes
des trois pays. A cette rencontre a été lancée l’idée de proposer le Parc d’Arly comme
réserve de biosphère, pour envisager la création de réserve biosphère transfrontalière
Arly — Pendjari avec la réserve de biosphère de la Pendjari du Bénin. Par la suite, les
deux propositions du Burkina (W et Arly) ont été examinées lors de l’atelier national
sur les réserves de biosphère tenu les 20 et 21 novembre 2001 à Ouagadougou (Burkina
Faso), à l’occasion du troisième anniversaire du Programme MAB/UNESCO.
Cette volonté politique qu’accompagne une adhésion populaire a permis l’inscription
des deux composantes nationales du W du Bénin et Burkina Faso dans le réseau inter-
nationale des réserves de biosphère aux côtes de la partie du Niger déjà inscrite, faisant
de l’ensemble du W l’une des toutes premières réserve de biosphère transfrontalière
(RBT) en Afrique commune à trois pays (Bénin, Burkina Faso et Niger).

3. Le site du W: un patrimoine biologique et des


écosystèmes offerts à un zonage
La réserve de biosphère transfrontalière (RBT) du W est une composante d’un écosys-
tème transfrontalier à cheval sur 3 pays que sont le Bénin, le Burkina Faso et le Niger. Le
climat est de type soudanien dans le nord et à l’est de la zone de conservation et de type
soudano-guinéen dans le sud et l’ouest de cette zone, avec deux saisons très contrastées:
une saison des pluies surtout concentrée sur les mois de juin à septembre, alternant
avec une saison sèche de 5 à 8 mois selon les zones. On observe une dégradation des
conditions climatiques depuis de nombreuses années. Albergel et al. (1984) cités par
Bonkoungou (1985) ont montré que les moyennes pluviométriques décennales depuis
1920 ont subi un déplacement latitudinal vers le sud. Cette péjoration climatique a pour
conséquence l’accentuation des migrations vers le Sud, de fortes densités de populations
autour du W (Carte no. 2) qui ont engendré des pressions anthropiques importantes
sur les ressources naturelles car les systèmes de productions des cultures vivrières n’ont
pas évolué vers une forme d’utilisation intensive des terres. Ils sont restés extensifs dans
l’ensemble, et le manque des terres à entraîné un raccourcissement des jachères com-
promettant le processus de régénération naturelle de la fertilité des sols. Les effets con-
jugués de la dégradation des conditions climatiques et de la mauvaise gestion des terres
(agriculture extensive, surpâturage, feux de brousse, etc.) ont entraîné des problèmes
graves de désertification mais aussi un sous-développement global et l’accentuation de
la pauvreté en milieu rural.
La région est caractérisée par quatre faits majeurs qui mettent au centre la problé-
matique d’un zonage pour allier la conservation et le développement local soutenu par
des recherches appliquées (Anonyme 1996, Poda 2004): (i) une population de près de
Poda • Belem • Dibloni • Hebie • Ouedraogo 39
Zonage et Gestion Durable : Réserve de RBT du Parc W

500.000 habitants dans les villages riverains de la réserve de biosphère, avec un taux
de croissance élevé, (ii) un front agricole actif, accentué par les cultures de rente qui
explique la saturation foncière précoce, (iii) une forte pression du pastoralisme et de la
transhumance, (iv) une dépendance des populations vis-à-vis des ressources naturelles
des aires protégées, estimée à plus de 80% de leurs besoins et cela de façon disparate
dans les trois pays. Dans ces conditions, la conservation revêt aussi un caractère trans-
frontalier et sa viabilité doit tenir compte des besoins des populations riveraines en
proie à la pauvreté (Actes des rencontres tripartites de la Kompienga et de la Tapoa).
La zone peut être utilisée de façon concertée pour la conservation in situ des res-
sources génétiques (flore et faune) d’espèces rares, endémiques, menacées. Elle peut
également être utilisée pour la réhabilitation et la réintroduction d’espèces végétales à
usages multiples menacées ou disparues. L’un des atouts majeur de la réserve de bio-
sphère proposée est sa grande variété d’habitats s’étendant des cuirasses gréseuses des
plateaux aux plans d’eau des principaux fleuves et rivières. Le relief détermine des pay-
sages diversifiés qui sont des attraits touristiques de cette région.
On distingue sept grands types d’habitats:
• les zones humides (mares, fleuves, rivières) avec prairies aquatiques
• les forêts galeries
• les formations boisées (forêts claires sèches)
• les formations arborées et arbustives
• les formations herbacées graminéennes
• les formations anthropisées (jachères, friches, anciennes vestiges)
• les bowé

3.1 Diversité floristique


La réserve de biosphère du W répond au type de "forêts tropicales sèches" et correspond
au domaine Soudanien. La flore est encore imprécise malgré plusieurs inventaires qui
ont couvert simultanément les trois composantes. Les informations sur les ligneux sont
fragmentaires et les données sur les graminées ne sont pas collectées. Les écosystèmes
sont constitués de 72% pour la savane arbustive, 14% pour la savane arborée, 12% pour la
savane herbeuse et 2% pour la végétation d’altitude (Guinko 1984). Dans les zones limi-
trophes des villages, le taux d’empiètement agricole se situe à des proportions maîtrisa-
bles de 1,5%.

3.2 Diversité faunique


La faune est le principal atout de la zone mais les connaissances restent encore frag-
mentaires. Le seul cours d’eau permanent dans la zone est la rivière Pendjari dont la
faune piscicole est commune à Arly et à la Pendjari. La liste des poissons dans le dossier
indique les données disponibles au niveau des unités de conservations complétées par
des résultats de travaux à des dates différentes. En ce qui concerne l’avifaune le recense-
ment est loin d’être complet. On peut estimer que l’avifaune est relativement abondante.
La grande faune qui attire les touristes compte environ 20 espèces dont trois primates,
40 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

trois grands carnivores (lion, panthère et guépard), treize ongulés dont l’hippopotame
et le buffle, l’éléphant est relativement facile à observer. Les travaux divers indiquent
des densités de certaines espèces ainsi note-on une prédominance du buffle, des hip-
potragues, du bubale, du phacochère, du cob de buffon et du céphalophe. Les informa-
tions disponibles indiquent des densités très faibles pour des espèces inféodées à des
formations ripicoles comme le guib harnaché, le cob redunca et le cob defassa. La petite
faune est relativement abondante.

3.3 Que retenir.


L’analyse de l’évolution de la biodiversité biologique indique que:
• les écosystèmes forestiers sont dans l’ensemble en bon état de conservation,
• plusieurs faciès de végétation offrent de réelles potentialités pour assurer la préserva-
tion de la diversité biologique,
• la diversité floristique et faunique malgré quelques inventaires, demeure méconnue
sur les plans qualitatifs, quantitatifs et des liens qui régissent les éléments entre eux,
• les tendances de dégradations sont perceptibles malgré des efforts consentis par
l’ensemble des acteurs.

4. Le zonage du W: un outil de coopération transfrontière


Le système de gestion utilisé dans les années 50 par l’administration coloniale et celui
des années 60 sont presque les mêmes, car il s’agissait de poursuivre les interdictions, des
opérations de police forestière et cynégétique, la lutte contre les prélèvements illégaux
et l’aménagement de l’écosystème tout en favorisant la valorisation par le tourisme. Le
besoin de collaboration, de concertation et de coopération a été handicapé par l’absence
de système de communication et de prise de décision concertée, les faiblesses institu-
tionnelles et organisationnelles, l’absence de prise en compte de la gestion transfron-
talière dans les politiques environnementales nationales. Au vu des limites existantes
dans la gestion nationales, des orientations ont été définies dans le cadre du programme
régional financé par l’Union Européenne ECOPASSS. Cette une grande opportunité
a permis un zonage transfrontière car l’approche régionale de zonage apporterait une
valeur ajoutée par rapport à la gestion nationale en matière de conservation des aires
protégées et d’utilisation durable des ressources naturelles.
La proposition de zonage est basée sur les besoins de conservation de la faune
(grande et petite, terrestre et aquatique), des écosystèmes et des réalités de développe-
ment socio-économique en cours (GRAD 2004, SECA et BERLI 2003). Le zonage con-
sensuel a été défini en 2001 lors de l’atelier régional de Ougarou (Burkina Faso) entre
les responsables politiques et les experts dont les comités MAB des trois pays et du
représentant de l’UNESCO Paris. Il se présente ainsi qu’il suit (Carte 1):
L’aire centrale comprend les trois composantes parcs nationaux W des trois pays (i) le
Parc National W du Bénin classé par arrête 6009 /S/ET du 4 août 1954 avec une super-
ficie de 5 020 km2, (ii) le Parc National W du Burkina Faso classé d’abord par arrêté no.
Poda • Belem • Dibloni • Hebie • Ouedraogo 41
Zonage et Gestion Durable : Réserve de RBT du Parc W

2606/SE/F du 14 avril 1953 comme réserve totale de faune et érigée en Parc National
dans ses limites actuelles par Décret du 4 août 1954 avec une superficie de 2 350 km2, (iii)
le Parc National W du Niger classé par arrête 6009 /S/ET du 4 août 1954 avec une super-
ficie de 2 200 km2. L’aire centrale transfrontière ainsi constituée prend compte tous les
types d’écosystèmes y compris le cours d’eau Pendjari frontalier. De par son statut de
classement dont elle est héritière, l’aire centrale bénéficie d’une protection intégrale sans
aucun habitat humain permanent à l’intérieur de ses limites. Cette zone centrale se prête
aux fonctions de conservation, surveillance écologique, recherche scientifique.

L’aire centrale

La zone tampon

L’aire de transition
Carte 1

La zone tampon comprend les zones cynégétiques ou concessions de chasse sportive


adjacentes au Parc National Transfrontalier du W. Elle est constituée (i) au Bénin par
les trois zones cynégétiques de la Pendjari (1800 km2), de l’Atacora (1750 km2) et de
la Djona (1150 km2) érigée en 1961 pour le premier et en 1959 pour les deux derniers,
(ii) au Burkina Faso par la réserve partielle de faune de la Kourtiagou ou de Kondio
(510 km2), des zones de chasse de Tapoa Djerma (300 km2) et de Koakrana (300 km2),
les textes juridiques régissant les aires de la zone tampon sont notamment l’Arrêté no.
1615 du5 /4/1957 portant délimitation et fixant le régime de la réserve partielle de faune
de la Kourtiagou; le Décret no. 98–305/PRES/PM/MEE/MEF/MTT du 15 avril 1998
portant réglementation des concessions de gestion de la faune et des activités de con-
cessionnaire et de guide (iii) au Niger par la réserve totale de Tamou (778 km2) et la
réserve de Dosso (3 065 km2) classée respectivement par les décrets no. 76–141/PCMS/
MDR du 12 août 1976 et no. 62–189/PRN/MER du 8 août 1962. Cet ensemble de zones
42 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

tampons transfrontalières constituant des zones d’exploitation contrôlées, les princi-


paux acteurs intervenant actuellement dans ces zones pourront mettre en œuvre les
plans d’aménagement et de gestion spécifique visant principalement la mise en valeur
de l’ensemble des ressources.
L’aire de transition correspond aux espaces les plus anthropisés (agriculture,
élevage) s’étendant depuis la limite extérieure de la zone tampon sur un rayon de plu-
sieurs dizaines de kilomètres au niveau des trois pays. Il faut noter que les zones vil-
lageoises d’intérêt cynégétique à la périphérie des concessions de chasse sportive font
partie intégrante de cette aire de transition. Elle englobe les terroirs villageois où sont
conduites des activités agro-sylvo-pastorales (zones villageoises d’intérêt cynégétiques
directement gérées par les populations, gestion des terroirs, etc). Toutefois avec la forte
promotion de la culture du coton, les besoins d’espace culturaux poussent les popu-
lations vers les zones de transitions. La zone de transition devra recevoir en priorité
les actions de développement économique et social ainsi que les actions de réhabilita-
tion de ressources et d’écosystèmes à initier dans le cadre de la réserve de la biosphère
transfrontière.
Comme partout dans la zone soudano sahélienne, l’utilisation durable des ressources
naturelles est conflictuels au sein des populations (agriculteurs et éleveurs, migrants et
sédentaires), entre les populations prises globalement et les autorités locales (gestion-
naires, coutumiers, politiques) et mondiales (conventions internationales, il est aussi
complémentaire entre ces mêmes acteurs. Aussi l’approche de gestion de la RBT en par-
ticulier des interventions du programme ECOPASS en périphérie vise t-elle la stabilisa-
tion dans l’espace et dans le temps des systèmes de production en périphérie (agricoles
et pastoraux), en respectant l’intégrité des limites et des fonctions de chaque zone.

5. Prendre en compte les interactions des parties en


présence
Les populations riveraines composées essentiellement de Gourmantchés (ethnie major-
itaire), Peulhs, Haoussa et Djerma sont des agropasteurs. Les principales spéculations
sont les cultures céréalières (petit mil, sorgho) et récemment des cultures de rente
(arachides, coton). La culture maraîchère concerne les spéculations comme la pomme
de terre, les légumes divers. Les espèces animales élevées sont entre autres les bœufs,
montons, chèvres, ânes, etc. L’artisanat et le commerce sont peu développés; cependant,
la proximité des frontières favorise une certaine contrebande, et divers articles sont con-
cernés tels que les pneus de vélos, les piles, certaines boissons alcoolisée.
Diverses formes d’interaction existent entre les populations riveraines et la forêt
(Poda 2004) (carte 2):
1. Les forêts et les cours d’eau représentent une certaine divinité pour les villages
environnants et leur servent de lieux de sacrifices: beaucoup de rites et coutumes
(fétiches, cérémonies diverses) y sont consacrés, il existent toujours des vestiges des
Poda • Belem • Dibloni • Hebie • Ouedraogo 43
Zonage et Gestion Durable : Réserve de RBT du Parc W

Carte 2
44 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

anciens villages de la période d’avant le classement auxquels les populations restent


attachés.
2. La forêt est une source d’appoint en nourriture, l’exercice du droit d’usage (ramassage
de fruits, de champignons, de feuilles pour la sauce, de plantes médicinales, la pêche)
fournit beaucoup d’éléments indispensables à la vie quotidienne des populations.
Les habitants agriculteurs bénéficient du micro-climat de la zone qui se répercute
favorablement sur les cultures pluviales, et les éleveurs bénéficient du pâturage dans
les zones d’influence.
3. Une particularité botanique de la région du W, est la présence de très importants
peuplements de baobabs (Adansonia digitata). Ceux-ci sont généralement situés sur
les parties élevées du plateau, dans des zones de savane boisée. Ces peuplements de
baobabs sont généralement associés à des ruines de villages fortifiés. En raison de
son utilisation importante dans l’économie humaine (fruits, feuilles, fibres) on peut
penser que ces concentrations d’arbres (qui sont souvent monospécifiques) sont le
résultat d’une action anthropique ancienne. Les anciens habitants de ces zones ayant
favorisé la germination et le développement de cette essence utile.
4. L’implication des communautés locales à la gestion de la réserve de la biosphère
proposée va leur procurer directement et indirectement des revenus et avantages
considérables au titre desquels on peut citer:
• la valorisation des zones villageoises d’intérêts cynégétique par l’instauration d’un
système d’amodiation de ces zones entre le concessionnaire et les populations;
• la remise à titre gratuit de la viande de gibier issue de la chasse des touristes aux
populations riveraines. Cette viande est vendue au profit de la caisse de chaque
comité villageois de gestion de la faune;
• le reversement d’un pourcentage selon les pays de la taxe annuelle de gestion de
la concession au profit des populations.
Ces différentes sources de revenus issus de la gestion de la réserve de biosphère
proposée permettent à certains comités villageois de gestion de la faune d’engendrer
d’importantes sommes d’argents par saison cynégétique. Ces fonds sont générale-
ment investis dans des activités sociales profitant à l’ensemble du village (réparation
de la pompe d’un forage du village, réfection de la toiture du dispensaire ou de la
maternité etc.).
5. Le tourisme (beauté des paysages, diversités des ressources biologiques) est un
moyen permettant de valoriser les potentialités culturelles de la zone (organisation
de soirées culturelles, visites de sites et monuments significatifs, etc.). En effet, la
zone est le siège d’une danse traditionnelle de force reconnue sur le plan national.
Une autre spécificité de la zone est la pratique de divination basée sur la géomancie
(interprétation de signes tracés dans du sable). Cette pratique permet de prédire
le sort sur un individu ou un événement. Ainsi des contributions significatives en
natures et/ou en espèces sont enregistrées de la part les relations touristiques au
profit des populations locales (soutien aux écoles et formations sanitaires).
6. Les autorités administratives, politiques et coutumières de la région sont très atta-
chées à l’acte de classement. Les jeunes générations qui n’ont pas vécu l’acte de
Poda • Belem • Dibloni • Hebie • Ouedraogo 45
Zonage et Gestion Durable : Réserve de RBT du Parc W

classement de la forêt, l’apprennent de bouche à oreille; les anciens leur montrent les
limites et les bornes de la forêt et leur indiquent aussi leurs droits et devoirs vis à vis
de la zone classée; cet esprit à permis de développer un sentiment de responsabilité
collective des populations vis à vis de la protection de la forêt.
Tous les acteurs ont souhaité que la réserve de la biosphère transfrontalière du W soit
une réalité et que soit soutenu l’esprit de sauvegarde des ressources naturelles au service
du développement à cette époque où l’agressivité climatique et les pressions humaines
sur l’environnement s’amplifient. Ce constat montre que la coopération au niveau local
est de plus en plus souhaitée pour une bonne gestion des ressources à travers le zonage.
C’est un cadre idéal pour la mise en œuvre du zonage qui allie les politiques nationales
de gestion traditionnelle et moderne des aires fauniques. Toutefois cette opportunité ne
saurait pas durer si des actions soutenues de développement dans la périphérie ne sont
pas durables et ne prennent pas en compte les différentes composantes de la population
riveraine.

6. La nécessité d’une vision intégratrice et durable des


ressources
Au delà des conditions naturelles de dégradations, les pressions anthropiques constit-
uent des contraintes majeures qui devraient trouver des réponses dans le zonage. Si
dans la zone centrale de la RBT on ne déplore pas d’occupation humaine permanente,
la situation est différente pour la zone tampon et l’aire de transition en particulier par
la pression agricole. Les dernières observations indiquent une succession de nouveaux
champs fraîchement défrichés ou en cours de défrichement tout autour de la zone. En
outre la zone périphérique est caractérisée par (Carte 2) (i) une forte densité de pop-
ulations de près de 500 000 habitants avec un taux de croissance très élevé, (ii) une
saturation foncière avec un front agricole actif accentué par les cultures de rente en
particulier le coton, (iii) une forte pression du pastoralisme et de la transhumance, (iv)
une dépendance accentuée des populations vis-à-vis des ressources naturelles des aires
protégées, estimée à plus de 80% de leurs besoins.
En dépit du zonage consensuel, il existe une vision nationale de chaque portion du
W dont la gestion des aires protégées est comprise à travers la protection par la sur-
veillance, l’aménagement, la valorisation et la reconnaissance des droits des riverains
à partir des textes réglementaires nationaux. L’attachement à une vision ancienne des
parcs nationaux (caractère paramilitaire des agents des eaux et forêts en première ligne)
va à l’encontre de l’approche de développement régional et participatif. La persistance
des rancoeurs au sein des populations du fait des méthodes d’interventions de l’époque
coloniale sont parfois entretenues voir amplifiées par certaines promesses électoraliste
de déclassement ou d’aménagement.
La gestion transfrontalière qui complète la gestion nationale sur laquelle elle se
base nécessite des mesures concertées, acceptées et coordonnées entre les parties pre-
nantes sur tous les plans: contrôle et surveillance, aménagement, collecte et diffusion de
l’information, éducation et sensibilisation des populations. Le caractère transfrontalier
46 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

que revêt la Réserve de Biosphère Transfrontière du W entre le Bénin, le Burkina Faso


et le Niger, donne les bases pour des échanges régionaux en matière de conservation et
d’utilisation durable des ressources naturelles. Le caractère pionnier de cet aspect trans-
frontalier en Afrique, ouvre à des échanges au niveau régional et mondial. C’est là que le
concept de réserve de biosphère transfrontière trouve son sens.
Malgré les efforts réalisés dans l’ensemble du W, les trois pays ont besoin d’une har-
monisation du cadre institutionnel et juridique telle le cadre de Réserve de Biosphère
Transfrontière qui prend en compte la gestion intégrée et participative des ressources
communes transfrontières; cela pourrait être facilité par leur appartenance commune
aux organisations communes d’intégrations à caractère politique économique et
social comme la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union
Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). En particulier le traité de créa-
tion en 1994 de l’UEMOA a fait de l’amélioration de l’environnement un des domaines
prioritaires d’actions communes. Il y est mentionné « le caractère transfrontalier de la
plupart des problèmes environnementaux, et les moyens limités des Etats, pris indi-
viduellement, pour y faire face », et estime qu’une « approche régionale de la gestion
des ressources naturelles et de l’environnement permettra de renforcer les capacités
d’intervention des Etats membres (…), si des objectifs communs sont fixés et les stra-
tégies pour les atteindre définies ensemble, dans un cadre concerté ».
Il faut aussi que les organisations internationales telle que l’UICN et l’UNESCO très
présentes dans la zone regardent dans la même direction ce qui n’est pas toujours le cas
en matière de stratégies de conservation (stratégie de Séville sur les réserves de bio-
sphères UNESCO 1996, recommandations du Vème Congrès mondiale sur les parcs de
l’UICN Durban, Afrique 2003). L’adhésion à des statuts et conventions internationaux
en particulier le concept de réserve de biosphère, la convention de Ramsar sur les zones
humides, la convention du patrimoine mondiale, la CITES (Washington 1973) sur le
commerce international des espèces en péril, la convention de Bonn 1979 sur les espèces
migratrices sauvages, les projets bilatéraux affichent chacun son particularisme qui nuit
à une approche intégrée de conservation et de développement.
La volonté de promouvoir le complexe W-Arly-Pendjari (WAP) lors rencontres tri-
parties Bénin, Burkina Faso, Niger au niveau ministériel et des techniciens s’est ren-
forcé avec la mise en œuvre du Projet Ecosystème Protégé de l’Afrique Soudanienne
et Sahélienne (ECOPASSS). Il faut encourager cette dynamique dans le cadre des stra-
tégies nationales et internationales de conservations basées sur le développement et la
gestion partagée des ressources. La RBT du W avec le zonage fournit le contexte idéal
pour l’utilisation et la conservation des ressources naturelles du complexe WAP prélude
à une intégration de tous les outils de développement de toute l’espace WAP (Bénin,
Burkina Faso, Niger).

7. Conclusion
La gestion combinée de la réserve de biosphère transfrontière du W dans le cadre des
programmes de développement locaux des terroirs et de la décentralisation en cours au
Poda • Belem • Dibloni • Hebie • Ouedraogo 47
Zonage et Gestion Durable : Réserve de RBT du Parc W

Bénin, Burkina Faso et Niger, prend en compte le zonage et le caractère transfrontalier


de la réserve de biosphère du W. Cette gestion combinée si elle réussissait servirait de
modèle pour sauvegarder les ressources biologiques et les écosystèmes menacés. De ce
point de vu la réserve de la biosphère transfrontière augmente les chances de succès du
programme de développement régional intégrée et partagée entre trois pays.
Dans le cadre de la mise de la mise en œuvre des différentes fonctions d’une réserve
de biosphère transfrontière, le programme l’Homme et la Biosphère de l’UNESCO n’est
pas seule pour une gestion transfrontalière, l’Union Mondiale pour la Nature (UICN)
accompagne depuis 1998 le Bénin, Burkina Faso et le Niger dans une démarche sous
régional de conservation.
L’approche commune de tous les acteurs (développement, recherche, partenaires
financiers) pourra concilier la conservation de la biodiversité et des ressources naturelles
avec leur utilisation durable au bénéfice du développement global du WAP. Dans
cette optique, il serait donc possible d’avoir une planification transfrontière prenant
en compte tous les compartiments (eau, sol, faune, flore, habitat, paysage) et tous les
acteurs en particulier les intérêts nationaux des états, les concessionnaires plus orientés
vers la rentabilité, les populations riveraines premiers garant de la conservation et qui
attendent en retour des retombées substantielles, les conventions internationales qui
expriment la globalisation de la conservation.

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Région des Vignobles du Cap
A Sustainable Development Model for the Wine Lands of the Western
Cape: A Case Study of the Cape Winelands Biosphere Reserve

RUIDA POOL-STANVLIET1 • JAN H. GILIOMEE 2

“Il n’existe rien de plus difficile …que de prendre la tête dans l’introduction d’un nouvel
ordre des choses.”— (Niccolo Machiavelli, 16ème siècle)

Résumé
La réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap dans la province du Cap occi-
dental en Afrique du Sud a été classée par l’UNESCO en 2007 aux termes de son pro-
gramme Homme et Biosphère. Cette région aux panoramas exceptionnels surplombe
les Montagnes du Cap Fold et héberge des villes, petits villages, communautés rurales,
vignobles, forêts commerciales et zones protégées de végétation de Fynbos. La réserve
de biosphère est clairement délimitée en zones centrales, tampons et de transition.
La réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap est gérée par une
société privée en collaboration avec les intervenants correspondants. Elle vise à
aborder de manière équitable l’ensemble des trois fonctions d’une réserve de bio-
sphère en portant une attention particulière sur l’élévation sociale et le développe-
ment durable. La réserve de biosphère a esquissé un plan-cadre spatial, basé sur
les principes de planification biorégionale et définissant les principes directeurs de
l’aménagement pour la gestion future de l’exploitation des terres.
Ce document porte sur l’établissement de l’entité de gestion de la réserve de
biosphère de la région des vignobles du Cap (CWBR) ainsi que sur les enjeux et
les résultats positifs liés à la réserve de biosphère. Par l’application de méthodes de
recherche sociale, l’efficacité de la CWBR a été abordée de manière à pouvoir faire
une comparaison avec d’autres réserves de biosphère dans le pays. L’argument est
avancé pour l’utilisation du concept de réserve de biosphère, non seulement en tant

1 Auteur correspondant · Scientific Services, CapeNature, Private Bag X 5014, Stellenbosch, 7599, Afrique
du Sud · E-mail: rstanvliet@[Link]
2 Department of Botany and Zoology, University of Stellenbosch, Stellenbosch, 7602, Afrique du Sud ·
E-mail: jhg@[Link]
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Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

que mécanisme de soutien à la stratégie d’expansion des zones protégées en Afrique


du Sud mais également en tant qu’outil de gestion socio-écologique des terres.
Mots-cles: Réserve de biosphère; efficacité; entité de gestion; paysage; planification
biorégionale; recherche sociale

Abstract
The Cape Winelands Biosphere Reserve in the Western Cape Province of South
Africa has been designated by UNESCO in 2007 in terms of its Man and the Biosphere
Programme. This scenically beautiful area slopes over the Cape Fold Mountains and
includes towns, smaller settlements, rural communities, wine farms, commercial
forests and protected areas with Fynbos vegetation. The biosphere reserve is clearly
delimited into core, buffer and transition areas.
The Cape Winelands Biosphere Reserve is managed by a private company in col-
laboration with relevant stakeholders. It aims to equally address all three functions of a
biosphere reserve with a focus on social upliftment and sustainable development. The
biosphere reserve has drafted a spatial framework plan, based on bioregional planning
principles, that provides detailed spatial guidance for future land-use management.
This paper discusses the establishment of the Cape Winelands Biosphere Reserve
(CWBR) management entity, as well as the challenges and positive outcomes linked to
the biosphere reserve. Through the application of social research methods, the effec-
tiveness of the CWBR has been addressed in such a way that it could be compared to
other biosphere reserves in the country.A case is made for use of the biosphere reserve
concept, not only as a support mechanism to the South African protected areas expan-
sion strategy, but also as a sustainable socio-ecological land management tool.
Keywords: biosphere reserve; effectiveness; management entity; landscape; biore-
gional planning; social research

1. Introduction
A seulement 40 km à l’intérieur de la ville du Cap se trouve l’une des plus belles régions
du monde: celle des vignobles du Cap. En 2007, une bande de plus de 300 000 hectares
a été classée par l’UNESCO en tant que Réserve de biosphère de la région des vignobles
du Cap (CWBR) et fait maintenant partie du réseau mondial de réserves de biosphère.
La CWBR est située à l’intérieur de la Région florale du Cap, considérée comme l’un
des points chauds pour la conservation de la biodiversité dans le monde. La réserve de
biosphère est délimitée en zones centrales de 99 459 ha, zones-tampons de 133 844 ha et
zones de transition de 88 727 ha.
Le document de nomination a clairement noté que la CWBR sera promue comme site
d’excellence en vue de soutenir la durabilité environnementale et le bien-être humain. Il
est donc stipulé que la CWBR devra soutenir le développement de la région des vigno-
bles du Cap en tant que “région d’excellence et par l’application de bonnes pratiques pour
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Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap

les populations, la culture et la nature”. L’activité principale de l’entité de gestion telle que
décrite dans les Statuts est “de continuer la promotion, l’avancement et l’exécution des trois
fonctions fondamentales d’une réserve de biosphère”. Ces fonctions sont la conservation
de la biodiversité, le développement durable et le soutien logistique.
La réserve de biosphère est gérée par une société privée sans capital-actions, incor-
porée aux termes de la section 21 de la loi sud-africaine sur les sociétés en relation étroite
avec les départements gouvernementaux, les autorités locales, les propriétaires fon-
ciers et les communautés. Un plan-cadre spatial a été approuvé, et un cadre de gestion
intégrée est en cours d’élaboration, et la réserve de biosphère entend mettre en œuvre un
modèle de développement durable pour la région.
La valeur de l’utilisation d’un concept de réserve de biosphère repose sur sa capacité à
s’étendre entièrement au-delà de la biodiversité en donnant une priorité égale aux questions
socio-économiques. La valeur intrinsèque du concept de réserve de biosphère est réalisée
par le biais de la CWBR. Bien qu’encore à ses débuts, la CWBR en tant que concept offre
le potentiel de devenir un outil de planification bien géré, pluridisciplinaire qui guidera les
décisions futures d’aménagement du territoire en soutien au développement durable.

2. Description du domaine de la réserve de biosphère de


la région des vignobles du Cap

Figure 1: Localisation de la Réserve de biosphère de la région des vignobles


du Cap en Afrique du Sud
(Credit: Dennis Moss Partnership, Stellenbosch)
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Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

La CWBR couvre une superficie de 322 030 hectares dans la province du Cap occi-
dental, limitrophe à la ville du Cap, dans la partie extrême sud-ouest de l’Afrique du Sud
(Figure 1).
Cette région à la beauté exceptionnelle se caractérise par ses pentes traversant des
altitudes de 20 à 1 860 m au-dessus du niveau de la mer. Elle présente une diversité épou-
stouflante en termes géographiques, biologiques et culturels avec ses hautes montagnes
de Cape Fold, ses vallées à gorges profondes, ses collines ondulantes, ses forêts commer-
ciales, ses caves à vins de renommée mondiale, ses petites exploitations agricoles et ses
villes historiques magnifiques (Figure 2). La CWBR partage une frontière au sud avec la
réserve de biosphère de Kogelberg et est située à proximité proche de celle de la côte du
Cap occidental, à l’ouest.

Figure 2: Beauté des paysages du la Réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap
(Credit: Dennis Moss Partnership, Stellenbosch)
La réserve de biosphère est délimitée en zones centrales de 99 459 ha (31% de la zone
totale), zones-tampons de 133 844 ha (42%) et zones de transition de 88 727 ha (27%)
(Figure 3). Les zones centrales englobent les réserves naturelles provinciales préservées
par la règlementation, les réserves naturelles de l’autorité locale et une réserve naturelle
privée. 93% des zones centrales sont gérés par une seule institution, à savoir le Western
Cape Nature Conservation Board (CapeNature). La plus grande partie de la zone cen-
trale est située le long des pentes de chaînes de montagnes élevées. Certaines parties de la
zone centrale font partie du site du patrimoine mondial de zones protégées de la région
du Cap floral. Cette nomination faisait partie d’une série d’autres nominations et le site
a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial en 2004. Il se compose de huit zones
protégées couvrant 553 000 hectares. L’une de ces zones protégées est appelée le Boland
Mountain Complex. Elle comprend, entre autres, les réserves naturelles de Hottentots
Holland, Jonkershoek et Limietberg, qui font toutes parties des zones centrales de la
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Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap

Figure 3: Zonage de la Réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap


(Credit: Dennis Moss Partnership, Stellenbosch)
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Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

CWBR. Les zones-tampons sont composées principalement de zones naturelles enreg-


istrées comme réserves naturelles privées ou incluses dans des Fonds de conservation
privés. Certaines zones privées de torrents de montagnes (déclarées aux termes de la
loi sur les torrents de montagnes de 1970), gérées par CapeNature, sont incluses dans
les zones-tampons. Les zones de transition sont constituées principalement de terres
urbaines, cultivées ou transformées.
La CWBR se situe à l’intérieur de la région florale du Cap (CFR) qui est considérée
comme un point chaud pour la conservation de la biodiversité dans le monde (Myers et
al. 2000). 68% des espèces au sein de la CFR sont endémiques à la région (Cowling &
Holmes 1992). La CFR est composée de tous les types de végétation de la zone, connue
sous le nom de Biome de Fynbos et le plus souvent surnommée ‘Fynbos’ (Rebelo et
al. 2006). La zone de la CWBR comprend plusieurs types de végétation différents, y
compris des fynbos de grès, de schiste, d’alluvions, schiste Renosterveld, de granit et
granit Renosterveld (Mucina & Rutherford 2006).
La CWBR se distingue par un grand nombre de caractéristiques exceptionnelles. Elle
contribue énormément à la conservation d’une grande partie du Fynbos d’importance
globale et de ses éléments biotiques et abiotiques associés. Les zones centrales, compo-
sées de paysages naturels purs forment un corridor continu de biodiversité, s’étendant
du nord au sud par la réserve de biosphère et se connectant avec les zones montag-
neuses de la réserve de biosphère de Kogelberg. De ce fait, le fonctionnement des
processus d’écosystèmes précieux est assuré ainsi que la préservation de l’habitat des
grands mammifères comme le Léopard du Cap, (Panthera pardus), menacé de dispa-
rition. Une liste impressionnante d’espèces végétales peut être trouvée dans la CBWR
y compris les représentants de trois éléments principaux du Fynbos: l’éricoïde, le res-
tioïde et le protéoïde. Un habitat sûr est à la disposition d’un certain nombre d’espèces
comme la ‘blushing bride’ (Serruria florida), la diastella buekii, la moraea worcesterensis,
l’Haemanthus pumilio et le gladiolus citrinus (entre autres). La zone accueille également
une large variété d’oiseaux. Parmi les plus remarquables, on peut noter le Grand-duc
du Cap (Bubo capensis), l’aigle pêcheur d’Afrique ou Vocifère (Haliaeetus vocifer), l’aigle
noir (Aquila verreauxii), le Souïmanga malachite (Nectarinia famosa), la grue de paradis
(Anthropoides paradisea), le promérops du Cap (Promerops cafer) et la buse rounoir
(Buteo rufofuscus).
Un nombre important de reptiles et d’amphibiens sont présents dans la CWBR
comme la tortue géométrique menacée ( Psammobates geometricus), figurant sur la liste
des 25 tortues menacées de disparition dans le monde (Coalition sur la conservation des
tortues 2011). En outre, quelques espèces de papillons et de poissons endémiques men-
acées sont présentes dans la CWBR. Parmi les poissons se trouvent le Witvis ou poisson
blanc (Barbus andrewii) de la Berg River et la perche de Berg River (Pseudobarbus burgi),
menacés d’extinction, trouvés uniquement sur les affluents de Berg River (Skelton 1993).
Des corridors écologiques ont été identifiés, principalement le long des cours des
grands fleuves, reliant les zones centrales aux zones-tampons et permettant un mouve-
ment génétique au sein des écosystèmes.
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Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap

La région était habitée il y a environ 1 million d’années par les ancêtres des San, la
première population indigène connue. En 1652, les Européens ont colonisé les environs
du Cap de Bonne Espérance pour que les navires fassent escale. Le premier village à être
établi hors de la ville du Cap était Stellenbosch lorsque le gouverneur Simon van der
Stel attribua plusieurs fermes sur les rives d’un fleuve qu’il avait traversé et surnommé
à juste titre Eerste River (traduit par: Premier fleuve). A la fin du XIXème siècle, les
villes principales et villages de la CWBR étaient implantés y compris Stellenbosch,
Paarl, Wellington et Franschhoek. L’histoire riche des 330 dernières années est palpable
lorsqu’on se promène dans les rues de ces villes aux bâtiments historiques magnifique-
ment préservés et se dressant à tous les coins de rues. Stellenbosch, Paarl et Wellington
sont les villes les plus peuplées de la CWBR. La population totale permanente de la zone
de la réserve de biosphère s’élève à environ 320 000 habitants. Seulement 35% de la popu-
lation est employée et un pourcentage stupéfiant de 54% n’a aucun revenu (Municipalité
provinciale de la région des vignobles du Cap 2007). Ces chiffres démontrent clairement
qu’un fort pourcentage de la population de la CWBR vit dans une pauvreté abjecte, un
défi majeur auxquelles les administrations doivent faire face y compris l’entité de gestion
de la réserve de biosphère.
Comme son nom l’implique, la région des vignobles est aussi probablement la plus
célèbre pour ses routes des vins spectaculaires. La route des vins de Stellenbosch est la
plus ancienne route des vins en Afrique du Sud et propose une merveilleuse expérience
viticole. Elle se divise en cinq sous-routes et comprend plus de 200 producteurs de vins
et vignerons. Le secteur agricole est donc l’un des principaux fournisseurs d’emplois.
L’Université de Stellenbosch est la deuxième plus ancienne université dans le pays
et accueille quelque 22 000 étudiants. Avec trois réserves de biosphère à sa porte,
l’université s’implique de plus en plus dans des projets de recherche liés au concept de
réserve de biosphère et utilise les réserves de biosphère comme sites d’études.
La région est reconnue mondialement pour ses styles architecturaux vernaculaires
y compris Early Cape et Cape Dutch. Le Musée du village de Stellenbosch héberge la
plus vieille maison de ville restaurée du pays: la Schreuderhuis. De nombreux exemples
excellents de propriétés du Cape Dutch parsèment la CWBR ainsi que des bâtiments
restaurés avec grandeur d’autres ères comme l’ère des Georgiens, des Edwardiens et des
Victoriens.
De grands réservoirs, remplis par les eaux limpides des diverses chaînes de mon-
tagnes, desservent les zones peuplées à l’intérieur et à l’extérieur de la CWBR. Le ruis-
sellement de l’eau dans les torrents du Fynbos est parmi le plus fort d’Afrique du Sud.
L’approvisionnement en eau potable est l’un des services majeurs de l’écosystème de la
réserve de biosphère. Et pourtant, les changements dans les modèles d’utilisation des
terres pourraient avoir un effet préjudiciable important sur ce service.
Le document de nomination de la CWBR a été rédigé de manière à placer la réserve
de biosphère comme une entité permettant de faciliter le développement durable qui
servirait de mécanisme de lutte contre la pauvreté et l’inégalité. Il a été stipulé que l’entité
de gestion de la réserve de biosphère “opèrera sous les auspices de la municipalité provin-
ciale et devra rendre compte à cette dernière” (Municipalité provinciale de la région des
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Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

vignobles du Cap 2007). Il était prévu que l’entité de gestion soit finalement enregistrée
en tant que société à but non lucratif.
Le document de nomination stipulait clairement que la CWBR sera promue comme
un site d’excellence pour soutenir la durabilité environnementale et le bien-être humain.
Ainsi, il est stipulé que la CWBR doit soutenir le développement de la région des vigno-
bles du Cap en tant que “zone d’excellence par l’application de bonnes pratiques pour les
populations, la culture et la nature” (Municipalité provinciale de la région des vignobles
du Cap 2007). L’activité principale de l’entité de gestion telle que décrite dans les Statuts
est “de continuer la promotion, l’avancement et l’exécution des trois fonctions fondamen-
tales d’une réserve de biosphère”. Ces fonctions spécifiques sont la conservation de la
diversité biologique; le développement durable et le soutien logistique comprenant la
recherche, l’éducation et la formation.

3. Début de la réserve de biosphère de la région des


vignobles du Cap
En 1990, l’administration alors appelée la Direction pour la conservation de la nature et
de l’environnement de la province du Cap occidental (aujourd’hui connue sous le nom
de CapeNature) a élaboré un document sur un projet de stratégie de conservation holis-
tique pour l’ensemble du biome de Fynbos (Burgers et al. 1990). Ce document encour-
ageait l’établissement d’une réserve de biosphère pour le Biome de Fynbos qui pourrait
être perçue comme ‘une réserve de biosphère de regroupement’ (Stanvliet et al. 2004) et
lançait les délibérations à grande échelle concernant l’utilisation du programme MAB et
la mise en œuvre des réserves de biosphère. Les zones centrales de ce qui deviendra plus
tard la Réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap étaient déjà illustrées sur
la carte accompagnant le document (Stanvliet 2009).
En mai 2000, le premier séminaire de formation sur la réserve de biosphère en Afrique
australe s’est tenu au Poste de recherche Hans Hoheizen du Southern African Wildlife
College au Parc national Kruger. Dans un rapport sur ce séminaire, présenté pendant la
réunion internationale d’experts de Seville+5 à Pamplona en Espagne se déroulant plus
tard cette année-là, il était fait mention de la réserve appelée ‘Réserve de biosphère de
Boland’ (zone similaire à la CWBR) (Naude 2001). L’idée d’une réserve de biosphère
remontait à 1998 avec la municipalité et l’université de Stellenbosch et était inscrite dans
le plan de structure de Stellenbosch (Moss 2009). Le nom correspondait à la fusion de
la région alors appelée ‘Breede River District’ et celle de ‘Winelands District’ donnant
le nom de Boland District au cours de la période précédant les élections nationales de
l’an 2000 (Johnson 2010). Depuis 2002, l’idée de Réserve de biosphère de Boland a été
promue par les municipalités et la documentation a été produite concernant un projet
de ‘réserve de biosphère de Boland’. En juin 2005, l’ex-maire exécutif de la municipalité
provinciale de la région des vignobles du Cap et autres représentants se sont rendus à
l’UNESCO à Paris, France afin de discuter des aspects essentiels du projet de réserve de
biosphère. Vers la fin 2005, pendant un processus consultatif, la décision a été prise pour
le nom de Cape Winelands Biosphere Reserve (Réserve de biosphère de la région des
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Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap

vignobles du Cap). Au cours d’une réunion du conseil de la municipalité provinciale en


août 2005, une résolution a été prise pour “la recherche du soutien de tous les intervenants
en vue de l’établissement d’une réserve de biosphère.”
Les limites extérieures de la CWBR correspondent aux biorégions conformément aux
directives de planification biorégionale de la province du Cap occidental (Département
du Plan, du gouvernement local et du Logement 2000). Au niveau de l’administration
locale, la CWBR comprend la zone entière de la municipalité de Stellenbosch ainsi
que des sections des municipalités de Drakenstein, Breede Valley, Witzenberg et
Theewaterskloof. Le défenseur est la municipalité provinciale de la région des vignobles
du Cap. Cette dernière avait prévu que la gestion de la réserve de biosphère ne devienne
pas une responsabilité à l’avenir ou un soi-disant “supplément facultatif ” mais qu’elle
ferait éventuellement partie intégrante des fonctions municipales. Cette notion a mené
au principe généralement accepté que les responsabilités des municipalités par rapport
à celles de l’entité de gestion de la réserve de biosphère soient très clairement définies.
Une équipe de consultants a été nommée et financée par la municipalité provin-
ciale pour compiler la nomination officielle à l’UNESCO. Le processus comprenait un
processus de participation importante du public, surtout orienté vers les propriétaires
fonciers privés en vue d’obtenir un soutien grandissant pour la réserve de biosphère. La
nomination très détaillée et plutôt longue fut bien reçue par l’UNESCO et a éventuelle-
ment abouti au classement de la CWBR en septembre 2007.

4. Mise en place de la réserve de biosphère de la région


des vignobles du Cap
4.1 Dispositions intérimaires
Suite à son classement, plus d’une année s’est écoulée pendant que les administrations
ont délibéré le futur institutionnel de la réserve de biosphère. En novembre 2008, la
Municipalité provinciale de la région des vignobles du Cap a établi un comité de direc-
tion intérimaire visant à fournir des directives à la CWBR jusqu’à ce qu’une entité de
gestion formelle prenne forme. Le comité de direction a facilité deux processus impor-
tants, à savoir (i) l’élaboration d’un plan-cadre spatial pour la CWBR, et (ii) la compila-
tion des documents en vue de l’établissement d’une société à but non lucratif en tant
qu’entité de gestion.
Les buts spécifiques de la CWBR ont été identifiés (Municipalité provinciale de la
région des vignobles du Cap 2010 — Voir encadré 1).
En première priorité, un plan-cadre pour la réserve de biosphère, basé sur les
principes de planification biorégionale, a été élaboré incluant diverses opportunités
pendant le processus pour les intervenants y compris les propriétaires fonciers et ce,
en vue d’apporter leurs suggestions. La planification biorégionale utilise un système de
catégories de l’aménagement spatial, basées initialement sur le système de délimitation
des zones de la réserve de biosphère de l’UNESCO. Le Plan-cadre final de la CWBR a
été adopté en 2010 par la municipalité provinciale de la région des vignobles du Cap
58 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Encadré 1: Buts de la réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap

Au niveau international
1. Proposer des moyens pratiques de résoudre les conflits liés à l’utilisation des terres et
protéger la diversité biologique
2. Offrir des opportunités et partager les idées pour l’éducation, les loisirs et le tourisme afin
d’aborder les questions de conservation et de durabilité
3. Coopérer au sujet des projets thématiques ou des types d’écosystèmes
4. Créer une connexion entre les populations et les cultures dans le monde entier sur la
manière de vivre en harmonie avec la nature et les uns avec les autres
Au niveau local
1. Aider à créer et maintenir un environnement sain pour les populations et leurs familles
2. Maintenir des paysages productifs et sains
3. Réduire les conflits entre personnes
4. Encourager les économies locales diverses pour revitaliser les zones rurales
5. Améliorer l’implication des communautés dans les décisions d’utilisation des terres et par
conséquent, le rapport à la terre
6. Soutenir et faciliter les études scientifiques interconnectées et le contrôle
7. Célébrer la diversité culturelle et offrir des opportunités pour maintenir les traditions et
styles de vie existants

en tant que gardien de la réserve de biosphère et fournit les détails des directives de
l’aménagement spatial pour la gestion future des terres.
Par un processus consultatif, l’entité de gestion pour défendre la CWBR a été sélec-
tionnée par le comité intérimaire sous forme de société à but non lucratif, enregistrée
aux termes de la section 21 de la loi sur les sociétés (Companies Act). L’un des points de
discussion d’intérêt concernant les débuts de la réserve de biosphère concernait la posi-
tion de l’entité de gestion en tant “qu’agence de développement” (Municipalité provinciale
de la région des vignobles du Cap 2007). L’argument reposait sur le fait que cette notion
placerait la réserve de biosphère en contradiction directe avec les municipalités, qui
possèdent un agenda orienté sur un développement défini conformément à la loi sur les
mécanismes municipaux (Municipal Systems Act 32 de 2000).
Cependant, Brandon (1997) a observé que les agences de conservation deviendraient
probablement des organisations de développement rural en partenariat avec d’autres
intervenants. A titre d’exemple, le parc naturel Uckermark Lakes en Allemagne se posi-
tionne en tant qu’agence de services des intérêts locaux (Stoll-Kleemann & O’Riordan
2002). Ces agendas de gestion détaillés pourraient devenir une caractéristique des
réserves de biosphère modernes et, le cas échéant, se traduire en objectifs de l’entité de
gestion de la réserve de biosphère.

4.2 Entité de gestion


La société de la Réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap a été officielle-
ment incorporée en tant que société à but non lucratif en 2010. Le comité intérimaire
a été transformé en comité de gestion. La structure du comité de gestion incorpore un
Conseil d’administration, un comité technique prodiguant des conseils techniques au
Conseil d’administration et une unité de coordination. Le résultat en a été une structure
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Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap

de gestion similaire à deux autres réserves de biosphère de la province du Cap occi-


dental: celles de Kogelberg et de la côte occidentale du Cap. Le comité de gestion a
adopté une vision de la CWBR telle que décrite dans le document de nomination: “Une
zone d’excellence par l’application de bonnes pratiques pour les populations, la culture
et la nature”. Le comité se réunit tous les mois. Chaque directeur se voit attribuer un
portefeuille spécifique tel qu’indiqué dans le formulaire de candidature d’adhésion
(Encadré 2).

Encadré 2: Fonctions de la CWBR établis en tant que portefeuilles

1. Administration
2. Développement et planification économique
3. Tourisme et patrimoine
4. Biodiversité et recherche
5. Marketing, Relations publiques et Communications
6. Affaires communautaires, Travail et Education
7. Agriculture et Mines
8. Engagement commercial et des entreprises
9. Levée de fonds
10. Financements

Les fonctions du comité de gestion sont décrites dans le tableau 1. La préparation du


Plan-cadre et d’activités pour la gestion stratégique de la CWBR a été identifiée comme
une priorité élevée devant être abordée par la société de la CWBR dans un avenir très
proche. Depuis la fin 2010, la CWBR a lancé activement une campagne de sensibili-
sation qui comprend des brochures et des posters. Un nouveau logo pour la réserve
de biosphère a été officiellement approuvé au cours d’une réunion le 7 décembre 2010
(Figure 4).
Tableau 1: Fonctions du comité de gestion de la réserve de biosphère
de la région des vignobles du Cap
1. Facilitation de la création d’emploi et la croissance économique.
2. Soutien pour la mise en œuvre de projets collectifs gouvernementaux aux niveaux local,
provincial et national où a réserve de biosphère est concernée.
3. Mondialisation et promotion de la concurrence internationale.
4. Création d’environnements adaptés pour la croissance du secteur privé et les partenariats
mixtes.
5. Recherche et attribution appropriée des financements du développement.
6. Apport du soutien, de l’expertise, des directives et du financement aux entreprises locales, en
particulier les PMME (petites, moyennes et micro-entreprises).
7. Préparation d’un modèle détaillé d’aménagement du territoire sous la forme d’un plan-cadre
complet.
8. Mise en œuvre d’une approche à intervenants multiples avec priorité sur l’implication des
communautés locales dans les questions qui les influencent directement.
9. Résolution des conflits liés à l’utilisation des ressources et au développement.
60 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

10. Intégration de la diversité culturelle et biologique dans la gestion de l’écosystème par


l’utilisation des connaissances traditionnelles et de la science.
11. Démonstration des politiques de gestion et d’exécution solides en matière de conservation
et dans tous les secteurs économiques, représentés dans la réserve de biosphère.
12. Développement d’une culture d’apprentissage, de formation et d’éducation pour les commu-
nautés locales.
13. Soutien aux stratégies de développement qui s’appuient sur, et encouragent les avantages
comparatifs et compétitifs de la région ; en particulier, la promotion du rôle du tourisme
responsable dans la Réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap.
14. Développement et règlementation d’une stratégie de marque et de marketing pour la bio-
sphère, visant à améliorer le statut comparatif et compétitif de la réserve de biosphère dans
l’arène mondiale.

Concept
Ce logo repose sur de nombreux éléments permettant de transmettre son message. Les
silhouettes humaines à l’intérieur des feuilles soulignent l’importance pour les êtres humains
et la nature de vivre en harmonie afin de garantir leur survie. L’un ne peut pas fonctionner
sans l’autre et tous deux sont des éléments cruciaux à l’intérieur d’un vaste cercle que l’on
appelle ‘la vie’.
Quelle est l’importance d’une simple feuille pour la vie sur Terre? La lumière est transmise
par l’intermédiaire des cellules d’une feuille pour créer de l’énergie. Pendant ce processus de
photosynthèse, l’oxygène est libéré dans l’atmosphère. Les feuilles – des plus petites plantes
épousant la planète aux arbres les plus puissants qui nous dominent – sont une source alimen-
taire pour pratiquement toutes les créatures vivantes, de l’insecte à l’éléphant sans oublier
les êtres humains.
La simple feuille est un ancien symbole héraldique qui signifierait le Bonheur, la guérison,
la paix et la tranquillité. La biosphère instillera ces valeurs chez ceux qui choisissent de vivre
dans la réserve; le Bonheur dans un environnement de beauté, la guérison de l’environnement
et la paix et la tranquillité dans une région où les humains et la nature vivent en symbiose.
Les feuilles sont aussi des symboles puissants de régénération et de résurrection car elles
traversent les cycles saisonniers. Cette image engendre des associations positives d’êtres
humains utilisant leur sagesse pour assainir et régénérer un environnement qui a été accablé
au cours des précédentes générations.
Ce symbole est donc une représentation idéale de l’humanité “tournant une nouvelle page”
et commençant une nouvelle vie dans laquelle la nature n’est pas violée ni détruite mais est
plutôt chérie et valorisée.

Figure 4: Nouveau logo de la Réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap


(approuvé en décembre 2010)
La première réunion générale annuelle de la société de la CWBR a eu lieu le 26 mai
2011 et à cette occasion, des individus ont été nominés et élus pour servir en tant que
Pool-Stanvliet • Giliomee 61
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap

premiers directeurs de la société. Les structures de la société doivent inclure les aspects
suivants:
• Membres adhérents: individus payant des frais d’adhésion, épousant la vision et la
mission de la CWBR et détenant des droits de vote pendant les réunions générales
annuelles.
• Adhésion institutionnelle: institutions et organisations non gouvernementales
(comme les Fonds de conservation) démontrant de manière positive une synergie et
une compatibilité avec les objectifs et buts de la CWBR.
• Adhésion commerciale/d’entreprise: petites et moyennes entreprises et commerces
nationaux désireux de soutenir les buts de la CWBR et s’acquittant de frais d’adhésion
variés selon la catégorie d’appartenance relative à leur dimension.
• Partenaires: cinq partenaires cruciaux ont été identifiés à savoir une université locale
en tant que partenaire académique, pour aider à l’application des responsabilités liées
à la recherche de la réserve de biosphère; un partenaire comptable qui contribuera
aux services d’écritures comptables et d’audit; un partenaire bancaire qui fournira les
services bancaires à la CWBR; un partenaire juridique qui sera chargé des intérêts de
la société de la CWBR; et un partenaire du gouvernement local, qualité actuellement
détenue par la municipalité provinciale de la région des vignobles du Cap. Seul un
soutien technique, sans apport financier, sera exigé de ces partenaires à l’exception
de la municipalité provinciale.
• Le secrétariat désigné est actuellement géré par la municipalité provinciale de la
région des vignobles du Cap.

4.3 Sécurité financière


Au cours du précédent processus politique au sein de la municipalité provinciale de la
région des vignobles du Cap, la CWBR a été généreusement soutenue par des moyens
financiers suffisants pour compiler la nomination et les documents correspondants y
compris la documentation relative à la sensibilisation. Néanmoins, la municipalité pro-
vinciale a récemment cessé de soutenir la réserve de biosphère avec le même niveau
financier bien qu’elle continue à fournir les services de secrétariat nécessaires. En dépit
de la situation financière plutôt morose de la réserve de biosphère, la CWBR prévoit la
sécurité financière de son avenir grâce au soutien de différentes catégories d’adhésion.
La loi sur les réserves de biosphère du Cap occidentale (Pouvoir extraordinaire 6936
du bulletin officiel du gouvernement daté du 13 décembre 2011) prévoit l’aide financière
du gouvernement provincial pour la gestion ou l’extension d’une réserve de biosphère.
Le but de la CWBR reste néanmoins de s’éloigner des mécanismes de financements
soutenus par le gouvernement pour solliciter le soutien financier du secteur privé.
62 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

5. Méthodes utilisées pour l’étude de cas de la région des


vignobles du Cap
En 2011, une étude de cas a été menée sur la réserve de biosphère de la région des vigno-
bles du Cap, s’appuyant sur une méthodologie de recherche sociale spécifique (Stanvliet
2010) qui incluait les techniques suivantes:
(i) Analyses discrètes de contenu
(ii) Questionnaires semi-structurés et interviews à questions ouvertes auprès de cinq
intervenants, basés sur un ensemble de questions disséminées par le biais d’un pro-
cessus de revue documentaire en vue de refléter l’efficacité de la réserve de bio-
sphère (Merton & Kendall 1946; Tableau 2)
(iii) Enquêtes par questionnaires auprès de sept intervenants majeurs, représentant des
propriétaires fonciers privés, des interlocuteurs du tourisme, de la recherche, la
municipalité provinciale, la gestion de la conservation, l’aménagement spatial et la
municipalité locale
(iv) Observations des participants (Sandström 2008) et directes

Tableau 2: Liste des éléments à utiliser dans les interviews semi-structurées au sujet de
l’efficacité des réserves de biosphère sud-africaines

Element Questions detaillees et description

Trois fonctions • Dans quelle mesure la réserve de biosphère reflète-t-elle les trois fonctions
conformément de conservation, développement et soutien logistique ? (UNESCO 1996,
à la stratégie 2002)
de Séville de • Veuillez s’il vous plaît élaborer sur les collaborations et projets couvrant les
l’UNESCO trois fonctions.
• Est-ce que la réserve de biosphère dispose de programmes et/ou projets
spécifiques pour la recherche scientifique, le contrôle de la biodiversité et
l’éducation environnementale ? (Lü et al. 2003, Queensland Parks and Wildlife
Service 2002, UNESCO 1996, 2002)

Système de • Est-ce que la réserve de biosphère reflète les trois zones centrale, tampon et
délimitation de transition ? (UNESCO 1996, 2002, 2008)
des zones • Est-ce que les directives ont été élaborées en relation avec les objectifs de
de trois gestion et d’utilisation appropriée des terres pour chaque zone ?
éléments
conformément
à la stratégie
de Séville de
l’UNESCO

Sept critères • Quelles régions biogéographiques ou biomes cette réserve de biosphère


conformément représente-t-elle ? (Pressey & Taffs 2001, UNESCO 1996, 2002)
au cadre règle- • Quelle est la superficie totale de la réserve de biosphère ? (Ervin 2003,
mentaire du Pressey & Taffs 2001, UNESCO 1996, 2002)
réseau mondial • Quelle est la portée des trois zones individuelles qui composent la réserve de
des réserves biosphère ?
de biosphère
Pool-Stanvliet • Giliomee 63
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap

Element Questions detaillees et description

Histoire de la • Veuillez s’il vous plaît élaborer sur les aspects historiques de la nomination de
nomination l’UNESCO. Pour quelle raison le concept de réserve de biosphère a-t-il été
choisi pour cette zone spécifique ?
• Est-ce que la réserve de biosphère est perçue comme quelque peu différente
d’un autre type de zone protégée/d’initiative de paysage ? (Robertson Vernhes
2007, Stanvliet 2009)
• Si oui, veuillez s’il vous plaît préciser.
• La réserve de biosphère a-t-elle pris part à un processus de revue péri-
odique ? (UNESCO 1996, Price 2002)
• Si oui, veuillez s’il vous plaît élaborer sur les avantages de ce processus.

Aspects de la mise en œuvre

Autorité • Est-ce que la réserve de biosphère dispose d’une autorité institutionnelle


institutionnelle désignée ? (Corbett 1995, UNESCO 1996, 2002)
• Si oui, quelle forme d’autorité ?
• Veuillez s’il vous plaît expliquer la représentativité de l’autorité dans la région.

Ressources • La réserve de biosphère a-t-elle assuré des ressources financières sur le long
financières terme pour fonctionner de manière efficace ? (Corbett 1995, Pasquini 2003,
Stoll-Kleemann & Job 2008, UNESCO 2002)

Planification • Est-ce que la délimitation des zones de la réserve de biosphère a été prise en
régionale compte dans les plans-cadres régionaux et la législation ? (UNESCO 2008)
• Si oui, veuillez s’il vous plaît expliquer.
• Des directives ou normes de performance spécifiques concernant l’utilisation
des terres ont-elles été élaborées pour chaque zone ? (UNESCO 2008)
• Si oui, veuillez s’il vous plaît fournir les détails.

Cadre de • Est-ce que la réserve de biosphère dispose d’un plan de gestion ou d’un cadre
gestion de travail approuvé ? (Ervin 2003, Pressey & Taffs 2001, Stoll-Kleemann & Job
2008, UNESCO 1996, 2002)
• Combien de membres du personnel sont prévus pour la réserve de bio-
sphère, responsables de l’exécution du plan de gestion ? (Pasquini 2003)
• Un bureau indépendant d’où la réserve de biosphère est coordonnée a-t-il
été mis en place ?
• Est-ce que la réserve de biosphère dispose d’une vision et d’objectifs définis ?
(Hockings, Stolton & Dudley 2000)
• Est-ce que le plan-cadre de gestion aborde la complémentarité et les
responsabilités des intervenants en relation avec les objectifs de la réserve de
biosphère ? (Hakizumwami 2000, UNESCO 2002)

Législation et • De quelle manière les réserves de biosphère sont-elles aménagées dans la


soutien du législation nationale ? (Hakizumwami 2000, Stoll-Kleemann & Job 2008)
gouvernement • Quel type de soutien est apporté aux réserves de biosphère de la part des
autorités locales, régionales et nationales ? (Dudley et al. 1999, Stoll-Kleemann
& Job 2008)
64 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Element Questions detaillees et description

Partenaires/ • Est-ce que la réserve de biosphère recherche activement des partenaires avec
intervenants des intervenants spécifiques comme les autorités publiques, les communautés
locales, les propriétaires fonciers privés et les visiteurs ? (Hakizumwami 2000,
Queensland Parks and Wildlife Service 2002, UNESCO 1996, 2002)
• Selon vous, quels avantages découlent pour le public général de l’existence de
la réserve de biosphère ?

Menaces/ • Veuillez s’il vous plaît élaborer sur les menaces importantes qui pèsent sur la
enjeux réserve de biosphère comme les industries d’extraction, le braconnage, la pol-
lution, les changements politiques, les changements de régimes fonciers etc.
(Dudley et al. 1999, Pasquini 2003, UNESCO 1996, 2002)
• Est-ce que des politiques de gestion adaptives sont en place pour faire face à
ces enjeux ?

Les données obtenues par les analyses de contenu, interviews, questionnaires et obser-
vations ont été utilisées pour dresser un portrait complet du passé historique et de la
situation actuelle de la réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap.
Le questionnaire consistait en une case d’informations personnelles et des cases 2 à
4 pour les questions. Les réponses à la case de la question 2 ont été analysées en déter-
minant le niveau d’accord entre les réponses (Margoluis & Salafsky 1998). Cette case de
questions a donné aux répondants l’opportunité d’émettre une opinion sur cinq ques-
tions d’ordre général sur la réserve de biosphère. La troisième case abordait les prob-
lèmes et les enjeux rencontrés par la CWBR. Dix éléments devant être classés par ordre
de priorité du plus élevé au plus faible étaient donnés aux répondants. Les réponses
étaient analysées selon un classement matriciel, notamment un classement par préfé-
rence (Margoluis & Salafsky 1998). La quatrième case abordait les éléments positifs liés
à la CWBR. Dix éléments devant à nouveau être classés par ordre de priorité du plus
élevés au plus faible étaient donnés aux répondants. Les réponses ont été analysées selon
un classement par préférence (Margoluis & Salafsky 1998).

6. Résultats
La première question portait sur le fait qu’une série d’instruments est utilisée dans le
contexte sud-africain, instruments avec lesquels la gestion d’échelle du paysage est pra-
tiquée tels que les sites du patrimoine mondial, les initiatives de biodiversité, les zones
de conservation transfrontalières, les réserves et méga-réserves de biosphère (Stanvliet
2009). Les sept répondants ont répondu “oui” à la question de savoir si le concept de
réserve de biosphère était un outil utile pour la gestion du paysage (Figure 5).
Pool-Stanvliet • Giliomee 65
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap

Cas 2 Question 1
7
6
Nombre de réponses
5
4
3
2
1
0
Oui Quelque peu Non

Figure 5: Diagramme de fréquence illustrant les réponses à la question “Selon vous, le concept de
réserve de biosphère est-il un outil valable à utiliser pour pratiquer la gestion du paysage en Afrique
du Sud?”
La deuxième question traite des attentes du public quant à la valeur ajoutée possible
pour la région du classement de la réserve de biosphère. Cette question est importante
au vu des fortes attentes du public à cet égard. Trois répondants ont réagi positivement,
trois ont répondu “peut-être” et un a répondu “non” (Figure 6). Le dernier répondant a
indiqué “à moins que les gardiens de la biodiversité soient dotés des moyens … la réserve
de biosphère ne sera en aucun cas efficace”.

Cas 2 Question 2
7
6
Nombre de réponses

5
4
3
2
1
0
Oui Quelque peu Non

Figure 6: Diagramme de fréquence illustrant les réponses à la question “Dans votre réserve de
biosphère, pensez-vous que le classement ajoute de la valeur à la région?”
La troisième question a suscité une réaction sur le soutien institutionnel pour la
CWBR. Les sept répondants ont répondu “oui” à la question de savoir si l’organisation
qu’ils représentent soutient l’idée d’une réserve de biosphère (Figure 7).
66 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Cas 2 Question 3
7
6

Nombre de réponses
5
4
3
2
1
0
Oui Pas Non
entrièrement

Figure 7: Diagramme de fréquence illustrant les réponses à la question “Est-ce que l’organisation
que vous représentez soutient la réserve de biosphère?”
La quatrième question a demandé si les répondants pensaient que la réserve de bio-
sphère était gérée de manière efficace. Elle a engendré des opinions intéressantes quant à
l’idéal d’une réserve de biosphère efficace. Quatre répondants ont répondu positivement
et trois “peut-être” (Figure 8).

Cas 2 Question 4
7
6
Nombre de réponses

5
4
3
2
1
0
Oui Quelque peu Non

Figure 8: Diagramme de fréquence illustrant les réponses à la question “Pensez-vous que l’entité
de gestion de la réserve de biosphère la gère de manière efficace?”
La dernière question de savoir si les répondants estimaient que les réserves de bio-
sphère étaient des lieux spéciaux pour les populations et la nature a suscité une réponse
positive de la part de cinq répondant et deux ont répondu “parfois” (Figure 9). La con-
clusion de cette question prouve qu’en général, les gens croient au potentiel du concept
de réserve de biosphère, argument qui pourrait être utilisé en faveur de la communauté
de la réserve de biosphère sud-africaine à l’avenir. Cependant, un répondant a observé
particulièrement que le concept de réserve de biosphère est bien plus efficace s’il est
Pool-Stanvliet • Giliomee 67
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap

appliqué dans une zone homogène plus petite. Dans les réserves de biosphère plus
grandes, les diverses populations sont divisées par les frontières naturelles qui parfois,
jouent également un rôle de frontières sociales et compliquent la sensibilisation à la
réserve de biosphère et les projets de marketing.

Cas 2 Question 5
7
6
Nombre de réponses

5
4
3
2
1
0
Oui Parfois Non

Figure 9: Diagramme de fréquence illustrant les réponses à la question “Etes-vous réellement d’ac-
cord avec la déclaration que les “réserves de biosphère sont des lieux spéciaux pour les populations
et la nature”?
Le classement collectif des problèmes et enjeux (figurant dans la case 3) du plus élevé
au plus faible a donné lieu au résultat suivant:
1. Ressources financières insuffisantes à long terme
2. Trop peu d’avantages perçus par les communautés locales donnant lieu à un soutien
insuffisant
3. Trop peu de sensibilisation parmi les acteurs et les communautés locales
4. Manque de soutien (crédibilité) par les autorités locales
5. Insuffisance de personnel désigné pour la réserve de biosphère
6. Absence de vision et d’objectifs à long terme
7. Insuffisance d’informations sur la valeur de la mise en place d’un concept de réserve
de biosphère
8. Insuffisance des moyens légaux (absence de “moyens”) pour la mise en place du
concept de réserve de biosphère
9. Trop d’emphase sur la notion de conservation (écologie) et pas suffisamment
d’emphase sur d’autres questions comme le développement
10. Manque de soutien au concept de réserve de biosphère par le gouvernement
national
La haute priorité apportée aux facteurs comme les problèmes de financement, l’absence
de sensibilisation et de soutien et l’insuffisance des avantages pour les populations
locales est sûrement due au fait que la WCBR n’existe que depuis peu.
68 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

L’un des enjeux particuliers noté par un répondant était que la réserve de biosphère
coordonne les activités entre les différentes institutions pour permettre une meil-
leure acceptation de la vision de la CWBR. La tâche de conviction des populations sur
les avantages d’une réserve de biosphère a été soulignée comme un défi. L’expansion
urbaine et la croissance du développement dans les zones rurales ont été notées comme
posant particulièrement un problème sérieux. Un patchwork de constructions résiden-
tielles dans les zones rurales est susceptible d’éroder le caractère de la région et pour-
rait donner lieu à la continuation d’une “planification de type apartheid ” aux termes de
laquelle les riches sont regroupés à l’intérieur de propriétés sécurisées malgré certains
avantages financiers revenant aux communautés pauvres.
Le classement collectif des éléments positifs du plus élevé au plus faible pour la
CBWR a donné les résultats suivants:
1. La réserve de biosphère engendre une prise de conscience au sujet du développe-
ment durable
2. La réserve de biosphère offre un moyen d’attirer des financements étrangers vers la
région
3. La réserve de biosphère a permis de sensibiliser davantage les gens sur leur inter-
connectivité avec l’environnement naturel
4. & 5. La réserve de biosphère crée une opportunité pour les communautés d’être
impliquées dans les décisions de gestion sur l’avenir de leur région
4 & 5. Le concept de réserve de biosphère constitue un outil par lequel la gestion col-
laborative peut être facilitée en faveur de la région
6. La réserve de biosphère entraîne une visibilité internationale pour la région
7. Une réserve de biosphère est très différente (de manière positive) à une zone pro-
tégée traditionnelle comme un parc national ou une réserve naturelle
8. La réserve de biosphère attire des touristes/des visiteurs
9. La réserve de biosphère crée plus d’emplois dans la région
10. La réserve de biosphère a engendré une augmentation de la valeur des propriétés
Il est intéressant de noter un certain consensus dans les classements supérieurs des élé-
ments liés aux défis et aux aspects positifs. A titre de précision, un certain nombre de
répondants ont mentionné la difficulté de fournir un rapport clair des éléments positifs
car la CBWR n’est active que depuis environ deux ans. C’est pourquoi les aspects positifs
les plus mentionnés sont perçus comme potentiels et ne pourront être réalisés que
lorsque l’entité de gestion est entièrement opérationnelle et dispose des fonds suffisants.
Néanmoins, la plupart s’accordent à dire que la CWBR possède le potentiel de devenir
une réserve de biosphère réellement efficace, un outil par lequel aborder les questions
pressantes telles que le changement climatique et un exemple pour les autres réserves de
biosphère sud-africaines à l’avenir.
Des opinions divergentes ont été données quant à la valeur réelle d’un concept de
réserve de biosphère. Dans cette région particulière, elle est spécialement importante
en raison de la fragilité entre les responsabilités de la municipalité provinciale et l’entité
de gestion de la réserve de biosphère. Les principes de planification régionale sont, en
Pool-Stanvliet • Giliomee 69
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap

tout état de cause, mis à exécution par les autorités locales par le biais de processus de
l’aménagement spatial. Ils sont davantage affinés par le biais du plan-cadre de la réserve
de biosphère. Cependant, une réserve de biosphère classée offre une reconnaissance
internationale aux régions d’importance exceptionnelle d’un point de vue mondial.
Dans plus d’une interview, l’importance de l’utilisation d’une législation adaptée
pour assurer la mise en œuvre de la réserve de biosphère a été soulignée (Johnson 2010,
Volschenk 2010, Le Keur 2011). Ces commentaires doivent être pris en compte à la
lumière d’une absence de mécanismes de mise en vigueur des lois du programme MAB
lui-même (Schliep et al. 2008).
En 2011, la CWBR a approuvé le plan-cadre (Anon. 2011) qui propose un guide
détaillé de la gestion future des terres. Le plan est tracé sur une échelle de 1:5000 uti-
lisant 36 catégories de l’aménagement spatial et est intégrée au sein de cinq autorités
locales impliquées. Ce plan-cadre s’est basé sur les principes de planification bioré-
gionale comme point de départ et fournit un outil de gestion des terres exécutable pour
guider le développement durable futur.
L’un des répondants a soulevé un point de vue intéressant, indiquant qu’une réserve
de biosphère doit être gérée selon des principes commerciaux sérieux bien qu’avec une
certaine souplesse (Holmes 2010). La CWBR est actuellement en train de tester un
nouveau concept de financement des réserves de biosphère qui implique un détache-
ment du financement gouvernemental et un rapprochement avec les financements des
entreprises du secteur privé. L’atout commercial correspond aux opportunités de dével-
oppement et de durabilité proposées par le modèle de réserve de biosphère (Holmes
2010).
La CWBR est perçue de manière généralement positive par l’ensemble des répon-
dants. Une certaine critique directe a également été faite, liée notamment à l’absence
d’implication des communautés historiquement défavorisées dans le cadre du plan de
gestion. Une préoccupation a été exprimée concernant les mécanismes de financements
incertains de la réserve de biosphère. Une solution à long terme pourrait probablement
être trouvée en facilitant des demandes de financement communes pour les réserves
de biosphère sud-africaines auprès des bailleurs de fonds nationaux et internationaux
potentiels. Une facilité appelée “facilité de réseau virtuel technique” (Johnson 2010)
pourrait se révéler utile pour obtenir les contributions des six réserves de biosphère
dans le pays.
Les interviews semi-structurées ont apporté des avis complémentaires par rapport
à l’efficacité de la CWBR. Les résultats descriptifs sont résumés dans le tableau 3. Une
notation générale de 1 à 3 (1 signifiant la non-satisfaction totale aux critères, 2 l’exécution
à mi-chemin et 3 une bonne performance) a été attribuée pour chacune des composantes
basées sur la performance de la réserve de biosphère telle qu’exprimée par les répon-
dants. Sur un total probable de 33, la CWBR a obtenu un score de 24 (72,7%). Ce résultat
placerait la CWBR en troisième position si elle était classée avec les autres réserves de
biosphère sud-africaines, une position basse que l’on peut comprendre du fait que la
réserve de biosphère existe depuis peu.
70 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Tableau 3: Résultats des interviews semi-structurées sur l’efficacité de la réserve de bios-
phère de la région des vignobles du Cap
Classement
Element Resultats descriptifs
24/33
Trois fonctions La CWBR n’est pas encore complètement opérationnelle. La 2
conformément à la fonction de conservation est continuelle et exécutée par les
stratégie de Séville fonctionnaires chargés de la conservation. Une campagne de
de l’UNESCO marketing pour la réserve de biosphère est en place. Les dis-
(Lü et al. 2003, cussions ont été entamées avec l’Université de Stellenbosch
Queensland sur le renforcement de la fonction de recherche. La fonction
Parks and Wildlife de développement doit être liée à l’évaluation des proposi-
Service 2002, tions de développement notamment dans les zones-tampons,
UNESCO 1996, pour refléter les principes de la réserve de biosphère.
2002)
Système de L’ensemble des trois éléments est couvert dans la superficie 3
délimitation des totale de 322 030 hectares. La réserve de biosphère est
zones de trois délimitée en zones centrales de 99 459 ha (31% de la super-
éléments con- ficie totale), zones-tampons de 133 844 ha (42%) et zones de
formément à la transition de 88 727 ha (27%). Les directives pour l’utilisation
stratégie de Séville des terres au sein des zones distinctes sont incorporées dans
de l’UNESCO le plan-cadre de la CWBR.
(UNESCO 1996,
2002, 2008)
Sept critères La CWBR est située au cœur de la région florale du Cap, 3
conformément considérée comme un point chaud pour la conservation
au cadre règle- de la biodiversité dans le monde. La réserve de biosphère
mentaire du se caractérise par ses pentes traversant des altitudes de 20
réseau mondial à 1 860 m au-dessus du niveau de la mer. Sa superficie est
des réserves de respectable (322 030 ha) et est représentative d’une zone bio-
biosphère géographique qui n’est pas encore suffisamment incorporée
(Ervin 2003, dans une réserve de biosphère.
Pressey & Taffs
2001, UNESCO
1996, 2002)
Histoire de la La désignation de la CWBR (anciennement connue sous le 3
nomination nom de Boland BR) a fait suite à un processus de proposition
(Price 2002, de regroupement de réserves de biosphère de Fynbos Biome.
Robertson Vernhes La CWBR remonte initialement à 1998 avec la municipalité
2007, Stanvliet et l’université de Stellenbosch et a été enracinée dans le plan
2009, UNESCO de structure de Stellenbosch. En juin 2005, l’ex-maire exécutif
1996) de la municipalité provinciale de la région des vignobles du
Cap et autres représentants se sont rendus à l’UNESCO à
Paris, France afin de discuter des aspects essentiels du projet
de réserve de biosphère. Une équipe de consultants a été
nommée et financée par la municipalité provinciale pour
compiler la nomination officielle à l’UNESCO. Le processus
comprenait un processus de participation importante du
public, surtout orienté vers les propriétaires fonciers privés
en vue d’obtenir un soutien grandissant pour la réserve de
biosphère.
Pool-Stanvliet • Giliomee 71
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap

Classement
Element Resultats descriptifs
24/33

Aspects de la mise en œuvre

Autorité L’autorité institutionnelle désignée est une société privée sans 2


institutionnelle capital-actions, incorporée aux termes de la section 21 de la
(Corbett 1995, loi sud-africaine sur les sociétés. L’autorité institutionnelle est
UNESCO 1996, affectée pour opérer en collaboration étroite avec les dépar-
2002) tements du gouvernement, les autorités locales, les proprié-
taires fonciers et les communautés. Actuellement, la réserve
de biosphère est gérée par un comité de direction intérimaire
en collaboration avec le conseil d’administration de la société.
Cependant, certaines communautés se sentent encore exclues
du processus de gestion.
Ressources Au cours du précédent processus politique, la CWBR a été 2
financières généreusement soutenue par des moyens financiers suffisants
(Corbett 1995, pour compiler la nomination et les documents correspon-
Pasquini 2003, dants y compris la documentation relative à la sensibilisation.
Stoll-Kleemann Néanmoins, la municipalité provinciale a récemment cessé de
& Job 2008, soutenir la réserve de biosphère avec le même niveau finan-
UNESCO 2002) cier bien qu’elle continue à fournir les services de secrétariat
nécessaires. En dépit de la situation financière plutôt morose
actuellement, la CWBR prévoit la sécurité financière de son
avenir grâce à des outils très innovants.
Planification La CWBR détient un plan-cadre approuvé, basé sur des 3
régionale principes biorégionaux et qui inclut des catégories de
(UNESCO 2008) l’aménagement spatial pour les trois éléments du zonage.
Le plan-cadre final de la CWBR a été adopté en 2010 par la
municipalité provinciale de la région des vignobles du Cap en
tant que gardien de la réserve de biosphère et fournit des
directives de l’aménagement spatial détaillées pour la gestion
future des terres. Le Plan est intégré dans la documentation
de l’aménagement spatial des municipalités concernées.
Cependant, le développement urbain sans planification sur
les terres rurales, tendant à éroder le caractère unique de la
région, suscite une certaine inquiétude.
Cadre de La CWBR ne dispose pas d’un cadre de gestion bien que 1
gestion celui-ci fasse partie des hautes priorités de l’agenda de l’entité
(Ervin 2003, de gestion.
Hakizumwami La réserve de biosphère est actuellement défendue par des
2000, Hockings, individus privés en tant que bénévoles malgré un fort soutien
Stolton & Dudley administratif de la municipalité provinciale de la région des
2000, Pasquini vignobles du Cap.
2003, Pressey & La société de la CWBR n’emploie pour le moment aucun
Taffs 2001, Stoll- personnel permanent et ne dispose pas de bureau dédié.
Kleemann & Job La réserve de biosphère a une vision et des objectifs claire-
2008, UNESCO ment définis.
1996, 2002)
72 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Classement
Element Resultats descriptifs
24/33
Législation A présent, le concept de réserve de biosphère en Afrique du 1
et soutien du Sud est règlementé sur la base d’une approche de loi flexible.
gouvernement Elle n’est pas incorporée dans la Loi sur les zones protégées
(Dudley et al. 1999, et ne bénéficie donc d’aucun soutien législatif national. La
Hakizumwami région du Cap occidental dispose d’une loi provinciale sur les
2000, Stoll- réserves de biosphère qui sera applicable sur les processus
Kleemann & Job ainsi que les plans-cadres de financement et de préparation.
2008) Le classement par l’UNESCO donnerait lieu à une législa-
tion nationale qui doit néanmoins conserver sa flexibilité.
Insuffisance du soutien du gouvernement. Besoin d’adhésion
du gouvernement national ainsi que de soutien financier pour
les réserves de biosphère. Les réserves de biosphère ont
besoin d’être dotées de moyens pour appliquer les principes.
Partenaires/ Les partenaires stratégiques sont représentés dans l’entité de 2
intervenants gestion de la CWBR. Cependant, un grand nombre d’individus
(Hakizumwami ne sont toujours pas conscients de l’existence de la CWBR.
2000, Queensland La collaboration avec les partenaires et les intervenants reste
Parks and Wildlife un problème en raison du classement récent de la réserve de
Service 2002, biosphère. Les communautés locales restent à être convain-
UNESCO 1996, cues des avantages de la CWBR.
2002)
Menaces/enjeux La croissance de la population et l’expansion urbaine qui 2
(Dudley et al. 1999, l’accompagne posent un défi considérable.
Pasquini 2003, Une direction sur la manière de faire face aux changements
UNESCO 1996, devrait être incorporée dans le plan-cadre de gestion planifiée.
2002) Les populations ne sont pas vraiment conscientes des prob-
lèmes liés au développement durable et de leur interconnec-
tivité avec l’environnement naturel. De plus, les avantages pour
les communautés locales et les propriétaires fonciers privés
sont insuffisants.
L’insuffisance des ressources monétaires est un problème
urgent.
Le besoin d’une gestion collaborative plus importante a été
identifié comme un défi et l’adhésion des intervenants est
donc indispensable.

8. Discussion
Les déclarations ‘une réserve de biosphère concerne les populations (Holmes 2010) et “la
biodiversité est sans prix” (Johnson 2010) résument les aspects devant être incorporés
dans la mise en place de la réserve de biosphère. Pour réussir, une réserve de biosphère
doit donner une voix à tous les niveaux de la société. Cet aspect pourrait parfois s’avérer
problématique. Même en Afrique du Sud, s’efforçant de devenir une vraie nation arc-
en-ciel, il devrait être possible d’obtenir “une unité malgré la diversité” (Johnson 2010)
lorsque la société soutient la même vision à long terme pour la région où elle réside.
L’un des problèmes soulevés par les répondants est le besoin d’une vision et d’objectifs
Pool-Stanvliet • Giliomee 73
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap

bénéficiant d’un large soutien pour la réserve de biosphère. Comme l’observent Schliep
et Stoll-Kleemann (2010), une compréhension des objectifs-clés du programme MAB
et d’une réserve de biosphère individuelle, pourrait faire la différence dans un tel “pro-
cessus de décision aux intervenants multiples”. Ils mentionnent que la coordination de la
réserve de biosphère est “largement dépendante de la capacité des experts à communiquer
les objectifs du programme à tous ceux concernés”.
Les réflexions sur le meilleur moyen d’utiliser la législation existante pour faire
avancer la mise en œuvre de la réserve de biosphère trouvent leur importance particulière
dans le cas de la CWBR. La réserve de biosphère avait ses origines dans les processus de
l’aménagement spatial, guidés par la législation nationale et provinciale d’aménagement
du territoire, notamment la Loi sur les mécanismes municipaux (Municipal Systems
Act) et le Décret sur l’aménagement du territoire provincial (Provincial Land Use
Planning Ordinance).
Dans la section relative à la planification de développement intégré telle que prévue
dans la Loi sur les mécanismes municipaux, il est stipulé que la planification municipale
doit être orientée vers le développement. La Loi prévoit l’élaboration d’un plan de dével-
oppement intégré pour chaque municipalité orientée vers le développement conformé-
ment à la section 26. Elle stipule également un cadre de travail pour le développement
spatial qui formerait la base de la gestion des terres dans le domaine de juridiction de la
municipalité. Le plan de développement intégré guide l’ensemble de la planification et
du développement au sein d’une municipalité.
Le but du Décret sur l’aménagement du territoire provincial (Land Use Planning
Ordinance) de 1985 est de règlementer l’aménagement des terres dans toute la province
du Cap occidental et ce décret stipule les directives relatives à l’élaboration des plans
de structure par les autorités locales. Il accorde à l’autorité locale l’option de soumettre
un plan de structure foncière dans le cadre de son domaine de juridiction, guidant le
développement spatial de la région à laquelle il se rapporte. L’opportunité existe alors
pour une autorité locale de voir ce plan de structure approuvé par les pouvoirs provin-
ciaux aux termes de la section 4 (6) du Décret étant donné qu’un plan doit être respecté
pour les 10 années suivantes. Dans la Province du Cap occidental, les plans de structure
sont élaborés conformément aux principes de planification biorégionale tels que stip-
ulés dans les directives de planification biorégionale de la province (Département du
Plan, Gouvernement local et logement 2000). Ces plans prévoient une base solide pour
le tracé du plan-cadre requis pour les réserves de biosphère.
Conformément à la Constitution d’Afrique du Sud (1996), les municipalités doivent
entre autres, “promouvoir le développement social et économique”et également “promou-
voir un environnement sûr et sain”. Les municipalités sont les prestataires de services les
plus importants pour les résidents et leurs fonctions s’étendent des services environne-
mentaux comme l’eau potable aux services sociaux comme l’éducation et le logement.
Par conséquent, elles sont impliquées dans un exercice acrobatique délicat pour satis-
faire tous les contribuables (résidents et entreprises) tout en protégeant l’environnement.
Puisque les réserves de biosphère sont sujettes aux conflits politiques et changements
d’intérêts politiques (Isacch 2008, Johnson 2010, Stoll-Kleemann 2005), les fluctuations
74 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

politiques constantes s’ajoutent aussi à la complexité de la situation. Une réserve de bio-


sphère pourrait jouer un rôle positif en fournissant aux municipalités un cadre de travail
accepté par tous au sein duquel les décisions pourraient être justifiées (Johnson 2010).
La vision de la réserve de biosphère et le projet de plan-cadre pour la gestion à travers
les processus politiques pourraient être utilisés pour former les politiciens et décideurs
politiques aux concepts fondamentaux du développement durable.
Les réserves de biosphère dans la province du Cap occidental ne seront pas dému-
nies dans les décisions futures concernant l’utilisation des terres. La loi sur les réserves
de biosphère du Cap occidentale (Pouvoir extraordinaire 6936 du bulletin officiel du
gouvernement daté du 13 décembre 2011) stipule dans sa section 6 (9) que “l’utilisation
de toutes les terres et tous les plans d’aménagement du territoire au sein d’une réserve de
biosphère doivent se conformer ou être consistants avec le plan-cadre concerné.”

