Fre
Fre
ISBN 978-0-620-57142-5
Le réseau mondial des réserves de biosphère est l'un des plus importants pro-
grammes de l'UNESCO, car il combine de manière intégrative la conservation de la
nature avec le développement durable. Aujourd'hui, ce réseau compte 610 sites dans
117 pays à travers le monde, s'étendant des écosystèmes terrestres à des écosystèmes
côtiers et marins, des sommets de haute montagne aux abîmes de l'océan profond.
L’Afrique subsaharienne compte 64 réserves de biosphère dans 28 pays. Cette
publication fournit une vue d'ensemble du rôle unique que les réserves de biosphère
jouent pour le développement durable et la conservation de la nature sur ce conti-
nent. Les pays africains ont mis ce concept en action dès 1976, quand les premiers
sites ont été reconnus. À cette époque, les réserves de biosphère étaient considérées
uniquement comme des zones protégées et des sites de recherche. En particulier,
à la suite du 2ème Congrès mondial des réserves de biosphère, organisé en 1995 à
Séville, Espagne, les réserves de biosphère sont devenues des paysages terrestres et
marins consacrés à explorer les principes et les pratiques du développement durable.
Aujourd'hui, ces réserves sont des lieux permettant à leurs habitants de coexister et
d'interagir avec la nature afin de parvenir à un développement durable dans l'avenir.
En février 2008, le 3ème Congrès mondial des réserves de biosphère s'est tenu
à Madrid, Espagne, sur le thème « Sites d'apprentissage pour un développement
durable ». Ce Congrès a élaboré le Plan d'Action de Madrid pour les réserves de bio-
sphère 2008–2013, qui appelle à davantage de coopération entre les sites, à la pour-
suite du développement du réseau et à une information et communication accrues
entre les réserves de biosphère. À cette fin, ce livre présente une liste des sites en
Afrique avec un aperçu de leurs écosystèmes naturels, de la présence humaine et des
activités. Des informations sont également fournies sur la conservation, les activités
rémunératrices et les activités de recherche et d'apprentissage qui mettent en évi-
dence le rôle de chaque réserve de biosphère dans la promotion du développement
durable de la région. Alors que le Conseil International de coordination de l'homme
et la biosphère se prépare pour l'évaluation du Plan d'Action de Madrid, ce livre
donne un aperçu de des réalisations du réseau mondial et des défis auxquels il est
confronté.
v
vi AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Thomas Schaaf
Directeur p.i., Division des Sciences écologiques et de la terre, UNESCO
Avant-propos
AfriMAB
vii
viii AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Paul M. Makenzi
Président AfriMAB
Avant-propos
Département national des questions environnementales
L'Afrique du Sud est dotée d'une vaste diversité biologique et est considérée
comme l'une des 17 pays les plus riches au plan biologique a l'échelle mondiale.
Le Gouvernement sud-africain a adopté une approche axée sur les résultats afin
d'améliorer les performances et les prestation de services. L'Afrique du Sud a donc
identifiée 12 principaux résultats au titre desquels le résultat/conclusion 10 indique/
dispose que: "le patrimoine naturel et les ressources naturelles doivent être pro-
tégés et continuellement améliorés". Notre pays, tout comme de nombreux pays a
travers le monde est confronté a la fois aux pressions de l'empreinte humaine et a
ses conséquences sur l'environnement. Nous devons par conséquent trouver des
solutions plus durables pour soutenir les moyens de subsistances futurs pour toutes
nos populations.
Le Programme de l'UNESCO sur l'homme et la biosphère fournit une option
certaine afin de créer de meilleures conditions de vie tout en s'attelant dans le même
temps au problème de la préservation de la biodiversité. Le Département des ques-
tions environnementales (DEA) soutient la mise en œuvre du Programme MAB a
travers des réserves de biosphère choisies. Les principaux domaines de ces réserves
de biosphère comprennent des domaines protégés et classés selon la Gestion
nationale de l'environnement: Protected Areas Act. 2003 (No 57 de 2003). L'Afrique
du Sud est signataire de la Convention sur la diversité biologique et poursuit active-
ment l'expansion de la préservation de son patrimoine afin d'y inclure au moins 12%
d'un échantillon représentatif de sa biodiversite dans le cadre d'une protection offi-
cielle, y compris dans les domaines terrestre, maritime et de l'eau douce. Au niveau
national, des réserves de biosphères ont été identifiées comme un outil précieux
pour aider a la stratégie d'expansion des zones protégées.
En 2008, un rapport de situation sur les réserves de biosphère nationales a été
élaboré. Il indiquait que le Programme MAB pourrait jouer un rôle de premier
plan dans les stratégies du gouvernement liées a la réduction de la pauvreté, a
l'environnement durable, au développement social, a la transformation et au dével-
oppement économique. Par conséquent DEA soutient la vision des réserves de bio-
sphère sud-africaine telle qu'indiquée dans le rapport de situation: « Les biosphères
ix
x AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Fundisile Mketeni
Directeur général adjoint: Biodiversité et protection
Ministère de l'environnement, Afrique du Sud
Préface
Lorsqu’on réfléchit sur le terme qui pourrait le mieux décrire la magie du conti-
nent africain, le mot ‘diversité’ est celui qui vient à l’esprit tout comme la notion
d’une connexion naturelle de ses merveilleuses populations avec la terre. L’Afrique
est un continent qui se caractérise avant tout par des vastes plaines ouvertes, des
populations innombrables d’espèces différentes d’animaux sauvages, des mon-
tagnes, des forêts, un soleil doré qui baigne constamment de sa chaleur la diversité
de notre végétation ainsi que les multiples et magnifiques sources d’eau naturelles.
Et pourtant la richesse de notre continent ne s’arrête pas là car il se distingue aussi
par ses villes peuplées, ses zones rurales dénudées et un combat pour la survie de
certaines de ses populations. En d’autres termes, il se définit par la cohabitation per-
pétuelle entre les hommes et la nature. La durabilité dans son sens le plus large ainsi
que des paysages vivants authentiques sont indispensables pour garantir l’avenir
des ressources naturelles et des populations de ce vaste continent. Ce livre offre un
aperçu de l’interaction parmi la diversité de l’Afrique.
Le réseau régional MAB de l’UNESCO pour l’Afrique, AfriMAB, a été établi
en 1996. Il couvre l’Afrique au sud du Sahara y compris Madagascar et comprend
les pays anglophones, francophones et lusophones du continent. Les membres
d’AfriMAB regroupent 64 réserves de biosphère dans 28 pays.
L’idée d’un livre sur les réserves de biosphère africaines est née au cours d’une
réunion d’AfriMAB en septembre 2010 à Nairobi, au Kenya. Le résultat a été docu-
menté dans ce livre y compris 22 documents produits par 10 pays. Nous souhai-
tons remercier tous les auteurs et co-auteurs pour leurs contributions précieuses.
Tous les documents ont été soumis à une révision scientifique par les pairs et nous
souhaitons étendre nos remerciements aux relecteurs anglais et français pour leur
assistance professionnelle.
La production de ce livre a été rendue possible par un effort collaboratif et à
cet égard, nous souhaiterions remercier pour leur aide précieuse, les institutions
suivantes, sans lesquelles ce livre n’aurait pas vu le jour: la Division des Sciences
écologiques et terrestres de l’UNESCO MAB à Paris, France pour son assistance
administrative et financière; le Département national des Affaires environnemen-
tales, Afrique du Sud pour ses contributions financières dans les coûts d’impression
et CapeNature ainsi que la réserve de biosphère des vignobles du Cap en Afrique du
xi
xii AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Sud pour leurs contributions financières et leur soutien précieux. Nous remercions
également CapeNature pour le temps généreux consacré aux tâches rédactionnelles.
Dans ce livre, la confrérie des réserves de biosphère d’Afrique partage des his-
toires de développement durable tel qu’incarné par la gestion des réserves de bio-
sphère. Ces documents ont pour objet d’échanger les connaissances, d’informer
l’apprentissage, de partager les expériences et de guider la réflexion future quant à
l’exécution du programme MAB dans les pays en voie de développement.
Les lecteurs sont invités à partager leurs histoires, de manière intellectuelle et
émotive, et à faire l’expérience de la vie dans les réserves de biosphère telle qu’elle se
déroule au quotidien dans notre Afrique bien-aimée.
xiii
xiv AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
PAUL M. MAKENZI1
Résumé
L’Afrique de l’Est est une région présentant une richesse biologique diversifiée. Une
série de caractéristiques climatiques et géographiques donne naissance à des écosys-
tèmes aquatiques et terrestres comprenant aussi bien de riches écosystèmes marins
que des bois de savane, des zones arides et semi-arides et des écosystèmes afro-
montagnards uniques. Malgré tout, la dégradation environnementale découlant de
la diminution de la biodiversité, la déforestation et les problèmes associés comme
l’érosion du sol, le changement climatique et la pauvreté sont devenus un souci de
préoccupation mondial. Aujourd’hui, la région est confrontée à un sérieux défi de
gestion de l’écosystème en résultat de la dégradation environnementale croissante.
Tout particulièrement, hélas, les zones où la biodiversité est le plus à risque sont
surtout les zones rurales, habitées par les pauvres désespérés, bénéficiant des divers
aspects des efforts pour satisfaire à leurs besoins de subsistance. Par exemple, la pro-
duction agricole dans ces zones doit être intensifiée pour satisfaire la demande crois-
sante et s’adapter à l’augmentation rapide des populations mais en même temps, les
activités liées à l’agriculture telles que pratiquées traditionnellement restent la cause
majeure de destruction des habitats précieux, poussant les espèces vers l’extinction.
Les méthodes formelles et traditionnelles de conservation par l’approche des ‘zones
protégées’ qui était basée sur l’exclusion totale de toute forme d’activités humaines
dans les zones de conservation ne semblent pas prouver leur efficacité en résultat des
conflits d’intérêt croissants entre le développement et la conservation. L’application
du concept de réserve de biosphère du programme MAB de l’UNESCO en tant
qu’outil de conservation semble offrir une option fiable.
1 Président-Réseau, AfriMAB, Egerton University, Box 422, Egerton, Kenya · E-mail: pmakenzi@yahoo.
com
1
2 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Abstract
Eastern Africa is a region of diverse biological richness. A range of climatic and geo-
graphical characteristics give rise to both aquatic and terrestrial ecosystems ranging
from rich marine ecosystems, through savannah woodlands, arid and semi-arid areas,
to unique afro-montane ecosystems. However, environmental degradation arising
from depletion of biodiversity, deforestation and the resultant problems such as soil
erosion, climate change and poverty, has become an issue of global [Link], this
region faces a serious ecosystem management challenge as a result of the increasing
environmental degradation. Of special concern, unfortunately, is that the areas where
the biodiversity is at most risk are mainly those rural areas which are home to the
desperate poor in need of various aspects of development endeavours to meet their
livelihood needs. For example, food production in such areas must be intensified to
meet the increasing demand and to keep up with rapid increase of populations, yet
agricultural related activities as traditionally practised have remained the major cause
of destruction of valuable habitats, pushing species towards extinction. The formal
traditional conservation methods through the “protected areas” approach which was
based on total exclusion of any form of human activities in conservation areas seem
not to be effective as result of increasing conflicts of interests between development
and conservation. Application of the UNESCO MAB programme’s biosphere reserve
concept as a conservation tool seems to be a viable option.
The biosphere reserve concept is premised on the belief, borne out of empirical
evidence, that human beings and wild species can share common ground and prosper
in conservation of natural resources. Sustainable development and effective conserva-
tion can occur on the same land through sound science and policy. This is the basis
within which the biosphere reserve concept was conceived.
Makenzi 3
Concept de Réserve de Biosphère dans la Région de l’Afrique de l’Est
This paper presents the broad ecosystems of eastern Africa and issues that
threaten them. Operationalizing the biosphere reserve concept is presented as one
of the tools for ecosystems management in eastern Africa. It can add to other efforts
by development agents, scientists and environmentalists in their search for methods
to conserve biodiversity and habitats while allowing development for improvement of
the livelihoods of the poor especially in the tropics.
Key words: Biosphere reserves, ecosystem management, sustainable management
1. Introduction
La région de l’Afrique de l’Est comprend neuf pays: Le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda
ainsi que l’Ethiopie, la Somalie, l’Erythrée, Djibouti, le Rwanda et le Burundi (Figure 1).
Cependant, aux termes du système de regroupement de l’UNESCO, Madagascar, les
Seychelles, l’île Maurice et les Comores sont inclus dans les pays groupés de l’UNESCO
pour l’Afrique de l’Est. La région se caractérise par la richesse de sa diversité biologique.
Une série de caractéristiques climatiques et géographiques donne naissance à des éco-
systèmes allant des récifs coralliens côtiers aux bois de savane, et des forêts afro-mon-
tagnardes à la Great Rift Valley et ses formations uniques.
Le caractère principal unissant cette région repose sur son climat et la topographie de
ses chaînes de montagnes entourées et séparées par de grandes plaines, faisant d’elle
la région la plus diversifiée sur le plan écologique en Afrique. Parmi les écosystèmes
montagnards uniques, on distingue le Mt Kilimandjaro, le Mt Kenya, le Mt Meru, les
Ruwenzories et le Mt Elgon situés sous les tropiques mais parfois recouverts de neige à
leurs sommets. On en trouve également de plus petits qui exercent une forte influence
sur la quantité et la répartition du type orographique des précipitations rencontrées
dans la région.
Figure 2: Le Mt Kilimandjaro
(Credit: Encarta Premium Dictionary 2009: Redmond, WA: Microsoft Corporation, 2008)
Le Mont Elgon est aussi un volcan éteint, situé sur la frontière entre le Kenya et
l’Ouganda. Il se caractérise par un cratère de 8 km de largeur duquel émergent plusieurs
crêtes. Wagagai est le sommet le plus haut, avec une altitude e 4 321 m. Le café et les
bananes sont cultivés sur les pentes larges et fertiles plus basses; au-dessus de 3 050 m,
ce sont des paysages de lande stérile qui prédominent.
4. Le problème
La diminution de la biodiversité émanant de la dégradation de l’environnement en
Afrique de l’Est constitue la source des problèmes tels que l’érosion du sol, le manque
d’eau, le changement climatique et la pauvreté. La situation environnementale difficile
qui en résulte pose de sérieux défis à l’humanité aujourd’hui. Plus particulièrement, e
fait est que bien qu’une grande proportion de la biodiversité terrestre soit en danger, le
risque est plus important dans la plupart des zones tropicales qui accueillent les popula-
tions désespérément démunies qui ont besoin de bénéficier des divers efforts de dével-
oppement pour satisfaire à leurs besoins de subsistance. Par exemple, la production
8 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
alimentaire dans ces zones doit être intensifiée pour satisfaire à la croissance de la
demande causée par les attentes exigeantes et l’augmentation rapide des populations. Et
pourtant, l’agriculture telle que pratiquée traditionnellement, est restée la cause princi-
pale de destruction d’habitats précieux, poussant les espèces vers la voie de l’extinction
(McNeely and Scherr 2001).
Parmi les problèmes majeurs et globaux de préoccupation environnementale, qui se
présentent de plus en plus en Afrique orientale, sont compris la pauvreté, la déforesta-
tion et les impacts du changement climatique.
4.1 La pauvreté
La pauvreté est devenue un sujet de préoccupation croissant. Les statistiques concer-
nant la pauvreté notamment dans les pays en voie de développement sont effrayantes.
Des 4,4 milliards de personnes vivant dans les pays en voie de développement:
• 6% n’ont pas d’installations sanitaires;
• 40% vivent au-dessous du seuil de pauvreté;
• 30% souffrent de malnutrition; et
• 30% décèderont avant l’âge de 40 ans.
La plupart de ces problèmes sont visibles en Afrique orientale et les pourcentages réels
dans toutes les catégories continuent de grimper. Un nombre croissant de personnes
vit dans la pauvreté, surtout en Afrique subsaharienne. De nombreux experts lient la
pauvreté à la dégradation environnementale. Les pauvres sont à la fois agents et victimes
de cette dégradation de l’environnement. Ils ont tendance à dégrader la nature pour
des gains immédiats et à court terme aux dépens de ceux à long terme dérivant d’un
environnement préservé. Un environnement dégradé ne peut pas soutenir l’utilisation
continue de ses ressources naturelles. Les pauvres n’ont pas d’autre option que d’utiliser
l’environnement de manière non-durable. Ces faits combinés donnent lieu à une syn-
ergie négative de taille, menant à une augmentation de la pauvreté et de la dégradation
environnementale. La pauvreté pose une menace sérieuse à la biodiversité de l’Afrique
orientale.
Un bon exemple de référence faisant allusion à la pauvreté comme agent de dégrada-
tion environnement est la publication de Jared Diamond “Comment les sociétés choi-
sissent-elles d’échouer ou de réussir ?” (Diamond 2005) dans laquelle il explique que
les pauvres sont à la fois agents et victimes de la dégradation environnementale, ce qui
engendre un cycle de pauvreté que le concept de réserve de biosphère tente de briser en
liant la conservation au développement.
4.2 La déforestation
A l’échelle mondiale, le déboisement injustifié des forêts endommage la capacité de
la Terre à purifier l’atmosphère. Les forêts tropicales humides et autres régions for-
estières importantes jouent le rôle de poumons de la planète, transformant le dioxyde
de carbone en oxygène et filtrant les polluants. Les scientifiques pensent que la défor-
estation modifie les modèles météorologiques et contribue au réchauffement planétaire,
Makenzi 9
Concept de Réserve de Biosphère dans la Région de l’Afrique de l’Est
contribuant jusqu’à 25% du dioxyde de carbone libéré dans l’atmosphère chaque année
(UNEP 1999).
Chaque année, une estimation de 170 000 kilomètres carré de forêts tropicales dis-
paraissent, soit l’équivalent de quatre fois la taille de la Suisse. Aujourd’hui, les forêts
tropicales humides couvrent moins de 8% de la surface de la Terre soit moins de la
moitié des zones qu’elles couvraient avant de commencer à être exploitées (Babin 2004).
La conséquence en est la destruction de zones forestières importantes qui peut engen-
drer des problèmes environnementaux sérieux, la perte d’habitats et l’extinction de cul-
tures indigènes.
La déforestation en Afrique orientale atteint des niveaux alarmants. La Tanzanie
aurait perdu des forêts à un rythme de 400 000 hectares par an. Au Kenya, la couver-
ture forestière est passée à 1,7% au lieu des 10% recommandés. En Ouganda, on assiste à
une pression croissante pour le déclassement des réserves forestières pour les remplacer
par des terres cultivables. Dans la région entière, les forêts ne se régénèrent pas et les
activités de développement économique ainsi que la pauvreté détruisent la plupart des
réserves forestières.
pour avoir établi le seul comité MAB élaborant un plan stratégique de ses activités. Un
besoin existe pour la mise en place d’un coordinateur sous-régional, s’occupant du suivi des
pays qui n’ont pas présenté de rapports d’activités du MAB concernant l’établissement d’un
comité national du MAB et pour faire prendre conscience du besoin d’en établir un.
La mise en œuvre des objectifs AfriMAB-MAP pour la région est lente. Le processus
d’établissement de la réserve transfrontalière du Mt Elgon, entre le Kenya et l’Ouganda
est présenté comme étant en cours d’avancement.
Tableau 1: Statut de la gestion de la réserve de biosphère dans les pays
de l’Afrique orientale.
Réserves de biosphère Statut du comité national du
Pays
(année de classement) MAB/institution d’accueil
• Mt Kenya BR (1978) Actif aux termes de KNATCO-UNESCO
• Mt Kulal BR (1978)
• Malindi-Watamu Marine BR (1979)
• Kiunga Marine BR (1980)
Kenya • Amboseli BR (1991)
• Mt. Elgon BR (2003)
Proposé:
• Mt. Elgon TBBR
• Marsabit BR
• Lake Manyara BR (1981) Actif aux termes de TEMC
Tanzanie • Serengeti-Ngorongoro BR (1981)
• East Usambara BR (2000)
• Mananara Nord BR (1990) Actif aux termes de PNM-ANGAP/Siège,
Madagascar • Sahamalaza-Iles Radama BR (2001) Direction interrégionale de Toamasina
• Littoral de Toliara BR (2003)
• Kafa BR (2010) Actif et officialisé aux termes du Ministère
• Yayu BR (2010) des Sciences et de la technologie. National
Ethiopie Proposé: Plan stratégique du MAB en cours
• Lake Tana BR
• Shaka Forest BR
• Queen Elizabeth BR (1979) Actif aux termes d’UNATCO-UNESCO
• Mt. Elgon BR (2005)
Ouganda
Proposé:
• Mt. Elgon TBBR
• Volcans BR (1983) Actif sous la tutelle du Ministère du
Rwanda
Tourisme et des Parcs nationaux
Somalie N/A N/A
• Macchabee/Bel Ombre BR (1977) Actif aux termes du Service National et de
Ile Maurice
Conservation
Seychelles N/A N/A
Comores N/A N/A
Erythrée N/A N/A
Djibouti N/A N/A
14 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
7. Conclusion
Tandis que dans le passé, la conservation était trop souvent considérée comme un
“bocal fermé”, empêchant l’accès à une zone naturelle au monde humain extérieur, il
a été constaté qu’une telle politique et une certaine vision de la conservation peuvent
détruire la région qu’elles sont censées protéger. Les pressions écologiques, économiques
et sociales — internes comme externes — peuvent au final accabler la zone protégée.
Aujourd’hui, l’enjeu de la gestion durable des ressources naturelles dans les pays de
l’Afrique orientale est d’aider simultanément à préserver la diversité biologique, amé-
liorer le développement et autonomiser les populations rurales démunies. Parmi les
approches de gestion des écosystèmes, le concept de réserve de biosphère est efficace
pour la réalisation à long terme des objectifs de conservation et du développement
durable dans le même contexte. Par conséquent, les pays de la région de l’Afrique ori-
entale devraient porter leur réflexion sur la désignation de la plupart de leurs zones
protégées en tant que réserves de biosphère, surtout celles les plus susceptibles d’être
désindexées.
Références et bibliographie
Babin, D. (ed.) 2004. Beyond tropical deforestation (Au-delà de la déforestation tropi-
cale): From tropical deforestation to forest cover dynamics and forest development
(De la déforestation tropicale à la dynamique de la couverture forestière et au dével-
oppement forestier), 485 pp. Publié par ENESCO/CIRAD, Paris, France.
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réserves de biosphère). Environmental Conservation 22(4): 367–368.
Crafter, S.A., Awimbo, J. & Broekhoven, A.J. (ed.) 1997. Non-timber forest prod-
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Africa (Valeur, utilisation et problèmes de gestion en Afrique). IUCN — The World
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Intergovernmental Panel on Climate Change (Contribution du groupe de travail I
au quatrième rapport d’évaluation du Panel intergouvernemental sur le changement
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16 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
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UNESCO, Paris. URL: [Link]
(accédé le 20/07/2012)
2
Evaluation des Efforts de Conservation dans
le Peuplement Forestier de Bia-Goaso
An Evaluation of Conservation Effort in the Bia-Goaso Forest Block
Résumé
Les directeurs de parcs naturels souhaitent évaluer l’efficacité des efforts de conser-
vation en mesurant les tendances des populations de la faune et de la flore et les activ-
ités illégales.A l’ouest du Ghana, le peuplement forestier de Bia-Goaso représente une
portion significative de la population des éléphants de forêt au Ghana. Nous avons
mené une étude sur les activités de braconnage et les tendances de la population des
éléphants dans la Réserve de biosphère de Bia et les réserves forestières de Goaso
en vue d’évaluer le succès ou l’échec des efforts de conservation dans ces zones. Pour
ce faire, nous avons utilisé deux méthodes: (a) le repérage des changements dans les
activités de braconnage et (b) le suivi des tendances en ce qui concerne les nombres
et la répartition des éléphants (population principale). Les résultats indiquent que les
Réserves forestières de Goaso semblent ne réaliser qu’un succès partiel dans la pro-
tection des éléphants alors que la Réserve de Bia afficherait une efficacité plus opti-
male. A Bia, les activités de braconnage ont diminué de manière significative, passant
de 0,76 activités par km en 2007 à 0,26 activités par km en 2009 (U-Test de Mann-
Whitney; U=1,634, P<0,05) et la population principale d’éléphants a largement aug-
menté passant de 45 pour cent en 2004 à 78 pour cent en 2009. Comparativement, les
activités de braconnage dans la zone de Goaso sont restées élevées, avec des valeurs
s’étalant entre 1,50 activités par km en 2004 à 1,45 activités par km en 2009 tandis
que la population principale d’éléphants est restée entre 33 et 30 pour cent. Nous
attribuons ces changements à divers régimes de conservation et de gestion dans les
Réserves de biosphère et forestières. Cet enjeu fait appel à un renouvellement des
efforts en vue d’intégrer un équilibre plus durable entre les buts de conservation de
la diversité biologique et la promotion du développement économique dans la gestion
des priorités concentrées sur la gestion dans les Réserves forestières de Goaso, basée
sur le concept de Réserve de biosphère et les objectifs du programme Homme et
Biosphère (MAB) de l’UNESCO.
Mots-clés: Bia, Goaso, éléphants, braconnage, densité, réserve de biosphère, popula-
tion, fourchette, principale
Abstract
Wildlife managers often wish to evaluate the effectiveness of conservation effort by
measuring trends in wildlife populations and illegal activity. In western Ghana, the Bia-
Goaso Forest Block forms a significant portion of forest elephant range in Ghana. We
undertook an analysis of poaching activity and elephant population trends in the Bia
Biosphere Reserve and Goaso Forest Reserves as a means of evaluating the success
or failure of conservation effort in these areas. We used two methods: (a) tracking
changes in poaching activity, and (b) monitoring trends in elephant numbers and dis-
tribution (core range). Results indicate that the Goaso Forest Reserves seem to be
achieving only partial success in protecting elephants, whereas Bia Biosphere Reserve
seems to be considerably more effective. In Bia, poaching activity dropped significantly
from 0.76 activities per km in 2007 to 0.26 activities per km in 2009 (Mann-Whitney
U-test; U=1634, P<0.05) and core elephant range increased greatly from 45% in 2004
to 78% in 2009. Comparatively, poaching activity in the Goaso area remained high
with values ranging between 1.50 activities per km in 2004 to 1.45 activities per km in
2009 whilst core elephant range varied between only 33 and 30%. We attribute these
changes to varying conservation and management regimes in Biosphere and Forest
[Link] calls for renewed efforts to include a more sustainable balance between
goals of conserving biological diversity and promoting economic development in the
management priorities of the Goaso Forest Reserves based on the Biosphere Reserve
concept and programme objectives of UNESCO’s Man and the Biosphere (MAB).
Keywords: Bia, Goaso, elephants, poaching, density, biosphere reserve, population,
range, core
1. Introduction
La répartition des espèces se distingue généralement entre les habitats fauniques
aux activités de chasse intensive, peu fréquente et inexistante (Lopes & Ferrari 2000,
Carrillo et al. 2000). Il s’ensuit que de nombreuses zones protégées y compris des refuges
d’animaux sauvages ont été établies dans de nombreux lieux afin de minimiser les effets
négatifs d’activités humaines néfastes dont l’activité de chasse tout en contribuant au
Danquah • Oduro 19
Évaluation des Efforts de Conservation dans le Peuplement Forestier de Bia-Goaso
La Réserve de biosphère de Bia joue un rôle sur des éléments-clés dans les objectifs
du Programme Homme et Biosphère de l’UNESCO (MAB) pour réaliser un équilibre
durable entre les buts conflictuels de la conservation de la diversité biologique, la pro-
motion du développement économique et le maintien des valeurs culturelles associées
tandis que les réserves de Goaso sont surtout gérées pour l’exploitation du bois. Notre
objectif est d’apporter une revue historique du nombre d’éléphants et de l’activité de bra-
connage dans la zone et de lier les modèles de répartition aux tendances des activités de
braconnage. L’hypothèse a reposé sur le fait que le nombre d’éléphants dans les Réserves
forestières de Goaso était inférieur à celui de la Réserve de biosphère de Bia où la chasse
est interdite et que les ressources naturelles sont mieux gérées. Nous espérons que cette
revue élargira le débat et encouragera la communauté de conservation à réfléchir et à
explorer hors de ses limites en vue d’identifier les approches les plus adaptées et efficaces
pour mesurer la réussite de la conservation selon les diverses conditions.
2. Zone d’étude
La zone d’étude est située dans la région des hautes forêts du Ghana, à l’ouest du pays et
comprend deux foyers: la Réserve de biosphère de i et un réseau extensif de 9 réserves
forestières et 3 ceintures de protection plus connus sous le nom des Réserves forestières
de Goaso (Figure 1). La zone s’étend des latitudes 6.15 à 7.20 degrés N et longitudes 2.24 à
3.16 degrés O, au sud de Sunyani, en direction de l’ouest du fleuve Tano et de la frontière
entre le Ghana et la Côte d’Ivoire. La Réserve de biosphère de Bia (Bia) anciennement
Zone de conservation de Bia est gérée par la Division de la faune et forme une zone de
306 km2, tandis que les Réserves forestières de Goaso (Goaso) totalisant 2 600 km2sont
gérées par la Division forestière.
La couverture terrestre naturelle de la région occidentale correspond à la végétation
forestière Guinéo-congolaise (Hawthorne & Musah 1993, Hall & Swaine 1981). A Goaso,
dans le nord, la végétation est sèche et semi-caduque mais vers le sud, en direction de
Bia, elle se transforme en type de végétation humide semi-caduque (Hall & Swaine 1981).
Cette analyse correspond à l’association Celtis zenkeri-Triplochiton scleroxylon de Taylor
(1960). Les espèces commerciales principales de ces forêts sont: Triplochiton scleroxylon,
Entandrophragma eutile, E. cylindricum les palmiers grimpants de type Ancistrophyllum
secundiflorum and Calamus deerratus étant caractéristiques des zones marécageuses.
L’élévation moyenne est de 200 à 550 m avec une topographie généralement ondulante.
La pluviométrie annuelle moyenne est de 680 à 1450 mm/an, caractérisée par une
saison des pluies bi-saisonnière de mars à juillet et septembre à novembre et une saison
sèche importante de décembre à février. Une richesse en espèces hautes et des niveaux
d’endémisme caractérisent la zone (PADP 2000, 2001, CI 2007).
3. Méthodes
Nous avons passé en revue les publications (dont les documents et rapports
d’organisations, les articles de journaux et les livres) consacrées à la conservation dans
le cadre de notre synthèse globale de données secondaires. Nous nous sommes con-
centrés avant tout sur la recherche sur les éléphants relative aux zones d’étude. De plus,
nous avons interviewé des informateurs majeurs de diverses institutions de conserva-
tion pour identifier et obtenir des recommandations sur les publications-clés à passer
en revue.
Nous avons analysé la documentation pour identifier les tendances principales con-
cernant les densités des populations d’éléphants, la répartition des modèles et l’activité
de braconnage dans deux foyers au cours des années. Ensuite, nous avons porté notre
attention sur la recherche relative aux éléphants, incorporant une association de données
sur l’abondance des éléphants et sur les activités illégales. Théoriquement, une analyse
ne varie pas que les données proviennent de sources scientifiques ou indigènes. Mais
en réalité, les analyses qui reposent strictement sur les sources de données indigènes
sont probablement moins susceptibles d’être publiées officiellement. En résultat, cette
analyse porte sur les systèmes plus officiels.
La répartition des éléphants dans les zones de Bia et Goaso pour les périodes spéci-
fiques de l’étude a été décrite en s’appuyant sur le système d’informations géographiques
22 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
(GIS; ArcGIS, version 9.2; ESRI Inc.). Cette répartition a été définie comme une cou-
verture de terres utilisées et occupées activement par les éléphants et a été calculée par
une échelle avec résolution de 0,25 km2. Elle a été exprimée en pourcentage de chaque
nombre d’éléphants et nommée ‘Population principale d’éléphants’ (CER) pour chacune
des zones. Le modèle CER a ensuite été calqué sur les activités de braconnage au sein de
chaque site. Un indice de l’activité de braconnage en a découlé sur la base du nombre de
cartouches, coups de feu, réserves de chasse, collets enregistrés ainsi que des rencontres
directes avec les chasseurs.
Nous sommes partis de l’hypothèse implicite que l’augmentation des efforts de con-
servation à Bia, d’après son statut en tant que Réserve de biosphère mènerait souvent
à de meilleures décisions de gestion et par conséquent, améliorerait les tendances en
matière de modèles d’abondance d’éléphants tout en réduisant l’activité de braconnage
par rapport à Goaso. Néanmoins, la portée de cette recherche n’a pas permis d’évaluer
dans quelle mesure les différents programmes de conservation ont été mis en œuvre
avec succès et s’il en a découlé une amélioration de la conservation.
4. Résultats
4.1 Révision des estimations du nombre d’éléphants
4.1.1 Réserve de biosphère de Bia
A l’ouest du Ghana, Bia a bénéficié de la plus forte attention en termes d’études sur les
éléphants. Dans une première étude basée sur l’identification des pistes, Sikes (1975) a
estimé la population d’éléphants entre 52 et 82 (Tableau 1), soit une densité de 0,25 par
km2.
Tableau 1: Estimations séquentielles de la population d’éléphants pour
Bia et Goaso de 1975 à 2009
Estimation/population
Source Modèle d’estimation d’éléphants
Année Bia Goaso
Sikes (1975) 1975 67
Population 52–82
Martin (1982) 1982 101
Population 89–113
Short (1983) 1983 88
Population 40–135
Dickinson (1990) 1990 225
Population 200–250
Heffernan et Graham (2000) 1999 137
Sam (2000) 2000 127
Sam et al. (2006) Modèle des précipitations 2004 115 57
Danquah • Oduro 23
Évaluation des Efforts de Conservation dans le Peuplement Forestier de Bia-Goaso
Estimation/population
Source Modèle d’estimation d’éléphants
Année Bia Goaso
Sam et al. (2006) Hypothèse d’état stable 2004 146 72
Estimation confondue 2004 126 65
Danquah et al. (2009a) Saison des pluies 2007 133 90
Danquah et al. (2009a) Saison sèche 2007 137 83
Estimation confondue 2007 135 87
Danquah et al. (2007) Modèle de précipitations 2007 133
Danquah et al. (2007) Hypothèse d’état stable 2007 128
Estimation confondue 2007 131
Danquah et al. (2009b) Modèle de précipitations 2009 139
Danquah et al. (2009b) Hypothèse d’état stable 2009 133
Estimation confondue 2009 136
Martin (1982) a poursuivi avec une estimation de 200 à 250 pour le peuplement de forêts
de Bia (à l’origine 1500 km2comprenant la forêt aujourd’hui dégradée de Bia Tawya et
celle de Sukusuku FRs). En s’appuyant sur ces densités d’éléphants, il a fourni une esti-
mation de 89 à 113 éléphants (0,29–0,37 par km2) pour Bia. Cette analyse est en rapport
avec la densité estimée de 0,33 par kilomètre carré (40 à 135 éléphants) présentée par
Short (1983). Heffernan et Graham (2000) ont plus tard estimé la population à 137 élé-
phants (0,45 par km2), avant que Sam (2000) ne l’estime à 127 éléphants (0,42 par km2).
Un peu plus tard en 2004, Sam et al. (2006) ont mené une étude sur les lignes de
passage d’éléphants dans le peuplement forestier de Bia-Goaso. Pour ce faire, ils ont
utilisé deux modèles d’estimation (Précipitations et Hypothèse d’état stable) en vue de
produire deux estimations différentes pour Bia. Ces estimations ont été confondues
(Norton-Griffiths, 1978) pour donner un résultat de 126 éléphants (0,41 par km2). Peu
de temps après en 2007, Danquah et al. (2009a) sous les auspices de A Rocha Ghana,
ont mené une étude rétrospective sur les éléphants dans la même zone. Leur estimation
confondue aussi bien pendant les saisons sèches que pluvieuses était de 135 éléphants
(0,44 par km2). Danquah et al. (2007) dans le Projet de programme de développement
des zones protégées phase II (PADP II) ont à nouveau fourni deux estimations pour
Bia en 2007 mais cette fois-ci, basées sur les modèles de précipitations et d’hypothèse
d’état stable. L’estimation confondue à partir des deux modèles d’estimation était de 131
éléphants (0,43 par km2). Le PADP II a répété l’étude en 2009 (Danquah et al. 2009b),
qui a donné pour résultat une estimation confondue de 136 éléphants (0,44 par km2).
de Goaso. Peu de temps après en 2007, Danquah et al. (2009a) ont également fourni une
estimation confondue (saison sèche et pluvieuse) de 87 éléphants (0,12 par km2). Sam
et al. (2006) et Danquah et al. (2009a) n’ont pas enregistré d’activité d’éléphants dans la
moitié sud de Goaso.
275
250
225
200
175
Estimate
150
125
100
75
50
25
0
1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010
Year
Figure 2: Tendances de populations d’éléphants pour les zones de Bia (rouge)
et Goaso (bleu) de 1975 à 2009
Bia Tawya FRs au sud de Bia pourrait avoir encore plus attiré les éléphants vers le sud
(Martin 1982). En outre, des activités de braconnage plus importantes dans le Parc
national de Bia (NP) par rapport à la Réserve de biosphère de Bia (Sam 2000, Sam et al.
2006, Danquah et al. 2007, 2009a) pourraient avoir également contribué à cette réparti-
tion. En 2004, la population principale d’éléphants (CER) était de 45 pour cent de Bia
tandis que les activités de braconnage économique étaient de 0,74 activités par km (Sam
et al. 2006).
Les enregistrements d’activités des éléphants depuis 2004 indiquent une expan-
sion progressive vers le nord de la densité des éléphants dans le Parc national de Bia
(Danquah et al. 2007, 2009a). En 2007, la population principale d’éléphants (CER) avait
augmenté de 58 pour cent alors que l’activité de braconnage se stabilisait plus ou moins
à un taux moyen de 0,76 activités par km.
En 2009, l’activité de braconnage montrait une forte réduction (0,26 activités par
km) et la population d’éléphants s’était étendue (78 pour cent) aux limites nord de Bia
(Danquah et al. 2009b). Cette réduction est significative ((Mann-Whitney U-test;
U=1634, P<0,05). Entre 2007 et 2009, le nombre d’indices de braconnage (récolte
d’escargots, collets, cartouches utilisées, zones à poudre de carbure et camps de bracon-
niers) a décliné se limitant surtout à la récolte d’escargots et à la chasse au collet.
moyen de rencontre: 1,45 par km) avec une population CER de 30 pour cent des réserves
de Goaso.
80
70
Core elephant range (percent)
60
50
40
30
20
0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 1.2 1.4 1.6 1.8
Poaching activity per km
Figure 3: Relation entre l’activité de braconnage et la population CER sur six périodes d’étude
(trois de chaque à Bia et Goaso) à l’ouest du Ghana
5. Discussion
Il est difficile d’établir des comparaisons réalistes des densités d’éléphants entre la zone de
Bia et celle de Goaso en raison des différentes méthodes d’échantillonnage utilisées. L’un
des problèmes particuliers concerne les différentes périodes d’étude d’échantillonnage
et les objectifs de l’échantillonnage. Néanmoins, nous sommes motivés par les tend-
ances apparentes révélées. On semble assister à une augmentation globale du nombre
d’éléphants et la population principale à Bia pourrait avoir plus que doublé au cours
des années s’étalant entre 1975 et 1999. Au cours de la dernière décennie, les nombres se
seraient plus ou moins stabilisés. Certes, le nombre connu d’éléphants tués récemment
Danquah • Oduro 27
Évaluation des Efforts de Conservation dans le Peuplement Forestier de Bia-Goaso
6. Conclusions
Les Réserves forestières de Goaso ne semblent afficher qu’un succès partiel en matière
de protection des éléphants tandis que la Réserve de biosphère de Bia démontre davan-
tage d’efficacité. Comparé à Goaso, le nombre et la population d’éléphants sont considé-
rablement plus élevés à Bia, ce qui confirme notre hypothèse de nombres plus impor-
tants d’éléphants dans les réserves de biosphère par rapport aux réserves forestières.
Le niveau de mise en vigueur de la loi et d’activité de braconnage affecte directement
la population principale d’éléphants. C’est pourquoi, l’étude enregistre un cas où l’effort
de conservation dans une réserve (catégorie de zone protégée) a clairement un effet sur
la population résidente d’éléphants. (Carrillo et al. 2000).
Danquah • Oduro 29
Évaluation des Efforts de Conservation dans le Peuplement Forestier de Bia-Goaso
7. Mesures à prendre
En s’appuyant sur ces leçons, il est possible d’identifier au moins trois domaines
d’actions imminentes dans la zone des hautes forêts de l’ouest du Ghana. Tout d’abord,
la nécessité apparaît d’établir un effort plus concerté incorporant un plus grand nombre
d’intervenants pour le contrôle des tendances des populations d’éléphants et des vari-
ables d’habitat à long terme dans la zone de Goaso. Une meilleure collaboration entre
le Gouvernement et la communauté responsable de la conservation s’impose, afin de
travailler collectivement et soutenir le concept de réserve de biosphère dans les réserves
forestières. De manière plus spécifique, il est important que les acteurs de la conservation
s’accordent sur les étapes essentielles et principes directeurs pour réconcilier la conser-
vation de la biodiversité, la quête du développement économique et social et le maintien
des valeurs culturelles associées, notamment dans la zone de Goaso; domaine où le pro-
gramme Homme et Biosphère de l’UNESCO (MAB) a déjà enregistré des progrès con-
sidérables. Néanmoins, en développant et mettant en œuvre les normes, il est important
de ne pas se laisser distraire par les nuances inhérentes aux approches distinctes (par
ex., la terminologie et le classement des mesures) mais plutôt de convenir plus générale-
ment, de mesures communes, principes sous-jacents et directives. L’approche particu-
lière utilisée par une organisation est d’importance moindre par rapport au respect de
ces principes sous-jacents et de ces directives. De la même manière, la communauté de
conservation bénéficierait d’un accord plus élargi concernant les “listes retenues” des
indicateurs potentiels pour les objectifs ou valeurs de conservation communs et d’un
choix plus stratégique d’indicateurs programmés de succès. Ces derniers ne devraient
cependant pas être tirés des efforts de la ‘liste exhaustive’ du passé. Ils devraient plutôt
être le résultat d’un processus permettant d’identifier les mesures clairement liées aux
buts, objectifs et activités des programmes et démontrant des avancées par rapport à
une chaîne de liens envers l’état de conservation souhaité.
Deuxièmement, la conservation et la restauration des forêts dégradées devraient
constituer une priorité pour la stabilisation et le maintien de populations d’éléphants
saines. Une variété d’instruments économiques dont le financement du charbon et le
paiement des services environnementaux peut être utilisée pour encourager les agri-
culteurs à restaurer et préserver les forêts, maintenir la couverture arboricole et adopter
des systèmes de cultures respectueux de la biodiversité. Le Paiement des services envi-
ronnementaux est particulièrement prometteur. Bien que les programmes de paiement
des services environnementaux semblent être un succès en termes de conservation de
la couverture forestière dans diverses parties du monde, ils pourraient avoir un impact
bien plus positif sur les paysages et les activités de subsistance dans les zones rurales, s’ils
incluaient le paiement pour une gamme plus élargie d’utilisations durables des terres,
permettaient d’enlever les restrictions d’accès inappropriées (comme les parcelles mini-
males), de réduire les coûts de transaction et de cibler avec prudence les paysages pri-
oritaires offrant le plus grand potentiel de conservation de la biodiversité et des moyens
de subsistance ruraux (Grieg-Gran et al. 2005, Pagiola et al. 2005).
30 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
8. Remerciements
Nous remercions sincèrement la Commission forestière et A Rocha, au Ghana pour
leur soutien administratif et logistique. L’étude n’aurait pas été possible sans l’effort et la
camaraderie de l’équipe de terrain.
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Danquah • Oduro 31
Évaluation des Efforts de Conservation dans le Peuplement Forestier de Bia-Goaso
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3
Zonage et Gestion Durable des Ressources
Naturelles: Cas de la Réserve de Biosphère
Transfrontière (RBT) du W (Bénin, Burkina
Faso, Niger)
Zonation and the Sustainable Management of Natural Resources:
the Case of the Transboundary Biosphere Reserve (TBR) W Park
(Benin, Burkina Faso, Niger)
Résumé
La réserve de biosphère transfrontalière du W, parc naturel aux multiples faciès et
enjeux, considérée comme le plus grand écosystème naturel transfrontalier en Afrique
de l’Ouest, constitue depuis 2002 une expérience pilote expériment dans le cadre
de la préservation des ressources et l’intégration des populations riveraines de trois
pays Bénin, Burkina Faso et Niger. Elle représente une volonté des autorités de ces
pays pour inscrire l’ensemble du Parc W dans le cadre d’une réserve de biosphère
transfrontière (RBT). Le programme l’Homme et la Biosphère (MAB) de l’UNESCO
et d’autres partenaires accompagnent le Burkina Faso, le Niger et le Bénin.
La RBT du W a une longue histoire de conservation depuis la période coloniale à
nos jours. Le zonage dans le cadre d’une réserve de biosphère, permet de promouvoir
une gestion durable transfrontière afin de contribuer à la réduction de la pauvreté au
niveau des populations riveraines de trois pays.
La région est caractérisée par (i) les énormes potentialités naturelles et agricoles,
(ii) l’environnement en mutation dû à une forte pression migratoire, (ii) l’évolution
Abstract
The W Transboundary Biosphere Reserve, a natural park with multiple types and
issues, is considered to be the largest natural transboundary ecosystem in West Africa
and constitutes, since 2002, a pilot experiment within the context of resource pres-
ervation and the integration of the resident populations in the three countries Benin,
Burkina Faso and Niger. The experiment shows the wish of these countries’ authori-
ties to list the entire W Park as a transboundary biosphere reserve (TBR). UNESCO’s
Man and Biosphere Programme (MAB) and other partners share these countries’
view.
The TBR W has a long conservation history spanning from the colonial era to
modern day. The zonation as a biosphere reserve makes it possible to promote sus-
tainable transboundary management in order to help reduce poverty in the three
countries’ resident populations.
The region is characterized by (i) great natural and agricultural potential, (ii) a
changing environment as a result of strong migratory pressure, and (iii) the develop-
ment of production systems and the degradation of natural resources. Analysis of
the biodiversity’s evolution indicates that (i) the forest ecosystems are overall in a
good state of conservation, (ii) several vegetation types offer significant potential for
ensuring the preservation of biodiversity, (iii) apart from a number of lists, flora and
fauna diversity remains little-known at a quantitative and qualitative level and in terms
of the connections that govern the elements between them, (iv) the degradation
trends are noticeable despite the consented efforts of the region’s various projects.
Preliminary investigations into the protected areas have revealed that bush fires
and excessive logging constitute the main causes of vegetation degradation, while
36 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
stock farming and agriculture are in third and second place, respectively. The bio-
sphere reserve management plan, should it be successful, could be used as a model
for the sustainable use of natural resources within the context of sustainable local
development, and it would also serve as an integration indicator as advocated by the
Economic Community Of West African States (ECOWAS).
Key words: Transboundary biosphere reserve,W Park, biodiversity conservation,
zonation, West Africa.
1. Introduction
Liés à une population peu dense, les problèmes de dégradation étaient jadis peu impor-
tants en Afrique; puis vint la poussée démographique des dernières décennies. En
effet, 1960, année des indépendances, le continent africain était peuplé de 273 millions
d’habitants, en 1980 ils étaient 460 millions (Déjoux 1988) et les récentes statistiques
établies par les Nations Unies concluent qu’il y avait l’an 2000 de 768 à 864 millions de
personnes en Afrique. A cet essor démographique considérable s’associe une exploita-
tion accrue du milieu naturel, une urbanisation intense et une mutation économique
sans cesse en augmentation.
Plus près de nous en Afrique sahélo-soudanienne, le mouvement latitudinal des iso-
hyètes au cours des quarante dernières années a entraîné une désertification toujours
plus intense et une surexploitation des ressources naturelles menaçant les aires pro-
tégées. La dégradation de l’environnement n’est donc pas un fait nouveau en Afrique.
Elle survient quand les ressources naturelles sont épuisées par les activités humaines.
Mais, alors qu’auparavant elles étaient localisées, les pressions que subissent actuelle-
ment les ressources naturelles en Afrique menacent tout son équilibre écologique. Il
est évident que la sécheresse et la dégradation de l’environnement se complètent et
pourraient devenir irréversible. Face à cette situation quasi mondiale les réserves de
Biosphère de l’UNESCO sont selon la stratégie de Séville (1995), les réponses à l’une des
questions les plus essentielles qui se posent au monde d’aujourd’hui à savoir comment
concilier la conservation de la biodiversité et des ressources biologiques avec leur utili-
sation durable?
La gestion durable des ressources semble donc à l’heure actuelle le thème mobili-
sateur pour appréhender la gamme des enjeux de gestion environnementale auxquels
nous faisons face. Depuis le premier congrès sur les réserves de biosphères à Minsk
(Belarus) en 1983 au deuxième congrès tenu à Séville (Espagne) 1996 en passant par
le quatrième Congrès mondial sur les parcs nationaux et les zones protégées, qui s’est
tenu à Caracas, au Venezuela, en février 1992, d’importantes innovations ont été appor-
tées dans la gestion des réserves de biosphère. De nouvelles méthodologies permettant
d’impliquer tous les partenaires dans les processus de prise de décision et de résolution
des conflits ont été conçus, et une plus grande attention a été accordée à la nécessité
Poda • Belem • Dibloni • Hebie • Ouedraogo 37
Zonage et Gestion Durable : Réserve de RBT du Parc W
500.000 habitants dans les villages riverains de la réserve de biosphère, avec un taux
de croissance élevé, (ii) un front agricole actif, accentué par les cultures de rente qui
explique la saturation foncière précoce, (iii) une forte pression du pastoralisme et de la
transhumance, (iv) une dépendance des populations vis-à-vis des ressources naturelles
des aires protégées, estimée à plus de 80% de leurs besoins et cela de façon disparate
dans les trois pays. Dans ces conditions, la conservation revêt aussi un caractère trans-
frontalier et sa viabilité doit tenir compte des besoins des populations riveraines en
proie à la pauvreté (Actes des rencontres tripartites de la Kompienga et de la Tapoa).
La zone peut être utilisée de façon concertée pour la conservation in situ des res-
sources génétiques (flore et faune) d’espèces rares, endémiques, menacées. Elle peut
également être utilisée pour la réhabilitation et la réintroduction d’espèces végétales à
usages multiples menacées ou disparues. L’un des atouts majeur de la réserve de bio-
sphère proposée est sa grande variété d’habitats s’étendant des cuirasses gréseuses des
plateaux aux plans d’eau des principaux fleuves et rivières. Le relief détermine des pay-
sages diversifiés qui sont des attraits touristiques de cette région.
On distingue sept grands types d’habitats:
• les zones humides (mares, fleuves, rivières) avec prairies aquatiques
• les forêts galeries
• les formations boisées (forêts claires sèches)
• les formations arborées et arbustives
• les formations herbacées graminéennes
• les formations anthropisées (jachères, friches, anciennes vestiges)
• les bowé
trois grands carnivores (lion, panthère et guépard), treize ongulés dont l’hippopotame
et le buffle, l’éléphant est relativement facile à observer. Les travaux divers indiquent
des densités de certaines espèces ainsi note-on une prédominance du buffle, des hip-
potragues, du bubale, du phacochère, du cob de buffon et du céphalophe. Les informa-
tions disponibles indiquent des densités très faibles pour des espèces inféodées à des
formations ripicoles comme le guib harnaché, le cob redunca et le cob defassa. La petite
faune est relativement abondante.
2606/SE/F du 14 avril 1953 comme réserve totale de faune et érigée en Parc National
dans ses limites actuelles par Décret du 4 août 1954 avec une superficie de 2 350 km2, (iii)
le Parc National W du Niger classé par arrête 6009 /S/ET du 4 août 1954 avec une super-
ficie de 2 200 km2. L’aire centrale transfrontière ainsi constituée prend compte tous les
types d’écosystèmes y compris le cours d’eau Pendjari frontalier. De par son statut de
classement dont elle est héritière, l’aire centrale bénéficie d’une protection intégrale sans
aucun habitat humain permanent à l’intérieur de ses limites. Cette zone centrale se prête
aux fonctions de conservation, surveillance écologique, recherche scientifique.
L’aire centrale
La zone tampon
L’aire de transition
Carte 1
Carte 2
44 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
classement de la forêt, l’apprennent de bouche à oreille; les anciens leur montrent les
limites et les bornes de la forêt et leur indiquent aussi leurs droits et devoirs vis à vis
de la zone classée; cet esprit à permis de développer un sentiment de responsabilité
collective des populations vis à vis de la protection de la forêt.
Tous les acteurs ont souhaité que la réserve de la biosphère transfrontalière du W soit
une réalité et que soit soutenu l’esprit de sauvegarde des ressources naturelles au service
du développement à cette époque où l’agressivité climatique et les pressions humaines
sur l’environnement s’amplifient. Ce constat montre que la coopération au niveau local
est de plus en plus souhaitée pour une bonne gestion des ressources à travers le zonage.
C’est un cadre idéal pour la mise en œuvre du zonage qui allie les politiques nationales
de gestion traditionnelle et moderne des aires fauniques. Toutefois cette opportunité ne
saurait pas durer si des actions soutenues de développement dans la périphérie ne sont
pas durables et ne prennent pas en compte les différentes composantes de la population
riveraine.
7. Conclusion
La gestion combinée de la réserve de biosphère transfrontière du W dans le cadre des
programmes de développement locaux des terroirs et de la décentralisation en cours au
Poda • Belem • Dibloni • Hebie • Ouedraogo 47
Zonage et Gestion Durable : Réserve de RBT du Parc W
“Il n’existe rien de plus difficile …que de prendre la tête dans l’introduction d’un nouvel
ordre des choses.”— (Niccolo Machiavelli, 16ème siècle)
Résumé
La réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap dans la province du Cap occi-
dental en Afrique du Sud a été classée par l’UNESCO en 2007 aux termes de son pro-
gramme Homme et Biosphère. Cette région aux panoramas exceptionnels surplombe
les Montagnes du Cap Fold et héberge des villes, petits villages, communautés rurales,
vignobles, forêts commerciales et zones protégées de végétation de Fynbos. La réserve
de biosphère est clairement délimitée en zones centrales, tampons et de transition.
La réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap est gérée par une
société privée en collaboration avec les intervenants correspondants. Elle vise à
aborder de manière équitable l’ensemble des trois fonctions d’une réserve de bio-
sphère en portant une attention particulière sur l’élévation sociale et le développe-
ment durable. La réserve de biosphère a esquissé un plan-cadre spatial, basé sur
les principes de planification biorégionale et définissant les principes directeurs de
l’aménagement pour la gestion future de l’exploitation des terres.
Ce document porte sur l’établissement de l’entité de gestion de la réserve de
biosphère de la région des vignobles du Cap (CWBR) ainsi que sur les enjeux et
les résultats positifs liés à la réserve de biosphère. Par l’application de méthodes de
recherche sociale, l’efficacité de la CWBR a été abordée de manière à pouvoir faire
une comparaison avec d’autres réserves de biosphère dans le pays. L’argument est
avancé pour l’utilisation du concept de réserve de biosphère, non seulement en tant
1 Auteur correspondant · Scientific Services, CapeNature, Private Bag X 5014, Stellenbosch, 7599, Afrique
du Sud · E-mail: rstanvliet@[Link]
2 Department of Botany and Zoology, University of Stellenbosch, Stellenbosch, 7602, Afrique du Sud ·
E-mail: jhg@[Link]
49
50 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Abstract
The Cape Winelands Biosphere Reserve in the Western Cape Province of South
Africa has been designated by UNESCO in 2007 in terms of its Man and the Biosphere
Programme. This scenically beautiful area slopes over the Cape Fold Mountains and
includes towns, smaller settlements, rural communities, wine farms, commercial
forests and protected areas with Fynbos vegetation. The biosphere reserve is clearly
delimited into core, buffer and transition areas.
The Cape Winelands Biosphere Reserve is managed by a private company in col-
laboration with relevant stakeholders. It aims to equally address all three functions of a
biosphere reserve with a focus on social upliftment and sustainable development. The
biosphere reserve has drafted a spatial framework plan, based on bioregional planning
principles, that provides detailed spatial guidance for future land-use management.
This paper discusses the establishment of the Cape Winelands Biosphere Reserve
(CWBR) management entity, as well as the challenges and positive outcomes linked to
the biosphere reserve. Through the application of social research methods, the effec-
tiveness of the CWBR has been addressed in such a way that it could be compared to
other biosphere reserves in the country.A case is made for use of the biosphere reserve
concept, not only as a support mechanism to the South African protected areas expan-
sion strategy, but also as a sustainable socio-ecological land management tool.
Keywords: biosphere reserve; effectiveness; management entity; landscape; biore-
gional planning; social research
1. Introduction
A seulement 40 km à l’intérieur de la ville du Cap se trouve l’une des plus belles régions
du monde: celle des vignobles du Cap. En 2007, une bande de plus de 300 000 hectares
a été classée par l’UNESCO en tant que Réserve de biosphère de la région des vignobles
du Cap (CWBR) et fait maintenant partie du réseau mondial de réserves de biosphère.
La CWBR est située à l’intérieur de la Région florale du Cap, considérée comme l’un
des points chauds pour la conservation de la biodiversité dans le monde. La réserve de
biosphère est délimitée en zones centrales de 99 459 ha, zones-tampons de 133 844 ha et
zones de transition de 88 727 ha.
Le document de nomination a clairement noté que la CWBR sera promue comme site
d’excellence en vue de soutenir la durabilité environnementale et le bien-être humain. Il
est donc stipulé que la CWBR devra soutenir le développement de la région des vigno-
bles du Cap en tant que “région d’excellence et par l’application de bonnes pratiques pour
Pool-Stanvliet • Giliomee 51
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap
les populations, la culture et la nature”. L’activité principale de l’entité de gestion telle que
décrite dans les Statuts est “de continuer la promotion, l’avancement et l’exécution des trois
fonctions fondamentales d’une réserve de biosphère”. Ces fonctions sont la conservation
de la biodiversité, le développement durable et le soutien logistique.
La réserve de biosphère est gérée par une société privée sans capital-actions, incor-
porée aux termes de la section 21 de la loi sud-africaine sur les sociétés en relation étroite
avec les départements gouvernementaux, les autorités locales, les propriétaires fon-
ciers et les communautés. Un plan-cadre spatial a été approuvé, et un cadre de gestion
intégrée est en cours d’élaboration, et la réserve de biosphère entend mettre en œuvre un
modèle de développement durable pour la région.
La valeur de l’utilisation d’un concept de réserve de biosphère repose sur sa capacité à
s’étendre entièrement au-delà de la biodiversité en donnant une priorité égale aux questions
socio-économiques. La valeur intrinsèque du concept de réserve de biosphère est réalisée
par le biais de la CWBR. Bien qu’encore à ses débuts, la CWBR en tant que concept offre
le potentiel de devenir un outil de planification bien géré, pluridisciplinaire qui guidera les
décisions futures d’aménagement du territoire en soutien au développement durable.
La CWBR couvre une superficie de 322 030 hectares dans la province du Cap occi-
dental, limitrophe à la ville du Cap, dans la partie extrême sud-ouest de l’Afrique du Sud
(Figure 1).
Cette région à la beauté exceptionnelle se caractérise par ses pentes traversant des
altitudes de 20 à 1 860 m au-dessus du niveau de la mer. Elle présente une diversité épou-
stouflante en termes géographiques, biologiques et culturels avec ses hautes montagnes
de Cape Fold, ses vallées à gorges profondes, ses collines ondulantes, ses forêts commer-
ciales, ses caves à vins de renommée mondiale, ses petites exploitations agricoles et ses
villes historiques magnifiques (Figure 2). La CWBR partage une frontière au sud avec la
réserve de biosphère de Kogelberg et est située à proximité proche de celle de la côte du
Cap occidental, à l’ouest.
Figure 2: Beauté des paysages du la Réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap
(Credit: Dennis Moss Partnership, Stellenbosch)
La réserve de biosphère est délimitée en zones centrales de 99 459 ha (31% de la zone
totale), zones-tampons de 133 844 ha (42%) et zones de transition de 88 727 ha (27%)
(Figure 3). Les zones centrales englobent les réserves naturelles provinciales préservées
par la règlementation, les réserves naturelles de l’autorité locale et une réserve naturelle
privée. 93% des zones centrales sont gérés par une seule institution, à savoir le Western
Cape Nature Conservation Board (CapeNature). La plus grande partie de la zone cen-
trale est située le long des pentes de chaînes de montagnes élevées. Certaines parties de la
zone centrale font partie du site du patrimoine mondial de zones protégées de la région
du Cap floral. Cette nomination faisait partie d’une série d’autres nominations et le site
a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial en 2004. Il se compose de huit zones
protégées couvrant 553 000 hectares. L’une de ces zones protégées est appelée le Boland
Mountain Complex. Elle comprend, entre autres, les réserves naturelles de Hottentots
Holland, Jonkershoek et Limietberg, qui font toutes parties des zones centrales de la
Pool-Stanvliet • Giliomee 53
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap
La région était habitée il y a environ 1 million d’années par les ancêtres des San, la
première population indigène connue. En 1652, les Européens ont colonisé les environs
du Cap de Bonne Espérance pour que les navires fassent escale. Le premier village à être
établi hors de la ville du Cap était Stellenbosch lorsque le gouverneur Simon van der
Stel attribua plusieurs fermes sur les rives d’un fleuve qu’il avait traversé et surnommé
à juste titre Eerste River (traduit par: Premier fleuve). A la fin du XIXème siècle, les
villes principales et villages de la CWBR étaient implantés y compris Stellenbosch,
Paarl, Wellington et Franschhoek. L’histoire riche des 330 dernières années est palpable
lorsqu’on se promène dans les rues de ces villes aux bâtiments historiques magnifique-
ment préservés et se dressant à tous les coins de rues. Stellenbosch, Paarl et Wellington
sont les villes les plus peuplées de la CWBR. La population totale permanente de la zone
de la réserve de biosphère s’élève à environ 320 000 habitants. Seulement 35% de la popu-
lation est employée et un pourcentage stupéfiant de 54% n’a aucun revenu (Municipalité
provinciale de la région des vignobles du Cap 2007). Ces chiffres démontrent clairement
qu’un fort pourcentage de la population de la CWBR vit dans une pauvreté abjecte, un
défi majeur auxquelles les administrations doivent faire face y compris l’entité de gestion
de la réserve de biosphère.
Comme son nom l’implique, la région des vignobles est aussi probablement la plus
célèbre pour ses routes des vins spectaculaires. La route des vins de Stellenbosch est la
plus ancienne route des vins en Afrique du Sud et propose une merveilleuse expérience
viticole. Elle se divise en cinq sous-routes et comprend plus de 200 producteurs de vins
et vignerons. Le secteur agricole est donc l’un des principaux fournisseurs d’emplois.
L’Université de Stellenbosch est la deuxième plus ancienne université dans le pays
et accueille quelque 22 000 étudiants. Avec trois réserves de biosphère à sa porte,
l’université s’implique de plus en plus dans des projets de recherche liés au concept de
réserve de biosphère et utilise les réserves de biosphère comme sites d’études.
La région est reconnue mondialement pour ses styles architecturaux vernaculaires
y compris Early Cape et Cape Dutch. Le Musée du village de Stellenbosch héberge la
plus vieille maison de ville restaurée du pays: la Schreuderhuis. De nombreux exemples
excellents de propriétés du Cape Dutch parsèment la CWBR ainsi que des bâtiments
restaurés avec grandeur d’autres ères comme l’ère des Georgiens, des Edwardiens et des
Victoriens.
De grands réservoirs, remplis par les eaux limpides des diverses chaînes de mon-
tagnes, desservent les zones peuplées à l’intérieur et à l’extérieur de la CWBR. Le ruis-
sellement de l’eau dans les torrents du Fynbos est parmi le plus fort d’Afrique du Sud.
L’approvisionnement en eau potable est l’un des services majeurs de l’écosystème de la
réserve de biosphère. Et pourtant, les changements dans les modèles d’utilisation des
terres pourraient avoir un effet préjudiciable important sur ce service.
Le document de nomination de la CWBR a été rédigé de manière à placer la réserve
de biosphère comme une entité permettant de faciliter le développement durable qui
servirait de mécanisme de lutte contre la pauvreté et l’inégalité. Il a été stipulé que l’entité
de gestion de la réserve de biosphère “opèrera sous les auspices de la municipalité provin-
ciale et devra rendre compte à cette dernière” (Municipalité provinciale de la région des
56 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
vignobles du Cap 2007). Il était prévu que l’entité de gestion soit finalement enregistrée
en tant que société à but non lucratif.
Le document de nomination stipulait clairement que la CWBR sera promue comme
un site d’excellence pour soutenir la durabilité environnementale et le bien-être humain.
Ainsi, il est stipulé que la CWBR doit soutenir le développement de la région des vigno-
bles du Cap en tant que “zone d’excellence par l’application de bonnes pratiques pour les
populations, la culture et la nature” (Municipalité provinciale de la région des vignobles
du Cap 2007). L’activité principale de l’entité de gestion telle que décrite dans les Statuts
est “de continuer la promotion, l’avancement et l’exécution des trois fonctions fondamen-
tales d’une réserve de biosphère”. Ces fonctions spécifiques sont la conservation de la
diversité biologique; le développement durable et le soutien logistique comprenant la
recherche, l’éducation et la formation.
Au niveau international
1. Proposer des moyens pratiques de résoudre les conflits liés à l’utilisation des terres et
protéger la diversité biologique
2. Offrir des opportunités et partager les idées pour l’éducation, les loisirs et le tourisme afin
d’aborder les questions de conservation et de durabilité
3. Coopérer au sujet des projets thématiques ou des types d’écosystèmes
4. Créer une connexion entre les populations et les cultures dans le monde entier sur la
manière de vivre en harmonie avec la nature et les uns avec les autres
Au niveau local
1. Aider à créer et maintenir un environnement sain pour les populations et leurs familles
2. Maintenir des paysages productifs et sains
3. Réduire les conflits entre personnes
4. Encourager les économies locales diverses pour revitaliser les zones rurales
5. Améliorer l’implication des communautés dans les décisions d’utilisation des terres et par
conséquent, le rapport à la terre
6. Soutenir et faciliter les études scientifiques interconnectées et le contrôle
7. Célébrer la diversité culturelle et offrir des opportunités pour maintenir les traditions et
styles de vie existants
en tant que gardien de la réserve de biosphère et fournit les détails des directives de
l’aménagement spatial pour la gestion future des terres.
Par un processus consultatif, l’entité de gestion pour défendre la CWBR a été sélec-
tionnée par le comité intérimaire sous forme de société à but non lucratif, enregistrée
aux termes de la section 21 de la loi sur les sociétés (Companies Act). L’un des points de
discussion d’intérêt concernant les débuts de la réserve de biosphère concernait la posi-
tion de l’entité de gestion en tant “qu’agence de développement” (Municipalité provinciale
de la région des vignobles du Cap 2007). L’argument reposait sur le fait que cette notion
placerait la réserve de biosphère en contradiction directe avec les municipalités, qui
possèdent un agenda orienté sur un développement défini conformément à la loi sur les
mécanismes municipaux (Municipal Systems Act 32 de 2000).
Cependant, Brandon (1997) a observé que les agences de conservation deviendraient
probablement des organisations de développement rural en partenariat avec d’autres
intervenants. A titre d’exemple, le parc naturel Uckermark Lakes en Allemagne se posi-
tionne en tant qu’agence de services des intérêts locaux (Stoll-Kleemann & O’Riordan
2002). Ces agendas de gestion détaillés pourraient devenir une caractéristique des
réserves de biosphère modernes et, le cas échéant, se traduire en objectifs de l’entité de
gestion de la réserve de biosphère.
1. Administration
2. Développement et planification économique
3. Tourisme et patrimoine
4. Biodiversité et recherche
5. Marketing, Relations publiques et Communications
6. Affaires communautaires, Travail et Education
7. Agriculture et Mines
8. Engagement commercial et des entreprises
9. Levée de fonds
10. Financements
Concept
Ce logo repose sur de nombreux éléments permettant de transmettre son message. Les
silhouettes humaines à l’intérieur des feuilles soulignent l’importance pour les êtres humains
et la nature de vivre en harmonie afin de garantir leur survie. L’un ne peut pas fonctionner
sans l’autre et tous deux sont des éléments cruciaux à l’intérieur d’un vaste cercle que l’on
appelle ‘la vie’.
Quelle est l’importance d’une simple feuille pour la vie sur Terre? La lumière est transmise
par l’intermédiaire des cellules d’une feuille pour créer de l’énergie. Pendant ce processus de
photosynthèse, l’oxygène est libéré dans l’atmosphère. Les feuilles – des plus petites plantes
épousant la planète aux arbres les plus puissants qui nous dominent – sont une source alimen-
taire pour pratiquement toutes les créatures vivantes, de l’insecte à l’éléphant sans oublier
les êtres humains.
La simple feuille est un ancien symbole héraldique qui signifierait le Bonheur, la guérison,
la paix et la tranquillité. La biosphère instillera ces valeurs chez ceux qui choisissent de vivre
dans la réserve; le Bonheur dans un environnement de beauté, la guérison de l’environnement
et la paix et la tranquillité dans une région où les humains et la nature vivent en symbiose.
Les feuilles sont aussi des symboles puissants de régénération et de résurrection car elles
traversent les cycles saisonniers. Cette image engendre des associations positives d’êtres
humains utilisant leur sagesse pour assainir et régénérer un environnement qui a été accablé
au cours des précédentes générations.
Ce symbole est donc une représentation idéale de l’humanité “tournant une nouvelle page”
et commençant une nouvelle vie dans laquelle la nature n’est pas violée ni détruite mais est
plutôt chérie et valorisée.
premiers directeurs de la société. Les structures de la société doivent inclure les aspects
suivants:
• Membres adhérents: individus payant des frais d’adhésion, épousant la vision et la
mission de la CWBR et détenant des droits de vote pendant les réunions générales
annuelles.
• Adhésion institutionnelle: institutions et organisations non gouvernementales
(comme les Fonds de conservation) démontrant de manière positive une synergie et
une compatibilité avec les objectifs et buts de la CWBR.
• Adhésion commerciale/d’entreprise: petites et moyennes entreprises et commerces
nationaux désireux de soutenir les buts de la CWBR et s’acquittant de frais d’adhésion
variés selon la catégorie d’appartenance relative à leur dimension.
• Partenaires: cinq partenaires cruciaux ont été identifiés à savoir une université locale
en tant que partenaire académique, pour aider à l’application des responsabilités liées
à la recherche de la réserve de biosphère; un partenaire comptable qui contribuera
aux services d’écritures comptables et d’audit; un partenaire bancaire qui fournira les
services bancaires à la CWBR; un partenaire juridique qui sera chargé des intérêts de
la société de la CWBR; et un partenaire du gouvernement local, qualité actuellement
détenue par la municipalité provinciale de la région des vignobles du Cap. Seul un
soutien technique, sans apport financier, sera exigé de ces partenaires à l’exception
de la municipalité provinciale.
• Le secrétariat désigné est actuellement géré par la municipalité provinciale de la
région des vignobles du Cap.
Tableau 2: Liste des éléments à utiliser dans les interviews semi-structurées au sujet de
l’efficacité des réserves de biosphère sud-africaines
Trois fonctions • Dans quelle mesure la réserve de biosphère reflète-t-elle les trois fonctions
conformément de conservation, développement et soutien logistique ? (UNESCO 1996,
à la stratégie 2002)
de Séville de • Veuillez s’il vous plaît élaborer sur les collaborations et projets couvrant les
l’UNESCO trois fonctions.
• Est-ce que la réserve de biosphère dispose de programmes et/ou projets
spécifiques pour la recherche scientifique, le contrôle de la biodiversité et
l’éducation environnementale ? (Lü et al. 2003, Queensland Parks and Wildlife
Service 2002, UNESCO 1996, 2002)
Système de • Est-ce que la réserve de biosphère reflète les trois zones centrale, tampon et
délimitation de transition ? (UNESCO 1996, 2002, 2008)
des zones • Est-ce que les directives ont été élaborées en relation avec les objectifs de
de trois gestion et d’utilisation appropriée des terres pour chaque zone ?
éléments
conformément
à la stratégie
de Séville de
l’UNESCO
Histoire de la • Veuillez s’il vous plaît élaborer sur les aspects historiques de la nomination de
nomination l’UNESCO. Pour quelle raison le concept de réserve de biosphère a-t-il été
choisi pour cette zone spécifique ?
• Est-ce que la réserve de biosphère est perçue comme quelque peu différente
d’un autre type de zone protégée/d’initiative de paysage ? (Robertson Vernhes
2007, Stanvliet 2009)
• Si oui, veuillez s’il vous plaît préciser.
• La réserve de biosphère a-t-elle pris part à un processus de revue péri-
odique ? (UNESCO 1996, Price 2002)
• Si oui, veuillez s’il vous plaît élaborer sur les avantages de ce processus.
Ressources • La réserve de biosphère a-t-elle assuré des ressources financières sur le long
financières terme pour fonctionner de manière efficace ? (Corbett 1995, Pasquini 2003,
Stoll-Kleemann & Job 2008, UNESCO 2002)
Planification • Est-ce que la délimitation des zones de la réserve de biosphère a été prise en
régionale compte dans les plans-cadres régionaux et la législation ? (UNESCO 2008)
• Si oui, veuillez s’il vous plaît expliquer.
• Des directives ou normes de performance spécifiques concernant l’utilisation
des terres ont-elles été élaborées pour chaque zone ? (UNESCO 2008)
• Si oui, veuillez s’il vous plaît fournir les détails.
Cadre de • Est-ce que la réserve de biosphère dispose d’un plan de gestion ou d’un cadre
gestion de travail approuvé ? (Ervin 2003, Pressey & Taffs 2001, Stoll-Kleemann & Job
2008, UNESCO 1996, 2002)
• Combien de membres du personnel sont prévus pour la réserve de bio-
sphère, responsables de l’exécution du plan de gestion ? (Pasquini 2003)
• Un bureau indépendant d’où la réserve de biosphère est coordonnée a-t-il
été mis en place ?
• Est-ce que la réserve de biosphère dispose d’une vision et d’objectifs définis ?
(Hockings, Stolton & Dudley 2000)
• Est-ce que le plan-cadre de gestion aborde la complémentarité et les
responsabilités des intervenants en relation avec les objectifs de la réserve de
biosphère ? (Hakizumwami 2000, UNESCO 2002)
Partenaires/ • Est-ce que la réserve de biosphère recherche activement des partenaires avec
intervenants des intervenants spécifiques comme les autorités publiques, les communautés
locales, les propriétaires fonciers privés et les visiteurs ? (Hakizumwami 2000,
Queensland Parks and Wildlife Service 2002, UNESCO 1996, 2002)
• Selon vous, quels avantages découlent pour le public général de l’existence de
la réserve de biosphère ?
Menaces/ • Veuillez s’il vous plaît élaborer sur les menaces importantes qui pèsent sur la
enjeux réserve de biosphère comme les industries d’extraction, le braconnage, la pol-
lution, les changements politiques, les changements de régimes fonciers etc.
(Dudley et al. 1999, Pasquini 2003, UNESCO 1996, 2002)
• Est-ce que des politiques de gestion adaptives sont en place pour faire face à
ces enjeux ?
Les données obtenues par les analyses de contenu, interviews, questionnaires et obser-
vations ont été utilisées pour dresser un portrait complet du passé historique et de la
situation actuelle de la réserve de biosphère de la région des vignobles du Cap.
Le questionnaire consistait en une case d’informations personnelles et des cases 2 à
4 pour les questions. Les réponses à la case de la question 2 ont été analysées en déter-
minant le niveau d’accord entre les réponses (Margoluis & Salafsky 1998). Cette case de
questions a donné aux répondants l’opportunité d’émettre une opinion sur cinq ques-
tions d’ordre général sur la réserve de biosphère. La troisième case abordait les prob-
lèmes et les enjeux rencontrés par la CWBR. Dix éléments devant être classés par ordre
de priorité du plus élevé au plus faible étaient donnés aux répondants. Les réponses
étaient analysées selon un classement matriciel, notamment un classement par préfé-
rence (Margoluis & Salafsky 1998). La quatrième case abordait les éléments positifs liés
à la CWBR. Dix éléments devant à nouveau être classés par ordre de priorité du plus
élevés au plus faible étaient donnés aux répondants. Les réponses ont été analysées selon
un classement par préférence (Margoluis & Salafsky 1998).
6. Résultats
La première question portait sur le fait qu’une série d’instruments est utilisée dans le
contexte sud-africain, instruments avec lesquels la gestion d’échelle du paysage est pra-
tiquée tels que les sites du patrimoine mondial, les initiatives de biodiversité, les zones
de conservation transfrontalières, les réserves et méga-réserves de biosphère (Stanvliet
2009). Les sept répondants ont répondu “oui” à la question de savoir si le concept de
réserve de biosphère était un outil utile pour la gestion du paysage (Figure 5).
Pool-Stanvliet • Giliomee 65
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap
Cas 2 Question 1
7
6
Nombre de réponses
5
4
3
2
1
0
Oui Quelque peu Non
Figure 5: Diagramme de fréquence illustrant les réponses à la question “Selon vous, le concept de
réserve de biosphère est-il un outil valable à utiliser pour pratiquer la gestion du paysage en Afrique
du Sud?”
La deuxième question traite des attentes du public quant à la valeur ajoutée possible
pour la région du classement de la réserve de biosphère. Cette question est importante
au vu des fortes attentes du public à cet égard. Trois répondants ont réagi positivement,
trois ont répondu “peut-être” et un a répondu “non” (Figure 6). Le dernier répondant a
indiqué “à moins que les gardiens de la biodiversité soient dotés des moyens … la réserve
de biosphère ne sera en aucun cas efficace”.
Cas 2 Question 2
7
6
Nombre de réponses
5
4
3
2
1
0
Oui Quelque peu Non
Figure 6: Diagramme de fréquence illustrant les réponses à la question “Dans votre réserve de
biosphère, pensez-vous que le classement ajoute de la valeur à la région?”
La troisième question a suscité une réaction sur le soutien institutionnel pour la
CWBR. Les sept répondants ont répondu “oui” à la question de savoir si l’organisation
qu’ils représentent soutient l’idée d’une réserve de biosphère (Figure 7).
66 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Cas 2 Question 3
7
6
Nombre de réponses
5
4
3
2
1
0
Oui Pas Non
entrièrement
Figure 7: Diagramme de fréquence illustrant les réponses à la question “Est-ce que l’organisation
que vous représentez soutient la réserve de biosphère?”
La quatrième question a demandé si les répondants pensaient que la réserve de bio-
sphère était gérée de manière efficace. Elle a engendré des opinions intéressantes quant à
l’idéal d’une réserve de biosphère efficace. Quatre répondants ont répondu positivement
et trois “peut-être” (Figure 8).
Cas 2 Question 4
7
6
Nombre de réponses
5
4
3
2
1
0
Oui Quelque peu Non
Figure 8: Diagramme de fréquence illustrant les réponses à la question “Pensez-vous que l’entité
de gestion de la réserve de biosphère la gère de manière efficace?”
La dernière question de savoir si les répondants estimaient que les réserves de bio-
sphère étaient des lieux spéciaux pour les populations et la nature a suscité une réponse
positive de la part de cinq répondant et deux ont répondu “parfois” (Figure 9). La con-
clusion de cette question prouve qu’en général, les gens croient au potentiel du concept
de réserve de biosphère, argument qui pourrait être utilisé en faveur de la communauté
de la réserve de biosphère sud-africaine à l’avenir. Cependant, un répondant a observé
particulièrement que le concept de réserve de biosphère est bien plus efficace s’il est
Pool-Stanvliet • Giliomee 67
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap
appliqué dans une zone homogène plus petite. Dans les réserves de biosphère plus
grandes, les diverses populations sont divisées par les frontières naturelles qui parfois,
jouent également un rôle de frontières sociales et compliquent la sensibilisation à la
réserve de biosphère et les projets de marketing.
Cas 2 Question 5
7
6
Nombre de réponses
5
4
3
2
1
0
Oui Parfois Non
Figure 9: Diagramme de fréquence illustrant les réponses à la question “Etes-vous réellement d’ac-
cord avec la déclaration que les “réserves de biosphère sont des lieux spéciaux pour les populations
et la nature”?
Le classement collectif des problèmes et enjeux (figurant dans la case 3) du plus élevé
au plus faible a donné lieu au résultat suivant:
1. Ressources financières insuffisantes à long terme
2. Trop peu d’avantages perçus par les communautés locales donnant lieu à un soutien
insuffisant
3. Trop peu de sensibilisation parmi les acteurs et les communautés locales
4. Manque de soutien (crédibilité) par les autorités locales
5. Insuffisance de personnel désigné pour la réserve de biosphère
6. Absence de vision et d’objectifs à long terme
7. Insuffisance d’informations sur la valeur de la mise en place d’un concept de réserve
de biosphère
8. Insuffisance des moyens légaux (absence de “moyens”) pour la mise en place du
concept de réserve de biosphère
9. Trop d’emphase sur la notion de conservation (écologie) et pas suffisamment
d’emphase sur d’autres questions comme le développement
10. Manque de soutien au concept de réserve de biosphère par le gouvernement
national
La haute priorité apportée aux facteurs comme les problèmes de financement, l’absence
de sensibilisation et de soutien et l’insuffisance des avantages pour les populations
locales est sûrement due au fait que la WCBR n’existe que depuis peu.
68 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
L’un des enjeux particuliers noté par un répondant était que la réserve de biosphère
coordonne les activités entre les différentes institutions pour permettre une meil-
leure acceptation de la vision de la CWBR. La tâche de conviction des populations sur
les avantages d’une réserve de biosphère a été soulignée comme un défi. L’expansion
urbaine et la croissance du développement dans les zones rurales ont été notées comme
posant particulièrement un problème sérieux. Un patchwork de constructions résiden-
tielles dans les zones rurales est susceptible d’éroder le caractère de la région et pour-
rait donner lieu à la continuation d’une “planification de type apartheid ” aux termes de
laquelle les riches sont regroupés à l’intérieur de propriétés sécurisées malgré certains
avantages financiers revenant aux communautés pauvres.
Le classement collectif des éléments positifs du plus élevé au plus faible pour la
CBWR a donné les résultats suivants:
1. La réserve de biosphère engendre une prise de conscience au sujet du développe-
ment durable
2. La réserve de biosphère offre un moyen d’attirer des financements étrangers vers la
région
3. La réserve de biosphère a permis de sensibiliser davantage les gens sur leur inter-
connectivité avec l’environnement naturel
4. & 5. La réserve de biosphère crée une opportunité pour les communautés d’être
impliquées dans les décisions de gestion sur l’avenir de leur région
4 & 5. Le concept de réserve de biosphère constitue un outil par lequel la gestion col-
laborative peut être facilitée en faveur de la région
6. La réserve de biosphère entraîne une visibilité internationale pour la région
7. Une réserve de biosphère est très différente (de manière positive) à une zone pro-
tégée traditionnelle comme un parc national ou une réserve naturelle
8. La réserve de biosphère attire des touristes/des visiteurs
9. La réserve de biosphère crée plus d’emplois dans la région
10. La réserve de biosphère a engendré une augmentation de la valeur des propriétés
Il est intéressant de noter un certain consensus dans les classements supérieurs des élé-
ments liés aux défis et aux aspects positifs. A titre de précision, un certain nombre de
répondants ont mentionné la difficulté de fournir un rapport clair des éléments positifs
car la CBWR n’est active que depuis environ deux ans. C’est pourquoi les aspects positifs
les plus mentionnés sont perçus comme potentiels et ne pourront être réalisés que
lorsque l’entité de gestion est entièrement opérationnelle et dispose des fonds suffisants.
Néanmoins, la plupart s’accordent à dire que la CWBR possède le potentiel de devenir
une réserve de biosphère réellement efficace, un outil par lequel aborder les questions
pressantes telles que le changement climatique et un exemple pour les autres réserves de
biosphère sud-africaines à l’avenir.
Des opinions divergentes ont été données quant à la valeur réelle d’un concept de
réserve de biosphère. Dans cette région particulière, elle est spécialement importante
en raison de la fragilité entre les responsabilités de la municipalité provinciale et l’entité
de gestion de la réserve de biosphère. Les principes de planification régionale sont, en
Pool-Stanvliet • Giliomee 69
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap
tout état de cause, mis à exécution par les autorités locales par le biais de processus de
l’aménagement spatial. Ils sont davantage affinés par le biais du plan-cadre de la réserve
de biosphère. Cependant, une réserve de biosphère classée offre une reconnaissance
internationale aux régions d’importance exceptionnelle d’un point de vue mondial.
Dans plus d’une interview, l’importance de l’utilisation d’une législation adaptée
pour assurer la mise en œuvre de la réserve de biosphère a été soulignée (Johnson 2010,
Volschenk 2010, Le Keur 2011). Ces commentaires doivent être pris en compte à la
lumière d’une absence de mécanismes de mise en vigueur des lois du programme MAB
lui-même (Schliep et al. 2008).
En 2011, la CWBR a approuvé le plan-cadre (Anon. 2011) qui propose un guide
détaillé de la gestion future des terres. Le plan est tracé sur une échelle de 1:5000 uti-
lisant 36 catégories de l’aménagement spatial et est intégrée au sein de cinq autorités
locales impliquées. Ce plan-cadre s’est basé sur les principes de planification bioré-
gionale comme point de départ et fournit un outil de gestion des terres exécutable pour
guider le développement durable futur.
L’un des répondants a soulevé un point de vue intéressant, indiquant qu’une réserve
de biosphère doit être gérée selon des principes commerciaux sérieux bien qu’avec une
certaine souplesse (Holmes 2010). La CWBR est actuellement en train de tester un
nouveau concept de financement des réserves de biosphère qui implique un détache-
ment du financement gouvernemental et un rapprochement avec les financements des
entreprises du secteur privé. L’atout commercial correspond aux opportunités de dével-
oppement et de durabilité proposées par le modèle de réserve de biosphère (Holmes
2010).
La CWBR est perçue de manière généralement positive par l’ensemble des répon-
dants. Une certaine critique directe a également été faite, liée notamment à l’absence
d’implication des communautés historiquement défavorisées dans le cadre du plan de
gestion. Une préoccupation a été exprimée concernant les mécanismes de financements
incertains de la réserve de biosphère. Une solution à long terme pourrait probablement
être trouvée en facilitant des demandes de financement communes pour les réserves
de biosphère sud-africaines auprès des bailleurs de fonds nationaux et internationaux
potentiels. Une facilité appelée “facilité de réseau virtuel technique” (Johnson 2010)
pourrait se révéler utile pour obtenir les contributions des six réserves de biosphère
dans le pays.
Les interviews semi-structurées ont apporté des avis complémentaires par rapport
à l’efficacité de la CWBR. Les résultats descriptifs sont résumés dans le tableau 3. Une
notation générale de 1 à 3 (1 signifiant la non-satisfaction totale aux critères, 2 l’exécution
à mi-chemin et 3 une bonne performance) a été attribuée pour chacune des composantes
basées sur la performance de la réserve de biosphère telle qu’exprimée par les répon-
dants. Sur un total probable de 33, la CWBR a obtenu un score de 24 (72,7%). Ce résultat
placerait la CWBR en troisième position si elle était classée avec les autres réserves de
biosphère sud-africaines, une position basse que l’on peut comprendre du fait que la
réserve de biosphère existe depuis peu.
70 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Tableau 3: Résultats des interviews semi-structurées sur l’efficacité de la réserve de bios-
phère de la région des vignobles du Cap
Classement
Element Resultats descriptifs
24/33
Trois fonctions La CWBR n’est pas encore complètement opérationnelle. La 2
conformément à la fonction de conservation est continuelle et exécutée par les
stratégie de Séville fonctionnaires chargés de la conservation. Une campagne de
de l’UNESCO marketing pour la réserve de biosphère est en place. Les dis-
(Lü et al. 2003, cussions ont été entamées avec l’Université de Stellenbosch
Queensland sur le renforcement de la fonction de recherche. La fonction
Parks and Wildlife de développement doit être liée à l’évaluation des proposi-
Service 2002, tions de développement notamment dans les zones-tampons,
UNESCO 1996, pour refléter les principes de la réserve de biosphère.
2002)
Système de L’ensemble des trois éléments est couvert dans la superficie 3
délimitation des totale de 322 030 hectares. La réserve de biosphère est
zones de trois délimitée en zones centrales de 99 459 ha (31% de la super-
éléments con- ficie totale), zones-tampons de 133 844 ha (42%) et zones de
formément à la transition de 88 727 ha (27%). Les directives pour l’utilisation
stratégie de Séville des terres au sein des zones distinctes sont incorporées dans
de l’UNESCO le plan-cadre de la CWBR.
(UNESCO 1996,
2002, 2008)
Sept critères La CWBR est située au cœur de la région florale du Cap, 3
conformément considérée comme un point chaud pour la conservation
au cadre règle- de la biodiversité dans le monde. La réserve de biosphère
mentaire du se caractérise par ses pentes traversant des altitudes de 20
réseau mondial à 1 860 m au-dessus du niveau de la mer. Sa superficie est
des réserves de respectable (322 030 ha) et est représentative d’une zone bio-
biosphère géographique qui n’est pas encore suffisamment incorporée
(Ervin 2003, dans une réserve de biosphère.
Pressey & Taffs
2001, UNESCO
1996, 2002)
Histoire de la La désignation de la CWBR (anciennement connue sous le 3
nomination nom de Boland BR) a fait suite à un processus de proposition
(Price 2002, de regroupement de réserves de biosphère de Fynbos Biome.
Robertson Vernhes La CWBR remonte initialement à 1998 avec la municipalité
2007, Stanvliet et l’université de Stellenbosch et a été enracinée dans le plan
2009, UNESCO de structure de Stellenbosch. En juin 2005, l’ex-maire exécutif
1996) de la municipalité provinciale de la région des vignobles du
Cap et autres représentants se sont rendus à l’UNESCO à
Paris, France afin de discuter des aspects essentiels du projet
de réserve de biosphère. Une équipe de consultants a été
nommée et financée par la municipalité provinciale pour
compiler la nomination officielle à l’UNESCO. Le processus
comprenait un processus de participation importante du
public, surtout orienté vers les propriétaires fonciers privés
en vue d’obtenir un soutien grandissant pour la réserve de
biosphère.
Pool-Stanvliet • Giliomee 71
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap
Classement
Element Resultats descriptifs
24/33
Classement
Element Resultats descriptifs
24/33
Législation A présent, le concept de réserve de biosphère en Afrique du 1
et soutien du Sud est règlementé sur la base d’une approche de loi flexible.
gouvernement Elle n’est pas incorporée dans la Loi sur les zones protégées
(Dudley et al. 1999, et ne bénéficie donc d’aucun soutien législatif national. La
Hakizumwami région du Cap occidental dispose d’une loi provinciale sur les
2000, Stoll- réserves de biosphère qui sera applicable sur les processus
Kleemann & Job ainsi que les plans-cadres de financement et de préparation.
2008) Le classement par l’UNESCO donnerait lieu à une législa-
tion nationale qui doit néanmoins conserver sa flexibilité.
Insuffisance du soutien du gouvernement. Besoin d’adhésion
du gouvernement national ainsi que de soutien financier pour
les réserves de biosphère. Les réserves de biosphère ont
besoin d’être dotées de moyens pour appliquer les principes.
Partenaires/ Les partenaires stratégiques sont représentés dans l’entité de 2
intervenants gestion de la CWBR. Cependant, un grand nombre d’individus
(Hakizumwami ne sont toujours pas conscients de l’existence de la CWBR.
2000, Queensland La collaboration avec les partenaires et les intervenants reste
Parks and Wildlife un problème en raison du classement récent de la réserve de
Service 2002, biosphère. Les communautés locales restent à être convain-
UNESCO 1996, cues des avantages de la CWBR.
2002)
Menaces/enjeux La croissance de la population et l’expansion urbaine qui 2
(Dudley et al. 1999, l’accompagne posent un défi considérable.
Pasquini 2003, Une direction sur la manière de faire face aux changements
UNESCO 1996, devrait être incorporée dans le plan-cadre de gestion planifiée.
2002) Les populations ne sont pas vraiment conscientes des prob-
lèmes liés au développement durable et de leur interconnec-
tivité avec l’environnement naturel. De plus, les avantages pour
les communautés locales et les propriétaires fonciers privés
sont insuffisants.
L’insuffisance des ressources monétaires est un problème
urgent.
Le besoin d’une gestion collaborative plus importante a été
identifié comme un défi et l’adhésion des intervenants est
donc indispensable.
8. Discussion
Les déclarations ‘une réserve de biosphère concerne les populations (Holmes 2010) et “la
biodiversité est sans prix” (Johnson 2010) résument les aspects devant être incorporés
dans la mise en place de la réserve de biosphère. Pour réussir, une réserve de biosphère
doit donner une voix à tous les niveaux de la société. Cet aspect pourrait parfois s’avérer
problématique. Même en Afrique du Sud, s’efforçant de devenir une vraie nation arc-
en-ciel, il devrait être possible d’obtenir “une unité malgré la diversité” (Johnson 2010)
lorsque la société soutient la même vision à long terme pour la région où elle réside.
L’un des problèmes soulevés par les répondants est le besoin d’une vision et d’objectifs
Pool-Stanvliet • Giliomee 73
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap
bénéficiant d’un large soutien pour la réserve de biosphère. Comme l’observent Schliep
et Stoll-Kleemann (2010), une compréhension des objectifs-clés du programme MAB
et d’une réserve de biosphère individuelle, pourrait faire la différence dans un tel “pro-
cessus de décision aux intervenants multiples”. Ils mentionnent que la coordination de la
réserve de biosphère est “largement dépendante de la capacité des experts à communiquer
les objectifs du programme à tous ceux concernés”.
Les réflexions sur le meilleur moyen d’utiliser la législation existante pour faire
avancer la mise en œuvre de la réserve de biosphère trouvent leur importance particulière
dans le cas de la CWBR. La réserve de biosphère avait ses origines dans les processus de
l’aménagement spatial, guidés par la législation nationale et provinciale d’aménagement
du territoire, notamment la Loi sur les mécanismes municipaux (Municipal Systems
Act) et le Décret sur l’aménagement du territoire provincial (Provincial Land Use
Planning Ordinance).
Dans la section relative à la planification de développement intégré telle que prévue
dans la Loi sur les mécanismes municipaux, il est stipulé que la planification municipale
doit être orientée vers le développement. La Loi prévoit l’élaboration d’un plan de dével-
oppement intégré pour chaque municipalité orientée vers le développement conformé-
ment à la section 26. Elle stipule également un cadre de travail pour le développement
spatial qui formerait la base de la gestion des terres dans le domaine de juridiction de la
municipalité. Le plan de développement intégré guide l’ensemble de la planification et
du développement au sein d’une municipalité.
Le but du Décret sur l’aménagement du territoire provincial (Land Use Planning
Ordinance) de 1985 est de règlementer l’aménagement des terres dans toute la province
du Cap occidental et ce décret stipule les directives relatives à l’élaboration des plans
de structure par les autorités locales. Il accorde à l’autorité locale l’option de soumettre
un plan de structure foncière dans le cadre de son domaine de juridiction, guidant le
développement spatial de la région à laquelle il se rapporte. L’opportunité existe alors
pour une autorité locale de voir ce plan de structure approuvé par les pouvoirs provin-
ciaux aux termes de la section 4 (6) du Décret étant donné qu’un plan doit être respecté
pour les 10 années suivantes. Dans la Province du Cap occidental, les plans de structure
sont élaborés conformément aux principes de planification biorégionale tels que stip-
ulés dans les directives de planification biorégionale de la province (Département du
Plan, Gouvernement local et logement 2000). Ces plans prévoient une base solide pour
le tracé du plan-cadre requis pour les réserves de biosphère.
Conformément à la Constitution d’Afrique du Sud (1996), les municipalités doivent
entre autres, “promouvoir le développement social et économique”et également “promou-
voir un environnement sûr et sain”. Les municipalités sont les prestataires de services les
plus importants pour les résidents et leurs fonctions s’étendent des services environne-
mentaux comme l’eau potable aux services sociaux comme l’éducation et le logement.
Par conséquent, elles sont impliquées dans un exercice acrobatique délicat pour satis-
faire tous les contribuables (résidents et entreprises) tout en protégeant l’environnement.
Puisque les réserves de biosphère sont sujettes aux conflits politiques et changements
d’intérêts politiques (Isacch 2008, Johnson 2010, Stoll-Kleemann 2005), les fluctuations
74 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
9. Conclusion
Le concept de réserve de biosphère est difficile à exécuter voire parfois à comprendre en
raison de la flexibilité innée et inhérente du concept en lui-même qui doit aborder les
aspects des diverses questions biologiques et sociologiques. Ironiquement, la flexibilité
et les nombreuses autres facettes associées aux réserves de biosphère sont la raison pour
laquelle le concept finit par réussir.
Beaucoup de personnes confondent encore la réserve de biosphère avec un type de
zone de conservation (Stoll-Kleemann & Welp 2008) et par conséquent, considèrent
la fonction de conservation comme étant la plus importante ce qui, basé sur les faits,
est incorrect. Certains groupes de la société considèreraient une réserve de biosphère
comme un outil écologique utilisé pour combattre les développements indésirables. Au
contraire, d’autres groupes d’intérêts feraient la promotion de ce que l’on appelle les con-
structions résidentielles durables sur la base de leur emplacement au sein d’une réserve
de biosphère.
Etant donnée la nature pluridimensionnelle du concept de réserve de biosphère, il
est essentiel que le processus sud-africain d’une réserve de biosphère soit complètement
acceptée et soutenue par tous les acteurs pertinents y compris les politiciens au pouvoir.
Mais la politique est bien prouvée que les réserves de biosphère nécessitent une gestion
non-politique pour garantir leur continuité au-delà des mandats de fonctions politiques.
Il a été mentionné que les questions “vertes” ne constituent pas un facteur de mobilisa-
tion politique et ne sont pas considérées comme présentant des avantages politiques
(Johnson 2010, Stoll-Kleemann & O’Riordan 2002) mais l’adhésion politique est requise
pour qu’une réserve de biosphère ait l’impact prévu. Dans la région des vignobles du
Cap, le pouvoir du gouvernement alterne entre le parti national au pouvoir, l’African
National Congress (ANC) et le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique
(DA). Tous deux ont des politiques environnementales qui diffèrent dans leur approche
par rapport aux questions environnementales d’intérêt. La politique environnementale
de l’ANC projette un point de vue humanitaire envers l’environnement. Sa déclaration
de politique étendue explique que “L’ANC croit que tous les citoyens d’Afrique du Sud,
Pool-Stanvliet • Giliomee 75
Étude de Cas de la Réserve de Biosphère de la Région des Vignobles du Cap
présents et à venir, ont le droit de vivre dans un environnement sûr et sain et dans le bien-
être. L’objectif élargi de notre politique environnementale sera de satisfaire ce droit. Dans ce
contexte, la croissance et le développement en Afrique du Sud seront basés sur les principes
de durabilité” (ANC 2011). L’approche de la DA en matière de gestion environnemen-
tale est enracinée dans un document intitulé “Confiants pour la Nation” (DA 2009). Ce
document rapporte en détails le besoin d’un environnement bien géré. La déclaration de
vision commence par ”la durabilité de l’économie sud-africaine et nos efforts pour créer de
nouvelles opportunités pour nos citoyens reposent sur la bonne gestion de notre environne-
ment et l’économie d’énergie autant pour les générations actuelles que futures.” Là où la
DA encourage un esprit responsable, de protection de l’environnement, l’ANC soutien
une approche plus centrée sur les êtres humains avec une priorité sur l’accès équitable
aux ressources (aussi bien renouvelables que non-renouvelables) et la participation du
public dans la gestion des ressources. Mention est fait de l’objectif d’éliminer l’impact
environnemental négatif de l’ancien régime d’apartheid. Dans un document de position
sur les réserves de biosphère sud-africaines, l’absence d’intérêt et de soutien politique
a été notée comme un défi à l’exécution du concept de réserve de biosphère (Groupe
de travail sur les réserves de biosphère sud-africaines 2008). Ainsi, chaque réserve de
biosphère doit se placer de manière à trouver une affinité avec les pouvoirs politiques et
leurs structures de décisions.