9. Conclusion
Le concept de réserve de biosphère est difficile à exécuter voire parfois à comprendre en
raison de la flexibilité innée et inhérente du concept en lui-même qui doit aborder les
aspects des diverses questions biologiques et sociologiques. Ironiquement, la flexibilité
et les nombreuses autres facettes associées aux réserves de biosphère sont la raison pour
laquelle le concept finit par réussir.
Beaucoup de personnes confondent encore la réserve de biosphère avec un type de
zone de conservation (Stoll-Kleemann & Welp 2008) et par conséquent, considèrent
la fonction de conservation comme étant la plus importante ce qui, basé sur les faits,
est incorrect. Certains groupes de la société considèreraient une réserve de biosphère
comme un outil écologique utilisé pour combattre les développements indésirables. Au
contraire, d’autres groupes d’intérêts feraient la promotion de ce que l’on appelle les con-
structions résidentielles durables sur la base de leur emplacement au sein d’une réserve
de biosphère.
Etant donnée la nature pluridimensionnelle du concept de réserve de biosphère, il
est essentiel que le processus sud-africain d’une réserve de biosphère soit complètement
acceptée et soutenue par tous les acteurs pertinents y compris les politiciens au pouvoir.
Mais la politique est bien prouvée que les réserves de biosphère nécessitent une gestion
non-politique pour garantir leur continuité au-delà des mandats de fonctions politiques.
Il a été mentionné que les questions “vertes” ne constituent pas un facteur de mobilisa-
tion politique et ne sont pas considérées comme présentant des avantages politiques
(Johnson 2010, Stoll-Kleemann & O’Riordan 2002) mais l’adhésion politique est requise
pour qu’une réserve de biosphère ait l’impact prévu. Dans la région des vignobles du
Cap, le pouvoir du gouvernement alterne entre le parti national au pouvoir, l’African
National Congress (ANC) et le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique
(DA). Tous deux ont des politiques environnementales qui diffèrent dans leur approche
par rapport aux questions environnementales d’intérêt. La politique environnementale
de l’ANC projette un point de vue humanitaire envers l’environnement. Sa déclaration
de politique étendue explique que “L’ANC croit que tous les citoyens d’Afrique du Sud,
Pool-Stanvliet • Giliomee 75
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap

présents et à venir, ont le droit de vivre dans un environnement sûr et sain et dans le bien-
être. L’objectif élargi de notre politique environnementale sera de satisfaire ce droit. Dans ce
contexte, la croissance et le développement en Afrique du Sud seront basés sur les principes
de durabilité” (ANC 2011). L’approche de la DA en matière de gestion environnemen-
tale est enracinée dans un document intitulé “Confiants pour la Nation” (DA 2009). Ce
document rapporte en détails le besoin d’un environnement bien géré. La déclaration de
vision commence par ”la durabilité de l’économie sud-africaine et nos efforts pour créer de
nouvelles opportunités pour nos citoyens reposent sur la bonne gestion de notre environne-
ment et l’économie d’énergie autant pour les générations actuelles que futures.” Là où la
DA encourage un esprit responsable, de protection de l’environnement, l’ANC soutien
une approche plus centrée sur les êtres humains avec une priorité sur l’accès équitable
aux ressources (aussi bien renouvelables que non-renouvelables) et la participation du
public dans la gestion des ressources. Mention est fait de l’objectif d’éliminer l’impact
environnemental négatif de l’ancien régime d’apartheid. Dans un document de position
sur les réserves de biosphère sud-africaines, l’absence d’intérêt et de soutien politique
a été notée comme un défi à l’exécution du concept de réserve de biosphère (Groupe
de travail sur les réserves de biosphère sud-africaines 2008). Ainsi, chaque réserve de
biosphère doit se placer de manière à trouver une affinité avec les pouvoirs politiques et
leurs structures de décisions.
Le concept de réserve de biosphère est traité au niveau national comme mécanisme
de soutien au système des zones protégées. Le gouvernement national a élaboré une
stratégie d’expansion des zones protégées dans laquelle les réserves de biosphère sont
mentionnées comme zones de conservation parce qu’elles ne sont pas officiellement
proclamées aux termes de la législation des zones protégées. Les zones de conservation
sont reconnues comme un mécanisme complémentaire important pour la réalisation
des objectifs nationaux de conservation (Département des Affaires environnementales
et du Tourisme 2007).
Malgré l’importance de noter les différentes approches politiques aux questions
environnementales et la fausse idée générale des réserves de biosphère en tant que
simples zones de conservation, il est indispensable de promouvoir le concept de réserve
de biosphère comme un outil de gestion des terres socio-écologique durable. La valeur
d’utiliser le concept de réserve de biosphère repose dans sa capacité à s’étendre entière-
ment au-delà de la conservation de la biodiversité en donnant une priorité égale aux
questions socio-économiques (Stanvliet & Parnell 2006). Ainsi, s’il est soigneusement
exécuté, le concept de réserve de biosphère s’accompagne d’un avenir dans le contexte
sud-africain en tant que mécanisme de soutien à la stratégie d’expansion des zones
protégées.
La valeur intrinsèque du concept de réserve de biosphère est réalisée par la CWBR.
Bien qu’elle n’en soit qu’à ses débuts, la CWBR offre le potentiel de devenir un outil plu-
ridisciplinaire bien géré qui guidera les décisions futures de gestion des terres en soutien
au développement durable.
76 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

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5
Proteger la Reserve de Biosphere de Bia en
vue de L’amelioration de la Conservation de
la Biodiversite au Ghana
Protecting Bia Biosphere Reserve for Improved Biodiversity
Conservation in Ghana

EMMANUEL SALU 1

Résumé
La réserve de Bia a été créée en 1935 et tire son nom du fleuve Bia qui se jette dans
la zone. Elle est située dans les provinces de Juabeso et de Bia de la région Ouest
du Ghana, à côté de la frontière avec la Côte d’Ivoire à une altitude de 170 à 240
mètres au-dessus du niveau de la mer. La végétation est composée d’une forêt humide
d’arbres à feuilles persistantes et semi-caduques.
L’agriculture intensive de cacao a détruit une grande partie de la végétation origi-
nale de la réserve. En 1974, elle a été classée officiellement comme parc national et
depuis 1975, aucune activité humaine de style agriculture ou abattage des arbres n’a
eu lieu. En 1985, le parc a été classé comme réserve de biosphère et site du patri-
moine mondial de l’UNESCO.
La réserve de biosphère de Bia remplit les trois fonctions fondamentales des
réserves de biosphère qui se renforcent mutuellement à savoir:
• contribuer à la conservation des paysages, écosystèmes et variétés génétiques;
• contribuer au développement durable de l’environnement socioculturel; et
• soutenir la recherche scientifique, l’éducation et le partage d’informations.
Le projet de l’UNESCO intitulé ‘Réserves de biosphère pour la conservation de la bio-
diversité et le développement durable en Afrique anglophone” (BRAAF 1995–1999) a
encouragé l’élevage d’escargots et la culture de champignons dans la zone-tampon en
vue de réduire la pression sur les ressources du parc en harmonie avec les besoins de
la population locale. Des dons de moulins pour le traitement du manioc ont été remis

1 Directeur, Department de L’education Environnementale, Agence de Protection Environnementale,


Ghana · E-mail: esalu@[Link]
81
82 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

aux zones de Kwamebikom et Adjoafua entourant la zone centrale pour générer des
revenus de subsistance.
Par le biais de séminaires de sensibilisation dans la réserve, les communautés
locales ont pris conscience du besoin de protéger la forêt et les animaux. Le Projet
de développement des zones protégées financé par l’Union européenne, a encouragé
le travail des volontaires d’ONG et la formation de zones de gestion des ressources
communautaires (CREMA).
Des inventaires d’espèces végétales et des études écophysiologiques ont été effec-
tuées dans la réserve. Une redéfinition de la zone-tampon pour assurer la protection
complète de la zone centrale est requise.
Mots-clés: Réserve de biosphère; Bia; Ghana; conservation; information; éducation

Abstract
The Bia Reserve was created in 1935 and named after the Bia River which drains the
area. It is located in the Juabeso and Bia Districts of the Western Region of Ghana near
the Ivory Coast border on an elevation between 170 and 240 meters above sea level.
The vegetation is moist evergreen and moist semi-deciduous forest.
Intensive cocoa farming destroyed much of the original vegetation in the reserve.
In 1974, it became an official national park and since 1975, no human activity like
farming or logging has taken place. In 1985, the park was declared both a biosphere
reserve and a UNESCO World Heritage site.
Bia Biosphere Reserve fulfils the three basic functions of biosphere reserves which
are mutually reinforcing, namely:
• contributing to conservation of landscapes, ecosystems and genetic variety;
• contributing to socio-cultural ecologically sustainable development; and
• supporting scientific research, education and information exchange.
UNESCO’s project named “Biosphere Reserves for Biodiversity Conservation and
Sustainable Development in Anglophone Africa” (BRAAF 1995–1999) promoted snail
and mushroom farming in the buffer zone to reduce pressure on the park’s resources
in line with the needs of the local population. Corn mills for processing cassava were
donated to Kwamebikom and Adjoafua around the core zone for income generation.
Through the awareness seminars in the reserve, the local communities became
aware of protecting the forest and the animals. The Protected Areas Development
Project funded by the European Union, promoted NGO volunteer work and the for-
mation of community resource management areas (CREMAs).
Inventories of plant species and eco-physiological studies were carried out in the
reserve. There is the need for the re-delineation of the buffer zone to ensure com-
plete protection of the core area.
Keywords: Biosphere reserve: Bia; Ghana; conservation; information; education
Salu 83
Protéger la Réserve de Biosphère de Bia en vue de la Conservation de la Biodiversité

1. Introduction
La réserve de Bia a été créée en 1935 à côté du fleuve Bia qui se jette dans la zone. Elle
est située dans les provinces de Juabeso et de Bia de la région Ouest du Ghana, à côté
de la frontière avec la Côte d’Ivoire (Figure 1). Ses limites ont été démarquées entre 1937
et 1939 et en 1940, le statut a été élevé au niveau de réserve pour ressources de bois et
pour la protection du système de ligne de partage des eaux entre le fleuve Bia et le fleuve
Manzan qui s’écoule dans le fleuve plus
grand de Komoe dans la Côte d’Ivoire. Elle
se situe entre les latitudes 60 20' et 60 38' N
et les longitudes 20 58' et 30 58' W, entre la
réserve forestière de Sukusuku à l’ouest et
celle de Bia Tawya au sud (Figures 2 et 3).
Ces deux réserves forestières ont été empié-
tées et ont donné place à des plantations de
cacao. Ainsi, Bia est une île écologique de
forêts dans un océan de cacao. La réserve de
La réserve de biosphère de Bia couvre Biosphère de Bia
306 km2et comprend une zone centrale, le
parc national de Bia (77,7 km²) au Nord,
la réserve de ressources adjacente de Bia
dans la zone-tampon (227,9 km²) au sud
et une zone de transition de 837 km2. La
région est généralement plate avec des alti-
tudes s’élevant jusqu’à 168 m près du camp Figure 1: Carte du Ghana montrant la réserve
de Manso et environ 238 m à Radio Hill de biosphère de Bia
(Figure 2).

1.1 Climat
Le climat se caractérise par des pluies deux fois par an, les plus fortes précipitations
tombant en mai-juin et en septembre-octobre. La pluviométrie annuelle est de 1500
à 1800 mm et les températures mensuelles moyennes sont de 24°C à 28°C. L’humidité
relative est élevée: entre 90% la nuit et 75% l’après-midi. Pendant la saison sèche, de
décembre à début mars, les vents secs d’harmattan soufflent en provenance du Sahara.

1.2 Géologie et sols


La réserve de biosphère de Bia est située à l’intérieur des formations birimiennes basses
qui dominent la zone forestière ghanéenne. Elle est composée de phyllithe, schiste et
grauwacke avec des affleurements de granit “Apaso” qui signifie “ouverture”. Le sol est
de type ochrosol de forêt, typique des zones de hautes forêts avec des précipitations infé-
rieures à 1500 mm par an. Il est légèrement acide avec un pH de 6–7 et une apparence
rouge brunâtre (Benneh & Dickson 1988).
84 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Figure 2: Cartes montrant les réserves forestières de Bia, Krokosua et Sukusuku

Figure 3: Carte de la réserve de biosphère de Bia


Salu 85
Protéger la Réserve de Biosphère de Bia en vue de la Conservation de la Biodiversité

1.3 Végétation
Bia se trouve dans la zone de transition entre la zone de forêt humide d’arbres à feuilles
persistantes au sud et la zone de forêt humide semi-caduque au nord. Des zones
marécageuses sont présentes dans la forêt. La forte pluviométrie et les sols fertiles de
Bia ont donné naissance à certains des arbres les plus hauts d’Afrique de l’ouest, certains
atteignant une hauteur de plus de 60 m. En termes de diversité ou rareté des espèces,
la flore de Bia est cependant moins spectaculaire (Hall & Swain 1981). Les dix arbres les
plus communs à Bia sont le Chrysophyllym spp., Corynanthe pachyceras, Pycnanthus
angolensis, Piptadeniastrum africanum, Celtis spp., Triplochiton scleroxylon, Nesogordonia
papaverifera, Terminalia superba, et Dialium aubrevillei. Les plantes émergentes sont
dominées par les espèces de Sterculiacées (Pterygota macrocarpa, Triplochiton),
Ulmaceae (Celtis spp.), Ceiba pentandra, Entandrophragma spp., et Terminalia superba.
Les brèches dans la canopée forestière sont souvent occupées par des espèces invasives
étrangères de type Chromolaena odorata (herbe du Laos).
Le garde-forestier qui a amené les membres du comité national Homme et Biosphère
dans la réserve de biosphère de Bia a confirmé que les meilleures sections des forêts
fermées se trouvaient entre le camp des Colobes et celui des Chimpanzés sur la voie
limitrophe entre la zone centrale et la zone-tampon.

2. Déclaration de problème
Depuis les années 1940, la forêt a été moissonnée à un taux annuel de 5% et des grandes
portions de ressources forestières ont été perdues. De 1956 à 1998, la déforestation inten-
sive a été pratiquée dans la réserve de biosphère de Bia. La culture intensive de cacao a
détruit une grande partie de la végétation originale. En 1974, elle a été classée officielle-
ment en tant que parc national et depuis 1975, aucune activité de culture ou d’abattage
du bois n’a eu lieu. En 1985, elle a été classée réserve de biosphère et site du patrimoine
mondial de l’UNESCO. La Division de la Faune de la Commission forestière du Ghana
sous la tutelle du Ministère du Cadastre, des Eaux et forêts et des mines a établi une
stratégie pour préserver la réserve de biosphère intacte. Le comité national Homme et
Biosphère au Ghana soutient les efforts d’amélioration de la situation.

3. Objectifs de la recherche
La recherche vise à déterminer certains des avantages pratiques découlant de la réserve
de biosphère de Bia et les moyens devant être mis en œuvre pour réaliser les buts de la
réserve.

4. Méthodes
L’étude a impliqué une étude de publication des revues disponibles, une visite du comité
national Homme et Biosphère (MAB) dans la zone où des interviews se sont déroulées
avec les communautés de la zone ainsi qu’un voyage d’étude personnel dans la réserve et
auprès des communautés pour des entretiens, échantillonnages et analyses des enjeux.
86 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

5. Résultats de la recherche
Les revues démontrent que les fonctions fondamentales des réserves de biosphère
comprennent:
• contribuer à la conservation des paysages, écosystèmes et variétés génétiques;
• contribuer au développement durable de l’environnement socioculturel; et
• soutenir la recherche scientifique, l’éducation et le partage d’informations (UNESCO
1996).
La réserve de biosphère de Bia remplit ces trois fonctions fondamentales de réserves de
biosphère qui se renforcent mutuellement.

5.1 Contribuer à la conservation des paysages, écosystèmes et de la


diversité génétique
La vision pour la réserve de biosphère de Bia est la protection de la biodiversité de la forêt
tropicale humide en vue de maintenir l’intégrité écologique, encourager la recherche
sur les forêts tropicales humides et le développement du tourisme. A la fin de l’année
2020, il est prévu que la réserve de biosphère de Bia sera bien protégée, avec une applica-
tion de la loi efficace et l’augmentation des populations animales. Le Conseil consultatif
de gestion des zones protégées (PAMAB) organisera des rencontres et améliorera le
partenariat entre la réserve de biosphère de Bia et les communautés. La Réserve de bio-
sphère de Bia s’efforcera de soutenir et éduquer les communautés locales et les membres
des zones CREMA pour une utilisation durable des ressources. Le personnel sera bien
supervisé et équipé à bon escient. Une fondation pour le développement du tourisme
sera mise en place, au sein et au-delà de la province.

5.1.1 Variété génétique


La forêt comprend des populations viables de grands mammifères comme l’éléphant de
forêt, le bongo, le léopard et le céphalophe à dos jaune.
La présence de sept primates (Tableau 1) a été confirmée par l’Action de conservation
des primates d’Afrique de l’Ouest (WAPCA) en 2009 (Gatti 2009, McGraw 2005).
Tableau 1: Liste de sept primates présents dans la réserve de biosphère de Bia
Chimpanzé occidental Pan troglodytes verus
Colobe vert olive Procolobus verus Confirmé
Singe de Lowe Cercopithecus campbelli lowei Confirmé
Hocheur blanc-nez (cercopithèque) Cercopithecus p. petaurista Confirmé
Potto de Bosman Perodicticus potto Confirmé
Galago nain de Demidoff Galagoides demidovii Confirmé
Colobe magistrat Colobus vellerosus Confirmé

Les autres mammifères très rares de la population restreinte au Ghana comprennent le


Chevrotain aquatique, (Hyemoschus aquaticus) et le pangolin géant (Smutsia gigantean).
Salu 87
Protéger la Réserve de Biosphère de Bia en vue de la Conservation de la Biodiversité

L’étude des rongeurs et chauves-souris (PADP 1998) a indiqué une grande diversité dans
la réserve de ressources et le long des lisières de forêts. On peut s’attendre à ce que
d’autres espèces s’ajoutent à la liste de chauves-souris si des échantillons de la canopée
sont prélevés. Plus de 200 espèces d’oiseaux ont été enregistrées y compris les perroquets
à calotte rouge, les huppes des bois, le moucherolle de Tessman, les chouettes hulottes et
les serpentaires. Plus de 650 espèces de papillons ont été observées à Bia.

5.1.2 Populations fauniques en chiffres


Deux relevés systématiques des grands mammifères de Bia ont été effectués en 2007 et
2009 et on a estimé à environ 135 le nombre d’éléphants présents à Bia en 2009 (Danquah
2009). Les estimations des populations semblent augmenter mais il faut souligner que
les intervalles de confiance sur les données sont larges à l’exception du guib harnaché
dont on est certain à 93%. L’étude de Danquah a démontré que les éléphants, les bongos
et tous les mammifères de ‘taille moyenne’ à Bia étaient répandus sur une zone élargie,
probablement parce qu’ils étaient moins harcelés par les braconniers. Les léopards, la
civette africaine et la civette palmiste, la genette (chat-tigre), la mangouste à corps svelte
et des marais, la mangouste brune et la loutre à joues blanches du Congo vivent dans la
réserve.

5.1.3 Mammifères menacés d’extinction


La liste rouge des espèces menaces de l’IUCN (IUCN 2009) dénote huit espèces men-
acées présentes dans la zone de conservation de Bia. Leur liste est dressée par ordre de
statut de ‘liste rouge’ au tableau 2.
Tableau 2: Espèces sur la liste rouge de l’IUCN présentes dans la
zone de conservation de Bia
Nom commun Nom scientifique Statut de liste rouge
Chimpanzé commun Pan troglodytes Menacé
Colobe vert olive Procolobus verus Quasi-menacé de disparition
Pangolin géant Smutsia gigantea Quasi-menacé de disparition
Eléphant Loxodonta africana Quasi-menacé de disparition
Léopard Panthera pardus Quasi-menacé de disparition
Pangolin arboricole Phataginus tricuspis Quasi-menacé de disparition
Bongo Tragelaphus euryceros Quasi-menacé de disparition
Colobe magistrat noir et blanc Colobus vellerosus Vulnérable

5.1.4 Oiseaux
Plus de 203 espèces différentes d’oiseaux ont été enregistrées par les études orni-
thologiques au Parc national et la réserve de ressources de Bia (Dowsett-Lemaire &
Dowsett 2005). Huit espèces globalement menacées ont été enregistrées à Bia mais la
pintade à poitrine blanche (Agelastes meleagrides) a été vue pour la dernière fois en 1953
88 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

et est considérée éteinte. Le bulbul à queue verte (Bleda eximius) est rare à Bia. Quatre
espèces se trouvent dans la catégorie ‘Menacée de disparition’: Le canard d’Hartlaub
(Pteronetta hartlaubi), les grands calaos à joues brunes (Bycanistes cylindricus et le calao
à casque jaune Ceratogymna elata) (aucun enregistrement depuis 1991) et l’étourneau
rare (Lamprotornis cupreocauda). Il est possible que les grands calaos à joues brunes
aient été exterminés par la chasse; ils sont sujets aux mouvements locaux suite aux
opportunités de plantations d’arbres fruitiers et pourraient revenir si la protection était
renforcée. Les données sont insuffisantes en ce qui concerne le bulbul (Phyllastrephus
baumanni) et l’oiseau gobe-mouches (moucherolle de Tessman)(Muscicapa tessmanni)
qui a l’un des plus beaux chants de tous les oiseaux de forêt. Il n’est pas rare à Bia.

5.1.5 Reptiles
Peu d’informations sont disponibles sur les reptiles mais Bia pourrait accueillir une
faune reptilienne inédite. Les reptiles confirmés comprennent dix espèces de serpent, le
Varan du Nil (Varanus niloticus), La tortue terrestre articulée (Kinixys erosa) et le croco-
dile nain (Osteolaemis tetraspis) (MES 2002).

5.1.6 Amphibiens
En tant que groupe de vertébrés le moins connu à Bia, la liste des amphibiens pourrait
être largement augmentée si des experts sont sollicités ou encouragés par la Division de
la faune. La diversité des grenouilles arboricoles, en particulier, semblerait très élevée
en raison de l’humidité toujours importante, relativement en hauteur dans la canopée
fermée. Il ne serait pas irréaliste de penser que des études détaillées et un échantillon-
nage de la canopée pourrait engendrer de nouvelles espèces inconnues dans le monde
scientifique.

5.1.7 Poissons
Au cours de l’étude de l’ictiofaune de 2009, les étangs des zones protégées étaient presque
secs, chauds, boueux et perturbés par l’activité des éléphants. Ils contenaient pourtant
16 espèces différentes. Deux d’entre elles, le Sarotherodon galilaeus multifasciatus et
l’Epiplatys chaperi étaient endémiques à la région ictiofaunique éburnéo-ghanéenne.
Toutes deux s’adaptent à l’environnement et sont répandues dans la région.
Deux autres espèces, le Clarias buettikoferi et leBarbus bigornei, n’avaient auparavant
pas été enregistrées au Ghana et sont des habitants ictiofauniques de la Haute Guinée et
de la région éburnéo-ghanéenne. Toutes les autres espèces (sauf peut-être un spécimen
non identifié de Barbus) appartiennent à la région ichtyofaunique sahélo-soudanaise
(MES 2002).

5.1.8 Invertébrés
On détient peu d’informations sur la diversité étonnante d’invertébrés susceptible
d’exister à Bia, ce qui pourrait donner lieu à une étude de recherche dans l’avenir. Cette
recherche permettra de découvrir de nombreuses espèces jusqu’alors inconnue au monde
scientifique. Les papillons ont été étudiés dans une certaine mesure. Le Ghana accueille
une faune de papillons totale de presque 900 espèces (EPA 2004). Cette population
Salu 89
Protéger la Réserve de Biosphère de Bia en vue de la Conservation de la Biodiversité

représente 90% de tous les papillons connus de l’Ouest du fossé du Dahomey, une car-
actéristique biogéographique importante qui sépare les forêts tropicales humides le
plus à l’ouest de l’Afrique des forêts équatoriales principales. La grande partie de ces
900 espèces correspond à des papillons de forêt purs, présentant des degrés divers
d’adaptation à la dégradation de la forêt. En tant que tels, les papillons sont souvent cites
comme indicateurs de santé des forêts et de la biodiversité. Très peu d’inventaires de
papillons existent quelle que soit la région d’Afrique de l’ouest. Les quelques rares études
effectuées (Larsen 2001, 2006) identifient Bia comme l’une des forêts restantes et impor-
tantes pour les papillons au Ghana. Jusqu’à présent, 404 espèces ont été répertoriées
à Bia et l’estimation atteignait 652 espèces représentant 73% des espèces de papillons
connues au Ghana.

5.1.9 Conservation des paysages et écosystèmes


De 1956 à 1998, la déforestation dans la réserve de biosphère de Bia a été considérable.
Malgré des conséquences en termes d’affaiblissement de la biodiversité forestière, il est
remarquable que certaines espèces de la faune semblent préférer les zones déboisées. La
raison en est qu’en résultat des brèches dans la canopée, on trouve un plus grand nombre
de pâturages dans la forêt secondaire. Depuis 1998, une régénération naturelle s’est pro-
duite. Les pistes, voies et délimitations ont été régulièrement nettoyées. Aucun arbre ni
aucune culture végétale n’ont été plantés.

5.2 Contribuer au développement environnemental socioculturel durable


5.2.1 Aspect social
Le meilleur moyen de visiter la réserve de biosphère de Bia est en marchant dans la
forêt accompagné d’un guide forestier. Les guides suivent sept voies différentes le long
de chemins pour éviter de se perdre. Ces randonnées durent entre une et deux heures.
Les animaux de forêt sont difficiles à apercevoir en raison de la végétation dense mais
les visiteurs entendront les appels de nombreuses espèces dont les singes qui peuvent
parfois être vus dans la canopée, sautant d’un arbre à l’autre. Les randonnées guidées
à travers la forêt devraient être amélio-
rées. Pendant ces randonnées, l’histoire de
Bia pourrait être expliquée, les arbres et
plantes aux valeurs médicinales et autres
propriétés montrés ainsi que les types
d’arbres présents dans la zone.

5.2.2 Aspect culturel


Aucun site archéologique n’est connu
dans la réserve de biosphère de Bia.
L’affleurement rocheux près de Kunkumso,
appelé ‘Apaso’ est considéré sacré en raison
des lutins (esprits) qui y vivraient (Figure
Figure 4: Les membres du comité du MAB
4). Il a été découvert par les ancêtres des assis sur ‘Aposo’, écoutant l’histoire de la zone
90 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Debisohene. La légende raconte que deux petits étangs dans la roche ne sèchent jamais
et des sacrifices et cadeaux sont offerts à cet endroit. Aucune habitation humaine per-
manente n’y a existé. Seuls quelques camps de chasseurs temporaires y ont été installés
lorsque la zone a été indexée. Cependant, la politique est que si les gens sont désireux de
visiter le site, ils peuvent demander la permission et en cas de découverte de relique, le
conseil du Musée National et du Conseil des Monuments devrait être recherché.

5.3 Soutenir la recherche scientifique, l’éducation et le partage des


informations
5.3.1 Le programme Homme et Biosphère (MAB)
Le Prix MAB du jeune scientifique a été institué par l’UNESCO en vue d’encourager les
jeunes scientifiques des pays en voie de développement à utiliser les réserves de bio-
sphère de MAB comme sites de projets dans leur recherche et à pousser ceux qui uti-
lisent déjà ces sites à entreprendre des études comparatives dans d’autres sites. Tous les
ans, un appel à projets a été placé dans le Daily Graphic et le Ghanaian Times. Divers
domaines de recherche ont été couverts y compris les ‘frugivores’ et l’enlèvement des
fruits de l’Antiaris toxicaria (Moracée) dans la réserve de biosphère de Bia (Kankam
& Oduro 2009) et ‘l’Ecologie et le statut de l’escargot africain géant dans la réserve de
biosphère de Bia au Ghana (Asamoah 2009). Les autres sujets de recherche couvrent
l’étude sur la population d’éléphants, le contrôle des espèces de primates, les études sur
les escargots africains géants et la gestion communautaire des ressources naturelles.
En réponse à l’appel à projets de 2010, 22 candidatures ont été reçues pour le Prix
2011. Après étude, quatre candidatures ont été sélectionnées pour Songor et Bia et
soumises à l’UNESCO. Les sujets sélectionnés par le Comité national de la réserve de
biosphère de Bia concernaient ‘l’évaluation de la contribution potentielle directe et indi-
recte des paiements de type REDD+ sur les activités de subsistance locales”; ‘Analogie
des chauves-souris dans la gestion de l’écosystème et la conservation de la biodiversité’;
et ‘Effets de la déforestation sélective sur la biodiversité’. Ces sujets démontrent la valeur
que les étudiants attachent à ces initiatives de recherche.

5.3.2 Inventaire des espèces végétales


Des inventaires d’espèces végétales et des études écophysiologiques ont été menés dans
la réserve de biosphère par le projet BRAAF. Environ 640 espèces de plantes vasculaires
ont été identifiées pendant l’étude de 1999. Une nouvelle délimitation de la zone-tampon
de la réserve de biosphère s’impose pour assurer une protection complète de la zone
centrale.

5.3.3 Observation des oiseaux


La réserve de biosphère de Bia pourrait être utilisée pour des excursions organisées
d’observation des oiseaux étant donné la variété d’oiseaux de forêt, facilement visibles
grâce aux brèches dans la canopée. L’accès à Bia est relativement aisé et normalement
sans dérangement d’autres touristes. Cependant, il est crucial de fournir une liste de
vérification des oiseaux, demander à tous les observateurs de rapporter les nouvelles
Salu 91
Protéger la Réserve de Biosphère de Bia en vue de la Conservation de la Biodiversité

espèces qu’ils auraient trouvées et de mettre à disposition des paires de jumelles et livres
de référence pour apprendre à identifier les oiseaux.

5.3.4 Aires de pique-nique


De nouvelles aires de pique-nique ont été construites. Elles sont équipées de bancs et de
tables. Leur usage est gratuit mais des frais d’entrée doivent être payés. L’utilisation de
ces aires devrait être encouragée au niveau national et international par le biais d’efforts
de marketing.

5.3.5 Centre de recherche de Bia


Le Centre de recherche de Bia a été construit par le programme PADP I (2001) et entière-
ment rénové par le programme PADP II (2007). Des universités comme l’Université des
Sciences et technologies Kwame Nkrumah ont exprimé leur intérêt à améliorer le Centre.
La nouvelle Université de gestion des ressources naturelles devant être établie dans la
région de Brong Ahafo peut bénéficier de cette installation. La politique est d’optimiser
l’utilisation du Centre de recherche de Bia. Le centre de recherche est un lieu idéal pour
la formation du personnel de la Division de la faune. Il peut être utilisé par les étudi-
ants universitaires dans le cadre de leçons sur le terrain et des groupes de chercheurs
indépendants. La Direction du centre peut déposer une demande de financements pour
les équipements auprès du Programme de gouvernance des ressources naturelles et de
l’environnement (NREG) qui est un fonds de soutien regroupant plusieurs bailleurs de
fonds destiné à la conservation et la protection de l’environnement.

5.3.6 Priorités actuelles et futures en matière de recherche


La recherche sur les chimpanzés par A Rocha continue actuellement sous forme d’étude
sur les mammifères, un concept qui devrait être encouragé. La recherche constitue un
volet crucial de l’utilisation de Bia et mérite le soutien des autorités.
Les projets de recherche qui pourraient s’avérer utiles pour la réserve de biosphère
sont les suivants: (i) Répétition de l’étude sur les grands mammifères pour contrôler les
tendances; (ii) la répartition et l’abondance des chimpanzés et l’adaptation des chim-
panzés pour le tourisme; (iii) l’effet de la déforestation sur la répartition de la faune; (iv)
l’effet de la disponibilité de l’eau sur la biodiversité; (v) attractions à Bia pour le dével-
oppement du tourisme; (vi) Dynamique de l’application de la loi, étude sur les chasseurs
autour de Bia; et (vii) réponse de la communauté aux initiatives de conservation.
La Direction devrait veiller à ce que les chercheurs soumettent leurs rapports
aux autorités de la réserve et à la bibliothèque du siège de la Division de la faune. En
outre, elle devrait s’efforcer à renforcer la capacité de ses homologues à Bia. Des efforts
devraient être entrepris pour s’assurer que les chercheurs travaillent en collaboration
avec leurs homologues émanant du personnel de la réserve de biosphère de Bia pour le
partage des informations.
92 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

6. Mesures pour la conservation


Plusieurs mesures de conservation ont été prises en ce qui concerne la gestion des incen-
dies. Aucun grand incendie n’a eu lieu à ce jour en dehors d’un petit incendie qui s’est
déclenché près d’Apaso en 2006. Des efforts ont été placés sur l’éducation des commu-
nautés et du personnel concernant le danger des incendies. Le personnel de la Division
de la faune nettoie chaque année la ligne limitrophe de la forêt pour créer un pare-feu au
début de la saison sèche. De plus, il contrôle et rend compte des risques d’incendie et de
la chasse au daman arboricole (hyrax). Les communautés ont été avisées de collaborer
avec le Service national des pompiers du Ghana et les pompiers volontaires pendant la
saison sèche pour empêcher les risques de feux de forêt.
Les zones protégées sont conservées comme écosystèmes naturels avec des espèces
sauvages indigènes. La plante étrangère principale est la Chromolaena odorata (Herbe
du Laos). Elle colonise rapidement les zones perturbées telles que les pistes de défor-
estation et les baies de chargement. Elle est bien établie à travers la région et de ce fait,
ne peut pas être contrôlée uniquement dans le parc puisqu’elle envahirait rapidement
la zone extérieure. La plante sauvage est sous surveillance pour déterminer les risques
d’invasion.

6.1 Gestion de la faune


La Division de la faune du Ghana estime que la méthode la plus efficace pour gérer la
faune à Bia est par une mise en vigueur rigoureuse de la loi, visant à accroître le nombre
d’animaux. Le nombre de garde-forestiers a été augmenté grâce à un nouveau recrute-
ment et une formation. La Division de la faune a également augmenté les rations alimen-
taires données aux gardes en service. L’eau peut être fournie dans les zones protégées de
la savane pour attirer la faune vers des lieux où les animaux la composant peuvent être
vus par les touristes ou pour augmenter la capacité de transport dans la zone. Au sud,
de l’eau est disponible dans les baies de chargement laissées par les sociétés d’abattage
des arbres. Pendant la saison sèche, on assiste parfois à une pénurie d’eau dans le nord,
poussant les animaux à se déplacer vers le sud. Un problème de gestion des animaux en
dehors du parc a été remarqué. De plus, on rapporte des problèmes fréquents de dégâts
sur les récoltes par les éléphants aux alentours de Bia, surtout les plantations de cacao.
Les populations locales souhaitent une protection et se sont plaintes au personnel. Au
cours des dernières années, certains agriculteurs à Kakum ont utilisé avec succès de
l’huile de moteur et des piments rouges sur des tissus attachés à des codes autour des
champs, ce qui les aide à tenir les éléphants éloignés. La méthode d’huile de moteur/
piments a été testée à Bia avec l’assistance du personnel de la Division de la faune de
Kakum. Des sites de démonstration ont été mis en place et se sont révélés efficaces.
L’adoption par les agriculteurs reste néanmoins faible. De nombreux agriculteurs sou-
haitent que la Division de la faune leur fournisse les matériaux. Certains d’entre eux
espèrent toujours une compensation et veulent que les éléphants soient tués.
Salu 93
Protéger la Réserve de Biosphère de Bia en vue de la Conservation de la Biodiversité

6.2 Agriculture et jardinage


L’agriculture dans la réserve de biosphère est illégale. Le personnel des camps de la
réserve peuvent cultiver des légumes ou autres plantes non envahissantes dans les 20 m
de leur cour arrière. Les plantes doivent être destinées à leur usage personnel (interdic-
tion de vente). Aucune compensation pour la perte ou les dégâts occasionnés par les
animaux sauvages n’est prévue.

6.3 Utilisation communautaire des ressources


Le ramassage des escargots a été autorisé sous cer-
taines conditions mais a suscité de nombreux prob-
lèmes: entre autres, le personnel ne peut pas associer
le nombre de personnes qui souhaitent ramasser les
escargots; l’activité dévie l’attention de la Division
de la faune de ses activités-maîtresses; les individus
tirent parti de l’autorisation de ramasser les escargots
pour placer des pièges et chasser en même temps;
de nombreux sacs en caoutchouc souillent la zone
et des camps sont créés. Les escargots sont apparus
en 2008, 2009 et 2010 (Figure 5). Au cours de deux
réunions des intervenants, le PAMAB a décidé que le
ramassage des escargots ne sera plus autorisé jusqu’à Figure 5: Escargots de la réserve
nouvel ordre. Il a été convenu que le ramassage des de biosphère de Bia
escargots a occasionné trop de problèmes.
Un atelier pour tous les intervenants sera organisé par le Conseil régional et la
Division de la faune pour discuter de l’avenir du ramassage des escargots et des règle-
ments à adopter. Le principe de la Division de la faune est que le rassemblement des res-
sources dans la réserve de biosphère est contre les règlementations du parc mais pour-
rait être autorisé si la communauté peut garantir que les escargots sont gérés dans un
souci de durabilité et que leur ramassage ne crée pas de conflit. Le ramassage des escar-
gots ne doit en aucun cas bouleverser l’intégrité écologique de la réserve de biosphère et
toutes les communautés doivent convenir des mêmes dispositions. Le conservateur du
parc a la responsabilité de faire appliquer ces règlements.

6.4 Prospection des minéraux et extraction minière


Aucune activité illégale d’extraction minière n’existe à Bia qui se trouve à l’ouest des
zones aurifères. L’extraction minière et la prospection des minéraux sont interdites dans
les parcs nationaux et les réserves. Toute personne prise en flagrant délit de prospection
de minéraux doit être requise de cesser immédiatement ou être arrêtée si besoin est.

6.5 Restauration de l’habitat


Dans le passé, des kilomètres de voies déboisées et de nombreuses baies de chargement
existaient jusqu’à la cessation des activités de déboisement en 1999. La zone est en train
94 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

d’être peu à peu recolonisée par une végétation naturelle comme le montrent les images
par satellite du même emplacement exact, au sud de Benkasa. La Division de la faune a
pour politique de permettre à la nature de recoloniser les sites affectés (Figure 6).

En 1998 ces pistes faisaient 20 m de largeur. En 2003 les pistes avaient été largement
recolonisées.
Figure 6: Images par satellite de la régénération de la réserve forestière

6.6 Projet BRAAF


Le projet a été intitulé Réserves de bio-
sphère de l’UNESCO pour la conserva-
tion de la biodiversité et le développement
durable en Afrique Anglophone (BRAAF
1995–1999). Bia a été classée comme
réserve de biosphère en 1983 et est actuel-
lement l’une des deux seules réserves de
biosphère au Ghana (celle de Songor a été
classée en 2011). L’UNESCO a financé un
programme MAB de quatre ans à Bia, à
partir de 1995. Sous la tutelle de l’Agence
de protection environnementale (EPA) et Figure 7: Le comité du MAB recueillant les
basées sur l’expertise de spécialistes de la commentaires des bénéficiaires du projet BRAAF
Division de la faune, du Département de la botanique de l’Université du Ghana et de
l’Université Kwame Nkrumah des sciences et des technologies, diverses études ont été
menées dans les domaines de la faune, la botanique et l’anthropologie sociale. Le rapport
final a été soumis en 1999. Le projet BRAAF encourageait l’élevage des escargots et la
culture des champignons dans la zone-tampon en vue de réduire la pression exercée sur
les ressources du parc en harmonie avec les besoins de la population locale. Des dons
de moulins pour le traitement du manioc ont été remis aux zones de Kwamebikom et
Adjoafua entourant la zone centrale pour générer des revenus de subsistance. Le suivi
a été plutôt médiocre et le programme a eu peu d’impact sur la gestion de la réserve de
biosphère de Bia (Figure 7).
Salu 95
Protéger la Réserve de Biosphère de Bia en vue de la Conservation de la Biodiversité

6.7 Séminaires de sensibilisation


Par le biais de séminaires de sensibilisation, les communautés locales ont pris conscience
du besoin de protection des forêts et des animaux dans la réserve de biosphère. Le Projet
de développement des zones protégées financé par l’Union européenne a encouragé le
travail des volontaires d’ONG et la formation des zones de gestion des ressources com-
munautaires (CREMA).

6.8 Gestion collaborative


On dénote 42 communautés autour de la réserve de biosphère de Bia. Quatre zones
CREMA sont établies avec les 34 comités de gestion des ressources communautaires
(CRMC) dans le nord de Bia. Leurs revenus de subsistance dérivent de la culture du
cacao. La plupart des populations ont accueilli l’initiative de zone CREMA et en ont
soutenu et épousé le concept. Certaines autres zones comme Asuontaa ont émis leur
souhait de créer une zone CREMA. Cependant, certaines populations locales pensent
que les zones CREMA sont destinées à la Division de la faune plutôt qu’à elles. S’efforçant
de répondre à ces questions, la Division de la faune a conçu et activement mis en œuvre
la Politique de gestion collaborative. La Politique de la Division de la faune est de
soutenir PAMAB en permettant aux communautés locales de contribuer à la gestion
de la réserve de biosphère. En outre, elle soutient les zones CREMA dans le cadre de
l’utilisation durable des ressources par les communautés autour de Bia et collabore avec
les ONG, les Conseils régionaux et autres intervenants pour aider les zones CREMA à
préserver leurs ressources naturelles. Les organisations protégeant la zone regroupent
les Comités consultatifs de gestion des zones protégées (PAMAB), les zones de gestion
des ressources communautaires (CREMA), le Conseil régional, les organisations non-
gouvernementales (ONG) et l’autorité traditionnelle.

6.8.1 Comité consultatif de gestion des zones protégées (PAMAB)


Les objectifs du PAMAB sont de réso-
udre les conflits relatifs à la réserve de
biosphère et aux communautés avoisi-
nantes; d’identifier et d’intégrer les préoc-
cupations des populations locales dans la
gestion de la réserve de biosphère; de col-
laborer avec les populations locales pour
essayer d’assurer une meilleure gestion;
d’obtenir le soutien local pour la gestion
du parc et la faune; de fournir des conseils
sur les entreprises liées à la conservation;
d’aider à intégrer la réserve de biosphère
Figure 8: Le comité du MAB tenant une
dans le système régional de planification; réunion avec les membres du PAMAB
et de promouvoir les pratiques tradition-
nelles de gestion des ressources naturelles adaptées. Les membres du PAMAB sont
composés de trois chefs des communautés locales, deux représentants de la Division
96 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

de la faune, des représentants des groupes de jeunesse au sein des communautés, deux
représentants de deux Conseils régionaux; un représentant du service de la Police, un
représentant du service des Pompiers, deux agriculteurs et autres membres cooptés.
L’organisation des réunions a fait l’objet de problèmes de fonds. Il est convenu que la
Division de la faune devrait soutenir les activités du PAMAB (Figure 8).

6.8.2 Zone de gestion des ressources communautaires (CREMA)


Une zone CREMA correspond à ‘une zone définie géographiquement hors d’une zone
protégée, dotée de suffisamment de ressources naturelles et où les communautés se sont
organisées aux fins d’une gestion durable des ressources’. Le comité de la zone CREMA
s’appuie sur des processus de décision communautaire traditionnels et se compose
d’un conseil exécutif et d’une constitution permettant de règlementer et d’orienter ses
activités. Sa constitution est rendue légitime par un décret du Conseil régional (District
Assembly). La première zone CREMA a été établie à partir d’Amokwaw suivie ensuite
de la formation d’autres zones CREMA (Figure 9). Les activités de chaque zone CREMA
dépendent de leurs objectifs tels que stipulés dans leur constitution mais elles visent à
règlementer la chasse des animaux sauvages; conseiller la Division de la faune en matière
de licences pour le commerce des produits de la faune; aider à résoudre les confits liés
aux animaux et autres ressources; réduire les activités de braconnage de la réserve de
biosphère en autorisant la chasse contrôlée; collaborer avec les comités d’autres zones
CREMA dans les régions voisines; et encourager la sensibilisation sur la conservation
et la gestion de la faune. Le comité de la zone CREMA la contrôle et la gère. Les sources
de revenus des comités comprennent la vente des permis de chasse, les amendes, la
vente des produits forestiers non liés au bois, les adhésions, la recherche et les dons
d’organisations.

Figure 9: Inauguration des zones CREMA de Kukumso et Debieso

6.8.3 Le Conseil régional (District Assembly)


La fonction du Conseil régional est de faire appliquer les décrets et la stratégie de bio-
diversité de la région, soutenir le développement des infrastructures, les programmes
Salu 97
Protéger la Réserve de Biosphère de Bia en vue de la Conservation de la Biodiversité

d’élimination de la pauvreté, soutenir et contrôler les ressources naturelles et fournir la


logistique aux zones CREMA pour leur bon fonctionnement.

6.8.4 Organisations non-gouvernementales et autorité traditionnelle


Les ONG assistent les cadres des zones CREMA à obtenir des fonds dans la mesure
du possible et les aident à contrôler les ressources naturelles. Les chefs des zones con-
tribuent au maintien de la paix et la stabilité au sein des communautés et à la punition
des personnes en infraction par rapport aux lois des zones CREMA.

7. Leçons tirées de la réserve de biosphère de Bia


La décision par le gouvernement de convertir Bia en réserve de biosphère et de
l’UNESCO de la classer en tant que telle a été une étape marquante pour la conserva-
tion des écosystèmes de la zone. La région fait l’objet d’une reforestation et accueille une
variété génétique de flore et de faune en comparaison avec les activités de déforestation
intensives auxquelles on assiste dans le pays.
Les institutions gouvernementales, les partenaires du développement, la société
civile et les leaders de la communauté ont joué un rôle majeur dans la gestion de la
biodiversité de Bia pour les générations futures. Les chercheurs, étudiants et touristes
bénéficieront considérablement de la richesse de la biodiversité trouvée dans la réserve
de biosphère de Bia. Mais les lacunes en matière de données sur des mammifères et
oiseaux particuliers doivent être corrigées au cours des études de recherche futures.

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Protéger la Réserve de Biosphère de Bia en vue de la Conservation de la Biodiversité

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6
Biodiversité et Utilisation Durable des
Ressources Naturelles: Cas de la Réserve de
Biosphère de la Mare aux Hippopotames du
Burkina Faso
Biodiversity and the Sustainable Use of Natural Resources:
the Case of the Mare aux Hippopotames Biosphere Reserve in
Burkina Faso

JE AN - NOËL PODA • MAMOUNATA BELEM • OLLO


THÉOPHILE DIBLONI • NESSAN DÉSIRÉ COULIBALY •
AMADÉ OUEDR AOGO1

Résumé
La réserve de la biosphère de la mare aux hippopotames constitue depuis 1987 une
expérience à suivre dans le cadre de la politique de développement intégré et par-
ticipative avec le Programme National de Gestion des Terroirs (PNGT) et l’Office
National des Aires Protégées (OFINAP).
La région est caractérisée par deux faits majeurs en matière de ressources
naturelles et de système de gestion qui sont à la base de l’offre et de la demande en
matière de recherche:
• Les énormes potentialités naturelles et agricoles;
• L’environnement en mutation dû à une forte pression migratoire, à l’évolution des
systèmes de production et à la dégradation des ressources naturelles.
Les activités de recherches conduites depuis plus d’une dizaine d’année visent à
soutenir la conservation et l’utilisation durable des ressources naturelles.
Les résultats obtenus sur la végétation montrent un pourcentage élevé des forma-
tions Guinéo-Congolaises (61,7%) et indiquent que les galeries de la forêt classée de la
mare aux hippopotames ont beaucoup d’affinités floristiques avec les formations for-
estières Guinéo-Congolaises. Elles constitueraient une relique d’une formation boisée

1 Correspondances à: Jean-Noël Poda, Coordonnateur et point focal MAB/UNESCO, Burkina Faso, 03


B.P.7047 OUAGADOUGOU 03 · Tél: (226) 50 36 32 15 · Fax. (226) 50 36 03 94 · E-mail: podajnl@[Link]
100
Poda • Belem • Dibloni • Coulibaly • Ouedraogo 101
Cas de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames du Burkina Faso

dans le temps. L’inventaire et l’analyse de la végétation aquatique révèlent que les


cours d’eau sont des voies de remontée de la flore guinéenne dans la région soudani-
enne. Ces divers caractères chorologiques soulignent bien l’originalité de cette flore
adaptée à des conditions de milieu très particulières.
Les résultats ont été obtenus sur la faune ichtyologique qui compte 37% de la
centaine d’espèces de poissons répertoriés au Burkina Faso, les oiseaux qui sont les
meilleurs indicateurs de la santé des milieux, les hippopotames et de la faune terrestre
qui expriment mieux les impacts anthropiques sur les divers milieux. Sur le plan socio-
économique des résultats ont été obtenus sur l’impact des pratiques agricoles, de
l’élevage traditionnel, des migrations sur les ressources naturelles.
Les enquêtes ont ainsi révélé que les différents groupes socioprofessionnels avaient
des intérêts multiples et divers sur la réserve. Ainsi les pâturages occupent le quat-
rième rang en besoin de service après les plantes médicinales, le bois de chauffe et les
poissons. Par ailleurs, les feux de brousse et la coupe abusive du bois constituent les
principales causes de dégradation de la végétation, l’élevage et l’agriculture occupant
respectivement le troisième et le quatrième rang. Le plan de gestion dans le concept
de réserve de biosphère, s’il réussissait, servirait de modèle d’utilisation durable des
ressources naturelles pour sauvegarder les autres forêts menacées du pays.
Mots clés: Ecosystèmes, diversité biologique, actions anthropiques, Réserve de
biosphère, Burkina Faso

Abstract
Since 1987, the Mare aux Hippopotames Biosphere Reserve constitutes an experi-
ment within the framework of integrated and participative development policy with
the National Land Management Programme (Programme National de Gestion des
Terroirs — PNGT) and the National Office for Protected Areas (Office National des
Aires Protégées — OFINAP).
The region is distinguished by two major characteristics related to natural
resources and the management system which are at the root of the supply and
demand of research:
• Great natural and agricultural potential;
• A changing environment due to strong migratory pressures, evolving production
systems and the deterioration of natural resources.
The research activities that have been conducted for more than a decade aim to
support conservation and the sustainable use of natural resources.
The results obtained on vegetation show a high percentage (61.7%) of Guineo-
Congolese formations and indicate that the classified gallery forests of the
Hippopotamus Lake and the Guineo-Congolese forest formations have many floristic
similarities. They are considered to be a relic of former wooded formations. Through
surveys and analysis of aquatic vegetation, it was discovered that the water courses
are ascent paths for Guinean flora in the Sudanese region. These various chorological
102 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

characteristics emphasize the originality of this flora which adapted to very special
environmental conditions.
Results were obtained on ichthyological fauna, which comprises 37% of some
hundred species of fish recorded in Burkina Faso; on birds, which are the best indica-
tors of the environment’s state and on hippopotami and land fauna which reveal the
anthropogenic impact on various surroundings more [Link] regard to socio-
economic phenomena, results were obtained on the impact of agricultural practices,
traditional stock farming and migrations on the natural resources.
The surveys revealed that the different socio-professional groups have multiple
and various interests in the reserve. As far as the populations’ resource needs are
concerned, pastures are in fourth place, after medicinal plants, firewood and fish. In
other respects, bush fires and excessive logging constitute the main causes of vegeta-
tion deterioration, whereas stock farming and agriculture are in third and fourth place,
respectively. If the management plan within the context of the biosphere reserve
concept is successful, it would serve as a model for the sustainable use of natural
resources, preserving other endangered forests in the country.
Key words: Ecosystems, biodiversity, anthropogenic activities, biosphere reserve,
Burkina Faso

1. Introduction
Les épisodes de sécheresse qui ont affecté les régions sahéliennes en Afrique (1910, 1914,
1940–1944, 1970–1974) ont eu des conséquences graves tant sur le plan économique que
social.
Mais c’est la grande sécheresse qu’à connue la zone soudano-sahélienne à partir de
1968 et qui s’est aggravée en 1972–1973, mettant en exergue le phénomène de la déserti-
fication, qui a conduit les Etats concernés et leurs partenaires à prendre des mesures qui
se sont traduites notamment par:
• la création des structures régionales dont le Comité Permanent Inter-états de Lutte
Contre la Sécheresse au Sahel (CILSS) avec ses instituts spécialisés, le renforcement
de la représentation de l’Union Mondiale pour la Nature (UICN) au Burkina Faso;
• le renforcement des aides et interventions dans le cadre des accords bilatéraux et
multilatéraux en matière de préservation de l’environnement et de développement
durable;
• l’intervention de diverses organisations non-gouvernementales (ONG) aux côtés des
structures de l’état dans la lutte contre la pauvreté;
• l’impulsion et le renforcement des capacités scientifiques et techniques en matière de
recherche sur l’environnement et la gestion des ressources naturelles.
Le Burkina Faso est un pays enclavé, sans débouché direct sur la mer. Le pays a un
climat de type tropical sec avec deux saisons bien marquées: une saison pluvieuse et une
Poda • Belem • Dibloni • Coulibaly • Ouedraogo 103
Cas de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames du Burkina Faso

saison sèche. Les problèmes majeurs de l’environnement sont essentiellement constitués


par la dégradation des ressources naturelles: déboisements, surpâturage, braconnage,
érosion des sols et désertification. Dans ce tableau plutôt sombre, les réserves de bio-
sphères du programme l’Homme et la Biosphère (MAB) de l’UNESCO remplissent un
large éventail de fonctions au nombre desquelles le développement local, la conserva-
tion de la biodiversité, la formation et la recherche appliquent.
Le quarantième anniversaire du programme de l’UNESCO sur l’Homme et la bio-
sphère (MAB) 1971–2011 offre une opportunité pour situer la contribution du pro-
gramme MAB/UNESCO dans la promotion du cadre de vie des populations rurales
et urbaines et plus particulièrement dans les connaissances scientifiques et la gestion
durable des ressources naturelles avec comme exemple la réserve de biosphère de la
mare aux hippopotames au Burkina Faso.

2. De la forêt classée à la Réserve de la Biosphère de la


Mare aux Hippopotames (RBMH)
La forêt de la mare aux hippopotames a été classée par l’arrêté no. 836 SE du 26 mars
1937 portant classement des forêts de Bansié, du Bambou, du Kapo, du Bahon et de la
mare aux hippopotames, cercle de Bobo-Dioulasso (Côte d’Ivoire). Elle s’étend sur 19
200 hectares avec une mare permanente d’un attrait particulier et d’une superficie de
660 hectares. Situé dans la province du Houet à une soixantaine de kilomètres au Nord
de Bobo-Dioulasso entre les latitudes 11°30' et 11°45'N et les longitudes 04°05' et 04°12'W,
cette forêt est bien connue à cause de sa mare, habitat privilégié des hippopotames. La
mare est fréquentée par les touristes transitant par Bobo-Dioulasso.

2.1 L’évolution de la stratégie de conservation au Burkina Faso


La stratégie de conservation des ressources génétiques au Burkina Faso a pris plusieurs
formes. A partir de 1936 plusieurs forêts ont été protégées par des textes juridiques de
classement. C’est dans cette série qu’a été pris l’arrêté no. 836 SE du 26 Mars 1937 portant
classement de diverses forêts dont celle de la mare aux hippopotames. Plus tard, en
1968 l’ordonnance sur la conservation de la faune et l’exercice de la chasse au Burkina
Faso a été prise, définissant les réserves de faune (Spinage & Traoré 1984). Toute cette
stratégie avait comme objectif la conservation de la forêt et l’aménagement de la faune
sauvage. Dans ces aires la chasse, l’abattage ou la capture de la faune ont été interdits sauf
accord de l’autorité de la réserve ou sous son contrôle. L’habitation et les autres activités
humaines ont été interdites ou réglementées.
Malheureusement, ces mesures de protection ont été prises sans la participation
réelle des populations environnantes qui se sont senties frustrées, car elles estiment que
l’état les privait de leurs meilleures terres de culture et de pâturage. En raison de cette
hostilité, plusieurs de ces aires de protection ont souffert d’agression diverses de la part
de ces populations sous forme de braconnage, de feux de brousse, de défrichements
agricoles, de pâturages, etc.
104 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Après un demi-siècle d’application, ces stratégies autoritaires de conservation ont


donné des résultats plutôt décevants. La plupart de ces aires protégées sont aujourd’hui
assez dégradées et font l’objet de plan d’aménagement avec la participation des popula-
tions environnantes. La réserve de la biosphère de la mare aux hippopotames, la prem-
ière réserve de la biosphère au Burkina Faso constitue une expérience à suivre dans le
cadre de la politique de développement intégré et participative.

Figure 1: Situation de la Réserve de la Biosphère de la Mare aux Hippopotames


Poda • Belem • Dibloni • Coulibaly • Ouedraogo 105
Cas de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames du Burkina Faso

La zone est formée d’une plaine relativement plate, dont l’altitude varie entre 300
et 320 m. Elle est coupée en deux par la Leyessa, affluent du Mouhoun qui constitue la
limite Ouest (Figure 1). La région se situe dans le climat sud-soudanien. La pluviométrie
moyenne annuelle est de 1 100 mm avec une température moyenne annuelle de 28°C.
La forêt classée de la mare aux hippopotames renfermerait une part importante de
la flore et de la faune de deux régions biogéographiques, la zone soudanienne et la zone
soudano-guinéenne (Bognounou 1979, CNRST 1980). Cette forêt constitue, parmi les 3
800 000 hectares de forêts classées, de réserves de faune et de parcs nationaux, une des
mieux conservées du Burkina Faso.
Pour contrer la tendance de dégradation des ressources naturelles et préserver ses
aires de protection de la faune d’intérêt mondial, le site de la réserve de biosphère a
bénéficier de plusieurs appuis dont celui du Fonds Mondial pour l’Environnement
(FEM) par l’entremise de la Banque Mondiale des financements en terme de dons. De
part son statut écologique (forêt classée, site Ramsar et Réserve de Biosphère), la zone a
fait l’objet de plusieurs études dont les principales ont trait aux ressources hydrauliques,
fauniques, forestières et piscicoles.
Compte tenu des besoins de recherche, de protection participative du patrimoine
naturel, les autorités burkinabè ont proposé à plusieurs reprises, cette forêt comme une
réserve de la biosphère (Bonkoungou et al. 1984).
Convaincu de l’importance de la forêt de la mare aux hippopotames au point de
vue de la conservation, de l’intérêt pour les connaissances scientifiques et des valeurs
humaines qu’elle permet de mettre au service du développement intégré de la région,
l’UNESCO a accepté en 1987 de l’inscrire dans le réseau international des réserves de la
biosphère. De part ses richesses en biocénoses tant aquatiques que terrestres, la réserve
de la biosphère de la mare aux hippopotames a toujours fait l’objet d’une attention par-
ticulière pour les besoins de protection, de recherche et de développement. L’approche a
reposé sur une large assise nationale rassemblant les représentants:
• des populations locales (responsables coutumiers, délégués de village, etc.)
• de l’administration (Préfet et responsables des services locaux)
des ministères concernés (Environnement et Eau, Enseignement Supérieur et Recherche
Scientifique, Plan, Tourisme, administration du territoire, etc.).
Cette coopération vise à trouver des stratégies pratiques applicables de manière
durable, en vue de régler les problèmes socio-économiques complexes qui se posent
dans la région. L’établissement d’un dialogue entre les différents groupes s’est fondé sur
la nécessité d’intégrer la conservation et le développement.
Le programme de gestion qu’implique une réserve de biosphère, vise à associer plus
que par le passé les populations et les autorités locales.
La gestion combinée des forêts et des terroirs du PNGT (Programme National de
Gestion des Terroirs) et de l’Office National des Aires Protégées (OFINAP) est rendue
nécessaire pour les raisons suivantes:
• la gestion des ressources naturelles constitue un défi à relever dans la mesure où ces
ressources sont soumises à de graves pressions dues au défrichement massif;
106 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

• la forêt et la faune encore existantes constituent un patrimoine précieux de la diver-


sité biologique, mais sont également gravement menacées;
• la demande croissante en bois de feu de Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays,
exerce une pression de plus en plus forte sur les forêts naturelles avoisinantes;
• les activités de gestion des terroirs qui ont été lancées dans quelques villages ont
donné des résultats très encourageantes et méritent d’être répétées;
• le plan de gestion des réserves de biosphère constitue un atout et un outil précieux
pour réussir la gestion combinée.
Aussi, la réserve de la biosphère de la mare aux hippopotames constitue t-elle un excel-
lent moyen d’intégrer conservation et mise en valeur en tirant partie de la participation
des populations locales et de ses connaissances en matière de gestion durable des éco-
systèmes. De ce point de vu la réserve de la biosphère augmente les chances de succès du
programme de développement régional en matière de gestion des terroirs.

2.2 L’approche de recherche pour des connaissances scientifiques


applicables à la gestion durable des ressources naturelles.
La région est caractérisée par quatre faits majeurs en matière de ressources naturelles et
de système de gestion qui sont à la base l’offre et de la demande en matière de recherche:
• Les énormes potentialités agricoles,
• L’environnement en mutation dû à une forte pression migratoire sur les ressources
naturelles,
• Le grande diversité floristique et faunistique,
• Les besoins d’adaptation aux changements climatiques.
La demande en matière de recherche traduit les préoccupations de différents clients de
la recherche (producteurs, organisations paysannes, services étatiques de vulgarisation,
ONG.
Les populations des villages riverains (zones de transition), pour survivre, sont trib-
utaires de la diversification des revenus et des ressources complémentaires de la faune et
de la flore comme alternative. La perte de la biodiversité qui en résulte a atteint des pro-
portions inquiétantes autour de la réserve de biosphère et les efforts en vue d’inverser les
tendances actuelles de dégradation sont limités par l’insuffisance des financements, des
ressources alternatives pour amoindrir les pressions exercées par les populations locales,
l’insuffisance des capacités scientifiques des capacités scientifiques, et des données de
base pour accompagner les actions sur le terrain.
Aussi, le thème général des recherches fondamentales et appliquées de la réserve de
la biosphère de la mare aux hippopotames est-il formulé de la façon suivante (Maldague
1986): "Connaissance des écosystèmes et des activités humaines associées aux res-
sources de la réserve de la biosphère et de sa zone d’influence, en vue de leur utilisation
durable et de l’amélioration des conditions de vie des populations avoisinantes, dans le
cadre d’un aménagement régional intégré". L’approche de recherche interdisciplinaire et
pluri-institutionnelle s’est imposée afin de mieux répondre à l’une des questions les plus
Poda • Belem • Dibloni • Coulibaly • Ouedraogo 107
Cas de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames du Burkina Faso

essentielles qui se posent aux pays arides à savoir comment concilier la conservation des
écosystèmes et des ressources biologiques avec leur utilisation durable dans le contexte
de la pauvreté croissante?
Mais quelle est la situation de la biodiversité dans la réserve de biosphère de la mare
aux Hippopotames et quelles sont les leçons apprises dans la gestion de la biodiversité ?
Sur la base de la confrontation des besoins exprimés par les utilisateurs des produits
de la recherche et des acquis antérieurs, les activités de recherche ont été définis pour
la zone.
Ces activités doivent mettre au point des innovations sociales, des expérimentations
de méthodes participatives des populations à la gestion durable des ressources.
Pour mener à bien ces activités de recherche, une équipe pluridisciplinaire et pluri-
institutionnelle a été mise en place, elle regroupe des structures nationales et région-
ales de recherche et de formation ayant un lien avec l’environnement ou son utilisation,
divers organismes des Nations Unies dont l’UNESCO.

3. Les connaissances scientifique pour soutenir la


conservation et l’utilisation durable des ressources
Les changements climatiques ont des effets multiples, à diverses échelles et ont des
retombées particulières sur les écosystèmes et la biodiversité, qui ont à leur tour des
conséquences sur les moyens de survie et le bien-être des populations. Leurs con-
séquences sont multipliées par la mauvaise gestion des ressources naturelles. Les
changements environnementaux qui en découlent affectent les systèmes de produc-
tion alimentaire, contribuant à la malnutrition, la famine. On s’attend à de nouveaux
défis sanitaires du fait des prédictions d’accroissement des maladies à vecteur comme
le paludisme. L’image qui prévaut alors, est souvent celle d’une précarité accélérée des
conditions de productions végétales et animales. Les populations africaines vivent déjà
aux avant-postes des impacts des changements climatiques et les adaptations au fil du
temps ont été les alternatives de survie. Devant l’hostilité grandissante de la nature, elles
ont longtemps choisi des stratégies traditionnelles de conservation des eaux et des sols.
C’est pourquoi les résultats obtenus sont opérationnels pour accompagner les réponses
d’anticipation aux changements climatiques tant au niveau des populations riveraines,
des écosystèmes que de la biodiversité de la réserve de biosphère. Cette synthèse des
données met l’accent sur la biodiversité.

3.1 La diversité floristique


L’inventaire floristique des galeries forestières indique une flore comportant 270 espèces
réparties entre 198 genres et 70 familles. De ces 70 familles, 10 seulement appartiennent
à la classe des Monocotylédones avec 37 genres et 51 espèces et 60 aux Dicotylédones
où les Légumineuses constituent le groupe le plus important, avec 3 familles. Le rapport
nombre de genres sur nombre d’espèces c’est de l’ordre de 1 au niveau des galeries for-
estières de la mare aux hippopotames alors qu’il varie entre 0,5 et 1 dans les autres
localités.
108 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

L’analyse de cette flore montre un pourcentage élevé des Guinéo-Congolaises soit


61,7%, contre 38,3% de Soudano-Zambéziennes, contrairement à ce que Sall et al.
(1997), citant Guinko (1984), ont trouvé dans la savane environnante (2,1% de Guinéo-
Congolaises et 62,4% de Soudano-Zambéziennes).
Selon Sall et al. (1997), citant Adjanohoun, la prédominance des Guinéo-Congolaises-
Soudano-Zambéziennes (61,7%) revèle une accentuation des affinités des savanes litto-
rales avec les savanes Guinéennes et Soudaniennes. Le pourcentage élevé des Guinéo-
Congolaises indique que les galeries de la forêt classée de la mare aux hippopotames
ont beaucoup d’affinités floristiques avec les formations forestières Guinéo-Congolaises.
Elles constitueraient une relique d’une formation boisée dans le temps.
Dans les galeries des savanes plus méridionales de Lamto, Sall et al. (1997),
citant Devineau, ont rapporté 70% à 75% de Guinéo-Congolaises contre 15% de
Soudano-Zambéziennes.
La végétation aquatique, une des particularités de la réserve a particulièrement été
documentée. Ainsi au niveau de la végétation aquatique de la mare, 106 taxons ont été
inventoriés, dont 15% d’hydrophytes, 44% d’hélophytes, 20% d’hydrophytes acciden-
tels et 24% d’hydrophytes transgressifs. Cette flore comporte 34 familles dont 68,4%
Dicotylédones, 18,4% Monocotylédones, 10,5% Ptéridophytes et de Bryophyte.
L’analyse des éléments et groupes phytogéographiques met en valeur la catégorie
de végétaux à très large répartition. Ainsi 40,3% des espèces rencontrées sont d’Afrique
tropicale, 23,5% pantropicales, 12,2% paléotropicales et 5,6% d’afro-asiatiques et cos-
mopolites. En chorologie régionale, les plus forts contingents sont par ordre décroissant
les taxons guinéo-congolais et soudano-zambéziens 64,1%, les soudano-guinéens 22,6%,
les soudano-zambéziens 7,5% et les soudaniens 4,7%.
Ces proportions sont très riches d’enseignement.
Elles révèlent que les cours d’eau sont des voies de remontée de la flore guinéenne
dans la région soudanienne. Ces divers caractères chorologiques soulignent bien
l’originalité de cette flore adaptée à des conditions de milieu très particulières.
Sur les impacts anthropiques, les enquêtes ont ainsi révélé que les différents groupes
socio-professionnels avaient des intérêts multiples et divers sur la réserve. Ainsi, les
pâturages occupent le quatrième rang en besoin de service après les plantes médicinales,
le bois de chauffe et les poissons. Par ailleurs, les feux de brousse et la coupe abusive
du bois constituent les principales causes de dégradation de la végétation, l’élevage et
l’agriculture occupant respectivement le troisième et le quatrième rang.

3.2 La diversité faunique


Le second domaine de la biodiversité se rapporte à la faune. La faune de la Réserve
de Biosphère de la Mare aux Hippopotames est célèbre pour ses hippopotames
(Hippopotamus amphibius Linné 1758) qui y vivent en permanence et qui ont donné
leur nom « Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames ». On y rencontre outre
les poissons, les oiseaux et les mammifères. Ces deux dernières composantes de la diver-
sité faunique seront abordeés de façon synthétiques car un autre article leur est consacré
dans ce livre.
Poda • Belem • Dibloni • Coulibaly • Ouedraogo 109
Cas de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames du Burkina Faso
3.2.1 Les poissons
D’une superficie de 140 ha (pouvant atteindre 650 ha lors des crues du fleuve Mouhoun),
le plan d’eau est une dépression naturelle située au cœur d’une aire protégée de 19 200 ha,
le plus important du sous- bassin national du Mouhoun supérieur. La faune ichty-
ologique du bassin du Mouhoun (ex. Volta Noire) est la mieux connue à la faveur des
travaux de Blanc et Daget (1958), et Roman (1966). Ils ont recensé environ 52 espèces sur
le cour de la Volta Noire. Quant à la mare aux hippos, l’état de connaissance sur sa faune
piscicole est issu des travaux de Corsi et al. (1988), Couteron et al. (1989), Baijot et al.
(1994) et Sanon (1995). Ces auteurs ont enregistré entre 28 à 42 espèces piscicoles. Dans
cet effectif, quatre espèces seraient accidentellement présente dans la Mare, à la faveur
des inondations du fleuve Mouhoun; il s’agirait de Citharinus citharus, Distichodus ros-
tratus, Lates niloticus et Bagrus bayad (Sanon 1995). La fluctuation de la diversité pisci-
cole dans cette mare est sous l’influence des facteurs climatiques (sécheresse, inonda-
tion), anthropiques (pêche) et des techniques utilisées pour faire le recensement de cette
faune.
La dernière collecte de données indique 37 espèces piscicoles reparties en 31 genres et
20 familles. Les Cichlidae (6 espèces), les Mormyridae (6) et les Mochokidae (5) étaient
les familles les plus riches. Les genres les plus riches étaient les Synodontis (4 espèces),
Polypterus, Marcusenius et Hemichromis avec 2 espèces chacun. Parmi les 37 espèces,
sept ont été occasionnellement et faiblement rencontrées dans les captures. Il s’agissait
de Auchenoglanis occidentalis, Bagrus bajad, Citharinus citharus, Distichodus rostratus,
Lates niloticus, Parachanna obscura et Labeo sp. Outre ces espèces fluviales accidentel-
lement rencontrées dans la mare, il y avait des espèces ubiquistes telles que celles de la
famille des Clariidae (Clarias sp. notamment) que l’on pouvait rencontrer dans les deux
types d’écosystèmes (lotique et lentique).
L’identification des espèces piscicoles capturées a été effectuée à partir de la descrip-
tion systématique de Lévêque et al. (1990, 1992). La diversité ichtyologique a été analysée
en utilisant le coefficient E/G (nombre d’espèces sur nombre de genres) et le spectre des
familles définis par Malan et al. (2007). Le coefficient E/G a été de 1,16. La propor-
tion des familles et genres monospécifiques a été respectivement de 70% et 87%. La
faible valeur du coefficient E/G et la prédominance des familles et genres monospéci-
fiques témoignent encore de la haute diversité de la faune ichthyenne de la mare aux
hippopotames. Cette diversité est étroitement liée à la fertilité des eaux de la mare et à
l’importance des crues du Mouhoun.
Les principales espèces d’intérêt commercial exploitées appartenaient à cinq
familles piscicoles. Il s’agissait, dans l’ordre décroissant, des Cichlidae (55%) dont princi-
palemnt trois espèces, Oreochromis niloticus, Sarotherodon galilaeus et Tilapia zillii, des
Osteoglossidae (20%) avec une seule espèce Heterotis niloticus, des Clariidae (9%) avec
le genre Clarias sp., des Gymnarchidae (6%) avec une seule espèce, Gymnarchus niloticu,
des Mochokidae (3%) avec diverses espèces du genre Synodontis. Diverses autres espèces
d’un intérêt alimentaire ou économique ont été présentes dans les proportions de 7% des
captures; elles ont été capturées occasionnellement. Parmi celles-ci, se trouvaient Lates
niloticus, Auchenoglanis occidentalis, Parachana obscura, Labeo sp.
110 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Les espèces souvent pêchées sont Oreochromis niloticus, Sarotherodon galilaeus,


Tilapia zillii, Heterotis niloticus, Gymnarchus niloticus, Clarias angularis. Le calcul des
taux d’exploitation indique aussi que le Tilapia (Oreochromis niloticus, Sarotherodon gal-
ilaeus ) est surexploité tandis que d’autres espèces comme Heterotis niloticus abondent
dans les systèmes aquatiques.
Ainsi il a été établi que les principales espèces d’intérêt économique présentent des
croissances supérieures à celles rapportées par les études ultérieures sur les mêmes
espèces et dans d’autres pêcheries de la région du Sud-Ouest Burkinabè.
Les habitants des villages riverains de la réserve se sont organisés pour tirer le meil-
leur parti de 1’exploitation de la pêche dans la Mare et les rivières de la réserve. La
majorité des jeunes y viennent prélever tout au long de 1’année la quantité nécessaire
pour l’alimentation domestique, tandis qu’un groupe plus réduit (moins de huit jeunes)
pratique la pêche artisanale à des fins commerciales.

3.2.2 Les oiseaux


La mare aux hippopotames de la RBMH est un site Ramsar qui abrite un potentiel
appréciable de la faune aviaire du pays. Poussy & Bationo (1991) ont recensé 125 espèces
d’oiseaux reparties entre 41 familles dont les plus représentées sont les Accipitridés avec
15 espèces, suivies des Ardeidés et de Ploceidés avec chacune 8 espèces, des Estrildidés
et Columbidés avec chacune 7 espèces puis des Alcedinidés, des Charadiidés et des
Sylviidés avec chacune 6 espèces. Parmi les espèces d’oiseaux des Savanes Soudano-
Guinéennes et qui ont inventorié au niveau du site on peut citer entre autres Poicephalus
senegalensis, Musophaga violacea, Merops bulocki, Coracias cyanogaster, Lybius dubius,
Hirundo leucosoma, Cossypha albicapilla, Eremomela pulsatilla, Turdoides reinwardii,
Anthoscopus parvulus, Nectarinia coccinigaster (Cinnirys coccinigaster), Lanius guber-
nator, Corvinella corvina, Ptilostemon afer, Lamprotornis purpureus, Petronia dentata,
Plocepasser superciliosus, Pytilia phoenicoptera, Lagonosticta rara, Estrilda troglodytes,
Emberiza affinis. Apparemment toutes ces espèces nichent dans la zone.

3.2.3 Les mammifères sauvages


Les enquêtes conduites dans le réserve de biosphère et auprès des populations villa-
geoise riveraines indiquent qu’il existent 35 espèces de faune sauvage dans la RBMH
dont 28 d’entre elles sont connues par plus de 50% de la population. Les sorties de terrain
et les inventaires pédestres réalisés ont permis de confirmer la présence de 28 espèces de
faune les plus connues par la population. Ces espèces ont été identifiées par des obser-
vations directes et des indices de présence (crottes, empreintes digitales, terrier, impact
sur la végétation) durant les différents inventaires réalisés. Parmi ces mammifères, les
plus importants sont l’hippotragus, le guib harnaché, le phacochère, l’éléphant, le cépha-
lophe et l’ourébi qui se manifestent le plus par leurs indices de présence. Certaines de ces
espèces sont aujourd’hui en forte régression particulièrement le cob de buffon (Kobus
kob), cob defassa, le cob redunca, le bubale. La mise en place des corridors pour la
grande faune entre les différents domaines classés dans la région à savoir la forêt classée
de Maro et celle du Téré pourrait sécuriser et rendre viable leurs habitats.
Poda • Belem • Dibloni • Coulibaly • Ouedraogo 111
Cas de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames du Burkina Faso

4. Les enjeux de la biodiversité de la réserve de biosphère:


la nécessité d’une vision partagée de la gestion des
ressources
Pays sahélien et enclavé sans débouché direct sur la mer, le Burkina Faso est essentiel-
lement agricole car cette activité représente 35% du PIB et occupe 85% de la population
active. Il est classé parmi les pays les plus pauvres au monde et 45,3% de la population vit
en dessous du seuil de la pauvreté (INSD 2000). La majorité de la population est trib-
utaire des ressources naturelles. Cette situation entraîne une dégradation des ressources
naturelles et une perte de la biodiversité de façon générale. Le climat est de type tropical
sec avec deux saisons bien marquées: une saison pluvieuse et une saison sèche. La plu-
viométrie annuelle varie entre 350 mm dans l’extrême Nord du pays à 1 200 mm dans
la partie méridionale. On observe une dégradation des conditions climatiques depuis de
nombreuses années. Ainsi, Bonkoungou (1985), citant Toutain & Wispelaere, note que "les
moyennes pluviométriques de la période 1971–1976 sont nettement inférieures à celles des
décennies qui ont précédé", et que les limites de certains isohyètes se sont déplacées vers le
Sud de près de 50 km. De même, Albergel et al. (1984) et Bonkoungou (1985), ont montré
que les moyennes pluviométriques décennales depuis 1920 ont subi un déplacement lati-
tudinal vers le sud. Par exemple, l’isohyète 500 mm qui se situait nettement au Nord du
15°N en dehors du Burkina pendant les années 1950/60 s’est déplacée au fil des ans.
Si les conditions climatiques en sont certaines des causes, il n’en demeure pas moins
que le phénomène de la pauvreté qui touche plus de 45,3% de la population burkinabé y
contribue grandement (INSD 2000). En effet, les effets conjugués de la dégradation des
conditions climatiques et de la mauvaise gestion des terres (agriculture extensive, surpâ-
turage, feux de brousse, etc.) ont entraîné et entrainent des problèmes graves de déser-
tification qui surviennent quand l’exploitation des ressources naturelles et biologiques
atteint les fondements écologiques et biologiques de leur renouvellement. Mais, alors
qu’auparavant elles étaient localisées, les pressions que subissent actuellement les res-
sources naturelles menacent tout son équilibre écologique particulièrement la région
de la réserve de biosphère qui est la zone privilégiée de migrations internes. Aussi pour
une vision partagée des réponses, faudra t-il prendre en compte les différents enjeux au
niveau local, régional et national.

4.1 Les enjeux locaux et nationaux


Les populations riveraines sont regroupées dans les villages de Bala, Tiérako, Sokourani,
Bossora situés à la lisière de la forêt. Ce sont des agriculteurs Bobos et des migrants
Mossis et des éleveurs Peulhs. Diverses formes d’interaction existent entre les popula-
tions riveraines et la forêt (Poda 1986).
1. La forêt et la mare représentent une certaine divinité pour les villages environnants
et leur servent de lieux de sacrifices: beaucoup de rites et coutumes (fétiches, céré-
monies diverses) s’appuient sur la forêt pour les villages de Bala, Sokorani, Tierako,
Bossora et sur la mare pour les villages de Bala et Sokorani.
112 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

2. La forêt est une source d’appoint en nourriture l’exercice du droit d’usage (ramassage
de fruits, de champignons, de feuilles pour la sauce, de plantes médicinales, la pêche)
fournit beaucoup d’éléments indispensables à la vie quotidienne des populations.
3. Les habitants pour la plupart agriculteurs bénéficient du micro-climat de la réserve
qui se répercute favorablement sur les cultures pluviales.
4. Les jeunes générations qui n’ont pas vécu l’acte de classement de la forêt, l’apprennent
de bouche à oreille; les anciens leur montrent les limites et les bornes de la forêt et
leur indiquent aussi leurs droits et devoirs vis à vis de la forêt et de la mare; cet esprit
à permis de développer un sentiment de responsabilité collective des populations vis
à vis de la protection de la forêt.
5. Les migrants savent que la forêt est classée; les champs leur sont attribués en dehors
de la forêt. Toutefois, ils n’ont pas les mêmes pratiques que les autochtones. Ainsi, le
long des limites de la forêt, plusieurs hameaux de cultures de migrants se constituent
progressivement en villages permanents et des éleveurs s’installent en permanence
entraînant l’extension des aires de cultures et de pâturage.
6. La pêche artisanale et coutumière est pratiquée sur la mare à côté du groupement de
pêcheurs professionnels venus des villages environnants et encadré par le conserva-
teur, ces activités constituent un pôle économique non-négligeable pour la région.
7. Sur le plan des infrastructures, la réserve de la biosphère contribue à l’amélioration
des conditions de vie des populations riveraines (agroforesterie, radio communau-
taire, artisanat, activités génératrices de revenus).
8. Les autorités administratives et politiques de la région sont très attachées à la forêt et
à la mare, tous les acteurs souhaitent que la réserve de la biosphère soit une réalité et
que soit soutenu l’esprit de sauvegarde des ressources naturelles au service du dével-
oppement à cette époque où l’agressivité climatique et les pressions humaines sur
l’environnement s’amplifient.
Ce constat montre que la coopération au niveau local est de plus en plus souhaitée pour
une bonne gestion des ressources.
Pour inverser les tendances de dégradation de l’environnement, une vision concertée
de la réserve de biosphère (MAB/UNESCO) et des programmes de gestion des terroirs
(PNGT) et de conservation (OFINAP) peut être envisagée en tant qu’approche pour
sauvegarder les ressources naturelless de la région tout en participant à son développe-
ment (Bonkoungou & Poda 1987). La gestion combinée des forêts et des terroirs est
rendue nécessaire pour les raisons suivantes:
(a) La gestion des ressources naturelles constitue un défi à relever dans la mesure où ces
ressources sont soumises à de graves pressions anthropiques et climatiques.
(b) La forêt et la faune encore existantes constituent un patrimoine précieux de la diver-
sité biologique, mais sont également gravement menacées.
(c) La demande croissante en bois de feu de Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays,
exerce une pression de plus en plus forte sur les forêts naturelles dont celle de la
réserve de biosphère de la mare aux hippopotames situés à 60 km de Bobo-Dioulasso.
Poda • Belem • Dibloni • Coulibaly • Ouedraogo 113
Cas de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames du Burkina Faso

(d) Les activités de gestion des terroirs qui ont été lancées dans les villages ont donné des
résultats très encourageantes et méritent d’être amplifiées dans la région de la réserve
de biosphère.
(e) Le plan de gestion des réserves de biosphère constitue un atout et un outil précieux
pour réussir la gestion combinée.
La réserve de la biosphère de la mare aux hippopotames constitue un excellent moyen
d’intégrer conservation et mise en valeur en tirant partie de la participation des popula-
tions locales et de ses connaissances scientifiques. De ce point de vu le concept de réserve
de biosphère du programme l’Homme et la Biosphère (MAB) augmente les chances de
succès du programme de développement régional en matière de gestion des terroirs.

4.2 La nécessité d’une vision concertée de l’avenir


Face à ces enjeux locaux, nationaux, il apparaît que dans le contexte du Burkina Faso
comme dans l’ensemble du sahel, la pauvreté constitue le principal élément de dégrada-
tion des réserves de biosphère. Pour sortir du cercle vicieux décrit dans le rapport du
PNUD (1998) à savoir que « les pauvres sont contraints de puiser dans les ressources
naturelles pour survivre, cette dégradation de l’environnement ne fait qu’accroître leur
pauvreté, et celle-ci empêche d’investir pour restaurer l’environnement », ne faudrait-il
pas des changements importants dans l’appréciation mondiale des ressources naturelles
surtout biologiques en organisant davantage de solidarité internationale en direction
des populations riveraines des réserves de biosphère qui sont aujourd’hui les principaux
dépositaires des ressources naturelles biologiques?
Les problèmes d’environnement qu’ils soient planétaires (les changements clima-
tiques) ou thématiques (baisse de la biodiversité) ou locaux (dégradation des sols et
pauvreté) sont maintenant reconnus comme l’affaire de tous Horeau (1999). Le devenir
du développement et de l’utilisation durable des ressources naturelles se pose en terme
conflictuel au sein des populations (agriculteurs, éleveurs, pêcheurs), entre les popula-
tions prises globalement et les autorités locales et mondiales à travers les lois règlement
et conventions, il est aussi complémentaire entre ces mêmes acteurs. C’est pourquoi les
populations riveraines de la réserve de biosphère de la mare aux hippopotames comme
ceux des autres réserves naturelles des pays pauvres ne diront certainement pas “ oui ”
et applaudir les stratégies nationales, régionales et mondiales sur le développement et
l’utilisation durable des ressources naturelles se faire sans eux en attendant d’assister un
jour à leur propre fin. Elles sont de plus en plus conscientes des droits à conquérir avec
le bénéfice de vivre avec les ressources naturelles.