Le concept de réserve de biosphère est traité au niveau national comme mécanisme
de soutien au système des zones protégées. Le gouvernement national a élaboré une
stratégie d’expansion des zones protégées dans laquelle les réserves de biosphère sont
mentionnées comme zones de conservation parce qu’elles ne sont pas officiellement
proclamées aux termes de la législation des zones protégées. Les zones de conservation
sont reconnues comme un mécanisme complémentaire important pour la réalisation
des objectifs nationaux de conservation (Département des Affaires environnementales
et du Tourisme 2007).
Malgré l’importance de noter les différentes approches politiques aux questions
environnementales et la fausse idée générale des réserves de biosphère en tant que
simples zones de conservation, il est indispensable de promouvoir le concept de réserve
de biosphère comme un outil de gestion des terres socio-écologique durable. La valeur
d’utiliser le concept de réserve de biosphère repose dans sa capacité à s’étendre entière-
ment au-delà de la conservation de la biodiversité en donnant une priorité égale aux
questions socio-économiques (Stanvliet & Parnell 2006). Ainsi, s’il est soigneusement
exécuté, le concept de réserve de biosphère s’accompagne d’un avenir dans le contexte
sud-africain en tant que mécanisme de soutien à la stratégie d’expansion des zones
protégées.
La valeur intrinsèque du concept de réserve de biosphère est réalisée par la CWBR.
Bien qu’elle n’en soit qu’à ses débuts, la CWBR offre le potentiel de devenir un outil plu-
ridisciplinaire bien géré qui guidera les décisions futures de gestion des terres en soutien
au développement durable.
76 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Références
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de la politique environnementale). URL: [Link] (accédé le
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2010 (Projet de cadre de travail pour l’établissement d’un comité de gestion pour la
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5
Proteger la Reserve de Biosphere de Bia en
vue de L’amelioration de la Conservation de
la Biodiversite au Ghana
Protecting Bia Biosphere Reserve for Improved Biodiversity
Conservation in Ghana
EMMANUEL SALU 1
Résumé
La réserve de Bia a été créée en 1935 et tire son nom du fleuve Bia qui se jette dans
la zone. Elle est située dans les provinces de Juabeso et de Bia de la région Ouest
du Ghana, à côté de la frontière avec la Côte d’Ivoire à une altitude de 170 à 240
mètres au-dessus du niveau de la mer. La végétation est composée d’une forêt humide
d’arbres à feuilles persistantes et semi-caduques.
L’agriculture intensive de cacao a détruit une grande partie de la végétation origi-
nale de la réserve. En 1974, elle a été classée officiellement comme parc national et
depuis 1975, aucune activité humaine de style agriculture ou abattage des arbres n’a
eu lieu. En 1985, le parc a été classé comme réserve de biosphère et site du patri-
moine mondial de l’UNESCO.
La réserve de biosphère de Bia remplit les trois fonctions fondamentales des
réserves de biosphère qui se renforcent mutuellement à savoir:
• contribuer à la conservation des paysages, écosystèmes et variétés génétiques;
• contribuer au développement durable de l’environnement socioculturel; et
• soutenir la recherche scientifique, l’éducation et le partage d’informations.
Le projet de l’UNESCO intitulé ‘Réserves de biosphère pour la conservation de la bio-
diversité et le développement durable en Afrique anglophone” (BRAAF 1995–1999) a
encouragé l’élevage d’escargots et la culture de champignons dans la zone-tampon en
vue de réduire la pression sur les ressources du parc en harmonie avec les besoins de
la population locale. Des dons de moulins pour le traitement du manioc ont été remis
aux zones de Kwamebikom et Adjoafua entourant la zone centrale pour générer des
revenus de subsistance.
Par le biais de séminaires de sensibilisation dans la réserve, les communautés
locales ont pris conscience du besoin de protéger la forêt et les animaux. Le Projet
de développement des zones protégées financé par l’Union européenne, a encouragé
le travail des volontaires d’ONG et la formation de zones de gestion des ressources
communautaires (CREMA).
Des inventaires d’espèces végétales et des études écophysiologiques ont été effec-
tuées dans la réserve. Une redéfinition de la zone-tampon pour assurer la protection
complète de la zone centrale est requise.
Mots-clés: Réserve de biosphère; Bia; Ghana; conservation; information; éducation
Abstract
The Bia Reserve was created in 1935 and named after the Bia River which drains the
area. It is located in the Juabeso and Bia Districts of the Western Region of Ghana near
the Ivory Coast border on an elevation between 170 and 240 meters above sea level.
The vegetation is moist evergreen and moist semi-deciduous forest.
Intensive cocoa farming destroyed much of the original vegetation in the reserve.
In 1974, it became an official national park and since 1975, no human activity like
farming or logging has taken place. In 1985, the park was declared both a biosphere
reserve and a UNESCO World Heritage site.
Bia Biosphere Reserve fulfils the three basic functions of biosphere reserves which
are mutually reinforcing, namely:
• contributing to conservation of landscapes, ecosystems and genetic variety;
• contributing to socio-cultural ecologically sustainable development; and
• supporting scientific research, education and information exchange.
UNESCO’s project named “Biosphere Reserves for Biodiversity Conservation and
Sustainable Development in Anglophone Africa” (BRAAF 1995–1999) promoted snail
and mushroom farming in the buffer zone to reduce pressure on the park’s resources
in line with the needs of the local population. Corn mills for processing cassava were
donated to Kwamebikom and Adjoafua around the core zone for income generation.
Through the awareness seminars in the reserve, the local communities became
aware of protecting the forest and the animals. The Protected Areas Development
Project funded by the European Union, promoted NGO volunteer work and the for-
mation of community resource management areas (CREMAs).
Inventories of plant species and eco-physiological studies were carried out in the
reserve. There is the need for the re-delineation of the buffer zone to ensure com-
plete protection of the core area.
Keywords: Biosphere reserve: Bia; Ghana; conservation; information; education
Salu 83
Protéger la Réserve de Biosphère de Bia en vue de la Conservation de la Biodiversité
1. Introduction
La réserve de Bia a été créée en 1935 à côté du fleuve Bia qui se jette dans la zone. Elle
est située dans les provinces de Juabeso et de Bia de la région Ouest du Ghana, à côté
de la frontière avec la Côte d’Ivoire (Figure 1). Ses limites ont été démarquées entre 1937
et 1939 et en 1940, le statut a été élevé au niveau de réserve pour ressources de bois et
pour la protection du système de ligne de partage des eaux entre le fleuve Bia et le fleuve
Manzan qui s’écoule dans le fleuve plus
grand de Komoe dans la Côte d’Ivoire. Elle
se situe entre les latitudes 60 20' et 60 38' N
et les longitudes 20 58' et 30 58' W, entre la
réserve forestière de Sukusuku à l’ouest et
celle de Bia Tawya au sud (Figures 2 et 3).
Ces deux réserves forestières ont été empié-
tées et ont donné place à des plantations de
cacao. Ainsi, Bia est une île écologique de
forêts dans un océan de cacao. La réserve de
La réserve de biosphère de Bia couvre Biosphère de Bia
306 km2et comprend une zone centrale, le
parc national de Bia (77,7 km²) au Nord,
la réserve de ressources adjacente de Bia
dans la zone-tampon (227,9 km²) au sud
et une zone de transition de 837 km2. La
région est généralement plate avec des alti-
tudes s’élevant jusqu’à 168 m près du camp Figure 1: Carte du Ghana montrant la réserve
de Manso et environ 238 m à Radio Hill de biosphère de Bia
(Figure 2).
1.1 Climat
Le climat se caractérise par des pluies deux fois par an, les plus fortes précipitations
tombant en mai-juin et en septembre-octobre. La pluviométrie annuelle est de 1500
à 1800 mm et les températures mensuelles moyennes sont de 24°C à 28°C. L’humidité
relative est élevée: entre 90% la nuit et 75% l’après-midi. Pendant la saison sèche, de
décembre à début mars, les vents secs d’harmattan soufflent en provenance du Sahara.
1.3 Végétation
Bia se trouve dans la zone de transition entre la zone de forêt humide d’arbres à feuilles
persistantes au sud et la zone de forêt humide semi-caduque au nord. Des zones
marécageuses sont présentes dans la forêt. La forte pluviométrie et les sols fertiles de
Bia ont donné naissance à certains des arbres les plus hauts d’Afrique de l’ouest, certains
atteignant une hauteur de plus de 60 m. En termes de diversité ou rareté des espèces,
la flore de Bia est cependant moins spectaculaire (Hall & Swain 1981). Les dix arbres les
plus communs à Bia sont le Chrysophyllym spp., Corynanthe pachyceras, Pycnanthus
angolensis, Piptadeniastrum africanum, Celtis spp., Triplochiton scleroxylon, Nesogordonia
papaverifera, Terminalia superba, et Dialium aubrevillei. Les plantes émergentes sont
dominées par les espèces de Sterculiacées (Pterygota macrocarpa, Triplochiton),
Ulmaceae (Celtis spp.), Ceiba pentandra, Entandrophragma spp., et Terminalia superba.
Les brèches dans la canopée forestière sont souvent occupées par des espèces invasives
étrangères de type Chromolaena odorata (herbe du Laos).
Le garde-forestier qui a amené les membres du comité national Homme et Biosphère
dans la réserve de biosphère de Bia a confirmé que les meilleures sections des forêts
fermées se trouvaient entre le camp des Colobes et celui des Chimpanzés sur la voie
limitrophe entre la zone centrale et la zone-tampon.
2. Déclaration de problème
Depuis les années 1940, la forêt a été moissonnée à un taux annuel de 5% et des grandes
portions de ressources forestières ont été perdues. De 1956 à 1998, la déforestation inten-
sive a été pratiquée dans la réserve de biosphère de Bia. La culture intensive de cacao a
détruit une grande partie de la végétation originale. En 1974, elle a été classée officielle-
ment en tant que parc national et depuis 1975, aucune activité de culture ou d’abattage
du bois n’a eu lieu. En 1985, elle a été classée réserve de biosphère et site du patrimoine
mondial de l’UNESCO. La Division de la Faune de la Commission forestière du Ghana
sous la tutelle du Ministère du Cadastre, des Eaux et forêts et des mines a établi une
stratégie pour préserver la réserve de biosphère intacte. Le comité national Homme et
Biosphère au Ghana soutient les efforts d’amélioration de la situation.
3. Objectifs de la recherche
La recherche vise à déterminer certains des avantages pratiques découlant de la réserve
de biosphère de Bia et les moyens devant être mis en œuvre pour réaliser les buts de la
réserve.
4. Méthodes
L’étude a impliqué une étude de publication des revues disponibles, une visite du comité
national Homme et Biosphère (MAB) dans la zone où des interviews se sont déroulées
avec les communautés de la zone ainsi qu’un voyage d’étude personnel dans la réserve et
auprès des communautés pour des entretiens, échantillonnages et analyses des enjeux.
86 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
5. Résultats de la recherche
Les revues démontrent que les fonctions fondamentales des réserves de biosphère
comprennent:
• contribuer à la conservation des paysages, écosystèmes et variétés génétiques;
• contribuer au développement durable de l’environnement socioculturel; et
• soutenir la recherche scientifique, l’éducation et le partage d’informations (UNESCO
1996).
La réserve de biosphère de Bia remplit ces trois fonctions fondamentales de réserves de
biosphère qui se renforcent mutuellement.
L’étude des rongeurs et chauves-souris (PADP 1998) a indiqué une grande diversité dans
la réserve de ressources et le long des lisières de forêts. On peut s’attendre à ce que
d’autres espèces s’ajoutent à la liste de chauves-souris si des échantillons de la canopée
sont prélevés. Plus de 200 espèces d’oiseaux ont été enregistrées y compris les perroquets
à calotte rouge, les huppes des bois, le moucherolle de Tessman, les chouettes hulottes et
les serpentaires. Plus de 650 espèces de papillons ont été observées à Bia.
5.1.4 Oiseaux
Plus de 203 espèces différentes d’oiseaux ont été enregistrées par les études orni-
thologiques au Parc national et la réserve de ressources de Bia (Dowsett-Lemaire &
Dowsett 2005). Huit espèces globalement menacées ont été enregistrées à Bia mais la
pintade à poitrine blanche (Agelastes meleagrides) a été vue pour la dernière fois en 1953
88 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
et est considérée éteinte. Le bulbul à queue verte (Bleda eximius) est rare à Bia. Quatre
espèces se trouvent dans la catégorie ‘Menacée de disparition’: Le canard d’Hartlaub
(Pteronetta hartlaubi), les grands calaos à joues brunes (Bycanistes cylindricus et le calao
à casque jaune Ceratogymna elata) (aucun enregistrement depuis 1991) et l’étourneau
rare (Lamprotornis cupreocauda). Il est possible que les grands calaos à joues brunes
aient été exterminés par la chasse; ils sont sujets aux mouvements locaux suite aux
opportunités de plantations d’arbres fruitiers et pourraient revenir si la protection était
renforcée. Les données sont insuffisantes en ce qui concerne le bulbul (Phyllastrephus
baumanni) et l’oiseau gobe-mouches (moucherolle de Tessman)(Muscicapa tessmanni)
qui a l’un des plus beaux chants de tous les oiseaux de forêt. Il n’est pas rare à Bia.
5.1.5 Reptiles
Peu d’informations sont disponibles sur les reptiles mais Bia pourrait accueillir une
faune reptilienne inédite. Les reptiles confirmés comprennent dix espèces de serpent, le
Varan du Nil (Varanus niloticus), La tortue terrestre articulée (Kinixys erosa) et le croco-
dile nain (Osteolaemis tetraspis) (MES 2002).
5.1.6 Amphibiens
En tant que groupe de vertébrés le moins connu à Bia, la liste des amphibiens pourrait
être largement augmentée si des experts sont sollicités ou encouragés par la Division de
la faune. La diversité des grenouilles arboricoles, en particulier, semblerait très élevée
en raison de l’humidité toujours importante, relativement en hauteur dans la canopée
fermée. Il ne serait pas irréaliste de penser que des études détaillées et un échantillon-
nage de la canopée pourrait engendrer de nouvelles espèces inconnues dans le monde
scientifique.
5.1.7 Poissons
Au cours de l’étude de l’ictiofaune de 2009, les étangs des zones protégées étaient presque
secs, chauds, boueux et perturbés par l’activité des éléphants. Ils contenaient pourtant
16 espèces différentes. Deux d’entre elles, le Sarotherodon galilaeus multifasciatus et
l’Epiplatys chaperi étaient endémiques à la région ictiofaunique éburnéo-ghanéenne.
Toutes deux s’adaptent à l’environnement et sont répandues dans la région.
Deux autres espèces, le Clarias buettikoferi et leBarbus bigornei, n’avaient auparavant
pas été enregistrées au Ghana et sont des habitants ictiofauniques de la Haute Guinée et
de la région éburnéo-ghanéenne. Toutes les autres espèces (sauf peut-être un spécimen
non identifié de Barbus) appartiennent à la région ichtyofaunique sahélo-soudanaise
(MES 2002).
5.1.8 Invertébrés
On détient peu d’informations sur la diversité étonnante d’invertébrés susceptible
d’exister à Bia, ce qui pourrait donner lieu à une étude de recherche dans l’avenir. Cette
recherche permettra de découvrir de nombreuses espèces jusqu’alors inconnue au monde
scientifique. Les papillons ont été étudiés dans une certaine mesure. Le Ghana accueille
une faune de papillons totale de presque 900 espèces (EPA 2004). Cette population
Salu 89
Protéger la Réserve de Biosphère de Bia en vue de la Conservation de la Biodiversité
représente 90% de tous les papillons connus de l’Ouest du fossé du Dahomey, une car-
actéristique biogéographique importante qui sépare les forêts tropicales humides le
plus à l’ouest de l’Afrique des forêts équatoriales principales. La grande partie de ces
900 espèces correspond à des papillons de forêt purs, présentant des degrés divers
d’adaptation à la dégradation de la forêt. En tant que tels, les papillons sont souvent cites
comme indicateurs de santé des forêts et de la biodiversité. Très peu d’inventaires de
papillons existent quelle que soit la région d’Afrique de l’ouest. Les quelques rares études
effectuées (Larsen 2001, 2006) identifient Bia comme l’une des forêts restantes et impor-
tantes pour les papillons au Ghana. Jusqu’à présent, 404 espèces ont été répertoriées
à Bia et l’estimation atteignait 652 espèces représentant 73% des espèces de papillons
connues au Ghana.
Debisohene. La légende raconte que deux petits étangs dans la roche ne sèchent jamais
et des sacrifices et cadeaux sont offerts à cet endroit. Aucune habitation humaine per-
manente n’y a existé. Seuls quelques camps de chasseurs temporaires y ont été installés
lorsque la zone a été indexée. Cependant, la politique est que si les gens sont désireux de
visiter le site, ils peuvent demander la permission et en cas de découverte de relique, le
conseil du Musée National et du Conseil des Monuments devrait être recherché.
espèces qu’ils auraient trouvées et de mettre à disposition des paires de jumelles et livres
de référence pour apprendre à identifier les oiseaux.
d’être peu à peu recolonisée par une végétation naturelle comme le montrent les images
par satellite du même emplacement exact, au sud de Benkasa. La Division de la faune a
pour politique de permettre à la nature de recoloniser les sites affectés (Figure 6).
En 1998 ces pistes faisaient 20 m de largeur. En 2003 les pistes avaient été largement
recolonisées.
Figure 6: Images par satellite de la régénération de la réserve forestière
de la faune, des représentants des groupes de jeunesse au sein des communautés, deux
représentants de deux Conseils régionaux; un représentant du service de la Police, un
représentant du service des Pompiers, deux agriculteurs et autres membres cooptés.
L’organisation des réunions a fait l’objet de problèmes de fonds. Il est convenu que la
Division de la faune devrait soutenir les activités du PAMAB (Figure 8).
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Salu 99
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6
Biodiversité et Utilisation Durable des
Ressources Naturelles: Cas de la Réserve de
Biosphère de la Mare aux Hippopotames du
Burkina Faso
Biodiversity and the Sustainable Use of Natural Resources:
the Case of the Mare aux Hippopotames Biosphere Reserve in
Burkina Faso
Résumé
La réserve de la biosphère de la mare aux hippopotames constitue depuis 1987 une
expérience à suivre dans le cadre de la politique de développement intégré et par-
ticipative avec le Programme National de Gestion des Terroirs (PNGT) et l’Office
National des Aires Protégées (OFINAP).
La région est caractérisée par deux faits majeurs en matière de ressources
naturelles et de système de gestion qui sont à la base de l’offre et de la demande en
matière de recherche:
• Les énormes potentialités naturelles et agricoles;
• L’environnement en mutation dû à une forte pression migratoire, à l’évolution des
systèmes de production et à la dégradation des ressources naturelles.
Les activités de recherches conduites depuis plus d’une dizaine d’année visent à
soutenir la conservation et l’utilisation durable des ressources naturelles.
Les résultats obtenus sur la végétation montrent un pourcentage élevé des forma-
tions Guinéo-Congolaises (61,7%) et indiquent que les galeries de la forêt classée de la
mare aux hippopotames ont beaucoup d’affinités floristiques avec les formations for-
estières Guinéo-Congolaises. Elles constitueraient une relique d’une formation boisée
Abstract
Since 1987, the Mare aux Hippopotames Biosphere Reserve constitutes an experi-
ment within the framework of integrated and participative development policy with
the National Land Management Programme (Programme National de Gestion des
Terroirs — PNGT) and the National Office for Protected Areas (Office National des
Aires Protégées — OFINAP).
The region is distinguished by two major characteristics related to natural
resources and the management system which are at the root of the supply and
demand of research:
• Great natural and agricultural potential;
• A changing environment due to strong migratory pressures, evolving production
systems and the deterioration of natural resources.
The research activities that have been conducted for more than a decade aim to
support conservation and the sustainable use of natural resources.
The results obtained on vegetation show a high percentage (61.7%) of Guineo-
Congolese formations and indicate that the classified gallery forests of the
Hippopotamus Lake and the Guineo-Congolese forest formations have many floristic
similarities. They are considered to be a relic of former wooded formations. Through
surveys and analysis of aquatic vegetation, it was discovered that the water courses
are ascent paths for Guinean flora in the Sudanese region. These various chorological
102 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
characteristics emphasize the originality of this flora which adapted to very special
environmental conditions.
Results were obtained on ichthyological fauna, which comprises 37% of some
hundred species of fish recorded in Burkina Faso; on birds, which are the best indica-
tors of the environment’s state and on hippopotami and land fauna which reveal the
anthropogenic impact on various surroundings more [Link] regard to socio-
economic phenomena, results were obtained on the impact of agricultural practices,
traditional stock farming and migrations on the natural resources.
The surveys revealed that the different socio-professional groups have multiple
and various interests in the reserve. As far as the populations’ resource needs are
concerned, pastures are in fourth place, after medicinal plants, firewood and fish. In
other respects, bush fires and excessive logging constitute the main causes of vegeta-
tion deterioration, whereas stock farming and agriculture are in third and fourth place,
respectively. If the management plan within the context of the biosphere reserve
concept is successful, it would serve as a model for the sustainable use of natural
resources, preserving other endangered forests in the country.
Key words: Ecosystems, biodiversity, anthropogenic activities, biosphere reserve,
Burkina Faso
1. Introduction
Les épisodes de sécheresse qui ont affecté les régions sahéliennes en Afrique (1910, 1914,
1940–1944, 1970–1974) ont eu des conséquences graves tant sur le plan économique que
social.
Mais c’est la grande sécheresse qu’à connue la zone soudano-sahélienne à partir de
1968 et qui s’est aggravée en 1972–1973, mettant en exergue le phénomène de la déserti-
fication, qui a conduit les Etats concernés et leurs partenaires à prendre des mesures qui
se sont traduites notamment par:
• la création des structures régionales dont le Comité Permanent Inter-états de Lutte
Contre la Sécheresse au Sahel (CILSS) avec ses instituts spécialisés, le renforcement
de la représentation de l’Union Mondiale pour la Nature (UICN) au Burkina Faso;
• le renforcement des aides et interventions dans le cadre des accords bilatéraux et
multilatéraux en matière de préservation de l’environnement et de développement
durable;
• l’intervention de diverses organisations non-gouvernementales (ONG) aux côtés des
structures de l’état dans la lutte contre la pauvreté;
• l’impulsion et le renforcement des capacités scientifiques et techniques en matière de
recherche sur l’environnement et la gestion des ressources naturelles.
Le Burkina Faso est un pays enclavé, sans débouché direct sur la mer. Le pays a un
climat de type tropical sec avec deux saisons bien marquées: une saison pluvieuse et une
Poda • Belem • Dibloni • Coulibaly • Ouedraogo 103
Cas de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames du Burkina Faso
La zone est formée d’une plaine relativement plate, dont l’altitude varie entre 300
et 320 m. Elle est coupée en deux par la Leyessa, affluent du Mouhoun qui constitue la
limite Ouest (Figure 1). La région se situe dans le climat sud-soudanien. La pluviométrie
moyenne annuelle est de 1 100 mm avec une température moyenne annuelle de 28°C.
La forêt classée de la mare aux hippopotames renfermerait une part importante de
la flore et de la faune de deux régions biogéographiques, la zone soudanienne et la zone
soudano-guinéenne (Bognounou 1979, CNRST 1980). Cette forêt constitue, parmi les 3
800 000 hectares de forêts classées, de réserves de faune et de parcs nationaux, une des
mieux conservées du Burkina Faso.
Pour contrer la tendance de dégradation des ressources naturelles et préserver ses
aires de protection de la faune d’intérêt mondial, le site de la réserve de biosphère a
bénéficier de plusieurs appuis dont celui du Fonds Mondial pour l’Environnement
(FEM) par l’entremise de la Banque Mondiale des financements en terme de dons. De
part son statut écologique (forêt classée, site Ramsar et Réserve de Biosphère), la zone a
fait l’objet de plusieurs études dont les principales ont trait aux ressources hydrauliques,
fauniques, forestières et piscicoles.
Compte tenu des besoins de recherche, de protection participative du patrimoine
naturel, les autorités burkinabè ont proposé à plusieurs reprises, cette forêt comme une
réserve de la biosphère (Bonkoungou et al. 1984).
Convaincu de l’importance de la forêt de la mare aux hippopotames au point de
vue de la conservation, de l’intérêt pour les connaissances scientifiques et des valeurs
humaines qu’elle permet de mettre au service du développement intégré de la région,
l’UNESCO a accepté en 1987 de l’inscrire dans le réseau international des réserves de la
biosphère. De part ses richesses en biocénoses tant aquatiques que terrestres, la réserve
de la biosphère de la mare aux hippopotames a toujours fait l’objet d’une attention par-
ticulière pour les besoins de protection, de recherche et de développement. L’approche a
reposé sur une large assise nationale rassemblant les représentants:
• des populations locales (responsables coutumiers, délégués de village, etc.)
• de l’administration (Préfet et responsables des services locaux)
des ministères concernés (Environnement et Eau, Enseignement Supérieur et Recherche
Scientifique, Plan, Tourisme, administration du territoire, etc.).
Cette coopération vise à trouver des stratégies pratiques applicables de manière
durable, en vue de régler les problèmes socio-économiques complexes qui se posent
dans la région. L’établissement d’un dialogue entre les différents groupes s’est fondé sur
la nécessité d’intégrer la conservation et le développement.
Le programme de gestion qu’implique une réserve de biosphère, vise à associer plus
que par le passé les populations et les autorités locales.
La gestion combinée des forêts et des terroirs du PNGT (Programme National de
Gestion des Terroirs) et de l’Office National des Aires Protégées (OFINAP) est rendue
nécessaire pour les raisons suivantes:
• la gestion des ressources naturelles constitue un défi à relever dans la mesure où ces
ressources sont soumises à de graves pressions dues au défrichement massif;
106 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
essentielles qui se posent aux pays arides à savoir comment concilier la conservation des
écosystèmes et des ressources biologiques avec leur utilisation durable dans le contexte
de la pauvreté croissante?
Mais quelle est la situation de la biodiversité dans la réserve de biosphère de la mare
aux Hippopotames et quelles sont les leçons apprises dans la gestion de la biodiversité ?
Sur la base de la confrontation des besoins exprimés par les utilisateurs des produits
de la recherche et des acquis antérieurs, les activités de recherche ont été définis pour
la zone.
Ces activités doivent mettre au point des innovations sociales, des expérimentations
de méthodes participatives des populations à la gestion durable des ressources.
Pour mener à bien ces activités de recherche, une équipe pluridisciplinaire et pluri-
institutionnelle a été mise en place, elle regroupe des structures nationales et région-
ales de recherche et de formation ayant un lien avec l’environnement ou son utilisation,
divers organismes des Nations Unies dont l’UNESCO.
2. La forêt est une source d’appoint en nourriture l’exercice du droit d’usage (ramassage
de fruits, de champignons, de feuilles pour la sauce, de plantes médicinales, la pêche)
fournit beaucoup d’éléments indispensables à la vie quotidienne des populations.
3. Les habitants pour la plupart agriculteurs bénéficient du micro-climat de la réserve
qui se répercute favorablement sur les cultures pluviales.
4. Les jeunes générations qui n’ont pas vécu l’acte de classement de la forêt, l’apprennent
de bouche à oreille; les anciens leur montrent les limites et les bornes de la forêt et
leur indiquent aussi leurs droits et devoirs vis à vis de la forêt et de la mare; cet esprit
à permis de développer un sentiment de responsabilité collective des populations vis
à vis de la protection de la forêt.
5. Les migrants savent que la forêt est classée; les champs leur sont attribués en dehors
de la forêt. Toutefois, ils n’ont pas les mêmes pratiques que les autochtones. Ainsi, le
long des limites de la forêt, plusieurs hameaux de cultures de migrants se constituent
progressivement en villages permanents et des éleveurs s’installent en permanence
entraînant l’extension des aires de cultures et de pâturage.
6. La pêche artisanale et coutumière est pratiquée sur la mare à côté du groupement de
pêcheurs professionnels venus des villages environnants et encadré par le conserva-
teur, ces activités constituent un pôle économique non-négligeable pour la région.
7. Sur le plan des infrastructures, la réserve de la biosphère contribue à l’amélioration
des conditions de vie des populations riveraines (agroforesterie, radio communau-
taire, artisanat, activités génératrices de revenus).
8. Les autorités administratives et politiques de la région sont très attachées à la forêt et
à la mare, tous les acteurs souhaitent que la réserve de la biosphère soit une réalité et
que soit soutenu l’esprit de sauvegarde des ressources naturelles au service du dével-
oppement à cette époque où l’agressivité climatique et les pressions humaines sur
l’environnement s’amplifient.
Ce constat montre que la coopération au niveau local est de plus en plus souhaitée pour
une bonne gestion des ressources.
Pour inverser les tendances de dégradation de l’environnement, une vision concertée
de la réserve de biosphère (MAB/UNESCO) et des programmes de gestion des terroirs
(PNGT) et de conservation (OFINAP) peut être envisagée en tant qu’approche pour
sauvegarder les ressources naturelless de la région tout en participant à son développe-
ment (Bonkoungou & Poda 1987). La gestion combinée des forêts et des terroirs est
rendue nécessaire pour les raisons suivantes:
(a) La gestion des ressources naturelles constitue un défi à relever dans la mesure où ces
ressources sont soumises à de graves pressions anthropiques et climatiques.
(b) La forêt et la faune encore existantes constituent un patrimoine précieux de la diver-
sité biologique, mais sont également gravement menacées.
(c) La demande croissante en bois de feu de Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays,
exerce une pression de plus en plus forte sur les forêts naturelles dont celle de la
réserve de biosphère de la mare aux hippopotames situés à 60 km de Bobo-Dioulasso.
Poda • Belem • Dibloni • Coulibaly • Ouedraogo 113
Cas de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames du Burkina Faso
(d) Les activités de gestion des terroirs qui ont été lancées dans les villages ont donné des
résultats très encourageantes et méritent d’être amplifiées dans la région de la réserve
de biosphère.
(e) Le plan de gestion des réserves de biosphère constitue un atout et un outil précieux
pour réussir la gestion combinée.
La réserve de la biosphère de la mare aux hippopotames constitue un excellent moyen
d’intégrer conservation et mise en valeur en tirant partie de la participation des popula-
tions locales et de ses connaissances scientifiques. De ce point de vu le concept de réserve
de biosphère du programme l’Homme et la Biosphère (MAB) augmente les chances de
succès du programme de développement régional en matière de gestion des terroirs.
5. Conclusion
Le Burkina Faso comme tous les pays sahéliens, est frappé par la sécheresse et la dégrada-
tion des ressources naturelles. Cette situation entraîne les migrations des zones dégradées
au Nord vers les meilleures zones au Sud. C’est dans cette dernière région particulière-
ment favorable à l’agriculture que le Burkina Faso expérimente le concept du programme
de l’UNESCO l’homme et la biosphère (MAB) avec la forêt classée de la mare aux
114 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
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Poda • Belem • Dibloni • Coulibaly • Ouedraogo 115
Cas de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames du Burkina Faso
Résumé
Le complexe montagneux de Waterberg, berceau de la Réserve de biosphère de
Waterberg (WBR) est situé dans la province du Limpopo en Afrique du Sud. La
WBR a été classé par l’UNESCO en 2001 en vertu du programme MAB (Homme et
Biosphère).
La WBR se caractérise par une topographie complexe, comprenant six types de
végétation différente avec une biodiversité élevée et une densité de population faible.
Au cours des deux dernières décennies, la WBR a été soumise à une conversion
remarquable par rapport à l’utilisation de la terre, passant de pratiques agricoles tra-
ditionnelles à l’élevage de gibier et l’écotourisme. Bien que la WBR soit délimitée en
zones principales, tampons et de transition, une nouvelle structure s’est avérée indis-
pensable en raison des divers enjeux la confrontant. En résultat, un plan de gestion de
la réserve de biosphère a été achevé en 2011, reflétant une expansion de la réserve
de biosphère de la superficie de 654 000 ha actuelle à une superficie dépassant les
1750 000 ha. Le plan de gestion a été adopté par l’autorité locale responsable et
est utilisé pour orienter le développement futur au sein de la réserve de biosphère.
La WBR utilisera le processus de révision sur 10 ans de l’UNESCO pour faire une
demande d’expansion de la zone de la WBR en faveur d’une réserve de biosphère
entièrement opérationnelle qui englobera la protection de l’environnement et les
divers enjeux socio-économiques.
Ce document traite du contexte relatif au besoin d’aménagement du territoire et
à la planification de la gestion dans le cas de la réserve de biosphère de Waterberg, du
1 Waterberg Biosphere Reserve, P.O. Box 907, Vaalwater, 0530, Afrique du Sud · E-mail: rupertbaber@yebo.
[Link]
116
Baber • Abram 117
Élaboration d’un Plan de Gestion pour la Réserve de Biosphère de Waterberg
processus suivi, des résultats obtenus et des projets identifiés pour aborder les enjeux
et les opportunités de l’avenir.
Mots-clés: Waterberg; réserve de biosphère; plan de gestion; écotourisme; utilisa-
tion de la terre; gouvernance
Abstract
The Waterberg Mountain Complex, home to the Waterberg Biosphere Reserve
(WBR), is located in the Limpopo Province of South Africa. The WBR was designated
by UNESCO in accordance with the MAB (Man and the Biosphere) Programme in
2001.
The WBR is topographically complex, comprises six different vegetation types and
has a very high biodiversity with low population numbers. During the last two decades
the WBR has experienced a marked conversion in land use from traditional agricul-
tural practices to game farming and ecotourism. Although the WBR is delineated into
core, buffer and transition areas, the need has arisen for a new arrangement due to
various challenges facing the WBR. Subsequently a biosphere reserve management
plan was completed in 2011 that reflects an expansion of the biosphere reserve from
the current 654 000 ha to over 1 750 000 [Link] management plan has been adopted
by the relevant local authority and is used to guide future development within the
biosphere reserve. The WBR will use UNESCO’s 10 year review process to apply for
the expansion of the WBR area towards a well-functioning biosphere reserve that will
address protection of the environment as well as various socio-economic challenges.
This paper addresses the context of the need for land use and management plan-
ning in the case of the WBR, the process followed, the outcomes achieved and the
projects identified to address the challenges and opportunities of the future.
Key words: Waterberg; biosphere reserve; management plan; ecotourism; land use;
governance
1. Introduction
Les réserves de biosphère n’ont pas de statut légal aux termes de la législation sud-afric-
aine. Dans les années suivant l’établissement de la réserve de biosphère de Waterberg, il
a été reconnu que pour que l’existence de la réserve ait une incidence sur les pratiques
d’utilisation des terres — une condition indispensable pour l’exécution de son mandat
de conservation et de développement durable — il était nécessaire d’amorcer un pro-
cessus non seulement d’amélioration de la planification stratégique mais également
d’engagement auprès des divers niveaux du gouvernement qui détiennent l’autorité légale
sur les questions d’utilisation des terres. L’élaboration d’un plan de gestion pour la réserve
de biosphère de Waterberg devait être un effort collaboratif entre le gouvernement et la
118 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Sud, à environ 150 km au nord de Prétoria. Il est intégré dans le biome de savanne, à une
distance proche du tropique du Capricorne et de la frontière du Botswana. La figure 1
illustre l’étendue du WMC, la réserve de biosphère de Waterberg actuelle (WBR), d’une
superficie de 654 033 ha et le plan d’expansion de la réserve de biosphère de Waterberg
(Exp-WBR), d’une superficie de 1 727, 614 ha.
La topographie du WMC est assez complexe, caractérisée par une série d’importants
remparts en grès aux formes incurvées avec des plis rocheux, des inselbergs (montagnes-
îles), des ravins profonds, des plateaux sablonneux et des collines aux pentes douces. La
complexité de la topographie fournit le terrain à une richesse de biodiversité de micro-
habitats et permet de soutenir une grande partie de cette biodiversité. L’influence de
l’eau a également joué un rôle majeur pour les caractéristiques topographiques de la
région, non seulement avec la géologie d’origine du lieu mais également avec les traits
érosifs plus tardifs tels que les vallées fluviales encaissées et les gorges rocheuses. En
raison de la prédominance des roches en grès, les sols du WMC se caractérisent par des
sols sableux lixiviés et de qualité médiocre (Walker & Botha 2005). Le WMC est doté
d’un climat tempéré, classé comme climat semi-aride à aride, avec une pluviométrie
annuelle de l’ordre de 350 à 900 mm par an (Environomics 2010). Les températures
varient de –5 °C à 38 °C.
L’eau est une caractéristique importante du WMC et l’ensemble de la réserve de bio-
sphère représente un bassin hydrographique crucial pour la province du Limpopo ainsi
qu’une source majeure pour le fleuve Limpopo (Walker & Botha 2005). Une quantité
importante d’eau n’étant pas restreinte par les barrages, elle soutient en conséquence une
zone bien plus élargie que le WMC.
Le WMC comprend six différents types de velds (steppes), dont deux sont classés
comme en voie de disparition (Environomics 2010). Au sein de ces types de velds, on
dénote un nombre plus important de micro-habitats contribuant tous à la forte valeur
de biodiversité de la WBR.
La biodiversité de la flore et de la faune est très élevée et on enregistre une abondance
de populations de nombreuses espèces. (Les données ci-après sont tirées de Walker et
Botha, 2005). La diversité des espèces végétales enregistrée comprend: 248 espèces
d’herbes; 83 espèces de joncs; 25 espèces d’aloès; 197 espèces d’autres monocotyledons;
504 espèces d’arbres; 906 espèces d’autres dicotylédones; 1 espèce de cycade; 34 espèces
de fougères; 59 espèces de mousses et 35 espèces d’hépatiques. Les invertébrés se dénom-
brent par milliers et parmi les exemples, on peut noter: 24 espèces de chrysopes; 185
espèces de papillons et de phalènes et 10 espèces de scorpions. Les espèces de vertébrés
comprennent: 44 espèces de poissons osseux; 19 espèces d’amphibiens; 83 espèces de
reptiles; 381 espèces d’oiseaux et 119 espèces de mammifères.
Pour indiquer la représentativité de la zone pour les mammifères et les oiseaux (qui
peuvent être interprétés comme indicateurs de la santé de l’habitat), le WMC héberge
49% des mammifères et 50% des oiseaux sud-africains dans 1,2% du pays. La région con-
tient au moins 18 espèces de plantes rares, 11 espèces d’oiseaux et 4 espèces de reptiles, 4
espèces de poissons, une espèce de papillons et 18 espèces de mammifères menacés de
120 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
disparition (Environomics 2010). Toutes ces espèces sont jugées d’importance critique à
la conservation de la biodiversité.
En raison de sa proximité proche du Gauteng, la plateforme économique d’Afrique
du Sud, le WMC affiche une densité de population remarquablement faible. Malgré
la présence de quelques villes rurales juste en dehors de la périphérie du WMC et de
30 implantations rurales le long de l’escarpement nord-est, une seule ville et un seul
hameau sont présents sur le plateau lui-même. De plus, l’agriculture ne fait pas partie de
l’utilisation des terres la plus prédominante. La raison en est l’inaccessibilité historique
et la médiocrité des sols dans la zone ainsi que l’absence de gisements miniers d’intérêt
pour l’exploitation au sein du WMC. Les roches de grès du Waterberg ont été formées
par un système fluvial très ancien qui s’écoulait d’une région montagneuse au nord-est,
plus ou moins à l’emplacement actuel de la ville de Tzaneen, il y a 1900 à 1500 millions
d’années. Au cours de leur long déplacement, les sédiments transportés par ces fleuves
ont été nettoyés, triés et presque complètement vannés ou lixiviés de tous les minéraux
utiles qu’ils pourraient avoir contenus au début de leur déplacement. Les sédiments du
Waterberg ont été formés à une période où la seule vie sur Terre consistait en des organ-
ismes aérobiques, unicellulaires composés de monoxyde/dioxyde de carbone; aucune
plante ou animal n’existait et par conséquent, on ne décèle la présence d’aucun fossile
pouvant former des combustibles comme le charbon, le pétrole ou le gaz (Wadley 2012).
En dehors de sa faible densité de population, le caractère du WMC dépend du
changement dans les tendances d’utilisation des terres. Au cours des deux dernières
décennies, un certain nombre de pays en Afrique australe ont connu une vaste expan-
sion du nombre de propriétés qui sont passées de l’agriculture conventionnelle (élevage
de bétail et cultures) à l’élevage de gibier. Les facteurs les plus importants poussant au
développement de projets de conservation privés sont des droits fonciers bien définis
en matière de terrains et de ressources fauniques et l’élimination des subventions gou-
vernementales encourageant la production de bétail dans le secteur agricole commer-
cial (Krug 2001). Cette tendance de conversion a été particulièrement forte au sein du
WMC qui est considéré par certains comme le coeur même de l’industrie de l’élevage
du gibier en Afrique du Sud. Ainsi, alors qu’environ 75% de la terre de la WBR existante
(90% dans le projet d’expansion de la WBR) sont détenus par des privés sous forme de
propriété franche, jusqu’à 80% de cette terre est utilisée en tant que réserves de gibiers
ou de réserves fauniques privées (Figure 2). En outre, 15% de la WBR sont constitués de
réserves fauniques communautaires ou provinciales ou de parcs nationaux (Aurecon
2010). Grâce à ce processus de conversion, on a assisté à une réintroduction remarquable
des espèces fauniques dans la zone. L’art rupestre de San dans la région de Waterberg
dresse le portrait d’une riche diversité biologique de mammifères composés de bubales
rouges, d’élans, d’ éléphants, de rhinocéros, de koudous et de girafes. Hélas, à partir des
années 1850, de nombreuses ressources fauniques du Waterberg ont été décimées par les
chasseurs européens, jusqu’au point où seules quelques espèces n’existaient à l’aube du
20ème siècle. Cependant, aujourd’hui, pratiquement toutes les espèces dont l’existence
était connue dans le WMC ont été réintroduites avec succès.
Le résultat est globalement une région riche en faune avec une certaine qualité de
vie sauvage, dénuée de développement humain, s’illustrant par des grandes propriétés
comme Lapalala Wilderness mais présentes à un certain degré dans toute la région. Un
sentiment d’appartenance caractérisé par des paysages panoramiques et purs constitue
l’un des moteurs-clés pour attirer le tourisme vert dans la zone, un facteur probable-
ment tout aussi important que le nombre croissant de concentrations fauniques et la
biodiversité ayant suivi le développement de l’industrie du tourisme de la faune dans la
région.
remarquée dans les zones du WMC plus proches des centres urbains du Gauteng et
des principaux axes routiers qui y aboutissent (Aurecon 2010).
• La réforme agraire. Depuis 1998, 120 000 ha de terres au sein du WMC ont été
annoncés officiellement comme étant revendiqués aux termes du Processus de res-
titution des terres en Afrique du Sud et environ 21% de ces terres ont déjà été trans-
férés. La proportion de la zone restante qui devra encore être transférée dans l’avenir
n’est pas clairement définie étant donné que les propriétaires terriens ont lancé
une procédure d’appel quant à la validité de plusieurs revendications au tribunal.
Néanmoins, la question de la réforme agraire demeure un enjeu important pour la
vision du développement durable dans le cadre de l’expansion de la WBR. En dépit
d’une appréciation évidente de la nature et du statut de conservation de la WBR, les
associations de propriété communautaire chargée des revendications foncières sont
confrontées à de nombreux défis pour bénéficier de leur acquisition récente de pro-
priétés au sein du WMC. Parmi ces défis, on remarque la connaissance limitée de la
faune et des industries de l’écotourisme, l’insuffisance de soutien du gouvernement
après l’implantation, les dynamiques de groupes, le manque de réseaux de marketing
et une incapacité à vendre certaines de leurs terres et par conséquent, à profiter de la
valeur de rareté au lieu de leur potentiel productif limité.
• Braconnage des rhinocéros. Depuis 2008, le braconnage des rhinocéros est
devenu un enjeu majeur pour l’industrie de l’écotourisme au sein du WMC. Depuis
le début des années 1980, le Waterberg était devenu un bastion pour la préserva-
tion du rhinocéros blanc (Ceratotherium simum) et en 1990, est devenu la prem-
ière région d’Afrique du Sud à mettre en place la conservation du rhinocéros noir
(Diceros bicornis) sur les terres privées (Walker & Walker 2012). Les rhinocéros sont
des espèces iconiques et font partie de l’un des « cinq grands animaux sauvages ».
En tant que tels, leur présence est cruciale pour attirer les touristes étrangers vers
la zone, notamment vers les plus petites réserves privées incapables d’accueillir des
éléphants ou des lions. Leur risque de disparition menace l’avenir du WMC en tant
que destination touristique orientée sur la Nature avec un meilleur soutien pour
l’emploi local.
Sur le plan collectif, ces défis soulignent le besoin d’un plan de gestion détaillé pour la
Réserve de biosphère de Waterberg qui accomplirait les actions suivantes:
• Une révision des limites de la réserve y compris de la mesure à laquelle la Réserve
pourrait être agrandie pour englober la totalité du WMC;
• Le reclassement par rapport à des critères rigoureux pour l’environnement et le
développement socio-économique;
• L’établissement de directives de développement sans ambiguité pour chacune des
zones, exprimées dans la terminologie des planificateurs urbains afin d’encourager
un développement approprié tout en préservant autant que possible les paysages
visuels de la Réserve et l’avantage comparatif en résultant en tant que destination
touristique verte;
126 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
et sur les sols productifs qui ont été utilisés pour les cultures et les implantations
humaines associées.
• Priorités de conservation. L’un des autres atouts importants comprend les zones
prioritaires de conservation qui se composent des zones protégées officiellement
existantes, milieux humides, systèmes fluviaux, sites archéologiques, sites du patri-
moine et sites d’espèces endémiques (Figure 5). Le but de la WBR est d’inclure autant
de ces zones que possible dans la zone principale ou tout du moins dans la zone-
tampon dans l’objectif de leur apporter la meilleure protection possible.
• Pressions sur le développement. Historiquement, le WMC a fait l’objet de pres-
sions sur son développement émanant surtout de l’agriculture intensive et, dans une
très faible mesure, de l’implantation humaine. Ces pressions sur le développement
ont, jusqu’à récemment, été exercées principalement aux fonds des vallées dotées de
sols fertiles ainsi que sur les zones plus accessibles situées sur la périphérie. Comme
mentionné précédemment, l’un des phénomènes observés récemment a concerné
la prolifération de développements résidentiels denses qui s’orientent désormais
vers les parties les plus immaculées et montagneuses, menaçant ainsi leur caractère
naturel (Figure 6). Le but est que la plupart de ces zones soient gérées à l’intérieur de
la zone de transition et de canaliser de façon proactive tous les projets de développe-
ments futurs de cette nature dans cette zone particulière en instaurant des direc-
tives de développement rigoureuses dans les zones-tampons et principales. De cette
manière, la zone de transition deviendrait le centre du développement économique
Figure 6: Zones de pressions importantes sur le développement dans la zone d’expansion de la WBR
« Principale » au sein du PGE1 est purement volontaire et est plutôt le reflet d’un engage-
ment profond et continu pour la conservation de leur propriété. La récompense est le
statut international de conservation pour leurs propriétés. Etant donné que les zones
précises prévues d’être englobées dans la catégorie de Zone principale n’ont pas encore
été définies dans la candidature à l’UNESCO en cours pour l’expansion de la réserve, il
est donc impossible de distinguer les Zones principales et tampons dans la figure 7.
La deuxième distinction entre le PGE et le PGB est que le PGE est formulé en termes
généraux indiquant le type d’utilisation des terres qui devrait être encouragé dans
chacune des zones du PGE tandis que le PGB a développé des directives claires et sans
ambiguité pour chacune de ses zones. Ces directives abordent les questions telles que
les types d’utilisation des terres, le nombre de lits touristiques, les empreintes carbone
pour les chalets, la hauteur, les places de parking, les impacts sur les fleuves et bar-
rages, le nombre de véhicules, les sous-divisions, la mise en place de lignes directrices et
de directives relatives aux questions de ressources du patrimoine, à la pollution et aux
évaluations d’impact environnemental. Malgré leur apparence restrictive, ces directives
sont les éléments habituels de tout plan d’aménagement stratégique du paysage et sont
nécessaires pour garantir la durabilité de l’avenir de l’industrie du tourisme en évolu-
tion. Le PGB a été adopté par le Conseil régional de Waterberg et a déjà montré son
efficacité pour guider le développement au sein du WMC. De manière importante, les
fonctionnaires qui avaient précédemment participé à l’approbation d’un certain nombre
de développements résidentiels denses dans la zone, ont indiqué que si un tel cadre
d’aménagement spatial avait été alors disponible, beaucoup de leurs décisions auraient
été prises différemment.
Le PGB formera la base sur laquelle une candidature sera déposée à l’UNESCO en
2013 en vue de l’expansion de la WBR. Si la demande aboutit, elle garantira une protec-
tion efficace contre le développement inadapté dans une zone de conservation de plus
en plus cruciale en Afrique du Sud. Elle créera en même temps le fondement pour le
secteur croissant de l’écotourisme, orienté vers une opportunité unique de découvrir la
vie sauvage africaine dans un environnement au climat tempéré, dépourvu de risques
de paludisme et facilement accessible. On peut espérer que l’élévation du statut de con-
servation de la zone servira de catalyseur afin que les propriétaires fonciers augmentent
leurs niveaux de coopération mutuelle, enlèvent les barrièrres séparant leurs propriétés
et redonnent sa splendeur au WMC en tant que zone de vraie nature sauvage où les
empreintes carbone des hommes étaient invisibles.
6. Conclusion
La reconnaissance par la réserve de biosphère de Waterberg du besoin d’un plan de
gestion a impliqué l’organisation dans un exercice détaillé d’aménagement spatial, envi-
ronnemental et socio-économique. Les dix années qui se sont écoulées entre la procla-
mation par l’UNESCO et le développement du plan de gestion ont permis de faire une
analyse détaillée des enjeux du WMC, des leçons apprises ainsi que de l’identification
des enjeux présents et à venir pour la zone. Le résultat en a été une vision stratégique
mûrement réfléchie, soutenue par un nouveau programme de délimitation des zones
avec des bases scientifiques rigoureuses, critiques pour la durabilité et la conservation
de la WBR. Les bases ont été jetées pour une nouvelle candidature à l’UNESCO en
vue d’agrandir la réserve et par conséquent, d’amener le statut de réserve de biosphère
à la plus grande partie du Complexe montagneux de Waterberg et des directives de
développement transparentes ont été élaborées pour chacune des quatre zones au sein
de cette réserve. Finalement, le plan de gestion a permis de porter l’attention sur une
série de projets prioritaires visant à aborder les enjeux et opportunités spécifiques con-
frontant la zone, notamment relatifs à l’emploi, aux menaces des écosystèmes sensibles,
à l’inégalité et l’exclusion et au braconnage des rhinocéros. Un tel plan de gestion peut
donc devenir un outil important dans le contexte de la biosphère non seulement par la
définition d’un agenda, la mise en place d’une orientation, la considération des leçons
apprises mais aussi par l’intégration des buts et objectifs de la réserve de biosphère par
rapport aux instruments de planification et de décision du gouvernement. L’attente est
que les résultats s’illustreront par une réserve de biosphère fonctionnant sans heurts,
avec un message clair et une définition des responsabilités, qui apportera des bénéfices
aux communautés y vivant tout en améliorant et protégeant l’environnement.