5. Conclusion
Le Burkina Faso comme tous les pays sahéliens, est frappé par la sécheresse et la dégrada-
tion des ressources naturelles. Cette situation entraîne les migrations des zones dégradées
au Nord vers les meilleures zones au Sud. C’est dans cette dernière région particulière-
ment favorable à l’agriculture que le Burkina Faso expérimente le concept du programme
de l’UNESCO l’homme et la biosphère (MAB) avec la forêt classée de la mare aux
114 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

hippopotames devenue réserve de la biosphère en 1987. Les activités de recherche dével-


oppement qui y sont conduites ont pour but s’inverser le processus de dégradation des res-
sources biologiques qui affecte la qualité de la vie des communautés riveraines.
L’application des plans de gestion des terroirs au Burkina Faso est conçue avec la
participation active des populations locales. En prenant en compte de façon rigoureuse
le zonage de la réserve de biosphère de la mare aux hippopotames, la mise en œuvre de
l’approche globale dite "approche terroir", augmente des chances de succès de la stratégie
de Séville sur les réserves de biosphères. Dans cette perspective la Réserve de Biosphère
de la Mare aux Hippopotames pourra concilier la conservation de la biodiversité et des
ressources naturelles avec leur utilisation durable au bénéfice du développement local.

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Enjeux et Opportunités dans L’élaboration
d’un Plan de Gestion pour la Réserve de
Biosphère de Waterberg, Afrique du Sud
Developing a Management Plan for the Waterberg Biosphere Reserve,
South Africa: Challenges and Opportunities

RUPERT BABER • KELLY ABR AM1

Résumé
Le complexe montagneux de Waterberg, berceau de la Réserve de biosphère de
Waterberg (WBR) est situé dans la province du Limpopo en Afrique du Sud. La
WBR a été classé par l’UNESCO en 2001 en vertu du programme MAB (Homme et
Biosphère).
La WBR se caractérise par une topographie complexe, comprenant six types de
végétation différente avec une biodiversité élevée et une densité de population faible.
Au cours des deux dernières décennies, la WBR a été soumise à une conversion
remarquable par rapport à l’utilisation de la terre, passant de pratiques agricoles tra-
ditionnelles à l’élevage de gibier et l’écotourisme. Bien que la WBR soit délimitée en
zones principales, tampons et de transition, une nouvelle structure s’est avérée indis-
pensable en raison des divers enjeux la confrontant. En résultat, un plan de gestion de
la réserve de biosphère a été achevé en 2011, reflétant une expansion de la réserve
de biosphère de la superficie de 654 000 ha actuelle à une superficie dépassant les
1750 000 ha. Le plan de gestion a été adopté par l’autorité locale responsable et
est utilisé pour orienter le développement futur au sein de la réserve de biosphère.
La WBR utilisera le processus de révision sur 10 ans de l’UNESCO pour faire une
demande d’expansion de la zone de la WBR en faveur d’une réserve de biosphère
entièrement opérationnelle qui englobera la protection de l’environnement et les
divers enjeux socio-économiques.
Ce document traite du contexte relatif au besoin d’aménagement du territoire et
à la planification de la gestion dans le cas de la réserve de biosphère de Waterberg, du

1 Waterberg Biosphere Reserve, P.O. Box 907, Vaalwater, 0530, Afrique du Sud · E-mail: rupertbaber@yebo.
[Link]
116
Baber • Abram 117
Élaboration d’un Plan de Gestion pour la Réserve de Biosphère de Waterberg

processus suivi, des résultats obtenus et des projets identifiés pour aborder les enjeux
et les opportunités de l’avenir.
Mots-clés: Waterberg; réserve de biosphère; plan de gestion; écotourisme; utilisa-
tion de la terre; gouvernance

Abstract
The Waterberg Mountain Complex, home to the Waterberg Biosphere Reserve
(WBR), is located in the Limpopo Province of South Africa. The WBR was designated
by UNESCO in accordance with the MAB (Man and the Biosphere) Programme in
2001.
The WBR is topographically complex, comprises six different vegetation types and
has a very high biodiversity with low population numbers. During the last two decades
the WBR has experienced a marked conversion in land use from traditional agricul-
tural practices to game farming and ecotourism. Although the WBR is delineated into
core, buffer and transition areas, the need has arisen for a new arrangement due to
various challenges facing the WBR. Subsequently a biosphere reserve management
plan was completed in 2011 that reflects an expansion of the biosphere reserve from
the current 654 000 ha to over 1 750 000 [Link] management plan has been adopted
by the relevant local authority and is used to guide future development within the
biosphere reserve. The WBR will use UNESCO’s 10 year review process to apply for
the expansion of the WBR area towards a well-functioning biosphere reserve that will
address protection of the environment as well as various socio-economic challenges.
This paper addresses the context of the need for land use and management plan-
ning in the case of the WBR, the process followed, the outcomes achieved and the
projects identified to address the challenges and opportunities of the future.
Key words: Waterberg; biosphere reserve; management plan; ecotourism; land use;
governance

1. Introduction
Les réserves de biosphère n’ont pas de statut légal aux termes de la législation sud-afric-
aine. Dans les années suivant l’établissement de la réserve de biosphère de Waterberg, il
a été reconnu que pour que l’existence de la réserve ait une incidence sur les pratiques
d’utilisation des terres — une condition indispensable pour l’exécution de son mandat
de conservation et de développement durable — il était nécessaire d’amorcer un pro-
cessus non seulement d’amélioration de la planification stratégique mais également
d’engagement auprès des divers niveaux du gouvernement qui détiennent l’autorité légale
sur les questions d’utilisation des terres. L’élaboration d’un plan de gestion pour la réserve
de biosphère de Waterberg devait être un effort collaboratif entre le gouvernement et la
118 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

réserve et aborder les questions d’aménagement spatial, de directives pour le développe-


ment et d’objectifs de conservation à long terme. En outre, la démarcation initiale de la
réserve, lors de son établissement en 2001, était limitée en termes de son application
et de sa conception. C’est pourquoi le plan de gestion devait préparer le terrain pour
une candidature à l’UNESCO afin d’élargir la réserve et y englober l’ensemble du com-
plexe montagneux de Waterberg. Finalement, la réserve de biosphère de Waterberg,
comme il en est le cas avec toutes les réserves de biosphère, est confrontée à son propre
ensemble unique d’enjeux socio-économiques et de gouvernance qui doivent également
être traités dans le plan de gestion.
Ce document traite du contexte relatif au besoin d’aménagement du territoire et à la
planification de la gestion dans le cas de la réserve de biosphère de Waterberg, du pro-
cessus suivi, des résultats obtenus et des projets identifiés pour aborder les enjeux et les
opportunités de l’avenir. Mais en premier lieu, il est nécessaire d’apporter des informa-
tions sur cette zone importante de conservation en Afrique du Sud et l’évolution de la
réserve de biosphère de Waterberg elle-même.

2. Description du complexe montagneux de Waterberg


Le complexe montagneux de Waterberg (WMC), berceau de la réserve de biosphère de
Waterberg, est situé dans la partie occidentale de la province du Limpopo en Afrique du

Figure 1: Figure 1: La province de Waterberg indiquant le complexe montagneux de Waterberg


(WMC), la réserve de biosphère actuelle de Waterberg (WBR) et le projet d’expansion de la réserve
de biosphère de Waterberg (Exp-WBR)
Baber • Abram 119
Élaboration d’un Plan de Gestion pour la Réserve de Biosphère de Waterberg

Sud, à environ 150 km au nord de Prétoria. Il est intégré dans le biome de savanne, à une
distance proche du tropique du Capricorne et de la frontière du Botswana. La figure 1
illustre l’étendue du WMC, la réserve de biosphère de Waterberg actuelle (WBR), d’une
superficie de 654 033 ha et le plan d’expansion de la réserve de biosphère de Waterberg
(Exp-WBR), d’une superficie de 1 727, 614 ha.
La topographie du WMC est assez complexe, caractérisée par une série d’importants
remparts en grès aux formes incurvées avec des plis rocheux, des inselbergs (montagnes-
îles), des ravins profonds, des plateaux sablonneux et des collines aux pentes douces. La
complexité de la topographie fournit le terrain à une richesse de biodiversité de micro-
habitats et permet de soutenir une grande partie de cette biodiversité. L’influence de
l’eau a également joué un rôle majeur pour les caractéristiques topographiques de la
région, non seulement avec la géologie d’origine du lieu mais également avec les traits
érosifs plus tardifs tels que les vallées fluviales encaissées et les gorges rocheuses. En
raison de la prédominance des roches en grès, les sols du WMC se caractérisent par des
sols sableux lixiviés et de qualité médiocre (Walker & Botha 2005). Le WMC est doté
d’un climat tempéré, classé comme climat semi-aride à aride, avec une pluviométrie
annuelle de l’ordre de 350 à 900 mm par an (Environomics 2010). Les températures
varient de –5 °C à 38 °C.
L’eau est une caractéristique importante du WMC et l’ensemble de la réserve de bio-
sphère représente un bassin hydrographique crucial pour la province du Limpopo ainsi
qu’une source majeure pour le fleuve Limpopo (Walker & Botha 2005). Une quantité
importante d’eau n’étant pas restreinte par les barrages, elle soutient en conséquence une
zone bien plus élargie que le WMC.
Le WMC comprend six différents types de velds (steppes), dont deux sont classés
comme en voie de disparition (Environomics 2010). Au sein de ces types de velds, on
dénote un nombre plus important de micro-habitats contribuant tous à la forte valeur
de biodiversité de la WBR.
La biodiversité de la flore et de la faune est très élevée et on enregistre une abondance
de populations de nombreuses espèces. (Les données ci-après sont tirées de Walker et
Botha, 2005). La diversité des espèces végétales enregistrée comprend: 248 espèces
d’herbes; 83 espèces de joncs; 25 espèces d’aloès; 197 espèces d’autres monocotyledons;
504 espèces d’arbres; 906 espèces d’autres dicotylédones; 1 espèce de cycade; 34 espèces
de fougères; 59 espèces de mousses et 35 espèces d’hépatiques. Les invertébrés se dénom-
brent par milliers et parmi les exemples, on peut noter: 24 espèces de chrysopes; 185
espèces de papillons et de phalènes et 10 espèces de scorpions. Les espèces de vertébrés
comprennent: 44 espèces de poissons osseux; 19 espèces d’amphibiens; 83 espèces de
reptiles; 381 espèces d’oiseaux et 119 espèces de mammifères.
Pour indiquer la représentativité de la zone pour les mammifères et les oiseaux (qui
peuvent être interprétés comme indicateurs de la santé de l’habitat), le WMC héberge
49% des mammifères et 50% des oiseaux sud-africains dans 1,2% du pays. La région con-
tient au moins 18 espèces de plantes rares, 11 espèces d’oiseaux et 4 espèces de reptiles, 4
espèces de poissons, une espèce de papillons et 18 espèces de mammifères menacés de
120 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

disparition (Environomics 2010). Toutes ces espèces sont jugées d’importance critique à
la conservation de la biodiversité.
En raison de sa proximité proche du Gauteng, la plateforme économique d’Afrique
du Sud, le WMC affiche une densité de population remarquablement faible. Malgré
la présence de quelques villes rurales juste en dehors de la périphérie du WMC et de
30 implantations rurales le long de l’escarpement nord-est, une seule ville et un seul
hameau sont présents sur le plateau lui-même. De plus, l’agriculture ne fait pas partie de
l’utilisation des terres la plus prédominante. La raison en est l’inaccessibilité historique
et la médiocrité des sols dans la zone ainsi que l’absence de gisements miniers d’intérêt
pour l’exploitation au sein du WMC. Les roches de grès du Waterberg ont été formées
par un système fluvial très ancien qui s’écoulait d’une région montagneuse au nord-est,
plus ou moins à l’emplacement actuel de la ville de Tzaneen, il y a 1900 à 1500 millions
d’années. Au cours de leur long déplacement, les sédiments transportés par ces fleuves
ont été nettoyés, triés et presque complètement vannés ou lixiviés de tous les minéraux
utiles qu’ils pourraient avoir contenus au début de leur déplacement. Les sédiments du
Waterberg ont été formés à une période où la seule vie sur Terre consistait en des organ-
ismes aérobiques, unicellulaires composés de monoxyde/dioxyde de carbone; aucune
plante ou animal n’existait et par conséquent, on ne décèle la présence d’aucun fossile
pouvant former des combustibles comme le charbon, le pétrole ou le gaz (Wadley 2012).
En dehors de sa faible densité de population, le caractère du WMC dépend du
changement dans les tendances d’utilisation des terres. Au cours des deux dernières

Figure 2: Tendances d’utilisation des terres de la WBR en 2010


Baber • Abram 121
Élaboration d’un Plan de Gestion pour la Réserve de Biosphère de Waterberg

décennies, un certain nombre de pays en Afrique australe ont connu une vaste expan-
sion du nombre de propriétés qui sont passées de l’agriculture conventionnelle (élevage
de bétail et cultures) à l’élevage de gibier. Les facteurs les plus importants poussant au
développement de projets de conservation privés sont des droits fonciers bien définis
en matière de terrains et de ressources fauniques et l’élimination des subventions gou-
vernementales encourageant la production de bétail dans le secteur agricole commer-
cial (Krug 2001). Cette tendance de conversion a été particulièrement forte au sein du
WMC qui est considéré par certains comme le coeur même de l’industrie de l’élevage
du gibier en Afrique du Sud. Ainsi, alors qu’environ 75% de la terre de la WBR existante
(90% dans le projet d’expansion de la WBR) sont détenus par des privés sous forme de
propriété franche, jusqu’à 80% de cette terre est utilisée en tant que réserves de gibiers
ou de réserves fauniques privées (Figure 2). En outre, 15% de la WBR sont constitués de
réserves fauniques communautaires ou provinciales ou de parcs nationaux (Aurecon
2010). Grâce à ce processus de conversion, on a assisté à une réintroduction remarquable
des espèces fauniques dans la zone. L’art rupestre de San dans la région de Waterberg
dresse le portrait d’une riche diversité biologique de mammifères composés de bubales
rouges, d’élans, d’ éléphants, de rhinocéros, de koudous et de girafes. Hélas, à partir des
années 1850, de nombreuses ressources fauniques du Waterberg ont été décimées par les
chasseurs européens, jusqu’au point où seules quelques espèces n’existaient à l’aube du
20ème siècle. Cependant, aujourd’hui, pratiquement toutes les espèces dont l’existence
était connue dans le WMC ont été réintroduites avec succès.
Le résultat est globalement une région riche en faune avec une certaine qualité de
vie sauvage, dénuée de développement humain, s’illustrant par des grandes propriétés
comme Lapalala Wilderness mais présentes à un certain degré dans toute la région. Un
sentiment d’appartenance caractérisé par des paysages panoramiques et purs constitue
l’un des moteurs-clés pour attirer le tourisme vert dans la zone, un facteur probable-
ment tout aussi important que le nombre croissant de concentrations fauniques et la
biodiversité ayant suivi le développement de l’industrie du tourisme de la faune dans la
région.

3. Enjeux confrontant la réserve de biosphère de


Waterberg
Lorsque le concept de réserve de biosphère de Waterberg a été développé entre 1997 et
1999, l’aménagement (limites et zones) a été défini par la coordination entre les dépar-
tements gouvernementaux participants, les propriétaires fonciers privés et les com-
munautés rurales qui étaient engagés par le comité directeur. L’une des organisations
importantes dans la création de la WBR a été le Waterberg Nature Conservancy (WNC).
Cette organisation était composée de membres qui étaient des propriétaires terriens
orientés vers les pratiques de conservation. En conséquence, la WBR a été créée autour
de ces membres participants, les terres propriétés de l’Etat avec le statut officiel de con-
servation devenant les zones principales tandis que les terres privées appartenant aux
membres du WNC sont devenues des zones-tampons. Peu d’égard a été apporté aux
122 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

habitats et écosystèmes majeurs, ni aux zones de bassins hydrographiques ou aux points


chauds de biodiversité dans le développement de la WBR initiale. La figure 3 illustre le
programme existant de délimitation des zones de la WBR.
L’existence d’un plan spatial inadapté et sans fondement scientifique est une raison
suffisante pour l’expansion et le changement de l’aménagement spatial des zones de la
WBR mais plusieurs autres facteurs ont renforcé le besoin d’un nouvel arrangement.
Ces facteurs comprennent:
• Le développement du bassin houiller de Waterberg. Dans la zone située
entre la ville de Lephalale (à la limite nord-ouest de la zone d’expansion de la WBR)
et le fleuve Limpopo, se trouve le dernier bassin houiller le plus riche d’Afrique du
Sud à partir duquel Eskom, le fournisseur public, espère pouvoir extraire suffisam-
ment de charbon pour alimenter la demande en électricité du pays pour le siècle
restant. Déjà le berceau de l’une des mines de charbon les plus importantes du monde
(Grootegeluk) et de l’une des centrales électriques les plus sophistiquées (Matimba),
et avec une centrale électrique encore plus grande (Medupi) en cours de construc-
tion, le bassin houiller de Waterberg devrait, au cours de la prochaine décennie,
soutenir une production quadruplée par rapport à sa production actuelle ainsi que la
première usine de liquéfaction de charbon du pays. L’extension à l’Ouest du bassin
dans le Botswana est également en cours d’évaluation approfondie pour l’extraction
du charbon et du méthane. Bien que le bassin houiller soit situé hors du WMC, ces
développements pourraient engendrer plusieurs conséquences environnementales

Figure 3: Zones principales, tampons et de transition dans la WBR


Baber • Abram 123
Élaboration d’un Plan de Gestion pour la Réserve de Biosphère de Waterberg

dont l’intrusion dans la réserve de faune et de flore des lignes de transmission et


des canalisations d’eau associées ainsi que l’augmentation du besoin d’extraction
hydraulique pour servir au développement. On peut également s’attendre à une
pression plus importante sur le WMC pour distribuer de l’eau non seulement dans
la ville florissante de Lephalale mais également dans de nombreux développements
associés par un processus connu sous le nom de « Projet d’augmentation hydraulique
du Mokolo-Crocodile ». Les questions liées à l’eau sont donc considérées comme un
problème crucial, à présent et dans l’avenir, étant donné que le WMC sera sollicité
en vue de la fourniture de services écologiques essentiels, importants pour le dével-
oppement de l’économie sud-africaine toute entière.
• Le chômage et les liens faibles avec l’économie locale. En tenant compte de
la conversion étendue en faveur de l’élevage de gibier, les facteurs autres que le rende-
ment sur l’investissement ou les revenus nets d’exploitation doivent être considérés.
L’un des produits dérivés de la croissance économique, tout du moins tels que vécus
par l’élite économique, est un ensemble de facteurs (augmentation des revenus, meil-
leure éducation, plus de temps libre, amélioration du transport et du développement
économique en général) qui ont tendance à accélérer la demande d’utilisation des
zones naturelles à des fins de loisirs (Tisdell & Wilson 2003, Porter et al. 2003). Cette
motivation “non économique” de se convertir à l’élevage de gibier affaiblit les rela-
tions entre ces propriétés et l’économie locale ou les moyens de subsistance locaux.
Un grand nombre de propriétaires au sein du WMC expriment que leur amour de
la Nature, leur appréciation de la vie sauvage et leur désir d’espace et d’intimité sont
des facteurs de motivation importants dans leurs décisions d’investissement. Le
dénominateur commun est que ces propriétaires sont des individus riches qui n’ont
pas besoin de vivre de leurs propriétés accueillant les espèces sauvages. Ils sont en
mesure de supporter des pertes opérationnelles durables, sachant que la valeur de
leurs terres augmentera en fonction de leur valeur de rareté plutôt que des résultats
productifs. Ce qui implique un niveau plutôt faible d’activité économique au sein
de ces propriétés, avec des conséquences négatives non seulement pour l’intensité
de la force de travail mais également pour les relations en amont et en aval avec
l’économie locale. Une étude des membres de la WNC a indiqué qu’environ 40% des
propriétés couvrant 16% du total de la composante d’élevage de gibier étaient des-
tinées uniquement à des fins privées et tandis que les autres propriétés disposaient
d’une certaine forme d’écotourisme, d’élevage de gibier ou de réserve de chasse, le
plus souvent elles ne concernent que des opérations à profil bas plus susceptibles de
compenser une partie des coûts d’exploitation plutôt que de fournir un rendement
net sur l’investissement. Cette conclusion est cohérente avec les preuves disponibles
certes limitées suggérant que la majorité des réserves de gibier souffrent de niveaux
extrêmement faibles de rentabilité (Porter et al. 2003, ABSA 2003, Langholz & Kerley
2006). La contribution de la force de travail pour les propriétés d’écotourisme était
relativement plus élevée que celle des propriétés exclusivement privées et réserves
de chasse (8,2 pour 1000 ha comparé à 3,4 et 3,8 pour 1000 ha respectivement)
(Aurecon 2010).
124 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Etroitement liée à cette tendance, on remarque une demande croissante de rési-


dences secondaires et de maisons de retraite dans la région où l’objectif est de s’assurer
une opportunité résidentielle plutôt qu’une réserve de gibier en soi. Etant donné
que les zones urbaines sont de plus en plus perçues comme des lieux dangereux et
instables, les zones comme le WMC deviennent de plus en plus désirables autant
pour une résidence permanente que semi-permanente. En outre, les opinions des
étrangers quant à une installation plus permanente en Afrique du Sud ont beaucoup
changé depuis la fin de l’apartheid et le WMC est considéré comme l’un des endroits
les plus sûrs du pays tout en étant béni par un climat doux. Ces propriétés de loisirs
englobent aussi bien les super-riches investissant dans des lots exclusifs au sein de
réserves accueillant les « cinq grands animaux sauvages » comme Welgevonden, qui
ne sont visités que plusieurs fois par an, que des investisseurs cherchant à mini-
miser leur engagement financier en achetant un terrain en propriété libre au sein
d’un développement résidentiel dense où le nombre de propriétaires partageant les
frais fixes de la propriété est important par rapport à sa taille globale (un modèle
connu alternativement sous le nom de « résidence rurale résidentielle », « propriétés
d’écotourisme », « propriétés de brousse » ou « domaines de réserves sauvages ».
Comme il en est le cas pour les propriétés d’agrément orientées sur la vie sauvage, le
développement de résidences secondaires à des fins de consommation et associées à
la migration n’offre généralement pas une portée ou une permanence d’opportunités
d’emploi pour répondre aux besoins de la communauté d’accueil (voir Visser 2004).
Au vu de la dissociation d’un grand nombre de propriétés d’animaux sauvages
de la production active et en l’absence d’un secteur local d’exploitation minière,
industriel ou agricole développé (l’agriculture conventionnelle se limite à seule-
ment 16,5% de la WBR), il n’est alors pas surprenant que les taux de chômage dans
la seule ville de la WBR soient exceptionnellement élevés même selon les normes
sud-africaines. Par exemple, une étude menée en 2010 sur des élèves en fin d’études
de 2008 a indiqué que seulement 2% d’entre eux étaient employés officiellement et
75% ne poursuivaient ni d’études supérieures ni ne participaient à des programmes
volontaires d’expérience professionnelle, ni ne géraient leur propre entreprise ou
n’étaient à leur compte (étude personnelle de l’auteur). Ces résultats sont en accord
avec une étude antérieure détaillée sur les ménages de la même communauté (Jeffes
& Mokoena 2003) qui révélait un taux de chômage de 64% chez les femmes et de 52%
chez les hommes dans la tranche d’âge des plus de 16 ans. Cette forme de chômage
extrême confronte à un enjeu considérable au développement durable de la réserve
de biosphère et implique que des mesures facilitant l’écotourisme, avec ses taux
d’absorption élevés de travail, constituent une fonction nécessaire de la réserve.
• Fragmentation et densification du paysage. Les moteurs à la base du nombre
croissant de propriétés d’agrément engendrent aussi davantage de fragmentation et de
densification du paysage. Ce problème a un impact préjudiciable non seulement sur
la qualité de la vie sauvage et le sentiment d’appartenance de la zone mais également
sur son intégrité écologique. Sans surprise, la plus forte intensité de densification est
Baber • Abram 125
Élaboration d’un Plan de Gestion pour la Réserve de Biosphère de Waterberg

remarquée dans les zones du WMC plus proches des centres urbains du Gauteng et
des principaux axes routiers qui y aboutissent (Aurecon 2010).
• La réforme agraire. Depuis 1998, 120 000 ha de terres au sein du WMC ont été
annoncés officiellement comme étant revendiqués aux termes du Processus de res-
titution des terres en Afrique du Sud et environ 21% de ces terres ont déjà été trans-
férés. La proportion de la zone restante qui devra encore être transférée dans l’avenir
n’est pas clairement définie étant donné que les propriétaires terriens ont lancé
une procédure d’appel quant à la validité de plusieurs revendications au tribunal.
Néanmoins, la question de la réforme agraire demeure un enjeu important pour la
vision du développement durable dans le cadre de l’expansion de la WBR. En dépit
d’une appréciation évidente de la nature et du statut de conservation de la WBR, les
associations de propriété communautaire chargée des revendications foncières sont
confrontées à de nombreux défis pour bénéficier de leur acquisition récente de pro-
priétés au sein du WMC. Parmi ces défis, on remarque la connaissance limitée de la
faune et des industries de l’écotourisme, l’insuffisance de soutien du gouvernement
après l’implantation, les dynamiques de groupes, le manque de réseaux de marketing
et une incapacité à vendre certaines de leurs terres et par conséquent, à profiter de la
valeur de rareté au lieu de leur potentiel productif limité.
• Braconnage des rhinocéros. Depuis 2008, le braconnage des rhinocéros est
devenu un enjeu majeur pour l’industrie de l’écotourisme au sein du WMC. Depuis
le début des années 1980, le Waterberg était devenu un bastion pour la préserva-
tion du rhinocéros blanc (Ceratotherium simum) et en 1990, est devenu la prem-
ière région d’Afrique du Sud à mettre en place la conservation du rhinocéros noir
(Diceros bicornis) sur les terres privées (Walker & Walker 2012). Les rhinocéros sont
des espèces iconiques et font partie de l’un des « cinq grands animaux sauvages ».
En tant que tels, leur présence est cruciale pour attirer les touristes étrangers vers
la zone, notamment vers les plus petites réserves privées incapables d’accueillir des
éléphants ou des lions. Leur risque de disparition menace l’avenir du WMC en tant
que destination touristique orientée sur la Nature avec un meilleur soutien pour
l’emploi local.
Sur le plan collectif, ces défis soulignent le besoin d’un plan de gestion détaillé pour la
Réserve de biosphère de Waterberg qui accomplirait les actions suivantes:
• Une révision des limites de la réserve y compris de la mesure à laquelle la Réserve
pourrait être agrandie pour englober la totalité du WMC;
• Le reclassement par rapport à des critères rigoureux pour l’environnement et le
développement socio-économique;
• L’établissement de directives de développement sans ambiguité pour chacune des
zones, exprimées dans la terminologie des planificateurs urbains afin d’encourager
un développement approprié tout en préservant autant que possible les paysages
visuels de la Réserve et l’avantage comparatif en résultant en tant que destination
touristique verte;
126 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

• Au vu de cette architecture structurelle, l’identification de projet qui aborde les


enjeux spécifiques ou les opportunités confrontant la WBR.

4. Processus suivi dans l’élaboration du plan de gestion


Le plan de gestion de la WBR a été achevé en 2011. Ce plan a jeté les bases pour une
candidature à l’UNESCO en vue de l’expansion de la réserve de biosphère de Waterberg,
passant des 654 000 ha actuels à plus de 1 750 000 ha et englobant pratiquement tout
le WMC ainsi que Nylsvley, le site adjacent de RAMSAR et Wonderkop, la réserve
naturelle provinciale.
La délimitation de la zone d’expansion de la WBR a été définie selon l’évaluation de
trois critères: le statut de l’écologie; les priorités de conservation et la pression existante
sur le développement. La méthodologie utilisée consistait à mesurer et faire coïncider ces
effets afin de fournir un plan spatial composite pour l’avenir (Contour & Associates 2011).
• Statut de l’écologie. Le statut de l’écologie a fait partie des réflexions importantes
puisque les zones les moins perturbées ou transformées sont des atouts précieux
pour la conservation tandis que ceux qui ont subi de fortes perturbations et trans-
formations sont peu susceptibles de présenter une valeur de conservation impor-
tante (Figure 4). Il est important de noter que la plupart des zones les plus sensibles
au sein du WMC ont déjà été pertubées au point de non-retour. Ces perturbations
sont surtout apparentes au fond des vallées dans les milieux historiquement humides

Figure 4: Statut de l’écologie dans la zone d’expansion de la WBR


Baber • Abram 127
Élaboration d’un Plan de Gestion pour la Réserve de Biosphère de Waterberg

et sur les sols productifs qui ont été utilisés pour les cultures et les implantations
humaines associées.
• Priorités de conservation. L’un des autres atouts importants comprend les zones
prioritaires de conservation qui se composent des zones protégées officiellement
existantes, milieux humides, systèmes fluviaux, sites archéologiques, sites du patri-
moine et sites d’espèces endémiques (Figure 5). Le but de la WBR est d’inclure autant
de ces zones que possible dans la zone principale ou tout du moins dans la zone-
tampon dans l’objectif de leur apporter la meilleure protection possible.
• Pressions sur le développement. Historiquement, le WMC a fait l’objet de pres-
sions sur son développement émanant surtout de l’agriculture intensive et, dans une
très faible mesure, de l’implantation humaine. Ces pressions sur le développement
ont, jusqu’à récemment, été exercées principalement aux fonds des vallées dotées de
sols fertiles ainsi que sur les zones plus accessibles situées sur la périphérie. Comme
mentionné précédemment, l’un des phénomènes observés récemment a concerné
la prolifération de développements résidentiels denses qui s’orientent désormais
vers les parties les plus immaculées et montagneuses, menaçant ainsi leur caractère
naturel (Figure 6). Le but est que la plupart de ces zones soient gérées à l’intérieur de
la zone de transition et de canaliser de façon proactive tous les projets de développe-
ments futurs de cette nature dans cette zone particulière en instaurant des direc-
tives de développement rigoureuses dans les zones-tampons et principales. De cette
manière, la zone de transition deviendrait le centre du développement économique

Figure 5: Zones prioritaires de conservation dans la zone d’expansion de la WBR


128 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Figure 6: Zones de pressions importantes sur le développement dans la zone d’expansion de la WBR

Figure 7: Cadre de gestion environnementale de la province de Waterberg dans


la zone d’expansion de la WBR
Baber • Abram 129
Élaboration d’un Plan de Gestion pour la Réserve de Biosphère de Waterberg

et social au sein de la zone d’expansion de la WBR remplaçant la tendance actuelle


de développement peu méthodique, avec ses impacts sur la réserve toute entière.
La conclusion a été intégrée dans un processus d’aménagement spatial qui a été mené
simultanément pour la province de Waterberg dans son entièreté, c’est-à-dire dans le
Plan de gestion environnementale (PGE) (Figure 7 — Environomics 2010). Ce plan a
fait l’objet d’un processus complet de participation publique et a été adopté au niveau
national. Le fait que la réserve de biosphère avait entrepris simultanément un exercice
de planification a permis un impact direct et perspicace sur le résultat final. Les distinc-
tions entre les deux plans se font à deux niveaux.
Alors que le PGE a démarqué le WMC principalement en trois zones à savoir:
• PGE1 — Conservation pour la recherche et priorité sur la protection (avec restric-
tion du tourisme);
• PGE2 — Priorité sur le tourisme au sein d’un environnement de conservation;
• PGE9 — Priorité sur l’agriculture avec une composante touristique;
• le Plan de gestion de la biosphère (PGB) divise la zone d’expansion de la WBR en
quatre zones orientées sur la biosphère à savoir:
• Principale — zones protégées et sécurisées pour la conservation de la diversité
biologique, contrôlant les écosystèmes perturbés minimalement et activités de
recherche non-destructrices et autres utilisations à impacts faibles;
• Tampon — adjacente aux zones principales et utilisées pour des activités de
coopération compatibles avec des pratiques écologiques rigoureuses, comprenant
l’éducation environnementale, les loisirs, l’écotourisme et la recherche fondamentale
appliquée;
• Transition1 — accueille une variété d’activités agricoles, d’implantations et autres
utilisations par le biais desquelles les communautés locales et les parties prenantes
travaillent ensemble en vue de gérer et de développer durablement les ressources de
la zone;
• Transition2 — similaire à la zone de Transition 1 mais avec des restrictions moins
rigoureuses sur les développements ayant un impact sur l’environnement naturel.
Le PGB a pu associer les deux systèmes en plaçant les zones principales et tampons
au sein du PGE1, la zone de Transition1 au sein du PGE2 et la zone de Transition2 au
sein du PGE9. La distinction entre la zone Principale et Tampon correspond aux pro-
priétés qui ont un statut de protection officielle sachant que les propriétés qui sont soit
classées officiellement en tant que parcs nationaux ou provinciaux ou des propriétés
privées intégrées au programme d’intendance ou mandatées par la réserve de biosphère
pour maintenir le statut de conservation à long terme (au moins 20 ans), tombent dans
la catégorie de la zone principale tandis que celles qui n’ont pas un statut officiel ou
d’obligation contractuelle tombent dans la catégorie de zone-tampon. Il convient de
noter que le cadre règlementaire n’exige pas que la propriété dans la zone principale soit
officiellement protégée mais doit être néanmoins « légalement constituée » (Stanvliet et
al. 2004). Ainsi, pour les propriétaires fonciers privés, la désignation dans la catégorie
130 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

« Principale » au sein du PGE1 est purement volontaire et est plutôt le reflet d’un engage-
ment profond et continu pour la conservation de leur propriété. La récompense est le
statut international de conservation pour leurs propriétés. Etant donné que les zones
précises prévues d’être englobées dans la catégorie de Zone principale n’ont pas encore
été définies dans la candidature à l’UNESCO en cours pour l’expansion de la réserve, il
est donc impossible de distinguer les Zones principales et tampons dans la figure 7.
La deuxième distinction entre le PGE et le PGB est que le PGE est formulé en termes
généraux indiquant le type d’utilisation des terres qui devrait être encouragé dans
chacune des zones du PGE tandis que le PGB a développé des directives claires et sans
ambiguité pour chacune de ses zones. Ces directives abordent les questions telles que
les types d’utilisation des terres, le nombre de lits touristiques, les empreintes carbone
pour les chalets, la hauteur, les places de parking, les impacts sur les fleuves et bar-
rages, le nombre de véhicules, les sous-divisions, la mise en place de lignes directrices et
de directives relatives aux questions de ressources du patrimoine, à la pollution et aux
évaluations d’impact environnemental. Malgré leur apparence restrictive, ces directives
sont les éléments habituels de tout plan d’aménagement stratégique du paysage et sont
nécessaires pour garantir la durabilité de l’avenir de l’industrie du tourisme en évolu-
tion. Le PGB a été adopté par le Conseil régional de Waterberg et a déjà montré son
efficacité pour guider le développement au sein du WMC. De manière importante, les
fonctionnaires qui avaient précédemment participé à l’approbation d’un certain nombre
de développements résidentiels denses dans la zone, ont indiqué que si un tel cadre
d’aménagement spatial avait été alors disponible, beaucoup de leurs décisions auraient
été prises différemment.
Le PGB formera la base sur laquelle une candidature sera déposée à l’UNESCO en
2013 en vue de l’expansion de la WBR. Si la demande aboutit, elle garantira une protec-
tion efficace contre le développement inadapté dans une zone de conservation de plus
en plus cruciale en Afrique du Sud. Elle créera en même temps le fondement pour le
secteur croissant de l’écotourisme, orienté vers une opportunité unique de découvrir la
vie sauvage africaine dans un environnement au climat tempéré, dépourvu de risques
de paludisme et facilement accessible. On peut espérer que l’élévation du statut de con-
servation de la zone servira de catalyseur afin que les propriétaires fonciers augmentent
leurs niveaux de coopération mutuelle, enlèvent les barrièrres séparant leurs propriétés
et redonnent sa splendeur au WMC en tant que zone de vraie nature sauvage où les
empreintes carbone des hommes étaient invisibles.

5. Problèmes de gouvernance et projets identifiés


Pendant le processus de développement du PGB, la vision et la mission de la réserve de
biosphère ont été reconfirmées.
La vision de la WBR est de:
maximaliser le potentiel considérable de cette zone unique non seulement à des fins
de conservation, de développement durable et d’élévation sociale mais également de
recherche et d’éducation.
Baber • Abram 131
Élaboration d’un Plan de Gestion pour la Réserve de Biosphère de Waterberg

La mission de la WBR est de:


• Mettre en place une déontologie de conservation et d’utilisation durable, en instau-
rant et facilitant la mise en œuvre d’une code de bonnes pratiques pouvant être con-
trôlé efficacement;
• Encourager un développement adapté et durable, en garantissant que le caractère
sauvage et la valeur de conservation de Waterberg en tant qu’important bassin
hydrographique, lieu de ressources naturelles et destination de tourisme vert soit
maintenus en faveur de ses populations;
• Distribuer activement les bénéfices et les opportunités aux membres les plus défa-
vorisés de la communauté; et
• Faciliter la recherche, l’éducation et la formation des compétences dans la zone.
De la même manière, l’organigramme de la Réserve a été reconfirmé. Un comité
d’intervenants représentant entre 20 et 30 groupes d’intérêt locaux procède à l’élection
d’un comité exécutif dont les membres sont nommés directeurs d’une organisation sans
but lucratif et agissent en tant qu’agents d’exécution des projets de la réserve. Au sein du
comité d’intervenants, un équilibre est exigé entre les départements gouvernementaux,
les autorités municipales etc., d’une part et la société civile (ONG, organisations com-
munautaires et organismes représentatifs), d’autre part.
Les projets prioritaires particuliers qui ont été identifiés pour réaliser le mandat
contenu dans la déclaration de mission comprennent:
• La communication. La WBR est confrontée à un ensemble complexe et en cor-
rélation, d’enjeux en matière de promotion de la conservation et du développement
durable dans la zone. Etant donné le contexte sud-africain, les intervenants provi-
ennent d’horizons différents et sont souvent en désaccord les uns avec les autres.
L’approche a été de développer un message de communication simple (mais pas
simpliste) qui permettra aux divers acteurs de s’identifier à, comprendre et soutenir
la réserve de biosphère. Ce défi n’est pas facile à surmonter. En outre, il s’est avéré
nécessaire de mettre en place des « ambassadeurs » pour la réserve de biosphère c’est-
à-dire des individus respectés qui peuvent transmettre le message à leurs propres
communautés. La WBR a également développé une base de données approfondie
qui sera utilisée pour une communication directe avec les propriétaires fonciers
dont une grande partie ne réside pas en permanence dans la zone.
• La formation des compétences. Etant donné le besoin désespéré d’améliorer les
niveaux d’emplois au sein des communautés de la WBR, notamment les emplois des
jeunes, il a été indispensable de développer des projets visant à apporter de meilleurs
résultats scolaires, développer les compétences et l’expérience professionnelle pour
la génération future. Ces projets incluent la mise en place de clubs de devoirs pour
les mathématiques, la prestation de cours « de préparation à la vie professionnelle »
et la mise en place d’un projet de service environnemental pour les jeunes. Tous ces
emplois ne doivent pas être nécessairement liés au secteur de la conservation ou de
l’écotourisme. Comme mentionné précédemment, le WMC se trouve à proximité
de l’un des gisements miniers et nodules de production énergétique à la croissance
132 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

la plus rapide d’Afrique du Sud et la création d’emplois associés à ce développement


devrait être accessible à la population locale dans la mesure où celle-ci a acquis les
compétences nécessaires. L’avantage d’une telle approche est que la Réserve soit
capable de fournir des bénéfices tangibles en faveur de certains des membres les plus
défavorisés de la communauté et de ce fait, d’améliorer la pertinence de l’existence de
la WBR pour le groupe d’intervenants pour lesquels l’accès aux propriétés de conser-
vation caractérisant la réserve est limité.
• Le développement touristique. Ayant reconnu l’effet multiplicateur du dével-
oppement de l’écotourisme dans la zone sur l’emploi et l’économie locale, la WBR
s’est fixé l’objectif de créer l’image et de promouvoir la zone en tant que destina-
tion d’écotourisme (tourisme vert) préférée dans le pays et à l’échelle mondiale. Cette
approche a impliqué l’élaboration de matériel publicitaire y compris un site Internet
dynamique et la représentation de la zone dans les salons consacrés au tourisme et
de nature similaire. De plus, la WBR a développé une route touristique à travers
le WMC, appelée le Waterberg Meander, pour faire l’éloge de la zone et soutenir
l’expérience du visiteur.
• Le tourisme communautaire. L’un des éléments de promotion du tourisme au
sein de la Réserve a été d’aider au développement d’entreprises touristiques détenues
et gérées par la communauté. Pour ce faire, des fonds ont été levés en vue de fournir
l’infrastructure ainsi que les services d’accompagnement et de marketing. Dans
un contexte où pratiquement toutes les entreprises de tourisme sont détenues par
les plus avantagés, ce projet sert à renforcer la notion que tous les éléments de la
communauté ont un rôle à jouer dans la réserve et devraient profiter de son statut
international.
• La conservation des fleuves et des marais. En tant que source principale d’eau
dans une région où l’eau est une denrée rare, il est tout aussi important d’éviter que
les habitats sensibles de la réserve soient endommagés par l’invasion de plantes exo-
tiques. Grâce à une collaboration avec le projet Working on Water et en s’appuyant
sur le projet de Service environnemental des jeunes tout en favorisant l’accès aux
propriétés privées en tant qu’organisation à caractère communautaire, il est possible
de renforcer la contribution de façon positive.
• La protection des rhinocéros. La crise actuelle du braconnage des rhinocéros
a indiqué le besoin d’utiliser la position de la réserve en tant qu’organisation plus
élargie dotée de connexions solides avec le gouvernement en vue d’aider à la coordi-
nation d’une réponse collective avant qu’il ne soit trop tard.
• L’éducation environnementale. En tant que fonction essentielle de toute réserve
de biosphère, l’éducation environnementale par le biais d’organisations privées
comme Lapalala Wilderness School détient une fière tradition au sein du WMC. La
réserve vise à soutenir, promouvoir et élargir ces initiatives.
Baber • Abram 133
Élaboration d’un Plan de Gestion pour la Réserve de Biosphère de Waterberg

6. Conclusion
La reconnaissance par la réserve de biosphère de Waterberg du besoin d’un plan de
gestion a impliqué l’organisation dans un exercice détaillé d’aménagement spatial, envi-
ronnemental et socio-économique. Les dix années qui se sont écoulées entre la procla-
mation par l’UNESCO et le développement du plan de gestion ont permis de faire une
analyse détaillée des enjeux du WMC, des leçons apprises ainsi que de l’identification
des enjeux présents et à venir pour la zone. Le résultat en a été une vision stratégique
mûrement réfléchie, soutenue par un nouveau programme de délimitation des zones
avec des bases scientifiques rigoureuses, critiques pour la durabilité et la conservation
de la WBR. Les bases ont été jetées pour une nouvelle candidature à l’UNESCO en
vue d’agrandir la réserve et par conséquent, d’amener le statut de réserve de biosphère
à la plus grande partie du Complexe montagneux de Waterberg et des directives de
développement transparentes ont été élaborées pour chacune des quatre zones au sein
de cette réserve. Finalement, le plan de gestion a permis de porter l’attention sur une
série de projets prioritaires visant à aborder les enjeux et opportunités spécifiques con-
frontant la zone, notamment relatifs à l’emploi, aux menaces des écosystèmes sensibles,
à l’inégalité et l’exclusion et au braconnage des rhinocéros. Un tel plan de gestion peut
donc devenir un outil important dans le contexte de la biosphère non seulement par la
définition d’un agenda, la mise en place d’une orientation, la considération des leçons
apprises mais aussi par l’intégration des buts et objectifs de la réserve de biosphère par
rapport aux instruments de planification et de décision du gouvernement. L’attente est
que les résultats s’illustreront par une réserve de biosphère fonctionnant sans heurts,
avec un message clair et une définition des responsabilités, qui apportera des bénéfices
aux communautés y vivant tout en améliorant et protégeant l’environnement.

Références
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province de Waterberg. Municipalité de la province de Waterberg, Modimolle.
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Langholz, J.A. & Kerley, G.I.H. 2006. Combining conservation and development
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134 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Eastern Cape (Combiner la conservation et le développement sur les terres privées:


évaluation des réserves de chasse privées à caractère écotouristique au Cap oriental).
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Tisdell, C. & Wilson, C. 2003. Economics of wildlife tourism (Economie du tourisme
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rhinocéros: la lutte pour leur survie). Jacana Media, Pretoria.
8
Ressources Naturelles, Populations et Moyens
de Subsistance dans la Reserve de Biosphere
de Songor
Natural Resources, People and Livelihoods in the Songor Biosphere
Reserve

SHEIL A N. A . ASHONG1 • WILLIAM A . ASOMANING 2 •


ADELINA MENSAH 3 • EMMANUEL TET TEH 4 • DICKSON YAW
AGYEMAN 5

Résumé
La Réserve de biosphère de Songor est le deuxième site Ramsar le plus important au
Ghana, présentant un complexe unique composé d’une diversité d’habitats, d’espèces
et d’écosystèmes de valeur économique, culturelle et biologique importante. Parmi
les espèces, on peut noter les tortues marines, forêts de palétuviers, lamantins, croco-
diles, singes et oiseaux aquatiques. La réserve est détenue par la communauté et
accueille une population d’environ 42 150 habitants qui dépendent des ressources de
diverses manières. Une étude écologique menée par le comité du MAB en 2009 dans
le cadre des efforts de nomination d’un site classé comme Réserve de biosphère par
l’UNESCO a révélé une tendance à l’accroissement de la dégradation de l’écosystème
manifestée par un changement de la végétation et de l’utilisation des terres, l’invasion
par les herbes aquatiques, l’érosion côtière et la sédimentation des vases. Etant donné
que la disponibilité d’informations fiables et actualisées est une condition pour la
gestion efficace des ressources naturelles, une étude socio-économique a été menée
en 2010 pour développer des informations de référence visant la conservation et le

1 Natural Resources Department (MAB National Secretariat), Environmental Protection Agency, P O. Box
M326 Ministries, Accra, Ghana · E-mail: sashong@[Link], sashong@[Link]
2 Département de la chimie, Université du Ghana, Legon · E-mail: waasoman@[Link]
3 Département de l’océanographie et de la pêche, Université du Ghana, Legon · E-mail: ammensah@[Link]
4 Centre pour les systèmes de détection à distance et d’informations géographiques, Université du Ghana,
Legon · E-mail: tettehe@[Link]
5 Division de la faune de la Commission forestière, site de Songor Ramsar site, Ada · E-mail: Yaw652006@
[Link]
135
136 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

développement. Les informations sur le niveau de dépendance des ressources ainsi


que l’état de l’infrastructure et des installations ont été compilées. 237 ménages de 28
communautés différentes ont été échantillonnés de manière aléatoire en se basant sur
un questionnaire standard. Des discussions de groupes-témoins ont eu lieu avec des
groupes locaux et des institutions. Un fort niveau de dépendance et une sensibilisation
sur le besoin de préserver les ressources ont été observés. La population dont les
moyens de subsistance découlent des ressources des régions marécageuses a plus que
doublé au cours de la dernière décennie. Il a été constaté que les systèmes culturels
jouaient un rôle crucial dans la règlementation. L’amélioration des options de moyens
de subsistance et de l’accès aux crédits pourrait réduire la pauvreté et la surexploi-
tation des ressources de manière significative. Des recommandations ont été prod-
iguées pour faire face aux enjeux de la gestion. Grâce au classement de Songor sur le
réseau mondial des réserves de biosphère de l’UNESCO, les informations recueillies
apporteront une base solide pour la formulation du projet tout en facilitant le suivi et
l’évaluation des projets.
Mots-clés: Propriété communautaire, dégradation, information, règlementation,
enjeux, suivi, réserve de biosphère

Abstract
The Songor Biosphere Reserve is the second largest Ramsar site in Ghana and has a
unique complex of diverse habitats, species and ecosystems of high economic, cultural
and biological value. Species of value include marine turtles, mangroves, manatees,
crocodiles, monkeys and water [Link] community-owned reserve has a population
of about 42 150 who depend on the resources in diverse ways. An ecological survey
conducted by the MAB Committee in 2009 as part of efforts to nominate the site as
a UNESCO Biosphere Reserve, revealed an increasing trend of ecosystem degrada-
tion manifested by changing vegetation and land uses, invasive aquatic weeds, coastal
erosion and siltation. Since the availability of reliable and up-to-date information is
prerequisite to the effective management of natural resources, a socio-economic
survey was conducted in 2010 to develop reference information for conservation
and development. Information on the level of dependence on the resources as well
as state of infrastructure and amenities was collated. 237 households from 28 com-
munities were randomly sampled using a standard questionnaire. Focus group discus-
sions were held with some local groups and institutions. A high level of dependence
and awareness on the need to conserve resources were observed. The population
deriving their livelihoods from the wetland resources had more than doubled in the
past 10 years. Cultural systems were observed to play a major role in regulation.
Increasing livelihood options and access to credits could significantly alleviate poverty
and overexploitation of the resources. Recommendations have been provided to
address the challenges of management. With the enlistment of Songor on UNESCO’s
World Network of Biosphere Reserves, the information generated will provide a
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 137
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor

sound basis for project formulation as well as to facilitate the monitoring and evalu-
ation of projects.
Key Words: Community-owned, degradation, information, regulation, challenges,
monitoring, biosphere reserve

1. Introduction
Les ressources naturelles sont exploitées à travers le monde pour rencontrer divers buts
de développement national et international. Dans les pays en voie de développement
comme le Ghana, la dépendance sur ces ressources naturelles est relativement plus
importante en raison de la croissance des populations donnant lieu à la surexploitation
pour la nourriture, le fourrage, les matières premières pour l’industrie et autres services
socio-économiques et culturels. La conséquence apparente en est la dégradation des
ressources avec des menaces sérieuses pour l’intégrité écologique d’écosystèmes vitaux,
c’est-à-dire les systèmes qui soutiennent toutes les formes de vie. Pour les communautés
rurales, la perte de moyens de subsistance constitue l’enjeu le plus crucial puisqu’une
majorité ne dispose pas de la capacité ou des ressources pour s’adapter et est souvent
vulnérable face à des phénomènes comme les changements climatiques, les sécheresses
et la désertification. Cet enjeu met en exergue le besoin d’approches de gestion col-
laborative qui assurent une implication adéquate de la communauté dans la gestion des
ressources et veillent à ce que les populations soient informées sur la dynamique entre
leurs activités socio-économiques et les ressources naturelles.
L’UNESCO, par le biais du programme Homme et Biosphère (MAB) propose un
agenda de recherche pluridisciplinaire et de renforcement des capacités qui vise les
dimensions écologiques, sociales et économiques de la perte de la biodiversité et la
réduction de cette perte. Les sciences naturelles et sociales, l’économie et l’éducation sont
intégrées de manière à améliorer les moyens de subsistance des humains et à protéger
les écosystèmes naturels et, ainsi, promouvoir des approches novatrices du développe-
ment économique. Les réserves de biosphère sont utilisées comme laboratoires pour la
mise en œuvre d’initiatives interdisciplinaires en vue de créer un modèle de coexistence
harmonieuse entre l’homme et la nature. Elles consistent en des sites terrestres et aqua-
tiques destinés à servir trois fonctions principales:
• contribuer à la conservation de la biodiversité;
• encourager le développement socio-économique durable; et
• offrir un soutien pour la recherche, le contrôle, l’éducation et l’échange d’informations
sur les questions relatives à a conservation et au développement à des dimensions
locales, nationales et mondiales.
Actuellement, le Réseau mondial des réserves de biosphères (WNBR) détient une liste
de 580 sites membres dans 114 pays, qui sont considérés comme sites d’excellence où de
138 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

nouvelles pratiques optimales pour gérer la nature et les activités humaines sont testées
et démontrées (UNESCO 2011a).
Jusqu’à juin 2011, le Ghana avait une réserve de biosphère, la Réserve de biosphère
de Bia située dans les régions de Juabeso et de Bia de la région occidentale et désignée
en 1983. Elle comprend le Parc national de Bia (superficie primaire de 7 800 ha), la
réserve de ressources de Bia (zone-tampon de 22 800 ha), environ 43 communautés
avoisinantes et deux réserves forestières (zone de transition de 83 700 ha). La Réserve de
Bia, avec l’assistance d’UNESCO, a joué un rôle majeur dans la réorientation des com-
munautés pour qu’elles ressentent un sentiment collectif de propriété pour la gestion
des ressources naturelles. Des interventions sous forme de présentation de moyens de
subsistance alternatifs et de soutien pour ajouter de la valeur aux moyens de subsistance
existants ont été introduites pour réduire la pression sur les ressources et améliorer la
relation entre l’autorité de gestion des zones protégées au Ghana, la Division de la Faune
et les communautés. En outre, le Projet de développement des zones protégées a permis
d’améliorer la participation des communautés dans la gestion par l’introduction des
Zones de gestion des ressources communautaires (CREMA) qui détiennent la respon-
sabilité de supervision des ressources forestières dans la zone de transition (Wildlife
Division 2010). Ces actions ont amélioré la coopération avec la Direction. Cependant,
certains problèmes persistent en raison du système de délimitation qui n’est encore
pas conforme à celui stipulé dans la stratégie de Séville de 1996 (UNESCO 1996). En
s’appuyant sur les expériences de Bia, il était impératif que toutes les réserves de bio-
sphère suivantes rencontrent les dispositions stipulées à Séville pour faciliter leur bon
fonctionnement.
La réserve de biosphère de Songor, située dans la province est de Dangbé de la
région du Grand-Accra a commencé son pèlerinage vers le WBNR lorsque le secteur
des sciences naturelles de l’UNESCO, dans le cadre de ses lignes d’actions principales, a
apporté son soutien aux pays en vue d’augmenter le nombre de réserves de biosphères
dans le monde comme moyen de promouvoir le concept du programme MAB au cours
de la période bisannuelle 2008–2009. Le sitede Songor Ramsar a été sélectionné parmi
17 sites et à la suite d’études écologiques en 2009, a été nommé par le comité du MAB en
2010. Il a été classé par l’UNESCO en juin 2011. Bien que propriété de la communauté,
la délimitation de zone est conforme aux prescriptions de Séville et à l’objectif 13 du Plan
d’action de Madrid pour les réserves de biosphères (MAP 2008–2013 — UNESCO 2008)
qui exige une délimitation de zone fonctionnelle dans toutes les réserves à biosphère
établies, en particulier concernant la zone de transition et la fonction de développement.
Par ailleurs, en harmonie avec les efforts de mise en œuvre d’autant d’objectifs de MAP
que possible, a l’objectif à moyen terme du comité du MAB au Ghana est d’améliorer
la sensibilisation du public sur le concept de réserve de biosphère en vue d’assurer son
intégration dans d’autres initiatives de développement durable, d’augmenter le nombre
et la couverture de réserves de biosphère ainsi que le nombre d’activités mises en place
par le comité national du MAB. La disponibilité d’une base d’informations fiable et actu-
alisée est une condition à la gestion efficace des ressources naturelles parce qu’elle exige
la connaissance de ce qui est géré, de la manière dont ces informations sont affectées par
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 139
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor

les impacts causés par les diverses circonstances internes et externes mais détermine
également les interventions pour la gestion ainsi que les effets des mesures de gestion.
Mais en dépit des nombreuses études lancées à Songor aux termes du Projet de gestion
des zones marécageuses côtières au milieu des années 1990, il n’existe toujours pas de
base documentaire compilée relative à la structure sociale des communautés. Une étude
socio-économique a donc été menée en 2010 par le comité du MAB pour lancer une
base d’informations en extrayant ces dernières des caractéristiques socio-économiques,
environnementales et des systèmes économiques et productifs. Cette initiative avait été
lancée pour répondre à l’objectif 16.2 de MAP qui demande l’amélioration de l’accès aux
informations et de nouveaux moyens de transmettre les connaissances à une variété
importante de groupes-cibles non scientifiques. Les premiers résultats ont été validés au
cours d’un atelier des parties prenantes en mai 2011 (Ashong 2011).
Dans ce document, certaines des informations de référence recueillies par le comité
du MAB au Ghana sur le statut socio-économique des communautés dans la Réserve de
biosphère de Songor sont passées en revue pour proposer des réponses aux questions
suivantes:
(i) Dans quelle mesure les communautés de Songor dépendent-elles des ressources
naturelles ?
(ii) Quelles sont les principales sources de subsistance à Songor?
(iii) Quelles sont les options alternatives de subsistance à considérer pour réduire la
pression sur les ressources?
(iv) De quelle manière se traduit l’adhésion du WNBR puis du Réseau Africain,
AfriMAB, pour améliorer le bien-être des communautés à Songor ?
Les objectifs visaient à évaluer:
• les communautés, leurs activités de subsistance et la mesure à laquelle ces dernières
ont un effet sur la réserve;
• les implications du classement de Songor comme réserve de biosphère de l’UNESCO
pour une amélioration de la gestion; et
• la contribution potentielle de Songor sur le fonctionnement du Réseau africain des
réserves de biosphère, AfriMAB.

2. Population et biodiversite de la reserve de Biosphere de


Songor
La Réserve de biosphère de Songor, première réserve de biosphère côtière au Ghana,
appartient à la communauté où toutes les ressources y compris le lagon et certaines
parties de l’estuaire, sont détenues par des clans où les aînés jouent le rôle de gardiens,
vendant ou louant la terre (Ofori Danson 1999). Les indigènes sont composés en majorité
d’Adagmés, d’un petit pourcentage d’Adas et d’une minorité d’Ewés. Les dialectes parlés
sont le Ga et le Ga-Dangbé. La population est d’environ 42 000 habitants (Division des
services statistiques 2000) qui sont surtout impliqués dans des activités englobant les
récoltes agricoles, l’élevage de bétail, la pêche, la chasse, l’extraction saline pendant la
140 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

saison sèche ainsi que la récupération du bois de combustible. Les communautés sont
connues pour leurs fortes valeurs indigènes qui se manifestent dans l’efficacité des règle-
ments traditionnels et soutiennent la conservation et la présence de plusieurs forêts
sacrées. La région est considérée comme l’une des premières destinations touristiques
du pays, notamment pendant la célébration du festival annuel d’ Asafotufiam.
En tant que deuxième plus grand site Ramsar au Ghana, les dispositions pour
sa protection sont stipulées aux termes des Règlements sur la gestion des zones
marécageuses (Ramsar) de 1999, LI 1659. L’autorité de gestion est la Division de la Faune
de la Commission forestière. Une combinaison d’écosystèmes fluviaux, saumâtres/estu-
ariens et marins ainsi que d’îlots permet de soutenir exceptionnellement la diversité
biologique. Le lagon de Songor et ses plaines inondables accueille des sites de nourriture
et de perchoirs aux oiseaux aquatiques tandis que la bande littorale offre des sites de
nidification aux tortues marines et espèces piscicoles, tandis que l’île d’Agave offrant un
habitat aux forêts de palétuviers et aux singes. La Réserve de biosphère de Songor est le
lieu d’habitation de trois espèces de tortues marines, deux espèces de palétuviers, une
espèce de lamantin, trois espèces de singes, 15 espèces de poissons et 42 espèces d’oiseaux
aquatiques. La répartition des divers organismes est présentée dans la Figure 1.
Les défis majeurs engendrés par l’activité humaine comprennent la pollution, la
modification de l’habitat à des fins agricoles, la prolifération des herbes envahissantes, la
prédation sur les œufs de tortues par les chiens, le braconnage et la présence d’ordures.
L’application des règlements nationaux est assurée par la Division de la Faune et com-
plétée par les règlements traditionnels et l’éducation communautaire en vue de con-
trôler ces défis. Cependant, l’érosion côtière constitue une menace importante pour la
stabilité du littoral, le problème semblant s’empirer en raison du changement climatique
(Comité national du MAB 2009).

3. Zone d’etude et methodes


3.1 Zone d’étude
La Réserve de biosphère de Songor se situe entre les latitudes 06° 00' 25" N, 00° 19' E et
05° 45' 30" N, 00° 41' 40" E et s’étend sur une superficie totale de 51 113.3 hectares dont
une zone centrale couvrant 8 238.04 ha, une zone-tampon de 11 490.47 ha et une zone
de transition couvrant 32 941.95 ha. L’étude a été menée dans 28 communautés sélection-
nées au sein de trois zones (Figure 2).

3.2 Méthodes
Des enquêtes auprès des ménages et des discussions de groupes-témoins ont été menées
pour recueillir les informations sur les caractéristiques socioculturelles, économiques
et environnementales ainsi que celles liées aux systèmes productifs, en s’appuyant sur
un questionnaire semi-structuré. Les discussions de groupes-témoins se sont déroulées
auprès de sept communautés: Gorm, Pute, Totokpoe, Lolonyakope, Tekpekope,
Togbloku, Obane et Wassakuse. Des représentants d’institutions majeures telles que
l’Administration de l’éducation provinciale (District Education Directorate), le Bureau
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 141
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor

Figure 1: Carte écologique de la Réserve de biosphère de Songor


142 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Figure 2: Communautés couvertes pendant l’enquête socio-économique


de la Réserve de biosphère de Songor
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 143
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor

provincial du Service national d’incendie (District office of the National Fire Service)
et l’Administration de la santé provinciale (District Health Directorate) ont également
été interviewés. Au total, 237 questionnaires ont été administrés. Les informations ont
été recueillies au sujet, entre autres, de la diversité des ressources, de l’utilisation des
ressources naturelles, du changement écologique et de la qualité environnementale
ainsi que sur les options d’utilisation des terres et options agricoles disponibles pour
les industries artisanales en tant que méthodes alternatives et les systèmes culturels de
conservation.

4. Resultats
4.1 Moyens de subsistance et impacts sur les ressources des zones
marécageuses
On a constaté un fort niveau de dépendance sur les ressources des zones marécageuses
étant donné que la population concernée par celles-ci a plus que doublé au cours de
la dernière décennie. Tous les répondants aux enquêtes sur les ménages ont attesté de
l’utilisation des ressources pour la nourriture, la viande et la production de revenus et
d’énergie. Les activités les plus importantes concernaient la pêche et l’agriculture com-
plétées par la chasse, la récupération du bois de combustible et le commerce. Cependant,
environ 93% était impliqué dans une activité de subsistance principale tandis que le
reste tirait parti des changements saisonniers pour se consacrer à d’autres activités. 40%
des personnes étaient impliquées dans leurs activités actuelles de subsistance depuis au
moins dix ans. Dans le cadre de l’amélioration des activités de subsistance, des institu-
tions telles que les banques (20%), le Conseil régional (8%) et la Division de la faune
aux termes du Fonds de soutien pour l’investissement communautaire (CISF), 44%, ont
apporté leur soutien dans le passé. Les 28% restants ont bénéficié du soutien d’autres
sources.

4.1.1 Pêche
La forte incidence de la pêche (y compris la poissonnerie) comme activité de subsistance
(84,5%), et ce malgré le fait que 62,9% étaient conscients des règlements nationaux et
traditionnels représente une source d’inquiétude. Les règlements traditionnels sur la
pêche comprennent des journées interdites de pêche qui varient selon la communauté.
Les journées interdites de pêche ont lieu surtout les mardis ou les jours de funérailles
dans la communauté. Les autres associations de journées interdites de pêche sont les
mardis et vendredis; les jeudis ou les jeudis et vendredis. Les règles traditionnelles com-
prennent également la performance de rituels avant la sortie de pêche, l’interdiction de
baignade des animaux et d’éclairage sur la plage. La loi ghanéenne sur la pêche 625 de
2005 et les règlements sur la pêche et l’aquaculture LI 1968 de 2010 prévoient des dis-
positions pour la restriction d’accès à certaines zones, l’approbation des tailles de filets
de pêche (comme le filet à mailles), des interdictions sur la pêche de petits poissons, la
pêche à l’éclairage et l’utilisation de produits chimiques.
144 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
4.1.2 Agriculture
Deux tiers des répondants (67,8%) sont des agriculteurs dont un pourcentage élevé
possède l’ensemble (52,2%) ou une partie (23,6%) des terres cultivées. Le nombre
d’exploitations cultivées par les répondants varie, avec une grande majorité cultivant
entre 2 (30,8%) et 3 (28,8%) parcelles chacun. Les répondants ont indiqué qu’ils avaient
en effet, constaté une certaine détérioration de la qualité de la terre au cours des 20
dernières années, remarquée par une réduction de la couverture terrestre, généralement
en résultat de la déforestation et de la dégradation de la couverture végétale. La fertilité
du sol s’est réduite progressivement malgré l’utilisation continue d’engrais, étant donné
que le contenu de nutriments diminue tandis que la zone de terre aride augmente. Ce
constat est confirmé par les observations du comité national du MAB en 2009, indi-
quant une tendance à la diminution des sols arides depuis 1999 et une hausse des zones
de construction aux dépens des zones végétales. Les agriculteurs ont aussi constaté le
durcissement des sols, l’augmentation de l’acidité et de la salinisation.
Les cultures principales sont le manioc, le maïs, les tomates, le poivre et la pastèque.
On trouve également des oignons, des œufs, du gombo, des haricots, de la canne à sucre
et du riz. A l’origine, la terre a été nettoyée à l’aide de binettes et de coupes-coupes et
lorsque les moyens le permettaient, de tracteurs pour le labourage. La plupart des agri-
culteurs ghanéens pratiquent la mise en jachère jusqu’à la prochaine saison des pluies.
Les répondants ont indiqué que les diverses périodes de jachère s’étalaient de trois mois
à deux ans, selon le type de cultures. Pendant les périodes de jachère, d’autres terres sont
cultivées ou les agriculteurs s’engagent dans d’autres activités de subsistance comme le
commerce du poisson. Dans certains cas, la culture par rotation est pratiquée.
Deux tiers des répondants utilisent des engrais (69,4%) ainsi que des pesticides/
herbicides/fongicides (73,4%) pour améliorer et protéger le rendement de leurs cul-
tures. Ceux qui n’utilisent aucun engrais évoquent le coût des engrais comme raison.
Une petite minorité a indiqué que l’utilisation de ces produits chimiques n’était pas
nécessaire étant donné que la terre est suffisamment fertile. De manière générale, les
répondants estiment que les engrais améliorent la fertilité du sol et augmentent la pro-
duction bien que certains aient constaté qu’à force d’utilisation, le sol s’appauvrissait
et leurs récoltes s’amenuisaient. Ils ont également convenu que les impacts positifs de
l’utilisation de pesticides, qui limitent le niveau de dégâts causés par les insectes sur les
récoltes, s’accompagnaient néanmoins d’impacts environnementaux comme la réduc-
tion de la qualité de l’eau.
L’élevage du bétail est pratiqué par plus de la moitié des personnes interviewées
(57,8%) dont un grand nombre (53,4%) est conscient des règlements impliquant l’arrosage
et le pâturage du bétail. En général, ce règlement signifie que le bétail est gardé proche
des maisons et loin des terres agricoles. La majorité a convenu de l’importance de ces
règlements. Le fumier n’est généralement pas recyclé comme engrais bien que de nom-
breux propriétaires de troupeaux aient des terres agricoles. La raison principale est que
le fumier n’est pas suffisant pour contribuer à la production de récoltes. Par conséquent,
le fumier est brûlé ou déposé dans des dépotoirs publics.
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 145
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor
4.1.3 Récupération du bois de combustible et production de charbon
Le bois de combustible et le charbon sont utilisés pour couvrir les besoins énergétiques
de plus de 90% des répondants, l’association des deux étant le plus souvent utilisée
(52,5% — Figure 3). Cependant, la production de charbon au sein des communautés
était minime (seulement 19,1%). 20% des répondants ont accepté que la production de
charbon pourrait avoir des effets négatifs sur la santé humaine et l’environnement en
raison de la déforestation et la perte de végétation, du durcissement des sols causé par le
brûlage du charbon et de la pollution atmosphérique.

2%
3% Bois de chauffage,
charbon de bois
Bois de chauffage
21%
Charbon de bois, gaz

52%
2% Charbon de bois

20% Gaz

Bois de chauffage,
charbon de bois, gaz

Figure 3: Sources d’énergie domestique dans la Réserve de biosphère de Songor

4.1.4 Chasse
Auprès de plusieurs communautés, la chasse est pratiquée pour compléter l’apport en
protéines. 32,3% des répondants ont indiqué qu’ils chassaient les animaux sauvages pour
compléter leur alimentation et parfois, à titre de source supplémentaire de revenus. Au
sein de chaque communauté, on dénote généralement moins de dix chasseurs (40% des
répondants l’ont indiqué ainsi) et moins fréquemment, 11 à 20 chasseurs par commu-
nauté (environ 14% des répondants).

4.4% Aulacode
4.4%

Aulacode, oiseaux
7.4%
Autres
36.8%
7.4%
Oiseaux

14.7% Tortues

Varans

25.0% Aulacode, oiseaux,


varans

Figure 4: Exploitation des animaux sauvages dans la Réserve de biosphère de Songor


146 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

La méthode de chasse la plus commune est celle du piège (46,2%) bien que certains
chasseurs utilisent des fusils (20%) ou une combinaison des deux (13,8%). Le Grasscutter
ou‘Akrantie’ est le plus exploité (Figure 4).

4.1.5 Pratiques traditionnelles soutenant la conservation


21,7% des répondants ont exprimé qu’ils avaient connaissance des sites protégés ou sen-
sibles dans leur communauté tandis que 67,8% n’avaient aucune connaissance et 10,6%
n’étaient pas sûrs. Les zones protégées par la communauté comprenaient: Yesoh — pour
la protection des poissons, Kokuse pour la forêt blanche de palétuviers; Abordohue;
Tele Musuku; Okorhwe près de Goi; Nartey’s land; Kokohuwe, Opoku Kpohuwe;
Agbepienya; Abordohwe; Abordolive (considéré comme un Havre pour les espèces
minuscules); Abodorhwe et Okorlwe. Ces zones sont protégées par les lois tradition-
nelles qui assurent que nul n’a le droit d’y pénétrer sauf le prêtre animiste ou dont
l’accès est autorisé de façon limitée mais avec une interdiction sur des activités comme
l’abattage des arbres et la récupération d’eau. En dehors du caractère sacré traditionnel
de ces sites, ils sont également importants pour la protection environnementale et la
conservation de la biodiversité.

4.2 Genre et utilisation des ressources naturelles


La collecte des ressources naturelles est une activité qui se produit toute l’année bien que
certaines soient plus régulières soit pendant la saison des pluies ou la saison sèche. La
responsabilité de la collecte de ces ressources naturelles est partagée entre les hommes et
les femmes, avec une participation occasionnelle des jeunes, selon le type de ressource
naturelle. Par exemple, les ressources comme le gibier, les poissons, les tignasses de
palmiers, le bambou, le miel, le vin de palme, les pilons (“bois de fufu”) et l’‘Akpeteshie’,
une marque locale de gin, sont collectées principalement par les hommes. L’eau et le
charbon relèvent plutôt de la responsabilité des femmes tandis que la collecte des escar-
gots, herbes médicinales, fruits, champignons, palétuviers, roseaux et sel, est effectuée
par les deux sexes. Mais les hommes continuent à jouer le plus grand rôle dans la col-
lecte des palétuviers et des roseaux (Figure 5). La plupart de ces ressources sont utilisées
soit pour la consommation domestique ou vendues pour un revenu supplémentaire.

11%
Hommes

14%
44% Femmes

Tout

Hommes, femmes
31%

Figure 5: Rôle du genre sur la récolte des palétuviers dans la Réserve de biosphère de Songor
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 147
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor

4.3 Options disponibles pour des moyens de subsistance alternatifs


Les enjeux principaux quant à la fiabilité des activités de subsistance actuelles étaient
le manque de capital pour augmenter l’investissement. Les options de moyens de sub-
sistance alternatifs suggérées par les répondants variant largement et comprennent: la
menuiserie, la maçonnerie, le tressage de tapis, la couture, le traitement agricole (gari,
fruits et légumes), le moulage du grain, le savon, la fabrication de vêtements tradition-
nels (colliers et tissage-teinture), l’aquaculture et le tressage de paniers. Cependant, la
majorité des répondants a indiqué que ces activités étaient actuellement non-profitables
et qu’avec un soutien, ils étaient prêts à changer pour des activités de subsistance alter-
natives (Figure 6). Jusqu’à présent, ils ne sont pas aventurés dans d’autres alternatives en
raison du manque ou de l’insuffisance de capital ainsi que d’installations d’entreposage
et de traitement pour les produits sans compter l’absence d’accès aux programmes
de crédits pour l’expansion ou la revitalisation de leur activité de subsistance actuelle
ou le manque de formation en gestion de cette activité. Les tentatives par la Division
de la faune d’aider à générer de petits prêts se sont soldées par un échec en raison de
l’incapacité de la plupart des bénéficiaires à rembourser.
2%

18%
Oui

Non

Je ne sais
pas

80%

Figure 6: Volonté des populations de la Réserve de biosphère de Songor


à changer leur activité de subsistance avec du soutien

4.4 Services sociaux


La plupart des individus utilisent des soins médicaux orthodoxes et sont enregistrés
dans le Programme de Sécurité sociale bien que la médecine traditionnelle et certaines
cliniques privées sont disponibles. La présence d’un seul grand hôpital c’est-à-dire
l’hôpital public d’Ada a constitué un inconvénient majeur pour les soins de santé.
En ce qui concerne la fourniture en eau, l’Agence de distribution des eaux et des
installations sanitaires avait fourni quelques points d’approvisionnement en eau, utilisés
par environ 40% des répondants ce qui a donné lieu à une réduction de l’incidence des
maladies d’origine hydrique. L’approvisionnement en eau ne présente généralement pas
de problème (Figure 7). Les autres sources d’eau sont des trous de forage et des puits
et une petite minorité dépend de l’eau des rivières et des cours d’eau (7,1%). Mais l’eau
des trous de forage et des puits est souvent liée à des problèmes de salinité. La plupart
SOURCE OF WATER WITHIN THE SONGOR BIOSPHERE RESERVE
0°18'30"E 0°24'0"E 0°29'30"E 0°35'0"E 0°40'30"E
148 AfriMAB

5°58'30"N
5°58'30"N

j
!Kasseh Ñ
Ø
! !!
Ñ
Ø jBedeku
!
j !
j
! 7
!
Addokope 7
! !
Ñ
Ø Totimekope

!
j Hwakpo
Â
¾
ÿ
!

5°53'0"N
5°53'0"N

!
j
!
Dogo
Ñ
Ø
Â
¾
ÿ

!
jTekperkope
!

j
! j
!
Â
¾
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!
j Togbloku !
Ñ
ÿ Ø
! Gorm
j ¾
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ÿ
Ø !
Ñ Agokpo
j
!
!
Ñ
Ø Big Ada
Â
¾
ÿ Â
¾
ÿ
Midie
!

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¾
ÿ
j!
! 7 j
! Â
Ñ ¾
Ø ÿ
!
!
Obane Luhuese
Ñ
Ø
j
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! Kwalakpoyumu
Â
¾
ÿ !
j
j
!

5°47'30"N
5°47'30"N

!
Ø
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! ! Ñ!
Ø
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! Elavanyo ! ! ¾
ÿ Ada Foah
Patukope Lolonya Â
¾
ÿ
Totope Pute ! ! j
!
Gulf of Guinea j
! !!
j
Ñ
Ø 7
! Azizanya
Otrokpe

0 3.75 ² 7.5 15
Kilometers

0°18'30"E Location Map 0°24'0"E 0°29'30"E 0°35'0"E 0°40'30"E


Legend
ZONES Water Supply
Produced by
!
j Pipe CERSGIS FOR
Road Buffer Area University of Ghana
Ø
Ñ Well Legon
Volta River Core Area
!
7 Borehole Sponsored by
Island Transitional Area Â
¾
ÿ River/Stream United Nations Educational
Scientific and Cutural Organization

Figure 7: Source d’eau à disposition des communautés dans la Réserve de biosphère de Songor
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 149
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor

des ménages trouvent une source d’eau à courte distance de leurs maisons. La plupart
des répondants (88,1%) doit marcher moins de deux kilomètres vers la source d’eau la
plus proche. 2% se trouvent à au moins 5 km de distance; 5,8% font un trajet de 2 à 5 km
tandis que 4% font 3 km pour arriver à leurs sources d’eau (Figure 8).

2.2%
4.0%
5.8%

< 2 km

2 km

2–5 km

> 5 km
88.1%

Figure 8: Distance du trajet effectué par les répondants vers la source d’eau potable
Des problèmes sont rencontrés en ce qui concerne l’élimination des déchets (déchets
solides et liquides). Des bennes à déchets ont été fournies aux communautés par le
Conseil régional. Certains déchets sont également éliminés en les brûlant. Zoomlion,
une société privée de gestion des déchets et sa filiale, Zoil (spécialisée dans le nettoyage
des plages) a installé des bureaux sur place. Cependant, en raison d’une mauvaise évacu-
ation, les déchets liquides et les déchets solides mal gérés deviennent souvent des ter-
rains fertiles, vecteurs de maladies comme le paludisme.
En dehors de la route principale menant en ville, le réseau routier est généralement
médiocre si bien que les habitants doivent souvent marcher sur de longs trajets pour se
rendre aux marchés, écoles et dispensaires. Le réseau routier est sensible à la détériora-
tion pendant la saison des pluies, amenant d’autres défis aux travailleurs de la santé qui
visitent les communautés pour prodiguer les soins.

4.5 Les impacts du tourisme sur le bien-être humain


La majorité des répondants (91%) pensent que les touristes visitent le site surtout pour
voir la zone marécageuse et sa vie sauvage ainsi que le festival d’ Asafotufiam. Le tour-
isme a eu un impact plutôt positif sur les vies de beaucoup d’entre eux. Soixante et un
(61%) pour cent des répondants ont vu leurs vies s’améliorer grâce aux activités touris-
tiques. Le comportement humain et les vies sociales ont connu des altérations grâce au
développement de nouvelles attitudes. 48% des répondants ont tissé de nouveaux liens
d’amitié et établi de nouvelles relations. Cependant, moins de 8% ont trouvé un emploi
grâce aux activités de subsistance.

4.6 Education environnementale, groupes sociaux et festivals


Plus de la moitié des répondants (57%) appartiennent à divers groupes sociaux. La
plupart de ces groupes (66,9%) sont des organisations religieuses. 13,8% des répondants
150 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

appartiennent à des groupes de loisirs; 7,7% à des groupes d’intérêts comprenant


des migrants et des associations de femmes tandis que moins de 2,5% font partie
d’organisations récréatives, religieuses ou politiques. Tous les membres des organisa-
tions semblent avoir une bonne connaissance du besoin de conservation. Plus de 73,1%
ont indiqué que les questions de conservation avaient été abordées d’une manière ou
d’une autre par l’organisation. Les 26,9% restants ne sont impliqués dans aucune discus-
sion de groupe concernant la conservation environnementale.
Il a été noté que les festivals jouent un rôle important dans la sensibilisation. 93%
des répondants ont étoffé leurs connaissances sur la conservation environnementale
pendant les célébrations festives. Par conséquent, ils considèrent les festivals comme des
plateformes intéressantes pour l’éducation environnementale.

4.7 Aspect pratique du classement de la Réserve de biosphère de


l’UNESCO sur l’amélioration du bien-être de la communauté et des
ressources naturelles
Le concept de réserve de biosphère présente une nouvelle opportunité d’améliorer le
développement socioéconomique en parallèle avec la conservation. Ceci pourrait
être rendu possible par la mise en place de projets communautaires. La présence de
groupes sociaux organisés comme des coopératives dans chaque communauté a permis
d’apporter une base solide pour la mobilisation dans les projets d’entraide pour le dével-
oppement communautaire. Ceux-ci s’appliquent plus particulièrement aux groupes sex-
ospécifiques. La discussion du groupe-témoin a mis en exergue les informations recue-
illies pendant les enquêtes sur les ménages et les questions ci-après ont été soumises à la
considération approfondie de tous les intervenants:
(i) Bien que Songor soit un centre important pour le tourisme et la recherche, le niveau
de vie des autochtones est généralement faible.
(ii) Il reste encore beaucoup à faire pour améliorer l’infrastructure et les services.
(iii) Les populations entretiennent une relation cordiale avec l’autorité du gouvernement
local qui est responsable de la prestation des services sociaux.
(iv) Les nombreux groupes communautaires organisés (groupes sexospécifiques, récré-
atifs, religieux) offrent un point d’entrée intéressant pour l’éducation environne-
mentale et le soutien en vue de l’amélioration du bien-être de la communauté.
(v) La sensibilisation sur le programme du MAB et le rôle des réserves de biosphère
pour le modelage du développement durable était quasi-absente.
(vi) Les répondants ont fait part de leurs espérances pour que le classement sur le
WBNR se traduise par l’amélioration de leurs moyens de subsistance et des res-
sources naturelles (Secrétariat national du MAB au Ghana, 2011).
Pour que Songor remplisse ses trois fonctions en tant que réserve de biosphère, d’autres
études sur les options de subsistance alternatives suggérées par les communautés et
la faisabilité de leur exécution doivent être considérées comme cruciales puisqu’elles
présentent la solution la plus viable pour réduire la dépendance sur les ressources. Une
priorité doit être donnée aux activités à caractère touristique telles que la fabrication de
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 151
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor

colliers et la production de tissus et teintures ainsi qu’aux entreprises agro-alimentaires


qui garantiraient une valeur ajoutée aux produits agricoles tout en créant de nouveaux
emplois toute l’année. Le secteur privé pourrait être engagé pour aider à promouvoir
le marketing des produits comme le miel, les colliers et les tissus aux niveaux national
et international. Les gains de ces projets collectifs pourraient alors être utilisés pour
améliorer l’infrastructure et les services dans les communautés comme il en a été le cas
dans la communauté d’ Adjoafua au sein de la réserve de biosphère de Bia (Secrétariat
national du MAB au Ghana, 2010). Cette action devrait être menée en collaboration
avec le Conseil régional qui est bien placé pour lever les fonds destinés aux projets de
développement. Le comité de gestion du site devrait être autonomisé et aidé pour lever
les fonds auprès des bailleurs en vue d’exécuter les projets communautaires pour la for-
mation aux activités de subsistance ou l’amélioration de la capacité des membres de la
communauté à gagner leur vie. Il serait également nécessaire que la Division de la faune
coopère avec les institutions financières correspondantes pour fournir l’accès aux pro-
grammes de crédit et à la formation aux activités de production de revenus. Dans tous
les cas, la priorité doit être donnée aux préférences des populations.
D’autre part, une meilleure publicité sur la fonction logistique et le potentiel du site
pour les études d’adaptation aux changements climatiques pourrait s’imposer. Au vu du
thème de l’UNESCO à l’occasion de la célébration de son 40ème anniversaire, “Pour la
vie, pour l’avenir, Réserves de biosphère et changements climatiques”, l’opportunité doit
être saisie pour sensibiliser les institutions de recherche, universités et autres organisa-
tions en matière de mobilisation des ressources en vue de mener des études, notamment
pour l’atténuation des changements climatiques et l’adaptation sur le site, en harmonie
avec les recommandations de la déclaration de Dresden sur les Réserves de biosphère et
les changements climatiques (UNESCO 2011b). Les moyens de communication à con-
sidérer comprendraient des reportages publicitaires tels que documentaires, annonces-
radio, posters et publicités télévisées. Dans la mesure du possible, les membres de la
communauté devraient être impliqués puisqu’ils disposent d’une richesse de connais-
sances traditionnelles pouvant contribuer à la recherche sur la conservation. Les résu-
ltats de cette recherche devraient être publiés et conviviaux pour les utilisateurs. De
même, un soutien en vue de l’amélioration du suivi, notamment pour les palétuviers, les
singes et les tortues s’impose.
En troisième lieu, les réunions traditionnelles, notamment les festivals, devraient
être utilisées pour l’éducation sur les questions liées aux changements climatiques, la
prévention des feux de brousse, la gestion des déchets, la surexploitation de la pêche et le
respect des saisons mortes. Des opportunités intéressantes pourraient se présenter pour
sensibiliser les membres sur le programme du MAB, le concept de réserve de biosphère
et son rôle dans le façonnage du développement durable.
Pendant la révision imminente du plan de gestion du site par la Division de la
faune, les impacts à long et court terme des changements climatiques devraient être
intégrés pour le développement d’interventions appropriées en vue de l’atténuation et
de l’adaptation pour tous les groupes vulnérables. Cette action nécessitera la participa-
tion maximale des intervenants. Le Conseil régional pourrait quant à lui, trouver le
152 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

financement pour les projets d’adaptation auprès du Programme d’Adaptation Afrique


de l’Agence de la protection environnementale.
Finalement, la capacité des agents de la Division de la Faune à faire appliquer les
règlements de 1999 sur les zones marécageuses devrait être améliorée par le recrutement
de personnel, l’amélioration de l’infrastructure et l’organisation d’exercices de formation
réguliers. L’Agence de la protection environnementale et la Commission des Minéraux
seraient sollicitées pour veiller à la conformité avec les règlements sur l’évaluation envi-
ronnementale de 1999, LI 1652 et la règlementation sur l’extraction saline pendant la
saison sèche dans la zone de transition. Les chefs traditionnels, surtout ceux participant
activement dans les programmes de conservation, devraient être autonomisés pour
continuer à faire appliquer les règlements traditionnels qui sont considérés comme plus
efficaces que les règlements nationaux. Ainsi, le sentiment de propriété et de responsa-
bilité de la part des membres de la communauté vis-à-vis de la maintenance de l’intégrité
écologique et économique de l’écosystème en serait renforcé.

4.8 Implications pour le réseau AfriMAB


Les relations interpersonnelles entre les ressources naturelles, les populations et les
activités de subsistance dans la Réserve de biosphère de Songor donnent lieu à plusieurs
implications pour les Réserves de biosphère du réseau africain (AfriMAB) y compris:
(i) En harmonie avec l’objectif 28 de MAP 2008, l’opportunité de partager les infor-
mations recueillies et les expériences de gestion par l’apport d’un soutien pour les
échanges avec d’autres réserves de biosphère dans la sous-région. La possibilité de
jumelage avec la Réserve de biosphère du Delta du Saloum au Sénégal devrait être
envisagée pour améliorer les capacités des directeurs de site à surmonter les enjeux
en matière de gestion. De même, la possibilité de partenariats pour l’eau et/ou le
financement forestiers pour les palétuviers pourrait être explorée.
(ii) La sélection de Songor pourrait être considérée pour développer une évalua-
tion de sa contribution aux économies locales en collaboration avec les com-
munautés locales. Ainsi, la rentabilité et la durabilité des moyens de subsistance,
l’établissement de partenariats et l’autonomisation économique des groupes vulné-
rables de la société seraient assurés.

5. Conclusion
L’enquête a généré des informations de référence utiles à considérer dans l’exécution des
activités futures. Elle a également mis en avant les besoins de développement des com-
munautés et leurs conditions de vie qui, dans une large mesure, ont une influence sur
leurs relations avec les ressources naturelles.
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 153
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor

6. Remerciements
Nous remercions tous ceux qui ont contribué à la collecte des données et à l’analyse,
plus particulièrement les députés de l’Assemblée, les volontaires de la communauté et
les leaders d’opinions de Songor.

Bibliographie
Ashong, S. 2011. Report on the 40th Anniversary Celebration of the UNESCO’s Man and
Biosphere Programme (MAB) and 23rd Session of the International Coordinating
Council (Rapport sur la célébration du 40ème anniversaire du programme Homme
et Biosphère de l’UNESCO (MAB) et la 23ème session du Conseil international de
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Agency (Agence de la protection environnementale), Accra, Ghana.
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ronnementale), Accra, Ghana. URL: [Link]/pubs/MAB
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Committee to the Bia Biosphere Reserve (Rapport sur la visite du comité national
du MAB dans la réserve de biosphère de Bia). Environmental Protection Agency
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MAB National Secretariat of Ghana (Secrétariat national du MAB au Ghana). 2011.
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Proposed UNESCO Biosphere Reserve (Rapport de l’atelier sur l’enquête socioé-
conomique du site de Songor Ramsar et le projet de réserve de biosphère de
l’UNESCO). Unpublished Report (Rapport non publié). Environmental Protection
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Ofori Danson. 1999. Songor Ramsar Site Management Plan (Plan de gestion du site de
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Forestry Commission, (Projet de gestion des zones marécageuses côtières, Division
de la faune de la Commission forestière), Accra, Ghana.
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cation économique), Ghana.
UNESCO. 1996. Biosphere Reserves (Réserves de biosphère): The Seville Strategy and
the Statutory Framework of the World Network (La stratégie de Séville et le cadre
statutaire du Réseau mondial). UNESCO, Paris.
UNESCO. 2008. Madrid Action Plan 2008–2013 (Plan d’action de Madrid 2008–2013).
UNESCO, Paris.
UNESCO. 2011a. Biosphere Reserves (Réserves de biosphère). URL: [Link]/
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154 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

UNESCO. 2011b. Dresden Declaration on Biosphere Reserves and Climate Change


(Déclaration de Dresden sur les Réserves de biosphère et les changements clima-
tiques). Dans: For Life, for the Future, Biosphere Reserves and Climate Change (Pour
la vie, pour l’avenir, Réserves de biosphère et changements climatiques). Proceedings
of the 4Oth Anniversary Conference on Climate Change (Minutes de la confé-
rence du 40ème anniversaire sur les changements climatiques). German National
Commission for UNESCO (Commission nationale allemande pour l’UNESCO).
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Wildlife Division (Division de la faune). 2010. Bia Conservation Area Management Plan
(Plan de gestion de la zone de conservation de Bia). Protected Areas Management
Programme (Programme de gestion des zones protégées). Accra, Ghana.
9
Gérer les Menaces de la Réserve de Biosphère
du Moyen Zambèze
Managing Threats to the Middle Zambezi Biosphere Reserve

CHRIS H.D. MAGADZ A1

Résumé
La réserve de biosphère du Moyen Zambèze (28°E: 30°E; 15:30S: 17:20S) est la prem-
ière réserve de biosphère à être proclamée au Zimbabwe. Elle est située dans la vallée
du Zambèze à une altitude de 300 à 700 m au-dessus du niveau de la mer et constitue
l’extension vers l’ouest de la Rift Valley de l’Afrique orientale. Totalisant 2 161 696 ha
de superficie, 83% se compose des zones centrales et tampon, où l’utilisation prin-
cipale des terres repose sur la gestion de la faune et un peu d’agriculture. La diver-
sité de l’habitat varie des forêts de Brachystegia du plateau aux escarpements boisés,
forêts de Combrétacées à celles de Mopane/Combrétacées/Adansonia, la forêt riveraine
et une partie du lac intérieur artificiel (Lac Kariba). Les données du modèle climatique
et instrumental indiquent que la vallée du Zambèze se réchauffe à un rythme plus
rapide que le paysage avoisinant. Les impacts des changements climatiques ont déjà
été détectés dans l’écosystème aquatique. Par conséquent, la vallée offre des oppor-
tunités uniques de recherche pour l’étude des impacts du réchauffement de la planète
dans les systèmes de la Rift Valley. La création du Lac Kariba, le plus grand lac inté-
rieur créé par l’homme, à un moment où les impacts environnementaux et sociaux
de ce type de développement étaient alors inconnus, a révélé des impacts multiples.
La réserve de biosphère détient un record exceptionnel d’impacts autant humains
qu’environnementaux dans le cadre des projets de grands barrages.
En dehors des menaces à la biodiversité exercées par le réchauffement plané-
taire en Afrique australe, la pression humaine sur les ressources naturelles devient
aussi une menace grandissante pour la biodiversité dans la région. Dans la vallée du
Zambèze, la chasse illégale de produits de la faune comme la corne de rhinocéros
et les défenses d’éléphants, a démontré que les espèces peuvent être amenées à la
limite de l’extinction en un laps de temps. Des expériences utiles dans les stratégies
de gestion pour faire face à cette menace dans la réserve de biosphère du Moyen
Zambèze peuvent contribuer à cette menace globale à la diversité. Ces stratégies

1 Department of Biological Sciences, University of Zimbabwe, Box MP 167, Harare, Zimbabwe ·


E-mail: [Link]@[Link] · Tél: 263 4 331748/263 4 775 505 999
155
156 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

ont consisté, d’une part, en une détermination résolue de lutter contre le crime ainsi
que la création d’un environnement permettant aux communautés locales de réal-
iser la valeur économique de la biodiversité. La valeur de la réserve de biosphère du
Moyen Zambèze dans son ensemble, pour le développement économique est discutée
brièvement. La réserve de biosphère du Moyen Zambèze incorpore également les
sites du patrimoine mondial de Mana Pools et de Chewore.
Mots-clés: Réserve de biosphère du Moyen Zambèze; Ecorégion 54 des boisés
zambéziens et de Mopane; Patrimoine mondial; impacts des changements climatiques;
Lac Kariba; relocalisation involontaire; désinsectisation; menaces à la biodiversité;
interactions homme-faune

Abstract
The Middle Zambezi Biosphere Reserve (28°E: 30°E; 15:30S: 17:20S) is the first bio-
sphere reserve to be proclaimed in Zimbabwe. It is located in the Zambezi valley
at between 300 and 700 m above sea level and constitutes the westward exten-
sion of the East African rift valley. Totalling 2 161 696 ha in area, 83% of it comprises
the core and buffer zones, where major land use is wildlife management and some
agriculture. Habitat diversity varies from plateau Brachystegia woodlands, escarpment
woodland, Combretaceae woodland, valley Mopane/Combretaceae/Adansonia woodland,
riverine forest and a part of an artificial inland lake (Lake Kariba). Instrumental and
climate model data indicate that the Zambezi Valley is warming at a faster rate than
the surrounding landscape. Impacts of climate change have already been detected in
the aquatic ecosystem. The valley therefore offers unique research opportunities for
studying impacts of global warming in rift valley systems. The creation of Lake Kariba,
the largest man-made inland sea, at a time when environmental and social impacts of
such development were unknown, revealed multiple impacts. The biosphere reserve
has a unique record of both human and environmental impacts of large dam projects.
Apart from global warming threats to biodiversity in southern Africa, human pres-
sure on natural resources is an intensifying threat to biodiversity in the region. In the
Zambezi valley illegal hunting for wildlife products, such as rhino horn and elephant
tusks, has shown that species can be driven to the brink of extinction in a very short
period. Useful experiences in management strategies to cope with this threat in the
Middle Zambezi Biosphere Reserve can contribute to this global threat to biodiversity.
This has consisted of, on the one hand resolute determination to fight crime, as well
as creating an environment for local communities to realise the economic value of
biodiversity. The overall value of the Middle Zambezi Biosphere Reserve to economic
development is briefly discussed. The Middle Zambezi Biosphere Reserve also incor-
porates the Mana Pools and Chewore World Heritage sites.
Key words: Middle Zambezi Biosphere Reserve; Zambezian and Mopane wood-
land Ecoregion 54; World Heritage; climate change impacts; Lake Kariba; involuntary
resettlement; pest management; biodiversity threats; human-wildlife interactions
Magadza 157
Gérer les Menaces de la Réserve de Biosphère du Moyen Zambèze

Figure 1a: Carte de la zone de la réserve de biosphère du Moyen Zambèze indiquant la


topographie et les zones centrales (lignes noires)
(Credit: Middle Zambezi Biosphere Reserve Nomination)

Figure 1b: Carte de délimitation de zones de la réserve de biosphère du Moyen Zambèze


(Credit: Middle Zambezi Biosphere Reserve Nomination)
158 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

1. Introduction
Le 5 juin 2010, l’UNESCO a classé la réserve de biosphère du Moyen Zambèze comme
membre le la famille des réserves de biosphère mondiales. La réserve de biosphère du
Moyen Zambèze (MZBR) est la seule réserve de biosphère au Zimbabwe et également
la seule dans le bassin du fleuve Zambèze. De plus, le bassin héberge plusieurs zones
de conservation de la faune en Zambie, au Malawi, Bostwana et en Namibie. Toutes
ont été établies avant le milieu du siècle dernier lorsque les populations humaines et la
pression sur les terres dans le bassin étaient faibles. Vu que les populations humaines
ont plus que triplé, l’effet ‘de lisière’ à l’interface des zones de la nature sauvage et des
implantations communautaires est devenu plus dense, dans certains cas au détriment
des ressources naturelles dans les zones de conservation. C’est avec ces considérations
à l’esprit que le comité national Homme et Biosphère du Zimbabwe s’est résolu à établir
une réserve de biosphère, conjointement avec les zones de conservation existantes de la
vallée du Moyen Zambèze. L’accession par le Zimbabwe au programme de Réserve de
biosphère de l’UNESCO offre au pays des opportunités en termes de programmes de
conservation des ressources naturelles ainsi que de coopération dans la recherche avec
d’autres réserves de biosphère déjà établies dans le monde. Elle donne également la pos-
sibilité de réconcilier le développement avec la conservation. Jusqu’alors, le Zimbabwe a
fonctionné sur le mode classique des domaines de parcs naturels qui excluent la partici-
pation des communautés locales, donnant lieu à des conflits toujours plus intenses entre
les communautés et les animaux sauvages.

2. La zone
La réserve de biosphère du Moyen Zambèze (28°E: 30°E; 15:30S: 17:20S) est située dans
la vallée du Zambèze, recouvrant une superficie d’environ 21 616 km2, à une altitude
d’environ 300 à 400 m au-dessus du niveau de la mer (Figure 1a). La délimitation
des zones de la réserve de biosphère couvre les zones centrales, une zone-tampon et
une zone de transition (Figure 1b). De la superficie totale de la réserve de biosphère,
83% se compose de la zone centrale et de la zone-tampon. La MZBR est située dans
l’extension vers l’ouest de l’extrémité sud de la Rift Valley de l’Afrique orientale. Elle
s’étend de l’embouchure du fleuve Sengwa vers Kanyemba, comprenant toutes les zones
de gestion de la faune de la vallée ainsi que les zones du projet CAMPFIRE (Programme
de gestion des zones communales pour les ressources indigènes), adjacentes aux zones
communales. Son orographie lui offre une climatologie unique, en faisant un labora-
toire naturel pour les études sur les changements climatiques. Elle consiste en un fond
de vallée, proche des 1000 m au-dessous des plateaux zimbabwéens et de l’escarpement
abrupt sur les flancs nord et sud de la vallée.
Magadza 159
Gérer les Menaces de la Réserve de Biosphère du Moyen Zambèze
Tableau 1: Résumé des températures au cours des décennies 1969–1979 et 1990–2000
Période 1969 à 1979 1990 à 2000
Saison DJF MAM JJA SON DJF MAM JJA SON
Températures maximales
Maximale
30.8 29.6 26.9 33.9 32.3 31.4 28.2 35.1
moyenne
S.D 1.0 1.2 0.4 0.6 1.0 0.8 0.4 0.7
Température minimale
Minimale
21.6 17.7 11.8 21.8 22.4 18.6 13.1 22.5
moyenne
S.D 0.6 0.4 0.9 0.7 0.6 1.0 0.7 0.6

Le résumé des températures au tableau 1, prélevées de la station de Kariba, indiquent


une augmentation de plus d’1°C entre la fin des années 1960 et la fin du siècle dernier.
Ce réchauffement a donné lieu à des changements dans l’écosystème aquatique du Lac
Kariba, notamment la dominance de l’algue bleu-vert qui préfère les températures supé-
rieures à 28°C. Ce changement fondamental dans la communauté des phytoplanctons
a affecté celle des zooplanctons et les poissons pélagiques qui en dépendent (Magadza
2011).

Figure 2: Une lionne protégeant sa proie (à gauche); babouin albinos chauve (à droite)

3. Biodiversité
La vallée du Zambèze dans son ensemble est l’un des centres de biodiversité très impor-
tants de la sous-région, appelée Région 54, les boisés zambéziens et de Mopane (Burgess
et al. 2004). Les figures 2 et 3 montrant certaines vues dans la MZBR. Elle se distingue
par des plaines tropicales et sous-tropicales, des savanes, des broussailles et des forêts.
Elle se place parmi les dix écorégions importantes en ce qui concerne la biodiversité des
vertébrés avec un total de 960 espèces. Par rapport à l’indice de richesse et d’endémisme,
l’écorégion figure dans la liste des zones “exceptionnelles sur le plan régional” (Burgess
et al. 2004). En général, la végétation de la vallée est plus nutritionnelle que celle du
160 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

biome de Miombo avoisinant d’où la présence d’un grand nombre de mammifères dans
la vallée.
La biodiversité devient un atout de développement de plus en plus important, le
tourisme attirant des centaines de millions de dollars chaque année vers les états riv-
erains. Au cours des premières décennies dans le bassin du Zambèze, les communautés
locales regardaient par-dessus les grillages pendant que les visiteurs profitaient des
avantages de la biodiversité du bassin. Cependant, le concept de gestion des ressources
par les communautés a évolué et les communautés locales se posent de plus en plus en
gardiens de leurs ressources naturelles au lieu du monopole de l’état. Pourtant, le faible
niveau de sensibilisation et la capacité limitée de négociation réduisent considérable-
ment le niveau d’avantages dont les communautés profitent.

Figure 3: Crottin d’éléphant avec sachets en plastique, Kariba. Certains éléphants mâles ont pris
résidence en ville pour échapper aux chasseurs.
La MZBR peut se targuer d’une part raisonnable de la biodiversité de la région. De plus,
l’inclusion du Bassin de Sanyati du lac Kariba, le lac artificiel le plus grand au monde,
ajoute un aspect industriel aux ressources aquatiques normalement trouvées dans les
plus grands lacs comme le lac Victoria entre la Tanzanie, l’Ouganda et le Kenya. Un
visiteur observant le lac Kariba de nuit pourrait penser que les éclairages des bateaux de
pêche nocturne, pêchant la sardine (Limnothrissa miodon) introduite du lac Tanganyika
sont des villages. Ce type de pêche, ainsi que le tilapia du Nil (Oriochromis niloticus),
aujourd’hui élevé en cage fournissent non seulement les protéines indispensables mais
également des services de soutien auxiliaires, offrant des emplois dans une région dont
les ressources de subsistance sont limitées.
Au niveau de l’environnement terrestre, la vallée est dominée par l’arbre Mopane
(Colophospermum mopane) et les espèces de Combrétacées tandis que l’escarpement
regroupe un complexe de Terminalia/Commiphora fusionnant dans les boisés dominés
par la Brachystegia sur les flancs du plateau (Burgess et al. 2004).
On observe plus de vingt espèces mammifères y compris les grands mammifères
comme l’éléphant, le buffle, le Kudu, l’impala, le cobe, le zèbre, la hyène et, sur
l’escarpement, la zibeline. Des espèces menacées comme le lycaon (Lycaon pictus), sont
Magadza 161
Gérer les Menaces de la Réserve de Biosphère du Moyen Zambèze

trouvées dans les populations durables tandis que l’icône de la vallée, le rhinocéros noir
(Diceros bicornis) a quasiment été braconné jusqu’à l’extinction dans la vallée.
Les espèces d’oiseaux abondent dans
la vallée dont certaines sont endém-
iques comme le choucador de Meve
(Lamprotornis mevesii), Le Souïmanga
de Shelly (Cinnyris shelleyi), l’inséparable
de Lilian (Agapornis lilianae) et le quasi-
endémique Souïmanga à ventre blanc
(Cinnyris talatala).
De nombreuses espèces d’oiseaux
nécessitent des sites de reproduction spé-
ciaux. Un exemple dans la MZBR est le
guêpier carmin (Merops nubicoides), qui
Figure 4: Site de couvée des guêpiers carmin
se reproduit sur les falaises des rivages. près du camp d’éducation de Rifa, Chirundu
La figure 4 illustre un site de couvée d’une
colonie de guêpiers carmin, chaque trou représentant un couple d’élevage. Ce site corre-
spond au côté de la falaise en érosion qui, dans le passé — probablement plusieurs cen-
taines d’années — était le méandre d’une rivière. Ainsi, contrairement aux nids d’oiseaux
qui sont construits à chaque saison de reproduction des oiseaux, ces sites de couvée sont
un lieu fixe pour ces espèces et une fois perdus pour donner place au développement,
ils ne peuvent pas être remplacés, tout du moins pendant une saison. D’autres oiseaux
comme le bec-en-ciseaux africain (Rhynchops flavirostris), se perche et se reproduit sur
les bancs de sable des cours d’eau. Un changement soudain du ruissellement du fleuve
lorsque les centrales hydroélectriques de Kariba déversent des quantités importantes
d’eau lors de l’ouverture des portes d’écluse, détruit ces habitats de cours d’eau. Ce facteur
peut affecter un nombre important d’espèces animales.

4. Enjeux du développement durable


La création du lac Kariba et l’établissement de la zone de gestion de la faune dans la
vallée du Zambèze a donné lieu à la délocalisation des populations qui vivaient dans la
vallée; des personnes qui avaient développé une économie basée sur le rythme du fleuve
Zambèze, une économie qui était isolée de l’économie monétaire occidentale en fusion,
importée vers les populations des plateaux il y a plus d’un siècle. Le cas le plus docu-
menté à ce sujet est celui des populations de Tonga (Scudder 1991, 1993). Contrairement
aux populations de la région de Mana Pools qui avaient été déplacés vers la zone
d’Urungwe où l’agriculture durable est possible, les populations de Tonga ont été
déplacées sur des terres marginales dont elles n’avaient aucune expérience d’exploitation.
En conséquence, les communautés de Tonga sont restées les communautés les plus
déficitaires et démunies sur le plan alimentaire au Zimbabwe. Malgré l’apport de mil-
lions de dollars par l’industrie touristique et des safaris, les revenus reviennent à l’état,
avec seulement une portion infime redistribuée pour le développement des populations
162 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

de la vallée. Le seul avantage tiré par les populations de la vallée des ressources naturelles
est le revenu du programme CAMPFIRE mais la chaîne bureaucratique par laquelle cet
apport doit passer, donne lieu à des avantages insignifiants au niveau des ménages.
Au niveau politique, la vision peu clair-
voyante et trompeuse est celle de maxi-
maliser le flux de trésorerie de l’industrie
touristique basée sur l’environnement. Un
potentat politique bien placé au Zimbabwe
a cité que “quelques grenouilles ne peuvent
pas stopper un projet de développement
de plusieurs millions”, faisant référence
à la construction d’un complexe hôtelier
sur un marais de premier choix. Dans la
MZBR, des menaces sinistres à l’intégrité
de la réserve de biosphère ont commencé à Figure 5: Grand camion de transport routier
émerger. Le statut de patrimoine mondial après la livraison de matériaux de construction
de Mana Pools était basé, entre autres dans un lieu de résidence exclusif. Les véhicules
dans cette région de nature sauvage devraient
qualités, sur la qualité de “nature sauvage normalement être limités aux voitures familiales
exceptionnelle” de la région, notamment ou aux véhicules à six places de safaris et excur-
dans la plaine d’inondation le long du sions touristiques pour observer les animaux.
fleuve Zambèze. Dans un pari d’augmenter
les revenus, l’autorité de gestion des parcs et des domaines de réserves sauvages du
Zimbabwe a accordé des droits de développement pour un site touristique exclusif le
long de la berge du fleuve. La construction de ces unités d’hébergement implique une
altération grossière des qualités de la région sauvage (y compris destruction de la végé-
tation, bâtiments incompatibles, gestion des déchets). Un développement encore plus
sinistre concerne l’intention avancée de prospecter les minéraux sableux (métaux lourds
rares) dans les rivières de la région sauvage. Il impliquerait la destruction de la végéta-
tion et de la couche superficielle du sol sur au moins trois rivières et leurs environs
riverains ainsi que le transport de grandes quantités de sable contenant du minerai vers
une usine de traitement, probablement sur le fleuve Zambèze (Figure 5). Pour récupérer
le minerai, l’opération impliquerait de ramasser du sable à une profondeur de 5 à 16 m,
ce qui, essentiellement détruirait la réserve sauvage de Mana Pools.

5. Incendies
Depuis près de trente ans, les provinces de Makonde/Kariba de la vallée du Zambèze
ont été pulvérisées contre la mouche tsé-tsé (Glossina morsitans). Par sécurité contre les
attaques-surprises d’animaux sauvages, les zones d’opération étaient brûlées au préalable
avant que l’équipe de pulvérisation ne s’engage. Bien que la pulvérisation au sol ait désor-
mais été remplacée par des pièges à appâts à l’odeur non nocive pour l’environnement,
la pyromanie continue à sévir et avec une fréquence plus virulente. Ce problème change
la structure végétale de la réserve notamment dans le biome de Brachystegia où la forêt
Magadza 163
Gérer les Menaces de la Réserve de Biosphère du Moyen Zambèze

de canopée est transformée en brousse


régénérante avec une augmentation
d’herbe sur la couverture forestière. La
figure 6 montre un éléphant se nour-
rissant de la végétation brûlée.

6. Développement non
planifié
Le climat de la vallée du Moyen
Zambèze n’a pas attiré l’évolution
naturelle des implantations urbaines.
Cependant, la création d’une facilité
de service comme l’électricité à Kariba
ou les services du poste de frontière à
Figure 6: Eléphant cherchant à brouter après un
Chirundu, nécessite de placer du per-
incendie, Kariba
sonnel pour le fonctionnement de ces
services. Invariablement, l’absence d’aménagements à ces postes fait en sorte que les
employés laissent leurs familles derrière. Il s’ensuit que d’autres prestataires de services
comme des épiceries ou des garages, s’installent au poste. Sans structures de gestion
urbaine, la croissance de ces implantations se fait sans règlementation, aboutissant parfois
à des villages informels sans eau potable et installations sanitaires. Il a fallu à Kariba
plus de vingt ans pour introduire des structures et services d’installations planifiées. La
figure 7 illustre la situation actuelle au poste-frontière de Chirundu. Ici, les chauffeurs
routiers passent au moins trois jours sans aménagements publics. L’implantation elle-
même consiste en des structures d’habitations illégales (Figure 8). La durée d’attente
aux services frontaliers a entraîné le recensement d’espaces de parking par les sociétés
de transport routier pour leurs véhicules dans des zones qui affectent le mouvement des
animaux sauvages vers les points d’eau.

Figure 7: Une longue queue de poids-lourds de Figure 8: Installation informelle sans eau ni
longue distance attendant de passer la frontière sanitaires à Chirundu
à Chirundu
164 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

7. Désinsectisation
Le Moyen Zambèze est le bastion de plu-
sieurs vermines. Les plus remarquables
sont la mouche tsé-tsé (Glossina morsi-
tans) et les moustiques vecteurs du palud-
isme des espècesAedes et Anopheles. La
mouche tsé-tsé transmet la schistosomiase
aux humains et au bétail. Pour permettre
la relocalisation des populations Tonga
déplacées à cause de la création du lac
Kariba, un programme prolongé de lutte
contre ces fléaux a été mis en place. A
l’origine, les deux vecteurs étaient contrôlés
par un arrosage d’insecticide, le DDT.
Ce pesticide était devenu envahissant Figure 9: Piège odorant appâté pour la stérili-
dans l’écosystème et avait affecté un large sation des mouches tsé-tsé mâles
éventail d’organismes (Magadza 2010).
Cependant, l’application au sol du DDT n’est plus nécessaire en raison du développe-
ment de pièges appâtés à l’odeur non nocive pour l’environnement (Torr et al. 1997) qui,
lorsqu’ils sont associés avec un stérilisant chimique sur les pièges, peuvent éradiquer la
mouche de l’environnement (Figure 9).

8. Education
Le plus grand défi pour le MZBR est de sensibiliser les habitants sur la richesse des
ressources de biodiversité naturelle de la vallée et l’idée qu’ils peuvent en tirer parti.
L’auteur a, une fois, était le témoin d’un groupe d’enfants de Nyamhunga Township chas-
sant un éléphant avec des chiens. Heureusement, les éléphants de Kariba savent faire la
différence entre des enfants innocents et des adultes !

Figure 10: Classe d’écologie de la faune durant un voyage de terrain


au camp d’éducation de Rifa, Chirundu
Magadza 165
Gérer les Menaces de la Réserve de Biosphère du Moyen Zambèze

Trois institutions se chargent actuellement d’aborder ce problème:


• La station de recherche du lac Kariba de l’Université du Zimbabwe avec ses pro-
grammes de sensibilisation des écoles et sa recherche postuniversitaire;
• L’association des Chasseurs du Zimbabwe avec leur camp d’éducation de Rifa bien
fourni près de Chirundu. La figure 10 montre un groupe d’étudiants en maîtrise de
l’Université du Zimbabwe au cours d’un voyage de terrain sur l’écologie de la faune
basé à Rifa; et
• La Wildlife and Environment Society of Zimbabwe (WEZ).

9. Perspectives
Les priorités de la réserve de biosphère du Moyen Zambèze récemment établie
comprennent:
• Identifier les moyens de production de revenus pour les familles.
• Investiguer les opportunités offertes par les vastes ressources forestières sur le
marché du carbone.
• Créer des institutions pour la gestion des ressources naturelles par les communautés.
• Créer un environnement favorable à l’éducation et au développement des compé-
tences, pour améliorer la force compétitive des hommes et femmes employés sur le
marché du travail.
• Résoudre les conflits humains/animaux sauvages pour la coexistence harmonieuse
des communautés avec leurs ressources naturelles.
Ces objectifs nécessitent une vision et un effort soutenu de la part de la direction de la
réserve de biosphère du Moyen Zambèze.

10. Enjeux
L’enjeu évident dans la gestion d’une réserve de biosphère aussi grande est le finance-
ment. Jusqu’à présent, le comité de gestion ne dispose d’aucune source de financement
sûre mais est en cours de finaliser des stratégies pour faire face à ce problème. Ces stra-
tégies comprennent:
• L’établissement de partenariats avec les entreprises opérant dans la vallée.
• L’utilisation des facilités d’état pour lever des fonds auprès de la Global Environment
Facility.
• L’établissement de partenariats pour le marché du crédit-carbone.
• La promotion de l’entrepreneuriat parmi les habitants de la réserve en vue de dével-
opper des activités commerciales basées sur l’utilisation durable des ressources de
biodiversité.
Ces tâches sont gigantesques et requièrent un poids financier et administratif ainsi
qu’une pensée novatrice.
166 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Références
Burgess, N., D’Amico Hales, J., Underwood, E. & Dinerstein, E. 2004. Terrestrial
Ecoregions of Africa and Madagascar (Ecorégions terrestres d’Afrique et de
Madagascar): A Conservation Assessment (Evaluation de la conservation). Evaluation
des écorégions du World Wildlife Fund. Island Press. 544 pp.
Magadza, C.H.D. 2010. Environmental state of Lake Kariba and Zambezi River Valley
(Statut environnemental de la vallée du lac Kariba et du fleuve Zambèze): Lessons
learned and not learned (Leçons apprises et non apprises). Lakes & Reservoirs:
Research and Management 15: 167–192.
Magadza, C.H.D. 2011. Indications of the effects of climate change on the pelagic fishery
of Lake Kariba, Zambia–Zimbabwe (Indications des effets du changement clima-
tique sur la pêche pélagique du lac Kariba, Zambie-Zimbabwe). Lakes & Reservoirs:
Research and Management 16(1): 15–22.
Scudder, T. 1991. A sociological framework for the analysis of new land settlements
(Cadre sociologique pour l’analyse de nouvelles implantations foncières). In Cernea,
M.M. (ed.) Putting people first: Sociological variables in rural development (Variables
sociologiques dans le développement durable). Oxford University Press. 575p.
Scudder, T. 1993. Development-induced relocation and refugee studies (Etudes sur le
déplacement des populations et des réfugiés à cause du développement): 37 years of
change and continuity among Zambia’s Gwembe Tonga (37 ans de changement et de
continuité parmi le peuple Gwembe Tonga de Zambie). Journal of Refugee Studies
6(2): 123–151.
Torr, S.J., Hall, D.R., Phelps, R.J. & Vale, G.A. 1997. Methods for dispensing odour
attractants for tsetse flies (Diptera, Glossinidae) (Méthode de dispense de phéromones
odorants pour les mouches tsé-tsé). Bulletin of Entomological Research 87: 299–311.
10
Préconiser L’amélioration de la Conservation
de la Biodiversité dans la Réserve de
Biosphère de Bia par L’autonomisation de la
Communauté et des Institutions
Advocating for the Improvement of Biodiversity Conservation in
the Bia Biosphere Reserve through Community and Institutional
Empowerment

ANT WI - BOASIAKO AMOAH1

Résumé
Le rôle de la société civile dans la protection et la gestion de l’environnement est
d’importance cruciale notamment dans les zones et les économies où des structures
clairement définies et au bon fonctionnement pour la décentralisation existent. Les
preuves abondent en termes de recherche et également dans les projets, surtout dans
les pays industrialisés où les organisations de la société civile ont joué des rôles actifs
dans la protection et la gestion de l’environnement. Ce fait est constaté dans les Etats
où des structures et des systèmes ont été conçus pour autonomiser les citoyens en
les faisant participer au système et pour les laisser prendre leurs propres initiatives
dans diverses questions y compris leur propre environnement.
La durabilité de la Réserve de biosphère de Bia au Ghana pourrait être améliorée
si les communautés étaient habilitées et sensibilisées eu égard à leur responsabilité et
aux avantages découlant d’un engagement dans les pratiques de conservation.
Rompant avec la vision précédente du développement qui considérait que les
communautés faisaient obstacle au changement social progressif, ce document défend
le rôle de la communauté dans la mise en place de la décentralisation, la participation
significative et l’autonomie culturelle en matière de préservation de la forêt.
Malgré sa popularité récente, le concept de communauté reçoit rarement
l’attention de ceux concernés par l’utilisation et la gestion des ressources.

1 Agence de protection environnementale (EPA), Ghana · E-mail: aantwib@[Link], antwi-boasiako.


amoah@[Link]
167
168 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Ce document se concentre sur les groupements et associations communautaires


ainsi que sur les organisations non gouvernementales dans la région de Bia. La ques-
tion de savoir comment habiliter ces groupes à jouer un rôle central dans la conserva-
tion et la protection des ressources forestières dans leur localité est mise en exergue.
Mots-clés: autonomisation, conservation communautaire, durabilité, décentralisa-
tion, réserve de biosphère

Abstract
The role of civil society in protecting and managing the environment is of high impor-
tance especially in areas and economies where clearly defined and well functioned
structures for decentralization exist. Evidence abounds in research and also in pro-
jects, especially in the advanced countries, where civil society organizations have
played active roles in the protection and management of the environment. This has
happened in states where structures and systems have been designed to empower
the people to be part of the system and to take their own initiatives in diverse issues
including their own environment.
The sustainability of the Bia Biosphere Reserve in Ghana could be enhanced if
communities were to be empowered and sensitized with regards to their responsi-
bility and the benefits thereof of engaging in conservation practices.
In a break from the previous path of development which considered communi-
ties to hinder progressive social change, this paper champions the role of community
in bringing about decentralization, meaningful participation and cultural autonomy in
forest conservation.
Despite its recent popularity, the concept of community rarely receives the atten-
tion from those concerned with resource use and management.
The focus of this paper is on community groupings and associations as well as
environmental non-governmental organizations in the Bia [Link] issue of how to
empower these groups to play a central role in the conservation and protection of
the forest resources in their locality is strongly emphasized.
Key Words: empowerment, community conservation, sustainability, decentralization,
biosphere reserve

1. Introduction
La politique sur la Forêt et la Faune de 1994 au Ghana intègre le principe de conservation
par le développement durable et définit clairement les intentions du Gouvernement eu
égard aux ressources du monde naturel et à la gestion de la zone protégée. La politique
reconnaît explicitement le besoin d’associer les communautés locales à la gestion de la
Amoah 169
Réserve de Biosphère de Bia: Autonomisation de la Communauté et des Institutions

zone protégée par la création d’avantages comme l’utilisation des ressources naturelles
et l’emploi (Zone de conservation de Bia 2001).
Dans le passé, la Division de la Faune a affiché une attitude traditionnellement
conservatrice envers les zones protégées bien qu’elle ne dispose que rarement des res-
sources pour une mise en vigueur adaptée. Cette approche a aliéné les communautés
locales et exclu les opportunités de participation à des activités de développement rural
et l’utilisation durable des ressources des réserves. Alternativement, elle a découragé
l’implication du secteur privé dans l’utilisation des ressources du monde naturel et
des zones protégées tout en manquant de reconnaître l’importance de la faune et la
flore au sein d’une économie gérée. En conséquence, les réserves ont trop souvent fait
l’objet d’une exploitation néfaste de leurs ressources naturelles. Cette situation n’est pas
unique au Ghana et est aussi visible dans de nombreux pays en voie de développement
et industrialisés.
L’intégrité future de la Réserve de biosphère de Bia repose à la fois sur le dével-
oppement d’un système par le biais duquel tous les acteurs peuvent dialoguer et un
programme d’intervention requérant des contributions de ressources, la formation et
l’éducation. De cette manière, les intervenants pourront être autonomisés pour réguler
l’utilisation de leurs ressources à bon escient.

2. Aperçu de Bia
Le Parc national de Bia a été désigné comme Réserve humaine et de biosphère (MAB)
en 1983 et est la seule réserve avec cette désignation au Ghana. Pour le moment, la zone

Figure 1: Délimitation de la Réserve de biosphère de Bia


170 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

a fait l’objet d’années d’études scientifiques et on en sait plus au sujet de cette réserve que
toute autre zone sauvage dans la région des hautes forêts.
Les zones hors réserve autour de Bia s’écroulent sous une bureaucratie à outrance
et des systèmes fonciers et de gestion divers. Plusieurs institutions gouvernementales
ont un impact et une autorité à divers niveaux sur l’utilisation des terres. Cette situa-
tion très complexe doit être comprise pour placer Bia dans un contexte régional afin de
pouvoir identifier les menaces à la conservation et aux opportunités pour la gestion de
la biosphère et proposer des solutions. La carte de la Figure 1 indique l’emplacement et
le statut de délimitation de la Réserve de biosphère de Bia.
La situation des zones de transition et zones-tampons autour de Bia est typique de
nombreuses zones rurales au Ghana. La majorité des individus sont des agriculteurs;
cependant, ils dépendent aussi largement des ressources naturelles pour satisfaire à
leurs besoins quotidiens. Le plus important est que la viande de gibier forme une partie
importante de leur consommation de protéines animales. Les communautés ont un
accès limité à la santé, l’éducation et aux besoins d’infrastructure de base comme les
routes, l’eau et les installations sanitaires. L’accès aux marchés pour les récoltes tradition-
nelles est médiocre. La conséquence en est que les agriculteurs souffrent de problèmes
de marketing. Ce qui, combiné avec la tarification décourageante du cacao, encourage
la culture de telle ou telle récolte plutôt qu’une autre et la monoculture aboutissant à la
dégradation de l’environnement.

3. Motivation et objectif de l’étude


Les réserves de biosphère sont établies pour protéger et développer des paysages agri-
coles et naturels, à grande échelle et à usages traditionnels multiples comprenant la
diversité des biotopes et des espèces historiquement indigènes. Alternativement, elles
servent de modèles pour le développement et les essais de formes écologiquement
compatibles d’utilisation durable des terres. L’utilisation durable par les humains fait
partie intégrante du concept de réserve de biosphère. L’utilisation durable se réfère à des
méthodes de gestion soucieuses de l’environnement à long terme et compatibles avec la
nature de façon approfondie.
La mise en place de ce concept exige que tous ceux qui y sont impliqués (en par-
ticulier les décideurs politiques, les administrations, les associations et les habitants)
conviennent par un accord aussi élaboré que possible, des objectifs et mesures à la base
d’une gestion efficace de la zone. La gouvernance efficace, dans ce contexte, correspond
au processus de prise et de mise en œuvre collective des décisions concernant la réserve
et autres zones protégées.
Dans le passé, au Ghana, différentes institutions et divers individus ont essayé des
approches fragmentaires pour la protection et la gestion des réserves et zones protégées
mais sans résultats encourageants. La raison en est probablement que des approches ou
des méthodes de délivrance fiables, systématiques, détaillées et durables n’étaient pas
employées.
Amoah 171
Réserve de Biosphère de Bia: Autonomisation de la Communauté et des Institutions

Ce document préconise un changement de paradigme dans la gestion et la protec-


tion des réserves de biosphère où les individus et communautés vivent ‘loin’ de leur
propre environnement. Les individus, communautés et organisations de la société civile
devraient être habilitées à devenir des partenaires majeurs en matière de protection de
la réserve de biosphère au Ghana.
L’objectif principal du document est de préconiser ou de lancer une campagne par
laquelle les institutions, communautés et individus seront encouragés à prendre des
mesures urgentes pour préserver et protéger l’environnement et élever les niveaux
d’éducation et de défense en vue de l’amélioration de ‘notre monde’ riche en ressources
naturelles, et de sa préservation pour les générations futures et notre protection de
toutes les formes de nocivité environnementale. En fin de compte, les individus pour-
ront prendre leurs propres initiatives pour faire face aux problèmes environnementaux
tout en améliorant leurs niveaux de vie.
Essentiellement, il s’agit de partager les connaissances et les informations avec les
membres du réseau de l’AfriMAB sur le rôle de l’autonomisation pour garantir la gestion
efficace des ressources naturelles au Ghana.
Ce document est élaboré avec les réflexions suivantes à l’esprit:
• Que signifie l’autonomisation dans le cadre de la protection et la gestion de la réserve
de biosphère?
• De quelle manière les communautés locales ont-elles été habilitées à protéger la rich-
esse de la biodiversité dont le pays a été doté?
• Quels sont les instruments disponibles pour l’autonomisation des individus en
matière de protection et de gestion de la biodiversité dans le pays?

4. Méthodes/procédures
Ce document n’est pas le résultat d’études sur le terrain dans la région de Bia. Il entend
plutôt être un document de soutien sur l’implication de la communauté dans le dével-
oppement et la gestion de la réserve de biosphère au Ghana. L’auteur propose ici une
publication dans laquelle il passe en revue les plans de gestion, les documents de poli-
tique stratégique et autres articles et documents sur le contenu. Le document définit et
analyse l’autonomisation dans le contexte des ressources naturelles et de la protection et
gestion environnementale avec une priorité sur la zone de biosphère de Bia.
Il conclut avec certaines recommandations-clés sur la manière dont le gouvernement
du Ghana et les autres institutions étatiques responsables de la réserve de biosphère
de Bia et autres parcs nationaux pourraient habiliter la communauté locale et autres
acteurs locaux tels que les organisations de la société civile à participer activement dans
la conservation des ressources naturelles dans la région.

5. L’autonomisation: en quoi consiste-t-elle ?


L’autonomisation est un mot souvent interprété de manière ambigüe ou indéfiniss-
able et doit donc être utilisé avec précaution (Thomas & Velthouse 1990). Il a été utilisé
172 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

différemment selon le contexte ou la situation où il est appliqué. Par exemple, le concept


a été préconisé pour, et appliqué largement dans le domaine légal où des individus et
groupes ‘vulnérables’ ont été autonomisés par le biais de programmes et politiques
exhaustifs pour être informés et sensibilisés sur leurs droits et responsabilités.
L’autonomisation légale en matière de protection des ressourcesnaturelles, selon
l’Institut international pour l’Environnement et le Développement (IIED) nécessite
d’aborder les contraintes par des actions à différents niveaux y compris, entre autres:
• une réforme juridique pour l’établissement ou l’amélioration des dispositions légales
renforçant la protection des droits sur les ressources locales ou habilitant à inter-
venir dans les processus de décision affectant les droits;
• stratégies, approches et documents didacticiels en question pour aider les groupes
locaux à profiter des opportunités offertes par la loi y compris la formation au jargon
légal, l’assistance juridique, les litiges individuels et d’intérêt public ainsi que la
représentation et la défense ([Link]/resources).
Par conséquent, l’autonomisation est un processus par le biais duquel toute personne se
sentant incapable de changer un aspect de sa vie est soutenue par des moyens lui per-
mettant de le faire. Par l’autonomisation, l’individu peut passer du statut de ‘vulnérable’
au statut de possibilité de création d’une nouvelle perspective par rapport à un problème
particulier auquel il ou elle est confronté(e).
En d’autres termes, il s’agit d’un processus habilitant les individus ou les groupes à
accéder pleinement au pouvoir personnel ou collectif, à l’autorité et l’influence et leur
permettant d’employer cette force lors de leur engagement auprès des citoyens, des insti-
tutions ou de la société.
Ainsi, dans le sillage d’une utilisation nuisible des ressources naturelles au Ghana,
du changement climatique et de ses effets sur les communautés vulnérables et autres
sections du pays, de l’utilisation inefficace de l’eau et de l’énergie dans les ménages etc.,
comment autonomiser les individus qui sont au cœur de ces questions afin qu’ils par-
ticipent à leur résolution ?

6. Définir l’autonomisation de la communauté


De quelle manière l’autonomisation de la communauté dans la gestion et la protection
des ressources naturelles est-elle définie et qui la définit? Il serait simpliste de parler
de ‘communauté’ même dans une seule implantation villageoise; les villages peuvent
être nettement divisés socialement, économiquement et politiquement en la présence
de groupes d’intérêts rivaux. De nombreux membres, notamment les femmes et les
minorités, pourraient ne pas participer aux prises de décisions. En réalité, certains indi-
vidus pensent que la notion même d’agir en communauté est étrange dans les sociétés
et les villages où la conservation a traditionnellement été abordée par les ménages indi-
viduels, les groupes parentaux ou les voisinages (Furze et al. 1996, Deneulin & Shahani
2009).
La Politique sur la Forêt et la Faune de 1994 reconnaît le besoin d’associer les com-
munautés locales à la gestion de la zone protégée. En outre, elle établit le principe de
Amoah 173
Réserve de Biosphère de Bia: Autonomisation de la Communauté et des Institutions

rétention partielle des revenus générés localement autant pour les dépenses au sein des
zones protégées que pour les débours destinés à la communauté locale.
La politique s’étend sur l’idée que le développement des zones de gestion des res-
sources par la communauté (CREMA) associé au renforcement recommandé des infra-
structures et institutions sur la réserve sera le meilleur espoir de garantir l’intégrité
future de la forêt tropicale de Bia et, de fait, la conservation de l’écosystème des zones
protégées du Ghana. Mais on note une différence majeure entre l’inscription de ces
initiatives sur papier et la volonté politique et les capacités financières de les mettre
en œuvre. Plusieurs structures ont été créées au niveau local, telles que les Comités
régionaux et les comités unitaires dans le cadre du processus de décentralisation du
gouvernement. Les comités régionaux et les comités unitaires ont été établis en 1998
pour assister les communautés dans la représentation administrative, avec pour inten-
tion l’encouragement à une participation à la base dans le processus politique (Figure
2). La plupartde ces structures aux niveaux locaux existent sous forme de simples entités
sans l’autonomie nécessaire ni la capacité de fonctionner correctement comme prévu.
La création du CREMA dans la zone de biosphère de Bia constitue en réalité, une plate-
forme intéressante pour améliorer, reproduire et soutenir l’implication de la commu-
nauté dans la gestion des ressources naturelles.
Selon le Plan de gestion de la zone de conservation de Bia de 2001, la zone de conser-
vation de Bia est entièrement située au sein
de la province administrative du Conseil
régional de Juabeso-Bia (Zone de conser-
vation de Bia 2001). Ce conseil dispose
d’un sous-comité environnemental rela-
tivement actif. Néanmoins, ce comité n’est
pas efficace en raison d’un manque de
fonds plutôt que d’une apathie de la part de
ses membres. La question de savoir si les
communautés existent réellement et les
individus qui la forment partagent les
mêmes intérêts et processus de décision
consensuelle dans la région de Bia reste
Figure 2: Engagement des intervenants dans la
d’intérêt majeur pour la recherche. zone de biosphère de Bia

7. Autonomisation et protection des ressources naturelles


Les conséquences d’une conservation médiocre ayant suivi des décennies de stra-
tégies de gestion des ressources et de planification du développement intrusives ont
forcé les décideurs politiques et les érudits à reconsidérer le rôle de la communauté
dans l’utilisation et la conservation des ressources. Rompant avec le travail précédent en
matière de développement qui considéraient que les communautés faisaient obstacle au
changement progressif social, les écrits actuels défendent le rôle de la communauté dans
la mise en place de la décentralisation, la participation concrète, l’autonomie culturelle
174 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

et la conservation (Argawal 2010, Chambers & McBeth 1992, Chitere 1994, Etzioni
1996). Malgré sa popularité récente, le concept de l’implication communautaire fait
rarement l’objet de l’attention ou de des analyses requises de la part de ceux concernés
par l’utilisation et la gestion des ressources.
Dans les économies en voie de développement, un pourcentage important de la pop-
ulation dépend des ressources forestières et autres ressources naturelles pour sa sub-
sistance et le Ghana n’est pas une exception. Cependant, depuis quelques années, ces
ressources ont diminué à un taux alarmant, plus vite qu’elles ne peuvent se régénérer.
Bien qu’une série exhaustive de politiques pour la conservation de l’environnement
dans les zones forestières au Ghana existent sur papier, en pratique, la plupart sont
surtout appliquées dans les réserves de boisés à valeur commerciale. Les politiques
environnementales n’ont que peu d’effet sur ceux vivant en marge des forêts puisque
qu’elles ne sont appliquées que de manière sporadique et même les normes commu-
nautaires acceptées pour l’utilisation des ressources ont tendance à être mises de côté si
leur application fait interférence avec les occupations-clés (Parmar 2003). Les moyens
de subsistance, quant à eux, dépendent largement des ressources naturelles et c’est pour-
quoi la conservation est nécessaire. Le dilemme est de créer des politiques efficaces.
L’autonomisation des communautés locales et des groupes de la société civile dans ces
processus est d’une importance cruciale. Les questions suivantes se posent:
• Comment engager les individus dont les moyens de subsistance reposent largement
sur ces ressources dans la formulation de la politique et les processus de mise en
vigueur ?
• Quel rôle peuvent-ils aussi jouer au vu du soutien requis et de la direction?

7.1 Comment autonomiser les communautés locales et autres institutions


en matière de conservation et gestion de la réserve de biosphère au
Ghana?
La conservation et la gestion de la réserve de biosphère est une activité impliquant de
multiples intervenants. Les acteurs impliqués sont nombreux puisque les questions
suscitées sont diverses. Réunir tous les intervenants importants dans le processus
d’autonomisation est une étape-clé. Malgré l’existence d’institutions officielles comme
la Division de la Faune de la Commission forestière, l’Agence de protection environne-
mentale (EPA) et autres institutions mandatées pour la gestion et la protection des res-
sources de biosphère du pays, le rôle des groupes communautaires et des organisations
de la société civile ainsi que du secteur privé affiche un profil bas. Ainsi, des approches
d’amont en aval et d’aval en amont sont nécessaires.
Le plus souvent, l’ancienne approche a été utilisée à l’encontre de la dernière. La
première tâche serait alors d’identifier les individus, groupes et institutions devant
être autonomisés pour protéger et gérer les réserves de biosphère. Ainsi, les personnes
chargées de la mise en œuvre des projets et programmes pourront appliquer les outils
et techniques d’autonomisation qui s’imposent. Cette contribution porte en priorité
sur les groupements et associations communautaires ainsi que sur les organisations
Amoah 175
Réserve de Biosphère de Bia: Autonomisation de la Communauté et des Institutions

non-gouvernementales sur l’environnement dans la zone de la réserve de Bia et autres


réserves dans le pays.

7.2 Comment autonomiser ces groupes pour qu’ils jouent un rôle central
dans la protection de l’environnement et la gestion des ressources
dans la région ?
Diverses méthodes (selon les besoins d’un groupe particulier) telles que des programmes
éducatifs officiels et officieux, de renforcement des capacités, des clubs de création et de
gestion de l’environnement durable pour les communautés etc. pourraient être utilisées.
Lorsqu’un projet ou un programme est prévu pour autonomiser les individus dans les
questions environnementales, les réflexions suivantes pourraient se révéler importantes:
• Quels sont les problèmes ou enjeux principaux pour l’environnement et les
ressources?
• De quelle manière ces problèmes/enjeux affectent-ils les moyens de subsistance et la
santé des populations ainsi que les écosystèmes à court ou à long terme ? (Analyse
environnement-subsistance).
• Quel rôle de tels groupes et individus jouent-ils pour aborder ou traiter les questions
en jeu?
• Quels avantages leur sont apportés ainsi qu’à l’environnement par leurs interven-
tions ou actions?
• Quels sont les besoins primaires de ces groupes ou institutions en ce qui concerne la
protection et la gestion environnementale?
• Quelle stratégie serait appropriée pour les autonomiser sur les questions
environnementales?
L’autonomisation, selon Blanchard et autres (1996) devrait être mûrement réfléchie pour
garantir des résultats fiables.

8. Conclusion et recommandations
En conclusion, préconiser l’autonomisation des individus et des institutions, dans la
gestion et la protection environnementale est novateur, si bien que les projets et pro-
grammes consacrés à l’autonomisation des locaux dans la région de Bia devraient être
ceux qui:
• habilitent les individus, communautés et autres institutions dans la zone de réserve
de biosphère de Bia à prendre des décisions sur les circonstances personnelles ou
collectives en matière de protection et gestion environnementale;
• habilitent les individus, communautés et autres institutions dans la zone à l’accès aux
informations et ressources sur l’environnement pour la prise de décision;
• habilitent les individus à considérer une série d’options de choix en ce qui concerne
leur environnement et non pas simplement des réponses de type ‘oui /non’ ou ‘soit/
ou’ sur les décisions des autorités gouvernementales sur l’environnement;
176 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

• les aident à faire preuve d’assurance en matière de prise de décision collective eu


égard à la conservation et la gestion de la réserve;
• permettent d’encourager la communauté locale à penser positivement pour effectuer
le changement et améliorer les réserves pour les générations futures;
• habilitent les individus à informer sur les perceptions d’autrui en matière
d’environnement par l’échange, l’éducation et l’engagement;
• aident les individus et communautés dans la zone de la réserve de biosphère de Bia
à prendre des initiatives concernant les actions à entamer pour préserver ce patri-
moine traditionnel.
L’intégrité future de la zone protégée de Bia repose à la fois sur le développement
d’un système par le biais duquel tous les acteurs pertinents peuvent dialoguer et un
programme d’intervention impliquant la contribution de ressources, la formation et
l’éducation. De cette manière, les intervenants seront capables et habilités à réguler
l’utilisation efficace de leurs ressources.

Références
Argawal, B. 2010. Gender and Green Governance (Genre et gouvernance verte): The
Political Economy of Women’s Presence within and beyond Community Forestry
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11
Ethnozoologie Appliquée à la Réserve de
Biosphère de la Mare aux Hippopotames en
Zone Sud Soudanienne du Burkina Faso
Ethnozoology applied to the Mare aux Hippopotames Biosphere
Reserve in the South-Sudanese Zone of Burkina Faso

OLLO THÉOPHILE DIBLONI1 • WENDENGOUDI GUENDA 2 •


MAMOUNATA BELEM/OUEDR AOGO 3 • JE AN NOËL PODA 4

Résumé
L’ethnozoologie appliquée à la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames
(RBMH) a visé à recenser les connaissances endogènes des populations riveraines sur
la RBMH et la faune sauvage. L’étude s’est déroulée sous forme d’enquêtes et a porté
sur l’inventaire des activités économiques, la connaissance de la faune sauvage et
l’importance de la réserve pour la population.
Les enquêtes conduites dans six villages riverains ont permis d’inventorier 11
activités économiques dont les plus importantes sont l’agriculture, l’élevage, la sur-
veillance de la réserve et la pêche pratiquées respectivement par 100 %, 32%, 14%
et 8% de la population riveraine de la réserve. Cette réserve renfermait 37 espèces
de faune sauvage mais quelques unes d’elles (le céphalophe à flanc roux, le bubale, le
buffle, le lion et la panthère) ont disparu. Selon 88% de la population, les conflits faune
sauvage-hommes seraient fréquents suite aux dégâts sur des cultures dans les champs
occasionnés par les singes, les hippopotames et les éléphants cités respectivement
par 34,6%, 29,6% et 13,6% des enquêtés. Malgré ces dégâts, la population reconnait
l’importance de la faune sauvage pour leur société dont quatre des espèces citées
sont utilisées en médecine traditionnelle et pour l’obtention de forces occultes.
De même la réserve et la mare jouent un rôle socioculturel important pour les
populations riveraines. Selon 91% de ces populations, la réserve constitue un bien

1 Auteur de correspondance · Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles du CNRST · E-mail:


dibloni@[Link]
2 Unité de Formation et de Recherche en sciences de la Vie et de la Terre de l’Université de Ouagadougou ·
E-mail: wguenda@[Link]
3 E-mail: bmamounata@[Link]
4 Institut de Recherche en Sciences de Santé du CNRST · E-mail: podajnl@[Link]
178
Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 179
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso

précieux avec l’amélioration de la diversité végétale et de la faune sauvage. Elle leur


procure des emplois avec le développement des guides touristiques, des surveillants
de forêts, de la pêche commerciale, de l’exploitation des bois morts et autres.
Mots clés: Connaissances endogènes, faune sauvage, diversité végétale, braconnage,
Identité culturelle.

Abstract
Ethnozoology applied to the Hippopotamus Pond Biosphere Reserve (RBMH — Réserve
de Biosphère de la Mare aux Hippopotames) aimed to survey the indigenous knowledge
of riparian inhabitants about the reserve and wild [Link] study was conducted as a
survey and inventory of economic activities, knowledge of wild fauna and the impor-
tance of the reserve for the population.
The surveys were conducted in six riparian villages and generated an inventory
of 11 economic activities, of which the most important are agriculture, stock farming,
reserve monitoring/patrolling and fishing, practised by 100%, 32%, 14% and 8% of the
riparian population, respectively. The reserve hosts 37 species of wild fauna, several
of which have disappeared (red-flanked duiker, hartebeest, buffalo, lion and leopard).
According to 88% of the population, human-wildlife conflicts are frequent due to crop
damage by monkeys, hippopotami and elephants, cited by 34.6%, 29.6% and 13.6% of
the surveyed individuals, respectively. Despite this damage, the population recognizes
the importance of wild fauna in their culture, as four of the species are used in tradi-
tional medicine and to invoke spirits.
The reserve and the water body also play an important socio-cultural role in the
riparian populations. According to 91% of these populations, the reserve is a pre-
cious asset which improves vegetation diversity and wild fauna. The reserve provides
employment through the development of tourist guides, forest monitoring/ patrolling,
commercial fishing and the harvesting of dead wood.
Key words: Indigenous knowledge, wild fauna, vegetation diversity, poaching, cultural
identity.

1. Introduction
L’ethnozoologie est par définition l’étude des connaissances zoologiques de différentes
ethnies et de leurs relations avec les espèces animales (Chevallier et al. 1988). Selon ces
auteurs, le terme a été utilisé pour la première fois par les anthropologues Henderson et
Harrington dès 1914 qui étudiaient des tribus indiennes des grandes prairies. Cette dis-
cipline ne s’est affirmée en tant que telle qu’à partir de 1963 par la création du Laboratoire
d’ethnobotanique avec le développement d’un secteur consacré à l’ethnozoologie au
Muséum National d’Histoire Naturelle de la France.
180 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

En Afrique, les animaux ont une importance considérable dans les sociétés. Ainsi,
les animaux totémiques ou interdits liés à chaque famille s’expliquent souvent par le
choix d’un ancêtre commun appartenant à une espèce animale. En regardant les nom-
breuses utilisations de la faune sauvage dans la vie quotidienne des populations afric-
aines, il apparaît plus évident que la conservation et le maintien d’un certain niveau
de la population animale est nécessaire pour assurer leur identité culturelle et sociale
(Chardonnet 1995, Czudek 2001). Dans les sociétés africaines, le respect, l’adoration ou
l’attitude humaniste envers les animaux sauvages trouvent leur essence dans la croyance
à l’interférence des forces surnaturelles entre la société des hommes et celle des animaux
de la forêt (Kabré 1996). Doucet (2003) relèvera que chez les Mahongwe du Gabon, le
monde animal joue un rôle prépondérant dans l’expression des valeurs morales cul-
turelles par la concentration des espèces animales dans la plupart des substantifs relatifs
à la famille et surtout par le taux particulièrement élevé des proverbes ayant recours aux
espèces animales.
A cet effet, l’ethnozoologie occupe une place de choix dans le processus de la gestion
durable de forêts classées (Yaokokoré-Béibro 1995). D’où notre hypothèse de recherche:
« une meilleure prise en compte des connaissances endogènes contribue à la gestion durable
de la faune sauvage dans les aires protégées ».
Il s’agit de recenser les connaissances endogènes sur la Réserve de Biosphère (RB) et
sur la faune sauvage.

2. Méthodologie
2.1 Milieu d’étude
L’actuelle Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames (RBMH) était une forêt
classée par arrêté no. 8336 SE du 26 mars 1937 qui a été intégrée au réseau des Réserves
de Biosphère le 12 janvier 1987 par l’UNESCO (Chardonnet 1995, Taïta 1997). La réserve
a une forme effilée avec une longueur de 26 km et une largeur comprise entre 4 et 9 km.
Elle couvre une superficie approximative de 19 200 ha et est située à environ 60 km au
nord de Bobo Dioulasso. Elle est comprise entre 11°30' to 11°45' de latitude nord et de
04°05' to 04°12' de longitude ouest (Figure 1).
Le climat de la réserve est de type soudanien avec des précipitations annuelles de
l’ordre de 1 100 mm, réparties sur 4 à 6 mois, de mai à octobre (Bélem 2008). La végéta-
tion est constituée de plusieurs formations parmi lesquelles sont distinguées une végé-
tation aquatique autour de la Mare, des forêts galeries, des forêts claires et des forêts
denses sèches ainsi que des savanes arborées et arbustives (Taïta 1997, Bélem 2008).
La faune de cette réserve est célèbre pour ses hippopotames (Hippopotamus
amphibius L.) qui y vivent en permanence et qui ont donné leur nom au site: « Réserve
de Biosphère de la Mare aux Hippopotames ». Selon des études récentes, l’effectif de
cette espèce est passé de 33 individus en juin 2006 à 42 individus en juin 2008 suite
une action de surveillance des populations villageoises riveraines en collaboration avec
les agents du Ministère de l’environnement (Dibloni et al. 2010). D’autres mammifères
tels que des éléphants (Loxodonta africana Cuvier), des guibs harnachés (Tragelaphus
Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 181
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso

scriptus Pallas), des hippotragues ou antilopes cheval (Hippotragus equinus Desmarest),


des phacochères (Phacocoerus africanus), des ourébis (Ourebia ourebi Zimmerman),
des céphalophes (Cephalophus sp), des Cobs defassa (Kobus ellipsiprymnus Ogilby), des
patas (Erythrocebus patas Schreber), des babouins (Papio anubis Lesson), etc. sont égale-
ment présents dans la Réserve (Bouché, 2005, ENGREF 1989). L’avifaune est riche et
variée (Poussy & Bakyono 1991). La réserve abrite également de nombreuses espèces de
serpent (Roman 1980).
Des pêcheurs installés en bordure de la Mare assurent l’exploitation halieutique et
l’exploitation touristique du site en emmenant les visiteurs voir les hippopotames.

Figure 1: Carte de localisation de la RBMH et des sites d’enquêtes


182 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Les principaux problèmes rencontrés dans la réserve sont les suivants (UCF/Hauts
Bassins 2005):
• les feux tardifs;
• le braconnage pratiqué à l’aide d’armes à feu, de pièges et de chiens de chasse;
• les conflits hippopotames et pêcheurs traduits par la destruction des filets et les con-
flits hippopotames et agriculteurs traduits par le ravage des champs de cultures;
• la pêche avec des engins prohibés;
• les pâturages illicites par les pasteurs transhumants;
• l’exploitation illicite de bois verts.
Pour contrôler ces actions nocives à la durabilité de la Réserve, le PAGEN et le Projet
GEF/MAB UNESCO ont mis en place l’Association inter-villageoise pour la Gestion des
Ressources Naturelles et de la Faune (AGEREF) qui est une structure faîtière commu-
nautaire réunissant les organisations des producteurs œuvrant dans la zone sous influ-
ence de la réserve.

2.2 Collecte des données


Cette étude visait à inventorier les connaissances paysannes sur les potentialités fau-
niques ainsi que les méthodes endogènes mises en œuvre pour la préservation de la
Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames (RBMH).
Les données ont été collectées suivant les enquêtes formelles dans six villages des
dix qui bordent la RBMH et dans les campements des pêcheurs situés dans la réserve
(Figure 1). Le choix de ces villages a été motivé par leur accessibilité et aussi leur prox-
imité de la mare. L’échantillon d’enquête a concerné 8 à 9 ménages choisis de façon aléa-
toire dans chaque village sans distinction ethnique.
L’enquête qui a été réalisée en langue nationale Dioula s’est intéressée aux données
relatives à:
• l’inventaire des activités économiques de la zone d’étude;
• la connaissance de la faune sauvage;
• l’importance de la réserve pour la population.
Malgré le questionnaire guide que nous avons élaboré, les interviews ont été réalisées
de manière semi-structurée suivant la méthode accélérée de recherche participative
(MARP) de Gueye & Freud Emberger (1991). Ces interviews ont été complétées par des
observations de terrain lors des inventaires pédestres suivant les transects (Burnham et
al. 1980, Buckland et al. 1993).

2.3 Résultat
2.3.1 Caractérisation économique de la zone d’étude
Cette étude nous a permis de déterminer la structure de la population et d’inventorier
les activités économiques conduites dans les villages riverains.
Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 183
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso

1. Structure de la population
Dans chaque ménage, nous avons dénombré en moyenne 9 personnes, en âge de tra-
vailler, constituées du chef de ménage, de deux épouses et de six enfants en moyenne.
La moyenne d’âge des chefs de ménages est de 48 ans avec un minimum de 22 ans et un
maximum de 90 ans. Au total, 50 ménages ressortissant des six villages échantillonnés
ont été enquêtés (Tableau 1).
Tableau 1: Structure de l’échantillon enquêté
Echantillon
Age moyen des
Villages Effectif des Nombre de per- Pourcentage des ménages (an)
ménages sonnes enquêtées ménages (%)
Bala 9 81 18 53
Fina 8 72 16 49
Padema 9 81 18 39
Hamdalaye 8 72 16 42
Sokourani 8 72 16 51
Tiarako 8 72 16 55
Total 50 450 100 48

Les différentes ethnies rencontrées dans cette zone d’étude se composent principalement
de la population autochtone Bobo (84%) et des migrants constitués de Mossé (12%), de
Peulh et de San (4%) venus à la recherche de terres fertiles.
Sur le plan religieux, les musulmans sont les plus nombreux (60%), puis viennent les
animistes (32%) et les chrétiens (8%).
2. Activités économiques de la zone
Il existe plus d’une dizaine d’activités économiques dont la principale activité est
l’agriculture qui occupe 100% de la population suivie de l’élevage (32% de la population).
D’autres activités comme le petit commerce, la pêche et autres sont menées par les hab-
itants (tableau 2).
Tableau 2: Taux de répartition de la population (%) suivant les différentes activités
économiques
Activités Principales Secondaires I Secondaires II Total
Agriculture 100 100
Elevage 0 20 12 32
Pisteur (surveillance) 0 12 2 14
Apiculture 0 4 0 4
Pêche 0 8 0 8
Alphabétisation 0 2 0 2
Couturier 0 2 0 2
184 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Activités Principales Secondaires I Secondaires II Total


Petit commerce 0 6 2 8
Réparation de cycles et vélomoteurs 0 2 0 2
Maraboutage 0 2 0 2
Pépiniériste 0 0 2 2
Total 100 58 18

L’enquête a révélé que 18% de la population pratique trois activités, 58% de la population
effectue au moins deux activités différentes à la fois et 100% de la population mène au
moins une activité économique (tableau 2)
La démographie galopante et la pression foncière consécutives à la monétarisa-
tion de l’agriculture font peser de lourdes menaces sur les formations classées du pays.
La Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames n’est pas en reste. En effet, on
dénombre dix villages périphériques et une multitude de hameaux de culture autour la
réserve.

2.3.2 Connaissance de la faune sauvage


Les résultats relatifs aux connaissances endogènes de la faune sauvage dans la Réserve
de Biosphère s’articulent sur les points suivants:
• La diversité spécifique des espèces de faune dans la réserve;
• La faune sauvage dans la pharmacopée traditionnelle;
• Les aspects culturels des activités de chasse et de pêche;
• L’importance du braconnage dans la réserve;
• Les conflits entre la faune sauvage et les hommes;
• Les interactions entre la faune sauvage et le bétail domestique;
• La protection de la faune sauvage.
1. Diversité spécifique de la faune sauvage présente dans la réserve
Les résultats d’enquêtes auprès des habitants indiquent qu’il existe plus de trente sept
(37) espèces de faune sauvage dans la RBMH. La fréquence de citation (%) de ces espèces
animales indique que trente (30) d’entre elles sont connues par plus de 50% de la popu-
lation villageoise. Toutes les espèces citées sont appelées par leur nom local « Bobo »
(tableau 3). Les sorties de terrain et les inventaires pédestres réalisés ont permis de con-
firmer la présence de 28 espèces de faune les plus connues par la population. Pour le
reste des espèces citées, la présence de certaines espèces (Bubale, Buffle) dans la réserve
est mitigée tandis que d’autres espèces (Céphalophe à flanc roux, lions, Panthère) sem-
blent avoir totalement disparu de la réserve (tableau 3).
Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 185
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso
Tableau 3: Liste des espèces d’animaux sauvages présentes dans la réserve selon la
population
Espèces
Fréquences
Ordres Familles Noms Nom en langue
Non courant (%)
scientifiques “Bobo”
Artio- Bovidae/ Alcelaphus Bubale Ton, Tango 22*
dactyles Alcelaphinae buselaphus
major Pallas,
1766
Bovidae/Bovinae Syncerus caffer Buffle Kibègnanga, 32*
brachyceros Toou, Sigui
Sparrman,
1779
Bovidae/ Sylvicapra Céphalophe Wourè, Djafing 84
Cephalophinae grimmia de Grimm
Linnaeus, 1758
Cephalophus Céphalophe Wa, Djawulé, 50**
rufilatus Gray, à flanc roux Koo woura
1846
Bovidae/ Kobus kob Cob Buffon Paré, Song 48*
Reduncinae Erxleben, 1777
Redunca Rédunca Konkoro 38*
redunca Pallas,
1767
Kobus ellip- Waterbuck Fougoula, Sissin 64
siprymnus
Ogilby, 1833
Bovidae/ Tragelaphus Guib Fon, Mina 90
Tragelaphinae scriptus Pallas, harnaché
1766
Bovidae/ Hippotragus Hippotrague Saga gnagan, 76
Hippotraginae equinus Daguè
Desmarest,
1804
Bovidae/ Ourebia ourebi Ourébi Kouo, Dja 60
Neotraginae Zimmerman,
1783
Hippopotamidae Hippopotamus Hippopotame Diri, Dourou 98
amphibius
Linnaeus, 1758
Suidae Phacochoerus Phacochère Kibè tèguè, Saga 84
africanus tèguè
Gmelin, 1788
186 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Espèces
Fréquences
Ordres Familles Noms Nom en langue
Non courant (%)
scientifiques “Bobo”
Carni- Canidae Canis adustus Chacal à Demèkalé 74
vores Sundevall, 1847 flanc rayé
Felidae Felis silvestris Chat sauvage Saga zakouma 52
Schreber, 1775
Panthera leo Lions Zara 6**
Linnaeus, 1758
Panthera pardus Léopard Sogoo, Fièfra 8**
Schlegel, 1857
Viverridae Civettictis civetta Civette Gotien, Wata 56
Schreber, 1776
Genetta genetta Genette Konoma 56
Linnaeus, 1758
Hyaenidae Crocuta crocuta Hyène Samiri 60
Erxleben, 1777
Herpestidae/ Herpestes Mangouste Sun 54
Herpestinae ichneumon
Linnaeus, 1758
Insecti- Erinaceidae Erinaceus albi- Hérissons Koundou 54
vores ventris Wagner,
1841
Lago- Leporidae Lepus capensis Lièvre Moou 68
morphes Linneaus, 1758
Primates Cercopithecidae Papio anubis Babouin Sèguè laba 74
Lesson, 1827
Cercopithecidae Erythrocebus Singe rouge Founa, Fna pènè 80
patas Schreber,
1775
Cercopithecidae Cercopithecus Singe vert Founa, Lè fna 84
aethiops
Linnaeus, 1758
Probo- Elephantidae Loxodonta Eléphant Koro 94
scidiens africana Cuvier,
1825
Croco- Crocodylidae Crocodylus Crocodile Yiloo,Yilé, 74
dylien niloticus Bamba
Laurenti, 1768
Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 187
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso

Espèces
Fréquences
Ordres Familles Noms Nom en langue
Non courant (%)
scientifiques “Bobo”
Squamata Pythonidae Python regius Python Sansa, Samia sa 54
Shaw, 1802
et P. seaba
Gmelin, 1788
Viperidae Bitis arietans Vipère Fotoro, Cotoro 80
Merrem heurtante
Elapidae Naja sp. Naja Diguiré, Dissiré 80
Varanidae Varanus niloticus Varans Séguèrè 54
Linnaeus, 1766
Varanus Guele tapée Kui, Kudju 54
exanthematicus
Bosc, 1792
Rongeurs Thrionomyidae Thrionomys Aulacode Corè, Cognina 68
swinderianus
Temminck,
1827
Sciuridae Euxerus Ecureuil Tomgoulé, 62
erythropus E. Guèrèni
Geoffroy, 1803
Hystricidae Hystrix cristata Porc-épic Sanè, bala 70
Linnaeus, 1758
Muridae/ Cricetomys Rat voleur Toro, Tènè 56
Crycetomyinae gambianus
Waterhouse,
1840
Tubuli- Orycteropodidae Orycteropus Oryctérope Wuro kouéré, 58
dentés afer Pallas, Timba
1766
Légende
*espèce dont la présence est douteuse
**espèce disparue de la réserve

Des 37 espèces citées, 31 appartiennent à la classe des Mammifères et 6 à la classe des


Reptiles. Les espèces appartenant aux mammifères se composent de huit ordres: ce sont
les Artiodactyles, les Carnivores, les Insectivores, les Lagomorphes, les Primates, les
Proboscidiens, les Rongeurs et les Tubulidentés (tableau 3. Ces espèces représentent
24,2% des mammifères sauvages du Burkina Faso (SP/CONAGESE 1999). Le nombre
d’espèces citées par la population est supérieur aux espèces réellement observées
(Dibloni 2011). Une surveillance accrue de la réserve est donc nécessaire pour la préser-
vation de cette richesse faunique.
188 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

2. La faune sauvage dans la pharmacopée traditionnelle


Quatre des 35 espèces de faune sauvage de la RBMH sont utilisées en médecine tradi-
tionnelle ou pour les forces occultes. Il s’agit de l’hippopotame dont les os de la queue
brûlés soignent les sunisites et la peau soigne les démangeaisons. Les mains et la queue
des patas, les poils du phacochère et les piquants du porc-épic sont utilisés pour le bien-
être ou pour la détention de puissances occultes.
La connaissance des espèces de faune et de leurs organes sur le plan pharmacologique
dans cette zone est très faible par rapport à celle des villages riverains des Réserves
Partielles et Totale de Faune (RPTF) de Bontioli où au moins 9 espèces ont été citées
(Ouoba 2008). Cette faible connaissance pourrait s’expliquer l’échantillon enquêté.
3. Aspects culturels des activités de chasse et de pêche
Pour 50% de la population, il existe bien des coutumes liées à la chasse. C’est par
exemple l’initiation des jeunes garçons appelée « Zomabara », en langue Bobo du village
de Tiarako, qui consiste à passer 3 jours et 3 nuits dans la forêt. Durant cette période,
les jeunes abattent des animaux sauvages pour leur alimentation. L’initiation a lieu tous
les sept ans et au mois de mars ou d’avril où la population est libre. A cette période
les responsables de cette activité coutumière appelés « yèlèbiré ou yèlèvo » fixent la date
d’initiation.
Pour ce qui est de la poursuite de cette pratique coutumière avec l’existence des diffé-
rents textes administratifs, 60% de la population qui reconnaît l’existence de cette chasse
pense qu’il existe des autorisations verbales ou écrites qui permettent aux responsables
coutumiers « yèlèbiré ou yèlèvo » d’honorer leur pratique. Le reste de la population (40%)
n’a pas donné de réponses.
L’existence de la pêche coutumière ou « Forobanama » (en langue Bobo) est connue
par seulement 36% de la population. Elle consiste à faire un déversoir « moudo ou tiin »
en langue Bobo en aval de la mare où tous les poissons sont ramassés et distribués entre
les membres de la communauté (Figure 2).

Figure 2: Planche photographique de scène de partage des produits de la pêche traditionnelle: a


(petits poissons); b (gros poissons divisés) dans la RBMH
Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 189
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso

Cette pêche coutumière durerait une semaine et le dernier jour est consacré à un repas
familial avec les produits issus de la pêche. A cette occasion les chefs de terre ou « laga-
koncé » en langue Bobo font quelques sacrifices pour supplier les ancêtres de bénir leurs
activités.
4. Braconnage dans la réserve
Selon 30% de la population, le braconnage sévit toujours dans la réserve. Il est surtout
pratiqué en saison sèche, entre les mois de novembre et de mai, après le passage des feux
de brousse. Toutes les espèces d’animaux sont recherchées par les braconniers; mais 33%
et 26% de la population estiment respectivement que les porcs-épics, les lièvres et les
oiseaux sont les plus abattus (Figure 3).

35 33
30 26 26
Fréquences (%)

25
20 17 17
15 13 13
10
10
5
0

Espèces d’animaux sauvages

Figure 3: Fréquences de citations (%) des espèces d’animaux sauvages braconnés

Pour réduire les actions du braconnage, la population suggère:


• le renforcement des équipes de surveillance de l’AGEREF par leur formation et leurs
équipements;
• l’intensification des patrouilles avec la collaboration des services forestiers;
• et la poursuite des actions de sensibilisation.
5. Conflits entre la faune sauvage et les hommes
Dans cette étude, il s’agissait surtout d’inventorier les différents dégâts causés par les
animaux sauvages sur les activités humaines et les méthodes endogènes mises en place
pour éviter ces désagréments. A ce sujet, 88% de la population a affirmé que les animaux
sauvages détruisent les cultures dans les champs ainsi que des filets de pêche. Les dégâts
sur les cultures sont causés par au moins 9 espèces de faune sauvage. A dire des acteurs,
les dégâts les plus fréquents sont causés par les singes (34,6%), les hippopotames (29,6%),
les éléphants (13,6%) et six autres espèces.
Les dégâts d’hippopotames ont été surtout relevés dans le département de Padéma
où des accidents mortels sur des pêcheurs ont été enregistrés. Les accidents mortels ont
lieu pendant la période de mise-bas des femelles. Les cas les plus récents concernent
190 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

la mort d’un pêcheur et d’un autre gravement blessé que nous avons pu voir avant son
évacuation au Centre Hospitalier Régional Souro SANOU de Bobo Dioulasso en avril
2008.
Les dommages causés par la faune sauvage aux cultures portent essentiellement sur
les céréales citées par 56% de la population, le coton (19%) et les vergers (Figure 4). Des
filets de pêche sont détruits également dans 9,2% des cas. Des dégâts d’animaux sont
observés toute l’année avec une plus grande fréquence en saison pluvieuse.

60 56
50
Fréquences (%)

40
30
19
20
9.2 6
10 4.7 3.1 2
0

Produits endomagés

Figure 4: Citation frequency (%) of products damaged by wild fauna

Pour lutter contre les invasions, des mesures sont entreprises pour minimiser les risques.
Le gardiennage des champs, l’instauration du vacarme, l’installation du feu et de la
fumée, l’implantation d’un épouvantail ou l’installation des champs loin de la Réserve
sont autant de mesures mises en place par la population et les projets de développement
pour lutter contre l’invasion de la faune sauvage.
Selon les enquêtés, la RBMH connaît de multiples cas de conflits entre la faune
sauvage et les hommes. Les plus fréquents seraient ceux se rapportant aux dégâts de cul-
tures occasionnés par les singes, les hippopotames et les éléphants ainsi que les dégâts
sur les filets de pêche occasionnés principalement par les hippopotames. Ces conflits
sont généralement connus des différentes aires protégées d’Afrique (Ouadba et al. 2005,
Packer et al. 2006, Danquah et al. 2006).
6. Interactions entre la faune sauvage et le bétail domestique
Afin de s’assurer des possibilités de cohabitation entre la faune sauvage et les
animaux domestiques, 62% de la population interviewée (composée d’éleveurs Peul
et d’agropasteurs bobo) dit n’avoir aucune connaissance de cette cohabitation ou que
cela n’a jamais été possible. Mais 38% de la population a affirmé que cette cohabitation
s’effectuait il y a au moins trente (30) ans de cela et concernait les herbivores entre eux.
C’est le cas des regroupements:
• petits ruminants domestiques (ovins et caprins) avec les guibs harnachés cités par
26% de la population;
Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 191
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso

• bovins avec les buffles cités par 8% de la population;


• asins avec les waterbucks cités par 4% de la population.
Selon 6% de la population, cette cohabitation était à l’origine de certaines maladies de la
peau du cheptel domestique.
7. Protection de la faune sauvage
Dans ce paragraphe, il s’agit d’inventorier les espèces « totems », les connaissances que
la population a des espèces intégralement protégées par l’Etat burkinabé, les activités
nuisibles à la survie de la faune sauvage et les moyens à mettre en œuvre pour éviter la
disparition des mammifères sauvages de ce patrimoine.
(a) Espèces totems ou espèces sauvages protégées par les traditions
Il y a environ 18 espèces de faune sauvage qui sont interdites d’abattage et de consom-
mation par les populations riveraines dont 17 chez les Bobo et 5 chez les Mossé. Les
espèces inventoriées sont surtout les oiseaux, les reptiles, les rongeurs, les primates, les
suidés, les carnivores (Tableau 4). Les espèces qui font l’objet de totem dans plusieurs
familles sont surtout le singe et le python cités par 31% de la population; puis viennent
l’hippopotame, la panthère, le crocodile, l’éléphant, l’écureuil, le varan, l’hyène, etc. Les
familles des populations riveraines autochtones ayant les patronymes MILLOGO, DAO,
KONATE et OUATTARA dans l’ethnie Bobo ont respectivement 12, 7, 5 et 4 animaux
sauvages comme totems (Tableau 4). Le patronyme SANOU de l’ethnie Bobo n’a que le
Varan du Nil comme espèce totem. Parmi les migrants Mossé, les BELEM et les BADINI
ont le python comme espèces totems et les SAWADOGO la panthère. Les BAGAGNAN
ont pour totem le python, l’éléphant et l’hippopotame.

Tableau 4: Nombre des espèces animales sauvages totems par patronyme


Sawadogo
Bagagnan
Ouattara

Millogo

Konate

Espèces de faune
Badini
Sanou

Belem

Total
Dao

Crocodile x x x 3
Varan du Nil x x x 3
Gueule tapée x 1
Tortue x 1
Python royal x x x x x x 6
Vipère heurtante x 1
Ecureuil x x 2
Oryctérope x 1
Singe x x x 3
Hyène x x 2
Lion x x 2
192 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Sawadogo
Bagagnan
Ouattara

Millogo

Konate
Espèces de faune

Badini
Sanou

Belem

Total
Dao
Panthère x x x 3
Porc epic x 1
Buffle x 1
Eléphant x x 2
Hippopotame x x 2
Pintade sauvage x 1
Francolin x 1
Total 1 4 12 5 7 4 1 1 1

Si l’interdiction d’abattre ou de consommer ces espèces de faune sauvage relève de la


tradition coutumière, il y a également l’influence de l’islam. C’est le cas des primates et
de certains reptiles.
Malgré le caractère et la valeur totémique des certaines espèces animales, certaines
d’entre elles ont disparu. C’est le cas des grands félins comme le lion et la panthère. Il y a
aussi le buffle dont les inventaires n’ont pas pu révéler sa présence.
(b) Connaissance des espèces de faune protégées par l’Etat
La population villageoise à 90% reconnaît qu’il existe effectivement des espèces intégrale-
ment protégées par l’Etat. Selon cette population, il existe une quinzaine d’espèces dont
les plus connues sont surtout les hippopotames et les éléphants cités respectivement par
77, 8% et 73,3% de la population. Viennent ensuite, les crocodiles, les lions et les pan-
thères cités respectivement par 8,9% et 6,7% de la population.
(c) Connaissance des activités nuisibles à la faune sauvage et suggestion de quelques
actions pour leur conservation
Les activités nuisibles à la survie de la faune sauvage sont connues par plus de 92% de la
population. L’activité la plus destructrice de la RBMH serait le braconnage caractérisé
par la présence des douilles de fusils, des pièges à dents de loup et à aulacodes, des affûts
des chasseurs, des carcasses d’animaux sauvages, des fours de boucanage, des troupeaux
de bétail domestiques et autres (Figure 5). Il y a également les feux tardifs, la coupe
de bois, la présence d’animaux domestiques, les champs de cultures en bordure de la
réserve et la croissance démographique (Figure 6).
Pour l’amélioration de la conservation des mammifères sauvages, la population
suggère sept types d’actions concourant à réduire les activités anthropiques illicites ou
légales conduites dans la RBMH. Les activités les plus importantes sont:
• l’intensification de la surveillance en collaboration avec les services forestiers, les
pisteurs de l’AGEREF;
Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 193
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso

a b

c d e

Figure 5: Planche photographique des indices de braconnage observés dans la Réserve de


Biosphère de la Mare aux Hippopotames (a. Pièges à dents de loup; b. Piège à aulacodes vu de
profil; c. Piège à oiseaux; d. Affût de braconniers; e. Fusils de braconniers saisis)

100 92.7
90
80
Fréquences (%)

70 63.3
60
50 38.2
40
30 25
20 10
10
0

Activités nuisibles

Figure 6: Fréquences de citations (%) de l’importance des activités


nuisibles à la conservation de la faune sauvage
194 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

• la mise en place d’un comité de lutte contre les feux tardifs et la coupe abusive du
bois;
• la poursuite de la sensibilisation et l’équipement des surveillants.
Ces suggestions sont faites respectivement par 82%, 34%, 18% et 16% de la population.
Malgré toutes les difficultés qu’engendre la faune sauvage, des systèmes sont mis en
place pour leur protection aux niveaux national et international. Sur le plan national,
les méthodes de protection sont entre autres les Parcs nationaux, les réserves totales et
partielles de faune, les forêts classées et la ratification de plusieurs conventions comme
celles d’Alger (1968) et de Washington/CITES (1973) pour la protection de certaines
espèces animales de la faune sauvage menacée d’extinction (CONAGESE 1999, UICN
2006). Sur le plan traditionnel, le système de protection concerne les espèces totems et
les zones refuges ou bois sacrés.

2.3.3 Importance de la réserve pour la population


Dans ce volet, il s’agissait:
• de vérifier si la population connaît le statut de la réserve et les bénéfices qu’elle peut
y tirer;
• de déterminer les facteurs qui favorisent la présence ou la disparition des espèces de
faune sauvage.