Références
ABSA Group Economic Research (Recherche économique du Groupe ABSA). 2003.
Game Ranch Profitability in South Africa (Rentabilité des réserves de gibier en
Afrique du Sud).
Aurecon. 2010. Waterberg Wildlife Industry Project Interventions (Interventions dans
les projets de l’industrie du tourisme de faune de Waterberg). Rapport compilé pour
la Municipalité de la province de Waterberg, Modimolle.
Contour and Associates. 2011. Biosphère de Waterberg: Rapport de plan de gestion.
Municipalité de la province de Waterberg, Modimolle.
Environomics and NRM Consulting. 2010. Cadre de gestion environnementale de la
province de Waterberg. Municipalité de la province de Waterberg, Modimolle.
Krug, W. 2001. Private supply of protected land in Southern Africa: a review of markets,
approaches, barriers and issues (Offre privée des terres protégées en Afrique australe:
revue des marchés, approches, barriers et enjeux). Groupe de travail de l’OCDE sur
les aspects économiques de la biodiversité.
Langholz, J.A. & Kerley, G.I.H. 2006. Combining conservation and development
on private lands: an assessment of ecotourism-based private game reserves in the
134 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Résumé
La Réserve de biosphère de Songor est le deuxième site Ramsar le plus important au
Ghana, présentant un complexe unique composé d’une diversité d’habitats, d’espèces
et d’écosystèmes de valeur économique, culturelle et biologique importante. Parmi
les espèces, on peut noter les tortues marines, forêts de palétuviers, lamantins, croco-
diles, singes et oiseaux aquatiques. La réserve est détenue par la communauté et
accueille une population d’environ 42 150 habitants qui dépendent des ressources de
diverses manières. Une étude écologique menée par le comité du MAB en 2009 dans
le cadre des efforts de nomination d’un site classé comme Réserve de biosphère par
l’UNESCO a révélé une tendance à l’accroissement de la dégradation de l’écosystème
manifestée par un changement de la végétation et de l’utilisation des terres, l’invasion
par les herbes aquatiques, l’érosion côtière et la sédimentation des vases. Etant donné
que la disponibilité d’informations fiables et actualisées est une condition pour la
gestion efficace des ressources naturelles, une étude socio-économique a été menée
en 2010 pour développer des informations de référence visant la conservation et le
1 Natural Resources Department (MAB National Secretariat), Environmental Protection Agency, P O. Box
M326 Ministries, Accra, Ghana · E-mail: sashong@[Link], sashong@[Link]
2 Département de la chimie, Université du Ghana, Legon · E-mail: waasoman@[Link]
3 Département de l’océanographie et de la pêche, Université du Ghana, Legon · E-mail: ammensah@[Link]
4 Centre pour les systèmes de détection à distance et d’informations géographiques, Université du Ghana,
Legon · E-mail: tettehe@[Link]
5 Division de la faune de la Commission forestière, site de Songor Ramsar site, Ada · E-mail: Yaw652006@
[Link]
135
136 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Abstract
The Songor Biosphere Reserve is the second largest Ramsar site in Ghana and has a
unique complex of diverse habitats, species and ecosystems of high economic, cultural
and biological value. Species of value include marine turtles, mangroves, manatees,
crocodiles, monkeys and water [Link] community-owned reserve has a population
of about 42 150 who depend on the resources in diverse ways. An ecological survey
conducted by the MAB Committee in 2009 as part of efforts to nominate the site as
a UNESCO Biosphere Reserve, revealed an increasing trend of ecosystem degrada-
tion manifested by changing vegetation and land uses, invasive aquatic weeds, coastal
erosion and siltation. Since the availability of reliable and up-to-date information is
prerequisite to the effective management of natural resources, a socio-economic
survey was conducted in 2010 to develop reference information for conservation
and development. Information on the level of dependence on the resources as well
as state of infrastructure and amenities was collated. 237 households from 28 com-
munities were randomly sampled using a standard questionnaire. Focus group discus-
sions were held with some local groups and institutions. A high level of dependence
and awareness on the need to conserve resources were observed. The population
deriving their livelihoods from the wetland resources had more than doubled in the
past 10 years. Cultural systems were observed to play a major role in regulation.
Increasing livelihood options and access to credits could significantly alleviate poverty
and overexploitation of the resources. Recommendations have been provided to
address the challenges of management. With the enlistment of Songor on UNESCO’s
World Network of Biosphere Reserves, the information generated will provide a
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 137
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor
sound basis for project formulation as well as to facilitate the monitoring and evalu-
ation of projects.
Key Words: Community-owned, degradation, information, regulation, challenges,
monitoring, biosphere reserve
1. Introduction
Les ressources naturelles sont exploitées à travers le monde pour rencontrer divers buts
de développement national et international. Dans les pays en voie de développement
comme le Ghana, la dépendance sur ces ressources naturelles est relativement plus
importante en raison de la croissance des populations donnant lieu à la surexploitation
pour la nourriture, le fourrage, les matières premières pour l’industrie et autres services
socio-économiques et culturels. La conséquence apparente en est la dégradation des
ressources avec des menaces sérieuses pour l’intégrité écologique d’écosystèmes vitaux,
c’est-à-dire les systèmes qui soutiennent toutes les formes de vie. Pour les communautés
rurales, la perte de moyens de subsistance constitue l’enjeu le plus crucial puisqu’une
majorité ne dispose pas de la capacité ou des ressources pour s’adapter et est souvent
vulnérable face à des phénomènes comme les changements climatiques, les sécheresses
et la désertification. Cet enjeu met en exergue le besoin d’approches de gestion col-
laborative qui assurent une implication adéquate de la communauté dans la gestion des
ressources et veillent à ce que les populations soient informées sur la dynamique entre
leurs activités socio-économiques et les ressources naturelles.
L’UNESCO, par le biais du programme Homme et Biosphère (MAB) propose un
agenda de recherche pluridisciplinaire et de renforcement des capacités qui vise les
dimensions écologiques, sociales et économiques de la perte de la biodiversité et la
réduction de cette perte. Les sciences naturelles et sociales, l’économie et l’éducation sont
intégrées de manière à améliorer les moyens de subsistance des humains et à protéger
les écosystèmes naturels et, ainsi, promouvoir des approches novatrices du développe-
ment économique. Les réserves de biosphère sont utilisées comme laboratoires pour la
mise en œuvre d’initiatives interdisciplinaires en vue de créer un modèle de coexistence
harmonieuse entre l’homme et la nature. Elles consistent en des sites terrestres et aqua-
tiques destinés à servir trois fonctions principales:
• contribuer à la conservation de la biodiversité;
• encourager le développement socio-économique durable; et
• offrir un soutien pour la recherche, le contrôle, l’éducation et l’échange d’informations
sur les questions relatives à a conservation et au développement à des dimensions
locales, nationales et mondiales.
Actuellement, le Réseau mondial des réserves de biosphères (WNBR) détient une liste
de 580 sites membres dans 114 pays, qui sont considérés comme sites d’excellence où de
138 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
nouvelles pratiques optimales pour gérer la nature et les activités humaines sont testées
et démontrées (UNESCO 2011a).
Jusqu’à juin 2011, le Ghana avait une réserve de biosphère, la Réserve de biosphère
de Bia située dans les régions de Juabeso et de Bia de la région occidentale et désignée
en 1983. Elle comprend le Parc national de Bia (superficie primaire de 7 800 ha), la
réserve de ressources de Bia (zone-tampon de 22 800 ha), environ 43 communautés
avoisinantes et deux réserves forestières (zone de transition de 83 700 ha). La Réserve de
Bia, avec l’assistance d’UNESCO, a joué un rôle majeur dans la réorientation des com-
munautés pour qu’elles ressentent un sentiment collectif de propriété pour la gestion
des ressources naturelles. Des interventions sous forme de présentation de moyens de
subsistance alternatifs et de soutien pour ajouter de la valeur aux moyens de subsistance
existants ont été introduites pour réduire la pression sur les ressources et améliorer la
relation entre l’autorité de gestion des zones protégées au Ghana, la Division de la Faune
et les communautés. En outre, le Projet de développement des zones protégées a permis
d’améliorer la participation des communautés dans la gestion par l’introduction des
Zones de gestion des ressources communautaires (CREMA) qui détiennent la respon-
sabilité de supervision des ressources forestières dans la zone de transition (Wildlife
Division 2010). Ces actions ont amélioré la coopération avec la Direction. Cependant,
certains problèmes persistent en raison du système de délimitation qui n’est encore
pas conforme à celui stipulé dans la stratégie de Séville de 1996 (UNESCO 1996). En
s’appuyant sur les expériences de Bia, il était impératif que toutes les réserves de bio-
sphère suivantes rencontrent les dispositions stipulées à Séville pour faciliter leur bon
fonctionnement.
La réserve de biosphère de Songor, située dans la province est de Dangbé de la
région du Grand-Accra a commencé son pèlerinage vers le WBNR lorsque le secteur
des sciences naturelles de l’UNESCO, dans le cadre de ses lignes d’actions principales, a
apporté son soutien aux pays en vue d’augmenter le nombre de réserves de biosphères
dans le monde comme moyen de promouvoir le concept du programme MAB au cours
de la période bisannuelle 2008–2009. Le sitede Songor Ramsar a été sélectionné parmi
17 sites et à la suite d’études écologiques en 2009, a été nommé par le comité du MAB en
2010. Il a été classé par l’UNESCO en juin 2011. Bien que propriété de la communauté,
la délimitation de zone est conforme aux prescriptions de Séville et à l’objectif 13 du Plan
d’action de Madrid pour les réserves de biosphères (MAP 2008–2013 — UNESCO 2008)
qui exige une délimitation de zone fonctionnelle dans toutes les réserves à biosphère
établies, en particulier concernant la zone de transition et la fonction de développement.
Par ailleurs, en harmonie avec les efforts de mise en œuvre d’autant d’objectifs de MAP
que possible, a l’objectif à moyen terme du comité du MAB au Ghana est d’améliorer
la sensibilisation du public sur le concept de réserve de biosphère en vue d’assurer son
intégration dans d’autres initiatives de développement durable, d’augmenter le nombre
et la couverture de réserves de biosphère ainsi que le nombre d’activités mises en place
par le comité national du MAB. La disponibilité d’une base d’informations fiable et actu-
alisée est une condition à la gestion efficace des ressources naturelles parce qu’elle exige
la connaissance de ce qui est géré, de la manière dont ces informations sont affectées par
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 139
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor
les impacts causés par les diverses circonstances internes et externes mais détermine
également les interventions pour la gestion ainsi que les effets des mesures de gestion.
Mais en dépit des nombreuses études lancées à Songor aux termes du Projet de gestion
des zones marécageuses côtières au milieu des années 1990, il n’existe toujours pas de
base documentaire compilée relative à la structure sociale des communautés. Une étude
socio-économique a donc été menée en 2010 par le comité du MAB pour lancer une
base d’informations en extrayant ces dernières des caractéristiques socio-économiques,
environnementales et des systèmes économiques et productifs. Cette initiative avait été
lancée pour répondre à l’objectif 16.2 de MAP qui demande l’amélioration de l’accès aux
informations et de nouveaux moyens de transmettre les connaissances à une variété
importante de groupes-cibles non scientifiques. Les premiers résultats ont été validés au
cours d’un atelier des parties prenantes en mai 2011 (Ashong 2011).
Dans ce document, certaines des informations de référence recueillies par le comité
du MAB au Ghana sur le statut socio-économique des communautés dans la Réserve de
biosphère de Songor sont passées en revue pour proposer des réponses aux questions
suivantes:
(i) Dans quelle mesure les communautés de Songor dépendent-elles des ressources
naturelles ?
(ii) Quelles sont les principales sources de subsistance à Songor?
(iii) Quelles sont les options alternatives de subsistance à considérer pour réduire la
pression sur les ressources?
(iv) De quelle manière se traduit l’adhésion du WNBR puis du Réseau Africain,
AfriMAB, pour améliorer le bien-être des communautés à Songor ?
Les objectifs visaient à évaluer:
• les communautés, leurs activités de subsistance et la mesure à laquelle ces dernières
ont un effet sur la réserve;
• les implications du classement de Songor comme réserve de biosphère de l’UNESCO
pour une amélioration de la gestion; et
• la contribution potentielle de Songor sur le fonctionnement du Réseau africain des
réserves de biosphère, AfriMAB.
saison sèche ainsi que la récupération du bois de combustible. Les communautés sont
connues pour leurs fortes valeurs indigènes qui se manifestent dans l’efficacité des règle-
ments traditionnels et soutiennent la conservation et la présence de plusieurs forêts
sacrées. La région est considérée comme l’une des premières destinations touristiques
du pays, notamment pendant la célébration du festival annuel d’ Asafotufiam.
En tant que deuxième plus grand site Ramsar au Ghana, les dispositions pour
sa protection sont stipulées aux termes des Règlements sur la gestion des zones
marécageuses (Ramsar) de 1999, LI 1659. L’autorité de gestion est la Division de la Faune
de la Commission forestière. Une combinaison d’écosystèmes fluviaux, saumâtres/estu-
ariens et marins ainsi que d’îlots permet de soutenir exceptionnellement la diversité
biologique. Le lagon de Songor et ses plaines inondables accueille des sites de nourriture
et de perchoirs aux oiseaux aquatiques tandis que la bande littorale offre des sites de
nidification aux tortues marines et espèces piscicoles, tandis que l’île d’Agave offrant un
habitat aux forêts de palétuviers et aux singes. La Réserve de biosphère de Songor est le
lieu d’habitation de trois espèces de tortues marines, deux espèces de palétuviers, une
espèce de lamantin, trois espèces de singes, 15 espèces de poissons et 42 espèces d’oiseaux
aquatiques. La répartition des divers organismes est présentée dans la Figure 1.
Les défis majeurs engendrés par l’activité humaine comprennent la pollution, la
modification de l’habitat à des fins agricoles, la prolifération des herbes envahissantes, la
prédation sur les œufs de tortues par les chiens, le braconnage et la présence d’ordures.
L’application des règlements nationaux est assurée par la Division de la Faune et com-
plétée par les règlements traditionnels et l’éducation communautaire en vue de con-
trôler ces défis. Cependant, l’érosion côtière constitue une menace importante pour la
stabilité du littoral, le problème semblant s’empirer en raison du changement climatique
(Comité national du MAB 2009).
3.2 Méthodes
Des enquêtes auprès des ménages et des discussions de groupes-témoins ont été menées
pour recueillir les informations sur les caractéristiques socioculturelles, économiques
et environnementales ainsi que celles liées aux systèmes productifs, en s’appuyant sur
un questionnaire semi-structuré. Les discussions de groupes-témoins se sont déroulées
auprès de sept communautés: Gorm, Pute, Totokpoe, Lolonyakope, Tekpekope,
Togbloku, Obane et Wassakuse. Des représentants d’institutions majeures telles que
l’Administration de l’éducation provinciale (District Education Directorate), le Bureau
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 141
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor
provincial du Service national d’incendie (District office of the National Fire Service)
et l’Administration de la santé provinciale (District Health Directorate) ont également
été interviewés. Au total, 237 questionnaires ont été administrés. Les informations ont
été recueillies au sujet, entre autres, de la diversité des ressources, de l’utilisation des
ressources naturelles, du changement écologique et de la qualité environnementale
ainsi que sur les options d’utilisation des terres et options agricoles disponibles pour
les industries artisanales en tant que méthodes alternatives et les systèmes culturels de
conservation.
4. Resultats
4.1 Moyens de subsistance et impacts sur les ressources des zones
marécageuses
On a constaté un fort niveau de dépendance sur les ressources des zones marécageuses
étant donné que la population concernée par celles-ci a plus que doublé au cours de
la dernière décennie. Tous les répondants aux enquêtes sur les ménages ont attesté de
l’utilisation des ressources pour la nourriture, la viande et la production de revenus et
d’énergie. Les activités les plus importantes concernaient la pêche et l’agriculture com-
plétées par la chasse, la récupération du bois de combustible et le commerce. Cependant,
environ 93% était impliqué dans une activité de subsistance principale tandis que le
reste tirait parti des changements saisonniers pour se consacrer à d’autres activités. 40%
des personnes étaient impliquées dans leurs activités actuelles de subsistance depuis au
moins dix ans. Dans le cadre de l’amélioration des activités de subsistance, des institu-
tions telles que les banques (20%), le Conseil régional (8%) et la Division de la faune
aux termes du Fonds de soutien pour l’investissement communautaire (CISF), 44%, ont
apporté leur soutien dans le passé. Les 28% restants ont bénéficié du soutien d’autres
sources.
4.1.1 Pêche
La forte incidence de la pêche (y compris la poissonnerie) comme activité de subsistance
(84,5%), et ce malgré le fait que 62,9% étaient conscients des règlements nationaux et
traditionnels représente une source d’inquiétude. Les règlements traditionnels sur la
pêche comprennent des journées interdites de pêche qui varient selon la communauté.
Les journées interdites de pêche ont lieu surtout les mardis ou les jours de funérailles
dans la communauté. Les autres associations de journées interdites de pêche sont les
mardis et vendredis; les jeudis ou les jeudis et vendredis. Les règles traditionnelles com-
prennent également la performance de rituels avant la sortie de pêche, l’interdiction de
baignade des animaux et d’éclairage sur la plage. La loi ghanéenne sur la pêche 625 de
2005 et les règlements sur la pêche et l’aquaculture LI 1968 de 2010 prévoient des dis-
positions pour la restriction d’accès à certaines zones, l’approbation des tailles de filets
de pêche (comme le filet à mailles), des interdictions sur la pêche de petits poissons, la
pêche à l’éclairage et l’utilisation de produits chimiques.
144 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
4.1.2 Agriculture
Deux tiers des répondants (67,8%) sont des agriculteurs dont un pourcentage élevé
possède l’ensemble (52,2%) ou une partie (23,6%) des terres cultivées. Le nombre
d’exploitations cultivées par les répondants varie, avec une grande majorité cultivant
entre 2 (30,8%) et 3 (28,8%) parcelles chacun. Les répondants ont indiqué qu’ils avaient
en effet, constaté une certaine détérioration de la qualité de la terre au cours des 20
dernières années, remarquée par une réduction de la couverture terrestre, généralement
en résultat de la déforestation et de la dégradation de la couverture végétale. La fertilité
du sol s’est réduite progressivement malgré l’utilisation continue d’engrais, étant donné
que le contenu de nutriments diminue tandis que la zone de terre aride augmente. Ce
constat est confirmé par les observations du comité national du MAB en 2009, indi-
quant une tendance à la diminution des sols arides depuis 1999 et une hausse des zones
de construction aux dépens des zones végétales. Les agriculteurs ont aussi constaté le
durcissement des sols, l’augmentation de l’acidité et de la salinisation.
Les cultures principales sont le manioc, le maïs, les tomates, le poivre et la pastèque.
On trouve également des oignons, des œufs, du gombo, des haricots, de la canne à sucre
et du riz. A l’origine, la terre a été nettoyée à l’aide de binettes et de coupes-coupes et
lorsque les moyens le permettaient, de tracteurs pour le labourage. La plupart des agri-
culteurs ghanéens pratiquent la mise en jachère jusqu’à la prochaine saison des pluies.
Les répondants ont indiqué que les diverses périodes de jachère s’étalaient de trois mois
à deux ans, selon le type de cultures. Pendant les périodes de jachère, d’autres terres sont
cultivées ou les agriculteurs s’engagent dans d’autres activités de subsistance comme le
commerce du poisson. Dans certains cas, la culture par rotation est pratiquée.
Deux tiers des répondants utilisent des engrais (69,4%) ainsi que des pesticides/
herbicides/fongicides (73,4%) pour améliorer et protéger le rendement de leurs cul-
tures. Ceux qui n’utilisent aucun engrais évoquent le coût des engrais comme raison.
Une petite minorité a indiqué que l’utilisation de ces produits chimiques n’était pas
nécessaire étant donné que la terre est suffisamment fertile. De manière générale, les
répondants estiment que les engrais améliorent la fertilité du sol et augmentent la pro-
duction bien que certains aient constaté qu’à force d’utilisation, le sol s’appauvrissait
et leurs récoltes s’amenuisaient. Ils ont également convenu que les impacts positifs de
l’utilisation de pesticides, qui limitent le niveau de dégâts causés par les insectes sur les
récoltes, s’accompagnaient néanmoins d’impacts environnementaux comme la réduc-
tion de la qualité de l’eau.
L’élevage du bétail est pratiqué par plus de la moitié des personnes interviewées
(57,8%) dont un grand nombre (53,4%) est conscient des règlements impliquant l’arrosage
et le pâturage du bétail. En général, ce règlement signifie que le bétail est gardé proche
des maisons et loin des terres agricoles. La majorité a convenu de l’importance de ces
règlements. Le fumier n’est généralement pas recyclé comme engrais bien que de nom-
breux propriétaires de troupeaux aient des terres agricoles. La raison principale est que
le fumier n’est pas suffisant pour contribuer à la production de récoltes. Par conséquent,
le fumier est brûlé ou déposé dans des dépotoirs publics.
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 145
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor
4.1.3 Récupération du bois de combustible et production de charbon
Le bois de combustible et le charbon sont utilisés pour couvrir les besoins énergétiques
de plus de 90% des répondants, l’association des deux étant le plus souvent utilisée
(52,5% — Figure 3). Cependant, la production de charbon au sein des communautés
était minime (seulement 19,1%). 20% des répondants ont accepté que la production de
charbon pourrait avoir des effets négatifs sur la santé humaine et l’environnement en
raison de la déforestation et la perte de végétation, du durcissement des sols causé par le
brûlage du charbon et de la pollution atmosphérique.
2%
3% Bois de chauffage,
charbon de bois
Bois de chauffage
21%
Charbon de bois, gaz
52%
2% Charbon de bois
20% Gaz
Bois de chauffage,
charbon de bois, gaz
4.1.4 Chasse
Auprès de plusieurs communautés, la chasse est pratiquée pour compléter l’apport en
protéines. 32,3% des répondants ont indiqué qu’ils chassaient les animaux sauvages pour
compléter leur alimentation et parfois, à titre de source supplémentaire de revenus. Au
sein de chaque communauté, on dénote généralement moins de dix chasseurs (40% des
répondants l’ont indiqué ainsi) et moins fréquemment, 11 à 20 chasseurs par commu-
nauté (environ 14% des répondants).
4.4% Aulacode
4.4%
Aulacode, oiseaux
7.4%
Autres
36.8%
7.4%
Oiseaux
14.7% Tortues
Varans
La méthode de chasse la plus commune est celle du piège (46,2%) bien que certains
chasseurs utilisent des fusils (20%) ou une combinaison des deux (13,8%). Le Grasscutter
ou‘Akrantie’ est le plus exploité (Figure 4).
11%
Hommes
14%
44% Femmes
Tout
Hommes, femmes
31%
Figure 5: Rôle du genre sur la récolte des palétuviers dans la Réserve de biosphère de Songor
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 147
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor
18%
Oui
Non
Je ne sais
pas
80%
5°58'30"N
5°58'30"N
j
!Kasseh Ñ
Ø
! !!
Ñ
Ø jBedeku
!
j !
j
! 7
!
Addokope 7
! !
Ñ
Ø Totimekope
!
j Hwakpo
Â
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ÿ
!
5°53'0"N
5°53'0"N
!
j
!
Dogo
Ñ
Ø
Â
¾
ÿ
!
jTekperkope
!
j
! j
!
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¾
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j Togbloku !
Ñ
ÿ Ø
! Gorm
j ¾
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ÿ
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j
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¾
ÿ Â
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ÿ
j!
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Obane Luhuese
Ñ
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j
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! Kwalakpoyumu
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j
j
!
5°47'30"N
5°47'30"N
!
Ø
Ñ!j j j
! ! Ñ!
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ÿ
Totope Pute ! ! j
!
Gulf of Guinea j
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j
Ñ
Ø 7
! Azizanya
Otrokpe
0 3.75 ² 7.5 15
Kilometers
Figure 7: Source d’eau à disposition des communautés dans la Réserve de biosphère de Songor
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 149
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor
des ménages trouvent une source d’eau à courte distance de leurs maisons. La plupart
des répondants (88,1%) doit marcher moins de deux kilomètres vers la source d’eau la
plus proche. 2% se trouvent à au moins 5 km de distance; 5,8% font un trajet de 2 à 5 km
tandis que 4% font 3 km pour arriver à leurs sources d’eau (Figure 8).
2.2%
4.0%
5.8%
< 2 km
2 km
2–5 km
> 5 km
88.1%
Figure 8: Distance du trajet effectué par les répondants vers la source d’eau potable
Des problèmes sont rencontrés en ce qui concerne l’élimination des déchets (déchets
solides et liquides). Des bennes à déchets ont été fournies aux communautés par le
Conseil régional. Certains déchets sont également éliminés en les brûlant. Zoomlion,
une société privée de gestion des déchets et sa filiale, Zoil (spécialisée dans le nettoyage
des plages) a installé des bureaux sur place. Cependant, en raison d’une mauvaise évacu-
ation, les déchets liquides et les déchets solides mal gérés deviennent souvent des ter-
rains fertiles, vecteurs de maladies comme le paludisme.
En dehors de la route principale menant en ville, le réseau routier est généralement
médiocre si bien que les habitants doivent souvent marcher sur de longs trajets pour se
rendre aux marchés, écoles et dispensaires. Le réseau routier est sensible à la détériora-
tion pendant la saison des pluies, amenant d’autres défis aux travailleurs de la santé qui
visitent les communautés pour prodiguer les soins.
5. Conclusion
L’enquête a généré des informations de référence utiles à considérer dans l’exécution des
activités futures. Elle a également mis en avant les besoins de développement des com-
munautés et leurs conditions de vie qui, dans une large mesure, ont une influence sur
leurs relations avec les ressources naturelles.
Ashong • Asomaning • Mensah • Tetteh • Agyeman 153
Ressources Naturelles et Populations dans la Reserve de Biosphère de Songor
6. Remerciements
Nous remercions tous ceux qui ont contribué à la collecte des données et à l’analyse,
plus particulièrement les députés de l’Assemblée, les volontaires de la communauté et
les leaders d’opinions de Songor.
Bibliographie
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154 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Résumé
La réserve de biosphère du Moyen Zambèze (28°E: 30°E; 15:30S: 17:20S) est la prem-
ière réserve de biosphère à être proclamée au Zimbabwe. Elle est située dans la vallée
du Zambèze à une altitude de 300 à 700 m au-dessus du niveau de la mer et constitue
l’extension vers l’ouest de la Rift Valley de l’Afrique orientale. Totalisant 2 161 696 ha
de superficie, 83% se compose des zones centrales et tampon, où l’utilisation prin-
cipale des terres repose sur la gestion de la faune et un peu d’agriculture. La diver-
sité de l’habitat varie des forêts de Brachystegia du plateau aux escarpements boisés,
forêts de Combrétacées à celles de Mopane/Combrétacées/Adansonia, la forêt riveraine
et une partie du lac intérieur artificiel (Lac Kariba). Les données du modèle climatique
et instrumental indiquent que la vallée du Zambèze se réchauffe à un rythme plus
rapide que le paysage avoisinant. Les impacts des changements climatiques ont déjà
été détectés dans l’écosystème aquatique. Par conséquent, la vallée offre des oppor-
tunités uniques de recherche pour l’étude des impacts du réchauffement de la planète
dans les systèmes de la Rift Valley. La création du Lac Kariba, le plus grand lac inté-
rieur créé par l’homme, à un moment où les impacts environnementaux et sociaux
de ce type de développement étaient alors inconnus, a révélé des impacts multiples.
La réserve de biosphère détient un record exceptionnel d’impacts autant humains
qu’environnementaux dans le cadre des projets de grands barrages.
En dehors des menaces à la biodiversité exercées par le réchauffement plané-
taire en Afrique australe, la pression humaine sur les ressources naturelles devient
aussi une menace grandissante pour la biodiversité dans la région. Dans la vallée du
Zambèze, la chasse illégale de produits de la faune comme la corne de rhinocéros
et les défenses d’éléphants, a démontré que les espèces peuvent être amenées à la
limite de l’extinction en un laps de temps. Des expériences utiles dans les stratégies
de gestion pour faire face à cette menace dans la réserve de biosphère du Moyen
Zambèze peuvent contribuer à cette menace globale à la diversité. Ces stratégies
ont consisté, d’une part, en une détermination résolue de lutter contre le crime ainsi
que la création d’un environnement permettant aux communautés locales de réal-
iser la valeur économique de la biodiversité. La valeur de la réserve de biosphère du
Moyen Zambèze dans son ensemble, pour le développement économique est discutée
brièvement. La réserve de biosphère du Moyen Zambèze incorpore également les
sites du patrimoine mondial de Mana Pools et de Chewore.
Mots-clés: Réserve de biosphère du Moyen Zambèze; Ecorégion 54 des boisés
zambéziens et de Mopane; Patrimoine mondial; impacts des changements climatiques;
Lac Kariba; relocalisation involontaire; désinsectisation; menaces à la biodiversité;
interactions homme-faune
Abstract
The Middle Zambezi Biosphere Reserve (28°E: 30°E; 15:30S: 17:20S) is the first bio-
sphere reserve to be proclaimed in Zimbabwe. It is located in the Zambezi valley
at between 300 and 700 m above sea level and constitutes the westward exten-
sion of the East African rift valley. Totalling 2 161 696 ha in area, 83% of it comprises
the core and buffer zones, where major land use is wildlife management and some
agriculture. Habitat diversity varies from plateau Brachystegia woodlands, escarpment
woodland, Combretaceae woodland, valley Mopane/Combretaceae/Adansonia woodland,
riverine forest and a part of an artificial inland lake (Lake Kariba). Instrumental and
climate model data indicate that the Zambezi Valley is warming at a faster rate than
the surrounding landscape. Impacts of climate change have already been detected in
the aquatic ecosystem. The valley therefore offers unique research opportunities for
studying impacts of global warming in rift valley systems. The creation of Lake Kariba,
the largest man-made inland sea, at a time when environmental and social impacts of
such development were unknown, revealed multiple impacts. The biosphere reserve
has a unique record of both human and environmental impacts of large dam projects.
Apart from global warming threats to biodiversity in southern Africa, human pres-
sure on natural resources is an intensifying threat to biodiversity in the region. In the
Zambezi valley illegal hunting for wildlife products, such as rhino horn and elephant
tusks, has shown that species can be driven to the brink of extinction in a very short
period. Useful experiences in management strategies to cope with this threat in the
Middle Zambezi Biosphere Reserve can contribute to this global threat to biodiversity.
This has consisted of, on the one hand resolute determination to fight crime, as well
as creating an environment for local communities to realise the economic value of
biodiversity. The overall value of the Middle Zambezi Biosphere Reserve to economic
development is briefly discussed. The Middle Zambezi Biosphere Reserve also incor-
porates the Mana Pools and Chewore World Heritage sites.
Key words: Middle Zambezi Biosphere Reserve; Zambezian and Mopane wood-
land Ecoregion 54; World Heritage; climate change impacts; Lake Kariba; involuntary
resettlement; pest management; biodiversity threats; human-wildlife interactions
Magadza 157
Gérer les Menaces de la Réserve de Biosphère du Moyen Zambèze
1. Introduction
Le 5 juin 2010, l’UNESCO a classé la réserve de biosphère du Moyen Zambèze comme
membre le la famille des réserves de biosphère mondiales. La réserve de biosphère du
Moyen Zambèze (MZBR) est la seule réserve de biosphère au Zimbabwe et également
la seule dans le bassin du fleuve Zambèze. De plus, le bassin héberge plusieurs zones
de conservation de la faune en Zambie, au Malawi, Bostwana et en Namibie. Toutes
ont été établies avant le milieu du siècle dernier lorsque les populations humaines et la
pression sur les terres dans le bassin étaient faibles. Vu que les populations humaines
ont plus que triplé, l’effet ‘de lisière’ à l’interface des zones de la nature sauvage et des
implantations communautaires est devenu plus dense, dans certains cas au détriment
des ressources naturelles dans les zones de conservation. C’est avec ces considérations
à l’esprit que le comité national Homme et Biosphère du Zimbabwe s’est résolu à établir
une réserve de biosphère, conjointement avec les zones de conservation existantes de la
vallée du Moyen Zambèze. L’accession par le Zimbabwe au programme de Réserve de
biosphère de l’UNESCO offre au pays des opportunités en termes de programmes de
conservation des ressources naturelles ainsi que de coopération dans la recherche avec
d’autres réserves de biosphère déjà établies dans le monde. Elle donne également la pos-
sibilité de réconcilier le développement avec la conservation. Jusqu’alors, le Zimbabwe a
fonctionné sur le mode classique des domaines de parcs naturels qui excluent la partici-
pation des communautés locales, donnant lieu à des conflits toujours plus intenses entre
les communautés et les animaux sauvages.
2. La zone
La réserve de biosphère du Moyen Zambèze (28°E: 30°E; 15:30S: 17:20S) est située dans
la vallée du Zambèze, recouvrant une superficie d’environ 21 616 km2, à une altitude
d’environ 300 à 400 m au-dessus du niveau de la mer (Figure 1a). La délimitation
des zones de la réserve de biosphère couvre les zones centrales, une zone-tampon et
une zone de transition (Figure 1b). De la superficie totale de la réserve de biosphère,
83% se compose de la zone centrale et de la zone-tampon. La MZBR est située dans
l’extension vers l’ouest de l’extrémité sud de la Rift Valley de l’Afrique orientale. Elle
s’étend de l’embouchure du fleuve Sengwa vers Kanyemba, comprenant toutes les zones
de gestion de la faune de la vallée ainsi que les zones du projet CAMPFIRE (Programme
de gestion des zones communales pour les ressources indigènes), adjacentes aux zones
communales. Son orographie lui offre une climatologie unique, en faisant un labora-
toire naturel pour les études sur les changements climatiques. Elle consiste en un fond
de vallée, proche des 1000 m au-dessous des plateaux zimbabwéens et de l’escarpement
abrupt sur les flancs nord et sud de la vallée.
Magadza 159
Gérer les Menaces de la Réserve de Biosphère du Moyen Zambèze
Tableau 1: Résumé des températures au cours des décennies 1969–1979 et 1990–2000
Période 1969 à 1979 1990 à 2000
Saison DJF MAM JJA SON DJF MAM JJA SON
Températures maximales
Maximale
30.8 29.6 26.9 33.9 32.3 31.4 28.2 35.1
moyenne
S.D 1.0 1.2 0.4 0.6 1.0 0.8 0.4 0.7
Température minimale
Minimale
21.6 17.7 11.8 21.8 22.4 18.6 13.1 22.5
moyenne
S.D 0.6 0.4 0.9 0.7 0.6 1.0 0.7 0.6
Figure 2: Une lionne protégeant sa proie (à gauche); babouin albinos chauve (à droite)
3. Biodiversité
La vallée du Zambèze dans son ensemble est l’un des centres de biodiversité très impor-
tants de la sous-région, appelée Région 54, les boisés zambéziens et de Mopane (Burgess
et al. 2004). Les figures 2 et 3 montrant certaines vues dans la MZBR. Elle se distingue
par des plaines tropicales et sous-tropicales, des savanes, des broussailles et des forêts.
Elle se place parmi les dix écorégions importantes en ce qui concerne la biodiversité des
vertébrés avec un total de 960 espèces. Par rapport à l’indice de richesse et d’endémisme,
l’écorégion figure dans la liste des zones “exceptionnelles sur le plan régional” (Burgess
et al. 2004). En général, la végétation de la vallée est plus nutritionnelle que celle du
160 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
biome de Miombo avoisinant d’où la présence d’un grand nombre de mammifères dans
la vallée.
La biodiversité devient un atout de développement de plus en plus important, le
tourisme attirant des centaines de millions de dollars chaque année vers les états riv-
erains. Au cours des premières décennies dans le bassin du Zambèze, les communautés
locales regardaient par-dessus les grillages pendant que les visiteurs profitaient des
avantages de la biodiversité du bassin. Cependant, le concept de gestion des ressources
par les communautés a évolué et les communautés locales se posent de plus en plus en
gardiens de leurs ressources naturelles au lieu du monopole de l’état. Pourtant, le faible
niveau de sensibilisation et la capacité limitée de négociation réduisent considérable-
ment le niveau d’avantages dont les communautés profitent.
Figure 3: Crottin d’éléphant avec sachets en plastique, Kariba. Certains éléphants mâles ont pris
résidence en ville pour échapper aux chasseurs.
La MZBR peut se targuer d’une part raisonnable de la biodiversité de la région. De plus,
l’inclusion du Bassin de Sanyati du lac Kariba, le lac artificiel le plus grand au monde,
ajoute un aspect industriel aux ressources aquatiques normalement trouvées dans les
plus grands lacs comme le lac Victoria entre la Tanzanie, l’Ouganda et le Kenya. Un
visiteur observant le lac Kariba de nuit pourrait penser que les éclairages des bateaux de
pêche nocturne, pêchant la sardine (Limnothrissa miodon) introduite du lac Tanganyika
sont des villages. Ce type de pêche, ainsi que le tilapia du Nil (Oriochromis niloticus),
aujourd’hui élevé en cage fournissent non seulement les protéines indispensables mais
également des services de soutien auxiliaires, offrant des emplois dans une région dont
les ressources de subsistance sont limitées.
Au niveau de l’environnement terrestre, la vallée est dominée par l’arbre Mopane
(Colophospermum mopane) et les espèces de Combrétacées tandis que l’escarpement
regroupe un complexe de Terminalia/Commiphora fusionnant dans les boisés dominés
par la Brachystegia sur les flancs du plateau (Burgess et al. 2004).
On observe plus de vingt espèces mammifères y compris les grands mammifères
comme l’éléphant, le buffle, le Kudu, l’impala, le cobe, le zèbre, la hyène et, sur
l’escarpement, la zibeline. Des espèces menacées comme le lycaon (Lycaon pictus), sont
Magadza 161
Gérer les Menaces de la Réserve de Biosphère du Moyen Zambèze
trouvées dans les populations durables tandis que l’icône de la vallée, le rhinocéros noir
(Diceros bicornis) a quasiment été braconné jusqu’à l’extinction dans la vallée.
Les espèces d’oiseaux abondent dans
la vallée dont certaines sont endém-
iques comme le choucador de Meve
(Lamprotornis mevesii), Le Souïmanga
de Shelly (Cinnyris shelleyi), l’inséparable
de Lilian (Agapornis lilianae) et le quasi-
endémique Souïmanga à ventre blanc
(Cinnyris talatala).
De nombreuses espèces d’oiseaux
nécessitent des sites de reproduction spé-
ciaux. Un exemple dans la MZBR est le
guêpier carmin (Merops nubicoides), qui
Figure 4: Site de couvée des guêpiers carmin
se reproduit sur les falaises des rivages. près du camp d’éducation de Rifa, Chirundu
La figure 4 illustre un site de couvée d’une
colonie de guêpiers carmin, chaque trou représentant un couple d’élevage. Ce site corre-
spond au côté de la falaise en érosion qui, dans le passé — probablement plusieurs cen-
taines d’années — était le méandre d’une rivière. Ainsi, contrairement aux nids d’oiseaux
qui sont construits à chaque saison de reproduction des oiseaux, ces sites de couvée sont
un lieu fixe pour ces espèces et une fois perdus pour donner place au développement,
ils ne peuvent pas être remplacés, tout du moins pendant une saison. D’autres oiseaux
comme le bec-en-ciseaux africain (Rhynchops flavirostris), se perche et se reproduit sur
les bancs de sable des cours d’eau. Un changement soudain du ruissellement du fleuve
lorsque les centrales hydroélectriques de Kariba déversent des quantités importantes
d’eau lors de l’ouverture des portes d’écluse, détruit ces habitats de cours d’eau. Ce facteur
peut affecter un nombre important d’espèces animales.
de la vallée. Le seul avantage tiré par les populations de la vallée des ressources naturelles
est le revenu du programme CAMPFIRE mais la chaîne bureaucratique par laquelle cet
apport doit passer, donne lieu à des avantages insignifiants au niveau des ménages.
Au niveau politique, la vision peu clair-
voyante et trompeuse est celle de maxi-
maliser le flux de trésorerie de l’industrie
touristique basée sur l’environnement. Un
potentat politique bien placé au Zimbabwe
a cité que “quelques grenouilles ne peuvent
pas stopper un projet de développement
de plusieurs millions”, faisant référence
à la construction d’un complexe hôtelier
sur un marais de premier choix. Dans la
MZBR, des menaces sinistres à l’intégrité
de la réserve de biosphère ont commencé à Figure 5: Grand camion de transport routier
émerger. Le statut de patrimoine mondial après la livraison de matériaux de construction
de Mana Pools était basé, entre autres dans un lieu de résidence exclusif. Les véhicules
dans cette région de nature sauvage devraient
qualités, sur la qualité de “nature sauvage normalement être limités aux voitures familiales
exceptionnelle” de la région, notamment ou aux véhicules à six places de safaris et excur-
dans la plaine d’inondation le long du sions touristiques pour observer les animaux.
fleuve Zambèze. Dans un pari d’augmenter
les revenus, l’autorité de gestion des parcs et des domaines de réserves sauvages du
Zimbabwe a accordé des droits de développement pour un site touristique exclusif le
long de la berge du fleuve. La construction de ces unités d’hébergement implique une
altération grossière des qualités de la région sauvage (y compris destruction de la végé-
tation, bâtiments incompatibles, gestion des déchets). Un développement encore plus
sinistre concerne l’intention avancée de prospecter les minéraux sableux (métaux lourds
rares) dans les rivières de la région sauvage. Il impliquerait la destruction de la végéta-
tion et de la couche superficielle du sol sur au moins trois rivières et leurs environs
riverains ainsi que le transport de grandes quantités de sable contenant du minerai vers
une usine de traitement, probablement sur le fleuve Zambèze (Figure 5). Pour récupérer
le minerai, l’opération impliquerait de ramasser du sable à une profondeur de 5 à 16 m,
ce qui, essentiellement détruirait la réserve sauvage de Mana Pools.
5. Incendies
Depuis près de trente ans, les provinces de Makonde/Kariba de la vallée du Zambèze
ont été pulvérisées contre la mouche tsé-tsé (Glossina morsitans). Par sécurité contre les
attaques-surprises d’animaux sauvages, les zones d’opération étaient brûlées au préalable
avant que l’équipe de pulvérisation ne s’engage. Bien que la pulvérisation au sol ait désor-
mais été remplacée par des pièges à appâts à l’odeur non nocive pour l’environnement,
la pyromanie continue à sévir et avec une fréquence plus virulente. Ce problème change
la structure végétale de la réserve notamment dans le biome de Brachystegia où la forêt
Magadza 163
Gérer les Menaces de la Réserve de Biosphère du Moyen Zambèze
6. Développement non
planifié
Le climat de la vallée du Moyen
Zambèze n’a pas attiré l’évolution
naturelle des implantations urbaines.
Cependant, la création d’une facilité
de service comme l’électricité à Kariba
ou les services du poste de frontière à
Figure 6: Eléphant cherchant à brouter après un
Chirundu, nécessite de placer du per-
incendie, Kariba
sonnel pour le fonctionnement de ces
services. Invariablement, l’absence d’aménagements à ces postes fait en sorte que les
employés laissent leurs familles derrière. Il s’ensuit que d’autres prestataires de services
comme des épiceries ou des garages, s’installent au poste. Sans structures de gestion
urbaine, la croissance de ces implantations se fait sans règlementation, aboutissant parfois
à des villages informels sans eau potable et installations sanitaires. Il a fallu à Kariba
plus de vingt ans pour introduire des structures et services d’installations planifiées. La
figure 7 illustre la situation actuelle au poste-frontière de Chirundu. Ici, les chauffeurs
routiers passent au moins trois jours sans aménagements publics. L’implantation elle-
même consiste en des structures d’habitations illégales (Figure 8). La durée d’attente
aux services frontaliers a entraîné le recensement d’espaces de parking par les sociétés
de transport routier pour leurs véhicules dans des zones qui affectent le mouvement des
animaux sauvages vers les points d’eau.
Figure 7: Une longue queue de poids-lourds de Figure 8: Installation informelle sans eau ni
longue distance attendant de passer la frontière sanitaires à Chirundu
à Chirundu
164 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
7. Désinsectisation
Le Moyen Zambèze est le bastion de plu-
sieurs vermines. Les plus remarquables
sont la mouche tsé-tsé (Glossina morsi-
tans) et les moustiques vecteurs du palud-
isme des espècesAedes et Anopheles. La
mouche tsé-tsé transmet la schistosomiase
aux humains et au bétail. Pour permettre
la relocalisation des populations Tonga
déplacées à cause de la création du lac
Kariba, un programme prolongé de lutte
contre ces fléaux a été mis en place. A
l’origine, les deux vecteurs étaient contrôlés
par un arrosage d’insecticide, le DDT.
Ce pesticide était devenu envahissant Figure 9: Piège odorant appâté pour la stérili-
dans l’écosystème et avait affecté un large sation des mouches tsé-tsé mâles
éventail d’organismes (Magadza 2010).
Cependant, l’application au sol du DDT n’est plus nécessaire en raison du développe-
ment de pièges appâtés à l’odeur non nocive pour l’environnement (Torr et al. 1997) qui,
lorsqu’ils sont associés avec un stérilisant chimique sur les pièges, peuvent éradiquer la
mouche de l’environnement (Figure 9).
8. Education
Le plus grand défi pour le MZBR est de sensibiliser les habitants sur la richesse des
ressources de biodiversité naturelle de la vallée et l’idée qu’ils peuvent en tirer parti.
L’auteur a, une fois, était le témoin d’un groupe d’enfants de Nyamhunga Township chas-
sant un éléphant avec des chiens. Heureusement, les éléphants de Kariba savent faire la
différence entre des enfants innocents et des adultes !
9. Perspectives
Les priorités de la réserve de biosphère du Moyen Zambèze récemment établie
comprennent:
• Identifier les moyens de production de revenus pour les familles.
• Investiguer les opportunités offertes par les vastes ressources forestières sur le
marché du carbone.
• Créer des institutions pour la gestion des ressources naturelles par les communautés.
• Créer un environnement favorable à l’éducation et au développement des compé-
tences, pour améliorer la force compétitive des hommes et femmes employés sur le
marché du travail.
• Résoudre les conflits humains/animaux sauvages pour la coexistence harmonieuse
des communautés avec leurs ressources naturelles.
Ces objectifs nécessitent une vision et un effort soutenu de la part de la direction de la
réserve de biosphère du Moyen Zambèze.
10. Enjeux
L’enjeu évident dans la gestion d’une réserve de biosphère aussi grande est le finance-
ment. Jusqu’à présent, le comité de gestion ne dispose d’aucune source de financement
sûre mais est en cours de finaliser des stratégies pour faire face à ce problème. Ces stra-
tégies comprennent:
• L’établissement de partenariats avec les entreprises opérant dans la vallée.
• L’utilisation des facilités d’état pour lever des fonds auprès de la Global Environment
Facility.
• L’établissement de partenariats pour le marché du crédit-carbone.
• La promotion de l’entrepreneuriat parmi les habitants de la réserve en vue de dével-
opper des activités commerciales basées sur l’utilisation durable des ressources de
biodiversité.
Ces tâches sont gigantesques et requièrent un poids financier et administratif ainsi
qu’une pensée novatrice.
166 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Références
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10
Préconiser L’amélioration de la Conservation
de la Biodiversité dans la Réserve de
Biosphère de Bia par L’autonomisation de la
Communauté et des Institutions
Advocating for the Improvement of Biodiversity Conservation in
the Bia Biosphere Reserve through Community and Institutional
Empowerment
Résumé
Le rôle de la société civile dans la protection et la gestion de l’environnement est
d’importance cruciale notamment dans les zones et les économies où des structures
clairement définies et au bon fonctionnement pour la décentralisation existent. Les
preuves abondent en termes de recherche et également dans les projets, surtout dans
les pays industrialisés où les organisations de la société civile ont joué des rôles actifs
dans la protection et la gestion de l’environnement. Ce fait est constaté dans les Etats
où des structures et des systèmes ont été conçus pour autonomiser les citoyens en
les faisant participer au système et pour les laisser prendre leurs propres initiatives
dans diverses questions y compris leur propre environnement.
La durabilité de la Réserve de biosphère de Bia au Ghana pourrait être améliorée
si les communautés étaient habilitées et sensibilisées eu égard à leur responsabilité et
aux avantages découlant d’un engagement dans les pratiques de conservation.
Rompant avec la vision précédente du développement qui considérait que les
communautés faisaient obstacle au changement social progressif, ce document défend
le rôle de la communauté dans la mise en place de la décentralisation, la participation
significative et l’autonomie culturelle en matière de préservation de la forêt.
Malgré sa popularité récente, le concept de communauté reçoit rarement
l’attention de ceux concernés par l’utilisation et la gestion des ressources.
Abstract
The role of civil society in protecting and managing the environment is of high impor-
tance especially in areas and economies where clearly defined and well functioned
structures for decentralization exist. Evidence abounds in research and also in pro-
jects, especially in the advanced countries, where civil society organizations have
played active roles in the protection and management of the environment. This has
happened in states where structures and systems have been designed to empower
the people to be part of the system and to take their own initiatives in diverse issues
including their own environment.
The sustainability of the Bia Biosphere Reserve in Ghana could be enhanced if
communities were to be empowered and sensitized with regards to their responsi-
bility and the benefits thereof of engaging in conservation practices.
In a break from the previous path of development which considered communi-
ties to hinder progressive social change, this paper champions the role of community
in bringing about decentralization, meaningful participation and cultural autonomy in
forest conservation.
Despite its recent popularity, the concept of community rarely receives the atten-
tion from those concerned with resource use and management.
The focus of this paper is on community groupings and associations as well as
environmental non-governmental organizations in the Bia [Link] issue of how to
empower these groups to play a central role in the conservation and protection of
the forest resources in their locality is strongly emphasized.
Key Words: empowerment, community conservation, sustainability, decentralization,
biosphere reserve
1. Introduction
La politique sur la Forêt et la Faune de 1994 au Ghana intègre le principe de conservation
par le développement durable et définit clairement les intentions du Gouvernement eu
égard aux ressources du monde naturel et à la gestion de la zone protégée. La politique
reconnaît explicitement le besoin d’associer les communautés locales à la gestion de la
Amoah 169
Réserve de Biosphère de Bia: Autonomisation de la Communauté et des Institutions
zone protégée par la création d’avantages comme l’utilisation des ressources naturelles
et l’emploi (Zone de conservation de Bia 2001).
Dans le passé, la Division de la Faune a affiché une attitude traditionnellement
conservatrice envers les zones protégées bien qu’elle ne dispose que rarement des res-
sources pour une mise en vigueur adaptée. Cette approche a aliéné les communautés
locales et exclu les opportunités de participation à des activités de développement rural
et l’utilisation durable des ressources des réserves. Alternativement, elle a découragé
l’implication du secteur privé dans l’utilisation des ressources du monde naturel et
des zones protégées tout en manquant de reconnaître l’importance de la faune et la
flore au sein d’une économie gérée. En conséquence, les réserves ont trop souvent fait
l’objet d’une exploitation néfaste de leurs ressources naturelles. Cette situation n’est pas
unique au Ghana et est aussi visible dans de nombreux pays en voie de développement
et industrialisés.
L’intégrité future de la Réserve de biosphère de Bia repose à la fois sur le dével-
oppement d’un système par le biais duquel tous les acteurs peuvent dialoguer et un
programme d’intervention requérant des contributions de ressources, la formation et
l’éducation. De cette manière, les intervenants pourront être autonomisés pour réguler
l’utilisation de leurs ressources à bon escient.
2. Aperçu de Bia
Le Parc national de Bia a été désigné comme Réserve humaine et de biosphère (MAB)
en 1983 et est la seule réserve avec cette désignation au Ghana. Pour le moment, la zone
a fait l’objet d’années d’études scientifiques et on en sait plus au sujet de cette réserve que
toute autre zone sauvage dans la région des hautes forêts.
Les zones hors réserve autour de Bia s’écroulent sous une bureaucratie à outrance
et des systèmes fonciers et de gestion divers. Plusieurs institutions gouvernementales
ont un impact et une autorité à divers niveaux sur l’utilisation des terres. Cette situa-
tion très complexe doit être comprise pour placer Bia dans un contexte régional afin de
pouvoir identifier les menaces à la conservation et aux opportunités pour la gestion de
la biosphère et proposer des solutions. La carte de la Figure 1 indique l’emplacement et
le statut de délimitation de la Réserve de biosphère de Bia.
La situation des zones de transition et zones-tampons autour de Bia est typique de
nombreuses zones rurales au Ghana. La majorité des individus sont des agriculteurs;
cependant, ils dépendent aussi largement des ressources naturelles pour satisfaire à
leurs besoins quotidiens. Le plus important est que la viande de gibier forme une partie
importante de leur consommation de protéines animales. Les communautés ont un
accès limité à la santé, l’éducation et aux besoins d’infrastructure de base comme les
routes, l’eau et les installations sanitaires. L’accès aux marchés pour les récoltes tradition-
nelles est médiocre. La conséquence en est que les agriculteurs souffrent de problèmes
de marketing. Ce qui, combiné avec la tarification décourageante du cacao, encourage
la culture de telle ou telle récolte plutôt qu’une autre et la monoculture aboutissant à la
dégradation de l’environnement.
4. Méthodes/procédures
Ce document n’est pas le résultat d’études sur le terrain dans la région de Bia. Il entend
plutôt être un document de soutien sur l’implication de la communauté dans le dével-
oppement et la gestion de la réserve de biosphère au Ghana. L’auteur propose ici une
publication dans laquelle il passe en revue les plans de gestion, les documents de poli-
tique stratégique et autres articles et documents sur le contenu. Le document définit et
analyse l’autonomisation dans le contexte des ressources naturelles et de la protection et
gestion environnementale avec une priorité sur la zone de biosphère de Bia.
Il conclut avec certaines recommandations-clés sur la manière dont le gouvernement
du Ghana et les autres institutions étatiques responsables de la réserve de biosphère
de Bia et autres parcs nationaux pourraient habiliter la communauté locale et autres
acteurs locaux tels que les organisations de la société civile à participer activement dans
la conservation des ressources naturelles dans la région.
rétention partielle des revenus générés localement autant pour les dépenses au sein des
zones protégées que pour les débours destinés à la communauté locale.
La politique s’étend sur l’idée que le développement des zones de gestion des res-
sources par la communauté (CREMA) associé au renforcement recommandé des infra-
structures et institutions sur la réserve sera le meilleur espoir de garantir l’intégrité
future de la forêt tropicale de Bia et, de fait, la conservation de l’écosystème des zones
protégées du Ghana. Mais on note une différence majeure entre l’inscription de ces
initiatives sur papier et la volonté politique et les capacités financières de les mettre
en œuvre. Plusieurs structures ont été créées au niveau local, telles que les Comités
régionaux et les comités unitaires dans le cadre du processus de décentralisation du
gouvernement. Les comités régionaux et les comités unitaires ont été établis en 1998
pour assister les communautés dans la représentation administrative, avec pour inten-
tion l’encouragement à une participation à la base dans le processus politique (Figure
2). La plupartde ces structures aux niveaux locaux existent sous forme de simples entités
sans l’autonomie nécessaire ni la capacité de fonctionner correctement comme prévu.
La création du CREMA dans la zone de biosphère de Bia constitue en réalité, une plate-
forme intéressante pour améliorer, reproduire et soutenir l’implication de la commu-
nauté dans la gestion des ressources naturelles.
Selon le Plan de gestion de la zone de conservation de Bia de 2001, la zone de conser-
vation de Bia est entièrement située au sein
de la province administrative du Conseil
régional de Juabeso-Bia (Zone de conser-
vation de Bia 2001). Ce conseil dispose
d’un sous-comité environnemental rela-
tivement actif. Néanmoins, ce comité n’est
pas efficace en raison d’un manque de
fonds plutôt que d’une apathie de la part de
ses membres. La question de savoir si les
communautés existent réellement et les
individus qui la forment partagent les
mêmes intérêts et processus de décision
consensuelle dans la région de Bia reste
Figure 2: Engagement des intervenants dans la
d’intérêt majeur pour la recherche. zone de biosphère de Bia
et la conservation (Argawal 2010, Chambers & McBeth 1992, Chitere 1994, Etzioni
1996). Malgré sa popularité récente, le concept de l’implication communautaire fait
rarement l’objet de l’attention ou de des analyses requises de la part de ceux concernés
par l’utilisation et la gestion des ressources.
Dans les économies en voie de développement, un pourcentage important de la pop-
ulation dépend des ressources forestières et autres ressources naturelles pour sa sub-
sistance et le Ghana n’est pas une exception. Cependant, depuis quelques années, ces
ressources ont diminué à un taux alarmant, plus vite qu’elles ne peuvent se régénérer.
Bien qu’une série exhaustive de politiques pour la conservation de l’environnement
dans les zones forestières au Ghana existent sur papier, en pratique, la plupart sont
surtout appliquées dans les réserves de boisés à valeur commerciale. Les politiques
environnementales n’ont que peu d’effet sur ceux vivant en marge des forêts puisque
qu’elles ne sont appliquées que de manière sporadique et même les normes commu-
nautaires acceptées pour l’utilisation des ressources ont tendance à être mises de côté si
leur application fait interférence avec les occupations-clés (Parmar 2003). Les moyens
de subsistance, quant à eux, dépendent largement des ressources naturelles et c’est pour-
quoi la conservation est nécessaire. Le dilemme est de créer des politiques efficaces.
L’autonomisation des communautés locales et des groupes de la société civile dans ces
processus est d’une importance cruciale. Les questions suivantes se posent:
• Comment engager les individus dont les moyens de subsistance reposent largement
sur ces ressources dans la formulation de la politique et les processus de mise en
vigueur ?
• Quel rôle peuvent-ils aussi jouer au vu du soutien requis et de la direction?
7.2 Comment autonomiser ces groupes pour qu’ils jouent un rôle central
dans la protection de l’environnement et la gestion des ressources
dans la région ?
Diverses méthodes (selon les besoins d’un groupe particulier) telles que des programmes
éducatifs officiels et officieux, de renforcement des capacités, des clubs de création et de
gestion de l’environnement durable pour les communautés etc. pourraient être utilisées.
Lorsqu’un projet ou un programme est prévu pour autonomiser les individus dans les
questions environnementales, les réflexions suivantes pourraient se révéler importantes:
• Quels sont les problèmes ou enjeux principaux pour l’environnement et les
ressources?
• De quelle manière ces problèmes/enjeux affectent-ils les moyens de subsistance et la
santé des populations ainsi que les écosystèmes à court ou à long terme ? (Analyse
environnement-subsistance).
• Quel rôle de tels groupes et individus jouent-ils pour aborder ou traiter les questions
en jeu?
• Quels avantages leur sont apportés ainsi qu’à l’environnement par leurs interven-
tions ou actions?
• Quels sont les besoins primaires de ces groupes ou institutions en ce qui concerne la
protection et la gestion environnementale?
• Quelle stratégie serait appropriée pour les autonomiser sur les questions
environnementales?
L’autonomisation, selon Blanchard et autres (1996) devrait être mûrement réfléchie pour
garantir des résultats fiables.
8. Conclusion et recommandations
En conclusion, préconiser l’autonomisation des individus et des institutions, dans la
gestion et la protection environnementale est novateur, si bien que les projets et pro-
grammes consacrés à l’autonomisation des locaux dans la région de Bia devraient être
ceux qui:
• habilitent les individus, communautés et autres institutions dans la zone de réserve
de biosphère de Bia à prendre des décisions sur les circonstances personnelles ou
collectives en matière de protection et gestion environnementale;
• habilitent les individus, communautés et autres institutions dans la zone à l’accès aux
informations et ressources sur l’environnement pour la prise de décision;
• habilitent les individus à considérer une série d’options de choix en ce qui concerne
leur environnement et non pas simplement des réponses de type ‘oui /non’ ou ‘soit/
ou’ sur les décisions des autorités gouvernementales sur l’environnement;
176 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Références
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Amoah 177
Réserve de Biosphère de Bia: Autonomisation de la Communauté et des Institutions
Résumé
L’ethnozoologie appliquée à la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames
(RBMH) a visé à recenser les connaissances endogènes des populations riveraines sur
la RBMH et la faune sauvage. L’étude s’est déroulée sous forme d’enquêtes et a porté
sur l’inventaire des activités économiques, la connaissance de la faune sauvage et
l’importance de la réserve pour la population.
Les enquêtes conduites dans six villages riverains ont permis d’inventorier 11
activités économiques dont les plus importantes sont l’agriculture, l’élevage, la sur-
veillance de la réserve et la pêche pratiquées respectivement par 100 %, 32%, 14%
et 8% de la population riveraine de la réserve. Cette réserve renfermait 37 espèces
de faune sauvage mais quelques unes d’elles (le céphalophe à flanc roux, le bubale, le
buffle, le lion et la panthère) ont disparu. Selon 88% de la population, les conflits faune
sauvage-hommes seraient fréquents suite aux dégâts sur des cultures dans les champs
occasionnés par les singes, les hippopotames et les éléphants cités respectivement
par 34,6%, 29,6% et 13,6% des enquêtés. Malgré ces dégâts, la population reconnait
l’importance de la faune sauvage pour leur société dont quatre des espèces citées
sont utilisées en médecine traditionnelle et pour l’obtention de forces occultes.
De même la réserve et la mare jouent un rôle socioculturel important pour les
populations riveraines. Selon 91% de ces populations, la réserve constitue un bien
Abstract
Ethnozoology applied to the Hippopotamus Pond Biosphere Reserve (RBMH — Réserve
de Biosphère de la Mare aux Hippopotames) aimed to survey the indigenous knowledge
of riparian inhabitants about the reserve and wild [Link] study was conducted as a
survey and inventory of economic activities, knowledge of wild fauna and the impor-
tance of the reserve for the population.
The surveys were conducted in six riparian villages and generated an inventory
of 11 economic activities, of which the most important are agriculture, stock farming,
reserve monitoring/patrolling and fishing, practised by 100%, 32%, 14% and 8% of the
riparian population, respectively. The reserve hosts 37 species of wild fauna, several
of which have disappeared (red-flanked duiker, hartebeest, buffalo, lion and leopard).
According to 88% of the population, human-wildlife conflicts are frequent due to crop
damage by monkeys, hippopotami and elephants, cited by 34.6%, 29.6% and 13.6% of
the surveyed individuals, respectively. Despite this damage, the population recognizes
the importance of wild fauna in their culture, as four of the species are used in tradi-
tional medicine and to invoke spirits.
The reserve and the water body also play an important socio-cultural role in the
riparian populations. According to 91% of these populations, the reserve is a pre-
cious asset which improves vegetation diversity and wild fauna. The reserve provides
employment through the development of tourist guides, forest monitoring/ patrolling,
commercial fishing and the harvesting of dead wood.
Key words: Indigenous knowledge, wild fauna, vegetation diversity, poaching, cultural
identity.
1. Introduction
L’ethnozoologie est par définition l’étude des connaissances zoologiques de différentes
ethnies et de leurs relations avec les espèces animales (Chevallier et al. 1988). Selon ces
auteurs, le terme a été utilisé pour la première fois par les anthropologues Henderson et
Harrington dès 1914 qui étudiaient des tribus indiennes des grandes prairies. Cette dis-
cipline ne s’est affirmée en tant que telle qu’à partir de 1963 par la création du Laboratoire
d’ethnobotanique avec le développement d’un secteur consacré à l’ethnozoologie au
Muséum National d’Histoire Naturelle de la France.
180 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
En Afrique, les animaux ont une importance considérable dans les sociétés. Ainsi,
les animaux totémiques ou interdits liés à chaque famille s’expliquent souvent par le
choix d’un ancêtre commun appartenant à une espèce animale. En regardant les nom-
breuses utilisations de la faune sauvage dans la vie quotidienne des populations afric-
aines, il apparaît plus évident que la conservation et le maintien d’un certain niveau
de la population animale est nécessaire pour assurer leur identité culturelle et sociale
(Chardonnet 1995, Czudek 2001). Dans les sociétés africaines, le respect, l’adoration ou
l’attitude humaniste envers les animaux sauvages trouvent leur essence dans la croyance
à l’interférence des forces surnaturelles entre la société des hommes et celle des animaux
de la forêt (Kabré 1996). Doucet (2003) relèvera que chez les Mahongwe du Gabon, le
monde animal joue un rôle prépondérant dans l’expression des valeurs morales cul-
turelles par la concentration des espèces animales dans la plupart des substantifs relatifs
à la famille et surtout par le taux particulièrement élevé des proverbes ayant recours aux
espèces animales.
A cet effet, l’ethnozoologie occupe une place de choix dans le processus de la gestion
durable de forêts classées (Yaokokoré-Béibro 1995). D’où notre hypothèse de recherche:
« une meilleure prise en compte des connaissances endogènes contribue à la gestion durable
de la faune sauvage dans les aires protégées ».
Il s’agit de recenser les connaissances endogènes sur la Réserve de Biosphère (RB) et
sur la faune sauvage.
2. Méthodologie
2.1 Milieu d’étude
L’actuelle Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames (RBMH) était une forêt
classée par arrêté no. 8336 SE du 26 mars 1937 qui a été intégrée au réseau des Réserves
de Biosphère le 12 janvier 1987 par l’UNESCO (Chardonnet 1995, Taïta 1997). La réserve
a une forme effilée avec une longueur de 26 km et une largeur comprise entre 4 et 9 km.
Elle couvre une superficie approximative de 19 200 ha et est située à environ 60 km au
nord de Bobo Dioulasso. Elle est comprise entre 11°30' to 11°45' de latitude nord et de
04°05' to 04°12' de longitude ouest (Figure 1).
Le climat de la réserve est de type soudanien avec des précipitations annuelles de
l’ordre de 1 100 mm, réparties sur 4 à 6 mois, de mai à octobre (Bélem 2008). La végéta-
tion est constituée de plusieurs formations parmi lesquelles sont distinguées une végé-
tation aquatique autour de la Mare, des forêts galeries, des forêts claires et des forêts
denses sèches ainsi que des savanes arborées et arbustives (Taïta 1997, Bélem 2008).
La faune de cette réserve est célèbre pour ses hippopotames (Hippopotamus
amphibius L.) qui y vivent en permanence et qui ont donné leur nom au site: « Réserve
de Biosphère de la Mare aux Hippopotames ». Selon des études récentes, l’effectif de
cette espèce est passé de 33 individus en juin 2006 à 42 individus en juin 2008 suite
une action de surveillance des populations villageoises riveraines en collaboration avec
les agents du Ministère de l’environnement (Dibloni et al. 2010). D’autres mammifères
tels que des éléphants (Loxodonta africana Cuvier), des guibs harnachés (Tragelaphus
Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 181
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso
Les principaux problèmes rencontrés dans la réserve sont les suivants (UCF/Hauts
Bassins 2005):
• les feux tardifs;
• le braconnage pratiqué à l’aide d’armes à feu, de pièges et de chiens de chasse;
• les conflits hippopotames et pêcheurs traduits par la destruction des filets et les con-
flits hippopotames et agriculteurs traduits par le ravage des champs de cultures;
• la pêche avec des engins prohibés;
• les pâturages illicites par les pasteurs transhumants;
• l’exploitation illicite de bois verts.
Pour contrôler ces actions nocives à la durabilité de la Réserve, le PAGEN et le Projet
GEF/MAB UNESCO ont mis en place l’Association inter-villageoise pour la Gestion des
Ressources Naturelles et de la Faune (AGEREF) qui est une structure faîtière commu-
nautaire réunissant les organisations des producteurs œuvrant dans la zone sous influ-
ence de la réserve.
2.3 Résultat
2.3.1 Caractérisation économique de la zone d’étude
Cette étude nous a permis de déterminer la structure de la population et d’inventorier
les activités économiques conduites dans les villages riverains.
Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 183
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso
1. Structure de la population
Dans chaque ménage, nous avons dénombré en moyenne 9 personnes, en âge de tra-
vailler, constituées du chef de ménage, de deux épouses et de six enfants en moyenne.
La moyenne d’âge des chefs de ménages est de 48 ans avec un minimum de 22 ans et un
maximum de 90 ans. Au total, 50 ménages ressortissant des six villages échantillonnés
ont été enquêtés (Tableau 1).
Tableau 1: Structure de l’échantillon enquêté
Echantillon
Age moyen des
Villages Effectif des Nombre de per- Pourcentage des ménages (an)
ménages sonnes enquêtées ménages (%)
Bala 9 81 18 53
Fina 8 72 16 49
Padema 9 81 18 39
Hamdalaye 8 72 16 42
Sokourani 8 72 16 51
Tiarako 8 72 16 55
Total 50 450 100 48
Les différentes ethnies rencontrées dans cette zone d’étude se composent principalement
de la population autochtone Bobo (84%) et des migrants constitués de Mossé (12%), de
Peulh et de San (4%) venus à la recherche de terres fertiles.
Sur le plan religieux, les musulmans sont les plus nombreux (60%), puis viennent les
animistes (32%) et les chrétiens (8%).
2. Activités économiques de la zone
Il existe plus d’une dizaine d’activités économiques dont la principale activité est
l’agriculture qui occupe 100% de la population suivie de l’élevage (32% de la population).
D’autres activités comme le petit commerce, la pêche et autres sont menées par les hab-
itants (tableau 2).
Tableau 2: Taux de répartition de la population (%) suivant les différentes activités
économiques
Activités Principales Secondaires I Secondaires II Total
Agriculture 100 100
Elevage 0 20 12 32
Pisteur (surveillance) 0 12 2 14
Apiculture 0 4 0 4
Pêche 0 8 0 8
Alphabétisation 0 2 0 2
Couturier 0 2 0 2
184 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
L’enquête a révélé que 18% de la population pratique trois activités, 58% de la population
effectue au moins deux activités différentes à la fois et 100% de la population mène au
moins une activité économique (tableau 2)
La démographie galopante et la pression foncière consécutives à la monétarisa-
tion de l’agriculture font peser de lourdes menaces sur les formations classées du pays.
La Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames n’est pas en reste. En effet, on
dénombre dix villages périphériques et une multitude de hameaux de culture autour la
réserve.
Espèces
Fréquences
Ordres Familles Noms Nom en langue
Non courant (%)
scientifiques “Bobo”
Carni- Canidae Canis adustus Chacal à Demèkalé 74
vores Sundevall, 1847 flanc rayé
Felidae Felis silvestris Chat sauvage Saga zakouma 52
Schreber, 1775
Panthera leo Lions Zara 6**
Linnaeus, 1758
Panthera pardus Léopard Sogoo, Fièfra 8**
Schlegel, 1857
Viverridae Civettictis civetta Civette Gotien, Wata 56
Schreber, 1776
Genetta genetta Genette Konoma 56
Linnaeus, 1758
Hyaenidae Crocuta crocuta Hyène Samiri 60
Erxleben, 1777
Herpestidae/ Herpestes Mangouste Sun 54
Herpestinae ichneumon
Linnaeus, 1758
Insecti- Erinaceidae Erinaceus albi- Hérissons Koundou 54
vores ventris Wagner,
1841
Lago- Leporidae Lepus capensis Lièvre Moou 68
morphes Linneaus, 1758
Primates Cercopithecidae Papio anubis Babouin Sèguè laba 74
Lesson, 1827
Cercopithecidae Erythrocebus Singe rouge Founa, Fna pènè 80
patas Schreber,
1775
Cercopithecidae Cercopithecus Singe vert Founa, Lè fna 84
aethiops
Linnaeus, 1758
Probo- Elephantidae Loxodonta Eléphant Koro 94
scidiens africana Cuvier,
1825
Croco- Crocodylidae Crocodylus Crocodile Yiloo,Yilé, 74
dylien niloticus Bamba
Laurenti, 1768
Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 187
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso
Espèces
Fréquences
Ordres Familles Noms Nom en langue
Non courant (%)
scientifiques “Bobo”
Squamata Pythonidae Python regius Python Sansa, Samia sa 54
Shaw, 1802
et P. seaba
Gmelin, 1788
Viperidae Bitis arietans Vipère Fotoro, Cotoro 80
Merrem heurtante
Elapidae Naja sp. Naja Diguiré, Dissiré 80
Varanidae Varanus niloticus Varans Séguèrè 54
Linnaeus, 1766
Varanus Guele tapée Kui, Kudju 54
exanthematicus
Bosc, 1792
Rongeurs Thrionomyidae Thrionomys Aulacode Corè, Cognina 68
swinderianus
Temminck,
1827
Sciuridae Euxerus Ecureuil Tomgoulé, 62
erythropus E. Guèrèni
Geoffroy, 1803
Hystricidae Hystrix cristata Porc-épic Sanè, bala 70
Linnaeus, 1758
Muridae/ Cricetomys Rat voleur Toro, Tènè 56
Crycetomyinae gambianus
Waterhouse,
1840
Tubuli- Orycteropodidae Orycteropus Oryctérope Wuro kouéré, 58
dentés afer Pallas, Timba
1766
Légende
*espèce dont la présence est douteuse
**espèce disparue de la réserve
Cette pêche coutumière durerait une semaine et le dernier jour est consacré à un repas
familial avec les produits issus de la pêche. A cette occasion les chefs de terre ou « laga-
koncé » en langue Bobo font quelques sacrifices pour supplier les ancêtres de bénir leurs
activités.
4. Braconnage dans la réserve
Selon 30% de la population, le braconnage sévit toujours dans la réserve. Il est surtout
pratiqué en saison sèche, entre les mois de novembre et de mai, après le passage des feux
de brousse. Toutes les espèces d’animaux sont recherchées par les braconniers; mais 33%
et 26% de la population estiment respectivement que les porcs-épics, les lièvres et les
oiseaux sont les plus abattus (Figure 3).
35 33
30 26 26
Fréquences (%)
25
20 17 17
15 13 13
10
10
5
0
la mort d’un pêcheur et d’un autre gravement blessé que nous avons pu voir avant son
évacuation au Centre Hospitalier Régional Souro SANOU de Bobo Dioulasso en avril
2008.
Les dommages causés par la faune sauvage aux cultures portent essentiellement sur
les céréales citées par 56% de la population, le coton (19%) et les vergers (Figure 4). Des
filets de pêche sont détruits également dans 9,2% des cas. Des dégâts d’animaux sont
observés toute l’année avec une plus grande fréquence en saison pluvieuse.
60 56
50
Fréquences (%)
40
30
19
20
9.2 6
10 4.7 3.1 2
0
Produits endomagés
Pour lutter contre les invasions, des mesures sont entreprises pour minimiser les risques.
Le gardiennage des champs, l’instauration du vacarme, l’installation du feu et de la
fumée, l’implantation d’un épouvantail ou l’installation des champs loin de la Réserve
sont autant de mesures mises en place par la population et les projets de développement
pour lutter contre l’invasion de la faune sauvage.
Selon les enquêtés, la RBMH connaît de multiples cas de conflits entre la faune
sauvage et les hommes. Les plus fréquents seraient ceux se rapportant aux dégâts de cul-
tures occasionnés par les singes, les hippopotames et les éléphants ainsi que les dégâts
sur les filets de pêche occasionnés principalement par les hippopotames. Ces conflits
sont généralement connus des différentes aires protégées d’Afrique (Ouadba et al. 2005,
Packer et al. 2006, Danquah et al. 2006).
6. Interactions entre la faune sauvage et le bétail domestique
Afin de s’assurer des possibilités de cohabitation entre la faune sauvage et les
animaux domestiques, 62% de la population interviewée (composée d’éleveurs Peul
et d’agropasteurs bobo) dit n’avoir aucune connaissance de cette cohabitation ou que
cela n’a jamais été possible. Mais 38% de la population a affirmé que cette cohabitation
s’effectuait il y a au moins trente (30) ans de cela et concernait les herbivores entre eux.
C’est le cas des regroupements:
• petits ruminants domestiques (ovins et caprins) avec les guibs harnachés cités par
26% de la population;
Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 191
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso
Millogo
Konate
Espèces de faune
Badini
Sanou
Belem
Total
Dao
Crocodile x x x 3
Varan du Nil x x x 3
Gueule tapée x 1
Tortue x 1
Python royal x x x x x x 6
Vipère heurtante x 1
Ecureuil x x 2
Oryctérope x 1
Singe x x x 3
Hyène x x 2
Lion x x 2
192 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Sawadogo
Bagagnan
Ouattara
Millogo
Konate
Espèces de faune
Badini
Sanou
Belem
Total
Dao
Panthère x x x 3
Porc epic x 1
Buffle x 1
Eléphant x x 2
Hippopotame x x 2
Pintade sauvage x 1
Francolin x 1
Total 1 4 12 5 7 4 1 1 1
a b
c d e
100 92.7
90
80
Fréquences (%)
70 63.3
60
50 38.2
40
30 25
20 10
10
0
Activités nuisibles
• la mise en place d’un comité de lutte contre les feux tardifs et la coupe abusive du
bois;
• la poursuite de la sensibilisation et l’équipement des surveillants.
Ces suggestions sont faites respectivement par 82%, 34%, 18% et 16% de la population.
Malgré toutes les difficultés qu’engendre la faune sauvage, des systèmes sont mis en
place pour leur protection aux niveaux national et international. Sur le plan national,
les méthodes de protection sont entre autres les Parcs nationaux, les réserves totales et
partielles de faune, les forêts classées et la ratification de plusieurs conventions comme
celles d’Alger (1968) et de Washington/CITES (1973) pour la protection de certaines
espèces animales de la faune sauvage menacée d’extinction (CONAGESE 1999, UICN
2006). Sur le plan traditionnel, le système de protection concerne les espèces totems et
les zones refuges ou bois sacrés.
100 96
91
90
80
Fréquences (%)
70
60 52
50
40
30 23 23
20
10
0
Bénéfices
70 62
60 52
Fréquences (%)
50
40
28
30 20
20 10 8 5
10 3
0
Causes
100 96
90
80
70
Fréquences (%)
60
50
40
30 20 15 15
20 10 8 5
10
0
Raisons de retour
feux de brousse, de l’impact du cheptel domestique. Ces actions sont une preuve que les
périphéries proches des aires de conservation font l’objet de beaucoup de convoitises
dans les zones arides et semi-arides d’Afrique (Noirard et al. 2004, Okoumasou et al.
2004, Binot et al. 2006). Toutes ces actions de dégradations seraient amoindries suite
aux actions conjuguées des agents des services forestiers et des surveillants de l’AGEREF
instaurées depuis la mise en œuvre des activités PAGEN. Ces actions doivent être pour-
suivies compte tenu de l’importance de la réserve pour la population.
La RBMH constitue un domaine par excellence pour l’éducation et la formation
des générations présentes et futures grâce à son rôle de préservation de la biodiversité
animale et végétale. Elle constitue également une source de devises pour le pays et des
revenus pour la population avec le développement du tourisme. En outre, la réserve
présente aussi bien des inconvénients que des avantages pour les populations villa-
geoises riveraines.
5. Conclusion
Les résultats issus de cette enquête nous permettent d’affirmer que les populations riv-
eraines de la RBMH connaissent les espèces fauniques présentes dans cette réserve. Elles
sont également conscientes des dangers qu’encourent cette faune et son habitat face aux
différentes actions anthropiques conduites à l’intérieur et à la lisière de cette réserve.
Le nombre d’espèces de la faune sauvage a été estimé à plus de 37 dans la RBMH par
les populations villageoises riveraines. L’effectif actuel des espèces de faune étant infé-
rieur à celui défini par les riverains, confirme la disparition progressive de la faune ces
dernières années. Chacune de ces espèces de faune sauvage a été désignée par son nom
local « Bobo ».
Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 197
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso
Les enquêtes ont aussi révélé que la réserve, en tant qu’habitat de la faune, était en
phase de dégradation suite aux actions de braconnage, des feux de brousse et à l’impact
du cheptel domestique. Ces principaux facteurs de dégradation qui sont néfastes à la
survie de la réserve ont été cités respectivement par 62%, 52% et 28% de la population.
Ces actions de dégradation seraient amoindries suite aux actions conjuguées de tous les
acteurs et bénéficiaires de la RBMH. Pour les habitants des villages riverains, les actions
déjà entreprises doivent être poursuivies car la RBMH constitue une source d’entrée de
devises pour la population avec le développement du tourisme et le lieu où les riverains
accomplissent certains rites socioculturels. Afin de permettre une meilleure préserva-
tion de la diversité biologique de la réserve, il serait important que le Réseau AFRIMAB
mette à la disposition du Comité national du MAB, des ressources financières et maté-
rielles nécessaires à l’aménagement au renforcement des capacités aussi bien des agents
des Eaux et Forêts que des populations locales.
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Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
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Dibloni • Guenda • Belem/Ouedraogo • Poda 199
Ethnozoologie de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso
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Tropicale, Université d’Abidjan, 55 pp.
12
Implication de la Population Locale Dans la
Gestion de L’aire Protégée
Involving the local population in protected area management
ISAIA R AYMOND1
Résumé
Sahamalaza-ïles Radama est la deuxième réserve de biosphère créée à Madagascar en
2001, après Mananara Nord. Le parc marin et côtier constituant la majorité de la zone
centrale de la réserve de biosphère est créé en 2007, sous la loi Code de Gestion des
Aires Protégées (COAP 2001). Mandaté par le Gouvernement Malgache, Madagascar
National Parks, organisation non gouvernementale gérant le réseau national des aires
protégées de Madagascar a choisi la gestion, à la fois du parc national et la réserve
de biosphère Sahamalaza-Iles Radama comme une structure légère du point de vu
personnel. Cependant, cette Institution encourage la participation dynamique de la
population locale dans la gestion collaborative de cette nouvelle aire protégée. Ainsi,
des nouvelles organisations ont été constituées aussi bien au niveau des bases, des
communes qu’entre les communes. Les structures existant avant la mise en place de
l’aire protégée et dirigées par les ‘sages’, ont été capitalisées et respectées. La com-
munication et l’échange d’informations se passent bien entre les différentes structures
au vu du partage de responsabilités.
Mots-clés: cogestion, site pilote, appui au développement
Abstract
Sahamalaza-Iles Radama is the second biosphere reserve created in Madagascar in
2001 after Mananara Nord (North Mananara). The marine and coastal park consti-
tuting the bulk of the central zone of the biosphere reserve was created in 2007
under the Management of Protected Areas Act (COAP 2001). Mandated by the
1 Madagascar National Parks, Directeur du Parc National Sahamalaza-ïles Radama · Maison de l’Environne-
ment, CR Maromandia, District d’Analalava, Région Sofia, Madagascar · Tél.: +26133 09 673 73/+26134
49 401 39 · E-mail: [Link]@[Link]
200
Raymond 201
Implication de la Population Locale Dans la Gestion de L’aire Protégée
1. Introduction
L’implication de la population locale dans
la gestion des aires protégées est une nou-
velle politique adoptée par Madagascar
National Parks (MNP), en particulier
dans les nouveaux systèmes des aires pro-
tégées de Madagascar (aires protégées
créées à partir de l’année 2003). L’objectif
principal est de bien conserver les écosys-
tèmes et la biodiversité de l’aire protégée.
Sahamalaza-Iles Radama est la première
aire protégée choisie par MNP, comme site pilote pour la mise en œuvre de cette nou-
velle politique de gestion. La première raison est que Sahamalaza-iles Radama est la
première aire protégée créée après la déclaration officielle du Président de la République
de Madagascar lors de la Conférence Mondiale des Parcs, de Durban en 2003, et au
cours de laquelle Madagascar s’est engagée à augmenter, jusqu’en 2012, la superficie des
aires protégées de 1 700 000 à 6 000 000 d’hectares. La deuxième raison est que l’aire
protégée marine et côtière Sahamalaza-iles Radama de 153 200Ha a obtenu le label de
Réserve de Biosphère de l’UNESCO en septembre 2001 et est incluse dans le programme
« MAN AND BIOSPHERE » le 10 novembre 2001 (Wildlife Conservation Society WCS/
Development Environment Consult DEC 2002). Ainsi, la création de Sahamalaza en
tant que parc marin et côtier constitue non seulement un modèle juridique de conserva-
tion et de gestion de la biodiversité, mais également un outil essentiel au développement
socio-économique des populations locales (PSSE 2009). Le cadre juridique national de
gestion des aires protégées est assuré principalement par le COAP et ses textes sub-
séquents d’application. C’est dans ce contexte que la grande partie de l’aire centrale
de la Réserve de Biosphère Sahamalaza a été instituée légalement en parc national de
202 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
26 035 ha, par le décret 2007–247 le 19 mars 2007, et fait partie l’une des catégories des
aires protégées gérées par Madagascar National Parks.
Malgré sa richesse exceptionnelle en biodiversité selon le plan de gestion du réseau
des aires protégées (PLANGRAP 2001), le niveau de menace de cette aire protégée
Sahamalaza-îles Radama est élevé tant au niveau de l’écosystème marin que côtier. La
destruction progressive des habitats (Belshaw & Andriamandroso 1997) a un impact
non seulement à la raréfaction des espèces endémiques locales mais, au niveau socio-
économique et même culturel aussi.
Dans le but de protéger et de conserver le patrimoine naturel et/ou culturel original,
tout en présentant un cadre récréatif et éducatif, l’implication des populations locales
dans la gestion collaborative de cette nouvelle aire protégée est incitée.
Cette étude de cas vous présente comment se manifeste ce type de cogestion de cette
nouvelle aire protégée en collaboration, dans un cadre clair, à travers des structures
représentatives à majorité de membres issues des communautés locales.
Avant de présenter les méthodes adoptées et les résultats, nous trouvons qu’il est bon
de décrire le milieu étudié.
2. Description du milieu
2.1 Localisation administrative et
géographique
La Réserve de Biosphère Marine et Côtière
Sahamalaza-Iles Radama est située sur la
côte nord-ouest de Madagascar et à cheval
entre deux régions administratives, telles
qu’au nord, la Région DIANA et au sud, la
Région SOFIA (Figure 1 et 2). Les coordon-
nées géographiques limitant cette réserve Figure 1: Photographie prise dans le Réserve
de biosphère sont présentées ci-dessous: de Biosphère Sahamalaza-iles Radama
• Limite maximum Ouest: 47° 38' 40'' E
• Limite maximum Est: 47° 46' 30'' E
• Limite maximum Nord: 13° 52' 20'' S
• Limite maximum Sud: 14° 27' 15'' S
• Coordonnées du point central: 47° 42' 05'' E / 14° 09' 50'' S
Les forêts sèches et littorales abritent 220 espèces floristiques regroupées dans 68
familles. Pour la faune, on y rencontre 9 espèces de lémuriens dont 2 espèces sont endém-
iques locales, 41 espèces d’oiseaux dont 16 espèces sont endémiques de Madagascar, 20
espèces de reptiles et 14 espèces d’amphibiens dont un espèce est endémique locale.
Dans les mangroves, les 8 espèces des palétuviers existantes à Madagascar y sont
présentes, et 76 espèces d’oiseaux, dont 31 espèces endémiques de Madagascar ont été
inventoriées, et parmi elles 5 espèces sont menacées d’extinction selon les critères de
l’IUCN.
2.3 Population
2.3.1 Origines
Dans cette réserve de superficie de 153 200 ha, le nombre de la population, est estimé à
48 476 habitants avec une croissance annuelle de 2,3% (SAVAIVO 2003). Ces habitants
se repartissent dans 80 villages/hameaux se trouvant dans la zone périphérique du parc
national Sahamalaza-iles Radama. D’après la tradition orale, les premiers habitants de
la région de Sahamalaza — lles Radama étaient les descendants d’un couple fondateur
venant de l’Afrique (macao). Ils se mélangeaient par la suite avec les populations envi-
ronnantes, des Sakalava et des Tsimihety pour former un clan local appelé ‘Anadroadra’.
Ainsi, les autochtones font partie du groupe ethnique des ‘Sakalava-Bemihisatra’,
qui s’est formé par embranchement suite à des rivalités à l’intérieur du royaume des
‘Sakalava’ avant la conquête ‘Merina’ en 19e siècle. Au début du 20ème siècle et déjà sous
le régime colonial, certaines îles Radama étaient données en propriété à des exploitants
et entrepreneurs. Par la suite, la région est restée assez isolée jusqu’au récent boom de
l’exploitation des concombres de mer. Attirés par ces ressources de grande valeur, des
immigrés en provenance des autres régions de Madagascar se sont installés dans les
villages côtiers et se sont souvent mariés avec des femmes locales. D’où cette croissance
annuelle de 2,3%.
3. Approches méthodologiques
Quatre approches méthodologiques ont été adoptées pour impliquer la population dans
la gestion de l’aire protégée, à savoir la sensibilisation, la création des associations, la
responsabilisation et l’appui au développement.
gestion du conflit au niveau de toutes associations existantes et même au niveau des ges-
tionnaires et autorités administratives. En plus, les membres issus de cette association
les gardiens de la tradition. Ils assurent le respect des sites sacrés que ce soit à l’intérieur
(15 sites sacrés) qu’à l’extérieur (plus de 20 sites sacrés) de l’aire protégée.
Pour bien orienter les activités des associations existantes dans la protection de l’aire
protégée et de soutenir les gestionnaires, un COSAP (comité d’orientation et de soutien
à l’aire protégée) a été créé entre les communes (Figure no. 4).
On note que toutes ces associations sont légales au niveau de district. Les membres
de bureau de chaque association sont en place grâce aux élections faites aux cours de
l’assemblé générale.
4. Résultats
4.1 Les associations créées (Le tableau no. 1)
De l’année 2006 jusqu’à présent, 32 comités locaux de base ont été créés. Actuellement,
il n’y a que 2 fokontany qui ne disposent pas encore du CLB.
Au cours de l’année 2006, cinq structures de concertation communale ont été égale-
ment créée.
Actuellement, chaque commune arrive à regrouper les personnes âgées et les
autorités traditionnelles dans une association des sages.
Quant au COSAP qui regroupe toutes les associations existantes entre les com-
munes, il était formé en septembre 2008.
Tableau 1: Liste des associations créées
Année de Nombre
Type d’association Nombre Existence
création membres
Comité local de Base 2006 32 640 En moyenne 30 membres par
(CLB) Fokontany
Structure de Concertation 2006 5 40 8 membres de bureau par
commune
Fédération des CLB 2007 1 8 Entre les communales (8 membres
de bureau)
208 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Année de Nombre
Type d’association Nombre Existence
création membres
Association des sages 2007 5 75 En moyenne 15 membres par
commune
COSAP Sahamalaza 2008 1 25 membres de bureau par
commune.
4.1.1 Note
• Toutes les associations créées sont formelles. Les membres de bureau sont élus par
suffrage universel.
• Autre que le règlement intérieur, chaque association arrivait à élaborer un « dina »
ou loi locale.
• Un ‘dina‘ de la fédération des CLB a été élaboré en 2010. Ce dina a été signé par les
autorités administratives telles que la Direction Régionale de l’Environnement et
Forêts, la Direction Régionale de Pêche et des Ressources Halieutiques, le Chef de
District. Ce dina commun a été homologué par le Tribunal de Première Instance
(TPI) en décembre 2011. Actuellement ce dina commune est applicable dans toute la
réserve de biosphère Sahamalaza-Iles Radama.
Figure 6: Photo en avril 2011 sur la restauration de mangrovede la zone périphérique du parc
5. Discussion
Les structures sociales au niveau locale ont dû créer pour rendre facile la communica-
tion entre les gestionnaires et la population locale. D’où la création des 32 CLB au niveau
de base (fokontany), 5 structures de concertation et 5 associations des sages au niveau
de chaque commune, une fédération des CLB et un comité d’orientation et soutien à
l’aire protégée au niveau intercommunal. On a créé également en 2011, une association
des guides éco-touristiques au niveau régional. Toutes ces associations ont bénéficié des
formations techniques selon leur besoin, au cours et après la création. Vu la conscience
de chacun sur l’importance de l’aire protégée, surtout dans le domaine de conservation
de la biodiversité et dans l’utilisation durable des ressources naturelles, chaque asso-
ciation prend sa responsabilité. Exemple, les membres du CLB surveillent le parc, au
moins 10 jours par mois. Le comité d’orientation et soutien à l’aire protégée ne cessent
pas de sensibiliser les villageois à travers des missions sur terrain et l’organisation des
festivités comme la célébration de la journée mondiale de l’environnement et le festival
des lémuriens.
L’appui technique et financier des bailleurs de fonds et ONG améliorent la motiva-
tion des associations à assurer leur responsabilité par le biais des indemnités de mission
et également par les microprojets de développement.
On peut dire que la résultante de toute intervention des différentes parties prenantes
a un impact positif sur la réduction progressive des pressions qui menacent l’aire pro-
tégée (voir la figure no. 8 ci-dessous).
2500
2000 1910
1531
1441
1500
1223
981
1000
500
35.1 0.5 50 55 18
0
2007 2008 2009 2010 2011
de création (2007), les pressions ont une tendance vers la réduction. Cas de la coupe
des bois de palétuviers qui étaient 1910 souches en 2007 et réduit en 981 souches vers
la fin de l’année 2011. Ce sont les exploitants illicites en provenance de Nosy Be (située
à 100 km au nord de Sahamalaza) qui embarquent par boutre les bois de Sahamalaza.
6. Conclusion
Consciente de la dégradation progressive des ressources naturelles, la population locale
de Sahamalaza est facile à impliquer dans les activités de l’aire protégée. Les associations
créées participent, aussi bien dans les activités de sensibilisation, de la surveillance du
parc, du suivi-écologique, de la mise en place des infrastructures de conservation et des
pare-feux ainsi que dans les activités de restauration des habitats dégradés et de gestion
de conflit.
Les appuis sur le renforcement de capacité et aux développements de ces commu-
nautés ont été faits par les gestionnaires avec les institutions partenaires pour bien
motiver ces partenaires locaux.
Bibliographie
Belshaw, D. & Andriamandroso, D. 1997. Habitat desctruction of an endangered lemur
species in northwest Madagascar: Socio-economic dimensions. ODG University of
East Anglia, UK.
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dans la Baie de Ramanetaka, PN Sahamalaza, IHSM, Université de Tuléar, 43 pp.
SAVAIVO. 2003. Etude d’impact environnemental relatif à la création de l’aire protégée
marine et côtière, site Sahamalaza-Iles Radama, 120 pp.
Van der Veken. 2009. Etude de l’impact des activités humaines sur le développement
socio-économique de la population locale et sur l’état du récif corallien, au sein du
Parc National de Sahamalaza-Iles Radama, Madagascar, 41 pp.
WCS/DEC. 2002. Etude de faisabilité et plan de développement pour le site de la RBM
Sahamalaza-Iles Radama, 114 pp.
Raymond 213
Implication de la Population Locale Dans la Gestion de L’aire Protégée
Annexe 1: Liste des CLB créés
Date de création et
Commune Fokontany Nom de la CLB
élaboration de Dina
Anorotsangana Antetezambato NANTO 21 et 22/06/06
Anorotsangana Betsiriry. MAMY 23 et 24/06/06
Anorotsangana Anorontsangana MEVA 25 et 27/06/06
Anorotsangana Berafia DAUPHIN 28 et 29/06/06
Anorotsangana Lavalohalika AKOMBA 30 et 31/06/06
Ankaramibe Ambaliha ANKOAY 08 et 10/09/06
Anorotsangana Antanambao Andranomody JERIMIRA 12 et 13/10/06
Anorotsangana Bezavona MAMIRATRA 14 et 15/10/06
Anorotsangana Ambodimanga Sud MIARADIA 16 et 17/10/06
Maromandia Anjiajia TSARAMANDROSO 24/09/06
Befotaka Antanimbarbe AVOTRA 18/09/06
Befotaka Ampohara MAEVATSARA 21/11/06
Ambolobozo Ankingabe VEROMANITRY 16/09/06
Ambolobozo Andaveno III RAVIMAITSO 18/09/06
Ambolobozo Ampasimpitily FIVOARNA 21/09/06
Ambolobozo Ambalahonko ANTELY 31/08/06
Ambolobozo Ambolobozo FITAMIA 2006
Ambolobozo Antafiabe RAVIMAITSO 2006
Ambolobozo Ambalahonko HAZOMANANJARA 2006
Ambolobozo Ambinada MATAMBELONA 2006
Ambolobozo Ampanotoa VOLAMAITSO II 2006
Maromandia Maromandia LOVINJO 2006
Maroamndia Maromandia TSARAJORO 2006
Maromandia Ankitsika VARATRAZA 2006
Maromandia Tanandava II FANIHY 2006
Maromandia Tanandava II TSARAFAMINDRA 2006
Maroamndia Marovato Sud VOROMAHERY 2006
Maromandia Bevoay/Maromandia TSILAVONDRIVOTRA 2006
Maromandia Maromandia FPM 2006
Maromandia Maroamndia SANTATRA 2006
Maromandia Maroamndia TARATRA 2006
Maromandia Maroamndia BALISAMA 2006
13
Potentiel des Zones de Gestion des Ressources
Communautaires en tant que Corridors
Forestiers à L’ouest du Ghana
Potential of Community Resources Management Areas as Forest
Corridors in Western Ghana
Résumé
Les éléphants de forêts au Ghana vivent en petites populations isolées avec un nombre
inférieur à 1 000 individus au total. A l’ouest du Ghana, la réserve de biosphère de
Bia est une zone isolée comprenant cependant la population d’éléphants de forêts
la plus importante au sein du peuplement forestier de Bia-Goaso (BGFB). Pour gar-
antir leur survie à long terme, un certain nombre de corridors forestiers et de cein-
tures de protection possibles a été proposé par plusieurs auteurs. Dans ce document,
nous faisons le rapport du statut des éléphants de forêts dans la zone et portons
notre réflexion sur le potentiel des zones de gestion des ressources communautaires
(CREMA) en tant que corridors forestiers afin d’améliorer les mouvements des élé-
phants dans la BGFB. Le concept des CREMA a bénéficié d’une attention considérable
au cours des dernières années et constitue l’approche de la Division de la faune au
Ghana pour établir un lien entre la conservation de la diversité biologique au sein
des limites extérieures des zones de réserves et l’avantage du développement social
et économique des communautés périphériques. Il est en harmonie avec l’objectif
Homme et Biosphère de l’UNESCO visant à la réalisation d’un équilibre durable entre
la conservation de la diversité biologique et la promotion du développement économ-
ique. Néanmoins, l’un des enjeux majeurs est de concevoir des corridors forestiers
à l’intérieur des zones de CREMA où l’activité humaine est minime ou inexistante,
qui non seulement assureront la viabilité des espèces et des écosystèmes sur le long
1 Département de la Gestion de la Vie Sauvage et des Populations Pauniques, Faculté des Ressources
Naturelles Renouvelables, Collège de L’agriculture et des Ressources Naturelles, Université des Sciences
et Technologies Kwame Nkrumah, Kumasi, Ghana. E-mail: williamoduro@[Link], Tél: +233–244
288321.
2 Auteur correspondant. E-mail: ekadanquah@[Link], Tél: +233–244 742385.
214
Oduro • Danquah 215
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana
Abstract
Forest elephants in Ghana live in small isolated populations and number less than 1
000 individuals in total. In western Ghana, the Bia Biosphere Reserve is an isolated
area but comprises the largest forest elephant population within the Bia-Goaso Forest
Block (BGFB). To ensure their long-term survival, a number of possible forest corri-
dors and shelterbelts have been proposed by several authors. In this paper we report
on the status of forest elephants in the area and discuss the potential of community
resources management areas (CREMAs) as forest corridors in enhancing elephant
movement in the BGFB. The CREMA concept has gained considerable attention in
recent years and it is the Ghana Wildlife Division’s approach to link the conserva-
tion of biological diversity within off-reserve areas to the benefit of social and eco-
nomic development of fringe communities. This is in line with UNESCO’s Man and
the Biosphere’s objective for achieving a sustainable balance between conserving bio-
logical diversity and promoting economic development. A major challenge however,
is to design internal forest corridors within the CREMAs where little or no human
activity takes place that will not only ensure the long-term viability of species and
ecosystems, but also be politically and economically acceptable to local communities
and government. A number of recommendations required for the corridors to be
effective are proposed.