3. Statut et bénéfices de la RBMH


Il ressort des enquêtes menées en 2006, que 96% de la population est informé que la
RBMH est un patrimoine mondial depuis environ 10 ans. Environ 91% de cette population
déclarait que l’amélioration de la diversité végétale et le retour de la faune sauvage suite à la
reconstitution de la végétation sont autant de bénéfices qu’elle tire de la RBMH (Figure 7).
Il y a aussi la création d’emplois avec le développement des guides touristiques, des surveil-
lants de forêts, la pêche commerciale, l’exploitation des bois morts et autres.

100 96
91
90
80
Fréquences (%)

70
60 52
50
40
30 23 23
20
10
0

Bénéfices

Figure 7: Fréquences de citations (%) des bénéfices de la réserve


Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 195
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso

4. Facteurs favorisant la présence ou la disparition de la


faune sauvage dans la RBMH
Comme précédemment énoncé, 68% de la population indique que le céphalophe à flanc
roux, le lion et la panthère sont des espèces de faune qui ont disparu de la réserve. Selon
cette population, certaines espèces comme l’hippotrague sont revenues dans la réserve
avec l’intervention du PAGEN. Le reste des interviewés (32%) estime qu’il n’y a pas eu
de disparition d’espèces d’animaux sauvages mais plutôt une diminution des effectifs.
Cette diminution est observée il y a en moyenne 24 ans de cela; soit deux ans après
l’intervention du PAGEN en 2003.
Huit facteurs entraîneraient la disparition et ou la diminution des effectifs d’espèces
de la faune sauvage dans la réserve. Les plus dangereux pour la survie de la faune
sauvage seraient le braconnage, les feux de brousse et l’impact du cheptel domestique
cités respectivement par 62%, 52% et 28% de la population. L’enquête révèle que le bra-
connage est à la fois l’œuvre des populations riveraines et des citadins qui posent souvent
des pièges et utilisent des fusils de chasse de calibre 12 (Figure 8).
Les citadins qui pénètrent dans la réserve avec des véhicules seraient surtout à la
base de la diminution des mammifères sauvages. Dans les villages de Tiarako et de
Sokourani, la population a insisté surtout sur le carnage de la faune sauvage qu’il y a eu
pendant la guerre Mali-Burkina Faso en 1974.
Cependant, 7 facteurs ont favorisé le retour ou l’accroissement des populations
d’animaux sauvages dans la réserve dont le principal est l’intensité de la surveillance de
la forêt évoquée par 96% de la population (Figure 9). Cette intensité de la surveillance
s’explique par l’effort conjugué des services forestiers et des surveillants villageois de
l’AGEREF et aussi par l’ouverture du service forestier du département de Padéma citée
par 18% de la population. S’agissant de la réserve comme habitat de la faune, la popula-
tion affirmait qu’elle était en phase de dégradation suite aux actions de braconnage, des

70 62
60 52
Fréquences (%)

50
40
28
30 20
20 10 8 5
10 3
0

Causes

Figure 8: Fréquences de citations (%) des facteurs de disparition


ou de diminution des espèces d’animaux sauvages
196 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

100 96
90
80
70

Fréquences (%)
60
50
40
30 20 15 15
20 10 8 5
10
0

Raisons de retour

Figure 9: Fréquences de citations (%) des facteurs de retour


des espèces de mammifères sauvages

feux de brousse, de l’impact du cheptel domestique. Ces actions sont une preuve que les
périphéries proches des aires de conservation font l’objet de beaucoup de convoitises
dans les zones arides et semi-arides d’Afrique (Noirard et al. 2004, Okoumasou et al.
2004, Binot et al. 2006). Toutes ces actions de dégradations seraient amoindries suite
aux actions conjuguées des agents des services forestiers et des surveillants de l’AGEREF
instaurées depuis la mise en œuvre des activités PAGEN. Ces actions doivent être pour-
suivies compte tenu de l’importance de la réserve pour la population.
La RBMH constitue un domaine par excellence pour l’éducation et la formation
des générations présentes et futures grâce à son rôle de préservation de la biodiversité
animale et végétale. Elle constitue également une source de devises pour le pays et des
revenus pour la population avec le développement du tourisme. En outre, la réserve
présente aussi bien des inconvénients que des avantages pour les populations villa-
geoises riveraines.

5. Conclusion
Les résultats issus de cette enquête nous permettent d’affirmer que les populations riv-
eraines de la RBMH connaissent les espèces fauniques présentes dans cette réserve. Elles
sont également conscientes des dangers qu’encourent cette faune et son habitat face aux
différentes actions anthropiques conduites à l’intérieur et à la lisière de cette réserve.
Le nombre d’espèces de la faune sauvage a été estimé à plus de 37 dans la RBMH par
les populations villageoises riveraines. L’effectif actuel des espèces de faune étant infé-
rieur à celui défini par les riverains, confirme la disparition progressive de la faune ces
dernières années. Chacune de ces espèces de faune sauvage a été désignée par son nom
local « Bobo ».
Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 197
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso

Les enquêtes ont aussi révélé que la réserve, en tant qu’habitat de la faune, était en
phase de dégradation suite aux actions de braconnage, des feux de brousse et à l’impact
du cheptel domestique. Ces principaux facteurs de dégradation qui sont néfastes à la
survie de la réserve ont été cités respectivement par 62%, 52% et 28% de la population.
Ces actions de dégradation seraient amoindries suite aux actions conjuguées de tous les
acteurs et bénéficiaires de la RBMH. Pour les habitants des villages riverains, les actions
déjà entreprises doivent être poursuivies car la RBMH constitue une source d’entrée de
devises pour la population avec le développement du tourisme et le lieu où les riverains
accomplissent certains rites socioculturels. Afin de permettre une meilleure préserva-
tion de la diversité biologique de la réserve, il serait important que le Réseau AFRIMAB
mette à la disposition du Comité national du MAB, des ressources financières et maté-
rielles nécessaires à l’aménagement au renforcement des capacités aussi bien des agents
des Eaux et Forêts que des populations locales.

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Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso

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Tropicale, Université d’Abidjan, 55 pp.
12
Implication de la Population Locale Dans la
Gestion de L’aire Protégée
Involving the local population in protected area management

ISAIA R AYMOND1

Résumé
Sahamalaza-ïles Radama est la deuxième réserve de biosphère créée à Madagascar en
2001, après Mananara Nord. Le parc marin et côtier constituant la majorité de la zone
centrale de la réserve de biosphère est créé en 2007, sous la loi Code de Gestion des
Aires Protégées (COAP 2001). Mandaté par le Gouvernement Malgache, Madagascar
National Parks, organisation non gouvernementale gérant le réseau national des aires
protégées de Madagascar a choisi la gestion, à la fois du parc national et la réserve
de biosphère Sahamalaza-Iles Radama comme une structure légère du point de vu
personnel. Cependant, cette Institution encourage la participation dynamique de la
population locale dans la gestion collaborative de cette nouvelle aire protégée. Ainsi,
des nouvelles organisations ont été constituées aussi bien au niveau des bases, des
communes qu’entre les communes. Les structures existant avant la mise en place de
l’aire protégée et dirigées par les ‘sages’, ont été capitalisées et respectées. La com-
munication et l’échange d’informations se passent bien entre les différentes structures
au vu du partage de responsabilités.
Mots-clés: cogestion, site pilote, appui au développement

Abstract
Sahamalaza-Iles Radama is the second biosphere reserve created in Madagascar in
2001 after Mananara Nord (North Mananara). The marine and coastal park consti-
tuting the bulk of the central zone of the biosphere reserve was created in 2007
under the Management of Protected Areas Act (COAP 2001). Mandated by the

1 Madagascar National Parks, Directeur du Parc National Sahamalaza-ïles Radama · Maison de l’Environne-
ment, CR Maromandia, District d’Analalava, Région Sofia, Madagascar · Tél.: +26133 09 673 73/+26134
49 401 39 · E-mail: [Link]@[Link]
200
Raymond 201
Implication de la Population Locale Dans la Gestion de L’aire Protégée

Madagascan government, Madagascar National Parks, a non-government organization


(NGO) managing the national protected areas estate, chose to manage the national
park and biosphere reserve under a light structure in terms of personnel. However,
this institution encourages the dynamic participation of the local population in col-
laborative management of this new protected area. New organizations have been con-
stituted at the grassroots level as well as inter-community. Structures existing before
the establishment of the protected area and directed by ‘wise elders’ were formalised
and respected. Communication and exchange of information occurs between the dif-
ferent structures on the basis of the division of responsibilities.
Key words: co-management, pilot site, development support

1. Introduction
L’implication de la population locale dans
la gestion des aires protégées est une nou-
velle politique adoptée par Madagascar
National Parks (MNP), en particulier
dans les nouveaux systèmes des aires pro-
tégées de Madagascar (aires protégées
créées à partir de l’année 2003). L’objectif
principal est de bien conserver les écosys-
tèmes et la biodiversité de l’aire protégée.
Sahamalaza-Iles Radama est la première
aire protégée choisie par MNP, comme site pilote pour la mise en œuvre de cette nou-
velle politique de gestion. La première raison est que Sahamalaza-iles Radama est la
première aire protégée créée après la déclaration officielle du Président de la République
de Madagascar lors de la Conférence Mondiale des Parcs, de Durban en 2003, et au
cours de laquelle Madagascar s’est engagée à augmenter, jusqu’en 2012, la superficie des
aires protégées de 1 700 000 à 6 000 000 d’hectares. La deuxième raison est que l’aire
protégée marine et côtière Sahamalaza-iles Radama de 153 200Ha a obtenu le label de
Réserve de Biosphère de l’UNESCO en septembre 2001 et est incluse dans le programme
« MAN AND BIOSPHERE » le 10 novembre 2001 (Wildlife Conservation Society WCS/
Development Environment Consult DEC 2002). Ainsi, la création de Sahamalaza en
tant que parc marin et côtier constitue non seulement un modèle juridique de conserva-
tion et de gestion de la biodiversité, mais également un outil essentiel au développement
socio-économique des populations locales (PSSE 2009). Le cadre juridique national de
gestion des aires protégées est assuré principalement par le COAP et ses textes sub-
séquents d’application. C’est dans ce contexte que la grande partie de l’aire centrale
de la Réserve de Biosphère Sahamalaza a été instituée légalement en parc national de
202 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

26 035 ha, par le décret 2007–247 le 19 mars 2007, et fait partie l’une des catégories des
aires protégées gérées par Madagascar National Parks.
Malgré sa richesse exceptionnelle en biodiversité selon le plan de gestion du réseau
des aires protégées (PLANGRAP 2001), le niveau de menace de cette aire protégée
Sahamalaza-îles Radama est élevé tant au niveau de l’écosystème marin que côtier. La
destruction progressive des habitats (Belshaw & Andriamandroso 1997) a un impact
non seulement à la raréfaction des espèces endémiques locales mais, au niveau socio-
économique et même culturel aussi.
Dans le but de protéger et de conserver le patrimoine naturel et/ou culturel original,
tout en présentant un cadre récréatif et éducatif, l’implication des populations locales
dans la gestion collaborative de cette nouvelle aire protégée est incitée.
Cette étude de cas vous présente comment se manifeste ce type de cogestion de cette
nouvelle aire protégée en collaboration, dans un cadre clair, à travers des structures
représentatives à majorité de membres issues des communautés locales.
Avant de présenter les méthodes adoptées et les résultats, nous trouvons qu’il est bon
de décrire le milieu étudié.

2. Description du milieu
2.1 Localisation administrative et
géographique
La Réserve de Biosphère Marine et Côtière
Sahamalaza-Iles Radama est située sur la
côte nord-ouest de Madagascar et à cheval
entre deux régions administratives, telles
qu’au nord, la Région DIANA et au sud, la
Région SOFIA (Figure 1 et 2). Les coordon-
nées géographiques limitant cette réserve Figure 1: Photographie prise dans le Réserve
de biosphère sont présentées ci-dessous: de Biosphère Sahamalaza-iles Radama
• Limite maximum Ouest: 47° 38' 40'' E
• Limite maximum Est: 47° 46' 30'' E
• Limite maximum Nord: 13° 52' 20'' S
• Limite maximum Sud: 14° 27' 15'' S
• Coordonnées du point central: 47° 42' 05'' E / 14° 09' 50'' S

2.2 Description du milieu biologique


La Réserve de Biosphère Sahamalaza-Iles Radama est constituée par trois écosystèmes
majeurs, à savoir un écosystème marin de 10.000 ha avec 5 îles, un écosystème côtier de
10.000 ha de mangrove et un écosystème forestier de 11.100 ha. On y rencontre une forêt
littorale dans la partie nord-est de la presqu’île Sahamalaza, une forêt dense sèche semi-
caducifoliée de basse altitude sur roches métamorphiques et une forêt ripicole installée
sur des sols frais des bords des cours d’eau (Figure no. 3).
Raymond 203
Implication de la Population Locale Dans la Gestion de L’aire Protégée

Les forêts sèches et littorales abritent 220 espèces floristiques regroupées dans 68
familles. Pour la faune, on y rencontre 9 espèces de lémuriens dont 2 espèces sont endém-
iques locales, 41 espèces d’oiseaux dont 16 espèces sont endémiques de Madagascar, 20
espèces de reptiles et 14 espèces d’amphibiens dont un espèce est endémique locale.
Dans les mangroves, les 8 espèces des palétuviers existantes à Madagascar y sont
présentes, et 76 espèces d’oiseaux, dont 31 espèces endémiques de Madagascar ont été
inventoriées, et parmi elles 5 espèces sont menacées d’extinction selon les critères de
l’IUCN.

Figure 2: Réserve de Biosphère Sahamalaza-iles Radama


(Credit: I. Raymond)
204 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Figure 3: Réserve de Biosphère Sahamalaza-iles Radama


(Credit: I. Raymond)
Raymond 205
Implication de la Population Locale Dans la Gestion de L’aire Protégée

Si en générale un site de récifs présente entre 80 et 110 espèces de coraux et invertébrés


et environ 50–60 espèces de poissons (Van der Veken 2009), dans celui de la Réserve,
218 espèces de coraux et d’invertébrés et 168 espèces de poissons ont été répertoriés.
Les fonds étendus de faible profondeur constituent un habitat privilégié pour les 20
espèces d’holothuries qui ont été identifiées et toutes sont menacées d’une surexploita-
tion (Rasolofomanana 2006).

2.3 Population
2.3.1 Origines
Dans cette réserve de superficie de 153 200 ha, le nombre de la population, est estimé à
48 476 habitants avec une croissance annuelle de 2,3% (SAVAIVO 2003). Ces habitants
se repartissent dans 80 villages/hameaux se trouvant dans la zone périphérique du parc
national Sahamalaza-iles Radama. D’après la tradition orale, les premiers habitants de
la région de Sahamalaza — lles Radama étaient les descendants d’un couple fondateur
venant de l’Afrique (macao). Ils se mélangeaient par la suite avec les populations envi-
ronnantes, des Sakalava et des Tsimihety pour former un clan local appelé ‘Anadroadra’.
Ainsi, les autochtones font partie du groupe ethnique des ‘Sakalava-Bemihisatra’,
qui s’est formé par embranchement suite à des rivalités à l’intérieur du royaume des
‘Sakalava’ avant la conquête ‘Merina’ en 19e siècle. Au début du 20ème siècle et déjà sous
le régime colonial, certaines îles Radama étaient données en propriété à des exploitants
et entrepreneurs. Par la suite, la région est restée assez isolée jusqu’au récent boom de
l’exploitation des concombres de mer. Attirés par ces ressources de grande valeur, des
immigrés en provenance des autres régions de Madagascar se sont installés dans les
villages côtiers et se sont souvent mariés avec des femmes locales. D’où cette croissance
annuelle de 2,3%.

2.3.2 Mode de vie de la population


Le mode de vie traditionnelle de la population permanente est supposé avoir peu
d’impact sur leur environnement (SAVAIVO 2003). Mais la population immigrante
présente des risques sérieux (WCS/DEC 2002). Bien qu’équipés de bateaux motorisés
et de filets, ils menacent non seulement les espèces qu’ils exploitent commercialement
(concombre de mer, requins, poissons, crevettes), mais aussi les tortues marines, qui
sont pris dans les filets (WCS/DEC 2002). Pour les Sakalava indigènes, il est ‘fady’
(tabou) de tuer ni manger des tortues marines et des lémuriens, ce qui protégeait ces
dernières avant l’arrivée des immigrants. Il est également ‘fady ‘de pratiquer la pêche
pendant la nuit et le jour de Mardi et de Jeudi surtout dans les sites sacrés qui sont au
nombre de 13 dans la réserve de biosphère. Les immigrants composés de tribus diffé-
rents ne voudraient pas partager le respect des tabous locaux. Ce caractère de ces immi-
grants pose de grand problème aussi bien pour les indigènes que pour les gestionnaires
de l’aire protégée.
206 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
2.3.3 Activités de la population
Les actions anthropiques telles que l’exploitation des bois, la déforestation pour la culture
du riz, les feux de brousse pour le renouvellement des pâturages des zébus, la chasse aux
oiseaux et aux lémuriens pour consommation familiale ainsi que la pêche illicite sont
les principales pressions menaçant la diversité biologique de la réserve de biosphère.
Ces activités humaines commencent actuellement à avoir des impacts négatifs sur
les écosystèmes. Le processus naturel le plus important est la sédimentation des récifs
coralliens (Van Der Veken 2009). Il est évident que la déforestation des bassins ver-
sants des grandes rivières est la raison de cette sédimentation accrue dans la réserve de
biosphère.
Connaissant cette situation, les gestionnaires la profitaient pour sensibiliser les pop-
ulations locales et de les impliquer dans la gestion de l’aire protégée.

3. Approches méthodologiques
Quatre approches méthodologiques ont été adoptées pour impliquer la population dans
la gestion de l’aire protégée, à savoir la sensibilisation, la création des associations, la
responsabilisation et l’appui au développement.

3.1 Sensibilisation et création des associations


Comme dans le monde entier, la sensibilisation de la population locale sur les objectifs
et l’importance écologique, économique et socioculturelle de la nouvelle aire protégée à
créer est une activité primordiale. A Sahamalaza, les personnes conscientes de la situa-
tion ont été regroupées par les gestionnaires en une association.
Au niveau des villages ou groupes des petits villages appelés localement « fokon-
tany », un comité local de base (CLB) a été formé et constitué des pêcheurs, des éleveurs,
des cultivateurs, des instituteurs et même des commerçants (Annexe 1).
Quant au niveau communal, une structure de concertation (SCC) a été créée dont les
membres de bureau sont issus des comités locaux de base. Cette structure joue le rôle
d’un pont liant les CLB avec les instances supérieures (commune et District).
Entre les cinq communes constituant
la zone de Sahamalaza, les comités locaux
de base se regroupent en une fédération.
Cette fédération assure le suivi des activ-
ités de chaque CLB, l’élaboration et la mise
en application d’un « dina commun’ ou loi
locale créée par l’assemblé générale des
membres des CLB.
Toujours, au niveau communal, on
a constitué une association des sages
qui réunissent les personnes âgées et les
autorités traditionnelles. Le rôle joué par Figure 4: Photo en 2008 des membres du
cette association est principalement la bureau COSAP
Raymond 207
Implication de la Population Locale Dans la Gestion de L’aire Protégée

gestion du conflit au niveau de toutes associations existantes et même au niveau des ges-
tionnaires et autorités administratives. En plus, les membres issus de cette association
les gardiens de la tradition. Ils assurent le respect des sites sacrés que ce soit à l’intérieur
(15 sites sacrés) qu’à l’extérieur (plus de 20 sites sacrés) de l’aire protégée.
Pour bien orienter les activités des associations existantes dans la protection de l’aire
protégée et de soutenir les gestionnaires, un COSAP (comité d’orientation et de soutien
à l’aire protégée) a été créé entre les communes (Figure no. 4).
On note que toutes ces associations sont légales au niveau de district. Les membres
de bureau de chaque association sont en place grâce aux élections faites aux cours de
l’assemblé générale.

3.2 Responsabilisation de la population


En novembre 2008, une réunion des représentants de chaque association a été tenue à la
salle de réunion de la direction du Parc National Sahamalaza, pour identifier et signer la
charte de responsabilité de chacune.

3.3 Appui au développement


Dans les objectifs d’améliorer les conditions de vie des membres des associations
et de les motiver plus dans les activités de conservation du parc, les gestionnaires a
adressé leur demande d’appui auprès des bailleurs de fonds et des organisations non
gouvernementales.

4. Résultats
4.1 Les associations créées (Le tableau no. 1)
De l’année 2006 jusqu’à présent, 32 comités locaux de base ont été créés. Actuellement,
il n’y a que 2 fokontany qui ne disposent pas encore du CLB.
Au cours de l’année 2006, cinq structures de concertation communale ont été égale-
ment créée.
Actuellement, chaque commune arrive à regrouper les personnes âgées et les
autorités traditionnelles dans une association des sages.
Quant au COSAP qui regroupe toutes les associations existantes entre les com-
munes, il était formé en septembre 2008.
Tableau 1: Liste des associations créées
Année de Nombre
Type d’association Nombre Existence
création membres
Comité local de Base 2006 32 640 En moyenne 30 membres par
(CLB) Fokontany
Structure de Concertation 2006 5 40 8 membres de bureau par
commune
Fédération des CLB 2007 1 8 Entre les communales (8 membres
de bureau)
208 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Année de Nombre
Type d’association Nombre Existence
création membres
Association des sages 2007 5 75 En moyenne 15 membres par
commune
COSAP Sahamalaza 2008 1 25 membres de bureau par
commune.

4.1.1 Note
• Toutes les associations créées sont formelles. Les membres de bureau sont élus par
suffrage universel.
• Autre que le règlement intérieur, chaque association arrivait à élaborer un « dina »
ou loi locale.
• Un ‘dina‘ de la fédération des CLB a été élaboré en 2010. Ce dina a été signé par les
autorités administratives telles que la Direction Régionale de l’Environnement et
Forêts, la Direction Régionale de Pêche et des Ressources Halieutiques, le Chef de
District. Ce dina commun a été homologué par le Tribunal de Première Instance
(TPI) en décembre 2011. Actuellement ce dina commune est applicable dans toute la
réserve de biosphère Sahamalaza-Iles Radama.

4.2 Les réalisations des associations


4.2.1 Les réalisations des CLB (Le tableau no. 2)
Les membres du CLB assurent, avec l’équipe de Madagascar National Parks, la réalisa-
tion de toutes activités techniques du parc, y compris la surveillance et le contrôle, la
construction et l’entretien des infrastructures de conservation et de l’écotourisme.
Tableau 2: Les réalisations techniques des CLB et MNP
Type d’activité Quantité Observation
Patrouille du parc HJ /an Fréquence 10 à 15 jours/mois
Infrastructures de postes de garde En 2008
conservation et barrière de contrôle En 2008
écotourisme en 147,72 km des limites externes sont Toutes les parcelles terrestres et
place matérialisées. côtières du parc sont matérialisées
61 km des limites du noyau dur du soit les 70% des toutes les limites.
parc sont matérialisées. En moyenne 3 km par an
14 600 km des pare-feux En 2011
postes d’accueil
Restauration des 40 ha de mangrove Dans les endroits dégradés
habitats 60 ha de forêt sèche

4.2.2 Les réalisations des structures de concertation


Grâce à la demande d’appui technique faite par les structures de concertation commu-
nale auprès de l’Association Européenne pour l’Etude et la Conservation des Lémuriens
(AEECL) et Wildlife Conservation Society (WCS) en 2006, les membres des CLB ont
Raymond 209
Implication de la Population Locale Dans la Gestion de L’aire Protégée

bénéficié une formation en système de


riziculture intensif, en technique de pré-
paration de pépinière et de reboisement
(Figure no. 5).
En 2008, une des cinq structures de
concertation communal avait bénéficié
du financement de ‘WIO-LaB Project
National Focal Institution and UNEP/
Nairobi Convention’ sur la restauration de
Figure 5: Photo en 2010 des matériels de
40 ha de mangrove dégradée dans le Parc pépinière financés par WIO-LaB (Convention de
national Sahamalaza (Figure no. 6). Nairobi)

Figure 6: Photo en avril 2011 sur la restauration de mangrovede la zone périphérique du parc

4.2.3 Les réalisations de l’association des sages


En Avril 2009, au début de la crise politique à Madagascar, un grand conflit entre les
gestionnaires du parc et quelques politiciens locaux de Sahamalaza a été résolu grâce à
l’intervention de l’association des sages. Ces politiciens autorisaient l’entrée gratuite des
centaines pêcheurs illicites, en provenance des quatre districts voisins de Sahamalaza,
dans les parcelles marines du parc. Contrairement à la loi COAP (Code de gestion des
aires protégées), ces pêcheurs amenaient avec eux des centaines pirogues et des filets de
petites mailles dans le noyau dur (zone interdite). Connaissant cette mauvaise situation,
les sages réunissaient tous les responsables au niveau local et régional pour résoudre
ensemble ce problème. Le même jour, tous les pêcheurs illicites ont été expulsés du parc
national.

4.2.4 Les réalisation du COSAP


Dans l’objectif de renforcement de sensibilisation, chaque année, le COSAP réalise
deux manifestions organisées dont une, la célébration de la journée mondiale de
210 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

l’environnement, se fait tous les 5 juin


(Figure no. 7). L’autre est le festival des
lémuriens et se réalise tous les 23, 24 et 25
septembre. Ces manifestations arrivent à
réunir toutes les personnes habitants les
villages dans la commune concernée.

4.3 Les microprojets de


développement (Tableau 3)
Les appuis apportés par les bailleurs de
fonds et ONG touchent surtout l’eau
potable, la riziculture, l’apiculture, la pêche
améliorée, la restauration des habitats for- Figure 7: Intervention du prince Arana IV lors
estiers dégradés, le transfert de gestion des de la célébration de la journée mondiale de
ressources naturelles, la culture sèche de l’environnement 2010 (discours de sensibilisation)
manioc, l’aviculture, la construction des
écoles.
Tableau 3: Liste des microprojets réalisés
Nombre de
Sous-projet Nombre Bailleur de fonds/ONG Observation
bénéficiaires
Puits d’eau 12 ménages AEECL Dans 4 villages
Puits d’eau 3 ménages Ambassade américain villages
Barrage hydroagricole 1 ménages PSDR/Banque Mondiale village
Apiculture 6 ménages PSDR/Banque Mondiale associations
dans 6 villages
différents
Pêche maritime 10 ménages PSDR/Banque Mondiale associations dans
10 villages
Restauration mangrove 10 villages Wio-LaB/Convention Zone tampon du
(CLB) de Nairobi parc national
Transfert de gestion des 8 villages PNUD Zone jouxtant
ressources naturelles (CLB) l’aire protégée
Pêche aux crabes 1 ménages PNUD Site de référence
Apiculture 1 PAPs Banque Mondiale Population
affectée par le
Aviculture 1 PAPs Banque Mondiale
projet de création
Pêche améliorée 1 PAPs Banque Mondiale du parc (PAPs)
Riziculture améliorée 1 PAPs Banque Mondiale
Culture sèche de manioc 1 PAPs Banque Mondiale
Construction école 3 villages AEECL
Paiement salaire des 42 villages AEECL Enseignants non
enseignants fonctionnaires
Raymond 211
Implication de la Population Locale Dans la Gestion de L’aire Protégée

5. Discussion
Les structures sociales au niveau locale ont dû créer pour rendre facile la communica-
tion entre les gestionnaires et la population locale. D’où la création des 32 CLB au niveau
de base (fokontany), 5 structures de concertation et 5 associations des sages au niveau
de chaque commune, une fédération des CLB et un comité d’orientation et soutien à
l’aire protégée au niveau intercommunal. On a créé également en 2011, une association
des guides éco-touristiques au niveau régional. Toutes ces associations ont bénéficié des
formations techniques selon leur besoin, au cours et après la création. Vu la conscience
de chacun sur l’importance de l’aire protégée, surtout dans le domaine de conservation
de la biodiversité et dans l’utilisation durable des ressources naturelles, chaque asso-
ciation prend sa responsabilité. Exemple, les membres du CLB surveillent le parc, au
moins 10 jours par mois. Le comité d’orientation et soutien à l’aire protégée ne cessent
pas de sensibiliser les villageois à travers des missions sur terrain et l’organisation des
festivités comme la célébration de la journée mondiale de l’environnement et le festival
des lémuriens.
L’appui technique et financier des bailleurs de fonds et ONG améliorent la motiva-
tion des associations à assurer leur responsabilité par le biais des indemnités de mission
et également par les microprojets de développement.
On peut dire que la résultante de toute intervention des différentes parties prenantes
a un impact positif sur la réduction progressive des pressions qui menacent l’aire pro-
tégée (voir la figure no. 8 ci-dessous).

2500

2000 1910

1531
1441
1500
1223
981
1000

500

35.1 0.5 50 55 18
0
2007 2008 2009 2010 2011

Feu Déf Coupe Pêche Chasse

Figure 8: Evolution annuelle des pressions


A Sahamalaza, le feu de brousse (feu), le défrichement de la forêt (déf), la coupe
sélective des bois (coupe), la pêche illicite aux crevettes, aux crabes, aux requins et aux
holothuries ainsi que la chasse par moyen des pièges aux oiseaux rares et aux lému-
riens sont les principales pressions qui menacent l’aire protégée. Par rapport à l’année
212 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

de création (2007), les pressions ont une tendance vers la réduction. Cas de la coupe
des bois de palétuviers qui étaient 1910 souches en 2007 et réduit en 981 souches vers
la fin de l’année 2011. Ce sont les exploitants illicites en provenance de Nosy Be (située
à 100 km au nord de Sahamalaza) qui embarquent par boutre les bois de Sahamalaza.

6. Conclusion
Consciente de la dégradation progressive des ressources naturelles, la population locale
de Sahamalaza est facile à impliquer dans les activités de l’aire protégée. Les associations
créées participent, aussi bien dans les activités de sensibilisation, de la surveillance du
parc, du suivi-écologique, de la mise en place des infrastructures de conservation et des
pare-feux ainsi que dans les activités de restauration des habitats dégradés et de gestion
de conflit.
Les appuis sur le renforcement de capacité et aux développements de ces commu-
nautés ont été faits par les gestionnaires avec les institutions partenaires pour bien
motiver ces partenaires locaux.

Bibliographie
Belshaw, D. & Andriamandroso, D. 1997. Habitat desctruction of an endangered lemur
species in northwest Madagascar: Socio-economic dimensions. ODG University of
East Anglia, UK.
PLANGRAP. 2001. Plan de gestion du réseau national des aires protégées, 121 pp.
PSSE. 2009. Plan de Sauvegarde Sociale et Environnementale du Parc National
Sahamalaza, 212 pp.
Rasolofomanana, V.L. 2006. Contribution à l’analyse de l’exploitation des holothuries
dans la Baie de Ramanetaka, PN Sahamalaza, IHSM, Université de Tuléar, 43 pp.
SAVAIVO. 2003. Etude d’impact environnemental relatif à la création de l’aire protégée
marine et côtière, site Sahamalaza-Iles Radama, 120 pp.
Van der Veken. 2009. Etude de l’impact des activités humaines sur le développement
socio-économique de la population locale et sur l’état du récif corallien, au sein du
Parc National de Sahamalaza-Iles Radama, Madagascar, 41 pp.
WCS/DEC. 2002. Etude de faisabilité et plan de développement pour le site de la RBM
Sahamalaza-Iles Radama, 114 pp.
Raymond 213
Implication de la Population Locale Dans la Gestion de L’aire Protégée
Annexe 1: Liste des CLB créés
Date de création et
Commune Fokontany Nom de la CLB
élaboration de Dina
Anorotsangana Antetezambato NANTO 21 et 22/06/06
Anorotsangana Betsiriry. MAMY 23 et 24/06/06
Anorotsangana Anorontsangana MEVA 25 et 27/06/06
Anorotsangana Berafia DAUPHIN 28 et 29/06/06
Anorotsangana Lavalohalika AKOMBA 30 et 31/06/06
Ankaramibe Ambaliha ANKOAY 08 et 10/09/06
Anorotsangana Antanambao Andranomody JERIMIRA 12 et 13/10/06
Anorotsangana Bezavona MAMIRATRA 14 et 15/10/06
Anorotsangana Ambodimanga Sud MIARADIA 16 et 17/10/06
Maromandia Anjiajia TSARAMANDROSO 24/09/06
Befotaka Antanimbarbe AVOTRA 18/09/06
Befotaka Ampohara MAEVATSARA 21/11/06
Ambolobozo Ankingabe VEROMANITRY 16/09/06
Ambolobozo Andaveno III RAVIMAITSO 18/09/06
Ambolobozo Ampasimpitily FIVOARNA 21/09/06
Ambolobozo Ambalahonko ANTELY 31/08/06
Ambolobozo Ambolobozo FITAMIA 2006
Ambolobozo Antafiabe RAVIMAITSO 2006
Ambolobozo Ambalahonko HAZOMANANJARA 2006
Ambolobozo Ambinada MATAMBELONA 2006
Ambolobozo Ampanotoa VOLAMAITSO II 2006
Maromandia Maromandia LOVINJO 2006
Maroamndia Maromandia TSARAJORO 2006
Maromandia Ankitsika VARATRAZA 2006
Maromandia Tanandava II FANIHY 2006
Maromandia Tanandava II TSARAFAMINDRA 2006
Maroamndia Marovato Sud VOROMAHERY 2006
Maromandia Bevoay/Maromandia TSILAVONDRIVOTRA 2006
Maromandia Maromandia FPM 2006
Maromandia Maroamndia SANTATRA 2006
Maromandia Maroamndia TARATRA 2006
Maromandia Maroamndia BALISAMA 2006
13
Potentiel des Zones de Gestion des Ressources
Communautaires en tant que Corridors
Forestiers à L’ouest du Ghana
Potential of Community Resources Management Areas as Forest
Corridors in Western Ghana

WILLIAM ODURO1 • EMMANUEL DANQUAH 2

Résumé
Les éléphants de forêts au Ghana vivent en petites populations isolées avec un nombre
inférieur à 1 000 individus au total. A l’ouest du Ghana, la réserve de biosphère de
Bia est une zone isolée comprenant cependant la population d’éléphants de forêts
la plus importante au sein du peuplement forestier de Bia-Goaso (BGFB). Pour gar-
antir leur survie à long terme, un certain nombre de corridors forestiers et de cein-
tures de protection possibles a été proposé par plusieurs auteurs. Dans ce document,
nous faisons le rapport du statut des éléphants de forêts dans la zone et portons
notre réflexion sur le potentiel des zones de gestion des ressources communautaires
(CREMA) en tant que corridors forestiers afin d’améliorer les mouvements des élé-
phants dans la BGFB. Le concept des CREMA a bénéficié d’une attention considérable
au cours des dernières années et constitue l’approche de la Division de la faune au
Ghana pour établir un lien entre la conservation de la diversité biologique au sein
des limites extérieures des zones de réserves et l’avantage du développement social
et économique des communautés périphériques. Il est en harmonie avec l’objectif
Homme et Biosphère de l’UNESCO visant à la réalisation d’un équilibre durable entre
la conservation de la diversité biologique et la promotion du développement économ-
ique. Néanmoins, l’un des enjeux majeurs est de concevoir des corridors forestiers
à l’intérieur des zones de CREMA où l’activité humaine est minime ou inexistante,
qui non seulement assureront la viabilité des espèces et des écosystèmes sur le long

1 Département de la Gestion de la Vie Sauvage et des Populations Pauniques, Faculté des Ressources
Naturelles Renouvelables, Collège de L’agriculture et des Ressources Naturelles, Université des Sciences
et Technologies Kwame Nkrumah, Kumasi, Ghana. E-mail: williamoduro@[Link], Tél: +233–244
288321.
2 Auteur correspondant. E-mail: ekadanquah@[Link], Tél: +233–244 742385.
214
Oduro • Danquah 215
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana

terme mais seront également acceptées, politiquement et économiquement, auprès


des communautés locales et du gouvernement. Un certain nombre de recommanda-
tions nécessaires pour que ces corridors soient efficaces est proposé.
Mots-clés: CREMA, Mpameso, terre, fleuve, communauté, faune, corridor, récoltes,
rural, économique

Abstract
Forest elephants in Ghana live in small isolated populations and number less than 1
000 individuals in total. In western Ghana, the Bia Biosphere Reserve is an isolated
area but comprises the largest forest elephant population within the Bia-Goaso Forest
Block (BGFB). To ensure their long-term survival, a number of possible forest corri-
dors and shelterbelts have been proposed by several authors. In this paper we report
on the status of forest elephants in the area and discuss the potential of community
resources management areas (CREMAs) as forest corridors in enhancing elephant
movement in the BGFB. The CREMA concept has gained considerable attention in
recent years and it is the Ghana Wildlife Division’s approach to link the conserva-
tion of biological diversity within off-reserve areas to the benefit of social and eco-
nomic development of fringe communities. This is in line with UNESCO’s Man and
the Biosphere’s objective for achieving a sustainable balance between conserving bio-
logical diversity and promoting economic development. A major challenge however,
is to design internal forest corridors within the CREMAs where little or no human
activity takes place that will not only ensure the long-term viability of species and
ecosystems, but also be politically and economically acceptable to local communities
and government. A number of recommendations required for the corridors to be
effective are proposed.
Keywords: CREMA, Mpameso, land, stream, community, wildlife, corridor, crop, rural,
economic

1. Introduction
Une grande partie de la biodiversité en Afrique coïncide quasi-exactement aux zones
où vivent des autochtones et c’est pourquoi ces zones représentent certains des envi-
ronnements les plus exploités pour l’agriculture, la chasse et autres activités humaines
(Terborgh & Peres 2002, Colchester 2004, Attuquayefio & Fobil 2005). Une croissance
rapide de la population humaine, l’abattage du bois à des fins industrielles, l’agriculture
basée sur le désherbage et le brûlis, l’expansion des routes et de l’infrastructure et la
surexploitation de la chasse menant à des taux élevés de perte d’habitat et à sa modifica-
tion, sont la source de réduction des forêts tropicales humides en Afrique de l’Ouest de
8 à 12% de leur superficie passée (Naughton-Treves & Weber 2001). Ces modifications
216 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

de l’habitat présentent des conséquences potentiellement importantes pour les peuple-


ments fauniques associés, les différences signifiantes étant plus visibles entre les peuple-
ments naturels et les groupements généraux. Bien que de nombreux animaux sauvages
indigènes soient affligés par la conversion de l’habitat, certaines espèces générales pour-
raient s’adapter voire s’épanouir au sein de l’environnement modifié (Struhsaker 1996,
Barnes et al. 1995, Fonseca & Robinson 1990).
Le rapport sur le statut de l’éléphant africain de 2007 (Blanc et al. 2007) a estimé le
nombre total (défini) d’éléphants (Loxodonta africana) en Afrique de l’Ouest en 2007 de
7 487 comparé à 5 458 en 2002. Certes, la population d’éléphants en Afrique de l’Ouest
est moins exhaustive si on la compare à d’autres régions et est détectée sous forme de
groupes fragmentaires répandus à travers la forêt, la savane et autres habitats. Le Ghana
a la chance de partager plusieurs populations d’éléphants avec les pays voisins. Les élé-
phants se déplacent entre le Ghana et le Burkina Faso en traversant la frontière à l’est avec
le Togo (Okoumassa et al. 1998), voire la frontière à l’ouest avec la Côte d’Ivoire (c’est-à-
dire le corridor pour les animaux sauvages de Bia-Goaso-Diambarakrou). Cependant,
les preuves existantes indiquent que, à l’heure actuelle, les éléphants n’utiliseraient pas
le corridor de Bia-Goaso-Diambarakrou en raison de la menace croissante émanant de
l’expansion agricole.
Le Plan d’action pour la gestion des corridors transfrontaliers de conservation des
éléphants en Afrique de l’Ouest (Sebogo & Barnes 2003) met l’accent sur le besoin de
coopération entre les pays voisins en vue de gérer les corridors transfrontaliers pour
éléphants, étant donné que les populations transfrontalières d’éléphants totalisent plus
de la moitié des éléphants de forêts en Afrique de l’Ouest. Le succès de la gestion des
variétés transfrontalières apportera une contribution remarquable à la conservation des
éléphants ouest-africains. Deux options peuvent être utilisées pour surmonter le prob-
lème d’expansion agricole au sein du corridor pour les animaux sauvages de Bia-Goaso-
Diambarakrou: amélioration de l’habitat par la reforestation des zones dégradées et
création de corridors forestiers entre les bastions importants d’éléphants notamment la
réserve de biosphère de Bia. Ces options aideront le mouvement des éléphants et de ce
fait, contribueront à élargir la taille des populations (Beier & Noss 1998, Parren & Sam
2003). Les corridors forestiers offrent l’espoir de pouvoir inverser les conséquences de
la fragmentation de l’habitat dans un paysage dominé par les hommes. Un corridor
forestier qui relie deux groupes d’habitats isolés permet de réduire le risque d’isolement
génétique et aux éléphants d’accéder à une gamme plus importante de ressources
notamment si certaines ressources ne sont disponibles qu’à certaines saisons. Bien que
nous ayons tendance à penser que les éléphants soient les bénéficiaires principaux, les
corridors profitent à une gamme plus élargie d’organismes (Tewksbury et al. 2002). Une
fois de plus, des corridors suffisamment grands pour protéger les éléphants, pourraient
devenir importants pour la conservation de la biodiversité en général.
Dans ce document, le potentiel des corridors forestiers pour l’amélioration des
mouvements d’éléphants dans les zones démarquées de la Réserve de biosphère de Bia
est évalué sur la base du concept de zones de gestion des ressources communautaires
(CREMA) avancé par la Division de la faune au Ghana. Les zones CREMA ont pour
Oduro • Danquah 217
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana

objet de lier la conservation de la diversité biologique au sein des zones hors réserve
à l’avantage du développement social et économique de la communauté. Elles sont en
harmonie avec le concept de Réserve de biosphère et les éléments-clés de l’objectif du
Programme Homme et Biosphère (MAB) de l’UNESCO pour la réconciliation et la réal-
isation d’un équilibre durable entre les buts conflictuels de la conservation de la diver-
sité biologique, la promotion du développement économique et social et le maintien des
valeurs culturelles associées. Le statut actuel des populations d’éléphants de forêts dans
la zone est documenté et les attentes de la population locale en matière de conservation
des éléphants (Parren & Sam 2003) évaluée. Un certain nombre de recommandations
nécessaires pour que les corridors soient efficaces est également proposé.

2. Matériel et méthodes
2.1 Peuplement forestier de Bia-Goaso (BGFB)
Le BGFB à l’ouest du Ghana constitue environ
5000 kilomètres carré de la zone des hautes
forêts du Ghana, s’étendant des latitudes 6.15 à
7.20 degrés N et longitudes 2.24 à 3.16 degrés
O, immédiatement à l’est de la frontière entre le
Ghana et la Côte d’Ivoire (Figure 1).
La propriété foncière comprend plusieurs
zones protégées et terres communes accueil-
lant divers niveaux d’implantation humaine
et de pratiques agricoles, s’étendant au sud de
Sunyani à l’ouest du fleuve Tano et la frontière
du Ghana-Côte d’Ivoire. Les zones protégées
englobent 2 réserves naturelles (La réserve de
ressources et le Parc national de Bia désignée par
Réserve de biosphère de Bia (BBR)), 9 réserves
forestières (Asukesi, Bia Tano, Mpameso,
Bonkoni, Ayum, Subin, Bonsam Bepo, Bia Nord
et Krokosua Hills comprenant une zone de bio- Figure 1: Emplacement du BGFB (carré
diversité globalement importante) et 3 cein- rouge) à l’ouest du Ghana par rapport au
continent africain
tures de protection (Bia, Goa et Abonyere) au
sein desquelles l’implantation humaine est interdite. Les zones protégées forment une
partie significative de la zone d’étude et tombent sous le contrôle de la Commission for-
estière au Ghana. Les terres communes sont des zones où des populations et quelques
animaux sauvages résident et coexistent. L’immigration des populations dans les terres
communes pour l’agriculture de subsistance a causé une perte continue des variétés de
grands mammifères depuis 45 ans (Cumming & Lynam 1997).
La couverture terrestre naturelle consiste en une végétation forestière guinéo-congo-
laise (Hawthorne & Musah 1993, Hall & Swaine 1981). Au nord, la végétation est sèche et
semi-caduque mais au sud, elle change en végétation de type humide semi-caduque (Hall
218 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

& Swaine 1981). Elle correspond à l’association Celtis zenkeri-Triplochiton scleroxylon


de Taylor (1960). Les espèces commerciales essentielles de ces forêts sont: Les espèces
commerciales principales de ces forêts sont: Triplochiton scleroxylon, Entandrophragma
eutile, E. cylindricum les palmiers grimpants de type Ancistrophyllum secundiflorum et
Calamus deerratus étant caractéristiques des zones marécageuses. L’élévation moyenne
est de 200 à 550 m avec une topographie généralement ondulante. La pluviométrie
annuelle moyenne est de 680 à 1450 mm/an, caractérisée par une saison des pluies bi-
saisonnière de mars à juillet et septembre à novembre et une saison sèche importante
de décembre à février.

2.2 Synthèse des informations secondaires


Les revues scientifiques et les rapports de projet relatifs à la répartition et l’abondance
des éléphants et celles se rapportant aux informations socio-économiques sur les
communautés recueillies à l’ouest du Ghana, notamment les documents produits aux
termes du Projet de développement des zones protégées (PADP) Phases I & II, ont été
consultées. D’autres revues sur les activités des éléphants y compris les rapports sur
les dégâts causés par les éléphants sur les récoltes ont été examinées et les informa-
tions pertinentes extraites. Des données spatiales et temporelles secondaires relatives
aux types d’exploitation de la terre et la démographie humaine de la zone d’étude ont
été obtenues auprès des institutions appropriées et des revues scientifiques. En outre,
des informations actualisées concernant la délimitation des zones cartographiques et le
fonctionnement de la réserve de biosphère de Bia ainsi que d’autres documents de réfé-
rence sur le concept de la biosphère lui-même ont été recueillies auprès du Secrétariat
de GHANAMAB (Siège de l’EPA) et la Division de la faune. Par ailleurs, les documents
produits par l’équipe du Projet de biodiversité forestière de la communautédans la région
occidentale du Ghana, sous les auspices de CARE International, ont été consultés
surtout ceux relatifs à l’évaluation de l’habitat des zones CREMA et traitant des infor-
mations socio-économiques sur les communautés.

2.3 Identification du potentiel de création du corridor


2.3.1 Faisabilité géographique
L’utilisation de ceintures de protection par les éléphants au sein du BGFB (Parren &
Sam 2003) indique que la conception de corridors forestiers au sein des zones CREMA
présente le potentiel d’être traversées par les éléphants. C’est pourquoi la faisabilité des
zones CREMA en tant que corridors forestiers entre les réserves a été déterminée sur
la base d’images par satellite et de cartes. Les aspects suivants ont été pris en compte:
l’analyse des emplacements des zones CREMA par rapport à la répartition des éléphants;
la présence de fleuves et de rivières pour contribuer à la reforestation et l’exploitation
des terres et du reste de la couverture forestière.

2.3.2 Faisabilité socio-économique


Les corridors potentiels des zones CREMA ont été, entre autres, influencés par les
attitudes des locaux. Un questionnaire (Annexe 1) a été élaboré et administré par les
Oduro • Danquah 219
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana

communautés des zones CREMA (Fiches 1 & 2). Les enjeux notés comprenaient les
perceptions locales envers l’établissement possible de corridors pour les éléphants dans
les zones CREMA. La perception des communautés a été classée au sens le plus large,
comme suit: importance des éléphants; avantages découlant des éléphants; volonté
d’améliorer la condition du corridor par la plantation d’arbres et gestion des conflits
entre hommes et éléphants (coexistence).

Fiche 1: Groupe-témoin de discussion à Biano Fiche 2: Groupe-témoin de discussion à


concernant les perceptions locales vis-à-vis de Aberewakrom sur les zones de conflit majeurs
l’établissement possible de corridors pour les élé- entre hommes et éléphants au sein de la zone
phants au sein de la zone CREMA d’ Elluokrom CREMA de Kwamebikrom

Le niveau (pourcentage) de réponses positives en dérivant pour une perception par-


ticulière dans une zone CREMA (corridor potentiel) a été quantifié sur une échelle de
quatre points d’importance relative. L’importance d’une perception particulière infé-
rieure à 25% au sein d’une communauté était considérée très faible et donc moins sus-
ceptible de soutenir les corridors pour les éléphants et a été notée d’un point. Le niveau
d’importance inférieur de 25 à 50% était considéré comme faible et noté de deux points.
Un niveau d’importance inférieur de 50 à 75% était considéré moyen et noté de trois
points. Une importance supérieure à 75% était considérée élevée et donc plus suscep-
tible de soutenir les corridors pour les éléphants et notée de quatre points. La faisabilité
du soutien des corridors pour les éléphants s’appuyait sur un paramètre de priorité du
corridor et un rang de priorité moyen découlant du total des points attribué au sein
d’une communauté CREMA.

3. Résultats
3.1 Répartition des éléphants et modèle de mouvement dans la zone de
BGFB
La population des éléphants dans le BGFB est fragmentée et isolée parmi les popula-
tions de Bia et Goaso. A l’heure actuelle, on ne constate aucun mouvement d’éléphants
entre les deux populations ni aucun signe d’un tel mouvement à travers la frontière
Ghana-Côte d’Ivoire.
220 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
3.1.1 Zone de Bia
La plus grande population d’éléphants à l’ouest du Ghana est confinée aux forêts du sud
du BGFB. En s’appuyant sur la documentation et les contacts avec les agriculteurs et
le personnel de la Division de la faune, on peut conclure que la densité des éléphants
se concentre dans la réserve de biosphère de Bia (BBR). Sam et autres (2006) dans le
rapport de Blanc et ses co-auteurs (2007) estiment la population d’éléphants dans la
BBR à 115 têtes. Toutes les autres réserves forestières (FR) de la zone de Bia n’ont révélé
que peu de preuves de présence d’éléphants. Même si Blanc et autres (2007) ont compile
des rapports de preuve de présence d’éléphants dans la zone centrale de la FR du Nord
de Bia et celle plus au sud de Dadieso, aucune preuve n’a permis de soutenir leurs alléga-
tions dans l’étude actuelle.
Par contre, des preuves concrètes d’attaques d’éléphants sur les récoltes ont été
enregistrées dans les environs de la BBR pendant les travaux sur le terrain. La présence
d’éléphants a été confirmée au cours des visites régulières des terres agricoles à certains
moments de l’année, surtout pendant la saison des pluies lorsque les récoltes mûrissent.

3.1.2 Zone de Goaso


La seule population d’éléphants survivante dans la zone de Goaso se trouve dans la FR de
Mpameso. Sam (2004) a estimé à 72 le nombre d’éléphants dans la zone de Mpameso au
nord du BGFB. En dehors de quelques preuves de mouvements occasionnels d’éléphants
de la FR de Mpameso vers celle de Bia Tano via la ceinture de protection de Bia (SB),
aucun autre signe d’activité d’éléphants dans les autres réserves forestières constituant
la région de Goaso n’a été décelé (Danquah et al. 2009). Quelques rapports d’attaques
d’éléphants sur les récoltes ont été enregistrés dans les parties nord de la FR de Mpameso
rejoignant la SB de Bia.
La zone d’accueil de Goaso comprend quatre ceintures de protection: les SB de Bia et
Amama, reliant deux réserves forestières chacune et les SB de Goa et Abonyere qui ne
sont reliées que d’un côté d’une réserve forestière. Les éléphants se rendent à Abonyere
mais ne se déplacent pas dans un rayon de plus de 4–5 km au sein de la ceinture de
protection tandis qu’aucune présence d’éléphants n’est enregistrée dans la SB de Goa.
Parfois, les éléphants traversent la SB de Bia pour passer de la FR de Mpameso à celles
de Bia Tano et Asukese. Quelques pistes et crottins d’éléphants ont été observés sur la
longueur de la ceinture de protection, confirmant l’observation du Prix de conservation
de BP (2003) et celle de Dickinson (1990) des mêmes mouvements au cours des premi-
ères années.

3.2 Révision des études sur les corridors


Plusieurs propositions ont été faites concernant la faisabilité des corridors dans la zone
de traversée d’animaux sauvages de Bia-Goaso-Diambarakrou entre l’ouest du Ghana
et l’est de la Côte d’Ivoire (Sebogo & Barnes 2003). Les travaux à souligner parmi ces
propositions concernent ceux de Versteegen (1993) en Côte d’Ivoire; De Leede (1994) au
Ghana et par la suite, le travail de Parren et autres (2002), Parren et Sam (2003) et du
Prix de conservation de BP (2003) dans les deux pays.
Oduro • Danquah 221
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana

De Leede (1994) a observé que la faisabilité tant géographique que socio-économ-


ique des corridors entre les populations de Bia et de Goaso semblait très faible, étant
donné que:
(a) Plusieurs réserves forestières ont été converties en terres agricoles au cours des dern-
ières années (Bia Tawya, Sukusuku), avec pour résultat une diminution générale de
l’habitat des éléphants;
(b) Les zones entre les réserves restantes sont utilisées de manière extensive pour
l’agriculture et les populations d’éléphants sont plus isolées que ce que l’on pensait;
(c) Plusieurs villages sont éparpillés à travers cette zone agricole;
(d) Il ne reste que peu de forêts hors réserve à utiliser comme point de départ pour la
création des corridors;
(e) L’attitude des communautés locales concernant la conservation des éléphants et la
reforestation est généralement négative.
Versteegen (1993) a fait remarquer que,
dans l’avenir, si la survie des éléphants doit
être assurée, des efforts doivent être entre-
pris pour relier les populations d’éléphants
au Ghana à celles de la Côte d’Ivoire. Un
tel scénario ne peut se produire que par
l’établissement d’un corridor le long du
fleuve de Bia et d’un autre, de la réserve
de biosphère de Bia vers Bossemattié via
Diambarakou, impliquant un programme
majeur de reforestation en coopération
avec la population riveraine. En passant
en revue les points ci-dessus et les travaux
de De Leede (1994); Parren et al. (2002);
Parren et Sam (2003) ainsi que du Prix
de Conservation de BP (2003), trois cor-
ridors pour les éléphants les plus viables
Figure 2: Corridor pour les animaux sauvages
sont proposés (Figure 2), dont deux (A et de Bia-Goaso-Diambarakrou indiquant l’empla-
B) sont transfrontaliers: cement des zones CREMA (vert clair), de la BBR
A. Le corridor du fleuve de Bia — Pour et des autres populations d’éléphants confirmées
relier la population de la réserve de (jaune) à l’ouest du Ghana et à l’est de la Côte
d’Ivoire. Les flèches indiquent les propositions
biosphère de Bia à celle de la zone de corridors viables reliant la BBR aux autres
de FC de Songan en Côte d’Ivoire le réserves.
long du fleuve Bia, y compris la FR de
Dadieso qui englobe une petite population d’éléphants (Blanc et al. 2007). Un cor-
ridor de forêt le long du fleuve de Bia relierait la réserve de biosphère de Bia avec
la FR de la rivière de Boin et la FC de Songan avec la réserve de biosphère de Bia
et la FR de la rivière de Boin par la FR de Dadieso. En même temps, il relierait la
population de Bia avec celle de Goaso par la FR de Krokosua Hills presqu’adjacente
222 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
aux rives de Bia. Il n’est cependant pas clair si — dans le cadre de la création d’un cor-
ridor- les éléphants pourraient traverser le terrain vallonné de Krokosua Hills et des
FR de Bonsam Bepo dans la zone nord de Goaso.
B. Corridor de Diambarakrou — La FC de Diambarakrou offre une option intéressante
pour l’établissement d’un corridor entre la Côte d’Ivoire et la pointe occidentale
extrême de la réserve de biosphère au Ghana. La première raison en est que cette dis-
tance couvre la zone forestière de la réserve. La deuxième raison est que le corridor
potentiel pourrait suivre un cours d’eau qui s’écoule de la FC de Diambarakrou vers
celle de Songan où la population humaine locale est éparse (Parren & Sam 2003).
C. La réserve de biosphère de Bia en direction de la FR de Bia Nord — un corridor
entre ces deux zones est également viable en termes de distance (environ 4 km de
longueur). La réintroduction des éléphants dans la FR de Bia Nord de la réserve de
biosphère de Bia rend intéressante l’exploration d’une option de corridor bien qu’il
n’existe aucune rivière ni aucun cours d’eau majeurs reliant les deux réserves pour
faciliter la création d’un corridor.

3.3 Faisabilité géographique


Le BGFB comprend quatre zones CREMA: celles de Kwamebikrom, d’Asuopri,
d’Asempaneye et d’Elluokrom (Figure 3). Les zones CREMA de Kwamebikrom et
d’Asuopri sont placées de manière pratique pour permettre une connexion entre
la réserve de biosphère de Bia à la FR de Bia Nord tandis que celles d’Asempaneye

Figure 3: Emplacement de la zone CREMA (jaune) aux alentours de la réserve


de biosphère de Bia
Oduro • Danquah 223
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana

et d’Elluokrom sont naturellement alignées pour relier la FR de Krokosua Hills à la


BBR. Actuellement, les éléphants traversent occasionnellement les zones CREMA de
Kwamebikrom, d’Asuopri and d’Elluokrom pour attaquer les récoltes sans toutefois se
déplacer à plus d’1 ou 2 km au sein de celles-ci. Néanmoins, aucune présence d’éléphants
n’a pour l’instant été rapportée dans la zone CREMA d’Asempaneye.

3.4 Statut de la végétation des zones CREMA


La couverture terrestre de l’ensemble des groupes de CREMA est plutôt hétérogène,
composée d’une zone urbaine et de poches de forêt intacte. Dans la zone CREMA de
Kwamebikrom (Figure 4), la couverture terrestre comprend un pourcentage important
(environ 30%) de végétation (forestière) de type ouverte et fermée. Il s’agit principale-
ment de plantations agro-forestières de cacao où ce dernier est cultivé sous diverses
intensités d’ombrageux. La couverture d’ombrageux est surtout dense vers la section
sud-est de la zone CREMA bordant la BBR. Les ‘stool lands’ (terres de clans) spécifiques
présentes dans cette zone sont King Solomon, Aberewakrom et New Wenchi. Les autres
zones comprennent les ‘stool lands’ (terres de clan) de Kwamebikrom et E. K. Manu.

Figure 4: Carte de la couverture terrestre de la zone CREMA de Kwamebikrom.


Superficie totale = 7 277.13 ha
224 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Dans la zone CREMA d’Elluokrom (Figure 5), des zones dégradées et urbaines pré-
dominent. Il s’agit principalement de terres agricoles et de forêts dégradées. Les terres
agricoles sont également dominées par la culture du cacao. Le type de couverture arbo-
ricole le plus abondant est le cacaoyer. La portée de la couverture dans les plantations
de cacao varie des cacaoyers en canopée fermée (couvrant presque la totalité) aux types
ouverts de culture de manioc et autres cultures alimentaires. La couverture d’arbres for-
estiers est plus dense vers la section oust de la zone CREMA bordant la BBR. Les ‘stool
land’ (terres de clans) spécifiques trouvées dans cette zone sont Akuoko, Obeikrom et
Attakrom qui sont encore peuplées d’une bonne proportion de parcelles forestières.
La zone CREMA d’Elluokrom s’illustre par un réseau dense de ressources hydriques.
Le fleuve principal qui la traverse est le fleuve Bia en direction nord-sud. Il s’écoule à
proximité de communautés majeures comme Elluokrom et Biano en direction du sud
de la zone CREMA. Le long de certaines des sections du fleuve Bia et de ses affluents,
on trouve une végétation dense de bambous et de raphia qui, dans certaines zones, cou-
vrent la surface. Cette couverture de végétation rend les sections du fleuve invisibles. Ce
qui est visible est une couverture forestière distincte serpentant à travers les plantations

Figure 5: Carte de la couverture terrestre de la zone CREMA d’Elluokrom.


Superficie totale = 7 950.00 ha
Oduro • Danquah 225
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana

Figure 6: Carte de la couverture terrestre de la zone CREMA d’Asempaneye.


Superficie totale = 4 580.66 ha
226 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

de cacao à l’intérieur de la zone CREMA. Bien que la plupart des affluents soient tempo-
rels, peu sont perpétuels et une source majeure d’eau potable pour la plupart des com-
munautés. La menace la plus commune à ces ressources hydriques émane des activités
agricoles qui ont lieu à proximité de la zone-tampon. En dehors de l’agriculture, une
certaine activité de pêche a été constatée dans quelques zones le long du fleuve Bia dans
la zone CREMA.
De tous les groupes de zones CREMA, celui d’Asempaneye comprend la zone
urbaine la plus importante, constituée principalement d’un village et d’exploitations
agricoles ouvertes (Figure 6). Mais, en direction du corridor Est, accompagnant la FR
de Krokosua Hills se trouve une bande de forêts ouvertes se terminant en poches de
forêts fermées. On trouve aussi une route intermédiaire qui longe pratiquement 60% de
la longueur totale de la zone CREMA.
La couverture terrestre de la zone CREMA d’Asuopri est composée d’un pourcentage
important (environ 40%) de végétation (forestière) de type ouverte et fermée (Figure
7). Il s’agit aussi principalement de plantations agro-forestières de cacao où ce dernier
est cultivé sous diverses intensités d’ombrageux. La végétation forestière est plus dense
en direction des sections nord, est et sud de la zone CREMA bordant la FR de Manzan,
celle de Bia Nord et la BBR. Les ‘stool lands’ (terres de clans) spécifiques trouvées dans
ces zones comprennent Old Debiso et New Debiso.

Figure 7: Carte de couverture terrestre de la zone CREMA d’ Asempaneye.


Superficie totale = 6 133 ha
Oduro • Danquah 227
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana

3.5 Faisabilité socio-économique


Cent individus ont été tirés au sort auprès
de dix communautés CREMA sélection-
nées de manière aléatoire et interviewés.
La pratique principale d’exploitation
des terres était l’agriculture et la plupart
des membres de la communauté (62%)
étaient activement impliqués dans des
activités liées aux zones CREMA comme
des exercices de plantations d’arbres pour
améliorer la condition des forêts (Fiche
3). Ainsi, un niveau général de sensibili-
sation concernant la conservation de la
nature et la protection des ressources for-
estières notamment dans les zones hors
réserve a été constaté. De manière géné-
rale, l’opinion de la plupart des commu-
nautés (68%) était de continuer à protéger
les éléphants parce qu’ils représentaient un
Fiche 3: Semis cultivés localement à
patrimoine national à préserver pour les Kwamebikrom, utilisé pour améliorer les
générations futures et que leur existence conditions forestières dans la zone CREMA de
était importante pour la survie de la faune Kwamebikrom
(Tableau 1).

Tableau 1: Classement par priorité (pourcentage) relatif au soutien de la communauté


pour les corridors de traversée d’éléphants dans les zones CREMA
Corridor A B C
Classement concernant l’importance des éléphants 4 (87) 4 (82) 4 (79)
Classement concernant les avantages de la présence d’éléphants 3 (62) 2 (38) 3 (57)
Classement concernant l’amélioration des conditions forestières 4 (100) 4 (100) 4 (100)
Classement concernant la gestion des attaques sur les récoltes 2 (26) 1 (11) 2 (44)
Classement moyen des priorités 3.3 2.8 3.3
Paramètres de priorités des corridors* Elevé Moyen Elevé

*Paramètres de priorités des corridor


1. Elevé = Classement moyen de priorités 3–3,9 Plus susceptible de soutenir les corridors pour
éléphants.
2. Moyen = Classement moyen de priorités 2–2,9 Susceptible de soutenir les corridors pour
éléphants.
3. Faible = Classement moyen de priorités 1–1,9 Moins susceptible de soutenir les corridors pour
éléphants.
228 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

4. Discussion
4.1 Statut des éléphants
On savait que des éléphants habitaient toutes les réserves de la zone d’étude en densités
considérables (De Leede 1994) et de ce fait, on aurait dû observer une population plus
importante et une répartition plus élargie que celle véritablement trouvée; la situation
actuelle sur le terrain est hélas moins favorable. Les résultats indiquent que la densité
et répartition des éléphants ont diminué considérablement dans la zone de Goaso
(Sam et al. 2006). Cette contre-indication au travail de De Leede est importante dans
la mesure où deux décennies se sont écoulées depuis que l’étude a été menée. Au vu du
déclin inquiétant du nombre d’éléphants au cours de cette période, des efforts concertés
devraient être placés pour en déterminer les causes et des mesures prises rapidement
pour y remédier.
Les études existantes (Sam 2004, Sam et al. 2006, Blanc et al. (2007) démontrent que
la BBR abrite une population d’éléphants plus importante que la FR de Mpameso. Placée
au second rang pour la densité des éléphants au Ghana, après la zone de conservation de
Kakum (Blanc et al. (2007), la population d’éléphants de Bia est très significative pour la
conservation des éléphants et leur survie à long terme en Afrique de l’Ouest. Une con-
centration aussi élevée d’éléphants dans une zone relativement petite engendre égale-
ment des implications de gestion pour les attractions touristiques et surtout l’observation
des éléphants. L’un des attributs plutôt complexe affectant régulièrement les relations
avec la communauté locale, concerne les dégâts causés par les éléphants sur les récoltes.
Certaines communautés locales affligées ont, dans le passé, protesté et organisé les ser-
vices de chasseurs professionnels d’éléphants –semblerait-il de la zone de Goaso — pour
pister et tuer les éléphants fautifs en vue d’effrayer d’autres prédateurs potentiels de la
zone. La Division de la faune gère actuellement la situation grâce à une équipe de terrain
travaillant avec les communautés, qui rencontre régulièrement les leaders d’opinion et
les communautés affligées pour résoudre le problème à l’amiable. Bien que la population
de Goaso se place loin en termes de densité d’éléphants dans le contexte sous-régional
global, le fait que la zone de Goaso ait atteint un niveau de statut de protection sous les
auspices de la Commission forestière, signifie que les éléphants sont actuellement plus
en sécurité que jamais, créant les conditions et possibilités idéales pour la croissance.
D’autre part, dans le contexte ghanéen, son importance ne peut pas être suffisamment
soulignée, surtout si l’on tient compte du nombre de populations forestières existantes.
De plus, la population d’éléphants de Goaso dépasse largement le nombre moyen de 40
têtes établi en Afrique de l’Ouest dans sa stratégie de protection des éléphants (Sebogo
& Barnes 2003) et joue un rôle crucial pour garantir la survie à long terme de la popula-
tion de Bia.

4.2 Potentiel des zones CREMA en tant que corridors pour éléphants
Le concept de CREMA se fonde sur l’établissement de zones où la gestion de la faune
est incorporée dans l’exploitation existante des terres. Les zones CREMA confèrent un
contrôle local plus important et une participation à la gestion des ressources naturelles
Oduro • Danquah 229
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana

(notamment la faune), augmentent la portée des droits des agriculteurs sur la sylvi-
culture et fournissent une plateforme de facilitation pour résoudre les problèmes de
propriété foncière. Si les agriculteurs profitent des avantages financiers des ressources
naturelles, ils seront plus à même d’en devenir responsables. Alors que le programme
des zones CREMA s’est concentré sur les ressources fauniques, l’exécution de ce pro-
gramme aura des implications importantes et positives à long terme pour une gamme
plus élargie de ressources autres que la faune.
Reconnecter les fragments d’habitats aux réserves forestières avoisinantes est l’une
des stratégies de gestion les plus efficaces pour garantir la survie à long terme de la
faune dans les paysages fragmentés. Par exemple, relier deux parcelles d’habitat isolé
d’éléphants permet aux éléphants d’accéder à une gamme de ressources plus impor-
tantes, surtout si certaines ressources ne sont disponibles qu’à certaines saisons. De ce
constat, un premier corridor traversant la BBR et la FR de Krokosua Hills, reliant la
population de Bia à celle de Goaso semble le plus pratique. Il pourrait former les premi-
ères mesures pour la création d’un corridor pour le fleuve Bia (De Leede 1994, Parren
et al. 2002, Parren & Sam 2003) qui relierait finalement la population d’éléphants de Bia
à celle de Boin et celle de Songan en Côte d’Ivoire aux populations de Bia et de Boin.
Un corridor BBR–FR de Bia Nord FR (De Leede 1994, Parren et al. 2002, Parren & Sam
2003) serait la prochaine option de corridor pratique à explorer, visant à réintroduire les
éléphants de la BBR dans la FR de Bia Nord (Danquah et al. 2009).
Les deux options de corridors intra-réserves sont intéressantes car elles visent à
augmenter la population d’éléphants de la BBR qui comptabilise déjà une population
importante dans la zone. Les avantages primaires sont que les deux corridors traversent
les zones CREMA établies et sont adjacents à la partie Nord de la BBR soit la mieux
préservée. En outre, la zone CREMA d’Elluokrom qui traverse des zones inondées et
des rives, comme le fleuve Bia, présente un avantage supplémentaire d’apport con-
stant d’eau potable pour les éléphants. Des trous d’eau artificiels pourraient être créés
dans les autres zones CREMA pour veiller à ce que les éléphants restent à l’intérieur
de leurs frontières. Cette idée a été appliquée avec succès dans la Forêt Classée (FC) de
Bossematié (Waitkuwait 1992). La répartition des éléphants le long du fleuve, surtout
pendant la saison sèche, est bien documentée (Danquah et al. 2001, Sam et al. 1997) et
dans la plupart des cas, la rareté de l’eau dans le rayon et l’affinité des éléphants à l’eau
deviennent le thème central d’une telle répartition.
La Division de la faune a aussi intégré l’idée du corridor dans les plans de gestion les
plus récents pour les communautés. Une meilleure couverture forestière dans les cor-
ridors est possible car les locaux, par le biais de l’initiative de reboisement du Ghana,
favorisent actuellement le développement forestier dans les zones CREMA et le fait que
les agriculteurs soient enthousiastes à l’idée de planter des arbres le long des rives est
un aspect important lors de la réflexion sur la création de corridors. Un effort ultérieur
pour repeupler davantage ces forêts d’éléphants peut être réalisé en les reliant à la FC
avoisinante de Songan en Côte d’Ivoire et celle de Diambarakrou le long du fleuve Bia.
230 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

5. Conclusions
Les corridors peuvent rendre davantage de services que la simple conservation de la
biodiversité. Ils peuvent également être bénéfiques en termes de niveau et de qualité de
l’eau pour les agriculteurs le long du fleuve Bia et permettent de produire des produits
forestiers utiles non liés au bois. Ces produits pourraient être la clé de la participation
locale dans la restauration de la forêt et la gestion et le contrôle de la faune tel que dével-
oppé par le programme CREMA. Le concept de réalisation d’un équilibre durable entre
la conservation de la diversité biologique et la promotion du développement économ-
ique est, en outre, soutenu par les éléments-clés des objectifs du programme Homme et
Biosphère (MAB) de l’UNESCO.
Les concepts de Réserve de biosphère et de zones CREMA sont idéaux pour les con-
ceptions de corridors car ils permettent l’autonomisation des communautés locales en
matière d’utilisation des ressources tout en optant pour leur durabilité. La création de
corridors concerne le paysage rural et effleure la notion de préservation des fragments
forestiers existants dans une zone plus élargie que le corridor sans oublier la durabilité
de l’agriculture en intégrant davantage d’arbres dans les pratiques agricoles, au sein de la
zone-tampon du corridor, après la reforestation des zones dégradées au sein de la zone
de corridor prévue (Smeding & Joenje 1999).
Néanmoins, pour garantir que les éléphants utiliseront ces corridors, nous devons
nous assurer que l’intervention humaine dans la zone du corridor soit règlementée à
bon escient, avec les restrictions dans le temps et l’espace pour les activités humaines. Le
plus grand problème entre hommes et éléphants pourrait émaner des activités d’attaques
d’éléphants sur les récoltes. Une approche communautaire, à technologie peu avancée,
pour dissuader les éléphants contre les attaques des terres agricoles dans la zone de tran-
sition du corridor (Osborn & Parker 2003) semble présenter la solution la plus durable
afin d’atténuer les coûts directs encourus dans la perte de ressources alimentaires et de
subsistance primaires et les coûts indirects émanant d’une variété de coûts sociaux qui
seraient même susceptibles d’aboutir à un échec total des corridors en tant que moyen
de traversée (Parren & Sam 2003).

6. Recommandations
Les corridors proposés ici imposent un certain nombre de mesures et de directives pour
que leur probabilité d’utilisation augmente en tant que corridor pour les animaux sau-
vages. En premier lieu, les éléphants de forêts sont friands de certains arbres fruitiers
dont les espèces Parinari excelsa, Balanites wilsoniana, Panda oleosa, Sacoglottis gabon-
ensis et Tieghemella heckelii (Martin 1991, Hawthorne & Parren 2000, Theuerkauf et al.
2001). La plantation de ces arbres dans les corridors désignés au sein des zones CREMA
ou l’enrichissement des forêts proches de l’entrée de ces corridors forestiers pour-
raient attirer les éléphants et améliorer les chances qu’ils utilisent ces zones CREMA.
Une recherche plus approfondie devrait tenir compte de la composition des espèces,
la structure et les fonctions des arbres devant être considérés pour une plantation
Oduro • Danquah 231
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana

d’enrichissement. De même, les arbres devraient servir de source d’attraction à d’autres


animaux sauvages et profiter aux villageois.
Deuxièmement, il est impératif d’établir des refuges d’animaux, bien gérés, au sein
des zones CREMA, où absolument aucune activité humaine n’a lieu. La flore riveraine,
les marécages, les bosquets sacrés et l’habitat autour des étangs et rivières devraient être
placés en priorité en raison de l’importante biodiversité qui existe dans ces lieux et des
perspectives d’agriculture et de chasse non attrayantes y étant associées. Ces refuges,
lorsqu’ils ont été identifiés, devront être multipliés et connectés afin de protéger leur
intégrité et devraient être placés en priorité lors des activités de plantation d’arbres. La
création et par la suite, l’expansion de refuges gérés intensivement au sein des zones
CREMA forment la base de l’établissement de corridors internes pour les animaux sau-
vages au sein d’une zone CREMA plus importante et offrent un moyen efficace de con-
trecarrer la chasse non règlementée et les activités de déforestation tout en améliorant
l’habitat pour encourager l’utilisation par les animaux sauvages et les éléphants.
Troisièmement, les changements en matière d’exploitation des terres sont recom-
mandés afin de préserver les parcelles forestières restantes dans les zones CREMA.
La planification et les techniques agricoles doivent être améliorées dans la zone, afin
de nourrir une population humaine toujours croissante, confrontée à des conditions
naturelles en voie de détérioration et de réduire la vulnérabilité de la conversion de leur
habitat faunique en terres agricoles. On doit encourager les agriculteurs à conserver
des parcelles forestières sur les terres agricoles ou à cultiver à proximité des villages. De
même, ils devraient développer leurs cultures les uns à côté des autres pour réduire le
ratio superficie-zone. En partie, la réalisation de ce but dépendra de l’amélioration de
l’intensité et l’efficacité de la sensibilisation des communautés et de l’éducation sur la
conservation.
En dernier lieu, la viabilité à long terme des zones CREMA dépend du ralliement et
de la bonne volonté de tous les membres de la communauté. Les communautés pour-
raient avoir besoin d’être créatives dans leurs efforts de contrôler les activités de chasse
au sein de leurs zones CREMA respectives étant donné que certains membres en sont
venus à compter sur ces zones hors réserves pour leurs activités de subsistance surtout
dans le cadre de la collecte des produits forestiers non liés au bois. A l’évidence, le soutien
complet du gouvernement au niveau local et national pour ce type d’effort garantirait
le succès. Des sources alternatives de protéines et de revenus (par ex., élevage piscicole
et apiculture) devraient être développées dans les communautés locales pour aider à
réduire la dépendance exagérée au gibier et aux terres agricoles.

7. Remerciements
L’étude s’est reposée largement sur les documents produits aux termes du Projet de dével-
oppement des zones protégées de la Division de la faune et les cartes des zones CREMA
produites par le Projet de biodiversité forestière des communautés de CARE International
dans la région ouest du Ghana.
232 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

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Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana

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236 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Annexe 1
Questionnaire sur les perceptions locales vis-à-vis de l’établissement
possible de corridors pour les éléphants au sein des zones CREMA dans
les communautés périphériques sélectionnées de la zone de Bia-Goaso.
Informations personnelles
1. Communauté . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Age . . . . . . . . .
Profession . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Sexe . . . . . . . . .
2. Etes-vous originaire de ce village? Oui Non
3. Si vous êtes agriculteur, combien de terres agricoles possédez-vous . . . . . . . . .
et quelles sont les dimensions? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
4. A quelle distance de la zone CREMA se trouve votre exploitation agricole?
1 km 1–2 km 3–5 km 6–8 km
5. De quelle manière la zone CREMA a-t-elle affectée votre exploitation agricole?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
6. Si vous êtes chasseur, quels animaux chassez-vous? . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
7. A quelle distance de la zone CREMA chassez-vous?
1 km 1–2 km 3–5 km 6–8 km
8. De quelle manière la zone CREMA a-t-elle affectée votre activité de chasse?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Pratiques d’exploitation agricole
9. Quels avantages découlent de la zone CREMA pour votre communauté? . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
10. Quelles sont les pratiques d’exploitation agricole au sein de la zone CREMA?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
11. Qu’avez-vous constaté au sujet des forêts dans la zone CREMA?
augmentation réduction aucune idée
12. En cas de réduction, quelle est la cause? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
13. Est-ce que des mesures peuvent être prises pour améliorer la situation?
Oui Non
14. Si oui, quoi? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Importance des éléphants
15. Avez-vous constaté une présence d’éléphants dans la zone CREMA auparavant?
Oui Non
Oduro • Danquah 237
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana

16. Si oui, indiquez la(les)date(s) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


saison(s) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
lieu(x) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
direction du mouvement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
17. Si non, avez-vous entendu parler de passage d’éléphants ici il y a quelques temps?
Oui Non
18. Pensez-vous que les éléphants et animaux sauvages doivent
être protégés/sont importants? Oui Non
19. Si oui, pourquoi?
viande de gibier patrimoine tourisme
fonction d’écosystème autres
20. Autres avantages découlant de la présence d’éléphants pour la communauté?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
21. Le conflit entre hommes et éléphants est-il sérieux dans votre région?
Oui Non
22. Si oui, quelle forme prend-il?
attaques sur les récoltes blessures physiques
attaques des puits autres
23. Quelles sont les récoltes subissant habituellement les attaques?. . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
24. Utilisez-vous une méthode de dissuasion des éléphants sur votre exploitation
agricole? Oui Non
25. Si oui, veuillez préciser . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
26. Ces méthodes sont-elles efficaces? Oui Non
27. Avez-vous besoin d’aide pour éloigner les éléphants? Oui Non
28. Pensez-vous que les hommes et les éléphants peuvent coexister grâce à une
gestion adaptée? Oui Non
29. Si oui, comment? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
30. Si non, souhaiteriez-vous être transféré ailleurs et recevoir une compensation?
Oui Non
31. Avez-vous déjà participé à un exercice de plantations d’arbres auparavant?
Oui Non
32. Seriez-vous prêt à recommencer pour améliorer l’habitat des éléphants?
Oui Non
33. Si oui, pourquoi? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
34. Si non, pourquoi? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
35. Pourriez-vous sacrifier une partie de vos terres pour créer des corridors pour les
éléphants? Oui Non
36. Si non, veuillez indiquer les raisons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
14
L’entreprise D’élevage Piscicole
comme Catalyseur de la Conservation
Environnementale: Le Cas de la Réserve
Homme et Biosphère du Mont Kenya
Fish Farming Enterprise as a Catalyst to Environmental Conservation:
Case of Mount Kenya Man and Biosphere Reserve

FRED KIHAR A1 • NANCY CHEGE 2 • GAVIN HOCH 3

Résumé
Situé à 5,199 m au-dessus du niveau de la mer, le Mont Kenya est la deuxième mon-
tagne la plus haute en Afrique (Photo 1). L’écosystème accueille une variété diversi-
fiée de flore et de faune dont certaines espèces végétales endémiques ainsi que des
espèces animales rares et menacées d’extinction. Grâce à ses paysages impression-
nants, ses formations naturelles époustouflantes et sa capacité à soutenir le dével-
oppement humain, le Mt Kenya a été classé réserve Homme et Biosphère (MAB) par
l’UNESCO en 1978. Cependant, au cours des récentes décennies, la réserve Homme
et Biosphère du Mt Kenya a été soumise à une pression considérable et à une dégrada-
tion en résultat d’une gestion médiocre des ressources, de la pression des populations,
la pauvreté et une dépendance plus accrue des ressources forestières. Ces facteurs
ont engendré l’amenuisement des forêts, l’assèchement des cours d’eau, l’érosion du
sol, la réduction de la diversité des espèces et le déclin général de la capacité de la
forêt à fournir des services économiques et environnementaux aux communautés
voisines (CMTS 2001, Gathaara 1999, Wass 1995). A leur tour, ces effets ont eu un
impact sur le rythme et l’uniformité des activités de développement humain aux alen-
tours de la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya.