Keywords: CREMA, Mpameso, land, stream, community, wildlife, corridor, crop, rural,
economic
1. Introduction
Une grande partie de la biodiversité en Afrique coïncide quasi-exactement aux zones
où vivent des autochtones et c’est pourquoi ces zones représentent certains des envi-
ronnements les plus exploités pour l’agriculture, la chasse et autres activités humaines
(Terborgh & Peres 2002, Colchester 2004, Attuquayefio & Fobil 2005). Une croissance
rapide de la population humaine, l’abattage du bois à des fins industrielles, l’agriculture
basée sur le désherbage et le brûlis, l’expansion des routes et de l’infrastructure et la
surexploitation de la chasse menant à des taux élevés de perte d’habitat et à sa modifica-
tion, sont la source de réduction des forêts tropicales humides en Afrique de l’Ouest de
8 à 12% de leur superficie passée (Naughton-Treves & Weber 2001). Ces modifications
216 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
objet de lier la conservation de la diversité biologique au sein des zones hors réserve
à l’avantage du développement social et économique de la communauté. Elles sont en
harmonie avec le concept de Réserve de biosphère et les éléments-clés de l’objectif du
Programme Homme et Biosphère (MAB) de l’UNESCO pour la réconciliation et la réal-
isation d’un équilibre durable entre les buts conflictuels de la conservation de la diver-
sité biologique, la promotion du développement économique et social et le maintien des
valeurs culturelles associées. Le statut actuel des populations d’éléphants de forêts dans
la zone est documenté et les attentes de la population locale en matière de conservation
des éléphants (Parren & Sam 2003) évaluée. Un certain nombre de recommandations
nécessaires pour que les corridors soient efficaces est également proposé.
2. Matériel et méthodes
2.1 Peuplement forestier de Bia-Goaso (BGFB)
Le BGFB à l’ouest du Ghana constitue environ
5000 kilomètres carré de la zone des hautes
forêts du Ghana, s’étendant des latitudes 6.15 à
7.20 degrés N et longitudes 2.24 à 3.16 degrés
O, immédiatement à l’est de la frontière entre le
Ghana et la Côte d’Ivoire (Figure 1).
La propriété foncière comprend plusieurs
zones protégées et terres communes accueil-
lant divers niveaux d’implantation humaine
et de pratiques agricoles, s’étendant au sud de
Sunyani à l’ouest du fleuve Tano et la frontière
du Ghana-Côte d’Ivoire. Les zones protégées
englobent 2 réserves naturelles (La réserve de
ressources et le Parc national de Bia désignée par
Réserve de biosphère de Bia (BBR)), 9 réserves
forestières (Asukesi, Bia Tano, Mpameso,
Bonkoni, Ayum, Subin, Bonsam Bepo, Bia Nord
et Krokosua Hills comprenant une zone de bio- Figure 1: Emplacement du BGFB (carré
diversité globalement importante) et 3 cein- rouge) à l’ouest du Ghana par rapport au
continent africain
tures de protection (Bia, Goa et Abonyere) au
sein desquelles l’implantation humaine est interdite. Les zones protégées forment une
partie significative de la zone d’étude et tombent sous le contrôle de la Commission for-
estière au Ghana. Les terres communes sont des zones où des populations et quelques
animaux sauvages résident et coexistent. L’immigration des populations dans les terres
communes pour l’agriculture de subsistance a causé une perte continue des variétés de
grands mammifères depuis 45 ans (Cumming & Lynam 1997).
La couverture terrestre naturelle consiste en une végétation forestière guinéo-congo-
laise (Hawthorne & Musah 1993, Hall & Swaine 1981). Au nord, la végétation est sèche et
semi-caduque mais au sud, elle change en végétation de type humide semi-caduque (Hall
218 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
communautés des zones CREMA (Fiches 1 & 2). Les enjeux notés comprenaient les
perceptions locales envers l’établissement possible de corridors pour les éléphants dans
les zones CREMA. La perception des communautés a été classée au sens le plus large,
comme suit: importance des éléphants; avantages découlant des éléphants; volonté
d’améliorer la condition du corridor par la plantation d’arbres et gestion des conflits
entre hommes et éléphants (coexistence).
3. Résultats
3.1 Répartition des éléphants et modèle de mouvement dans la zone de
BGFB
La population des éléphants dans le BGFB est fragmentée et isolée parmi les popula-
tions de Bia et Goaso. A l’heure actuelle, on ne constate aucun mouvement d’éléphants
entre les deux populations ni aucun signe d’un tel mouvement à travers la frontière
Ghana-Côte d’Ivoire.
220 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
3.1.1 Zone de Bia
La plus grande population d’éléphants à l’ouest du Ghana est confinée aux forêts du sud
du BGFB. En s’appuyant sur la documentation et les contacts avec les agriculteurs et
le personnel de la Division de la faune, on peut conclure que la densité des éléphants
se concentre dans la réserve de biosphère de Bia (BBR). Sam et autres (2006) dans le
rapport de Blanc et ses co-auteurs (2007) estiment la population d’éléphants dans la
BBR à 115 têtes. Toutes les autres réserves forestières (FR) de la zone de Bia n’ont révélé
que peu de preuves de présence d’éléphants. Même si Blanc et autres (2007) ont compile
des rapports de preuve de présence d’éléphants dans la zone centrale de la FR du Nord
de Bia et celle plus au sud de Dadieso, aucune preuve n’a permis de soutenir leurs alléga-
tions dans l’étude actuelle.
Par contre, des preuves concrètes d’attaques d’éléphants sur les récoltes ont été
enregistrées dans les environs de la BBR pendant les travaux sur le terrain. La présence
d’éléphants a été confirmée au cours des visites régulières des terres agricoles à certains
moments de l’année, surtout pendant la saison des pluies lorsque les récoltes mûrissent.
Dans la zone CREMA d’Elluokrom (Figure 5), des zones dégradées et urbaines pré-
dominent. Il s’agit principalement de terres agricoles et de forêts dégradées. Les terres
agricoles sont également dominées par la culture du cacao. Le type de couverture arbo-
ricole le plus abondant est le cacaoyer. La portée de la couverture dans les plantations
de cacao varie des cacaoyers en canopée fermée (couvrant presque la totalité) aux types
ouverts de culture de manioc et autres cultures alimentaires. La couverture d’arbres for-
estiers est plus dense vers la section oust de la zone CREMA bordant la BBR. Les ‘stool
land’ (terres de clans) spécifiques trouvées dans cette zone sont Akuoko, Obeikrom et
Attakrom qui sont encore peuplées d’une bonne proportion de parcelles forestières.
La zone CREMA d’Elluokrom s’illustre par un réseau dense de ressources hydriques.
Le fleuve principal qui la traverse est le fleuve Bia en direction nord-sud. Il s’écoule à
proximité de communautés majeures comme Elluokrom et Biano en direction du sud
de la zone CREMA. Le long de certaines des sections du fleuve Bia et de ses affluents,
on trouve une végétation dense de bambous et de raphia qui, dans certaines zones, cou-
vrent la surface. Cette couverture de végétation rend les sections du fleuve invisibles. Ce
qui est visible est une couverture forestière distincte serpentant à travers les plantations
de cacao à l’intérieur de la zone CREMA. Bien que la plupart des affluents soient tempo-
rels, peu sont perpétuels et une source majeure d’eau potable pour la plupart des com-
munautés. La menace la plus commune à ces ressources hydriques émane des activités
agricoles qui ont lieu à proximité de la zone-tampon. En dehors de l’agriculture, une
certaine activité de pêche a été constatée dans quelques zones le long du fleuve Bia dans
la zone CREMA.
De tous les groupes de zones CREMA, celui d’Asempaneye comprend la zone
urbaine la plus importante, constituée principalement d’un village et d’exploitations
agricoles ouvertes (Figure 6). Mais, en direction du corridor Est, accompagnant la FR
de Krokosua Hills se trouve une bande de forêts ouvertes se terminant en poches de
forêts fermées. On trouve aussi une route intermédiaire qui longe pratiquement 60% de
la longueur totale de la zone CREMA.
La couverture terrestre de la zone CREMA d’Asuopri est composée d’un pourcentage
important (environ 40%) de végétation (forestière) de type ouverte et fermée (Figure
7). Il s’agit aussi principalement de plantations agro-forestières de cacao où ce dernier
est cultivé sous diverses intensités d’ombrageux. La végétation forestière est plus dense
en direction des sections nord, est et sud de la zone CREMA bordant la FR de Manzan,
celle de Bia Nord et la BBR. Les ‘stool lands’ (terres de clans) spécifiques trouvées dans
ces zones comprennent Old Debiso et New Debiso.
4. Discussion
4.1 Statut des éléphants
On savait que des éléphants habitaient toutes les réserves de la zone d’étude en densités
considérables (De Leede 1994) et de ce fait, on aurait dû observer une population plus
importante et une répartition plus élargie que celle véritablement trouvée; la situation
actuelle sur le terrain est hélas moins favorable. Les résultats indiquent que la densité
et répartition des éléphants ont diminué considérablement dans la zone de Goaso
(Sam et al. 2006). Cette contre-indication au travail de De Leede est importante dans
la mesure où deux décennies se sont écoulées depuis que l’étude a été menée. Au vu du
déclin inquiétant du nombre d’éléphants au cours de cette période, des efforts concertés
devraient être placés pour en déterminer les causes et des mesures prises rapidement
pour y remédier.
Les études existantes (Sam 2004, Sam et al. 2006, Blanc et al. (2007) démontrent que
la BBR abrite une population d’éléphants plus importante que la FR de Mpameso. Placée
au second rang pour la densité des éléphants au Ghana, après la zone de conservation de
Kakum (Blanc et al. (2007), la population d’éléphants de Bia est très significative pour la
conservation des éléphants et leur survie à long terme en Afrique de l’Ouest. Une con-
centration aussi élevée d’éléphants dans une zone relativement petite engendre égale-
ment des implications de gestion pour les attractions touristiques et surtout l’observation
des éléphants. L’un des attributs plutôt complexe affectant régulièrement les relations
avec la communauté locale, concerne les dégâts causés par les éléphants sur les récoltes.
Certaines communautés locales affligées ont, dans le passé, protesté et organisé les ser-
vices de chasseurs professionnels d’éléphants –semblerait-il de la zone de Goaso — pour
pister et tuer les éléphants fautifs en vue d’effrayer d’autres prédateurs potentiels de la
zone. La Division de la faune gère actuellement la situation grâce à une équipe de terrain
travaillant avec les communautés, qui rencontre régulièrement les leaders d’opinion et
les communautés affligées pour résoudre le problème à l’amiable. Bien que la population
de Goaso se place loin en termes de densité d’éléphants dans le contexte sous-régional
global, le fait que la zone de Goaso ait atteint un niveau de statut de protection sous les
auspices de la Commission forestière, signifie que les éléphants sont actuellement plus
en sécurité que jamais, créant les conditions et possibilités idéales pour la croissance.
D’autre part, dans le contexte ghanéen, son importance ne peut pas être suffisamment
soulignée, surtout si l’on tient compte du nombre de populations forestières existantes.
De plus, la population d’éléphants de Goaso dépasse largement le nombre moyen de 40
têtes établi en Afrique de l’Ouest dans sa stratégie de protection des éléphants (Sebogo
& Barnes 2003) et joue un rôle crucial pour garantir la survie à long terme de la popula-
tion de Bia.
4.2 Potentiel des zones CREMA en tant que corridors pour éléphants
Le concept de CREMA se fonde sur l’établissement de zones où la gestion de la faune
est incorporée dans l’exploitation existante des terres. Les zones CREMA confèrent un
contrôle local plus important et une participation à la gestion des ressources naturelles
Oduro • Danquah 229
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana
(notamment la faune), augmentent la portée des droits des agriculteurs sur la sylvi-
culture et fournissent une plateforme de facilitation pour résoudre les problèmes de
propriété foncière. Si les agriculteurs profitent des avantages financiers des ressources
naturelles, ils seront plus à même d’en devenir responsables. Alors que le programme
des zones CREMA s’est concentré sur les ressources fauniques, l’exécution de ce pro-
gramme aura des implications importantes et positives à long terme pour une gamme
plus élargie de ressources autres que la faune.
Reconnecter les fragments d’habitats aux réserves forestières avoisinantes est l’une
des stratégies de gestion les plus efficaces pour garantir la survie à long terme de la
faune dans les paysages fragmentés. Par exemple, relier deux parcelles d’habitat isolé
d’éléphants permet aux éléphants d’accéder à une gamme de ressources plus impor-
tantes, surtout si certaines ressources ne sont disponibles qu’à certaines saisons. De ce
constat, un premier corridor traversant la BBR et la FR de Krokosua Hills, reliant la
population de Bia à celle de Goaso semble le plus pratique. Il pourrait former les premi-
ères mesures pour la création d’un corridor pour le fleuve Bia (De Leede 1994, Parren
et al. 2002, Parren & Sam 2003) qui relierait finalement la population d’éléphants de Bia
à celle de Boin et celle de Songan en Côte d’Ivoire aux populations de Bia et de Boin.
Un corridor BBR–FR de Bia Nord FR (De Leede 1994, Parren et al. 2002, Parren & Sam
2003) serait la prochaine option de corridor pratique à explorer, visant à réintroduire les
éléphants de la BBR dans la FR de Bia Nord (Danquah et al. 2009).
Les deux options de corridors intra-réserves sont intéressantes car elles visent à
augmenter la population d’éléphants de la BBR qui comptabilise déjà une population
importante dans la zone. Les avantages primaires sont que les deux corridors traversent
les zones CREMA établies et sont adjacents à la partie Nord de la BBR soit la mieux
préservée. En outre, la zone CREMA d’Elluokrom qui traverse des zones inondées et
des rives, comme le fleuve Bia, présente un avantage supplémentaire d’apport con-
stant d’eau potable pour les éléphants. Des trous d’eau artificiels pourraient être créés
dans les autres zones CREMA pour veiller à ce que les éléphants restent à l’intérieur
de leurs frontières. Cette idée a été appliquée avec succès dans la Forêt Classée (FC) de
Bossematié (Waitkuwait 1992). La répartition des éléphants le long du fleuve, surtout
pendant la saison sèche, est bien documentée (Danquah et al. 2001, Sam et al. 1997) et
dans la plupart des cas, la rareté de l’eau dans le rayon et l’affinité des éléphants à l’eau
deviennent le thème central d’une telle répartition.
La Division de la faune a aussi intégré l’idée du corridor dans les plans de gestion les
plus récents pour les communautés. Une meilleure couverture forestière dans les cor-
ridors est possible car les locaux, par le biais de l’initiative de reboisement du Ghana,
favorisent actuellement le développement forestier dans les zones CREMA et le fait que
les agriculteurs soient enthousiastes à l’idée de planter des arbres le long des rives est
un aspect important lors de la réflexion sur la création de corridors. Un effort ultérieur
pour repeupler davantage ces forêts d’éléphants peut être réalisé en les reliant à la FC
avoisinante de Songan en Côte d’Ivoire et celle de Diambarakrou le long du fleuve Bia.
230 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
5. Conclusions
Les corridors peuvent rendre davantage de services que la simple conservation de la
biodiversité. Ils peuvent également être bénéfiques en termes de niveau et de qualité de
l’eau pour les agriculteurs le long du fleuve Bia et permettent de produire des produits
forestiers utiles non liés au bois. Ces produits pourraient être la clé de la participation
locale dans la restauration de la forêt et la gestion et le contrôle de la faune tel que dével-
oppé par le programme CREMA. Le concept de réalisation d’un équilibre durable entre
la conservation de la diversité biologique et la promotion du développement économ-
ique est, en outre, soutenu par les éléments-clés des objectifs du programme Homme et
Biosphère (MAB) de l’UNESCO.
Les concepts de Réserve de biosphère et de zones CREMA sont idéaux pour les con-
ceptions de corridors car ils permettent l’autonomisation des communautés locales en
matière d’utilisation des ressources tout en optant pour leur durabilité. La création de
corridors concerne le paysage rural et effleure la notion de préservation des fragments
forestiers existants dans une zone plus élargie que le corridor sans oublier la durabilité
de l’agriculture en intégrant davantage d’arbres dans les pratiques agricoles, au sein de la
zone-tampon du corridor, après la reforestation des zones dégradées au sein de la zone
de corridor prévue (Smeding & Joenje 1999).
Néanmoins, pour garantir que les éléphants utiliseront ces corridors, nous devons
nous assurer que l’intervention humaine dans la zone du corridor soit règlementée à
bon escient, avec les restrictions dans le temps et l’espace pour les activités humaines. Le
plus grand problème entre hommes et éléphants pourrait émaner des activités d’attaques
d’éléphants sur les récoltes. Une approche communautaire, à technologie peu avancée,
pour dissuader les éléphants contre les attaques des terres agricoles dans la zone de tran-
sition du corridor (Osborn & Parker 2003) semble présenter la solution la plus durable
afin d’atténuer les coûts directs encourus dans la perte de ressources alimentaires et de
subsistance primaires et les coûts indirects émanant d’une variété de coûts sociaux qui
seraient même susceptibles d’aboutir à un échec total des corridors en tant que moyen
de traversée (Parren & Sam 2003).
6. Recommandations
Les corridors proposés ici imposent un certain nombre de mesures et de directives pour
que leur probabilité d’utilisation augmente en tant que corridor pour les animaux sau-
vages. En premier lieu, les éléphants de forêts sont friands de certains arbres fruitiers
dont les espèces Parinari excelsa, Balanites wilsoniana, Panda oleosa, Sacoglottis gabon-
ensis et Tieghemella heckelii (Martin 1991, Hawthorne & Parren 2000, Theuerkauf et al.
2001). La plantation de ces arbres dans les corridors désignés au sein des zones CREMA
ou l’enrichissement des forêts proches de l’entrée de ces corridors forestiers pour-
raient attirer les éléphants et améliorer les chances qu’ils utilisent ces zones CREMA.
Une recherche plus approfondie devrait tenir compte de la composition des espèces,
la structure et les fonctions des arbres devant être considérés pour une plantation
Oduro • Danquah 231
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana
7. Remerciements
L’étude s’est reposée largement sur les documents produits aux termes du Projet de dével-
oppement des zones protégées de la Division de la faune et les cartes des zones CREMA
produites par le Projet de biodiversité forestière des communautés de CARE International
dans la région ouest du Ghana.
232 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
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Oduro • Danquah 233
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana
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Oduro • Danquah 235
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana
Annexe 1
Questionnaire sur les perceptions locales vis-à-vis de l’établissement
possible de corridors pour les éléphants au sein des zones CREMA dans
les communautés périphériques sélectionnées de la zone de Bia-Goaso.
Informations personnelles
1. Communauté . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Age . . . . . . . . .
Profession . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Sexe . . . . . . . . .
2. Etes-vous originaire de ce village? Oui Non
3. Si vous êtes agriculteur, combien de terres agricoles possédez-vous . . . . . . . . .
et quelles sont les dimensions? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
4. A quelle distance de la zone CREMA se trouve votre exploitation agricole?
1 km 1–2 km 3–5 km 6–8 km
5. De quelle manière la zone CREMA a-t-elle affectée votre exploitation agricole?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
6. Si vous êtes chasseur, quels animaux chassez-vous? . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
7. A quelle distance de la zone CREMA chassez-vous?
1 km 1–2 km 3–5 km 6–8 km
8. De quelle manière la zone CREMA a-t-elle affectée votre activité de chasse?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Pratiques d’exploitation agricole
9. Quels avantages découlent de la zone CREMA pour votre communauté? . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
10. Quelles sont les pratiques d’exploitation agricole au sein de la zone CREMA?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
11. Qu’avez-vous constaté au sujet des forêts dans la zone CREMA?
augmentation réduction aucune idée
12. En cas de réduction, quelle est la cause? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
13. Est-ce que des mesures peuvent être prises pour améliorer la situation?
Oui Non
14. Si oui, quoi? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Importance des éléphants
15. Avez-vous constaté une présence d’éléphants dans la zone CREMA auparavant?
Oui Non
Oduro • Danquah 237
Zones de Gestion des Ressources Communautaires à l’ouest du Ghana
Résumé
Situé à 5,199 m au-dessus du niveau de la mer, le Mont Kenya est la deuxième mon-
tagne la plus haute en Afrique (Photo 1). L’écosystème accueille une variété diversi-
fiée de flore et de faune dont certaines espèces végétales endémiques ainsi que des
espèces animales rares et menacées d’extinction. Grâce à ses paysages impression-
nants, ses formations naturelles époustouflantes et sa capacité à soutenir le dével-
oppement humain, le Mt Kenya a été classé réserve Homme et Biosphère (MAB) par
l’UNESCO en 1978. Cependant, au cours des récentes décennies, la réserve Homme
et Biosphère du Mt Kenya a été soumise à une pression considérable et à une dégrada-
tion en résultat d’une gestion médiocre des ressources, de la pression des populations,
la pauvreté et une dépendance plus accrue des ressources forestières. Ces facteurs
ont engendré l’amenuisement des forêts, l’assèchement des cours d’eau, l’érosion du
sol, la réduction de la diversité des espèces et le déclin général de la capacité de la
forêt à fournir des services économiques et environnementaux aux communautés
voisines (CMTS 2001, Gathaara 1999, Wass 1995). A leur tour, ces effets ont eu un
impact sur le rythme et l’uniformité des activités de développement humain aux alen-
tours de la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya.
1 Auteur correspondant · Coordinateur local de l’initiative COMPACT du programme GEF de petites sub-
ventions pour le Mt Kenya · E-mail: fredkihara@[Link] · Addresse: P.O. Box 19738, 00100 Nairobi,
Kenya
2 Coordinateur national du programme GEF de petites subventions du PNUD, Kenya · E-mail: nancy.
chege@[Link] · Addresse: P.O. Box 30218, 00100, Nairobi , Kenya
3 Volontaire du US Peace Corps auprès de l’initiative COMPACT du Mt Kenya · Eemail: gavhoch@gmail.
com · Addresse: 2399 Jones Drive, Dunedin, Florida, United States
238
Kihara • Chege • Hoch 239
Entreprise d’Élevage Piscicole : Réserve Homme et Biosphère du Mont Kenya
Abstract
At 5 199 m above sea level, Mount Kenya is the second highest mountain in Africa
(Photo 1).The ecosystem is home to a diverse variety of plant and animal life, including
numerous endemic species of plants as well as rare and endangered fauna species. As
a result of its impressive landscapes, outstanding natural processes and its capacity to
support human development, Mt. Kenya was listed as a UNESCO Man and Biosphere
Reserve (MAB) in 1978. However, in recent decades the Mt. Kenya Man and Biosphere
Reserve has experienced considerable environmental pressure and degradation as
a result of poor resource management, population pressure, poverty, and increased
dependence on forest [Link] factors have led to shrinking forests, drying up
of streams, soil erosion, reduced species diversity and general decline in the capacity
of the forest to provide economic and environmental services for nearby communi-
ties (CMTS 2001, Gathaara 1999, Wass 1995). These effects have, in turn, negatively
impacted the pace and uniformity of human development activities around the Mt.
Kenya Man and Biosphere Reserve.
240 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
1. Introduction
Le Mt Kenya est la montagne la plus haute du Kenya et la deuxième la plus haute de
toute l’Afrique, se plaçant juste derrière le Mt Kilimandjaro de la Tanzanie voisine. Avec
ses sommets revêtus de glaciers accidentés et ses pentes moyennes couvertes de forêts,
Kihara • Chege • Hoch 241
Entreprise d’Élevage Piscicole : Réserve Homme et Biosphère du Mont Kenya
le Mt Kenya présente l’un des paysages les plus impressionnants en Afrique de l’Est.
L’évolution et l’écologie de sa flore afro-alpine offrent un exemple exceptionnel de for-
mations écologiques. Le Mt Kenya accueille une variété diversifiée de flore et de faune y
compris des espèces rares comme l’antilope Bongo montagnarde, la lobélie géante et le
séneçon (Photo 3) (Gathaara 1999, GEF-SGP 2010, KWS 2002). D’autres animaux sau-
vages comme les éléphants, zèbres, lions, léopards, buffles, antilopes et singes ainsi que
des espèces végétales comme l’acacia, le podo et le bambou font partie intégrante de
l’écosystème montagnard et forestier
(ICRAF 1992). Des dépôts volcan-
iques dans le sol de la région avoisi-
nante ainsi que l’important volume
d’eau fraîche s’écoulant en aval le long
des pentes rendent la région particu-
lièrement favorable aux plantes, à la
faune et aux activités agricoles
humaines. En conséquence de sa rich-
esse en ressources naturelles, les pop-
ulations humaines vivent près de la
montagne depuis des siècles.
Cependant, au cours de la moitié du
siècle dernier, les populations
humaines et la dépendance sur les res-
sources naturelles du Mt Kenya ont
Photo 3: La réserve Homme & Biosphère du Mt
augmenté considérablement (CMTS Kenya accueille une flore rare comme la lobélie géante
2001, Gathaara 1999, KWS 2002). et le séneçon.
Afin de protéger la montagne et la
zone avoisinante, le Mt Kenya a été classé parc national en 1949. Un peu plus tard, la
zone classée a été agrandie pour y inclure une partie de la réserve forestière qui l’entoure,
surtout au-dessus de la courbe de niveau de 3 000 m (GEF-SGP 2010). Grâce à ses pay-
sages impressionnants, ses formations naturelles époustouflantes et sa capacité à soutenir
le développement humain, le Mt Kenya a été classé réserve Homme et Biosphère (MAB)
par l’UNESCO en 1978. Ce classement a contribué au début du processus de prise de
conscience par les communautés vivant autour de la montagne, de l’importance de
l’environnement naturel et de ses ressources pour l’écosystème du Mt Kenya dans son
ensemble et les populations humaines vivant près de la montagne. La zone combinée du
parc national et de la réserve forestière (1,420 km2) a aussi été classée comme Site du pat-
rimoine mondial de l’UNESCO en 1997 (UNESCO 1997). Le Service de la faune du Kenya
(KWS) et le Département des Eaux et Forêts partagent la gestion de l’écosystème du Mt
Kenya par le biais d’un plan de gestion intégré commun (KWS 2002).
Malgré ces protections, l’écosystème du Mt Kenya a connu une dégradation substan-
tielle au cours des dernières décennies en conséquence d’une gestion médiocre des res-
sources, de la pression de la population et de la dépendance sur les ressources forestières.
Ces facteurs, combinés à l’insuffisance des emplois, la pauvreté et la facilité d’accès à la
242 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
communautaire (CBO) et d’ONG locales pour faire face aux cinq menaces critiques à
l’environnement mondial incluant (GEF-SGP 2010):
• La perte de la biodiversité;
• Le changement climatique;
• La dégradation des eaux internationales;
• La dégradation des terres;
• Les polluants organiques persistants.
Depuis le début de l’initiative COMPACT du Mt Kenya en 2001, le projet est entré en
partenariat avec plus de 70 groupes communautaires, ONG et autres intervenants dans
la mise en œuvre de projets de conservation environnementale et d’amélioration du
niveau de vie (GEF-SGP 2010). COMPACT continuera à soutenir les projets de conser-
vation environnementale à caractère communautaire pendant la phase V du GEF qui
s’étend entre 2011 et 2014.
proximité d’une source d’eau fiable telle qu’une rivière ou une source (Photo 6). L’eau est
ensuite transportée vers les bassins par l’intermédiaire de plusieurs tuyaux ou d’un canal
ouvert, avec un orifice de sortie permettant un retour vers la source d’eau. Selon les res-
sources disponibles au sein de la communauté, ces bassins peuvent être revêtus de ciment
pour empêcher l’infiltration de l’eau dans le sol et recouverts d’un filet pour éviter les
attaques par les prédateurs sur les poissons (Ngugi et al. 2007). L’emplacement et le climat
de l’endroit où l’entreprise est basée déterminent le type de poissons élevés, généralement
constitués de deux types principaux de poissons. A de plus hautes altitudes (c’est-à-dire au
moins 2 500 m au-dessus du niveau de la mer) et avec des climats plus froids, l’élevage de
la truite est pratiqué. La truite nécessite une source constante d’eau pure et froide (entre 10
et 160C) pour survivre. L’autre type de poisson élevé aux alentours de la réserve Homme
et Biosphère du Mt Kenya est le tilapia. Il nécessite également une source constante d’eau
pure mais est élevé dans les eaux plus chaudes trouvées dans les zones d’altitude moyenne
à basse de la région (Ngugi et al. 2007).
Photo 6: Participation communautaire pour la construction d’un bassin piscicole pour le réseau
forestier de Thuita
Kihara • Chege • Hoch 245
Entreprise d’Élevage Piscicole : Réserve Homme et Biosphère du Mont Kenya
améliorent aussi les niveaux de vie depuis 2001. Parmi les nombreux types différents
de projets permettant de générer des revenus soutenus par COMPACT, les entre-
prises communautaires d’élevage piscicole pourraient fournir le meilleur exemple de
liaison de la conservation environnementale avec l’amélioration des niveaux de vie.
Etant donné que les entreprisesd’élevage piscicole dépendent d’un approvisionnement
constant d’eau pure, les communautés doivent activement protéger la ou les source(s)
d’eau contre la pollution et les activités
causant une diminution de l’écoulement
des rivières (Liniger et al. 2011, Ngugi et al.
2007). Afin de réaliser ces buts de conser-
vation, les communautés ont établi trois
pépinières (Photo 7) et planté des arbres
dans la forêt et un bassin hydrographique
pour améliorer l’écoulement des eaux et
empêcher l’érosion du sol et ont aidé à
contrôler et prévenir les implantations illé-
gales, la récolte des ressources naturelles et
la pollution dans la forêt. Ces activités de
conservation ont aidé à protéger la forêt
avoisinante et le bassin hydrographique Photo 7: La pépinière de jeunes plants d’arbres
qui forment la source des rivières et cours fournit des semences pour la réhabilitation du
d’eau soutenant les entreprises d’élevage bassin hydrographique et une source alternative
piscicole et par extension, les niveaux de de revenus
vie des membres du groupe.
3.1 Méthodes/Approche
L’initiative COMPACT du Mt Kenya, par le biais du Programme de petites subven-
tions du GEF pour le Kenya, apporte une assistance financière et technique aux com-
munautés locales en vue de faciliter leur engagement dans les activités de conservation
et le développement de systèmes alternatifs de subsistance, offrant des sources dura-
bles de revenus tout en réduisant la pression sur les ressources naturelles au sein de
l’écosystème du Mt Kenya. L’initiative a aussi permis de faciliter le dialogue et le partage
d’informations entre les intervenants et d’encourager des efforts collaboratifs entre les
organismes intergouvernementaux, les gouvernements locaux et la société civique dans
les domaines de la conservation environnementale et du développement.
L’initiative COMPACT du Mt Kenya offre une assistance financière pour des projets
à caractère communautaire sous forme de subventions pouvant atteindre 50 000 dollars
US (USD) sur une période de 24 mois. Les subventions sont accordées aux commu-
nautés par le biais d’un processus de candidature compétitif selon des directives spéci-
fiques. Les propositions de subventions sont révisées et évaluées par deux comités
séparés, l’organisme consultatif local (LCB) et le comité de direction national (NSC) qui
sont composés de spécialistes environnementaux et du développement, représentant les
ministères du Gouvernement, les ONG et le secteur privé. Dans le cadre de l’accord de
246 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
3.3 Résultats
3.3.1 Avantages environnementaux des entreprises communautaires d’élevage
piscicole dans la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya
Les cinq projets d’aquaculture soutenus par COMPACT ont permis collectivement de
créer quatre pépinières à caractère communautaire de jeunes plants d’arbres qui, au total
ont fourni 200 000 plants arboricoles, plantées par les projets depuis 2004. Environ
100 000 jeunes plants d’arbres, dont la plupart sont des variétés indigènes (comprenant
les espèces Syzygium guineense, Olea africana, Prunus africana, Podocarpus milanjianus
et Juniperus procera), ont été plantés dans les zones dégradées de la forêt du Mt Kenya
et les zones riveraines longeant les rivières et cours d’eau (Wass 1995). Ces jeunes plants
d’arbres aident à réhabiliter le bassin hydrographique en réduisant l’érosion du sol et de
ce fait, améliorant la qualité de l’eau des rivières. Les jeunes plants d’arbres contribuent
également à restaurer la couverture forestière qui aide à la préservation de la biodiversité
des forêts et crée un réservoir d’atténuation des émissions de gaz plus important (dont
l’impact est maintenant estimé à 40 000 tonnes de carbone/an) permettant d’atténuer
les changements climatiques et leurs effets (Klay 2000). 100 000 jeunes plants d’arbres
supplémentaires ont été plantés dans les écoles et sur les fermes pour augmenter la cou-
verture et servir de bois pour la fourniture du bois de combustible à la communauté
rurale et réduire la récolte du bois de chauffage de la forêt.
Les entreprises d’élevage piscicole ont aussi permis de créer des emplois et des
revenus pour environ 2 000 ménages dans les communautés vivant au sein de la réserve
de biosphère du Mt Kenya (dont 240 font partie des projets susmentionnés). Dans le
passé, un grand nombre de ces familles trouvaient leurs revenus et leurs moyens de
subsistance en récoltant et vendant les ressources naturelles telles que le bois destiné au
combustible, au charbon et aux matériaux de construction. Le succès des entreprises
a permis de réduire considérablement le besoin de récolte de ces ressources naturelles
de la forêt, ce qui a ainsi contribué à la conservation de la forêt, des zones des bassins
hydrographiques et de la biodiversité dans ces zones. Les groupes communautaires ont
également collaboré avec les autorités de gestion des forêts pour développer un modèle
prospère de cogestion de la forêt et de ses ressources par la mise en place de plans de
gestion participative des forêts (PFM). La mise en application de ces plans ont permis
aux membres des groupes d’aider le service des Eaux et Forêts à contrôler et réduire
les implantations illégales dans la forêt tout en supervisant l’extraction des ressources
naturelles comme l’abattage des arbres. D’autre part, la communauté a adopté l’art
comme moyen d’élargir la campagne de sensibilisation par des peintures murales sur les
murs publics afin de communiquer le message (Photo 10).
250 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
3.3.2 Advantages économiques et sur les niveaux de vie des entreprises commun-
autaires d’ élevage piscicole dans la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya
Les cinq entreprises communautaires d’élevage piscicole et les quatre pépinières com-
munautaires soutenues par COMPACT présente le potentiel de générer environ 50 000
USD par an découlant des ventes directes pour les groupes du Mt Kenya. Les autres
activités de production de revenus lancées par les groupes (comme par ex., le centre
de formation communautaire, la ferme d’élevage des truites et l’usine de production
d’aliments pour poissons ainsi que l’entreprise de sériciculture) complètent les revenus
et aident à la diversification pour garantir la viabilité à long terme des entreprises. Les
entreprises ont créé directement quelques 40 postes de travail à temps plein et 200
emplois à temps partiel pendant la récolte des poissons et le nettoyage des bassins
(Photo 11). Les entreprises ont aussi indirectement soutenu environ 300 emplois sup-
plémentaires par le biais de la chaîne d’approvisionnement et la vente des poissons
et autres produits. En raison des attributs positifs de l’aquaculture en tant que projet
d’autonomisation, le gouvernement kenyan a proposé de lancer une nouvelle phase
d’expansion pour soutenir les entreprises d’élevage piscicole, visant 28 000 nouvelles
fermes d’aquaculture dans le pays (GOK 2009) dans le cadre du programme national de
stimulus économique pour les zones rurales. Des revenus et plusieurs emplois devraient
être créés par les établissements existants et récemment formés. Ce programme devrait
transformer les niveaux de vie de ceux vivant dans les zones-tampons et améliorer la
conservation des ressources naturelles.
Kihara • Chege • Hoch 251
Entreprise d’Élevage Piscicole : Réserve Homme et Biosphère du Mont Kenya
En outre, les entreprises d’élevage piscicole ont eu d’autres retombées positives pour
les communautés au sein de la réserve Homme et Biosphère du Mt Kenya. En effet,
l’introduction du poisson sur les marchés locaux a amélioré la nutrition et la santé des
communautés locales en leur apportant une source de protéines de qualité supérieure.
Les comités des projets ont également lancé des programmes de bourses d’études pour
aider les membres à payer les frais de scolarité d’environ dix élèves par an dont les
familles ne pouvaient se permettre le montant. Grâce à l’augmentation des revenus
émanant des entreprises d’élevage piscicole et de la vente des jeunes plants d’arbres, les
ménages des projets ont pu améliorer leurs niveaux de vie en augmentant leurs revenus,
leurs troupeaux de bétail et en achetant des produits et des biens domestiques.
En outre, ces entreprises ont contribué
à autonomiser les groupes traditionnel-
lement vulnérables comme les femmes
et les jeunes aux alentours de la réserve
Homme et Biosphère du Mt Kenya. En
dehors des avantages en termes de revenus
et de niveaux de vie décrits plus haut, ces
femmes et jeunes ont pris confiance en
eux et amélioré leurs pouvoirs de déci-
sion financière au sein de leurs familles en
résultat du succès des entreprises. D’autre Photo 11: L’aquaculture et la production
part, ce groupe a pu acquérir des con- d’aliments pour poissons ont doté 35 jeunes
naissances et compétences de valeur en membres du Fruitful Fishers Group de revenus et
matière d’élevage piscicole, conservation d’emplois
environnementale et gestion de projets qui peuvent être appliquées dans des projets
et emplois futurs. Plus important, les membres de ces groupes ont donné l’exemple et
inspiré d’autres groupes désavantagés qui sont désireux de lancer leurs propres projets
pour améliorer leurs niveaux de vie.
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15
Reconcilier la Conservation de la Biodiversite
avec le Developpement Durable: Projets dans
la Région de Biosphère de Kruger à Canyons,
Afrique du Sud
Reconciling Biodiversity Conservation with Sustainable Development:
Projects in the Kruger to Canyons Biosphere Region, South Africa
Resume
Dans ce document, la région de biosphère de Kruger à Canyons (K2C) décrit quatre
projets: Le K2C Voluntary Carbon Off-set System (Système de crédits-carbone), le
partenariat avec la Réserve de biosphère de Rhön en Allemagne, le développement
d’un protocole bio-culturel et le projet Connectivity Conservation through River
Corridors (Conservation par la connectivité à travers les corridors fluviaux).
Par la connexion du tourisme à la séquestration des gaz carboniques contribuant
également à la sécurité alimentaire, la création de projets nord-sud par un partenariat
avec la réserve de biosphère de Rhön en Allemagne, la mise en place du renforcement
des capacités, le partage de l’accès et des avantages et l’équité environnementale dans
le développement de protocoles bio-culturels ainsi que la démonstration de la con-
servation par la connectivité, les avantages d’adhérer aux principes du cadre du MAB
de l’UNESCO dans un seul paysage sont démontrés.
Le document vise à partager les stratégies responsables pour l’avancement des
projets, détenus et mis en œuvre par des acteurs locaux, réconciliant la conservation
de la biodiversité avec le développement durable. Ces projets mis en commun créent
des liens entre les hommes et la nature et entre les différents biomes et l’équité
environnementale.
Mots-clés: Région de biosphère; connectivité; guérisseurs traditionnels; réduction
du CO2; partenariats
Abstract
In this paper the Kruger to Canyons Biosphere Region (K2C) describes four projects:
The K2C Voluntary Carbon Off-set System, the partnership with the Rhön Biosphere
Reserve in Germany, the development of a Bio-cultural Protocol, and proposed
Connectivity Conservation through River Corridors.
By linking tourists to carbon sequestration that also contributes to food security,
creating north-south joint projects through the partnership with the Rhön Biosphere
Reserve in Germany, ensuring capacity building, access and benefit sharing and envi-
ronmental justice in the development of Bio-Cultural Protocols, and also demon-
strating connectivity conservation, the benefits of subscribing to UNESCO’s MAB
framework’s principles in one landscape are demonstrated.
The paper shares responsible strategies towards projects, owned and imple-
mented by local actors, which reconcile biodiversity conservation with sustainable
development. These projects jointly create linkages between humans and nature and
between different biomes and environmental justice.
Key Words: Biosphere Region; connectivity; traditional healers; carbon off-set;
partnerships
1. Introduction
La Région de biosphère de Kruger à Canyons
(K2C) est située dans la partie nord-est de
l’Afrique du Sud et englobe certaines parties des
provinces du Limpopo et de Mpumalanga (Figure
1). La zone altimétrique à partir de l’escarpement
du Lowveld relie les plaines, les biomes afro-mon-
tagnards et de savane de ce paysage aux rivières de
Sabie, Sand, Blyde et Olifants et contribuent à une Figure 1: Logo de la région de biosphère
biodiversité importante de la région. de Kruger à Canyons
A l’intérieur de ce paysage de 2,5 millions d’hectares, composé d’une zone centrale
(35,4%), d’une zone-tampon (18,6%) et d’une zone de transition (46%) (Figure 2), rési-
dent 1,5 millions d’habitants dont la majorité vivent dans la zone de transition.
La K2C a obtenu son statut de réserve de biosphère internationale grâce à un pro-
cessus de participation des intervenants, mené par des acteurs locaux et a été classée
par l’UNESCO en 2001. Depuis 2007, l’entité de gestion de la K2C est enregistrée sous
forme d’association bénévole, le K2C Representatives Council (Conseil des représent-
ants de la K2C). Elle a été établie conformément à une constitution et a élu un comité
exécutif (EXCO) qui se réunit régulièrement. L’association est une organisation à but
non lucratif. Au cours d’un atelier sur le développement des organisations, la formation
d’une entité à but non lucratif pour la gestion de la K2C a été proposée afin de se doter
d’un statut juridique plus solide et d’améliorer les possibilités de recevoir des finance-
ments (KC 2010). La société à but non lucratif de la région de biosphère de Kruger à
260 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Légende:
Zone centrale
Zone tampon
Zone de transition
Canyons, composée d’un conseil d’administration de six directeurs, a été ensuite incor-
porée pour faciliter la gestion de la K2C.
Depuis son démarrage, la K2C a démontré que les partenariats orientés entre les
organismes gouvernementaux, les institutions de recherche et d’éducation, la société
civile et les communautés rurales constituent la méthode optimale pour réaliser une
réconciliation revendiquée localement, de la conservation de la biodiversité et du dével-
oppement durable.
Le document a pour objet de démontrer, par la description de quatre projets, la
manière dont les principes du programme Homme et Biosphère (MAB) de l’UNESCO
sont appliqués localement en tirant parti d’un certain nombre de caractéristiques excep-
tionnelles de la région conjointement avec les développements en Afrique du Sud et les
discussions globales.
6. Conclusion
En décrivant les quatre projets, (le programme de crédits-carbone, le partenariat avec
la Réserve de biosphère de Rhön, le développement d’un protocole bio-culturel et le
projet de Conservation par la connectivité à travers les corridors fluviaux), les avantages
d’adhérer aux principes du programme MAB de l’UNESCO ont été démontrés. Pour
réaliser une durabilité pour tous ces projets, les chaînes entre les hommes et la nature
ainsi qu’entre les différents biomes et la justice environnementale doivent être réalisés.
Références
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16
Ecologie de la Nidification et Conservation
des Tortues de Ponte dans la Reserve de
Biosphere de Songor
Nesting Ecology and Conservation of Nesting Turtles in Songor
Biosphere Reserve
Résumé
Dans le monde entier, la population des tortues marines connaît un déclin et la situ-
ation n’est pas différente au Ghana. Selon les observations, elle est en déclin dans les
océans mais également sur les plages de ponte au Ghana. Il existe aussi une possible
extinction de certaines espèces de tortues marines qui, dans le temps, utilisaient les
plages sablonneuses du Ghana comme habitats pour l’éclosion des œufs. La tortue
verte, la tortue caouanne et la tortue imbriquée auraient déposé leurs œufs sur les
plages du Ghana dans le passé mais n’utilisent plus ces zones aujourd’hui. Une étude
menée le long des plages du site de Songor Ramsar (aujourd’hui la réserve de bio-
sphère de Songor) au Ghana a révélé que la plupart des zones longeant ces plages
constituent des terrains de ponte importants pour les tortues marines. Cependant,
on a constaté une réduction de la population des tortues marines le long des plages
en raison des activités des habitants côtiers, affectant les tortues et leurs habitats
de ponte. Il est donc crucial de lancer des mesures de conservation pour aider à
restaurer la population des tortues à un niveau acceptable. La Division de la faune au
Ghana s’est appuyée sur l’éducation, l’application de la loi et la participation de la com-
munauté pour protéger les tortues marines. En résultat, une réduction de 95% des
massacres de tortues au cours d’une période de 5 ans a été remarquée. La collecte
des œufs de tortues a baissé de manière considérable. Mais le problème des chiens
prédateurs sur les œufs de tortues dans la réserve de biosphère persiste.
Mots-clés: Tortues marines; ponte; importance des couvées; période d’incubation;
succès d’éclosion; tortue luth; tortue bâtarde
1 Auteur correspondant · Songor Ramsar Site, P. O. Box 73, Ada-Foah · E-mail: yaw652006@[Link]
2 Kakum National Park,P. O. Box, Cape Coast · E-mail: annanriverson@[Link]
3 Muni-Pomadze Ramsar, P. O Box 202, Winneba · E-mail: andyaohene@[Link]
270
Agyeman • Riverson • Andrews 271
Conservation des Tortues de Ponte dans la Réserve de Biosphère de Songor
Abstract
All over the world, the population of sea turtles is declining, and the situation is not
different for Ghana. The sea turtle population, as has been observed, is declining both
in the waters and on the nesting beaches of Ghana. There is also the possible extir-
pation of some species of sea turtles that once used Ghana’s sandy beaches as their
nesting habitats. The green turtle, loggerhead turtle and the hawksbill turtle that are
believed to have once nested on the beaches of Ghana do not use most of these areas
any more. A survey conducted along the beaches of the Songor Ramsar site (now the
Songor Biosphere Reserve) in Ghana revealed that most areas along the beaches are
important nesting grounds for sea turtles. There was however a reduction in the pop-
ulation of the sea turtle in along the beaches due to activities of the coastal dwellers
that are affecting the turtles and their nesting [Link] is therefore the need for
conservation measures to help revive the population of turtles to a healthy level. The
Wildlife Division of Ghana used education, law enforcement and community participa-
tion to protect the sea [Link] has been a reduction of sea turtle killings by 95%
over the period of 5 years. Turtle egg collection has also gone down drastically. There
is however the issue of dogs predating turtle eggs in the biosphere reserve.
Key Words: Sea turtles; nesting; clutch size; incubation period; hatching success;
leatherback; olive ridley
1. Introduction
Les tortues marines sont des anciens reptiles qui habitent le monde océanique, à
l’exception de l’océan Arctique. Elles sont apparues avant les dinosaures et traversent les
océans terrestres depuis plus de 100 millions d’années. Les premières tortues sont appa-
rues pendant la période Triassique, il y a quelques 245 à 208 millions d’années et le plus
ancien fossile de tortue jamais enregistré remonte à la fin de l’ère jurassique, il y a 208 à
144 millions d’années. Avec les serpents marins, les crocodiles et les iguanes, elles font
partie des seuls reptiles survivants adaptés à l’existence dans les mers salées.
Les tortues marines jouent des rôles importants dans l’écosystème marin ainsi que
dans l’environnement terrestre. Leurs fonctions importantes englobent autant des
aspects écologiques qu’humanitaires. Les tortues marines sont considérées comme des
ressources naturelles par les hommes. Elles sont utilisées de diverses manières pour
les besoins et habitudes alimentaires, médicaux, culturels, économiques et religieux
(Agyekumhene 2009, Laqueux 1998, Roberts et al. 1999).
Malgré leur importance dans l’écosystème marin, leur population n’a cessé de
décliner au cours des années en résultat des massacres, de la pollution et de la dégrada-
tion de l’habitat (Armah et al. 1997). Elles figurent sur la liste des espèces menacées de
disparition de l’IUCN (IUCN 2004). Malgré l’existence de lois au Ghana, rendant pas-
sibles d’amendes, d’emprisonnement ou des deux, les infractions impliquant la capture,
272 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
2. Methodes
2.1 Site de l’étude
L’étude a été menée dans la réserve de biosphère de Songor (SBR), située dans la partie
sud-est du Ghana. Cette zone a été sélectionnée pour l’étude en cours car elle représente
l’une des zones de couvée les plus élargies des plages sablonneuses du Ghana. La SBR
comprend de nombreux petits villages de pêcheurs et complexes hôteliers, éparpillés le
long de sa plage.
3. Resultats
3.1 Activités de ponte et nombres de nids
La SBR sert de site de ponte pour trois espèces de tortues à savoir la tortue luth, la tortue
bâtarde et la tortue verte (Figure 1). La tortue bâtarde correspond à l’espèce prédomi-
nante des trois espèces qui utilisent les plages d’Ada Foah comme habitats de couvée
(Agekumhene 2009). Les tortues marines pondent principalement entre les mois
Figure 1: Espèces de tortues marines qui utilisent la réserve de biosphère de Songor comme sites
de nidification. En haut, de gauche à droite: Tortue luth et verte. En bas: Tortue bâtarde.
Agyeman • Riverson • Andrews 273
Conservation des Tortues de Ponte dans la Réserve de Biosphère de Songor
moyennant une compensation financière. Les tortues font partie intégrante des prises
des sorties de pêche en mer par les pêcheurs commerciaux et locaux. Depuis quelques
années, les nombres élevés de tortues mortes retrouvées sur la plage, coïncident avec la
période pendant laquelle de nombreux chalutiers ont été observés en mer la nuit. Ce
fait suggère que les dispositifs d’exclusion de tortues (dispositif TED) sur les chalutiers
ne sont pas installés, expliquant le nombre important de tortues mortes. L’examen phy-
sique révèle que les causes possibles de mort sont la noyade et les blessures (à la tête et
aux nageoires). Trainer une tortue dans un filet de pêche pendant plus de 45 minutes
peut la noyer et la tuer. Les collisions de tortues avec les bateaux de pêche peuvent pro-
voquer des blessures graves causées par l’hélice et aboutir à leur mort (Laqueux 1998).
Figure 2: Tortue marine piégée dans une ligne de pêche (à gauche) et des filets de pêche (à
droite) par des pêcheurs locaux
4.1.2 Braconnage
Le braconnage consiste à attraper les
tortues femelles sur la plage de ponte. Les
tortues de ponte font parfois l’objet de
braconnage et sont tuées pour la nour-
riture (Figure 3). La tortue peut être bra-
connée à tout moment entre le moment
où elle remonte la plage jusqu’à ce qu’elle
ponde ou redescende. Les tortues bracon-
nées sont normalement renversées sur leur
carapace et tirées de la plage, laissant une
trace qui indique le braconnage. Les bra- Figure 3: Tortue luth braconnée
conniers, dont la plupart sont des pêcheurs, les vendent ou les tuent à des fins alimen-
taires (Armah et al. 1997). Les braconniers peuvent vendre la tortue dans les villages qui
se trouvent à l’intérieur ou l’extérieur de la réserve de biosphère.
Grâce à la patrouille chargée de faire appliquer la loi, mise en place par la Division
de la faune dans la zone, les activités de braconnage ont diminué de 95% au cours des
dernières années. La présence des agents de la Division sur la plage est suffisante pour
Agyeman • Riverson • Andrews 275
Conservation des Tortues de Ponte dans la Réserve de Biosphère de Songor
dissuader les braconniers éventuels de ramasser les tortues femelles. L’éducation sur la
conservation dans les écoles et les communautés au sein de la réserve a également con-
tribué à une forte réduction du massacre des tortues. Par l’éducation, les pêcheurs ont
pris conscience de l’importance relative de la présence de tortues dans l’eau et sur les
plages et par conséquent, du besoin de les protéger.
renards et oiseaux se nourrissent des bébés tortues au moment où ils se rendent dans
l’eau. Dans l’eau, les grands poissons comme les requins se nourrissent des bébés-tortues.
Au sein de la SBR, les chiens et les hommes sont les principaux prédateurs des œufs
de tortues et détruisent environ 50% du nombre total de nids déposés pendant la saison
de la ponte (Agyekumhene 2009). Les chiens qui reniflent et détectent l’emplacement
des œufs peuvent détruire le nid à tout moment entre la ponte des œufs et l’éclosion
(Figure 5). Parfois, ils creusent pour sortir les œufs éclos et les manger avant que les
bébés n’aient le temps d’émerger et de se diriger vers l’eau.
des plages est un phénomène commun sur le site. Ce problème affecte les tortues de
ponte pour la sélection de leurs sites de nidification. Les falaises élevées, nées de l’érosion
rendent difficile l’accès des tortues vers l’arrière-plage, pour la ponte de leurs œufs. Les
nids sont regroupés dans des lieux particuliers qui se trouvent normalement au-des-
sous de la ligne de marée haute, les rendant sensibles à l’érosion et aux inondations au
moment des fortes marées.
L’érosion excessive au niveau de certaines parties de la plage réduit la couverture
de sable de la plage et expose la couche inférieure généralement composée d’argile.
Les tortues marines qui pondent à ces endroits, déposent leurs œufs dans des nids peu
profonds parce qu’elles ne peuvent pas creuser plus loin en raison de la couche infé-
rieure d’argile. Les œufs dans ces nids sont exposés aux prédateurs, à la chaleur exces-
sive du soleil et aux inondations. Les embryons des œufs de tortues marines sont tués
lorsqu’ils sont en contact avec l’eau de mer soumise aux pluies diluviennes (Ragotzkie
1959). Le processus d’incubation peut être interrompu et donner lieu à un taux de succès
d’éclosion faible.
braconnage dans les zones qui ne sont pas contrôlées ou patrouillées par la Division de
la faune. L’efficacité de l’éducation orientée sur la conservation des espèces dans les écoles
et les communautés côtières ainsi que les lois relatives à la conservation ont permis de
réduire le braconnage et d’améliorer le partage des informations sur les activités illé-
gales. De même, la promotion de l’écotourisme offrant des avantages directs ainsi que
d’autres liens avec les communautés ont apporté un soutien dans le cadre d’une collabo-
ration sur la protection des espèces de tortues.
6. Conclusion
Les tortues marines constituent une composante cruciale de l’écosystème marin. Elles
jouent des rôles écologiques importants pour l’environnement marin et terrestre. Les
populations de tortues marines de par le monde ont diminué et continuent à décliner en
raison des activités humaines. Dans la plupart des communautés au Ghana, on a assisté
à un fort déclin de la population des tortues marines avec une menace d’extinction de
certaines espèces comme la tortue caouanne et la tortue imbriquée qui, dans le temps,
pondaient sur les plages du Ghana. Même si des facteurs naturels comme l’érosion des
plages et les maladies peuvent aussi causer la réduction de la population des tortues, leur
incidence n’est que minimale. En outre, les activités humaines entraînent l’accélération
de certains facteurs naturels.
Au Ghana, plusieurs efforts, lancés par des individus et des groupes visant à protéger
les tortues marines comme ressource naturelle importante, ont été mis en œuvre. A titre
d’exemple, on peut noter les efforts d’utilisation de l’éducation, des lois et de la partici-
pation communautaires par la Division de la faune de la Commission forestière en vue
de protéger les tortues marines. Ces efforts ont permis une réduction des activités à la
source du déclin de la population des tortues marines.
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Agyeman • Riverson • Andrews 279
Conservation des Tortues de Ponte dans la Réserve de Biosphère de Songor
Résumé
Le Mont Mulanje représente un environnement montagnard important, basé autour
d’une réserve forestière protégée au sud-est du Malawi, classée réserve de biosphère
mondiale depuis 2000. La montagne s’élève à une altitude de 3 000 m, couvrant
une superficie de 650 km2 et se compose de ressources significatives en termes de
forêts, eaux, biodiversité et tourisme pour les communautés locales et le commerce.
Cependant, des enjeux liés à la durabilité existent au niveau de la biodiversité et des
ressources naturelles en raison d’une densité de population avoisinante substantielle
qui se bat pour satisfaire ses besoins quotidiens de subsistance dans ce pays appauvri.
L’approche de réserve de biosphère qui tente de résoudre ces divers dilemmes a été
facilitée par les opérations du Mulanje Mountain Conservation Trust (MMCT) depuis
2002. Le MMCT a été établi en tant qu’organisation à intervenants multiples, basée sur
un fonds fiduciaire de dotation.
Un engagement rigoureux par rapport à l’approche de réserve de biosphère fait
appel à une implication profonde des intervenants en matière de gestion locale, de
recherche et d’activités économiques. Le MMCT a facilité une telle coordination grâce
à sa gouvernance et ses opérations d’exploitation et est instrumental pour connecter
la gestion des zones protégées, les autorités locales traditionnelles, les organismes du
gouvernement, le commerce et la société civile en vue de développer des opportu-
nités et faire face aux défis. La communauté, dans son sens large, est impliquée dans
de nombreuses actions de conservation et de gestion environnementale, d’activités
commerciales basées sur la gestion des ressources naturelles et d’initiatives de justice
sociale abordant les enjeux locaux. Ces actions sont rendues possibles en développant
les institutions communautaires locales, encourageant les contrats de gestion collabo-
rative, lançant des associations basées sur les ressources et facilitant une vaste gamme
de besoins de renforcement de capacité avec ces organisations locales émergentes.
1 Mulanje Mountain Conservation Trust, PO Box 139, Mulanje Malawi · Tél: +265 1 466 282 · Fax: +265 1
466 241 · E-mail: carl@[Link]
280
Bruessow • Kayembe 281
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!
En fin de compte, les progrès dans cette région appauvrie reposent sur la capacité
à créer des opportunités pour la participation des communautés locales et des entre-
prises dans la production de revenus de subsistance conséquents. L’organisme de
gestion des zones protégées précédent, avait restreint l’accès aux ressources si bien
que les activités illégales s’étaient développées progressivement et régulièrement,
menaçant très vite la durabilité même de la plupart des ressources de la montagne.
Mulanje se trouve à proximité de nombreuses autres zones protégées qui ont perdu
leurs forêts, ressources hydriques, atouts de biodiversité et qui, de plus sont actuelle-
ment soumises à des enjeux climatiques. L’accès contrôlé de Mulanje a donné lieu à un
élan de l’activité économique basé sur des approches innovantes comme le commerce
équitable et l’écotourisme, réunissant plusieurs intervenants différents pour réaliser
l’objectif plus large de développement durable de la réserve de biosphère.
Mots-clés: Gestion des zones protégées; gouvernance; financement par dotation;
partenariats; biodiversité endémique; dilemme de la pauvreté
Abstract
Mount Mulanje is a significant mountain environment based around a protected forest
reserve in south-eastern Malawi that has been a global biosphere reserve since 2000.
The mountain stands 3 000 m high, covers an area of 650 km2 and offers a signifi-
cant forest, water, biodiversity and tourism resource to the local communities and
commerce. However, sustainability challenges exist both to the biodiversity and the
natural resources from a substantial surrounding population density that struggles to
fulfil their daily livelihood needs in this impoverished country. The biosphere reserve
approach that makes an attempt to resolve these various dilemmas has been facili-
tated by the operations of the Mulanje Mountain Conservation Trust (MMCT) since
2002. MMCT has been established as a multi-stakeholder governed organization based
upon an endowment trust fund.
A rigorous engagement with the biosphere reserve approach calls for comprehen-
sive stakeholder involvement in local management, research and economic activities.
MMCT has facilitated this coordination through its governance and its working opera-
tions, and is instrumental in linking the protected area management, local traditional
authorities, government agencies, commerce and civil society to develop opportunities
and address challenges. The greater community is involved in many conservation and
environmental management operations, natural resource management based com-
mercial activities, and social justice initiatives that address local issues. This is enabled
by developing local community institutions, assisting collaborative management con-
tracts, initiating resource-based associations and facilitating a wide range of capacity
building needs within these emerging local organisations.
Progress in this impoverished area ultimately is based upon the ability to create
opportunities for participation of both local communities and commerce in gener-
ating substantial livelihood benefits. Prior protection management restricted access
282 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
to resources and therefore a steady increase in illegal activity developed that was
soon to threaten the very sustainability of most of the mountain’s resources. Mulanje
stands near to many other protected areas that have lost their forests, their water
resources, their biodiversity assets and are now experiencing climatic challenges too.
Controlled access on Mulanje has led to increased economic activity based upon
innovative approaches such as fair trade and ecotourism that bring many different
stakeholders together to collaborate for the grander goal of biosphere reserve sus-
tainable development.
Key words: Protected area management; governance; endowment funding; partner-
ships; endemic biodiversity; poverty dilemma
1. Introduction
La réserve de biosphère du Mont Mulanje représente un environnement montagnard
important situé au sud du Malawi, un petit pays du sud-est de l’Afrique. Le Malawi fait
partie des nations les plus pauvres, la conséquence d’une croissance de la population
dont une forte densité dépend de la disponibilité limitée des terres et des ressources
naturelles en déclin. Le Rapport des Nations unies sur le développement humain de
2011 place le Malawi en 171ème position sur l’Index de développement humain, les 17
nations restantes étant toutes soit dans un état de guerre ou venant de terminer un
confit. Le Malawi quant à lui a toujours été une nation en paix. Le paysage du Malawi
héberge des familles de petits exploitants ruraux qui se battent pour atteindre un niveau
de vie soutenable par des moyens de subsistance et de production de revenus de base,
le problème étant aggravé par l’accès de plus en plus réduit à une gamme de ressources
naturelles domestiques de première nécessité. Cette situation difficile est contraire à
l’engagement actuel de conservation nationale visant à gérer un système de zone pro-
tégée couvrant actuellement plus de 20% des terres disponibles.
Le pays est régi par une démocratie multipartite émergente qui s’est renforcée de
façon stable depuis la fin, en 1994, d’une autocratie de longue date en vigueur depuis
l’indépendance du Royaume Uni en 1964. Etant un pays enclavé et doté de ressources
minières limitées et au faible niveau d’industrialisation, le Malawi s’est principalement
développé par une économie basée sur l’agriculture et exportatrice de tabac, thé, sucre
et coton. Sa population actuelle de plus de 14 millions d’habitants sur une superficie de
95 000 km2 le place parmi les pays à plus forte densité de population en Afrique. La
province de Mulanje affiche une densité de deux fois les chiffres nationaux, la plupart
des populations vivant des styles de vie de petits exploitants agricoles ruraux sur des
parcelles de moins de 0,3 ha, cultivant des céréales de subsistance et commerciales pour
soutenir un niveau de vie relativement simple. La disponibilité insuffisante de terres
agricoles adéquates par famille et l’entretien des sols fertiles ont donné lieu à une crise
sur laquelle se calquent les chocs imprévus du changement climatique, accentuant
Bruessow • Kayembe 283
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!
2. Contexte
Le Malawi comporte un patrimoine intensif de zones protégées, préservant plus de 20%
de ses terres pour la gestion des forêts et de la faune, un engagement difficile dans un
pays où une forte densité de population rurale lutte pour la sécurité alimentaire et la
disponibilité de ressources domestiques suffisantes. Le Mt Mulanje a été reconnu tôt
pendant la période coloniale pour la protection de la conservation et déclaré Réserve
forestière en 1927. Gérée par les Britanniques comme zone modèle de sylviculture, la
montagne a été dotée de suffisamment de personnel et soutenue dans ce but. Ce n’est que
plus récemment que ses atouts de biodiversité ont commencé à être appréciés grâce à
une plus grande reconnaissance internationale émanant de plusieurs horizons. Mulanje
est reconnu comme centre de diversité végétale par l’IUCN, zone ornithologique impor-
tante par Birdlife International (Birdlife Internationa 2012a), consolidé comme l’un
des points chauds de la biodiversité par Afromontane Archipelago (Dowsett-Lemaire
1989a), et plus récemment, classé comme zone-clé de biodiversité (Birdlife International
2012b, Dowsett-Lemaire 1989b).
Le processus pour compiler la nomination en vue du classement du Mt Mulanje en
tant que réserve de biosphère mondiale a commencé au milieu des années 1990 avec
l’assistance financière et technique du bureau de pays de l’UNESCO. Une équipe de sci-
entifiques a mené le processus et soumis à considération le dossier rempli au Programme
Homme et Biosphère (MAB) de l’UNESCO qui a attribué le statut en avril 2000. Le Mt
Mulanje était l’une des premières réserves de biosphère à être établie en Afrique et en
tant que telle, reflète le processus de pensée du moment étant donné que ses limites
sont largement proportionnelles à celles de la réserve forestière elle-même (Figure 3).
Ce statut a apporté au Mt Mulanje l’attention grandissante qu’il mérite en termes de
conservation et l’opportunité de lancer des actions innovantes.
Bruessow • Kayembe 285
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!
3. Le dilemme
De manière générale, la pauvreté est définie comme un état de rareté, un contexte
donnant lieu à une déficience en matière de ressources, services et capacité au niveau
local. Les provinces de Mulanje et de Phalombe correspondent statistiquement à deux
des provinces les plus pauvres au Malawi, la situation étant aggravée par le fait qu’elles
se trouvent dans la nation en paix la plus pauvre du monde. Cette circonstance soulève
la question de savoir comment l’appauvrissement peut-il exister alors que la pluviomé-
trie est élevée, les sols sont suffisamment fertiles, l’eau est disponible pour l’irrigation,
les marchés urbains se trouvent à proximité et que le pays est en paix depuis un
siècle après la fin de l’esclavage. Il semblerait alors que la pauvreté existe dans un état
d’abondance. L’une des interprétations simplistes de ce problème est que les régimes de
chaîne d’approvisionnement et de prestations de services nécessaires au fondement d’un
modèle économique prospère, fonctionnent mal. On peut voir que la pauvreté dans ce
pays existe en raison de facteurs socio-économiques insoutenables, affectant les sys-
tèmes d’offre et de demande du marché. Il semblerait que peu de coopération historique
n’ait eu lieu entre l’Etat, ses propres organismes, les marchés et les communautés locales
pour déterminer le potentiel local et identifier les opportunités correspondantes en vue
de renforcer les synergies à l’avantage de chaque partie selon une approche de dével-
oppement durable.
Les réserves forestières du Malawi sont gérées par une autorité gouvernementale
officiellement mandatée, le Département des Eaux et Forêts, qui dans le temps était bien
organisé et doté des ressources pour assumer ses responsabilités mais qui aujourd’hui
n’est plus que l’ombre de sa compétence passée. Cet organisme gouvernemental a été
accablé par la gestion de 80 de ces réserves, pas nécessairement en raison de l’importance
de leurs ressources forestières inhérentes mais de leur potentiel important de bassin
hydrographique. Le fait que ces zones de conservation forestière ne fassent pas l’objet
d’une attention par priorité donne lieu à un dilemme qui est de déterminer la priorité
appropriée pour l’orientation de gestion et la budgétisation. Le secteur parallèle de la
faune et la flore au Malawi est un système à deux niveaux: un système de parcs natio-
naux prioritaires préservant les zones de biodiversité les plus uniques et un système de
réserve de faune et flore secondaire qui, à plusieurs égards, ne fait que reproduire les
ressources du niveau prioritaire dans des situations d’accès moins faciles ou des envi-
ronnements moins attrayants. La reconnaissance d’une biodiversité importante de cer-
taines réserves forestières présente également un dilemme à l’autorité de gestion qui n’a
pas la capacité requise pour conserver l’écologie unique de son patrimoine. Le départe-
ment avait plutôt eu une responsabilité institutionnelle de satisfaire les besoins en bois
de construction de la nation et pour ce faire, d’importantes zones de bois ou de forêts
indigènes ont été éradiquées pour y établir des plantations de production de bois exo-
tique à visée industrielle.
A terme, la réorientation des dépenses budgétaires du gouvernement a fortement
handicapé l’efficacité de la capacité de gestion du Département des Eaux et Forêts.
Les dispositions d’un transfert du paradigme par le Trésor public par le biais d’un
Bruessow • Kayembe 287
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!
efforts ont été investis dans la mise en place d’une organisation administrative plus con-
séquente. La gestion collaborative entre les communautés villageoises et le Département
des Eaux et Forêts s’est développée peu à peu et un Comité de gestion des forêts locales est
désormais installé pour représenter les intérêts de la communauté dans son ensemble.
Cependant, une organisation mieux structurée, avec d’autres organismes et organisa-
tions de soutien nationales reste encore à concrétiser et son absence explique le goulot
d’étranglement empêchant d’aller plus loin dans la réalisation du potentiel. Avec le cadre
de développement durable de la réserve de biosphère en place, d’une part et la recon-
naissance qu’une participation plus approfondie motive l’accroissement des responsa-
bilités, d’autre part, l’environnement du mont est devenu un contexte idéal pour pousser
les intervenants à s’impliquer davantage dans les activités de gestion et d’utilisation. Le
cas pour la mise en place d’une organisation de gestion par un partenariat mixte, avec
des pouvoirs délégués et une action mandatée, au sein de l’autorité du mont et ses mul-
tiples intervenants, est actuellement logique.
des ressources par la communauté locale et de la capacité limitée des organismes secto-
riels du gouvernement sur le terrain, s’instaure peu à peu l’adoption des principes et pra-
tiques de gestion des ressources naturelles à caractère communautaire dans la politique
nationale. Six contrats de gestion collaborative, développés de manière approfondie
entre les villages avoisinants et le Département des Eaux et Forêts ont été signés pour
permettre une gestion et une utilisation communes des ressources naturelles locales et
d’autres contrats sont en cours d’exécution. En accord avec la politique sur la sylvicul-
ture, un Conseil d’administration locale de la forêt de Mulanje a été mis en place pour
assister dans la gestion de la réserve forestière et un plan stratégique développé pour en
guider les activités.
L’accès à la réserve forestière à été historiquement autorisé sur la base de frais de
permis pour que les communautés avoisinantes puissent récolter une gamme élargie
de ressources à des fins domestiques. Les récoltes locales concernent le bois de com-
bustible (branches d’arbres mortes), le bambou, les fruits, les champignons, le poisson,
les plantes médicinales et une large gamme d’autres ressources domestiques (Figure 6).
Néanmoins, à ce jour, aucune évaluation n’a été effectuée sur la manière dont la récolte
constante des ressources a affecté le statut des ressources préférées ou l’écologie dans
son ensemble. La gestion controversée et la situation de leadership du Département des
Eaux et Forêts ont donné lieu à une augmentation importante de la corruption et des
récoltes illégales parmi le personnel même chargé de la gestion.
Figure 6: Les œuvres d’art en bois de cèdre de Mulanje sont uniques sur le plan mondial (à
gauche); Les poissons-chats de rivière de Mulanje sont endémiques (à droite)
4.4 Commerce
Les opportunités de développement commercial du tourisme, des plantations et des
produits naturels sont très attrayantes et un intérêt a été exprimé de la part de plusieurs
compagnies. L’ouverture à l’investissement commercial reste cependant limitée actuel-
lement et il semblerait qu’il s’agisse d’une politique de facto du gouvernement sur le
mont. Alors que le Département des études géologiques peut approuver sans obstacle
292 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
4.5 Recherche
La recherche est une activité aussi importante pour la compréhension de l’écologie
de la montagne que pour celle des attitudes sociales et des intérêts locaux. De nom-
breuses institutions universitaires et divers organismes de recherche travaillent sur la
montagne et aux alentours, entièrement ou partiellement soutenus par le Trust. Tandis
que la recherche scientifique sur la montagne nous informe du besoin de mieux amé-
nager nos activités de gestion, la recherche sociale apporte une compréhension sur la
manière dont la réflexion au niveau local répond aux initiatives entreprises. Ces projets
de recherche sont à la fois soutenus financièrement et facilités par le MMCT conformé-
ment à un plan de recherche globale ainsi que par le nombre croissant de partenaires
d’organismes internationaux impliqués pour le renforcement de la capacité auprès des
institutions locales en vue d’assurer la durabilité.
5. Enjeux
5.1 Résistance à l’innovation
L’expansion des activités économiques durables peut améliorer le statut écologique
du Mt Mulanje et offrir des opportunités de subsistance à une population croissante.
Cependant, ces développements se doivent d’être bien conçus, règlementés et contrôlés
Bruessow • Kayembe 295
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!
constructions spécialistes (Figure 9). De manière générale, l’application de la loi n’a pas
effectivement contrer cette menace et il est nécessaire d’impliquer les communautés à
une échelle plus large dans des approches d’utilisation durable.
6. L’avenir
Des progrès peuvent être faits pour améliorer l’implication des intervenants à divers
niveaux, une fois que la coopération positive du Département des Eaux et Forêts a été
obtenue. Les efforts visant à solliciter l’organisation d’une gestion par un partenariat
mixte doivent être renouvelés vigoureusement pour promouvoir cette approche inno-
vante par rapport à un système plurisectoriel et à multiples intervenants. De manière
opportune, le Parlement a récemment adopté la législation qui s’impose pour permettre
une telle organisation qui reste maintenant à élaborer officiellement.
Aujourd’hui, la réserve de biosphère du Mt Mulanje est soumise à une condition
d’obligation, pour l’instant retardée, d’achever sa révision périodique de dix ans. Ce pro-
cessus devrait porter sur le reflet et le remodelage à la fois des limites des zones définies
et des niveaux de participation du public. Les nouveaux défis comme le changement
climatique demandent une participation rigoureuse étant donné que climat sur la mon-
tagne fait l’objet de nombreux extrêmes qui nécessitent des plans d’atténuation tandis
que des plans d’intervention en cas de désastre doivent être préparés pour permettre au
public d’intervenir au nombre croissant de crues éclair.
Le développement durable est un concept fondamental par lequel d’un côté, les
opportunités économiques prudentes sont poussées à se concrétiser en faveur, d’un
autre côté, d’une population locale responsable nécessitant ces ressources. La recherche
d’une exploitation continue des ressources renouvelables que la nature fournit pour nos
besoins de subsistance ne peut pas être une espérance sans fin car, en effet, notre com-
préhension du développement durable implique qu’il y ait des limites par rapport à cette
quête. La population croissante de la montagne doit trouver un équilibre prudent par
rapport à ses besoins de ressources. Les questions abordées par la planification familiale
demandent plus d’attention.
Le Mt Mulanje obtiendra un statut considérable grâce à son classement éventuel
en tant que Site du patrimoine mondial car non seulement un tel achèvement attirera
l’attention des étrangers qui visiteront et admireront le lieu mais il servira également
à donner une certaine fierté locale et apporter le respect de la montagne au vu de sa
Bruessow • Kayembe 297
Le Mont Mulanje: Une Montagne D’espoir!
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298 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
ABDOULIE SAWO1
Resume
La Gambie, située en Afrique de l’Ouest est le plus petit pays du continent africain.
Malgré sa densité de population qui la place en quatrième position en Afrique, les
villages dans la Division du Nord ne sont pas aussi peuplés. Une nouvelle réserve de
biosphère incorporant le Parc national de Niumi en tant que zone centrale principale,
est proposée. La Réserve de biosphère de Niumi sera la première réserve de ce type
désignée par l’UNESCO en Gambie.
La région de Niumi est une zone riche en biodiversité et comprenant de nom-
breuses espèces d’oiseaux et de poissons ainsi que des peuplements rares de palétu-
viers. La réserve de biosphère de Niumi couvrira environ 132 000 ha, partageant une
frontière avec le Sénégal, avec le fleuve Gambie comme frontière au sud. La zone ter-
restre comprend principalement des propriétés foncières traditionnelles/communes,
privées et cogérées. L’usage de la terre est principalement destiné à l’agriculture, aux
implantations villageoises, à l’élevage de bétail et aux boisés traditionnels.
La participation des parties prenantes pour la Réserve de biosphère de Niumi
a commencé en 2002 lors de la mise en place d’un comité consultatif technique en
préparation du processus plus détaillé de la réserve de biosphère qui a été lancé en
2005. Cependant, le bon fonctionnement des comités de parties prenantes est en
train de souffrir d’un manque de ressources financières. Un accord de gestion col-
laborative sera chargé de la gestion de la Réserve de biosphère de Niumi. Il est prévu
que la nomination de l’UNESCO pour le projet de réserve de biosphère soit achevée
bientôt.
Mots-clés: Gambie; Niumi; réserve de biosphère; parties prenantes; participation
1 Coordinateur de projet, Banjul, Gambie, Afrique de l’Ouest · E-mail: abdoulies@[Link] · Tél: +220
4375888
299
300 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Abstract
The Gambia, located in West Africa, is the smallest country on mainland Africa.
Although it is the fourth most populated country in Africa, the villages in the North
Division are not so extensively populated.A new biosphere reserve is proposed in this
region, incorporating the Niumi National Park as the primary core area. The Niumi
Biosphere Reserve will be the first UNESCO designated biosphere reserve in The
Gambia.
The Niumi region is an area of biodiversity wealth, including numerous bird and
fish species and valuable mangrove stands. The Niumi Biosphere Reserve will cover
approximately 132 000 ha, share a border with Senegal and will have the Gambia
River as its southern boundary. The land area consists mainly of traditional/commu-
nally owned, private and co-managed land. Agriculture, settlements, livestock, and tra-
ditional woodlots are the main land uses.
Stakeholder participation for the Niumi Biosphere Reserve started in 2002 when
a Technical Advisory Committee was set up in preparation of the more detailed bio-
sphere reserve process that started in 2005. However, the smooth operation of stake-
holder committees currently suffers from insufficient financial resources. A collabora-
tive management agreement will be responsible for managing the Niumi Biosphere
Reserve. The UNESCO nomination for the proposed biosphere reserve is planned to
be completed soon.
Key words: Gambia; Niumi; biosphere reserve; stakeholders; participation
1. Contexte
La Gambie, située en Afrique de l’Ouest est le plus petit pays du continent africain
(Figure 1). Il couvre une superficie de 11 295 km² et sa population est estimée à 1.7 mil-
lions d’habitants. Ce petit pays étroit possède des frontières serpentant le long du fleuve
Gambie. Le Parc national de Niumi occupe la bande littorale de la Gambie au nord du
fleuve. Le parc s’étend sur une superficie d’environ 4 940 ha. En dehors de sa valeur impor-
tante en tant que zone d’élevage piscicole, il constitue l’une des dernières réserves de palé-
tuviers sur la côte ouest-africaine au nord de l’équateur (Parc national de Niumi 2012).
Le projet de Réserve de biosphère de Niumi (NBR) constituera la première réserve
désignée par l’UNESCO en Gambie. La NBR couvre une superficie estimée à 131 750 ha
et ressemble à une péninsule. Elle englobe deux parcs nationaux, deux forêts publiques
et plusieurs forêts gérées par la communauté. La NBR est située à l’ouest de la Gambie
entre les latitudes 13°31' et 13°59' N et les longitudes 16°56' à 16°05'W.
Le processus de la réserve de biosphère a commencé au début de 2005, financé par
l’Union internationale pour la Conservation de la Nature (IUCN) par l’intermédiaire de
ses bureaux de Dakar. Le financement a suivi le lancement de la création de la réserve
de biosphère transfrontalière de Niumi-Saloum entre le Sénégal et la Gambie visant à
Sawo 301
Participation des Parties Prenantes : Réserve de Biosphère de Niumi, en Gambie
démontrer les méthodes, les outils, les approches et les techniques de conservation et
de développement durable. Cependant, l’UNESCO a recommandé que la Réserve de
biosphère de Niumi soit créée en premier lieu avant de soutenir les deux états dans la
création et la gestion de la réserve de biosphère transfrontalière.
La zone inclut un site classé au patrimoine mondial, berceau de l’esclave renommé
Kunta Kinte qui attire de nombreux touristes.
La population vivant au sein de la NBR est estimée à 87 077 habitants (recensement
2003), représentant environ 6,5% de la population totale de la Gambie. Cette population
est répartie entre les trois provinces suivantes: La Basse Niumi avec 44 611 habitants, la
Haute Niumi avec 24 595 habitants et Jokadu avec 17 871 habitants (Figure 2). La zone
est couverte par une implantation homogène et la plupart des terres sont utilisées à des
fins agricoles. Bien que la Gambie détienne la quatrième place sur l’échelle de la densité
de population en Afrique, la population des villages au sein de la NBR reste moindre.
Le régime foncier et les lacunes dans la gestion constituent deux facteurs importants
pour la protection de la biodiversité et la dégradation de la terre. La zone terrestre de la
NBR englobe principalement des propriétés traditionnelles/communes, privées et cogé-
rées. L’usage des terres est surtout destiné à l’agriculture, les implantations villageoises,
le bétail et les boisés traditionnels. Un système de décentralisation a récemment été
amélioré grâce à l’établissement d’organismes à vocation sociale et technique et la mise
en place de conseillers dont la responsabilité est de mener à bien le développement local.
gambien jusqu’au début des années 1970 où le pays fut confronté à une sécheresse impor-
tante associée à la pression de l’augmentation de la population humaine. Jusqu’alors,
le pays était encore recouvert de vastes zones de forêts à canopées fermées peuplées
d’habitats naturels sains accueillant de nombreuses espèces fauniques. Le niveau de
destruction des ressources naturelles était insignifiant en raison de la faible densité de
population. La population était en mesure de satisfaire à ces besoins domestiques grâce
à l’environnement et ses ressources sans en causer nécessairement la destruction.
Cependant, la situation commença à changer au milieu des années 1970. En 1977, le
Gouvernement avait commencé à porter une attention soutenue aux questions envi-
ronnementales et en particulier à la biodiversité. Des politiques environnementales
furent élaborées et certains départements chargés de la gestion des ressources naturelles
et de la conservation furent renforcés. Ils devinrent les forces motrices à la base de
l’établissement de zones protégées officiellement y compris de parcs nationaux, de
réserves naturelles, de forêts publiques et communautaires.
A ce jour, sept zones protégées au total ont été établies en Gambie. La NBR a bénéficié
des efforts de protection de la biodiversité du gouvernement gambien grâce à l’inclusion
du Parc national de Niumi en tant que zone centrale importante (Figure 4).
bosse de l’Atlantique (Sousa teuszii) et le grand dauphin (Tursiops truncatus) (Emms &
Barnett 2006).
Huit zones protégées ont été classes dans la Réserve de biosphère de Niumi compre-
nant des frontières officielles (tableau 2) dont un Parc national, des forêts publiques et
des forêts communautaires améliorant la protection des espèces terrestres et aquatiques
ainsi que des habitats de la réserve (Figure 5). Actuellement, une nouvelle zone protégée
est en cours d’achèvement (projet du Parc national de Jokadu — tableau 2) et d’autres
zones protégées communautaires ont été identifiées en vue d’une protection future.
Tableau 2: List des zones protégées au sein de la Réserve de biosphère de Niumi
3. Développement économique
La zone de la NBR présente un fort potentiel pour l’écotourisme où les ressources
naturelles disponibles sont utilisées pour soutenir la subsistance des peuples. Ces
activités et attractions comprennent le tourisme sportif comme la pêche au gros, les
Sawo 307
Participation des Parties Prenantes : Réserve de Biosphère de Niumi, en Gambie
croisières, l’observation des dauphins et des oiseaux. Les sites d’intérêt historiques com-
prennent la maison des esclaves Juffureh, Albreda, James Island et le Fort Bullen datant
du 19ème siècle. Les autres activités touristiques sont caractérisées par des festivals de
retour au pays, des manifestations culturelles, la piscine de crocodiles de Berending, des
événements de musique et de danse traditionnelles présentés par des locaux. En outre,
des projets de programmes à visée environnementale devraient être mis en place sous
peu comme l’installation de banques de villages et de ruches pour l’extraction de miel.
Le tourisme en Gambie est resté de masse, dominé par des Européens de classe
moyenne en quête de coupure contre les hivers froids en Europe. En conséquence,
ce sont les plages gambiennes qui ont bénéficié de l’afflux de touristes visitant le pays.
De nouvelles formes de tourisme sont activement encouragées y compris des excur-
sions en ‘safari de brousse’, d’observation des dauphins et des oiseaux et autres formes
d’expériences d’écotourisme. La NBR est une zone unique où les forêts indigènes ren-
contrent la plage. La section marine de la NBR et les zones de l’estuaire appartiennent à
l’Etat et les activités économiques principales qui se concentrent encore davantage sur
la subsistance que l’attrait des visiteurs, comprennent la pêche artisanale, le transport lié
à la prospection pétrolière en haute mer, la riziculture, la récolte des produits de la forêt
de palétuviers et les activités d’extraction saline.
Des pavillons d’hébergement touristiques sont disponibles mais ont besoin de subir
d’importantes transformations pour attirer les touristes étrangers. Dans certains lieux
comme Kanuma, les communautés locales divertissent les touristes avec de la musique
et des danses traditionnelles. En retour, les touristes font des dons d’argent à la com-
munauté, utilisés pour le développement communautaire. Un centre de formation aux
compétences pour des activités d’artisanat manuel a été construit par un touriste philan-
thrope pour les villages spécialement destiné aux femmes.
Les produits et services forestiers jouent un rôle important dans les formes de sub-
sistance en Gambie. Il existe donc une opportunité économique pour la NBR sous
forme d’un mécanisme de Réduction des émissions de la déforestation et de la dégra-
dation (REDD) tel que mentionné pendant le Sommet sur le changement climatique à
Copenhague en 2009 (UNFCCC 2009).
5. Stratégies de gestion
Les stratégies de gestion soutenant la NBR comprennent la formation du Comité
national de l’Homme et la biosphère (MAB) au niveau ministériel visant à gérer les
programmes et la politique sur le plan national et international. Un groupe de travail a
été formé au niveau national impliquant toutes les parties prenantes telles que les insti-
tutions gouvernementales, les ONG et les autorités des gouvernements locaux qui sont
directement en activité dans la réserve de biosphère. Ce comité se rencontre régulière-
ment pour planifier et mettre en œuvre les activités conçues en collaboration avec les
locaux. Le groupe a mené une analyse de situation sur tous les secteurs avec le soutien
de consultants internationaux dont les informations seront utilisées pour élaborer un
plan de gestion et compléter le formulaire de nomination de l’UNESCO. Parmi les
activités, on note la sensibilisation par le biais de programmes de radio, des présen-
tations dans les écoles, des réunions communautaires et des programmes d’éducation
environnementale.
La mise en place de programmes communautaires faisait partie des stratégies
promues par un projet intitulé ‘Programme de Convention sur la Biodiversité biologique
(CBD) relatif aux zones protégées’. Le projet a été d’une aide précieuse dans le cadre de la
protection puisque les communautés ont pris la propriété par le biais de leurs systèmes
locaux, soutenus par le gouvernement local et ont arrêté et poursuivi en justice toute
personne coupable d’activités illégales dans leur zone de juridiction.
Un projet de plan de gestion pour la réserve de biosphère proposée a été achevé et
est sur le point d’être validé (NBR 2010). Il explique clairement toutes les actions néces-
saires et les parties prenantes requises pour la mise en place du processus de réserve de
biosphère dont certaines sont déjà fonctionnelles mais ont besoin d’être soumis à une
meilleure coordination pour renforcer la collaboration.
La coordination de la Réserve de biosphère de Niumi relèvera de la responsabilité
du Ministère des Ressources forestières et de l’Environnement (MoFEN), d’un Comité
de gestion (MB), d’un comité technique et scientifique (TSC) et d’une équipe de gestion
310 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
6. Conclusion
Les actions entreprises au cours de la dernière phase de la NBR (2008–2011) ont permis
des réalisations à travers onze analyses sectorielles et institutionnelles. Des consultations
significatives se sont tenues avec diverses parties prenantes à tous niveaux y compris le
Bureau du Gouverneur, les chefferies, les chefs de villages, les conseillers régionaux, les
membres du Parlement, les leaders de jeunesse, les organismes gouvernementaux et
le public dans son ensemble. Les ateliers institutionnels et les réunions ont permis au
processus de la NBR d’établir un groupe de travail dynamique représentant les ONG
nationales et internationales, les structures gouvernementales, l’Université de Gambie
et autres projets correspondants. Une stratégie de collaboration et de communication au
sein du groupe a été mise en place.
La gestion de la Réserve de biosphère de Niumi abordera de nombreux problèmes
tels que l’abattage du bois, les feux de brousse, la salinisation, l’érosion côtière, les méth-
odes de pêche destructives et les filets de pêche envahissant les plantes, la propriété fon-
cière, le surpâturage et surtout la pauvreté. L’approche de la réserve de biosphère offre
un fort potentiel pour aider à résoudre tous ces problèmes identifiés à différents niveaux
de façon simultanée tout en encourageant le développement durable.
La création et la gestion de l’initiative de la Réserve de biosphère de Niumi apportera
un élan au développement durable en Gambie et ce, de manière efficace et fiable et en
conformité avec la volonté, les besoins et les possibilités du peuple gambien et de son
gouvernement. La procédure d’enregistrement devrait être terminée au cours de l’année
2012.
Sawo 311
Participation des Parties Prenantes : Réserve de Biosphère de Niumi, en Gambie
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19
La Réserve de Biosphère de L’île de Príncipe
(République Démocratique de São Tomé
& Príncipe): Un Laboratoire Vivant pour le
Développement Durable
Príncipe Island’s Biosphere Reserve (Democratic Republic of São
Tomé & Príncipe): A Living Laboratory for Sustainable Development
ANTÓNIO D. ABREU1
Résumé
L’île de Príncipe est une région autonome de la République démocratique de São
Tomé e Príncipe, ayant soumis une candidature à l’UNESCO en septembre 2011 et
été officiellement classée comme réserve de biosphère en juillet 2012. Une brève
description des caractéristiques principales de l’île de Príncipe est fournie ainsi que le
programme de délimitation de la réserve de biosphère. De par sa taille et sa démogra-
phie, l’île de Príncipe peut jouer un rôle décisif en tant que laboratoire vivant, faisant la
démonstration des initiatives de la conservation de la nature et de l’utilisation durable
des ressources naturelles pour le bien-être de sa population. La population locale
jouera un rôle actif dans le développement de la réserve de biosphère, considérant
que celle-ci et la stratégie régionale pour le développement durable partagent tous
les objectifs et buts.
La désignation de Príncipe en tant que réserve de biosphère donnera lieu égale-
ment à l’intégration d’un nouveau pays actif aux termes du programme MAB et du
réseau AfriMAB ainsi que d’autres réseaux thématiques du MAB (comme REDBIOS).
Mots-clés: Réserve de biosphère; UNESCO; Ile de Príncipe; São Tomé; AfriMAB;
REDBIOS
Abstract
The island of Príncipe is an autonomous region of the Democratic Republic of São
Tomé and Príncipe that submitted its application to UNESCO in September 2011 and
was formally designated as a Biosphere Reserve in July 2012. A brief description of the
main characteristics of Príncipe Island is provided together with the zonation scheme
for the Biosphere Reserve. Due to its size and demography, Príncipe Island, can play
a decisive role as a living laboratory demonstrating initiatives of nature conserva-
tion and sustainable use of natural resources for the well-being of its population. The
local population will play an active role in the development of the Biosphere Reserve,
considering that the Biosphere Reserve and the Regional Strategy for the Sustainable
Development share all objectives and aims.
The designation of Príncipe as a Biosphere Reserve will also bring the integration
of a new active country under the MAB programme and the AfriMAB network as well
as in other thematic MAB networks (such as REDBIOS).
Key words: Biosphere Reserve; UNESCO; Príncipe Island; São Tomé; AfriMAB;
REDBIOS
1. Introduction
L’île de Príncipe, d’une superficie terrestre de 142
km2 et avec une altitude maximale de 948 m, est la
plus petite de deux îles qui constituent l’archipel
et le pays de la République démocratique de São
Tomé e Príncipe (Figure 1). L’île de Príncipe est
une région autonome, politiquement et adminis-
trativement, avec un gouvernement et un parle-
ment local, qui, au cours des dernières années ont
consacré une attention particulière à la mise en
œuvre d’une stratégie de développement durable
pour l’île. La stratégie est structurée sous les
contraintes principales et les opportunités qui
forment les caractéristiques socio-économiques
et environnementales de l’île.
A la base, l’accessibilité/les transports, le
tourisme et l’agriculture, l’éducation/la forma-
tion professionnelle ainsi que la conservation
de la nature et la biodiversité constitueront les
moteurs principaux de l’avenir proche et lointain
de l’île de Príncipe. Accompagnant une histoire Figure 1: Emplacement de l’île de
humaine comprise d’une diversité importante de Príncipe
314 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Figure 2: Végétation dense des îles de Príncipe avec ses sommets centraux visibles de la côte sud-
ouest de l’île
Figure 3: Colonie de Fous bruns (Sula leucogaster) se reposant sur l’îlot de Boné de Joquéi
316 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Joquéi (Jockey Cap) font partie des multiples îlots et rochers entourant l’île de Príncipe.
Ces îlots présentent un intérêt considérable du point de vue ornithologique (Figure 3).
Les zones côtières au sud-ouest bénéficient d’un niveau élevé de protection (Parc
naturel de l’île de Príncipe) en raison des valeurs extraordinaires des forêts primaires
et secondaires existantes, des paysages et des caractéristiques géologiques. La section
marine au sud de l’île détient également le statut de conservation et fait partie du parc
naturel de Príncipe. Ces zones correspondent à la zone centrale principale de la réserve
de biosphère.
L’île de Príncipe est incluse dans les points chauds de la biodiversité pour les forêts
tropicales d’Afrique de l’Ouest. De ce fait, l’élément terrestre de la réserve de biosphère
comprend une gamme élargie de communautés végétales et d’habitats d’importance
internationale élevée comme les forêts tropicales primaires, les forêts ombrageuses,
les palmiers et les habitats riverains de plaines. En tant qu’île océanique, la richesse
biologique native de Príncipe est accentuée par son isolement géographique et com-
prend plusieurs espèces de flore et faune endémiques (Figure 4).
Malgré l’occupation relativement prolongée et l’utilisation du territoire, le paysage
est quelque peu humanisé. L’utilisation des terres repose principalement sur les forêts
et les palmeraies dans la partie sud ou les forêts mixtes et palmeraies avec différentes
cultures dans le nord, surtout autour de la ville de Santo António et dans les plus petits
centres ‘urbains’ comme Terreiro Velho, Porto Real, Sundy (Figure 5), Ponta do Sol et
les zones à proximité de l’aéroport.
La forêt de l’île de Príncipe fait partie des forêts tropicales humides denses d’Afrique,
accueillant une diversité biologique riche. L’importance de la conservation mondiale
est tellement élevée que la forêt de Príncipe, ainsi que celles des îles de São Tomé et
d’Annobon, étaient considérées comme les deuxièmes plus importantes en Afrique en
termes de conservation. Elle est donc classée par le WWF comme l’une des 200 plus
importantes régions écologiques en termes de biodiversité — intégrée dans les forêts
tropicales et sous-tropicales humides de feuillus (Olson & Dinerstein 2002).
Malgré sa petite taille, l’île de Príncipe héberge une large diversité d’écosystèmes
naturels comme la forêt primaire, les palétuviers, les dunes côtières, les cocotiers, la
végétation riveraine et les écosystèmes de plaines d’eaux intérieures, autant lentiques
que lotiques. Des 450 espèces de flore présentes sur l’île de Príncipe, 44 sont endémiques
à l’archipel dont 24 sont endémiques à l’île.
La faune terrestre indigène de l’île de Príncipe comprend sept mammifères, 28
oiseaux, 13 reptiles et trois espèces d’amphibiens. La faune invertébrée, bien que moins
étudiée, comprend 42 espèces de Lépidoptères, 32 espèces de mollusques terrestres et huit
espèces de Névroptères. La collecte et la recherche récentes de données par l’Académie
des Sciences de Californie (CAS pers. comm. 2011) indique la présence d’une grande
variété de coléoptères dont plusieurs espèces sont endémiques, notamment parmi les
Carabidés et Cérambycidés, suggérant que la vaste et riche biodiversité de l’île a encore
beaucoup de secrets restant à découvrir.
En raison de son emplacement géographique au point de convergence entre le
courant sous-équatorial de Benguela et le courant chaud du Golfe de Guinée, la faune
318 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
marine de l’île de Príncipe présente une richesse et une diversité considérables. Jusqu’à
présent, 355 espèces de poissons (dont des espèces pélagiques), 11 espèces de cétacés,
5 espèces de tortues marines, 28 espèces de mollusques marins et plusieurs espèces
d’invertébrés marins comme les coraux, crustacés et échinodermes ont été enregistrés.
La population de Príncipe a eu une tendance positive au cours du présent siècle,
indiquant une croissance annuelle soutenue. En 2001, la population résidente totale
était de 5,966 habitants (INESTP 2006) et au cours du dernier recensement, le nombre
enregistré était de 7,542 habitants (INESTP à Tela Non 2012). La croissance est due à
l’augmentation du nombre de naissances et à la réduction du taux de mortalité infantile
ainsi qu’à une augmentation de l’espérance de vie.
Príncipe est avant tout une île où la pêche et l’agriculture dominent et sont pra-
tiquées comme activités de subsistance, particulièrement pour la consommation et le
commerce sur le marché local. Un petit élément lié au tourisme -regroupant surtout
le tourisme résidentiel dans la capitale de Santo António (Figure 6) et une petite île
touristique dans la zone de Bom Bom -est bien intégré dans le paysage. L’agriculture et
les produits de la pêche sont principalement consommés sous leur forme primaire mais
certains sont traités comme le poisson sec (Figure 7), les bananes frites, le ‘cacharamba’
(un rhum local à base de canne à sucre) et le vin de palme.
Si l’on tient compte du modèle actuel de développement socio-économique de
Príncipe, basé sur une origine multiculturelle avec un souci pour l’utilisation durable
des ressources naturelles et une identité unique de ses populations, la réserve de bio-
sphère améliorera les niveaux de vie durables des populations. Celle-ci sera rendue
des bâtiments inclut le fort portugais datant du XVIIème siècle de Santo António da
Ponta da Mina, l’église de Nossa Senhora da Conceição, la fontaine de la Plaza Marcelo
da Veiga (Figure 10), le Monument des Découvertes au port de Santo António, la lithog-
raphie de St. António et la plaque commémorative de Camilo Domingos.
Les autres bâtiments d’intérêt culturel apportent une harmonie au paysage urbain.
Ils comprennent certains bâtiments représentatifs de l’architecture coloniale portugaise,
des espaces réservés aux commerces locaux comme le vieux marché aux poissons sur la
place centrale Marcelo da Veiga et quelques épiceries qui conservent encore leurs carac-
téristiques d’origine. Les autres types de bâtiments présentant un fort intérêt historique
et culturel sont les “roças” (fermes) éparpillées sur toute l’île (Figure 11). Ces anciennes
fermes, petites villes authentiques à la beauté exceptionnelle, sont par excellence des
lieux avec un fort potentiel de tourisme rural, d’agrotourisme et de tourisme culturel,
permettant d’améliorer la durabilité au sein des petites communautés qui y vivent.
Combinant l’histoire de la colonisation et son isolement géographique, l’île de
Príncipe a fusionné toutes ses influences culturelles en un patrimoine culturel local
unique. Cet hétéroclisme est évident lors de plusieurs événements populaires comme la
poésie, les festivals, la musique, la nourriture, les instruments musicaux et la médecine
traditionnelle.
Les manifestations culturelles typiques de l’île de Príncipe regroupent des événe-
ments religieux comme le “Vindes menino” le 31 décembre pour célébrer la naissance
du Christ, la fête de Nossa Senhora da Graça et les fêtes consacrées aux saints popu-
laires comme celles de Santo António, São João, Santa Cruz Nascido, Nossa Senhora
do Socorro et São Lourenço ou Auto de Floripes (Figure 12). Cette dernière correspond
au festival le plus important de l’île de Príncipe. Il s’agit d’une fête d’origine portugaise,
célébrant un conte légendaire parmi les Chrétiens et les Maures. La participation y est
très populaire et la fête se déroule dans les rues de Santo António.
Sur l’île de Príncipe, la ‘Deixa’ ou ‘Dexa’ est une danse locale typique mais il existe
plusieurs types de manifestations folkloriques avec des influences d’autres régions
du continent africain comme la ‘Puita’ et la ‘Dança-congo’ d’origine angolaise et la
‘Tchabeta’ influencée par le Cap Vert. Bien que généralement associée aux célébrations
de Nossa Senhora da Graça, la ‘Deixa’ est parfois utilisée dans d’autres événements cul-
turels et populaires.
En conséquence de l’augmentation récente des projets de coopération scientifique,
on trouve une présence de plus en plus importante d’experts scientifiques sur l’île. On
peut s’attendre à ce que la réserve de biosphère devienne un laboratoire vivant couvrant
plusieurs expériences et initiatives traitant des dimensions socio-économiques, cul-
turelles et naturelles. Toute expérimentation et tout projet aura un impact visible sur l’île
en raison de sa petite taille mais également de par sa proximité proche et l’implication
des populations.