1 Auteur correspondant · Coordinateur local de l’initiative COMPACT du programme GEF de petites sub-
ventions pour le Mt Kenya · E-mail: fredkihara@[Link] · Addresse: P.O. Box 19738, 00100 Nairobi,
Kenya
2 Coordinateur national du programme GEF de petites subventions du PNUD, Kenya · E-mail: nancy.
chege@[Link] · Addresse: P.O. Box 30218, 00100, Nairobi , Kenya
3 Volontaire du US Peace Corps auprès de l’initiative COMPACT du Mt Kenya · Eemail: gavhoch@gmail.
com · Addresse: 2399 Jones Drive, Dunedin, Florida, United States
238
Kihara • Chege • Hoch 239
Entreprise d’Élevage Piscicole : Réserve Homme et Biosphère du Mont Kenya

L’initiative de Gestion communautaire pour la conservation des zones protégées


(COMPACT) soutenue par le GEF (Global Environment Facility) grâce au Programme
de petites subventions (SGP) et mis en place par le Programme des Nations Unies
pour le développement (PNUD) entend renverser ces tendances en engageant les
communautés dans des projets de conservation environnementale autour des zones
protégées et des sites du patrimoine mondial (WHS) comme le Mt Kenya (UNESCO
1997). Les entreprises d’élevage piscicole se placent parmi les exemples de réus-
site des projets communautaires ayant encouragé la conservation environnementale
tout en améliorant les moyens de subsistance (Bovarnick & Gupta 2003, Brown et
al. 2005, Liniger et al. 2011). Depuis le début 2004, COMPACT a soutenu cinq entre-
prises d’élevage piscicole gérées par la communauté autour de la réserve Homme et
Biosphère du Mt Kenya (Photo 2). En conséquence du succès de ces projets-pilotes,
de nombreux autres groupes communautaires ont lancé des entreprises d’élevage
piscicole pour générer des revenus et contribuer à préserver l’environnement au
sein et autour de leurs communautés. D’autres intervenants y compris les ministères
et bureaux des pêcheries régionales du Gouvernement du Kenya (GoK), les organi-
sations non gouvernementales (ONG) locales et internationales, les organismes de
bailleurs de fonds et les fonctionnaires des administrations locales ont également
reconnu les nombreux avantages de l’élevage piscicole en matière de subsistance et de
conservation et se sont joints pour développer et soutenir ces entreprises commu-
nautaires dans la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya ainsi que d’autres zones
correspondantes au sein de la nation (Ngugi et al. 2007).
Mots-clés: GEF, Programme de petites subventions, site du patrimoine mondial,
revenu, durable, tilapia, truite, jeunes plants d’arbres, pépinière, forêt, bassin hydro-
graphique, érosion du sol, bois de combustible

Abstract
At 5 199 m above sea level, Mount Kenya is the second highest mountain in Africa
(Photo 1).The ecosystem is home to a diverse variety of plant and animal life, including
numerous endemic species of plants as well as rare and endangered fauna species. As
a result of its impressive landscapes, outstanding natural processes and its capacity to
support human development, Mt. Kenya was listed as a UNESCO Man and Biosphere
Reserve (MAB) in 1978. However, in recent decades the Mt. Kenya Man and Biosphere
Reserve has experienced considerable environmental pressure and degradation as
a result of poor resource management, population pressure, poverty, and increased
dependence on forest [Link] factors have led to shrinking forests, drying up
of streams, soil erosion, reduced species diversity and general decline in the capacity
of the forest to provide economic and environmental services for nearby communi-
ties (CMTS 2001, Gathaara 1999, Wass 1995). These effects have, in turn, negatively
impacted the pace and uniformity of human development activities around the Mt.
Kenya Man and Biosphere Reserve.
240 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

The Community Management of Protected Areas Conservation (COMPACT)


Initiative, supported by the Global Environment Facility (GEF) through the Small
Grants Programme (SGP) and implemented by the United Nations Development
Programme (UNDP), seeks to reverse these trends by engaging communities in envi-
ronmental conservation projects around protected areas and World Heritage Sites
(WHS) such as Mt. Kenya (UNESCO 1997). Fish farming enterprises are some of the
most successful examples of community-based projects that have promoted envi-
ronmental conservation while also improving livelihoods (Bovarnick & Gupta 2003,
Brown et al. 2005, Liniger et al. 2011). Beginning in 2004, COMPACT has supported five
community-based fish farming enterprises around the Mt. Kenya Man and Biosphere
Reserve (Photo 2). As a result of the success of these pilot projects, many other com-
munity groups have started fish farming enterprises to generate income and help
conserve the environment within and around their communities. Other stakeholders,
including Government of Kenya (GoK) ministries and District Fisheries offices, local
and international non-governmental organizations (NGOs), donor organizations and
local administration officials have also recognized the numerous livelihood and conser-
vation benefits of fish farming projects, and have joined in developing and supporting
these community enterprises within the Mt. Kenya Man and Biosphere Reserve and in
other suitable areas across the nation (Ngugi et al. 2007).
Keywords: GEF, Small Grants Programme, World Heritage Site, income, sustainable,
tilapia, trout, tree seedling, nursery, forest, water catchment, soil erosion, firewood

Photo 1: Réserve Homme et Biosphère du Mt Photo 2: Entreprise d’aquaculture commu-


Kenya dans la région de Central Highlands au nautaire soutenue par COMPACT à l’est du Mt
Kenya Kenya

1. Introduction
Le Mt Kenya est la montagne la plus haute du Kenya et la deuxième la plus haute de
toute l’Afrique, se plaçant juste derrière le Mt Kilimandjaro de la Tanzanie voisine. Avec
ses sommets revêtus de glaciers accidentés et ses pentes moyennes couvertes de forêts,
Kihara • Chege • Hoch 241
Entreprise d’Élevage Piscicole : Réserve Homme et Biosphère du Mont Kenya

le Mt Kenya présente l’un des paysages les plus impressionnants en Afrique de l’Est.
L’évolution et l’écologie de sa flore afro-alpine offrent un exemple exceptionnel de for-
mations écologiques. Le Mt Kenya accueille une variété diversifiée de flore et de faune y
compris des espèces rares comme l’antilope Bongo montagnarde, la lobélie géante et le
séneçon (Photo 3) (Gathaara 1999, GEF-SGP 2010, KWS 2002). D’autres animaux sau-
vages comme les éléphants, zèbres, lions, léopards, buffles, antilopes et singes ainsi que
des espèces végétales comme l’acacia, le podo et le bambou font partie intégrante de
l’écosystème montagnard et forestier
(ICRAF 1992). Des dépôts volcan-
iques dans le sol de la région avoisi-
nante ainsi que l’important volume
d’eau fraîche s’écoulant en aval le long
des pentes rendent la région particu-
lièrement favorable aux plantes, à la
faune et aux activités agricoles
humaines. En conséquence de sa rich-
esse en ressources naturelles, les pop-
ulations humaines vivent près de la
montagne depuis des siècles.
Cependant, au cours de la moitié du
siècle dernier, les populations
humaines et la dépendance sur les res-
sources naturelles du Mt Kenya ont
Photo 3: La réserve Homme & Biosphère du Mt
augmenté considérablement (CMTS Kenya accueille une flore rare comme la lobélie géante
2001, Gathaara 1999, KWS 2002). et le séneçon.
Afin de protéger la montagne et la
zone avoisinante, le Mt Kenya a été classé parc national en 1949. Un peu plus tard, la
zone classée a été agrandie pour y inclure une partie de la réserve forestière qui l’entoure,
surtout au-dessus de la courbe de niveau de 3 000 m (GEF-SGP 2010). Grâce à ses pay-
sages impressionnants, ses formations naturelles époustouflantes et sa capacité à soutenir
le développement humain, le Mt Kenya a été classé réserve Homme et Biosphère (MAB)
par l’UNESCO en 1978. Ce classement a contribué au début du processus de prise de
conscience par les communautés vivant autour de la montagne, de l’importance de
l’environnement naturel et de ses ressources pour l’écosystème du Mt Kenya dans son
ensemble et les populations humaines vivant près de la montagne. La zone combinée du
parc national et de la réserve forestière (1,420 km2) a aussi été classée comme Site du pat-
rimoine mondial de l’UNESCO en 1997 (UNESCO 1997). Le Service de la faune du Kenya
(KWS) et le Département des Eaux et Forêts partagent la gestion de l’écosystème du Mt
Kenya par le biais d’un plan de gestion intégré commun (KWS 2002).
Malgré ces protections, l’écosystème du Mt Kenya a connu une dégradation substan-
tielle au cours des dernières décennies en conséquence d’une gestion médiocre des res-
sources, de la pression de la population et de la dépendance sur les ressources forestières.
Ces facteurs, combinés à l’insuffisance des emplois, la pauvreté et la facilité d’accès à la
242 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

forêt ont engendré une surexploitation des


ressources naturelles par les communautés
vivant près de l’écosystème montagnard et
l’utilisant comme moyen principal de sub-
sistance. De grandes parties de la forêt du
Mt Kenya ont été amenuisées ou détruites
pour fournir le bois destiné à l’usage en tant
que bois de combustible et à la construc-
tion. Les zones de la forêt indigène et riv-
eraines ont aussi été défrichées pour laisser
place à la production agricole (Photo 4).
Pour soutenir cette dernière, les rivières et
cours d’eau ont été surexploités. Ces activ-
ités ont engendré l’assèchement des cours Photo 4: Zone riveraine défrichée pour la
d’eau, la réduction des volumes d’eau des production agricole
rivières provenant de la forêt, l’érosion du
sol, la réduction de la diversité des espèces et le déclin général de la capacité de la forêt
à fournir des services économiques et environnementaux (CMTS 2001, Gathaara 1999,
KWS 2002, Wass 1995). Cette dégradation environnementale a perduré jusqu’aux alen-
tours de l’année 2000 où on a observé un déclin remarquable de la dégradation, appuyé
par les preuves des survols aériens et des patrouilles au sol (CMTS 2001).
Dans un souci d’atténuer la dégradation environnementale et d’aborder les causes
de cette dégradation sur le site du patrimoine mondial du Mt Kenya, l’initiative
COMPACT a été créée en mars 2000, après une série de consultations avec une gamme
élargie d’institutions comme le KWS, le Département des Eaux et Forêts (FD), l’USAID,
le PNUD et le Centre pour la recherche intégrée et la formation dans les terres arides et
semi-arides (CETRAD) entre autres (CMTS 2001). L’initiative, également existante dans
sept autres sites du patrimoine mondial de par le monde, encourage la conservation et
la gestion par les communautés à l’intérieur et autour des sites. COMPACT offre son
assistance financière et technique directement aux groupes et projets communautaires
qui servent à améliorer les moyens de subsistance tout en surmontant les menaces qui
mettent en danger l’intégrité écologique dans les zones protégées globalement impor-
tantes (GEF-SGP 2010).
Le programme COMPACT au Kenya se concentre sur le site du patrimoine mondial
et la réserve Homme et Biosphère du site du Mt Kenya (GEF-SGP 2010). Il est mis en
œuvre aux termes du cadre et du mécanisme de subventions du Programme des petites
subventions du GEF du PNUD. Un soutien opérationnel important est également fourni
par la Fondation des Nations Unies (FNU) qui a apporté les fonds de départ pour établir
COMPACT. GEF-SGP est actif dans 122 pays et, depuis 1992, a apporté son soutien aux
initiatives communautaires qui contribuent à la protection de l’environnement mondial,
principalement en liant les questions environnementales aux préoccupations de sub-
sistance. SGP, qui est mis en application par le PNUD pour le compte d’autres organ-
ismes du GEF, canalise les fonds vers les communautés par le biais d’organisations à but
Kihara • Chege • Hoch 243
Entreprise d’Élevage Piscicole : Réserve Homme et Biosphère du Mont Kenya

communautaire (CBO) et d’ONG locales pour faire face aux cinq menaces critiques à
l’environnement mondial incluant (GEF-SGP 2010):
• La perte de la biodiversité;
• Le changement climatique;
• La dégradation des eaux internationales;
• La dégradation des terres;
• Les polluants organiques persistants.
Depuis le début de l’initiative COMPACT du Mt Kenya en 2001, le projet est entré en
partenariat avec plus de 70 groupes communautaires, ONG et autres intervenants dans
la mise en œuvre de projets de conservation environnementale et d’amélioration du
niveau de vie (GEF-SGP 2010). COMPACT continuera à soutenir les projets de conser-
vation environnementale à caractère communautaire pendant la phase V du GEF qui
s’étend entre 2011 et 2014.

2. Informations sur l’élevage piscicole communautaire


dans la Réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya
L’élevage piscicole ou aquaculture concerne
la pratique d’élever des poissons dans un
environnement contrôlé comme un étang
ou un réservoir jusqu’à ce que les poissons
atteignent une certaine maturité (Ngugi
et al. 2007). Une fois que les poissons ont
atteint la taille ou le poids désiré, ils sont
récoltés et consommés ou vendus sur les
Photo 5: Truite d’élevage
marchés (Photo 5). L’aquaculture est pra-
tiquée dans le monde entier autant comme entreprise commerciale que comme moyen
de compléter l’approvisionnement en poissons attrapés dans les cours d’eau naturels
comme les océans, lacs et rivières. Dans de nombreux pays en voie de développement,
y compris le Kenya, l’élevage piscicole est mené par des groupes à caractère commu-
nautaire sous forme d’activités de génération de revenus ou d’amélioration des niveaux
de vie et de plus en plus, de conservation environnementale (Bovarnick & Gupta 2003,
Liniger et al. 2011, Ngugi et al. 2007).
Les entrepreneurs privés ont construit et géré avec succès des fermes piscicoles autour
de la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya depuis le début des années 1990. La
plupart des exploitations d’élevage piscicole dans la région ont été principalement établies
à des fins de production de revenus. Mais au cours de la dernière décennie, les groupes
communautaires autour de la montagne ont commencé à utiliser l’élevage piscicole com-
munautaire comme moyen de promouvoir la conservation et l’utilisation durable des
ressources naturelles tout en générant des revenus et améliorant la nutrition au sein des
communautés. Les fermes piscicoles à caractère communautaire dans la région du Mt
Kenya sont généralement construites en creusant manuellement un ou plusieurs bassins à
244 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

proximité d’une source d’eau fiable telle qu’une rivière ou une source (Photo 6). L’eau est
ensuite transportée vers les bassins par l’intermédiaire de plusieurs tuyaux ou d’un canal
ouvert, avec un orifice de sortie permettant un retour vers la source d’eau. Selon les res-
sources disponibles au sein de la communauté, ces bassins peuvent être revêtus de ciment
pour empêcher l’infiltration de l’eau dans le sol et recouverts d’un filet pour éviter les
attaques par les prédateurs sur les poissons (Ngugi et al. 2007). L’emplacement et le climat
de l’endroit où l’entreprise est basée déterminent le type de poissons élevés, généralement
constitués de deux types principaux de poissons. A de plus hautes altitudes (c’est-à-dire au
moins 2 500 m au-dessus du niveau de la mer) et avec des climats plus froids, l’élevage de
la truite est pratiqué. La truite nécessite une source constante d’eau pure et froide (entre 10
et 160C) pour survivre. L’autre type de poisson élevé aux alentours de la réserve Homme
et Biosphère du Mt Kenya est le tilapia. Il nécessite également une source constante d’eau
pure mais est élevé dans les eaux plus chaudes trouvées dans les zones d’altitude moyenne
à basse de la région (Ngugi et al. 2007).

3. L’élevage piscicole comme entreprise de conservation


environnementale
Dans un souci d’inverser la tendance de dégradation environnementale et de changer
l’attitude des résidents autour de la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya, COMPACT
a engagé les communautés dans des projets de conservation environnementale qui

Photo 6: Participation communautaire pour la construction d’un bassin piscicole pour le réseau
forestier de Thuita
Kihara • Chege • Hoch 245
Entreprise d’Élevage Piscicole : Réserve Homme et Biosphère du Mont Kenya

améliorent aussi les niveaux de vie depuis 2001. Parmi les nombreux types différents
de projets permettant de générer des revenus soutenus par COMPACT, les entre-
prises communautaires d’élevage piscicole pourraient fournir le meilleur exemple de
liaison de la conservation environnementale avec l’amélioration des niveaux de vie.
Etant donné que les entreprisesd’élevage piscicole dépendent d’un approvisionnement
constant d’eau pure, les communautés doivent activement protéger la ou les source(s)
d’eau contre la pollution et les activités
causant une diminution de l’écoulement
des rivières (Liniger et al. 2011, Ngugi et al.
2007). Afin de réaliser ces buts de conser-
vation, les communautés ont établi trois
pépinières (Photo 7) et planté des arbres
dans la forêt et un bassin hydrographique
pour améliorer l’écoulement des eaux et
empêcher l’érosion du sol et ont aidé à
contrôler et prévenir les implantations illé-
gales, la récolte des ressources naturelles et
la pollution dans la forêt. Ces activités de
conservation ont aidé à protéger la forêt
avoisinante et le bassin hydrographique Photo 7: La pépinière de jeunes plants d’arbres
qui forment la source des rivières et cours fournit des semences pour la réhabilitation du
d’eau soutenant les entreprises d’élevage bassin hydrographique et une source alternative
piscicole et par extension, les niveaux de de revenus
vie des membres du groupe.

3.1 Méthodes/Approche
L’initiative COMPACT du Mt Kenya, par le biais du Programme de petites subven-
tions du GEF pour le Kenya, apporte une assistance financière et technique aux com-
munautés locales en vue de faciliter leur engagement dans les activités de conservation
et le développement de systèmes alternatifs de subsistance, offrant des sources dura-
bles de revenus tout en réduisant la pression sur les ressources naturelles au sein de
l’écosystème du Mt Kenya. L’initiative a aussi permis de faciliter le dialogue et le partage
d’informations entre les intervenants et d’encourager des efforts collaboratifs entre les
organismes intergouvernementaux, les gouvernements locaux et la société civique dans
les domaines de la conservation environnementale et du développement.
L’initiative COMPACT du Mt Kenya offre une assistance financière pour des projets
à caractère communautaire sous forme de subventions pouvant atteindre 50 000 dollars
US (USD) sur une période de 24 mois. Les subventions sont accordées aux commu-
nautés par le biais d’un processus de candidature compétitif selon des directives spéci-
fiques. Les propositions de subventions sont révisées et évaluées par deux comités
séparés, l’organisme consultatif local (LCB) et le comité de direction national (NSC) qui
sont composés de spécialistes environnementaux et du développement, représentant les
ministères du Gouvernement, les ONG et le secteur privé. Dans le cadre de l’accord de
246 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

subvention, COMPACT fournit également une expertise technique, un soutien de con-


trôle et une formation en gestion de projets. En outre, COMPACT mobilise son réseau
élargi de partenaires et de parties prenantes afin de lier les projets de conservation à
caractère communautaire avec d’autres groupes communautaires de même nature, des
entreprises privées, des ONG et les ministères gouvernementaux pertinents qui offre un
soutien complémentaire pendant et après la mise en œuvre des projets.

3.2 Promotion de systèmes alternatifs de subsistance et influence des


politiques environnementales par les entreprises d’aquaculture à
caractère communautaire dans la réserve Homme et Biosphère du Mt
Kenya
L’initiative COMPACT du Mt Kenya
a reconnu le potentiel de la conserva-
tion environnementale et ses avantages
sur les niveaux de vie par l’établissement
d’entreprises d’élevage piscicole à car-
actère communautaire aux alentours de la
réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya
(Photo 8). En vue de créer un impact
plus important en termes de conserva-
tion et d’amélioration des niveaux de vie,
COMPACT a soutenu plusieurs types dif-
férents de groupes dont des femmes, vivant
près des forêts et/ou autres zones protégées
ainsi que des jeunes en décrochage sco-
laire, des agriculteurs forestiers reconvertis
et des planteurs de marijuana et bûcherons
en devenir. De même, COMPACT a Photo 8: Les membres du groupe de femmes
de Sagana se sont lancés dans l’élevage piscicole
apporté son soutien à des groupes qui ont
en tant qu’activité de subsistance soucieuse du
proposé de nouvelles approches novatrices respect de l’environnement.
en matière d’élevage piscicole, d’activités
de subsistance alternatives intégrées et a aidé au développement et à la mise en place de
nouvelles politiques de gestion environnementale incorporant la cogestion communau-
taire des ressources naturelles.
Les projets à caractère communautaire soutenus par COMPACT ont offert des oppor-
tunités de moyens de subsistance alternatifs et de production de revenus à des types de
groupes différents dans la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya. Les projets bénéfi-
ciant du soutien étaient basés dans les communautés rurales où les niveaux d’éducation,
d’emplois officiels et de compétences étaient faibles. En conséquence de l’accès limité aux
opportunités d’éducation et emplois officiels au sein de ces communautés, de nombreux
résidents comptaient sur la récolte des ressources naturelles pour générer des revenus et
soutenir leurs niveaux de vie.
Kihara • Chege • Hoch 247
Entreprise d’Élevage Piscicole : Réserve Homme et Biosphère du Mont Kenya

I. De nombreux membres du Groupe de femmes d’aquaculture et d’apiculture de


Sagana, composé de 40 femmes et situé dans le sud-ouest du Mt Kenya, à proximité
de la forêt de Hombe, se reposaient sur la récolte des ressources naturelles (par ex.,
le bois de brûlage de combustible et de charbon) pour gagner leur vie et soutenir
leurs familles.
II. Le Fruitful Fishers Advocacy Youth Group, basé au sud-est du Mt Kenya et le
Kimahuri Youth United Self Help Group (KYU) basé à l’ouest du Mt Kenya combi-
nent un nombre d’adhérents d’environ 65 jeunes, dont la plupart étaient en décro-
chage scolaire et détenaient peu de capital personnel ou physique pour gagner leur
vie. Sans aucun autre moyen de soutenir leurs familles, ils avaient dû avoir recours
à la culture et la vente des ressources forestières pour générer des revenus.
III. Le réseau forestier de Thuita et les projets de pêcherie de Nyanjara, situés à l’est du
Mt Kenya et regroupant à eux deux 127 membres environ, étaient composés, dans
le passé, de nombreux bûcherons, agriculteurs, planteurs de marijuana et brûleurs
de charbon qui ont été convertis en éleveurs piscicoles et guides pour leurs forêts
respectives.
Les entreprises d’aquaculture ont doté les membres des groupes, d’opportunités de
développer de nouvelles compétences, d’emplois et leur ont permis de générer de nou-
velles sources de revenus grâce aux salaires et aux dividendes. Grâce aux efforts de con-
servation de projets et d’éducation, les résidents de ces communautés ont pris davantage
conscience des conséquences négatives de la dégradation environnementale et de la
manière dont elle peut être évitée.
En dehors du développement de leurs entreprises principales d’élevage piscicole,
COMPACT a également soutenu ces projets en vue d’élaborer de nouvelles approches
novatrices, créant une valeur ajoutée pour les entreprises et afin de lancer de nouvelles
activités de subsistance permettant de diversifier leurs revenus.
I. Le groupe Aquaculture et Apiculture des femmes de Sagana a construit un site de
formation communautaire sur leur ferme d’élevage, pour générer des revenus sup-
plémentaires, renforcer la capacité et transférer les connaissances au sein de leur
communauté et envers les communautés extérieures. Le site de formation commu-
nautaire, loué par le groupe moyennant un paiement, a accueilli plus de 20 visites
d’échanges communautaires, séminaires de formation et réunions concernant la
conservation environnementale et l’élevage piscicole. Le site sert également de
chambre froide et de centre de distribution piscicole.
II. Les projets du KYU et des pêcheries
de Nyanjara ont lancé des bassins
d’élevage de truites, combinant une
capacité de 30 000 œufs de truites
et 15 000 juvéniles dans le cadre
de leurs entreprises d’aquaculture.
Ces juvéniles sont fournis à d’autres
Photo 9: Juvéniles de truites
248 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

entreprises d’élevage piscicole et individus dans le cadre du restockage de leurs


bassins (Photo 9).
III. Le groupe KYU a également lancé un projet de sériciculture, caractérisé par la
plantation et la culture de mûriers pour alimenter l’élevage du ver à soie. Les fibres
de soie sont récoltées des cocons de vers à soie et traitées pour la transformation
en vêtements de soie. La feuille de mûrier (fraîche ou transformée en poudre) est
également vendue pour la consommation humaine et du bétail.
IV. Le Fruitful Fishers Youth Group a investi dans le développement d’une usine de
production d’aliments pour poissons pour diversifier et augmenter ses revenus en
fournissant des aliments pour poissons aux autres entreprises d’élevage piscicole de
la région.
V. Le Réseau forestier de Thuita a lancé une entreprise d’élevage de cochons et un res-
taurant pour vendre ses poissons et des produits porcins à la communauté locale.
Toutes ces activités de subsistance alternatives ont aidé à diversifier les revenus des
membres du groupe et à réduire le besoin de cultiver et de vendre les ressources de
la forêt.
COMPACT a également encouragé le développement et la mise en œuvre de nouvelles
politiques de gestion environnementale qui incorporent la cogestion communautaire
des zones protégées et des ressources naturelles par le biais de son soutien aux entre-
prises d’aquaculture. La loi sur les Forêts de 2005 (Forest Act 2005) permet aux groupes
communautaires de former des associations forestières communautaires (CFA) en vue
d’aider à cogérer les forêts en parallèle avec les organismes gouvernementaux. Grâce
à l’implication des groupes communautaires et/ou la création des CFA, les groupes
ont contribué au développement des plans de gestion participative des forêts (PFM)
(TILT 2010). Le PFM est un système par lequel les communautés locales sont active-
ment impliquées dans la gestion des zones forestières adjacentes en collaboration avec
les autorités gouvernementales et autres intervenants (TILT 2010). Avec le KFS et les
parties prenantes dont le KWS et l’Autorité nationale de gestion environnementale
(NEMA), les projets communautaires soutenus par COMPACT ont élaboré des plans
PFM qui couvrent environ 50 000 ha au sein des postes forestiers de Hombe, Kabaru,
Irangi, Magacha et Chuka, faisant partie du peuplement forestier du Mt Kenya. Ces
plans PFM ainsi que la loi sur les Forêts de 2005, forment la loi régissant l’usage et la
gestion de ces zones forestières.
La réussite du développement des plans PFM ainsi que les leçons tirées du processus
ont servi d’exemples et de motivation aux autres communautés de la région du Mt Kenya
qui seraient désireuses de participer dans la gestion de leurs ressources naturelles et
d’ores et déjà, préparent des plans PFM en partenariat avec KS et autres parties pre-
nantes. Les groupes communautaires Femmes de Sagana, Réseau forestier de Thuita et
KYU ont, en outre, contribué à influencer les politiques de gestion forestière en négo-
ciant des accords de location pour l’utilisation de parcelles de terrains dans leurs forêts
respectives destinées à leurs éco-entreprises d’élevage piscicole. Le succès de ces entre-
prises d’aquaculture a démontré aux autorités de gestion des forêts et autres groupes
Kihara • Chege • Hoch 249
Entreprise d’Élevage Piscicole : Réserve Homme et Biosphère du Mont Kenya

communautaires que les activités liées à la conservation, intégrées à des activités de


production de revenus, soucieuses du respect de l’environnement, peuvent servir à gérer
durablement les zones forestières protégées et leurs ressources.

3.3 Résultats
3.3.1 Avantages environnementaux des entreprises communautaires d’élevage
piscicole dans la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya
Les cinq projets d’aquaculture soutenus par COMPACT ont permis collectivement de
créer quatre pépinières à caractère communautaire de jeunes plants d’arbres qui, au total
ont fourni 200 000 plants arboricoles, plantées par les projets depuis 2004. Environ
100 000 jeunes plants d’arbres, dont la plupart sont des variétés indigènes (comprenant
les espèces Syzygium guineense, Olea africana, Prunus africana, Podocarpus milanjianus
et Juniperus procera), ont été plantés dans les zones dégradées de la forêt du Mt Kenya
et les zones riveraines longeant les rivières et cours d’eau (Wass 1995). Ces jeunes plants
d’arbres aident à réhabiliter le bassin hydrographique en réduisant l’érosion du sol et de
ce fait, améliorant la qualité de l’eau des rivières. Les jeunes plants d’arbres contribuent
également à restaurer la couverture forestière qui aide à la préservation de la biodiversité
des forêts et crée un réservoir d’atténuation des émissions de gaz plus important (dont
l’impact est maintenant estimé à 40 000 tonnes de carbone/an) permettant d’atténuer
les changements climatiques et leurs effets (Klay 2000). 100 000 jeunes plants d’arbres
supplémentaires ont été plantés dans les écoles et sur les fermes pour augmenter la cou-
verture et servir de bois pour la fourniture du bois de combustible à la communauté
rurale et réduire la récolte du bois de chauffage de la forêt.
Les entreprises d’élevage piscicole ont aussi permis de créer des emplois et des
revenus pour environ 2 000 ménages dans les communautés vivant au sein de la réserve
de biosphère du Mt Kenya (dont 240 font partie des projets susmentionnés). Dans le
passé, un grand nombre de ces familles trouvaient leurs revenus et leurs moyens de
subsistance en récoltant et vendant les ressources naturelles telles que le bois destiné au
combustible, au charbon et aux matériaux de construction. Le succès des entreprises
a permis de réduire considérablement le besoin de récolte de ces ressources naturelles
de la forêt, ce qui a ainsi contribué à la conservation de la forêt, des zones des bassins
hydrographiques et de la biodiversité dans ces zones. Les groupes communautaires ont
également collaboré avec les autorités de gestion des forêts pour développer un modèle
prospère de cogestion de la forêt et de ses ressources par la mise en place de plans de
gestion participative des forêts (PFM). La mise en application de ces plans ont permis
aux membres des groupes d’aider le service des Eaux et Forêts à contrôler et réduire
les implantations illégales dans la forêt tout en supervisant l’extraction des ressources
naturelles comme l’abattage des arbres. D’autre part, la communauté a adopté l’art
comme moyen d’élargir la campagne de sensibilisation par des peintures murales sur les
murs publics afin de communiquer le message (Photo 10).
250 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Photo 10: Mural de conservation au centre de formation de la pêche communautaire

3.3.2 Advantages économiques et sur les niveaux de vie des entreprises commun-
autaires d’ élevage piscicole dans la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya
Les cinq entreprises communautaires d’élevage piscicole et les quatre pépinières com-
munautaires soutenues par COMPACT présente le potentiel de générer environ 50 000
USD par an découlant des ventes directes pour les groupes du Mt Kenya. Les autres
activités de production de revenus lancées par les groupes (comme par ex., le centre
de formation communautaire, la ferme d’élevage des truites et l’usine de production
d’aliments pour poissons ainsi que l’entreprise de sériciculture) complètent les revenus
et aident à la diversification pour garantir la viabilité à long terme des entreprises. Les
entreprises ont créé directement quelques 40 postes de travail à temps plein et 200
emplois à temps partiel pendant la récolte des poissons et le nettoyage des bassins
(Photo 11). Les entreprises ont aussi indirectement soutenu environ 300 emplois sup-
plémentaires par le biais de la chaîne d’approvisionnement et la vente des poissons
et autres produits. En raison des attributs positifs de l’aquaculture en tant que projet
d’autonomisation, le gouvernement kenyan a proposé de lancer une nouvelle phase
d’expansion pour soutenir les entreprises d’élevage piscicole, visant 28 000 nouvelles
fermes d’aquaculture dans le pays (GOK 2009) dans le cadre du programme national de
stimulus économique pour les zones rurales. Des revenus et plusieurs emplois devraient
être créés par les établissements existants et récemment formés. Ce programme devrait
transformer les niveaux de vie de ceux vivant dans les zones-tampons et améliorer la
conservation des ressources naturelles.
Kihara • Chege • Hoch 251
Entreprise d’Élevage Piscicole : Réserve Homme et Biosphère du Mont Kenya

En outre, les entreprises d’élevage piscicole ont eu d’autres retombées positives pour
les communautés au sein de la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya. En effet,
l’introduction du poisson sur les marchés locaux a amélioré la nutrition et la santé des
communautés locales en leur apportant une source de protéines de qualité supérieure.
Les comités des projets ont également lancé des programmes de bourses d’études pour
aider les membres à payer les frais de scolarité d’environ dix élèves par an dont les
familles ne pouvaient se permettre le montant. Grâce à l’augmentation des revenus
émanant des entreprises d’élevage piscicole et de la vente des jeunes plants d’arbres, les
ménages des projets ont pu améliorer leurs niveaux de vie en augmentant leurs revenus,
leurs troupeaux de bétail et en achetant des produits et des biens domestiques.
En outre, ces entreprises ont contribué
à autonomiser les groupes traditionnel-
lement vulnérables comme les femmes
et les jeunes aux alentours de la réserve
Homme et Biosphère du Mt Kenya. En
dehors des avantages en termes de revenus
et de niveaux de vie décrits plus haut, ces
femmes et jeunes ont pris confiance en
eux et amélioré leurs pouvoirs de déci-
sion financière au sein de leurs familles en
résultat du succès des entreprises. D’autre Photo 11: L’aquaculture et la production
part, ce groupe a pu acquérir des con- d’aliments pour poissons ont doté 35 jeunes
naissances et compétences de valeur en membres du Fruitful Fishers Group de revenus et
matière d’élevage piscicole, conservation d’emplois
environnementale et gestion de projets qui peuvent être appliquées dans des projets
et emplois futurs. Plus important, les membres de ces groupes ont donné l’exemple et
inspiré d’autres groupes désavantagés qui sont désireux de lancer leurs propres projets
pour améliorer leurs niveaux de vie.

4. Aborder les enjeux et la durabilité


Les entreprises d’élevage piscicole à caractère communautaire font face à plusieurs
enjeux au moment du lancement et pendant leur développement. Le premier enjeu
majeur concerne le capital nécessaire et l’acquisition des connaissances de base indis-
pensables pour établir et gérer avec succès une ferme d’élevage rentable (Ngugi et al.
2007). Dans de nombreux cas, les groupes communautaires rencontrent des difficultés
à trouver les ressources suffisantes au sein de leurs communautés pour construire un
simple bassin d’élevage de poissons. Plus important, ils ne disposent pas des connais-
sances concernant la gestion des bassins piscicoles. Sans la contribution et le soutien de
l’extérieur, ces entreprises se retrouvent le plus souvent à lutter pour devenir durables
et rentables ou contribuer à la conservation de manière significative (IUCN 2005). En
résultat du succès de l’initiative COMPACT soutenue par le Programme de petites sub-
ventions du GEF, les leaders locaux, les ministères du gouvernement, les intervenants
252 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

des ONG, les prêteurs de microcrédits et


autres bailleurs de fonds en sont venus à
reconnaître l’importance de l’élevage pisci-
cole communautaire comme entreprise de
développement communautaire durable et
soucieuse du respect de l’environnement.
Ces partenaires et intervenants apportent
un soutien majeur aux groupes commu-
nautaires sous forme de renforcement des
capacités et d’expertise technique ainsi que
de subventions, prêts à faible intérêt, maté- Photo 12: Les communautés bénéficient de
riaux et équipements pour le développe- renforcement des capacités et d’une formation
ment, l’amélioration et l’expansion des dans le cadre des projets soutenus par
entreprises d’élevage piscicole (Photo 12). COMPACT
Même après la construction des bassins piscicoles, l’acquisition des connaissances de
base et de capacité de gestion et la production de revenus, les entreprises communau-
taires d’élevage piscicole connaissent encore plusieurs difficultés pour réaliser une rent-
abilité à long terme. Parmi ces difficultés, on peut nommer l’établissement, le maintien
et l’expansion du ou des marché(s) au fur et à mesure du développement de l’entreprise
(Ngugi et al. 2007). En raison du manque de cours d’eau naturels dans la région du Mt
Kenya et de la disponibilité quelque peu limitée de poissons sur les marchés locaux, les
résidents n’ont pas eu de nombreuses opportunités de consommer du poisson et ont
toujours préféré les sources plus traditionnelles de viande comme le bœuf, le mouton et
la volaille. La disponibilité limitée de poissons sur les marchés locaux et le coût relative-
ment élevé du poisson comparé aux sources traditionnelles de viande ont aussi donné
lieu à une consommation faible de poissons parmi les résidents locaux. Cependant, la
région a connu une augmentation de son marché du tourisme au cours des dix dern-
ières années, les visiteurs provenant d’autres parties du Kenya et de pays étrangers où
le poisson est préféré aux autres types de viande. Pour répondre à la demande crois-
sante de poissons, les hôtels, restaurants et supermarchés ont commencé à proposer
une variété d’entrées et de produits à base de poisson. Le nombre croissant d’entreprises
d’élevage piscicole et la disponibilité plus élargie de poissons ont aussi permis de réduire
les prix si bien que les résidents locaux ont commencé à intégrer le poisson dans leurs
repas au fur et à mesure qu’ils en découvrent les avantages sur leur santé et appren-
nent à préparer plusieurs plats différents basés sur le poisson. Ces facteurs ont ouvert le
marché local du poisson dans la région du Mt Kenya et la demande devrait continuer à
augmenter considérablement au cours des prochaines années.
Bien que le commerce du poisson augmente dans la région du Mt Kenya, la pénétra-
tion du marché peut s’avérer difficile et dépend de la capacité de l’entreprise à se promou-
voir avec succès et à concurrencer les autres entreprises d’élevage piscicole existantes. La
rentabilité à long terme et le succès de l’entreprise affecteront également la capacité de
l’entreprise à perdurer dans le temps et à agrandir son marché par le maintien consistant
des livraisons de poissons de qualité à des quantités raisonnables pour satisfaire les
Kihara • Chege • Hoch 253
Entreprise d’Élevage Piscicole : Réserve Homme et Biosphère du Mont Kenya

commandes et la demande commerciale. La capacité de l’entreprise à faire face à ces enjeux


sera sans aucun doute, affectée par des questions telles que le transport et l’infrastructure.
Dans la plupart des cas, les entreprises communautaires d’élevage piscicole sont situées
dans des zones rurales desservies par des pistes accidentées en terre, susceptibles de
devenir impraticables par temps de pluie, parfois pendant plusieurs semaines à la suite. La
distance au point de vente et la disponibilité de véhicules de transport réfrigérés peuvent
également avoir un effet sur la qualité et la durée de conservation du poisson. C’est la
raison pour laquelle l’implantation de l’infrastructure nécessaire (comme des routes
goudronnées ou pavées et des chambres froides sur place) et de services de transport
fiables est critique (Ngugi et al. 2007). Les autres facteurs affectant le succès de l’entreprise
comprennent la gouvernance du projet (c’est-à-dire le professionnalisme et la gestion
financière), l’incorporation d’une raison sociale claire et légale pour les actifs du projet et
la capacité d’obtenir des accords de propriété foncière à long terme (Ngugi et al. 2007). Le
développement de relations professionnelles solides et collaboratives avec des partenaires
et intervenants comme les CFA et le bureau des pêcheries régionales est également crucial
pour soutenir la rentabilité et le succès à long terme de l’entreprise.
L’absence de diversification des sources et activités de revenus peut aussi présenter
un défi pour un grand nombre d’entreprises communautaires d’élevage piscicole (Ngugi
et al. 2007). Dans de nombreuses circonstances, les membres de la communauté engagés
dans l’aquaculture n’ont pas d’autres activités de subsistance en raison de l’insuffisance des
ressources et des compétences. Cette absence de diversification des sources de revenus
peuvent mettre une pression sérieuse sur l’entreprise lorsque les niveaux de revenus sont
faibles (par ex., entre les récoltes), les bassins piscicoles requièrent un réinvestissement
important pour surmonter les problèmes d’entretien ou lorsque les bassins ont besoin
d’être fréquemment réapprovisionnés en
résultat de niveaux élevés possibles de
mortalité des poissons. Il est donc crucial
que les communautés qui s’engagent dans
l’élevage piscicole se lancent aussi dans
d’autres activités de production de revenus
comme les entreprises de pépinières de
jeunes plants d’arbres ou de sériciculture
selon leur situation particulière et les res-
sources disponibles (Photo 13). Comme
discuté précédemment, plusieurs entre-
prises d’élevage piscicole soutenues par
COMPACT se sont lancées dans des activ- Photo 13: Membres du groupe KYU déroulant
ités novatrices de production de revenus la soie récoltée dans le cadre de leur entreprise
relatives à leurs activités d’aquaculture. de sériciculture
254 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

5. Conclusions et implications pour le réseau AfriMAB


L’approche de paysage telle que pilotée par l’initiative COMPACT autour de la réserve
Homme et Biosphère du Mt Kenya ainsi que sept autres sites importants de par le monde
semble représenter la voie à suivre pour la protection des réserves de MAB et des éco-
systèmes critiques. Le développement d’initiatives-pilotes ayant attiré plus tard d’autres
bailleurs de fonds et partenaires pour un soutien complémentaire s’est révélé être un
moyen prospère de créer des programmes de conservation durable.
Les entreprises d’élevage piscicole dans la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya
ont permis d’intégrer avec succès les activités de conservation environnementales aux
systèmes de subsistance améliorés et durables. L’initiative COMPACT du Mt Kenya s’est
placée au premier plan du soutien au développement des entreprises d’élevage pisci-
cole, apportant un soutien financier, technique et de contrôle à cinq projets divers dans
différentes zones autour de la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya. En résultat
du succès de ces projets-pilotes, de nombreux autres groupes communautaires ont
lancé des entreprises d’élevage piscicole pour générer des revenus et aider à préserver
l’environnement au sein et aux alentours de leurs communautés. L’aquaculture a mainte-
nant été reconnue tout autour de la réserve de biosphère comme une entreprise promet-
teuse par d’autres organisations de bailleurs de fonds et le Ministère de la pêche qui sout-
iennent désormais le développement de nouvelles entreprises d’élevage piscicole dans la
région du Mt Kenya et autres régions du Kenya comme moyens d’autonomisation et
projets de production de revenus ciblant les femmes et les jeunes des zones rurales. Le
succès de l’entreprise du Mt Kenya peut facilement être reproduit par d’autres réserves
Homme et Biosphère en Afrique où des besoins insatisfaits de subsistance conduisent
les communautés à se tourner vers des moyens destructeurs d’utilisation des ressources
naturelles.

6. Avenir de l’élevage piscicole à caractère


communautaire dans la réserve Homme et Biosphère
du Mt Kenya
Les projets soutenus par COMPACT ont créé un niveau considérable de sensibilisation
concernant les avantages de l’élevage piscicole et la consommation de repas à base de
poisson. Les projets ont également dotés les résidents locaux des compétences relatives
à l’élevage et la préparation du poisson et des moyens d’intégrer le poisson dans leur
nutrition.
Le nombre d’entreprises communautaires d’élevage piscicole autour de la réserve
Homme et Biosphère du Mt Kenya devrait augmenter considérablement au cours des
années à venir, en conséquence d’une croissance de la demande de poissons dans la région
et de la rentabilité prouvée des entreprises d’élevage piscicole à caractère communau-
taire comme commerce durable, rentable et orienté vers la conservation. L’amélioration
continue de l’infrastructure (par ex., la construction de routes pavées et tous terrains)
ainsi que de l’accès au transport contribueront à ouvrir de nouveaux marchés et à
Kihara • Chege • Hoch 255
Entreprise d’Élevage Piscicole : Réserve Homme et Biosphère du Mont Kenya

mieux relier les implantations d’élevage


piscicole aux marchés régionaux et natio-
naux. Les succès des projets d’élevage
piscicole anciens et en cours, soutenus
par COMPACT, sont déjà en train d’être
reproduits par l’accompagnement d’autres
groupes communautaires vivant autour
de la réserve Homme et Biosphère. Ces
succès ont été réalisés grâce à des visites
d’échange parmi les groupes (Photo 14),
des ateliers de formation pratique tenus
sur les sites des entreprises d’élevage pisci- Photo 14: Visite d’échange communautaire
cole existantes et des communications par relative à l’élevage piscicole
le biais d’e-mails de groupe du réseau du
Mt Kenya.
Les groupes communautaires existants et futurs seront encouragés à continuer à
réinvestir un pourcentage des bénéfices de leurs entreprises d’élevage piscicole dans des
activités de conservation environnementale en vue de protéger les forêts avoisinantes.
La protection de ces forêts qui forment les bassins hydrographiques permettra, en outre,
d’assurer la rentabilité à long terme des entreprises en garantissant une source con-
sistante d’eau pure vers les bassins piscicoles. Les groupes communautaires s’engageant
dans l’aquaculture seront aussi inspirés pour lancer des activités de production de
revenus, soucieuse du respect de l’environnement telles que des pépinières de jeunes
plants d’arbres, des sites d’écotourisme, des sites de stockage du bois, des plantations
d’arbres fruitiers et des entreprises de sériciculture pour diversifier leurs sources de
revenus et aider à garantir la durabilité.
Les efforts entrepris par les groupes existants de fermes d’élevage piscicole, en même
temps que ceux du gouvernement et autres parties prenantes pour l’intégration de
l’aquaculture dans la Politique nationale d’élimination de la pauvreté comme moyen
d’autonomisation économique, devront aussi continuer. Ces efforts seront soutenus
en augmentant l’aide des ministères et programmes gouvernementaux y compris le
recrutement de personnel dans les bureaux de pêcheries régionales et l’allocation des
ressources par le biais de fonds débloqués par le Gouvernement comme le Constituency
Development Fund (CDF), aidant ainsi à réduire les obstacles financiers au développe-
ment des entreprises communautaires d’élevage piscicole et à combler les lacunes en
matière de connaissances et de compétences nécessaires pour gérer avec succès ces
entreprises. COMPACT continuera aussi à soutenir de nouvelles initiatives à caractère
novateur, utilisant l’élevage piscicole comme moyen de promouvoir la conservation de
la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya.
256 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

7. Implications pour le réseau AfriMAB plus élargi


Le succès et la croissance des entreprises d’élevage piscicole aux alentours de la réserve
Homme et Biosphère du Mt Kenya sont aussi susceptibles d’avoir une influence sur le
développement d’entreprises similaires dans d’autres régions du Kenya et de l’Afrique
subsaharienne. Grâce aux interactions au sein et parmi les organisations internationales
de bailleurs de fonds, ONG et fonctionnaires des gouvernements dans différents pays,
les cas de réussite et les leçons tirées de l’élevage piscicole dans la réserve Homme et
Biosphère du Mt Kenya et autres régions seront partagés. A partir des réalisations et avec
le niveau élevé de réussite du projet d’aquaculture, il est possible d’établir solidement
l’importance d’adopter des projets similaires comme moyen d’autonomiser les commu-
nautés vivant dans de nombreuses réserves Homme et Biosphère qui ont continué à
subir des pressions en raison des besoins croissants de subsistance de la communauté.

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15
Reconcilier la Conservation de la Biodiversite
avec le Developpement Durable: Projets dans
la Région de Biosphère de Kruger à Canyons,
Afrique du Sud
Reconciling Biodiversity Conservation with Sustainable Development:
Projects in the Kruger to Canyons Biosphere Region, South Africa

DEBBY THOMSON1 • MARIÉ-TINK A UYS 2

Resume
Dans ce document, la région de biosphère de Kruger à Canyons (K2C) décrit quatre
projets: Le K2C Voluntary Carbon Off-set System (Système de crédits-carbone), le
partenariat avec la Réserve de biosphère de Rhön en Allemagne, le développement
d’un protocole bio-culturel et le projet Connectivity Conservation through River
Corridors (Conservation par la connectivité à travers les corridors fluviaux).
Par la connexion du tourisme à la séquestration des gaz carboniques contribuant
également à la sécurité alimentaire, la création de projets nord-sud par un partenariat
avec la réserve de biosphère de Rhön en Allemagne, la mise en place du renforcement
des capacités, le partage de l’accès et des avantages et l’équité environnementale dans
le développement de protocoles bio-culturels ainsi que la démonstration de la con-
servation par la connectivité, les avantages d’adhérer aux principes du cadre du MAB
de l’UNESCO dans un seul paysage sont démontrés.
Le document vise à partager les stratégies responsables pour l’avancement des
projets, détenus et mis en œuvre par des acteurs locaux, réconciliant la conservation
de la biodiversité avec le développement durable. Ces projets mis en commun créent
des liens entre les hommes et la nature et entre les différents biomes et l’équité
environnementale.
Mots-clés: Région de biosphère; connectivité; guérisseurs traditionnels; réduction
du CO2; partenariats

1 P.O. Box 1180, Hoedspruit, 1380, Afrique du Sud. E-mail: info@[Link]


2 Auteur correspondant · P.O. Box 408, Hoedspruit, 1380, Afrique du Sud. E-mail: res@[Link]
258
Thomson • Uys 259
Réconcilier la Conservation de la Biodiversité et le Développement Durable

Abstract
In this paper the Kruger to Canyons Biosphere Region (K2C) describes four projects:
The K2C Voluntary Carbon Off-set System, the partnership with the Rhön Biosphere
Reserve in Germany, the development of a Bio-cultural Protocol, and proposed
Connectivity Conservation through River Corridors.
By linking tourists to carbon sequestration that also contributes to food security,
creating north-south joint projects through the partnership with the Rhön Biosphere
Reserve in Germany, ensuring capacity building, access and benefit sharing and envi-
ronmental justice in the development of Bio-Cultural Protocols, and also demon-
strating connectivity conservation, the benefits of subscribing to UNESCO’s MAB
framework’s principles in one landscape are demonstrated.
The paper shares responsible strategies towards projects, owned and imple-
mented by local actors, which reconcile biodiversity conservation with sustainable
development. These projects jointly create linkages between humans and nature and
between different biomes and environmental justice.
Key Words: Biosphere Region; connectivity; traditional healers; carbon off-set;
partnerships

1. Introduction
La Région de biosphère de Kruger à Canyons
(K2C) est située dans la partie nord-est de
l’Afrique du Sud et englobe certaines parties des
provinces du Limpopo et de Mpumalanga (Figure
1). La zone altimétrique à partir de l’escarpement
du Lowveld relie les plaines, les biomes afro-mon-
tagnards et de savane de ce paysage aux rivières de
Sabie, Sand, Blyde et Olifants et contribuent à une Figure 1: Logo de la région de biosphère
biodiversité importante de la région. de Kruger à Canyons
A l’intérieur de ce paysage de 2,5 millions d’hectares, composé d’une zone centrale
(35,4%), d’une zone-tampon (18,6%) et d’une zone de transition (46%) (Figure 2), rési-
dent 1,5 millions d’habitants dont la majorité vivent dans la zone de transition.
La K2C a obtenu son statut de réserve de biosphère internationale grâce à un pro-
cessus de participation des intervenants, mené par des acteurs locaux et a été classée
par l’UNESCO en 2001. Depuis 2007, l’entité de gestion de la K2C est enregistrée sous
forme d’association bénévole, le K2C Representatives Council (Conseil des représent-
ants de la K2C). Elle a été établie conformément à une constitution et a élu un comité
exécutif (EXCO) qui se réunit régulièrement. L’association est une organisation à but
non lucratif. Au cours d’un atelier sur le développement des organisations, la formation
d’une entité à but non lucratif pour la gestion de la K2C a été proposée afin de se doter
d’un statut juridique plus solide et d’améliorer les possibilités de recevoir des finance-
ments (KC 2010). La société à but non lucratif de la région de biosphère de Kruger à
260 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Légende:
Zone centrale
Zone tampon
Zone de transition

Figure 2: Carte de délimitation des zones de la région de biosphère de Kruger à Canyons

Canyons, composée d’un conseil d’administration de six directeurs, a été ensuite incor-
porée pour faciliter la gestion de la K2C.
Depuis son démarrage, la K2C a démontré que les partenariats orientés entre les
organismes gouvernementaux, les institutions de recherche et d’éducation, la société
civile et les communautés rurales constituent la méthode optimale pour réaliser une
réconciliation revendiquée localement, de la conservation de la biodiversité et du dével-
oppement durable.
Le document a pour objet de démontrer, par la description de quatre projets, la
manière dont les principes du programme Homme et Biosphère (MAB) de l’UNESCO
sont appliqués localement en tirant parti d’un certain nombre de caractéristiques excep-
tionnelles de la région conjointement avec les développements en Afrique du Sud et les
discussions globales.

2. Projet 1: Atténuer les changements climatiques par


l’établissement d’un programme de crédits-carbone
2.1 Le réseau mondial de réserves de biosphère et les changements
climatiques
Le programme Homme et Biosphère (MAB) et le Réseau mondial de réserves de bio-
sphère (WBNR) appliquent une approche intégrée en faisant face aux enjeux de la bio-
diversité et des changements climatiques.
Thomson • Uys 261
Réconcilier la Conservation de la Biodiversité et le Développement Durable

Ils se reposent sur des mécanismes interdisciplinaires combinat la science, la culture


et l’éducation pour:
• trouver des solutions en vue de réduire le taux actuel de perte de biodiversité en
faveur de l’environnement et des populations humaines à travers le globe; et
• soutenir la mise en place des dispositions pertinentes aux termes des principales
conventions multilatérales portant sur l’environnement et traitant de la biodiversité
y compris la Convention sur la diversité biologique.
Le programme MAB et le WNBR sont aussi engagés à réaliser les objectifs principaux de
la Stratégie de l’UNESCO pour l’Action sur les changements climatiques pour:
• créer et maintenir une base de connaissances sur les changements climatiques en
s’appuyant sur la science, les systèmes d’évaluation et de contrôle et d’alerte précoce;
et
• encourager l’atténuation et l’adaptation aux changements climatiques par
l’amélioration de l’éducation et de la sensibilisation du public.

2.2 Présentation du Projet 1


L’atténuation et la séquestration du CO2 en
soutien à une réduction des changements
climatiques constituent un domaine prior-
itaire dans lequel les réserves de biosphère
doivent s’engager et correspondent à
l’intention majeure à la base du développe-
ment de l’initiative de crédits-carbone de
la K2C. Le concept général est de lier la
séquestration du CO2 dans les projets de
développement communautaire aux com-
plexes touristiques et entreprises, large-
ment présentes dans la région. La région
de la K2C est principalement orientée sur
le tourisme et de ce fait, reçoit un nombre
important de touristes locaux et interna-
Figure 3: L’observation des cinq grands
tionaux visitant la région toute l’année
animaux sauvages est l’une des activités touris-
(Figure 3). Un nombre important de ces tiques populaires dans la région de la K2C
visiteurs sont devenus plus sensibles et
conscients des émissions de CO2 produites pendant leur séjour en vacances (comme
au sein de la K2C) et cherchent les moyens de réduire voire d’éliminer les quantités
de CO2 supplémentaires produite pendant leur visite dans cette région. La plupart
des services et complexes touristiques proposés dans la région sont concentrés sur les
loisirs/l’utilisation/les avantages de l’environnement général. Ainsi, est-il naturel pour
les visiteurs consciencieux d’être sensibles à l’impact qu’ils ont sur la région comme la
production de CO2.
262 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

2.3 Concept du projet


Le concept à la base du projet est d’établir un circuit et une facilité pour permettre aux
touristes les plus sensibles visitant la région d’être en mesure de réduire leur production
de CO2 de manière légale, transparente et contrôlée par le biais d’une opportunité de
contribution volontaire.
Cette réalisation sera possible par l’établissement d’un comité de gestion (MANCO)
indépendant qui tombera sous la hiérarchie du conseil d’administration de la K2C et
enregistré en tant qu’organisation à but non lucratif tout en fonctionnant de manière
autonome, et sera responsable de la gestion transparente et de l’administration de tous
les crédits monétaires négociés dans la région. Le comité de gestion établi sera chargé
de l’encaissement et de la distribution des sommes reçues et de la gestion efficace des
projets de crédits-carbone soutenus grâce à ces fonds.
Les contributions par les touristes seront entièrement effectuées de façon volontaire
et les directives viables seront données quant au montant des contributions requis pour
réduire la moyenne du CO2 émis par nuit de séjour.
Toutes les contributions reçues seront utilisées pour la séquestration du CO2 dans les
divers projets. Sous sa phase initiale, un projet-pilote identifié au préalable sera mis en
place et servira à canaliser les premiers montants reçus. L’intention à la base d’un projet-
pilote initial sera d’établir un projet sûr et concentré par le biais duquel la collecte des infor-
mations et des données peut avoir lieu en vue d’assurer et de valider les niveaux de CO2
piégés par les diverses mesures mises en place. Le projet-pilote comprendra le nouveau
concept d’agrosylviculture créé, qui porte principalement sur une augmentation du CO2
piégé par des techniques utilisées conjointement avec la production des aliments et cul-
tures commerciales indispensables pour nourrir les communautés où le projet se déroule.
Il est important que le projet-pilote initial s’accompagne des caractéristiques suivantes:
• Sa priorité sera surtout sur la séquestration du CO2.
• Sa priorité secondaire permettra d’offrir un autre avantage communautaire comme
la sécurité alimentaire, le soutien à la santé, le développement touristique ou les
opportunités d’éducation.
• Il tiendra lieu de site d’apprentissage pour l’élaboration d’une base de connaissances
plus élargie sur les aspects pertinents liés la séquestration du CO2 et notamment, la
mise en place et les effets y afférent sur une échelle régionale.
• Il tiendra lieu de site de recherche pour l’élaboration d’une base de connaissances
plus élargie sur la séquestration du CO2 et permettra la recherche dans des capacités
de séquestration spécifiques et les quantités d’espèces végétales identifiées.
• Il doit se dérouler dans un environnement sûr et sécurisé au sein duquel l’exécution
à long terme de la séquestration du CO2 peut être garantie.
• Le projet doit avoir des avantages locaux et directs pour la communauté de la K2C.

2.4 Statut du projet


Une étude de faisabilité de six mois vient d’être achevée avec succès, portant sur la
faisabilité du développement du programme de crédits-carbone. Elle comprenait des
Thomson • Uys 263
Réconcilier la Conservation de la Biodiversité et le Développement Durable

communications et une participation des complexes et services touristiques de la


région, ainsi que des informations approfondies sur le fonctionnement du programme
de crédits-carbone et les réalités impliquées qui en découlent. En outre, la phase 1 de la
phase d’exécution a été lancée, portant uniquement sur la planification et les prépara-
tions permettant la mise en œuvre et qui donnera lieu à l’établissement d’un organisme
de gestion légale (c.-à-d., le MANCO) et au développement de directives opération-
nelles et d’exécution pour assurer le lancement réussi de l’initiative. De plus, cette phase
comprendra la signature de partenariats et l’engagement d’un nombre initial de chalets
et de complexes touristiques dans la région ainsi que d’initiateurs au fonds. La dernière
étape de cette phase comprendra le développement de la documentation de marketing
et de formation ainsi que les plans détaillés de financement et d’exécution. Ce projet
devrait être entièrement achevé et opérationnel entre la mi- et la fin 2012.

3. Projet 2: Les avantages d’un partenariat nord-sud par


l’établissement d’un partenariat entre la K2C (Afrique
du Sud) et la réserve de biosphère de Rhön (Allemagne)
3.1 Priorité du WNBR sur les partenariats?
La capitalisation sur les activités aux niveaux du site et nationaux et l’encouragement
des activités aux niveaux bilatéraux, sous-régionaux et régionaux sont des liens cru-
ciaux dans la contribution au développement du WBNR et la promotion de l’échange
d’informations entre les réserves de biosphère dans différents pays.

3.2 Présentation du Projet 2


Le partenariat K2C-Rhön a été lancé
en juin 2007 par une première visite
d’investigation des délégués de K2 dans
la réserve de biosphère de Rhön en
Allemagne (Figure 4). Il a été suivi d’une
autre visite des délégués de Rhön dans la
K2C en mars 2008.
L’objectif de la coopération est d’utiliser
et développer les deux zones en tant
que plateformes d’apprentissage pour
tous les intervenants impliqués dans la Figure 4: Délégation de la K2C dans la
réserve et les régions de biosphère en vue campagne du Rhön
d’encourager
• l’inspiration et l’apprentissage mutuels des deux réserves de biosphère;
• les approches de partage d’expériences, de connaissances et de résolution des
problèmes;
• le développement de réseaux relationnels entre les acteurs locaux;
264 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

• les entreprises communes et de fournir


une plateforme pour les options de
commerce au secteur privé.
Le partenariat a été ratifié par la signature
officielle d’un protocole d’entente entre
les deux réserves de biosphère au cours
d’un événement annexe pendant la 9ème
réunion de Conférence des Parties (COP
9) à la Convention internationale de la bio-
diversité à Bonn en juin 2008 (Figure 5). Figure 5: Cérémonie de signature officielle à
Bonn pendant la COP 9

3.3 Concept du projet


En premier lieu, les domaines de coopération identifiés dans le cadre du développement
du partenariat ont et continueront à porter sur les domaines/cadres d’intérêts suivants:
(a) Les énergies renouvelables.
(b) Les relations commerciales dans le secteur privé/ l’établissement des partenariats
mixtes.
(c) Les projets encourageant le développement durable.
(d) Les projets de marketing et promotionnels visant le concept de réserve de biosphère
en général ainsi que les aspects individuels au sein de chaque réserve de biosphère.
(e) Le secteur d’éducation à différents niveaux, du niveau scolaire au niveau universitaire.
(f) Les opportunités d’échange international pour les étudiants et individus au sein de
chaque réserve de biosphère dans le cadre de visites et de partage des compétences,
connaissances ainsi que des opportunités expérientielles entre les parties.

3.4 Statut du projet


Le partenariat a grandi en importance d’année en année. En dehors des zones prior-
itaires identifiées au départ telles que mentionnées ci-dessus, d’autres avantages ont été
obtenus par ce partenariat dont:
• La formalisation du partenariat par la signature officielle d’un protocole d’entente au
cours d’un événement annexe de l’UNESCO à la COP 9 à Bonn en 2008.
• L’établissement d’un partenariat solide entre la Southern Cross School dans la K2C et
le Martin-Pollich Gymnasium (MPG) à Rhön. Ce partenariat a été renforcé au milieu
de l’année 2011 avec la première visite d’échange des élèves de l’école de Southern
Cross visitant le MPG au cours d’un voyage d’échanges éducatifs et d’expériences.
Des demandes de financement ont été soumises pour permettre une visite des élèves
du MPG à Southern Cross début 2012.
• Le financement d’UNESCO Allemagne a été obtenu en résultat direct du partenariat
et des liens établis pour mener deux études faisabilité: (i) l’investigation du dével-
oppement potentiel d’un Programme de crédits-carbone avec les nombreux chalets
et complexes touristiques de la région; et (ii) la recherche d’options potentielles en
Thomson • Uys 265
Réconcilier la Conservation de la Biodiversité et le Développement Durable

regard à l’utilisation du financement reçu pour les possibles projets de séquestration


du CO2.
• L’exécution d’une étude de faisabilité ainsi qu’une étude complète et détaillé sur ‘la
propriété et les avantages’ d’une centrale hydro-électrique potentielle devant être
développée sur le mur du barrage de Blyde River. En raison des avantages extrêmes
pouvant être obtenus de ce projet, ce dernier fait maintenant l’objet d’une phase de
discussion politique complexe.
• L’établissement d’échanges réguliers entre jeunes étudiants du cycle universitaire de
la région de Rhön visitant la K2C en Afrique du Sud et partageant leurs connais-
sances, expériences et compétences permet de faire avancer le développement du
projet dans la région.
• Le partenariat entre la Southern Cross School et le MPG lancera le début de la for-
mation d’un réseau international d’écoles intitulé ‘Ecoles dans les Biosphères’. Cette
initiative sera mise en place par la Southern Cross School et visera à inviter les écoles
liées aux réserves de biosphère du monde entier à former un réseau uni pour per-
mettre le partage des expériences, connaissances et des échanges expérientiels.
• Développement et participation dans un projet Uni-Key. Dix universités, organisa-
tions de recherche, chambres, entreprises et associations d’entreprises de Belgique, du
Danemark, d’Allemagne, de la Grèce, d’Italie, du Portugal, de l’Espagne et d’Afrique
du Sud (K2C) collaborent dans le projet Uni-Key pour développer des compétences
entrepreneuriales entre les étudiants mobiles. Le résultat prévu du projet est un
cours en ligne (Uni-Key 2012).
Plusieurs autres projets et opportunités ont été identifiés et seront investigués au cours
des prochaines années au fur et à mesure que le partenariat continue à grandir et
s’épanouir.

4. Projet 3: Réserve de biosphère comme partenaire


pour faciliter le développement d’un protocole bio-
culturel — Etude de cas de K2C et des guérisseurs
traditionnels de Bushbuckridge
4.1 Présentation du projet 3
Les communautés ont le droit d’accès aux ressources naturelles et des droits concernant
la protection de leur savoir traditionnel. Ces droits sont internationalement enracinés
dans la Convention internationale sur la biodiversité de 1992 et nationalement dans
l’Environnement national sud-africain: Loi sur la biodiversité (NEMBA) et ses règle-
ments sur la prospection biologique, l’accès et le partage des avantages de 2008.
Les guérisseurs traditionnels de Bushbuckridge (BTHP) jouent un rôle important
dans le bien-être des communautés rurales de la K2C. La guérison traditionnelle est
un système de soutien et une source d’identité culturelle. Néanmoins, les BTHP sont
confrontés à de nombreux enjeux dans un monde en transformation ainsi qu’eu égard à
l’accès à la biodiversité sur la base de laquelle se pratique leur activité (Jonas et al. 2010).
266 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

4.2 Concept du projet


La K2C, en partenariat avec Natural
Justice, une ONG juridique, a facilité une
série d’ateliers avec les BTHP où des infor-
mations concernant les lois ont été parta-
gées, les procédures d’accès aux forêts
d’état et de récoltes durables ont été expli-
quées et un protocole bio-culturel a été
développé (Figure 6).

4.3 Statut du projet


Figure 6: Rencontre avec les guérisseurs
Le protocole bio-culturel (BCP) a été traditionnels
développé par les BTHP avec l’assistance
de la K2C et de Natural Justice (KC2 2009a). La K2C a aussi développé et imprimé un
document “Leçons apprises & document de processus” pour aider les autres organisa-
tions ou régions désireuses de reproduire les principes et processus (K2C 2009b). Le
développement du protocole a également donné lieu à des avantages supplémentaires
comme le partage des informations entre les guérisseurs traditionnels, qui à l’origine ne
pratiquaient pas ouvertement, par le biais d’une unité de BTHP unifiée et coordonnée.
Dans un autre projet-pilote pour démontrer l’aspect pratique et a mise en place du
protocole bio-culturel développé, la K2C a lié les BTHP avec la société de cosmétiques
basée localement, Godding & Godding, avec laquelle ils sont sur le point de signer un
accord de partage des bénéfices. Ce processus n’est ni direct ni aisé, comme l’ont expliqué
Jonas et Shrumm (2010) et Köhler-Rollefson (2010). Le processus a démarré avec le
développement d’un accord de confidentialité élaboré par Natural Justice. La recherche
sera effectuée sur l’application des connaissances au sujet de certaines espèces de plantes
avant d’élaborer un accord de partage des bénéfices et d’entrer dans un partenariat com-
mercial (Natural Justice 2012).
La K2C et Natural Justice prévoient en outre, d’établir un dialogue plus poussé avec
les BTHP afin de développer le renforcement des capacités et un cadre de développe-
ment pour lequel un financement d’exécution sera sollicité.

5. Projet 4: Le potentiel d’utiliser les réserves de biosphère


pour démontrer la mise en place de la Conservation
par la connectivité — cas du projet de corridor fluvial
proposé par la K2C
5.1 Présentation du projet 4
Il existe un consensus avançant que la conservation de la biodiversité devrait se passer à
la fois à l’intérieur et à l’extérieur des zones protégées si l’on veut réaliser les objectifs de
biodiversité. Au vu des interrelations potentielles des zones à l’intérieur et à l’extérieur
des zones protégées dans les écosystèmes, la structure ultime de la conservation de la
Thomson • Uys 267
Réconcilier la Conservation de la Biodiversité et le Développement Durable

biodiversité devrait être la gestion du paysage biorégional et la conservation par la con-


nectivité. Bien que de nombreux facteurs puissent affecter la biodiversité, l’utilisation
d’incitants économiques est avancée comme étant potentiellement l’un des mécanismes
les plus efficaces pour normaliser la conservation de la biodiversité dans les biorégions.
Les réserves de biosphère se placent en position unique pour mener de telles initia-
tives et celle de Kruger à Canyons a récemment effectué une étude de faisabilité à cet
effet (Biovista Conservation Consultancy 2009).

5.2 Concept du projet


Le projet de corridor fluvial de Kruger à
Canyons pour les fleuves Olifants et Blyde,
tombant dans la ligne de crue de 100 ans,
couvre différentes utilisations des terres et
régimes fonciers. La perspective du projet
de Corridor fluvial pour les fleuves Blyde
et Olifants est de restaurer l’intégrité
écologique et réinstaurer des services
d’écosystème (Figure 7). Le concept
propose une approche intégrée et inno-
vante en capitalisant sur un nombre de
caractéristiques exceptionnelles de la Figure 7: Une section du fleuve Olifants ayant
région conjointement avec les développe- besoin de réparation
ments en Afrique du Sud et les discussions
et approches liées aux changements clima-
tiques. Tandis que les contributions de
l’approche proposée vis-à-vis de la conser-
vation de la biodiversité et l’atténuation
des changements climatiques seront évi-
dentes, elles contribueront également au
développement durable des communautés
rurales et démunies.
Le but du projet est que d’ici 2014, la
qualité de l’eau et le ruissellement des
fleuves Blyde et Olifants ainsi que leurs
affluents au sein de la K2C feront l’objet
de normes améliorées et toute la végéta-
tion riveraine sera non fragmentée ou en
état de réhabilitation avec l’objectif d’une
largeur minimale suivant la ligne de crue
de 100 ans (Figure 8). L’objectif spéci- Figure 8: Une partie de la section moins
fique du projet sur cinq ans concerne: Le abimée du fleuve Blyde tiendra lieu de référence
développement économique local tout pour le reste du projet de corridor fluvial
268 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

en conservant les corridors fluviaux placés en priorité dans la région de biosphère de


Kruger à Canyons.

5.3 Statut du projet


La K2C ainsi que ses partenaires mandatés, a aujourd’hui atteint une phase de transition
passant du ‘partage d’une vision’ à une mise en œuvre concrète du projet de Corridor
fluvial pour les fleuves Olifants et Blyde. Le projet vise à soutenir le développement
économique local et sollicite une assistance pour sa réalisation dans le cadre d’une petite
ouverture où de multiples intervenants sont prêts à aller dans la même direction en
même temps.
Dans le sens d’une entreprise collaborative, le rôle de la K2C est vraiment celui d’un
facilitateur de collaboration avec l’opinion que “le tout est plus que la somme de ses
parties” (Gates & Morgan 2003). Néanmoins, cette vision nécessite une compréhension
claire en ce qui concerne les différents rôles et diverses responsabilités des organisations
participantes et la confiance entre elles. Finalement, en cas de succès avec les finance-
ments, le travail requiert automatiquement une unité de gestion du projet. Si le projet
semble peu pratique et viable sur le plan logistique au sein des institutions existantes,
une capacité supplémentaire serait alors indispensable. Cependant, l’organisation, la
taille et les opérations réelles feront l’objet d’une échelle et d’une orientation pour les
financements reçus et la véritable mise en place sera mieux déterminée dans ce contexte.

6. Conclusion
En décrivant les quatre projets, (le programme de crédits-carbone, le partenariat avec
la Réserve de biosphère de Rhön, le développement d’un protocole bio-culturel et le
projet de Conservation par la connectivité à travers les corridors fluviaux), les avantages
d’adhérer aux principes du programme MAB de l’UNESCO ont été démontrés. Pour
réaliser une durabilité pour tous ces projets, les chaînes entre les hommes et la nature
ainsi qu’entre les différents biomes et la justice environnementale doivent être réalisés.

Références
Biovista Conservation Consultancy. 2009. Rapport final pour l’étude de faisabilité du
projet de conservation de K2C et du projet de développement du corridor fluvial.
URL: [Link] (accédé le 08/08/2012)
Gates, L. & Morgan, N.I.M. 2003. Rapport de terrain: Le tout est bien plus grand que la
somme de ses parties. The George Wright Forum 20(2): 60–67.
Jonas, H. & Shrumm, H. 2010. Exploring bio-cultural community protocols in the Sri
Lankan context (Explorer les protocoles communautaires bioculturels dans le con-
texte sri lankais): Rapport d’une consultation internationale et d’un atelier de forma-
tion des formateurs sur les protocoles communautaires bioculturels à Avissawella, Sri
Lanka. URL: [Link] (accédé le 07/08/2012)
Thomson • Uys 269
Réconcilier la Conservation de la Biodiversité et le Développement Durable

Jonas, H., Bavikatte, K. & Shrumm, H. 2010. Community protocols and access and
benefit sharing (Protocoles communautaires et partage des accès et bénéfices). Asian
Biotechnology and Development Review 12(3): 49–76.
Köhler-Rollefson, I. 2010. Bio-cultural Community Protocols for livestock keepers
(Protocoles communautaires bioculturels pour les gardiens de bétail). Lokhit Pashu-
Palak Sanstan: Rajasthan, Inde.
Kruger to Canyons Biosphere Region (K2C). 2009a. Bio-cultural protocol of the
Traditional Health Practitioners of Bushbuckridge (Protocole bioculturel des gué-
risseurs traditionnels de Bushbuckridge). URL: [Link]
k2c_documents.html (accédé le 07/08/2012)
Kruger to Canyons Biosphere Region (K2C). 2009b. Bio-cultural protocol development
in the Kruger to Canyons Biosphere (Développement du protocole bioculturel dans
la biosphère Kruger à Canyons): “Leçons apprises” et document de processus. URL:
[Link] (accédé le 07/08/2012)
Kruger to Canyons Biosphere Region (K2C). 2010. Lessons learnt report (Rapport des
leçons apprises): Organizational development in the Kruger 2 Canyons Biosphere
Region Project (Développement organisationnel dans le projet de la région de bio-
sphère de Kruger à Canyons). URL: [Link]
[Link] (accédé le 07/08/2012)
Natural Justice. 2012. Publications. URL: [Link]
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Uni-Key. 2012. Unleash your business potential (Découvrez votre potentiel
d’entrepreneur). URL: [Link] (accédé le 07/08/2012)
16
Ecologie de la Nidification et Conservation
des Tortues de Ponte dans la Reserve de
Biosphere de Songor
Nesting Ecology and Conservation of Nesting Turtles in Songor
Biosphere Reserve

DICKSON YAW AGYEMAN1 • SAMUEL ANNAN RIVERSON 2 •


AGYEKUMHENE ANDREWS 3

Résumé
Dans le monde entier, la population des tortues marines connaît un déclin et la situ-
ation n’est pas différente au Ghana. Selon les observations, elle est en déclin dans les
océans mais également sur les plages de ponte au Ghana. Il existe aussi une possible
extinction de certaines espèces de tortues marines qui, dans le temps, utilisaient les
plages sablonneuses du Ghana comme habitats pour l’éclosion des œufs. La tortue
verte, la tortue caouanne et la tortue imbriquée auraient déposé leurs œufs sur les
plages du Ghana dans le passé mais n’utilisent plus ces zones aujourd’hui. Une étude
menée le long des plages du site de Songor Ramsar (aujourd’hui la réserve de bio-
sphère de Songor) au Ghana a révélé que la plupart des zones longeant ces plages
constituent des terrains de ponte importants pour les tortues marines. Cependant,
on a constaté une réduction de la population des tortues marines le long des plages
en raison des activités des habitants côtiers, affectant les tortues et leurs habitats
de ponte. Il est donc crucial de lancer des mesures de conservation pour aider à
restaurer la population des tortues à un niveau acceptable. La Division de la faune au
Ghana s’est appuyée sur l’éducation, l’application de la loi et la participation de la com-
munauté pour protéger les tortues marines. En résultat, une réduction de 95% des
massacres de tortues au cours d’une période de 5 ans a été remarquée. La collecte
des œufs de tortues a baissé de manière considérable. Mais le problème des chiens
prédateurs sur les œufs de tortues dans la réserve de biosphère persiste.
Mots-clés: Tortues marines; ponte; importance des couvées; période d’incubation;
succès d’éclosion; tortue luth; tortue bâtarde

1 Auteur correspondant · Songor Ramsar Site, P. O. Box 73, Ada-Foah · E-mail: yaw652006@[Link]
2 Kakum National Park,P. O. Box, Cape Coast · E-mail: annanriverson@[Link]
3 Muni-Pomadze Ramsar, P. O Box 202, Winneba · E-mail: andyaohene@[Link]
270
Agyeman • Riverson • Andrews 271
Conservation des Tortues de Ponte dans la Réserve de Biosphère de Songor

Abstract
All over the world, the population of sea turtles is declining, and the situation is not
different for Ghana. The sea turtle population, as has been observed, is declining both
in the waters and on the nesting beaches of Ghana. There is also the possible extir-
pation of some species of sea turtles that once used Ghana’s sandy beaches as their
nesting habitats. The green turtle, loggerhead turtle and the hawksbill turtle that are
believed to have once nested on the beaches of Ghana do not use most of these areas
any more. A survey conducted along the beaches of the Songor Ramsar site (now the
Songor Biosphere Reserve) in Ghana revealed that most areas along the beaches are
important nesting grounds for sea turtles. There was however a reduction in the pop-
ulation of the sea turtle in along the beaches due to activities of the coastal dwellers
that are affecting the turtles and their nesting [Link] is therefore the need for
conservation measures to help revive the population of turtles to a healthy level. The
Wildlife Division of Ghana used education, law enforcement and community participa-
tion to protect the sea [Link] has been a reduction of sea turtle killings by 95%
over the period of 5 years. Turtle egg collection has also gone down drastically. There
is however the issue of dogs predating turtle eggs in the biosphere reserve.
Key Words: Sea turtles; nesting; clutch size; incubation period; hatching success;
leatherback; olive ridley

1. Introduction
Les tortues marines sont des anciens reptiles qui habitent le monde océanique, à
l’exception de l’océan Arctique. Elles sont apparues avant les dinosaures et traversent les
océans terrestres depuis plus de 100 millions d’années. Les premières tortues sont appa-
rues pendant la période Triassique, il y a quelques 245 à 208 millions d’années et le plus
ancien fossile de tortue jamais enregistré remonte à la fin de l’ère jurassique, il y a 208 à
144 millions d’années. Avec les serpents marins, les crocodiles et les iguanes, elles font
partie des seuls reptiles survivants adaptés à l’existence dans les mers salées.
Les tortues marines jouent des rôles importants dans l’écosystème marin ainsi que
dans l’environnement terrestre. Leurs fonctions importantes englobent autant des
aspects écologiques qu’humanitaires. Les tortues marines sont considérées comme des
ressources naturelles par les hommes. Elles sont utilisées de diverses manières pour
les besoins et habitudes alimentaires, médicaux, culturels, économiques et religieux
(Agyekumhene 2009, Laqueux 1998, Roberts et al. 1999).
Malgré leur importance dans l’écosystème marin, leur population n’a cessé de
décliner au cours des années en résultat des massacres, de la pollution et de la dégrada-
tion de l’habitat (Armah et al. 1997). Elles figurent sur la liste des espèces menacées de
disparition de l’IUCN (IUCN 2004). Malgré l’existence de lois au Ghana, rendant pas-
sibles d’amendes, d’emprisonnement ou des deux, les infractions impliquant la capture,
272 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

le massacre ou la vente d’une partie ou de l’entièreté des tortues marines, on observe


encore des incidences élevées de braconnage et de dégradation des habitats (par le biais
de l’extraction de sable et la pollution des plages) au sein de nombreuses communautés
côtières.

2. Methodes
2.1 Site de l’étude
L’étude a été menée dans la réserve de biosphère de Songor (SBR), située dans la partie
sud-est du Ghana. Cette zone a été sélectionnée pour l’étude en cours car elle représente
l’une des zones de couvée les plus élargies des plages sablonneuses du Ghana. La SBR
comprend de nombreux petits villages de pêcheurs et complexes hôteliers, éparpillés le
long de sa plage.

2.2 Collecte des données


2.2.1 Patrouille sur la plage
La collecte des données a eu lieu entre octobre 2004 et septembre 2010 sur une bande
de 10 km de plage. Des patrouilles ont sillonné la plage de couvée pendant la nuit à la
recherche des tortues de ponte, des nids, des apparitions non liées à la ponte, des activ-
ités de braconnage et de tortues mortes. Lorsqu’une tortue était observée, la position du
nid était marquée à l’aide d’un GPS pour permettre de le visiter à nouveau. Le nid était
laissé afin de se développersur place. Les nids attaqués par des prédateurs ont également
été identifiés et marqués à l’aide du GPS et l’agent de destruction déterminé.

3. Resultats
3.1 Activités de ponte et nombres de nids
La SBR sert de site de ponte pour trois espèces de tortues à savoir la tortue luth, la tortue
bâtarde et la tortue verte (Figure 1). La tortue bâtarde correspond à l’espèce prédomi-
nante des trois espèces qui utilisent les plages d’Ada Foah comme habitats de couvée
(Agekumhene 2009). Les tortues marines pondent principalement entre les mois

Figure 1: Espèces de tortues marines qui utilisent la réserve de biosphère de Songor comme sites
de nidification. En haut, de gauche à droite: Tortue luth et verte. En bas: Tortue bâtarde.
Agyeman • Riverson • Andrews 273
Conservation des Tortues de Ponte dans la Réserve de Biosphère de Songor

d’octobre et de février. Cependant, la tortue bâtarde pond toute l’année (Agyekumhene


2009, Amiteye 2002, Armah et al. 1997). L’intensité de la ponte des tortues le long de la
plage de la SBR augmente d’ouest en est.
Les tortues marines pondent en deux ou trois cycles annuels. Le nombre de nids
déposés au cours d’une saison dépend de la population de ponte. Le nombre de nids
diffère donc entre les saisons. Au cours d’une mauvaise saison, on peut ne trouver que 10
nids tandis que pendant une bonne saison, on peut enregistrer jusqu’à 600 nids.

3.2 Importance de la couvée


L’importance de la couvée correspond au nombre d’œufs pondus dans une chambre à
œufs. La taille de la couvée varie selon les espèces mais aussi le moment de la saison
de ponte (Shanker et al. 2003). Les mêmes espèces de tortues déposeront des couvées
similaires pendant une saison (Miller et al. 2003). La taille de la couvée moyenne enreg-
istrée pour une tortue luth dans la zone est de 82±6 œufs/nid tandis qu’une moyenne de
119±14 œufs/nid a été enregistrée pour la tortue bâtarde.

3.3 Période d’incubation


La période d’incubation correspond à la période nécessaire pour l’éclosion des œufs.
Elle dépend de la température de la zone (Shanker et al. 2003). La période d’incubation
est pratiquement la même pour les tortues luth et bâtardes qui pondent dans la SBR.
Celle de la tortue luth est de 59±6 jours et pour la tortue bâtarde, de 60±5 jours.

3.4 Succès de l’éclosion


Le succès de l’éclosion est très élevé au sein de la SBR et ne varie pas considérablement
entre les espèces de tortues qui pondent dans la zone (Agyekumhene 2009). Le succès
important de l’éclosion mesuré pour les tortues marines de la zone pourrait en toute
probabilité signifier que les conditions qui prévalent dans la zone de ponte sont adaptées
et optimales pour le développement des œufs de tortues marines. Le succès d’éclosion
est de 88,3% pour la tortue luth et 92,4% pour la tortue bâtarde.

4. Menace pour les tortues de ponte dans la réserve de


biosphère de Songor
Les tortues de ponte sont confrontées à divers défis lors de leur visite des plages sablon-
neuses pour la naissance de leurs petits. Les menaces sont présentes dans l’eau et sur
terre lorsqu’elles viennent pondre leurs œufs dans le sable.

4.1 Menaces anthropogènes


4.1.1 Interaction halieutique
Les tortues au sein de l’écosystème marin dans son ensemble, font face à des menaces
par les chalutiers, pêcheurs locaux et filets détachés (filets fantômes) qui les piègent et
les noient (Figure 2). Les pêcheurs locaux s’engagent parfois à libérer les tortues piégées
274 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

moyennant une compensation financière. Les tortues font partie intégrante des prises
des sorties de pêche en mer par les pêcheurs commerciaux et locaux. Depuis quelques
années, les nombres élevés de tortues mortes retrouvées sur la plage, coïncident avec la
période pendant laquelle de nombreux chalutiers ont été observés en mer la nuit. Ce
fait suggère que les dispositifs d’exclusion de tortues (dispositif TED) sur les chalutiers
ne sont pas installés, expliquant le nombre important de tortues mortes. L’examen phy-
sique révèle que les causes possibles de mort sont la noyade et les blessures (à la tête et
aux nageoires). Trainer une tortue dans un filet de pêche pendant plus de 45 minutes
peut la noyer et la tuer. Les collisions de tortues avec les bateaux de pêche peuvent pro-
voquer des blessures graves causées par l’hélice et aboutir à leur mort (Laqueux 1998).

Figure 2: Tortue marine piégée dans une ligne de pêche (à gauche) et des filets de pêche (à
droite) par des pêcheurs locaux

4.1.2 Braconnage
Le braconnage consiste à attraper les
tortues femelles sur la plage de ponte. Les
tortues de ponte font parfois l’objet de
braconnage et sont tuées pour la nour-
riture (Figure 3). La tortue peut être bra-
connée à tout moment entre le moment
où elle remonte la plage jusqu’à ce qu’elle
ponde ou redescende. Les tortues bracon-
nées sont normalement renversées sur leur
carapace et tirées de la plage, laissant une
trace qui indique le braconnage. Les bra- Figure 3: Tortue luth braconnée
conniers, dont la plupart sont des pêcheurs, les vendent ou les tuent à des fins alimen-
taires (Armah et al. 1997). Les braconniers peuvent vendre la tortue dans les villages qui
se trouvent à l’intérieur ou l’extérieur de la réserve de biosphère.
Grâce à la patrouille chargée de faire appliquer la loi, mise en place par la Division
de la faune dans la zone, les activités de braconnage ont diminué de 95% au cours des
dernières années. La présence des agents de la Division sur la plage est suffisante pour
Agyeman • Riverson • Andrews 275
Conservation des Tortues de Ponte dans la Réserve de Biosphère de Songor

dissuader les braconniers éventuels de ramasser les tortues femelles. L’éducation sur la
conservation dans les écoles et les communautés au sein de la réserve a également con-
tribué à une forte réduction du massacre des tortues. Par l’éducation, les pêcheurs ont
pris conscience de l’importance relative de la présence de tortues dans l’eau et sur les
plages et par conséquent, du besoin de les protéger.

4.1.3 Collecte des œufs


Parfois, les pêcheurs locaux ramassent les œufs de tortue pour la nourriture ou le
commerce (Figure 4). Les œufs de tortue peuvent être saisis à tout moment pendant
la ponte ou quelques jours après la ponte.
Une tortue femelle peut pondre jusqu’à
140 œufs dans un trou (Agyekymhene
2009, Amiteye 2002). Tous les œufs sont
normalement ramassés par les hommes et
utilisés à des fins alimentaires. Grâce aux
patrouilles chargées de l’application de
la loi, les incidences de collecte des œufs
de tortues ont diminué dans la zone. L’un
des autres facteurs susceptible d’avoir
contribué à la réduction du ramassage
des œufs de tortues concerne le pro- Figure 4: Pêcheur ramassant des œufs de
gramme d’éducation dans les écoles et tortue
communautés.

4.1.4 Activités prédatrices


Les tortues marines et leurs œufs sont exposés aux activités prédatrices dans
l’environnement marin et terrestre. Les risques de prédation existent durant tout le cycle
de vie des tortues. Pendant la ponte, des prédateurs comme les chiens, cochons, ratons
laveurs, renards, crabes fantômes (Ocypoda sp.) et hommes se nourrissent des œufs
de tortues. Pendant l’éclosion, les prédateurs dont les chiens, cochons, ratons laveurs,

Figure 5: Prédation d’un nid de tortue par des chiens sauvages


276 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

renards et oiseaux se nourrissent des bébés tortues au moment où ils se rendent dans
l’eau. Dans l’eau, les grands poissons comme les requins se nourrissent des bébés-tortues.
Au sein de la SBR, les chiens et les hommes sont les principaux prédateurs des œufs
de tortues et détruisent environ 50% du nombre total de nids déposés pendant la saison
de la ponte (Agyekumhene 2009). Les chiens qui reniflent et détectent l’emplacement
des œufs peuvent détruire le nid à tout moment entre la ponte des œufs et l’éclosion
(Figure 5). Parfois, ils creusent pour sortir les œufs éclos et les manger avant que les
bébés n’aient le temps d’émerger et de se diriger vers l’eau.

4.2 Menaces naturelles


4.2.1 Conditions environnementales
Les conditions environnementales diffèrent le long des sections de la côte sablonneuse au
Ghana. Les zones composées d’estuaires, de roches et de lagunes caractérisent la plupart
des sections tandis que des communautés éparpillées mais très peuplées existent. Les
plages du littoral au sein du site ont des formes terrestres dynamiques qui sont con-
stamment soumises à l’érosion et à l’accumulation. Les conditions de la plage reflètent
l’équilibre et le déséquilibre local entre la sédimentation (gain de plage) et l’érosion (perte
de plage). La perte rapide et successive a donné lieu à la formation de falaises abruptes
le long du littoral (Agyeman 2008). Les tortues marines sont exposées à ces conditions
lorsqu’elles émergent pour la ponte la nuit. Elles pondent là où elles détectent un habitat
favorable, dénué de toute menace à leur espèce et aux œufs dans les nids.
Le type de sable qu’elles préfèrent pour la ponte est un grain fin (0,02–0,002 cm) à
une profondeur de 40 à 80 cm. Une fois sorties de la mer, les tortues se déplacent entre
8 et 50 m sur la terre, selon les espèces et l’état de la plage pour repérer des espaces de
nidification adaptés. Les tortues bâtardes se déplacent un peu plus loin que les tortues
luth (Agyeman 2008). Parfois, dans leur tentative de trouver un lieu de nidification
approprié, ou après avoir réussi à déposer leurs œufs, les tortues perdent leur direction
et retournent dans l’océan. Elles errent plus longtemps sur la plage, à la recherche du
chemin les ramenant vers la mer. Elles se déplacent vers les maisons, les fourrés et les
routes, proches du rivage avec le risque d’être braconnées. Les tortues peuvent aban-
donner le processus de ponte et retourner dans l’océan si elles n’ont pas trouvé d’espaces
de nidification convenables ou si elles sentent un danger imminent à proximité.
La teneur en humidité sur la plage de ponte dépend de la proximité de l’océan, la
rivière, de la nappe phréatique et du caractère saisonnier des pluies. Pour la ponte, les
tortues préfèrent des plages sablonneuses avec une teneur en humidité de l’ordre de 1,5
à 3%.

4.2.2 Morphodynamique de la plage


Les plages sablonneuses au Ghana sont plutôt instables. La force des vagues et celle de
l’érosion engendrent des pertes substantielles de plages chaque année. De même, les
inondations pendant la haute saison des pluies érodent les plages. Au moins 1,5 m de
plage est perdu chaque année, ce qui crée une incidence négative sur les tortues qui
sortent de l’eau et leurs nids (Agyekumhene 2009). La perte d’habitat à cause de l’érosion
Agyeman • Riverson • Andrews 277
Conservation des Tortues de Ponte dans la Réserve de Biosphère de Songor

des plages est un phénomène commun sur le site. Ce problème affecte les tortues de
ponte pour la sélection de leurs sites de nidification. Les falaises élevées, nées de l’érosion
rendent difficile l’accès des tortues vers l’arrière-plage, pour la ponte de leurs œufs. Les
nids sont regroupés dans des lieux particuliers qui se trouvent normalement au-des-
sous de la ligne de marée haute, les rendant sensibles à l’érosion et aux inondations au
moment des fortes marées.
L’érosion excessive au niveau de certaines parties de la plage réduit la couverture
de sable de la plage et expose la couche inférieure généralement composée d’argile.
Les tortues marines qui pondent à ces endroits, déposent leurs œufs dans des nids peu
profonds parce qu’elles ne peuvent pas creuser plus loin en raison de la couche infé-
rieure d’argile. Les œufs dans ces nids sont exposés aux prédateurs, à la chaleur exces-
sive du soleil et aux inondations. Les embryons des œufs de tortues marines sont tués
lorsqu’ils sont en contact avec l’eau de mer soumise aux pluies diluviennes (Ragotzkie
1959). Le processus d’incubation peut être interrompu et donner lieu à un taux de succès
d’éclosion faible.

4.2.3 Fluctuation des courants de marée


Des changements de marée atteignant jusqu’à 1,98 m pendant la marée haute se pro-
duisent sur le site, rendant les nids de tortue sensibles aux inondations. Les tortues choi-
sissent normalement leurs emplacements de ponte au-dessus de la ligne de marée haute.
Les falaises hautes représentent quelques uns des repères résultant de l’érosion par les
vagues. On a enregistré des falaises de 1,68 m de hauteur, le long de la plage. Les falaises
empêchent les tortues sortant de l’eau d’accéder aux sites de nidification adaptés sur la
plage.
En général, les tortues bâtardes grimpent sur les falaises de 40 à 50 cm et jusqu’à 80
à 120 m au-dessus de la ligne de marée haute pour déposer leurs œufs. Les tortues luth
et vertes, de taille plus grande que les tortues bâtardes, ne peuvent grimper que sur des
falaises à pente douce et ne se déplacent pas aussi loin de la ligne de marée haute pour
la ponte.

5. Les efforts de conservation


Les tortues bénéficient d’une protection totale et figurent dans la première annexe
(Série B) de la liste des espèces protégées au Ghana. La réserve de biosphère de Songor
associe la recherche scientifique, l’éducation, la mise en vigueur de la loi, la cogestion et
l’écotourisme pour veiller à ce que les tortues de ponte, leurs œufs et les bébés-tortues
soient protégés contre les hommes et autres prédateurs. Une méthode de conservation
traditionnelle, impliquant l’utilisation de normes et croyances ainsi qu’un tabou asso-
ciant les tortues en tant que totem, se sont révélés être une stratégie de conservation
efficace dans la zone. Les approches communautaires vis-à-vis de la conservation des
tortues marines ont fait preuve d’efficacité pour préserver les espèces (Ribson 1994). La
collaboration avec les communautés littorales pour former une commission de con-
servation et les groupes bénévoles de protection des tortues a contribué à réduire le
278 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

braconnage dans les zones qui ne sont pas contrôlées ou patrouillées par la Division de
la faune. L’efficacité de l’éducation orientée sur la conservation des espèces dans les écoles
et les communautés côtières ainsi que les lois relatives à la conservation ont permis de
réduire le braconnage et d’améliorer le partage des informations sur les activités illé-
gales. De même, la promotion de l’écotourisme offrant des avantages directs ainsi que
d’autres liens avec les communautés ont apporté un soutien dans le cadre d’une collabo-
ration sur la protection des espèces de tortues.

6. Conclusion
Les tortues marines constituent une composante cruciale de l’écosystème marin. Elles
jouent des rôles écologiques importants pour l’environnement marin et terrestre. Les
populations de tortues marines de par le monde ont diminué et continuent à décliner en
raison des activités humaines. Dans la plupart des communautés au Ghana, on a assisté
à un fort déclin de la population des tortues marines avec une menace d’extinction de
certaines espèces comme la tortue caouanne et la tortue imbriquée qui, dans le temps,
pondaient sur les plages du Ghana. Même si des facteurs naturels comme l’érosion des
plages et les maladies peuvent aussi causer la réduction de la population des tortues, leur
incidence n’est que minimale. En outre, les activités humaines entraînent l’accélération
de certains facteurs naturels.
Au Ghana, plusieurs efforts, lancés par des individus et des groupes visant à protéger
les tortues marines comme ressource naturelle importante, ont été mis en œuvre. A titre
d’exemple, on peut noter les efforts d’utilisation de l’éducation, des lois et de la partici-
pation communautaires par la Division de la faune de la Commission forestière en vue
de protéger les tortues marines. Ces efforts ont permis une réduction des activités à la
source du déclin de la population des tortues marines.

Références
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in Ada Foah, Ghana (Ecologie de la ponte, succès de l’éclosion et gestion des tortues
marines à Ada Foah, Ghana). [Link]. thèse. University of Ghana, Legon.
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conservation of marine turtles (Facteurs socioculturels et environnementaux influ-
ençant la ponte et la conservation des tortues marines), Ada-Foah, Ghana.
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communities in Ghana (Réflexion sur la conservation des tortues marines pour les
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Laqueux, C.J. 1998. Marine turtle fishery of Caribbean Nicaragua (Pêche des tortues
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Conservation des Tortues de Ponte dans la Réserve de Biosphère de Songor

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Bolten, A. & Witherington, B. (eds.). 2003. Biology and conservation of loggerhead
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Ragotzkie, R. 1959. Mortality of loggerhead turtle eggs from excessive rainfall (Mortalité
des œufs de tortues caouannes causée par des pluies diluviennes). Ecology 40:
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Ribson, J.G. 1994. Community-based approach to wildlife conservation in the
Neotropical Forest (Approche communautaire par rapport à la conservation de la
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Based Conservation (Perspectives en matière de conservation par la communauté).
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The use of animals in traditional medicine (L’utilisation des animaux dans la méde-
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23/09/2005)
17
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!
Mount Mulanje — A Mountain of Hope!

CARL BRUESSOW1 • MOFFAT K AYEMBE1

Résumé
Le Mont Mulanje représente un environnement montagnard important, basé autour
d’une réserve forestière protégée au sud-est du Malawi, classée réserve de biosphère
mondiale depuis 2000. La montagne s’élève à une altitude de 3 000 m, couvrant
une superficie de 650 km2 et se compose de ressources significatives en termes de
forêts, eaux, biodiversité et tourisme pour les communautés locales et le commerce.
Cependant, des enjeux liés à la durabilité existent au niveau de la biodiversité et des
ressources naturelles en raison d’une densité de population avoisinante substantielle
qui se bat pour satisfaire ses besoins quotidiens de subsistance dans ce pays appauvri.
L’approche de réserve de biosphère qui tente de résoudre ces divers dilemmes a été
facilitée par les opérations du Mulanje Mountain Conservation Trust (MMCT) depuis
2002. Le MMCT a été établi en tant qu’organisation à intervenants multiples, basée sur
un fonds fiduciaire de dotation.
Un engagement rigoureux par rapport à l’approche de réserve de biosphère fait
appel à une implication profonde des intervenants en matière de gestion locale, de
recherche et d’activités économiques. Le MMCT a facilité une telle coordination grâce
à sa gouvernance et ses opérations d’exploitation et est instrumental pour connecter
la gestion des zones protégées, les autorités locales traditionnelles, les organismes du
gouvernement, le commerce et la société civile en vue de développer des opportu-
nités et faire face aux défis. La communauté, dans son sens large, est impliquée dans
de nombreuses actions de conservation et de gestion environnementale, d’activités
commerciales basées sur la gestion des ressources naturelles et d’initiatives de justice
sociale abordant les enjeux locaux. Ces actions sont rendues possibles en développant
les institutions communautaires locales, encourageant les contrats de gestion collabo-
rative, lançant des associations basées sur les ressources et facilitant une vaste gamme
de besoins de renforcement de capacité avec ces organisations locales émergentes.

1 Mulanje Mountain Conservation Trust, PO Box 139, Mulanje Malawi · Tél: +265 1 466 282 · Fax: +265 1
466 241 · E-mail: carl@[Link]
280
Bruessow • Kayembe 281
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!

En fin de compte, les progrès dans cette région appauvrie reposent sur la capacité
à créer des opportunités pour la participation des communautés locales et des entre-
prises dans la production de revenus de subsistance conséquents. L’organisme de
gestion des zones protégées précédent, avait restreint l’accès aux ressources si bien
que les activités illégales s’étaient développées progressivement et régulièrement,
menaçant très vite la durabilité même de la plupart des ressources de la montagne.
Mulanje se trouve à proximité de nombreuses autres zones protégées qui ont perdu
leurs forêts, ressources hydriques, atouts de biodiversité et qui, de plus sont actuelle-
ment soumises à des enjeux climatiques. L’accès contrôlé de Mulanje a donné lieu à un
élan de l’activité économique basé sur des approches innovantes comme le commerce
équitable et l’écotourisme, réunissant plusieurs intervenants différents pour réaliser
l’objectif plus large de développement durable de la réserve de biosphère.
Mots-clés: Gestion des zones protégées; gouvernance; financement par dotation;
partenariats; biodiversité endémique; dilemme de la pauvreté

Abstract
Mount Mulanje is a significant mountain environment based around a protected forest
reserve in south-eastern Malawi that has been a global biosphere reserve since 2000.
The mountain stands 3 000 m high, covers an area of 650 km2 and offers a signifi-
cant forest, water, biodiversity and tourism resource to the local communities and
commerce. However, sustainability challenges exist both to the biodiversity and the
natural resources from a substantial surrounding population density that struggles to
fulfil their daily livelihood needs in this impoverished country. The biosphere reserve
approach that makes an attempt to resolve these various dilemmas has been facili-
tated by the operations of the Mulanje Mountain Conservation Trust (MMCT) since
2002. MMCT has been established as a multi-stakeholder governed organization based
upon an endowment trust fund.
A rigorous engagement with the biosphere reserve approach calls for comprehen-
sive stakeholder involvement in local management, research and economic activities.
MMCT has facilitated this coordination through its governance and its working opera-
tions, and is instrumental in linking the protected area management, local traditional
authorities, government agencies, commerce and civil society to develop opportunities
and address challenges. The greater community is involved in many conservation and
environmental management operations, natural resource management based com-
mercial activities, and social justice initiatives that address local issues. This is enabled
by developing local community institutions, assisting collaborative management con-
tracts, initiating resource-based associations and facilitating a wide range of capacity
building needs within these emerging local organisations.
Progress in this impoverished area ultimately is based upon the ability to create
opportunities for participation of both local communities and commerce in gener-
ating substantial livelihood benefits. Prior protection management restricted access
282 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

to resources and therefore a steady increase in illegal activity developed that was
soon to threaten the very sustainability of most of the mountain’s resources. Mulanje
stands near to many other protected areas that have lost their forests, their water
resources, their biodiversity assets and are now experiencing climatic challenges too.
Controlled access on Mulanje has led to increased economic activity based upon
innovative approaches such as fair trade and ecotourism that bring many different
stakeholders together to collaborate for the grander goal of biosphere reserve sus-
tainable development.
Key words: Protected area management; governance; endowment funding; partner-
ships; endemic biodiversity; poverty dilemma

1. Introduction
La réserve de biosphère du Mont Mulanje représente un environnement montagnard
important situé au sud du Malawi, un petit pays du sud-est de l’Afrique. Le Malawi fait
partie des nations les plus pauvres, la conséquence d’une croissance de la population
dont une forte densité dépend de la disponibilité limitée des terres et des ressources
naturelles en déclin. Le Rapport des Nations unies sur le développement humain de
2011 place le Malawi en 171ème position sur l’Index de développement humain, les 17
nations restantes étant toutes soit dans un état de guerre ou venant de terminer un
confit. Le Malawi quant à lui a toujours été une nation en paix. Le paysage du Malawi
héberge des familles de petits exploitants ruraux qui se battent pour atteindre un niveau
de vie soutenable par des moyens de subsistance et de production de revenus de base,
le problème étant aggravé par l’accès de plus en plus réduit à une gamme de ressources
naturelles domestiques de première nécessité. Cette situation difficile est contraire à
l’engagement actuel de conservation nationale visant à gérer un système de zone pro-
tégée couvrant actuellement plus de 20% des terres disponibles.
Le pays est régi par une démocratie multipartite émergente qui s’est renforcée de
façon stable depuis la fin, en 1994, d’une autocratie de longue date en vigueur depuis
l’indépendance du Royaume Uni en 1964. Etant un pays enclavé et doté de ressources
minières limitées et au faible niveau d’industrialisation, le Malawi s’est principalement
développé par une économie basée sur l’agriculture et exportatrice de tabac, thé, sucre
et coton. Sa population actuelle de plus de 14 millions d’habitants sur une superficie de
95 000 km2 le place parmi les pays à plus forte densité de population en Afrique. La
province de Mulanje affiche une densité de deux fois les chiffres nationaux, la plupart
des populations vivant des styles de vie de petits exploitants agricoles ruraux sur des
parcelles de moins de 0,3 ha, cultivant des céréales de subsistance et commerciales pour
soutenir un niveau de vie relativement simple. La disponibilité insuffisante de terres
agricoles adéquates par famille et l’entretien des sols fertiles ont donné lieu à une crise
sur laquelle se calquent les chocs imprévus du changement climatique, accentuant
Bruessow • Kayembe 283
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!

Figure 1: Vue satellite agrandie de la réserve de biosphère du Mont Mulanje

Figure 2: Pentes de la forêt tropicale humide du Mont Mulanje


284 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

désormais la vulnérabilité jusqu’au point de rupture menant sans aucun doute à la


famine.
Le Mont Mulanje s’élève des plaines avoisinantes à 500 m d’altitude au-dessus du
niveau de la mer (Dowsett-Lemaire 1988), atteignant sur ses pics une hauteur de 3 002 m
et couvrant une superficie de 650 km2 (Figure 1). La végétation varie des forêts boisées
plus sèches composées de Miombo-Brachystegia sur les pentes au nord, exposées au
vent, à une forêt tropicale humide de moyenne altitude, prédominante le long des
vallées riveraines situées sur la partie sud et fouettées par les vents arrivants (Figure 2).
Ces habitats accueillent une biodiversité endémique estimée à plus de 250 espèces végé-
tales et animales dont un grand nombre reste encore à être classées dans la taxonomie
(Chapman 1962, Strugnell 2006). Le Mont Mulanje subit les précipitations les plus fortes
d’Afrique australe, enregistrant entre 2 000 et 4 000 mm par an au-dessus des hauteurs
de ligne de partage des eaux. Trois cultures tribales sont voisines de la montagne à savoir
les populations des Mang’anja, des Lomwe et des Yao, occupant 139 villages dans une
zone de sept kilomètres, éloignés de la limite d’une population de plus de 250 000 hab-
itants. La plupart de ces villageois utilisent les ressources de la montagne au quotidien
pour une variété de besoins domestiques.

2. Contexte
Le Malawi comporte un patrimoine intensif de zones protégées, préservant plus de 20%
de ses terres pour la gestion des forêts et de la faune, un engagement difficile dans un
pays où une forte densité de population rurale lutte pour la sécurité alimentaire et la
disponibilité de ressources domestiques suffisantes. Le Mt Mulanje a été reconnu tôt
pendant la période coloniale pour la protection de la conservation et déclaré Réserve
forestière en 1927. Gérée par les Britanniques comme zone modèle de sylviculture, la
montagne a été dotée de suffisamment de personnel et soutenue dans ce but. Ce n’est que
plus récemment que ses atouts de biodiversité ont commencé à être appréciés grâce à
une plus grande reconnaissance internationale émanant de plusieurs horizons. Mulanje
est reconnu comme centre de diversité végétale par l’IUCN, zone ornithologique impor-
tante par Birdlife International (Birdlife Internationa 2012a), consolidé comme l’un
des points chauds de la biodiversité par Afromontane Archipelago (Dowsett-Lemaire
1989a), et plus récemment, classé comme zone-clé de biodiversité (Birdlife International
2012b, Dowsett-Lemaire 1989b).
Le processus pour compiler la nomination en vue du classement du Mt Mulanje en
tant que réserve de biosphère mondiale a commencé au milieu des années 1990 avec
l’assistance financière et technique du bureau de pays de l’UNESCO. Une équipe de sci-
entifiques a mené le processus et soumis à considération le dossier rempli au Programme
Homme et Biosphère (MAB) de l’UNESCO qui a attribué le statut en avril 2000. Le Mt
Mulanje était l’une des premières réserves de biosphère à être établie en Afrique et en
tant que telle, reflète le processus de pensée du moment étant donné que ses limites
sont largement proportionnelles à celles de la réserve forestière elle-même (Figure 3).
Ce statut a apporté au Mt Mulanje l’attention grandissante qu’il mérite en termes de
conservation et l’opportunité de lancer des actions innovantes.
Bruessow • Kayembe 285
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!

Figure 3: Délimitation de la zone de réserve de biosphère du Mt Mulanje

Le Malawi dispose de plus de 80 réserves forestières sans différence de statut, la


plupart ayant été initialement établies comme zones de conservation de ligne de partage
des eaux mais malheureusement, un grand nombre d’entre elles ont été déboisées par les
communautés voisines, pauvres en ressources. L’empiètement pour des implantations
villageoises ou l’agriculture est aujourd’hui un scénario classique. La gestion constitue
un problème complexe en raison de la forte pression des populations et des intervenants
rivaux. La montagne s’étend au-delà d’une frontière internationale avec le Mozambique,
deux provinces et six zones d’autorité traditionnelles. Cette situation transfrontalière et
au-delà des limites peut présenter de nombreux dilemmes lorsque la coordination entre
les Etats, le gouvernement provincial et les autorités traditionnelles exige des disposi-
tions bureaucratiques complexes pour aboutir à une situation de gestion acceptable.
Le programme MAB de l’UNESCO offre une opportunité unique pour le Mt
Mulanje. Les réserves de biosphère sont des zones spécifiquement programmées et
importantes au niveau mondial, méritant ce statut pour diverses raisons et en Afrique,
nombre d’entre elles sont basées sur des zones protégées d’importance écologique pri-
oritaire. Le paradigme de la réserve de biosphère préconise une approche de développe-
ment durable au sein des zones définies hors de la zone centrale de conservation et pour
réaliser ce potentiel, nécessite l’implication de nombreuses organisations et la participa-
tion des citoyens.
286 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

3. Le dilemme
De manière générale, la pauvreté est définie comme un état de rareté, un contexte
donnant lieu à une déficience en matière de ressources, services et capacité au niveau
local. Les provinces de Mulanje et de Phalombe correspondent statistiquement à deux
des provinces les plus pauvres au Malawi, la situation étant aggravée par le fait qu’elles
se trouvent dans la nation en paix la plus pauvre du monde. Cette circonstance soulève
la question de savoir comment l’appauvrissement peut-il exister alors que la pluviomé-
trie est élevée, les sols sont suffisamment fertiles, l’eau est disponible pour l’irrigation,
les marchés urbains se trouvent à proximité et que le pays est en paix depuis un
siècle après la fin de l’esclavage. Il semblerait alors que la pauvreté existe dans un état
d’abondance. L’une des interprétations simplistes de ce problème est que les régimes de
chaîne d’approvisionnement et de prestations de services nécessaires au fondement d’un
modèle économique prospère, fonctionnent mal. On peut voir que la pauvreté dans ce
pays existe en raison de facteurs socio-économiques insoutenables, affectant les sys-
tèmes d’offre et de demande du marché. Il semblerait que peu de coopération historique
n’ait eu lieu entre l’Etat, ses propres organismes, les marchés et les communautés locales
pour déterminer le potentiel local et identifier les opportunités correspondantes en vue
de renforcer les synergies à l’avantage de chaque partie selon une approche de dével-
oppement durable.
Les réserves forestières du Malawi sont gérées par une autorité gouvernementale
officiellement mandatée, le Département des Eaux et Forêts, qui dans le temps était bien
organisé et doté des ressources pour assumer ses responsabilités mais qui aujourd’hui
n’est plus que l’ombre de sa compétence passée. Cet organisme gouvernemental a été
accablé par la gestion de 80 de ces réserves, pas nécessairement en raison de l’importance
de leurs ressources forestières inhérentes mais de leur potentiel important de bassin
hydrographique. Le fait que ces zones de conservation forestière ne fassent pas l’objet
d’une attention par priorité donne lieu à un dilemme qui est de déterminer la priorité
appropriée pour l’orientation de gestion et la budgétisation. Le secteur parallèle de la
faune et la flore au Malawi est un système à deux niveaux: un système de parcs natio-
naux prioritaires préservant les zones de biodiversité les plus uniques et un système de
réserve de faune et flore secondaire qui, à plusieurs égards, ne fait que reproduire les
ressources du niveau prioritaire dans des situations d’accès moins faciles ou des envi-
ronnements moins attrayants. La reconnaissance d’une biodiversité importante de cer-
taines réserves forestières présente également un dilemme à l’autorité de gestion qui n’a
pas la capacité requise pour conserver l’écologie unique de son patrimoine. Le départe-
ment avait plutôt eu une responsabilité institutionnelle de satisfaire les besoins en bois
de construction de la nation et pour ce faire, d’importantes zones de bois ou de forêts
indigènes ont été éradiquées pour y établir des plantations de production de bois exo-
tique à visée industrielle.
A terme, la réorientation des dépenses budgétaires du gouvernement a fortement
handicapé l’efficacité de la capacité de gestion du Département des Eaux et Forêts.
Les dispositions d’un transfert du paradigme par le Trésor public par le biais d’un
Bruessow • Kayembe 287
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!

programme d’ajustement structurel, la décentralisation gouvernementale et l’agenda des


PPLPE (Pays pauvres les plus endettés) ont aujourd’hui minimisé le soutien budgétaire
au département. La conséquence en est que ces zones protégées sont désormais dev-
enues vulnérables à l’empiètement illégal et l’exploitation.
Une nouvelle organisation de gestion des réserves forestières s’impose, reflétant
l’importance de la valeur de la ligne de partage des eaux et autres ressources naturelles,
la responsabilité de la gestion de l’écologie et de la biodiversité endémique uniques et
l’implication rigoureuse des communautés voisines dans des actions de gestion partici-
pative davantage concertées. Une nouvelle politique de sylviculture prévoit des accords
de gestion collaborative et l’utilisation des ressources des zones protégées et devrait
être mise en œuvre. Au Mt Mulanje, la solution est de mettre en place une construc-
tion sociale à grande échelle entre les organismes de gestion du secteur des ressources
naturelles, les organisations d’aide, les entreprises, les acteurs de la recherche, les com-
munautés avoisinantes et les intérêts des parties prenantes du secteur public afin de réal-
iser le potentiel de la montagne. La construction sociale exige une plateforme commune
pour partager les décisions mais également l’opportunité pour la communauté plus
élargie d’accéder aux avantages par un échange de responsabilités visant l’organisation
de ces ressources.
Le Mulanje Mountain Conservation Trust (MMCT) a été créé dans les années 1990
par des environnementalistes locaux soucieux d’aider à l’amélioration de la gestion
du Mt Mulanje en reconnaissance de la situation d’insuffisance de financement et de
personnel du Département des Eaux et Forêts. La capacité du MMCT a été considéra-
blement aidée en 2002 par un projet de la Banque mondiale et une subvention de 5,5
millions $US de la Global Environment Faciity pour établir un fonds de dotation qui
garantirait le financement continu des besoins prioritaires du Mt Mulanje. La capacité
des compétences humaines du Département des Eaux et Forêts, les organismes locaux
et les communautés avoisinantes en auraient bénéficié en premier lieu. Des directives
appropriées de l’action stratégique et opérationnelle du Trust ont été établies par une
gouvernance détaillée des intervenants au sein de l’organisation, reflétant les secteurs de
ressources importantes et les circonscriptions municipales du contexte local de Mulanje.
Le Département des Eaux et Forêts détient le pouvoir gouvernemental conféré pour
gérer la réserve forestière du Mt Mulanje et à cet effet, est assisté par le MMCT qui a la
responsabilité d’aider au financement des projets environnementaux et sociaux dans le
cadre plus élargi de la réserve de biosphère du Mt Mulanje. Le Trust travaille en par-
tenariat avec les nombreuses organisations communautaires, gouvernementales, de la
société civile et commerciales.
Le MMCT est actif depuis maintenant une décennie, offrant un soutien financier
tous les ans d’un montant d’1 million de $US en vue de faciliter l’action qui a permis
de nombreuses réalisations mais des enjeux fondamentaux demeurent. La gestion reste
largement la seule fonction du Département des Eaux et Forêts ce qui ne donne qu’un
accès limité et que peu d’opportunités pour développer les atouts de la réserve. Par
la compréhension de la position d’externalité du MMCT et le besoin apparent d’une
approche de gestion consolidée unifiant l’expertise et les capacités des intervenants, des
288 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

efforts ont été investis dans la mise en place d’une organisation administrative plus con-
séquente. La gestion collaborative entre les communautés villageoises et le Département
des Eaux et Forêts s’est développée peu à peu et un Comité de gestion des forêts locales est
désormais installé pour représenter les intérêts de la communauté dans son ensemble.
Cependant, une organisation mieux structurée, avec d’autres organismes et organisa-
tions de soutien nationales reste encore à concrétiser et son absence explique le goulot
d’étranglement empêchant d’aller plus loin dans la réalisation du potentiel. Avec le cadre
de développement durable de la réserve de biosphère en place, d’une part et la recon-
naissance qu’une participation plus approfondie motive l’accroissement des responsa-
bilités, d’autre part, l’environnement du mont est devenu un contexte idéal pour pousser
les intervenants à s’impliquer davantage dans les activités de gestion et d’utilisation. Le
cas pour la mise en place d’une organisation de gestion par un partenariat mixte, avec
des pouvoirs délégués et une action mandatée, au sein de l’autorité du mont et ses mul-
tiples intervenants, est actuellement logique.

4. Implication des intervenants


Il apparaît évident qu’une pléthore d’opportunités est disponible autant en faveur du
développement économique local que de l’amélioration de la conservation. Ce potentiel
nécessite l’implication des organisations et groupes communautaires locaux appropriés
pour travailler par rapport au cadre de développement durable en vue de réaliser les
buts favorables. Lorsque la pauvreté fait foi, comme il en est le cas à Mulanje, l’urgence
est de lancer des entreprises dans le cadre de partenariats actifs qui assurent une règle-
mentation adéquate des activités. Les exemples ci-après sont représentatifs des parte-
nariats majeurs avec les intervenants qui sont en cours de développement par rapport à
des opportunités intéressantes.

4.1 Autorités des secteurs gouvernementaux


Le mont, comme expliqué précédemment, présente une diversité de ressources naturelles
significatives qui méritent une administration plus poussée de la part des secteurs gou-
vernementaux. En particulier, les atouts liés à la biodiversité, au tourisme, à l’eau et à
l’énergie nécessitent tous une expertise sectorielle et une attention plus poussée. Il existe
une opportunité de réaliser des avantages substantiels de ces secteurs pour l’économie
locale affectée tout en aidant à gérer le mont par la mise en place d’un système innovant
de paiement pour les services d’écosystème.
La ressource hydrique du Mt Mulanje est considérable (WWF 2012) avec ses neuf
rivières pérennes y prenant leur source, permettant l’approvisionnement en eau à des
fins domestiques mais également pour les activités d’irrigation, les centrales hydroélec-
triques et la pisciculture (Figure 4). Plus de 300 000 personnes profitent quotidienne-
ment d’une eau du robinet potable et non contaminée grâce aux systèmes alimentés
par la gravité sur le mont. L’irrigation et la production hydroélectrique ont augmenté
vers les villages et les exploitations, et ces initiatives peuvent être poussées davantage
pour impliquer une proportion plus importante de la communauté locale, avec des
Bruessow • Kayembe 289
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!

avantages positifs non négligeables. Cette


valeur économique exceptionnelle fait
appel à une gestion raisonnable de l’eau
afin de garantir la continuité des régimes
d’approvisionnement, la planification des
besoins futurs et de désamorcer les sources
de conflit causées par les demandes en eau.
La politique sectorielle recommande que
les bassins hydrographiques importants
disposent d’une autorité de gestion des
bassins hydrographiques faisant foi sur
l’utilisation des ressources. Ces modalités
devraient être mises en place pour activer
cette politique et réaliser un flux de revenus
pour l’amélioration de la conservation des
bassins hydrographiques.
L’amélioration récente du réseau
routier, des facilités d’hébergement
(Figure 5) et du marketing a donné lieu à
un essor de l’industrie touristique locale,
attirant plus de visiteurs vers la région.
La coopération entre le Département du
tourisme du Gouvernement du Malawi
Figure 4: Torrents et chutes d’eaux naturels
et le Trust a permis de contribuer consi- sur le Mt Mulanje
dérablement au développement du secteur
touristique sur le mont et ses alentours. La
priorité de cette coopération a porté sur
la mise en place du bureau InfoMulanje,
un service d’informations touristiques et
de réservations qui simplifie les dilemmes
souvent rencontrés par les visiteurs lors
de l’organisation de leur voyage sur une
route inconnue. Les pistes montagnardes
et le réseau de chalets ont fait l’objet d’une
vaste amélioration et de nombreux entre- Figure 5: Chalet de montagne construit à
preneurs locaux ont investi dans le dével- partir de bois de cèdre de Mulanje
oppement d’installations touristiques par
rapport au mont, leurs intérêts étant consolidés par la formation de l’Association du
tourisme du Mt Mulanje. Les montagnes facilitent l’écotourisme ce qui a contribué au
développement de l’Association des Guides et porteurs du Mt Mulanje en vue de fournir
des services aux touristes souhaitant faire de la randonnée pédestre dans la zone.
La montagne offre un potentiel énorme pour aider dans la production locale
d’énergie aussi bien hydroélectrique qu’à base de bois de combustible. L’Autorité de
290 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

règlementation de l’énergie du Malawi récemment établie a le mandat d’autoriser des


producteurs d’électricité indépendants à s’installer et dans cette perspective, le MMCT
a collaboré avec le Département de l’énergie pour mettre en place l’Agence de l’énergie
renouvelable de Mulanje (MuREA) dans le cadre de ce travail. Actuellement, l’Agence
de production électrique de Mulanje est en cours de création avec pour objet la vente
commerciale d’électricité au sein des communautés villageoises locales. Sur le plan de
la biomasse, MuREA s’est attiré le soutien de l’Etalon-or du CDM (Clean Development
Mechanism) et autres soutiens financiers pour mener à bien la recherche et le dével-
oppement d’une technologie efficace en Afrique et son utilisation au niveau local.
La diversité végétale du mont et ses alentours est importante selon Chapman (1962,
1991, 1994) et Strugnell (2006) et l’analyse de l’utilisation traditionnelle et des usages
innovants potentiels est en cours d’exécution par l’intermédiaire d’une étude de bio-
prospection impliquant le National Herbarium et Botanic Gardens, le Forestry Research
Institute et le département de la biologie du Chancellor College. L’objectif est d’identifier
et de sécuriser la récolte durable d’un certain nombre de plantes pour leur extraction à
des fins pharmaceutiques et cosmétiques.

4.2 Gouvernement local


Un processus de décentralisation est en cours au Malawi même si celui-ci semble perçu
comme non engagé et intermittent. Historiquement, la période de pré-et du début de
l’après-indépendance a témoigné de la responsabilité du gouvernement provincial en
matière de prestations d’un meilleur niveau de services et de prélèvements des impôts
locaux pour financer ce processus. Lorsque le régime alors autocratique a démantelé
cette autorité locale étendue en raison d’inquiétudes de mauvaise gestion, Mulanje était
la seule province du pays capable de fonctionner avec un surplus fiscal. Le Mt Mulanje
couvre une superficie importante composée des deux provinces de Mulanje et Phalombe
et il est prévu que leurs Conseils chercheront à développer des opportunités de revenus
locaux dérivés de la montagne à l’avenir. Ces autorités provinciales rechercheront à tirer
parti de la montagne pour aider leurs opérations et de la même manière, la montagne
bénéficiera d’une amélioration de sa gouvernance grâce aux règlementations au niveau
provincial. La limitation à ce jour a été celle de la capacité, étant donné que les membres
du Conseil n’ont pas été élus depuis plus de cinq ans et son personnel reste réduit en
comparaison avec l’administration du service gouvernemental. Les règlementations
locales pourraient limiter les impacts négatifs et compléter les initiatives de développe-
ment durable. Par exemple, l’une des préoccupations locales est le nombre croissant de
chiens dans la province qui sont la cause de cas mortels de rage chez les hommes mais
sont également utilisés comme outil primaire dans les activités de chasse illégale sur la
montagne.

4.3 Communautés locales


La gestion des ressources naturelles au Malawi a jusqu’à ce jour, relevé de la seule respon-
sabilité du gouvernement. Mais récemment, en reconnaissance des régimes d’utilisation
Bruessow • Kayembe 291
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!

des ressources par la communauté locale et de la capacité limitée des organismes secto-
riels du gouvernement sur le terrain, s’instaure peu à peu l’adoption des principes et pra-
tiques de gestion des ressources naturelles à caractère communautaire dans la politique
nationale. Six contrats de gestion collaborative, développés de manière approfondie
entre les villages avoisinants et le Département des Eaux et Forêts ont été signés pour
permettre une gestion et une utilisation communes des ressources naturelles locales et
d’autres contrats sont en cours d’exécution. En accord avec la politique sur la sylvicul-
ture, un Conseil d’administration locale de la forêt de Mulanje a été mis en place pour
assister dans la gestion de la réserve forestière et un plan stratégique développé pour en
guider les activités.
L’accès à la réserve forestière à été historiquement autorisé sur la base de frais de
permis pour que les communautés avoisinantes puissent récolter une gamme élargie
de ressources à des fins domestiques. Les récoltes locales concernent le bois de com-
bustible (branches d’arbres mortes), le bambou, les fruits, les champignons, le poisson,
les plantes médicinales et une large gamme d’autres ressources domestiques (Figure 6).
Néanmoins, à ce jour, aucune évaluation n’a été effectuée sur la manière dont la récolte
constante des ressources a affecté le statut des ressources préférées ou l’écologie dans
son ensemble. La gestion controversée et la situation de leadership du Département des
Eaux et Forêts ont donné lieu à une augmentation importante de la corruption et des
récoltes illégales parmi le personnel même chargé de la gestion.

Figure 6: Les œuvres d’art en bois de cèdre de Mulanje sont uniques sur le plan mondial (à
gauche); Les poissons-chats de rivière de Mulanje sont endémiques (à droite)

4.4 Commerce
Les opportunités de développement commercial du tourisme, des plantations et des
produits naturels sont très attrayantes et un intérêt a été exprimé de la part de plusieurs
compagnies. L’ouverture à l’investissement commercial reste cependant limitée actuel-
lement et il semblerait qu’il s’agisse d’une politique de facto du gouvernement sur le
mont. Alors que le Département des études géologiques peut approuver sans obstacle
292 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

et motiver l’exploration minière sur la montagne, aucun développement commercial


de tourisme pourtant plus durable, de ressources hydrauliques et énergétiques n’a été
approuvé au cours de la dernière décennie. Des projets d’hébergement touristique et
d’investissements dans des activités commerciales ont été proposés à l’intérieur des
limites de la réserve mais sans progrès à ce jour. Un contrat de cogestion de plantation
de bois a été accordé à Raiply Ltd portant sur l’achat de poteaux en eucalyptus de la
plantation de Nanchidwe sur les pentes au sud de la montagne mais plus de 3 000 ha
d’autres zones de plantations nécessitent un réinvestissement et une gestion commer-
ciale. Malgré tout, une économie s’est progressivement développée en relation avec la
montagne grâce à l’implication des entreprises locales et des communautés.
L’histoire de l’apiculture a commencé en 2005 par deux actions-pilotes de groupes
d’utilisateurs avec des subventions pour la formation et le matériel et a évolué de manière
exponentielle sur son propre succès impliquant aujourd’hui plus de 2 500 apiculteurs
avec 300 clubs répartis au sein d’onze zones en rapport avec la montagne. L’Association
des apiculteurs de Saptiwa a été mise en place pour fournir un cadre institutionnel
visant à la croissance stratégique de l’industrie locale, la coordination et la consolidation
des clubs et apiculteurs et la collaboration avec les organisations logistiques pour la
vente du miel sur le marché de détail. Le prix du miel au Malawi est plus élevé que les
prix internationaux car la demande locale est forte et les importantes précipitations
ainsi que le royaume floral diversifié de la montagne forment une base intéressante pour
une expansion de l’industrie. Les apiculteurs sont motivés par la plantation d’arbres de
fourrage nutritionnels pour les abeilles et il est prévu de bientôt placer des ruches au
sein des réserves forestières dans les zones de cogestion, permettant d’améliorer la vigi-
lance contre les incendies et les moissonneurs illégaux de ressources.
Le Mt Mulanje, étant la montagne
la plus haute de la région tropicale de
l’Afrique australe, se pose visiblement en
destination touristique attrayante avec son
paysage accidenté, ses vues panoramiques
et sa biodiversité unique. Dix chalets sont
situés à divers endroits de la montagne,
disponibles pour des séjours touristiques
d’une nuit (Figure 7) et reliés par un réseau
impressionnant de chemins, parsemés
d’une sélection de plus de 25 sommets
à grimper et de nombreux bassins dans
lesquels se rafraîchir. Les randonnées Figure 7: Hébergement en haute altitude pour
touristiques au Mt Mulanje sont quintes- les randonneurs à Chisepo Hut
sentielles à l’expérience d’écotourisme du
Malawi, la randonnée étant habituellement menée par un guide local et de nombreux
autres guides proposant des services de porteurs et de restauration. Le Mt Mulanje
peut accueillir davantage de touristes grâce aux installations existantes et de ce fait, des
activités de marketing et des promotions publicitaires sont financées pour motiver cet
Bruessow • Kayembe 293
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!

intérêt. Un flux régulier d’articles de presse et une meilleure sensibilisation écologique


donnent de bons résultats avec plus de 5 000 visiteurs ayant effectué des randonnées
dans la montagne par le portail d’entrée principal, au cours de la dernière année. De
nombreux touristes utilisent les guides et les porteurs, achètent des provisions et de
l’artisanat local et utilisent le transport et les hébergements locaux. Pour répondre à la
croissance du marché du tourisme, plusieurs investissements commerciaux encourag-
eants dans de nouveaux chalets et restaurants ont été faits au niveau local.
De bonnes précipitations et des sols fertiles ont permis le développement d’une
industrie horticole riche à Mulanje. Mulanje est le berceau historique du thé en Afrique
et treize domaines sont situés sur les pentes au sud-est, collaborant étroitement pour
préserver la montagne. Nombre d’entre eux travaillent avec le MMCT dans le cadre
des systèmes de certification du commerce équitable (Fair Trade) et de la Rainforest
Alliance, cette opportunité ayant été élargie à 13 000 cultivateurs extérieurs au sein de
deux associations. Le MMCT contribue à la production supplémentaire de plus de 2
millions de plants de thé destinés aux cultivateurs extérieurs. Un autre programme
de commerce équitable aux termes de la facilité du MMCT soutient la production de
noix de macadamia en coopération avec Twin Trading au Royaume-Uni. Mulanje est le
bastion de Mulanje Peak Foods, une compagnie de boîtes de conserve unique comptant
sur les produits des cultures des petits exploitants et de Nali Limited, les producteurs
de la sauce la plus épicée d’Afrique. Cette dernière produit aussi du miel en flacon des 5
tonnes de produits achetés auprès des apiculteurs de la montagne. Ces compagnies sont
aidées grâce à la croissance de la production émanant des petits programmes d’irrigation
et la meilleure qualité des semences. Le MMCT a pour tradition de distribuer des quan-
tités importantes de plants d’arbres et l’un des objectifs est de transformer Mulanje en
producteur majeur d’un vaste choix de fruits et de noix pour le marché local.

4.5 Recherche
La recherche est une activité aussi importante pour la compréhension de l’écologie
de la montagne que pour celle des attitudes sociales et des intérêts locaux. De nom-
breuses institutions universitaires et divers organismes de recherche travaillent sur la
montagne et aux alentours, entièrement ou partiellement soutenus par le Trust. Tandis
que la recherche scientifique sur la montagne nous informe du besoin de mieux amé-
nager nos activités de gestion, la recherche sociale apporte une compréhension sur la
manière dont la réflexion au niveau local répond aux initiatives entreprises. Ces projets
de recherche sont à la fois soutenus financièrement et facilités par le MMCT conformé-
ment à un plan de recherche globale ainsi que par le nombre croissant de partenaires
d’organismes internationaux impliqués pour le renforcement de la capacité auprès des
institutions locales en vue d’assurer la durabilité.

4.6 Aspects culturels et spirituels


Le Mt Mulanje a engendré un haut niveau de respect, des croyances spirituelles et des
mythes parmi les communautés locales. En tant que telles, cette similarité et réciprocité
294 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

au sein des trois cultures tribales font de la


construction sociale grandiose de la mon-
tagne bien plus qu’un objet physique. En
hommage à ce patrimoine riche et impal-
pable, on assiste à une tentative sans répit
de soumettre le Mt Mulanje au classement
des sites du patrimoine culturel mondial
(Odendaal & Steenkamp 2012, Figure 8).
Un plan et programme de gestion cul-
turelle sont en cours de développement
visant à relancer les confiances tradition-
nelles envers ce patrimoine dans une per-
spective positive et permettre à de nom- Figure 8: Le sommet de Sapitwa à 3 002 m
breuses institutions et organismes locaux au-dessus du niveau de la mer est le sommet le
de développer et restaurer le patrimoine et plus haut du Mt Mulanje
les lieux de culte locaux.

4.7 Action environnementale


L’une des orientations principales du travail du MMCT est de mettre à disposition une
variété d’initiatives de renforcement de capacité dont une grande partie implique une
meilleure connaissance environnementale dans la zone en rapport avec la montagne. Les
écoles et la jeunesse sont la priorité majeure et pour y parvenir, le MMCT a apporté son
assistance dans l’établissement d’une branche locale de l’organisation environnementale
principale, la Wildlife and Environmental Society of Malawi (WESM). La WESM a une
réputation de haut niveau et de longue durée dans le pays pour la mise en œuvre de
son choix important de programmes éducatifs sur l’environnement et a établi un vaste
réseau de clubs consacrés à la faune et l’environnement dans les écoles, qu’il soutient par
des activités, ressources et visites dans les zones protégées. Ce soutien est aujourd’hui
à disposition, par cette nouvelle branche, auprès de 83 clubs d’écoles enregistrés liés à
la montagne avec un nombre important de jeunes locaux faisant des randonnées pour
apprécier son écologie, participer à des concours sur l’environnement local, à des fes-
tivités et des activités de projets. La jeunesse fait désormais montre d’une plus grande
appréciation des questions et considérations environnementales et son engagement vis-
à-vis des activités soutenues par rapport à la montagne augmente d’année en année. L’un
des résultats de ce soutien a été la signature d’un contrat commercial pour la gestion sur
la montagne par trois groupes de jeunes sur une base professionnelle.

5. Enjeux
5.1 Résistance à l’innovation
L’expansion des activités économiques durables peut améliorer le statut écologique
du Mt Mulanje et offrir des opportunités de subsistance à une population croissante.
Cependant, ces développements se doivent d’être bien conçus, règlementés et contrôlés
Bruessow • Kayembe 295
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!

par l’implication d’autres départements gouvernementaux et entrepris par des compag-


nies aux ressources suffisantes et compétentes. Ils nécessiteront que le Département des
Eaux et Forêts partage les prises de décision en matière de gestion des ressources et de
zones protégées ce qui pourrait donner lieu à une résistance.

5.2 Négligence de la priorité de biodiversité


Sur le plan global, l’aspect le plus important du Mt Mulanje est la présence d’espèces
végétales et animales uniques qui n’habitent à aucun autre endroit hors de la montagne
(Chapman 1994, White 1983, White et al. 2001) et cet intérêt se reflète dans le soutien des
bailleurs de fonds internationaux rendu disponible pour compléter l’effort de conserva-
tion du gouvernement. La promotion d’opportunités économiques liées à des activités
de subsistance alternatives doit être encouragée lorsqu’elle ne contredit pas l’action de
conservation mais cette approche en elle-même ne peut pas fournir la panacée pour
résoudre les nombreux enjeux auxquels le Mt Mulanje est confronté. Il est nécessaire de
veiller à ce qu’une attention adéquate soit portée sur le statut de l’écologie et la santé de
la biodiversité notamment lorsque les industries d’extraction considèrent l’exploitation
des ressources.

5.3 Utilisation rivale des ressources


La prévalence des intérêts économiques contradictoires sur le Mt Mulanje nécessite
une résolution afin de garantir une planification à long terme pour l’utilisation durable
des ressources naturelles précieuses. L’intérêt minier porté à certains minéraux exige
l’attention du gouvernement en ce qui concerne les prises de décision pour développer
une position dans l’intérêt national et local. Le scénario actuel permettant à l’industrie
de l’extraction un accès en parallèle de la mise en œuvre d’une action de conservation
importante crée la confusion et continue à perpétuer les soupçons quant à l’intention
ultime du gouvernement. Le processus de nomination en tant que site du patrimoine
mondial de la montagne est également en danger.

5.4 Exploitation illégale des ressources


L’implication des utilisateurs des res-
sources locales dans une activité économ-
ique plus intensive sur la montagne n’a
pas été obtenue à un niveau adéquat et la
conséquence en est la récolte intense des
ressources forestières pour la production
de bois et de charbon. La survie d’une des
espèces endémiques la plus importante, le
bois de cèdre de Mulanje (Widdringtonia
whyteii, WWF 2012), est en jeu surtout
dans la mesure où cet arbre fournit un bois
idéal pour la construction de bateaux et les Figure 9: Destruction illégale des forêts de
cèdre de Mulanje
296 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

constructions spécialistes (Figure 9). De manière générale, l’application de la loi n’a pas
effectivement contrer cette menace et il est nécessaire d’impliquer les communautés à
une échelle plus large dans des approches d’utilisation durable.

5.5 Financement de la nouvelle organisation de gestion


A l’ordinaire, l’un des obstacles majeurs permettant une nouvelle approche susceptible
d’impliquer des coûts importants est de trouver les fonds nécessaires. Cependant, dans
cette situation, la présence du MMCT dote cette réserve de biosphère d’un fonds de
dotation d’un grand soutien pour garantir que la continuité et l’innovation requises
peuvent être effectivement et suffisamment financées. Les demandes de soutien finan-
cier sur MMCT continueront à augmenter et il est nécessaire d’assurer que le fonds soit
suffisamment doté et financé pour se consacrer aux priorités locales.

6. L’avenir
Des progrès peuvent être faits pour améliorer l’implication des intervenants à divers
niveaux, une fois que la coopération positive du Département des Eaux et Forêts a été
obtenue. Les efforts visant à solliciter l’organisation d’une gestion par un partenariat
mixte doivent être renouvelés vigoureusement pour promouvoir cette approche inno-
vante par rapport à un système plurisectoriel et à multiples intervenants. De manière
opportune, le Parlement a récemment adopté la législation qui s’impose pour permettre
une telle organisation qui reste maintenant à élaborer officiellement.
Aujourd’hui, la réserve de biosphère du Mt Mulanje est soumise à une condition
d’obligation, pour l’instant retardée, d’achever sa révision périodique de dix ans. Ce pro-
cessus devrait porter sur le reflet et le remodelage à la fois des limites des zones définies
et des niveaux de participation du public. Les nouveaux défis comme le changement
climatique demandent une participation rigoureuse étant donné que climat sur la mon-
tagne fait l’objet de nombreux extrêmes qui nécessitent des plans d’atténuation tandis
que des plans d’intervention en cas de désastre doivent être préparés pour permettre au
public d’intervenir au nombre croissant de crues éclair.
Le développement durable est un concept fondamental par lequel d’un côté, les
opportunités économiques prudentes sont poussées à se concrétiser en faveur, d’un
autre côté, d’une population locale responsable nécessitant ces ressources. La recherche
d’une exploitation continue des ressources renouvelables que la nature fournit pour nos
besoins de subsistance ne peut pas être une espérance sans fin car, en effet, notre com-
préhension du développement durable implique qu’il y ait des limites par rapport à cette
quête. La population croissante de la montagne doit trouver un équilibre prudent par
rapport à ses besoins de ressources. Les questions abordées par la planification familiale
demandent plus d’attention.
Le Mt Mulanje obtiendra un statut considérable grâce à son classement éventuel
en tant que Site du patrimoine mondial car non seulement un tel achèvement attirera
l’attention des étrangers qui visiteront et admireront le lieu mais il servira également
à donner une certaine fierté locale et apporter le respect de la montagne au vu de sa
Bruessow • Kayembe 297
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!

reconnaissance internationale. Cependant, le cadre fondamental envers la réalisation


du nombre important d’espoirs, de buts et d’attentes, repose sur les opportunités qui
sont créées par l’approche de développement durable du statut de réserve de biosphère
mondiale.

Références
Birdlife International. 2012a. Sites — Important Bird Areas (Sites: zones ornithologiques
importantes). MW018. Réserve forestière du Mt Mulanje. URL: [Link]
org/datazone/[Link]?id=6680 (accédé le 08/08/2012/)
Birdlife International. 2012b. Ecosystem Profile (Profile d’écosystème): Eastern
Afromontane Biodiversity Hotspot (Point chaud de la biodiversité afro-montagnarde
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08/08/2012)
18
Participation des Parties Prenantes dans la
Creation du Projet de Reserve de Biosphere
de Niumi, en Gambie
Stakeholders’ Participation in the Creation of the Proposed Niumi
Biosphere Reserve, the Gambia

ABDOULIE SAWO1

Resume
La Gambie, située en Afrique de l’Ouest est le plus petit pays du continent africain.
Malgré sa densité de population qui la place en quatrième position en Afrique, les
villages dans la Division du Nord ne sont pas aussi peuplés. Une nouvelle réserve de
biosphère incorporant le Parc national de Niumi en tant que zone centrale principale,
est proposée. La Réserve de biosphère de Niumi sera la première réserve de ce type
désignée par l’UNESCO en Gambie.
La région de Niumi est une zone riche en biodiversité et comprenant de nom-
breuses espèces d’oiseaux et de poissons ainsi que des peuplements rares de palétu-
viers. La réserve de biosphère de Niumi couvrira environ 132 000 ha, partageant une
frontière avec le Sénégal, avec le fleuve Gambie comme frontière au sud. La zone ter-
restre comprend principalement des propriétés foncières traditionnelles/communes,
privées et cogérées. L’usage de la terre est principalement destiné à l’agriculture, aux
implantations villageoises, à l’élevage de bétail et aux boisés traditionnels.
La participation des parties prenantes pour la Réserve de biosphère de Niumi
a commencé en 2002 lors de la mise en place d’un comité consultatif technique en
préparation du processus plus détaillé de la réserve de biosphère qui a été lancé en
2005. Cependant, le bon fonctionnement des comités de parties prenantes est en
train de souffrir d’un manque de ressources financières. Un accord de gestion col-
laborative sera chargé de la gestion de la Réserve de biosphère de Niumi. Il est prévu
que la nomination de l’UNESCO pour le projet de réserve de biosphère soit achevée
bientôt.
Mots-clés: Gambie; Niumi; réserve de biosphère; parties prenantes; participation

1 Coordinateur de projet, Banjul, Gambie, Afrique de l’Ouest · E-mail: abdoulies@[Link] · Tél: +220
4375888
299
300 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Abstract
The Gambia, located in West Africa, is the smallest country on mainland Africa.
Although it is the fourth most populated country in Africa, the villages in the North
Division are not so extensively populated.A new biosphere reserve is proposed in this
region, incorporating the Niumi National Park as the primary core area. The Niumi
Biosphere Reserve will be the first UNESCO designated biosphere reserve in The
Gambia.
The Niumi region is an area of biodiversity wealth, including numerous bird and
fish species and valuable mangrove stands. The Niumi Biosphere Reserve will cover
approximately 132 000 ha, share a border with Senegal and will have the Gambia
River as its southern boundary. The land area consists mainly of traditional/commu-
nally owned, private and co-managed land. Agriculture, settlements, livestock, and tra-
ditional woodlots are the main land uses.
Stakeholder participation for the Niumi Biosphere Reserve started in 2002 when
a Technical Advisory Committee was set up in preparation of the more detailed bio-
sphere reserve process that started in 2005. However, the smooth operation of stake-
holder committees currently suffers from insufficient financial resources. A collabora-
tive management agreement will be responsible for managing the Niumi Biosphere
Reserve. The UNESCO nomination for the proposed biosphere reserve is planned to
be completed soon.
Key words: Gambia; Niumi; biosphere reserve; stakeholders; participation

1. Contexte
La Gambie, située en Afrique de l’Ouest est le plus petit pays du continent africain
(Figure 1). Il couvre une superficie de 11 295 km² et sa population est estimée à 1.7 mil-
lions d’habitants. Ce petit pays étroit possède des frontières serpentant le long du fleuve
Gambie. Le Parc national de Niumi occupe la bande littorale de la Gambie au nord du
fleuve. Le parc s’étend sur une superficie d’environ 4 940 ha. En dehors de sa valeur impor-
tante en tant que zone d’élevage piscicole, il constitue l’une des dernières réserves de palé-
tuviers sur la côte ouest-africaine au nord de l’équateur (Parc national de Niumi 2012).
Le projet de Réserve de biosphère de Niumi (NBR) constituera la première réserve
désignée par l’UNESCO en Gambie. La NBR couvre une superficie estimée à 131 750 ha
et ressemble à une péninsule. Elle englobe deux parcs nationaux, deux forêts publiques
et plusieurs forêts gérées par la communauté. La NBR est située à l’ouest de la Gambie
entre les latitudes 13°31' et 13°59' N et les longitudes 16°56' à 16°05'W.
Le processus de la réserve de biosphère a commencé au début de 2005, financé par
l’Union internationale pour la Conservation de la Nature (IUCN) par l’intermédiaire de
ses bureaux de Dakar. Le financement a suivi le lancement de la création de la réserve
de biosphère transfrontalière de Niumi-Saloum entre le Sénégal et la Gambie visant à
Sawo 301
Participation des Parties Prenantes : Réserve de Biosphère de Niumi, en Gambie

démontrer les méthodes, les outils, les approches et les techniques de conservation et
de développement durable. Cependant, l’UNESCO a recommandé que la Réserve de
biosphère de Niumi soit créée en premier lieu avant de soutenir les deux états dans la
création et la gestion de la réserve de biosphère transfrontalière.
La zone inclut un site classé au patrimoine mondial, berceau de l’esclave renommé
Kunta Kinte qui attire de nombreux touristes.
La population vivant au sein de la NBR est estimée à 87 077 habitants (recensement
2003), représentant environ 6,5% de la population totale de la Gambie. Cette population

Figure 1: L’emplacement de la Gambie en Afrique de l’Ouest, indiquant la capitale Banjul


([Link]
302 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

est répartie entre les trois provinces suivantes: La Basse Niumi avec 44 611 habitants, la
Haute Niumi avec 24 595 habitants et Jokadu avec 17 871 habitants (Figure 2). La zone
est couverte par une implantation homogène et la plupart des terres sont utilisées à des
fins agricoles. Bien que la Gambie détienne la quatrième place sur l’échelle de la densité
de population en Afrique, la population des villages au sein de la NBR reste moindre.

Figure 2a: Divisions de la Gambie


([Link] administrative [Link])

Figure 2b: Provinces de la Région de la Rive Nord


([Link]
Sawo 303
Participation des Parties Prenantes : Réserve de Biosphère de Niumi, en Gambie

2. Description de la Réserve de biosphère de Niumi


Les trois provinces à l’intérieur de la NBR sont bordées au nord par la ligne frontalière
entre la Gambie et le Sénégal et au sud par le fleuve Gambie (Figure 1). Les limites
proposées à l’est et au sud de la NBR correspondent respectivement à Minimiyang
Bolon et au fleuve Gambie qui est le plus grand estuaire en Afrique de l’Ouest, libre de
toute perturbation humaine importante (Simier et al. 2006). Dans une étude portant
sur les populations halieutiques, environ 70 espèces de poissons ont été identifiées dont
la plupart présentent une importance commerciale (Albaret et al. 2004). L’estuaire du
fleuve Gambie se caractérise par un gradient de salinité décroissant de l’aval vers l’amont
(Albaret et al. 2004). Le littoral, les rivages et les affluents (bolongs) du fleuve dans la
zone de la NBR sont principalement recouverts de palétuviers tandis qu’en aval, ils sont
parsemés de roches calcaires abruptes de couleur rouge, couverts de forêts tropicales
et de zones de savane avec forêts ouvertes, longeant la route récemment construite et
rénovée de Barra à Kerewan.
L’une des zones essentielles et officielles de la NBR est le Parc national de Niumi qui
a été classé site Ramsar en octobre 2008 et attenant au site du Delta du Saloum Ramsar
(classé en 1984) au Sénégal. Des accords de gestion collaborative ont été signés entre les
deux pays. Le site de Niumi Ramsar occupe la bande littorale de la Gambie au nord du
fleuve Gambie. Il constitue l’une des dernières zones de palétuviers vierges sur la côte
ouest-africaine au nord de l’équateur (Gambie 2011). La NBR serait une continuation de
la réserve de biosphère du Delta du Saloum au Sénégal (désignée en 1980) étant donné
que toutes deux partagent la même entité écologique.
La NBR partagera une frontière avec le Sénégal et sa limite au sud sera déterminée
par le fleuve Gambie (Figure 3). La NBR comprendra trois éléments de délimitation
conformément à la stratégie de Séville de l’UNESCO (UNESCO 1996) à savoir des zones
centrales, des zones-tampons et une zone de transition (Figure 4). Les détails des zones
comprises dans les zones centrales, tampons et de transition de la NBR sont fournis au
tableau 1.

Figure 3: Emplacement de la Réserve de biosphère de Niumi en Gambie


304 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Tableau 1: Zones incorporées en tant que zones centrales, tampons et de transition dans
la Réserve de biosphère de Niumi
Forêt publique de Forêt publique de
Parc national de Niumi
Lohen Kumadi
Zone 7 758 ha 101.82 ha 314.44 ha
centrale
Zone Total de 4 702 ha, dont 2 619 ha sont 1 312 ha Total de 3 637 ha,
tampon terrestres et 2 083 ha sont marins dont 3 209 ha sont
terrestres et 428 ha
sont marins
Délimi- Une zone-tampon de 1,5 km de large Nord: Sentier entre Nord: Sentier
tation autour de NNP à l’ouest, au sud, au Sam Njoben et entre Memmeh et
de la nord/est; entre Lewna et Bara, la limite Ndugu Charen. Tambana Karantaba,
zone- de la zone-tampon est la nouvelle route Est/Nord est: la route secondaire
tampon principale. Sentier entre Sam entre Tambana
Njoben, Mbulum et Karantaba et
Chamen. Bakang, et le sentier
Ouest: Sentier entre entre Bakand et
Ndugu Charen et Samakung Tenda.
Samba Kalla. Est, Ouest et Sud: Le
Sud: La route cours d’eau (limite
principale. naturelle)
Zone La superficie totale de la zone de transi-
de tran- tion est estimée à 113 924 ha.
sition Toutes les autres zones protégées telles
que la forêt communautaire, la zone
marine protégée et le reste de la forêt
sont incluses dans la zone de transition.
La zone de transition couvre pratique-
ment tous les types d’habitats trouvés
dans la NBR et offre ainsi des oppor-
tunités de mettre en place des projets-
pilotes de recherche, développement et
conservation qui tiennent compte de
toutes les questions environnementales
de la Réserve de biosphère de Niumi.

Le régime foncier et les lacunes dans la gestion constituent deux facteurs importants
pour la protection de la biodiversité et la dégradation de la terre. La zone terrestre de la
NBR englobe principalement des propriétés traditionnelles/communes, privées et cogé-
rées. L’usage des terres est surtout destiné à l’agriculture, les implantations villageoises,
le bétail et les boisés traditionnels. Un système de décentralisation a récemment été
amélioré grâce à l’établissement d’organismes à vocation sociale et technique et la mise
en place de conseillers dont la responsabilité est de mener à bien le développement local.

2.1 Protection de la biodiversité


Le besoin de conservation et d’une utilisation durable de la biodiversité ainsi que de pro-
tection environnementale en général ne faisait pas partie des priorités du gouvernement
Sawo 305
Participation des Parties Prenantes : Réserve de Biosphère de Niumi, en Gambie

gambien jusqu’au début des années 1970 où le pays fut confronté à une sécheresse impor-
tante associée à la pression de l’augmentation de la population humaine. Jusqu’alors,
le pays était encore recouvert de vastes zones de forêts à canopées fermées peuplées
d’habitats naturels sains accueillant de nombreuses espèces fauniques. Le niveau de
destruction des ressources naturelles était insignifiant en raison de la faible densité de
population. La population était en mesure de satisfaire à ces besoins domestiques grâce
à l’environnement et ses ressources sans en causer nécessairement la destruction.
Cependant, la situation commença à changer au milieu des années 1970. En 1977, le
Gouvernement avait commencé à porter une attention soutenue aux questions envi-
ronnementales et en particulier à la biodiversité. Des politiques environnementales
furent élaborées et certains départements chargés de la gestion des ressources naturelles
et de la conservation furent renforcés. Ils devinrent les forces motrices à la base de
l’établissement de zones protégées officiellement y compris de parcs nationaux, de
réserves naturelles, de forêts publiques et communautaires.
A ce jour, sept zones protégées au total ont été établies en Gambie. La NBR a bénéficié
des efforts de protection de la biodiversité du gouvernement gambien grâce à l’inclusion
du Parc national de Niumi en tant que zone centrale importante (Figure 4).

Figure 4: Délimitation de zone de la Réserve de biosphère de Niumi


Un certain nombre d’espèces menacées est présent dans l’estuaire du fleuve Gambie
y compris le lamantin ouest-africain (Trichechus senegalensis), le colobe rouge occi-
dental (Piliocolobus badius temminckii), la tortue (Kinixys belliana) et le crocodile du Nil
(Crocodylus niloticus) (Projet de pêche durable de Gambie-Sénégal 2009). La zone de la
NBR accueille un nombre important d’espèces d’oiseaux résidents et constitue un refuge
précieux pour de nombreux migrateurs paléarctiques occidentaux (Barlow & Wacher
1997). Il existe au moins deux espèces de dauphins dans la zone à savoir le dauphin à
306 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

bosse de l’Atlantique (Sousa teuszii) et le grand dauphin (Tursiops truncatus) (Emms &
Barnett 2006).
Huit zones protégées ont été classes dans la Réserve de biosphère de Niumi compre-
nant des frontières officielles (tableau 2) dont un Parc national, des forêts publiques et
des forêts communautaires améliorant la protection des espèces terrestres et aquatiques
ainsi que des habitats de la réserve (Figure 5). Actuellement, une nouvelle zone protégée
est en cours d’achèvement (projet du Parc national de Jokadu — tableau 2) et d’autres
zones protégées communautaires ont été identifiées en vue d’une protection future.
Tableau 2: List des zones protégées au sein de la Réserve de biosphère de Niumi

Nom de la zone protégée Superficie


1. Forêt communautaire de Berending 489.1 ha
2. Parc national de Niumi 7 758.72 ha
3. Forêt communautaire de Bantanding 46.28 ha
4. Forêt communautaire de Kuntaya 20.15 ha
5. Forêt communautaire de Bankindik 43.88 ha
6. Forêt publique de Kumadi 595.707 ha
7. Forêt publique de Lohen 201.292 ha
8. Forêt publique de Kasewa 155.7 ha
9. Projet de Parc national de Jokadu 15 028.0 ha

Figure 5: Zone terrestre au sein de la Réserve de biosphère de Niumi

3. Développement économique
La zone de la NBR présente un fort potentiel pour l’écotourisme où les ressources
naturelles disponibles sont utilisées pour soutenir la subsistance des peuples. Ces
activités et attractions comprennent le tourisme sportif comme la pêche au gros, les
Sawo 307
Participation des Parties Prenantes : Réserve de Biosphère de Niumi, en Gambie

croisières, l’observation des dauphins et des oiseaux. Les sites d’intérêt historiques com-
prennent la maison des esclaves Juffureh, Albreda, James Island et le Fort Bullen datant
du 19ème siècle. Les autres activités touristiques sont caractérisées par des festivals de
retour au pays, des manifestations culturelles, la piscine de crocodiles de Berending, des
événements de musique et de danse traditionnelles présentés par des locaux. En outre,
des projets de programmes à visée environnementale devraient être mis en place sous
peu comme l’installation de banques de villages et de ruches pour l’extraction de miel.
Le tourisme en Gambie est resté de masse, dominé par des Européens de classe
moyenne en quête de coupure contre les hivers froids en Europe. En conséquence,
ce sont les plages gambiennes qui ont bénéficié de l’afflux de touristes visitant le pays.
De nouvelles formes de tourisme sont activement encouragées y compris des excur-
sions en ‘safari de brousse’, d’observation des dauphins et des oiseaux et autres formes
d’expériences d’écotourisme. La NBR est une zone unique où les forêts indigènes ren-
contrent la plage. La section marine de la NBR et les zones de l’estuaire appartiennent à
l’Etat et les activités économiques principales qui se concentrent encore davantage sur
la subsistance que l’attrait des visiteurs, comprennent la pêche artisanale, le transport lié
à la prospection pétrolière en haute mer, la riziculture, la récolte des produits de la forêt
de palétuviers et les activités d’extraction saline.
Des pavillons d’hébergement touristiques sont disponibles mais ont besoin de subir
d’importantes transformations pour attirer les touristes étrangers. Dans certains lieux
comme Kanuma, les communautés locales divertissent les touristes avec de la musique
et des danses traditionnelles. En retour, les touristes font des dons d’argent à la com-
munauté, utilisés pour le développement communautaire. Un centre de formation aux
compétences pour des activités d’artisanat manuel a été construit par un touriste philan-
thrope pour les villages spécialement destiné aux femmes.
Les produits et services forestiers jouent un rôle important dans les formes de sub-
sistance en Gambie. Il existe donc une opportunité économique pour la NBR sous
forme d’un mécanisme de Réduction des émissions de la déforestation et de la dégra-
dation (REDD) tel que mentionné pendant le Sommet sur le changement climatique à
Copenhague en 2009 (UNFCCC 2009).

4. Participation communautaire et éducation


environnementale par le biais de la Réserve de
biosphère de Niumi
Grâce au processus de l’établissement de la Réserve de biosphère de Niumi, plusieurs
ateliers ont été organisés visant à impliquer toutes les parties prenantes concernées. En
2002, un comité consultatif technique (CCT) a été mis en place en avant-garde du pro-
cessus plus détaillé de réserve de biosphère qui a été lancé en 2005. Le CCT est respon-
sable des services consultatifs, de la coordination des activités de développement et de la
mise en œuvre des programmes de développement. L’instrument pour la mise en place
du CCT au niveau local est l’Equipe de facilitation pluridisciplinaire (MDFT). Dans
le cadre du NBR, le MDFT se doit de faciliter la participation efficace et sans heurt de
308 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

toutes les parties prenantes à un niveau local et de promouvoir la propriété et la dura-


bilité. Malheureusement, le MDFT tout comme le CCT est confronté à des problèmes
de mobilité de ses membres, de disponibilité de ressources financières et de ressources
humaines qualifiées. Ces difficultés font obstacle au bon fonctionnement de ces comités.
En dépit de plusieurs tentatives d’apporter des solutions, les difficultés liées aux res-
sources financières demeurent.
En décembre 2010, la NBR a facilité une visite d’échange par une équipe composée
de plusieurs représentants de la communauté, de femmes conseillères et de parties
prenantes des institutions gouvernementales dans la Réserve de biosphère de Saloum
au Sénégal (Figures 6 et 7). Le but était de tirer les enseignements des expériences
de la Réserve de biosphère de Saloum eu égard aux pratiques de subsistance durable.
Certaines de ces activités englobaient l’apiculture et la culture de jardins potagers qui
ont été considérées comme activités-pilotes en Gambie par l’équipe.

Figures 6 et 7: Visite d’échange à la Réserve de biosphère du Delta du Saloum, au Sénégal par


des locaux et des membres du groupe de travail
Le processus de la NBR a déjà donné lieu à une amélioration des opportunités
de sensibilisation environnementale à travers toute la zone. Les exemples de projets
comprennent:
• Des études sociales et environnementales incorporées comme sujet principal au
niveau de l’enseignement secondaire et comprenant des manuels d’apprentissage et
des guides d’enseignants.
• Le Réseau du projet d’écoles associées de l’UNESCO ayant facilité la mise en place
de clubs à visée environnementale à l’école dans tout le pays. Certaines écoles situées
dans les provinces de la Basse et la Haute Niumi à l’intérieur de la NBR.
• Des programmes de radio sur les questions forestières telles que les feux de brousse
animés occasionnellement par le Département des ressources forestières et de
l’environnement. Une journée nationale sur les feux de brousse se déroulant chaque
année le 10 décembre.
• Le projet transfrontalier de Niumi-Saloum financé par Wings Over Wetlands
(VOW).
Sawo 309
Participation des Parties Prenantes : Réserve de Biosphère de Niumi, en Gambie

• La Stay Green Foundation (SGF), organisation non gouvernementale consacrée à


l’environnement, active au sein de la NBR avec un élément d’éducation et de commu-
nication environnementale. La SGF facilite et mène des programmes auprès d’écoles
et de communautés ciblées, couvrant divers sujets comme le changement climatique,
la désertification, la biodiversité, la sécurité chimique, les feux de brousse, le contrôle
de la pollution et de l’érosion.
• Les autres ONG impliquées dans les questions de conservation de la nature et la
gestion des zones protégées comprennent Makasattu Wildlife Trust, International
Wildlife Trust, le Réseau gambien d’éducation pour l’environnement (GENE) et
l’Association des études ornithologiques ouest-africaine (WABSA).
• Le Département des Parcs et de la gestion de la faune présente un programme de
travail sur les zones protégées par le biais duquel sont menés des programmes de
sensibilisation dans les villages.

5. Stratégies de gestion
Les stratégies de gestion soutenant la NBR comprennent la formation du Comité
national de l’Homme et la biosphère (MAB) au niveau ministériel visant à gérer les
programmes et la politique sur le plan national et international. Un groupe de travail a
été formé au niveau national impliquant toutes les parties prenantes telles que les insti-
tutions gouvernementales, les ONG et les autorités des gouvernements locaux qui sont
directement en activité dans la réserve de biosphère. Ce comité se rencontre régulière-
ment pour planifier et mettre en œuvre les activités conçues en collaboration avec les
locaux. Le groupe a mené une analyse de situation sur tous les secteurs avec le soutien
de consultants internationaux dont les informations seront utilisées pour élaborer un
plan de gestion et compléter le formulaire de nomination de l’UNESCO. Parmi les
activités, on note la sensibilisation par le biais de programmes de radio, des présen-
tations dans les écoles, des réunions communautaires et des programmes d’éducation
environnementale.
La mise en place de programmes communautaires faisait partie des stratégies
promues par un projet intitulé ‘Programme de Convention sur la Biodiversité biologique
(CBD) relatif aux zones protégées’. Le projet a été d’une aide précieuse dans le cadre de la
protection puisque les communautés ont pris la propriété par le biais de leurs systèmes
locaux, soutenus par le gouvernement local et ont arrêté et poursuivi en justice toute
personne coupable d’activités illégales dans leur zone de juridiction.
Un projet de plan de gestion pour la réserve de biosphère proposée a été achevé et
est sur le point d’être validé (NBR 2010). Il explique clairement toutes les actions néces-
saires et les parties prenantes requises pour la mise en place du processus de réserve de
biosphère dont certaines sont déjà fonctionnelles mais ont besoin d’être soumis à une
meilleure coordination pour renforcer la collaboration.
La coordination de la Réserve de biosphère de Niumi relèvera de la responsabilité
du Ministère des Ressources forestières et de l’Environnement (MoFEN), d’un Comité
de gestion (MB), d’un comité technique et scientifique (TSC) et d’une équipe de gestion
310 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

locale (LMT). La mise en œuvre de la réserve de biosphère sera effectuée en collabora-


tion par une équipe de facilitation pluridisciplinaire (MDFT), un Comité villageois de
développement (VDC), des ONG, des organisations communautaires (CBO), les popu-
lations locales et les institutions de recherche. Le bureau de coordination sera situé au
sein de la réserve de biosphère.
Pendant tout le processus de réserve de biosphère, plusieurs consultations se sont
tenues avec les communautés locales où un consensus a été atteint tandis que le pro-
cessus a été validé au niveau national et régional. Pendant le processus de cartographie
de la réserve de biosphère, les communautés locales ont été consultées pour minimiser
les conflits en matière de foncier. Cette action a été rendue possible grâce à la sensibilisa-
tion comme la visite d’échange de la Réserve de biosphère du Saloum à laquelle certains
membres de la communauté ont participé et ont eu l’occasion de tirer les enseignements
de l’existence d’une réserve de biosphère.
Le processus de réserve de biosphère est financé par le bureau de l’ICUN à Dakar
mais le financement à long terme après l’achèvement devrait être effectué par les bail-
leurs de fonds et le gouvernement. En attendant, des plans sont en train d’être élaborés
pour assurer le financement du fonctionnement futur de la réserve de biosphère.

6. Conclusion
Les actions entreprises au cours de la dernière phase de la NBR (2008–2011) ont permis
des réalisations à travers onze analyses sectorielles et institutionnelles. Des consultations
significatives se sont tenues avec diverses parties prenantes à tous niveaux y compris le
Bureau du Gouverneur, les chefferies, les chefs de villages, les conseillers régionaux, les
membres du Parlement, les leaders de jeunesse, les organismes gouvernementaux et
le public dans son ensemble. Les ateliers institutionnels et les réunions ont permis au
processus de la NBR d’établir un groupe de travail dynamique représentant les ONG
nationales et internationales, les structures gouvernementales, l’Université de Gambie
et autres projets correspondants. Une stratégie de collaboration et de communication au
sein du groupe a été mise en place.
La gestion de la Réserve de biosphère de Niumi abordera de nombreux problèmes
tels que l’abattage du bois, les feux de brousse, la salinisation, l’érosion côtière, les méth-
odes de pêche destructives et les filets de pêche envahissant les plantes, la propriété fon-
cière, le surpâturage et surtout la pauvreté. L’approche de la réserve de biosphère offre
un fort potentiel pour aider à résoudre tous ces problèmes identifiés à différents niveaux
de façon simultanée tout en encourageant le développement durable.
La création et la gestion de l’initiative de la Réserve de biosphère de Niumi apportera
un élan au développement durable en Gambie et ce, de manière efficace et fiable et en
conformité avec la volonté, les besoins et les possibilités du peuple gambien et de son
gouvernement. La procédure d’enregistrement devrait être terminée au cours de l’année
2012.
Sawo 311
Participation des Parties Prenantes : Réserve de Biosphère de Niumi, en Gambie

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19
La Réserve de Biosphère de L’île de Príncipe
(République Démocratique de São Tomé
& Príncipe): Un Laboratoire Vivant pour le
Développement Durable
Príncipe Island’s Biosphere Reserve (Democratic Republic of São
Tomé & Príncipe): A Living Laboratory for Sustainable Development

ANTÓNIO D. ABREU1

Résumé
L’île de Príncipe est une région autonome de la République démocratique de São
Tomé e Príncipe, ayant soumis une candidature à l’UNESCO en septembre 2011 et
été officiellement classée comme réserve de biosphère en juillet 2012. Une brève
description des caractéristiques principales de l’île de Príncipe est fournie ainsi que le
programme de délimitation de la réserve de biosphère. De par sa taille et sa démogra-
phie, l’île de Príncipe peut jouer un rôle décisif en tant que laboratoire vivant, faisant la
démonstration des initiatives de la conservation de la nature et de l’utilisation durable
des ressources naturelles pour le bien-être de sa population. La population locale
jouera un rôle actif dans le développement de la réserve de biosphère, considérant
que celle-ci et la stratégie régionale pour le développement durable partagent tous
les objectifs et buts.
La désignation de Príncipe en tant que réserve de biosphère donnera lieu égale-
ment à l’intégration d’un nouveau pays actif aux termes du programme MAB et du
réseau AfriMAB ainsi que d’autres réseaux thématiques du MAB (comme REDBIOS).
Mots-clés: Réserve de biosphère; UNESCO; Ile de Príncipe; São Tomé; AfriMAB;
REDBIOS

1 Biologiste, Urbanização da Portada de Santo António, nº7, Funchal-Madeira, Portugal.


E-mail: antoniodabreu@[Link]
312
Abreu 313
La Réserve de Biosphère de l’île de Príncipe

Abstract
The island of Príncipe is an autonomous region of the Democratic Republic of São
Tomé and Príncipe that submitted its application to UNESCO in September 2011 and
was formally designated as a Biosphere Reserve in July 2012. A brief description of the
main characteristics of Príncipe Island is provided together with the zonation scheme
for the Biosphere Reserve. Due to its size and demography, Príncipe Island, can play
a decisive role as a living laboratory demonstrating initiatives of nature conserva-
tion and sustainable use of natural resources for the well-being of its population. The
local population will play an active role in the development of the Biosphere Reserve,
considering that the Biosphere Reserve and the Regional Strategy for the Sustainable
Development share all objectives and aims.
The designation of Príncipe as a Biosphere Reserve will also bring the integration
of a new active country under the MAB programme and the AfriMAB network as well
as in other thematic MAB networks (such as REDBIOS).
Key words: Biosphere Reserve; UNESCO; Príncipe Island; São Tomé; AfriMAB;
REDBIOS

1. Introduction
L’île de Príncipe, d’une superficie terrestre de 142
km2 et avec une altitude maximale de 948 m, est la
plus petite de deux îles qui constituent l’archipel
et le pays de la République démocratique de São
Tomé e Príncipe (Figure 1). L’île de Príncipe est
une région autonome, politiquement et adminis-
trativement, avec un gouvernement et un parle-
ment local, qui, au cours des dernières années ont
consacré une attention particulière à la mise en
œuvre d’une stratégie de développement durable
pour l’île. La stratégie est structurée sous les
contraintes principales et les opportunités qui
forment les caractéristiques socio-économiques
et environnementales de l’île.
A la base, l’accessibilité/les transports, le
tourisme et l’agriculture, l’éducation/la forma-
tion professionnelle ainsi que la conservation
de la nature et la biodiversité constitueront les
moteurs principaux de l’avenir proche et lointain
de l’île de Príncipe. Accompagnant une histoire Figure 1: Emplacement de l’île de
humaine comprise d’une diversité importante de Príncipe
314 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

traits culturels uniques (musique, langue, paysage humain, architecture et patrimoine),


ces aspects seront utilisés pour créer une histoire magnifique de durabilité qui pourra
être racontée et partagée. En 2009, le gouvernement régional de la région autonome
de l’île de Príncipe a décidé de lancer un processus de candidature de l’île en tant que
future réserve de biosphère, aux termes du programme Homme et Biosphère (MAB) de
l’UNESCO. La décision a été soutenue par les autorités nationales ainsi que la coopé-
ration portugaise, cette dernière assurant les moyens financiers pour l’assistance tech-
nique. Pendant presque deux ans, une équipe comprise d’experts portugais et d’une
équipe du gouvernement local, en collaboration étroite avec les autorités nationales et
certains acteurs-clés des réserves de biosphère de l’UNESCO déjà existantes, a apporté
sa coopération menant à la soumission officielle de la candidature en septembre 2011.
Pendant la procédure de candidature, l’île de Príncipe a revisité sa propre stratégie de
développement durable, qui coïncide surtout avec les principes et buts de la réserve de
biosphère. La taille réduite de l’île combinée avec une petite population (7 542 habitants)
font de l’île de Príncipe un laboratoire naturel et social adapté, soucieux de promouvoir
la coopération internationale. La réserve de biosphère de l’île de Príncipe entend agir
comme laboratoire vivant d’intégration de la conservation des ressources naturelles et
de la biodiversité ainsi que de son utilisation durable en soutien au bien-être humain.
L’île de Príncipe a été classée Réserve de biosphère en juillet 2012 et correspond à un
nouvel ajout du programme MAB et du Réseau mondial des réserves de biosphère et
également en tant que nouveau membre d’AfriMAB, de REDBIOS et du réseau mondial
des réserves de biosphère des îles et des littoraux, établi récemment.

2. Conservation, développement et soutien logistique dans


l’île de Príncipe
La réserve de biosphère de l’île de Príncipe est située et correspond entièrement à la
région autonome de Príncipe, avec pour capitale Santo António, couvrant une superficie
totale de 142 km2.
Complétant la partie terrestre, consistant de toute l’île de Príncipe et des îlots avoisi-
nants de Portinho et Boné de Jóquei et les Tinhosas, une zone marine importante est
aussi incluse. La réserve de biosphère de l’île de Príncipe accueille une vaste biodiver-
sité et géodiversité. En dehors de ses valeurs naturelles, l’île de Príncipe s’illustre égale-
ment par sa diversité importante de paysages uniques, combinant des caractéristiques
environnementales et culturelles d’importance cruciale sur le plan local, national et
international.
La végétation luxuriante de l’île de Príncipe, typique des zones tropicales, inclut une
diversité biologique considérable avec un nombre important d’espèces endémiques de
certains systèmes afro-tropicaux représentatifs de la zone équatoriale. Les parties au
nord et au centre de l’île de Príncipe, composées de plaines et collines, présentent une
topographie relativement douce. La partie la plus au sud se caractérise par un terrain
plus abrupt, avec une petite chaîne de montagnes où le sommet de Príncipe, le plus haut
point de l’île, s’élève (Figure 2). Il atteint une altitude de 948 m. Bom Bom et Boné de
Abreu 315
La Réserve de Biosphère de l’île de Príncipe

Figure 2: Végétation dense des îles de Príncipe avec ses sommets centraux visibles de la côte sud-
ouest de l’île

Figure 3: Colonie de Fous bruns (Sula leucogaster) se reposant sur l’îlot de Boné de Joquéi
316 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Figure 4: Martin pêcheur Malachite de Príncipe (Alcedo nais)

Figure 5: “Roça” Sundy


Abreu 317
La Réserve de Biosphère de l’île de Príncipe

Joquéi (Jockey Cap) font partie des multiples îlots et rochers entourant l’île de Príncipe.
Ces îlots présentent un intérêt considérable du point de vue ornithologique (Figure 3).
Les zones côtières au sud-ouest bénéficient d’un niveau élevé de protection (Parc
naturel de l’île de Príncipe) en raison des valeurs extraordinaires des forêts primaires
et secondaires existantes, des paysages et des caractéristiques géologiques. La section
marine au sud de l’île détient également le statut de conservation et fait partie du parc
naturel de Príncipe. Ces zones correspondent à la zone centrale principale de la réserve
de biosphère.
L’île de Príncipe est incluse dans les points chauds de la biodiversité pour les forêts
tropicales d’Afrique de l’Ouest. De ce fait, l’élément terrestre de la réserve de biosphère
comprend une gamme élargie de communautés végétales et d’habitats d’importance
internationale élevée comme les forêts tropicales primaires, les forêts ombrageuses,
les palmiers et les habitats riverains de plaines. En tant qu’île océanique, la richesse
biologique native de Príncipe est accentuée par son isolement géographique et com-
prend plusieurs espèces de flore et faune endémiques (Figure 4).
Malgré l’occupation relativement prolongée et l’utilisation du territoire, le paysage
est quelque peu humanisé. L’utilisation des terres repose principalement sur les forêts
et les palmeraies dans la partie sud ou les forêts mixtes et palmeraies avec différentes
cultures dans le nord, surtout autour de la ville de Santo António et dans les plus petits
centres ‘urbains’ comme Terreiro Velho, Porto Real, Sundy (Figure 5), Ponta do Sol et
les zones à proximité de l’aéroport.
La forêt de l’île de Príncipe fait partie des forêts tropicales humides denses d’Afrique,
accueillant une diversité biologique riche. L’importance de la conservation mondiale
est tellement élevée que la forêt de Príncipe, ainsi que celles des îles de São Tomé et
d’Annobon, étaient considérées comme les deuxièmes plus importantes en Afrique en
termes de conservation. Elle est donc classée par le WWF comme l’une des 200 plus
importantes régions écologiques en termes de biodiversité — intégrée dans les forêts
tropicales et sous-tropicales humides de feuillus (Olson & Dinerstein 2002).
Malgré sa petite taille, l’île de Príncipe héberge une large diversité d’écosystèmes
naturels comme la forêt primaire, les palétuviers, les dunes côtières, les cocotiers, la
végétation riveraine et les écosystèmes de plaines d’eaux intérieures, autant lentiques
que lotiques. Des 450 espèces de flore présentes sur l’île de Príncipe, 44 sont endémiques
à l’archipel dont 24 sont endémiques à l’île.
La faune terrestre indigène de l’île de Príncipe comprend sept mammifères, 28
oiseaux, 13 reptiles et trois espèces d’amphibiens. La faune invertébrée, bien que moins
étudiée, comprend 42 espèces de Lépidoptères, 32 espèces de mollusques terrestres et huit
espèces de Névroptères. La collecte et la recherche récentes de données par l’Académie
des Sciences de Californie (CAS pers. comm. 2011) indique la présence d’une grande
variété de coléoptères dont plusieurs espèces sont endémiques, notamment parmi les
Carabidés et Cérambycidés, suggérant que la vaste et riche biodiversité de l’île a encore
beaucoup de secrets restant à découvrir.
En raison de son emplacement géographique au point de convergence entre le
courant sous-équatorial de Benguela et le courant chaud du Golfe de Guinée, la faune
318 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Figure 6: La ville de Santo António, capitale de l’île de Príncipe

Figure 7: Poisson en train de sécher dans le village de pêcheurs de Praia Burra


Abreu 319
La Réserve de Biosphère de l’île de Príncipe

marine de l’île de Príncipe présente une richesse et une diversité considérables. Jusqu’à
présent, 355 espèces de poissons (dont des espèces pélagiques), 11 espèces de cétacés,
5 espèces de tortues marines, 28 espèces de mollusques marins et plusieurs espèces
d’invertébrés marins comme les coraux, crustacés et échinodermes ont été enregistrés.
La population de Príncipe a eu une tendance positive au cours du présent siècle,
indiquant une croissance annuelle soutenue. En 2001, la population résidente totale
était de 5,966 habitants (INESTP 2006) et au cours du dernier recensement, le nombre
enregistré était de 7,542 habitants (INESTP à Tela Non 2012). La croissance est due à
l’augmentation du nombre de naissances et à la réduction du taux de mortalité infantile
ainsi qu’à une augmentation de l’espérance de vie.
Príncipe est avant tout une île où la pêche et l’agriculture dominent et sont pra-
tiquées comme activités de subsistance, particulièrement pour la consommation et le
commerce sur le marché local. Un petit élément lié au tourisme -regroupant surtout
le tourisme résidentiel dans la capitale de Santo António (Figure 6) et une petite île
touristique dans la zone de Bom Bom -est bien intégré dans le paysage. L’agriculture et
les produits de la pêche sont principalement consommés sous leur forme primaire mais
certains sont traités comme le poisson sec (Figure 7), les bananes frites, le ‘cacharamba’
(un rhum local à base de canne à sucre) et le vin de palme.
Si l’on tient compte du modèle actuel de développement socio-économique de
Príncipe, basé sur une origine multiculturelle avec un souci pour l’utilisation durable
des ressources naturelles et une identité unique de ses populations, la réserve de bio-
sphère améliorera les niveaux de vie durables des populations. Celle-ci sera rendue

Figure 8: Vue de la partie sud-est du Parc naturel de Príncipe


320 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

possible en restructurant et développant les activités économiques principales, en uti-


lisant les conditions climatiques excellentes ainsi que les attributs historiques, culturels
et paysagers pour défendre la cause de la réserve de biosphère. Les efforts exceptionnels
par le Gouvernement régional de Príncipe en matière de planification et de gestion ter-
ritoriale des ressources ainsi que de promotion du développement durable se reflètent
dans la mise en œuvre de plusieurs lois et plans existants et en cours. Ces lois et plans
comprennent la création du Parc naturel de Príncipe en 2006 (Figure 8), le Plan d’action
pour le parc naturel, le Plan de gestion du parc naturel de Príncipe et la règlementation
spécifique encourageant les bonnes pratiques agricoles.
Conscient de l’importance du niveau de préparation et des compétences des res-
sources humaines pour la bonne gestion de ses ressources naturelles et de son patri-
moine culturel, le Gouvernement de la région autonome de Príncipe (Figure 9), en col-
laboration avec le Gouvernement de la République de São Tomé e Príncipe, a organisé
plusieurs cours de formation pour son personnel, en particulier, par le biais de parte-
nariats avec des ONG et l’Union européenne (ECOFAC). Plusieurs projets ont égale-
ment été mis en œuvre dans des domaines distincts comme le social, la santé, la culture
et l’éducation en partenariat avec la coopération portugaise. Pour impliquer la popula-
tion locale et la sensibiliser sur l’importance de sa participation dans la mise en œuvre
réussie des plans, plusieurs campagnes d’information sur la règlementation environne-
mentale ont été organisées, donnant lieu à la création participative des plans de gestion
et des règles spécifiques concernant le parc naturel de Príncipe.