En termes de sciences naturelles et particulièrement de conservation de la nature
et de biodiversité, l’île de Príncipe est déjà proéminente dans plusieurs domaines. L’un
d’entre eux concerne le projet de conservation des tortues, couvrant non seulement les
questions scientifiques mais également la sensibilisation sociale sur la conservation des
324 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
différentes espèces de tortues. Un poste de terrain a été construit pour accueillir les visi-
teurs dans le cadre du contrôle et de l’observation des tortues à Praia Grande, l’un des
principaux lieux de ponte des tortues marines sur l’île (Figure 13). Ce soutien logistique
s’est révélé fondamental pour le succès du projet y compris la dissémination des activités
au sein de la population locale. Le siège du parc naturel de Príncipe sert également de
centre de formation et d’éducation environnementale (Figure 14) et est préconisé pour
la création d’une implantation didactique et pédagogique en vue de soutenir les écoles,
étudiants et la recherche future ainsi que la conservation des projets de biodiversité
locaux.
L’autre aspect remarquable est la dynamique croissante de la participation des popu-
lations locales, à la fois par le biais du gouvernement que des organisations non-gou-
vernementales, dans des activités relatives au développement et à la préservation de la
culture et des traditions de l’île. Dans ce contexte, certaines actions sont prévues telles
que la création d’organisations orientées spécialement sur le soutien de la culture et des
jeunes poètes, un musée ethnographique et une bibliothèque audio couvrant plusieurs
registres vocaux, allant des langues et dialectes locaux, chansons, histoires et légendes
aux histoires racontées par les anciens de la population.
Concernant le patrimoine géologique, les autorités locales sont désireuses de classer
les formations géologiques intéressantes sous forme de monuments géologiques notam-
ment les formations en altitude situées dans la partie montagneuse au sud de l’île à
l’intérieur du parc naturel de Príncipe.
L’une des infrastructures importantes sur le plan logistique pour les projets de recherche
dans les domaines de l’anthropologie, la littérature, l’ethnographie et l’archéologie est le
Centre Culturel de Príncipe dans la ville de Santo António (Figure 15). Ce Centre culturel
d’organismes, notamment les plantes vasculaires, les mollusques, insectes, oiseaux, rep-
tiles et chauves-souris. Considérant l’importance de cette zone en ce qui concerne la
reproduction des tortues marines, oiseaux aquatiques et cétacés, ainsi que les récifs de
coraux, il s’agit d’une zone très importante de conservation de la biodiversité à l’échelle
mondiale.
Etant donné que le Golfe de Guinée n’inclut que trois îles volcaniques océaniques
avec des caractéristiques culturelles et naturelles uniques, l’établissement de l’île de
Príncipe en tant que réserve de biosphère en fait la première de ce type dans le réseau
mondial de réserves de biosphère, enrichissant indubitablement les réseaux théma-
tiques (ex. REDBIOS) et géographiques (AfriMAB) avec lesquels Príncipe coopère déjà.
Les principales activités économiques à Príncipe sont l’agriculture (notamment le
cacao, le café et le copra), la pêche et le tourisme. La population des résidents au sein
de la réserve de biosphère est de 7,542 habitants, vivant tous dans la zone de transition.
Tous les îlots autour de Príncipe sont inhabités.
Les zones centrales de la réserve de biosphère sont intégrées avec le parc naturel de
Príncipe et incluent les îles Tinhosas, classées comme réserves et marais d’importance
internationale aux termes de la convention de RAMSAR. Les zones-tampons englobent
des zones au sein du Parc naturel de Príncipe classées comme réserve partielle et règle-
mentées par plusieurs instruments existants de gestion des ressources naturelles et
d’aménagement du territoire. Les zones de transition comprennent des zones urbaines
publiques et privées et des zones urbaines-rurales et zones rurales règlementées.
Les écosystèmes majeurs représentés sont l’île océanique avec ses habitats tropicaux
de type équatorial, typiques des forêts plates de la région écologique des îles du Golfe
de Guinée. Les autres unités écologiques correspondent à la végétation autochtone de la
forêt tropicale humide, des habitats riverains lentiques et tropicaux lotiques, des habi-
tats côtiers de, palétuviers y compris les îlots à végétation, les récifs de coraux et les îlots
océaniques.
Le soutien exécutif pour la politique de gestion de la réserve de biosphère sera basé
sur des lignes d’action définies dans les divers plans et programmes conçus et décrétés
par la législation sous forme de directives pour le développement socio-économique
de la réserve de biosphère. Ces plans et programmes comprennent, en particulier,
le Plan de développement stratégique de l’île de Príncipe, le Plan de gestion du parc
naturel de Príncipe, la loi sur la pêche, la loi sur la sylviculture, la loi fondamentale sur
l’environnement et la loi sur la conservation de la faune, la flore et les zones protégées.
Ces plans et lois seront complétés par un plan de gestion spécifique pour la réserve de
biosphère. Le plan de gestion visera à donner un élan aux plans sectoriels et à encourager
l’intégration de la communauté locale dans le développement durable de la région auto-
nome de Príncipe, conformément aux directives définies pour la réserve de biosphère.
En premier lieu, servant de catalyseur aux différentes contributions institutionnelles,
autant publiques que privées, autour de la réserve de biosphère, le Gouvernement de
Príncipe assumera le rôle de directeur exécutif et en tant qu’autorité désignée pour la
mise en œuvre des divers mécanismes de planification. Un conseil consultatif perma-
nent pour la réserve de biosphère sera composé des différents intervenants publics et
privés. Un comité scientifique sera également établi, impliquant des individus et institu-
tions au niveau local, national et international.
Abreu 329
La Réserve de Biosphère de l’île de Príncipe
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330 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Resume
Les attaques et les dégâts sur les récoltes causées par les animaux sauvages, notam-
ment sur les plantations de cacao par les éléphants, infligent de graves pertes économ-
iques et engendrent des difficultés pour les agriculteurs de la zone de conservation de
Bia (BCA) au Ghana, donnant lieu à la perte de moyens de subsistance et de la sécu-
rité alimentaire. Les victimes ne sont plus en mesure de rencontrer leurs obligations
vis-à-vis de leurs familles, du Conseil régional et de la communauté. Le pays perd des
devises en ce qui concerne le cacao. Ce problème crée des frustrations et des conflits
avec les autorités de la BCA. Les agriculteurs estiment qu’il est de la responsabilité
de la Division de la faune (WD) de contrôler ‘ses’ animaux. Les moyens de dissuasion
traditionnels pour lutter contre les attaques d’éléphants n’ont pas été efficaces en
dehors du fait qu’ils nécessitent une main d’œuvre intensive.
Pour remédier à cette situation, la Fondation pour la gestion durable des ressources
naturelles (FSMNR) avec le soutien de l’UE et en collaboration avec la WD ont lancé
une intervention peu coûteuse de lutte contre l’invasion des éléphants basée sur
l’utilisation de piments secs en poudre par quelques agriculteurs choisis autour de la
partie nord de la BCA. Cette méthode a été utilisée avec succès dans la zone de con-
servation de Kakum au cours des cinq dernières années. Le principe à la base de cette
intervention est que l’odeur nocive des piments en poudre irrite les voies nasales des
éléphants qui de ce fait, évitent les exploitations agricoles.
Un atelier a été organisé à Kukumso dans la province de Bia pour une sélection
de 25 agriculteurs de cinq communautés et certains autres intervenants, en vue de
former les agriculteurs à l’utilisation de cette méthode. Ces agriculteurs ont servi de
volontaires qui aideront leurs collègues à reproduire la méthode et à chasser les élé-
phants en cas d’attaque. A titre d’incitant, les volontaires ont bénéficié des ressources
leur permettant d’exercer leurs fonctions.
Etant donné le caractère novateur de cette méthode, les agriculteurs ont accepté
que l’intervention se déroule sur l’une des exploitations agricoles sélectionnées dans
chacune des cinq communautés afin d’effectuer une évaluation correcte pendant une
durée d’au moins six mois, au cours de laquelle les matériaux restants seront utilisés
pour consolider l’intervention. La méthode a fait l’objet d’une discussion intense sur le
terrain et une démonstration a été mise en place. Les exploitations ont été surveillées
de près et les premiers résultats n’ont indiqué aucun dégât sur les récoltes malgré les
signes de présence d’éléphants aux alentours.
L’atelier s’est révélé extrêmement intéressant pour les agriculteurs et l’une
des conclusions qui en a découlé a été l’implantation d’exploitations agricoles de
démonstration.
Mots-clés: BCA, dégâts des récoltes, éléphants, moyens de subsistance, sécurité
alimentaire, économique, piments en poudre
Abstract
The raiding and damage of crops by wildlife, especially cocoa by elephants, inflict
serious economic losses and hardship on the farmers of Bia Conservation Area (BCA)
in Ghana, leading to loss of livelihoods and food security. The victims are not able to
meet their obligations to their families, the District Assembly and the community.
The country loses foreign exchange in the case of cocoa. This creates frustration and
conflict with the BCA authorities. The farmers feel it is the responsibility of Wildlife
Division (WD) to control ‘their’ animals. The traditional elephant deterrent methods
have not been effective besides being very labour intensive.
To deal with this situation, the Foundation for Sustainable Management of Natural
Resources (FSMNR) with support from the EU and collaboration with the WD, intro-
duced a low-cost anti-elephant crop raid intervention based on the use of dried pow-
dered chillies by some selected farmers around the northern part of BCA. This inter-
vention has been successfully used in the Kakum Conservation Area over the past five
[Link] principle underlying this intervention is that the noxious smell of powdered
chillies irritates the nasal passages of elephants, which thus avoid the farms.
A workshop was organised at Kukumso in the Bia District for 25 selected farmers
from five communities and some other stakeholders to train the farmers in the use of
the [Link] farmers would serve as volunteers who would help other farmers
334 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
to replicate the method and also ward off elephants in the event of an attack by ele-
phants. As an incentive, the volunteers were resourced to carry out their functions.
As the method is a novelty, the farmers agreed that the intervention should be
carried out on one selected farm in each of the five communities for proper assess-
ment over a period of at least six months during which the left-over materials would
be used to consolidate the intervention. The method was intensively discussed in the
field and a demonstration was set up. The farms were closely monitored and early
results indicate no crop damage in spite of signs of elephants in the vicinity of the
farms.
The workshop was seen to have been extremely worthwhile by the farmers and a
key output of setting up of demonstration farms was realised.
Key words: BCA, crop damage, elephants, livelihoods, food security, low-cost, pow-
dered chillies
1. Introduction
1.1 Contexte
La zone de conservation de Bia (BCA) est une zone forestière en hauteur protégée (PA)
située dans les provinces de Juabeso et de Bia, dans la région occidentale du Ghana
(Figure 1). Elle englobe le Parc national de Bia et la Réserve naturelle de Bia. Elle est
située entre la latitude 60 20' et 60 38' et la longitude 20 58' E et 30 58' W (Figure 2).
La zone protégée a bénéficié d’un investissement massif du programme de dével-
oppement des zones protégées phase II (PADP II) de la Commission européenne. Le but
de l’intervention était de consolider et d’élargir les perspectives de gestion à long terme
pour cette zone protégée et d’autonomiser la société civile pour gérer et bénéficier des
ressources naturelles de manière adaptée. L’objectif global était de réduire la pauvreté
par une amélioration de la conservation de la biodiversité.
L’un des résultats-clés du PADP II était d’améliorer l’efficacité de l’application de la
loi et de contrôler le braconnage. Aux termes du PADP II, l’une des réalisations notables
est l’augmentation de la fréquence des observations de mammifères, preuve d’une pop-
ulation croissante de certaines espèces fauniques. Les données disponibles ont égale-
ment confirmé la réduction des activités illégales comme le braconnage. Les relations
entre la Division de la protection de la Nature (WD) de la Commission forestière et
les communautés se sont largement améliorées grâce aux concepts de Zone de gestion
des ressources communautaires (CREMA) et de Comité de gestion de zone (PAMAB)
(Wildlife Division 2000).
La BCA s’étale sur une superficie totale de 306 km2 et constitue un bastion impor-
tant de mammifères menacés dont les éléphants de forêt africains et les chimpanzés. Il
apparaîtrait que la densité de population des éléphants soit en augmentation au sein de
la zone de conservation de la BCA depuis 25 ans.
Lors d’une évaluation récente en 2009, on estimait que la BCA accueillait 133 à 138
éléphants soit pratiquement un tiers des éléphants de forêt au Ghana. 43 communautés
Akwoviah • Lamptey • Tineh 335
Réserve de Biosphère de Bia : une Méthode Économique contre les Attaques d’Éléphants
27 Obeykrom 28 Akuokokrom
29 Osonokrom 30 Adjofua
31 Kwame Tawiakrom 32 Asuopri
33 Beposo 34 Boinzan
35 Mafia 36 Debiso
37 Asuontaa 38 Mepeasem
39 New Agogo 40 Atemuda
41 Eberekrom 42 Sakyikrom
43 Kukumso
Tableau 2: Communautés affectées par les attaques d’éléphants sur les récoltes
1 Village de Bia 2 Ahweafutu
3 Boafoyena 4 Gyau camp
5 Biokrom 6 Ameneye-Agya
7 Yebediagro 8 Camp5 Village
9 Koneagya 10 Baah Akura
11 Yiadomkrom 12 Nyamebekyere
13 Boamponkrom 14 Akosua Addaekrom
15 Kwasi Donkor Camp 16 Eyenyamekrom
17 Kojo Donkor Camp 18 Asiri
19 Alhaji Nkwanta 20 Gyabi Taisider
21 Village de gibier d’Atta 22 Debebi
23 Teacherkrom 24 Abrewakrom
25 Sukusuku 26 Kwame Tawiakrom
27 New Wenchi 28 Kukumso
29 Agya Manu Akura 30 Iron Boy
31 Camp 10 32 Safo Nkwanta
33 Adjoafua
1.2 Justification
La BCA est sous pression constante étant donné que les forêts avoisinantes sont abat-
tues pour laisser place aux plantations de cacao et autres récoltes telles que le plantain,
le manioc, le maïs et les jardins potagers. La conséquence en est une réduction remar-
quable du rayon d’action des éléphants et un accroissement de leur densité de popula-
tion ainsi que des situations de conflits avec les agriculteurs. Cette situation prévaut
dans d’autres régions du Ghana (Barnes et al. 1995, Boafo et al. 2004).
Les agriculteurs affligés par les attaques sur leurs récoltes pourraient perdre la
totalité de ces dernières avec pour conséquence, un manque à gagner important pour
Akwoviah • Lamptey • Tineh 337
Réserve de Biosphère de Bia : une Méthode Économique contre les Attaques d’Éléphants
eux, comme l’indique le tableau 3. On a enregistré que certains agriculteurs, par pure
frustration, recrutent illégalement les services de chasseurs pour contrôler les éléphants.
Tableau 3: Statistiques de la BCA sur les attaques de récoltes*
Dimension Parcelle
No. No. total No. d’attaques
Récoltes de l’exploi- endom-
Année d’agri- d’élé- d’éléphants sur
affectées tation magée
culteurs phants les récoltes
(ha) (ha)
Cacao, plantain, bananes,
2009† 5 138 36 igname, maïs, gombo, 4.23 0.45
igname-coco
Cacao, plantain, bananes,
2008 18 92 igname, maïs, gombo, 38.4 9.38
igname-coco
Cacao, plantain, bananes,
2007 5 133 44 igname, maïs, gombo, 15.78 2.63
igname-coco
Cacao, plantain, bananes,
2006 17 201 igname, maïs, gombo, 44.31 6.88
igname-coco
* Source: Données de la BCA 2009
†
Jan–Oct
Les attaques d’éléphants sur les récoltes, notamment celles sur les plantations de
cacao (Figures 3, 4 et 5) sont donc devenues l’une source de confit entre la WD, les
communautés et les autorités politiques (Barnes 2002). Les attaques sur les récoltes ont
aussi pour conséquence, une perte importante de devises pour le Ghana. C’est pourquoi
il est impératif de lancer des interventions soit pour atténuer l’effet des attaques sur les
récoltes ou les éviter complètement pour que les résultats obtenus aux termes des pro-
grammes PADP I et PADP II perdurent.
Pour atténuer la menace d’attaques sur les récoltes, il a été proposé de renforcer la
capacité des agriculteurs et des membres de la communauté afin de faire face à la situa-
tion, par l’introduction d’une technologie économique basée sur l’utilisation de piments
en poudre et d’huile de moteur usée.
Il est intéressant de remarquer que cette technologie est utilisée avec succès dans la
zone de conservation de Kakum dans la région centrale depuis 2007, grâce au soutien
financier de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO),
la Banque mondiale aux termes du Projet de conservation de la biodiversité des zones
forestières en hauteur et du Fonds International de la protection des animaux (IFAW)
(FAO 2003, FAO 2008, FAW 2008, FC 2006, Kruse 2004). Le projet a été mis en œuvre
par la Division de la faune de la Commission forestière en collaboration avec la Division
des services d’extension du Ministère de l’alimentation et de l’agriculture (MOFA).
1.3 Objectif
L’objectif de l’intervention était d’introduire une intervention simple, économique et
abordable contre les attaques d’éléphants sur les récoltes, qui mènerait à une réduc-
tion des risques d’attaques dans la BCA et protègerait les moyens de subsistance des
agriculteurs.
1.4 Résultats
• Agriculteurs équipés et formés à l’utilisation de la nouvelle technologie
• Exploitations agricoles de démonstration permettant de démontrer l’efficacité de la
technologie.
2. Methodes
2.1 Identification des communautés et agriculteurs pour l’intervention
Suite aux discussions entre la Direction de la BCA et la Fondation pour la gestion
durable des ressources naturelles (FSMNR), cinq communautés ont été sélectionnées
pour l’intervention. Les communautés se trouvent dans le secteur Nord de la BCA et ont
été identifiées dans les registres du Parc comme étant les plus affectées par les attaques
d’éléphants sur les récoltes. Il s’agissait des communautés d’ Adjoafua, de Kukumso,
New Wenchi, Kwame Tawiakrom et Abrewakrom (Tableau 2).
Des discussions ont eu lieu avec chacune des communautés sélectionnées qui ont
ensuite procédé à la sélection de cinq individus pour participer à l’atelier. Une entente
a également été convenue pour que ces individus servent de volontaires qui enseign-
eraient aux autres agriculteurs comment utiliser la nouvelle technologie. En outre, ils
fonctionneraient en tant que gardiens soutenant les autres agriculteurs pour faire fuir
les éléphants si ces derniers passaient dans les exploitations.
Au total, les communautés étaient représentées par 25 individus dont deux femmes.
Akwoviah • Lamptey • Tineh 339
Réserve de Biosphère de Bia : une Méthode Économique contre les Attaques d’Éléphants
2.2 Atelier
En collaboration avec la Direction de la BCA, le FSMNR a organisé un atelier le 24
août 2010 dans les locaux de l’Eglise de la Pentecôte, à Kukumso dans la province de
Bia (Figure 6). Le but de l’atelier était de présenter aux participants la nouvelle tech-
nologie économique de lutte contre les attaques d’éléphants sur les récoltes basée sur
l’utilisation de poudre de piment et d’huile de moteur usée (Kruse 2004). Des représent-
ants du MOFA, du Conseil régional (District Assembly) et de Vision Fm (station de
radio locale) ont également participé à l’atelier.
Il a été souligné que la nouvelle technologie n’était pas destinée à remplacer les méthodes
traditionnelles mais plutôt à les compléter. Après des délibérations approfondies, les
participants ont été présentés à la technologie du ‘piment’ dont ils avaient déjà entendu
parler.
Les matériaux requis pour la nouvelle méthode sont
• Des poteaux en bois pour les clôtures.
• Des cordes en nylon pour suspendre des morceaux de tissue ou des clochettes.
• Des morceaux de tissue pour transporter le mélange d’huile et de poivre en poudre.
• De l’huile/la graisse de moteur jouant le rôle de colle pour le poivre en poudre.
• Des piments en poudre à titre de répulsif.
Les quatre jours suivants ont été consacrés à la surveillance étroite des sites-pilotes
étant donné que la saison des attaques importantes de récoltes avait commencé. Bien
que des signes de présence d’éléphants aient été observés, aucun dégât n’a été rapporté.
Le premier résultat a convaincu les agriculteurs de l’efficacité de la méthode.
3. Suivi et evaluation
Les rapports sur le terrain ont indiqué une seule tentative d’invasion par les éléphants.
Au cours de l’enquête, il a été remarqué que l’incident s’était produit sur une parcelle
de l’exploitation sans clôture. Les articles restants ont été remis aux agriculteurs pour
renforcer l’intervention. Pour évaluer le projet entièrement, une équipe composée du
FSMNR, responsable de l’unité communautaire et de l’extension agricole ainsi que de
personnel de terrain a visité les sites du projet du 25 au 28 octobre 2010. L’équipe a ren-
contré les six volontaires et le Président du comité de gestion des ressources commu-
nautaires. Au cours des discussions, les volontaires menés par le Président ont attesté de
l’efficacité de l’intervention contre les attaques d’éléphants jusqu’alors. Il a également été
note qu’aucun agriculteur n’avait à ce jour adopté l’intervention en dépit de son succès.
Les agriculteurs ont expliqué qu’ils le feraient dès qu’ils recevraient de l’argent. En élab-
orant la discussion, il s’est avéré qu’ils attendaient que le Gouvernement leur fournisse
les articles requis. Les volontaires ont été encouragés à utiliser l’intervention comme
une pratique agricole normale s’ils voulaient protéger leurs récoltes et faire des béné-
fices. Le Président a appelé à plus d’interaction entre la WD et les communautés en vue
de renforcer et maintenir l’intérêt dans l’intervention. L’équipe a également appris que
certains agriculteurs dans le secteur sud de la BCA avait adopté la méthode même s’ils
n’avaient pas participé à l’atelier.
Au cours de la visite dans l’une des exploitations de démonstration, il a été découvert
que l’odeur piquante du poivre avait diminué et que la clôture n’était pas terminée. Il a été
expliqué que puisque l’adoption de l’intervention dépendait du succès de l’exploitation-
pilote, il était essentiel que l’agriculteur suive l’ensemble des meilleures pratiques et
maintienne l’intervention. Il a été conseillé à l’agriculteur de renforcer la quantité de
poivre et de fermer les espaces de la clôture tout en l’entretenant régulièrement.
L’équipe a visité Abrewakrom et a dialogué avec Madam Gladys Akopo qui possède
une exploitation de démonstration. Elle ainsi que d’autres ont attesté de l’efficacité de
l’intervention jusqu’à présent et ont expliqué qu’elle leur avait permis de se concentrer sur
d’autres activités agricoles. La discussion était centrée sur la durabilité de l’intervention.
Dans cette communauté également, les agriculteurs attendent que le gouvernement leur
fournisse les articles. Comme à Kukumso, ils ont été encouragés à se procurer leurs
propres articles. Il a aussi été constaté que l’odeur piquante du poivre diminuait.
Les discussions avec les autres agriculteurs de la région ont révélé qu’ils étaient
désireux d’utiliser la nouvelle méthode mais attendaient de voir l’efficacité totale de
l’intervention sur l’exploitation de Madam Gladys Akopo.
Même s’il n’a pas été possible de visiter les autres exploitations en raison de pluies
diluviennes, les indications s’orientent vers un bon fonctionnement de l’intervention.
Akwoviah • Lamptey • Tineh 343
Réserve de Biosphère de Bia : une Méthode Économique contre les Attaques d’Éléphants
4. Conclusion
Il est reconnu que pour que toute stratégie de gestion des conflits entre humains et
animaux sauvages réussisse, celle-ci se doit d’être durable et par conséquent, adminis-
trée par la communauté elle-même.
Les agriculteurs ont fait montre d’un fort enthousiasme et d’engagement pour
appliquer la nouvelle technologie et à cet égard, l’atelier a été considéré comme extrême-
ment utile. Les résultats escomptés d’agriculteurs maîtrisant la méthode et de mise en
place d’exploitations de démonstration ont été atteints. Cependant, l’enjeu reste le ren-
forcement périodique de l’odeur piquante (puissance) qui implique un suivi étroit et
des dépenses significatives en poivre, le matériau le plus cher de tous les articles. Le
besoin de vérifier les morceaux de tissus régulièrement et de les renforcer au moins
toutes les quatre semaines au vu de la nature humide et pluvieuse de l’environnement a
été souligné.
Les informations et conseils utiles des participants concernant les divers moyens
d’effectuer une intervention réussie sont d’importance non négligeable. L’indication, au
cours de l’atelier, que l’administration de la province de Bia serait d’accord en principe
pour acheter le poivre aux agriculteurs est louable étant donné que les dégâts préoccu-
paient le conseil régional en termes de pertes de revenus.
En outre, il a été plutôt encourageant de noter que certains agriculteurs à Adjofua
ont fait part de leur intention de verser des cotisations individuelles sur le modèle
d’une coopérative pour acheter le poivre sec en gros en vue de soutenir l’efficacité de
l’intervention.
5. Recommandations
Au vu des indications que l’intervention sur les exploitations-pilotes serait couronnée
de succès, les recommandations suivantes sont avancées:
1. Un besoin urgent d’animer un atelier similaire afin d’élargir l’usage de la technologie
au secteur sud où les attaques de récoltes existent également.
2. Puisque l’intervention n’a eu lieu que sur cinq exploitations agricoles sélectionnées
dans le secteur nord, il est nécessaire de s’assurer que le succès soit reproduit sur
d’autres exploitations dans le secteur.
3. Pour soutenir l’intervention et l’enthousiasme des agriculteurs, un suivi régulier des
exploitations par l’Unité des relations communautaires de la Division de la faune est
vivement recommandé en plus d’un engagement régulier vis-à-vis des agriculteurs
pour aborder tous les problèmes.
4. La Division de la faune se doit de suivre le désir du conseil régional de Bia en vue de
soutenir les agriculteurs en leur fournissant du poivre et également d’encourager la
communauté d’Adjofua à se procurer les piments comme ses membres l’ont indiqué
pendant l’atelier.
5. La protection des récoltes contre les attaques d’éléphants devrait être considérée par
l’ensemble des intervenants comme faisant partie normale des pratiques d’élevage
agricole, dans lequel cas les agriculteurs devraient s’apprêter à encourir des dépenses
344 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
sur les matériaux tout comme ils le feraient pour les insecticides et engrais ou autres
intrants. La Division de la faune est alors encourage à travailler étroitement avec
le conseil régional de Bia, celui de Juaboso Bia et les agriculteurs par le biais de
réunions régulières. Il s’agit du seul moyen de persuader les agriculteurs que les
éléphants relèvent de la Division de la faune et doit être la seule responsable en cas
de dégâts.
6. La Commission du Cacao est un intervenant majeur dans l’industrie du cacao.
La Division de la faune devrait donc la contacter pour explorer la possibilité
d’endossement d’une nouvelle intervention et de fourniture des ressources aux agri-
culteurs en vue de soutenir l’intervention.
6. Remerciements
Nos vifs remerciements à la NAO (National Authorising Officer), au Ministère des
finances et du Plan pour le soutien financier à FSMNR aux termes du programme de
petites subventions de l’UE pour la mise en œuvre des propositions de projets de la
Division de la faune (WD) de la Commission forestière dans la zone de conservation
de Bia (BCA).
Nos remerciements spéciaux vont également au personnel de la BCA notamment
son directeur, M. Ofori-Amanfo, à M. Boakye, responsable de l’unité des relations com-
munautaires de la BCA et toute l’équipe de l’unité pour leur engagement et détermina-
tion d’assurer le succès du projet. Finalement, nous remercions le Directeur exécutif de
la Division de la faune, Nana Adu-Nsiah pour son soutien au projet.
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21
Cogestion des Pêcheries Artisanales: Cas
de la Réserve de Biosphère de la Mare au
Hippopotames au Burkina Faso
Co-management of Small-scale Fisheries: the Case of the Mare aux
Hippopotames Biosphere Reserve in Burkina Faso
Résumé
Cette étude s’intéresse à l’écologie, la biologie des ressources de la réserve de
biosphère et de l’utilisation de ces ressources par les populations riveraines; plus
spécifiquement le travail présente l’état de la production et de l’exploitation des
ressources halieutiques par les populations impliquées dans la filière de production
de la Biosphère de la Mare aux Hippopotames au Burkina Faso. Les auteurs, d’une
part, donnent la biodiversité de la mare riche de 34 espèces de poissons et plusieurs
familles et genres de macro-invertébrés. D’autre part ils décrivent une méthode de
conservation du poisson par le jus de citron; méthode qui vient renforcer les connais-
sances traditionnelles en technique de conservation du poisson post capture. L’état
de la production et de l’exploitation des espèces de grand intérêt économique a été
évalué à travers des paramètres de la dynamique des populations et de statistiques
des pêches.
Mots clés: biosphère, pêcheries artisanales, biodiversité, conservation, Burkina Faso.
Abstract
This study focuses on the ecology and biology of the resources in the biosphere
reserve and the utilization of these resources by the riparian populations. More spe-
cifically, the work presents the state of halieutical resource production and utilization
by the populations involved in the fisheries of the Mare aux Hippopotames Biosphere
Reserve in Burkina Faso. Firstly, the authors describe the lake’s biodiversity by listing
its 34 species of fish as well as several macro-invertebrate families and genera found
in the lake. Secondly, they examine a method of preserving fish using lemon juice;
a method which reinforces traditional knowledge of post-capture fish preservation
techniques. The production and utilization of species of great economic interest were
evaluated by means of population dynamics parameters and fishing statistics.
Key words: biosphere, small-scale fisheries, biodiversity, preservation, Burkina Faso
1. Introduction
Le Burkina Faso est un pays sans accès à la mer. Toutes les eaux sont par conséquent
des eaux douces intérieures et sont composées de lacs, fleuves et rivières naturels et
de lacs de barrages artificiels. La Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippotames est
parmi ces plans d’eau naturels. Tous ces plans d’eau sont devenus, à des degrés divers, des
pêcheries artisanales, et des sources de productions de plantes, d’animaux aquatiques et
insectes aquatiques au bénéfice des populations. Ces ressources sont constituées de 330
espèces dont les poissons (121 espèces), les batraciens (30), les reptiles (20), les oiseaux
(54), les mollusques (28), les crustacés (7), les insectes (54), le plancton (16), les algues
et plantes (Ouédraogo 1998), selon cet auteur le poisson est la ressource dominante et
la plus exploitée. Cependant l’exploitation de cette ressource est restée longtemps mar-
ginale jusque dans les années 1970 où la politique de développement s’est intéressée aux
ressources aquatiques.
Il faut noter que dans la plupart des pays d’Afrique les captures non-contrôlées
peuvent atteindre plus de 60% des captures totales (Lévêque ε Paugy 1999). Les espèces
dominantes dans les captures sont les tilapias de la famille des Cichlidées, les silures
ou clarias de la famille des Claridées et les capitaines (famille des Centropomidées).
Le poisson frais capturé est souvent vendu au niveau des débarcadères; lorsqu’il y a des
méventes, le poisson est parfois fumé ou séché soit par les pêcheurs soit par les femmes
ATP (Association des Transformatrice de Poisson). Les dommages post-captures sont
souvent causés par les insectes coléoptères sur le poisson fumé (Watanabe 1974, Osuji
1975, FAO 1981, Diouf 1987) et par l’avarie sur le poisson frais. Ces insectes appartiennent
aux familles Calliphoridae (blowflies) et Dermestidé (Skeabeetle). Chez les poissons de
la famille Claridae, l’espèce de coléoptère Dermestes maculatus est la plus importante
dans l’infestation du poisson fumé ou séché (Osuji 1975, Dobie et al. 1993). A la mare aux
hippopotames les techniques traditionnelles utilisées sont les mêmes rencontrées dans
la plus part des pêcheries artisanales; techniques qui ont été décrites par Kabré et al.
(2003). Ces auteurs ont inventorié les différents types de fumoir et fait des comparaisons
des coûts d’exploitation et de rentabilité de trois fumoirs améliorés (fumoirs Monoclaie,
Dafing et Chorkor).
348 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
La mare aux hippopotames comme tous les autres plans d’eau au Burkina est devenu
depuis des dizaines d’années une pêcherie artisanale qui supporte journalière les visites
de pêcheurs nationaux; ces pêcheurs sont organisés en groupements dans les débar-
cadères et reçoivent l’encadrement du services des pêches d’une part et celui du Projet
MAB, des ONG et organismes de recherche d’autre part.
La présente étude se propose de décrire quelques aspects de l’écologie de la Réserve
de Biosphère de la Mare au Hippotames et d’analyser l’utilisation des produits de pêches
post capture.
2. Méthodologie
2.1 Situation de la Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames
et des villages de provenance des pêcheurs
La Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames est située dans la région des
hauts bassins à 40 km au nord-ouest de la ville de Bobo-Dioulasso; la figure 1 localise la
mare et les villages d’origine des pêcheurs qui la visitent. D’une superficie variable entre
120 et 660 ha, cette mare pérenne est riche en espèces piscicoles d’environ 34 espèces
selon l’inventaire de 1995 (Kabré et al. 1997), les tilapias composent la majorité des cap-
tures (60%).
Depuis son classement en 1937, la pêche a toujours fait partie des activités concédées
aux populations riveraines par le colonisateur. De nos jours, l’exploitation de cette res-
source se poursuit par une soixantaine de pêcheurs provenant principalement des vil-
lages de Balla, Tiarako et Sokourani. Elle joue un rôle de plus en plus important dans
l’économie des ménages des populations riveraines de la réserve.
aussi guidés dans la description de certains caractères. Les Oligochètes ont été identifiés
en s’aidant des illustrations et clés de détermination de Brinkhurst et Jamieson (1971).
La détermination des Mollusques a été faite au moyen d’images et clé de détermina-
tion de Adam (1960). Les taxons non représentés par les ouvrages cités ont été identifiés
ultérieurement en utilisant les clés de déterminations et les illustrations de Micha et
Noiset (1982) ainsi que la clé de Merritt et Cummins (1984).
L’observation des insectes a été faite sous une loupe binoculaire, l’échantillon étant
placé dans une boîte de Pétri. Tous les insectes (adultes et larves), leurs étuis et leurs
restes (logettes et parties du corps) sont sélectionnés puis identifiés.
La figure 5 montre que les 840 tilapias divisés en 2 lots de 420 individus chacun, ont
fait l’objet des deux expérimentations, I et II, correspondant à la prévention et au con-
trôle respectivement contre l’infestation des Dermestes maculatus.
Enfin les poissons de chaque répétition ont été séchés et pesés ensemble avant d’être
gardés dans des boites en plastique pendant 8 semaines. Au cours de ces 8 semaines
des observations sur le poids et le niveau d’infestation ont été faites à la fin de chaque
semaine (les samedis notamment). Le jus de citron est extrait des fruits mûrs, tamisé et
le pH d’une valeur de 2,7 déterminé. Trois solutions de différentes concentrations ont
été préparées de ce jus de citron avec de l’eau afin d’obtenir 3 différentes concentration de
jus de citron de 10% 20% et 30%; leurs pH respectifs sont de 3,55; 3,26 et 3,19. La solution
témoin ne contient que de l’eau uniquement (i.e. 0% de jus de citron) avec un pH de 7,08
et représentée par le traitement [Link] autres traitements T2, T3 et T4 représentent les 3
autres concentrations 10%, 20% et 30% respectivement.
Poissons frais
840 clarias et 840 tilapias
Poissons fumés
840 clarias et 840 tilapias
3. Résultats et discussions
3.1 Aspects écologiques et biologiques des ressources de la mare
Un inventaire des poissons avait été réalisé en 1995 avec l’appui du projet MAB et depuis
lors tous les travaux se basent sur ces résultats pour la gestion des stocks de poissons. Le
tableau 1 donne la composition de la population ichtyologique de la mare. Cet inven-
taire doit être repris au cours de nos prochaines investigations après plus de10 ans;
temps maximal suffisant pour reprendre ce type d’inventaire. Comparée à la composi-
tion connue de la population d’une des grandes pêcheries (cas de la pêcherie de Bagré
au centre est du pays) du Burkina on remarque que, malgré la détérioration de la bio-
diversité, la mare aux hippopotames (un lac naturelle) comporte une population ichty-
ologique plus variée que les plans d’eau artificiels.
Tableau 1: Inventaire ichtyologique à la Mare aux Hippopotames et à la Vallée du Kou,
1995. NB: les deux plans d’eau sont du même bassin de la volta.
Nombre d’espèces rencontrées
Famille
Mare aux Hippopotames Vallée du Kou
Anabantidae 1 1
Bagridae 2 2
Centropomidae 1 0
Characidae 1 1
Cichlidae 6 5
Citharinidae 1 0
Clariidae 2 1
Cyprinidae 2 2
Distichodontidae 1 1
Gymnarchidae 1 1
Malapteruridae 1 1
Mochokidae 2 2
Mormyridae 6 5
354 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Par contre d’un point de vue de l’exploitation, la retenue d’eau artificielle de Bagré connaît
une meilleure organisation de la pêche qui s’intéresse à une grande variété d’espèces de
poissons appartenant à plusieurs famille; ce qui n’est le cas de la mare où le matériel peu
performant et le manque de professionnalisme des pêcheurs permettent seulement de
valoriser les tilapias de la famille des Cichlidés, les silures ou clarias de la famille des
Claridés, le Gymnarchusniloticus de la famille de Gymnarchidés. Cependant le capit-
aine de la famille des Centropomidés qui figurait dans les inventaires de 1995 à la mare
aux hippopotames est rare dans les captures et est en voie de disparition. Cette espèce
a probablement été surexploitée pendant les périodes de crues du fleuve Mouhoun;
périodes de crues pendant lesquelles l’espèce migre vers la mare aux hippopotames. En
outre la détérioration de l’environnement du lac due à l’envasement (surtout) engendre
des conditions inadéquates à la survie et la reproduction du capitaine selon la littérature
(Lévêque & Paugy 1999).
Le tableau 2 donne la diversité spécifique des macroinvertébrés et le tableau 3 indique
leur rôle dans le régime alimentaire des poissons. Pour la plus part des retenues d’eau
du sahel le rétrécissement des surfaces d’eau couplé au phénomène d’envasement cor-
respondent aussi à une perte d’habitat pour la vie aquatique et particulièrement pour
le poisson et les macro-invertébrés du benthos. Ces macro-invertébrés constituent une
base d’aliment très utilisée par les poissons. Ils appartiennent à un groupe d’organismes
mal connus (surtout les stades larvaires et nymphaux) au Burkina Faso.
Tableau 2: Populations de macroinvertébrés benthiques collectées dans la zone de
marnage à 1 mètre hors de la limite de l’eau de la mare aux hippopotames pendant
l’étiage saisonnier de mars à mai
Ordres Nombre Fréquence Famille No. individus
Diptera 1421 45.43 Chironomidae 503
Canaceidae 2
Ceratopogonidae 898
Tabanidae 15
Muscidae 1
Tipulidae 2
Ephemeroptera 24 0.77 Caenidae 22
Kabre • Millogo • Youssouf 355
Cogestion des Pêcheries Artisanales : Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames
Le Rôle des macroinvertébrés dans l’alimentation des poissons est capital car ils con-
stituent le socle de la chaîne alimentaire du système aquatique et la production de bio-
masse de poisson; toutes les espèces de poissons les consomment à un stade variable de
leur développement. Pour l’espèce Gymnarchusniloticus de la famille des Gymnarchidés
son régime alimentaire varie en fonction du stade de développement: les jeunes alevins
se nourrissent d’abord de zooplancton puis de macroinvertébrés avant de devenir pis-
civore au stade adulte. Des 226 estomacs étudiés 162 possèdent au moins une proie et 63
(soit 27,88%) sont vides. Un nombre total de 1.002 proies soit une moyenne de 4,43 proies
par estomac ont été identifiées. L’étude constate que le nombre d’estomacs vides est plus
important en période de basses eaux de février à avril; ce nombre (42,5%) est plus élevé
chez les poissons de plus grande taille que chez les individus plus jeunes (38,71%) (tableau
3a). Les indices d’occurrence et d’abondance suivent la même tendance d’évolution avec
une baisse générale des catégories de proies en période des basses eaux. Nos investiga-
tions sur l’espèce Hemichromisfasciatus, espèce piscivore de petite taille de la famille des
Cichlidés, les jeunes individus consomment des insectes avant de devenir des piscivores
au stade [Link] nombre total de 38 estomacs vides sur les 116 étudiés ont été comptés
soit 32,76%. L’étude a identifié 324 proies soit un taux de 2,8 proies par estomac. On
remarque une augmentation du nombre d’estomacs vides en période d’étiage comme chez
Gymnarchuses niloticus. Les plus grands individus comptent 58,33% et les plus petits indi-
vidus 36,11% d’estomacs vides pendant la période d’étiage (tableau 3b).
Tableau 3a: Résultats des proies identifiées dans les estomacs de Gymnarchus nilo-
ticus en période des hautes eaux et celle des basses eaux à la mare aux hippopotames
Période de hautes eaux Périodes de basses eaux
LT* =120–299 LT* = 300–750 LT* = 120–299 LT* = 300–750
Nombre % Nombre % Nombre % Nombre %
Estomacs examinés 90 100 34 100 62 100 40 100
— vides 14 15.56 8 23.53 24 38.71 17 42.5
— non vides 76 84.44 26 76.47 38 61.29 23 57.5
Total estomacs 124 102
Proies par estomac 4.91 4.7 3.98 3.17
Fréquence % Fréquence % Fréquence % Fréquence %
Nourriture
I. occ I. ab I. occ I. ab I. occ I. ab I. occ I. ab
Insectes 97.36 96.1 96.15 83.09 100 94.44 82.61 86.18
Libellules 76.31 70.56 50 57.04 94.73 89.24 78.26 86.18
(Odonates)
Orthoptères 6.58 1.25 23.07 15.5
Ephéméroptères 28.95 10.44 23.07 4.22 5.26 0.8
Lépidoptères 13.16 7.1 3.84 5.63 2.63 2
Diptères 13.16 6.05 5.26 2.4
Indéterminés 1.3 0.22 3.84 0.7
Kabre • Millogo • Youssouf 357
Cogestion des Pêcheries Artisanales : Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames
Tableau 3b: Résultats des proies identifiées dans les estomacs de Hemichromis fas-
ciatus en période des hautes eaux et celle des basses eaux à la mare aux hippopotame
Période de hautes eaux Périodes de basses eaux
LT* =120–299 LT* = 300–750 LT* = 120–299 LT* = 300–750
Nombre % Nombre % Nombre % Nombre %
Estomacs examinés 34 100 22 100 36 100 24 100
— vides 6 17.65 5 22.73 13 36.11 14 58.33
— non vides 28 82.35 17 77.27 23 63.89 10 41.67
Total estomacs 56 102
Proies par estomac 4.17 1.5 3.44 0.92
Fréquence % Fréquence % Fréquence % Fréquence %
Nourriture
I. occ I. ab I. occ I. ab I. occ I. ab I. occ I. ab
Insectes 82.14 80.43 52.94 49.99 91.3 95.91 80 77.78
Libellules 67.86 29.35 35.29 31.25 78.26 82.65 70 77.78
(Odonates)
Orthoptères 3.57 1.08 5.89 3.12
Ephéméroptères 17.86 11.96 8.69 2.04
Lépidoptères 3.57 5.43 11.76 15.62 13.04 3.06
Diptères 17.86 32.61 13.04 8.16
Indéterminés 42.85 15.21 76.47 43.74 11.59 3.06 30 22.22
Poissons 3.57 1.08 5.89 3.12 8.69 3.06 20 7.41
Barbus spp 7.14 3.26 29.41 21.87
Tilapia spp 25 0.87 35.29 18.75 20 14.81
Indéterminés 10.71 4.35 5.89 6.25 4.35 1.02
Débris végétaux 3.57 1.08
Mollusques
* LT = longueur totale (mm)
358 AfriMAB
Les réserves de Biosphère en Afrique Subsaharienne: Présentation du Développement Durable
Weight (kg)
40 000
semaines Semaines
560 14
540 12
520
10
Pds poissons
500
8
Larves
480
6
460
4
440
420 2
400 0
s1 s2 s3 s4 s5 s6 s7 s8 s1 s2 s3 s4 s5 s6 s7 s8
Figure 7: Evolution moyenne par semaine du Figure 8: Evolution moyenne par semaine du
poids des tilapias et clarias fumés soumis à des nombre des larves chez des tilapias et clarias
traitements préventifs fumés soumis à des traitements préventifs
Kabre • Millogo • Youssouf 359
Cogestion des Pêcheries Artisanales : Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames
3.3.1 Expérimentations sur les Tilapias et les clarias: prévention de l’infestation
Le tableau 4 donne les résultats de nos observations sur les pertes en poids et le nombre
d’insectes par traitement. Les traitements 0%, 10%, 20% et 30% ont occasionné des
pertes respectives (exprimées en pourcentage) de 13,57%, 0,48%, 26,49%, 18,69% pour
les tilapias d’une part et 21,11%, 12,46%, 6,8% et 12,43% pour les clarias d’autre part. La
comparaison de ces pertes moyennes en utilisant La Plus Petite Différence Significative
de Fisher au niveau de probabilité 5% (LPDSF0, 05) est faite sur le tableau 4 et on con-
state que pour les tilapias les traitements 10% et 20% sont significativement différents
tandis que pour les clarias les traitements 0% et 20% présentent des différences significa-
tives. La comparaison des taux de survie des insectes par traitement indique que chez les
tilapias les valeurs (exprimée en %) de 10%, 0%, 10% et 20% sont enregistrées pour les
traitements 0%, 10%, 20% et 30% respectivement tandis que chez les clarias les valeurs
correspondantes sont de 0%, 0%, 40% et 20% respectivement.
Autrement dit les deux observations sur les pertes de poids et sur les taux de survie
permettent d’affirmer que le traitement 10% est le plus efficace pour la prévention de
l’infection de Dermestes maculatus chez les tilapias et les clarias.
traitements 0%, 10%, 20% et 30% respectivement tandis que chez les clarias les valeurs
correspondantes sont de 10, 0, 0 et 100% respectivement.
Autrement dit les deux observations sur les pertes de poids et sur les taux de survie
permettent d’affirmer que le traitement à 10% est le plus efficace pour le contrôle
l’infestation de Dermestes maculatus chez les tilapias et les clarias.
Tableau 4: Pertes de poids de poissons fumés au cours de l’infestation par des insectes
adultes et leurs larves (Dermestes maculatus) chez les tilapias et les clarias provenant
des pêcheries artisanales de la Mare aux Hippopotames et le lac de barrage du Sourou,
Burkina Faso
Poids initial après pulvé-
risation et séchage
Nombre d’insectes
Nombre d’insectes
après inoculation
Pertes de poids
Traitements
Poids final
inoculer
inoculer
Tilapias 0% 571,90 494,30 77,60 10 3 1 0 1
10% 565,40 562,68 2,72a 10 3 0 0 0
20% 570,15 419,12 151,03a 10 0 1 0 6
30% 478,45 389,01 89,44 10 0 2 0 3
LPDSF0,05 = 109,58
Clarias 0% 827,28 652,62 174,66a 10 0 0 0 9
10% 852,04 745,82 106,22 10 0 0 0 10
20% 923,13 860,36 62,77a 10 0 4 0 6
30% 852,81 736,80 106,01 10 0 2 0 5
LPDSF0,05 = 90,65
NB: LPDSF signifie Plus Petite Différence Significative de Fisher au niveau de probabilité 5%. Les
moyennes de pertes de perte de poids par traitement et par espèce ayant les mêmes lettres
sont significativement différentes.
Les taux de survie des insectes adultes dans les tableaux 4 et 5 ci-dessus montrent
bien que le jus de citron exerce un effet létal ou acute selon le cas de traitement d’une
part et la rémanence de l’effet du traitement d’autre part. Au cours des deux types
d’expérimentation (la prévention et le contrôle) nous avons démontré que le traitement
10% de jus de citron donne de meilleurs résultats en ce sens qu’il inhibe la reproduction
et le développement de la population de Dermestes maculatus avec pour conséquences
de faibles pertes en biomasse de poisson fumé. Odeyemi et al. (2000) a observé que les
larves causent plus de dommages que les adultes car leur croissance et leur développe-
ment sont rapides. Nos résultats coïncident avec ceux d’auteurs antérieurs. En effet, en
1989 au lac Kainji au Nigeria, du jus de citron de 20% a été pulvérisé sur des poissons
Kabre • Millogo • Youssouf 361
Cogestion des Pêcheries Artisanales : Réserve de Biosphère de la Mare aux Hippopotames
fumés contre l’infestation de Dermestes maculatus; des réductions des pertes de poids
de 10,91 et de 9,92% respectivement pour le contrôle et la prévention des clarias ont été
observées (James 1989).
Le dommage causé par les dermestidés peut atteindre 50% du poids des poissons à
conserver (Haine & Reeps 1989). Ce qui nous permet de dire que les résultats de nos
travaux ont permis de connaitre avec précision que la concentration de 10% de jus de
citron est efficace à la conservation. Elles permettent de réduire nettement le dommage
causé (des pertes de 0,4% à 7,28% sont observées) par les D. maculatus.
4. Conclusion
La mare de la réserve de biosphère de la mare aux hippopotames est exploitée prior-
itairement par les pêcheurs des trois villages riverains que sont Balla, Sokourani et
Tiarako. La majorité des pêcheurs sont des agro pêcheurs c’est-à-dire qu’ils pratiquent la
pêche comme une activité secondaire. La mare de part ses caractéristiques écologiques
et biologiques favorables est une pêcherie productive. Sa production est estimée à plus
de 34 tonnes de poisson par an soit un rendement de plus de 300 kg/ha/an. Malgré cette
bonne productivité, les ressources piscicoles sont menacées d’une part par une tendance
à la surexploitation et d’autre part par la détérioration de l’écologie aquatique; détériora-
tion due à l’envasement et la végétation aquatique envahissante.
Concernant la conservation des poissons l’appui du projet MAB au Laboratoire de
Recherche et de Formation en Pêche et Faune (LaRFPF) a permis de mettre au point une
méthode de conservation utilisant le jus de citron; les résultats obtenus montrent que
la solution de jus de citron de 10% permet la prévention et le contrôle de l’infestation
des tilapias et des clarias par les D. maculatus en réduisant les dommages pendant le
stockage. Cette méthode vient en renfort des méthodes traditionnelles de fumage et de
séchage déjà bien connues des pêcheurs et les femmes ATP de la Biosphère de la Mare
aux Hippopotames. Finalement l’étude met souligne l’effet induit des pertes d’habitat au
cours des étiages saisoniers et l’envasement du la mare sur la baisse de la biodiversité de
communauté d’espèces de poissons et de macroinvertébrés.
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