Figure 9: La place principale de la ville de Santo António et les bâtiments


du Gouvernement et du Parlement
Abreu 321
La Réserve de Biosphère de l’île de Príncipe

Grâce à sa forêt tropicale humide et sa faible densité de population, l’île de Príncipe


offre de nombreux atouts paysagers et naturels qui sont uniques et précieux, avec un fort
potentiel d’utilisation pour le tourisme vert, l’écotourisme et autres formes de tourisme
durable.
Les organisations non-gouvernementales existantes de l’île de Príncipe, orientées
vers la culture et l’environnement, disposent de plusieurs initiatives en matière de
préservation des traditions locales et de l’environnement. Elles jouent un rôle majeur
dans l’engagement de la communauté pour améliorer la valeur touristique de l’île en
complétant les produits touristiques déjà offerts, basés sur la diversité biologique et les
caractéristiques géologiques et avec des activités culturelles et ethnographiques dynam-
iques, liées à la nature. La création d’une réserve de biosphère est considérée comme
un outil de promotion et d’encouragement aux activités basées sur la conservation et
l’utilisation durable du patrimoine naturel et culturel. Elle devrait optimiser les oppor-
tunités de diversification du développement local et aider à identifier et promouvoir
les initiatives visant à redonner un essor à l’économie et au développement social à
Príncipe, avec des avantages significatifs pour la population locale.
En dehors du vaste patrimoine naturel, l’île de Príncipe possède un patrimoine
culturel magnifique et plein de richesse qui englobe le patrimoine des bâtiments et le
patrimoine moins tangible orienté sur la danse, les costumes, la musique et sa propre
langue, le ‘lunguyé Príncipense’, parlée uniquement sur l’île de Príncipe. Le patrimoine

Figure 10: Fontaine du début du XXème siècle sur la place centrale


(Marcelo da Veiga) de Santo António
322 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Figure 11: Roça Belmonte

Figure 12: Auto de Floripes joué par des étudiants


Abreu 323
La Réserve de Biosphère de l’île de Príncipe

des bâtiments inclut le fort portugais datant du XVIIème siècle de Santo António da
Ponta da Mina, l’église de Nossa Senhora da Conceição, la fontaine de la Plaza Marcelo
da Veiga (Figure 10), le Monument des Découvertes au port de Santo António, la lithog-
raphie de St. António et la plaque commémorative de Camilo Domingos.
Les autres bâtiments d’intérêt culturel apportent une harmonie au paysage urbain.
Ils comprennent certains bâtiments représentatifs de l’architecture coloniale portugaise,
des espaces réservés aux commerces locaux comme le vieux marché aux poissons sur la
place centrale Marcelo da Veiga et quelques épiceries qui conservent encore leurs carac-
téristiques d’origine. Les autres types de bâtiments présentant un fort intérêt historique
et culturel sont les “roças” (fermes) éparpillées sur toute l’île (Figure 11). Ces anciennes
fermes, petites villes authentiques à la beauté exceptionnelle, sont par excellence des
lieux avec un fort potentiel de tourisme rural, d’agrotourisme et de tourisme culturel,
permettant d’améliorer la durabilité au sein des petites communautés qui y vivent.
Combinant l’histoire de la colonisation et son isolement géographique, l’île de
Príncipe a fusionné toutes ses influences culturelles en un patrimoine culturel local
unique. Cet hétéroclisme est évident lors de plusieurs événements populaires comme la
poésie, les festivals, la musique, la nourriture, les instruments musicaux et la médecine
traditionnelle.
Les manifestations culturelles typiques de l’île de Príncipe regroupent des événe-
ments religieux comme le “Vindes menino” le 31 décembre pour célébrer la naissance
du Christ, la fête de Nossa Senhora da Graça et les fêtes consacrées aux saints popu-
laires comme celles de Santo António, São João, Santa Cruz Nascido, Nossa Senhora
do Socorro et São Lourenço ou Auto de Floripes (Figure 12). Cette dernière correspond
au festival le plus important de l’île de Príncipe. Il s’agit d’une fête d’origine portugaise,
célébrant un conte légendaire parmi les Chrétiens et les Maures. La participation y est
très populaire et la fête se déroule dans les rues de Santo António.
Sur l’île de Príncipe, la ‘Deixa’ ou ‘Dexa’ est une danse locale typique mais il existe
plusieurs types de manifestations folkloriques avec des influences d’autres régions
du continent africain comme la ‘Puita’ et la ‘Dança-congo’ d’origine angolaise et la
‘Tchabeta’ influencée par le Cap Vert. Bien que généralement associée aux célébrations
de Nossa Senhora da Graça, la ‘Deixa’ est parfois utilisée dans d’autres événements cul-
turels et populaires.
En conséquence de l’augmentation récente des projets de coopération scientifique,
on trouve une présence de plus en plus importante d’experts scientifiques sur l’île. On
peut s’attendre à ce que la réserve de biosphère devienne un laboratoire vivant couvrant
plusieurs expériences et initiatives traitant des dimensions socio-économiques, cul-
turelles et naturelles. Toute expérimentation et tout projet aura un impact visible sur l’île
en raison de sa petite taille mais également de par sa proximité proche et l’implication
des populations.
En termes de sciences naturelles et particulièrement de conservation de la nature
et de biodiversité, l’île de Príncipe est déjà proéminente dans plusieurs domaines. L’un
d’entre eux concerne le projet de conservation des tortues, couvrant non seulement les
questions scientifiques mais également la sensibilisation sociale sur la conservation des
324 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Figure 13: Contrôle d’une ponte de tortues marines à Praia Grande

Figure 14: Siège du parc naturel de Príncipe


Abreu 325
La Réserve de Biosphère de l’île de Príncipe

différentes espèces de tortues. Un poste de terrain a été construit pour accueillir les visi-
teurs dans le cadre du contrôle et de l’observation des tortues à Praia Grande, l’un des
principaux lieux de ponte des tortues marines sur l’île (Figure 13). Ce soutien logistique
s’est révélé fondamental pour le succès du projet y compris la dissémination des activités
au sein de la population locale. Le siège du parc naturel de Príncipe sert également de
centre de formation et d’éducation environnementale (Figure 14) et est préconisé pour
la création d’une implantation didactique et pédagogique en vue de soutenir les écoles,
étudiants et la recherche future ainsi que la conservation des projets de biodiversité
locaux.
L’autre aspect remarquable est la dynamique croissante de la participation des popu-
lations locales, à la fois par le biais du gouvernement que des organisations non-gou-
vernementales, dans des activités relatives au développement et à la préservation de la
culture et des traditions de l’île. Dans ce contexte, certaines actions sont prévues telles
que la création d’organisations orientées spécialement sur le soutien de la culture et des
jeunes poètes, un musée ethnographique et une bibliothèque audio couvrant plusieurs
registres vocaux, allant des langues et dialectes locaux, chansons, histoires et légendes
aux histoires racontées par les anciens de la population.
Concernant le patrimoine géologique, les autorités locales sont désireuses de classer
les formations géologiques intéressantes sous forme de monuments géologiques notam-
ment les formations en altitude situées dans la partie montagneuse au sud de l’île à
l’intérieur du parc naturel de Príncipe.
L’une des infrastructures importantes sur le plan logistique pour les projets de recherche
dans les domaines de l’anthropologie, la littérature, l’ethnographie et l’archéologie est le
Centre Culturel de Príncipe dans la ville de Santo António (Figure 15). Ce Centre culturel

Figure 15: Le Centre culturel de Santo António, île de Príncipe


326 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

héberge une collection importante de dossiers et dispose des installations apportant un


excellent soutien aux chercheurs.
Le soutien logistique aux divers projets anticipés dans la réserve de biosphère prouve
le dévouement des autorités locales vis-à-vis du développement durable. Le classement
de l’île de Príncipe comme réserve de biosphère offrira sûrement une opportunité de
promouvoir des interventions pluridisciplinaires, élargissant la portée de la recherche,
l’éducation et l’information au niveau international.

3. L’etablissement de la Réserve de Biosphère de L’île de


Príncipe
Le gouvernement régional de Príncipe, en partenariat avec les entités publiques et
privées, a élaboré des activités nationales et internationales relatives à la rechercheau
contrôle et à la protection du patrimoine naturel, ainsi que d’autres initiatives consacrées
à l’éducation environnementale, et au patrimoine culturel et spirituel.
Les informations rassemblées avec ces actions ont été publiées et sont disponi-
bles pour consultation, offrant un soutien pour les recherches futures et le contrôle
de la réserve de biosphère qui est désormais un membre à part entière du Réseau des
réserves de biosphère de l’Est Atlantique (REDBIOS, du Réseau de réserves de bio-
sphère d’Afrique (AfriMAB) et du Réseau mondial des réserves de biosphère îliennes et
côtières, récemment établi. Le processus menant à la candidature de l’île de Príncipe en
tant que Réserve de biosphère de l’UNESCO reposait plus sur une initiative technique
que scientifique étant donné qu’il a bénéficié d’une participation importante du public.
Des séances et un processus de consultation auprès du public ont été élaborés et un
soutien massif des habitants obtenu. Un but réel existe pour l’utilisation de la réserve de
biosphère en tant qu’outil central pour la mise en œuvre de la stratégie de développe-
ment durable de l’île.
L’île de Príncipe est l’une des trois îles volcaniques océaniques existantes du Golfe
de Guinée et, avec ses 31 millions d’années est la plus ancienne de ce groupe sur le plan
géologique. L’île est caractérisée par son relief adouci dans la moitié nord et, sa chaîne
de montagnes au sud, composée de plusieurs sommets phonolitiques avec des altitudes
entre 500 et 948 m, où les peuplements principaux de la forêt tropicale humide primaire
sont situés. Les différences en géomorphologie et topographie entre ces deux parties de
l’île résultent en une bioclimatologie distincte, influençant alors la répartition des types
majeurs d’écosystèmes de l’île, tels que les systèmes lotiques dans la région des massifs et
ses vallées et les systèmes lentiques dans les plaines du nord.
La réserve de biosphère inclut la surface entière de l’île de Príncipe et ses îlots Bom
Bom, Boné do Jóquei, Mosteiros, Santana et Pedra da Galé ainsi que les îles Tinhosas,
situées à environ 20 km au sud/sud-ouest de l’île de Príncipe. Elle inclut également une
zone marine importante descendant jusqu’à 50 m de profondeur autour de Príncipe et
Tinhosas (Figure 16).
La réserve de biosphère accueille une biodiversité importante d’écosystèmes ter-
restres et marins, avec des incidences élevées d’endémisme dans de nombreux groupes
Abreu 327
La Réserve de Biosphère de l’île de Príncipe

d’organismes, notamment les plantes vasculaires, les mollusques, insectes, oiseaux, rep-
tiles et chauves-souris. Considérant l’importance de cette zone en ce qui concerne la
reproduction des tortues marines, oiseaux aquatiques et cétacés, ainsi que les récifs de
coraux, il s’agit d’une zone très importante de conservation de la biodiversité à l’échelle
mondiale.

Figure 16: Délimitation des zones de la réserve de biosphère de l’île de Príncipe


328 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Etant donné que le Golfe de Guinée n’inclut que trois îles volcaniques océaniques
avec des caractéristiques culturelles et naturelles uniques, l’établissement de l’île de
Príncipe en tant que réserve de biosphère en fait la première de ce type dans le réseau
mondial de réserves de biosphère, enrichissant indubitablement les réseaux théma-
tiques (ex. REDBIOS) et géographiques (AfriMAB) avec lesquels Príncipe coopère déjà.
Les principales activités économiques à Príncipe sont l’agriculture (notamment le
cacao, le café et le copra), la pêche et le tourisme. La population des résidents au sein
de la réserve de biosphère est de 7,542 habitants, vivant tous dans la zone de transition.
Tous les îlots autour de Príncipe sont inhabités.
Les zones centrales de la réserve de biosphère sont intégrées avec le parc naturel de
Príncipe et incluent les îles Tinhosas, classées comme réserves et marais d’importance
internationale aux termes de la convention de RAMSAR. Les zones-tampons englobent
des zones au sein du Parc naturel de Príncipe classées comme réserve partielle et règle-
mentées par plusieurs instruments existants de gestion des ressources naturelles et
d’aménagement du territoire. Les zones de transition comprennent des zones urbaines
publiques et privées et des zones urbaines-rurales et zones rurales règlementées.
Les écosystèmes majeurs représentés sont l’île océanique avec ses habitats tropicaux
de type équatorial, typiques des forêts plates de la région écologique des îles du Golfe
de Guinée. Les autres unités écologiques correspondent à la végétation autochtone de la
forêt tropicale humide, des habitats riverains lentiques et tropicaux lotiques, des habi-
tats côtiers de, palétuviers y compris les îlots à végétation, les récifs de coraux et les îlots
océaniques.
Le soutien exécutif pour la politique de gestion de la réserve de biosphère sera basé
sur des lignes d’action définies dans les divers plans et programmes conçus et décrétés
par la législation sous forme de directives pour le développement socio-économique
de la réserve de biosphère. Ces plans et programmes comprennent, en particulier,
le Plan de développement stratégique de l’île de Príncipe, le Plan de gestion du parc
naturel de Príncipe, la loi sur la pêche, la loi sur la sylviculture, la loi fondamentale sur
l’environnement et la loi sur la conservation de la faune, la flore et les zones protégées.
Ces plans et lois seront complétés par un plan de gestion spécifique pour la réserve de
biosphère. Le plan de gestion visera à donner un élan aux plans sectoriels et à encourager
l’intégration de la communauté locale dans le développement durable de la région auto-
nome de Príncipe, conformément aux directives définies pour la réserve de biosphère.
En premier lieu, servant de catalyseur aux différentes contributions institutionnelles,
autant publiques que privées, autour de la réserve de biosphère, le Gouvernement de
Príncipe assumera le rôle de directeur exécutif et en tant qu’autorité désignée pour la
mise en œuvre des divers mécanismes de planification. Un conseil consultatif perma-
nent pour la réserve de biosphère sera composé des différents intervenants publics et
privés. Un comité scientifique sera également établi, impliquant des individus et institu-
tions au niveau local, national et international.
Abreu 329
La Réserve de Biosphère de l’île de Príncipe

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20
Proteger les Moyens de Subsistance des
Agriculteurs aux Alentoursde la Reserve de
Biosphere par L’utilisation d’une Methode
Economique de Lutte Contre les Attaques
D’elephants
Securing Farmers’ Livelihoods around the Bia Biosphere Reserve
through the Use of a Low-Cost Anti-Elephant Raid Technique

ALE X N. AKWOVIAH1 • ERNEST L . L AMPTEY 2 •


BENARD V. TINEH 3

Resume
Les attaques et les dégâts sur les récoltes causées par les animaux sauvages, notam-
ment sur les plantations de cacao par les éléphants, infligent de graves pertes économ-
iques et engendrent des difficultés pour les agriculteurs de la zone de conservation de
Bia (BCA) au Ghana, donnant lieu à la perte de moyens de subsistance et de la sécu-
rité alimentaire. Les victimes ne sont plus en mesure de rencontrer leurs obligations
vis-à-vis de leurs familles, du Conseil régional et de la communauté. Le pays perd des
devises en ce qui concerne le cacao. Ce problème crée des frustrations et des conflits
avec les autorités de la BCA. Les agriculteurs estiment qu’il est de la responsabilité
de la Division de la faune (WD) de contrôler ‘ses’ animaux. Les moyens de dissuasion
traditionnels pour lutter contre les attaques d’éléphants n’ont pas été efficaces en
dehors du fait qu’ils nécessitent une main d’œuvre intensive.
Pour remédier à cette situation, la Fondation pour la gestion durable des ressources
naturelles (FSMNR) avec le soutien de l’UE et en collaboration avec la WD ont lancé
une intervention peu coûteuse de lutte contre l’invasion des éléphants basée sur
l’utilisation de piments secs en poudre par quelques agriculteurs choisis autour de la
partie nord de la BCA. Cette méthode a été utilisée avec succès dans la zone de con-
servation de Kakum au cours des cinq dernières années. Le principe à la base de cette

1 Auteur correspondant · P. O. Box OS 1202, Osu, Accra, Ghana · E-mail: akwoviah@[Link]


2 P. O. Box OS 1202, Osu, Accra, Ghana · E-mail: ernestlamptey@[Link]
3 P. O. Box OS 1202, Osu, Accra, Ghana.
332
Akwoviah • Lamptey • Tineh 333
Réserve de Biosphère de Bia : une Méthode Économique contre les Attaques d’Éléphants

intervention est que l’odeur nocive des piments en poudre irrite les voies nasales des
éléphants qui de ce fait, évitent les exploitations agricoles.
Un atelier a été organisé à Kukumso dans la province de Bia pour une sélection
de 25 agriculteurs de cinq communautés et certains autres intervenants, en vue de
former les agriculteurs à l’utilisation de cette méthode. Ces agriculteurs ont servi de
volontaires qui aideront leurs collègues à reproduire la méthode et à chasser les élé-
phants en cas d’attaque. A titre d’incitant, les volontaires ont bénéficié des ressources
leur permettant d’exercer leurs fonctions.
Etant donné le caractère novateur de cette méthode, les agriculteurs ont accepté
que l’intervention se déroule sur l’une des exploitations agricoles sélectionnées dans
chacune des cinq communautés afin d’effectuer une évaluation correcte pendant une
durée d’au moins six mois, au cours de laquelle les matériaux restants seront utilisés
pour consolider l’intervention. La méthode a fait l’objet d’une discussion intense sur le
terrain et une démonstration a été mise en place. Les exploitations ont été surveillées
de près et les premiers résultats n’ont indiqué aucun dégât sur les récoltes malgré les
signes de présence d’éléphants aux alentours.
L’atelier s’est révélé extrêmement intéressant pour les agriculteurs et l’une
des conclusions qui en a découlé a été l’implantation d’exploitations agricoles de
démonstration.
Mots-clés: BCA, dégâts des récoltes, éléphants, moyens de subsistance, sécurité
alimentaire, économique, piments en poudre

Abstract
The raiding and damage of crops by wildlife, especially cocoa by elephants, inflict
serious economic losses and hardship on the farmers of Bia Conservation Area (BCA)
in Ghana, leading to loss of livelihoods and food security. The victims are not able to
meet their obligations to their families, the District Assembly and the community.
The country loses foreign exchange in the case of cocoa. This creates frustration and
conflict with the BCA authorities. The farmers feel it is the responsibility of Wildlife
Division (WD) to control ‘their’ animals. The traditional elephant deterrent methods
have not been effective besides being very labour intensive.
To deal with this situation, the Foundation for Sustainable Management of Natural
Resources (FSMNR) with support from the EU and collaboration with the WD, intro-
duced a low-cost anti-elephant crop raid intervention based on the use of dried pow-
dered chillies by some selected farmers around the northern part of BCA. This inter-
vention has been successfully used in the Kakum Conservation Area over the past five
[Link] principle underlying this intervention is that the noxious smell of powdered
chillies irritates the nasal passages of elephants, which thus avoid the farms.
A workshop was organised at Kukumso in the Bia District for 25 selected farmers
from five communities and some other stakeholders to train the farmers in the use of
the [Link] farmers would serve as volunteers who would help other farmers
334 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

to replicate the method and also ward off elephants in the event of an attack by ele-
phants. As an incentive, the volunteers were resourced to carry out their functions.
As the method is a novelty, the farmers agreed that the intervention should be
carried out on one selected farm in each of the five communities for proper assess-
ment over a period of at least six months during which the left-over materials would
be used to consolidate the intervention. The method was intensively discussed in the
field and a demonstration was set up. The farms were closely monitored and early
results indicate no crop damage in spite of signs of elephants in the vicinity of the
farms.
The workshop was seen to have been extremely worthwhile by the farmers and a
key output of setting up of demonstration farms was realised.
Key words: BCA, crop damage, elephants, livelihoods, food security, low-cost, pow-
dered chillies

1. Introduction
1.1 Contexte
La zone de conservation de Bia (BCA) est une zone forestière en hauteur protégée (PA)
située dans les provinces de Juabeso et de Bia, dans la région occidentale du Ghana
(Figure 1). Elle englobe le Parc national de Bia et la Réserve naturelle de Bia. Elle est
située entre la latitude 60 20' et 60 38' et la longitude 20 58' E et 30 58' W (Figure 2).
La zone protégée a bénéficié d’un investissement massif du programme de dével-
oppement des zones protégées phase II (PADP II) de la Commission européenne. Le but
de l’intervention était de consolider et d’élargir les perspectives de gestion à long terme
pour cette zone protégée et d’autonomiser la société civile pour gérer et bénéficier des
ressources naturelles de manière adaptée. L’objectif global était de réduire la pauvreté
par une amélioration de la conservation de la biodiversité.
L’un des résultats-clés du PADP II était d’améliorer l’efficacité de l’application de la
loi et de contrôler le braconnage. Aux termes du PADP II, l’une des réalisations notables
est l’augmentation de la fréquence des observations de mammifères, preuve d’une pop-
ulation croissante de certaines espèces fauniques. Les données disponibles ont égale-
ment confirmé la réduction des activités illégales comme le braconnage. Les relations
entre la Division de la protection de la Nature (WD) de la Commission forestière et
les communautés se sont largement améliorées grâce aux concepts de Zone de gestion
des ressources communautaires (CREMA) et de Comité de gestion de zone (PAMAB)
(Wildlife Division 2000).
La BCA s’étale sur une superficie totale de 306 km2 et constitue un bastion impor-
tant de mammifères menacés dont les éléphants de forêt africains et les chimpanzés. Il
apparaîtrait que la densité de population des éléphants soit en augmentation au sein de
la zone de conservation de la BCA depuis 25 ans.
Lors d’une évaluation récente en 2009, on estimait que la BCA accueillait 133 à 138
éléphants soit pratiquement un tiers des éléphants de forêt au Ghana. 43 communautés
Akwoviah • Lamptey • Tineh 335
Réserve de Biosphère de Bia : une Méthode Économique contre les Attaques d’Éléphants

Figure 1: Emplacement de la zone de Figure 2: Carte de la zone de


conservation de Bia au Ghana conservation de Bia

principales sont implantées dans un rayon de 5 km de la BCA composées en majorité de


planteurs de cacao (Tableau 1). Le tableau 2 montre les communautés qui subissent les
attaques d’éléphants sur leurs récoltes.
Tableau 1: Communautés principales autour de la Zone de conservation de Bia
1 Kwamebikrom 2 Abrewakrom
3 New Wenchi 4 Nyamedea
5 Benkasa 6 Abosi
7 Hene Nkwanta 8 Kofie Abesimu
9 Kofie Ponko 10 Teacherkrom
11 Akatiso 12 Nafana
13 Kwabena Kra Krom 14 Aboboyaa
15 Kofiko 16 Nyamebekyere
17 Bonsu Nkwanta 18 Manso Krom
19 Aweafutu 20 Safo Nkwanta
21 Asafo Adjei 22 Ntosue
23 Attakrom 24 Boateng krom
25 Annokrom 26 Asanteman
336 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

27 Obeykrom 28 Akuokokrom
29 Osonokrom 30 Adjofua
31 Kwame Tawiakrom 32 Asuopri
33 Beposo 34 Boinzan
35 Mafia 36 Debiso
37 Asuontaa 38 Mepeasem
39 New Agogo 40 Atemuda
41 Eberekrom 42 Sakyikrom
43 Kukumso

Tableau 2: Communautés affectées par les attaques d’éléphants sur les récoltes
1 Village de Bia 2 Ahweafutu
3 Boafoyena 4 Gyau camp
5 Biokrom 6 Ameneye-Agya
7 Yebediagro 8 Camp5 Village
9 Koneagya 10 Baah Akura
11 Yiadomkrom 12 Nyamebekyere
13 Boamponkrom 14 Akosua Addaekrom
15 Kwasi Donkor Camp 16 Eyenyamekrom
17 Kojo Donkor Camp 18 Asiri
19 Alhaji Nkwanta 20 Gyabi Taisider
21 Village de gibier d’Atta 22 Debebi
23 Teacherkrom 24 Abrewakrom
25 Sukusuku 26 Kwame Tawiakrom
27 New Wenchi 28 Kukumso
29 Agya Manu Akura 30 Iron Boy
31 Camp 10 32 Safo Nkwanta
33 Adjoafua

1.2 Justification
La BCA est sous pression constante étant donné que les forêts avoisinantes sont abat-
tues pour laisser place aux plantations de cacao et autres récoltes telles que le plantain,
le manioc, le maïs et les jardins potagers. La conséquence en est une réduction remar-
quable du rayon d’action des éléphants et un accroissement de leur densité de popula-
tion ainsi que des situations de conflits avec les agriculteurs. Cette situation prévaut
dans d’autres régions du Ghana (Barnes et al. 1995, Boafo et al. 2004).
Les agriculteurs affligés par les attaques sur leurs récoltes pourraient perdre la
totalité de ces dernières avec pour conséquence, un manque à gagner important pour
Akwoviah • Lamptey • Tineh 337
Réserve de Biosphère de Bia : une Méthode Économique contre les Attaques d’Éléphants

eux, comme l’indique le tableau 3. On a enregistré que certains agriculteurs, par pure
frustration, recrutent illégalement les services de chasseurs pour contrôler les éléphants.
Tableau 3: Statistiques de la BCA sur les attaques de récoltes*
Dimension Parcelle
No. No. total No. d’attaques
Récoltes de l’exploi- endom-
Année d’agri- d’élé- d’éléphants sur
affectées tation magée
culteurs phants les récoltes
(ha) (ha)
Cacao, plantain, bananes,
2009† 5 138 36 igname, maïs, gombo, 4.23 0.45
igname-coco
Cacao, plantain, bananes,
2008 18 92 igname, maïs, gombo, 38.4 9.38
igname-coco
Cacao, plantain, bananes,
2007 5 133 44 igname, maïs, gombo, 15.78 2.63
igname-coco
Cacao, plantain, bananes,
2006 17 201 igname, maïs, gombo, 44.31 6.88
igname-coco
* Source: Données de la BCA 2009

Jan–Oct

Les attaques d’éléphants sur les récoltes, notamment celles sur les plantations de
cacao (Figures 3, 4 et 5) sont donc devenues l’une source de confit entre la WD, les
communautés et les autorités politiques (Barnes 2002). Les attaques sur les récoltes ont
aussi pour conséquence, une perte importante de devises pour le Ghana. C’est pourquoi
il est impératif de lancer des interventions soit pour atténuer l’effet des attaques sur les

Figure 3: Figure 4: Figure 5:


Gousses de cacao mûres Gousses de cacao abimées Madam Gladys, agricultrice, avec
des gousses de cacao abimées
338 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

récoltes ou les éviter complètement pour que les résultats obtenus aux termes des pro-
grammes PADP I et PADP II perdurent.
Pour atténuer la menace d’attaques sur les récoltes, il a été proposé de renforcer la
capacité des agriculteurs et des membres de la communauté afin de faire face à la situa-
tion, par l’introduction d’une technologie économique basée sur l’utilisation de piments
en poudre et d’huile de moteur usée.
Il est intéressant de remarquer que cette technologie est utilisée avec succès dans la
zone de conservation de Kakum dans la région centrale depuis 2007, grâce au soutien
financier de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO),
la Banque mondiale aux termes du Projet de conservation de la biodiversité des zones
forestières en hauteur et du Fonds International de la protection des animaux (IFAW)
(FAO 2003, FAO 2008, FAW 2008, FC 2006, Kruse 2004). Le projet a été mis en œuvre
par la Division de la faune de la Commission forestière en collaboration avec la Division
des services d’extension du Ministère de l’alimentation et de l’agriculture (MOFA).

1.3 Objectif
L’objectif de l’intervention était d’introduire une intervention simple, économique et
abordable contre les attaques d’éléphants sur les récoltes, qui mènerait à une réduc-
tion des risques d’attaques dans la BCA et protègerait les moyens de subsistance des
agriculteurs.

1.4 Résultats
• Agriculteurs équipés et formés à l’utilisation de la nouvelle technologie
• Exploitations agricoles de démonstration permettant de démontrer l’efficacité de la
technologie.

2. Methodes
2.1 Identification des communautés et agriculteurs pour l’intervention
Suite aux discussions entre la Direction de la BCA et la Fondation pour la gestion
durable des ressources naturelles (FSMNR), cinq communautés ont été sélectionnées
pour l’intervention. Les communautés se trouvent dans le secteur Nord de la BCA et ont
été identifiées dans les registres du Parc comme étant les plus affectées par les attaques
d’éléphants sur les récoltes. Il s’agissait des communautés d’ Adjoafua, de Kukumso,
New Wenchi, Kwame Tawiakrom et Abrewakrom (Tableau 2).
Des discussions ont eu lieu avec chacune des communautés sélectionnées qui ont
ensuite procédé à la sélection de cinq individus pour participer à l’atelier. Une entente
a également été convenue pour que ces individus servent de volontaires qui enseign-
eraient aux autres agriculteurs comment utiliser la nouvelle technologie. En outre, ils
fonctionneraient en tant que gardiens soutenant les autres agriculteurs pour faire fuir
les éléphants si ces derniers passaient dans les exploitations.
Au total, les communautés étaient représentées par 25 individus dont deux femmes.
Akwoviah • Lamptey • Tineh 339
Réserve de Biosphère de Bia : une Méthode Économique contre les Attaques d’Éléphants

2.2 Atelier
En collaboration avec la Direction de la BCA, le FSMNR a organisé un atelier le 24
août 2010 dans les locaux de l’Eglise de la Pentecôte, à Kukumso dans la province de
Bia (Figure 6). Le but de l’atelier était de présenter aux participants la nouvelle tech-
nologie économique de lutte contre les attaques d’éléphants sur les récoltes basée sur
l’utilisation de poudre de piment et d’huile de moteur usée (Kruse 2004). Des représent-
ants du MOFA, du Conseil régional (District Assembly) et de Vision Fm (station de
radio locale) ont également participé à l’atelier.

2.3 Attentes des participants à l’atelier


2.3.1 Communautés
1. Connaître les matériaux à utiliser pour empêcher les éléphants de pénétrer dans
leurs exploitations.
2. La nouvelle méthode empêcherait les éléphants de pénétrer dans leur rayon d’action.
3. Leurs exploitations seraient débarrassées des attaques d’éléphants et leur apporte-
raient la paix.
4. Connaître le soutien qui peut être apporté par la Division de la Faune pour faire face
aux attaques sur les récoltes.

2.3.2 Extension agricole, Ministère de l’alimentation et de l’agriculture


1. La nouvelle intervention serait peu coûteuse ce qui permettrait aux agriculteurs d’en
supporter les coûts.

2.3.3 Division de la faune


1. Le succès de la nouvelle intervention permettrait de réduire les conflits avec les
communautés.
2. Une meilleure collaboration avec les communautés.
3. Les agriculteurs adopteraient la nouvelle méthode.
4. Les agriculteurs sauraient comment faire part de leurs doléances concernant les
attaques d’éléphants sur les récoltes.

2.4 Méthodes traditionnelles de contrôle des attaques sur les récoltes


L’atelier a passé en revue et évalué les méthodes traditionnelles utilisées par les agri-
culteurs pour contrôler les dégâts (voir aussi FAO 2003, Osborn & Parker 2002). Les
méthodes discutées concernaient:
• Le bruit (frapper sur des tonneaux métalliques vides, utilisation de cloches, sifflets
en bambou (dont le son est similaire à des tirs de fusil), tirer en l’air.
• Le feu (brûler des cœurs de palmiers ou des pneus).
• Brûler du crottin d’éléphant mélangé avec du poivre.
• Gardiennage des exploitations jour et nuit.
• Rapport à la WD pour repousser ou tuer les éléphants à l’affût.
340 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Il a été souligné que la nouvelle technologie n’était pas destinée à remplacer les méthodes
traditionnelles mais plutôt à les compléter. Après des délibérations approfondies, les
participants ont été présentés à la technologie du ‘piment’ dont ils avaient déjà entendu
parler.
Les matériaux requis pour la nouvelle méthode sont
• Des poteaux en bois pour les clôtures.
• Des cordes en nylon pour suspendre des morceaux de tissue ou des clochettes.
• Des morceaux de tissue pour transporter le mélange d’huile et de poivre en poudre.
• De l’huile/la graisse de moteur jouant le rôle de colle pour le poivre en poudre.
• Des piments en poudre à titre de répulsif.

2.5 La nouvelle méthode de contrôle des attaques de récoltes


Il a été expliqué que la graisse offrait une meilleure qualité d’adhésif mais était coûteuse.
A nouveau, il a été souligné que les 25 individus de la communauté joueraient le rôle de
formateurs pour apprendre aux autres agriculteurs à utiliser la technologie puisque les
matériaux ne suffiraient pas à couvrir toutes les exploitations agricoles affectées.
A cet égard, un imperméable a été remis à chacun d’entre eux ainsi qu’un tablier,
une paire de bottes Wellington, une machette, une torche et un jeu de batteries à cellule
sèche pour les inciter à agir particulièrement en cas d’attaques d’éléphants sur les exploi-
tations (Figure 7).

Figure 6: M. Alex Akwoviah (à droite) du Figure 7: Volontaires en uniformes


FSMNR donnant une explication pendant l’atelier

2.6 Exploitations agricoles de démonstration


Les communautés ont décidé entre elles de sélectionner cinq exploitations agricoles
individuelles à titre de sites-pilotes de démonstration auprès de chaque communauté
qui subissait des dégâts importants sur leurs récoltes (Tableau 4).
Akwoviah • Lamptey • Tineh 341
Réserve de Biosphère de Bia : une Méthode Économique contre les Attaques d’Éléphants
Tableau 4: Exploitation agricole sélectionnée pour la démonstration
Dimension de
Nom de l’agriculteur Communauté Récoltes produites
l’exploitation (ha)
Michael Donkor Kukumso Cacao 1,21
Nana Ansu Gyeaboa New Wenchi Cacao 1,82
Kwasi Nkrumah Adjoafua Cacao 1,42
Kwaku Addae Kwame Tawiakrom Cacao 1,21
Gladys Akopo (alias Auntie Yaa) Abrewakrom Cacao 2,43

2.7 Préparation et déploiement des matériaux


Le poivre sec en poudre (Capsicum annuum) et l’huile de moteur ont été mélangés en
pâte avec un ratio de 3:1, l’huile de moteur servant d’adhésif pour les piments (Figure 8).
Le mélange a ensuite été appliqué aux morceaux de tissus.
Plusieurs poteaux (selon la dimension des exploitations) ont été placés le long des
limites de l’exploitation à des intervalles de 3 mètres et la corde en nylon d’au moins
0.4 cm de diamètre a été attachée d’un poteau à l’autre autour de toute l’exploitation ou
le long de la délimitation. Certains cacaoyers le long de la limite ont aussi été utilisés
comme fixations pour les cordes. Les morceaux de tissus ont été imprégnés de piments
puis attachés à la corde à des intervalles de 2 m (Figure 9).

Figure 8: Préparation des ingrédients sur Figure 9: Morceaux de tissus imprégnés de


l’exploitation piments suspendus sur des cordes le long de la
périphérie de l’exploitation

A titre d’explication, lorsque le vent souffle au-dessus des morceaux de tissus, il


transporte une odeur nauséabonde de poivre aux alentours de l’exploitation et irrite les
voies nasales de tout éléphant qui entre en contact avec par la voie aérienne, créant un
sentiment de répulsion chez l’animal.
Le 26a°ût 2010, une démonstration a été mise en place sur une exploitation à New
Wenchi suivie de deux autres à Abrewakrom et Kukumso le lendemain. Les deux dern-
ières se sont déroulées à Kwame Tawiakrom et Adjofua le troisième jour.
342 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Les quatre jours suivants ont été consacrés à la surveillance étroite des sites-pilotes
étant donné que la saison des attaques importantes de récoltes avait commencé. Bien
que des signes de présence d’éléphants aient été observés, aucun dégât n’a été rapporté.
Le premier résultat a convaincu les agriculteurs de l’efficacité de la méthode.

3. Suivi et evaluation
Les rapports sur le terrain ont indiqué une seule tentative d’invasion par les éléphants.
Au cours de l’enquête, il a été remarqué que l’incident s’était produit sur une parcelle
de l’exploitation sans clôture. Les articles restants ont été remis aux agriculteurs pour
renforcer l’intervention. Pour évaluer le projet entièrement, une équipe composée du
FSMNR, responsable de l’unité communautaire et de l’extension agricole ainsi que de
personnel de terrain a visité les sites du projet du 25 au 28 octobre 2010. L’équipe a ren-
contré les six volontaires et le Président du comité de gestion des ressources commu-
nautaires. Au cours des discussions, les volontaires menés par le Président ont attesté de
l’efficacité de l’intervention contre les attaques d’éléphants jusqu’alors. Il a également été
note qu’aucun agriculteur n’avait à ce jour adopté l’intervention en dépit de son succès.
Les agriculteurs ont expliqué qu’ils le feraient dès qu’ils recevraient de l’argent. En élab-
orant la discussion, il s’est avéré qu’ils attendaient que le Gouvernement leur fournisse
les articles requis. Les volontaires ont été encouragés à utiliser l’intervention comme
une pratique agricole normale s’ils voulaient protéger leurs récoltes et faire des béné-
fices. Le Président a appelé à plus d’interaction entre la WD et les communautés en vue
de renforcer et maintenir l’intérêt dans l’intervention. L’équipe a également appris que
certains agriculteurs dans le secteur sud de la BCA avait adopté la méthode même s’ils
n’avaient pas participé à l’atelier.
Au cours de la visite dans l’une des exploitations de démonstration, il a été découvert
que l’odeur piquante du poivre avait diminué et que la clôture n’était pas terminée. Il a été
expliqué que puisque l’adoption de l’intervention dépendait du succès de l’exploitation-
pilote, il était essentiel que l’agriculteur suive l’ensemble des meilleures pratiques et
maintienne l’intervention. Il a été conseillé à l’agriculteur de renforcer la quantité de
poivre et de fermer les espaces de la clôture tout en l’entretenant régulièrement.
L’équipe a visité Abrewakrom et a dialogué avec Madam Gladys Akopo qui possède
une exploitation de démonstration. Elle ainsi que d’autres ont attesté de l’efficacité de
l’intervention jusqu’à présent et ont expliqué qu’elle leur avait permis de se concentrer sur
d’autres activités agricoles. La discussion était centrée sur la durabilité de l’intervention.
Dans cette communauté également, les agriculteurs attendent que le gouvernement leur
fournisse les articles. Comme à Kukumso, ils ont été encouragés à se procurer leurs
propres articles. Il a aussi été constaté que l’odeur piquante du poivre diminuait.
Les discussions avec les autres agriculteurs de la région ont révélé qu’ils étaient
désireux d’utiliser la nouvelle méthode mais attendaient de voir l’efficacité totale de
l’intervention sur l’exploitation de Madam Gladys Akopo.
Même s’il n’a pas été possible de visiter les autres exploitations en raison de pluies
diluviennes, les indications s’orientent vers un bon fonctionnement de l’intervention.
Akwoviah • Lamptey • Tineh 343
Réserve de Biosphère de Bia : une Méthode Économique contre les Attaques d’Éléphants

4. Conclusion
Il est reconnu que pour que toute stratégie de gestion des conflits entre humains et
animaux sauvages réussisse, celle-ci se doit d’être durable et par conséquent, adminis-
trée par la communauté elle-même.
Les agriculteurs ont fait montre d’un fort enthousiasme et d’engagement pour
appliquer la nouvelle technologie et à cet égard, l’atelier a été considéré comme extrême-
ment utile. Les résultats escomptés d’agriculteurs maîtrisant la méthode et de mise en
place d’exploitations de démonstration ont été atteints. Cependant, l’enjeu reste le ren-
forcement périodique de l’odeur piquante (puissance) qui implique un suivi étroit et
des dépenses significatives en poivre, le matériau le plus cher de tous les articles. Le
besoin de vérifier les morceaux de tissus régulièrement et de les renforcer au moins
toutes les quatre semaines au vu de la nature humide et pluvieuse de l’environnement a
été souligné.
Les informations et conseils utiles des participants concernant les divers moyens
d’effectuer une intervention réussie sont d’importance non négligeable. L’indication, au
cours de l’atelier, que l’administration de la province de Bia serait d’accord en principe
pour acheter le poivre aux agriculteurs est louable étant donné que les dégâts préoccu-
paient le conseil régional en termes de pertes de revenus.
En outre, il a été plutôt encourageant de noter que certains agriculteurs à Adjofua
ont fait part de leur intention de verser des cotisations individuelles sur le modèle
d’une coopérative pour acheter le poivre sec en gros en vue de soutenir l’efficacité de
l’intervention.

5. Recommandations
Au vu des indications que l’intervention sur les exploitations-pilotes serait couronnée
de succès, les recommandations suivantes sont avancées:
1. Un besoin urgent d’animer un atelier similaire afin d’élargir l’usage de la technologie
au secteur sud où les attaques de récoltes existent également.
2. Puisque l’intervention n’a eu lieu que sur cinq exploitations agricoles sélectionnées
dans le secteur nord, il est nécessaire de s’assurer que le succès soit reproduit sur
d’autres exploitations dans le secteur.
3. Pour soutenir l’intervention et l’enthousiasme des agriculteurs, un suivi régulier des
exploitations par l’Unité des relations communautaires de la Division de la faune est
vivement recommandé en plus d’un engagement régulier vis-à-vis des agriculteurs
pour aborder tous les problèmes.
4. La Division de la faune se doit de suivre le désir du conseil régional de Bia en vue de
soutenir les agriculteurs en leur fournissant du poivre et également d’encourager la
communauté d’Adjofua à se procurer les piments comme ses membres l’ont indiqué
pendant l’atelier.
5. La protection des récoltes contre les attaques d’éléphants devrait être considérée par
l’ensemble des intervenants comme faisant partie normale des pratiques d’élevage
agricole, dans lequel cas les agriculteurs devraient s’apprêter à encourir des dépenses
344 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

sur les matériaux tout comme ils le feraient pour les insecticides et engrais ou autres
intrants. La Division de la faune est alors encourage à travailler étroitement avec
le conseil régional de Bia, celui de Juaboso Bia et les agriculteurs par le biais de
réunions régulières. Il s’agit du seul moyen de persuader les agriculteurs que les
éléphants relèvent de la Division de la faune et doit être la seule responsable en cas
de dégâts.
6. La Commission du Cacao est un intervenant majeur dans l’industrie du cacao.
La Division de la faune devrait donc la contacter pour explorer la possibilité
d’endossement d’une nouvelle intervention et de fourniture des ressources aux agri-
culteurs en vue de soutenir l’intervention.

6. Remerciements
Nos vifs remerciements à la NAO (National Authorising Officer), au Ministère des
finances et du Plan pour le soutien financier à FSMNR aux termes du programme de
petites subventions de l’UE pour la mise en œuvre des propositions de projets de la
Division de la faune (WD) de la Commission forestière dans la zone de conservation
de Bia (BCA).
Nos remerciements spéciaux vont également au personnel de la BCA notamment
son directeur, M. Ofori-Amanfo, à M. Boakye, responsable de l’unité des relations com-
munautaires de la BCA et toute l’équipe de l’unité pour leur engagement et détermina-
tion d’assurer le succès du projet. Finalement, nous remercions le Directeur exécutif de
la Division de la faune, Nana Adu-Nsiah pour son soutien au projet.

Références et bibliographie
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Réserve de Biosphère de Bia : une Méthode Économique contre les Attaques d’Éléphants

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tions d’éléphants fiables et de leurs habitats au Ghana). WD, Accra, Ghana.
21
Cogestion des Pêcheries Artisanales: Cas
de la Réserve de Biosphère de la Mare au
Hippopotames au Burkina Faso
Co-management of Small-scale Fisheries: the Case of the Mare aux
Hippopotames Biosphere Reserve in Burkina Faso

JE AN -ANDRE T. K ABRE� • ALFRED MILLOGO� • ADDEY Y.


YOUSSOUF1

Résumé
Cette étude s’intéresse à l’écologie, la biologie des ressources de la réserve de
biosphère et de l’utilisation de ces ressources par les populations riveraines; plus
spécifiquement le travail présente l’état de la production et de l’exploitation des
ressources halieutiques par les populations impliquées dans la filière de production
de la Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso. Les auteurs, d’une
part, donnent la biodiversité de la mare riche de 34 espèces de poissons et plusieurs
familles et genres de macro-invertébrés. D’autre part ils décrivent une méthode de
conservation du poisson par le jus de citron; méthode qui vient renforcer les connais-
sances traditionnelles en technique de conservation du poisson post capture. L’état
de la production et de l’exploitation des espèces de grand intérêt économique a été
évalué à travers des paramètres de la dynamique des populations et de statistiques
des pêches.
Mots clés: biosphère, pêcheries artisanales, biodiversité, conservation, Burkina Faso.

Abstract
This study focuses on the ecology and biology of the resources in the biosphere
reserve and the utilization of these resources by the riparian populations. More spe-
cifically, the work presents the state of halieutical resource production and utilization

1 Laboratoire de Recherche et de Formation en Pêche et Faune (LaRFPF), Université Polytechnique de


Bobo-Dioulasso, BP. 1091 Bobo 01, Burkina Faso · Tél: 226 70231734 · [Link]/peche · Auteur
correspondant · E-mail: ankab226@[Link]
346
Kabre • Millogo • Youssouf 347
Cogestion des Pêcheries Artisanales : Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames

by the populations involved in the fisheries of the Mare aux Hippopotames Biosphere
Reserve in Burkina Faso. Firstly, the authors describe the lake’s biodiversity by listing
its 34 species of fish as well as several macro-invertebrate families and genera found
in the lake. Secondly, they examine a method of preserving fish using lemon juice;
a method which reinforces traditional knowledge of post-capture fish preservation
techniques. The production and utilization of species of great economic interest were
evaluated by means of population dynamics parameters and fishing statistics.
Key words: biosphere, small-scale fisheries, biodiversity, preservation, Burkina Faso

1. Introduction
Le Burkina Faso est un pays sans accès à la mer. Toutes les eaux sont par conséquent
des eaux douces intérieures et sont composées de lacs, fleuves et rivières naturels et
de lacs de barrages artificiels. La Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippotames est
parmi ces plans d’eau naturels. Tous ces plans d’eau sont devenus, à des degrés divers, des
pêcheries artisanales, et des sources de productions de plantes, d’animaux aquatiques et
insectes aquatiques au bénéfice des populations. Ces ressources sont constituées de 330
espèces dont les poissons (121 espèces), les batraciens (30), les reptiles (20), les oiseaux
(54), les mollusques (28), les crustacés (7), les insectes (54), le plancton (16), les algues
et plantes (Ouédraogo 1998), selon cet auteur le poisson est la ressource dominante et
la plus exploitée. Cependant l’exploitation de cette ressource est restée longtemps mar-
ginale jusque dans les années 1970 où la politique de développement s’est intéressée aux
ressources aquatiques.
Il faut noter que dans la plupart des pays d’Afrique les captures non-contrôlées
peuvent atteindre plus de 60% des captures totales (Lévêque ε Paugy 1999). Les espèces
dominantes dans les captures sont les tilapias de la famille des Cichlidées, les silures
ou clarias de la famille des Claridées et les capitaines (famille des Centropomidées).
Le poisson frais capturé est souvent vendu au niveau des débarcadères; lorsqu’il y a des
méventes, le poisson est parfois fumé ou séché soit par les pêcheurs soit par les femmes
ATP (Association des Transformatrice de Poisson). Les dommages post-captures sont
souvent causés par les insectes coléoptères sur le poisson fumé (Watanabe 1974, Osuji
1975, FAO 1981, Diouf 1987) et par l’avarie sur le poisson frais. Ces insectes appartiennent
aux familles Calliphoridae (blowflies) et Dermestidé (Skeabeetle). Chez les poissons de
la famille Claridae, l’espèce de coléoptère Dermestes maculatus est la plus importante
dans l’infestation du poisson fumé ou séché (Osuji 1975, Dobie et al. 1993). A la mare aux
hippopotames les techniques traditionnelles utilisées sont les mêmes rencontrées dans
la plus part des pêcheries artisanales; techniques qui ont été décrites par Kabré et al.
(2003). Ces auteurs ont inventorié les différents types de fumoir et fait des comparaisons
des coûts d’exploitation et de rentabilité de trois fumoirs améliorés (fumoirs Monoclaie,
Dafing et Chorkor).
348 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Figure 1: Carte de localisation de la Mare aux Hippopotames (Burkina Faso)


Kabre • Millogo • Youssouf 349
Cogestion des Pêcheries Artisanales : Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames

La mare aux hippopotames comme tous les autres plans d’eau au Burkina est devenu
depuis des dizaines d’années une pêcherie artisanale qui supporte journalière les visites
de pêcheurs nationaux; ces pêcheurs sont organisés en groupements dans les débar-
cadères et reçoivent l’encadrement du services des pêches d’une part et celui du Projet
MAB, des ONG et organismes de recherche d’autre part.
La présente étude se propose de décrire quelques aspects de l’écologie de la Réserve
de Biosphère de la Mare au Hippotames et d’analyser l’utilisation des produits de pêches
post capture.

2. Méthodologie
2.1 Situation de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames
et des villages de provenance des pêcheurs
La Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames est située dans la région des
hauts bassins à 40 km au nord-ouest de la ville de Bobo-Dioulasso; la figure 1 localise la
mare et les villages d’origine des pêcheurs qui la visitent. D’une superficie variable entre
120 et 660 ha, cette mare pérenne est riche en espèces piscicoles d’environ 34 espèces
selon l’inventaire de 1995 (Kabré et al. 1997), les tilapias composent la majorité des cap-
tures (60%).
Depuis son classement en 1937, la pêche a toujours fait partie des activités concédées
aux populations riveraines par le colonisateur. De nos jours, l’exploitation de cette res-
source se poursuit par une soixantaine de pêcheurs provenant principalement des vil-
lages de Balla, Tiarako et Sokourani. Elle joue un rôle de plus en plus important dans
l’économie des ménages des populations riveraines de la réserve.

2.2 Inventaire de la population d’espèces de poissons et collectes des


données sur la pêche
Un inventaire avait été réalisé en 1995 avec l’appui du projet Man and Biosphere (MAB)
et depuis lors tous les travaux d’investigation de la population de poissons de la mare
se basent sur ces résultats pour la gestion des stocks. Plusieurs techniques de récoltes
ont été employées pour capturer les multiples espèces de poissons qui peuplent la mare;
ce sont a) la pêche au filet (filet maillants, filets éperviers), les nasses et les palangres,
tous étant du matériel utilisé par les pêcheurs, b) la pêche expérimentale à l’aide de bat-
terie de filets maillants, c) la pêche électrique avec un bateau hors-bord bien équipé.
Les pêcheurs ont été interceptés et interviewés à leur sortie dans les débarcadères; c’est
la méthode du creel interview sur site. Les espèces de poissons ont été identifiées soit
sur le site à l’aide de clés dichotomiques illustrées des familles, genres et espèces soit au
laboratoire pour les espèces plus difficiles à décrire.
La méthode du creel interview a permis d’une part de suivre les quantités de pois-
sons capturés par les engins de pêche et d’autre par de mesurer les variables biologiques
de production (poids, longueur, âge, sexe notamment) et finalement de calculer des
taux d’exploitation, des taux de mortalités, des taux de croissance.
350 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

L’estimation de la production d’une retenue peut se faire selon deux méthodes: a) la


première consiste à enregistrer toutes les captures des pêcheurs pendant toute l’année
sur une période donnée, b) la seconde se base sur une estimation à partir de formule
empirique qui utilise l’Indice Morpho-Edaphique (IME) développées par les chercheurs.
Pour le cas de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames, les difficultés de
collecte des statistiques fiables sur les captures contrôlées des débarcadères imposent
l’utilisation de la formule empirique de Marshall pour l’estimation de la production;
modèle d’estimation de la productivité basés sur l’indice morpho-édaphique (IME).
Cet indice est le rapport entre le total des solides dissous ou la conductivité électrique
mesurée en période de crues et exprimé en µs/ cm et la profondeur moyenne de l’eau en
période de crues exprimée en mètre. Le modèle développé par Marshall à partir de 11
lacs africains, est souvent utilisé et donne des résultats satisfaisants:

Production exploitable (kg/ha/an) = 23,281 x IME0.447

2.3 Récolte des insectes du benthos pour identification


Un échantillonnage du benthos du lac a été effectué en utilisant une benne géologique
de fond. Le dispositif expérimental comporte 12 transects distants de 100 m d’intervalles
et orientés de la berge vers la ligne médiane du lit du lac. La collecte des échantillons
du benthos consiste à prélever deux fois la vase du fond à l’aide de la benne à chacune
des trois stations d’observation. Les stations d’observations sont alignées sur le même
transect de la façon suivante: la première station à 1 m hors de la limite de l’eau (station
P-1), la deuxième à 1 m à l’intérieur de la ligne d’eau (station P+1) puis la troisième à 10 m
à l’intérieur de la ligne d’eau (station P10). Ces trois stations sont déplacées à chaque
jour d’échantillonnage suivant la limite de l’eau. A chaque essai, la benne racle la vase du
fond sur une superficie de 600 cm2. C’est le mélange des deux sous-échantillons pris par
point de stationnement qui constitue chacun des 648 échantillons collectés; cette procé-
dure permet d’augmenter les chances d’avoir suffisamment d’informations biologiques.
Le benthos ainsi collecté est introduit successivement dans trois tamis de mailles 4 mm,
1 mm et 400 µm permettant de laisser passer les invertébrés et toutes les particules de
diamètre inférieur à celle de la maille; un tri supplémentaire a permis de sélectionner
les gros insectes, leurs étuis (fourreaux) et leurs logettes restés dans le premier tamis
en utilisant une loupe de poche. L’échantillon final (particules et macro invertébrés de
différents diamètres) est conservé dans un bocal contenant du formol dilué à 5%; il est
ensuite transporté au laboratoire pour l’identification des insectes.

2.4 Identification des familles et genres des insectes


L’identification des taxons de Chironomidés a été faite à l’aide du catalogue
iconographique de l’ORSTOM (Déjoux et al. 1983) et à l’aide de la publication de
Durand et Lévêque (1981); d’autres publications spécialisées (Guenda 1996) nous ont
Kabre • Millogo • Youssouf 351
Cogestion des Pêcheries Artisanales : Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames

aussi guidés dans la description de certains caractères. Les Oligochètes ont été identifiés
en s’aidant des illustrations et clés de détermination de Brinkhurst et Jamieson (1971).
La détermination des Mollusques a été faite au moyen d’images et clé de détermina-
tion de Adam (1960). Les taxons non représentés par les ouvrages cités ont été identifiés
ultérieurement en utilisant les clés de déterminations et les illustrations de Micha et
Noiset (1982) ainsi que la clé de Merritt et Cummins (1984).
L’observation des insectes a été faite sous une loupe binoculaire, l’échantillon étant
placé dans une boîte de Pétri. Tous les insectes (adultes et larves), leurs étuis et leurs
restes (logettes et parties du corps) sont sélectionnés puis identifiés.

2.5 Etude de l’alimentation des poissons


Les estomacs de 226 sujets de Gymnarchusniloticus et de 116 sujets Hemichromisfasciatus
ont été collectés pour l’analyse de leur contenu en macroinvertébrés. Les estomacs col-
lectés sont ceux des poissons capturés qui sont en bon état; les individus en voie de
putréfaction étant systématiquement écartés de l’échantillon. Les estomacs prélevés sont
conservés dans des flacons de 200 ml remplis de solution de formol dilué à 7% puis
transportés au laboratoire pour analyse. Au laboratoire les estomacs sont ouverts et leur
contenus vidés dans une boîte de pétri qui sera placé sous microscope pour observation
des restes ou des individus entiers de macro invertébrés ingurgités.

2.6 Conservation du poisson par le jus de citron


Un nombre total de 1680 poissons frais composés de 840 tilapias (figure 2) et de 840
clarias (figure 3) ont été achetés chez les mareyeurs des pêcheries du Sourou (province de
Dédougou) et de la Mare aux hippopotames (département de Satiri); ces poissons sont
lavés avec de l’eau puis fumés chez une femme transformatrice de poissons (femme ATP)
avant d’être transportés au laboratoire pour infestation. Des souches d’insectes, Dermestes
maculatus (figure 4) collectées sur des poissons fumés vendus au marché de la ville de Bobo-
Dioulasso, ont été utilisées pour infester les poissons des différentes expérimentations.

Figure 2: Poissons frais du Figure 3: Poissons frais du Figure 4: Dermestes


genre Tilapia achetés auprès des genre Clarias achetés auprès maculatus collectées chez les
mareyeurs et destinés au fumage des mareyeurs et destinés au vendeurs de poissons du marché
fumage de la ville de Bobo-Dioulasso et
utilisés pour inoculer les lots de
poissons fumés
352 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

La figure 5 montre que les 840 tilapias divisés en 2 lots de 420 individus chacun, ont
fait l’objet des deux expérimentations, I et II, correspondant à la prévention et au con-
trôle respectivement contre l’infestation des Dermestes maculatus.
Enfin les poissons de chaque répétition ont été séchés et pesés ensemble avant d’être
gardés dans des boites en plastique pendant 8 semaines. Au cours de ces 8 semaines
des observations sur le poids et le niveau d’infestation ont été faites à la fin de chaque
semaine (les samedis notamment). Le jus de citron est extrait des fruits mûrs, tamisé et
le pH d’une valeur de 2,7 déterminé. Trois solutions de différentes concentrations ont
été préparées de ce jus de citron avec de l’eau afin d’obtenir 3 différentes concentration de
jus de citron de 10% 20% et 30%; leurs pH respectifs sont de 3,55; 3,26 et 3,19. La solution
témoin ne contient que de l’eau uniquement (i.e. 0% de jus de citron) avec un pH de 7,08
et représentée par le traitement [Link] autres traitements T2, T3 et T4 représentent les 3
autres concentrations 10%, 20% et 30% respectivement.

Poissons frais
840 clarias et 840 tilapias

Poissons fumés
840 clarias et 840 tilapias

840 tilapias 840 clarias

420 tilapias 420 tilapias 420 clarias 420 clarias

35 Poissons/boite 35 Poissons/boite 35 Poissons/boite 35 Poissons/boite


dans dans dans dans
12 boites 12 boites 12 boites 12 boites
Exp. I: Prévention Exp. II: Contrôle Exp. III: Prévention Exp. IV: Contrôle

Figure 5: Dispositif expérimental utilisé pour la prévention et le contrôle de D. maculatus chez


les tilapias et les clarias des pêcheries artisanales du Burkina Faso
Kabre • Millogo • Youssouf 353
Cogestion des Pêcheries Artisanales : Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames

2.7 Traitements des données


Les poissons capturés sont ouverts et leurs estomacs prélevés. Les estomacs sont ouverts
à leur tour et leur contenu analysé afin de calculer les indices d’occurrence et d’abondance
(Hyslop 1980, cité par Lévêque & Paugy 1999).
Au cours de cette étude, les paramètres observés sont: a) la perte de poids par
semaine; b) le nombre d’insectes (i.e. nombre des larves et d’insectes adultes). Pour les
saisies des données, nous avons utilisé Excel 2007. Concernant les données expérimen-
tales sur la conservation par le jus de citron le logiciel xlstat et le test de Fisher ont été
employés. Enfin le logiciel FISAT II a permis d’estimer les taux d’exploitation et de mor-
talité ainsi que les valeurs de sélectivité des filets.

3. Résultats et discussions
3.1 Aspects écologiques et biologiques des ressources de la mare
Un inventaire des poissons avait été réalisé en 1995 avec l’appui du projet MAB et depuis
lors tous les travaux se basent sur ces résultats pour la gestion des stocks de poissons. Le
tableau 1 donne la composition de la population ichtyologique de la mare. Cet inven-
taire doit être repris au cours de nos prochaines investigations après plus de10 ans;
temps maximal suffisant pour reprendre ce type d’inventaire. Comparée à la composi-
tion connue de la population d’une des grandes pêcheries (cas de la pêcherie de Bagré
au centre est du pays) du Burkina on remarque que, malgré la détérioration de la bio-
diversité, la mare aux hippopotames (un lac naturelle) comporte une population ichty-
ologique plus variée que les plans d’eau artificiels.
Tableau 1: Inventaire ichtyologique à la Mare aux Hippopotames et à la Vallée du Kou,
1995. NB: les deux plans d’eau sont du même bassin de la volta.
Nombre d’espèces rencontrées
Famille
Mare aux Hippopotames Vallée du Kou
Anabantidae 1 1
Bagridae 2 2
Centropomidae 1 0
Characidae 1 1
Cichlidae 6 5
Citharinidae 1 0
Clariidae 2 1
Cyprinidae 2 2
Distichodontidae 1 1
Gymnarchidae 1 1
Malapteruridae 1 1
Mochokidae 2 2
Mormyridae 6 5
354 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Nombre d’espèces rencontrées


Famille
Mare aux Hippopotames Vallée du Kou
Ophiocephalidae 1 1
Osteoglossidae 1 1
Polypteridae 2 2
Protopteridae 1 1
Schilbeidae 1 1
Tetraodontidae 1 0

Par contre d’un point de vue de l’exploitation, la retenue d’eau artificielle de Bagré connaît
une meilleure organisation de la pêche qui s’intéresse à une grande variété d’espèces de
poissons appartenant à plusieurs famille; ce qui n’est le cas de la mare où le matériel peu
performant et le manque de professionnalisme des pêcheurs permettent seulement de
valoriser les tilapias de la famille des Cichlidés, les silures ou clarias de la famille des
Claridés, le Gymnarchusniloticus de la famille de Gymnarchidés. Cependant le capit-
aine de la famille des Centropomidés qui figurait dans les inventaires de 1995 à la mare
aux hippopotames est rare dans les captures et est en voie de disparition. Cette espèce
a probablement été surexploitée pendant les périodes de crues du fleuve Mouhoun;
périodes de crues pendant lesquelles l’espèce migre vers la mare aux hippopotames. En
outre la détérioration de l’environnement du lac due à l’envasement (surtout) engendre
des conditions inadéquates à la survie et la reproduction du capitaine selon la littérature
(Lévêque & Paugy 1999).
Le tableau 2 donne la diversité spécifique des macroinvertébrés et le tableau 3 indique
leur rôle dans le régime alimentaire des poissons. Pour la plus part des retenues d’eau
du sahel le rétrécissement des surfaces d’eau couplé au phénomène d’envasement cor-
respondent aussi à une perte d’habitat pour la vie aquatique et particulièrement pour
le poisson et les macro-invertébrés du benthos. Ces macro-invertébrés constituent une
base d’aliment très utilisée par les poissons. Ils appartiennent à un groupe d’organismes
mal connus (surtout les stades larvaires et nymphaux) au Burkina Faso.
Tableau 2: Populations de macroinvertébrés benthiques collectées dans la zone de
marnage à 1 mètre hors de la limite de l’eau de la mare aux hippopotames pendant
l’étiage saisonnier de mars à mai
Ordres Nombre Fréquence Famille No. individus
Diptera 1421 45.43 Chironomidae 503
Canaceidae 2
Ceratopogonidae 898
Tabanidae 15
Muscidae 1
Tipulidae 2
Ephemeroptera 24 0.77 Caenidae 22
Kabre • Millogo • Youssouf 355
Cogestion des Pêcheries Artisanales : Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames

Ordres Nombre Fréquence Famille No. individus


Potamanthidae 1
Ephemeridae 1
Trichoptera 12 0.39 Ecnomidae 1
Philopotamidae 6
Polycentropodidae 5
Odonata 8 0.26 Gomphidae 3
Libellulidae 5
Lepidoptera 1 0.03 Noctuidae 1
Hemiptera 1 0.03 Nepinae 1
Orthoptera 5 0.16 Gryllotalpidae 5
Coleoptera 570 18.22 Dytiscidae 7
Hydrochidae 6
Hydraenidae 135
Hydrophilidae 53
Staphilinidae 369
Oligochaeta 246 7.86 Naididae 246
Mollusca 840 26.85 Planorbidae 554
Valvatidae 286

Les macroinvertébrés du benthos sont essentiellement représentés par les mollusques,


les oligochètes et surtout les insectes. Il est bien connu que plusieurs insectes, même
terrestres au stade adulte, accomplissent leur développement larvaire et nymphal dans
l’eau. Au total 648 échantillons du benthos dont 540 en période des hautes eaux (sep-
tembre à janvier) et 108 en période des basses eaux (février à avril) ont été prélevés pour
la recherche et l’identification des insectes. Une population totale de 11.195 individus a
été identifiée à partir des échantillons. L’inventaire a utilisé la benne géologique de fond
lors de l’échantillonnage et a permis d’identifier des insectes (67,52% de la population
de macroinvertébrés), des Mollusques (25,72%) et des oligochètes (6,76%). Les insectes
sont répartis entre 9 ordres et 48 familles principalement dominés par les diptères. Les
Mollusques comptent 2 familles dont les Planorbidae et les Valvatidae tandis que les
Oligochètes sont représentés par une seule famille celle des Naididae. L’étude a permis
de démontrer qu’une perte croissante de la biomasse des macroinvertébrés s’installe
simultanément avec le rétrécissement progressif de la superficie de l’eau. Les invertébrés
les plus exposés à ces dommages causés par ce retrait sont les Diptères (tableau 2). Les
autres formes de macroinvertébrés (les Mollusques, Oligochètes et Insectes) sont aussi
perdues. Cette étude permet de dire que le rétrécissement de la superficie d’eau cause de
grandes pertes de populations de macroinvertébrés de la mare avec pour effet induit la
réduction de la biodiversité et la perte d’aliment pour la croissance et la production de
biomasse de poissons.
356 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

Le Rôle des macroinvertébrés dans l’alimentation des poissons est capital car ils con-
stituent le socle de la chaîne alimentaire du système aquatique et la production de bio-
masse de poisson; toutes les espèces de poissons les consomment à un stade variable de
leur développement. Pour l’espèce Gymnarchusniloticus de la famille des Gymnarchidés
son régime alimentaire varie en fonction du stade de développement: les jeunes alevins
se nourrissent d’abord de zooplancton puis de macroinvertébrés avant de devenir pis-
civore au stade adulte. Des 226 estomacs étudiés 162 possèdent au moins une proie et 63
(soit 27,88%) sont vides. Un nombre total de 1.002 proies soit une moyenne de 4,43 proies
par estomac ont été identifiées. L’étude constate que le nombre d’estomacs vides est plus
important en période de basses eaux de février à avril; ce nombre (42,5%) est plus élevé
chez les poissons de plus grande taille que chez les individus plus jeunes (38,71%) (tableau
3a). Les indices d’occurrence et d’abondance suivent la même tendance d’évolution avec
une baisse générale des catégories de proies en période des basses eaux. Nos investiga-
tions sur l’espèce Hemichromisfasciatus, espèce piscivore de petite taille de la famille des
Cichlidés, les jeunes individus consomment des insectes avant de devenir des piscivores
au stade [Link] nombre total de 38 estomacs vides sur les 116 étudiés ont été comptés
soit 32,76%. L’étude a identifié 324 proies soit un taux de 2,8 proies par estomac. On
remarque une augmentation du nombre d’estomacs vides en période d’étiage comme chez
Gymnarchuses niloticus. Les plus grands individus comptent 58,33% et les plus petits indi-
vidus 36,11% d’estomacs vides pendant la période d’étiage (tableau 3b).
Tableau 3a: Résultats des proies identifiées dans les estomacs de Gymnarchus nilo-
ticus en période des hautes eaux et celle des basses eaux à la mare aux hippopotames
Période de hautes eaux Périodes de basses eaux
LT* =120–299 LT* = 300–750 LT* = 120–299 LT* = 300–750
Nombre % Nombre % Nombre % Nombre %
Estomacs examinés 90 100 34 100 62 100 40 100
— vides 14 15.56 8 23.53 24 38.71 17 42.5
— non vides 76 84.44 26 76.47 38 61.29 23 57.5
Total estomacs 124 102
Proies par estomac 4.91 4.7 3.98 3.17
Fréquence % Fréquence % Fréquence % Fréquence %
Nourriture
I. occ I. ab I. occ I. ab I. occ I. ab I. occ I. ab
Insectes 97.36 96.1 96.15 83.09 100 94.44 82.61 86.18
Libellules 76.31 70.56 50 57.04 94.73 89.24 78.26 86.18
(Odonates)
Orthoptères 6.58 1.25 23.07 15.5
Ephéméroptères 28.95 10.44 23.07 4.22 5.26 0.8
Lépidoptères 13.16 7.1 3.84 5.63 2.63 2
Diptères 13.16 6.05 5.26 2.4
Indéterminés 1.3 0.22 3.84 0.7
Kabre • Millogo • Youssouf 357
Cogestion des Pêcheries Artisanales : Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames

Période de hautes eaux Périodes de basses eaux


LT* =120–299 LT* = 300–750 LT* = 120–299 LT* = 300–750
Poissons 19.74 3.13 53.85 12.67 15.79 3.2 39.14 7.31
Barbus spp 1.3 0.21 15.38 3.52 2.63 1.2 13.04 2.44
Tilapia spp 10.52 1.67 23.07 6.34 5.26 0.8 17.4 3.25
Indéterminés 7.9 1.25 15.38 2.81 7.9 1.2 8.7 1.62
Débris végétaux 5.26 1.04 11.54 3.52 13.16 2.4 13.04 6.5
Mollusques 1.3 0.2 3.84 0.7
* LT = longueur totale (mm)

Tableau 3b: Résultats des proies identifiées dans les estomacs de Hemichromis fas-
ciatus en période des hautes eaux et celle des basses eaux à la mare aux hippopotame
Période de hautes eaux Périodes de basses eaux
LT* =120–299 LT* = 300–750 LT* = 120–299 LT* = 300–750
Nombre % Nombre % Nombre % Nombre %
Estomacs examinés 34 100 22 100 36 100 24 100
— vides 6 17.65 5 22.73 13 36.11 14 58.33
— non vides 28 82.35 17 77.27 23 63.89 10 41.67
Total estomacs 56 102
Proies par estomac 4.17 1.5 3.44 0.92
Fréquence % Fréquence % Fréquence % Fréquence %
Nourriture
I. occ I. ab I. occ I. ab I. occ I. ab I. occ I. ab
Insectes 82.14 80.43 52.94 49.99 91.3 95.91 80 77.78
Libellules 67.86 29.35 35.29 31.25 78.26 82.65 70 77.78
(Odonates)
Orthoptères 3.57 1.08 5.89 3.12
Ephéméroptères 17.86 11.96 8.69 2.04
Lépidoptères 3.57 5.43 11.76 15.62 13.04 3.06
Diptères 17.86 32.61 13.04 8.16
Indéterminés 42.85 15.21 76.47 43.74 11.59 3.06 30 22.22
Poissons 3.57 1.08 5.89 3.12 8.69 3.06 20 7.41
Barbus spp 7.14 3.26 29.41 21.87
Tilapia spp 25 0.87 35.29 18.75 20 14.81
Indéterminés 10.71 4.35 5.89 6.25 4.35 1.02
Débris végétaux 3.57 1.08
Mollusques
* LT = longueur totale (mm)
358 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

3.2 Production et exploitation des poissons de la mare


Partant du modèle de Marshall la production exploitable de la mare est estimée à 39
tonnes par an. Cette production donne un rendement moyen de 280 kg/ha/an. Ce ren-
dement est exceptionnel quand on sait 60 000

que la moyenne des rendements piscicole 50 000

au niveau du Burkina se situe entre 50 et

Weight (kg)
40 000

100 kg/ha/an (Ouédraogo 1998). Cette 30 000

particularité du rendement s’explique par 20 000


les conditions écologiques favorables du 10 000
milieu de la mare (multitude d’habitats
0
et d’espèces, végétation abondante, zone
de fraie important). Ces estimations ont Year
permis de générer le modèle d’évolution Figure 6: Evolution des captures à la mare de
des captures annuelles à la figure 6. 1988 à 2007
D’autre part, on note que les individus
de poissons pêchés sont de petite taille; constat qui confirme le manque de profession-
nalisme des pêcheurs qui utilisent du matériel peu performant comparé à la grande
pêcherie de Bagré.

3.3 Mise au point d’une méthode de conservation du poisson par le jus de


citron contre Dermestes maculatus
Les résultats sont significatifs (P<0,01) en fonction des traitements. Les poids des pois-
sons ont diminué au cours des 8 semaines de conservation figure 7 et figure 8 et les
insectes ont commencé à se reproduire (figure 7 et figure 8). L’interprétation des résul-
tats de ces deux tableaux se fait comme suit:

semaines Semaines

560 14

540 12

520
10
Pds poissons

500
8
Larves

480
6
460

4
440

420 2

400 0
s1 s2 s3 s4 s5 s6 s7 s8 s1 s2 s3 s4 s5 s6 s7 s8

sem aines Sem aines

Figure 7: Evolution moyenne par semaine du Figure 8: Evolution moyenne par semaine du
poids des tilapias et clarias fumés soumis à des nombre des larves chez des tilapias et clarias
traitements préventifs fumés soumis à des traitements préventifs
Kabre • Millogo • Youssouf 359
Cogestion des Pêcheries Artisanales : Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames
3.3.1 Expérimentations sur les Tilapias et les clarias: prévention de l’infestation
Le tableau 4 donne les résultats de nos observations sur les pertes en poids et le nombre
d’insectes par traitement. Les traitements 0%, 10%, 20% et 30% ont occasionné des
pertes respectives (exprimées en pourcentage) de 13,57%, 0,48%, 26,49%, 18,69% pour
les tilapias d’une part et 21,11%, 12,46%, 6,8% et 12,43% pour les clarias d’autre part. La
comparaison de ces pertes moyennes en utilisant La Plus Petite Différence Significative
de Fisher au niveau de probabilité 5% (LPDSF0, 05) est faite sur le tableau 4 et on con-
state que pour les tilapias les traitements 10% et 20% sont significativement différents
tandis que pour les clarias les traitements 0% et 20% présentent des différences significa-
tives. La comparaison des taux de survie des insectes par traitement indique que chez les
tilapias les valeurs (exprimée en %) de 10%, 0%, 10% et 20% sont enregistrées pour les
traitements 0%, 10%, 20% et 30% respectivement tandis que chez les clarias les valeurs
correspondantes sont de 0%, 0%, 40% et 20% respectivement.
Autrement dit les deux observations sur les pertes de poids et sur les taux de survie
permettent d’affirmer que le traitement 10% est le plus efficace pour la prévention de
l’infection de Dermestes maculatus chez les tilapias et les clarias.

3.3.2 Expérimentations sur les tilapias et les clarias: contrôle de l’infestation


Dans les expérimentations II et IV dont le but est le contrôle de l’infestation, les 2 lots
des 420 tilapias et 420 clarias étaient subdivisés chacun en 4 groupes de 3 réplications
par groupe. Les poissons de chaque réplication ont été inoculés de 10 insectes puis pul-
vérisés une semaine après avec des doses de jus de citron prescrites dans le dispositif
expérimental; autrement dit groupe 1 avec le traitement 1 (0% de jus de citron), groupe
2 avec le traitement 2 (10% de jus de citron), groupe 3 avec le traitement 3 (20% de jus
de citron), groupe 4 avec le traitement 4 (30% de jus de citron). La suite de l’opération
a consisté à ranger les poissons dans le séchoir et les exposer au rayonnement solaire.
(Kabré et al. 2003) indique une intensité de rayonnement incident au sol est de 1864
(joules/cm2/jour) de janvier à mai soit une moyenne de 2076 joules/cm2/jour dans le
centre est, avant d’être transférés dans le laboratoire à l’abri du soleil, pesés et gardés
tout au long de l’incubation 8 semaines durant. C’est au cours des 8 semaines que des
pesées sont faites régulièrement en fin de semaine (les samedis notamment) de manière
systématique; des observations sur le niveau d’infestation ont été faites aussi à la fin
de chaque semaine. Le tableau 5 donne les résultats de nos observations sur les pertes
en poids et le nombre d’insectes par traitement. Les traitements 0%, 10%, 20% et 30%
ont occasionné des pertes respectives de 22,68%, 11,85%,29,74%, 29,70% pour les tila-
pias d’une part et de 1,49%, 7,28%,8,09%et 20,97% pour les clarias d’autre part. La com-
paraison de ces pertes moyennes en utilisant La Plus Petite Différence Significative de
Fisher au niveau de probabilité 5% (LPDSF0, 05) est faite sur le tableau 5 et on constate
que pour les tilapias les traitements 0% et 20%, 10% et 20%, et 10% et 30% sont significa-
tivement différents tandis que pour les clarias seul les traitements 0% et 30% présentent
des différences significatives.
La comparaison des taux de survie des insectes par traitement indique que chez
les tilapias les valeurs (exprimée en %) de 10, 0, 0 et 0% sont enregistrées pour les
360 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable

traitements 0%, 10%, 20% et 30% respectivement tandis que chez les clarias les valeurs
correspondantes sont de 10, 0, 0 et 100% respectivement.
Autrement dit les deux observations sur les pertes de poids et sur les taux de survie
permettent d’affirmer que le traitement à 10% est le plus efficace pour le contrôle
l’infestation de Dermestes maculatus chez les tilapias et les clarias.
Tableau 4: Pertes de poids de poissons fumés au cours de l’infestation par des insectes
adultes et leurs larves (Dermestes maculatus) chez les tilapias et les clarias provenant
des pêcheries artisanales de la Mare aux Hippopotames et le lac de barrage du Sourou,
Burkina Faso
Poids initial après pulvé-

Numbers of adults one

week after inoculation


Number of larvae one

adultes huit semaines


adultes utilisés pour
week after spraying
Espèces de poisson

risation et séchage

dultes utilisés pour


Nombre d’insectes

Nombre d’insectes

Nombre d’insectes

après inoculation
Pertes de poids
Traitements

Poids final

inoculer

inoculer
Tilapias 0% 571,90 494,30 77,60 10 3 1 0 1
10% 565,40 562,68 2,72a 10 3 0 0 0
20% 570,15 419,12 151,03a 10 0 1 0 6
30% 478,45 389,01 89,44 10 0 2 0 3
LPDSF0,05 = 109,58
Clarias 0% 827,28 652,62 174,66a 10 0 0 0 9
10% 852,04 745,82 106,22 10 0 0 0 10
20% 923,13 860,36 62,77a 10 0 4 0 6
30% 852,81 736,80 106,01 10 0 2 0 5
LPDSF0,05 = 90,65
NB: LPDSF signifie Plus Petite Différence Significative de Fisher au niveau de probabilité 5%. Les
moyennes de pertes de perte de poids par traitement et par espèce ayant les mêmes lettres
sont significativement différentes.

Les taux de survie des insectes adultes dans les tableaux 4 et 5 ci-dessus montrent
bien que le jus de citron exerce un effet létal ou acute selon le cas de traitement d’une
part et la rémanence de l’effet du traitement d’autre part. Au cours des deux types
d’expérimentation (la prévention et le contrôle) nous avons démontré que le traitement
10% de jus de citron donne de meilleurs résultats en ce sens qu’il inhibe la reproduction
et le développement de la population de Dermestes maculatus avec pour conséquences
de faibles pertes en biomasse de poisson fumé. Odeyemi et al. (2000) a observé que les
larves causent plus de dommages que les adultes car leur croissance et leur développe-
ment sont rapides. Nos résultats coïncident avec ceux d’auteurs antérieurs. En effet, en
1989 au lac Kainji au Nigeria, du jus de citron de 20% a été pulvérisé sur des poissons
Kabre • Millogo • Youssouf 361
Cogestion des Pêcheries Artisanales : Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames

fumés contre l’infestation de Dermestes maculatus; des réductions des pertes de poids
de 10,91 et de 9,92% respectivement pour le contrôle et la prévention des clarias ont été
observées (James 1989).
Le dommage causé par les dermestidés peut atteindre 50% du poids des poissons à
conserver (Haine & Reeps 1989). Ce qui nous permet de dire que les résultats de nos
travaux ont permis de connaitre avec précision que la concentration de 10% de jus de
citron est efficace à la conservation. Elles permettent de réduire nettement le dommage
causé (des pertes de 0,4% à 7,28% sont observées) par les D. maculatus.

4. Conclusion
La mare de la réserve de biosphère de la mare aux hippopotames est exploitée prior-
itairement par les pêcheurs des trois villages riverains que sont Balla, Sokourani et
Tiarako. La majorité des pêcheurs sont des agro pêcheurs c’est-à-dire qu’ils pratiquent la
pêche comme une activité secondaire. La mare de part ses caractéristiques écologiques
et biologiques favorables est une pêcherie productive. Sa production est estimée à plus
de 34 tonnes de poisson par an soit un rendement de plus de 300 kg/ha/an. Malgré cette
bonne productivité, les ressources piscicoles sont menacées d’une part par une tendance
à la surexploitation et d’autre part par la détérioration de l’écologie aquatique; détériora-
tion due à l’envasement et la végétation aquatique envahissante.
Concernant la conservation des poissons l’appui du projet MAB au Laboratoire de
Recherche et de Formation en Pêche et Faune (LaRFPF) a permis de mettre au point une
méthode de conservation utilisant le jus de citron; les résultats obtenus montrent que
la solution de jus de citron de 10% permet la prévention et le contrôle de l’infestation
des tilapias et des clarias par les D. maculatus en réduisant les dommages pendant le
stockage. Cette méthode vient en renfort des méthodes traditionnelles de fumage et de
séchage déjà bien connues des pêcheurs et les femmes ATP de la Biosphère de la Mare
aux Hippopotames. Finalement l’étude met souligne l’effet induit des pertes d’habitat au
cours des étiages saisoniers et l’envasement du la mare sur la baisse de la biodiversité de
communauté d’espèces de poissons et de macroinvertébrés.

Références et bibliographie
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dulcicoles.
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